La Nature
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- A NOS LECTEURS
- a France miraculeusement libérée a repris son visage et son rang.
- .Nos premières lignes,après le silence de trois ans qui nous a été impose, seront pour dire noire admiration et notre reconnaissance a l’égard des artisans de cette résurrection : Armées Françaises et Alliées, Forces Françaises de l’Intérieur, Chefs et Héros de la Résistance.
- Grâce à eux et avec eux la France entière se met à l’œuvre, avec confiance et entrain pour reconstituer ses forces morales et matérielles.
- Dans, ce climat nouveau et vivifiant, nous reprenons avec joie notre tâche interrompue.
- Notre programme n’a pas changé : informer et instruire, faire connaître au public les grands progrès des sciences et de la technique, les découvertes et les inventions, le mettre en état de les comprendre ; venir ainsi en aide aux jeunes générations si avides de savoir; faciliter l’alliance de la science et de l’industrie plus indispensable que jamais pour résoudre les difficiles problèmes techniques, économiques et sociaux de l’heure présente; développer la culture scientifique aussi précieuse dans l’ordre moral que dans l’ordre pratique parce qu’elle crée, avec le goût de l’effort, l’amour de la vérité et donne des méthodes pour l’atteindre ; enfin concourir pour notre modeste part au
- rayonnement intellectuel du pays en montrant sa contribution au progrès des connaissances humaines.
- Les difficultés matérielles restent très grandes. Nous ne les énumérons pas. Elles entraîneront des imperfections pour lesquelles nous sollicitons l’indulgence du lecteur. Nous reparaîtrons comme avant-guerre deux fois par mois; mais, en raison des restrictions imposées par les circonstances, chaque numéro n’aura provisoirement que 16 pages, ce qui nous oblige à renoncer pour l’instant à plusieurs de nos rubriques.
- Les abonnés qui avaient souscrit, en janvier iQ42, un abonnement pour l’année, recevront l’année 1 §45 complète, ceux qui avaient souscrit un abonnement au cours de l’année auront leur abonnement prolongé du nombre de mois restant â courir.
- Comme par le passé nous accueillerons avec plaisir les suggestions et les critique s de nos lecteurs. Elles nous seront d’une aide précieuse pour mettre au point une présentation jeune et vivante.
- LA SUPERFORTERESSE VOLANTE le plus puissant bombardier du monde.
- SOMMAIRE
- La saperforteresse volante. 2
- Un puissant agent antibaclé-rien : La PÉNICILLINE, par le professeur C. LEVADITI. 3
- La fabrication de la Pênicil-
- line, par le docteur RAVINA. . 6
- L’énigme de la couronne so-
- laire, par M. ROUSSEAU . . . 8
- Où en est le réseau français de Radiodiffusion, par Michel ADAM 12
- La science et la guerre : Les prévisions météorologiques' et le débarquement de Normandie . . 15
- Les Livres nouveaux .... 16
- a
- N° 3079 lor
- Janvier 1945
- Le Numéro 10 francs
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- La superforteresse volante
- LE PLUS GRAND BOMBARDIER DU MONDE
- Toux le monde connaît les exploits quotidiens des forteresses volantes, ces puissants avions américains de bombardement qui partant d’Angleterre peuvent déverser jusqu’à 10 tonnes d’explosifs sur des objectifs situés en pleine Allemagne, tout en portant un puissant armement grâce auquel ils détient les chasseurs ennemis.
- La Bœing Aircraft C°, le constructeur des forteresses volantes B-17, a mis au point un avion de bombardement beaucoup plus puissant encore le B-29, construit maintenant en grande série aux États-Unis. Cette superforteresse volante est le plus puissant et le plus rapide des avions de bombardement actuellement en service.
- Nous trouvons dans la revue américaine Popular Méchantes un certain nombre de renseignements intéressants sur ce remarquable appareil. Bien entendu, nombre de détails et de caractéristiques restent secrets, en particulier sa vitesse, maxima, sa vitesse de croisière, son rayon d’action, son armement, le nombre de ses canons et sa charge de bombes. Mais on peut dire que sur tous ces points le B-29 surpasse le B-17 qui a un plafond supérieur à 10.000 m. et une vitesse supérieure à 480 km./heure. Sa charge utile est au moins le double.
- Le dessin général du B-29 est le même que celui du B-17, mais avec des dimensions moitié plus grandes. Sa silhouette se distingue toutefois par l’énorme saillie du fuselage en avant de l’aile. Son envergure est de 43 m., la longueur de son fuselage est de 30 mètres, sa hauteur est de 8 m. 23. Il possède 4 moteurs do 2.200 chevaux chacun, montés dans 4 nacelles faisant corps avec l’aile et situées de part et d’autre du fuselage. Sa puissance est ainsi le double de celle du B-17. Les moteurs sont des moteurs Wright à 18 cylindres en étoile et refroidissement par air. Chaque nacelle contient deux suralimenteurs. Les hélices de S m. de diamètre sont les plus grandes qui aient jamais été montées sur un avion. L'aile longue et étroite possède un système spécial d’ailerons qui lui permet de réduire la vitesse d’atterrissage et la longueur de la course d’envol.
- Toutes les commandes à l’exception de celle du freinage hydraulique se font par servo-moteurs électriques. On ne compte pas
- La superforteresse (B. 29) comparée à la forteresse (B. 17).
- La superforteresse volante, d’après Popular Mechanics.
- moins de 130 moteurs électriques à bord. Le pilote commande directement toutes les surfaces de contrôle. L’avion est aussi maniable qu’un chasseur.
- Son armement se compose d’un canon de 20 mm. et d’un grand nombre de mitrailleuses de gros calibre dont les tourelles sont commandées par moteurs électriques.
- Les Superforteresses ont déjà à leur actif les bombardements de Tokio et celui de Singapour, ce dernier à partir d’une base située aux Indes.
- INFORMATION
- Reprise du vol à voile en France
- Le vol à voile, à ses débuts, a été considéré comme un sport intéressant, sans autre utilité que donner à scs adeptes le sens de l’air. Mais on a vu les planeurs sans moteur jouer un rôle important dans les opérations de guerre. Aussi dès la libération, le Ministre de l’Air s’est-il préoccupé de rétablir au plus vite l’enseignement du vol à voile.
- C’est ainsi que dans la région Parisienne, le centre de vol à voile de Beynes-Tliiverval, près de Grignon, abandonné depuis 4 ans, a repris son activité. Il forme actuellement des instructeurs qui seront ensuite répartis dans les clubs régionaux. Les stagiaires sont d’anciens brevetés de vol à voile ; leur séjour à Beynes est destiné à leur rendre leur entrainement et compléter leur instruction. Ils doivent suivre ensuite un cours supérieur à la Montagne-Noire (Aude), puis un cours de vol à haute altitude au Centre Alpin de Challes-les-Eaux, qui est en voie de rééquipement.
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- UN PUISSANT AGENT ANTIBACTÉRIEN FOURNI PAR UNE MOISISSURE
- LA PÉNICILLINE
- En 1929 un savomt anglais Fleming isolait dans les produits de la fermentation d’une moisissure très connue, le Pénicillium notatum, un corps qui s’est révélé comme l’un des plus puissants agents antibactériens actuellement connus.
- La Pénicilline, fabriquée aujourd’hui en grand aux États-Unis, joue maintenant dans les armées alliées un rôle considérable dans le traitement des plaies de guerre et la lutte contre certaines maladies infectieuses. Elle a sauvé la vie d’un grand nombre de combattants.
- M. le PT Levaditi expose ci-dessous la genèse et les propriétés de ce produit extraordinaire.
- M. le Dr Ravina explique comment il est fabriqué aujourd’hui.
- Depuis la découverte, par Domagk, Mielzsch et Klarer, du premier azoïque sulfamide doué de propriétés thérapeutiques antimicrobiennes, nous sollicitons sans cesse les chimistes afin qu’ils mettent à notre disposition de nouveaux composés efficaces. Il en résulta l’utilisation pratique, éminemment polyvalente, des sulfamides substituées (sulfapyridine, sulfa-thiazol, sulfadiazine). Mais, voici que depuis 1929, une autre voie, pleine de promesses, s’est offerte. Ce ne sont, plus les chimistes, mais la nature, et en particulier certains champignons, qui se chargent de la fabrication de principes microbicides efficaces, appelés à agir là où les sulfamides échouent.
- La pénicilline est un de ces principes, * le plus utilisé actuellement. Il s’agit d’une poudre jaune ou orange, soluble dans l’eau, et qui, administrée, soit aux animaux d’expérience, soit aux malades atteints d’infections graves, voire même de syphilis et de gonococcie, provoque la guérison. La pénicilline est actuellement fabriquée en grand aux États-Unis, et, pour L’instant, utilisée exclusivement dans les armées alliées.
- Découverte de la pénicilline.
- C’est à Fleming (1929), de Saint-Mary’s Hospital de Londres, qu’elle est due. Cette découverte fut fortuite. Des plaques de gélose, utilisées pour l’étude des variations du staphylocoque, se contaminent par une moisissure, que Fleming identifie
- Fjg. 1. Penicil- au Pénicillium notatum (fig. 1). Or, lium, Spores et com- . . . ,, . . , .
- diophares (d'après au voisinage de cette moisissure, les colo-
- Lutz). nies de staphylocoques deviennent vitreu-
- ses et se lysent. Le savant londonien étudie ce Pénicillium et constate qu’il élabore un principe bactériostalique et lytique « la Pénicilline », lequel agit in vitro (1) sur le staphylocoque et autres bactéries pathogènes (streptocoque, pneumocoque, gonocoque, méningocoque, etc.), alors que le même principe est inactif sur bon nombre d’autres germes (en général Gram négatifs). Soluble dans l’alcool filtrable, relativement thermolabile, la pénicilline se
- 1. Hors de l’organisme, dans le tube à essais.
- révèle plus stable à pli 6,8. La présence du glucose et de l’extrait de levure dans le milieu, facilite sa production.
- Progrès accomplis.
- On ne se rendit compte de la valeur pratique de cette découverte que onze ans après. En effet, toute une équipe de chercheurs, appartenant à l’Institut de Pathologie de Sir W. Dunn, à Oxford, entreprit une nouvelle élude du problème (Chain, Florey, Gardner, Healley, Jennings, Or-Ewing et Sanders). Le
- Fig. 2. — Culture de Pénicillium notaturçi en milieu de Czapek-Dox. Trois jours à 24°.
- Pénicillium notatum est cultivé sur milieux de Czapek-Dox, à 24° ; après le développement de la moisissure (vers le 7e ou le 8e jour) (fig. 2 et 3), on recueille un liquide trouble, doué d’un pouvoir mierobicide intense à l’égard du staphylocoque. Ce liquide renferme la pénicilline, que l’on peut purifier et con-
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- Fig. 3. — Culture de Pénicillium notatum sur milieu de Czapek-Dox, Six jours à 24°.
- centrer. La substance active (soluble dans l’éther et l’acétate d’amyle), est extraite rapidement à partir du milieu acidifié à pH 2, par passage de ce milieu en gouttelettes fines à travers une colonne contenant de l’acétate d’amyle. On la débarrasse des impuretés (dont l’une d’elles est pyrélogène), puis 3 litres de solvant sont extraits par 3oo cm3 H20, additionnés de baryte. Cet extrait aqueux est traité par le noir animal, filtré et épuisé par l’éther. La solution élliérée traverse ensuite une colonne d’alumine, où l’on distingue quatre couches chromatographi-ques, dont celle colorée en jaune clair est la plus riche en pénicilline. On extrait le principe actif par de l’eau alcalinisée.
- Constitution chimique.
- La pénicilline, ainsi purifiée et concentrée, a été étudiée du point de vue chimique (Chain, Abraham et collaborateurs). La formule serait : C 24, II 32, O io, N2Ba. Absence de noyaux aromatiques. La structure moléculaire est, jusqu’ici, inconnue. La synthèse de la sécrétion pénicillienne en dépend; elle est, semble-t-il, en voie de réalisation.
- Activité in vitro ; méthodes de dosage.
- Plusieurs méthodes de dosage du pouvoir microbicide sont utilisées. L’une d’elles consiste à titrer ce pouvoir dans le tube à essais (doses décroissantes de pénicilline ; ensemencement d’une suspension donnée de germes; séjour à 37°; précision de la dose minima active) (fîg. 4). L’autre (Ileatley) est basée sur la diffusion de la pénicilline sur plaque de gélose, préalablement ensemencée avec le microbe à étudier (Fleming ; Abraham et collaborateurs; Forster (fig. 5 b). L’étendue delà zone lysée, c’est-à-dire dans laquelle les colonies deviennent transparentes, sert de mesure (par rapport à une pénicilline-test; unité active : unité Oxford). Ajoutons celle de Vincent et Whitgrowe [aires claires autour de rondelles de papier imbibées de pénicilline et placées sur la surface de la gélose ensemencée] (fig. 5 a), et celle de Ileilman [quantité de pénicilline qui empêche la pousse dans le milieu semi-liquide destiné aux cultures cellulaires] ; enfin, une autre technique opacimétrique. Tous ces procédés s’ajoutent à la méthode
- classique des dilutions. Dans leur ensemble, aucun de ces titrages n’a de valeur absolue ; ils se complètent l’un l’autre, pour donner une idée, assez relative, de la teneur de la solution en unités pénicilliques.
- Voici, d’après Abraham et collaborateurs, le litre du pouvoir bactéricide à l’égard des divers microbes :
- Gonocoque, 20~G ; méningocoque, 10~G ; staphylocoque, 10~8 ; Bactérie charbonneuse, 10~6; streptocoque, 10~G ; Str. viridans,
- - * ; pneumocoque, J ------ ; typhique, 10~4 ; paratyphi-
- 625 01)0 p 250 000 ’ v
- que B, IO-3, etc....
- En résumé, la pénicilline, sécrétée par le Pénicillium notatum, est un principe doué d'un fort pouvoir bactériostatique et, souvent, bactéricide à Végard de certains germes pathogènes, en premier lieu, du staphylocoque.
- PROPRIÉTÉS THÉRAPEUTIQUES DE LA PÉNICILLINE
- Expérimentalement, chez la souris, la pénicilline exerce une action thérapeutique de premier plan dans les infections provoquées par le staphylocoque, le pneumocoque, le gonocoque. Il suffit de l’administrer par voie sous-cutanée (x), et d’infecter mortellement l’animal par injection intrapéritonéale, pour qu’il y ait guérison (fig. 6).
- Chez l'homme. — i° Mode d’administration :
- a) Voie intramusculaire. — Injection de 10 à 20.000 UO (Unités Oxford), dans 5 à 10 cm3 d’eau salée isotonique, à 3 à 4 heures d’intervalle (nuit et jour). Dose totale, en 24 heures, 100.000 UO. D’après Dawson et Hobby, c’est le meilleur mode de
- 1. Le médicament se révèle inopérant si on le fait ingérer.
- Fig. 4. — Dosage de Vactivité de la pénicilline dans le tube à essais (dilution de 10 en 10).
- La limite d’activité est marquée par un trouble du bouillon.
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- Fi g. S.
- a) Dosage de la pénicilline par emploi de rondelles de papier-filtre imbibées de pénicilline. Les zones claires qui entourent les rondelles indiquent la lyse du staphylocoque
- (méthode de Vincent et Whitgrowe).
- b) Dosage par introduction de la pénicilline dans des petits tubes en verre. Mêmes
- zones claires indiquant la lyse des staphylocoques (méthode de Heatley).
- face, de complications après blessures, d’ostéomyélite, etc... Dawson et Hobby se servent de l’injection intramusculaire pour soumettre au traitement péni-cillique ioo cas d’infection staphylococcique, par voie intramusculaire. Ils enregistrent i5 résultats positifs sur 18 malades septicémiques, et 19 sur des sujets atteints d’ostéomyélite, d’empyème ouvert et de pleurésie non septicémique. Bons effets dans les arthrites staphylococciques et les méningites (injections locales). Toutefois, dans beaucoup d’autres observations, les effets curatifs se sont fait attendre, malgré l’administration de quantités relativement considérables de médicament (3oo 000 à 4oo 000 UO par jour). Le problème de la guérison constante des infections staphylococciques, surtout osseuses, paraît donc difficile à résoudre, tout au moins pour l’instant (Bloomfield et collab., Dawson et Hobby).
- Un autre exemple : les pneumococcies. Dawson et Hobby soumettent à la pénicillothérapie 10 malades atteints de pneumonie lobaire, dont quelques-uns sulf-amido-résistants (i5 000 UO, toutes les 3 heures). En général, les effets ont été rapides, même « dramatiques », la guérison étant obtenue en un jour et demi. D’autres sujets atteints de méningite pneumococci-que, d’endocardite et d’empyème ont fourni des résultats satisfaisants.
- Il en est de meme des méningococcies. La pénicilline agit dans les méningites à méningocoques, après injection, soit intraveineuse, soit intrarachidienne. Deux à trois administrations de 20 000 UO par 'voie intraveineuse et par jour suffisent, et 10 000 UO par voie rachidienne (Dawson et Hobby).
- traitement, attendu qu’il réalise une haute, quoique passagère, concentration pénicillique sanguine. On sait que, d’après Rammel-lcamp et Keefer, le sérum contient 1, 2 UO par cm3 à la suite d’une dose initiale de 20 000 UO, mais cette teneur diminue rapidement (void intraveineuse).
- b) Injections répétées dans les veines. —Solution de pénicilline à 10 000 UO par cm3, injectée toutes les 3 à 4 heures, pendant 24 heures. Dose totale en un jour : 100 000 UO.
- c) Injection intraveineuse continue, à raison de 30 à 40 gouttes par minute. Dose totale, en 24 heures : 40 000 UO.
- d) Injections sous-cutanées, goutte à goutte (10 gouttes par minute). Avoir soin de déplacer l’aiguille, de manière à éviter les œdèmes.
- On voit, d’après ce qui précède, que le mode d’administration de la pénicilline (excepté l’application locale), offre des difficultés pratiques sérieuses, quoique surmontables. Tout traitement ambulatoire ou à domicile est interdit. Dans les services hospitaliers, des équipes de pénicillothérapie doivent fonctionner continuellement, à telle enseigne qu’un médecin traitant ne saurait soumettre à la cure plus de quatre à sept malades à la fois, en raison même du surmenage de ces équipes. Il ne faut pas exagérer, cependant, l’importance de ces réserves. La pénicillothérapie n’est qu’à ses débuts, et il faut prévoir que des modifications dans la préparation du médicament seront apportées, afin de rendre la méthode plus pratique.
- 20 Effets curatifs. — Ces effets varient suivant le germe qui provoque la maladie et suivant la gravité de l’infection. La meilleure action curative a été observée dans les slreptococcies, les méningococcies (méningite cérébro-spinale), les pneumococcies (pneumonies franches), les processus engendrés par certains anaérobies (gangrène gazeuse), et, tout particulièrement, dans la syphilis et la blennorragie, sans compter, bien entendu, les plaies contaminées.
- Ainsi, Ilerrel traite 28 cas de staphylococcie, dont i4 septicémiques, et enregistre J-4 succès. Il s’agit de cellulite de la
- Fig. 6. — Traitement par la pénicilline de l’infection staphylococcique
- de la souris.
- a) Souris témoin ; développement du staphylocoque dans le péritoine.
- b) Souris traitée; leucocytes et absence de staphylocoque (liquide péritonéal).
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- Restent la blennorragie et la syphilis. La découverte de l’activité curative remarquable de la pénicilline dans l’infection gonococcique, est due à Mahoney, Ferguson, Buckholtz et Yan Slyke. On peut dire qu’il n’y a pas d’infection mici'obienne qui réponde aussi promptement à la cure pénicillique. Ferguson et Buckholtz traitent de nombreux malades (dont quelques-uns réfractaires aux sulfamides) par voie intraveineuse et intramusculaire (ioo ooo UO en 5 à G injections). Il y eut seulement 4 pour ioo de pénicillo-résistants. L’injection intramusculaire est plus avantageuse que l’administration endoveineuse. Miller, Scott et Moeller relatent 21 cas (âge de la maladie : 5 à 8 jours), dont des sulfamido-résistants et offrant des complications (prostatite ou épididymite), traités par 5o 000 à 100 000 UO en piqûre intramusculaire journalière (à 3 heures d’intervalle). Guérison rapide. Déjà trois heures après la première injection, diminution des écoulements, qui se clarifient et s’arrêtent entre la 5e et la 6e heure. A ce moment, disparition des gonocoques. Fait important : l'application locale est inopérante. Examinés 8 jours après la première injection, les patients se révèlent exempts de gonocoques. Des effets identiques ont été enregistrés par Herrel, Bloomfield, Lowell, Rantz et Kirby, Turner et Sternberg, Cohn, Sluddiford et Grunstein, Dawson et Hobby, Robinson, Oard, Jordan, Nimaroff et Phelan. Les résultats paraissent donc, tout simplement, magnifiques, surtout dans les gonococcies sulfamido-résistantes, de plus en plus fréquentes à l’heure actuelle.
- Quant à l’action curative de la pénicilline dans la syphilis, découverte par Mahoney, elle apparaît incontestable. Il suffit
- d’administrer, par voie intraveineuse ou intramusculaire, quelques milliers d’unités Oxford à des lapins porteurs de chancres syphilitiques scrotaux, pour constater la disparition des tréponèmes en un ou deux jours, la cicatrisation des lésions à bref délai (5 jours) et une négativation rapide des réactions sanguines (Levaditi et Yaisman). Or, il en est de même chez l’homme. Le Colonel Paget, dans une conférence récente (service de M. Gougerot), a fait un exposé complet de la question, d’où il résulte que l’application de la pénicilline, par voie intraveineuse ou intramusculaire à la dose journalière de 5o 000 UO, détermine, dans la syphilis primaire et secondaire, les mêmes effets que dans la tréponémose expérimentale du lapin. Les injections sont effectuées toutes les 3 heures (jour et nuit). Les résultats sont comparables, sinon supérieurs, à ceux enregistrés à la suite du traitement par les meilleurs arsenicaux. On peut guérir, cliniquement parlant, la syphilis, en 7 jours environ. De leur côté, Bloomfield, Lowell, Rantz et Kirby out traité 7 cas de syphilis primaire à séro-réactions positives ou négatives, et ont enregistré une activité plus que satisfaisante.
- llesle à savoir si cette action curative est profonde, si les récidives sont évitées, si la pénicilline détermine une stérilisation totale de l'organisme et si elle négative définitivement les réactions sérologiques. Des essais en cours ne tarderont pas à nous renseigner sur ce sujet.
- Ajoutons que d’après nos expériences, la pénicilline agit préventivement et curativemcnt dans l’infection récurrentielle de la souris (Sp. dutloni, Sp. hispanica) et dans la maladie de Nicolas-Favre.
- Usine récemment construite aux États-Unis pour la production de la Pénicilline.
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- CONCLUSIONS
- La découverte de la pénicilline par Fleming a ouvert de nouveaux horizons à la chimiothérapie moderne des maladies microbiennes et spirillaires. L’efficacité thérapeutique de cette sécrétion mycoïdienne est étonnante. Des infections sont curables (alors qu’elles ont résisté à la sulfamdiothérapie) dans
- l’échelle décroissante suivante : gonococcie, méningococcie, streptococcie, pneumococcie, staphylococcie; à elles s’ajoutent la syphilis et la fièvre récurrente. Certes, le mode d’application offre de sérieuses difficultés. Il y a lieu, cependant, d’espérer que d’heureuses modifications seront apportées à l’utilisation pratique du médicament.
- Professeur C. Levaditi.
- LA FABRICATION DE LA PÉNICILLINE
- Si la Pénicilline a été découverte par un Anglais, c’est surtout aux États-Unis qu’on a cherché à mettre au point ses applications thérapeutiques. Cetle substance est produite, on le sait, par la fermentation dans une solution liquide nutritive d’une moisissure très connue, le Pénicillium notatum, susceptible de se développer sur presque tous les milieux, mais en particulier sur le pain, le melon et sur de nombreux autres végétaux. Ce développement et cette fermentation produisent un liquide ambré dont on se sert pour obtenir la Pénicilline.
- Mais celte production est extrêmement difficile à réaliser ; il est, en particulier, indispensable que la solution obtenue soit absolument stérile. Le développement accidentel d’une seule bactérie peut suffire à rendre inutilisable la production d’un réservoir de 70 000 litres.
- Jusqu’à l’année dernière, la Pénicilline ne pouvait être fabriquée que par des méthodes de laboratoire. On cultivait le Pénicillium dans des ballons d’une contenance de 2 litres environ et dans de petits cristallisons. La fermentation se faisait seulement à la surface du milieu nutritif. Aussi cette méthode forçait-elle à utiliser des milliers de récipients. La production restait bien au-dessous des besoins.
- Depuis cette année on a réussi à obtenir industriellement la croissance et la fermentation du Pénicillium en envoyant des quantités importantes d’air rigoureusement stérile dans de
- vastes réservoirs d’une contenance de 70 000 litres environ.
- Aussi les usines qui fabriquent maintenant la Pénicilline aux États-Unis ressemblent-elles d’une manière frappante aux usines de caoutchouc synthétique ou aux raffineries de pétrole. Dans le seul mois de mai 1944, cette nouvelle méthode industrielle a permis de produire 100 billions d’unités de Pénicilline contre 43 billions pour toute l’année 1943. Une telle production couvre tous les besoins de l’armée et de la marine américaines et permet même l’utilisation de la Pénicilline dans un certain nombre de cas relevant de la médecine civile. Dix-neuf de ces usines ont été créées en divers points des États-Unis et la production actuelle permet de traiter, si besoin est, 260 000 cas graves par mois.
- La réalisation de cette production industrielle constitue un progrès considérable et lève le principal obstacle qui s’opposait à l’emploi courant de la Pénicilline.
- Mais quelle que soit l’importance de ce progrès, il est vraisemblable que les méthodes actuelles ne sont pas celles qui serviront dans l’avenir à la production industrielle de la Pénicilline. Tout laisse prévoir que l’art des chimistes l’emportera sur la nature et que dans un avenir rapproché la thérapeutique ne fera plus usage que d’une Pénicilline préparée synthétiquement.
- Dr A. Ravina.
- UN NOUVEAU PROCÉDÉ
- POUR PRÉPARER VIANDES ET POISSONS FUMÉS
- La conservation des viandes, poissons et salaisons par fumage au bois a été pratiquée de toute antiquité. Devant la pénurie actuelle d’emballages métalliques, il est tout indiqué de recourir plus largement que par le passé à ce procédé simple et efficace. Mais le bois est rare et cher, l’opération est dispendieuse. MM. Herbinet et Iloveman ont eu' l’idée de substituer au fumage le trempage dans les liquides pyroligneux, obtenus par condensation des vapeurs dégagées dans la carbonisation du bois en vase clos. C’est un sous-produit assez abondant. Encore fallait-il le débarrasser préalablement des substances malodorantes ou nocives qu’il peut contenir, M. Guinot, des usines de Melle,'a résolu ce problème. Du pyroligneux il extrait la majorité des goudrons crésotés par dissolution dans l’acétate d’éthyle. Les acides gras nuisibles, constitués en majeure partie par de l’acide acétique, •subsistent dans le pyroligneux dégoudronné. La solution obtenue est soumise ensuite à un lavage à l’eau à contre-courant ; on fait ainsi disparaître le méthanol et l’acétone qui auraient pu être dissous dans le solvant ainsi que certains constituants goudron-
- neux les moins solubles dans l’acétate d’éthyle, et aussi les moins utiles pour la conservation. Le solvant est ensuite chassé par traitement à l’eau pure portée à l’ébullition. Après refroidissement et décantation des particules goudronneuses non dissoutes, on obtient finalement une solution aqueuse de goudrons créosotés qui a reçu le nom de Fuméol et qui convient parfaitement au traitement des aliments carnés.
- On a obtenu en particulier d’excellents résultats avec le poisson. Les poissons vidés sont maintenus de 5 à 20 mn., suivant leur taille, dans le bain de fuméol doucement agité. Ils sont ensuite séchés rapidement et complètement, soit suspendus, soit sur claies et dans un courant d’air.
- La fumersion rendra également de grands services dans le traitement des viandes de porc et de la charcuterie habituellement fumées au bois. Le fumage des jambons peut être obtenu très rapidement en profondeur par injection de petites quantités de fuméol en même temps que de saumure, en surface par* trempage.
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- Couronne
- Solaire
- La première mention que rapporte l’histoire des sciences au sujet de la couronne solaire se trouve dans Plutarque : « La Lune cache parfois le Soleil, écrit-il, mais toujours pour peu de temps, et insuffisamment pour empêcher qu'autour de sa circonférence apparaisse une certaine luminosité, qui fait que les ténèbres ne sont jamais noires et profondes ni complètes ». Cette luminosité, Philostrate, trois siècles plus tard, la compara à un arc-en-ciel, « Quelle peut bien être l’origine de ce phénomène ? » se demanda-t-il.
- — Parbleu, lui répondit-on, il s’agit d’une atmosphère lunaire, visible seulement quand le Soleil est éclipsé.
- — Soyons prudents, conseilla Kepler : invoquons en général la diffusion de la lumière sur des particules appartenant au Soleil ou à la Lune.
- — Pas du tout, répliqua La Hire à la fin du xviie siècle, cette couronne résulte de la réflexion des rayons solaires sur les aspérités du bord du disque lunaire.
- Je vais vous en administrer la preuve... ».
- ’ Et La Hire essaya de reproduire une éclipse totale de Soleil, en cachant le disque, éclatant avec une simple pierre ronde et rugueuse. Inutile de dire que la tentative ne réussit pas, et qu’un essai analogue de Delisle, en 1715, n’eut pas davantage de succès.
- Comment on voit la couronne.
- — C’est lors de l’éclipse de 1860 que la couronne fut reconnue décidément comme appartenant au Soleil. Le Français de Londres W. de la Rue et le Père Secchi parvinrent à en prendre des photographies, la montrant comme une sorte d’auréole effilochée, de gloire d’argent pâle ceignant le disque éclipsé.
- Depuis ce temps-là, on sait qu’elle constitue la partie supérieure de l’atmosphère solaire, la partie inférieure étant la chromosphère, qui repose directement sur la surface du Soleil, la photosphère
- (%• O-
- Cette couronne est à peu près moitié moins brillante que la pleine Lune, c’est-à-dire 65o 000 fois moins que la photosphère. Prétendre l’apercevoir avec une lunette ordinaire équivaut à vouloir discerner la lueur d’une chandelle posée devant un projecteur d’aviation : d’où l’intérêt des éclipses totales de Soleil, pendant lesquelles le disque lunaire, s’interposant comme un écran entre la Terre et l’astre du jour, laisse juste, en vertu d’un miraculeux hasard des distances célestes, déborder l’anneau coronal.
- Pendant longtemps, afin d’en poursuivre l’examen, les astronomes furent donc obligés d’attendre les éclipses. C’était une étude très incommode et très fragmentaire. En fait, les deux grands spécialistes, A. de la Baume-Pluvinel et l’Américain Mitchell ne purent même pas, dans toute leur carrière, l’observer pendant une demi-heure l
- « Voilà qui est très fâcheux, se dirent donc les savants. Essayons, avec des procédés plus modernes que ceux de La Hire et de Delisle, de voir la couronne en temps normal. »
- C’est à quoi s’employèrent, sous le ciel pur de la Sicile,
- Secchi et Tacchini, puis Haie et Ricco. Mais la couronne resta obstinément invisible.
- Elle fut pourtant vaincue, il y a une dizaine d’années, par M. Lyot, de l’Observatoire de Meudon.
- « Pour voir la couronne, pensa ce grand astrophysicien, il me faut éliminer deux sortes de lumière parasite : celle qui est diffusée par la photosphère, celle qui est diffusée par les pièces optiques. Pour me débarrasser de la première, je m’installerai à l’Observatoire du Pic-du-Midi, à 2800 m. d’altitude; pour supprimer la seconde, j’exigerai des lentilles parfaitement polies et exemptes de défauts. »
- Ainsi naquit le coronographe Lyot, dont la figure 2 montre le schéma, et qui permet, non seulement de photographier la couronne en tout temps, mais encore de cinématographier les protubérances et d’en suivre les ondoyants et souples mouvements.
- La dissection de la couronne a été considérablement perfectionnée par un autre appareil dû au même savant, et qui s’appelle un monochromaleur. M. Lyot le construisit dès 1933, et il fut, ces dernières années, plus ou moins copié à l’étranger, souvent avec assez peu de scrupules. C’est un engin assez compliqué, dans lequel les rayons solaires sont d’abord polarisés (1) puis amenés à interférer ; ces interférences rappellent l’expérience des anneaux de Newton et se résolvent en une demi-douzaine de raies brillantes colorées. M. Lyot s’est arrangé pour que ces raies coïncident avec les principales raies du spectre solaire, notamment avec deux raies particulières au spectre coronal, l’une rouge, de longueur d’onde 6 374 angstrôms (2), l’autre verte, de 5 3o3 angstrôms. On peut alors photographier la couronne à travers l’une de ces raies, comme le fit le savant astronome en 1939 au Pic-du-Midi : « Quatre clichés des bords Est et Ouest, écrit-il, pris le 10 août 1939 avec les radiations 5 3o3 et 6 374 montrent la couronne rouge très différente de la couronne verte ; les jets rouges et verts partent en général des mêmes points du Soleil, mais les premiers sont plus fins que les seconds et paraissent suivre des trajectoires différentes (3). » En 1941, M. Lyot fit mieux encore : il prit des films en vert et en rouge, avec une caméra disposée de façon à enregistrer à la fois deux images de la couronne et une image des protubérances (fig. 7). On aura une idée du travail que ces films représentent en apprenant que la prise de vue n’était point automatique, et que l’inventeur accomplit, un jour, 12 h. de prise continue et i3 le lendemain !
- Le rébus du spectre. — a Voilà qui va bien, dira le lecteur exigeant, mais j’aimerais savoir de quoi est faite cette couronne. Est-ce une atmosphère de gaz, comme celle de la Terre ? »
- 1. C’est-à-dire que leurs vibrations ne s’exercent plus que dans un seul plan.
- 2 L’angstrôm vaut 1/10 000 000 de mm.
- 3. C. R. de VAcad. des Sc., 16 juin 1941.
- Couronne
- Globe solaire
- Fig. 1. — L’atmosphère du Soleil.
- Sur la photosphère, qui recouvre le globe solaire, reposent successivement la chromosphère — dont la partie la plus basse est la couche renversante et la couronne.
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- Fig. 2. — Le cororiographe Lyot.
- L’image du Soleil formée par la lentille L se projette sur le petit disque D-Ce disque en intercepte la partie centrale, et l’image de l’atmosphère solaire parvient seule à la lentille L'. Après passage dans le diaphragme iris I et la lentille O, l’image est enfin recueillie par la plaque photographique P.
- S’il s’agit d’un gaz, il est, à coup sûr, singulièrement subtil, puisque la comète de i843 put le traverser et y parcourir 5oo ooo km. sans être déviée le moins du monde. D’ailleurs, comme la température paraît y être de l’ordre du million de degrés, il faut admettre que les molécules de ce gaz éventuel sont dissociées en leurs atomes constitutifs — comme si, par exemple, dans un nuage de vapeur d’eau, les molécules d’eau étaient disloquées en atomes d’hydrogène et en atomes d’oxygène vagabondant séparément.
- « Que n’interrogez-vous le spectre, réclamera-t-on; il vous dira ce qu’il y a dans cette atmosphère. »
- Or, c’est justement là le nœud du problème.
- On possède depuis longtemps le spectre de la couronne (fig. 8). C’est un méli-mélo assez embrouillé, où l’on distingue d’abord des raies sombres, comme dans le spectre solaire habituel, raies qui disparaissent d’ailleurs progressivement lorsqu’on s’approche à moins de b' du bord du disque solaire, puis une série de quelque 25 raies brillantes. Les raies sombres d’absorption s’expliquent facilement : elles proviennent tout simplement de la lumière solaire réfléchie. Mais les raies brillantes d’émission posent une bien autre énigme.
- À première vue, celle-ci ne semble pas indéchiffrable :
- « Il y a belle heure, dira-t-on, que les chimistes ont produit en laboratoire les spectres de toutes sortes de corps, et en ont noté les raies. Ils savent, par exemple, que le spectre de l’hydrogène se traduit par quatre raies principales, de longueur d’onde
- 6 563, 4 86i,4 34i et 4 102 angstrôms; le calcium par trois raies, de 5 270, 4 3o8 et 4 227 angstrôms, etc. Il n’y a qu’à mesurer les longueurs d’onde des raies coronales, et fouiller les catalogues de spectres pour savoir à quels corps elles correspondent. »
- Eh bien ! Elles ne correspondent à rien du tout. Rappelons-nous l’aventure de l’hélium... ».
- Cette aventure remonte à 1868, lorsque Janssen et Loc-kyer découvrirent, dans le spectre de la chromosphère, une raie jaune que personne n’avait encore vue et que l’on dut attribuer à un corps nouveau Ce corps n’était autre que l’hélium — ainsi dénommé en raison de sa céleste origine.
- Le malheur est que cette histoire ne peut plus se rééditer aujourd’hui. Le tableau des corps simples, établi par les chimistes, a toutes ses cases remplies; il n’y a plus de place pour y loger un nouveau venu. Il y a une quinzaine d’années, on crut pourtant bien qu’un intrus allait pénétrer de force : on avait reconnu, dans le spectre des nébuleuses gazeuses, deux raies vertes suspectes et, comme on ne savait d’où elles venaient, on leur avait accordé, pour origine, un corps mystérieux, le nébulium. Las ! En 1927, l’Américain Bowen montra qu’elles trahissaient tout bonnement des corps légers, tels l’oxygène....
- « L’oxygène? proteslera-t-on. Mais l’oxygène n’est nullement un corps mystérieux, et il y a beau temps que les chimistes en connaissent le spectre. »
- Fig. 4. Comment on monta les appareils à l’Observatoire du Pic,
- L’Observatoire est situé tout au sommet de cette montagne. La caravane que l’on voit y transporte les pièces du coronographe.
- Le plus étrange est, au contraire, qu’en étudiant au laboratoire le spectre de l’oxygène, jamais on ne parvint à y découvrir ces raies nébulaires... pas plus qu’en faisant défiler devant leur speclroscope toutes les matières possibles, les astronomes n’arrivèrent à reconstituer expérimentalement les raies coronales.
- Raies interdites. — Levons dès maintenant un coin du voile et, pour cela, invitons le lecteur à se pencher sur l’atome.
- Un atome, c’est, on le sait, un noyau positif autour duquel tourbillonnent des électrons négatifs. Par exemple, on peut se représenter un atome de lithium de la façon suivante : autour du noyau gravitent trois électrons, dont deux sur la même orbite intérieure. Cet atome est comparable à un petit moteur, qui développe une énergie E. Mais les électrons ne restent point sagement sur leurs orbites respectives ; il arrive qu’ils sautent brusquement de l’une à l’autre, que l’un des électrons intérieurs, par exemple, s’aiguille soudain sur l’orbite extérieure. On dit alors que l’atome est excité, et le moteur fournit une quantité d’énergie un peu supérieure, que nous désignerons par EL Mais il ne reste pas longtemps à l’état excité. L’électron gravite sur une orbite illégale, et il a hâte de revenir à sa trajectoire normale. Quand il y revient, l’atome' passe de l’énergie E' à l’énergie E; il perd donc un peu d’énergie. Ce rabiot s’enfuit sous forme d’énergie lumineuse, qui se métamorphose en une radiation, en une raie spectrale.
- Les électrons des atomes ont, en général, plus de deux orbites à leur disposition, de sorte que la différence E'—- E peut revêtir des valeurs diverses ; la quantité d’énergie lumineuse émise varie donc beaucoup — ce qui signifie que la couleur de la radiation, de la raie, dépend des deux orbites entre lesquelles
- Fig. 3. — Le premier coronographe Lyot.
- L’appareil est monté sur l’équatorial de l’Observatoire du Pic du Midi.
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- Fig. 5. — L’Observatoire du Pic du Midi.
- gambade l’électron. Mathématiquement, le nombre d’ondes par centimètre que contient cette radiation est égal à la différence des deux termes spectraux T et T', qui caractérisent respectivement ces deux orbites.
- Nous venons de dire que l’électron d’un atome excité a grande hâte de retourner sur son orbite coutumière. Dans la plupart des cas, en effet, l’excitation dure moins de i/i ooo ooo de seconde. Mais il peut arriver que l’électron se trouve à l’aise sur sa trajectoire d’emprunt, et qu’il prétende y rester, par exemple, une seconde. Que se passe-t-il alors ?
- Recourons à une parabole. Représentons l’atome excité, par un coureur qui sc propose d’arriver au but en tenant un œuf dans une cuiller. S’il n’y a que quelques passants dans la rue, le système coureur-œuf peut garder son équilibi’e, et le premier a des chances de gagner le prix. Mais s’il doit traverser une foule dense, il est tellement bousculé que l’œuf tombe et que la perspective du prix s’évanouit.
- De même, si le gaz est assez raréfié pour que ses atomes constitutifs soient assez distants les uns des autres, l’atome excité, qui est en équilibre instable, peut se promener sans encombre, et il a le temps de revenir de bon gré, au bout d’une seconde, par exemple, à son état normal ; c’est pendant ce retour qu’il émet sa radiation. Mais si la pression du gaz n’est pas suffisamment basse, les atomes forment une population très dense; l’atome excité ne peut pas se promener longtemps : dès le premier choc, il perd l’équilibre et est contraint de revenir à son état normal sans avoir eu le loisir d’émettre sa raie.
- Fig. 6. — La couronne solaire.
- Voici la première photographie monochromatique de la couronne obtenue sans éclipse, le 10 août 1939, à 9 h. 20, au bord Ouest, avec la raie verte
- (Photo Lyot).
- Or, dans les vides les plus poussés que nous sachions produire, les atomes sont encore tellement nombreux que l’un d’eux ne peut pas parcourir ioo m. sans entrer en collision avec un autre. Il subit un choc à peu près tous les vingtièmes de seconde. Les radiations qui réclament un assez long séjour sur la trajectoire provisoire ne peuvent donc jamais être émises. Elles sont appelées radiations ou raies interdites.
- Il en est ainsi pour une espèce particulière d’oxygène, celui dont chaque atome a perdu deux électrons, c’est-à-dire l’oxygène doublement ionisé. Les physiciens ne savent pas le raréfier suffisamment pour que ses atomes crachent leur radiation : on ne peut donc pas obtenir en laboratoire le spectre de l’oxygène doublement ionisé.
- « Alors, objeclera-t-on, comment se fait-il qu’on l’observe dans les nébuleuses, sous forme de raies du nébulium? ».
- Eh bien, cela nous oblige à penser que les atomes qui constituent le gaz de la nébuleuse sont tellement écartés les uns des
- Fig. 7. -— La couronne photographiée avec le monochromateur Lyot.
- Ces deux belles photographies, prises toutes deux le 3 septembre 1941, celle du haut à 8 h. 5, celle du bas à 8 h. 15, représentent les panaches coronaux du bord Ouest, la première avec la raie verte, la seconde avec la raie rouge
- (Photos Lyot).
- autres que ceux qui sont excites ont tout le temps, entre deux chocs, de revenir à leur état normal en émettant les raies interdites. Et cela nous donne du même coup la clé de l’énigme de la couronne solaire.
- Le mot de l’énigme. — « Peut-être le spectre de la couronne est-il composé de raies interdites? se demanda, en 1038, l’astrophysicien belge Swings. Essayons de le vérifier ». Mais les résultats ne furent guère décisifs : « Les longueurs d’onde que je calcule, remarqua-t-il, correspondent bien à celles des raies coronales ; mais peut-être cette coïncidence est-elle purement accidentelle. » En 1989, l’astronome allemand Grotrian poursuivit les recherches. Elles consistaient à calculer théoriquement les longueurs d’onde des raies interdites de diverses substances, et à., chercher si ces longueurs d’onde correspon-
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- daient à celles des raies coronales. La tâche était d’autant plus ardue qu’il s’agissait de termes spectraux très élevés, à très petite différence. M. Grotrian obtint toutefois, pour le fer
- Fig. 8. — Le spectre de la couronne et des protubérances.
- Ces photographies sont quatre fragments détachés du spectre obtenu au coronographe Lyot. La forme courbe des raies provient de ce que la fente du spectrographe est elle-même circulaire. On aperçoit la raie 5 503 sur la partie 2 (en partant du haut), la raie 5 694 sur la suivante et, sur la dernière, les raies 6 374, Ha (celle de l’hydrogène) et 6 702 (Photo Lyot).
- ......:... ...................... ............- 11 ....... ~"
- 10 fois ionisé, un nombre d’ondes de 12 675 par cm., en excellent accord avec le nombre 12 668 dû à M. Lyot.
- Le problème fut définitivement résolu par l’astrophysicien suédois B. Edlén, à la fin d’avril 1941- Il avait calculé les termes spectraux à partir de données expérimentales, puis extra polé par une méthode encore non divulguée, en se basant sur les valeurs de l’intensité des raies fournies par M. Lyot et par Mitchell.
- Le résultat de ces travaux est extrêmement frappant : toutes ces radiations coronales sont des raies interdites, provenant d’atomes ionisés au moins 10 fois, c’est-à-dire ayant perdu au moins xo électrons. La raie 667/1, par exemple, est celle du fer 10 fois ionisé; la raie 53o3, celle du fer i3 fois ionisé; et
- 11 y en a, comme les raies 36oi et 6702, issues du nickel i4 et i5 fois ionisé!
- La présence de ccs raies exige que la pression du gaz soit de l’ordre de i/'io15 atmosphère : l’écartement des atomes est tel qu’ils peuvent parcourir des milliers de kilomètres avant de se tamponner. Ce vide est une chose excessivement étonnante, mais la formidable ionisation des atomes 11e l’est pas moins. Dans leurs laboratoires, les chimistes ont toutes les peines du monde à dépouiller un atome de 1 ou 2 électrons; par exemple, si l’on voulait arracher 1 électron à chacun des atomes contenus dans un seul gramme de vapeur de potassium, il faudrait dépenser une énergie d’une centaine de kilogram-rnètres, soit à peu près 1 ch. 1/4. Pour leur arracher 2 ou 3 électrons, il faudrait appliquer une énergie beaucoup plus grande. On se doute donc de celle qui doit être mise en jeu dans la couronne pour pouvoir arracher de 10 à 16 électrons. En fait, pour 1 g. de substance, elle varie de 1 890 à 5 3oo kgm., soit de 26 à 70 ch.
- Il reste à se demander où l’atmosphère solaire peut bien puiser celte énergie. Peut-être l’emprunte-t-elle à un rayonnement ultra-violet de courte longueur d’onde, qui, lui-même est peut-être engendré par ces éruptions chromosphériques dont nous parlerons ici quelque jour.... C’est là une nouvelle énigme que les astronomes se préparent à attaquer. Mais ne soyons pas trop impatients, puisqu’un grand pan de mystère vûent déjà de s’écrouler.
- Pierre Rousseau.
- A la Société des Radio-électriciens
- La Société des Radio-électriciens, interdite par les Allemands depuis 19/10, vient de reprendre son activité. Lors de sa première réunion, le 26 novembre, M. Boulliillon, président, a rendu hommage aux disparus : le physicien Ilolwcck, assassiné par la Gestapo, Perroux, autre victime de l’occupation allemande et Betlienod, le savant inventeur, récemment élu à l’Académie des Sciences. Puis, M. Delorainc, ancien directeur des Laboratoires L. M. T., a défini le l'ôle de la recherche dans le domaine de la radio-électricité, en précisant la position résultant de la guerre, les principes d’organisation de la recherche et les programmes d’études,
- La technique l'adio-éleclrique s’oriente nettement vers les ondes ultra-courtes. Au point de vue scientifique et industriel, on remarque surtout la simplification de l’organisation, la suppression des doubles emplois, la mise en commun de l’information cl de la documentation.
- A cet effet, les États-Unis ont créé récemment le Radio Technical Planing Board, comité technique pour l’examen des problèmes du temps de paix : radiodiffusion, télévision, télécommunications, télémesures et autres. C’est l’embryon de l’organisme international de demain.
- Les ondes ultra-courtes s’imposeront-elles dans toutes les
- applications, la radiodiffusion abondonnera-l-elle ondes longues et ondes moyennes ? Verrons-nous s’établir des communications multiplex avec transmission unique sur large bande ? Autant de questions à trancher.
- Déjà, la largeur de la bande passante est diminuée par la suppression d’une des deux bandes latérales de fréquences modulées, système en service sur tous les nouveaux émetteurs.
- Les liaisons en ondes ultra-courtes sont assurées par des pinceaux d’ondes dirigées ou canalisées le long de conducteurs. Sur les i5o km séparant Boston de New-York, i5 faisceaux d’ondes ultra-courtes de 10 km sont montés en cascade. A chaque relais, l’émission reçue par superhétérodyne est retransmise. Mais les ondes ultra-courtes peuvent aussi être véliculées, par câbles coaxiaux et par tubes guides d’ondes, sous forme de courants porteurs. Leur fréquence très élevée permet d’acheminer simultanément toutes sortes de télécommunications : télévision, téléphonie, téléimages, léléjournal et autres.
- Enfin, les ondes courtes trouveront un domaine exclusif dans le radioguidage des avions,, notamment pour les atterrissages et pilotages sans visibilité, indispensables à la sécurité de la navigation aérienne.
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- « = OÜ EN EST LE RÉSEAU FRANÇAIS
- DES ÉMETTEURS DE RADIODIFFUSION
- Au moment où vient de ressusciter la radiodiffusion française, il n’est pas inutile de faire le point. Malheureusement, le bilan que nous allons présenter est sensiblement affecté par les destructions survenues au cours de la libération du territoire. Sur 24 stations, 17 ont été plus ou moins détruites. La reconstruction est en cours et sera poursuivie sans relâche, elle demandera un délai de deux ans environ. La première étape portera sur l’installation, qui sera terminée en juillet ig45, de dix petits émetteurs de 10 kW répartis sur tout le territoire, pour améliorer les conditions de l’écoute. Entre temps, on hâte la réparation des stations de 120 kW de Rennes, Bordeaux, Lyon et Toulouse, qui doit être achevée à la fin de 1945, de même que l’un des centres à ondes courtes de i3o kW établi à Allouis, qui commence déjà à fonctionner partiellement. Dès février 1945, Paris-Yillebon aura retrouvé sa puissance de 120 kW. Enfin, la station nationale à ondes longues d’Allouis sera reconstruite ultérieurement.
- Le réseau français tel qu'il était en 1939. — En
- 1939, le réseau des émetteurs français de radiodiffusion à ondes moyennes et longues se présentait comme l’indique le tableau ci-dessous, Il comprenait des stations d’Etat et des stations privées ; nous y avons également adjoint les trois émetteurs d’Afrique du Nord. Ce tableau synoptique indique la puissance de chaque station en 1939 et celle prévue lors de son
- Tableau des stations du réseau français de radiodiffusion.
- Puissances en kW.
- Longueurs d’onde en m.
- Stations
- En
- Prévue
- En 1939
- Prévue
- Réseau d’Êtat métropolitain :
- Poste national, j Badio-Paris.
- ( Allouis....
- Alpes-Grenoble ..............
- Lyon (Tramoyes) .............
- Paris national (Villebon) ... Marseille-Provence (Réaltort). Toulouse-Pyrénées (Muret)...
- Strasbourg (Brumath) ........
- Limoges (Nieul) .............
- Rennes-Bretagne (Thourie)...
- Bordeaux (Néac) .............
- Nice-Corse (La Brague) ....
- Lille (Camphin) .............
- Montpellier-Languedoc .......
- Tour-Eiffel .................
- Réseau d’Afrique du Nord :
- Alger .......................
- Tunis .......................
- Rabat (Radio-Maroc) .........
- Réseau privé métropolitain :
- Radio-Toulouse ..............
- Poste-Parisien ..............
- Radio-37 ....................
- Radio-Agen .................
- Radio-Cité ..................
- Radio-Normandie .............
- Radio-Méditerranée ..........
- Radio-Bordeaux-Sud-Ouest ...
- Radio-Lyon ..................
- Radio-Nîmes .................
- Radio-Ile-de-France.........
- Radio-Montpellier ...........
- 80
- i5 100 120 100 120 80 o,5 120 60 60 60 o, G 20
- n,5
- 20
- 25
- 60
- 60
- 2
- 2
- 2
- 20
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- 25
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- 100
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- 100
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- 60
- ÔO
- 2
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- 2
- 20
- 25
- 25
- 25
- 2
- 2
- 2
- 1.648
- 5i4,6
- 461
- 431.5
- 400.5
- 386.6
- 34q,2
- 335.2
- 288.5
- 278.6
- 253.2
- 247.3 224
- 206
- 318,8 20a
- 499
- 328
- 3l2
- 36o,6
- 36o,6
- 280.9
- 269.5
- 235.1
- 309.9 215,4
- 201.1
- 219.6
- 309.2
- 1.662
- 256.8
- 460.1
- 398.4
- 384.6
- 363.6
- 334.1 2g5,6
- 271.5
- 249.2
- 266.8
- 241.9 256,8 249,2
- 287,9
- 3i8,i
- 4g4,2
- 283
- 3o6,4
- 202.3
- 306.4
- 236.8 211,3
- 216.8 225,6
- 233.5
- 233.5
- 219.6
- 226.6
- développement ultérieur. Il donne aussi la longueur d’onde en 1939 et celle qui devait résulter, dès mars 1940, de l’application du plan de Montreux.
- Suivant l’ordre chronologique, nous notons successivement les modifications apportées par le plan de Montreux, intéressantes théoriquement bien qu’elles n’aient guère pu être pratiquement appliquées; puis la réalisation du plan Ferrié, la radiodiffusion à ondes courtes, les travaux en cours et en projet, les réalisations complémentaires, enfin les récents progrès techniques de l’émission.
- Modifications résultant du plan de Montreux. —
- A la suite de la Conférence des télécommunications du Caire (1988) et de la Conférence radioélectrique européenne de Montreux (1939), les longueurs d’onde appliquées en 1939 ont été redistribuées selon le plan de Montreux. Ce plan devait entrer en application en mars 1940. Du fait des hostilités, il est pratiquement devenu caduc. Le statu quo est observé jusqu’à l’élaboration de nouvelles conventions internationales.
- En dépit de sa caducité, il convient de retenir du plan de Montreux les intéressantes tendances techniques qu’il révèle et qui ne peuvent manquer d’être à nouveau prises en considération dans un plan ultérieur.
- Ces tendances sont : abaissement général des longueurs d’onde; synchronisation et direction des ondes.
- L’abaissement des ondes vise à décongestionner l’éther par l’augmentation du nombre des « canaux », des chemins de l’éther. Aussi la bande des petites ondes a-t-elle été élargie de 569 à 579 m. et de 200 à 192 m. 9. De nouvelles bandes d’ondes courtes ont été réservées à la radiodiffusion.
- La synchronisation consiste à faire émettre simultanément, par deux ou plusieurs stations, le même programme sur la même longueur d’onde, afin d’améliorer le rendement du nombre des longueurs d’onde disponibles — il y en 110 en petites ondes pour la radiodiffusion.
- Pour la France, la synchronisation prévue au plan de Montreux devait porter sur les stations suivantes :
- Radio-Agen et Poste Parisien .............. 30G m. 4
- Grenoble, Montpellier, Nice-Corse ......... 286 m. 8
- Tour Eiffel, Bordeaux P. T. T.............. 249 m. 2
- Radio-Lyon, Radio-Nîmes ................... 233 m. 5
- Bordeaux-Sud-Ouest, Radio-Montpellier... 228 m. 6
- En outre, pour éviter les interférences avec d’autres émissions européennes, le rayonnement des trois stations suivantes :
- Toulouse-Pyrénées ....................... 363 m. 6
- Limoges .................................. 298 m. 6
- Radio-Normandie ......................... 211 m. 3
- devait être limité respectivement dans les directions du nord-est, de l’est-nord-est et de l’est-sud-est.
- Il devait en être de même pour les stations d’Afrique du Nord :
- Alger ................. 287 m. 9 11 kW. 5
- Tunis ................. 318 m. 1 20 kW.
- dont les rayonnements étaient respectivement limités au nord-nord-est.
- En résumé, le plan de Montreux, dernière convention européenne de radiodiffusion, permettait à la France de disposer des longueurs d’onde suivantes :
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- 13
- Ondes exclusives ................. 4
- Ondes communes .................. 10
- Ondes synchronisées exclusives. 3 (pour S stations)
- Ondes synchronisées communes. 4 (pour 10 stations)
- Soit au total 21 longueurs d’onde pour 28 stations et 3 relais.
- Bien qu’à l’époque elle eût fait l’objet d’un certain nombre de réserves, celte répartition de Montreux offrait, pour la diffusion de la pensée et de l’art français, de larges possibilités de rayonnement.
- La réalisation du « plan Ferrié ». — Le réseau français des émetteurs de radiodiffusion a été conçu en 1933 suivant un plan d’ensemble dû au général Ferrié et qui porte son nom.
- Selon ce plan, on devait entreprendre la construction de 12 stations à ondes moyennes appelées « stations régionales », dont la puissance s’échelonnait entre 60 et 120 kW dans l’antenne. E n outre, la station de Radio-Paris de 80 kW devait être remplacée par un émetteur national à ondes longues, dont la puissance fut fixée à 900 kW et réalisée par deux émetteurs de 45o kW jumelés.
- A u moment de la déclaration de guerre, fin août 1939, le plan Ferrié était en bonne voie de réalisation. Le réseau comporte une station nationale à grande puissance (Allouis, 900 kW) ; quatre stations régionales de 120 à 200 kW (Paris, Rennes, Bordeaux, Toulouse); trois stations régionales de 100 à 200 kW (Lyon, Limoges, Mar-selles) ; deux stations régionales de 60 kW (Lille et Nice). On a prévu en outre un certain nombre de stations à ondes moyennes de moindre puissance (20 à 25 kW), destinées à servir de secours aux émetteurs principaux ou à relayer leurs émissions dans les régions où leurs émissions est médiocre.
- Parmi ces stations, nous signalerons celles de Quimerch (Finistère) et d’Ennezat (Puy-de-Dôme), dont les travaux sont très avancés et qui contribueront à améliorer l’audition dans les provinces mal desservies de Bretagne et du Massif Central. Pour ce qui concerne les Pyrénées, la Lorraine et la Vendée, l’emplacement des émetteurs complémentaires a déjà été déterminé approximativement par des études sur cartes et par des mesures de champ.
- Ajoutons que le réseau métropolitain doit être complété par deux stations d’Afrique du Nord : celle de Tunis (120 kW) mise en service en 1940 et celle d’Alger (100 kW) en construction.
- Au réseau de radiodiffusion privé, il convient d’ajouter la station de Radio-Andorre, mise en service en 1939, et pour laquelle des solutions techniques hardies ont été trouvées — telles que l’antenne tendue entre deux montagnes et le feeder à haute fréquence de 700 m de hauteur — et la station de Radio-Monte-Carlo, exploitée depuis la guerre.
- La première réalisation en ce domaine, destinée à assurer la liaison entre la métropole et ses possessions d’outre-mer, a été le Poste colonial de Pontoise (10 kW) construit en 1931 à l’occasion d e l’Exposition internationale coloniale de Paris et fonctionnant sur 19 et 25 m de longueur d’onde.
- Dès 1937, le Centre provisoire des Essarts-le-Roi offrait la possibilité d e n o m bi r e u s es émissions dans toutes les directions et avec une puissance d e 25 kW en onde porteuse sur les bandes de 16, 19, 25, 3i et
- 49 m.
- Conçu en 1935 et réalisé à Allouis (Cher), le Centre d’émission colonial définitif commençait à fonctionner en août 1939 et fut achevé en 1941.. Il possède les émetteurs les plus puissants du monde, donnant 100 kW sur xG m et i45 kW sur 49 m de longueur d ’onde.
- Les émissions de ce centre sont effectuées sur 19 m. 68 et 25 m. 33 avec des antennes en losange déterminant une ouverture du faisceau dirigée de l’ordre de 25° au total. Les faisceaux sont projetés dans les directions suivantes : Indochine ; Syrie et Madagascar; Algéi’ie, Tunisie et Afrique Équatoriale Française; Algérie, Maroc et Afrique Occidentale Française; Antilles et Amérique du Nord (côte est) ; Saint-Pierre et Miquelon et Amérique du Nord (côté ouest).
- Le centre plus récent d’Issoudun comporte trois stations identiques, susceptibles d’émettre simultanément 4 émissions de 80 à i3o kW et dispose de 10 à i5 antennes combinées selon les nécessités du '.rafle. Il s’ensuit que le centre peut effectuer
- Radiodiffusion en ondes courtes.
- Radio-Normandie
- Pontoise O.C.
- .Cité JP
- R Ile-de-France
- Strasbourg
- les Essarts
- le-Roi
- Rennes
- Canada
- Amérique du.
- Indo Chine
- ^llouisO.C)
- Poste
- National'
- AnüUes
- Algérie
- Maroc
- A.O.F.
- Algérie Tunisie A E.F.
- Ennezat
- Limoges
- À PRadio-Ly<
- Bordeaux
- Grenoble
- Bordeaux-Sud-Ouest
- Radio-Ag
- Radio-Toulouse . N'm<f. j) Montpellier q r*
- o) Poste National (Allouis
- Radio-»
- (§) Station de 60 à 120 kw.
- O Station de moins de 60kw. • Station relais Station à O.C.
- A Station de télévision
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- simultanément 12 émissions sur 3o à 45 antennes. La puissance des machines installées est de 2 5oo kW par émetteur.
- D’autres émetteurs à ondes courtes ont été installés sur les terrains de Réaltort, près de Marseille, et de Muret, près de Toulouse. Cette dernière station de 26 kW émet sur 25 m 33.
- Travaux en cours pour le développement du plan Ferrié. — Le programme des travaux de la radiodiffusion est très vaste et son ensemble a été chiffré à une dépense de 1 217 millions de francs, dont 319 seulement ont été absorbés par les tranches de travaux antérieures à iq44. Pour l’année 1944, on a prévu une dépense de 231 000 000 et il reste encore, sur les exercices ultérieurs, à investir 6G7 000 000 fr.
- Les constructions en cours ou à venir pour les stations de radiodiffusion sont les suivantes :
- Paris-Mondial (108 millions pour le bâtiment ; 172 millions pour l’émetteur) ;
- Poste national (2,6 millions pour la station ; 4,8 pour l’émetteur) ;
- Bordeaux (4,7 millions pour la station ; 4,8 pour l’émetteur) ;
- Grenoble (1,7 million pour l’émetteur) ;
- Limoges (3,6 millions pour la station ; 4,9 pour l’émetteur) ;
- Montpellier (0,2 million pour la station) ;
- Tunis (3,S millions pour l’émetteur) ;
- Alger (13 millions pour l’émetteur) ;
- Rabat (13 millions pour l’émetteur) ;
- Stations d’Afrique du Nord (10 millions) ;
- Réseau de radiodiffusion africain (2,4 millions).
- En outre, le budget des stations comprend encore :
- Station expérimentale à ondes très courtes (0 millions pour les bâtiments ; 6,0 millions pour les émetteurs) ;
- Émetteur à ondes moyennes (43 millions pour la station ; 15 millions pour l'émetteur) ;
- Émetteurs supplémentaires avec synchronisations diverses (34 millions) ;
- Réseau des émetteurs synchronisés (37,8 millions) ;
- Émetteurs expérimentaux à modulation de fréquence (0 millions).
- Réalisations complémentaires. — Le programme des travaux ne concerne pas que des stations de radiodiffusion. Sans doute celles-ci ont-elles la priorité, mais on a prévu en outre maintes réalisations complémentaires, qui sont les suivantes :
- Un centre de contrôle à distance des émissions analogue à celui de l’Union internationale de Rndiodifîusion à Bruxelles (7 millions) ;
- Un service de réception des émissions radioélectriques (45 millions) ;
- Un laboratoire do réception et d’émission spécial pour la radiodiffusion (5 millions) ;
- Des « maisons de la radio » à Paris, Bordeaux, Bourges, Dijon, Limoges, Lyon, Marseille, Rennes, Rouen, Strasbourg, Toulouse (312 millions pour les bâtiments, 120 pour l’équipement) ;
- Un théâtre radiophonique (20 millions) ;
- Des studios provisoires (16 millions) ;
- Un équipement mobile pour prise de son (17 millions) ;
- Des études de prototypes d’appareils de sonorisation (haut-parleurs de qualité) (300 000 fr.).
- Des câbles téléphoniques spéciaux à fréquence de coupure élevée, reliant les émetteurs aux studios (8,6 millions) et le centre de modulation de la capitale aux studios, de Paris (2 millions).
- La télévision figure au programme pour les réalisations suivantes : studios (3o millions) ; bureaux (3o millions) ; équipement de la station de Paris (42,5 millions); essais de matériel des stations de télévision de Bordeaux, Lille, Lyon et Marseille (2 millions) ; matériel de prise de vue (2 millions).
- En conclusion, la réalisation de l’ensemble du programme sc chiffre pour les stations par 667 millions, dont x44 seulement ont été absorbés par les exercices antérieurs; pour leur équipement et leur outillage, par 55o millions, dont 175 pour les années précédentes.
- Récents progrès techniques à l’émission. — Les progrès techniques réalisés à l’émission depuis quelques années portent sur les principaux points suivants : systèmes de modulation à haut rendement ; antennes spéciales (antifading) diminuant l’effet d’évanouissement des ondes; synchronisation des émetteurs à ondes moyennes ; alimentation et installations auxiliaires.
- x. Systèmes de modulation à rendement élevé. — Pour dépasser un rendement global de 20 pour 100 dans les émetteurs, tout en conservant un taux de modulation compatible avec la qualité musicale, on est conduit à employer des méthodes supérieures aux procédés normaux.
- C’est ainsi que, dès ig3i, on a appliqué à la station de Radio-Paris la modulation à déphasage, qui, perfectionnée sur les émetteurs de Lille, Rennes et Paris, a abouti au système dit amplitude-phase, en usage sur l’émetteur national d’Allouis et sur celui de Bordeaux-Néac. Sur d’autres stations, on a également employé avec succès la modulation multiple, la contre-réaction et la réaction anodiique négative. Le tableau ci-dcssous résume les rendements obtenus dans quelques grandes stations :
- Stations Puissance antenne en kW. Procédé de modulation Puissance absorbée en kW. 3 5 c c nd û a o; 6 U <U 0 t£) Z s | global ) centièmes ||
- Émetteur national
- (Allouis) . goo Amplitude-phase .... 2.000 62 36
- Toulouse nalional
- (Muret) .. 120 Haute fréquence mo-
- dulée 665 27 18
- Rennes national
- (Th mi 7*i p.) 120 Déphasage 61 33,5
- Marseille national
- (Réaltort) 120 Modulation multiple. 435 00 27,5
- Lyon national I (Tra-
- rnoyes) . 100 Modulation de grille
- avec contre - réac-
- tion 465 36 21,5
- Lyon national II (Tra-
- moyes) .. 20 Modulation d’anode
- avec réaction néga-
- tire 9^ 65 32,5
- Dans les stations modernes, le rendement global est donc à peu près double de celui atteint dans les anciennes (voir Toulouse-Muret, modulation à haute fréquence modulée).
- 2, Antennes atténuant l'effet d’évanouissement. — On
- accroît le rayon de réception agréable d’une station en réduisant son rayonnement zénithal, cause d’interférences entre ondes directes et ondes réfléchies, qui se traduisent par un évanouissement. A cet effet, on se sert d’antennes d’émission demi-onde, verticales, qui doublent parfois la portée de l’émetteur. La répartition du courant dans l’antenne et la forme de la radiation sont réglées au moyen d’éléments variables, par exemple d’un mât télescopique. Celle solution mécanique n’est valable que pour les ondes moyennes de 260 à 55o m. Pour les grandes ondes, on utilise des antennes multiples espacées sur le terrain : telle est la solution originale adoptée pour le poste national d’Allouis, dont nous donnerons prochainement la description.
- L’antenne demi-onde est constituée par le pylône lui-même, monté sur rotule et séparé du sol par des isolateurs à haute tension. Il est maintenu par des haubans coupés d’isolateurs. La partie terminale supérieure est une capacité variable consti-
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- tuée par trois bras articulés (Tunis, Bôrdeaux-Néac, Radio-Cité). Les pylônes de Nice et de Limoges possèdent, des capacités terminales fixes. Les antennes demi-onde de Paris national, Marseille, Rennes sont distinctes des pylônes.
- 3. Synchronisation des émetteurs. — La synchronisation de stations émettant sur la même longueur d’onde a été préconisée par la Conférence de Montreux pour décongestionner l’éther. A la synchronisation par ligne, on préfère en France la synchronisation radioélectrique préalable qui économise les câbles. Un premier réseau synchronisé expérimental à 776 kHz (386 m. 6, onde de Toulouse-Pyrénées), groupant les stations de Paris-Villebon II, Lyon, Marseille et Toulouse, a été mis en service en 1941.
- Un second réseau synchronisé sur 890 kHz. comprendrait les stations de Limoges-Nieul, Lille et Quimerch (Finistère).
- Quelques minutes avant d’émettre, les stations secondaires notent sur l’indicateur de battements l’écart entre leur fréquence propre et celle de l’émetteur de référence et utilisent leurs condensateurs de correction pour rétablir le synchronisme.
- ..: .. —...............r.......—.........- 15 —............=
- L’une quelconque des stations peut servir d’émetteur-guide. Pour une période de 6 h d’émission consécutives, la stabilité de fréquence obtenue sans aucune retouche ultérieure des réglages est supérieure à 1/10 000 000e.
- 4. Alimentation. — La tendance est au remplacement des groupes moteurs-générateurs par des installations statiques. Le chauffage des filaments est généralement pratiqué en courant continu au moyen de redresseurs secs. Les polarisations et tensions anodiques sont obtenues par des redresseurs secs ou à vapeur de mercure. Le refroidissement des lampes par ventilation forcée est maintenant pratiqué, surtout pour les émetteurs mobiles, jusqu’à des puissances de 20 à 3o kW.
- Afin de fixer les idées, nous consacrerons un prochain article à la description de la plus belle et de la plus puissante station de radiodiffusion du monde : le poste national de 900 kW. édifié à Allouis, preuve tangible que la construction radioélectrique française est toujours en tète du progrès.
- Michçl Adam, Ingénieur E. S. E.
- La Science et la Guerre
- Les prévisions météorologiques
- et le débarquement de Normandie.
- Les Romains consultaient les augures avant d’engager une grande bataille. Les généraux d’aujourd’hui consultent les météorologistes. La situation météorologique, on le comprend aisément, réagit fortement sur l’efficacité des armes modernes : avions et chars notamment ; elle influence toute la conduite des opérations. Aussi les renseignements météorologiques que publiaient autrefois les journaux de tous pays sont-ils p'assés aujourd’hui au rang des secrets militaires : ils servaient de base en effet aux prévisions du temps et aucun des belligérants n’a d’intérêt à faciliter ce travail à son adversaire.
- La météorologie a joué un grand iôlc dans la fixation de la date du mémorable débarquement des Alliés le C juin 1944 sur les côtes de Normandie. M. Allan A. Michie, dans the Rcaders Digcst relate les délibérations qui ont précédé ce grand événement.
- Nous sommes aux premiers jours de juin : tous les préparatifs sont achevés : d’innombrables embarcations, la plupart de type spécial, se pressent dans les ports anglais de la Manche; un matériel gigantesque y est en cours de chargement; les troupes sont rassemblées à proximité des points d’embarquement ; elles ont été minutieusement entraînées à l’assaut des défenses allemandes. L’aviation alliée pilonne déjà, en France, les ouvrages du fameux mur de l’Atlantique et tous les nœuds de communication de Bretagne, de Normandie et de Picardie. Le général Eisen-liower, commandant en chef des Armées alliées, avait décidé, df-s janvier 1944, que l’invasion aurait lieu entre les 3 et 10 juin. Restait à fixer le jour J du débarquement : pour le succès de l’opération, la marine demandait une mer peu agitée, l’aviation un ciel clair ou tout au moins un plafond élevé. Pour les parachutages, pour les débarquements aéroportés, pour la lutte contre les avions de chasse de nuit de la Luftwaffo il fallait en outre une nuit de pleine lune; il fallait enfin une marée basse 3 h. avant le lever du jour pour découvrir les obstacles immergés par l’ennemi sur les plages et les soumettre à un tir de démolition.
- Dans la soirée du 3 juin, le général Eisenhower réunit un conseil de guerre pour fixer la date et l’heure fatidiques. Y assis-
- tent l’Air chief Marshal Sir Arthur Teddet ; l’Air chief Marshal Sir Trafford Leigli Mallory, commandant en chef des forces aériennes expéditionnaires, l’amiral Ramsay, commandant les forces navales et trois officiers supérieurs des services météorologiques anglais et américains. Les prévisions de ces derniers ne sont pas favorables : le temps s’est gâté sur les côtes de la Manche et sur la France : vents AÛolents, mer agitée, mauvais plafond pour les avions. Le débarquement sera difficile, et l’aviation alliée ne pourra déployer son immense supériorité sur celle de l’ennemi. Aucune décision n’est prise ce soir-là.
- Un nouveau conseil est réuni le matin suivant à 4 h. 30. Les météorologistes confirment leur avis de la veille et l’on décide de retarder le débarquement de 24 h. Mais si le temps reste mauvais il faudra remettre l’opération à un mois; car après le 6 juin on ne retrouvera plus que le mois suivant la pleine lune et la marée favorable.
- Après des entretiens avec le premier Ministre Churchill, avec le général Smuts et le général do Gaulle, le général Eisenhower réunit une fois de plus son conseil de guerre dans la soirée du 4 juin à 9 h. Les météorologistes, consultés séparément, sont maintenant un peu plus optimistes. Une amélioration continue du temps est probable dans les 48 h. qui vont suivre. Le général en chef et ses adjoints hésitent à risquer leur enjeu sur une carte aussi incertaine. Ce soir-là aucune décision n’est encore prise.
- Le lendemain 3 juin à 4 h. 30, nouveau conseil de guerre où assistent en plus le général Montgomery et les chefs d’État-Major des armées de terre, de mer et de l’air. Le premier officier météorologiste est introduit : il confirme sa prévision de la veille, le beau temps approche; il sera là peut-être dans 12 h. mais peut-être aussi dans un jour ou doux seulement. Les deux autres spécialistes questionnés séparément donnent un avis identique. Donc probabilité de beau temps, sans aucune certitude. Les risques de l’entreprise immédiate sont grands ; ceux de l’ajournement ne le sont pas moins.
- Le général Eisenhower consulte ses subordonnés et prend alors sa décision : le jour J sera le G juin 1944. On sait ce qu’il en advint.
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- Les Livres nouveaux
- Coup d’œil rétrospectif.
- Pour reprendre cette rubrique, nous voudrions jeter rapidement un coup d’œil d’ensemble sur la littérature scientifique et technique au cours des lourdes années de l’emprise allemande.
- Malgré des difficultés de tous genres, et qui sont allées continuellement en s’aggravant, l’édition française n’est pas restée inactive ; elle a donné le jour à nombre d’ouvrages fort honorables. L’ennemi ne paraît pas être beaucoup intervenu dans ce domaine.
- La plupart des ouvrages publiés sont des ouvrages de vulgarisation ; ils offraient au public le plaisir d’une lecture instructive en même temps qu’une diversion à l’asphyxiante propagande répandue sans relâche dans la presse, dans la littérature, au théâtre, à la radio, etc. Ils ont donc rendu de grands services, grâce à leurs qualités, ils continueront à en rendre.
- Les ouvrages consacrés à des travaux originaux ont été beaucoup plus rares et cela s’explique aisément, Nos savants et nos chercheurs ont été placés dans des conditions de travail fort difficiles : laboratoires désorganisés, certains évacués ou occupés par l’ennemi, d’autres privés de leurs animateurs emprisonnés, parfois torturés, ou même exécutés ; bien des jeunes travailleurs tombés sur les champs de bataille, prisonniers ou traqués. Il a été publié cependant quelques très bons ouvrages que nous avons déjà signalés ou sur lesquels nous reviendrons.
- Mentionnons ici notamment : La France physique de Em. de Martonne (tome VI de la Géographie universelle) chez Armand Colin, la Croissance des végétaux cultivés de À. Demolon, chez Dunod, le premier volume du grand Traité de chauffage de M. Véron, à la même librairie ; le beau travail de Rociion-Duvigneaud sur les Yeux des Vertébrés, chez Masson et Ci0 ; le premier volume d’un ouvrage pratique de Séguy sur le Microscope ; et du même auteur le tome II de ses Etudes sur les Mouches parasites, chez Paul Lechevallier, Citons encore Les Sciences de la vie aux xvn° et xvme siècles, de Guyénot, chez Albin-Michel.
- La Librairie Polytechnique Béranger a publié plusieurs feuilles de la Carte géologique de France et les notices correspondantes.
- Arrêtons là cette énumération et passons aux ouvrages de vulgarisation :
- Citons tout d’abord dans la Collection « Les Sciences d’aujourd’hui », chez Albin Michel, le très beau livre de Louis de Broglie intitulé Continu et discontinu en
- physique moderne. Cette même collection a publié déjà 7 ouvrages, tous de grande valeur. Dans la collection « L’Éducation par la Science », également chez Albin Michel, il faut citer aussi La Mécanique et la Gravitation universelles de Éjiile Bon eu efr les Eléments de Chimie de
- G. ClIAMPETIER.
- Les Presses Universitaires de France ont été particulièrement actives. Elles ont lancé, sous la direction do P. Angoul-vent, une collection de petits ouvrages de vulgarisation intitulée Que sais-je ? qui a été fort bien accueillie du public. Elle ne compte pas moins de 1G7 volumes. Cette même librairie a publié un grand nombre d’ouvrages, traitant de science économique, d’histoire et de philosophie. Elle a eu le courage de rééditer les œuvres du philosophe Bergson.
- La librairie Armand Colin a continué, mais un peu au ralenti, sa si utile Collection de vulgarisation. Elle y a publié 7 ouvrages.
- Chez Paul Lechevallier il a été publié 5 volumes de la Faune de France et 4 tomes de la collection Savoir en Histoire naturelle.
- Chez Payot signalons le beau livre de notre collaborateur Forbin sur Le Caoutchouc dans le monde, aussi intéressant qu’un roman, chez Hachette les deux ouvrages de Pierre Rousseau sur Mars et sur la Lime, ainsi que celui de Jean Rostand sur La Genèse de la Vie, chez Larousse, le curieux Mystère des Nombres et des Formes de M. Boll.
- Les Éditions N. Boubée ont enrichi de 4 ouvrages leur précieuse collection de Petits Atlas illustrés d’histoire naturelle : Les Mammifères de P. Rodes, Les Oiseaux de DELAPcniER, Les Amphibiens et
- Reptiles de F. Angel, Les Poissons de Bertin et Pellegrin.
- Ce court aperçu montre que le bilan des années 1940-1944 est des plus honorable. Il fait présager un brillant renouveau du livre scientifique français.
- Mais que de difficultés matérielles à surmonter ! La plus redoutable reste la crise du papier.
- INFORMATION
- LES PRIX NOBEL DES SCIENCES EN 1944
- Lo prix Nobel de physique est partagé entre M. Otto Stern, professeur à l’Institut Carnegie de Pittsburg, et M. Isodore Rabi, professeur à l’Université Colombia (États-Unis).
- Le Dr Stern est connu par sa découverte des propriétés magnétiques des atomes. Ses études sur ce sujet, en collaboration avec Gerlach, remontent à 1921. Le Dr Rabi a inventé une méthode d’enregistrement de ces propriétés magnétiques des atomes.
- Le prix de chimie est partagé entre MM. Doisy et Dam, pour leur découverte de la vitamine K qui existe dans le foie du porc, dans les semences de chanvre, dans les tomates et le chou et dont la carence cause, chez la poule, de l’anémie, des états hémorragiques et une diminution de la vitesse de coagulation du sang.
- Les prix de médecine vont à MM. J. Erlanger et II. Gasser de l’Institut Rockefeller pour leurs travaux en commun sur les fibres nerveuses.
- PRIX DE L'ABONNEMENT 1945 (24 numéros)
- France et Colonies : six mois : 100 francs; un an : 200 francs Etranger : un an : 240 francs, 250 francs suivant les pays Prix du numéro : 10 francs
- Règlement par chèque bancaire ou chèques postaux (compte n° 5gg Paris)
- Les abonnements souscrits en 1942, et interrompus en février de la même année, sont valables pour l'année 1945 'entière. Il ne sera pas tenu compte des deux
- numéros servis en 1942.
- Pour tout changement d'adresse, joindre la bande et cinq francs.
- MASSON et C9, Editeurs,
- 120, BOULEVARD Sf-GERMAIN, PARIS VI9
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l'indication d'origine.
- Le gérant : G. Masson. —masson et cie éditeurs, paris — dépôt légal : ier trimestre ig.45, n° i44-
- BARNÉOUD FRÈRES ET Cle IMPRIMEURS (3lt>566), LAVAL, K° l88. — 1-1945.
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- SOMMAIRE
- Le Muséum national d’Histoire Naturelle pendant
- l’occupation allemande, par Jacques BOYER ... 17
- Dernières nouvelles des rayons cosmiques, par
- Pierre ROUSSEAU............................... 21
- La science et la guerre : Les Fusées............ 23
- La reconstruction rapide des ponts français bombardés ou dynamités, par J. de la CERISAIE ... 24
- Brémontier et le gaz, par Amédée FAYQ.L. .... 26
- Les Carburesdes Métaux durs et la guerre moderne,
- par Lucien PERRUCHE..........................
- La pêche de la Morue en Norvège, par R. ROMA-NOVSKY.........................................
- Comment utiliser la Carotte, par H. LECLERC
- Récréations mathématiques, par H. BAROLET .
- Les Livres nouveaux............................
- 27
- 28
- 30
- 31
- 32
- LE MUSEUM
- ONAL
- D'HISTOIRE NATURELLE
- PENDANT L'OCCUPATION ALLEMANDE
- Quelle fut la vie du Muséum national d'Histoire Naturelle de Paris pendant l’occupalion allemande depuis ig4o jusqu’à la Grande semaine de la Libération (19-27 août iq44), voilà la question que nous avons été poser à son directeur, M. Achille Urbain et à quelques-uns de ses collaborateurs ?
- Avec un vif sentiment de plaisir et une pointe de légitime fierté, le savant zoologiste me répondit au début de notre entretien :
- « Vous pouvez annoncer aux lecteurs de La Nature que toutes nos belles collections furent heureusement préservées. Le public a continué, durant ces tristes années d’esclavage national, de visiter le vénérable Jardin des Plantes, nos splendides galeries où s’entassent, depuis plus de trois siècles, les sujets les plus représentatifs des espèces animales ou du règne minéral, nos serres avec leurs spécimens caractéristiques des flores européennes ou tropicales, notre populaire Parc zoologique de Vincennes dans lequel vécurent, sans se douter des luttes humaines, tant de placides et curieuses bêtes et enfin notre plus récente annexe, le splendide Musée de VHomme, œuvre du Professeur Rivet.
- ce Ne croyez pas cependant que la place de conservateur de ces trésors fut de tout repos. A chaque instant, il fallut d’abord s’ingénier pour éviter l’envoi en Allemagne d’une trentaine de gardiens, jardiniers ou autres employés. En étroite et patrio-
- N° 3080 15 Janvier 1945
- tique liaison avec les bureaux de la préfecture de la Seine, j’ai pu faire établir de faux certificats d’agriculteurs. Aussi notre indispensable personnel est resté en place, ce qui a facilité la
- Le Numéro 10 francs
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- marche à peu près normale de nos services pendant les longs jours des hostilités. Par contre, M. C. Arambourg, professeur de Paléontologie, fait prisonnier en 1940, n’est revenu qu’au bout d’un an, M. Roger Ileim', sous-directeur du Laboratoire de cryptogamie est encore déporté en Allemagne ainsi que M. Benoit, boursier du Muséum, qui préparait son doctorat ès sciences naturelles. Quant à nos immeubles, ils restèrent à peu près indemnes. Deux modestes logements d’habitation et le Laboratoire de physiologie furent seuls sérieusement endommagés, lors du bombardement du 26 août ig44 ».
- Enfin m’assura M. Urbain, ses rapports avec les organismes scientifico-germaniques restèrent, corrects afin de justifier le proverbe ce l’exception confirme la règle » !
- De son côté, l’alimentation des pensionnaires posa d’importants problèmes de ravitaillement durant cette période. Les chiffres suivants permettent de s’en rendre compte.
- Les Jardins et les Serres.
- Nous poursuivons maintenant notre enquête à travers les jardins et les serres, sous la conduite de M. Guillaumin, Directeur des cultures du Muséum.
- Durant l’exode de 1940, nous apprend notre aimable cicérone, les plantes confiées à sa garde furent sauvées, grâce au dévouement professionnel de deux jardiniers et pendant la semaine de la Libération par quatre d’entre eux. Chaque jour, ces braves disciples de Saint-Fiacre vinrent donner de l’air, arroser et ombrer leurs délicats végétaux. Malgré ces soins, quelques spécimens précieux périrent au cours de ces cinq
- hivers dont irois très durs, notamment des Clusia, arbrisseaux laticifèrcs des régions tropicales, un Prilchardia pacifica, très rare palmier et plusieurs fougères arborescentes exotiques. Néanmoins l’ensemble a pu être sauvegardé de justesse bien que les collections se trouvent amenuisées par le fait que le Muséum ne recevait ni graines, ni plantes de nos colonies ou des pays chauds pour les renouveler.
- A présent, nous dit avec mélancolie M. Guillaumin, l’avenir m’apparaît encore très sombre, car l’Office de répartition du charbon, qui n’a pas de combustible pour les foyers domestiques, ne paraît pas disposé à m’en donner pour mes frileux végétaux; pourtant si le froid les tue, on se trouvera dans l’impossibilité de les remplacer. La main-d’œuvre spécialisée manque aussi : sur 45 jardiniers et horticulteurs du Muséum 5 sont encore prisonniers en Allemagne.
- Cependant les serres ont un bel aspect en cet automne 1944.
- De jolies plantes exotiques y poussent vigoureusement dans de la terre de bruyère achetée à raison de 45o fr. le mètre cube au lieu de 45 fr. environ avant la guerre. Le tuteurage doit s’y effectuer avec des liens de fortune : le raphia coûte à présent 180 fr, la botte ! Malgré toutes ces difficultés, la majeure partie des collections végétales subsiste : témoins, par exemple, la Rocaille de serre et le Jardin alpin. Ce dernier monticule rocheux devait être inauguré en 1938 mais son achèvement fut quelque peu retardé. Depuis de nouveaux rochers s’élevèrent près de l’ancienne Orangerie ainsi qu’un « Mur fleuri » en 1942-1943. D’autres cc Rocailles » et u Ëboulis » commencés en 1943-1944 attendent leur réalisation complète, faute de pouvoir amener à pied d’œuvre le ciment et les matériaux nécessaires.
- De son côté, le Parc écologique a été maintenu intégralement durant l’occupation et même me confia M. Guillaumin... vous pouvez constater que ce quasi abandon n’a guère nui à sa beauté. Les arbres ont poussé. Ses hêtraies siliceuses, ses pelouses ou ses bois calcaires avec leurs associations végétales naturelles et caractéristiques de la région parisienne offrent des aspects particulièrement réussis pour l’éducation des profanes. Les séries de plantes utiles et médicinales présentent un grand intérêt pratique quoique leur ensemble manque toujours un peu de cachet artistique; on les a transférées près de l'École botanique. De la sorte, toutes les collections végétales d’instruction voisinent maintenant sans se mélanger avec les espèces décoratives des parterres.
- Enfin à la place de l’ancien « officinal a, on a installé depuis l’été de 1944, une Exposition permanente de Dahlias. Là, grâce à l’intelligente collaboration des principales maisons cultivatrices françaises (Clausse, Chevalier, Nonin, Thiébaut, Valtier et Truffaut), de la Société d’horticulture et du Muséum qui prête le terrain, se trouvent groupées les variétés les plus récentes de ces gracieux représentants de la famille des Composées.
- « Encore un mot, ajoute M. Guillaumin. Mon ambition serait de replanter l’École de botanique suivant une formule originale et plus rationnelle (bordures en carreaux de faïence au lieu des buis, repaires des escargots dévastateurs, diminution de la largeur des carrés qui ne devraient contenir qu’une rangée de plantes, etc.). Dans les serres, je voudrais créer un nouveau « jardin désertique ». Mais tout cela c’est l’avenir et
- Quelques rations quotidiennes alimentaires des animaux du Muséum.
- Un Lion mange par jour 7 à 8 kg. de viande avec os ; un Tigre en dévore 8 à 9 kg. et une Panthère 4 à 5 kg. suivant sa taille.
- Un Eléphant réclame, comme nourriture quotidienne, 4o kg. de fourrage, 4 kg. d’avoine et 10 kg. de son; un Hippopotame 15 kg. de luzerne, 5 kg. d’avoine, 20 kg. de racines (betteraves, carottes ou pommes de terre... quand on en trouve); un Rhinocéros consomme à peu près les mêmes rations. Une Antilope exige 5 kg. de luzerne sèche, 2 à 3 kg. d’avoine, 2 à 3 kg. de racines (betteraves ou carottes).
- Les animaux marins sont de gros ichthyophages : il faut à un Ours de
- mer (espèce de Phoque) i5 kg. de poissons et à une Otarie de Californie également 5 à 7 kg. de poissons. En outre, durant l’hiver, on augmente ces rations de 20 pour 100 pour tous les animaux habitant l’exérieur du Parc de Vincennes. Au total, la ménagerie du « Jardin des Plantes » et du « Zoo » nécessite un apport quotidien de 800 kg. de viande pour les fauves et les oiseaux carnivores. Les quantités de graines, de fourrage et de racines n’étaient pas non plus faciles à trouver pendant ces années de restrictions et vu les allocations budgétaires assez serrées.
- Fig-, 1. — M. Achille Urbain,
- Administrateui- du Muséum National d’Histoii'e Naturelle pendant l’occupation allemande.
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- poux' l’irislant, le chauffage me préoccupe beaucoup plus que le reste, car s’il venait à manquer, ce serait une hécatombe végétale et un irréparable désastre I ».
- Parc zoologique de Vincennes.
- Terminons notre tour d’horizon par l’annexe du Muséum, sise à Vincennes. Ce remarquable Parc zoologique, un des plus grands et des plus beaux d’Europe, a gardé malgré tant de circonstances défavorables son aspect coutumier, si connu et si apprécié des Parisiens. Comment, dis-je, en abordant M. P. Bul-lier, son actif sous-directeur, avez-vous pu nourrir tous ces animaux divers ? « Vu la variété des mets à distribuer à mes pensionnaires, il a fallu, me dit-il, frapper à bien des portes pendant l'occupation allemande, saisir les occasions qui se présentaient parfois, faire appel à certains <c ersatz » bien choisis pour x'emplacer les nourritures défaillantes, en un mot, se débrouiller autant que nos crédits nous le permettaient afin d’assurer à nos bêtes leur te minimum vital ». Mais malgré tout, comme tant de Français, quelques animaux du « Zoo » souffrirent parfois de restrictions pendant les hostilités. Ainsi, par suite d’arrêt dans l’abatage, nos Félidés jeûnèrent souvent. Les viandes se raréfiant aux Halles, les vétérinaires municipaux en saisissaient naturellement moins qu’en temps de paix. Aussi nos Lions, nos Tigres et nos Panthères restèi'ent parfois trois, quatre et même cinq jours sans en manger. Ces alternances de disette et d’abondance de courte durée fatiguèi'ent l’estomac des pauvres carnivores causant leur amaigi’issement et même parfois leur mort. »
- Les « graines germées » facilitèrent l'alimentation de certains animaux.
- Les graines germées nous rendirent grand service. Comme on le sait, divers biologistes, entre autres Evans, Miller, Yates et Sure parvinrent à établir l’existence d’une vitamine E dont le rôle favorise les fonctions de reproduction. Si, en effet, on prive des germes de blé (qui contiennent ladite substance lipo-soluble) un rat mâle, la formation de ses cellules reproductrices s’arrête et ses testicules dégénèrent peu à peu. Sous l’influence d’une privation analogue, la fécondation d’une rate reste possible; mais bien que la gestation s’effectue encore assez normalement, le foetus cesse de se développer et meurt au bout de deux jours.
- S’autorisant de ces constatations expérimentales, on distribua aux herbivores du « Zoo » des graines germées. Ce genre d’alimentation provoqua une forte hausse reproductrice, principalement chez les Camélidés (Dromadaires, Chameaux, Lamas, Alpa-cas, etc.), chez les Bovidés (Buffles, Antilopes, etc.), chez les Daims et autres Cervidés. Chez les oiseaux coureurs, les pontes augmentèrent aussi d’une façon générale et assez fortement. Grâce à ce régime alimentaire, chaque femelle d’autruche donna régulièrement de ig4o à 1944, une série de 5 à 6 œufs d’un poids de i 3oo g. à i 5oo g. Les Emeus et les Nandous ont également pondu des œufs viables car il y a maintenant dans le Parc de Vincennes des souches bien acclimatées de ces sveltes Struthionidés. Par contre, les couvées de Casoars n’ont pas réussi.
- Quant à ces « graines germées », elles s’obtiennent d’une manière très simple. On met le blé, l’avoine ou l’orge à tremper dans des bacs remplis d’eau ordinaire additionnée de trace d’eau de Javel afin de la stériliser. Au bout d’un temps variable (24 à 48 h.), on transporte les graines ainsi humidifiées dans une étuve de séchage dans les tiroirs de laquelle on les étend sur une épaisseur de 4 à 5 cm. et on les y abandonne pendant 2 à 5 jours suivant la saison, la température et l’état hygrométrique du local où s’effectue l’opération. Après ce temps la radicelle atteint une longueur de 1 à 2 cm. et la gemmule apparaît. A ce moment, la graine renferme le pourcentage
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- maximum de vitamine. D’autre part, le Professeur Urbain montra que, substituée à l’avoine sèche dans l’alimentation du cheval, cette graine permettait une économie allant jusqu’à 4o pour 100 de la ration.
- Comment on a réussi à augmenter la natalité parmi les animaux du Zoo.
- Profitant de l’expérience, on utilise maintenant au « Zoo», ces grains vitaminés, qui constituent des aliments-types rationnels et économiques ; ils permirent de sauvegarder pendant la ci’ise les plus intéressants sujets du Parc de Vincennes. Bien mieux, ajoute M. Bullier, les naissances enregistrées, depuis leur distribution à nos pensionnaires, atteignent un pourcentage supérieur à celui des établissements similaires étrangers. Ainsi les Cynocéphales Babouins (particulièrement bien acclimatés à Vincennes, il est vrai) donnèrent 9 jeunes en 1943 et 10 en 1944. Assez vigoureux pour vivre l’hiver en plein air sous le climat parisien, ces Singes naissent en toute saison et s’y multiplient. Le couple de Girafes donna en 1942, une vigoureuse girafone qui a, par conséquent, deux ans aujourd’hui, est parfaitement déAreloppée et vaut, au cours actuel des fauves, un demi-million de francs. Un girafon plus jeune naquit en ig44 et n’a encore que 9 mois, mais malgré son jeune âge, M. Bullier l’estime 3oo 000 fr. Comme dans l’espèce humaine, la valeur dans la famille de ces Ruminants africains n’attend pas le nombre des années !
- Dans le Parc de Vincennes, les Antilopes et les Gazelles se portèrent bien malgré les resti’ictions alimentaires forcées qu’on leur infligea mais se reproduisirent peu. L’Antilope Oryx ne mit bas qu’un seul petit en 1942. En revanche, le troupeau des Mouflons à manchettes s’est accru de 19 unités de 1940 à 1944. Ces solides Bovidés se présentent au public sur les pentes nord du Grand Rocher aux flancs sud duquel errent, avec leurs parents, leurs 21 congénères corses et les 27 chèvres naines du
- Fig. 2. — Grâce aux graines germées, cette mère girafe a pu donner le jour à une robuste girafone.
- Sénégal qui virent le jour à Vincennes durant celte période. Parmi les Félidés captifs au « Zoo », deux jeunes Lionceaux naquirent en 1943 et quatre en ig44. Entre autx’es naissances d’oiseaux survenues au Parc de Vincennes pendant les hostilités, notons deux Nandous en 1942, six Emeus (deux en 1941, un en 1942 cl trois en 1943). L’annexe du Muséum s’enrichit
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- encore pendant le même temps de cinq Dromadaires, de quatre Loups (ig43) ainsi que de nombreux sangliers d’Europe ou d’Indochine et d'autres animaux plus'communs.
- Fig’. 3. — Une lionne et ses deux lionceaux nés au Zoo en 1944.
- Valeur actuelle des animaux sauvages.
- Il n’est pas sans intérêt, croyons-nous, d’indiquer, au moins grosso modo, les prix actuels qu'atteignent quelques rares pensionnaires du « Zoo » afin de se rendre compte de leur importance.
- Mammifères.
- Tigre mâle, 120 000 à 150 000 francs.
- Un Lion mâle, qui se payait seulement 5 000 à 10 000 fr. avant la guerre, coûte maintenant 70 000 à 85 000 fr.
- Girafe adulte, environ 700 000 fr.
- Rhinocéros d’Afrique, 500 000 à 600 000 fr.
- Un Rhinocéros unicorne de l’Inde, vaut, au bas mot, 1 500 000 fr. Il est actuellement introuvable et le « Zoo » veille avec un soin jaloux à la conservation de l’unique exemplaire qu’il possède.
- Hippopotame nain de Libéria, adulte, 150 000 fr.
- Eléphant d’Asie, 150 000 à 200 000 fr.
- Eléphant d’Afrique, 350 000 fr. environ.
- Hippopotame amphibie, 100 000 fr. ou plus suivant sa grosseur.
- Chimpanzé mâle, semi-adulte, 60 000 à 100 000 fr.
- Singe Cynocéphale Babouin (Papio papio Desm.), 10 000 à 15 000 selon la taille.
- Ours brun ordinaire, adulte, 15 000 fr.
- Chameau ou Dromadaire, adulte, 30 000 fr. environ.
- Zèbre de Grévy, 300 000 fr.
- Antilope gnou, 70 000 fr.
- Oiseaux.
- Casoar, 40 000 fr. Emeu, 20 000 fr. Autruche, 20 000 fr. Grue exotique (Asie), 20 000 fr. Grue de Mandchourie, 40 000 fr. Canard exotique, 5 000 à 10 000 fr. Canard sauvage ordinaire (beau type), 400 fr.
- Bilan et conclusions.
- Bien que résumé et fragmentaire, le tableau ci-dessus montre quelles richesses recèle le Parc Zoologique de Vincennes et l’intérêt qui s’attachait à leur conservation durant l’occupation. D’après un rapport publié par Ach. Urbain, P. Bullier et J. N. Nouvel dans le Bulletin du Muséum (janvier ig44), le bilan récent de cette admirable ménagerie s’établit comme suit.
- Les 76 naissances de Mammifères enregistrées en 1943 compensent, à peu jrrès numériquement les 74 morts constatées (par traumatisme, tuberculose, maladies infectieuses, parasitaires ou autres affections). Cependant les espèces animales qui se reproduisent appartiennent presque toutes à l’ordre des Ongulés (Bovidés, Cervidés, Camélidés) et au sous-ordre des Artiodactyles non ruminants (Suidés).
- Par contre, les 26 Oiseaux de divers genres, venus au monde pendant celte année, sont loin de remplacer les 90 hôtes ailés, qui succombèrent durant la même période de temps. Ces derniers, les Emeus excepté, sont des Galliformes (Faisans, Paons) et des Analidés plus ou moins rares (Cygnes chanteurs, Oies Céreopses, etc.).
- En définitive, le Muséum national d’Hisloire Naturelle, grâce au zèle patriotique de tout son personnel étroitement uni, depuis son directeur jusqu’au plus modeste de ses jardiniers, a survécu à la tourmente. S’inspirant de la fière devise : Naturx Majestati par ingenium inscrite sur le socle de la statue de Buffon, le plus illustre de ses intendants, les continuateurs de son oeuvre ont noblement rempli leur mission devant l’ennemi; ils ont su conserver ce précieux héritage français « égal à la Majesté de la Nature » et accumulé par tant de générations de savants ! Après ces quatre années d’occupation allemande, le Muséum demeure toujours l’incomparable et digne successeur de l’antique et célèbre « Jardin du Roi. »
- Jacques Boyer.
- NOUVELLES D'ACTUALITE
- Une gigantesque distribution de gaz à distance
- SARATOV-MOSCOU
- Les Nouvelles Soviétiques nous apprennent que des sources très abondantes de gaz naturel ont été découvertes dans la région de Saratof au cours de travaux de prospection effectués entre 1942 et 1944. Ces sources sont captées et sont en voie d’utilisation pour alimenter en combustible toute la région de Saratov et des régions centrales de l’Union Soviétique. En particulier une conduite de 783 km de long est en construction pour amener ce gaz à Moscou, tout en desservant Penza( Tambov et Riazan.
- Suivant l’exemple des autres distributions de gaz à grande distance réalisées déjà dans d’autres pays, le gaz sera transporté sous forte pression dans les conduites maîtresses, puis distribué sous pression plus faible aux services et établissements utilisateurs. Mais le réseau en voie de création dans l’U. R. S. S. détiendra probablement le record de la longueur. Les travaux doivent
- être achevés à la fin de l’année 1945. Ainsi l’Union Soviétique, tout en déployant le gigantesque effort militaire que l’on sait, entreprend avec la même énergie sa reconstitution économique.
- Reprise des émissions de télévision
- Les émissions de télévision faites par les services de la Radiodiffusion nationale à la station de la Tour Eiffel vont reprendre incessamment, fin janvier ou début de février 1945. Fermée depuis la guerre, la station du Champ-de-Mars avait été rouverte par les Allemands, qui l’avaient remise en service depuis quelques mois. Les émissions reprendront sur la base du « standard « de 1938, institué pour trois ans et déjà reconduit en principe jusqu’en 1946. Le mode d’analyse comportera deux demi-images à 441 ou 450 lignes entrelacées, se succédant à la fréquence de 50 hertz.
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- NOUVELLES DES RAYONS COSMIQUES
- DERNIÈRES
- Un jour, une dame, assurément peu éclairée, racontait à une amie, probablement encore moins éclairée, les fameuses ascensions du professeur Piccard. — C’est pour étudier les rayons cosmiques qu’il allait si haut, expliquait-elle. A i5 ooo m, ils étaient si abondants que le professeur les entendait crépiter sur le métal de la nacelle... !
- Fig. 1. — Le compteur de Geiger-Muller.
- Se figurer le rayonnement cosmique sous la forme d’une pluie de grains de plomb ou de pois chiches, voilà, dira-t-on, qui témoigne de connaissances scientifiques fâcheusement déficientes, et une image digne, tout au plus, d’alimenter le Sottisier que La Nature ne manquera pas de créer un jour ou l’autre !
- Eh bien! Pas tant que cela, et puisque je dois, dans cet article, rapporter les informations de dernière heure en ce qui concerne ledit rayonnement, je vais tout d’abord démontrer que l’on peut réellement l’entendre crépiter.
- Comment on décèle les rayons cosmiques.
- Représentez-vous un tube métallique long de deux ou trois décimètres et de quelques centimètres de diamètre (fig. i). Il est fermé aux deux bouts par des bouchons isolants qui supportent un fil métallique axial, et il contient un gaz sous faible pression. Chargeons le métal du tube d’électricité positive, et le fil d’électricité négative. Naturellement, tube et fil ne peuvent pas, si je puis dire, « s’emplir » indéfiniment d’électricité : un moment arrive où ils menacent de déborder, c’est-à-dire où les deux électricités de signes contraires sont sur le point de se précipiter l’une sur l’autre en une étincelle. Arrêtons-nous de charger juste à ce moment, juste avant la goutte d’eau qui ferait déborder le vase.
- Supposons alors qu’un projectile électrisé vienne traverser l’appareil : la voilà, la goutte d’eau. Aussitôt l’étincelle éclate, et la décharge s’enfuit par le fil. Il devient alors des plus faciles, après passage dans un amplificateur, de la diriger sur un écouteur de téléphone ou sur un haut-parleur, qui fera entendre un crac retentissant. Cet ingénieux appareil, destiné à enregistrer le passage des projectiles électrisés, s’appelle le compteur de Geiger-Muller, aujourd’hui en usage dans tous les laboratoires de physique atomique.
- Si nous nous rendions, par exemple, à celui que M. Leprince-Ringuet, professeur de Physique à l’Ecole polytechnique, s’est aménagé à Largenlière, dans une usine hydroélectrique, nous verrions de tels compteurs, et nous aurions la surprise d’entendre les hauts-parleurs annexés émettre de fréquents craque-
- ments. Nous en déduirions logiquement que les compteurs ont été traversés par des projectiles électrisés, et nous nous demanderions ce que ceux-ci peuvent bien être : c’est justement le rayonnement cosmique qui se serait ainsi manifesté à nous.
- Vous voyez que ce rayonnement ne ressemble pas du tout à un écoulement, à un ruissellement continu; il serait plutôt comparable à une averse de petits grains. C’est là, quand on y songe, une chose vraiment étonnante : depuis que le monde est monde, la Terre est perpétuellement bombardée par des projectiles venus on ne sait d’où, qui assaillent sans arrêt les cellules vivantes —- sans que nous sachions, d’ailleurs, si l’effet de ce mitraillage est bienfaisant ou nocif.
- Naturellement, sitôt que nous parlons de projectiles, le besoin de précision se fait sentir : un projectile, ce peut être la balle de moelle de sureau lancée par la sarbacane, et ce peut être aussi la balle de mitrailleuse. Les projectiles qui constituent les rayons cosmiques sont-ils aussi pénétrants que cette dernière, ou bien aussi mous qu’une balle de sarbacane ?
- Le tri est tout à fait aisé à effectuer en posant le compteur derrière un blindage de plaques de plomb. On s’aperçoit qu’il faut accumuler des plaques jusqu’à former une épaisseur de i m environ avant que le crépitement diminue de moitié. Cela prouve que les projectiles dits cosmiques sont incomparablement plus énergiques que des balles de mitrailleuse ; cela prouve aussi qu’ils sont de deux sortes : il y a ceux qui se laissent arrêter par le plomb, les mous, et ceux qui passent au travers, les durs.
- Vous me direz que le i excessivement mou puisque interposé de plomb entre lui et nous. Mais vous auriez tort, car l’atmosphère elle-même forme un blindage, une épaisseur de i km d’air équivalent à peu près à xo cm de plomb. Cela signifie qu'après tout, nous ne recevons ici-bas que la fraction la plus pénétrante du rayonnement, et que la plus molle, qui n’est peut-être pas la moins intéx'essante, est stoppée dès la frontière de notre enveloppe aérienne.
- Voilà dans quel but on accomplit naguère des ascensions stratosphéi’iques à grand fracas — qui firent, dit-on, plus de bruit dans la presse que de vraie besogne scientifique — et l’on a juché des ermites de la science dans des observatoires de montagne comme ceux du Jung-fraujoch, en Suisse, et du Pic-du-Midi et de l’aiguille du Midi de Chamonix, en France. C’est dans des stations de ce genre que
- ayonnement cosmique doit être la nature n’a pas, en général,
- Ondes
- électriques
- Infrarouge
- Spectre visible
- Ultra violet
- Rayons X
- R ayons gamma
- Fréquence
- en
- seconde:
- TO6
- 10
- 13
- 5 x W
- 3x1015
- 3x10
- 18
- w
- 21
- Fig. 2. — L’échelle des ondes électromagnétiques.
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- Des torrents d’énergie cosmique.
- 22
- M. Lcprince-Piinguet, M. Pierre Auger, M. Dauvillier, pour ne parler que des Français, ont réussi à dresser récemment l’arbre généalogique des rayons cosmiques.
- Avalanches d’électrons.
- Cet arbre généalogique est très spectaculaire. Imaginez d’abord, volant dans l’espace céleste, des torrents de particules atomiques, électrons ou protons, animées de vitesses de dizaines et de dizaines de milliers de km à la seconde. En pénétrant dans notre atmosphère, chacune d’elles subit un frei-
- Fig. 3. — Mécanisme d’une gerbe.
- La particule cosmique primaire déclenche la formation en cascade de toute une série de particules secondaires.
- nage énorme. Un bolide qui entre dans les couches atmosphériques est freiné aussi; c’est même ce freinage qui l’échauffe et le rend lumineux, c’est-à-dire l’oblige à dégager un rayonnement. Mais une particule atomique va des milliers de fois plus vite qu’un bolide, et le rayonnement qu’elle émet déborde le spectre visible, et même l’ultra-violet, et même le territoire des rayons X : c’est un rayonnement gamma de très courte longueur d’onde (fig. 2). Ce rayonnement se propage dans l’atmosphère et en bouscule violemment les atomes. C’est alors qu’il se produit un phénomène encore plein de mystère : chaque fois que ce rayonnement frappe un atome de l’air, c’est comme s’il était touché par une baguette magique; instantanément, il se convertit en une paire de particules chargées d’électricités contraires, un électron, chargé négativement, et un positon, chargé positivement. Le positon meurt presque tout de suite, mais l’électron est voué aux mêmes aventures que la particule cosmique initiale : freiné par l’atmosphère, il libère un rayonnement qui, en heurtant les atomes atmosphériques, se matérialise en une nouvelle paire positon-électron, laquelle, à son tour, etc. (fig. 3).
- Il se peut que cette généalogie vous paraisse scandaleusement romanesque. — Les physiciens ont beau jeu d’inventer toutes ces cascades d’électrons, ricanez-vous : ils savent bien que personne ne peut aller y voir.
- Détrompez-vous : la preuve que cette généalogie n’est point imaginée de toutes pièces, c’est qu’en voici la photographie (fig, à). C’est un cliché stéréoscopique pris par M. Leprince-Ringuet à Largenlière, et qui représente une gerbe comme celle dont le schéma théorique vient d’être esquissé. Toutes ces raies noires représentent des trajectoires de particules de masses et de vitesses différentes. Ces particules sont dites secondaires parce qu’elles ont jailli de la matière, du choc avec les particules primaires venues de l’espace céleste.
- A voir cette photographie, une réflexion Arient immédiatement à l’esprit : d’où vient-elle ? Comment a-t-elle été prise ? Par quelle « astuce » arrive-t-on à saisir au vol la trajectoire d’un fugace électron? Mais je vous prie de me faire crédit jusqu’à un prochain numéro, dans lequel il sera question de l’appareil à photographier les atomes, et de l’application que M. Leprince-Ringuet en a faite pour peser cette nouvelle particule élémentaire que l’on nomme le méson. Pour aujourd’hui, il nous faut donc considérer cette photographie en elle-même, sans chercher à savoir comment elle a été obtenue.
- Remarquez qu’elle a été prise à Largentière, donc à quelque 1 000 m d’altitude. Cela veut dire qu’avant d’impressionner la plaque sensible, les particules secondaires ont dû franchir toute l’atmosphère, laquelle équivaut à un blindage de plomb épais d’un mètre. Qu’après cette traversée, au cours de laquelle la déperdition d’énergie a dû être formidable, qu’après celte cascade de phénomènes, qui ne fait intervenir, sur le cliché, que les arrière-arrière-arrière petits-enfants des particules primaires, la gerbe soit encore capable de se manifester d’une manière aussi abondante, voilà, assurément, qui montre de quelle énergie colossale doivent être nantis les projectiles initiaux.
- Dans la vie ordinaire, les énergies s’évaluent en kilogram-mètres : 1 kgm, c’est l’énergie d’une masse de 1 kg tombant de 1 m. Mais, en physique atomique, le kgm est une unité ridiculement trop grande. Aussi au lieu de 1 kg, prend-on la charge électrique de 1 électron, et, au lieu d’une hauteur de chute de 1 m, une chute de niveau électrique de 1 volt — chose normale, après tout, puisqu’un électron n’est qu’un grain d’électricité. L’unité d’énergie est alors l’électron-volt qui vaut 1,59 x io~17 kgm).
- Etudiée avec cette unité, l’échelle des ondes de la figure 2 est très suggestive.
- Elle nous apprend que les ondes électriques -— celles de la radio — sont les plus pauvres en énergie : elles n’ont guère que 4 milliardiè-m e s d’électron-volt ; le rayonnement infrarouge est un peu plus vigoureux : 4/100
- d’électron-volt; la lumière visible, dans le jaune par exemple, s’élève à 2,06 électron-volts ; avec l’ultra-vio-let, nous atteignons 12,4 électron-volts; et ce sont enfin les rayonnements de grande énergie , rayons X — de 1 240 à 124 000 électron-volts — et rayons gamma, dépassant le million.
- On est parvenu aussi à mesurer l’énergie dont doivent être dotées les particules cosmiques primaires pour créer, au niveau du sol, d’aussi belles ger-
- Fig. 4. — Photographie d’une gerbe.
- Chacune de ces rayures noires est la trajectoire d'une particule atomique — électron, positon, proton — d’énergie variable
- (Photo LEPmNCE-RlNGUET).
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- bes que celle de la photographie. Eh bien ! Ce n’est plus par millions, ni même par milliards d’électron-volts qu’elle s’exprime, mais par milliers et même par millions de milliards ! De tels chiffres pourraient être qualifiés d’astronomiques si nous ne nous souvenions que les io15 électron-volts que M. Auger a déduits de l’observation des grandes gerbes ne représentent tout de même que 16 millionnièmes de kilogram-mètre, soit tout juste assez de chaleur pour élever de i degré la température de i millimètre cube d’eau...
- On attribuait naguère aux rayons cosmiques toutes sortes de vertus physiques, et même biologiques. Peut-être leur doit-on, «imposaient certains, les mutations des espèces vivantes, ou même des modifications psychologiques P II semble que l’on se soit fort abusé, puisque la somme d’énergie qui nous arrive ainsi des cieux est du même ordre de grandeur que celle de l’obscure clarté qui tombe des étoiles.
- Non, l’importance extrême du rayonnement cosmique n’est pas là : elle réside uniquement dans l’énergie individuelle
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- énorme que transporte chaque particule. Dans ce domaine, le physicien est, et de loin, surclassé : il n’existe pas encore de cyclotron capable d’animer un électron d’une énergie de i million de milliards d’électron-volts ! Aussi les rayons cosmiques sont-ils devenus un instrument de laboratoire, difficilement maniable, d’ailleurs, puisque, môme avec des appareils qui marchent constamment, il faut parfois attendre des semaines avant que le hasard y amène la particule souhaitée. Mais, grâce à eux, toutes les désintégrations atomiques deviennent possibles, même celles que la radioactivité artificielle ne peut réaliser. Avec 120 millions d’électron-volts, on arrive à créer ces mésons que l’on n’a détectés jusqu’ici que dans le rayonnement cosmique et dont nous parlerons prochainement. Et c’est un nouvel horizon qui s’ouvre ainsi en microphysique — cette microphysique qui marche actuellement à l’avant-garde de la science.
- Pierre Rousseau.
- La Science et la Guerre
- Les fusées.
- La fusée est sans aucun doute la plus ancienne des armes à feu.
- Après les Chinois, les armées byzantines utilisaient des fusées ailées comme projectiles incendiaires. C’était le fameux feu grégeois. Pendant la guerre de Cent ans, les belligérants •emploient des fusées. Pont-Audemer assiégé par Dunois en 1449 est incendié par ce moyen. La fusée est perfectionnée à la fin •du xvme siècle par Prévost, colonel français au service de la Russie, puis par l’anglais Congrève au début du xix6 siècle. Toutes les armées ont alors leur corps de fuséistes. Au siège de Sébastopol : les fusées françaises chargées à 40 kg. de poudre avaient une portée de 5 à 7 km.
- Les canons rayés relèguent alors la fusée au rang des artifices. Les combattants de la guerre de 1914-1918 n’ont connu que les •fusées-signaux et les fusées éclairantes.
- Par un singulier retour des choses, la fusée a repris aujourd’hui une place importante parmi les armes de combat. Elle le doit au fait qu’elle est un projectile autopropulseur. Elle contient une •charge de combustible qui, enflammée, dégage des gaz qu’une tuyère de forme appropriée projette à l’extérieur à grande vitesse. L’expulsion de cette masse produit sur le corps de l’engin un effet de recul, comparable à celui de la projection de la balle ou de 'l’obus dans les armes à feu usuelles : le canon est projeté en sens inverse du projectile ; de même le corps de la fusée est projeté en sens inverse du iet gazeux et cette propulsion se poursuit jusqu’à épuisement de la charge combustible.
- Dans les armes à feu usuelles, le canon a un double rôle : lancement et direction du projectile. Le lancement est obtenu par une très forte pression gazeuse développée dans l’âme du canon ; celui-ci doit offrir la résistance correspondante, ce qui •exige des aciers spéciaux et un usinage coûteux.
- Avec la fusée on peut, au contraire, avoir un engin de lancement très simple et très léger en métal quelconque puisqu’il ne sert qu’à diriger le projectile au départ et n’a pas d’effort à -supporter.
- Les Allemands et les Russes font grand usage d’une arme qui a l’aspect extérieur d’un canon à plusieurs tubes et qui n’est autre chose qu’un multiple lance-fusées. Le « Bazooka » des armées alliées est un tube lance-fusées porté par un fantassin. •C’est une excellente arme anti-char. Toutefois, les. gaz enflammés
- rejetés à l’arrière sont fort dangereux pour le fuséiste qu’il faut protéger par un équipement spécial. Les avions Typhon de l’armée de l’air anglaise sont armés eux aussi de lance-fusées, qui leur servent plus spécialement à attaquer les chars ; ils en ont fait des hécatombes pendant la bataille de Normandie.
- La fusée a trouvé en aviation une autre application assez imprévue. On sait que les avions ont besoin d’une piste d’envol d’une longueur en gros proportionnelle à leur vitesse. Aux avions modernes ultra-rapides il faut donc des pistes fort longues et par suite de très vastes aérodromes difficiles à improviser en temps de guerre. Mêmes difficultés pour les navires porte-avions dont la plate-forme d’envol a une longueur nécessairement limitée. Pour raccourcir les pistes d’envol, on munit les avions de fusées que l’on enflamme quand l’avion arrive au bout de la piste : les fusées donnent à l’aA-ion une sorte de coup d’épaule qui facilite le décollage.
- Les Yl, les trop célèbres bombes volantes des Allemands, ne sont pas autre chose que de gigantesques fusées montées sur une coque chargée d’environ 1 t. d’explosif.
- Enfin, les communiqués anglais et allemands nous ont appris que les deux belligérants ont mis au point des avions avec moteurs à réaction, c’est-à-dire propulsés par fusées. L’hélice motrice est alors supprimée. Ces avions seraient extrêmement rapides. Mais jusqu’ici il ne semble pas que d’un côté ni de l’autre ils aient fait leur apparition sur les champs de bataille.
- LA RADIO
- Reprise de la Construction radioélectrique.
- Interdites depuis deux ans, la construction radioélectrique et la vente des appareils au public sont à nouveau autorisées depuis le 1er janvier 1945. Toutefois, les radiorécepteurs de la nouvelle fabrication doivent répondre aux conditions du label, édictées par la publication n° 703 de l’Union technique des Syndicats de l’Électricité. Ainsi, une garantie de qualité minimum est assurée à l’acheteur d’un récepteur de radiodiffusion.
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- La reconstruction rapide des ponts français
- bombardés ou dynamités
- En haut : Deux ponts Bailey montés côte à côte sur péniches ancrées en rivière. — En bas : Ponts militaires pour le franchissement de
- la Meuse à Liège. Au premier plan : un pont de bateaux livrant passage aux chars. Au second plan : un pont similaire en cours de lancement. Au troisième plan : un pont métallique sur piles improvisées.
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- Quelle énorme tâche noire malheureux pays ne doit-il pas accomplir pour relever ses ruines! D’après des statistiques officielles approximatives arrêtées au ier novembre 1944, la France a, en effet, à reconstruire plus de Coo 000 maisons, 3 000 km de voies ferrées, 2 3oo ouvrages d’art et environ 4 500 ponts. Or le rétablissement de ces derniers est la besogne la plus urgente à entreprendre afin de pouvoir acheminer d’abord les convois militaires vers le front puis afin d’assurer également les transports civils ferroviaires et routiers, qui conditionnent toute noire vie économique. Les armées alliées nous apportent à cet égard le précieux concours de leur matériel et de leurs spécialistes.
- Comment travaillent les pontonniers anglais et américains.
- Voyons donc à l’œuvre leurs pontonniers militaires. Ils ont pour mission de rétablir aussi rapidement que possible un passage provisoire sur les brèches créées par les mines ou les bombardements. Les réfections définitives, étudiées à loisir, viendront ensuite. Les pontonniers d’aujourd’hui disposent d’un matériel beaucoup plus perfectionné et beaucoup plus rapide que jadis pour rétablir les ponts détruits. Les destruction? faites par les Allemands ont été dans l’ensemble assez sommaires. Ils ont négligé les démolitions de ponceaux de 6 à 7 m de portée, que des sapeurs peuvent réparer très vite avec des moyens de fortune et même parfois avec des ressources locales. Pour les grands ponts en maçonnerie, ils durent se contenter souvent de faire sauter une ou plusieurs arches, la poursuite des armées alliées' ne leur ayant pas laissé le loisir de détruire les piles et les culées. Pour les ponts métalliques, ils ont coupé
- m
- En haut
- A Rennes, sur le canal d’Ille-et-Rance, on a monté un pont Bailey d’une seule portée pour remplacer le pont en maçonnerie
- détruit par les Allemands.
- En bas : Pont de bateaux jeté sur la Seine par le Génie américain. Pose du dernier élément du tablier métallique.
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- avec des explosifs des sections de travées qui sont tombées dans le fleuve où elles sont inclinées en pendant dans le vide sans s’enchevêtrer. ,Nos sapeurs du génie avaient procédé de même en 1940. Très souvent ces portions de travées ont pu être relevées et réutilisées.
- Pour reconstruire rapidement la plupart des ponts ainsi détruits, les régiments du génie britanniques ou américains emploient le pont métallique de campagne créé en 1942 par l’ingénieur anglais Bailey et utilisé, depuis cette époque, par toutes les armées alliées en campagne. Les éléments métalliques du pont sont amenés par camions, en pièces détachées dans des caisses numérotées, des soldats les déballent tandis que d’autres de leurs camarades déblaient les amas de pierres qui encombrent la rampe d’accès du pont projeté. Tel un énorme jeu de « meccano », les « éléments Bailey » vont successivement enjamber tout à l’heure le cours d’eau. Tantôt ils remplaceront une arche démolie d’un pont en pierre, tantôt on les posera sur des piles de fortune s’appuyant elles-mêmes sur des fondations réalisées en béton au moyen d’un gabarit spécial et que les humoristes neveux de l’Oncle Sam ont baptisées « pieds de chameau ». Tantôt quand il s’agit de franchir rapidement un grand fleuve, la boucle de la Seine entre Elbeuf et Pont-de-1’Arche, on utilise des supports flottants, des péniches par exemple, pour soutenir les différentes travées du pont. Le matériel d’équipage de ponts comprend aussi des bateaux métalliques, des poutrelles et des éléments de tablier en acier qui permettent de lancer très rapidement des ponts pour toutes les catégories de véhicules militaires y compris les chars de fort tonnage. Des ateliers de montage et de réparations échelonnés depuis la Bretagne et la Normandie jusqu’à la Belgique et le Rhin facilitent le travail des réparateurs de ponts.
- L’effort français pour ta reconstruction des ponts.
- Cependant la justice exige, qu’à côté des rapides et brillantes reconstructions faites par nos alliés, on signale quelques remarquables performances similaires accomplies par certains de nos spécialistes depuis la Libération. Malgré le man-
- que de moyens techniques et les immenses destructions à réparer, nos ingénieurs se mirent courageusement à l’ouvrage et durent souvent improviser. Deux ou trois exemples suffiront à appuyer notre assertion. Ainsi le fameux pont d’Orléans dont dix arches s’étaient effondrées dans la Loire sous les bombardements aériens de nos Alliés, fut remis en service dès le 21 novembre 1944. Quelques jours plus tard le viaduc de Beaugency réparé assurait à nouveau les relations ferroviaires entre Paris et Tours tandis qu’en même temps, sur celui de Maintenon, qui commande tout le trafic entre la Capitale et l’Ouest de la France, les trains franchissaient derechef la vallée de la Voise. Pourtant, à la fin du mois d’août, 6 bombardements aériens suivis de l’explosion de mines allemandes avaient démoli 22 arches sur les 32 dont se composait ce bel ouvrage d’art, d’une longueur totale de 320 m. Il ne formait plus qu’un énorme amas de blocs de béton, de poutrelles et de rails tordus qui, en barrant la rivière, avait transformé cet endroit en un vaste marécage. Un entrepreneur avisé, M. Le Bon-nin, se chargea, non sans peine, de remettre en ordre le chaos. Il mendia du carburant à la S. N. C. F. et aux garages de camions américains, il abattit, des arbres dans la forêt voisine afin de se procurer les madriers et le bois nécessaires ; il installa une forge, des ateliers de montage et de réparations, un moteur de 120 chevaux mû au gasoil et une petite centrale électrique qui fournissait le courant au chantier. Il construisit, en outre, des baraquements et. des cantines afin de loger et nourrir ses 4oo ouvriers. Ces braves cheminots travaillèrent en deux équipes : l’une le jour, l’autre la nuit et en moins de trois mois après l’effondrement les trains pouvaient circuler sur le viaduc de Maintenon, reconstruit une dizaine de jours avant la date prévue.
- Les pionniers français aidés, d’ailleurs, puissamment par leurs confrères américains ou anglais ont donc pris une part importante à la reconstruction rapide de 1 250 ponts ou ouvrages d'art détruits et remis en service (novembre 1944). Bientôt sans doute ils se distingueront encore dans les opérations de rétablissement des ponts de Kehl dynamités par les Allemands (2 décembre 1944) après leur retraite derrière le Rhin sous la poussée de nos soldats victorieux.
- J. de la Cerisaie.
- BRÉMONTIER ET LE GAZ
- Mais cruels rapports peut-on trouver entre cet homme et cet élément, dira-t-on ? Pour lointains qu’ils apparaissent ils n’en sont pas moins réels et fonction l’un de l’autre.
- Le gaz se fait avec la houille, et les galeries d’extraction exigent des tonnages énormes de bois pour leur soutènement. Faute de bois, pas de charbon.
- Et voici que des cargos anglais transporteront les pins des Landes aux mines du nord, qui, reprenant ainsi leur exploitation normale, nous fourniront le charbon nécessaire à la fabrication du gaz.
- Paris et une partie de la France doivent bien un souvenir reconnaissant à Brémontier et à Chambrelent, ces bons ouvriers de la première heure qui, au début du siècle dernier, enrichissaient notre sud-ouest, et hâtaient — à leur insu — le renouveau de notre pays.
- Nicolas Brémontier (1738-1809) de souche normande, élève intelligent et travailleur, entra à l’École des Ponts et Chaussées, professa d’abord l’artillerie à Toulon, et gravit tous les échelons de sa profession, pour deAœnir Inspecteur général au cours de l’an XI.
- Vers 1784, il était ingénieur ordinaire en Guyenne. Son attention se fixait sur les dévastations causées par l’envahissement des sables qui stérilisaient les champs cultivés.
- Ce problème de l’usure du sol arable le hantait. Il étudia la
- marche du phénomène, fit des observations : les monticules de sable atteignaient 80 m., et l’ensablement avançait de 23 m. chaque année.
- Au milieu de l’indifférence générale, Brémontier attaqua la difficulté. Il fit planter 230 ha. de pins maritimes, protégés par des branches et des clayonnages en damier. L’opération revenait à 130 fr. l’ha. À sa mort, 3 700 ha. avaient été ensemencés, et, de nos jours, on en compte plus de 83 000.
- Les essais furent concluants. Ces régions, que guettait la misère, prenaient une grande prospérité. Si la Convention l’avait prévu, peut-être n’aurait-elle pas retenu cette appellation quelque peu péjorative « les landes ».
- Un autre Inspecteur général des Ponts et Chaussées, Chambrelent (1S47-1S93) continua l’œuvre de Brémontier. Il consolida les dunes, et assainit ces plaines sans écoulement pour les eaux pluviales. En effet, « l’alios », grès à fleur de terre, imperméable, arrête l’infiltration. Chambrelent imagina un système de drainage, par petits fossés, d’une pente de 1 à 2 mm. par m. En entraînant les eaux stagnantes, ils asséchaient les terrains plats et chassaient cette funeste humidité, obstacle au développement normal des jeunes plants et semis.
- Ainsi Chambrelent compléta Brémontier : deux précurseurs, deux bienfaiteurs régionaux, deux enrichisseurs nationaux.
- Amédée Fayol.
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- Les Garbures des Métaux Durs
- et la Guerre Moderne
- La guerre moderne exige l'usinage rapide d'un énorme tonnage de métaux.
- La Grande Armée en 1812 était partie en campagne avec 64o 000 hommes, 60 000 chevaux et x 200 canons environ. Dans la bataille de Leipzig, 1 000 canons des armées de Napoléon s’opposaient à un nombre égal dans le camp ennemi.
- La majorité de cette artillerie était en bronze et les chiffres ci-dessus mesurent le maximum de ce que l’industrie d’alors •était capable de produire.
- Sans que les hommes en puissent tirer grande gloire, on constate que l’on a fait beaucoup mieux depuis : la guerre de 1870 marqua une augmentation sensible, elle-même dépassée dans d’énormes proportions par l’armement de la guerre de 1914-1918 et sans commune mesure avec le matériel mis en œuvre dans la guerre actuelle.
- Cette fois, il y a plus que l’artillerie pour représenter la contribution aux armements des industries métallurgiques. Il y faut intégrer la masse immense des véhicules automobiles, des chars de combats, des armes automatiques, etc. Ce sont des millions de tonnes d’acier, de cuivre, d’aluminium qu’il a fallu produire, mettre en forme, usiner. Cela n’a pu être fait qu’avec le développement des outils de coupe et leur courbe de perfectionnement est parallèle à celle de la production de métaux ouvrés.
- Les outils de coupe en aciers spéciaux.
- L’anglais Benjamin Iluntsman, de Sheffield, applique l’acier fondu aux outils à main vers 1740. Ce n’est que 120 ans plus tard, à la veille de la guerre de 1870 que Robert Mushet découvre un acier auto-trempant au tungstène et manganèse qui représente un sensible progrès et permet de réduire les temps d’usinage. C’est de 1868 que date l’apparition du tungstène dans les aciers durs utilisés pour outils de coupe.
- Plus tard, vers 1898 se succèdent les mises au point des divers aciers de Taylor contenant de i4 à 17 pour 100 de tungstène, du chrome 4 pour 100 et du vanadium o à 1 pour 100. Puis en 1907 l’alliage stellite de Llaynes qui ne se prépare qu’à l’état coulé, s’usine à la meule et conserve, à haute température, sa dureté. Il contient i5 à 26 pour 100 de tungstène, i5 à 25 pour 100 de chrome, 5 pour 100 de molybdène, 55 pour 100 de cobalt.
- Tous ces aciers sont utilisés pour outils de tours, raboteuses, mortaiseuscs, etc.
- L'avènement du carbure de tungstène.
- Ce n’est que vers 1926 que les carbures de métaux durs entrent dans la confection des outils de coupe.
- Le chimiste français Moissan avait obtenu en. 1896, par réduction de l’acide tungstique par un excès de carbone au four électrique, le dicarbure de tungstène W2C. Actuellement les carbures de tungstène sont obtenus par union directe de tungstène et de carbone pulvérisés que l’on chauffe en atmosphère réductrice.
- La dureté du carbure est de l’ordre de 9 à xo dans l’échelle de Mohs. Elle approche celle du diamant.
- Pour l’établissement des outils de coupe, les carbures en poudre sont agglomérés en présence de liants métalliques, à base de cobalt, sous la forme de plaquettes qui sont fixées par
- brasure sur un support en acier. La forme définitive, l’angle de coupe, et les affûtages en cours d’emploi sont faits à la meule au diamant.
- Les premiers outils aux carbures présentaient une certaine fragilité mais les progrès techniques de la fabrication ont rapidement permis l’élimination de ce défaut.
- On prépare actuellement toute une gamme de ces produits : l’étude du diagramme tungstène-carbone conduit à des courbes eutectiques ayant absolument l’aspect de celles d’alliages. D’autres carbures, notamment de tantale, de titane peuvent être associés au carbure de tungstène. On peut ainsi établir toute une série de « nuances » de carbures pour outils à coupe rapide. L’une conviendra pour Débauchage à gros débits de copeaux et forte avance, une autre pour la finition à faible section de coupe et grande vitesse. On peut même parfois exécuter l’ébauche et la finition en une seule opération.
- Comment les outils au carbure ont multiplié la production.
- L’emploi des outils en carbures de métaux durs a joué dans la guerre présente un. rôle des plus importants. On sait les efforts désespérés faits par le Reich pour s’approvisionner en wolfram, le principal minerai de tungstène, aussi bien pour les aciers spéciaux que pour la préparation des carbures des outils à coupe rapide.
- Bien établis, ces outils permettent une vitesse d’usinage imbattable. Il n’entre pas dans le cadre de cet article de donner des détails sur leurs diverses caractéristiques, en particulier la détermination des angles de coupe, la technique de l’affûtage, etc. Leur emploi est maintenant parfaitement au point. Il y a eu, au début, quelques mécomptes, car on n’avait pas observé que seules les machines-outils robustes et sans vibrations peuvent en tirer tout le parti possible.
- On les utilise pour l’usinage des aciers et de la fonte, et leur supériorité s’affirme de manière indiscutable pour le travail des métaux non ferreux.
- L’auteur Smithells rapporte que dans l’usinage d’alliages aluminium-silicium les outils en carbure débitent de 4 5o.o à 35 000 pièces par pastille d’outil contre 100 à 1 800 pièces, identiques avec l’acier à coupe rapide.
- Mais ce qui caractérise le perfectionnement technique intro-. duit par l’emploi des outils en carbures, c’est l’augmentation du débit des ateliers de mécanique :
- Le Professeur Schlesinger a retracé dans La Machine moderne l’évolution des vitesses d’usinage et des durées de travail avec les différents outils de coupe. En voici l’essentiel : en 1892, 7 m./min., usinage de 4 pièces entre deux affûtages; en 1902, avec l’acier rapide Taylor : 18 m./min., 11 pièces; en 1912 avec le stellite : 3o m./min., 4o pièces; en 1927 avec le carbure : 3o m./min. et 2i5 pièces entre deux affûtages; en 1937 avec les nouvelles nuances de carbure : 90 m./min., et 4i5 piè-
- Figr. 1. — Outil de coupe en carbure.
- La partie hachurée correspond à la pastille de carbure de tungstène brasée sur son support en acier, puis mise en forme et affûtée à la meule diamantée. La pièce est, pour l’usage, serrée dans le porte-outil du chariot de la machine.
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- ces. La vitesse peut être poussée actuellement à 3oo m./rnin.
- L’emploi des carbures a eu sa répercussion sur la construction même des machines-outils qui' deviennent, sans vibrations, plus puissantes, plus rapides avec des avances appropriées.
- Les applications des carbures se développent, on les utilise sur des raboteuses, des étaux-limeurs. On en fait des fraises, des forets, des filières, des alésoirs, des meules, des scies circulaires, des calibres à mâchoires, des jauges, des buses de sablage, des palmers et nombre de pièces d’usure pour des emplois spéciaux.
- A nombre égal de machines-outils, le débit des ateliers a donc augmenté dans de fortes proportions, les chiffres ci-dessus en donnent la mesure.
- L’intérêt militaire de ces progrès ne doit pas faire perdre de vue leur caractère général. L’amélioration acquise jouera, après la guerre, son rôle dans la reconstruction et permettra une rapide fabrication du matériel nécessaire au retour à la vie normale : moyens de transports terrestres, maritimes, aériens, outillage de travaux publics, appareillage électrique, etc.
- Quelles sont nos ressources de tungstène.
- A ce point de vue l’approvisionnement en tungstène des pays touchés par la guerre n’est pas un problème négligeable, si l’on pense aux difficultés de transport et de clearing qui surgiront inévitablement. Heureusement la France, sans occuper une place de choix dans la production mondiale, dispose de gisements lui permettant un tonnage honorable.
- On manque de renseignements précis sur la période actuelle. Dans les années précédant immédiatement la guerre, la produc-
- tion mondiale était de l’ordre d’une quarantaine de mille tonnes en concentrés de wolfram à Co pour ioo de WO3. Elle se répartissait ainsi :
- Asie (Chine surtout) ............... 25 000 t. env.
- États-Unis ......................... • 3 000 —
- Amérique du Sud ..................... 4 000 —
- Océanie ................................ 1 300 —
- Afrique ................................ 1 000 —
- Europe (Portugal surtout) .............. 4 000 —
- La France consommait avant la guerre un tonnage important de concentrés de wolfram : i ooo à 2 5oo t. annuelles, tant pour ses besoins propres pour la fabrication des carbures, du matériel électrotechnique, des aciers spéciaux et du ferrotungstène que pour la partie de ces produits destinée à l’exportation.
- Des mines de tungstène sont exploitées à Leucamps (Cantal), à Monlbclleux (Ille-ct-Vilaine), aux Montmins (Allier), à Puy-les-Vigncs (Haute-Vienne). Des travaux de recherches sont en cours en divers points du territoire. La production métropolitaine possible est de l’ordre de deux à trois cents tonnes de concentrés par an, celle des colonies françaises, du Tonkin, en particulier, de l’ordre de six cents tonnes.
- Si l’on tient compte des produits réexportés, il est certain que, en faisant un effort sérieux, les besoins réels de la consommation française seront couverts sans apport extérieur.
- La position de notre pays en ce qui concerne le tungstène, élément important de l’industrie moderne, n’est donc pas du tout défavorable.
- Lucien Perruche, Docteur de l’Université de Paris.
- LA PÊCHE DE LA MORUE EN NORVÈGE
- Y a-t-il encore des gens qui se souviennent de l’existence et de la saveur de la morue ? Si le goût de ce poisson semble avoir été depuis longtemps oublié, les pêcheurs courageux de Norvège, d’Islande et de Terre-Neuve essayent toujours d’arracher à la mer cet aliment qui était si commun et qui reste si précieux.
- A notre époque, où tout se calcule en calories et en pouvoir nutritif, c’est une nourriture excellente contenant albuminoïdes et matières grasses ainsi qu’une grosse quantité de vitamines A et D indispensables à la vie.
- Sur les côtes de Norvège, au nord de Bodô, un chapelet d’îles se détache de la côte et s’avance dans l’Océan telle une gigantesque digue : ce sont les îles Loffolen, lieu principal de pêche à la morue. Cette pêche se pratique dans trois régions principales, d’abord autour de Vaerô et de Rost, puis dans l’Opsyn-districk et enfin sur la côte septentrionale de Langô. Elle occupe de janvier à avril plus de 45 ooo hommes qui utilisent environ 9 ooo barques.
- Dès que les bancs de morues sont signalés, c’est une véritable migration de tous les coins de la Norvège. Pour la pêche côtière dans le Vestfjord les pêcheurs utilisent des embarcations non pontées ressemblant à nos « doris » français ; mais dans l’Océan Glacial, vers l’Islande, Terre-Neuve ou le Spitz-berg, ce sont des bâtiments à voile et à moteur auxiliaire qui s’élancent, bravant les dangers et les tempêtes et, comme nos pêcheurs d’Islande, reviennent chargés du précieux produit de leur pêche.
- La pêche et ses périls.
- Dans le Vestfjord le poisson se présente quelquefois en bancs si compacts que la sonde n’arrive pas à les traverser et c’est sur un véritable récif mouvant de poissons que les em-
- barcations évoluent; les pêcheurs font alors une pêche miraculeuse ; mais le sort n’est pas toujours aussi favorable ; le poisson recherche une température de + 5°; par les grands froids il descend en bancs serrés à des profondeurs où les filets ne peuvent l’atteindre. Les indigènes utilisent alors la sonde thermomélrique pour le dépister et à l’aide de lignes de fond ils arrivent à le capturer.
- La pêche dans ces contrées froides, dans l’obscurité totale de la longue nuit polaire, est pleine de dangers. Combien de pêcheurs, après des luttes incessantes dans le fjord contre la neige, le brouillard, l’ouragan et le froid, ne reviennent pas au port. Quand la barque chavire, les hommes restent bien accrochés à la quille pendant un certain temps, mais transis de froid et transformés en statues de glace par les vagues et les embruns, un à un ils lâchent prise et coulent avant d’avoir pu être secourus.
- Les pêcheurs utilisent la ligne à plomb, la ligne de fond ou le filet ; le choix de l’engin dépend de l’importance du banc de poisson et de la profondeur où il se tient.
- A leur retour, des marchands achètent le poisson qu’ils transportent à terre ou qu’ils transbordent sur des chalutiers attendant au port.
- Salage et séchage du poisson. Utilisation des résidus.
- Dans la morue, tout est utilisé sans exception. En Norvège, les têtes servent à nourrir le bétail ; on les mélange aux algues, à quelques parcelles de foin, on fait cuire cette mixture et on la donne aux bêtes à cornes qui s’y habituent très bien et la mangent volontiers. On peut également, avec ces têtes, confectionner du « guano », qui est utilisé, à l’exportation, soit comme nourriture des porcs, soit comme engrais.
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- Fig-. 1 à 4.
- 1. Le Yestfjord. Au fond les montagnes du littoral norvégien. — 2. Svolvear, principal port des Loîfoten et centre important de pôclae à la morue. — 3. Barques de pèche à la morue dans le port de Bodô. — 4. Voiliers à moteur dans l’Isfjord, au Spitzbcrg.
- Les œufs forment ce qu’on appelle la « rogue » ; ils sont mis •en tonneaux et salés; ils servent, sous cette forme, d’appâts aux pêcheurs de sardines. Les corps des morues, séchés ou salés, sont exportés dans le monde entier et enfin le foie fournit l’huile médicinale universellement connue et appréciée.
- Dès l’arrivée à terre, 1’ « habillage » des poissons commence; ils sont, soit salés et s’appellent « klip-ifish », soit séchés et s’appellent « stockfish ».
- Pour la salaison, le poisson est décapité et vidé, on lui fait sauter en même temps une partie de l’arête dorsale, on le lave et on le couvre de sel. Livrées aux lieux de fabrication, les morues sont ensuite lavées à -l’eau douce, salées, séchées et emballées; elles sont alors prêtes pour la vente ou l’exportation.
- Le séchage exige des soins moins méticuleux ; le poisson est décapité et vidé, puis exposé à l’air dans des séchoirs rudimentaires où, au bout de trois mois, il est raccorni et jauni. Ces séchoirs, communs dans toutes les localités du littoral norvégien, contribuent • au paysage familier de ces contrées.
- L’huile de foie de morue.
- Pour préparer l’huile de foie de morue, dont la Norvège est à peu près l’unique exportateur, on entasse les foies dans des barils ; l’huile sourd et après plusieurs mois, on recueille une huile blanche qui est de l’huile médicinale de première qualité; le liquide obtenu par .pression est de moins bonne qualité, c’est le « blank ». Enfin,
- le procédé industriel, qui donne de l’huile du commerce, consiste à faire fondre l’huile clés foies par un jet de vapeur. En moyenne ioo kg de foie donnent 70 1 d’huile.
- Le foie frais des morues est un mets succulent qui serait digne de la table des gourmets parisiens.
- Y. Romanovsky.
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- Comment utiliser ta carotte
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- Fulbert-Dumonteil raconte qu’une année où la récolte de pommes de terre fut assez mauvaise pour faire craindre la disparition du précieux tubercule, « ce pain pétri par la nature », les regards de l’humanité se tournèrent, pleins d’espoir, vers la carotte qui paraissait seule capable de la remplacer. Je gagerais gros que cette assertion de l’humoristique anecdotier serait accueillie, chez la plupart de nos contemporains, avec quelque scepticisme : beaucoup même ne pourraient se défendre d’y trouver l’occasion d’établir une relation entre le nom de la racine du Daucus carota et l’expression populaire qui en fait le synonyme de toute opinion, de toute parole tendant à se gausser du prochain, à « engeigner autrui ». Toutefois, quelque paradoxale que puisse sembler cette substitution de la carotte à la pomme de terre, si justifiée que soit la déconvenue du consommateur qui se verrait privé de la seconde et n’aurait que la première à se mettre sous la dent, ce n’est pas une raison pour dédaigner le légume que les restrictions de l’heure présente nous obligent à faire figurer si fréquemment sur nos tables qu’il égaie de sa teinte rutilante : mais il importe de lui faire subir certains apprêts culinaires pour qu’il puisse satisfaire à la fois les besoins de notre organisme en principes générateurs de calories et d’énergie et l’attirance qu’exerce sur notre sens gustatif toute substance capable de provoquer ce que Platine de Crémone appelait « l’honneste volupté ».
- La valeur nutritive de la carotte.
- Je n’ai pas à faire ici l’historique de la carotte, ni à en étudier les applications à l’art de guérir, renvoyant ceux de mes lecteurs que ces questions pourraient intéresser à mon livre sur « Les légumes de France C1) » : je me contenterai de rappeler que les chi. mistes (A. Ballan, Kœnig) lui ont assigné la composition suivante :
- Eau .................................... 87,1
- Albumine ............................... 1,0
- Graisse .................................... 0,02
- Hydrates de carbone .................... 9,3
- Cellulose .............................. 1,4
- Cendres ................................ 0,9
- Si à ces principes on ajoute de l’asparagine, du carotène, des sels consistant en malates et en phosphates de chaux et de potasse et en traces de manganèse, force est de reconnaître qu’à part ses hydrates de carbone formés de saccharose et de glucose, la carotte est assez pauvre en éléments nutritifs pour justifier la mine déconfite des consommateurs dont elle serait l’unique ressource et qui auraient, en outre, à lui reprocher de « ne pas tenir au corps ». Les recherches entreprises en Allemagne par Eubner sont, à ce point de vue, démonstratives. Cet auteur ayant fait ingérer à un sujet dont l’appétit et le dévouement à la médecine expérimentale étaient également remarquables 2 560 g. de carottes bouillies constata qu’à la suite de cette collation pantagruélique les déjections renfermaient 21 pour 100 de substance sèche, 39 pour 100 d’azote et 18 pour 100 d’hydrates de carbone. Ce déchet colossal vient à l’appui de l’opinion de Gruby qui déclarait que la carotte ingérée à l’exclusion de toute autre substance alimentaire, traversait le tube digestif sans s’y arrêter et ne jouait, par conséquent, d’autre rôle que de fournir du travail à l’industrie nocturne qui a fait la célébrité et.la fortune de MM. Eicher et Cie. Par contre, en la combinant avec des légumes plus riches en protéines et surtout en matières amylacées, on en obtient, comme j’ai déjà eu l’occasion de le faire remarquer, a une meilleure utilisation tout en conservant la propriété qu’elle possède de rendre les selles plus abondantes, de faciliter leur évacuation et d’exercer ainsi indirectement une action favorable sur les fonctions hépatiques. »
- 1. Henri Leclerc. Les légumes de France, leur histoire, leurs usages alimentaires, leurs vertus thérapeutiques, 3e édition. Àmcdée Legrand et Jean Bertrand, éditeurs, 1941.
- Combinaisons culinaires.
- Les avantages de ces combinaisons culinaires, bien étudiés par Munit et Ewald, avaient été signalés, il y a une cinquantaine d’années, par le Dr Auguste Soins dont j’ai souvent relaté quelques aphorismes où, sous une forme originale, se cachait toujours une connaissance approfondie des lois de la diététique : « De même, disait-il, que le lièvre veut être mangé en civet, la carotte, qui est le plus sociable des légumes et qui semble avoir pris pour devise vœ soli !, ne manifeste sa bonté que lorsqu’elle se trouve en compagnie des féculents. »
- Instruits par ces enseignements, nous bannirons donc de nos menus la carotte solitaire pour n’y faire figurer que les recettes dans lesquelles elle peut contribuer à former de nutritives et assimilables symbioses. L’une des plus recommandables est la a purée Marie-Louise » dont voici le mode de préparation : « Peler 500 g. de carottes, les faire cuire dans une casserole d’eau bouillante salée : au bout d’une heure y ajouter 750 g. de pommes de terre coupées en deux ; achever la cuisson, passer le tout au tamis de crin, remettre la purée dans une casserole, bien la travailler ; ajouter 100 g. de crème, quantité suffisante de beurre et servir. »
- Une autre association excellente consiste à arroser du riz, du millet, de l’orge, de la kasha (gruau de sarrasin préalablement décortiqué et légèrement torréfié) cuits secundum artem d’une purée claire de carottes finement tamisée : ce coulis, aiguisé d’une pointe d’ail ou d’échalote, peut servir également à parfumer les haricots, les fèves, les pois chiches ou à maquiller, comme le ferait la sauce tomate, la pâleur des nouilles. Enfin est-il besoin de rappeler les fameuses « carottes Vichy » qui, grâce au beurre et au sucre dans lesquels on les a fait mijoter pendant une heure et demie, deviennent un complaisant et généreux véhicule de lipides et de glucides et les savoureuses juliennes, les classiques macédoines où collaborent à former ce que Monselet appelait « des mosaïques de gueule », le jade des petits pois, l’émeraude des haricots verts, la nacre des navets, la pourpre des carottes ? Notons, en passant, que ces préparations, à l’exception des carottes Vichy, ont cessé d’être pour les diabétiques un aliment frappé d’ostracisme, un noli me tangere culinaire, depuis que MM. Frank, S. Malczynski, B. Giedosz, J. Onysymov ont démontré qu’il existe dans la carotte un produit qui agit comme l’insuline et peut, chez l’homme, déterminer un abaissement du sucre sanguin de 17,2 à 34,1 pour 100.
- Le rôle physiologique du carotène : mangeons des carottes crues.
- Nous avons vu que, parmi les constituants de la carotte, figure le carotène : de nombreux travaux publiés au cours de ces dernières années ont établi l’importance de cette substance dont des doses infimes, de l’ordre d’un centième de mmg., suffisent à faire s’accumuler dans la glande hépatique d’abondantes réserves de vitamines A et C. Elle jouit, en outre, ainsi qu’il appert des recherches de MM. le P1' Léon Binet et M. V. Strumza, de la faculté de favoriser la rénovation du sang en augmentant le nombre des hématies et leur teneur en hémoglobine, se comporte comme un puissant stimulant des réactions de défense de l’organisme contre les agents infectieux (Javillier et Pénau), active, à la façon d’un catalyseur, la destruction par les surrénales des déchets toxiques provenant de la contraction musculaire (Abelous, Langlois) et exerce une heureuse influence sur le métabolisme des phospholipides. De tels avantages légitiment l’emploi de la carotte crue dans laquelle le carotène n’a pas été détruit ou, du moins, altéré par la cuisson : réduite en pulpe au moyen d’une râpe, assaisonnée de jus de citron, d’huile et d’un peu de sel, jaspée de fines herbes hachées menu, mélangées à du riz cuit à l’indienne et refroidi ou incorporée à une salade de pommes de terre, de céleris et de topinambours, elle fournit des hors-d’œuvre d’une
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- jolie teinte d’aube naissante aussi agréables à la vue qu’au goût et dont l’usage convient particulièrement aux sujets anémiés, aux convalescents, aux surmenés, à ceux qui ont à faire face au travail de la croissance ou sont soumis à un régime carencé en vitamines A et C.
- Le miel de carotte.
- Cette esquisse bromatologique serait incomplète si je ne présentais à mes lecteurs une nouveauté gastronomique digne de rallier les suffrages de cette élite de gourmets que Brillat-Savarin nommait « les dames et les liommes à mollets d’abbé » : le « miel de carotte », invention de mon ami Laurent Asso, cet apôtre du végétarisme, aussi ingénieux que convaicu, qui, après avoir dirigé un établissement végétarien modèle, vit dans une petite ville de Provence dont il initie les habitants aux pratiques salutaires do la phytodiététique. Voici, telle qu’il a bien voulu me la communiquer, sa recette : « Employez de préférence des carottes nantaises, plus sucrées et plus juteuses que les autres espèces ; râpez-les après les avoir bien lavées et mettez la râpure sous presse dans un sac ou un linge fin pour en extraire totalement le jus. Ce jus
- =.......31 =z:
- étant recueilli dans un récipient (marmite ou casserole), le porter sur le feu jusqu’à ébullition. Régler alors le gaz ou le combustible, de façon à ce que le liquide ne dépasse pas une température de 80° environ, pour le laisser réduire de moitié. A ce moment verser le liquide réduit dans un récipient plat n’ayant qu’une profondeur de 4 à o cm. et mettre au four pour laisser réduire à nouveau jusqu’à ce qu’il prenne la consistance d’une pommade ou d’un sirop épais ; laisser tiédir et mettre en pot. »
- Ce produit, d’une couleur brun foncé et dont la consistance et la saveur rappellent celles du miel et du sucre de raisin, fournit, comme me l’écrivait son inventeur, « un généreux goûter et un dessert exquis pour les enfants et pour les vieillards. » Le spécimen qui accompagnait la lettre de mon ami Laurent Asso m’a permis de constater que cet éloge n’avait rien que de mérité et m’a confirmé dans l’opinion que la science du maître queux est capable d’opérer des prodiges puisque, non contente de nous enseigner à transformer en mets substantiels et sapides une racine aussi insignifiante que celle de la carotte, elle nous fournit les moyens d’en extraire une friandise de saveur assez alléchante pour rendre jalouse la laborieuse abeille.
- Henri Leclerc.
- Récréations mathématiques
- Divination d’un chiffre
- Ecrivez sur un morceau de papier un nombre, par exemple 23 657, et exposez que par permutations circulaires il donne naissance aux quatre suivants : 36 572, 65 723, 57 236, 72 365.
- Priez une personne de faire le produit d’un de ces nombres par un facteur quelconque et faites bien remarquer que multiplicande et multiplicateur vous sont inconnus. Faites-vous communiquer le produit dont on aura effacé, par la pensée, le 5e chiffre à partir de la droite. Après un court calcul vous annoncez le chiffre supprimé.
- Le nombre posé en premier lieu n’est pas choisi arbitrairement, il doit avoir o chiffres et être multiple de 41. Vous l’écrivez avec assurance comme s’il s’agissait d’un nombre qui vous vient à l’esprit. Il est même habile, pour dérouter la perspicacité de votre auditoire, d’écrire d’abord un nombre en différant par un seul chiffre, 27 657 par exemple, puis ayant fait observer que ce nombre est divisible par 9, de le modifier en remplaçant le premier 7 par un 3. Cette petite manoeuvre exécutée avec rapidité et naturel laisse croire que vous posez un nombre vraiment quelconque.
- Supposons que le multiplicande choisi soit 65 723 et le multiplicateur 13 (pour abréger l’opération vous demandez de prendre un nombre d’un ou de deux chiffres) le produit sera : 854 399 et on vous communiquera seulement le nombre : S5 399. On peut vous annoncer correctement 85, le chiffre supprimé, et 399, ou bien vous lire le nombre 85 399. De toute manière vous écrivez sur un morceau de papier 850 399 en intercalant un zéro à la
- gauche de la dernière tranche de 3 chiffres.
- Divisez ce nombre par 41 et retranchez le reste, 18, du diviseur, 41, ce qui vous donne 23.
- Sur le papier, tiré négligemment de votre poche pour exécuter ce petit calcul, vous avez transcrit à gauche les deux colonnes suivantes :
- Différences
- Chiffre effacé
- 16
- 32
- 7
- 23
- 1
- 2
- 3
- 4
- 39
- 14
- 30
- 5
- 21
- 41
- 5
- 6
- 7
- 8 9 0
- ce qui vous permet d’annoncer immédiatement 4 correspondant à la différence 23.
- Comme cette différence ne peut être qu’un des 10 nombres figurant dans la colonne de gauche, tout autre résultat vous indique qu’il y a une erreur provenant, soit de l’opérateur, soit de vous-même.
- Pour éviter la première cause il est bon de faire faire la preuve de la multiplication avant d’en communiquer le produit, quant à la seconde... il suffit que vous sachiez faire une division et une soustraction.
- Maintenant, pour les curieux, voici le pourquoi.
- Je raisonne sur le nombre 23 657 mais la démonstration est générale.
- 23 657 = 2 x HR + 3 657 36 572 = 3 657 x 10 + 2 23 657 x 10 — 36 572 = 2(10'— 1 ) = 2 x 99 999.
- D’où :
- 36 572 = 23 657 x 10 — 2 x 99 999
- or :
- 99 999 = 9 x 41 x 271.
- Tout diviseur commun à 23 657 et 99 999 est diviseur de 36 572, par hypothèse 41 divise 23 657 donc 36 572 est également multiple de 41. Il en va de même des autres nombres qui se déduisent de ce dernier par permutations cycliques. Le résultat de la multiplication est toujours un multiple de 41, mais on omet de vous donner le chiffre des unités de mille que nous désignerons par x. Le produit inconnu peut s’écrire :
- 850 399 + 1 000' x = mult. 41,
- 850 399 divisé par 41 donne 18 pour reste, on en déduit que 1 000 x est un multiple de 41, augmenté de 41 — 18 = 23.
- Pour éviter de résoudre l’équation •
- 1 000 x - mult. 41 + 23
- on établit une fois pour toutes le tableau donné plus haut. 1 000 est un multiple de 41 + 16, donc 2 00Ô est un multiple de 41 + 32, 3 000 un multiple de 41 + 48 = 7, etc....
- D’après la démonstration ci-dessus le nombre initial peut être multiple de l’un des nombres suivants : 9 , 41, 271, 369, 2 439, 11 111, diviseurs de 99 999. Les calculs sont plus faciles avec 41 qui n’a que 2 chiffres ; 9 ne convient pas, ses propriétés sont trop connues et il y a incertitude quand le chiffre effacé est 0 ou 9. On pourrait aussi bien deviner tout autre chiffre à condition de calculer en conséquence le tableau correspondant au rang de l’unité supprimée, c’est un exercice que nous conseillons à nos jeunes lecteurs pour leur permettre de varier la présentation de cette petite récréation.
- H. Paroi .et
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- Les Livres nouveaux
- Faune de France, 42. Psocoptères, par André Badonnel, 1 vol. in-8, 164 p., 373 fig. Lechevalier, Paris, 1943. Prix : 200 fr. Les Psoques sont des insectes de petites tailles, dont aucune étude systématique n’existait en français. Voici donc un ouvrage précieux à un double point de vue : il enrichit la Faune de France et permettra de nouvelles recherches. Selon le plan des autres publications de l’Office central de faunistique, il situe le groupe (ordre ou surordre) parmi les formes inférieures de la classe, donne les caractères morphologiques et biologiques, en insistant sur les techniques de récolte et d’étude, puis décrit et classe une à une les 600 espèces européennes, indiquant pour chacune la distribution géographique.
- Les tremblements de terre, par E. ROTHE. 1 vol. in-16, 242 p., 32 fi g. Bibliothèque de philosophie scientifique. Flammarion, Paris, 1942. Prix : 32 francs. Directeur du Bureau central séismologi-que international, l’auteur connaît à fond la question et expose de main de maître les causes, les explications, les effets, tels que les ont révélé les multiples recherches de ces dernières années. Il dégage notamment la notion de l’instabilité du sol ter-
- Cours de protection radioélectrique
- Les cours de protection radioélectrique institués en 1933 à l’usage des installateurs à l’École nationale des Arts et Métiers, vont être repris incessamment au Centre de reclassement, 243, boulevard de l’Amiral-Bruix, Paris (16e). Institués par le Syndicat général des Installateurs électriciens, et par le Comité de liaison des Groupements de la Radioélectricité (C. G. P. R.), ces cours d’une durée de 3 mois comportent un enseignement théorique et des travaux pratiques. Ils sont sanctionnés, sous le contrôle de la Radiodiffusion française, par un certificat d’aptitude professionnelle d’installateur de dispositifs antiparasites.
- Conférences
- L'accès à ces conférences est libre.
- SAMEDI 20 JANVIER
- Palais de la Découverte : 15 h. M. A. LlÉ-vin : « Calculs simplifiés des constructions hyperstatiques » (Application au béton armé).
- LUNDI 22 JANVIER
- Sorbonne, Salle Conférences Physique : Les techniques de laboratoires. 17 h. 30 : MIle E. Devaux : « Le travail et le polissage du verre et des cristaux ». Labora-toire d’Anatomie comparée. Histologie et morphologie expérimentale. 14 h. 30 : M. May : « Techniques du système nerveux ».
- restre et de son échauffement par radioactivité qui ont changé nos conceptions des séismes et fait singulièrement avancer leur conception et leur prévision.
- Le microscope. Emploi et applications, paf
- E. Séguy, in-16, 1.200 fig., 102 pl. Lechevalier, Paris, 1942.
- Dans l’Encyclopédie pratique du naturaliste, ce 33e volume consacré à la technique la plus courante sera le vade-mecum de l’étudiant et de l’amateur. Il traite simplement du microscope, ses accessoires, ses usages et montre ce qu'il permet de voir et d’étudier par de très nombreux exemples illustrés, choisis dans les branches les plus diverses de la zoologie.
- Ce qu’il faut savoir des reptiles et des batraciens de France, par G. PouTEYIN, in-16, 133 p., 40 fig., S pl. Lechevalier, Paris, 1942.
- Groupe peu nombreux, objet de crainte mais si intéressant par ses mœurs, il mérite d’être longuement observé et le sera grâce à ce précieux guide qui rectifie bien des erreurs communes et apprend à estimer lézards et batraciens, à reconnaître les serpents venimeux et à se protéger de leurs morsures.
- Institut Pasteur, Grand Amphithéâtre : 17 hv 30 : Conférence de Chimie biologie. M. Lépine : (( L’organisation des protéines-virus ».
- MARDI 23 JANVIER
- Institut de Chimie, rue Pierre-Curie,
- Petit Amphithéâtre : 17 h. 30 : M. C. Du-vai, : « La documentation en chimie » (Conseils aux chercheurs pour l’élaboration d’une bibliographie).
- JEUDI 25 JANVIER
- Sorbonne, Salle Conférences Physique : 17 h. 30.: Exposé sur les techniques de laboratoires. M. R. Lennuier : « Quelques données relatives aux spectrographes modernes. Conseils élémentaires relatifs au réglage et l’utilisation des spectrographes ».
- SAMEDI 27 JANVIER
- Palais de la Découverte, 17 h. : M. Denis .' « Synthèse organique des pétroles ».
- LUNDI 29 JANVIER
- Sorbonne, Salle Conférences Physique : 17 h. 30 : M. Baylac : « La documentation en physique. Microfilms. Méthodes et moyens de travail. Bibliographie »,
- Petites annonces
- Les Petites Annonces seront rétablies dans la mesure, de l’espace disponible.
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- Ce qu’il faut savoir des vers à soie. Leur élevage, par G. Portevin. in-16, 64 p., 30 fig. Lechevalier, Paris, 1943.
- Facile est le petit élevage quand on connaît l’insecte, ses mœurs, les maladies et les ennemis qui le menacent. Ce livre y pourvoit.
- Ce qu’il faut savoir sur la vie de l’insecte. Physiologie et biologie, par R. CHAUVIN.
- in-16, 234 p., 77 fig. Lechevalier, Paris, 1943.
- Classe très particulière et d’autant plus intéressante par sa structure, son développement, ses mœurs, ses instincts, abondante plus qu’aucune autre, elle attire le naturaliste qui trouvera dans cet exposé concis et précis un guide pour ses observations et ses méditations.
- Formulaire technique du botaniste préparateur et voyageur, par A. GUILLAUMIN.
- in-16, 139 p., 82 fig. Lechevalier, Paris, 1942.
- Ce qu’il faut savoir pour récolter, préparer, expédier, conserver et présenter les plantes qu’on rencontre et qu’on veut étudier.
- De l’acte à la pensée, par Henri WALLON. 1 vol. in-16, 231 p. Bibliothèque de philosophie scientifique. Flammarion, Paris, 1942. Prix : 28 francs.
- Qui a commencé et qui conduit l’autre ? Par une fine analyse portant tour à tour sur la psychologie animale, infantile, pathologique, l’auteur réussit à montrer les oppositions des faits et des systèmes en même temps que leur solidarité et il s’essaie à fondre les antinomies dans une vue syncrétique qui cherche à concilier tous les contraires.
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- SOMMAIRE
- La 0rtcip.ce possède la plus puissante station de îpî ïpéiodiffusion du monde, par Michel ADAM
- L'éclairage par tubes fluorescents, par M. LEBLANC.
- La science et la guerre : L’inventeur de la bombe ailée n VI u......................................
- L’intoxication saturnine, par Gabriel MOUCHOT.
- 33
- 37
- 40
- 41
- Théâtre d’ombres en relief, par J. NORMIER .
- Le fumier artificiel, sa fabrication en usine, par
- Jacques BOYER.................................
- Un nouveau volcan naît au Mexique................
- A l’Académie des sciences, discours inaugural de ' M. CAULLERY....................................
- Informations.....................................
- 43
- 44
- 46
- 47
- 48
- La France possède la plus puissante
- station de radiodiffusion du monde
- Notre pays n’a pas encore eu le loisir de s’enorgueillir de été inaugurée. Partiellement détruile par les Allemands au posséder la slation de radiodiffusion la plus puissante du moment de leur retraite, il s’écoulera sans doute de longs mois monde : le poste national à ondes longues de 900 kW con- avant qu’elle puisse être remise en exploitation. En attendant, struit à Allouis dans le Cher. il n’est pas trop tôt pour rendre justice au talent, à l’initiative,
- L’événement est passé presque inaperçu. La station d’Allouis, à l’esprit créateur dont ont fait preuve les ingénieurs radio-entrée en service au début de la guerre, en 1989, n’a jamais techniciens français, à qui l’on doit cette magnifique réalisation.
- Fig. 1. — Vue générale de la station d’Allouis et de ses antennes.
- N° 3081 Ier
- Février 1945
- Le Numéro 10 francs
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- 34
- Fig. 2. — Le réseau des antennes.
- C, contrepoids ; D, descentes d’antennes ; I, isolateurs ; M, mâts haubanés ;
- T, treuils.
- Rappelons, en quelques mots, l'histoire du poste national. Dès 1921, les premières émissions radiophoniques régulières étaient assurées par les postes privés de Levallois et de Sainte-Assise, avec une puissance de 2 kW. A partir du 6 novembre 1922, la station de Levallois, de la Compagnie française de Radiophonie, diffusait sur 1 565 m. les Concerts Radiola. Cette même société mettait en service, le 29 mars 1924, la station de 20 kW de Clichy sur 1 750 m. Cette première station de « Radio-Paris », devenue insuffisante, fut transférée en 1931 à Saint-Rémy-1 'Honoré, près de Rambouillet, à 4o km de la capitale. Sa puissance de 80 à i5o kW était diffusée par une antenne triangulaire de 310 m de côté et de 210 m de hauteur. C’est la première station qui ait bénéficié du perfectionnement remarquable de la « modulation par déphasage ».
- Cependant, les perturbations atmosphériques et industrielles gênant considérablement la réception dans la bande des grandes ondes, il devenait nécessaire d’augmenter la puissance du poste national et de le reconstruire au centre de gravité du territoire métropolitain. La décision fut prise en 1934, le nouvel émetteur commandé en 1985, le terrain acheté en 1986 à Allouis, près de Mehun-sur-Yèvre, à mi-chemin entre Yierzon et Rourges.
- Comment se présente la station. — Les bâtiments forment un vaste édifice parallélipipédique mesurant 80 m. de longueur, 23 m. de largeur et 24 m. de hauteur (fig. 1), et possédant trois grandes salles de 48 m. de longueur sur 21 m. de largeur. Dans les quatre étages de cet édifice se répartissent les éléments et services accessoires d’un double émetteur de 45o kW. Au sous-sol, l’alimentation en énergie électrique. Au rez-de-chaussée, la salle des redresseurs et celle des machines. A l’entresol, les services accessoires : réfrigération, résistances de charge, filtres d’alimentation, câbles et conduites d’eau. Au
- Fig. 3. — Le fonctionnement du réseau des antennes (Coupe schématique en diagonale).
- A, transformateur d’alimentation de l’antenne ; C, capacités terminales ; D, descentes ; M, mâts diagonalement opposés ; T, prise de terre. La courbe hachurée représente la répartition du courant de haute fréquence dans
- l’antenne.
- premier étage, dans une vaste salle de 8 m de hauteur : le double émetteur, ses lampes et ses circuits. Dans les ailes : les échangeurs de chaleur, les pompes, les magasins de matériel, les ateliers et la baie de manutention.
- Antennes et pylônes rayonnants. — Le principe classique de l’antenne « antifading » eût conduit, pour cette station puissante à grandes ondes, à l’érection d’un mât-pylône de plus de 800 m de hauteur, solution qui dépasse actuellement les possibilités pratiques. Une solution plus élégante a prévalu. M. Chireix, inventeur de la modulation par déphasage et d’un système d’antcnne-projcctcur pour ondes courtes, a proposé de remplacer l’antenne, unique par un système de quatre antennes-mâts de 25o m. de hauteur, auxquelles le courant à haute fréquence est amené par le sommet. La forme de cette antenne complexe réduit son rayonnement vers les couches supérieures de l’atmosphère — composante inutile — pour ne laisser subsister que le rayonnement de surface parallèle au sol. Il s’en suit que la portée diurne est supérieure à celle d’une antenne normale. Comme le fonctionnement de telle ou telle antenne-pylône de cet ensemble peut être modifié, on peut ainsi favoriser la radiation de l’émetteur dans une direction privilégiée.
- Normalement, la station n’utilise qu’un émetteur de 45o kW. Mais en couplant les deux émetteurs jumelés, on atteint 900 k\V, ce qui fait de la station d’Allouis le poste le plus puissant du monde. La limite supérieure de nos émetteurs à ondes moyennes est de 120 kW. D’autre part, la puissance des stations américaines est limitée à 5oo kW. La puissance est d’ailleurs beaucoup plus grande qu’il n’apparaît, puisqu’un poste de 5oo kW en onde porteuse donne, modulé à xoo pour 100, une puissance soutenue de 760 kW et une puissance instantanée de crête de 2 000 kW.
- Le système rayonnant complexe comporte quatre mâts métalliques haubanés M à section triangulaire de 25o m de hauteur, implantés aux sommets d’un carré de 4oo m de côté (fig. 2) et reliés diagonalement à leur sommet par deux traversiez en bronze formant quatre demi-antennes, prolongées respectivement par quatre descentes verticales D au centre de figure, où se trouve la station. Les isolateurs fractionnent l’ensemble en quatre aériens orientés aux quatre points cardinaux, chacun formant un portique comprenant : mât, vergue, traversiez et descente.
- Sur chaque diagonale, comprenant deux demi-antennes juxtaposées, le fonctionnement est indiqué fig. 3. On aperçoit la prise de terre, le transformateur de couplage, la répartition du courant le long de la descente, de l’antenne et du mât.
- Au sommet de chaque mât, une vergue de 10 m de longueur supporte les deux traversiez en bronze T en diagonale. Deux autres traversiez S dessinent le carré de base. Deux nappes de six fils N, pendant de chaque traversier, participent au rayonnement (fig. 4).
- La base de chaque pylône, en forme de pyramide renversée, repose sur un bloc de béton, à l’abri d’un bouclier en acier (fig. 5) et est reliée à la terre par un réseau radial de fils enterrés.
- Les descentes d’antennes aboutissent à un kiosque octogonal sur la terrasse de la station (fig. 6).
- Fig. 4. — Détail du départ de Vun des sommets de pylônes.
- A, nappe de six fds ; S, traversiez en acier ; T, traversiez en bronze ; V, vergue.
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- Le déphasage dans le temps des courants alternatifs polyphasés correspoird à un décalage dans l’espace. Les quatre antennes du système sont décalées en quadrature, chacune par rapport à la précédente et à la suivante. Ces quatre antennes, alimentées par des courants égaux, mais respectivement déphasés en quadrature, rayonnent comme si elles étaient alimentées par les enroulements d’un alternateur à courants diphasés. Grâce à l’opposition de phase des antennes en diagonale, qui réduit le rayonnement zénithal, on constitue une antenne « antifading » et on favorise la radiation vers les régions montagneuses.
- Les mâts sont tendus par cinq cours de trois haubans isolés, dont la charge de rupture varie de 38 à x 12 t. par hauban, de bas en haut de chaque mât, et qui peuvent résister aux plus violentes tempêtes (pression de 200 kg : m2). L’effort vertical et l’effort horizontal au sommet sont de 8 t.
- Alimentation en énergie électrique. — Pour plus de sécurité, la station est alimentée par deux réseaux indépendants à courants triphasés, l’un à 3o 000, l’autre a 90 000 V, tensions transformées à 5 5oo V dans la sous-station extérieure. A plein régime, l’émetteur absorbe en moyenne 2 000 kW, puissance portée en pointe à 3 5oo kW pour une modulation
- de 100 pour 100. Alimentés sous 5 5oo V, les redresseurs à vapeur de mercure fournissent du courant continu à 18 000 V pour les anodes des lampes de puissance. La station utilise des g r o u -pes convertisseurs
- 5 5oo/5oo V et des groupes à 190 V pour les services généraux. Le chauffage des filaments des grosses lampes électroniques e s t assuré par des groupes spéciaux débitant un courant de
- 6 200 A.
- t- i ^
- Fig. 6. — Ensemble pour îe départ des fils d’antenne sur la terrasse
- de la station.
- Chaque étage est renfermé dans une enceinte grillagée, dont la porte permet d’accéder à l’étage voisin. Huit enceintes se succèdent ainsi : une pour les feeders, six pour les étages, une pour le couplage à l’antenne. Tant que les portes de la façade restent verrouillées, on ne peut accéder à aucun appareil ou conducteur sous tension. On ne peut pénétrer dans les enceintes intérieures que lorsque les filtres ont été déchargés et les conducteurs coupés de leurs sources de tension. On ne peut donc atteindre le premier étage d’amplification qu’à tra-
- Fig. 5. — Détail de l’isolement à la base d’un pylône.
- Poste émetteur. — L’émetteur à haute fréquence occupe la plus vaste salle, longue de 48 m et divisée dans toute sa longueur par un panneau métallique percé d’une douzaine de baies vitrées à travers lesquelles on peut apercevoir les lampes et les appareils de contrôle des divers circuits. Au-dessus des baies, les appareils de mesure; au-dessous, les volants de manœuvre. L’enceinte des émetteurs est complétée par un grillage. L’espace restant, sorte de grande « salle des pas pei’dus », n’est meublé que par deux pupitres de commande, les pupitres individuels de chacun des émetteurs, le pupitre de couplage et les panneaux des appai’eils de mesure de qualité.
- La manoeuvre d’un volant commande la mise en marche de l’émetteur de droite, de l’émetteur de gauche, ou le couplage des deux émetteurs pour la mise en parallèle. Un second volant permet de faire passer la manœuvre de l’un quelconque des émetteui’s d’un des pupitres sur l’autre, par mesure de sécurité.
- Les baies se succèdent dans l’ordre suivant symétrique-rnent à partir du milieu : premier étage d’amplification, second étage et dernier étage. Les châssis des lampes sont montés à 2 m en arrière du panneau ; les circuits oscillants, encore plus en arrière, sont constitués par des bobines en tubes de cuivre nus, supportés par des colonnettes isolantes (fîgf- 7)’
- Fig. 7. — Vue arrière des bâtis de l’émetteur : on aperçoit une batterie de huit lampes à grande puissance.
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- Fig. 8. — Vue générale de la salle d’émission.
- vers les autres, après que toutes les tensions dangereuses ont été successivement coupées par la manœuvre des portes. Pour sortir, il faut, bien entendu, effectuer successivement ces mêmes manœuvres en sens inverse. Cette séparation complète des deux émetteurs permet de visiter, réparer, essayer l’un d’eux tandis que l’autre fonctionne.
- La modulation perfectionnée « amplitude-phase », pratiquée à la fois sur la phase du courant et sur son amplitude, permet d’obtenir des amplificateurs de puissance un rendement de 65 pour ioo et de l’installation un rendement global de 4o pour ioo, très supérieur de celui qu’on retire généralement des procédés classiques de modulation et qui se traduit par une économie annuelle d’énergie de plusieurs millions de francs.
- Chaque émetteur travaillant sur une partie distincte de l’antenne, le fonctionnement de l’un d’eux n’est aucunement perturbé par une avarie survenue à l’autre.
- Lampes d’émission. — En l’état de la technique en 1934, on aurait pu atteindre la puissance désirée en groupant en parallèle suffisamment de lampes de ioo à i5o kW en service sur les émetteurs français à ondes moyennes, comme on l’a fait pour la station à grande puissance de Cincinnati (Ohio).
- Lés ingénieurs français ont préféré améliorer l’exploitation et en diminuer le prix de revient en fournissant directement la puissance de 45o kW au moyen de lampes à grande puissance nouvelles débitant 4oo kW en télégraphie, alors ,qu’on n’àvait encore jamais dépassé 25o kW. Ces tubes à circulation d’eau, les plus puissants qui aient été fabriqués, mesurent près de 2 m de hauteur et sont au nomjore de huit.
- A la partie supérieure, l’ampoule de verre; à la partie inférieure, la chemise cylindrique pour le refroidissement de l’anode par circulation d’eau et d’où partent les tuyaux vers les serpentins installés à l’étage inférieur (fig. 7). Le courant intense est conduit par des ensembles de 5 méplats en cuivre associés en parallèle, ainsi que par de larges tresses nattées en fil de cuivre rouge. Normalement réglées en onde porteuse à 56 kW, les lampes atteignent en pointe de modulation une puissance de 2 25 kW, laissant encore une marge de près de 90 pour 100 par rapport au régime de crête de 4oo kW, ce qui assure la sécurité de l’exploitation et prolonge considérablement la vie des tubes.
- La puissance anodique totale disponible de 760 kW (42 A sous 18 000 V) n’est utilisée que jusqu’à 4?o kW en régime d’onde porteuse. Au taux de modulation de 80 pour 100, la puissance anodique appliquée s’élève à 1 o5o kW, la puissance utile modulée à 612 kW, le rendement du circuit anodique à 60 pour 100 pour une distorsion de non-linéarité de 4 pour 100.
- Le courant de chauffage absorbe 625 A sous 33 V, soit 22 kW par lampe, dans un filament en titane. Des faisceaux de barres en aluminium distribuent aux filaments les 6 200 A fournis par les groupes convertisseurs.
- Les étages à faible puissance sont équipés avec des triodes ou des penlodes de 75 à 100 W (séparateur de maître-oscillateur, étage modulé, étage de première amplification). Pour les seconde, troisième et quatrième amplifications, on se sert de triodes plus puissantes à circulation d’cau_.
- Refroidissement des lampes par circulation d’eau.
- — Problème difficile que celui de la dissipation de la quantité de chaleur énorme produite sur l’anode des tubes par le bombardement cathodique, ainsi que de celle dégagée par les grilles et les filaments. Pour les puissances très élevées, les calories sont évacuées par une rapide circulation d’eau, aussi bien autour de l’anode que des connexions de la cathode. Cette circulation, qui absorbe 225 1/min pour l’anode, i,5 1/min pour le filament, est faite en eau pure, débarrassée de tout calcaire, qui circule en circuit fermé à raison de i4o m3 par heure et se refroidit au contact d’une circulation d’eau brute, laquelle abandonne sa chaleur dans l’air extérieur par le moyen de puissants jets d’eau jaillissant au milieu de bassins.
- A l’étage intermédiaire, l’eau circule dans d’énormes bobines en porcelaine à cinq spires, auxquelles sont raccordées les tuyauteries des lampes. Ces serpentins jouent le rôle de bobine de choc pour arrêter le retour éventuel des courants de haute fréquence et assurent l’isolement des circuits à haute tension. Sur la droite de la galerie sont, disposés les circuits de filtration électrique.
- Performances réalisées. — Le poste national a réalisé, dès les essais, les espérances qu’on avait fondées sur lui. Au régime d’un seul émetteur (45o kW), le champ produit est
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- considérable (G3 mV : m à ioo km), alors qu’on peut obtenir une bonne réception avec i mV : m. Les harmoniques les plus forts, très inférieurs à i mV : m à 5 km, même à la puissance de 900 kW, n’atteignent pas, en pratique, 1/10 000 du champ principal.
- Les essais de juillet 1939 ont donné toute satisfaction, même sur 900 kW. Les auditeurs français, ceux de midi surtout, ont constaté une amélioration très nette par rapport à l’ancienne station des Essarts-lc-Roi. On a vérifié, en outre, que le « rayon
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- agréable » de la station, antérieurement limité à la ligne Bordeaux-Valence, s’étendait maintenant à une bonne partie de l’Europe.
- Il ne nous reste plus qu’à souhaiter, en guise de conclusion, que notre belle station nationale soit aussitôt que possible remise en état, afin de reprendre sa carrière interrompue.
- Michel Adam. Ingénieur E. S. E.
- L'éclairage par tubes fluorescents
- Un procédé d’éclairage tout à fait différent comme principe de ceux utilisés jusqu’ici a été mis au point pendant ccs toutes dernières années : l’éclairage par tubes fluorescents.
- On emploie des tubes analogues au point de vue fonctionnement électrique à ceux qui, sous le nom de tubes au néon, au mercure ou à l’hélium, sont utilisés depuis un quart de siècle, sous des formes très variées, dans la publicité lumineuse et la décoration.
- Si on veut les utiliser pour l’éclairage, ces derniers tubes présentent deux inconvénients très sérieux. D’abord ils ont besoin d’une tension de plusieurs milliers de volts, par conséquent très supérieure à celle des réseaux d’éclairage qui est généralement seulement de 110 V, quelquefois de 220 V. Il est donc indispensable d’intercaler entre les bornes du secteur et le tube, un transformateur qui change la tension de no ou 220 V en une tension de quelques milliers de volts. Cette haute tension nécessite des isolements électriques très soignés et on ne peut pas en pratique la tolérer dans les installations domestiques à cause des dangers d’éleclrocution qu’elle présente.
- D’autre part, second inconvénient, ces tubes donnent une lumière très colorée, rouge orangé pour le néon, bleu-vert pour le mercure. Cette coloration est un attrait supplémentaire pour la publicité lumineuse où il s’agit simplement d’attirer l’attention ; elle est un défaut grave pour l’éclairage. Il s’agit en effet dans ce dernier cas de communiquer aux objets des colorations, des teintes aussi voisines que possible de celles qu’ils ont à la lumière du jour. Or un objet coloré ne nous paraît tel que parce qu’il sélectionne dans la lumière blanche complexe qu’il reçoit certaines radiations qu’il réfléchit en absorbant les autres ; ainsi un objet vert réfléchira les radiations vertes du spectre de la lumière blanche en absorbant toutes les autres.
- Qu’arrive-t-il si on éclaire cet objet vert avec de la lumière au néon dont le spectre ne contient aucune radiation verte ? Il n’aura aucune lumière à réfléchir et par conséquent paraîtra noir. D’une façon analogue, quand on expose un visage humain à la lumière verte d’un tube à mercure, ses parties blanches qui peuvent réfléchir toutes les radiations paraissent vertes, mais ses parties rouges, les lèvres par exemple, paraîtront noires. Cette dénaturation des couleurs peut être tolérée à la rigueur dans une usine ou encore sur la route (beaucoup de routes sont en effet éclairées avec des lampes à vapeur de mercure à haute pression qui ont un excellent rendement) ; elle ne peut être acceptée dans un magasin ou un appartement. Pour utiliser ces tubes dans l’éclairage il fallait donc les
- Magasin d’exposition éclairé à l’aide de 18 tubes fluorescents.
- rendre capables de fonctionner à basse tension et susceptibles de donner de la lumière blanche. Comment ces deux problèmes ont-ils été résolus ?
- Fonctionnement électrique des tubes fluorescents.
- Pour permettre l’abaissement de la tension de fonctionnement on remplace les électrodes normales des tubes utilisés pour la publicité, cloches cylindriques allongées de grande surface, par des électrodes dites activées. Celles-ci sont constituées par des spirales en fil de tungstène recouvertes de baryte, ce qui leur permet d’émettre des électrons lorsqu’elles sont portées au rouge soit par le passage d’un courant, soit par le bombardement des ions gazeux positifs qui se déplacent dans la partie lumineuse du tube. Dans ces conditions la grande chute de tension qui existait à la surface de l’électrode froide disparaît.
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- 220V
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- Production de la lumière blanche.
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- I___________________S\___________________:________1 .
- Fig. 1.
- B, Tube luminescent ; L. Bobine de self ; A.. Electrodes ; 1. Interrupteur principal ; 2. Interrupteur auxiliaire pour l’amorçage.
- Si la tension d’alimentation du tube n’est pas assez élevée pour produire un bombardement initial suffisant, on facilite l’amorçage, d’une part en échauffant les électrodes par le passage temporaire d’un courant, d’autre part en provoquant à travers la lampe une décharge brusque à haute tension. Le tube est alors monté suivant le schéma de la figure i. L’interrupteur principal i étant fermé, on ferme à son tour l’interrupteur auxiliaire 2. Les deux électrodes A sont alors parcourues par un courant d’une intensité de o,5 À environ. Ces électrodes sont dimensionnées de manière qu’en i sec. environ le passage du courant les porte à une température suffisamment élevée. En ouvrant l’interrupteur auxiliaire l’énergie emmagasinée dans la self se trouve libérée et détermine l’apparition entre les électrodes d’une pointe de tension dont la grandeur dépend, toutes choses égales d’ailleurs, de la phase du courant alternatif au moment cle l’interruption. Si par hasard cette phase est trop défavorable, il faut répéter la manœuvre de l’interrupteur auxiliaire. Celte répétition peut s’effectuer automatiquement en utilisant l’interrupteur de la figure 2. B est une lame bimétallique qui constitue avec le contact C les deux électrodes d’un petit tube à décharge rempli de néon. La fermeture de l’interrupteur principal amorce une décharge dans cette petite ampoule qui suffit à échauffer la lame B. Elle se déforme et vient en contact avec C. La décharge se trouve alors court-circuitée et le courant qui traverse les électrodes est suffisant pour les échauffer. Mais la lame bi-métal se refroidit, de sorte que le contact C s’ouvre à nouveau. Si le tube ne s’est pas amorcé, la série des manœuvres que nous venons de décrire se renouvelle. Il est évident que l’interrupteur automatique doit cesser de fonctionner quand le tube est allumé. En conséquence la tension d’amorçage doit être supérieure à la tension aux bornes du tube en régime, mais inférieure à la tension du secteur. Ce résultat est obtenu par un choix judicieux de la pression du gaz dans l’interrupteur (l).
- Sur les secteurs à 220 V on utilise le montage de la figure 1 dans lequel il n’y a qu’une self en série avec le tube. Sur les réseaux à ixo Y on doit intercaler un auto-transformateur à forte dispersion magnétique qui non seulement élève la tension, mais produit l’effet de self nécessaire.
- Fig. 2. — Interrupteur auxiliaire automatique pour le montage de la figure 1.
- B. Lamé bimétallique ; E. Contre-électrode ; C. Contact de commutation. Entre B et E se produit une décharge luminescente qui échauffe la lame
- bimétallique.
- 1. Revue Technique Philips, mars 1941, p. 67.
- Il s’agit d’obtenir de la lumière blanche d’une lampe qui émet de la lumière colorée.
- Un premier procédé connu depuis longtemps s’applique aux sources qui émettent les mêmes radiations que le soleil mais dans des proportions différentes. C’est le cas des solides incandescents comme les filaments des lampes à incandescence. Il consiste à réduire à l’aide d’un filtre coloré, en verre ou en celluloïd, les radiations qui se trouvent en excès. Pour la lampe à incandescence on arrête à l’aide d’un filtre bleu l’excès de rayons rouges. Tout le monde connaît les lampes dites « lumière du jour » dont les ampoules sont bleutées.
- Un meilleur filtrage est utilisé pour les lampes qui servent dans les magasins à assortir à la lumière artificielle les coloris de rubans ou de soieries.
- Ce procédé simple a le très grave inconvénient de réduire de façon très sensible le rendement de la lampe, les rayons arrêtés par le filtre sont, en effet, sacrifiés sans contre-partie.
- Il est évidemment inapplicable aux sources telles que les tubes à décharge présentant un spectre qui n’est pas continu et ne contient qu’un petit nombre de raies séparées par de larges intervalles obscurs. La figure 3 représente le spectre du mercure qui est de cette nature.
- Il ne s’agit plus alors de supprimer les radiations en excès mais de fournir par un procédé quelconque celles qui font défaut. On les a d’abord demandées à une source extérieure
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- Fig. 3.
- Spectre de la vapeur de mercure.
- distincte : on a associé des lampes à incandescence trop rouges à l’arc au mercure trop vert; on a combiné des tubes du type publicité à néon et au mercure. On peut voir à Paris de nombreux exemples de ce type d’installation dans des cafés, des bars, des salles de conférence (Maison de la Chimie), des magasins (O. C. E. L.), etc. Le résultat n’est pas très satisfaisant, le mélange se fait mal, les reflets et les bords des ombres sont colorés.
- L’utilisation des phénomènes de fluorescence permet une solution très satisfaisante au point de vue de la coloration de la lumière comme à celui du rendement lumineux. On sait en quoi consistent ces phénomènes : quelques corps jouissent de la propriété d'absorber certaines radiations et d’émettre en retour des radiations de longueur d’onde plus grande. Cette transformation s’effectue avec un rendement inférieur à l’unité, mais le rendement total de la lampe n’en est pas affecté quand les radiations excitatrices absorbées font partie de la région ultra-violette cle son spectre car celles-ci ne sont d’aucune utilité pour la vision et d’ailleurs sont en général arrêtées par le verre du tube qui enveloppe complètement la décharge. Il en résulte que pour en bénéficier il faudra placer le corps fluorescent à l’intérieur du tube.
- On connaît un assez grand nombre de corps fluorescents : sels métalliques ou corps organiques synthétiques qui, permettent d’obtenir à peu près toutes les couleurs. Ils ont été rendus familiers à tout'le monde par les effets lumineux connus sous le nom ^le « lumière noire ».
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- Mais en fait le choix est assez restreint : les composés organiques ne sont pas assez stables pour pouvoir être placés au contact même de la décharge; le sel métallique choisi doit être fortement excité par les radiations présentes dans la décharge, en général par la radiation ultra-violette du spectre du mercure de longueur d’onde 2 607 À, dite raie de résonance.
- Ces sels métalliques, préparés par synthèse pour avoir la pureté désirable, réduits en poudre extrêmement fine, sont appliqués en une couche très mince et homogène sur la paroi interne du tube, à l’aide de traces d’un ciment approprié. Le maximum de luminescence, toutes choses égales d’ailleurs, correspond à une couche d’épaisseur déterminée.
- Malheureusement aucun sel ne donne un spectre de fluorescence équivalant à celui de la lumière du jour. On produit celle-ci en mélangeant en proportions convenables, trois sels donnant, par fluorescence, trois radiations choisies dans le spectre pour reproduire par leur mélange la lumière du jour, par exemple :
- Du borate de calcium : fluorescence rouge.
- De la willémitc : fluorescence verte.
- Du tungstate de magnésium : fluorescence bleue.
- Le tableau suivant donne les caractéristiques des sels fluorescents les plus fréquemment utilisés (x).
- Matières Fluo- rescence Excita- tion Pointe d’absorption Émi ssion a « .2 2 S £ B
- Tungstate de Ca.:.. bleu 2200-3ooo 2720 CO OC 0 0 1 -A O O O 4400
- Tungstate de Mg... bleu ciel 2200-3200 285o 3800-7200 4800
- Silicate de Zn vert 2200-2960 2537 4500-6200 5s5o
- Silicate de Zn et Gl. jaune 2200-3200 2557 4500-7200 0900
- Silicate de Cd jaune rose 2200-32 0 2400 4300-7200 5g5o
- Borate de Cd rose 2200-3000 2000 4000-7000 6i5o
- La figure 4 donne la répartition spectrale de la luminescence des sels utilisés pour produire la lumière blanche.
- La lumière du jour est d’ailleurs mal définie, elle varie avec la hauteur du soleil au-dessus de l’horizon, avec l’état du ciel. La température de couleur du soleil est de 5 ooo° K (c’est-à-dire que la couleur de la lumière solaire correspond à celle du rayonnement du corps noir porté à 5 000 degrés absolus), celle de la lumière diurne moyenne (ciel absolument couvert) 6 ooo° K, celle d’un ciel serein 8 ooo° K, tandis que celle d’une lampe à incandescence normale à atmosphère gazeuse n’est que de 2 85o° K.
- L’expérience a montré qu’une lumière était d’autant plus agréable qu’à un niveau d’éclairement bas correspondait une température de couleur plus basse alors qu’une température élevée nécessite un haut degré d’éclairement. Pour cette raison, en plus de la nuance « lumière du jour » qui conserve aux objets qu’elle éclaire leur couleur naturelle, on a créé la nuance « blanc du soir » qui crée des ambiances de couleurs plus chaudes, analogues à celles que l’on cherche à obtenir à partir des lampes à incandescence par l’emploi d’abat-jour, et qui est particulièrement favorable à l’éclairage des pièces de réception et des chambres à coucher.
- 1. Déribéré. Conférence à la Société Française des Électriciens, novembre 1944
- ..................... ..................— 39
- Alors que le rendement des lampes à incandescence normales varie, suivant leur puissance et la tension d’alimentation, de 12 à xG lumens par av, celui qu’on peut obtenir avec les tubes fluorescents de différentes teintes est le suivant :
- Bleu ...........
- Vert ...........
- Rose ...........
- Or .............
- Rouge ..........
- Blanc ..........
- Lumière du jour
- Le rendement en énergie du phénomène de fluorescence est en réalité à peu près le même pour les diverses couleurs ; la variation du rendement lumineux provient de la différence de sensibilité de l’œil pour les diverses couleurs.
- Caractéristique du tube au point de vue éclairement. Comparaison avec la lampe à incandescence.
- Dans la lampe à incandescence, la source lumineuse proprement dite, le filament incandescent, ne présente qu’une surface dea quelques millimètres carrés et est extrêmement brillante. La source est pratiquement ponctuelle.
- Le tube fluorescent, au contraire, possède une surface de l’ordre d’une centaine de cm2 et sa brillance ne dépasse pas o,3 bougie par cm2 pour le tube de 60 cm de long et o,5 pour celui de 90 cm. Ces deux sources lumineuses auront en conséquence des propriétés très différentes si l’on compare leurs utilisations pour l’éclairage.
- La lampe à incandescence ne peut être employée nue sans donner lieu aux phénomènes de gêne, de fatigue, de diminution de la perception visuelle, qui sont connus sous le nom d’éblouissement et qui sont familiers à tous quand ils sont provoqués par des projecteurs d’automobile. L’ampoule doit donc être placée à l’intérieur d’un globe dépoli de façon que la lumière semble émise non plus par le filament mais par ’ le globe tout entier; la brillance est alors réduite dans le rapport très grand qui existe entre la surface du globe et celle du filament. Malheureusement le globe absorbe 10 à i5 pour 100 du flux lumineux de la lampe et le rendement de celle-ci s’en trouve diminué d’autant.
- Le tube fluorescent n’a pas besoin d’être ainsi protégé.
- D’autre part les sources ponctuelles donnent des ombres à contours nettement définis, très noires. Or, le passage d’une zone d’ombre à une zone éclairée exige de l’œil une durée d’accommodation qui peut être de l’ordre d’une fraction importante de minute pendant laquelle ses facultés de perception sont considérablement réduites, ce qui entraîne des possibilités d’accident. Le tube fluorescent, grâce à sa grande surface, donne des ombres peu accentuées, analogues à celles dues à la lumière du jour en un point qui n’est pas directement exposé aux rayons du soleil.
- MW C
- 4000
- Violet
- Fig. 4. — Répartition énergétique spectrale de la luminescence du borate de cadmium (c), de la willemite (w), du tungstate de magnésium (M).
- 21 lumens par watt 70 —
- 24 —
- 21 —
- 3 —
- 3o —
- 3o —
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-
- V
- 40
- Fig. 5. — Démonstration d’éclairage d’un hall d’entrée par lustres équipés de tubes fluorescents.
- 16 lustres équipés de 6 lampes tubes verticales à fluorescence donnent un éclairement moyen de 140 lux et une consommation totale de 2 800 watts, alors que l’ancien éclairage composé de 16 globes diffuseurs donnait un éclairement moyen de 75 lux pour une consommation de 4 800 watts, soit une diminution de consommation de 40 pour 100 et une augmentation d’éclairement de 86 pour 100.
- Ces avantages ont pour rançon quelques défauts. L’appareillage qui doit être intercalé entre le tube et le secteur comprend le dispositif d’amorçage que nous avons décrit plus haut et en outre une bobine de self destinée à assurer un fonctionnement stable. Il est par conséquent assez coûteux alors qu’une lampe à incandescence n’exige aucun appareillage. Cette différence du coût de première installation est rapidement compensée par le meilleur rendement du tube. Cette considération qui est de grand poids dans une installation importante où l’on peut établir un véritable bilan d’éclairage est plus difficile à faire apprécier dans le cas d’une installation domestique.
- La présence de la self a en outre pour effet d’abaisser le facteur de puissance de l’installation. Cet abaissement ne peut être que partiellement corrigé par l’emploi de condensateurs car il est dû non seulement au déphasage du courant sur la
- tension, mais encore à la déformation de la courbe du courant causée par le fonctionnement particulier du tube à décharge. Pour les installations domestiques, ce défaut est peu grave, le secteur étant dans ce cas assez tolérant ; il le sera en général moins dans le cas cl’une installation commerciale ou industrielle importante. Enfin le tube donne quelques parasites en T. S. F. qui peuvent être éliminés par l’usage de condensateurs antiparasites.
- Luminaires utilisant les tubes fluorescents.
- Ces nouvelles sources se présentent sous forme de tubes cylindriques rectilignes de 25 mm de diamètre et de 6o cm de longueur pour les réseaux à xio V avec un rendement de 3a lumens par watt, de 90 cm pour les réseaux de 220 V avec un rendement de 35 lumens par watt. Rien ne s’oppose d’ailleurs à la réalisation de formes non rectilignes et permettant des effets décoratifs plus variés.
- Dans tous les cas, il est impossible d’employer pour les lampes à fluorescence les même luminaires que pour les lampes à incandescence. Le tube est particulièrement adapté à l’éclairage des couloirs, des frises, des corniches, mais on peut, en en utilisant un nombre suffisant, disposés de façon convenable, réaliser des éclairements uniformes dans des pièces de forme quelconque.
- Ces nouveaux luminaires ont des formes auxquelles nous ne sommes pas encore habitués et qui quelquefois nous choquent un peu, mais nous assistons seulement au début d’une technique et nous pouvons faire crédit à nos éclairagistes et à nos décorateurs.
- Maurice Leblanc,
- Président fondateur
- de l’Association Française des Éclairagistes. Vice-Président du Comité Français de l’Éclairage.
- La Science et la Guerre
- L*inventeur de la bombe ailée VI
- Quelques jours après le débarquement des Alliés en Normandie, en juin 1944, les Allemands dévoilaient une première arme secrète, la bombe fusée ailée dont ils arrosaient le Sud de l’Angleterre. Quel est l’inventeur de ce nouvel engin ? La rumeur publique en France en a attribué la paternité à divers inventeurs français. D’après la revue américaine Time, le créateur de ce nouvel engin est un pur Allemand, le Dr Oberth. Celui-ci _ n’est pas un inconnu en France; avant la guerre, il avait fait un projet très poussé de fusée pour voyages interplanétaires.
- Cette étude a été publiée dans la Revue L’Astronomie et a même valu à son auteur le prix Robert Esnault-Pelterie. A la demande de la Société cinématographique U. F. A., le Dr Oberth avait construit, pour un film intitulé Une jeune fille dans la Lune, une fusée qui fut essayée en un endroit désert de la côte Baltique. Ce fut un échec, complet. Cependant il éveilla l’attention du colonel allemand Kesserling, devenu depuis maréchal et com-
- mandant actuellement l’armée allemande d’Italie. Dès 1937, sur l’intervention de cet officier, un état-major de techniciens et un laboratoire étaient mis à la disposition de Oberth. Leurs travaux devaient aboutir à la création du V! et du V2. Le V, est un projectile propulsé par réaction au moyen d’un jet de gaz produits par la combustion d’essence qui emprunte son comburant à l’air ambiant. Il contient environ 700 1. d’essence ; sa portée est de 230 km environ ; sa vitesse est de 320 à 500 km à l’heure. Il est muni d’un gyroscope pour régler sa direction. Le réglage en distance est donné par un dispositif à temps qui, après une durée de vol déterminée, agit sur les gouvernes de la bombe ailée et l’oblige ainsi à plonger.
- Le V2, au contraire, est véritablement l’esquisse d’une fusée interplanétaire : la majeure partie de son parcours s’effectue à haute altitude, en pleine stratosphère, à très grande vitesse et hors de portée de l’artillerie. Aussi emporte-t-elle à la fois le combus tible et le comburant nécessaires pour créer le jet propulsif.
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- L'INTOXICATION
- Le plomb est un métal qui présente le gros avantage d’être assez bon marché ce qui fait qu’il est extrêmement répandu et fort utilisé, les hommes portant généralement beaucoup plus d’intérêt à leur porte-monnaie qu’à leur santé. Par ailleurs le plomb est un poison extrêmement insidieux, ce n’est en général qu’après un contact prolongé avec lui que l’homme ressent les premiers symptômes d’une imprégnation toxique qui a débuté plus ou moins longtemps auparavant. Or il est malheureusement humain de n’attacher qu’une importance diminuée à un danger futur. Pour toutes ces raisons, le plomb est la cause d’intoxications fréquentes et graves.
- On a calculé que le plomb était manié dans environ 70 à 80 pour 100 des industries, mais le danger n’est réellement net que dans un certain nombre de professions.
- Les divers symptômes*
- L’accident fréquent, typique et connu de tous, au moins de nom, est la colique de plomb. C’est un accident relativement précoce au cours de l’intoxication. Brusquement le malade ressent des douleurs extrêmement violentes dans le ventre. Il vomit et il est constipé. Les douleurs sont permanentes avec des exacerbations paroxystiques atroces. C’est surtout au moment de tels paroxysmes que surviennent les vomissements. Le malheureux qui souffre ainsi dans son lit trouve quelque soulagement à se comprimer l’abdomen et Ramazzini qui écrivait en 1700 raconte l’histoire d’un peintre qui, souffrant atrocement, demandait à trois de ses camarades de s’asseoir sur son ventre pour calmer un peu sa douleur. Quand j’aurai ajouté que la colique de plomb, quand elle est bien traitée, ne dure que 8 jours on comprendra qu’il s’agit là d’un incident qu’il est préférable d’éviter. Mais l’intoxication saturnine ne se limite pas à la colique de plomb.
- On peut voir des accidents de rhumatisme saturnin.
- On peut rencontrer des accidents nerveux aigus qui peuvent être passagers comme la perte de la vue, la surdité ou des troubles de la parole durant seulement quelques jours, ou beaucoup plus graves tels que des crises convulsives parfois terminées par la mort ou une cécité durable.
- Des paralysies peuvent survenir frappant le plus souvent le bras. Tels sont rapidement esquissés, les principaux accidents dont peut être cause le plomb absorbé lentement par l’organisme.
- Mais le plomb est parfois absorbé en quantité importante. Il s’agit souvent en pareils cas d’empoisonnement volontaire. Des brûlures d’estomac surviennent tout d’abord, puis des vomissements, des douleurs abdominales accompagnées de diarrhée. Le malade urine à peine, présente parfois des convulsions et meurt souvent. La guérison est néanmoins possible, elle dépend de la dose absorbée et du traitement.
- Il ne s’agit pas ici d’un cours de médecine, aussi la description des symptômes de l’intoxication saturnine est-elle délibérément sommaire. Ce qui intéresse surtout ceux qui ne sont pas médecins, ce sont les causes d’intoxication et les moyens de les éviter.
- Intoxications volontaires.
- Il y a d’abord les intoxications volontaires. Elles ne présentent qu’assez peu d’intérêt et sont — somme toute — assez rares. Les candidats au suicide sont en règle des individus qui n’ont pas le courage de supporter les épreuves de la vie et qui se tuent pour ne pas souffrir. Il faut vraiment être bien ignorant pour choisir le plomb qui ne tuera qu’après d’atroces douleurs. Un tel choix ne présente qu’un seul avantage : il donne au suicidé le temps de se repentir.
- SATURNINE
- Intoxications accidentelles.
- Les intoxications accidentelles sont déjà plus fréquentes et beaucoup plus intéressantes. Autrefois on utilisait pour faire des instruments de cuisine un alliage d’étain et de plomb : la potée d’étain qui a été la cause de bien des intoxications. Des récipients en étain impur ont été parfois incriminés. Certaines conserves ont pu contenir du plomb provenant de la soudure utilisée.
- Autrefois les meuniers réparaient volontiers leurs meules avec du plomb.
- On a vu il y a quelques années un boulanger cuire le pain avec des planches peintes aux couleurs de plomb et empoisonner ses clients.
- Des règlements ont prévu ces cas et bien d’autres, et l’État qui, coinme chacun sait, est un père pour tous ses administrés, s’est efforcé de supprimer de telles causes d’intoxications. Il faut néanmoins reconnaître que nous restons souvent à la merci de la malhonnêteté de certains individus. L’exemple du boulanger qui utilisait de vieilles planches peintes aux couleurs de plomb est typique à cet égard. Les règlements si bien faits qu’ils soient sont incapables de transformer une fripouille en un honnête homme.
- Une autre cause accidentelle est représentée par les canalisations en plomb. En Cochinchine, au début du xxe siècle, on avait constaté que les tuyaux de plomb étaient corrodés et en même temps de nombreuses intoxications saturnines avaient été signalées. La cause était singulière. Les fréquents orages des pays tropicaux et les effluves électriques provoquent la combinaison de l’oxygène et de l’azote de l’air. Les quantités d’acide nitrique ainsi formées sont fort peu considérables mais entraînées par l’eau de pluie elles étaient suffisantes pour attaquer les tuyaux et l’eau se trouvait ainsi chargée en plomb. En Europe, de tels accidents ne se rencontrent pas, sauf quand l’eau d’un puits a été souillée par du fumier riche en nitrate. En dehors des pays tropicaux le danger pouvant résulter de la formation d’acide nitrique par les orages est inexistant. De plus, normalement, un dépôt calcaire se constitue à l’intérieur des tuyaux. Néanmoins, dans certaines régions pauvres en calcaire, comme la Bretagne ou les Vosges, les dosages ont montré la présence de plomb dans l’eau de boisson en quantités relativement importantes. Si l’eau a séjourné dans les tuyaux pendant un certain temps le danger est assez net. On a retrouvé 12 mg par litre dans une eau ayant séjourné 24 h dans une canalisation. D’où l’importance de laisser couler l’eau quelques instants avant de s’en servir, en particulier le matin ou au retour d’une absence ou quand il s’agit de tuyaux neufs.
- Enfin, récemment, des accidents ont été signalés, dus à ce fait que des conduites d’eau ont été utilisées comme prises de terre pour des postes de T. S. F. Il se développe des courants de basse tension qui attaquent le métal.
- D’autres causes sont rares et n’ont guère qu’un intérêt de curiosité. On a vu des gens avaler des billes de plomb pour se purger et on raconte qu 'autrefois des conspirateurs transportaient des messages cachés dans des billes de plomb creuses qu’ils avaient avalées. Il ne restait plus qu’à administrer une purge aux individus suspects. On raconte l’histoire d’un noble lord anglais faisant prendre une purge à un individu soupçonné de transporter ainsi des dépêches et attendant récipient en main le résultat de son intervention. De telles pratiques, outre d’autres inconvé nients, sont extrêmement dangereuses et un individu qui se purgeait ainsi avec des billes de plomb en mourut. A l’autopsie on retrouva dans ses intestins quelques-unes de ces billes.
- On a vu des accidents survenir à la suite de l’inclusion de balles de plomb dans l’organisme et nécessiter une opération pour extraire la balle, parfois assez longtemps après la bleséure.
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- Intoxications professionnelles*
- Une troisième catégorie est celle des -intoxications causées par le travail qui oblige à un contact durable avec le plomb. Il serait vain de chercher à citer toutes les industries où le plomb est utilisé ou même seulement celles où son emploi est tel que le danger d’intoxication est considérable.
- C’est surtout au sujet des intoxications industrielles qu’on a discuté pour savoir si la peau ou les Aboies respiratoires pouvaient être des Aboies d’absorption du toxique. Dans certains cas la poussière causée par le polissage d’objets en plomb semble bien avoir pénétré dans l’organisme par les poumons et les voies respiratoires supérieures. Mais, la principale \roie d’absorption est la bouche car le plomb ne semble pas traverser la peau. Les crasses plombiques qui souillent les mains seront facilement absorbées au cours des repas si des précautions sérieuses ne sont pas prises.
- Il y a d’ailleurs à ce propos un point encore mal connu, c’est la question de la solubilisation du plomb dans l’organisme. L’acidose est favorable à cette solubilisation et l’on comprend pourquoi des accidents d’intoxication surviendront plus facilement dans certaines conditions alimentaires qui favorisent l’acidose et pourquoi jadis il se trouvait des gens pour nier l’intoxication et mettre les accidents sur le compte de l’alcoolisme.
- La lutte contre le saturnisme*
- Les services d’hygiène des divers États ont depuis longtemps pris des mesures pour empêcher les intoxications industrielles. Dans bien des industries les patrons conscients du danger ont cherché eux aussi à minimiser les risques. Il serait excessif de dire que tous les patrons ont été admirables, mais dans bien des cas ce sont plutôt les ouAœiers qui manquent de prudence et refusent de suivre les conseils qui leur sont donnés. Accoutumés à manier le plomb, n’en ayant encore pas souffert, ils ont parfois tendance à traiter à la légère les règlements qui leur imposent des précautions qu’ils trouvent bien gênantes.
- La première mesure à prendre chaque fois que cela se peut est la suppression pure et simple du plomb. Pourquoi, par exemple, avoir des contrepoids de plomb alors que la fonte convient tout aussi bien ? Pourquoi, ainsi que cela se fait dans certaines écoles d’apprentissage, apprend-on aux enfants à manœuvrer le marteau en les faisant frapper sur des lames de plomb ? Pourquoi utiliser de vieux instruments de cuisine en plomb légués par un ancêtre ou achetés chez le marchand d’antiquités ? On a ainsi renoncé à l’emploi de métaux plombifères dans l’émaillage et à l’utilisation de la céruse. Mais il faut bien reconnaître que dans la plupart des cas il est à peu près impossible de se passer du plomb. Néanmoins il est toujours possible de faire faire le travail dans des conditions telles qu’il ne soit plus aussi dangereux. Jadis la céruse était broyée à l’air libre, ce qui facilitait grandement sa dispersion, par la suite on se mit à la broyer en vase clos et à la livrer sous forme de pâte huileuse et non plus de poudre.
- Certains peintres, peu au courant des dangers qu’ils couraient, avaient jadis la mauvaise habitude d’effiler leur pinceau avec les lèvres. On conçoit aisément le risque quand les couleurs au plomb étaient utilisées.
- La propreté, condition de la sécurité. — Surtout l’ouvrier qui est en contact avec le plomb doit être très propre et se débarrasser des crasses plombiques qui souillent ses mains avant de manger. Un moyen de détecter la présence de résidus plombiques chez les ouvriers consiste à déposer sur la peau quelques gouttes de sulfure de sodium qui au contact du plomb donne un sulfure de plomb noir. Il ne s’agit pas hélas ! d’un procédé permettant de se débarrasser du p'omb mais simplement de le détecter. De même les bains sulfureux qu’on fait prendre parfois n’ont pas d’autre utilité, car le sulfure de plomb ainsi formé est toxique lui aussi.
- On doit tenir les ateliers et les outils aussi propres que possible, chaque ouvrier doit avoir un double placard avec un compartiment pour les vêtements de ville et un pour les vêtements de travail.
- Cette question de la propreté est essentielle. On a fait à ce propos chez des imprimeurs une expérience fort instructive. Un ouvrier se lave soigneusement les mains, on prépare alors une solution sulfo-tartrique légèrement acidulée qui solubilise le plomb. L’ouvrier immerge ses mains dans cette solution qui est alors évaporée. On trouve dans le sédiment des quantités de plomb relativement importantes.
- Si on le recherche, on trouvera du plomb dans la barbe, les cheveux, les lèvres, le nez des ouvriers en contact avec le plomb.
- Éviter les excès alimentaires. — L’alimentation doit être suffisante mais é\riter les abus. Les fêtes et les excès alcooliques ont certainement une influence fâcheuse sur l’absorption du plomb. Il s’agit là d’une conception relativement récente sur l’influence de l’acidose mais depuis longtemps on avait remarqué que les accidents d’intoxication saturnine survenaient avec une particulière fréquence à certains moments de l’année, en particulier au moment des fêtes.
- Le lait n’est pas un antidote. — Pendant longtemps on a donné du lait aux ouvriers en contact avec le plomb. C’est une erreur, le lait n’est pas un antidote et il n’a jamais préservé qui que ce soit de l’intoxication saturnine. Bien mieux, il semble bien à la suite d’expériences faites sur l’animal que le lait facilite l’absorption du plomb. Par ailleurs si ce lait est bu à l’atelier l’ouvrier le boira évidemment sans s’être nettoyé. Il est déjà bien difficile de persuader à un ouvrier de se nettoyer à fond en quittant son travail, à plus forte raison pendant le cours du travail. Jadis le lait était systématiquement prescrit contre les maladies des reins. Le plomb donnant des néphrites, on en vint à penser que ce qui était bon pour guérir devait être excellent pour prévenir. Depuis, la thérapeutique des néphrites a fait de grands progrès et le lait, tout en ayant d’incontestables avantages, a cessé d’être recommandé dans tous les cas. Les études sur l’intoxication saturnine ont montré qu’il n’avait aucun pouvoir préventif et semble même être dangereux, mais les ouvriers continuent à réclamer du lait non seulement quand ils sont en contact avec le plomb, mais quand ils se livrent à tout travail plus ou moins insalubre. Il y a plusieurs causes à cet état d’esprit. D’abord l’habitude, ensuite la paresse. Il est tellement plus simple d’avaler un bol de lait que de passer un quart d’heure à se brosser, de changer d’habit et de se tenir propre.
- Mais, si le lait est inefficace, il semble que le soufre ait une certaine action préventive et dans certaines usines on donne aux ouvriers de l’hyposulfite de soude ou du miel soufré.
- Il convient enfin de signaler l’importance du « facteur individuel » ; dans des circonstances apparemment identiques on verra un ouvrier faire rapidement des accidents alors qu’un autre sera indemne.
- Un des inconvénients des industries du plomb est la nécessité d’une surveillance attentive des ouvriers avec, à l’occasion, examens de laboratoire. Certains ouvriers ne s’y soumettent qu’avec peine. Or si l’on veut réduire les cas — très nombreux chaque année — d’intoxication saturnine, il faut demander aux ouvriers de se plier à un certaine discipline.
- Il est peut-être pénible de prendre certaines précautions, désagréable de se soumettre à un contrôle médical sévère, mais l’ouvrier qui s’y refuse doit savoir qu’il met sa santé en danger. Car certains tests permettent d’indiquer que tel ouvrier est en imminence d’accident et doit quitter la profession au plus tôt.
- Le plomb et ses sels sont dangereux, tout individu qui est en contact fréquent avec ce métal doit prendre les précautions nécessaires et ceux à qui répugnent ces précautions doivent changer de métier.
- Dr Gabriel Mouchot.
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- Théâtre cfombres en relief
- Un peu de théorie.
- L’appréciation de la distance d’im objet se lait principalement à l’aide des deux yeux. Comme le montre la figure 1, l’angle des rayons issus de l’objet et arrivant à l’œil est d’autant plus grand que l’objet est plus près.
- Les axes des yeux s’orientent toujours suivant ces rayons, sinon ces yeux verraient double. L’évaluation inconsciente de l’angle des axes se transforme en nous en sensation de distance. D’autre part, l’usage simultané des deux yeux conduit à la sensation de relief par le fait que nous obtenons deux aspects diffé-
- Figr. 1. — Appréciation de la distance et sensation du relief dans la vision binoculaire.
- rents de l’objet. Le cerveau interprète immédiatement ces légères différences, de la même façon que l’ouvrier se rend compte des formes d’une pièce à exécuter en interprétant deux aspects différents de cette pièce, sur le croquis coté qui lui est remis.
- L’écartement des yeux est de l’ordre de 6 cm. Du point où se trouve l’œil droit, un objet offre l’aspect D (qui peut être rendu par une photographie). D’un autre point situé à G cm. vers la gauche le même objet offre l’aspect G.
- Donnons à l’œil droit d’un observateur l’image D et à l’œil gauche l’image G, en ayant bien soin que chaque œil ne reçoive rien d’autre que l’image convenable. L’observateur croit voir se dresser devant lui l’objet, apparemment palpable, à une distance qui ne dépend que de l’angle formé par les deux « rayons visuels ».
- Le stéréoscope repose sur ce principe : deux photographies convenables d’un même sujet fournissent les impressions de relief et distance.
- Le spectacle.
- Maintenant, organisons un jeu amusant. Le matériel en sera très simple : deux lampes de poche du même type si possible, des verres ou, mieux, cellophanes de deux couleurs : rouge et vert-bleu pour appliquer sur les lampes et pour confectionner des lorgnons de carton : couleur rouge d’un côté et verte de l’autre.
- Il faut aussi un écran (linge blanc tendu par exemple sur une ou deux chaises).
- Les lampes sont disposées côte à côte sur une table, écartées de G à 1 cm. et sont placées comme des yeux qui regarderaient l’écran (situé à 1 ou 2 m., suivant l’éclairement obtenu).
- La lampe-œil droit sera munie par exemple de verre ou cellophane rouge. L’autre recevra du bleu-vert.
- Les deux lampes doivent éclairer l’écran de façon à donner une impression de blanc. Il ne faut pas s’inquiéter de l’imperfection possible de cette teinte. On pourrait même, faute de la teinte vert-bleu prendre une teinte bleue, plus facile à trouver. On ne pourra pas alors obtenir le blanc mais on se contentera, si l’écran semble trop rouge, par exemple, d’augmenter les épaisseurs de rouge sur la lampe de droite ou de diminuer les épaisseurs de bleu à gauche. Si l’écran semblait trop bleu on agirait en sens inverse.
- Les lorgnons ont été préparés de façon analogue. Le rouge est réservé à l’œil droit. Si les objets blancs vus à travers le lorgnon semblent trop colorés, on agira de même, pour affaiblir la lumière de teinte correspondante en augmentant l’épaisseur.
- Suspendons un petit objet entre les lampes et l’écran. Deux ombres apparaissent, l’une, se rapportant à la lampe droite, est colorée en vert ou bleu (lumière de la lampe gauche, non additionnée de lumière rouge), l’autre, se rapportant à la lampe gauche, est une ombre rouge.
- Chaussons nos binocles (rouge à droite, comme pour les lampes). Les deux ombres n’en font qu’une, et quelle ombre ! C’est plutôt un objet fantôme, flottant dans l’espace, démesuré. On croit pouvoir le toucher. En effet : nous sommes dans les conditions voulues pour avoir l’illusion d’un objet, là où il n’y en a pas.
- L’image bleue est une image « droite », image se rapportant à la lampe droite. Elle est vue en noir sur fond rouge par l’œil droit muni du verre rouge. L’autre œil ne la voit pas car elle lui apparaît, si on peut dire, en bleu sur fond bleu. De même, l’œil gauche voit l’image « gauche » en noir sur fond bleu et l’œil droit ne la distingue pas. La sensation de relief est donc assurée. D’autre part, la figure 2 montre que les « rayons AÛsuels » se croisent entre l’écran et nous, d’autant plus près de nous que le petit objet est plus rapproché des lampes.
- Approchons-le vivement des lampes : son « fantôme », agrandi, saute littéralement sur nous.
- Par l’emploi de petits objets variés on créera une foule d’impressions saisissantes, surtout si les objets sont ajourés ou transparents, l’ombre étant plus reconnaissable (par exemple, celle d’une ampoule d’éclairage).
- On peut perfectionner la mise en scène : l’écran est regardé de l’autre côté. On le place entre les lampes et les spectateurs qui doivent alors inverser leurs lorgnons (rouge à gauche, toujours dans le sens des lampes). L’avantage certain est que les spectateurs ne sont pas prévenus sur l’objet manipulé. S’il s’agit de petits objets lancés dans la direction des lampes, ce sont autant de bolides qui semblent projetés parmi les spectateurs effrayés.
- On a intérêt à augmenter la luminosité du spectacle par l’emploi de deux ampoules d’éclairage sous 110 V. (25 ou 40 W. chacune, en verre clair, au filament ramassé si possible).
- Les contours sont moins nets. On enfermera ces lampes dans une boîte métallique percée de deux trous pour ne pas être gêné par la lumière inutile. Les lampes étant puissantes, on peut éloigner l’écran des lampes, s’il est de surface suffisante.
- Sur ce principe furent projetés, il y a quelques années, des films en relief très réussis.
- J. Normier.
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- LE FUMIER ARTIFICIEL
- sa fabrication en usine
- Voila plus d’un demi-siècle, Louis Grandeau estimait que la préoccupation primordiale d’un cultivateur consistait dans « la récolte, la conservation et l’utilisation aussi parfaite que possible des excréments du bétail, ce mode de restitution au sol des éléments que lui ont enlevés les récoltes » s’avérant le plus économique de tous. Mais la motorisation des moyens de transport et des instruments agricoles a considérablement diminué le cheptel vif des fermes ; le fumier se raréfie donc beaucoup. En outre, l’emploi intensif des engrais chimiques a éliminé l’humus, « nourrice » irremplaçable de la terre, que de nombreuses fumures avaient accumulé, petit à petit, dans les champs au cours des siècles. Si bien qu’il faut en arriver aujourd’hui à fabriquer du fumier artificiel pour remédier à la pénurie du précieux et unique fertilisant de jadis.
- La nitrification dans le sol.
- Dans le sol, la nitrification ou formation des nitrates indispensables à l’alimentation azotée des végétaux s’opère d’une façon permanente, grâce à une oxydation des sels ammoniacaux. D’après les expériences de Schloesing et Müntz, la réaction est biologique et a lieu sous l’influence de ferments spéciaux associés, que Winogradsky a réussi à isoler : les nitro-somonas et les nitrobacters qui dégagent l’ammoniaque des matières organiques azotées, s’oxydent en nitrites puis en nitrates.
- L’air, en circulant à travers le sol, fournit l’oxygène nécessaire à l’oxydation. Il faut encore une dose convenable d’humidité (io à i5 pour ioo d’eau), une température comprise entre certaines limites, la présence de bases échangeables et d’une matière azotée nitrifiable. La nitrification, nulle au-dessous de 5°, commence vers 12°, croît jusqu’à 37°, se ralentit jusqu’à 55° ; à ioo° les ferments nitreux et nitriques disparaissent ; un milieu acide l’arrête, seule une légère alcalinité permet aux bases de se combiner à l’acide nitrique au fur et à mesure de sa formation. Le pouvoir nitrificateur d’un sol varie à peu près proportionnellement à sa teneur en humus. D’autre part, Müntz et Lainé ont montré que contrairement à l’opinion courante, la nitrification ne s’opère pas toujours avec une grande lenteur ; elle peut même devenir très rapide quand on emploie une substance poreuse telle que la tourbe comme support pour les microbes et des eaux ammoniacales comme substance nitrifiante.
- La fabrication du fumier artificiel dérive de ces travaux sur la nitrification intensive. Les expériences furent successivement poursuives par divers savants, entre autres par Maynard, par Demolon et Burgevin au Centre de Recherches agronomiques de Versailles, par Ch. Lafile et J. Caudron à la Ferme des Anglais près de Reims. Enfin dernièrement la Compagnie des Engrais synthétiques parvint à résoudre industriellement le problème et elle fabrique maintenant, dans son tiisine de Chatou (Seine-et-Oise), un 'excellent fumier dit ce technique », comparable, en tous: points, au fumier naturel.
- Comment on prépare le fumier artificiel.
- Qn prépare le fumier artificiel par divers procédés, soit à la ferme, soit dans un établissement industriel, en faisant fermenter des pailles et d’autres débris végétaux.
- Procédé Maynard. •—• Au début, Maynard, ingénieur agronome de la région de Versailles, essaya, vers 1900, d’accélérer le travail de décomposition de la paille en y ajoutant des sels azotés et de la chaux, puis en ensemençant les tas par du fumier décomposé. Ces apports, suivis de quelques arrosages en période sèche, de plusieurs tassements et d’un recoupage, lui ont donné au bout de 0 à 4 mois un très bon « beurre noir », comme les paysans désignent, dans leur langue imagée, les pailles totalement décomposées. Par la méthode fermière ordinaire, la même transformation exige environ le double de temps. Malheureusement le fumier ainsi obtenu se révèle assez pauvre en matières minérales; il dose o,5 pour 100 d’azote ainsi qu’à peu près le même pourcentage d’acide phosphorique et de potasse. Le cultivateur qui se servirait d’un tel produit pour fumer ses champs devrait donc lui adjoindre aussi des engrais chimiques.
- Procédé Lafite et Caudron. — Les essais ultérieurs entrepris par Lafite et Caudron à la Ferme des Anglais près de Reims donnèrent, en dépit de quelques tâtonnements, des résultats beaucoup plus encourageants. Leur installation comprenait 4 plates-formes sur lesquelles on entassait les couches de fumier. On recueillait le purin qui s’en écoulait dans une grande fosse d’où une pompe électrique le reprenait pour en arroser les tas fréquemment.
- Dans une première expérience, ces agronomes incorporèrent à des pailles avariées une importante quantité de sciure de bois; quand le las ainsi formé atteignit 1 m de hauteur, ils l’arrosèrent sans cesse de purin de fumier naturel. Au bout de 3 jours la fermentation battait son plein et un thermomètre plongé dans la masse accusait 65°. Alors ils entassèrent successivement sur ce lit, 9 couches alternées de paille et de sciure de bois en les pilonnant puis en les arrosant encore de purin. Le tas fermenta comme précédemment et au bout de 4 mois, le fumier parfaitement consommé présentait une apparence identique à celle du fumier naturel, une richesse normale en azote mais un peu faible en acide phosphorique et moyenne en. potasse.
- Fig. I. — Préparation d’une plate-forme avec des balles de paille pressée.
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- Fig. 2. — L’arrosage des lits de paille.
- Dans un deuxième essai, Lafite et Caudron mêlèrent à du foin avarié de la tourbe, cette dernière leur ayant paru intéressante pour la fabrication d’un fumier artificiel à cause de sa teneur de 2 pour 100 en azote. Avec 2A t. de tourbe et 10 t. de foin arrosé avec du purin, ces expérimentateurs obtinrent 80 l. de fumier dosant 9 pour 100 d’azote. Toutefois contrairement à leurs prévisions, l’azote renfermé dans la tourbe n’était pas assimilable par les plantes. Ils en conclurent qu’on n’avait aucun intérêt à l’employer de préférence à la paille puisqu’elle n’apportait aucun supplément azoté.
- Pour leur troisième essai, les mêmes savants utilisèrent encore de la paille arrosée simplement avec de l’eau mais à laquelle ils ajoutèrent par tonne 5o kg d’un mélange en parties égales de cyanamide et de phosphate naturel, celui-ci produisant du carbonate de chaux. En outre, ils provoquèrent le départ de la fermentation par une certaine quantité de boue provenant du curage d’une fosse à purin. En deux mois, la décomposition du tas était entière. Après cette dernière réussite, Lafite et Caudron procédèrent à un quatrième essai afin de déterminer l’influence de l’arrosage ainsi que les actions respectives de la cyanamide et du sulfate d’ammoniaque.
- Leur installation comportait encore 4 plates-formes. On incorporait à la paille de la première de la cyanamide qu’on arrosait avec le jus de la fosse et à celle de la seconde du sulfate d’ammoniaque qu’on aspergeait avec le même liquide tandis qu’on humidifiait la cyanamide de la troisième seulement avec de l’eau comme la quatrième dont la paille était mélangée de sulfate d’ammoniaque. En outre, on ajoutait à toutes les quatre du phosphate naturel destiné à produire du carbonate de chaux. La fermentation sc montra plus active dans les deux- premières masses que dans les autres où la décomposition n’était pas achevée au moment du charroi. Il est donc préférable de constituer le premier lit avec du fumier naturel ou mieux avec du purin; grâce à ce véritable ensemencement microbien, la fermentation s’établit dans la première couche et se propage de proche en proche dans les suivantes qu’il suffit d’arroser simplement avec de l’eau pure. En second lieu, la cyanamide et le sulfate d’ammoniaque se comportent de la même façon et dans la première la décomposition de la paille était satisfaisante au bout de 16 jours de fermentation. On remarqua encore qu’il faut entourer les tas d’une rangée de balles pressées. Celles-ci, en combattant l’évaporation, facilitent la décomposition de la masse. Les bordures s’imprègnent seulement sur une faible largeur car le liquide glisse sur la paille mais on peut les employer pour une opération ultérieure puisqu’elles sont déjà partiellement humectées. Toutes ces observations expérimentales permirent à L.afite et Caudron de conclure que les fermiers pouvaient fabriquer un
- fumier artificiel de qualité parfaite presque sans le secours de leui’s bestiaux et sans grands frais, à condition qu’ils disposent d’une fosse ou d’une plate-foi’me étanche agencée avec une citerne à purin munie d’une pompe.
- Procédé Demolon et Burgevin. — Quelques années plus tard, Demolon et Burgevin apportèrent certaines variantes à la technique précédente. Nous emprunterons la description de leur pi’océdé à la 17e édition de la Chimie agricole de E. Chancrin (1941). Sur une plate-forme pourvue d’une fosse à purin, ils montent un premier lit de paille d’environ 80 cm de hauteur sur lequel ils répandent en 3 fois à 12 heures d’intervalle, 2 4oo 1. d’eau par tonne de paille. Après quoi ils étendent sur le tas une mince couche de fumier à raison d’environ 2 kg par mètre carré puis des ferments choisis mélangés avec de l’azote et diverses substances chimiques : sulfate d’ammoniaque, cai'bonate de chaux, superphosphate de chaux.
- Après un nouvel ari'osage, l’ensemble ainsi constitué entre en fermentation. On constate qu’au bout de 2 ou 3 jours la température s’élève peu à peu. Vers le cinquième jour, celle-ci atteint 5o° à 6o°. On met alors au-dessus du premier lit une nouvelle couche de paille qu’on a soin de maintenir constamment humide et bien tassée pendant la durée de l’opération ; comme précédemment on y incorpore un mélange nutritif azoté mais pas de fumier frais. Un fois la fermentation bien en train, on y ajoute, de semaine en semaine, des chargements successifs de paille, à raison d’environ 1 000 kg par 200 m2 de superficie, toujours additionnées d’un faible pourcentage d’éléments nourriciers. On procède souvent à des arrosages de la meule avec le purin qui s’en écoule. Au bout de 3 mois environ, on obtient ainsi du fumier un peu pailleux, qui se transforme en « beurre noir » au bout de 5 à 6 mois. Avec le procédé Demolon-Burgevin, la préparation du fumier artificiel est assez longue ; les produits chimiques nécessaires pour maintenir dans la masse une réaction voisine de la neutralité sont aujourd’hui rares ou manquants, la construction de plates-formes et de fosses à purin dans les fermes revient chère.
- La fabrication du fumier artificiel en usine.
- Afin de remédier à ces inconvénients d’ordre pratique, la Compagnie française des Engrais synthétiques mit au point une nouvelle méthode, qui lui permet de fabriquer son fumier technique en usine et dans le délai record d’une quinzaine de jours, grâce au travail de bactéries appropriées et sans apport de fumier animal ni de produits chimiques. Si cette
- Fig. 3. — Macération de bouillies microbiennes destinées 'à l’ensemencement des pailles.
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- nouvelle fabrication est simple en principe, elle exige cependant certains tours de mains et des contrôles précis. Les pailles de blé, de seigle ou d’avoine, avariées ou impropres à la consommation du bétail arrivent aux usines sous forme de balles pressées (fïg. i). Des ouvriers les défont et les éparpillent à la fourche sur les terrains avoisinant l’établissement ; ils arrosent.ensuite les tas ainsi constitués avec de l’eau (fig. 2). On emploie aussi, comme matières premières, des déchets ligneux, des fougères, des bruyères, des feuilles mortes, des fanes de légumes, des herbes sèches, des marcs de pommes ou de raisin, des plantes de marais et divers débris végétaux auxquels on fait subir les mêmes traitements.
- D’autre part, dans une vaste salle de l’usine se trouvent installées des cuves de macération (fig. 3) en ciment où prolifèrent des colonies microbiennes destinées au futur ensemencement des tas de paille. Ces bactéries, prélevées dans les cultures, sont sélectionnées au laboratoire. Les jus actifs obtenus sont ensuite vaporisés au moyen de pulvérisateurs portatifs, sur les tas de paille mouillée (fig. 4). Grâce à cet ensemencement, la fermentation part rapidement et une quinzaine de jours plus tard, le fumier technique est prêt pour ses emplois agricoles ou horticoles. Les cultivateurs peuvent alors venir en prendre livraison dans une des usines régionales de la Compagnie française des Engrais synthétiques (fig. 5). Celle-ci met les jus
- Fig. 4. — Ensemencement par pulvérisation de jus actifs des tas de paille.
- à la ferme.
- bactériens sélectionnés en tonneaux métalliques pour les expédier à ses concessionnaires départementaux, qui fabriquent eux-mêmes le fumier dans leurs établissements respectifs ou le font préparer à façon par des cultivateurs pour le répartir ensuite à leur clientèle locale. Quarante stations de fabrication de fumier technique, au moyen de ce procédé, fonctionnent actuellement en France.
- Ce fumier technique ayant une composition identique à celle du fumier naturel et les mêmes réactions thermiques est, en effet, appelé à rivaliser avec ce dernier dans tous ses emplois. Récemment, par exemple, MM. Marcel, professeur à l’École d’horticulture de Versailles, H. Geslin et J. Leroy s’en sont servi pour établir des couches chaudes dans lesquelles se maintint une température de 2o°-2i° pendant près de trois mois.
- De son côté, la Compagnie des Engrais synthétiques a également utilisé avec succès, dans le hall de son usine de Chatou, le fumier technique pour confectionner des meules à champignons de couche. C’est là un autre débouché d’importance, puisque les champignonnistes ne peuvent plus se procurer maintenant de fumier de cheval qu’à grand’peine.
- Jacques Boyer,
- Un nouveau volcan naît à ParicuHn, au Mexique
- Le plateau de Paricutin, à 3oo km à l’ouest de Mexico, au voisinage du Pacifique, est depuis près de 2 ans le théâtre d’un phénomène extraordinaire. Le 20 février 1 q43, un paysan qui labourait son champ entendit subitement le sol gronder et vit jaillir de terre une grande colonne de fumée blanche. Il assistait à la naissance d’un volcan. Le temps d’aller prévenir le curé du village à 3 km de là et de revenir sur les lieux et déjà un cratère s’était formé qui crachait pierres et laves. Depuis ce moment, l’éruption n’a pas cessé. Dans la première semaine de son existence, le volcan avait déjà formé un cône de déjection haut de i5o m ; en 10 semaines il atteignait 3oo m ; aujourd’hui c’est une haute colline de 45o ni. Le cratère vomit environ 2 700 t de matériaux par minute; et, jusqu’ici, il n’y a aucun signe de ralentissement. La lave en fusion qui s’échappe du cratère et des parois du cône se
- répand peu à peu dans la campagne environnante à la vitesse de 6 km à l’heure et met le feu aux maisons dont elle s’approche. Déjà les deux villages de Paricutin et de Parangacutiro sont détruits. Des nuages de fumée noire couvrent la région dans un rayon de plus de 5o km ; les toits des maisons s’affaissent sous le poids des poussières volcaniques qui s’y déposent ; en certains entroits les amas de ces poussières montent jusqu’à la hauteur des toits; sur le pourtour du cratère des fumerolles s’échappent de cavités profondes dont les parois sont portées au rouge. Bref on a là le spectacle classique d’un volcan en pleine activité, tel le Vésuve lorsqu’il engloutit Herculanum et Pompéi. La région environnant Pai'icutin est essentiellement volcanique et compte déjà de nombreux volcans éteints. Tel sera, sans doute, une jour ou l’autre, le sort de El Monstruo, nom que les habitants ont donné au nouveau volcan.
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- A L'ACADEMIE DES SCIENCES
- Discours inaugural de M* CAULLERY
- En prenant la succession de M. Maurain à la Présidence de l’Académie des Sciences pour Vannée 1945, M. Caullery, l’éminent naturaliste, a prononcé un intéressant discours où il esquisse tout un programme de travail et de réforme. Nous le remercions d’avoir bien voulu nous autoriser à en publier les extraits qui suivent.
- Me sera-t-il permis de considérer que les circonstances présentes suggèrent et peut-être même m’imposent le devoir de déborder quelque peu le cadre coutumier de cette allocution ?
- L’année où nous entrons ne comporte-t-elle pas des perspectives exceptionnelles ? Celles qui viennent de s’écouler étaient obnubilées par la douleur cuisante do l’occupation ennemie, aggravée par le joug immonde et cruel de la Gestapo, par la nécessité impérieuse de refouler nos sentiments les plus ardents et surtout par le fait de vivre dans l’horrible appréhension d’un avenir où le sort de la France apparaissait comme un esclavage irrémédiable et total spécialement dans le domaine de la pensée, esclavage auquel un gouvernement de capitulation non seulement se résignait, mais où il apercevait désormais la destinée naturelle et souhaitable de notre pays. Certes, nous nous refusions, pour notre part, à cette abdication. Nous voulions, toujours et malgré tout, espérer que la démission de la France n’était pas définitive et l’aube de la délivrance avait fini par luire. Mais, il y a un an, nous étions toujours parqués derrière ce mur de l’Atlantique, qu’on s’appliquait à nous faire croire infranchissable.
- Il a été renversé le 6 juillet 1944, grâce à l’audace méthodique et inventive de nos alliés et à la vaillance de leurs troupes. Nous avons goûté depuis la joie incomparable de la Libération et, non moins vivement, celle de voir, en dépit de lourdes chaînes, si cruellement et si méthodiquement forgées, notre jeunesse française participer efficacement à cette libération, en particulier à celle de Paris, qui, d’une façon inespérée, est sorti intact de la lutte ; nous goûtons aussi la fierté et le réconfort de posséder en ces terribles conjonctures à la tête de notre nation, un homme qui a su, par une intuition aussi hardie que magnifique, avec une inébranlable continuité de vues et avec une ténacité indomptable, garder toujours, même à l’heure affolante du désastre, la foi dans la victoire de la cause de la liberté et dans la résurrection de notre pays. Cette résurrection, après l’avoir rendue possible par sa résolution farouche et sa perspicacité, il la poursuit en ce moment avec sûreté et à vive allure. Son nom est, dès à présent, inscrit dans l’histoire, au faîte de la grandeur française. Une fois de plus, la France a trouvé, parmi ses enfants à l’heure cruciale,
- 1 ’homme du destin. Je salue ici, au seuil de cette année 194o, ou plutôt au seuil de l’ère nouvelle, le nom du général de Gaulle.
- Mais les dernières semaines qui viennent de s’écouler ont montré, de façon pathétique, que nous sommes encore loin d’être définitivement sortis de la période de l’incertitude et du danger. A la veille de Noël, le spectre de l’invasion s’est de nouveau dressé et nos malheureux et sympathiques voisins de la Belgique et du Luxembourg en ont connu une fois de plus, la réalité tragique et les atrocités. L’invasion de notre sol se profilait déjà sur la Meuse, comme en mai 1940. Nos alliés y ont fait face résolument et avec succès. Mais cette péripétie nous a contraints à sentir que la paix est encore lointaine et que nous devons toujours compter avec les réalités, les surprises et les périls de la guerre, que nous devons toujours vivre et roidir notre effort en conséquence.
- L*Académie des Sciences et les problèmes de l’heure présente.
- Je prononçais, il y a un instant, les mots d’ère nouvelle. Tout homme qui réfléchit n’éprouve-t-il pas, en effet, nettement l’impression qu’une discontinuité indiscutable et profonde nous sépare désormais du passé le plus récent et que nous sommes entrés inéluctablement dans un cycle de graves et irréversibles transformations sociales. Ce n’est pas le lieu ici d’en conjecturer les modalités, ni de les discuter, mais ne devons-nous pas, à cette occasion, rentrer en nous-mêmes et nous demander s’il est possible à notre Compagnie d’assister immobile à ces changements, je serais tenté, en naturaliste, de dire à ces métamorphoses ?
- Tous les Français doivent, avant tout, donner leur attention et leur activité à la reconstitution du pays, dévasté, pillé et ruiné, et à sa rénovation, afin qu’il conserve dans le monde la place glorieuse qu’il y a tenue.au cours des derniers siècles. Les problèmes ainsi posés sont multiples et immenses. Le plus vital, à mon sens, n’est pas de notre ressort direct, mais il n’est cependant pas impossible que l’autorité de l’Académie lui permette d’y apporter une contribution : c’est le problème démographique, d’où dépend l’existence même de la nation. Il faut, avant toute autre chose, en effet, que la France survive en se repeuplant. La guerre, en se prolongeant, a gravement amplifié le problème. L’ennemi, qui, à cet égard comme à d’autres, ravale la condition humaine à celle du bétail, n’a pas manqué d’amplifier chez lui par tous les moyens la natalité en l’inhibant chez nous. C’est question primordiale pour la France, de parer à ce péril majeur.
- En tout cas, l’Académie se doit de s’efforcer, par tous les moyens en son pouvoir, de participer au redressement national dans le champ qui lui est propre et je ne doute pas un seul instant que ce soit votre préoccupation commune. Elle le doit en vertu de la puissance même de la science, qui est sa raison d'être. Au reste, certains de nos confrères ne nous ont-ils pas déjà conviés à participer à des études d’importance majeure pour le pays et qui tendent à accroître le rendement de l’Agriculture ? C’est en quelque sorte, le prototype de contributions variées qui ne manqueront pas de s’offrir à notre activité.
- Programme d’action
- Il me paraît aussi que nous ne poumons guère, dans les conjonctures présentes, nous abstenir de réfléchir à la possibilité de mettre notre Compagnie elle-même en harmonie aussi satisfaisante que possible avec les conditions et les nécessités de la vie scientifique d’aujourd’hui et de demain. Je n’ai pas, non plus, à cet égard, l’outrecuidance de Avenir ici dresser un plan de réformes intérieures ; je voudrais seulement émettre quelques idées qui se sont déjà présentées à votre esprit à tous. On ne doit certes pas méconnaître qu’il ne faut toucher qu’avec une extrême prudence
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- à de grandes institutions anciennes et glorieuses comme est la nôtre et que le souci du mieux risque, en la matière, d’être souvent l’ennemi du bien. Mais n’est-il pas aussi dangereux de vivre dans une immobilité systématique, quand Lout se transforme autour de nous ? Nous n’avons>.pas, il est vrai, une liberté de mouvements totale, puisque nous ne sommes qu’une partie d’un tout solidement agencé. Ne nous abstenons pas cependant, , en dernière analyse, de rentrer en nous-mêmes et de chercher à distinguer clairement quelques dysharmonies fonctionnelles résultant do l’action inéluctable du temps, et que nous pouvons songer à écarter ou au moins à atténuer. • .
- Il est un fait patent, que nous connaissons bien et sur lequel je me suis permis récemment, après d’autres, d’appeler l’attention, c’est que l’âge collectif de l’Académie, exprimé par la moyenne de celui de tous ses membres, va régulièrement croissant. L’augmentation de la longévité individuelle, fruit de l’amélioration des conditions de la vie, est, en soi, chose favorable, et l’âge nous apporte l’expérience et la sérénité du jugement ; mais il restreint toujours notre activité et va souvent jusqu’à la paralyser complètement. Or cette activité est hautement utile, sinon indispensable à la vie académique. Faire partie de notre Compagnie est un honneur légitimement envié, mais cet honneur ne saurait constituer la seule raison d’être des nôtres. Nous devons agir. J’estime, pour rua part, qu’une présence au moins assez assidue à nos séances et une participation effective et régulière aux travaux de nos Commissions est absolument désirable. Car c’est ainsi que nous pouvons nous acquitter d’une de nos fonctions les plus importantes, celle de contribuer à la sélection des jeunes travailleurs, d’aider les meilleurs à émerger et de les encourager à la recherche. N’avons-nous pas d’ailleurs le juste privilège d’intervenir
- dans l’attribution des chaires et emplois de plusieurs des grands établissements scientifiques du pays ? Il nous faut donc être à noire poste,' et surtout rester au contact de la Science, sous ses aspects les plus modernes, lesquels se transforment maintenant de façon si profonde dans l’espace d'une-vie humaine. Aussi, pour maintenir notre Compagnie en réelle harmonie avec la science qui s'élabore, est-il très désirable d’appeler parmi nous, aussi souvent que possible, des hommes encore jeunes, dont l’esprit est naturellement accordé aux idées et aux techniques les plus récentes et les plus fécondes.
- D’autre part, en se plaçant au point de vue collectif, l’Académie doit aussi refléter dans sa composition, aussi exactement que possible, l’aspect général de la Science ; or, son cadre actuel, qui date de la fin du xvme siècle et des premières années du xixe, n’est pas sans offrir des discordances notables avec les conditions présentes, quant à l’importance relative et aux rapports des diverses sciences particulières.
- Je voudrais encore évoquer brièvement un autre point. Notre pays a certainement pâti et souffre toujours do la centralisation excessive qui concentre trop à Paris les forces intellectuelles. Il a été très judicieux à cet égard, de créer, il y a maintenant trente ans, la section des membres non résidants. Mais la place ainsi faite parmi nous à nos Collègues de province est-elle suffisante ? Je serais tenté, en ce qui me concerne, de répondre négativement, ne serait-ce qu’eu égard à la difficulté des choix que nous avons à faire. Nous ne pouvons consacrer suffisamment, de façon équitable, la valeur dans les diverses sciences, où elle est d’ailleurs presque toujours très difficile à comparer et nous sommes conduits ainsi à laisser de côté des hommes qui mériteraient à tous égards d’être des nôtres. »
- Conférences à Paris
- JEUDI 1er FÉVRIER
- Sorbonne, Salle Conférences Physique : 17 h. 30 : M. P. Fréon : « Le soufflage du verre au laboratoire ».
- LUNDI 5 FÉVRIER
- Sorbonne, Salle Conférences Physique : 17 h. 30 : M. G. Baylac : « La documentation en physique. Microfilms. Méthodes et moyens de travail. Bibliographie ».
- Maison de la Chimie, 28, l’UO Saint-Dominique, Paris : 18 h. : M. P. Bas-tien : « Matériaux utilisés pour l’appareillage des hautes tensions ».
- MERCREDI 7 FÉVRIER
- Maison de la Chimie : 18 h. : M. PUBERE AU-GaY0N : (t L’adsorption en œnologie ».: -
- JEUDI 8 FÉVRIER
- Sorhonne, Salle Conférences Physique : 17 h. 30 : M. G. Vaucouéèuks« La technique photographique. Conseils pratiques sur les manipulations usuelles ».
- Maison de la Chimie : 18 h. : M. Loze : c L’emballage des objets de verre ».
- LUNDI 12 FÉVRIER
- Sorbonne, Salle Conférences Physique : 17 h. 30 : M. 1t. Breymann : « Conseils pratiques pour l’emploi des cellules photoélectriques ».
- Maison de la Chimie : 18 h. : M. James
- INFORMATIONS
- Basset : « Production et mesure des très hautes pressions ».
- MARDI 13 FÉVRIER
- Maison de la Chimie : 18 h. : M. François Piketti : « La pierre meulière et son emploi ».
- MERCREDI 14 FÉVRIER
- Maison de la Chimie : 18 h. : M. R. PoR-ciiez . : « Emploi de l’adsorption dans la technique de décoloration des corps gras».
- Prix littéraire et prix scientifique
- Sully-Olivier de Serres, 1944
- Il est institué au Ministère de l’Agriculture deux prix annuels intitulés : « Prix littéraire Sully-Olivier de Serres » et « Prix scientifique Sully-Olivier cle Serres » dotés chacun d’une somme de vingt mille francs.
- Le .prix littéraire est attribué à un ou plusieurs auteurs français pour une ou plusieurs œuvres littéraires publiées depuis le 1er avril de l’année précédente et illustrant avec simplicité et exactitude la vie paysanne dans la Métropole ou l’Em-rpirc.
- • Le prix scientifique est attribué à un ou plusieurs auteurs français pour une ou plusieurs œuvres littéraires publiées depuis le 1er avril de l’année précédente et traitant de la civilisation rurale et conçues et rédigées suivant la méthode scientifique et cependant accessibles à un large public.
- -- Les candidatures sont à adresser jusqu’au 31 décembre 1943 au Secrétariat du Prix Sully, Ministère de l’Agriculture, 78, rue de Varennc, Paris (7e), en joignant cinq exemplaires de l’ouvrage.
- PRIX DE L'ABONNEMENT 1945 (24 numéros)
- France et Colonies : six mois i 100 francs; un an : 200 francs
- Etranger : un an : 240 francs, 250 francs suivant les pays Prix da numéro: 10 francs
- Règlement par chèque bancaire on chèques postaux (compte n” 5gg Paris)
- Les abonnements partent du I,r de chaque mois.
- Les abonnements souscrits en 1942, et interrompus en février de la même année, sont valables pour l'année 1945 entière. Il ne sera pas tenu compte des deux numéros servis en 1942.
- Pour tout changeaient d'adresse, joindre la bandé et cinq francs.
- MASSON et C'°, Editeurs,
- 120, BOULEVARD S’-GERMAIN, PARIS VP
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à ,l'obligation de l'indication d'origine.
- Le gérant : G. Masson. —masson et cié éditeurs, paris — dépôt légal : Ie* trimestre ig45, n° i44. BARNÉOUD FRÈRES ET CIe IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 202. — 2-ig45.
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- SOMMAIRE
- Les ports artificiels de Normandie, par Jacques BOYER .
- Navigation et atterrissage sans visibilité, par R. CHAUVINEAU.
- Les caoutchoucs synthétiques,
- par Lucien PERRUCHE.......
- Caissons et scaphandres, par
- le docteur G. MOUCHOT . . .
- Homochromie et mimétisme,
- par A. VILLIERS............
- Philippe de Girard, par A. FAYOL.
- La population de VU. R. S La ration alimentaire .
- * V A -
- Les Livres nouveaux . -iify •
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- LES PORTS ARTIFICIELS
- DE NORMANDIE
- Le 6 juin 1944, date mémorable, les armées alliées débarquent au petit jour sur les rivages de la baie de Seine. Des péniches spécialement équipées accostent en pleines plages et débarquent les premiers contingents d’infanterie et de chars qui vont donner l’assaut au mur de l’Atlantique. La bataille de Normandie commence.. Mais pour l’alimenter, il va falloir, pendant une longue période, débarquer chaque jour 12 000 t de matériel et de vivres, et 2 5oo véhicules de tous genres. Le Grand Ëtat-Major allié savait que pendant longtemps il ne disposerait d’aucun port ; de fait Cherbourg pris le 27 juin ne fut utilisable qu’après plusieurs semaines nécessaires à la réparation des installations portuaires détruites ou endommagées par les Allemands.
- Cette situation avait été prévue. Pour y faire fao‘é, le plan de débarquement comportait la création de deux ports improvisés, avec des éléments préfabriqués
- ement de camions américains dans le port artificiel d’Arromanches.
- N° 3082 15 Février 1945
- Le Numéro 10 francs
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- remorqués à travers la Manche, construction sans précédent aussi bien dans l’histoire de la technique que dans l’histoire militaire. Ainsi prirent naissance sur les côtes de Normandie deux ports artificiels, celui d’AnROMANCHEs baptisé port Winston, en l’honneur du premier Ministre anglais Winston Churchill, auquel est due la conception même de ces étonnants ouvrages, et celui de Vierviele-sur-Mer, construit par les Américains et baptisé Omaha-Beach.
- Comment est constitué un port artificiel.
- On a d’abord créé une véritable rade artificielle en édifiant une série de bi'ise-lames ; deux d’entre eux sont parallèles au rivage sur lequel la rade se referme par deux autres brise-lames perpendiculaires. Des entrées pour les navires sont ménagées entre les différents brise-lames. Ceux-ci sont composés soit de caissons en béton armé juxtaposés en ligne droite et coulés en position, soit de vieux navires dont les cales ont été remplies de ciment, placés-côte à côte.et coulés en position.
- A l’intérieur de la rade ainsi créée on a monté un grand môle flottant et deux autres plus petits servant de débarcadères ; les petits môles sont spécialement affectés l’un au déchargement des chalands, l’autre au débarquement des chars. Chaque môle est formé d’un ou plusieurs pontons solidement ancrés par des pieux verticaux permettant au môle de se déplacer verticalement avec la marée.. Il est relié à la terre ferme par une jetée formée de travées de ponts métalliques reposant sur des supports flottants.
- Chacun des ports artificiels de Normandie est grand comme Gibraltar et a exigé 700 000 à 800 000 t de matériel divers que dut transporter une flottille de i5o remorqueurs, malgré des difficultés de toute nature (attaques de sous-marins et d’avions, mines semées à travers la Manche, tempête, etc.). Il a fallu hâler ainsi i5o énormes radeaux en ciment armé, cer-
- Fig. 3. — Le remorquage d’uh caisson flottant.
- Ce caisson coule en place formera l’un des éléments des brise-lames du port artificiel.
- tains mesurant 120 m de long, et amener environ 5oo 000 t de vieux bateaux et cargos démodés.
- Des pièces de D. C. A. montées sur les caissons les protégeaient pendant la traversée contre les attaques de l’aviation ennemie. Elles sont restées en place pour servir à la protection du port.
- Grâce à un outillage très bien conçu le débit au mètre courant de quai de ces « synthetic harbours » peut dépasser celui du port de New-York à égalité de longueur de quai et de temps, grâce à un outillage très bien conçu manœuvré par de eou-
- et solides dockers milila-
- La préparation.
- Naturellement une aussi vaste entreprise n’a pas été mise sur pied sans une méticuleuse préparation. Les travaux préliminaires furent exécutés par des géologues, des physiciens, des hydrographes et des ingénieurs fort experts. Installés durant des mois dans une cabane dressée à l’écart en un point de la côte du Comté de Dor-set (Angleterre), ils se penchèrent sur le délicat problème qu’ils finirent par résoudre à force d’ingéniosité. Puis après avoir étudié la stratigraphie des côtes normandes et l’enracinement des oyats qui poussent sur ces plages jadis si désertes, un jeune et brave lieutenant monté dans un petit canot de caoutchouc s’aventura près d’Arromanches 6 semaines avant l’invasion projetée, et y pratiqua des sondages à l’insu des Allemands. Scs relevés permirent de rectifier certains détails, — importants en l’occurrence —, de vieilles cartes hydrographiques françaises. Tout, était alors « paré- -»• comme disent les marins.
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- Une semaine donc a'flïitîfle « jour J », le premier des 5o navires brise-lames condamnés, quitta l’Angleterre et les Canadiens n’avaient pas encore élargi leurs têtes de pont près de Bayeux et de Longues, que le dernier de ces vieux bâtiments arrivait au poste de sabordage. La houle toutefois donna du fil à retordre aux matelots français, anglais, américains et hollandais qui les montaient. Protégés par l’artillerie de la D. C. A., ils parvinrent cependant à accomplir leur rude besogne. Us alignèrent leui’s vaisseaux proue à poupe, les uns à la suite des autres, ouvrirent ensuite les soupapes et firent exploser des bombes à retardement disposées à l’intérieur de chaque bâtiment. La rade de Port Winston ressemblait alors à un cimetière d’épaves en partie submergées. On y voyait entre autres vénérables vaisseaux que survolaient des ballons de barrage au cours des combats, le Centurion qui fut le premier navire de guerre britannique muni de poste de T. S. F., le croiseur lourd hollandais Sumatra et le cuirassé français Courbet datant de 33 ans et hissant, à l’une de ses tourelles, fièrement dressé au-dessus du niveau de la mer, un grand drapeau tricolore à croix de Lorraine.
- La tempête survient.
- Malheureusement les « Synthèse Ilarbours » eurent des débuts pénibles. Treize jours, en effet, après le premier débarquement et quand leur installation était
- encore inachevée, une violente tempête s’éleva (19-20 juin 1 g44) faisant chasser sur leurs ancres les antiques cuirassés et plusieurs cargos sabordés, jetant à la côte les « Sea Bees » et autres barges d’atterrissage. Quelques-uns des pesants radeaux en ciment armé furent même emportés par les lames. 11 était grand temps que les armées américaines s’emparent de Cherbourg et de quelques poinls du Cotentin, sinon les dommages causés à Port Winston auraient provoqué l’échec d’une colossale entreprise si bien agencée.
- Heureusement pendant les premiers jours de juin, le ravitaillement des têtes de pont de Normandie se fit- d’une façon suffisante par ces ports artificiels pour assurer le succès final. Le contretemps avait simplement retardé l’avance victorieuse des troupes alliées.
- Le port en service.
- A présent, les navires jaugeant 7 000 t, comme les petits caboteurs peuvent accoster à ces nouvelles jetées. Sous la protection de soldats blottis dans des trous creusés dans le sable, le déchargement s’opère, soit directement, soit à l’aide de camions amphibies baptisés du pittoresque sobriquet « Duck » (canard), soit dans des vedettes plus légères. A chaque marée des flottilles de péniches spéciales amènent le matériel plus lourd (locomotives, canons, tanks, etc.) que des tracteurs à moteur Diéscl remorquent jusqu’à l’endroit assigné pour leur rassemblement. Quant aux milliers de soldats qui arrivent en France par Port-Winston et Omaha-Beach, ils sautent d’ordinaire de l’échelle accrochée aux flancs du navire jusqu’à un ponton, mais parfois ils doivent entrer dans l’eau jusqu’à mi-jambe avant de fouler le sable des plages.
- ' Jacques Boyer.
- Fig. 5. —— Les jetées flottantes d’un port artificiel.
- A gauche de la figure, on voit à terre des tapis métalliques qui, déployés sur le rivage, permettent aux chars
- de circuler sur le sable de la plage.
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- NAVIGATION ET ATTERRISSAGE
- SANS VISIBILITÉ
- GÉNÉRALITÉS
- Si l’aviation a pu prendre l’extension que l’on sait, c’est qu’elle s’est affranchie progressivement des sujétions entraînées par son plus grand ennemi : le manque de visibilité. Le pilote dirigeant un avion muni d’un matériel ad hoc doit pouvoir sortir tous les jours. C’est une condition sine qua non pour établir des liaisons compaerciales régulières.
- Le vol sans visibilité pose trois problèmes différents : le pilotage sans visibilité, la navigation sans visibilité et l’atterrissage sans visibilité.
- Le pilotage sans visibilité doit permettre au pilote de maintenir la direction, l’altitude et l’équilibre latéral de l’avion pendant la traversée des nuages. Les, avions modernes disposent d’un appareil gyroscopique comprenant un horizon artificiel, d’un indicateur de virage gyroscopique, d’un anémomètre et d’un manomètre barométrique. Le. pilote agit- sur les commandes de l’avion de façon à rendre fixes les indications de ces appareils : il est alors certain de voler correctement sans crainte d’accident. Nous nous attacherons principalement ici à donner les solutions des deux problèmes suivants, beaucoup plus complexes : navigation et atterrissage sans visibilité^
- La navigation amène l’avion à proximité de son point de destination, l’atterrissage est l’ultime phase du voyage.
- Le navigateur dispose d’un compas qui donne la direction et d’un anémomètre qui définit la vitesse. Un altimètre barométrique donne l’altitude. Le pilote a déterminé au départ sa direction sur la carte : il la garde en maintenant l’aiguille du compas sur cette direction. Les indications de l’altimètre lui permettent de voler à l’altitude qu’il juge convenable. C’est ce que l’on appelle naviguer à l’estime. En opérant de la sorte, on ne tient pas compte de la dérive due au vent, aux imperfections du compas, etc. Il faut faire le point de temps en temps. C’est cette considération qui a développé tellement l’emploi du matériel radioélectrique sur les terrains d’aviation et à bord des avions.
- Le problème de l’atterrissage sans visibilité est encore plus ardu : il faut faire décrire à l’avion une trajectoire bien définie dans un plan vertical déterminé. A ce stade le compas ne sert plus à rien et l’altimètre barométrique pas à grand’chose car il n’est pas assez précis surtout aux basses altitudes. Avant d’étudier plus à fond cette question, disons un mot des émetteurs et récepteurs radioélectriques spéciaux utilisés dans cette technique.
- Fig. 1. — Schéma du radio-goniomètre.
- RADIO-GONIOMÈTRES, RADIO-PH ARES ET ÉMETTEURS SPÉCIAUX
- Un radio-goniomètre est un récepteur à cadre permettant de déterminer la direction d’un poste émetteur quelconque. Le cadre vertical du récepteur est orientable (fig. i)..
- Lorsque son plan est perpendiculaire à la droite joignant
- le récepteur à l’émetteur (on dit que l’émetteur est sur l’axe du cadre), les écouteurs du récepteur n’enregistrent plus aucun son, il y a extinction de l’émission. En repérant cette extinction d’émission sur un cadran gradué, on en déduit la direction de l’émetteur.
- On voit que deux radio-goniomètres placés en A et B (fig. 2) per-
- Fig. 2. — Principe de la radio-goniométrie
- Fig. 3. — Principe du radio-phare.
- mettent de définir la position d’un émetteur mobile, car on connaît dans le triangle MAB la base AB et les deux angles 0t et 02. Cette opération se fait naturellement sur une carte. On utilise d’ailleurs, en général, trois radio-goniomètres de façon à former un triangle d’erreur.
- Un radio-compas est un radio-goniomètre automatique. Dans l’exemple précédent, il faut manoeuvrer le cadre à la main pour chercher la position d’extinction. Ici, le cadre se place automatiquement en position d’extinction si le récepteur est réglé sur la fréquence de l’émetteur.
- Les radio-phares sont des émetteurs à ondes dirigées permettant à un mobile muni d’un récepteur de suivre une direction fixe ou de déterminer sa direction par rapport à une direction fixe. Il en existe de très nombreux modèles qu’il est impossi-
- Fig. 4. — Radio-phare à champ tournant.
- Fig. 5. — Balise.
- ble de passer en revue dans un article aussi bref. Beaucoup comportent un u aérien » constitué par deux antennes verticales (fig. 3) A et B. La direction que doit suivre le mobile M est la perpendiculaire au milieu de AB : sur cet axe le récepteur enregistre un trait continu, à droite de l’axe on entend
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- Fig. 6. — Un radio-phare à quatre antennes installé sur un aéroport.
- On aperçoit le cadre antenne et le bâtiment de l’émetteur.
- des points, à gauche des traits. La manipulation du radio-phare est naturellement automatique et continue (elle est provoquée par un moteur entraînant une came comportant des encoches).
- Un modèle courant de radio-phare à champ tournant comprend quatre antennes verticales ABCD (fîg. 4 et 6). L’axe sur lequel on entend un trait continu tourne à une vitesse constante à raison d’un tour par minute. Un top (signal très bref) est envoyé lorsque l’axe passe par la direction nord. En notant avec un chronomètre le temps qui s’écoule entre le passage du top et le passage de l’axe en M, on peut mesurer l’azimut 0 du mobile M par rapport à la direction fixe AB.
- On utilise encore dans le radio-guidage des balises à rayonnement vertical. Ce sont des émetteurs spéciaux P (fig. 5) tels que le récepteur de l’avion M n’enregistre l’émission de P que s’il se trouve dans un cône très étroit d’axe vertical.
- Fig. 7. — Radio-guidage par émissions localisées dans le dièdre S, S .
- On a imaginé ces dernières années des émetteurs spéciaux dont l’émission n’est perçue que lorsque île récepteur se trouve dans un dièdre très étroit limité par deux demi-plans S, S' (fig. 7). On utilise pour cela des ondes très courtes de o m. 4o environ et un aérien comportant des réflecteurs obliques. Tous ces radio-phares sont placés sur les terrains d’aviation.
- Nous allons voir maintenant comment on peut agencer ces divers éléments de façon à rendre plus faciles la navigation et l’atterrissage sans visibilité. Il n’y a pas, comme on pourrait le croire, du matériel standard. Tous les systèmes sont utilisés suivant les types d’avions, l’ancienneté de ces avions, l’équipement des terrains, etc.
- NAVIGATION SANS VISIBILITÉ
- Le problème est facile et bien résolu à l’heure actuelle :
- 1™ méthode. — L’avion possède un émetteur et un récepteur ; ses émissions sont captées par trois radio-goniomètres à terre qui transmettent au récepteur la position exacte de l’avion au moment de l’émission. On relève en somme la position de l’avion.
- 2e méthode. — L’avion possède un radio-goniomètre. Il « fait le point » en écoutant successivement deux émetteurs convenablement placés géographiquement.
- ..... -........ ..........................53 :..........rm
- 3e méthode. — Le récepteur de bord enregistre les émissions d’un radio-phare à champ tournant, ce qui permet de déterminer l’azimut de l’avion par rapport à une direction fixe. Si l’émetteur ou le radio-phare R est placé sur le terrain d’arrivée, il suffit de donner à l’azimut une valeur constante 6° pour décrire une droite MR (fig. 8). On pratique alors le homing.
- Ces méthodes sont toutes trois employées.
- ATTERRISSAGE SANS VISIBILITÉ
- Sont O le centre du terrain (fig. 9) et A et B les limites de ce terrain. Soit PQRS la trajectoire de l’avion située dans un plan vertical.
- Le problème consiste pour le pilote :
- i° à définir le plan vertical (passant en général par le centre O du terrain) dans lequel doit se mouvoir l’avion ;
- 20 à décrire dans ce plan la courbe d’atterrissage PQRS.
- Ces deux manœuvres correspondent au guidage en direction et au guidage en altitude. Nous supposons naturellement que l’avion, en naviguant convenablement est amené à une vingtaine de kilomètres du terrain sur lequel il doit se poser.
- Nous allons étudier succinctement deux procédés classiques ayant fait leurs preuves, puis nous verrons ensuite quelques méthodes plus récentes encore peu répandues.
- Procédé de la percée ou procédéZZ.— Il s’inspire du système de navigation akec radio-goniomètre au sol;
- Un radio-goniomètre sur le terrain relève l’émission de l’avion et communique par radio à l’avion son azimut. Le pilote maintient cet azimut constant et se déplace par suite dans un plan vertical. Arrivé à la verticale du poste, l’opérateur à terre entendant le bruit des moteurs lance un signal caractéristique. Le pilote, montre en main, s’éloigne d’une distance connue, xo km par exemple, exécute un virage de 1800 et revient vers le radio-goniomètre en diminuant son altitude. Lorsque l’opérateur entend de nouveau les moteurs, il passe le signal -< ZZ ». Le pilote réduit les moteurs et doit voir aloi’s sur la piste d’atterrissage des plots lumineux éclairés par des lampes au sodium. Il termine à vue l’atterrissage.
- Le problème de l’atterrissage sans visibilité.
- 2° Radio-alignement et balises. — L’équipement du terrain comprend un radio-phare E et deux balises à rayonnement vertical Bx et B2 (fig. 10).
- L’avion possède un récepteur ordinaire et un récepteur de balise.
- La balise B3 est à environ 8 km du centre du terrain ; la balise Bj à 2 km. (fig. 12).
- L’opérateur règle son récepteur sur le radio-phare E. Il
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- Fig. 10.
- Atterrissage sans visibilité par radio-alignement et balises.
- agit sur les commandes de l’avion de façon à entendre constamment un trait continu. L’avion est alors guidé en direction. En passant au-dessus de la première balise, il entend avec le récepteur spécial le signal caractéristique de cet émetteur. Il diminue progressivement l’altitude et passe au-dessus de la deuxième balise à 5o m environ au-dessus du sol. Il termine l’atterrissage à vue.
- 3° Méthodes nouvelles. Les procédés précédents présentent l’inconvénient de ne pas assurer convenablement le guidage en altitude.. On a utilisé récemment les méthodes suivantes :
- a) Guidage en altitude par courbe de descente. — On maintient constant le courant de sortie d’un récepteur réglé sur 1 émission continue d’un radio-pliare spécial à aériens horizontaux. La théorie et l’expérience montrent que l’on décrit alors une courbe concave vers le bas et tangente au terrain (fig. i3).
- b) Guidage en altitude par droite de descente. — On utilise un émetteur à ondes très courtes avec aérien à réflecteur décrit précédemment. Le pilote agit sur les gouvernails de façon à entendre constamment l’émission. L’avion est guidé dans un dièdre très étroit et décrit pratiquement une droite faiblement inclinée sur l’horizon. Ce système est préférable au précédent dans lequel l’avion prend une aceéléralion importante.
- Fig. 11. — Vue d’ensemble d’une station de radio-alignement et des aériens.
- c) Sondeur radioélectrique. — Il existe aujourd’hui des sondeurs radio-électriques de nombreux types (basés par exemple sur la réflexion sur le sol d’ondes très courtes émises par un point de l’avion) qui donnent les faibles altitudes avec une grande précision. Le pilote utilise les indications continues de cet appareil pour atterrir.
- CONCLUSION
- Il ressort clairement de cet exposé qu’il n’y a pas, à l’heure actuelle, unité de doctrine erl de matériel. Un avion d’un type déterminé ne peut utiliser bien souvent les installations d’atter-
- Fig. 12. — Une balise radioélectrique installée à 3 km du terrain
- d’atterrissage.
- Elle émet un faisceau vertical.
- rissage d’un grand nombre de terrains parce qu’il ne dispose pas du matériel de bord convenable. Par ailleurs beaucoup d’aviateurs estiment que la sécurité obtenue n’est pas suffisante. Ils désireraient, en particulier, pouvoir atterrir suivant une direction quelconque passant par le centre du terrain et non suivant un radio-alignement défini une fois pour toutes. Les avions modernes arrivent au sol avec une très grande
- Fig. 13. — Guidage en altitude par courbe de descente.
- vitesse et l’on peut craindre des accidents si l’on n’atterrit pas face au vent. Des chercheurs ont proposé des solutions à ce problème nouveau qui nécessite obligatoirement un matériel spécial à bord de l’avion. On a cherché également à rendre automatiques et claires les indications des appareils de bord radio-électriques. C’est ainsi que l’on a imaginé un dispositif dans lequel le pilote agit sur les gouvernails de l’avion de manière à faire coïncider ou à mettre en regard deux aiguil-
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- les de deux appareils de mesure du tableau de bord ; il décrit alors une trajectoire correcte.
- La question est d’ordre international. Elle sera résolue lorsque des accords admis par tous auront défini les équipements standards à réaliser sur les terrains et lorsque les constructeurs de tous pays auront réalisé le matériel de bord correspondant. Cette deuxième condition est primordiale ; il y a dix ans le récepteur ordinaire que possède tout, avion suffisait pour décrire un axe balisé. Les nouvelles exigences de la navigation et de l’atterrissage demandent une installation spéciale
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- sur l’avion. La sécurité des voyages aériens n’est augmentée qu’au prix d’une plus grande complexité (poids et encombrement plus élevés en particulier) de l’appareillage radio-électrique aussi bien à terre que sur l’avion,
- Robert Chauvineau.
- N. D. L. R. — Cet exposé ne fait pas mention des procédés absolument nouveaux de navigation sans visibilité qui sont encore maintenus secrets par les états-majors.
- Les pliotos qui illustrent cet article ont été aimablement communiquées par la Société Industrielle des Procédés Loth.
- LES CAOUTCHOUCS SYNTHETIQUES
- Les caoutchoucs artificiels sont sortis des laboratoires des organic-iens, ils témoignent du triomphe de la recherche systématique sur l’empirisme. Nous n’entrerons pas dans le détail des techniques, elles sont du ressort des chimistes. Nous noterons les matières premières, leur caractère de simplicité. Nous donnerons les grandes lignes des procédés, mettant en valeur la puissance de réalisation de la science chimique capable de bouleverser les conditions de Ja vie économique ; capable aussi de jouer un rôle de premier plan dans la lutte technique sans merci qu’est le conflit actuel.
- Déjà, la guerre de 1914-1918 avait mis l’accent sur l’importance du caouchouc. La mécanisation extrême des armées actuelles en ..a.fait une. question capitale. Le caoutchouc naturel est en majeure partie produit par lés plantations d'Extrême-Orient. Elles sont actuellement accessibles au Japon ; seul.
- En prévision d’une telle éventualité les nations voulant se rendre indépendantes avaient poursuivi de sérieuses recherches souvent sans préoccupation du prix de revient. Ces efforts ont abouti aux résultats que l’on sait. Des caoutchoucs synthétiques nombreux fabriqués dans des contrées différentes remplacent le produit naturel avec, souvent, des propriétés différentes. En particulier l’insensibilité aux huiles, la résistance aux alcalis et aux acides sont des qualités importantes qui peuvent assurer aux produits de synthèse un avenir économique en période normale en concurrence avec ceux des plantations.
- La nature chimique du caoutchouc.
- La nature chimique du caoutchouc n’a été établie qu’après de longs travaux. Les recherches de Faraday, Dalton, Liebig, Barnard, n’aboutirent à rien de précis. En 1860 Greville Williams obtient., par distillation du caoutchouc, et parmi d’autres produits, un carbure liquide bouillant à 07° qu’il détermine C5H8 et dénomme isoprène.
- Enfin en 1875, le chimiste français Bouciiardat établit que le caoutchouc est un produit de polymérisation de l'isoprène. Il réalise cette polymérisation par la chaleur en tube scellé. En 1882 le chimiste anglais Tilden confirme l’exactitude de ces travaux.
- Actuellement, on admet que le caoutchouc est un mélange de polymères de l’isoprône Cil2 = C — Cil = Cil2, à longues
- I
- CH3
- chaînes linéaires.
- Les recherches très difficiles poursuivies sur ces associations
- moléculaires ont conduit certains auteurs à leur attribuer une structure spatiale qui peut se schématiser ainsi :
- CH3
- \
- CH2 CH2 C = CH CH2
- C ~ CH CH2 CH2 C = CH
- CH3 CH3
- Dans le caouchouc non tendu, ces longues chaînes seraient disposées sans ordre et enroulées les unes autour des autres. A l’état de tension, les chaînes seraient déroulées, les doubles liaisons, les groupes méthyle seraient alors orientés régulièrement suivant des plans parallèles.
- La synthèse du caoutchouc se trouva théoriquement résolue par celle de l'isoprène mais cela sans aucune valeur économique par suite de prix de revient excessifs.
- En fait, c’est en partant de carbures analogues à l'isoprène que fut réalisée sur le plan industriel la fabrication des caoutchoucs artificiels.
- Caoutchouc de synthèse à partir du butadiène.
- En 1914-1918, l’Allemagne isolée par le blocus réussit à préparer par polymérisation du diméthyibutadiène un succédané dénommé méthvlcaoutchouc, de propriétés élastiques tout à fait insuffisantes, et dont la fabrication fut rapidement abandonnée.
- Pour qu’un produit de remplacement du caoutchouc ait quelque chance de réussir, il importe avant tout, étant donné les tonnages qu’il faut considérer, que les matières premières de départ soient abondantes et abordables. Nous verrons comment les divers pays ont sélectionné les procédés convenant à leurs ressources naturelles propres.
- Une première grande classe des caoutchoucs synthétiques dérive de la polymérisation de carbures butadiéniques.
- Le butadiène CH2 = CII — CH = CH2 peut être obtenu par de nombreuses méthodes partant de matières premières fort différentes. Voici les principales : '
- 1) D’abord une synthèse totale : le coke et la chaux au four électrique donnent le-carbure de calcium. Par l’action de l’eau on obtient de l’acétylène. 'L'acétylène' par fixation d’eau en présence de sels mercuriques comme catalyseur donne de l’aldéhyde acétique qui, en présence de lessive de soude, se condense sur elle-même en donnant un aldol. L’hydrogénation
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- de cet aldol conduit au glycol butylique dont la déshydratation produit finalement le butadiène.
- 2) Le phénol dérivé du goudron de houille donne par hydrogénation le cyclohexanol; celui-ci par déshydratation catalytique sur de la silice conduit au cyclohexène dont la pyrolyse donne le butadiène.
- 3) La fermentation ordinaire de produits divers conduit à l’alcool éthylique. Celui-ci permet d’obtenir, par des procédés catalytiques mis au point en Russie, du butadiène.
- 4) La fermentation acétono=butylique provoquée par des ferments spéciaux dans des jus sucrés obtenus par hydrolyse de la cellulose de déchets végétaux donne de l’acétone et de Valcool butylique. La déshydratation de ce dei’nier donne directement du butadiène. Un processus plus complexe permet également de passer de l’acétone au butadiène.
- 5) Le furfurol par catalyse peut également donner du butadiène.
- 6) Les gaz naturels des pétroles et les produits de crac-king des hydrocarbures des pétroles permettent la préparation de quantités importantes de butadiène.
- La polymérisation du butadiène se fait suivant deux procédés principaux conduisant à l’obtention de produits différents : 1) en milieu anhydre; 2) en émulsion aqueuse.
- Cette dernière technique conduit à l’obtention de véritables latex analogues au produit naturel. L’opération est conduite dans des conditions de pïl déterminées, en présence de catalyseurs : peroxyde de benzoyle, eau oxygénée, sels peroxy-génés et d’émulsionnants appropriés.
- Les Bunas allemands 02, 85, ii5 sont obtenus par polymérisation en milieu anhydre en présence de sodium. Leur utilisation est limitée au mélange au caoutchouc de plantations. Le Butadion de l’U. R. S. S. est du même type.
- Les Bunas S sont obtenus par copolymérisation, en émulsion, de butadiène associé au styrolène.
- Le Buna N et les Perbunans résultent de la copolymérisation de butadiène et de nitrile acrylique.
- En U. R.. S. S. le caoutchouc artificiel S. K. A. provient de la polymérisation du butadiène en provenance du cracking du pétrole. Le S. K. B. provient du butadiène obtenu à partir de l’alcool éthylique.
- Caoutchoucs de synthèse à partir de l'acétylène.
- La seconde classe des caoutchoucs synthétiques est celle des chloroprènes. La matière première de départ est l’acétylène. Par l’action du chlorure cuivreux ammoniacal, sa polymérisation conduit, dans des conditions bien déterminées, avec un bon rendement, au monovinyl-acétylène : CH — C — CH = CH2'. Par l’acide chlorhydrique celui-ci donne le chloro-butadiène ou chloroprène : CH2 = C — CIi = Cil2, C’est
- I
- Cl
- un dérivé de l’isoprène dans lequel un groupe méthyle CII3 est remplacé par un atome de chlore.
- La polymérisation de l’acétylène se fait à très basse température : 70° au-dessous de zéro. Elle est exothermique et menée avec beaucoup de précautions car il se forme accessoirement du divinylacétylène très instable. Le monovinylacétylène séparé par distillation fractionnée fixe l’acide chlorhydrique en présence de chlorure cuivreux et donne le chloroprène, liquide bouillant à 5g°5, rectifié par distillation, puis mis en émulsion en présence d’agents de polymérisation. On obtient ainsi un latex dont on précipite le caoutchouc de chloroprène.
- Les conditions physico-chimiques de polymérisation ont fait l’objet de brevets et de descriptions nombreuses mais les techniques réelles des fabricants restent entourées de mystère. C’est à la série du chloroprène qu’appartiennent le Néo=
- prène, le Duprène de la Société Du Pont de Nemours aux États-Unis, les divers types de Sowprène de l’U. R. S. S.
- Ce sont des produits faciles à travailler constituant d’excellents succédanés du caoutchouc naturel.
- *
- Autres caoutchoucs artificiels.
- D’autres séries de caoutchoucs artificiels ont été préparées : des dérivés dihalogènes aliphatiques traités par les sulfures alcalins conduisent à des produits polvmérisables donnant des chaînes du type thiokol :
- _ S — S — CH2 — CH2 — S — S — CII2 — CII2 —
- Il II II II
- SS. SS
- Ils présentent des propriétés variées analogues à celles du caoutchouc. Ce sont, par exemple les Thiokols de la Dow Chemical C° (U. S. A.); la Résinite (U. R. S. S.); le Perduvens (Allemagne); la Bærite (Suisse).
- Enfin on peut ajouter à cette liste une série de corps dénommés plasto-caoutchouc qui peuvent servir de produits de remplacement pour des buts bien déterminés : certains dérivés des chlorures de polyvinile et acétates de polyvinyle, les Ige-lites (Allemagne) les isobutylènes polymérisés, Oppanol (Allemagne), le Vistanex, le Koroseal (U. S. A.).
- En réalité, tous ces corps peuvent être associés et un important nombre de brevets témoigne des combinaisons multiples qui peuvent conduire à l’obtention de caoutchoucs artificiels en particulier par copolymérisation du butadiène ou du chloroprène avec d’autres produits de synthèse. Il en résulte une grande variété de propriétés.
- Les propriétés des caoutchoucs artificiels.
- Aucun caoutchouc artificiel ne possède l’ensemble des caractères du produit naturel. Mais la variété des succédanés élaborés par l’industrie chimique donne une gamme fort complète de produits intéressants et divers dont on peut tirer un excellent parti.
- On peut noter comme caractères généraux : une meilleure résistance aux huiles, aux hydrocarbures et aux agents chimiques, une meilleure stabilité à la chaleur, un vieillissement plus lent et une meilleure tenue à l’oxydation, en particulier en présence de l’ozone.
- Les caoutchoucs de chloroprène sont incombustibles, ceux de copolymérisation butadiène-styrolène ont une remarquable résistance à l’usure par abrasion.
- En dépit de prix de revient relativement élevés on peut penser que l’industrie des caoutchoucs artificiels survivra au conflit actuel et se maintiendra parallèlement aux plantations d’Heveas.
- Les propriétés particulières des produits de synthèse leur ont déjà assuré des débouchés spécifiques : tuyaux souples pour produits pétrolifères, rouleaux d’impression, joints de haute résistance, matériel de peinture au pistolet, isolement de câbles électriques de haute tension, toiles imperméables pour ballons, etc.
- Si l’on considère l’avenir économique de cette industrie suivant les pays qui l’ont installée, on constate une grande différence dans leur avenir pi-obable. La force motrice et les matières premières essentielles : coke, chaux, sel marin, alcools de fermentation peuvent être obtenus en abondance dans tous les pays convenablement équipés techniquement mais les contrées disposant de ressources pétrolifères seront incontestablement les mieux placées pour édifier des usines produisant d’importants tonnages aux meilleurs prix.
- Lucien Perruche.
- Docteur de l’Université de Paris.
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- CAISSONS ET SCAPHANDRES
- Tout le monde a entendu parler de la cloche à plongeur mais peu de gens savent qu’il y a longtemps que personne ne l’utilise plus. Inventée au début du xvi® siècle la cloche à plongeur était simplement une cloche qu’on lestait et qu’on laissait descendre verticalement dans l’eau. L’eau montait évidemment dans la cloche jusqu’à une certaine hauteur variable avec la profondeur d’immersion. On perfectionna cette invention en faisant parvenir des tonneaux pleins d’air à l’ouvrier qui travaillait sous la cloche mais la cloche à plongeur est aujourd’hui abandonnée et on utilise 1 e s caissons qui furent inventes au xix° siècle.
- Les c a i s -sons sont surtout utilisés pour la construction des piles de pont.
- Un caisson est constitué d’une armature métallique divisée en deux parties. Dans la partie supérieure on
- travaille à l’air libre et on construit la maçonnerie qui formera la pile du pont. Cette maçonnerie devient de plus en plus lourde et enfonce le caisson dans le lit de la rivière. Au-dessous de cette maçonnerie se trouve une chambre dans laquelle les ouvriers travaillent dans l’air comprimé. Us creusent le lit de la rivière au-dessous de la pile qui s’enfonce peu à peu. Cette chambre communique par l’intermédiaire d’une cheminée qui traverse la maçonnerie avec une chambre d’éclusage située en haut. Il faut absolument que la pression dans la chambre inférieure soit supérieure à la pression atmosphérique sinon la chambre serait immédiatement envahie par l’eau et la vase et tout travail serait impossible. L’air comprimé équilibre la pression de l’eau.
- Les scaphandres sont constitués par un vêtement de caoutchouc et un casque de métal. Un tuyau apporte l’air et une valve donne issue à l’air expiré. En général un scaphandrier est soumis à de plus fortes pressions que l’ouvrier qui travaille dans un caisson.
- Accidents physiologiques.
- Au stade de la compression des incidents divers peuvent survenir. En général ils sont sans gravité. Us surviennent lorsque la compression est trop rapide.
- On voit apparaître des douleurs d’oreilles, des bourdonnements, des vertiges. Ces phénomènes sont dus à ce que la pression n’est pas la même des deux côtés du tympan (fig. 2).
- La membrane du tympan termine le conduit auditif externe. Elle constitue une des parois d’une petite caisse appelée précisément caisse du tympan. Celle-ci n’est pas complètement fer-
- mée, elle communique avec la gorge par un petit canal appelé la trompe d’Eustache. Normalement la pression est la même à l’intérieur de la caisse du tympan et au dehors. Mais la trompe d’Eustache qui est longue de o cm 5 a un diamètre très réduit à sa partie moyenne et peut être obstruée à l’occasion d’un rhume de cerveau. En pareil cas on comprend aisément que si la pression augmente à l’extérieur sans augmenter dans la caisse la membrane du tympan sera refoulée, d’où les tx'oubles indiqués précédemment. En général on a vite raison de ces petits incidents en effectuant quelques mouvements de déglutition ou en soufllant tout en se bouchant le nez et en fermant la bouche. On rétablit ainsi la perméabilité de la trompe d’Eustache et on équilibre les pressions de chaque côté du tympan. Mais dans certains cas le tympan peut se rompre. Cette rupture est très bruyante, pour l’intéressé tout au moins, qui entend un bruit de tonnerre ou de détonation. C’est un accident qui peut s’accompagner d’otite mais qui, immédiatement tout au moins, est plus impressionnant que grave.
- Pour la même raison on peut ressentir des douleurs au niveau des sinus frontaux. Ceux-ci sont tout simplement des cavités dans l’épaisseur de l’os frontal, au-dessus des orbites et communiquant avec le nez. Un défaut de perméabilité là aussi peut causer une différence de pression entraînant une douleur.
- Quand nous aurons dit qu’on peut voir survenir des hémorragies du nez et de la bouche nous en aurons fini avec les accidents de la période de compression. On voit donc qu’ils sont assez bénins, le principal étant la rupture du tympan.
- En cours de travail, pendant la période de pression constante il n’y a pas grand'chose à signaler.
- La voix est un peu nasonnée et pour parler il faut faire plus d’effort que normalement. Il est impossible de siffler au delà d’une certaine pression. La peau est pâle et les écorchures saignent peu ou pas.
- Tout cela s’explique aisément par la pression élevée de l’air.
- En principe il n’y a pas d’accidents à ce moment et quand il en survient on admet qu’ils sont dus à des chutes brusques de pression.
- En règle c’est au cours de la décompression que les accidents se produisent. Suivant l’expression bien connue : « on ne paie qu’en sortant », on ne paie même parfois qu’après être sorti, les accidents pouvant attendre plusieurs heures pour se produire.
- On peut voir survenir des douleurs d ’ e s-tomac et même des hémorragies gastriques.
- Parfois la dilatation des gaz de l’intestin peut refouler le cœur, causer une gêne considérable et même une syncope.
- Au niveau de la peau l’ouvrier ressent souvent une sensation de chaleur et parfois une démangeaison, phénomène bien connu des ouvriers qui l’appellent « puces ».
- Le dégagement de gaz sous la peau peut causer de la tuméfaction.
- Chambre d'éclusage
- Cheminée
- Chambre où ton creuse le sol pour faire descendre la pile
- Fig. 1. — Principe de caisson à air comprimé pour les travaux sous l’eau.
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- :::= .58 ................
- Les os peuvent être extrêmement douloureux, les malades disent qu’ils souffrent comme si on leur écrasait les os et cette douleur qui peut ne durer que quelques heures peut s’étendre parfois à plusieurs jours.
- Au moment de la décompression on peut retrouver les mêmes troubles du côté des oreilles que nous avons signalés au moment de la compression. La cause en est toujours une différence de pression entre les deux faces du tympan, mais celte fois-ci en sens inverse.
- De beaucoup les plus graves sont les accidents nerveux. Soit après un évanouissement, soit après des douleurs on voit apparaître une paralysie des deux jambes. Il est fréquent que cette paralysie guérisse et bien souvent il n’en reste que des traces très légères. Mais il ne faut pas toujours compter sur une telle éventualité. Dans certains cas la mort peut survenir, ce n’est pas fréquent; le gros danger est la persistance de la paralysie.
- Tous ces accidents ont une cause assez simple. Les gaz qui se sont dissous dans les liquides de l’organisme pendant la phase de compression sont abandonnés par ces liquides pendant la décompression. Si l’on procède à la décompression lentement, les gaz — l’azote tout particulièrement — sont éliminés progressivement par la respiration. Si la décompression est trop rapide il y a un dégagement brusque de gaz et des bulles de gaz apparaissent dans les veines et les artères. Les bulles font éclater les vaisseaux capillaires et provoquent des hémorragies. Mais le dégagement de gaz n’est pas spécial aux vaisseaux. Tous les liquides de l’organisme dégagent des gaz dissous et — dans le cas de décompression brusque — ce dégagement est brutal et dilacère les tissus.
- Par conséquent les bulles de gaz qui se développent dans les capillaires bloquent la circulation dans les vaisseaux et même les déchirent, causant des hémorragies; celles qui apparaissent dans les tissus les dilacèrent.
- On comprend dès lors aisément les paralysies qui sont dues à des troubles circulatoires ou à des hémorragies dans le système nerveux, la moelle en général; la tuméfaction sous-cutanée accompagnée de crépitation est due au dégagement de gaz sous la peau.
- Ces accidents peuvent frapper ouvriers des caissons et scaphandriers, mais il faut bien savoir que le danger est infiniment plus grand pour ces derniers. Les scaphandriers subissent en général une pression plus forte, leur métier est beaucoup, plus fatigant. Quant aux pêcheurs d’éponges et de perles, ils
- travaillent souvent dans de mauvaises conditions et mènent une vie très pénible. Enfin ils font souvent plusieurs plongées de suite et l’expérience a montré qu’une telle fatigue était des plus dangereuses.
- Des mesures de sécurité sont nécessaires pour diminuer le nombre des accidents, et en fait leur adoption a eu une très heureuse influence.
- Mesures de sécurité.
- Un point extrêmement important est la lenteur de la décompression, Les accidents, nous l’avons vu, sont dus à des décompressions brutales.
- Ensuite on sait le danger des plongées répétées surtout en ce qui concerne les scaphandriers.
- Un autre élément est la fatigue. Les accidents augmentent de fréquence quand les ouvriers travaillent longtemps et que leur travail est pénible. C’est là un point important chez les scaphandriers qui peuvent avoir à lutter contre des courants. On a remarqué que les accidents étaient tout particulièrement fréquents à la fin des campagnes de pêches d’où l’importance du repos. Pour les pêcheurs on a proposé quinze jours de repos tous les deux mois.
- Enfin un examen médical doit éliminer tous les sujets que leur état de santé prédisposerait à des accidents.
- Quant aux mesures à prendre après la survenue d’un accident elles sont surtout constituées par la recompression. On introduit immédiatement le malade dans une cloche, où l’air est comprimé.
- A défaut de cet appareillage on remet l’homme dans son scaphandre et on le redescend.
- On comprendra aisément que cette recompression pour être efficace doit être pratiquée aussi rapidement que possible. Lorsque les bulles d’air ont bloqué la circulation capillaire d’un organe pendant un certain temps ou lorsque des dilacérations importantes ont été produites dans certains tissus, il est bien évident que les lésions sont à peu près irréparables.
- Quant aux appareils qui ont été inventés ces dernières années pour descendre à de grandes profondeurs, ce ne sont pas à proprement parler des scaphandres, ce sont des appareils de surplongée cl’un système tout différent. Une carapace enveloppe le plongeur qui à l’intérieur de son appareil respire de l’air sensiblement à la pression normale.
- Dr G. Mouciiot.
- UNE ARME EFFICACE CONTRE L'INCENDIE
- L'eau en brouillard
- On n’a pas encore trouvé un agent supérieur à l’eau pour éteindre les incendies. D’habitude pour combattre le îeu, les pompiers ont recours à de puissants jets d’eau projetés par des lances. Aujourd’hui aux États-Unis on emploie beaucoup l’eau pulvérisée en fin brouillard au lieu du jet plein habituel. Sous cette forme l’eau, en effet, est souvent beaucoup plus efficace, notamment dans le cas des incendies d’huile ou d’essence. Le brouillard éteint les flammes beaucoup plus vite que le jet. plein et avec bien moindre dépense d’eau ; ce double avantage est d’un grand prix. La supériorité du brouillard d’eau sur l’eau en masse se comprend aisément : l’eau grâce à sa grande chaleur de vaporisation et à sa grande chaleur spécifique abaisse rapidement la température des matières combustibles au-dessous de leur point d’ignition. Mais dans les jets pleins une partie de l’eau seulement vient au contact immédiat des matières enflammées; l’eau pulvérisée en fin brouillard fait, au contraire, intervenir toutes ses particules dans ce refroidissement ; elle crée un nuage qui reste en suspension dans l’air et crée dans une certaine mesure un barrage protecteur qui empêche ou réduit l’accès de l’air aux foyers d’incendie.
- Dans le cas des incendies d’huile ou d’essence l’emploi du jet
- d’eau plein est désastreux ; le jet d’eau lancé avec force entraîne le liquide en flammes, qui, plus léger que l’eau, surnage sur elle et répand l’incendie au loin. Le brouillard d’eau au contraire exerce son action refroidissante sans entraîner le liquide.
- Mais il y a des cas où le brouillard ne peut être employé : sur un foyer de grande étendue et à haute température, i’intense chaleur dégagée le dissipe avant qu’il ait pu exercer son action refroidissante. Son action se recommande donc particulièrement pour éteindre les foyers d’incendie à leur début.
- Il n’est pas difficile d’obtenir ces brouillards. Il suffit de monter sur la lance d’incendie des ajutages ou tuyères de pulvérisation. C’est un simple accessoire à ajouter au matériel noirnal des pompiers.
- Ce moyen de combat contre l’incendie est aujourd’hui très employé dans la marine américaine et sur les champs d’aviation. Avec le brouillard on ne consomme qu’un litre d’eau là où il en faut cinq avec la lance ordinaire. C’est ce qui a permis de construire des voitures spéciales avec réservoir d’eau, qui dès qu’un début d’incendie est signalé, arrivent rapidement sur les lieux et peuvent se mettre immédiatement en batterie, sans avoir à se raccorder à une canalisation d’eau
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- HOMOCHROMIE ET MIMÉTISME CHEZ LES RÉDUVIDES
- (Insectes Hémiptères)
- La famille des Reduviidce groupe, parmi l’ordre des Hémiptères Héléroptères, un grand nombre d’espèces, de formes et de couleurs très variées, qui sont toutes des prédatrices se nourrissant aux dépens de petits animaux vivants, surtout des Insee-
- Fig. 1. — Exemples d’homotypie.
- En haut : un Orthoptère Mantidæ (Thespastia) ; en bas : un Hcmiptèrc Reduvidæ (Jamesa sp.).
- tes, et quelques-unes aux dépens des Vertébrés supérieurs dont elles sucent le sang.
- (Jn grand nombre de ces espèces présentent une conformation remarquable au point de vue du mimétisme, aussi bien en ce qui concerne l’homotypie, ressemblance avec le milieu environnant et l’iiomocliromie, coloration identique à celle du milieu, qu’en ce qui concerne le mimétisme vrai, ressemblance avec une forme d’un autre groupe zoologique vivant dans la même région.
- De très nombreux Réduvides présentent par leur forme une grande ressemblance avec les feuilles des Graminées ou les branchettes des arbustes parmi lesquelles ils vivent. Cette homotypie est généralement complétée par une homochromie presque parfaite : les espèces des savanes herbues sont le plus souvent d’une coloration jaunâtre rappelant celles des herbes sèches alors que les formes arboricoles sont d’une coloration nohe ou brune. Celte imitation est remarquablement réalisée dans de nombreux genres appartenant à la sous-famille des Émésites, Colasiella, Ghi-lianella, Emesa, etc... Tous ces genres groupent de nombreuses espèces filiformes, cylindriques, à pattes et antennes très longues et présentent l’aspect des Orthoptères Phasmides, bien connus sous le nom vulgaire d’ « Insectes-branches » ; ils sont de coloration brunâtre, restent immobiles sur les arbustes et capturent les proies qui passent à leur portée à l’aide de leurs très longues pattes ravisseuses comme les Mantes religieuses du Midi de la France.. Les genres de savanes à coloration jaune pâle sont encore infiniment plus nombreux et on en rencontre dans
- toutes les sous-familles : encore des Émésites à pattes ravisseuses : Jamesa, Ischnonyctes, des Harpactorites : Rhaphido-soma, Lopodytes, Leptodema qui présentent le même aspect filiforme que les Émésites mais dont les pattes antérieures ne sont pas modifiées en pattes ravisseuses, etc...
- Dans les formes terricoles on observe également une homochromie remarquable : couleur jaune pâle des espèces des régions désertiques : Coranus, Reduvius, etc..., couleur rouge des terricoles de la région intertropicale, Ectrichodia, Glymma-tophora, qui rappelle celle des sols latéritiques.
- Comme l’a montré Jeannel récemment, homochromie et homotypie résultent des réactions des Insectes à l’action de la lumière, réfléchie par le milieu environnant, qui provoque une excitation de l’œil déterminant elle-même des réflexes qui agissent d’une part sur la production des pigments colorés, d’autre part sur le comportement de l’Insecte.
- A ces imitations du milieu environnant il convient d’ajouter le « camouflage » réalisé par de nombreuses espèces : chacun connaît le mode de camouflage employé par la larve du Reduvius personnatus, grande espèce brune se rencontrant dans les habitations humaines, qui se couvre plus ou moins de poussières et de débris divers, restant solidement accrochés dans les poils abondants dont cette larve est munie. Cette méthode est très fréquemment employée par les larves de nombreuses espèces dans toutes les parties du monde. Un camouflage plus curieux est réalisé par une espèce africaine, Acan-thaspis sulcipes, dont les adultes sont brillamment ornées de jaune d’ocre et de noir et dont les larves se nourrissent de fourmis et, après leur repas, jettent les dépouilles vides de leurs proies sur leur dos, jusqu’à en être complètement couvertes.
- L’imitation des formes et de la coloration d’autres espèces est également très fréquente. Le cas le plus connu est celui des Phonoctonus, grands Reduvides africains de forme ovalaire
- Fig. 2. — Un exemple de mimétisme vrai.
- A gauche : Phonoctonus Cœsar. A. droite, sa proie : Callibophus Longirostris
- (Pyrrliocoride).
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- et colorés de jaune ou de rouge avec des bandes transversales noires plus ou moins étendues, qui miment étrangement divers Pyrrhocorides phytophages, Dysdercus et Callibaphus qui présentent la même forme générale et surtout exactement la même coloration que les Phonoctonus, tout en en différant par leur tête triangulaire sans étranglement basal. La question a été maintes fois discutée, particulièrement par Breddin, Marshall, Bergroth, Kirkaldy et Schouteben, car les Pyrrhocorides, très nuisibles aux cultures présentent un grand intérêt économique. Pour ces auteurs, à chaque espèce de Dysdercus (Pyrrhocorides nuisibles au Cotonnier), correspond un Phonoctonus qui s’en nourrit. Il est de fait que les ressemblances réalisées sont bien troublantes. Il semble pourtant, dans l’état actuel de nos conaissances que tous ces auteurs ont surtout insisté sur les ressemblances et éliminé systématiquement les différences. C’est ainsi que Schauteden, travaillant sur les abondantes récoltes parvenant au Musée du Congo belge de Tervueren, cite les Phonoctonus récoltés avec une espèce donnée de Dysdercus et mimant cette espèce, mais n’indique pas si des Phonoctonus non mimétiques ont été récoltés dans le même lot; cette observation aurait pourtant autant d’importance que l’autre. D’un autre point de vue, la plupart des Phonoctonus considérés jusqu’ici comme des espèces distinctes par leur coloration ne sont en réalité que des variétés chromatiques individuelles d’une seule espèce, Phonoctonus fascialus. Dans ces conditions il est peu vraisemblable que ces simples variétés chromatiques, entre lesquelles existent d’ailleurs de nombreuses formes intermédiaires, soient chacune strictement liée à une espèce de Dysdercus présentant la même coloration. Il est même probable que les Pyrrhocorides ne sont pas les seules proies servant à la nourriture des Réduvides, mais les seules observations faites sur les régimes de ces prédateurs ont trait aux proies présentant un intérêt économique et l’on ignore tout des proies utilisées en dehors des zones de culture.. Des jjaMsgu.smihni. tables cdr elles apporteraient une lumière précieuse sur ce problème du mimétisme. C’est ainsi que des observateurs très minutieux, Mayné et Gîiesquière ont signalé que le Phonoctonus jasciatus (forme typique) est prédateur du Dysdercus superstitiosus auquel il ressemble beaucoup, mais aussi de Ros-cius elongatus, autre Pyrrhocoride avec lequel il n’a aucune ressemblance.. . . .
- D’autres cas de mimétisme vrai sont notables : les Poly-
- toscus (Réduvides allongés, à longues pattes, de couleur rouge) miment les He-lopeltis (Hémiptères phytophages de la famille des M i r i d æ), Myophanes cavernicoles (Émé-site ailé) mimant les grandes Ti-pules (Diptère), Plocaria (Ëmé-site) mimant les moustiques. Dans tous ces cas, l’espèce mimée sert de proie au Ré-duvide mais, dans d’autres, aucune observation ne permet de supposer un rapport quelcon-
- que entre le prédateur et l’espèce mimée, bien que les ressemblances soient souvent étonnantes : Ëmésites filiformes mimant les Orthoptères Mantides du genre Thesprotia en Amérique et aussi de très nombreux genres américains qui ressemblent étrangement à des Hyménoptères de la même région par leur tête courte et ronde, leurs ailes semi-transparentes, jaunâtres
- Eig. 4.
- Myophanes .speluncarum Horv-Emesitœ*
- Ce cavernicole d’Afrique Orientale mime les grands Tipulides
- et ornées de bandes noires : Graptocleptes et Hiranelis en Amérique, Harpagocoris en Afrique.
- Dans certains cas la ressemblance évidente de forme et de coloration constatée entre la prédateur et sa proie est complétée par une analogie de comportement. C’est ainsi que les Myophanes, grands Ëmésites ailés des grottes de l’Afrique orientale, prédateurs des Diptères Tipulides de forte taille qui hantent le même milieu, se balancent très rapidement sur leurs longues pattes quand on les inquiète, exactement comme le font les Tipules.
- Si troublantes qu’elles puissent être, ces ressemblances restent difficilement explicables et les divers auteurs qui ont traité la question sont d’avis bien divers. D’ailleurs toutes ces opinions ne reposent, en ce qui concerne les Réduvides, sur aucune expérience contrôlée et les observations précises sont, comme nous l’avons vu plus haut, extrêmement rares. Pour Breddin il s’agit, dans les cas de ressemblance entre le prédateur et sa proie, de mimétisme agressif (pseudepisematic mimi-cry de Poulton), les Réduvides imitant les Pyrrhocorides pour s’introduire inaperçus dans leurs colonies et pouvoir s’attaquer à eux plus facilement ; cet auteur insiste sur le fait que la ressemblance est plus constante et plus parfaite pour le dessous du corps que pour le dessus et qu’ainsi cette ressemblance n’est pas destinée à jouer un rôle protecteur vis-à-vis d’un ennemi, oiseau ou autre, attaquant l’insecte par sa face dorsale. Pour Marshall, au contraire, c’est un cas de ressemblance protectrice (mimétisme batesien, aposematic mimicry). Quant à Poulton il pense que Phonoctonus et Dysdercus présentent un cas remarquable de ressemblance synaposématique ou ressemblance mullerienne, c’est-à-dire que les deux espèces tendent vers un même but protecteur et qu’étant toutes deux désa-
- Fig. 3. — Heranetis hraconiformis.
- Ce Réduvide américain a un faciès d’hyménoptère.
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- gréables à un même ennemi, l’éducation de celui-ci se fait aux dépens d’une des deux espèces, mais profite aux deux. Enfin Schouteden émet l’hypothèse, pour le moins hardie, que les Phonoctonus emploient l’habit (sic) des Pyrrhocorides pour se mêler à leurs colonies et s’approcher ainsi, inaperçus, d’une autre proie vivant sur les mêmes plantes et habituée à ne pas se méfier de ce faciès caractéristique.
- Pour résumer on ne peut que constater ces ressemblances étonnantes et souhaiter que des observations précises viennent nous apporter les éléments indispensables pour qu’une conclu-
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- sion ne soit pas erronée. Toutefois il est possible que la ressemblance d’insectes de groupes divers ne soit qu’une simple' convergence résultant, comme l'homochromie, de l’action du milieu, et déterminant dans une même région des colorations de types identiques. Ceci expliquerait le parallélisme des variétés relativement localisées du Phonoctonus fasciatus et des diverses espèces de Dysdercus, les relations de ces insectes n’ayant aucune influence sur leur ressemblance.
- André Villiers.
- La Science et la Guerre
- Un nouvel explosif américain : le R.D.X.
- La revue américaine Life nous apprend que les armées alliées utilisent aujourd’hui un nouvel explosif brisant mis au point par les laboratoires do recherche des États-Unis. Il a reçu le nom de R. D. X. et est utilisé en particulier pour le chargement des bombes d’avion dans lesquelles son action destructrice est 20 fois plus puissante que celle du trinitrotoluol (T. N. T.), l’explosif jusqu’alors le plus employé pour ces engins.
- Le composant essentiel du R. D. X. est I’hexamine, combinaison chimique instable d’ammoniac et de formaldéhyde. Trop sensible pour être employée sertie, I’hexamine est mélangée au T. N. T. pour donner le R. D. X.
- Les Allemands utilisent .eux-aussi, un explosif analogue. L’hexa-mine a, du reste, été découverte voici une cinquantaine d’années par un chimiste allemand. Mais l’industrie allemande n’a pu jusqu’ici en fabriquer que de faibles quantités, tandis que les chimistes américains ont réussi à résoudre le problème de sa production massive.
- Le R. D. X., plus puissant que le T. N. T. a encore un autre avantage pratique très considérable. Mélangé à l’huile il devient plastique et sous cette forme il est d’un emploi très commode et très rapide pour les destructions. Pour ce genre d’opérations, les pionniers et les sapeurs du génie employaient autrefois des pétards de T. N. T., mélinite, cheddite, ou autre explosif solide enfermé dans un étui métallique ou de carton. La pose des pétards est toujours un travail délicat et lent qui exige beaucoup de soins et d’expérience, même dans les cas les plus simples, quand il s’agit par exemple de couper un rail, ou un arbre ; à plus forte raison quand il s’agit de détruire un pont ou une charpente métallique. Après avoir calculé le nombre de pétards nécessaires, il faut non seulement les placer judicieusement pour que leurs effets ne se contrarient pas, mais encore les fixer de façon à obtenir un bon contact avec la pièce à rompre. Le problème est souvent difficile à résoudre, surtout lorsque l’on est pressé par le temps, par le voisinage de l’ennemi et que l’on ne dispose que de moyens de fortune. Au cours de cette guerre on a enregistré, dans la destruction des ouvrages d’art, bien des ratés qui n’ont pas d’autre cause.
- Avec le plastique, il en va tout autrement ; il suffit d’appliquer la pâte explosive aux endroits voulus : elle adhère d’elle-même et donne un contact intime ; on obtient ainsi le rendement maximum de l’explosif.
- Les figures que nous empruntons à Life permettent de comparer les deux façons d’opérer : il s’agit d’abattre un arbre. Quand on emploie des pétards, il faut en ficeler une couronne autour de l’arbre : on consomme beaucoup de pétards, et la coupure n’est
- pas toujours réalisée ; comme on le voit sur la photographie, l'arbre a été déchiqueté par l’explosion, mais n’est pas tombé. Avec le plastique au contraire, une charge beaucoup moindre, appliquée au bon endroit, sans aucune difficulté, a donné immédiatement le résultat cherché.
- En haut : avec le nouvel explosif plastique l’arbre a été complètement sectionné. En bas : avec l’ancien procédé de la couronne de pétards, l’arbre a été déchiqueté mais' n’est pas tombé.
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- Philippe de GIRARD,
- inventeur incompris et malheureux
- Si l’on consulte une carte de Pologne, on voit, au centre de la région industrielle, qui s’étend de Varsovie à Lodz, une localité appelée « Zyrardow ». Cette contrée, berceau de l’activité textile, compte plus d’un million de broches et occupe 130 000 ouvriers. Zyrardow (autrefois aussi Girardov) fut fondée par Philippe de Girard (1775-1845).
- Ce fut un grand inventeur français, méconnu, traqué par des créanciers, qui dut porter au dehors les hardiesses de ses trouvailles, refusées ou dédaignées par ses compatriotes, et qui mourut pauvre.
- Il mena longtemps l’existence d’un nomade. Né à Lourmaiin, en Provence, il avait pris part, à 17 ans, à un mouvement fédéraliste. Il fut contraint d’émigrer, avec les siens. On le voit peintre à Mahon, fabricant de savons à Livourne, professeur de sciences à Nice et Marseille. Venu à Paris il y étudia, avec passion, physique, chimie, .et surtout mécanique appliquée.
- Dès lors, il imagine, invente, crée. Durant trente ans, ses découvertes mécaniques sont ininterrompues. On lui doit successivement : des lampes hydrostatiques, sa célèbre machine à filer, des appareils à peigner, démêler, rubaner, les premières armes à vapeur (1815), une machine à vapeur à rotation directe, une lunette astronomique, une roue hydraulique, un bateau à vapeur qui remontait les fleuves, des tours et raboteuses pour éléments de fusils...
- Pour considérables que pussent être ces diverses créations, leur importance s’efface devant la machine à filer.
- En 1810, un décret impérial promettait un prix de 10 000 fr. à l’auteur de la meilleure machine à filer. Ph. de Girard se mit sur les rangs, et au bout d’un délai très court, il présenta un modèle qui résolvait complètement le problème. L’invention a
- subsisté, quelque peu modifiée sans doute, mais la permanence du principe révèle la valeur de la découverte.
- Hélas ! et ce fut l’anéantissement d’un rêve, l’Empire tomba. L’homme et l’œuvre connurent l’oubli. Le prix ne fut jamais accordé. Mal soutenu par Louis XVIII, poursuivi par ses créanciers qui le firent enfermer à Sainte-Pélagie (comme Charles Tel-lier plus tard), ruiné par ses travaux, essais et fondation de son usine de la rue Meslay forte de 2 000 broches, trahi par des employés qui vendirent ses brevets et droits, Ph. de Girard, découragé, accepta l’invitation de François II.
- A Hirtenberg, près de Vienne, il fonda une manufacture de tissage.
- En 1826, sur l’appel du Tsar, il se rendit en Pologne, où lui fut confiée la direction des mines et usines du district de Varsovie. Et c’est alors que Ph. de Girard créa, et organisa les filatures d’une localité devenue « Zyrardow ».
- Il revint en France en 1S44. Il y vécut dans un véritable isolement, presque effacement total, et il mourut dans l’oubli général en 1845. En 1853, seulement, ses héritiers reçurent une pension de 6 000 fr.
- Philippe de Girard apparaît comme le type éminemment représentatif de ces trop nombreux inventeurs français, mal servis par les circonstances, ignorés de leur génération, ou suspectés et enviés dans leurs audaces créatrices, tels les Philippe Lebon, les Denis Papin.
- Travailleurs acharnés à leurs découvertes, ils meurent à la tâche, dans une demi-misère, alors qu’ils ont doté leur pays, parfois le monde, de trouvailles précieuses pour la postérité.
- Amédée Fayol.
- LA POPULATION DE L'U. R. S. S.
- Le dernier recensement de l’U. R. S. S. remonte au 17 janvier 1939. Nous en résumons les résultats d’après les dnnafes de Géographie.
- La population totale des 11 républiques soviétiques s’élevait à 170 467 176 habitants, pour une superficie de 21 174 000 km2, soit une densité de 8,1 habitants par km2.
- Cette population se répartit par république de la façon suivante :
- République Superficie en km% Population
- Russie ................ 16 510 300 109 278 614 hab.
- Ukraine ....................... 445 300 80 960 221 »
- Russie Blanche ................ 126 800 5 567 976 »
- Azerbeïdjan .................... 86 000 3 209 727 »
- Géorgie ........................ 69 600 3 542 289 »
- Arménie ........................ 30 000 1 281 599 »
- Turkménistan .................. 443 600 1 253 985 »
- Uzbekistan .................... 378 300 6 282 446 »
- Tadjikistan ................... 143 800 1 485 091 »
- Kazakstan ............. 2 744 500 6 145 937 »
- Kirghizistan ..........' 196 700 1 459 301 »
- Les principales nationalités sont : Grands Russes : 98 019 929 (58,41 pour 100), Ukrainiens : 28 070 404 (16,50 pour 100), Blancs Russes : 5 267 431 (3,11 pour 100), Uzbechs : 4 844 021 (2,86 pour 100), Tartares : 4 300 336 (2,54 pour 100), Kasaks : 3 098 764 (1,83 pour 100), Juifs 3 020 141 (1,78 pour 100), Azerbeidjans : 2 274 805 (1,34 pour 100), Géorgiens ' 2 248 566 (1,33 pour 100), Arméniens : 2 154 884 (1,27 pour 100).
- Les deux plus grandes villes sont : Moscou, 4 137 000 habitants et Leningrad, 3 191 000 habitants.
- La partie européenne de i’U. R. S. S., séparée de la partie asiatique par les monts Ourals, la limite orientale des districts de Tchakalov, Sverdlovsk et Tcheliabinsk et le Caucase mesure 5 983 500 km2 (dont 5 411 400 pour la Russie) et compte 129 230 468 habitants (dont 92 702 271 pour la Russie), densité 21,6.
- La partie asiatique a une surface de 15 191 500 km2 (dont 11 098 900 pour la Russie). Population : 41 236 718 habitants (dont 16 576 343 pour la Russie), densité : 2,7.
- Les annexions de 1939-1940 ont porté à 21 643 000 km2 la superficie des territoires dépendant de l’U. R. S. S. et la population à 193 274 918 habitants.
- Depuis lors, au témoignage de M. Pierre Cot, retour de Russie, l’U. R. S. S. a perdu au minimum 22 millions d’habitants au cours de la présente guerre, tant du fait des combats que des pertes infligées à la population civile par l’ennemi au cours de son occupation d’une partie de la Russie : bombardements, exécutions en masse, sévices de tous genres sur des populations déportées.
- Il n’est pas sans intérêt de rappeler que l’Allemagne en 1933, comptait 65,2 millions d’habitants et qu’au moment où elle attaqua l’U. R. S. S. en juin 1941, sa population s’était augmentée de 28,9 millions d’habitants par les annexions pratiquées de 1935 à 1940. L’annexion de l’Autriche a rattaché au Reich 6 650 000 habitants, celle du pays des Sudètes : 3 408 000, le protectorat de Bohême-Moravie : 7 3S0 000, l’envahissement de la Pologne : 10 000 000.
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- LA RATION ALIMENTAIRE
- Personne ne s’inquiète beaucoup de diriger son alimentation suivant des principes scientifiques,. Il est cependant intéressant d’avoir sur ce sujet quelques données précises.
- L’alimentation doit non seulement suffire à maintenir l’organisme en vie et à réparer ses pertes, elle doit aussi permettre à l’homme de travailler et, évidemment, être augmentée proportionnellement au travail.
- Un homme normal, au repos, a besoin d’environ 2.000 calories; un ouvrier se livrant à un ü’avail pénible aura besoin de 3 5oo environ. Si le travail est très fatigant, on pourra être obligé d’atteindre des chiffres plus élevés de k 5oo à 5 000 calories. Il s’agit là de chiffres limites correspondant à des travaux pénibles qui ne peuvent durer que quelques jours.
- Ces calories dont l’organisme a besoin lui sont fournies par l’alimentation.
- A part l’eau, les substances minérales et les vitamines, nos aliments sont constitués de graisses ou lipides, d’hydrates de carbone et de protides (ou matières albuminoïdes). Approximativement :
- 1 g de graisse dégage 9 calories.
- 1 — d’hydrate de carbone dégage 4 calories.
- 1 — de protide dégage 4 calories.
- Mais l’alimentation ne doit pas être constituée unique ment soit de graisses, soit de protides, soit d’hydrates de carbone. Il faut entre ces différents éléments un certain équilibre.
- Quand il s’agit d’un individu libre de manger ce qu’il lui plaît et ayant l’argent et les tickets suffisants, cette règle est rarement enfreinte et nos goûts sont — sur ce sujet — un gude assez sûr, mais quand il s’agi de s’occuper de l’alimentation d’un groupe important d’individus il est parfois néces-sair d’avoir certains chiffres à la mémoire.
- La ration moyenne habituelle doit comporter :
- . Matières albuminoïdes ...................... 100 g.
- Graisses ...................................... 50 —
- Hydrates de carbone .......................... 400 —
- ce qui donne une ration 'd’environ 2.400 calories.
- Il faudrait d’ailleurs se garder de croire que ces chiffres-sont d’une exactitude absolue.
- Une partie des aliments sont éliminés sans avoir été absorbés et le rendement théorique ne correspond pas exactement au rendement vrai.
- Ces réserves faites, il n’en reste pas moins que les chiffres-indiqués ont une grande importance.
- Ceci dit et sachant que nous devoirs fournir à notre corps entre 2.000 et. 3.5oo calories selon le travail que nous effectuons, comment allons-nous procéder P
- Des tables vont nous renseigner sur la valeur calorique des aliments et leur composition.
- Dans le tableau suivant, les chiffres sont donnés pour 100 g. d’aliment cru. Ne sont considérées que les parties bonnes à. manger.
- Protides Lipides Glucose Calories.
- Corned beef 27,66 13,10 245
- Faux-filet de bœuf ... 15,33 21,18 266
- Foie de veau 20,o8 4,78 135
- Gigot de mouton 16.41 20,87 268
- Filet de porc 17,07 28,89 328
- Jambon . lo 27 320
- Rillettes 21, 50 53,79 600
- Saindoux 1,07 89,30 844
- Lait de vache 3,28 3,48 4,82 67
- Beurre 0,74 79,52 0,49 753
- Camembert 16,46 19,51 3,37 270
- Pain 6,94 0,95 52,69 255
- Nouilles 10,77 0,67 68,66 355
- Chocolat 5,71 21,89 62,48 487
- Choux-fleurs 1,98 . 0,32 5,25 33
- Carottes 0,95 0,25 10,03 47
- Lentilles sèches 20,40 1,31 57,40 337
- Navets 1,10 0,16 7,30 36
- Pommes de terre 1,73 0,11 20,07 91
- Sucre 0,23 0,00 98,70 400
- Recettes et procédés utiles
- Destruction des poux
- Une des plus grandes plaies de cette guerre est la pullulation des poux et la contamination par la gale. Les soldats, les prisonniers, beaucoup d’enfants en ont fait la triste expérience. La désinsectisation est difficile par suite du manque de produits soufrés, d’excipients gras, de tout ce qu’on connaissait d’efficace.
- MM. L. Bory et R. Glasser viennent de faire connaître à l’Académie de Médecine un nouveau traitement à sec qui a l’avantage d’être inoffensif, efficace, rapide, et de ne mettre en œuvre que des matières qu’on peut actuellement se procurer.
- Déjà, M. Bory avait indiqué contre la gale une pommade à base d’huile d’an-thracène purifiée soufrée. Contre les poux, on peut faire mieux encore en employant l’hexachlore-cyclo-hexane ou benzène hexa-chloré C16C„H0 dont l’isomère 3 est seul actif, non toxique ni caustique, ne provoquant aucun malaise.
- On l’emploie en poudre, mélangé avec du talc dans le rapport suivant :
- Hexachlore-cyclohexane cristallisé ................ 3 g
- Poudra de talc, Q. S. pour.. 100 g Parfum ................... 0 g OS
- Sans laver la chevelure, on la saupoudre avec le contenu d’un sachet de 0 g de poudre, puis on enveloppe la tête d’un linge ou d’une serviette qu’on laisse en place toute la nuit. Au besoin, l’enveloppement n’est- pas indispensable. Le lendemain, un brossage pour détacher les lentes mortes et un coup de peigne suffisent. Aucun pou adulte ne survit, aucune lente ne se développe.
- Par sécurité, on recommence le traitement huit jours après.
- O11 peut ainsi épouiller sûrement et rapidement des collectivités infestées, avec un minimum de soins.
- Préparation de la glu
- Pour empêcher les chenilles et divers insectes de monter au tronc des arbres fruitiers et d’aller ravager les feuilles et les fleurs, on recommande de badigeonner
- les troncs d’un anneau assez large de-substance gluante et adhésivo. On emploie-le plus souvent des mélanges de poix, de brais, de goudrons, de coaltar, d’huiles, qu’on fluidifie en y ajoutant de l’essence de térébenthine. On cherche à réaliser une glu qui ne se dissolve pas par la. pluie et qui reste adhérente quelle que soit la température. Comme tous ces produits sont à peu près introuvables en ce moment, on y peut suppléer par d'autres substances plus aisées à se procurer. La Revue horticole rappelle qu’on employait autrefois l’écorce des jeunes branches de houx et de viorne et plus encore les feuilles, rameaux et fruits du gui. Pour le houx, on enlève la pellicule noirâtre de l’écorce. On plonge la matière-dans l’eau bouillante, puis on la triture au mortier. On obtient ainsi une pulpe qu’on met dans un pot découvert, à l’air et au chaud. Peu à peu, la masse fermente, devient visqueuse et adhésive. Quand elle est à point, on la lave, on sépare les débris d’écorces et de bois et l’on obtient environ 10 pour 100 du poids mis en œuvre d’une glu qui s’amollit à. chaud, durcit à froid et se dessèche lentement à l’air. On l’applique au pinceau..
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- Les Livres nouveaux
- La France, première partie : Franc hysi-que, par Emmanuel ne Martonne. i vol. gr. in-8°, 464 p., 1G7 figuies, 144 photographies hors texte, et une carte en couleurs. Aimiand Colin, Collection de la Géographie Universelle.
- Cette magnifique Collection, qui touche à sa fin, comportera 23 volumes. Vingt avaient paru quand éclata la guerre, qui a fait ajourner la publication des trois •derniers, consacrés à la France (dans la Collection, ils figureront comme tome IV, en trois parties).
- Le premier volume de la France, consacré à la géographie physique, est l’œuvre •du grand spécialiste de la géographie physique, Emmanuel de Martonne. C’est le premier essai de synthèse qui ait été tenté •depuis un demi-siècle : le couronnement de la carrière de ce savant. Outre la richesse de la documentation dans les problèmes exposant les grands ensembles, le lecteur appréciera les qualités du style •et des descriptions. L’illustration est remarquable et étroitement solidaire du texte : plus des trois quarts des photographies ont été faites par l’auteur.
- Géologie Dauphinoise, ou initiation à la géologie par l’étude des environs de Grenoble, par Maurice Gignoux et Léon Moret. 1 vol. in-16 de 423 pages, 70 fig., 3 cartes hors texte. Arthaud, éditeur, Grenoble, 1944.
- La lecture de cet ouvrage suppose acquises les notions générales de la géologie. Les naturalistes, les géogrupnes, les alpinistes (tout alpiniste est un peu naturaliste) qui ont la chance de séjourner dans la région dauphinoise apprécieront cet •ouvrage qui les initiera très vite aux
- Conférences à Paris
- LUNDI 19 FÉVRIER
- Sorbonne : Salle de Conférences Physique : 17 h. 30 : M11® C. Stora : « Conseils •élémentaires sur l’analyse cristalline par les rayons X ».
- .Maison de la Chimie : 18 h. : M. JaCQUÉ : (t Thermodynamique et catalyse dans les synthèses sous pression des carburants ».
- MERCREDI 21 FÉVRIER
- Sorbonne : Laboratoire d'Anatomie comparée : 14 h. 30 : M. May : « Microphotographie ».
- Maison de la Chimie : 18 h. : M. P. Meunier : « L’adsorbtion sélective : la chromatographie ».
- JEUDI 22 FÉVRIER
- Sorbonne : Salle Conférences Physique : 17 h. 30 : M. .Guillien . : « Comment fait-on •des recherches au-dessous, de la température ordinaire ? ». Laboratoire d’Anatomie comparée \ : 14 h.. 30 : M. J. Painlevé : « .Microcinématographie »..
- Maison de la Chimie : 18 h. : M. R.
- grands , problèmes de la géologie. La région de Grenoble est plus qu’une autre privilégiée : on y trouve une série strati-graphique développée du primaire au quaternaire, les aspects tectoniques et morphologiques les plus variés.
- Les auteurs, éminents spécialistes de la géologie alpine, évitent toute géologie sèche, livresque, pour faire de la vraie géologie : partir de l’observation sur le terrain et s’élever très vite aux vues synthétiques imagées et vivantes. Les jeunes géologues moins privilégiés que les circonstances retiennent loin de la région éminemment classique qu’est Grenoble liront avec plaisir ce volume qui illustrera leur connaissance scolaire des Alpes. Les monographies de ce type conçues dans un large esprit de synthèse sont à encourager : elles seront toujours appréciées par les amateurs cultivés.
- Le Spitzberg et la Sibérie du Nord, par
- V. Romanoysky. i vol. in-16 avec 23 figures et cartes. Payot, Paris, 1943.
- Publié dans la « Bibliothèque géographique » des Editions Payot, ce livre, agréable à lire, est susceptible d’intéresser un public très étendu. Les questions les plus variées sont traitées : Histoire de la découverte, géographie, géologie, biogéographie, géographie humaine, chasse et pêche, économie, climatologie, etc. Les conditions tout à fait particulières du climat de. ces régions donnent un cachet d’originalité à toutes les observations : suit-on’ par exemple que i’Ile aux ours a très rarement été « vue » : un épais rideau de brume masquant perpétuellement Elle et forçant à naviguer à la sonde dans ses parages ? L’auteur fait état de ses tra-
- Iâling : « La biréfringence accidentelle du verre et ses applications ».
- LUNDI 26 FÉVRIER
- Maison de la Chimie : 18 h. : M. Legendre : « Les échanges de chaleur aux hautes pressions ».
- MERCREDI 28 FÉVRIER
- Maison de la Chimie : 18 h. : M. R. Du-lou : « Phénomènes catalytiques dus aux adsorbants non métalliques ».
- JEUDI 1er MARS
- Maison de la Chimie : 18 h. : M. Stéphane de Lajarte : « La résistance du verre au choc thermique et le contrôle de la fabrication ».
- Bibliothèque Mazarine
- Par ordonnance du 13 janvier 1943, la Bibliothèque Mazarine est détachée de la Bibliothèque Nationale et rattachée - à la Bibliothèque de l’Institut. Située dans le même palais que cette dernière, elle fonctionnera désormais,.comme elle,, sous l’autorité de la Commission administrative de l’Institut.
- vaux originaux sur les particularités des pays à sols perpétuellement gelés en profondeur (sols polygonaux) et sur les plages soulevées. ’
- Vitamines et carences alimentaires, par -Georges Mouriquand, 1 vol. in-8,- 462 p., 63 fig. hors texte. Collection cc Sciences d’aujourd’hui ». Albin Michel, Paris, 1942. Prix : 60 francs.
- Sujet d’actualité qui ne paraît simple qu’à une vue superficielle. Quand on l’a approfondi, comme l’auteur depuis plus de 20 ans et observé tous ses aspects cliniques, on aboutit à une vue d’ensemble touffue, complexe, bien plus proche de la réalité. 11 y a les carences de vitamines qu’on observe rarement et les précarences frustes, les dystrophies inapparentes bien plus fréquentes. Il y a aussi les thérapeutiques schématiques et celles plus réelles par les régimes, la composition variée des repas et des aliments dont l’auteur indique en de nombreux tableaux la composition et les ressources.
- Les oiseaux s’installent... et s’en vont, par
- Jacques Delamain, 1 vol. in-16, 223 p. Collection « Les Livres de nature ». Stock, Paris, 1943. Prix : 23 francs.
- Au printemps, les oiseaux s’installent. L’auteur, excellent naturaliste, les observe dans les bois, la forêt, les landes, les vignes, les jardins, les parcs, les prés, les champs, au bord des rivières, sur les eôtet, les mg rais et mêrm les nu osons des villes. Il note les espèces adaptées à chaque lieu et décrit leurs mœurs et leurs nids. A l’automne, les oiseaux s’en vont ; il signale leurs départs ordonnés.
- LA NATURE
- PRIX DE L'ABONNEMENT 1945 (24 numéros)
- France et Colonies : six mois i 100 francs ; un an : 200 francs
- Etranger : un an : 240 francs, 250 francs
- suivant les pays Prix du numéro: 10 francs
- Règlement par chèque bancaire ou chèques postaux (compte n° 5gg Paris)
- Les abonnements partent du I •' de chaque mois.
- Pour tout changement d'adresse, joindre la bande et cinq francs.
- MASSON et Cla, Editeurs,
- 120, BOULEVARD S’-GERMAIN, PARIS VI9
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l'obligation de l'indication d'origine.
- INFORMATIONS
- Le gérant : G. Masson. — masson et cîe éditeurs, paris — dépôt légal : ier trimestre 1945, n° i44. barnéoud frères et cie imprimeurs (3io566), laval, n° 204,. — 2-ig45.
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- SOMMAIRE
- Bombes volantes et bombes-fusées a VI » - « V2 »,
- par J. LUPER......................................... 65
- L’avènement de l’hélicoptère — Oiseaux et
- *, avions. — Cotons de couleur............................ 69
- ' Matières plastiques, résines et fibres artificielles,
- I par Lucien PERRUCHE.................................. 70
- J. Un sédiment se forme sous nos yeux, la vase, par
- R. ROMANOVSKY........................................ 72
- Dernier né du rayonnement cosmique, le Méson,
- par Pierre ROUSSEAU............................... 74
- Biscuits de soldats, pain de guerre et biscottes
- pour prisonniers, par Jacques BOYER............... 76
- Les Livres nouveaux................................. 80
- Communications de nos lecteurs...................... 80
- BOMBES VOLANTES
- Fig. 1. — La bombe volante V1 en vol.
- ET BOMBES-FUSÉES «VI» - « V2 »
- Le dimanche i3 février 1916, la dale vaut d’être soulignée, le docteur Capitan, anthropologiste, Professeur au Collège de France, Membre de l’Académie de Médecine, faisait à l’Association Française pour l’avancement des sciences, une conférence : La Psycho-Pathologie criminelle des Austro-Allemands.
- Dès les premiers mots il définissait, l’objet de sa conférence : « Il va de soi qu’il s’agit de la psychologie générale actuelle, « celles de Vuniversité du, groupe austro-allemand, qui semble ce aujourd’hui univoque et faite à la fois des plus grands con-« trustes : haute intelligence cl absurdes concepts; facultés « remarquables d’inventions mécaniques et, en même temps. « absence complète de tout sentiment noble et élevé: ténacité « puissante et à-coups stupides; fourberie et mensonge, doublés « cle la passion du vol. Le tout, est dominé par un orgueil a démesuré et universel, absurde par son excessivité et la dis-« proportion entre le réel, pouvant le justifier et le factice sur « lequel il s’appuie (1).
- Il semble bien qu’en 1944 les techniciens ennemis aient eu le souci de justifier ces lignes. Les descriptions des « armes secrètes » Vi et V2 (V est l’initiale du mot allemand Vergel-tung, représailles) publiées par le Ministère de l’Air Britannique concluaient en déclarant que l’imprécision du tir en faisait des armes d’une valeur militaire relativement négligeable.
- F.n effet, ces engins ont fait quantité de victimes civiles,
- 1. Association Française pour l’avancement des sciences. Conférences faites en 1016, p. 65. Masson et G'®, 1916.
- N° 3083 Ier Mars 1945
- Le Numéro 10 francs
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- détruit des dizaines de milliers d’habitations, mais n'ont pas eu d’influence sur la marche générale des événements militaires.
- Du point de vue technique qui nous intéresse ici, les deux engins sont basés sur des principes tout à fait différents : le Vi est une bombe volante propulsée par un moteur à réaction. Le Y2 est une fusée stratosphérique.
- La bombe volante « VI »
- Le Vi comprend une bombe proprement dite munie d’une voilure d’avion et portant au-dessus, et vers l’arrière un moteur à réaction,
- La longueur du corps principal est de 6 m 5o environ, celle du moteur de 3 m 5o environ ; le poids total est de l’ordre de 2 200 kg; l’envergure des ailes est d’environ 5 m 5o. La vitesse en vol s’établit à 55o à 6oo km/heure.
- A la pointe avant (fîg. 3) est fixée la petite hélice d’un loch, compteur de distance chargé de diverses manœuvres, puis immédiatement en tête une fusée électrique compliquée, F. En A la charge d’explosif : une tonne environ, puis en B un réservoir de carburant de 6oo à 700 1 ; en C un compartiment renfermant des réservoirs à air comprimé, enfin dans les compartiments D et E l’appareillage mécanique. Au-dessus de celui-ci est fixé le moteur.
- Le moteur est formé d’un cylindre en tôle dont l’axe est sensiblement parallèle à celui de la bombe. La face avant du cylindre est fermée par une série de lamelles métalliques mobiles se recouvrant comme celles d’un volet. L’ensemble ne peut s’ouvrir que dans un seul sens, permettant à l’air d’entrer dans le cylindre c’est-à-dire vers l’arrière. Immédiatement à la suite des volets, des ajutages étagés pulvérisent le comburant, sans discontinuité. Une bougie d’allumage enflamme le mélange tonnant qui explose et projette vers l’arrière un jet gazeux, donnant à l’ensemble une réaction de poussée vers l’avant. En même temps les volets se ferment. Immédiatement après les volets s’ouvrent à nouveau aussi bien sous l’action de la pression due au mouvement que par le vide dû à la contraction de refroidissement des gaz brûlés. Un nouveau mélange se forme, détonne et le cycle continue ainsi indéfiniment à une cadence rapide.
- y ,• W
- Fig. 3. — La bombe volante Vl.
- F, fusce électrique ; A, charge d’explosif ; B, réservoir à carburant ; C, réservoirs à air comprime ; D et E, appareillage mécanique ; JVI, moteur à réaction ; V, volets d’admission d’air ; W, trous d’admission du combustible.
- Le comburant est de l’essence ordinaire à bas indice d’octane. Le pouvoir antidétonant n’a ici aucun intérêt et il n’est pas indiqué de consommer de l’essence de haute qualité dont la pénurie est grande en Allemagne.
- La construction d’un tel moteur est des plus simples, elle relève plutôt de la chaudronnerie que de la mécanique. L’appareil n’a qu’un seul trajet sans retour à parcourir dans toute sa carrière et il est logique de sacrifier le rendement à la construction. Le bilan thermodynamique est en effet des plus médiocres et la consommation pour le travail produit est environ 8 à 10 fois plus élevée que celle d’un moteur d’avion normal.
- L’alimentation d’essence en vol est réglée proportionnellement à la vitesse par un dispositif manométrique,
- La bombe elle-même porte à l’avant un dispositif à fusées multiples. Les constructeurs semblent avoir eu le souci majeur d’éviter les ratés et ont multiplié les précautions pour que l’explosion se produise en tous cas, sans doute pour éviter que soit trouvé un ensemble intact. Le dispositif comporte une fusée à percussion, une pédale à contact électrique si l’appareil se pose horizontalement, une fusée à déclenchement par mouvement d’horlogerie à 3o minutes environ.
- La charge d’explosif est de une tonne environ. L’enveloppe mince lui donne surtout un effet de souffle.
- La bombe part avec amorçage bloqué, ce*n’est qu’après un certain parcours que le loch déclenche l’armement.
- Le'pilotage automatique est assuré par un groupe de gyroscopes actionnés à l’air comprimé et agissant sur les commandes de gouverne par servo-moteurs également alimentés à
- l’air comprimé. L’altitude est réglée par une capsule manométrique.
- Toutes les actions mécaniques nécessaires au fonctionnement de l’engin sont réalisées par l’air comprimé. Les commandes électriques sont alimentées par une batterie de piles sèches.
- La précision en direction est de l’ordre de 10 pour 100 de la distance parcourue, si toutefois tout va bien au départ.
- La trajectoire est amorcée par le lancement de l’appareil qui doit atteindre une vitesse de 2/10 km à l’heure pour que le moteur à réaction se mette de lui-même en marche régulière. Cela est obtenu par le dispositif, décrit ci-dessous, des rampes de lancement dont on a tant parlé.
- La bombe poursuit alors sa course par ses propres moyens. La propulsion par explosions discontinues est bien marquée sur les photos prises de nuit (fig. 5).
- Lorsque la distance pour laquelle l’engin a été réglé est atteinte, le loch qui l’a enregistrée intervient,
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- stoppe la propulsion et la bombe tombe presque verticalement.
- Les rampes de lance= ment (fig. 4) sont constituées par un long tube, fendu à sa partie supérieure, long de 45 m environ, de 3o cm de diamètre environ. Il est formé d’une série d’éléments- soudés. Au-dessus court un chemin de roulement formé de deux rails espacés de 45 cm. L’ensemble est incliné à io pour ioo vers le ciel.
- A la base du tube se fixe une chambre de réaction en métal épais, verrouillée à baïonnette sur le tube, et d’une cinquantaine de litres de capacité.
- Un piston lanceur à double tête se meut dans le tube, il porte un taquet qui se déplace dans la fente longitudinale supérieure et entraîne un chariot qui porte le Vi à lancer.
- La réaction utilisée pour le lancement est la décomposition catalytique de l’eau oxygénée par le permanganate de calcium en solution concentrée. Cette eau oxygénée est à un extrême degré de concentration pouvant dégager plusieurs centaines de fois son volume d’oxygène. Le permanganate de calcium a été choisi parce que beaucoup plus soluble que celui de potassium. Les deux liquides sont introduits sous pression dans la chambre à réaction. La décomposition catalytique très violente dégage un volume considérable d’oxygène. La décomposition étant très exothermique, il est même possible que l’eau soit vaporisée et que sa pression participe au lancement. Sous celte action le piston démarre dans le tube, il entraîne chariot et Yi.
- Comme la fente longitudinale provoquerait une perte de pression des gaz, une tige métallique dans laquelle glisse le piston vient s’appliquer sur la fente par la pression intérieure et l’obture.
- A bout de lancer, si l’opération réussit, le Vi prend sa course, piston et chariot retombent à quelques centaines de mètres.
- Une rampe peut débiter un projectile toutes les 5o minutes. Toujours si tout va bien, car il semble que les ratés soient nombreux.
- Une revue américaine Time rapporte qu’une personnalité de Rouen aurait déclaré qu’une grande proportion de bombes étaient manquées et que beaucoup n’atteignaient pas la mer. Pas moins de 26, dit-il, auraient explosé sur les 4o ha de surface d’une ferme. De graves accidents auraient eu lieu aux installations de départ.
- Il n’en est pas moins juste de constater que le Vi est techniquement une réussite.
- Du point de vue des résultats, des destructions importantes et des morts nombreuses sont à son actif mais les résultats militaires sont in-
- signifiants. L’avance alliée sur les côtes a réduit les possibilités de ces engins : plusieurs centaines de rampes furent prises et les attaques sur Londres faiblirent alors en proportion.
- L’appréciation de la psychologie de ceux qui ont cqnçu et utilisé cette arme est une autre question.
- Une conséquence certaine fut de durcir la réaction adverse. La réplique est en marche. Les alliés ont annoncé la mise en fabrication massive d’une bombe volante américaine. L’édition parisienne du New-Yo^k Herald Tribune du 4 janvier 1940 en a publié une photographie.
- La bombe-fusée «V2»
- L’arme secrète allemande V2 est basée sur des principes tout différents : c’est une fusée stratosphérique. Une partie de sa trajectoire emprunte la haute atmosphère où l’air est raréfié ; elle n’y peut trouver son comburant et est obligée d’en assurer elle-même l’apport.
- Elle a la forme d’un cigare renflé à l’avant, effilé à l’arrière, de i4 m de longueur, 1 m 05 de diamèhè extérieur, elle pèse treize tonnes au départ pour transporter au point d’impact moins de 1 000 kg d’explosif.
- Si l’on se reporte au schéma de la figure G on note à l’extrémité supérieure une pointe d’acier (1), un compartiment à explosif (2), une chambre d’appareillage de radio (3), un réservoir calorifugé contenant environ 5 t d’air liquide (4), un ou deux tanks d’alcool éthylique pur (5), un dispositif mécanique et chimique d’alimentation du système de propulsion (6), le brûleur et sa chambre de combustion (7), les palettes de direction (8), un empennage à quatre plans avec gouverne orientable à la base de chaque plan (9).
- La propulsion du V2 est due au recul qu’imprime à l’engin la projection d’un jet gazeux formé par les produits de la
- Fig. 4. — La rampe de lancement du V1 et son piston ' lanceur.
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- Fig. 6. — L’organisation du V2.
- 1, pointe d’acier ; 2, compartiment contenant l’explosif ; 3, chambre d’appareillage de radio ; 4, réservoir à air liquide ; 5, réservoirs d’alcool ; 6, turbo-pompe d’alimentation du système de propulsion ; 7, chambre de combustion ; 8, palettes de direction.
- deux lurbo-pompes : une grande pour l’alimentation en oxygène, une plus petite pour l’alcool.
- Le brûleur est formé de deux troncs de cône concentriques. L’alcool est brûlé par l’oxvgène injecté par 18 tubulures et développe une flamme en nappe circulaire.
- Les gaz sortent avec une extrême violence de la clvambre de combustion et la fusée part en sens inverse par réaction.
- Le lancement est très simple. Il ne demande ni rampe, ni tube, ni dispositif de guidage. Celui-ci est réalisé par radio. Une simple dalle de départ suffit. L’engin est disposé verticalement.
- La mise à feu est faite à distance par commande électrique. Le gaz dégagé sous pression par l’eau oxygénée actionne les turbo-pompes. Celles-ci injectent sous pression comburant et combustible dans le brûleur avec inflammation simultanée. Le Va démarre, s’élève verticalement. La combustion est rapide : une minute peut-être. Une énorme force de propulsion est développée en quelques secondes. Le projectile atteint rapidement de 9 à 10 000 m et entre dans la stratosphère fortement allégé par la liquidation de sa charge de propulsion. Il s’élève encore jusqu’à 3o km et même bien davantage, disent les experts. En raison de la raréfaction de l’air dans la stratosphère, et de la diminution de résistance qui en résulte.
- combustion rapide du mélange oxygène-alcool éthylique, dans le brûleur arrière.
- L’alimentation utilise dans des conditions différentes, une réaction déjà mise à conti’ibution pour le Vi : la décomposition catalytique de l’eau oxygénée à haute concentration par le permanganate de calcium en solution saturée. Les deux liquides mis sous pression d’air comprimé sont mélangés en proportions convenables par lé débit de vannes réglées par commandes électromagnétiques. Le dégagement d'oxygène actionne
- l’engin prend une vitesse qui approche quelque 5 000 km/h; il poursuit sa trajectoire en direction et retombe finalement vers le but si celui-ci est assez grand pour que l’imprécision de l’engin ne joue pas trop. La portée est de l’ordre' de 320 km.
- Dans le Vi le lancement est fait en direction par l’orientation de la rampe. Dans le V2 le pointage est fait par gyroscopes commandés radio-éleclriquement. Les éléments balistiques de la trajectoire sont en partie réglés d’avance, en partie transmis du poste de mise à feu au sol, par radio. L’engin porte un appareil de T. S, F. avec dispositif antibrouillage qui consiste à recevoir 4 trains d’onde sur 4 longueurs différentes dans la même bande.
- Du point de vue de la défense passive, il est plus difficile de se défendre contre le V2 que contre le Vi. Celui-ci voyage dans l’atmosphère à vitesse d’avion, il est visible, bruyant et peut être attaqué par les techniques usuelles. Le V2 a une vitesse quatre fois supérieure à celle du son. Le bruit de roulement de son arrivée n’est perçu qu'après celui de son explosion. 11 ne peut être pris à partie ni par les avions, ni par les canons.
- Du point de vue militaire, même médiocrité d’effets que pour le V1.
- Un engin compliqué, pesant i3 t au départ et ne conduisant au but qu’une tonne d’explosif avec une extrême imprécision
- Fig. 7. — Le transport et la mise en batterie des V2.
- (d’après un dessin de G. II. Davis dans Illustrated London News).
- 1, la bombe-fusée fixée dans un berceau est transportée sur un grand truck remorqué par tracteur ;
- 2, quand le truck arrive au lieu de lancement, les vérins dont il est muni déposent verticalement le berceau et la bombe sur une plateforme en ciment armé ; 3, un certain nombre de véhicules spécialisés concourent à la mise en batterie ; 4, la bombe est en place, prête au départ. Elle est reliée électriquement
- à un poste de mise de feu ; 5, le départ.
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- ne peut avoir, dans les conditions de- la guerre actuelle aucune influence, sur son évolution. C’est un agent de destruction des civils et une arme de propagande, comme le Yi.
- Le prix de revient du V2 est difficile à estimer; il est certainement extravagant par rapport à sa valeur militaire, surtout si l’on songe aux dépenses considérables qu’il a fallu engager pour les recherches, les essais et ce que nous appellerons la mise au point.
- Toutefois, si les Yi et les Va avaient pu être employés en grandes quantités dès le début de l’année iq44, comme leurs créateurs l’avaient espéré, ils auraient pu jeter un grand trouble dans les préparatifs du débarquement de Normandie. Mais l’aviation alliée, renseignée par l'Intelligence Service, veillait. Dans les premiers mois de 1 g43, on savait à Londres qu’un centre d’études gigantesques avait été créé par les Allemands dans une forêt, à Peenemünde, sur la Baltique, à 100 km au Nord-Est de Slettin.
- Le Général Von Chamier-Glizesenski avait réuni là une armée de près de 7 000 savants, ingénieurs et techniciens pour poursuivre les expériences, mettre au point les engins et en préparer la fabrication en grande série. Des reconnaissances aériennes effectuées par des avions isolés, au cours des raids habituels
- ——-.......................... 69 =
- sur l’Est de l’Allemagne, avaient permis aux Alliés de fixer la position des différents points vitaux du centre sans éveiller l’attention de l’ennemi : habitations du personnel technique et des chercheurs ; hangars et ateliers contenant les bonqbes et les fusées en expérience ; bâtiments administratifs contenant les plans et documents techniques, autant d’objectifs soigneusement repérés qui s’offraient aux bombardiers de la Royal Air Force.
- Dans la nuit du 17 août 1940, une escadre de 600 quadrimoteurs lourds suivant, pour tromper l’ennemi, l’itinéraire habituel des raids sur Berlin, attaquait par surprise le centre de Peenemünde. Les fusées éclairantes des avions éclaireurs illuminaient les objectifs. Le bombardement à basse altitude fut d’une grande précision. En moins de 4o mn, le centre était détruit ; les projectiles stockés sautaient, faisant, plus de 5 000 victimes dans le personnel et parmi elles le général Von Chamier-Glizesenski ; 4o bâtiments comprenant les ateliers d’assemblage et les laboratoires étaient complètement détruits, 5o autres endommagés. Tout le travail préparatoire était à recommencer. C’est, ce qui explique que les premiers Vi n’ont pu être lancés sur l’Angleterre qu’une semaine après le débarquement des Alliés en Normandie. Il était trop tard, le mur de l’Atlantique était déjà enfoncé. J. Luper.
- L'avènement de l'hélicoptère
- A la différence de l’avion ordinaire ou de l’aérogyre, l’hélicoptère doit sa sustentation non pas à la poussée de l’a-lr sur des surfaces en mouvement par rapport à lui, mais à la traction exercée par une hélice à axe vertical. Il peut donc décoller au point fixe, sans être forcé de prendre préalablement de la vitesse. Il n’a pas besoin de longues pistes d’envol ; il part et atterrit à la verticale, peut se maintenir immobile en l’air au-dessus d’un point déterminé.
- Ces qualités, acquises il est vrai au détriment de la vitesse, Je rendent apte à certaines missions militaires.
- La revue américaine Time annonce que le département Sikorsky de la United Air Craft Corporation à Bridgeport (Conn.) a fourni l’an dernier à l’armée américaine 30 hélicoptères Sikorsky. Ces appareils ont été utilisés en Birmanie pour évacuer des blessés dans la jungle, en Alaska et pour des patrouilles le long de la côte de l’Atlantique. Un prepaier appareil XIU4 est aujourd’hui fabriqué en série. Un autre appareil plus puissant doit être ultérieurement mis en service. Muni d’un moteur Pratt et Whitney de i50 IIP., il pourra emmener un pilote et un passager ; sa vitesse est de 180 1cm à l’heure, son rayon d’action de 600 km.
- Après guerre l’hélicoptère sera sans doute employé pour desservir les petites lignes aériennes dont le trafic ne justifie pas l’établissement d’aéroports coûteux.
- Oiseaux et avions
- L’aviation, à ses débuts, a dû beaucoup à l’étude des oiseaux. 11 suffit de rappeler, à cet égard, les observations de Mouillard sur le vol à voile des vautours, et les célèbres travaux de Marey. Aujourd’hui c’est l’aviation qui vient au secours de l'ornithologie. Les aviateurs ont fréquemment l’occasion de Jair# (le précieuses observations sur les oiseaux en vol. . C’est ainsi,-par exemple, qu’ils ont pu rectifier les chiffres généralement admis, mais exagérés, de la vitesse des oiseaux migrateurs.. La vitesse des canards sauvages ne semble pas dépasser 90 km à l’heure, celle des martinets est de 250 à 320 km à l’heure.
- Les oiseaux migrateurs volent le plus souvent à moins de 1 000 m d’altitude au-dessus du sol. Mais pour franchir des régions montagneuses, 011 a vu des canards s’élever jusqu’à plus de 2 250 m au-dessus du niveau de la mer. Des grues et des condors ont été observés à 6 000 m. Le record d’altitude a été constaté dans l’Inde où une troupe d/oies sauvages a été photographiée à 8 700 m au-dessus du nivpau de la mer.
- Il arrive souvent que les oiseaux soient un danger pour l’avion. Une collision entre oiseau et avion peut être fatale à l’esquif aérien. On cite le cas d’un avion qui heurta un jour un. canard sauvage : l’oiseau passa au travers du pare-brise du poste de pilotage, et véritable projectile, vint frapper le. pilote qui perdit connaissance. Des chocs de ce genre peuvent endommager les
- ailes, le moteur ou d’autres pièces vitales de l’avion. Mais c’est le choc contre pare-brise qui est le plus fréquent et le plus dangereux. Aussi les compagnies de navigation aérienne des Etats-Unis ont-elles signalé aux services officiels de l’Aéronautique le problème du renforcement des pare-brises comme l’un cies sujets de recherche les plus urgents. On pense que les collisions d’oiseaux peuvent être la cause de certaines catastrophes aériennes restées inexpliquées. Ces rencontres ont lieu principalement la nuit dans les nuages quand les pilotes, comme les oiseaux, naviguent à l’aveuglette. Les oiseaux migrateurs volent surtout la nuit, ils s’arrêtent le jour pour chercher leur nourriture.
- La navigation aérienne a donc intérêt à connaître les itinéraires les plus fréquentés par les troupes d’oiseaux migrateurs, de façon à pouvoir les éviter. Ornithologie et aviation doivent se prêter une aide mutuelle.
- Cotons de couleur
- Les « Nouvelles Soviétiques » signalent que l’on cultive aujourd’hui en U. R. S. S. des variétés sélectionnées de cotonniers qui donnent des fibres naturellement colorées. On a déjà récolté l’an passé 50 t do coton jaune en Asie Centrale. Des agronomes éminents travaillant à la Station Centrale de Sélection de Tachkent et à l’Institut Central de Recherches Scientifiques de l’industrie cotonnière cherchent à créer d’autres variétés colorées. L’agronome Maximenko a obtenu du coton vert dont on compte développer la culture pour servir à la fabrication des tissus kaki. De nombreux essais ont été entrepris en Asie Centrale pour obtenir du coton rose et du coton bleu.
- Ces travaux activement poursuivis malgré la guerre ont eu pour point de départ Je fait que les paysans du Douzbekistan cultivent depuis longtemps des cotonniers donnant un coton jaune : ce coton de couleur peut être de différentes nuances : brun, brun-jaunâtre et gris cendré. Il sert aux artisans du pays pour fabriquer un tissu qui permet de confectionner des vêtements et des rideaux.
- Le publie ne connaît guère que le coton blanc, le seul qu’ait employé jusqu’ici l’industrie textile. Mais on sait qu’il n’existe aucun procédé de teinture qui garantisse aux tissus de coton une coloration parfaitement stable. Les couleurs ne se combinent pas chimiquement avec les fibres, de sorte que les tissus teints déteignent rapidement au soleil et à la lessive. Les cotons de couleur au contraire sont parfaitement stables. L’ingénieur Romanov a démontré que le coton jaune ne passe pas au soleil. Mais pour stabiliser encore davantage la coloration des tissus faits avec du coton de couleur, il a essayé de les traiter par des sels de fer, de cuivre et de chrome. Ces expériences ont été concluantes et ont permis d’obtenir avec le coton jaune des tissus de différentes couleurs dans les bruns et les gris.
- Les cotons de couleur seront, sans rtul doute, une matière première précieuse pour l’industrie textile. Tout laisse prévoir qu’un bel avenir leur est réservé.
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- MATIÈRES PLASTIQUES, RÉSINES ET FIBRES ARTIFICIELLES
- L’une des plus puissantes réalisations de la chimie moderne est certainement la création en moins de trente années d’une industrie nouvelle qui a pris une telle importance que certains auteurs ont dit de l’époque actuelle qu’elle était « l’âge des matières plastiques ».
- Sous cette dénomination imprécise se classent une série de produits artiliciels organiques dont la caractéristique essentielle est la facilité avec laquelle ils peuvent être mis en forme par moulage, usinage, tréfilage, etc.
- Le classement de ces produits nouveaux diffère selon les auteurs. Leur développement, prodigieux en nombre et en propriétés variées, leurs applications étendues à des techniques très différentes, la diversité de leurs matières premières de base, rendent évidemment difficile une classification rigoureuse.
- Dans une série d’étucles ultérieures nous (enterons de donner un tableau d’ensemble de la question telle qu’elle se présente en son état actuel.
- Les matières plastiques et les résines artificielles ont, à l’état brut, l’aspect d’un solide vitreux fondu, plus ou moins coloré, plus ou moins dur, à cassure eonchoïdale, de densité voisine de l’unité. Ce sont des colloïdes pouvant se dissoudre dans des solvants divers, l’évaporation de ces solutions en couche mince est susceptible de donner un film.
- Certaines se comportent comme des colloïdes réversibles pouvant indéfiniment passer de l’état solide à celui de solution et inversement, se ramollissant, par la chaleur pour reprendre leur dureté initiale par refroidissement. Ce sont les résines ther-moplastiqu.es.
- D’autres subissent, par l’action de la chaleur, une transformation irréversible : elles durcissent et perdent leur solubilité. Ce sont les résines thermo-durcissables.
- Les résines de synthèse sont des corps à grosses molécules.
- La question de la structure moléculaire de ces produits relève de la chimie des hauts polymères, ou des grosses molécules. C’est un chapitre nouveau de la chimie organique.
- Le chimiste organicien n’y trouve pas la parfaite individualité des corps auxquels il est accoutumé : point de fusion net, poids moléculaire indiscutable, caractéristiques cristallographiques et optiques constantes. Déroutés au début par ces produits nouveaux, les spécialistes ont peu à peu débrouillé la question. S’il n’est pas encore entre eux d’accord parfait, il est indéniable qu’une certaine lumière s’est faite sur la chimie des grosses molécules.
- En 1872, Bayer avait étudié les résines obtenues par condensation du phénol et du formol. On ne soupçonnait pas alors que cette observation serait à la base de l’importante indus-
- trie des bakélites maintenant universellement connues et utilisées. De même, .un an plus tard, en 1873, les travaux de Gaspary et Tollens qui constatèrent la polymérisation spontanée de l’acrylate d’allyle ne pouvaient laisser prévoir l’utilisation technique de ce phénomène, pour la création des résines acryliques avec lesquelles on fabrique les verres organiques actuels.
- Il s’agissait là d’observations isolées. Lorsqu’elles passèrent du laboratoire à l'industrie naissante des résines synthétiques, les fabrications prirent un caractère essentiellement empirique. Aucune théorie cohérente ne pouvait servir de fil conducteur pour les recherches. Ce n’est que progressivement que l’on parvint à quelques précisions sur la structure moléculaire probable de ces corps. Et cela, en ayant recours à de multiples techniques : séparation par solvants, dialyse, ultra-centrifugation, réactions chimiques, mesures de viscosités, dislocation par ultra-sons, diagrammes de rayons X, etc.
- Actuellement on est conduit à admettre que les résines synthétiques sont constituées par des mélanges de grosses molécules, mélanges sans caractère cristallin, par suite d’une absence complète d’orientation de ces molécules. Leur structure se présente parfois en longues chaînes, disposées sans ordre ni direction précise, plus ou moins solubles les unes dans les autres. L’ensemble a le caractère d’une véritable solution sc.l idc.
- Le passage d’un corps ou d’un mélapge de corps cristalloïdes à l’état de résinoïde se fait par deux processus principaux : la polymérisation, la condensation.
- Polymérisation. Condensation.
- Dans la polymérisation, des molécules semblables s’additionnent pour donner une molécule ou une série de molécu'es nouvelles sans aucune modification de la composition centésimale.
- Dans la condensation, des molécules semblables ou différentes s’unissent avec formation d’un autre corps qui n’entre pas dans la composition de la résine formée, par exemple avec formation et élimination d’eau.
- Pour que des produits déterminés soient susceptibles de polymérisation, il est nécessaire que leur constitution soit celle de dérivés organiques non saturés. Cette condition n’est toutefois pas suffisante, mais on conçoit son impérieuse nécessité théorique : pour que des associations puissent se produire il faut que des liaisons non saturées puissent s’ouvrir et se saturer par addition de molécules identiques. Ces phénomènes peuvent se produire soit spontanément, soit en présence de catalyseurs appropriés.
- Par exemple le chlorure de vinyle CH2 = CIIC1 en présence de catalyseur se polymérise par ouverture de la double liaison
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- cthvlénique et addition successive des groupements obtenus conduisant finalement à une chaîne de la forme :
- — CH2 — CH — CH! — CH —.CH — CH2 — CH — CH2
- Il II
- Cl Cl Ci Cl
- Les valences libres non saturées peuvent aussi se souder deux à deux :
- D’autres combinaisons avec migrations d’hydrogène sont également possibles. Il nous suffit ici d’indiquer le principe de la polymérisation.
- D’autres groupements résinogènes peuvent intervenir, notamment :
- La liaison éthine
- » carbonyle
- » azométhine
- » nitrite
- — C =s C — = G = O
- = C = N —
- — C == N
- Comme réaction type de condensation on peut prendre la préparation des bakélites, universellement connues et qui résultent de l’action d’une aldéhyde sur un phénol. Dans le cas le plus simple : formol-phénol ordinaire, il y a élimination d’eau et formation d’une résine qui à son premier stade' peut être représentée par la chaîne :
- H
- OH-C — I
- H
- OH
- H
- I
- C
- I
- H
- L’tnnlution ultérieure de la condensation, notamment sous l’action de la chaleur, conduit à des molécules beaucoup plus complexes, de poids moléculaire plus élevé; évolution à caractère irréversible aboutissant à l’infusibilité et l’insolubilité, ceci résultant de la transformation moléculaire par agrégation de plusieurs chaînes qui s’associent en véritables réseaux de structure étendue sur trois dimensions et non plus spécialement linéaires.
- Textiles artificiels.
- Ces quelques notions élémentaires sur la structure des matières plastiques et des résines peuvent paraître arides aux non chimistes inais elles sont essentielles pour saisir leur nature et surtout la cause de leurs propriétés différentes; en particulier la raison qui permet à certains produits une utilisation possible comme matière textile.
- Il est remarquable de noter que la nature, pour constituer ses fibres animales comme ses fibres végétales, a eu recours à certaines formes de molécules disposées en longues chaînes, que ce soit pour les protéines des fibres animales ou pour les celluloses des fibres végétales. On verra dans les études ultérieures que les chimistes ont dû, pour parvenir à réaliser des textiles synthétiques, trouver le moyen de préparer de toute pièce des corps à longue chaîne moléculaire. Ce ne sont pas là
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- des vues de l’esprit, de la théorie pure; l’application récente des rayons X à l’étude de la structure des fibres de laine nous a apporté des renseignements essentiels sur la nature des molécules de matières protéiques et leur structure.
- Vue d'ensemble
- sur la classe des plastiques de synthèse.
- Le nombre de produits plastiques que la chimie a pu réaliser ces dernières années est énorme. Quelques-uns seulement sont entrés dans la pratique courante, ceci à la fois parce que leurs propriétés étaient intéressantes, ouvraient des débouchés nouveaux et parce que les matières premières nécessaires à leur élaboration étaient d’obtention facile et économique. Mais au fur et à mesure que se développent les industries de synthèse des produits de base, on voit grandir le champ des possibilités de cette branche nouvelle de la chimie. Il est probable qu’il n’a été parcouru encore qu’une première étape dans la technique de ccs produits et que d’intéressantes nouveautés, actuellement du domaine du laboratoire, prendront place dans l’industrie.
- Pour mettre un peu d’ordre dans la masse considérable de matériaux que nous passerons en revue dans des études ultérieures nous les classerons et les étudierons de la manière suivante :
- Les phénoplastes (aldéhyde-aldéhyde-phénols).
- Les aminoplastes (amines-aldéhvde).
- Les polymères vinyliques.
- Les polymères acryliques et métacryliqnes.
- Les résines polystyroléniques.
- Les résines glycérophtaliques.
- Les résines de coumarone et d’indène.
- Les polymères butadiéniques et analogues.
- Le caoutchouc chloré.
- Les dérivés cellulosiques.
- Les dérivés de la caséine.
- Les matières plastiques et résines d’intérêt secondaire.
- Les textiles artificiels cellulosiques.
- Les textiles artificiels à base de matières protéiques.
- Les textiles synthétiques (Nylon, Pé-cé).
- Dans une vue d’ensemble sur les matières plastiques il n’est guère possible de parler de leurs propriétés. Celles-ci sont extrêmement variées. Un même corps initial donne, suivant les conditions de sa polymérisation ou de sa préparation par condensation, des produits parfois très différents, par exemple au point de vue de la solubilité et de la viscosité des solutions obtenues. Par suite de ces variations de qualités et propriétés, les applications sont innombrables et ce n’est que dans les monographies qu’il est possible d’en préciser les usages. Cela n’est utile d’ailleurs, que pour des cas particuliers.
- En effet, depuis des années, progressivement, les matières plastiques ont imposé leur présence. On en trouve partout : manches de couteaux, boutons de vêtements, stylos, montures de lunettes, interrupteurs électriques, figurines des jeux d’échec, tableaux de bord des automobiles, montures de brosses, étuis de toute sorte, panneaux lumineux fluorescents, etc.
- Il suffit de jeter les yeux autour de soi pour retrouver leur obsédante présence. Elle témoigne de la puissance de cette industrie nouvelle qui grandit inlassablement et déverse déjà chaque année sur le monde plusieurs centaines de milliers de tonnes de ses produits.
- Lucien Perruche, Docteur de l’Université de Paris.
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- UN SÉDIMENT QUI SE FORME SOUS NOS YEUX
- La vase
- La vase est ce dépôt noirâtre, sale, que le pied du nageur soulève sur les bords des étangs, ce dépôt qui obscurcit rapidement l’eau, dégageant d’innombrables bulles gazeuses qui viennent crever à la surface.
- A première vue, on ne se rend peut-être pas bien compte de l'importance de ce matériau. Il recouvre pourtant d’immenses étendues et constitue les fonds des lacs, étangs, canaux, estuaires et golfes. Ce sédiment joue, dans l’économie d’un pays, un rôle considéi'able : son accumulation envase les ports, colmate les mécanismes des écluses, diminue la profondeur et la largeur des canaux et des rivières navigables. La vase apparaît donc souvent comme un véritable ennemi contre lequel il faut savoir lutter.
- Mais, tout d’abord, qu’est-ce que la vase ?
- La définition variera avec la spécialité de la personne à laquelle sera posée celle question. Le géologue dira que la vase est un sédiment actuel qui dans l'avenir des temps géologiques donnera une roche, mais l’avenir de la vase ne nous intéresse que peu. Le physicien et le chimiste nous définii’ont les propriétés de la vase et ce sont ces définitions qui nous intéressent essentiellement.
- Caractères physiques de la vase.
- Du point de vue physique, la vase est un ensemble hétérogène, un complexe formé de particules de dimensions différentes. Ces particules sont soit minérales, soit organiques. Les grosses particules, avec des dimensions supérieures à 20 microns, sont toujours d’origine minérale, tandis que les petites particules — les poudres — sont minérales ou organiques.
- Quand nous descendons dans les dimensions précolloïdales et colloïdales, nous rencontrons surtout des produits organiques. Le pourcentage relatif des trois principaux constituants dimensionnels (les trois phases) — sable, poudre et colloïdes — définit la catégorie dans laquelle doit être rangé le sédiment. C’est ainsi que l’on distingue des sables vaseux, des vases sableuses ou des vases proprement dites. Les divers constituants dimensionnels de la vase ne semblent pas être répartis d’une façon quelconque dans ce sédiment. Ils forment une véritable structure, mais nos connaissances sur cette importante question sont encore fragmentaires. L’assemblage de ces éléments dimensionnels forme des flocons (l) de vase qui, par leur poids se sédimentent en tombant au fond de l’eau. Il serait intéressant de connaître la raison pour laquelle la vase est formée de flocons. Là aussi nos connaissances ne sont pas très précises ; il semble pourtant que ce soient les charges électriques qui provoquent des attractions et permettent la cohésion des divers éléments des flocons. Si pour une raison ou une autre, une variation de pH par exemple, les charges électrostatiques sont modifiées, les attractions se trouvent être supprimées et les particules tombent à des vitesses différentes, en rapport avec leur taille. La vase, telle que nous la définissons, n’existe alors plus; on trouve des strates successives de sable, de poudre et de matières précolloïdales. Le moindre remous, le moindre tourbillon convectif empêchent les fines particules de se déposer et le fond ne recèvi’a qu’une couche de sable.
- Définissons donc la vase comme un complexe hétérogène à l’échelle microscopique, mais nettement homogène à l’échelle
- 1. La structure et la formation des flocons ont été étudiées par Rajcevic au Laboratoire de Géographie physique de la Sorbonne.
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- macroscopique et possédant une structure particulière. Celte définition nous permettra de considérer la vase comme un milieu fluide, ayant ses propriétés propres. C’est ainsi que la vase est très visqueuse, rigide (propriété due à sa structure) et pratiquement imperméable.
- Caractères chimiques de la vase.
- Dn point de vue chimique, la vase possède certains caractères intéressants. Les diverses particules minérales ou organiques sont liées par ce' que l’on appelle un liant. Ce liant est d’origine chimique, c’est, toujours un colloïde ou un ensemble de plusieurs colloïdes. Dans ce liant, le rôle principal est joué par ''l’humus. Nul ne pourrait dire avec précision ce que c’est que l’humus, car on ne connaît pas sa composition chimique et il n’a pu être reproduit artificiellement. L’étude de ce corps nous ferait sortir du cadre de cette courte note. A côté de l’humus, nous trouvons des sels de fer et d’autres colloïdes en quantités généralement très petites (silice colloïdale, calcaire colloïdal, etc...). La vase contient également des sels dissous tels que le chlorure de sodium, les sels phosphoriques, etc... ainsi que des gaz dissous (oxygène, azote).
- Avant de terminer, un mot enfin du rôle biologique de la vase. Elle sert d’habitat à une grande quantité de petits animaux (Vers, Mollusques, etc...) qui y creusent des cavités et absorbent même cette nourriture bizarre dont ils assimilent la matière organique.
- Comment se iorment les dépôts de vase. Comment les éviter.
- Nous voilà maintenant familiarisés avec la vase, il ne nous reste plus qu’à examiner la manière dont elle se comporte dans la nalure. Ce sédiment se dépose soit dans les eaux calmes (bassins, lacs, étangs), soit dans des eaux peu agitées (canaux, estuaires des cours d’eau).
- En règle générale, un sédiment ne se dépose que lorsque la \ilesse du courant diminue bi’usquemen! ; les eaux, perdant leurs propriétés tourbillonnaires, deviennent plus ou moins calmes. On voit immédiatement toutes les conséquences qui vont découler de cette règle capitale.
- Dans les espaces d’eau fermés, tels que les lacs, les étangs ou
- même les bassins artificiels, la vase n’aura que peu de constituants minéraux, elle sera fine, ayant une très importante teneur en eau (jusqu’à 35o pour ioô du poids sec). Nous avons pu recueillir et étudier les vases du bassin du Luxembourg, du grand canal de Versailles et du lac du Bois de Boulogne. Cette vase, de formation récente, présentait les caractéristiques habituelles des vases classiques.
- Dans les estuaires, le mode de dépôt est légèrment différent. La vase ne peut se déposer qu’aux endroits où la vitesse du courant est faible. Dans,ces endroits-là, nous assisterons donc à la formation de véritables vasières. Pour éviter les dépôts de vase, il faut effectuer des éludes hydrodynamiques et établir les installations portuaires non pas aux endroits d’eau calme, mais au contraire aux endroits où le courant possède encore une certaine vitesse. Il est facile d’étalonner ce courant en fonction de son pouvoir de transport du débit solide. La vase possède des propriétés thixolropiques (x) ; à l’état de repos, sa rigidité peut être considérable ; pour pouvoir la draguer par pompage dans un port envasé, il suffit de faire passer une charrue sous-marine qui rend à la vase des propriétés de liquide visqueux facilement aspirable par une pompe.
- Dans les estuaires rectilignes, dont les bords ne présentent pas d’accidents importants favorables à la formation de vasières, nous assistons à un phénomène bien connu (2). Sur les bords, la vilesse étant faible, la vase se dépose et forme la slikke, tandis qu’au milieu, dans le chenal, la vitesse est élevée, la vase ne peut se déposer, cet endroit est généralement ensablé. Au-dessus de la slikke, se place la shorre séparée par un petit talus. Cette shorre est une slikke fossile ayant perdu presque toute son eau ; elle est favorable à la croissance d’une certaine flore.
- D’après ce court exposé on peut se rendre compte de l’importance de la vase dans le dragage des voies d’eau navigables et dans l’établissement des installations portuaires (3).
- V. Romanovsky.
- 1. La thixotropie est une propriété de certaines suspensions et des colloïdes qui leur permet de devenir liquides par agitation et de reprendre une certaine consistance par repos.
- 2. Ce phénomène a été décrit par Cl. Francis-Bœuf au Laboratoire de Géographie physique de la Sorbonne.
- 3. La photographie qui illustre cet article, prise en Camargue, reproduit un aspect caractéristique d’une plage de vase au bord de l’étang de Vac-carès.
- UN ORGANISME BIEN PARISIEN:
- La Commission de la Seine
- Les Parisiens ne se doutent peut-être pas qu’un organisme scientifique et officiel s’occupe activement île leur fleuve et de toutes les activités économiques et humaines qui peuvent en découler.
- Depuis de nombreuses années, l’étude de la Seine et de son bassin a fait l’objet de recherches soit individuelles soit collectives et d’échanges de vues entre savants. Ce ne fut que le lu janvier 1940, en pleine guerre, six mois avant le début de l’occupation, que ces recherches reçurent une confirmation officielle par la constitution de la Commission scientifique de la Seine et de son bassin.
- Dès sa création, la Commission envisagea d’arrêter à la date de 1940 un inventaire de toutes les connaissances sur l’hydrologie du bassin de la Seine. En plus de ces études purement hydrologiques, la Commission s’occupa de la géologie du bassin ainsi que de son occupation humaine et des répercussions que l’agriculture et l’industrie eurent sur les eaux.
- La Commission, subdivisée en 19 rubriques, a à sa tête des spé-
- cialistes appartenant au Comité National Français de Géodésie et de Géophysique auxquels sont adjointes des personnalités de renseignement et des Administrations de l’État pour traiter des questions connexes à l’étude des eaux.
- La deuxième activité de la Commission est la continuation des mesures et des observations afin de fournir les éléments nécessaires à un nouvel inventaire qui pourrait avoir lieu à la fin de ce millénaire par exemple.
- La Commission est convaincue que c’est en suivant l’évolution hydrologique du bassin de la Seine que l’on pourra arriver à en dégager les lois.
- La Commission prépare un important ouvrage consacré à l’inventaire de 1940. Elle a déjà publié 4 cahiers sur les maxima des crues et sur les résultats d’observations hydrobiologiques (plancton et faune) dans la Seine et. malgré les circonstances, elle continue inlassablement ses études.
- V. R.
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- LE DERNIER-NÉ
- DU RAYONNEMENT COSMIQUE :
- LE MÉSONc>
- Appareil
- photographique
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- ^ Chamboé
- humide
- 1
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- 1
- Homo homini lupus, l’homme est un loup pour l’homme, a écrit Plaute. Sans cloute serait-il indiqué de nos jours de remplacer loup par âne, tellement la spécialisation excessive de chaque esprit dans une branche intellectuelle déterminée
- s’accompagne, le plus .souvent, d’une ignorance non moins excessive dans toute autre branche. De prétendus humanistes se gavent encore de grec et de latin alors que la science est devenue la maîtresse du monde, et nous connaissons tous des professeurs de science dont l’érudition en est restée à la physique et à l’astronomie de igoo. Comme le disait un jour M. Leprince-Ringuet, un savant moderne ne peut plus se dispenser d’être en même temps un homme d’imagination, et même un poète, et il n’y a plus réellement que les chercheurs de la science qui puissent aujourd’hui se vanter d’être des humanistes.
- L’étude du rayonnement cosmique est justement l’une des pierres de touche auxquelles se reconnaît l’imagination des découvreurs. Tandis que les uns le serrent de près en lui appliquant les procédés habituels d’expérimentation, d’autres « décollent » de la réalité terre à terre, extrapolent, bâtissent des hypothèses, en espérant que leurs
- confrères expérimentateurs les confirmeront. L’aventure n’est pas nouvelle : c’est celle de Le Verrier découvrant Neptune ; de Dirac, le positon; de Louis de Broglie, les ondes électroniques; de Lemaître, l’expansion de l’univers ; celle aussi de Yukawa annonçant l’existence du méson, qu’allaient promptement
- vérifier les investigateurs de rayons cosmiques.
- Fig. 1. — La chambre de Wilson.
- Un corps de pompe contient de la vapeur d’eau sursaturée. Quand une particule ionisante la traverse, l’abaissement du piston provoque une détente et la condensation de l’eau autour des ions formés. Le chapelet de gouttelettes représentant la trajectoire peut alors être photographié.
- L’appareil à photographier les atomes. — Les rayons cosmiques se révèlent vraiment une mine inépuisable de renseignements pour le microphysicien. Une mine très compliquée aussi, où les filons s’entrecroisent, et de la complexité de laquelle la photographie parue ici même le i5 janvier donne une idée sommaire. Car enfin, à voir ces minces rayures sombres, on est en droit de juger quelque peu téméraire l’affirmation du physicien qui en déduit que celle-ci est la trace d’un électron et celle-là la marque d’un positon ! Cependant la preuve expérimentale est là, apportée par cette merveille d’ingéniosité qu’est la chambre de Wilson (fig. i).
- La chambre de Wilson est l’appareil à photographier les atomes, celui qui a permis d’obtenir la photographie de la page 22. C’est un cylindre dans lequel se déplace un piston : donc un corps de pompe. Ce corps de pompe contient un gaz sous faible pression sursaturé de vapeur d’eau. Celle-ci ne demande qu’à se condenser, mais il lui en manque l’occasion. Un projectile atomique qui la traverse la lui fournit : étant généralement
- 1. Voir La Nature du 15 janvier 1945, p. 21.
- chargé d’électricité, ce projectile électrise le gaz et laisse sur son passage une file d’atomes électrisés, des ions. Qu’à ce moment précis on abaisse brusquement le piston : l’agrandissement du volume du corps de pompe entraîne une détente du gaz, donc un refroidissement.. Autour de chacun des ions se condense une gouttelette. Si l’on prend alors une photographie à travers la glace qui ferme l’extrémité supérieure, le cliché montre une ligne sombre qui n’est autre que la file des gouttelettes, donc la matérialisation de la trajectoire du projectile.
- La chambre de Wilson est devenue l’instrument fondamental de tout laboratoire de microphysique. Grâce à elle, nous pouvons parler de corpuscules alpha, de protons, d’électrons et de positons comme de personnages que nous connaissons, non seulement de réputation, mais aussi de vue. Un cliché présente-t-il une trajectoire épaisse et rectiligne ? C’est un cor= puscule alpha (fig. 2), noyau d’atome d’hélium, qui fait figure d’obus lourd dans l’artillerie atomique; si la rayure est plus mince, elle révèle un proton (noyau d’atome d’hydi'o-gène) ; un électron ou un positon donne, au contraire, une trajectoire sinueuse et grêle : c’est de l’artillerie légère. A cette connaissance qualitative, on peut d’ailleurs adjoindre une connaissance quantitative en plaçant la chambre dans le champ magnétique d’un électro-aimant : la particule électrisée qui la traverse est sollicitée par le champ, et sa trajectoire s’incurve. Elle s’incurve d’autant plus que la vitesse du projectile est moindre. D’où la possibilité de calculer, en électrons-volts, l’énergie de ce projectile d’après le degré de courbur’e de sa trajectoire.
- Inventaire de la faune cosmique. — Pour trier la faune hétéroclite qui constitue le rayonnement cosmique, nous pourrions porter notre chambre de W’ilson dans un laboratoire de montagne et déclencher tout de suite le piston, en comptant sur le hasard pour que, juste à ce moment-là, un rayon cos-
- mique franchisse l’appareil clichés devrions-nous prendre ainsi avant d’obtenir une trajectoire ? Le plus simple est de placer notre chambre entre deux compteurs de Geiger : c’est la particule elle-même, en traversant ceux-ci, qui, par l’intermédiaire de relais et d’amplificateurs, actionne le piston et l\nb-turateur, un peu comme le cheval de course qui se photographie lui-même à l’arrivée au poteau, grâce, au rayon lumineux qu’il intercepte et qui commande une cellule photoélectrique.
- Mais combien de centaines de
- Fig. 2. — Schéma de cliché à la chambre de Wilson.
- Les trajectoires rectilignes et épaisses sont celles de corpuscules alpha ; les trajectoires sinueuses et grêles, celles d’électrons.
- L’examen des clichés
- ainsi obtenus est très instructif et aussi, à première vue, plutôt décevant : comment se reconnaître dans ce fouillis de trajectoires qui s’entrecroisent en tous sens ? Un premier tri est cependant assez facile : certaines sont très courbées par le champ
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- magnétique où baigne la chambre; d’autres restent presque rectilignes. Nous en déduisons que les premières appartiennent à des particules d’énergie modérée, puisque ledit champ les subjugue aisément, et que les secondes révèlent, au contraire, •des projectiles excessivement rapides. Comme les trajectoires du premier groupe, du groupe mou, s’infléchissnt tantôt vers la di’oite, tantôt vers la gauche, nous en concluons, en outre, que nous avons affaire à la fois à des électrons et à des positons.
- Les trajectoires du groupe dur, au contraire, sont si peu courbées que les mesures précises d’énergie ne sont possibles que si l’on a la chance de tomber sur une particule au terme de sa -course. En fait, probablement cette énergie s’étend-elle bien au delà de 20 milliards d’électrons-volts, le pouvoir de pénétration dans le plomb étant de l’ordre du mètre. S’agit-il encore ici d’électrons et de positons ?
- —• Impossible, assurent les physiciens : les propriétés (énergie, richesse de la trajectoire en gouttelettes, absorption par la matière) ne correspondent pas.
- — Alors, de protons ?
- — Pas davantage, puisque les trajectoires sont incurvées dans les deux sens ; or, nous ne connaissons pas de protons négatifs.
- Et voilà pourquoi l’on est amené à postuler l’existence d’une nouvelle espèce de corpuscule, positive ou négative, dotée d’une grande énergie, plus lourde que l’électron et plus légère que le proton.
- Comment on pèse un rayon
- 'Fig. 3. — Comment on identifia le méson. Schéma du cliché Neddermeyer-Anderson.
- G, compteur de Geiger suspendu dans une chambre de Wilson ; AB, trace d’arrivée d’un méson entrant dans le compteur ; CD, trace de sortie du méson, incurvée par un champ magnétique à sa sortie du compteur. • ' * Gs
- cosmique. — Les physiciens ont longtemps hésité avant d’ouvrir à cet intrus les portes de la science. S’ils s’y sont finalement décidés, c’est qu’une fois de plus s’est manifesté l’accord pi’odigieux qui, depuis le début de ce siècle, fait avancer du même pas la théorie et l’expérience. En effet, en 193c, le Japonais Yukawa avait découvert que certaines particularités des noyaux atomiques ne pouvaient s’expliquer qu’en admettant l’intervention d’une particule encore inconnue, de* charge positive ou négative
- égale à celle de l’électron et environ 200 fois plus massive.
- — Mais, le voilà, le corpuscule cherché, s’écrièrent alors les capteurs de rayons cosmiques : c’est le méson de Yukawa ! Hâtons-nous de le peser pour voir si les masses concordent bien.
- Cette opération, dont on ne sous-esti-mera pas la difficulté, fut menée à bien par Neddermeyer et Anderson en Amé-l’ique et, en France, par M. Leprince-Ringuet et ses collaborateurs. Les premiers obtinrent le dliché dont vous voyez le schéma figure 3. G représente' la coupe d’un compteur de Geiger suspendu au milieu d’une chambre de Wilson, et AB, la trace d’un méson qui arrive à toute vitesse. Il franchit le compteur, qui le fx-eine considérable-ment, et, presque à bout d’énergie, marque la trajectoire finale CD. C’est de la courbure respective clés deux branches AB et CD que les expérimentateurs déduisirent la masse cherchée.
- M. Leprince-Binguet, lui, réussit le cliché que le dessinateur a reproduit figure 4. AB est la trajectoire du méson qui fonce dans le gaz de la chambre de Wilson. Sur son passage, en C, le hasard a disposé l’un des électrons de ce gaz. La collision est à peu près celle d’une locomotive et d’une brouette : la locomotive-méson culbute l’électron et le projette sur le côté ; le champ magnétique l’oblige alors à décrire l’arc CD. La comparaison des courbures de AB et, de CD fournit encoi’e la mesure convoitée.
- Ainsi savons-nous aujourd’hui que la masse du méson est environ a4o fois celle de l’électron. C’est d’ailleurs, avec la durée de sa vie, à peu près la seule chose précise que nous sachions sur ce mystérieux personnage. On s’est aperçu, en effet, qxxe le méson n’était pas une particule stable, comme l’électron ou le proton, mais qu’il se désintégrait au bout de 1 ou 2 millionièmes de seconde. Cette dématérialisalion se résoudrait en un électron, qui emporterait la charge du méson, et en un neutrino, corpuscule fantôme qxxi n’est perceptible jusqu’ici que par les yeux de la théorie. Mais nous ne sommes qu’au début de l’histoire du méson, ce qui suffit tout de même à donner une idée de l’importance qu’a prise l’emploi du rayonnement cosmique dans les laboratoires; le méson appelé à la rescousse pour les réactions nucléaires, les microprojecliles célestes relayant le cyclotron, quel symbole !
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- Fig. 4. — Schéma du cliché Leprince-Ringuet.
- AB, trajectoire d’un méson soumis à un champ magnétique dans la chambre de Wilson ; G, collision du méson avec un électron ; CD, trajectoire de l’électron après sa collision.
- Pierre Rousseau.
- INFORMATIONS
- Fondation du Centre national d'Etudes . des*Télécommunîcations.
- . Les recherches concernant les télécommunications ont souffert ju|cpi’à ce jour en France tant de leur dispersion, que de la modicité^ des moyens mis en œuvre. Le Centre national d’études des télécommunications, créé par ordoxiafice du 29 janvier 1945, réalise la fusion des diverses techniques intéressées : téléphone, télégraphe, radiodiffusion, télévision, acoustique, signalisation, balisage,, sécurité et autres. Il constitue une fédération de laboratoires individuels* juxtaposés sous la direction d’un seul chef, et doit assurer la coordination de leurs efforts.
- L'Office professionnel des Industries et métiers d'art et de création.
- Un décret du 29 janvier 1945 vient de créer cet office auquel sont rattachées les industries les plus diverses telles que parfumerie, céramique, travail des métaux précieux, taille des diamants et lapidairerie, bronze, gravure, luminaire, ainsi que les instruments de musique, phonographes, électrophones, disques et édition musicale.
- Conférences à Paris.
- JEUDI 8 MARS
- Maison de la Chimie : 18 h. : M. Jean Escher Desrivières : « Les verres colorés et la filtration de la lumière ».
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- Biscuits de soldats, pains de guerre et biscottes pour prisonniers
- Dès l’antiquité, les boulangers savaient préparer des pains susceptibles de se conserver assez longtemps pour les besoins militaires et navals. En particulier, au temps des Anto-nins (9G-192 après J.-G.), l’armée romaine employait déjà, comme vivre de campagne, une sorte de biscuit, préparé avec
- le buccellatuin ou miclie de munition desséchée au four. Chaque soldat, partant pour la guerre, en recevait au départ sa provision pour trois semaines. De même, lorsque la flotte de l’Empereur Octave se dirigea vers Héraclée, les Dixiari (officiers de l’Intendance) distribuèrent aux matelots du Panis nauiicus, ou biscuit de mer, destiné à leur servir de nourriture principale durant les 10 jours de la traversée. Cependant l’usage du Panis recoctus, fait avec une pâte spéciale privée de la plus grande partie de son eau par une cuisson prolongée, tomba quelque peu en désuétude par la suite.
- Beaucoup plus tard, en effet, le sire de Joinville, l’historiographe de Saint-Louis, parle comme d’une curiosité d’une (( manière de pains que l’on appelle bequiz pour ce que ils sont cuits par deux fois » et que mangeaient alors les nègres, envoyés du Soudan à la découverte des sources du Nil. Sous le roi Louis XII (1498-15x5), les navires français s’approvisionnaient en même temps de biscuyt, de pain frais et de farine tandis qu’une ordonnance de Fi’ançois Ier, signalée par Jal dans son Glossaire nautique et datée de i5/|.3, prescrivait au service de l’intendance maritime d’acheter une grande quantité de biscuits « pour l’armée de mer estant de présent en la côte de Provence ». Depuis celte époque le biscuit de mer constitua la base alimentaire du personnel naviguant et à partir des guerres de Louis XIV, le biscuit entra également dans l’alimentation de nos soldats. Toutefois c’est seulement en 1792 qu’il commença à figurer réglementairement dans la ration des vainqueurs de Valmy ou de Jemmapes et diverses de ses variantes servent encore très souvent, à l’heure actuelle
- de nourriture essentielle aux unités combattantes des principales armées du monde.
- Les modifications introduites dans la réalisation de la « galette de biscuit » depuis la lin du xvm° siècle jusqu’à nous portèrent tantôt sur des mélanges farineux, tantôt sur la durée de la fermentation de la pâte, les techniques du pétrissage ou de la cuisson, tantôt sur la forme, les dimensions et le poids du produit final. Au début de sa fabrication, le pain nautique de la flotte française était rond, un peu plus mince au milieu que sur les bords; il pesait 9 onces (3o g environ) et on y faisait des trous avec un instrument appelé « crinette ». Aujourd’hui les biscuits de soldats affectent la forme rectangulaire et sont perforés d’une trentaine de trous (fig. 1). Chacun d’eux ne dépasse guère le poids de 20 g tandis que la biscotte de prisonniers atteint à peine une quinzaine de grammes. Celle-ci n’est, somme toute, qu’une tranche de jrain desséchée à l’étuve.
- Au commencement du xixe siècle, le machinisme fit de limides débuts dans ce domaine. Dès 17G0, un boulanger parisien, Salignac, avait imaginé une a herse pélrisseuse », qui, mue par une manivelle ou par un cheval, tournait eirculairement en agitant la pâle, mais son invention n’eut pas de succès. Son confrère Lembert inventa un autre pétrin mécanique. Présenté au concours ouvert par la Société d’encouragement, pour l’Industrie nationale, l’appareil y fut couronné le 4 septembre 1812; cette machine se composait d’une caisse quadrangulaire en chêne, munie, d’un couvercle et, mobile sur clés tourillons, de manière à ce qu’on puisse lui imprimer d’abord un mouvement de va-et-vient pour opérer le délayage puis une rotation afin de mélanger intimement le levain, la farine et l'eau. Malgré sa simplicité
- Fig. 2. •— Batterie de pétrins mécaniques actionnés électriquement, aux Établissements Heudebert.
- Fig. 1. — Au milieu, trois biscuits de soldats type 1942. Aux extrémités, deux biscottes de prisonniers.
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- •de fonetionneraenl, la « Lcmberline )) n’entra pas alors clans la pratique boulangère et il fallut, attendre quelques années pour que le pétrissage mécanique parvînt à vaincre les habitudes séculaires et surtout l’hostilité des ouvriers français, qui craignaient la concurrence des a bras de fer ».
- Cependant en 1820, Tessel-Grant, employé de la flotte britannique à Porstmouth, remplaça le travail manuel par des machines qui labriquaient rapidement et hygiéniquement des galettes rondes ou carrées, faites avec de la pâte de farine mélangée parfois de produits divers. Une vingtaine d’années après, un maître mécanicien de l’arsenal de Roehefort, Àuboin, réalisa de son côté une ingénieuse méthode de fabrication mécanique du biscuit de mer qui, perfectionnée par Rollet, directeur des subsistances de la marine en 184G, se poursuivit sans changement de principe jusqu’à notre époque.
- D’ailleurs, on a cherché depuis longtemps à augmenter la valeur nutritive et à varier la composition du biscuit de soldat, qui était jadis un aliment de trituration difficile, de saveur peu agréable et de digestion plutôt pénible. Énumérons rapidement les principaux succédanés qu’on a proposés pour le remplacer. En i855, Callamand présenta à l’Académie des Sciences de Paris un biscuit-viande, obtenu en pétrissant de la farine avec du bouillon de bœuf puis en y incorporant de la viande et des légumes. On distribua ce pain de conserve à nos troupes, lors de la campagne de Crimée; mais, bien que l’essai ne lui fût pas défavorable, on ne l’employa pas ultérieurement. Le « meat-biscuit. » de l’Américain Gail-Borden, utilisé vers la même époque par la marine marchande des États-Unis et qui contenait également des extraits de viande associés à certains produits farineux, n’eut pas plus de succès.
- Fig. 4. — Détournement des pains de prisonniers cuits dans un four-tunnel à marche continue.
- ses opérations s’effectuent dans de vastes ateliers dont les vues ci-jointes, prises dans l’usine Heudebert à Nanterre (Seine) avant la libération, donnent une idée exacte.
- LE PAIN DE PRISONNIER ACTUEL
- Durant, la guerre 191/1-1918, en France comme en Allemagne, divers physiologistes et techniciens ne manquèrent pas de proposer l’adjonction de nombreux succédanés au froment, soit pour économiser les farines panifiables, soit pour faciliter la conservation de la précieuse denrée pendant son lent acheminement jusqu’aux théâtres d’opérations ou jusque dans les camps de prisonniers.
- Dès 1910, Fleurent, professeur au Conservatoire des Arts et Métiers, indiqua un mode de préparation du pain de prisonniers, que les boulangeries industrielles emploient encore maintenant avec de légères variantes. La pâte destinée à cette fabrication se traite selon la méthode ordinaire mais, vu les quantités importantes demandées aux industriels spécialisés, les diver-
- Fig. 3.
- Enfournement des pâtons pour pains de prisonniers dans des fours à sole chauffés au gaz.
- En premier lieu, on mélange tous les composants farineux à l’aide d’une batterie de pétrins mécaniques actionnés électriquement (fig. 2), On verse les ingrédients nécessaires convenablement dosés dans des cuves métalliques de grande capacité. Dans chacune de celles-ci, tournent, en sens inverse, deux bras coudés qui malaxent intimement les différents produits jusqu’à ce que la pâte devienne lisse. Des ouvriers la placent ensuite dans des moules métalliques de forme parallélipipédi-que. Ceux-ci, après un séjour de l\o à 60 mn dans les armoires de fermentation, sont enfournés pour la cuisson.
- Dans les grandes boulangeries et biscuiteries industrielles, les fours sont à marche continue et on les chauffe soit, au gaz (fig'- 3), soit à l’électricité. Les moules mis directement sur un tapis métallique à vitesse réglable suivant la température du four et le genre de produits désirés (biscuits divers pour soldats, pains de guerre ou de prisonniers) cheminent ainsi tandis que leur contenu subit dans le parcours du four, long de 12 à i5 m, un chauffage progressif aisément, réglable; ils en sortent par l’autre bout où les pains tombent au fur et à mesure dans des corbeilles disposées à proximité (fig. 4). Chaque pain de prisonniers ne doit pas dépasser 1 kg et après avoir poussé sa cuisson assez loin, on l’empaquette sous deux papiers dont les fermetures de pliage se trouvent contrariées. On le ficelle ensuite puis on le x’cmet au four, i5 à 20 mn à une température de 120° à i3o°. Après quoi on défourne et on laisse refroidir avant l’expédition. Le papier d’emballage jaune clair, fait d’un mélange de cellulose et de bois mécanique avec encollage ordinaire à la fécule, prend une odeur assez agréable due à la caramélisation de ses constituants et à la production de traces d’aldéhyde formique au cours de la cuisson. Cet enrobage chimique favorise la stérilisation et a permis à Fleurent de conserver dans des lieux même humides, pendant plus d’un mois, des pains ainsi préparés. Actuellement cependant on préfère présenter les pains de prisonniers sous forme de biscottes, qu’on recuit et qu’on met en cartons ou en boîtes, une fois refroidies (fig. 5).
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- PAINS DE GUERRE FRANÇAIS ET ALLEMANDS
- En 1917, le Pr Lapicque et le D1' Legendre ont entrepris des recherches pour améliorer notre pain de guerre, qu’on fabriquait alors avec des farines blutées à 85 pour 100 et auxquelles on ajoutait divers succédanés (seigle, orge, maïs, etc.)- Ces savants mirent au point, dans le laboratoire de physiologie du Muséum, une nouvelle méthode de panification intéressante, qui reçut, en son temps, l’approbation de l’Académie de Médecine et fut employée par de nombreux boulangers de notre pays pendant les hostilités (1). Dans ce procédé, on travaillait les levains et la pâte comme d’habitude mais en les pétrissant à l’eau de chaux au lieu d’eau pure afin de neutraliser les recoupettes et les petits sons incorporés aux farines par économie. On obtenait, de la sorte, un ce pain français » mieux levé, à la croûle ferme, dégageant une bonne odeur, de saveur douce, sans acidité, ni âcreté et d’excellen'e conservation. Plus récemment Leroy, de Rouen, indiqua un perfectionnement à la méthode de Lapicque et Legendre. Il proposa de remplacer l’eau de chaux par l’eau de chaux glu-cosée, qui augmenterait la solubilité de la chaux et accroîtrait son action sur les farines et la pâle. Après un large emploi jusqu’à la fin de la guerre (1918), on cessa de préparer le « pain français » une fois la signature de la paix, lorsque les meuniers purent revenir à des taux d’extraction de moins de 80 pour 100.
- Durant les années 1914-1918, l’Allemagne, en vue de remédier à la pénurie des substances alimentaires, fut également obligée de fabriquer un pain de guerre dit « pain K » composé de farine de seigle et de pomme de terre; mais compact, de digestion pénible et de faible valeur nulritive, on ne saurait en recommander l’usage car, d’après l’analyse de Lindet, il ne renfermait que 5,4 de substances azotées alors que le pain ordinaire fait avec du blé en contient au moins trois fois plus. Aussi vers la fin de 1916, à la suite de recherches poursuivies par l’Institut des fermentations de Berlin, on remplaça dans l’armée du Reich, le pain K par le « pain KK » obtenu par addition de 2,5 pour 100 de levure au mélange de farine de blé ou de seigle et d’amidon de pomme de terre. Cette for-
- 1. La Nature, 45* an., n° 2295 (22 septembre 1917), p. 183. Pour améliorer notre pain actuel : « Le pain français ».
- mule donnait un pain de bon goût et d’assez longue conservation; sa mie et sa croûte ressemblaient, du reste, à celle du pain ordinaire. Enfin on introduisit de l’autre côté du Rhin, en 1984, un Kraftbrot ou « pain fortifiant » composé de 97,5 pour 100 de farine de céréales et 2,5 pour 100 de lait desséché. Grâce à l’albumine lactée, qui entre dans sa composition, ce nouveau pain était facile à digérer.
- BISCUITS DES SOLDATS ET. DES MARINS FRANÇAIS
- Le biscuit de soldat 1989-1940 différait beau coup de celui utilisé pendant la guerre 1914-1918. Les techniciens de l’intendance française ont, en effet, cherché à donner aux combattants un produit très nourrissant sous un faible volume. Alors qu’en 1914 le biscuit se composait simplement de farine, de sel et d’eau, le « gâteau )> de 1989-1940 était plus riche en substances nutritives par addition d’un peu de caséine et de sucre. Les biscuits ainsi fabriqués pouvaient se conserver, de façon parfaite, durant plusieurs mois et la troupe les appréciait beaucoup. Après le mois de juin 1940, la plupart des usines spécialisées continuèrent la fabrication des dits biscuits soit pour les prisonniers de guerre, soit pour les organisations d’entr’aide sociale.
- Visitons donc les établissements Heudebert, de Nanterre, afin de nous rendre compte de la série des opérations que nécessite leur réalisation normale.
- A leur arrivée, on décharge directement les farines du camion, qui les amène sur un quai de réception puis on les monte dans les chambres de stockage à la cadence de 200 sacs à l’heure, au moyen d’un élévateur continu, muni d’un dispositif de sécurité permettant l’arrêt instantané de l’appareil au cas d’un incident quelconque de manœuvre. On doit maintenir les locaux d’emmagasinage à une température constante. Les farines panifiables ne constituent pas, en effet, des substances inertes mais au contraire des produits « vivants » en quelque sorte et sensibles aux agents extérieurs. Afin d’éviter toute altération, on établit le conditionnement de l’air dans les magasins, de façon à y maintenir continuellement la température aux environs de 20°.
- Fig. 6. — Batterie de malaxeurs mélangeant les divers éléments de la pâte.
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- Avant leur emploi, on mélange convenablement les farines de diverses provenances dans le but d’obtenir une grande uniformité dans la composition des biscuits. A cet effet, on se sert de mé-langeuses de grande capacité (4 ooo à 4 5oo kg environ). Celles-ci sont constituées par une chambre cylindrique verticale en tôle, prolongée par une partie inférieure conique et dans laquelle se trouve, en outre une vis sans fin verticale, destinée à provoquer un double mouvement continu et régulier de la masse farineuse : l’un détermine l’ascension de celle-ci vers le centre de l’appareil, l’au-. tre la projette contre les parois. Au bout de très peu de temps, l’homogénisation du mélange s’achève et la farine tombe par gravité dans une bluterie centrifuge ayant pour objet d’élimine'-les impuretés
- La farine ainsi blutée passe ensuite dans une trémie-peseuse, qui en débite les fractions voulues; on la verse alors dans un malaxeur où s’opèrent le mélange et le pétrissage de tous les composants du futur produit. Comme le biscuit de soldats nécessite une pâte ferme, on utilise des appareils d’une grande puissance (fig. 6). Chaque malaxeur est formé d’une cuve parallélipipédique à fond demi-cylindrique dans laquelle deux bras coudés, tournant en sens inverse, mélangent intimement les différents éléments jusqu’à ce que la pâte devienne lisse et bien homogène. Le mouvement des bras est commandé à l’aide d’engrenages, poulies et courroies trapézoïdales par un moteur de io ch environ.
- A la sortie du malaxeur, la pâte se présente sous la forme d’un gros bloc qu’il faut égaliser et transformer en bandes de g à io mm d’épaisseur et de 4o à 5o cm de largeur pour pouvoir la placer sur la machine à découper (fig. 7). Pour cela, on met la pâte sur un tapis, qui l’entraîne vers deux cylindres lisses tournant en sens inverse et à écartement variable ; plusieurs passages sous ces derniers, l’amènent à l’épaisseur voulue. Après quoi une « matrice » la découpe; cet outil donne leur forme définitive à 1 200 biscuits par minute.
- Fig. 7. — Machines à découper la pâte des biscuits de soldats.
- Fig.
- 8. — Four électrique à marche continue pour la cuisson des biscuits de soldats.
- Enfin un dispositif automatique les met sur des plaques pour les diriger vers les fours chargés de les cuire.
- Cette cuisson s’effectue encore dans des fours à marche continue de i4 à i5 m de longueur, chauffés électriquement et ayant une production horaire de 35o à 4oo kg environ (fig. 8). Les plaques posées sur ce tapis roulant traversent en un quart d’heure le tunnel où règne une température de 225°-25o°. Chaque four électrique des établissements Heudebert a une puissance de 875 kilowatts. Après leur défournement, des ouvrières s’emparant des biscuits afin de les laisser d’abord se refroidir quelque temps avant leur arrivée dans le hall de conditionnement où il ne reste plus qu’à les emballer soit dans des cartonnages, soit dans des caisses suivant leur destination
- (fig. 5).
- Quant aux biscuits de mer, ils se préparent à peu
- près comme les précédents mais leur composition se rapproche de l’ancienne formule (farine, sel et eau). Le matériel de fabrication est exactement le même et partant très moderne ; seule la matrice de découpage de la bicuiteuse se trouve changée, le format du biscuit de mer étant plus grand que celui du biscuit actuel de l’armée française. D’après les chiffres donnés par P. W. Fouassier, dans son livre
- Pour le boulanger (1989), un quintal de farine fournit environ 90 kg de biscuits arrondis pesant chacun 55o g, soit la ration journalière d’un de nos
- marins.
- Grâce à tous ces perfectionnements techniques et à l’excellence des matériaux entrant dans leur composition, nos biscuits militaires comme nos pains de prisonnier l’emportent maintenant sur les produits similaires étrangers.
- Malheureusement, depuis l’été 1944, presque toutes les céréales étant réservées à la panification ordinaire ou à la fabrication des pâtes alimentaires, la plupart des usines d’où ils sortaient en grande quantité ont dû s’arrêter. Seules quelques-unes marchent encore au ralenti, en attendant la reprise économique mais elles ne fabriquent plus guère aujourd’hui que des gâteaux secs, des farines de pois ou de haricots et certains aliments similaires de régime.
- Jacques Boyer.
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- Les Livres nouveaux
- Formulaire technique du géologue, par
- R.. Furox, 1 vol. in-16, 214 p., SI fig. Guides techniques du naturaliste, vol. IV. Lcchevalier, Paris. . Nombreux sont-ceux qui s’intéressent aux roches, aux fossiles et aux problèmes de la géologie, mais qu’une certaine réserve retient au seuil cl’études captivantes, faute d’un minimum d’initiation. Le petit volume de M. Furon vient à leur secours.
- Ce n’est pas un ouvrage élémentaire de géologie, mais un guide : il répond à toutes les questions que le débutant va se poser, il indique les cours, conférences, •excursions qui sont à sa portée, signale les livres fondamentaux qu’il faut lire, etc. Il montre dans quel esprit concevoir l’observation sur le terrain.
- L’explication de S excursions géologiques en France, donne un aperçu très démonstratif des principaux aspects de la géologie accessibles au débutant.
- La technique de l’alpinisme, par M. Pouil-chier et E. Fresdo, 1 vol., 232 p., 127 fig
- B. Arthaud, éditeur, Grenoble et Paris.
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- Propagation de la chaleur, par Cil. Fabry,
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- Armand Colin, Paris, 1042. Prix : 24 fr.
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- aux études des techniciens que l'on appelle aujourd’hui les « thermiciens ». Les échanges de chaleur jouent en effet un rôle considérable dans de très nombreuses branches de l’industrie. C’est pourquoi, à côté de l’étude théorique de la conduction et (1e la convection, l’auteur a rassemblé un grand nombre de données numériques précieuses pour le praticien.
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- COMMUNICATIONS DE NOS LECTEURS
- Une ancre rustique en bois
- Un lecteur de La Salure nous adresse ce -document que nous pensons intéressant de reproduire : il s'agit (l'une ancre rustique confectionnée par des pécheurs canadiens des côtes de Nouvelle Ecosse (à proximité d’Halifax). Les bras sont formés de deux pièces de bois disposées en croix après un dégrossissement sommaire, la tige est constituée par un faisceau conique de fragments de branches. Une ou plusieurs grosses pierres retenues comme dans une cage par ce faisceau donnent à l’ancre le poids nécessaire. La minceur du filin, et la fragilité probable de l’engin laissent penser à une utilisation pour l’ancrage de casiers de pêche, par exemple, plutôt que pour l’ancrage de petites embarcations.
- Des spécialistes nous donneront-ils leur avis sur ce petit problème ? Il serait également intéressant de savoir si ce type d’ancre est véritablement original ou au
- contraire assez répandu dans le inonde des pêcheurs ?
- Peut-être, à l’heure où les « Bons matière » sont rares quelques lecteurs de La Salure, pêcheurs à leurs heures de loisir, trouveront-ils dans le document que nous publions la manière de remplacer une ancre de métal devenue introuvable ?
- La Rédaction de « La Nature » apprécie vivement l’initiative des amis de noire journal qui a bien voulu nous envoyer le document publié ci-dessus. Sous saisissons cette occasion pour rappeler que « La Nature » est toujours disposée à publier les observations originales que ses correspondants lui feront parvenir : de préférence des notes très courtes, avec une illustration. Il est utile de rappeler que l’illustration ne pourra être reproduite que si le document est d'excellente qualité et bien démonstratif, et d’autre part qu’une observation ne présente d’intérêt réel que si elle comporte des indications scrupuleusement exactes et précises concernant les circonstances de l’observation ; selon le cas : lieu, date,- altitude, etc...
- Bien entendu, la place étant très limitée, seules les plus inëressantes des observations qui nous parviendront seront publiées. Dans beaucoup de cas, il pourra être possible de mettre nos correspondants en rapport avec des spécialistes amis de notre journal, ce qui cor iribuera à donner plus d’intérêt encore à cette correspondance.
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- FILMS SOUS-MARINS
- LeJMeutenant de vaisseau J.-Y. Cousteau
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- opère par 60 mètres de fond
- Parmi les films documentaires présentés au cours des mois récents, l’un des plus remarquables fut Par dix-huit mètres de fond, tourné en libre plongée sous-marine par le Lieutenant de vaisseau Jacques-Yves Cousteau, assisté de ses camarades le Capitaine de corvette Philippe Tailliez et M. Frédéric Dumas. C’est bien l’un des documents les plus sensationnels apportés à ce jour par le cinéma. Le film montre des scènes de cliasse sous-marine au harpon, lancé à bras ou par une arbalète : le chasseur étant suivi de près par l’opérateur maniant la caméra. On voit les aspects surprenants des fonds sous-marins, de la flore et de la faune de la mer et
- Fig. 1. — Une vue extraite d’un film sous-marin du Lieutenant de vaisseau Cousteau.
- SOMMAIRE
- Films sous - marins, par
- P. MICHAUT.................. 81
- Pièces détachées pour corps
- humain, par G. MOUCHOT . . 84
- Les punaises des bois et leurs bactéries symbiotiques, par
- Jacques CARAYON............. 85
- Les sondeurs d’atome : de Dalton à Louis de Broglie,
- par Pierre ROUSSEAU......... 88
- Où va la télévision? par
- Michel ADAM................. 90
- Le tannage des peaux de moutons en laine, par
- J. BOISSEAU................ 94
- N° 3084 15 Mars 1945
- Le Numéro 10 francs
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- Fig. 2. .— Préparatifs d’une prise de film sous-marin.
- l'attaque des gros poissons. Les allures des plongeurs apparaissent curieusement modifiées par l’effet de la pression de l’eau et prennent, dans une lumière étrange, un caractère inattendu. Ce jour-là, le cinéma nous a étonné, émerveillé.
- Le Lieutenant de vaisseau Cousteau s’apprête à nous présenter un nouveau film analogue, plus remarquable encore : Épaves, réalisé dans la rade de Toulon, aux abords de l’île du Planier et de l’île de Giens et dans la baie de Cavalaire. Là, au cours de trajets de plusieurs kilomètres, les opérateurs ont repéré et visité une quinzaine d’épaves anciennes ou récèntes, reposant à des profondeurs de 20 à 60 m de fond.
- Ces deux films révèlent ainsi des aspects extraordinaires., à peu près inconnus à l’écran et affirment en même temps une technique remarquable des prises de vues sous-marines. Ces deux films, entièrement sincères et présentés sans truquages, montrent l’étendue des possibilités actuelles de la photographie et de la cinématographie sous-marine.
- Tentatives antérieures.
- Les premiers enregistrements sous-marins ont été réalisés par l’Américain Williamson dont le livre Vingt ans sous les mers est des plus curieux. Il descendait dans une boule métallique suspendue à un bateau et reliée à l’air libre par un tube d’aération. Il raconte que bien souvent il descendit ainsi, accompagné de sa femme et de son jeune fils... Il ne dépassa jamais six ou sept mètres de profondeur. Après avoir enregistré plusieurs documentaires intéressants, Williamson voulut aborder le grand film et entreprit la réalisation cinématographique du célèbre roman de Jules Verne : Vingt mille lieues sous l&s mers ; ce fut un échec complet, en raison des obstacles techniques nombreux et des inexactitudes du récit. Notamment, la marche sous-marine est impossible et le pittoresque des promenades du Capitaine Nemo et de ses prisonniers, vêtus de leur scaphandre, s’évanouit..,. Les baigneurs ont éprouvé que l’on ne peut guère « marcher » dès que l’eau atteint le niveau de la poitrine. En vérité, sur le fond, les scaphandriers rampent misérablement et les plongeurs nagent couchés à l’horizontale entre deux eaux.
- Jean Painlevé, ensuite, se fit une spécialité de l’étude de petits poissons et de crustacés marins par prises de vues sous-marines directes. Il limitait sa sphère d’action à des objets rapprochés, excluant toute prise d’images à longue distance. Certaines séquences de VHippocampe, du Bernard VHermite, sont de parfaits spécimens. Le Commandant Le Prieur tenta diver-
- ses prises de vues, dont certaines en couleurs (16 mm); quelques-unes, présentées à l’Académie des Sciences, peu avant cette guerre, avaient vivement attiré l’attention. Un Allemand, Hans Haas, pratique, depuis plusieurs années, la photographie sous-marine : il a enregistré quelques films de 16 mm d’une technique assez sommaire.
- Enfin, l’Américain Johnson s’est fait, à Hollywood, une réputation de spécialiste des prises de vues sous-marines. Il a publié, il y a peu de temps, un article important dans le Journal of Motion picture Engineers. Il estime qu’il est impossible de procéder à des prises de vues à plus de 10 ou i5 m de profondeur et à plus de i5 m de distance de l’objet.
- C’est par un choix judicieux des filtres et des émulsions que le Lieutenant de vaisseau J.-Y. Cousteau a pu dépasser sensiblement ces limites.
- Les obstacles.
- Les deux obstacles auxquels se sont heurtés les prédécesseurs de M. Cousteau proviennent, en effet, de la lumière qui est à la fois polarisée par son passage à travers la surface de l’eau et diffractée par les particules organiques en suspension qui déterminent un voile. La disparition presque immédiate du rouge écarte le recours aux prises de vues dans l’infra-rouge dont les rayons dans l’atmosphère percent des voiles et des brumes à de grandes distances. Le Lieutenant de vaisseau Cousteau déclare n’avoir fait aucune invention à proprement parler : c’est par l’étude approfondie des filtres et des émulsions existants qu’ils s’est affranchi des limites que ses prédécesseurs et ses émules n’avaient pu vaincre.
- En fait, il à' atteint 60 m de profondeur et se prépare à descendre plus bas encore ; quant à la distance, il dépasse sensiblement la limite de i5 m fixée par Johnson : c’est, en fait, à 25 m qu’il obtient ses meilleurs résultats, avec des temps d’exposition de i/5oe de seconde.
- Fig. 3. — Les cinéastes équipés pour une plongée.
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- Le plus grand obstacle reste le froid qui, pour le moment, limite ses travaux à la Méditerranée : chaque plongée doit être suivie d’une exposition prolongée devant un grand feu.
- La caméra.
- La lumière faiblit progressivement. A partir de 2 ou 3 m, le rouge disparaît ; vers 3o m on ne distingue plus la surface, même en eau cristalline. A partir de 4o m on ne trouve plus que des radiations vertes et bleues. On sait que vers 3oo ou 35o m, la lumière devient nulle, du moins pour l’œil humain. Mais M. Cousteau compte réussir à prendre de bonnes images jusqu’à 100 m de profondeur, avec des émulsions appropriées, en instantanés au x/48e de seconde.
- La caméra utilisée pendant la campagne de 1 g43-xg44 se composait d’une simple caméra Le Blay, du type reportage courant, munie d’un objectif à grande ouverture. Elle est enfermée dans une boîte étanche dont M. Cousteau avait établi les caractéristiques. Mais pour les travaux qu’il envisage à présent, ce matériel est insuffisant. M. Jean Painlevé, directeur général de la Cinématographie, a réuni la Commission technique du Cinéma, devant laquelle M. Cousteau a exposé les particularités du matériel dont il souhaite pouvoir disposer. Ces caractéristiques ont été communiquées à l’ensemble des constructeurs français, lesquels, à la demande de la Direction générale, se sont mis à l’étude pour construire le matériel spécial, n’existant nulle part au monde et qui sera bientôt établi.
- Cette caméra devra permettre la prise de vues en couleurs, car bien que le rouge n’existe pas sous la mer, il reste assez de couleurs pour donner des effets de coloration extraordinaires.
- L'appareil respiratoire.
- L’appareil respiratoire utilisé par le Lieutenant de vaisseau Cousteau se compose d’un masque à trois bouteilles d’air comprimé, dont une de réserve. Il est conçu pour n’avoir plus de poids dans l’eau. On pensait que le corps humain ne pouvait résister à la pression de l’eau au delà d’une profondeur de 20 à 3o m, à peine dépassée par certains pêcheurs de perles. Or, M. Cousteau atteint couramment 45 m de profondeur; il descend même à 62 m (chiffre contrôlé) et compte atteindre 100 m, record américain des scaphandres souples. L’appareil respiratoire fournit le dosage d’air correspondant à la pression du milieu ambiant; et la chair et le sang d’autre part équilibrent également leur résistance à la pression.
- Le plongeur ne peut guère se poser au fond. La marche lui serait impossible par l’effet de la résistance de l’eau. Il nage, horizontal, comme un poisson. Les pieds sont munis de nageoires palmées en caoutchouc ; il varie la hauteur en gonflant ou dégonflant les poumons. Sans poids propre, il se déplace entre deux eaux avec une aisance, une souplesse, une facilité inouïes. L’appareil respiratoire assure deux heures d’autonomie, ce qui correspond à plusieurs kilomètres.
- Applications pratiques.
- Parmi les utilisations de la méthode, citons l’examen des gros œuvres sous-marins des ports, la vérification des assertions, généralement contradictoires, des scaphandriers en cas de naufrages, la visite minutieuse des épaves même par l’intérieur, l’étude des possibilités de renflouement par l’établissement du « dossier photographique et cinématographique » de l’épave et le contrôle des travaux en cours d’exécution. L’appai'eil respiratoire permet de substituer des plongeurs libres, beaucoup plus mobiles, aux scaphandriers dont l'équipement lourd et compliqué réduit considérablement les déplacements.
- Fig-. 4. — Une prise de vue sous-marine.
- Certains amateurs songent déjà à la chasse sous-marine qui, en Méditerranée, groupe des milliers de spécialistes. Précisons que les règlements protecteurs de la pêche interdisent les armes à poudre et à air comprimé : seuls sont permis les harpons lancés à bras ou propulsés par ressort ou par caoutchouc. La chasse sous-marine se pratique en effet tout près des côtes, et c’est là que. le poisson vient pour le frai : il a tôt fait de déserter les zones où il est troublé. Les deux films du Lieutenant de vaisseau Jacques-Yves Cousteau montrent non seulement d'étonnantes visites d’épaves, des promenades à travers les superstructures fleuries de mousses et d’algues, des descentes par les manches à air vers les chambres des machines, mais également des parties de chasse au Mérou et à la Liche, poissons de la grosseur d’un homme.
- M. Cousteau s’apprête à réaliser quelques auti’es films d’étude, notamment sur les épaves de la rade de Toulon; il compte aussi aborder le grand film, avec un sujet approprié..
- Pierre Michaut.
- ÉCHO
- Les poissons parlent-ils?
- Les poissons parlent, affirme le Dr Christopher Coates du « New York Zoological Society Aquarium » sur la foi d’expériences effectuées en aquarium à l’aide d’un microphone étanche et un oscillographe. Parmi les poissons étudiés figurent notamment des « gouramis », poissons tropicaux à grande bouche originaires de Malacca. Ils émettent des bruits qui varient en hauteur et intensité -suivant leur état et leur humeur. Quand le poisson est excité le bruit est fort et rapide ; quand le poisson mange, le bruit est fort et continu ; quand le poisson est au repos, le bruit est un ronronnement qui rappelle celui du chat. Neiospa-per qui relate ces expériences ne nous dit pas si le Dr Coates a pu établir qu’il s’agit là de bruits émis volontairement, ou seulement de bruits involontaires accompagnant par exemple la déglutition. C’est ce point qu’il faudrait éclaicir avant de proclamer que les poissons parlent.
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- Pièces détachées pour corps humain
- Il y a déjà quelques années un chirurgien russe recevait le même jour à son hôpital un homme dont la rotule avait été broyée à tel point qu’elle était pratiquement irréparable et un blessé grave qui ne tarda pas à mourir. Il prit la rotule du cadavre et la greffa sur son blessé.
- Par la suite on se mit à conserver du sang de cadavre pour faire des transfusions.
- Les Américains ont appliqué cette idée à bien d’autres domaines de la chirurgie et le Reader’s Digest de novembre 1944 nous donne des renseignements assez curieux sur l’utilisation des pièces détachées pour corps humain.
- Réparation des yeux. — Certaines personnes dont la vision a été diminuée ou même considérablement atteinte à la suite de plaies de la cornée peuvent grandement bénéficier d’une opération assez délicate qui consiste à^greffer un petit morceau de cornée pris sur un œil normal.
- L’ennui est que les donneurs volontaires ne courent pas les rues et on le croira volontiers.. A côté des donneurs vivants on a vu des personnes faisant don de leur œil après la mort. Mais il paraît que l’offre est très au-dessous de la demande. On ne nous dit pas si le marché noir sévit dans ce domaine. Mais, mise à part toute question financière, le problème reste délicat car un œil ne se conserAre pas longtemps, aussi les hôpitaux de NeAV-Yox'k ont-ils organisé un centre où les yeux sont conservés. Les futurs donneurs sont priés de signer les papiers nécessaires et immédiatement après la mort, l’œil est retiré,^ envoyé immédiatement au centre et conservé dans du plasma à une température adéquate.
- Réparation des nerfs. — Les plaies des nerfs posent des problèmes importants.. Quand il ne s’agit que d’une section il est encore possible de suturer les deux bouts, mais quand une partie importante du nerf a été arrachée il fallait trouver un autre procédé. Le Dr Paul Weiss, de Chicago, a mis au point une technique pour congeler des morceaux de nerfs retirés du corps, les deshydrater dans le vide et les conserver dans des flacons stériles. Ces nerfs peuvent par la suite être greffés. En fait, ce n’est pas le nerf greffé qui reprend vie, si l’on peut dire, dans le nouvel organisme. Un nerf coupé a tendance à repousser, mais les fibres nenreuses au lieu de sui-
- Are le trajet de l’ancien nerf se pelotonnent et le nerf que l’on greffe sert simplement de conducteur. Quoi qu’il en soit du mode de reconstitution du nerf, les nouArelles méthodes américaines sont pleines d’intérêt et on rapporte le cas extrêmement intéressant d’un blessé dont tous les nerfs d’un membre supérieur a Avaient été partiellement arrachés et précisément au niveau de leur bifurcation. Les chirurgiens avaient devant eux sept ramifications neigeuses à la partie supérieure du bras et après l’interruption 17 nerfs. Il s’agissait de rétablir la continuité.. Des greffages de nerfs permirent de rendre au blessé l’usage de son bras.
- Réparation des artères. — Les plaies artérielles, quand elles intéressaient de grosses artères, étaient presque toujours suivies de gangrène et nécessitaient l’amputation. Les Américains ont recours à un procédé très ingénieux. Des Aeines sont conservées à la glacière et en cas de besoin utilisées de la façon survante. Un petit tube du calibre de l’artère à réparer est doublé intérieurement par un morceau de Areine dont les deux extrémités sont retroussées en manchette sur le tube. Ainsi préparé le tube est mis en place et le courant sanguin passe. Il est indispensable d’aAroir cette « doublure » de veine car le sang se coagulerait dans un tube de verre ou de métal.
- Conservation des cartilages. — De même les chirurgiens américains ont commencé à conserver du cartilage dans des solutions salées. Le cartilage est nécessaire dans bien des opérations, en particulier celles sur la face quand il s’agit de remodeler un nez ou de réparer une figure endommagée. Jusqu’ici, en pareil cas, on prenait un morceau de cartilage sur le blessé lui-même, en général sur les côtes. Cette méthode n’était pas sans inconvénients : d’abord c’était une douleur supplémentaire infligée au pauvre blessé et en cas de réfection faciale importante il n’était peut-être pas toujours facile d’avoir toute la matière première nécessaire, Les chirurgiens d’outre-Atlantique sont, paraît-il, très satisfaits des résultats obtenus avec le cartilage de conserve et l’après-guerre semble devoir donner un certain essor à ces procédés aArec les nombreux blessés de la face qu’il faudra opérer.
- Dr Gabriel Mouchot.
- A TRAVERS LE MONDE
- La Potasse en U. R. S. S.
- Les services d’information d’U. R. S. S. ont signalé, il y a plusieurs années déjà, d’importantes découvertes de gisements de sels de potasse sur le territoire soviétique. D’après les renseignements fournis, les tonnages mis en évidence par les géo^-gues russes donneraient à ce pays la première place dans le monde pour ses réserves.
- Les principaux gisements reconnus seraient les suivants :
- Le bassin de la région de Solikamsk, dans l’Oural aux environs de Perm s’étendrait sur une cinquantaine de kilomètres carrés. La couche saline d’aussi bonne qualité que celle de Stassfurt, en Allemagne, se situerait à moins de 100 m de profondeur.
- Le§ autres gisements reconnus seraient situés à Ozinki également dans l’Oural, district de l’Emba ; dans le Kazakstan ; dans l’Usbekistan, près de Karluk ; et en Turkménie.
- La production de l’U. R. S. S. serait en forte progression, passant de quelque cent mille tonnes en 1930 à 1 319 000 t erx 1933
- et 2 400 000 t en 1937, ce dernier chiffre correspond à 266 000 t de potasse anhydre K20 C1).
- Ces chiffres montrent l’effort considérable poursuivi par l’industrie russe pour le développement de ses gisements.
- Signalons également que les cendres de Tournesol sont riches en potasse. La récupération est aisée et donne un produit très pur. La quantité produite est relativement faible : quelque dix mille tonnes annuelles. Mais la qualité des sels obtenus les fait réserver à l’industrie chimique et à la verrerie fine. J. L.
- 1. Minerai Year book, 1940, p. 1398.
- La Population de TU. R. S. S.
- ERRATUM. — Nous avons publié dans « La Nature » du 13 février 1945 une statistique concernant la population des républiques de l’U. R. S. S. Signalons que la population _ de l’Ukraine s’élèAre à 30.960.221 habitants et non à 80.960.221, ainsi qu’une erreur typographique nous l’a fait écrire.
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- LES PUNAISES DES BOIS ET LEURS BACTÉRIES SYMBIOTIQUES
- Comment ces bactéries alimentent l'insecte en vitamines
- Les Insectes, désignés dans le langage courant sous le nom de « Punaises des bois », sont les représentants les plus communs d’une importante famille d’Hémiptères : les Pentatomi-dés. L’odeur désagréable qu’ils exhalent quand on les saisit leur vaut une mauvaise réputation solidement établie. Cependant, ils méritent d’attirer l’intérêt par les particularités souvent fort curieuses de leur biologie.
- C’est ainsi qu’il existe une association intime et constante entre beaucoup d’espèces de ces Punaises et des microorganismes du groupe des Bactéries. Il ne s’agit pas là d’une banale infection microbienne, mais d’un phénomène de Symbiose, c’est-à-dire d’une « vie en commun » extrêmement étroite et plus ou moins interdépendante de deux êtres bien différents.
- Les Bactéries symbiotiques ou Symbiontes vivent à l’intérieur du corps de l’Insecte, qui les héberge dans des organes spé-
- Fig. 1. — Tube digestif de Dolycoris baccarum montrant la disposition des cryptes à Symbiontes la plus commune chez les Punaises des bois. Grossissement : x 8.
- Fig. 2. — Région des cryptes dans l’intestin d’Elasmostethus inter-stinctus (sous-famille des Acanthosominés). Gr. : x 24.
- Les cryptes ns communiquent plus avec l’intestin, mais sont seulement rattachées à lui par des brides.
- Fig. 3. — Coupe longitudinale dans l’extrémité d’une crypte chez Tropicoris rufipes. Gr. : x 200.
- Un petit nombre seulement des Bactéries a été figuré.
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- cialisés. Là, les meilleures conditions pour leur développement paraissent être réalisées par leur hôte, car elles y abondent comme au sein de véritables cultures. Cependant, jamais elles ne franchissent les limites de ces organes où elles sont localisées pour aller envahir le reste de l’organisme, comme le feraient des microbes pathogènes.
- Les « cryptes intestinales » des Punaises des bois.
- Chez la plupart des Punaises des bois, les organes à Symbiontes sont représentés par des cryptes disposées en i’angées régulières le long de la portion terminale de l’intestin moyen (fig. x et 2), Demeurant généralement en communication avec le tube digestif, au moins par un fin canal, ces cryptes sont formées par des évaginations en doigts de gant de la paroi intestinale; elles sont bourrées d’une immense quantité de Bactéries (fig. 3) qui, fait remarquable, appartiennent toutes à la même espèce, comme dans une culture pure ; cette espèce est toujours la même également pour tous les individus d’une Punaise déterminée. Il s’agit tantôt
- de microcoques de 1 à 2 microns de diamètre, tantôt de bâtonnets incurvés ou de filaments d’assez grande taille ; les formes aberrantes et hypertrophiques sont fréquentes.
- S’ils occupent surtout la lumière des cryptes, ces microorganismes se rencontrent souvent aussi dans l’intérieur même des cellules formant les parois, cellules qui sont plus ou moins modifiées et possèdent de volumineux noyaux. Un certain nombre de Bactéries symbiotiques quittent continuellement leurs cryptes, et, franchissant les tubes de communication se déversent dans l’intestin où nous verrons plus loin ce qu’elles deviennent.
- Fig. 4. — Ponte de Copto-some vue par en-dessus et montrant les houlettes à Symbiontes fixées à la base des œufs. Gr. : x 24.
- La transmission héréditaire des Bactéries symbiotiques.
- L’un des traits les plus curieux de cette association, en dehors de sa constance chez tous les individus d’une même espèces, réside dans le fait qu’elle se perpétue indéfiniment de générations en générations. Des mécanismes automatiques et précis assurent en effet une transmission héréditaire des Bactéries symbiotiques qu’ils installent dans l’organisme des jeunes Punaises dès le début de leur existence.
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- Fig. 5. — Fragment de la surface d’un « organe à enduire les œufs » chez une femelle d’Elasmostethus interstinctus (Acanthosominés).
- Gr. : x 1.250.
- La transparence de l’organe permet de voir les tubes chargés de Bactéries qui apparaissent aux orifices.
- Les modalités de cette transmission, constantes pour une espèce donnée, sont extrêmement variées dans les différents groupes d’Hémiptères possédant des Symbiontes.
- Chez les Punaises des bois, c’est peu après son éclosion que le jeune insecte se contamine par un acte instinctif qui le fait sucer la sécrétion bourrée de Bactéries symbiotiques dont sa mère a enduit la coque de son œuf.
- Examinons de façon plus précise comment se passent les choses dans quelques cas particuliers, en commençant par celui de la Coptosome (Coptosoma scutellatum) (1). C’est une punaise en forme d’outre minuscule, noire et brillante, assez commune en France sur différentes Papillonacées dont elle suce la sève. En mai, elle pond sur les feuilles de ces plantes des séries d’une douzaine d’œufs, régulièrement disposés sur deux rangs (fig. 4). Si l’on examine attentivement cette ponte, on constate entre chaque paire d’œufs, collée à leurs bases, une petite boule rouge rubis. Cette dernière apparaît au microscope remplie de Bactéries symbiotiques identiques à celles qui se trouvent dans les cryptes de l’intestin maternel, car c’est de là qu’elles proviennent directement. En effet, nous avons vu plus haut qu’une quantité de Bactéries quittent les cryptes pour passer dans l’intestin ; elles arrivent ensuite dans une portion renflée et spécialisée du tube digestif constituant un dispositif qui n’existe que chez les femelles ; là, les Symbiontes sont répartis en petites masses régulières qui sont ensuite enrobées dans une sécrétion rouge produite par les cellules de la paroi.
- Chaque fois qu’elle a pondu deux œufs, la femelle Coptosome expulse par l’anus l’une des boulettes ainsi formées et la colle entre eux..
- Dès leur éclosion, les jeunes larves s’installent sur les coques vides des œufs et y restent immobiles pendant une heure ou deux. Une observation attentive montre que, durant ce temps, leur rostre demeure plongé dans une des gouttelettes de rubis dont elles aspirent les Bactéries avec le contenu.
- Peu après leur arrivée dans l’intestin de la larve, les Symbiontes vont s’installer dans la zone des cryptes où ils se multiplient en même temps que se fait la croissance de l’insecte.
- Chez les Punaises des bois les plus communes (Dolycoris, Pentatoma, Aelia, par exemple), les procédés de transmission
- sont voisins; toutefois, la sécrétion contenant les Bactéries symbiotiques forme, non pas des gouttelettes individualisées et colorées, mais un enduit très peu visible qui recouvre en certains points la coque des œufs. On a constaté, là aussi, le « temps de repos » qu’observent les larves après leur éclosion et pendant lequel elles aspirent l’enduit à Symbiontes sur les œufs qu’elles viennent de quitter.
- Si, le plus souvent, les microorganismes symbiotiques qui vont contaminer les œufs passent ainsi par la voie directe du tube digestif, il ne peut plus en être de même chez les Punaises des bois de la sous-famille des Acanthosominés.. Les cryptes intestinales des espèces de ce groupe n’ont plus, en effet, aucune communication avec le tube digestif chez les individus adultes (fig. 2). Cependant, dans ce cas également, les œufs sont enduits de Symbiontes, mais par un procédé tout à fait diffé-renl qui compense en quelque sorte l’impossibilité do réalisation du mécanisme habituel.
- On a constaté (x) que toutes les femelles des Acanthosominés possèdent, au voisinage de leur orifice de ponte, deux organes symétriques très spéciaux ; ils sont souvent pigmentés en jaune vif et sont essentiellement formés d’une grande quantité de petits tubes, accolés les uns aux autres, et bourrés de Bactéries symbiotiques (fig. 5).
- Au moment de la ponte, les œufs venant des oviductes frottent au passage sur ces organes qui déversent sur eux par les orifices de leurs centaines de tubes les Symbiontes de contamination.
- Nous sommes donc ici en présence d’un appareil qui enduit automatiquement et obligatoirement les œufs, tandis que dans les cas précédents cette opération exige l’intervention d’un acte instinctif de la femelle pondeuse.
- 1. W. Rosenkranz. Z. f. Morph. u. Okol., 1939, Bd. 36.
- Fig. 6.
- a, b, Symbiontes d’Eurygaster maura.
- a, forme de contamination ; 6, forme normale.
- c, Symbiontes d’Elasmostethus interstinctus (Acanthosominés). d, Symbiontes de la Coptosome.
- Forme de contamination. Gr. : x a.i5o.
- 1. Étudié par G. Schneider. Z /. Morph. u. Okol., 1940, Bd. 37.
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- On ne sait pas encore exactement par quelle voie et à quel moment les Symbiontes gagnent les « organes à enduire »; cela se produit de façon précoce, fort probablement pendant la vie larvaire.
- Les adaptations réciproques des Punaises et de leurs Symbiontes.
- Ce n’est que grâce à des adaptations réciproques profondes que les organismes des Punaises et de leurs Symbiontes peuvent vivre et se maintenir dans une association aussi intime. Les particularités qui en résultent constituent les caractères les plus manifestes de cette Symbiose.
- Du côté des Punaises, nous venons de Aroir l’existence d’organes spécialisés, les uns dans l’hébergement et même la culture pure des Bactéries symbiotiques, les autres dans la transmission héréditaire de ces microorganismes. Il est important de noter que la formation de tels organes n’est pas sous l’influence directe des Symbiontes, comme s’il s’agissait de tumeurs ou de galles perfectionnées. D’une part, en effet, ils apparaissent au cours du développement de l’Insecte, dans bien des cas avant sa contamination; d’autre part, ils persistent même chez des Insectes artificiellement stérilisés.
- Outre ces adaptations anatomiques très poussées, il existe aussi des adaptai ions physiologiques importantes mais beaucoup moins connues. Les réactions de défense, notamment, que les phénomènes d’immunité imposent contre tout élément étranger, ne s’exercent plus vis-à-vis des Symbiontes que dans la mesure où elles servent à contrôler et à localiser leur prolifération.
- Du côté des microorganismes symbiotiques, il existe des différences sensibles par rapport à des Bactéries normales : grande fragilité et variabilité des formes plus élevée. Mais surtout, parallèlement au cycle de développement de l’Insecte hôte, il se produit une évolution cyclique de l’aspect et de la colorabi-lité des Symbiontes. Ceux-ci prennent en particulier une forme spéciale ou « forme de transmission » qui.sert à enduire les œufs et à contaminer les larves (fig. 6 a et d).
- Notons enfin que ces Bactéries symbiotiques sont extrêmement difficiles à cultiver en dehors de l’organisme de leurs hôtes, ce qui montre bien leur étroite adaptation; on n’y est arrivé avec certitude que tout récemment dans le cas particulièrement favorable des Symbiontes de la Coptosome.
- Origine de la Symbiose.
- L’association symbiotique, telle qu’elle se présente aujourd’hui, est le résultat d’une longue évolution dont on peut reconstituer les principales étapes de la façon suivante. Ce fut, à l’origine, une maladie légère provoquée chez un Insecte, ancêtre lointain des individus actuels, par des Bactéries banales habitant normalement son tube digestif. Celles-ci, jusqu’alors saprophytes et inoffensives, acquérant soudain Une certaine virulence devinrent parasites, ce qui déclencha des réactions de défense de leur hôte.
- Le résultat de la lutte ne fut pas l’anéantissement de l’un des adversaires, comme dans une maladie aiguë, mais un compromis résultant de l’équilibre des forces antagonistes. La situation a évolué ensuite vers une stabilisation très singulière de cet équilibre ; de telle sorte que la maladie chronique du début, de mieux en mieux tolérée, est devenue une maladie entretenue de générations en générations par les malades eux-mêmes et aussi une maladie nécessaire comme nous allons le voir.
- Rapports physiologiques entre les organismes associés.
- r <*
- Ceci constitue certainement le point le plus intéressant, mais aussi le plus complexe de la question. Comme pour la Symbiose des Lichens, celle des Orchidées et beaucoup d’autres, la question se pose de savoir s’il y a véritablement échange de bénéfices entre les associés, ou si, au contraire, tout le profit étant d’un seul côté, il s’agit seulement d’un cas de parasitisme bien toléré.
- Ainsi, on a souvent considéré ces associations Hémiptères-Bactéries (dont nous n’avons examiné ici que les cas particuliers aux Pentatomidés) comme de simples infections parasitaires, parfaitement supportées par les insectes, mais ne profitant qu’aux Bactéries.
- Ceci n’est exact que dans quelques cas correspondant à des stades primitifs de l’évolution indiquée au paragraphe précédent. En effet, c’est seulement lorsque l’Insecte lui-même en retire des bénéfices que V a l’infection tolérée » initiale peut devenir véritablement durable et déclencher des adaptations mutuelles aussi précises que celles que nous venons de voir.
- La preuve en est dans la relation qui existe entre la présence des Symbiontes et le régime alimentaire de leurs hôtes. Seules, les espèces monophages, c’est-à-dire se nourrissant pendant toute leur vie exclusivement du même aliment (sang, sèves, bois, etc,) possèdent de vrais microorganismes symbiotiques. Les exemples sont très nombreux. Pour nous limiter au cas des Punaises des bois, on constate que la majorité de leurs espèces, exclusivement suceuses de sèves, vivent en symbiose bactérienne; par contre les quelques espèces carnassières (Picro-inerus, Zicrona, etc.) qui s’attaquent à toutes sortes d’insectes dont elles sucent les liquides organiques variés, n’ont pas de Symbiontes.
- Dans ces conditions, il est possible de penser que les Bactéries symbiotiques fournissent à leurs hôtes des vitamines et des fadeurs de croissance indispensables qu’ils ne peuvent trouver dans leur unique aliment.
- De récentes expériences (x) ont montré qu’il en est bien ainsi. Elles ont été faites sur la Coptosome qui, par son mode particulier de transmission symbiotique, constitue un sujet d’études exceptionnellement favorable. Il est facile en effet d’enlever les boulettes à Symbiontes de la surface des œufs avant l’éclosion et d’obtenir ainsi des larves stériles. Celles-ci, comparées à des larves témoins normalement contaminées et placées dans les mêmes conditions, présentent, dans les jours qui suivent la naissance, une mortalité beaucoup plus élevée; celles qui parviennent à subsister se développent deux ou trois fois plus lentement que les témoins.
- Cependant, si l’on nourrit ces larves stériles et déficientes, non plus sur des plantes complètement développées, mais sur des plantules venant de germer et riches, comme l’on sait, en certains facteurs de croissance, elles rattrapent peu à peu leur retard par rapport aux larves normalement contaminées.
- La présence des Symbiontes est donc indispensable pour assurer la croissance normale ; elle paraît moins nécessaire aux individus adultes. Quoi qu’il en soit, le profit que l’Insecte retire de la présence des microorganismes reste évident.
- Associations à bénéfices réciproques, basées sur un antagonisme mutuel en équilibre parfaitement stable, ces phénomènes de Symbiose posent encore de nombreux problèmes et ouvrent la voie à de passionnantes recherches dans les domaines de l’immunité, de l’adaptation et de la nutrition.
- Jacques Carayon.
- 1. Commencées par G. Schneider, en 1940, reprises et poursuivies depuis par H. J. Müller.
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- LES SONDEURS D'ATOME
- de Dation a Louis de Brogtie
- Prologue de l'épopée atomique
- 'histoire de l’alomisme commence à Dalton.
- Balayons donc tout de suite d’un cœur léger les divagations des Anciens, en retenant toutefois les noms de Leucippe et de Démocrile : c’est à eux, en effet, que nous sommes redevables de la première notion d’atome, particule infinitésimale qu’ils concevaient tantôt ronde, tantôt anguleuse, et généralement munie de crochets afin de s’agripper aux particules voisines et de constituer ainsi les corps que nous connaissons. Intuition grossière et fort matérielle, certes, mais louable effort en vue d’une théorie mécaniste de la substance ! C’est ce qui explique qu’AnisTOTE ne l’ait pas supportée, l’ait condamnée avec éclat et remplacée par sa doctrine des quatre éléments.
- Aristote fut le directeur de conscience et le dictateur intellectuel de tout le Moyen Age et de la Renaissance. Il fallut bien du temps et de la peine pour que la dalle dont sa métaphysique nébuleuse avait recouvert la pensée endormie se soulevât, et que l’on vît de nouveau surgir, d’abord timidement, puis avec une assurance de plus en plus ferme, la vieille notion d’atome issue jadis des spéculations helléniques.
- Le mérite premier en revint à Descartes, fondateur de la science moderne. Ses disciples s’emparèrent ensuite de l’idée de « petits corps a et le professeur Lémery (i645-i7i5) put expliquer que si les alcalis faisaient effervescence avec les acides, c’est parce que leurs particules étaient poreuses, celles-des acides pointues, et que ceiles-ci pénétraient dans celles-là. Ce fut surtout le grand chimiste anglais Robert Boyle (1627-1691), qui démollil allègrement la montagne d’absurdités qu’avaient accumulées Aristote, Paracelse et les alchimistes, qui définit le corps simple et appuya son hypothèse corpusculaire sur des expériences — des combustions — tranchant singulièrement avec les élucubrations hermétiques de ses prédécesseurs. Il fut môme le premier à imaginer les atomes animés de mouvements variables. Un demi-siècle plus tard, en 1738, Daniel Bernoulli (1700-1782) allait reprendre cette idée féconde et se représenter les gaz comme formés d’innombrables corpuscules en mouvement incessant : c’étaient les prémisses de la théorie' cinétique des gaz.
- Au moment de pénétrer dans le temple de la chimie vraiment scientifique, saluons au passage le grand nom de Lavoisier (1743-1794); déjà auréolé d’une réputation flatteuse, le jeune savant — il a 33 ans — vient d’entreprendre une expérience capitale : il fait chauffer pendant plusieurs jours une cornue de mercure sur une lampe à huile. Le résultat de son travail — cette légère pellicule rouge qu’il découvrira être de l’oxyde de mercure — retentira jusqu’au fond de l’Europe savante et sonnera le glas de l’ancienne chimie. Le phlogisti= que est mort; vive l’oxygène l Désormais, Lavoisier n’hésitera plus à propager l’idée que la matière est faite de petits grains séparés baignant dans un fluide appelé calorique.
- Lavoisier est un homme célèbre; il a génie, bonheur, fortune. Cependant, la même année (1777) qui voit triompher sa théorie de la composition de l’air, un obscur chimiste de Dresde, Wenzel (1740-1793), est plongé dans une série de recherches dont l’avenir montrera l’importance. Il prépare une solution de sulfate de soude, en faisant réagir l’acide sulfurique sur la soude. L’acide rougit le papier de tournesol; la soude le bleuit; le sulfate de soude le laisse tel quel. Cela signifie, se dit Wenzel,
- que le produit est neutre, donc que l’acide et la base qu’il contient se neutralisent exactement. Préparons de la même façon de l’azotate de baryum, en faisant réagir de l’acide azotique sur du baryum. Cet azotate de baryum est neutre lui aussi. Mélangeons ensuite sulfate de soude et azotate de baryum. Et voici le résultat : les acides s’intervertissent, et il se forme de l’azotate de soude et du sulfate de baryum, neutres tous les deux. Ou’esl-ce à dire ? s’interroge le perspicace expérimentateur. Sûrement ceci : que la quantité d’acide sulfurique qui, dans le sulfate de soude, suffit à neutraliser la soude, suffit aussi, dans le sulfate de baryum, à neutraliser la baryte.. Il est réellement curieux que cette quantité soit la même dans les deux cas.
- C’est, aussi ce que pense, quinze ans plus lard, son compatriote Richter (1762-1807), chimiste à la manufacture de porcelaine de Berlin. Le résultat trouvé par Wenzel, se demande-t-il à son tour, ne s’applique-t-il qu’au sulfate de soude et qu’à l’azotate de baryum, ou bien s’étend-il à tous les sels neutres ? Passons au laboratoire et place à l’expérience. En 1795, la loi cherchée apparaît : ce sont décidément tous les sels qui en sont justiciables, et Richter est à même de publier un tableau indiquant quelle quantité d’une base donnée est nécessaire pour neutraliser tel acide. Ainsi, expose-t-il, dans l’expérience de Wenzel, le sulfate de baryum se forme parce qu’une quantité bien déterminée d’acide sulfurique est mise en présence d’une quantité non moins déterminée de baryte. C’est ce que l’on constate d’autant plus-facilement que ce sulfate de baryum est insoluble et se dépose.
- Absurde ! se récrie Bertiiollet (1748-1822). Quand je fais dissoudre du sel de cuisine dans de l’eau, celle-ci est plus ou moins salée suivant la quantité de sel que j’y dépose. De même, votre sulfate de baryum est plus ou moins concentré suivant les quantités respectives de composants, mais il ne cesse pas d’être du sulfate de baryum.
- Le grand chimiste, qui est à l’avant-garde de la science européenne, en est aussi l’un des pontifes. Il a été l’un des premiers à répudier le phlogistique et à soutenir Lavoisier, et il est maintenant comblé de bienfaits par le Premier Consul. Qui osera faire opposition à son jugement P
- Eh bien ! C’est un de ses compatriotes nommé Proust (1754-1826), qui travaille dans un laboratoire de Madrid.
- Vous confondez combinaison et dissolution, objecle-t-il en 1793 à Berthollet. Essayez donc de fabriquer du sulfure de fer en mélangeant à votre gré du soufre et du fer : vous n’y parviendrez pas. Vous serez obligé de convenir que les poids de ces deux éléments doivent toujours être dans la proportion de 32 pour le soufre à 56 pour le fer (par exemple 32 gr de soufre pour 56 gr de fer, ou 32 t de soufre pour 56 t de fer). « Quand vous croyez combiner les corps en proportions arbitraires, pauvres myopes, ajoute-t-il, ce ne sont que des mélanges que vous faites, et dont vous ne savez pas distinguer les parties; ce sont des monstres que vous créez et que vous ne savez pas disséquer... »
- Berthollet ne se rendra, à ces raisons qu’en 1807, et la loi de Proust, ou loi des proportions définies, sera dès lors définitivement admise : « Pour former un même composé, deux corps se combinent toujours suivant des proportions invariables et définies ». La loi de Proust, c’est le tremplin d’où va maintenant s’élancer Dalton pour commencer la conquête de l’atome. (A suivre). Pierre Rousseau.
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- Armes et engins de guerre nouveaux
- Fig. 5. — Véhicule amphibie pour débarquement Utilisé par l’Armée Britannique.
- Fig. 6. — « L’Alligator », nouveau• char amphibie américain.
- 'j Fig. 7. — Canon lance-fusées pour défense contre avions.
- Lance-fumées pour camoufler les mouvements de troupes. Fig. 9. — Le mortier de l’infanterie américaine.
- (Photos communiquées par les Services d’informations des Armées alliées)
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- OU VA LA
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- TÉLÉVISION ?
- La technique de la télévision (il vaudrait mieux dire radiovision) est aujourd’hui bien au point. L’oscillographe cathodique et la cellule photoélectrique ont permis de créer, pour l’analyse et la reconstitution des scènes visuelles, des instruments sensibles et précis que La Nature a déjà décrits en détail avant guerre f1) et dont nous rappelons plus loin le principe. La succession des signaux électriques qui traduisent point par point les sensations lumineuses que percevrait globalement la rétine humaine devant la scène à téléviser peut être transmise à la vitesse voulue soit sur câbles, soit à travers l’espace sur ondes hertziennes.
- Les outils de la télévision sont donc à notre disposition. Ils sont d’une merveilleuse sensibilité. Mais quel sera, demain, le champ de leurs applications pratique ? On est immédiatement porté à établir un parallèle entre la situation actuelle de la télévision et celle de la radiotélégraphie et de la radiophonie au lendemain de la première guerre mondiale. Grâce à la découverte et à la mise au point de la lampe à trois électrodes les radiocommunications avaient pris au cours de cette guerre un très grand développement. Aux armées il s’en faisait un très grand usage. Dans les relations à grande distance, elles secondaient et même commençaient à concurrencer les télécommunications par fil ou câble. Un assez grand nombre d’amateurs, curieux de distractions scientifiques, s’essayaient à capter ces émissions par des moyens de fortune. On en était là au lendemain de la guerre, lorsqu’un poste privé français eut l’idée d’émettre régulièrement un concert à l’intention de ces amateurs indiscrets. La radiodiffusion était née. On sait ce qu’elle est devenue. Elle compte des centaines de millions d’auditeuFSv EHe -esi~ua -besoin de- la vie **naederaes -A? traver&4e>, monde, elle donne du travail à des centaines de milliers d’ouvriers et techniciens.
- La télévision dispose, dès aujourd’hui, d’un matériel beaucoup plus perfectionné que la radiodiffusion de 1920; mais, du fait des circonstances, elle n’a encore reçu pour ainsi dire aucune application industrielle. y*
- On a proposé de la combiner à la téléphonie pour permettre aux deux interlocuteurs de se voir pendant leur conversation. Ce fut la visiotéléphonie. Des essais ont été faits eh de nom-
- 1. Voir notamment l’excellent article cle M. HÉMAnnixQVEn, n° 2970, du 1er février 1936.
- breux pays ; la guerre les a interrompus et il n’existe aucun service public associant télévision et téléphonie.
- On a proposé également, dès l’avant-guerre, de faire concourir la télévision à la sécurité de la navigation maritime ou aérienne, par temps brumeux. On sait que les rayons infrarouges, imperceptibles pour l’œil humain, peuvent traverser sans être absorbés, de grandes épaisseurs de brouillard. Tout objet éclairé par la lumière solaire réfléchit une proportion importante de ces rayons ; on peut les déceler au moyen de cellules photoélectriques associées à des amplificateurs. Imaginez un télescope dont l’objectif recherche l’obstacle invisible susceptible de mettre le navire en péril : iceberg, écueil, navire ennemi, etc. L’oculaire de ce télescope est remplacé par un système de télévision, c’est-à-dire par un groupe d’organes qui retransforment en lumière, mais en lumière visible, sur un écran fluorescent, les images fournies par l’objectif du télescope. On aura ainsi réalisé un œil qui voit dans la brume, dans les nuages (voir La Nature, n° 2977, i5 mai 1936). Nous croyons pouvoir dire que, sur ce principe, il a été mis au point des appareils utilisés sur les navires des nations unies. La revue Choix éditée par les Services d’information interalliés donne dans son n° 2 d’après The Saturday Evening Post de Philadelphie un émouvant récit de la bataille navale du 25 décembre 1943 dans laquelle un immense convoi à destination de Mourmansk escorté par une escadre anglaise fut attaqué en pleine nuit polaire par le croiseur de bataille allemand, le Scharnhorst. Celui-ci comptait surprendre le convoi à la faveur de l’obscurité. Il arrive à 6 milles de l’escadre anglaise. Mais, dit la revue « cet œil qui ne s’endort jamais et qui est - présent sur tous les-bateaux des nations unies, veillait sur leur sécurité. Il avait donné le premier signal d’alarme et maintenant il indiquait l’endroit exact où cet intrus qui était presque certainement un ennemi se trouvait et la direction qu’il prenait ». Le Scharnhorst qui comptait surprendre fut lui-même surpris par le tir immédiat des navires adverses, et la bataille se termina par la destruction du croiseur allemand.
- Si importante que puisse devenir en temps de paix celte application de la télévision elle n’offrira à l’industrie qu’un débouché restreint en comparaison de ceux que possédait la T. S. F. à l’issue de la preipière guerre mondiale.
- Le grand débouché escompté pour la télévision reste en définitive la diffusion de spectacles et d’informations. Dans tous les
- Fig. 1 — Schéma d’une transmission de télévision.
- Caméra. . électronique
- Plaque
- photo-
- sensible
- \—*
- Rayon _ __
- cathodique
- analyseur
- Amplificateur et poste radio - électrique transmetteur
- Rayon
- cathodique
- Poste radio-électrique récepteur
- Ecran
- fluorescent
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- pays il a été déjà organisé des stations expérimentales donnant des émissions régulières dans le but de tâter le public. La guerre a ralenti cet effort sans le paralyser complètement. C’est ainsi que la station expérimentale française, exploitée à Paris dans le Champ de Mars par les services de la Radiodiffusion Française, vient de reprendre ses émissions suspendues pendant l’occupation allemande. Les récepteurs de télévision sont des appareils assez compliqués dont la construction sort du domaine de l’amateur « bricoleur ». Mais, s’il y a une demande suffisante, l’industrie pourra les fabriquer en grande série et les vendre à des prix modérés.
- Toute la question est de savoir si la télévision trouvera un public. A cet égard, il faut bien dire qu’on n’a encore que peu de données. L’avenir de la télévision dépendra avant tout de l’attrait des spectacles offerts.
- Comment ceux-ci doivent-ils être organisés pour conquérir la faveur générale P A cette question, deux éminents spécialistes américains, le grand inventeur Zworykin et M. Morton ont tenté de répondre dans un ouvrage récent, en s’aidant des avis exprimés par les spectateurs des stations expérimentales des États-Unis. Nous résumerons leurs vues dans la seconde partie de cet exposé.
- Principe des appareils de télévision.
- Le principe de la télévision repose sur la persistance des impressions lumineuses. Au départ, l’image à transmettre est analysée point par point en un temps inférieur au dixième de seconde, durée de la persistance d’une sensation lumineuse sur l’œil humain Cette analyse terminée, une nouvelle image est substituée à la première et analysée de même façon en moins de i/io de seconde, et ainsi de suite.
- Pour chaque point exploré, l’analyseur provoque une impulsion électrique proportionnelle à la brillance du point. Après amplification cette impulsion est véhiculée à distance soit par ondes hertziennes, soit par un courant électrique circulant dans un câble. Au poste récepteur elle module l’intensité d’un pinceau de rayons cathodiques qui balaye un écran fluorescent dans le même ordre et à la même cadence que l’organe analyseur dans son exploration de l’image à transmettre. Les points de l’écran frappés par le pinceau s’illuminent successivement avec une brillance proportionnelle à celle du point correspondant de l’image de départ. Celle-ci se trouve ainsi reconstituée au poste récepteur.
- L’organe essentiel de la transmission est la caméra électronique. La scène à téléviser est projetée par une lentille sur une plaque photo-sensible qui joue exactement le rôle de la rétine humaine. Dans la caméra de Zworykin, baptisée iconoscope, cette plaque, logée dans une ampoule en verre transparent où l’on a fait un vide très poussé, est une mosaïque de très nombreuses et ...minuscules cellules photoélectriques juxtaposées
- qui rappellent les cônes et bâtonnets de la rétine. Chaque ÇèMule prend une charge électrique proportionnelle à l’intensité du rayon lumineux qui la frappe. La plaque est explorée à cadencé rapide par un mince pinceau de rayons cathodiques, autrement dit par un pinceau d’électrons auquel des champs électriques ou électromagnétiques impriment un mouvement de balayage suivant une succession de lignes bien déterminée. Ce pinceau joue ici exclusivement le rôle d’un conducteur mobile. Il ferme le circuit de la cellule photoélectrique qu’il
- rencontre et provoque ainsi l’impulsion électrique qui va être transmise au poste récepteur pour y reconstituer l’image.
- Dans la caméra Farnsworth connue sous le nom de dissector, l’image à transmettre est projetée sur une plaque transparente recouverte d’un enduit uniforme d’oxyde de césium, matière photoélectrique. Cette plaque est logée dans une ampoule à vide poussé, où elle sert de cathode. En face d’elle est placée une plaque métallique parallèle servant d’anode et portée à un potentiel élevé par rapport à la cathode. Chaque point de l’image formée sur la plaque sensible émet un rayon électronique perpendiculaire aux deux plaques ; l’intensité de ce rayon est proportionnelle à la brillance du point. Tous ces rayons se dirigent vers l’anode. Un écran percé d’un petit trou n’en laisse parvenir qu’un seul à l’anode. Mais des champs électromagnétiques extérieurs impriment à l’ensemble du faisceau
- Fig. 2. — La caméra électronique pour émissions de télévision.
- Modèle de la Radio Corporation of America (D’après la revue Life).
- L’image à transmettre est projetée par une lentille (à droite) sur une plaque photosensible à l’intérieur de la caméra. Elle est explorée par un pinceau d’électrons (rayon cathodique).
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- Fig. 3. — La caméra « Dissector Farnsxvorth » (D’après la revue Life).
- électronique un mouvement systématique de balayage selon lequel les différents rayons traversent successivement le trou, suivant un ordre bien déterminé. Chaque rayon provoque . ainsi une impulsion électrique qui traduit la brillance du point correspondant de l’image. Entre le trou et l’anode est interposé un multiplicateur d’électrons, comportant des surfaces en chicane revêtues d’un enduit spécial et que le rayon électronique vient heurter par réflexions successives. A chaque choc, de nouveaux électrons arrachés à la surface réfléchissante renforcent le rayon incident. Les impulsions électriques sont ainsi amplifiées un million de fois environ par un appareil peu encombrant. La caméra Farnsworlh, très maniable, est aussi sensible qu’un bon appareil photographique. Elle se prête tout particulièrement aux prises de vues en plein air.
- Au poste récepteur il se forme une image obsei’vable sur le fond plat et transparent d’un oscillographe cathodique. Les ampoules de verre des oscillographes cathodiques ne peuvent avoir que des dimensions faibles. L’image est donc petite et ne peut être vue que par un petit nombre de spectateurs. Mais elle peut être projetée sur un écran. A cet effet, la télévision emprunte à l’astronomie le réflecteur télescopique de Schmidt (voir La Nature, n° 3076, i5 décembre 19/u, p. 385).
- Les émissions de télévision se font aujourd’hui à la cadence de plus de 3o images par seconde. L’exploration de chaque image se fait suivant 5a5 lignes parallèles décrites successivement depuis le haut jusqu’au bas de l’image. Dans ces conditions, les images reproduites au poste récepteur ont les qualités des bonnes reproductions de similigravure que publient les journaux illustrés.
- Ajoutons que la télévision en couleurs est aujourd’hui pratiquement réalisée. LJn studio de New-York diffuse déjà, à titre d’essai, des programmes en couleurs.
- Enfin la télévision peut se combiner sans difficultés à la radiophonie pour donner des émissions parlantes.
- Les programmes et l'art de la télévision.
- Étant ainsi bien armée, quels spectacles va nous offrir la télévision : actualités prises sur le vif, théâtre, concerts, cinéma, production en studio, conférences documentaires, instructives ou éducatives, présentation de tableaux, statues, objets d’art, de curiosités naturelles illustrés par des figures,
- des graphiques, des démonstrations visuelles ? Ce vaste programme est possible et sera sans doute exploité.
- Mais, pour conquérir un large public, pour capter et retenir son attention, pour plaire en un mot, il y aura tout un art spécial à créer. Nouveau moyen d’expression des émotions et de la pensée, s’adressant à des spectateurs à domicile dont l’état réceptif est tout différent de celui des spectateurs réunis dans une salle, la télévision ne pourra être ni du pur théâtre ni du pur cinéma. Sans doute, elle pourra, dans certains cas, emprunter l’intermédiaire de l'enregistrement cinématographique pour faciliter les mises au point et assurer la liberté des horaires. Mais la présentation devra être toute différente : éclairage, effets de lumière, jeux de scènes, combinaisons avec la parole, le chant et la musique, choix et changement de décors, choix des sujets, composition des programmes, autant de problèmes neufs à résoudre et pour lesquels deAcra se révéler un personnel de talent.
- Les productions en studio dc\Tont être mises au point minutieusement avant l’émission, de laborieuses répétitions seront indispensables. Alors qu’en radiophonie il faut 7 répétitions pour une audition, on estime qu’il en faut 20 et parfois même 4o pour un spectacle de télévision.
- L’art de la télévision n’atteindra pas d’emblée la perfection. Mais le sentiment du public à son égard évoluera, lui aussi, avec le temps. La radiophonie a connu trois périodes : l’âge héroïque où l’attrait était celui de la nouveauté et de la curiosité; puis l’âge de la recherche où l’auditeur prenait un intérêt sportif à capter le plus d’émissions possible et surtout les plus faibles et les plus lointaines, et enfin l’âge de la maturité où l’auditeur s’attache avant tout à la qualité du programme et devient de plus en plus exigeant.
- MM. Zwôrykin et Morton pensent que la télévision connaîtra des étapes analogues. Aujourd’hui nous sommes encore à l’âge héroïque. Mais déjà nous approchons de la seconde phase où, la curiosité étant émoussée, l’intérêt se portera avant tout sur
- Fig. 4. — Oscillographe cathodique pour récepteur de télévision.
- Le rayon électronique, en balayant l’écran fluorescent qui constitue le fond de l’ampoule, reconstitue l’image de départ (D’après la revue Life).
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- la matière télévisée. C’est la période critique, elle- décidera de l’avenir de la télévision. Pour la franchir avec succès, il faudra offrir des spectacles d’intérêt général susceptibles d’intéresser , et de divertir un public nombreux, et laisser de côté les programmes spécialisés. A ce moment naîtra sans doute une critique de la télévision qui facilitera l’évolution du nouvel art en éclairant le producteur sur les réactions du public et le public sur les intentions du producteur.
- Si, dans celte période, la télévision réussit à plaire, elle deviendra un besoin tout comme la radiophonie, et comme celle-ci, elle se diversifiera et à côté des programmes généraux elle abordera des programmes spécialisés sur les sujets les plus variés.
- Organisation future de la télévision.
- La télévision exige, pour sa transmission, une large bande de fréquences que l’on ne peut trouver disponible que dans le domaine des ondes hertziennes courtes ou très courtes ou dans celui des courants à très haute fréquence. Actuellement, on utilise comme ondes hertziennes les ondes métriques dont la longueur est de l’ordre de 5 m. Leur technique est encore dans l’enfance; leur portée est encore très limitée et elles ne se prêtent qu’à des diffusions locales.
- Par contre, avec les nouveaux câbles coaxiaux ou les tubes-guides on dispose de conducteurs qui peuvent transmettre à grande distance et fidèlement des courants de haute fréquence modulés.
- On est donc amené à envisager l’organisation suivante, déjà ébauchée du reste par les postes expérimentaux des États-Unis : des stations locales seront édifiées dans les grands centres et radiodiffuseront leurs émissions à l’intention des seuls spectateurs de la ville. Mais les différentes stations pourront être réunies les unes aux autres par des câbles au tubes-guides. Le programme de l’une des stations pourra ainsi être retransmis par les autres.. La télévision s’organisera donc par réseaux comprenant une ou plusieurs centrales productrices des programmes, et connectées par conducteurs spéciaux à des postes de diffusion convenablement répartis sur Je territoire.
- Pour augmenter la portée des télévisions radiodiffusées, on a envisagé aussi l’emploi de postes-relais recevant l’émission sur ondes courtes dirigées, et la retransmettant à d’autres postes plus éloignés par les ondes courtes d’une autre longueur, elles aussi dirigées.
- Si la télévision conquiert la faveur du public, elle donnera du travail à tout un monde d’artistes, d’ingénieurs, de techniciens et d’ouvriers. Les postes émetteurs, tout comme les émetteurs radioélectriques, resteront le monopole d’un petit nombre de constructeurs spécialisés. Mais le poste récepteur donnera naissance à une vaste industrie. Le poste récepteur de télévision s’apparente au poste radiophonique, mais il est plus complexe et plus délicat. Le châssis peut comprendre 25 à 35 lampes, 3oo à 4oo soudures, et près de 3 ooo pièces. La construction exigera donc de grands soins et de sévères épreuves de réception.
- Il faudra prévoir aussi la formation de spécialistes de l’entretien et du dépannage, opérant par exemple par équipes régionales. Car le client moyen, n’aura pas la compétence voulue pour parer aux incidents survenant dans son poste récepteur.
- Vues d'avenir.
- La télévision, dit Zworykin, se développera dans la mesure où elle contribuera à améliorer nos conditions de vie et notre niveau de confort. Et il estime que d’ores et déjà notre système économique est capable de supporter les charges d’un service de télévision dans la mesure où il se rendra utile à la société.
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- Fig. S. — Projection sur écran.
- L image formée sur le fond de l’oscillographe est projetée sur écran au moyen d’un télescope Schmidt (D’après la revue Life).
- Cette utilité ne fait aucun doute pour l’auteur qui souligne dans trois domaines différents les bienfaits futurs de la .télévision : valeur éducative et culturelle, distraction, élargissement de nos facultés sensorielles.
- Mais n’en doutons pas, la télévision à côté de ses enthour siastes aura aussi d’ardents détracteurs. Ils lui reprocheront précisément d’être une distraction au sens propre du terme, c’est-à-dire de venir arracher à l’homme dans son propre foyer; les seules heures dont il dispose pour la méditation, l’étude personnelle et la vue intérieure de l’âme, ainsi que pour la fora mation intellectuelle et morale de ses enfants. Ils lui reprocheront précisément son efficacité éducatrice qui en fera un insr trument de propagande, une arme à deux tranchants et accentuera encore le caractère grégaire vers lequel tendent les sociétés modernes;
- Mais l’homme soucieux de conserver sa liberté de penser aura toujours, comme pour la radiodiffusion, la faculté d’en user à sa guise et la ressource de tourner le bouton pour couper le spectacle.
- Michel Adam.
- NOUVELLES
- Où construira-t-on la Maison de la Radio?
- Il y a déjà quelques années que des crédits ont été prévus au budget annexe de la radio-diffusion pour l’édification de maisons de la Radio, tant à Paris qu’en province, dans le cadre du Plan Ferrié. Les travaux se sont poursuivis jusqu’à ce jour, avec des vicissitudes diverses, sans qu’aucune décision ait pu encore intervenir. Le dernier projet en date prévoyait un centre de radiodiffusion et de télévision très important au rond-point de la Défense, à Courbevoie, sur un terrain de 120 000 m2. Cette solution, heureuse au point de vue de l’urbanisme, le serait moins sur le plan pratique, en raison de l’excentricité de cette situation. Aussi un nouveau projet est-il en voie d’achèvement pour la construction de la Maison de la Radio sur le quai Branly, à l’emplacement de l’ancien garde-meuble, sur un terrain de 80 000 m3. Si la France a quelque peu tardé à édifier ses maisons de la radio, nous pouvons espérer, par contre, qu’elle possédera les plus modernes et les mieux équipées.
- A la Société des Radioélectriciens
- A la réunion du 24 février 1943 de la Société des Radioélectriciens, M. Matricon, docteur ès sciences, a présenté une intéressante conférence sur la technique de la fabrication des lampes d’émission.
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- LE TANNAGE DES PEAUX DE MOUTONS EN LAINE
- Cette préparation est-elle à la portée des artisans et des amateurs ?
- La peau de mouton en laine se prête à de nombreux usages, mais il faut savoir choisir les peaux.
- Au cours de ces dernières années, la pénurie des tissus chauds et la rigueur des hivers ont remis en faveur une fourrure naguère peu estimée des élégantes, la peau de mouton en laine, c’est-à-dire garnie de sa toison. Elle a aujourd’hui de multiples emplois : confection de chapes pour nos combattants, doublures de souliers fourrés, manteaux trois quarts pour dames, collets, intérieurs de canadiennes, descentes de lits, couvertures pour berceaux ou voitures d’enfants, etc... D’autre part, la multiplicité des abatages familiaux pratiqués
- Moutons au pâturage.
- à la campagne met, à l’heure actuelle, à la disposition de la population rurale un grand nombre de peaux qu’elle cherche à utiliser pour elle-même ou pour les parents et amis de la ville.
- Mais, tout de suite, il nous faut mettre en garde le public contre deux illusions. D’abord, il n’est pas possible de fabriquer tous ces articles et, en particulier les extérieurs de vêtements avec des peaux qui n’auraient pas été spécialement choisies pour ces usages. N’importe quelle peau brute n’est pas bonne pour n’importe quelle utilisation. Par exemple, s’il s’agit de préparer des peaux pour doublures de canadiennes ou de manteaux pour dames, il faudra choisir, autant que possible, soit des peaux d’agneaux première laine, c’est-à-dire d’agneaux qui n’ont pas encore été tondus, soit des peaux de moutons déjà rasés, mais ayant une laine d’au moins deux centimètres de longueur. La finesse de cette laine a également son importance pour donner un tissu plus chaud et les moutons à laine bourrue ne sauraient être employés ici. Ajoutons, que, d’une façon générale, les moutons de la région parisienne conviennent très bien dans ce cas.
- S’il s’agit, au contraire, de la confection de descentes de lit, il faut éviter les peaux de moutons à laine fine qui pren-
- nent ensuite trop facilement la poussière et se feutrent sous les pas. Enfin, les agneaux frisés à laine longue doivent être choisis avec soin pour la confection des couvertures de berceaux ou de voitures d’enfants.
- La deuxième illusion, partagée trop souvent par le grand public consommateur, est de croire que le tannage des peaux de moutons en laine peut être réalisé, toujours en bonne qualité, par des artisans occasionnels ou des amateurs et ils s’imaginent qu’avec une bonne recette, donnée sous le manteau, et une simple immersion des peaux dans un bain, ils obtiendront des articles finis susceptibles de rivaliser avec ceux qui proviennent des meilleurs mégissiers et qui ont été terminés par les apprêteurs les plus qualifiés. De combien de déboires, de déceptions, de gâchages de peaux cette dernière illusion n’est-elle pas responsable!
- Il est cependant possible, en suivant une technique rationnelle, de réaliser soi-même une bonne préparation de peaux de moutons en laine et c’est ce « tannage amateur » que nous allons décrire maintenant.
- Comment préparer les peaux brutes en vue du tannage (reverdissage, lavage et blan= chiment).
- Après l’abatage de l’animal, les peaux dépouillées ont été conservées temporairement soit par salage, au sel ordinaire, scit par séchage. Avant ces opérations, elles étaient appelées « de s peaux vertes » ; il faut les rendre à nouveau vertes, d’où le nom de « reverdissage » donné à la première phase de la préparation des peaux au tannage. Les peaux de mouton salées se reverdissent facilement par simple trempe dans un bac, dans une eau fraîche et aussi pure que possible, fréquemment renouvelée, pendant douze heures.
- Mais, si la peau brute a été livrée plus ou moins bien séchée, il se peut qu’une simple trempe dans l’eau pure ne suffise pas pour lui rendre sa fraîcheur et sa souplesse initiale. Il faut ajouter, dans ce cas, au bain de trempe, 4 à io kg de bisulfite de soude commercial à 4o pour ioo par mètre cube, addition qui a pour effet de rendre l’eau plus agissante, de 1’ « aiguiser », pour employer un terme de métier.
- Après cette trempe à l’eau claire ou aiguisée, selon les cas, la peau est placée à plat sur une table, la partie chair de la peau, celle qui touchait la viande, à l’extérieur. On a préparé, entre temps, une solution contenant par litre : ioo gr d'alun de potasse (alun ordinaire) et 5o gr de sel ordinaire et, à l’aide d’un petit morceau de peau de mouton en laine trempé dans cette solution, on tamponne soigneusement toute la chair de la peau en évitant de toucher à la laine. Au cours de ce premier tamponnage, il ne s’agit nullement de commencer le tannage; l’opération a seulement pour but de gonfler les chairs et d’assurer, par le resserrage des tissus qu’elle provoque, une cer-
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- taine solidité à la laine ce qui lui permettra de mieux résister aux traitements ultérieurs.
- Ensuite, avec un couteau bien aiguisé, la peau étant toujours sur la table, chair à l’extérieur, il faudra pi'océder à 1’ « échar= nage » c’est-à-dire à l’élimination sur le côté chair de la peau, de la viande et de la graisse qui y restent fixées. Opération très délicate qui sera faite par l’amateur avec soin et patience, car il s’agit d’éviter de faire des trous ou des éraflures plus ou moins profondes appelées « coutelures ».
- Et c’est maintenant que nous allons nous occuper du lavage de la laine et de son blanchiment. Pour cela, la peau sera immergée dans un baquet contenant une solution tiède à 35°-38° (température qu’il ne faut pas dépasser) de carbonate de soude, dans la proportion de i kg de carbonate de soude cristallisé pour 12 litres d’eau et la laine sera ensuite lavée dans ce môme baquet avec du savon noir, exactement comme le fait une ménagère quand elle lave un pull-over. La peau est ensuite rincée soigneusement à l’eau tiède.
- Il se peut, qu’après ce lavage, la laine n’apparaisse pas d’une blancheur suffisante. Il faut avoir recours, dans ce cas, à un procédé chimique bien connu des comptables pour faire disparaître leurs taches d’encre et qui est, en somme, celui du « Corrector ». La peau est trempée dans un baquet contenant une solution très étendue de permanganate de potasse (1 g par peau). On la laisse en contact avec cette solution en la remuant de temps en temps et la laine prend une teinte marron. La peau est ensuite égouttée et trempée dans un nouveau bain contenant une solution étendue de 100 gr de bisulfite de soude commercial à laquelle on a ajouté 2 à 3 pour xoo d'acide chlorhydrique qui a pour effet de dégager un peu d’acide sulfureux.
- La peau est ensuite soigneusement rincée et nous allons procéder au tannage proprement dit.
- Le tannage.
- Pour bien tanner la peau, il faut procéder petit à petit, par étapes successives et non d’un seul coup, comme le font trop souvent les amateurs.
- La peau est placée à nouveau, chair à l’extérieur, à plat sur une table et elle est tamponnée sur sa chair avec une solution d’alun ordinaire et de sel ayant la même composition que celle dont nous nous sommes servis plus haut, après le reverdissage. La peau est ensuite pliée en deux suivant la raie du dos de façon que la chair d’un des côtés soit placée contre la chair de l’autre. Elles est abandonnée ainsi pendant h.
- Puis on refait un deuxième tamponnage, la peau est pliée à nouveau et abandonnée pendant a4 h, puis un troisième tamponnage est effectué dans les mêmes conditions.
- Au sujet de la solution d’alun employée, il est une remarque essentielle à formuler, La présence du sel ordinaire est indispensable. Mais encore faut-il que la proportion employée ne soit pas trop considérable. L’excès de sel, c’est l’ennemi dans celte préparation, car, en raison de sa nature hygroscopique, il risquerait, dans un article fabriqué, d’attirer une humidité fort préjudiciable.
- C’est alors qu’il faut procéder à l’opération délicate de la nourriture de la peau qui a pour but de redonner à celle-ci la souplesse qu’elle avait sur le dos de l’animal vivant et de fixer le tannage. Pour cela, il faut préparer une pâte comprenant, pour le traitement d’une peau, 2 jaunes d’œufs et 125 g de farine, pâte assez fluide qui est faite avec la solution d’alun et de sel de môme composition que précédemment. La peau est remise sur la table, chair en l’air, et la pâle est mise sur chair, toujours par tamponnage, comme cela a été fait pour le tannage.
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- La peau est ensuite séchée lentement à l’air dans un grenier aéré. Il faut régler le séchage pour éviter une crispation de celte peau.
- Le finissage et ses difficultés.
- Jusqu’ici la préparation de notre peau a exigé un outillage peu compliqué. Mais son finissage demande un matériel qui relève de l’usine de mégisserie. Il est cependant possible à l’amateur par l’emploi d’expédients et au prix d’une grande patience d’arriver à quelques résultats pratiques.
- La peau est retirée du grenier où elle a été séchée tandis qu’elle contient encore un peu d’humidité. Autrefois, les artisans mégissiers travaillaient ensuite cette peau, à la main, avec un outil métallique, sorte de pelle-bêche arrondie appelée « estrèque », la peau étant maintenue sur un étau de bois appelé « paroir ». Aujourd’hui, on se sert de machines-outils telles que la « fonçeuse-doleuse » qui donne de bons résultats.
- Quant à l’amateur, ce qu’il peut faire, en l’occurence, c’est de travailler sa peau sur le dossier d’une chaise préalablement bien fixée, en la frottant et en l’étirant sur ce dossier.
- En ce qui concerne le meulage final, qui, en usine se fait à la meule et qui a pour but d’égaliser la chair et de la rendre unie, l’amateur peut, à la rigueur, avec beaucoup de patience, frotter à sec la chair de la peau avec une pierre ponce.
- Conclusion.
- Il est entendu, qu’à la suite de tous ces traitements, opérés par un amateur, la peau de mouton en laine est fort loin d’avoir l’aspect et les qualités des articles fabriqués en mégisserie et surtout de ceux qui ont été terminés par les apprêteurs-lustreurs, spécialistes de peaux pour fourrures. Ceux-ci possèdent une technique du peignage de la laine et des machines spéciales qui enlèvent automatiquement le poil raide’ appelé « jarre » qui protège l’animal contre l’humidité. La présence de ce poil dans la laine enlève à cél],e-ci beaucoup de douceur.
- Quoi qu’il en soit, s’il s’agit simplement, pour l’amateur ou l’artisan occasionnel, un fermier par exemple, de. préparer quelques articles pratiques comme les intérieurs de canadiennes, de doublures ou de couvertures grossières, il est possible, en suivant la technique que nous venons de décrire, d’obtenir des peaux convenablement tannées, ne prenant pas l’humidité et susceptibles de rendre les plus éminents services dans les périodes héroïques mais dures que nous traversons.
- J. Boisseau.
- Ingénieur-chimiste I. C. P.
- Tabac ou matières grasses?
- Les fumeurs des États-Unis, après quatre ans de guerre, se voient imposer quelques restrictions bien légères, du reste, à côté de celles de leurs confrères de France. La consommation du tabac aux États-Unis a augmenté de près de 62 pour 100 depuis 1040 ; de l’année 1943 à 1944 elle a augmenté de 9 pour 100. Mais, bien que les États-Unis soient très grands producteurs, le tabac devient relativement rare et la production cesse d’équilibrer les besoins de la consommation.
- C’est que les planteurs de tabac préfèrent, aujourd’hui, pratiquer la culture du pistachier, pécuniairement beaucoup plus intéressante parce que le gouvernement garantit un prix élevé pour la récolte. De la pistache on extrait une excellente huile et devant la disette de matières grasses qui sévit aujourd’hui sur l’univers entier, on comprend que le gouvernement américain ait fait passer l'utile avant l’agréable. Les superficies plantées en pistachier ont plus que doublé depuis 1940, tandis que les superficies actuellement consacrées au tabac, ne sont que de 7 pour 100 supérieures à ce qu’elles étaient en moyenne pendant la période 1933-1939.
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- Qu'est-ce qu'un projecteur « tout verre » ?
- Chacun a sans doule remarqué les phares puissants qui équipent les « Jeep », les populaires voitures de mos amis américains. Ces phares constituent une intéressante nouveauté. Les phares usuels d’avant iq4o se composaient d’un miroir réflecteur métallique et d’une ampoule électrique à incandescence placée au foyer du miroir, le tout protégé par un couvercle muni d’une glace et s’ouvrant ou se fermant à volonté. Ce système présente un grave inconvénient : la fermeture du couvercle n’est pas hermétique ; la poussière et l’humidité pénètrent dans le phare et ternissent rapidement le miroir : la proportion de lumière réfléchie diminue rapidement et bientôt les phares éclairent mal. Le phare « tout verre » est une enceinte entièrement en verre et hermétiquement close : elle se compose de deux pièces de verre scellées l’une sur l’autre par
- Le phare tout verre est une grande lampe électrique à incandescence dont le fond recouvert d'un dépôt réfléchissant forme an miroir internissable.
- une soudure hermétique de verre sur verre.; la première a la forme d’un réflecteur et est recouverte intérieurement d’un dépôt métallique réfléchissant; la seconde est une glace transparente nervurée. A l’intérieur de l’enceinte, on a monté avant, le scellement des filaments métalliques que le courant électrique portera à l'incandescence. Après le scellement on fait le vide dans l’enceinte par les moyens usuels dans la fabrication des lampes à incandescence. Inutile, par conséquent, d’enfermer les filaments dans cette autre enceinte de verre qu’est l’ampoule électrique des projecteurs'usuels. On économise ainsi la lumière absorbée par le verre de l’ampoule. Autre avantage : les filaments peuvent être placés exactement au foyer du miroir, et ils y restent en permanence.
- Les Livres
- .L’intoxication oxycarbonée (Étude clinique et thérapeutique), par Charles Flandin et Jean Guillemin. 1 vol. in-16, 186 p., 10 fig. Collection « Médecine et Chirurgie : recherches et applications ». Masson et Ci6, Paris, ,1942. , _ t ,
- C’est l’intoxication la plus fréquente ; .ellQ se multiplie avec les progrès de l’industrie et plus encore aujourd’hui avec les difficultés d’approvisionnement. Tantôt -elle est brutale, aiguë et provoque rapidement la syncope ; tantôt elle est chronique, lente, insidieuse et ne se traduit que par quelque lassitude et un peu d’anémie. On sait aujourd’hui sauver de l’intoxication aiguë par la respiration artificielle jointe à l’inhalation d’oxygène ; le traitement de l’intoxication chronique «est plus aléatoire. Le médecin de l’hôpital Saint-Louis et son interne ont condensé
- nouveaux
- ici tout ce qu’il faut savoir du mécanisme de l’intoxication qui conditionne le traitement de secours et aussi tout ce que la clinique a appris des accidents dus aux petites doses répétées, continues.
- « Les maladies de la: disette, par le Dr Henri Bouquet. 1 vol. in-16, 211 p. Flammarion, Paris, 1942. Prix : 23 francs.
- La ration actuelle est au-dessous du régime alimentaire normal fixé par les physiologistes. Cette disette relative développe toutes sortes de conséquences, depuis les plaintes sur le pain assez vaguement justifiées, en passant par toutes sortes de malaises : amaigrissement, douleurs, fatigue, polyurie, jusqu’à la recrudescence des engelures et des affections cutanées, des œdèmes, des fractures, de la tuberculose, aggravées par la pénurie de nombreux médicaments. Mais ce ration-
- INFORMATIONS
- Cours et conférences à Paris
- JEUDI 15 MARS
- Palais de la Découverte, avenue Victor-Emmanuel III : 15 h. M. À. Liévin : « Calculs simplifiés des constructions hypersta-tiques (application au béton armé) ». Projections.
- SAMEDI 17 MARS
- Palais de la Découverte : 15 h. : Dr Cari-jdroit : « Considérations générales sur les hormones ».
- MERCREDI 21 MARS
- Institut français du Caoutchouc, 42, rue Scheffer : 18 h. 30 : Cours de perfectionnement. M. G. Austerweil : « Généralisés sur les phénomènes interfaciaux »
- (Inscriptions gratuites à l’Institut français du Caoutchouc).
- JEUDI 22 MARS
- Palais de la Découverte : 15 h. : M. Denis : « Synthèse organique des pétroles ».
- SAMEDI 24 MARS
- Palais de la Découverte : 15 h. :
- M. Gain : « Les explorations de l’Antarc-tique de J.-P. Charcot ».
- MERCREDI 11 AVRIL
- Institut français du Caoutchouc : 18 h. 30 : M. R. Walter : « Problèmes posés par la fabrication des tuyaux ».
- JEUDI 12 AVRIL
- Palais de la Découverte : 15 h. :
- M. G. Champetier : « Les hauts polymères et leurs applications. Textiles artificiels et matières plastiques ».
- nement a aussi quelques avantages : Il a fait disparaître l’obésité, la dyspepsie, la goutte, le rhumatisme chronique et surtout, radicalement, l’alcoolisme et ses méfaits.
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- suivant les pays Prix du numéro: 10 francs
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- Les abonnements partent du I" de chaque mois.
- Pour tout changement d'adresse, joindre la bande et cinq francs.
- MASSON et C°, Editeurs,
- 120, BOULEVARD S’-GERMAIN, PARIS VI*
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l'obligation de l'indication d'origine.
- Le gérant : G. Masson. — masson et cle éditeurs, paris — dépôt légal : ier trimestre 1945, n° :44. BARNÉ0UD FRÈRES ET Ciô IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 221, — 3-ig45.
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- LES VITRAUX
- j* . /
- photographie en
- couleurs
- Voici près de six ans que les églises de France sont privées de leurs vitraux anciens et, comme il faudra sans doute encore un délai d’un an ou deux après la fin de la guerre pour mener à bien les opérations de restauration et de remise en place, l’espoir de loir nos cathédrales dotées à nouveau de leur parure colorée n’est pas près de se réaliser.
- llien de tel que leur absence pour mesurer l’importance du rôle des vitraux. Les murs apparaissent froids et nus. Les fenêtres qui laissent entrer à flots le jour dans l’édifice sont comme des trous béants. Elles ne dispensent plus cette lumière nacrée qui conférait au vaisseau sa hauteur et sa profondeur, grâce surtout à la prédominance et au rayonnement du bleu des fonds. Le bleu est l’obscurité devenue visible, a dit Claudel. Enfin l’enchantement du jeu changeant des couleurs, qui se
- modifient sans cesse de l’aube au crépuscule, manque cruellement. Il n’esi pas sans intérêt d’insister sur ce dernier phénomène, car la photographie en couleurs ne peut rendre que certains aspects d’un vitrail et non pas tous. Cette observation est essentielle et le photographe qui se propose de reproduire avec exactitude les couleurs d’un vitrail doit en tenir le plus grand compte.
- Le jeu des couleurs dans les vitraux.
- L'aspect variable des couleurs d’un vitrail suivant les heures de la
- Fig. 1. — Cathédrale de Chartres.
- Une des grandes verrières du chœur (xm° siècle).
- SOMMAIRE
- Les vitraux et la photographie en couleurs, par
- F. QUIÉVREUX............... 97
- Les Mordues et les Tché-
- rémisses, par Éveline LOT. 101
- Une nouvelle caméra pour télévision, par M. ADAM . 105
- Le Rû de Montreuil, par
- Ch. BROYER................ 107
- Les phénoplastes (bakélites), par Lucien PERRUCHE. 1 10
- Les Livres nouveaux ... 112
- Questions de nos lecteurs. I 12
- N° 3085 I" Avril 1945
- Le Numéro 10 francs
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- journée est lié d’une part à la composition de la lumière solaire, d’autre part aux variations de son intensité. Chacun sait que la lumière solaire est de plus en plus rouge quand le soleil est bas sur l’horizon. La lumière diffusée par un ciel sans nuages contient beaucoup plus de bleu que celle d’un ciel couvert.
- La brillance relative des diverses couleurs d’un vitrail dépendra donc pour beaucoup de l’état du ciel ou de l’heure de la journée.
- Fig. 2. — Prise de vues dans la cathédrale de Chartres par l’auteur en novembre 1938 (Photo extraite du Leicaïste, n" du 30 janvier 1939).
- Les variations d’intensité de la lumière solaire ont aussi une influence très marquée, en raison d’un phénomène subjectif connu en physique sous le nom de phénomène de Purkinje. Pour les faibles éclairements, l’œil est plus sensible aux bleus qu’aux rouges ; pour les forts éclairements il est plus sensible aux rouges qu’aux bleus. Il en résulte que lorsque l’intensité de la lumière diminue, les parties rouges d’un vitrail s’éteindront. Le vitrail acquerra dans son ensemble une dominante bleue. Au contraire, aux heures où l’éclairement est intense, toutes les couleurs qui se trouvent dans la partie rouge du spectre seront exaltées. Le vitrail « chantera ». Cet effet est particulièrement sensible pour certains vitraux, le grand vitrail de la Crucifixion au chevet de la cathédrale de Poitiers par exemple. Ce vitrail, qui date du xne siècle, contient en effet des fonds alternativement rouges et bleus.
- La photographie en couleurs des vitraux permet de déceler l’influence relative qu’exercent les variations de composition et d’intensité de la lumière dans l’aspect des vitraux.
- La pellicule photographique n’est bien entendu pas sensible
- au phénomène de Purkinje, mais elle enregistrera les modifications des couleurs dues aux variations de composition de la lumière solaire. On constate expérimentalement que le même vitrail photographié aux diverses heures de la journée présente sur la pellicule des aspects différents.
- Ce phénomène devra souvent être mis à profit par le photographe pour choisir parmi les différents aspects d’un vitrai* celui que la photographie en couleurs est susceptible de rendre avec fidélité.
- Dans l’état actuel de la fabrication des émulsions photographiques, on constate en effet qu’il n’est pas possible de reproduire simultanément avec fidélité les couleurs de plages colorées dont le rapport des brillances est supérieur au rapport i à 3o.
- Si l’on dépasse cette limite, on obtient simultanément sur le même cliché des rouges bouchés, manquant de transparence, et par ailleurs des bleus lavés, dont le ton est trop clair.
- L’observation ci-dessus est fondamentale pour l’obtention de bons clichés. Il faut savoir choisir l’heure et le ciel qui conviennent pour photographier un vitrail déterminé.
- J’ai photographié les vitraux de Chartres, de Bourges, de Sens et de nombreuses autres églises en observant cette technique. Il n’y a guère d’autres difficultés particulières à vaincre, sauf celles qui proviennent de l’emplacement parfois élevé des vitraux dans les cathédrales. A Chartres, les grues télescopiques prévues pour la dépose des vitraux m’ont permis de photographier des panneaux situés à plus de 20 m au-dessus du sol. L’emploi du téléobjectif est bien entendu d’un usage fréquent. Mais il faut également avoir un moyen d’accéder à l’aide d’échelles ou d’échafaudages jusqu’au vitrail lui-même afin de mesurer les brillances des différents verres colorés à l’aide d’une cellule photoélectrique.
- La photoqraphie en couleurs au service de l'histoire du vitrail.
- La photographie en couleurs est amenée à rendre de grands services dans l’étude de celte branche de l’histoire de l’art encore peu explorée, celle du vitrail.
- L’étude des œuvres d’art exige la. comparaison, qui seule permet des rapprochements fructueux. Elle a donc beaucoup à attendre du secours de la photographie, surtout quand il s’agit d’objets aussi difficiles à déplacer que les vitraux. Mais la photographie en noir d’ün vitrail est un non-sens au point de vue artistique et souvent n’est même pas lisible (*).
- Un éminent historien du Moyen Age, M. Émile Mâle, soulignant l’insuffisance de nos connaissances en ce qui concerne le vitrail écrivait il y a près -de 4o ans les lignes suivantes qui n’ont rien perdu de leur actualité : « Il faudrait avoir sans cesse sous les yeux, dans un Corpus bien fait, tous les vitraux de France, et ce Corpus n’existe pas. La photographie des couleurs rendra un jour, espérons-le, la tâche de l’historien plus facile » (2),
- Cette lacune se trouvera comblée d’ici quelques années, grâce aux progrès de la photographie en couleurs, grâce surtout aux facilités de reproduction des clichés en couleurs dont l’après-guerre verra le rapide développement.
- J’ai publié dans le Bulletin monumental (3) les résultats
- 1. Il est frappant à cet égard de comparer des photographies en noir de tableaux'et-de vitraux. L’image en noir d’un tableau est une représentation incomplète ; elle permet néanmoins d’évoquer le souvenir de l’œuvre d’art, et môme, de traduire certaines.de ses qualités.. L’image en noir d’un vitrail n’évoque rien. Elle ne lui ressemblé à aucun titre, car un vitrail n’est que couleur et lumière.
- 2. Emile Male,: Chapitré sur le vitrail dans André Michel, Histoire d& l’Art, t. II, lre partie, p. 372.
- 3. F. QuiÉvnnux, Les vitraux du xme siècle de l’abside de la cathédrale de Bourges. Bulletin monumental, année 1942, pp. '255-275.
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- d’une étude, menée à bien grâce à la photographie en couleurs, dont l’objet se trouvait être les vitraux du xme siècle de la cathédrale de Bourges. J’ai pu, par ce procédé, comparer ces derniers avec ceux de la cathédrale de Chartres. L’examen de nombreux clichés m’a permis d’établir des rapprochements basés sur des détails de facture qui équivalent à une signature. Un vitrail est une mosaïque de verres colorés, peints avec une peinture monochrome, la grisaille. Celle-ci sert à l’exécution du dessin des têtes, des plis des vêtements, des ornements, etc. Le coup de pinceau de l’artiste, dans l’application de cette grisaille, révèle souvent sa personnalité (1).
- C’est ainsi qu’il m’a été possible de montrer que les vitraux de Bourges étaient l’œuvre de deux verriers de Chartres (dont les œuvres à Chartres se trouvent situés dans le bas-côté Nord de la nef) (2). A Bourges le travail fut réparti entre ces deux artistes suivant une loi de symétrie aussi savante qu’heureuse pour l’effet général de l’ensemble.
- 1. D’autres particularités peuvent servir à caractériser son individualité, en dehors du dessin : l’échelle des personnages, leurs attitudes, l’importance donnée au décor végétal, l’emploi de certaines combinaisons de couleurs, etc.
- 2. Ces deux verriers ont exécuté, entre autres œuvres dans le bas-côté Nord de Chartres, respectivement le vitrail de saint Eustache et celui de saint Nicolas.
- Fig. 3. — Cathédrale de Chartres.
- Notre-Dame de la Belle Verrière, vitrail du xu* siècle.
- Fig. 4. — Cathédrale de Bourges.
- Sainte Marie l’Ëgyptienne. Scène d’un vitrail du xuie siècle.
- On sait l’importance que les esprits du Moyen Age attachaient aux notions de symétrie et de hiérarchie. Une étude approfondie consacrée à d’autres cathédrales donnerait certainement des résultats intéressants.
- Les phases historiques de l'art du vitrail.
- La grande époque du vitrail a été le xne siècle et le xiii® siècle, période d’épanouissement et d’extraordinaire floraison. Dès le xiv6 siècle, l’art du vitrail déclinera pour aboutir, à la fin du xvie siècle, à ce contresens parfois plein de charme, mais néanmoins absurde dans son principe, qu’est le tableau peint sur verre, et à sa totale disparition au siècle suivant.
- Get art mystérieux ne semble pas plonger de racines profondes dans le passé; mais ce n’est là qu’une apparence, car, s’il ne nous reste aucun fragment qui puisse être daté avec certitude d’une époque antérieure au xne siècle, il n’y a aucun doute, d’après les textes, que la pratique de remplir les fenêtres des églises de verres colorés remonte au moins au vie ou au vu0 siècle et que dès le ix® siècle certaines cathédrales, telles celle de Reims, possédaient des vitraux contenant des personnages.
- La technique du vitrail mosaïque, qui fut celle de la grande
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- Fig. 5. — Cathédrale de Bourges.
- Le prophète Malacliic (fragment). "Vitrail du xm' siècle.
- époque, trouve vraisemblablement son origine dans celle de l’émail cloisonné. L’invention de la mise sous plomb du verre fut un pas décisif. Il est permis de la situer aux environs du x® siècle qui fut celui de plusieurs grandes découvertes.
- Les plus anciens vitraux que nous puissions dater, ceux de Saint-Denis, exécutés sous la direction de l’abbé Suger, ministre de Louis VII, vers ii4o, et ceux de la façade ouest de Chartres, montrent un art arrivé à son plus haut degré de perfection.
- La beauté des couleurs, associées suivant les lois des complémentaires, la richesse des fonds qui remplissent les intervalles entre les scènes, meublés de motifs d’une extrême variété empruntés à la flore ou à la faune romane, l’énergique simplicité du dessin des scènes, tout concourt à donner aux œuvres de cette époque une puissance et une harmonie inégalées. Cet art est avant tout monumental. Il s’inscrit dans l’architecture, il est à son service.
- Les verriers du xuie siècle restent dignes de leurs prédécesseurs. Animés du même souci de perfection, doués de la même maîtrise, ils bénéficient des vastes étendues de fenêtres que met à leur disposition l’art gothique.
- L’art du vitrail est essentiellement français. Chartres en est l’une des capitales. Les verriers de Chartres partent au début du xme siècle pour des campagnes lointaines. On les appelle partout où une cathédrale naissante vient de surgir du sol. A Bourges, à Sens, à Laon, à Rouen, et jusqu’en Angleterre à Canlorbéry, pour ne citer que quelques principales églises, on retrouve les traces de leur passage.
- Toute la France, principalement dans sa moitié Nord jusqu’à la Loire (car le vitrail est l’art des pays sans soleil) se couvre d’une floraison de vitraux. Ce qui nous reste est bien peu de chose : les attaques du temps, la fureur des guerres de religion, l’incompréhension des hommes du xvme siècle, le dangereux zèle des restaurateurs du siècle dernier ont fait disparaître la plus grande partie de ces magnifiques chefs-d’œuvre.
- Ce qui subsiste, et qui se trouve disséminé dans une trentaine d’églises en ce qui concerne les vitraux du xine siècle
- seulement (1), constitue cependant
- encore une des plus riches sources de
- documentation que nous possédions
- parmi les œuvres d’art du Moyen Age. Elle est encore actuellement à peu près inexplorée, sauf en ice qui concerne
- l’iconographie. Les admirables ouvrages d’Emile Mâle sur l’art du Moyen Age (2) ont analysé de la manière la plus pénétrante les thèmes sur lesquels nos sculpteurs et nos verriers ont composé leurs œuvres. Mais l’histoire de l’art du vitrail reste un domaine presque vierge. Nous ne savons rien ou presque rien des rapprochements que l’on peut faire entre les œuvres d’art des écoles et de leur filiation.
- D’autre part, si l’on songe que les manuscrits à peinture les plus richement enluminés ne contiennent le plus souvent qu’un nombre assez restreint de miniatures, alors qu’un vitrail légendaire contient fréquemment de 20 à 3o scènes ou plus, on appréciera d’autant mieux l’importance de la source de documentation que constituent les vitraux.
- Pour l’histoire de l’art, pour celle du costume, du mobilier, de la liturgie, des mœurs, et d’une manière générale, pour tout ce qui touche à la connaissance du Moyen Age, le vitrail constitue un vaste domaine d’étude, qui, si étonnant que cela paraisse, est encore en friche, car il n’a guère fait l’objet que de recherches ou de monographies isolées. Les causes de cette lacune dans nos connaissances doivent certainement être attribuées aux difficultés que l’on rencontre à l’examen des vitraux en place dans les églises. L’emploi d’une jumelle est le plus souvent nécessaire pour analyser les détails des vitraux. Même ainsi, c’est une opération longue et fatigante pour la vue. S’il faut ensuite se transporter d’une ville à une autre pour trouver des éléments de comparaison, la fragilité du souvenir enregistré dans la mémoire est un obstacle quasi insurmontable.
- La photographie en couleurs, qui est la seule à être capable de restituer dans une certaine mesure l’aspect d’un vitrail, soit qu’il s’agisse de reproductions sur papier, soit beaucoup mieux encore de projections, l’image projetée devenant elle-même une source de lumière comme le vitrail, va permettre aux chercheurs de rattraper le retard de nos connaissances. On constatera alors avec étonnement combien les conceptions superficielles qui nous ont été léguées par le xix® siècle en ce qui concerne les progrès de l’humanité demandent à être révisées. L’art du Moyen Age a été celui d’une grande époque, possédant une maîtrise d’expression parfaite, et merveilleusement adapté à la traduction dans le monde des formes des réalités spirituelles.
- Cet art est basé sur un système de conventions. Il exclut en particulier la perspective qui est un non-sens dans une image destinée à être vue en transparence comme le vitrail.
- 1. Depuis 1939, tous les vitraux anciens ont été déposés, mis en caisse, et transportés à l’abri. Grâce à ces précautions, il n’y a eu à peu près aucune perte à déplorer. Mais le cas n’est pas rare d’églises, dont les vitraux ont été ainsi préservés, et qui elles-mêmes ont été à peu près complètement réduites en ruines, par exemple, l’église Saint-Vincent à Rouen, dont les fenêtres sont parmi les plus belles de tout le xvi8 siècle. De semblables cas poseront de délicats problèmes aux architectes de l’après-guerre.
- 2. Émile Male, L’art religieux du xne siècle eu France, 3e éd., Paris, 1928 ; L’art religieux du xiii" siècle en France, 7” éd., Paris, 1931 ; L’art religieux de la fin du Moyen Age en France, 4e éd., Paris, 1931,
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- Ce qui nous paraît parfois imperfection ou maladi’esse dans le dessin n’est le plus souvent que le résultat d’une semblable convention.
- Il est d’ailleurs fort curieux de remarquer que les recherches les plus avancées de la peinture contemporaine, comme celles d’un Picasso par exemple, aboutissent à des systèmes de conventions qui rappellent celles des peintres romans. « Le beau que cherche l’art moderne n’est plus celui que l’on poursuivait depuis la ün du Moyen Age... Des rapports fort étroits unissent la peinture moderne et la peinture romane ou préromane qui avaient, pour des raisons différentes, poursuivi le même idéal et conçu la même beauté » (1).
- Après la période de rationalisme cartésien, dont s’est eni-
- 1. Bernard Dorivàl, Les étapes de la peinture française contemporaine, Paris, 1944, t. II, p. 342.
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- vré le xixe siècle et le début du xxe, il n’est pas impossible que l’époque actuelle devienne perméable à d’autres influences. Le bouleversement actuel a engendré des ruines matérielles incalculables. Il entraîne également dans le domaine de l’esprit une révision générale des valeurs. Une semblable époque est labile. Quand ils se trouveront à pied d’œuvre devant cette tâche immense de reconstruction, les hommes de demain n’auront plus grand chose de commun avec les générations qui ont précédé la guerre de iç)i4. Il est à souhaiter que le xxe siècle retrouve alors l’esprit de communauté, et le sens du travail en équipe qui ont fait la grandeur et la force du Moyen Age. La France fut alors le flambeau de la civilisation occidentale. Les oeuvres d’art qui ornent nos cathédrales en sont les témoins impérissables et nous permettent d’espérer en l’avenir.
- F. Quiévbeux.
- LES MORDVES ET LES TCHÉRÉMISSES
- tribus finnoises de l'Est de la Russie (l)
- Aperçu historique.
- Dans les bassins de la Volga et de son puissant affluent de gauche, la Kama, sur un vaste territoire couvert autrefois de forêts impénélrables, vivent dispersées deux tribus des Finno-Ougriens orientaux, établies dans ces régions depuis des temps très anciens. Ce sont les Tchérémisses, actuellement désignés sous le nom de Mari (nom qu’ils se donnent à eux-mêmes et qui signifie homme) et les Mordves, divisés en
- 1. La vitrine du Mois du Musée de l’Homme, à Paris, consacrée à l’exposition de costumes et parures des pays mordve et tchérémisse a été inaugurée le 23 février 1945.
- deux tribus, les Erzes et les Mokches. Les historiens de l’antiquité les signalaient déjà, mais plus au sud de leur emplacement actuel qu’ils ont gagné peu à peu, refoulés vers le nord-est par les guerres et les invasions.
- Entre les ix° et xne siècles, les deux tribus mordve et tchérémisse se sont trouvées sous la domination des Bulgares, peuplade turque qui, au v° siècle, avait fondé un empire sur le cours moyen de la Volga, tandis que leurs frères se dirigeaient vers le Danube et le pays qui porte aujourd’hui le nom de Bulgarie. Ces Bulgares musulmans de la Volga qui avaient atteint un degré de culture assez avancé, eurent une grande action sur la vie matérielle, sociale et religieuse des Mordxœs et des Tchérémisses. Mais leur empire s’écroula au xne siècle,
- Fig. 1. — Carte de VU. R. S. S.
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- Fig. 2. — Femmes mordves.
- devant l'invasion des Mongols qui devaient asservir la Russie tout entière pendant plusieurs siècles. Les khans de la Horde d’Or, installés dans l’Est de la Russie, tinrent sous leur dépendance immédiate les Finnois orientaux et ceux-ci leur payèrent tribut et combattirent les Russes à leurs côtés.
- Dès le xiie siècle, les anciennes chroniques russes font mention des Mordves, en décrivant leurs luttes contre les principautés slaves voisines. Au xme siècle, Rubruck, envoyé par saint Louis auprès du grand khan, en Mongolie, franchit la Volga et, au delà du fleuve, un pays où « il y a de grands bois qui sont habitez de deux sortes d’hommes... les Moxels (Mok-ches) et les Merdues (Mordves) », les premiers « idolâtres », les seconds « Sarrasins » c’est-à-dire musulmans. Mordves et Tchérémisses semblent avoir eu des princes, mais, n’ayant jamais formé de nation véritable, ils n’ont pu préserver leur indépendance. La conquête de leur territoire par les Russes s’effectua au xve siècle, et au siècle suivant, qui vit disparaître les derniers vestiges de la puissance mongole, les tribus de l’Est de la Russie passèrent complètement au pouvoir du tsar (titre que venait de prendre le grand prince de Moscou). Des soulèvements se produisirent toutefois jusqu’au xixe siècle, mais, à partir de ce moment les révoltes s’apaisèrent, Au milieu des populations finnoises et tatares s’établirent des paysans russes, des villages russes s’élevèrent à côté des villages mordves et tchérémisses et même des villages mixtes groupèrent les différents éléments de la population qui exercèrent les uns sur les autres une influence réciproque avec, naturellement, prédominance de l’élément russe plus évolué.
- Le pays et ses ressources.
- Le pays a conservé des restes importants des immenses forêts qui le couvraient jadis, en particulier dans la région occupée par les Tchérémisses, au Nord des Mordves, le long des rives de la Volga. La rive droite de la Volga, la rive haute, est appelée la rive de montagnes (gornyi bérég), par opposition à la rive gauche connue comme la rive des prairies (lagovoï bérég) et cette toponymie s’est étendue aux Tchérémisses que l’on a divisés en Tchérémisses des prairies et Tché-
- rémisses des montagnes (l’altitude, sur la rive haute, ne dépassant pas, d’ailleurs, 200 à 3oo m). Le sol de la rive gauche est pauvre, couvert de marécages et de forêts, tandis que, sur la rive droite, une couche de tchernoziom permet, par endroits, le développement de l’agriculture. Situés plus au Sud, les Mordves sont mieux partagés : le sol de leur pays est plus fertile. En dehors des forêts qui occupent encore maintenant 26 pour 100 du territoire de la République mordve, ils connaissent trois sols cultivables : les podzoli, terrains siliceux et les sols gris des steppes sylvestres tous deux recouverts d’une couche d’humus, et enfin le tchernoziom, la terre noire qui fait la richesse de l’Ukraine, en couches moins épaisses ici, mais encore d’une grande fertilité.
- Le climat est continental, un peu moins froid chez les Mordves où la température moyenne varie de — io° en janvier à + 20° en juin.
- Les forêts renferment une faune variée : écureuils (x), lièvres, renards, loups, chevreuils, sangliers, ours, ainsi que nombre d’oiseaux. Les lacs et rivières, fort nombreux, surtout en pays tchérémisse, contiennent une soixantaine d’espèces de poissons, parmi lesquels : le sterlet, l’esturgeon, le brochet, la perche, la truite, le silure, la lamproie, le gardon, etc. Dans les forêts on recueillait aussi le miel dans les arbres, à l’automne, après avoir adressé une prière au dieu des abeilles. Actuellement l’élevage des abeilles s’est développé dans des ruchers artificiels, à l’intérieur des villages.
- Les Mordves et les Tchérémisses n’ont jamais abandonné la chasse et la pêche qui tiennent encore un rôle important dans leur vie. L’usage des armes à feu leur est venu naturellement des Russes, mais, jusqu’au début du xixe siècle, ils ont continué à se servir d’arcs et de flèches.
- L’agriculture remonte à la période bulgare. Dès cette époque les Mordves étaient sédentaires et agriculteurs, abandonnant toutefois la terre lorsque les circonstances les obligeaient à se réfugier dans les bois et à redevenir chasseurs. Leurs méthodes et leurs instruments agricoles étaient très primitifs et leur lente évolution est toujours en cours. Sont cultivés surtout, actuellement : le chanvre, le lin et la pomme de terre, et, Fig. 3. parmi les céréales, l’avoine et le seigle. L’élevage a une place secondaire et concerne surtout le gros bétail.
- Les hommes’
- Le genre de vie a influé sur le type physique, de même que les éléments étrangers auxquels les Finnois se sont trouvés mêlés.
- D’une façon générale, les Mordves sont plus grands et plus vigoureux que les Tchérémisses du bas pays forestier et même que leurs voisins russes. Leur vie d’agriculteurs sur un sol plus riche et leur mode d’alimentation plus nutritif ne sont peut-être pas étrangers à ce développement de la stature et de la robustesse. Par contre les Tchérémisses, vivant plus à
- 1. La peau d’écureuil tenait lieu, autrefois, d’unité monétaire pour payer le yasak (tribut).
- Femme mordve en 1812.
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- l’écart des influences étrangères, ont souvent mieux conservé le type finnois originel, mais ils sont de taille plus petite, moins bien développés et de teint moins clair. Le type finnois classique des Mordves et des Tchérémisses est celui d’une belle race d’hommes, de taille moyenne ou élevée, au crâne plutôt allongé, à la peau blanche, aux cheveux et aux yeux clairs, au nez droit ou retroussé. Les Erzes sont les représentants les plus purs de ce type. Mais à côté, chez les Mokches, l’influence turque s’est fait sentir fortement, et l’on rencontre un grand nombre d’individus aux cheveux noirs et lisses, aux yeux noirs, parfois légèrement bridés, à la peau foncée, au crâne plus arrondi. Les caractères ethniques ont été souvent mieux préservés chez les femmes, comme il arrive souvent.
- La vie matérielle.
- L’alimentation était à peu près la même que celle des paysans russes, meilleure même, les agriculteurs mordves et tchérémisses consommant plus de viande que les Russes. Chez les Tchérémisses, la viande de prédilection était celle du cheval dont ils faisaient une grande consommation. Les Mordves fabriquaient des fromages renommés. Comme boisson nationale, les Mordves avaient le pure, bière forte mélangée de miel, et les Tchérémisses un genre d’hydromel, le piure.
- L’habitation primitive de tous les Finnois a été la kota, hutte conique, au sol de terre battue et au toit recouvert de terre, percé pour le passage de la fumée. Les Mordves et les Tchérémisses ont connu ce genre d’habitation, mais ils ont adopté de bonne heure un type d'Izba, en y apportant peu à peu des améliorations. Le poêle a remplacé le foyer ; un plancher de bois, le sol de terre battue; des fenêtres ont été percées, fermées d’abord par des vessies de vaches, puis par des carreaux. Mais il faut attendre le siècle dernier pour voir apparaître des cheminées et des tuyaux ; jusque-là la fumée s’échappait par une ouverture au-dessus de la porte. Dernier perfectionnement du xixe siècle, des cloisons ont compartimenté l’izba, séparant les hommes du bétail.
- L’influence turque s’est manifestée dans le vêtement et la parure des femmes, alors que les hommes ont adopté le cos-
- Fig. 4. — Groupe tchérémisse.
- tume des paysans russes. Les habits féminins sont richement brodés, en particulier chez les Mordves, plus habiles que les Tchérémisses. Les femmes, jusqu’à la fin du xixe siècle, teignaient elles-mêmes les étoffes. La haute coiffure conique., en écorce de bouleau recouverte d’étoffe, est typique des Finnois orientaux ; elle est ornée, de même que les pectoraux, les boucles d’oreille et autres ornements, de perles, de pièces de monnaie et de cauris (coquillages).
- Broderies et bijoux ont été dénoncés comme parures du démon par les prédicateurs chrétiens. Leurs foudres apocalyptiques n’ont point réussi, heureusement, à faire disparaître le costume national, mais un contact prolongé avec les Russes a fini par lui enlever de son originalité.
- La vie sociale
- Autrefois le mariage était endogamique, les membres d’un clan ne pouvant prendre femme en dehors de leur groupe. On pouvait se marier entre cousins et même entre frères et sœurs. Le mariage s’effectuait par rapt, le jeune homme enlevant avec l’aide de ses compagnons sa future femme, souvent d’ailleurs prévenue d’avance et consentante. Plus tard au mariage par capture se substitua l’achat. Le fiancé payait à son beau-père le kalyttl, prix de sa fiancée, la jeune femme apportant de son côté une dot qui demeurait sa propriété personnelle. Avant de se marier la jeune fille jouissait d’une grande liberté de mœurs, mais pendant la cérémonie, la coutume exigeait qu’elle témoignât une grande réserve et parût ne céder qu’à la violence. Cette coutume est universelle. Il arrivait, mais plus rarement, que le fiancé manifestât de la répugnance et une certaine crainte. Ce sentiment a été expliqué par les mariages disproportionnés qui unissaient jadis des jeunes filles à de petits garçons et dont le résultat était parfois le meurtre du mari-enfant. Une autre conséquence en était l’adultère du père avec ses jeunes brus, très courant pendant longtemps. En cas de veuvage, il était très fréquent que la veuve épousât son beau-frère.
- La polygamie a été répandue, spécialement parmi les groupes les plus influencés par les Musulmans. Avant tout elle dépendait des ressources de l’homme et seul un riche pouvait s’offrir plusieurs femmes. Dans la famille, toute l’autorité était aux mains du père, chef absolu, mais son pouvoir déclinait avec l’âge et, autrefois, le vieillard désormais incapable de travailler, était mis à mort.
- La vie religieuse-
- Les rapports entre morts et vivants sont constants et les uns restent étroitement mêlés à la vie des autres. Rendra-t-on aux défunts le culte qu’on leur doit, ils répandront les prospérités
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- sur leurs descendants. Dans le cas contraire, ils enverront toutes sortes de maux. Ce culte consiste essentiellement à nourrir les morts, car les morts ont besoin d’aliments comme les vivants. Ne mènent-ils pas outre-tombe la même vie que sur terre ? Ils travaillent, se marient, meurent même à nouveau. Pour leur voyage dans l’au-delà, on a soin de les munir de provisions et d’outils qu’on place dans le cercueil. Quarante jours après la mort a lieu un repas commémoratif auquel le défunt est censé être présent, son rôle étant tenu par l’un de ses proches. Le mort fait le récit de sa vie nouvelle et reçoit les demandes des assistants. Au cours de l’année, d’auti'es fêtes sont célébrées en l’honneur de tous les parents disparus. On leur adresse des sacrifices et des prières comme aux dieux et même de préférence aux dieux, car leur pouvoir est aussi grand et ils sont plus proches, plus accessibles.
- La nature est peuplée d’innombrables divinités, groupées en hiérarchies de « pères et mères )>, « maîtres et maîtresses », « grand-pères et grand’mères », « rois », « dieux ». Ainsi l’on a la « mère » de la terre, le « grand-père » esprit des champs, le « maître » des eaux, le « roi » de la lumière, le « roi » des arbres, le dieu du tonnerre, le dieu des plantes, des animaux et des oiseaux sauvages. Arbres et pierres sont habités par des esprits et reçoivent un culte. Dans les forêts vivent les vir’ava, dans les lacs et les rivières les ved’ava, redoutables déesses nrordves auxquelles on offrait parfois des sacrifices humains. La maison aussi a ses esprits familiers ; l’esprit du foyer vit dans le poêle. Nombreux sont également les keremet, esprits méchants qui nuisent à l’homme. Au-dessus des dieux, on reconnaît vaguement un Créateur, dieu du ciel, esprit bienfaisant et, à la tête des esprits malfaisants, Chaitan, le diable. Ce dualisme est d’inspiration musulmane.
- Les dieux, de leur côté, ont besoin de nourriture et réclament des sacrifices. C’était dans les bosquets sacrés que se célébraient les sacrifices et ils étaient naturellement .accompagnés de prières. En échange des offrandes, on demandait des récoltes abondantes, bonne chasse, bonne pêche, ou encore : « fais que soient chères les marchandises que nous vendons et bon marché celles qu’il nous faut acheter ». La prière pouvait prendre une tournure plus poétique : « dieu bon et grand, fais que nous vivions gazouillant comme l’hirondelle, rieurs comme les bosquets, joyeux comme les collines, dévidant le fil de la vie comme la fileuse dévide sa soie ».
- Mordves et Tchérémisses avaient été convertis au christianisme par la contrainte ou par l’appât de profits matériels et dans bien des cas ils s’étaient contentés de joindre les divinités chrétiennes, comme les divinités musulmanes, à leur panthéon païen. Avec le temps, néanmoins, le christianisme avait gagné en profondeur, mais les Mordves convertis ont embrassé de préférence l’orthodoxie dans ses différentes sectes.
- La situation actuelle.
- Au moment de la Révolution russe, la région peuplée par les Mordves et les Tchérémisses était restée l’une des plus arriérées de la Russie. Exploités par les fonctionnaires, leur sol pour la plus grande partie aux mains des gros propriétaires russes, ils menaient une existence assez misérable. Depuis, on a entrepris la collectivisation des terres et l’exploitation en grand des richesses forestières, mais le nombre encore restreint des voies ferrées a entravé le développement du pays. Le territoire a été constitué en République des Mordves et République Autonome des Mari, mais les Mordves ne forment que 37,7 pour 100 d’une population qui compte près d’un million et demi d’habitants et les Tchérémisses un peu plus de la moitié d’une population de 55i 000 habitants. D’autre part, ces républiques ne renferment pas la totalité des Mordves et des Tchérémisses et la moitié des Mordves vit dispersée hors des limites de la République.
- Avant 1918, la population était presque entièrement illettrée et l’instruction à peu près inexistante. A l’heure actuelle, des écoles et des bibliothèques ont été fondées en grand nombre, et, en 1938, il paraissait dans la République des Mordves, 34 journaux en langues erze, mokche, tartare et russe. On a favorisé l’éclosion et l’épanouissement d’une littérature écrite qui fixe les légendes, contes et chants populaires transmis jusque-là uniquement par tradition orale et des ouvrages étrangers ont été traduits dans les dialectes locaux. Pour la transcription des sons, les caractères de l’alphabet russe ont été employés.
- Aux dernières statistiques d’avant-guerre, la population était en voie d’accroissement et c’est la preuve que les conditions de la vie allaient s’améliorant, prélude sans doute à une évolution nouvelle de l’une des plus belles populations non slaves de l’Union.
- Éveline Lot.
- A TRAVERS LE MONDE
- La soufflerie la plus rapide du monde
- Quand 011 crée des prototypes d’avions, on procède à des essais en soufflerie sur maquette de dimensions réduites, Rivant de passer à la construction de l’avion en vraie grandeur. Mais les données fournies par l’essai sur modèle réduit ne sont applicables au modèle réel que si l’on respecte au cours de l’essai certaines relations, dites relations de similitude. La plus importante est la relation de Reynolds. Elle peut s’exprimer ainsi dans le cas où l’essai se fait à mêmes température et pression que le vol réel ; si v est la vitesse du courant d’air de la soufflerie, V la vitesse de l’avion, l la longueur d’un élément du modèle, L la longueur de l’élément homologue de l’avion, le produit v.l, doit être égal au produit V.L. C’est dire que pour des maquettes de petites dimensions représentant des avions à grande vitesse, il faut imprimer de très grandes vitesses au courant d’air de la soufflerie. De cette exigence sont nées les souffleries dites supersoniques.
- La soufflerie supersonique la plus rapide du monde est actuellement en construction au Centre officiel de Wright Field à Dayton pour les besoins de l’Armée aérienne Américaine. La revue tt Les Ailes » fait connaître les caractéristiques essentielles de cette remarquable installation. On compte atteindre une vitesse de vent de 909 m à la seconde, soit près de trois fois la vitesse
- du vent, dans une section d’essais rectangulaire de 0 m2 37, permettant l’expérimentation continue de profils d’ailes et de petites maquettes d’avions.
- La soufflerie est du type à circuit fermé disposé dans un plan vertical. Son tunnel ne mesure que 1 m 30 de long. Le courant d’air est créé par un compresseur rotatif comprenant huit roues de 1 m do diamètre, garnies chacune de 40 pales de 11 cm 5 de large et 19 cm de long. Des aubes directrices assurent une prérotation de la veine qui sort sans torsion du compresseur et s’engage dans la partie divergente du tunnel. Le compresseur est entraîné par un moteur électrique de o 000 CY à 3 000 tours par minute.
- Le plus puissant avion bombardier
- Le Ministère de la Guerre des États-Unis vient d’autoriser le « General Motors Con » à annoncer qu’elle procède actuellement aux essais du plus grand bombardier du monde. Le X-B-19 À surclassera les « Superforteresses B-%9 ». Il est construit pour transporter 18 t de bombes ou 124 hommes armés. Il a 63 m 6 d’envergure alors que le B-29 ne mesure que 42 m. Il est équipé avec quatre moteurs Allison de 2 600 HP chacun, à refroidissement par eau.
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- Une nouvelle caméra pour télévision
- L’isoscope Barthélemy, perfectionnement de l'iconoscope
- Les conditions des prises de vues par caméra pour la télévision viennent d’être considérablement améliorées par un perfectionnement de l’iconoscope. On sait que l’iconoscope, étudié par Zxvorykin aux laboratoires de la Radio Corporation of America et qui dérive des recherches faites en 1911 par Campbell-Swinton, est entré en application à partir de 1935 dans les caméras de prises de vues. Il est caractérisé par une mosaïque de petites cellules photoélectriques juxtaposées sur lesquelles on projette l’image à analyser (voir n° i5 mars 1945). Celle-ci est explorée par un pinceau d’électrons qui ferme successivement le circuit de chaque cellule. Cet analyseur électronique, utilisé uni- U versellement depuis, présente divers défauts. L’émission secon- Ç dai)’e de la couche photosensible réduit sa sensibilité à quelques centièmes de sa valeur théorique, tandis qu’il faut corriger les taches instables, dont la répartition et l’intensité varient en fonction de l’éclairement.
- En 1989, les laboratoires de la R. C. A. présentaient un nouveau tube analyseur, Vorthiconoscope, caractérisé entre autres par la projection orthogonale de l’image sur la mosaïque. L’émission secondaire est supprimée si l’on explore la mosaïque au moyen d’un faisceau d’électrons très ralentis.
- L’étude de la question, reprise en France par M. R. Barthélemy au laboratoire de la Compagnie française de Télévision, vient d’aboutir à la création d’un tube encore plus perfectionné, Visoscope, dont le nom évoque la régularité de la définition de l’image.
- Comment est constitué l'isoscope
- Les caractéristiques essentielles des nouveaux tubes sont l’abaissement de la vitesse des électrons au voisinage de l’impact, la transformation de la mosaïque et l’amélioration du balayage. Le schéma de l’appareil est indiqué sur la figure 1.
- La difficulté essentielle réside dans la concentration des électrons lents en un faisceau étroit, dont le diamètre ne dépasse pas un dixième de millimètre pour un courant de 1 microampère environ. Pour éviter les déformations, R. Barthélemy utilise le procédé de concentration magnétique. Le tube est plongé, sur toute sa longueur, dans une bobine de i5o mm de diamètre développant un champ de 00 à 100 gauss, qui produit l’enroulement en hélice des électrons autour de l’axe. Cette technique détermine la concentration des électrons en des points équidistants sur le trajet du faisceau et donne sur la surface de la mosaïque une densité uniforme.
- La mosaïque est attaquée orthogonalemcnt, en avant par le faisceau cathodique qui reste perpendiculaire à sa surface au lieu d’être incliné de 35° environ comme dans l’iconoscope, et en arrière par le faisceau lumineux de l’objectif qui projette l’image. Dans ces conditions, il est nécessaire que l’ensemble de la mosaïque m, du support et de la plaque-signal soit transparent.' On constitue le support par une plaque de mica sélectionné M et la plaque-signal P par un dépôt pelliculaire d’argent craquelé, recouvrant environ Go pour xoo de la surface. La transmission par transparence a pour effet de réduire de 3o à 4o pour 100 la sensibilité de la mosaïque, qui est de l’ordre de 10 à i5 microampères par lumen. Pour un éclairement de 20 lux, la tension sur le condensateur ainsi constitué est de 2,5 V. La capacité électrique de l’ensemble s’élève à 100 cm : cm2 de surface.
- Grâce à l’analyse par électrons lents, on supprime la gêne résultant de l’émission d’électrons secondaires sur la mosaïque et l’obligation de corriger les taches car celles-ci ont disparu. L’émission photoélectrique est assurée normalement par la tension électrique anodique de 200 V au moiiis.
- Fig. 1. Principe du fonctionnement de l’isoscope.
- A, anocle ; B, bobine de concentration ; C, cathode ; D, bobines déviatrices ; E, électrode de Wehnelt ; m, mosaïque ; M, plaque de mica ; P, plaque-signal ; Z, impédance d’utilisation.
- Dans l’isoscope, la distorsion de l’image due à sa projection sous l’angle de 36° sur la mosaïque de l’iconoscope, n’existe plus. La correction de trapèze disparaît de ce chef et le système optique s’en trouve également simplifié. Cependant, on éprouve quelque difficulté à réduire la résistance électrique de la plaque-signal, en raison de sa minceur. Il s’en suit un obstacle au retour rapide du spot.
- Le balayage magnétique, introduit par R. Barthélemy dans l’isoscope, représente un perfectionnement sur le balayage statique adopté pour l’orlhiconoscope. On observe, en effet, des irrégularités dans la déviation statique qui, d’autre part, reste très encombrante en raison de la juxtaposition des deux paires de plaques. Cependant le balayage magnétique exige un grand noynbre d’ampères-tours provoquant aux bornes des enroulements des i"|h4tensions considérables qu’on est parvenu à réduire. La définition magnétique procure une analyse régulière sur toute la surface de l’image.
- On étudie les effets du courant cathodique sur la mosaïque en substituant à cette pièce une cible. On vérifie ainsi que l’isoscope se comporte comme une diode, dont la résistance intérieure serait de 5 mégohms environ. Le courant cathodique tombant sur la mosaïque est de l’ordre du microampère et l’impédance de sortie de 2 000 ohms environ.
- Lorsque l’éclairement est de 20 lux, le courant de 0,2 microampère décharge 98 pour 100 de la charge photoélectrique de l’image. Le « traînage » restant de 2 pour 100 se reporte sur l’image suivante, mais n’apporte, en raison de sa faiblesse, aucune distorsion appréciable. La valeur maximum des impulsions de tension recueillies est de 3oo microvolts, ce qui prouve que l’isoscope est au moins 10 fois plus sensible que l’iconoscope. Il n’y a plus besoin de réduire l’intensité lumineuse du faisceau tombant sur la plaque-signal parce que la tension reste proportionnelle à l’éclairement sur une vaste échelle, au contraire de ce qui se passe pour l’iconoscope qui se salure.
- Pour l’isoscope, la tension sur la mosaïque reste faible. Mais si le faisceau cathodique ne véhicule pas suffisamment d’élec-
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- Irons pour capter toutes les charges électriques accumulées, le potentiel de la mosaïque ne cesse de monter jusqu’à ce qu’il rejoigne celui de l’anode. Cet état stable de fonctionnement à haute tension est précisément celui qui caractérise l’iconos-•cope.
- M
- Modulation à haute fréquence de l’isoscope.
- /, F, hautes fréquences affectées respectivement à la cathode C et à l’électrode de Wehnelt E ; T, transformateur de sortie.
- Dans le régime de modulation à haute fréquence, on atteint des amplitudes doubles de celles du régime en continu. On introduit les sources de modulation à haute fréquence f et F respectivement dans le circuit cathodique et dans celui de l’électrode de Wehnelt (fig. 2). Le faisceau électronique est alors modulé à la fréquence des battements (F — /).
- Grâce à l’isoscope, on obtient donc une grande facilité de balayage, une réponse très améliorée, une sensibilité supérieure, une appréciable protection contre les parasites et la possibilité d’une modulation directe à haute fréquence, D’ailleurs, ce tube est désormais substitué à I’iconoscope dans les nbtfvëtfês " camédlf' dé^télévision.
- L'apparition de l'isoscope Barthélémy provoque une vive émotion aux États-Unis
- Nul n’est prophète en son pays. Il est intéressant de savoir ce que l’étranger pense de la télévision française, en général, et de l’isoscope en particulier. Dès l’automne dernier, on apprenait aux États-Unis que la nouvelle caméra de Barthélemy permettait une définition de l’image à 1 000 lignes. Cette nouvelle a provoqué outre-Atlantique une émotion considérable, dont le
- Newsweek s’est fait l’écho. Le directeur à Londres du Columbia Broadcasting System (C. B. S.), l’un des grands réseaux américains, déclare que la télévision parisienne, mise au point pendant l’occupation allemande, est plus fine, plus détaillée et donne de plus grandes images que les télévisions angaises et américaines. Or le C. B. S., qui est exploitant, mais non constructeur, préconise la télévision à large bande, donc la substitution du standard à x 000 lignes au standard à 525 lignes, actuellement normalisé aux États-Unis. Par contre la National Broadcasting C° (N. B. C.), qui groupe les intérêts de la plupart des constructeurs de télévision, est opposée à tout changement brutal des normes, qui entraînerait la mise au rebut d’un matériel important. On attend actuellement la décision de la Commission fédérale des Communications, qui est évidemment impi'essionnée par les nouvelles venues de France,
- Selon les déclarations faites par M. Barthélemy au représentant du C. B. S., la télévision à 1 000 lignes est au point, prête à entrer en application et ne rencontre plus sur sa route aucun obstacle technique insurmontable. Un autre observateur américain, Morris Pierce, déclare qu’il a vu des démonstrations du nouveau procédé et que la qualité de l’image est absolument comparable à celle du cinéma, donc supérieure à celle offerte par la télévision américaine à 525 lignes. D’après R. Barthélemy, il faudrait compter deux ans pour l’équipement du nouveau procédé et pour la construction des récepteurs. Les services de la Radiodiffusion française, qui se placent au point de vue de l’exploitation, indiquent qu’un délai de 4 ans serait encore nécessaire à l’expérimentation. D’ailleurs l’obligation où l’on se trouve de renouveler les câbles, les relais et les équipements divers nécessités par la définition élevée ne permettrait pas la mise en service du nouveau procédé avant une dizaine d’années.
- Quoi qu’il en soit, il est extrêmement réconfortant pour les Français d’apprendre de l’étranger que c’est notre pays qui tient Ja tête du progrès en ce domaine. Contrairement à l’opi-hîon trop fréquemment accréditée, nos chercheurs n’ont pas perdu leur temps pendant la guerre, malgré les innombrables difficultés de toute nature suscitées par l’occupation. L’isoscope Barthélemy en est un exemple frappant. Mis au point en zone occupée, il a pu être habilement soustrait, au moment de la libération, à la volonté de destruction des Allemands, par la substitution d’un appareil sans intérêt au protoype perfectionné.
- Les transmissions expérimentales de télévision, qui vont incessamment commencer à la station du Champ-de-Mars, vont donc concentrer l’attention mondiale. Il faut espérer que la France conservera en ce domaine l’avance qu’elle s’est acquise.
- Michel Adam.
- NOUVELLES DE LA RADIO
- Comment les sinistrés peuvent-ils se procurer un poste radiorécepteur?
- Jusqu’au 20 janvier 1945, les postes récepteurs de radiodiffusion ont été bloqués chez les constructeurs et chez les revendeurs. Pour en acheter un, il fallait demander à la mairie de sa résidence un bon de débloquage, lequel n’était accordé qu’à certains auditeurs privilégiés, tels que sinistrés, jeunes ménages et autres. Ce bon était ensuite présenté au constructeur ou au revendeur qui devait l’honorer par priorité.
- Cette procédure est désormais annulée, du fait du rétablissement de la liberté de construction et de vente des radiorécepteurs. Il n’y a plus à demander à la mairie le bon de débloquage, cependant faire valoir, le cas échéant, la qualité de sinistré pour bénéficier d’un traitement préférentiel.
- Création d'une section radioélectrique au Laboratoire central des Industries électriques.
- Une section radioélectrique dirigée par M. E. Fromy, vient d’être créée au Laboratoire central des Industries électriques. Elle a pour objet toutes les mesures et contrôles industriels en usage dans la profession, en particulier l’examen des prototypes de radiorécepteurs en vue de leur admission au label, puis l’établissement et la vérification des règles de qualité et de sécurité pour les récepteurs radiophoniques, les pièces détachées et le matériel professionnel.
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- LE RU DE MONTREUIL (Seine)
- L
- 'urbanisme, cette science qui embellit les cités, facilite la circulation et augmente le bien-être des habitants des villes, •est une destructrice puissante des sites naturels. Elle aplanit •les coteaux, comble les vallées, dessèche les marais et engloutit, par hygiène, dans ses égouts, les riviérettes qui sinuaient sur les terrains où s’érigent maintenant des immeubles modernes.
- C’est le cas du ruisseau de la Grange-Batelière qui descendant de Montmartre, traversait Paris dans le quartier de l’Opéra et c’est celui du Rû de Montreuil dont nous allons étudier le cours. Son souvenir est bien effacé et seuls les noms évocateurs de quelques rues du XIP arrondissement : rue des Meuniers, rue de Fécamp, rue des Fonds-Verts, ruelle de la Planchette font subsister sa mémoire en attendant que nos édiles en changent les dénominations.
- Il existe dans Paris des bibliothèques peu fréquentées qui sont des mines de documentation. Celle de la Ville de Paris, rue de Sévigné, est du nombre et nous y trouverons un dossier considérable de cartes anciennes qu’en premier lieu il faut consulter. Ce n’est qu’en 1710 sur le Plan r -de Paris, de ses faubourgs et de ses environs i qu’un léger trait nous indique le tracé du ruisseau auquel le topographe N. de Fer n’a pas donné de nom. Les cartes antérieures ne le mentionnent pas, le jugeant sans doute de peu d’importance.
- Il faut arriver au plan de Roussel (i73i) pour obtenir plus de détails. Lambeau, dans son ouvrage sur « Bercy » paru en 1910, écrit : «...on remarque un ponceau jeté sur le Rû de Montreuil à l’endroit où traverse le chemin des Meuniers qui sera en 1790 l’ancien chemin de Charenton, puis le chemin de Reuilly à Charenton et aujourd’hui la rue Claude-Decaen qui coupe la vallée de Fécamp. L’origine de ce vocable est encore à découvrir car il varia et fut écrit : Fecan, Fequant dans les temps anciens. On suit encore très distinctement dans le dit plan le parcours de ce Rû de Montreuil que l’on trouve coulant librement à partir du chemin de la Croix-Rouge non loin du carrefour de ce nom (la croix se trouvait à l’extrémité de la rue de Fécamp) et sans que ce document malheureusemt indique où il prend sa source. Il passe sous le ponceau dont nous avons parlé, prend une direction Est-Ouest jusqu’à la rue de la vallée de Fécamp, aujourd’hui rue de Charenton qu’il coupe, traverse le Petit-Bercy et la rue de ce nom, entre dans la maison de la Râpée et vient se jeter dans un petit étang situé au milieu des dépendances de ce domaine, lequel étang paraît avoir un déversoir canalisé jusqu’à la rivière... ».
- Par ordre chronologique, nous le retrouvons dans les cartes suivantes :
- Plan de la Ville et des Faubourgs de Paris divisé en 20 quartiers par Robert de Vaugondy (1760).
- Nouveau Plan de Paris, ses Faubourgs et ses environs, revu et corrigé par Desnos, géographe (1762). Cette fois le rû porte son nom mais le tracé reste le même.
- Le nouveau Plan de Paris chez Mondhine, rue Saint-Jacques à l’Hôtel de Saumur par le Chevalier de Beaurain (1763) indique « Ruisseau de Montreuil » et le fait jeter dans la Seine en amont du bac qui assure le passage du fleuve en face de la Salpêtrière.
- Le Plan de J. B. Jaillot (1775) reprend le titre de « Rû de Montreuil » et nous le voyons serpentant à travers les jardins
- de la Grande-Pinte et du Petit-Bercy, passant sous la chaussée des rues qu’il coupe, Il aboutit au petit étang déjà nommé dont le trop-plein semble être canalisé jusqu’à la Seine comme nous l’avons déjà fait remarquer tout à l’heure.
- Plan de Verniquet. (1789-1798). On y voit la petite pièce d’eau de la Râpée qui a pris une forme régulière et carrée et semble recevoir l’amorce d’un petit ruisseau vaguement indiqué. Ce ruisseau est toujours l’ancien Rû de Montreuil coulant tantôt à ciel ouvert, tantôt canalisé à travers les rues du pays.
- Le Plan de Paris chez Efnautz (An II) le fait monter en grade et lui accorde la mention « Rivière de Montreuil ».
- Le Plan de Paris gravé par Boniselle, œuvre de C***, chez Jean, Rue de Beauvais n° 12, n’est guère dissemblable du précédent sauf pour l’embouchure du cours d’eau qui se place en amont de la Barrière de la Râpée.
- Arrivons maintenant, à une époque plus récente et le Plan de Paris de i86o-i865 va nous donner la situation exacte du ruisseau tout au moins dans Paris.
- <1-. ... „
- Fis. 1. Croquis de 1890 montrant l’origine du Rû de Montreuil
- (Archives du Service de l’Assainissement et des Ëgouts de Montreuil).
- Venant de Saint-Mandé à ciel ouvert, il coupe : le chemin du Marais, celui de la Croix-Rouge, la rue de Reuilly, passe entre le chemin des Meuniers et la ruelle de la Lancette et parvient à la rue de la Brèclie-aux-Loups, suit la rue de la Lancette, traverse la rue de Charenton, longe la rue des Fonds-Verts qui a gardé ce nom dans la partie où il passe, suit la rue du Commerce, traverse la place de l’église jusqu’à la mairie, la rue de Bercy jusqu’à la rue particulière de Mâcon, coule entre cette rue et la rue particulière de Bordeaux et vient enfin se perdre dans la Seine.
- Le nouveau Plan de Paris par Napoléon Chaix (i864) annonce son déclin. Abordant Paris près la Porte Montempoivre (il coulait encore librement dans le fossé des fortifications avant leur démolition), notre ruisseau coupe la rue de la Voûte, le chemin des Marais, de la Croix-Rouge, de Reuilly, longe au Sud la ruelle de la Lancette et se perd vers la rue des Fonds-Verts.
- A partir de cette date, il n’est plus signalé nulle part car la \oirie s’en est emparée et l’a emprisonné comme un simple malfaiteur. A vrai dire, il avait bien commis quelques méfaits. Par manque de curage, son lit s’était envasé et son onde était devenue nauséabonde car les bouchers de Montreuil polluaient les eaux de son affluent « La Pissotte » avec leurs1 détritus et
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- les riverains de jour en jour plus nombreux s’en servaient comme de dépotoir. En 1817, il lui prit la fantaisie de déborder et l’on dut supprimer les levées pour faciliter son écoulement. Le 16 septembre 1829 le Conseil Municipal de Bercy délibéra sur l’assainissement du rû car les ponts ayant été rompus, le cours d’eau est gêné par les débris et envahit les jardins et les marais de Bercy, Picpus et Saint-Mandé. L’Administration s’inquiéta de cet état de chose et l’Ingénieur des Ponts et Chaussées Baude fit en i832 un rapport concluant à l’enfouissement de la rivière.. Des années s’écoulèrent mais le Second Empire s’empara de la question et la résolut au gré des intéressés. Le rû de Montreuil avait vécu. Jusqu’à présent le parcours parisien nous a occupé, examinons maintenant son cours en banlieue.
- Partant de la Mairie de Montreuil, remontons le boulevard de Belfort, nous arrivons presqu’en haut de la côte à la rue des Hannots qui débouche sur la gauche. Suivons-la. Immédiatement au-dessus du 24 bis et en face de la rue de la Fontaine, nous trouvons un pan de mur que troue une ouverture donnant accès à un escalier tordu d’une dizaine de marches usées. Le descendant nous avons à notre gauche une sorte de réservoir en maçonnerie d’où sort un tuyau qui éjecte un mince filet d’eau limpide et fraîche. C’est la fontaine clés Llan-nots et la source du Bû de Montreuil. L’eau s’écoule sur le dallage, passe sous une grille verticale pour gagner une propriété voisine et disparaît à nos yeux. Un peu plus loin, le ruisseau de Saint-Victor dont on n’aperçoit plus rien apporte une légère contribution au rû naissant dont on peut suivre le thalweg encore apparent.
- Pour cela, il faut traverser le boulevard qui est en remblai, suivre la pente de la rue de Bomainville et frôler l’église. Le Bû poursuivait sa course par la rue Franklin, entrait dans le pax’c de la demeure de Maître Bobillard, notaire, continuait par la rue du Général Galliéni (ancienne rue du Pré), puis longeait A-ers la gauche, la dénivellation qui borde l’Avenue du. Président Wilson en se dirigeant vei's Vincennes.
- Ici notons qu’un petit affluent provenant de la fontaine des Quarreaux ou Carreaux qui sourdait dans une propriété à mi-côte de la rue de ce nom et qui fut achetée sous Louis-Philippe au prix de o fr. 20 le mètre carré (ce n’était pas la vie chère) par Mme Lacroix pour y passer le dimanche, alimentait le réservoir et les fossés du château de Vincennes. Il coulait à découvert, écoutait les babillages des lavandières qui s’éver-
- tuaient à coups de battoir sur les bords du lavoir qu’il remplissait, puis s’échappant un peu sali par la rue de la Ferme et le quartier des Rigolots, il arrivait rue de France avant de franchir la voie ferrée de Paris à Verneuil l’Etang sur un aqueduc dont on peut encore voir les restes. Abordant les fossés du Château au Nord-Est, il les quittait au Nord-Ouest pour se jeter dans l’ancienne mare de Saint-Mandé où il rejoignait notre rû. Ce dernier errait parmi les prairies de Saint-Mandé car le territoire est plat et une dépression ne s’accuse que vers la rue Bérulle et la rue Allard ; elle persiste en traversant le boulevard Carnot pour atteindre la porte Montempoivre au Sud. Arrosant des marais au bon sens du mot (jardins cultivés), il atteignait la rue Rottembourg, traversait l’Avenue Daumes-nil pour s’engager dans la vallée de Fécamp et pour la suite on peut se reporter à ce qui a été dit plus haut. Cet itinéraire est celui que suivrait un géographe et nous allons voir que le tracé du collecteur qui renferme notre rû concorde bien avec lui.
- Grâce à l’obligeance de M. Vrain, Ingénieur des Ponts et Chaussées chargé du Service de l’Assainissement et des Égoûls de Montreuil, nous avons pu :
- i° obtenir la communication d’un croquis de 1890 que nous avons fait reproduire et qui prouve bien que la fontaine des Hannots est l’origine du rû ;
- 20 observer dans son bureau le plan de la canalisation du ruisseau.
- Délaissant la partie parisienne et en remontant pour diversifier, nous voyons la conduite souterraine filer de la Porte Montempoivre vers les rues Allard, du Lac, contourner au Sud le lac de Saint-Mandé, traverser des jardins particuliers dans la direction S.-S.-O.-N.-N.-E., puis ceux de l’Hôpital militaire Begin, couper l’Avenue de Paris, suivre celles de la Piépublique et du Président Wilson, gagner la rue du Général Galliéni et remonter jusqu’à la rue des Hannots par le même chemin que nous avons pris en descendant le thalweg.
- Peu d’auteurs se sont préoccupés du sujet traité et à vrai dhe leurs affirmations ne concordent pas souvent; il faut donc voir dans cette élude plutôt une esquisse largement brossée qu’un tableau achevé car. il est bien difficile de ressusciter les morts et hélas notre petite rivière est décédée depuis longtemps.
- Ch. Broyer.
- La Science
- Aérodromes synthétiques
- La Nature a décrit les ports « synthétiques » créés par la marine des Alliés pour ses débarquements, en Normandie notamment.
- L’aviation américaine improvise, de même, en pleine bataille des aérodromes construits rapidement de toutes pièces à proximité mémo du front. Yoici comment elle opère, selon le Bulletin d’Information du Ministère de l’Air.
- Les terrains d’aviation et les pistes ennemies, une fois occupés, sont rapidement débarrassés de tous les obstacles. De petites bandes d’acier sont alors étendues sur le sol pour servir de pistes de départ provisoires.
- En même temps les troupes du génie de l’armée de l’air aménagent des pistes définitives sur le sol nivelé. Des camions spéciaux dont l’aspect évoque de grandes machines d’imprimerie étendent des fragments d’un tapis en papier, longs d’environ 70 m ; chaque fragment recouvrant le précédent sur la moitié de sa longueur. Le tapis est alors enduit d’une couche d’une sorte de ciment constitué par une solution d’huile de Diesel mélangée de pétrole et éjectée par un autre camion. Le tout est
- et la Guerre
- pressé par un appareil spécial à sept roues. Aux virages la piste est renforcée par un réseau métallique. Ces aérodromes sont créés en quelques jours, souvent sous le feu même de l’ennemi.
- Une nouvelle méthode pour bâtir"
- Un suédois, M. Car Ilarald Hermodson, emploie un procédé fort original pour construire les maisons.
- Il pose sur terre la charpente de la toiture et la couvre. Ensuite il la soulève peu à peu au moyen de treuils pour bâtir les murs du dernier étage.
- De cette façon les maçons sont toujours à terre, Il n’y a pas. d’échafaudages. Ils travaillent à l’abri comme en usine.
- En même temps que les murs et les cloisons se montent les canalisations verticales ou au moins les « colonnes » montantes qui doivent les renfermer.
- Le brevet français de cet édificateur commençant par le toit a été publié à Paris sous le numéro 862.779 en mars 1941.
- Pierre Larue.
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- Quelques aspects actuels du Rû de Montreuil
- 2, Accès à la fontaine des Hannots ; 3, La fontaine des Hannots ; 4, Restes de l’aqueduc qui amenait les eaux du ruisseau des Quarreaux au Château de Yincenncs ; 5, Ancien lit du Rû de Montreuil dans la zone en 1941, avant les travaux d’aplanissement. Vue prise en regardant Saint-Mandé ; 6, Vue prise
- vers Paris ; 7, Regard accédant à la canalisation souterraine.
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- MATIÈRES PLASTIQUES ARTIFICIELLES
- Les phénopiastes (bakélites)
- En 1872, Bayer observe la formation de corps résineux par l’action générale des aldéhydes sur les phénols. A l’Exposition de 1900 le chimiste français Trillat présente une série de résines aldéhydiques qu’il a préparées, mais ces produits n’ont pas de suite industrielle. Ce n’est qu’en 1909 après la publication des travaux de Baekeland que ces nouveaux produits entrent dans la pratique courante et donnent naissance à une puissante industrie.
- Fabrication des phénopiastes.
- On peut en obtenir une très grande variété. Actuellement, près de deux cents types de phénopiastes sont vendus dans le commerce sous des noms divers : bakélite, gédélite, progilite, plastose, etc., etc.
- La condensation des aldéhydes et des phénols peut donner des produits multiples suivant les catalyseurs utilisés : acides, alcalis, borax, dérivés aminés, etc. D’une manière générale on obtient des résines transparentes de coloration jaunâtre plus ou moins claire qui, avec le temps, prennent une teinte plus foncée par oxydation lente.
- Ces corps sont facilement fusibles et solubles dans un grand nombre de solvants organiques.
- Par l’action de la chaleur, ces résines perdent leur fusibilité et leur solubilité : elles se polymérisent et prennent un état définitif irréversible. On suppose que les molécules sè sont agrégées par des liaisons transversales formant un réseau stable résislant aux actions physiques et chimiques. Des explications théoriques fort séduisantes ont été données, établissant des schémas de structure spatiale fort ingénieux. Mais il reste encore bien des points mystérieux, surtout en ce qui concerne les transpositions moléculaires successives qui s’étagent depuis le premier stade de la formation de ces résines jusqu’à leur polymérisation définitive.
- Les applications.
- Les applications sont très nombreuses et les phénopiastes sous leurs diverses formes ont pris une place considérable dans la vie moderne.
- Vernis alcooliques. Produits imprégnés. — Par dissolution dans des solvants organiques surtout alcooliques on obtient des Ternis dont les débouchés sont multiples : papiers en feuilles superposées en vue de la fabrication de plaques, de tubes isolants, etc., qui prennent une stabilité définitive par polymérisation ultérieure par la chaleur. Des toiles de coton traitées de la même manière, montées en plaques, permettent d’y découper des pièces utilisées en mécanique : engrenages, galets, coussinets qui prennent de plus en plus d’extension. On apprécie beaucoup leur mouvement silencieux.
- Ces solutions sont aussi utilisées pour l’imprégnation de3 isolements des bobinages d’appareillage électrique.
- On utilise également des émulsions aqueuses qui ont l’avantage de l’économie et évitent les installations de récupération des solvants.
- 1. Voir numéro du 1er mars 1945.
- L’imprégnation de la cellulose et du bois comprimé ou non a conduit à l’obtention d’un matériau léger, résistant et bon diélectrique en même temps qu’ininflammable. Il faut plusieurs, dizaines de minutes pour traverser par la flamme des plaques, de deux centimètres de certains de ces produits.
- Avec des déchets de bois, de cellulose, on établit des panneaux utilisés dans l’industrie et dans la décoration.
- Enfin l’on utilise les phénopiastes dans l’industrie alimentaire pour l’imprégnation ou le revêtement intérieur des boîtes-de conserves.
- Objets moulés. Poudres a mouler. -— Les phénopiastes-moulés avec ou sans liants ont conduit à l’obtention d’objets de toutes formes où ils remplacent divers alliages de métaux non ferreux, la porcelaine et le verre électrique et même les aciers inoxydables dans bien des cas. Leur utilisation dans l’industrie-mécanique prend un développement considérable pour la construction de coussinets avec excellent roulement et économie de lubrifiant, dans les garnitures de freins, dans la fabrication de meules d’ébarbage et de coupe des métaux qui permettent des vitesses de rotation supérieures à celles de meules vitrifiées.
- C’est certainement le perfectionnement et le développement des poudres à mouler qui a donné aux phénopiastes le débouché-le plus répandu et le plus important. C’est en passant par ce-stade intermédiaire que les produits de condensation phénols-aldéhydes pénètrent dans la vie courante. Ils sont pulvérisés-en mélange avec diverses charges; sciure de bois, débris de fibres, amiante et autres minéraux.
- Les poudres à mouler sont surtout du type dit à cuisson rapide qui permet un grand débit des presses. La température de polymérisation s’échelonne de 120° à 1800 suivant la nature-de la matière.
- Les poudres à mouler de bonne qualité sont caractérisées par leur fluidité qui leur permet un remplissage facile du moule,. leur vitesse de cuisson, leur gonflement et leur reirait; et: enfin par les qualités mécaniques, physiques et chimiques desproduits finis. La résistance à la traction varie de 5oo à 1 000 kg-par centimètre carré, la résistance à la compression de 1 5oo à> 2 800 kg par centimètre carré. Le retrait est inférieur à 1 pour 100. La sensibilité à l’eau est très faible : absorption inférieure-à 1 pour 100 en 24 heures. La constante diélectrique atteint de 4 à 8..
- Le moulage s’effectue en chauffant sous pression dans desmoules d’acier. La fabrication d’objets divers par ce procédé est en progression constante depuis des années, spécialement' pour le petit appareillage électrique, le matériel téléphonique, la T. S. F., les objets domestiques : coutellerie, tabletterie,, étuis, petits meubles de série, etc.
- Ceci indépendamment des grosses fabrications destinées à> l’industrie : engrenages, coussinets, pièces de toute sorte pour-la mécanique, les chemins de fer, l’aviation,, la marine et de-multiples emplois tels que la protection corïtre les réactifs chimiques, etc.
- La production mondiale de phénopiastes est passée progressivement d’un millier de tonnes annuelles avant la guerre de-igi4 à près de 100 000 t en 1989. Les États-Unis sont les plus; gros producteurs et s’inscrivent pour environ le quart de ce chiffre.
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- Les matières premières mises en œuvre pour ces fabrications sont surtout du phénol pur (C6H5.OH), et ses homologues supérieurs notamment les crésols, et d’autre part Je formol sur lequel nous aurons à revenir plus loin.
- Phénoplastes oléo-solubles. Résines artificielles. Vernis gras. Vernis à séchage rapide.
- . La condensation phénols-aldéhydes conduit également à toute une catégorie de produits distincts des bakélites ordinaires, ce sont les phénoplastes solubles dans les huiles.
- Ces produits peuvent remplacer les résines naturelles employées dans la fabrication des vernis, c’est le cas par exemple des « copals synthétiques ». Leur mise au point a permis l’établissement de formules de vernis d’une remarquable résistance chimique avec l’avantage d’une parfaite constance de propriétés : solubilité, dureté, siccativité, coloration, etc., qui a permis une grande régularité dans la fabrication.
- On sait que la colophane, résidu de la distillation de la gemme de pin, est constituée par des acides résiniques, en majeure partie de l’acide abiétique. Ces acides résiniques peuvent réagir sur les produits de condensation phénols-aldéhydes en donnant, suivant les proportions relatives mises en action, des produits de moins en moins solubles dans l’alcool, de dureté et de points de fusion croissants et plus ou moins solubles dans les hydrocarbures et les huiles siccatives. On trouve dans le commerce des qualités caractérisées par leurs points de fusion. Par exemple : 80/96°; 96/106°; iio/i3o°.
- Les plus fusibles sont employées surtout en association avec les vernis cellulosiques. Les autres sont la base de vernis à l’huile et de vernis mixtes par addition à d’auti’es résines, par exemple glycérophtaliques. Elles sont miscibles au caoutchouc chloré.
- Les qualités les plus dures sont réservées à la préparation de vernis gras par cuisson avec des huiles de lin, de bois de Chine, standolies, etc.
- La pureté des produits mis en œuvre : phénol, colophane, influe directement sur la valeur des vernis en ce qui concerne leur coloration et stabilité ultérieure. Les usagers trouvent à s’approvisionner chez les fabricants en toute une série de types allant de la teinte extra-pâle à la teinte foncée.
- Une autre catégorie de phénoplastes oléo-solubles est préparée par condensation des aldéhydes avec des phénols dont un hydrogène du noyau est substitué par un groupement alcoolique, butylique ou autre. Les résines obtenues, analogues aux précédentes, sont de prix de revient beaucoup plus élevé mais compensé par une amélioration sensible de qualité en ce qui concerne la résistance à l’humidité et aux agents chimiques.
- Us entrent dans la composition de vernis spéciaux à séchage rapide particulièrement intéressants pour les bateaux, pour lesquels ils fournissent une excellente protection.
- Les produits ci-dessus ne sont pas polymérisables, mais on a mis récemment au point une nouvelle série de phénoplastes polymérisables solubles dans les hydrocarbures benzéniques, les cétones, les alcools supérieurs, les éthei's acétiques et qui peuvent être dilués avec de l’alcool éthylique et des while spirits. Cette nouvelle classe de résines conduit à l’élaboration de vernis variés par combinaison avec des huiles, des vernis cellulosiques, ils donnent des pellicules de grande souplesse et d’une remarquable adhérence aux métaux.
- Les phénoplastes oléosolubles ont aussi d’importants débouchés dans la fabrication des cuirs artificiels, des toiles cirées, des toiles et papiers émeri, etc.
- On pourrait s’étendre indéfiniment sur ces questions mais ce que nous venons de dire suffit à montrer quel rôle important jouent les phénoplastes oléosolubles dans l’industrie
- des vernis et les transformations techniques qu’ils y ont provoquées.
- ; Ces produits sont connus sous diverses dénominations commerciales : albertbls, beckacites, gedosols, olasols, etc., etc..
- Tannins artificiels. — Mais les réactions de condensation des-phénols et des aldéhydes peuvent conduire aussi à des corps tout différents, en marge des phénoplastes : si l’on condense-des phénols sulfonés avec des aldéhydes en présence de catalyseurs acides, on obtient des produits dont la neutralisation conduit à l’obtention des tannins artificiels.
- Enfin, partant de tannins catéchiques qui disposent d’une-fonction phénol libre on a obtenu des dérivés susceptibles de-fixer les ions des solutions de sels minéraux dilués, ce qui permet de les utiliser pour la purification des eaux.
- On voit que les phénoplastes ont une remarquable possibilité' d’expansion et que leur avenir est des plus intéressants.
- Les matières premières des phénoplastes — Le formol..
- Les matières premières de la fabrication des bakélites sont d’une part les phénols provenant de l’extraction des dérivés-de la houille et de leur préparation à partir du benzène ; d’autre part l’aldéhyde formique ou formol qui en est la solution! aqueuse à 4o pour 100.
- On verra la formaldéhyde intervenir dans l’élaboration de bien d’autres matières plastiques que nous aurons à étudier parla suite. On l’obtient à partir de Valcool méthylique. Et tous deux ont bien d’autres débouchés que l’industrie des plastiques. Ils sont consommés par la fabrication des matières colorantes artificielles, des produits pharmaceutiques. L’alcool-méthylique est un solvant intéressant ainsi que ses esthers.. L’industrie en fait une très forte consommation.
- Il n’est pas sans intérêt de voir comment la chimie moderne a résolu sa synthèse pour faire face à l’énorme demande dont il était l’objet pour son utilisation propre et pour celle de-l’aldéhyde formique qui en dérive.
- Vers 1914 la France consommait environ G 000 t annuelles d’alcool méthylique dont un peu moins de la moitié provenait! de la carbonisation de quelque 600 à 700 000 stères de bois~ Le reste était importé.
- Une grande partie était consacrée à la dénaturation de l’alcool par un type spécial d’alcool méthylique impur dit « méthylène régie ».
- Puis vint le développement prodigieux des plastiques en même temps qu’il se constituait en France une importante industrie des matières colorantes artificielles. Les demandes en-alcool méthylique et dérivés s’élargissaient sérieusement. La carbonisation des bois ne pouvait les satisfaire et ses prix, étaient élevés. Les chimistes se tournèrent vers la synthèse.
- Le procédé Haber pour l’obtention de l’ammoniaque par union directe de ses éléments venait d’être un gros succès technique.
- Par analogie on tenta pour l’alcool méthylique une synthèse-du même ordre dans des conditions opératoires analogues :: l’union directe de l’oxyde de carbone et de l’hydrogène :
- CO + 4H = CH3 OH.
- Vers 1913 la Badische Aniline und Soda Fabrik avait tente-l’essai avec bien peu de résultats. D’autres recherches peu. satisfaisantes de divers chimistes suivirent.
- Par contre M. Georges Patart, ancien directeur du Service des Poudres fait breveter en 1921 un procédé d’hydrogénation de l’oxyde de carbone à pression et température élevées : 8 à 900 atmosphères sous 3 à 4oo°, en présence de catalyseurs. Le?
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- brevet ne comporte pas de précisions sur ceux-ci. 11 revendique tous les métaux, leurs oxydes et leurs sels déjà réputés faciliter l’hydrogénation ou l’oxydation. En 1920, la Badische fait breveter un procédé, qu’elle réalise industriellement, produisant plusieurs dizaines de tonnes journellement. Enfin, M. René Audiberl déposait également un brevet pour un procédé de synthèse.
- Le procédé Pat art fournit un alcool méthylique très pur, mais sa réalisation technique xr’esl pas simple.
- Actuellement la synthèse industrielle de l’alcool méthylique est entrée dans la pratique courante. Successivement des modifications sont intervenues et les divers procédés modernes, en jouant sur une série de variables indépendantes, ont simplifié la lechnique : réduction de la température, de la pression, accélération de la vitesse de passage des mélanges gazeux, réglant ainsi une température convenable pour donner le meilleur
- rendement en évitant les réactions secondaires ; enfin, améliora-tioxx des catalyseurs.
- En France, dans la régioix du Nord, dans le Midi, d’importantes installations sont en cours ou en projet. Fixe série d’unités capables de produire de 7 000 à 20 000 t annuelles chacune, au total aux alentours de Go 000 t, alimenteront l’industrie de notre pays.
- E aldéhyde formique est obtenu très simplement à partir de l'alcool méthylique par oxydation ménagée par l’air ou déshydrogénation par passage sur catalyseurs : cuivre, argent, à des températures de l’ordre de 3oo à 5oo°.
- C’est ainsi qu’a été réalisée de toutes pièces, à partir de ses éléments, la production massive d’une matière première fondamentale de l’industi’ie des plastiques.
- Lucien Pexarucue, Docteur de EUniversité de Paris.
- QUESTIONS DE NOS LECTEURS
- Le son des corps en mouvement
- M. Lesech demande l’explication du changement de tonalité du signal d’un véhicule rapide que l’on croise à grande vitesse.
- Un son est foi'mé par une succession d’ondes qui se déplacent dans l’air à la vitesse de 332 m à la seconde. La hauteur d’un son, pour un auditeur, ne dépend que du nombre d’ondes qui frappent son oreille pendant l’unité de temps. Si auditeur et véhicule -se déplacent -sur la même route, mais en allant à la rencontre l’un de l’autre, l’auditeur perçoit dans l’unité de temps plus d’ondes que s’il restait immobile. Il entend donc un son de plus grande hauteur, autrement, dit plus aigu, et d’autant plus aigu que la vitesse relative du véhicule par rapport à l’auditeur est plus grande. Au contraire si le signal sonore s’éloigne de l’auditeur, la hauteur du son diminue.
- MERCREDI 11 AVRIL
- Institut français du Caoutchouc, 42 rue Scheffer : 18 h. 30 : M. R. Walter : « Problèmes posés par la fabrication des tuyaux ».
- Musée de l’Homme, Palais de Chaillot :
- 17 h. 30 : Conférence organisée par l’Institut technique du Bâtiment. MM. Cordonnier et Didelin : « Méthodes nouvelles de documentation. Leur application au C. 0. du Bâtiment et des Travaux publics » (Demander invitation au Secrétariat de l’Institut technique du Bâtiment, 9, avenue Victoria, Paris).
- JEUDI 12 AVRIL
- Palais de la Découverte, avenue Yictor-Emmanuel III : 15 h. : M. G. Ciiampetier : a Les hauts polymères et leurs applications. Textiles artificiels et matières plastiques ».
- SAMEDI 14 AVRIL
- Palais de la Découverte : 15 h. :
- Les Livres
- Étude sur les produits utilisés en France contre le Doryphore, par M. lxAUCOURT et
- II. Bègue. 1 vol. in-4°, 115 p., 34 fig., 4 pl. Monographies des stations et laboratoires de recherches agronomiques. Imprimerie nationale, Paris, 1942.
- Chargés de l’étude et des essais des produits proposés pour la lutte contre le doryphore, au laboratoire de phytophar-macie du Centre de recherches agronomiques de Versailles, les auteurs décrivent les techniques employées et les résultats obtenus avec les produits arsenicaux, roté-nonés, fluorés, nicotines et la eyanamidc.
- Guide pratique pour la reconnaissance des roches, par M. Jacques Bourcart, professeur de Géologie Dynamique à la Sorbonne. i vol. 12 x 1S, 57 p., 1 hors texte. Prix : 35 francs et Aide-Mémoire de Géologie appliquée aux Travaux publics, du même auteur. 1 vol. 12 x 18, 110 p., 34 fig., nombreux tableaux. Prix : 55 francs. Éditions Eyrollcs, Paris.
- Deux petits mémentos « de poche » qui
- M. Francis Perrin : « L’origine de la chaleur solaire ».
- MERCREDI 18 AVRIL
- Institut français du Caoutchouc :
- •18 h. 30 : M. M. Fournier : « Quelques aspects de la polymérisation ».
- Musée de l’Homme, Palais de Chaillot : 17 h. 30 : Conférence organisée par l’Institut technique du Bâtiment. M. le Général Froment : « Les accidents dans les travaux de démolition des constructions sinistrées. Les accidents dus aux explosifs sur les chantiers de travaux publics » (Demander invitation au Secrétariat de l’Institut technique du Bâtiment, 9, avenue Victoria, Paris).
- JEUDI 19 AVRIL
- Palais de la Découverte : 15 h. : M. G. Allard : « Les équilibi'es chimiques ».
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- LA NATURE
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- SOMMAIRE
- Les avions propulsés par réaction, par A. TROLLER . I 13 Les sondeurs d’atome (suite), par P. ROUSSEAU . | 17
- La vulnérabilité du Japon, par KOUNG-TSEU-LING . 118
- Textiles artificiels et synthétiques, par L. PERRUCHE . 122
- La photographie facilite le transport de la correspondance des soldats américains, par J. BOYER . 125
- Qu’est-ce qu’une sinusite ? par le Dr G. MOUCHOT . 126
- Les crues de la Seine, par V. ROMANOVSKY ... 127
- Informations................................. 128
- LES AVIONS PROPULSÉS PAR RÉACTION
- La présenté guerre a consacré un nouveau mode de propulsion des avions, la propulsion par réaction.
- Dans l’avion classique, la propulsion est assurée par une hélice qui se visse en quelque sorte dans l’air. L’hélice est entraînée par un moteur à explosion ou à combustion interne. Jusqu’ici, celui-ci a toujours été un moteur à pistons attaquant par bielle et manivelle l’arbre rotatif qui porte l’hélice.
- Dans l’avion à réaction, le moteur est remplacé par des jets gazeux projetés à grande vitesse et par rapport auxquels l’avion prend obligatoirement un mouvement de recul en sens inverse. L’hélice est donc supprimée ainsi que tout le mécanisme de transmission qui la relie au moteur. L’air ambiant ne joue plus aucun rôle actif dans la propulsion de l’avion. Seule intervient la réaction entre le corps de l’avion et les jets gazeux que celui-ci projette. C’est là un point qu’il faut bien comprendre si l’on veut saisir le principe de ce nouveau mode de propulsion. Dans les nombreux articles qui lui ont été récemment consacrés, et même dans des notices inspirées par les services officiels, on lit trop souvent que l’avion progresse par réaction sur l’air. C’est là une grosse erreur. L’engin progresserait tout aussi bien et même mieux dans le vide.
- Fig. 1. — Vue arrière de l’avion à réaction de la Bell Aircraft Corporation.
- On aperçoit les deux tuyères qui fournissent les jets propulseurs (D’après la Revue Yank).
- N° 3086 15 Avril 1945
- Le Numéro 10 francs
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- Un peu de théorie.
- Un exemple très schématique va nous permettre de comprendre le principe de la propulsion par réaction (fig. 2).
- Considérons un corps M et une sphère m pouvant rouler sans frottement sur une surface polie S. Supposons ces deux
- Fig. 2. — Explication du principe de la propulsion par réaction.
- corps reliés par un ressort R, comprimé dans la position initiale (I). Si ce ressort vient à se détendre, projetant la sphère m avec une vitesse v en direction de la flèche /, on comprend immédiatement qu’il exercera une réaction sur le corps M qui, lui aussi, sera projeté; mais en sens inverse, en direction de la flèche F, avec une vitesse V (position II).
- L’ensemble du corps M, de la sphère m et du ressort qui les relie constitue un système mécanique dans lequel ne jouent que des forces intérieures. Une loi élémentaire de la mécanique nous apprend que, en pareil cas, le centre de gravité G du système reste immobile. Tout déplacement de l’une des parties du système entraîne un déplacement en. sens inverse de l’autre pai'tie. Ces deux déplacements sont fonction l’un de l’autre. On démontre qu’ils obéissent à la loi de la conservation de la quantité de mouvement qui s’exprime par la relation :
- MV = — mv.
- A tout moment les vitesses des deux corps mobiles sont en raison inverse de leurs masses.
- Ce système fournit une image théorique de ce qui se passe dans toute propulsion par réaction. Dans le cas de l’avion, le corps M est le corps de l’avion. Au lieu de la sphère m, il faut imaginer une infinité de petites sphères qui constituent la masse gazeuse expulsée à grande vitesse pour créer la propulsion. Le ressort R donne une image de la pression propulsive exercée par les gaz sur le corps de l’avion. Comme on le voit, l’air ambiant ne fournit aucun point d’appui au jet propulseur. Il intervient toutefois, et cela de deux façons : tout d’abord, il est l’agent de sustentation qui permet à l’avion d’évoluer comme un avion ordinaire. Mais il exerce aussi un double freinage par la résistance qu’il oppose à la sortie du jet propulseur, et par celle qu’il oppose à l’avancement du corps de l’avion. Ces deux résistances sont proportionnelles à la densité de l’air. Elles diminuent donc quand l’avion navigue à haute altitude. C’est, comme nous le verrons plus loin, un grand avantage de l’avion à réaction.
- Le moteur à réaction.
- Le moteur à réaction doit projeter un ou plusieurs jets gazeux avec une vitesse aussi grande que possible. La vitesse communiquée à l’avion sera d’autant plus grande que la masse et la vitesse des gaz seront plus grandes.
- Pour obtenir ce résultat, on fait appel aux phénomènes de combustion.
- Dans une chambre de combustion, on refoule sous pression élevée de l’air et un combustible liquide. Celui-ci s’enflamme spontanément tout comme dans la chambre de combustion d’un moteur Diesel ou dans celle d’une turbine à combustion interne. Les gaz brûlés, portés à très haute température, se détendent dans une tuyère qui transforme leur pression en vitesse. On a là un moteur thermique dont le cycle se rapproche beaucoup de celui d’une turbine à combustion interne.
- La turbine à combustion interne a déjà été utilisée à bord des avions. Au cours de la dernière guerre, Auguste Rateau a construit une turbine actionnée par les gaz d’échappement du moteur pour entraîner un compresseur rotatif destiné, dans les vols à haute altitude en atmosphère raréfiée, à comprimer l’air d’alimentation du moteur, afin de lui restituer sa pression au sol et de maintenir le rendement du moteur.
- Le moteur utilisé sur les avions anglais et américains propulsés par jet a manifestement bénéficié des travaux effectués sur les suralimenteurs du type Rateau.
- La figure 2 fait comprendre comment fonctionne ce moteur. L’avion étant en vol, l’air pénètre de lui-même dans un entonnoir où il subit déjà, du fait du mouvement de l’avion, une certaine compression. Il pénètre dans les aubes d’un compresseur rotatif qui le refoule sous pression élevée dans des chambres de combustion ; le combustible liquide introduit d’une façon continue dans cette chambre s’enflamme et brûle; les gaz de combustion portés à haute température et forte pression sont projetés à l’extérieur à grande vitesse par une tuyère. Mais auparavant, ils traversent une turbine et lui cèdent une fraction de leur énergie pour entraîner le compresseur. Le compresseur et la turbine, chacun à une seule roue, sont montés sur le même arbre.
- Pour le démarrage, le moteur est mis en mouvement par un moteur électrique qui entraîne le compresseur. L’étincelle d’une bougie provoque l’explosion initiale. Le mélange d’air et de combustible s’enflamme ensuite de lui-même.
- La turbine à combustion interne, machine séduisante à tant d’égards, a fait l’objet de bien des recherches depuis une cinquantaine d’années et a donné bien des déboires. Ce n’est que dans ces tous derniers temps qu’elle a réussi à entrer dans le domaine des réalités. Ses roues soumises en permanence à une température élevée exigent des aciers spéciaux gardant une résistance suffisante à haute température. Ces aciers ont
- Entonnoir
- Compresseur
- ___Chambre de combustion
- , Turbine
- propulseur
- , Tuyère dechappement
- Arbre de transmission
- Démarreur
- Fig. 3. — Le moteur à réaction du Capitaine Whittle.
- (D’après la Revue Yank).
- été créés. Le compresseur indispensable pour réaliser un cycle à bon rendement doit être lui-même une machine rotative à rendement élevé. Les progrès de nos connaissances sur l’écoulement des fluides, résultat des recherches d’aérodynamique
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- Fig. 5. — Une autre application de la réaction.
- Le décollage de ce bombardier de l’A-mirauté américaine est accéléré par quatre jets propulseurs de 33 ch. (Photo des Services d’information des Armées alliées).
- provoquées par le développement de l’aviation, ont permis de perfectionner les compresseurs rotatifs et de rendre viable la turbine à combustion.
- Le moteur des avions à réaction posait les mêmes problèmes, il a donc pu bénéficier des solutions acquises dans le domaine de la turbine à combustion interne.
- Les avantages de l'avion à réaction.
- Ces avantages son nombreux. La puissance développée est transformée directement en mouvement sans pertes par les organes habituels de transmission.
- Le moteur, est d’une grande simplicité si on le compare aux moteurs multi-cylin-driques usuels, avec leurs pistons et leurs soupapes animés de mouvements alternatifs, avec leurs vilebrequins tourmentés, tous organes qui posent de difficiles problèmes d’équilibrage et donnent lieu à des vibrations dangereuses pour l’appareil et pour le pilote.
- Le moteur à réaction, lui-même très simple, simplifie considérablement toute la construction de l’avion et permet, par suite, une rapide fabrication en série.
- Le moteur usuel voit son rendement diminuer aux hautes altitudes par suite de la raréfaction de l’air, et il faut alors lui adjoindre un suralimenteur compliqué, coûteux et absorbant une forte proportion de la puissance engendrée. Le moteur à réaction, au contraire, s’adapte de lui-même aux vols à haute altitude, son rendement se maintient en atmosphère raréfiée. Il peut alors communiquer à l’avion de très grandes vitesses. Les performances exactes de l’avion à réaction n’ont pas été dévoilées, mais les notices officielles font état de vitesses atteignant ou dépassant i ooo km à l’heure. L’avion à réaction paraît être essentiellement un avion à plafond élevé et à grande vitesse. Il a encore, par rapport à l’avion ordinaire, l’avantage d’un décollage plus rapide.
- La suppression de l’hélice est, par elle-même, une simplification avantageuse au point de vue de la construction. L’hélice garde cependant certains avantages pour les vols à altitude moyenne et pour les vitesses allant jusqu’à G5o km à l’heure
- Fig. 4. — Vue avant de l’avion à réaction de la Bell Aircraft Corporation.
- Cet avion est muni de deux moteurs. On aperçoit l’entrée d’air de l’un des moteurs (D’après la Revue Yank).
- environ. Mais pour les vols à grande vitesse et à haute altitude, elle pose de difficiles problèmes et crée des dangers dont l’avion à réaction n’a plus à se préoccuper.
- Il semble que, dans l’avenir, l’avion à hélice et l’avion à jet auront chacun leur domaine propre. On peut, au surplus, combiner les avantages des deux modes de propulsion. La revue américaine Popular Mechanics nous apprend que sur certains avions de chasse on utilise les gaz d’échappement pour créer un jet gazeux propulseur qui donne un supplément de vitesse de l’ordre de 4o km/h.
- Enfin, l’avion à réaction peut utiliser sans difficultés un combustible liquide quelconque, en particulier un carburant dit de « sécurité » c’est-à-dire un combustible lourd, ne dégageant pas de vapeurs inflammables. Il offre à cet égard une sécurité contre l’incendie du même genre que celle des moteurs Diesel pour avions. De plus, il ignore les difficiles problèmes que pose le graissage des pistons dans les moteurs alternatifs exposés à fonctionner à très basses températures.
- Historique de la propulsion par réaction.
- La propulsion par réaction n’est pas une nouveauté. Les fusées de toutes catégories sont des engins à réaction. La bombe volante Vi est un avion à réaction sans pilote.
- La propulsion par réaction a été proposée et essayée sur des véhicules de tous genres. En x886, un inventeur français nommé Buisson faisait naviguer sur la Seine un bateau propulsé par fusée. Une explosion lui coûta la vie. L’ingénieur allemand Max Yaiier a essayé, en 1928, une automobile propulsée par fusées et a péri, lui aussi, au cours d’un essai.
- Le premier vol sur un avion à réaction est sans doute celui de l’Allemand F. Stamer qui, les 10 et 11 juin 1928 a réussi des vols de quelques minutes sur un planeur de la Rhon-Rossi-ten Gesellschaft équipé avec des fusées d’artifice suivant les indications de Max Valier ; le jet moteur était produit par la déflagration de la charge explosive contenue dans la fusée. Les engins de ce genre sont bien dangereux, et ne peuvent donner qu’un rayon d’action très faible. Ils ont cependant survécu et sont utilisés couramment aujourd’hui pour faciliter le décollage des avions (fig. 5).
- Depuis ces premiers essais la question de la propulsion par réaction a été très travaillée dans tous les pays possédant une aviation. En Italie, les usines Caproni sortaient, en 1940, un premier avion à réaction qui ne tint l’air que xo minutes. En novembre 1941, un autre avion à réaction du même construc-
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- leur effectuait un vol de Milan à Rome à la vitesse moyenne de 208 km/h. L’Allemagne a mis au point deux types de chasseurs à réaction qui ont fait le.ur apparition depuis plusieurs mois dans le ciel de bataille : le Messerschmidt i63 monomoteur, le Messerschmidt 262 bimoteur. Us sont très rapides, l’un d’eux atteint, une vitesse voisine de 1 000 km/h; mais on dit qu’ils manquent de rayon d’action et qu’ils sont moins mania-
- bles au combat que les avions de chasse ordinaires. En ces derniers temps, deux autres avions de chasse allemands à réaction ont été identifiés par les Alliés : le Heinkel-219 monomoteur et le Heinkel-280 bimoteur.
- Quant aux Alliés, c’est au capitaine anglais Wiiittle qu’ils doivent les avions à réaction qui sortent aujourd’hui en série des usines anglaises ou américaines. Le capitaine Whittle a commencé à étudier le moteur à réaction en 1929. C’est lui qui a imaginé le moteur à turbo-compresseur décrit plus haut. Les premiers essais ont eu lieu en 1937. En mai 1941, un avion équipé avec ce moteur effectuait son premier vol avec succès et l’on passait à la construction industrielle. La Glosler Aircraft C° sortait en mars 1940 les premiers Meleor. Ce sont ces avions de chasse bimoteurs qui, en 1944, sont entrés en action avec succès contre les bombes volantes Yi dans l’été 1944. La Havil-land Aircraft C° fabrique aujourd’hui en Angleterre un second
- type d’avion de chasse à réaction, également équipé avec un moteur Whittle.
- Le moteur Whittle a été mis à la disposition des États-Unis en vertu de la loi « prêt-bail ». La Lockheed C° et la Bell Aircraft Corporation construisent aujourd’hui des avions bimoteurs. La construction des moteurs a été confiée à la General Electric C°. Cette compagnie a été choisie en raison de l’expérience qu’elle avait acquise en mettant au point les suralimcnteurs à turbine du type Bateau. La presse américaine annonce pour l’année 194& un formidable programme d’avions de chasse à réaction. Leur production dépassera celle de tout autre type d’appareil.
- L'avenir.
- La guerre a ouvert une brillante carrière aux engins à réaction. L’avion à réaction trouvera sans aucun doute d’intéressantes applications en temps de paix, et se créera une place dans l’aviation commerciale à côté de l’avion à hélice. Mais des perspectives peut-être plus grandioses s’ouvrent devant les engins qui, à l’instar du V2 décrit dans notre numéro du ior mars 1945, sont des fusées pures sans ailes, ne demandant à l’air ambiant ni sustentation, ni oxygène comburant. La presse quotidienne a parlé d’une superbombe volante dont disposeraient les Allemands et avec laquelle ils pourraient bombarder New-York d’un point quelconque de l’Allemagne. Il n’y a là rien d’invraisemblable. On a déjà fait des projets plus audacieux : voyages en fusée dans la Lune ou dans d’autres planètes. Mais ce qui est possible pour un engin meurtrier comme les bombes-fusées l’est aussi pour un pacifique engin de transport. En 1928, Max Valier calculait déjà qu’une fusée volant à 5o km de hauteur pouvait faire en moins de 60 minutes le trajet Berlin-New-York. Il faudrait compter, il est vrai, plus de 5o t de combustible et de poids mort pour x tonne utile transportée. Ce prix n’aurait rien de prohibitif. Les problèmes de départ et d’atterrissage sont difficiles mais non insolubles. Fusées et avions à réaction annoncent l’ère des transports par bolides.
- A. Troller.
- Fig. 6. — Le « Gloster » monomoteur, avion anglais sans hélice.
- (Sa vitesse dépasse 850 km/h. Le moteur est à l’intérieur du fuselage).
- (Censure Visa n° 1.787.)
- NOUVELLES AERONAUTIQUES
- Pour voir la nuit
- Noktan-B. Laktal-B. Que désignent ces qualificatifs ? Quels sont ces produits dont l’existence nous a été révélée par la radio allemande du poste « Àtlantik » le 29 octobre 1944. Le premier de ces produits triplerait la vision des pilotes de chasse de nuit, en augmentant la sensibilité de l’œil aux rayons infrarouges. Le 24 novembre 1944, le même poste annonçait que, par ordre du Général commandant la chasse de nuit, tous les pilotes étaient astreints à subir ce traitement. Deux à trois gouttes de Noktan sont infiltrées dans chacun des yeux et sensibilisent la rétine aux rayons rouges.
- ün peu plus tard, le 3 novembre 1944, toujours au poste « Atlantik » on apprenait que les pilotes qui ont subi trente applications de Noktan-B deviennent insensibles à ce produit et qu’ils doivent subir alors un traitement par le Laktal-B.
- Ce que la radio ne révèle pas, c’est que les pilotes perdraient la vue après un certain temps.
- Noktan-A a été découvert par le professeur de physiologie Beomser de Munich, il y a un an. Les deux produits précités dérivent, vraisemblablement, de ses travaux. Noktan-B et Laktal-B seraient maintenant préparés par les laboratoires Bayer pour les besoins des pilotes de la Luftwaffe. En France, les médecins ne recommandent-ils pas aux pilotes de manger des carottes ?
- D. Keuleyan.
- On lance en France un hydravion géant
- On annonce, de Biscarosse, le lancement de l’hydravion géant Laté 631, dont la construction, interrompue du fait de la guerre, a été achevée depuis la Libération dans un délai record.
- Get appareil, un des plus vastes qui aient été construits en France, mesure 57 m 430 d’envergure, 43 m 170 de longueur et 10 m 330 de hauteur. Son poids total, en ordre de marche, serait d’environ 70 t.
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- LES SONDEURS D’ATOME 10
- De Dalton à Louis de
- il
- Dalton crée l’atomisme
- A l’époque où Proust et Berthollet se livraient à de furieuses joutes scientifiques épistolaires, il y avait, au Collège de Manchester, un professeur de mathématiques et de sciences naturelles appelé Dalton (1766-1844). C’était un austère quaker, d’une rigidité morale à toute épreuve, et qui, lorsqu’il atteignit la gloire, sut ne jamais exciter l’envie. Il était affecté de cette maladie oculaire baptisée depuis daltonisme et qui porte à confondre les couleurs.
- Dès les premières années du xix6 siècle, Dalton se rangea parmi les partisans convaincus de Richter et de Proust, et, justement à cause de cela, il se posa une question fort embarrassante :— Proust assure, réfléchit-il, que, pour former un même composé, deux corps se combinent toujours suivant un rapport invariable. Mais je connais des substances qui contredisent cette loi : l’oxygène et le carbone, par exemple, se combinent pour constituer, non seulement le gaz carbonique, mais aussi l’oxyde de carbone; le mercure et l’acide chlorhydrique donnent à la fois calomel et sublimé ; bien mieux : quand je fais se combiner de l’azote avec des poids croissants d’oxygène, j’obtiens six composés différents! Comment concilier ces faits avec la loi de Proust ?
- C’est le problème que se posa Dalton, et qu’il résolut. Nous pouvons d’ailleurs très bien reconstituer le raisonnement qui put le guider à cette occasion., Entrons au laboratoire, et introduisons, dans un ballon de verre, i4 g d’azote et des masses sans cesse croissantes d’oxygène. Une étincelle électrique. Crac ! Les deux gaz se combinent et forment du protoxyde d'azote : il y a i4 g d’azote et 8 g d’oxygène. Augmentons la dose d’oxygène : un deuxième composé apparaît, le bioxyde d'azote, contenant, outre nos i4 g d’azote, 16 g d’oxygène. Ajoutons-encore de l’oxygène : voici l’anhydride azoteux (toujours i4 g dJazotc, et aussi 24 g d’oxygène) ; c’est ensuite le peroxyde d'azote (i4' g d’azote et 32 d’oxvgène, puis l'anhydride azotique (4o g d’oxygène), et enfin, l’anhydride perazotique (48 g d’oxygène). Un instant de réflexion, et nous constatons que, dans tous ces composés consécutifs, à un même poids d’azote — i4 g — se sont unis successivement 8 g, puis le double, le triple, le quadruple, le quintuple et le sextuple d’oxygène. C’est aussi, ce qu’observa Dalton et qui le conduisit à formuler sa loi des proportions multiples : « Quand deux corps se combinent pour former plusieurs composés, les poids de l’un d’eux qui se combinent avec un poids fixe de l’autre sont des multiples d’un même nombre. »
- Le grand chimiste fut très intrigué par cette régularité : — Pourquoi, se demanda-t-il, ces multiples sont-ils des nombres entiers ? Pourquoi le peroxyde d’azote renferme-t-il exactement quatre fois plus d’oxygène que le protoxyde, et non 3,98 ou 4,oox fois plus ? Il me semble que la réponse à cette question est aussi facile que la réponse à cette autre : pourquoi
- Broglie et Jotiot-Curie
- entre-t-il chaque jour dans ma classe 78 élèves, et non 77,886 ou 78,02 P Évidemment parce qu’un élève ne peut pas se partager en morceaux. Eh bien ! de même, le protoxyde d’azote contient 1 partie d’oxygène, le bioxyde 2, l’anhydride azoteux 3, le peroxyde 4, l’anhydride azotique 5 et l’anhydride perazotique 6 parce qu'une partie d’oxygène ne peut pas se partager. Autrement dit, tout se passe comme si ces parties étaient des particules insécables; disons le mot : des aio= mes....
- Et Dalton édifia la féconde hypothèse de l’atomisme : il supposa que chaque substance élémentaire était faite d’atomes tous rigoureusement identiques et indivisibles, un corps composé résultant de l’assemblage de plusieurs atomes de corps simples. — Puisque l’eau, se dit-il, est faite d’oxygène et d’hydrogène, son atome doit résulter de la réunion d’un atome d’oxygène et d’un atome d’hydrogène ; de même, un atome de gaz ammoniac doit consister en un atome d’azote et un atome d’hydrogène accolés.
- — Et lorsque les mêmes constituants forment plusieurs composés, comme l’oxygène et le carbone P questionna-t-on.
- — Eh bien ! l’oxyde de carbone, c’est un atome de earbone uni à un atome d’oxygène, et le gaz carbonique, un atome de carbone uni à deux atomes d’oxygène.
- Alors, pour simplifier l’écriture des réactions, il s’avisa de figurer l’atome d’oxygène par un petit cercle : O ; celui d’hydrogène par un petit cercle pointé : © ; celui de carbone par un petit cercle hachuré : ® ; celui d’azote par un petit cercle barré verticalement : ©, etc. La constitution de l’atome d’eau se révélait alors très clairement : O© 5 ce^e de l’atome d’ammoniac aussi : ©© ; de même que celle des atomes d’oxyde de carbone, O# et de gaz carbonique : 0®0 • La 1°* des proportions multiples s’illustrait ainsi avec une magnifique simplicité. Mais ce n’est pas tout.
- — Pourquoi, s’interrogea encore Dalton, l’eau ne dissout-elle pas le même volume de tous les gaz ? Pourquoi dissout-elle, par exemple, à peu près deux fois plus d’oxygène que d’hydrogène ? Certainement parce que les atomes de ces gaz n’ont pas la même grandeur ni le même poids, que l’atome d’oxygène est plus lourd que celui d’hydrogène, et que les atomes lourds sont mieux absorbés par l’eau que les atomes légers. Évaluons donc le poids relatif des atomes des divers gaz, comparés à celui de l’atome d’hydrogène.
- Ainsi cet admirable investigateur put-il publier, en 1808, son livre Un nouveau système de philosophie chimique, dans lequel, attribuant un poids unité à l’atome d’hydrogène, il trouvait, pour poids atomique de l’oxygène, 7; pour celui de l’azote : 5 ; de l’eau : 8....
- Sans doute ces nombres ne sont-ils pas ceux qu’a adoptés la chimie moderne; sans doute Dalton confondait-il l’atome d’un élément avec la molécule d’un corps composé ; sans doute ses successeurs devaient-ils apporter à sa théorie bien des retouches ; mais la doctrine atomique était désormais assise sur une base solide; de France, de Suède, d’Allemagne, des confirmations allaient venir, et ouvrir tout grand un champ immense de recherches nouvelles.
- (A suivre).
- 1. Voir La Nature du 15 mars 1945, n° 3084.
- Pierre Rousseau.
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- La vulnérabilité du
- JAPON
- Les bombardements de Saigon, de Singapour, de Yokohama et de Tokyo par les avions américains en février dernier annonçaient la phase nouvelle dans laquelle la guerre contre le Japon est maintenant entrée.
- Le Japon sera-t-il encore vainqueur ? Pour répondre à cette question, il importe de connaître sa situation économique et sociale; elle est peu connue de ceux qui ne s’intéressent pas directement aux choses d’Extrêmc-Oi'ient, car l’évolution du Japon a été si rapide dans ces dernières années qu’il est difficile de la suivre.
- C’est après sa victoire sur les Russes, en Mandchourie et sur mer, en 1905 — la première que des hommes de couleur remportaient sur des blancs — que le Japon est devenu une puissance mondiale aux points de vue économique, militaire et colonial. En 1989, son empire colonial était le cinquième du monde ! Cependant, cette force du Japon, en apparence invincible, a de nombreux points faibles qui ont souvent été signalés. Ayant toujours été victorieux, le Japon a été grisé par ses victoires, et, certain d’en remporter 'de nouvelles, il continue à attaquer ses voisins, comme il l’a toujours fait depuis 1894, avant toute déclaration de guerre, bénéficiant ainsi dès le début du conflit des avantages de la surprise.
- Le Japon a dépassé le but, noble, que s’étaient assigné les artisans de la révolution de 1868, en rendant à l’Empereur, relégué à Kyoto, ville sainte, les pouvoirs civils et militaires que les shoguns, sorte de maires du palais, avaient usurpés sept siècles auparavant, et. exercés, non sans succès, car, grâce à un isolement complet, ils firent régner pendant a5o ans une paix intérieure, la pax japonica, que personne ne vint troubler. Ce but était : s’outiller à l’européenne pour pouvoir résister
- Fig. 1. — Carte montrant les centres industriels du vieux Japon où sont rassemblés 95 pour Î00 de la production de guerre.
- à une agression des blancs, ne pas être asservi par eux, et, ainsi, conserver un patrimoine intellectuel et moral, une façon de penser et d’agir, un idéal, que les Orientaux considèrent comme très supérieurs aux nôtres.
- Mais le Japon est devenu conquérant, plus exactement « conquistador » : il veut dominer à son tour, et il a grandi trop vite.
- Aujourd’hui, avec tous les pays qu’il occupe depuis 194.1, c’est le colosse aux pieds d’argile ; presque tous ceux qui ont souffert de sa brutalité, et ils sont nombreux, lui prédisent. une chute d’autant plus lourde qu’il sera
- monté plus haut. On ne’ peut contester cependant que là où régnent les Japonais, là aussi règne l’ordre, ce qui est fort apprécié des hommes d’affaires de tous les pays.
- Le Japon ne paraît pas pouvoir soutenir une guerre de longue durée; déjà en 1896, en 190b et en 1919, il dut renoncer à quelques-uns des fruits de sa victoire sur les Chinois, les Russes et les Allemands parce qu’il était à bout de ressources, et cependant, alors, le pays n’était pas écrasé d’impôts comme il l’est depuis ses agressions contre la Corée, la Mandchourie et la Chine, qui lui ont coûté et lui coûtent encore très cher.
- Les ressources économiques.
- Une longue guerre est difficile pour le vieux Japon (x) parce qu’il la fait seul, sans troupes coloniales, ni alliés, parce que le pays est extrêmement pauvre, s’accroît d’un million d’individus par an et ne peut nourrir scs 75 millions d’habitants sans importer des vivres (riz, soya, maïs) en échange desquels il ne peut exporter que de la main-d’œuvre, et sous la forme de produits manufacturés ou semi-œuvrés, dont, il n’a même pas toujours la matière première (cotonnades, lainages, machines, navires). Ses richesses minérales, sauf le soufre et le cuivre, sont insuffisantes; déjà en temps de paix il lui faut importer du charbon, du pétrole, du minerai de fer, sans lesquels la guerre moderne est impossible.
- La terre vraiment cultivable ne représente qu’un sixième du territoire; le l’este est montagneux, très accidenté et couvert d’épaisses forêts. La main-d’œuvre est loin d’être abondante
- 1. Par vieux Japon, il faut entendre celui que nous ont fait connaître les Hollandais avant 1868, c’est-à-dire les trois îles : Kyûsliû, Shikoku et Hondo, qui entourent la Mer intérieure, véritable Méditerranée qui, comme la nôtre, a été le berceau de la civilisation et des arts qui se sont répandus dans tout l’Empire japonais.
- Fig. 2. — Autour du hibachi, le foyer familial, à charbon de bois ; éclairage par lampe a pétrole suspendue au plafond.
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- comme on le croit généralement car la culture en absorbe beaucoup, la propriété étant divisée à l’extrême et presque tout le travail de la terre devant se faire à la main, faute de bêtes de trait (*) et de pouvoir utiliser des machines ; et si le Japonais est un fin cultivateur et un artisan habile, c’est un assez piètre ouvrier d’usine, tout à fait inapte au travail en série ou à la chaîne.
- Le Japonais ne s’expatrie pas volontiers non plus et fait aussi un assez mauvais colon; car, à l’inverse du Chinois, il n’ac-
- Figr. 3. — Couvertures matelassées (futons) entre lesquelles le Japonais passe la nuit ; le jour, elles sont serrées dans des coffres.
- cepte pas les basses besognes et se refuse à n’être qu’un simple manoeuvre.
- Le Gouvernement comptait déverser le trop-plein de la population dans ce qu’il appelle les « colonies » ; or, au 3i décembre 1938, date du dernier recensement, on ne comptait guère qu’un million de Japonais hors du vieux Japon : il y en avait bien /100 000 dans les colonies, mais c’étaient presque tous des fonctionnaires ou des soldats ; les Goo 000 autres avaient émigré autrefois dans les îles de la Sonde, aux États-Unis, au Canada et en Australie; mais, depuis, ces trois derniers pays leur ont été fermés.
- La grande industrie, sans laquelle la victoire finale est impossible si on est seul, est au Japon une œuvre artificielle, contraire au tempérament japonais ; elle n’a pu naître que très difficilement, grâce aux encouragements et à l’exemple du Gouvernement d’abord, puis au concours de sept ou huit grandes familles, les nari-kins (1 2)
- (nouveaux riches), devenues immensément riches depuis 1868, et qui détiennent maintenant presque toutes grandes entreprises du Japon.
- L'état social du Japon.
- À côté de cette ploutocratie, le menu peuple, qui la méprise comme il méprisait les marchands, c’est-à-dire tous ceux qui travaillent pour de l’argent, vit dans une misère effroyable et toujours croissante depuis 1919. Tous ceux qui le voient de près le trouvent très sympathique ; et, aujourd’hui, comme tous les Japonais savent lire et écrire, sont
- 1. Le pays ne se prête pas à l’élevage du bétail. Le seul élevage qui soit prospère est celui du ver à soie ; c’est un élevage saisonnier, et, quoique familial, il est très perfectionné.
- 2. Tous les speakers de la Radio commencent à prononcer correctement tes noms japonais qu’ils lisent nécessairement dans un texte en caractères romains ; le fait devant être de plus en plus fréquent, il convient de connaître le mode de transcription qui a été adopté. C’est celui de Hepburn, de tous les dictionnaires bilingues, et qui est quasi officiel au Japon ; il est purement phonétique : les consonnes, seules ou groupées, se prononcent comme en anglais, les voyelles comme en italien ; y et w sont des consonnes pas de diphtongues ni de nasales.
- curieux et souffrent, artisans, paysans et ouvriers d’usines recherchent les causes de leurs maux et tendent à se rallier à une classe d’intellectuels que l’étude des classiques chinois a ramenés au confucianisme primitif. C’est une philosophie assez compliquée, faite d’abnégation, où la fidélité à l’Empereur n’a aucune place ; c’est celle des objecteurs de conscience et de ceux qui ne luttent pas contre la violence et cependant sont partisans de l’action directe ; elle est teintée d’athéisme, de communisme et de nihilisme. Seuls les officiers de terre et de mer, presque tous descendants des samurais de l’ancienne petite noblesse, trouvent grâce auprès des ouvriers avertis, sans doute parce qu’ils se font encore une haute idée de « l’honneur japonais », servent la communauté en servant l’État, et aussi parce que le Japonais est combatif.
- Pour pouvoir supplanter des concurrents mieux armés ou plus proches des marchés mondiaux, les industriels japonais doivent recourir à un machinisme exaspéré et ne payer aux ouvriers que des salaires de famine. Cela explique qu’en 1989, ils xrendaient les montres au kilo et une bicyclette 20 francs de notre monnaie d’alors. Cela explique aussi que le Japon ne puisse exporter avec quelque profit que ce qu’il a produit avec les seules matières premières dont il dispose: soie grège, soieries, broderies, conserves de poisson, bois d’ébénisterie, meubles, cellulose, papier, rayonne (le premier producteur du monde !), laques, bronzes, bibelots, jouets, porcelaines, camphre naturel de Formose (un monopole de fait), allumettes qui, depuis des années, faisaient l’objet d’un véritable dumping dans tout l’Extrême-Orient. Mais tout cela, en somme, représente peu de chose.
- Les grands centres industriels.
- ‘i
- Les échanges avec l’extérieur se faisant nécessairement par mer, ici comme ailleurs, la grande industrie s’est localisée dans des ports ou au voisinage de la mer; mais ici cette concentration a été poussée plus loin que dans n’importe quel autre pays insulaire.
- Au Japon, les agglomérations sont immenses, nombreuses et contiguës : Tokyo, la « capitale orientale », compte 2 700 000 habitants et 7 millions avec ses faubourgs; c’est la troisième agglomération du monde, après New York et Londres; et cependant c’est une ville artificielle et dont l’emplacement n’est pas très heureux. Yokohama, son port, à a5 km au Sud-Ouest, a 700 000 habitants; Oosaka, la ville du coton, le « Manchester japonais », la « Venise nippone », 3 mil-
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- lions ; Kôbe, le troisième port du monde, i million; Nagoya, plus de i million;
- Kyôtô, l’ancienne capitale, centre culturel et artistique, habitée par un important clergé et l’ancienne aristocratie, 800 000 et plus de 1 million depuis que des usines et d’horribles maisons ouvrières entourent la vieille ville féodale.
- Après le grand tremblement de terre de 1923, qui rasa Tokyo et Yokohama, ces deux villes furent reconstruites en grande partie dans le style préconisé par Le Corbusier, c’est-à-dire des gratte-ciel au milieu de grands parcs (fig. 4 et 5).
- Un ingénieur américain, M. Snyder, qui a séjourné longtemps au Japon et n’en est parti qu’à la veille de l’affaire de Pearl Harbor (décembre 1941), a dépeint la misère des ouvriers de Nagoya au milieu desquels il a vécu à la japonaise pendant plusieurs années. Il a été témoin aussi de la px’éparation du Japon à la guerre ; il signale les dangers qui menacent les ouvriers des usines de guerre. Il fait remarquer que 95 pour 100 de la production de guerre japonaise sont fournis par huit grands groupes d’usines, ou « combinats », qui s’échelonnent presque en ligne droite sur un peu plus de 800 km, distance que les lourds bombardiers peuvent franchir aisément d’un seul vol (fig. 1).
- Les villes industrielles de ces groupes ont été portées sur la cartg ci-jointe ; ce sont d’Ouest en Est : Puktloka (23o 000 habitants) grande manufacture d’armes,; Shimonoseki, grand port marchand et militaire sur un étroit goulet franchi aujourd’hui par un tunnel sous-marin de 7 km, avec Yawata (5oo 000 habitants) un, des, centres, ...ctégi&qai&frç-,
- fois par l’Etal ; c’est la ville de l’acier, a l’Ëssen japonais »; K tire, grand port militaire, qui possède une fonderie de canons et des fabriques de munitions; Okayama avec Taka= mats U, grand centre sidérurgique, le premier en date, qui a été aussi créé de toutes pièces par l’État; Kôbe avec Kyôtô', Oosaka; Nagoya -, Hamamatsu, et enfin Tôkyô avec Yokohama et Y okosuka, premier en date des ports militaires, créé par Thibaudier pendant qu’Émile Bertin, un autre ingénieur français, créait la première marine japonaise et que Boissonade et Bousquet dotaient le Japon d’un code, d’institutions civiles et d’une constitution, mais qui ne fut jamais appliquée que très partiellement.
- Nagoya, vieille ville féodale, est le nœud des grandes voies ferrées qui desservent Hondo et notamment celle qui réunit Shimonoseki à Tôkyô ; c’est le centre de la production aéronautique et le siège social d’une des filiales de la Mitsubishi, un des grands consortiums familiaux que nous avons cités. Cette société y construit tous les types d’avions ; c’est aussi à Nagoya que la Société Nakajima construit les moteurs et tout le matériel électrique qui équipent les avions; à Nagoya, on trouve encore de grandes usines de produits chimiques, des ateliers de construction de locomotives et de machines-outils, des fabriques de textiles artificiels et de matières plastiques, de poudres et d’explosifs.
- Si les nouveaux quartiers de toutes ces villes fourmillent de grandes constructions modernes en béton armé à l’épreuve du feu et des séismes, on y trouve aussi des milliers de ces maisonnettes typiques, traditionnelles, tout en bois et en papier, habitées par les familles d’ouvriers; mais elles ne sont plus entourées comme autrefois d’un jardinet que l’on soigne avec amour; on n’en a plus le temps, l’ouvrier travaillant i4 heures par jour et ne disposant que de 2 jours de congé par mois.
- Ce sont des proies faciles pour le feu quand le Aent favorise l’incendie, car elles se touchent presque. C’est l’incendie qui menace le plus la population ouvrière car si les Américains se proposent de détruire les usines par les canons de 4o6 mm qui arment leurs cuirassés de la classe Iowa (1), c’est par les bombardements aériens qu’ils détruiront les maisons ouvrières.
- Tous ces centres industriels étant très vulnérables, les Américains .pensent que ces opérations seront faciles quand ils disposeront de bases aéronavales assez proches du vieux Japon ; cependant, il leur faudra forcer les passes d’entrée dans la Mer intérieure sur les bords de laquelle sont situés cinq des groupes industriels les plus importants. Or ces passes sont toutes formidablement défendues, la défense anti-aérienne y est remarquablement organisée, ainsi d’ailleurs qu’autour de toutes les usines de guerre. Enfin, il faudra compter avec les milliers et milliers de sous-marins que les Japonais ont dû consü’uire depuis une dizaine d’années et dont on ne connaît pas le nombre ; c’est l’arme de choix pour un pays aux côtes déchiquetées, aux innombrables îles et, îlots qui sont autant de repaires pour ces petits bateaux. Comme le signalent Les flottes de combat 19hk-19k5 de Le Masson, on ne sait rien de précis sur les perles de la Marine japonaise depuis 1941, et il semble bien qu’elle soit à peu près intacte sinon accrue de quelques grosses unités construites depuis 5 ans.
- Aux huit grands centres industriels du vieux Japon il faut ajouter les Tsushima, dans le détroit de Corée, large seulement cle 160 km, que ces îles défendent, détroit qui réunit Shimonoseki, dont la Mer intérieure, à FusatJ, terminus du chemin de fer transcoréen, achevé récemment, et qui aboutit à Moukden, nœud des chemins de fer chinois et sibériens. C’est par Fusan occupé depuis plus dé 5o ans que le Japon reçoit maintenant les vivres et les matières premières de la Corée, son meilleur pourvoyeur à cet égard, et aussi de l’essence synthétique fabriquée avec la houille de l’immense gisement
- 1. Il y a neuf de ces canons, sous trois tourelles, sur les quatre cuirassés de cette classe ; ils jaugent 45 000 t et filent 33 nœuds ; le dernier a été lancé en 1943 ; deux autres cuirassés de la même classe doivent être mis en service très prochainement. Lès six cuirassés de la classe North Caro-lina, mis en service en 1943, ont le même armement mais ne filent que 27 ou 30 nœuds.
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- de Fusliun. Fusan, très bien outillé, était prévu depuis longtemps pour remplacer, comme port militaire sur le continent asiatique, Port-Arthur, trop loin du vieux Japon.
- On se fera une idée de la rusticité de la petite maison familiale traditionnelle et de la simplicité de vie des Japonais par les figures 2 et 3 empruntées aux premiers livres de lecture mis entre les mains des petits écoliers : maison sans distribution d’eau, de gaz ou d’électricité, sans égout, où tout est combustible sauf les tuiles de la couverture et les dés de pierre sur les-
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- quels reposent les poteaux qui portent toute la maison ; elle est à un seul rez-de-chaussée surélevé; sans meubles sauf deux ou trois coffres, faciles à emporter, où l’on serre quelques bibelots, des kakémonos et les couvertures matelassées entre lesquelles on passe la nuit, à même les nattes du parquet; ces maisons sont ouvertes à tous les vents, torrides en été, glaciales en hiver, flambent comme des allumettes, mais résistent très bien aux tremblements de terre.
- Koung-Tseu-Ling.
- Planeurs-remorques
- Les planeurs remorqués par avion sont, dans la guerre actuelle, employés en grand pour le transport rapide des troupes et du matériel. C’est ainsi qu’ils ont joué récemment un grand rôle dans les opérations menées par l’Armée Américaine, dans les Ardennes, pour parer le coup porté par l’offensive de von Rundstedt.
- La photographie ci-contre, communiquée par les Services d’information de l’Armée Britannique, représente le nouveau planeur anglais Iiamilcar ; il est remarquable par ses grandes dimensions et par la charge qu’il peut porter. Dans son fuselage, spécialement aménagé à cet effet, peut prendre place un char Tetrarch de 7 t. C’est un char rapide qui peut faire du 40 km/heure en tous terrains. Ce même planeur peut être utilisé pour transporter des iruupes, des canons, des véhicules de tous genres, et tout autre matériel.
- Le _ planeur Fairchild de l’Armée Américaine a des caractéritisques analogues. Il peut porter, lui aussi, un char de 7 t, ou emmener 76 passagers.
- > On prévoit, pour le temps de paix, l’emploi de ces véhicules, sur les lignes aériennes, où ils pourront servir notamment au transport des marchandises.
- Le planeur-remorque Hamilcar de l’armée anglaise.
- PAUL TISSANDIER (1881-1945)
- L’Aéronautique française vient de perdre un do ses pionniers, le sport français une noble et belle figure, « La Nature » un soutien précieux en la personne de Paul Tissandier, fils de Gaston ïissandier, fondateur de cette Revue, héros, avec Sivel et Crocé-Spinelli, de 1a. célèbre et meurtrière ascension du ballon « Le Zénith » et inventeur du premier dirigeable mû par moteur électrique.
- Certaines époques de l’Histoire se montrent particulièrement fécondes en personnalités attachantes, l’ère des grandes découvertes du xvie siècle en fut une, liée aux progrès des sciences et de l’art de la navigation.
- Le recul du temps marquera, croyons-nous, d’un cachet tout particulier le début du xxe siècle, aurore des grands essors dont nous sommes les témoins.
- La période liminaire du xxe siècle est une époque de pionniers. Paul Tissandier fut l’un- d’eux, à la personnalité fortement marquée : tour à tour pilote de ballons libres, d’avions, d’hydroglisseurs, d’automobiles, alpiniste, spécialiste, de photographies aériennes, il a recuelli un palmarès impressionnant de performances et de records, à l’époque héroïque où la valeur de l’homme l’emportait encore sur l’emprise de la technique.
- En ballon, voici quelques-uns de ses voyages :
- Paris à Pretsch-sur-Elbe, S30 km- ; à Neustadt (Allemagne), G50 km ; à Nébian (Hérault), 594 km; à Sainte-Croix-de-Mareuil (Dordogne), 669 km, etc. etc.
- Premier élève de Wright, bien que n’ayant pris avec le maître que 17 leçons de pilotage d’avion, et ne totalisant seulement que 2 h. 58 m, il obtint le brevet de pilote n° 10 en 1909.
- Il battit la même année de nombreux records : 1er prix des 250 m de l’Aéro-Club do France ; record de la vitesse, repris à Henri Farina n ; premier de tous les records de vitesse au meeting de Yichy ; 1er prix de vitesse au cours de la Grande Semaine de Champagne ; 6° du grand Prix de Champagne (vol de 111 km). En 1910, il enlevait le record de la vitesse réalisée dans l’heure.
- En 1912, il atteignait les 100 km/h en hydroglisseur.
- Le plus ancien vice-président de l’Aéro-Club de France, il fut également un des fondateurs de la Fédération aéronautique internationale et membre de très nombreuses autres sociétés.
- Les Rédacteurs en chef de « La Nature » et les Editeurs de cette revue, garderont le souvenir de celui avec qui ils eurent le privilège de collaborer durant de longues années. Ils présentent à Madame P. Tissandier et à ses enfants leurs vives condoléances.
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- TEXTILES ARTIFICIELS ET SYNTHÉTIQUES
- La guerre a raréfié à l’extrême, en Europe, les textiles importés ;
- nos stocks s’épuisent, la récupération des chiffons donne des résultats dérisoires en face de besoins massifs.
- Pour la Fi-ance, quelques chiffres d’importations annuelles d’avant-guerre mesurent notre pénurie : coton 270 000 t, laine 90 000 t, lin 35 000 t. Depuis cinq ans, plus d’arrivages de laines d’Australie, d’Afrique du Sud ou des prairies d’Argentine ; plus de coton de Floride ou d’Égypte ; plus de lin de Russie. Et simultanément le pillage de nos réserves par l’ennemi.
- La maigre production française de laine est filée et utilisée par les paysans. Faute de transports, le rouissage du lin a été réduit.
- L’importance des textiles chimiques est apparue brusquement. Ces fabrications s’étaient bien développées avant-guerre. De 1925 à 1935, en dix ans, elles avaient triplé leur tonnage. Maintenant les usines sont en chômage, faute de pâtes de cellulose, de réactifs chimiques, de charbon. Mais la reprise des transports peut modifier rapidement cette situation et cela est pour nous d’un gros intérêt.
- Tous ces textiles artificiels sont bien connus des usagers. Présentés seuls, ou par mélanges entre eux ou avec des produits naturels ils ont permis une extraordinaire variété de tissus et de produits pour de multiples emplois. Ce qui est moins connu, c’est la nature même de ces textiles de remplacement, leurs matières premières d’origine, leurs procédés de transformation ou de synthèse, les propriétés physiques et chimiques qui conditionnent leurs qualités et défauts.
- Il paraît opportun d’en donner une A'ue d’ensemhle. D’abord les premiers apparus : les rayonnes, que des perfectionnements progressifs améliorent sans cesse ; les fibrannes .qui ont multiplié les possibilités de fabrication en toutes variétés de tissus ; puis les laines artificielles, la technique des fibres creuses qui a relevé la valeur de l’isolement thermique ; enfin l’apparition des produits de synthèse pure, tel le Nylon qui a fait sensation.
- C’est qu’en effet ces derniers produits sont d’étonnantes réalisations techniques. Pour un usage particulier : la fabrication des bas de femme, ils ont réuni l’universalité des suffrages, ils ont écrasé d’un coup les textiles concurrents y compris la soie naturelle ; ils ont toutes les qualités : plus de bas « qui craquent », leurs solidité est étonnante ; plus de taches, le nylon est insensible à l’eau et d’une facilité de lavage idéale.
- Quelle déception, pour les dames, de voir ces bas miraculeux disparaître du marché.
- C'est que ces qualités remarquables valent aussi pour d’autres usages : cordelettes, toiles fines, légères, presque indéchirables pour parachutes, pour tentes, absorbent actuellement toute la production de Nylon à des fins militaires. La guerre commande et la sauvegarde de la vie d’hommes courageux passe avant la coquetterie féminine.
- Mais que nos compagnes se rassurent, la presse américaine annonce que le dernier coup de canon du conflit actuel marquera le démarrage d’un programme de production annuelle de quatre cent millions de paires de bas !
- Avant de passer en revue les devers textiles de remplacement réalisés par la chimie, il faut faire une distinction essentielle entre les fibres artificielles qni résultent de la transformation de produits naturels d’origine végétale ou animale : cellulose.
- caséine ; et les fibres synthétiques dont les produits de base sont d’origine entièrement chimique.
- Les fibres artificielles.
- Les rayonnes — Depuis 1941 la législation a supprimé la dénomination soie artificielle pour les produits provenant de la transformation de la cellulose et qui n’ont avec la soie aucun rapport, ni par la composition chimique, ni par les propriétés physiques.
- Ces textiles filés en continu sont dénommés rayonnes, et filés en brins : fibrannes.
- L’idée de réaliser des fibres artificielles est ancienne mais tous les essais ont longtemps échoué.
- En 1SS4 un pli cacheté déposé à l’Académie des Sciences donnait une technique ; une solution de nitrocellulose dans un mélange d’alcool et d’éther, autrement dit un collodion, injecté sous pression dans une filière, laissait après évaporation des solvants volatils un fil de nitrocellulose. L’invention était du comte Hilaire de Chaudoxnet. Elle était encore fort primitive, onéreuse et terriblement dangereuse. C’était du fulmi-coton en fibres, extrêmement inflammable, pouvant causer d’horribles accidents. Le promoteur du procédé parvint à perfectionner des procédés de dénitration ramenant les risques d’inflammation au niveau de ceux d’une fibre quelconque. Le procédé passa alors au stade industriel.
- Un peu plus tard parut sur le marché la soie dite au cuivre. Sa préparation était basée sur la solubilité de la cellulose dans une solution ammoniacale d’oxyde de cuivre.
- D’autre part, l’action de la soude sur le coton, étudiée avec beaucoup de précision, aboutit au mercerisage qui donne un aspect brillant à ces fibres. Ces recherches conduisirent à la découverte du procédé Viscose : la cellulose traitée par la soude donne une alcalicellulose qui, sous l’action du sulfure de carbone, se transforme en une pâte homogène très visqueuse (d’où le nom), qui peut être filée, désulfurée et reconstitue la cellulose en fils sous la forme universellement connue de Viscose.
- Enfin, dernière venue, la soie à l’acétate a conquis aussi une place importante, elle est fabriquée par filage d’une solution acétoniquc d’un mélange de composition déterminée d’acétates de cellulose. Le fil obtenu n’est plus, comme dans les procédés précédents, formé de cellulose mais de ses éthers acétiques.
- Le procédé connu sous le nom de sténosage : traitement des rayonnes de cellulose pas l’adéhyde formique a permis d’améliorer leur tenue à l’eau. Des techniques récentes basées sur l’utilisation de résines synthétiques sont parvenues à réaliser les apprêts des tissus infroissables.
- Les procédés de fabrication des rayonnes ont été largement vulgarisés, il est sans intérêt d’y revenir. Nous rappellerons seulement les matières premières consommées : la cellulose sous forme de linters de coton doit être importée ; la pâte de bois hautement purifiée peut la remplacer et être, à la rigueur, préparée en France. Le soufre, pour le sulfure de carbone provient de l’étranger. La soude et l’acide acétique sont des produits nationaux.
- Les fibrannes. — Les fibrannes sont des fibres courtes, réduites en brins de quelques centimètres de longueur qui sont travaillées comme le coton ou la laine pour en obtenir un filé ayant
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- le même aspect que celui obtenu avec ces textiles. On le distinguait autrefois sous le nom de laine artificielle.
- Pour le fabriquer, on utilise des fibres de rayonne, de laines artificielles, de textiles synthétiques. Chimiquement ces fibres sont constituées par de la cellulose régénérée ou de l’acétate de cellulose, soit par des matières protéiques insolubilisées au formol, soit par des plastiques synthétiques filables.
- Les rayonnes destinées aux fibrannes sont traitées spécialement pour leur donner un aspect mat, leur enlever leur brillant. On y parvient en incorporant à la solution visqueuse à filer pour rayonne, de Voxyde de titane en poudre extrêmement fine, ou de l’oxyde de zinc, ou du sulfate de baryum. On fait également des fibrannes à fibres creuses en additionnant la viscose d’un carbonate soluble. On la file en bain acide et le gaz carbonique qui se dégage reste emprisonné dans la masse. Cette interposition de gaz dans les fibres améliore leur valeur au point de vue de l’isolement thermique.
- Le mélange de fibres naturelles, artificielles, synthétiques permet d’obtenir finalement une très grande variété de tissus, de qualités très inégales.
- Les textiles artificiels à base de matières protéiques. — C’est une idée ancienne inspirée par le désir d’imiter la laine ou les poils d’animaux : dès 1884 Milar prépare des fils fins de gélatine insolubilisée par le formol ou par un bichromate alcalin. Le manque de solidité fit abandonner le produit.
- En 1904 des brevets pour une fibre textile à base de caséine n’eurent pas plus de suite.
- Enfin en 1935, l’italien Antonio Ferretti obtint une fibre textile de propriétés analogues à la laine qui fut dénommée : te Lani-tal » ou laine italienne.
- Le Lanital. — Le principe de la fabrication est la mise en solution alcaline de la caséine, dans des conditions strictement déterminées. On obtient une solution visqueuse grise légèrement jaunâtre qu’on laisse « mûrir » sous vide pendant 22 h dans de grands réservoirs thermiquement isolés. On la filtre alors trois fois, puis on la file dans un bain acidulé qui régénère et coagule la caséine. Les fibres sont coupées en brins d’une dizaine de centimètres qui sont ensuite insolubilisés par une solution formolée. Puis on les lave et sèche.
- La composition chimique du lanital est proche de la laine, mais les autres propriétés sont différentes : moindre résistance à l’eau, brillant plus vif, susceptibilité plus grande à l’humidité.
- Pour ces raisons, les filateurs ne peuvent l’utiliser seul. Ils l’incorporent dans des proportions de l’ordre de 25 à 50 pour 100 qui peuvent atteindre dans des cas particuliers et au maximum 75 pour 100. L’examen microscopique permet de les distinguer : le lanital est un? fil plein, la laine une fibre creuse, irrégulière, écailleuse. La teinture à froid dans un colorant organique acide montre le lanital prenant plus irrégulièrement et avec moindre intensité la couleur que la laine naturelle.
- La fabrication du lanital est donc basée sur l’emploi du petit lait et la transformation de sa caséine en fibre. Le tonnage possible est limité par la quantité de matières premières dont pourront disposer les usines.
- La fibre de caséine de Soya. — Le règne végétal fournit aussi une caséine. On la rencontre, en particulier dans le Soya.
- La culture de cette plante est très développée en Extrême-Orient et de gros efforts sont faits un peu partout dans le monde pour la propager.
- Le pressage des graines de Soya fournit une huile comestible et laisse des tourteaux. Ceux-ci, repris par l’eau et soumis à nou-
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- veau à l’action de la presse hydraulique, fournissent un liquide épais dont on peut extraire une caséine/
- Une firme japonaise a mis sur le marché la Soja Bean Sillc préparée à partir de cette protéine végétale.
- Les fibres d’albumine de poisson. — Une autre matière protéique : l’albumine de poisson mise en solution visqueuse en présence de soude peut être filée et la fibre obtenue stabilisée par le formol.
- Les fibres d’algues. — Les Japonais ont préparé une fibre qualifiée « laine artificielle », par dissolution d’algine, de matières protéiques et cellulosiques dans une solution ammoniacale de sels de cuivre et de zinc. La matière première essentielle est une. algue locale. La solution visqueuse est filée dans un bain de formule complexe contenant notamment du furfurol, du formol, du tannin et divers sels minéraux.
- dans la revue Look). ]ile et usages divers. Ils ont justifié la création d’usines considérables employant un personnel nombreux et les produits fournis en abondance ont largement concouru à l’amélioration du confort et de l’agrément de la vie des hommes.
- Les textiles synthétiques.
- Les fibres synthétiques diffèrent essentiellement des fibres artificielles par le fait qu’elles ne mettent en œuvre aucune matière première naturelle d’origine végétale ou animale.
- Elles relèvent entièrement de la synthèse. Ce n’est plus la nature qui a édifié les longues chaînes moléculaires par les processus encore obscurs de la vie. C’est le chimiste, l’ingénieur moléculaire qui les a créées de toutes pièces par les techniques précises des organiciens. Pour faire saisir le principe de ces méthodes il nous faut recourir aux formules chimiques. Cela n’a rien d’hermétique et par la vue seule des formules développées, les moins initiés peuvent comprendre.
- Pour types de ces textiles nouveaux nous en prendrons deux exemples, l’un est déjà bien connu, le Nylon. Ce mot est dans la bouche de toutes les femmes. Elles ne tarissent pas d’éloges sur la qualité des bas de soie que les chimistes américains ont permis de tisser avec ce produit. L’autre, la fibre Pé-Cé ou la P. C. Faser, production de l’I. G. Farbenindustrie allemande, correspond par sa structure chimique à un autre produit américain; le Vinyon.
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- Toutes ces fibres créées par l’industrie partent de produits naturels qui, comme . la cellulose jouent leur rôle dans les textiles végétaux. Leur caractère commun est une structure chimique en longues chaînes de molécules. On comprendra qu’à cette échelle moléculaire, il paisse se produire une association analogue à celles des fibres réunies par filage dans les fibrannes ; ce qui donne à ces produits de base leur valeur dans le cas présent.
- A la vérité, malgré ce qu’a voulu faire croire une propagande excessive, dévouée pendant l’occupation allemande à l’apologie des ersatz, les textiles artificiels ne remplacent pas les naturels : coton, soie, laine, chanvre, lin, etc. Ils viennent simplement en surplus. Employés seuls ou en mélange ils se juxtaposent aux anciens. Ils ont permis une extrême variété de fabrications en prix, qua-
- Comment une revue américaine explique à ses lectrices pourquoi elles sont privées de bas en nylon.
- (Dessin de Buhmaii Biaris
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- Le nylon. — Il y a plus de quarante ans le chimiste allemand Emile Fischer tentait de créer un corps à longue chaîne aminée qui serait analogue à la kératine de la, laine. Il étudiait la condensation du glycocolle NII2 — CH2 — COOII, mais ne put parvenir à un point suffisant et n’obtint pas une solution visqueuse niable.
- En février 1917 des brevets américains revendiquaient une série entièrement nouvelle do produits polymères à condensation linéaire. Les recherches étaient théoriquement orientées dans le même sens que celles de Fischer. Le type d’une des réactions est la condensation de l’acide adipique avec l’hexaméthylènediamine.
- On part du phénol synthétique ou extrait du goudron de houiUe et par hydrogénation on le transforme en cyclohexanol :
- G - OH
- CH
- CH
- ;C.H
- CH
- + 3H- =
- CH8
- C<
- H
- OH
- CH2
- CH\ /CH!
- CH
- CH3
- Le cyclohexanol est comme l’indique la formule un corps à chaîne fermée.
- Si on l’oxyde par le permanganate de potassium, la chaîne s’ouvre, devient linéaire, il se forme de l’acide adipique.
- COOII — Cil2 — CH2 — CH2 — CH2 — COOII
- Sous la même forme la chirurgie l’emploie comme succédané du cat-gut.
- Ces mêmes fils ont permis la fabrication de brosserie de la plus haute qualité. On vend, aux États-Unis des brosses à dents en Nylon. Des techniques spéciales de filage sont parvenues à donner des brins s’amincissant vers leur extrémité et avec lesquels on a monté des pinceaux (queues de morue) très appréciés des peintres pour leur finesse de travail d’étendage des couleurs.
- Des raquettes de tennis sont tendues en Nylon.
- La résistance chimique du produit le fait employer pour la confection de vêtements de travail.
- Mais le Nylon n’est pas que textile, il est aussi matière plastique, il peut être débité en tubes, en films, etc.
- Pour la fabrication du Nylon, on part de l’acide adipique synthétique C1). On peut obtenir des textiles du même type en partant de ses homologues supérieurs : l’acide sébacique : COOH — (CH2)8 — COOII, l’acide subérique COOH — (CH2)S — COOH, qui peuvent être préparés à partir de produits naturels tels que l’huile de ricin.
- La Pé-Cé. — Cette fibre synthétique se relie chimiquement aux matières plastiques vinyliques. Pour sa préparation, on met en œuvre d’une part du charbon, de la chaux et des kilowatts pour obtenir du carbure de calcium, puis de l'acétylène, et d’autre part de l’acide chlorhydrique provenant du traitement du sel marin.
- L’acide chlorhydrique gazeux réagit sur l’acétylène à 180° en présence d’un catalyseur, en l’espèce un fluorure métallique, et donne le chlorure de vinyle :
- Cet acide adipique est porté à l’ébullition pendant quelques heures avec un corps à chaîne longue : l’hexaméthylènediamine (lui-même préparé à partir de l’acide adipique) :
- NII2 — CIP — CIP — CIP — CIP — CIP — CIP — NII2.
- CH SS CII + HCl = CH2 = CH — Cl.
- C’est un gaz qui se polymérise dans des conditions bien déterminées en chlorure de polyvinyle.
- Ce polymère est aussi caractérisé par une chaîne longue :
- On obtient un produit de condensation :
- NII2 — CIP — CIP — CII2 — CH2 — CIP — CH2 — NII
- — CO — CIP — CIP — CH2 — CIP — COOH.
- H H H II
- I I I I
- — CH2 — C — CH2 — C — CIP — C — CH2 — C — ..................................-
- I I I I
- Cl Cl Cl Cl
- Par polymérisation, la structure en chaîne s’accentue encore et le produit final obtenu est un corps solide qui fond vers 250°. On le file fondu en atmosphère d’azote et d’hydrogène car l’oxygène de l’air le colore. Le fil obtenu est étiré à froid, ce qui élève sa résistance. On peut aussi filer une solution concentrée, puis éliminer le solvant par évaporation.
- On réalise ainsi un fil continu de Nylon. Le diagramme aux rayons X montre un spectre analogue à celui des textiles naturels : même structure en chaînes longues. Les propriétés physiques et chimiques sont aussi analogues.
- Le Nylon est insoluble dans la plupart des solvants usuels, il est stable aux alcalis, mais attaqué par les acides minéraux.
- Les fibres de Nylon sont peu sensibles à l’eau, elles n’en absorbent que 15 pour 100 environ par trempage, c’est pourquoi elles sont aussi solides, humides que sèches. Plus tenaces que la soie naturelle, elles ont permis la fabrication de bas infroissables, ne tachant pas à, l’eau, séchant très rapidement après lavage, et qui ont acquis une réputation universelle. Déjà en 1941 il en a été fabriqué plus de cent millions de paires.
- Mais bien d’autres débouchés sont possibles. Fabriqué en fils simples il permet la fabrication de toute sorte de tissus. Coupé en brins courts il permet d’obtenir des fibrannes aux nombreuses possibilités de tissage. Toutes ces étoffes prennent la teinture.
- En fils unitaires homogènes de divers calibres, il fournit aux pêcheurs d’excellents bas de ligne peu visibles, solides et remplaçant avantageusement crins de Florence et racines anglaises.
- On le met en solution concentrée dans la cyclohexanone et par filage on obtient la fibre. Celle-ci est complètement insensible à l’humidité. Sa ténacité est toujours la même. Sa résistance aux réactifs chimiques est exceptionnelle. Elle est incombustible. On en fait des fils de pêche, des tissus filtrants, des vêtements do travail.
- Mais en contre-partie, elle présente un grave inconvénient : thermoplastique, elle se ramollit aux environs de 80° et commence à fondre.
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- Les fibres Nylon et Pé-Cé ne sont, certainement, que les premières d’une série qui peut s’étendre. Il est hors de doute que se multiplieront, dans l’avenir, les variétés des textiles artificiels et synthétiques offertes à la consommation.
- Les progrès des siences chimiques retentissent directement sur le confort et le bien-être humains. Rien n’indique que ces progrès se ralentissent, bien au contraire. La synthèse organique dépasse la nature, les étonnantes réalisations dont nous venons de parler en sont une preuve éclatante.
- Lucien Perruche.
- Docteur de l’Université de Paris.
- 1. On trouve de l’acide adipique naturel dans le jus de betteraves.
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- La photographie facilite le transport de la correspondance des soldats américains
- Le trafic intense auquel doit faire face le Service postal des armées américaines posa maints problèmes aux techniciens chargés de l'organiser. Il s’agissait, en effet, de transporter une énorme masse de sacs postaux sur des milliers de kilomètres, puis de diriger leur contenu vers de multiples endroits, sur des théâtres d’opérations constamment variables. Le colonel Edgar E. Schroeder « Cliief postal Ofheer » sut mener à bien cette lourde tâche avec l’aide de plus de G 000 collaborateurs disséminés actuellement dans environ 250 bureaux militaires aux États-Unis, en Angleterre, en France, en Belgique, en Italie, dans l’Afrique du Nord, en Chine, aux Philippines et jusqu’aux îles lointaines du Pacifique.
- A l’origine, le service débuta modestement. Son inauguration, en Europe, date de l’arrivée des premiers soldats américains en Irlande (26 janvier 1942). Un officier et 14 hommes enrôlés volontaires suffisaient pour acheminer la correspondance de ces petits effectifs, grâce au concours des postiers britanniques. Puis au fur et à mesure du développement de la guerre, cet organisme prit une extension dont quelques chiffres suffiront à montrer l’importance. Au cours de l’année 1943, par exemple, rien que sur les fronts européens, le Service postal des armées américaines distribua 3 750 000 paquets sans compter les lettres ordinaires. En novembre 1944, il transporta par navires, avions, chemins de fer ou camions, à travers le Vieux Continent, plus de 74,500 000 lettres ordinaires, 10 millions de paquets et 10 250 000 « V. mail letters » ou micro-films dont nous décrirons plus loin la très originale conception.
- Pendant le même mois, les soldats américains, stationnés en Europe, envoyèrent à leurs familles 46 400 000 lettres par poste ordinaire ou par poste américaine, 10 300 000 réponses (V. mail letters) et postèrent plus d’un million de paquets pour les États-Unis, le Canada ou ailleurs. De leur côté, les agents du « Trésor aux armées américaines » ne chômèrent pas. Durant ces 30 jours, les militaires américains émirent G00 000 mandats (valeur 28 millions de dollars) et on leur paya 71 000 mandats représentant plus de 2 millions de dollars.
- Inutile d’insister sur la filière d’étapes que parcourent les diverses sortes de correspondances ou de paquets pour arriver à -destination (Bases et Directions postales, stations régulatrices, Offices de transfert installés dans les villes ou les points stratégiques, etc...). Ces lieux de transit ou de distribution ressemblent, en principe, aux installations similaires des autres nations ou n’en diffèrent que par certains détails de minime intérêt. Par contre, la nouveauté technique du système postal militaire des États-Unis la a V. mail » mérite' de nous retenir.
- Les micro-correspondances du siège de Paris en 1870
- Le Service postal américain a repris et perfectionné le procédé inventé par nos compatriotes Barreswill et Dagron, pendant la guerre de 1870-1871 pour mettre en communication la province et Paris assiégé par les Allemands. Des ballons assuraient le transport des lettres à destination des départements tandis qu’on confiait à des pigeons-voyageurs celles adressées aux habitants de la Capitale et surtout les dépêches écrites d’abord à la main sur du papier très mince. Puis vers le milieu d’octobre 1870, Barreswill, chimiste ingénieux, eut l’idée de reproduire par la photographie des documents à transmettre.
- Peu après, un autre savant français, Dagron, parvint à insérer une douzaine de minuscules pellicules de collodion (contenant chacune 2 000 à 3 000 épreuves photographiques de télégrammes) dans une plume de 5 cm de longueur. On fixait ensuite ce tuyau au moyen de fils de soie à l’intérieur de la queue d’un pigeon-voyageur. A leur retour au colombier, un facteur des postes s’emparait des oiseaux qu’il apportait dans un atelier spécial. Là, un appareil grossissant, éclairé par une forte lampe, permettait de projeter les dépêches sur un transparent où des employés les lisaient et les transcrivaient sans difficultés. Les bombardements, l’extension de l’occupation allemande, le froid et autres conditions météorologiques défavorables empêchaient souvent les messagers aériens de remplir leurs missions. Ainsi sur les 302 pigeons qui, en 47 départs, furent dirigés sur Paris, du 16 octobre 1870 au 3 février 1871, 59 seulement arrivèrent à destination. Parfois, cependant, un de ces intelligents oiseaux se distinguait, jeomme nous l’apprend Alexis Belloc dans son ouvrage sur Les Postes Françaises (1886). Le 8 janvier 1871, par exemple, un pigeon-voyageur parvint à Paris avec un tube renfermant 38 700 dépêches réparties sur 21 pellicules.
- Comment le soldat américain correspond avec son pays par micro-film
- Devenons aux « micro-films » transatlantiques d’aujourd’hui, fabriqués en usines, développés rapidement en série et transportés par avions ; ils ont certes une énorme supériorité sur leurs devanciers d’il y a trois quarts de siècle !
- Avant le débarquement de Normandie, plus de 200 millions de « V mail letters » partirent d’Angleterre pour le Nouveau Monde. Cette énorme correspondance militaire photographiée sur de petites pellicules, mises ensuite dans des rouleaux de transport, représentait seulement 31 tonnes, alors qu’expédiée directement, à la façon ordinaire, elle eût pesé au total 2 700 tonnes.
- L’emploi de cette originale méthode exige seulement certaines prescriptions. Le soldat doit se servir d’un papier spécial qu’on lui donne ; il y écrit, au recto, le nom, l’adresse du destinataire en lettres majuscules, et dans un coin celle de l’envoyeur, ainsi que la date d’envoi. La censure appose, en outre, son cachet sur la même face épistolaire. Sur le verso, se trouvent les indications nécessaires pour les postiers et le texte de la lettre à l’encre ordinaire, à la machine à écrire ou au crayon noir. Une fois écrite, le militaire dépose sa lettre dans n’importe quelle boîte postale ; la mention « V. mail » sur l’enveloppe suffit à renseigner le service compétent. Au bureau de dépôt, on photographie avec forte réduction la dite lettre qu’on introduit avec un millier d’autres dans des rouleaux spéciaux. Vingt pour cent de la correspondance des soldats américains s’acheminent ainsi par avions vers les États-Unis, le reste est transporté par bateaux.
- A son arrivée dans une des trois stations postales principales d’Amérique (New-York, Chicago ou San-Fraucisco) en un délai n’excédant guère une douzaine de jours, la « V. mail letter » emportée encore par voie aérienne, parvient au bureau destinataire. Là, on tire, sur papier photographique, une épreuve de même grandeur que le document original. Alors le facteur n’a plus qu’à distribuer celle-ci à la personne voulue.
- Jacques Bover.
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- Qu est-ce qu'une sinusite?
- Un sinus est une cavité creusée à l’intérieur des os. de la face ou du crâne. 11 y en a toute une série, mais les plus importants sont les deux sinus frontaux et les deux sinus maxillaires.
- Un peu d’anatomie.
- lentes s’accompagnant d’un écoulement nasal important. L’atteinte du sinus frontal se caractérisera par des douleurs au-dessus de l’œil alors que pour le sinus maxillaire les douleurs sont au-dessous de l’orbite.. Si l’on appuie avec le doigt sur le sinus, en particulier en certains points où émergent les nerfs sus- ou sous-orbitaire on provoque une aggravation de la douleur.
- Si nous regardons la figure i nous voyons ces sinus se projeter respectivement au-dessus et au-dessous des cavités orbitaires. En fait sur un crâne on ne voit pas ces sinus, il faut pour les découvrir défoncer l’os.
- La figure 2, qui représente une coupe du crâne dans un plan sagittal, montre le sinus frontal situé dans l’épaisseur de l’os,
- Ce sinus communique normalement avec les fosses nasales par un petit orifice situé vers la ligne médiane. Le volume des sinus frontaux est assez variable selon les individus. La figure 1 indique les variations que l’on peut rencontrer.
- La figure 3 représente la paroi externe de la fosse nasale droite vue du dedans. On voit l’os maxillaire supérieur creusé de son large sinus, dont l’ouverture est très visible en haut et en arrière. On comprend tout de suite qu’une cavité dont l’orifice est ainsi situé se drainera très mal si par un hasard malencontreux elle se trouve remplie de pus.
- En fait la situation est encore plus compliquée, car sur cet os maxillaire supérieur sont appliqués d’autres petits os qui réduisent l’orifice du sinus à un trou de quelques millimètres de diamètre, ce qui rend pratiquement le drainage impossible.
- Une sinusite est tout simplement l’infection d’un de ces sinus.
- Causes et caractères des sinusites.
- Cetle infection a deux grandes causes, le nez et les dents :
- i° A la suite d’un rhume banal ou plus souvent d’une grippe, surviennent au niveau d’un sinus des douleurs extrêmement vio-
- Fig. 2. — Coupe du crâne montrant le sinus frontal, dans l’épaisseur de l’os.
- Fig. 3. — Paroi externe de la fosse nasale droite vue àu dedans.
- Fait assez caractéristique, surtout d’ailleurs dans les sinusites frontales, la douleur survient par paroxysmes dans l’intervalle desquels le malade se sent bien portant. Le pus s’accumule dans le sinus, la tension cause une douleur de plus en plus vive qui disparaît quand le pus parvient à s’écouler par l’orifice sinusal.
- Il y a normalement un certain espace entre la racine des dents et le plancher du sinus maxillaire, mais chez certains individus, cet espace peut être réduit, on peut même voir des racines dentaires pénétrant, dans le sinus. Dans ces conditions, soit à l’occasion d’une extraction dentaire, soit plus souvent à l’occasion d’une carie non soignée, le sinus s’infecte et se remplit de jms.
- On sait que Louis XIV souffrit ainsi beaucoup d’une communication qui s’était établie entre sa bouche et son nez par l’intermédiaire de son sinus.
- Le traitement.
- Bien traitée à temps une sinusite guérit assez vite.
- Si le malade a attendu trop longtemps ou si la sinusite était grave d’emblée, une opération peut devenir nécessaire. On at- Fig. 4- ' Ponction
- tend en général la fin de la du sinus ma*,7/a(Ve-
- période aiguë pour intervenir. Il s’agira de simple ponction (fig. 4), ou d’une intervention plus radicale : la trépanation du sinus. On ouvre franchement le sinus et on le nettoie. On intervient sur le sinus maxillaire par voie buccale, en perforant l’os au-dessus des dents. Pour ce qui est du sinus frontal, l’opération laissera une cicatrice au niveau du sourcil. Dr Gabriel Mouchot.
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- Les crues de îa Seine
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- Nous sommes en février 1945. Le zouave du pont de l’Alma plonge clans l’eau jusqu’à la poitrine. Les Parisiens suivent avec inquiétude la montée de l’eau. La cote atteint 6 m 85. Les puissantes pompes refoulent en aval de Paris l’eau des égouts. Les services de la Navigation construisent, en toute hâte, les digues et surélèvent les parapets. La ligne de Paris à Versailles, longeant la Seine, est inondée.
- Les Parisiens s’inquiètent et tous les jours vont voir leur fleuve pacifique qui roule des eaux sales et tumultueuses comme celles du Rhône. Les berges sont inondées, les grues seules surgissent des eaux, les chalands inutiles sont amarrés.
- Voilà un événement bien parisien. 11 serait fort divertissant s’il n’était catastrophique.
- Non seulement il empêche les précieuses péniches de charbon d’arriver jusqu’à Paris, mais cette crue inonde les campagnes, privant de nombreux banlieusards de leurs logis, ravageant leurs jardins et, en un mot, ajoutant encore des dégâts et des malheurs à tous ceux que nous réserve cette guerre.
- Pourtant cet événement est rare. Notre fleuve est généralement bien sage. Les désastres comme ceux de 1910 restent des événements sensationnels. Depuis 1870, par deux fois, la Seine eut des crues exceptionnelles : en 1910 et en 1924.
- Essayons de retracer en quelques lignes les caractéristiques et les moeurs de notre fleuve.
- La Seine prend sa source à Saint-Germain-Source-Seine dans la Côte-d’Or à une altitude de 444 m. La longueur totale du fleuve est de 800 km. La pente est donc très faible ; c’est cette particularité qui détermine, dans une certaine mesure, les crues désastreuses de la Seine, le volume considérable des eaux, provoqué par le ruissellement, ne pouvant pas s'écouler rapidement.
- Les crues de la Seine se situent entre les mois d’octobre et de mai. Il peut se produire, au cours de l’hiver, une, deux ou trois crues d’amplitude inégale. Les crues ne sont dangereuses que lorsque la cote dépasse 7 m. Il ne faut pas croire que cette cote correspond à la profondeur du fleuve. Elle est lue sur une échelle conventionnelle située au pont d’Austerlitz. Le zéro correspond au niveau d’étiage (les plus basses eaux). C’est pour cette raison que l’on voit quelquefois des cimes qui se chiffrent par des cotes de 2 m à peine.
- Depuis 1870 la Seine n’a subi que deux crues vraiment impor-
- tantes : celle de 1910 avec 8 m 62 et celle de 1924 avec 7 m 32. La crue de cette année, avec ses 6 m 85 prend la troisième place comme on peut s’en rendre compte sur le tableau ci-dessous (!) :
- 1870 1880 1890 1900
- 0 ... 5,60 2,60 3,70
- 1 5,00 2,80 3,80
- 9 2.20 0,90 4,10 2,90
- 3 6,10 6,24 3,80 2,90
- 4 1,20 3,10 2,50 4,20
- 3,30 4,20 3,10 1,91
- 6 6,69 5,60 4,40 4,41
- 7 4,30 3,60 5,60 3,20
- 8 3,60 4,00 2,50 4,24
- 9 5.62 5,78 3,10 3,12
- 1910 1920 1930 1940
- 0 8,62 6,65 3,02 5,12
- 1 1,19 5,98 5,85
- O 4,56 4,04 3,30 3,45
- 3 4,26 5,32 2,30 3,68
- 4 4,87 7,32 2,33 2,28
- 5.;... 4,00 4,65 4,33 6,85
- (î 4,75 6,06 4,49
- 7 4,76 4,00 5,21
- 8 3,70 4,39 2,99
- 9 6,11 3,12 3,67
- 22
- 17
- Fig. 1. — Le fameux zouave du Pont de l’Alma au plus fort de la crue de 1910.
- 12
- Les crues de la Seine sont provoquées par les eaux souterraines et par les eaux de ruissellement. Les crues dues aux eaux souterraines donnent des montées et des descentes lentes, la crue se prolongeant pendant plusieurs jours. Les crues dues au ruisellement sont au contraire brusques et rapides, £
- la décrue survenant très rapidement après le maximum. Lorsque la crue des eaux souterraines coïncide avec celle due au ruissellement, on assiste à des désastres comme ceux de 1910 ou de 1924. Contrairement à ce qu’on croit souvent, les grandes crues ne sont jamais provoquées par un brusque dégel.
- Si nous regardons le phénomène d’un peu plus près, nous voyons que le plus grand nombre de crues se place en janvier, puis viennent, par ordre de fréquence, mars et février, novembre et avril. Octobre et mai ne présentent que des crues très rares toujours faibles.
- Les plus grandes crues de la Seine ont eu lieu en janvier : 28 janvier 1910 et G janvier 1924.
- Les travaux récents (1 2) sur les variations périodiques du régime
- O N O J F M A M
- Fig. 3. — Fréquence mensuelle des maxima annuels.
- 1. Dans ce tableau, les chiffres de la première colonne de gauche indiquent les millésimes. Ex. : Pour connaître la crue de 1895, on se reporte tout d’abord à la colonne 1890, puis au chiffre 5 de la première colonne de gauche. Le point de jonction de la colonne verticale (1890) et de la ligne 5 horizontale donne : 3,10, c’est la cote recherchée.
- 2. Commission du Bassin de la Seine (Cahiers 1 et 4).
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- 128
- Fig. 4. -—• U inondation devant la gare Saint-Lazare en 1910.
- de la Seine ont établi des règles qui permettent d’annoncer, plusieurs années en avance, les époques des grandes crues et les maxirna atteints.
- D’après la tradition des mariniers, on pensait que cette année
- nous assisterions, après de fortes pluies, à une troisième crue au 'mois de mars ou avril, mais heureusement il n’en a rien été.
- Après le désastre de 1910, les services publics étudièrent un vaste plan d'aménagement de la Seine en vue de prévenir, ou tout au moins de limiter, dans une certaine mesure, les effets néfastes des crues.- Le plan consistait principalement dans la mise à profil du lit du fleuve, dans la suppression de certains coudes ou la démolition des quais (ports) qui réduisaient la largeur du fleuve. Ces travaux avaient pour but d’assurer un écoulement plus rapide des eaux en crue. Les problèmes de reboisement ont également attiré l’attention des services compétents. Malheureusement, uae mauvaise coordination entre les Administrations n’a pas permis de mener à bien l’ensemble de ce plan de protection. Ainsi la construction du pont du Carrousel a rétréci la largeur du fleuve cl d’autres ouvrages ont été édifiés sans tenir compte des mesures de protection qui sont compromises par l’Urbanisation.
- Il semble que toutes ces mesures no pourront pas éviter complètement les désastres tels que ceux de 1910 ; il ne faut pourtant pas abandonner le plan d’ensemble car il nous permettra certainement de limiter les dégâts.
- Y. ItOMAXOVSIvY.
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- Fresneau, 42, rue Scheffer) : 18 h. 30. M. M. Fournier : « Quelques aspects de la polymérisation ».
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- Conférences du Musée de l’Homme, Palais de Chaillot) : 17 h. 30. Général Froment : e Les accident?.dans les travaux de démolition des constructions sinistrées. Les accidents dus aux explosifs sur les chantiers de travaux publics » (Demander invitations au Secrétariat de l’Institut technique du Bâtiment, 9, avenue Victoria, Paris).
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- Palais de la Découverte (avenue Yictor-Emmanuel III) : 15 h. M. G. Allard : « Les équilibres chimiques ».
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- tonne : a Glaciers et reliefs glaciaires ».
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- Institut technique du Bâtiment (salle des Conférences du Musée de l’Homme, Palais de Chaillot) : 17 h. 30. M. Richard : te Le Pylône métallique dans la construction des lignes de. transport de force ».
- Institut français du caoutchouc (salle
- Fresneau, 42, rue Scheffer) : 18 h. 30. M. Déribéré : « L’infra-rouge dans l’industrie du caoutchouc ».
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- Palais de la Découverte : lo h. M. P.
- Drach : u Trois campagnes au Groenland avec Charcot » (Conférence répétée).
- Maison de la chimie (28, TOC Sainl-Domi-nique) : 18 h. M. Moundlic : a Les dérivés chimiques du caoutchouc ».
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- (salle Fresneau, 42, rue Scheffer) : 17 h. M. Georges Noaciioyitch : « La normalisation çles fruits et agrumes. Objectifs et méthodes. Résultats acquis et escomptés ».
- SAMEDI 28 AVRIL
- Palais de la Découverte : la h. M. II. VINCENT : a La fièvre typhoïde, sa prévention et son traitement scientifiques ».
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- Institut technique du Bâtiment (salle des Conférences du Musée de l’Homme, Palais de Chaillot) : 17 h. 30. M. Buisson : « Effets statiques et dynamiques des charges dans un grand portique de manutention de charbon ».
- Institut français du caoutchouc (salle
- Fresneau, 42, rue Scheffer) : 18 h. 30. M. Compagnon : « Plantes à caoutchouc des régions tempérées ».
- NOS ÉCHOS
- La Feuille des Naturalistes va reparaître. Destinée à établir des relations entre tous les naturalistes, à encourager et guider les débutants et à publier des articles de fond sur des questions d’actualité, ou des notes originales sur la flore, la faune et la biologie, cette revue avait longtemps été le lien de tous les amateurs d’histoire naturelle. La reprise de ce périodique est une manifestation parmi d’autres du renouveau du goût pour les Sciences naturelles. La Nature s’associe à ce mouvement qu’il faut encourager : les êtres vivants qui peuplent notre pays méritent d’être mieux connus et partant mieux aimés.
- Votre collaborateur et ami M. Jacques Carayon, secrétaire de la Feuille des Naturalistes, au Muséum National, 57, rue Cuvier (5e), donnera tous les renseignements au sujet de cette publication.
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- DE SAUTERELLES
- O ’il est un phénomène naturel qui ne pouvait passer inaperçu aux yeux des hommes, w c’est bien celui des migrations cl’Acridiens. Les conséquences désastreuses que ces migrations ont généralement sur l'alimentation des populations des pays envahis, la famine et le cortège de misères qu’elles peuvent entraîner après elles ne risquaient pas de laisser oublier leur passage. Aussi n’est-on pas surpris de voir les sauterelles 0) occuper une place importante dans les écrits et les livres de toutes les époques. Homère fait allusion à leurs
- vols dans le chant XXI de r - - — --------------------— - - ----- - — - -
- l’Iliade et tout le monde sait que la huitième plaie d’Égypte était due aux sauterelles qui, d’après la Bible, dévorèren t toute l’herbe qui était restée après la grêle.
- Que nous ont appris sur les acridiens cette quantité de documents d’origines si diverses ? Beaucoup sur l’importance des vols et sur les dégâts occasionnés, mais par contre, bien peu sur les insectes eux-mèmes, sur leurs mœurs et sur l’origine réelle de ces extraordinaires déplacements. Ce n’est pas sans surprise qu’on lit dans les travaux du maître incontesté de l’acridologie, le Dr B. P.
- UvAnov, qu’en 1921, époque cà laquelle il publia des ^
- éludes d’extrême importance sur cette question, il
- était impossible de savoir à quelle espèce de sauterelle on avait
- SOMMAIRE
- Les invasions de sauterelles, par L. CHOPARD . . . 129
- L’économie soviétique, par Ch. BETTELHEIM 132
- Un rapt... ou l’originale capture d’une vallée, par A. ROUGIER 136
- Comment sont construites les super f or ter es ses volantes, par D. KEULEYAN. 139 •
- Le cristal unique, par Léon GUIlLET fils. 141
- La Science et la Guerre . 143
- Nos lecteurs nous écrivent• 144
- Cours et Conférences à Paris 144
- Fig. 1 et 2.
- En hnnt : Locusta migratoria, phase solitaire (dunica) .
- Au-clessons : phase migratrice Ç>.
- (C. P. 02796).
- XJ
- affaire lors des grandes invasions qui, périodiquement, dévas-
- 1. On emploie le plus souvent le mot de sauterelles pour désigner les insectes qui nous occupent ici, bien qu’il soit préférable de leur réserver le nom plus exact d’acridiens. Les Orthoptères sauteurs comprennent des formes à très longues antennes, qui sont les vraies sauterelles, et les acridiens à antennes courtes. C’est presque uniquement parmi ces derniers que se recrutent, les espèces nuisibles aux cultures.
- N° 3087 l&r Mai 1945
- tent d’immenses territoires d’Afrique et d’Asie. On comprend cependant que cette donnée essentielle est à la base de toute étude sérieuse sur ces insectes, tant au point de vue théorique que pratique.
- En ce qui concerne l’importance des migrations d’acridiens, des chiffres ont été souvent cités ; dans la plupart des cas, ils dépassent tout ce qu’on peut imaginer. Des nuages d’une espèce africaine, le Criquet nomade (A’omadacris septemfasciata) ont
- Le Numéro 10 francs
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- 130
- Fig. 3. — Le criquet migrateur (Locusta migratoria).
- été observés au Kenya en 1928 sur un front de 5 milles et une surface de 60 milles en profondeur. En calculant l’espace occupé par une sauterelle et la distance moyenne qui sépare les insectes dans un vol, on trouve qu’un mille carré doit en contenir environ 5o millions. L’épaisseur de ces nuages n’est pas indiquée exactement mais On peut l’estimer en moyenne à une cinquantaine de sauterelles et l’on arrive pour l’ensemble du vol au chiffre formidable de 5oo milliards d’insectes.
- Les bandes de larves et leurs migrations.
- Outre cette accumulation énorme d’insectes de la même espèce, les migrations de sauterelles offrent des particularités qui peuvent donner lieu à toute une série d’observations. Notons tout d’abord qu’il ne s’agit pas toujours d’insectes ailés. On sait que les Acridiens appartiennent au groupe des Orthoptères, qui, entre autres caractères, offrent celui de se développer depuis Tonif jusqu’à l’état adulte sans métamorphoses.
- Les jeunes Acridiens, auxquels on conserve le nom de larves pour la commodité, sortent de.. J’oeuf peu différents comme forme générale de leurs pai’ents ; ils sont simplement beaucoup plus petits et ne possèdent pas d’ailes; celles-ci se développent lentement au cours de la croissance et ne se présentent avec toute leur ampleur qu'après la dernière mue, quand l’insecte est devenu adulte et apte à se reproduire. Ces jeunes Acridiens mènent le même genre de vie que leurs parents ; ils se nourrissent de la même façon, dévorant toutes les plantes qui sont à leur disposition, et se déplacent comme les adultes, sauf le vol qui leur est interdit. En outre, les jeunes Acridiens montrent les mêmes tendances à former des bandes nombreuses et le caractère de leurs déplacements est dans les grandes lignes, le même que celui des bandes ailées.
- Examinons d’abord le cas de ces bandes larvaires dont le comportement est plus facile à analyser que celui des adultes. Par suite de circonstances qui commencent à être assez nettement déterminées, et dont je reparlerai plus loin, les jeunes sauterelles éclosent en grand nombre au même moment et, dès leur plus jeune âge, elles n’ont aucune tendance à se disperser; au contraire, elles se réunissent en bandes assez nombreuses qu’on appelle les bandes primaires. Ce besoin de rapprochement, cet instinct grégaire, constitue un des caractères principaux de ces insectes.
- Un second caractère, également important, consiste dans une tendance à l’imitation des mouvements, imitation qid a quelque chose d’automatique ; si une petite sauterelle se met en mouvement, ses voisines l’imiteront immédiatement et transmettront l’excitation à leurs voisines, de sorte que, rapidement, toute la bande se mettra en marche dans la même direction. La température joue un rôle important dans le déclenchement de ces mouvements; les
- insectes immobilisés sur les plantes ou à terre par la fraîcheur de la nuit commencent à se déplacer et à se nourrir dès que le soleil atteint une certaine hauteur ; avec l’élévation de la température, leurs mouvements deviennent plus rapides pour décroître à nouveau le soir.
- Lorsque deux bandes primaires se rencontrent, elles ont tendance à fusionner. On arrive alors à d’extraordinaires masses de millions de petits insectes qui avancent dans la même direction et dont l’aspect est impressionnant. Une fois la troupe de criquets en marche, rien ne la fait dévier de sa direction ; les obstacles ne sont pas contournés, mais abordés de front; s’il se présente un fossé, les criquets descendent droit devant eux et remontent de l’autre côté ; si le fossé contient de l’eau, les premiers arrivants se noient et les autres continuent à descendre jusqu’à ce que les cadavres flottants leur permettent de passer comme sur un pont; là où l’eau est profonde ou trop large, les criquets passent à la nage, donnant de grands coups d’aviron avec leurs longues pattes postérieures.
- La rapidité des déplacements n’est naturellement pas très grande chez ces larves; de nombreux arrêts diminuent la vitesse qui pourrait être de 4 à 5 m. environ à la minute. Dans l’ensemble, on a calculé qu’une bande de jeunes sauterelles peut parcourir pendant le temps de son évolution larvaire une distance variant, suivant les espèces, de 1 à 20 km.
- Les vols d'adultes.
- Les jeunes sauterelles mènent cette vie larvaire pendant un temps variant de quelques semaines à quelques mois; elles grossissent en subissant en général 5 mues et deviennent adultes à la dernière. La présence des ailes va influer sur leur comportement ; bien qu’elles se déplacent encore souvent à terre, c’est au vol qu’auront lieu maintenant les migrations. Celles-ci dépendent des mêmes phénomènes que les migrations larvaires ; les sauterelles adultes conservent l’instinct grégaire et montrent, comme leurs larves, une tendance à l’imitation des mouvements. Ainsi, lorsqu’une sauterelle prend son vol au milieu de ses congénères, celles-ci ne tardent pas à l’imiter et bientôt toute la bande s’envole. On doit voir dans ce phénomène une réponse à certaines excitations, en particulier à l’ébranlement de l’air. Après des vols d’essai qui peuvent durer quelques semaines et au cours desquels on assiste à des fusions de nuages analogues aux captures de bandes larvaires, les grandes migrations ont lieu.
- Les vols peuvent durer plusieurs jours sans arrêt et les sau-tei’elles sont capables de se déplacer à une AÛtesse atteignant 20 à 4o km à l’heure; elles peuvent couvrir des distances considérables et on a observé en mer des vols à plus de 1 000 km
- Le criquet pèlerin (Schistocerca gregaria)
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- des cotes. Dans ses grandes lignes, le comportement de ces vols est comparable à celui des bandes larvaires ; la direction n’est généralement pas influencée par les obstacles qui sont survolés ; ce n’est que dans des cas très spéciaux, comme le voisinage de la grande forêt tropicale, que l’on peut voir les nuages de criquets se détourner de leur chemin pour éviter l’obstacle ; encore ici n’est-ce probablement pas l’obstacle lui-même que les insectes cherchent à éviter mais bien les conditions écologiques très spéciales que développe cette grande masse d’arbres. La température semble avoir une influence moins nette sur les adultes ; alors qu’un abaissement, même passager, de celle-ci arrête immédiatement la marche des insectes aptères, les vols peuvent se maintenir pendant la nuit malgré la différence entre les températures diurne et nocturne.
- Les vols de sauterelles sont composés en principe d’une seule espèce, celle-ci entraînant parfois avec elle quelques individus aberrants ; ces espèces sont en outre toujours les mêmes et fort peu nombreuses. Sur plus de io ooo formes d’Acridiens habitant le monde entier, on n’en signale que six capables d’effectuer les grandes migrations; l’une habite le sud-est de l’Europe et l’Asie centrale, c’est le Criquet migrateur (Locusta migratoria) ; quatre se trouvent en Afrique, le Criquet migrateur tropical (Locusta migratorioides) dans toute l’Afrique au sud du Sahara et à Madagascar, le Criquet pèlerin (Schisto-cerca grégaria) dans l’Afrique du Nord, le Criquet nomade (.Nomadacris septemfasciata) en Afrique centrale et australe, et le Criquet brun (Locustana pardalina) en Afrique du Sud seulement ; enfin la sixième espèce est extrêmement nuisible en Amérique du Sud et en Amérique centrale, c’est le Criquet migrateur américain (Schistocerca paranensis). Ces quelques espèces ont-elles des liens de parenté étroits expliquant leurs communes affinités pour les voyages ? Aucunement ; les Locusta et Locustana appartiennent à la sous-famille des Œdi-podinæ représentée en France par ces criquets à ailes bleues ou rouges, si communs en certains endroits dans le Midi, tandis que les Schistocerca et Nomadacris sont des Catantoplnæ. Peut-être alors existe-t-il un caractère biologique commun entre ces Acridiens ? C’est bien ce qu’on peut observer et pour nous en rendre compte, examinons le destin d’une invasion de sauterelles en négligeant la part qu’v pourrait prendre l’homme par la mise en œuvre de ses moyens de défense. Dans ce cas, les sauterelles se multiplieront pendant quelques années; puis, par suite des intempéries, elles diminueront peu à peu ; d’autres facteurs interviendront dans cette diminution ; par exemple l’arrivée sur des lieux de ponte défavorables car, quoi qu’on en ait dit, les migrations ne mènent pas toujours les sauterelles vers les endroits qui seraient nécessaires à assurer leur descendance ni même leur propre conservation ; on a vu ainsi des sauterelles quitter des endroits verdoyants pour aller mourir de faim en plein désert et les nuages arrives au bord de la mer continuent leur vol pour aller se perdre irrémédiablement. L’action de ces différents éléments est telle que dans un pays où les sauterelles ont tout dévasté, elles peuvent dispai'aître complètement d’une année à l’autre. Cette disparition n’est qu’apparente puisque quelques années plus tard les sauterelles peuvent revenir en ces mêmes endroits. C’est là que se place le problème biologique le plus intéressant de la vie de ces insectes, qui a été élucidé par un naturaliste russe, B. P. Uvarov, lequel a longuement étudié le Criquet migrateur dans le Caucase.
- Tout d’abord, à mesure que leurs bandes s’appauvrissent et qu’ils deviennent moins nombreux, les Criquets perdent leur instinct grégaire ; au lieu de rester groupés, ils tendent maintenant à s’éloigner les uns des autres et à vivre isolément. Mais, ce n’est pas tout; en même temps que ces modifications de l’instinct, apparaissent certains changements dans la forme de l’insecte; les ailes des individus de ces générations appauvries sont moins longues, leur thorax et leur forme générale un peu différents; leurs larves surtout montrent d’autres caractères que
- ... ...... 131 . =
- les larves grégaires ; alors que ces dçrnières étaient vivement colorées, avec des taches noires et jaunes très visibles, les larves solitaires sont en général unicolores, brunâtres ou verdâtres, souvent homochromes avec le terrain sur lequel elles vivent. Ces différences sont assez considérables pour qu’on ait parfois traité comme espèces distinctes les deux formes.
- Seules sont capables de former des vols et des bandes larvaires en migration les espèces de sauterelles qui possèdent une forme solitaire et une forme grégaire ; la migration est en somme une des conséquences du grégarisme.
- Mais le problème n’est pas encore entièrement résolu car ce n’est pas à n’importe quel moment, ni en n’importe quel point de son habitat que la sauterelle peut subir cette transformation. On a cherché à reconnaître une certaine périodicité dans les invasions de sauterelles ; en réalité cette périodicité n’existe que par rapport aux cycles climatiques, aux pluies en particulier, celles-ci survenant après une longue période de sécheresse favorisent les éclosions en masse qui peuvent être le point de
- Fig. S. — Piège à sauterelles en Argentine (C. P. 02796).
- départ du grégarisme. Il faut toutefois aussi que les conditions locales soient favorables. Il est très intéressant de constater que les sauterelles ne se transforment pas sur toute l’étendue de leur habitat. Le fait est particulièrement net en ce qui concerne le Criquet migrateur; comme je l’ai dit, la forme solitaire est bien différente de la forme grégaire et elle est extrêmement répandue dans le sud de l’Europe, l’Afrique et l’Asie; dans cet habitat immense, certains points seulement sont susceptibles de permettre l’évolution de la forme grégaire; ainsi, dans le Midi de la France, la forme solitaire est assez commune mais on ne la verra jamais devenir grégaire et migratrice. Il lui faut pour cette transformation les terrains humides, couverts de grands roseaux du delta du Danube et de l’Asie centrale. Des conditions comparables et tout aussi spéciales sont nécessaires à l’évolution de toutes les espèces grégaires et on conçoit l’intérêt que l’élude de ces conditions présente au point de vue de la biologie générale. Quant aux résultats pratiques de ces recherches, ils peuvent être très importants ; il m’est impossible d’entrer dans le détail de ces questions mais on comprendra facilement qu’il serait capital de connaître et surveiller les points où peuvent prendre naissance les invasions de sauterelles qu’il serait possible d’attaquer avant qu’elles aient effectué leurs désastreuses migrations. L. Chopard.
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- 132
- L'ÉCONOMIE SOVIÉTIQUE
- I. — Sa structure
- L’énorme effort de guerre réalisé par l’U. R. S. S., effort qui en dépit d’importantes pertes humaines, matérielles et territoriales, a permis à ce pays de tenir tête a la machine de guerre allemande et a conduit ses armées de Stalingrad aux portes de Berlin, a suscité dans la plupart des milieux une profonde surprise. Comment est-il possible que cette armée, après des revers importants, ait pu faire échec à la Wehrmacht, c’est-à-dire à une formation militaire qui s’appuyait sur la quasi-totalité de l’économie européenne.
- La force de résistance et d’offensive de l’armée soviétique ne s’explique pas uniquement par des facteurs psychologiques, il faut considérer la base objective sur laquelle elle s’appuie. C’est un examen concret de l’économie soviétique, de sa structure, de son mécanisme et des résultats obtenus par elle qui permettra d’expliquer l’effort de guerre actuel. Le but de notre exposé sera d’apporter quelques précisions sur ces différents points. Nous examinerons donc d’abord l’économie soviétique du point de vue de sa structure.
- Cette structure comporte des données géographiques, des éléments juridiques particulièrement importants, et enfin, des éléments économiques et administratifs.
- * *
- A. — LES ÉLÉMENTS GÉOGRAPHIQUES
- Les éléments géographiques sont relatifs à la géographie physique, économique et humaine du pays. Le trait essentiel de la géographie physique de l’U. R. S. S. est son énorme superficie (20 millions de Ion2) qui entraîne une immense variété de sols et de elimats et par conséquent de végétation.
- Les richesses'naturelles du sol de l’U. R. S. S. sont immenses et variées : forêts, houille, fer, manganèse, phosphates, apatite, soufre, or, argent, plomb, étain, nickel, sels de potassium, pétrole, etc... ; certains gisements sont les plus riches du monde. L’U. R. S. S. est le seul pays avec les U. S. A., et ceci a une énorme importance, qui n’a besoin d’aucune importation en ce qui concerne les matières premières d’importance militaire.
- Au point de vue population, on peut estimer que l’U. R. S. S. disposait au moment où la guerre a éclaté d’environ 170 millions d’habitants (la guerre a pratiqué depuis dans cette population une énorme saignée qui posera certainement dans les années à venir des problèmes importants). Le nombre d’ouvriers et d’employés atteignait en 1937 le chiffre de 27 000 000 contre 16 600 000 en Allemagne. L’essor industriel de l’U. R. S. S. étant récent, cette population est en majorité d’origine paysanne, ce qui peut créer des difficultés au point de vue de la qualification technique, mais l’âge moyen y est plus faible que dans les autres pays et c’est là une base précieuse pour l’armée et l’économie.
- L’hétérogénéité raciale et linguistique des populations de l’U. R. S. S. est connue, elle ne fait que rendre plus remarquable l’homogénéité dont a fait preuve l’Armée Rouge.
- «
- * *
- 1. Les lecteurs qui s’intéressent à cette question pourront utilement se reporter à l’ouvrage de l’auteur de cet article « La Planification soviétique », ouvrage qui paraîtra prochainement à la Librairie Marcel Rivière.
- B. — LES ÉLÉMENTS JURIDIQUES
- Il est important de mettre en lumière les caractères principaux de la suructure juridique de l’U. R. S. S. C’est elle, en effet, qui explique l’essor étonnant enregistré par la production soviétique, essor sans lequel le déroulement des opérations militaires actuelles serait inconcevable.
- Le point essentiel est la disparition presque complète de la propriété privée et capitaliste des moyens de production. Deux formes de propriété dominent :
- 1° La propriété d’Etat qui porte sur la terre, le sous-sol, les forêts, les transports, les banques, les usines et une partie des entreprises agricoles (sous forme de fermes d’Etat' dirigées par des fonctionnaires et où travaillent des ouvriers : Sovkhoz).
- 2° La propriété coopérative soit artisanale, soit agricole (sous forme de fermes coopératives ou Kolkhoz).
- La propriété privée n’existe que pour les objets de consommation, les économies domestiques et pour les parcelles individuelles que peuvent posséder les membres des Kolkhoz. Il existe encore quelques fermes individuelles.
- Voici quelques chiffres faisant ressortir l’importance de la « propriété socialiste ».
- Différentes formes de propriété des fonds productifs de l’U. R. S. S. (en 1936).
- en °/0 au total
- Industrie Agriculture Toute l’économie
- i° Propriété d'État 97,35 9°
- 2° Propriété coopérative ... 2,6 20,3 8,7
- 3° Propriété i n d i v i d u e 11 e des Kolkhoziens 3,i i,i
- 4° Paysans individuels et petite industrie reposant sur le travail individuel o.oa 0.6 0,2
- IOO 100 100
- Les conséquences de cette prédominance de la propriété socialiste sont très importantes. La main-mise complète de l’Etat sur les forces productives lui donne la possibilité d’orienter toute la production dans un sens choisi. Nous verrons que c’est là l’objet des plans qui régissent l’ensemble de l’économie. Il est éAÛdent qu’une économie ainsi dirigée permet mieux que toute autre de satisfaire aux conditions d’une guerre totale.
- *
- * *
- C. — LES ÉLÉMENTS ÉCONOMIQUES
- En dépit de l’existence de la propriété collective des forces productives essentielles, l’économie soviétique repose sur le jeu d’un certain nombre d’éléments qui doivent servir d’instrument à la fois dans le contrôle et dans l’élaboration des plans économiques. Nous retiendrons la monnaie, le marché, le salaire, le prix, l’intérêt et le profit.
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-
-
- 1° LA MONNAIE. — La monnaie soviétique est le rouble, défini par un certain poids d’or (0 g 174) mais cette monnaie est inconvertible en or ou en devises étrangères.
- Nous verrons que, à l’échelle des entreprises, la monnaie sert de mesure de valeur, en tant qu’elle permet, par exemple, de comparer les prix de revient de deux usines. Elle sert aussi entre les entreprises et dans les limites fixées par le plan, de moyen de circulation entre les différentes unités économiques, mais non de moyen de paiement proprement dit, puisqu’il n’existe pas à ce niveau de marché libre.
- Mais la fonction la plus importante de la monnaie est son emploi comme moyen de paiement des salaires. Ceux-ci sont payés en roubles et les consommateurs paient en roubles les produits qu’ils désirent acheter, et ils peuvent, du moins en temps de paix, les acheter là où ils le désirent et quand ils le désirent. Ceci suppose donc un marché libre des objets de consommation dont nous allons parler.
- 2° LE MARCHÉ. — Le marché n’existe que là où l’achat et la vente se font librement et non selon des ordres impératifs du plan. Le marché existe légalement sous trois formes :
- a) En tant que marché des objets de consommation
- vendus par l’Etat soit directement dans des magasins d’Etat, soit dans des magasins coopératifs ; s’y approvisionne qui veut au
- prix fixé.
- b) En tant que marché kolkhozien. — Les paysans y présentent les produits qu’ils ne sont pas obligés de livrer à l’État. Les prix sont Axés librement entre acheteurs et vendeurs. En temps normal le commerce d’Etat détient assez de marchandises pour que se maintienne une parité de prix entre le marché kolkhozien et la vente dans les magasins d’Etat.
- c) En tant que marché du travail. — Celui-ci existe en ce sens qu’en temps de paix les travailleurs peuvent s’orienter librement vers telle profession ou tel travail. Mais depuis un certain nombre d’années les nécessités des plans et de la mise en état de défense du territoire ont amené à une véritable mobilisation de la main-d’œuvre : contrôle de l’emploi et des changements d’emploi, contrats de travail collectifs, etc...
- Telle est la portée extrêmement limitée où le marché existe en U. R. S. S. ; il y remplit cependant une fonction importante, puisqu’il permet aux goûts et aux désirs des particuliers de s’exprimer sur ie plan économique, ce qui donne un sens aux notions de salaires et de prix auxquelles nous arrivons maintenant.
- 3° LE SALAIRE. - Il nous faut faire ici une distinction entre le salaire individuel qui seul répond à la notion « classique » du salaire et le salaire social.
- a) Le salaire individuel est différencié, c’est-à-dire non uniforme, de manière à favoriser l’orientation spontanée de la main-d’œuvre vers certaines branches et la formation d’ouvriers qualifiés.
- b) Le salaire social est constitué par l’ensemble des services gratuits (hôpitaux, crèches, maisons de repos, sanatoria, repas à prix réduits dans les restaurants d’usine, etc.). Ces services gratuits sont payés par l’État au moyen des profits rentes, etc... que lui procure l’économie nationale.
- 4° LES PRIX. — Les prix se présentent à trois stades : prix de revient, prix de gros et prix de détail.
- a) Le prix de revient garde en U. R. S. S. sa signification classique, mais avec cette différence qu’il est dans une certaine mesure fixé par le plan économique. Celui-ci en effet ayant prévu les conditions techniques do la production et le prix des éléments qui y concourent, le prix de revient est un prix planifié que chaque entreprise doit s’efforcer de réaliser et si possible de réduire.
- b) Le prix de vente en gros est le prix auquel une mar-
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- chandise est vendue par une entreprise productrice à une autre entreprise productrice ou aux organismes commerciaux. Il est lui aussi fixé par la loi et il est calculé de manière à laisser une marge de profit. Le profit dépend donc du prix de revient plus ou moins élevé effectivement réalisé par chaque entreprise.
- c) Les prix de détail sont aussi fixés légalement au moyen d’une marge commerciale variable avec la nature du produit et les frais occasionnés par sa mise en place en vue de la vente.
- Il faut souligner que la vente au public doit faire rentrer dans les caisses de l’État tout l’argent qui en est sorti lors de la production des marchandises vendues, faute de quoi, il y aurait inflation et supériorité de la demande de marchandises sur l’offre.
- 3° L’INTÉRÊT. - L 'intérêt existe aussi légalement dans l’économie soviétique mais il joue un rôle tout à fait secondaire. Il se présente essentiellement sous trois formes :
- a) Intérêt des emprunts à long terme placés par l’Btat dans le public.
- Ces emprunts sont devenus plus nombreux et plus importants depuis la guerre. Le taux de l’intérêt a diminué (4 pour 100 en juillet 1941, 2 pour 100 en avril 1942). Ces emprunts sont souscrits par l’ensemble de la population auprès de laquelle est faite une active propagande.
- b) Intérêt servi aux dépôts à court terme des parti= culiers, principalement dans les Caisses d’Bpargne.
- Il reste de peu d’importance, portant sur un dépôt minime.
- c) Intérêt exigé par les banques (qui sont toutes des banques d’Btat) pour les prêts à court terme qu’elles consentent aux entreprises.
- Cet intérêt est destiné à rémunérer le travail bancaire mais ne joue pas le rôle économique du taux de l’escompte.
- Par contre, les fonds provenant du budget de l’État et qui parviennent aux entreprises, selon les prévisions du plan, par le canal des banques sont versés non seulement sans intérêt mais à fonds perdus. Les entreprises ont seulement la charge de l’amortissement.
- 0° LE PROFIT. — Le profit provient, nous l’avons vu, de la différence entre le prix de vente et le prix de revient, déduction faite des impôts qui apparaissent ainsi comme un prélèvement direct sur le bénéfice des entreprises. La marge de ce profit, nous l’avons dit également, est prévue par le plan.
- Les profits des entreprises soviétiques ont évidemment une grande importance économique puisque c’est avec l’ensemble des profits, dont l’État dispose librement, que se trouvèrent pratiquement réalisés les énormes investissements qui ont été faits au cours des plans quinquennaux et au cours de la guerre. Les profits ont aussi une importance comptable, puisque étant prévus par le plan ils constituent en quelque sorte un moyen de contrôle du degré de réalisation de ce plan.
- Indiquons aussi que, dans l’élaboration des plans, la considération du profit fournit une base concrète pour savoir si tel procédé technique est plus avantageux que tel autre.
- La marge de bénéfice laissée à l’entreprise lui sert à élargir sa production et à faciliter le fonctionnement de sa trésorerie. De plus, un décret de 193G a institué le « fonds du directeur de l’entreprise industrielle », fonds constitué par 4 pour 100 du profit prévu par le plan et 50 pour 100 du profit supplémentaire éventuellement réalisé par l’entreprise. Ce fonds sert à allouer des rémunérations extraordinaires aux ouvriers, soit collectivement, soit individuellement. Il sert aussi à améliorer les conditions de vie des travailleurs de l’entreprise (construction d’habitations, crèches, restaurants, coopératives, maisons de repos, etc...).
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- D. — LA STRUCTURE ADMINISTRATIVE
- NoCs n’examinerons ici les organes adminisratifs que dans la mesure où ils ont soit un intérêt général, soit une importance économique. Nous verrons en même temps quels sont les organes économiques, les organes syndicaux et les organes chargés de la planification.
- 1° LES ORGANES ADMINISTRATIFS. -L U. R. s. S.
- est composée de Républiques fédérées qui constituent en fait les divisions administratives de l’Union.
- C'est le gouvernement de l’Union soviétique qui fait établir et qui ratifie les plans de l’Economie nationale. Ces plans sont découpés par circonscriptions territoriales de façon à correspondre à des unités géographiques administratives de moins en moins importantes. La gestion et le contrôle de l’Economie se répartissent entre les différents organes administratifs depuis le gouvernement jusqu’aux organes régionaux.
- a) Le gouvernement central contrôle et gère les grandes entreprises industrielles (les 2/3 de l’ensemble de l’industrie), les transports par voie ferrée et par eau, ainsi que le système bancaire. Les finances, l’agriculture, le commerce extérieur et le commerce intérieur sont gérés par des commissariats spéciaux, tandis que, pour l’industrie, il existe non un seul mais plusieurs commissariats du peuple (combustibles, sidérurgie, textiles, aéronautique, armements, etc...).
- L’ensemble des Commissaires du peuple constitue un organe analogue au Conseil des Ministres (il comptait 37 membres en 1939). Cependant depuis 1937 a été constitué, à côté de ce Conseil, un organisme spécial composé uniquement de représentants ayant des fonctions économiques — le Conseil économique — présidé par le Président du Conseil des Commissaires du peuple qui prend sous forme de décrets toutes les décisions de caractère économique.
- Les Commissariats du peuple sont eux-mêmes divisés en directions principales (du nickel, du zinc, etc...) ou Glavki, à leur tour subdivisés en sections ayant le plus souvent une compétence territoriale. Ils sont chargés de l’application des plans et du contrôle de la gestion des comités économiques subordonnés. Us ont aussi le droit de nommer et de révoquer les fonctionnaires des trusts.
- b) Les organismes régionaux sont pour la plupart des émanations des organismes économiques centraux de FUnion. Il existe cependant dans les Républiques des Commissariats du peuple à l’Industrie locale et à l’Economie municipale relevant du Conseil des Commissaires du peuple de la République.
- Enfin, à la base, les conseils (soviets) municipaux gèrent les entreprises ayant une importance locale. L’ensemble de cet appareil administratif est, on le voit, fortement centralisé.
- 2° LES ORGANES ÉCONOMIQUES. — Les principaux organes économiques sont les suivants :
- a) Le trust, organisme ayant un budget propre. Il est composé de plusieurs unités économiques ayant la même activité dont il a pour rôle de coordonner le fonctionnement en conformité avec le plan. A la tête du trust est un président assisté d’un comité directeur de 2 à 4 membres, tous sont pénalement responsables de leur activité.
- b) Le combinat réunit des entreprises dont la production est complémentaire, il est directement soumis à un commissariat du peuple. On peut citer parmi les plus importants le combinat Oural-Kouznetsk, combinaison du minerai de fer de l’Oural et de la bouille de Kouznetsk.
- c) Les banques. D’une part la banque d’Etat. (Gosbank) avec ses 3 000 succursales détient le droit d’émission et est le seul établissement de crédit à court terme.
- D’autre part, pour le crédit à long terme, existent des banques
- spécialisées : Prombank pour l’industrie, Torgbank pour le commerce, etc....
- Toutes les banques travaillent selon le plan économique. Leurs ressources sont constituées par leur capital propre (fourni par le budget d’Etat, au moment de leur fondation ou de leur extension), par des dotations budgétaires spéciales et par les ressources provenant de l’économie nationale.
- d) Les trusts commerciaux régissent le commerce de gros et le commerce de détail selon le même mécanisme que les trusts qui régissent la production.
- e) Les organismes économiques de base : usines, kolkboz, sovkhoz, S. M. T., magasins, fonctionnent selon les principes de la comptabilité économique et doivent se conformer aux prescriptions du plan.
- Les usinés sont sous les ordres d’un directeur responsable et révocable. Le directeur nomme le personnel de l’usine. Il est assisté de plusieurs sous-directeurs et de différents services (services du plan, de la production, contrôle technique, etc...).
- Les magasins sont organisés selon les mêmes principes que les entreprises industrielles mais leur organisation est souvent beaucoup plus simple.
- Les Sovkhoz sont organisés également selon les mêmes principes que les entreprises industrielles, ils fonctionnent sur la base de la mécanisation maximum et de la spécialisation. Il existe des Sovkhoz de céréales, de coton, de lait, de beurre, qui sont réunis en trusts correspondants.
- Un Sovkhoz à grains cultive en moyenne 5 000 à 8 000 ba, un sovkhoz d’élevage dispose de plusieurs milliers de têtes de bétail. Le nombre moyen d’ouvriers d’un Sovkhoz est de 200 environ.
- Les kolkhoz sont des sortes de cooperatives de production dont les membres sont rémunérés non par un salaire comme les ouvriers des Sovkoz mais en fonction de la récolte et au prorata de leur travail. Chaque kolkhoz dispose d’une terre qui lui est attribuée en jouissance perpétuelle et gratuite ainsi que son cheptel. Il est géré par un Conseil d’administration. L’assemblée générale des kolkhoziens élit un président responsable judiciairement de sa gestion qui doit être conforme au plan. La surface moyenne d’un kolkhoz est de 1 600 ha avec 40 chevaux et 20 vaches. Il comporte environ 150 ouvriers.
- Les S. M. T. sont des organismes d’Etat qui détiennent la quasi-totalité des machines utilisées par les kolkboz. Les S. M. T. louent leurs machines aux kolkhoziens moyennant une rémunération en nature.
- 3° LES ORGANISMES SYNDICAUX. - Les syndicats soviétiques groupent 22 millions de salariés. Le nombre des fonctionnaires syndicaux et des « responsables » est très élevé.
- Les syndicats, en collaboration avec les organismes dirigeants de l’économie, établissent des normes de travail et de salaire et déposent des conclusions relativement aux plans concernant le travail. En outre, ils ont la charge d’enregistrer les contrats collectifs, de les annuler, de gérer les assurances sociales. Mais ils sont surtout chargés de la solution des questions de main-d’œuvre dans le sens du plan, organisation de l’émulation de la main-d’œuvre, mouvement stakhanoviste. Les cadres syndicaux sont préparés dans des écoles secondaires spéciales.
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- À côté des organes de décision ou d’exécution, il en existe d’autres dont le rôle est de mettre sur pied le plan suivant lequel devra s’exercer l’activité économique du pays. Il nous reste à dire quelques mots de ces organismes.
- 4° LES ORGANES DE PLANIFICATION. - Les plans sont élaborés au sommet par la Commission centrale du plan d’Etat de l’U. R. S. S. (Gosplan) puis en redescendant, d’une
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- part, sous l’angle territorial par les Gosplan des Républiques, par les Commissions du plan des Régions (Obplan), des rayons (Raïplan) et des villes (Gorplan) ; d’autre part, sous l’angle technique, par les sections de planification des commissariats du peuple, des Glavki, des trusts ou des combinats et des entreprises. Yoici quelques indications sur ces différents systèmes :
- a) Les cellules de planification de chaque entreprise de base doivent d’une part élaborer le plan de travail de l’entreprise d’après le plan reçu d’en haut, d’autre part préparer les projets de plan à venir de l’entreprise sur la base des directives cen-' traies.
- b) Les Gosplan-Raïplan ou Obplan coordonnent à l’échelon du territoire sur lequel s’étend leur compétence, les plans du travail des entreprises situées sur ce territoire.
- c) Les sections de planification qui existent auprès des commissariats du peuple, des Glavki, des combinats et des trusts élaborent les plans de ces organismes en coordonnant les plans des organismes qui leur sont soumis.
- d) Les Gosplan sont à la tête de tous les organes de planification et travaillent sous ni direction du Gosplan suprême, le Gosplan de l’U. R. S. S. composé de 4 départements et de 21 secteurs, chaque secteur étant compétent pour la planification de la branche de l’économie dont il s’occupe et pour le contrôle de l’exécution du plan.
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- Il nous faut voir maintenant ce que sont les plans et comment est assurée leur execution.
- grâce à une méthode particulière, mise au point par les économistes soviétiques, la méthode des bilans. Au moyen de cette méthode, production et consommation sont évaluées et mises face à face pour pouvoir être adaptées l’une à l'autre.
- Le plan étant élaboré, il s’agit de le faire passer dans la réalité. Cette phase suppose un État disposant de la toute-puissance économique en tant que propriétaire des moyens de production et d’échange.
- C’est à l’État qu’incombe le financement de l’exécution du plan, c’est-à-dire la répartition entre les différentes entreprises, selon les prévisions du plan, des moyens de paiement grâce auxquels ceux-ci pourront acquérir les biens que le plan leur destine obligatoirement ; ceci dans la mesure où les fonds dont les entreprises disposent déjà ne suffisent pas à cette fin.
- Nous avons vu que le plan prévoit la récupération par l’État des moyens de paiement mis en circulation. Cette récupération se réalise grâce aux recettes que procurent soit la vente des produits et des services, soit le système fiscal (impôts, prélèvement sur les bénéfices des entreprises, etc.), soit des emprunts publics.
- D’autre part, il est souvent nécessaire de se procurer à l’étranger certaines marchandises que l’Union soviétique ne produit pas ou produit en quantités insuffisantes. Ces importations nécessitent une contrepartie d’exportations. En ce sens, importations et exportations constituent des moyens de réalisation du plan ; leur ampleur est prévue par le plan lui - même. Importations et exportations sont réalisées par des organes d’Ëtat.
- Une organisation du con= trôle de l'exécution du
- Conseil economique
- Commissariats économiques ..
- de l'URSS
- Sovnarkom
- Gosplan
- Commissariats ^__
- économiques __
- Glavk
- de République
- Comité exécutif de Région
- Urqane
- economique ____
- régional
- Comité exécutif de Rayon
- . llrgane econo,
- ....."Y Rai’plan]
- «=» Projets soumis d la ratification du Gouvernement
- Directives du Gouvernement
- Ascension des projets de plans partiels pour mise au point et ratification xi Accord
- Les plans soviétiques sont des plans d’ensemble régissant tous les aspects de la vie économique et sociale. Ils ont un caractère obligatoire pour tous les organismes économiques. Us déterminent les tâches à la fois pour toutes les branches de l’économie nationale et pour toutes les régions de l’U. R. S. S.
- Les grands plans perspectifs, les plans quinquennaux, se subdivisent en plans de plus courte durée dont le but est d’adapter les directives du plan perspectif à la période en cours.
- Nous avons vu au cours de cet exposé que le travail d’élaboration des plans se. fait par voie hiérarchique à la fois ascendante et descendante. D’après les directives émanant du Conseil des Commissaires du peuple, chaque unité économique établit son propre projet de plan. Ces projets sont transmis aux organismes supérieurs, ils sont coordonnés aux différents échelons et cette synthèse aboutit au plan définitif qui doit être approuvé par l’organisme politique compétent et aboutir ensuite à une redistribution des tâches planifiées entre les différentes unités économiques.
- La difficulté de l’élaboration du plan réside dans le travail de synthèse qu’exige la coordination des différents plans partiels. Cette coordination, indispensable à la réalisation de l’équilibre tant des différentes branches que de l’économie entière, se fait
- plan a été également mise sur pied. Le contrôle prend des formes diverses : contrôle administratif, contrôle financier, contrôle qualitatif.
- Mais la réalisation des plans dépend, avant tout, du rendement du travail dans chaque entreprise, c’est-à-dire d’un facteur psychologique. Les moyens mis en œuvre pour intéresser les travailleurs au plan sont nombreux. Le système de primes exceptionnelles joue un rôle important, mais on fait surtout appel aux sentiments désintéressés des travailleurs, à l’émulation socialiste qui a donné naissance aux brigades de choc et au mouvement stakhanoviste.
- On n’a pas fait appel en vain non plus au patriotisme soviétique. La propagande en faveur du plan s’efforce de montrer aux travailleurs la nécessité pour la défense du pays de réaliser un immense effort industriel. Il semble que ces appels aient trouvé un écho considérable si on en juge par les résultats atteints dans le domaine militaire, résultats qui n’ont pu être obtenus que grâce à l’effort de la presque totalité de la population. Nous verrons précisément dans un prochain article quelle a été l’ampleur de ces résultats.
- Schéma de l’organisation économique de l’U. R. S. S.
- Ch. Bettelheim,
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- Oublions que nous sommes, nous-mêmes, les sujets du temps et agrandissons notre vision de façon à dépasser largement, immensément, indéfiniment, les limites de durée de notre propre vie.
- Pierre Termier.
- (A la gloire de la Terre).
- UN RAPT...
- ...ou l'originale capture
- d'une vallée
- Nous vous convions à sortir de la mesure usuelle du temps :
- à l’échelle journalière de notre existence, les phénomènes de la géographie paraissent le plus souvent d’une fixité désespérante. Mais un petit nombre d’années suffît parfois pour rendre apparents des changements notables. De « mémoire d’homme », on signale déjà bien des évolutions. Car tout évolue sans cesse à la surface du globe, inéluctablement. Nous sommes les témoins, souvent inconscients ou aveugles, d’un film tournant à l’extrême ralenti.
- Mais le film tourne. Nous nous proposons ici d’en reconstituer un très accéléré pour ne saisir que les grandes étapes, illustrant un fait divers de la géographie physique : la capture d’une vallée par l’érosion marine.
- Le scénario.
- À proximité de Cadoran, sur la côte nord-ouest d’Ouessant, notre attention est soudain attirée, au cours d’une marche, par un aspect insolite des choses (fig. 5) : une crevasse vient brutalement interrompre le cours d’un mince filet d’eau. Nous nous éloignons pour avoir une vue d’ensemble (fig. G) ; le spectacle observé nous suggère le scénario du petit drame suivant :
- Un modeste ruisseau coule parallèlement à la côte, dans la vallée qu’à force de travail il a peu à peu creusée. Un dangereux voisin, l’Océan, lance des assauts furieux et répétés contre les terres. Une falaise le contient. Mais celui-ci, obstiné et sournois, lance des mines qui creusent peu à peu la côte. Une de ces mines parvient jusqu’à la vallée. Un effondrement forme un gouffre où le ruisselet vient s’engloutir. L’Océan a commis un rapt! Par suite de cette capture, tout le cours supérieur du ruisseau est maintenant asservi à l’exutoire nouveau que lui impose l’Océan vainqueur. La partie inférieure de la vallée, tarie, est vouée à la mort.
- Les épisodes du film.
- Ce scénario n’est qu’un canevas. Nous allons rechercher, comment, dans le détail, les choses ont pu se passer. Il peut sembler bien téméraire de vouloir reconstituer de toutes pièces le fil de la scène. Fort heureusement pour nous, la côte au voisinage de Cadoran, semble offrir à des stades plus ou moins avancés, tous les aspects successifs que nous croyons pouvoir retrouver dans notre capture.
- Un gigantesque travail de mines.
- Le puissant travail d’érosion de la mer sur la côte N.-O. d’Ouessant se heurte à un adversaire de taille : une côte entièrement rocheuse et élevée, d’une roche dure : la granulite, variété de granité. Cette roche éruptive provient, selon l’opinion communément admise, d’un magma profond, originellement fondu sous une pression assez forte et à une température atteignant plusieurs centaines de degrés. Ce magma, refroidi, devrait en principe donner une roche compacte. Or l’action des phénomènes tectoniques, postérieurs à la consolidation du magma, a débité la roche en un réseau de fractures ou « diaclases ».
- Il existe ainsi de graves fissures dans le front de résistance. L’Océan s’aide de cet allié qui trahit sournoisement. Impuissant à détruire la falaise en l’attaquant de front, il la mine en une multitude de points : autant de grottes où à marée haute, un terrible ressac souterrain ronge la côte par en dessous, voyez son oeuvre : une grotte profonde (fig. 7) où l’on doit remarquer l’aspect tout à fait caractéristique de la grande pai’oi gauche, presque absolument plane. La présence de semblables grandes fractures guide l’érosion, et facilite grandement son travail. Observez encore avec quelle facilité les gros blocs visibles sur le fond de la grotte se sont détachés du plafond. Le débit se fait en moellons parallélépipédiques comme dans une roche stratifiée en bancs. La mer aura vile raison de ces blocs effondrés !
- Ceux qui ont vu par mauvais temps la houle s’engouffrer dans la grotte de l’Apothicairerie à Belle-Ile savent la puissance des masses d’eau qui viennent asséner leurs terribles coups de béliers dans un fracas apocalyptique. Sur 5o, 80 m de profondeur et plus encore, de longs boyaux perforent en de multiples points la falaise de la côte Nord-Ouest d’Ouessant.
- Effet de choc de la houle dont la puissance atteint son maximum dans un espace trop exigu; ressacs formidables comprimant en « conduite forcée » des poches d’air qui se détendent ensuite avec la force d’une explosion ; érosion par les courants de va-et-vient dans la grotte roulant graviers et galets ; tels sont les outils mis en œuvre par l’Océan pour perforer une roche des plus dures.
- Ci-contre : Fig-. : 1. Grotte effondrée communiquant avec la mer par un tunnel. 2. Boyau marin sur l’emplacement d’une ancienne grotte. 3. 4. Préludes de l’effondrement. 5. 6. Vallée tronçonnée par l’érosion marine. 7. Grotte marine dans une roche fracturée.
- (C. P. 02796).
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- Les mines s'effondrent.
- Les profondes cavernes creusées par la mer n’ont qu’une durée éphémère. Tôt ou tard, l’effondrement les guette. L’aspect anormal du sol sur le premier plan de la figure 3 ne vous frappe-t-il pas ? Une grande zone galeuse, légèrement déprimée, signale un autre ennemi de la roche, tout aussi terrible que la spectaculaire érosion de l’Océan. Son attaque est lente, discrète, insidieuse mais continue et très efficace : c’est la corrosion chimique par les eaux superficielles. Les feldspaths, minéraux essentiels de la granulite sont peu à peu dissous et transformés en argiles. Les quartz donnent un sable grossier : l’arène de désagrégation. De là, cette misère de la végétation sur la zone que nous observons : la roche décomposée devient poreuse, les bons éléments solubles du sol sont entraînés par les eaux d’infiltration. Les fragments moins décomposés de la roche subsistent seuls en surface, semblables à des grumeaux.
- Mais ces eaux, où vont-elles ? Une escalade le long de la falaise nous a fait découvrir une grotte immense (fig. 2) exactement à l’aplomb de la zone galeuse de la surface. Tout s’explique : la voûte, en ce point, éloigné de la côte de près de 80 m, se transforme peu à peu en passoire.... l’effondrement ne se fera pas attendre longtemps.
- Cette cause d’effondrement n’est pas la seule. Tout le vous-soir d’une autre mine s’affaisse (fig. 4) comme détaché à l’emporte-pièce. Le phénomène est tout récent : la fraîcheur de la blessure aux lèvres vives en est un témoignage. Insuffisance d’épaisseur de la voûte, ébranlement des assises de la grotte sous l’effet des coups de boutoir de la houle ? Il est difficile de le dire. En tout état de cause, le bon état de la végétation indique que l’altération de la roche n’est plus ici le facteur déterminant. Quel est le résultat final ? — Bien souvent, le fond de la grotte s’effondre en premier (fig. 1) créant au milieu des terres de gigantesques entonnoirs aux parois verticales découpées comme par une explosion formidable de mine. La photographie donne difficilement l’aspect d’ensemble de ce curieux phénomène : sur notre document, on entrevoit cependant le tunnel naturel qui subsiste entre l’entonnoir cl la mer, reste de la grotte primitive. La mer pénètre au fond du gouffre, et continue sa progression à ciel ouvert.
- tible. La durée seule fait sa force. Survienne un conflit avec l’Océan voisin, la lutte est trop inégale. La puissante et rapide érosion marine, aux assauts impressionnants, triomphe sans peine d’un concurrent trop modeste.
- Le palais aux multiples arches (%• 7)*
- Une dernière image de notre « film « permet de risquer une audacieuse et amusante hypothèse. Deux piliers' subsistent dans le mince boyau marin qui réunit la mer au point de la capture. L’un est bien visible à gauche, le sommet de l’autre apparaît au premier plan, on le voit mieux sur la figure 5. Leur forme laisse supposer d’anciennes cloisons divisant la grotte en deux ou trois compartiments; ces piliers supportaient la voûte du « palais ».
- A quel moment la triple voûte s’est-elle effondrée ? Il est impossible de le dire. S’il est fort probable que l’effondrement a eu lieu en plusieurs temps, nous pensons pour notre part que l’effondrement principal s’est amorcé par le fond de la mine lors de la rencontre du creux de la vallée.
- La vallée amputée.
- Séparées en deux tronçons, tel un ver de terre coupé en deux, les deux moitiés de la vallée vont réagir très différemment. L’une est la tête : la partie amont, source des eaux. Le cours se. reconstitue une partie inférieure, embouchure nouvelle dans la tranchée marine ; mais depuis sa grave blessure son cours demeurera à tout jamais coudé à angle droit — « coude de capture » disent les géographes.
- Ici, l’érosion du ruisselet continue son travail. Un examen minutieux du fond de la vallée laisse apparaître des bosselures, un aspect légèrement tourmenté visible sur la photographie : l’érosion continue, la vallée reste vivante. Au delà du point de capture, au contraire, la moitié inférieure de la vallée, privée de sa sève, est maintenant chose morte. Les formes s’émoussent, le fond se colmate peu à peu, donnant une maigre prairie.
- La mine à la rencontre de la vallée (fig. 5).
- Nous approchons du dénouement : une longue mine s’est enfoncée peu à peu jusqu’à la vallée, soit par l’effet chimique des eaux de la vallée, soit par l’amincissement de la voûte résultant dü creux de la vallée, un effondrement en entonnoir s’est formé au moment de la rencontre. On imagine facilement que le ruisselet, brutalement surpris dans son cours par un adversaire souterrain, s’est trouvé, malgré lui, soutiré, entraîné dans le gouffre creusé sur son passage, et qu’il a cheminé jusqu’à la mer par la voie nouvelle offerte à lui, long tunnel naturel, sorte de galerie d’honneur, mise à sa disposition par l’Océan vainqueur.
- Cette issue du conflit ne surprendra personne. Le mince filet d’eau a mis plusieurs milliers d’années pour creuser sa Arallée.
- Il l’a creusée peu à peu au cours des temps en s’aidant de l’altération chimique de la roche sur les versants.
- Travail de longue haleine, travail humble presqu’impei'cep-
- Le montage « du film ».
- On sait que les vues d’un grand film ne se tournent pas dans l’ordre chronologique. Nous avons agi de même ici, avec des morceaux disparates pris sur le vif, de-ci, de-là ; on nous pardonnera une certaine personnification allégorique des facteurs en présence, légèrement caricaturale, si nous avons atteint le but que nous nous proposions : montrer la géographie en action, à une échelle de temps qui n’est pas la nôtre, mais qui n’en diffère cependant pas au point que nous ne puissions facilement reconstituer les événements. Il fallait donner un peu de vie à des observations qui n’ont de véritable intérêt que considérées sous leur aspect dynamique. A l’aide de cet exemple curieux, nous avons voulu montrer comment à notre sens, on peut, dans un cas déterminé, rechercher les cc intentions » d’un paysage pour le comprendre plus pleinement,
- André Rougier.
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- Comment sont construites les Superforteresses volantes
- Dans son numéro du ier janvier 1945 La Nature a donné quelques indications générales sur les « Superforteresses volantes » B-29. Depuis lors, la presse technique américaine a été autorisée à publier des descriptions détaillées de ces remarquables avions. Nous croyons intéressant d’en dégager quelques traits qui mettent clairement en évidence quelques-uns des
- lui assurer le maximum de confort matériel. En particulier il faut lui éviter le port d’appareils respiratoires, et l’obligation de recourir au téléphone pour se parler. L’avion pacifique de demain voyagera dans la substratosphère et devra satisfaire aux mêmes exigences pour ses passagers. Dans la Superforteresse tous les compartiments occupés par le personnel sont étanches et sous pression. La pression atmosphérique y est maintenue pendant tout le parcours.
- La figure 2 montre la répartition des compartiments sous pression : à l’avant dans le nez du fuselage se trouve le poste de pilotage, il abrite le pilote et son second assis l’un à côté de l’autre; leur rôle a été très simplifié, car la surveillance de la plupart des instruments de bord incombe au mécanicien, onzième du bord. Le pupitre du navigateur et le poste de radio se trouvent à l’arrière du poste de pilotage. Au deux tiers environ du fuselage, sous les ailes, se trouve une cabine pour quatre mitrailleuses. Elle communique avec le poste de pilotage par un tunnel que les hommes peuvent emprunter pour passer d’un habitacle à l’autre. Enfin dans la
- Fig'. 1. — La superforteresse volante B-29 (C. P. 02797).
- (Photo communiquée par les Services d’information de l’armée américaine).
- progrès accomplis en ces dernières années dans la construction des avions. N’oublions pas que, la guerre terminée, l’avion bombardier à grand rayon d’action pourra se transformer, sans grandes modifications, en cargo ou paquebot aérien et desservir les grandes lignes transocéaniques ou transcontinentales. Nous empruntons les renseignements et figures qui suivent à la revue américaine « Aviation ».
- Caractéristiques essentielles de Vavion. — Rappelons que son envergure est de 43 m, sa longueur de 3o m, sa hauteur de 8,25 m. Sa surface alaire est de 161,6 m2. Son poids total est de 45 à 55 t, sa charge utile est de 7,5 t à 8 t pour un rayon d’action de i 6oo km ou de 2,7 t pour un rayon d’action de 4 800 km. La distance maxima franchissable est de 8 000 km.
- La charge alaire est de 280 à 34o kg par mètre carré, la charge au cheval est de 5,5 à 6,9 kg/ch. La finesse est de
- 11,5
- Les chiffres correspondants pour la forteresse volante
- B-17 F qui a précédé le B-29 étaient les suivants : charge alaire,
- 25o kg/m2; charge au cheval, 5 kg/ch; finesse, -î-;.
- 7,b
- Citons aussi les caractéristiques du Consolidated Liberator : charge alaire, 245 kg/m2; charge au cheval, 4,9 kg/ch;
- finesse, ---='
- 11,5
- La Superforteresse est propulsée par quatre moteurs Duplex Cyclone à 18 cylindres en étoile double de plus de 2 200 chevaux chacun et hélices Hamilton quadi’uples, à vitesse constante d’environ 5 m de diamètre.
- Elle est munie d’un atterrisseur tricycle à roues jumelées.
- Les cabines sous pression. — L’avion doit naviguer à haute altitude. Son personnel : pilotes, navigateurs et mitrailleurs, a une lourde tâche à accomplir. Il est indispensable de
- queue du fuselage se trouve une cabine également sous pression, mais sans communication avec les deux précédentes ; elle abrite les servants d’un canon de 20 mm et de deux mitrailleuses jumelées. Les parties noires de la fig. 2 montrent les compartiments sous pression. On y voit également sous le poste de pilotage le puils du train d’atterrissage rentrant, sous le tunnel la soute à bombes, puis un compartiment pour le matériel et les provisions. Ces différents compartiments ne sont pas sous pression.
- Le vitrage des fenêtres transparentes nécessaires dans les cabines à personnel posait un problème particulièrement difficile. L’emploi du verre est évidemment exclu; il faut un matériau capable de résister au choc des explosions des obus de défense antiaérienne. On a eu recours aux matières plastiques transparentes à base de résines artificielles. Mais ici survient une autre difficulté : les vitrages sont soumis en service à des tensions à alternances rapides, dues aux variations de température et de pression. La fatigue qui en résulte se manifeste par un réseau de craquelures qui compromet la transparence et la solidité de la Aritre, Après bien des recherches on a eu recours à une solution inspirée des glaces sandwiches autrefois utilisées pour les automobiles (verre triplex). Après essais minutieux on a fait appel à un sandwich formé par laminage de deux
- Poste de pilotage
- Logement de la. roue avant
- Tunnel de communication ^ o
- Soutes à bombes
- ( Mitrailleur
- Equipement de queue et approvisionnement
- Fig. 2. — Le fuselage de la superforteresse.
- Les parties en noir sont sous pression.
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- couches de Lucite collées l’une à l’autre par une couche de Butacite. Le Lucite est un méthyl-méthylacrylatc. La Butacite est un bulyrol polyvinylique. Les glaces ainsi obtenues ne se craquèlent pas. Elles ont une autre propriété très précieuse ; une balle qui les traverse ne les brise pas ; elle laisse simplement un petit trou à son point de passage ; on peut l’obturer aussitôt avec une pastille de caoutchouc ou avec une feuille de Butacite transparente.
- Armement. — Un canon de 20 mm de calibre sous tourelle à l’avant, un autre dans la queue, avec deux mitrailleuses jumelées de 12 mm 7 à commande à distance.
- En outre, nacelles à mitrailleuses sur affût mobile avec com-
- Fig. 4. — Coupe centrale d’une nacelle à moteur.
- mande à distance sur le dessus et le dessous du nez, et sous la queue en avant de la dérive dorsale arrière. Ces emplacements ont été soigneusement dissimulés sur la photographie (fig. 1) qui nous est communiquée par les services d’information de l’armée américaine. Cependant la presse américaine a été autorisée en ces derniers temps à publier des documents photographiques révélant l’armement des Superforteresses.
- A l’exception des mitrailleuses de queue, toutes les mitrailleuses sont commandées par des pointeurs installés dans la cabine étanche. Ils visent à travers des coupoles étanches installées dans le fuselage. Les mitrailleurs de queue sont placés à proximité de leurs armes et cependant n’ont aucun contact manuel avec elles. Les servants des mitrailleuses n’ont qu’à manœuvrer leurs viseurs ; la commande à distance fait le reste.
- Elle comporte des moteurs d’entraînement combinés avec des calculateurs automatiques qui effectuent les corrections de distance, de tir, d’altitude, de température et de vitesse de l’avion. Ce système permet de placer les mitrailleuses aux points de l’avion où elles ont le meilleur champ de tir. La précision de la Visée est également améliorée, parce que le tireur est soustrait aux chocs et vibrations produits par le recul des armes.
- Fuselages et carénages. — Ils montrent l’application de méthodes aujourd’hui classiques de constructions tubulaires légères en métal. Ils sont remarquables par leurs dimensions ; les nacelles carénées des moteurs montées sur les ailes ont déjà un diamètre supérieur à celui du fuselage du corps de bien des avions.
- Le corps fuselé de la Superforteresse (fig. 3) mesure 2 m. 743 de diamètre, à l’arrière de la première soute à bombes. On voit en A et B au bas du longeron G les gonds des portes de lancement des bombes, en haut : le tunnel D qui permet à l’équipage de se déplacer du poste de pilotage au compartiment des mitrailleurs.
- La figure 4 monLre la construction de la nacelle de l’un des moteurs. C’est une charpente métallique renforcée par des con-treventements tubulaires A. Les dimensions de ce fuselage permettent d’y installer tous les organes auxiliaires, tels que le
- Fig. 5. — Comment la nacelle à moteur se monte sur l’aile de l’avion.
- moteur électrique B, le réservoir C. On voit en D les conduites d’échappement.
- La figure 5 montre comment cette carène est montée sur le bord d’attaque de l’aile. Le raccord avec le dos de l’aile s’effectue au moyen du bec A. L’aile est encastrée dans les pièces B. On voit en C la conduite d’amenée d’air, en D l’une des conduites d’échappement.
- D. Keuleyan.
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- LE CRISTAL UNIQUE
- Nouveau moyen d'étude des propriétés mécaniques des métaux
- Si l’on examine au microscope une coupe polie et convenablement attaquée par un réactif d’un échantillon de métal pur, on constate que celui-ci est formé d’un certain nombre d’éléments cristallins juxtaposés ou grains, souvent invisibles à l’œil nu, qui ont la forme de polyèdres plus ou moins réguliers. Leur nombre par unité de volume du métal, en général élevé, est déterminé par les deux facteurs de cristallisation dont l’importance a été signalée par Tammann ; le pouvoir de germination n, ou nombre de germes qui prennent naissance dans l’unité de temps et de volume à la température de solidification et la vitesse linéaire de développement de ces germes V,.
- L’un des progrès les plus importants de la métallographie pendant ces dernières années a été la mise au point de méthodes spéciales permettant d’obtenir des éprouvettes monocris-tallincs, c’est-à-dire des fils ou des tiges cylindriques de dimensions suffisantes composées d’un seul cristal (*). On a ainsi le moyen d’étudier les métaux sous leur forme la plus simple, l’influence des diverses orientations et des limites des grains étant éliminée (tandis que les effets de l’anisolropie peuvent être examinés et mesurés). Cette étude a été poursuivie surtout à l’étranger et les résultats obtenus sont peu connus en France. Elle a cependant singulièrement éclairé nos connaissances et nous nous proposons ici d’en résumer quelques aspects particulièrement vivants, en restant dans le domaine des faits expérimentaux.
- Préparation des cristaux uniques.
- On peut dire qu'actuellement on sait préparer des cristaux uniques de tous les métaux industriels et même de certains alliages. Il suffit de choisir la méthode appropriée. On peut, en effet, obtenir ces cristaux de trois manières différentes (en laissant de côté les méthodes électrolytiques qui donnent des cristaux de forme irrégulière) :
- x0 soit à partir de l’état de vapeur en réduisant des chlorures par l’hydrogène ou en les décomposant par la chaleur au contact d’un cristal auxiliaire, méthode mise à profit pour les cristaux de zirconium, de titane (1 2) et de tungstène (3) ;
- a0 soit à partir de l’état liquide en refroidissant lentement le métal dans des conditions telles qu’un seul germe puisse se développer (n = i), méthode particulièrement heureuse dans le cas des métaux à bas point de fusion (étain, plomb, antimoine, bismuth, cadmium, zinc (4) (5)) ;
- 3° soit enfin à partir de l’état solide en transformant par des traitements mécaniques et thermiques appropriés les nombreux petits cristaux qui constituent un métal ordinaire en un cristal unique, méthode particulièrement facile à mettre en oeuvre pour l’aluminium (6), le fer (7) et utilisée également dans le cas du magnésium (8) et du tungstène).
- Ces deux dernières méthodes étant beaucoup plus fécondes, nous les étudierons particulièrement.
- 1. On avait, en effet, obtenu depuis longtemps par solidification très lente de gros grains dont le cristal de Tchernof est un exemple classique mais leur forme extérieure était irrégulière et on ne pouvait pas la modifier sans altérer le cristal.
- 2. Kohef et Fisciivoigt, Z. techn. Physile, 1925, 6, p. 296.
- 3. Van Arkel, Physica, 1935, 2, p. 56.
- 4. Gzochralski, Z. physikal Chem., 1918, 92, p. 219.
- 5. Bridgman, Proc. Amer. Acad. Sc., 1925, 60, p. 305.
- >6. Garpenter et Elam, Proc. Roy. Soc., 1921 (A.), 100, p.- 329.
- 7. Scumid et Siebel, Z. Elehtrochem., 1931, 37, p. 447.
- S. Da Andrade et Roscoe, Proc. Roy. Soc., 1927, 113, p. 28.
- Préparation des cristaux uniques à partir de
- Vétat liquide. — C>n peut comprendre le principe de cette méthode en examinant la macrographie d’un lingot de métal brut de coulée (fig. i). Sur la coupe polie et attaquée par un réactif convenable, on distingue deux zones : une zone périphérique formée de gros cristaux basaltiques perpendiculaires aux parois de la lingotière et une zone intérieure composée de cristaux beaucoup plus petits sensiblement équi-axes et d’orientation quelconque.
- Celte structure hétérogène est due aux conditions de refroidissement. Au contact de la lingotière, le métal liquide se refroidit brusquement et un grand nombre de germes naissent en même temps sur les parois. Il existe, de plus, dans la direction perpendiculaire un gradient de température élevé et ces germes se développent dans cette direction lorsque les isothermes se déplacent au fur et à mesure que le lingot se refroidit.
- A l’intérieur du lingot, au contraire, le gradient de température est faible et lorsque le centre atteint le point de solidification du métal, les germes qui apparaissent se développent dans toutes les directions avec une vitesse sensiblement égale et limitent ainsi la longueur des cristaux basaltiques.
- Pour obtenir un cristal de dimension suffisante, il faut donc :
- i° limiter le nombre des germes susceptibles de se développer ;
- 2° créer à l’intérieur de la masse du métal liquide un gradient de tempéra-rature élevé dans une direction déterminée et sensiblement constant;
- 3° déplacer ce gradient de température dans cette direction à une vitesse sensiblement égale à la vitesse de croissance du germe.
- On réalise ces conditions de la manière;- suivante :
- Uïi four électrique tubulaire et vertical composé de trois enroulements avec shunt et entouré d’un calorifuge d’épaisseur variable peut se déplacer verticalement et très, lentement à l’aide, d’un mouvement d’horlogerie. Le choix des shunts détermine la loi de variation de la température dans l’espace du four. A l’intérieur de ce four, on place un tube de quartz qui renferme le. métal et reste relié, pendant la durée de l’opération, à une pompe à vide. Au fur et à mesure que s’élève le four, le gradient de température créé par les shunts se déplace donc, lentement le long du tube de quartz. La solidification s’amorce à l’extrémité du tube, se développe suivant son axe et donné un seul cristal si un seul germe de cristallisation se forme au fond du tube.
- On peut aussi utiliser un four ponctuel qui parcourt lentement toute la longueur d’un tube contenant un fil du métal, de façon que toutes les sections de ce fil soient successivement fondues ; c’est la méthode que Da Andrade et Roscoe ont
- Fig-. 1. — Micrographie d’un lingot d’acier
- (D’après Dresch).
- On distingue deux zones : une zone périphérique formée de gros cristaux basaltiques perpendiculaires à la surface et une zone interne formée de petits cristaux orientés en tous sens.
- (G. P. 02796).
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- mise à profit pour la préparation de fils monocristallins, avec des métaux à bas point de fusion.
- L’obtention des cristaux uniques par ces méthodes est facilitée par l’existence d’orientations particulièrement favorables au développement du cristal (plans réticulaires compacts, parallèles à l’axe du tube). Si donc il se forme plusieurs germes, seuls se développent ceux qui satisfont à cette condition. Mais cet avantage se retourne contre l’expérimentateur lorsqu’on veut obtenir une série d’orientations entièrement différentes. On peut alors plonger dans le métal fondu un petit cristal du même métal soutenu par un support qui permet de lui donner l’orientation que l’on désire (9). Ce petit cristal doit avoir une face de clivage récemment produite à partir de laquelle se développe le monocristal cherché.
- Production des cristaux uniques, à partir de Vétat solide, par recristallisation. — Cette méthode est basée sur l’existence d’une déformation critique, en général de faible amplitude après laquelle se développent de gros cristaux lors d’un, réchauffage ultérieur. On peut ainsi convertir en deux ou trois cristaux, parfois même en un seul cristal, une éprouvette qui contient initialement plusieurs millions de petits cristaux. La recristallisation s’amorce en un point et le cristal en croissance envahit alors les autres cristaux en leur imposant son orientation.
- La déformation critique est grossièrement connue pour la plupart des métaux industriels, mais, d’après Carpenter et Elam, elle doit être déterminée avec précision pour chaque coulée, même si la composition chimique du métal est sensiblement constante. De plus, le réchauffage ultérieur jusqu’à la température de recristallisation (en général relativement élevée) doit être effectué suivant un cycle déterminé.
- Pour l’aluminium, par exemple, l’éprouvette polycristalline doit d’abord être recuite 6 h à 55o° afin que toute trace d’écrouissage soit détruite et que les petits cristaux dont elle est formée soient aussi équiaxes que possible. Puis elle est soumise à un allongement permanent de 1,6 pour ioo (calculé sur une longueur de 75 mm) et recuite à 45o° avec élévation régulière de la température de 25° par jour jusqu’à 55o°. La durée de l’opération est de 100 h environ.
- La figure 2 montre quelques éprouvettes ainsi traitées dans les laboratoires de l’Ecole Centrale (dans un four électrique Chévenard-Soumier muni d’un gabarit spécialement construit
- 9. Schtjlnikow, Comm. Leiden, 1930, 207.
- par nos soins pour cette application et sur lequel venait buter à chaque instant l’aiguille commandée par le fil dilatable régulateur situé à l’intérieur du four) et attaquées par le réactif de Van Arkel (10). Les résultats obtenus sont, comme on le voit, assez irréguliers, mais sur deux d’entre elles on a des cristaux de 60 mm de long; sur les autres, ils sont de dimensions inférieures et certaines sont parsemées de petits cristaux superficiels qui n’ont pu être absorbés par un recuit de plusieurs heures à 6oo°. Pour certaines études, d’ailleurs, il n’est pas souhaitable d’avoir des cristaux de dimensions trop importantes car, plus le cristal est gros, moins il est parfait comme le montrent les spectres de diffraction par les rayons X.
- Pour le fer, le recuit doit être fait dans l’hydrogène et pour le cuivre, même en atmosphère d’azote, la méthode ne donne pas de résultats satisfaisants, les quelques cristaux obtenus sont mâclés (X1).
- Cette méthode a été appliquée également au tungstène sous une forme un peu modifiée. Les cristaux de ce métal obtenus par décomposition de son chlorure à l’état de vapeur sont en général fragiles. Le procédé Pintsch utilise la reci'istallisation sous l’influence d’un gradient de température mobile pour produire des fils monocristallins utilisés dans la fabrication des lampes à incandescence (fig. 3). La matière première est un fil poly-cristallin de tungstène obtenu par les méthodes ordinaires (poudre de tungstène agglomérée, comprimée sous forme de barrette frittée à très haute température et filée vers 1 6oo° dans une atmosphère réductrice). Ce fil passe doucement du tambour Sx au tambour S2 dans une zone étroite portée à haute température matérialisée par une spirale de tungstène chauffée par courant électrique et enfermée dans une boîte où on introduit un courant d’hydrogène sec pour éviter toute oxydation. La spirale de tungstène a seulement quelques millimètres de longueur dans la direction de l’axe du fil et son diamètre interne est très voisin de celui du fil traité. La température atteint 2 ooo° à 2 200°. Il se développe alors un gros grain qui absorbe progressivement les petits grains de tungstène. La
- Fig. 3. — Préparation d’un cristal unique de tungstène par la méthode Pintsch.
- Le ül de tungstène A passe à la vitesse de 3 m à l’heure à l’intérieur de la spirale T portée à la température de 2 000° à 2 200°.
- vitesse du fil est de 3 m à l’heure, sensiblement égale à la vitesse de grossissement du cristal. On arrive ainsi à obtenir des fils monocristallins de plusieurs mètres de longueur.
- Quelle que soit la méthode utilisée, il est nécessaire d’employer des métaux très purs et il est certain que la préparation des cristaux uniques a été facilitée par les progrès accomplis ces dernières années dans les méthodes d’affinage.
- 10. On traite l’aluminium pendant quelques secondes par de l’acide fluorhydrique, jusqu’à ce qu’il y ait un dégagement d’hydrogène clairement visible. Ensuite, on introduit l’échantillon dans un mélange d’acide chlorhydrique et d’acide nitrique (2/1 : eau régale) dans lequel on a dissous un peu d’aluminium. On attend le moment où le dégagement de gaz est très intense et on introduit alors l’échantillon dans de l’eau froide.
- 11. Carpentier et Tamura, Proc. Roy. Soc., 1927, 113, p. 28.
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- Étude des cristaux uniques.
- Une fois le cristal obtenu, le premier pas, dans l’étude de ses propriétés, est la détermination de son orientation cristallographique par rapport à l’axe de l’éprouvette. Cette détermination, longue et ingrate en raison de l’absence des formes extérieures caractéristiques, se fait, en général, au moyen des rayons X et en se guidant, quand cela est possible, sur la forme géométrique des figures de corrosion et sur l’orientation des dendrites lorsqu’il s’agit de cristaux obtenus à pai'tir de l’état liquide.
- L’étude des cristaux uniques dans lesquels les atomes sont régulièrement répartis d’après des lois qui dépendent de la symétrie du métal révèle une anisotropie plus ou moins marquée suivant le système cristallin tandis qu’un échantillon de métal polycristallin dans lequel l’orientation des cristaux est irrégulière et statistique se comporte comme une matière isotrope. Les propriétés déterminées sur un cristal unique dépendent donc, en général, de l’orientation et les valeurs obtenues
- - .. . .= - 143
- avec des éprouvettes polycristallines ne sont que des moyennes.
- Cependant, les métaux qui cristallisent dans le système cubique et qui sont les plus nombreux sont isotropes pour un certain nombre de leurs propriétés : conductibilités électrique et thermique, dilatation, force thermoélectrique, susceptibilité magnétique. Mais tous les métaux, quel que soit leur système cristallin, sont anisotropes au point de vue mécanique.
- Cette anisotropie mécanique que nous étudierons en détail dans un prochain article peut se révéler en reprenant sur une éprouvette monocristalline les divers essais que l’on fait journellement dans les laboratoires sur éprouvettes polycristallines. Mais il faut pour cela un appareillage spécial délicat et sensible, en raison de la faiblesse des monocristaux de sorte que ce sujet d’étude reste l’apanage de quelques laboratoires équipés à cet effet.
- Léon Guillet pils, Professeur à l'Ecole Centrale.
- La Science et la Guerre
- La bataille de l’essence en Allemagne
- La guerre moderne exige des quantités prodigieuses d’essence, de carburants et de lubrifiants. Avions, navires, chars, transports automobiles, sont des gouffres qui épuisent jusqu’aux réserves naturelles de combustibles liquides.
- L’Allemagne, lorsqu’elle déclencha en 1939, la seconde guerre mondiale ne possédait sur son territoire que quelques modestes puits de pétrole. Elle devait bientôt, il est vrai, s’emparer des puits de la Galicie polonaise, et un peu plus tard son alliance avec la Roumanie lui donnait le contrôle des champs pétrolifères roumains, les plus importants d’Europe après ceux de Russie. Enfin les gisements importants, découverts pendant la guerre en Autriche et en Hongrie, ont probablement été mis en exploitation. Mais ces ressources naturelles, pour importantes qu’elles soient, ne pouvaient suffire aux besoins de P Allemagne qui, privée depuis plus d’un an, du pétrole roumain continue cependant à combattre.
- C’est ici qu’interviennent les usines de carburants synthétiques que les Allemands ont multipliées, depuis 1939, dans le bassin houiller de la Ruhr et sur les gisements de lignite du Sud-Est de l’Allemagne.
- S. Bourgin dans Stars et Stripes nous apprend qu’en avril 1944, il existait sur l’ensemble du territoire du Grand Reich, 23 usines d’essence ou de carburants synthétiques et 58 raffineries donnant mensuellement une production de 1 225 000 t ; chiffre modeste à côté des 18 509 000 t mensuelles des États-Unis, mais encore suffisant pour faire face aux besoins essentiels de la bataille.
- A partir d’avril 1944, les Alliés entreprennent la destruction systématique des centres allemands de production de carburants. Au fur et à mesure que s’achève leur programme de paralysie des usines d’avions, ils concentrent de plus en plus sur les usines de pétrole les efforts de leur aviation stratégique. Celle-ci a effectué plus de 400 bombardements et déversé plus de 100 000 t do bombes sur ces objectifs. A la mi-février 1945, il ne restait plus en Allemagne, une raffinerie en marche, et il ne restait que 4 usines de synthèse en état de marche. La production était tombée au-dessous de 300 000 t par mois. Aussi l’armée allemande, malgré les réserves qu’elle a pu accumuler naguère, souffre-t-elle aujourd’hui d’une véritable famine de carburant qui ne peut manquer de hâter le dénouement du grand drame.
- Il ne faudrait par croire que l’Allemagne a laissé détruire, sans réagir, ses usines prétrolières. Elle a concentré autour d’elles
- la majeure partie des G6 000 canons de son artillerie de défense contre avions. Des bataillons de travailleurs cantonnés à proximité immédiate sont mis en chantier, aussitôt le bombardement terminé, pour réparer les dégâts et remettre l’installation en service dans le plus court délai : véritable travail de Pénélope, car les bombardiers anglais et américains reviennent bientôt à la charge. Aujourd’hui les Alliés ont définitivement gagné sur l’Allemagne la bataille du pétrole. C’est le prélude de la victoire définitive.
- L’œil cathodique
- guide les bombardements aériens à travers les nuages
- L’œil cathodique, invention anglaise, est employé aujourd’hui à bord des avions bombardiers anglais et américains. L’appareil souvent désigné sous le nom de Boîte Noire ou « boite ben » permet au pilote de distinguer le but même dans l’obscurité ou à travers les nuages.
- Les détails de construction sont tenus soigneusement secrets. Mais le principe en a été révélé par un article récent de Flight
- résumé dans le Bulletin du Service d’information du Ministère
- de l'Air.
- L’appareil comprend un émetteur radio-électrique qui dirige
- sur le sol un faisceau d’ondes hertziennes de courte longueur. Ces ondes, on le sait, sont de même nature que les ondes lumineuses, mais elles se placent dans la région invisible du spectre, au delà de l’infra-rouge. Elles traversent, sans absorption excessive, les nuages et la brume, mais se réfléchissent sur les objets solides. L’onde réfléchie captée par un récepteur approprié, fonctionnant comme les récepteurs cathodiques de télévision est traduite électroniquement et donne sur l’écran fluorescent du tube cathodique, placé sous les yeux de l’observateur, une image qui reproduit le sol survolé : l’eau apparaît en sombre, les objets solides (maisons, navires, etc.) en taches plus claires dont les contours sont soulignés comme sur un plan cadastral. Ainsi une ville survolée par la « boite ben » sera représentée sur l’écran par une forme irrégulière, mais de même contour que vue à l’œil nu par un observateur, en l’absence de nuages.
- Cet appareil, utilisé aujourd’hui principalement pour guider les bombardiers, sera demain, sans nul doute, un précieux instrument de sécurité qui facilitera la navigation aérienne par tous les temps.
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- NOS LECTEURS NOUS
- Nous avons reçu de nombreuses leltres à propos de la photographie d'ancre en bois, publiée dernièrement dans La Nature (15 mars, p. 80). Grâce à nos correspondants, nous pouvons ajouter les précisions suivantes : ce type .d’ancre est bien counu sur les côtes atlantiques de France, où il sert, non à la fixation des casiers de pêche, mais à l'ancrage des petites embarcations.
- M. le docteur Barthélémy, de Pont-Aven, M. A. Brégeon, pharmacien à Dinard, le signalent dans leur localité et nous adressent d’intéressants graphiques. M. Marcel Louvet, armateur à Cancale, dit que celte ancre est connue depuis très longtemps déjà par les pêcheurs de ce port.
- D’après les documents dont nous disposons, il semble que ces ancres bretonnes soient généralement à deux branches. Les marins basques, par contre, paraissent n’avoir employé que des ancres à quatre branches, tout à lait semblables au spé-• cimen figuré.
- Il en existe une à Paris, dans la collection formée par M. Vayson de Pradennc, le regretté professeur à l’École d’Anthropologie : elle provient de Guétharv. M. R. Letaconneux, assistant à l’Office scientifique et technique des Pêches maritimes, nous envoie une photographie du Musée de la Mer de Biarritz, ayant pour légende « Ancre primitive des Pêcheurs Basques » ; la. sim Ri O idc avec. le spécimen -canadien est frappante.
- ÉCRIVENT
- Ancres en bois
- r
- Ancre primitive des pécheurs basques.
- (Musée de la Mer, de Biarritz).
- Une particularité ingénieuse mérite d’ètre remarquée : l’amarrage de cette ancre se fait par un liliti fixé à la base de l’ancre et attaché à son sommet par une cordelette. Par ce moyen, on descend l’ancre en position normale mais si elle reste accrochée sur un fond rocheux les efforts do traction pour la ramener font briser ia mince cordelette du sommet et la corde d’amarrage relève alors l’engin directement par le fond. (G. P. 02796).
- Quelles déductions tirer de ces nombreuses observations ? Notre ami, l’amé-ricaniste Stresser-Péan, du ' Musée, de l’IIoinme, pose le problème de la migration de ce type d’ancre, d’une rive à l’autre de l’Océan.
- Par qui et quand ce transfert a-t-il été opéré ?
- Les pêcheurs basques et bretons ont fréquenté très tôt les bancs de Terre-' ÎWiiu'. La Nouvelle Écosse fut d’abord colonisée par des Français, sous le nom d’Acadie, et sa population resta longtemps essentiellement française. Cependant, au milieu du xvme siècle, la plupart des « Acadiens » français furent expulsés ou refoulés à l’intérieur des terres, de façon à faire place à la population actuelle, d'origine surtout anglo-écossaise.
- tl serait assez tentant d’attribuer à noire type d’ancre canadienne une origine française, et plus précisément basque. Cependant- cet instrument primitif peut avoir été anciennement répandu sur les côtes de toute l’Europe occidentale, et notamment, des lies Britanniques. Dans ce cas, son introduction en Nouvelle Écosse pourrait être attribuée aux pêcheurs anglais.
- Pour trancher cette question, il serait nécessaire de connaître l’aire de dispersion de ce type d’ancre en Europe et en Amérique du Nord.
- Peut-être aussi pourrait-on faire appel au témoignage historique d’anciens textes ou dessins.
- Cours ef conférences à Paris
- MERCREDI 2 MAI
- Institut technique du Bâtiment (salle des •Conférences du Musée de l’Ifomme, Palais de Cliaillot) : 17 h. 30. M, Buisson : « Effets statiques et dynamiques des charges dans un grand portique de manutention de charbon » (Demander invitation à M. le secrétaire général de l’Institut technique du Bâtiment, 0, avenue Victoria, Paris).
- Institut français du caoutchouc (salle
- Fresncau, 42, rue Sclieffer) : 18 h. 30. M. Compagnon : « Plantes à caoutchouc des -régions tempérées ».
- JEUDI 3 MAI
- Palais de la Découverte, avenue Yictor-Emmanuel III : 15 h. M. Laurent : « Une technique d’origine française. L’investigation sur modèles réduits en hydraulique ».
- Conservatoire des Arts et Métiers . 292, rue Saint-Martin. Institut scientifique et technique de l’Alimentation : 17 h. M. Guillaumin : « Obtention facile par la culture, d’aliments végétaux riches en - vitamines ».
- SAMEDI S MAI
- Palais de la Découverte : 15 h. M. G. Ba-• mon : « Méthodes classiques et méthodes . modernes d’immunisation ».
- Institut de Paléontologie humaine, 1, rue XRené-Panhard (boulevard Saint-Marcel) :
- 17 h. M. Pales : « Les grottes préhistoriques de Malarmiud (Ariè-ge) (Demander invitation à l’Institut de Paléontologie).
- MERCREDI 9 MAI
- Institut technique du Bâtiment (salle des Conférences du Musée de l’Homme, Palais de Cliaillot) : 17 h. 30.’ M. Rey : « Effets des bombardements aériens sur les constructions » (Demander invitation à M. le secrétaire général de l’Institut technique du Bâtiment, 9, avenue Victoria, Paris).
- Institut français du Caoutchouc (salle Fresneau, 42, rue Sclieffer) : 18 h. 30.
- Petites annonces
- La ligne : 30 fr. Abonnés : 20 fr.
- CÉDERAIS : Illustration, Guerre 1914-1918, 11 vol. (2 par an), reliés, nervures, tt. neufs. Écrire : La Nature, n' 8.
- CHERCHE : trad. aliéna, textes scient, (biol. bot.) à exéc. chez moi. Écrire : La Nature, n” 9.
- ACHÈTE microtome automatique, ou â. glissière, ou à main. Dr Bouchez, Antibes (A..-M.).
- CHERCHE numéros La Nature 1er et 15 mars 1945. Faire offres à M. Fourgeaud, 6, rue de l’Essai, Paris (5e).
- M. R. Hublin : « Standardisation des matières et des mélanges ».
- SAMEDI 12 MAI
- Palais de la Découverte : 15 h. M. A. de Ghammont : « Applications récentes de l’optique à la morphologie des pièces mécaniques » (projections).
- Institut de Paléontologie humaine, 1, rue René-Panhard (boulevard Saint-Marcel) : 17 h. M. Piveteau : « Les étapes de l'intelligence et les données de la Préhistoire » (Demander invitation à l’Institut de Paléontologie).
- ABONNEMENTS
- France et Colonies : six mois s 100 francs; un an s 200 francs
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- MASSON et Clc, Editeurs,
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- Le gérant : G. Masson. —masson et cle éditeurs, paris — dépôt légal : 2e trimestre 1945, n° i44. BARNÉOUD FRÈRES ET C1® IMPRIMEURS (3l0566), LAVAL, N° 244- — E-ig45.
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- In ----- SOMMAIRE
- La Vipère aspic, par Jacques CARAYON............. 145
- Avions de la Royal Air Force..................... 149
- Le Cristal unique, par Léon GUILLET fils......... 150
- Un avion dans un cyclone......................... 155
- Transports tubulaires, par P. BASIAUX-DEFRANCE . . 156
- Les Sondeurs d'atome (suite), par Pierre ROUSSEAU. 157 Le vol sans visibilité des chauves-souris .... 158
- Association nationale pour l’Indochine française. 158
- Le tannage amateur de la peau de lapin, par
- J. BOISSEAU................................ 159
- Informations................................. 160
- LA VIPERE ASPIC
- I vdiV 1 «V :
- «8
- lîlswe
- ; - . >~
- Dans un bruit léger de frôlement, un serpent glisse lentement sur le gravier de ce chemin que chauffe le soleil de mai (fig. x).
- Vous, que ne fera pas fuir à l’instant une peur irraisonnée de tout ce qui rampe, Arous vous demanderez cependant, peut-être avec une pointe d’anxiété : couleuvre ou vipère ?
- La distinction de loin n’est pas toujours facile, même pour des gens avertis. Ici, toutefois, le terrai n découvert favorise l’observation. Ce lent glissement de tout le corps collé au sol n’est pas celui d’une couleuvre à l’allure plus légère et plus vive. Ce n’est pas, non plus, à une couleuvre que peut appartçnir cette queue courte qui, au lieu de prolonger le coi’ps en décroissant insensiblement de diamètre, le termine assez brusquement par un cône rapidement effilé. Vipère probablement.
- N° 3088 15 Mai 1945
- Son appareil venimeux
- «
- et son venin
- Approchons-nous avec prudence, mais sans crainte, en gardant présents à la mémoire ces deux principes : jamais une vipère n’attaque ni ne poursuit l’homme; si, pour se défendre, elle se détend et bondit, elle ne peut ainsi franchir une distance supérieure à la moitié de sa longueur, soit environ 3o à io cm.
- De plus près, tous ses caractères apparaissent nettement. Voyez (fig. 2) cette tète plate, élargie en arrièi’e, bien distincte
- du cou. Les yeux
- Fig. 1. — Vipère aspic rampant sur un chemin pierreux (C. P. 3469).
- dont la pupille est en fente mince et verticale ont un air cruel. Ils pax’aissent toujours ouverts, ce qui donne au regard une fixité à laquelle on a attribué un pouvoir de fascination qui n’est qu’une pure légende. En vérité,
- comme chez tous les Serpents, la paupière inférieure recouvre l’œil en permanence et vient se souder à la paupière supérieure, mais elle est parfaitement transparente.
- S’il s’agissait d’une couleuvre, la pupille serait ronde, et la
- Le Numéro 10 francs
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- Fig. 2. — Tête de vipère aspic.
- La photographie prise de près montre les caractères distinctifs de ce serpent.
- tête, à contours arrondis, se continuerait insensiblement par le cou.
- Notre vipère appartient même à l’espèce la plus commune : la vipère aspic ou plus simplement l’Aspic. En effet, son museau est relevé en av’ant, comme un « nez retroussé » (fig. 3) et les écailles qui recouvrent sa tète sont petites et toutes de la même dimension, alors que chez les deux autres vipères de notre pays, la vipère d’Orsini et la vipère berus, comme chez les Couleuvres, un certain nombré de plaques céphaliques sont nettement plus grandes que les autres.
- Ne cherchez pas à reconnaître la Vipère aspic à ses caractères de coloration ; ils sont fort variables. Sur un fond dont la teinte uniforme peut aller du gris clair à un rouge assez vif, se détachent des dessins bruns ou noirs formant sur le dos une ligne brisée flanquée de part et d’autre de taches plus ou moins étendues. Sur le dessus de la tête, un V noir est constant mais se trouve aussi chez la vipère berus.
- Tandis qu’elle rampe lentement, la Vipère, comme les autres Serpents, darde fréquemment, et sans ouvrir la bouche, sa langue fourchue ; celle-ci sort, en effet, par une échancrure découpée dans la lèvre supérieure comme une chatière au bas cl’une porte. Ce n’est pas là, bien entendu, l’appareil venimeux situé assez profondément dans la bouche et dont nous allons voir la conformation.
- L'appareil venimeux et son fonctionnement.
- Si, opérant pour plus de précaution sur un individu mort (x), ou ouvre largement
- 1. Cependant une tète de vipère récemment séparée du corps, est encore capable de mordre, comme l’a signalé Mmo Phisalix.
- la bouche d’une vipère, on démasque aussitôt les deux crochets venimeux symétriquement placés dans la mâchoire supérieure (fig. 3). Ce sont des dents, fines, longues et recourbées d’avant en arrière, qui sont tout à fait comparables aux aiguilles utilisées pour les injections hypodermiques.
- Les photographies 4 et 5 montrent les impressionnants crochets venimeux de la grande vipère du Gabon (Bitis gabonica) qui sont la réplique fort agrandie de ceux de la vipère aspic. En 4 il s’agit d’une radiographie qui permet de constater que ces crochets sont creusés d’un canal d’injection. En 5, la photographie de face d’un crâne de Bitis montre, à la base des dents venimeuses, le trou d’entrée de ce canal et son orifice de sortie, à quelque distance de la pointe où il se prolonge par un biseau qui empêche — exactement comme dans les aiguilles à injection — cet orifice d’être bouché lorsque les crochets pénètrent dans les tissus.
- Tant que la bouche de la vipère est fermée, ces crochets venimeux demeurent rabattus contre le palais comme la lame d’un couteau de poche repliée sur son manche. Mais, lorsque la bouche s’ouvre, le jeu de muscles puissants les redresse vers l’avant et les place dans une position voisine de la verticale.
- Il n’y a que deux crochets fonctionnels à la fois; au bout d’un certain temps, ils tombent, mais de nouveaux crochets qui s’étaient développés derrière eux (fig. 4 et fig. 5) viennent alors prendre leur place.
- Ceci peut recommencer 7 fois de suite, car la jeune vipère, à sa naissance, possède derrière chacun de ses crochets déjà capables de fonctionner, 4 paires de germes dentaires d’autant
- Fig. 3. — En haut : Tête de vipère aspic photographiée de profil.
- La bouche largement ouverte montre les crochets entourés de leurs gaines. La peau de la région temporale a été enlevée de façon à montrer les glandes venimeuses.
- Ci-contre : Schéma du même sujet indiquant les différentes parties de l’appareil venimeux.
- c, crochet venimeux et derrière celui-ci un crochet de remplacement ; c.s., canal sécréteur de glande Aenimeuse , d, dents normales ; g, gaine du crochet ; gl.v., glande venimeuse ; m, mat’ lajre supérieur ; o, orifice du canal sécréteur sous la gaine du crochet.
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- plus développés qu’ils sont plus en avant; ils donneront successivement naissance à autant de crochets de remplacement.
- Après les aiguilles à injection déjà si perfectionnées, nous allons voir maintenant les seringues qui ne le sont pas moins.
- Ce sont deux glandes salivaires modifiées qui élaborent le venin. Chez l’Aspic, elles sont symétriquement placées dans les régions temporales en arrière des yeux et sont formées chacune de 4 ou 5 lobes sécréteurs qui se réunissent en un même point où leur lumière centrale dilatée forme un réservoir pour le venin. De'là, part un fin canal sécréteur qui se rend jusqu’au crochet venimeux du côté correspondant (cf. schéma, (fig. 3). Avant d’y parvenir, il traverse une petite glande secondaire qui forme à sa surface un léger renflement. Il débouche enfin à la base du crochet venimeux sous la gaine qui enveloppe en partie ce dernier.
- Au repos, la bouche étant fermée, le passage du venin hors du canal est impossible, car les crochets rabattus coincent entre eux et les maxillaires l’extrémité antérieure du tube secréteur.
- Lorsque la bouche s’ouvre, le canal sécréteur devient béant sur toute sa longueur. C’est alors que se contracte brusquement un muscle « compresseur », formé par un faisceau du muscle temporal, qui entoure la glande venimeuse et, agissant sur elle comme sur une poire en caoutchouc, lance le venin; celui-ci arrive par le conduit sécréteur sous la gaine à la base du crochet; là, il s’engage par l’orifice d’entrée dans le canal venimeux d’où il est injecté sous pression dans les tissus mordus à 7 mm de profondeur environ.
- Tout ceci se passe avec beaucoup de rapidité et de précision. La vipère qui va mordre — on peut aussi bien dire « piquer » — lance brusquement sa tète en avant. Sa bouche, fermée au début, ne s’ouvre qu’à la fin de la course et c’est en lipa-miaima. fraction -de seconde. qu lelle contracte «ses— chets, les enfonce dans les tissus de sa victime en injectant le
- venin puis les relire et referme sa bouche. Généralement, les deux ci'ochets s’enfoncent en même temps, mais ils peuvent fonctionner indépendamment.
- Le plus souvent, lorsqu’il s’agit d’une proie, après avoir inoculé son venin, là vipère attend à quelque .distance qu’il ait agi pour saisir à nouveau sa victime et l’avaler. Cette opération est très curieuse puisque l’on sait que les serpents sont capables de faire passer dans leur tube digeslif sans les morceler, des proies dont le diamètre excède nolablement celui de leur corps. Ceci n’est possible que grâce à la disposition très spéciale des os du crâne que des mécanismes complexes écartent les uns des autres, ce qui permet à la bouche et au pharynx de se distendre c o n s i dé rablem c n t.
- Chez les Vipères, la proie une fois saisie, les crochets entrent à nouveau en ac-
- Fig1. 5. Photographie de face du crâne, de la Grande vipère du Gabon montrant les crochets de remplacement et, en avant, les crochets fonctionnels avec les orifices d'entrée et de sortie des canaux
- venimeux.
- lion. Celte fois, à tour de rôle, ils s’enfoncent dans la victime, la tirent vers l’arrière, se dégagent, la harponnent plus en a\ant et tirent a nouveau de. façon à la faire progresser vers l’oesophage.
- Le venin de vipère. Sa composition et son action.
- Le venin de Vipère est un liquide transparent, assez visqueux et le plus souvent de couleur jaune ambré. Il est parfaitement K§ÔIïïBTé‘''cî'affs'lrèaü et laisse après dessiccation un résidu solide très stable et qui garde toutes les propriétés du venin frais. On peut ainsi le conserver pendant plusieurs années.
- Ce résidu se.c renferme, outre certains sels et un pigment jaune, les principes actifs du venin, où l’on peut distinguer depuis les travaux de C. Phisalix et G. Bertrand et ceux de Mme Phisalix, deux sortes de composants : les uns sont une série de poisons ou toxines, analogues aux toxines bactériennes, les autres forment une série parallèle de contre-poisons ou antitoxines, dont l’action tend à s’opposer à celle des précédents chacun à chacun ; mais ces derniers se trouvent en proportions moindres de telle sorte que, au total, le venin conserve une grande toxicité.
- Les différentes' toxines de ce venin n’ont pas encore été chimiquement isolées, mais leurs effets peuvent être nettement dissociés. Certains agents détruisent les unes sans altérer les autres et inversement. On peut ainsi distinguer dans le venin de Vipère :
- — une hémorragine qui altère les capillaires sanguins dans une zone plus ou pioins vaste autour du point mordu. Le sang s’extravase alors dans les tissus, d’où une rougeur et des taches livides qui gagnent de proche en proche;
- — une hémolysine et des cytotoxines détruisant les globules rouges et les cellules des tissus atteints. Leur action demeure chez l’Homme généralement locale, mais se traduit par un gonflement impressionnant qui simule un vaste phlegmon où l’on aperçoit, comme deux points auréolés de rouge sombre, les traces des crochets venimeux. Il faut y ajouter des ferments qui tendent à rendre le sang incoagulable;
- — enfin une neurotoxine qui détermine les phénomènes généraux, les plus graves chez l’Homme, en altérant le système nerveux. Elle provoque ainsi directement ou indirectement de la stupeur, des nausées, des accidents cardiaques pouvant aller jusqu’à la syncope. Dans les cas graves, elle entraîne une
- Fig. 4. — Radiographie des crochets venimeux de la Grande vipère du Gabon.
- On voit nettement les canaux d’inoculation du venin et, derrière les crochets fonctionnels, les crochets de remplacement.
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- paralysie et une hypothermie progressives, puis finalement la mort dans 10 pour 100 environ des cas non traités.
- La dose minimum mortelle qui traduit la toxicité du venin est variable suivant les animaux mordus, les conditions de l’inoculation et, aussi, suivant l’état physiologique des vipères dont le venin est plus toxique en été qu’au printemps ou en automne. On peut l’évaluer très approximativement à io mg de venin sec pour un homme adulte en bonne santé. C’est à peu près la quantité maximum qu’une Vipère puisse injecter en une seule fois à l’aide de ses deux crochets.
- Comment les vipères s'immunisent contre leur propre venin.
- Les animaux tels que le Hérisson, le Lérot, certains Rapaces, qui consomment en abondance des Vipères, acquièrent une grande résistance à l’égard du venin de cette dernière. Ils se sont en quelque sorte vaccinés par la voie digestive.
- Il est plus curieux de constater que d’autres animaux, bien que ne se nourrissant pas de vipères, présentent vis-à-vis de leur venin une remarquable immunité dite « immunité naturelle ». Tels sont beaucoup de Batraciens et de Poissons venimeux, et surtout les Serpents, au premier rang desquels il faut placer les Vipères elles-mêmes. Leur immunité, pour être naturelle, n’est pas absolument spontanée comme l’a montré C. Phisalix, qui a découvert à quel moment et de quelle façon elle apparaît.
- Ainsi les jeunes Vipères, qui possèdent dès leur naissance un venin riche en toxines, ne sont pas encore immunisées. Des doses un peu élevées de leur propre venin les tuent rapidement. Cependant, à partir des glandes venimeuses, ces toxines se répandent continuellement par petites quantités dans leur sang qui devient lui-même progressivement toxique. Une a&een-tùBftannn -•s’-opè-re au coms- de-laquelle -l’organisme éla-, bore des antitoxines qui l’immunisent. Ces contre-poisons diffusent dans le sang et de là dans le venin où ils apparaissent, quelque temps seulement après la naissance, à côté des toxines.
- Les choses sont identiques, semble-t-il, chez tous les animaux « naturellement » immunisés contre le venin de vipère. Ceux-ci doivent être considérés comme venimeux eux-mêmes (bien qu’on ne connaisse pas toujours les glandes qui élaborent leur venin). On constate que leur sang est toxique et l’immunité
- qu’ils ont acquise vis-à-vis de leurs propres toxines les défend également contre celles du venin de vipère, qui sont très voisines.
- Un certain nombre de nos « inoffensives » couleuvres sont elles-mêmes venimeuses et possèdent des glandes salivaires spécialisées produisant des toxines aussi nocives que celles du venin des Vipères. Mais, dépourvues d’un appareil d’inoculation comparable à celui de ces dernières, elles ne sont pas dangereuses pour l’Homme. Déjà, chez ces couleuvres, deux dents plus développées que les autres et plus ou moins directement en rapport avec l’orifice des glandes venimeuses tendent à se constituer en « crochets » d’inoculation. Ceux-ci sont même, chez les couleuvres opisthoglyplies (couleuvre de Montpellier par exemple) creusés d’une rainure qui devient une gouttière presque fermée, véritable ébauche de canal d’inoculation, chez les couleuvres Protéroglyphes. Des serpents, qui sont parmi les plus dangereux du monde, tel le terrible Naja haje (« aspic » de Cléopâtre) appartiennent à ces couleuvres protéroglyphes dont il n’existe aucun représentant en France. Leur venin, beaucoup plus toxique encore que celui des Vipères, surtout par sa richesse en neurotoxines compense en quelque sorte le perfectionnement moindre de leur appareil d’inoculation,
- Signalons pour terminer que les études approfondies des venins et de leurs toxines, analogues aux toxines microbiennes, n’ont pas seulement rendu de grands services pratiques, en permettant notamment la fabrication de sérums anlivenimeux ; elles ont aussi considérablement enrichi certaines de nos connaissances en matière d’immunité et ont révélé de singulières propriétés des venins. Telles sont, par exemple, l’action vaccinante réciproque du Arenin d’abeille et du venin de vipère, le pouvoir anti-rabique et bactéricide de ce dernier. Quelques-unes de ces propriétés font de certains venins des agents thérapeutiques très efficaces.
- _„Ajnsi, comme nos ancêtres cherchaient à le faire jadis avec la « Thériaque », les bouillons de vipères et autres préparations, nous tii'ons aujourd’hui du Serpent mortel les principes qui guérissent. Jacques Carayon.
- Les photographies qui illustrent cet article ont été prises à L’occasion de la réalisation d’un film documentaire scientifique sur les Vipères, en majeure partie tourné à l’Institut Pasteur à Paris. Ce film est actuellement en exploitation dans les salies sous le titre « Attention aux Vipères » ; il est signé Joinville et accompagne le grand film « Pygmalion ».
- Avions de la Royal Air Force
- 1. Le bombardier lourd Lancaster III, quadrimoteur. Envergure : 31 m. Longueur : 21,2 m. Surface alaire : 120 m-, Poids en ordre de vol : 30 t. Vitesse maximum : 485 km/h. Autonomie : 5 000 km. Contenance des réservoirs : plus de 9 000 l. Armement : 10 mitrailleuses de 7,7 mm, dont 4 en queue
- à commande unique, les autres jumelées. Équipage normal : 6 hommes : 2 dans le nez, 2 dans la tourelle dorsale, 2 sur le plancher.
- 2. Le chasseur-bombardier biplace Mosquito de Havilland. On voit ici le plus récent modèle de cet avion dont le prototype est sorti 11 mois après
- la déclaration de guerre et qui est entré en service 22 mois plus tard. Construction en bois. Propulsion par deux moteurs Merlin XXI. Envergure : 16,57 m. Longueur : 12,47 m. Hauteur : 4,64 m. Vitesse supérieure à 685 km/h. Porte 500 kg de bombes dans le fuselage et 250 kg. sous les ailes. Armement : 4 canons de 20 mm et 4 mitrailleuses. Il existe une douzaine de versions de ce remarquable appareil, la dernière à cabine étanche.
- 3. Planeur Horsa remorqué par un bimoteur Whitley.
- 4. Le chasseur Hurricane II, moteur Merlin. Armement : 12 mitrailleuses ou 4 canons de 20 mm. Remarquer les tuyaux d’échappement en forme de tuyères. Les gaz d’échappement projetés à grande vitesse en sens inverse de la marche de l’avion donnent une réaction qui augmente sa vitesse.
- 5. Le monoplace Typhoon, avion d’assaut et de bombardement léger. C’est un IIürricane agrandi et perfectionné. Moteur Napier-Sabre 2 400 ch à 24 cylindres en H, horizontal, refroidi par eau. Le radiateur est dans le nez du fuselage sous le moteur. Poids de l'avion en ordre de vol : 3 950 kg environj Plafond : 12 000 m. Armement : 2 canons de 20 mm dans les ailes et 8 mitrailleuses de 7,4 mm, ou bien : 4 canons et 4 mitrailleuses, ou encore
- 8 fusées de 27,5 kg. Comme bombardier en piqué, il porte 2 bombes de 113 kg. Vitesse de piqué de l’ordre de 700 km/h.
- 6. Le chasseur Tempest. Le plus récent des chasseurs anglais. Actuellement équipé avec un moteur Napier-Sabre à 24 cylindres en H de 2 200 ch.
- Vitesse : .720 km/h. Vitesse ascensionnelle comprise entre 1 200 et 1 500 m par minute. Armement : 4 canons de 20 mm dans les ailes. .4 remporté ses premiers succès dans la chasse aux bombes volantes au-dessus de l’Angleterre en juin et juillet 1944.
- 7. L’aile d’un avion lance-fusées. On voit le. personnel mettre les pièces en place dans leurs glissières. Il y a 4 fusées sous chaque aile. La mise de feu
- se fait par paires ou par salves des 8 fusées.
- 8. Une formation de chasseurs Spitfire XII de l’un des plus récents modèles. Dans ce modèle perfectionné, les ailes sont tronquées : l’envergure, précédemment de 11,30 m a été réduite ainsi à 10,18 m, la surface alaire est de 21,35 m2 au lieu de 22 m2. Hauteur de l’avion : 3,48 m. Moteur Rolls-Royce Griffon de plus de 2 000 ch à refroidissement par eau. Hélices à 4 pales à vitesse constante. Roue de queue escamotable. Vitesse maxima:645 km/h. Plafond : 12 000 m. Armement : 4 mitrailleuses d’ailes de 7,4 mm. ou 2 canons de 20 mm dans les ailes. Les derniers modèles de cette série d’avions ont été équipés avec un moteur Rolls-Royce-Griffon de plus de 2 200 ch et hélice à 5 pales. La vitesse serait de l’ordre de 750 km/h, l’autonomie de
- 500 km. (C. P. 3468).
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- LE CRISTAL UNIQUE
- Nouveau moyen d'étude des propriétés des métaux
- Nous avons expliqué, dans ün précédent article (La Nature, n° 0086 du Ier mai ig45) comment on prépare les monocristaux métalliques. Nous allons montrer l’intérêt qu’ils présentent dans l’étude* de la déformation plastique.
- DÉFORMATION PAR TRACTION
- L’étude des déformations sur le cristal unique a d’abord été effectuée par traction sur une éprouvette cylindrique.
- Déformation élastique.
- Si l’effort exercé est suffisamment faible, la déformation est sensiblement élastique et proportionnelle à la tension unitaire (Loi de Iiooke). Le module d’élasticité E est très variable suivant l’orientation du cristal par rapport à la direction de l’effort sauf pour l’aluminium et le tungstène (Tableau I).
- , Dans les métaux hexagonaux (Zn, Mg, Cd) il est minimum parallèlement à l’axe senaire et dans les métaux cubiques il est
- Fer a (cub) Zn Al (cub)
- Fig. 1. — Représentation spatiale du module d’élasticité à la traction de divers métaux (D’après Schmid et J3oas) (C. 1’. 3470).
- 9
- maximum suivant la diagonale du cube élémentaire et minimum suivant les arêtes. Schmid (-1) a donné des représentations spatiales du module de quelques métaux (fig. 1).
- Déformation plastique*
- Si l’effort de traction dépasse une certaine valeur, d’ailleurs fonction de la sensibilité de l’appareil de mesure, le cristal ne reprend plus sa forme initiale après suppression de l’effort : la déformation est permanente -ou plastique.
- ^ 500 -,
- Allongement (25°/o = )
- Fig. 2. Diagrammes de traction d’un cristal unique de cadmium pour diverses orientations des plans de glissement (D’après Sciimid) . Chaque courbe représente, pour une orientation déterminée du cristal par rapport à la direction de l’effort, la valeur de l’allongement en fonction de l’effort de traction.
- Le diagramme tension-allongement qui était une droite s’infléchit et marque même une cassure nette dans le cas des métaux hexagonaux et aussi dans le cas de certains métaux cubiques surtout s’ils ont été obtenus par recristallisation. Cette cassure correspond à une valeur de la tension appelée limite d’élasticité (fig. 2) (1).
- Déformation par glissement.
- Tableau I
- Mêlai E max. kg/mm2 E min. kg/mm2
- Aluminium ... 7,700 6,4oo
- Cuivre 19,400 6,800
- Argent 11,700 4,4oo
- Or 11,4oo 4,200
- Fer 2Q.OOO i3,5oo
- Tungstène . . • . 40,000 4o,ooo
- Magnésium. 0,100 4,4oo
- Zinc . . . . I2.600 3,6oo
- Cadmium .... 8,3oo 2,900
- Etain blanc 8,600 2,700
- La déformation élastique est une déformation homogène et réversible du réseau et correspond vraisemblablement à un déplacement élastique des atomes; elle n'entraîne aucune dislocation du réseau cristallin.
- Le cristal initial se divise en plusieurs parties qui glissent l’une par rapport à l’autre d’une quantité qui est un multiple de la maille. La déformation demeure homogène et les droites du réseau restent théoriquement parallèles à elles-mêmes.
- Les plans suivant
- lesquels s’opère cette Fig. 3. — Plans de glissement d’un cristal translation sont les de laiton (D’après Schmid et Boas).
- plans de glissement
- et dans chaque plan le glissement s’effectue suivant une direction ou droite de glissement. Les traces de ces plans sur la surface de l’éprouvette apparaissent bien au cours de la déformation (fig. 3) et on distingue même à plus fort grossissement la présence de gradins que forment ces plans (fig. 4).
- 1. Schmid et Boas, Kristallplastiziht mit besonderer Beracksichtung der Metalle. Berlin, 1935.
- 1. La limite d’élasticité correspond à l’apparition des grandes déformations permanentes, mais il est certain qu’au-dessous de cette charge apparaissent des déformations permanentes (Voir plus loin : Essai de fatigue).
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- Fig. 4. — Plans de glissement dans un cristal unique de zinc déformé à 300° (D’après Schmid).
- Ces plans et droites de glissement sont cristallographique-ment déterminés comme étant les plans et droites de grande densité atomique, c’est-à-dire possédant le maximum d’atomes par unité de surface ou de longueur. Ils sont donc très faciles à trouver dans les réseaux simples des métaux.
- Lorsque le glissement ne se produit que suivant un plan et une direction déterminés, c’est un glissement simple. C’est le cas des métaux hexagonaux compacts tels que le zinc, le cadmium et le magnésium qui ne possèdent à la température ordinaire qu’un plan de glissement parallèle à la base du prisme élémentaire, la direction de translation dans ce plan étant celle de la diagonale de l’hexagone.
- Supposons que ce plan soit initialement incliné par rapport à l’effort. Les deux extrémités de l’éprouvette étant fixées dans la machine de traction de telle sorte qu’elles ne peuvent se déplacer l’une par rapport à l’autre qu’en s’éloignant le long d’une verticale, il faut nécessairement que le cristal tourne au cours de la déformation par rapport à l’axe de l’éprouvette, le plan et la direction de glissement tendant à s’orienter parallèlement à la direction de la traction (fig. 5). En pratique, ces deux directions font au minimum un angle de i5°. C’est pour celte raison que l’éprouvette, initialement cylindrique, se transforme progressh’ement en une bande plate dont les sections droites sont des ellipses de plus en. plus aplaties.
- Il en résulte des flexions des lamelles et par suite du réseau, flexions élastiques qui deviennent permanentes par suite de la rigidité des extrémités de l’éprouvette. Sur les spectres de rayons X, les taches de diffraction présentent un astérisme marqué qui correspond à une augmentation du domaine angulaire de réflexion. L’examen de ces diagrammes permet de voir que le glissement s’accompagne d’une courbure des plans réticulaires autour d’un axe perpendiculaire à la direction du glissement et situé dans le plan de glissement. Cette courbure augmente la résistance à la déformation (1).
- 1. Certains physiciens ont signalé de plus une fragmentation du cristal en cristaüites mesurée par la numération des taches de diffraction.
- Fig. 5. — Schéma de la déformation plastique par glissement dans un cristal de type hexagonal.
- 151
- Au cours de la déformation, il y a donc superposition de deux phénomènes, opposés :
- i° augmentation de la composante de l’effort suivant la direction du glissement en raison de la rotation du cristal;
- 2° augmentation de la résistance à la déformation en raison de la déformation du réseau ou « consolidation de translation ».
- C’est ce double effet qui explique que, suivant l’angle initial des plans de glissement avec l’axe de l’éprouvette, on obtienne soit une diminution, soit une augmentation de l’effort à exercer après avoir dépassé la limite élastique comme on le voit sur la figure 2 (x) relative à un cristal de cadmium.
- Bien souvent, plusieurs plans et plusieurs directions peuvent être, également ou non, privilégiés, comme dans le cas des métaux qui cristallisent dans le système cubique à faces centrées, et qui ont 12 systèmes équivalents de glissement. Les plans et les directions.de glissement sont parallèles aux faces et aux arêtes de l’octaèdre. Le glissement peut alors se produire suivant plusieurs directions ; c’est un glissement multiple.
- Dans ce cas, le phénomène est plus complexe, il a été étudié en détail par Taylor et Elam (2) pour l’aluminium.. L’expérience mon--tre que le glissement commence sur le plan et dans la direction où la tension de’" glissémént' es?'** maximum. Connaissant -l’orientation du cristal, par rapport à la direction de l’effort, on peut donc prédire le plan sur lequel le glissement va se produire. Lorsque le cristal tourne par rapport à l’axe de l’éprouvette pendant la déformation, il arrive un moment où un autre plan octaédral se présente avec une inclinaison convenable, c’est-à-dire, telle que la tension de glissement sur ce plan atteint la valeur de la tension critique de glissement, le glissement peut alors se produire sur deux plans simultanément.
- L’éprouvette, initialement cylindrique se transforme encore en une bande plate au cours de la traction (fig. 6).
- Si l’orientation initiale du cristal par rapport à l’effort est telle que le glissement double commence dès le début de la déformation (deux plans octaédraux symétriques par rapport à la direction de l’effort), il se pi’olonge pendant toute la durée de l’essai avec une extraordinaire uniformité. Les vitesses de glissement sur les deux plans sont alors sensiblement identiques, et ceux-ci restent également inclinés sur l’axe de l’éprouvette. L’axe 112 du cristal reste alors pendant la déformation
- Fig. 6. — Cristal unique d'aluminium à 99,99 pour 100, rompu par traction.
- L’énrouvette initialement cylindrique s’est transformée en une bande plate au cours de la traction.
- 1. L’importance de l'écrouissage diminue lorsque la tempéi'ature s’élève en raison de la régénération du réseau cristallin et le premier effet l'emporte. La direction de glissement se rapproche alors encore plus de celle de l’effort (2° à 200°) et on obtient des allongements considérables avant rupture.
- 2. Taylor et Elaii, Proc. Roy. Soc., 1925 (A.), 108, p. 28.
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- ..= 152 =
- orienté dans la direction de l’effort, et le cristal, ne tourne plus.
- Tout ce que nous venons de dire est relatif aux déformations par traction. Dans le cas de la compression et de la flexion, le mécanisme de la déformation est analogue ; pendant le glissement simple, les plans de glissement tendent à s’orienter perpendiculairement à la direction de la compression.
- Enfin, dans le cas de la torsion, on a montré (*) récemment que les plans de glissement se transforment en hélicoïdes au cours de la déformation.
- L’expérience montre que la limite élastique dépend beaucoup de l’orientation initiale du cristal (fig. 7) ; elle est minimum lorsque le plan de base est à 45° de la direction de l’effort. Cela se comprend facilement, car l’effort n’agit que par sa composante tangentielle dans le plan de glissement qui n’agit elle-même que par sa composante suivant la direction de glissement.
- t — F sin ç0 cos tto
- cp0 étant l’angle initial du plan de glissement avec la direction de l’effort et l’angle de cette dernière avec la direction de glissement.
- Pour que s’amorce la translation, il faut que % soit supérieur à une valeur Xq appelée tension critique de glissement caractéristi-que du métal et dont le tableau II, dû à -Schmid, donne les valeurs pour différents métaux. On voit que ces valeurs sont bien inférieures aux limites élastiques déterminées sur éprouvettes polycristallines qui s’expriment en kg/mm2.
- 20 40 60 80 100
- Angle du p!a.n de glissement
- Fig. 7. •— Variation de la limite d’élasticité d’un cristal unique de magnésium en fonction de son orientation par rapport à ta direction de la traction (D’après Schmid).
- Tableau II
- Métal Degré de pureté 0/0 Tension critique de cisaillement to Or mm/2
- Cuivre . . . . . 99-90 IOO
- Argent 99.99 Go
- Or 99.99 92
- Nickel 99.8o 080
- Magnésium 99-95 83
- Zinc 99.9Ô 9 +
- Cadmium 99-996 58
- Etain ... 99.99 i33
- Bismuth 99.9o 221
- De même que la limite élastique, la courbe tension=déior= mation dépend également de l’orientation. La figure 8 montre les résultats obtenus pour le zinc par Schmid, et pour l’aluminium d’après Kâkxop et Sachs. Mais l’ensemble de ces courbes de déformation peut être remplacé par une seule courbe caractéristique de chaque métal. Cette courbe donne la tension de glissement % en fonction du déplacement relatif de deux plans de glissement distants d’un intervalle égal à l’unité. La figure 9 montre les courbes obtenues pour plusieurs métaux. Elle met en évidence l’aptitude au glissement meilleure des surfaces uniques de translation du système hexagonal et des
- Courbes de traction de - cristaux uniques et de cristaux multiples de zinc
- 0 80 160 240 320 400
- Allongement °/o
- 0 20 40 60
- Allongement °/o
- Fig. 8. — Courbes de traction de cristaux uniques et d’éprouvettes polycristallines.
- A gauche : Zinc (D’après Sciimid) ; à droite : Aluminium (D’après Karnop
- et Sachs).
- deux systèmes principaux de translation de l’étain tétragonal. Elle montre bien également l’influence de la déformation sur la résistance au glissement, c’est-à-dire de la consolidation de translation.
- DEFORMATION PAR MÂCLE
- Ce mode de déformation passe au second plan pour les„mélaux du type cubique, mais joue un rôle important dans le cas de ceux qui cristallisent dans le système hexagonal ou tétragonal. En particulier, le crissement qu’on peut entendre quand on plie des échantillons d’étain polvcristallins, et qui est connu sous le nom de « cri de l’étain », est produit par des phénomènes de rabattement qui ont lieu au cours de la formation de mâcles. La figure 10 montre la géométrie du phénomène, qui consiste en une série de translations parallèles à un plan et proportionnelles à la distance à ce plan. La subdivision de cristaux par formation de mâcles est appelée : congémination méca=
- 100 200 300 400 500 600 700
- Glissement %
- Fig. 9. — Courbes caractéristiques de divers métaux.
- (D’après Scdmid).
- 1. Jacquesson, Pub. Sc. Dir. Ind. Aéron, 1943, n" 188.
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- nique. Au moment de la formation d’une mâcle, la charge diminue brusquement, et l’allongement subit une augmentation brusque.
- Le mâclage oriente parfois le réseau dans une position plus favorable que la position initiale à une déformation par translation (cas du zinc et du cadmium dont le nombre de systèmes de translation est à froid peu élevé). Il se remarque alors sur la surface du cristal par l’apparition d’une nouvelle série de stries correspondant à un nouveau plan de glissement (fig. n).
- Si après un premier mâclage, on applique une tension de sens inverse, on observe soit la disparition de la première mâcle, soit la formation de nouvelles mâcles. Dans le cas d’une flexion alternée, on a pu observer 20 fois consécutives l’apparition et la disparition de la même mâcle.
- Malgré de nombreux travaux, on n’a pu jusqu’ici reconnaître avec sûreté la loi déterminant le début de la congémination mécanique. Celle-ci est précédée, en général, d’une translation qui provoque une consolidation plus ou moins importante. Tout ce qu’on peut dire c’est que, sauf dans le cas d’un réseau à symétrie élevée, le plan de mâcle et la direction de glissement ne sont pas simultanément des éléments cristallographiques simples. On sait également que l’élévation de la température favorise la déformation par glissement aux dépens du mâclage ; c’est notamment ce qu’011 observe dans les cristaux de fer a.
- Rupture de l’éprouvette.
- Si l’on augmente suffisamment l’effort exercé, on provoque la rupture de l’éprouvette. A la température ordinaire, la cas-
- Fig. 10. — Géométrie de la formation d’une mâcle.
- sure des cristaux métalliques ne se produit pas, en général, suivant une orientation cristallographique déterminée, mais suivant une surface irrégulière et mal définie.
- A basse température, la cassure se produit brusquement, suivant des plans bien définis au point de vue cristallographique et elle n’est accompagnée que d’une déformation plastique peu importante (fig. 12).
- Les plans de clivage ne sont pas toujours identiques aux plans de glissement, mais ce sont aussi des plans de grande densité atomique. Dans ce cas, la loi de Sohnke indique que la rupture du cristal se produit quand la tension normale au plan de la cassure atteint une valeur critique bien déterminée n0. Le tableau III donne les valeurs de n0 pour différents métaux.
- Tableau III
- Métal Plan de rupture Tempéraiure 0 C Tension critique n0
- Zinc (o,o3 0/0 Cd) (0001) — i85 200
- Zinc (0 i3 0 0 Cd). (1010) — 185 3oo
- Zinc (o,53 0/0 Cd). (0001) — i85 1 200
- Bismuth lin) + 20 324
- Antimoine . (ru) + 20 660
- Tellure .... (1010) + 20 43o
- 153
- Fig. 11. — Mâcles dans un cristal de cadmium {en haut) et dans un cristal de bismuth {en bas) (D’après Schmid et Boas).
- Ces valeurs sont bien inférieures aux charges de rupture correspondant à des éprouvettes polvcris-tallines qui s’expriment en kg/mm2.
- En général, en raison de la complexité des phénomènes qui intervien-
- nent au moment de
- la rupture, on ne connaît pas de relation simple entre l’effort appliqué et la rupture. Les rayons X montrent que la cassure entraîne une déformation importante du réseau cristallin, ainsi qu’une division du cristal en très fines particules.
- La plus remarquable propriété des cristaux uniques est leur grande capacité de déformation, qui est due à la régularité de leur structure. C’est ainsi que l’allongement avant rupture d’un cristal de zinc peut atteindre 620 pour 100 à 20° C. pour l’orientation la plus favorable (axe de l’hexagone élémentaire incliné à 45° sur la direction de l’effort) et 1 700 pour 100 à 2000. Le même métal à l’état polycrislallin ne s’allongerait que de 36 pour 100 à 20° ; l’allongement de rupture d’un cristal d’aluminium est supérieur à 85 pour 100, alors qu’une éprouvette polycristalline du même métal ne s’allongerait que de 35 pour 100. C’est une des raisons pour laquelle les cristaux uniques se prêtent si bien à l’étude des déformations.
- Cette grande capacité de déformation qui est un des caractères principaux de l’état métallique permet, par laminage, de réduire de. 93 pour 100 l’épaisseur d’une tôle monocristalline sans aucun recuit intermédiaire, et par étirage, de réduire le diamètre d’un fil monocristallin de i5 à o,5 mm. Les produits obtenus, quoique durcis, sont encox'e malléables.
- Une baguette mince de cadmium, monocristalline, a la résistance du beurre et peut être arrachée avec deux doigts ; cette altitude du métal présente un contraste frappant avec celle d’autres cristaux tels que le quartz où les atomes sont maintenus par des liens qu’il faut briser avant qu’une déformation puisse se produire.
- W. IL Bragg considère qu’un métal peut difficilement être appelé un vrai solide parce que ses atomes peuvent se livrer à une infinité de mouvements relatifs sans que la cohésion de la substance en soit affectée.
- DÉFORMATIONS DU CRISTAL UNIQUE PAR TORSIONS ALTERNÉES
- Il est bien connu que les matériaux soumis à des efforts fréquemment
- Fig. 12.
- A, cassure d’un cristal unique de Bismuth suivant le plan cristallographique (111) (D’après Schmid) ; B, cassure d’un cristal unique de zinc suivant le plan
- (00,01) (D’après Schmid) ; G, cassure d’un cristal unique de zinc suivant la base
- hexagonale.
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- alternés se « fatiguent » et peuvent se rompre même si l’effort est faible et très inférieur à la limite élastique déterminée dans un essai statique. La rupture, lorsqu’elle se produit, est brutale et n’est précédée par aucun signe;
- Les études faites sur éprouvette monocristalline ont surtout trait à des essais de fatigue par torsion alternée, mode de sollicitation qui fait apparaître dans le cristal un état de tem sion hétérogène et rend plus difficile l’interprétation des résultats.
- Elles ont montré cependant que les éléments de translation et de mâclage sont les mêmes que dans les essais statiques et que la rupture du cristal est due à de petites fissures qui se propagent notamment le long des plans de translation. Cela montre nettement l’étroite dépendance entre la rupture par endurance et la déformation préalable.
- Lorsqu’à la fatigue se superpose une corrosion, celle-ci est particulièrement accusée le long des plans de glissement
- Fig. 13. — Corrosion localisée suivant les plans de glissement dans
- un cristal unique d’aluminium soumis à des tensions alternées.
- (fig. io). Les effets de la déformation et de la corrosion se renforcent mutuellement (x) et la rupture se produit prématurément. Ceci semble prouver, tout au moins pour le cristal unique, contrairement à une opinion très répandue, que l’abaissement de la limite de fatigue due à l’atmosphère corrodante n’est pas déterminé par la concentration des efforts autour de fissures de corrosion mais par le processus cristallographique entrant en jeu.
- L’action de la consolidation se retrouve dans les phénomènes de fatigue et elle a été mise en évidence par les expériences de Schmid et Faiirenhorst sur des fils monocristallins de zinc de i mm de diamètre : le cisaillement critique du cristal, mesuré au cours d’un essai statique suivant immédiatement un essai de fatigue par torsion alternée (de + 4° sur une longueur de 4o mm) commence par croître rapidement en fonction du nombre d’alternances, puis décroît lentement. Il semble donc qu’au début, les efforts alternés produisent une consolidation notable et ensuite un affaiblissement progressif du cristal. Le maximum correspond à un nombre d’alternances égal à environ le quart du nombre de tours nécessaires pour provoquer la rupture. Si on laisse intervenir la régénération du réseau cristallin entre l’essai de fatigue et l’essai statique, on reti’ouve la valeur de la tension initiale tant que l’on n’est pas dans le voisinage immédiat de la rupture.
- 1 Gouge et Sopwith, Proc. Roy. Soc., 1932, 135, p. 392.
- DEFORMATION DES EPROUVETTES POLYCRISTALLINES
- Les propriétés du monocristal nous permettent-elles d’en déduire celles d’une éprouvette polycristalline pseudo-isotrope ? La diversité des orientations permet de prévoir, en supposant que les déformations des cristaux soient indépendantes, que la limite élastique sera moins nette puisque, pour un effort donné, la limite élastique de certains cristaux sera dépassée alors que pour d’autres, elle ne sera pas atteinte. Certains cristaux auront donc déjà subi une déformation plastique alors que les autres seront encore en tension élastique. C’est ce que l’expérience confirme et l’on peut constater, en soumettant à une déformation un échantillon préalablement poli, que les slips bands ou lignes de glissement n’apparaissent pas en même temps dans tous les grains. D’autre part, les déformations des différents cristaux n’étant pas indépendantes, il en résulte des tensions internes dues aux actions qui s’exercent entre les cristaux, particulièrement importantes le long des joints.
- Considérons avec Kochendôrfer (x) le cas de deux cristaux symétriques par rapport à leur plan de séparation. Si nous les allongeons d’une même quantité, en supposant qu’ils sont indépendants, leurs dimensions transversales restent les mêmes. Leur raccord n’est toutefois possible que moyennant une flexion des plans de glissement (fig. i4) qui crée le long du joint des tensions internes importantes freinant la déformation et créant une cc consolidation de tension ». Si la symétrie n’est pas réalisée, la liaison ne sera obtenue que grâce à des glissements supplémentaires et il en résultera le long de la surface de séparation des tensions encore plus élevées.
- L’expérience de Chalmers (2) confirme entièrement ces prévisions. Chalmers a préparé, par la méthode de Da Andrade, des éprouvettes cylindriques d’étain (3) formées chacune de deux cristaux qui se rencontrent suivant un plan passant par l’axe de l’éprouvette. Il introduisait pour cela dans un tube contenant de l’étain deux petits germes orientés de façon que les réseaux cristallins des deux grains composant l’éprouvette soient symétriques par rapport à son axe, en ayant une arête commune ox du cube élémentaire dirigée suivant cet axe.
- Cette symétrie réalise l’égalité des efforts de cisaillement sur les différents plans dans les deux grains, mais laisse indéterminé l’angle A des arêtes oz qui varie d’une éprouvette à l’autre. Si l’on soumet les échantillons ainsi obtenus à une traction, on constate que l’effort nécessaire pour obtenir un allongement faible déterminé augmente proportionnellement à l’angle A.
- Considérons maintenant le cas d’un agrégat de plusieurs cristaux. Ici, la déformation est encore plus complexe car il faut tenir compte de l’enchevêtrement des cristaux. La déformation n’est évidemment plus uniforme et il s’en suit des courbures des plans réticulaires particulièrement importantes au voisinage des limites et qui seront d’autant plus prononcées que le grain sera plus fin et les écarts d’orientation plus impor-
- 1. Kochexdorfer, Plastiche Eigenschaften von Kristallen und metallischen Werkstoffen.
- 2. Chalmers, Proc. Roy. Soc., 1937 (A..), 1G2, p. 180.
- 3. L'étain blanc cristallise dans le système quadratique.
- Fig'. 14. — Schéma de la déformation subie par un bicristal sous l’influence d’une traction (D’après Kochendorfer) .
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- tants. Si le cristal présente peu d’éléments de translation, il se prêtera mal aux actions des grains voisins ; on observera dans ce cas, soit des mâclages que l’on n’aurait pas rencontrés lors du même essai effectué sur monocristal, soit une forte courbure du réseau au voisinage des frontières, ce qui correspond à une limite élastique beaucoup plus élevée que celle du cristal unique. C’est le cas du zinc, comme le montre la figure 8, qui ne possède à la température ordinaire qu’un système de plans de glissements parallèle à la base de l’hexagone. Si, au contraire, le cristal présente de nombreux éléments de translation, leur mise en jeu simultanée permettra aux cristaux de se plier à une modification de forme compatible avec celles de leurs voisins. Les distorsions seront alors beaucoup moins notables. C’est le cas de l’aluminium cubique à faces centrées qui possède 12 systèmes de translation et, dont le diagramme tension-allongement se trouve intercalé dans le faisceau de ceux qui correspondent aux cristaux uniques (fig. 6).
- Sachs a calculé la moyenne des limites élastiques pour toutes les orientations des cristaux cubiques à faces centrées et il a trouvé L = 2,2 xo, v0 étant la tension critique de cisaillement
- .... ............:.... 155 .....
- du cristal unique. Or, les valeurs expérimentales sont de 5 à 3o fois plus élevées. On peut en conclure que la valeur de la limite élastique est déterminée par les distorsions du réseau et non par la diversité des orientations.
- Dès que la limite élastique est dépassée, à la consolidation de tensions s’ajoute la consolidation de translation, celle que l’on observe sur le monocristal en déformation homogène et qui prend alors une influence prépondérante dans les métaux à grand nombre de plans de glissements comme l’aluminium, la consolidation de tension n’augmentant pas sensiblement au delà de la limite élastique. La courbe effort-allongements réelle se superpose alors à la courbe moyenne du monocristal au delà de la limite élastique. On a pu la calculer et l’accord est très satisfaisant. Au contraire, pour les métaux hexagonaux, la consolidation de tension ne cesse de croître même au delà de la limite élastique et la rupture peut se produire pour des allongements très inférieurs à ceux des monocristaux (fig. 8).
- Léon Guillet fils, Professeur à l’Ecole Centrale.
- NOUVELLES AÉRONAUTIQUES
- Un avion dan
- La mer des Antilles est le berceau de cyclones également redoutés sur mer et sur terre. Les météorologistes ont beaucoup étudié ces phénomènes ; le Bureau Météorologique des Etats-Unis a organisp dans les Antilles un réseau d’observatoires sur lequel s’appuie un excellent service de prévision. Mais il reste beaucoup à apprendre sur le mécanisme interne de ces phénomènes. Pour préciser et contrôler nos connaissances à cet égard le colonel Floyd B. Wood, du service météréologique de l’Armée américaine, conçut l’audacieux projet de traverser un cyclone en avion et le 14 septembre dernier il mit à exécution cette téméraire entreprise, jusqu’ici sans précédent.
- Un cyclone était signalé au large des côtes de Virginie, se déplaçant vers le Nord-Est à la vitesse de GO à 70 km à l’heure environ. Accompagné du professeur H. Wecler et du météorologiste Frank Record, le colonel Wood décolle à 14 h à Washington à bord d’un bi-moteur Douglas Ilavoc. Déjà les effets de la perturbation atmosphérique se faisaient sentir à Washington : des nuages bas couvraient le ciel ; une pluie légère commençait à tomber. L’avion fait route à l’Ouest vers la haute mer ; bientôt on se trouve en vue du cyclone proprement dit : il apparaît comme une gigantesque muraille noire, aux abords de laquelle règne un vent violent. Le spectacle était de nature à faire reculer le pilote le plus entraîné. Le colonel Wood, sans hésiter, engouffre son avion dans cette noire muraille, avec le dessein bien arrrêté de pénétrer jusqu’au cœur du cyclone. Voici un résumé des constatations faites par les audacieux observateurs au cours de leur vol de 2 h et demie dans la tempête. u
- L’avion, volant à 900 m d’altitude à une AÛtesse voisine de 5p0 km/h, aborde le cyclone avec une correction de dérive de 30° pour tenir compte de la vitesse du vent à la limite extérieure du cyclone, estimée à 160 km/h.
- Dès l’entrée dans le cyclone, l’atmosphère devient très obscure et un rideau de lourde pluie s’abat sur l’avion. A la grande surprise des observateurs, ils rencontrent d’abord un courant d’air descendant, violent mais régulier. Jusqu’ici on admettait généralement l’existence de courants ascendants dans la zone extérieure d’un cyclone. L’indicateur de descente de l’avion marquait
- s un cyclone
- une vitesse descendante de 210 m à la minute et le pilote avait grand’pei'ne à maintenir son altitude.
- La pluie devient de. plus en plus intense, la visibilité de plus en plus ,faible. Néanmoins il. y a très peu de nuages s^us d’avion. Turbulence modérée, contrairement à ce que l’on attendait. Sur la mer, visible de temps à autre, les vagues sont énormes, l’écume monte à plus de 60 m. On aperçoit quelques navires en grand danger de perdition. La tempête a coûté à la marine américaine ce jour-là un destroyer v,de 1 850 t, un bateau-phare et deux embarcations de la protection des côtes.
- Après un parcours de 100 km environ l’avion parvient dans « l’œil » de la tempête. En ce point, la pluie se calme, ce n’est plus qu’un léger brouillard. Au-dessus de l’avion, à l’altitude de 1 500 m, les nuages s’éclaircissent et des rayons de soleil percent de. temps à autre. Les nuages restent très épais au-dessous de l’avion. Celui-ci a rencontré subitement une zone d’air ascendant ; la composante verticale de la vitesse de l’air est telle que l’avion a été soulevé de 600 m avant d’avoir pu réduire la puissance du moteur et piquer du nez pour rétablir son altitude. La turbulence de l’air dans cette région est beaucoup plus sévère que dans la zone ascendante qui vient d’être traversée ; cependant l’intensité de cette turbulence n’est pas de nature à mettre l’avion en danger.
- Après un vol de quelques minutes dans cette zone de calme relatif, l’avion fait demi-tour, retraverse la zone obscure à courant d’air descendant, sort de l’ouragan et regagne Washington sans encombre, tandis que le cyclone dévaste la côte de Jersey et la ville d’Atlantic City.
- L’aisance relative avec laquelle le colonel Wood a traversé le cyclone ne permet pas de conclure qu’il sera toujours facile et sans danger de traverser un cyclone en avion. Rien ne prouve en effet que tous les cyclones soient aussi dépourvus de turbulence que celui du 14 septembre. Le colonel Wood attire aussi l’attention sur le fait qu’il n’a rencontré ni grêle, ni foudre et que c’est peut-être une chance exceptionnelle.
- Quoi qu’il en soit, cette première exploration d’un cyclone est du plus haut intérêt et ouvre la voie à un nouveau genre d’investigations météorologiques.
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- Transports tubulaires
- Malgré les progrès que réalisent à pas de géant les transports par air destinés aux personnes, au courrier, aux matières précieuses et légères, le poids nous retient encore solidement à la terre.
- Transports sur route, sur rail et par eau n’ont cependant pas épuisé les possibilités modernes des solutions rapides et économiques. Le problème des transports tubulaires reste entier.
- La technique du tube a fait de sérieux progrès au cours de ces dernières années. Si les vieux tuyaux en fonte et même en bois ont encore de longs jours à vivre, nos industries de l’acier, du ciment armé et de l’amiante-ciment ont fourni ces derniers temps un effort vraiment exceptionnel.
- La précontrainte des aciers dans les bétons apporte de précieux avantages aux tubes en ciment armé ; quant à l’acier, après l’auto-frettage et l’écrouissage (tubes surpressés) il va de victoires en victoires.
- Le transport tubulaire du charbon et des produits solides. — Le tube sert surtout au transport direct des fluides ; l’eau est son grand domaine et les entreprises d’adduction ne chômeront pas pendant quelques lustres en France où il y a encore tant à faire dans ce secteur essentiel. Le transport à grandes distances du pétrole ouvre aussi des champs d’action très vastes aux éléments tubulaires mais il est curieux de constater que pour le déplacement des marchandises solides aucune expérience réellement pratique n’a été tentée en grand jusqu’ici.
- Nous possédons cependant le prototype en réduction de ce moyen de transport ; c’est le télégraphe pneumatique. Une cartouche hermétique qui contient une lettre ou des objets légers parcourt rapidement de longues canalisations sous l’impulsion de l’air comprimé. Ce système qui rend tant de services dans les relations postales rapides à Paris a été adopté par certains grands magasins et il est vraiment surprenant qu’il ne se soit pas répandu dans l’industrie où les ordres transmis entre bureaux d’étude et ateliers ont si souvent besoin d’être accompagnés de ci'oquis.
- Certaines matières premières entraînées par un courant d’eau peuvent être transportées directement par des tubes en acier dur ; c’est le cas pour les terres et graviers des terrassements hydrauliques et des dragues suceuses. Les pompes qui « mangent de tout » et débitent même de gros cailloux sont parfaitement au point. Pourquoi, ce système ne se révèlerait-il pas économique pour le transport du charbon entre nos exploitations houillères du Nord et nos grandes centrales thermiques de la région parisienne ?
- La production de l’énergie ne peut pas toujours se faire près de la mine, soit par manque d’eau de condensation, soit pour des raisons de sécurité nécessitant, dans certains cas, la réduction des lignes à haute tension qui, financièrement parlant, ne concurrencent du reste pas autant qu’on pourrait le penser le transport du charbon par voies ferrées et par canaux.
- Mais le charbon est une des rares matières qui puissent être véhiculées sans inconvénient par un courant d’eau. Pour les autres marchandises solides, il faudra revenir à la solution de la cartouche hermétique. Un récipient métallique d’une contenance de 50 1 n’a qu’un diamètre de 33 cm et une longueur de GO cm ; pour 100 1, nous arrivons à 40 cm de diamètre et près de 80 cm de longueur ; enfin, pour 200 1, nous avons un récipient cylindrique de 50 cm de diamètre sur 1 m de longueur. Tout cela ne nous impose pas encore des canalisations de dimensions extraordinaires ni des courbes à grand rayon, et, en poussant un peu l’accélération, on pourrait arriver à des débits considérables avec un minimum d’encombrement pour les installations et une manutention extrêmement réduite.
- Des récipients métalliques sont déjà employés pour de nombreuses matières dont le carbure de calcium. Il faudrait bien entendu unifier leurs dimensions et leur donner une résistance suffisante ; ceux qui contiendraient des liquides seraient équipés-pour être utilisés directement par l’usager. Ces éléments seraient posés sur des châssis étanches susceptibles de recevoir l’impulsion motrice : air comprimé, courant d’eau, systèmes mécaniques ou électriques.... la voie reste ouverte.
- Mais ne voit-on pas déjà quel progrès ce serait pour une grande-ville, si elle pouvait répartir ainsi journellement ses produits alimentaires entre les gares et les principaux centres de distribution P Quelle décongestion ce serait pour les grandes artères-parisiennes si le vin, le lait, les légumes, les fruits, etc., arrivaient en cartouches métalliques et partaient vers les grands marchés par les tubes posés dans le sous-sol !
- Anticipations. — Des parcours plus importants viennent, alors à l’esprit : la traversée du Pas-de-Calais ou celle du détroit de Gibraltar, par exemple.
- Lorsque j’admirais en 1939 les travaux du Canal Albert à l’inauguration duquel j’avais été convié, je pensais à notre Canal des Deux Mers qui représenterait à peine quatre fois le travail exécuté par nos voisins. Le canal de Liège à Anvers, qui réunit la Meuse à l’Escaut et à la mer, a une centaine de kilomètres de longueur et permet l’usage de péniches de 2 000 t. Il a fallu, pour réduire le nombre des -écluses, percer des tranchées allant jusqu’à 80 m de profondeur. Nous n’avons pas à envisager de pareilles difficultés, mais si cependant ces grands travaux étaient une fois de plus ajournés, pourquoi ne poserait-on pas simplement dans le petit canal du Midi, après l’avoir vidé, deux conduites métalliques de 1 m de diamètre au maximum, qui réuniraient Bordeaux à Toulouse et à Marseille et permettraient, entre ces trois grands centres, des échanges rapides et économiques. Et quelle différence de rendement on obtiendrait alors !
- A. Robida qui fut un dessinateur de talent avait aussi une imagination féconde et un art de conteur qui en fit un grandi ami de la jeunesse. C’est vers 1900 qu’il publia son Vingtième Siècle, œuvre d’anticipation, où le problème de l’air était naturellement résolu dans ses moindres détails mais où les humains attardés sur la terre se servaient comme dernier moyen de transport de longs tubes posés à la surface du globe et parcourus par des éléments cylindriques contenant les voyageurs et lancés à des vitesses vertigineuses. La sécurité était malgré tout très grande car les rencontres et les déraillements étaient impossibles.
- Qui sait si cette idée ne contient pas le germe de nos futurs « métropolitains », car si l’on note l’encombrement des personnes assises dans une voiture moderne, un cylindre de 1 m 20 de diamètre et de G m de longueur contiendrait facilement douze voyageurs. Le problème se réduirait alors à la pose, dans les grandes artères et à faible profondeur, de deux tubes de 1 m 50 de diamètre dont l’installation serait autrement économique que celle de nos tunnels de G m de diamètre et plus, percés avec tant de difficultés dans le sous-sol des grandes villes.
- En attendant cette réalisation qui est au fond moins utopique qu’elle aurait pu le paraître il y a un demi siècle, reportons toute notre attention sur le transport des marchandises et ne négligeons pas les vastes possibilités que nous offre la solution tubulaire.
- Que ce soit pour de petits ou de gros diamètres, pour de courts ou de longs parcours, pour le transport des marchandises directement ou en cartouches, les industries du tube ont devant elles un champ de plus en plus vaste à exploiter.
- P. Basiaux-Defrance.
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- LES SONDEURS D’ATOME01
- De Dalton à Louis de
- 4
- III
- L'atome entre dans la science
- Sous le Premier Empire, l’un des pôles scientifiques de la France était la Société d'Arcueil. Dans cette localité, Laplace avait sa maison de campagne et Berthollet son laboratoire. Autour de ces deux illustrations se réunissaient, tous les quinze jours, de jeunes chercheurs comme Biot, Poisson, Gay-Lussac, Arago. Les discussions marchaient ferme, et cette pléiade d’hommes enthousiastes de la science se donnaient la primeur de bien des travaux originaux.
- C’est là qu’en 1809, Gay-Lussac (1778-1850) lut un mémoire qui devait appuyer considérablement l’hypothèse de Dalton. Le physicien français n’avait qu’une trentaine d’années, mais il était déjà connu du grand public pour ses sensationnelles ascensions en ballon libre. Celle du xG septembre i8o4 avait même été mai’quée par un incident curieux : désireux de s’alléger, l’aéronaute avait jeté, de 7 000 m, une chaise de bois blanc emportée dans la nacelle; du ciel, l’objet était dégringolé dans un buisson, à deux pas d’une jeune bergère. L’air était pur, le ballon invisible ; l’innocente avait pensé mourir de frayeur,!
- Dans son mémoire de 1809, lé jeune savant montrait que les volumes de deux gaz qui se combinent sont entre eux dans nn rapport simple, par exemple qu’un volume d’hydrogène et un volume de chloré forment deux volumes d’acide chlorhydrique; que trois volumes d’hydrogène et un volume d’azote donnent deux volumes d’ammoniac... Contrairement à Gay-Lussac, qui n’avait pas du tout l’esprit philosophique, Dalton aperçut tout de suite la conséquence qui s’ensuivait : — Dire que 1 volume d’hydrogène et 1 volume de chlore se combinent pour former 2 volumes d’acide chlorhydrique, c’est donc dire aussi, raisonna-t-il, que 1 atome d’hydrogène et 1 atome de chlore forment 2 atomes d’acide chlorhydrique... — Vous vous attendez certainement à ce que Dalton eût accueilli à bx’as ouverts cette nouvelle preuve en faveur de l’atomisme. Eh bien ! il n’en fut rien. L’illustre savant anglais se fit au continue l’objection suivante : — L’acide chlorhydrique provient de l’union du chlore et de l’hydrogène. L’atome de cet acide doit résulter de l’assemblage d’un atome de l’un et d’un atome de l’autre. Or, d’après Gay-Lussac, la combinaison de ces deux atomes donne, non pas un (dôme d’acide chlorhydrique, mais deux (1 2). Pourquoi deux? L’atome d’acide chlorhydrique s’est-il coupé en deux ? Comment l’admettre puisque, par définition, l’atome est une paidicule insécable ?
- Dalton se creusa la tète. En vain : il ne put venir à bout de l’énigme et finit par hausser les épaules : — Gay-Lussac s’est sûrement trompé, conclut-il. Jetons sa loi par-dessus bord et continuons nos recherches comme devant.
- Nous savons aujourd’hui d’où venait l’incompatibilité apparente entre cette loi et la théorie atomique : c’est que Dalton ne faisait pas de différence entre les atomes des corps simples et ceux des corps composés ; il les concevait tous deux comme
- 1. Voir La Nature à partir du 15 mars 1945.
- 2. On sait aujourd’hui, comme nous le verrons plus loin, qu’il y a des ^molécules composées de deux ou de plusieurs atomes.
- Broglie et Joliot-Curie
- indivisibles, et ne distinguait pas entre ce que nous étiquetons maintenant comme atome proprement dit et ce que nous appelons molécule. Bien entendu, cette confusion était, à l’époque, des plus excusables. Aussi ne devons-nous pas nous étonner que la grande majorité des hommes de science ait emboîté le pas à Dalton. Il fallait un homme d’imagination qui fût en même temps un esprit audacieux pour braver cette impressionnante majorité et, délaissant provisoirement l’expé-rimentalion pour l’intuition, trancher résolument le nœud gordien. Ce fut Avogadro.
- Avogadro (1776-1806) était alors professeur à l’Université de Turin. C’est en 1811 que, coordonnant les lois de Mariotte et de Gay-Lussac, il eut l’idée de considérer ce que Dalton appelait atomes de corps composés comme des assemblages d’atomes de corps simples. Ainsi la particule élémentaire de l’hv-drogène était-elle l’atome d’hydrogène, et celle de chlore, l’atome de chlore, tous deux insécables, tandis que la particule élémentaire d’acide chlorhydrique devenait la molécule, constituée de deux atomes. On put alors observer que :
- 1 atome d’hydrogène + 1 atome de chlore = 1 molécule d’acide chlorhydrique;
- 3 atomes d’hydrogène + 1 atome d’azote = 1 molécule d’ammoniac ;
- 1 atome d’hydrogène + 1 atome d’hydrogène = 1 molécule d’hydrogène, .etc. .......
- Non seulement celte considération permettait à la loi de Gay-Lussac de s’accorder avec la théoi'ie daltonienne, mais elle conduisait, en outre, à l’hypothèse essentielle : des volu= mes égaux de gaz différents, dans les mêmes condi= tions de température et de pression, renferment le même nombre de molécules. Assertion hardie, à coup sûr : assurer qu’à pi’ession et à température égales, il y a autant de particules dans 1 litre d’air que dans 1 litre d’acide chlorhydrique, c’était s’exposer, de la part du mandarinat scientifique, à un démenti retentissant ou à un silence dédaigneux. Ce fut le silence dédaigneux qui prévalut, — à tel point que lorsque, trois ans plus lard (i8i4), Ampère émit la môme hypothèse et la publia dans les Annales de chimie et de physique, il eut tout l’air d’énoncer une nouveauté.
- Elle était cependant grosse de conséquences, puisqu’elle permettait de peser les atomes ! En effet, on pouvait se dire : — Puisque la balance montre que 1 litre d’oxygène pèse 16 fois plus lourd que 1 litre d’hydrogène, et puisqu’ils contiennent autant de particules l’un que l’autre, c’est qu’un atome d’oxygène est 16 fois plus lourd qu’un atome d’hydrogène. — Ce corollaire fut aussi fraîchement accueilli que la théorie elle-même. — Hum ! objectèrent les expérimentateurs, tout cela nous paraît bien risqué. Et il nous semble assez difficile de faire fond sur une hypothèse qui s’applique uniquement aux gaz.
- — Pardon ! réclamèrent en 1819 deux Français, nous venons de trouver le moyen de mesurer le poids atomique des solides.
- Ces deux Français étaient Dulong (1785-1838) et Petit (1791-1820). Le premier était ün ancien élève de l’École Polytechnique qui s’était établi médecin, puis était devenu préparateur de Berthollet; le second, sorti de la même grande École avec la mention « tout à fait hors ligne », y était aussitôt rentré comme répétiteur d’analyse. Travaillant en collaboration, ils étaient
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- parvenus à énoncer la règle : cc Les atomes de tous les corps simples ont exactement la même capacité pour la chaleur », de sorte que, pratiquement, il suffisait de diviser le nombre èmpi-rique G,3 par la chaleur spécifique (x) du corps pour obtenir son poids atomique,.
- — Il y a un autre moyen, intervint en 1823 un professeur de chimie berlinois nommé Mitscherligii (i794^iS63). En. étudiant les cristaux, je viens de découvrir une nouvelle loi : les substances isomorphes, c’est-à-dire qui possèdent la même forme cristalline, ont des constitutions chimiques analogues, et, par conséquent, sont composées des mêmes atomes.
- Théorie de Dalton, hypothèse d’Avogadro-Ampère, lois de Gay-Lussac, de Dulong et Petit, de Mitscherlich, l’édifice atomique commençait à représenter une somme sérieuse de matériaux. Restait à mettre ceux-ci en ordre et à en faire un tout cohérent. Ce fut l’œuvre du grand chimiste suédois Berzélius.
- Berzélius (1779-1848) était professeur à l’Université de Stockholm, secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences, député à la Diète, et le roi l’avait nommé baron. C’était un de ces savants qui, à l’habileté et à la précision expérimentales,
- 1. La chaleur spécifique d’un corps est la quantité de chaleur qu’il faut fournir à l’unité de masse de ce corps pour élever sa température de un degré.
- joignent l’esprit de synthèse et l’érudition scientifique indispensables aux larges vues d’ensemble. A diverses reprises, en 1818, en 1826, en i833, il fit paraître des tables de poids atomiques de plus en plus exactes. Puis, s’appuyant sur la loi de Gay-Lussac, il admit que, lorsqu’il s’agissait de gaz simples, comme l’oxygène, l’hydrogène ou le chlore, la composition en volume révélait la structure atomique : — Ainsi, déclara-t-il, puisque l’eau est composée de deux volumes d’hydrogène et d’un volume d’oxygène, c’est que la molécule d’eau est faite de deux atomes d’hydrogène et d’un atome d’oxygène.
- L’importance de cette découverte était d’autant plus grande que Berzélius apportait aux notations un perfectionnement notable : au lieu de symboliser, comme le faisait Dalton, l’atome d’oxygène par un petit cercle, celui d’hydrogène par un petit cercle pointé, et ainsi de suite, il eut l’idée de représenter chaque corps simple par l’initiale de son nom : O pour l’oxygène, H pour l’hydrogène, etc. Il put alors montrer que la composition de l’eau était, non pas O© c’est-à-dire HO, comme l’avait cru Dalton, mais bien H20. Inutile d’insister sur le progrès capital que l’on devait à ce grand savant : en fait, il rendait possible tout le développement ultérieur de la chimie.
- (ià suivre) Pierre Rousseau.
- Le vol sans visibilité des chauves-souris
- On s’est demandé souvent comment les chauves-souris, dont les yeux sont peu développés, peuvent voler dans l’obscurité tout en ingurgitant leur proie et en allaitant leurs nouveau-nés sans jamais se cpgner à, aucun obstacle, ce qui leur serait fatal. Ou bien 011 leur Ttttribüait un sens spécial, ou bLèn'45h~ pensait que cela était dû à l’extrême sensibilité de leur odorat, de leur toucher et de leur ouïe, ce qui n’expliquait rien. La réponse à cette question vient d’être donnée par deux jeunes savants de PUni-versité Harvard, M. Robert Galambos et M. Donald Griffm. Voici ce que dit à ce sujet Miss R. L. Carson dans le Collier’s Magazine du 18 novembre 1944.
- En utilisant un appareil, imaginé par le professeur G. W. Pierce, qui transforme les ondes ultra-sonores en sons audibles très amplifiés, on constate que les chauves-souris émettent en volant, et trente fois par seconde, un petit cri, que l’oreille humaine ne peut percevoir, qui se réfléchit sur les objets les plus ténus et les moins durs, tels que brindilles d’arbres, feuilles, fils télégraphiques. L’oreille de la chauve-souris perçoit cet écho ; dès qu’elle l’a perçu, elle émet ses cris à la fréquence de cinquante par seconde et s’éloigne aussitôt de l’objet qui a provoqué l’écho.
- Mais ce qui caractérise ce staccato de petits cris, ce n’est pas tant leur brièveté que leur acuité. En effet, si la durée de chacun d’eux est de l’ordre de la quintuple ou de la sextuple croche dans le prestissimo, ce qui, déjà, donnerait l’impression de la continuité, leur tonalité est extrêmement élevée : pour notre oreille, ce ne sont pas de véritables sons, mais des ultra-sons, et même extrêmement aigus. Comme l’homme et les autres animaux ne les perçoivent pas, ils ne peuvent se faire aucune idée de leur intensité ; elle paraît être très grande aussi, car, dès qu’une chauve-souris prend son vol dans une pièce où l’on a placé l’amplificateur précité, cette pièce s’emplit aussitôt d’un vacarme épouvantable.
- La chauve-souris est très probablement le seul animal de la création dont le registre de la voix et de l’audibilité s’étende à des ultra-sons aussi aigus. Elle émet des vibrations dont la fréquence est de 30 000 par seconde et elle en perçoit dont la fréquence est de 100 000 par seconde. À cet égard tous les autres mammifères lui sont très inférieurs. Le chat et le chien perçoivent des fréquences de 33 009, les rats de 40 000 ; l’homme ne dépasse guère 20 000.
- ASSOCIATION NATIONALE POUR L’INDOCHINE FRANÇAISE
- L’Association Nationale pour l’Indochine Française a été créée en Afrique du Nord le 19 août xg43, sous le patronage du _C,o,jcqitg, Jrançaâs ,dç,.lj.ç hlbi^atipn. Nationale. ^ ;
- 'r"1Sc)n "b'ut est de faire connaître l’oeuvre réaliste p'âr la France en Indochine, la force des liens qui l’unissent à la Métropole dans les pays de l’Union.
- L’Association doit exprimer la volonté de la Nation tout entière d’en assurer la libération et d’y continuer sa mission traditionnelle.
- L’Indochine doit reprendre sa place dans la communauté française. - ,
- Pour atteindre son but, l’Association Nationale pour l’Indochine Française organise des conférences, des spectacles', des expositions, des projections de films et publie une revue mensuelle L’Indochine Française (prix du numéro 10 fr. ; abonnement d’un an 100 fr.).
- En Afrique du Nord, l’Association a vu le chiffre de ses adhérents atteindre cinq cent mille en un an.
- Les Français de France soutiendront cet effort en adhérant à l’Association, en s’abonnant à L’Indochine Française, en faisant autour d’eux une propagande en faveur du retour dans la communauté française de l’Indochine qui se bat pour sa libération.
- Adhésions (souscription de 10 fr. au minimum) et abonnements au siège de l’Association : 20, rue La Boétie, Paris (8e). Tél. ANJOU 2C-94.
- L’appareil émetteur de la chauve-souris comporte des cordes vocales très courtes, tendineuses, mues par des muscles puissants ; le larynx est très développé ; chez une espèce africaine, sa largeur est le tiers de celle de la cage thoracique.
- On peut facilement vérifier le bien-fondé de la nouvelle découverte en empêchant l’animal, soit d’émettre, soit de percevoir les ultra-sons : il suffit d’obturer la bouche ou les oreilles : ou bien il ne s’envole pas, ou bien il s’envole et s’assomme contre le moindre obstacle. R. L.
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- Tannage amateur
- Utilisation moderne
- I. — Il faut préparer la peau au tannage et enlever l'écharne.
- Parmi les peaux de nos animaux domestiques, celles des lapins, par leur faibles dimensions, par la facilité avec laquelle il est possible de s’en procurer, apparaissent à l’amateur comme les plus faciles à tanner. Et cependant bien peu nombreux sont ceux qui obtiennent des résultats satisfaisants ! C’est que la réussite du tannage de ces peaux demande une technique et une pratique beaucoup plus difficiles à acquérir qu’on pourrait le penser a priori. Toutefois, en suivant attentivement les conseils que nous allons donner, un amateur peut arriver à tanner convenablement des peaux de lapins destinées aux seuls usages suivants : semelles
- d’intérieurs de pantoufles, de chaussures ou de galoches, doublures grossières de canadiennes ou de gilets.
- Le procédé de tannage que nous allons décrire relève de la mégisserie, c’est-à-dire du tannage à l’alun des petites peaux. Il a d’ailleurs beaucoup de rapports avec celui qui est employé pour la peau de mouton en laine, objet d’un article paru récemment dans cette revue (l).
- La peau de lapin brute se présente séchée et retournée « en manchon ». Après avoir coupé la tête, les pattes et la queue, il faut la rendre à nouveau fraîche, verte, et lui faire subir, en conséquence, un revérdissage. La peau est placée pendant deux ou trois jours, suivant la saison, dans un baquet contenant de l’eau à laquelle a été ajouté 1 g pour 1 000 de formol. Après ce séjour dans l’eau formolée, on ouvre le manchon avec un couteau bien aiguisé suivant la ligne du ventre. La peau est ensuite pia-
- 1. La Nature, n* 3084 du 15 mars 1945. Tannage de la peau de mouton en laine.
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- de la peau de lapin
- des peaux de lapins rasées
- cée à plat sur une table, chair à l’extérieur et elle est tamponnée sur cette chair avec un petit tampon fait d’un morceau de mouton en laine et imprégné de la solution suivante : alun de potasse (Alun ordinaire) 100 g et sel ordinaire, 25 g par litre d’eau. Ce premier tamponnage a pour but de gonfler légèrement la peau pour faciliter le traitement qui va suivre et d’assurer au poil une certaine solidité.
- C’est alors que se présente l’opération la plus délicate de la préparation de la peau de lapin : c’est celle de l’écharnage. Le lapin possède, entre sa peau véritable et sa chair, une sorte de double peau appelée écharne qu’il est indispensable de retirer mais dont l’élimination est très délicate. Le mieux est de soulever l’écharne avec un rasoir ou un couteau bien tranchant, sar
- un bord de la peau, du côté de la queue, par exemple, puis, avec les deux pouces, il faut continuer à décoller l’écharne jusqu’à ce qu’elle soit entièrement enlevée. Les spécialistes placent généralement la peau sur une table très inclinée, au sommet de laquelle ils la fixent, puis, après avoir fait une seule incision, ils arrachent l’écharne d’un seul coup de main, avec une dextérité remarquable.
- II. — Tannage et finissage.
- L’écharne étant enlevée, il faut procéder maintenant au tannage proprement dit. Comme pour la peau de mouton en laine, on opère trois tamponnages successifs, la peau étant placée à plat, chair à l’extérieur, et tamponnée avec la solution d’alun et de sel de même composition que celle qui a servi après le reverdissage. Entre chaque tamponnage la peau est repliée en deux, suivant la raie du dos, chair contre chair, et abandonnée ainsi pendant 24 h. Si le but visé est d’obtenir simplement des peaux pour intérieurs de pantoufles ou de chaussures, il suffit de suspendre la peau dans un greneir et de la sécher lentement. Mais, si l’on veut fabriquer des doublures grossières de canadiennes ou de gilets, il est indispensable de redonner à la peau la matière grasse qu’elle avait sur le dos de l’animal et qui lui communiquait toute sa souplesse, par une opération dite de nourriture qui s’effectue après le dernier tamponnage.
- Il faut préparer une pâte fluide faite d’un jaune d’œuf (pour deux peaux de lapins) et de farine, le délayage s’effectuant dans la même solution d’alun et de sel qui sert pour le tannage. La peau est ensuite tamponnée sur chair et repliée, comme précédemment, abandonnée 24 h et séchée lentement au grenier. Avant qu’elle ne soit complètement sèche, elle est retirée du grenier et assouplie sur le dossier d’une chaise bien fixée ainsi que cela peut être pratiqué pour la peau de mouton en laine.
- Quant au traitement du poil, l’amateur est totalement désarmé devant cette opération qui nécessite l’emploi d’un tonneau tour-
- Machine à raser les peaux de lapin.
- Celte machine à grand rendement permet de récupérer les « cuirots ». Elle comporte, outre des dispositifs spéciaux, deux tapis sans fin. Celui du dessous peut servir de table de triage. Celui du dessus évacue le poil. Quant à la peau, elle est enlevée au-dessus de la scie à ruban qui tranche le poil
- automatiquement.
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- nant, à sciure de bois, ce qui relève uniquement du travail d’iisine. En aucun .cas, l’amateur ne"saurait rivaliser avec l’industrie de la peau de lapin destinée à là fabrication des fourrures qui est une branche d’activité très importante en France, très complexe et qui utilise une technique du traitement des poils'qui confine souvent à l’art.
- ItlT — Par la récupération des cuirots de lapin, une peausserie nouvelle a été créée.
- Nous savons tous que, pendant ces derniers temps, l’élevage du lapin domestique a pris, en France, un développement extraordinaire. Avant la guerre, les peaux de lapins collectées annuellement s’élevaient à 80 millions, mais ce chiffre est passé au cours de ces dernières années à 110 ou 120 millions.
- Les meilleures peaux, celles qui sont collectées en hiver, particulièrement en Champagne, dans l’est de la France et en Auvergne, servent à l’industrie de l’apprêt-lustrage pour fourrures. Les autres sont envoyées à la couperie de poils dont les machines sacrifiaient, jusqu’ici, entièrement la peau et la transformaient en fines lanières appelées vermicelles. Traitées chimiquement, ces lanières fournissaient une colle appréciée. Quant aux poils, ils sont toujours envoyés chez les fabricants de feutre.
- Il y a deux ans environ, en raison des circonstances économiques spéciales que nous avons connues, l’industrie de la coupe a été
- dans l’obligation de modifier son procédé de rasage et de faire appel à de nouvelles machines ou de nouvelles méthodes poiic récupérer les peaux’de lapins, ces sous-produits de la coupe appelés cuirots de lapins.
- En choisissant -convenablement Iles cuirots qui ont le moins de défauts et qui possèdent une épaisseur convenable, il est possible de leur faire subir .différents tannages, soit aux extraits végétaux, soit aux sels de chrome et de les transformer ainsi en une peausserie nouvelle susceptible de constituer un appoint intéressant dans une période de manque de marchandises normales.
- C’est ainsi qu’il a été possible de fabriquer en peaux de lapins, après les avoir tannées, teintes, nourries, pigmentées pour certaines utilisations, des peausseries pour reliure, pour petite maroquinerie, pour chapellerie, pour ganterie et même pour dessus de pantoufles et chaussures de femmes.
- Quand la situation redeviendra normale, il est probable que cette récupération des cuirots de lapins perdra son caractère impérieux. Mais il est possible, néanmoins, que cette nouvelle peausserie conserve une certaine place dans l’arsenal des matières mises à la disposition des gantiers, maroquiniers et fabricants de pantoufles. En tous cas cette récupération est un exemple typique de l’influence stimulante exercée par une période de guerre et de misère économique sur la sagacité de nos chercheurs et l’ingéniosité de nos industriels.
- J. Boisseau.
- Ingénieur-chimiste I. C. P.
- INFORMATIONS
- Cours jet çoriférences à Paris
- MERCREDI 16 MAI
- Institut technique du Bâtiment (salle des Conférences du Musée de l’Homme. Palais de Chaillot) : 17 h. 30. M. L’Hermite : « Compte rendu de mission aux États-Unis » (Demander invitation à M. le secrétaire général de l’Institut technique du Bâtiment, 9, avenue Victoria, Paris).
- JEUDI 17 MAI
- Palais de la Découverte ( avenue ^ ictor-Emmanuel III) : 15 h. : Dr Édouard Carde : « Coup d’oreille sur phoniàtrie » (audition de disques).
- MERCREDI 23 MAI
- Institut technique du Bâtiment (salle des Conférences du Musée de l’Homme, Palais de Chaillot) : 17 h. 30. M. Goelzer : <( Influence de la soudure sur l’évolution des ponts et charpentes métalliques et sur la sécurité de ces constructions » (Demander invitation à M. le secrétaire général de l’Institut technique du Bâtiment, 9, avenue Victoria, Paris).
- JEUDI 24 MAI
- Palais de la Découverte (avenue Victor-Emmanuel III) : 15 h. : M. A. Ananoff : (t Les expériences et l’analyse du moteur à réaction » (projections).
- Maison de la Chimie (28, l’UC Saillt-Domi-nique) : 18 h. Cours-Conférence du Centre de perfectionnement technique (cycle organisé avec le concours de la Section caoutchouc de la Société de Chimie industrielle
- et en liaison avec l’Association française des Ingénieurs du caoutchouc). M. E. de Méeus : « Contribution du laboratoire à l’amélioration des caoutchoucs ».
- SAMEDI 26 MAI
- Palais de la Découverte : 15 11. M. M. Cauleery : « Le hasard et la réalisation des êtres vivants ».
- Institut scientifique d’Hygiène alimentaire
- (Grand Amphithéâtre. Angle des rues Clo-lilde et de l’Estrapade) : 15 h. : Dr Armand Hem mi; R di m, er : « Régime alimentaire et activité intellectuelle chez les enfants d’âge scolaire et chez les étudiants ».
- MERCREDI 30 MAI
- Institut technique du Bâtiment (salle des
- Conférences du Musée de l’Homme, Palais de Chaillot) : 17 h. 30. M. le général Ha.no-teau : « La prévention des accidents du travail dans l’exécution des travaux de soudure autogène » (Demander invitation à M. le secrétaire général de l’Institut technique du Bâtiment, 9, avenue Victoria, Paris).
- SAMEDI 2 JUIN
- Palais de la Découverte : 15 h. M. Henri Laugier : « Quelques recherches de physiologie à l’Université de Montréal pendant la guerre ».
- Institut scientifique d’Hygiène alimentaire : 15 h. : M. Maurice Fontaine : « Les océans et les mers, sources de vitamines ».
- MERCREDI 6 JUIN
- Institut technique du Bâtiment (salle des Conférences du Musée de l’Homme, Palais de Chaillot). 17 h. 30 MM. L’Hermite et Le Camus : « Que savons-nous sur la déformation du béton ? Élasticité et plasticité ».
- Petites annonces
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- Le gérant : G. Masson. — masson et cie éditeurs, paris. — dépôt légal : 2e trimestre 1945, n° 144. BARNÉOUD FRÈRES ET Cie IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 2ÜO. — 5-1945.
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- SOMMAIRE
- La Victoire......................................... 161
- La transfusion sanguine, par les Drs Arnault TZANCK
- et Paul CHICHE.................................... 162
- L’économie soviétique (suite), par Ch. BETTELHEIM . 165
- Jacques Charles, par A. FAYOL...................... 170
- Le Sable, par V. RQMANOVSKY......................... 171
- ' .
- --------------------i-C-i---:----------------------------
- La Science et la Guerre............................. 173
- L’avion North American B-25 Mitchell• ... 174
- Progrès de la lutte contre les insectes ' l’atébrine,
- le D. D. T........................................... 175
- Informations........................................... 176
- LA VICTOIRE
- 8 MAI 1945. Jour cle la Victoire. La France, au même rang que l’Angleterre, les Etats-Unis et VU. R. S. S., a reçu la capitulation sans conditions de l’Allemagne. Les hostilités ont cessé en Europe. Une ère nouvelle commence. Nous acons voulu que cette date soit inscrite dans les pages de notre Revue. Où trouver un commentaire digne d’un si grand événement sinon dans les paroles mêmes de celui qui fut le prophète et l’artisan de la résurrection de la France, l’organisateur et l’animateur de toutes les forces de la résistance? Ecoutons le Général de Gaulle dans son discours du 15 Mai à l’Assemblée Nationale Constituante :
- a La Victoire est aux dimensions de la guerre. L’Allemagne, entraînée juste qu’au fanatisme dans le rêve de la domination, avait fait en sorte que matérielle-<( ment, politiquement, moralement, la lutte fût une lutte totale. Il fallait donc que «-la Victoire fût une Victoire totale. Cela est fait. En tant qu’État, en tant quepuis-« sance, en tant que doctrine, le Reich allemand est complètement détruit. Une fois « de plus, il est prouvé que pour un peuple, si résolu et si puissant qu’il soit, « l’ambition effrénée de dominer les autres peut arracher des succès plus ou moins « éclatants et plus ou moins prolongés, mais que le terme est l’effondrement. »
- Puis le Général dit pourquoi et comment la France est entrée dans la lutte en 1939 :
- « Nous n’avons pas attendu d’être attaqués et envahis pour prendre déli-« bérément le plus grand risque de notre histoire. Nous l’avons fait sans passion « de conquêtes, sans fureur de revanche, sans affolement de vanité. Nous l’avons « fait parce que nous avons répondu à la loi éternelle qui fait de nous l’avant-« garde d’une civilisation fondée sur le droit des peuples et le respect de la « personne humaine. »
- Le Général de Gaulle. (Pli. Lapi).
- (G. P. 5.395).
- Mais la France est surprise et écrasée par la force mécanique allemande, puis foulée au pied par le vainqueur, et le Général de Gaulle retrace la route douloureuse et tragique qui nous a enfin sortis de l’abîme : organisation d’une résistance « nationale, unique, indépendante, souveraine, embrassant à la fois le dedans et le dehors, élevée au-dessus de toute tendance particulière, de tout clan, de tout parti... », hauts faits d’armes mais sanglants sacrifices sur tous les champs de bataille d’Afrique et d’Europe, aussi bien que dans la lutte souterraine des forces de l’intérieur contre l’envahisseur.
- Mais si aujourd’hui la France l’emporte sur l’Allemagne côte à côte avec ses puissants alliés, elle sait qu’elle doit continuer la lutte contre le Japon.
- « Se tournant vers l’avenir, elle discerne le long et dur effort, qui seul peut la rendre assez forte, fraternelle et nombreuse « pour assurer son destin dans un monde en pleine gestation, et par là-même lui permettre de jouer pour le bien de l’humanité « un rôle dont il est trop clair que l’univers ne se passerait pas.... En avant donc, pour l’immense devoir de travail, d’unité, de « rénovation ! »
- N° 3089 Ier Juin 1945
- Le Numéro 10 francs
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- LA TRANSFUSION SANGUINE
- ses progrès, ses problèmes
- Il n’y a pas bien longtemps encore, le mot de « Transfusion », lorsqu’il était prononcé au chevet d’un malade, apportait avec lui toute une résonnance de mystère, de miracles, d’inconnu redoutable et di'amatique. C’était encore une intervention délicate que quelques initiés seuls savaient correctement pratiquer. Une intervention souvent difficile, comportant des dangers réels et que, pour cette raison, mis à part les cas d’hémorragies où sa souveraine efficacité était depuis Hayem reconnue, on n’essayait, on ne « tentait », qu’en dernier ressort parfois, auprès d’un malade agonisant.
- Cette époque est révolue. Actuellement, les nouvelles conceptions physiologiques, les pi’écisions qu’ont apportées à la médecine les procédés modernes d’étude biologique, l’étude des cas où la transfusion constitue une arme indispensable ont fait de cette thérapeutique l’une de celles que chaque médecin doit savoir employer et dont les utilisations pratiques se sont chaque jour étendues.
- La transfusion, telle qu’on peut actuellement la concevoir, à l’échelle à laquelle elle est appliquée, comporte un triple aspect ; technique, qui s’est à peu près totalement rénové dans ces dix dernières années; social et industriel, qui n’est pas le moins surprenant des développements inattendus de la question ; pratique et thérapeutique enfin.
- Les groupes sanguins.
- Parmi les acquisitions techniques, nous examinerons en premier celles.qni Jrâît. aux groupe^.. sanguins.^___1____________
- Il est depuis longtemps connu qu’un être humain ne peut indifféremment recevoir le sang de n’importe quel autre. Landsteiner, dans des travaux mémorables, a montré que les sangs humains pouvaient se diviser en quatre grands groupes d’après les propriétés différentes des globules rouges de ces sangs et de leurs sérums. Dans les globules existent, en effet, des facteurs spéciaux A, B, AB, dits agglutinogènes. Seul le groupe O en est dépourvu. Dans les sérums existent, selon les cas, des anticorps nommés agglutinines. Celles-ci : a et j3, ont la propriété de provoquer le rassemblement des facteurs globulaires homologues. C’est ainsi que a agit sur A et ^ sur B. Dans de tels cas, des accidents surviennent. Seuls les individus de groupe O (zéro) dont les globules sont dépourvus d’agglutino-gènes peuvent impunément donner leur sang à quiconque et pour ce ils sont appelés « donneurs universels ».
- De récentes découvertes sont venues bouleverser ces notions, avec toutes les conséquences génétiques, médico-sociales, pratiques et philosophiques qu’elles comportaient.
- On a reconnu qu’il existait des sous-groupes. Le groupe A par exemple se subdivise en Ai, A2, A3 et même A4. On a reconnu, par ailleurs, que des sangs de donneurs universels pouvaient dans certains cas n’être pas compatibles avec ceux de certains receveurs, à cause de l’existence de facteurs globulaires supplémentaires dits facteurs Rhésus.
- Dès lors, tandis que ces découvertes, en les compliquant, rendaient plus précises les études génétiques, elles expliquaient la cause d’accidents jusque-là mystérieux.
- Par ailleurs, elles montrent ce qu’a de grossier la classification pratique actuelle en quatre groupes. Elles posent la question de savoir si deux sangs humains sont jamais identiques et en rendant à la personne son intégrale individualité, elles expliquent qu’au sens strict du mot, il n’est peut-être point de « donneurs universels » ! Jusque dans son sang, chacun de nous
- garde des caractères individuels que, probablement, il ne partage avec aucun autre.
- C’est la transfusion qui a été à la base de ces découvertes, puisque le et groupage sanguin » doit être toujours effectué préalablement à elle. Dans le but d’éliminer, pour l’usager, les opérations délicates d’identification sanguine; dans celui aussi de constituer des réserves de sang, des « stocks » toujours disponibles en cas d’urgence et d’éviter la convocation d’un donneur, on a cherché à stabiliser le sang. Là est l’origine actuelle du sang conservé et des dérivés du sang : sérums et plasmas.
- Grâce aux propriétés de certains corps comme l’héparine, le sulfarsénol, le citrate de soude, le sang peut être rendu incoagulable. Cette découverte faite simultanément en France et à l’étranger devait avoir des conséquences capitales. La première des difficultés pour obtenir, du « sang conservé » était surmontée. Ultérieurement, de nombreuses recherches établissaient que, gardé dans certaines conditions de température entre 4° et 6° et grâce à l’emploi de solutions anticoagulantes et stabilisantes spéciales, le sang pouvait être conservé jusqu’à 4o jours et injecté sans donner d’accidents à l’animal et à l’homme.
- Restait à savoir si ce sang « toléré » par l’organisme était bien réellement efficace. Des méthodes toutes récentes ont permis de se rendre compte que les globules rouges de sang conservé moins de 10 jours survivaient dans les veines du receveur aussi longtemps que les globules rouges du sang frais avec des propriétés physiologiques identiques. Une partie du problème paraissait donc résolue. Mais à partir de quelle date le sang “cOrTservé'n’est-il plus tolété'? Quelles sont les meilleures méthodes de conservation ? Quels stabilisateurs sont les meilleurs ? Quels accidents sont possibles ? Voici entre beaucoup d’autres quelques-unes des questions qui restent posées encore et dont l’élude se poursuit chaque jour dans les laboratoires des nations belligérantes que la solution rapide du problème occupe au premier chef.
- L’utilisation du sang aux armées a, en effet, pris une extension incroyable. 3o litres de sang sont nécessaires pour traiter 100 blessés, un blessé sur trois doit être transfusé en moyenne ; des chiffres de 8 à 10 000 litres de sang sont nécessaires pour une seule offensive.
- Cet aperçu numérique donne une idée de l’importance actuelle de la question. Elle explique aussi qu’on se soit, bien avant le début de la guerre, préoccupé de découvrir des substances capables de « remplacer » le sang, de lui être « substituées ». Les études considérables qui se sont poursuivies sur ce sujet ont montré que les liquides organiques à forte concentration en albumine étaient des « substituts » particulièrement adaptés à leur rôle. C’est pourquoi on utilise actuellement le sérum et le plasma, en énormes quantités.
- Que sont le sérum et le plasma ?
- Le sérum n’est autre que la partie liquide du sang qui easude lorsque ce dernier est laissé spontanément coaguler. Tout autre est le plasma. Pour le préparer, le sang est d’abord reoueilli sur un anticoagulant. Puis les globules roùges et blancs sont séparés de la partie liquide du sang qui constitue le plasma final.
- Sérum et plasma sont donc un sang privé de ses globules et de ce fait, ils présentent de nombreux et incontestables avantages. Us pourraient être transfusés à tout individu sans préoccupation de groupe. Ils peuvent se conserver à la température
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- 1. Inscription des donneurs de sang. — 2. Prise de sang. — 3. Contrôle des réactions. — 4. Le stock dans la chambre froide.
- S. L’expédition. — 6. Injection. (f !’ 5.405 à 5.410).
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- normale sans altérations pendant des mois, ils peuvent être injectés en quantité sensiblement plus élevée que le sang complet. Ils peuvent constituer partout des « stocks » importants toujours valables et irremplaçables dans certaines conditions (postes de secours avancés, navires, colonies, etc...) et ceci est un progrès pratique dont l’importance est décisive.
- Mais là ne s’est pas borné le progrès. Dans le but d’obtenir des produits encore plus stables, plasma et sérum ont été desséchés. Pour ce faire, différents procédés existent qui se ramènent à une déshydratation dans le vide à basse température. On obtient ainsi une poudre jaune clair qui, sous un petit volume, représente 25o ou 5oo cm3 de sérum ou de plasma à laquelle l’ajout de la quantité voulue d’eau distillée rend son apparence primitive. Tout dernièrement, enfin, on est arrivé à fractionner les molécules des albumines sanguines, à isoler celles qui sont le support de telle ou telle propriété et à les concentrer. Sous des volumes infimes de poudres, on a ainsi des albumines antihémorragiques, antichoc, ou des globulines préventives contre la rougeole, la coqueluche, etc.... Mais tous ces travaux dont l’avenir est considérable s’effacent à l’heure présente devant la nécessité d’assurer le sauvetage de nos blessés. C’est là le problème production.
- Les centres de transfusion.
- Un Centre de transfusion est à l’heure actuelle une « usine ». Une usine dont il est difficile de décrire l’étendue, la complexité, la variété et en même temps la précision des travaux.
- Rien ne peut mieux rendre cet aspect « moderne » de la transfusion que le terme de « Blood Bank », banque de sang, sous lequel sont, dans les pays anglo-saxons, désignés les centres de transfusion. « Banque » signifiant que le « donneur de sang » pourra toujours en cas de besoin recevoir des laboratoires le sang qu’il y a déposé.
- Le premier aspect de l’organisation est le problème des donneurs. Nombreux: sont à l’heure actuelle ceux epïr;- spontané*' ment, ont compris l’utilité et l’urgence de l’œuvre salvatrice à laquelle ils participent par le don de leur sang. En Amérique et en Angleterre, c’est par centaines de mille que se chiffre chaque mois le nombre des donneurs volontaires de sang. En France, des dizaines de milliers de personnes ont accompli soit à l’Hôpital Saint-Antoine, soit dans les postes mobiles de récolte du sang, leur devoir vis-à-vis de nos combattants. A l’heure de certaines offensives, en décembre et janvier derniers, 700 à 800 bouteilles de sang ont été journellement récoltées et expédiées aux armées.
- On conçoit l’énormité de l’administration nécessaire lorsqu’il s’agit d’inscrire, d’examiner, d’identifier, de convoquer, de reconnaître chaque jour 1 000 donneurs différents et nouveaux et de les recevoir dans des locaux bien adaptés à cet afflux de personnes, à qui il faut demander le moins de temps possible.
- On conçoit la complexité des services de propagande destinés à faire connaître l’utilité et l’urgence de l’effort, son innocuité aussi, puisqu’on ne prélève que le 1/20 environ de la quantité totale du sang que contient le corps ; des services de convocation, de collationnement de fiches, de réception, de direction des donneurs, de remerciements à tous céùx qui spontanément sont venus participer à l’œuvre entreprise et à qui certains avantages alimentaires sont accordés.
- Le donneur parvenu au centre est examiné, puis dirigé vers la salle de prélèvement de sang. Ici, nouveaux problèmes dont peu soupçonnent, sous leur apparence minime, la tragique gravité, parfois. Il faut assurer chaque jour 1 000 bouteilles étanches, qui pour être fabriquées demandent du verre, c’est-à-dire du coke, de l’aluminium, du caoutchouc, qui doivent être lavées impeccablement, stérilisées, étiquetées, réparties. Il faut assurer chaque jour 2 000 aiguilles bien aiguisées, montées sur des tubes de caoutchouc à prélèvement, parfois rarissimes, qui eux aussi doivent être lavés, stérilisés, répartis, etc....
- Le sang récolté doit être conservé dans des chambres froides, puis soumis, s’il s’agit de préparer du sérum ou du plasma, à des opérations techniques toujours délicates, car strictement à l’abri de l’air pour éviter l’infection, et qui, lorsqu’elles portent sur un grand nombre de flacons, nécessitent de vastes locaux et un personnel entraîné.
- Au terme de ces opérations, le sang doit être livré, et pour ce contrôlé, étiqueté, emballé soit en cartonnage avec les dispositifs nécessaires à l’injection, soit en caisses réfrigérées capables de maintenir une température de 4° pendant 3 à 5 jours. C’est plus de 4 000 litres de sang en 3 mois qu’a livrés aux Armées le Service Central de l’Armée, réinstallé à l’Hôpital Saint-Antoine depuis la libération de Paris, malgré toutes les difficultés que le rééquipement du Centre a soulevées.
- C’est donc bien l’image d’une véritable « usine » qu’emporte le visiteur qui a pu passer dans les différents services d’un centre moderne de transfusion. Usine dont le personnel doit au plus haut point posséder des qualités de stricte propreté, de conscience professionnelle, d’endurance. Chacun doit savoir, même dans les périodes de fièvre, même dans celles de fatigue, qu’une erreur d’étiquetage, un geste mal fait, c’est parfois la mort d’un blessé. Il est juste de rendre, partout où ils se trouvent, hommage à tous ceux qui se sont dévoués à ce labeur magnifique.
- Labeur magnifique, car il récompense par les surprenants résultats obtenus. Dans le traitement des hémorragies, des chocs, des blessures, des suites opératoires, dans nombre d’autres éventualités, la transfusion rend la vie à des milliers de malades et de blessés. C’est à ce titre qu’elle fait partie des méthodes de la réanimation, mot admirable pour les médecins et dont les résultats actuels justifient l’emploi.
- La réanimation.
- La réanimation consiste, en effet, dans le rétablissement de 4ft^e»!euI»tio«^u-de-'la«-rgspir-ationii&|squ1é.Geiles-Gf-&Qnt-momen-tanément abolies ou sur le point de l’être. Pour la réanimation circulatoire, la transfusion est une arme irremplaçable. Ce sont des quantités de 1 litre 5 à 3 litres qui sont nécessaires pour certains blessés, de 4 à 5 litres par 24 h pour certains brûlés, ou certains opérés, et l’importance des doses nécessaires est une notion d’acquisition récente et qui semble conditionner, jusqu’à un certain point, l’efficacité de la thérapeutique entreprise.
- Sous son influence, les joues se recolorent, la pression artérielle, nulle un instant avant, se relève, le pouls se ralentit et cette amélioration est parfois si frappante, si spectaculaire qu’elle fait comprendre le mot de a Ressuscitation » qu’emploient nos alliés anglo-saxons.
- C’est aux Armées qu'actuellement les plus magnifiques résultats ont été obtenus. 3o pour 100 de blessés sauvés en plus grâce à la réanimation. Voici des chiffres qui à eux seuls suffisent à expliquer que, dès 1939, des transfuseurs aient été entraînés et équipés à l’Hôpital Saint-Antoine au Centre de Transfusion. C’est en Afrique du Nord qu’à la reprise du combat, en 1942, ces formations ont ensuite été éduquées, jusqu’au moment où Paris libéré a pu reprendre son activité.
- Depuis la création de leur unité, ces médecins spécialisés ont connu de tels succès que partout les chirurgiens réclament leur collaboration. Il n’est plus de chirurgie de guerre sans Réanimation-Transfusion.
- Par ailleurs, chaque jour amène de nouveaux progrès. Entre le Centre de Paris et les équipes de l’Avant se créa un courant d’échanges où chacun apporta ses découvertes et ses suggestions. Dans une question aussi neuve, bien des points de vue changeront encore, et ce que nous vivons actuellement dans ce domaine, avec le réconfort d’une indispensable utilité, c’est une étape de progrès, dont la pratique civile bénéficiera amplement.
- Drs Arnault Tzanck et Paul Chiche.
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- L'ÉCONOMIE SOVIÉTIQUE “>
- II. — Résultats de la planification
- Nous avons vu dans un précédent article quelle est la structure administrative et économique de l’U. R. S. S. Nous avons vu également comment sont élaborés les plans économiques et comment s’effectue leur réalisation. Il nous reste à examiner maintenant les résultats obtenus sur la base de cette économie planifiée.
- Ces résultats peuvent être examinés de différents points de vue : du point de vue de la valeur absolue de la production et du revenu national et du point de vue de leur valeur relative, soit par rapport à l’importance de la population, soit par rapport aux pays étrangers.
- A. — LES RÉSULTATS EN VALEUR ABSOLUE
- La situation de l’U. R. S. S. a été totalement bouleversée par la mise en application des plans quinquennaux. C’est ce qu’indiquent notamment les chiffres relatifs au revenu national, à l’agriculture, à l’industrie et aux transports.
- i° Revenu national et production en valeur de l’agriculture et de Vindustrie.
- A la suite des énormes investissements réalisés dans les différents secteurs de l’économie soviétique, le revenu national a connu un extraordinaire essor. En 1913, le revenu national était de 21 milliards de roubles, en 1928, de 25 milliards, en 1932,
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- 1. Voir La Nature, n" 3087 du 1" mai 1945. Les lecteurs qui s’intéressent à cette question pourront utilement se reporter à l’ouvrage de l’auteur de cet article : « La Planification soviétique », ouvrage qui paraîtra prochainement à la librairie Marcel Rivière.
- de 45,5 milliards, en 1937, de 95,7 milliards C1). D’après le troisième plan quinquennal, il devait atteindre en 1942, 174 milliards de roubles. Comme il est probable que le plan a été réalisé à cet égard jusqu’à l’été 1941, on arrive pour cette époque, en se basant sur le rythme des accroissements antérieurs, au chiffre de 150 milliards de roubles environ. L’U. R. S. S. est donc entrée dans la deuxième guerre mondiale avec un revenu national 7 fois plus élevé que celui qui était le sien lors de la première guerre mondiale.
- L’agriculture ne semble pas avoir subi le même rythme d’expansion. De 1913 à 1937, la progression a été de 35 pour 100 environ. On peut estimer qu’à la veille de son entrée en guerre, en 1940, la production agricole de l’U. R. S. S. était de 23 milliards de roubles. Le progrès sur 1913 apparaît donc de plus de 57 pour 100, ce qui sans être aussi considérable que la progression du revenu national est loin d’être négligeable.
- Mais c’est dans le domaine de l'industrie que le bouleversement économique apparaît décisif. La production pour la grande industrie est passée (en prix fixes de 1926-1927) de 11 milliards en 1913 à 16,8 milliards en 1928 et à 89,6 milliards de roubles en 1937. Les deux premiers plans quinquennaux ont donc permis d’accroître la production industrielle de 714,5 pour 100 par rapport à 1913 et de 433 pour 100 par rapport à 1928. D’après les prévisions du troisième plan quinquennal qui était alors en cours de réalisation, on peut penser qu’en 1941 la production de la grande industrie atteignait 145 milliards de roubles, ce qui représente un potentiel industriel 13 fois supérieur à celui que la Russie possédait en 1913.
- Il est intéressant de remarquer à ce sujet que l’effort des plans quinquennaux a porté principalement sur l’industrie des moyens de production (qui comprend l’industrie d’armement). L’industrie des objets de consommation a vu progresser aussi sa production mais dans une moindre proportion. Dans la mesure où les estimations qu’on peut faire sur la réalisation du troisième plan quinquennal sont exactes, on peut penser que l’U. R. S. S. est entrée en guerre avec un potentiel de production accru, par rapport à 1913, de 22 fois dans le domaine des moyens de production et de 6,5 fois dans le domaine des objets de consommation, ce qui fait ressortir un essor économique extraordinaire mais aussi une certaine rupture d’équilibre entre ces deux branches de l’industrie.
- Les chiffres que nous venons de donner traduisent donc une transformation profonde de l’économie russe. Cette transformation prendra un aspect plus concret en examinant, pour les différents secteurs de l’économie, non plus les résultats en valeur mais les résultats en nature.
- Nous envisageons successivement l’agriculture, l’industrie et les transports.
- 1. Tous ces chiffres sont donnés en prix fixes de 1926-1927, c’est-à-dire après élimination des répercussions éventuelles sur le revenu national et la production des hausses de prix.
- Fig. 1. — Une usine de roulements à billes soviétique.
- L’usine dispose de puissants ateliers de réparations mécaniques. Une vue de l’atelier mécanique.
- (Photo T. Moussinov) (C. P. 5.398).
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- 2° Résultats en nature dans Vagriculture,
- Vindustrie et les transports.
- a) L’agriculture. — Pour l'agriculture, le total des surfaces emblavées a été systématiquement accru, surtout pour les plantes industrielles et le blé. La progression réalisée depuis 1913 est de l’ordre de 10 pour 100.
- Au cours de la deuxième période quinquennale, l’accent a été mis sur les rendements et c’est dans ce domaine qu’apparaît surtout le bouleversement apporté à l’agriculture soviétique par la politique des plans quinquennaux. Par rapport à 1913, les rendements ont en 1937 progressé de 31,7 pour 100 pour les céréales, de 28,4 pour 100 pour les betteraves à sucre, de 10,3 pour 100 pour le coton et 135 pour 100 pour le lin.
- Sous l’influence combinée de l’évolution des surfaces et de celle des rendements, les récoltes se sont accrues. En 1939, la récolte de céréales (1.054 millions de quintaux) avait progressé de 32 pour 100 par rapport à 1913, de 92,8 pour 100 pour les betteraves à sucre (210,2 millions do quintaux), de 2Si pour 100 pour le coton (28,2 millions de quintaux), et ceci malgré une grave période de crise en 1928-1932 au moment de la collectivisation. L’agriculture soviétique a donc connu en quelques années un essor extraordinaire bien que moins considérable que celui enregistré dans l’industrie.
- L’élevage n’a pas suivi le même mouvement, le cheptel s’était gravement ressenti de la crise suscitée par la collectivisation rapide des années 1928-1932 et reste en 1939 inférieur sur certains points à celui de 1910. Le cheptel chevalin surtout avait été gravement décimé. Cette perte a été en partie compensée par le développement de la mécanisation de l’agriculture.
- La mécanisation de l’agriculture a en effet progressé avec une grande rapidité. A la fin de 1937, 89 pour 100 des surfaces ensemencées étaient cultivées par des moyens mécaniques et, au rythme auquel se faisait la production de tracteurs (172 000 tracteurs de 15 cli par an en 1937) et de « combinés » ou moissonneuses-batteuses (55 000 combinés par an en 1937) on peut penser qu’au moment où la guerre a éclaté, la presque totalité des surfaces ensemencées était cultivée par des moyens mécaniques, cela d’autant plus qu’on a sü tirer progressivement un meilleur parti de ces machines.
- Le troisième plan quinquennal prévoyait une amélioration considérable de la base technique de l’agriculture, notamment l’accroissement du nombre des S. M. T. (centres de tracteurs) qui de 6 350 en 1938 devait passer à 7 850 en 1942.
- b) L’industrie. — Nous avons déjà vu par l’examen des résultats exprimés en valeur que l’industrie a connu un essor autrement considérable que l’agriculture.
- En ce qui concerne les combustibles, la production de houille a augmenté de 4,6 fois de 1915 à 1938. En 1940, elle a atteint 170 millions de tonnes, le plan de 1941 prévoyait 191 millions de tonnes.
- Quant à la production de pétrole, elle s’est accrue de 3,5 fois de 1913 à 1936 et on peut, estimer qu’en 1941, au moment de l’entrée en guerre de l’U. R. S. S., la production annuelle de pétrole était de 39 millions de tonnes environ.
- La sidérurgie a progressé dans des proportions sensiblement égales. De 1913 à 1938, la progression a été de 3,5 fois pour la fonte, de 4,3 fois pour l’acier et de 3,8 fois pour les laminés. D’après les prévisions du troisième plan, il est vraisemblable d’admettre qu’en juin 1941, les chiffres de la sidérurgie soviétique correspondaient aux productions annuelles suivantes, 18,4 mil-
- lions de tonnes pour la fonte, 23 millions de tonnes pour l’acier, 17,3 millions de tonnes pour les laminés.
- La production d’énergie électrique a connu en U. R. S. S. un essor extraordinaire. De 1913 à 1938, la production d’électricité s’est accrue de près de 21 fois. En 1942, la production d’énergie électrique était de 75 milliards de kilowatts-heures contre 36,4 milliards en 1937.
- Avec la construction mécanique, nous abordons un des domaines où la production a en majeure partie son origine dans les plans quinquennaux, c’est-à-dire un secteur où la position de l’U. R. S. S. est infiniment plus forte que n’était celle de la Russie en 1914. Pour ne citer que quelques chiffres, la production des machines-outils pour le travail du fer est passée de 1 490 unités en 1913 à 360.000 en 1937 ; celle des moteurs Diesels de 35,1 milliers de ch à 300 000 en 1937.
- L'industrie chimique a connu elle aussi un essor remarquable mais néanmoins insuffisant, d’après les déclarations officielles elles-mêmes, pour les besoins de l’économie soviétique, étant
- Fig. 2. — Une usine de guerre d’Oural.
- Jour et nuit des tanks sont délivrés par la chaîne.
- (Photo de D. Gribassow) (C. P. 5.399).
- donnée la profonde transformation de celle-ci. La production de 1937 représente cependant 24 fois celle de 1913. Le troisième plan quinquennal avait prévu un gros effort et la production de 1942 devait être, d’après ce plan, plus du double de celle de 1937. 11 est évident que l’agriculture soviétique (pour les engrais) et l’économie de guerre (pour les matières plastiques et les pneumatiques) sont largement tributaires de l’industrie chimique.
- C’est dans le domaine de l'industrie légère que la progresison apparaît la plus faible. La production de lainages qui était de 95 millions de mètres en 1913 devait être d’après les prévisions du plan de 175 millions de mètres en 1942 contre 105 en 1937, celle des chaussures qui était de 29,6 millions en 1913, devait être de 235 millions contre 164 en 1937. Pour les chaussures, le papier, le sucre, l’évolution depuis 1928 est favorable ; c’est pour l’industrie textile que la progression est plus faible et on peut penser que, dans la période actuelle, les principaux efforts portent sur l’industrie lourde. Le problème de l’habillement reste aujourd’hui un de ceux posés à l’économie soviétique.
- Les transports ont longtemps été un des secteurs les plus retardataires de l’économie soviétique, notamment en ce qui concerne les transports ferroviaires. De ce point de vue, une amélioration fondamentale a été réalisée au cours du deuxième quinquennat.
- La longueur du réseau ferroviaire s’est accrue de 27 000 km
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- Fig. 3. — Un tracteur de la fabrique de Cheliabinsk en action dans un vaste champ de la région d’Omsk.
- (Cliché France-U.R.S.S.) (C. P. 5.401).
- de 1913 à 1937. Ce chiffre est considérable en valeur absolue mais il est faible si on le rapporte à la longueur du réseau de 1913 (plus de 45 pour 100), à l’énorme développement industriel qui a eu lieu depuis et à la mise en valeur de régions géographiquement éloignées.
- Ce qui est remarquable, c’est l’accroissement du trafic des marchandises. Le trafic de 1937 exprimé en tonnes-kilomètres représente près de 5 fois et demie celui de 1913 et de 1932 à 1937 la progression a été de l’ordre de 110 pour 100.
- Ce résultat a été atteint grâce à un important accroissement du matériel roulant et à une utilisation meilleure de l’ensemble du matériel. Ces réalisations s’appuient elles-mêmes sur le développement remarquable de l’industrie mécanique qui a été capable de livrer, en 1937, 1 600 locomotives et 59 000 wagons. Ces résultats expliquent qu’en dépit des opérations militaires, le système ferroviaire soviétique ait pu continuer à fonctionner de façon à satisfaire les principaux besoins de l’économie de guerre.
- Cependant, comparée à celle d’un pays comme les U. S. A., la densité du réseau soviétique apparaît encore faible : 0,05 km de
- ................—— 167 :
- voie ferrée par kilomètre carré aux U. S. A. contre 0,0045 en U. R. S. S. soit un rapport de 1 à 10. Mais si l’on tient compte du rendement du matériel flxe, le retard soviétique apparaît moins considérable. En effet, tandis que le chargement annuel par kilomètre de voie ferrée est de 1,9 million de tonnes aux U. S. A., il est de 4,2 millions de tonnes en U. R. S. S.
- D’importants résultats ont été acquis pour les autres modes de transport. Le réseau de routes a été accru de 210 000 km au cours du deuxième quinquennat. Le réseau navigable intérieur a quintuplé du fait des plans quinquennaux, cependant la navigation intérieure n’a pas rempli son plan et en 1937, ce trafic ne représentait que 7 pour 100 environ du total des transports. La navigation extérieure en 1937 ne représentait que 8 pour 100 du trafic total, ce qui est également faible.
- En définitive, l’essentiel du mouvement des marchandises reposait encore au début du troisième quinquennat sur les chemins de fer qui, de ce fait, étaient soumis à un rythme de travail intense.
- En nous plaçant maintenant non plus au point de vue de la valeur absolue des résultats mais de la valeur relative de la production, d’autres indications intéressantes vont apparaître.
- B. - PRODUCTION SOVIÉTIQUE COMPARÉE A LA PRODUCTION ÉTRANGÈRE ET RAPPROCHÉE DE LA POPULATION OU DE LA MAIN-D'ŒUVRE
- i° Comparaison de la production soviétique et de la production étrangère.
- C’est pair cette comparaison que l’on voit le mieux combien la position relative de l’U. R. S. S. a été renforcée par la politique de planification. Cela tient, il est vrai, non seulement à l’expansion économique de l’ü. R. S. S. mais à la lenteur des progrès économiques dans le reste du monde depuis la première guerre mondiale. On assiste ainsi à un renversement des tendances par rapport au début du xxe siècle. En 1900, par exemple, la Russie produisait 8 fois moins de fonte que les ü. S. A., 6 fois moins que l’Allemagne ; en 1913, 11 fois moins que les U. S. A. et 8 fois moins que l’Allemagne, il y avait donc recul relatif de la Russie.
- U. R. S. S. U. S . A. Angleterre Allemagne France
- •
- 1913 • «937 1942 i929 1937 t929 1937 1929 1937 1929 1937
- Energie électrique (en milliards 3i ,6
- KwH) 1,9 36,4 75 120 i5o i5,9 29,8 5o,4 i4,4 H «8,3 H
- Houille (eu millions de tonnes). 29,1 127,1 230 54q,7 447,6 262 245 177 184 54 44
- Pétrole (en millions de tonnes) . 9,2 3o,6 54 138 170 — — — — — —
- Fonte (en millions de tonnes) . 4,2 i4,5 22 43,3 37,7 7,7 8,6 i5,3 i5,9 10,4 7,9
- Acier (en millions de tonnes) 4,2 >7,7 27,5 57.3 5r ,4 9,8 l3,2 18,2 19,8 9,7 7,9
- Laminés (en millions de tonnes) . Wagons de marchandises à 2 essieux 3,5 i3,o 21 4i,7 35,9 8,0 9,9 12,9 *4,1 6,9 5,3
- (en milliers d’unités) .... «4,8 66,1 9° 170,8 CTI £> W OC 19 — — — — — —'
- Automobiles (en milliers d’unités) . 0,2 o,4 5,4 0,2 o,5 0,1 o,3 0,2 0,2
- Ciment (en milliers de tonnes) . i,5 5,5 10 29,5 20,2 4,8 7,3 7,2 11,7 H 5,8 4,3
- Papier (en milliers de tonnes) . 0,2 0,8 i,3 5,5 5,3 1,2 i,9 2,3 2,9 —
- Sucre (en milliers de tonnes) i,3 2,4 3,4 1,9 1,6 “ 1,7 i,9 0,8 o,9
- 1. Production marchande seulement.
- 2. i935
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- Nous allons voir comment les choses ont évolué dans l'industrie d’abord, puis dans l’agriculture.
- Si nous examinons d’abord les données en valeur de la production industrielle mondiale, nous voyons qu’en 1913 la production de l’industrie russe ne représentait que 2,7 pour 100 de la production industrielle du reste du monde, tandis que fin 1937 l’U. R. S. S. apparaît comme le deuxième pays industriel du monde. Sa production est dépassée (de 2,8 fois) par celle des U. S. A., mais elle dépasse déjà de 20 pour 100 celle de l’Allemagne, de 45 pour 100 celle de l’Angleterre et elle est supérieure de 2,8 fois à eelle de la France.
- L’examen des données en nature montre d’une façon concrète quels sont les secteurs de l’industrie où l’évolution précédente a été le mieux marquée.
- Le tableau ci-joint en donne une idée.
- Même si l’on admet que, à cause de l’état de guerre, les prévisions du troisième plan n’ont pas été entièrement réalisées, il n’en reste pas moins que, pour les produits considérés, la position de l’U. R. S. S. apparaissait au début des hostilités, comme sensiblement équivalente à celle de l’Allemagne. La production en valeur était même dès 1937 supérieure de 20 pour 100 à la production allemande. Cela tient sans doute à l’importance de certaines productions qui n’apparaissent pas dans le tableau : production de tracteurs, d’avions et de matériel de guerre (dont les statistiques ne font jamais état), c’est-à-dire productions de l’industrie mécanique. En d’autres termes, c’est dans le domaine de l’industrie mécanique que l’U. R. S. S. a fait les plus grands progrès, tant relatifs qu’absolus, ce qui explique l’énorme déploiement de matériel de guerre auquel on assiste aujourd’hui.
- Les auteurs militaires allemands eux-mêmes attribuaient avant la guerre la plus grande importance à cet essor extraordinaire de l’industrie mécanique en U. R. S. S.
- L’auteur d’un ouvrage édité en 1936 par l’Institut d’Ensei-gnement militaire de l’Université Frédéric Guillaume insistait sur l’importance des usines de tracteurs soviétiques et sur le fait plus important encore que ces usines habituées dès le temps de paix à une production en série massive peuvent être très rapidement transformées pour la production de tanks.
- L’industrie aéronautique de l’U. R. S. S. était aussi considérée par des écrivains militaires allemands comme de première importance et ceci d’autant plus que l’ensemble des matières premières indispensables se trouve dans le pays- d"
- Cet aperçu rapide nous permet d’apprécier les progrès énormes que les plans ont fait réaliser à l’industrie soviétique et l’importance de sa position dans la production mondiale. Nous aurons cependant à mettre en lumière, plus loin, que si l’on tient compte du nombre d’habitants, la situation industrielle de l’U. R. S. S. est moins favorable qu’elle n’apparaît à première vue. Avant de procéder à cet examen, nous devons examiner rapidement la situation relative de l’agriculture soviétique.
- En 1939, si l’on ne tient pas compte du chiffre de la population, l’U. R. S. S. apparaissait comme étant en tête des principaux pays en ce qui concerne l’importance des récoltes des produits essentiels.
- En 1939, l’U. R. S. S. venait pour les céréales en tête de tous les pays. En ce qui concerne les pommes de terre, elle ne représentait que 74 pour 100 de la production allemande mais sa production était très supérieure aux productions française, américaine et anglaise.
- Pour le coton, l’U. R. S. S. était dépassée 3 fois par la production américaine mais le troisième plan prévoyait un accroissement considérable de sa production par l’extension des mesures d’irrigation dans le Turkménistan.
- Pour le lin et le chanvre, l’U. R. S. S. était en tête de la production mondiale.
- Si nous passons à l’élevage, le cheptel soviétique apparaissait en 1939, alors que les vides des années du premier plan quinquennal avaient été comblés, comme relativement nombreux, avec 66 millions de bovins contre 68,7 millions aux U. S. A. et 23,9 millions en Allemagne, 54 millions de porcins contre 58,3 millions aux U. S. A. et 29,1 millions en Allemagne. En ce qui concerne les chevaux, on en comptait 17,S millions en U. R. S. S. contre 10,6 millions aux U. S. A.
- La mécanisation de l’agriculture soviétique apparaissait en 1937 comme moins poussée que celle des U. S. A. Bien que le nombre de combinés utilisés soit à cette époque supérieur en U. R. S. S., les U. S. A. disposaient d’un plus grand nombre de tracteurs et d’une puissance mécanique de 7 ch pour 100 ha cultivés contre 5 ch en U. R. S. S. Il faut noter cependant que le troisième plan prévoyait un gros effort dans ce sens.
- De l’ensemble de ces chifires, il ressort qu’en ce qui concerne le cheptel comme en ce qui concerne les principales cultures, l’U. R. S. S. occupait la première ou la deuxième place dans le monde. Mais ici comme en ce qui concerne l’industrie, il est intéressant de rapprocher ces chiffres, soit du nombre d’habitants,
- Fig. 4. — Les kolkhosiens de l’Union soviétique accomplissent avant terme les obligations envers l’État et la remise à l’Armée Rouge du blé produit au-dessus du plan.
- voit ci-dessus un convoi de voitures chargées de blé pour l’Armée Rouge Kolkhoz « En avant » de la région de Iaroslav. Sur le calicot : 3 000 pounds de blé pour l’Armée Rouge. Kolkhoz « En avant ».
- (Cliché France-U.R.S.S.) (C. P. 5.394).
- soit du nombre d’ouvriers ayant concouru à la production. C’est ce que nous allons faire maintenant.
- 2° Production par tête et rendement du travail.
- Les chiffres que nous avons précédemment cités donnent l’impression que l’U. R. S. S. dispose d’une énorme puissance industrielle. Les chiffres auxquels nous arrivons maintenant montrent que la production de l’U. R. S. S. dans son ensemble souffre encore de la situation dans laquelle se trouvait la Russie en 1913 ou même à la veille des plans quinquennaux.
- En divisant la valeur de la production industrielle par le nombre d’habitants en 1937, on trouve que la production par tête des principaux pays est supérieure à la production soviétique.
- Si l’on envisage la production en nature, on constate qu’en 1937, en dépit d’énormes progrès, l’U. R. S. S. reste encore en arrière des autres pays quant à la production, par tête d’habitant, des
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- produits considérés. Le retard apparaît comme plus important en ce qui concerne les objets de consommation : textiles, chaussures, produits alimentaires. Le troisième plan quinquennal prévoyait un effort important dans ce domaine et, en 1942, le niveau de vie de la population soviétique devait se rapprocher de celui des populations de l’Europe occidentale.
- Le problème du niveau de la production par habitant est naturellement lié à celui du rendement du travail. Nous allons examiner rapidement cet aspect de la question. Le rendement du travail ouvrier en U. R. S. S., bien qu’ayant augmenté de 2,5 fois de 1932 à 1937, tout en étant voisin du rendement allemand, reste inférieur en 1937 à la moitié du rendement américain. Cela tient, semble-t-il, à la faible qualification de la main-d’œuvre, en majorité d’origine paysanne. Il y a là, à l’échelle de l’économie nationale, une source de réduction de la productivité effective du travail, mais il y a là aussi une source d’accroissement à venir
- de la production par le seul fait d’une adaptation progressive de la main-d’œuvre aux conditions de la production moderne. Nous avons d’ailleurs déjà parlé des efforts déployés en Union soviétique pour développer le rendement de la main-d’œuvre (primes spéciales, mouvement stakhanoviste, etc...).
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- La réalisation du troisième plan quinquennal devait représenter pour l’U. R. S. S. une étape importante dans la production et l’amélioration du niveau de vie. La guerre avec les pertes humaines effroyables qu’elle a entraînées et les destructions qu’elle a accumulées sur le territoire a sans doute reculé ces perspectives. Il n’est pas douteux que les pertes subies par l’agriculture du fait de l’avance allemande de 1942 et des répercussions de l’état de guerre sur la motorisation soient considérables. Elles sont avouées officiellement avec beaucoup de franchise. L’organisation collective des kholkoz repose sur la motorisation et il n’est pas douteux que l’avenir immédiat de l’agriculture collective dépende de la vitesse avec laquelle le pays pourra, après la guerre, reconstituer son parc de machines agricoles.
- En ce qui concerne l’industrie, il semble qu’un gros effort ait
- été fait au cours même de la guerre pour compenser la perte de la production des régions envahies grâce à un développement de la production dans les régions non envahies, ou même par la création de nouveaux centres industriels.
- Des prospections nouvelles ont été entreprises pour le pétrole, surtout dans le Kouban ; un nouveau centre charbonnier a été ouvert dans la région de Karangada qui fournissait au début de 1944 environ 4 000 t de charbon par jour.
- En ce qui concerne la sidérurgie, non seulement une partie des installations et des usines métallurgiques ont été transférées des régions occupées de l’Ouest vers les régions qui étaient hors de la portée des bombardements mais encore de nouvelles usines ont été installées. Les deux plus puissants hauts fournaux que possède actuellement l’U. R. S. S. ont été construits après juin 1941. Quant à la production de la sidérurgie, il a été indiqué que de mai 1943 à mai 1944, la production de fonte aurait augmenté de
- 27 pour 100, celle de l’acier de 26,5 pour 100, celle des laminés de 23 pour 100 C1).
- Au début de 1944, un rapport indiquait que la productivité du travail a augmenté au cours de ces dernières années dans des proportions assez considérables, 40 pour 100 pour l’ensemble de l’industrie, 45 pour 100 pour les constructions aéronautiques C1). D’après le rapport, cette évolution est due en grande partie à l’amélioration de l’organisation du travail, au développement de l’instruction professionnelle, à la généralisation du travail à la chaîne.
- Le travail de reconstruction est déjà avancé dans les régions libérées, ainsi les installations du trust Ujlitch à Ma-riopol ont été en majeure partie remises en marche, la grande centrale de Dniepropétrovsk est en reconstruction, les grandes usines de tracteurs de Stalingrad et de Karkhov sont en voie de restauration et l’usine édifiée dans l’Àltai par les ouvriers évacués de l’usine de Karkhov et inaugurée l’année dernière tourne actuellement à plein rendement.
- Telles sont les indications fragmentaires que l’on possède sur l’évolution, au cours de la guerre, de la situation économique de l’U. R. S. S.
- De l’ensemble de l’analyse précédente, il résulte que l’U. R. S. S. a non seulement réussi à mettre sur pied un système économique doué d’une énorme force d’expansion, un système qui a permis d’assurer l’équipement d’une armée capable d’affronter et de briser les forces offensives du IIIe Reich mais que le système économique qu’elle s’est donné a fait preuve, au cours de la guerre elle-même, d’une extraordinaire vitalité. Cependant la guerre a entraîné pour l’U. R. S. S. des dévastations et des destructions dont il est pour ainsi dire impossible de mesurer l’ampleur. Certes le pays dispose d’énormes forces vives et il a pour lui l’expérience de la construction économique réalisée au cours des deux premiers plans quinquennaux. La question n’en reste pas moins posée de savoir si l’U. R. S. S. sera capable de reconstruire son système économique par ses propres forces.
- Une telle question ne peut être posée dans l’abstrait. Il est évident qu’à la longue l’U. R. S. S. parviendra à reconstruire sa machine économique sans faire appel à l’aide du capital étranger; Mais la question n’est pas là. La question se trouve dominée par le
- 1. Dans tous ces cas, on ne peut savoir si, entre le début de la guerre et l’année de référence, on n’avait pas tout d’abord assisté à un recul.
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- problème du rythme et par celui de la durée et de l’ampleur des sacrifices qu’une reconstruction, sans l’aide extérieure, imposerait aux peuples de l’Union Soviétique. Il y a là un problème politique dont on ne saisit pas encore, pour lè moment, l’ensemble des données. En tout cas, une chose est certaine : c’est que les milieux économiques des pays anglo-saxons et surtout les milieux économiques américains espèrent pouvoir coopérer à cette reconstruction, non certes pour des raisons philanthropiques, mais parce que cette reconstruction ouvrirait un large marché à l’appareil industriel de ces pays.
- Rien ne met mieux en lumière ces espoirs que l’animation avec laquelle on discute en Grande-Bretagne, et surtout aux Etats-Unis,
- de la question du financement des exportations des machines et de l’outillage à destination de l’U. R. S. S. pour la période d’après guerre. La presse donne même des chiffres des crédits qui seraient offerts à l’U. R. S. S. et dont le montant dépasse de beaucoup tout ce qui a été consenti jusqu’à maintenant comme prêts internationaux au cours d’une période de paix.
- Il est évidemment difficile de dire dans quelle mesure ces projets pourront effectivement prendre corps ; ce problème est lié à celui de l’évolution de la politique mondiale et de la situation politique en U. R. S. S. Il ne nous appartient donc pas de l’examiner ici.
- Ch. Bbttelheim.
- UN GRAND PHYSICIEN DU XVIIIe SIECLE
- Jacques
- Jacques CHARLES (1746-1823) naquit à Beaugency, dans l’Orléanais. Après de fortes études classiques, il entra, en qualité de commis chez un contrôleur des finances. Cet emploi ayant été supprimé, il se livra, par plaisir d’abord, à des expériences de physique amusante. Mais bientôt, Chai-les étudia avec ardeur, avec passion la physique. Il était servi, d’ailleurs, par les nombreuses ressources d’un esprit curieux, qui n’hésitait jamais devant une initiative hardie. Sous l’amateur fantaisiste perçait un maître de la physique.
- Il donna des expériences publiques, qui connurent le succès,' l’engouement même ; il était de bon ton d’y assister, comme, en d’autres temps, on devait se montrer dans les salons.
- Et Charles savait la manière de retenir l’attention des assistants. Son contemporain, le mathématicien Fourier, disait : « Charles s’efforçait d’exciter la curiosité du public par la grandeur et l’intensité des résultats ».
- Un léger droit d’entrée lui permit de se procurer quelques ressources ; bien plus il fut le point de départ d’une véritable aisance pour le savant. La célébrité vint, elle suivait ses inventions, ses perfectionnements, ses travaux en aérostation.
- Il refit en grand les expériences de Franklin et de divers autres physiciens ; et puis il entra en relations avec les frères Montgolfier. C’est Charles qui eut l’heureuse idée de substituer le gaz hydrogène à l’air chaud pour le gonflement des ballons ; de plus, autre trouvaille intéressante, il vernissait le taffetas pour rendre l’aérostat pratiquement imperméable. On disait alors les « Charlières » pour distinguer ces ballons des premières « Montgolfières ».
- Et voici Charles aréonaute. Il entreprit et réussit plusieurs ascensions célèbres, dont celle du 1er décembre 1786 qui fit sensation. Elle frappa le roi, qui lui fit octroyer une pension de deux mille livres, et lui donna un cabinet de physique, dans les bâtiments du Louvre, dont il conserva la jouissance jusqu’à sa mort. Ses connaissances, sa pratique des choses de l’air en faisaient
- 1. Comme Pilâtre de Rozier et Romain voulaient placer un ballon à air chaud sous un ballon à hydrogène, Charles leur dit que c’était « mettre un foyer sous un baril de poudre ». Ce sage avis ne fut pas suivi. Les aéro-nautes tombèi'ent et périrent dans la Manche en juin 1785. On leur lit cette épitaphe :
- Ci-gît un jeune téméraire Qui, dans son généreux transport De l’Olympe étonné franchissant la barrière Y trouva, le premier, et la gloire et la mort.
- CHARLES
- un ingénieur-conseil dont les avis étaient recherchés, mais pas toujours écoutés, notamment de Pilâtre de Rozier, d’Arlandes, Romain (*).
- Vint la Terreur. Charles craignit fort pour sa vie, ou tout au moins pour sa liberté. N’avait-il pas, un jour, menacé de son épée le sieur Marat, au cours d’une controverse scientifique ? Par bonheur, les mauvais jours passèrent, et le physicien put continuer tranquillement ses travaux.
- Car limiter son activité scientifique aux expériences d’aérostation serait singulièrement restreindre le champ de ses investigations.
- On lui doit d’avoir démontré, avant Gay-Lussac, le principe de l’égale dilatabilité des gaz. Il perfectionna l’aréomètre de Fahrenheit pour mesurer la densité des liquides. Il est l’inventeur de plusieurs instruments dont : le mégascope et un goniomètre à réflexion. 11 se livra également à des recherches en mathématiques et publia divers mémoires sur les équations de divers degrés.
- Son cabinet de physique était réputé le mieux outillé des cabinets similaires de toute l’Europe.
- A la création de l’Institut, Charles en devint un des tout premiers membres et fut nommé secrétaire de l’Académie des Sciences.
- Il était alors logé à l’Institut, dans un appartement qui lui permit d’ouvrir un salon, et de réaliser, ainsi, le cher désir de sa femme : Julie Bouchaud des Ilérettes qui était la fille d’un armateur et d’une créole. Après une enfance et une jeunesse tristes et malheureuses, elle épousa le physicien Charles.
- Son salon connut la vogue. De hautes personnalités le fréquentaient. Et c’est au cours de ces réceptions qu’elle fit la connaissance de Lamartine. Madame Charles est l’Elvire du poète. Et l’on sait l’idylle d’Aix-les-Bains. Us s’y étaient donné rendez-vous pour l’année suivante. Emportée par la phtisie, « Elvire » ne put donc atteindre les rives du Bourget, baignés « par les flots chéris qu’elle devait revoir »... Lamartine a immortalisé cette passion dans ces admirables chants : « Le Lac » et « Le Crucifix ».
- Quant à Charles, il ne survécut que peu de temps à sa femme. Il s’éteignit à Paris, en 1823. Il laissait à ses confrères de l’Institut le souvenir d’un homme de science que les salons disputaient à l’Académie, et aux salons le souvenir d’un savant qui réussit à mettre la physique à la portée des gens du monde.
- Amédée Fayol.
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- UN SEDIMENT
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- DE TOUS LES TEMPS
- Le Sable
- Nul n’ignore l’existence du sable, tout le monde a eu l’occasion de se chauffer sur une plage ensoleillée; certains privilégiés ont même pu admirer ces immensités de sable que représentent les dunes du Sahara.
- Le sable est partout, le sable est de tous les temps. Aussi loin que nous remontions dans les étages géologiques, nous retrouvons partout du sable plus ou moins transformé, plus ou moins cimenté.
- Mais qu’esLce que le sable ? — Le sable est tout simplement du quartz. Les grains de sable sont des grains de quartz, autrement dit de la silice cristallisée à laquelle les chimistes affectent la formule SiO2. Très exceptionnellement, le scble peut être formé de grains de calcite cristallisée ou de grains de feldspath. Ces cas étant excessivement rares, nous les laisserons de côté et considérerons que le sable est toujours formé de grains de quartz.
- La couleur du sable varie du blanc au rouge brique. Cette coloration est due à la présence d’une quantité variable de sels ferriques. Il existe des sables totalement exempts de fer, ils sont de couleur blanche.
- Généralement les sables sont mélangés à d’autres minéraux; ils contiennent souvent de petites lamelles de micas blancs (muscovite) ou de micas noirs (biotite). La présence de bio-lite dans le sable donne à celui-ci un aspect grisâtre. Le sable
- marin contient toujours une grande quantité de petites coquilles intactes ou brisées.
- Les grains de sable sont partout, dans la terre arable, dans la vase, dans la tangue, dans la glaise, dans de nombreuses roches sédimentaires ou intrusives.
- Dans la définition du sable intervient la notion fondamentale de la dimension des grains. On appelle sable un matériau formé de grains dont les dimensions sont comprises entre 20 et 100 mici’ons. Au-dessous de 20 microns, on passe à une poudre et au-dessus de 100 microns au gravier. Ces frontières sont basées sur la variation brusque, pour ces dimensions, de certaines propriétés physiques.
- Il est difficile de parler des propriétés chimiques d’un sable, elles seront celles du quartz si le grain de ce sable est de la silice.
- Les propriétés physiques du sable. — Par contre, les propriétés physiques du sable sont intéressantes à étudier. Il peut être considéré comme un milieu homogène se comportant, en certaines circonstances bien déterminées, comme un véritable fluide. Ainsi le sable sec coule comme un liquide. En secouant un récipient rempli de sable sec on s’aperçoit que des objets de densité différente s’enfoncent à des profondeurs qui sont en rapport avec leur poids spécifique. Lorsque le sable est mouillé, il change de couleur, d’aspect et ses propriétés se trouvent modifiées. Il devient consistant, ne coule plus, se fragmente en petits blocs. Tout le monde a eu l’occasion de se rendre compte de ce phénomène : sur une plage, le sable, mouillé par les vagues, est dur, supportant facilement le poids de l’homme, tandis que plus haut, le sable sec cède sous le pied et rend la marche pénible.
- Contrairement à la vase, le sable est très perméable ; il peut servir de manière filtrante, dans la nature il rend souvent ce service.
- Certains sables fins, marins ou fluviatiles, possèdent une curieuse propriété : à l’état humide, ils cèdent sous les pieds de l’homme qui peut s’y enfoncer et disparaître complètement. On les appelle des sables mouvants. Cette particularité est vraisemblablement due à la propriété thixotropique (1) que possèdent de tels sables.
- Fig. 2.
- Dunes littorales.
- (C. P. 5.402).
- 1. Voir La Nature, n° 3083 du 1" mars 1945, p. 73.
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- D’où vient le sable P — Nous en arrivons maintenant à une question primordiale. D’où vient l’énorme quantité de sable dispersée à travers la surface du globe ? Le sable est partout, au fond de la mer, sur le littoral, dans les déserts, dans les couches géologiques.. La réponse à cette question ne peut être que conditionnelle; nos connaissances ne sont que fragmentaires et aucune preuve irréfutable de l’origine du sable n’a pu être fournie. La majorité des savants pensent que le sable provient de la désagrégation du granit. Celui-ci contenant, en plus du quartz, du feldspath et du mica, on peut se rendre facilement compte du volume formidable qu’il a fallu pour former tout le sable du monde. Quelles sont donc les montagnes colossales de granit qui ont pu former les immensités de sable du Sahara ? Où se dressaient-elles et où est passée l’argile fournie par la décomposition des feldspaths ? Autant de questions que l’on se pose et qui restent sans réponse.
- Le sable est de tous les temps. On le trouve dans tous les étages géologiques. On le rencontre sous la forme de véritable sable à grains séparés et sous la forme de grès qui sont des sables cimentés. Si le ciment n’existe plus, on obtient une
- tinu de l’eau douce des rivières a tendance à diminuer la salinité de l’eau.
- Le vent est le second agent qui transporte le sable. Il peut le transporter à de très grandes distances. C’est ainsi que le sable que l’on trouve dans la terre arable surmontant les coulées basaltiques est toujours d’origine éolienne, car le basalte ne contient jamais de quartz.
- Dans le cas des dunes, le vent joue le rôle principal, mais si son action est puissante, elle est limitée dans l’espace. Les vents dominants déplacent les dunes qui peuvent ainsi envahir les cultures avoisinantes et devenir un véritable fléau. Tout le monde a vu les dunes que l’on rencontre sur nos côtes, tout le monde connaît leur forme en croissant, tout le monde sait comment le sable, poussé par le vent, remonte la pente amont (par rapport à la direction du vent) pour dévaler la pente aval et finalement provoquer le déplacement de toute la dune. Si nos dunes ont des tailles modestes, au Sahara on rencontre des dunes qui sont de véritables collines atteignant xoo m de haut et qui, comme les vagues de la mer, déferlent lentement à travers l’immensité du désert sous un soleil de
- Fig. 3.
- Dunes avec stries dues au vent (États-Unis).
- masse dure et compacte où tous les grains de sable se touchent : c’est de la quartzite. Une variété intéressante de grès est constituée par la psammite qui est une roche feuilletée, la discontinuité entre les couches est produite par de fins dépôts de mica, minéral lamellaire à clivage facile.
- Les deux agents de transport
- Le transport du sable.
- de sable sont l’eau et le vent.
- Les eaux courantes, torrents et rivières, peuvent même, outre leur rôle d’agent de transport, servir à la formation du sable par désagrégation des roches quartzeuses. Les agents atmosphériques, humidité et température, peuvent également décomposer les roches et donner, sur place, des arènes de sable. v
- La mer transporte le sable, mais il ne semble pas que les vagues puissent contribuer à sa formation. Les courants marins se saisissent des grains de sable et les transportent à des distances souvent considérables. Dès que le courant faiblit, son pouvoir de transport diminue et le sable tombe au fond en formant des bancs, des flèches ou des plages. C’est pour cette raison que les plages sont toujours situées derrière un déflecteur constitué par un promontoire rocheux, un cap, un haut-fond. Les golfes, où ne pénètre pas le courant marin, voient souvent leur entrée plus ou moins barrée par une flèche qui tend à les transformer en lagunes dans lesquelles l’apport con-
- feu.
- Voici donc le sablé qui se présente à nous comme un nouvel ennemi. Il faut pourtant limiter ses dégâts, empêcher l’ensablement des ports, des passes et des golfes, freiner la progression des dunes vers les terres cultivées et habitées. Dans le premier cas, on peut jouer sur la cause : déflecter le courant marin, l’empêcher de déposer à tel endroit; tandis que dans le second cas, il semble impossible d’agir sur la direction du vent, aussi faut-il essayer de limiter sa néfaste action en fixant les dunes pour les empêcher de vagabonder.
- La lutte contre le sable. — Passons rapidement en revue les remèdes que lJon préconise. Ce court exposé ne peut __ ;..prétention, d olie nous nous borne-
- ions a indiquer le principe de ces remedes sans parler des réalisations pratiques. :
- Tant que le courant est fort, le. sable qu’il transporte ne gêne en rien. Il faut empêcher, ce matériau de se déposer. Ou bien il faudra établir les installations portuaires en des lieux où le courant possède encore toute sa vitesse, ce qui peut présenter certains inconvénients pratiques, ou bien il faut établir des déflecteurs disposés de telle manière qu’ils forcent le courant à déposer le sable aux endroits où il ne gêne pas les installations. Le draguage n’est pas une solution car ce sont les causes de l’ensablement qu’il est indispensable de supprimer et non dépenser périodiquement des sommes énormes pour en supprimer les effets.
- Dans le domaine éolien, le sable a été dompté plus facilement. On a planté sur les dunes des arbres ou des arbustes qui, par leurs racines, fixent le sable et l’empêchent de se déplacer. Cette solution a été appliquée dans les Landes. Elle a transformé la région. D’un district désertique, on a pu faire un département riche où les pins fournissent des quantités énormes de résine et de bois pour les mines, la menuiserié et lé chauffage industriel ou domestique.
- Ne calomnions pourtant pas trop le sable. Il nous rend souvent de grands services. Sans compter les belles plages de sable que nous sommes, tous les ans, contents de retrouver, le sable entre dans la fabrication du verre, du béton et d’autres produits industriels.
- Si nous apprenons à domestiquer les grandes étendues de sable du globe, de l’ennemi, qu’il a toujours été, le sable deviendra un allié et un produit utile.
- Y. Romanovsky.
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- La Science et
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- Guerre
- Bombes de 10 tonnes
- Le givrage des avions.
- Il s’agit évidemment de bombes d’avion, car l’avion est le seul engin capable d’amener au but de pareilles charges explosives. Le 14 mars dernier, au cours d’une mission stratégique, une escadrille de Lancaster, appartenant à la R. A. F. a, pour la pre-m i è r e lois, employé des projectiles de 10 t. Le but était le viaduc de chemin de fer de Biele-feld sur une
- importante voie ferrée desservant le bassin de la Ruhr.
- Le M i n i s-tère de l’Air anglais a communiqué quel-q u e s détails sur ce nouvel engin et ses effets.
- La bombe mesure plus de 7 m 30 de haut et de
- 1 m 15 de diamètre. Il faut 6 hommes et une demi-heure pour la charger à bord d’un Lancaster.
- Elle dérive de la bombe de 5,5 t dite « bombe trem-b 1 e m e n t de terre » qui a servi à couler le cuirassé Tirpitz, à crever les 5 m d’épaisseur de béton recouvrant des abris de sous-marins, et à faire des cratères de plus de 30 m de diamètre dans le tunnel de Saumur.
- En mars 1941, les bombardiers de la R. A. F. inauguraient sur le port d’Emden l’emploi des bombes de
- 2 t, avec des résultats qui surprirent aussi bien les assaillants que les assaillis. En 1943 on passe aux bombes de 4 t ; les premiers mois de l’année 1944 voient l’avènement de la bombe de 6 t. Toutes ces bombes étaient des bombes à souffle. En juin 1944 apparaissait la première bombe « tremblement de terre ».
- Son poids n’était pas supérieur à celui des plus grosses bombes déjà en service. Mais par ses effets elle constituait déjà le plus formidable projectile destructeur connu jusqu’alors. L’apparition de la bombe de 10 t marque une nouvelle étape dans cette progression de la puissance du bombardement aérien qui, sur terre et plus encore sur mer, révolutionne l’art militaire.
- Les avions rencontrent souvent dans les régions froides de l’atmosphère des nuages chargés de gouttelettes d’eau en surfusion. Ces gouttelettes se solidifient brusquement sur les diverses surfaces de l’avion. C’est le phénomène du givrage, si redouté des pilotes. Il fait, en effet, courir à l’avion les plus graves périls. Si les gouttelettes d’eau sont grosses, elles donnent en se solidifiant un revêtement de glace uni et régulier qui ne modifie pas le contour des ailes, mais qui peut arriver à surcharger dangereusement l’appareil et même à provoquer des ruptures d’ailes. Si les gouttelettes sont petites, elles donnent lieu à des dépôts do glace irréguliers qui modifient au hasard les angles d’attaque et font alors courir à l’avion les pires dangers.
- Dans tous les pays, on a entamé depuis longtemps la lutte contre le givrage. De nombreux appareils ont été imaginés pour débarrasser les ailes des croûtes de glace 'qui peuvent s’y déposer ou pour les empêcher de se forme. L’Army Air Force des États-Unis a organisé, à sa station expérimentale de Wright Field, un laboratoire exclusivement consacré à l’étude du givrage et à la recherche des moyens efficaces pour le combattre. Des savants notoires, comme l’illustre Irving Langmuir participent à ccs travaux. Les essais se font à terre et en vol.
- D’après le périodique américain Time, les conclusions actuelles de cet organisme sont les suivantes :
- En ce qui concerne les ailes, le système de dégivrage le plus efficace est celui q,ui utilise, les gaz d’é-chappement pour chauffer les bords d’attaque des ailes. Ce sys-t è m e a été adopté en particulier sur les bombardiers « B-24 Liberators » et a donné toute satisfaction.
- Mais il existe sur les avions un autre organe vulnérable au givrage : c’est l’hélice et l’on ne peut 1 u i appliquer le remède précédent. On a résolu le problème par un dispositif d e chauffage électrique : une petite dynamo montée sur le moyeu de l’hélice fournit du courant à des résistances
- chauffantes logées à l’intérieur des ailes de l’hélice.
- Il reste encore un problème à résoudre : celui de la protection des antennes de radio. Dans certaines tempêtes de glace, les fils d’antennes se recouvrent d’une couche de glace qui peut atteindre un diamètre énorme, comparable à celui d’un mât de navire. Sous pareil poids, les fils sont bien vite arrachés.
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- L'avion North American B-25 Mitchell
- Le bombardier léger North American B-25 Mitchell, est un bi-moteur à aile basse cantilever de construction entièrement métallique.
- Ce destroyer a été utilisé, en Méditerranée et surtout dans le Pacifique, où il a des actions d’éclat à son actif pour avoir coulé des torpilleurs et des bâtiments légers à l’aide de son canon de 75 mm.
- Ses caractéristiques générales sont : enver-gue : 20,600 m, longueur : 16,300 m, poids total en ordre de vol 15 750 kg, poids des bombes : 910 kg.
- Groupe motopropulseur : deux moteurs Wright-Cyclone, de 14 cylindres en étoile double, fournissant chacun à 2 400 t/mn,
- 1 600 ch au décollage.
- Performance : vitesse maximum, 480 km/h, équipage 5 à 6 hommes.
- Armement : selon une version il serait muni de 14 mitrailleuses lourdes de 12,7 mm, en plus du canon de 75 ; le blindage serait renforcé. Les mitrailleuses sont disposées comme suit : deux en tourelle avant supérieur, deux en queue, une de chaque côté du fuselage, deux de part et d’autre du nez et quatre dans le nez.
- Selon l’autre version il aurait : huit mitrailleuses dans le nez, deux sur le dos, deux latérales, deux en queue et quatre amovibles, soit au total 18 mitrailleuses lourdes de 12,7 mm, assurant une concentration de feux sans précédent à ce jour.
- Voici quelques renseignements sur le canon de 75 mm ; longueur : 2,900 mm, vitesse initiale du projectile : 850 m/s environ, recul :
- 555 mm, poids total du canon : 400 kg,
- poids du projectile : 9 kg avec douille et 5,9 kg sans douille.
- Remarquons que le 75 français a un recul de 850 mm, réduit à 550 mm avec frein de bouche.
- Il y aurait à l’étude un canon de 105 mm pour remplacer celui de 75 mm.
- Le bombardier léger North-American B-25 Mitchell. (C. P. 5.403).
- ÉCHOS
- Les nyctalopes.
- La note que nous avons publiée dans notre numéro du 15 avril dernier sous le titre : Pour voir la nuit, montre que les Allemands ont cherché à imiter la nature en créant, pour les besoins de leur aviation, des nyctalopes artificiels.
- A ce sujet, notre collaborateur, M. P. Basiaux-Defrance nous écrit : « J’ai rencontré peu de nyctalopes en Occident. Par contre le cas était assez fréquent dans l’ancienne Russie. Les enfants qui voyaient mieux la nuit que le jour étaient généralement voués au métier de cocher. Quand je vivais enfant dans le Donetz (1897 à 1900), nous avions un grand diable de cocher qui distinguait, par nuit noire, à 100 m de distance, un objet ou un petit animal traversant la route. Il pouvait également lire des inscriptions qui restaient absolument invisibles pour le commun des mortels.
- L’U. R. S. S. a-t-elle pensé à utiliser ces nyctalopes comme pilotes d’avions ? ».
- — Notre article disait également que les expériences faites par les Allemands avaient été signalées par le poste de radio Atlantic. Un de nos lecteurs, M. Chardin, de Cusset (Allier), nous précise à ce sujet que ce poste n’est pas d’origine allemande, mais la dénomination d’une station « clandestine » anglo-saxonne, donnant des émissions uniquement en langue allemande.
- Ombre lumineuse.
- Le palmier-dattier (Phœnix dactylifera) n’a pas de branches, mais seulement de grandes feuilles (dites Djerid) avec folioles de la largeur du pouce implantées de chaque côté d’un rachis (colonne vertébrale) de plusieurs mètres.
- Sur des allées africaines, au milieu du jour, nous avons observé que ces rachis ne portaient pas ombre. Le .soleil les projette sur le sol comme une ligne lumineuse de part et d’autre de laquelle les folioles donnent leur ombre. Cette projection laisserait croire que celles-ci sont indépendantes de tout support.
- Voici l’explication que nous trouvons pour ce phénomène. On sait que, à travers un feuillage, les trous fonctionnent comme des objectifs photographiques donnant une image du Soleil plus grande que le trou (diffraction).
- Or, le long du rachis, les folioles sont implantées par une courte queue avant de s’élargir en fer de lance. Entre le rachis et les limbes, il y a donc un trou de chaque côté du pétiole et de chaque côté du rachis.
- Chacun de ces quatre trous donnant une tache lumineuse agrandie sur le sol, ces « spots » se superposent et donnent l’apparence d’une ligne claire continue, la lumière absorbant même l’épaisseur du rachis qui est de quelques centimètres.
- Pierre Larue.
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- PROGRÈS DE LA LUTTE CONTRE LES INSECTES
- et les maladies qu'ils causent
- L'ATÉBRINE - LE D. D. T.
- Les guerres ont toujours été l’occasion de mettre en œuvre de nouveaux moyens thérapeutiques et celle-ci n’y a pas manqué. Elle a généralisé l’emploi de la transfusion sanguine dont les techniques ont été singulièrement perfectionnées ; elle a révélé la pénicilline, puissant agent antimicrobien. Elle a aussi permis de faire la preuve des qualités de l’atébrine et du D. D. T.
- L'atébrine
- L’atébrine, plus connue en France sous le nom de quinacrine qui est celui d’un sel très voisin, est la chloro-3-méthoxy-7-amino-isopentyldiéthylamino-9-acridine. C’est un dérivé de l’acridine, comme la trypaflavine, la gona-crine, le rivanol, dont les propriétés antiseptiques ont été utilisées depuis quelques années.
- L’atébrine est un des meilleurs agents de prophylaxie et de traitement des fièvres paludéennes. Découverte en Allemagne, son activité thérapeutique fut indiquée par un Français, le D1’ Decourt, et elle vient de permettre aux Américains la reprise du Pacifique.
- Depuis longtemps, le remède classique de la malaria est la quinine, alcaloïde du quinquina. Les plantations de cet arbre, presque toutes en Océanie, ayant été conquises par les Japonais, le monde entier manquait de remède contre les fièvres. L’atébrine le sauva.
- Déjà, avant la guerre, on avait discuté des mérites respectils des deux médicaments. En 1938, la Société des Nations les avait comparés à Salonique et on avait reconnu que l’atébrine est plus effiace dans le traitement préventif et que son absorption présente moins de dangers. Son seul défaut est de teinter la peau en jaune, couleur qui disparaît d’ailleurs quand on cesse le traitement.
- Lorsqu’il s’agit de reconquérir le Pacifique, la malaria commença ses ravages : dès le début du débarquement aux îles Salomon, 70 pour 100 des soldats en furent atteints ; en Nouvelle Guinée, le nombre des paludéens dépassa celui de tous les autres malades et blessés. Les services américains, privés de quinine, firent appel à l’atébrine et en commencèrent la fabrication intensive.
- Tous les hommes débarquant en Nouvelle Guinée en reçurent préventivement ; une pilule par jour, six fois par semaine. 20 pour 100 restèrent indemnes, 15 pour 100 n’eurent que de légères atteintes, guéries après absorption de 28 pilules en une semaine ; 65 pour 100, infectés, ne présentèrent aucun accident en suivant le traitement préventif et furent guéris par le traitement curatif. Les Etats-Unis produisent actuellement 250 mil-
- Épouillement par la poudre D. libérés par l’avance alliée
- lions de pilules d’atébrine et peuvent fournir à chaque marin ou soldat du Pacifique une réserve de 30 jours du traitement préventif qui a été rendu obligatoire.
- L’atébrine n’est pas qu’un médicament de guerre. Au Brésil, envahi en 1930 par le pire des Anophèles, Anopheles gambiæ, la malaria fit en 1939, en six mois, 100 000 victimes dont 14 000 morts. Protégés par les pilules d’atébrine, couverts de vêtements anti-moustiques, employant les pulvérisations de pyrèthre et le D. D. T. dont nous allons parler, les désinsecteurs commencèrent le dessèchement des mares et des flaques d’eau, tandis que la population recevait des pilules d’atébrine à titre préventif. L’épidémie de malaria a maintenant disparu.
- Le D. D.T.
- Le D. D. T., ainsi nommé par les initiales de ses constituants, est le dichloro-diphényl-trichlor-éthane. C’est une poudre insecticide, la plus puissante qu’on ait jamais connue.
- Découvert en 1874 par Zeidler, on ne connut ses propriétés insecticides qu’à partir de 1939 en l’essayant sur le doryphore. Les laboratoires américains mirent au point un produit non toxique pour l’homme et en fabriquèrent à profusion. Le D. D. T. a vaincu le typhus pendant cette guerre-ci.
- En 1915, la Russie, la Pologne, les Balkans, et notamment la malheureuse Serbie, avaient été ravagés et l’on avait compté plusieurs millions de morts. En 1922, les deux tiers des médecins de Turquie, périrent en soignant une autre épidémie. Depuis, des cas sporadiques furent signalés en Europe centrale, en Espagne et même en France.
- Le typhus, dont l’agent vecteur est encore mal connu, est transmis par les poux du corps et des vêtements.
- Il apparut en Italie, à Naples, en 1943, peut-être importé par des prisonniers serbes. Lorsque les Américains prirent la ville, l’épidémie s’étendait. Dès qu’elle fut dépistée, le général Fox, directeur de la Commission américaine du typhus au Caire, arriva en avion et commença non seulement à traiter la troupe et les habitants par des vaccinations appropriées, mais encore par désinfecter et poudrer au D. D. T. toutes les personnes ayant pu être en contact avec des malades. On versait la poudre par les ouvertures des cols, des manches, des ceintures ; en un mois, plus de 1 300 000 traitements préventifs furent appliqués. En janvier 1944, il y eut 311 cas de typhus ; en février, ils étaient tombés à 39 ; l’épidémie était jugulée.
- Le D. D. T., resté secret jusqu’à cette époque, est un insecticide extraordinaire. Si l’on en saupoudre un mur, toute mouche qui s’y pose meurt immédiatement, et cela pendant une durée de
- D. T. de déportés polonais à Charleroi (Belgique).
- (C. P. 5.400).
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- trois mois après le saupoudrage. Si l’on poudre un lit, aucun insecte ne survit et la protection dure au moins 300 jours. Les vêtements infestés de poux sont désinsectisés pour un mois, même si on les lave dans l’intervalle. Punaises, puces, mites, ne résistent pas mieux, non plus que les larves de moustiques. On l’a déjà essayé avec succès contre le doryphore de la pomme de terre, les chenilles de la piéride du chou, la pyrale des pommes, les aphides, les vers des fruits, les charançons des céréales.
- Pour le moment, le D. D. T. est réservé aux troupes et la production américaine, maintenant accrue jusqu’à 100 000 litres par mois, permet d’en fournir jusqu'en Chine où on l’envoie par avion.. . , . L
- Mais quel espoir pour un proche avenir dans la lutte que l’homme doit constamment soutenir contre ses plus dangereux ennemis, les insectes' !
- Cours et conférences
- a
- JEUDI 7 JUIN
- Société des Ingénieurs de l’automobile,
- o, avenue Friedland : 17 h. : Conférence : « Adaptation du moteur au véhicule par la transmission ».
- VENDREDI 8 JUIN
- Société des Ingénieurs de l'automobile,
- d, avenue Friedland : 17 h. : M. Gaillard : « Étude de la transmission électrique ».
- SAMEDI 9 JUIN
- Palais de la Découverte : 15 h. : M. C. Mauguin : ce L’architecture atomique des silicitates, constituants essentiels de l’écorce terrestre ».
- Institut scientifique d’Hygiène alimentaire (Grand Amphithéâtre) : 15 h. M. Jean Causeret : « Quels principes nutritifs essentiels les légumes frais peuvent-ils actuellement apporter à nos menus ? ».
- MARDI 12 JUIN
- Société des Ingénieurs de l’automobile, •o, avenue Friedland : 17 h. : M. A. Lacroix : « Les tracteurs Farmall ».
- -I.liiRCiii.iM 13 JUIN Institut technique du Bâtiment (Salle des Conférences du Musée de l’Homme, Palais de Chaillot) : 17 h. 30 : M. Coyne : (t Murs de soutènement à échelle. Applications diverses, essais sur modèles réduits ».
- La construction à l’épreuve du feu, par G. Bricard. Tome I. Théorie et essais de laboratoire. 1 vol. in-S°, 150 p., 52 lig. Œuvre pour la sécurité et l’organisation des secours, Paris.. ,
- Après avoir défini les notions de combustion, d’inflammation, de transmission de la chaleur par rayonnement, convection, conduction, l’auteur .explique les effets de la chaleur sur les matériaux de construction et rassemble les résultats des essais de laboratoire effectués notamment en France, à Bellevue, sous sa direction. Il s’en dégage une série de données importantes sur les constructions résistant à l’incendie.
- Manuel de la sécurité contre l’incendie, par
- le Commandant Maruelle. 1 vol. in-8°, 114 p., fig. Œuvre pour la sécurité et l’organisation des secours, Paris.
- Écrit à l’usage des comités de sécurité des établissements industriels et cominer-
- VENDREDI 15 JUIN
- Société des Ingénieurs de l’automobile, 2, rue de Presbourg : 17 h. : M. Durand-Gasselin : « L’industrie du Méthanal et sa contribution à la carburation ».
- SAMEDI 16 JUIN
- Palais de la Découverte : 15 h. : M. M. DE Brogeie : « Quelques propriétés du noyau des atomes ».
- Institut scientifique d’Hygiène alimentaire (Grand Amphithéâtre) : 15 h. : Docteur Édouard de Pomiane : « Comment se nourrir rationnellement et agréablement avec beaucoup de légumes et peu de viande ».
- DIMANCHE 17 JUIN
- Société astronomique de France, Sorbonne, amphithéâtre Descartes : 15 h. : M. J. Coulomb : « L’électricité atmosphérique ».
- MERCREDI 20 JUIN
- Institut technique du Bâtiment (Salle des Conférences du Musée de l’Homme, Palais (1e -Charlldt) : '17 m 30 : M. Marini : « Architecture et préfabrication ».
- SAMEDI 23 JUIN
- Palais de la Découverte : 15 h. : M. G.
- Bertrand : « Arsenic et erreurs judiciaires » (projections).
- ciaux par l’ancien chef du service technique du régiment des sapeurs-pompiers de Paris, ce guide plein d’expérience rappelle les diverses causes d’incendie, examine les moyens de détection, d’avertissement, d’alarme, les mesures de prévention, la constitution du matériel, sa mise en œuvre dans la lutte contre l’incendie.
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- De cet ouvrage désormais classique — il en est à la troisième édition— un Maître de notre Université vient d’écrire « que le lecteur est frappé par l’ampleur et la précision de la documentation comme parla clarté et la méthode de l’exposé, qui lui confèrent toutes les qualités caractéristiques des grandes publications françaises ».
- Paris
- MERCREDI 27 JUIN
- Institut technique du Bâtiment (Salle des Conférences du Musée de l’Homme, Palais de Chaillot) : 17 h. 30 : M. le Commandant L’Herminieii : « Pistes d’envol ».
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- Les Livres nouveaux
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- SOMMAIRE
- JVos grands réseatiM^d’énergie, pdpïP. DEVAUX . .
- <&? 9 7
- Les Sondeurs d’atoiAy^^uLte^, par,Pierre ROUSSEAU. Les groupes sanguins et le facteur rhésus L’usine à gaz dans la mine, par Jules COTTE Matières plastiques artificielles, par L. PERRUCHE .
- 177
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- 185
- Les pissenlits à caoutchouc russes . ... .
- La Science et la Guerre : La lutte contre les sous-marins ; compas gyroscopiques ; bombes incendiaires et lance-flammes.......................
- Récréations mathématiques, par H. BAROLET .
- Les Livres nouveaux............................
- 187
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- 191
- 192
- NOS GRANDS RÉSEAUX D'ÉNERGIE
- puissant réseau français d'interconnexion et de distribution d’électricité, qui couvre aujourd’hui la quasi-totalité du territoire, est une des plus imposantes réussites industrielles de notre époque. Ce fut également une des plus difficiles, du fait de la « géographie électrique » spéciale de notre pays.
- Aux États-Unis, il existe bien de longs Iransports d’énergie, mais la génération de la puissance est concentrée dans des usines très importantes, alimentant directement des cen-f res de consommation également très importants et en nombre réduit. En Angleterre, le prix du charbon étant pratiquement le même partout et l’énergie hydraulique inexistante, le réseau national s’est constitué par simple juxtaposition des électrifications locales. Dans les deux cas, le rôle de 1’ « interconnexion a proprement dite, autrement dit la création d'un ensemble équilibré permettant aux différentes usines de se prêter un mutuel appui, in1 s’est pas posé avec acuité.
- Ue marché français de l’énergie, au contraire. est nettement différencié : au Nord sont des centres miniers, capables d’alimenter conomiquemenl des centrales à poussiers intransportables ou à charbons maigres; au ben Ire, à l’Est et au Sud sont des usines hydro-électriques, dont les régimes sont au reste très heureusement complémentaires : régime « glaciaire » des Alpes, des Pyrénées, du Rhône (future usine de Génissiat), du Rhin (Kembs) avec « pointes » à la fonte des neiges, régime « pluvial » du Massif • entrai avec hautes eaux d’hiver sauf en cas de gelées, régime
- N° 3090 15 Juin 1945
- mixte du,Jura. En outre, la production est assurée principalement par des usines moyennes ; les seules usines capables de charger à elles seules une ligne à 220 000 volts sont Brommat
- Fig. 1. —- Appareillage extérieur du poste de Crertey.
- On aperçoit au premier plan les disjoncteurs « orthojecteurs » ti ipolaires, capables de couper 2 500 000 kYA. sous 220 000 V ; les organes de coupure sont lopvs à l'intérieur des isolateurs
- à gradins. P. 0.58381.
- (usine souterraine du groupe de la Truyère) et Ivembs, auxquelles il faudra ajouter Laigle (sur la Dordogne) et Génissiat (sur le Rhône). Les centres de consommation sont aussi très « répar-
- Le Numéro 10 francs
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- 178
- 'Comines'
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- iROUE(ty5'~*<
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- GennevilliersCÎ
- * PARIS",
- Aube »
- Rennes
- Tours
- Cure'
- vCHOLET
- TTeac
- Bordeaux
- •Saute t!
- Moniauban
- :MarsêiTkT
- Liqnes à Jexistantes Lignes de J
- 220 kV |projetées ----- 100à 150 kV|
- Centrales Athermiques - Postes
- [hydrauliques a [a sig
- Bureaux de répartition ®
- Fig. 2. — Le réseau français de transport d’énergie électrique
- (D’après le livre de Martincourt, L’équipement électrique de la France. Collection Que sais-je ?).
- tis », les régions parisienne,, marseillaise, lilloise ét celle de Lyon-Saint-Ëtienne étant les seuls centres importants.
- Finalement, le réseau français (fig. a) s’est constitué à l’aide de huit réseaux locaux faits de lignes à 6o ooo, ioo ooo et i5o ooo volts, qu’il a fallu relier au moyen du réseau national à 220 ooo volts unissant le Nord au Centre, le Sud à l’Est et le tout au centre de l’étoile géographique, constitué par Paris. Au cours de cette unification, de telles difficultés techniques se présentèrent, du fait de la circulation de colossales puissances réelles et puissances réactives, que l’on crut vers 1925 que le problème devrait être abandonné. C’est principalement aux travaux de mathéma-ticiens-électriciens, tels que Fortescue en Amérique et surtout Darrieus et Fallou en France, que l’on doit la solution théorique de ces difficultés et la, réussite de très grandes électrifications nationales sur le plan pratique.
- Turbines et alternateurs modernes.
- Quand nous tournons un bouton pour allumer une lampe, nous savons que le courant qui nous éclaire vient pour partie des plus lointaines usines de montagne par les lignes à 220 ooo volts, pour partie des usines thermiques. Mais quelles transformations, quelles « retouches » subit-il en cours de route P Quels sont les organes qui s’interposent entre l’Usine génératrice et notre compteur P
- Résumons-les schématiquement. Au départ, les machines génératrices de courant alternatif (alternateurs) (1) sont entraînées par des turbines hydrauliques ou à vapeur; le courant produit est élevé à très haute tension et envoyé dans les
- 1. Le courant alternatif est universellement préféré à cause, notamment, de sa facilité à changer de tension à l’aide de simples transformateurs « statiques », dépourvus d’organes mobiles.
- lignes ; celles-ci traversent en cours de route des postes d’in= terconnexion et de coupure, véritables « bifurcations », où l’énergie arrivant de plusieurs usines vient confluer, ou au contraire se bifurque vers différents centres de consommation. Il arrive enfin aux postes de transformation terminaux, où sa tension est abaissée par gradins jusqu’à une tension admissible pour la distribution ; et il est finalement réparti jusque dans les « colonnes montantes » des immeubles, où viennent s’insérer les branchements des abonnés.
- Reprenons en détail cette vue d’ensemble.. Les turbines modernes, tant hydrauliques qu’à vapeur, sont dotées de régulateurs basés sur l’action de la vitesse (1). Cette régulation n’est pas absolue. Si, par exemple, la demande de courant diminue, l’alternateur a tendance à emballer (ce qui signifie, pour le réseau, que la jréquence du courant fourni a tendance à croître); le régulateur intervient en diminuant l’arrivée d’eau ou de vapeur, mais il subsiste un léger « écart de fréquence » ; pour annuler cet écart, il est nécessaire d’agir sur la liaison mécanique du régulateur et de la vanne, soit à la main, soit au moyen d’un moteur, qui peut être « télécommandé » ou à fonctionnement automatique (fig. 3). Cette manœuvre d’ajustement se nomme compensation.
- Les alternateurs modernes sont du type à rotor inducteur et stator induit lisse. Ceci signifie que la partie tournante est formée d’une étoile comportant un grand nombre de pôles saillants (18, par exemple), tandis que la partie fixe contient les conducteurs induits, logés dans des encoches, et ne présente aucune saillie. Le courant d’excitation, continu et fourni par une dynamo spéciale appelée « excitatrice », est contrôlé par un rhéostat et amené aux pôles du rotor par des bagues. Là il crée un champ électro-magnétique dont la répartition dans l’espace varie périodiquement; ces variations font naître dans les circuits du stator les courants électriques dont l’intensité et le voltage varient avec la même périodicité, qui, en France, en règle générale, est aujourd’hui de 5o périodes par seconde.
- On remarquera que ces alternateurs sont du type syn= chrone, c’est-à-dire qu’ils tournent nécessairement à la même vitesse quand ils débitent sur un même réseau : c’est un véritable « engrenage électrique », qui a cette conséquence paradoxale que si les manœuvres de compensation ne sont pas bien faites, certaines machines ne fournissent pas leur contingent normal au réseau ou même peuvent « se faire traîner » par les autres usines !
- La tension directement fournie par les alternateurs modernes est considérable : les alternateurs de 32 5oo kVA de la centrale de Brommat débitent sous i5 ooo V ; le rendement est très élevé, atteignant à pleine charge près de 98 pour 100.
- On utilise sous le nom de compensateurs synchrones des machines tournantes dont nous verrons plus loin le rôle exact. Ce sont des alternateurs sans turbine, qui tournent « en
- Vapeur•_
- Régulateur
- Turbine
- Correcteur
- Alternateur
- Fig. 3. Principe de la correction de régulation d’une turbine.
- Le régulateur est relié à la vanne par une liaison mécanique qui peut être modifiée à l’aide d’une commande de correction.
- 1. Ou parfois de la fréquence du courant produit.
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- Fig. 4. — Appareillage extérieur d’une centrale thermique parisienne ( Issy-les-Moulineaux).
- On remarquera les cloisons coupe-feu séparant les appareils.
- (C. P. 05838).
- moteurs synchrones », à vide, sur le réseau. La technique actuelle tend à les enfermer dans une atmosphère d’hydrogène qui améliore le refroidissement et diminue les pertes par frottement gazeux. Une machine de ce type, de oo ooo kVA « réactifs », a été installée à Portet-Saint-Simon, près de Toulouse.
- Postes d'interconnexion et de coupure.
- En ce qui concerne la constitution du poste élévateur de tension au départ, qui accompagne l’usine génératrice, des postes d’interconnexion et de coupure, ainsi que du poste ahaisscur d’arrivée, nous nous bornerons à détailler le schéma de la fig. 5 représentant un poste terminal abaisseur, d’où il est facile de déduire par analogie le schéma de postes plus compliqués.
- Les sectionneurs sont des coupures mobiles, permettant d'isoler telle ou telle partie des circuits, et constitués par de simples couteaux en bronze qui s’engagent entre des mâchoires. Ils ne doivent jamais être manœuvrés en charge ; le rôle de
- Haute-
- tension
- Sélectionneur
- Sélectionneur
- Fig. 5. — Schéma simplifié d’un poste abaisseur de tension pour extrémité de ligne.
- (Ce schéma est « unifilaire ». Il doit être doublé pour une installation réelle monophasée et triplé pour le triphasé).
- R. transformateur d’intensité pour l’alimentation des relais ; S, transformateur de tension pour la signalisation et le comptage. Dans un poste d’interconnexion, il existe deux jeux de barres haute tension qui peuvent être échangées ou couplées par le jeu des disjoncteurs.
- coupure ou d'étüblissement du courant est dévolu à des appareils robustes, les disjoncteurs C1), comportant des dispositifs d’extinction de l’arc de rupture et des dispositifs de refroidissement.
- De nombreux systèmes ont été mis au point dans ces dernières années pour augmenter le pouvoir de coupure et la sécurité des disjoncteurs. Au classique disjoncteur dans une cuve massive d’huile sont venus s’adjoindre les disjoncteurs genre « De-Ion », à désionisation rapide de l’air, puis les disjoncteurs à soufflage par jet d’huile, par l’air comprimé, par l’eau. Le fluide extincteur peut être accumulé sous pressiqn, projeté par un mécanisme auxiliaire, par la manœuvre mécanique du disjoncteur ou encore par l’effet d’explosion de l’arc (2).
- Voici quelques chiffres. Les disjoncteurs à très grande puissance utilisés sur les lignes à 220 000 V sont capables de couper 2 millions et demi de kVA ; la coupure s’effectue en 6 à 8 « périodes », c’est-à-dire en un temps voisin de 1/7 de seconde. Cette promptitude est précieuse en cas de courts-circuits.
- Pour les transformateurs, la tendance est actuellement à l’accroissement considérable de la puissance unitaire. La transformation du courant triphasé s’effec-‘ tue soit à l’aide de trois transformateurs monophasés, soit au moyen d’un transformateur triphasé (xoo 000 kVA et plus, sous 220 000 V). Les bobinages sont spécialement étudiés pour résister aux efforts électrodynamiques très violents qui s’exercent lors de
- la circulation de courants de court-circuit. Le refroidissement est généralement assui'é par circulation de l’huile emplissant la cuve, cette huile traversant des radiateurs extérieurs ou étant elle-même refroidie par des serpentins à circulation d’eau. Cependant des transformateurs refroidis par 1’ « air soufflé » ont été installés à Marè-ges, Eguzon et Kembs, avec des puissances unitaires
- ho 000 kVA
- Barre 12.000 V. de fa sous-station 1
- ----------------1 80ua.
- Transformateur de réglage de la tension
- - départs ff.T. J
- rs,— Disjoncteurs £ —Réactances de Feeders
- \ Cables 12.000 V. d'ali-
- mentation des postes
- 6 ii 1 1 1 i i 1 il 1 L—J »**n \ 1 GA.
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- 6
- v Branchements d’abonnés
- Postes dt > transformation sous chaussée
- atteignant
- Réseau maillé Basse tension
- Fig. 6. — « Réseau maillé » pour la distribution du courant de basse tension de quartier, dans Paris
- En cas de rupture d’une « maille », l’alimenta-’ tion continue à être assurée (M/inTiNcouivr).
- Les « Réseaux maillés » urbains.
- Nous voici à l’autre extrémité des lignes haute tension. Il reste à « distribuer » le courant dans toute la superficie occupée par les abonnés. Prenons comme exemple la distribution parisienne, particulièrement équilibrée et complexe.
- L’énergie provient soit' des usines thermiques de la banlieue, soit des usines hydrauliques et, dans ce cas, elle est amenée par l’intermédiaire du poste transformateur d’arrivée 220 000-
- 1. Strictement, ces appareils sont des interrupteurs ; ils ne deviennent en fait des « disjoncteurs » que s’ils sont éventuellement commandés par des relais de protection ; c’est du reste le cas général.
- 2. Voir La Nature, n° 2996.
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- Go ooo Y de Chevilly. Le voltage du courant est abaissé à 12 ooo V (diphasé) dans les quatre postes de Nation, Tolbiac, Saint-Ouen et Issy. Transmis par des câbles armés sous trottoirs, dont la capacité de transport est d’environ 5 ooo kW par câble, ce courant à 12 ooo V alimente à son tour une trentaine de sous=stations de distribution, d’où partent enfin les câbles à 110 Y alimentant lès immeubles.
- Ce système de distribution convient aux cas les plus divers, notamment à l’alimentation des quartiers où existaient des te distributions trois fils » ou « cinq fils », dont l’abandon pur et simple était impossible. Là où une rénovation totale (évidemment progressive) a été possible, on en vient à la conception du réseau maillé et des transformateurs sous chaussée ou des transformateurs d’immeubles (tig. 6).
- Chaque « réseau maillé » couvre une superficie d’environ 1 km2. De la sous-station parlent 4 câbles 12 ooo V assurant chacun l’alimentation de 6 transformateurs sous chaussée de 4ao kW. Tous ces transformateurs cc nourrissent », par feeders diphasés de 100 mm2 de section, un même quadrillage de câbles parcourant les voies de la zone alimentée. Des fusibles protègent les départs des feeders et les points de jonction des quadrillages. On remarquera qu’en cas d’avarie à l’un des câbles 12 ooo V, les 6 transformateurs correspondant ne sont plus alimentés, mais le réseau maillé demeure alimenté par les 18 autres transformateurs; ceux-ci, ainsi que les câbles,
- sont prévus pour supporter la charge correspondante durant a4 h.
- Chaque réseau maillé pai'isicn distribue en moyenne 6 ooo kW et dessert 1 200 abonnés. Le rendement énergétique est de l’ordre de 86 pour 100.
- Comme on le voit, il s’agit là d’un type de distribution de haute sécurité. Pratiquement, le total des interruptions accidentelles de courant, chez les abonnés, ne dépassait pas 'ljk d’heure par an avant la guerre. Une sécurité analogue, comme l’observe très justement M. Martincourt, correspondrait à une panne annuelle de 50 secondes pour un automobiliste utilisant sa voiture 5oo h par an. Cette magnifique régularité de fonctionnement, à laquelle nous ne prêtions même pas attention aux temps heureux d’avant-guerre, n’a pu être maintenue pendant le rude hiver ig44-i945, les habitants de la région Parisienne ne le savent, hélas! que trop. Mais les dommages subis par les réseaux au cours de la bataille de France, la disette d’énergie hydraulique à la suite d’une longue période de sécheresse, la pénurie de charbon due à la paralysie des voies ferrées et des canaux, créèrent un concours de circonstances exceptionnel, qui explique les restrictions draconienenes et les interruptions aussi fréquentes qu’imprévues, que l’on a dû nous imposer.
- Pierre Devaux.
- Ancien Élève de l’École Polytechnique.
- INFORMATIONS
- Les prix Nobel de médecine.
- Science News Lelter nous apprend que le prix Nobel de médecine a été décerné en 1943 aux docteurs Henrik Dam et Edward A. Doisy pour leurs travaux sur la vitamine K et en 1944 aux docteurs Joseph Erlanger et Herbert S. Gasser pour leurs recherches sur le fonctionnement des nerfs.
- La vitamine K est une nouvelle venue dans la suite des vitamines, et elle a déjà trouvé d’importantes applications thérapeutiques. Elfe fut découverte en 1938 par un physiologiste danois, Dam, aujourd'hui installé au Strong Memorial Hospital de Roches-ter. Dam avait remarqué que des poulets privés quelque temps de matières grasses, présentaient une tendance aux hémorragies aboutissant souvent à la mort. Aucune des vitamines connues ne remédiait à cet accident qu’il supposa dû au manque d’un facteur de coagulation, la Koagulationsvitamin ou vitamine K. On la trouve surtout dans les feuilles vertes et on l’extrait notamment de la luzerne qui donne une huile jaune clair très active. La farine de poissons putréfiés, les bactéries intestinales de l’homme en contiennent également. La carence de vitamine K est surtout grave pour les nouveau-nés chez qui les hémorragies sont fréquentes ; on leur avait cherché diverses origines alors que l’absence de bactéries intestinales et le manque de vitamine K en sont la vraie cause puisqu’aussi bien on les empêche par l’administration d’un extrait hydrosoluble du produit. Il suffit de donner à la mère quelques milligrammes peu avant l’accouchement pour prévenir les hémorragies du nouveau-né, même et surtout celles intracrâniennes.
- Le Dr Doisy, de Saint-Louis University Medical School, a réussi à préparer la vitamine K pure par synthèse. C’est une naphto-quinone bisubstituée à chaîne latérale non saturée.
- Les prix Nobel de 1944 ont récompensé de tout autres travaux. Le Dr Erlanger est à l’École de médecine de l’Université de Washington ; le Dr Gasser directeur de l’Institut Rockefeller poulies recherches médicales. Ils ont grandement étendu des recherches commencées en France par Lapicque et son école. En 1913, La-picque et Legendre avaient signalé que la vitesse de réaction des
- fibres nerveuses est en rapport avec leur diamètre, les plus grosses étant les plus rapides. Erlanger et Gasser ont vérifié ce fait et l’ont considérablement étendu par des mesures électriques fines, notamment,à l’oscillographe cathodique. ......
- Ils ont ainsi reconnu que les fibres sensorielles sont plus petites que les motrices et qu’elles se classent en ordre décroissant, qu’on considère leur diamètre, leur excitabilité ou leur vitesse de conduction. Les plus fines sont celles qui donnent des sensations douloureuses et le traitement de la douleur trouvera certainement dans ces données de précieuses indications.
- Du sang dans les plantes.
- En 193S, Psetz avait découvert dans les nodules des racines des légumineuses, spécialement de la fève, la présence d’un pigment rouge qu’il considéra comme un produit intermédiaire de l’oxydation de la tyrosine, favorisant la multiplication des bactéries symbiotiques des nodules.
- L’année suivante, Kubo retrouva ce pigment chez un grand nombre d’espèces et reconnut au spectroscope qu’il s’oxyde à l’air, se réduit par l’hyposulfite, se combine à l’oxyde de carbone tout comme l’hémoglobine. Et finalement il put l’obtenir sous forme de cristaux d’hémine qui le révélaient analogue à l’hémoglobine du sang des animaux.
- Le professeur D. Keilin, de Cambridge, et le Dr Y. L. Wang ont repris cette étude sur le soja et viennent d’en faire connaître les résultats (Nature, 24 février 1945). Ils ont réussi à isoler le pigment à l’état pur et à le caractériser nettement ; c’est bien de l’hémoglobine, et d’ailleurs l’oxyde de carbone, poison de l’hémoglobine, empêche la fixation de l’azote par les bactéries des racines de légumineuses.
- L’hémoglobine est le pigment respiratoire des vertébrés ; elle manque ou est rare dans le sang des invertébrés. Et voici qu’on la trouve aussi chez les végétaux, ayant les mêmes fonctions. Une des barrières entre les deux règnes disparaît.
- Chose curieuse, les racines des légumineuses cultivées seules, non plus que les microorganismes isolés d’elles ne peuvent synthétiser l’hémoglobine. C’est seulement en vie symbiotique qu’elle apparaît.
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- LES SONDEURS D'ATOME(,)
- De Dalton à Louis de
- IV
- Les positivistes contre la science
- 'histoire se passe en i843.
- « J’arrivais du fond de ma province, raconte Pasteur, quand je t’entendis pour la première fois; il avait alors quarante ans. J’étais élève de l’École Normale. Nous suivions assidûment ses leçons à la Sorbonne. Longtemps avant son arrivée, la salle était pleine, les hauteurs couronnées de groupes d’auditeurs ; les derniers arrivés étaient refoulés jusque dans l’escalier. A l’heure sonnante, il apparaissait. Les applaudissements éclataient de toutes parts, des applaudissements comme la jeunesse seule sait en donner. Toute sa personne avait quelque chose d'officiel : habit noir, gilet blanc et cravate noire, il semblait qu’il se présentait devant le public comme devant un juge difficile, presque redoutable... ».
- Quel était donc ce professeur illustre, solennel, révéré par une bouillante jeunesse presque à l’égal d’un dieu?
- Un ancien petit commis pharmacien qui avait su faire son chemin dans la vie, était devenu un chimiste de réputation européenne et s’appelait Jean-Baplisle Dumas (i 800-1884).
- i843 : c’était le règne du roi-citoyen Louis-Philippe; avec son conseil : « enrichissez-vous », Guizot avait ouvert la voie à une politique et à une morale fort terre à terre, dont le positivisme créé par Auguste Comte (1798-1857) était le pendant en philosophie. — La science, s’écriait Comte, s’est trop occupée jusqu’ici de choses métaphysiques, elle a fait trop belle la part de l’hypothèse, elle a perdu trop de temps à des discussions stériles sur l’essence des choses ! Cramponnons-nous à la réalité, élaguons sans pitié tout ce qui n’est pas directement connaissable, et prenons pour seules guides l’expérience et la raison !
- L’expérience et la raison : voilà qui devait plaire, assurément, à des cerveaux français, traditionnellement épris, depuis Descartes, de claire logique et de souci réaliste. Aussi, tous les savants de ce pays adhérèrent-ils d’enthousiasme au positivisme en signifiant son congé à l’intuition et au mysticisme, et résolurent-ils de se cantonner désormais dans une expérimentation des plus strictes.
- Or, il faut bien convenir qu’à ce point de vue, la théorie atomique n’était pas très orthodoxe : ses particules infiniment petites exhalaient un fumet métaphysique suspect, et les méthodes par lesquelles leurs partisans prétendaient les atteindre paraissaient trop indirectes pour être très concluantes. Aussi, on comprend que Dumas, qui était l’un des positivistes les plus convaincus et les plus intransigeants, ait froncé les sourcils quand, en procédant à des mesures de densité de vapeur, il obtint, pour les poids moléculaires, des résultats franchement discordants. Ne constatait-il pas, en effet, que la molécule de phosphore se révélait, à mesure qu’on la chauffait au-dessous, puis au-dessus de 1 700°, d’abord composée de quatre atomes, -puis seulement de deux ? « Les gaz simples eux-mêmes n’ont pas toujours le même nombre d’atomes chimiques dans des volumes égaux », conclut-il..., de sorte que la loi de Gay-Lussac est inexacte, et que sa chute entraîne celle des idées d’Avogadro.
- 1. Voir La Nature à partir du 15 mars 1945.
- Broglîe et Joliot-Curie
- Un peu partout, des approbations s’élevèrent : — De plus, ajouta-t-on, la loi de Dulong et Petit n’est pas aussi rigoureuse que nous l’avions cru... — Et ma loi de l’isomorphisme n’est pas davantage sans défaut, avoua Mitsclierlich, puisqu’il existe des substances qui cristallisent de deux façons différentes. — Alors un chœur unanime se fit entendre : — Nous nous étions trop hâtés de faire confiance à la doctrine de Dalton et d’Avogadro : elle n’est décidément pas suffisamment démontrée par les faits. Foin de l’atomisme, comme nous le conseille le positivisme !
- Naturellement, si l’on répudiait l’atomisme, il n’était pas non plus question de ressusciter les quatre éléments d’Aristote ou les trois principes de Paracelse ! Les conquêtes expérimentales qui avaient fleuri à la suite des travaux de Dalton étaient trop importantes pour que l’on pût les rayer d’un trait de plume; mais, au lieu d’attribuer à des atomes hypothétiques des poids encore plus aléatoires, on résolut de s’en tenir aux chiffres effectivement marqués par la balance. Et l’on en revint aux résultats jadis obtenus par Riohter.
- Celui-ci avait découvert (2) que, dans une combinaison, les éléments se remplaçaient les uns les autres suivant des poids proportionnels; par exemple, dans le cas déjà cité du sulfate de sodium et de l’azotate de baryum, 23 g de sodium étaient capables de remplacer 137 g de baryum. — Cela signifie, avait observé, en 18x8, Wollaston (1766-1828), que 23 g de sodium sont équivalents à i37 g de baryum. Au lieu de parler des poids atomiques dès corps, qui sont inconnaissables, nous n’avons qu’à tabler sur leurs équivalents.
- Ce langage offrait l’avantage d’être construit sur une base entièrement expérimentale, mais il avait l’inconvénient d’assimiler à un atome la molécule du corps simple. Nous savons maintenant que même des gaz simples comme l’oxygène et l’hydrogène ne se présentent pas à l’état atomique : la plus petite parcelle qui en existe à l’état libre est la molécule, composée de deux atomes. Adopter la notation en équivalents, c’était donc confondre la molécule de l’oxygène, par exemple, avec son atome, c’était attribuer à son équivalent la moitié de son poids réel, soit la valeur 8, et, par conséquent, écrire la formule de l’eau HO, et non H20.
- Les équivalentistes l’emportèrent néanmoins sur les atomistes, grâce à des esprits de premier plan comme J.-B. Dumas, Sainte-Claire Deville, Berthelot. Le croira-t-on P Les équivalents restèrent au programme de l’enseignement secondaire français jusque vers i8g5. A vrai dire, à une époque où le positivisme avait force de loi, où le mécanisme était représenté par des géants intellectuels comme Berthelot, Kelvin, Helmholtz, Claude Bernai’d, où l’on tranchait souverainement au nom de l’Expé-rience (avec un grand E), les atomes, avec leur relent métaphysique et leur couche de poussière gréco-latine, ne pouvaient qu’avoir une mauvaise presse.
- Cependant, tandis que les chimistes ralliaient en masse le camp équivalentiste, dont le grand Traité de Chimie de l’Allemand Gmelin (1788-1853) allait codifier les lois en i844> tandis quo Berzélius vieillissant avait la douleur de voir les jeunes déserter ses idées, quelques Français isolés persistaient à soutenir le drapeau atomiste. Ce fut Gaudin (i8o4-i88o) dès i83i ; ce furent surtout Gerhardt (i8i6-i856) et Laurent (1807-1853).
- Ces deux derniers saisirent tout de suite que le nœud de la
- 2. Voir La Nature du 15 mars 1945.
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- difficulté était la confusion qui subsistait entre la molécule et l’atome. — Si nous désirons appliquer la loi de Gay-Lussac à un gaz composé, se dirent-ils en i85i, ce n’est pas l’atome que nous devons considérer : c’est la molécule, faite de deux atomes. Le poids moléculaire d’un gaz doit donc être le poids de la quantité de ce gaz qui occupe le même volume que 2 g d’hydrogène. — Le poids moléculaire ainsi, défini était égal à la somme des poids atomiques des composants, et Gerhardt put en publier une table d’une exactitude remarquable.
- Ces résultats auraient dû ouvrir les yeux des savants. Il n’en fut rien. Gerhardt et Laurent étaient des atomistes fanatiques, et ils se brouillèrent avec les équivalentistes. Comme ceux-ci constituaient la science « officielle », ils ne purent obtenir les laboratoires et les crédits dont ils avaient besoin. Épuisés par une lutte incessante contre l’entêtement borné des confrères, ils moururent à la peine, le premier à 4o ans, le second à 46.
- L’étendard pour lequel ils avaient si vaillamment combattu fut bien relevé par des continuateurs comme leur compatriote Wurtz (1817-1884) et l’Allemand Pebal, mais comment leur eût-il été possible de triompher, en un moment où Dumas déclarait : « Si j’étais le maître, j’effacerais le mot atome de la science, persuadé qu’il va plus loin que l’expérience, et jamais, en chimie, nous ne devons aller plus loin que l’expérience » où Sainte-Claire Deville proclamait : « Je n’admets ni la loi d’Avogadro, ni les atomes, ni les molécules, ni les forces, ni les états particuliers de la matière, refusant absolument de croire ce que je .ne puis ni voir ni même imaginer », et où Berthelot, au faîte du génie et de la gloire, rejetait les atomes dans le monde des fantômes métaphysiques jadis exorcisés par Descartes et Newton ?
- (A suivre). Pierre Rousseau.
- Les groupes sanguins et le facteur rhésus
- L’énorme développement des transfusions de sang pendant cette guerre a multiplié les recherches sur l'individualité du sang.
- Les groupés sanguins. — Dès 1874, Langlois avait reconnu que certains sérums ont la propriété de rassembler en amas irréguliers, d’agglutiner les globules rouges d’animaux d’espèces différentes.
- malades agglutine les hématies d’individus bien portants et l’on y chercha un moyen de . diagnostic.
- Peu après, Landsteiner observa les mêmes réactions avec des sérums d’hommes sains et, distingua quatre groupes sanguins humains qu’on désigne par les lettres A, B, AB et 0.
- Le sérum du groupe A agglutine les hématies du groupe B, celui du groupe B les hématies du groupe A, celui du groupe AB les hématies des groupes A et B ; seuls les sérums du groupe 0 n’agglutinent les hématies d’aucun groupe (fig. 1).
- Si l’on transfuse du sang ou du sérum d’un homme de groupe A à un homme de groupe B, on provoque chez celui-ci des accidents graves, notamment des embolies, par agglomération des globules rouges en piles et en amas volumineux. Seuls les hommes du groupe 0 sont des « donneurs universels », leur sang peut servir sans danger dans tous les cas.
- Dès que ces faits ont été connus, on a procédé à l’essai d’agglutination du sang de tous les donneurs et de tous les récepteurs pour éviter des incompatibilités.
- On explique ces agglutinations sélectives par la présence d’agglutinines a et (3 et d’agglutinogènes.
- Le caractère du groupe sanguin est héréditaire et suit les lois de Mendel.
- Dans une population, la proportion des individus de chaque groupe est variable selon les races et les milieux. En France, on trouve 43 pour 100 d’individus du groupe O, 42 à 45 pour 100 du groupe A, 10 à 11 pour 100 du groupe B, 2 à 3 pour 100 du groupe AB.
- Depuis, on a divisé ces groupes en sous groupes et distingué d’autres combinaisons et d’autres facteurs.
- Ces caractères spéciaux du sang ont déjà servi en médecine légale pour l’identification des taches de sang et la recherche de la paternité.
- Le facteur Rhésus. — En 1940, Landsteiner, injectant à des lapins des hématies du macaque Rhésus, constata que le sérum de ces lapins agglutine les hématies de 8b pour 100 des individus humains ; 15 pour 100 seulement ne réagissent pas. Les premiers
- sont dits posséder le facteur antigénique Rhésus ; ils sont Rhésus positifs ou Rh + ; les autres sont Ith—.
- Si l’on mélange deux sangs humains, l’un Rh + et l’autre Rh —, on voit apparaître l’agglutination suivie d’hémolyse. Il y a incompatibilité des deux sangs. Cela a une importance très grande pour les transfusions, si bien qu’on pratique maintenant en plus des réactions de groupes sanguins l’essai du facteur Rh pour éviter les accidents.
- Le facteur Rhésus est aussi héréditaire. Il se transmet du père à l’enfant. Si donc un homme Rh + épouse une femme Rh —, éventualité qui se produit dans 15 pour 100 des mariages, le couple ne pourra guère avoir d’enfants. L’embryon, le fœtus ou le nouveau-né présentera une destruction progressive de ses globules rouges, des anomalies de leur formation, provoquant l’anémie et l’ictère. La maladie connue sous le nom d’érythroblastose n’aurait pas d’autre cause, non plus peut-être que la cyanose du nouveau-né et chez la mère les toxémies gravidiques, l’éclampsie et les avortements à répétition.
- Faut-il en arriver à une analyse de laboratoire pour déceler les incompatibilités sanguines avant tout mariage ?
- Fig. 1. — Les quatre groupes sanguins.
- De haut en bas, groupe O, B, A, AB, d’après Lattes
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- LA GAZÉIFICATION SOUTERRAINE EN U. R. S. S.
- 183
- DANS LA MINE
- L'USINE A GAZ
- Parmi les techniques neuves, les essais audacieux et grandioses des Soviets, j’en choisirai un parce que je le connais bien. En ig3i, je me trouvais à Gorlovka, fort occupé à la surface de la mine. Je rencontrai là-bas des ingénieurs soviétiques effectuant des essais sur la combustion, la gazéification du charbon dans la mine même. Vous me direz peut-être : le charbon c’cst excellent dans un poêle, par les grands froids, •surtout à celte époque de restrictions, où la combustion alimentaire ne supplée pas à l’insuffisance du chauffage externe. Cela ne m’avancerait pas beaucoup si les mines de Lens ou de Béthune s’avisaient de le brûler dans leurs houillères.
- Les ingénieurs russes pensaient exactement le contraire. Ils se disaient : pourquoi se donner tant de mal pour extraire le charbon, creuser des galeries coûteuses, abattre la houille, la remonter à la surface pour l’y brûler parfois immédiatement sous des chaudières ou dans des gazogènes ?
- Un gazogène, en somme, c’est comme un puits de mine et rien n’empêche d’allumer le charbon sur place dans la mine, de l’y faire brûler incomplètement comme dans un gazogène de façon à obtenir du gaz à l’air, du gaz à l’eau.
- Et ce gaz pourrait être aisément transporté à distance pour les besoins industriels ou domestiques ou pour l’alimentation d’une centrale productrice d’énergie.
- On économiserait ainsi bonne partie du coût de l’énergie, puisque le travail d’extraction reste le facteur le plus onéreux dans le prix du charbon.
- Ainsi la mine pourrait, dans un grand rayon, fournir de l’énergie électrique, de la chaleur à prix réduit, sans charrois encombrants sur routes et voies ferrées.
- De plus ce procédé présente l’inappréciable avantage de permettre la mise en valeur des gisements délaissés, des combustibles cendreux disséminés un peu partout et dont l’extraction s’avère trop dispendieuse.
- Dans les bonnes houillères on peut par ce moyen tirer parti des résidus d’extraction.
- Les premiers essais
- Notre reconstruction, la pénurie des transports, notre appauvrissement confèrent un intérêt tout particulier et très actuel à l’examen de cette réalisation soviétique.
- Le procédé fut préconisé dès 1888 par le grand chimiste russe Mendéleef. En 1914 le chimiste anglais Ramsay reprit cette idée que la guerre fit reléguer à l’arrière-plan. Ramsay mourut et on n’en parla plus.
- Les ingénieurs de l’U. R. S. S. ont repris la question. Us effectuèrent de nombreuses recherches très compliquées tout d’abord. S’appuyant sur la technique des gazogènes, ils concassèrent du charbon dans des chambres closes aménagées dans le gisement. , D’-
- Après allumage du charbon, ils y injectèrent de l’air, entretenant une combustion incomplète et recevant à la surface les gaz combustibles.
- Les résultats ne furent guère encourageants et d’ailleurs cette méthode ne réduisait guère le travail du mineur. Le procédé perdait sa raison d’être.
- La méthode du courant
- Alors on expérimenta la méthode du courant. Des puits et galeries donnent accès au bas d’une couche de charbon en deux points éloignés A et B, joints au bas (fig. 1) par une galerie CD où s’opère la combustion. On insuffle de l’air en A par exemple après avoir déterminé l’allumage dans la galerie CD et le gaz sort au point opposé B. La combustion se propage en remontant dans la couche tandis que les cendres, les éboulis s’accumulent au-dessous comme le montre la coupe de la figure 2. Si la couche est suffisamment inclinée, la cendre et le mâchefer dégagent la surface en combustion, tandis que dans les couches
- Fig. I. — Méthode du courant, vue perspective.
- horizontales ces scories s’accumulent parfois en formant des tas qui partagent le flux d’air en plusieurs dérivations et gênent le contact avec la masse incandescente.
- Cette méthode s’est révélée viable malgré certains inconvénients variables suivant les gisements, et plus sensibles toujours dans les couches à faible pendage.
- Il faut compter notamment avec l’effondrement du toit, au fur et à mesure que la combustion se propage loin de la galerie dans la couche de charbon.
- L’insufflation d’air permet d’obtenir du gaz à 1 000 calories par mètre cube. Mais on peut additionner l’air d’oxygène, de vapeur d’eau, de gaz brûlés et d’autre part le gaz peut se charger, dans la mine même, des produits de la distillation des charbons. Dans certaines installations le pouvoir calorimétrique atteint 3 000 calories.
- En soufflant alternativement air ou oxygène et vapeur d’eau on obtient des gaz dont la teneur en hydrogène dépasse les 5o pour 100 du gaz à l’eau théorique.
- Le réglage du débit du gaz et de sa qualité s’effectue en modifiant les quantités d’air injectées, ainsi que les additions d’eau, d’oxygène dans l’air.
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- Les gaz obtenus peuvent être utilisés pour le chauffage industriel ou domestique, mais aussi pour l’alimentation directe des moteurs à explosion, pour les hydrogénations dans les usines chimiques, pour les synthèses de l’a m m o n iaque, des essences, du mé-thanol.
- En ce qui concerne la composition de ces gaz je présenterai ici les résultats obtenus à Gorlovka en igSb, tels que je les ai recueillis lors de mon voyage en U. R. S. S. en ig36, l’air était enrichi par de l’oxygène dont les proportions sont indiquées ci-dessous :
- Quantité 21 27 40 65 100
- d’oxygène pour 100 pour 100 pour 100 pour 100 pour 100
- C02 .... 6 - 9 35 -11 p ? p
- 0 0 - 0,2 0 - 0,4 0,2 0,2 0,2
- CO .... 13 -16,4 15 -25 15 24 8 -13
- H2 .... 12 -14,6 13 -22 26 22 39 -65
- ?n’H4 . . . 1,5- 2,8 3,5- 6 6,2 8,8 3 -14
- N2 67,5-55,8 65 -35,5 35,6 25 8 -16
- Quelques résultats manquent concernant CO2. La première colonne concerne de l’air à 21 pour 100 d’oxygène, c’est-à-dire de l’air ordinaire sans aucune addition d’oxygène.
- Le charbon traité contenait o pour 100 d’eau, 29 pour xoo de cendres ; son pouvoir calorifique atteignait 5 5oo calories.
- On fit une série d’essais en envoyant alternativement de l’air humide et de l’air sec et on obtint :
- Fig-. 2. — Méthode du courant (coupe).
- Gaz à l’eau Gaz à l’air
- C02 20,8 20,30
- 02 0,1 0,17
- CO 14,67 19,60
- H 2 45,65 18,25
- CI14 4,27 2,68
- j\2 14,5 39
- Pouvoir calorifique 1 889 1 295
- Quantité relative 23,4 76,6
- On peut constater que dans le gaz à l’eau le rapport hydrogène-azote :
- H2 ___ 45,65 _ „
- N2 “ ÏL5 ’1-
- Il correspond sensiblement à la formule de l’ammoniac. Il est donc bien adapté à la synthèse de ce corps.
- Le rendement de l’opération, c’est-à-dire le pouvoir calorifique total de la masse des gaz fournis rapporté au pouvoir calorifique du charbon brûlé, était de l’ordre de 70 pour 100.
- Dans des installations ultérieures on a pu réduire la proportion de CO2 à 10-15 pour 100 augmentant celle de CO (a5 pour 100 environ), celle de H2 dépassant 5o pour 100.
- La méthode des trous
- Une autre méthode a retenu tout particulièrement l’attention, celle des trous. Tandis que dans la méthode du courant la combustion attaque sur toute sa largeur la base de la couche, avec la méthode des trous, au contraire, la combustion s’établit dans toute la profondeur de la masse.
- Dans un panneau de charbon ABCD entre les deux’galeries AC, BD (tig. 3), on fore des trous parallèles éloignés l’un
- de l’autre par exemple de 2 m. Par le puits MA, la galerie AC 011 injecte de l’air après avoir pratiqué l’allumage de chaque trou au moyen de charbons de bois ardents ou d’une résistance électrique. Le gaz sort à l’autre bout du massif dans la galerie BD et le puits ND.
- Les trous s’agrandissent (tig. 4) jusqu’à la combustion complète du massif de charbon.
- Ces deux méthodes exigent des galeries d’allumage et des puits d’accès pour l’admission de l’air, l’évacuation des gaz.
- Mais on a constaté qu’entre les divers trous se produisent des fissures, la masse charbonneuse après chauffage présente une certaine porosité, elle laisse filtrer l’air et le gaz.
- La méthode de filtration
- D’où une nouvelle méthode dite de filtration. Dans deux trous voisins on provoque une combustion en injectant de l’air dans un long tuyau qui pénètre profondément tandis que les gaz s’échappent dans l’espace annulaire, entre les parois et le tuyau. L’allumage préalable a été pratiqué en jetant dans les trous des charbons de bois ardents ou bien par des résistances électriques. Au bout d’un certain temp on peut injecter de l’air dans l’un des trous seul, lé gaz étant capté sur l’autre.
- On conçoit que celte méthode permet de supprimer les puits et galeries dans beaucoup de cas. On creuse en surface des trous disposés autour d’un centre ou suivant une ligne donnée. La dislocation des masses charbonneuses se propage excentriquement et il suffit de creuser des trous de plus en plus loin pour en extraire le gaz. Quand la combustion gagne ces trous, iis servent à leur tour pour l’insufflation d’air, tandis que l’on ferme les premiers trous sur la houille déjà bridée.
- Les réalisations
- A la veille de la présente guerre l’Union Soviétique disposait déjà d’un certain nombre d’exploitations fournissant un débit régulier de gaz de qualité constante.
- Dans le bassin du Donetz ce sont les installations de Gorlovka, Lissitchansk, Chakht. Il y en a dans le bassin de Moscou et dans celui de Kouznetzk, au centre de la Sibérie.
- Au siège de Kouznetzk la production horaire atteignait 25oooo m3, tandis qu’à Kourakov elle était de l’ordre de 4oo 000 m3.
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- A la veille de la guerre on envisageait des installations dans d’autres bassins, notamment dans l’Oural, en même temps que l’extension de celles des bassins du Donetz, de Sibérie, de Moscou, ainsi que l’étude de la gazéification des schistes de la basse Volga dont les réserves étaient évaluées à io milliards de tonnes.
- Le gaz prévu pour l’alimentation de la capitale devait atteindre 3 ooo calories ; des essais préalables avaient établi la technique appropriée. On injectait sous terre de l’oxygène à 90-95 pour 100 chargé de vapeur d’eau, et le gaz obtenu était débarrassé de son acide carbonique par simple lavage à l’eau.
- L’obtention économique d’oxygène présente donc un intérêt capital. Le professeur Kapitza aurait obtenu d’excellents résultats.
- Naturellement le gaz de ville doit être épuré, privé de son soufre. Cette opération est le plus souvent très rentable car elle fournit à bon prix le soufre recherché par l’agriculture et l’industrie.
- Tenant compte des frais exceptionnels dus à la mise au point de ces procédés, on estime que le gaz reviendrait au tiers, au quart même de son coût habituel, c’est-à-dire du coût avec extraction du charbon et gazéification à la surface dans les gazogènes.
- Ce procédé permet de valoriser les charbons cendreux dont les gisements nombreux en France ne supportent pas les frais d’extraction, et qui restent inutilisés malgré la disette de combustibles. On peut gazéifier houille, anthracite, lignite, tous les combustibles relativement secs.
- En U. R. S. S. la méthode a même été appliquée aux gisements de pétrole abandonnés. Le iiaphte imbibant les sables au fond des puits, sous l’effet de la combustion partielle, était déplacé ou bien distillé, on recueillait le liquide ou bien les vapeurs d’essence dans le gaz sortant.
- Le gaz malheureusement est relativement assez pauvre ; il ne saurait être question de l’expédier à 1 000 km de distance comme le font les Américains avec clü gaz à 10000 calories ou comme vont le faire les Russes qui construisent actuellement une conduite de Saratof à Moscou sur 783 km pour du gaz riche naturel.
- Mais le gaz peut s’employer sur place pour créer des centrales énergétiques, dont le courant revenant à bas prix pourra toujours être dirigé sur les lieux d’utilisation les plus éloignés.
- L’énergie accumulée au fond de la mine est donc transformée en électricité, puis transmise au loin sur des câbles.
- Trou de. combustion
- Câirr >- 7 êuumage
- Fig. 4. — Méthode des trous (coupe).
- Le travail exténuant et coûteux du mineur devient inutile ; pas de manutention, de transport, sur les routes, sur les voies ferrées dès lors disponibles pour d’autres charrois.
- Actuellement le gaz est brûlé dans les moteurs, mais il existe déjà des piles à gaz, dégageant directement du courant électrique en partant du charbon, sans moteur encombrant, délicat et coûteux. Un jour viendra probablement où la mine fournira directement du courant. Malheureusement le temps et les ressources nous manquent pour effectuer ces recherches passionnantes dont les résultats sont incertains et lointains.
- Ce qui est bien acquis reste déjà fort appréciable et mérite toute l’attention nécessaire pour en tirer le meilleur parti, pour mettre sur pied des réalisations susceptibles de hâter notre reconstruction et d’alléger le lourd fardeau des ruines qui grève notre économie nationale.
- La réduction du prix de revient de la force motrice, c’est-à-dire de l’élément le plus essentiel de l’industrie moderne pourrait bien amener l’extension de ce procédé à de bons gisements. Il en résulterait, avec un bénéfice considérable, une réduction dans la main-d’œuvre. Les mineurs au lieu d’en souffrir doivent bénéficier de cette transformation, dont le plus clair du profit doit rester à la collectivité.
- Ces principes respectés, nulle invention, nulle mécanisation ne peut amener de chômage ni de crise, mais seulement avec l’allégement de la peine des travailleurs, un surcroît de bien-être et d’aisance pour toute la nation.
- Jules Cotte.
- U ASTRONOMIE AU-DESSUS DE LA MÊLÉE
- En temps de paix, les astronomes avaient créé une organisation internationale permettant aux différents observatoires de se communiquer rapidement les découvertes d’astres nouveaux faites par les explorateurs du ciel.
- Si surprenant que cela' puisse paraître, les astronomes amis ou ennemis ont continué, pendant la deuxième guerre mondiale, à communiquer les uns avec les autres. C’est l’observatoire de Harvard, aux États-Unis, sous la: direction du célèbre astronome H. Silvpley, le spécialiste des nébuleuses, qui a assumé la tâche de centraliser et de diffuser les nouvelles astronomiques.
- Dans tous les pays, malgré la guerre, des astronomes ont pu rester à leur poste d’observation et l’on a continué à enregistrer d’intéressantes découvertes. Au plus fort de la poussée allemande en Russie, un astronome russe, dans un observatoire du Caucase, a découvert une nova et fait connaître par radio sa découverte.
- Quand la Nova Puppis fut découverte en 1942, un des savants qui en revendiquèrent l’honneur était un Japonais à Guadalcanal.
- Les astronomes dont les pays étaient en guerre les uns contre les autres restaient en contact par l’intermédiaire des pays neu-
- tres. II. Sliapley centralisait les informations astronomiques et les diffusait dans un bulletin tiré au ronéo et intitulé Monthly Astronomical News Letter. Il avait également organisé un service télégraphique mondial pour la communication rapide des découvertes. Ce service était accessible aux ennemis comme aux amis. Un astronome allemand, par exemple, pouvait câbler sa découverte par l’intermédiaire du Danemark et de la Suède.
- Bien entendu, H. Shapley a eu quelques difficultés avec la censure de son pays. En voici un exemple : un amateur roumain, nommé Diamaca, ayant découvert une comète, câble la nouvelle à Harvard par l’intermédiaire du Danemark et de la Suisse. Le censeur américain, un officier de marine, qui lit le télégramme avant de le transmettre à II. Shapley, est intrigué par les deux derniers mots « Popovici-Stromgroen ». Ce' n’est qu’après une longue analyse cryptographique, complétée par de nombreux détails biographiques que l’astronome américain put convaincre le censeur que ces deux mots mystérieux étaient simplement les signatures du directeur de l’Observatoire Royal de Roumanie et de celui du Danemark.
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- MATIÈRES PLASTIQUES ARTIFICIELLES (
- Les aminoplastes — Les résines glycérophtaliques
- Les aminoplastes.
- On réunit sous ce titre les résines obtenues par condensation d’une aldéhyde et d’un corps organique aminé.
- Les plus répandues sont celles provenant de la condensation d'urée et d'aldéhyde formique et celles résultant de la réaction de l'aniline sur le formol.
- Résines urée-formol.
- Les premières ont l’intérêt d’être incolores, transparentes et de provenir de matières entièrement synthétiques à base de produits nationaux. En effet, l’urée est maintenant fabriquée en quantités considérables par réaction catalytique du gaz carbonique sur l’ammoniac.
- Ces produits ont été mis au point industriellement il y a une quinzaine d’années. La condensation urée-formol est délicate, elle est réalisée en présence de catalyseurs dans un appareillage en acier inoxydable dans des limites étroites de température, de pH et de temps.
- La résine obtenue, parfaitement incolore, permet la préparation de vernis par dissolution dans les alcools, les éthers du glycol, les cétones cycliques. Elle est insoluble dans la plupart des autres solvants organiques usuels, mais certaines qualités peuvent être incorporées dans des mélanges de ces solvants.
- On peut obtenir ainsi des vernis donnant des films parfaitement incolores et transparents, des vernis-émail blanc pur.
- Ils sont compatibles avec la nitrocellulose, la gomme laque. Les résines urée-formol sont du type thermo-durcissable. Elles subissent par chauffage au-dessus de xoo° une polymérisation irréversible. Elles résistent parfaitement à une température de i8o°. Cestpropriétés en font d’excellentes bases pour la fabrication des émaux au four de nuances claires.
- Les solutions d’aminoplasles sont également utilisées pour l’imprégnation de tissus infroissables.
- Par association avec de l’amidon, de la dextrine, de la farine, on prépare des colles de hautes propriétés adhésives qui peuvent être utilisées à froid ou à chaud avec insolubilisation irréversible par polymérisation.
- Les résines urée-formol permettent la réalisation de feuilles de verre organique d’une transparence parfaite. Leur indice de réfraction est de l’ordre de i ,55. Elles laissent passer environ 5o pour ioo des rayons ultra-violets aux environs de 2 5oo de longueur d’onde. Ces verres sont utilisés surtout en décoration. Ils peuvent être colorés en nuances très claires, chargés en produits fluorescents pour les usages publicitaires. Ils ne sont guère utilisés en automobile et en aviation, car leur dureté est faible et ils se rayent facilement.
- Les propriétés thermo-durcissables des i’ésines urée-formol ont permis de préparer des poudres à mouler donnant par cuisson à chaud nombre d’objets divers classiques de l’industrie des matières plastiques : étuis, boîtes, articles de bureau, de toilette, etc.... La pureté et la transparence du produit initial permettent l’obtention des nuances les plus claires et les plus délicates.
- 1 Voir La Nature des 1er mars et 1er avril 1945.
- Produits de condensation aniline-formol.
- Les produits de condensation aniline-formaldéhyde permettent également la préparation de poudres à mouler, utilisées surtout pour l’industrie électrique. Les aminoplastes ont de bonnes qualités isolantes, mises à profit pour la confection d’interrupteurs, tubes, matériel téléphonique, radio, etc.
- Les produits de ce groupe ee trouvent sous de nombreuses appellations commerciales : Cellopas, Pollopas, Plasiopals, Urex, Prystalline, Urallisef etc.
- Les résines glycérophtaliques.
- Les résines glycérophtaliques résultent de la condensation de l’anhydride phtalique et des glycérols.
- Leur mise au point a été effectuée dans les laboratoires de la General Electric Cy aux Etats-Unis. Elles ne sont entrées dans la technique courante qu’il y a une quinzaine d’années et ont apporté à l’industrie des vernis des améliorations et avantages considérables.
- Leur développement n’a pris de l’ampleur qu’après la mise au point d’une fabrication simple, facile et abondante de l’anhydride phtalique qui en est la base. Celle-ci a été réalisée par oxydation ménagée de la naphtaline par l’oxygène de l’air en présence de catalyseurs au vanadium.
- Maintenant les résines glycérophtaliques tiennent la seconde place dans le tonnage mondial de l’industrie des résines artificielles, les phénoplastes étant en première ligne.
- Par suite de cette extension considérable, la seconde matière première essentielle : la glycérine, bien que de moindre importance pondérale s’est trouvée en quantité suffisante sur les marchés. Elle provient des industries de savonnerie et sa production est limitée.
- Le procédé allemand par fermentation des sucres en milieu bisulfitique donne 20 à 25 pour 100 du poids des sucres mis en œuvre, mais c’est un procédé de guerre, antiéconomique en temps normal. Les chimistes américains ont alors recherché la synthèse de la glycérine par hydrolyse du propane trichlorê fabriqué lui-même à partir des gaz de pétrole naturel ou des gaz de cracking, par chloruration.
- La condensation de l’anhydride phtalique et de la glycérine donne le glyptal, résine dure, transparente, jaune pâle, se polymérisant par la chaleur.
- Elle n’est pratiquement pas utilisée seule, elle est généralement associée à des acides gras, des huiles naturelles conduisant à l’obtention de glycérols mixtes d’acide gras et d’anhydride phtalique ; elle est également associée à des acides résiniques naturels. On peut sérier ainsi les diverses combinaisons usuelles :
- a) Résines glycérophtaliques modifiées par les acides résiniques (acide abiétique de la colophane, par exemple) ;
- b) Résines modifiées par les acides des huiles grasses non siccatives ;
- c) Résines modifiées par les acides des huiles grasses siccatives ;
- d) Résines mixtes phtaliques et phénoliques modifiées par
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- les acides résiniques, les acides gras siccatifs et non siccatifs.
- Les principaux produits intervenant dans ces modifications sont la colophane, les résines naturelles, l’huile de lin, l’huile de soja, l’huile de bois de Chine, l’huile de ricin déshydratée, standolie, etc....
- On conçoit que l’on peut ainsi produire une gamme presque illimitée de résines de propriétés diverses. On peut classer ainsi les différents produits obtenus :
- i° Les résines pures de glyptal dont les emplois sont très réduits : vernis résistant aux solvants organiques et agglomération en bloc de feuilles de mica (micanite) servant à isoler les collecteurs de machines électriques et autres usages du même ordre ;
- 2° Les résines abiétophtaliques associées aux laques cellulosiques, en général ;
- 3° Les résines oléophtaliques et oléoabiétophtaliques dont la variété infinie permet la préparation de vernis siccatifs à chaud pour émaux au four et apprêts polymérisables ; de vernis siccatifs à froid pour émaux ou peintures pouvant être établis avec des durées de séchage extrêmement variables ;
- 4° Les résines oléophtaliques non siccatives utilisées comme plastifiants permanents dans les enduits de toiles cirées, imitations de cuir, etc.
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- Les caractères communs à ces produits sont une excellente résistance à la lumière • et aux intempéries et leur aptitude à subir par l’action de la chaleur une polymérisation irréversible.
- Les résines maléiques qui se développent rapidement appartiennent à la même classe de corps. Elles proviennent de la condensation de l’anhydride maléique avec la glycérine et peuvent s’associer à des corps les plus divers possédant la double liaison éthylénique : terpènes (térébenthine), colophane, etc.
- L’anhydride maléique se trouvait comme produit accessoire, en quantité réduite dans la fabrication de l’anhydride phtalique. On peut le préparer par oxydation catalytique du benzène. Mais il semble qu’il soit possible d’en préparer des quantités considérables par oxydation des carbures à chaîne linéaire des pétroles naturels.
- C’est uniquement la facilité de préparation industrielle de l’acide maléique qui permettra l’expansion industrielle de ces dérivés nouveaux encore peu répandus mais susceptibles de débouchés importants.
- Les résines glycérophtaliques modifiées se trouvent dans le commerce sous de nombreuses dénominations : Alftalates, Beckosols, Durecols, Glycolacs, etc.
- Lucien Perruche.
- Docteur de l’Université de Paris.
- Les pissenlits à caoutchouc russes.
- Ghace à un effort prodigieux, la Russie a su mettre en valeur les énormes et multiples ressources de son immense territoire, tant minérales que .végétales, et elle a pu s’en servir pour son effort de guerre qui a étonné le monde entier.
- Peu de matières premières lui manquent maintenant. Cependant, l’arbre à caoutchouc (Heoea brasiliensis) ne croît sous aucune des latitudes ni aucun des climats de l’U. R. S. S.
- D’ailleurs, cet arbre, fortune de notre Indochine et des régions tropicales, pousse lentement et ne peut être saigné qu’après sept ans ; sa culture exige des soins minutieux, si bien qu’on a cherché d’autres plantes de croissance plus rapide qui pourraient aussi fournir le précieux latex.
- M. Auguste Chevalier vient de rappeler les essais entrepris dans ce sens. Il y a une quarantaine d’années, on commença à utiliser les racines et les rhizomes de diverses plantes africaines qu’on arrachait et broyait. En 1902-1904, il observa au Congo, dans l’Oubangui et le Haut-Chari divers petits arbustes du genre Landolphia assez riches en latex ; une cueillette intensive les fit disparaître promptement. Vers 1910, au Mexique, on exploita le guayule (Parthenium argentalum), autre arbuste à caoutchouc qu’il fallait aussi arracher et broyer.
- Vers 1928, l’U. R. S. S. commença à se préoccuper de ses besoins de caoutchouc. N’ayant pas de terres tropicales, elle envoya des missions botaniques, patronnées par Vavilov, dans les diverses régions tempérées pour y chercher des plantes herbacées à latex susceptibles d’être cultivées en Russie. Vers 1932, l’attention se porta sur deux pissenlits, le Kok-Saghyz et le Krym-Saghyz, le premier vivant dans le Turkestan, à l’Est de la Mer d’Aral, le second en Crimée, sur les bords de la Mer Noire.,Dix ans après, leur culture avait pris un grand développement ; on les semait en terre labourée et on les cueillait au tracteur, après quoi on broie les racines pour en extraire le latex. Quand les Allemands envahirent l’Ukraine en 1941, ils en rencontrèrent des plantations étendues. Des graines parvinrent même en 1942 à l’Institut français du caoutchouc et M. Chevalier put en semer au Muséum où elles se développèrent parfaitement, fleurirent, grainèrent et
- donnèrent en deux ans des racines assez grosses, actuellement à l’étude. Le climat de la France leur convient donc bien.
- Le Taraxacum Kok-Saghyz, décrit en 1933 d’après des exemplaires du Turkestan, est sans doute le même que le Taraxacum bicorne de Dahlstedt (1903), de même provenance. M. Chevalier a retrouvé dans l’herbier du Muséum la même plante recueillie en 1881 par le voyageur Guillaume Capus au Turkestan et dénommée Taraxacum officinale.
- D’autres espèces assez nombreuses de la même section de pissenlits vivent dans la zone arctique, sur quelques montagnes d’Europe et d’Asie et dans les steppes de la Sibérie, jusqu’à THimalaya, au Pamir, à la Chine. 11 est possible que certaines soient utilisables.
- Le Krym-Saghyz est le Taraxacum megalorrhizon (Link), espèce xérophile méditerranéenne à racine très épaisse qui vit dans le Sud de la Russie, en Grèce, en Asie mineure, en Arabie, en Afrique du Nord et au Portugal. M. Chevalier l’a identifiée avec le Taraxacum gymnç.nthum (Link) des côtes de Provence et du Roussillon et le Taraxacum inæquilobum Pomel d’Algérie. Sa culture a été abandonnée en Russie parce que les racines sont trop pauvres en caoutchouc, mais d’autres espèces voisines pourraient être expérimentées.
- Le plus grand diamant du monde.
- Un diamant de 770 carats, soit tout près de 200 grammes, a été trouvé, dans un terrain d’alluvion en janvier de cette année, dans le Sierra-Leone. colonie anglaise de l’Afrique Occidentale. Il est. paraît-il, d’une eau et d’une qualité exceptionnelles. C’est sans doute aujourd’hui le plus grand diamant de qualité existant au monde. 11 n’a été dépassé que par le Cullinan et VExcelsior. Ces deux diamants provenaient des mines d’Afrique du Sud ; ils ont été divisés en pierres de moindres dimensions.
- Le nouveau diamant dépasse de 44 carats le Président Vargas trouvé au Brésil en 1938 et le Jonher trouvé au Transvaal en 1934.
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- La Science et la Guerre
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- La lutte contre les sous-marins.
- L’Allemagne, en déclenchant la seconde guerre mondiale, considérait l’arme sous-marine comme un de ses principaux atouts. En fait ses submersibles ont infligé des pertes très graves aux marines de guerre et de commerce alliées. Mais après trois ans d’une lutte aux péripéties diverses à laquelle on a donné le nom de bataille de l’Atlantique, les Alliés sont parvenus à maîtriser la flotte sous-marine ennemie sans cependant pouvoir l’anéantir. C’est l’aviation qui, du côté allié, a joué le rôle essentiel dans cette lutte. Comme le dit H. J. A. Wilson dans la revue anglaise Aeronautics, la guerre contre les sous-marins a été une guerre « verticale ». Grâce au développement de l’aviation aéro-navale et à sa coopération avec les contre-torpilleurs d’escorte, les sous-marins ont pu être pourchassés sur mer et les convois être efficacement protégés, tandis que les bombardiers à grand rayon d’action attaquaient sans relâche leurs bases ainsi que les chantiers de construction.
- En même temps l’on a fait appel à toutes les ressources de la science pour déceler les sous-marins. On a perfectionné les moyens de lutte utilisés au cours de la première guerre mondiale. On en a créé d’autres. L’ennemi de son côté opposait des parades plus ou moins efficaces. On connaîtra plus tard, lorsque le secret sera levé, les détails de cette lutte passionnante. Mais M. Wilson, dans l’article cité plus haut, a pu réunir et publier un certain nombre de renseignements fort intéressants, empruntés du reste
- pour la plupart, à des publications allemaiidfi&v^^„ ...^_____
- On a commencé par perfectionner les moyens de détection utilisés au cours de l’autre guerre et notamment les appareils d’écoute connus sous le nom d’hydrophones, qui donnent la direction d’une source sonore. Avec deux postes d’écoute placés sur deux navires différents on peut localiser la position du sous-marin décelé par le bruit du moteur. La parade est assez simple : à l’approche des navires adverses le sous-marin plonge, arrête ses moteurs et se soustrait ainsi à un repérage précis. Il attend que les naAÛres aient lancé leurs charges d’explosifs, et, à la faveur du bruit de l’explosion, il remet ses moteurs en marche pendant un court intervalle de temps et change de position sans être entendu par les navires à l’écoute.
- Mais un jour vint où la marine anglaise put mettre en service des moyens de détection plus efficaces désignés sous les noms d’Asdic et de Radar.
- L’Asdic repose sur le principe de l’écho. Un poste émetteur lance des ondes électro-magnétiques courtes ou ultra-courtes. Elles se réfléchissent à la rencontre d’un obstacle. Les rayons réfléchis sont reçus et amplifiés sur le navire qui porte l’émetteur. Ils sont traduits en signal sonore ou automatiquement enregistrés par un appareil approprié. Mais l’Asdic ne permet pas de distinguer la nature des obstacles rencontrés par les ondes ; celles-ci sont réfléchies aussi bien par une baleine, par un banc de poissons, par une épave, que par le corps métallique d’un sous-marin. Elles se réfléchissent même à la surface de séparation de couches d’eau de températures différentes. C’est sans doute la raison pour laquelle les commandants de sous-marins allemands aimaient à opérer dans les régions du Labrador et du Gulf-Stream.
- Pour donner le change aux repérages par l’Asdic, l’ennemi eut recours à des meutes de sous-marins attaquant simultanément les convois dans plusieurs directions. Ces attaques avaient lieu la
- nuit et en surface. De jour les sous-marins n’auraient pu se soustraire au bombardement sans merci des navires et des avions.
- Le Radar, ou œil électrique, est l’instrument de détection qui s’est révélé le plus dangereux pour les sous-marins en surface. Jusqu’ici les autorités militaires alliées ont interdit la publication de tous détails à son sujet. Mais l’on sait, en gros, qu’il fonctionne sur le principe des appareils de télévision. Des miroirs paraboliques orientables projettent des faisceaux d’une radiation électro-magnétique ultra-courte, autrement dit des rayons invisibles d’une lumière de grande longueur d’onde. Les rayons réfléchis par un obstacle sont transformés par un appareil spécial en lumière visible qui donne une image de l’objet rencontré par les ondes. Le Radar peut explorer tout l’horizon. Pour le combattre les Allemands équipaient leurs sous-marins avec des récepteurs qui signalaient les rayons émis par l’adversaire. Averti de la proximité d’un Radar, le sous-marin plongeait aussitôt.
- Les Alliés avaient acquis en 1943 une telle supériorité dans la lutte contre les sous-marins ennemis que ceux-ci durent provisoirement s’immobiliser dans leurs bases. Mais en 1944 la propagande allemande annonçait la reprise prochaine de la guerre sous-marine, rendue possible par de nouvelles armes secrètes. Quatre d’entre elles ont été rendues publiques au début de cette année. Ce sont la mine à périscope, 1’ « âne marin », la cheminée d’air pour Diesels et l’œil du sous-marin.
- fe 'TJri/fB ~ à périscope est une mine ordinaire faiblement immergée ; elle est pourvue d’un faux périscope qui la fait prendre pour un sous-marin et doit attirer sur elle le feu de l’adversaire.
- L’âne marin est une embarcation piège qui imite le kiosque d’un sous-marin. Le sous-marin qu’elle est destinée à protéger la prend en remorque. La distance entre les deux bateaux est de t 800 mètres environ. Le commandant du sous-marin, averti de la proximité d’un ennemi, s’arrête. Au moyen d’un conducteur électrique contenu dans le câble de remorque, il met en marche à distance des appareils bruiteurs contenus dans l’âne marin et mus par l’air comprimé. L’avion ou le navire adverse détectera au son le faux sous-marin et l’attaquera, tandis que le vrai sous-marin s’échappera. Cette ruse assez enfantine n’a pas été très efficace : l’Asdic et le Radar repèrent le vrai sous-marin et le faux ; tous deux sont attaqués et le sous-marin n’échappera à la destruction qu’en plongeant au plus tôt à grande profondeur.
- La cheminée d'air pour Diesel (surnommée Schnorhel par les équipages allemands) est un long tube rabattable monté sur le pont du sous-marin et qui permet d’alimenter en air frais les moteurs Diesel du bord, quand le sous-marin est en plongée. C’est un tuyau de forme aérodynamique ; sorti de son encastrement sur le pont, il est relevé verticalement et émerge à peu près à la même hauteur que le périscope. Il contient deux canalisations : l’une pour l’aspiration d’air frais, l’autre pour l’évacuation des gaz d’échappement des moteurs.
- Grâce à cette alimentation en air frais, le sous-marin n’est plus obligé de revenir à la surface pour recharger les accumulateurs qui fournissent le courant aux moteurs électriques assurant la propulsion en plongée. D’autre part, il peut rester en plongée beaucoup plus longtemps, puisqu’il peut évacuer' l’air vicié et le remplacer par de l’air respirable. Un sous-marin ainsi équipé pourrait rester en plongée de 20 à 30 jours.
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- L’œil du sous-marin n’est autre chose qu’uiï cerf-volant d’observation d’un type relativement nouveau, au surplus fort ingénieux. La voilure, an lieu d’être formée par des plans fixes, est constituée par des hélices à axe vertical et à pas variable, tournant librement. C’est en somme un petit hélicoptère mû par le vent relatif qui s’établit enti'e le sous-marin en mouvement et l’air ambiant. Au repos l’appareil est démonté et logé dans une caisse étanche sur le pont. Au moment du besoin, on l’assemble et on le lance en quelques minutes. Il se compose d’un siège pour l’observateur, d’une colonne de contrôle, du rotor à pas variable et d'une queue, le tout assemblé sur un bâti en métal léger. L’observateur a devant lui un tube de Pitot et un appareil de commande qui lui permet de se tenir à l’altitude voulue en réglant le pas des hélices. Le cerf-volant peut atteindre une altitude de 300 mètres. L’observateur apercevra ainsi à grande distance les navires ou avions ennemis et avertira le bord par téléphone. En cas de plongée brusque du sous-marin, il est abandonné à son malheureux sort. Il n’a d’autre ressource qu'un parachute, une sirène à main et l’espoir d'être aperçu, puis recueilli en mer par l’ennemi.
- Compas gyroscopique pour avions.
- Le compas gyroscopique est employé depuis longtemps à bord des navires.
- Il a sur la boussole l’avantage de ne pas être troublé par le voisinage des masses magnétiques. C’est là un grand élément de sécurité pour la navigation.
- Il est aérienne
- tage si elle pouvait disposer d’un compas gyroscopique léger et peu encombrant. Le problème est aujourd’hui résolu, comme en témoigne la photographie ci-contre. Elle montre le modèle mis au point par le Royal Aircraft Establishment de Farnborough et construit par 1 ’Aeronautical Téléphoné & Electric C° de Liverpool. L’appareil dont le rotor est mû par un moteur électrique tournant à 12 000 tours par minute se place en un endroit convenable de l’avion. Ses indications sont transmises à un cadran répétiteur placé sous les yeux du pilote.
- L’appareil est aujourd’hui employé sur les avions de bombardement anglais et américains. Il leur permet de se diriger avec une grande précision. Il a notamment contribué au succès des bombardements célèbres des barrages de la Mohne et de l’Elder, des raffineries de Ploesti en Roumanie, du cuirassé Tirpitz en Norvège.
- D. Keuleyax.
- à la destruction des villes allemandes. On peut se demander pourquoi l’on a choisi le magnésium ou le phosphore comme produits incendiaires ; il semble évident, a priori, que la matière incendiaire la plus efficace sera celle dont la combustion dégage le plus de chaleur par unité de poids. Il suffit de consulter une table de constantes pour constater qu’à cet égard ce n’est pas le magnésium ou le phosphore qui tiennent la tête, mais bien l’hydrogène et ses dérivés : les hydrocarbures liquides. L’essence ordinaire dégage en brûlant plus de 10 000 calories par kilogramme, tandis que le magnésium n’atteint que b 990 calories. Mais l’on a constaté qu’un bon combustible incendiaire doit joindre à une chaleur de combustion élevée une certaine lenteur de combustion et une bonne adhérence aux surfaces à incendier.
- Le journal américain The Lamp nous apprend que les techniciens des Etats-Unis ont réussi, après de nombreux essais systématiques, à conférer ces qualités à l’essence. Le résultat cherché
- s’obtient en ajoutant à l’essence une poudre qui la transforme en une gelée d’aspect analogue à la gelée de framboise. Bien entendu on garde le secret sur la nature de la poudre gélifiante. Des milliers d’essais systématiques effectués dans les conditions les plus Avariées et sur les objectifs les plus différents ont démontré l’efficacité des bombes à essence gélifiée ainsi que leur supériorité sur les bombes au magnésium ou au phosphore. Pour augmenter encore leur rendement, on a perfectionné leur organisation intérieure : lorsqu’elles frappent le but, elles projettent leur charge de gelée à une trentaine de mètres ; on augmente ainsi les chances d’atteindre une masse combustible après avoir frappé une maçonnerie non incendiable.
- Les bombes du plus récent modèle utilisent une composition plus redoutable encore que l’essence gélifiée : c’cst un mélange d’essence, de magnésium et d’explosif apportant une charge d’oxygène, le tout formant une pâte dense, dénommée pyrogel.
- Certaines bombes incendiaires au pyrogel contiennent de plus une charge de ' phosphore blanc qui s’enflamme spontanément à l’air et répand un épais nuage de fumées autour du point frappé par la bombe.
- L’essence en gelée a permis également de perfectionner les lance-flammes. Sous la forme où les avait légués la première guerre mondiale, ces engins portés à dos d’homme n’avaient qu’une faible portée : 15 mètres environ. Pour arriver à bonne distance du but, les servants devaient exécuter une marche d’approche terriblement périlleuse, au cours de laquelle la quasi totalité de la charge de combustible s’épuisait en une épaisse et large vague de flammes plus dangereuse pour le porteur du lance-flammes que pour l’adversaire.
- Bombes incendiaires et lance-flammes.
- Parmi tous les moyens de destruction qui ont été mis en œuvre au cours de cette guerre, l’incendie a été l’un des plus efficaces. On sait les ravages faits par les bombes incendiaires, lancées par avions. Au début de la guerre, tous les belligérants employaient des bombes chargées de poudre de magnésium ; puis sont venues les bombes au phosphore qui ont contribué pour une grande part
- Grâce à l’essence gélifiée, on a pu réaliser des jets étroits et précis formés de petites particules en combustion relativement lente, avec des portées allant jusqu’à 100 mètres. C’est ainsi qu’ont été créés des lance-flammes capables d’attaquer efficacement de face et même de flanc les embrasures des casemates bétonnées.
- A tous ces ax-antages techniques de l’essence gélifiée, il faut ajouter celui d’utiliser une matière première beaucoup plus abondante' et moins coûteuse que le magnésium ou le phosphore.
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- La clôture électrique des pâturages
- Installation et dressage des animaux.
- Il a fallu que nous connaissions une dure période de guerre pour mesurer toute l’importance des questions de ravitaillement et pour nous intéresser davantage aux problèmes posés à notre agriculture nationale par l’économie nouvelle. C’est ainsi que nous avons pu constater, au cours de ces dernières années, une augmentation sensible du cheptel dans un certain nombre de contrées françaises qui n’avaient pas été, jusqu’ici, des pays d’élevage. De nombreux paysans, qui s’étaient surtout consacrés à la culture de céréales ou à celle de la vigne, ont tenu à élever quelques bestiaux susceptibles de leur procurer le lait, le beurre et même la viande dont ils risquaient d’être privés par l’absence de moyens de communications et d’échanges.
- Mais, dans ces pays où l’élevage n’était pas pratiqué habituellement, il a fallu improviser des herbages et cela à une époque où le manque de matières premières telles que le fil de fer barbelé ou galvanisé, le fer cornière et l’absence de main-d’œuvre, se faisaient cruellement sentir. D’autre part, il était d’autant
- Fig. 1. — Dispositif de branchement sur le courant lumière.
- A, redresseur-transformateur ; B, poteau de bois muni d’isolateur ; C, plaque métallique pour mise à la terre ; D, prise de courant ; E, circuit lumière de la ferme ; F, mur de la cave ou du cellier de la ferme.
- moins possible de songer à la plantation de haies vives et à l’établissement de barrières de bois qu’il s’agissait, dans la plupart des cas, d’installations immédiates et éventuellement provisoires.
- C’est pourquoi l’on a pu voir se développer, dans certaines régions, la clôture électrique qui nous est venue d’Amérique, que nous connaissions, en France depuis quelques années, que nous considérions comme une curiosité mais dont l’efficacité et le caractère pratique étaient très discutés.
- Le procédé repose sur un principe d’ordre psychologique. Non seulement les animaux, et en particulier les bovidés, sont très sensibles aux décharges électriques si faibles soient-elles, mais ils font preuve, à ce sujet, d’une mémoire extraordinaire et, pendant très longtemps, ils n’approchent, plus d’un fil de fer électrifié même si celui-ci, par accident, n’est plus en charge.
- Cette clôture se compose d’un simple fil, de la grosseur d’un fil télégraphique, dans lequel peut passer un courant électrique
- quand le circuit est fermé par contact avec un animal. Par des piquets de bois enfoncés dans la terre tous les 20 m et comportant des isolateurs en porcelaine, ce fil est maintenu à 0 m 90
- au-dessus du sol. Quant au courant, il peut être fourni, soit par des piles de 6 volts, soit par des accumulateurs à décharge lente ou, ce qui est mieux, par le circuit lumière de la ferme. Mais, dans ce dernier cas, comme il s’agit d’envoyer dans le fil un courant continu dont le voltage ne dépasse pas 6 Y, condition indispensable pour que le courant ne soit dangereux ni pour les animaux, ni pour les hommes, il faut interposer entre le circuit lumière, qui est en général du triphasé à 220 Y, et le fil conducteur, un petit appareil redresseur-transformateur qui se branche sur ce circuit par une simple prise de courant comme un fer électrique.
- D’autre part, comme il est bon de prévoir le cas d’arrêts de courant, beaucoup plus fréquents à la campagne qu’à la ville car le courant est transporté par voie aérienne, le redresseur comporte également de petits accus qui se chargent automatiquement et qui peuvent assurer la mise en charge du fil de clôture pendant 24 h.
- Il nous a été donné, récemment, d’assister à l’installation et à la mise en fonctionnement d’une de ces clôtures dans une ferme du Loir-et-Cher. La clôture d’un herbage improvisé de plus d’un kilomètre de tour n’a demandé que quelques heures.
- Pour dresser les animaux et leur faire comprendre les désagréments du fil de clôture, il est excellent, lors de l’introduction pour la première fois d’une vache dans le pâturage, de placer sur le fil de clôture une petite quantité de foin ou de betterave. L’animal s’approche pour manger sa nourriture préférée, reçoit la décharge électrique et n’approchera plus de la clôture car sa mémoire est très bonne. Nous avons vu de jeunes taureaux très nerveux parfaitement contenus dans un herbage clôturé d’un seul fil.
- La dépense de courant est insignifiante puisque le courant ne passe que lorsqu’un animal ferme le circuit. Vérification faite, elle ne se chiffre que par quelques francs par mois. A la rigueur, l’installation peut être complétée par une sonnerie avertisseur de mise à la terre. Toutefois dans le cas du courant pris sur le circuit lumière, il nous faut signaler une difficulté qui se présente quand l’herbage à clôturer est un peu éloigné de la ferme. S’il faut faire traverser, au fil d’amenée du courant une route ou un chemin, on peut se heurter à des difficultés d’ordre administratif presque insurmontables.
- Fig. 2. — A gauche : Poteau de bois muni de son isolateur. A droite : Agencement du fil conducteur sur l’isolateur.
- Fig. 3.
- Dispositif de
- barrière pour l’introduction des bestiaux
- À, crochet amovible muni d’un manche isolant ; B, ressort destiné à maintenir le crochet en pression.
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- La clôture électrique intéresse les industries du cuir.
- A la fin de la guerre de 1914-1918, des stocks considérables de ronces artificielles, connues sous le nom de fils de fer barbelés ont été liquidés à vil prix par les nations combattantes et ont trouvé un large emploi dans les clôtures. Ce fut un vrai désastre pour les industries du cuir.
- Les égratignures, dues au fil de fer barbelé, sur lequel se frottent les animaux, laissent des traces indélébiles sur la fleur de leurs peaux et rendent celles-ci inemployables pour certains usages comme les peaux pour dessus de chaussures ou pour maroquinerie. Sans utilité pour personne, ces dégâts peuvent se chiffrer annuellement par de nombreux millions de francs.
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- L’élevage lui-même n’est pas sans en subir les conséquences, car les égratignures mises à vif se transforment en plaies suppurantes qui deviennent une porte ouverte à toutes les infections, altèrent la santé de l’animal et partant, diminuent sa valeur marchande. Quant aux chevaux, plus turbulents, ils arrivent parfois, en ruant, à arracher les fils barbelés, à les enrouler sur leurs jambes et avoir des lésions graves des tendons.
- Il faut donc souhaiter le développement de la clôture électrique. Ce procédé rapide et économique, approuvé d’ailleurs par la Société Protectrice des Animaux, pourrait permettre une amélioration générale de notre cheptel et celle d’une matière première, le cuir brut, qui nous apparaît aujourd’hui des plus précieuses.
- J. Boisseau,
- Ingénieur-Chimiste I. C. P.
- RÉCRÉATIONS MATHÉMATIQUES
- En lisant les auteurs anciens
- Le Kholâçat al Hissâb (Quintessence du calcul) a été écrit par Behâ Eddin al Aamouli, vers la fin du xvie siècle. Il fut répandu en Perse et aux Indes où il servit pendant longtemps de manuel élémentaire d’arithmétique et d’algèbre. La traduction française que nous avons sous les yeux est d’Aristide Marre et date de 1864. Il y a beaucoup de choses intéressantes dans ce petit ouvrage. Aussi nous proposons-nous de rappeler certaines méthodes de calcul aujourd’hui peu connues mais qui à l’époque étaient d’un usage courant. N’oublions pas que les Orientaux, même de nos jours, pratiquent surtout le calcul mental et n’ont recours à l’opération écrite que pour traiter de grands nombres.
- Voici ce que dit le Kholâçat :
- « Règle pour (multiplier) deux nombres entre cinq « et dix. Additionne les deux facteurs et considère comme dizai-(( nés l’excès de cette somme sur dix ; au résultat ajoute le pro-« duit des compléments à 10 de chaque facteur. Soit à multi-« pilier 8 par 7, nous ajoutons à 50 le produit de 2 par 3. »
- Notons que toutes les règles sont suivies d’exemples mais ne comportent aucune démonstration.
- Dans l’exemple ci-dessus l’opération revient à faire le produit do :
- 7 x 8 = (10 — 3) (10 — 2) = 10 x 10 — 10 (2 + 3) + 2 x 3 = 10 [10 — (2 + 3)] +2x3;
- mais le second terme du crochet peut s’écrire :
- 8 — 10 + 7 — 10 ;
- d'où :
- 7 x 8 = 10 (7 + 8 — 10) + 2 x 3 = 56 (1)
- Le procédé permettait de réduire la Table de Multiplication au produit des 5 premiers nombres entre eux, soit 10 nombres seulement à retenir en disposant la Table de la manière suivante :
- 2 3 4 5
- 4 6 8 10I2
- 9 12 15 3 16 20 4 25 5
- Le Kholâçat ne mentionne pas l’application pratique de cette règle qui est un curieux exemple de calcul digital : pour multiplier deux nombres compris entre 5 et 10, 5 + a et 5 + b,
- on lève a doigts d’une main et on baisse les autres ; puis on lève également b doigts de l’autre main en maintenant les autres baissés. La somme des doigts levés représente les dizaines du produit, auxquelles on joint le produit des unités que figurent les doigts baissés.
- Avec le même exemple que plus haut nous aurons : main gauche : 2 doigts levés, 3 doigts baissés ; main droite : 3 doigts levés. 2 doigts baissés. Dizaines : 2 + 3 = 5, unités 3x2 = 6, produit 56. La démonstration est immédiate, il suffit d’écrire ainsi la formule (1) :
- 7 x 8 = 10 (7 — 5 8 — 5) + 2 x 3 = 56.
- Cet ingénieux artifice était couramment employé en Italie au xn0 siècle et il est probable que son origine est très ancienne. Des auteurs modernes assurent que les marchands syriens le pratiquent encore aujourd’hui.
- Comme il n’est pas question du produit de deux nombres l’un inférieur à 5 et l’autre supérieur à 5 on peut supposer que l’opération était ainsi décomposée :
- 4 x 7 = 4 (5 + 2) = 20 + S = 28 ;
- les produits partiels 4 x 5 et 4 x 2 figurant dans la Table ci-dessus.
- Dans un prochain article nous exposerons, d’après le même auteur, la méthode pour résoudre les problèmes du premier degré.
- H. Barolet.
- Le moulage du bois
- Voici comment on pratique la fabrication des reliefs en bois moulé d’après P. Golowtscbenko.
- On prépare des lames de chêne, hêtre ou. noyer de 1/2 à 1 mm d’épaisseur suivant l’aspect à donner au meuble. Cuits en autoclave à la pression d’une atmosphère, ces placages perdent leur élasticité. Ils suivront la forme du moule pour former la surface du meuble. On nivelle ensuite le moule avec de la pâte formée de sciure de bois de chêne avec caséine ou chaux vive comme agglomérant.
- On porte le tout sous une presse chauffée à la température de 110 à 130 degrés, cependant que la pression atteint 25 à 50 kg par centimètre carré.
- On porte ensuite le moule à refroidir et tient le moulage à la température de 50 degrés.
- Le séchage et le durcissement sont complets au bout de 5 à 6 heures.
- On peut donc avoir des meubles à placage pseudo-seulpté !
- Pierre Lartje.
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- NOS LECTEURS NOUS ÉCRIVENT
- « Une nouvelle méthode pour bâtir »
- (Sature, 3055, cj.u ier avril). — M. F. Del-masùre nous écrit : Si l’on se reporte à Tarticle « Bastide » dans'le toujours intéressant Dictionnaire d’architecture deViol-let-te-Duc, on y trouve page 167 du tome II que César a décrit un procédé de construction d’une tour de fortification dont le toit est établi au préalable et s’exhausse au fur et à mesure de la construction au moyen de grosses vis établies aux angles de la tour. Le croquis donné par Viollet-le-Duc ne laisse aucun doute que le procédé de M. Car Ilarald Hermodson a été utilisé il y a près de deux mille ans... ».
- Géologie. — M. F. Tanazacq, pharmacien à Maubert-Fontaine (Ardennes) suggère qu’on profite des destructions de toutes sortes qui ont éventré superficiellement le sol et souvent mis à nu les couches géologiques sous-jacentes à la terre arable pour relever ces affleurements. Un géologue, et parfois même un archéologue, pourraient y faire d’utiles observations. Il suffirait, dit-il, de quelques ordres donnés en haut lieu et de la bonne volonté de jeunes chercheurs. L’idée vaut qu’on s’y arrête et qu’on la réalise avant les reconstructions.
- Les Livres
- Le charbon. Son histoire. Son destin, par Eugène Schneider. 1 vol; in-8° carré, 350 pages. Plon, éditeur, Paris. 1945.. Prix : 160 francs.
- Le grand maître de forges' que fut Eugène Schneider, a terminé ce livre peu avant sa mort. Après avoir retracé l’his-Loire du charbon dans l’antiquité et au Moyen Age et étudié les premières exploitations françaises, il montre comment,, sous l’égide de l’Etat, naquit la grande industrie houillère. Il évoque quelques-uns de ses pionniers, comme le maréchal de Croy, organisateur des mines d’Anzin, F. de la Chaise, concessionnaire des mines du Creusot, Ph. Lebon, l'inventeur du gaz d’éclairage. Abordant les temps modernes il expose le travail de l’ingénieur des mines et du mineur et, passant aux questions . scientifiques, il examine les théories actuelles de la formation de la houille. Il achève en indiquant les tendances et les perspectives de cette industrie maîtresse et de celles qui en dérivent.
- Malgré l’austérité du sujet, l’ouvrage est d’une lecture attrayante ; l’auteur est un humaniste ; il a su éclairer et diversifier son exposé sans en altérer la rigueur scientifique.
- Cours et conférences à
- DIMANCHE 17 JUIN
- Société astronomique de France, Sorbonne. amphithéâtre Descartes : 15 h. : M. J. Coulomb : « L’électricité atmosphérique ».
- MERCREDI 20 JUIN
- Institut technique du Bâtiment (Salle des Conférences du Musée de l’Homme, Palais de Chaillot) : 17 h. 30 : M. Marini : « Architecture et préfabrication ».
- SAMEDI 23 JUIN
- Palais de la Découverte : 15 h. : M. G. Bertrand : « Arsenic et erreurs judiciaires » (projections).
- MERCREDI 27 JUIN
- Institut technique du Bâtiment (Salle des Conférences du Musée de l’Homme, Palais de Chaillot) : 17 h. 30 : M. le Commandant L’Herminier : « Pistes d’envol ».
- JEUDI 28 JUIN
- Maison de la Chimie (28, rue Saint-Domi-nique). Cours-Conférence de l’Industrie du Caoutchouc : 18 h. : M. Jean Le Bras : « Recherches sur le caoutchouc naturel et perspectives d’avenir ».
- SAMEDI 30 JUIN
- Palais de la Découverte : 15 h. : M. G.
- Roussy : « Médecine et sciences médicales ».
- MERCREDI 4 JUILLET
- Institut technique du Bâtiment (Salle des Conférences du Musée de l’Homme, Palais de Chaillot) : 17 h. 30 : M. Henry Los-sier : « Faits nouveaux du béton armé ».
- Petites annonces
- La ligne : 30.fr. Abonnés : 20 fr.
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- nouveaux
- Vie et finalité, par H. ROUVIÈRE. 1 vol. in-8°, 149 p., 66 fig. Masson et Cie, Paris.
- Ayant déjà écrit YAnatomie philosophique pour prouver la finalité dans l’évolution, le professeur de la Faculté de Mé-cine de Paris revient sur le même thème. Qu’on considère l’origine de la vie, l’on-togenôse, la phylogenèse, la structure des organismes, nulle part on ne peut admettre une oeuvre du hasard, partout apparaît une pensée créatrice surnaturelle. 11 en choisit maintes preuves, les unes évidentes, d’autres moins certaines, mais le sujet est si vaste et tellement au delà de la puissance humaine que la finalité qu’il affirme dépasse notre clair entendement.
- Les principales causes d’incendie et leurs remèdes, par A. Chevalier. 1 vol. in-8°, 112 p. Œuvre pour la sécurité et l’organisation des secours, Paris.
- Le feu est une calamité qui coûte, rien qu’en France, plus de 2 milliards par an. Les causes sont très nombreuses, mais beaucoup peuvent être prévenues. L’auteur les énumère et indique leurs remèdes, souvent très simples quand on y porte attention.
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- Règlement par chèque bancaire ou chèques postaux (compte n° 5gg Paris)
- Les abonnements partent du l“r de chaque mois sans effet rétroactif.
- Pour tout changement d’adresse, joindre la bande et cinq francs.
- MASSON et C", Editeurs,
- 120, BOULEVARD S'-GERMAIN, PARIS VI'
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- .SAUVES DE LA SOIF
- PAR LE SOLEIL
- SOMMAIRE
- Sauvés de la soif par le soleh. 193
- Matières plastiques artificielles, par L. PERRUCHE 195
- La remise en état de nos voies ferrées 196
- Nos grands réseaux d’énergie, par P. DEVAUX 200
- Les Sondeurs d’atome, par P. ROUSSEAU 203
- Le bouddhisme en Indochine, par Paulé LE SCOUR 204
- La gale, par le Dr G. MO'JCHOT. 205
- Extension vers le nord des plantes cultivées en Russie, par G.-W. K 206
- L’éclipse de soleil du 9 juillet, par L. RUDAUX 207
- WKHfÊlÊM.
- «#
- Un navire, quelque part sur l’Océan, est torpillé par un sous-marin. Les embarcations de sauvetage ont pu être mises à la mer. Les rescapés qui les montent attendent le navire qui les sauvera. Cette attente peut durer des jours au milieu de mille dangers. Dans les régions chaudes et dans les saisons où la pluie est rare, le plus grave est la soif.
- Deux inventeurs des États-Unis, W. Miller et G. Gallowhur, ont imaginé un ingénieux appareil flottant pour distiller l’eau de mer à l’aide de la chaleur solaire. L’appareil est simple et léger ; il serait facile d’en munir tous les canots de sauvetage. Il a figuré à une récente exposition de matériel de sauvetage à New-York. Nous en empruntons la
- N°~3091 l6r Juillet 1945
- En bas : Canot de sauvetage muni de ballonnets distillateurs.
- En haut : Naufragés buvant Veau distillée dans les ballonnets par les rayons solaires.
- Le Numéro 10 francs
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- Eponges de cellulose noire, imbibées d’eau de mer et absorbant la chaleur solaire
- Vapeur d'eau
- Eau distillée
- Fermeture d'orifice de vidange
- ube en caoutchouc
- Schéma du ballonnet distillateur.
- description à la revue américaine Popular Science.
- C’est une sorte de ballon dont l’enveloppe est faite d’une forte étoffe en matière plastique vinylique translucide : il mesure 75 cm de long et 37 cm de diamètre environ. Intérieurement il est divisé en deux compartiments par un écran en matière plastique dont la face inférieure est garnie d’éponges en cellulose noire, qui
- absorbent bien la chaleur solaire. On remplit le ballon d’eau de mer et on laisse les éponges s’en imbiber à fond. Après quoi on vidange l’eau de mer en excès, on gonfle le ballon et on l’amarre à l’embarcation. C’est alors une sorte de bouée flottante.
- Les rayons solaires traversant l’étoffe translucide échauffent les éponges et vaporisent l’eau qu’elles contiennent. Le sel reste sur les éponges.
- La vapeur se condense sur l’intérieur des parois refroidies par le contact avec l’eau de mer. L’eau distillée se rassemble dans uir réservoir aménagé dans le fond de l’appareil, on peut l’en extraire au moyen d’un tube de caoutchouc fermé par une pince. L’appareil rempli d’eau douce s’utilise comme une gourde. Un ballon pourrait produire, ainsi un peu plus d’un litre d’eau douce par jour.
- Un procédé nouveau pour conserver les plantes avec leurs formes et leurs couleurs.
- Ce procédé consiste à déshydrater très rapidement les fleurs dans un autoclave où l’on établit le vide avec une pompe (1 mm de mercure par exemple). Les fleurs sont noyées au préalable dans du sable blanc lavé. La vapeur d’eau est absorbée au fur et à mesure qu’elle se dégage par un réactif tel que le chlorure de calcium calciné introduit en même temps dans l’appareil. Au bout de quelques jours les fleurs, complètement sèches, sont extraites du sable par aspiration de ce dernier. Les couleurs sont remarquablement conservées, surtout pour le blanc, le bleu, le jaune et le rouge clair. Cette technique de déshydratation à la température ambiante marque un progrès sur le procédé classique du bain de sable chaud, qui a l’inconvénient pour beaucoup d’espèces d’entraîner l’altération des tissus par cuisson. Mais son principal avantage est la déshydratation à l’abri de l’oxygène agent du jaunissement puis du noircissement des plantes se fanant ou séchant à l’air libre (oxydases). Enfin elle permet de préparer avec succès même les plus grosses espèces cultivées, tels que les Pivoines, les Dahlias, les Nénuphars, etc.
- La photographie ci-jointe représente un bouquet de Narcisses, faux Narcisses ou Jonquilles ainsi préparés 'à côté d’un bouquet de Narcisses frais. Les fleurs sèches sont celles de droite. -
- Ces fleurs naturalisées, à moins d’être recouvertes d’une finé couche de vernis, ce qui diminue leur aspect naturel, doivent être conservées à l’abri de l’humidité (en vitrines ou récipients de verre). Quelques espèces ont des pigments jaunes très fragiles, et perdent leur éclat en un temps variable, allant de quelques mois à quelques années. Leur conservation est pourtant indéfinie si on les met à l’abri de l’air, soit par un vide définitif en récipients spéciaux, soit plus simplement à la pression atmosphérique, dans un gaz inerte (azote).
- La guerre terminée, le séchage dans le vide, aux colonies, des plus belles espèces exotiques, pourrait donner lieu à d’intéressantes collections de musée en vitrines étanches.
- Dr Claude Meecié.
- Dans une plaine canadienne, un agriculteur est arrivé à semer 250 ha en 9 jours avec un seul mais fort tracteur à pneumatiques tirant un semoir à disques de 5 m de largeur.
- En vérité le personnel se relayait pour que le tracteur ne s’arrêtât pas depuis la pointe du jour jusque tard dans la nuit.
- A cet effet il était muni d’un phare d’automobile projetant la lumière vers l’avant pour suivre la raie précédente, et d’un autre phare élevé à deux mètres au-dessus du sol afin de projeter la lumière en arrière sur le guéret pour contrôler le travail.
- Et parmi le personnel de relais, on comptait la fille de l’agriculteur âgée de douze ans.
- Dans ces fermes sans bétail, l’exploitant se retire à la ville après les semailles et revient pour la récolte à la moissonneuse-batteuse. Ces fermes à céréales n’occupent guère qu’un homme par cent hectares, mais c’est une vraie spéculation subordonnée à la réussite d’une seule plante et à son prix de vente.... ou de mévente ! Pierre Laeue.
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- MATIÈRES PLASTIQUES ARTIFICIELLES1,1
- Les dérivés vinyliques — Les résines polystyroléniques
- Les dérivés vinyliques.
- Cette série (le produits est fabriquée de toutes ' pièces par la grande industrie de synthèse organique à partir d’éléments de provenance nationale sans aucun rapport extérieur.
- Leur caractère chimique commun est de contenir le groupe vinyle : Cil2 = CH— qui comporte une double liaison et explique ièur grande faculté de polymérisation.
- Leur principe général de synthèse est l’hydratation de Vacéty= lène. Ce phénomène peut conduire, suivant les conditions de réalisation, à l’obtention de corps divers de grande importance pour l’industrie de synthèse organique. Il nous suffit de savoir, dans le cas des plastiques vinyliques, que la fixation d’eau est obtenue en présence d’acides avec le concours de sels mercuriques comme catalyseurs. L’emploi d’acide acétique conduit à l’obtention d’acétates polyvinyliques : une des classes-Hcs résines étudiées ici.
- L’hydrolyse de l’acétate de vinyle conduit à la séparation d'alcools poly vinyliques qui condensés avec des aldéhydes donnent des résines d’àcétals polÿvinyliqûes. . .
- Enfin lés chlorures polyvihyliqües seuls ou combinés ont. une place importante. Nous, l’avons .déjà signalé à propos des textiles synthétiques, ;c’e’st la conséquence du fait que la polymérisation des dérivés vinyliques' s’effectue'par association des molécules en chaînes. L ’> . . ' '
- ' Les conditions de cette polymérisation peuvent être très diverses cL-conduire à des corps fort différents. Notamment les. points de ramollissement peuvent se placer entre 80° et 200°, et donner des solubilités et ..-des viscosités variables sur une.échelle fort .étendue.-
- Les résines vinylique#.
- Les résines vinyliques sont transparentes,; incolores, inodores,1 ininflammables. Elles sont' thcrmoptastiques- : se ramollissent à chaud, reprennen t leur dureté d’origine à froid. ; Ceci indéfiniment' et à l’inverse- des bakélites -qui. subissent par élévation de température, une polymérisation- irréyersible. Elles ont une résistance convenable aux acides et-aux alcalis dilués.
- L’industrie livre des résines vinyliques en émulsions très dispersées et concentrées à 50 pour cent dans l’eau. Les usagers y trouvent un avantage sensible. Cela supprime les solvants organiques toujours onéreux, même avec le concours d’installations de récupération. Ces émulsions sont susceptibles de remplacer les solutions ordinaires dans bien des cas.
- Les résines d’acétates de polyvinyle se prêtent à l’imperméabilisation des tissus, mais on obtient de bien meilleurs résultats en utilisant le polymère de condensation mixte : acétate de vinyle et chlorure de vinyle. On réalise ainsi des draps d’hôpitaüx, des toiles cirées, des moleskines imperméables.
- Le chlorure de polyvinyle seul n’est pas utilisable car il demande des solvants dispendieux. On ne peut l’utiliser que par tirage en feuilles minces appliquées ensuite sur tissus par calandrage à chaud. Il ne s’agit là que de cas particuliers.
- Les résines vinyliques permettent l’obtention de papiers imperméables à l’eau et aux matières grasses, beaucoup plus résistants que les papiers sulfurisés, et largement utilisés par les industries alimentaires par suite de leur absence complète de nocivité.
- Enfin, le .chlorure de polyvinyle est un excellent diélectrique très utilisé maintenant dans les mélanges d’isolants pour câbles. Cès iso-lants sont insensibles à l’eau, aux huiles et ne s’altèrent pas avec le. temps.
- Comme on peut le voir les résines vinyliques ont trouvé des utilisations multiples. Elles sont vendues dans le commerce sous des noms divers : Gedovyles, Novyls, Resovyls, Rhodopas, Spaul-dite, etc.. -
- # Les^ résines polystyroléniques.
- | Les résines polystyroléniques se relient aux précédentes, elles résultent de la polymérisation du styrol ou vinylbenzène : C°H5 — Cil - CH2.
- ' On part de Véthylbenzène obtenu par condensation de l’éthylène,ou du chlorure.d’éthyle sur le benzène. Sa déshydrogénation catalytique' à haute température en présence d’alumine ou d’oxyde -de zinc donne du styrol avec un rendement supérieur à. 80 pour cent.
- Elles donnent des solutions .limpides, incolores, parfaitement transparentes dans les .hydrocarbures aromatiques : benzène, etc., les -cétonés, les esters, les solvants chlorés etc., mais sont insolubles dans les essences de pétrole, la térébenthine, les huiles.
- Leurs applications sont innombrables : on en fait des fils, des films, des tubes, des feuilles, etc., des dentiers, des joints.
- Elles conviennent à l’imprégnation d’étoffes raides et lavables, de courroies, de bandes transporteuses, à l’apprêt de feutres, textiles, cuirs artificiels.
- On en fait des vernis souples pour tissus, cuirs, caoutchouc ; des vernis à pigments métalliques donnant un film résistant à l’essence ; des émaux au four.
- On ne peut les associer à l’acétate de cellulose ni à la plupart des résines naturelles ou artificielles, mais on peut les incorporer aux caoutchoucs chlorés, aux nitrocelluloses, permettant ainsi l’établissement de formules très variées dans leurs applications.
- Enfin, par suite de leur pouvoir, adhésif et agglutinant remarquable, elles servent à la préparation de colles insensibles à l’eau.
- Elles permettent une adhérence parfaite et permanente de feuilles métalliques minces sur papier. Leur transparence parfaite les fait utiliser dans l’industrie des verres de sécurité formés de lames superposées et collées.
- Réduites en poudre fine, sans adjuvant de solvant et par simple ramollissement par la chaleur, elles permettent le collage des photographies sur leur support, celui des pierres précieuses, des grains sur les papiers abrasifs, etc.
- Les polystyrols sont également des résines d’une transparence parfaite, incolores, inodores, et restant indéfiniment thermoplas-tiques.
- Leurs propriétés optiques sont remarquables : leur indice de réfraction est très élevé : de l’ordre de 1,665, alors que celui des résines vinyliques décrites précédemment ne dépasse pas 1,5. De plus, la perméabilité aux rayons ultra-violets est très grande : jusqu’à 2.970. La totalité des rayons émis par le soleil traverse une feuille de polystyrol.
- Le poids spécifique est faible : 1,05.
- Les polystyrols sont solubles dans la plupart des solvants organiques : carbures aromatiques, solvants chlorés, cétones aromatiques, esters, mais insolubles dans les alcools, les essences de pétrole.
- On les utilise en pièces moulées qui ont trouvé d’intéressantes et nombreuses applications en électricité haute fréquence car leur constante diélectrique est élevée et leur coefficient de perte, sous haut voltage, très faible.
- Les polystyrols trouvent d’autres usages dans des vernis donnant des films très stables à la lumière, ne jaunissant pas, perméables aux rayons ultra-violets et résistants à l’alcool et à l’eau.
- Ils sont incompatibles avec les dérivés cellulosiques, les caoutchoucs chlorés, les résines vinyliques mais ils peuvent s’incorporer aux résines de coumarone et aux dérivés chlorés du naphtalène.
- Le principal défaut des polystyrols est leur point de ramollissement assez bas sous l’action de la chaleur : il se situe aux environs de 80° seulement.
- 1. Voir La Nature des l‘r mars, 1" avril, 15 avril et 15 juin 1945.
- Lucien Perruche/’ Docteur de l’Université de Paris.
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- LA REMISE EN ETAT DE NOS VOIES FERRÉES
- La situation du réseau des Chemins de fer français après la Libération de 1944 était infiniment plus grave qu'après les événements de 1940.
- Tout d’abord, une grande partie du territoire, en 1940, était restée indemne. Les bombardements allemands n’avaient été ni très nombreux, ni très violents. En outre, la plupart des destructions d’ouvrages avaient été exécutées par le Génie militaire français, qui s’était efforcé de les rendre inutilisables sans les détruire entièrement.
- En 1944, au contraire, les attaques de l’aviation alliée préparant ou accompagnant la bataille de France, se sont étendues à tout le territoire ; elles ont duré très longtemps et elles ont été extraordinairement intenses sur tous les points vitaux de notre réseau de voies ferrées : gares, ponts, triages, dépôts, bifurcations, ateliers. Il s’agissait de paralyser les communications de l’ennemi. La besogne fut bien faite. De leur côté, les Allemands en retraite ont multiplié les destructions ; ils ont été jusqu’à faire sauter les postes d’aiguillage et à placer des pétards sur toutes les aiguilles ; ils ont, en outre, détruit la plupart des locomotives qu’ils ne pouvaient emmener.
- Inventaire des destructions.
- La situation était .sans précédent. Au a5 juin 1940, les destructions se résumaient ainsi : 100 km de voies seulement, 54V ouvrages cParï et 43l‘pdstes''3e*sîgnaIl8aïiori oïï~3’’aigïïïïïage“ étaient hors de service. Au lendemain de la Libération, 3 000 km de voies, 2 000 ouvrages d?art et 5oo postes de signalisation ou d’aiguillage avaient été détruits totalement ou en partie; 8 45o appareils de voie étaient détruits ou avariés.
- Sur les 19 plus grands triages du pays, indispensables à la circulation des wagons de marchandises, i5 étaient anéantis. Sur 5o dépôts de machines, 29 étaient détruits ou gravement endommagés ; il en était de même pour 24 dépôts de première classe sur 4a et pour 18 dépôts de deuxième classe sur 39. La situation était particulièrement grave dans le Nord, région minière et industrielle, où 20 dépôts sur 28 avaient été détruits.
- Locomotives et ateliers.
- En ce qui concerne le matériel roulant, après les prélèvements massifs effectués par les Allemands, nous avions pu conserver jusqu’en juillet ig44 n 5oo locomotives à vapeur sur 16 000 que nous possédions en 1940. A la fin de septembre, nous en avions retrouvé 6 200, sur lesquelles 2 780 seulement étaient utilisables dans les i5 jours.
- On peut dire que la quasi-totalité des machines exigeaient des réparations importantes, que rendait presque impossibles le manque de matières premières et de pièces de rechange.
- La destruction de quatre des plus grands ateliers de réparation de .machines et de i5 ateliers de réparation de voitures et wagons rendait par ailleurs singulièrement difficile la reconstitution du parc de matériel roulant. Le total des bâtiments
- de la S. N. G. F.-détruits représentait une surface couverte de 1 3oo 000 mG
- Ponts et viaducs provisoires.
- En présence de cette situation, il fut tout d’abord nécessaire d’établir un inventaire détaillé des destructions et des possibilités de circulation, en vue de faire face aux besoins immédiats du pays, de rétablir les relations essentielles et de mettre au point des « itinéraires détournés ». Ce fut la période héroïque, où les voyageurs de Paris à Toulouse faisaient 3 km à pied, à Orléans, leurs valises à la main, pour changer de train d’une rive à l’autre de la Loire! Simultanément, la S. N. C. F. devait assurer de très importants transports militaires, qui,, eux, ne souffraient pas d’attendre.
- Le dégagement des gares et noeuds de communication sinistrés, ainsi, que la reconstruction des ouvrages d’art, furent ensuite entrepris avec des moyens souvent précaires.
- Mais avec une énergie admirable, ingénieurs et ouvriers de la S. N. C. F. ont déployé, au cours du dur hiver ig44-i945, une infatigable activité; au prix d’un dur travail de jour et de nuit, malgré la pluie, là neige et le froid, ils ont réussi à rétablir les communications essentielles dans un temps record. Au 3o septembre 1944, on comptait 2 072 ouvrages de passage inférieur détruits ou avariés. Le 3i décembre, 1 55o étaient -rélablis^'doftfc 73 ,k~ titretdëfinitif. Sur 368 -ouvrages de passage supérieur, on en comptait;308 détruits ou avariés. Le 01 décembre, 201 étaient rétablis dont 16 à titre définitif. Enfin 26 tunnels sur 35 étaient réparés.
- En règle générale, les ouvrages provisoires ont été établis, tantôt au droit de l’ouvrage ancien — viaduc de Maintenon, pont d’Orléans — tantôt à côté — pont d’Argenteuil. Exceptionnellement, une partie notable de l’ouvrage provisoire a pu être incorporée dans l’ouvrage définitif ; c’est, le cas de la semelle de pont en béton armé du viaduc de Chalons. Certains ouvrages métalliques, comme le pont d’Angers, sur la Maine, ont pu être « relevés ».
- Quelques exemples.
- Chaque ouvrage a son histoire et a donné lieu à une sévère bataille. Ne pouvant entrer dans les détails, nous citerons à titre d’exemples le pont d’Orléans, qui présentait une brèche continue de 280 m, correspondant à 10 arches détruites, et le via-duc de Maintenon, bombardé six fois, dont i5 piles et 22 arches sur 82 avaient été détruites.
- Les travaux du viaduc de Maintenon furent particulièrement pénibles, dans un paysage lunaire, criblé de trous de bombes de 8 m de profondeur et semé de bombes non éclatées. Après avoir amené à pied d’œuvre des trains spécialement aménagés en campement pour les ouvriers, il fallut déblayer la vallée marécageuse, sous des torrents d’une pluie ininterrompue, sonder le sol, construire dans le fond même de la vallée d’énormes semelles de ciment, sur lesquelles on dressa les formidables
- Fig. 1. — Pont de Verberie (« Pont du charbon ») abattu en rivière (photographie prise en octobre 1944). — Les poutres inférieures, travaillant en traction, ont été coupées par les explosifs ; les poutres supérieures, comprimées, se sont écrasées avec « flambement » (Photo Noël Le Boyer). Fig. 2. — Pont provisoire de Verberie : vue prise au cours des essais de résistance, le 25 novembre 1944. — La partie « bois » a été construite par le Génie français, la partie métallique étant confiée à une entreprise privée (Photo Noël Le Boyer).
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- Fig. 3. — Destruction totale : le pont d’Argenteuil (Photographie prise le 6 novembre 1944). — Seules restent debout une partie des piles
- (Photo Noël Le Boyer).
- Fig. 4. — Battage de pieux en Seine pour le pont provisoire d’Argenteuil. — Les têtes des pieux sont exrobées dans une semelle en béton
- (Photo Noël Le Boyer).
- Fig. 5. — Travaux de nuit au pont d’Orléans. — Lancement de la dernière travée de poutres, dans la nuit du 17 novembre 1944. Pour accélérer les travaux, les poutres étaient lancées la nuit, la pose et l’équipement de la voie se faisant le jour suivant (Photo Noël Le Boyer).
- Fig. 6. — Essais du pont d’Orléans, après rétablissement provisoire de l’ouvrage. Quatre locomotives électriques attelées à une locomotive à vapeur, franchissent le pont le 19 novembre 1944. •— On a tiré parti au maximum du reste des anciennes piles démolies
- (Photo Noël Le Boyer)
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- Fig. 7. — État du viaduc de Maintenon après six bombardements : 22 arches détruites sur 32, 15 piles détruites, — Ouverture de chaque
- arche 10 m, hauteur 20 m ; longueur totale 320 m (Photo S. N. G. F.).
- Fig. 8. — Deux des 13 tabliers métalliques constituant le viaduc provisoire de Maintenon. — Chaque tablier franchit une portée de 20 m ;
- les piles Assurées sont renforcées par des palées obliques (Photo S. N. C. F.).
- Fig. 9. — Passage du train d’essais sur le viaduc provisoire de Maintenon (côté Chartres à droite). — Les tabliers métalliques reposent
- sur des palées et sur d’anciennes piles que l’on a corsetées de béton (Photo S. N. G. F.).
- Fig. 10. — Pont du chemin de fer, à Angers. — Une des travées, coupée au voisinage de la pile, est tombée en rivière (Photo J. Evers).
- Fig. 11. — Relèvement du pont d’Angers. — Les pylônes, architecturés en portique, vont soutenir la travée au fur et à mesure de son soulèvement
- (Photo J. Evers).
- Fig. 12. — Relèvement du pont d’Angers. — La travée affaissée a été soulevée à hauteur convenable et appuyée sur un jeu de poutres reposant
- sur les palées des pylônes du portique. Les deux tronçons seront raccordés par soudure (15 novembre 1944) (Photo J. Evers).
- palées de bois hautes de 22 m. Les anciennes piles, lézardées par les explosions et par la chute des parties adjacentes, furent renforcées par des corsets de béton. Le tablier provisoire fut ensuite mis en place au moyen de grues, sous la forme de i3 travées métalliques longues de 20 m.
- La réfection provisoire du viaduc de Maintenon a exigé
- 75o m3 de bois d’œuvre, 180 t de ciment, 3 000 m3 de déblaiements et 5oo t de tabliers métalliques. L’effectif de chantier n’est pas descendu au-dessous de 4oo hommes.
- Les photographies que nous reproduisons ci-contre sont plus éloquentes que de longues descriptions. Elles mettent clairement en évidence l’immensité de la tâche que nos cheminots
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- Fig. 13. — Écroulement de la partie centrale du viaduc de Chautnont, coupant la route nationale n° 65. —- Trois piles et quatre arches
- détruites, formant une brèche de 45 m (Photo S. N. C. F.).
- Fig. 14. — Ouvrage provisoire du viaduc de Chaumont. — Il comporte une estacade en béton armé, portée par trois colonnes intermédiaires,
- et destinée à être enrobée dans l’ouvrage définitif (27 février 1945) (Photo S. N. C. F.).
- Fig. 15. — Ceci fut un grand triage... — Devant cet océan de ruines, oh gisent peut-être des bombes non éclatées, on juge de l’ampleur des
- travaux de déblaiement et de remise en état (Juvisy, 19 octobre 1944) (Photo Noël Le Boyer).
- Fig. 16. — Travaux de déblaiement du triage de Juvisy. — A. l’arrière, les ferrailles encore sur place. A mesure que l’on pose de nouvelles
- voies, le déblaiement s’accélère (Photo Noël Le Boyer).
- Fig. 17. — Le triage de Vaires (février 1945). — Voie et matériel sont également détruits (Photo S. N. C. F.).
- Fig. 18. — Un exemple de destruction totale : le dépôt de Chalindrey après le bombardement du 13 juillet 1944. — Un trou de bombe
- au milieu des tenders (Photo S. N. C. F.).
- ont su mener à bien, en quelques mois. Aujourd’hui, la circulation est rétablie sur l’ensemble du réseau français. Sans doute il reste encore beaucoup à faire : la reconstruction définitive des grands ouvrages, des ateliers et des triages détruits, le
- rééquipement en matériel demanderont encore de longs mois. Mais l’essentiel a été fait avec une rapidité inespérée qui fait le plus grand honneur à tous les artisans de la résurrection de notre réseau.
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- NOS GRANDS
- RÉSEAUX D'ÉNERGIE (suit.)
- Dans un précédent article (1), nous avons examiné la contexture matérielle des grands réseaux d’interconnexion et de distribution d’énergie électrique. Nous avons vu comment le
- Ligne aérienne 9 km.
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- Ü Poste de transformation JUL 220 kV
- TT fio
- 04VC Poste de transformation 60/15.12.10.5 kV.
- O O Poste d'aiguillage •
- Centrale thermique
- mmm Lignes a 220 kV.
- souterraine U a""" existantes
- [ Lignes à 220 kV.
- | <ÏÏ.® souterraine a
- çnao
- aerienne
- projetées
- Fig-, i, — Le réseau d’alimentation de la Région parisienne.
- (D'après Malégarie et Martincotjrt : « L’équipement électrique de la France ». Collection « Que sais-je »).
- Problème du « kilowatt heure marginal »•
- L’énergie électrique est une denrée instantanément périssable. Ici (\), pas de « loi de l’offre et de la demande » : le producteur, pour faire honneur à ses contrats, doit livrer instantanément toute l’énergie demandée, dans les bornes de la puissance souscrite par l’abonné. Ceci oblige à prévoir une certaine réserve tournante, constituée par des groupes turbo-alterna-teurs qui tournent à vide, cc accrochés » électriquement au synchronisme sur le réseau. A Paris, par exemple, cette réserve tournante doit représenter au moins une puissance égale à celle qu’apporte effectivement la ligne à 220 000 V du Massif Central : ceci en vue de pouvoir faire face instantanément à une rupture de la ligne.
- Tel est le caractère de la « demande » sur le marché de l’électricité : impérative, insensible à l’offre.
- Passons à 1’ « offre » (fig. 3). Celle-ci est au contraire extraordinairement nuancée. Une usine « au fil de l’eau », c’est-à-dire sans bassin d’accumulation, doit livrer son énergie au fur et à mesure ; une usine à bassin peut accumuler durant un temps donné ; une usine thermique possède une souplesse extrême, mais le kilowatt-heure y revient généralement plus cher. Dans les usines hydrauliques, les dépenses fixes (charges du capital, main-d’œuvre, entretien) représentent 90 pour 100 du prix de revient de l’énergie; elles ne représentent que 5o pour 100 dans les usines thermiques, le reste étant constitué par les dépenses proportionnelles correspondant à la consommation de charbon. N’oublions pas, pour compléter un tableau déjà chargé, que le transport du courant n’est nullement gratuit; aux pertes par effet Joule s’ajoutent les péages à payer aux propriétaires des lignes; on estime qu’à une distance de 4oo km, le coût du transport représente un tiers du prix de revient du courant. En outre, il ne faut pas oublier que le ren-
- courant, engendré à i5 000 V dans les alternateurs, élevé à 220 000 V au moyen de transformateurs, était transmis par des lignes qu’interrompent de distance en distance des « postes d’interconnexion et de coupure », pour aboutir finalement aux grands postes cc abaisseurs », tels que Chevilly pour la Région Parisienne (fig. 1). Ramené par gradins à une tension non dangereuse (110 V), il est finalement distribué chez les abonnés par un cc réseau maillé » offrant une grande sécurité, du fait que l’alimentation s’effectue par plusieurs voies simultanées.
- Reste à faire fonctionner ce vaste ensemble :
- i° Au mieux des conditions économiques, c’est-à-dire en vue du moindre prix de revient du kilowatt-heure fourni ; ceci en mettant en jeu les ressources productives de toutes les usines, suivant leurs possibilités ét leurs frais de production.
- 20 Ce cc programme » étant tracé à l’avance, heure par heure (en s’aidant des diagrammes de consommation de la journée précédente et de diverses probabilités), il s’agit de le respecter sur le plan technique, en obligeant chaque usine à fournir, à chaque instant, la puissance, la tension et la fréquence qui lui sont attribuées.
- Gros problèmes, où les commandes centralisées du cc dispatching » sont indispensables, secondées par les réalisations les plus ingénieuses de l’automatisme.
- 1. Exception faite de certaines fournitures très importantes pour l’électrochimie, où le producteur fait de véritables « offres » de kilovatts-lieure par téléphone
- 1. Voir La Nature, n" 3090, 15 juin 1945.
- Fig. 2. — Appareillage extérieur de la Centrale d’Issy-les-Moulineaux.
- Les appareils fonctionnant dans l’huile sont séparés par des cloisons coupe-feu.
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- dement de chaque usine est différent et, de plus, qu’il varie suivant l’état de charge de ladite usine (1).
- On est ainsi conduit à la notion capitale du coût du kilo= watt=heure marginal, autrement dit de prix du « kilowatt-heure supplémentaire ». Voici une usine qui fournit une puissance P ; demandons-lui x kilowatt supplémentaire ; les dépenses horaires de production (2) vont augmenter légèrement. On appelle coût du kilowatt-heure marginal (ou coût marginal de production) de cette usine, fonctionnant à la puissance P, la dépense supplémentaire assumée par l’usine, obligée de fournir ce kilowatt en plus.
- Le coût marginal de production d’une usine hydraulique à bassin d’accumulation est sensiblement nul (3), du fait qu’on le chiffre en francs; mais la consommation d’eau dépend du régime auquel on aura « turbiné » cette eau, du fait du rendement inégal des machines suivant la charge. Les usines thermiques, de leur côté, ont des courbes de kilowatt marginal en fonction de la puissance très « personnelles » (fig. 4) ; les « usines de base », destinées à fournir la grande masse de l’énergie, possèdent une courbe très creuse, avec un excellent rendement pour une puissance bien déterminée des machines, tandis que les.« usines de pointe », autrement dit d’appoint, possèdent une courbe « plate » autorisant une marche acceptable à différentes charges.
- Finalement, on démontre (4) que le partage de la production entre les différentes usines thermiques, pour obtenir la marche la plus économique possible, doit être tel que les coûts marginaux de kilowattheure relatifs à chacune de ces usines soient égaux (5).
- Stabilisation et « dispatching ».
- Abandonnés à eux-mêmes, les producteurs d’électricité seraient incapables d’assurer une répartition conforme à la règle ci-dessus. Ce rôle est confié au « répartiteur » — ou dispatcher — de la rue de Messine, secondé par des bureaux d’étude et par un « Service d’économies »; ce dernier se
- charge d'aller mesurer, dans les différentes usines, le coût du kilowatt -heure marginal en fonction de la puissance, compte tenu de l’état de propreté des machines, de la nature du combustible, de la température de l’eau de la Seine utilisée pour les condenseurs, etc. Muni de son
- la fourniture de la puissance selon les <( programme »,
- heures de la journée. le Répartiteur va
- Puissances
- Courbe de demande régionale
- Usines thermiques Usines à bassin
- 24 Heures
- Fig:. 3. — Comment les différentes usines thermiques (Pth) et hydrauliques (PH) « au fil de l’eau » ou à bassin se partaient
- 1. Il en est de même du rendement des lignes. Un kilowatt transporté par une ligne déjà très chargée, donne lieu à des pertes plus élevées que s'il est transporté par une ligne peu chargée.
- 2. Les frais fixes ne figurent pas dans les calculs de coût des kilowatts-heure marginaux, qui sont essentiellement des calculs de différences.
- 3. La notion n’a pas de sens pour une usine au fil de l’ean, sauf déversements, c’est-à-dire gaspillage.
- 4. C’est un problème classique de « minima liés », que le calcul des Variations permet de résoudre.
- 5. On conçoit, sans entrer dans le détail des calculs, que s’il y avait inégalité, on aurait intérêt à décharger les usines à coût élevé pour charger les usines à faible coût marginal.
- . Coût du kwh marginaJ
- Mise en route du groupe
- Puissance
- Coût du kwh marginal
- *-Mise en route du groupe
- Surcharge
- Puissance
- Fig. 4.
- Coût du kilowatt-heure « marginal » en fonction de la puissance.
- I. Usine « de base » fonctionnant à bon rendement pour une charge
- déterminée.
- II. Usine « de pointe » appelée à fournir dès suppléments de puissance
- momentanés.
- se trouver en face de problèmes techniques de stabilité électrique, particuliers aux grands réseaux, et dont il nous faut dire quelques mots.
- Comment les différentes machines déversant leur énergie dans ce grand ensemble que constitue le Réseau national vont-elles être assujetties à fournir chacune la . puissance qui lui est assignée ? Et comment assurerons-nous la fixité de la fréquence ?
- La solution autrefois adoptée était celle de la « centrale chef d’orchestre ». Une usine — obligatoirement la plus puissante — définit la fréquence, les régulateurs de ses turbines étant soumis à un fréquencemètre ; les autres usines se bornent, par la manœuvre manuelle ou automatique de leurs vannes, à fournir la puissance qui leur est assignée par le programme. Cette solution, qui assujettissait la centrale principale à absorber la quasi-totalité des « pointes » instantanées de puissance, s’est avérée impraticable depuis la mise en service des longues lignes à 220 000 V : les réglages incessants des puissances déterminent, en effet, dans ces lignes, des oscillations qui finissent par provoquer des cc^ décrochements » d’alternateurs et la disjonction générale du réseau.
- Le problème a élé repris sur des bases nouvelles et pratiquement résolu entièrement par M. Darrieus, en iq35, en considérant une certaine fonction linéaire de la puissance et de la fréquence, fonction qui doit être maintenue constante pour chaque « groupe » comprenant une usine génératrice et la part du réseau qu’elle alimente. Si celte condition est réalisée, le réseau est le plus stable possible, chaque usine prenant automatiquement, en cas de surcharge, une part de cette surcharge au prorata de sa puissance.
- Le schéma de la fig. 5, que nous empruntons à M. Malégarie, montre comment ces conditions ont pu être réalisées, pour le dispatching de la Région parisienne, par l’installation automatique de téléréglage à cellules photo-électriques de la rue de Messine. Il va de soi que cet appareillage est complété par un pupitre général de commande, avec schémas lumineux, lignes téléphoniques directes, etc., permettant au dispatcher responsable d’assurer à tout instant la régularité de l’exploitation (x).
- Protection « en régime troublé ».
- On sait que les lignes à courant alternatif, outre le courant de puissance proprement dit (courant watté), véhiculent un certain courant magnétisant (courant déwatté), indispensable à la magnétisation de tous les circuits. Ici encore, les oscillations de puissance réactive doivent être évitées. Le problème est analogue à celui que nous venons d’examiner (fonction linéaire puissance-fréquence), à ceci près que nous avons affaire ici à la puissance réactive et à la tension : les
- 1. Grâce à ces conceptions nouvelles de l’interconnexion, le prix de vente moyen du kilowatt-heure, exprimé en monnaie stable (« francs de Germinal »), est passé de 28 centimes en 1918 à 6 centimes en 1940.
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- CHEVILLY
- AMPÈRE GENN EVILLIERS1220000 i i J volts
- D J Totaliseur
- Programmétne
- Lentille
- Miroir
- Ecran d’asservissement
- Moteur
- Fréquencemètre
- Cellules photo-électriques
- fT^sjr^njissance ss^dT Usine STDENIS
- Puissan i
- ‘Usine
- GENNEVILLIERS '
- Puissance Usine /
- ISSY-LES-MOULINEAUX 1/
- Puissance (Aa Usine ARRIGH/SP
- Fig. 5. -— Installation automatique de « téléréglage » orchestrant à Paris les puissances livrées à la. Région parisienne par des centrales réparties dans toute la France.
- L’indication des puissances effectivement fournies sous 220 000 V aux trois postes abaisseurs de Chevilly, Ampère et Gennevilliers est envoyée par fils pilotes aux trois récepteurs wattmétriques B. Le totalisateur D indique le total de la puissance amenée dans la région à un moment quelconque. L’appareil F mesure l’écart entre la puissance à fournir indiquée par le programmètre automatique G et la puissance effectivement fournie. Cette mesure est transmise à un récepteur télévvattmétrique. Elle dévie le miroir du galvanomètre H dont le rayon lumineux réfléchi par un miroir cylindrique est repris par le miroir du galvanomètre d’un fréquence-mètre K. Ce dernier a une déviation proportionnelle à l’excès (positif ou négatif) de la fréquence réelle sur la fréquence prescrite. Le rayon réfléchi final tombe sur un écran tournant percé de fenêtres et placé devant deux cellules photoélectriques (asservissement). Suivant le sens de la déviation, le rayon tombe sur là cellule chargée d’envoyer des « ordres » (impulsions électriques) d’ouvertures de vannes ou sur la cellule préposée aux fermetures. Ces impulsions sont envoyées par fils pilotes aux différents récepteurs téléwatt: métriques A qui fournissent au totalisateur C l’indication de la puissance créée' par les usines thermiques (Gennevilliers, Issy, Arrighi, Ivry, Saint-Denis). Les impulsions traversent les relais-filtres E qui comparent la puissance réellement fournie par l’usine avec la portion de la puissance totale qui lui est attribuée par le programme. Les impulsions d’ouverture ne passent que si l’usine ne fournit pas 'à cet instant une puissance supérieure à celle qui lui est assignée et inversement pour les impulsions de fermeture. En agissant sur les potentiomètres de réglage des relais-liltrres, le dispatcher est à même d’assurer le partage économique des charges entre les usines.
- régulateurs n’agissent plus sur les vannes des turbines mais sur les excitations des alternateurs.
- Pratiquement, on est conduit, soit à laisser tourner à vide, a accrochés » sur le réseau, des alternateurs dont on force plus ou moins l’excitation (principe du moteur synchrone surexcité), soit à installer des moteurs synchrones (1) tournant également à vide, dénommés compensateurs (2). Ces machines sont placées,
- autant que possible, aux points où il est désirable que la tension demeure constante, notamment aux nœuds d’interconnexion. Pour les puissances réduites, les techniciens s’efforcent de mettre au point l’emploi de self-inductions (cc bobines ») et de condensateurs purement statiques, qui n’offrent pas les inconvénients des compensateurs tournants; malheureusement, le. prix des condensateurs importants, en l’état actuel de la technique, est encore prohibitif. L’emploi de transformateurs à prises variables s’est d’autre part généralisé et permet des ajustements de tension dans les postes de coupure dépourvus de machines tournantes.
- La technique a par ailleurs fortement progressé en ce qui concerne le fonctionnement des réseaux en régime troublé. Les troubles surviennent, notamment à la suite de la mise en circuit d’une machine puissante, de l’arrêt inopiné d’une machine, d’une rupture dfe ligne, d’un court=circuit. Le court-circuit affectant un grand réseau est, on le conçoit, un phénomène fort différent d’un court-circuit d’appartement ou d’automobile. Il est indispensable, non seulement de mettre le plus vite possible hors circuit l’élément défectueux, (ligne, transformateur, etc.) mais, généralement, de surexciter momentanément les alternateurs demeurés sains, afin d’çyiter leur « décrochage » sous l’effet des violentes oscillations de puissance qui sillonnent le réseau.
- Tant que les réseaux étaient peu développés, des telais à maximum d’intensité locaux, commandant les disjoncteurs, ont suffi pour assurer la protection ; cette, solution morcelée s’est révélée rapidement insuffisante avec les réseaux éten-
- dus, présentant des « boucles ». On a fait alors appel.à des indicateurs plus complexes : relais directionnels (fig. 6) indiquant le sens du déplacement de la puissance de court-circuit, relais d’impédance mesurant la distance à laquelle .eux-mêmes se trouvent du défaut.
- ,4
- La solution générale repose sur lq mesure « différentielle » : un relais mesure la puissance qui enj,re dans un élément (appa-reil, machine ou segment de ligne) et la .compare a la puissance qui en sort : en cas de différence, l’élément est mis hors circuit. On peut en rapprocher la protection balancée, qui est spéciale aux lignes travaillant en parallèle; les courants circulant dans chaque ligne agissent sur un même relais différentiel et, en cas de différence, la ligne défectueuse est éliminée.
- L’application de la protection différentielle aux lignes nécessite l’installation d’un « fil pilote »; les ingénieurs s’efforcent aujourd’hui d’éviter cette sujétion par l’emploi de courants porteurs à haute fréquence, circulant dans les mêmes conducteurs que le courant à haute tension, et qui peuvent être également utilisés pour les transmissions wattmétriqueg, la signalisation et le téléphone. Cette branche de la technique des Gi-ands Réseaux est actuellement en pleine évolution.
- Déclenche
- Déclenche
- Ne déclenchepa.
- Fig. 6. — Principe de la protection d'une ligne de transport par « relais wattmétriques directionnels ».
- A, B, C, disjoncteurs ; Wlt W2, Wa, relais wattmétriques directionnels. Ces relais indiquent la direction de circulation de la puissance. Leur connexion avec la commande des disjoncteurs est telle que deux disjoncteurs déclenchent quand leurs relais indiquent des circulations de sens contraire ; le tronçon avarié est ainsi isolé.
- 1. Un moteur synchrone, en principe, est une machine identique à un Pierre Devaux.
- alternateur.
- 2. Voir La Nature, n° 3090 du 15 juin 1945 Ancien Élève de l’École Polytechnique.
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- LES SONDEURS D'ATOME"’
- De Dalton à Louis de
- v
- Les chimistes font connaissance avec la molécule»
- Quand il est tout à fait impossible à un général de prendre une ville d’assaut,' il lui reste toujours la ressource du cheval de Troie, ou, pour parler une langue plus moderne, de la cinquième colonne. Vers le milieu du xixe siècle, l’atome était deVeUu complètement incapable d’enlever de vive force la forteresse Science; aussi résolut-il, sf j’ose ainsi m’exprimer, de s’y introduire par la cinquième colonne.
- Les chimistes se rappelèrent d’abord un petit fait assez ancien. En i8a3, le jeune Liébig (1803-1873) avait préparé du fulminate d'argent," et son compatriote Wôhleb (1800-1882), du cyanate d'argent, des deux substances possédaient naturellement des propriétés chimiques distinctes, mais les deux Allemands furent bien étonnés de constater qu’elles avaient exactèment la même composition. Cet étonnement fut partagé, un peu plus tard, par d’autres’ hommes dé “science comme le grand Faraday (1797-1867) et Berzélius, lorsqu’ils notèrent que d’autres corps, qui n’avaient pas de propriété commune, révélaient cependant la mêiné cqnstitutiotr chimiquèj Eojriiriënt, Se demkndèrent-ïls, une même proportion d’argent (72 pour 100), d’oxygène (11 pour 100), d’azote (9 pour 100) et de carbone (8 pour 100) peut-elle donner naissance à deux corps différents, comme le fulminate et le cyanate d’argent? — Sans doute, suggéra-t-on timidement, parce que l’argent, l’oxygène, l’azote et le carbone ne sont pas disposés de la même façon dans le cyanate et dans le fulminate....
- Bon gré mal gré, il fallut bien, cette fois, admettre qu’il existait, à la base de. chaque élément, un petit quelque chose, une particule, un atome, et que c’était le mode d’arrangement de ces atomes qui rendait compte des propriétés physiques et chimiques. .
- — Au fond, avoua Dumas en i84o, ce qui compte, pour les propriétés d’un corps composé, c’est moins la nature des particules des composants que la manière dont elles sont assemblées. Mais ces particules ne peuvent pas s’unir n’importe comment : elles ne peuvent le faire que suivant certains types déterminés.
- — Il existe trois types principaux, précisa Gerhardt en i853. D’abord le type IiCl (acide chlorhydrique). En substituant un atome de potassium à l’atome d’hydrogène, ce type aboutit au chlorure de potassium, KC1. D’autres substitutions permettent, de même, d’obtenir des iodures et des bromures. Lé deuxième type est le type H20 (eau). En y remplaçant encore un atome d’hydrogène par un atome de potassium, on arrive à la potasse, KOFI; d’om comme tout à l’heure et par d’autres substitutions, les bases, les acides et les alcools. Enfin, le troisième type est le type TI3N (ammoniac) qui, de la même façon, donne naissance aux amines et aux alcaloïdes.
- C’était là une vue ingénieuse mais, comme on ne tarda pas à s’en apercevoir, un peu fruste, et l’on dut bientôt ajouter une rallonge à la liste des types. La théorie devint même si
- 1, Voir La Nature des 15 mars, 15 avril, 15 mai et 15 juin 1945.
- Broglie et Jolîot-Curie
- compliquée qu’un chimiste allemand nommé Kékulé (1829-1896) se demanda s’il ne serait pas préférable de la jeter pardessus bord et de tout reprendre par le commencement. Kékulé était un ancien architecte que la chimie avait attiré et qui l’avait apprise en errant de capitale en capitale. C’est en i858 qu’il se fit cette remarque essentielle : — Il n’y a pas grand chose de bon dans cette théorie des types, sauf ceci : quand on passe du type HCl au type II3N, le nombre d’atomes d’hydrogène passe de 1 à 3. S’il y a des typés différents, n’est-ce pas parce que les divers atomes n’ont pas tous la même cc capacité de saturation », parce que tel atome est pleinement satisfait s’il s’unit à un unique atome d’hydrogène, alors que tel autre exige deux atomes d’hydrogène, et tel autre encore, trois ?
- Et Kékulé édifia la théorie de la valence. Il imagina que le chlore, par exemple, possédait un seul- centre d’attraction, ou, si l’on veut un langage imagé, un seul crochet susceptible d’agripper un seul atome voisin ; il ne pouvait donc accrocher qu’un seul atome d’hydrogène, ce qui formait ïtinsi la molécule d’acide chlorhydrique :
- H------:--Cl
- L’atome d’oxygène, lui, possédait deux crochets, ce qui lui permettait de s’unir à deux atomes d’hydrogène et de constituer la molécule d’eau :
- L v ^
- L’azote était muni de trois crochets, et constituait, avec l’atome d’hydrogène, la molécule d’ammoniac :
- H\
- H->N
- h/
- Kékulé découvrit ensuite que le carbone avait quatre crochets — comme dans le méthane CH4 — ce qui complétait l’inventaire des corps monovalents, divalents, trivalents et tétravalents, et allait donner à la chimie du carbone le sens d’un synonyme de chimie organique. Bref, en 1866, ces travaux avaient conduit à représenter les réactions chimiques par des formules développées, dans lesquelles des liaisons simples ou multiples rendaient compté du pourquoi et du comment des substitutions; Par exemple, dans le méthane CII4, les quatre valences du carbone étaient mises en évidence par la formule :
- , H
- II—C-H I
- H
- et l’on voyait tout de suite qu’en remplaçant un atome d’hydrogène par un atome de chlore, on obtenait le méthane monochloré :
- H
- H
- L’introduction de la valence montrait, non seulement que les atomes devaient avoir une existence réelle, mais que leur disposition dans la molécule n’était point laissée au hasard. La
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- molécule apparaissait, non plus comme un amas d’atomes entassés n’importe comment, mais bien comme un édifice ordonné suivant une stricte architecture. Les chimistes n’allaient pas tarder, du reste, à pouvoir détailler cette architecture, grâce à une découverte qu’un jeune homme de 26 ans, Louis Pasteur (1822-1895), avait effectuée en i848. Il avait constaté, en effet, que certaines solutions d’acide tartrique déviaient à droite la lumière polarisée (1), que d’autres solutions du même acide la déviaient à gauche et que d’autres encore ne la déviaient pas du tout. — Cela vient sans doute, raisonna-t-il, de ce que ces dernières sont un mélange des deux autres, et de ce que les déviations inverses se compensent. — Mais pourquoi deux solutions du même corps exerçaient-elles, sur la lumière polarisée; des actions inverses ? Pasteur eut l’intuition que la cause en résidait dans la différence d’arrangement des atomes dans la
- 1. La lumière est dite polarisée quand ses vibrations, au lieu de se propager dans l’espace dans tous les sens, ne s’exercent plus que dans un seul plan.
- molécule de chacune d’elles; ces deux molécules devaient être,, non pas semblables, mais symétriques, comme un objet et son image réfléchie dans un miroir, ou comme la main droite et la main gauche.
- C’est une intuition que le Français Le Bel (1847-1930) et le Hollandais Van t’Hoff (x852-ign) précisèrent indépendamment en 1874. Ils montrèrent que les formules développées n’étaient parfois pas suffisantes, que certains phénomènes de chimie organique ne pouvaient s’expliquer qu’en remplaçant ces formules par des représentations dans l’espace. Par exemple, ils prouvèrent qu’au lieu de symboliser le méthane par la formule développée de la page précédente, il convenait de concevoir sa molécule comme ayant la forme d’une pyramide à quatre sommets, les quatre atomes d’hydrogène étant accrochés à ces quatre sommets. Avec cettethéorie du carbone asymétrique, c’était la chimie dans l’espace ou stéréochimie qui sortait de terre, et l’essor prodigieux de la chimie moderne qui commençait.
- (à suivre). Pierre Rousseau.
- LE BOUDDHISME
- EN INDOCHINE
- Au Musée de l’Homme, la vitrine du Mois, consacrée cette fois-ci au Bouddhisme en Indochine, a été solennellement inaugurée, le 26 mai, à 15 h. 30, en présence de M. Giacobbi, Ministre des Colonies, devant de nombreuses personnalités du monde colonial et du monde scientifique.
- Comme on peut le voir sur la photographie ci-contre, les organisateurs ont groupé, autour d’un grand bouddha khmér en grès poli, du début du xne -siècle, des instruments de musique d’usage religieux, des manuscrits, et un « pidam », ornement du culte en soie, dont le décor représente le Prince Siddhartha, qui devait devenir le Bouddha, quittant le palais paternel pour aller mener la vie ascétique. Une série de photographies, prises en 1940, à Luangprabang, au temple de Yat Yisun, par M. Paul Lévy, Directeur de l’Institut Indochinois pour l’Étude de l’Homme, fixent divers instants de la cérémonie d’ordination d’un bonze. D’autres photos montrent des détails du costume religieux et des spécimens d’architecture bouddhique, comme le That Luong, célèbre lieu de pèlerinage à Yientiane (Laos). Une carte, peu perceptible ici, précise la répartition des deux formes du Bouddhisme en Indochine.
- La date du .26 mai avait été choisie parce qu’elle coïncidait cette année avec celle do la pleine lune de mai, fêtée dans tous les pays bouddhistes sous le nom de Wesak. Cette fête commémore l’anniversaire de la naissance du Bouddha, en 563 av. J.-C., de la révélation qu’il eut de la souffrance humaine, du moment où il devint Bouddha, et de sa mort, en 483 av. J.-C. Tous ces événements eurent lieu, d’après la légende, à la pleine lune de mai.
- L’Indochine reçut le Bouddhisme Mahayana par deux voies différentes, dès les premiers siècles de notre ère. Dans le Sud Annam, au Laos et au Cambodge, il vint directement de l’Inde, en même temps- que le Brahmanisme qui y fut florissant jusqu’au déclin de la civilisation kmère. Le Yord de l’Annam et le Tonkin, à la même époque, recevaient de la Chine un Bouddhisme déjà mêlé d’influences taoïstes et cpnfucianistes, qui s’assimila les croyances aux génies qui existaient déjà dans ces pays.
- Au xme siècle, après la chute de l’Empire khmer, arriva de Ceylan, par la Birmanie et le Siam, une A-ague de Bouddhisme hinayana, qui envahit le Laos et le Cambodge. De nos jours, ces deux pays peuvent compter parmi les plus fervents bouddhistes, et il est peu d’hommes qui n’aient passé quelque temps dans un monastère, la tête rasée et revêtus du costume jaune. En effet, les bonzes ne sont pas tenus de prononcer des vœux définitifs et ils Auvent en fréquent contact avec les laïques qui doivent les nourrir en distribuant chaque matin l’aumône de riz cuit aux bonzes quêteurs. Les moines peuvent officier deArant l’autel domestique, chez les laïques, et ceux-ci sont admis à assister dans le
- monastère à certaines cérémonies, en particulier à celle de l’ordination des moines.
- Depuis une dizaine d’années, le Bouddhisme connaît en Indochine une grande recrudescence de fer\Teur, grâce a l’édition dans la langue et l’écriture du pays auquel ils sont destinés des textes sacrés jusqu’alors rédigés et écrits en langue et caractères Pâli. Ce travail de grande diffusion a été entrepris sur l’initiative de l’Institut d'Études Bouddhiques de Phnom-Penh. En Annam, un travail du même ordre était entrepris par une société, d’études bouddhiques dont les ramifications atteignent les moindres villages.
- Paule Le Scour.
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- LA GALE
- La gale est, si l’on peut dire, une maladie à la mode. Elle est devenue extrêmement fréquente après la défaite de 1940 et dans bien des endroits les malades incriminaient le pain. Il était presque honteux d’avoir la gale, c’est une maladie sale et presque indécente. Par contre, avoir la gale du pain était beaucoup moins choquant. En fait il existe une seule gale et le pain, s’il était mauvais et causait parfois de la diarrhée, était sans influence aucune sur la gale.
- La gale est une maladie qui se Contracte au lit en couchant avec une personne atteinte de gale et une des rai;- Fig. 1. — Sarcoptes scabiei femelle, vue par sons de l’extensioÀ la face dorsale (in R. Blanchard).
- de celle maladie (Brtjmpt, Précis de Parasitologie).
- pendant la guerre a été précisément t le
- nombre considérable de réfugiés. En interrogeant "les malades on retrouve le plus souvent l’origine de leur gale. C’est un frère ou un cousin ou quelque autre parent qui, chassé de chez lui par les bombardements, a été accueilli par sa famille, a couché avec eux et leur a laissé la gale.
- D’autres fois il s’agit d’un individu qui a passé quelques nuits sur une paillasse plus ou moins sale dans un centre d’accueil ou dans un lit d’hôtel aux draps non lavés par suite de la pénurie de savon.
- La gale s’attrape la nuit, elle est due à la malpropreté et à la promiscuité.
- Telles sont en effet les conditions qui facilitent le passage du parasite de la gale d’un individu atteint à un individu sain.
- Ce parasite, le Sarcoptes Scabiei, mesure 34o microns de long s’il s’agit d’une femelle et seulement 220 microns s’il s’agit d’un mâle.
- Le parasite vit dans des galeries creusées dans l’épaisseur de la peau. Les femelles adultes ne se déplacent pas et restent à l’intérieur des sillons. Par contre les jeunes femelles pubères
- Fig. 2. — Sarcoptes scabiei femelle, vue par la face ventrale (in R. Blanchard).
- (Brumpt, Précis de Parasitologie).
- fécondées sortent la nuit et transmettent la gale à l’individu sain qui couche avec un malade.
- C’est environ une semaine après s’être exposé à la contagion qu’apparaît la démangeaison. Elle survient la nuit, pouvant parfois empêcher le sommeil.
- Si l’on examine attentivement la peau on trouvera les « sillons » de la gale. Il s’agit de petites lignes noires de 2 à 4 nam de long ne suivant pas les plis normaux de la peau. Ils sont assez faciles à voir chez les personnes sales étant remplis de crasse, beaucoup plus difficiles à distinguer chez les gens propres. Examinés à la loupe, on peut distinguer le parasite femelle à une extrémité et l’orifice cutané à l’autre extrémité.
- Les sillons peuvent d’ailleurs être masqués par des lésions de grattage et des infections cutanées surajoutées, fréquentes chez les individus malpropres.
- Le traitement a pour but de détruire les parasites, mais on comprend aisément combien cela est difficile,
- ceux-ci étant . IA1 confortablement 1 jfat pjy installés dâris dès \ f„' <t 5
- galeries cutanées.
- Il convient donc, avant d’appliquer le remède, de donner un bain et de frotter sérieusement de façon à déchirer les sillons.
- Après quoi le malade est frictionné avec une pommade au soufre.
- Tel est le schéma habituel du traitement de la gale.
- Malheureuse-ment, depuis quelques années, en même temps que la guerre et les conditions de vie rendaient la gale plus fréquente, nous nous trouvions en présence d’une pénurie croissante de médicaments pour la soigner.
- On manqua de produits soufrés et on manqua de corps gras pour faire les pommades. On fit des pommades à l’argile, on chercha à remplacer les produits manquants par des ersatz. Les résultats furent que la gale récidiva fréquemment et que les malades furent souvent obligés de recommencer le traitement plusieurs fois de suite à quinze jours d’intervalle.
- Dr Gabriel Mouchot.
- Œuf embryonné
- ___Orifice cutani
- Fig. 3. — Sarcoptes scabiei.
- Galerie sous-épidermique demi-schématique, d’après Railliet.
- (Brumpt, Précis de Parasitologie).
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- Extension vers le nord des plantes cultivées en Russie
- La possibilité d’étendre plus vers le nord la zone de culture des plantes de régions tempérées, sub-tropicales et même tropicales, préoccupe depuis longtemps déjà les botanistes et les agronomes soviétiques.
- Il est un fait qu’il ne faut pas perdre de Ame, c’est qu’une très vaste superficie du territoirë russe s’étend sur une zone à climat extrêmement rigoureux, où les hivers sont longs et très froids tandis que les journées chaudes de printemps et d’été sont courtes, peu nombreuses, mais qu’il n’est pas rare d’observer en juillet des températures de 30° C.
- De telles circonstances bio-géographiques ont entravé bien souvent les multiples tentatives d’acclimatation d’espèces cultivées provenant des régions plus méridionales. Cependant, à la suite de très nombreuses expériences et: de travaux de longue haleine, les savants russes surent vaincre enfin les difficultés dues au climaj. et créèrent toute une . série de plantes remarquablement bien adaptées aux nouvelles conditions végétatives. C’est à Mitchourine et à ses collaborateurs que nous devons aujoùrd’hui ce magnifique succès en biologie végétale, <- , .
- Mitchourinei n’èst qu'un jardinier,. mais qui, par. ses essaié d’acclimatation.'et ses travaux d’une conception toute originale sur la création1 de variétés nouvelles, sut attirer bien vite- sur lui l’attention du inonde savant. On fonda un institut qui porte aujourd’hui son nom et dont le but est d’étudier'sur unè grande échelle tous les problèmes se rapportant à la création de plantes susceptibles d’accomplir tout leur cycle végétatif sous des climats autres que ceux auxquels elles étaient adaptées jusqu’ici, tout en fournissant des récoltes moyennes satisfaisantes.,
- obtenu par croisemSnt entre deux espèces voisines provenant de deux régions géographiques différentes acquiert des caractères bio-géographiques nouveaux et différents de ceux qu’avaient les deux espèces qui lui donnèrent naissance.
- Voici quelques exemples de réalisation pratique.
- Arbres fruitiers et plantes à fruits. — Mitchourine a pu obtenir une variété de poire, le « Beurré d’hiver Mitchourine » qui est le résultat du croisement entre le poirier sauvage de la région d’Oussourri (province maritime d’Extrême Orient) et la variété française de Beurré Royal. Cette nouvelle variété donne de bonnes récoltes et supporte bien des froids auxquels le Beurré Royal d’origine française n’aurait jamais pu résister.
- D’autres variétés de pommes et de poires furent créées et ont permis ainsi la culture de ces espèces dans les régions de Sibérie où le thermomètre en hiver atteint facilement —40° C et où de ce fait leur culture était jusqu’ici considérée comme à jamais impossible.
- Une variété spéciale de raisin atteint parfaitement bien la maturité sous le climat de Moscou et ne périt nullement ma'gré les grandes gelées des hivers moscovites. Il en est de même des melons et même des pastèques, qui sont essentiellement des plantes de pays à climat doux, et qui cependant arrivent à une bonne maturité tout en conservant leur parfum spécifique des régions chaudes.
- La Sibérie, elle aussi, possède maintenant dans sa zone de terres cultivables (le long de la ligne de chemin de fer trans-sibérien) sa variété propre d’une cerise excellente qui fait la joie de ces populations privées pour la plupart du temps de fruits frais du pays. Pour la zone côtière de la province maritime d’Extrême Orient, on a créé un prunier qui résiste très bien aux grands froids sibériens.
- Tout impossible que cela puisse paraître, à Smolensk (moyenne de janvier : — S° C) une variété nouvellement créée d'abricotier hiverne en plein vent sans aucune protection contre les gelées.
- Betterave sucrière. — La zone très restreinte jusqu’ici de la culture de la betterave à sucre, a vu également ses limites extrêmes de culture s’étendre rapidement, grâce à de judicieux croisemen ts entre différentes espèces cultivées et sauvages ;. si bien qu’actuellement, la betterave sucrière soit cultivée depuis le Caucase (en Géorgie) jusqu’au littoral de l’Océan Pacifique (province maritime d’extrême Orient) en passant par les steppes .le la région sud de la Yolga et celles du Turkestan Russe.
- Le riz. — Quant à l’çxtension - vers le nord de la culture du riz, elle nous donnera un exemple caractéristique des efforts accomplis par les botanistes et les agronomes en vue d'adapter cette culture spécifiquement tropicale et sub-tropicale à des conditions de climat bien différentes de celles de son pays d’origme. C’est ainsi qu’en Amérique du Nord, la limite septentrionale de cette culture atteint le 42° de latitude Nord ; en Europe, et plus particulièrement en Italie, le 48° de latitude Nord ; en Chine, le 40° de latitude Nord, et au Japon, sur une des îles les plus septentrionales — Khokkaido — le 46° de latitude Nord. Jusqu’en 1923 on ne connaissait guère de culture plus septentrionale et cette dernière limite était considérée comme désormais infranchissable. Cependant les efforts ultérieurs des savants russes permirent de reculer davantage encore cette limite extrême, et la reportèrent jusqu’au oi° de latitude Nord ! (latitude de la ville de Dantzig).
- Ces résultats purent être, ob tenus grâce à . l’introduction des espèces lès' plus liâtives de "riz" d’origine japonaise et à leur croisement avec d’autres espèces déjà adaptées aux conditions climatériques continentales des plaines russo-asiatiques.
- Le blé et fa conquête des steppes. — En ce moment, un problème d’un intérêt considérable attire toute l’attention des savants et des économistes russes. Comme l’on sait, près du dixième du territoire national est occupé par d’immenses étendues sèches et chaudes : steppes au sud de la Russie d’Europe (Kazaks-tan), steppes Kirghises, steppes du Turkestan, où la culture du blé est rendue impossible du fait de l’extrême aridité du climat (précipitation atmosphérique annuelle : moins de 200 mm alors que dans le Midi de la France elle est. de 600 mm). Or, en tenant compte des résultats positifs des hybridations réalisées déjà entre le blé cultivé (Triticum sativum) et des graminées du genre Agro-pyrum (Chiendent) et qui ont permis d’obtenir des céréales hybridées présentant de nouveaux caractères biologiques fort intéressants, en particulier, résistance à la sécheresse et aux sols â forte teneur en chlorure de sodium, on peut fonder des espoirs non négligeables sur le croisement actuellement en voie d’expérimentation, entre le blé cultivé et certaines graminées des steppes asiatiques du genre Elymus L.
- Cette modeste réussite en matière de génétique végétale laisse entrevoir sans peine les immenses possibilités économiques et sociales d’une mise en valeur de vastes étendues de terres restées jusqu’ici interdites à toute introduction de culture de blé.
- Ce qui est, vrai aujourd’hui pour le blé, pourra le devenir demain pour bien d’autres plantes cultivées, puisque le génie humain est d’une nature telle qu’il s’efforce sans cesse, par de nouvelles acquisitions scientifiques, d’améliorer, d’adapter, de répandre les cultures qui peuvent être utiles à l’humanité tout entière.
- G.-W. K.
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- UN BEAU PHÉNOMÈNE CÉLESTE
- L'éclipse de Soleil
- du 9 juillet 1945
- Maints calendriers portent l’indication suivante, faisant espérer aux Parisiens la prochaine contemplation d’un spectaele incomparable : Éclipse totale de Soleil, le 9 juillet, visible à Paris.
- férences occasionnées en perspective, par la courbure du globe.
- Quoique élémentaires, ces notions suffisent à expliquer le tracé des courbes sur la carte fig. 2 : leur dessin fait connaître l’étendue de notre monde pour laquelle, en ses divers lieux, le phénomène du 9 juillet se produira à un degré quelconque.
- On constate ainsi que l’éclipse sera vue totale au long d’une zone commençant aux États-Unis dans l’État d’Orégon, puis coupant la Baie d’Hudson, la pointe Nord du Labrador, le Groenland, l’Océan glacial au Nord de l’Islande ; elle atteint l’Europe par la côte norvégienne un peu au Sud de Bodô (entre 66° et 67° de lat.),
- Fig. 1; —- Importance d’une éclipse suivant le lieu d’observation.
- Exacté dans le principe, cette annonce est malheureusement incorrecte dans la forme, car après « visible à Paris » il faut ajouter « comme partielle ».
- Si i’on peut éprouver une réelle désillusion quand on sait la beauté d’une éclipse totale, quelque consolation est apportée par le fait que néanmoins nous jouirons ici d’un phénomène d’assez notoire importance et méritant ainsi de retenir l’attention. Précisons donc les conditions générales dans lesquelles il se produira.
- Le schéma figure 1 en rappelle tout d’abord le principe, l’importance d’une éclipse donnée est très différente d’un lieu à l’autre de la Terre. Du point A, la Lune, comme l’indiquent les lignes tangentes à son globe, s’interpose juste devant le disque solaire qu’elle masque totalement ; du point B l’effet de l(a perspective montre la Lune . éuiVant la direction L, c’est-à-dire'. décalée,res-, pectivement au Soleil qu’elle n’éclipse alors que partiellement, de la quantité E ; de C enfin elle paraît rejetée en L', de manière qu’il n’y a plus éclipse. Pareilles circonstances intéressent successivement diverses contrées, la Lune se déplaçant entre le Soleil et le globe terrestre animé de sa rotation. Les deux mouvements se combinent, s’effectuant dans le même sens, mais non parallèlement, avec des vitesses inégales, la Lune marchant plus vite que la surface terrestre ; il faut tenir compte aussi des dif-
- Fig. 3. — Grandeur de l’éclipse partielle du 9 juillet en différentes villes de France.
- traverse la péninsule Scandinave, le golfe de Bothnie, la Finlande, l’U. R. S. S., le Nord de la mer d’Aral pour se terminer dans le
- Turkestan aux environs de Tachkent. Le diamètre apparent de la Lune étant 1,009 par rapport à celui du Soleil pris égal à 1, la durée de la totalité sera plutôt brève, au plus l^-lË® ; ce maximum se produira à pour
- un lieu de l’Océan situé au Nord de l’Islande.
- Nous sommes loin de Paris, on le voit, notre territoire se trouvant, en moyenne, dans des conditions analogues à celles du point B sur la fig. 1 ; tandis que 1 e point C correspond à la ligne marquant sur la carte la limite australe de l’éclipse. Précisons encore que les lignes C, M, F, passent par les lieux pour lesquels (en vertu de la combinaison des mouvements en jeu) l'éclipse commence, ou se trouve à son milieu, ou finit au lever du Soleil ; c’est au contraire au coucher du Soleil que ces mêmes phases, respectivement, ont lieu suivant C', M' F'.
- Voici maintenant, d’après la Connaissance des temps, des précisions
- Fig. 2.
- Les régions où l’éclipse du 9 juillet sera visible.
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- sur l’importance du phénomène qui, pour la France, intéressera l’hémisphère boréal du Soleil.
- A Paris l’éclipse partielle commencera à 12*53m,S, atteindra son maximum à 14*7“,6 un peu plus de la moitié, soit 0,553, du diamètre solaire étant masqué ; la fin surviendra à 15*16“ ,0.
- Pour d’autres points du territoire plus ou moins distants que Paris de la zone de totalité, et inégalement distribués en longitude on notera les sensibles différences suivantes, indiquées ici par ordre de grandeur décroissante :
- Début Milieu Fin Grandeur
- Lille ................. 12h51“,5 14h 6m,0 15*15“,3 0,604
- Strasbourg ................ 13 2 3 14 15 3 15 22 4 0,585
- Châlons-sur-Marne ......... 12 56 6 14 10 2 15 18 3 0/570
- Caen ...................... 12 48 9 14 3 1 15 12 3 0,545
- Début Milieu Fin Grandeur
- Besancon 13 2 7 14 15 1 15 21 6 0,588
- Rennes 12 48 8 14 2 4 15 11 1 '0,508
- Bourges 12 57 6 14 10 2 15 17 3 0,508
- Brest 12 43 5 13 57 3 15 6 8 0,500
- I.von 13 4 5 14 15 8 • 15 21 3 0,490
- Poitiers 12 55 4 14 7 7 15 14 7 0,480
- Clermont-Ferrand .... 13 1 7 14 13 i 15 19 0 0,479
- Nice 13 13 2 14 22 5 15 25 6 0,460
- Marseille 13 11 6 14 20 4 15 23 4 0,433
- Bordeaux 12 58 2 14 8 7 15 14 1 0,427
- Toulouse 13 4 • 7 14 13 8 15 17 5 0,409
- Perpignan 13 9 6 14 17 5 15 19 9 0,396
- D’après cette répartition les observateurs connaîtront approximativement les heures et l’importance de l’éclipse pour des lieux intermédiaires. Lucien Rudaux.
- LE CIEL EN JUILLET ET AOUT 1945
- Les difficultés présentes ont empêché la reprise de notre habituel Bulletin Astronomique. Mais de nombreux lecteurs ayant exprimé le désir de trouver au moins les renseignements les plus utiles, nous essayons de donner les principaux dans le cadre restreint qui s’impose jusqu’à nouvel ordre. (Les heures étant données en temps universel, tenir compte des modifications introduites par l’heure actuellement en usage.)
- JUILLET. — SOLEIL : du 1er au 31 sa déclinaison passe de + 23°7' à + 18°18', la durée du jour à Paris s’abaisse de 16*3m à 15*6“ _ LUNE : D. Q. le 2 à 18h13“, N. L. le 9 à 13*35“, P. Q. le 17 à 7i*l“t P. L. le 25 à 2*25“, D. Q. le 31 à 22*30“ ; apogée le 17, périgée le 30. Principales conjonctions : avec Mars le 5, fi*, à 3°36' S. ; avec Vénus le 6, 2*, à 0°26' S. ; avec Mercure le 11, 10*, à 1°53' N. ; avec Jupiter le 14, 12*, à 4°9' N. — PLANETES : Mercure, plus grande élongation du soir le 23 à 27°!' E. du Soleil, diamètre apparent 7",7 ; Vénus, visible avant l’aurore, diamètre diminuant de 20" à 18" ; Mars, dans le Taureau, visible la seconde partie de la nuit, offre un faible diamètre apparent de 5",8 ; Jupiter, dans le Lion, approchant de sa conjonction avec le Soleil, est visible peu de temps le soir, diamètre 31" ; Saturne invisible, en. conjonction avec le SelèiL; Uranus, dans le Taureau, visible la seconde partie de la nuit ; Neptune, dans la Vierge près de r, va devenir invisible, se couchant au crépuscule. Conjonctions : Vénus avec e taureau, le 15, 0*, à 0°17' N. ; Neptune avec n Vierge le 22, 0*, à 0°4' N. .; Vénus avec Uranus le 22, 10*, à 2°36' S. ; Vénus avec Ç Taureau le 30, 2*,
- à 0°7' N. — ETOILES FILANTES : le 7, début des Perséides radiant vers Cassiopée ; du 25 au 30, Aquarides, radiant vers Verseau. — ETOILE POLAIRE : Passage supérieur au méridien de Paris, le 10 à 6*25™,0, le 20 à 5*45“,53s, le 30 à 5*6m,4fis.
- AOUT. — SOLEIL : du 1er au 31, sa déclinaison passe de + 1S°3' à +8°41', la durée du jour à Paris s’abaisse de 15h3ni à 13*28“. — LUNE : N. L. le 8 à 0*32“, P. Q. le 16 à 0*26“ P. L. le 23 à 12*3“, D. Q. le 30 à 3*44m ; apogée le 14, périgée le 26. Principales conjonctions : avec Mars le 2, 23*, à 2°12' S. ; avec Vénus le 4, 16*, à 1°10' N. ; avec Jupiter le 11, 6*, à 4°14' N. ; avec Mars le 31, 13*, à 0°55' S. — PLANÈTES : Mercure invisible, en conjonction inférieure avec le Soleil le 19. Vénus, visible avant l’aurore, diamètre diminuant de 16",5 à 14",1. Mars, dans le Taureau, visible seconde partie de la nuit, diamètre augmentant de 6" à 6",6. Jupiter pratiquement inobservable dans le crépuscule. Saturne devient visible le matin, dans les Gémeaux, diamètre 15",2 ; Uranus, dans le Taureau, visible seconde partie de la nuit ; Neptune inobservable. Conjonctions : Saturne avec 6 Gémeaux le 2, 9*, à 0°7' S. ; Mars avec Uranus le 17, 15*, à 0°24' S. : Vénus avec Saturne le 22, ;’ /4*, à ^0«41'':s. — ETOILES .FILANTES : essaim principal des Perséides du 7 au 11, radiant près r, Persée, fin de ces météores vers le 22. -— ETOILE POLAIRE : Passage supérieur au méridien de Paris le 9 à 4*27m,39s, le 19 à 3*48“,31®, le 29 à 3*9“,23s.
- L. R.
- COURS ET CONFERENCES A PARIS
- VENDREDI 6 JUILLET Société des Ingénieurs de l’automobile,
- .2, rue de Presbourg : 17 h. M. Destival : « La propulsion par réaction. Réalisations françaises (suite). M. Vayssaire : « Effet propulsif des radiateurs ».
- MARDI 10 JUILLET Société des Ingénieurs de l'automobile,
- 2, rue de Presbourg : 17 h. Clôture de la suite des conférences sur le cycle de la transmission électrique. Séance de discussion. Interventions annoncées de MM. Krie-
- . GER, BELFILS, ÏOURXEUR.
- MERCREDI 11 JUILLET
- Institut technique du Bâtiment (Salle des • Conférences du Musée de l’Homme, Palais de Chaillot) : 17 h. 30. M. Chambaud : « Contribution à l’étude des lois de la résistance des liants hydrauliques, mortiers et bétons ».
- MERCREDI 18 JUILLET
- Institut technique du Bâtiment (Salle des Conférences du Musée de l’Homme, Palais . de Chaillot) : 17 h. 30. M. Florentin et
- M. Dufournet : « Maisons en béton de terre stabilisé ».
- VIENT DE PARAITRE
- « MAMAN », Journal de la Famille française, édité à Souillac (Lot), vient de faire son apparition.
- Nos meilleurs souhaits à notre nouveau confrère consacré aux problèmes de la famille, de la natalité, de l’immigration et de l’urbanisme qui préoccupent à juste titre tous les esprits clairvoyants, car l’avenir du pays est en jeu.
- PETITES ANNONCES
- La ligne : 30 fr. Abonnés ; 20 fr.
- CHERCHE : La Nature, n° du l'r mars 1945. Écrire : La Nature, n° 20.
- VENDS : Excellent obj. imm. homog. Koritzka 1/12, récent. Docteur BOUCHEZ, Antibes.
- LA NATURE
- ABONNEMENTS
- France et Colonies : six mois * 100 francs ; Etranger : six mois : 120 francs, 125 francs suivant les pays Prix du numéro: 10 francs
- Reglement par chèque bancaire ou chèques postaux (compte n° 5gg Paris)
- Les abonnements partent du U”’ de chaque mois sans effet rétroactif.
- Pour tout changement d'adresse, joindre la bande et cinq francs.
- MASSON et C*, Editeurs,
- 120, BOULEVARD S’-GERMAIN, PARIS VI*
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l'obligation de l'indication d'origine.
- Le gérant : G. Masson. — masson et g10 éditeurs, paris. — dépôt légal : 3e trimestre xr>45, n° i44
- BARNÉOUD FRÈRES ET Cie IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 201. — 7-1945.
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- GAZ NATURELS DU COMMINGES
- Toulouse esl une ville privilégiée. Ses habitants y souffrent moins qu’ailleurs du manque de combustible. Ils doivent cette faveur à la proximité du gisement de gaz naturel du Com-minges dont l’exploitation esl entrée, dans sa troisième année.
- Le Comminges est cette région des petites Pyrénées qui s’étend autour de Sainl-Gaudens. Pratiqué sur la commune de Sainl-Marcet, le premier forage heureux dans celte région remonte au i4 juillet 1939. Ce jour-là la sonde rencontra à 1 5oo m de profondeur une couche de gaz. Succès, au premier
- abord, décevant ; car le pétrole était le produit convoité et attendu. Par un hasard heureux, poursuivi plus avant, le meme forage a provoqué à 1 84o m de profondeur le jaillissement neuf mois plus lard (22 avril ig4o) du précieux liquide. On voudrait voir dans cette réussite le coup de chance couronnant une prospection à l’aventure que les pétroliers américains appellent « Wild-cat » (chat sauvage). En réalité, si la sonde avait été implantée au petit bonheur, ce n’était pas sans une élude préalable approfondie de la structure géologique du pays.
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- Sf'M .o.-wU'i!
- SOMMAIRE _
- % M
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- Gaz naturels du Comminges, par G. KIMPrLINi^^^^(®^0y
- Les plongées par fond insuffisant............ 212
- Le Dolique, par le Dr H,. LECLERC................ 213
- Une hirondelle blanche, par l'Abbé L. PARCOT. . 214
- Qu’est-ce que le diabète? par le Dr G. MOUCHOT. 215
- Les Silicones, par R. LULLE.................. 218
- Le sort des laboratoires maritimes........... 221
- Les Sondeurs d’atome {VJ), par P. ROUSSEAU. . 222
- Dessins d’enfants, par Ch. BRAEMER............... 223
- Les Livres nouveaux.............................. 224
- Fig. 1. — Dans le vallon du « Pinat », terre ingrate ne produisant que des « épines » s’érigent les « derricks » des forages de Saint-Marcet, village du Comminges, dont on voit l’aspect à droite.
- La géologie, fil d’Ariane de la prospection. — A
- la base est la tectonique ou architecture terrestre qui, par la révélation des plis anticlinaux et synclinaux — ondulations présentant leur convexité vers le haut ou vers le bas — et des failles, c’est-à-dire des cassures accompagnées ou non de dénivellation, renseigne sur les rapports réciproques des masses rocheuses constituant l’écorce terrestre. Ces rapports, les ondulations dont ils procèdent ont, en l’espèce, d’autant plus d’importance que les anticlinaux sont, selon les données de l’expérience, des zones de rassemblement de choix pour le pétrole
- Le Numéro 10 francs
- N" 3092 15 Juillet 1945
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- Sonde
- Terrains
- discordants _____
- postérieurs -— au plissement ZZ. Surface de — discordance tn Ha suite dune Z première érosion
- B3S6Sf
- Fig. 2. — Schéma d’un gisement pétrolier affecté par un plissement.
- s’il existe en profondeur. Schématiquement, un gisement de pétrole suppose un noyau de roches poreuses formant éponge-réservoir ou magasin- A une époque ou à une autre, à la faveur de conditions de sédimentation favorables par un processus ou par un autre — entre les diverses hypothèses émises au sujet de la genèse du pétrole, le choix reste ouvert — les hydrocarbures, dont le mélange constitue sa substance, se sont élaborés. Vienne la région à être bouleversée par quelque mouvement orogénique — le soulèvement d’une chaîne de montagnes par exemple — les couches sédimentaires bordant la chaîne se trouveront plissées, formeront ce que les géologues appellent une « avant-fosse ».
- Affectée par ces plissements, la roche-magasin, si elle existe, rassemblera son contenu par ordre de densités décroissantes du fond du synclinal au sommet — ou dôme — de l’anticlinal. Ainsi, suivant le point attaqué, le forage mettra-t-il à jour du gaz, du pétrole ou de l’eau comme le montre le schéma (fig. 2).
- En présence d’une telle configuration, on met lés chances de son côté en implantant la «onde dans le voisinage de l’anticlinal. Il est clair d’ailleurs que si une telle configuration guide sur le choix d’un emplacement, elle ne crée pas le gisement. Il faut que celui-ci ait existé antérieurement au plissement et que, tant antérieurement que postérieurement, il ail été protégé contre toute dissipation par un revêtement superficiel imperméable. C’est ce qui fait que le suintement qui, là où il se produit, dénote précisément une absence d’étanchéité, ne désigne pas un endroit spécialement favorable pour un sondage. On l’a bien vu en Aquitaine où, de 1923 à 1980, une campagne de forage suscitée par des indices (à Bastennes, à Gaujacq, à Saint-Boës et de Dax à Saint-Palais) n’a abouti à rien. Par contre, des suintements superficiels à distance sont une indication précieuse à retenir.
- Tel est le schéma. Or, si l’on en rapproche la structure géologique du Comminges (fig. 3), on voit que cette région rassemble les caractéristiques favorables : avant-fosse, plissements pyrénéens d’âge tertiaire, indices à grande distance, existence de zones anticlinales idéalement reconstituées par raccord des couches inclinées émergeant arasées en surface, comme on le voit sur une section transversale de l’anticlinal de Plagne (fig. 4) et donnant à penser que ces anticlinaux se retrouveront intacts à plus ou moins grande profondeur sur des formations plus anciennes; enfin présence d’une formation imperméable en surface. Quand on aura dit que des champs pétrolifères parmi les plus importants du monde comme ceux des Indes Néerlandaises, de Californie et de l’Irak se présentent avec un aspect tectonique analogue, on comprendra que le succès dans le Comminges n’est pas tellement le résultat du hasard.
- Technique de la prospection et du forage. — Les
- données en surface sont l’annonce d’une prédisposition favorable, il les faut recouper par une auscultation minutieuse du
- sous-sol pour que se dégagent les traits généraux de l’architectonique, suivant la troisième dimension. En l’espèce, il s’agissait de déceler les anticlinaux enfouis sous la grande transgression du miocène. Les méthodes géophysiques y ont pourvu. La place nous est trop mesurée pour que nous puissions nous permettre quelque développement à leur sujet. Bornons-nous à signaler la mise à contribution de la méthode électrique de Schlumberger, de la méthode tellurique et de la méthode sismique. La première explore l’épaisseur et l’inclinaison des strates et décèle les accidents topographiques par des mesures de résistivité corrélatives à l’envoi dans le sol d’un courant continu entre deux électrodes, la seconde utilise pour celte investigation les courants telluriques spontanés dans le sol ; mais la direction de ceux-ci, leur intensité et leur répartition ne sont pas toujours faciles à élucider, masqués qu’iis sont — c’est le cas dans le bassin d’Aquitaine — par des courants vagabonds tels ceux dont l’électrification des chemins de fer est prodigue. Reste la prospection sismique qui procède par ébranlements sonores provoqués à la dynamite au fond de trous de sonde de quelque vingt mètres de profondeur et dont des collections de sismographes enregistreurs recueillent les échos sur ces « miroirs » que sont certains plans de stratification, dont la position et l’orientation se trouvent par là repérées en fonction du temps, compte tenu des vitesses de propagation des ondes sonores dans le sol.
- A la faveur de ces investigations, une cartographie tellurique démontrant une structure anliclinale lève les hésitations quant à l’emplacement du forage, opération à laquelle il appartient en dernière analyse de répondre à la question posée, la 6eule qui compte industriellement : un gisement exploitable existe-t-il ou non ? Tandis qu’elle se poursuivait l’enquête scientifique trouvait tant dans le système de forage rotary employé que dans la pratique du carottage électrique les éléments d'une information plus poussée dont à mesure que les forages se multiplient toute la région bénéficie. Une des difficultés et non la moindre de-l’entreprise a été de se procurer du-matériel de, forag«wSai«N doute l’industrie française s’est-elle mise à la fabrication des derricks — ces charpentes métalliques de 4o m de haut susceptibles de supporter à leur sommet une charge de 200 t qui impriment son aspect caractéristique à un paysage pétrolier — et des « tricônes », trépans à molettes dont l’usage s’impose quand il faut — comme à Saint-Marcet — perforer de puissantes couches calcaires et dolomitiques. Tout l’outillage spécial indispensable était de provenance américaine. On n’en voyait pas les stocks s’épuiser sans une inquiétude dont on veut espérer qu’elle est maintenant apaisée. Reste la consommation brutale de matière première qui, en l’état d’une économie générale défaillante', a de quoi; inquiéter. Chaque sondage Rotary comporte ^ en effet l’équipement d’une véritable usine absorbant l’acier par centaines de tonnes
- et les « devises » Fis. 3.— Coupe géologique à travers l’anticlinal
- par millions _____ Sa'nt-Marcet, montrant la position des roches
- F j . , magasins et les terrains recoupés par quel-
- une douzaine a ques-uns des forages.
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- 211
- l&vllEocene supTlPoudingue) E2H3Eocene jnfénenr ülig||Dameii Mlil.ll HJaestrichtien toJ^I'lFlysch néocrétacé
- <------Axes anticlinaux
- • Emplacements des forages Pipe-Jine.
- .RûUteS
- —- Chemin de fer
- SECTION TRANSVERSALE SUIVANT LA LIGNE X'Y ( Anticlinal de la Plagne ) Agrandissement 4 fois celui du plan
- ' & /
- ’.eu-Avantés
- Fig. 4. — Structure des anticlinaux du Comminges et emplacements des forages.
- l’origine, soit donc en 1989. Alors, le prix du mètre foré courant revenait à plus de 3 000 fr et si l’on veut bien jeter un coup d’œil sur la figure 3, on reconnaîtra qu’il faut pousser les sondes jusqu’à une moyenne de 2 000 m. A combien chiffrer le prix du mètre courant valeur 1945 ?
- Nature et mise en exploitation du gaz de Saint= Marcet. — Les gaz naturels n’ont pas toujours Bénéficié de la faveur des pétroliers. Il faut dire qu’ils ne faisaient rien pour la mériter.
- ‘ Les énormes pressions auxquelles, à l’ordinaire, ils sont soumis dans la roche-magasin impriment à leur jaillissement un caractère tumultueux et redoutable qui participe de l’éruption volcanique ou du « soffionissimo » dont nous avons parlé jadis (Q. Saint-Marcet n’a pas complètement échappé à ce destin ; le puits n° 4 dont la nappe gazeuse provenant d’une pro-
- 1. Voir La Nature du 15 février 1942, pages 48 et suivantes
- fondeur de 1 200 m prit feu en faisant éruption le i5 juin 1941 s’inscrit dans cette tradition. En un instant, le deri'ick effondré n’était plus qu’un amoncellement de ferraille, la flamme atteignait 4o m de hauteur et, torche gigantesque, éclairait a giorno toute la région. On ne se rendit maître de l’incendie qu'après 45 jours d’efforts. Ce ne fut là qu’un incident sans lendemain. Techniquement le problème est d’équilibrer la formidable pression — de l’ordre de i5o à 200 kg/cm2 — et de contrôler l’éruption à partir du moment où le trépan touche la roche-magasin. Il est résolu d’une part par le système Rotary où ces pressions se trouvent équilibrées par une colonne de boue alourdie au besoin par des matériaux convenables; et, d’autre part, par la fixation en surface aussitôt le forage terminé d’un Christmas tree ou « tête d’éruption » qui contrôle le débit et règle la pression au moyen d’un orifice à diamètre variable appelé Dude (fig. 5).
- Le gaz de Saint-Marcet arrive à la pression de i5o kg/cm2, que le Christmas tree ramène à 3o kg. Sous l’effet de la détente sc produit un abaissement de température de l’ordre de 5o° C., d’où un givrage intense sur la canalisation conduisant le gaz détendu à l’état de brouillard jusqu’à un séparateur à chicanes où s’opère mécaniquement un premier « déessenciement » achevé, par la méthode d’absorption, 5 km plus loin 4 l’usine de Peyrouzet. Qui dit « déessenciement » dit gaz humide, donc gisement fournissant par détente entre le tubing et le casing du gaz et de la « gazoline de casinghead ». Dans la terminologie américaine, le terme « humide » signifie que le gaz contient au moins o,o4 1 d’essence par mètre cube de gaz. Il y a plus, l’étude thermo-dynamique du gaz de Saint-Marcet faite récemment par M. Vellinger, a monti’é que le gisement rentre dans la catégorie dite à « distillât ». Dans ce cas, suivant la théorie du professeur Lacey, de California Inslitute of Technology, par une application du phénomène de la « condensation rétrograde » découvert par le physicien français Caille-tet, une certaine quantité d’hydrocarbures liquides peut être vaporisée dans le gisement en raison des pressions et des températures élevées. Suivant la législation américaine, la qualification à « distillât » revient à un gisement contenant o,o56 1 par mètre cube de gaz.
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- Gaz (95%Méthane)
- ÇfcLZ
- très riche
- Deessenciement
- .Rectifie
- ition < butane ( propane
- O.N.IA
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- vers Toulouse 75km.
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- Gaz riche
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- St Marcel (Extraction)
- Essence
- Usine de
- Peyrouzet
- (Traitement)
- Schéma montrant l’exploitation du gaz naturel de Saint-Marcet.
- Le schéma (fig. 6) montre le dispositif d’ensemble de l’exploitation qui finalement laisse une certaine quantité d’essence, de butane et de propane et un gaz à io ooo calories amené à Toulouse par une pipe-line de 76 km.
- Utilisation. — Les pétroliers sont depuis longtemps déjà revenus de leur prévention contre les gaz. Loin de les brûler pour s’en débarrasser comme ils le faisaient naguère, ils les livrent par des réseaux fort étendus de pipe-lines aux usagers des villes et des grands centres industriels. Ainsi en va-t-il aux U. S. A. et au Canada où plus de xo 000 sondages livrent annuellement à la consommation quelque 75 milliards de mètres cubes de gaz naturel. Le Japon, la Russie, l’Italie, la Pologne ont, à distance respectueuse, suivi cet exemple. Nous n’avons eu qu’à emboîter le pas.
- ...En Lant que .combustible, le gaz naturel peut être utilisé pur; mais il y faut un appareillage adéquat à ses 10 000 calories. Les appareils courants sont construits et réglés pour un gaz à 4 000 calories au plus. D’autre part, substituer purement et simplement le gaz naturel au gaz de carbonisation aboutit à supprimer le coke et les sous-produits. Veut-on ne pas cesser cette fabrication, il faut admettre le gaz naturel en mélange. A Toulouse, cette solution s’imposait, car la société concessionnaire exploitait en fait une cokerie plus qu’une usine à gaz. Pour ne pas modifier le pouvoir calorifique, on s’est arrêté à un mélange ternaire : gaz de four à coke : 3o pour 100, gaz
- de gazogènes Marischka : 4o pour 100, gaz naturel : 3o pour xoo. A la petite usine de Saint-Gaudens, où la poursuite d’une fabrication de coke s’imposait avec moins d’évidence, deux solutions se présentaient : faire de l’air carburé, procédé mis au point quelques années avant la guerre sur du gaz de pétrole provenant de la raffinerie de Gonfreville-l’Orclier (1), ou modifier le réglage des appareils pour l’adapter au pouvoir calorifique du gaz naturel ; c’est à quoi l’on s’est arrêté.
- Autres utilisateurs dans la région : i° Les usines de la Cliiers qui, dans le chauffage d’un four Martin, ont réalisé grâce au gaz de Saint-Marcet une économie de 670 000 calories/tonne de coulée et de 600 à 700 t de charbon par mois et dans celui de deux fours de x’échauffage des laminoirs oîi l’opération se traduit par une augmentation de production de 4o pour 100; a0 L’Office national industriel de l’azote qui de l’équipement au gaz de ses trois chaudières a retiré d’appréciables avantages.
- Par ailleurs, une société toulousaine a entrepris la distribution du gaz naturel en bouteilles de 5o 1 à i5o-2oo kg. Actionnant moteurs et tracteurs, le gaz de Saint-Marcet est, sous cette forme, appiécié des cultivateurs.
- Six mois avant la mise en service du pipe-line, une station de compression à Peyrouzet livrait du gaz naturel à la cadence de 2 000 à 3 000 m3 par jour. Cette utilisation s’est depuis lors considérablement amplifiée. On peut dire qu'aujourd’hui la majeure partie des automobiles circulant dans la région tournent au gaz du Comminges et la S. N. C. F., de son côté, l’a adopté en substitution du gas-oil sur ses automotrices.
- Veut-on évaluer le bénéfice pour l’économie nationale ? Au cours d’une conférence récente devant les Techniciens du Pétrole, M. Cauchois, ingénieur à la Régie autonome des pétroles, a chiffré à 45 000 1 d’essence et 3i5 t de charbon l’économie journalière qui en résulte. Et ce n’est qu’un début, assez encourageant pour que d’ores et déjà la construction de deux autres pipe-lines : Saint-Marcet-Tarbes et Saint-Marcet-Bor-deaux soit décidée et amorcée.
- G. Kimpflin.
- 1. Voir G. Kimpflin. L’air carburé et le gaz de pétrole. Le Génie civil, n” des 4 et 11 janvier 1936.
- Les plongées par fond insuffisant
- A la suite de plongée, par fond d’eau insuffisant peuvent survenir des accidents graves. Ils ne sont heureusement pas très fréquents mais du fait de leur gravité méritent d’être connus.
- La tête du plongeur heurte le fond et c’est en général les IV0, V® VIe ou VIIe vertèbres cervicales qui sont atteintes.
- Au premier abord il peut sembler singulier que le choc portant sur la voûte du crâne, ce soient les vertèbres du cou qui soient atteintes. L’explication donnée par Dejouany est la suivante. Dans la plongée le corps est rendu immobile par contraction volontaire des muscles du tronc, des membres et de la nuque. La tête est légèrement fléchie. C’est au niveau de la colonne vertébrale que se heurtent deux forces contraires, et la rupture se produira au point faible qui est la région cervicale inférieure.
- Le plongeur peut rester au fond de l’eau. Le plus souvent soit seul, soit aidé par ses camarades il peut regagner la rive.
- Fréquemment on constate une paralysie des quatre membres, la mort survient en quelques jours.
- La surviq est possible mais elle s’accompagne de séquelles. Le professeur Guillain a rapporté l’histoire d’un homme qui quinze ans après un tel accident présentait une paralysie spasmodique des membres inférieurs, une atrophie musculaire et des troubles moteurs des deux mains et des avant-bras, ainsi que de gros troubles de la sensibilité.
- A l’autopsie on constate des fractures touchant une ou plusieurs des dernières vertèbres cervicales et des lésions plus ou moins importantes de la moelle.
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- UN
- PRÉCURSEUR
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- Le dolique.
- (Extrait de Curtis Botanical Magazine, 1806).
- Un de mes condisciples qui, jeune encore, renonça à l’exercice de la Médecine pour aller siéger au Palais-Bourbon obtint un jour un grand succès en entretenant ses électeurs de l’alimentation de la classe pauvre au Moyen Age. S’inspirant du passage fameux dans lequel La Bruyère nous montre « des animaux farouches à face humaine » se nourrissant de pain noir, d’eau et de racines, c’est magistralement qu’il brossa un tableau de la triste condition des vilains de l’an 1 000 condamnés à ne se mettre sous la dent que les racines et les feuilles des végétaux qu’ils disputaient au bétail : il ajouta que ces malheureux qu’un tel régime avait réduits à l’état de squelettes, propulsaient, par contre, d’énormes ventres gonflés par les fèves et . les haricots dont ils faisaient une consommation abusive. L’auditoire accueillit ce détail comme l’expression d’une incontestable vérité, bien que l’orateur y eût laissé se glisser un manifeste anachronisme : car, ainsi qu’il appert des savantes recherches de MM. Gibault, Bonnet et Gidon, ce ne fut que quatre siècles plus tard que notre haricot fit son apparition en Europe, lorsqu’eut été découverte l’Amérique, son pays d’origine. Le légume que l’honorable speaker accusait de météoriser l’abdomen de nos pères ne pouvait donc être le haricot : on s’accorde à l’identifier avec une autre graine de la famille des Papilionacées, le Dolique, originaire de l’Asie, très en honneur chez les Grecs et chez les Romains et encore cultivé de nos jours pour l’alimentation, surtout en Italie et en Egypte.
- Quelques détails botaniques.
- La description qu’en fait l’auteur du sonnet qui sert d’épigraphe à cette notice me paraissant pécher par excès de laconisme, je demande à mes lecteurs la permission de leur donner quelques détails botaniques sur cette vénérable plante potagère. Le genre Dolichos auquel elle appartient présente beaucoup d’analogie
- DU HARICOT :
- Le Dolique (Dolichos
- lablab L.
- A Marcel Grangé
- Du haricot aïeul presque préadamique,
- Il en est le Sosie et contient comme lui,
- Sous un cuir résistant et brunâtre qui luit,
- Une robuste chair dûment substanlifique.
- De nos jours exclu du codex gastronomique,
- Dans les couvents encore où la règle survit,
- Il est le frustulum grâce à qui s’assouvit La faim qu exacerba le jeûne monastique :
- Mais il veut le concours d’un bon suc digestif : Le poète Retté, un jour qu’au Château d’If Il soupait, vit paraître un grand plat de Doliques
- Auquel, pour rien au monde, il ne voulut goûter,
- A son hôte affirmant qu'il fallait redouter Que le nom de ce mets n’eût pour rime coliques.
- avec le genre Phaseolus dont le haricot est le plus beau fleuron. Les vingt espèces qu’il renferme sont toutes des plantes volu-biles et ressemblent à nos haricots par le port, par les fleurs qui n’en diffèrent qu’en ce que la carène et les étamines ne sont pas contournées comme dans ces derniers. Parmi ces espèces, celle qui nous intéresse, le Dolichos lablab L. spontané dans l’Inde où, d’après le remarquable ouvrage du Pr Bois, on doit la cultiver au moins depuis 3 000 ans, est, nous enseigne le même auteur, « une grande plante grimpante qui peut atteindre jusqu’à o m de hauteur, à fleurs assez grandes, odorantes, disposées en longues grappes et de couleur blanche ou violette (1) ». Aux fleurs succède une gousse courte, déprimée et rugueuse qui contient de 3 à 4 semences ovoïdes munies d’un arille charnu s’étendant sur le tiers de leur circonférence : le tégument résistant et comme vernissé qui les recouvre est, suivant les variétés, de teinte blanche, rousse, brunâtre ou noire.
- Valeur alimentaire du Dolique.
- Ce n’est pas seulement par ses caractères morphologiques que le Dolique mériterait qu’on l’appelât « le Sosie du haricot » il s’en rapproche également par la nature des principes qu’il renferme : le tableau suivant, établi d’après les analyses le A. Balland, de R. Prudhomme et de J. Pieraerts, nous donne comparativement la composition chimique des deux graines :
- Dolique Haricot
- Matières azotées ........ 17 à 19 % 20,77 '%
- » grasses ............ 0,96 à 1,28 % 1,54 %
- » amylacées .......... 68 à 61 % 61,54 %
- 1. D. Bois, Les plantes alimentaires de tous les peuples et à travers les
- âges. P. Lechevalier, éditeur, 1927.
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- On voit d’après ces chiffres que la valeur alibile du Dolique est à peu près la même que celle du haricot sur lequel il présente l’avantage de contenir, comme l’ont prouvé les recherches de MM. Bise vas et K. L. Das, des proportions élevées de Vitamine C ou acide ascorbique et du carotène dont MM. J. B. Makhijani et B. IN. Baneergie évaluent la teneur à 100 mg par kilogramme. Si nous ajoutons que les analyses les plus minutieuses, comme celles qu’on effectue au moyen du réactif si sensible de Léon Guignard, y ont démontré l’absence de toute trace du composé cya-, nogénétique — c’est-à-dire générateur d’acide prussique — qui fait de certaines graines de la famille des Légumineuses un aliment suspect ou à rejeter, on peut conclure que l’emploi du Dolique ne peut offrir aucun danger, entraîner aucun risque d’intoxication, n’en déplaise à la mémoire de mon vieil ami A. Retté qui, comme la plupart des Parisiens, professait une méfiance instinctive à l’égard de toute innovation culinaire, de toute dérogation aux coutumes de la bromatologie classique et bourgeoise.
- Comment cuire le Dolique.
- Les seuls inconvénients qu’on puisse reprocher au Dolique sont la consistance coriace de son enveloppe et le temps prolongé qu’exige sa cuisson. Ayant pu m’en procurer un ample approvisionnement grâce à la complaisance du regretté colonel Terme qui mit à profit les loisirs que lui laissait sa retraite pour s’occuper activement de botanique, je l’ai avantageusement utilisé en procédant ainsi : on laisse macérer les graines pendant 24 b au moins dans l’eau froide et, lorsque l’épicarpe est suffisamment ramolli, on les broie dans un de ces moulins qui sont l’accessoire indispensable de tout végétarien. Le produit pulpeux de cette opération est soumis à la cuisson dans de l’eau convenablement salée pendant 3 heures au bout desquelles on pent le tamiser au travers d’une passoire afin d’obtenir une purée bien homogène, comme on le fait pour les autres légumineuses. Mais je conseille de l’utiliser de préférence tel quel, sans le débarrasser
- des pellicules qu’il contient, pour plusieurs raisons dont la première est une simplification de la préparation : j’estime, en outre, que c’est un préjugé de croire que la digestibilité parfaite soit l’apanage des purées impalpables, totalement privées de l’enveloppe cellulosique des graines qui en sont l’élément fondamental : les consommateurs, même les moins tachyphages, ont toujours tendance à les engloutir sans les mâcher, sans leur donner ïe temps de subir l’action indispensable de la salive grâce à ’aquelle s’amorcent la digestion des substances amylacées, la saccharification de l’amidon : « prima digeslio in ore, c’est dans la bouche que débute la digestion » disaient judicieusement ’es anciens. Je rappellerai, à ce propos, que le fameux D1' Gruby dont les prescriptions souvent effarantes cachaient toujours une connaissance approfondie de la diététique ne permettait les purées à ses malades qu’à la condition qu’on y eût incorporé une douzaine de petits cailloux qui les obligaient, en cherchant à s’en débarrasser, à malaxer soigneusement, de la langue et des dents, cet étrange mortier et à l’imprégner ainsi de salive. D’autre part, les expériences de Funk, d’Osborne, de Mendel, de Steenbock et de Raoul Lecoq ont établi que l’exclusion de la cellulose dans l’alimentation entraîne des désordres qu’ils ont décrits sous le nom de « carence physique », état auquel on ne peut remédier qu’au moyen de l’adjonction d’une substance inerte capable d’agir quantitativement comme une sorte de lest, ce qui est le rôle dévolu aux débris cellulosiques des épicarpes.
- On a, d’ailleurs, tout avantage à soumettre le Dolique à une mastication minutieuse, à ce que Monselet appelait « une longue méditation gustative » sous l’influence de laquelle, de saveur d’abord un peu fade, il acquiert rapidement un goût agréable où se trouvent réunis ceux du haricot, de la fève et de la lentille. Si l’on a pu y ajouter un peu de beurre, d’huile ou de végéta-line et qu’on l’ait fait cuire avec quelques oignons et — si la saison le permet — un bouquet de sariette et de basilic, il fera sur nos tables flgure d’un mets substantiel aussi roboratif que ^savqureu,s auquel,.,,comme au noble.- Jeu de l’Oie, conviendrait l’épithète de renouvelé des Grecs.
- Dr Henri Leclerc.
- Une hirondelle
- blanche
- L’hirondelle dont on voit ci-contre la photographie faisait partie d’une petite troupe d’hirondelles de couleur normale, à Estavayer-le-Lac (Lac de Neuchâtel, Suisse). Elle était plus petite que les autres, ce qui est fréquent chez les albinos. Un jour elle tomba à terre et on la trouva morte. Un de mes élèves, M. Louis Sucher, me la remit. La tête et le cou avaient souffert un peu de la chute et du voyage.
- Les cas d’albinisme sont assez fréquents chez les apimaux les plus divers. On en a étudié de nombreux cas chez l’homme, les mammifères et les oiseaux. Ils indiquent toujours une dégénérescence, mais les causes en sont peu connues. On les considère, surtout chez l’homme, comme héréditaires et liés à la constitution génétique des chromosomes. Ils sont rares chez les hirondelles et plus encore chez les merles qualifiés alors de merles blancs !
- Abbé L. Parcot.
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- QU’EST-CE QUE LE DIABÈTE?
- Le dévouement est une chose superbe et l’amour de la science ne l’est pas moins. De tels sentiments prennent néanmoins parfois une forme singulière. Témoin un certain Thomas Willis, professeur de physiologie à Oxford, qui goûtant l’urine de ses malades, découvrit, en 1674, avec un certain étonnement, je suppose, que certaines urines étaient sucrées. Il ne faudrait d’ailleurs pas croire que Willis fût le seul à utiliser un tel procédé car je me souviens avoir connu un vieux pharmacien, mort aujourd’hui, qui, ayant à faire une analyse d’urine et se trouvant pressé, se contenta de tremper son doigt dans l’urine et y ayant goûté déclara qu’il n’y avait pas de sucre. Personnellement je ne me sens nulle envie d’imiter Thomas Willis, mais enfin il faut reconnaître que son geste révéla une chose importante : la présence de sucre dans les urines des diabétiques.
- Ce qui ne veut d’ailleurs pas dire que le traitement du diabète suivit la découverte du professeur d’Oxford car il fallut attendre 1829 pour que Bouciiabdat vînt démontrer l’influence de l’alimentation sur l’évolution du diabète et la nécessité d’un régime qui, pendant longtemps, constitua presque l’unique traitement du diabète et était prescrit par tous les médecins.
- Enfin c’est en 1921 que Banting et Best, au Canada, découvrirent V INSULINE.
- Alimentation d'un individu normal.
- L’alimentation d’un individu normal comporte toute une série de produits. qu’il faut connaître si l’on veut comprendre ce qui se passe chez le diabétique.
- 1° Des hydrates de carbone, qui sont des matières amylacées et des sucres. On les appelle ainsi parce qu’ils contiennent, associés au carbone, de l’hydrogène et de l’oxygène dans les mêmes proportions que l’eau. La formule du glucose par exemple peut s’écrire CG(H20)6. On les appelle encore glucides. Absorbés par l’organisme les glucides — ou hydrates de carbone — sont décomposés et finalement transformés en glucose.
- 2° Des protéines dont la molécule renferme — outre du carbone, de l’hydrogène et de l’oxygène — de l’azote, d’où leur appellation de corps azotés. On y trouve aussi du soufre, sauf dans quelques cas, et souvent d’autres corps chimiques.
- 3° Des graisses.
- 4° Des sels minéraux.
- GfyiDes vitamines.
- 6° De l’eau.
- On sait depuis longtemps 4 quelle est la quantité de calories ‘dégagées par 1 g de graisse ou 1 g d’hydrate de carbone.
- On sait aussi quel est le nombre de calories dont un homme normal a besoin pour vivre. Cette quantité est évidemment d’autant plus forte qu’il effectue un taavail plus pénible et des tables ont été établies depuis longtemps pour la fixer.
- Il semblerait donc que, connaissant d’une part le besoin calorique quotidien d’uri! individu ou d’un groupe d’individus et ayant d’autre part une table indiquant la valeur calorique de chaque aliment, on puisse choisir n’importe quoi pourvu que la quantité dé calories nécessaire soit obtenue. ? \
- Ce serait une erreur. L’alimentation doit être équilibrée.
- Sur ce sujet „-r* comme sur bien d’autres — les hommes s’embarrassent rarement de principes et mangent généralement ce dont, ils ont envie, dans, la mesure tout au moins où leur porte-monnaie le leur permet. Il faut bien reconnaître que, dans-l’en-
- semble, le résultat n’est pas très mauvais. Notre organisme a besoin d’une alimentation équilibrée et nos goûts nous portent à varier nos aliments.
- Sans vouloir entrer dans des détails compliqués et donner des chiffres précis, il faut dire qu’il doit exister un certain rapport entre les quantités de glucides, protides et lipides ingérés.
- L’organisme ne peut pas assimiler les protides et les lipides si on ne lui fournit pas une certaine quantité de glucides. En effet, en l’absence de glucides, l’organisme se trouve encombré par des corps cétoniques provenant de la décomposition des protides et des lipides. Ces corps cétoniques sont des poisons qui ne peuvent être neutralisés que par les glucides.
- L'assimilation des aliments chez le diabétique.
- Dans des conditions d’existence normale personne n’est à la fois assez fou et assez énergique pour s’imposer pendant bien longtemps un régime très déséquilibré parce qu’un tel régime est absolument opposé à nos goûts.
- Mais en cas de guerre et de famine on peut voir des troubles dus à un déséquilibre du régime. En fait, en pareil cas, ce qu’on voit surtout c’est une raréfaction de tous les aliments plutôt qu’un déséquilibre.
- Dans le diabète au contraire on se trouve en présence d’un individu qui s’alimente comme un homme normal mais dont l’organisme n’assimile pas les glucides. Il mange du sucre, du pain, du riz et des gâteaux. Il digère les glucides de son alimentation. Ceux-ci sont très correctement transformés en glucose mais le processus s’arrête là. Le glucose n’est pas absorbé par les cellules de l’organisme. Il encombre le sang dans lequel il monte à des taux anormalement élevés et il est finalement éliminé par l’urine dans laquelle on le retrouve.
- L’accumulation de glucose dans le sang exerce une action excitante sur le rein et le diabétique se met à uriner de façon plus considérable que normalement.
- Une conséquence directe de cette augmentation de la quantité d’urines émises, c’est la soif. L’organisme perdant de l’eau, le sujet éprouve un besoin impérieux de boire. La majorité des diabétiques ne boivent d’ailleurs pas des quantités de liquides èxtraordinaires et si l’on a signalé des cas exceptionnels où les malades absorbent 10 à 13 1, en général ils se limitent à 3 à 4 1.
- Cette soif est causée par l’accumulation de glucose dans le ^sàng et disparaîtra dès que — par un régime approprié — on
- aura fait baisser le taux de glucose.
- • Mais le diabétique qui perd ainsi une partie des aliments qu’il ingère éprouve un besoin de manger qui peut passer pour un bel appétit et qui n’est dû qu’à ce fait que, n’absorbant pas les iiihydrates de carbone ou les absorbant insuffisamment, il ne ^reçoit pas le nombre de calories dont son organisme a besoin. Lé diabétique fait un peu penser au tonneau des Danaïdes et on comprend sa faim.
- Bien qu’il mange beaucoup il n’en maigrit d’ailleurs pas moins. Si. on examine les urines on y trouvera du sucre. La recherche
- en. est assez simple et bien des diabétiques la font eux-mêmes. Il suffit de verser dans un tube à essai des quantités égales d’urine et de liqueur de Fehling et de faire bouillir. S’il n’y a pas de sucre,, le mélange reste bleu ; s’il y en a, il se produit un précipité rouge qu’il ne faut pas confondre avec un précipité vert qu’on obtient parfois et qui n’indique rien de grave.
- Si l’on dose le glucose il est bien évident qu’on trouvera des
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- Les deux formes du diabète.
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- quantités variables selon la quantité d’hydrates de carbone qui entrent dans l’alimentation. Le diabétique qui ingère beaucoup d’hydrate de carbone trouvera naturellem'net beaucoup de sucre dans son urine et celui qui n’en ingérerait pas ne trouverait pas de sucre.
- Mais un autre facteur intervient, c’est la tolérance hydrocarbonée.
- En effet un diabétique n’est pas un individu qui élimine sous forme de glucose dans ses urines strictement tous les hydrates de carbone qu’il ingère. Un tel trouble, en l’absence de traitement, serait absolument incompatible avec la vie. En général, un diabétique tolère, c’est-à-dire absorbe, une certaine quantité d’hydrates de carbone. Il n’urine pas tout le glucose qui se forme dans son organisme.
- Il est toujours intéressant de savoir quelle est la tolérance hydrocarbonée d’un diabétique.
- Un procédé assez simple consiste à supprimer tout hydrate de carbone de l’alimentation. Après quelques jours le glucose a disparu des urines et on ajoute alors à la ration alimentaire des quantités progressivement croissantes d’hydrates de carbone. On note quelle est la quantité maximum que le sujet peut absorber sans avoir de sucre dans ses urines. C’est un procédé que l’on peut employer si on a soin de ne donner que des légumes verts pendant la période de désucrage. Si en effet on donnait uniquement des protides et des lipides à un diabétique grave, on pourrait voir survenir des accidents d’acétose. Mais c’est là un point sur lequel nous reviendrons.
- Un autre procédé consiste à doser la quantité de glucides ingérés et de glucides éliminés par l’urine. Si le sujet absorbe 100 g d’hydrates de carbone et en urine 40 g par 24 h. une simple soustraction indiquera que sa tolérance est de 60.
- L’importance de la tolérance hydrocarbonée est considérable. Le chiffre de glucose dans l’urine dépend en effet de l’alimentation et, jm...chiffre. bas ..peut...indiquer.- tout aussi bien .un diabétique léger qu’un diabétique très grave qui suit un régime.
- D’autres recherches peuvent être extrêmement intéressantes et même nécessaires, comme le dosage du sucre du sang, et l’hyperglycémie provoquée. Ce sont là des questions qui n’intéressent que le médecin.
- Jusqu’ici nous avons envisagé le cas d’un diabète relativement peu grave.
- Mais nous avons vu précédemment que les hydrates de carbone étaient absolument indispensables à la bonne utilisation des protides. La décomposition des molécules de protides dans l’organisme entraîne la formation d’acétone et de corps dérivés de l’acétone. Ces produits sont des poisons et les glucides sont nécessaires pour les neutraliser.
- Quand le diabète est bénin le malade élimine une certaine quantité de glucose par les urines mais la quantité d’hydrates de carbone tolérée par son organisme est suffisante pour lui permettre de neutraliser les corps cétoniques provenant des protides. Les troubles sont alors limités à de la soif, un gros appétit, de l’amaigrissement et quelques autres inconvénients. Un tel état de choses ne peut évidemment pas se prolonger sans danger, mais il ne met pas la vie en péril, immédiatement tout au moins.
- Mais que va-t-il se passer si la tolérance hydrocarbonée est très basse ou même nulle ? Les corps cétoniques vont s’accumuler dans l’organisme. Us sont éliminés par l’urine où on peut les retrouver, mais le rein peut être insuffisant à en débarrasser l’organisme. Les choses vont alors s’aggraver considérablement. Sans vouloir entrer dans des explications nécessairement longues sur le pH et la réserve alcaline, nous dirons seulement que l’organisme devient la proie d'une intoxication acide et que le malade va tomber dans le coma.
- Telle est, un peu schématisée, l’évolution du diabète.
- On voit qu’il y a deux formes de diabète. Dans le diabète simple le malade a une tolérance hydrocarbonée qui lui permet d’absorber et d’assimiler une quantité de glucides suffisante pour qu’il soit possible de trouver un régime qui soit à la fois suffisant en quantité pour apporter à l’organisme le nombre de calories dont il a besoin et en même temps équilibré. Un tel malade peut fort bien vivre, et éviter les accidents qui guettent tout diabétique, en suivant un régime approprié. Ce régime n’est pas toujours facile à trouver et nécessite des tâtonnements, mais on parvient à l’établir. Il faut d’ailleurs noter que le régime ne guérit pas le malade. Il lui permet de vivre malgré sa maladie, mais il devra continuer de suivre son régime aussi longtemps que son diabète durera, c’est-à-dire, en fait, toute sa vie. La tolérance hydrocarbonée peut s’élever et chez les malades qui suivent convenablement leur régime elle s’élève souvent permettant, après un certain temps, d’absorber des quantités plus importantes de glucides. C’est là tout ce qu’on peut espérer.
- L’autre forme de diabète est celle dans laquelle la tolérance hydrocarbonée est si basse qu’elle ne permet pas l’établissement d’un régime à la fois suffisant et équilibré. Ne donner au malade que les glucides qu’il tolère, c’est lui en permettre une quantité si faible que des corps cétoniques vont se produire. Et si on veut diminuer non seulement les glucides mais encore les protéines et les graisses de façon à avoir un régime équilibré et à éviter l’apparition de corps cétonique, le malade va mourir de faim.
- Il y a quelques années, les diabétiques graves avaient ainsi le choix entre mourir de leur diabète ou mourir de leur régime.
- La découverte de l’insuline, en 1921, a changé cet état de choses et aujourd’hui on peut maintenir en vie un diabétique grave ; on peut même souvent le guérir quand il est dans le coma.
- Qu'ést-ce donc que l'insuline ?
- Ce n’est qu’au xix0 siècle que des médecins constatèrent, à l’autopsie des diabétiques, des altérations du pancréas.
- Le pancréas est une glande qui pèse environ 80 g et est située en arrière de l’estomac dans la boucle formée par le duodénum. On connaissait bien son rôle dans la digestion, on savait qu’il sécrétait dans l’intestin un liquide appelé suc pancréatique et on pensait que son rôle se bornait là.
- La découverte d’altérations du pancréas chez les diabétiques fit penser que celles-ci étaient la cause du diabète.
- On expérimenta sur des chiens auxquels on enleva le pancréas et ces expériences confirmèrent l’hypothèse de l’origine pancréatique du diabète.
- Si l’on examine le pancréas au microscope on verra qu’il présente deux sortes d’éléments : d’une part des acini glandulaires qui sécrètent le suc pancréatique et d’autre part des îlots, sortes d’amas de cellules claires. Ces îlots sont atteints en cas de diabète.
- Us sécrètent un produit appelé insuline qui passe dans le sang et permet à l’organisme d’assimiler le glucose.
- On tenta d’extraire du pancréas ce produit, mais divers expérimentateurs échouèrent. Ce sont Bantisg et Best, qui réussirent à isoler le produit. On fut alors en état d’injecter de l’insuline aux diabétiques graves. Là encore on n’obtient pas une
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- guérison au sens strict du terme. On fournit à l’organisme un produit normalement élaboré par le pancréas et que celui-ci ne sécrète plus, ou du moins ne sécrète plus en quantité suffisante. Les injections d’insuline ont pour effet de relever le chiffre de la tolérance hydrocarbonée. Le malade qui reçoit de l’insuline peut assimiler davantage de glucides. Il devient à ce moment-là possible de lui établir un régime équilibré et caloriquement suffisant. S’il cesse les injections d’insuline, sa tolérance hydrocarbonée redevient ce qu’elle était et le malade peut mourir.
- Il ne faudrait d’ailleurs pas croire que le pancréas soit l’unique organe qui intervienne dans la régulation de l’assimilation des glucides.
- La question est infiniment plus compliquée. Le foie, les glandes surrénales et surtout l’hypophyse entrent en jeu, pour ne citer que les organes les plus importants.
- D’autre part, s’il est exact que dans la plupart des cas l’autopsie révèle des altérations du pancréas, on a vu des cas où les îlots pancréatiques étaient normaux et dont l’interprétation est délicate. ,
- Néanmoins le diabète doit être considéré comme d’origine pancréatique.
- La cause du diabète.
- Mais une question se pose alors. Quelle est la cause du diabète ?
- Au fond, nous l’ignorons. Tout ce que l’on peut dire c’est qu’il semble exister des facteurs de prédisposition. Le diabète est plus fréquent à la puberté et vers 45-55 ans, à la ménopause.
- Les femmes seraient plus souvent frappées que les hommes.
- Certains pays sont plus touchés, comme les États-Unis où la proportion de diabétiques est plus élevée qu’en Europe.
- L’hérédité est un facteur important et le diabète est considéré par beaucoup comme une maladie familiale. Dans . l’ensemble, les spécialistes admettent que l'hérédité est en cause dans 25 pour 100 des cas. On a cherché à préciser l’importance de ce facteur ; des auteurs américains admettent que le diabète se transmet conformément aux lois de Mendel et est de caractère récessif. Cela veut dire que si un diabétique épouse une non-diabétique pure, c’est-à-dire dans la famille de laquelle il n’y a pas de cas de diabète, les enfants échapperont à la maladie. Mais si le diabétique épouse une hon-diabétique de souche diabétique, la moitié des enfants seront diabétiques. Si deux diabétiques se marient, leurs enfants seront diabétiques et si deux non-diabétiques de souche diabétique se marient, un quart des enfants sera diabétique.
- La profession n’est pas sans influer sur la santé d’un individu et on a constaté que le diabète était rare chez les travailleurs manuels. Il se voit surtout dans les professions libérales et chez les sédentaires. On a ainsi accusé les méthodes de vie moderne, qui diminuent l’effort physique, d’être cause de l’augmentation du diabète.
- Un des principaux facteurs de prédisposition au diabète c’est la suralimentation. Les statistiques indiquent qu’une forte proportion de diabétiques pesaient plus qu’ils n’auraient dû un peu avant l’apparition de leur diabète. La suralimentation et l’obésité expliquent, en partie, pourquoi le diabète est plus fréquent chez les gens riches et plus ou moins sédentaires, pourquoi le diabète est plus fréquent chez les pâtissiers, bouchers et autres commerçants de l’alimentation.
- Quant aux autres facteurs que l’on a signalés, ils n’ont qu’un intérêt minime.
- Les complications du diabète.
- En fait, le diabète est une maladie souvent héréditaire, fréquemment favorisée par la suralimentation et la sédentarité.
- Nous avons donné précédemment un aperçu sommaire des trou-
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- blés causés par le diabète. Ce serait une erreur de croire qu’à cela se bornent les accidents causés par cette maladie.
- En fait, le diabétique qui ne se soigne pas est exposé à une série de complications dont certaines mettent se vie en danger.
- La plus connue de ces complications est la gangrène. Bien souvent c’est sans douleur qu’elle débute, généralement à un orteil. Il apparaît une petite tache rosée qui s’étend. Après quelque temps la plaque devient noire, de la suppuration survient. Autrefois la mort était la conséquence à peu près fatale d’un tel incident. Aujourd’hui la gangrène reste une complication sérieuse mais la mort est devenue beaucoup plus rare.
- La tuberculose est une affection qui guette le diabétique. C’est même, en fait, la principale cause de mort. Les statistiques indiquent que le coma diabétique n’est un facteur de décès que dans 20 pour 100 des cas, et la gangrène dans 10 pour 100, alors que pour certains, la tuberculose est en cause dans 40 pour 100.
- La tuberculose survient à n 'importe quel moment et dans toutes les formes de diabète, le diabète grave donnant cependant des taux plus élevés.
- La tuberculose aggrave considérablement le diabète. L’inverse est d’ailleurs vrai et la tuberculose du diabétique aboutit rapidement à la mort.
- On peut voir survenir des complications du côté du joie, des reins et du cœur.
- Le système nerveux peut être touché et le diabétique se plaindra de démangeaisons, de névralgies. Des paralysies peuvent survenir. On constate souvent chez les diabétiques de l’irritabilité et de la colère, une certaine diminution de la mémoire.
- On peut voir survenir des affections cutanées ainsi que des troubles du côté du système génital.
- On voit donc que le diabète est une affection des plus sérieuses.
- Même le diabétique léger, qui peut vivre sans injections d’insuline et dont la maladie semblerait au premier abord së limiter à uriner du sucre, n’est pas à l’abri de complications.
- Quant au diabétique plus grave, il ne peut vivre sans insuline et reste un être extrêmement fragile, en équilibre instable, devant prendre de nombreuses précautions pour éviter les diverses complications qui le guettent au cours de son existence. Il ne se maintient en vie qu’à condition de suivre un régime strict, de prendre de l’insuline, d’éviter les accidents, les plaies, les infections qui, toutes, peuvent être l’occasion d’une gangrène ; de se garder de fatigues excessives et d’abus de toutes sortes.
- Néanmoins les méthodes de traitement modernes ont considérablement changé le pronostic de cette maladie et si le malade se soumet au traitement, accepte le genre de vie nécessaire et prend les précautions indispensables, il peut espérer vivre jusqu’à un âge relativement avancé.
- Alors qu’en 1910 l’âge moyen des décès était de 44 ans, il est aujourd’hui de 67 ; ces chiffres sont des moyennes et nombre de diabétiques vivent plus vieux.
- Mais le diabète n’est pas une maladie que le médecin peut guérir en prescrivant des pilules ou même des injections d’insuline.
- Là, plus qu’ailleurs, le malade doit comprendre de quoi il s’agit, de façon à pouvoir suivre son régime avec intelligence.
- Le malade atteint de diphtérie n’a pas besoin de savoir grand chose sur son état. Le médecin et l’infirmière s’occupent de tout et lui n’a qu’à rester au lit et accepter passivement les injections de sérum.
- Le diabétique auquel on prescrit un régime difficile à suivre, un genre de vie compliqué et plein de restrictions, des injections à faire dans des conditions précises doit comprendre sa maladie sous peine de faire des erreurs, d’interpréter inintelligemment les prescriptions de son médecin, d’en oublier certaines, de considérer d’autres comme inutiles et, en conclusion, de se tuer par sa bêtise.
- Dr Gabriel Mouchot.
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- LES SILICONES
- matières
- plastiques
- au silicium
- Les silicones sont des composés chimiques nouveaux, obtenus par synthèse, et que l’on paraît devoir classer dans ce qu’on appelle, improprement d’ailleurs, les matières plastiques. Ce sont les maillons qui relient deux longues chaînes jusque-là séparées, celle de la chimie minérale et celle de la chimie organique. A cet égard, les silicones méritent déjà de retenir l’attention, mais elles le méritent aussi parce qu’à leur existence et à leur connaissance se rattachent des faits historiques, oubliés ou peu connus, et qu’il convient de signaler.
- La chimie du silicium.
- Tous les candidats au baccalauréat savent que le carbone et le silicium sont les membres d’une des familles naturelles de métalloïdes, dont le* classement fut une des trouvaillés les plus fructueuses du grand chimiste Jean-Baptiste Dumas. Ils savent aussi que les métalloïdes d’une même famille ont la même
- valence, forment des composés de formules identiques, au symbole du métalloïde près, et possèdent, à des degrés décroissants, des propriétés physiques et chimiques tout à fait comparables, ce qui facilite beaucoup les études des futurs bacheliers.
- Ils savent encore que si la parenté est très proche entre les métalloïdes monovalents (F, Cl, Br, I), bivalents (O, S, Se, Te) et trivalents (N, P, As, Sb), elle l’est beaucoup moins pour les métalloïdes tétravalents, c’est-à-dire le carbone C et le silicium Si (x). Elle ne va guère au delà de leurs composés hydrogénés ou oxygénés les plus simples : CII4, le méthane, et SiH4, l’hydrogène silicié ; C02, l’anhydride carbonique, et Si02, l’anhydride silicique ou silice. Si on veut serrer de plus près la parenté, elle cesse, et on tombe dans deux domaines en apparence complètement différents : celui de la chimie organique, c’est-à-dire de la matière vivante, avec le carbone et tous les
- 1. Leur famille, les carbonides, n’est pas moins nombreuse que les précédentes, car le titane et le zirconium en font partie aussi ; mais ces corps ne sont guère que mentionnés dans l’enseignement secondaire ; cependant, dans ces dernières années, soit à l’état méialloïdique, soit sous forme de composés, ces deux corps ont reçu d’assez nombreuses applications industrielles, notamment en métallurgie.
- corps qui dérivent de ses composés hydrogénés, et le domaine de la minéralogie, c’est-à-dire de la matière inerte, avec le silicium, et tous ses composés oxygénés ou qui en dérivent. Chacun de ces deux domaines est immense : on connaît plus de 3oo ooo composés organiques parfaitement définis et c’est par dizaines de mille que l’on compte les espèces minérales parfaitement identifiées. Comme dans chacun de ces deux domaines on trouve tous les jours des corps nouveaux, on conçoit aisément que leur étude fasse l’objet de disciplines sinon différentes, du moins distinctes.
- Tout ce qui précède ne tient aucun compte de ce qu’avait prévu Moissan (1852-1907) bien avant qu’il eût imaginé son four électrique, fabriqué du diamant et isolé le fluor, travaux qui furent le point de départ d’une rénovation des recherches en chimie minérale, qui, avant lui, avaient été presque abandonnées (x) parce qu’on les considérait alors comme, trop difficiles.
- A cette époque donc, et avant qu’il ne fût célèbre, Moissan
- osa émettre cette idée qu’ « il existe certainement une chimie du silicium comparable en tous points à la chimie organique du carbone et tout aussi riche qu’elle en composés du même genre : sa découverte ,î ;. ses,.. progrès, disait-il, seront l’œuvre de nos arrière-petits-enfants ». L’idée parut quelque peu révolutionnaire, pour le moins bizarre, comme toute idée nouvelle ou prématurée. Cependant, c’est Moissan qui avait vu juste : les silicones sont des composés de cette chimie organique du silicium qu’il avait prédite.
- Les silicones.
- Chose curieuse, les silicones ne sont pas des composés d’une constitution chimique relativement simple comme il en existe des milliers en chimie organique ordinaire. Le cas est ici le
- 1. Il y avait à cet abandon, trois raisons principales :
- 1° Pour pouvoir être fructueuses, comme elles l’ont été depuis Moissan, de nouvelles recherches en chimie minérale paraissaient exiger l’emploi de pressions et de températures très élevées, qu’on ne savait ni obtenir ni manier avant lui ; les recherches, en chimie organique étaient autrement plus faciles car :
- 2° Les premiers chimistes organiciens avaient doté leurs successeurs de nombreuses méthodes que, très souvent, il suffisait d’appliquer systématiquement pour obtenir sans grand’peine des résultats sinon intéressants, du moins nouveaux et pouvant faire le sujet d’une thèse de doctorat ;
- 3° Si on s’intéressait à la chimie on pouvait s’aiguiller très vite sur la chimie organique en lisant un tout petit ouvrage, très clair, de Grimaux (1835-1900) qui fut longtemps, après celui de Naquet et Hanriot, le livre de chevet d’assez nombreux étudiants. C’était d’ailleurs le seul ouvrage français dont on pût disposer pour s’initier utilement à la chimie organique ;• car Berthelot (1827-1907), quoique créateur de la synthèse organique, mais persona grata auprès de tous les pouvoirs publics, réussit, jusqu’à sa mort, à empêcher l’adoption de la notation atomique dans notre enseignement ; cela dura plus «l’un quart de siècle et retarda d’autant les
- Fig. 1. — Une balle de silicone rebondit comme une balle Fig. 2. Une autre silicone s étire de caoutchouc. comme une pâte.
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- même que pour les matières plastiques ordinaires, qui sont des composés carbonés : on a affaire, dans les deux cas, à des molécules énormes, d’un poids d’au moins io ooo, et, par cela même, mal connu, car il s’agit de produits obtenus, soit par polymérisation d’un très grand nombre de molécules moins compliquées et moins grosses, soit par condensation, avec élimination d’eau généralement,, de ces molécules plus simples qui, d’ailleurs, peuvent être identiques ou différentes. Cela explique la diversité et le grand nombre des matières plastiques ; ces deux caractères, et plusieurs autres, se retrouvent dans les silicones : c’est là l’indice d’une parenté très proche.
- En effet,- les silicones connues sont déjà assez nombreuses et variées; les unes sont des solides plus ou moins pâteux; d’autres se présentent sous la forme de liquides, quelques-uns huileux et plus ou moins visqueux. Quelques-unes, solides ou liquides, sont d’excellents lubrifiants; quelques autres, au contraire, sont des liquides transparents, qui, en couche mince, achèvent de se solidifier rapidement à l’air. Au moyen d’aérographes, on pulvérise ces liquides sur les objets qu’on veut protéger contre la corrosion, cas des métaux, ou contre certaines souillures, notamment celles qui sont provoquées par le contact des corps gras, de la sueur et des liquides acides ou basiques, pourvu qu’ils ne soient pas trop concentrés ; c’est le cas des tissus, du cuir.
- Les silicones sont fabriquées aux États-Unis depuis 1943 par la General Electric Co et par la Dow Corning Corporation (1). Leur capacité de production doit être considérable car si toutes deux ont présenté leurs nouveaux produits, en les accompagnant de démonstrations, à de nombreux-*?-spectateurs, c’est évidemment pour leur trouver des applications nouvelles et des consommateurs dans le grand public. La Dow Corning Corp. a même construit à Midland (État de Michigan) une usine qui est exclusivement consacrée à la production des silicones.
- Les périodiques américains qui rendent compte de ces manifestations sensationnelles (le New Yorker, le New York Times du i5 novembre 1944, le Tirne du n décembre 1944 et Chemical and Metallargical Engineering de décembre 1944) sont plutôt prolixes en ce qui concerne les propriétés des silicones, et plus encore sur leurs applications, déjà réalisées ou prévues; mais ils sont assez discrets en ce qui concerne leur composition chimique et leur fabrication ; ils en disent assez cependant pour que, compte tenu de ces propriétés, on puisse se faire une idée assez exacte de cette composition. Voici, à cet égard, quelques renseignements qui complètent ce que nous en avons déjà dit.
- placé, atome pour atome, soit, par le silicium (en anglais Silicon), soit par l’oxygène. Cela procure déjà un avantage car les silicones étant plus denses, si on en fait des assiettes ou des gobelets tronconiques, ils risquent moins de basculer quand, étant vides, on y met une cuiller métallique lourde. Cette augmentation de densité résulte de ce que le poids atomique du silicium, i4,5 et celui de l’oxygène, qui est 8, sont supérieurs à celui du carbone qui est 6.
- *
- * *
- Cette substitution, paradoxale à première vue, de l’oxygène, qui est bivalent, au carbone, qui est tétravalent, s’explique de la façon suivante :
- Chimiquement, le caoutchouc naturel est un hydrocarbure qui résulte de la soudure en une longue chaîne droite, ouverte, d’un nombre inconnu mais très grand de molécules d’isoprène
- par perle de ses doubles liaisons terminales. C’est donc un polymère de l’isoprèmeui L’isoprène, nom conventionnel, qui a pu être isolé à partimiidu caoutchouc unaturel, est une dioléfine, un diène, le méthylbutadiène ; sa formule de constitution est :
- CH3
- CH2 ~ C — CH = CHs (isoprène ou méthylbutadiène).
- Fis. 3. — Une bande de silicone sert de joint Fig. 4. — Une autre bande, résistant aux
- sur un turbo-compresseur de superforteresse hautes températures, encercle les lentiUés
- volante B-29. de 24 pouces d'un projeteur à arc.
- *
- *
- Les silicones sont des matières plastiques ou des résines synthétiques des types connus dans lesquelles le carbone est rem-
- progrès de la chimie pure et appliquée dans notre pays. Grimaux affirmait qu’en vingt leçons on pouvait « comprendre » toute la chimie organique, et son livre prouvait qu’il avait raison.
- 1. Cette « corporation » résulte de la fusion, en 1943, de la Dow Chemical Co et des Corning Glass Works, bien connues en Europe avant 1914, la première compagnie pour ses travaux remarquables, les premiers, sur le craquage des pétroles en vue d’obtenir de l’essence, la seconde pour la fabrication mécanique et continue du verre à vitres en grandes nappes.
- Il est très' réactif en raison de ses doubles liaisons, ce que traduit l’appellation nouvelle de diène qui a été donnée aux dioléfmes. La constitution du caoutchouc naturel est donc représentée par le schéma :
- x
- : CH3
- ch3
- C.Hs
- C ~ CH — CH2
- CHs - C - CH - CH2
- (caoutchouc naturel).
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- dans lequel chaque groupe m, appelé motif ou maillon de la chaîne, est soudé en xx', yy1 et zz' par ses deux extrémités à deux groupes m identiques, contigus; la même soudure se reproduisant un très grand nombre de fois.
- Le premier caoutchouc artificiel préparé en 19x8 par les Allemands et qui, d’ailleurs, était inutilisable, a une structui'e analogue, à cette différence près que, dans chaque maillon m, il y a deux x'adicaux méthyle — CH3, soudés à deux atomes de carbone contigus. C’est donc un polymèi’e du dimélhylbutadiène et sa constitution est représentée par :
- CHS CH3 : Il i Cils CH3 :
- f CHo — C = C - CH* -j- CHo - S s 1 1 ‘ - C = G — CHi -i
- (premier caoutchouc artificiel, 1918).
- Le maillon du caoutchouc de silicone, dont il sera question plus loin, possède aussi deux radicaux —CH3, mais ils sont
- Fig. 5. — Presse à faire les bandes de silicone. La pâte sort molle et est ensuite affermie par chauffage.
- situés de part et d’autre d’un même atome de silicium qui, ici, remplace le carbone; et comme le silicium est télravalent, cela n’est possible que si l’atome de carbone contigu est remplacé par celui d’un élément bivalent. Cet élément est l’oxygène ; le caoutchouc de silicone est donc l’eprésenté par :
- : CH3
- ! I
- -:-CHo - Si — O - CH: : I
- CH3
- CH3 :
- I
- -CH2 — Si-O — CIL *-I !
- CH3 :
- (caoutchouc de silicone).
- On 11’a rien divulgué sur la façon d’obtenir ce résultat : nous ne pouvons que nous incliner devant sa beauté.
- *
- # #
- Toutes les silicones conduisent mal la chaleur, le son et l’électricité et sont par suite de très bons isolants, d’excellents calorifuges et de bons amortisseurs des trépidations. Toutes résistent bien à l’action prolongée de l’air, de l’eau, des hydrocarbures, des corps gras et des liquides corrosifs dilués.
- Il semble que pour ceux de ces corps qui sont solides on ne puisse pas faire la distinction qui oppose la plasticité des vraies matières plastiques, à l’élasticité, ou, limitée mais parfaite, de certaines résines synthétiques, ou, très grande, des caoutchoucs naturels et artificiels. C’est ainsi qu’une silicone, vendue en boîtes par la General Electric Co sous le nom de boun-cing putty (mastic rebondissant), peut se pétrir à la main et prendre la forme de boule ou de boudin comme le mastic ordinaire, ce qui traduit une très grande plasticité, mais qui, sous forme de boule, rebondit sans se déformer, comme une balle de caoutchouc ordinaire, quand on la laisse tomber sur un corps dur, ce qui traduit une grande élasticité. On ne voit pas encore à quoi peut servir ce corps étrange ; on lui cherche des applications, et, comme toujours en pareil cas, on lui en trouvera.
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- * #
- La même société fabrique aussi, sous le nom de caoutchouc de silicone, un produit qui est aussi élastique que les caoutchoucs mais qui, à l’inverse de ceux-ci, ne vieillit pas et conserve son élasticité, sans qu’il faille le vulcaniser, à des températures comprises entre — 5o° et + 3oo° ; sa résistance à la traction et au frottement est un peu faible, mais on ne déses-pèi’e pas de l’améliorer assez pour en faire des pneus acceptables;
- Le caoutchouc de silicone peut être additionné des mêmes charges, actives comme le carbon black, ou inertes, que les caoutchoucs naturels ou artificiels ; il peut être extrudé, filé, moulé et même vulcanisé pourvu que ce soit avec d’autres agents de vulcanisation; l’outillage employé pour effectuer ces opérations est le même que pour les autres caoutchoucs, et, à cet égard, on n’a pas eu à résoudre de problèmes nouveaux. Il résiste à l’action de l’ozone et des rayons ultra-violets alors que cette action altère rapidement les autres caoutchoucs. Une autre propriété pi’écieuse est qu’à l’inverse de ces caoutchoucs, il ne présente pas de déformation permanente quand il a été soumis longtemps à la compression ; en effet, on constate que mis sous forme de cube et comprimé à i5o° entre deux plaques d’acier, sa hauteur est bien réduite de 3o pour 100, mais il recouvre sa hauteur initiale quand, après avoir été refroidi à la température ordinaire, il est extrait d’entre les deux plaques d’acier.
- Ce caoutchouc peut servir à fabriquer des tuyaux souples pour liquides chauds, des guipages isolants pour fils métalliques, câbles et canalisations électriques.
- La Marine et la Guerre ont déjà trouvé des applications, quelques-unes tenues secrètes, au nouveau caoutchouc artificiel ; on en fait des garnitures étanches pour les turbo-com-presseurs d’air des avions devant voler aux grandes altitudes et qui, ceux-ci étant mus par les gaz d’échappement du moteur, sont soumises à des températures très élevées. On en garnit aussi le cadre des lentilles des projecteurs de la Marine, non seulement pour éviter la transmission des trépidations provoquées par le tir des canons de gros calibre, mais aussi pour éviter la transmission de la grande quantité de chaleur dégagée par les électrodes en carbone de la lampe à arc qui sert à l’éclairage. Jusqu’ici on n’avait trouvé, pour ces deux emplois, aucun corps qui pût donner satisfaction. On emploie encore ce caoutchouc sur les rotatives qui servent au tirage ultra-rapide des journaux imprimés avec des encres à point de fusion élevé et qui sèchent instantanément.
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- La General Electric Co fabrique encore une autre sorte de caoutchouc de silicone, le dry-film, qui jouit de cette propi'iété curieuse que l’eau n’y adhère pas : sous forme d’enduit ou tel
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- quel et fonctionnant comme paroi froide, l’humidité de l’air chaud ne s’y condense pas en une nappe d’eau continue, mais en une myriade de Unes gouttelettes très mobiles, qui roulent sans s’agglomérer et tombent aussitôt formées; d’où l’emploi de ce caoutchouc pour recouvrir les appareils de T. S. F. à bord des avions et les isolateurs en porcelaine des transports d’énergie électrique; ils sont ainsi à l’abri des courts-circuits.
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- On consomme extrêmement peu des silicones liquides employées pour obtenir un enduit protecteur, car la couche transparente qu’elles forment est si mince qu’elle ne modifie en rien l’aspect et le toucher des surfaces protégées. De plus, elle est à la fois stable et souple et ne se ride ni ne se fendille.
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- Voici ce que les fabricants de silicones promettent au grand public : de la vaisselle qu’il n’y aura pas à essuyer après rinçage, car l’eau n’y adhère pas ; des vêtements et des manteaux imperméables qui ne se couperont pas aux plis ; des chaussures parfaitement imperméables aussi ; des vernis et des peintures, laquées ou non, qui résisteront à la lumière solaire, à la cha-
- leur et aux liquides corrosifs ; des enduits qui protégeront les métaux contre la corrosion atmosphérique ; d’autres enduits hydrofuges, qui rendront imperméable la maçonnerie en briques, en pierre ou en béton; des paravents et des pare-neige sur lesquels l’eau de pluie et la neige n’adhéreront pas; des tissus d’ameublement à l’épreuve de toute souillure; des isolants électriques légers et durables; des lubrifiants de toute sorte qui ne se résinifieront pas à l’usage ; des tuyaux d’arrosage qu’on pourra laisser impunément dehors été comme hiver.
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- La fatalité semble vouloir jeter un mauvais sort sur les inventeurs d’une nouvelle formule de matières plastiques : le Belge Baekeland dut s’expatrier pour trouver aux États-Unis un commanditaire qui voulût bien s’intéresser à son invention des matières plastiques, les bakélites, qui, aujourd’hui, portent son nom et sont devenues depuis longtemps d’une usage universel. L’inventeur des premières silicones est un chimiste britannique, F. S. Kipping, qui, dès 1904, indiqua les moyens de les préparer ; mais elles lui parurent sans intérêt pratique et il abandonna ses recherches ; elles ont été reprises par les deux sociétés précitées au point où il les avait laissées.
- Raymond Lulle.
- LE SORT DES LABORATOIRES MARITIMES
- La destruction de Lorient et de Wimereux.
- La guerre a très inégalement traité les laboratoires maritimes •des côtes de France. Tous se sont trouvés inclus dans le système «des défenses de l’Atlantique (ou de la Méditerranée), si bien qu’on n’a guère pu y travailler, la mer étant interdite, les côtes minées, l’accès à la zone littorale défendue. Tous se sont trouvés pris dans des réseaux de barbelés, entourés de murs de béton, de casemates, •de nids de mitrailleuses. Certains ont été partiellement occupés par l’ennemi ; d’autres ont vu leurs embarcations réquisitionnées par des services de surveillance des côtes. Et maintenant que le territoire est libéré, il reste partout à attendre le déminage avant «de pouvoir se risquer sur les plages, les grèves, les dunes, les rochers où trop de dangers persistent.
- Deux laboratoires ont été complètement détruits : Lorient et 'Wimereux.
- Le laboratoire de Lorient-Kéroman avait été construit en 1931 par l’Office scientifique et technique des pêches maritimes, à la sortie du port de pêche. Il fut abattu par les Allemands qui construisirent sur son emplacement un de leurs grands abris pour : sous-marins.
- Wimereux a eu le même sort pour une autre raison : il gênait la visibilité pour le tir des pièces d’artillerie situées en arrière.
- La destruction du laboratoire de Wimereux clôt une longue période d’activité. Il avait été créé en 1874 par Giard, alors professeur à la Faculté des Sciences de Lille, dans un chalet loué sur la dune. Nommé à Paris, Giard obtint que son laboratoire ^maritime fût rattaché à l’Université de Paris. En 1899, il fit construire sur les plans de Louis Bonnier un établissement spécialement adapté aux recherches biologiques qui s’agrandit progressivement et que son successeur, M. Caullery organisa définitivement en y installant une circulation d’eau de mer. C’était la station zoologique la plus proche de la capitale et pour cela une •des plus fréquentées. On pouvait y aller recueillir des animaux .qu’on rapportait aisément vivants dans les laboratoires citadins.
- Le site choisi à proximité du grand port de Boulogne, la silhouette élégante des constructions, leur parfait aménagement attiraient aussi des travailleurs sédentaires qui poursuivaient sur place leurs études, surtout pendant les vacances universitaires.
- Cette région de passage de la Manche à la Mer du Nord avait été prospectée par Giard, à la côte comme sur terre, avec un rare bonheur. Guidé par les idées transformistes qui étaient alors une nouveauté, Giard sut observer un nombre considérable de faits dont il dégageait, souvent avec audace, les conséquences d’ordre général. Toute une équipe l’entourait, aussi ardente, si bien que la contribution de Wimereux aux études d’embryologie et de faunistique fut considérable.
- M. Caullery, qui succéda à Giard en 1908, sut attirer un nouveau groupe de jeunes et les mémoires, les thèses, continuèrent de marquer l’activité de l’établissement.
- Les Travaux du laboratoire de Wimereux comptent 13 grands volumes in-4°, sans parler des travaux disséminés dans le Bulletin biologique de la France et de la Belgique et bien d’autres publications .
- Chaque année, des groupes d’élèves venaient de Paris, de Bruxelles, de Gand, de Liège, de Genève s’initier aux recherches côtières.
- Tout cela est malheureusement du passé. En 1940, des troupes allemandes occupèrent le laboratoire qu’elles saccagèrent, brûlant les portes, les armoires, les planchers pour se chauffer. Le 18 décembre 1942, une série d’explosions réduisait les bâtiments en un monceau de pierres. Rien ne reste de ce centre si vivant, si glorieux, si ce n’est, le souvenir ému qu’en gardent ceux qui y furent reçus et la notice que vient de publier M. Caullery (l) pour rappeler son histoire.
- 1. M. Caullery. La station zoologique de Wimereux (1874-1942). Bail, biol., LXXVI1I, 1944, p. 189.
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- LES SONDEURS D’ATOME0’
- De Dation à Louis de
- VI
- Mesure de. la molécule.
- Vers 1880., la situation était fort curieuse, et même passablement paradoxale : tous les chimistes parlaient de poids atomiques et de poids moléculaires, mais la plupart niaient l’existence réelle des atomes et des molécules. Il est vrai que, pour eux, le terme de poids atomique ou moléculaire possédait simplement le sens de : poids comparé à celui de l’hydrogène. Et comme les gaz simples eux-mêmes sont formés de molécules, la base de toute la chimie théorique était la mesure des poids moléculaires.
- La méthode la plus connue pour cette mesure était celle de Dumas, établie dès 1826, qui consistait à comparer la densité du gaz à celle de l’oxygène. Mais tous les corps ne peuvent pas être étudiés à l’état gazeux, et la détermination de leur poids moléculaire eût été impossible si Raoult (i83o-igoi), professeur à l’Université de Grenoble, n’eût fait connaître, en i884> son procédé cryoscopique. Raoult remarqua, en effet, que la température de congélation d’une solution était d’autant plus basse que cette solution était plus concentrée (plus vous faites dissoudre de sel dans l’eau, plus la température de congélation de cette eau est basse). Comme une loi empirique montre que la concentration dépend elle-même des molécules du corps dissous, la loi de Raoult permettait, en observant rabaissement de température, d’en déduire le poids moléculaire.
- Mais cette loi n’était qu’empirique, et Van t’IIoff s’occupa d’en rechercher la base théorique. Le Français Dutrochet (1776-1847) avait déjà découvert l'osmose, phénomène qui consiste dans la diffusion de deux liquides à travers une paroi poreuse (1 2) et l’Allemand Pfeffer avait, en 1877, trouvé que la pression osmotique était d’autant plus forte que la concentration de la solution était plus élevée. Cela frappa van t’Hoff : — Cette pression osmotique est évidemment due, se dit-il, aux chocs des molécules dissoutes sur les parois du vase poreux. Ces chocs ressemblent tout à fait à ceux des molécules d’un gaz.... — Analogie si profonde, que van t’Hoff put appliquer aux solutions les lois de compressibilité et de dilatation que l’on connaissait depuis longtemps pour les gaz.
- Mais il y avait un hic. Le hic, c’était que si les lois de Raoult et de van t’Hoff permettaient le fixer le poids moléculaire des corps organiques, elles ne semblaient plus applicables aux solutions d’acides, de bases et de sels. Cette anomalie attira l’attention du Suédois Arrhénius (1859-1927). — Constatez, fît-il remarquer en 1887, que ces solutions d’acides, de bases et de sels sont des électrolytes, c’est-à-dire des liquides qui conduisent le courant. Pourquoi les électrolytes font-ils exception aux lois de Raoult et de van t’Hoff ? Parce que les molécules dissoutes se brisent en deux morceaux, en deux ions, dont l’un est électrisé positivement et l’autre négativement. Quand le courant traverse une solution de sel marin, par exemple, cha-
- 1. Voir La Nature des 15 mars, 15 avril, 15 mai, 15 juin et 1" juillet 1945.
- 2. Plongeons, par exemple, dans de l’eau pure, un récipient en matière poreuse contenant de l’eau 'sucrée. Au bout d’un certain temps, on peut constater que de l’eau extérieure pénètre dans le récipient poreux et que le sucre reste à l’intérieur de celui-ci. La pression de l’eau intérieure est alors supérieure à la pression extérieure : c’est la pression osmotique.
- Broglie et Joliot-Curîe
- que molécule de chlorure de sodium se scinde en deux fragments, un ion chlore, électrisé négativement et attiré par l’électrode positive, et un ion sodium, électrisé positivement et attiré par l’électrode négative.
- L’idée était très originale — si originale qu’elle choqua tous les tenants de la vieille chimie. Voyez cela : un jeune homme de vingt-cinq ans en remontrer aux pontifes ! Les revues et les cénacles scientifiques retentirent d’imprécations passionnées. La théorie d'Arrhénius était cependant une intuition géniale puisque, une dizaine d’années plus tard, la découverte de Vélec= tron devait confirmer l’existence de charges électriques se propageant à l’état libre.
- Il faut dire pourtant que les savants de cette époque commençaient à se familiariser avec l’idée de particules infiniment petites se déplaçant à des vitesses considérables. Le grand Maxwell (1831-1879), l’Allemand Clausius (1822-1888) et l’Autrichien Boltzmann (i844-igo6) développaient la théorie cinétique des gaz ; les lois de Mariotte-Gay-Lussac prenaient un sens purement statistique, et la température elle-même revêtait une signification mécanique, puisqu’elle dépendait de la vitesse des particules gazeuses. Un autre phénomène aussi contribuait à révéler la structure granulaire de la matière : en 1827, le botaniste anglais Brown (1773-1858), observant un liquide au microscope, y avait noté l’agitation perpétuelle des petites particules en suspension. Il fallut attendre plus d’un demi-siècle pour obtenir l’explication de ce.mouvement brownien : c’est en 1881 et 1888 que l’Anglais Ramsay (1852-1916) et le Français Gouy (1854-1926) prouvèrent que si les particules s’agitaient ainsi, c’est qu’elles étaient ballottées par les molécules liquides démonstration qu’EiNSTEiN devait habiller en igo5 d’un vêtement mathématique définitif.
- Mais nous arrivons déjà au dernier quart du xix0 siècle. La grande époque de la philosophie scientifique mécaniste touchait à sa fin. Le positivisme avait, en matière de recherche, révélé son impuissance et sa sécheresse. Lord Kelvin regardait, avec une mélancolie tempérée d’humour, de nouvelles idées détrôner la théorie dynamique de la chaleur qu’il avait contribué à fonder ; Berthelot, de plus en plus accaparé par la politique, s’enlisait dans un anti-atomisme stupéfiant, et le naturaliste allemand Hæckel, se réclamant de Comte, de Helmholtz et de Darwin, pourchassait le mysticisme, armé d’un ébouriffant vocabulaire de néologismes en isme. On ne prévoyait pas encore qu’une gigantesque révolution était sur le point de bouleverser la physique; avec la pompe auguste qui cadrait avec l’époque, les grands savants continuaient d’officier, entourés de disciples qui n’apercevaient aucune raison pour que le tableau changeât ; et les gouvernements proclamaient, avec une inébranlable sérénité, leurs préoccupations réalistes et leur haine de toute mystique (rappelons-nous le Kulturkampf).
- Cependant, çà et là, dans des coins perdus de l’Europe, quelques opinions peu orthodoxes germaient, et des esprits qui ne faisaient pas plus fi de l’imagination qu’ils ne pliaient le genou devant le conformisme à la mode, accouchaient de théories qui allaient déferler sur la science comme un ouragan. Pourtant, qu’ils étaient dédaignés, ces penseurs, qu’elles étaient ignorées et qu’elles semblaient insignifiantes, ces opinions! De quel poids, je vous le demande, pouvait bien peser cette rudimentaire intuition du médecin anglais Prout (1786-1850), lequel, vers i8i5, notant que tous les poids atomiques étaient
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- des multiples de celui de l’hydrogène, en avait déduit que tous les corps simples devaient dériver de ce corps ? Les expériences de Dumas, celles du Belge Stas (1813-1891), montrant que beaucoup de poids atomiques étaient, non pas entiers mais fractionnaires, ne prouvaient-elles pas l’inanité de cette supposition P Ne démontraient-elles pas la vanité de toute hypothèse non bâtie sur une base expérimentale irréfutable ? Et le problème fondamental de la chimie ne restait-il pas tel que l’avait formulé Auguste Comte : « Etant données les propriétés de tous les corps simples, trouver celles de tous les composés qu’ils peuvent former ? ».
- Cependant, en 1869, un obscur chimiste moscovite du nom de Mendéleief (1834-1907) présentait à la Société russe de chimie un mémoire tout à fait curieux. Il y émettait l’idée que les propriétés des éléments sont des fonctions périodiques de leur poids atomique; qu’en rangeant les corps simples par ordre de poids atomique croissant et suivant un certain ordre, on devait retomber sur des propriétés analogues; enfin que si, dans le tableau ainsi composé, il subsistait des places vides, celles-ci
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- n’en devaient pas moins être occupées par des corps encore inconnus mais que l’on découvrirait sûrement un jour.
- Par une étrange coïncidence, un Allemand nommé L. Mayer (1830-1895) était arrivé, à peu près au même moment, à des conclusions identiques. Bien entendu, la destinée de ces deux travaux avait été la même, et ils eussent sombré dans un silence sans espoir si, en 1875, 1879 et 1.887, les expérimentateurs n’eussent trouvé, au fond de leurs cornues, des éléments nouveaux, gallium, scandium et germanium qui, par leur poids atomique, prenaient justement place dans trois des cases laissées vides par Mendéleief. Ce fut un coup de théâtre, le dernier avant le changement de décor qui allait suivre. Les Allemands Macii et Ostwald, les Français Bertiielot et Duhem purent bien s’époumonner à traiter d'hypothèse de travail la théorie atomique, celle-ci s’imposait avec une évidence croissante, et l’heure sonnait enfin où les atomes allaient, si j’ose dire, crever les yeux des plus incrédules.
- (à suivre). Pierre Rousseau.
- DESSINS DfENFANTS
- Une exposition de dessins d’enfants a eu lieu récemment à Paris dans le Hall de la Radiodiffusion française groupant 800 dessins d’enfants, exposition organisée au profit des Enfants Malades sous la direction de Mme Géraldine Gérard, Directrice des Émissions enfantines. Le nombre des visiteurs témoigne de l’attrait exercé par les œuvres de nos jeunes écoliers. Depuis quelque temps, ces dessins ont suscité beaucoup d’intérêt : la Psychologie les a étudiés à divers points de vue, l’Histoire de l’Art et l’Ethnographie y ont puisé d’utiles enseignements. C’est le mode d’expression esthétique chez l’enfant et l’art de développer ses dons naturels qui retiendront ici notre attention.
- La franchise est une qualité de l’enfance, elle est fille de la naïveté qui accompagne généralement un esprit en voie de s’éduquer. L’enfant s’exprime toujours sans ambages, avec simplicité. Il ne s’embarrasse pas de détails, s’il dessine, il lui arrive d’ignorer les lois élémentaires de la perspective dont les notions ne s’imposent pas encore à lui. Parmi ces dessins s’étalent des images au coloris un peu cru, souvent d’une extrême vigueur. Un dessin trop savant dénote l’aide anonyme du professeur.
- L’enseignement du dessin n’a pas toujours permis à l’enfance de donner libre cours à ses sentiments primesautiers.
- On plaçait autrefois les élèves devant une gravure, ils s’appliquaient à en reproduire tous les détails servilement. Il n’était pas question de pinceaux, de couleurs, on se contentait d’exprimer les valeurs diverses à l’aide de traits et de hachures.
- Le dessin obtenu s’avérait sans attraits pour les yeux et manquait souvent d’intérêt dans l’exécution. Le cours se faisait avec un choix restreint de gravures vite défraîchies malmenées par le passage de mains en mains ; des taches, des plis et souvent des déchirures rebutaient l’enfant dans son travail.
- Viollet-le-Duc dans son livre L’Histoire d’un dessinateur, fut le
- Fig. 1. —- Un Chat, vu par un jeune dessinateur (d’après Viollet-le-Duc).
- premier à s’élever contre cette méthode de copiste, bridant la personnalité de l’élève. Son histoire sur le dessin d’un chat, dessin exécuté accidentellement par un jeune enfant, fit couler beaucoup d’encre. Il apparaît aujourd’hui que les discussions soulevées nar ses critiques n’ont pas été étrangères à l’adontion de la méthode directe pratiquée dans nos écoles depuis une trentaine d’années. Deux enfants dessinent selon l’enseignement périmé. Ils copient des, ipiages..^L’un^sjapçlique, l’autre éprouve une lassitude à composer sans trouver le moyen de révéler ses qualités intimes, il cherche un autre sujet. Il voit venir à lui un chat qu’il observe, papier et crayon en mains, il essaie d’en saisir les traits et d’esquisser un croquis, mais le chat se déplace, il ne tient pas la pose, et le jeune artiste n’a plus qu’une ressource : fixer sur le papier l’idée qu’a fait naître en lui la première vision qu’il a eue de l’animal. « Enfant, ton chat n’a que deux pattes, sa queue est plantée sur sa tête ; un chat a quatre pattes et sa queue n’est pas là ».
- Et l’enfant de répondre : « Je l’ai vu ainsi ». Tel est l’essentiel du récit de Viollet-le-Duc, qui veut, par cet exemple, affirmer la supériorité du dessin original, né spontanément de l’imagination et du souvenir.
- Ce genre de dessin a également pour effet de développer plus sérieusement les dons d’analyse, de mémoire et de réflexion. Le tempérament se manifeste et la personnalité s’affirme. Il naît ainsi dans la classe une émulation favorable au plus grand développement du sens critique.
- Pasteur (dessin d’un enfant de 12 ans).
- Fig. 2.
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- Fig. 3. — Le Laboureur et ses enfants
- (dessin d’un enfant de 11 ans).
- On obtient quelquefois des croquis malicieux où des détails bien observés et des attitudes naïvement traduites laissent deviner l’artiste à venir. Il est curieux de constater eue ces dons qui séduisent chez l’enfant s’atténuent et peuvent même disparaître chez l’adolescent. On voit des jeunes gens se révéler incapables de reproduire avec autant d’intérêt les croquis qu’ils avaient faits dans leur prime enfance. La cause en est simple, il arrive un moment où le débutant doit se livrer à l’étude de la perspective et de l’anatomie, Cette étude est indispensable à celui qui désire obtenir les qualités nécessaires pour devenir un bon dessinateur.
- L’adolescent, susceptible d’exagérer ses qualités autant que ses défauts, abuse trop souvent de la liberté d’interprétation, il doit peu à peu être soumis à une discipline. C’est !e passage obligatoire du stade enfantin au stade de la maturité qui est la phase la plus délicate de l’enseignement, parce que décisive sur l’orientation de l’élève. La transition risquerait, par sa sécheresse d’effacer dans l’âme du dessinateur la fraîcheur d’impression du jeune âge. Un secours précieux est apporté par le dessin de mémoire. Un sujet, nature morte ou modèle vivant est placé devant le dessinateur, qui peut l’observer un quart d’heure durant. Il fixera ensuite, dans une salle voisine ce qu’il a retenu. Cet exercice contribue à lui conserver toujours vivace la faculté de se souvenir. Cette méthode fait appel à la mémoire visuelle, déve-
- loppe chez l'enfant le sens de l’observation, éveille l’imagination créatrice et évocatrice et laisse percer sa sensibilité, qualités indispensables au dessinateur qui traduit sans cesse la vie (x).
- Rompant avec des règles pédagogiques surannées, ceux qui ont appliqué la méthode d’observation directe dans les classes primait res ont obtenu dès le début, un succès dépassant toutes les prévisions.
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- Cértes, Yiollet-le-Duc préconisait une réforme pédagogique, mais ne songeait pas à faire une révolution aussi complète dans l’enseignement du dessin et il n’aurait pu prévoir quel parti des maîtres avisés ont su tirer de ses suggestions.
- La qualité des œuvres que nous montre l’Exposition des dessins d’enfants de la Radiodiffusion prouve que nos éducateurs ont suivi la bonne voie et que, dans ce domaine, la France n’a rien à envier aux autres pays.
- Fig. 4.
- Les pauvres gens
- (illustration du poème de Victor Hugo, par une lillelte de 12 ans).
- Ch. Braemer.
- 1. Sur le rôle de la mémoire dans le dessin et en particulier dans la caricature, voir notre article dans La Nature, n" 2977 du 15 mai 1936, p. 469.
- LES LIVRES
- Histoire de la Science, par Pierre ROUSSEAU. 1 vol. 824 p. Arthème Fayard, éditeur, Paris, 1945. Prix : 148 francs.
- La lente ascension de l’humanité vers les hauts sommets de la connaissance qu’elle a atteints aujourd’hui, les spectacles magnifiques qu’elle y peut contempler, tel est le sujet auquel M. Rousseau a consacré tant de talent que ce gros volume se lit d’un trait comme un roman. En un langage accessible à tous, il nous fait assister à la naissance et au développement des différentes branches de la science : mathématiques, mécanique, physique, sciences biologiques ; il explique les grands courants philosophiques auxquels il s’intégre. En même temps, par quelques traits ou anecdotes bien choisis, il fait revivre la physionomie des savants qui y ont. pris part et les situe dans le cadre et l’atmosphère où ils ont travaillé. Bref, un livre vivant et plein de mouvement.
- Annuaire Astronomique et Météorologique Camille Flammarion pour 1945. I vol.
- 382 p., 1 portrait, 81 fig., cartes et diagrammes. Flammarion, Paris.
- Tant attendu par les observateurs et amateurs des choses du ciel, cet indispensable ouvrage apporte, comme chaque année, tous renseignements utiles sur les Calendriers, le Soleil, les positions et la visibilité des Planètes principales, le
- NOUVEAUX
- globe terrestre, .la Lune, les éclipses, occultations et marées, les Comètes et Météores, les Étoiles et Nébuleuses. Signalons encore la description du Ciel étoilé pour chaque jour, les éphémérides des plus brillantes petites Planètes au moment favorable pour leur observation, les dates des maxima des étoiles variables à longue période et des minima des variables à éclipse Algol et p Lyre, d’importantes notices scientifiques, etc.
- Le présent et l’avenir des matières plastiques, par Jean Delorme. 1 vol. illustré, 300 p. B. Arthaud, éditeur, Grenoble et Paris, 1944. Prix broché : 165 francs. Les matières plastiques artificielles ont pris en ces dernières années un prodigieux développement : à leur ancêtre le celluloïd, aux acétates de cellulose, aux galalithes, aux bakélites est venue se joindre une foule de produits de synthèse susceptibles des applications les plus variées. Le livre de M. Delorme est le premier ouvrage technique depuis la guerre, qui, à notre connaissance, aborde en France ce vaste domaine. On y trouvera d’utiles renseignements sur la fabrication des principaux plastiques, leurs emplois et la technique de leur mise en œuvre. Mais bien des chapitres, relatifs aux produits les plus récents, sont un peu sommaires, faute sans doute d’une documentation, bien difficile à réunir dans les circonstances présentes.
- PETITES ANNONCES
- La ligne : 30 fr. Abonnés : 20 fr.
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- LA NATURE
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- Le gérant : G. Masson. — masson et cle éditeurs, paris. — dépôt légal : 3e trimestre 1945, n° i44-BARNÉOUD FRÈRES ET Cle IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 284- — 7*1945.
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- SOMMAIRE
- Caoutchoucs naturels et synthétiques, par G. GÉNIN La Science et la Guerre : Projectiles en matières plastiques pour tirs d’exercice sur cibles réelles.
- — L’investissement météorologique de l’Angleterre par sous-marins
- Un nouveau polyèdre semi-régulier, par
- A. SAINTE-LAGUE.............................. 230
- Les briseurs d’atomes au service de la médecine :
- Le cyclotron, par A. TROLLER..................... 232
- Découverte d’un nouvel insecticide : l’hexachloro-
- cyclohexane, par A. RAUCOURT..................... 235
- Un savant anglais à Paris : Sir Lawrence BRAGG . 236
- Les ondes hertziennes ultra-courtes, par
- Robert CHAUVINEAU................................ 237
- Les Livres nouveaux................................. 240
- 225
- •229
- OUTCHOUCS NATURELS ET SYNTHÉTIQUES
- UNS DE
- - (fOlffHOUC
- 4a, .
- lu qui pcn-J'uatre années d'occupation a été interposé entre la France et le monde extérieur nous a empêchés de suivre les progrès réalisés à l'étranger dans d e nombreux domaines et de t c n i r compte dans le plan de rénovation de notre industrie des profondes modifications qui ont résulté, soit de l’adoption de techniques nouvelles, soit de l’apparition ou au contraire de la raréfaction de certaines matières premières.
- Ces importants bouleversements ont en particulier influé sur l’industrie du caoutchouc dans laquelle l’Empire français, à la fois comme producteur de gomme et comme consommateur de ce pro-
- N° 3093 l6r Août 1945
- Fig. 1. — Groupe d’usines d’AKRON, le centre américain de l’industrie du caoutchouc.
- Une seule de ces usines produit annuellement autant que la consommation française.
- Le Numéro 10 francs
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- duit, occupait un rang important. Nous rappellerons en effet que dans le tableau des productions annuelles de gomme autorisées par l’International Rubber Régulation Committee, l’Indochine française occupait le troisième rang et' se classait donc dans la tête des grands pays producteurs d’Extrême-Orient.
- EXPÉDITIONS DE CAOUTCHOUC PAR LES PAYS PRODUCTEURS
- (EN LONGUES TONNES DE 1.036 KG)
- Année Malaisie Indes Néerlan- daises Indo- chine Ceylan Thai- land Sara- wak North Bornéo Indes Bir- manie
- 1938 1939 372.000 376.755 293.100 371.946 59.200 65.219 49.500 61.028 41.600 41.266 17 800 24.014 9.500 11.864 8.500 9.241 6.700 6.616
- A ces chiffres, il fallait ajouter la faible production des Iles Philippines, de l’Afrique et de l’Amérique du Sud, de sorte qu’en 1939, la production totale avait dépassé le million de tonnes et on prévoyait qu’en 1940, ce chiffre serait largement dépassé.
- En ce qui concerne l’Indochine, il est probable que la situation de notre colonie se serait encore améliorée, si les événements l’avaient permis,' car grâce à une politique à longue échéance adoptée par nos planteurs, les plantations étaient jeunes et presque entièrement peuplées d’arbres sélectionnés ou greffés à très haut rendement.
- Quant à la position de la France parmi les pays consommateurs, elle était évidemment loin derrière les Etats-Unis qui, par suite du développement exceptionnel de leur industrie automobile, consommaient à eux seuls la moitié du caoutchouc de plantation produit dans le monde, mais elle était néanmoins honorable, ainsi que le montre le tableau suivant qui donne, non pas les consommations réelles, mais les importations de caoutchouc dans les principaux pays industriels. Ce tableau est d’ailleurs incomplet, puisqu’il ne tient pas compte du caoutchouc synthétique déjà fabriqué à l’époque en Allemagne et des différents caoutchoucs naturels ou synthétiques produits en U. R. S. S.
- IMPORTATIONS DE CAOUTCHOUC DANS LES PRINCIPAUX PAYS INDUSTRIELS
- (EN LONGUES TONNES)
- Année Etats- Unis Angle- terre France Alle- magne Ca- nada Japon Italie Russie Belgi- que
- 1P37 1938 592.394 406 343 92 707 133.079 59.871 59.660 98.170 90.200 36.088 25.696 62.311 45.836 24.733 '28.170 30.462 25.650 14.970 11.309
- En 193S, l’industrie du pneu avait consommé en France environ les 2/3 du caoutchouc total, ce qui confirme le rôle essentiel joué par l’industrie automobile dans l’industrie du caoutchouc.
- Lorsqu’au début de 1942, le Japon, bénéficiant de son attaque déloyale contre Pearl-Harbour et de la situation de l’Angleterre, obligée .avant tout de défendre les voies de communication assurant le ravitaillement de sa métropole, se tailla facilement un Empire dans le Sud de l’Asie, l’industrie du caoutchouc, particulièrement aux Etats-Unis, fut menacée d’une véritable catastrophe, le Japon occupant pratiquement la totalité des pays producteurs de gomme, à l’exception de Ceylan et des Indes.
- Certes, l’Amérique et l’Angleterre avaient prévu une telle
- éventualité et constitué d’importants stocks, mais ceux-ci ne pouvaient suffire, étant donné la durée des hostilités qu’il était facile de prévoir dès cette époque. Les Etats-Unis entreprirent donc, ainsi que l’Angleterre, de se procurer du caoutchouc à n’importe quel prix : en développant la production des plantations encore sous leur contrôle, quitte à détruire les hévéas incapables de supporter un tel régime de saignées, en créant des plantations nouvelles qui malheureusement ne pouvaient produire qu’au bout de plusieurs années, en organisant la récolte du caoutchouc sauvage en Afrique et surtout en Amérique du Sud, terre natale de l’hévéa, en étudiant l’extraction de caoutchouc d’autres plantes laticifères (guayule et plantes russes), et surtout en créant aux États-Unis et au Canada une gigantesque industrie du caoutchouc synthétique. En même temps, des restrictions draconiennes étaient apportées à l’utilisation du caoutchouc pour les besoins civils.
- Notre but n’est pas ici de faire l’historique de tous ces efforts. Le tableau ci-dessous, emprunté à une publication récente du Bureau des Statistiques de Washington, nous montre que l’on a atteint le but cherché : mettre les Puissances Unies à l’abri d’un manque de gommme. Il montre également que vers 1942 et 1943 la situation fut critique.
- CONSOMMATION ET PRODUCTION DE CAOUTCHOUCS NATUREL ET SYNTHÉTIQUE AUX ÉTATS-UNIS
- Année Importations de caoutchouc naturel Consommation de caoutchouc naturel Stocks en fin d’année Production - de caoutchouc synthétique
- 1938 406.000 437.000 231.000
- 1939 486.000 592.000 125 000
- 1940 811.000 - 648.000 288.000
- 1941 1.023.000 , .2.75 000 533 000
- 1942 271.000 376 000 422.000 24.000 ‘ ’
- 1943 34 000 317.000 139 000 234.000
- 1944 98.000 144 000 93.000 763 000
- 1945 1.000.000 (prévu)
- 1946 1.200.000 (prévu)
- Or les hostilités ont cessé en Europe et, en Extrême-Orient, on peut envisager une libération progressive des pays producteurs de gomme. Quelle va donc être la situation de cette matière première. D’un côté des demandes considérables pour les besoins civils entièrement sacrifiés depuis plusieurs années, ainsi que pour les besoins de la reconstruction. D’autre part, des plantations dont on ignore l’état, mais qui ont peut-être accumulé de grandes quantités de gomme et surtout une industrie synthétique prodigieusement développée aux Etats-Unis, au Canada, en Russie et en Allemagne.
- Cette situation n’a pas manqué d’intéresser les représentants des planteurs. Ils ont constitué vers la fin de l’année 1944 un Groupement d’études du caoutchouc comportant des représentants des Gouvernements américain, anglais et hollandais. Il est regrettable d’ailleurs que des représentants du Gouvernement français n’aient pu être présents à cette commission mais nous croyons savoir que depuis, cette omission a été comblée.
- La mission de ce Groupement d’études était de discuter tous les problèmes posés par la production, la fabrication et l’emploi de la gomme naturelle, du caoutchouc synthétique et du caoutchouc régénéré.
- Une première réunion eut lieu à Washington du 22 au 27 janvier 194S, sous la présidence de M. B. F. ïïaley, directeur de l’Office des affaires économiques du Département d’Etat de Washington. La délégation hollandaise était conduite par M. Wes-termann, chef de la section économique du Ministère des Colonies hollandais et la délégation britannique par M. 0. S. Franks,
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- secrétaire en second du Ministère des Approvisionnements. Il ne s’agissait pas de prendre des décisions, mais uniquement de discuter la situation de l’industrie du caoutchouc dans les années qui vont suivre.
- Les représentants des planteurs ont été d’accord pour estimer qu’il était difficile de fixer d’une façon précise la capacité de production et la consommation des différents types de caoutchouc synthétique ou naturel, comme il était difficile de prévoir dans quel état seront les plantations au moment de leur libération. Toutefois, les spécialistes ont été d’accord pour estimer que, s’il le fallait, la production du caoutchouc naturel pourrait atteindre, rien qu’en Extrême-Orient et dans un délai de 3 à 4 ans, le chiffre de 1 500 000 t de caoutchouc naturel par an.
- En ce qui concerne le caoutchouc synthétique, si la situation aux Etats-Unis peut être précisée, il n’en est pas de même par exemple pour les usines allemandes, mais on a admis qu’une production de 1 330 000 t de caoutchouc synthétique par an représentait un chiffre voisin de la réalité.
- En face de ces chiffres, on a admis que la consommation de caoutchouc naturel et synthétique ne dépasserait pas vraisemblablement 1 500 000 t par an, malgré les demandes considérables qui se sont accumulées depuis plusieurs années de la part des usagers civils. Pour atteindre ce chiffre, le Groupement d’études a même estimé qu’il fallait maintenir un niveau élevé d’activités économiques dans les principaux pays consommateurs. Ces estimations, bien entendu, ne tiennent pas compte d’un développement considérable et soudain de la consommation du caoutchouc qui pourrait survenir à la suite d’une découverte de grande importance.
- Il y aurait donc un déséquilibre très marqué entre la capacité de production du monde et la consommation possible. Néanmoins, les membres du Groupement d’études, tout en estimant que la question du caoutchouc devait être examinée périodiquement, ont constaté que trop d ’incer titudes"aiiif^istaient encore pour tirer de ce premier contact des contlu^ibysr^
- VERS LA LI&|RATI£N DES PLANTATIO'
- GRESSIVE TRiME-ORIENT
- Le développement rapide des événements militaires dans le Pacifique a conduit les pays intéressés à étudier dès à présent la question de la remise en état des plantations d’hévéas. On connaît le robuste optimisme des Hollandais ; ceux-ci, envisageant déjà la libération de leurs superbes colonies de l’Insulinde, ont décidé de créer un organisme dénommé Centrale du Caoutchouc. Il doit être dirigé par un Conseil de directeurs représentant les
- 1.100000
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- Années
- Fig. 2. — Production et consommation mondiales de caoutchouc naturel jusqu’à la veille des hostilités.
- 70.000
- 60.000
- 50.000
- C 40.000
- en 30.000
- 20.000
- 10.000
- 33 34 35 36 37 38 33 1940
- 1930 31
- Années
- Fig. 3. — Production indochinoise et consommation française jusqu’à la veille des hostilités.
- principales organisations de vente du caoutchouc abx Indes Néerlandaises : Avros, Rubber Bond et Exporters Yereeniging.
- D’après cet organisme, les Indes Néerlandaises seraient capables, au plus tard trois mois après leur libération, de recommencer à exporter du caoutchouc et de très importantes commandes de matériel, pour une somme de plus de 15 millions de dollars, ont été placées aux États-Unis, afin de remettre rapidement en état les installations des plantations. 1
- De même, les dernières avances des troupes alliées en Birmanie laissent espérer que certaines des régions productrices de caoutchouc peuvent être libérées. En éffet, une partie importante des plantations se trouve en Haute-Birmanie et celles-ci à l’heure où ces lignes sont écrites doivent être atteintes ou presque par les troupes britanniques.
- On ignore l’état dans .lequel se trouvent les plantations birmanes, mais comme les Japonais disposaient de beaucoup plus de caoutchouc qu’ils n’en avaient besoin, il est probable que les hévéas n’ont pas souffert de saignées trop souvent répétées et la seule chose à craindre..est le. feu, résultant soit de combats, joit d’une volonté froidement décidée de la part des Japonais de détruire les plantations avant leur départ. Des spécialistes ont été adjoints aux armées qui opèrent en Birmanie, afin qu’ils puissent, dès la libération du pays, procéder à une remise en état rapide des installations.
- QUELQUES OPINIONS ANGLO-SAXONNES SUR LA LUTTE POSSIBLE ENTRE PRODUITS NATURELS ET SYNTHÉTIQUES
- Pour Sir Andrew McFadyean, Président de la Délégation britannique à la Conférence internationale de l’Institut des relations dans le Pacifique, le problème principal, pour tous les pays producteurs de caoutchouc, est de savoir si une concurrence risque de s’élever après la guerre entre le produit naturel provenant des plantations et le caoutchouc synthétique. D’après ce spécialiste, si la production de caoutchouc synthétique continue à être aidée par le Gouvernement américain, cela ne signifie pas autre chose que la disparition des producteurs de l’Extrême-Orient ou tout au moins il faut prévoir une lutte économique avec toutes ses graves conséquences. Si, au contraire, la production du caoutchouc synthétique ne reçoit plus d’aide gouvernementale, il sera alors possible d’augmenter les débouchés mondiaux du caoutchouc pour donner satisfaction aux deux catégories de producteurs.
- Au sujet de l’aide gouvernementale apportée par les Etats-Unis aux producteurs de gomme synthétique, il est intéressant de donner quelques précisions qui ont été fournies récemment par M. Jesse Jones, Secrétaire du Commerce des Etats-Unis. La production du caoutchouc synthétique par la Rubber Reserve C° depuis sa création s’est élevée à environ 1 million de tonnes, dont 737 000 t en 1944 (rappelons que cette Société est un organisme
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- d’Etat créé par le Gouvernement américain pour la fourniture du caoutchouc nécessaire aux besoins de la guerre). L’industrie privée a en outre fourni en 1944 26 000 tonnes.
- Dès à présent, les fabriques américaines de caoutchouc synthétique peuvent produire annuellement 1 million de tonnes, si cela se révèle nécessaire, et dans ce but 47 usines de produits chimiques, de dérivés du pétrole, de caoutchouc et d’autres produits, travaillent pour le compte de la Rubber Rescn^e C°.
- Dès 1941, de petites usines avaient été créées pour cette fabrication, mais c’est après le 7 décembre 1941 qu’un programme gigantesque de fabrication de gomme synthétique fut entrepris et fin 1944, en dehors de la production indiquée plus haut, les mêmes usines avaient également fourni à l’armée : 25 millions de gallons d’éthylbenzène et environ 4 millions de gallons de cumène entrant dans la fabrication de l’essence d’aviation.
- Pour financer ce gigantesque programme, les Etats-Unis ont dépensé plus de 700 millions de dollars et si le prix du caoutchouc synthétique en 1944 s’est encore élevé en moyenne à 33 cents, ce qui est dû à l’emploi pour cette fabrication d’alcool fourni à un prix sensiblement plus élevé qu’on ne le pensait, les milieux gouvernementaux américains estiment que ce prix pourrait être abaissé aux environs de 18 à 20 cents par pound, c’est-à-dire au niveau du prix d’avant guerre de la gomme naturelle.
- Dès à présent, des agrandissements d’usine sont prévus, ainsi que la création de nouveaux établissements et la Defence Plant Corporation a déjà avancé 37 millions de dollars pour la construction des nouveaux bâLiments rendus nécessaires par ces agrandissements.
- Une des principales usines gouvernementales, la Rubber Rancho Grande, située à Port Neches, dans le Texas, mise en route en août 1943, avait produit à la date du 5 novembre 1944 : 100 millions de pounds de caoutchouc synthétique, c’est-à-dire une quantité de gomme équivalente à celle fournie pendant la même période par 14 millions d’hévéas. C’est par un tel effort que le caoutchouc synthétique représente aujourd’hui aux Etats-Unis 85 pour 100 du caoutchouc total employé par l’industrie américaine.
- COMPARAISON DES PRIX DES PRODUITS SYNTHÉTIQUES ET NATURELS
- Lors de la mise en route des usines gouvernementales aux Etats-Unis, les experts avaient procédé à quelques estimations concernant le prix du caoutchouc synthétique et principalement du produit dénommé GR-S qui est le plus important et qui est l’équivalent du Buna S (copolymère de butadiène et de styrolène) (voir La Nature du 15 février 1945, p. 55).
- Dans l’ensemble, ces estimations se sont trouvées confirmées par la pratique et dans le tableau ci-dessous, nous donnons le prix en cents par pound du caoutchouc synthétique préparé soit en partant d’alcool, soit en partant de gaz naturel de pétrole.
- PRIX DU CAOUTCHOUC SYNTHÉTIQUE AMÉRICAIN
- (EN CENTS PAR POUND) (U
- Prix
- En parlant d’alcool à 95 cents par gallon :
- estimation.........................
- prix réel..........................
- En partant d’alcool à 50 cents par gallon :
- estimation . . .............
- prix réel..........................
- En partant d’alcool à 15 cents par gallon :
- estimation.........................
- prix réel..........................
- En partant de gaz naturel de pétrole :
- estimation.........................
- prix réel..........................
- 49,6 cents
- 47,9 »
- 33,4 »
- 31,7 )>
- 20,9 )>
- 19,1 ))
- 18,3 1»
- 22,5 »
- 1. Le pound vaut 453,592 g ; le gallon vaut 4,546 1 ; le cent est la centième partie du dollar.
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- Si, dans l’ensemble, le prix moyen du caoutchouc synthétique s’est révélé légèrement supérieur aux estimations, c’est qu’il a été produit moins de caoutchouc provenant des gaz naturels qu’on ne l’espérait et que le prix de l’alcool s’est sensiblement élevé. Mais au prix de 15 cents par gallon qui était le prix de l’alcool préparé en partant de mélasses vendu aux États-Unis avant guerre, on voit que le produit synthétique peut espérer parvenir à concurrencer sur une base économique la gomme naturelle. Dans les calculs précédents, l’amortissement des investissements a été étalé sur 5 ans ; en admettant un amortissement sur 10 ans, le prix de revient aurait été inférieur de 2 à 3 cents.
- En ce qui concerne le prix du caoutchouc de plantation, celui-ci entre 1938 et 1941 avait varié entre 15 et 23 cents par pound. Évidemment, nul ne peut dire ce que sera le prix de ce produit après la guerre et l’expérience a montré que les cours de la gomme naturelle sont capables de varier dans des limites très larges. Les seuls frais de main-d’œuvre dans la fabrication du caoutchouc naturel sont en effet ceux de la saignée des hévéas, opération effectuée par des indigènes dont le salaire est réglé avant tout par la loi de l’offre et de la demande.
- Ce qui précède nous montre que la situation reste assez indécise. Tout dépend évidemment de la date de la cessation des hostilités, des besoins des pays consommateurs et de l’état des plantations après leur évacuation par les Japonais. Dans l’ensemble, les spécialistes semblent compter sur un équilibre à peu près satisfaisant entre la production et la consommation pendant les trois ou quatre premières années qui vont suivre la fin des hostilités et peut-être ensuite un excès de production lorsque les plantations auront retrouvé leur ancien état de prospérité et que les usines synthétiques, ayant encore amélioré la qualité de leur produit et fait disparaître certains des défauts actuels, auront maintenu leur production.
- C’est en particulier à cette opinion que s’est rallié M. Dins-more, Yice-Président de la Goodyear C° qui évalue comme suit la production et la consommation mondiale, ainsi que la consom-
- ............................ .......... 229
- mation des États-Unis dans les quatre années qui viennent, en admettant que les hostilités se terminent par la victoire des Nations Unies à la fin de 1946.
- PRODUCTION ET CONSOMMATION MONDIALES
- 1947 ! 1948 1949 1950
- Besoins mondiaux 1.526.500 1.701 000 1.900.000 1.900 000
- 1945 19 46 1947 1948
- Besoins des Etats-Unis 1.064.700 1.070 800 926.500 1.010.000
- 1947 1948 1949 1950
- Production mondiale 1.675.000 1.965.000 2.200.000 2.600.000
- Cette opinion est également partagée par le Dr J. T. Blake, de la Simplex Wire and Cable C°, qui admet que pendant quelques années, les plantations ne pourront suffire à couvrir les besoins mondiaux et que par conséquent, le caoutchouc synthétique aura un rôle important à jouer. Quant à M. T. W. Litchfield, Président de la Goodyear Tire and Rubber C°, son optimisme est absolu. Il ne nie pas que d'ici quelques années, la production réunie de la gomme naturelle et du produit synthétique dépassera le double de nos besoins d’avant guerre, mais il estime que l’existence d’une telle quantité de matière première disponible agira comme un stimulant pour tous les chercheurs et que l’ingéniosité de l’homme saura trouver pour le caoutchouc des applications nouvelles susceptibles d’absorber toute la production. À titre d’exemple, il est certain que dans les trois années qui suivront la fin de la guerre, les États-Unis à eux seuls auront besoin de 70 millions de pneus par an pour leurs besoins civils, alors que leur production en 1941, année qui vit le développement prodigieux de la loi « prêt et bail » n’avait pas dépassé 62 millions de pneus.
- G. GÉiMs,
- Ingénieur E. P. C. I.
- La Science
- Projectiles en matières plastiques pour tirs d'exercice sur cibles réelles.
- Les futurs pilotes de chasse de l’aviation américaine s’entraînent au tir sur des cibles réelles, c’est-à-dire qu’ils font feu avec de véritables balles sur un avion réel monté par l’instructeur en chair et en os. Bien entendu, les balles sont inoffensives, nous allons voir comment. L’instructeur et l’élève peuvent se rendre compte aisément de l’efficacité du tir. L’avion-cible est revêtu d’une cuirasse en duralumin spécialement traité, qui porte tout un équipement radioélectrique : cette cuirasse forme la cible proprement dite. Quand une balle la frappe, la vibration qui se produit au point d’impact est transformée en impulsion électrique : une lampe s’allume sur le tableau de bord de l’avion-cible et prévient l’instructeur que son avion a été atteint. Une autre lampe s’allume, à l’extérieur, sur le moyen d’hélice. L’élève sait alors qu’il a fait un tir efficace. Enfin un compteur enregistre le total de coups au but réussis par l’élève.
- Les balles employées pour ces tirs réels ont la propriété de se pulvériser en frappant la cuirasse de duralumin. On avait d’abord essayé des balles en verre trempé. On y a renoncé en raison de leur prix trop élevé. Les balles actuellement employées sont une composition de plomb et de matière plastique assez résistante pour pouvoir être tirée par une mitrailleuse de calibre moyen, mais assez fragile pour se résoudre en poudre fine quand elle frappe la cible métallique.
- la Guerre
- L'investissement météorologique de l'Angleterre par sous-marins.
- Pendant toute la guerre en Europe, les services météorologiques des Alliés ont tenu soigneusement secrètes leurs observations et leurs prévisions du temps. Toute information sur la situation météorologique à l’Ouest était en effet, pour l’ennemi, un renseignement précieux, qui lui facilitait ses propres prévisions et par conséquent la préparation de ses opérations militaires, notamment celle de ses raids aériens sur la Grande-Bretagne.
- Mais les Allemands ont réussi à déjouer à cet égard les dispositions prises par leurs adversaires. Us ont immergé autour de l’Angleterre, dans la mer d’Irlande, des postes météorologiques sous-marins. C’étaient des embarcations longues de 90 mètres, amarrées sur le fond de la mer, et munies d’instruments d’observation que des dispositifs automatiques faisaient monter chaque jour en surface à certaines heures. Les instruments, probablement analogues à ceux des ballonsrsondes, transmettaient automatiquement en Allemagne les données météorologiques recueillies. On pense que ces postes submersibles étaient desservis par les sous-marins allemands. Leur existence n’a été révélée que tout récemment par la presse irlandaise après la suppression de la censure militaire.
- et
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- 230
- UN NOUVEAU
- POLYÈDRE SEMI-RÉGULIER
- I
- Les polyèdres semi-réguliers.
- Nous ne voulons pas rappeler ici tout ce qui concerne les polyèdres semi-réguliers et nous nous bornerons à l’essentiel, de façon à rendre intelligible ce qui suit.
- La définition de tels polyèdres, telle qu’elle a été donnée par Catalan, les répartit en deux catégories ; dans la première, on considère des polyèdres dont toutes les faces sont des polygones réguliers ayant ou non le même nombre de côtés, et assemblés de façon que deux des angles polyèdres que forment les faces au voisinage d’un même sommet soient superposables, ou que l’un soit superposable au symétrique de l’autre par rapport à un plan. Les angles dièdres que forment deux faces voisines n’ont, avec une telle définition, aucune raison d’être égaux deux à deux, et ils ne le sont pas toujours. On pourrait ajouter la condition qu’un tel polyèdre semi-régulier est inscriptible dans une sphère, mais
- a b
- Fig-. X.
- o, le prisme semi-régulier ; b, l’antiprisme semi-régulier.
- Catalan a montré que cette propriété découle de la définition qui précède.
- Il a, au surplus, étudié de façon complète les quinze polyèdres semi-réguliers qui, d’après lui, résultent de sa définition. On appelle souvent de tels polyèdres des « polyèdres archimédiens », car ils étaient tous connus d’ARCHiMÈDE sauf deux, comme nous le dirons, qui au surplus sont très simples à former ; ils n’ont sans doute pas paru assez intéressants au savant grec qui, d’ailleurs, n’avait pas, comme Catalan, fait une étude directe de ces polyèdres à partir de leur définition.
- Les polyèdres semi-réguliers de la deuxième'catégorie sont des polyèdres dont les faces sont des polygones superposables, mais non réguliers, et dont les angles polyèdres sont tous réguliers sans que deux d’entre eux soient forcément égaux. Toutes leurs arêtes sont égales. On obtient les sommets de l’un quelconque d’entre eux en considérant un polyèdre semi-régulier de la première catégorie et prenant les pôles, par rapport à la sphère dans laquelle il est inscrit, des plans des diverses faces. Ces nouveaux polyèdres sont circonscriptibles à une sphère et les points de contact de chaque face avec la sphère redonnent un polyèdre de la première catégorie. Notons enfin <jue les symétries de deux polyèdres ainsi associés sont les mêmes.
- On voit immédiatement que l’étude de l’une des catégories de polyèdres semi-réguliers est, au fond, identique à celle des polyèdres de l’autre catégorie. C’est pourquoi nous ne parlerons ici que du cas le plus intéressant, qui est celui des polyèdres de la
- première catégorie, polyèdres qui sont tous inscriptibles dans une sphère.
- Il va sans dire que les polyèdres réguliers, qui sont au nombre de cinq : tétraèdre, cube (ou hexaèdre), octaèdre, dodécaèdre, icosaèdre, appartiennent à la fois à l’une et à l’autre des deux catégories précédentes, et en sont des cas très particuliers. Ils sont deux à deux associés au sens que nous venons de dire, le tétraèdre régulier se correspondant à lui-même, le cube correspondant à l’octaèdre régulier et réciproquement, ainsi que le dodécaèdre et l’icosaèdre réguliers. Nous n’en parlerons pas davantage.
- II
- Le prisme et l'anti-prisme semi-réguliers.
- Nous avons eu récemment, le 9 décembre 1944, l’occasion de faire une conférence sur ce sujet au Palais de la Découverte et nous avons parlé des quinze polyèdres semi-réguliers de Catalan. Un de nos auditeurs, M. Maurice Bert, Ingénieur E. C. P., a bien voulu, à la suite de cette conférence, se pencher sur cette question que l’on pouvait croire complètement épuisée par l’analyse serrée et précise qu’en avait faite Catalan. Il a commencé par reproduire des modèles de ces polyèdres semi-réguliers, — modèles dont, soit dit en passant, il existe une collection au Musée du Conservatoire National des Arts et Métiers. En les étudiant de près et cherchant de nouveaux assemblages, il a eu la surprise de constater qu’il existait un seizième polyèdre semi-régulier que n’ont vu ni Archimède, ni Catalan. Cette découverte est d’autant plus inattendue que Catalan a traité le problème de façon approfondie et s’est proposé de trouver la liste complète de ces polyèdres semi-réguliers. Nous verrons d’où provient sans doute l’omission faite par cet éminent mathématicien.
- Pour circonscrire un peu le sujet et apporter une précision supplémentaire, disons que, parmi les quinze polyèdres semi-réguliers, il en est deux très particuliers qui sont justement ceux qu’avait négligés Archimède malgré leur simplicité, et dont chacün comprend une infinité de solides différents. Ce sont : le prisme et l’antiprisme semi-réguliers (fig. 1, a et b). Nous appelons prisme semi-régulier tout prisme droit dont la base est un polygone régulier d’un nombre quelconque de côtés et dont les faces latérales sont des carrés. Nous appelons antiprisme semi-régulier un solide très analogue à ce que l’on obtiendrait en tordant l’un des prismes que nous venons de définir. Considérons deux polygones réguliers égaux ayant par suite le même nombre de côtés et placés encore dans des plans parallèles. Ils sont tels que la droite qui joint leurs centres soit perpendiculaire* à leurs plans, mais l’un d’eux a tourné autour de son centre d’un angle moitié de l’angle sous lequel on voit chaque côté de ce p'olygone régulier à partir de ce centre. Enfin, dernière précision indispensable, l’écartement des deux plans de base est tel qu’en joignant deux à deux de façon convenable les sommets des deux polygones de base, on obtient comme faces latérales des triangles équilatéraux qui sont tous égaux entre eux.
- On voit que les prismes semi-réguliers sont en nombre infini, de même que les antiprismes. On convient, pour simplifier, de ne considérer tous les prismes que comme formant un seul type, et de même tous les antiprismes, et c’est compte tenu de cette convention que Catalan obtient quinze polyèdres semi-réguliers, nombre que M. Bert vient de porter à seize.
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- III
- La liste des polyèdres semi-réguliers.
- Les treize (quinze moins deux) polyèdres semi-réguliers de Catalan, dont nous avons à parler maintenant, sont assez difficiles à définir et, — nous nous en excusons auprès du lecteur —, nous n’entrerons pas ici dans les détails classiques. On les trouvera, en particulier, dans le Journal de l’Ecole Polytechnique de 1865 où Catalan a donné tous ses calculs. Nous donnerons donc, sans de longs commentaires, la liste des treize polyèdres semi-réguliers et nous insisterons un peu plus loin sur le n° 8 de cette liste, car c’est de celui-là que M. Bert a déduit un nouveau polyèdre semi-régulier :
- le n° 1 (octaèdre) a 8 faces (4 triangles équilatéraux et 4 hexagones réguliers), 18 arêtes et 12 sommets ;
- le n° 2 (décatétraèdre) a 14 faces (8 triangles équilatéraux et 6 carrés), 24 arêtes et 12 sommets ;
- le n° 3 (triacontadoèdre) a 32 faces (20 triangles équilatéraux et 12 pentagones réguliers), 60 arêtes et 30 sommets ;
- le n° 4 (décatétraèdre) a 14 faces (6 carrés et 8 hexagones réguliers), 36 arêtes et 24 sommets ;
- le n° o (décatétraèdre) a 14 faces (8 triangles équilatéraux et 6 octogones réguliers), 36 arêtes et 24 sommets ;
- le n° 6 (triacontadoèdre) a 32 faces (12 pentagones réguliers et 20 hexagones réguliers), 00 arêtes et 60 sommets ;
- le n° 7 (triacontadoèdre) a 32 faces (20 triangles équilatéraux et 12 décagones réguliers), 90 arêtes et 60 sommets ;
- le n° S (icohexaèdre) a 26 faces (8 triangles équilatéraux et 18 carrés), 48 arêtes et 24 sommets — C’est de lui que nous aurons à reparler plus longuement ;
- le n° 9 (hexécontadoèdre) a 62 faces (20 triangles équilatéraux, 30 carrés et 12 pentagones réguliers), 120 arêtes et 60 sommets ;
- le n° 10 (icohexaèdre) a 26 faces (12 carrés, 8 hexagones réguliers et 6 octogones réguliers), 72 arêtes'et 48 sommets ; . ‘ le n° Il (hexécontadoèdre) a 62 faces (30 carrés, 20 triangles équilatéraux et 12 pentagones réguliers), 180 arêtes et 120 sommets ;
- le n° 12 (triacontadoèdre) a 38 faces (32 triangles équilatéraux et 6 carrés), 60 arêtes et 24 sommets ;
- le n° 13 (ennécontadoèdre) a 92 faces (80 triangles équilatéraux et 12 pentagones réguliers), 150 arêtes et 60 sommets.
- Tous ces polyèdres pourraient, sans étude particulièrement délicate, être reconstitués à partir simplement des indications qui précèdent. Seuls les deux derniers, dans lesquels chaque carré ou pentagone régulier est entouré d’une couronne de forme assez compliquée faite tle nombreux triangles équilatéraux, présentent d’assez grandes difficultés.
- IV
- Le nouveau polyèdre semi-régulier.
- Parlons un peu du n° 8, qui a 26 faces. On en déduit un nouveau polyèdre qui à cause de cela pourrait être appelé le néo-icohexaèdre semi-régulier. Les quatre dessins de la figure 2 montrent comment on l’obtient.
- Le dessin n° 1 représente l’icohexaèdre semi-régulier de Catalan. Si l’on ne s’attache qu’aux faces carrées, on y voit trois couronnes dont les plans de symétrie sont rectangulaires deux à deux. L’une comprend huit carrés dont quatre : a, b, c, d, sont visibles. Une deuxième comprend huit carrés dont quatre : g, a, e, /, sont visibles. Enfin, de la dernière couronne on voit encore quatre carrés : i, c, h, /. Outre ces dix-huit carrés, il y a huit triangles équilatéraux, dont quatre sont visibles.
- ....................-...:..........231 .
- Le dessin n° 2 représente le même polyèdre supposé creux et décapité, ses neuf faces supérieures ayant été déboîtées. On retrouve ici les carrés e, /, h, visibles. Cette calotte polyédrale a comme base un octogone régulier, donc un polygone plan.
- Si l’on fait tourner cet octogone autour de son centre de 45°, on obtient peur la calotte le dessin n° 3 où l’on voit encore toutes les faces carrées qui ont été désignées par des lettres. Il ne reste plus, comme il est montré sur le dessin n° 4, qu’à recoiffer la partie inférieure du polyèdre au moyen de cette nouvelle calotte pour obtenir le polyèdre semi-régulier de M. Beht.
- Il suffit d’un peu d’attention pour voir qu’il ne possède plus qu’une couronne de carrés dont a, b, c, d, font partie, et qu’il a perdu la symétrie plane que permettait de définir cette couronne. Les deux autres couronnes de carrés n’existent plus, mais les symétries correspondantes subsistent encore.
- Par ailleurs — et ceci est l’essentiel, — le polyèdre semi-régulier de M. Bert possède les mêmes faces, autrement disposées, que le
- Fig. 2. -— Formation du nouveau polyèdre semi-régulier.
- Partant de l'icohexafidre semi-régulier dans la position (1), on le décapite de façon à séparer la calotte e, f, h (2), on fait tourner la partie inférieure de 45° autour de son centre (3) et, dans cette dernière position on la recoiffe avec la calotte séparée en 2. On obtient ainsi en (4) le nouveau polyèdre semi-régulier de M. Maurice Bert.
- polyèdre précédent et ses angles polyèdres restent tous identiques à ce qu’ils étaient auparavant et par suite sont toujours superposables les uns aux autres : c’est donc bien un polyèdre semi-régulier.
- On voit que si Catalan a donné exactement toutes les listes de faces possibles, il n’a pas songé que leurs modes d’assemblages pouvaient être différents ; de là vient sans doute son omission.
- Nous ajouterons que M. Bert a examiné tous les polyèdres semi-réguliers et a recherché s’il y avait eu d’autres omissions : il n’en a pas trouvé. Il semble donc bien que, cette fois-ci, la liste soit close.
- A. Sainte-Laguë, Docteur ès Sciences.
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- LES BRISEURS D'ATOMES AU SERVICE DE LA MÉDECINE
- Le cyclotron.
- Les photographies ci-contre, que nous devons à l’obligeance des Services américains d’information, montrent en eer-vice l’un des plus puissants instruments que l’homme ait imaginés pour dompter les forces de la nature. Il s’agit du cyclotron,
- déjà connu de nos lecteurs, mais dont il n’est peut-être pas inutile de rappelbr le principe et les principales applications.
- Le cyclotron appartient à l’arsenal de l’artillerie atomique. Il lance, à des vitesses initiales prodigieuses, des projectiles qui ne sont autres que des noyaux d’atomes. Ces projectiles, à la sortie du cyclotron, frappent une cible matérielle. Ils franchisssent la barrière de potentiel qui, dans chaque atome rencontré, protège le noyau. Ils pénètrent à l’intérieur de cét te agglomération dense de particules élémentaires : protons et neutrons. Ils y apportent l’énergie nécessaire pour changer la constitution de cet édifice et provoquer de véritables transmutations d’éléments.
- Les projectiles avec lesquels on alimente le cyclotron sont des noyaux d’hydrogène ordinaire, ou protons, ou bien des noyaux d’hydrogène lourd (ou deutons), ou encore des noyaux d’hélium (ou particules alpha). On a choisi ces noyaux parce qu’ils sont stables et sont les seuls que les physiciens sachent produire aujourd’hui en quantités suffisantes ou qu’ils puissent tx-ouver dans la nature (certains corps radioactifs naturels sont des sources.de particules alpha).
- Généralement le cyclotron n’est pas utilisé pour bombarder directement les éléments que l’on veut transformer. Il est employé comme source de neutrons. Les neutrons, dépourvus de toute charge électrique, éprouvent moins de difficultés que les particules chargées électriquement à franchir la barrière de potentiel qui défend le noyau. Ils constituent aujourd’hui le moyen le plus efficace que nous possédions pour transmuter les éléments. Le cyclotron utilise le plus souvent la réaction des deutons sur le lithium. Le projectile lancé par l’appareil heurte une cible garnie de lithium ; il fracasse les noyaux de lithium en donnant naissance à de l’hélium avec une abondante projection de neutrons.
- Le mécanisme du cyclotron.
- Le cyclotron, invention du physicien américain Lawrence, repose sur un principe fort élégant et ingénieux (fig. i).
- Les deux moitiés A et B d’une boîte métallique cylindrique sont séparées l’une de l’autre par un intervalle diamétral. Elles
- sont relices aux pôles d’un générateur de courants de très haute fréquence sous une tension de l’ordre de quelques dizaines de milliers de volts. De plus, la boîte est placée dans le champ d’un puissant électro-aimant représenté sur la ligure par les flèches F.
- Imaginons un noyau positif, un deuton D par exemple, introduit dans l’intervalle entre les deux boîtes. A un moment donné, l’un des côtés de la boîte est positif, l’autre négatif. Le deuton est attiré dans la partie de boîte négative. Sous l’effet de cette attraction, combinée avec l’action du champ magnétique, il décrit une trajectoire spirale qui, au bout d’un court laps de temps, l’amène dans l’autre partie de la boîte; mais la fréquence du générateur est choisie telle qu’à ce moment la polarité des deux moitiés de boîte ait changé de signe ; le deuton, en passant de l’une à l’autre, subit donc une nouvelle accélération ; il continue sa course spirale et revient au voisinage de l’autre boîte au moment où celle-ci change de polarité et ainsi de suite. A chaque passage d’une moitié de boîte à l’autre, la vitesse du projectile augmente. Il finit par atteindre une vitesse extrêmement élevée. Il sort alors de l’appareil et vient frapper la cible qui, sous ce coup, projette des neutrons N. La vitesse de sortie du projectile dépend, avant tout, des dimensions des boîtes, de la puissance de l’électro aimant^et de la fréquence développée par le générateur.
- A titre d’exemple, le cyclotron de l’École Polytechnique Fédérale de Zurich décrit en détail dans la revue Broivn-Boveri (décembre 1941) possède un électro-aimant pesant 4o t et consommant une puissance de 200 kW. Le générateur hante fréquence consomme 5o kW et produit des ondes courtes de 20 m de longueur dont la fréquence est ensuite quadruplée dans deux
- Fig. 2. — Cette cible est revêtue d’une pâte de phosphore rouge qui sera radioactive par les projectiles lancés par le cyclotron.
- Générateur
- haute fréquence
- Particule
- électrique'
- Fig. 1. — Principe du cyclotron.
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- Fig. 4 à 9.
- 4. Récolte du phosphore radioactif. — 5. Le cyclotron en action. — 6. Le tableau de commande. — 7. Préparation du phosphate de soude radioactif. — 8. Injection de phosphate de soude à un malade. — 9. Contrôle du phosphore dans l’organisme du malade au moyen d’un
- compteur de Geiger.
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- étages doubleurs successifs. Les deulons sont projetés à la vitesse de 3o ooo km à la seconde, soit i/io de la vitesse de la lumière.
- Aux États-Unis, berceau des cyclotrons, il existe déjà une vingtaine de ces appareils en service dans différentes universités. Au moment de l’entrée en guerre des États-Unis, en ig4i, on construisait pour l’Université Berkeley, en Californie, un cyclotron géant dont l’aimant devait peser 4 ooo t. Nous ignorons si cet appareil est aujourd’hui en service. La même université disposait déjà d’un cyclotron avec aimant de 4oo t et pôles de 2,5 m de diamètre.
- Les projectiles lancés par le cyclotron sont fort dangereux pour l’homme. Aussi de grandes précautions doivent-elles être prises dans l’usage de l’appareil. Il faut le loger sous des parois protectrices ; il faut aussi cuirasser soigneusement l’opérateur.
- Radioactivité artificielle.
- Parmi les réactions que peut provoquer un neutron pénétrant dans un noyau, il est une catégorie particulièrement intéressante. C’est celle qui donne naissance aux radio-éléments artificiels. Par adjonction ou par échange de neutrons dans le noyau, il peut se former de nouveaux éléments instables qui se transforment peu à peu en éléments stables avec émission d’un rayonnement de particules négatives ou positives, et parfois de rayons y, tout comme les éléments radioactifs naturels, radium ou uranium, par exemple.. On connaît aujourd’hui plus de 3oo de ces éléments radioactifs artificiels.
- Certains d’entre eux ont déjà trouvé de remarquables applications en biologie et en physique.
- Le
- deutons
- phore radioactif a exactement les mêmes propriétés chimiques et physiologiques que le phosphore naturel. Mais le rayonnement qu’il émet permet de suivre et de photographier son parcours et sa répartition dans les tissus vivants. On peut donc suivre les phases de son évolution dans un organisme vivant. Il en est de même pour de nombreux médicaments. De plus, grâce à la grande sensibilité de défection des substances radio-actives à l’aide de compteurs de particules électrisées (compteurs Geiger), on peut doser avec précision les petites quantités de matières mises en œuvre.
- La médecine dispose ainsi d’une arme nouvelle et particulièrement précieuse.
- Nos photographies se rapportent au cyclotron installé à l’Université Washington à Saint-Louis pour l’Institut Radiologique Edward Mellinckrodt, où il sert précisément à des recherches et à des traitements thérapeutiques.
- Elles montrent comment on prépare du phosphore radioactif et comment on l’utilise ensuite. Le phosphore rouge initial, radioactivé par bombardement, est transformé en phosphate de soude. On a constaté que l’injection de ce sel dans le corps pouvait guérir la polycythémie, maladie de la moelle des os, caractérisée par un excès de cellules, particulièrement de globules rouges du sang.
- La figure 2 montre la première opération de la fabrication du phosphore radioactif. L’opérateur enduit une cible de pâte de phosphore rouge. La figure 3 montre le cyclotron monté dans le sous-sol de l’établissement. On voit que c’est une machinerie imposante. Un physicien et son assistant procèdent au réglage de l’appareil avant de soumettre le phosphore au bombardement des deutons. Sur la figure 4, l’opérateur
- protégé par une masque et un tablier enlève le phosphore rendu radioactif par le bombardement.
- La figure 5 est une photographie prise dans des conditions tout à fait spéciales. On a laissé échapper directement à l’atmosphère les projectiles atomiques lancés par le cyclotron. Ce jet a provoqué dans l’air ambiant une luminescence bleu-violet, qui a impressionné la plaque photographique. En même temps l’atmosphère de la pièce se sature d’ozone. Bien entendu aucun opérateur n’aurait pu, sans grave danger, se tenir dans la pièce. L’appareil photographique était commandé de l’extérieur.
- Le cyclotron comporte une installation électrique compliquée et mettant en œuvre une puissance importante. On voit sur la figure 6 le tableau des appareils de commande et de
- réglage, séparé des appareils par des cloisons imperméables aux rayons dangereux.
- Le phosphore radioactivé est soumis ensuite (fig. 7) à une série de traitements chimiques en vue de le transformer en phosphate de sodium soluble dans l’eau. C’est cette solution qui va être administrée au patient par injection intraveineuse (fig. 8).
- Sur la figure 9 on voit un médecin contrôler au moyen d’un compteur de Geiger, la proportion de phosphore déposée dans le foie du malade. La majeure partie du phosphore se dépose dans la moelle des os. Mais un contrôle précis est nécessaire pour éviter des accumulations dangereuses de phosphore dans d’autres organes. Grâce au compteur, l’examen s’effectue sans loucher le malade.
- Dans le monde entier, de nombreux savants sont maintenant à l’œuvre, armés de cyclotrons ou d’autres engins d’artillerie atomique, pour étudier les phénomènes de transmutation artificiels et pour leur trouver des applications pratiques. Ces travaux nous ont déjà valu une riche moisson. Mais ce n’est encore qu’un modeste début. Derrière toutes ces recherches sur le noyau de l’atome, certains entrevirent déjà la captation de l’énergie intra-atomique concentrée dans le noyau. Et ce serait la plus grande révolution économique que le monde ait jamais connue.
- ,e phosphore, par exemple, bombarde par les devient temporairement radioactif. Le plioâ-
- Figr. 3. — Le cyclotron de l’Université Washington à Saint-Louis (U. S. A.).
- La partie active de l’appareil est installée dans un sous-sol soigneusement isolé.
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- DÉCOUVERTE RÉCENTE D'UN NOUVEL INSECTICIDE
- L* kexachlorocyclobexane
- L’arsenal des substances aniiparasilaires s’est enrichi, depuis quelques années, de deux insecticides qui rivalisent déjà avec les produits les plus utilisés : arsenicaux, poudres de Der-ris, nicotine. Ce sont deux composés organiques de synthèse : le dichlorodiphényltrichloréthane (D. D. T. des Américains) préparé pour la première fois en 1874 par Zeidler et étudié en Suisse peu avant la guerre actuelle, —- et l’hexachlorocyclo-hexane, dont les propriétés parasiticides ont été reconnues en France en 1941. Nous voudrions consacrer quelques lignes à ce dernier produit dont la découverte fera date dans l’histoire des aniiparasilaires agricoles. . . - - .
- L’hexachlorocyclohexane C6H6C16 (ou hexachlorure de benzène) est un dérivé de substitution du cyclohexane ; il
- à été préparé pour la première fois par Faraday en 1825 et,-depuis cette époque, n’a donné lieu qu’à des fabrications restreintes pendant la guerre de 1914-1918, où il a été utilisé comme fumigène. On l’obtient par combinaison directe du chlore et du benzène.
- En 1941, A. Dupire, après avoir mis au point un nouveau procédé de fabrication industrielle, de l’hexachlorocyclohexane, s’aperçut que les échantillons préparés par lui étaient fortement toxiques envers les miles des vêtements. Il confia son produit aux services techniques du Ministère de l’Agriculture, qui recherchaient alors des matières de remplacement pour certains insecticides agricoles.
- grand intérêt (x). Cette opinion fut biehtêt cdnmrmëe et, depuis trois ans, de nombreux résultats remarquables ont été obtenus.
- Nous avons appris récemment que l’hexachlorocyclohexane insecticide était fabriqué en Angleterre depuis peu de temps. A notre connaissance, aucune publication scientifique n’a été faite outre-Manche à ce sujet. Il semble bien que la découverte des propriétés antiparasitaires de cette substance ait eu lieu indépendamment et presque simultanément en France et en Angleterre.
- Propriétés physiques et chimiques. — La théorie fait prévoir pour l’hexachlorocyclohexane l’existence d’au moins huit stéréoisomères, dont quatre seulement ont été obtenus à l’état pur. Le produit préparé en France est un mélange de ces isomères. C’est une poudre blanche, insoluble dans l’eau, assez soluble dans l’alcool, dans l’éther et le benzène, très soluble dans l’acétone et le chloroforme. Il est volatil et possède une odeur prononcée, mais sa volatilisation est lente. Il est d’une grande stabilité chimique.
- Ces deux dernières qualités, stabilité, chimique et faible volatilité, sont des éléments très favorables à son emploi comme insecticide agricole. Elles lui assurent en effet une persistance d’action qui fait défaut à tous les antiparasitaires organiques utilisés jusqu’à ce jour.
- Propriétés physiologiques. — L’hexachlorocyclohexane paraît dépourvu de toute action nocive appréciable à l’égard de l’homme.
- Son odeur peut gêner certaines applications. Elle est, en effet,
- 1. A. Di-pire et M. RArcounT, Un insecticide nouveau : l'hexachlorure de benzène. C. R. Acad. Agr., t. 29, 1943, pp. 470-472.
- prononcée et tenace, sans être vraiment désagréable. Il semble d’ailleurs qu’on puisse l’atténuer fortement par certains procédés de préparation, et il serait, paraît-il, possible d’obtenir des échantillons pratiquement dépourvus d’odeur.
- Un autre caractère du produit, très précieux pour son emploi agricole, est l’absence totale de nocivité à l’égard des végétaux. Même à l’état concentré, même employé à haute dose, jamais il ne. provoque de « brûlures a sur les plantes les plus sensibles. Cette propriété lui assure une nouvelle supériorité 6ur la plupart des insecticides.
- Action insecticide. — Voici une énumération rapide des insectes pour lesquels une efficacité particulière de l’hexachlorocyclohexane a été constatée, à la suite des essais effectués en France de 1942 à ig45 :
- Mites des vêtements : Action mortelle rapide, très supérieure à celle des insecticides couramment usités : naphtaline, para-dichlorobenzène, qui se contentent d’éloigner les insectes, sans les tuer.
- Mouches domestiques : Action mortelle, dès que l’atmosphère contient une certaine proportion de vapeurs d’hexachlorocyclo-hexane.
- Insectes de l'homme, puces, poux, etc. : Les poudres pharmaceutiques contenant 3 pour 100 d’hexachlorocyclohexane ont une efficacité absolue sur ces insectes.
- , J^gryphore de la pQTnmc.jds. terre (Leptinotarsa dtecemlinedta) ; L’action insecticide pratiquement totale est obtenue, soit par l’emploi de poudres contenant 2,5 à 3 pour 100 de matière active, à la dose de 20 à 3o kg à l’hectare, soit par l’emploi de bouillies contenant 3o à 5o g. de matière active par hectolitre.
- Altises des plantes cultivées : notamment Altise du lin (Aphthona virescens) : La protection des cultures est assurée par les poudrages à 5 pour 100 d’hexachlorocyclohexane.
- Anthonomes des arbres fruitiers, en particulier du pommier (Anthonomus pomorum) : Une seule pulvérisation, avec une bouillie contenant 120 g de matière active par hectolitre, fait tomber la contamination des arbres de 80 à 10 pour 100.
- Hoplocampes et Rhynchites des arbres fruitiers : D’excellents résultats sont donnés par l’emploi de la bouillie définie ci-dessus.
- Pucerons ; La même bouillie est aussi toxique, pour plusieurs espèces, que les solutions nicolinées d’emploi classique. Son action, est beaucoup plus persistante.
- Pour les insectes mentionnés ci-dessus, il nous est difficile d’indiquer avec plus de précision les résultats des essais déjà effectués. Ces travaux sont en effet restés inédits pour la plupart. Mais nous pouvons affirmer que, dans tous ces cas, l’hexachlorocyclohexane constitue un insecticide équivalent ou supérieur à ceux qui étaient employés précédemment. —- Pour d’autres espèces : Acridiens, Hannetons, Charançons, les indications favorables que nous possédons sont encore vagues et demandent à être confirmées. Souhaitons que des expériences rigoureuses puissent préciser les possibilités du nouvel insecticide vis-à-vis de ravageurs d’une telle importance.
- Deux emplois agricoles méritent une mention spéciale :
- a) Les insecticides actifs contre les larves de Doryphore sont assez nombreux. L’hexachlorocyclohexane se classe parmi les plus énergiques, comme le montre le tableau suivant, qui indi-
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- que les quantités de matière active à disperser sur un hectare de culture, pour obtenir une efficacité suffisante au point de vue agricole :
- Matière active à l’hectare
- Pulvérisations d’arséniate diplombique... 1,8 kg d’arsenic.
- Pulvérisations d’arséniate de chaux...... 1,2 kg d’arsenic.
- Pulvérisations de cryolithe.............. 8 kg de fluor.
- Poudrage au fluosilicate de baryum........ 3,2 kg de fluor.
- ( 80 g de roténone
- Poudrage roténoné......................... J ou 1,6 kg de poudre
- ( de Derris.
- Poudrages ou pulvérisations au D. D. T... 400 à 900 g de D.D.T.
- Poudrage au dinitrocyclohexylphénol....... 300 g de dinitrocyclo-
- hexylphénol.
- Poudrages ou pulvérisations à l’hexachlo-
- rocyclohexane ......................... 300 à 600 g d’hexa-
- chlorocyclohexane.
- b) L’efficacité de l’hexachlorocyclohexane sur VAnthonome du pommier présente un intérêt capital pour l’arboriculture française. C’est un insecte qui prend actuellement un développement inquiétant, surtout dans les régions de culture fruitière intensive, où il détruit fréquemment 8o pour ioo des fleurs de pommier. Nous étions jusqu’à présent désarmés contre ce Cur-culionide, dont les femelles pondent directement à l’intérieur des boutons floraux. Les arsenicaux sont sans action. Seuls, certains insectifuges, bouillie sulfocalcique, nicotine stabilisée, bouillie bordelaise concentrée, pouvaient, en gênant la ponte, protéger io à 20 pour 100 des fleurs. L’hexachlorocyclohexane
- exerce au contraire une action insecticide directe et, en sauvant couramment 80 pour 100 des fleurs, résoud la question de la lutte contre l’Anthonome.
- Les dérivés de l’hexachlorocyclohexane. — Des dérivés sulfurés et sulfocyanés de l’hexachlorocyclohexane ont été fabriqués; ils possèdent des qualités, antiparasitaires au moins égales à celles du produit simple. Les premiers, en particulier, sont nettement plus actifs envers le Doryphore et envers les Pucerons, leur étude chimique, qui est assez complexe, permettra certainement d’augmenter encore leur rendement.
- Modes d’action insecticide. — L’hexachlorocyclohexane paraît agir à la fois par action gazeuse (mouches, mites), par contact (Pucerons) et par voie alimentaire (Doryphore). Il est possible que les isomères interviennent différemment dans ces actions, selon leurs propriétés physiques, qui sont assez variables. Leur étude précise serait nécessaire pour nous fixer sur ce point.
- Conclusion. — L’hexachlorocyclohexane et ses dérivés constituent peut-être, par l’intensité de leur action et l’étendue de leurs possibilités d’emploi, le groupe des insecticides les plus puissants actuellement connus. Leurs applications en agriculture, en hygiène humaine et en médecine vétérinaire sont susceptibles de se multiplier. Le fait que de tels produits aient pu être découverts et mis au point chez nous en pleine période d’occupation allemande est tout à l’honneur de la science française.
- M. Raucourt,
- Directeur du Laboratoire de Pbytopharmacie du Centre national des Recherches agronomiques.
- UN- SAVANT ANGLAIS A PARIS
- Sir Lawrence BRAGG
- Les 4, 8 et 6 juillet derniers, l’éminent savant anglais, Sir Lawrence Beagg a donné à la Sorbonne sous les auspices de la Société Française de Physique trois conférences sur l’analyse des structures cristallines par rayons X. Ainsi se renouait pour la première fois depuis 1940 un lien direct entre la science anglaise et le public scientifique de France. Les nombreux auditeurs qui se pressaient dans l’amphithéatre de la Sorbonne ont fait un accueil chaleureux au brillant conférencier, qui s’exprimait en excellent français. Ils ont vivement apprécié la lumineuse clarté de ses exposés, l’ingéniosité de ses expériences, l’originalité de ses aperçus sur les causes de la cohésion des métaux et l’humour spécifiquement anglais dont l’orateur a assaisonné ses conférences .
- Sir Lawrence Bragg, aujourd’hui titulaire de la chaire créée à Cambridge en l’honneur de Cavendish, a fondé avec son père Sir William Bragg la méthode d’analyse des structures cristallines à l’aide des rayons X. C’était en 1912. On discutait encore sur la nature des rayons X : émissions corpusculaires ou ondes électro-magnétiques de très courte longueur ; les avis restaient partagés. Sir William Bragg défendait l’hypothèse des émissions corpusculaires. C’est à ce moment que le savant allemand Laue proposa une expérience cruciale. Un cristal est un réseau d'atomes régulièrement répartis. Si on le fait traverser par des ondes plus courtes que les intervalles qui séparent les atomes, ceux-ci doivent provoquer des taches de diffraction. On avait toutes raisons de supposer que les rayons X s’ils étaient des ondes électro-magnétiques avaient des longueurs d’onde de l’ordre de ces intervalles. L’expérience réalisée par Friedrich et Knipping confirma entièrement les vues de Laue sur la nature des rayons X.
- Inversement les images de diffraction des rayons X devaient permettre de scruter l’architecture intime des cristaux.
- William Bragg et son fils alors âgé de 22 ans s’engageaient dans la voie ainsi tracée. À l’aide du spectromètre à rayons X construit par William Bragg, le père et le fils explorèrent systématiquement la structure des différents types de cristaux. Ce tra-
- Sir Lawrence Bragg (nu à Adélaïde en Australie en 1890).
- vail immense qui donna lieu à des découvertes passionnantes fut interrompu par la première guerre mondiale qui mobilisa le jeune Lawrence Bragg. Mais celui-ci, libéré en 1919 et nommé professeur à Manchester, reprit alors ses investigations, perfectionna les méthodes d’analyse par rayons X et se consacra plus particulièrement à l’étude de la structure des alliages. On sait les progrès qui en résultèrent pour la métallurgie.
- En 1918, Sir Lawrence Bragg âgé de 25 ans partagea avec son père le prix Nobel do physique.
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- LES ONDES HERTZIENNES ULTRA-COURTES
- Il est d’usage de classer les longueurs d’ondes des émetteurs radioélectriques en trois catégories : grandes ondes de longueur supérieure à i ooo m, moyennes ondes de longueurs comprises entre 5o et i ooo m, et petites ondes de longueur inférieure à 5o m. Celte démarcation est, bien entendu, quelque peu conventionnelle. Le domaine des petites ondes lui-même comprend celui des ondes courtes et celui des ondes u!tra=courtes, de longueur inférieure au mètre. Cette distinction se justifie par le fait que lorsqu’on arrive dans ce domaine des ondes très courtes, la production du rayonnement hertzien se heurte à des difficultés matérielles d’autant plus grandes que les longueurs d’onde sont plus petites. C’est pourquoi dans le domaine des ondes ultra-courtes, à son tour, on sépare généralement aujourd’hui les ondes décimétriques de longueur comprise entre io cm et i m, et les oncles centimétriques de longueur inférieure à xo cm.
- Avec les ondes ultra-courtes, nous abordons un domaine qui naguère n’était exploi'é que par les physiciens cherchant à démontrer l’identité de nature des ondes hertziennes et des ondes lumineuses. Il a été prouvé que les ondes hertziennes ultra-courtes ne sont que le prolongement du spectre infrarouge de la lumière. Ce sont des ondes lumineuses de très grande longueur. Par des moyens optiques on a l'éussi, en effet, à produire dans l’infra-rouge, des ondes dont les longueurs vont jusqu’à o,o343 cm, tandis que par des moyens radioélectriques, des savants comme Nichols et Tear, en 1920, Glagolevva et Arkadeivva, en 1924, ont réussi à produire des ondes hertziennes ultra-courtes de 0,0290 cm et de 0,0124 cm. On a pu ainsi faire chevaucher le domaine des ondes hertziennes ultra-courtes sur celui de la lumière infra-i'ouge ultra-longue et démontrer l’identité de nature de ces deux groupes de radiations.
- Les ondes hertziennes ultra-courtes ont cessé aujourd’hui d’être des curiosités de laboratoii’e. Elles présentent au contraire un intérêt pratique de premier ordre et ont donné naissance à une branche de l’industrie l’adioélcctrique qui prend chaque jour plus d’importance. A leur parenté avec les ondes lumineuses elles doivent de pouvoir être concentrées en faisceaux étroits, à propagation rectiligne et de pouvoir être dirigées ou réfléchies par des moyens simples. Elles sont peu absorbées par l’air, par la vapeur d’eau et par les brouillards.
- D’autre part, elles empruntent à la radiotechnique des moyens d’émission à rendement élevé qui se prêtent d’une façon également ti'ès simple à des réglages de longueur d’onde sur une gamme très étendue, chose impossible avec les sources lumineuses usuelles. L’énergie électro-magnétique des ondes hertziennes ultra-courtes peut être aisément modulée ; on peut la guider facilement sur un conducteur. Enfin, elle peut être engendrée sous une forte concentration dans des émetteurs de petites dimensions.
- Ces précieuses propriétés expliquent les nombreuses applications que ces ondes ont déjà reçues et celles plus nombreuses encore que l’on entrevoit aujourd'hui.
- PRINCIPE DES ÉMETTEURS D’ONDES ULTRA-COURTES
- Les émetteurs d’ondes ultra-courtes reposent sur le même principe que tous les générateurs d’ondes hertziennes aujourd’hui utilisés en radiotechnique : faire osciller un circuit électrique sous l’action de jets d’électrons convenablement rythmés. Un tel générateur peut se comparer à une corde de violon. Le circuit électrique dont la fréquence propre est déterminée par sa capacité électri-que C et sa self-induction L est représentée par la corde du violon.
- Le flux d’électrons joue le rôle de l’archet. Dire que le circuit est accordé, c’est dire que les coups d’archets électroniques ont même fréquence que la vibration naturelle de la coixle.
- Mais dans le cas des ondes de longueur inférieure au mètre, précisément en raison des fréquences très élevées mises en jeu (1), la réalisation des émetteurs se heurtait à de très grandes difficultés provenant à la fois de la structure des tubes électroniques et des circuits de réaction extérieurs. Elles ont été peu à peu surmontées grâce à une série de progrès que nous allons exposer succinctement.
- La figure 1 repré sente le schéma simplifié d’un oscillateur à tube électronique avec l'éaction du circuit grille sur le circuit plaque de la lampe. Si le couplage entre grille et plaque est convenable, il apparaît des oscillations dont la fréquence est imposée par le circuit antirésonnant L.C. Dans ce montage, comme dans tous les suivants, l’énergie nécessaire à l’entretien des oscillations est prélevée sur la source de haute tension reliée à l’anode du tube. En définitive, le système est un convertisseur qui transforme le courant continu en courant alternatif haute fréquence. Le flux électronique émis par le filament F est en général discontinu. Il consiste en une série d’impulsions à la fréquence des oscillations. Il est évident que le rythme de ces impulsions doit être obligatoirement beaucoup plus lent que le temps qui s’écoule entre le départ d’un électron du filament F et son arrivée sur la plaque P, couramment appelé « temps de transit » des électrons. Cette considération limite beaucoup la possibilité d’atteindre des fréquences très élevées. Pour une vitesse moyenne des électrons de 5 ooo kms-seconde et une distance plaque-filament égale à 1 cm, la longueur d’onde limite est de 60 cm. Nous verrons cependant que, grâce aux tubes à modulation de vitesse, on arrive à tourner cette difficulté.
- L’abaissement de la longueur d’onde est également rendu difficile par la nature même du circuit antirésonnant L.C. En effet, la fréquence des oscillations est égale à la fréquence des oscillations libres de ce circuit. Or, on sait que cette dernière fréquence est inversement proportionnelle à la racine carrée de la capacité C et de la self-inductance L du circuit. Si l’on
- 1. Il n’est peut-être pas inutile de rappeler que la longueur d’onde a d’une oscillation est inversement proportionnelle à sa fréquence /, c’est-à-dire au nombre d’oscillations par seconde. Si V est la vitesse de propaga-
- V
- tion, ), et / sont liés par la relation .
- Fig. 1.
- Principe général des générateurs d’on-
- des hertziennes à tube électronique.
- Bobines
- !g choc
- Fig. 2. — Schéma de l’oscillateur Barkhausen-Kurz à danse d’électrons.
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- r= 238 ,
- veut s’élever en fréquence, il faut donc diminuer L et’C ; mais il y a des limites physiques à cette course vers zéro.
- D’une part, les capacités entre .électrodes, en parallèle sur le circuit L.C, accroissent la capacité effective G et, d’autre part, la diminution de la grandeur géométrique de la bobine L et du condensateur C diminuent la puissance de sortie de l’oscillateur (d’une façon générale plus un modèle est petit, moins il produit d’énei'gie utilisable).
- Filament
- Segment
- anodique
- Circuit de chauffage du filament _______
- Principe du magnétron.
- Les procédés modernes d’obtention d’ondes ultra-courtes (dcci-mélriques et centimétriques) portent sur l’amélioration simultanée des tubes électroniques et des circuits extérieurs.
- Nous allons passer en revue rapidement les différents oscillateurs à ondes très courtes mis au point ces dix dernières années dans l’ordre de leur apparition : oscillateurs de Barkhausen, tubes magnétrons, tubes à modulation de vitesse (’Klystrons), tubes « phares ».
- OSCILLATEURS DE BARKHAUSEN-KUFZ
- L’oscillateur de Barkhausen-Ivurz est représenté schématiquement sur la figure 2.
- A l’opposé des oscillateurs classiques, la grille est portée à un potentiel continu positif, la plaque à un potentiel légèrement négatif : les électrons issus de la cathode sont attirés par la grille S-et repoussés par la plaque 'P : ils-oscillent donc autour de la grille G à une fréquence qui dépend évidemment de la vitesse des électrons, donc du potentiel de la grille. Il n’y a ici aucun circuit intérieur d’entretien; les électrons entrent automatiquement en « danse rythmée ». On obtient pratiquement des longueurs d’ondes de l’ordre de 5o cm. Ce montage n’est plus employé industriellement.
- MAGNÉTRONS
- Le tube magnétron est lui aussi le siège d’une danse interne d’électrons émis par une cathode chaude, mais ici cette danse est commandée par un champ magnétique auxiliaire. La ligure 3 représente le .schéma;d’un oscillateur utilisant un tube magnétron dit à « anode fendue » avec circuit résonnant extérieur.
- Le tube comprend : un cylindre fendu placé dans un champ magnétique parallèle à l’axe du cylindre (champ fourni par exemple par un aimant permanent). Le filament chauffé est
- Segments
- anodiques
- ( cl) Filament
- Fig. 4.
- a) Dans un magnétron soumis à un champ magnétique élevé, les électrons décrivent des trajectoires qui, lorsqu’elles sont fermées, n’atteignent pas
- les segments anodiques.
- b) Dans ce cas, on peut obtenir des ondes très courtes en remplaçant le circuit extérieur LG de la figure 3 par un circuit apériodique A.
- placé dans l’axe du cylindre. L’ensemble filament et segments anodiques est placé dans une enceinte en verre (non représentée) dans laquelle on a fait un vide poussé. Les deux segments anodiques sont portés à un potentiel positif important par rapport au filament. Un circuit extérieur LC crée un couplage entre les deux segments d’anode. Le champ magnétique doit ici être assez faible. Il dévie la trajectoire des électrons qui tous cependant atteignent les segments anodiques. Le champ magnétique est utilisé ici uniquement pour contrôler le courant d’anode comme le fait une grille dans le tube à trois électrodes. La fréquence des oscillations obtenues est la fréquence propre du circuit LC ; aussi ne peut-on descendre avec un tel montage au-dessous de i m de longueur d’onde.
- Si l’on dépasse pour le champ magnétique une certaine valeur critique, les trajectoires des électrons se ferment sur elles-mêmes sans atteindre l’anode (fig. 4 a).
- Les électrons oscillent dans ce cas à une fréquence dépendant uniquement du potentiel continu appliqué aux électrodes et de l’intensité du champ magnétique. On peut alors supprimer le circuit extérieur LG et le remplacer par un circuit apériodique (fig. 4 b) ou capter l’énergie cinétique des électrons à l’aide d’une électrode auxiliaire plongée dans l’espace interanodique.
- Le rendement est faible (7 pour 100 environ), mais on obtient ainsi des longueui’s d’ondes de quelques centimètres.
- TUBES A MODULATION DE VITESSE
- A ce dernier procédé se rattachent les tubes à modulation de vitesse (x) où l’on combine le principe de la réaction avec
- celui de la « danse rythmée » des électrons. C’est un procédé qui rappelle à la fois l’oscillateur de Barkiiausen et l‘oscillateur "a ‘ mâgiiétron. Dans ces tubes on remplace les circuits extérieurs à constantes localisées par des volumes résonnants à constantes réparties. Les longueurs d’ondes propres de ces cavités sont grossièrement de l’ordre de grandeur de leurs dimensions géométriques moyennes.
- Dans un tube à vide ordinaire à trois électrodes, il y a une forte accumulation d’électrons entre la grille et la cathode; l’attraction de l’anode provoque un déplacement de ces électrons de la cathode vers l’anode ; les variations de tension électrique imprimées à la grille refoulent vers la cathode une proportion plus ou moins grande d’électrons. Elles font, par conséquent, varier la densité électronique d’un point à l’autre du pinceau d’électrons qui traverse le tube. La grille agit par modulation de densité. Mais ce mécanisme provoque également un courant dans le circuit grille-cathode. Aux basses fréquences, ce courant est relativement très faible et décalé de 90° par rapport à la tension grille. Il ne provoque que des pertes d’énergie inappréciables. Par contre, aux très hautes fréquences, quand le temps de transit des électrons devient appréciable par rapport à la durée d’une oscillation, on démontre que la résistance apparente de la grille tend rapidement vers zéro. Le courant engendré dans le circuit de grille augmente rapidement et tend à se mettre en phase avec la tension
- 1. Ces tubes sont souvent désignés par le terme klystron. En réalité ce mot est une marque de fabrique désignant un modèle particulier fabriqué par la Sperry Gyroscop C0.
- Cathode.
- !G, G.
- Fig. 5. —- Principe des tubes à modulation de vitesse.
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- de la grille. Il en résulte des pertes d’énergie.si grandes que la grille classique devient inutilisable.
- La modulation de vitesse a permis de tourner la difficulté. La grille est employée non plus pour faire varier la densité du llux électronique, mais pour faire vai’ier dans le temps et dans l’espace la vitesse individuelle des électrons.
- La figure 5 explique le principe du tube à modulation de vitesse. Une cathode chaude émet des électrons auxquels on communique une vitesse initiale élevée, pratiquement la même pour tous. Ils arrivent sur un groupe de deux grilles Gi; G2 voisines l’une de l’autre et soumises à une forte tension V1 continue et positive par rapport à la cathode. A cette tension qui attire les électrons on superpose sur les deux grilles une différence de potentiel alternative Y à. la fréquence des oscillations que l’on désire produire (pratiquement cette différence de potentiel est obtenue par la réaction sur le circuit grille des oscillations mêmes qui sont engendrées par le tube, suivant un schéma analogue à celui de la figure i).
- Que se passe-t-il dans la région des grilles GJ5 Ga ? A chaque alternance de la tension V, lorsque Y est positif, les électrons qui approchent de Gj sont accélérés ; lorsque Y est négatif ils sont retardés. D’autre part, si Vx est très supérieur à V et si le temps de transit des électrons entre les deux grilles est faible, le nombre des électrons qui émerge de G2 par seconde est pratiquement constant. Mais suivant le moment où ils sortent ils ont des vitesses différentes. Le flux électronique à la sortie des grilles Gx G2 est modulé en vitesse. Cette modulation est obtenue au prix d’une dépense d’énergie quasi nulle et c’est là son grand intérêt.
- Mais pour l’utiliser, il faut la retransformer en modulation de densité. Or cette transformation va se produire d’elle-même si on offre aux électrons, à la sortie du groupe de grilles Gx G2 un espace de longueur convenable dans lequel ils pourront continuer librement leur course, espace qu’en anglais on désigne sous le nom de drift space (espace de rassemblement) et que nous appellerons espace de modulation.
- Les électrons lancés par la cathode peuvent se comparer à des coureurs prenant le départ pour une course de fond et partant par groupes à intervalles rapprochés. A la traversée des grilles Gx G2, les uns sont retardés, les autres sont accélérés. Sur la piste, c’est-à-dire dans l’espace de modulation les coureurs les plus rapides rattrapent les plus lents partis avant eux et en certains points il se forme des pelotons succédant périodiquement à des coureurs isolés. La modulation de densité se trouve de nouveau réalisée.
- A la sortie de l’espace de modulation, les électrons sont recueillis par la plaque. Dans le schéma de la figure 5, celle-ci est soumise par rapport à la cathode à une tension V2 inférieure à Vj. Les électrons sont ainsi desaccélérés avant d’atteindre la plaque et ne dissipent sur celle-ci qu’une énergie relativement faible.
- Il est très important de noter qu’une modulation de vitesse relativement faible peut être convertie en une modulation de densité beaucoup plus élevée. Aussi a-t-on pu réaliser sur
- Ailettes de refroidissement d'anode
- ce
- Tube
- coaxial
- transportant la.puissa.nce de sortie
- Fig. 7.
- Piston coulissant m';' ’ pour ajuster le circuit d’entrée
- Fils damenée du chauffage
- Schéma d’un tube phare.
- principe de nombreux modèles d'amplificateurs et d’émetteurs pour ondes ultra-courtes de longueur descendant jusqu’à io cm et même moins.
- Pour réaliser un émetteur, le flux d’électrons modulé en densité dans l’espace de modulation est couplé, par simple influence électrostatique, et sans contact matériel, avec des circuits résonnants constitués par des cavités métalliques convenablement dimensionnées et placées autour de l’espace de modulation. Ces cavités jouent le rôle des résonateurs de Hertz.
- La figure 6 donne le schéma d’un émetteur d’ondes ultra-courtes du modèle Klystron réalisé sur ce principe.
- Les électrons émis par la cathode passent à travers les deux grilles i et 2 qui jouent le rôle des grilles Gx G2 de la figure 6. Entre ces grilles existe une différence de potentiel à ultra-haute fréquence due à l’entretien des oscillations. Cet entretien est dû au fait que ces grilles font partie intégrante du résonateur d.’pntrée eL.que eelui-ci est :rétrp,çoup.lé au résonateur de? sortie par un câble coaxial. La modulation de vitesse se produit au voisinage des grilles i et 2, la modulation de densité au voisinage des grilles retardatrices 3 et 4. L’anode portée au potentiel de la cathode est un simple collecteur d’électrons.
- La puissance de sortie est extraite en un point du résonateur de sortie. Ce schéma est au fond identique à celui de la figure i dans lequel on remplacerait les circuits V et LC par les résonateurs d’entrée et de sortie avec cette différence cependant qu’ici les circuits en question sont placés à l’intérieur de l’enceinte à vide du tube et en font partie intégrante. La période d’oscillation est déterminée par le fait que les électrons à l’arrivée sur les grilles 3 et 4 doivent vibrer en phase avec ceux partant des grilles i et 2, autrement dit le déphasage total entre l’entrée et la sortie doit être un multiple de 2 7t (Cette condition est obtenue automatiquement dans le montage de la figure i mais ici il n’en est pas de même). Ce déphasage est fonction du temps mis par un électron pour aller de la grille 2 à la grille 3, donc de la vitesse des électrons et par suite de la tension continue appliquée aux grilles i et 4.
- En définitive, lé système n’oscillera que pour certaines valeurs de la haute tension continue et la fréquence des oscillations sera fonction de cette tension.
- TUBES « PHARES »
- Nous avons vu précédemment que les deux grandes diffi-culés pour monter en fréquence venaient du « temps de transit » des électrons et des circuits extérieurs. Tout dernièrement, une très élégante solution a été donnée qui permet de supprimer ces difficultés. Un oscillateur utilisant un tube « phare » (ainsi appelé à cause de la forme extérieure du tube) est représenté sur la figure 7.
- Fig. 6. — Schéma d’un émetteur Klystron.
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- Fig-. 8. — Tubes-phares (document du Service d'information des U. S. A.).
- Les électrodes sont des disques très rapprochés, la distance entre la grille et la cathode étant de l’ordre de i/io mm. On diminue ainsi beaucoup le temps de transit. Les circuits d’accord et de réaction sont des cavités résonantes comme dans les tubes à modulation de vitesse. Elles sont également montées à l’intérieur du tube. Celui-ci fonctionne par modulation de densité comme les triodes classiques. On obtient ainsi facilement des ondes centimétriques, la fréquence étant imposée ici par les fréquences propres aux circuits d’entrée et de sortie, La solution du problème tient ici tout entière dans une sorte de miracle de construction micro-mécanique.
- CONCLUSION
- . Il est encore trop tôt pour se faire une idée de l’avenir des ondes ultra-courtes. Dès maintenant des liaisons commerciales ont pu être établies sur ondes décimétriqucs et ceiitimétriques; Ôn entrevoit déjà des applications très importantes de ces fréquences dans le domaine du guidage des avions, de la propagation sur câble guide, de la détection électromagnétique des obstacles, de la mesure des distances, de la télévision, des liaisons aéronautiques, etc. Les trois derniers systèmes décrits sont dès maintenant très au point. Lés tubes « phares » ont été construits en série en Amérique et les Klystrons sont fabriqués en France. Ces derniers sont beaucoup plus onéreux, ils comportent un appareillage mécanique compliqué mais délivrent des puissances de sortie très importantes; on est arrivé jusqu’à i kW.
- Enfin les tubes magnétrons, quelquefois associés à des cavités résonantes, font l’objet d’un grand nombre de réalisations industrielles.
- C’est là une branche de la radio pleine de promesses et qui n’a pas fini de nous étonner tant par les réalisations obtenues que par les applications qu’en en pourra faire.
- Robert Chauvine au.
- LES LIVRES NOUVEAUX
- Autour de la crise du transformisme, par
- Pedro Descoqs, 1 vol. in-lG, 102 p. Beau-chesne, Paris.
- Du malaise que ressentent actuellement tous les scientifiques au sujet de la théorie du transformisme, l’auteur cite quelques déclarations probantes. L’évolution progressive ne s’impose pas comme un fait ; certains même la voient maintenant régressive ; tout au plus peut-elle être une hypothèse de recherche, mais sans certitude. Elle a eu maintes répercussions dans le monde théologique et ne doit pas troubler l’enseignement dogmatique.
- L’homme et les plantes cultivées, par André G. Haudricourt et Louis Hédin. 1 vol. in-8°, 233 p.,.7 cartes, 16 pi. Gallimard, Paris.
- Les plantes cultivées proviennent de plantes sauvages dont elles se distinguent plus ou moins, notamment par des caractères génétiques. Elles ne se maintiennent que par l’action constante de l’homme et l’on peut chercher leur origine et leurs parentés par les documents archéologi-•ques, historiques, biogéographiques. On voit ainsi qu’elles, sont toutes nées dans la zone tropicale ou la tempérée chaude, d’où elles se sont étendues en variant de plus en plus vers les limites de leur culture. Les auteurs examinent celles con-
- nues avant Colomb, celles des agriculteurs exotiques, celles mises en valeur récemment comme fourrages, matières industrielles, etc., et font le tour des multiples questions que soulèvent ces plantes «.humanisées ».
- Constitution et tenue du registre d’incendie. Consignes pour . le cas d’incendie.
- 1 vol. in-8°, 96 p. Œuvre pour la sécurité et l’organisation des secours,. Paris.
- Un décret de 1939 a. prescrit la rédaction de consignes, l’exécution d’exercices et d’essais périodiques et la tenue d’un registre d’incendie dans tous les établissements industriels. Les principes généraux et les modèles-types sont présentés ici, qu’il n’y a plus qu’à adapter aux conditions locales particulières.
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- Le gérant : G. Masson..— masson et cie éditeurs, paris. .— dépôt légal : 3e trimestre 1945, n° i44-BARNÉOPD FRÈRES ET Cle IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 292. — 8-1945.
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- SOMMAIRE
- La difficile réalisation technique des nouveaux
- billets français, par Jacques BOYER..
- Fourneyron, inventeur des turbines hydrauliques,
- par Amédée FAYOL.....................
- La colchicine, par Raymond GARRIGUES....
- Lunettes invisibles, par le Docteur MOUCHOT.
- L’avion à ailes télescopiqdès, ipcy P. OEVAUX .
- / -•
- LA DIFFICILE RÉALISATION TECHNIQUE DES NOUVEAUX BILLETS FRANÇAIS
- Fig. 1. — Le nouveau billet de banque français de S 000 francs.
- N° 3094 15 Août 1945 Le Numéro 10 francs
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- Les Insectes marins, par R. PAUUAN............. 248
- Les Sondeurs d’atome (suite), par P. ROUSSEAU . . 250
- Pétiole contre goudron de houille, par L. PERRUCHE. 251 Photographies à 5 000 mètres de profondeur. 253
- Ondes sonores visibles au cours d’un bombardement 254 Télévision sur écran . ...... 255
- Nouvelles de la pénicilline. ..... 255
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- Les billets de banque, aux formats inaccoutumés et aux couleurs un peu crues, qui ont remplacé, au mois de juin dernier, les vieilles coupures d’une facture moins rudimentaire et plus artistement nuancées, n’auront sans doute qu’une existence éphémère. La Banque de France substituera à ces vignettes d’origine étrangère des papiers-monnaie gravés par nos artistes et, imprimés par ses soins. L’opération est meme commencée. Depuis le 2 juillet 1940, notre Institut national d’émission a mis en circulation des billets de 1 000 francs d’un modèle nouveau destinés à prendre place à côté de celui de 5 000 francs, sorti au moment de l’échange récent. La disparition et la naissance de ces différents signes monétaires constituent une originale, aventure technique qui vaut la peine de nous retenir un instant.
- L’origine des nouveaux billets. — En mai ig44, M. Mendès-France, Ministre des Finances de la Résistance, commanda aux États-Unis et en Angleterre, une quantité de billets que le Gouvernement français comptait utiliser immédiatement après la Libération. Les événements allèrent plus vile que la composition des maquettes et l’impression. La fabrication terminée, les autorités américaines mirent amicalement à notre disposition les bateaux nécessaires pour amener cet énorme stock de papier en France. Mais en décembre 1944, l’offensive de von Runstedt vint retarder les livraisons promises qui, faute de navires de transport, ne reprirent guère qu’au mois de mars. Cependant en avril 1945, les États-Unis et la Grande-Bretagne nous avaient enfin livré 55 000 caisses de billets de Banque pesant au total 2 5oo t. environ.
- A cause des attaques possibles des sous-marins allemands, on avait dû employer 35 navires pour fractionner les envois des précieux imprimés à travers l’Océan Atlantique. Grâce aux mesures de prudence ainsi prises, aucun convoi ne fut torpillé et pas une coupure monétaire ne s’égara en route.
- Après leur arrivée dans nos ports, une cinquantaine de camions militaires et plusieurs trains spéciaux répartirent, non
- sans risques et sans peines, le papier-monnaie dans les a65 succursales ou comptoirs de la Banque de France. Les véhicules partaient de Paris ou des principales villes de notre pays vers les points de distribution et revenaient chargés de marchandises pour le ravitaillement urbain. Pendant que ses services de caisse assuraient cette tâche colossale, les ateliers de nos établissements d’émission ne restaient pas inactifs. Au lendemain de la libération, les billets de remplacement manquaient presque totalement. A la suite des prélèvements opérés par les forces de la Résistance, les Allemands avaient exigé la mise en circulation d’un nouveau billet de 1 000 francs. D’autre part, l’interruption des moyens de communication nécessita l’émission, dans certains départements totalement dépourvus de billet de 100 francs, de coupures de même valeur à l’effigie de
- Descartes qu’on gardait comme ultime réserve. Quand l’occupation prit lin, la Banque de France ne disposait plus en billets non émis que de la vignette actuelle de 5 000 francs et de celle de 3oo francs imprimée lors de la tension européenne de septembre ig38. Notons à propos, du stock de cette dernière un bon tour joué à nos ennemis ! Les Allemands ayant exigé peu avant leur débâcle, le paiement des frais d’occupation échus dans les départements de l’Est, la Banque de France se vit obligée d’acheminer vers ses succursales de la région, un monceau de papier-monnaie. Les patriotes de ses services compétents livrèrent alors des millions de coupures (sans valeur puis-qu enon mises en circulation). Aussi après avoir prélevé à liasses de ces billets inutilisables, qu’ils avaient convoyés, ô ironie, clans leurs propres camions, furieux les Allemands retournèrent ces stocks presque en entier, ce qui permit de les utiliser lors des opérations d’échange de juin 1946.
- La fabrication des billets. —
- Revenons à présent en arrière afin de reprendre le fil de notre histoire. Les dirigeants, le personnel technique et les ouvriers de la Banque besognèrent avec autant de zèle que d’intelligence pour résoudre, chacun dans leur sphère, les problèmes que posa et cpie pose encore la création de nouveaux billets. Des artistes confectionnèrent de jolies maquettes et surveillèrent la gravure des clichés, tandis que de savants chimistes choisissaient les papiers et les encres et que clés ingénieurs experts montaient d’imposantes machines, qui vont permettre d’imprimer avec rapidité près de 2 milliards de coupures diverses.
- Voici rapidement énumérées les difficultés que ces spécialistes rencontrèrent dans les circonstances actuelles.
- Pour mener à bien une tâche aussi lourde, la Banque de France utilisa scs propres moyens, accrus sans délai et. dut faire appel à d’autres papeteries et imprimeries. D’abord, comme elle ne pouvait plus se procurer les fibres exotiques qu’elle mêlait jadis aux chiffons pour fabriquer ses excellents papiers, ses techniciens s’adressèrent à plusieurs procédés de récupération de matières premières provenant des vieux billets et à de nouveaux succédanés (antérieurement connus, d’ailleurs). Pour les encres et les couleurs, les progrès réalisés dans leur fabrication au cours des dernières années lui permirent d’obtenir sans
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- grand’peine les produits nécessaires. Elle parvint également à acheminer vers sa papeterie de Vic-le-Comte (Puy-de-Dôme) et son imprimerie de Chamalières (fig. 2) sise dans la banlieue de Clermont-Ferrand, les milliers de tonnes; de charbon et les millions de kilowatts d’électricité indispensables pour leur fonctionnement.
- Au cours de 1942, sous l’occupation allemande, on commença à Chamalières, l’impression du billet de 5 000 francs, qui représente la France entourée de sujets de ses principales colonies (fig. 1). En 1944, on y a imprimé 490 millions de coupures diverses et l’on compte en sortir plus de 700 millions, cette année. Le personnel de ces ateliers bancaires d’Auvergne ne dépassait guère 1 xoo unités en 1989; il atteint 2 5oo en 1945. De leur côté, divers établissements satellites apportent un concours précieux à l’exécution du colossal programme actuel. Les papeteries renommées du Faya à Annonay, de Rives, de Renage, de Voiron (Isère), du Marais (Seine-el-Marne) et d’Arches (Vosges), collaborent avec les importantes imprimeries Desfossés, Draeger et Ghaix, de Paris, Prieur et Dubois, de Puteaux, Arnaut, de Lyon et Oberthur, de Rennes, pour cet extraordinaire renouvellement des signes fiduciaires français.
- En définitive, non seulement l’échange des billets a rapporté 50 milliards à l’État, comme M. Pleven, notre grand argentier, l’a indiqué dans une récente déclaration. officielle, mais la brillante réussite de celte opération, d’une ampleur sans
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- égale dans le passé d’aucune nation, prouve l’excellence des méthodes employées par la Ranque de France pour la préparer.
- La coupure de x 000 fi’ancs inaugure, en particulier, une remarquable série. Les auti’es vignettes en préparation ne tarderont pas à paraître. On les mettra en circulation sans gêne pour le public puisqu’on les substituera simplement aux billets venus d’Amérique et d’Angleterre, à mesure que ceux-ci l’entreront dans les caisses publiques. Les formats adoptés et les nuances choisies permetli’ont une identification l'apide des diverses coupures.. Le vert domine dans le billet de x 000 francs, le violet dans celui de 5oo francs, le rouge dans celui de 100 francs et le bleu dans celui de 5o francs. La taille, comme l’ai’rangement des chiffres, contribuent, en outre, à caractériser ces coupures dont elles rendront la discrimination plus aisée. La Ranque de France a très heureusement accompli la difficile opération du contrôle et de l’échange des billets. Les stocks de signes monétaires dont elle disposera au terme du renouvellement intégral des billets retirés de la circulation (et que ses services évaluent à plus d’un milliard de coupures neuves, imprimées à la lin de ig46), lui peianellront de répondre aux demandes métropolitaines ou coloniales et de remplacer, aussi vite que jadis, nos vignettes monétaires devenues trop crasseuses.
- Jacques Royer.
- FOURNEYRON
- INVENTEUR DES TURBINES HYDRAULIQUES
- Benoît FouRkE'VuoK, fils d’un géomètre, est fié à Saint-Ëtienné le 31 octobre. ISOi +,jjr"
- Intelligent, travailleur acharné, il fut reçu à l’École des Mines de Saint-Étienne, fondée en 1816. Il sortit major de la promotion de 1819, promotion de huit élèves (la seconde qui n’en comptait que six était celle du grand savant Boussingault.).
- Mathématicien hors pair, Fonrncyron qui avait été admis avec dispense à 16 ans, se fit tellement remarquer au cours de ses années d’étude qu’à sa sortie, à 18 ans, on lui confia la chaire de géométrie et d’algèbre, en remplacement d’un professeur malade.
- Il débuta aux houillères du Cre-usot, où il se fit vite apprécier de ses chefs et de ses collègues. Et ee jeune ingénieur, qui n’avait pas vingt ans, étonnait vieux praticiens et techniciens par ses hardiesses mécaniques et minières, et ses trouvailles métallurgiques.
- On pressentait, chez Fourneyron, le créateur qui sommeillait et qui ss réveillerait au gré des circonstances. Il a laissé de nombreux travaux, il s’est livré à de patientes investigations, suivies de découvertes qui en font un des plus brillants ingénieurs du milieu du siècle dernier.
- Son invention capitale, qui assure à son nom une quasi-immortalité, c’est la turbine qui porte son nom. En 1827, il avait 25 ans, il imagina un premier et modeste essai, avec une roue hydraulique, qu’il appelait simplement « roue à pression universelle constante ».
- Une. roue hydraulique ordinaire, actionnée par l’eau courante, sans pression, possède des palettes qui lui impriment le mouvement.
- Mais la « turbine » apporte un très grand perfectionnement aux appareils mécaniques anciens, parce que, ici, l’eau agit sur des augets ou aubes, immergés, de formes diverses savamment étudiées.
- Dès leur apparition, ces nouvelles roues furent désignées sous le nom de « turbines hydrauliques », puis de « turbines Fourney-
- ron ». Un essai, en grand, fut pratiqué en 1833.à Inval, aux Établissements de MM. Davillier et Cie.
- Les très probants résultats de l’expérience furent publiés aux Comptes-rendus de l’Académie des Sciences en 1836 seulement. Mais, disons aussitôt que ce grand corps savant avait décerné à Benoit F.ourncyron, dès 1834, un prix de six mille fi'ancs, qui avait été vainement mis au concours quelque dix années Auparavant.
- L’inventeur obtint, en outre, une médaille d’or à l’Exposition industrielle en 1839, et une autre Médaille d’or à l’Exposition internationale de 1855.
- La « turbine Fourncyron » fut une découverte qu’allaient heureusement compléter, plus tard, L’invention de la dynamo par Gramme, la réalisation du transport d’énergie électrique due à Marcel Deprez et à Cornélius Ilerz (qu’on né s’attendait guère à rencontrer ici) et l’utilisation des chutes d’eau par Bergès.
- Mais revenons à Fonrncyron : on lui doit de nombreux travaux concernant : le bassin houiller d’Alès, le tracé du chemin de fer Andrézieux-Saint-Étiennc, l’emploi de la vapeur d’eau pour combattre le feu, des Mémoires sur les turbines et des Tables de cal-vid pour le mouvement de tenu dans les conduites.
- Chez Fourneyron, à côté de l’ingénieur, issu du peuple, on trouvait un politique au sens social très averti. En 1848, il fut élu membre de l’Assemblée à Par h. Il lutta, avec talent, contre les compagnies minières de la Loire qui prétendaient à une sorte de monopole de l’exploitation des houillères stéphanoises.
- A l’Assemblée Constituante, où 41.833 électeurs de Saint-Étienne l’avaient envoyé, Fourneyi’on fit partie de la commission dite « Comité du travail ». Mais son mandat ne lui fut pas renouvelé, ses mandants trouvèrent qu’il s’était trop rapproché de la « droite ».
- Le petit ingénieur stéphanois devenu un grand inventeur français s’éteignit, à Paris, à l’âge de 65 ans.
- Amédée Fayot..
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- LA COLCHICINE
- Parmi les corps chimiques qui, dans ces toutes dernières années, ont pris une grande importance et suscité de nombreux travaux se place la colchicine, substance vénéneuse renfermée dans le bulbe ou le tégument des graines d’une Liliacée bien connue, le Colchique (Colchicum autumnale) et dont la formule développée, indiquée ci-dessous :
- CH CH-
- CH3 — O - C CH'3 — O — C
- C-
- /
- CH3
- C
- O HC
- I
- CH3
- SNH — CO - CH3 CH
- C = CH — CO - CH3
- se compose essentiellement d’un noyau phénanlbrénique auquel se rattache latéralement un groupement azoté. Signalons en passant que la position de cet atome ne permet pas de classer cette substance parmi les alcaloïdes sensu stricto, fait corroboré par son spectre à l’ultra-violet qui montre des analogies avec ceux des carbures cancérigènes. L’étude de l’action cytologique de la colchicine est relativement récente puisqu’elle remonte à 1934. Les premiers sujets d’expériences furent les animaux et ce n’est que trois ans plus tard que l’on rechercha ses effets sur les végétaux supérieurs. Depuis lors, les travaux se sont succédé à un rythme rapide, précisant nos connaissances*révélant ~des faits' inédits ou apportant' quelque' application nouvelle.
- ACTION DE LA COLCHICINE SUR LA MORPHOLOGIE ET LA MITOSE CHEZ LES VÉGÉTAUX SUPÉRIEURS
- Les anomalies provoquées par la colchicine sont identiques chez les animaux et îles végétaux, mais plus faciles à observer chez ces derniers, car elles y sont plus particulièrement nettes et s’y déroulent dans toute leur ampleur.
- Ces phénomènes n’intéressent que les cellules jeunes, en voie d’active division, c’est-à-dire, chez les végétaux supérieurs, les cellules situées au sommet des tiges et aux extrémités des racines, régions de prolifération, qui permettent à la plante de s’accroître en longueur.
- Pour étudier cette action, des plantules diverses sont cultivées dans un milieu nutritif liquide colchiciné, par exemple du liquide de Knop (1) dilué à moitié et tenant en dissolution de la colchicine à la concentration de 1/2000. L’observation montre que les racines traitées s’allongent pendant un certain temps, mais plus lentement que les racines des plantules-témoins et cessent, dans un délai de 7 à 8 jours, toute croissance. En même temps, l’extrémité des racines, normalement allongée et aiguë, se renfle en fuseau, puis s’arrondit en massue, aspect qu’elle gardera définitivement. La colchicine agit donc morphologiquement en arrêtant progressivement la croissance et en. provoquant la formation d’une tuméfaction subterminale. Les coupes menées dans les racines montrent des anomalies
- 1. A. base de nitrate de calcium, phosphate et nitrate de potassium, sulfate de magnésium et de fer.
- nucléaires extrêmement curieuses, en particulier l’accumulation des chromosomes en nombre très élevé dans les cellules et la présence de noyaux géants. Pour faciliter la compréhension du phénomène, il sera bon de rappeler brièvement comment se déroule la caryocinèse dans les cellules normales. Le noyau au repos entre en mitose (fig. 1) et individualise des chromosomes (prophase) dont on sait qu’ils sont en nombre fixe pour une espèce donnée. Chaque chromosome se clive longitudinalement en deux chromatides identiques, qui viennent se placer à l’équateur d’un organite, appelé fuseau achromatique, ayant la forme d’un tonnelet et prenant la place du noyau (métaphase). Les deux chromatides vont ensuite se séparer (anapliase) en s’éloignant d’une manière synchrone, le long de ce fuseau ; ce dernier guide donc les chromatides dans leur trajet, vers les pôles fusoriaux opposés, où elles reconstituent enfin deux noyaux-fils (lélophase) ayant chacun le même nombre de chromosomes que lie noyau primitif. Il apparaît ensuite une membrane qui isole les deux nouveaux noyaux et partage la cellule-mère en deux cellules-filles.
- La colchicine, dans la mitose qu’elle perturbe, laisse intacts
- ; étaphase
- Ana phase
- Fig. 1. — Caryocynèse chez une plante à noyaux du type granuleux-réticulé (d'après Guilliermond et
- Makgenot, 1941).
- Te lo phase
- les chromosomes, mais agit électivement sur le fuseau en paralysant son action. Les chromatides, associées par paires, libérées de toute influence de la figure achromatique, se dispersent dans l’aire fusoriale, en désordre, et vont subir in situ les processus télophasiques : la métaphase et l’anaphase sont donc supprimées. Celte pseudo-métaphase (fig. 2) est le stade le plus long de la mitose colchicinique. Le noyau de restitution englobe alors toutes les chromatides éparses dans la cellule : il en résulte un
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- noyau plus volumineux, renfermant le double de chromosomes du noyau primitif. Ce noyau tétraploïde se divise à son tour et par les mêmes processus donne un noyau octoploïde ; ce dernier pourra évoluer en un noyau hexadécaploïde et ainsi de suite jusqu’au moment où le noyau ayant atteint une taille gigantesque ne se divisera plus (après 7 à 8 divisions environ). Dès lors ce noyau, qui contient un nombre excessivement élevé de chromosomes, qui est, autrement dit, devenu polyploïde, présente un contour lobé, incisé, plus ou moins profondément découpé, et finit même par se fragmenter en de nombreux noyaux plus petits. En même temps le partage cellulaire est également inhibé mais non l’élongation des cellules, laquelle se poursuit pendant
- un certain temps ; enfin la croissance cellulaire n’étant plus polarisée dans le sens apical-basal, la racine, tout en continuant de s’allonger pendant quelques jours, se tuméfie. La division colchicinique porte le nom de stathmo-cinèse, c’est-à-dire mitose arrêtée, sous-entendu à la méta-phase.
- Ces processus sont donc très intéressants en eux-mêmes : aussi cette duplication itérative du nombre des chromosomes, la formation de ces noyaux géants, ont-elles attiré l’attention des chercheurs intéressés par le déterminisme de la division cellulaire, clef d’un grand nombre de problèmes des plus importants. De ces observations, on a déjà pu déduire l’indépendance de la formation du fuseau d’un part, de l’évolution et du clivage des chromosomes d’autre part. Ces dernier processus se déroulent, en effet, d’une manière identique dans les mitoses ordinaires en présence du fuseau et dans les mitoses colchici-niques sans fuseau.
- APPLICATIONS DE LA COLCHICINE CHEZ LES VÉGÉTAUX
- En dehors de ces observations, la colchicine a été utilisée dans toute une série d’applications que l’on décrira d'abord chez les végétaux, puis chez les animaux.
- On sait que la polyploïdie entraîne souvent la formation de plantes plus grandes dont les feuilles et les fleurs sont de dimensions supérieures aux feuilles et aux fleurs normales. La colchicine étant un agent de polyploïdie il semblait naturel d’essayer, par un traitement convenable, d’obtenir par cette voie des végé-
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- taux de ce type. La plupart des auteurs qui ont étudié le problème ont utilisé des solutions aqueuses ou des pommades grasses qu’ils appliquaient sur le bourgeon terminal — partie jeune, en voie de croissance continue — de la tige; d’autres auteurs utilisèrent directement les graines et les firent germer, après les avoir plongées, pendant quelques jours (de 2 à i4 jours), dans une solution de l’alcaloïde. On a pu ainsi obtenir avec, par exemple, le Pétunia, l’Epinard, le Lin et bien d’autres plantes encore, des formes tétraploïdes. Il faut noter, toutefois, qu’un certain nombre de plantes s’avèrent réfractaires à tout traitement colchicinique. Les plantes obtenues ne sont pas toujours entièrement formées de cellules tétraploïdes, car il peut coexister, à côté de ces dernières, des cellules normales diploïdes (plantes mixoploïdes) ; il arrive dans ce cas que certains rameaux sont normaux tandis que d’autres sont entièrement polyploïdes; il suffira de bouturer ces derniers pour obtenir des individus autonomes géants. La colchicine peut encore être utilisée en génétique, pour doubler le nombre chromosomique d’un hybride stérile : l’appariement, des chromosomes est alors rendu possible et l’hybride donnera des cellules sexuelles (ou gamètes) viables.
- La colchicine a également permis de mettre en évidence le pouvoir de cinèse de noyaux appartenant à diverses régions d’un même organe : de montrer par exemple que Jes noyaux des mérislèmes (extrémités en voie de croissance) réagissent moins fortement que ceux des ébauches radicellaires d’une même racine. Des expériences ont été faites sur les racines de bulbes d’Oignon cultivés sur un milieu physiologique (liquide de Knop à 1/2), colcliiciné à la concentration de 1/2000. L’étude des méristèmes montre que les noyaux s’y divisent environ deux fois de suite et aboutissent à un noyau octoploïde ; par contre, dans les ébauches radicellaires, les réactions sont plus marquées puisque l’on peut enregistrer jusqu’à 7 stathmoci-nèses successives, doublant chaque fois le nombre des chromosomes. La colchicine révèle donc la plus grande sensibilité des noyaux placés à l’origine des radicelles. Elle permet également de déceler l’action mitogénétique qu’exercent certaines substances sur les noyaux : par exemple de l’hétéro-auxine. Après action de celle substance hormono-mimétique, à des concentrations convenables, les réactions du méristème apical à la colchicine sont plus vives, indiquant une « préparation » du noyau à la division, une « potentialité cinétique plus élevée ». L’action des auxines sur le noyau est ainsi révélée.
- APPLICATIONS DE LA COLCHICINE CHEZ LES ANIMAUX
- La colchicine a donné lieu également à un certain nombre d’applications (ou d’essais d’application) chez les animaux. C’est même dans le règne animal qu’elle fut d’abord expérimentée et les travaux de Dustin aboutirent à montrer que les cellules en voie de division, de type embryonnaire et aussi les cellules néoplasiques, étaient seules sensibles à l’alcaloïde.
- La colchicine amenant l’arrêt des mitoses, on a cru pouvoir traiter le cancer, maladie que l’on peut définir comme une prolifération sans frein, désordonnée, des cellules par cette substance. Les expériences tentées sur des animaux de laboratoire ont abouti à des résultats discordants, mais en grande majorité négatifs. Par ailleurs, l’arrêt de la prolifération néoplasique exige des doses élevées de colchicine, qui finissent par intoxiquer plus ou moins l’animal malade. La colchicine ne paraît pas devoir être un agent anlicancéreux. Des résultats plus nets ont été obtenus, comme chez les végétaux, dans la mise en évidence de propriétés excilo-mitotiqucs de certaines substances. On pi'ocède de la manière suivante : deux animaux sont traités, l’un par la colchicine, l’autre d’abord par la substance expérimentée puis par la colchicine. Le bloquage à la métaphase, pendant un temps plus ou moins long, des figures de mitoses au fur et à mesure qu’elles se déclenchent, entraîne leur accumulation à ce stade. Si le rythme de la division nucléaire augmente, même
- Fig. 2. — Formation d’un noyau tétraploïde par l’action de la colchicine (d’après Guilliermond et Màngenot, 1941).
- A. Noyau diploïde immédiatement avant la prophase. — B. Par la succession des processus prophasiques normaux (comparer flg. 1, A, B, G, D), quatre chromosomes clivés se sont formés à partir du réseau de chromatine ; remarquer que ces éléments sont dispersés sans ordre : la colchicine inhibe la formation du fuseau (comparer flg. 1, E, F) ; par conséquent, les chromosomes ne peuvent se disposer en plaque équatoriale. — G et D. Les chromosomes-fils se séparent l’un de l’autre, mais, en l’absence du fuseau, ne peuvent s’éloigner en deux groupes égaux. — E et F. Les huit chromosomes s’anastomosent, se creusent d’alvéoles et tous ensemble, constituent un noyau tétraploïde (comparer avec les processus télophasiques normaux, flg. 1, J et K).
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- faiblement, sous l’influence de la substance essayée, les figures supplémentaires, si peu nombreuses soient-elles, vont s’accumuler pendant la pseudo-métaphase (phase d’éparpillement) permettant ainsi de les déceler et de lés dénombrer. La comparaison avec le témoin (seulement colcldciné) permet d’apprécier les effets du traitement. La colchicine met ainsi en évidence les variations du rythme mitotique. C’est grâce à ce procédé que l’on a pu se rendre compte de l’action mitogénétique d’hormones diverses par rapport à des organes déterminés : par exemple de la folliculine sur les épithéliums du vagin, de l’utérus, des glandes mammaires chez des souris ovaricctomisées, du propionate de testostérone sur les vésicules séminales du cobaye, de l’extrait hypophysaire sur la thyroïde, etc.... La colchicine révélerait, d’après quelques auteurs, l’action prédisposante à la multiplication cellulaire de certains tissus, à la suite de traitements faits par les carbures cancérigènes et ceci avant l’apparition de la tumeur. On notera, enfin, qu’au point de vue génétique, l’expérimentation sur les animaux a donné lieu à l’apparition de monstruosités mais pas à celle d’organismes polyploïdes.
- LA STATHMOCINÈSE NATURELLE
- Ces processus colchiciniques curieux étant connus et approfondis, on s’est alors demandé si certaines anomalies observées dans des conditions naturelles n’étaient pas sans rapport avec la slalhmocinèsc. Par exemple, il est classique de dire que le cancer montre, à côté de figures normales, de nombreuses figures mitotiques atypiques; leur étude a montré qu’elles se rapprochaient plus ou moins complètement de la division colchi-nique (fig. 3 et 4) ; certaines d’entre elles montrent en effet, une absence totale de fuseau, des chromosomes éparpillés dans la cellule, un noyau de restitution englobant tous ceux-ci et par conséquent tétraploïde; ce processus peut être d’ailleurs itératif, ... ....................................
- COMMENT AGIRAIT LA COLCHICINE
- Le rôle de la colchicine sur la mitose semble être en relation avec l’état d’hydratation de la cellule et par voie de conséquence avec la viscosité du cytoplasme. Des expériences ont en effet permis de montrer que des huiles (huile de vaseline, trio-léine) pénétrant dans les espaces intercellulaires et envahissant la racine, empêchant toute montée de l’eau, font apparaître des figures d’éparpillement des chromosomes, également dues à une inhibition fusoriale. Le cytoplasme, se déshydratant par suite
- d’un appel continu d’eau par les feuilles, sa viscosité augmente et s’oppose aux mouvements des chromosomes qui s’alvéolisent in situ.
- LES SUBSTANCES MITOCLASIQUES
- La colchicine est donc un alcaloïde d’un extrême intérêt, non seulement pour les phénomènes curieux qu’elle présente, mais aussi pour les applications diverses auxquelles elle a donné lieu, spécialement en génétique. Toutefois la colchicine n’est pas le seul agent mitoclasique connu, il en existe bien d’autres dont, les effets sont exactement superposables à ceux de la colchicine (l’aeénaphtène par exemple) ou en différant soit par la répé-
- Fig. 3. — Figure de mitose observée dans un cancer humain : les chromosomes sont éparpillés dans la cellule (figure originale).
- Fig. 4. — Figure de mitose observée dans un cancer humain, montrant les chromosomes clivés, groupés dans le centre de la cellule, sans aucune indication de plaque équatoriale (figure originale).
- tilion moins prolongée du phénomène — par suite de leur toxicité plus élevée — soit par une inhibition seulement partielle du fuseau. On citera parmi eux les divers hydrocarbures cycliques (benzène, naphlalène, acénaphlène) et leurs divers esters halogénés ou organiques, le phénvluréthanc, les arsenicaux organiques (cacodylate, arrliénal, etc.), les composés puriques (théobromine, caféine), les organo-mercuricls, les sels de mercure et de plomb, etc. Mais aucune de ces substances ne présente l’action à la fois universelle, puissante cl relativement peu toxique de la colchicine.
- Raymond Garrigues.
- LUNETTES INVISIBLES
- Relativement peu de personnes savent qu’il existe des lunettes invisibles et cependant elles existent depuis déjà plusieurs années. C’est la maison Zeiss qui, en 1SS0, fit des expériences sur ce sujet.
- Il s’agit d’une fine coquille de verre ou de bakélite centrée par une petite lentille et fixée directement sur l’œil même.
- Entre la coquille de verre et la cornée se trouve un petit espace rempli de larmes artificielles.
- Pour appliquer ces lunettes on utilise un manche terminé par une petite poire à succion en caoutchouc. Les larmes artificielles sont mises dans la petite vasque formée par le verre et celui-ci est introduit sous les paupières et appliqué sur la cornée.
- En général, ces lunettes ne sont conservées en place que quatre heures. Il devient alors nécessaire de les enlever et de renouveler le liquide. Il existe néanmoins des personnes qui peuvent les conserver un jour et plus.
- Ces lunettes invisibles ont surtout un intérêt esthétique pour
- les acteurs, on peut même vous faire des verres qui vous feront apparaître avec des yeux de la couleur choisie par vous.
- Par ailleurs, avec ces lunettes on n’a pas à craindre de voir les verres se couvrir de brouillard, pas plus qu’on n’a à redouter de les perdre dans une cohue.
- Mais tous ces avantages sont compensés par des inconvénients qui font que ces lunettes invisibles resteront le fait d’une minorité.
- D’abord, ainsi que nous l’avons vu, on ne peut guère les conserver très longtemps et la mise en place présente quelques difficultés. Par ailleurs, bien des personnes les supportent mal, ont l’impression désagréable d’avoir quelque chose sur l’œil.
- Enfin ces lunettes sont très chères. En Amérique, où quelque 35 000 personnes en portent, on compte qu’elles coûtent en moyenne 150 à 200 dollars, ce qui ne les met pas encore à la portée de toutes les bourses. Dr Gariuei. Mouciiot.
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- L'AVION A AILES TÉLESCOPIQUES
- La charge par mètre carré d’aile présente en aviation un intérêt capital, et les ingénieurs, depuis la naissance du « plus lourd que l’air », se sont attachés à l’augmenter sans cesse. De 5o kg environ au lendemain de la première guerre mondiale, elle s’est élevée à 160 kg à la veille de la guerre de 1939; actuellement, les charges de 200 kg au mètre carré ne sont pas exceptionnelles, eL l’on cite des appareils chargés à 400 kg. Telle est du moins approximativement la charge alaire des « Yj » ; des essais en cours permettraient même d'envisager, pour certaines bombes volantes,
- le chiffre énorme de Goo kg au mè- .... ....
- tre carré.
- :.‘«Vp-.- ' .V. :
- En ce qui concerne les avions proprement dits, une charge alaire élevée comporte des avantages et des inconvénients. La vitesse horizontale, par exemple, croît avec la charge alaire, tandis qu’une charge alaire réduite est utile pour décoller et atterrir .avec sécurité. 11 y a là un perpétuel compromis, qui disparaîtrait si l’on pouvait faire varier en vol la surface des ailes de l’avion.
- A l’occasion du récent Congrès de l’Aviation, une communication a été faite sur les. avions à ailes téles= copiques. L’inventeur souligne les avantages de celle solution audacieuse et rappelle les performances réalisées officiellement, en 1935 avec son Bloch 161 dont nous donnons ci-contre deux photographies.
- Réalisé par M. Maklionine sur ses deniers personnels, l’appareil est un monoplan à ailes basses, cantilc-ver, à ailes télescopant dans le sens de l’envergure. Lorsqu’elles sont déployées, la surface est de 36 in2 ; elle se réduit à 21 m2 lorsque les ailes se replienti. Simultanément, la 152 kg par mètre carré à 290 kg et 12 m.
- du marché à primes prévu, soit 1 million, fui obtenu sans difficultés.
- Malgré les progrès de la technique, l’avion Maklionine satisfait encore très largement au programme des avions postaux lancés en ig4i et faisant actuellement l’objet de commandes en série. Les principaux éléments de l’appareil, volontairement accidenté durant l’occupation, existent toujours. Si on les équipait de deux moteurs Pratt et Wilhnev de 1 Soo ch, l’appareil réalisé pourrait couvrir Paris-New-York en 7 h 3o, à la vitesse
- Fig
- 1. — Le « Bloch-Makhonine » à ailes télescopiques.
- Les ailes sont déployées pour l’envol ou l’atterrissage.
- - Vue de l’avion les ailes « rentrées » pour le vol rapide
- charge alaire passe de l’envergure de 21 m à
- Le mouvement d’éclipsage s’effectue par glissement entre des galets montés d’une part sur l’aile fixe, d’autre part, sur une forte poutre-caisson qui traverse le fuselage. Cette poutre-caisson forme réservoir auxiliaire et peut recevoir 600 1 d’essence.
- Le poids total de l’avion était de 5 5oo kg, y compris 2 000 kg d’essence. Malgré un coefficient de sécurité supérieur à celui des avions de chasse de l’époque, il avait une vitesse (basse altitude) de 38o km à l’heure avec un moteur de G5o cli. et un rayon d’action de 5 Goo km à 3oo km à l’heure. Le maximum
- de croisière de 800 km à l’heure. Par ailleurs, la solution de l’aile télescopique n’exclut pas l’emploi de dispositifs « livper-sustentaleurs », tels que l’aile à fente ou les volets d’intrados, permettant de réduire encore la vitesse d’atterrissage.
- Un projet d’avion destiné aux liaisons intercontinentales par l’Amérique Sud va être remis incessamment. Il comporte deux moteurs i4 R, un poids total de i5 000 kg, une surface d’ailes de 4o m3 en vol et 75 m2 ailes déployées. La consommation prévue est de 2 35o kg de combustible, à la vitesse de croisière de 44o km à l’heure, la vitesse ascensionnelle (basse altitude) étant de 7,3 m par seconde. Ces chiffres remarquables soulignent l’intérêt bien actuel de l’avion à ailes télescopiques.
- Pierre Devaux.
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- LES INSECTES MARINS
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- Chacun sait combien les Insectes dominent le monde terrestre ; ils font plus que le dominer, ils l’infestent. Et aujourd’hui que les cultures tropicales ont pris une extension considérable, que les entrepôts regorgent de grains et de fruits, de
- Fig. 1. — Hermatobates djiboutensis Coût. Mart.
- peaux et de poissons, que Tartarin va tuer un Ours Goliath en Alaska ou un Gorille au Gabon, le Hanneton, le Charançon et le Moustique sont gens bien connus, sinon de bonne fréquentation. Mais la mer, au moins, est souvent considérée comme fermée aux Insectes ; on a invoqué tour à tour, pour expliquer cette exclusive, les vagues, les marées, la salure. Certes, et de façon très générale, on a raison; mais la mer, les diverses mers du globe, abritent pourtant un certain nombre d’insectes marins. Et si ceux-ci sont peu nombreux, ils appartiennent à cinq ordres au moins : Collemboles, Hémiptères, Trichoptères, Diptères et Coléoptères, et montrent parfois d’étonnantcs adaptations.
- Mais tout d’abord, il y a insecte marin et insecte marin. Depuis le mémorable voyage de circumnavigation du Beagle, qui est à la biologie ce que fut la io° édition du Systema ISaturæ de Linné à la taxonomie, on a souvent signalé des Insectes au large des côtes. Les uns, observés au vol n’ont rien de marin, les autres, comme les Hydrophiles vus par P. II. Fischer et par nous en divers points de la Méditerranée ne sont que des égarés, qui ne feront pas souche d’habitants de la Téthys.
- Ne sont marins que les Insectes effectuant normalement tout ou partie de leur développement, sur ou sous la surface des mers. Sauf exception rarissime, ces marins ne se retrouvent jamais à terre ou dans les eaux douces, leur inféodation est très stricte.
- Mais parmi eux, deux groupes se distinguent aisément.
- Les insectes aériens. — Tout d’abord, et c’est le cas de l’immense majorité d’entre eux, il existe des formes marines à respiration aérienne. Les uns, comme les Hémiptères Gerridæ (fig. i) vivent à la surface des mers chaudes, patinant sur l’eau comme les Gerris de nos étangs ; se nourrissant des cadavres d’invertébrés flottant à la surface, ils déposent leurs œufs sur les plumes des Oiseaux aquatiques ou des radeaux de mucus des Gastéropodes. Ils comprennent quatre sous-familles : Halove-liinæ, Hermatobatinæ, Hemidipterinæ et Halobalinæ dont la dernière seule a quelque importance numérique, les autres ne
- comprenant guère qu’une ou deux espèces. On a supposé parfois que les Hermatobates se laisseraient submerger aux hautes mers, mais ils n’ont jamais été observés que patinant en surface. Ces Gerridès marins sont localisés aux mers tropicales, surtout au pourtour de l’Océan Indien et du Pacifique occidental. Ils ne montrent du reste rien de particulièrement adapté à la vie océanique et ne possèdent même pas les éventails-raquettes tarsales de certains de leurs congénères des eaux douces. Si de par leurs mœurs, on peut les considérer comme pélagiques, ils sont pourtant surtout côtiers, et abondent dans les archipels aux rivages découpés. D’autres : l’Hémiplère Æpo-philus, les Collemboles, les Coléoptères : Staphylinides, Cara-biques (fig. 2), Ægialilides, Malachiides, vivent tous dans les fentes que recouvrent les flots, mais qui sont découvertes, au moins aux basses mers de vive eau. Pendant toute la période du flux, ils se tiennent ainsi avec leurs larves dans les minces lames d’air renfermées entre les feuillets des schistes, dans les crampons des Laminaires, ou dans les constructions en sable de Vers sociaux comme les Ilermelles. Les espèces, nombreuses et variées dans la zone supérieure des Fucus, où l’exondation est prolongée, sont de moins en moins nombreuses quand on s’enfonce, pour ne plus compter, au niveau des Laminaires, qu’une espèce de Collembole. En période de reflux, ces Insectes peuvent quitter leur habitat et s’aventurer en plein air, sur les algues ou les rochers ; à marée montante, ils se tapissent à nouveau. Le caractère « terrien » de ces formes ressort nettement d’une très simple expérience. Placées sous l’eau, elles tombent aussitôt en immobilité, peuvent survivre ainsi quelques heures mais finissent toujours par périr noyées. Ces Insectes se comportent tout à fait comme les insectes littoraux,, fouisseurs dans les vases d’estuaires, dont les stations sont parfois recouvertes aux hautes mers, mais qui ne peuvent vivre qu’à l’air; ou encore comme ces organismes qu’abritent, à la limite supérieure des hautes mers, les touffes du Pelvetia cana-liculata, qui ont besoin pour vivre, des embruns, mais qui meurent s’ils sont placés en pleine eau. On doit sans doute placer à leur voisinage les cu-r i e u x Charançons du genre Ectemnorrhinus que le D1' Jeannel a découverts, vivant à l’état larvaire dans les algues marines des côtes des Kerguelen, et se transformant dans les loges nym-phales établies dans la mouse à la limite supérieure des marées.
- Les insectes aqua= tiques. — Les autres ont une vie plus franchement aquatique, et savent résister à la noyade. Beaucoup n e montrent aucune adaptation particulière, qu’il s’agisse des Tri-choplercs Philanisus dont Fig. 2. — Aepus marinus Stroem. les larves hantent les rockpools de Nouvelle-
- Zélande, ou des Ochtebius qui, à tous les stades, vivent dans les rock-pools de l’Atlantique, de Madère à l’île de Wight. Ce sont là habitants normaux des eaux, utilisant, sans rien qui les distingue de leurs congénères des eaux douces,
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- l’oygène dissous dans l’eau, ou les bulles d’air dégagées par l’assimilation chlorophyllienne des algues. Et c’est parmi eux que se recrutent les quelques espèces indifférentes, qui se rencontrent depuis les eaux douces jusque dans la mer, avec pourtant une nette préférence pour les eaux saumâtres. L’amour, ou n’est-ce pas plutôt la tolérance, du sel, leur a fait coloniser des milieux aussi exceptionnels que les croûtes gypso-salines du Sud-Tunisien, où l’eau ne brille pas par son abondance.
- Les Hæmonia, Chrysomélides aquatiques, sont aussi de ces indifférents qui, issus des eaux douces, ont réussi à pâturer les prairies paisibles de Zostères du golfe de Kiel. Malgré sa faible salure, la Baltique est bien une mer, et les Hæmonia comptent donc parmi les Insectes marins. Ils ont perfectionné les dispositifs respiratoires, possédant chez l’adulte une antenne dont les derniers articles résorbent l’oxygène ambiant, abritant la
- nymphe dans une coque étanche, pleine d’air, accolée à quelque plante, ayant chez la larve des stigmates portés au sommet de longs éperons sclérifiés, capables de s’enfoncer dans les tissus végétaux. Mais ccs dispositifs sont l’apanage de tous les Chrysomélides aquatiques, et nous ne pouvons les attribuer au milieu marin.
- Les « marins » les plus caractérisés s’observent parmi les Diptères. Déjà beaucoup de Chiro-nomides et de Tipulides se développent dans les algues ou les vases littorales. Les adultes sont aériens et l’éclosion se fait entre deux marées ; lorsque la larve vit à une certaine profondeur, la durée de la période d’éclosion est très brève et les éclosions peuvent être massives, comme chez Smitlia thalassophila. Mais parmi les Clunionidæ, les quatre espèces du genre Clunio ont des femelles dégradées qui ne quittent jamais la mer. Ce sont des espèces localisées aux côtes rocheuses des mers étroites : Manche, Mer du Nord, Mer d’Irlande, Adriatique, ou des archipels : Baléares, Samoa, Japon. Les mâles en sont connus
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- depuis longtemps, car celui de Clunio marinus des mers d’Europe a été décrit en i856, mais les femelles n’ont été connues que quarante ans plus tard ; elles demeurent sous l’eau. Les larves vivent dans des abris de soie auxquels sont agglomérés
- Fig. 4. — Clunio pacificus Edw., Q.
- des débris d’algues et du sable; elles s’observent jusqu’à une profondeur de i5 m.
- Des espèces européennes on ne sait que relativement peu de choses, si ce n’est que l’éclosion se produit entre deux marées. Mais l’espèce du Pacifique, découverte aux Samoa par Buxton et retrouvée au Japon par Oka a été mieux étudiée. Comme ce Clunio pacijicus (fig. 3, 4) est extrêmement voisin, au point de vue morphologique, des formes européennes, il est probable que les mœurs sont très semblables aux leurs. Oka a pu montrer que la durée de vie des adultes est très brève, ne dépassant pas la journée; leur apparition coïncide, en mars, avec la nouvelle lune. Nous retrouvons donc un exemple des rythmes lunaires des organismes marins, si connus entre autres chez les Annélides, mais ici la cause directe est sans doute à chercher dans la coïncidence entre les marées de vive eau, découvrant le niveau habité par le Diptère, et les phases de la Lune. Pendant sa brève vie, la femelle laisse affleurer le sommet de son abdomen à la surface; le mâle qui glisse en voletant:juste au-dessus de l’eau, utilise au moment de l’accouplement des pièces copulatrices particulièrement robustes, qui lui fournissent une prise solide dans la position inconfortable où il se trouve. Cet animal, si bien adapté au milieu marin qu’il en a adopté les rythmes, est chassé par un autre Insecte marin, 1 ’Halovelia maritima. On ne paraît pas avoir étudié la physiologie respiratoire de sa larve.
- Ainsi la salure, les marées et les vagues, si elles imposent aux Insectes des solutions biologiques ou physiologiques qui ne peuvent être réalisées que par un petit nombre de formes, n’ont pourtant pas empêché la colonisation des diverses mers du globe par une petite faune bien spéciale mais assez variée.
- R. Paulian.
- Fig. 3. — Clunio pacificus Edw., Cf.
- Le Datura et la guerre.
- Les bouleversements de terrain provoqués par la guerre nous font' à nouveau assister à l’apparition d’une plante qui pose sur la question de sa reproduction une véritable énigme.
- Il s’agit du Datura stramonium, appelé vulgairement pomme épineuse ou herbe des magiciens, qui dans la région où je me trouve (Loire-Inférieure et Anjou) est apparue spontanément sur beaucoup de trous d’obus ou de tranchées tant dans les villes que dans la campagne.
- Cette solanée ressemble un peu à un vigoureux plant de pommes de terre, aux feuilles plus vertes et plus pointues ; ses belles fleurs blanches se transforment en pommes vertes et épineuses, contenant de nombreuses graines d’un brun clair.
- Cette plante très vénéneuse est employée en médecine pour en
- extraire la daturine, médicament employé contre l’asthme et à ce titre sa récolte, faite convenablement d’après les indications d’un herboriste, doit procurer un revenu appréciable, car elle pousse en grande quantité.
- Mais où réside le mystère, c’est dans son apparition en des endroits où elle était parfaitement inconnue. C’est ainsi que dans les environs de Nantes, les bombardements d’avril-mai 1944 sur les ponts de la Vendée, ont fait apparaître le Datura dans presque tous les trous de bombes. Il y fleurissait en septembre.
- Il apparaît aussi en pleine ville dans les ruines des habitations.
- G. Brandicourt.
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- LES SONDEURS D'ATOME
- De Dation à Louis de
- VII
- Du chimiste, la parole passe au physicien,
- L’épisode moderne de l'histoire que nous avons entrepris de raconter s’ouvre le 22 août 1879. Ce jour-là, le grand physicien Sir William Crookes, alors âgé de 47 ans, se rendit à la Brilish Association pour y exposer, en une conférence qui devait retentir jusqu’aux confins du monde scientifique, les résultats des expériences sensationnelles qu’il venait d’effectuer.
- Ces expériences avaient pour point de départ les recherches de deux physiciens allemands, Plücker (1801-18G8) et Hittorf (1824-1914)- Ceux-ci, reprenant les amusetles électriques de l’abbé Nollet (1700-1770), avaient commencé d’étudier le passage de l’électricité dans les gaz raréfiés. C’est là réellement un phénomène curieux : si, dans le tube à deux électrodes représenté figure 1, le gaz est raréfié jusqu’à une pression inférieure à 1/100 de millimètre de mercure, on voit un pinceau lumineux émaner de la cathode et exciter, sur la. paroi opposée, une fluorescence verdâtre. Ce pinceau lumineux, c’est le rayonnement cathodique.
- Il se propage en ligne droite à partir de la cathode, expliqua Crookes dans sa conférence, puisque si l’on dispose un objet, par exemple, une petite croix de métal, sur son parcours, on voit l’ombre de celle croix sc projeter sur le fond luminescent. Le concentre-t-on sur un morceau de platine ? Celui-ci s’échauffe tellement qu’il finit par fondre. Si l’on remplace le platiné par un petit moulinet, ce dernier se met à tourner. En somme, tout se passe comme si le rayonnement cathodique était constitué par un jet de petites particules... de petites particules électrisées, car si l’on en approche un fort aimant, on voit l’ombre de la croix se déplacer, prouvant que le jet lui-même a été dévié, ce qui n’est possible que s’il s’agit de corpuscules chargés d’électricité, donc sensibles à l’action de l’aimant.
- Cuookes était déjà un savant renommé, mais c’était aussi un original, que ses confrères plus orthodoxes regardaient parfois avec inquiétude. De fait, il devait, vers la fin de sa vie (il mourut en 1919), sombrer dans le spiritisme. Aussi sa conférence de 1879 fut-elle fortement discutée. Il n’était évidemment pas question de nier une évidence aussi claire que celle du rayonnement cathodique, mais c’étaient ces petites particules qui faisaient tiquer les gens épris de positivisme !
- — Le rayonnement cathodique est corpusculaire, proclamaient Crookes et Varley.
- — Erreur : il est formé d’ondulations comme la lumière, répliquaient Hertz, Tait et Goldstein.
- Opposition bienheureuse, d’ailleurs, puisqu’elle conduisit Lenard et Rœntgen à réaliser les expériences d’où devait sortir la découverte des rayons X! La querelle dura jusqu’en 189b, et c’est un jeune Parisien, agrégé-préparateur à l’Ecole Normale Supérieure, qui y mit un terme. Ce jeune savant s’appelait Jean Perrin (1870-1942). Mettant le doigt sur le nœud du problème, il produisit des rayons cathodiques dans un tube de Crookes et les fit tomber sur un électroscope (2), dont les feuilles décelè-
- J. Voir La Nature à partir du 15 mars 1945.
- 2. L’électroscope est un appareil qui sert à déceler l’électrisation d’un corps. Il est essentiellement composé de deux feuilles d’or très minces suspendues l’une à côté de l’autre à la même tige. Si l’on touche cette tige avec un corps électrisé, les deux reuilles se chargent de la même électricité et se repoussent.
- Broglie et Jolîot-Curie
- rent alors une électrisation négative progressive. Ainsi Perrin put-il assurer que les rayons cathodiques étaient vraiment formés de petits corpuscules d’électricité négative. C’étaient les
- électrons.
- L’électron était à peine sorti de l’ombre que le grand physicien hollandais Lorentz (1850-1928) en fit la base d’une magistrale théorie de l’univers physique. Il supposa que la matière était truffée d’électrons, que le courant électrique était une circulation d’électrons, et reconstruisant la Lhéorie électromagnétique de Maxwell sur celle nouvelle hypothèse, il parvint à expliquer des phénomènes comme Yaberration et l'effet Doppler=F izeau (x). Il alla même plus loin puisqu’il prévit un phénomène que personne n’avait encore observé : le dédoublement des raies spectrales quand la source lumineuse est placée entre les pôles d’un électro-aimant. C’était l’effet
- Cathode
- Anode
- Fig. 1. — Le premier tube à rayons cathodiques.
- Zeeman, ainsi baptisé parce qu’il fut aussitôt expérimentalement constaté par un compatriote de Lorentz, le professeur Zeeman (i865-i943).
- Au même moment, un autre physicien d’envergure s’attaquait à la mesure de la masse de l’électron : sir J.-J. Thomson (1856-1940), directeur, depuis l’âge de 28 ans, du fameux Laboratoire Cavendisli de Cambridge. — Les rayons cathodiques, sc dit-il, sont infléchis par l’action d’un aimant. Mais le rayonnement cathodique est un jeu d’électrons. Et chaque électron doit avoir d’autant plus tendance à obéir à l’action de l’aimant qu’il est moins rapide et plus lourd — tout comme pour un obus : plus il est lourd et lent, plus sa trajectoire est incurvée par la pesanteur. — C’est en inspectant la courbure plus ou moins prononcée d’un flux cathodique que J.-J. Thomson put mesurer ainsi la masse de l’électron, masse égale à 0,9 x io~27 gramme, c’est-à-dire dans la même proportion, par rapport à une masse de 1 g, qu’une masse de 5 g par rapport à celle de la Terre.
- — Mais, réclama-t-on, puisque l’électron est une particule électrisée et que nous connaissons maintenant sa masse, dites-nous donc ensuite sa charge.
- Il fallut attendre pour cela jusqu’en 1909. Cette fois, ce fut
- 1. I/aberration est un léger déplacement apparent des étoiles dû à la non-instantanéité de la propagation de la lumière. L’effet Üoppler-Fizeau est un décalage des raies spectrales provenant de la vitesse de la source lumineuse.
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- l’Amérique qui prit la parole, par la bouche de Millikan (né en 1868). Cet ingénieux savant électrisa une toute petite goutte d’huile et parvint à la faire tenir « en l’air » entre les deux plateaux d’un condensateur : elle restait en équilibre parce que l’attraction électrique du plateau supérieur balançait exactement l’attraction de la pesanteur. Millikan s’aperçut pourtant qu’elle sautillait parfois vers le haut ou vers le bas. — C’est donc, remarqua-t-il, que sa charge augmente ou diminue subitement, c'est-à-dire que la gorille doit recevoir ou perdre un électron. — C’est de ces sautillements qu’il put déduire la charge de ce dernier, charge de 1,6 x io~19 coulomb, soit la quantité d’électricité qu’un courant de 1/10 000 000 000 de milliampère transporte en 1/1 000 000 de seconde.
- L’électron était mesuré et pesé. Trois ans plus lard, l’Anglais C.-T.-R. Wilson (né en 1869) porta au comble la jubilation des savants : il inventa cette merveilleuse chambre de Wsl= son qui permet de photographier les atomes et dont le fonc-
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- tionnement a déjà été expliqué dans ces pages (*) Parfois, très haut dans le ciel bleu, on voit passer des avions qui laissent derrière eux de longues et persistantes traînées blanches : c’est le passage rapide des appareils qui provoque la condensation de la vapeur d’eau atmosphérique en des nuages filiformes, lesquels matérialisent ainsi les trajectoires. Eh bien ! il se passe un phénomène analogue dans la chambre de Wilson : chaque particule électrisée y laisse un sillage de vapeur d’eau; il suffit de le photographier pour connaître le trajet de la particule.
- Mais nous sommes déjà en 1913, et nous devons revenir en arrière, à ces années 1895-1896 si prodigieusement fécondes, en lesquelles, justement, une nouvelle découverte allait soudain éclater.
- 1. Voir La Natar-e du Tr mars 1945, p. 74.
- (à suivre). Pierre Rousseaû.
- LA SYNTHESE CHIMIQUE ORGANIQUE
- Pétrole contre goudron de houille
- Tour le monde sait que le goudron de houille fournit les matières de base d’une infinité de produits synthétiques : explosifs, matières colorantes, parfums artificiels, matières plastiques, produits pharmaceutiques, etc.
- Cette industrie s’est développée lentement à ses débuts. La composition du goudron était alors difficile à établir pour les chimistes. En 1.848, Mansficld et Hofmann isolent le benzène. Liquide étrange : sa composition centésimale, les proportions relatives de carbone et d’hydrogène sont identiques à celle du gaz acétylène découvert par Davy.
- Qu’est-ce que le benzène ?
- En 1860, Ivekulé donne une réponse magistrale en représentant la molécule de benzène et les liaisons de ses atomes par un hexagone à chaque sommet duquel figure un atome de carbone relié par une valence à un atome d’hyclrogène. Cette structure hexagonale du noyau benzénique est le point de départ de toute la série aromatique de la chimie organique. Elle explique du même coup l’existence des dérivés substitués isomères : ortho, méta et para, de meme composition chimique mais de propriétés différentes.
- L’hypothèse do Kekulé se révèle d’une extraordinaire fécondité, elle ouvre la voie à des méthodes' générales qui orientent la recherche et aboutissent à la préparation d’une foule de produits nouveaux. Les chimistes extraient du goudron toute une série de corps définis ; des carbures : benzène, toluène, xylène, styrolène, naphtalène, anthracène, etc. ; des phénols ; des bases pyridiques, quinoléiques, etc. Un champ immense s’ouvre à la synthèse chimique.
- On avait bien préparé par des traitements empiriques quelques matières colorantes : en 1856 la mauvéine, découverte par William Henry Perkin, asislant de Hofrnan au Royal College of Chemis-try de Londres, en 1859 le rouge d’aniline, du chimiste français Yerguin.
- Maintenant, sur ces produits de base, de puissantes industries s'édifient : celle des matières colorantes dérivées du goudron de houille prend rapidement une prodigieuse ampleur. Des milliers de produits, de teintes, de solidité et d’applications diverses sont mis sur le marché.
- Les méthodes générales de la chimie organique forment un ensemble homogène, les séries de dérivés synthétiques s’ordonnent suivant des règles certaines.
- Les usines d’explosifs fabriquent l’acide picriquc, les trinilro-crésols (mélinite), le trinUrotoluène (tolite), les dérivés du naphtalène pour les ruines, etc.
- L’essence de mirbane (nitrobenzône) préparée en 1855 est la première matière odorante artificielle. Paraissent ensuite l'essence d’amandes amères (aldéhyde benzoïque), les muscs artificiels, l’héliotropine, la coùmarine, la vanilline, etc. Une extrême variété de parfums chimiques est réalisée.
- Une série de dérivés du goudron entre à son tour dans la pharmacopée : produits salicylés, aspirine, benzoates, gaïacol, anti-fébrine, anesthésiques locaux, arsénobenzols, etc.
- Les procédés catalytiques viennent donner un nouvel élan à la synthèse organique.
- Enfin, dernière venue, l’industrie des matières plastiques apporte des débouchés pour d’importants tonnages.
- Toutes ces techniques ont, par leur ampleur, par leur variété, permis de satisfaire nombre de besoins humains. C’est en Allemagne, favorisée par une grande richesse houillère, qu’elles ont pris leur principal essor.
- Mais voici que la houille n’est plus la seule source de matières premières des industries de la chimie organique. Elle va se heurter à la concurrence du pétrole.
- Le pétrole, jusqu’à ces dernières années, n’a guère été utilisé que comme combustible. Mais une évolution très nette et grosse de conséquences commence à se dessiner.
- Les produits pétrolifères sont essentiellement formés de carbures, aussi bien les gaz que les bruts liquides.
- Le nombre de ces carbures et leur diversité de composition sont bien plus élevés que ceux des goudrons de houille. Il y a abondance de carbures non aromatiques, à chaîne linéaire.
- A partir de ces corps, par simple addition d’oxygène où d’autres éléments on peut, par combinaison convenable, obtenir de nouveaux alcools, éthers, acides, solvants, produits pharmaceutiques, parfums artificiels, et dérivés organiques de tous types.
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- Les procédés de cracking catalytiques ont pris un énorme développement et ont conduit à la production de carbures de base en diversité plus grande encore.
- Un champ immense s’ouvre aux applications chimiques des pétroles ; leurs possibilités sont plus larges encore que celles des goudrons de bouille et les tonnages disponibles autrement considérables.
- Les chimistes des pétroles peuvent avec une égale facilité produire de l'éthylène ou du benzène par centaines de tonnes chaque jour, fournir les produits de base pour les polystyrols, les caoutchoucs artificiels, Buna, thiocols, pour les produits pharmaceutiques, les parfums synthétiques, les textiles nouveaux comme le Nylon. Le toluène, base d’explosifs, est maintenant du domaine des pétroles. L’acétylène peut être produit à partir des gaz de raffinerie et constitue un produit intermédiaire des plus importants de la synthèse chimique.
- Les caoutchoucs artificiels dérivés du butadiène et du styrène peuvent se baser sur l’industrie pétrolifère. Les États-Unis ont fabriqué en 1944 plus de 800 000 t. de caoutchouc. Ce chiffre qui dépasse d’environ 100 000 t la consommation de gomme naturelle de ce même pays est assez éloquent.
- Il situe à sa véritable place l’importance du pétrole comme matière première des industries de synthèse chimique.
- L’oxydation ménagée est un des principaux procédés actuellement utilisés pour tirer du pétrole des produits chimiques définis.
- Cette oxydation contrôlée a été notamment appliquée depuis des années aux carbures du goudron de houille : benzène, toluène, naphtalène et anthracène, notamment en présence d’oxyde de vanadium comme catalyseur. Cette technique peut conduire à l’obtention de benzaldéhyde, d’acide benzoïque, d’anhydride phtalique, d’antraquinone, d’acide maléique, etc. D’importants tonnages sont traités par ces procédés.
- L’oxydation des hydrocarbures à chaînéTiiféSre""qui prédominent dans un grand nombre de pétroles a été très étudiée également. Des raffineries américaines préparent ainsi l’alcool méthy-lique et le formol à partir des gaz naturels. L’éthylène peut être converti en oxyde d’éthylène.
- Les hydrocarbures les plus lourds peuvent être transformés
- en acides gras permettant la fabrication de savons de seconde qualité. Cette technique a été appliquée en Europe.
- Les produits pétrolifères contiennent des hydrocarbures nombreux, saturés et non saturés : méthane, éthane, propane, butane, pentane, éthylène, butène, pentène, hexène, octène, etc. Leur traitement par oxydation contrôlée permet l’obtention de toute une série de produits : formol, alcools méthylique et éthylique, acétaldéhyde, acides formique et acétique, cétones, alcools supérieurs, acide maléique, acide glutarique, etc.
- Une mention spéciale doit être faite pour l’acide maléique. Celui-ci est préparé déjà à partir du benzène, matière première beaucoup plus onéreuse que les oléfines des pétroles. On peut penser que l’acide maléique préparé économiquement prendra une grande importance il permet de préparer les acides malique et succinique, ce ne sont là que des produits d’importance mineure, mais les résines maléiques lui offrent des débouchés à tonnages autrement importants et un bas prix de revient en permettrait une largo expansion.
- Des dérivés sulfonés d’alcools à longue chaîne provenant des pétroles ont pris place comme produits mouillants et détergents.
- Cette revue rapide suffit à montrer les perspectives qui s’ouvrent aux industries des dérivés des pétroles. L’industrie chimique est limitée dans sa production généralement par ses disponibilités en matières de base, non par ses moyens techniques. Elle est limitée dans ses débouchés par le niveau des prix. La venue de matières premières bon marché peut lui permettre de développer son tonnage et d’abaisser les prix.
- On peut prévoir son extension, grâce à ses méthodes de synthèse, qui lui permettront de livrer des produits artificiels complexes et divers, capables de bouleA7erser les techniques existantes. C’est ce qui se passe aujourd’hui pour les textiles artificiels.
- Cette puissante extension est favorisée par les circonstances actuelles. La chimie prend place dans toutes les fabrications indus-”^!eîtcè7’'',TL^pSÿr‘'3e';:maïîSrês premières aussi abondantes que" celles à provenir des pétroles ne peut que la favoriser encore. Mais il peut en résulter un déplacement géographique des centres de production.
- Lucien Peruuciie,
- Docteur de l’Université de Paris.
- La température des caves de l'Observatoire de Paris.
- Les caves de l’Observatoire de Paris, étroits couloirs provenant de vieilles carrières, situées à 28 m de profondeur, ont la réputation de posséder une température invariable, indépendante des variations thermiques à la surface. La construction de l’Observatoire s’est achevée en 1671. Sur la foi d’observations thermométriques commencées à cette époque, et poursuivies par intermittence, de manière plus ou moins systématique, s’est accréditée l’opinion que les souterrains de ce monument n’ont pas varié de température depuis l’achèvement de l’édifice.
- M. Esclangon, le savant directeur actuel de l’Observatoire, a récemment porté un coup sérieux à cette réputation. Au début de 1944, il a entrepris de déterminer à nouveau la température des caves avec toute la précision et la sécurité désirables, ce qui l’a conduit à procéder à un examen critique des mesures faites par ses prédécesseurs et à apporter à leurs chiffres certaines rectifications.
- Et voici ses conclusions, exposées dans une note à l’Académie ^es Sciences le 26 juin 1944.
- Entre les années 1710 et 1760 la température s’est maintenue
- aux environs de 12°8. La température baisse ensuite rapidement pour devenir égale à 11°8 en 1776, varie peu jusqu’en 1826, marque ensuite un léger maximum relatif do 12°0 en 1839, baisse légèrement après cette date. Ensuite, longue période sans observations. Les mesures reprennent en 1922. De cette année à l’année 1943 on constate que la température est croissante ; en 1944 elle est égale à 12°9, supérieure de 1°2 à celle observée au commencement du xvme siècle. Variation donc extrêmement importante.
- Comment l’expliquer ? On ne peut invoquer les variations de température à la surface du sol. Les observations météorologiques faites depuis plus de 100 ans dans la région parisienne montrent la constance de la température moyenne de l’air à la surface du sol.
- C’est donc dans les profondeurs de la terre que se trouve la cause de cette mystérieuse variation de température et M. Esclangon est amené à conclure que les sources de chaleur interne de notre globe seraient séculairement variables, ce qui, dit-il, peut être d’un enseignement précieux au point de vue de la physique du globe.
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- PHOTOGRAPHIE A 5 000 MÈTRES
- DE PROFONDEUR
- Fig. 1. — Une
- photographie prise à 90 m. On voit sur le fond des étoiles de mer, des pennatules fichées dans la vase et des crabes.
- Fig. 2. — Une
- photographie prise à 830 m. Le triangle blanc et les boules sont un nouvel instrument de mesure des courants par le déplacement des boules légères le long des côtés d’un triangle métallique.
- Fig. 3. — La perche détachée du fond par 2 000 m est remontée à bord.
- La Nature a déjà rendu compte des récents essais de photographie en plongée du lieutenant de vaisseau Cousteau. Aux Bermudes, grâce à sa bathysphère, Beebe a réussi à descendre lui-même jusqu’à 900 m et à observer les animaux marins vivant à cette profondeur. ISewsweek nous apprend que le Dr Maurice Erving, de
- 1 institution océanographique de Woods Hole vient de dépasser largement ce record e n descendant u n appareil photographique j ui s q u ’ à
- 2 700 brasses, soit 4 950 m.
- L’appareil comporte u n
- caisson en aluminium muni d’une fenêtre épaisse en verre pyrex, lesté d’un bloc de fer relié au caisson par un bloc de sel qui se dissout lentement dans l’eau, libère le caisson après un certain temps et lui permet de remonter à la surface. Dans le caisson se trouvent une chambre photographique et des appareils d’éclairage alimentés par des batteries d’accumulateurs. L’appareil est lancé par dessus b o r d, descend rapidement grâce au lest et atteint le fond. Un dispositif permet la prise d’une première photographie 30 s après l’arrivée au fond, puis d’une autre 30 s p 1 u s tard. Quand le sel a fondu, le_ caisson revient en surface où il est repêché. Les premiers^ appareils furent perdus, à causé de l’énorme pression qui les déformait, mais depuis, on a réussi à en descendre jusqu’à 2 750 et même 4 950 mètres.
- Les documents qu'on peut ainsi recueillir ont un intérêt pratique pour la reconnaissance des navires coulés et des épaves dont on veut entreprendre le sauvetage. Ils n’en ont pas moins pour révéler les aspects du fond des mers qui occupe 36 millions de kilomètres carrés sur lesquels on n’a encore que fort peu de renseignements sporadiques. C’est la dernière partie de la surface solide du globe qui reste à explorer.
- Les plus puissants cuirassés du monde.
- Ce sont les nouveaux cuirassés de 45 000 t de la classe Iowa actuellement -construits par les Etats-Unis. Quatre d’entre eux sont déjà en service, ce sont le Iowa, le Missouri, le New-Jersey et le Wisconsin. Deux autres sont en construction : l’Illinois et le Rentuclnj: Seule aujourd’hui la marine japonaise possède
- des cuirassés de 45 000 t. Mais l’Amirauté des États-Unis déclare que les cuirassés américains sont plus rapides, plus maniables et mieux armés.
- Voici les renseignements divulgués à cet égard par la presse américaine. Les nouveaux navires sont armés, de 158 canons, dont les calibres varient de 16 pouces,
- soit 400 mm environ pour les 9 canons principaux, à 20 mm pour les pièces antiaériennes. L’équipage compte 2 500 hommes ; plus de la moitié est employée au service de l’artillerie de bord. La cuirasse a 16 pouces d’épaisseur. La vitesse est supérieure à 30 noeuds.
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- Ondes sonores visibles au cours d'un bombardement
- M. Régnier, de Bergerac, nous envoie la très intéressante observation suivante : « Je me trouvais, écrit-il, le matin du 14 avril, dans la région de Royan, et j’ai pu observer un phénomène non encore signalé à ma connaissance, phénomène imposant par son ampleur.
- » L’aviation américaine tirait avec précision de très grosses bombes (de 6 000 kg) sur les objectifs ennemis que les Forces Françaises du secteur de Royan avaient pu repérer exactement au cours de leur longue attente de l’hiver 1944-1945.
- « Le temps était magnifique et, l’air très calme jusqu'à une grande altitude, était frais.
- (( Ces conditions aérologiqucs permettaient la condensation habituelle des gaz d’échappement des moteurs d’avions évoluant à haute altitude. Le ciel, d’un bleu pur, était ainsi strié de longs sillages blancs constitués par les stratus artificiels laissés par les escadrilles du Bomber Command évoluant entre 6 000 et 7 000 m d’après plusieurs appréciations.
- « Et (c’est en ceci que consiste le phénomène) de nombreux spectateurs purent voir, se déplaçant à grande vitesse sur ces trajectoires blanches, la trace des ondes sonores provoquées par l’explosion des bombes arrivant au sol. L’aspect était analogue à celui qu’on obtiendrait si, répandant des traînées de lait à la surface d’un baquet de bleu de blanchisseuse, on y laissait tomber
- des cailloux pour y faire des ronds. Invisibles en dehors des traînées blanches, les ronds recoupant ces bandes en se déplaçant reproduiraient, en tout petit, l’aspect du phénomène.
- « Je pense qu’on aurait pu, connaissant la distance des avions à l’observateur et mesurant le déplacement angulaire par seconde des traces des ondes sonores, obtenir avec quelque précision la vitesse du son à l’altitude considérée (pression et température intervenant dans cette vitesse de propagation, ces données auraient dû être notées à bord des bombardiers).
- <( Il est probable que ces stratus, étant donné l’élévation des avions, étaient, du moins à partir d’une certaine distance en arrière des appareils, constitués par des cristaux de neige.
- <( Les infra-sons en parvenant à leur niveau écartaient ces cristaux d’une position d’équilibre à laquelle ils revenaient une fois l’onde sonore passée.
- « Il m’a été malheureusement impossible de photographier le phénomène, ne disposant qüe d’un Eljy 24 x 30 mm, alors qu’un téléobjectif et un grand format eussent été nécessaires.
- « Quoique très visible (j’ai été alerté par des hommes qui n’avaient rien de météorologues avertis), je ne pense pas que cette visualisation d’ondes sonores sur des nuages artificiels ait jamais été décrite ou signalée, c’est pourquoi je me fais un plaisir de vous en faire part »,
- Fig. 1. — Aspect schématique du phénomène.
- En haut : traînées nuageuses laissées par les avions et dans lesquelles on aperçoit nettement les traces des ondes sonores. ,4n sol, en A et B, centres
- d’ébranlements, points de chute de bombes. Vue prise à 2 km. environ.
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- TÉLÉVISION SUR ÉCRAN
- Dans les postes récepteurs de télévision, l’image, on le sait, est reconstituée par l’impact d’un pinceau de rayons cathodiques sur
- le fond d’une ampoule de verre revêtue d’un enduit fluorescent. Il est impossible de construire des ampoules de verre à fond rigoureusement plat. Les images obtenues sont, en conséquence, affectées d’une distorsion gênante. Ce défaut s’aggrave quand l’image est destinée à un groupe de spectateurs qui ne peuvent tous être placés exactement en face du fond de l’ampoule cathodique. Pour que la télévision puisse trouver une large clientèle, il lui faut des récepteurs d'un prix abordable, offrant des projections de bonne qualité à des spectateurs placés d’une faç,on quelconque dans une pièce. Il faut réaliser l’équivalent de l’écran du cinéma familial.
- Ce problème est aujourd'hui résolu. Le journal américain Business Week nous apprend que la Radiocorporation 0/ America a mis sur le marché un meuble récepteur donnant des projections correctes sur un écran plan de 0 m 60 sur 0 m 45. L’appareil ne coûte que 18 dollars, soit 000 francs au cours actuel du change.
- Il emprunte à la photographie astronomique le principe de son
- système de projection qui n’est autre que celui du télescope de Schmidt, expliqué par la figure ci-contre.
- L’ampoule cathodique A, montée verticalement, a un fond de 7,o cm de diamètre. Les rayons lumineux émanant de l’image formée sur ce fond par le pinceau de rayons cathodiques tombent sur un miroir sphérique B placé au-dessous de l’ampoule. Celui-ci les réfléchit vers le haut ; ils traversent une lentille C placée dans le plan du centre de courbure du miroir et dont le rôle est de corriger les distorsions dues au miroir ; ils viennent former une image agrandie sur le miroir plan à 45° D qui la renvoie sur l’écran vertical translucide E.
- Mais la fabrication des lentilles correctrices se heurtait à de grandes difficultés. Celles que l’on emploie dans les caméra électroniques sont en verre et il faut les polir à la main pour leur donner le profil voulu. Leur prix de revient est prohibitif pour un appareil domestique.
- L’obstacle a été franchi grâce aux matières plastiques transparentes. Les lentilles utilisées dans les postes récepteurs de la R. C. A. sont fabriquées en série par moulage à chaud sous haute pression d’une matière thermo-plastique telle que le Lucite ou le Plexiglas. Les moules eux-mêmes sont usinés à la forme voulue à l’aide d’une machine spéciale. Après refroidissement, la lentille est démoulée et percée d’un trou central pour le passage du col de l’ampoule cathodique. On obtient ainsi des lentilles qui n’ont besoin d’aucune retouche ni finissage.
- Cette nouvelle technique trouvera sans doute d’autres applications dans la fabrication des instruments d’optique.
- Fig, I. — Récepteur de télévision à écran
- vertical.
- NOUVELLES DE LA PÉNICILLINE
- La Presse Médicale vient, de rassembler un certain nombre de données nouvelles sur la pénicilline dont le professeur Levaditi avait fait connaître les propriétés et la préparation dans La Nature du 1er janvier 1945
- En Ahglelerrc, on fabrique maintenant des tablettes de pémcil-pour le traitement des infections buccales et laryngées. En les suçant, on arrête le développement microbien et la formation du pus. Dans les stomatites et les angines, les symptômes disparaissent et la fièvre tombe en un jour. O11 a ainsi un moyen curatif très actif, également préventif contre les infections qui peuvent suivre l’ablatation des amygdales, des végétations adénoïdes et les extractions dentaires.
- Aux États-Unis, les D1'3 Romansky et Rittmann ont constaté qu’en injectant la pénicilline en suspension dans un mélange de cire et d’huile d’arachides, on prolonge l’action médicamenteuse pendant six à sept heures, ce qui diminue le nombre des injections et allège l’astreinte des médecins traitants.
- Aux États-Unis encore, le Dr Libby a réussi à préparer des pilules de pénicilline qui peuvent être ingérées, ce qui simplifie beaucoup le traitement, puisqu’on n’a plus à hospitaliser le malade pour lui faire des injections fréquemment répétées. La pénicilline est mise en suspension dans une huile qu’on enrobe dans des capsules de gélatine, lesquelles peuvent traverser l’estomac sans que le suc gastrique détruise le. produit actif ; celui-ci arrive dans l’intestin où il est absorbé.
- Enfui, un autre produit de même genre, la streptomycine, vient d'être essayé avec succès en décembre dernier par le Dr Reimann et ses collaborateurs contre les bacilles typhique et paratyphique au cours d’une petite épidémie.
- La production de pénicilline est maintenant suffisante aux États-Unis pour qu’on puisse la mettre à la disposition de tous les médecins. Elle sera dorénavant vendue en flacons de 10 000 unités dans les mêmes conditions que les autres médicaments.
- En France, le Service de Santé militaire a créé, avec le concours do l’industrie privée, une première usine de culture biologique et d’extraction chimique qui a été mise en route le 10 avril dernier. Déjà, plusieurs services hospitaliers de Paris ont été spécialisés pour le traitement des malades les plus gravement atteints au moyen de la nouvelle substance que nos alliés nous procurent. Bientôt s’y ajoutera la production française qui permettra de soigner un plus grand nombre de cas*
- Aux États-Unis, le D1’ Sopliian a constaté qu’on peut récupérer dans l’urine des malades traités près de 30 pour 100 de la substance injectée. Les Drs Broch, Kerharo et ïSelik ont entrepris celte récupération dans les hôpitaux américains de la région parisienne et ils vie-nont de communiquer à la Société dé Médecine militaire française la technique qu’ils emploient pour éviter la destruction de la pénicilline pendant la collecte et l’extraction et les rendements intéressants qu’ils obtiennent ainsi.
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- LE CIEL EN SEPTEMBRE 1945
- SOLEIL : sa déclinaison passe de + 8°19' le 1er à —2°46' le 30 ; Équinoxe d’Automne le 23 à 9h50m ; la durée du jour à Paris, de 13h24m le 1er s’abaisse à Uh41m le 30. — LUNE. Phases : N. L. le 6 à 13h43m, P. Q.. le 14 à 17h38m, P. L. le 21 à 20h40m, D. Q'. le 2S à llh24m ; Apogée le 11, Périgée le 23. Occultations : Gémeaux (3m,2s) le lei imm. 3h3Gm,5s ; 147 B Bélier- (5m,Ss) le 25 ém. 3h15m,6s. Conjonctions : avec Saturne le 2, llh,. à 1°29' N. ; avec; Vénus le 3, llh, à 2° 35' N. ; avec Mars le 29, 0h, à 0°12' N. — PLANETES. Mercure, plus grande élongation du matin le 6 à 18°!' E. du Soleil, visibilité du début jusque vers le milieu du mois, diam. app. diminuant de 8" à 5" ; Vénus, visibilité avant l’aurore, diam. app. diminuant de 14" à 12" ; Mars, dans les Gémeaux, se lève vers 22h30m visibilité presque toute la nuit, diam. app. augmentant de G",8 à 7",5 ; Jupiter, dans la Vierge, devient invisible, se perdant dans le crépuscule ; Saturne, dans les Gémeaux est visible la seconde partie de la nuit', diam. app. :
- globe, 15"G, anneau : grand axe 39",5, petit axe 15",3 ; Uranus, dans le Taureau, visible toute la nuit, diam. app. 3",6 ; Neptune, invisible, en conjonction avec le Soleil le 30. Conjonctions : Vénus, avec dçTaureau (4ra) le G, 8h, à 0°9' N. ; Mercure, avec a Lion (Régulus) le 1, 8h, à 0°20' S. ; Vénus, avec à Lion (Régulus) le 23, 19h, à 0°21' S. — LUMIERE ZODIACALE, visible avant l’aurore à l’E. les matins sans Lune. — ETOILES V A~R,T A -BLES. Min. d'Algol : le 5, 0h ; le 7, 20h49m ; le 10, 17h38m ; le 22, 4hoom ; le 25, lh42m ; le 27, 22b31m. Max. des variables à la longue période : R Andromède le Ie1' ; R Lion le 6 ; R Corbeau le 15. — ETOILE POLAIRE. Passage supérieur au méridien de Paris : le 8, 2h30m,13s ; le 18, lb5i“,2« ; le 28, ÎML», 49*.
- (N. B. — Heures données en temps universel : faire la correction imposée par l’heure d’été actuelle. — Ne sont indiqués ici que les phénomènes pratiquement observables).
- Lucien Rudaux
- BOITE AUX LETTRES
- Plomb de chasse. — Le plomb fondant h une température relativement basse, en l’occurrence 335°, il en résulte que l’on obtient très facilement le plomb de chasse en faisant couler d’une certaine hauteur, dans de l’eau froide, le plomb préalablement liquéfié après l’avoir fait passer au travers d’une passoire à trous de diamètre convenablement choisi.
- Les grains solidifiés sont ensuite mis dans un tonneau horizontal en rotation, ce qui enlève par frottement, pendant un temps suffisant, toutes les aspérités et donne le poli.
- Finalement le classement se fait en tamisant -u travers d’une succession de tamis superposés dont le diamètre des trous va en diminuant.
- N.-B. — Afin que le plomb obtenu soit plus efficace à la chasse, on lui communique une certaine dureté en additionnant le plomb au départ de la fabrication, pendant sa fusion, de deux à trois pour mille d’arsenic. Industriellement, toutes les opérations se succèdent sans discontinuité et les appareils très élémentaires dont nous venons de parler sont actionnés mécaniquement.
- Pétrole solidifié. — Pour réaliser un pétrole ou une essence ayant une consistance de graisse et ne laissant pas de-résidu après combustion, il faut avoir recours à un savon ammoniacal, en l’espèce l’oléate d’ammonium, que l’on prépare par double décomposition entre l’oléate de baryum et le sulfate d’ammonium, mis à digérer en proportions équivalentes (non pas égales) à douce chaleur dans l’alcool de densité 0,833. Lorsque l’on juge que la réaction est terminée, on filtre et distille la solution pour récupérer l’alcool, le résidu de l’évaporation est l’oléate d’ammonium C18II3302NII4.
- L’oléate séché à l’étuve aux environs de 100° C est une poudre blanche ressemblant à du talc ; on y incorpore ensuite, d’après la consistance que l’on veut obtenir, de 10 à 30 pour 100 d’essence minérale ou de pétrole, ce qui donne une masse solide, qui ressemble à la vaseline.
- N.-B. — On pourrait également obtenir de l’oléate d’ammonium en mélangeant directement de l’acide oléique et de l’am-
- moniaque, mais on aurait alors un mélange des savons ammoniacaux, des acides stéarique, oléique, margarique, qui seraient dans des proportions extrêmement variables, suivant les procédés industriels appliqués à l’obtention de l’acide brut : acide de saponification ou acide de distillation.
- LIVRES NOUVEAUX
- La sociologie, par André Joussain. 1 vol. in-16, 205 p. Bibliothèque de philosophie scientifique. Flammarion, Paris, 1945.
- La sociologie est la science des collectivités, science complexe intriquée avec la biologie, la psychologie, l’histoire, l’économie politique, l’ethnologie, la linguistique, etc. Elle a cependant sa méthode propre, surtout inductive, qui aboutit à des prévisions évidemment conditionnelles, à une politique expérimentale ; elle fournit aux sociétés humaines un a supplément d’âme ».
- INFORMATIONS
- « La presse quotidienne a appelé l’atten-« tion sur un nouveau traitement de la « tuberculose, qui serait particulièrement a efficace. Il résulterait , de travaux entre-« pris dans un laboratoire de l’Institut « Pasteur.
- « La Direction de I’Institut Pasteur a le « devoir de faire connaître que cette affir-« mation est au moins prématurée. Elle a « pour point de départ des recherches qui « n’ont pas encore abouti aux résultats cc expérimentaux permettant d’envisager « l’efficacité d’un tel traitement dans la « tuberculose humaine.
- « La question doit donc être entière-u ment réservée jusqu’au moment où les
- « techniciens spécialisés du Service de la u Tuberculose auront déterminé la portée « exacte de l’étude en cours. »
- PETITES ANNONCES
- La ligne : 30 fr. Abonnés : 20 fr.
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- LA NATURE
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- Le gérant : G. Masson. — masson et cis éditeurs, paris. — dépôt légal : 3e trimestre 1940, n° i44. BARNÉOUD FRÈRES ET Cie IMPRIMEURS (3lû566), LAVAL, K° 3oO. — 8-1945.
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- SOMMAIRE
- Mise en service des nouvelles locomotives Diesel-électriques de la S. N C. F-, par Jacques BOYER.
- Un inventeur heureux : CONTÉ, par Amédée FAYOl. La bombe atomique, par A.
- ÎGENDRP^
- La magnésie marine, par.
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- Un appareil à ionisation pour la mesure des faibles débits gazeux..............................
- Le centre émetteur de Vïllebon..................
- Les Sondeurs d’atome (suite), par P. ROUSSEAU. L’hexagone, forme logique des récipients, par
- P. BA-IAUX-DEFRANCE...........................
- Le tannage au fer, par J. BOISSEAU..............
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- MISE EN SERVICE DES NOUVELLES LOCOMOTIVES DIESEL ÉLECTRIQUES DE LA S. N. G F.
- Depuis peu circulent sur le réseau Sud-Est de la S. N. C. F., entre Paris et Dijon, deux nouvelles locomotives Diesel-électriques à grande vitesse dont les premières études remontent à 1937-1989 et qui firent, elles aussi, la guerre clandestine ! Démontées, en effet, au cours de l’occupation allemande, elles
- purent échapper aux investigations des techniciens ennemis. Après remontage, révisions et légères retouches, elles viennent de reprendre leur brillante carrière.
- Signalons donc très brièvement l’heureuse « résurrection » de ces remarquables machines, que La Nature a jadis longuement décrites (n° 3oii, i5 octobre 1987) et dont nous nous contenterons de rappeler sommairement les principales caractéristiques.
- Locomotive Diesel électrique à grande vitesse de la S. N. C. F. (262 BD-1).
- N° 3095 l*r Septembre 1945
- Le Numéro 10 francs
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- Ces deux prototypes de locomotives Diesel-électriques, numérotées 262-AD-1 et 262-BD-1, furent construites, la première par la Compagnie de Fives-Lille et’ la seconde par la Compagnie des Forgea et Aciéries de la Marine et d’Homécourt. Chacune d’elles, d’une longueur totale de 33 m o5, pèse 23o t 660 en ordre de marche. Divisées en deux parties symétriques, elles possèdent le même agencement généra] capable de remorquer, sans ravitaillement, pendant 1 200 km environ et à la vitesse commerciale de 100 km par heure, un train de 45o t. Le moteur thermique Diesel-Sulzer de chaque unité a une puissance continue de 1 900 ch du type suralimenté à 4 temps et à injection mécanique, il comporte 12 cylindres verticaux disposés en 2 rangées de 6 qui attaquent, à l’aide de vilebrequins et engrenages droits, une génératrice principale portant elle-même en bout d’arbre une génératrice auxiliaire. Chaque groupe électrogène s’insère au centre de la machine, dans un logement, encadré d’un côté par les réfrigérants et les groupes auxiliaires, tandis, qu’à l’autre extrémité, le compartiment de l’appareillage électrique voisine avec la cabine de conduite munie de tous les accessoires habituels (manettes diverses de commande, robinets de manœuvre des freins, tableau de lampes-témoins, tachymètres et autres instruments de mesure, etc...).
- En outre, à l’avant de la dite cabine de conduite, un coffre renferme la batterie d’accumulateurs au cadmium-nickel. Enfin, on a spécialement étudié la forme de leur carénage extérieur de façon à réduire la résistance de l’air, tandis que des trappes de visite facilitent l’entretien des organes et qu’une passerelle engainée élastiquement rend possible la circulation du personnel entre les pavillons de leurs deux unités constitutives.
- Les nouvelles Diesel-électriques se distinguent par leur puissance, leur souplesse et leur fonctionnement commode au cc fuel oil ». Les moteurs étant indépendants, ils tournent à plein régime dans les rampes. Par contre, on peut les arrêter dans les descentes et réaliser une économie de carburant fort appréciable. Les ingénieurs ont calculé que pour la remorque d’un train ordinaire de Paris à Lyon ces machines dépensent seulement la somme correspondant à 20 billets de seconde classe, ce qui constitue un prix minime. Aussi, dès que les circonstances le permettront, la S. N. C. F. se propose de commander un certain nombre de locomotives similaires pour remorquer ses trains rapides sur le parcours de Paris à Nice (1 017 km).
- Jacques Boyer.
- UN INVENTEUR HEUREUX ;
- CONTÉ 0755-18051
- NÉ d’une famille normande de pauvres cultivateurs, Jacques-Émile Conté montra, dès l’enfance, une intelligence remarquable. Ses dons exceptionnels frappèrent les religieux de Séez, chef-lieu diosésain, qui lui donnèrent, par charité, éducation et instruction classique, dont il garda toujours la forte et bienfaisante empreinte.
- La peinture le tentait, il y réussit fort bien et brossa des panneaux de valeur pour l’Hôtel-Dieu de Séez, dirigé par ses maîtres.
- Venu très jeune à Paris, Conté reçut les conseils de Greuze et fit du portrait. Il atteignit vite une maîtrise qui lui valut de beaux cachets, origine d’une certaine aisance.
- Malgré ces brillants succès Conté se sentait attiré vers la physique et les arts mécaniques, irrésistiblement. Il entra aux cabinets de Vauquelin et de Charles. Les événements de la Révolution, et les besoins sans cesse accrus des armées, permirent à ce chercheur, à cet inventeur, de développer ses facultés et ressources créatrices dans les directions les plus diverses. Réalisateur immédiat, on eût dit qu’il « inventait sur commande ».
- Monge, Berthollet, Charles l’orientèrent, d’abord, vers l’aéro-station naissante. Charles venait de substituer l’hydrogène au gaz, et Conté augmenta l’imperméabilité du ballon, en vernissant le taffetas. Puis il reçut le commandement des aérostiers militaires, car c’est lui qui avait eu l’idée d’employer les ballons dans les opérations militaires. Au cours d’un gonflement il fut victime d’un accident qui lui fit perdre un œil ; son activité n’en fut nullement amoindrie.
- Avec Vandermonde et Leroy, il fonda le Conservatoire des Arts et Métiers. En 1798, il inventa un baromètre pour mesures d’altitudes.
- Le blocus nous privait de plombagine : il la remplaça par un mélange d’argile très pure et de graphite. Il trouva de nouvelles formules pour couleurs fixes et fonda les nfanufactures pour la
- fabrication de ccs divers produits, dont le célèbre « crayon Conté ».
- Bonaparte qui l’appelait « l'homme bon à tout » l’emmena en Égypte ou Conté donnerait sa mesure, une mesure à l’échelle du Premier Consul. Son sens des réalités, la fécondité de son ingéniosité lui conféraient une valeur hors pair.
- Pendant plus de trois ans, après Aboukir qui nous avait privés de tous approvisionnements, il fallut improviser, refaire, créer, übiquiste dans le champ de la découverte, Conté se trouvait partout où on le réclamait. Parfois même il devançait l’appel. Il répondait à tous les espoirs. Et à son départ, il laissait des manifestations heureuses d’un esprit puissamment inventif. Conté, c’était un « dépanneur de haute classe » ; mais, chez lui, l’inventeur perçait immédiatement, le « débrouillard » du jour cachait le créateur du lendemain.
- Il serait trop long de donner la liste de ses trouvailles : il faut se borner, et pourtant Conté, lui, ne connaissait point de limites à ses découvertes. Or donc, il inventa, perfectionna : des moulins à vent, des pétrins, des fours, des instruments ménagers, de quincaillerie, agricoles, de chirurgie, du matériel de pansements, des machines à frapper des monnaies, à tisser, à fabriquer du papier, du drap, des appareils de laboratoire et de précision, des télégraphes, des armes, des munitions... Et il fonda et organisa des ateliers pour ces diverses fabrications.
- Conté fut un inventeur à qui le destin a toujours souri.
- Homme aimable, distingué, il était recherché des salons, des savants qui tenaient à honneur de le recevoir. Monge a dit de lui :
- « Conté avait toutes les sciences dans la tête et tous les arts dans lia main. On remarquait en lui une grande noblesse de caractère et une sihrplicité de mœurs antique. »
- Amédée Fayol.
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- LA BOMBE ATOMIQUE
- Le 6 août 1945 est une date à jamais mémorable. Ce jour-là, à 9 h i5 du matin, une forteresse volante américaine a lancé sur la ville japonaise d’Hiroshima une bombe atomique, c’est-à-dire un engin mettant en jeu non pas des phénomènes de combustion brusques comme les explosifs usuels, mais la décomposition d’atomes et la libération d’une partie de l’énorme énergie accumulée dans les noyaux de ces atomes. Cette unique bombe a suffi à raser une ville de 3oo 000 habitants. L’événement, a été solennellement annoncé par des déclarations de M. Truman, président des États-Unis, et de M. Attlee, premier ministre d’Angleterre, après la clôture de leur conférence avec le maréchal Staline à Potsdam.
- « Le fait que nous soyons en mesure de libérer l’énergie atomique, déclarait M. Truman, inaugure une ère nouvelle dans notre compréhension de la nature ».
- Sur le plan politique et militaire l’apparition cîc ce terrible engin a eu des conséquences foudroyantes.
- Le 8 août, la Russie déclare la gueri’e au Japon et envahit la Mandchourie.
- Le 9 août, à midi, une seconde bombe fait subir à Nagasaki, ville de 200 000 habitants, le sort de Hiroshima.
- Le 11 août, le Japon se déclare prêt à mettre bas les armes. Le i4 aoùtjj^üjXapitule sans conditions. La paix règne enfin sur la platiÉp^g ans de massacres et de dévastations sans
- préqæf(lms.
- (M9'po,urmi,|î*^®*Kuer sans fin sur le bouleversement que la nopabè''''à‘temiq^f®iflige à la stratégie, sur la force redoutable qu’èïld'.confèreJfl||jfFpuissances qui en possèdent le secret, sur les da^gèŸf^tçjSp^ fait courir à l’humanité, sur l’inquiétude permaneiit€'3;^ô,ëlle va faire régner sur le monde.
- Mais la bombe atomique nous apporte aussi la certitude que l’énergie intra-atomique, réservoir inépuisable, peut être mise à la disposition de l’homme, non pas seulement pour la destruction, mais aussi pour des applications pacifiques. Les réserves de charbon et de pétrole s’épuiseront un jour. Les autres sources de force motrice : bois, houille blanche, etc., sont limitées. L’humanité voit aujourd’hui se dissiper la crainte d’une famine de combustible. Une ère nouvelle s’ouvre dans l’histoire de la civilisation matérielle. Parmi les découvertes qui jalonnent la route du progrès, celle-ci 11e le cède, sans doute, en importance qu’à la découverte du feu. Il y a encore, il est vrai, un long chemin à parcourir avant que l’énergie atomique ne puisse être effectivement domestiquée. Mais les problèmes à résoudre peuvent être nettement posés, et aucun n’apparaît insoluble.
- Que sait-on de la bombe atomique ?
- En dehors de son existence, on ne connaît à peu près rien d’elle. On sait cependant qu’elle utilise la rupture explosive du noyau d’uranium, bombardé par des neutrons, phénomène qui, par gramme d'uranium décomposé, libère environ 20 millions de grandes calories, énergie équivalente à celle que dégage la combustion dé 2 t 1/2 de bon charbon. Ce phénomène depuis le début de l’année 1939 a fait l’objet d’ardentes recherches dans la plupart des pays du monde. La guerre ne les a pas interrompues, bien au contraire, mais elles ont alors été enveloppées du secret le plus hermétique. De sorte que sur cette question de pure science, je n’ai pour ainsi dire rien à ajouter à l’article dans lequel, ici même, le i5 décembre 1939, j’exposais l’état de la question. Je le résumerai plus loin.
- Toutefois, des informations publiées, on peut retenir les points
- suivants : la bombe ne pèserait pas plus de 200 kg et sa charge explosive serait de l’ordre de 2 kg. En 1939, on croyait que la décomposition en chaîne ne pouvait s’amorcer qu’au sein d’une masse d’uranium de 8 à 10 t environ.
- La bombe a été transportée par avion normal, et semble-t-il, sans aménagements spéciaux. Ce qui prouve qu’avant son lancement, elle est inoffensive pour le voisinage et que la réaction nucléaire ne s’amorce qu’après le lancement sans exiger une forte masse de matière explosive.
- Enfin la bombe n’est pas lancée directement, mais parachutée, sans doute pour laisser au pilote le temps de s’éloigner du lieu de l’explosion, sans doute aussi pour laisser au mécanisme de déclenchement le temps de jouer.
- On redoutait aussi que la décomposition explosive de l’uranium une fois amorcée, ne se propageât, par les rayonnements qu’elle dégage, à d’autres corps de l’écorce terrestre, et en se communiquant de proche en proche entraînât l’explosion d’une partie, sinon de la totalité de la planète. L’expérience a été faite : des effets terribles, mais locaux ont été obtenus. La Terre n’a pas sauté.
- Est-ce l’uranium normal de nombre atomique 92 et de poids atomique 238 qui est employé dans la bombe ? On ne sait. On a parlé de son isotope de poids atomique 235. On a parlé aussi d’éléments transuraniens, de nombre atomique supérieur, comme l’élément 93 obtenu par irradiation de l’uranium normal.
- Comment peut-on se représenter la bombe à uranium P Elle doit évidemment être munie d’une source de neutrons. Ceux-ci s’obtiennent en bombardant une cible de glucinium ou de lithium avec des protons (noyaux d’hydrogène), des particules alpha (noyaux d’hélium) ou mieux encore des deutons (noyaux d’hydrogène lourd). Pour communiquer à ces projectiles l’accélération nécessaire, on emploie dans les laboratoires de lourdes et imposantes machines, comme le cyclotron, ou des machines électriques à très haute tension, plusieurs millions de volts, comme celle qui a été construite pour M. Joliot-Cubie en 1907 et qui figurait au Palais de la Découverte. Ces machines ne peuvent trouver place à bord d’un avion. Il est donc probable qu’on a eu recours au dispositif employé à l’origine de la découverte des neutrons : une ampoule remplie de glucinium métallique et d’un corps radioactif naturel émetteur de rayons alpha, radium par exemple ou émanation de radium (radon) ou peut-être un des radio-éléments artificiels de Mme et M. Joliot-Curie.
- Les neutrons ainsi libérés sont des neutrons à grande vitesse : à la différence des autres projectiles de l’artillerie atomique, les neutrons sont d’autant moins efficaces qu’ils sont plus rapides. C’est que ces particules, dépourvues de toute charge électrique^ ne subissent à leur traversée des atomes aucune attraction ou répulsion ni de la part du noyau chargé positivement, ni des électrons qui gravitent autour de lui à des distances relativement énormes. Les atomes sont transparents aux neutrons rapides. Mais tout change lorsque les neutrons ont des vitesses faibles, de l’ordre des vitesses d’agitation thermique des atomes à la température ordinaire. Ces neutrons dits « thermiques » ralentis par des chocs qui les réfléchissent en toutes directions pénètrent facilement dans les noyaux atomiques et y opèrent des transmutations sur lesquelles nous reviendrons plus loin.
- On sait ralentir les neutrons rapides en plaçant sur leur trajet un corps hydrogéné, généralement de la paraffine. On peut donc s’attendre à trouver derrière le générateur de neu-
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- Irons un écran de paraffine. 11 faut enfin être en mesure de déclencher la réaction explosive au moment choisi. On peut y parvenir en interposant entre la source de-neutrons et la charge explosive un écran absorbant qu’un mécanisme automatique effacera au moment du lancement de la bombe. Une faible épaisseur de cadmium ou de gadolinium absorbe à peu près complètement les neutrons lents.
- Les effets de la bombe atomique.
- Le 12 juillet iq44, les services américains qui se consacraient à la mise au point de la bombe ont procédé à un essai sur le champ d’aviation de Alamagordo (Nouveau Mexique). L’engin était placé au sommet d’une tour en acier. Les expérimentateurs s’étant retirés à 20 km de là, l’explosion eut lieu aux dernières heures de la nuit. Une lueur aveuglante éclaira le ciel comme en plein jour; 45 s plus tard, les observateurs ressentirent un violent déplacement d’air qui jeta deux hommes par terre. La terre trembla et la secousse se lit sentir dans un rayon de plus de 3oo km. Un immense nuage coloré s’éleva jusqu’à plus de 10 000 m d’altitude. Sur le terrain, la tour d’acier disparut pour faire place à un immense cratère. De ces constatations, on peut conclure que la bombe agit par une énorme élévation de température ainsi que par des ondes de choc et un souffle puissants.
- La bombe lancée à Hiroshima a produit des effets analogues; cependant,aucun cratère n’a été observé sans doute parce que l’explosion a eu lieu à plus haute altitude. Selon les premiers x'enseignements radiodiffusés par l’agence japonaise Domei, tout le centre de la ville aurait été rasé et une grande partie de la population a été exterminée.
- Comment fut créée la bombe atomique.
- Au début de l’année 1989, de nombreux savants en France, en Allemagne, en Angleterre, aux États-Unis, en Italie, au Danemark, sans doute aussi en Russie, étudiaient avec passion le problème de la rupture explosive du noyau d’uranium. Tous s’étaient rendu compte que si l’on réussissait à amorcer la réaction, elle pourrait donner lieu à une déflagration d’une puissance infiniment supérieure à celle de tout explosif connu. L’expérience n’avait pas été faite et on hésitait à l’entreprendre, non seulement à cause des frais énormes qu’elle exigeait, mais aussi à cause des dangers qu’elle comportait. Serait-on maître de freiner la réaction ? Dans le cas contraire, on exposait le voisinage du laboratoire, dans un rayon étendu, à un Aréritable cataclysme.
- Mais la guerre éclate en Europe, et bientôt les États-Unis y prennent part. L’idée d’utiliser à des fins militaires les terribles effets destructeurs entrevus par les savants devait fatalement germer chez tous les belligérants.
- Nous savons aujourd’hui que dans les deux camps, des équipes de savants ont été mobilisées pour résoudre le problème. Une bataille de laboratoires s’est engagée et ce sont les Alliés qui l’ont gagnée. L’Allemagne était, paraît-il, bien près, elle aussi, de la solution. On frémit à la pensée de ce qui fût advenu si elle avait gagné celte partie. Peut-être ne l’a-t-elle perdue que parce que nombre de ses chercheurs, chassés par les persécutions politiques ou raciales, sont passés dans le camp adverse, tels Fermi, Lise Meitner, von Hauban et bien d’autres.
- La France, avec M. et Mrae Joliot-Curie, Francis Perrin et leurs collaborateurs, a apporté dans cette lutte une contribution importante, injustement oubliée à l’heure de la victoire défini tire.
- Quoi qu’il en soit, les études aux États-Unis ont commencé
- en laboratoire dès 1909 sur l’initiative du Président Roosevelt. En Angleterre des savants éminents comme Ciiadwick, Sir Georges Thomson s’y consacraient. Quand les États-Unis furent entrés dans la guerre, il fut décidé que les équipes anglaise et américaine joindraient leurs efforts et travailleraient en commun.
- Les recherches aboutirent et la fabrication fut organisée : en 1942 trois centres furent mis en route, deux sur un territoire réservé à 3o km de Knoxville (Tennessee), le troisième sur un autre territoire réservé de 172 000 ha à 25 km de Pasco dans l’État de Washington. Enfin un laboratoire spécial dirigé par le Dr J. R. Oppenheimer fut créé à Santa Fé (Nouveau Mexique). Dans ces lieux déserts, plus de ia5 000 ouvriers ont travaillé dans le plus grand secret., eux-mêmes ignorant tout de l’œuvre à laquelle ils participaient.
- Il a été dépensé au total 2 milliards de dollars, soit 100 milliards de francs au cours actuel.
- Ces chiffres disent l’énormité de l’effort déployé. Maïs le résultat valait la peine : notons, en effet, que, pour le seul mois de juillet 1944, les dépenses de guerre des seuls États-Unis ont dépassé 7 milliards de dollars.
- D’après les déclarations de M. Stimson, ministre de la Guerre des États-Unis, des bombes plus puissantes encore que celles qui ont été lancées sur le Japon, sont actuellement en cours de mise au point. Et rien n’empêclie d’imaginer que dans un avenir proche, la bombe sera chargée sur un avion sans pilote ou sur une fusée à longue portée genre V2.
- Les États-Unis et l’Angleterre sont bien décidés à garder le .secret sur la nouvelle arme. Elle leur confère une puissance dont on peut espérer qu’ils n’abuseront jamais. Mais un tel secret peut-il être réellement gardé ? La libération de l’énergie atomique ouvre à l’humanité, dans le domaine pacifique, de trop belles perspectives pour que les recherches entamées dans les .autres pays soient abandonnées. Elles aboutiront, avec ou sans le concours de ceux qui savent déjà. Seul un contrôle international sévère et accepté de tous peut garantir contre un mauvais usage de la plus belle des découvertes.
- Comme le dit le savant Ilaldane, l’humanité a aujourd'hui le choix entre l'abondance pour tous et une destruc= tion complète de la civilisation.
- Les étapes de la conquête de l'énergie atomique.
- On sait aujourd’hui que l’atome d’un élément est comparable à un petit système planétaire : au centre un noyau de diamètre extrêmement petit, de l’ordre de io-12 cm., mais dans lequel est concentrée la quasi totalité de la masse de l’élément. Ce noyau qui confère à l’élément son individualité est une agglomération de protons, particules élémentaires d’éléctricité positive et de neutrons, particules ayant même masse que le proton, mais sans charge électrique. Autour du noyau, à des distances très grandes, cent'mille fois supérieures au diamètre du noyau, gravitent sur diverses orbites des électrons, particules élémentaires d’électricité négative, de masse très petite et négligeable devant celle du noyau. L’atome normal étant neutre, le nombre des électrons est égal à celui des protons. Ce nombre est le numéro atomique de l’élément et coïncide avec le rang de l’élément dans la classification périodique de Mendéleef.
- . Le noyau est un édifice complexe de structure encore mystérieuse. Mais les forces qui y tiennent assemblées scs particules constituantes sont énormes et représentent une formidable accumulation d’énergie.
- Le noyau le plus simple est celui de l’hydrogène qui ,ne comprend qu’un proton. Vient ensuite Vhydrogènc lourd ou
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- deutérium, qui est formé d’un proton et d’un neutron et donne un isotope de l’hydrogène ordinaire. Son noyau est appelé dculon. Le noyau le plus lourd est celui de l’uranium qui contient 92 proions.
- Les corps radioactifs naturels nous offrent un exemple de noyaux qui se désagrègent d’eux-mêmes en libérant cette énergie, mais avec une grande lenteur. Ces transmutations spontanées s’accompagnent de projections d’électrons (particules (3), de noyaux d’hélium (particules a) lancés à très grande vitesse et de rayons y, qui sont des rayons X extrêmement pénétrants.
- En 1921, Rutherford eut l’idée géniale de se servir des particules a lancées par le radium pour bombarder d’autres atomes et il réussit ainsi la première transmutation artificielle. Depuis les expériences se sont multipliées et l’arsenal des physiciens s’est considérablement accru lorsqu’ils ont trouvé le moyen d’accélérer d’autres projectiles, notamment les protons et les deutons. Lorsqu’un de ces projectiles, lancés au hasard, atteint par bonheur un noyau, il y provoque un bouleversement qui entraîne le plus souvent un dégagement d’énergie considérable. Mais le nombre des coups au but est extrêmement petit; d’autant plus que ces particules, en raison de leur charge électrique, sont normalement repoussées par les noyaux et n’y peuvent pénétrer que s’ils le frappent en plein avec une très grande vitesse.
- En 1932, la découverte du neutron, particule sans charge électrique, vint mettre à la disposition des physiciens, le projectile idéal pour ce genre de bombardements. Cependant le tir sur noyaux restait un tir aveugle et il fallait lancer un nombre prodigieux de neutrons pour avoir une chance d’atteindre l’imperceptible noyau, perdu au centre du vide immense que représente un atome. De très nombreuses transmutations ont été obtenues, mais au prix d’une dépense totale d’énergie bien supérieure à celle qui était libérée.
- La conquête de l’énergie atomique paraissait bien lointaine encore lorsque en 1988, Mme Joliot-Curie et. Savitch signalèrent un phénomène surprenant qui allait mettre les physiciens sur la voie.
- Bombardant l’uranium avec des neutrons ralentis par les moyens indiqués par Fermi, ils constatèrent la formation d’un radio-élément ayant les propriétés du lanthane, corps de numéro atomique 57 inférieur de presque moitié à celui de l’uranium. Jusqu’alors toutes les transmutations opérées à l’aide du neutron avaient pour résultat l’incorporation d’un neutron au noyau, ou rarracliement de quelques particules légères, particules a, ou protons et l’on ne formait que des corps de nombre atomique identique à celui du corps bombardé (isotopes) ou très voisin. Les résultats de Mme Joliot-Curie et Savitch furent bientôt confirmés et précisés, à la suite d’essais et d’analyses approfondis, par les chimistes allemands Haiin, Strassmann et Mlle Lise Meitner.
- Sous le choc du neutron, le noyau d’uranium fait littéralement explosion. Les débris de l’édifice contiennent principalement du Baryum, à côté de nombreux autres éléments tous beaucoup plus légers que l’uranium. L’explosion libère environ 180 millions d’électrons-volts par atome d’uranium, soit comme il a été dit plus haut, près de 20 millions de grandes calories par gramme de matière.
- Cependant cette énergie, ici encore, n’était libérée qu’au prix d’une dépense de dizaines de milliards de projectiles pour un coup au but;
- C’est alors que survint une découverte capitale due à F. Jo-liot. D’après ce que l’on savait de la constitution des noyaux, la somme des neutrons contenus dans les atomes formant les débris de l’explosion de l’uranium devait être inférieure au nombre de neutrons contenus dans l’atome d’uranium. L’explosion devait donc libérer des neutrons. L’expérience faite par Joliot, von IIalban et Kowarski a confirmé ces vues. La rup-
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- ture d’un noyau d’uranium s’accompagne de la projection de trois neutrons au moins.
- Les trois savants venaient ainsi de découvrir la clé ouvrant .accès au trésor de l’énergie atomique.
- Nous avons en effet un projectile qui se multiplie lui-même lorsqu’il atteint son but. Les nouveaux neutrons lancés par l’atome qui éclate vont pouvoir atteindre d’autres noyaux et les faire sauter à leur tour; une fois la réaction amorcée, elle va donc pouvoir se propager en chaîne, à condition toutefois de se produire au sein d’une quantité de matière explosive suffisante pour que les neutrons aient de grandes chances de rencontrer un noyau d’uranium sur leur trajet. Ces neutrons, bien entendu, doivent être préalablement ralentis et ramenés à l’état de neutrons thermiques. La chose est facile : il suffit d’ajouter à la masse d’uranium une quantité suffisante d’un composé hydrogéné, eau ou paraffine.
- Il restait à vérifier les déductions théoriques. L’expérience apparaissait terriblement dangereuse; le calcul montrait en effet que si la réaction en chaîne s’amorçait, elle se propagerait en quelques secondes dans toute la masse uranifère. Francis Perrin évaluait à 10 t le minimum d’uranium nécessaire au déclenchement de la réaction. L’explosion brutale d’une telle masse aurait les effets d’une gigantesque éruption volcanique. On pouvait espérer cependant que la réaction se régulariserait d’elle-même, les neutrons accélérés par l’élévation énorme de température perdant leur efficacité.
- Mais deux collaborateurs de M. Joliot, Adler et von Halban ont trouvé un moyen de régulation et de sécurité beaucoup plus efficace. Ils ont montré que l’on pouvait régler en quelque sorte à volonté la vitesse de décomposition de l’uranium en effectuant le bombardement neutronique au sein d’un mélange convenablement dosé de produits uranifères, de substances hydrogénées ralentissant les neutrons, et de cadmium ou de gadolinium, puissants absorbants des neutrons lents.
- On en était là vers le milieu de l’année 1989. On avait acquis la certitude que la conquête de l’énergie atomique n’était plus une utopie. Les voies accédant à ce merveilleux domaine étaient ouvertes. La science française y avait contribué pour une part essentielle. Mais la guerre et l’invasion allaient la mettre provisoirement hors de course.
- Après la déclaration de guerre en septembre 1989, Frédéric Joliot et son équipe continuèrent leurs travaux, mais dans le plus grand secret. Leurs efforts étaient orientés vers la production de force motrice. A l’approche des Allëmands en juin 1940, tout fut interrompu : M. Joliot tint tout d’abord à mettre à l’abri ses collaborateurs d’origine allemande : il put les faire passer en Angleterre où ils grossirent, sans doute, la troupe des chercheurs que nos alliés allaient mobiliser. Il réussit également à faire passer en Angleterre un stock important d’eau lourde, que le Gouvernement Français avait pu faire venir de Norvège en mars 1940. Dans l’eau lourde, l’hydrogène n’est pas l’hydrogène usuel de masse atomique 1, mais un isotope de masse atomique 2. Tandis que l’atome d’hydrogène normal a un noyau 1 formé d’un seul proton, l’atome d’hydrogène lourd a un noyau formé d’un proton et un neutron, donc dé masse double de celle de l’hydrogène normal; dans les deux cas un seul électron gravite autour du noyau.
- Ce noyau d’hydrogène lourd, grâce à sa masse, est un projectile de choix p'our la création des neutrons. L’eau lourde qui permet de se le procurer en abondance est un produit précieux pour les laboratoires de physique nucléaire.
- Or on ne la trouve dans la proportion de 1 pour 6 000 que dans les eaux résiduelles des bacs d’électrolyse de l’eau ordinaire. Une seule usine de ce genre en Europe avait des résidus assez importants pour entreprendre la récupération de l’eau lourde : c’était l’usine de fabrication d’oxvgène de Rjukan, en Norvège, propriété de la Société Norvégienne de l’Azote.
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- Cette société aux attaches françaises mit son stock d’eau lourde à la disposition du Gouvernement Français. Le ministre de l’Armement de l’époque, M. Dautry, délégua en Norvège un officier qui put, malgré les embûches de l’espionnage allemand, ramener en France i85 kg d’eau lourde, quelques jours à peine avant l’invasion de la Norvège par les Allemands. Ceux-ci maîtres de la Norvège firent reprendre à leur profit la fabrication de l’eau lourde. Mais les sabotages de patriotes norvégiens parachutés par l’aviation britannique paralysèrent les expéditions et, le 16 novembre 1943, un bombardement par 80 avions alliés mit l’usine hors de service pour six mois.
- L'avenir — Les centrales à uranium.
- Les imaginations se sont donné déjà librement carrière à ce sujet. N’aurons-nous pas demain pour nôs chemins de fer, nos avions, nos locomotives, des moteurs à énergie atomique, consommant quelques milligrammes d’uranium là où les moteurs actuels consomment des litres d’essence ou des kilogrammes de charbon ?
- C’est aller bien vite en besogne.
- Tout d’abord, il faut songer que la réaction de décomposition de l’uranium s’accompagne de radiations terriblement dangereuses pour tous êtres vivants : projections de neutrons et autres particules ainsi que de rayons gamma beaucoup plus pénétrants que les rayons X produits par les plus puissants appareils aujourd’hui connus. Ces singuliers produits d’échappement contre lesquels il serait impossible de se protéger autrement que par des cuirasses d’énorme épaisseur feraient courir un péril mortel à tout le voisinage.
- D’autre part il faut songer que jusqu’ici on n’aperçoit qu’un seul mode d’utilisation de l’énergie dégagée : la production de chaleur.
- Abstraction faite de la bombe atomique qui, souhaitons-le, ne trouvera plus désormais d’emploi sur notre globe pacifié, les seules applications sur lesquelles peut se diriger dès maintenant l’effort des chercheurs sont le chauffage et la production de force motrice.
- On ne peut envisager cette mise en œuvre que dans des usines centrales puissantes, installées dans des contrées désertes en raison des dangers d’explosion. Tous leurs organes devront être commandés et manœuvrés à distance afin de soustraire le personnel aux dangers du rayonnement.
- La réalisation d’une telle centrale pose une foule de problèmes. Mais aucun n’apparaît insoluble. Signalons à ce propos que, dès le mois de juillet 1939, C. Chilovski, l’inventeur célèbre du repérage des sous-marins par ultra-sons, a pris un brevet français aujourd’hui publié qui décrit dans tous ses détails une centrale thermique à uranium. L’inventeur capte la chaleur dégagée au moyen d’un courant de métal en fusion traversant la masse uranifère. Sur la base des connaissances acquises à l’époque, il met en œuvre des moyens fort ingénieux pour modérer la réaction de décomposition, la stabiliser à une température réglable et pour l’amorcer ou l’arrêter à tout moment désiré.
- Il faudra sans doute encore plusieurs années de recherches menées par des phalanges de savants et d’ingénieurs avant de voir s’ériger les premières usines à uranium. Le charbon et le pétrole ne sont pas encore supplantés.
- A. Troller.
- La Science et la Guer
- Matériel secret de
- A la fin du mois d’avril 1943, alors que l’effondrement de la puissance militaire allemande ne faisait plus de doute, les autorités américaines se sont décidées à lever le voile de secret qui couvrait encore certains matériels de guerre. Une expédition organisée à. Fort Myer à l’intention de la presse a permis à celle-ci de révéler, sans aucune restriction de la censure, les caractéristiques d’un certain nombre d’armes utilisées en ces derniers mois sur les. champs de bataille. De plus les journalistes .ont eu sous les yeux tout un matériel fort intéressant sur lequel on n’avait jusqu’ici que fort peu de renseignements.
- Nous signalerons, d’après Business Week, les appareils suivants :
- Épurateur d’eau. — Il emploie un tissu filtrant en fibre de verre pour équiper des récipients pliants de 2 230 litres. Le tissu de verre a été choisi tout d’abord à cause de la rareté du coton ; mais il a de plus l’avantage d’être plus résistant et de ne pas pourrir.
- Matériel de forage. — Ce matériel a été étudié pour pouvoir être mis en œuvre par une équipe de 3 hommes. Il peut être transporté par avion. Il permet d’effectuer des sondages sous un angle quelconque depuis l’horizontale jusqu’à la verticale.
- Pédographe. — Cet appareil, porté par un patrouilleur, fournit la nuit un enregistrement du trajet de la patrouille. Un fil
- re
- Varmée américaine.
- d’une longueur de plusieurs dizaines de mètres, enroulé sur une bobine, s’attache à un objet fixe. Il se déroule au fur et à mesure de la marche du patrouilleur, en faisant tourner une poulie qui entraîne une chaîne. Cette dernière actionne un crayon qui inscrit le trajet sur une feuille de papier fixée sur une planchette. Les changements de direction sont enregistrés à l’aide d’une boussole qui les transmet au crayon. Les distances se mesurent par la longueur de fil déroulé.
- Canot de sauvetage. — Ce canot, actuellement employé sur tous les navires américains, peut porter 10 hommes et en soutenir 13 de plus quand il est à l’eau. Ses parois sont faites d’une enveloppe en feuilles de matière plastique, garnie d’un remplissage incombustible, et auto-obturateur. Ce canot peut être lancé à l’eau sans dommage d’une hauteur de 13 mètres.
- Armures modernes. — Les chevaliers du temps jadis portaient des cottes de mailles. Les aviateurs d’aujourd’hui peuvent se vêtir d’une armure résistant à la pénétration des balles et confectionnée à l’aide d’un alliage d’aluminium doublé de nylon.
- Pour les soldats du génie chargés du déminage, on a réalisé une armure en acier au manganèse qui les protège contre les éclats à faible vitesse et un masque également en acier au manganèse avec des fentes de 1 mm pour la vision.
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- LA MAGNESIE MARINE
- Les procédés Séailles.
- La magnésie est l’oxyde de magnésium, MgO, ou l’hydroxyde, Mg(OH)2, base comparable à la chaux et à la baryte. Dès le début du xixe siècle, Davy supposa qu’elle contenait un métal que Bussy isola en 1829, mais ce n’est que depuis 1915 que le magnésium fut préparé industriellement ; il s’est révélé depuis un métal de grand avenir.
- Les propriétés les plus intéressantes du magnésium sont sa légèreté : 1,7 au lieu de 2,7 pour l’aluminium et 7,8 pour le fer et sa facilité d’oxydation en dégageant beaucoup de chaleur.
- Sa légèreté le fait entrer dans un grand nombre d’alliages ultra-légers de plus en plus demandés par l’aviation, qui trouvent aussi d’autres applications dans les constructions métalliques (automobiles, chemins de fer, etc.). E11 ces dernières années, on a beaucoup amélioré les propriétés mécaniques et la protection contre la corrosion de ces produits.
- Sa facilité d’oxydation lui a ouvert d’autres débouchés. Comme le magnésium brûle en donnant un vive lumière, beaucoup de chaleur et une fumée blanche d’oxyde, on se sert du métal pour l’éclairage photographique, les bombes incendiaires, les balles traceuses, etc. On emploie le magnésium en métallurgie pour réduire les oxydes de beaucoup d’autres métaux et alliages pendant leur élaboration ou leur affinage et aussi pour préparer le silicium, le bore, le potassium.
- UTILISATIONS
- La magnésie a encore plus d’applications. Fondue au-dessus de 2 ooo°, elle présente une grande dureté qui lui ouvre de belles perspectives. Frittée entre x Goo° et 1 8oo°, elle fournit un x'éfractaire incomparable pour le revêtement des fours métallurgiques et des fours rotatifs à ciment. Calcinée entre 900° et x 2000, elle se prend au contact du chlorure de magnésium en un ciment d’oxychlorui'e (ciment Sorel) dont on fait des l’evêtements sans joints : parquets, stucs, enduits, et des objets moulés. On l’ajoute en charge au caoutchouc, à la rayonne, etc. Ses qualités d’isolation thermique et électrique l’ont fait utiliser pour la protection contre les courts-cii’cuits et l’incendie.
- La magnésie sert encore pour l’épuration des eaux de boisson et de chaudières ; elle peut remplacer la chaux dans la préparation du carbonate de sodium et en sucrerie; elle entre dans la composition du chewing-gum.
- Elle se carbonate facilement et les carbonates basiques donnent des isolants, des produits de charge pour le soufre, le sel, les encres d’imprimerie, les peintures, le caoutchouc, les savons, les pâtes dentifrices, etc., en améliorant leurs pro-pi’iétés.
- Enfin, la pharmacie consomme de la magnésie sous diverses formes : oxyde, hydroxyde, sulfate, carbonate, citrate, et la cosmétique utilise le stéarate pour les poudres de beauté.
- SOURCES
- Le magnésium n’existe pas à l’étal libre dans la nature, mais y abonde à l’état de combinaisons. On le trouve dans les couches superficielles à l’état de carbonate (gioberlile) et de
- cai'bonate double de magnésium et de calcium (dolomie). Les amphiboles, pyroxènes, micas, l’olivine en contiennent.. Le talc, la chlorite, la serpentine sont des silicates magnésiens. On sait que Suess a dénommé sirna la couche moyenne de l’écorce terrestre en raison de sa richesse en silicium et en
- Fig. 1. — Vue aérienne de l’usine de magnésie marine de Freeport (Texas), produisant 4 t de magnésie par heure.
- magnésium ; Clarke estime à 2 pour 100 la teneur en magnésium de la lithosphère. On trouve encore cet ion sous diverses formes dans les eaux minérales et les dépôts de sels, notamment la' carnallite MgCl2, KC1, 6 H20, la kaïnite MgS04, KC1, 3 II20, la schônite MgSÔ4, K2S04, 6 H20, etc. L’eau de mer renferme par liti'e i,3 gramme de magnésium, soit un peu plus de 2 g. de magnésie (MgO). Enfin, le magnésium est un constituant de la chlorophylle et tous les végétaux et animaux en contiennent.
- Pratiquement, on extrait le magnésium de la giobertite, de la dolomie, tles eaux-mères des salines et, depuis peu, de l'eau de mer.
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- Fig. 2. — Les bassins de décantation de l’usine de Moss Landing
- (Californie).
- La France ne dispose pas de giobertite dont un seul gisement existe en Corse, tandis qu’on l’exploite aux États-Unis, en Mandchourie, en Grèce, en Autriche et en Yougoslavie. La dolomie est plus abondante, mais contient Mg lié à Ca qu’il faut en séparer. Les eaux-mères donnent du chlorure utilisable seulement pour la préparation du métal. La mer est par contre une réserve illimitée et intarissable puisque ses i 3oo millions de kilomètres cubes d’eau à 2 g. de magnésie par litre pourraient fournir 26.io14 tonnes de cette base!
- sie plus importante que les carrières et les mines. Actuellement, les États-Unis extraient la magnésie de l’eau de mer dans les six usines suivantes dont quatre construites depuis ig4o :
- Production
- Emplacement annuelle
- Velasco (Texas).................... 63 000 t
- Freeport (Texas)................... 32 000 t
- Cape May (New Jersey).............. 32 400 t
- Natividad et Moss Landing (Cal.). 32 400 t
- San Francisco (Californie) ... 4 300 t
- Newark (Californie) U)............. 32 400 t
- Des 200 000 t de magnésie sorties de la mer, la moitié environ est fritée et employée à l’état de base pour les réfractaires, l’autre moitié est transformée sur place en chlorure pour la préparation du métal.
- La figure 1 montre rétenclue de l’usine de Freeport et la ligure 2 l’aspect des bassins de décantation de celle de Moss Landing.
- En France, la production est loin d’avoir pris un tel essor. En 1937, on y consommait 25 000 t de magnésie, presque toutes importées puisque la fabrication, à partir de la dolomie, n’atteignait que 1 5oo t. Depuis 3 ans, une usine-pilote établie à Sète a pu produire jusqu’à 900 t par an, à partir de l’eau de mer, tout en mettant au point les techniques nécessaires, mais elle a été fortement gênée par l’occupation allemande et les travaux de défense des côtes. Il est temps que la France satisfasse maintenant ses propres besoins.
- [ EXTRACTION DE LA MAGNÉSIE DE L’EAU DE MER
- PRODUCTION
- Jusqu’à la guerre de 191/1, l’Allemagne seule produisait un peu de magnésium ; les oxydes et les sels provenaient des gisements terrestres : giobertite, dolomie, eaux-mères. Le métal n’était guère plus qu’une curiosité. En 1929, l’Allemagne fabriquait déjà 1 200 t de magnésium; en 1938 son tonnage avait plus que décuplé. D’autres pays suivirent et la production mondiale atteignit en 1938, 24 000 t ainsi réparties :
- Allemagne.................. 000
- Grande-Bretagne............ 3 000
- TJ. S. A. .... . . . . 2186
- France..................... 1 800
- Japon...................... 1 500
- U. R, S. S........... 1 000
- En France, Ugine (usine des Clavaux, puis de Jarrie) et Péehiney (Epierre, puis Chedde) avaient fabriqué en 1918 62 t de métal pour retomber en 1922 à 2,6 t; en 1939, on avait atteint 2 5oo t seulement.
- Les besoins de la guerre allaient bouleverser les techniques et la production. Aux États-Unis, on passa de 2 200 t en 1938 à 5 000 en 1939, 6 000 en 1940, iC 000 en 1941, 85 000 en 1942, 2o5 000 en 1943 pour aboutir à une capacité de pi'oduction annuelle de 3oo 000 t en ig44-
- La métallurgie du magnésium se trouva transformée grâce au procédé de réduction de la magnésie par le ferrosilicium s’ajoutant à l’électrolyse du chlorure. El la mer devint une source de magné-
- ' L’eau de mer contient 2 g de magnésie par litre, ou plus exactement 1,3 g d’ion magnésium en équilibre de solution avec divers anions : chlorhydrique et sulfurique surtout. Ces sels de magnésium sont solubles tandis que l’hydroxyde de
- 1. Eaux-mères de marais salants.
- Fig. 3. — Les bassins de l’usine pilote de magnésie marine de Sète, au moment de la construction.
- A gauche, le bassin à eau de chaux ; au centre, le bassin de décantation de la magnésie marine.
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- magnésium est totalement insoluble, si bien qu’on peut séparer celui-ci en le précipitant au moyen d’une base. On emploie la plus commune et la moins coûteuse de toutes, la chaux, qui donne la réaction suivante :
- MgCl, + Ca(OH), = CaCl2 + Mg(OH)a
- L'hydroxyde de magnésie est ensuite décanté, lavé, calciné ou fritté, au besoin chloruré ou carbonaté.
- Ce procédé met en oeuvre de très grands volumes d’eau, mais leur pompage est bien moins dispendieux que la calcination de la gioberlite ou de la dolomie, puisqu’il n’exige de combustible que pour la calcination de la pierre à chaux et celle du produit filtré.
- Si l’usine est installée sur une côte où le calcaire pur abonde, la matière réactive peut être préparée sur place. Dans certaines usines on emploie la dolomie ou les calcaires magnésiens; au Texas et en Californie, on utilise les gisements de coquilles d’huîtres qu’on trouve au bord de la mer; en France on a choisi pour l’emplacement de la future usine la région du Golfe de Fos, à la sortie de l’étang de Berre, où les calcaires urgoniens affleurent.
- Le calcaire est calciné; la chaux vive obtenue est éteinte, puis mise en suspension dans un lait ou en solution dans une eau de chaux.
- L’eau de mer et l’eau ou le lait de chaux sont déversés dans un bassin où la réaction se produit instantanément. Le mélange devient laiteux et laisse déposer par décantation de l’hydroxyde de magnésium qu’il n’y a plus qu’à recueillir, laver et sécher. On ne peut rêver de réaction plus simple.
- Comme l’eau de mer contient aussi des carbonates, il se forme un peu de carbonate de chaux insoluble qui souillerait la magnésie. On peut s’en débarrasser en décarbonatant et conditionnant l’eau de mer.
- La magnésie précipitée est en grains très fins, de l’ordre du micron, qui décantent lentement, mais on obtient de plus gros grains, se déposant rapidement, en réglant les conditions du milieu de précipitation.
- Telle est la nouvelle industrie marine qui vient de se développer aux États-Unis d’une façon extraordinaire pour satisfaire aux besoins accrus par la guerre.
- LES EFFORTS DE LA FRANCE
- En 1939, la France avait aussi de grands besoins de magnésie pour les réfractaires des usines métallurgiques et de magnésium pour l’aviation et les bombes incendiaires. La production à partir des dolomies était insignifiante, les importations devenaient impossibles. Divers brevets anglais, italiens, américains venaient d’être déposés pour l’utilisation de l’eau de mer, et aussi un brevet français de M. Séailles qui contenait plusieurs nouveautés intéressantes. Le Ministère de l’Armement me chargea d’examiner la question au Laboratoire maritime du Collège de France à Concarneau. En quelques mois, M. Séailles et moi fîmes les expériences nécessaires. L’extraction de la magnésie de l’eau de mer fut reconnue possible, économique, viable, et bientôt une installation à l’échelle semi-industrielle fut montée à Boulogne-sur-Mer, dans l’usine de la Société des Ciments français. Elle fut malheureusement détruite par les bombardements de mai 19/10 peu après sa mise en service, et les événements de juin rendirent impossible la continuation des essais.
- Cependant, dès ig4i, une société française reprenait les idées de M. Séailles et proposait au Ministère de la Production industrielle la construction à Sète, entre le Golfe du Lion et l’étang de Thau, d’une nouvelle usine pilote pouvant produire
- Eau de mer Lait de chaux
- Eau épuisée
- Eau de mer
- Eau de chau:
- Dissilveur
- Réacteur
- magnésie
- Conditionneur décanteur d'eau de mer
- Décanteur
- d’eau de chaux
- Lait de magnésie
- Décanteur a magnésie
- Suspension de magnésie
- Eau douce
- Filtration
- Lavage à contre courant
- Calci nation
- Broyage
- Départ de
- Fig. 4. — Schéma des opérations de l’usine du Ponteau ( Bouches-du-Rhône).
- 2,5 t de magnésie par jour. Les installations furent prêtes à la fin de 1942 et l’expérience recommença. Elle s’est poursuivie jusqu’à ce jour, au milieu des mille difficultés qu’on rencontra sur les côtes pendant la période d’occupation allemande et elle a permis de mettre au point tous les détails d’exploitation et de calculer les prix de revient. On y obtient une magnésie pure, décantant bien, peu humide et facile à sécher, avec une consommation de combustible plus réduite que dans les usines américaines où les économies de calories ont été beaucoup moins recherchées. Le grossissement du précipité obtenu par M. Séailles réduit à 1,6 tonne la quantité d’eau à évaporer pour produire une tonne de MgO, alors que les usines américaines en évaporent 4)8 tonnes.
- Tout est prêt maintenant pour la création en France d’une usinés de magnésie pouvant satisfaire aux divers besoins nationaux de métal, de réfractaires et des autres produits magnésiens, lesquels vont certainement s’accroître avec la reprise de notre activité économique. La France doit supprimer ses importations, puisqu’elle dispose sur ses côtes d’une réserve inépuisable de matière première, plus économique à exploiter que les gisements terrestres.
- Une grande usine d’une capacité annuelle de 4o 000 t pouvant être portée à 5o 000 a été étudiée sur le Golfe de Fos, près de Port-de-Bouc. Il ne reste qu’à la réaliser, et il faut souhaiter qu’elle puisse entrer en service sans tarder.
- R. Legendre.
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- mesure
- 266
- appareil
- des
- à ionisation faibles débits
- pour la g azeux
- L’ingénieux appareil récemment créé par M. Fauthenier, avec la collaboration de MM. E. Brun, L. Démon et Mlle S. Doumery, apporte un nouvel exemple des ressources que la science des particules électriques, baptisée aujourd’hui Electron/= que par les Américains, offre à l’invention et à l’industrie.
- L’appareil que il o u s allons décrire résoud le pro-blême suivant : mesurer de faibles débits gazeux dans une conduite de petit aucun organe
- conduite
- diamètre, sans introduire dans celte susceptible d’y perturber l’écoulement.
- Voici le principe de la solution adoptée par M. Pauthenier. Il est expliqué sur la fig. 1.
- Un faisceau d’ions qui, en l’absence de courants gazeux, est aplati suivant un plan perpendiculaire à l’axe de la conduite tombe sur les tranches de deux petites .plaques,métalliques PaP2 isolées l’une de l’autre et réunies aux deux bornes d’un galvanomètre. Elles sont montées de façon à affleurer la surface interne de la conduite sans y faire saillie. Symétriquement placées par rapport au plan de symétrie du faisceau, elles reçoivent le même débit d’ions et le galvanomètre est au zéro.
- Dès qu’un courant gazeux traverse la conduite, les ions sont entraînés par le courant ; le faisceau est donc dévié et l’une des plaques reçoit plus d’ions que l’autre ; un courant passe dans
- le galvanomètre et il est d’autant plus intense que la vitesse moyenne du courant est plus grande. La lecture de l’intensité du courant, ou sa courbe d’enregistrement donne donc, après étalonnage, le débit gazeux. La rapidité de réponse peut être rendue très grande.
- La densité en ions étant plus faible sur les côtés qu’au centre du faisceau, la sensibilité diminue quand le faisceau est trop dévié. Pour des vitesses moyennes supérieures à quelques décimètres par seconde il convient alors d’utiliser une méthode de zéro : on déplace les plaques jusqu’à annuler le courant dans le galvanomètre, la vitesse du courant se déduit du déplacement,
- Fig. 2.
- L’appareil est essentiellement constitué (fig. 2) par un tube en ébonite de même diamètre intérieur que la conduite et se montant sur elle. Le faisceau ionique plat est limité par une fente F de 1 mm 5 de large percée dans une lame métallique très mince et collée sur la paroi interne du tube et arrondie sur les bords. La source d’ions est l’extrémité d’un fil de platine de 0 mm 04 de diamètre portée à un potentiel négatif convenable. Pour que les ions puissent franchir la fente F et constituer un faisceau plan, on crée un champ électrique au delà de la fente ; à cet effet, une lame métallique mince E semblable à celle qui porte la fente est placée à l’intérieur du tube' en regard de cette dernière et reliée à la terre. La lame E présente une ouverture qui laisse paraître les tranches des plaques P^a de 1 mm d’épaisseur ; les plaques soigneusement isolées sont logées dans une petite cage en laiton reliée à la terre et formant garde.
- La lame E, la cage de garde et les plaques sont montées sur un même chariot commandé par une aus micrométrique. La stabilité des potentiels de la surface intérieure de l’appareil est nécessaire pour assurer la fixité du faisceau ionique. A cet effet, on rend cette surface faiblement conductrice et le potentiel décroît régulièrement entre d et E.
- Cet appareil mécanique servant à la mesure du déplacement (fig. 3).
- Les plaques déflectrices P^j 1ogées dans leur cage de garde sont fixées à demeure face à la fente. La mesure s 'effectue encore par une méthode de zéro ;
- 1 e faisceau d’ions dévié par le courant
- gazeux est ramené à sa position initiale par un champ électrique antagoniste créé entre les électrodes de compensation C situées de part et d’autre des plaques P.xP2 et portées à des potentiels convenables. Elles sont connectées à leurs potentiomètres Ch et Qa. Le premier est destiné à la remise au zéro ; le second est étalonné en vitesses de courants gazeux de telle façon que le curseur se trouve au milieu lorsque l’index est au zéro. La mesure peut ainsi se faire quel que soit le sens du courant gazeux.
- L’index de Q, étant au zéro et. aucun courant gazeux ne circulant dans la conduite, on manœuvre Q2 pour annuler le courant dans le galvanomètre. Lorsque le courant gazeux est envoyé, on annule le courant dans le galvanomètre en agissant sur le potentiomètre Qa. L’index indique alors la vitesse du courant.
- La sensibilité de cet appareil aux faibles vitesses a permis de l’utiliser dans la détection des infra-sons. On l’adapte à un tube en communication avec une chambre étanche et non déformable. Si la pression extérieure vient à changer brusquement, par exemple par l’ouverture d’une porte ou par un coup de canon, la différence de pression existant momentanément entre l’extérieur et la chambre crée un courant gazeux que l’appareil met en évidence et qui peut être enregistré
- a été perfectionné par suppression de la partie
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- RENAISSANCE DU RÉSEAU DE LA RADIODIFFUSION FRANÇAISE
- Le centre émetteur de Villebon
- Le 21 juillet dernier, la direction de la Radiodiffusion Française conviait la presse à une visite du centre émetteur de Villebon, pour fêter la récente remise en service de son émetteur de ioo kW.
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- Fig. 1. — Le centre de Villebon. Le bâtiment principal.
- C’est là, en effet, une étape importante sur la route difficile que les techniciens ont à parcourir pour rendre à notre réseau de radiodiffusion sa puissance et son rayon d’action. Avant la libération la radiodiffusion disposait pour toute la France d’une puissance de?2 700 kW. Après-la libération, un seul poste restait en état de servir, celui de Limoges, et la puissance totale disponible pour la France était réduite à 179 kW. Au prix d’un travail acharné, au milieu de mille difficultés dont la plus grave était et reste la pénurie des matériaux de qualité, on a pu rétablir pour l’ensemble de la France un certain nombre de postes émetteurs dont la puissance représente aujourd’hui 600 kW. Les dirigeants de la Radiodiffusion Française
- espèrent disposer de 1 5oo kW dans i’été 194C. Ces résultats paraîtront bien modestes aux impatients. Mais si l’on tient compte des circonstances, ils apparaissent magnifiques.
- Pratique-ment aucune aide étrangère n’a pu être obtenue pour la fourniture du matériel ; on n’a pu travailler qu’avec des ressources in-
- Fig. 2. — L’émetteur de Villebon de 100 kW. digentes et des L’étage de puissance vu d’arrière avec des deux matenaux SOU pentodes en place. vent d e 1 e c-
- IHSI
- lüli
- tueux. La science et l’ingéniosité de nos radio-tcchniciens surmontent peu à peu ces difficultés. Avant tout il faut rendre hommage aux constructeurs et au personnel d’exploitation qui, pendant l’occupation, ont réussi les uns à construire clandestinement, les autres à dissimuler aux Allemands un précieux matériel de rechange L’histoire du centre de Villebon est à cet égard cai’actéristique et instructive.
- En 1932, le Service de la Radiodiffusion, alors rattaché à l’Administration des P. T. T., avait mis au point un vaste programme de construction et d’équipement qui comportait un réseau d’émetteurs puissants et modernes, conçu de façon à permettre à tous les auditeurs français l’écoute dans de bonnes conditions des programmes de la Radiodiffusion d’État.
- Dans ce programme, la région parisienne, particulièrement importante, devait disposer d’un émetteur à ondes moyennes d’une puissante antenne de 120 kW, réglé sur la fréquence de C95 kilocyeles par sec (longueur d’onde 431 m).
- L’emplacement choisi pour cet émetteur, à Villebon, à 20 km au sud-ouest de Paris, sur un plateau dominant la vallée de Chevreuse, réunissait la plupart des conditions techniques exigées par une telle installation.
- Les travaux commencèrent en 1933, et l’émetteur fut mis en service dans le courant de l’année 1935. Réalisé suivant les données techniques les plus modernes, il pouvait desservir d’une façon très satisfaisante une zone s’étendant de Lille à Château-roux et de Caen à Bar-le-Duc. Il fonctionna régulièrement jusqu’au i3 juin 1940, date à laquelle les installations furent mises volontairement hors d’usage pour empêcher leur utilisation par l’ennemi.
- Sous l’occupation, sa remise en état fut entreprise, mais les travaux traînèrent en longueur, malgré les interventions pressantes des Allemands. Un deuxième émetteur, d’une puissance de 24 kW, avait été commandé en 1939 pour servir de secours à l’émetteur principal; son installation fut réalisée au cours des années 1941 et 1942, et sa mise en service eut lieu au mois d’aorit 1942.
- Cet émelteur constituait alors la seule station de la zone occupée qui ne fut pas exploitée par les Allemands; ceux-ci y installèrent par la
- suite un poste de surveillance, qui n’intervint cependant pas dans le fonctionnement du centre. Néanmoins cette surveillance entrava considérablement la réalisation des projets établis pour éviter la destruction de la station, à tel point qu’au moment où les Allemands furent chassés de la région parisienne, on ne put. les empêcher de rendre le Centre inutilisa-
- Fig. 3. — Le pylône-
- antenne de 120 m de hauteur.
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- ble. Les pylônes supportant l’antenne furent abattus, les lampes brisées, les installations techniques très endommagées, les circuits téléphoniques et de modulation, coupés, etc....
- Les réparations furent entreprises immédiatement par des moyens de fortune, et grâce au matériel de rechange qui avait pu être entreposé à l’insu des Allemands. En moins d’une semaine, une antenne provisoire, supportée par des poteaux en bois de 25 m, était montée, les installations techniques étaient remplacées ou réparées, les circuits téléphoniques étaient rétablis, et les émissions reprenaient. Puis, les travaux de remise en état de l’ancien émetteur à grande puissance étaient repris et poursuivis à une cadence accélérée, de nouvelles antennes étaient montées, d’abord un pylône-antenne de 60 m, installé par les Services Américains, puis un nouveau pylône de 120 m. Enfin, le 27 mai iq45, le Centre de Villebon était mis en service avec un émetteur de 100 kW remis en état et même modernisé par rapport à celui détruit en 1940.
- Une station d’émission n’a qu’un rôle : rayonner dans l’espace des ondes électro-magnétiques à haute fréquence servant de support à la modulation qui, dans les appareils récepteurs, reconstituera les sons. Cette modulation elle-même est produite sur les micros de studios situés à Paris et est transmise sous forme de courants téléphoniques, par des câbles spéciaux, à la station d’émission.
- L’émetteur qui transforme en ondes haute fréquence le courant électrique industriel prélevé sur un réseau de distribution voisin est constitué par un certain nombre d’étages de lampes électroniques à grille. La modulation est appliquée aux grilles des lampes du premier étage. Le dernier étage qui est l’étage de
- puissance est formé de deux lampes pentodes reliées à des circuits oscillants, eux-mêmes connectés par un feeder au pylône rayonnant. Une fraction importante de la puissance électrique se dissipe en chaleur sur les anodes des lampes. Pour mettre 100 kW dans l’antenne, il faut une alimentation de près de 4oo kW. Les anodes ont à dissiper environ la moitié des kilowatts perdus. C’est dire qu’elles sont exposées à un échauffement considérable qu’il faut limiter, sous peine de voir périr les soudures des lampes. On refroidit donc les anodes par une intense circulation d’eau distillée, elle-même refroidie dans des échangeurs de chaleur par de l’eau brute que l’on refroidit ensuite dans de
- Figr. 4. — La base
- Le pylône repose lantes portées par pylône est attaqué venant du
- grands bassins.
- du pylône-antenne.
- sur trois colonnes iso-un socle en béton. Le à la base par le feeder poste émetteur.
- Les poissons parlent-ils ?
- Pour faire suite à l’information parue sous ce titre dans notre n° du 15 mars 1945, notre collaborateur Victor Forbin nous adresse les remarques suivantes :
- « Au cours d’une longue escale dans la rade de Saint-Thomas (Petites Antilles), nous fûmes plusieurs passagers à « taquiner le goujon », certain soir. L’eau était si limpide (comme elle l’est sur tous les fonds corallifères) que, du pont du paquebot, nous voyions nettement évoluer les requins, probablement à plus de lo m au-dessous du niveau de la mer ; leur phosphorescence produisait un effet féerique. L’hameçon de l’un de nous remonta un rémora ; quand l’heureux pêcheur le décrocha de sa ligne et le déposa sur le plancher, il émit à brefs intervalles des sons rauques d’une faible sonorité. L’expérience se renouvela une ou deux heures plus tard avec une nouvelle capture.
- (( J’observai le deuxième cas à l’embouchure d’un petit fleuve côtier se déversant dans la baie de Jacrnel (Haïti). Un grand paquebot de la Royal Mail, jeté jadis par un raz de marée sur la lisière de la plage, édifiait une sorte de brise-lame qui protégeait de l’envahissement du sable une petite anse ombragée par les palétuviers. C’était là que des nègres du voisinage pêchaient au filet des poissons nacrés de taille médiocre et d’une forme justifiant le nom que leur donnent les indigènes : croissants de lune. J’en saisis plusieurs à tour de rôle, les posant sur la paume de ma main : ils émettaient un son quasi métallique. Je suppose qu’il s’agissait d’un véritable cri vocal, ces curieuses créatures restant alors figées dans une immobilité absolue. J’ajouterai que la chair de ces poissons, passés par la friture, est exquise.
- « Le troisième cas est radicalement différent des deux pre-
- miers. Au sud-est de la baie de Panama, au large de l’embouchure d’un fleuve appelé Tuyra ou Rio Grande, on entend, vers la fin de décembre, monter de la mer une sorte de murmure musical qui se prolonge pendant sept ou huit jours. Les gens du pays croient que ce sont les poissons qui chantent en l’honneur de la Nativité. Je ne voyais là qu’une légende populaire, imaginée de toutes pièces. Mais il m’arriva de naviguer dans ces parages à cette même époque de l’année. J’entendis nettement cette rumeur sous-marine et lui cherchai vainement une explication raisonnable.
- a Mais, quelque temps plus tard, en visitant l’archipel des Cinchas (îles à guano), au large de la côte péruvienne, la présence des incommensurables amas d’anchois qui hantent ces parages me fournit une possible solution du mystère : ces masses compactes de petits poissons qui circulent à faible profondeur provoquent des frottements qui, étant donné le nombre des millions d’individus qui composent ces hordes, pourraient se traduire par le murmure que j’avais entendu. Il convient de noter que ces multitudes suivent le littoral du' Pacifique en descendant du nord au sud et qu’elles font leur apparition dans les eaux péruviennes au cours de janvier.
- « En terminant, je livrerai une étrange observation sur les caïmans. Ils sont normalement aussi muets que des carpes ; mais, quelques secondes avant que les êtres humains sentent un tremblement de terre, ces reptiles perçoivent les chocs avant-coureurs du séisme, et, de la plage de sable où ils prennent leur bain de soleil, ils font entendre une sorte de beuglement très sonore ».
- V. Forbin.
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- LES SONDEURS D’ATOME11
- De Dâlton à Louis de vin
- L’architecture de la matière*
- Découverte de la radioactivité. — Le 21 janvier 1896, Henri Becquerel (1852-1908) entreprenait de rechercher si l’uranium n’émettait pas un rayonnement fluorescent; le 26 décembre 1898, Pierre Curie (1859-190G) et Marie Curie (1867-1934) annonçaient à l’Académie des Sciences la découverte du radium : moins de trois ans avaient suffi à la radioactivité pour germer, se développer et commencer déjà à révolutionner la science.
- La genèse de cette immense découverte est déjà connue de nos lecteurs; rappelons-en donc seulement, les étapes essentielles : Henri Becquerel, professeur de physique au Muséum,
- s’apercevant que l’uranium dégageait un rayonnement capable d’impressionner la plaque photographique et d’ioniser l’atmosphère ; Pierre Curie, professeur à l’École de Physique et de Chimie, et sa jeune épouse Marie Curie extrayant, d’un minerai de Bohême, un corps bien plus actif que l’uranium, le polonium; puis les deux patients investigateurs découvrant un autre élément nouveau, le radium, beaucoup plus actif encore.
- Dès que l’on se fut familiarisé avec le phénomène, on se préoccupa d’analyser le mystérieux rayonnement. Becquerel eut alors une idée ingénieuse : il plaça un fragment de radio-'élément entre les pôles d’un aimant, en disposant en même temps une plaque photographique dans le champ du rayonnement (fig. 1). Il observa, sur le cliché, que ce dernier se partageait en trois branches : deux qui étaient déviées à l’opposé l’une de l’autre et que l’on baptisa ensuite rayonnement a et rayonnement J3, et une qui n’était pas déviée du tout, le rayonnement y. Le professeur Villard (1860-1983) reconnut bientôt que ce dernier consistait en ondulations électromagnétiques parentes de celles de la lumière et des rayons X, mais beaucoup plus courtes et plus pénétrantes ; Becquerel et l’Allemand Gie-sel (né en i85a) constatèrent que le rayonnement [3 n’était autre •qu’un jet d’électrons, et le rayonnement a fut l’objet des premiers travaux du grand Rutherford (1871-1987).
- Jamais époque ne fut, plus que la nôtre, fertile en physiciens illustres. Peut-être, d’ailleurs, la tournure actuelle de notre esprit et la formation spirituelle de notre civilisation sont-elles surtout dues à ces grands artistes de la science que furent, pour ne parler que dos morts, les Perrin, les Lorentz, les J.-J. Thomson, les Rutherford. Quand on pense que des ignorants ou des sots traitèrent peut-être, d’amuselles les expériences rudimentaires d'Ampère et de Faraday sur l’électricité <et les recherches de Pasteur sur la polarisation rotatoire, quand
- Broglie et Jolîot-Curie
- on se souvient que ces amusettes contenaient en germe l’élec-trolechnique moderne et la guérison des maladies infectieuses, comment ne pas suivre d’un œil impatient et d’un cœur passionné les travaux minutieux d’un Rutherford, comme ceux d’un Louis de Broglie ou d’un Joliot ?
- Le rayonnement des corps radioactifs. — Alors qu’une seule eût suffi à l’immortaliser, Rutherford effectua trois découvertes capitales. La première eut lieu en 1902. Avec Soddy (né en 1877), son collègue de l’Université de Montréal, il se demanda de quoi pouvait bien être fait ce rayonnement a, qu’un champ magnétique déviait à l’inverse du rayonnement électronique. La réponse n’était pas douteuse : le rayonnement a était évidemment un jet de particules électrisées positivement. Mais quelles étaient ces particules ? Rutherford recueillit dans un tube les rayons a dégagés pendant plusieurs jours par un corps radio-actif et examina ensuite le contenu du tube au spectroscope : il observa le spectre de l’hélium. Il en déduisit donc que les rayons a étaient réellement des atomes d’hélium électrisés positivement, et en couclut que la radioactivité consistait en une explosion d’atomes, cette .explosion s’accompagnant de l’émission de corpuscules électrisés et transformant le radio-élément en un autre radio-élément.
- Lfarchitecture de Vatome. — La présence, dans la matière, de ces atomes d’hélium électrisés positivement intrigua fort le grand physicien : comment la concilier avec l’existence des électrons négatifs, et aussi avec le fait que l’atome semblait être électriquement neutre ? Une deuxième expérience capitale fournit l’explication : le physicien plaça un corps radioactif devant une mince lame métallique, et repéra sur un écran fluorescent les points d’impact des corpuscules a libérés par le corps. Il constata que beaucoup de ces corpuscules traversaient la lame sans être déviés, mais que certains subissaient un écart plus ou moins considérable. — Si la plupart des projectiles ne sont pas déviés de leur route, pensa-t-il, c’est qu’ils ne rencontrent que du vide; ma lame de métal est donc surtout faite de vide; quant aux corpuscules déviés, ils ont dû frôler de trop près une particule matérielle électrisée positivement, qui les a repoussés. L’atome doit donc avoir l’aspect d’un petit système planétaire, avec un noyau central électrisé positivement, et quelques électrons négatifs gravitant autour.
- C’est en 1918 que Rutherford émit sa fameuse hypothèse. Ces atomes, dont on apprenait ainsi la structure, Jean Perrin avait enseigné déjà à les mesurer et à les peser. Par une méthode follement ingénieuse, que contrôlaient, d’ailleurs, plusieurs autres procédés, il était parvenu à évaluer la masse de l’atome d’hydrogène (i,6G x io~24 g) et son diamètre (environ 1/10 000 000 de mm — on pourrait en ranger 5 millions côte à côte sur l’épaisseur de l’ongle).
- Mais ce n’était pas tout que de dresser le plan des atomes : on commençait à se demander comment ceux-ci pouvaient bien être disposés dans la matière, quelle devait être, par exemple, leur différence d’arrangement dans le charbon et dans le diamant, qui sont tous deux du carbone.
- Or, en 1912, le physicien allemand Laue (né en 1879) découvrit un admirable moyen microscopique pour sonder la matière : — Quand, la nuit, réfléchit-il, je regarde une lumière éloignée à travers une fine mousseline, je vois son point lumineux s’irradier en une étoile complexe d’une précision géométrique. C’est la disposition de la trame du tissu qui, par
- 1. Voir La Nature à partir du 15 mars 1945.
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- la diffraction qu’elle imprime aux rayons lumineux, crée cette apparence. Or, la plupart des substances ont une structure cristalline, et, comme l’ont démontré Haüy (1743-1822) et Bravais (i 811 -1860), les atomes qui forment les cristaux constituent de véritables mailles, dans un tissu à trois dimensions. Éclairons donc ce tissu-là, et nous pourrons photographier l’architecture de la matière. — L’expérience, tentée en éclairant le réseau cristallin avec des rayons X, réussit parfaitement, et l’on put alors entreprendre de dresser le plan moléculaire d’une quantité de corps. C’est une besogne dont se chargèrent notamment les deux grands physiciens anglais sir William Bragg (1862-1942) et son fils W. L. Bragg (né en 1890), dans le laboratoire desquels défilèrent, pour se voir mensurées et photographiées sous toutes leurs faces, toutes les substances possibles et imaginables.
- Douze ans plus tard, une nouvelle technique, celle de Yeftet Raman, allait s’adjoindre à la précédente. Raman (né en 1888)
- est un Hindou, professeur à l’Université de Calcutta. Il s’avisa, en 1928, d’éclairer un liquide avec une lumière monochromatique — c’est-à-dire d’une unique longueur d’onde — observa que ce liquide diffusait la lumière dans toutes les directions (comme le fait une ampoule électrique en verre dépoli), et s’aperçut que les raies spectrales de cette lumière diffusée dépendaient, non de la lumière excitatrice, mais de la substance excitée. De la connaissance de ces raies, il devenait donc possible de remonter à celles des atomes, et, par là, d’aborder d’un autre point de vue l’étude de leur mode d’arrangement dans la molécule.
- Dresser le plan de la molécule, c’était très bien ; mais, c’est au plan de l’intérieur de l’atome que les physiciens grillaient depuis longtemps de s’attaquer 1
- (à suivre)
- Pierre Rousseau.
- L'HEXAGONE
- Forme logique pour les récipients
- Dès la plus haute antiquité, les récipients ont été réalisés en terre et ce sont les formes courbes qui ont eu naturellement. le plus de vogue dans le façonnage à la main.
- L’apparition du tour du potier n’a fait que préciser et généraliser les formes arrondies, cylindriques ou sphériques.
- Sont ensuite venus les récipients en verre et enfin en métal dont les formes ont été copiées sur les éléments qui les avaient précédés. La section circulaire de la bouteille, de la casserole, de la marmite est-elle logique ou imposée par les procédés de fabrication P Pas le moins du monde. On a simplement suivi une habitude. La bouteille cylindrique se défend cependant quand elle est seule mais, pour les emballages, elle impose des pertes de place qui ont fait recourir, dans certains cas à la section carrée ou triangulaire.
- 11 en est de même pour les pots de confiture, les boîtes métalliques, les casseroles, marmites, etc.
- Le cylindre offre la plus grande capacité utile pour un minimum de matière première et un maximum de résistance à la pression extérieure. Mais la section la plus rationnelle est celle de l’hexagone. C’est celle de la cellule de cire de la ruche. On a cru que c’était l’abeille qui réalisait cette forme géométrique. En vérité, les abeilles construisent des couloirs cylindriques juxtaposés et c’est la nature qui en groupant ces couloirs leur impose la forme hexagonale. Car la nature géométrise ici comme elle le fait pour le cristal de roche ou de neige.
- Pour la bouteille, le pot de confiture, etc., la section., hexagonale permet un emballage plus écomique tandis que pour les casseroles, on gagnera de l’espace sur la cuisinière, en les groupant sans perle de place. De plus, une cas-
- serole qui présentera des angles permettra de verser plus facilement;
- Venons-en à la facture des tuyaux : pour les tuyaux métalli-
- Fig. 2. — Un tuyau hexagonal en bois.
- ques, la section circulaire est généralement imposée par les procédés de fabrication mais pour les tuyaux en bois tels qu’on en utilise beaucoup aux États-Unis et dans les Pays Scandinaves, cette forme ne s’impose pas du tout. Dans l’époque de pénurie métallique que nous venons de traverser, j’ai fait réaliser pour nos chantiers, des tuyaux hexagonaux (voir figures) dont la fabrication est beaucoup plus simple et moins coûteuse que celle de tuyaux cylindriques de même matière.
- La section circulaire offre la plus grande résistance de l’extérieur vers l’intérieur mais pas de l’intérieur vers l’extérieur. Dans ce cas, l’hexagone s’impose, de même qu’il assure les plus grands avantages pour la mise en pile et le transport.
- P. Basiaux-Defrance.
- Fig. X. — La forme hexagonale, pour des récipients, permet leur groupement sous le minimum d’encombrement.
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- LE TANNAGE AU FER
- Sa valeur d'actualité.
- Pour effectuer l’opération de tannage proprement dit, c’est-à-dire, pour rendre la peau définitivement imputrescible, les Industries du cuir ont à leur disposition trois catégories principales de matières tannantes : les unes proviennent de végétaux à tannin comme le chêne, le châtaignier, le quéhracho, d’autres sont d’origine animale comme l’huile de morue employée dans la fabrication des peausseries appelées improprement peaux de chamois, d’autres enfin sont des produits chimiques tirés de substances minérales particulières. Bien entendu, dans cet arsenal de matières tannantes, le tanneur choisit pour sa fabrication celles qui confèrent au cuir tanné ou à la peausserie une partie des qualités requises par sa clientèle utilisatrice.
- Parmi les produits d’origine minérale les plus employés par la
- Le tannage en tonneau foulon des peaux de veaux pour « box ».
- tannerie moderne les sels de chrome jouent un rôle de premier plan et c’est par tannage au chrome que se frabrique en particulier cette peausserie si appréciée du public consommateur appelée le « box-calf ». Relativement récent, puisqu’il a été mis au point industriellement il y a une quarantaine d’années, ce procédé de tannage au chrome, très rapide, très régulier quant à ses résultats a pris un développement considérable dans la fabrication des peaux pour dessus de chaussures et pour sacs de dames.
- Or, il est une question qui vient tout de suite à l’esprit : comment se fait-il que les techniciens se soient adressés, pour le tannage de leurs peaux, à ces sels de chrome tirés de minerais qu’il faut aller chercher à des milliers de kilomètres, en Nouvelle Calédonie ou en Afrique du Sud, alors qu’il semble si simple de s’adresser aux sels d’un autre métal drivaient comme le fer, sels que nous avons d’autant plus en abondance dans la métropole que certains, comme le sulfate ferrique peuvent être considérés jusqu’à un certain point, comme des sous-produits de l’acide sulfurique ?
- Est-ce que le tannage au fer ne pourrait pas devenir une sorte de tannage national ? L’état de guerre, avec le manque de matières exotiques qu’il entraîne, vint donner à cette question une nouvelle valeur d’actualité et, savants et techniciens se consacrent actuellement à la solution de ce problème dont nous allons tracer maintenant les principales données.
- Difficultés techniques de mise au point.
- A vrai dire, on a songé à employer les sels de fer pour le tannage des peaux bien avant de s’adresser aux sels de chrome. C’est ainsi qu’en 1842, Jules Border avait pris un brevet concernant un procédé de tannage au fer. Mais ces premières études se sont montrées inapplicables en usine. Pour faire comprendre les raisons de ces échecs il nous faut entrer dans des explications qui touchent les théories du tannage.
- Or, ce tannage des peaux qui est pratiqué depuis des milliers d’années, qui est peut-être l’une des premières opérations de transformation effectuées par les hommes, n’a pas encore reçu sa définition chimique exacte. Il existe à l’heure actuelle cinq ou six théories élaborées par les savants les plus distingués du monde entier mais aucune n’a encore prévalu. Ce que nous savons toutefois, c’est que les substances chimiques constitutives de la peau, appelées « protéines », ont des molécules énormes dont nous ne connaissons pas les limites et que ces dimensions gigantesques leur confèrent des propriétés particulières qui les classent dans les corps dits « colloïdaux ». Ce que nous savons également c’est que ces corps ne peuvent réagir et fournir un effet de tannage qu’avec d’autres corps ayant également une molécule énorme et appartenant aux corps colloïdaux ou semi-colloïdaux.
- Cependant, penserez-vous, le sulfate de chrome employé dans la fabrication du box possède une molécule très simple! Mais lorsqu’il est mis en présence, en solution, d’une quantité judicieusement choisie de carbonate de soude, sa molécule se complique, devient énorme et peut donner l’effet de tannage car elle est colloïdale. Le sulfate ferrique également peut, en solution, en présence de carbonate de soude, voir sa molécule s’accroître démesurément mais tandis que les solutions chromiques sont stables, celles de sulfate ferrique ne conservent pas cette allure colloïdale. Elles se précipitent, à la façon du sang, substance également colloïdale, qui coagule quand il est abandonné à l’air.
- En somme le problème était de trouver un stabilisateur pour les solutions de sulfate ferrique rendues basiques. Il fallait trouver également un procédé de neutralisation du cuir après tannage qui fût une sorte de fixation de ce tannage. Au cours de ces dernières années un très grand nombre d’essais ont été faits pour atteindre ces buts.
- Itat actuel du procédé, son avenir.
- Il est incontestable que, sous la pression des circonstances économiques, la question du tannage au fer a fait des progrès considérables au cours de ces dernières années. Les laboratoires industriels, l’Institut de Recherches ont obtenu des résultats très intéressants sur des échantillons et nous avons même vu certaines manufactures sortir des lots de peausseries tannées au fer dont les qualités de résistance à la déchirure et l’aspect donnaient satisfaction, mais à l’heure où nous écrivons, il n’est pas possible de dire que le procédé soit bien au point industriellement.
- Parmi les techniciens qualifiés, certains préconisent un prêtât1= nâge SU formol suivi d’un tannage au sulfate ferrique stabilisé par du phosphate trisodique et rendu alcalin par du carbonate de soude. Bien mieux, pour faciliter la tâche des industriels, certains fournisseurs de produits chimiques sont à même de livrer du sulfate ferrique stabilisé prêt au tannage.
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- D’autres savants ont suggéré l’emploi du phtalate de soude comme neutralisant et stabilisateur du tannage après traitement au sulfate ferrique stabilisé. Des essais ont porté, non seulement sur la fabrication du box„ mais’ encore .sur .celle du cuir à semelles et sur celle du cuir pour bourrellerie. Dans ce dernier cas là couleur communiquée par les sels ferriques et qui rappelle un succédané du tannage végétal est nettement défavorable.
- Enfin, au cours de ces derniers mois, - des résultats très intéressants ont été obtenus en usine dans la fabrication, par tannage au fer, du cuit en huile pour dessus de chaussures.
- Quoi qu’il en soit, le procédé’ reste d’une application très déli-
- cate, exige ultérieurement une plus grande quantité de matières grasses et demande l’emploi d’un poids de sulfate ferrique plus important que celui du sulfate de chrome. En conséquence, à l’heure actuelle Je prix de revient .du tannage au fer n’est guère inférieur à celui du procédé au chrome.
- Toutefois, même à supposer un retour à la situation économique d’avant-guerre, il est vraisemblable qu’après les études profondes qui viennent d’être faites, tant an laboratoire qu’en usine, le tannage au fer prendra dans l’avenir une place de plus en plus important que celui du sulfate de chrome. En conséquence, à du cuir. j. Boisseau,
- Ingénieur-Chimiste I. C. P.
- Les Livres
- Les appareils respiratoires dans la série animale, par A. Guieïsse-Pellissier. 1 vol. in-S°, 246 p., 127 fig, Bibliothèque scientifique. Payot, Paris, 1945.
- Les échanges respiratoires d’oxygène et d’anhydride carbonique sont assurés, dans la série animale, par des appareils très divers : branchies, trachées, poumons, que l’auteur passe en revue. II insiste sur leur diversité et leur développement très inégal dont les causes n’apparaissent pas.
- La pénicilline, par le Dr Rémy Adrien De-launey. 1 vol. in-S°, 90 p. Presses documentaires, Paris.
- Voici un bon exposé de nos connaissances actuelles sur la culture du champignon, l’extraction de la pénicilline, sa constitution, suivi de quelques observations saisissantes de ses heureux effets. L’ouvrage se termine par.une revue des
- BOITE AUX LETTRES
- Fabrication d’encre de Chine. — Vous pourrez facilement préparer de l’encre de Chine, en amenant de la gélatine à l’état de gélose non susceptible de se prendre en gelée, pour cela prendre de la colle forte dite de Cologne, que l’on fait gonfler dans son poids d’eau froide additionnée de o pour 100 de sel de cuisine, pendant 24 heures.
- Ensuite, on maintient au bain-marie, en remplaçant au fur et à mesure l’eau qui s’évapore jusqu’à ce qu’une goutte de la solution refroidie sur une assiette, ne prenne plus en gelée ; on amène à consistance de sirop et on incorpore 40 g. de miel par kilogramme de colle mise en œuvre.
- Cela fait, on-prend du noir cle lampe calciné en vase clos, que l’on broie finement à la mollette et peu à peu on l’empâte avec le sirop de colle, ce qui doit être réalisé d’une, façon parfaite.
- Il ne reste plus qu’à , délayer avec de , l’eau pure, jusqu’à consistance convenable pour l’écoulement facile an lire-lignes. On y ajoute comme conservateur, 1/2 g .de. bichlorure de mercure dissous dans 10 cm3 d’eau, à la faveur de 2 g de sel de cuisine. On mélange intimement et passe au tamis n° 90 pour séparer les grumeaux et on met. en flacons.
- Le seul point délicat de la préparation est d’amener la gélatine sous la forme convenable pour qu’elle ne prenne plus en gelée, l’expérience seule permet d’apprécier quand ce résultat est atteint.
- nouveaux
- autres substances fongiques et bactériennes dont on commence à découvrir les actions antimicrobiennes.
- Les scorpions, par Lucien Berland. 1 vol. in-16, 205 p., 10 fig. Collection « Les livres de nature ». Stock, Paris, 1945. Étranges bêtes, fort craintes, peu observées parce que vivant cachées sous les pierres et actives seulement la nuit, les scorpions sont surtout connus du public par les observations de Fabre qui a décrit leurs noces étranges. Plus précis et plus documenté, Berland signale leurs formes, leurs modes de vie, énumère ceux de France, d’Europe et du monde entier, cherche leur origine, étudie leur venin et cette monographie pose de multiples problèmes d’ordre général, notamment leur persistance sans changements depuis les . temps primaires. On souhaiterait que; beaucoup de naturalistes, et aussi compétents, sachent écrire de telles histoires, bien plus vivantes que les exposés théoriques.
- Le reboisement par les particuliers, 8 brochures avec cartes. Association nationale du bois, Paris.
- Pour encourager ce reboisement si nécessaire, on indique ici les essences à planter, les soins nécessaires, le prix de revient puis on passe en revue les diverses régions de France, leurs caractères propres, les terres favorables et les espèces à choisir.
- Renaissance de l’architecture médicale, par
- Jean Walter. 1 vol. in-4°, 209 p., 138 fig. Massin et Cie et Masson et Cie, Paris. L’assistance médicale est encore trop souvent conçue comme une œuvre, charitable ; elle doit être sociale et servir à tous. Les hôpitaux sont trop, souvent vétustes et techniquement mal construits, d’où leur coût excessif, leur exploitation ruineuse financièrement, l’insuffisance des soins qu’ils. permettent pour un gaspillage de main-d’œuvre, de chauffage, de force. L’auteur, spécialiste de l'architecture hospitalière, ayant fait longuement ses preuves en construisant Beaujon, la Faculté de Médecine de Paris, la cité médicale de Lille, les hôpitaux d’Alexandrie, Istanbul, Ankara, décrit coiqme il conçoit l’hôpital type et l’organisation médicale du. pays, lès économies d’argent et le perfectionnement des soins qu’on peut réaliser par une meilleure conception des groupes hospitaliers et le rôle directeur-de l’architecte spécialisé. Son livre est une œuvre magistrale, basée sur une expérience et des observations étendues au ' monde entier.
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- SOMMAIRE
- Sur les chantiers français de déminage,
- par J. BOYER................................
- Le Pacifique et l’Océan Indien, par R. LEGENDRE
- Le ciel en octobre............................
- La bombe atomique.............................
- Le salage électrique des viandes, par Henri BLIN .
- 273
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- 280
- 281
- 282
- La stimulation expérimentale de la surfécondité chez les brebis, par M. CAULLERY............
- Communications de nos lecteurs. Informations. Les hêtres tortillards de Vierzy (Marne), par C. BROYER Les Sondeurs d’atome (suite), par P. ROUSSEAU . Les Livres nouveaux.........................
- 283
- 284
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- 288
- SUR LES
- S FRANÇAIS DE DÉMINAGE
- L’armée allemande vaincue a laissé derrière elle sur noire territoire une centaine de millions de mines explosives répandues principalement sur nos côtes et le long de nos frontières (voir carte fig. 2). Les départements les plus menacés par ces terribles engins, enfouis ou gisant au ras du sol dans des endroits très divers et souvent dissimulés par des camouflages, sont les suivants :
- ha minés
- 18 000 15 000 18 000 15 000 31 500 12 000 10 000 21 000
- ou de l’Anjou, comme dans les hautes vallées des Pyrénées et des Alpes. On en voit disséminées sous des routes, près de petits ponts dans les Deux-Sèvres ou dans l’Indre. Les bois de l’Ile-de-France, les pineraies landaises et les sapinières des Vos-
- Pas-de-Calais ....
- Calvados .........
- Manche ...........
- Hérault ..........
- Bouches-du-Rhône
- Yar ..............
- Alpes-Maritimes . • Meurthe-et-Moselle
- Il faut encore ajouter à ce triste bilan : 25 000 ha de plages, 10 000 ha de terrains militaires,-20 000 ha de ports, xo 000 ha boisés et i5 000 ha d’emplacements variés et dangereusement « truffés ». En outre, d’autres surfaces sont également minées de ci, de là,
- sur notre territoire, mais le Service de déminage n’en connaît même pas l’importance exacte. On rencontre, en effet, des mines contre le personnel ou des mines anliianks dans les champs et dans les prairies de la Normandie
- Fig. 1. — Les mines allemandes les plus répandues.
- A droite : Tcllerminen 42 ; à gauche : deux Tcllcrminen 35 en acier.
- ges en recèlent des milliers cachées sous leurs mousses ou leurs fougères. Elles voisinent parfois avec des grenades à mains et des pièges meurtriers, avec des bombes d’aviation et des obus
- de fermes abandonnées ou dans
- de la Bretagne
- de gros calibre dans des cours
- N° 3096 15 Septembre 1945
- Le Numéro 10 francs
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- 274
- ANGLETERRE
- 7 PAS DE J,_CALAIS
- SOMME
- AISNE «ARDENNES,
- OISE
- -400
- FINISTERE'
- -COTES du MORD/
- iSDOO.A...,.-^ ^/ile .et;’ ï^^/MORBIHANVJqnnVl
- EURE
- LOIRET /
- NIEVRE
- SUISSE
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- ALLIER ;
- xCHARENTE.
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- ,‘DROME
- 2.000
- Alpes,'^LPEsr
- ^HERAULT ï
- ; 15.500--^
- —ksdô;
- : 12000
- WrENÉESûBl!
- JM £ U l TU "HH AH E E
- l’emplacement de mines dans la confection desquelles entre un élément métallique. Ces détecteurs, d’origine américaine, s’employaient déjà sur le front pendant la guerre; ils se fabriquent maintenant dans plusieurs usines françaises et i ooo à i 5oo sont déjà en service sur les chantiers de déminage.
- De leur côté, les maires s’efforcent de faciliter la tâche, si souvent ardue, du personnel spécialisé. Ils lui fournissent des renseignements utiles, ils lui indiquent, le cas échéant, les panneaux qui délimitaient, sur leur commune, les champs de mine et qui auraient disparu ; ils lui apportent même parfois une aide matérielle précieuse.
- Après détection de ces engins, on s’occupe de les rendre inoffensifs, puis de faire disparaître leurs débris. Depuis la libération de la France, 4 millions de mines ont été détruites sur notre territoire (ier juillet 1945). Mais avant de décrire ces opérations, énumérons brièvement les caractéristiques des principaux types de ces armes explosives que les démineurs peuvent trouver.
- Principales mines ennemies rencontrées.
- Fig. 2. — Les surfaces semées de mines dans les divers départements de France.
- Le nombre d’hectares minés indiqué pour chaque département se rapporte uniquement aux
- surfaces cultivées et ne comprend ni les plages, ni les terrains incultes, ni les ports,
- ni les forêts.
- les ruines de nos malheureuses villes; en particulier à Dunkerque 3 ooo prisonniers allemands procèdent aujourd’hui à leur enlèvement. Elles foisonnent enfin sur beaucoup de nos plages de l’Atlantique ou de la Méditerranée.
- Considérations générales sur les opérations de déminage en France.
- On a d’abord commencé par déminer dans les zones d’occupation et de combats les routes principales, puis les chemins vicinaux et les terrains ressortissant des services publics de l’eau, du gaz et de l’électricité. Maintenant on s’attaque aux champs cultivables, aux prairies, aux établissements industriels, aux plages et aux forêts. Depuis plusieurs mois, 6 ooo prisonniers allemands se livrent à cette périlleuse besogne en Provence, dans le Languedoc ainsi que dans les Landes et bientôt leur nombre atteindra ioo ooo. D’autre part, le Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme organise le recrutement et l’instruction d’un personnel français susceptible de mener à bien cette tâche ingrate, dangereuse et de longue haleine.
- Des Écoles de déminage fonctionnent aujourd’hui dans une vingtaine de départements. Dans ces centres, des volontaires reçoivent une formation technique leur permettant de devenir, selon leur instruction antérieure et leurs diplômes, soit des « chefs d’équipes », soit des « contrôleurs », soit de simples « démineurs ». Sous la direction d’ingénieurs du génie rural et autres spécialistes, ces agents étudient les caractéristiques des différents types d’engins explosifs qu’ils sont susceptibles de découvrir. Leur détection se fait soit manuellement, soit au moyen d'appareils électriques capables de déceler
- Nous ne saurions énumérer ici les nombreuses catégories de mines employées par l’armée allemande depuis la campagne de France jusqu’aux derniers jours de sa défaite en mai ig45.
- - . Contentons-nous donc de décrire les suivantes, les plus fréquemment rencontrées en France jusqu’ici au cours des déminages.
- Voici d’abord la Tellermine 42 (fig. i), engin antichar de forme circulaire et d’un diamètre de 3o cm qui contient environ 5 kg 45o de T. N. T. (Trinitrotoluol). Sa fusée se glisse dans un logement que ferme un écrou hexagonal. Pour la neutraliser, on dévisse celui-ci, on retire ensuite l’allumeur et le détonateur. La Tellermine 35 (acier) (Fig. 3), ressemble beaucoup à la précédente comme aspect extérieur et s’emploie également contre les véhicules. Son couvercle légèrement bombé abrite, en son centre, le percuteur, qui exige une pression d’environ i35 kg pour exploser. Afin de la piéger éventuellement, les Allemands vissaient parfois à sa base un ou deux détonateurs secondaires (booby-lrapp). Pour la neutraliser, on pousse doucement dans son encoche, avec le pouce et l’index, le verrou de sûreté, puis on tourne la vis du sommet, de manière que le point rouge vienne à l’opposé de la marque blanche « Sicher ». Si la mine est piégée, il faut commencer par rendre inoffensifs le ou les allumeurs supplémentaires. On
- Amorce de percussion
- ûétonateur\
- Charge primaire
- ‘Logement d'un
- détonateur secondaire
- Fig. 3.
- (boobj-trapp éventuel)
- Coupe d’une mine allemande antichar (Tellermine 35).
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- peut ensuite, sans craindre sa détonation inopinée, l’amener au moyen d’un câble long de 5o m, fixé à la poignée, jusqu’à un emplacement bien visible et qu’on marquera en attendant sa destruction.
- Le Shrapnel « 5 » est une petite mine cylindrique antipersonnelle d’environ 20 cm de diamètre et de i3 cm de hauteur. Elle explose en éparpillant 35o balles d’acier dans toutes les directions tandis que ses restes volent en l’air. Elle fonctionne, soit au moyen d’un où de deux allumeurs standard à traction vissés sur elle et actionnés par des fils pièges, soit à l’aide d’un allumeur à pression porteur de trois antennes, soit grâce à un allumeur électrique variante du dispositif précédent. Celte mine explose quand une charge appliquée sur les antennes de l’allumeur électrique vient fermer le circuit.
- Parmi les mines contre le personnel très employées par les Allemands, retenons encore la mine improvisée en béton du type « piquet » (fig. 4).
- Elle se compose d’un cylindre qu’arment des morceaux de métal noyés dans un mortier de ciment pauvre. Au centre se trouve une cartouche normale de xoo g avec un détonateur. L’allumeur à traction ZZ 35, muni de sa goupille de sécurité, se place au sommet de la mine, tandis que oun extrémité opposée s’encastre dans un pieu en bois qu’on enfonce dans le sol. Comme l’indique la figure 5, il existe trois façons de poser l’engin sur le terrain. Pour le neutraliser, on coupe d’abord le fil piège, on retire ensuite la mine du piquet et on dévisse l’allumeur.
- De fabrication récente, la mine « Topi » ne possède aucune partie métallique et les détecteurs magnétiques ne peuvent, par conséquent, pas déceler sa présence. Son corps cylindrique en verre est surmonté d’un chapeau également en verre avec joint de cellophane; il abrite deux petites ampoules, l’une argentée contient une liqueur acide, l’autre de l’eau distillée et se visse sur un détonateur à enveloppe de bakélite. Sous une pression de 100 kg, le couvercle en matière plastique se déforme en écrasant les deux ampoules; les liquides se répandent alors et produisent une flamme, qui actionne le détonateur.
- Notons enfin que les Allemands, depuis le mois de janvier 1944, utilisèrent les mines légères ou lourdes de l’infanterie française dont ils s’étaient emparés.
- Nous insisterons peu sur les autres mines allemandes, italiennes ou hongroises et d’une construction spéciale, semées en petit nombre sur notre territoire. Telles sont, par exemple, les mines en ciment qui remplacèrent, sur nos routes, les bornes hectométriques ; rvîntes avec les mêmes indications et dimensions elles contenaient 3 kg 700 de trinitrolo-luol, mais la ruse un peu grossière ne trompa pas longtemps. Par contre, les mines improvisées en terre cuite, qui apparurent en juin ig44 sur le front italien, étaient très difficilement détectables car elles n’avaient, comme partie métal-
- Fig. 5. — Trois méthodes de pose de la mine piquet.
- lique, que leurs percuteurs, leurs ressorts de pex’cussion et leurs goupilles de sûreté. En forme de pots circulaires grossièrement façonnés, elles renfermaient chacune 4 kg d’explosif en vrac.
- Les troupes allemandes fabriquèrent également, pendant l’occupation, des mines en bois. Dans des caisses clouées et peintes généralement au goudron, ils mettaient des chai’ges plus ou moins importantes d’explosifs munies d’amorces et de détonateurs variés.
- La mine italienne B. 2 se compose d’une boîte métallique grise, allongée, sur laquelle s’ajuste un couvercle, fixé sur elle au moyen d’une chaîne à chacune de ses extrémités et munie de petits couvercles supplémentaires qui donnent accès à son intérieur où se trouvent charge explosive, système d’amorçage, percuteur et cordeau détonant. Sous l’effet d’une forte pression sur cette mine antichar, la lame fixée au couvercle de l’engin cisaille le fil qui retenait le percuteur, la poudre s’enflamme et l’explosion se produit. Il existe des mines italiennes contre le personnel dont les récipients rectangulaires sont en bakélite. Munies d’un couvercle à charnière, leurs boîtes rectangulaires contiennent une charge de 800 g, des plaques destinées à se fragmenter et un ensemble percuteur que l’on arme en tirant vers l’extérieur la tige du percuteur et en introduisant la goupille. La mine italienne, composée d’une boîte en bois contenant 5 kg de T. N. T. et munie d’un allumeur en bakélite à chaque angle est dangereuse pour les voitures, les camions ou les chars, mais il faut une pression de 45 kg sur un des allumeurs ou i65 kg au centre, pour la faire sauter. On la neutralise en retirant les quatre allumeurs qui glissent aisément hors des trous correspondants.
- Les soldats alliés se méfiaient beaucoup des grenades italiennes à main, qu’ils rencontraient; ils les avaient surnommées « diables rouges » à cause de leur couleur et ils les faisaient exploser au moyen d’une longue corde. Quant aux mines hongroises antichars (G. V. P.) ou contre le personnel (Ramp), on les trouve rarement sur les terrains français à déminer.
- Goupille de sécurité Allumeur ZZ 35
- NO 8 Détonateur.
- Mortier de ciment pauvre
- Morceaux de métal<C
- Cartouche normale de 100 ge (bohrpatrone 28)
- Piquet en bois
- Fig. 4. — Coupe d'une mine « piquet » contre le personnel.
- La mine est munie d’un allumeur ZZ 35.
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- Allumeurs allemands.
- Les nombreux allumeurs utilisés par la Wehrmacht. clans, ses mines terrestres et auxquels nous avons dû faire allusion incidemment à propos du fonctionnement de celles-ci, sont mécaniques, chimiques ou électriques. D’une façon générale, ils servent à produire un jet de flamme transmis soit à une mèche lente, soit à une amorce détonateur.
- Allumeurs mécaniques. — Dans la première catégorie, se rangent les allumeurs à pression qui existent en deux tailles et qu’on arme en retirant la goupille de sécurité, de façon à dégager le cylindre mobile. Une pression de 3o kg (petit modèle) ou de Go à 75 kg (grand modèle) déclenche le percuteur qui enflamme l’amorce. Ils servent surtout pour les mines improvisées. Les allumeurs à traction ZZ. 35 (fig. 4) s’emploient avec les Tellermines; pour les armer, on fixe le fil piège et on enlève également la goupille de sûreté. On les neutralise après avoir placé un clou dans le trou de cette dernière, puis on tire les mines au moyen d’un câble téléphonique de 5o m.
- L’ingénieux allumeur à long retard J. Feeder 54 comporte un mécanisme d’horlogerie se déclenchant au bout d’un temps variable à v'olonté pouvant aller jusqu’à 21 jours. Les armées allemandes s’en servaient surtout pour provoquer la déflagration de charges explosives abandonnées intentionnellement au cours de leur retraite, dans les magasins et autres immeubles. On le met en marche ou on l’immobilise en tournant l’anneau molle té de la tète de l’engin de manière que le repère rouge se trouve entre les deux marques soit de mouvement, soit d’arrêt. Son dispositif de sûreté comprend une vis à tète molletée qu’une chaîne relie à l’allumeur. Si la dite vis est bloquée à fond, le percuteur peut frapper l’amorce, mais quand on la dévisse, une détente à ressort vient, en se plaçant sous le percuteur, stopper ce dernier.
- Les allumeurs chimiques équipent de préférence les mines allemandes contre le personnel appelées communément
- « pots à moutarde ». Leur pièce principale est une ampoule en verre contenant de l’acide sulfurique noyé dans un mélange de chlorate de potasse, plâtre et sciure de bois. Une pression de 18 kg suffit à briser cette ampoule que protège une coiffe cylindrique sertie sur une embase de bakélite; alors le liquide se répand, une réaction exothermique sc produit et la flamme qui jaillit fait fonctionner le détonateur.
- Les allumeurs électriques le plus souvent rencontrés sur notre sol arment les mines u S » allemandes. Leur dispositif s’insère dans un récipient d’ébonile moulé. Au lieu de mettre le feu à une amorce, ce système provoque le bris d’une ampoule de verre et ferme le circuit. On les trouve utilisés sous forme de deux chaînes de neuf allumeurs montés en parallèle et les conducteurs sont reliés à un pont qui s’adapte sur la mine. Pour neutraliser celle-ci, il faut repérer les chaînes d’allumeurs et retirer toutes les fiches du pont.
- Sur les champs de déminage, des grenades et des bombes allemandes voisinent souvent avec les mines. Parmi les premières, la grenade a œuf » est la plus commune (fig. 6). Elle renferme une composition à friction au travers de laquelle on tire un fil métallique afin de provoquer l’inflammation de la poudre comprimée contenue dans un tube d’acier avec des retards variables selon les modèles. Ainsi le type normal à tête d’allumeur peinte en bleu donne 4 s 5 de décalage; avec celui à tête rouge le retard est d’environ une seconde et l’allumeur B. Z. E. à tête jaune permet de réaliser un retard de 7 s 5. Pour rendre l’allumeur inoffensif, on dévisse soigneusement la tête en prenant soin de n’exercer aucune traction sur la corde qu’on coupe avec des ciseaux ou des pinces. Pour désarmer la grenade après neutralisation de l’allumeur, on dévisse celui-ci et finalement on retire le détonateur. Quant à la grenade à manche, son allumeur agit de façon identique à celui de la précédente et se visse au sommet d’une boîte contenant un explosif brisant. De leur côté, les bombes « papillon » de 2 kg contre le personnel comprennent 23 « bombettes » enfermées dans un récipient construit de manière à s’ouvrir à une certaine distance de l’avion. Lorsque ces petits projectiles quittent leur logement, ils s’arment automatiquement grâce à un mécanisme dit « papillon » fixé au sommet d’une tige. On équipe ces bombes aériennes avec trois sortes de fusées : la fusée àl conçue pour fonctionner, soit en l’air avant impact, soit à l’impact; la fusée 67 à mouvement d’horlogerie qui donne un retard pouvant aller jusqu’à une demi-heure après l’armement de la bombe et la fusée 70 B s’armant à l’impact mais détonant seulement si on la déplace. Extrêmement sensible, cette dernière fusée s’emploie comme piège pour empêcher les manipulations de l’engin. Comme les récipients contenant les bombettes peuvent ne pas s’ouvrir avant de frapper le sol, on les rencontre tantôt ouvertes, tantôt à demi-ouvertes; en ce cas, elles ne sont pas armées et on les rend inoffensives en retirant leurs fusées. En conséquence, si en imprimant des secousses à une bombe cc papillon » à l’aide d’une corde et en se mettant, bien entendu, à couvert, on n’a pas réussi à la détruire, le mieux est d’en provoquer l’explosion au moyen d’une charge amorce sèche mise tout près de la fusée.
- (à suivre).
- Jacques Boyer.
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- LE PACIFIQUE ET L’OCÉAN INDIEN
- Les géographes classiques distinguent cinq océans à la surface du globe ; les hydrographes modernes tendent à n’en plus compter que trois : l’Océan Glacial Arctique n’est qu’une dépendance de l’Atlantique auquel il fait suite vers le Nord; l’Océan Glacial Antarctique n’a pas de limites nettes, sauf au Sud où il s’arrête au continent antarctique. Les trois océans restants sont l’Atlantique et le Pacifique qui occupent les deux hémisphères, l’Océan Indien qui ne s’étend guère que dans l’hémisphère austral. Tous les trois se confondent vers le Sud et on ne peut leur donner que des limites conventionnelles : l’Amérique au Cap Horn, l’Afrique au Cap de Bonne Espérance, l’Australie à la Tasmanie ou terre de van Diemen.
- Ainsi définies, les trois masses océaniques couvrent :
- l’Atlantique.............. . 106 millions de km2
- le Pacifique................ X77 » »
- l’Océan Indien.............. 77 » 55
- Le Pacifique ou Grand Océan occupe la moitié de la surface des mers, le tiers de la surface du globe.
- VOYAGES DE DÉCOUVERTES
- Les Anciens ne fréquentaient guère que la Méditerranée. Cependant, on sait qu’ils la dépassèrent. Les Égyptiens naviguèrent en Mer Rouge, les Phéniciens dans le Golfe Persique. Salomon envoya des vaisseaux au pays d’Ophir; Hérodote parle de la Mer Erythrée entre l’Arabie et l’Inde; Alexandre le Grand alla jusqu’à l’embouchure de l’Indus; Ptolémée indique sur sa carte l’Océan Indien. Peut-être allait-on déjà plus loin ? En tous cas, Marco Polo arriva en 1292-1294 jusqu’au Japon.
- En 1/198, Vasco de Gama doubla pour la première fois le Cap de Bonne Espérance et remonta la côte orientale d’Afrique jusqu’aux Indes. Albuquerque atteignit Ceylan en i5o7, Sequeira le détroit de Malacca en 1509. En i5i6, les Portugais arrivaient à Canton et en 1642 au Japon.
- Pendant ce temps, Balboa, ayant traversé l’isthme de Panama en i5i3, apercevait à l’Ouest l’Océan Pacifique. En 1620, Magellan passait le détroit qui porte son nom au Sud de l’Amérique et s’engageait dans le Pacifique qu’il traversa; après sa mort aux Philippines, son second El Cano continua le voyage à travers le sud de l’Océan Indien jusqu’au Cap de Bonne Espérance. D’autres Portugais et Espagnols suivirent, découvrant peu à peu des terres.
- En 1526, de Loaysa suivit la côte américaine de la Terre de Feu jusqu’à Santa Cruz ; Pizarre la longea de plus près, puis en 1578, Drake atteignit le Canada.
- A partir de i58o, des Hollandais parcoururent aussi le Pacifique, dont Tasrnan, qui alla, de 16/12 à iG44 de l’Ile Maurice à la Tasmanie, puis à la Nouvelle-Zélande, pour remonter ensuite jusqu’aux îles Tonga et revenir par le Nord de la Nouvelle-Guinée et Batavia. L’Australie ne fut reconnue qu’en iG85 et reçut le nom de Nouvelle-Hollande.
- En 1741, le russe Behring reconnut le détroit qui porte son nom.
- Enfin, au cours de trois voyages fameux, de 17G8 à 1780, Cook parcourut le Grand Océan en tous sens, prenant possession de très nombreuses îles au nom de l’Angleterre.
- Les Français Bougainville (1767-1769), Kerguelen (1772), La Pérouse (1786-1788), d’Entrecasteaux (1791-1973), Dumont d’Ur-ville (1826-1840) eurent aussi leur bonne part dans ces explorations.
- Les hasards de ces découvertes expliquent pour une part le
- partage des terres du Pacifique. Le reste est le fait des guerres — le plus souvent européennes — qui ont changé les possesseurs.
- La connaissance des terres australes est plus récente. Cook en approcha dans son deuxième voyage, Bellingsliausen (1820-1821), puis, Ross (i839-i843) y abordèrent mais ce n’est qu’en ce siècle qu’une série d’expéditions océanographiques délimitèrent ce continent avant d’y pénétrer jusqu’au pôle. La France n’y a pris part qu’avec Charcot.
- RECHERCHES OCÉANOGRAPHIQUES
- Après les voyages d'exploration géographique qui ne traçaient que des itinéraires, vinrent les expéditions océanographiques qui étudièrent le régime des masses d’eau. Déjà, Magellan avait fait quelques sondages, Cook observé des températures, Ross noté des densités. En 1853, Maury traça pour la première fois une carte générale des courants de surface. Depuis, les voyages scientifiques se sont multipliés : « Novara » (1867-69), « Tus-carora » (1873-76), « Challenger » (1874-76), « Gazelle » (1874-76), « Enterprise » (i883-85),'« Yettor Pisani » (i884),
- « Yilliaz » (1887-88), « Egeria » (1887-99), « Albatros » (1888-1906), « Penguin » (1891-1903), « Valdivia » (1898-99), « Nero » (1899-1900), « Gauss » (1902-03), « Edi » (igo3), « Sealark » (1906), « Planet » (1906), « Pourquoi-Pas? » (1909-10), « Shin-toku Maru » (1924-33), « Dana » (1928-30), « Carnegie » (1928-29), « Snellius » (1929-81), « Norwegia » (ig3o-3i), a Dis-covery » (Tg3a-33). Des laboratoires maritimes se sont créés, des services des pêches ont été organisés, et peu à peu l’inventaire se poursuit des conditions physiques des mers, de leur faune et de leur flore. Les Russes étudient le grand Nord, les Américains leurs côtes, les Hawaï, les Philippines, les Japonais leurs îles, les Anglais l’Inde et l’Australie. Mais il reste encore beaucoup à faire et notamment les immensités entre l’Australie et l’Amérique ont été bien peu parcourues, en dehors des lignes de navigation.
- L'OCÉAN INDIEN
- La profondeur moyenne des mers est d’environ 4 000 m.
- L’Océan Indien forme une masse irrégulière entre l’Afrique, l’Asie, l’Australie et le continent austral. Il n’atteint le tropique du Cancer qu’au fond de la Mer Rouge et du Golfe d’Oman. Sa masse est tout entière dans l’hémisphère sud. En son milieu, il présente une crête nord-sud de moins de 4 000 m qui se trouve jalonnée par les îles Laquedives, Maldives, Chagos, les Mascareignes (Seychelles, La Réunion, Maurice, Rodriguez, Saint-Paul et Amsterdam, Kerguelen) et rejoint les terres antarctiques. A l’Ouest, il présente trois fosses, celle des Somalis, qui atteint 5 760 m, entre Sokotora et Madagascar, celle du sud de Madagascar qui atteint 5 883 m, entre Madagascar et les îles Crozct et du Prince Édouard, celle du sud qui atteint 5 723 m, entre Crozet et les terres australes. A l’est, le relief est moins mouvementé et du Golfe du Bengale au sud de l’Australie, le fond est partout à plus de 4 000 m avec 6 459 m au maximum à l’ouest de l’Australie. Une fosse profonde de plus de 7 000 m longe la côte sud de Java.
- Le sud de l’Australie et la Tasmanie rejoignent le continent antarctique par une crête de moins de 4 000 m d’où émerge l’île Macquarie.
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- LE PACIFIQUE
- Si l’Océan Indien rappelle par sa structure l’Atlantique, océan ancien comme lui, le Pacifique a un aspect tout différent. Beaucoup de géologues pensent qu’il occupe la place d’un ancien continent qui ne se serait effondré qu’à la fin des temps secondaires ou au début du tertiaire. Il s’étend du détroit de Behring, au niveau du cercle polaire arctique, jusqu’au cercle polaire antarctique où il baigne le continent austral. Ses deux rives, occidentale et orientale, sont toutes différentes bien qu'également bordées de fractures et de volcans. A l’ouest, il présente une série de chapelets d’îles disposées en arcs de cercles : Aléouliennes, Kourilles, Sakhaline, archipel japonais, Philippines, Moluques, qui rejoignent les îles de la Sonde et l’Australie. Entre ces îles et le continent asiatique un chapelet de mers peu profondes forme un plateau : mer d’Okhotsk, mer du Japon, Mer Jaune, Mer de Chine, où le fond reste à moins de 200 m, sauf dans la Mer du Japon et celle de Chine où il descend à 4 000 m. Sur le bord oriental de ces archipels, on observe des fosses étroites qui dépassent 9 000 m au large du Japon et atteignent 10 790 m à toucher les Philippines, la plus grande profondeur connue. Du Japon, une autre ligne de fractures est jalonnée par les îles Bonin, Mariannes, Guam, Yap, Palau, qui va rejoindre les Moluques ; elle est également bordée à l’est par de longues fosses (9 C35 m aux Mariannes).
- La presqu’île de Malacca qui termine l’Asie au sud-est se continue par les îles de la Sonde et Bornéo dont elle n’est séparée que par des fonds de moins de 200 m. A l’est de Bornéo, de Java et de Florès, le relief devient beaucoup plus tourmenté et les fonds dépassent 6 000 m dans la mer des Célèbes et celle de Banda.
- Les Indes Néerlandaises et les Moluques se continuent par des fonds de moins de 200 m jusqu’à Bornéo, l’Australie et la Tasmanie. Plus à l’est, les îles Salomon, les Nouvelles-Hébrides, la Nouvelle-Calédonie, les Fidji, la Nouvelle-Zélande, l’île Chatham, les îles Antipodes, l’archipel d’Auckland forment un autre groupe où les fonds ne dépassent guère 2 000 m, sauf dans la fosse de Bougainville (9 i4o m.), la mer de Corail (4 663 m), la mer de Tasmanie (5 074 m.). Un chapelet de fosses profondes atteignant 9 427 m près de l’île Kermadec, les borde à l’est.
- Au delà, jüsqu’à l’Amérique, le relief devient bien plus régulier. Le fond remonte lentement depuis plus de 5 000 m jusqu’à la côte, sauf au large du Pérou et du Chili et vers le sud où la large fosse de Bellinghausen, redescend à plus de 5 000 m. Dans ces immenses espaces, seules quelques lignes de fractures sont jalonnées par des chapelets d’îles volcaniques, aux laves basaltiques : Mildway, Laysan et les Hawaï; Fanning, Christ-mas, Marquises; Wake ; Marshall, Gilbert, Phœnix, Samoa, Tahiti; Raratonga, Tubuai, Rapa, Pitcairn; San Felice, Juan Fernandez.
- Entre les deux tropiques, les côtes et les hauts fonds sont bordés de récifs coralliens dont le plus étendu est la Grande Barrière d’Australie récemment bien explorée par une expédition anglaise. Les vases à globigérines couvrent le fond jusqu’à 4 000 m, remplacées au centre du Pacifique par des vases à radiolaires. Les très grands fonds sont couverts d’argile rouge. Les vases à diatomées forment deux bandes, l’une étroite au nord, l’autre bien plus large autour du continent antarctique.
- MÉTÉOROLOGIE
- La température de l’air, au niveau de la mer, varie en février de — 25° au détroit de Behring à + 2 7°5 dans le nord de l’Océan Indien, une grande bande équatoriale pacifique et le nord de l’Australie, pour redescendre à — 20 au voisinage des terres antarctiques. En août, elle est de + 70 dans le détroit
- de Behring, de + 27°5 entre le tropique du Cancer et l’équateur, de — 2o° à — 25° près du continent austral. C’est dire que la variation annuelle de température est voisine de 3o° près des pôles et seulement de i° vers l’équateur.
- Trois centres de hautes pressions se maintiennent, un dans l’hémisphère nord à l’ouest des États-Unis, deux dans l’hémisphère sud, entre Madagascar et l’Australie et au large de Juan Fernandez. En hiver, un centre de dépression existe au sud du détroit de Behring; toute l’année, la pression baisse jusqu’à 74o mm à mesure qu’on approche des terres australes. Cette situation barométrique explique les courants aériens. Dans le nord de l’Océan Indien, les vents soufflent du nord-est au sud-ouest en hiver et du sud-ouest au nord-est en été (mousson).
- Plus au sud, les vents deviennent constants ; ils partent de la zone de hautes pressions entre Madagascar et l’Australie et soufflent du sud-est vers l’équateur et du nord-ouest vers le pôle sud.
- Dans le Pacifique, on retrouve au sud les vents constants du nord-ouest ou de l’ouest, entre les tropiques les vents alternés de la mousson, au delà, trois grands mouvements tourbillonnaires partant des zones de hautes et de basses pressions ; ils tournent dans l’hémisphère nord dans le sens des aiguilles d’une montre et en sens inverse dans l’hémisphère sud.
- L’air chaud des régions .équatoriales est ainsi transporté au nord vers la côte du Canada et de l’Alaska qu’il échauffe, tandis que la côte-asiatique se refroidit, ainsi que celle du Chili.
- La région équatoriale, de température presque constante est bien plus calme que ses abords où se forment parfois de terribles ouragans. L’hiver, ils soufflent vers le sud, à l’est de Madagacar et de l’Australie en dehors des lignes de navigation; en été, ils s’inversent vers le nord et l’ouest et ravagent l’entrée de la Mer Rouge, l’Inde et surtout l’Indochine, la Chine et le Japon (typhons).
- OCÉANOGRAPHIE
- La température de l’eau de surface varie moins que celle de l’air au voisinage des pôles; elle n’y descend guère au-dessous de — i°. A l’équateur, elle dépasse -f 28° de l’Afrique à Samoa ; plus à l’est, vers le canal de Panama et le nord de l’Amérique du sud, des montées d’eau froide la font baisser jusqu’à moins de + 20°. Dans les mers étroites, elle atteint en été + 3o° en Mer Rouge et + 32° dans le Golfe Persique.
- Les eaux les moins salées « 1,022) se trouvent au voisinage de l’équateur et les plus salées ()> 1,027) vers les pôles, surtout au voisinage de l'Antarctique.
- Les courants superficiels suivent sensiblement la direction générale des vents. Dans l’Océan Indien, au nord, les courants s’inversent avec la mousson; plus au sud, un circuit s’établit d’est en ouest au sud de l’équateur, d’ouest en est près des terres australes. Dans le Pacifique qui occupe les deux hémisphères, le mouvement général ressemble à celui de l’Atlantique : un courant équatorial va d’est en ouest, du canal de Panama jusqu’aux Philippines. Vers le nord, il s’infléchit au sud du Japon et se dirige vers le nord-est, le détroit de Behring et l’Alaska. Ce courant chaud est le Kourosiwo ou fleuve noir, analogue au Gulf Stream. Dans les mers intérieures, entre les archipels et la côte asiatique, un courant inverse, froid, descend vers le sud-ouest, surtout en hiver. Entre le courant équatorial et le Kourosiwo, les eaux girent dans le sens des aiguilles d’une montre : courant nord-équatorial, courant nord-pacifique, courant de Californie. Dans l’hémisphère sud, le même mouvement a lieu en sens inverse : courant sud-équatorial, drift d’ouest en est, courant du Pérou ou de Humboldt. Les plus grandes vitesses s’observent au large du Pérou et entre la Nouvelle-Guinée et les Philippines.
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- LES HOMMES DANS LE PACIFIQUE
- Sans parler des habitants des continents et des grandes îles qui bordent l’Océan Indien et le Pacifique, Nègres en Afrique, Malgaches, Éthiopiens, Arabes, Hindous, Chinois, Japonais, Indiens en Amérique, on se perd dans les races indigènes qui peuplent les terres des deux océans, d’autant plus qu’on ne sait rien de leur histoire avant l’arrivée des Eui'opéens. Les ethnographes distinguent des Malais dans les Iles de la Sonde et aux Philippines, des Australiens, des Tasmaniens, des Maoris en Nouvelle-Zélande, des Mélanésiens à l’est de l’Australie, des Micronésiens au nord, des Polynésiens dans la poussière d’îles qui va de Midway à Samoa et à Oyster Island, sans parler de nombreuses races localisées à quelques îles seulement, dont certaines ont disparu (île de Pâques, Galapagos, etc.). Leur histoire est inconnue ; leur civilisation actuelle est souvent encore des plus primitives. On admet qu’ils ont beaucoup navigué, môme à de grandes distances en suivant les vents et les coui'ants. Les Malais ont sans doute débarqué en Indochine, en Chine, aux Philippines, en Micronésie et en Polynésie ; les Mélanésiens ont
- Francisco. L’ouverture du canal de Panama a ouvert le commerce d’est en ouest en concurrence avec Suez et leurs zones d’influence ont fini par s’équilibrer selon les distances. Hawaï, Tahiti, Samoa, Fiji, Auckland, Wellington, sont devenus ports d’escales, tandis que la trop longue route du cap Ilorn a perdu son intérêt. Aujourd’hui, tout le Pacifique est sillonné de routes de paquebots et de cargos. Seul, le sud reste désert ainsi que de larges espaces vides.
- Des câbles ont été posés d’Aden à Bombay et à Ceylan, de Ceylan aux Seychelles, de Madagascar à Batavia, de Madras à Singapour, de l’île des Cocos à Freemantle, de Sydney à Wellington, dans les mers de Chine et du Japon, du Japon à Yap et à Guam, de Bornéo à Midway, Hawaï et San Francisco, de Sydney en Nouvelle-Zélande et de celle-ci aux Fidji et à Vancouver. Aucun n’atteint encore l’Amérique centrale et celle du sud. Mais des stations de T. S. F. ont été établies sur toutes les îles et aucune n’est plus isolée maintenant.
- Les îles éparses, surtout celles qui se trouvent sur les grandes lignes de navigation, sont devenues des ports d’escale très précieux .ou même des bases navales que se sont partagés
- LONGUEUR DES ROUTES MARITIMES (en milles marins = I km 852).
- Suez-Aden 1400 Hong-Kong-Yokohama . . . . 1580 Svdney-Hawaï 4400
- Aden-Bombay 1645 Hong-Kong-Vladivostock. 1640 Sydney-Samoa . 2350
- Aden-Ceylan . 2100 Yokohama-San Francisco . 4550 Sydney-Wellington 1225
- Aden-Freemantle 4925 Yokohama-Hawaï 3400 Wellington-San Francisco . 5900
- Cap-Ceylan 4400 tlawaï-San Francisco 2000 Wellington-Panama 6500
- Cap Batavia 5550 Hakodate-Panama 7408 Wellington-Valparaiso. .... 5720
- Cap-Freemantle ....... 4650 Batavia-Sydney 1450 Samoa-Cap Horn ' 5250
- Cap Sydney . . 6500 Singapour-Guam 2550 WellingtomCap Horn . . 4600
- Ceylan-Singapour ...... Singapour-Hong-Kong ..... 1570 1440 Guam-San Francisco Guam-Samoa . 5550 3050 Sydney-Cap-Horn 5800
- probablement abordé en Nouvelle-Guinée et Rivet a retrouvé des traces des Polynésiens jusque sur les côtes américaines.
- Les Européens, une fois installés dans les îles, les ont mises en exploitation et des lignes de transports maritimes se sont établies. Dans l’Océan Indien, elles passaient par le Cap de Bonne Espérance jusqu’à l’ouverture du canal de Suez; aujourd’hui elles traversent la Méditerranée, sauf dans les périodes de guciTe où celle-ci ne présente plus de sécurité. De Suez, on va au Golfe Persique, aux Indes, à Singapour, à Batavia, à Port-Darwin, à Freemantle, à Melbourne. Du Cap on va aux Indes par Maurice, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Des lignes partent de Singapour pour Batavia, Saigon, Manille, Hong-Kong, Yokohama, Vladivostock. De Yokohama, d’autres lignes joignent l’Amérique directement à Vancouver, San
- Anglais, Américains, Français, Hollandais, Portugais, Japonais.
- On sait comment ces derniers s’étendirent pendant cette guerre vers le sud et vers l’est, le long des côtes continentales jusqu’à Singapour, dans les Philippines, les Indes néerlandaises, Bornéo, la Nourafile-Guinée et jusqu’aux Aléoutiennes, à Wake et à Midway. On commence à les reconduire dans leur archipel et à rétablir la liberté des communications à travers le Pacifique, le plus grand des océans, dont les terres qui le peuplent et le bordent sont parmi les plus riches en matières premières.
- R. Legexdbe.
- Professeur à l’Institut Océanographique.
- LE CIEL EN OCTOBRE 1945
- SOLEIL : du 1er au 31, sa déclinaison passe de — 3°9' à 14°o/, la durée du jour à Paris s’abaisse de llh38m à 9h54m. — LUNE : N. L. le 6 à 5*22“ ; P. Q. le 14 à 91*38“; P. L. le 21 à oh32m; D. Q. le 27 à 22h30“ ; apogée le S, périgée, le 21. Occultation : de 7 Sagittaire (5m,5) le 12, imm. à 17Mî5m7 ; de_ 308 B Sagittaire (6m,3) le 44 imm. à 18h14m,0. Principales conjonctions : avec Vénus le 3 à 12h, à 3°39' N. ; avec Mars le 27 à 5h, à 0°50' N. ; avec Saturne le 27 à 5h, à 2°10' N. — PLANÈTES : Mercure invisible, en conj. sup. avec le Soleil le 1er ; Vénus visible le matin avant l’aurore, diam. app. diminuant de 12// à 11" ; Mars, dans les Gémeaux, en qnad. W, avec le Soleil le 19 est visible presque toute la nuit, diam. app. augmentant de 7",7 à 9//,3 ; Jupiter, invisible au début du mois, en conj. avec le Soleil le 2 ; Saturne, dans les Gémeaux, en quad. W. avec le Soleil le 22 est visible presque toute la nuit ; diam. app. le 14 ; globe 16",3, anneau : gr. axe 41",2, petit axe 15",7 ; Uranus, dans le Taureau, visible toute la nuit, diam. app. 3",6 ; Neptune
- invisible, en conjonction avec le Soleil. Principales conjonctions : Vénus avec r, Vierge (3“,9) le 22 à 23h, à 0°13' N. ; Mars avec Saturne le 26 à 7^, à 1°24' N ; Vénus avec Jupiter le 30 à 8\ à 0°31' N. — LUMIÈRE ZODIACALE : Visible à l’E. avant l’aurore du 5 au 18 environ. — MÉTÉORES : du 16 au 22, 0 ri oui de s, radiant vers v Orion. — ÉTOILES VARIABLES : Minima d’Algol : le 15 à 3h24m; le 18 à 0h13m. Minima de B Lyre le 9 et le 22. Maxiina de variables à longue période : R Aigle le 29 ; RR Sagittaire le 31. — ÉTOILE POLAIRE : Passage supérieur au méridien de Paris : le S à 0h32m,358 ; le 16 à 0ulm,10s et 23h57m,'15s; le 18 à 23h49m,23s; le 28 à 23M0m,5s.
- L. R.
- N.-B. — Les heures sont données en temps universel ; tenir compte des modifications introduites par l’heure d’été et par son changement.
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- LA BOMBE ATOMIQUE
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- La bombe atomique reste enveloppée du plus profond secret.
- Mais nous avons été autorisés à publier quelques documents qui présentant un vif intérêt.
- Voici d’abord des photographies prises par les avions américains qui ont lancé, le 6 août et le 9 aoiit, les deux bombes.
- 1
- Fig. 1. — La colonne de fumées provoquée par la bombe atomique à Hiroshima (Photo New-York Times).
- La figure 1 montre le sommet de la colonne de fumées projetée par l’explosion de la bombe lancée le G août sur Hiroshima, d’une altitude d’environ 10 000 m. Le champignon qui couronne la colonne de fumées atteint plus de 7 coo m. A la base, un épais nuage de fumées, non visible sur la photographie, s’étendait sur plus de 4 km de diamètre.
- La figure 2 montre une photographie prise à peu près dans les mêmes conditions, 3 mn après l’explosion de la bombe lancée le 9 août sur Nagasaki. Le nuage de fumées à la base de la colonne est ici nettement visible. Ces photographies donnent une idée des effets mécaniques provoqués par l’explosion. Mais il semble que les bombes n’aient pas agi seulement par voie mécanique et thermique. Selon l’agence japonaise Domci, les bombes auraient continué à faire des victimes longtemps après leur explosion. Ces renseignements 11e doivent être accueillis qu’avec réserve. Ils ne tarderont sans doute pas à être contrôlés par les spécialistes américains. Ils se résument ainsi :
- A Hiroshima, 3o 000 personnes ont été tuées sur le coup; 3o 000 autres sont mortes peu après de leurs blessures; i3o 000
- ont été blessées ou brûlées. Au total : 190 000 victimes sur une population de a5o 000 habitants.
- Mais même nombre de personnes restées apparemment indemnes, éprouveraient au bout de quelques jours des troubles graves : diminution considérable des globules blancs et des globules rouges. L’agence Domei attribue ces effets à la persistance d’une radioactivité due à l’uranium employé dans la bombe.
- Le Ministère de la Guerre américain, de son côté, déclare cette interprétation inexacte. Toute radioactivité qui poui'rait être engendrée par l’explosion serait dissipée en quelques heures. On fait observer que les rayons gamma et les neutrons dégagés par l’explosion de l’atome d’uranium exercent sur l’organisme des effets néfastes bien connus, mais qui ne se manifestent qu’au bout de quelques joui's.
- La photographie de la figure 3 donne une vue partielle des usines Hartford Engineering dans l’État de Washington, où ont
- Fig. 2. — La colonne de fumées provoquée par la bombe atomique lancée sur Nagasaki (Photo New-York Times).
- été fabriquées les terribles bombes. Elle donne l’impression d’une énorme usine de produits chimiques; ce qui donne à supposer qu’il a fallu traiter de forts tonnages de matières premières pour obtenir la substance explosive. Celle-ci ne serait donc pas un composé uranifère brut, mais une matière séparée d’un minerai uranifère par un processus rappelant peut-être la séparation du radium.
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- Fig. 3. — Vue partielle des usines de Pamo (Washington)
- où ojpt été fabriquées les bombes atomiques.
- (Photo New-York Times).
- LE SALAGE ÉLECTRIQUE DES VIANDES
- Des expériences effectuées aux États-Unis ont montré que la technique de ce mode de conservation des viandes apparaît d’application facile et ne nécessite pas une installation plus ou moins compliquée, comme lorsqu’il s’agit de congélation ou même de simple réfrigération.
- On sait que, du seul fait des pertes en eau qu’une évaporation rapide détermine dans les parties superficielles de la viande fraîche, résulte, à l’intérieur des éléments de celle-ci, une véritable concentration des liquides organiques, par laquelle le développement microbien se trouve considérablement ralenti.
- Lorsqu’on a recours à l’autoclavage, la conservation est rendue plus facile si l’on utilise, en outre, le pouvoir microbien de l’ozone, en remplaçant par de l’air ozonisé une partie de l’air que le vide a enlevé à l’autoclave.
- Dans la pratique du salage des viandes, aux États-Unis, J. C. Roth, de Cincinnati, fait traverser la saumure par un courant alternatif, ce qui permet d’abaisser, par exemple, la durée de la salaison des jambons, de trois mois et plus à trente ou trente-cinq jours, au maximum.
- La saumure employée est de composition classique : sel, sucre et salpêtre en solution.
- Le courant employé est de 30 à 35 ampères, à 60 périodes.
- Les jambons sont disposés en piles sur les plateaux de grandes cuves en bois pouvant contenir 2 250 kg de viande.
- Lorsque la mise en place de la viande est terminée, on introduit, dans les cuves, la saumure refroidie à 1° ou 2° et maintenue continuellement en circulation par un jeu de moteurs et de pompes.
- Les électrodes, disposées aux extrémités opposées de la cuve, comprennent chacune cinq charbons cylindriques, d’une longueur de 120 cm et de 8 mm de diamètre ; ils sont abrités dans des tubes en poterie non vernissée. Entre les deux électrodes, la chute de potentiel est de 40 volts environ.
- Le courant passe sans interruption, aussi longtemps que dure le salage. Mais on simplifie cette méthode et on réalise une économie d’énergie, tout en obtenant sensiblement les mêmes effets, en ne faisant passer les décharges électriques qu’un jour sur deux.
- Ce curieux effet de l’électricité s’expliquerait par ce fait que les décharges continuelles ouvrent les pores de la viande, ce qui faciliterait notablement la pénétration de la saumure. Ce n’est là qu’une hypothèse. Quoi qu’il en soit de l’explication, les résultats n’en sont pas moins probants. La méthode paraît économique puisqu’une entreprise, à Cincinnati, persiste à l’employer, depuis plusieurs années, non seulement pour conserver les jambons, mais aussi le lard et, éventuellement, d’autres produits de charcuterie.
- Le salage du lard dure, normalement, de dix-huit à vingt jours, tandis que l’opération est terminée en trois ou quatre jours lorsqu’on fait intervenir l’électricité dans les mêmes conditions que pour la conservation des jambons. Ainsi, il faut donc trois fois moins de temps pour le salage des jambons, et six -fois moins pour le salage du lard, d’où économie très appréciable, compte tenu des frais de l’installation électrique et de la consommation d’énergie.
- Henri Blin.
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- LES APPLICATIONS DE LA SCIENCE EN U. R. S. S.
- La stimulation expérimentale de la surfécondité
- chez les brebis
- Pendant ia seconde quinzaine de juin dernier, avec une nombreuse délégation française (plus de 20 personnes), j’avais l’honneur dé participer, à Moscou et à Léningrad, à la célébration du 220e anniversaire de la fondation de l’Académie des Sciences dé l’U. R. S. S., qui, depuis sa fondation par Pierre le Grand, en 1726, a parcouru une glorieuse carrière et la poursuit avec une fécondité accrue sous le régime actuel. On avait déjà célébré, en 1925, le 200e anniversaire. La nouvelle commémoration a été évidemment liée à la grande et décisive victoire que les armées russes viennent de remporter. Nous avons d’ailleurs pu assister, le 24 juin, sur la place Rouge, à la grande revue qui consacrait l’événement.
- Associer ainsi l’Académie des Sciences à cette victoire qui est manifestement le point de départ d’une phase historique et peut-être même d’un monde nouveau, n’apparaît pas comme une conception fortuite et artificielle.
- Le régime politique russe actuel est étroitement lié à l’intelligence. C’est à celle-ci que vont surtout les faveurs d’une société essentiellement égali-litaire, dans laquelle les savants occupent une place de choix et constituent une aristocratie qui ne doit rien à la naissance et ne se perpétue pas par l’hérédité. La Science y est, à juste titre, considérée comme une force capable, plus qu’aucune autre, d’améliorer la vie sociale par ses conquêtes et les applications qui en découlent. Notre délégation contenait des représentants de la plupart des branches de la science. Nous avons pu, les uns et les autres, pendant notre trop court séjour, connaître ce que nos collègues russes avaient fait de plus saillant au cours des vingt dernières années. Or, il est à remarquer que, dans presque toutes les spécialités, la préoccupation des applications a été étroitement associée au souci de la découverte.
- L’Académie des Sciences de l’U. R. S. S. — qui, en réalité, correspond mieux à l’Institut de France qu’à notre Académie des Sciences, car elle comprend des représentants de toutes les sciences humaines, — a, d’autre part, une structure très dynamique. Elle ne se résume pas, en effet, à grouper des hommes éminents et à consacrer leur réputation; elle met aux mains de la plupart, sinon de tous, de puissants instruments de travail créateur, qu’ils dirigent, sous la forme d’instituts de recherche spécialisés, puissamment outillés et pourvus d’un nombreux personnel de chercheurs. Nous avons ainsi visité à Léningrad l’Institut Pavloff, créé pour l’illustre physiologiste dont l’œirvre s’y continue sous la direction actuelle de M. l’académicien Orbeli; il comprend une centaine de chercheurs. L’Académie des Sciences a connu, depuis le régime soviétique, une extension considérable en Instituts, en commissions de recherches spéciales et en outillage.
- En contre-partie, l'Académie est un des organes essentiels
- dont le gouvernement dispose pour poser et résoudre de nombreux problèmes scientifiques sur le terrain de la pratique, en vue de la mise en valeur et de l’extension des ressources du pays. Cela se reflète très directement dans la plupart des recherches scientifiques accomplies récemment. La Science a eu sa place marquée dans les plans quinquennaux successifs et l’aura certainement encore dans ceux de l’avenir.
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- On pourrait de cela donner une série d’exemples. La place limitée dont je dispose ici et le souci de ne pas m’écarter d’un domaine qui m’est familier me font me limiter à un, qui me paraît très significatif. Je l’emprunte aux travaux de M. Michel Zawadowsky, professeur à l’Université de Moscou' et membre de l’Académie d’agriculture Lénine. Il est bien connu des biologistes par ses recherches nombreuses et brillantes sur l’endocrinologie sexuelle des Vertébrés (Oiseaux et Mammifères), sur le déterminisme des caractères sexuels secondaires, les effets de la castration, etc. Or dans ces dix à quinze dernières années, il s’est efforcé d’augmenter le rendement des troupeaux de mouton (en particulier de la race karakul qui fournit l’astrakan). La production des peaux et de la laine est un élément économique toujours important et l’était particulièrement pendant la guerre. Il a obtenu, par des méthodes biologiques, des résultats pratiquement considérables non seulement à l’échelle du laboratoire mais à celle de l’élevage national.
- Les brebis sont normalement unipares, et ne produisent qu’un agneau à la fois, naissant après une gravidité de cinq mois et l’été est, en général, une période de repos sexuel. Exceptionnellement une brebis peut avoir simultanément deux et même plusieurs agneaux (jusqu’à G ou 7). Cette production de jumeaux est plus fréquente chez certaines races. M_ ZaAva-dowsky s’est proposé d’accélérer la multiplication du troupeau par deux voies : d’une part, en supprimant le repos génital estival et en obtenant deux générations par an ou au moins trois en deux ans; d’autre part, en augmentant la production de portées multiples. Dans l’un comme dans l’autre cas, il s’agit de stimuler la maturation de follicules dans l’ovaire, d’augmenter ainsi la ponte d’ovules et de les féconder par l’accouplement en temps utile. Or, parmi les grandes avances accomplies récemment en endocrinologie, l’un des résultats essentiels est le rôle capital reconnu à l’action des hormones hypophysaires pour la maturation des ovules dans l’ovaire. On a pu, chez divers Mammifères, intensifier considérablement ce processus par Faction de ces hormones.
- M. Zawadonskv a été amené à les faire intervenir, sur l’ovaire
- M. M. Caullery de l’Académie des Sciences.
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- de la brebis, par des injections de sérum de jument gravide qui en renferment. Il a mis au point, à cet égard,- toute une technique de préparation de ce sérum, et d’injection à doses et moments convenables.
- En déterminant des gravidités estivales, il a pu obtenir dans l’année une production supplémentaire de 4o à 60 agneaux pour ioo brebis. Mais la production de jumeaux est un élément de rendement encore supérieur. En effet, sur ioo brebis, injectées, 4o ne produisent qu’un seul agneau, mais k"j à 5o en donnent deux, 6 à 8 en ont trois, i à 2 en ont quatre, cinq ou six.
- La méthode s’est montrée efficace dans toute une série de races (karakul, race à queue grasse, tsigai, précoce, mérinos, rambouillet) et sur leurs hybrides.
- . Le taux de surfécondité dépend des doses de sérum injectées. On les réglera d’après la, façon dont chaque race supporte le traitement. En général, les brebis s’en accommodent très bien (Q et la gémellité ne les détériore nullement. Quant aux agneaux de portées doubles ou multiples, leur poids de naissance est réduit, mais ils rattrapent aisément les autres au bout d’une année et se montrent de qualité équivalente (en particulier pour la laine). Il y a lieu naturellement, le cas échéant, de leur assurer de bonnes nourrices, brebis ou chèvres.
- Ces expériences ont été poursuivies, à grande échelle, par M. Zawadowsky depuis plus de 10 ans, dans des kolkoses et des sovkoses. Le sérum de jument gravide est préparé méthodiquement dans plusieurs républiques de l’Asie (Kazakhastan, Urbekislan, Turkménistan) et dans le Caucase du Nord. Dans la seule année ig4o-ic)4i, 3oo 000 brebis ont été injectées. En rg45 le nombre total des brebis traitées était de l’ordre de plusieurs millions. On voit qu’il s’agit d’une échelle industrielle.
- Il est bien évident qu’en pareille matière, il était essentiel de convaincre la masse des bergers de l’efficacité d’une méthode si
- 1. La race à laine fine est plus fragile ; il y a lieu d’employer avec elle des aloses d'injections moins” fortes. On aliaissera également ces doses dans les économies moins bien approvisionnées ou disposant de pâturages médiocres.
- éloignée de la pratique traditionnelle de l’élevage. M. Zawa-doAvsky a employé, à cet effet, un ordre d’arguments qu’on ne saurait trop louer. Il a écrit, à l’usage des bergers, une Vie de Pasteur. Les travaux de Pasteur sur la vaccination contre le charbon et le récit de l’expérience de Pouillv-le-fort constituaient des exemples spectaculaires.
- Aujourd’hui, M. ZawadoAvskv peut affirmer péremptoirement, que la méthode hormonale pour déterminer la super-fécondité des brebis (grâce à des générations supplémentaires ou à la gémellité) est une opération parfaitement rentable et pratique Q).
- Il a appliqué les memes procédés aux Bovidés et obtenu ainsi chez la Vache, une proportion élevée de portées gémellaires, doubles, triples et même quadruples. 100 vaches lui ont fourni i45 veaux. Mais la portée pratique de ces expériences est beaucoup plus restreinte que dans le cas des brebis (2) ; leur intérêt théorique reste toutefois entier.
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- On pourrait, en s’adressant à d’autres domaines scientifiques, tels que celui de la génétique et de la botanique, donner des exemples du même ordre de questions essentiellement scientifiques, qui ont été méthodiquement transportées sur le plan pratique (3) et il y a là un des caractères saillants de la science russe contemporaine.
- Maurice Caullery, de l'Académie des Sciences.
- 1. fl a publié des comptes rendus détaillés de ses expériences (malheureusement seulement en langue russe), nolammcnt dans un petit livre : Méthode hormonale de stimulation de la gémellité chez les Brebis (Moscou, Ogiz, 1941, 203 p.) et dans le fasc. 80 (1945) des Utchinoui Zapiski.
- 2. En outre, chez la vache, il faut compter avec les jumelles stériles (free martin).
- 3. Je note brièvement encore que dans les steppes semi-désertiques d’une des républiques de l’Asie Centrale; on a introduit et propagé des troupeaux d’autruches (Emeus) qui y ont prospéré et qui fournissent aux populations des ressources alimenlaires importantes en viande et en œufs.
- COMMUNICATIONS DE NOS LECTEURS
- A propos de l'atébrine (n° do Ier juin 1945)
- M. G. Lhéritier, de Safi (Maroc) nous écrit :
- « L’auteur ne fait pas allusion à l’usage des dérivés de l’acri-dine en France et dans les colonies. Il y a pourtant bien des années que la Société parisienne d’Expansion chimique fabrique sous le nom de « Prémalino » un médicament à la fois préventif et curatif du paludisme. Celui-ci est un mélange comprenant du dichlorhydrate de chloro-2-diéthylaminopentylamino-5-méthoxy-7-acridine.
- <( Trop rare aujourd’hui, ce produit était couramment employé au Maroc français avant la guerre ; et nombreux sont les palu-
- déens anciens sur qui la quinine n’a guère d’effet, et qui se sont fort bien trouvés de son -usage.
- ce L’armée aussi l’a adoptée ; et dès la mobilisation en 1030, la prise obligatoire de Prémaline avait remplacé la « quininisation ». Ce n’est donc pas une révélation que nous apportent là nos alliés. »
- Botanique et folklore.
- M. André Mercier, 18, boulevard Jean-Jaurès, Boulogne-Billancourt (Seine) nous informe qu’il s’applique à rassembler une docur mentation complète en vue d’une étude générale sur les végétaux dans le folklore et l’ethnographie. Il serait reconnaissant à ceux qui pourraient l’aider dans cette tâche et s’offre à leur envoyer un questionnaire détaillé.
- INFORMATIONS
- Congrès de l'Association française pour l'avancement des sciences.
- L’A. F. A. S. (pour suivre la mode actuelle des abréviations) a contribué puissamment, depuis 1S64, aux progrès de toutes les sciences par ses congrès annuels tenus dans toutes les villes de France et même des pays étrangers de langue française, et en ces dernières années par ses émissions radiophoniques et la publication de son périodique Sciences.
- Depuis la guerre, elle n’avait pu se manifester. Elle reprend maintenant toute son activité en organisant à Paris, du 20 au 20 octobre prochain un « Congrès de la Victoire » où assisteront de nombreux savants des pays amis : anglais, américains, belges, russes, etc. Les séances auront lieu à la Sorbonne et seront sui-
- vies de visites d’établissements scientifiques et de réceptions.
- On peut demander à s’inscrire au Secrétariat de l’Association, 28, rue Serpente, Paris (0e)..
- La France d'outre-mer dans la guerre.
- Le Gouvernement Provisoire de la République Française organise à Paris, au Grand-Palais, du 5 au 28 octobre, une Exposition intitulée : La France d’outre-mer dans la guerre.
- C’est l’exposition la plus importante depuis la Libération. Elle doit rendre sensible à tous les Français : le rôle joué par les Territoires d’Outre-Mer dans la Libération de la Métropole, et l’œuvre accomplie dans ces Territoires depuis 1940.
- Cette exposition sera accompagnée de manifestations artistiques, culturelles, commcrciaels et sportives.
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- Hêtre tortillard. Vierzy (Marne).
- Les hêtres tortillards
- « Tityre, lu patulæ rccubans sub tegmine /agi ».
- Ce vers, le premier des Bucoliques du délicieux Yirgilius Maro, aie s’applique certainement pas aux arbres disgraciés par la nature dont nous allons parler. Le Hêtre sous l'ombrage duquel s'abritait le berger Tityre devait être ample et majestueux, tandis que les Tortillards comme leur nom l’indique sont contrefaits, contorsionnés, contournés, souvent malingres, percés de trous, couverts d’exostomes semblables à des verrues ; leur tronc est noueux, bancal, leurs brandies divaguent, sc soudent entre elles ;et retombent le plus souvent sur le sol à la façon des Saules pleureurs. Leurs racines s’anastomosent en un fouillis déconcertant en imitation des rameaux et un seul mot peut les décrire : ce sont des monstres du monde forestier. Seules leurs feuilles n’offrent pas de bizarreries et ce contraste est une étrangeté de plus à leur actif.
- Ils existent dans plusieurs départements mais sont isolés pour la plupart. On les rencontre en Moselle, dans la Meuse et même dans l’Eure dans le parc du château d’Harcourt où ils furent introduits vers 1857.
- C’est dans la Marne qu’ils sont les plus nombreux et la forêt de la Montagne "de Reims renferme, au-dessus de V\przy, le groupement le plus important. Yierzy est un charmant village de vignerons qui se trouve à l’Est et en bas du plateau de formation tertiaire qui constitue la Montagne de Reims dépendant en avancée de la falaise de l’Ile-de-France. .................
- Ce plateau domine fièrement la plaine monotone de la Cham-
- ou faux de Saint-Basle
- zy> (Marne)
- pagne crayeuse et culmine à 288 m au Signal de Yierzy qui fut un observatoire important pendant la guerre de 1914. Son sol généralement imperméable et inculte est couvert d'un immense manteau forestier dont 2.935 ha appartiennent à l’État et le reste aux communes limitrophes et à des particuliers.
- Les faux les plus curieux et les plus anciens se trouvent facilement.à droite et à gauche de la route forestière qui se dirige de l’Oratoire de Saint-Basle à Trépail mais en s’égarant un peu dans la futaie on en découvre d’autres et avec un peu de persévérance on peut même apercevoir un Chêne qui présente les mêmes caractères. Le nom de Saint-Basle est étroitement lié aux Hêtres en question car dans la région on ne les connaît que sous le vocable de Eaux de Saint-Basle et chacun sait que Fau dérive du latin Fagus qui désigne .l’arbre cher à Virgile.
- Saint-Basle. était un pieux ermite qui vivait au temps de Chil-debert II roi d’Austrasie. Il naquit en 555 d’une famille noble et puissante et fut dans sa jeunesse, un vaillant guerrier mais la rudesse des mœurs de ses compagnons ne convenait guère à son caractère plutôt mélancolique et vers la trentaine il abandonna le glaive et la société pour se vouer à la méditation et à l’oraison.
- L’Archevêque de Reims, Gilles, avait son amitié et cela le détermina à se retirer dans l’abbaye fondée par Suavegotte, h1 le de Sigismond, roi de Bourgogne vers 530 à la lisière des bois de Yierzy. Do plus en plus épris de solitude, il obtint de son protecteur la permission de se construire une cellule et un oratoire en pleine forêt et là il vécut dans la prière et les mortifications. Il mourut en 620 et scs vertus ayant produit des miracles, un
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- monastère succéda à l’abbaye et sa chapelle abrita sa tombe. Les Bénédictins l’occupèrent jusqu’en 1792 les bâtiments furent ators déclarés biens nationaux, vendus et détruits peu après. Le tombeau du Saint subit maintes vicissitudes mais repose actuellement dans l’église de Verzenay et la cbâsse aux reliques est restée dans celle de Yierzy dont elle fait l’ornement.
- Les Faux de Saint-Basle sont cités dans des documents fort anciens et l’un d’eux du xive siècle fait mention déjà d’un vieux Fau comme arbre de ligne de coupe. Plus près de nous, en 1650, le graveur Jean Colin nous présente Saint-Basle priant sous un Fau bien caractérisé (fig. 1). Vers 1S40, le dessinateur Macquart nous montre dans une charmante lithographie un Fau vénérable couvrant de son ombre une partie de campagne (fig. ci-dessus au centre).
- Le mystère des Faux de Saint-Basle. Mutation ou phénomène tératologique ?
- Cette variété forestière possède donc une ascendance remarquable ; sa longévité d’après certains auteui’s peut atteindre 500 à 600 ans alors que le Hêtre nor-
- mal ne dépasse guère 150 à 180 ans. Il faut noter encore que seuls les semis permettent sa régénération, que transplantés dans une terre plus riche, les Tortillards ne perdent pas leur originalité ou très peu parfois et que les graines donnent trois fois sur cinq des sujets identiques et deux fois sur cinq des sujets normaux.
- Tous ces faits déroutent un peu la raison et si, cherchant la cause de cette aberration, on interroge le sol, on trouve un terrain caillouteux, très ferrugineux et de peu de perméabilité ; mais les Hêtres ordinaires qui poussent côte à côte sont dans les mêmes conditions de vie, ils sont superbes et vivent en compagnie intime avec leurs frères dégénérés ; alors on ne comprend plus.
- Pourquoi le sol n’exerce-t-il pas sur les uns et les autres le même effet ?
- De multiples hypothèses ont été émises et d’aucunes bien saugrenues ; aucune ne peut nous satisfaire. Alors vient à l’esprit le mot : mutation et lui seul éclaire en partie le problème. Selon M. Guinier, ancien Directeur de l’École nationale des Eaux et Forêts de Nancy (Revue des Eaux et Forêts, n° 6, juin 1944), la mutation est une apparition brusque, à partir d’une graine produite par un sujet normal, d’une forme nouvelle susceptible ou non de se perpétuer. Suivant l’intensité de la variation ce sont des variétés ou lusus...
- Faulx de Saint-Basle ou hêtres tortillards de Vtprzy (Marne),
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- Fig. 8. — Chêne tortillard de Vierzy (Montagne de Reims).
- nos parcs et jardins ne manquent pas d’arbres pleureurs, tortillards, pyramidaux..., ».
- Le P1' Jeannel s’exprime ainsi dans Les Fossiles vivants des
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- Cavernes, a Peu à peu on s'approche de ia conviction que le prétendu hasard des mutations n’est que l’effet des influences complexes du milieu. Et alors la question se pose de savoir comment les facteurs externes agissentsur les cellules germinales pour1 produire des variations héréditaires ».
- Quant à M. Roi, professeur de Botanique; à l’Ecole de Nancy, ilinous écrit « qu’il est bien démontré qu’il s’agit là d’une mutation offrant des caractères mendéliens extrêmement nets et non d’un phénomène tératologique, mais il faut avouer que nous ne savons rien de l’origine de ces mutations, du facteur qui détermine leur apparition à un endroit plutôt qu’un autre ». J’aime assez cette explication qui avoue notre ignorance devant certains problèmes que nous pose la nature. Celui des Hêtres tortillards reste encore sans solution.
- Un souhait est à formuler : celui de voir sauvegarder ces curiosités dendrologiques, témoins des temps passés, des coupes sombres qui déciment aujourd’hui nos forêts. Feu Martel l’avait déjà demandé et nous ne doutons pas que l’Administration des Eaux et Forêts dont on connaît la sagesse m’exauce notre vœu afin que nous puissions terminer par le dernier vers des Géor-giques :
- « Tityre, te patulæ cecini sub tegmine /agi ».
- Ch. Broyer.
- LES SONDEURS D'ATOME(,)
- De Dation à Louis de
- IX
- On dresse le plan de l'atome*
- « 1 es théories sont comme les souris, a écrit Voltaire, elles L* passent par neuf trous mais sont arrêtées par le dixième ». L’atome de Rutherford, cette représentation en système planétaire, avait, lui aussi, échappé à neuf des pièges que lui tendait sournoisement l’expérience, quand il tomba dans le dixième. Le dixième, ce fut la théorie de Lorentz. Comment, en effet, des électrons qui gravitaient autour de leur noyau d’une manière continue pouvaient-ils bien émettre des radiations que l’existence même des raies spectrales démontrait être discontinues ?
- ...discontinues : alors que toute la science était placée sous le signe de la continuité, c’était là un mot qui sonnait désagréablement aux oreilles des physiciens. Natura non facit sal-lus : la croyance en la continuité des phénomènes physiques avait été, jusqu’en igoo, le piédestal même de toute la science. Les géologues avaient établi que la Terre n’était parvenue à sa forme actuelle qu’à la suite de mouvements lents et progressifs; les naturalistes étaient persuadés, avec Lamarck et Darwin, de l’évolution graduelle des êtres vivants; pour la majorité des physiciens, l’écoulement continu du « fluide » électrique demeurait un dogme indiscuté, au contraire, d’ailleurs, de ce que pensaient certains non-conformistes comme Helmiioltz, Becquerel et surtout Crookes, de même que le caractère
- 1. Voir La Nature à partir du 15 mars 1945.
- Broglie et Joliot-Curie
- ininterrompu et sans à-eoup des vibrations lumineuses comme de tout autre rayonnement énergétique; aux yeux des mathématiciens, enfin, la notion de continuité était peut-être plus essentielle encore, puisque Leibniz et Neavton avaient fait reposer sur elle tout l’énorme édifice de l’analyse infinitésimale.
- Les quanta. — Aussi fut-ce un coup de tonnerre dans le ciel de la sciénce lorsque, le i4 décembre 1899, le physicien allemand Planck (né en i858) prouva que certaines contradictions observées dans l’étude du rayonnement, entre la théorie et l’expérience, rie pouvaient être levées qu’en supposant les échanges d’énèrgie. non plus continus, à la manière d’un écoulement, mais saccadés, comme si cette énergie était émise par grains, par quanta. Une'preuve en fut bientôt trouvée par Einstein (né en 1879) dans l’effet photoélectrique. — Si un jet de lumière peut, expliqua-t-il, en frappant certaines substances, en faire sortir un courant électrique, c’est que les électrons qui constituent ce courant naissent du choc des grains de lumière avec la substance. — Des grains de lumière, des pho= tons, comme on les baptisa plus tard, vous imaginez quels remous proioqua dans la physique ce retour inattendu de la vieille théorie newtonienne de l’émission, oubliée depuis Fres-nel !
- Il fallut pourtant en prendre son parti : la théorie des quanta permettait de prévoir et d’expliquer tant de phénomènes que l’on dut bien lui faire place, Aussi, quand l’atome de Rutherford commença de révéler de fâcheux défauts de construction, et que, pour y remédier, les physiciens se furent résolus à imro-quer une discontinuité, fut-ce du côté des quanta qu’ils cherchèrent secours. Et Aoilà pourquoi l’atome de Rutherford fut remplacé par celui de Bohr.
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- L’atome de Bohr. — C’est en igi3 que le jeune physicien danois Bonn (né en i885) présenta son modèle d’atome. Celui-ci ressemblait encore à un système planétaire, et. les électrons tournaient toujours autour du noyau, mais ce n’était plus au cours de cette révolution qu’ils émettaient leurs radiations : c’est en sautant d’une orbite à l’autre. Ces sauts d’électrons faisaient manière de scandale, mais ils rendaient fidèlement compte de maints phénomènes encore inexpliqués. A celle époque, d’ailleurs, la première conception de l’atome commençait à céder la place à des agencements plus compliqués, à mesure que la base théorique se perfectionnait et que l’outillage expérimental devenait plus efficace et plus puissant. Aussi les anti-alomistes avaient-ils du depuis longtemps plier bagage et capituler. Le dernier carré, représenté notamment par l’Allemand Ostwald (1853-1903) et par le Français Duiiem (1862-1917) venait justement de se rendre, à la suite de la découverte des isotopes par Soddy.
- Les isotopes. — L’un des grands arguments des anli-atomisles avait été celui-ci : Les chimistes viennent de découvrir une quarantaine de corps nouveaux; comment allez-vous les loger dans la table de Mendéléef puisqu’elle n’a plus que 7 cases libres ? — Les physiciens baissaient la tète, humiliés, lorsque Soddy trouva la réponse : — Simplement en logeant dans la' même case ceux qui possèdent les mêmes propriétés physiques et chimiques tout en différant de poids atomique (isotopes). 11 existe, par exemple, quatre sortes d’atomes de fer, dont les poids atomiques sont respectivement 54, 56, 67 et 58; c’est le mélange de ces quatre isotopes qui constitue le fer usuel, de poids atomique égal à 55,86.
- Naturellement., sitôt la solution donnée, les savants voulurent se mettre à séjjarcr les isotopes. Mais il n’est pas commode de distinguer un atome de fer 56 d’un atome de fer 67; cela eût même probablement été impossible si J.-J. Thomson et .Aston né en 1-877) n’avaient inventé le spectrographe de masse, admirable appareil à peser les noyaux atomiques.
- Équivalence de la matière. — En ces années du premier avant-guerre où la microphysique, à peine née, avançait à pas de géant, il y avait également une autre science qui, plus yécente encore et promise à des destins non moins bouleversants, se mettait à faire beaucoup parler d’elle. Le profond génie cI’Einstein venait de faire connaître la théorie de la .relativité restreinte. Ce n’est évidemment pas le lieu ni le moment d’exposer cette vaste conception, qui le fut abondamment naguère; aussi, du point de vue qui nous intéresse, .celui de l’histoire de l’atome, nous contenterons-nous de rappeler que l’un des coi’ollaircs en était l’équivalence de l’énergie .et de la matière, 1 g de cette dernière équivalant à 9 000 mil-
- liards de kilogrammèlrcs. Paul Langevin (né en 1872) en discerna aussitôt la conséquence : — Les chimistes, se dit-il, prennent, comme point de départ des poids atomiques, celui de l'oxygène, qu’ils posent égal à 16. Pourquoi, dans ces conditions, celui de l'hydrogène, au lieu de valoir l’unité, est-il 1,008 P Ne serait-ce pas parce que, comme le supposa jadis Prout (^j l’oxygène, ainsi que tous les autres éléments, dérive de l’hydrogène P Et parce que, selon Einstein, les 8/1 000 perdus dans cette conversion des 16 atomes d’hydrogène en un atome d’oxygène représentent la masse de l’énergie nécessaire à cette conversion P
- Grâce à celle théorie géniale (1911), la vieille hypothèse de l’unité de la matière ressuscitait, appuyée, cette fois, par toute l’autorité de la science. On devait maintenant admettre que les 92 éléments, plus leurs isotopes, dérivaient tous de l’hydrogène, c’est-à-dire que les noyaux de tous les atomes connus devaient être formés par l’agglomération cl’un nombre plus ou moins élevé de noyaux d’hydrogène, de protons. En outre, comme les propriétés physiques et chimiques dépendaient du nombre d’électrons satellites, et que ces propriétés étaient elles-mêmes fonction de l’emplacement dans le tableau de Mendé-lcef, on était amené à penser qu’il y avait quelque relation entre ce tableau et le nombre des électrons, le nombre atomique. — Comment le vérifier P se demanda-t-on alors; comment connaître l’architecture interne de l’atome? — En étudiant son spectre de rayons X, répondit en 1910 le duc Maurice de Bro-glie (né en 1876), ce spectre étant d’ailleurs beaucoup plus simple que le spectre lumineux ordinaire. — En effet, la même année, l’Anglais Moseley (i8S8-igi5) parvint à formuler la loi cherchée entre les raies X et le classement de Mendéléef.
- Restait à dresser le plan de l’atome, à savoir, par exemple, combien d’électrons gravitaient sur telle et telle couche. Cette recherche fut menée à bien par Maurice de Broche en 1920. En bombardant de la matière par des rayons X, il put mesurer la vitesse des électrons éjectés par effet proloélcctrique, et, de cette vitesse variable, il sut déduire la pi’oximilé plus ou moins grande du noyau. Ainsi, grâce à ses travaux, auxquels nous devons ajouter ceux du Suédois Siegbaiin (né en 1886) et de l’Anglais Barïcla (né en 1877), l’atome apparaissait, non plus comme le simplissime système solaire de naguère, mais comme un engin compliqué, revêtu de couches concentriques d’électrons déterminées par de rigoureuses conditions mathématiques. Certes, il restait toujours une construction mécanique, mais l’heure approchait où ce mécanisme, ultime relique du xixe siècle, allait se dissoudre dans les nuées d’une métaphysique renaissante.
- (« suivre). Pierre Rousseau.
- 1. Voir La Nature du 1" juin 1945.
- Le chant des crapauds.
- M. Dogilbert nous signale une observation faite au crépuscule .qui ferait supposer que les crapauds ont un instinct musical.
- « Ces animaux, dit-il, émettent des sons littéralement accordés. Ils se répondent à des hauteurs de sons présentant des intervalles musicaux bien définis : demi-ton, ton ou tierce mineure et ce sans la moindre modulation. Ils semblent éviter les dissonances et c’est bien par hasard qu’un mi se superpose à un fa ; dans ce dernier cas il y a un temps d’arrêt et... on repart. Le thème ne varie guère et les arrangements sont limités : mi-fa-mi-sol-sol-fa-sol-mi, ... quelquefois une flûte plus basse donne un ré.
- Chez les crapauds, pas de cacophonie ! J’ignore si d’autres animaux respectent aussi bien l’harmonie. »
- LA NATURE
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- MASSON et C", Editeurs,
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- Le gérant : G. Masson. — masson et cle éditeurs, paris. — dépôt légal : 3e trimestre 194», n° i44. BARNÉOUD FRÈRES ET Cie IMPRIMEURS (3lo5G6), LAVAL, N° 3lO. — 0-Io43.
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- SOMMAIRE
- L'art ancien de l’Indochine, par Dominique CAPSA. 289 V1CAT, grand cimentier de France, par A. FAYOL. 293 Nouvelles précisions sur la bombe atomique, par
- A. T......................................... 294
- Les Sondeurs d’atome (suite), par P. ROUSSEAU. . 296
- Les pipe-lines et la guerre, par L. P.......... 298
- Sur les chantiers français de déminage,
- par J. BOYER................................. 300
- Matières plastiques et fibres artificielles (suite),
- par L. PERRUCHE.............................. 303
- L’ART ANCIEN
- DE
- Fig. 1. — Une tour à visages du Bayon. Fin du XIIe, commencement du XIIIe siècle
- (Cliclié E. F. E. 0.).
- ’ INDOCHINE
- Si l'on se souvient que l'Indochine est cinq fois grande comme la France, si l’on sait que son passé artistique s’étend sur plus de quinze siècles, on pourra concevoir l’étonnante diversité cpie l’on peut y trouver.
- Cependant, dès les premiers siècles de l’ère chrétienne, nue certaine unité fut introduite en Indochine sous l’influence de l’Inde, l’installation de comptoirs indiens fut le prétexte à l’instauration de quelques « royaumes » dont les premiers furent, dit-on, ceux de Pandouranga et de Kaulham, sur la côte sud-est de l’Annam. De cette époque ancienne, on trouve quelques vestiges qui attestent l’influence indienne : l’inscription de Vo-tchanh par exemple nous apprend que les rois portaient des noms indiens et que la religion
- N° 3097 l6r Octobre 1945
- Le Numéro 10 francs
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- officielle était le bouddhisme ; et une statue de bouddha en bronze trouvée à D ô n g-d zuong (Tchampâ), d’origine sud-indienne ou cinghalaise est le témoignage d’un apport indien direct dans ces contrées reculées) Ensuite ce sont, au Siam, des séries de bouddha de bronze, de fabrication probablement locale mais copiant fîdèle-ment les styles indiens.
- Ce n’est guère avant les vie-vne
- Indochine même, le débroussaillemcnt des édifices envahis par la jungle, leur restauration allant parfois jusqu’à la reconstruction complète selon la méthode de l’anastylose, leur conservation constante, ont été la tâche de l’École française. Cette dernière a, en outre, par la publication considérable de son Bulletin et par la qualité scientifique exceptionnelle de scs membres, apporté une contribution capitale aux études sur l’Indochine ancienne; toutes les inscriptions ont été inventoriées et leur traduction achevée par M. Georges Coedes, des monographies sur les temples principaux ont été publiées et le compte rendu des fouilles permet de suivre pas à pas les progrès accomplis.
- Pourtant bien des hésitations demeuraient encore pour situer chronologiquement les temples klimèrs et tchams. De Paris, M. Stebn, conservateur du musée Guimet, s’attaqua dès 192g à ce problème; sa première thèse sur Le Bàyon d'Angkar et l'évolution de l'art khmèr (Geuthner) fut vivement combattue; mais si la partie positive dut en subir des retouches, toute la partie négative en demeura intacte et eut le mérite de permettre l’élaboration quasi définitive de la courbe évolutive de l’art khmèr. Cette tâche fut menée à bien par Gilberte üe Cokal Remusat qui publia en 1940 une admirable thèse sur L’art khmèr, les grandes étapes de son évolution (Ëd. d’Art et d’IIistoire). La mort prématurée de G. de Cor al Remusat, survenue à la suite d’une longue maladie en 1942, prive le
- Fig. 2. — Torse de Vichnou. Art khmèr du début du IXe siècle (Musée Guimet).
- siècles que. l’on voit des Étals s’instaurer sur une plus grande échelle. On trouve alors au Siam les royaumes de Dvâravaiî, de Haripoundjaya et de Ligor, ce dernier englobé dans l’empire de Çrividjaya dont la capitale se trouvait probablement à Palembang en Sumatra; au pays khmèr, les deux Tchen-la qui vont bientôt former un empire; dans l’Annam actuel, le Tchampâ. Chacun d’entre eux a basé sa constitution et sa culture sur la tradition indienne. Mais ils vont chacun, au cours des siècles, réagir selon leur nature propre et créer des chefs-d’œuvre qui porteront la marque de leur génie respectif.
- Les savants français reconstituent l’histoire de l’art Indochinois.
- C’est incontestablement le pays khmèr et le Tchampâ qui ont atteint l’esthétique la plus parfaite de l’Indochine. Grâce aux travaux de pionniers comme Henri Mouiiot, Charles Carpeaux, Louis Delaporte et Étienne Aymonier, vers 1874-1882, grâce ensuite, à partir de 1900, à l’admirable effort de l’École française d’Extrême-Orient (dont le siège est à flanoï), grâce enfin à des savants comme M. Philippe Stern et la comtesse Hugues de Coral Remusat, nous sommes aujourd’hui en mesure non seulement d’étudier l’art khmèr et l’art tcham, mais encore d’en avoir une vision cohérente, suivant une évolution chronologique précise. En soixante ans, un musée de moulages des plus importants du point de vue pédagogique, la plus belle collection européenne d’originaux khmèrs (conservés au musée Guimet), une documentation photographique de quelque dix mille unités et la plupart des livres parus, groupés au musée Guimet, ont doté la France d’instruments de travail précieux. En
- Fig. 3. — Angkor-Vat. Tour nord-est vue du sud. Première moitié du XIV siècle (Cliché E. F. E. O.).
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- monde savant d’un de ses disciples les plus doués et les plus remarquables. De son côté, M. Stern publia à Toulouse, sous l’occupation allemande, un travail analogue sur l’art du Tchampâ et son évolution (1942).
- L’art Khmèr.
- Les temples d’Angkor.
- Désormais le nom prestigieux à'Angkot ne revêt plus seulement des temples à l’aspect étrange et grandiose; il correspond à un ensemble architectural imposant, cohérent, d’où se dégagent la ferveur religieuse et l’histoire d’un peuple pendant près de sept siècles. La première capitale khmère, celle des vu®-vin0 siècles, fut retrouvée à Sambor Prei Kouk\ ceinturée d’une muraille, elle s’étend sur une aire considérable et réunit des sanctuaires aux frontons arrondis, aux portes vraies
- ou fausses encadrées de colonnettes supportant un linteau où minables bas-reliefs où alternent les rythmes échevelés des
- l’on retrouve les traces de l’influence pallava. Le groupe nord de batailles et la monotonie voulue des cortèges. Une fois parvenu
- Sambor présente déjà un souci de l’ordonnance architecturale, au premier étage par d’abrupts escaliers, on est charmé par
- qui triomphera plus tard, en disposant les temples en double une théorie d’apsa-ras, ces danseuses célestes à la grâce puérile
- quinconce sur une terrasse commune. et aux coiffures étonnantes, qui ceinturent la base du temple
- Au début du ixe siècle, un roi khmèr, qui se dit « être venu de d’une ronde juvénile. Et tandis que la tour centrale s’enlève
- Java », fonde la première ville d’Àngkor et instaure un rituel en une flèche massive dans l’espace, partout le regard s’attache
- destiné à affirmer sa propre identité avec Çiva sous la forme du il dü délicates ciselures patiemment creusées dans la pierre,
- linga (phallus). Dès lors, le temple sera la réplique construite feuillages ou fleurs, rinceaux, médaillons encerclant des perde la montagne cosmique où réside le dieu. Parfois, les archi- sonnages et des animaux.
- tectes ont utilisé des collines naturelles comme au Phnom Si Angkor-Vat représente en quelque sorte le classicisme Bakheng (ixe siècle); le plus souvent, ils les ont élevés sur des khmèr, le Bàyotl, centre d’Angkor Thom, traduit un tout autre
- buttes artificielles en latérite et en grès comme à Koh Ker, à sentiment. Datant de la fin du xne siècle et de la première par-
- Pré-Roup (x6 siècle) et au Ta Kéo (lin du x°, début du xi° siè- lie du xme, le Bàyon présente un plan plus touffu trahissant
- cle). Les sanctuaires à la toiture étagée et aux éléments finement des repentirs et des reprises. Mais ses tours, imposants massifs
- sculptés; sont groupés en quinconce au sommet de cette éléva- de pierre, sont ornées de quatre visages immenses contemplant
- lion; à partir du xe siecle, au Phiméanakas et au Baphouon, les points de l’espace. Et le monstrueux amoncellement de ces
- ils ont entouré la pyramide de galeries concentriques percées visages mystérieux à l’énigmatique sourire est une des plus
- d’une porte sur chaque face. Pour symboliser l’Océan qui, étonnantes réussites de l’art khmèr. C’est aussi son chant du
- d’après leur cosmologie, encercle la terre, ils ont creu'sé des cygne car peu après, sous les coups des Thai, l’empire s’effon-
- étangs tout autour du temple. Et c’est ainsi que le monde divin drait. Peu à peu, la jungle prit possession des temples, enfouis-
- s’associe à la vie religieuse et royale, par le truchement du tem- sant sous ses lianes les temples-montagnes et les visages du
- pie-montagne que le roi faisait construire pour contenir son roi déifié qui, du centre de sa ville sacrée, veillait immuable-
- substitut divin. ment au bon ordre du royaume et du monde. Et c’est sous ce
- L’apogée en est atteint dans le merveilleux ensemble romantique aspect que les voyageurs européens retrouvèrent la d'Angkor=Vat (début du XII® siècle) dont l’ordonnance classi- ville délaissée et s’émerveillèrent de sa beauté, mettant bientôt
- que, la majesté, les belles proportions suscitent l’admiration. f°’ut en œuvre pour la dégager de son linceul végétal.
- Guidé ppr les chaussées d’accès au long desquelles s’étirent des Ils découvrirent aussi bien des chefs-d’œuvre : les Harihara nâgas aux chaperons épanouis, le pèlerin est d’abord invité à (vn° siècle) à la stature hiératique, premiers pas de la ronde-
- méditer sur les hauts faits des dieux et des héros du Mahâbhâ- bosse, les divinités plus rébarbatives du style du Xe siècle, aux
- rata et du Râmàyana, sur leurs combats gigantesques, le près- sourcils continus et rectilignes, à l’expression dure et fermée; tigieux barattage de l’Océan de Lait, les terrifiants supplices de et: aussi les ravissants templions de Bantéai Srei, de la fin du
- l’enfer ou la majesté bienheureuse des cieux : la galerie d’en- Xe siècle, si finement sculptés, et décorés de haut-reliefs si pro-
- ceinte est entièrement consacrée à leur illustration en d’inter- portionnés, aux lignes pures, à la composition subtile, à la sty-
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- Fig. 5. — Deux apsaras. Galeries croisées d’Angkor-Vat. (Cliché E. F. E. 0.).
- lisation adroite. Et encore les tètes bouddhiques de la fin du xue siècle, dont le célèbre sourire anime tout le visage d’un reflet intérieur, clôturant magistralement l’épanouissement d’un art aux multiples qualités.
- L’art Tchara.
- Moins racé, l’art tcham n’a pas connu l’envergure de l’art khmèr. Ses sanctuaires n’ont jamais atteint l’ampleur majestueuse des temples d’Angkor ni leur originalité profonde. Leur décoration est aussi moins belle, n’offrant ni la délicatesse ni le fini des rinceaux khmèrs. Un souffle plus rude habite les sculptures. Des œuvres anciennes (vme siècle), le piédestal de Mi-so'n El, par exemple, trahissent une influence indienne très proche et l’utilisation des surfaces, les proportions sont d’un goût très sûr. Mais l’élément autochtone montre très vite sa vitalité et ce sont, vers le ixe siècle, à Dông-dzu'o'ng en particulier^ des silhouettes trapues, des visages aux traits' lourds, étrangement stylisés. Pourtant le style de Mi-so’n (xe siècle) offre quelques œuvres d’une bonne venue, parfois tendres comme un buste de Pàrvatî, gracieuses comme une danseuse aux bras désarticulés, robustes et imposantes comme le torse d’un Çiva, noblement hiératiques comme un Skanda sur son paon. Puis les apports locaux reprennent la prépondérance dans des styles plus indigènes comme celui de Thap-Mam (Binh-dinli) au xne siècle. La pierre semble alors s’animer d’une force interne; les ti’aits tourmentés des visages, leurs sourcils en relief, les boursouflures des muscles contractés en font jaillir un dynamisme latent; les dragons et les chimères se tordent, menaçants et agressifs, figés cependant, comme pétrifiés dans la matière.
- Mais peu à peu le bloc de pierre reprend possession de
- l’image. Vers la fin de son évolution, la sculpture tchame retourne à l’ébauche : seul n’émerge plus que le buste du personnage, ou seulement sa tète, dont on repeint périodiquement le masque pour les ablutions rituelles. L’œuvre d’art cède le pas définitivement à l’œuvre magico-religieuse.
- L'att Siamois.
- Le Siam fait, lui aussi, partie de l’Indochine indianiste; après avoir connu un morcellement politique jusqu’au xme siècle et, du xie au xme, l’annexion au pays khmèr d’un de ses plus grands États, le Dvâravalî, il fut envahi par les Thaï. Ceux-ci l’occupèrent progressivement, descendant le cours du Ménam en fondant des villes qui ponctuent leur mainmise sur le territoire conquis. Avant les Th ai, l’art siamois se ressent des influences qui l’ont atteint : style de la Krichnâ inférieure (Amarâvatî), styles goupta et post-goupta, style pâla-sena, tous venus de l’Inde; puis l’influence khmère, si profonde que l’art siamois devint alors un art provincial de l’empire; parallèlement, l’influence javanaise se localise dans la péninsule malaise.
- De même que les Tliai finirent par imposer une unité politique plus certaine au Siam, de même ils le dotèrent d’un art moins disparate : la pierre, qui était le principal matériau av'ant leur venue, cède la place au bronze pour la statuaire; le type physique se stéréotype : arcades sourcilières arrondies en prolongement du nez, bouche étroite et lippue, chevelure régulièrement bouclée et surmontée d’une flamme stylisée. Selon les écoles, le type s’accentue ou bien trahit la persistance d’une influence khmère, évoluant vers un dessèchement et une stylisation de plus en plus accentués.
- Les sanctuaires, issus d’une part des stoûpa de l’Inde et, d’autre part, des tours khmères, subissent une loi commune qui les fait s’étirer vers le ciel en de hautes flèches.
- Fig. 6. — Trà-Kiêou, danseuse. X° siècle. Musée de Tourane
- (Cliché E. F. E. O.).
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- L’influence chinoise.
- L’Indocliinc ne mériterait pas son nom si toute une partie de son territoire n’était en outre profondément imprégnée par la culture chinoise. L’Annam et le Tonkin en sont devenus le conservatoire après le xe siècle, reproduisant fidèlement l’arclii-lecture en bois de la Chine. Et les toits aux angles retroussés, aux tuiles vernissées, recouvrent pesamment les charpentes peintes, tandis que la décoration profondément sculptée et colorée chatoie en un rythme de débauche. La sculpture, qui
- dépasse rarement la valeur artisanale, n’en offre pas moins quelques exemples d’une bonne technique et d’une observation directe.
- Aussi diverse par ses langues, ses races et ses paysages que par les styles de son art, l’Indochine déroule ainsi dans le passé sa double hérédité culturelle. Elle captive par sa diversité, elle émerveille par ses splendeurs séculaires témoignant d’un génie artistique incomparable, elle se montre digne des efforts qu’ont faits pour elle les savants et les archéologues français.
- Dominique Capsa.
- VICAT Louis-Joseph (1786-1861 )
- GRAND CIMENTIER DE FRANCE
- Originaire de Grenoble, où il naquit le 30 mars 17S6, il sortit de Polytechnique dans la promotion de 1804. Un très haut classement lui permit de choisir les Ponts et Chaussées. Bien vite, il se spécialisa dans l’étude — encore dans l’enfance — des chaux de construction et des mortiers. En 1818, l’ingénieur publia des Recherches expérimentales sur ces questions.
- Le succès l’encourageant, Yicat se passionna pour l’étude chimique de la composition des mortiers, que l’expérience lui signalait comme les meilleurs, et il découvrit qu’ils étaient formés de chaux hydraulique. Désormais tous ses efforts tendront à fabriquer, de toutes pièces, et en grand, cette qualité de chaux.
- Il y parvint, et, ce faisant, il démontra que les propriétés des chaux hydrauliques naturelles dépendaient de l’argile disséminée dans leur tissu. Ces belles trouvailles, il les publia dans un Résumé des connaissances actuelles sur les mortiers et ciments calcaires (1828) et dans une série de Mémoires adressés à l’Académie des Sciences, et insérés aux Annales de Physique et Chimie.
- Elles provoquèrent une véritable révolution dans le mode de fondation, adopté jusqu’à cette époque, pour les ponts, en faisant prévaloir le procédé du bétonnement.
- Comme Vicat était ingénieur des Ponts et Chaussées en Charente, il eut à construire le pont de Souillac sur le Lot (1822). Et là, l’ingénieur mit en pratique les procédés découlant de ses théories. Ce magnifique travail, et l’importance de l’innovation qu’il consacrait, valurent à Louis Yicat une réputation considérable.
- Chargé, officiellement, de poursuivre ses recherches, et guidé par les indications de la géologie, il alla explorer la France, dans tous les sens, pour trouver les gisements de chaux hydraulique naturelle, et pour éclairer les jeunes ingénieurs dans la confection des chaux hydrauliques artificielles.
- Ses travaux sur la composition des substances propres à fournir des chaux hydrauliques, et des ciments romains, qui se trouvaient dans les 28 départements des bassins du Rhône et de la Garonne, lui firent attribuer, en 1837, le Prix de Statistique de l’Académie des Sciences, dont il était, d’ailleurs, membre correspondant, depuis l’année 1833.
- La reconnaissance publique ne lui a pas manqué. En 1851, la ville de Paris lui offrit un vase d’argent portant cette inscription : « A M. Yicat, en commémoration des services rendus par ses découvertes ». Sur un rapport d’Arago, la Chambre, en 1843, lui vota une pension de six mille francs, réversible sur ses héritiers.
- Des pays étrangers : Piémont, Russie, Prusse, lui envoyèrent des décorations ; et, en 1845, Yicat fut promu Commandeur de la Légion d’IIonneur, distinction rarement accordée alors. A l’Exposition de 1855, il obtint un grande Médaille d’Honneur, dans la classe des constructions civiles.
- Ce travailleur acharné était un simple, un modeste, un grand désintéressé. Il prit sa retraite avant d’avoir atteint les hauts grades du corps auquel il# appartenait, pour se consacrer uniquement à ses investigations sur les chaux et ciments. Il avait livré, généreusement, au public — geste rare — ses découvertes, dont il eût pu tirer des avantages matériels considérables. Il mourut à 75 ans.
- Un chiffre dira l’importance de i’industrie cimentière : en 1935, la production mondiale atteignait 70 millions de tonnes. L’Europe en fournissait la moitié, et la France, au premier rang de ce continent, fabriquait G millions.
- Il faut retenir que Vicat a déterminé la composition des ciments naturels et a trouvé le moyen d’en fabriquer d’artificiels.
- Amédée Fayol.
- Vêtements imperméables.
- La guerre a provoqué, dans les domaines les plus variés, des recherches scientifiques sur lesquelles on a longtemps gardé le secret. Elles ont souvent donné des résultats intéressants pour l’économie du temps de paix. On commence à les divulguer. C’est ainsi que dans une conférence à la Royal Society of Arts de Londres, Sir Edward Appleton signalait récemment les remarquables étoffes imperméables obtenues à la suite des recherches de la « Cotton Research Association ». Les fibres de coton sont tordues de telle manière qu’elles gonflent immédiatement au contact de l’humidité. Elles bloquent alors les interstices de l’étoffe et la rendent imperméable à l’eau sans faire appel à aucun enduit. Ces étoffes imperméables à l’eau restent perméables à l’air. On les utilise dans les vêtements pour aviateurs. Elles servent aussi à faire des tuyaux souples.
- Le puits le plus profond du monde.
- Le puits de pétrole le plus profond du monde vient d’être foi’é par la Standard Oil en Californie, entre Bakersfleld et Tait. Sa profondeur est de 4 951 m SO ; il a fallu 17 mois de travail pour parvenir à ce résultat car les difficultés sont considérables.
- En effet, à cette profondeur, la température et la pression sont si fortes qu’il n’est pas possible de forer le puits durant plus de 4 heures sur 24.
- La température au fond serait de 205° C.
- Les derniers 1 500 mètres du fond du puits ne comportent aucun coffrage.
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- Nouvelles précisions
- SUR LA BOMBE ATOMIQUE
- Nous relevons dans la presse américaine et notamment dans l’hebdomadaire Time, des renseignements qui soulèvent légèrement le voile de mystère tendu sur le prodigieux engin.
- Ils nous apportent surtout d’intéressantes précisions sur la matière explosive utilisée dans la bombe et sur son élaboration, résultat de nombreuses découvertes réalisées depuis 19/10 par toute une armée de savants.
- Le mécanisme de la réaction en chaîne.
- L’uranium brut, tel qu’on le trouve dans la nature sous forme de composés divers, est un mélange d’isotopes, c’est-à-dire .de corps ayant le'même: numéro'atomique; 92, mais des poids atomiques différents. Les isotopes ont généralement des propriétés chimiques identiques, ce qui rend leur séparation très difficile. L’uranium naturel contient en majeure partie l’uranium ordinaire de poids atomique 238. Mais pour i4o parties cle cet uranium, on compte 1 partie d’uranium 235 et d’autres isotopes en plus faible proportion encore.
- Or il a été découvert que la réaction en chaîne amorcée par l’explosion d’un premier atome d’uranium bombardé par neutrons, réaction prévue en 1939 par Joliot-Curie, mais non encore réalisée à cette époque (Voir La Nature, Ier septembre 1945) ne se propage qu’au sein de l’isotope 235. L’uranium 238, au contraire, absorbe les neutrons projetés par l’cxplo-iSion-'fct paraly se la réaction- en chaîne - Entre parenthèses, cette (constatation explique que notre Terre, malgré ses gisements /relativement importants d’uranium, et malgré un bombardement naturel permanent par les rayons cosmiques, ait échappé à une catastrophe nucléaire au cours de ses millions d’années d’existence.
- Pour obtenir la matière explosive, une première voie pouvait être suivie : séparer l’isotope 235 de la masse d’uranium banal 238. Le problème, au premier abord, paraissait pratiquement insoluble; aucun fractionnement par voie chimique n’étant capable de séparer les deux corps. Et il ne s’agissait pas d’obtenir quelques fractions de milligrammes de l’isotope rare, mais des kilogrammes, car la réaction en chaîne ne peut s’amorcer qu’au sein d’une masse suffisante de matière explosive.
- Ce problème a cependant été résolu _par voie physique, comme nous le verrons plus loin, grâce à une organisation mettant en œuvre simultanément des milliers de travailleurs.
- Une autre voie s’ouvrait devant les chercheurs. L’uranium normal 288 bombardé par les neutrons ne se fracture pas, mais absorbe des neutrons pour donner un isotope radioactif de l’uranium, l’U-239 dont la période (temps nécessaire pour perdre la moitié de son activité) est de 20 mn. Cette désintégration donne un nouvel élément qu’on a nommé neptunium. C’est l’élément de numéro atomique g3 lui-même instable (période .2,3 jours). Il se transforme bientôt en un élément relativement stable, le plutonium qui, comme l’uranium 235, se fracture sous le choc des neutrons en dégageant de nouveaux neutrons, et peut, en conséquence, propager la réaction en chaîne. Or le plutonium n’est pas un isotope de l’uranium; c’est un élément chimique entièrement différent, de numéro atomique g4- On pouvait donc espérer le séparer plus aisément
- que l’isotope 235. Cette voie a été également suivie avec succès.
- Comme on le sait, la rupture du noyau d’uranium n’est provoquée que par les neutrons lents. L’explosion d’un noyau d’uranium dégage des neutrons rapides qu’il faut donc ralentir. On y parvient en interposant sur le trajet des neutrons une matière dont les noyaux forment une sorte de matelas où les neutrons sont ralentis par collisions sans être absorbés. La matière choisie pour jouer ce rôle a été le graphite.
- C’est sur ces données qu’à partir du début de 19/p ont été entreprises simultanément, dans de gigantesques installations industrielles, la préparation de l’isotope 235 et celle du plutonium.
- Préparation de l'isotope 235.
- Deux procédés ont été employés. Le premier repose sur l’emploi du spccüographe de masse, appareil imaginé voici une vingtaine d’années par le grand physicien anglais Aston. Des particules d’uranium, chargées électriquement, sont projetées dans le champ d’un puissant électro-aimant qui incurve leurs trajectoires. Celle de l’élément 235, plus léger, est plus fortement incurvée que celle de l’élément ordinaire 288. Des trappes convenablement placées permettent de recueillir les deux éléments séparément.
- Dans le second procédé, on met l’uranium sous^forme de compose^gazeux et on le filtre à travers un filtre à maïlles ultra-microscopiques. L’uranium 235 plus volatil diffuse à travers le filtre plus aisément que l’uranium 288 et on recueille ainsi un gaz enrichi en uranium 235.
- Le premier procédé a été mis au point par le Dr Lawrence, l’inventeur du cyclotron, le second par le Dr Urey, auquel on doit la découverte de l’eau lourde. Ces méthodes qui paraissaient être confinées aux laboratoires pour isoler d’infimes fractions d’isotopes ont été mises en œuvre, à l’échelle industrielle, dans une immense installation créée dans une région inhabitée voisine de Knoxville (Tennessee). Une ville nouvelle nommée Oakridge a été construite pour loger les travailleurs, soit 78 000 habitants. A l’aide de milliers de pompes d’un nouveau type, d’électro-aimants géants, et d’innombrables .autres machines et instruments, on est arrivé à fabriquer en ig/(4 et 1945 une quantité suffisante de l’isotope U. 235.
- Préparation du plutonium.
- Les premières expériences permettant de constater la réalité de la réaction en chaîne ont eu lieu dans une petite cour sous les stands de fool-ball de l’Université de Chicago.
- On y voyait, nous dit Time, un étrange appareil : un sphéroïde aplati construit en briques de graphite dans les angles desquelles étaient incorporés des morceaux d’oxyde d’uranium. C’est dans est empilage de briques que devait se déclencher la première réaction nucléaire en chaîne observée sur la Terre.
- Ce 11’est pas sans grandes appréhensions que les physiciens ajoutaient les briques les unes aux autres. Us savaient qu’une fois que l’empilage aurait atteint un volume suffisant, la réac-
- Fig. 1. — Vue partielle de l’usine de Oakridge, près de Knoxville, dans le Tennessee, où l’on extrait le plutonium de l’uranium brut (Voir dans notre précédent numéro la vue de l’usine de l’Etat d Washington où l’on sépare l’isotope U-235 de l’uranium ordinaire).
- Fig. 2. — Vue générale de l’usine de Oakridge (Photos New- York Times).
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- lion en chaîne pouvait s’amorcer spontanément et provoquer une teri’ible catastrophe dans la grande cité voisine. Mais ils avaient confiance dans les bandes de cadmium introduites dans l’empilage pour freiner et au besoin slopper la réaction. Au surplus, bien au-dessous de la dimension critique de l’empilage indiquée par la théorie, des instruments donnaient l’alarme. On put déclencher effectivement la réaction en chaîne, puis la ralentir et l’arrêter.
- C’est dans d’immenses piles de ce genre qu’on allait préparer industriellement le plutonium, à l’usine « Hanford Engineer Works » créée près de Pasco (État de Washington), dans un lieu désertique sur un terrain de 170 000 ha, choisi en raison de ses facilités d’alimentation en énergie électrique et de sa proximité de la rivière Colombia capable d’absorber l’énorme quantité de chaleur dégagée dans les piles. Ici encore il a fallu construire pour les travailleurs une ville nouvelle (Richland) qui comptait plus de 18.000 habitants.
- La fabrication industrielle du plutonium posait de graves et singuliers problèmes. On savait que les réactions déclenchées au sein des piles engendraient des rayonnements extrêmement dangereux pour le personnel; on savait qu’elles pouvaient donner naissance à des éléments radioactifs inconnus ou mal con-
- nus, eux aussi fort dangereux et à effets persistants. Cette radioactivité pouvait être propagée à l’extérieur par l’eau de refroidissement rejetée à la rivière, par l’air même entraîné par le vent.
- Le travail dans les piles s’effectuait au moyen de dispositifs commandés à distance par des opérateurs protégés par des écrans spéciaux.
- Des précautions minutieuses ont été prises pour protéger la santé des travailleurs. Ils portaient tous un petit électroscope, et la nuit des morceaux de films photographiques pour déceler les radiations dangereuses. Des instruments spéciaux mesuraient la radioactivité des poussières atmosphériques. Les vêtements étaient soigneusement contrôlés. Des appareils d’alarme signalaient ceux qui étaient devenus radioactifs.
- En même temps, une équipe de physiologistes étudiait les effets des radiations sur les organismes vivants. Des dizaines de milliers de souris ont été soumises à ces expériences.
- La construction des bombes, les principaux travaux de laboratoire et les essais s’effectuaient dans un troisième établissement à Los Alamos (Nouveau Mexique) près de Santa-Fé.
- A. T.
- LES SONDEURS D’ATOME"’
- De Dâtton à Louis de
- x
- Du physic'en, la parole passe au mathématicien.
- Non bis in idem : je n’écrirai pas ici, en manière d’épigraphe, la houtade de Voltaire par laquelle s’ouvrait mon dernier article. Ce n’est pas faute d’en être tenté, car cette répétition illustrerait admirablement la démarche de la physique contemporaine : des expériences qui suscitent une théorie explicative, laquelle croît et embellit jusqu’au jour où, devant un fait expérimental nouveau, elle s’effondre et se voit remplacée par une autre. A considérer les efforts de l’armée de savants qui s’acharnait à creuser la théorie de l’atome, vous êtes certainement persuadé qu’avec les J.-J. Thomson, les Rutherford, les Planck, les Bohr, les Broglie, les Moseley, cette théorie était extrêmement avancée, et que l’on savait, en particulier, comment un atome s’y prend pour émettre une radiation. Eh bien ! Détrompez-vous : après Boîir, c’est tout juste si l’on était capable d’expliquer les raies principales des spectres de l’hydrogène et de l’hélium — soit de deux éléments sur 92 ! La pierre d’achoppement de la théorie de Boîir, ce furent certaines raies fines observées dans les spectres lumineux et dans les spectres X; et ce fut le physicien allemand Sommer-feld (né en 1868) qui, en igi5, fit subir à la théorie la modification nécessaire, en appliquant au mouvement des électrons les principes de la relativité.
- Cela n’était pourtant, pas suffisant, et l’explication d’autres structures fines requit un nouveau coup de pouce, le spin (1 2), qui fut l’œuvre, cette fois, des deux Hollandais Uhlenbeck (né en 1900) et Goudsmit (né en 1902). Alors, la physique apparut si compliquée, faite de morceaux si disparates et de rhabillages si fragiles qu’un besoin d’unification commença de s’imposer impérieusement. Les savants se dirent qu’à construire tous ces perfectionnements successifs d’une architecture déjà passablc-
- 1. Voir La Nature à partir du 15 mars 1945.
- 2. Le spin est une rotation de l’électron sur lui-mème.
- Broglie et Joliot- Curie
- ment complexe, on perdait complètement de vue la réalité et l’on risquait de bâtir des systèmes aussi artificiels qu’inefficaces.
- La mécanique ondulatoire. — En 1925, le jeune physicien allemand Heisenberg-(né en 1901) proposa de diviser le monde en choses observables et en choses inobservables, le critérium de l’existence objective d’un phénomène étant son obser-vabilité par des moyens physiques. Il en donna aussitôt une application en imaginant de représenter tous les états possibles d’un atome déduits de mesures spectroscopiques, par un tableau de nombres, une matrice, symbole mathématique qu’il était possible de soumettre au calcul. Le souci d’unification qui le poussait à décrire un phénomène microphysique par un procédé purement mathématique conduisit son confrère français le prince Louis de Broglie (né en 1892), à distinguer les phénomènes à grande échelle des phénomènes à petite échelle. — Les phénomènes lumineux à grande échelle, pensa-l-il, comme la propagation rectiligne, la réllexion, la réfraction, s’interprètent très bien quand 011 considère la lumière comme un jet de pholons. Pour les phénomènes à petite échelle, au contraire —-interférences, diffraction, polarisation — il faut avoir recours à l’optique ondulatoire. Or, il me semble que les choses matérielles se comportent comme la lumière. A grande échelle — quand il s’agit, par exemple, du mouvement d’un projectile — il suffit d’appliquer les lois de la mécanique newtonienne classique. Mais quand nous sortons du domaine à notre échelle pour pénétrer dans celui de l’atome, la mécanique classique cesse d’être valable. Doit-on, elle aussi, la remplacer par une mécanique ondulaloire ?
- Louis de Broglie se mil à créer et à développer celte mécanique ondulatoire. Un peu comme un bouchon est porté par une vague, il conçut que l’électron était associé à une onde, c’est-à-dire que le calcul du mouvement d’un mobile devenait un problème d’optique ondulatoire.
- Ce point de vue semblait non seulement terriblement hérétique, mais aussi dangereusement artificiel. Cependant, dès 1927, les deux Américains Dayisson (né en 1881) et Germer (né en 1896), puis l’Anglais G.-P. Thomson (né en 1892) en apporte-
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- rcnt une preuve irréfutable : une photographie de diffraction, obtenue avec des électrons comme les physiciens classiques l’obtenaient avec des ondes. Ce devait être l’origine d’un mouvement de première importance : microscope et télescope électroniques dont La Nature a déjà parlé, et celte analyse électronique dont l’industrie s’est depuis longtemps emparée.
- Tout cela était très beau, mais il y avait une question que tout le monde se posait, et que vous vous posez sans doute vous-même : — Ces ondes qui pilotent les corpuscules, de quoi sont-elles faites ? — IIeisenberg et son compatriote Sciiroedinger (ne en 1887) se penchèrent sur le problème, et les physiciens furent bientôt acculés à cette conclusion : de même que les ondes lumineuses ne sont qu’un cas particulier des ondes électromagnétiques maxwelliennes, ces ondes électromagnétiques elles-mêmes ne constituent qu’un cas particulier des ondes brogliennes, et, en dernière analyse, celles-ci n’apparaissent que comme des courbes, des graphiques traduisant la variation d’une probabilité.
- Que ces ondes fussent des ondes de probabilité, exprimant simplement la chance plus ou moins grande que l’on avait de trouver l’électron dans telle ou telle région de l’atome, la découverte était grosse de conséquences philosophiques : elle conduisait, en effet, à substituer, au déterminisme qui faisait, depuis toujours, la base de toute réflexion logique, un indélcr-minisme élémentaire, d’ailleurs parfaitement exprimé mathématiquement. Le principe d'incertitude que Heisenberg en tira devait être l’origine d’une orientation métaphysique extraordinairement prononcée de la microphysique, puisque, dès lors, celle-ci devait chercher à concilier des affirmations aussi contradictoires que les suivantes :
- L’électron est un corpuscule . . L’électron est une onde
- L’électron est ici............... L’électron est ailleurs
- Et, la notion de continuité étant évanouie, celle d’objectivité disparue, celle de déterminisme s’effaçant (x), les savants, au
- 1. De déterminisme à petite échelle, bien entendu. Les phénomènes à notre échelle restent toujours justiciables d’un déterminisme statistique des plus rigoureux.
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- contraire de leurs prédécesseurs du xixe siècle qui l’avaient si légitimement chassée des laboratoires, se mirent en quête d’une philosophie susceptible de leur servir de fil conducteur. Face à la vieille logique d’Aristote, basée sur la claire distinction du vrai et du faux, on vil surgir des logiques révolutionnaires, qui admettaient un moyen terme entre le vrai et le faux, ou même qui en admettaient une infinité (1).
- Le plus admirable de tout cela, c’est que ces extrapolations hardies, ces généralisations à outrance, ces déductions philosophiques follement aventureuses, ces « mathématisations » d’une vertigineuse abstraction restaient en accord surprenant avec l’expérience la plus stricte. Ainsi l’Anglais Dirac (né en 1902), en appliquant la mécanique ondulatoire à la théorie du spin, fut-il amené, en 1900, à prévoir qu’il devait exister un corpuscule positif de même masse que l’électron et de charge égale et de signe contraire. Si audacieuse qu’elle parût, cette prévision fut pourtant confirmée trois ans plus lard par l’Américain Anderson (né en 1900) : c’était la découverte du positon. Elle suivait de peu celle du neutron, particule de même masse que le proton mais électriquement neutre, découverte effectuée par Frédéric et Irène Joliot et par l’Anglais Ciiadwick (né en 1891). Elle accompagnait à peu près celle du neutrino, corpuscule qui a échappé jusqu’ici à l’investigation expérimentale mais que l’on estime à peu près dépourvu de charge et de masse, et précédait celle du méson, à laquelle un article a été consacré ici même (2). Proton, neutron, positon, méson, neutrino, vous voyez que la faune atomique commençait à se multiplier. C’est, aussi ce que se disaient les physiciens, qui se demandaient avec inquiétude comment un noyau d’atome — puisque les électrons sont de simples satellites — pouvait bien contenir pareille population.
- (à suivre).
- Pierre Rousseau.
- 1. Voir La Nature du 1er mars 1945.
- 2. On trouvera des développements plus complets à ce sujet dans La Conquête de la Science, de Pierre Rousseau (Fayard, 1945).
- Un emploi utile pour le lithium métallique
- Le lithium appartient à la famille des métaux alcalins. On le prépare facilement à partir du chlorure de lithium, obtenu lui-même par traitement convenable de l’amblygonite ou du lépi-dolite.
- Le lithium est le plus léger des métaux, sa densité est 0,59. A la température ordinaire, il a la consistance d’un fromage et so coupe aisément au couteau. Très avide d’oxygène, il décompose violemment l'eau en dégageant de l’hydrogène.
- Le lithium, à l’état de métal, n’avait reçu jusqu’ici' aucune application et était resté une curiosité de laboratoire.
- Les métallurgistes américains lui ont trouvé, pendant la guerre, une application remarquable qui fait de lui un utile auxiliaire dans la pratique des traitements thermiques des pièces en acier.
- Beaucoup de pièces de haute précision : pièces d’armes à feu, calibres, etc. doivent subir des chauffes ou des recuits au cours de leur mise en forme. Ces opérations se pratiquent à l’intérieur de fours spéciaux, hermétiquement clos. Mais au contact de l’air contenu dans la chambre de chauffe, les pièces s’oxydent. Il se forme à leur surface une légère croûte qui détruit la précision des dimensions. Pour empêcher cette oxydation, on place dans le four une quantité convenable de lithium, avant d’y introduire les pièces à traiter. Le lithium s’enflamme et brûle, absorbant ainsi l’oxygène de l’atmosphère du four. Un trou pilote est ménagé dans la paroi du four : au début de l’inflammation il so dégage un jet de vapeur blanche, due à l’humidité expulsée, puis une flamme bleue qui indique que le lithium est en train de brûler ; elle passe au rouge écarlate lorsque l’oxygène de l’en-
- ceinte est complètement absorbé. On sait alors que l’atmosphère du four est parfaitement neutre et l’on peut y introduire la pièce à traiter. Elle sortira du four propre et brillante, prête à l’usage.
- Une ligne téléphonique posée à raison de 200 km à L'heure.
- La pose des lignes téléphoniques en campagne présente souvent des difficultés soit en raison des distances à couvrir, soit en raison des difficultés du terrain. D’autre part, les opérations militaires exigent toujours une mise en service rapide.
- Le Génie américain a mis au point un dispositif qui lui permet de poser les fils téléphoniques à une vitesse de près de 200 km à l’heure, pour toutes les distances excédant 2o Ion.
- On charge sur un avion de transport C- 47, spécialement aménagé à cet effet, les bobines de fil nécessaires à l’établissement de la ligne, les fils téléphoniques se trouvent dans des coffres lubrifiés avec du savon liquide ; ils se dévident de l’intérieur vers l’extérieur de la bobine ; chacune comporte 3 km de fil, et elles sont reliées entre elles.
- Portée par un petit parachute et lestée d’une chaîne la ligne lancée se dévide à la vitesse de l’avion qui vole à environ 200 km à l’heure. Lorsque toutes les bobines sont dévidées, le bout de la ligne est lâché avec un signal, près du point fixe.
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- LES PIPE-UNES ET LA GUERRE
- Déjà, en temps de paix, le transport et le stockage des combustibles liquides, constituent des problèmes techniques d’envergure.
- Wesèl
- Anvers
- Maastricht'
- ^Cherbourg
- Verdun
- Erancfc
- ChâJons
- Domfront
- Sarrebourg.
- Alençon Chartres
- Avignon
- Marseille:
- Fig. 1. — Le réseau de pipe-lines créé par les alliés pour ravitailler en essence le front Ouest.
- nie de Wiglit à Cherbourg et de Dungeness à Boulogne, l’un : Hais, constitué par un tube de plomb de 3 pouces de diamètre protégé extérieurement à la manière des câbles électriques sous-marins, l’autre : Hamel en tubes d’acier soudés électriquement.
- Nos illustrations montrent l’audacieuse technique mise en œuvre pour leur immersion.
- Sur terre, à partir d’Anvers, de Cherbourg, de Marseille, un réseau de pipe-lines déposés sur le sol conduisait les carburants jusqu’au Rhin.
- Ces canalisations sont constituées par des éléments de G m, longueur choisie pour qu’ils puissent être maniés par deux hommes : en 4 pouces de diamètre, un tube pèse 72 livres, en 6 pouces, 120 livres. Ils sont réunis par des joints en caoutchouc synthétique (néoprène) et acier qui donnent à l’ensemble une certaine souplesse.
- 11 fut ainsi déroulé sur le sol plus de 2 100 km de tubes de 4 pouces, plus de 3 Goo km de tubes de 6 et quelques dizaines de kilomètres de tubes de 10 et 12 pouces.
- Les canalisations essayées sous 700 livres de pression par pouce carré (environ 47 kg par cm2) travaillaient régulièrement sous 55o livres (environ 07 kg par cm2).
- L’alimentation était assurée par des stations de pompage échelonnées le long du parcours. La distribution s’opérait par camions citernes et finalement par des parcs de remplissage de bidons.
- Des dizaines de milliers de mètres cubes d’essence ont été ainsi convoyés par ces pipe-lines jusqu’aux divers fronts.
- Pour cette puissante réalisation, il a été fait appel à vingt-deux Compagnies privées, 8 000 ingénieurs et techniciens, deux “régifnènts' et- plusieurs Compagnies de spécialistes ÿdü Génie
- En temps de guerre, le ravitaillement rapide et impeccable d’armées dont la motorisation est poussée à l’extrême, comme dans le camp allié, était une condition essentielle de succès.
- Les spécialistes anglo-saxons et^ américains ont résolu la question sur le théâtre d’opération européen avec une ampleur et aussi une minutie dans le détail qui ont forcé l’admiration.
- Le combustible liquide arrive des États-Unis. Transporté par pipe-line à travers le continent américain, il franchit l’Atlantique dans des navires spéciaux qui l’amènent en Angleterre.
- Pour le distribuer sur le continent européen, une série de pipe-lines sous-marins a été établie sous la Manche et prolongée sur terre par un réseau de canalisations suivant d’aussi près que possible l’avance des armées alliées. D’autre part, pour alimenter l’armée débarquée en Provence, un centre de déchargement de navires pétroliers a été installé près de Marseille pour alimenter un autre réseau de pipe-lines terrestres.
- Deux types différents de pipelines ont traversé la Manche de
- américain.
- L’effort des « hommes de pipe-lines » a été des plus important pour la marche des armées alliées victorieuses. Il a eu une action déterminante sur la rapidité de leur avance.
- L. P.
- Fig. 2. — La pose d’une conduite Hamel sous la Manche.
- Le tube d’acier est enroulé sur un tambour flottant hâlé par des remorqueurs. Un tambour porte 110 km de tubes soudés bout à bout par tronçons de 1 200 m et pèse environ 1 600 t. Au fur et à mesure de l’avance du tambour, le tube se déroule et vient reposer sur le fond de la mer.
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- Pour refroidir le Japon
- Il y a quelques années, deux romans d'anticipaLion, l’un cubain et l’autre français, avaient imaginé ce que deviendrait l’Europe occidentale et en particulier la côte française de Bretagne si l’on s’avisait de construire entre la Floride et Cuba une digue qui arrêterait et dérouterait le Gulf Stream à son origine. Le climat doux et humide de nos régions s’en trouverait sans doute bouleversé et l’on assisterait à une nouvelle période glaciaire qui détruirait ou déplacerait toute notre civilisation.
- Voici, d'après Stars and Stripes, que la même idée serait venue aux Russes pour le Kourosivo.
- De même que dans l’Atlantique, le long des côtes orientales de l’Amérique du Nord, on observe un courant froid venant de l'Océan Arctique et plus au large un courant chaud, le Gulf Stream, venant du tropique, séparés nettement par le « Cold Wall », dans le Pacifique, un courant froid descend du détroit de Behring vers la Mer du Japon entre la Sibérie et Sakhaline tandis qu’un autre chaud, le Kourosivo, va en sens inverse et passe à l’est du Japon. En Amérique, New-York doit aux eaux froides la rigueur de ses hivers, de même qu’en Asie, Yladivostock se trouve bloqué par les glaces de décembre à avril chaque année.
- La distance du continent sibérien à l’île de Sakhaline est bien moindre que la largeur du détroit de Floride entre Key West et Cuba ; elle n’est que de 30 milles au sud de Nicolaievsk au point le plus étroit du' détroit de Tartarie.
- Les océanographes russes ont proposé de barrer ce détroit par
- une digue de façon à arrêter le flot des eaux froides coulant vers le sud et à le rejeter vers les îles Kouriles et la côte orientale du Japon.
- Le climat de ces régions en serait totalement changé. La mer du Japon resterait constamment libre de glaces au nord de Yladivostock, jusqu’auprès de l’embouchure du fleuve Amour ; par contre la côte orientale du Japon serait considérablement refroidie. Le régime des pluies serait perturbé et la côte orientale de Sibérie deviendrait très habitable.
- On peut imaginer les mouvements de population que causerait une telle œuvre et les conséquences qu’elle pourrait avoir sur les productions agricoles, l’industrie, le commerce, la navigation, ou comme on dit d’un mot la « géopolitique » de ces régions.
- Si l’expérience se réalise, on assistera à un déplacement de civilisation comparable à ceux de la période glaciaire si imparfaitement connus et difficiles à concevoir dans les détails.
- Rien ne s’oppose à l’exécution d’un tel projet. Les deux points de la côte où le barrage s’appuierait sont des terres russes ; la mer est peu profonde en ces parages et une digue de 50 km de long n’a rien d’impossible.
- Déjà le gouvernement tsariste russe avait caressé cette idée peu avant la guerre de 1905 et il est possible qu’elle ait été une des causes du conflit russo-japonais. Assisterons-nous un jour à cette colossale expérience climatique P
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- SUR LES CHANTIERS FRANÇAIS DE DÉMINAGE
- Directives adoptées pour les opérations de déminage.
- Voici, d’après la circulaire du io mai 1945 de M. R. Aubbac, Directeur général du Déminage, les règles générales adoptées pour les trois catégories d’opérations que comporte le déblaiement systématique des champs de mines terrestres, c’est-à-dire la détection, 1Jenlèvement et la destruction.
- Quelques mesures préliminaires simposent d’abord aux démineurs avant d’entreprendre leurs travaux (fig. i). 11 leur faut se procurer, sur place, des renseignements très précis sur la zone minée (délimitation de ses contours, époque de la pose des mines, nationalité des occupants, types d’engins, allumeurs et pièges qu’on y peut trouver, relevé, sur le plan cadastral à la mairie du lieu, des emplacements dangereux, etc.).
- D’autre part, leurs vêtements doivent leur laisser toute liberté de mouvements et des savates à semelle très mince leur permettre de déceler au pied, le cas échéant, des aspérités suspectes rencontrées en chemin.
- Une section normale de déminage comprend, d’ordinaire, le personnel suivant :
- Un ingénieur chef de chantier.
- Un groupe d’avant-garde composé d’un agent technique, chef de groupe, de deux fouilleurs, de deux aides, de deux autres hommes porteurs de tresses, de piquets et d’outils.
- Trois groupes de détection ayant chacun un agent technique, trois fouilleurs et quatre aides.
- Un groupe de neutralisation chargé du matériel nécessaire et commandé par un chef d’équipe.
- Quatorze ouvriers divers.
- Deux-groupes de quatre hommes, dont la réunion forme une équipe, peirvent travailler sur le môme chantier, mais séparés l’un de l’autre par un intervalle d’au moins 20 m, afin de diminuer les risques. Le chef d’équipe, qui ne participe pas directement à la besogne manuelle, se tient en permanence à proximité des deux groupes sous ses ordres. Afin d’assurer un contrôle rigoureux, le règlement administratif interdit l’emploi de plus de quatre équipes sur le même champ de mines.
- Détection des mines à la main.
- Une fois arrivés à pied d’œuvre et après repérage précis des emplacements minés, les hommes entreprennent la détection des mines à la main, en observant les consignes suivantes. Selon les dispositions du chantier, un ou deux agents du groupe d’avant-garde commencent par jalonner un large passage au
- 1. Voir La Nature du 15 septembre 1945.
- moyen d’un moulinet garni de tresse blanche ou d’un cordeau coloré, qu’ils vont dérouler sur le terrain. Puis, groupés par quatre sous le commandement de l’un d’eux, ces hommes se mettent à détecter les mines sur une bande de terrain de 4 m de largeur, sise naturellement en dehors du passage réservé. Pourvus chacun d’une baïonnette, ou mieux d’un tisonnier métallique de 80 cm de longueur terminé par une poignée, ils ont, en outre, à leur disposition, des pinces coupantes, des goupilles, des clous, des cônes de marquage et des petits drapeaux. Ils s’agenouillent pour travailler, par bonds successifs, sur une meme ligne, à l’extrémité gauche de laquelle se tient le chef de groupe. Chaque homme avance de 5o cm en explorant le terrain situé immédiatement devant lui. A chaque nouvelle station, il mesure celte distance au moyen d’un bâton.
- Puis, tous ensemble, exécutent, avec un synchronisme aussi parfait que possible sous le contrôle du chef de groupe, les trois mouvements suivants. D’abord ils balancent légèrement devant eux sur la totalité de la portion superficielle délimitée, leur baïonnette ou leur tisonnier, s’assurant ainsi de l’absence ou de la présence de fils de fer tendus, soit au ras du sol, soit à une certaine hauteur. Ces balancements doivent s’effectuer ai'ec douceur, car s’ils exerçaient une trop forte traction sur lesdits fils, ils risqueraient d’actionner les allumeurs des mines ou des pièges auxquels ceux-ci pourraient se trouver éventuellement reliés. Leur second geste, qui consiste à étendre leur main à plat sur la terre, exige non moins de délicatesse pour ne pas provoquer le déclenchement de certains contactcurs spéciaux et, en particulier, celui de l’allumeur à antenne de la mine S. En troisième lieu, les détecteurs sondent le sol en y piquant, tous les 10 cm environ, leur baïonnette ou leur tisonnier qu’ils enfoncent à une profondeur au moins égale et en
- Fig. 1. — Soldats du génie inspectant un champ de mines sous la neige avant de procéder
- au déminage.
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- les inclinant fortement afin de ne pas exercer une force capable de déterminer, cette fois encore, le fonctionnement intempestif d’un système d’allumage à pression.
- Quand l’un des opérateurs ressent une résistance anormale au cours de son travail de détection, il enlève avec ses mains la terre autour de l’objet suspect alin de le dégager. S’il s’agit d’une mine, ses trois compagnons s’éloignent à une distance d’au moins a5 m en cheminant à travers le terrain déjà prospecté. Puis l’homme, resté à son poste, se couche sur le sol et besognant à bout de bras achève le dégagement de l’engin découvert. Dans le cas d’une mine contre le personnel, il neutralise son ou ses allumeurs principaux selon les instructions données, puis il indique son emplacement à l’aide d’un cône
- de marquage ou cl’un petit drapeau. S’il s’agit d’une mine cmiitank, il se contente d’en marquer la place. Lorsque l’homme aperçoit un fil de fer, il le sectionne à chacune de ses extrémités puis il en enlève la partie coupée.
- Détection électrique.
- Quand on se sert de délecteurs électriques sur le chantier, les opérations s’y poursuivent d’une manière un peu différente. Sans décrire dans le détail les divers types d’appareils inventés pour le déminage, voici les circonstances qui permettent leur usage et comment ils fonctionnent, en principe.
- D’abord, les détecteurs ne s’emploient que quand une reconnaissance préalable a montré l’existence de mines métalliques •en cet endroit et qu’elles ne voisinent pas avec d’autres non repérables électriquement. Le plus pratique de ces instruments semble être le détecteur américain (SCR. 626 F) (fig. 2) qu’on peut transporter dans une valise en bois armature. D’un poids
- de 17 kg, il se compose d’un « plateau de recherches » avec un manche muni d’une rallonge terminée par une poignée de caoutchouc, d’une boîte rectangulaire métallique renfermant un amplificateur, deux piles de chauffage de filament, une pile de tension plaque et un compensateur de réglage. En outre, deux écouteurs (dont l’un de rechange) et leurs caisses de résonnance se trouvent encore enfermés dans le sac de voyage. Pour opérer sur le terrain avec le détecteur américain, son porteur, après assemblage des divers éléments de l’appareil, relie la boîte de contrôleur à l’amplificateur, fixe l’écouteur au petit câble de celui-ci, puis, se tenant debout, le sac de l’amplificateur en bandoulière, l’écouteur sur la bride de suspension à proximité de son oreille, il va promener le « plateau de recherches » à i5 ou 20 cm du sol. Il avance d’une longueur de pied en faisant balancer le détecteur de 90° de part et d’autre de l’axe de marche. L’appareil fonctionnant comme un pont à inductance mutuelle entre le solénoïde et les mines à rechercher, l’exécutant n’entend aucun bruit tant que l’aiguille de son ampèremètre (réglé avant emploi) reste au zéro. Au contraire, quand l’homme approche d’une mine métallique, la variation du courant, repérable à l’ampèremètre, produit un sifflement caractéristique dans l’écouteur.
- D’une façon générale, la détection électrique s’opère sur les chantiers français de déminage, par groupes de deux hommes et exige un personnel très instruit. L’un porte l’appareil et l’autre le moulinet dérouleur ainsi que les outils ci-dessus énumérés pour le travail manuel. L’équipe prospecte une bande rectiligne de 2 m 5o eu avançant, pas à pas, de 3o cm. Pendant chaque pause, le porteur de l’appareil fait décrire un demi-cercle au plateau de recherches et à 20 cm environ au-dessus du sol. Son aide avance en même temps. Comme dans le détectage à mains, il jalonne au moulinet la zone prospectée, s’assure en balançant doucement sa baguette à bout de bras de la présence ou de l’absence de fils de fer. Il neutralise, le cas échéant, les allumeurs des mines anlipersonnel ou marque simplement la place des mines antilanks.
- Enlèvement et destruction des mines détectées.
- L’ingénieur responsable fixe le programme quotidien des déminages, de façon qu’au bout de la journée ses collaborateurs aient enlevé ou détruit toutes les mines détectées dans la partie du secteur à nettoyer. Si l’endroit a été soumis à un bombardement d’artillerie ou d'avialion, les engins se trouvent souvent détériorés. Aussi leur enlèvement s’avère dangereux et on n’y procède que dans le cas où ils gisent près de maisons d’habitation, de bâtiments, de l’outes fréquentées, etc.... Autrement, on détruit de préférence sur place les mines après leur détection sans les manipuler. Autant que possible leur destruction s’effectue en les rassemblant en tas puis en les faisant exploser simultanément au moyen d’un cordeau détonant. Le Directeur de la zone régionale de déminage contrôle la mise en place des charges de destruction et prend toutes les mesures de sécurité prescrites.
- Dans les autres champs de mines non bouleversés, on charge un seul homme d’identifier et de neutraliser les engins détectés, ses compagnons restant éloignés de la zone dangereuse. S’il découvre une mine de modèle inconnu, il doit la signaler à son chef d’équipe sans y toucher. Quand il se trouve en présence d’une mine courante détectée, il effectue les manoeuvres ci-après : s’allongeant par terre, près de l’emplacement de ladite mine, il en dégage doucement le pourtour avec ses mains, puis il y attache un solide fil de 2 m. Il accroche ensuite, par groupe
- Fig. 2. — Recherche de mines à l’aide d’un détecteur électrique américain dans un village des Vosges (janvier 1945).
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- de trois, les cordes de chaque mine ainsi déterrée et préparée à des câbles d’une cinquantaine de mètres de longueur, qu’il déroule à partir de l’endroit où il se mettra pour les tirer ultérieurement. Cela fait, le chef responsable des équipes interdit toute circulation dans un rayon de 200 m et les démineurs gagnent un abri distant d’au moins 3o m.
- On peut alors faire exploser, sans crainte d’accident, les mines ordinaires réunies par tas de 10 au maximum. Quant à certaines autres mines très dangereuses (Holzmine 1942,
- Mines S 1 q44, Riegel Mine, Mines italiennes B2 et Y2, Mines hongroises), on les détruit la plupart du temps sur place, si toutefois le voisinage de bâtiments ne s’y oppose pas.
- Enfin comme les obus, les bombes ou les munitions comportent somment des pièges, on enjoint aux démineurs qui les découvrent de ne pas y toucher, mais d’aviser immédiatement les services de désobusage de l’armée ou de la marine qui se chargent de leur destruction .
- Tel est brièvement résumé l’énorme labeur auquel s’attelle le Service du Déminage. Ses agents fouillent, chaque jour, les ruines de nos villes et de nos villages à moitié détruits par les bombardements, nos forêts, nos prairies, nos plages et nos champs infestés de redoutables engins. Jusqu’ici U millions seulement de mines ont été enlevés, 12 000 ha de terrains nettoyés. Il reste encore, d’après les estimations approximatives des spécialistes officiels, une centaine de millions de mines à
- rechercher puis à détruire, à travers une superficie de 250 000 ha. Ces terrains renferment, en outre, 110 000 bombes d'aviation et près de 300 000 obus de gros calibre à désamorcer, sans compter les grenades et les munitions gisant de ci, de là. Combien faudra-t-il d’années pour débarrasser complètement le sol de la France de tous ces engins de mort ?
- Jacques Boyer.
- L'avion Curtiss Wright CW-20E
- U
- Le CW-20E est la version commerciale du C-46 Commando, lilisé couramment par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne,
- le B-29. Son envergure est de 32,917 m. Il aura un poids total au décollage de 21 800 kg, charge utile 6 800 kg, vitesse maximum de croisière 400 km/h à 3 000 m. Cet avion est à même de monter et de se maintenir à l’altitude de 4 100 m avec un moteur. Les hélices tripales Curtiss à vitesse constante et à commande électrique ont été spécialement établies pour le Commando.
- Le Directeur de l’usine de St-Louis, M. Charles W. France, pense pouvoir livrer ces avions à raison de vingt par mois environ. Le prix de l’avion complet serait d’environ 300 000 $.
- L. Keuleyax.
- Le cargo aérien Curtiss C-46.
- Un hélicoptère à 20 places.
- comme cargo pour le transport de troupes, de voitures, d artillerie légère et tout autre matériel.
- Ses constructeurs ont. prévu son adaptation à la navigation aérienne du temps de paix. Ce sera alors un luxueux paquebot aérien avec 36 ou 42 fauteuils Pulman. Ce modèle présente beaucoup de caractéritiques nouvelles.
- Il est propulsé par deux moteurs Cyclone à 18 cylindres en étoile double de plus de 2 000 ch chacun, comme ceux utilisés sur
- On vient de construire aux États-Unis, pour les besoins de la Marine, le plus grand hélicoptère ; il. est destiné à faciliter le sauvetage des pilotes en détresse sur la mer..
- Cet appareil peut amérir sur une superficie de 30 m^ et sauver des personnes en des endroits inaccessibles.
- Un modèle similaire est à l’étude pour prendre une charge de vingt personnes, à la vitesse de croisière de 180 km/h.
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- MATIÈRES PLASTIQUES ARTIFICIELLES
- Les polymères acryliques et métacryliques. — Les résines de Coumarone.
- Les polymères acryliques et métacryliques*
- Ces corps sent des produits de polymérisation des éthers de l’acide métacrylique.
- Les premiers réalisés en laboratoire avaient pour point de départ l’oxydation de l’acroléine. La grande industrie en a maintenant réalisé la synthèse complète :
- La condensation de l’acétone et de l’acide cyanhydrique conduit au nitrile CN — C(CH3)3 qui, par l’action de l’acide sulfurique étendu donne l’acide métacrylique CH2 = G — COOII.
- I
- CH3
- Si l’opération est faite en présence d’alcool méthylique, on obtient le mélacrylate de méthyle qui, polymérisé donne une résine de celle série. On peut remplacer l’alcool méthylique par un homologue supérieur : éthylique, propylique, buty-lique, etc.
- Suivant les alcools mis en réaction et les conditions de préparation on peut obtenir les produits de propriétés physiques et chimiques variées.
- Ce sont des résines thermoplastiques incolores, d’une transparence parfaite. Ceci explique leur emploi comme verre organique de sécurité : Plexiglas, Perspex, etc., entrés dans la pratique courante en aviation, automobile, décoration.
- La transmission de lumière est excellente, la densité 1,18, au lieu de 2,5 pour le verre. L’indice de réfraction i,5 environ.
- Le point de ramollissement de ces résines s’étage entre 120° et 190°. Leurs propriétés thermoplastiques permettent la mise en forme facile des plaques de verre organique sans nuire en rien à leur transparence. L’insensibilité à l’eau est pratiquement complète. Les propriétés mécaniques sont excellentes.
- On peut usiner facilement ces produits : les scier, tourner, limer, etc., avec l’outillage usuel du travail des métaux.
- Leur stabilité à la lumière et aux intempéries est excellente, on n’observe pas de jaunissement.
- Les résines métacryliques, par leurs facilités de moulage permettent, par l’emploi de poudres thermoplastiques à mouler sous presse par injection, la fabrication de nombre d’objets usuels : étuis, boîtes, stylos, articles de fantaisie, d’éclairage, de décoration, etc. Ceci en pièces transparentes, translucides, opaques, colorées ou non, suivant qu’il s’agit de résine pure ou additionnée de colorant et de charges inertes.
- On utilise également en électricité leurs qualités isolantes.
- Enfin, par suite de leur solubilité dans beaucoup de liquides organiques, on peut les utiliser à la préparation de vernis et de laques pour des emplois déterminés.
- Les résines de Coumarone*
- Les résines de coumarone et d’indène sont des produits d’extraction d’huiles de goudron de houille distillant entre x6o° et 2000 et débarrassées de leurs phénols. Cette portion contient nombre de carbures, en particulier de la coumarone :
- CH
- CHj^\r--T, CH
- ChL À /CH
- CH 0
- ses homologues et dérivés et de l’indène :
- CH
- CH
- CH
- /\ç
- \/c\/
- CH CH2
- CH
- CH
- Ce sont des liquides qui se polymérisent facilement par l’action de l’acide sulfurique concentré, du chlorure d’aluminium, du chlorure de zinc, du chlorure ferrique, etc. en donnant les résines dites de coumarone.
- Ce sont des résines ayant l’aspect de la colophane et dont la coloration varie du jaune paille au brun très foncé, Leur point de ramollissement s’étage de 55° à i35°. Des conditions de polymérisation dépendent les propriétés des produits obtenus.
- 1. Voir La Nature des l“r mars, 1er avril, 15 Juin et 1" Juillet 1945.
- Leur caractère essentiel est la neutralité chimique : résultant de la condensation d’hvdro-carbures, leur réactivité est nulle aux alcalis, comme aux acides en solutions peu concentrées.
- Les résines de coumarone sont solubles dans le benzène, le toluène, les xylols, les solvants naphla, l’éther, les solvants chlorés, moins solubles dans l’essence de pétrole et insolubles dans l’alcool.
- D’une manière générale, ce sont les résines de plus bas point de fusion qui présentent la plus grande solubilité. La classification de Marcussohn range les résines de coumarone suivant leur insolubilité partielle dans le mélange alcool-éther. Ce qui revient à les classer par points de ramollissement. C’est cette dernière caractéristique qui est utilisée dans le commerce. On trouve généralement les séries suivantes : 5o°-6o° G.; 65°-8o° C. ; 85°-ioo° C. ; iop0-i35° C. ; i35°-i6o° C., qui peuvent être obtenues en nuances diverses : Extra-Pâle, Pâle, Ambre pâle, Ambre foncé.
- Le principal débouché est la fabrication des vernis. Ces résines sont miscibles avec les huiles de lin, de bois de Chine, la colophane. On peut préparer toute une variété de types : vernis à séchage rapide (4 heures), vernis gras, vernis pour ciment, vernis à bronzer, vernis pour parquets. Les propriétés diélectriques permettent également la préparation de vernis isolants.
- On incorpore également ces résines dans des revêtements pour asphaltes, des peintures sous-marines, des enduits antirouille, des mastics pour parquets, des encres d’imprimerie, des enduits pour toitures, etc.
- L'industrie du caoutchouc l’utilise comme plastifiant dans les mélanges auxquels elles s’incorporent facilement, en particulier les qualités à bas point de ramollissement, rédui-
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- sanl la durée du malaxage.. Elles donnent aux produits obtenus un collant permanent, retardent les efflorescences, réduisent le durcissement avec le temps.
- Les résines de coumarone sont compatibles avec le caoutchouc chloré, , .
- L’industrie des adhésifs et liants les utilise comme agglomérants pour les panneaux de liège; comme colle pour le linoléum. •
- On les utilise également pour l’imperméabilisation des tissus, des cuirs et pour la préparation de cires isolantes.
- Comme on peut le voir les résines de coumarone ont trouvé des applications étendues. Peu dispendieuses elles complètent les usages courants des résines naturelles..
- Lucien Perruche, Docteur de l’L’niversité de Paris.
- NOS LECTEURS NOUS ECRIVENT
- Radiographies de vipères
- M. René .\bgrall, radiographe à Saint-Hilaire-du-Touvet (Isère), nous envoie comme suite à l’article sur les Anpères (n° 3088) les deux radiographies ci-jointes.
- La première montre le début de l’ingestion d’un campagnol par une vipère. On aperçoit vers le milieu du corps les restes
- d‘un précédent repas sous forme de deux pâlies et d’une queue de rongeur.
- La seconde radiographie, prise plus tard, montre un stade de digestion plus avancé. Le bol alimentaire a progressé ; l’avant-Irain et le thorax du rongeur ont disparu, dissous par les sucs digestifs de la
- vipère ; seuls restent la colonne vertébrale et les pattes postérieures ; le crâne, en voie de dissolution, forme la tache noire de droite, en avant, vers l’anus.
- Ces radiographies remarquables ont été prises sur des serpents préalablement anesthésiés.
- INFORMATIONS
- AVIS DE CONCOURS
- La Radiodiffusion Française ouvre des concours pour les emplois suivants :
- Attachés de Direction (branche son) : Licence ou diplôme équivalent exigé. Conditions d’âge : 24 à 33 ans. Date du concours : 20 novembre 1945. Clôture des inscriptions : 20 octobre 1945. ;
- Dessinateurs industriels ou d’architecture. Aucun diplôme exigé.' Conditions d’âge : 17 à 30 ans. Date du concours : 27 novembre 1945. Clôture des inscriptions : 27 octobre 1945.
- Attachés de Direction (branche technique et branche administrative). Licence ou diplôme équivalent exigé. Conditions d’âge : 21 à 35 ans. Date du concours : 8, 9, 10 novembre 1945. Clôture des inscriptions : 5 octobre 1945.
- Tous renseignements à la Direction Générale de la Radiodiffusion Française, Service du Personnel (Examens et Concours), 107, rue de Grenelle, Paris, au Bureau Universitaire de Statistique, 49, rue de Bellechasse, Paris et aux centres régionaux du B. U, S. aux sièges des rectorats d’Académie.
- PETITES ANNONCES
- La ligne : 30 fr. Abonnés : 20 fr.
- CHERCHE : La Nature du 1er janvier au 15 avril 1945 inclus. Dr CLAP, Avignon
- (Vaucluse).
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- SUIS ACHETEUR : Numéro de janvier 1945 Science et Vie. Offres à J. FOURGEAUD,
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- LA NATURE
- ABONNEMENTS
- France et Colonies : six mois t 100 francs; Etranger : six mois : 120 francs, I25_francs suivant les pays Prix du numéro: 10 francs
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- Pour tout changement d'adresse, joindre la bande et cinq francs.
- MASSON et C1 * * * * 6 7*, Editeurs,
- 120, BOULEVARD S'-GERMAIN, PARIS VI*
- La reproduction des illustrations de < La Nature » est interdite.
- la reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
- Le gérant : G. Masson. — masson et cie éditeurs, paris. — dépôt légal : 4e trimestre ig45, n° i44-
- BARNÉOUD FRÈRES ET Cie IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 311. — IO-Ifj45.
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- MADAGASCAR
- pays
- du bœuf
- SOMMAIRE
- Madagascar, pays du bœuf, par Jacques FAUB.LÉE . 305
- L’uranium, par Lucien PERRUCHE.................. 309
- Les gisements de Pechblende, au Canada, par
- Victor FORBIN.................................. 31!
- La *r reliefographie », par Pierre DEVAUX .... 313
- Nouveaux moyens de lutte contre Vincendie . 316
- Les Sondeurs d’atome (fin), par P. ROUSSEAU . . 317
- Un nouveau calculateur prodige, par H. BAROLET . 319
- Le ciel en novembre, par L. RUDAUX.............. 320
- LA prairie. — L’ensemble de Madagascar est une immense prairie accidentée, peu peuplée, tachetée de rares arbres courbés par le vent, de pandanus droits, parsemée de rares petits villages, parcourue par les troupeaux de bœufs. L’Ouest et le Sud de Madagascar restent le pays du bœuf, le Centre maintenant cultivé l’était il n’y a pas si longtemps. Il y a à Madagascar à peine plus de quatre millions d’indigènes, il y a plus de dix millions de bœufs. Les populations du Sud et de l’Ouest sont avant tout des populations pastorales.
- Il n’est pas exagéré de les appeler gens du bœui, car, matériellement et religieusement, c’est le bœui qui les fait vivre. Dans l’immense prairie, verte à la saison des pluies, brûlée par le soleil six à huit mois par an, sèche et dénudée, les pasteurs bara, tandroy, mahafalv, sakalava ne vivraient pas sans le bœuf. Ce bœuf du Sud et de l’Ouest est une bète haute sur pattes, nerveuse, capable de galoper des journées entières ; sur le garrot la loupe de graisse est luisante et tendue à la saison des pluies, flasque et terne quand la séche-
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- resse a transformé les pâturages en une monotone prairie d’herbes rigides.
- Le bœuf et le riz. — Les habitants de la prairie ne peuvent brûler les restes de foret pour y planter du riz de montagne. Ils doivent se résigner à créer des rizières irriguées. Une, deux, ou trois fois par an, selon les endroits et les pluies, les terres à rizières sont inondées, détrempées, formant autant d’étangs entre les digues étagées. Quand l’eau a bien pénétré la terre, le troupeau est amené à la rizière. Les hommes ôtent leur vêtement, se ceignent de vieux pagnes ou de feuilles de bananier; ils fendent des bambous pour y introduire des cailloux, ou écrasent de vieilles boîtes de conserves, y enfermant des grains. Poussés par les cris, le bruit des cailloux secoués dans leur boîte, les chants des hommes, les bœufs galopent, mêlant de leurs sabots eau et terre, formant la boue liquide et écumante dans laquelle le maître du champ va semer le riz.
- Dans ce pays où le seul outil est la bêche, sans bœufs, il serait impossible d’avoir des rizières de marais, et il faudrait se contenter du riz de montagne semé dans la brousse défrichée par incendie. Les riziculteurs du Centre doivent chaque année acheter des bœufs aux pasteurs du Sud et de l’Ouest pour cultiver leurs rizières.
- Le lait. — Les pasteurs ont une alimentation peu variée de riz, de manioc, de patates, de maïs. Les femmes font cuire ces légumes dans le lait ou les couvrent de lait caillé.
- La nuit, les bœufs sont enfermés dans des parcs en troncs, renforcés de plantes épineuses. En saison des pluies, quand il y a partout de l’herbe verte, les veaux restent près du village et tètent un peu soir et matin. En saison sèche, les veaux ne trouvent rien à brouter près du village, ils suivent le troupeau dans sa marche de toute la journée à la recherche des rares points où le soleil n’a pas trop durci les herbes. Les veaux tètent quand ils veulent; c’est dire le peu de lait qu’on peut tirer le soir, mais la nuit on isole les veaux, et le matin les hommes peuvent traire les vaches. Car dans la brousse malgache, traire est un travail d’homme. La vache est isolée, l’homme l’entrave en lui liant les pattes arrière. Un aide amène le veau et le place près de sa mère pour qu’elle ne retienne pas son lait. On le
- trait dans un pot en bois ou une calebasse, un litre par bête et par traite à peu près. Le folklore malgache abonde en histoires de gens encornés ou tués d’une ruade en essayant de tirer ce peu de lait ou de séparer la mère du veau.
- Le lait n’est pas un aliment quelconque; on ne doit pas en perdre, le pot à lait ne doit pas toucher terre; cassé il est conservé sur la clôture du parc à bœufs. Faire couler le lait dans un pot de fer blanc serait un sacrilège. Saler le lait empêcherait les vaches de continuer à fournir le lait aux hommes. Le laisser déborder en bouillant cause le même malheur.
- Le bœuf et la viande. — Quand un Malgache parle de viande, sans préciser, il s’agit de la chair du bœuf. Pourtant le bœuf est si important que le tuer pour avoir de la viande est un sacrilège.
- Si maintenant dans le Centre on vend la viande chez le boucher, dans les provinces on ne mange du bœuf qu’à l’occasion de sacrifices solennels. S’il n’y avait pas les sacrifices aux dieux, les gens de la prairie seraient des éle veurs végétariens.
- Le cuir. — Jadis le cuir n’avait pas de valeur marchande. Les morceaux de viande cuisaient avec les lambeaux de cuir. Pourtant, l’homme riche en bœufs, voulant montrer sa qualité d’éleveur, se drapait parfois dans une peau de bœuf, se coiffait parfois d’une bosse de bœuf. La peau du bœuf était la toge du vivant, le linceul du mort. Maintenant les Malgaches font en cuir de menus objets : ceintures, sandales, bonnets, fron-des. En général’ils préfèrent vendre les peaux aux commerçants qui les exporteront.
- Le bœuf est la seule richesse. — Dans la prairie, c’est toujours en bœufs que l’on estime la valeur réelle des choses. Le contenu d’un grenier à riz vaut un bœuf, un champ de manioc est estimé un lau-rillon, une toge de tissu indigène vaut un bœuf, un cercueil se paie d’un gros veau sevré, mais il faut nourrir le sculpteur. Maintenant qu’une bête de boucherie vaut plus de cinq cents francs, un homme vendant un bœuf peut payer ses impôts, acheter les ustensiles dont il a besoin, les tissus pour se vêtir, le sel, et n’a plus pour vivre qu’à entretenir ses champs.
- Chez les éleveurs, qui n’a pas de bœuf est un gueux sans importance, qui a moins de dix bœufs est très pauvre, et il faut plus de cent bœufs pour passer pour riche. Le bœuf est le signe visible de la richesse.
- Le bœuf et la vie humaine. — Le bœuf est le compagnon de la vie entière. Quand une femme est enceinte, son père sacrifie solennellement un bœuf à l’Est de sa maison, tourné vers l’Est, région des ancêtres et des dieux. Il leur demande que l’enfant naisse sous un heureux destin. Si l’enfant naît sous un destin trop fort qui porterait malheur à ses parents, il faut sacrifier un bœuf, faire un arceau de ses côtes, y passer l’enfant, coupant ainsi la trop grande force du destin.
- L’enfant qui se traîne rejoint son père, son grand-père, près du parc à bœufs de la famille. Il voit là les vaches que lui offrent ses père et mère, ses oncles, les vaches génitrices du futur troupeau. Il apprend à reconnaître les découpures des
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- oreilles, blasons de ses familles paternelle et maternelle. Le nom de la marque lui rappelle les origines de ses ancêtres et du troupeau, le folklore qui le rattache à ses aïeux. Quand l’enfant commence à marcher, on lui donne un veau qui sera son compagnon. Il fait son apprentissage d’éleveur, il l’abrite des trop forte pluies, à la saison sèche il va le chercher dans les bas-fonds humides des herbes vertes.
- Jadis l’enfant était circoncis entre les cornes d’un taureau. Maintenant la force du taureau sacrifié passe en lui, lui donnant force, courage, virilité.
- Les jeux du garçonnet sont dictés par la pensée constante du troupeau : il modèle l’argile en forme de bœufs, avec lesquels il joue comme les enfants européens avec leurs soldats de plomb. Il les fait battre, simulant les combats de taureaux, distraction des adultes. 11 leur construit des parcs en brindilles plantés dans le sable du village. Il prépare des branches taillées en fourche, et se livre à une sorte d’escrime avec ses camarades.
- Là encore il pense aux combats de taureaux.
- Adolescent, un jour sur deux, il accompagne ses aînés qui veillent sur le bétail. Le malin ils partent dans la fraîcheur du brouillard, drapés dans leur toge, armés de leurs deux sagaies, la fronde de cuir roulée à la ceinture ou autour de la tête. Ils cherchent les bas-fonds humides où les bœufs trouveront de l’herbe sans trop marcher dans les épines de la brousse. Peu à peu le garçon apprend de ses aînés les choix des pâturages, les remèdes contre les maladies du bétail.
- L’adolescent est un jeune homme.
- Là encore les bœufs vont l’aider.
- Pour se rendre invincible à la lutte, pour avoir des succès amoureux, il va trouver un magicien. Ce dernier lui compose des charmes qu’il enferme dans une pointe de corne de bœuf.
- Le jeune homme demandera aussi au magicien le charme qui fera de lui un grand razzicur de bœufs. Il aime déjà trop son troupeau, jamais il ne consentira à tuer des bêtes de son propre troupeau. Pour se marier, il volera des bœufs d’un village voisin, prouvant sa virilité, son adresse, ses qualités d’homme et de guerrier. Razzier des bœufs n’est pas voler, c’est un honorable exploit guerrier dont on se vante.
- Il part avec ses compagnons, il converse avec le gardien de bœufs, le x'enverse, le ligote et emmène les bœufs. Ou bien le soir, lui et ses compagnons approchent en rampant d’un parc à bœufs, ils jettent des troncs sur les défenses d’épines. Ils font sortir les bêtes, les poussant au galop, dirigeant leur course du claquement des frondes. Ils poussent le troupeau autour d’un village étranger; ainsi les bœufs sortant le matin, rentrant le soir, effaceront les traces. Car un Malgache reconnaît les traces des sabots de ses bœufs et les suit. Les bêtes trop lentes qui retardent la fuite sont abattues et laissées sur la piste. Leur propriétaire perdra quelques minutes à se lamenter sur le sort de ses bêtes. Chaque jour le jeune homme veille sur ses bœufs, la nuit il dort non loin d’eux, car s’il est voleur de bœufs, il sait que les autres ne l’épargneront pas.
- Quand il se marie, il doit offrir au père de sa fiancée un bœuf qui sera sacrifié aux dieux, un bœuf volé naturellement. Une fois qu’il est marié, son père lui confie souvent sa part du troupeau qu’il devrait hériter plus tard. Il pense moins à voler des bœufs, il pense plus à défendre son troupeau.
- .................=: 1 1 307 =r-:-
- Comme le taureau défend le troupeau, l’homme barre symboliquement le chemin par où passeront probablement les voleurs. Il y plante des cornes de bois.
- Les bœufs sont la richesse et l’honneur de sa famille. Il faut qu’ils se multiplient. Veiller sur eux ne suffit pas sans l’aide de puissances surhumaines. Le propriétaire plante au milieu de son parc à bœufs un tronc creusé dans lequel il enferme des charmes qui assureront sécurité et fécondité du troupeau. Une fois par semaine, il consacre ce charme, prononçant une prière dans la fumée de l’encens malgache. Et les dieux, par l’intermédiaire du charme, protégeront le troupeau.
- Maintenant l’homme doit aussi donner des bœufs. Quand son beau-père meurt, s’il n’offrait pas un bœuf à la famille de sa femme, celle-ci le quitterait. Si un de ses consanguins est malade, il faut qu’il sacrifie un bœuf pour demander aux dieux la guérison du malade, leur proposant cet échange : laisser aux
- hommes la vie de l’homme malade, prendre la vie du bœuf qu’il leur offre.
- Les bœufs et les hommes. — Car les bœufs et les hommes sont des amis, des parents. Le bœuf aux oreilles marquées de la marque familiale est un consanguin. Sacrifier un bœuf est une douleur. Et pourtant sans ces sacrifices religieux un éleveur malgache ne mangerait pas de viande. Dans le Sud de Madagascar, on a vu des pasteurs se suicider à la suite du vol de leur troupeau.
- L’homme apprend à ses enfants comment les hommes et les bœufs sont devenus parents : Il y avait une sécheresse, les herbes brûlées par le soleil ne permettaient plus aux bœufs de survivre. Une vache a demandé à un paysan de lui laisser prendre un peu d’herbe verte dans un champ irrigué. Depuis ce temps, les vaches remercient l’homme en lui laissant prendre leur lait.
- Par le sacrifice, les bœufs assurent la vie des hommes. Jadis un homme audacieux est monté chez Dieu pour lui demander l’eau qui donne ou assure la vie. Dieu lui a confié un taureau et une vache chargés d’apporter aux hommes l’immortalité. Seulement pour s’acquitter de leur charge, ils ne devaient ni s’arrêter à l’ombre, ni boire d’eau. Il faisait si chaud qu’ils
- Fig. 3. — Les bœufs piétinent les rizières irriguées.
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- se sont mis à l’ombre d’un tamarinier au feuillage épais, qu’ils ont descendu boire à la rivière. Ils n’ont pas su apporter aux hommes l’immortalité, mais -un peu de vie est resté en eux, et quand un homme est malade on offre aux dieux la vie du bœuf, descendant de celui qui n’a pas été capable d’apporter le philtre de vie aux hommes.
- Les corridas. -— L’adulte devient, l’arbitre des corridas. Aux fêtes, ou quand les bœufs galopent à travers les rizières irriguées, les jeunes hommes sautent sur la bosse des bêtes les plus vives et s’y cramponnent. Qui tient le plus longtemps est acclamé, récompensé. Jadis les pasteurs avaient des taureaux de combat. Ceux qui possédaient un taureau champion érigeaient devant leur porte un mât, défi permanent aux toréadors et aux propriétaires d’autres bêtes de combat.
- Le pasteur et le cultivateur. — Pasteur et cultivateur sont rivaux. Mais dans le Sud et l’Ouest de Madagascar, c’est le pasteur qui domine. Des récoltes permettent de vivre au sens matériel du mot. Seuls les bœufs permettent de vivre, au sens malgache du mot. Vivre c’est avoir et des enfants et des richesses. La seule richesse est le bœuf. Sans bœufs un homme ne peut ni demander aux dieux de lui accorder des enfants, ni leur demander la vie d’un malade, ni assurer des funérailles convenables à scs parents. Toute une partie du folklore malgache représente des rivalités, et toujours le pasteur est le vrai chef, le vrai représentant de la famille. Une terre cultivée ne porte pas la marque de la famille, tandis que les découpages des oreilles des bœufs sont plus qu’une marque, un blason.
- Le bœuf et la mort. — Le bœuf n’est pas seulement le compagnon de toute la vie, il est aussi indispensable aux fêtes funéraires. Le troupeau accompagne l’enterrement du mort comme les consanguins et les voisins. Dès le décès, un bœuf est sacrifié, une vie de bœuf quitte le village en même temps que le souffle vital de l’homme. Avant que le corps quitte le village le troupeau galope autour de la maison, mugissant comme les humains se lamentent et pleurent. Au cortège funéraire, les bœufs entoureront de leur galop le cadavre. Près de la tombe, des bœufs seront sagayés pour que les deuillants
- gardent le souvenir des ripailles de viande permises par ces funérailles. Si le mort aimait particulièrement une bête de son troupeau, on la tue. La tête du mort reposera sur le crâne de son ami bœuf, entre les cornes. En certaines tribus, les crânes des bœufs tués aux funérailles restent sur la tombe.
- Quand un homme meurt sans enfant, ou qu’on ne peut retrouver son corps, il faut que ses consanguins dressent une pierre ou un poteau sculpté. Sur ce monument, ou autour, des planches perforées supportent les bucranes qui rappelleront longtemps la gloire du mort et de son troupeau.
- Le bœuf animal d’épreuve. — Toute la vie sociale, même dans les x'égions agricoles, dépend du bœuf. Prêter un serment, se fait sur un bœuf. Adopter un enfant oblige à évoquer les dieux par le sacrifice d’un bœuf. Le bœuf comme un membre de la famille peut admettre ou rejeter un enfant. Dans certaines régions, si un enfant naît sous un destin dangereux pour ses parents, on dépose le nouveau-né à l’entrée du parc à bœufs. S’il est écrasé, c’est sans importance, on aurait dû le tuer. Si les bœufs ne l’écrasent pas, ils l’admettent dans la famille, l’enfant sera élevé, accueilli dans la famille comme il a été accepté par les bœufs.
- Pasteurs et cultivateurs. — Même les populations agricoles de Madagascar ne peuvent religieusement et socialement se passer du bœuf. Les migrations vers l’Ouest ont plus d’une cause, mais l’Ouest est le vrai pays du boeuf et souvent des cultivateurs qui voudraient devenir éleveurs émigrent, préférant le troupeau aux champs.
- Le bœuf et l’évolution sociale. — Maintenant dc9 Malgaches n’hésitent pas à vendre des bœufs pour de l’argent. Jadis ils ne payaient cpi’en bœufs les charmes, les cercueils, tout ce dont ils avaient besoin, tout se payait en monnaie vivante. Maintenant encore ils n’aiment pas céder leurs bêtes aux Européens qui n’hésitent pas à transformer des bœufs vivants en viande de boîte de conserves. Mais les pasteurs continuent à aimer leur troupeau, préférant un bœuf aux belles cornes à tout l’argent qu’on peut leur offrir en échange.
- Jacques Faublée.
- malheur des serres du Muséum
- Tous les Parisiens connaissent les serres tropicales du Jardin des Plantes et y ont admiré les plantes exotiques rares, luxuriantes, aux formes étranges, vivant dans une atmosphère chaude et humide. Jusqu’en 1944, ces serres avaient pu être entretenues et l’on y voyait encore environ 6 000 espèces dont 1 500 plantes grasses, 640 orchidées, 100 broméliacées, 75 palmiers. Certaines étaient fort âgées : un Encephalartos alstensteinii qui passait pour millénaire, un Cycas circinnalis haut de 3 m 20 qui était plusieurs fois centenaire, des Pandanus de 5 m de haut et des Théo-phrastées dont une avait 33 cm de tour. On y voyait des types qui avaient servi à créer les espèces un Cîavija brachystachys datant de 1852, un Chamædora exorrhiza, de nombreuses Orchidées, Aroïdées, Euphorbes, Bégonia, Pilea, des hybrides interspécifiques artificiels réalisés au Muséum. Les plantes utiles des pays
- chauds y étaient bien représentées et l’on y cultivait des Tarakto-genos spécifiques contre la lèpre.
- Tout cela n’est plus, nous apprend M. A. Guillaumin, dans le Bulletin du Muséum national d’Histoire naturelle. Les froids du dernier hiver ont tout détruit.
- Les serres étaient reliées au réseau de chauffage urbain qui fut arrêté le 24 janvier. On essaya d’y suppléer par un chauffage de secours en brûlant les arbres abattus dans les allées du jardin, mais le remède ne fut que partiel et très insuffisant. La température descendit au-dessous de — 4° ; presque toutes les plantes périrent.
- C’est là un désastre à ajouter à tous ceux causés par cette guerre, un de ceux qui seront les plus difficiles et les plus lents à réparer.
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- L’URANIUM
- Propriétés et usages.
- L’uranium est un mêlai blanc, malléable, ductile, qüi peut être facilement poli. Sa dureté est faible, il est rayé par le verre mais est presque aussi lourd que l’or, sa densité est de 18,7. Plus réfractaire que le platine, son point de fusion s’établit à cent degrés plus haut, aux environs de 1 85o°. Par contre, il est bien plus oxydable et brûle à moins de 200° C.
- La limaille détachée par un coup de lime sur un morceau d’uranium s’enflamme spontanément à l’air.
- 11 est très actif chimiquement et réagit à plus ou moins haute température avec la plupart des éléments et des réactifs chimiques.
- L’uranium a peu d’emplois, ses oxydes sont utilisés pour la fabrication des verres d’urane, pour les couleurs céramiques. Les sels ont des usages limités dans les laboratoires d’analyses et en photographie. Les carbures d’uranium et même le métal ont quelques applications en catalyse.
- On prépare l’uranium par réduction de ses oxydes par le carbone au four électrique. On fabrique par le même procédé des ferro-uraniums qui ont trouvé des débouchés en petites doses, moins de 0,6 pour 100 dans certains aciers spéciaux.
- Comme on le voit, les applications de l’uranium étaient plutôt limitées et d’importance secondaire.
- La réalisation effective de la désintégration atomique et son entrée bruyante sur la scène du monde par une manifestation bien concrète : la bombe atomique, met en vedette l’uranium et les éléments de sa famille.
- Voici à ce point de vue une importante remarque :
- On a identifié deux isotopes de l’uranium, l’un de poids atomique 238, l’autre 235.
- Or en 1940, aux U. S. A. il aurait été observé que le principal isotope est très stable mais que le second, le 235, est désintégré par les neutrons lents.
- Ce dernier ne se trouve que dans la proportion de un cent-cinquantième dans l’uranium des minerais naturels.
- Le problème de la bombe atomique se trouverait ainsi rtfmené à la mise au point d’un procédé pratique de séparation des isotopes.
- Les minerais d’uranium.
- Les minéraux contenant de l’uranium, du thorium et des terres rares sont généralement très complexes. Leur composition est variable, leurs altérations fréquentes et il en est peu dont on puisse donner une structure chimique bien définie. Les variations inhérentes à leurs propriétés radioactives sont une des causes majeures de cet état de chose.
- On peut diviser les minéraux contenant de l’uranium en trois classes :
- 1) Les uraninites sont les minerais les plus riches : 55 à 80 pour 100 de métal sous forme d’oxydes associés à des éléments fort divers; des oxydes de thorium et de métaux des terres rares ainsi qu’à nombre d’impuretés et de métaux provenant des phénomènes de désintégration.
- Les uraninites se rencontrent associées à des roches granitiques et à des pegmatites. Elles sont cristallisées en éléments assez petits et de couleur variable suivant leur degré d’altération : orange,, jaune, verdâtre, brune, etc....
- Les pechblendes sont des uraninites non cristallisées se présentant en masses noires à cassure d’éclat résineux (pech : poix).
- La pechblende de Saint-Joachimsthal, d’où le radium a été extrait par M. et Mme Curie contient, en plus de l’uranium : du plomb, du fer, du thorium, du bismuth, de l’arsenic, du zinc, du manganèse, des métaux de terres rares et des silicates alcalins et alcalino-terreux.
- 2) Les niobio-tüano-tanialaies d’uranium et de métaux de terres rares se trouvent également dans les pegmatites et les granités. A celle série appartiennent la betafite de Madagascar en beaux cristaux tenant de 22 à 25 pour 100 d’uranium et les euxéniles dont les masses compactes titrent de 3 à 16 pour 100. On en rencontre également dans les éluvions et les sédiments.
- 3) Les minéraux secondaires trouvés dans des formations géologiques très anciennes comprennent des phosphates, carbonates, arséniates, iranadates, sulfates, silicates, uranales, etc..., provenant d’altérations, de recombinaisons et de formations secondaires. Leur énumération serait ici fastidieuse et sans intérêt. Les principaux de ces minerais ayant une importance pratique sont : l’autunile et la carnotite.
- L’autunite est un phosphate double d’uranyle et de calcium découvert à Saint-Symphorien de Marmagne près d’Autun, d’où son nom, et qui a été reconnu au Portugal, en Espagne, Bohême, Cornouailles, Oural, Tonkin, U. S. A., Madagascar, Chine, etc....
- La. carnotite est un vanadate d’uranyle et de potassium contenant environ 55 pour 100 d’uranium et 20 p. 100 de vanadium. Des milliers de tonnes sont extraites chaque année des gisements américains du Colorado et de l’Utah.
- Un des minerais secondaires d’uranium : la clévéite a conduit à la découverte de l’hélium qui était dans cette roche un produit de désintégration ultime des éléments radioactifs qu’elle contenait : radium, uranium, thorium, etc....
- Rayet et Ilerschell avaient découvert en 1868 dans le spectre solaire des raies d’un élément inconnu sur la terre et l’avaient, de ce fait, dénommé hélium. Ce n’est qu’en i8g5 que Ramsay identifia pour ce corps un gaz qui se dégageait par l’attaque chlorhydrique de la clévéite de Norvège. Quelques années plus tard, la présence d’hélium se trouvait reliée aux phénomènes de radioactivité, comme élément final de leur désintégration spontanée.
- L’uranium dans le monde.
- Il n’existe pas de données sur les réserves d’uranium dans le monde. Aucune statistique n’a été publiée. En tout état de cause, on peut être assuré que le jour où la désintégration atomique entrera dans la pratique courante comme source d’énergie, il ne fera pas défaut si l’on tient compte de l’énorme puissance que peut développer un poids minime. Il est assez répandu pour qu’aucune nation n’en détienne le monopole.
- Dès maintenant, les stocks considérables de sels d’uranium se sont accumulés comme produits résiduaires de la fabrication du radium et attendent un débouché.
- Dans les minerais d’uranium, la quantité de radium qui lui est généralement associée se trouve dans une proportion qui est de l’ordre de 3,3 x io~7 g de radium par gramme d’uranium. Industriellement on obtient quelque cinq à dix milligrammes de radium par tonne de minerai traité.
- La production mondiale du radium donne donc des indica-
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- tions assez précises sur les pays de production de l’uranium et leur importance relative. Voici les chiffres de la production totale réalisée en 1908, à partir du début de l’industrie du radium, selon le Minerai Year Book :
- U. S. A.......................... 338 g
- Belgique......................... 1G0 »
- Tchécoslovaquie................... 53 »
- France............................ 51 »
- Angleterre........................ 42 »
- Suède.............................. 8 »
- Danemark..................... ' 4 »
- Argentine.......................... 2 »
- Autres pays...................... 140 »
- Au total, la production doit être de l’ordre de 1 000 gr car les chiffres ci-dessus ne comprennent pas ceux du Canada qui doivent approcher 180 gr provenant des minerais traités à Port-Ilope (Ontario) et extraits surtout aux mines du Great Bear Lake sous le cercle polaire à plus de 1 000 km du chemin de fer. Ce sont des pechblendes découvertes en mai ig3o dans des terrains très anciens recoupés par des granités et des syénites. D’autres districts canadiens fournissent des minerais d’uranium.
- La production la plus importante est celle du Great Bear Lake. Les années précédant immédiatement la guerre, l’extraction était de l’ordre de 25 000 t annuelles de minerai très complexe, comprenant des métaux très variés parmi lesquels l’uranium à une teneur de 1 à 3 p. 100.
- La production enrichie sur place se résolvait en quelque 5 ou Goo t de concentrés qui étaient pendant la courte saison ouverte à la navigation expédiés aux usines de traitement de Port-Ilope.
- Fin 1937 ce district avait fourni 1 235 t de pechblende ayant donné 54 g de radium et 255 t de sels d’ui’anium.
- Aux États-Unis, le Colorado et l’Utah produisent plusieurs milliers de tonnes annuelles de carnotite et de roscœlite.
- Ces minerais contiennent du vanadium et de l’uranium. La teneur en ce dernier métal est très variable : de o,5 à 5 pour 100 d’oxyde d’urane pour les carnolites, elle peut devenir insignifiante pour les roscoelites. L’extraction de minerai tout venant se situait aux environs de 35 000 t annuelles.
- Au Congo Belge, dans la plate-forme de roches cristallophyl-liennes et granitiques du Katanga, on exploite des filons de pechblende et des minéraux d’altération, en particulier à la mine de Shinkolobwe. Les minerais sont traités à l’usine d’Oolen de la Société Métallurgique d’IIobboken, en Belgique.
- Ils sont excessivement complexes, contenant plus de dix espèces minéralogiques uranifères. L’exploitation a débuté en 1922. Il y a été publié peu de précisions sur les tonnages extraits et la teneur moyenne du tout venant. Il n’est pas douteux que les réserves de minerais de cette formation sont très importantes.
- La Tchécoslovaquie exploitait les fdons de pechblende de Saint-Joachimsthal. L’extraction est en régression.
- La France traite surtout des minerais d’importation de ses colonies, notamment la betafite de Madagascar.
- Les pays Scandinaves disposent de types variés de minerais d’uranium, en Norvège et au Groenland, en particulier, L’extraction est peu importante.-
- En Angleterre, l’uranium est connu dans les Cornouailles, mais on traite également des minerais importés des possessions britanniques.
- Le Portugal exploite les gisements des régions de Guarla, Yizeu, Transcoso, etc... Le minerai de Vizeu titre de 1 à 2 p. 100 d’oxyde d’uranium, la limite exploitable est autour de o,5 p. xoo.
- En U. B. S. S. on trouve de l’uranium dans l’Oural, dans le Caucase. Il est probable que l’effort considérable de prospec-
- tion fait sur ce territoire immense a révélé des gisements de métaux radioactifs.
- En dehors de ces pays dont les ressources en uranium ont été plus ou moins exploitées, on en trouve en Espagne, aux Indes, au Brésil, au Tonkin, en Chine, en Australie, en Bolivie, etc....
- L’ufanium en France.
- Exploité autrefois à Saint-Symphorien de Marmagne près d’Autun, l’extraction et le traitement ont été abandonnés. La teneur moyenne du minerai tout venant était inférieure à o,5 pour 100 d’uranium. Aucun moyen de concentration économique n’est possible, car l’autunite est excessivement friable et l’enrichissement mécanique impossible (les gisements d’au-tunite du Portugal titrent 1 à i,25 pour xoo d’uranium).
- Le minerai était exploité pour radium. Il fallait pour en obtenir 1 g traiter 800 t de minerai par 3oo t de produits chimiques, brûler 200 t de charbon et manipuler i5 000 t de solutions.
- Une concession pour ui’anium à Lachaux, dans l’Ailier, est en sommeil. On y trouve de la chalcolite, phosphate d’uranyle et de cuivre, dans un filon quartzeux traversant des granités.
- Dans les colonies françaises, nous' avons signalé les gisements de betafite et d’euxénite de Madagascar. On trouve également des minerais d’uranium au Tonkin.
- Les éléments de la septième période.
- Le poids atomique de l’uranium est : 238,14; ‘il occupe le n° 92 à la septième ligne de la classification périodique des éléments de Mendéléeff.
- On trouve sur cette septième ligne les éléments chimiques les plus instables, ceux pour lesquels les incertitudes concernant leur structure électronique sont les plus grandes.
- Ce sont l’élément 87, non isolé, mais dont Mlle Perey a carac-térisé en 1939 un isotope radioactif dont la période n’était que de 21 mn.
- L’élément 88 est le radium, le 89 l’actinium, le 90 le tho-l’ium, le 91 le protactinium; enfin le 92 l’uranium qui, avec son cortège de 92 électrons termine la liste.
- Cependant la limite ne semble pas atteinte : se basant sur des raisons théoriques, Niels Bohr prétend qu’elle peut se prolonger jusqu’à un élément 137. D’autres savants la limitent à l’élément 118 qui serait un homologue supérieur du radon.
- En fait tous les éléments de cette septième période se désintègrent spontanément et il semble bien probable que ceux de nombre atomique plus élevé soient plus instables encore.
- On a prétendu avoir caractérisé un élément 96 dans les produits de désintégration de l’uranium. Ces résultats vivement critiqués par M. Joliot-Curie ne peuvent être actuellement admis.
- Il semble bien résulter de ce qui a été publié à ce jour, que le seul élément transuranien effectivement connu avec certitude soit le n° 93, l’ékarhénium annoncé par ITulubei et Cauchois et confirmé pendant la guerre par les allemands Flahn et Strass-mann qui ont même publié en détail la méthode d’obtention.
- L’élément transuranien Plutonium (Pu 23q) dont il est fait état dans les derniers x’apporls anglo-saxons lui correspond probablement.
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- Ce n’est pas sans une certaine angoisse rétrospective que l’on pense à la course de vitesse poursuivie dans le mystère et le silence des laboratoires par les savants des camps ennemis et à la chance que nous avons eue de voir arriver en tête les savants des Nations alliées.
- Lucien Perruche, Docteur de l’Université de Paris.
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- Les gisements de Pechblende, au Canada
- La bombe atomique ramène l'attention sur le plus grand centre de production d’uranium qui soit au monde : celui qui, depuis quelques années, dote le Canada d’une industrie destinée au plus brillant avenir. J’étais de passage à Montréal, en 1908, lorsque fut divulguée l’annonce de la découverte des gisements de pechblende sur la rive du Grand Lac de l’Ours, à l’endroit même où passe le Cercle arctique. Tout laissait prévoir que le trésor resterait inexploité, en raison de l’énormité de la distance et du manque absolu de communications pratiques ; seule, l’aviation permettait à d’intrépides pionniers de se rendre dans cette région à peine explorée ; pourrait-on y transporter par aéroplanes le matériel indispensable au traitement du minerai ? L’impossible fut cependant réalisé par l’ob-lentcur en personne, le Canadien Français Gilbert La Bine.
- La découverte des gisements.
- Bûcheron de son premier métier, La Bine lâche bientôt la cognée pour se lancer dans la prospection argentifère. A l’âge de seize ans, il découvre en Ontario un filon qu’il vend aussitôt 5 000 dollars. Tels furent les débuts de l’adolescent auquel la destinée réservait de devenir mulli-millionnaire. Il s’associe son frère Charles, moins âgé que l’ui d’un an.
- En 1913, un géologue du Gouvernement canadien rentre de Bohême où il vient de visiter les mines d’uranium de Joachim-sthal. Connaissant les La Bine de longue date, il les exhorte à rechercher ce minerai précisant qu’il a de bonnes raisons de croire qu’il existe en Ontario. Après deux années de vaines recherches, Gilbert La Bine abandonne la partie et se remet à prospecter pour l’or et pour l’argent. Et, de nouveau, la fortune lui sourit.
- Entre deux expéditions, cette inspiration lui vient que les régions arctiques du Canada doivent receler des gisements de grande valeur. Il charge aussitôt sa secrétaire de ramasser chez les libraires de Toronto tous les ouvrages qu’elle pourra trouver, concernant le territoire du Nord-Ouest; elle lui procure notamment la relation d’un certain Dr Bell, membre d’une expédition géologique qui avait exploré et surtout survolé le pourtour du Grand Lac de l’Ours, quelques années auparavant.
- Le savant notait qu’il avait vu des taches roses sur les falaises abruptes du lac. En langage de mineurs, ces taches sont appelées « fleurs de cobalt » ; elles indiquent toujours la présence de ce métal qui, le plus souvent, voisine avec des minerais argentifères. Et Gilbert La Bine décide d’aller voir de ses yeux.
- Dans les premiers jours de l’été 1929, il se rend à Winnipeg pour y rencontrer un vieux camarade, Leigh Brintnell, célèbre aviateur, qui venait de fonder une compagnie de transports aériens et qui accepte de le conduire au Cercle arctique ; il l’y fera reprendre par un de ses collaborateurs à la' date fixée. Décollant en août,- l’avion le dépose sur la glace du lac avec sa tente et ses provisions.
- Sans autres compagnons que quelques Peaux-Rouges, La Bine commence ses investigations. Malheureusement, les roches voisines contiennent du fer magnétique qui affole l’aiguille de sa boussole, et il perdrait chaque jour son chemin, s’il ne se faisait pas accompagner par un de Indiens ; mais ces derniers l’abandonnent à l’apparition d’une petite bande d’Esquimaux; et, les derniers jours, il n’osera plus s’aventurer loin de sa tente. C’est en vain qu’il a cherché sur la falaise ces fameuses fleurs de cobalt. A part la découverte de richissimes gisements de cuivre que la question des transports rend inexploitables, l’expédition s’est avérée stérile.
- Au jour fixé, en septembre, l’avion attendu se pose sur la glace. Avant de prendre le chemin de retour, le prospecteur demande au pilote de survoler lentement, et à basse altitude, le rivage du lac. Et, soudain, il pousse un cri d’allégresse : sur la paroi verticale, des taches roses, bleues, vertes et jaune-orange apparaissent nettement. Et La Bine, convaincu qu’il y a là du cobalt, de l’argent, peut-être même de l’or, prend la décision de revenir dans quelques mois, mais, cette fois, avec des compagnons.
- Six mois plus lard, Brintnell ramène au Cercle arctique Gilbert La Bine, accompagné de Charles Saint-Paul, le seul prospecteur de sa connaissance qui ait consenti à le suivre. Le mois d’avril tire à sa fin quand ils atterrissent. Il est convenu que Charles La Bine les rejoindra avant l’été, en empruntant une longue roule fluviale ; il apportera des vivres frais, de l’outillage, un petit canot à vapeur et amènera deux ou trois ouvriers mineurs.
- Les deux prospecteurs se mettent à la besogne : ils veulent inspecter minutieusement le rivage de l’immense lac. Des déboires les retardent : tempêtes de neige ou grands froids qui les retiennent dans leur tente pendant des journées. Après la longue nuit arctique, les premiers rayons de soleil infligent à Saint-Paul la « cécité de la neige » : les yeux enflammés, réduit à une complète inaction, il ne quittera plus son sac à coucher durant deux à trois semaines.
- Poursuivant scs investigations, La Bine découvre un affleurement d’argent natif « large comme une rue » ; le suivant dans le labyrinthe des falaises, il aboutit à un véritable lac de métal blanc. Sur le chemin de retour, à 1 km et demi de la tente où l’aveugle l’attend, il remarque un promontoire décoré de toutes les couleurs imaginables. Il reconnaît là le pan de roche qu’il avait survolé, lors de sa première expédition.
- Son marteau lui permet d’identifier de nombreux métaux : or, argent, cobalt, cuivre, bismuth. Et il aperçoit soudain une pierre noire, de la grosseur d’une prune; il la détache de la paroi et la soupèse : c’est de la pechblende ! et d’une pureté très supérieure à celle de tous les échantillons qu’il avait maniés à Toronto. Il s’assure que la veine qu’il a sous les yeux se prolonge jusqu’à un îlot qu’une vingtaine de mètres séparent de la rive ; et il découvre d’autres veines d’uranium sur la terre ferme.
- Il va se remettre en route, quand une voix humaine le fait sursauter : c’est un trappeur qui, le prenant de loin pour un ours, allait tirer sur lui. Le brave homme, nommé Roberts, l’accompagne au camp où il a la joie de retrouver son associé guéri. Saint-Paul avait eu la chance de recevoir la visite d’un inspecteur de la Compagnie de la Baie d’Hudson qui lui donnait d’efficaces remèdes contre la cécité de la neige.
- Charles La Bine arrivait bientôt avec son convoi et les deux mineurs qu’il avait pu recruter. Il fut convenu que Saint-Paul, secondé par ces hommes, par Roberts et par trois autres trappeurs, entreprendrait le creusement d’un tunnel qui, recoupant les veines de pechblende sous la falaise, démontrerait les possibilités quantitatives du gisement, tandis que les La Bine iraient monter l’affaire à Toronto.
- La mise en valent des gisements.
- Ils y furent accueillis par une réception triomphale, la presse leur assurant une formidable publicité. Mais il leur fallait un demi-million de dollars pour organiser l’entreprise et les capi-
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- talistes attendaient un rapport officiel pour se décider. Quand il parut enfin, ce fut une déception : l’expert du Département des Mines insinuait que les échantillons de pechblende avaient été « choisis à la main » et ne pouvaient pas représenter la teneur moyenne du gisement. Mais, au cours de l’été ig3:r, ce même technicien, chargé de l’inspecter, rapportait de sa mission les éléments d’un rapport enthousiaste qui déchaînait, tant au Canada qu’aux États-Unis, une « ruée vers le radium », L’avant-garde du rush s’abattit sur les rivages du Grand-Ours au début de mai iq32. Entre temps, le Gouvernement Fédéral avait érigé une station de T. S. F près de la mine ; et ce fut autour d’elle que les immigrants dressèrent leurs lentes, donnant à l’agglomération le nom de Radium-City.
- Tandis que Charles La Bine, fixé à Toronto, recevait les souscriptions qui affluaient maintenant, Gilbert encaissait sur place des sommes considérables, vendant au comptant l’argent natif que ses trois cents ouvriers extrayaient de ses gisements ou cédant à des syndicats, pour des centaines de milliers de dollars un epartie de ses vastes concessions argentifères. Simultanément il poussait l’exploitation des veines de Pechblende. Par voie fluviale et par voie ferrée, le précieux minerai avait à franchir une distance de plus de 5 ooo km pour atteindre l’usine de traitement située à Port-Hope, aux environs de Toronto. Sur ces entrefaites, un Français, M. Marcel Pochon, élève préféré
- des Curie, offrait son concours aux La Bine, qui s’empressèrent de l’accepter. Apportant de France son propre matériel, il agrandit et modernisa l’usine. Elle venait d’entrer en service quand les Belges, qui détenaient pratiquement le monopole du radium, grâce à la production du Ilaut-Katanga, voulurent tuer dans l’œuf un concurrent qu’ils sentaient redoutable : ils baissèrent de 70 000 dollars à 5o 000 le prix du gramme de la précieuse substance. Croyant asséner le coup de grâce, ils le descendirent bientôt à 25 000 dollars. Mais une amélioration dans l’extraction et le traitement du minerai, ainsi que dans le transport, permit aux La Bine de sortir vainqueurs du conflit.
- La production de radium de la raffinerie de Port-Hope, débutant avec 2 g en 1983, n’était encore que de 3,5 g en 1986. L’année suivante, elle s’élevait à 28; en 1989, elle battait de loin la production congolaise avec 108 g. S’avouant vaincue, la Compagnie Minière du Ilaut-Katanga mit fin à la lutte en signant un traité par lequel les rivaux s’engageaient à ne pas baisser le prix du grairitac de radium en dessous de 25 000 dollars.
- Le Canada était désormais le maître du marché mondial du radium — et de l’uranium.
- Victor Forbix.
- Canons en conserve
- La guerre est terminée. Les armées victorieuses disposent d’un immense matériel qui va se trouver fort heureusement sans emploi. Que va-t-on faire des innombrables armes à feu devenues disponibles P II est bien évident qu’aucune puissance, pour l’instant, n’est disposée à détruire son armement et à le mettre simplement à la ferraille. Il faudra donc le stocker, ce qui semble exiger à première vue la construction d’énormes magasins à un moment où dans tous les pays, la crise du logement réclame la mobilisation de toutes les ressources pour la création d’habitations.
- Aux États-Unis le problème se pose avec une particulière acuité : rien qu’en pièces d’artillerie il y a un surplus de 750 000 engins, La solution adoptée est fort originale : les canons seront mis en conserve dans des boîtes métalliques tout comme de simples légumes. Ils seront emballés, en effet, dans des caisses en acier ou en aluminium, remplies d’un gaz inerte, azote ou hélium et fermées hermétiquement par soudure. L’hélium est abondant aux États-Unis et l’on ne sait qu’en faire. L’azote est bon marché : il en faut 54 m3 pour protéger un canon de 90 mm et cela coûte environ 20 dollars. Dans cette atmosphère inerte, les canons sont soustraits à toute cause d’oxydation. Les caisses en acier seront recouvertes d’une peinture protectrice. Cette protection est inutile pour l’aluminium ; dans ce cas seuls les fonds de caisse exposés au contact avec un sol humide seront peints. Par contre, les récipients en aluminium qui seront stockés dans les pays à grands écarts de températures, régions tropicales ou arctiques, sont exposés à des fuites aux soudures, et par suite à des rentrées d’air humide. Il a été prévu dans ce cas des dispositifs accessoires qui dessèchent l’atmosphère de la caisse au moyen de silico-gel.
- Cet emballage a un autre avantage : les canons n’ont pas besoin d’être graissés et en cas de besoin ils sont immédiatement prêts à entrer en service.
- Les caisses, bien entendu, seront laissées en plein air. Les approvisionnements seront répartis selon des considérations stratégiques.
- On évalue à 500 000 t le poids de métal qui sera nécessaire pour réaliser ce gigantesque stockage.
- Notons aussi que ce mode d’emballage n’est pas une nouveauté : on a déjà eu recours, aux États-Unis, à un procédé analogue pour l’emballage maritime des moteurs d’avions. Le moteur est fixé dans une caisse cylindrique en tôles de chaudières, sur lequel on soude un couvercle également cylindrique en tôles de même épaisseur. Un vide partiel est fait dans ce récipient dont le volume est calculé de telle manière que malgré son poids il puisse flotter. En cas de naufrage il se comporte comme une bouée et peut être repêché. A terre, sa forme cyfindrique permet de le rouler à bras d’hommes.
- L’emballage en récipients métalliques clos et remplis d’un gaz inerte peut s’appliquer à tout autre objet que les armes à feu. Il convient tout particulièrement pour la conservation des objets en caoutchouc, et pour celle des instruments d’optique dont les lentilles sont exposées dans les pays tropicaux à l’attaque d’un champignon qui les ronge rapidement. Enfin même dans les ménages, il pourrait servir à mettre à l’abri des insectes, les lainages inutilisés.
- Boussole pour aveugles.
- Une boussole d’un genre nouveau, vient d’être créée en Amérique par M. P. Beauchamp pour les aveugles de guerre.
- L’usuelle aiguille aimantée est trop fragile pour le contact des doigts ; la nouvelle boussole utilise une bille en matière moulée dans laquelle se trouvent deux aimants séparés par un disque en aluminium.
- La bille suspendue à un fil en nylon, comporte un bouton formant saillie.
- Maintenu à la manière d’un pendule, l’appareil oriente toujours le bouton de la bille vers le nord. •L’aveugle peut ainsi retrouver son chemin et s’orienter au besoin.
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- LA “RELIEFOGRAPHIE"
- Nouveau procédé de photographie en relief
- La vision du relief, très développée chez certains animaux, n’est pas absolument spontanée chez l’homme. Un poussin à peine sorti de l’œuf, placé au milieu d’un jeu de quilles, chemine adroitement au milieu des obstacles, tandis qu’un nouveau-né tend scs mains pour saisir la fenêtre ! Ce n’est qu’au cours des premiers mois, que l’enfant acquiert le sens de la distance et du relief. Il y a là une véritable éducation de l’œil, qui est du reste parfois très imparfaite chez l’adulte, comme le montrent les tests d’épreuve optique chez les candidats aviateurs.
- Aussi, le problème de la représentation, sur la surface plane du papier ou d’une toile, des objets en relief et de la « profondeur » des paysages, a-t-il fait travailler de tout temps l’imagination des inventeurs. Euclide, trois cents ans avant notre ère, énonçait déjà cette définition : « Voir le relief, c’est recevoir au moyen de chaque œil l’impression simultanée de deux images dissemblables d’un même objet. »
- Celle conception, reprise par Léonard de Vinci, fut appliquée au xvme siècle, bien avant la découverte de la photographie, sous la vue de véritables vues stéréoscopiques à la gouache, ce qui indique bien la permanence de ce même souci du relief. Dès i84o, après les travaux de Wheatstone, Brevvster construisit son premier appareil stéréoscopique à deux oculaires, du type de ceux que nous employons aujourd’hui.
- Rollmann, Almeida, Ducos de Ilauron, imaginèrent de mélanger en une seule image les deux vues de l’objet, tracé en deux couleurs différentes et « complémentaires », telles que du rouge et du vert. Examinés à travers des lunettes bicolores, comportant un verre rouge pour un œil, vert pour l’autre, ces « ana-glyphcs » donnent une impression de relief saisissante et ont pu être adaptés par M. Louis Lumière au cinéma.
- La vision directe du relief, sans accessoire, placée au voisinage des yeux de l’observateur, a été réalisée par Berthicr en 1896 au moyen d’une « trame » sélectrice formée d’une grille
- à larges parois, placée au voisinage immédiat de l’image. Celle-ci est constituée par une couple d’images stéréoscopiques enchevêtrées en bandes successives, les barreaux de la trame masquant à chacun des yeux les zones correspondant aux élé-
- Fig. 2. — Déplacement de l’appareil autour du sujet.
- rnents de l’image qui doit être vue par l’autre œil. Dans ces conditions, le relief apparaît, mais il y a une forte perte de lumière; c’est pourquoi ces types d’images en relief, sont généralement présentés au fond d’un boîtier à fort éclairage intérieur.
- Rappelons également le procédé de photographie « intégrale » de Lippmann (1908), comportant un écran transparent formé d’un très grand nombre de petits éléments réfringents en forme de sphères, placés au voisinage de la surface sensible. M. Louis Lumière a créé récemment un procédé baptisé « photostéréo-synthèse » qui rappelle la disposition des décors de théâtre ;
- un certain nombre de positifs, correspondant chacun à une « tranche » du sujet (autrement dit à un champ de netteté très limité en profondeur) sont superposés dans la photographie transparente définitive procurant ainsi une véritable reconstitution spatiale du sujet.
- PRINCIPE DE LA RELIEFOGRAPHIE
- C’est à un principe optique tout différent que s’est adressé le jeune inventeur de la reliefogra-pliie, M. Maurice Bonnet. Les photographies sont constituées, comme dans le procédé Berthier, par une image composite devant laquelle est fixé un sélecteur; mais celui-ci est formé d’une matière transparente gaufrée sous forme d’éléments lenticulaires cylindriques parallèles. Disons tout de suite que cet emploi de la réfraction, substitué à la simple oblitération par un écran en forme de grille, assure une extrême luminosité et permet l’examen des photographies en lumière ordinaire. Les photographies ne dépassent guère l’épaisseur d’un simple « sous-verre » et peuvent être encadrées, suspendues au mur ou placées sur un meuble.
- Fig. 1. — L’appareil de prise de vues reliefographiques.
- On distingue en-dessous le dispositif parallélogrammatique de translation de la plaque. A côté de l’appareil, l’inventeur, M. Maurice Bonnet (phot. I.api).
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- DÉVELOPPEMENT ET TIRAGE
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- i,
- Plaque
- mobile
- \ V i
- r Ojeciif \ mobile
- Fig-. 3. — Trajets des rayons lumineux lors de la prise de vues.
- A gauche, une première position de l’appareil ; les rayons lumineux, émanés du sujet, traversent l’objectif O puis une gaufrure du sélecteur telle que L, formant lentille cylindrique, et viennent converger sur une ligne verticale Ir A droite, une des positions suivantes de l’appareil ; l’image se
- forme en I„.
- Le cliché obtenu est séparé de son sélecteur, développé, fixé, lavé, séché, à la manière ordinaire. Il présente un aspect hachuré et baveux, la largeur de chaque bande ou hachure (dont l’écartement est égal à celui des éléments lenticulaires du sélecteur) contenant la totalité des enregistrements effectués par chacun de ces éléments au cours du déplacement de l’appareil.
- On tire un nombre de copies positives quelconque par les moyens ordinaires, la seule précaution nécessaire étant d’utiliser un papier spécial inextensible qui ne change pas de dimensions au cours des manipulations dans les bains. Il suffit de placer sur la photographie positive terminée un sélecteur de même écartement élémentaire et d’ajuster très rapidement avec les doigts, pour obtenir la sensation du relief.
- Ceux qui connaissent les difficultés de la précision optique admireront sans réserves 1’ « interchangeabilité » totale que suppose la possibilité d’employer pour le tirage ou pour l’examen des sélecteurs différents. Une telle réalisation n’a été rendue possible que par l’emploi de machines de taille d’une précision prodigieuse — enlevant des copeaux de l’ordre du millième de millimètre ! :— pour la fabrication des matrices métalliques qui servent à préparer les sélecteurs; ceux-ci sont formés d’une couche d’acétate de cellulose (rhodoïd) collée sur une plaque de verre, l’impression du gaufrage se faisant par pression à une température de iSo5.
- POSSIBILITÉS PRATIQUES
- La prise de vue est effectuée à l’aide d’un appareil mobile (fig. 2) comportant un seul objectif très fortement diaphragmé (F 200). Pendant la prise de vue, qui dure environ deux secondes, l’appareil se déplace sur un arc de cercle ayant pour centre le sujet; la plaque, recouverte de son « sélecteur » transparent gaufré, se déplace parallèlement à elle-même grâce à un dispositif parallélogrammatique. Du fait de ce double mouvement, toutes les parties du sujet situé dans le plan qui coïncide avec l’arc vertical de rotation, paraissent dans le plan de l’image; toutes celles qui sont situées en arrière semblent se trouver au delà de ce plan et celles qui se trouvent en avant donnent l’impression de faire saillie hors du plan de la plaque : de là l’effet très curieux du nouveau procédé.
- PARCOURS DES RAYONS LUMINEUX
- L’angle a dont l’appareil tourne autour du sujet est strictement déterminé par la courbure des éléments lenticulaires cylindriques du sélecteur; il est égal à leur angle d’ouverture. Au cours du trajet de l’appareil, un mince pinceau lumineux, émanant du sujet, et qui vient se concentrer sur l’émulsion, va balayer exactement une bande verticale de surface sensible correspondant à chacun de ces éléments. Ainsi (fig. 3) le faisceau arrivant de l’objectif 0 et qui a traversé l’élément Lx du sélecteur, va balayer la surface sensible P depuis le point I* jusqu’au point I2. Au lieu d’enregistrer seulement deux images différentes, comme dans les procédés stéréoscopiques classiques ou dans le procédé Berthier, on obtient un très grand nombre d’images pratiquement égal au quotient de la largeur de la plaque par celle du diaphragme employé.
- Ce système très particulier de balayage se rapproche beaucoup d’une prise de vue cinématographique ou plutôt de l’action d’un obturateur à rideau, dont la fente se déplace devant la surface sensible : cette fente est ici remplacée par l’un des minces faisceaux en forme de lame qui pivote à travers chaque élément du sélecteur.
- La figure 4 montre le trajet des rayons lors de l’examen de la phologi’aphic définitive placée derrière son sélecteur. Il est permis de raisonner sur les « rayons visuels » qui coïncident avec les rayons lumineux utiles d’après le principe du « retour inverse ». Quand un observateur regarde l’image, le rayon visuel de son œil droit OD, tombe sur l’une des gaufrures lenticulaires Lj, sous un angle d’incidence qui correspond à l’une des positions de l’appareil lors de la prise de vue : cet œil voit donc la ligne verticale d’émulsion qui a été impressionnée sous cet angle, et il ne voit que cette ligne à travers cet élément.
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- Fig. 4. — Trajets des rayons visuels lors de l’examen d’une relief ographie.
- La vision s’effectue directement, sans oculaires, à travers un sélecteur plaqué sur le positif. A travers une gaufrure telle que LI, l’œil droit OD aperçoit la ligne d’image E,, tandis que l’œil gauche OG aperçoit la ligne d’image E„ correspondant à une autre position de l’appareil de prise
- de vues.
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- Une image complète de l’objet, vu sous cet angle, est donc reconstituée par l’ensemble de ces lignes Ex, E^, ... sur la surface. La condition de l’effet stéréoscopique est ainsi réalisée, chaque œil apercevant deux images du sujet vu sous deux angles différents.
- Contrairement à ce qui se produit avec le procédé à trame, on peut avoir une vision satisfaisante quelle que soit la position de l’observateur, pourvu que ses deux yeux se trouvent à l’intérieur d’un même angle correspondant à l’ouverture de chaque élément lenticulaire. Si l’observateur se déplace latéralement, il aura, au moment du changement de zone angulaire, l’impression singulière de voir le sujet s’animer pour se tourner de son côté : il se produit un simple phénomène de « rupture d’image » qui simule de façon inattendue les mouvements de la vie.
- :::: 315 r:-....:
- Tel est ce curieux procédé de photographie en relief, dont la réussite tient essentiellement à l’extraordinaire précision de l’exécution matérielle, et qui n’en est encore qu’à ses débuts. Si l’application au cinéma et à des images minces et déformables, comme celles des livres et revues, ne semble pouvoir être envisagée sans de profondes modifications techniques, la nouvelle méthode « reliefographie » paraît susceptible des plus heureux emplois dans le domaine de l’anatomie, de la pathologie, de la botanique, ainsi que dans l’enseignement de la technique et de la science générale.
- Pierre Devaux,
- Ancien élève de l’École Polytechnique.
- Les ressources minérales des Etats-Unis
- menacées d’épuisement
- Le Bureau of Mines et le Geological Survey des États-Unis ont procédé à une étude très poussée des ressources minérales du pays. Leurs conclusions, résumées dans un rapport de M. E. W. Pehrson, chef du Service Statistique du Bureau of Mines, ne sont pas optimistes. Il examine la situation des matières premières minérales les plus importantes pour l’industrie ; il y en a 32. Pour 12 seulement d’entre elles les États-Unis possèdent des réserves dépassant 35 années de consommation calculée sur la moyenne des années 1935-1939. Qu’est-ce qu’une période de 35 ans dans la vie d’un peuple ? « Un peu plus que l’intervalle usuel entre les guerres » dit froidement l’éminent fonctionnaire auteur du rapport.
- Yoici le tableau de ces réserves en années de consommation :
- Azote ........................................ indéfinies
- Magnésium ......................................... id.
- Sel marin.......................................... id.
- Charbon bitumineux et lignite.................. 4.300 ans
- Phosphates ...................................... 805 »
- Molybdène ....................................... 422 »
- Anthracite ...................................... 195 »
- Potasse ......................................... 117 »
- Minerai de fer................................... 111 »
- Soufre ........................................... 55 »
- Gaz naturel ...................................... 48 »
- Spath fluor *..................................... 40 »
- Cuivre ........................................... 34 »
- Zinc ............................................. 19 »
- Pétrole .......................................... 18 »
- Cadmium .......................................... 16 »
- Or ............................................... 14 »
- Plomb ............................................ 12 »
- Argent ........................................... 11 »
- Bauxite .... '..................................... 9 »
- Vanadium .......................................... 7 »
- Antimoinue ........................................ 4 »
- Tungstène ......................................... 4 »
- Platine ........................................... 4 »
- Mercure ........................................... 3 »
- Amiante ........................................... 3 »
- Manganèse ......................................... 2 »
- Chromite .......................................... 1 »
- Nickel ................................... moins d’un an
- Étain .................................... id.
- Diamants industriels ............................. 0 »
- Cristaux de quartz............................... .0 »
- Graphite ......................................... 0 »
- Ce tableau fort éloquent montre qu’un certain nombre de produits indispensables à l’industrie américaine doivent être dès
- maintenant demandés à l’importation : tel est le cas du manganèse, du nickel, étain, diamants, etc. Il n’y a là rien d’inquiétant pour l’avenir économique immédiat des États-Unis.
- Mais il n’en est pas de même pour la disette qui menace, à brève échéance, des produits essentiels comme le pétrole et le cuivre dont les États-Unis étaient jusqu’ici largement exportateurs et qui jouent un rôle capital dans la structure industrielle du pays.
- La situation du minerai de fer, elle aussi, soulève des inquiétudes. Les États-Unis possèdent dans la région du Lac Supérieur de magnifiques gisements d’un minerai à haute teneur en fer. Ces gisements ont été d’autant plus exploités que le minerai y est extrait à ciel ouvert. Dans les années de guerre leur exploitation a été poussée à outrance. Mais les réserves y sont tombées à 17 ans de consommation. Il faudra donc d’ici peu ou bien envisager l’utilisation de minerais moins riches, ce qui entraîne toute une transformation de l’outillage sidérurgique ou bien recourir aux importations de minerais riches.
- Ajoutons qu’il ne faut pas prendre trop au tragique les prévisions des géologues : elles sont établies sur la base des gisements connus. Mais l’exploration du sous-sol d’une contrée aussi vaste que les États-Unis est loin d’être terminée et peut réserver bien des surprises. Dès avant la première guerre mondiale les experts prophétisaient un prochain épuisement du pétrole américain. Les prospections entreprises ont fait découvrir des champs pétrolifères nouveaux et d’une grande richesse et la production du précieux liquide n’a cessé d’augmenter. Toutefois la perspective de l’épuisement des ressources actuellement connues réagira inévitablement sur la politique américaine.
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- NOUVEAUX MOYENS DE LUTTE CONTRE L’INCENDIE
- La guerre, source de tant de maux, est aussi une cause de beaucoup de progrès scientifiques et techniques.
- Les bombardements, de plus en plus violents, des villes, des usines, des camps d’aviation, des navires porte-aAÛons, l’emploi
- Fig. 1. — Divers modèles d’extincteurs à acide carbonique et mousse.
- Fig. 2. — Essai d’un camion extincteur sur un terrain d’aviation.
- systématique des engins incendiaires : lance-flammes, bombes à la thermite et au phosphore, ont ajouté à la terreur des explosions celle du feu. Et il a bien fallu perfectionner aussi les moyens de défense et de lutte. L’arsenal des sapeurs-pompiers s’en est trouvé transformé. A l’antique pompe à eau, motorisée partout depuis la précédente guerre, d’autres appareils se sont ajoutés. D’abord, on a cherché, pour économiser l’eau, devenue rare quand les canalisations sont éventrées, à pulvériser celle-ci et à l’employer en pluie et en brouillard, puis contre les feux « gras », ceux d’essence et de mazout, si difficiles à éteindre par l’eau, on a développé l’emploi des extincteurs à gaz carbonique et à mousse.
- L’énorme quantité de combustible rassemblée dans les réservoirs terrestres de stockage et de distribution, dans les soutes des porte-avions et même dans les ailes des gros avions de bombardement forme des foyers d’incendie si intenses que l’eau ne suffit plus pour les approcher, les combattre, les éteindre.
- Déjà, avant cette guerre, on s’était préoccupé des risques spéciaux des navires pétroliers, des parcs de stockage d'hydrocarbures, des usines de raffinage des combustibles liquides. De nombreuses expériences avaient été poursuivies par l’Office National des Recherches et Inventions et son comité technique du feu, par le régiment des Sapeurs-pompiers de Paris, par l’Office national des Combustibles liquides. Une doctrine s’était fixée peu à peu qui reconnaissait une efficacité particulière au gaz carbonique liquide détendu et aux mousses.
- L’anhydride carbonique a une double action : incombustible, il se substitue à l’oxygène de l’air et empêche la combustion de se propager; réfrigérant quand il se détend sous forme de neige, il abaisse considérablement la température du foyer et arrête ainsi les distillations et les vaporisations de gaz inflammables. Son effet refroidissant est tel qu’un sauveteur conscient de la sécurité qu’il en obtient, peut avancer en plein brasier sous la projection d’un jet de neige carbonique et se tracer
- Fig. 3. — Un « départ » de sapeurs-pompiers avec les nouveaux camions extincteurs.
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- une route libre de flammes et même relativement fraîche entre deux haies de feu.
- Son action est instantanée sur les feux d’hydrocarbures purs. Sur les matières combustibles sèches, qui peuvent continuer à rougeoyer après extinction, et que le courant d’air peut réenflammer, il est intéressant et souvent indispensable de « fixer » l’action du CO2.
- L’adjuvant à choisir est la mousse.
- Les mousses obtenues au moyen de l’air ou du gaz carbonique barbotant dans des solutions aqueuses de substances à forte tension superficielle ont une action plus durable; elles recouvrent les surfaces en ignition d’une couche d’alvéoles, de bulles où l’air ne se renouvelle plus; elles enrobent le foyer et l’isolent de l'air comburant; leur effet persiste quand elles sont stables. On a beaucoup étudié la composition et la persistance de celles-ci.
- Les extincteurs à mousse, ou mieux à mousse et à neige carbonique avaient été mis au point avant la guerre pour l’extinction automatique des grands réservoirs de pétrole et d’essence; le régiment des sapeurs-pompiers de Pai’is en avait équipé quelques voitures automobiles de secours.
- Il a fallu multiplier ces appareils et les diversifier.
- Les photographies ci-jointes que nous communiquent les éta-
- .. ——z ...........................317 .t.:::..
- blissemenls Phillips et Pain, spécialistes de la lutte contre l’incendie, montrent divers modèles qu’ils ont réalisés pour des services alliés.
- Sur la figure i, on voit rassemblés, au centre un petit appareil comportant deux cylindres de gaz carbonique liquéfié et un réservoir à mousse; il suffit pour un feu d’essence moyen et ne nécessite pas d’apprentissage spécial. Sur les côtés, on voit deux remorques pouvant être accrochées à n’importe quelle automobile qui suffisent chacune pour un feu de 20 m2. En arrière, on voit une automobile a six roues qui constitue un engin puissant comportant G à 12 bouteilles de gaz carbonique comprimé qui alimentent un diffuseur géant fixe et deux diffuseurs portatifs plus petits, et un extincteur à mousse de 5oo à Goo 1 capable de donner 5 à G m3 de mousse chimique ou une tonne d’eau d’un mètre cube mise en action par le gaz carbonique ou une pompe qui peut produire plus de 26 m3 de mousse physique.
- La figure 2 montre un exercice d’essai sur un terrain d’aviation.
- Enfin la figure 3 donne une idée de ce qu’est devenu l’aspect d’un « départ » de sapeurs-pompiers disposant de cinq automobiles, suffisantes pour maîtriser n’importe quel feu « gras ».
- LES SONDEURS D’ATOME"’
- De Dalton à Louis de xi
- La physique atomique, avant-garde de la science
- Représentez-vous une miniature de système planétaire, dont le Soleil serait une pomme,- et les planètes, quelques têtes d’épingle disséminées dans un rayon de mille mètres; puis, •diminuez l’échelle de façon que l’ensemble ne mesure plus que 1/10 000 000 de millimètre de diamètre : voilà, dans le plan, une image approximative cl’un atome. A la même échelle, le noyau n’est pas plus gros que la mille-milliardième partie •d’une tête d’épingle. C’est de ce sous-microcosme que les savants s’apprêtaient à étudier l’architecture.
- Ainsi que paraissait l’indiquer l’émission d’électrons par les •corps radioactifs, on l’avait d’abord supposé construit avec des protons et des électrons, mais, api’ès la découverte du neutron, Heisenberg suggéra qu’il devait plutôt être fait de protons et •de neutrons, ces derniers pouvant se convertir en protons avec •émission d’électrons, pour expliquer le rayonnement p. Ainsi, chaque zone de l’atome se voyait attribuer un rôle déterminé. Celle des électrons les plus superficiels était responsable de l’émission de chaleur ou de lumière; la zone plus profonde, •de l’émission de rayons X, et le noyau lui-même conférant à l’ensemble son individualité propre. Il est vrai que l’on n’avait pas attendu Heisenberg pour se dire : — C’est au nombre des protons de son noyau que chaque atome doit d’être ce qu’il •est. C’est parce qu’il possède 7 protons que l’azote est de l’azote. Si nous pouvions changer ce nombre de protons, nous pourrions transmuer l’azote en un autre élément....
- On, en l’occurrence, ce fut Rutherford, et c’est ce raison-
- n
- 1. Voir La Nature à partir du 15 mar3 1945.
- Broglîe et Joliot-Curie
- nement qui lui inspira l’idée^de sa troisième expérience capitale. Elle consista à bombarder de l’azote avec les corpuscules a projetés par une substance radioactive. Parmi ces myriades de micro-projectiles, il s’en trouvait qui, en traversant les atomes d’azote, rencontraient les noyaux; ceux-ci, brutalement frappés, éclataient et se transformaient en noyaux à 8 protons, c’est-à-dire en noyaux d’oxygène. C’est en 1919 que fut accomplie cette première transmutation artificielle.
- *
- * #
- La technique ne larda pas à s’améliorer. Comme le problème consistait à lancer le plus de projectiles possible avec le plus de puissance possible, on s’avisa d’augmenter leur efficacité en les accélérant par de hauts voltages. On édifia des générateurs à impulsions, sortes d’empilement de condensateurs dont la décharge instantanée donnait un coup de foudre de 2 ou 3 millions de volts; on éleva des générateurs électrostatiques, dans lesquels deux sphères électrisées, l’une positivement, l’autre négativement, créaient des différences de potentiel atteignant 6 millions de volts; on inventa enfin l’ingénieux cyclotron, véritable fronde atomique, dont l’exemplaire le plus récent, construit aux États-Unis, pèse 5 000 tonnes et, à cause des dangers que sa manipulation présente doit être enfoui dans la montagne et commandé à distance. Tous ces engins en accroissant le rendement des désintégrations, élargissaient considérablement la connaissance des noyaux, mais leur importance doubla lorsque Frédéric Joliot (né en 1900) et son épouse Irène Joliot-Curie (née en 1897) eurent découvert, en 1934, la radioactivité artificielle.
- Celle-ci représente le cas typique de beaucoup de découvertes modernes. Qu’au cours d’une expérience de désintégration par les particules a, les deux chercheurs aient observé que la lame d’aluminium bombardée continuait à émettre des radia-
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- lions même après la fin de l’irradiation, dénotant ainsi une radioactivité artificiellement provoquée, c’était là, pour un profane qui eût été présent, un phénomène de pur hasard, et trop minuscule pour être intéressant. L’erreur de ce profane eût été double. D’abord, pour un investigateur minutieux, il n’y a pas de hasard en science expérimentale. Si Henri Becquerel, voulant étudier la fluorescence de corps minéraux, s’attaqua d’emblée à l’uranium; si Anderson, inspectant des photographies de rayons cosmiques, y repéra des trajectoires qui devaient le conduire à la découverte du positon ; si Louis Leprince-Ringuet eut la chance de trouver, sur un cliché, un choc entre un méson et un électron Q), ce n’est point le hasard qu’il fallait voir là, mais l’aboutissement logique, sinon néces-saii’e, d’une série longue, patiente, méticuleuse, d’expériences et de méditations, servies à la fois par un savoir profond et ordonné et par un outillage expérimental sans défaillance. Quant à l’intérêt d’une découverte comme celle de la radioactivité artificielle, si nous le discernons déjà en ce qui concerne la science des noyaux, l’aArenir en montrera sans doute l’importance primordiale en ce qui concerne la médecine : le cyclotron ne permet-il pas déjà de préparer des quantités de substances radioactives artificielles suffisantes pour l’emploi en curiethérapie ?
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- Ainsi, Rutherford observe un jour sur un écran quelques points lumineux d’où il déduit que des noyaux d’azote se sont changés en noyaux d’oxygène; quinze ans plus tard, Frédéric et Irène Joliot remarquent qu’une lame d’aluminium émet anormalement des positons : phénomènes combien dérisoires, observations combien imperceptibles au sein d’un monde que brassent des guerres gigantesques, que défoncent des machines géantes, que travaille le douloureux enfantement d’une civilisation nouvelle ! Mais ces phénomènes notés par quelques savants de génie, ces amusettes dont sourit avec condescendance l’homme de la rue, voici que leur importance est sur le point de dépasser celle des inventions les plus colossales, la machine à vapeur, le moteur électrique, l’avion....
- Voyez, en effet, le physicien italien Fermi (né en 1901) passer son temps, vers 1938, à cette autre amusette : bombarder de l’uranium, non plus avec des corpuscules a, mais avec des neutrons. Étant électriquement neutres, ceux-ci présentent l’avantage de n’être point arrêtés par la barrière d’électricité positive qu’opposent les noyaux. Est-ce une transmutation ordinaire que va subir l’uranium ? Les Français Irène Joliot-Curie et Savitch, les Allemands Haiin et Strassmann s’activent fièvreusement dans leurs laboratoires. Puis, Frédéric Joliot et Jean Tiiibaud (né en 1901), Lise Meitner (née en 1878) et.
- 1. Voir La Nature du 1" mars 1945.
- Frisch constatent que, sous le choc des neutrons, le noyau d’uranium s’est brisé en morceaux. Et Joliot, confirmant ainsi qu’il est le premier physicien expérimentateur du monde, obsei've que chaque rupture d’un noyau d’uranium donne lieu à une éjection de neutrons, lesquels s’en vont briser d’autres noyaux et, de proche en proche, provoquer l’explosion de toute la masse. C’est, à une échelle encore minuscule, la solution du problème de la libération de l’énergie atomique, cette énergie qui, dépassant tout ce que nous pouvons imaginer, constitue certainement la clé de voûte de la civilisation de demain. C’est déjà, en tous cas, la possibilité de la'réalisation de la bombe atomique qui, le C août 1945, allait amener la capitulation du Japon. Et c’est encore la révélation de l’existence de deux éléments nouveaux, ainsi créés artificiellement par l’homme, le neptunium, n° 93 de la table de Mendclcief et le plutonium, n° 94, tous deux inconnus dans la nature.
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- * *
- Celte série d’articles sur l’histoire de l’Atome, il ne nous déplaît pas de la clore sur cette vision grandiose. Les grossières expériences de Wenzel/Ics timides intuitions de Dalton, aboutissent à cette révolution, la plus grande que l’humanité aura connue depuis la conquête du Feu. Est-il besoin d’en dire davantage pour souligner l’importance démesurée qu’a prise aujourd’hui la microphysique P Même si elle ne se résolvait qu’en bouleversements de cette nature, et par des applications pratiques comme l’analyse électronique, le microscope et le télescope à électrons et la curiethérapie par radioéléments artificiels, ne serait-il pas légitime de la placer à l’extrême pointe de la science en marche ? Mais son action ne se borne point là. Par l’accès qu’elle ouvre sur les territoires de l'infiniment petit, elle nous oblige à changer les cadres d’espace et de temps dans lesquels nous enfermions traditionnellement le monde; elle nous force à représenter ses phénomènes au moyen d’un symbolisme mathématique qui nous procure, de l’univers, une peinture d’une nouveauté et d’une hardiesse sans exemple; par les entorses qu’elle inflige à notre logique, elle nous contraint à dilater les bases de notre raison et à recourir à des méthodes qui sont la négation pure et simple de Descartes et de Kant; enfin il n’est pas exclu qu’elle trouve un jour son chantre inspiré, qui, renouvelant les exercices fastidieux, séculaires et inactuels des poètes, se montre capable de conduire la littérature dans ces contrées encore vierges, offrant du même coup à l’esprit de l’humaniste, au lieu des terres mille fois labourées, des continents incomparablement plus vastes et plus fertiles, dans lesquels pourra enfin s’accomplir, peut-être, la dernière étape de la libération de l’humanité par la Science.
- Pierre Rousseau.
- Pneumatiques
- Les États-Unis, on le sait, ont le monopole de la production de l’hélium qui accompagne les gaz hydrocarbures dans les dégagements de certains forages. L’hélium est, après l’hydrogène, le plus léger de tous les gaz. Sa densité par rapport à l’air est de 0,14.
- L’hélium, gaz ininflammable, servait autrefois à gonfler les dirigeables des États-Unis. Ce mode de transport est aujourd’hui périmé. Pendant la guerre, l’hélium a sans doute encore servi à gonfler les innombrables ballons captifs employés par les Alliés pour la protection des navires ou des villes contre les avions.
- Un fabricant américain de pneumatiques, la Goodyear Tire & Rubber C° vient de trouver à ce gaz autrefois rare un emploi du temps de paix : elle l’utilisera pour gonfler les pneumatiques
- à l'hélium
- des trains d’atterrissage des gros avions bombardiers ou de transport. Pour gonfler un de ces gros pneus de 273 cm il faut 46 kg d’air et seulement 6,0 kg d’hélium, ce qui représente une économie fort appréciable de 79 kg par avion.
- Les chambres à air des pneus gonflés à l’hélium ne doivent pas être en caoutchouc naturel ; celui-ci laisse diffuser l’hélium beaucoup plus- vite que l’air. Par contre le caoutchouc artificiel dit caoutchouc butylique est quatre fois moins perméable à l’hélium que le caoutchouc naturel et convient pour la confection des chambres à hélium ; la diffusion de l’hélium à travers le caoutchouc au butyle n’est que de 0,67 par rapport à celle de l’air à travers le caoutchouc naturel.
- gonflés
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- Un nouveau calculateur prodige
- Après les Mondeux, Mangiamelle et Inaudi le plus célèbre de tous, un nouveau calculateur vient de se révéler. Pour dire vrai cette révélation date déjà de quelques années ; mais victime, comme tant d’autres, de la tourmente déchaînée sur l’Europe c’est après plusieurs années de captivité que Maurice Dagbert reprend contact avec le public.
- Doué d’une mémoire prodigieuse des chiffres associée à des dons particuliers pour le calcul mental ce jeune prodige a devant lui une longue carrière car il n’est âgé que de 32 ans.
- Il a été présenté il y a quelques mois à l’Académie des Sciences et a donné, outre des représentations publiques sur des scènes parisiennes, trois séances au Palais de la Découverte particulièrement suivies par le monde savant.
- Les exercices qu’il présente sont variés et bien mis en valeur par son manager, l’intérêt ne faiblit à aucun moment malgré les cascades de chiffres qui se déversent presque sans arrêt sur l’assistance.
- Pendant toute la durée de la séance M. Dagbert se tient debout face au public, tournant complètement le dos au tableau, il ne voit donc aucun chiffre et seule sa mémoire est en jeu.
- Tout d’abord une personne est invitée à donner son âge, puis cinq nombres de 2 chiffres sont proposés par le public ; après quelques instants, nécessaires à l’écriture des nombres par le manager, le calculateur donne la puissance troisième du premier nombre, la puissance quatrième du second nombre et la puissance cinquième du troisième, il s’arrête pour indiquer au spectateur qu’il a vécu tant d’heures, de minutes et de secondes et prouve par un calcul au tableau qu’il a tenu compte des années bissextiles. Il enchaîne en donnant les puissances sixième et septième des derniers nombres, ces deux résultats ayant respectivement 11 et 13 chiffres.
- Au fur et à mesure, et pour tous les exercices qui vont suivre le manager inscrit données et résultats au tableau.
- Des opérations plus difficiles sont proposées : élévation au cube de plusieurs nombres de 3 chiffres, résultats de l’ordre de 8 ou 9 chiffres ; puis extraction de racines qui constituent un des « clous » de ce numéro.
- On donne simultanément un nombre de 15 chiffres et un de 19 chiffres, le premier puissance troisième exacte d’un nombre de 5 chiffres et le second cinquième puissance d’un nombre de 4 chiffres ; pour corser le public fournit des dates du calendrier julien ou grégorien. En deux secondes l’artiste précise le jour de la semaine qui leur correspond puis s’interrompt pour annoncer la racine cubique du premier nombre et partiellement la racine cinquième du second : « elle commence par 56 et se termine par un 7 ». Il répond encore à quelques demandes de dates et finalement donne le nombre correct 5 627, souligné, il va sans dire, par des murmures d’admiration et des bravos.
- Suivent des multiplications de nombres de 3 chiffres, alternées avec plusieurs extractions de racines cubiques de trois chiffres à la racine et l’extraction de la racine cubique d’un nombre quelconque de 5 chiffres, le résultat étant donné avec une décimale exacte, innovation, à notre connaissance, dans ce genre d’exercice.
- Tous ces calculs sont coupés par des réponses sur le calendrier : dates de la fête de Pâques, de la Pentecôte, de l’Ascension et phases de la lune.
- Il termine par une addition de cinq nombres de six chiffres qui témoigne des facultés de mémoire de l'opérateur. Un tableau de 15 cases (fig. 1), est tracé par le manager et le public annonce au hasard les coordonnées de chaque case avec un nombre de deux chiffres : B4, 87 ; C2, 53 ; A4, 36... Quand le tableau est complet le calculateur fait l’addition, commençant par la colonne C absolument comme s’il avait la craie à la main : 7 et 3, 10 et 5, 15 ... 28, je pose 8 et je retiens 2... il continue ainsi, lisant finalement le total comportant 7 chiffres. Les spectateurs ont absolument l’impression que le calculateur a le tableau noir devant lui tellement l’opération se poursuit avec naturel et sans effort apparent. Enfin il clôt ces exercices en lisant tous les nombres écrits depuis le début, soit plus d’une centaine de chiffres !
- Ce nouveau' prodige est-il plus rapide qu'Inaudi P II est dif-
- ficile de se prononcer, la vitesse d’exécution étant variable pour chaque calculateur suivant le type d’opérations et les nombres
- ABC
- 53
- 36 87
- Fig. 1.
- proposés. Voici quelques résultats enregistrés lors de la présentation à l’Académie des Sciences :
- V: . . = 243 ..
- V7 . . = 125
- 8273 = .... ...
- V7. . . = 78 517
- V7 . . = 2 189
- 14 secondes
- 15 —
- 55 —
- 2 min. 15 sec. 2 min. 3 séc.
- Inaudi était un peu plus rapide pour les multiplications et pour le jour de la semaine ; mais les temps peuvent différer notablement d’un jour à l’autre suivant l’état de fatigue du sujet.
- Pendant sa captivité, M. Dagbert a pu continuer son entraînement et a mis au point de nouveaux exercices entre autres l’expérience du tableau de 15 cases qu’il présente parfois avec 20 cases ; il se perfectionne chaque jour et se propose même d’apprendre par cœur les 707 décimales du nombre tu !
- Nous lui souhaitons de remporter des succès aussi brillants que son prédécesseur Inaudi, aujourd’hui retiré dans la banlieue parisienne.
- II. Barolet.
- Un liquide ennemi de l'eau protège les moteurs des véhicules amphibies.
- Les automobilistes se sont souvent demandé comment, au cours des opérations amphibies, les voitures américaines pouvaient passer avec de l’eau jusqu’au radiateur.
- La réponse est que leur système d’allumage avait été, au préalable, prémuni contre l’eau par un liquide aux propriétés extraordinaires et dont la formule était tenue secrète. Ce liquide jaunâtre, qui a une odeur d’huile de lin, est l’adversaire de l’eau : jeté sur une goutte d’eau à la surface d’une feuille métallique, il encercle la goutte d’eau puis se glisse sous elle et la chasse. Il sèche en quelques heures, formant un dépôt qui lui-même repousse l’eau. Il pénètre par les plus petites fissures et traverse même le caoutchouc.
- Jusqu’à la guerre, ce produit en était resté au stade expérimental. Il a été alors fabriqué en grand aux États-Unis pour prémunir tout le matériel amphibie.
- Des démonstrateurs ont montré dans un aquarium un moteur électrique de MO V qui a été traité par ce liquide et y fonctionne depuis trois ans. Environ 800 véhicules par jour peuvent être immunisés au vaporisateur.
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- LE CIEL EN NOVEMBRE 1945
- SOLEIL : du 1er au 30, sa déclinaison passe de — 14°24' à — 21°38', la durée du jour à Paris s’abaisse de 9*51“ à S*33“. — LUNE. Phases : N.-L. le 4 à 23*1-1“ ; P, Q. le 12 à 23*34“ ; P. L. le 19 à. 15*13“ ; D. Q. le 26 à 13*28m ; apogée le 4, périgée le 19. Occultations le 15, 24 B. Baleine (6“,0). Imm. 19*32“ ; le 21, de 3 Gémeaux (5“,8). Em. 22*8“, et de 6 Gémeaux (6m,3). Em. 23*17“ ; le 24 de Mars lin. 2h33m, Em. '3*40m ; le 28, de v Vierge (4m,2) Em. 1*49“. Principales conjonctions : le 2 avec Jupiter 12h h 4°11' N. et avec Vénus 20* à 3°36/ N. ; le 6 avec Mercure 17* à 4°49' N. ; le 23 avec Saturne 13* à 2°20' N. ; le 30 avec Jupiter h* à 4°16' N. — PLANÈTES : Mercure plus grande élongation du soir le 17 à.2l°25 E. du Soleil, diam. app. 7”. Vénus visible avant le lever du Soleil, diam. app. diminuant de 10"9 à 10"4. Mars, dans le Cancer, visible toute la 'nuit, diam. app. augmentant de 9"8 à 12". Jupiter, dans la Vierge, visible au lever du jour, diam. app. augmentant de 29" à 30",2. Saturne, dans les Gémeaux, visible toute la nuit, diam. app. augmentant : globe,
- de 17" à 17",4, anneau : (le lo) gr. axe 43",9, petit axe 16",6. Uranus, dans le Taureau, visible toute la nuit, diam. app. 3";S. Neptune, dans la Vierge, visible avant le lever du jour, diam. app. 2",4. — Conjonctions : Vénus avec 0 Vierge, le 2, 7*, à 0°10' S. — ÉTOILES FILANTES : du 13 au 18, Léoni-des, radiant vers ? Lion ; du 17 au 23, Andromédides, radiant vers T Andromède. — ETOILES VARIABLES : Min. VAlgol le 4, o*7“ ; le 7, 1*36“ ; le 9, 22*45“ ; le 12 19*33“ ; le 15, 16*23“ ; le 24, 6*50“ ; le 27, 3*39“ ; le 30, 0*29“. — ETOILE POLAIRE : Passage supérieur au1 méridien de Paris, le 7 à 22*30“,45? ; le 17 à 21*51“,22* ; le 27 à 21*11“ 58s.
- (Les heures étant données en temps universel, tenir compte des modifications introduites par l’heure en usage à l’époque de l’observation).
- Lucien Piceaux.
- INFORMATIONS
- Cours techniques de Documentation.
- Pour la première lois en France, en jan-vien 1945, un enseignement technique de la documentalion a été créé pour enseigner méthodiquement son organisation et son utilisation rationnelles.
- Ces cours s’adressent aux jeunes qui désirent se préparer à la profession de documentaliste, aux collaborateurs des organismes de documentation officiels ou privés et, d’une façon générale, à tous les gens d’affaires, puisque la documentation est à la base do toute activité efficiente.
- Dès la première année, de nombreuses administrations ont inscrit ô, ces cours leurs collaborateurs. Une session d’examens a clos l’année. 33 candidats ont obtenu le Certificat de Documentation générale.
- Les cours recommenceront le 5 novembre 1945. Tous renseignements sur le programme et les conditions d’inscription seront donnés, sans frais et sans engagement, au Secrétariat de l’Union Française des Organismes de Documentation, 28, rue Saint-Dominique, Paris (7e) (Tél. : Inv. 10-73).
- École d’Organisation Scientifique du Travail
- 57, rue de Babylone, Paris (7e) (Inv. 36-78).
- Enseignement oral ou par correspondance : organisation industrielle (ateliers et chantiers), organisation commerciale,, organisation administrative (Bureaux et Administrations), organisation des Services du personnel. Cours commençant en novembre : sanctionnés par un certificat. Envoi gratuit du programme.
- ERRATUM
- Les hêtres tortillards. ’
- Nous avons publié, dans La Nature du lo septembre 1943, un article de notre collaborateur Ch. Broyer sur les « hêtres tortillards ou faux de Saint-Basle ». Précisons que les arbres dont il est question se trouvent aux environs de YERZY (Marne) et non de YIERZY ainsi qu’il a été écrit par erreur.
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- Cet atlas inaugure une nouvelle série d’ouvrages à l’intention des amateurs d’insectes. Cette collection, sans nul doute, sera accueillie avec une grande faveur par les naturalistes. Elle leur rendra les plus grands services. La présentation fort réussie du premier volume est d’excellent augure pour les volumes suivants.
- Sur les 122 pages du texte, la moitié est consacrée à : chasse, élevage, préparation, biologie et morphologie des lépidoptères, l’autre moitié à la description des espèces.
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- ABONNEMENTS
- France et Colonies: un an : 300 francs; six mois t 150 francs Etranger : un an : 350 francs ; six mois : 175 francs
- Prix du numéro: 15 francs
- Règlement par chèque bancaire ou chèques postaux (compte n° 5gg Paris)
- Les abonnements partent du I" de chaque mois sans effet rétroactif.
- Pour tout changement d'adresse, joindre la bande et cinq francs.
- MASSON et C1*, Editeurs,
- 120, BOULEVARD'S’-GERMAIN, PARIS VI*
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
- Le gérant : G. Masson. — masson et cle éditeurs, paris. — dépôt légal : 4e trimestre 1945, n° i44-barnéoud frères et cie imprimeurs (3io566), laval, n° 324. — 10-1945.
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- SOMMAIRE
- L’énergie du vent dans l’Aude, par P. BASIAUX-
- DEFRANCE......................................... 321
- Les nuages de criquets migrateurs en Gironde,
- par Jacques CARAYON ............................. 324
- Les effets de la bombe atomique . ... 326
- Comment on réalise la télévision en couleurs,
- par P. HEMARDINQUER.............................. 328
- Quinquina, quinine et «r kina-bureau » ,
- par G. MURAZ..................................... 331
- Le béryllium, ou glucinium, par L. PERRUCHE . . . 333
- Les progrès du moteur d’avion aux Etats'Unis,
- par L. KEULEYAN.................................. 335
- Les Livres nouveaux- Informations.................. 336
- Fig. 1. — Un coin de la cité de Carcassonne.
- N° 3099 Ier Novembre 1945
- Le Numéro 15 francs
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- Nous allons vers une disette d’énergie car, dans l’époque qui vient, la demande dépassera bientôt l’offre et il faudra se tourner de plus en plus vers les forces naturelles pour éviter le gaspillage du charbon qui a mieux à faire qu’à perdre ses calories et ses sous-produits précieux dans une simple chaudière.
- Les chutes d’eau n’ont pas encore donné leur mesure en France mais déjà l’on prévoit le jour où leur aménagement sera arrivé à sa limite tandis que les regards se tournent vers la coûteuse utilisation des marées.
- Il y a cependant des sources d’énergie plus économiques et mieux réparties sur la surface du pays, dont l’équipement ferait de ce fait réaliser de sérieuses économies de réseaux. Il s’agit d’utiliser l’énergie du vent.
- Caractères de l’énergie du vent.
- Les objections à ce sujet sont présentées surtout par les non-initiés. Ceux qui parlent de jours sans vent s’imaginent peut-être que le débit de nos rivières est régulier et ignorent le plus souvent que les variations de puissance de nos centrales hydrauliques non régularisées peuvent, dans certains cas, aller de i à i ooo et même davantage.
- Dans beaucoup de régions, au contraire, la force du vent est plus régulière au cours de l’année que les forces hydrauliques et les équipements éoliens, au point de vue construction en série, entretien et usure, sont de loin les plus économiques de tous.
- S’il est des années sans eau, .il n’est pas d’années sans vent, comme le fait si justement remarquer M. P. Leblanc qui ajoute : « Si l’on alimentait un réseau avec un grand nombre d’éoliennes, réparties sur un vaste territoire, les irrégularités de puissance totale fournie s’estomperaient, c’est-à-dire que les changements, au lieu de se produire à quelques minutes d’intervalle comme cela s’observe sur un appareil isolé, s’étaleraient, suivant une loi de grands nombres et l’on n’aurait plus à compter qu’avec les variations du régime régional, qui se produiraient à de beaucoup plus grands intervalles ».
- De son côté, M. Darrieus, ingénieur éminent, a étudié des
- moulins à vent, capables d’utiliser les vitesse faibles ou moyennes du vent, c’est-à-dire les vitesses les plus fréquentes et qui sont, dans nombre de régions, d’une grande régularité (voir La Nature, i5 décembre 1929).
- Notre grand ingénieur Freyssinet estime que le vent peut fournir en France trente fois l’énergie de toutes nos ressources hydrauliques.
- Jusqu’à ces dernières années, on n’avait réalisé que des unités éoliennes de faible puissance mais la construction entre de plus en plus dans une voie audacieuse.
- En 1933, les Russes ont construit à Balaklava, en Crimée, la première centrale électrique industrielle en triphasé, avec génératrice asynchrone, utilisant la force du vent et marchant en parallèle avec une centrale thermique. Ce groupe, dont la
- puissance moyenne atteint 120 ch, est monté sur un pylône de 25 m de hauteur. Les résultats ont été fort encourageants et u n projet est à l’étude, toujours en Crimée, pour l’équipement d’une centrale aéro-électrique de 10 000 K. V. A.
- Sans viser si haut, les Américains viennent de réaliser un poste éolien d e 1 000 K. V. A. à Grandpas’Knob dans l’État de Vermont (*).
- D’après M. Mon-ney, si l’on envisage 1 a fourniture des 9 milliards de kilowatts-heure thermiques en France à l’aide de grandes éoliennes, on constate que des millions de tonnes de charbon actuellement c 0 n -sommé, peuvent être économisés par l’installation d’environ 1 5oo roues de 25 à 3o m de rayon sur pylônes de 3o à 35 m de hauteur et développant chacune 5oo kW moyens.
- Le Danemark, où les vents sont favorables, s’est lancé depuis longtemps dans la voie de l’utilisation pratique des aéromoteurs et réalisait déjà en ig38 une économie atteignant 60 pour 100 sur l’emploi des combustibles,
- La régularisation journalière et même saisonnière peut se faire au moyen de stations de pompage, celles-ci devenant de plus en plus nécessaires pour passer les pointes, soulager les réseaux et augmenter sensiblement le rendement des centrales hydrauliques fonctionnant au fil de l’eau.
- En France, la vitesse moyenne annuelle du Arent est d’environ 5 m par seconde. Les aéromoteurs électriques modernes étant prévus pour fonctionner à partir d’un vent de 2 m par seconde, leur fonctionnement régulier est assuré dans la plupart des régions du pays. Le colonel Renard après de longues années d’observations a publié une importante documentation d’où il résulte qu’il y a en moyenne par an 320 jours où souffle un vent dont la vitesse dépasse 2,5 m à la seconde et 248 jours où cette vitesse dépasse 5 m/sec. Enfin, la vitesse de
- 1. V. Henry Lanoy, Les Aéromoteurs modernes.
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- 7 m/sec est dépassée pendant, un tiers de l’année (moyennes pour toute la France).
- La vitesse des vents et la régularité de leur régime augmentent avec l’altitude. C’est ainsi qu’à Carpentras qui se trouve à ioo m d’altitude, on em-egislre annuellement 43 jours où la vitesse du vent est supérieure à un maximum qui est atteint pendant 219 jours au sommet du mont Ventoux (altitude : 1 912 m).
- L’observatoire du Ventoux est tout désigné pour mener à bien d’intéressantes études sur le vent (1), mais nous sommes moins convaincus de l’intérêt que présente la vallée du Rhône pour l’utilisation d’une énergie qui est irrégulière et présente souvent, quand souffle le Mistral dont la vitesse peut alleindre 4o m/sec, un danger pour la résistance des installations.
- Une région privilégiée pour Tutilisation du vent.
- Car c’est surtout à la régularité de l’énergie qu’il faut s’attacher et, à ce sujet, peu de départements sont plus favorisés que celui de l’Aude. A Carcassonne, par exemple, qui n’est qu’à une centaine de mètres d’altitude, le temps calme est à peu près inconnu et Jearu-le-Vent, comme on dit à Nivejle^ chante à longueur de journées... et de nuits.
- "gr^tj^ dépression Est-Ouest du bassin inférieur de bl^jaïhunique par le col de Naurouze (190 m d’al-'^rtitude avec, le‘versant atlantique, de sorte que le canal du cvMidi suit un'couloir où les vents allant d’une mer à l’au-ùtre, sont e^Miement fréquents et réguliers (canal aérien des Deu%Mlp).
- . -gy'
- Darisgraphie de VAude, R. Plandé affirme que les vents violents et continus s’y manifestent pendant 3oo à 35o jours par an. Le vent d’ouest (Atlantique) appelé Cers et le vest d’est (Méditerranée) appelé marin ou aata, . sont les maîtres absolus de .l’atmpsphère jdaJ’Aude. ...
- Les observations nombreuses faites dans la Montagne Noire par E. de Martonne, donnent pour les vents dé Méditerranée, une moyenne annuelle de 6 m à la seconde.
- On trouve dans la région, de nombreux moulins dont quelques-uns sont encore en activité dans le Lauragais, pays du blé.
- On se demande même, comment P. P. Riquet ne s’est pas servi de cette énergie pour économiser, par pompage, l’eau nécessaire à l’alimentation des écluses de son merveilleux canal. Il aurait été bien inspiré d’allier son génie à celui d’un Rennekin Sualem, auteur de la machine de Marly. Mais il n’est pas trop tard pour envisager le pompage ; le canal du Midi pourrait alors transmettre presqu’en totalité aux irrigations, l’eau de ses importants réservoirs de Saint-Ferréol, de Lampy, etc; et ce serait une véritable fortune pour les cultures des basses plaines de l’Aude.
- C’est avec un grand nombre de moulins à vent que les Hollandais ont réalisé le pompage qui leur a fait gagner de vastes territoires sur la mer.
- La vieille cité fortifiée de Carcassonne, qui domine la ville basse et la plaine d’une cinquantaine de mètres, est toute désignée pour la création d’un observatoire consacré à l’étude du vent. Indépendamment d’une cinquantaine de tours rondes coiffées de toits coniques et dont deux au moins étaient équipées en moulin à vent, la forteresse possède trois tours carrées à terrasse où l’on pourrait facilement installer les instruments de mesure : Tour du Château Comtal, Tour Saint-Nazaire (table d’orientation) et Tour mixte Balthazar dont la petite terrasse atteint le point le plus élevé de toutes les constructions.
- A 2 km à l’Est de la cité, une colline (cote 237) domine la plaine et conviendrait parfaitement à l’établissement d’un premier groupe aéro-électrique d’expérience.
- La Montagne Noire qui borde la plaine vers le Nord, constitue une chaîne dont les altitudes varient entre 900 et 1 200 m et présenterait de nombreux points favorables à l’installation de groupes puissants. Au Sud de la dépression de l’Aude, les curieuses crêtes calcaires baptisées « Alaric » par les Arabes, se présentent aussi très favorablement, en particulier aux sommets 5o3 et 595 (voir ligure). Ces crêtes bien dégagées par les coupures de l’Aude, de l’Orbieu et de leurs affluents, doivent retenir l’attention avant toute autre zone car les vents y sont très forts et constants. La topographie et l’hydrographie se prêteraient également ici à la création de stations régulatrices de pompage.
- A 25 km plus à l’Est, au bord de la Méditerranée, se trouvent les collines de la Clape dont l’altitude ne dépasse pas 200 m mais dont le dégagement sur la plaine et la mer permet d’enviïinger un excellent rendement pour les installations éoliennes.
- Le pic de Bac Eslable qui domine Axât, à 1 5oo m d’altitude doit être également considéré. Enfin, sans aller trop haut, à des points difficilement accessibles, toute la région des Cor-
- bières (pays de vins fameux) entre Aude et Agly, présente un nombre infini d’emplacements favorables et bien dégagés :
- Le Pech de Bugarach (1 23i m), le Milobre de Bouisse (900 m), le Plateau de Tauch (85o à g5o m), les crêtes qui bordent l’Agly au Nord, dont l’altitude moyenne atteint 900 m; le Roc Fourcade (815 m), la Montagne de Belcastel (800 m), la Serre de Maureille (6i4 ni), le Pech de Taurize (600 m), le Périllou (700 m)... J’en passe et des meilleurs. Encore ces cas privilégiés ne représentent-ils qu’une infime partie des possibilités pratiques d’installations éoliennes dans le département où des centaines de groupes puissants, raccordés entre eux et branchés sur les grands réseaux d’interconnexion, viendraient grandement aider les forces hydrauliques limitées et irrégulières de la région méditerranéenne.
- Mais, diront les amateurs de beaux sites, va-t-on encore nous abîmer l’horizon ? Mais non, ces grandes installations vues de loin ne seront pas plus inesthétiques que nos vieux moulins qui, eux, ne déparent pas le paysage puisqu’on les classe de plus en plus comme monuments historiques.
- Le Département de l’Aude, qui, au point de vue touristique est un des plus beaux et des plus variés qui soient (mer,, plaines, forêts et montagnes) trouvera dans l’exploitation de ses forces éoliennes, une nouvelle source de richesses.
- CARCASSONNE
- A\fm ^
- 15D .
- Montagne'.
- Fig. 3. — La vallée de l’Aude, région privilégiée pour l’utilisation
- du vent.
- 1. Voir La Nature du 15 mars 1937.
- P. Basiaux-Defrance.
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- Les nuages de Criquets migrateurs en Gironde
- pendant Tété 1945
- L'éclosion.
- Vers la fin dn mois d’avril dernier, un paysan qui gardait ses vaches dans la lande non loin de Marclieprime (Giionde), aperçut, sortant de terre, d’innombrables et minuscules sauterelles. Le récit que le brave homme fort étonné fit de la chose ne souleva alors que l’incrédulité.
- A la même époque, dans les environs de Saint-Jean-d’Illac, à io km , plus au Nord, c’est un chasseur qui remarqua sur le sol des taches brunes et mouvantes; là encore il s’agissait d’amas de petites sauterelles, essayant leurs premiers sauts tout en restant curieusement groupées.
- En ces endroits déserts de la lande — comme en bien d’autres sans doute qui ont échappé à la vue des hommes — venaient d’éclore des légions du Criquet migrateur (Locusta migrato-ria).
- Les jeunes larves, aptères et de couleur brun chocolat, manifestèrent dès le début un gros appétit. Elles trouvèrent une abondante nourriture dans les herbes des sous-bois et des vastes clairières que les incendies de ces dernières années ont ouvertes dans la forêt de pins.
- Les bandes de larves.
- Bientôt, l’instinct grégaire de ces insectes les fit se rassembler à certaines heures du jour en foules immenses dont tous les individus se mettaient en marche dans une même direction.
- Ils formaient ainsi des bandes serrées atteignant parfois près d’un kilomètre de long sur une centaine de mètres de large. En mai et juin, on rencontra ces singulières ti’oupes en bien des points d’une zone située entre 20 et 5o km à l’Ouest de Bordeaux et approximativement limitée au Nord par la roule de Bordeaux à Arès, au Sud par la voie ferrée Bor-deaux-Arcachon.
- Les jeunes Criquets, subissant des mues successives, grandirent rapidement ;. leurs légions se firent plus vastes et plus denses. Cette abondance et ce comportement extraordinaires n’éveillaient encore que la curiosité des gens du pays car, jusque-là, seules des herbes sans importance économique avaient souffert des appétits innombrables de cés insectes.
- Un entrefilet, paru dans un journal local, attira l’attention du Directeur du Laboratoire d’Entomologie agricole coloniale du Muséum, le Professeur P. Vayssièi’e. Celui-ci, examinant quelques jours plus tard des spécimens de Criquets envoyés
- de la région bordelaise par le Docteur Feylaud, constata qu'il s’agissait d’une forme du Criquet migrateur proche de la « phase » grégaire (J).
- Ce fait est foi t inhabituel pour notre pays, où Locus la migra-toria ne se iencontre d'ordinaire qu’à l’état d’individus isolés. représentants de la « phase » solitaire inolfensive. Comme elle l’a fait pour d’autres espèces d’Acridiens, la sécheresse
- Récolte des Criquets migrateurs en Gironde. Les insectes s’envolent en nombre devant le filet.
- (Cliché Dr Fevtaüd).
- exceptionnelle des trois dernières années a déterminé une pullulation du Criquet migrateur et son apparition sous une forme voisine de celle qui constitue les grands « nuages » dévastateurs dans d’autres pays.
- Envoyé en mission par le Professeur Ynyssièrc, je suis arrivé dans les zones envahies de la Gironde au début de juillet, alors que les Criquets, parvenus au terme de leur développement, subissaient en grand nombre la mue imagi-
- 1. Voir l'article de L. Ciioi'Anu dans La Nature du l"r mai 1945.
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- 11 ale. Sur la voie ferrée de Bordeaux à Arcachon, les rails disparaissaient par endroits sous plusieurs épaisseurs de ces insectes, dont beaucoup, devenus adultes, s’essayaient à voler.
- Les premiers dégâts provoqués aux cultures commençaient a être signalés. Dans les communes de Marcheprime, Pierro-lon, Sainl-Jean-d’Illac, à Lège, près d’Arès, les maïs pi'esque mûrs avaient été réduits en peu de temps à leurs chaumes raccourcis. C’était là l’œuvre de bandes de Criquets où dominaient les adultes mais dont le déplacement s’effectuait encore au sol.
- Les Criquets forment des nuages.
- Les choses ne tardèrent pas à s’aggraver. Le i3 juillet, à 18 h, revenant de Bordeaux par la route, j’aperçus peu après Gazinet le pi'emier « nuage ». Volant entre 20 et 3o m d’altitude, d’innombrables Criquets se dirigeant vers l’Ouest formaient une nuée qui passa pendant plus de 2 h. Une partie des insectes s’abattit sur un champ de maïs et sur des pâturages; les paysans faisant le plus de bruit possible avec des cloches, des casseroles, allumant des feux, ne parvinrent qu'après de longs efforts à les faire déplacer vers des zones incultes.
- Depuis celte date les vols se multiplièrent. Les Criquets passaient la nuit et une partie de la matinée plus ou moins dispersés dans les vastes1 étendues herbeuses de la lande; puis brusquement entre ro et 11 h, lorsque le temps était beau, on les voyait s’élever de tous côtés, comme répondant à un appel soudain, et se réunir dans les airs en groupes de plus en plus nombreux. Le nuage formé partait dans une direction et était sans cesse grossi d’individus paraissant surgir de tous les points de l’horizon. Tantôt le nuage disparaissait pour ne plus revenir, tantôt il décrivait de vastes circuits pendant des heures au-dessus de la même région.
- Au cours de leurs vols, les criquets se déplacèrent dans deux directions principales. Les uns allant Vers l’Est se rapprochèrent de Bordeaux et passèrent en nuages au-dessus de cette ville les 20 et 21 juillet; les autres sé dirigeant vers le, Nord-Ouest arrivèrent au début d’août dans la région de l’étang de
- Lacanau ; ils demeurèrent là en foules nombreuses tandis que partout ailleurs dans le département on n’observait plus à celte époque que des individus dispersés quoique assez abondants par places.
- La ponte et les derniers vols.
- C’est dans les zones marécageuses bordant l’étang de Lacanau que l’on observa, à la fin d’août, les premières pontes. Les femelles enfonçant l’extrémité de l’abdomen dans la terre, y déposaient leurs œufs jaunes en grappes enveloppées de mucus.
- En septembre, les déplacements recommencèrent et quelques vols se produisirent, moins denses que les premiers. C’est ainsi que les nuages de Criquets, où les mâles avaient pris la couleur jaune citron qu’ils présentent en période de reproduction, revinrent vers le i5 septembre dans la région de Marcheprime. Us s’abattirent sur des pâturages cette fois et après leur passage les bestiaux refusèrent de paître le peu d’herbe que les insectes avaient laissé.
- Après ces derniers vols, les Criquets se dispersent. Partout en Gironde et dans les Landes les individus isolés sont plus nombreux. On trouve des spécimens de L. migratoria jusque dans des appariements à Bordeaux (Docteur Landes, 21 septembre). Mais aussi, à l’approche de la mauvaise saison, il y a de nombreux cadavres de Criquets dans les champs. Leur histoire paraît proche de sa fin, pour celle année tout au moins. Car n’oublions pas qu’ils laissent, dans des zones probablement étendues, leurs œufs plus ou moins profondément enfoncés dans la terre, où ils vont passer l’hiver à l’abri. Si les conditions climatiques continuent d’être favorables, on peut craindre pour le printemps prochain, des éclosions beaucoup plus nombreuses encore que celte année. Une .snïV£ill^ïice.,.AtAcatiY.e..des zones de ponte, peut-être une lutte énergique et précoce s’imposeront alors, si l’on veut éviter que les choses prennent l’allure d’un fléau comparable à ceux qui dévastent l’Afrique du Nord par exemple.
- Jacques Carayon.
- Pour éloigner les requins
- Un tles nombreux dangers qui menacent les marins on les aviateurs tombés à l’eau est représenté par les requins.
- 11 paraît — contrairement à ce qu’on croit souvent — que le requin est un animal timide n’attaquant l’homme que poussé par la faim ou dans certaines circonstances. Mais c’est là une considération consolante uniquement pour le terrien et il n’en reste pas moins que de nombreux aviateurs sont au cours de cette guerre tombés à. l’eau et ont eu la malchance de rencontrer des requins qui avaient faim et n’étaient pas aussi timides qu’ils auraient dû.
- Deux savants américains, Henry Field et Harold S. Coolidge se sont attaqués à ce problème : éloigner les requins des naufragés.
- Des recherches furent, entreprises et un nombre considérable de dollars furent dépensés.
- Chercher à éloigner les requins par du bruit, semblait peu pratique ; sa vision étant faible il était difficile de l’effrayer par la vue de quelque objet plus ou moins terrifiant. Mais les lobes olfactifs de son cerveau étant très développés il paraissait possible d’agir sur l’odorat du requin.
- Des centaines de produits chimiques furent expérimentés sans grand résultat. Les choses en étaient là quand. M. Steward Springer se rappela que les requins s’éloignaient des endroits où sc trouvaient des cadavres de leurs congénères.
- Des expériences confirmèrent que les requins refusaient de prendre leur nourriture, si l’on y ajoutait un morceau de viande de requin putréfiée.
- Tel fut le point de départ de nouvelles recherches. La marine américaine garde le secret sur la nature exacte du produit qui fut finalement mis au point. Tout ce qu’on sait c’est qu’après avoir traité quelques milliers de kilogrammes de requin en décomposition les chimistes extrairent un produit 100 fois plus actif que la simple viande putréfiée, abondant et bon marché. Il est préparé en pains gros comme un morceau de savon et fixé à la ceinture de sauvetage. Un pain protège le naufragé pendant 24 h. Dr Gabriel Mouchot.
- Nouvelle méthode de conservation des œufs.
- « Celle nouvelle méthode consiste », selon le professeur A. L. Romanoff, de l’école d’agriculture de l’Université de Cornell à Ithaca (fêtât de New-York), ) à tremper les œufs frais pendant cinq secondes dans l’eau bouillante. Une fine couche d'albumine se coagule instantanément sous la coquille et exclut, de l’œuf, air et contagion. Les œufs ainsi protégés gardent leur bon goût pendant un an à 5° C., et pendant trois mois à '20° C. Ces œufs, mis à couver, peuvent éclore, ce qui indique que ce procédé ne leur fait perdre aucune de leurs qualités. Les blancs battus, montent en neige aussi bien que ceux des œufs frais. »
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- Les effets de la
- Les photographies que nous publions ci-contre donnent une idée des terribles effets produits par les bombes atomiques. Deux d’entre elles ont été prises, par avion, à Hiroshima, la première ville japonaise frappée par le nouvel engin, l’autre à Nagasaki. Une grande partie de ces deux villes a été littéralement rasée ; mais on peut se rendre compte que les rues et les implantations des maisons disparues' restent visibles. Les bâtiments ont été abattus et pulvérisés par le souffle de l’explosion ; en d’autres endroits ils ont péri par l’incendie. En raison de l’énorme quantité d’énergie libérée, la température en effet a dû atteindre des valeurs extraordinairement élevées.
- D’autre part, les autorités militaires américaines ont permis aux journalistes de visiter le terrain d’essai d’Alamogordo, au Noùveau-Mexique, qui fut le théâtre de la première explosion atomique. Comme on le sait, on y fit éclater une bombe expérimentale, placée au sommet d’un pylône en fer d’une trentaine de mètres. Les bombes lancées sur le Japon ont fait explosion à dessein à une hauteur très supérieure.
- Sur le champ d’expérience, le pylône a été volatilisé : tout a été détruit dans un rayon de plus de 700 m. Au centre : un cratère de plus de 35o m d’ouverture et 7 m 5o de profondeur, formé, non par projection des terres, mais par refoulement des terres sous l’action d’une pression gigantesque évaluée à plusieurs millions d’atmosphères.
- Le sol était recouvert de morceaux d’un verre couleur vert jade, les uns épais de 5 à 6 mm, d’autres si minces qu’ils se brisaient au toucher. Par endroits on trouvait des larmes bata-viques, dont le centre était rempli de bouc.
- Les journalistes étaient accompagnés de radiologues mûris d’instruments très sensibles pour déceler les radiations émises par ce sol boulversé; L’explosion avait eu dieu le 16 juillet; on était le 12 septembre, soit près de 8 semaines plus tard. Le sol était encore légèrement radio-actif : mais les radiations
- bombe atomique
- Fig-, 2. — Les effets de la bombe atomique sur Hiroshima.
- émises en surface étaient si réduites que, selon les radiologues, l’endroit pouvait être habité en toute sécurité, sauf le centre du cratère. Là, dans un rayon de 45 m, les radiations dépassaient la moyenne tolérée par le corps humain. Encore faudrait-il u n séjour de 600 h dans cette zone pour aboutir à une issue fatale.
- D’autre part il a été souligné que la matière radio-active qui se trouve sur la. partie vert jade citée plus haut ne pénètre qu’à une profondeur de 3 mm. Il serait donc facile de déblayer et de faire disparaître les matériaux qui se trouvent à la surface de cet emplacement. Celui-ci en serait rendu aussitôt habitable.
- Les Japonais avaient prétendu que n jours après l’explosion d’Hiroshima, des sauveteurs avaient subi de graves atteintes du fait de la persistances de la radio-activité. Les
- Fig. 1. — Le centre de Nagasaki après l’explosion de la bombe atomique.
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- constatations faites sur le champ d’essai d’Alamogordo contredisent ces affirmations. Au surplus, la végétation n’a pas tardé à reprendre à Hiroshima sur les terrains désolés par l’explosion.
- Les témoins de l’explosion .expérimentale du 16 juillet, ceux des bombardements d’Hiroshima et Nagasaki ont tous été frappés par l'extraordinaire lumière qui accompagna le phénomène : l’un d’eux, le géophysicien Donald Leet qui, le 16 juillet, était à plus de 80 km d’Alamogordo dit. qu’il vit s’élever à l’horizon et remplir le ciel une lueur aveuglante, brillant non pas comme un soleil, mais comme une douzaine de soleils.
- Les photographies ci-contre ont été prises lors de l’explosion expérimentale du 16 juillet, avec une caméra automatique de cinéma placée à .10 km. Elles montrent cette extraordinaire lumière qui semble précéder la formation de la gigantesque colonne de fumées et poussières, s’élevant du sol jusqu’à la stratosphère dont nous avons donné les photographies dans un précédent numéro.
- Fig. 3. — Les effet slumineux de la bombe expérimentale du Nouveau-Mexique.
- (Photos prises le 16 juillet à 10 km de dislance. Le cercle de lumière à gauche et dans le bas de la photo n" 5 est une image de la lentille de la caméra. Elle est due à un défaut de réfraction. Les taches noires dans les surfaces éclairées des photos nos 1 et 2 n’ont pas été expliquées).
- L'industrie de l'acier au Brésil.
- Le Brésil, malgré scs immenses ressources minérales, est resté jusqu’ici un pays exclusivement agricole ; mais une importante industrie sidérurgique y est actuellement en cours de création, première étape dans la voie de l’industrialisation.
- Le Brésil possède des gisements de minerais de fer qui comptent parmi les plus riches du monde, leur teneur en fer étant de 62 p. 100. Jusqu’ici ils ont été exploités surtout au profit des États-Unis et de la Grande-Bretagne. Il en était de même du manganèse que le Brésil produit en abondance.
- L’industrie de l’acier au Brésil selon J. Anthony dans la revue Iran Age, ne dispose pour l’instant que de 24 petits hauts-fourneaux alimentés exclusivement au charbon de bois et qui en 1944 ont fourni en tout 237 000 t de fonte brute. La production d’acier fini était de. 100 000 t.
- D'ici peu cette situation va se trouver profondément modifiée par l’entrée en service de la grande aciérie moderne de Volta Redonda, dans l’État de Rio-de-Janeiro. Les travaux ont été commencés en 1941 et l’usine aurait dû être achevée en 1944. Mais la livraison du matériel, en provenance des États-Unis, a été retardée par les cir-
- constances de guerre. Les aciéries de Volta Redonda inaugureront leur production avant la fin de l’année 1945 par la mise en marche d’une batterie de. fours à coke et d’un haut-fourneau d’une production annuelle de 350 000 t de fonte. Les fours Martin seront également mis en. service cette année ; les laminoirs le seront au début de 1946. Ultérieurement il sera installé 3 autres hauts-fourneaux.
- Le minerai de fer acheminé par voie ferrée vers l’usine est du minerai riche provenant d’un gisement immense situé à 385 km de l’aciérie et dont les réserves sont évaluées à 25 p. 100 des réserves mondiales. Les gisements de manganèse sont voisins de ceux du minerai de fer. Le calcaire et la dolomite s’extraient de carrières distantes de 355 km. L’approvisionnement en houille se présente sous un jour moins favorable. Extraite de mines situées dans l’État de Santa-Catharina, elle devra effectuer un long parcours d’abord sur voie ferrée au sortir de la mine, puis par mer sur 800 km jusqu’à Rio-de-Janeiro, où elle sera rechargée sur voie ferrée jusqu’à l’usine. Cette houille, au surplus, est 'de médiocre qualité et devra être enrichie avec de bons charbons à coke importés.
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- COMMENT ON REALISE LA TÉLÉVISION EN COULEURS
- La transmission des images télévisées en blanc et noir n’a pas encore été réalisée industriellement en France ; il peut donc paraître prématuré d’étudier déjà les procédés de télévision en couleurs. Le problème n’en est pas moins intéressant, car il présente des données très particulières qui rendent sa solution relativement plus facile qu’on pourrait le croire à première vue.
- La qualité des images télévisées dépend de la finesse de la trame d'analyse, c’est-à-dire du nombre d’éléments d’images transmis pendant la durée de persistance de l’impression rétinienne. A égalité de finesse de la trame, les détails d’une image en couleurs sont plus distincts que ceux d’une image en noir et blanc; le contraste des couleurs s’ajoute au contraste normal des lumières et des ombres. Des fleurs aux couleurs éclatantes se distinguent nettement sur le fond vert d’une prairie ; elles seraient presque invisibles en tons gris sur le fond sombre d’une image monochrome.
- À l’agrément de la couleur, s’ajoutent donc des avantages techniques certains. Les masses colorées, même manquant de détails, se distinguent nettement les unes des autres, et les différents plans sont bien séparés.
- RESTITUTION DES COULEURS EN TÉLÉVISION
- Il est impossible de restituer d’une manière absolument parfaite, en principe, les cordeurs naturelles qui sont en nombre infini. On peut pourtant les reconstituer, en pratique, en superposant sur un écran des flux lumineux de couleurs simples élémentaires, c’est ce qu’on appelle la synthèse additive ; ainsi, en additionnant la lumière verte et la lumière rouge complémentaire, on peut reconstituer la lumière blanche.
- En photographie et en cinématographie en couleurs, on obtient souvent la restitution des couleurs naturelles en mélangeant sur un support des couleurs pigmentaires. Le phénomène est assez différent, et on lui a donné le nom de synthèse soustractive.
- En télévision en couleurs, l’image est toujours observée par transparence, ou projetée par addition de lumières sur un écran diffusant ; la restitution des couleurs naturelles est ainsi toujours obtenue par synthèse additive. La réalisation pratique des différents procédés est basée, comme en cinématographie en couleurs, sur les principes de la trichromie ou même de la bichromie.
- Bien que le nombre des couleurs soit infini, on se contente, dans ces procédés simplifiés, de considérer des couleurs élémentaires, ou plutôt des groupes artificiels convenablement délimités, dont le nombre est réduit à trois ou même à deux, au maximum, et en proportion convenable. Les teintes choisies sont généralement le rouge vermillon et le bleu-vert, permettant un rendu assez exact des chairs. On n’obtient ni violet ni jaune, et ce couple ne convient donc pas pour les scènes de plein air ou les paysages.
- On décompose d’abord le coloris complexe du sujet, de façon à sélectionner des images fondamentales à l’aide de filtres sélecteurs. Pour reconstituer l’image en couleurs, on utilise des écrans colorés identiques, et chaque groupe de faisceaux colorés forme par addition une teinte de mélange.
- DIFFÉRENTES MÉTHODES DE TRANSMISSION DES IMAGES TÉLÉVISÉES
- Comme dans toutes les méthodes de télévision actuelles, on ne transmet pas en couleurs tous les éléments d’une image simultanément, mais successivement. La reconstitution de l’image complète est effectuée par l’œil de l’observateur, grâce à la persistance de l’impression rétinienne.
- On décompose chaque point, ou élément d’image en couleurs, en deux ou trois points, ou éléments de couleurs fondamentales, qui doivent être mélangés à nouveau sur l’image finale en proportions convenables. Pour chaque élément de l’image en couleurs naturelles, il faut ainsi considérer deux ou trois éléments de teintes fondamentales.
- Suivant le principe de la fusion des couleurs, la transmission peut se faire simultanément ou successivement ; dans la première méthode, on utilise deux ou trois voies de transmission séparées ; on effectue simultanément une analyse double ou triple des couleurs de chaque élément en employant un seul objectif.
- Les éléments de couleurs fondamentales sont également projetés simultanément, et reconstituent les images partielles en eouleui’s élémentaires de la sélection bichrome ou trichrome.
- Dans la deuxième catégorie de procédés, on transmet successivement les deux ou trois éléments de couleurs élémentaires permettant la restitution des éléments de l’image complète en couleurs, les uns après les autres.
- On ne transmet qu’un seul élément à la fois ; on n’utilise qu’une seule voie de transmission, mais le temps -de projection d’une image complète ne doit pas dépasser la durée de persistance de l’impression rétinienne.
- L’emploi de voies de transmission séparées constitue une grande complication, et celle méthode de transmission simultanée paraît donc réservée à la diffusion des images par lignes, ou visio-téléphonie.
- Dans tous les cas, la décomposition de chaque élément d’image à couleurs naturelles, en deux ou trois éléments en couleurs élémentaires, exige évidemment l'exploration ou la transmission de deux ou trois fois plus d’éléments d’image que pour la télévision en blanc et noir. En théorie, il faudrait donc augmenter dans le même rapport la fréquence de l’émission radio-électrique assurant la transmission des signaux d’images; en réalité, la finesse de la trame de l’image à transmettre ne correspond pas à ces données théoriques ; les avantages optiques de la transmission en couleurs sont très pi’écieux à cet égard.
- Dispositifs employés. — Pour l’analyse de l’image, et pour la réception, on utilise désormais en télévision des appareils cathodiques. En télévision en couleurs on a pourtant encore recours quelquefois à des dispositifs électro-mécaniques, en particulier pour l’adaptation des filtres colorés de sélection.
- Lorsqu’on veut transmettre simultanément les éléments de teintes élémentaires, on décompose les flux lumineux en couleurs naturelles en utilisant des filtres de la couleur fondamentale intercalés sur le passage des pinceaux lumineux d’analyse.
- On a ainsi utilisé aux États-Unis un objectif unique produisant l’image à téléviser dans son plan focal. Sur le trajet du
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- faisceau lumineux, on place un premier filtre coloré produisant une première image élémentaire. Deux miroirs à réflexion partielle sont placés entre l’objectif et ce premier filtre, de
- Objet en couleurs
- Image élémentaire N-3
- Filtre î
- Image élément ^
- N°1
- Filtre 2
- Image élémentaire N°2 Fig. 1. — Télévision en couleurs.
- Dispositif pour l’analyse et la transmission simultanée des trois images fondamentales d’une sélection trichrome.
- façon, à obtenir les deux autres images élémentaires de la sélection trichrome, en intercalant des écrans correspondants. Les trois images partielles sont transmises simultanément au moyen de dispositifs électro-mécaniques ou cathodiques (fig. i).
- En principe, la transmission successive des éléments .sélectionnés en couleurs fondamentales peut être réalisée au moyen de disques tournants synchronisés, et portant des filtres assurant la sélection et la restitution des couleurs.
- Au lieu d’effectuer la transmission de chaque élément séparément, on peut transmettre des groupes d’éléments monochromes. L’analyse et la restitution peuvent ainsi s’effectuer par points, par lignes de points, ou par images complètes.
- Dans le premier cas, le disque porte deux ou trois spirales de perforations classiques. La transmission par lignes ou par ensemble de lignes est effectuée à l’aide cl’un disque à fentes munies de filtres colorés. L'analyse est presque toujours réalisée par lignes entre-cées, ce qui évite les effets de scintillement (fig. 2).
- On emploie de plus en plus les tubes à rayons cathodiques pour l’observation directe ou la projection ; la reconstitution des couleurs est réalisée à l’aide de points élémentaires disposés l’un à côté de l’autre, ou par lignes complètes monochromes.
- Les premiers résultats obtenus. — La radiodiffusion des images était entrée aux États-Unis, avant la guerre, dans une période de réalisation industrielle. En juillet 19.i1, des essais publics de télévision en couleurs avaient déjà eu lieu; on envisageait l’adoption de programmes d’une quinzaine d’heures par semaine, avec un standard de 5a5 lignes d’analyse, une cadence de 3o images par secondes, suivant la méthode trichrome.
- En Europe, les travaux les plus intéressants sur la télévision en couleurs semblent avoir été entrepris en Angleterre ; la méthode bichrome y a été longtemps particulièrement en faveur. Les premiers essais de télévision en couleurs anglais datent de 1928; ils ont été exécutés par l’ingénieur anglais Baird, un des pionniers de la télévision.
- Fig. 2. — Disques sélecteurs pour la transmission successive des images élémentaires de la télévision en couleurs.
- A, disque à trois spirales de trous avec filtres pour les transmissions par points ; B, disque à fentes munies de filtres pour la décomposition en images do couleurs fondamentales.
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- En février 1938, cet inventeur avait pu obtenir des réceptions sur un écran de 2 m 4o x 3 m Go, dans la salle du Dominion Théâtre de Londres, en présence de trois mille spectateurs. La transmission était réalisée par lignes, suivant la méthode trichrome, avec des analyseurs et des intégrateurs électro-mécaniques, constitués par des disques de Nipkov portant trois rangées d’ouvertures en spirale.
- Les résultats étaient, d’ailleurs, assez imparfaits, et un deuxième dispositif Baird, datant également de 1938, présentait la caractéristique originale d’une analyse à lignes entrelacées complexes. Au lieu de transmettre seulement en bichromie deux demi-images en-
- Lanverte Fi!tre vert
- Miroirs sans tain
- Observateur
- Lampe
- à argon ( ( .
- bleue fUfre pitre
- bleu rouge Làmp
- au néon rouge
- Disque d'analyse
- Irelacées, on transmettait huit ou douze images élémentaires, comportant chacune un certain nombre de lignes d’une des couleurs élémentaires.
- Les recherches entreprises aux États-Unis par la General Electric Company et les
- laboratoires téléphoniques Bell remontent à 1928. Les premiers dispositifs étaient réalisés suivant la méthode de transmission simultanée, avec un seul objectif et trois systèmes complets de cellules photo-électriques et d'amplificateurs. Pour la réception, on employait trois sources de rayons lumineux de couleurs élémentaires connectées aux trois circuits de réception.
- Fig. 3. — Schéma du premier dispositif des laboratoires Bell pour la restitution simultanée des images en couleurs fondamentales.
- Il suffisait de choisir convenablement les sources de lumière colorées, soit en pratique, un tube au néon à lumière rouge, un tube à argon à lumière verte, un deuxième tube à argon à lumière bleue (fig. 3).
- Les procédés anglais récents. — Dans les procédés anglais récents, on commence à utiliser les dispositifs cathodiques, d’abord pour la réception seule, puis pour l’émission et la réception. Dans une première méthode Baird de igSg, l’émission est effectuée à l’aide d’un disque à douze fentes, équipées avec des filtres bichromes hlcu-verls et rouges, et qui commandent l’entrelacement des lignes d’analyse. Le balayage vertical est, d’ailleurs, réalisé à l’aide d’un tambour à miroirs.
- Pour la réception, un tube de projection à rayons cathodiques à haute intensité est placé derrière un disque portant des filtres rouges et bleu-verts,, semblables à ceux utilisés pour l’émission (fig. 4).
- En 19/11,.Baird supprimait complètement tout dispositif électromécanique et mettait au point un procédé bichrome utilisant seulement deux filtres rouge et bleu-vert.
- L’analyse du sujet à téléviser est réalisée par un pinceau lumineux mobile produit par un tube cathodique émetteur, et traversant un filtre coloré porté par un disque tournant. La trame d’analyse est de 600 lignes par images; le spot d’analyse
- Image en couleurs-,
- Ecran de projection
- Disque rotatif avec filtres rouges et bleus-verts
- "cathodique de projection Fig. 4. — Premier dispositif récepteur de Baird pour télévision en couleurs.
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- est très brillant grâce à une tension anodique élevée de l’ordre de i3 ooo volts.
- Les mouvements du pinceau cathodique, d’analyse et de synthèse sont obtenus par des bobines de déviation magnétique. L’image à restituer est d’abord formée en blanc et noir sur l’écran du tube de projection; devant cet écran, on fait tourner un disque à filtres colorés identique, à celui de l’émetteur,
- - Ecran de projection
- Emetteur
- Bleu-vert
- <4>-------Objectif
- d'analyse
- Disque de synthèse 1
- Bleu vert
- Disque danatyi
- projectioi
- Fig. 5. — Schéma des appareils de transmission et réception système Baird pour télévision en couleurs par la méthode hichrome.
- et synchronisé avec lui. L’image en blanc et noir est ainsi colorée en bleu-vert et rouge et projetée sur un écran transparent avec reconstitution des couleurs naturelles par la méthode hichrome (fig. 5).
- Le tube de projection est placé à la base d’une ébénisterie et le pinceau lumineux transmis verticalement vient se réfléchir sur un miroir à 45° disposé à la partie supérieure. L’image finale en couleurs se forme sur un écran transparent vertical ; elle mesure o m 76 x o m 60. L’appareil permet à volonté la réception des images en blanc et noir, sans modification du récepteur, et en supprimant simplement les filtres colorés.
- Le même inventeur vient d’établir un nouveau' dispositif entièrement cathodique, et basé sur la méthode trichrome. Il a donné le nom de Telechrome à cet appareil, qui assure la transmission avec une analyse de Goo lignes (fig. 6).
- L’image est toujours explorée à travers des filtres bleu, vert-jaune, et rouge, mais la réception est effectuée au moyen d’un tube cathodique spécial comportent trois dispositifs émis-sifs distincts ou « canons à électrons » indépendants, avec chacun un système de déflexion séparé.
- L’écran fluorescent du tube est constitué, d’un côté par une plaque transparente recouverte d’un enduit assurant une fluorescence rouge; l’autre face est gaufrée, et présente des facettes produisant une luminescence bleue, ou vert-jaune. Sous l’action des pinceaux cathodiques, agissant simultanément, les couleurs sont reconstituées par la combinaison des trois couleurs élémentaires.
- Quelques dispositifs américains. — Dès 1940, les résultats en Amérique étaient dé caractère industriel, sans cependant, semble-t-il, présenter une qualité supérieure à celle obtenue en Angleterre.
- Dans le procédé Columbia, l’analyse de l’image est effectuée suivant la méthode trichrome, avec trois filtres colorés, rouge, vert, et bleu, disposés devant un tube cathodique. La trame d’analyse initiale était de 343 lignes entrelacées, avec une cadence de transmission de 20 images par seconde. La définition devait être portée à 4oo ou 5oo lignes, sans dépasser la
- Vert — jaune
- Canons a électrons
- Fig. 6. •— Le tube cathodique récepteur « Telechrome » de Baird.
- bande de fréquences standard de 6 000 000 de cycles-seconde.
- La General Electric Company a également étudié dans ses laboratoires de Shenectady un procédé bichrome dû au docteur E. Alexanderson, mais nous noierons particulièrement un dispositif mixte, à la fois cathodique et électro-mécanique, réalisé avec un oscillographe cathodique, combiné avec un tambour rotatif à miroirs.
- La restitution des lignes horizontales est assurée par la déviation du pinceau électronique du tube ; le déplacement vertical est obtenu par le tambour à miroirs. Le tube cathodique porte deux ou trois bandes colorées en teintes élémentaires, et des plaques de déviation verticale permettent de diriger le pinceau de balayage successivement sur ces bandes élémentaires. Cha-
- Tube cathodique
- Lentilles cylindriques de concentration
- Bajides-
- coforées
- Tambour à miroirs
- réception
- Fig. 7. — Ensemble récepteur pour télévision en couleurs comprenant un tube à rayons cathodiques et un tambour à miroirs.
- que ligne de l’image est répétée deux ou trois fois en traversant ces bandes, qu’on peut remplacer par des filtres colofés de couleurs correspondantes (fig. 7).
- Le faisceau lumineux obtenu est concentré par 1 intermédiaire de lentilles cylindriques disposées en regard de ces bandes sur un tambour rotatif à miroirs, assurant le déplacement final du spot coloré sur un écran de projection, où se forme l’image en couleurs.
- Les recherches entreprises dans les laboratoires étrangers sont encore peu connues en France; aussi, sera-t-il intéressant de revenir sur cette question, d’un très grand intérêt pratique, dans un avenir prochain. Les indications que nous venons de donner permettent déjà au lecteur d’apprécier les difficultés du problème et l’intérêt des solutions présentées.
- P. IlÉMARDINQUER.
- Le tour du monde en 151 heures.
- A la fin du mois de septembre dernier, l’aviation militaire des États-Unis a inauguré un service hebdomadaire d’avions de transport qui, chaque vendredi, entreprend le tour du monde par la voie des airs sur l’itinéraire suivant : Washington, Les Açores, Afrique du Nord, Égypte, Inde, Chine, Philippines, Hawaï et retour à Washington. Ce parcours, de plus de 37 000 km, s’effectue en lot h. Le service pour l’instant est réservé au personnel et aux marchandises militaires et à la poste. On envisage de le transformer ultérieurement en un service commercial.
- D’autre part, on annonce l’ouverture très prochaine de quatre lignes aériennes pour voyageurs entre Londres et New-York. La durée prévue pour le trajet varie entre 11 et 14 h. On envisage l’emploi d’avions de diverses capacités : la « Pan American Airways » se propose de mettre en service quatre types d’avions, respectivement pour 56, 108, 124 et 204 passagers.
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- QUINQUINA, QUININE ET " KINA-BUREAU "
- La culture du quinquina dans les colonies françaises
- Température et altitude, telles sont les conditions de base qui doivent se trouver réalisées pour la culture sur un sol convenable des quinquinas dans nos colonies : de i 200 à 2 4oo m d’altitude, de 12 à 20 degrés.
- Je n’ai pas l’intention de développer longuement ici la nécessité — j’en parlerai plus loin au sujet de l’atébrine — d’étendre considérablement ces plantations. Citer les chiffres apportés par le Docteur Andrew Balfour à la VIIIe section du Comité d’IIygiène de la Société des Nations, citer ces chiffres doit suffire : le total mondial des paludéens est de 65o 000 000, soit le tiers de l’humanité. En évaluant très modestement à jo g la quantité de quinine indispensable à chacun de ces malades, on aboutit à 2G 000 t par an, ce qui représente plus de 4o fois la production actuelle.
- Voyons quelques autres précisions que nous ont fait connaître en 1989 Finelle et Ferré (x).
- Le total de nos cultures coloniales de quinquina s’élève à 200-260 ha, contre iG 000 ha aux Indes Néerlandaises. On comprend ainsi que, sur la production mondiale (d’avant-guerre) de 600 t de quinine par an, 97 pour 100 proviennent des Indes Néerlandaises, ce qui confère à la Hollande, par son « Kina-Bureau », le monopole de ce médicament. A quelque chose près,, cette poudre blanche — extrait noble de la « poudre des Jésuites » qui avait guéri la Comtesse Cinchon en i638 et que Louis XIV acheta à Sir Talbot il y a deux siècles et demi — à quelque chose près on peut dire que cette poudre a été jusqu’ici distribuée au monde entier par ce puissant consortium hollandais, le <( Kina-Bureau ». Pour s’attacher solidement notre clientèle ne nous proposait-il pas, voilà une quinzaine d’an-, nées, une fourniture à moitié prix de 3o t de quinine pour l’Indochine
- J’ignore à quel plafond étaient, avant le début de cette guerre, estimées les nécessités en quinine pour l’ensemble de nos colonies. Sept ans auparavant, l’approximation sur ce point était d’une quinzaine de tonnes, compte non tenu du développement des grands programmes prophylactiques du paludisme qui, objectivés, l’eussent facilement décuplée.
- Ces besoins, certes, ne pouvaient être satisfaits qu’en se soumettant aux exigences du « Kina-Bureau », car nulle part nos essais n’avaient encore donné un rendement véritablement industriel.
- Je ne crois pas inutile de passer en rapide revue les principaux essais conduits dans nos colonies avant de faire connaître les résultats, sans doute inédits, d’une nouvelle station d’essai créée dans la Basse-Côte d’ivoire, celle de Ton-Koui, au Sud-Ouest de la frontière du Libéria.
- En Indochine, j’ai visité la station que Yersin avait fait établir sur le plateau du Lang-Bian, non loin de la route qui conduit de Saigon à Dalat, notre admirable « oropolis » coloniale. En 6 ans, cet essai a donné selon Perrot des écorces à teneur de quinine plus élevée (de 12 à i5 pour 100) que la bonne teneur moyenne admise aux Indes Néerlandaises (de 8 à xo pour 100). Ces cultures datent de 1927, après que Yersin eût éprouvé, dès 1917, les sols du Hon-Bâ, de Dran, de Diom et de Djiring, avec des graines — la plupart venues de Java — de Cinchona Ledge-riana, de Cinchona Succirubi'a et de Cinchona robusta.
- 1. Essais de culture des quinquinas dans les colonies françaises. In Les grandes endémies tropicales. Mgot frères, 1939
- La production totale fut en 1936 de 2 o45 kg de sulfate de quinine, en 1988 de 20 t d’écorcés. Poids moyen de sulfate de quinine pour un kilo d’écorce (arbres de 2 ans 1/2) : 76 g environ.
- D’autres essais, plus modestes encore, ont été pratiqués par le Service indochinois d’Agriculture, plantations de Dankia, du Idaut-Donnaï, de Blao et de Lang-JIanh qui fournirent 9 t d’écorces dont la pharmacie de Tourane fabriqua, en 1937, des comprimés de sulfate de quinine.
- Le Docteur Joyeux a essayé l’acclimatation au Tonkin, sur le Mont Bavi, de Cinchona Ledgeriana, de Cinchona Succirubra et d’Hymenodictyon velutinum. Mais l’altitude, de 3oo à 700 m, parut trop faible.
- A Madagascar, les premiers essais datent de 1901, dans la forêt d’Ambre, à 35 km au Sud de Diégo-Suarez. Ils furent repris en 1928. L’altitude varie de 700 à 1 100 m; la température de + io° à 3o°. Les graines utilisées, en provenance de Java, furent celles de Cinchona Succirubra et C. Ledgeriana. Le champ d’expériences atteint i5o ha, progressivement aménagés par surfaces de 10 ha, à 10 000 pieds de quinquina par hectare. D’autres tentatives furent réalisées dans la région de Tananarive (forêt de Mandraka), essais amorcés en 1926 et repris en 1937. L’altitude y est de 900 à x 200 m. La teneur des alcaloïdes totaux des quinquinas de la forêt d’Ambre est de 5 à 7 pour 100.
- A. la Réunion, le Docteur Vinson fît les tout pi’emiei’s essais en i865, par quatre plants de Cinchona officinalis prélevés dans l’ile Maurice, et qui périrent. Le Docteur Yinson recommença et, en 1875, on put compter 200 quinquinas dans l’île. En 1880, ce chiffre s’élevait à 5 000. Puis en 7 ans on planta i4 000 pieds. En 1918, l’abatage systématique donna 1 200 kg d’écorces qui fournirent au pharmacien Trouette, appréciés en sulfate de quinine, les chiffres suivants pour 100 g d’écorce sèche :
- Cinchona Succirubra......................... 2,03 pour 100
- Cinchona Calisaya........................... 2,22 »
- Cinchona officinalis....................... 4,30. »
- En 1935, devant la difficulté d’obtenir des graines javanaises, la station expérimentale du Haut-Donnaï expédia à la Réunion des graines sélectionnées de Cinchona Malabar, de Cinchona Legeriana et de Cinchona Succirubra.
- Au Cameroun, les premiers essais datent de 1914, sous l’occupation allemande. Puis ils furent tentés près de Dschang, à la quinquina-station de Fong-Donera. En 1939, 10 ha de plants existaient, dont 9 de Cinchona Succirubra et 1 de C. Ledgeriana. Les premiers ont de 8 à 10 m de haut et de i5 à 20 cm de diamètre. Leur rendement en écorce est de l’ordre de celui qu’on observe à Java. La production de Cinchona Ledgeriana est de i5o kg d’écorces à l’hectare la 5e année de la plantation (la fin de celle-ci étant marquée par la i5e année), soit de 25 kg de quinine à l’hectare. La consommation de quinine du Cameroun étant environ de 600 kg par an, 24 ha en plein rendement seraient donc nécessaires pour couvrir ces besoins (x).
- L’Afrique Équatoriale Française n’a vu pratiquer des essais de plantations de quinquina qu’au Gabon dans les Monts de
- 1. Pour de meilleures et plus récentes précisions, voir Le Quinquina au Cameroun, culture, rendement et perspectives d’avenir, par M. Labarde (in Bull. Soc. Path. exot., séance du 8 novembre 1944).
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- Cristal, et au Moyen-Congo dans la forêt du Mayombe. La région de Bangui s’est avérée défavorable.
- En Afrique Occidentale Française, la Guinée a eu des essais infructueux au Jardin de Dalabâ, dans le Foula-Djallon. En mars 19/10, au cours d’une tournée d’inspection des secteurs de prophylaxie de la maladie du sommeil en Guinée, je visitai le jardin d’essais d’Auguste Chevalier, entre Mamou et Dalaba. Dans celte belle sélection botanique, vieille de plus de 3o ans, je recherchai les essences adéquates à la reforestation dirigée des chantiers de prophylaxie agronomique, que réalisait alors dans son secteur le médecin capitaine Jean Bouf-fier (x). Le pin de Dalat et l’eucalyptus, bien acclimatés, y avaient retenu son attention et de nombreuses plantations de ces essences, issues des pépinières du Fouta-Djallon, furent créées par lui dans d’anciens gîtes à tsé-tsés débroussés. Les pins lui donnèrent des sous-bois clairs et de l’odeur résineuse — deux conditions défavorables à la vie des glossines — et, plus près du cours d’eau des gîtes, des eucalyptus étaient destinés à absorber l’excès d’humidité. En un second temps (chantiers de Pila), des cultures vivrières, et même des champs de pommes de terre, jouxtèrent les anciens gîtes à tsé-tsés.
- Mais revenons à nos quinquinas, pour lesquels d’autres essais guinéens furent tentés dans les cercles de Macenta, de N’Zérékoré et de Guéckédou.
- Ce sont les essais de la Côte d’ivoire qui justifient, comme je l’ai dit plus haut, le titre de cette communication.
- J’ai pu recueillir en 1941, de M. Bardin, chef du Service d’Agriculture du Cercle de Man, les premiers résultats chiffrés enregistrés pour cette station. En dehors de son secteur « café » (arabica), M. Bardin s’occupait de la station-quinquina du Ton-Koui, située à 1 200 m d’altitude et à 12 km de Man, chef-lieu du cercle du même nom, que bordent à l’Ouest la Guinée et au Sud-Ouest le Libéria.
- Le Ton-fispui a. été prospecté pour la première (pis en 1929 par Portères, ingénieur agronome. Scs successeurs dans la région ont fait des efforts considérables pour l’acclimatement des quinquinas au Ton-Koui. De grosses difficultés ont clé vaincues et, depuis 19/1.0, 7 5oo quinquinas ont été mis en place. Parmi les pieds-mères, la station possède cinq Succiru-bra des Indes Néerlandaises. Ils ont fleuri en 19/11. Les cultures sont en pleine terre.
- Des mensurations pratiquées en août de la même année sur 2 000 plants, il résulte que les quinquinas de deux ans du Ton-Koui ont une hauteur moyenne de 2,26 m, le maximum constaté étant de 4,60 m, avec un rendement en écorce sèche de tige de 80 g. Or, d’après les études de Kinds, les quinquinas de Java donnent les chiffres suivants :
- mètre bloqué à 100 pendant 7 mois de l’année, La température y est donc relativement basse. Aussi l’administration a-t-elle, en 1941, formé le projet d’installer à Ton-Koui une station climatique. Un hôtel devait être élevé à l’emplacement même, fort bien choisi, de la case que M. Bardin, au prix de mille difficultés, avait édifiée à x 100 m d’altitude.
- Le Ton-Koui, incontestable réussite agronomique, doit être développé très activement pour le plus grand bien des paludéens de l’Afrique Occidentale Française. Aussi bien, s’il est désirable qu’un souci de sélection nous amène à nous rapprocher le plus possible, qualitativement, des résultats hollandais, il n’en est pas moins vrai qu’on pouri'ait en attendant se contenter de mesures moins rationnelles. Au Congo Belge, le Jardin botanique de Hallu est bien parvenu, quoiqu’il se trouve à basse altitude, à faire pousser des quinquinas rouges. L’idée de Rodhain en en proposant l’extension au gouvernement belge, était de mettre à la disposition des indigènes, sinon de la quinine, du moins en grande quantité une écorce fébrifuge. Les Anglais ont agi de même aux Indes. Ils y ont développé des plantations de quinquinas à faible rendement (4 pour 100), dont l’écorce est largement employée dans la lutte anti-palus-tre. Le Docteur Hermant, ancien inspecteur général de la Santé publique en Indochine et remarquable ouvrier de notre action médicale en Extrême-Orient, visita autrefois ces plantations et, à Saïgon, m’en dit alors toute l’ampleur et la réussite. Vaste expérience à 11e pas perdre de vue à l’heure où quinine et produits synthétiques sont enN si insuffisantes quantités.
- Je tiens à remercier ici M. Bardin des renseignements qu’il m’a fournis sur le Ton-Koui, dont la production s’ajoutera heureusement à celle des auti’es colonies fi’anç.aises, sans viser toutefois à l’ampleur des résultats hollandais.
- D’ailleurs, tout récemment (x), La Presse Médicale a révélé aux médecins que la rivalité quininc-atébrine était entrée dans une phase nouvelle. L’atébrine est réhabilitée par les résultats constatés au cours de celte guerre en Nouvelle-Guinec, où les Américains, privés de quinine par les Japonais occupant JaA7a, durent faire un usage exclusif de l’atébrine, et avec un plein succès, dans le paludisme : une morbidité de 9G2 cas sur 1 000 tomba à 45 pour 100 et, en trois mois, la fréquence des cas de malaria fut réduite de 96 pour 100. Il est donc peu probable qu’après cette guerre, les paludéens soient soumis, comme avant 1989, aux exigences d’un seul « Kina-Bureau ».
- Dr Gaston Muraz.
- ' Ancien chef des services de la Maladie
- du Sommeil de l’A.E.F. et de l’A.O.F.
- Age
- Rendement moyen par plant
- (en écorce tige-racines) Hauteur moyenne
- 3 ans.
- 4 » . ü » .
- 0 kg 032 0 kg 03 o 0 kg 092
- I m 24 à 1 in 61 1 m 38 à 2 m 18 1 m 44 à 3 in 22
- Il est donc hox’s de cloute que les essais du Ton-Koui sont tout à fait satisfaisants et doivent être activement poursuivis. Seul, semble-t-il, le Ton-Koui offre en Côte d’ivoire les garanties sttffisanles d’altitude, de température et d’hygrométrie pour l’établissement des champs s’emenciers, le bloc de plantation proprement dite devant être organisé dans les montagnes clu N’Zo, à 4o km de Man. Le Ton-Koui a une moyenne de pluies de 2,5o m avec 190 jours de précipitations, hygro-
- 1. Il venait d’être promu commandant, lorsqu'il fut tué, devant son P. S., sur le front d’Alsace en janvier 1945. Je rends ici hommage à sa brillante activité, à sa foi tenace dans la médecine collective itinérante, sauvegarde des peuplements appauvris de nos colonies africaines, à laquelle il s’était entièrement consacré avant de venir mourir sur le front de France.
- 1. V. in La Presse Médicale du 7 août 1945, n° 14, p. 182 : « L’atébrine vengée », avec quelques statistiques extraites du Reader’s Digest, décembre 1944, par Pli. Daixy.
- Le cuir graphité.
- Le cuir imprégné de graphite colloïdal constitue un produit susceptible d’intéressantes applications. C’est une matière à reflet gi'is qui possède une grande résistance à la chaleur, à la lumière et à l’humidité et est un excellent conducteur d’électricité.
- Le graphite agissant comme lubrifiant, ce nouveau cuir peut servir à la fabrication des garnitures de moteurs. Pour que les minuscules particules de charbon se répartissent également à la surface du cuir, et pénètrent assez profondément dans ses pores, on les incorpore à une solution savonneuse d’huile d’olive, dans laquelle le cuir est plongé.
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- LE BÉRYLLIUM OU GLUCINIUM
- Le béryllium ou glucinium est un mêlai relativement rare qui meut pendant longtemps qu’un intérêt purement scientifique. Il présente l’exemple typique d’un de ces produits que la découverte d’une propriété spéciale fait passer de l’état de simple curiosité de laboratoire à celui de produit indispensable à la technique moderne pour résoudre des problèmes particuliers.
- Yauquelin en 1797 démontre l’identité chimique du béryl et de l’émeraude et dans une étude analytique isole une base nouvelle qu'il dénomme glucine, oxyde d’un métal encore inconnu, le glucinium.
- L’année suivante, eu Allemagne; le chimiste Link propose de nommer la nouvelle base : terre de Béryl.
- Ilumpbrey Davy tente d’isoler le métal : le béryllium ou glucinium ruais sans succès.
- Plus tard, en 1828, un chimiste français, Bussy, et un chimiste allemand, Wœhlcr, réussissent indépendamment l’un de l’autre à préparer le béryllium par l’action du .potassium sur le chlorure de béryllium.
- En 1898, Lebeau étudie l’éleclrolysc d’un mélange de fluorure de glucinium et de fluorure double de sodium et de glucinium. Le mélange est fondu au rouge sombre. On plonge au centre du creuset une électrode de charbon et on fait passer le courant. Il se dépose alors sur la paroi des cristaux de glucinium pur.
- Ce métal est un des plus légers connus ; sa densité est de i,84, très proche de celle du magnésium et seulement les deux tiers de celle de l’aluminium.
- Les propriétés physiques du béryllium ont été différemment décrites par les auteurs qui les ont étudiées. Cela semble dû à la difficulté d’obtenir un métal entièrement libre de traces d’impuretés suffisantes pour altérer ses propriétés. C’est un métal gris d’acier, brillant, dur, rayant le verre. Chauffé, il peut être forgé, laminé, poli. Au rouge, il s’oxyde en surface et une couche protectrice se forme isolant le métal sons-jacent.
- Il présente une bonne résistance à la corrosion à l’air et à l’humidité à la température ordinaire.
- Le béryllium forme des alliages avec l’aluminium, le magnésium, le fer, le nickel, le chrome, le molybdène, le tungstène, le cuivre, l’argent, l’étain, etc.
- Ce sont d’ailleurs les propriétés particulières qu’il confère à certains alliages qui ont fait passer ce métal dans la technique industrielle moderne et l’ont mis en vedette.
- Le béryllium est peu abondant à la surface du globe: on estime, qu’en poids, il ne représente que 0,001 pour 100 de l’ensemble des roches de la croûte terrestre. Il est d’ailleurs possible qu’il soit, plus répandu à l’état de traces que l’on ne le suppose généi’alement, car il est difficile à identifier par les méthodes analytiques chimiques courantes et quand il existe, il passe et est pesé dans l’analyse des roches avec l’alumine et se trouve compté comme tel. Récemment des méthodes analytiques mettant en- œuvre de nouveaux réactifs tels que la quina-lizarine et la 8-hydroxyquinoline ont été proposées pour sa détection.
- Les spécialistes ont décrit plus d’une vingtaine d’espèces minérales définies contenant du béryllium à l’état d’élément constituant. Les principales sont le béryl, le chrysobéryl, la leucophanite.
- Pratiquement, le seul minerai utilisé techniquement est le béryl, silicate double d’aluminium et de béryllium répondant .à la formule : 3 BcO, A1303, G SiO2.
- Ce minéral se présente dans la nature sous des formes très
- diverses : les béryls nobles qui comprennent les pierres précieuses : l’émeraude dont la coloration vert d’herbe profond, vert d’émeraude, est due à des traces de chrome, l’aigue-marine vert de mer bleuâtre, Je béryl rose qui contient des traces de césium, le béryl doré avec traces d’uranium,
- L’émeraude est la plus estimée de toutes les pierres précieuses et elle atteint des prix élevés même si sa limpidité n’est pas parfaite et si elle présente quelques défauts car il n’y a pour ainsi dire pas d’émeraude de grande taille qui soit sans et crapauds ».
- M. Mautefeuille a reproduit synthétiquement le béryl par fusion prolongée de ses éléments : silice, alumine, glucine en présence d’un flux composé de molybdale acide de lilhine ou d’acide borique.
- Le béryl se trouve généralement localisé dans les pegmalites ou parfois dans les micaschistes près des pegmalites.
- Fig. 1. — Deux échantillons de béryl de Madagascar.
- (D'après une photographie du Service des Mines de Madagascar).
- Pratiquement les belles émeraudes viennent des régions de Muzo ou Cosquez en Colombie qui en fournissent depuis le xvie siècle. Celles de l’Oural sont moins estimées.
- Madagascar est riche en béryls divers et d’une manière générale en tous les minéraux déi’ivés des pegmalites. La géologie de cette île est extrêmement compliquée, elle a été décrite par M. Lacroix (x) aux travaux duquel il faut se reporter quand il s’agit de Madagascar qu’il appelait « le pays des béryls ». Les pegmalites les plus remarquables sont situées en divers points des hauts plateaux du massif cristallin, généralement dans les gneiss, les schistes et les calcaires métamorphiques, au voisinage des massifs granitiques.
- Les béryls sont exploités principalement dans la vallée de la Sahalany au Sud d’Antsirabé ; dans la région d’Ankazobe (béryls bleus), de Tsaralanana (béryls bleus verts) et d’Anjanabonona (béryls roses).
- On trouve également à Madagascar le béryl pierreux sans valeur comme gemme mais recherché pour l’extraction du béryllium. Ce béryl se trouve en prismes hexagonaux atteignant parfois plus d’un mètre suivant l’axe et un ou deux décimètres de diamètre, noyés dans une pegmalile potassique à microcline ; ils sont des constituants normaux de celte roche.
- 1. Minéralogie de Madagascar, par A.. Lacroix. 3 vol., 1923 et Géologie des Gîtes minéraux, par Raguin, 1940. Masson et G", éditeurs.
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- Le béryl a été signalé en France aux environs de Limoges et de Lyon. On le trouve également dans l’Oural, en Écosse, en Autriche, en Allemagne, aux États-Unis, en Amérique du Sud, en Australie. Mais les gisements les plus puissants sont ceux de Madagascar.
- C’est ce béryl pierreux qui constitue le minerai industriel du béryllium. Pur, il contient 12 à i4 pour xoo de glucine, ce qui correspond à 3 à 3,5 pour 100 de métal.
- En 1923 fut fondée eh Allemagne la Béryllium Studiengesell-schaft sous le patronage de la firme Siemens et Halske. Elle mit au point le procédé électrolytique de Stock, Goldschmidt, Prâtorius et Priess pour l’extraction du béryllium.
- La méthode a été décrite par Kurt Illig, du laboratoire de recherches de Siemens et LIalske à Berlin. Il souligne les difficultés techniques à surmonter : le béryl brut contient 3 à 3,5 pour 100 de métal dont on ne récupère que 60 pour 100 environ. Il en résulte qu’il faut traiter 5o kg de minerai pour produire un kilogramme de béryllium dans le prix de revient duquel le coût initial du béryl se trouve ainsi automatiquement intégré.
- D’autres usines se sont ensuite intéressées à la fabrication du béryllium : en France, la Compagnie Alais, Froges et Camargue, aux États-Unis la Béryllium Corporation of America à Clerreland, etc.
- Aucune statistique mondiale de production n’a été publiée. On estime généralement que ces dernières années elle était de l’ordre de i5 à 20 t.
- Les prix très élevés du début se sont fortement abaissés du fait que la production d’alliages de cuivre-béryllium et surtout de nickel-béryllium, s’est très rapidement développée. La valeur de ces alliages est basée sur environ 23 dollars par livre de béryllium contenu.
- On a beaucoup parlé des possibilités de développement des emplois de ce métal dans la fabrication de métaux' légers pour l’aviation. Ces prévisions apparaissent un peu fantaisistes pour plusieurs raisons. Celle du prix de revient n’est, pas la moins déterminante.
- Les bronzes au béryllium.
- Le véritable intérêt du béryllium réside surtout dans ce fait qu’allié au cuivre ou au bronze à proportion de 3 pour 100 environ il donne à ces alliages la dureté de l’acier.
- Ces cupro-alliages, ces bronzes au béryllium sont préparés facilement par simple addition au métal fondu d’une proportion convenable d’alliage à forte teneur : 12 pour 100 et plus, de béryllium dans du cuivre.
- Les métaux ainsi obtenus doivent subir une trempe suivie d’un revenu de vieillissement dans des conditions déterminées pour acquérir les propriétés mécaniques les plus élevées.
- Ils permettent alors l’établissement d’outils présentant cette importante caractéristique de ne pas donner d’étincelle au choc sur les roches. Ceci est d’un intérêt tout particulier pour certaines techniques quand on travaille dans des conditions telles qu’une simple étincelle peut provoquer une catastrophe, par exemple les sondages de puits de pétrole, l’industrie du cracking, les poudreries, etc., également pour des usages plus courants comportant des risques analogues : l’ouverture des fûts de carbure de calcium, les industxies chimiques utilisant des solvants volatils combustibles formant avec l’air des mélanges détonants, l’industrie minière, etc. On trouve pour tous ces emplois des marteaux, burins, scies, etc. établis en cuivre ou en bronze alliés, au béryllium.
- Ces mêmes alliages ont été utilisés pour usiner divers organes de machine, cames, engrenages, pignons, pompes centrifuges, pour tourner des manchons de pièces résistant à l’usure et au frottement.
- Des hélices de bateaux peuvent ainsi être réalisées avec une forte réduction de poids ; cet allégèment a été mis à profit dans les canots de course notamment.
- Aux États-Unis, on a constaté que des ressorts de boggies de voitures rapides réalisés en cupro-béryllium se montrent supérieurs aux ressorts en acier.
- Des ressorts d’appareillage électrique fabriqués de manière similaire remplacent avantageusement ceux en bronze phosphoreux.
- Le béryllium pur a trouvé un emploi comme écran pour volets de passage des rayons X. Il est sept fois plus transparent pour ces radiations que l’aluminium sous la même épaisseur.
- L’addition de béryllium à l’argent a été proposé pour réduire la facilité avec laquelle ce métal se ternit mais les essais ne paraissent pas tout à fait concluants. Par contre des alliages avec le nickel, le nickel et le fer, le nickel et le chrome semblent intéressants.
- Les alliages de cuivre, cobalt, béryllium sont séduisants par leur coût réduit : le cobalt est plus économique et remplace partiellement le béryllium. Ils ont été utilisés pour la manufacture de ressorts, pointes de fers à souder, électrodes de soudure, etc.
- Des associations cuivre-béryllium à 2,2 5 pour 100 se sont montrés résistants à la corrosion et de haute conductibilité électrique.
- D’autre part, la glucine BeO a été proposée comme matériau pour creusets fortement réfractaires, car elle ne fond qu’à 2 45o° C. environ.
- Le nitrate de béryllium ajouté en petites quantités aux solutions de sels de thorium utilisés pour l’imprégnation des manchons à incandescence par le gaz leur donne plus de solidité.
- Des recherches poursuivies par le Bureau of Standards des U. S. A. ont montré que quand le béryl est substitué dans une proportion de 25 pour 100 à 45 pour 100 au feldspath des mélanges pour porcelaine, les produits obtenus possèdent un pouvoir diélectrique élevé associé à un faibie coefficient de dilatation thermique qui les rend tout spécialement aptes à l’appareillage électrique isolant.
- L’étude de la structure nucléaire sur laquelle la bombe atomique a récemment attiré l’attention du grand public, a trouvé dans le béryllium un élément de recherche fort utile. On sait que le rayonnement des corps radio-actifs, polonium, radium/ radon (émanation du radium) etc., comporte l’émission de particules alpha ou noyaux d’hélium. En ig3o il fut observé que sous le choc des particules alpha, les éléments légers, du lithium à l’aluminium, émettent un rayonnement ultra-pénétrant formé de neutrons. De tous ces éléments, c’est le béryllium qui est le meilleur producteur de neutrons. Il a permis l’obtention facile de ces particules qui constituent le plus puissant moyen de désintégration atomique et jouent un rôle de premier plan dans la bombe atomique.
- Un proverbe populaire dit qu’il n’est rien de nouveau sous le soleil. On serait tenté de le croire en constatant que les cupro-bérylliums dont l’emploi est tout récent dans la technique de notre temps étaient utilisés par les Égyptiens pour la confection de ciseaux pour la taille des pierres. Ce fait a été signalé il y a quelques années par M. Ulivi Planta, Directeur des Musées égvptologiques de Bruxelles et démontré par l’analyse chimique.
- On peut penser toutefois qu’il ne s’agissait pas alors d’un produit métallurgique préparé sciemment, en connaissance de cause ; mais plutôt de l’application accidentelle et heureuse d’une méthode primitive à un minerai exceptionnel par une fantaisie curieuse du hasard,
- Lucien Perruche, Docteur de l’Université de Paris.
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- Les progrès du moteur
- Les États-Unis construisent aujourd’hui avions et moteurs d’avions à une cadence qui dépasse l’imagination. Cependant l’aviation militaire ne peut se contenter de la quantité, il lui faut aussi la qualité. Dans ce domaine il est manifeste que de grands progrès ont été réalisés depuis le début de ces fabrications intensives. Les renseignements à ce sujet ne sont, bien entendu, dispensés que très parcimonieusement.
- En ce qui concerne les moteurs, on peut cependant dégager un certain nombre de points intéressants dans les publications qui commencent à nous arriver d’outre-Atlantique.
- Un premier point remarquable, c’est l’élévation de la limite de puissance du moteur. En 1940, les moteurs les plus puissants ne dépassaient guère 1 500 cb. Aujourd’hui le moteur de 3 000 ch est une réalité. Ce résultat a été obtenu non par des innovations sensationnelles, mais par des perfectionnements progressifs : emploi de matériaux plus résistants, amélioration du tracé des pièces, amélioration des conditions de la combustion, adjonction de soufflantes de suralimentation.
- Prenons, par exemple, le cas des moteurs de la superforteresse B-29, équipée, comme on le sait, avec 4 moteurs Wright Cyclone h cylindres en étoile et à refroidissement par air. Le moteur à l’origine était une combinaison de deux moteurs Wright-Cyclone à 9 cylindres. Partant d’un modèle désigné R. 3640 (1) mis en service sur différents avions, on a dessiné pour la super-forteresse un modèle nouveau, le R. 3350 ayant une puissance massique plus élevée. La cylindrée du R. 3640 était de 59,S 1 ; celle du R. 3350 est de 55 1 seulement et fournit cependant une puissance plus grande, grâce surtout à l’adjonction d’une soufflante de suralimentation à deux vitesses.
- Au premier essai, vers 193Si à Wright Field, le R. 3350 fournit une puissance de décollage de 1 800 ch. Aujourd’hui il fournit au décollage 2 200 cb, soit 12,2 pour 100 d’augmentation. Ce résultat a été obtenu par les perfectionnements suivants : modi-
- 1. Désignation américaine ; V pour moteurs en ligne, R pour radial, les chiffres qui suivent indiquent la cylindrée en pouces cubiques.
- df * * •
- avion aux Etats-Unis.
- fication de la forme de la culasse, plus épaisse et munie de plus d’ailettes ; le rotor de la soufflante a été changé. Par la suite, la soufflante à deux vitesses a été remplacée par une soufflante à vitesse fixe et une turbo-soufflante. On a modifié la tuyauterie d’admission et le montage des soupapes d’échappement. Le vilebrequin a été muni d’amortisseurs étouffant les vibrations de torsion.
- Le moteur Pratt-Whitrey R. 2800, autre moteur à cylindres en étoile double et refroidissement par air, dérive de la combinaison de deux moteurs à 9 cylindres R. 985. En portant le diamètre des cylindres de 131,76 à 146,047 mm et en augmentant de 20,637 mm la course des pistons on a obtenu 45 pour 100 d’augmentation de la puissance de décollage par rapport au prototype. Un nouvel ailettage elliptique, tout en éliminant bien des difficultés de construction, a permis une notable augmentation de puissance, en donnant un plus grand passage à l’air de refroidissement. Le refroidissement, de plus, a été renforcé par l’adjonction d’un ventilateur axial.
- A côté des perfectionnements apportés à la construction des moteurs et aux soufflantes, il faut citer une nouvelle méthode d’injection d’eau dan? les cylindres qui aurait donné, dans certains cas, une augmentation de puissance de 50 pour 100. Les renseignements donnés à ce sujet ne sont pas absolument concordants : selon les uns il s’agit d’une injection d’eau finement pulvérisée dans les cylindres mêmes. Selon d’autres, l’eau est injectée dans le collecteur d’aspiration entre la tubulure d’admission et le carburateur ; elle s’achemine en fines gouttelettes vers les cylindres. L’effet de l’injection d’eau est connu depuis longtemps ; elle a une action antidétonante et régularise la combustion. De plus elle économise le combustible en assurant la même puissance avec un mélange plus pauvre.
- Les supercombuslibles ont également contribué à l’augmentation de puissance des moteurs. Ainsi un moteur qui donnait 1 000 ch au décollage avec un combustible à 100 d’indice d’octane donnait 1 300 ch avec un combustible à 130 d’indice d’octane.
- L. Keuleyan.
- Les ballons-bombes japonais.
- Les Japonais, fortement éprouvés par les bombardements des superforteresses américaines, ont assayé de réagir par des représailles sur le territoire des Etats-Unis. Les ballons-bombes imaginés à cet effet constituent une arme fort curieuse, bien qu’elle se soit montrée totalement inefficace.
- Il existe au-dessus du Pacifique entre 7 500 et 10 000 m d’altitude une zone où les vents soufflent toujours du Japon vers les États-Unis à une vitesse de plus de 100 km à l’heure. Les Japonais ont profité de cette particularité météorologique pour diriger vers le continent Nord-Américain des ballons chargés d’explosifs. Ces engins atteignaient leur but en 120 h environ.
- La nacelle du ballon-bombe portait des sacs de sable, des bombes incendiaires, une seule bombe explosive chargée d’un explosif à haute puissance et une boîte de contrôle, sorte de pilote automatique, reliée à un altimètre.
- Lorsque le ballon est lâché il atteint 10 000 m d’altitude et est pris par les courants aériens qui le portent vers les États-Unis. Dès que son altitude tombe au-dessous de 7 000 m, ce qui aurait pour conséquence de le faire sortir du courant propice, l’altimètre déclenche, par l’intermédiaire de la boîte de contrôle,, le délestage d’un sac de sable et le ballon remonte.
- Quand le ballon arrive au-dessus du territoire américain, un mécanisme d’horlogerie réglé sur la durée probable du trajet déclenche la chute des bombes incendiaires et l’explosion du ballon.
- Ces ballons étaient gonflés à l’hydrogène ; leur diamètre était de 40 à 11 m ; l’enveloppe était faite de six épaisseurs de papier de soie. Il en a été lancé deux ou trois centaines. Ils n’ont causé aucun dégât matériel et n’ont fait aucune victime, sauf une femme et cinq enfants blessés en voulant examiner un engin non explosé.
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- INFORMATIONS
- LES LIVRES NOUVEAUX
- L’Association Nationale pour l’Indochine Française.
- Avec l’appui des plus hautes autorités du -Gouvernement Français, Soüs l'impulsion directe de M. Pleven, à cette époque Ministre des. Colonies, a.été créée à Alger, le 19 août 1943, Y Association nationale pour VIndochine Française.
- L'Association avait pour objet de faire connaître à l’opinion publique française et internationale, l’importance de l’effort français en Indochine, les mérites que se sont acquis les peuples Indochinois, la volonté de la nation française d’en assurer la libération et de reprendre dans ce pays sa mission traditionnelle.
- Les Français, désireux de marquer leur solidarité à l’égard de la Résistance et des libertés indochinoises, leur volonté inébranlable de maintenir l’Indochine sous la communauté française, doivent adhérer à l’/lssocm/îon nationale pour l’Indochine française (Cotisation annuelle : 10 francs), 20, rue La Boétie, Paris (8e). (Abonnement à la Revue, 150 francs par an).
- Intermédiaire
- des recherches mathématiques.
- (Paris, Hermann).
- Pienseigner, faciliter les contacts entre chercheurs, leur signaler, pour qu’ils les résolvent ou y trouvent des idées, les problèmes mathématiques, meme extraits d’une autre branche de la science, dont le résultat, paraît intéressant, tels sont les buts que7 se • -propose' confrère. Son premier numéro est des plus attrayants.
- Son Centre de Documentation mathématique, largement ouvert aux chercheurs, a recueilli de très importantes archives.
- Souscription annuelle : 200 francs
- (150 francs pour les Membres des Sociétés Mathématiques) compte chèques postaux 3819-32 Paris, au nom du Directeur Paul Bclgodère, 55, rue de Yarenne, Paris (7e). Spécimen sur demande.
- Techniciens sanitaires.
- L’Institut de Technique Sanitaire et Hygiène des Industries, organisme d’Ensei-gnement Technique Supérieur, rattaché au Conservatoire National des Arts et MéLiers, reprend son enseignement en novembre.
- Il a pour but la formation professionnelle de Techniciens de l’Assainissement qui reçoivent, en fin d’études, et après examen probatoire, un diplôme d’État : « Brevet de Technicien Sanitaire ». , • ........
- Cet enseignement est largement ouvert à. tous ceux qui veulent devenir des techniciens sanitaires : ingénieurs, architectes, constructeurs, réalisateurs des desiderata posés par l’Hygiéniste. Il .est réparti sur deux mutées ; l’année scolaire 194546, programme de lre année, porte sur: « Généralités — Technique- sanitaire urbaine — Technique sanitaire rurale ».
- Le nombre des places étant limité, les candidats'sont' priés de s’inscrire, , le plus* tôt possible, en écrivant au Directeur de l’Institut, au Conservatoire .National des Arts et Métiers 292, rue Saint-Martin, Paris (3e). ’ ' ' ' ' ' '
- Introduction à l’entomologie, par le Dr R. Jeannel. I. Anatomie générale et classification. 1 vol. in-IG, 83 p., 56 fig-., 10 pi. Boubée et C>°, Paris.
- Pour aborder l’entomologie, le professeur du Muséum a écrit cet ouvrage. Il y explique tous les termes savants qui désignent les détails de la morphologie externe, de l’organisation interne et du développement (et ils; sont nombreux !), puis il présente une classification récente, différente de celle habituelle, qui rend mieux compte des affinités des groupes vivants et fossiles.
- Atlas des Coléoptères de France, par Luc Auber. 1. Carabes, Staphylins, Dytiques, Scarabées. 1 vol. in-16, 83 p., 14 fig., 12 pi. Boubée et Cie, Paris.
- Après avoir brièvement passé en revue les caractères morphologiques du groupe, Fauteur examine les quatre groupes indiqués dans le titre, décrivant et figurant toutes les espèces communes ou remarquables de notre pays. Les planches qui accompagnent le texte sont fort belles et facilitent beaucoup les déterminations.
- Fumerolles de la Montagne Pelée, par S. Fioi.ow. 1 brochure 10 pages. Imprimerie Officielle, Fort de France (Martinique), 1944.
- La Montagne Pelée dont l’éruption de 1902 a détruit en une nuit la ville de Saint-Pierre n’a plus fait parler d’elle
- depuis 1929, et son- activité n’est plus marquée que par de légères fumerolles. Celles-ci sont aujourd’hui -étroitement surveillées, suivant un programme méthodique, grâce au zèle de l’autèur et de ses collaborateurs qui ont su improviser l’appareillage nécessaire. Les enregistrements recueillis semblent déceler une corrélation entre l’activité volcanique et les facteurs météorologiques. Cette conclusion, si elle se .confirme, est d’une grande importance.
- Faune de France, 44. Coléoptères Bruchides et Anthribides, par Adolphe Hoffmann. 1 vol. in-8, 184 p., 434 fig. Lechevalier, Paris, 1945.
- Selon le plan de la Faune de France dont nous avons souvent parlé, voici le 44e volume consacré à cinq familles de Coléoptères dont une tout au moins, les Bruchides, comprend nombre do ravageurs (les graines de légumineuses qui causent beaucoup de dégâts aux stocks de haricots, de pois, de lentilles. On les a peu étudiés parce que leur classification est réputée difficile. Ce livre y pourvoit et indique en outre les détails de leur anatomie, de leur genre de vie, de leur répartition géographique.
- L’entente pour la vie, par A KJ UN A. 1 vol. in-8, 245 p. Danzé-, Marseille, 1944.
- Suite de méditations sur la vie physique, l’amélioration de ses conditions et sur la vie morale qui doit être guidée par l’entente et l’amour du prochain.
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- LA NATURE
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- France et Colonies : un an s 300 francs ; six mois t 150 francs Etranger : un an : 350 francs ; six mois : 175 francs
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- DÉTECTION
- Radar, ce mot mystérieux a été souvent prononcé pendant la guerre ; c’est, selon la mode moderne, une collection d’initiales qui résument l’expression anglaise « radio direction fin-ding and ranging » que l’on peut traduire par « détection et repérage radioélectriques ».
- [Suite page 2].
- Fig. 1. — RADAR sur navire de guerre.
- SOMMAIRE
- Détection électromagnétique et RADAR, par R. CHAUVINEAU. 337
- Le caoutchouc chloré, par
- L. PERRUCHE . . ............343
- La peste, par G. MOUCHOT. . . 345
- Ondes sonores visibles au cours d’un bombardement....347
- Le Strophantus gratus en
- A O.F-, par le Médecin général G. MURAZ...........349
- Comment une mouche se pose-t-elle au plafond, par
- G. LANORVItlE..... . . . 350
- Le ciel en décembre 1945,
- par L. RUDAUX...............35!
- Informations..................352
- ÉLECTRO-MAGNÉTIQUE
- N° 3100 15 Novembre 1945
- Le Numéro 15 francs
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- Sur la constitution et le fonctionnement même des appareils, les censures de tous pays maintenaient un rigoureux secret. Mais on savait que le « Radar » jouait un grand rôle dans les opérations terrestres, aériennes et maritimes.
- Le Radar découvre à grande distance les avions et les navires
- ennemis ; il les voit, et c’est un œil dont les qualités visuelles ne sont affectées ni par la nuit, ni le brouillard, la fumée ou la pluie. Le soleil ne l’aveugle pas. Il déjoue les surprises lactiques. 11 signale l’ennemi et indique sa position exacte. Mais ce n’est pas tout ; b n peut l’organiser pour qu’il fasse voir cet ennemi; il permet alors d’en suivre visuellement les déplacements qui sont automatiquement reportés sur une carie. Mieux encore, dans le cas de la défense anti-aérienne par exemple, ses indications peuvent être utilisées pour commander directement et automatiquement le pointage des canons sur l’avion repéré.
- Le mot « Radar » ne désigne donc pas un instrument unique, mais toute une série d’appareils différenciés selon leur but et leur mode d’emploi : il y a de petits Radars individuels pour avions, et il y a de grandes installations terrestres pour la protection des côtes ou d’une frontière par exemple.
- Le Radar utilise la réflexion des ondes électro-magnétiques sur les obstacles. Sa précision est d’autant plus grande,, mais sa portée d’autant plus faible que les ondes sont plus courtes.
- Il y a donc des Radars à ondes longues, à grande portée et à grand champ de vision qui explorent de vastes portions du ciel ou de la mer et signalent à grande distance la présence de l’ennemi. On les associe à des Radars à plus petite portée mais qui repèrent alors très exactement la position de l’adversaire.
- C’est dans ia défense anti-aérienne que le Radar a fait ses
- 5ijls. 1/3000 sec.
- Fig. 3. — Les signaux émis par le Radar.
- fis sont constitues par une succession de courts trains d’ondes ou tops durant de 1 à 10 microsecondes, séparés par des blancs de l’ordre de 1/25 à 1/4 000 de sec.
- premières armes au cours de celte guerre. Dès ig4o, l’Angleterre avait en service une vaste organisation de Radars antiaérienne ; elle a joué un grand rôle dans la bataille aérienne qui s’est déroulée dans le ciel anglais dans les derniers mois de 1940 et s’est terminée par la défaite complète de la Luftwaffe. Grâce au Radar les escadres assaillantes ont toujours trouvé toutes les forces de la défense alertées et prêtes à l’action : canons pointés, avions de chasse à bonne altitude sur le parcours des agresseurs.
- Dans les batailles navales, le Radar a apporté une véritable révolution : autrefois la supériorité était acquise à la flotte qui tournait le dos au soleil et restait dans l’ombre tandis que son adversaire, en pleine lumière, était gêné par le soleil pour le pointage de ses canons. Le soleil n’aveugle pas le Radar qui voit l’adversaire même lorsque le personnel ne peut rien voir; la flotte adverse peut être coulée sur les indications du Radar, sans que les vainqueurs aient même aperçu de leurs yeux les navires ennemis.
- Dans la lutte contre les sous-marins, le Radar repérait les bâtiments arrivant en surface. Il a été l’un des principaux artisans de la victoire des Alliés dans ce domaine.
- Le principe du Radar était connu de tous les belligérants et a été mis en œuvre par eux dès le début des hostilités. Les Allemands avaient eux aussi leurs Radars ; associés aux batteries anti-aériennes ils ont infligé de lourdes pertes aux avions bombardiers alliés. De part et d’autre les appareils n’ont pas cessé d’être perfectionnés au cours des hostilités. Il s’est livré là, comme dans le domaine des bombes volantes ou de la bombe atomique, une bataille des laboratoires où les Anglo-Américains ont eu constamment le dessus, grâce surtout aux progrès qu’ils ont pu réaliser dans le domaine des ondes très courtes.
- Aujourd’hui la guerre est terminée, le secret est levé sur le Radar. Cet instrument, précieux dans la guerre, ne le sera pas moins sans doute en temps de paix pour assurer la sécurité de la navigation maritime ou aérienne..
- Principe du Radar.
- Le principe du Radar repose sur la réflexion des ondes électro-magnétiques sur les obstacles. On sait que ces ondes se déplacent à la vitesse de 3oo 000 km à la seconde et se réfléchissent sur les obstacles même non métalliques comme les ondes lumineuses, mais les champs réfléchis sont incomparablement plus faibles que les champs incidents ce qui pendant fort longtemps avait masqué le phénomène. Tout l’art du Radar consiste à atténuer l’onde incidente et à renforcer l’onde réfléchie. La figure 2 explique clairement le principe. Les ondes émises par l’émetteur se réfléchissent sur l’obstacle et viennent impressionner le récepteur. Si l’émetteur et le récepteur sont très voisins, si D est la distance de l’obstacle et Y la vitesse des ondes, le temps qui s’écoule entre de départ de l’onde de
- , 2 U
- l’émetteur et son retour au récepteur est évidemment y . La
- connaissance de ce temps permet de mesurer D. Donc le Radar se présente essentiellement comme un instrument de mesure des distances.
- La méthode des échos.
- Si l’on émettait les ondes de façon continue, il serait très difficile de distinguer le signal émis et son écho nécessairement plus faible. Aussi procède-t-on par émission de signaux ou impulsions très brèves séparées par des intervalles de silence relativement longs, pendant lesquels l’écho a le temps de parvenir au récepteur et d’y produire un signal qui se distingue nettement du signal de départ.
- Il est intéressant de noter que cette méthode dérive directe-
- Le poste émetteur envoie au temps f0 un top radio-électrique qui se propage avec ïa vitesse V de la lumière et se réfléchit sur l’obstacle situé. 4 la distance D. Son écho est observé au poste recep-
- 21)
- leur, voisin de l'émetteur au temps t d—— .
- 0 10 SO 30 40 50 60 70
- Fig. 4. — Observation des échos sur l’écran d’un oscillographe cathodique.
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- ment d’une expérience purement scientifique remontant à 192.0 et due à deux savants américains, Gregory Breit et Merle A. Truve de la Carnegie Institution de Washington. Il s’agissait pour eux de mesurer l’altitude de Vionosphère, c’est-à-dire de la couche ionisée radio-réfleclrice qui domine l’atmosphère terrestre. L’existence de celte couche était encore hypothétique ; mais elle expliquait la transmission des ondes électro-magnétiques à grande distance sur la sphère terrestre ; ses variations d’altitude expliquaient en outre certaines perturbations observées dans les radio-communications.
- Breit et Truve ont eu l’idée de diriger vers la haute atmosphère des trains de brèves impulsions, ne durant chacune qu’une très faible fraction de seconde : ils ont observé des échos, ce qui démontrait l’existence de l’ionosphère, et ils ont mesuré le temps qui séparait le départ de l’impulsion et le retour de son écho. Cette méthode a été ensuite utilisée dans tous les pays pour l’étude de l’ionosphère.
- Le Radar procède exactement de la même façon.
- Un poste émetteur émet à intervalles réguliers des tops ou séries très brèves d’oscillations électriques à haute fréquence,
- séparés par des « blancs » ou intervalles de temps sans signaux. La forme d u signal envoyé par l’émetteur est représentée sur la figure 3. Les courants haute fréquence correspondant aux « tops » créent un champ haute fréquence qui crée à son tour des courants haute fréquence dans l’obstacle et ceux-ci donnent naissance à. un champ rerayonné qui vient impressionner le récepteur. La durée des « tops » est comprise entre 1 et 10 mi-cro-seconclcs (1 a microseconde ou ij.s vaut un millionnième de seconde). L’expérience prouve qu’il faut au moins 100 oscillations haute fréquence par « tops » pour produire un champ rerayonné, ce qui exige par conséquent des fréquences élevées. Avec un « top » de 1 micro-seconde la fréquence la moins élevée que l’on puisse utiliser est donc: 1 000 000 000 (correspondant à une longueur d’onde de 3 m). Un top étant émis, il faut que l’écho revienne avant que le top suivant soit émis à son tour, sans quoi il y aurait ambiguïté et la mesure du temps serait impossible. La fréquence des tops (encore appelée <c fréquence de récurrence ») est à peu près définie par cette considération. Elle varie entre 25 et 4 000. Par ailleurs l’obstacle est un réflecteur secondaire dont la longueur d’onde propre est de l’ordre de grandeur et de dimensions géométriques. 11 y a résonnance, donc écho maximum, si la longueur d’onde d’émission lui est égale. Pour un avion, ces longueurs d’ondes sont comprises entre 2 m et 10 m. Mais les champs à distance sont, pour une puissance d’émission donnée, d’autant plus importants que la longueur d’onde est plus courte. C’est cette considération qui l’emporte en général et fait que l’on utilise des ondes très courtes. On est descendu jusqu’à 3 cm de longueur d’onde. Ces ondes très courtes ont des propriétés qui les rapprochent des ondes lumineuses : elles se propagent par rayons rectilignes. Toute leur énergie peut se concentrer dans un pinceau étroit analogue au faisceau lumineux projeté par un phare. Mais la difficulté était de concentrer dans un tel faisceau une énergie
- Figr. 5. — Principe du repérage de la direction azimutale ou du site au moyen de deux groupes d’antennes orientables Alt
- Le récepteur R n’enregistre rien quand l’avion M est à égale distance des deux groupes.
- Emission
- Fig-, S. — Repérage par ondes très courtes.
- Les antennes de l’émetteur et du récepteur sont constituées par de petits doublets A.,, A2, placés au foyer des miroirs paraboliques Hx, II a et alimentés par des câbles dits « coaxiaux » C,, Cl,.
- suffisante pour que le faisceau réfléchi fût encore assez intense pour impressionner le récepteur. On y est parvenu grâce aux progrès réalisés .d^S^^&éinelleurs à ondes très courtes.
- 7/
- U'"?
- La mesure ch départ et le retour
- La m4s.#jP
- istances par l'écho.
- Sfe de temps très bref qui sépare le ïè impulsion s’effectue à l’aide d’un instrument bien connu en télévision : l’oscillographe cathodique. Sur son écran fluorescent un mince pinceau d’électrons issu d’une cathode chaude trace un spot lumineux dont la position varie selon les potentiels appliqués à deux paires de plaques respectivement horizontales et verticales.
- Fig. 7. — Antennes de Radar terrestre à longue portée.
- Les appareils transmetteur et récepteur sont placés sous terre dans les abris que l’on voit à l’arrière-plan (Phot. New-York Times).
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- procédas basés sur les propriétés des antennes directives. Le plus simple est représenté schématiquement sur la figure 5. Le récepteur comprend deux groupes d’antennes horizontales orientables A1 et A„ reliés par une ligne L introduisant entre eux un retard d’une demi-longueur d’onde.
- Lorsque l’avion ou le bâtiment à repérer est à égale distance des deux groupes d’antennes, chacun d’eux développe deux tensions égales et opposées et le récepteur n’enregistre rien. Dès que l’avion est déporté à droite ou à gauche de l’axe, un retard supplémentaire est introduit par suite de l’inégalité des trajets de retour des ondes et l’écho apparaît. La détermination du site se fait de la même façon en utilisant deux systèmes d’antennes verticales.
- Les premiers Radars étaient fort encombrants. On utilisait des longueurs d’onde de plusieurs mètres et les aériens horizontaux et verticaux avaient eux-mêmes plusieurs mètres de longueur d’onde.
- On sait aujourd’hui produire des ondes hertziennes de quelques centimètres ainsi que nous l’avons indiqué dans un précédent article (l). A l’aide de magnétrons a anode fendue et cavités, on a mis au point des Radars fonctionnant sur io cm de longueur d’onde. Les aériens utilisés à
- Fig. 8. — Groupe d’antennes transportables pour Radar.
- (Pbot. New-York Times'). 1. Voir La Nature, n” 3013 du 1" août 1945.
- L’impulsion après réflexion et amplification est appliquée sur les plaques verticales de l’oscillographe. Un balayage en dents de scie appliqué aux plaques horizontales fait dévier le spot proportionnellement au temps. Au moment où le spot se trouve au point de départ du balayage l’émetteur envoie une impulsion. Celle-ci risquerait de saturer le récepteur placé à proximité s’il n’était alors désensibilisé pendant un temps très court. Lorsque l’impulsion revient elle s’inscrit sous forme d’un crochet. Un deuxième objet, plus éloigné peut renvoyer à son tour une partie de l’énergie de la même impulsion et proA'oque un second crochet. L’écran de l’oscillographe présente alors l’aspect de la figure 4. On y voit deux échos.
- L’échelle des abscisses est graduée en distances et la position des crochets correspondant aux échos donne les distances cherchées. Donnons un exemple :
- Supposons la fréquence de récurrence égale à 3 ooo ainsi que la fréquence de balayage, le diamètre de l’écran égal à 20 cm; l’écho est observé à i5 cm du point de départ du balayage (OEx = i5 cm) ; cet écho arrive 3/4 de période après le top de
- départ donc ~ X -5—— = -7—— de seconde après lui. La
- vitesse des ondes étant de 3oo 000 km/sec, la distance entre
- ... ... , ~ 3oo 000 „ _ ,
- 1 emetteur et 1 obstacle est : D = ---.-- = 37,0 km.
- 2x4 000 '
- L’écho paraît d’ailleurs fixe par suite de la persistance des impressions lumineuses sur la rétine.
- Repérage de la direction et du site.
- Pour fixer complètement la position du but, il faut connaître, outre sa distance, sa direction en projection horizontale (azimut ou gisement) et son site. On utilise pour cela différents
- Fig. 9. — Système d’antennes à miroirs paraboliques
- pour ondes courtes. (Phot. New-York Times).
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- l’émission et à la réception sont représentés sur la figure 6. Ce sont deux petits doublets demi-onde Ax et A, (donc longs de 5 cm) placés aux foyers de deux miroirs paraboliques Mx et M2. Ils sont alimentés par deux câbles du type coaxial Cx et C2 reliés respectivement à l’émetteur et au récepteur. Un câble coaxial est un câble de construction spéciale qui se prêle à la transmission des courants à très haute fréquence. Les deux systèmes sont mobiles autour de leurs axes et se déplacent parallèlement entre eux (fig. 9). Sur ces ondes très courtes l’émission est localisée dans un pinceau très mince ayant pour axe l’axe de symétrie du réflecteur : quand un mobile passe dans le pinceau il provoque un écho. On obtient directement la distance, le gisement et le site du mobile cherché. Naturellement la recherche est ici très laborieuse. Aussi est-on obligé de conjuguer les Radars à ondes moyennes (de 1 m à 3 m) et les Radars à ondes très courtes (de 5 cm à 4o cm).
- Les premiers dégrossissent la mesure et font de l’exploration lointaine, les seconds, très précis, utilisent les renseignements qui leur sont fournis pour « prendre en chasse » le mobile. Les installations à ondes très courtes, plus maniables, peuvent être montées sur avions, les autres étant toujours à terre. Elles peuvent balayer automatiquement en spirale une certaine zone de l’espace. Il suffit pour cela d’entraîner par un moteur les aériens et les réflecteurs de l’émetteur et du récepteur, leurs axes l’estant constamment parallèles.
- On a pu, avec ce procédé, représenter sur l’écran de l’oscillographe cathodique une véritable carte du paysage exploré et cela quel que soit le temps, qu’il y ait ou non des nuages ou. de la brume, qu’il fasse jour ou nuit. C’est le procédé connu sous le nom d’indicateur du plan de position (en abrégé P. P. I.). Il utilise un écran dit panoramique.
- Il faut ici que le spot balaye tout l’écran en un temps très court, inférieur à 1/16 de seconde, afin que la persistance des impressions lumineuses sur la rétine donne à l’œil l’impres-
- Fig. 10. — Un paysage d’Allemagne vu à distance par Radar.
- Un district industriel au voisinage de Munich.
- — Installation mobile fonctionnant sur onde moyenne.
- sion d’un fond de teinte uniforme sur lequel les échos forment des taches d’éclaircissements variés. On peut par exemple faire tourner les plaques de l’oscillographe autour de l’axe géométrique de l’appareil en synchronisme avec la rotation des aériens et des réflecteurs. Un balayage en dents de scie est toujours appliqué sur une paire de plaques, l’écho étant appliqué sur l’autre paire.
- On peut également maintenir immobiles les deux paires de plaques et leur appliquer des tensions de forme compliquées telles que leur composition en fonction du temps donne le balayage voulu, l’écho modulant l’électrode de Whenelt de l’oscillographe et faisant ainsi varier l’éclairement de l’écran en fonction de la nature de l’écho enregistré (fig. 10). Différents échos apparaissent; leur position sur l’écran est fonction de leur distance et de leur emplacement sur le terrain. On conçoit que ccs différentes taches plus ou moins contrastées reconstituent le paysage balayé par le champ émetteur. Ce procédé rappelle un peu la télévision, avec celte différence essentielle cependant qu’il n’y a pas d’énergie lumineuse utilisée comme intermédiaire.
- Aussi les images obtenues peuvent-elles ne rappeler que de très loin une photographie du paysage. Il y a malgré tout dans celle invention une réalisation d’une « optique » vraiment originale (un peu analogue à l’optique électronique sans ondes lumineuses).
- Les applications du Radar.
- Les applications du Radar sont très nombreuses et nous ne pouvons qu’en esquisser l’énumération. Jusqu’ici d’ailleurs on a surtout développé les applications militaires.
- La première application est la recherche et le positionnement des avions par des appareils placés à terre ou sur les bateaux. Les Anglais ont été les premiers à donner une grande ampleur à ce mode de détection qui leur a rendu tant de services lors des attaques allemandes d’août 1940. La figure n montre une photographie d’un appareil employé sur ondes moyennes (i,5o m environ). On reconnaît l’émetteur avec son modulateur qui découpe l’émission, l’antenne d’émission à brins horizontaux, fortement dirigée, puis l’antenne de réception pour la mesure de l’azimut avec le récepteur correspondant et l’antenne à brins verticaux pour la mesure du site avec son récepteur ; on voit également les oscillographes catho-
- ANTENNE _ AZIMUTALE I
- ANTENNE ' D'EMISSION
- Fig. 11.
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- Fig-, 12. — Radar à onde très courte pour conduite du tir.
- (Phot. New-York Times).
- cliques pour la mesure de la dislanee, de l’azimut et du site. Trois opérateurs sont placés respectivement devant les écrans fluorescents de ces oscillographes. Le premier voit un écho et mesure la distance, les deux autres manœuvrent les volants et font tourner les aériens de façon à annuler l’ccho. La lecture des volants de direction cl de bailleur donne alors l’azimut et le site. On arrive ainsi à déceler clés avions jusqu’à i5o km pour des sites atteignant quelques degrés.
- Une deuxième application est la conduite du tir sur but mobile la nuit ou par temps sans visibilité. La figure 12 montre un dispositif employé, cette fois sur onde très courte. On reconnaît à gauche l’aérien de réception et son réflecteur parabolique. La pièce se déplace en même temps que ce réflecteur, à peu près parallèlement à son axe. Un dispositif automatique corrige l’erreur balistique due à la non linéarité de la trajectoire de l’obus. Les opérateurs cherchent l’avion dans leur viseur en manœuvrant les volants de direction et hauteur. Lorsqu’un « écho » est enregistré, la pièce pointée automatiquement tire.
- On peut encore citer l’emploi de nuit de Radars légers montés sur avion permettant de déceler les avions iroisins et d’éviter les .collisions avec les avions amis ou de tirer sur les avions ennemis, l’utilisation des Radars pour la lutte anti-sous-jmarine, pour le déclenchement de fusées d’obus anti-aériens, etc...
- La défense contre le Radar.
- Le Radar du point de vue militaire a de nombreux ennemis. On peut le brouiller en émettant des impulsions sur la même longueur d’onde. On peut aussi créer des échos fictifs avec des masses métalliques. C’est pourquoi, à partir de 1940, les bombardiers alliés, aux prises avec la D. C. A. allemande, lançaient ces rubans de papier métallique qui ont intrigué tant de personnes. Ce moyen a été employé pour la première fois au cours d’un bombardement de Hambourg et il a complètement désemparé les Radars allemands qui signalaient des avions enne-
- mis dans tous les points du ciel. Les Allemands, de leur côté, ont imaginé un autre moyen de lutte en appliquant sur les mobiles exposés à être délectés des peintures « antiradar » absorbant les ondes radio-élcctriques.
- Pour le temps de paix.
- On peut espérer utiliser le principe du Radar pour de nombreuses applications civiles. Citons les plus probables : renforcement de la sécurité à bord des navires (détection des icebergs, des écueils, etc...) et des avions (pour éviter les collisions), navigation à grande distance des avions (à l’aide de systèmes déjà employés, que nous ne pouvons malheureusement pas décrire dans un aperçu aussi sommaire, tels que la « Gee Box » ou le procédé Loran), détection des avions sur les terrains d’atterrissage, altimètres donnant à chaque instant la hauteur de l’avion au-dessus du sol, etc... Mais l’intérêt essentiel du Radar nous paraît être d’avoir attiré l’attention des techniciens sur l’émission d’impulsions dont l’importance dans le domaine des télécommunications apparaît dès maintenant de premier ordre.
- Robert Chauvine au.
- Fig. 13. — Projecteur orienté par Radar.
- (Phot. New-York Times).
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- LE CAOUTCHOUC CHLORE
- Historique.
- Dès la fin du xvme siècle, Foxjrcroy aurait été le premier à faire du caoutchouc chloré sans le savoir, en coagulant le. latex par l’eau de chlore.
- Berzélius, en i83g, prétend que le caoutchouc est insensible à l’action du chlore. Cette opinion reconnue inexacte, la question est activement reprise une vingtaine d’années plus tard par divers chercheurs : Tratjn en Allemagne, Newton en Anglc-tverre, Engelhard et Havémann aux États-Unis. Et en 18G1, Havémann précise, dans un brevet, qu’un mélange de caoutchouc chloré, de chaux et de carbonate d’ammoniaque est inat-laqué par les acides et les corps gras.
- Tous ces travaux étaient empiriques, la constitution chimique du caoutchouc étant alors inconnue.
- Ce n’est que beaucoup plus tard, en 1888, que Gladstone et IIibbert reprennent la question et parviennent à préparer un caoutchouc chloré contenant G5,i8 pour xoo de caoutchouc, tout à fait analogue aux produits de l’industrie actuelle.
- En 1890, Thomas Edison prend un brevet pour « l’emploi du « balata chloré ou de la gutta-percha chlorée pour fournir un « isolant résistant, flexible et ininflammable pour conducteurs « électriques ».
- Malgré les recherches et l’intérêt que suscite le nouveau produit, ce n’est que beaucoup plus tard que le caoutchouc chloré apparaît, sur le marché des produits chimiques. En 1916, une compagnie anglaise : United Alkali Cy, met en vente le premier de ces produits en solution dans le benzène sous le nom de Duroprène, préparé par la méthode Peachey.
- Pendant le même temps, en Allemagne, aux États-Unis, on poursuit activement l’étude de la question et en xg3o, la « New-York Hamburger Gummi Warren » présente le premier caoutchouc chloré solide offert au commerce. Il est fabriqué à Tor-nesch près de Hambourg et dénommé Tornesile.
- Ce produit a le plus grand succès et rapidement de nombreux produits similaires apparaissent dans les pays industriels. Sous des noms variés, les qualités et propriétés sont très similaires.
- On trouve comme principaux caoutchoucs chlorés :
- En Allemagne : le Pergul de l’I. G. Farben ; le Tegofan de la Chemische Fabrik Bückau ; le Dartez de la Metallgesellschaft.
- En Angleterre : l’Alloprène des Impérial Chemical Industries.
- Aux États-Unis : le caoutchouc chloré Hercules Powders Cy ; le caoutchouc chloré Pennsylvania Sait Cy.
- . En France : PEIectrogum.de la Société d'Électro-chimie; le caoutchouc chloré de la Société Pechiney.
- En Italie ; le Clilortex de la Société Caffaro, etc.
- On remarquera que ce sont surtout les sociétés productrices de chlore et non celles spécialisées dans l’industrie du caoutchouc qui se sont intéressées au nouveau produit. Ceci est logique, étant donné qu’il faut consommer environ x kg. de chlore pour x kg de caoutchouc chloré et que le transport du chlore est bien plus compliqué que celui du caoutchouc.
- La fabrication.
- Pour la fabi’ication du caoutchouc 'chloré, on part généralement de la qualité dite crêpé. On la met en solution puis on traite par le chlore. Le balata et la gutta-percha sur lesquels •des essais avaient été poursuivis au début semblent maintenant pratiquement abandonnés.
- La succession des opérations est la suivante :
- Le crêpe est d’abord divisé mécaniquement par une calandre appropriée pour faciliter sa mise en solution ultérieure.
- Cette solution est préparée avec un solvant insensible au chlore, on choisit habituellement le tétrachlorure de carbone, qui présente au surplus l’avantage d’un point d’ébullition bas permettant son élimination facile.
- On procède ensuite à la chloruration. Le mécanisme chimique de l’opération n’est pas parfaitement élucidé et diverses théories ont été proposées. Leur discussion est ici sans utilité. 11 suffit de noter que l’on observé une chloruration produisant à la fois une addition et une substitution d’atomes de chlore dans la molécule de caoutchouc. L’isoprène, constituant essentiel du caoutchouc qui en est une forme polymérisée, a pour formule
- CIP = G —CII — Cil2 U1
- \ ) . Par l’action du chlore, les doubles
- CIP / • .
- liaisons disparaissent par addition de chlore, puis des atomes d’hydrogène cèdent leur place au chlore par un mécanisme dont les détails sont encore obscurs et l’on parvient finalement à l’obtention d’un corps de formule brute (C10H12Cl8)n qui contient 68,24 pour 100 de chlore et qui paraît être le dérivé du caoutchouc le plus chloré que l’on puisse obtenir.
- Ce caoutchouc chloi’é est enfin séparé du solvant.
- L’opération ainsi décrite apparaît très simple. En réalité elle est pratiquement assez difficile à conduire pour obtenir des produits toujours identiques. Il ne faut pas perdre de vue que l’on part d’un produit naturel qui, lui-même, n’est pas constant. Suivant le produit initial et les conditions de fabrication, on obtient des résultats différents quant aux propriétés du caoutchouc chloré obtenu. Les différences portent surtout sur les degrés de viscosité des solutions du produit final.
- Divers détails de fabrication portent sur des dispositions spéciales aux divers procédés utilisés : l’emploi des sels de cuivre, du chlorure en particulier, pour la désagrégation du caoutchouc; l’action des radiations des lampes à vapeur de mercure qui agissent en modifiant la viscosité des solutions.
- Les essais de chloruration dii’ecte du latex ne semblent pas avoir abouti techniquement; la coagulation prématurée paraît le principal obstacle à surmonter.
- Les propriétés du caoutchouc chloré.
- Suivant le procédé de fabrication mis en œuvre et surtout suivant les conditions dans lesquelles il a été séparé de son solvant, le caoutchouc chloré se présente en poudre, en petites écailles ou en flocons dont la couleur varie du blanc au crème et dont la densité apparente est très faible.
- Il est incombustible; chauffé, il ne fond pas, mais se décompose et cliarbonne à partir de i4o° C.
- Les pellicules de caoutchouc chloré obtenues par évaporation de leurs solutions sont assez résistantes : la charge de rupture est voisine de 4 kg par millimètre carré. L’allongement varie de 3 à 4 pour 100. Leur perméabilité à l’eau et à la vapeur d’eau est pratiquement nulle. Leurs qualités diélectriques sont très élevées. Elles présentent une haute résistance à de nombreux réactifs chimiques.
- Les solutions trouvent d’autres applications plus importantes du fait de leur viscosité. Pour une même composition chimique, des conditions de chlorurations différentes peuvent conduire à l’obtention de produits ayant, à concentration égale, toute une gamme de viscosités, s’étendant pour des produits commerciaux en solution à 20 pour 100 dans le toluène à 25° C., de 3o à
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- 900 centistokes. Pour concrétiser ces variations de viscosités, notons que si l’on mesure le temps de chute en secondes, d’une bille d’acier de 2 mm de diamètre, dans une éprouvette verticale, entre deux traits distants de 25 cm, remplie de la solution de caoutchouc chloré à 20 pour 100 et 25° C., ce temps de chute peut varier de 3 à 160 secondes.
- Ces produits commerciaux sont livrés, suivant les fabricants, sous trois ou même quatre spécifications : basse, moyenne, haute et très haute viscosité.
- Dans la plupart de ses applications, comme vernis, en particulier, le caoutchouc chloré est employé en solution; la nature, l’épaisseur, la tenue des pellicules sont fonction de la viscosité initiale de la solution et c’est elle qui conduit, pour un usage déterminé, au choix d’un type de caoutchouc chloré approprié à l’emploi considéré.
- D’autre part un produit commercial doit présenter des qualités de stabilité photo-chimique : insensibilité à la lumière et aux rayons ultra-violets, de stabilité thermique et de stabilité des solutions, en particulier quant à leur limpidité.
- D’une manière générale, on peut dire que le caoutchouc chloré est soluble dans les hydrocarbures cycliques : benzène, toluène, xylènes, solvant-naphta; dans les hydrocarbures chlorés : trichloréthylène, dichloréthane, dichlorobenzène, tétrachlorure de carbone, chloroforme, etc. Il est soluble également dans le diacétane-alcool, dans les acétates d’éthyle et de butyle, etc.
- Par contre, il est insoluble dans l’eau, dans les essences et huiles minérales, dans les alcools éthylique et mélhylique, l’essence de térébenthine, mais ses solutions peuvent admettre une certaine proportion de ce dernier solvant.
- Un caoutchouc chloré déterminé donne des solutions de viscosités variables suivant les solvants, les solutions dans les carbures aromatiques étant généralement les plus fluides.
- Les pellicules de caoutchouc chloré sont très dures; leur élas-1 ici té varie avec la viscosité; on peut la modifier par adjonction de plastifiant.
- Le caoutchouc chloré est compatible avec un grand nombre de ceux-ci : esters phtaliques, huile de lin, de bois de Chine, de poisson, de ricin, résines de coumarone, résines synthétiques diverses, mais les plastifiants de choix sont certains dérivés chlorés : diphénylchlorés, naphtalines chlorées, paraffines chlorées, etc., qui ne modifient pas la résistance chimique.
- Une qualité caractéristique des pellicules de caoutchouc chloré est précisément leur résistance exceptionnelle à l’eau et aux réactifs chimiques. Elles sont incomparablement moins perméables que les films de dérivés cellulosiques à épaisseur égale et assurent une protection de tout premier ordre. Elles tiennent aux acides nitrique, chlorhydrique, acétique, formique, etc. ; aux alcalis; aux hypoclxloriles, au chlore, à l’ozone, à l’acide sulfureux, à l’hydrogène sulfuré, etc.
- - Les applications
- Le caoutchouc chloré constitue donc une nouvelle matière première précieuse et de toute première importance pour la fabrication de peintures et vernis de haute résistance. C’est actuellement son débouché principal. Les difficultés rencontrées au début ont disparu. Elles étaient dues surtout à l’emploi de plastifiants malencontreux, mais des formules ont été établies pour chaque cas et on est parvenu ainsi à des résultats inégalables par d’autres techniques dans beaucoup d’applications spéciales. Ces formules nouvelles trouvent des usages multiples. On peut citer notamment : en travaux publics, peintures et enduits imperméables pour barrages, réservoirs, ravalements, ouvrages à la mer; en industries chimiques et alimentaires, protection d’appareillage en métal, bois ou ciment, peinture intérieure d’emballages résistant aux acides, alcalis, essence, alcools,, etc.; en constructions navales, leur résistance excep-
- tionnelle à la mer et à l’air salin leur assure un débouché de premier plan aussi bien pour les superstructures que pour les coques de bâtiments. Leur haut pouvoir diélectrique les rend très efficaces pour la protection contre les phénomènes de corrosion électrolytique. Dans l’industrie ferroviaire, protection du matériel fixe ou roulant exposé aux intempéries. De même, dans le matériel de guerre : en Allemagne, on a retenu l’emploi des peintures au caoutchouc chloré pour cet usage et il est d’emploi obligatoire depuis ig36. L’industrie électrique l’utilise pour la protection et l’isolement des câbles et fils sous coton et des éléments de machines.
- Les peintures et vernis à base de caoutchouc chloré ont un grand pouvoir couvrant et une excellente adhérence aux surfaces, à condition que celles-ci aient été d’abord parfaitement préparées, notamment débarrassées des poussières, de la rouille ou des corps gras qui pourraient les souiller.
- La caoutchouc chloré peut être mélangé au goudron et aux peintures, au brai dissous dans le solvant-naphta. Les produits obtenus sèchent et durcissent rapidement, donnant des enduits de haute résistance chimique et constituant une protection efficace contre la corrosion.
- Bien d’autres applications du caoutchouc chloré sont réalisées avec succès : pour l’ignifugation et l’imperméabilisation des textiles et pour la préparation de certains apprêts permanents; pour composer des encres spéciales pour imprimer et marquer les étoffes ; pour l’établissement de formules de colles imputrescibles, ininflammables et résistantes aux agents chimiques et à l’humidité; pour supprimer l’hygroscopicité des calorifuges de réfrigérants et les protéger contre la montée d’humidité par capillarité; pour la préparation de produits d’imprégnation ingnifuges pour les tissus. On doit signaler à ce propos que le caoutchouc chloré peut être très facilement mis en émulsion dans l’eau, le mélange obtenu étant utilisable tant comme enduit que pour imprégnation.
- Allié à d'autres dérivés chlorés et incorporé dans les mélanges de caoutchouc, il permet de fabriquer des câbles, tapis, tuyaux, etc., complètement ininflammables.
- Enfin, d’autres possibilités d’emploi qui, pour le moment, n’en sont encore qu’au stade des études, semblent ouvrir au caoutchouc chloré des débouchés presque .illimités. Ce sont notamment l’addition du caoutchouc chloré aux goudrons et bitumes des liants des revêtements routiers. Il a été indiqué plus haut que ces deux corps étaient miscibles. On a pu constater que les propriétés physiques du goudron étaient modifiées de façon appréciable par addition de petites quantités (de 3 à 5 pour 100) de caoutchouc chloré. En particulier l’élasticité et Ja tenue mécanique augmentent, en môme temps que se réduisent les variations de viscosité en fonction de la température.
- Des recherches intéressantes sont en cours pour l’utilisation du caoutchouc comme poudre à mouler et également pour la préparation de masses plastiques en mélange avec d’autres produits, en particulier des dérivés chlorés des paraffines ou de la naphtaline ayant eux-mêmes des caractères plastiques.
- Des mélanges judicieusement établis donnent une série de matières dont le degré de dureté à la température ordinaire peut varier dans de très larges proportions et dont les applications apparaissent nombreuses.
- Les caoutchoucs synthétiques, en particulier ceux de buta-diène ont également conduit à l’obtention de dérivés chlorés. On y retrouve les propriétés de ceux préparés à partir du produit naturel. La constitution chimique régulière des produits de synthèse donne à leurs dérivés ces mêmes caractères de constance, qui seront certainement appréciés des usagers.
- Les caoutchoucs chlorés sont déjà entrés dans la technique courante d’un certain nombre d’industries et leurs perspectives d’avenir restent pleines de promesses.
- Lucien Perruche,
- Docteur de l’Université de Paris.
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- LA PESTE
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- La peste est une maladie qui a particulièrement mauvaise réputation. Les étymologistes nous apprennent que son nom latin, pestis, vient de pessimum ce qui indiquerait que les anciens romains la considéraient comme la plus redoutable des affections. Elle se présente sous trois formes : bubonique, septicémique ou pneumonique.
- La peste bubonique est la plus fréquente.
- Le début en est brusque et bientôt l’homme le moins averti des
- Fig. 1. — Un pestiféré atteint d'un bubon de l’aisselle
- (D’après une planche de l’Institut Pasteur).
- choses dé la médecine se rend compte de la gravité de l’affection qui s’installe. Des frissons violents, des maux de tête insupportables, des vomissements, une démarche chancelante rappelant celle de l’ivresse, tels sont les principaux symptômes.
- La fièvre est à 40° ou 41°, le malade a soif et bientôt il délire.
- Le bubon, qui donne son nom à cette forme do peste, est une adénite, une inflammation ganglionnaire. Le plus souvent le bubon siège à l’aine mais le creux de l’aisselle ou quelque autre territoire lymphatique peut être atteint.
- Le bubon est en général unique, gi’os comme une noix ou une mandarine, et extrêmement douloureux. Cette douleur est parfois si vive qu’on a pu croire qu’il s’agissait d’une hernie étranglée.
- Le malade est déprimé, anéanti, sans force.
- Le délire s’accentue, le malade sombre dans le coma et meurt en sept à huit jours.
- Mais certains cas peuvent évoluer vers la guérison. Alors on voit le délire s’atténuer. Le bubon ou bien se résorbe, ou bien se ramollit, crève et laisse échapper du pus.
- La convalescence est longue.
- La peste septicémique est d’une gravité considérable. Le début est particulièrement brutal, la fièvre est très élevée, le délire important. L’agitation alterne avec la torpeur. Il n’y a pas de bubon et le malade meurt en quarante-huit heures.
- L’évolution est parfois si brutale et si foudroyante qu’on voit le malade frappé brusquement dans la rue s’écrouler pour mourir en quelques instants.
- C’est dans ces formes septicémiques qu’ont peut voir parfois des hémorragies. Dans certaines épidémies les suffusions sanguines sous-cutanées étaient si importantes et si fréquentes qu’on parlait de la peste noire.
- La peste pulmonaire est due à la localisation primitive du bacille de la peste sur le poumon.
- Aux signes d’infection générale s’ajoutent une gêne de la respiration, de la cyanose et l’auscultation révèle l’atteinte du poumon.
- La mort survient en deux ou trois jours.
- Un peu d'histoire.
- On ne sait pas grand chose sur la peste dans l’antiquité. Certains pensent que l’affection qui affligea les Philistins quand ils eurent battu les Israélites et pris l’Arche d’Àlliance était une forme de peste. Le premier livre de Samuel fait en effet allusion à des tumeurs qui pourraient être des bubons et mentionne les souris. Or nous verrons le rôle important des rongeurs dans la propagation de la peste, Mais il faut reconnaître que les renseignements donnés par la Bible au premier livre de Samuel (chap. IY) sont insuffisants pour nous permettre de tirer des conclusions précises quant à la nature du fléau qui décima les Philistins.
- En fait la première pandémie connue est la peste de Justl= nien vers 540 après Jésus-Christ.
- Elle débuta — en apparence tout au moins — sur la côte Nord du Sinaï. Il est vraisemblable qu’elle avait été apportée d’Orient mais on ne sait rien à ce sujet. Constantinople est envahi par la maladie, dix ans après c’est l’Italie. La Gaule est contaminée en 545 et Grégoire de Tours raconte qu’on entassait les cadavres dans des fosses communes. Puis c’est la Germanie qui paie tribut au fléau.
- Cette pestis glandularia semble avoir été une peste à forme bubonique. Les gens de cette époque sont déroutés par cette affection de cause inconnue et pour comble de malheur la terre tremble à Byzance et les Goths envahissent l’Empire.
- Par la suite on voit surtout des épidémies localisées comme en 1270 celle de Tunis où succomba saint Louis.
- Au xive siècle apparaît la peste noire qui donne 1 impression d’avoir été une des plus terribles épidémies — sinon la plus terrible — qu’ait connue l’humanité.
- Elle aurait débuté en Chine selon les uns, dans les Indes selon d’autres vers 1336.
- Elle aurait tué 13 millions d’hommes en Extrême-Orient. Arrivée sur la Méditerranée elle atteint Constantinople en 1346 et Marseille l’année suivante.
- Pendant huit ans la peste va ravager l’Europe. La guerre et la famine s’ajoutent à l’épidémie, on comprend les ravages du fléau. On estime que sur une population de 100 millions, l’Europe perdit 25 millions d’hommes.
- C’était selon les cas une peste bubonique ou pneumonique. Ceux qui étaient attaqués de peste pneumonique « moriebantur infra 1res dies ». Par suite l’épi-
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- demie prit le type bubonique et les malades « moriebantur injra quinque dies » ainsi que le rapporte Guy de Chauliac à propos de l’épidémie d’Avignon.
- Les causes de la maladie sont très vagues dans l’esprit des contemporains. On cherche des explications astrologiques, on accuse les juifs. La peur pousse les fidèles dans les églises. On croit à la fin du monde.
- Désormais la peste est installée en Europe et jusqu’au xvne siècle elle est signalée à peu près chaque année en quelque endroit.
- Au xvme siècle on a encore la peste de Marseille, puis c’est Messine en 1743, la Russie en 1770.
- Au xixe siècle la peste semble se retirer de l’Europe pour se cantonner en Asie. On croit la maladie éteinte.
- Néanmoins vers 1890 une épidémie partie du Yunnan atteint Canton en 1894, puis Hong-Kong, Bombay. En 1900 l’Algérie est prise, Oporto, Hambourg, Naples, Marseille sont atteints. Mais — vraisemblablement par suite des moyens de prophylaxie — la peste cette fois fut loin d’être aussi meurtrière que jadis.
- Enfin en 1920, une petite épidémie tua encore 23 personnes à Paris et apparut dans divers ports d’Europe, à la suite des transferts de troupes et de populations de la fin de la guerre.
- Le bacille de la peste.
- Il fut découvert par le D1' Yersin, un élève de Pasteur, à l’occasion de l’épidémie de Hong-Kong en 1894. Il est ovoïde, arrondi à scs extrémités et clair au centre.
- Transmission de la peste.
- Divers problèmes se posent à l’occasion de la peste. Un des plus importants est celui de sa propagation. L’homme atteint meurt ou guérit mais il ne reste pas porteur de germes. D’un autre côté le bacille de Yersin est assez fragile et ne se conserve pas très longtemps.
- Dans ces conditions comment peut-on expliquer l’apparition des épidémies de peste ? En fait la maladie nous vient de certains animaux et en premier lieu du rat. Celui-ci peut présenter soit des formes septicémiques, soit des formes buboniques ou encore des formes chroniques et traînantes. Il peut même être porteur de germes sans être malade, vraisemblablement après guérison. En pareil cas le bacille de la peste continue à être hébergé par l’animal et constitue une source possible d’infection. Néanmoins on ne peut pas affirmer que le rat puisse demeurer indéfiniment un réservoir de bacilles.
- La maladie se pérennise-t-elle parce qu’elle passe successivement d’un foyer à l’autre ou bien d’autres rongeurs constituent-ils un réservoir permanent ?
- En fait, bien d’autres animaux à côté des rats sont susceptibles de contracter la peste et éventuellement de la transmettre à l'homme.
- Le tarbagane, de la famille des marmottes, le spermophile, certains écureuils et bien d’autres rongeurs interviennent dans la transmission.
- Mais pour que la peste passe d’un animal à un autre ou d’un animal à l’homme il faut faire intervenir la puce. C’est elle qui absorbe le sang du rat pesteux et le transmet à l’homme par ses déjections qui renferment des bacilles et souillent la plaie.
- Dans la peste bubonique la contamination se fait du rat à l’homme par l’intermédiaire de la puce et rarement directement d’homme à homme.
- Au contraire dans les formes pulmonaires le bacille est projeté au dehors par la toux. Mais il a été établi qu’il fallait un contact direct et prolongé avec un pestiféré pour contracter l’affection.
- Prophylaxie.
- Après ce qui a été dit sur le rôle des rats on comprendra que les mesures à prendre pour éviter les épidémies de peste visent d’abord les rats et autres rongeurs.
- La lutte contre les rats constitue un sujet extrêmement important qui a même été l’occasion de congrès internationaux.
- On a cherché à empêcher les rats de s’alimenter par toutes sortes de procédés : grillages aux fenêtres des sous-sols et soupiraux, obturation des ouvertures, etc., et à les détruire ; des équipes de dératiseurs existent dans les grands ports, les amarres des navires sont pourvues de disques empêchant les rats de communiquer entre le bateau et la terre, des appâts empoisonnés, des gaz toxiqtes, des virns sont utilisés.
- Fig. 3. — Le Docteur Yersin, qui découvrit le bacille de la peste.
- (Cliché Presse Médicale).
- On lutte aussi contre les puces, on cherche à détruire leurs œufs dans le sol et les nouveaux insecticides : D. D. T., hexa-chlorocyclohexane, sont de précieux moyens de prévention.
- La protection individuelle vise surtout à se protéger contre les piqûres de puces. Pour cela on porte des vêtements serrés aux poignets, aux chevilles et à l’encolure et on les imprègne d’eu-calyptol ou d’autres essences ; on saupoudre le corps d’insecticides.
- Le sérum antipesteux est utilisé non seulement à titre curatif où ses résultats sont excellents, mais aussi à titre préventif où son pouvoir est de courte durée.
- La vaccination est peu efficace pour préserver de la peste pulmonaire mais elle l’est en cas de peste bubonique.
- Par ailleurs il faut isoler le foyer pesteux et empêcher les populations de propager le fléau. On a en général recours à la force armée pour établir un cordon sanitaire. Et l’on va jusqu’à brûler les dépôts d’ordures, les taudis, où les rats aiment se réfugier.
- Dr Gabriel Mouciiot.
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- Ondes sonores rendues visibles au cours
- d'un bombardement
- I ’intékessayï phénomène décrit par M. Régnier dans notre numéro du 15 août 1945 a été observé en diverses circonstances par plusieurs de nos lecteurs.
- M. J. de Mare nous écrit qu’avec de nombreuses personnes, il a assisté à un spectacle analogue à Saint-Bomer-les-Forges, à peu près à mi-distance entre Fiers et Domfront.
- « Le phénomène a été observé le 13 août 19M vers midi, sur un ciel assez pur, mais avec quelques stratus. On pouvait voir, de temps à autre, des barres noires à peu près équidistantes, droites ou d’un très grand rayon de courbure, se déplaçant rapidement à une vitesse qui, sous l’angle d’observation, correspondait bien à la vitesse du son. La bataille de Mortain faisait rage et les explosions violentes de tous côtés ne permettaient guère d’identifier, parmi les nombreuses sources sonores, celle qui pouvait produire ce phénomène. »
- M. de Marc nous communique en même temps une observation publiée par M. Blaclcie dans la revue anglaise Nature, le 14 septembre 1940 :
- « J’ai été récemment témoin, dit M. Blackic, d’un combat aérien qui a eu lieu au cours d’un raid au milieu de la journée, et que j’observais d’une colline.
- Je faisais face au nord, en direction du lieu où se déroulait le combat; le soleil était au zénith derrière moi. Devant moi, et sous un angle de 70° à 80°, à une grande hauteur, on voyait les traînées de condensation des gaz d’échappement de quelques chasseurs anglais, qui formaient des bandes blanches sur un ciel bleu. Tout à coup, j’ai observé un certain nombre de barres noires se déplaçant clans les traînées blanches, à partir d’une direction nord-ouest d’où émanait le son d’explosions. Quand la bataille se déplaça vers le nord, puis vers l’est, la direction d’où venaient les ondes se modifia et différents trains cl’ondes apparurent comme ayant des longueurs d'onde différentes.
- Il semble clair qu’il s’agit d’ombres d’ondes sonores apparaissant sur le fond blanc des traînées laissées par les avions et ayant pour origine une différence de réfraction de la lumière solaire, par suite de la compression et de la raréfaction produites par les ondes. Ce phénomène était en effet analogue à ce que Von peut voir en observant le sable sur une plage à travers une couche d’eau peu épaisse ; les rides à la surface de l’eau produisent également des ombres sur le sable.
- Il est probable que d’autres personnes, placées d’une façon convenable, auront pu observer cette démonstration des ondes sonores rendues visibles, mais ne l’auront pas encore signalée. »
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- M. le Dr Métivjet, membre de l’Académie de chirurgie, nous écrit :
- « Un malin d’avril ou mai I9M, vers 8 h, par temps splendide et particulièrement clair, j’ai observé et fait observer un phénomène semblable.
- Il y avait deux centres de bombardement éloignés d’au moins 10 km du lieu où j’étais. Les ondes sonores cheminaient en deux groupes, comme cela est figuré dans votre article. Chaque train d’ondes était constitué par trois ou quatre bandes longues et étroites, un peu plus sombres que le fond du ciel et séparées par des bandes étroites et plus claires.
- En appréciant grossièrement la vitesse angulaire de déplace-
- ment de ces ondes, j’ai cru pouvoir estimer que le phénomène se produisait à 7 000 ou S 000 m de hauteur. »
- M. J. Sequies, ingénieur à Rueil, a également lait au cours de l’été 1944 une observation précise et intéressante dans la banlieue parisienne, au cours d’un raid de bombardiers lourds alliés, qu’il a pu suivre à une distance de 18 km environ/
- « C’était, dit-il,-par une très belle journée d’été sans aucun nuage. Au milieu de l’après-midi, la vague de bombardiers arriva et après le lancer d’une fusée, largua ses bombes. Je pus suivre assez exactement à la jumelle le parcours des bombes qui brillaient au soleil. Aussitôt après avoir perdu de vue les projectiles, j'abandonnai les jumelles et je vis nettement la propagation dans l’atmosphère d’une onde centrée sur le point de chute. A la différence de M. Régnier, je vis les ondes sous forme de demi-cercles dans un ciel absolument pur, légèrement brumeux à l’horizon comme toutes les chaudes journées. J’ai retrouvé exactement l’aspect d’une pierre jetée en eau calme, avec sept à huit cercles visibles simultanément jusqu’à une altitude voisine de celle des bombardiers quadrimoteurs ayant prononcé l’attaque. Le phénomène a été très fugitif, quelques dixièmes de seconde seulement.
- La seule explication que j’aie trouvée alors au phénomène est une variation de l’indice de réfraction de l’air sous l’effet de l’onde de pression. »
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- M. le D1' BftETEY, chef de service à l’Institut Pasteur, a fait, le 4 juin 1944, vers 13 h 40, une observation très précise du phénomène. Du balcon de son appartement, rue Lacretelle à Paris, il voyait les nuages des éclatements à droite du profil du Mont Valérien :
- « Temps ensoleillé; bleu du ciel à peine atténué par un voile très ténu, uniforme et paraissant à haute altitude. Les ondes ont été observées dans une zone assez circonscrite du ciel, sensiblement circulaire, d’environ 25 degrés de diamètre, entre 55 et 60 degrés au-dessus de l’horizon et de part et d’autre d’un plan vertical passant par la région bombardée.... Les ondes étaient en segments de cercle à assez grand rayon et se propageaient concentriquement à grande vitesse.... Les ondes étaient soit plus sombres, soit plus blanches que le fond du ciel, c’est-à-dire donnant l’impression ou bien d’une disparition complète ou bien d’une augmentation de densité du voile atmosphérique. « Il n’y avait pas d’alternances régulières entre ondes claires et foncées. La vitesse de traversée de la zone de visibilité m’a paru être pour chaque onde de 1 s 1/2 à 2 tout au plus. Un instant, j’ai pensé comme M. Régnier qu’il s’agissait d’ondes sonores, mais si leur vitesse était celle du son, les indications ci-dessus tendraient à admettre une altitude du voile qui me paraît trop faible et peu compatible avec l’ordre de grandeur du rayon de courbure et l’ensemble des conditions d’observation. Aussi ai-je pensé qu’il s’agissait plutôt d’ondes de choc ou balistiques dues à l’effet de souffle de chaque explosion, et dont la vitesse de propagation peut être ti'ès grande. L’explication du phénomène n’est pas de ma compétence, mais ne pourrait-on supposer que des ondes de compression et de- décompression successives, augmentant ou diminuant la condensation de la vapeur cl’eau (au besoin sous forme d’aiguilles de glace) dans une zone de saturation, aient pu
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- produire l’aspect observé ? Le voile atmosphérique avait sans doute une très faible épaisseur, et les conditions d’éclairage et d’humidité devaient être particulièrement favorables. »
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- M. Hoffmann, professeur de sciences au Collège de Lure, nous adresse une intéressante relation d’un phénomène analogue, mais observé par lui dans des conditions différentes à Lure, le dimanche 15 octobre 1944, à la sortie de la messe.
- « Par temps clair et assez frais, le soleil nous envoyait ses rayons à travers un grand nuage de cirro-stratus et d’alto-stratus très blancs. A environ 10° à 20° à l’est de l’astre, on voyait une lueur très vive, une espèce de faux soleil irisé sur les bords. On voyait aussi par moment des débuts d’arc lumineux près de ce faux soleil. Sur l’arc dont la longueur et l’éclat évoluaient assez vite, le rouge et le bleu étaient les couleurs les plus vives. De plus, on voyait, à intervalles de temps irréguliers, mais assez courts, des rides (ondes) rectilignes passer sur le nuage qu’elles balayaient à grande vitesse dans des directions variables d’un train d’ondes à l’autre. Peu avant l’étrange apparition, on avait entendu des avions dans le ciel, volant très haut et laissant des traînées blanches encore visibles. Le canon avait tiré à ce moment, probablement . contre ces avions ennemis (Il n’y avait pas eu de bombardement dans la région) ».
- M. Hoffmann conclut qu’il a assisté ce jour-là, ainsi qu’une bonne partie de la population de Lure, à un double phénomène : un halo solaire ou plus exactement une ébauche de halo due à la nature du nuage et à la position du soleil, et des ondes balistiques visualisées par le nuage et provoquées vraisemblablement par un tir éloigné de canons contre avions. L’éloignement du centre d’ébranlement explique la forme rectiligne des ondes ainsi que leur direction de propagation légèrement variable avec les différents trains d’ondes.
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- Le Dr Ch. TniERKY a observé le même phénomène dans les Alpes en juin 1940, le premier jour de l’attaque italienne contre le fort La Redoute Ruinée qui domine le col du Petit Saint-Bernard. Les ondes correspondaient aux éclatements des projectiles lourds frappant le fort ; elles apparaissaient sur les traînées nuageuses laissées précédemment par le passage des avions à G ou 7 000 m et étalées en fines surfaces blanches. Centrées sur la verticale du fort, elles se propageaient assez rapidement, tantôt régulièrement tantôt par saccades.
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- Enfui M. Groube, de Fès (Maroc) nous signale qu’il a fait des observations analogues au cours de bombardements le IG décem-' bre 1943 en Italie et, en France, le lo octobre 1944.
- Le lancement par avions, aux troupes encerclées, de plasma sanguin pour la transfusion du sang
- Instrument de précision à usage médical lancé par avion aux troupes encerclées
- d’une hauteur de 3 OOO m.
- 11 n’est pas indispensable d’employer le sang entier pour obtenir le même résultat que par la transfusion du sang à un blessé atteint d’une forte hémorragie : le plasma suffit, à condition, bien entendu, ou que ce plasma provienne du sang d’un donneur universel, ou qu’il soit destiné à un récepteur universel.
- Depuis plus d’un an, rapporte la Medical Newsletter de février 1945, l’Armée américaine se sert d’un mode d’emballage des ampoules de plasma sanguin qui permet de le distribuer par avions aux troupes encerclées.
- Les ampoules sont entourées d’une fine fibre de bois et logées dans une caissette en bois qu’on protège par une sorte de frettage fait d’un cordonnet à plusieurs torons d’un fil d’acier spécial à haute résistance, qui est enroulé sous tension autour de la caissette. Ce frettage est obtenu au moyen d’une petite machine fliue à la main. La caissette ainsi cuirassée pèse 45 kg. On la lâche du haut d’avions pouvant voler à 3 000 m d’altitude et même davantage. Quelquefois, la caissette, après avoir touché le sol, rebondit jusqu’à 9 m en l’air, mais sans que les ampoules soient brisées. Le frettage agit à la fois comme un ressort et comme un amortisseur de choc.
- Auparavant on utilisait un parachute, mais ce lancement n’était pas plus sûr qu’en chute libre ; de plus, le parachute peut être 'facilement repéré par l’adversaire et détruit par lui ; le vent peut aussi le faire dériver et tomber entre ses mains.
- Un emballage du même genre permet d’obtenir les mêmes résultats. Ainsi, on lâche des caissettes fret-tées à l’intérieur desquelles on a logé une boîte en carton ondulé ou en bois contreplaqué qui, elle-même, renferme un instrument de haute précision.
- Ici, faute de caoutchouc, réservé presque exclusivement à la fabrication des pneus pendant la guerre, on a remplacé les élastiques de caoutchouc par des ressorts métalliques en acier.
- Après usage, tout ce matériel d’emballage peut être récupéré.
- R. L.
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- LE STROPHANTUS
- GRATUS
- en Afrique
- Occidentale Française
- Dans un précédent article (La Nature du icr novembre iq45), j’ai dit la belle réussite de M. Bardin et de ses prédécesseurs qui ont pu établir au Ton-Ivoui, près de la frontière Côte d’ivoire-Libéria, une nouvelle station française de quinquinas.
- Mais j’ai aussi à remercier M. Bardin de la détermination qu’il a bien voulu faire à ma demande, sur la documentation botanique et sur les graines-types que je lui envoyai, du Stro-phantus gratus dans le territoire du secteur 12 (Man) de prophylaxie de la maladie du sommeil. C’est le premier résultat positif qu’à ma connaissance on ail enregistré en A.O.F.
- Le Cameroun, principal producteur et à peu près le seul du Strophantus gratus, à la graine glabre caractéristique, jusqu’ici considéré comme thérapeutique et pas trop toxique, ayant été fermé pendant quatre ans à la Métropole, j’avais demandé à quelques médecins de secteurs de Guinée et de Basse Côte d’ivoire, colonies situées sensiblement sur le même parallèle que le Cameroun-sud, d’enquêter sur l’existence à l’état sauvage, dans leurs territoires, du Strophantus gratus. On sait combien le Strophantus hispidus est répandu dans ces mêmes régions, où il entre notamment dans la composition des poisons préparés par les autochtones, dans celui des sagaies et des flèches en particulier. Au sud du Niger, j’ai trouvé non rarement des buissons d’un Strophantus qui fut déterminé sous le nom de Strophantus sarmentosus (1). Il entre aussi dans la mixture toxique qu’emploient les indigènes pour leurs armes.
- Aux questions que j’avais posées à mes médecins, les réponses furent négatives, sauf pour le secteur 12 (Man) dont le chef (le médecin capitaine Larligau) transmit de ma part documentation utile et graines-types à M. Bardin, chef de la station-quinquina du Ton-Ivoui.
- Il y a 46 espèces, actuellement connues, de Strophantus. Elles se présentent, suivant le lieu et le climat, sous forme de buisson sarmenteux ou de lianes. Les trois espèces les mieux repérées pour leurs qualités thérapeutiques sont : le'Strophantus Kombe (Afrique Orientale, Kenya, Tanganika), d'où l’on extrait la strophantinc cristallisée Iv ; le Strophantus hispidus (Guinée, Nigéria, A.O.F.), qui renferme de la strophanthine amorphe h ; le Strophantus gratus (Cameroun, Gabon, Congo) d’où est tirée la strophanthine cristallisée g, analogue à l’Oua-baïne (extraite de l’Ouabaïo qui, à la Côte des Somalis, constitue le poison des flèches ou Ouabé).
- Le principal caractère de discrimination des Strophantus est basé sur l’examen microscopique de la graine. Celle du Strophantus gratus est une des rares qui soient glabres, alors que généralement elles sont velues. Elle a une saveur extrêmement amère. Elle donne* au contact de l’acide sulfurique, une réaction colorée jaune-brun pâle ou rosée, alors que les graines
- 1. Par les soins des Laboratoires Nativelle, que je remercie ici, depuis longtemps spécialisés dans la fabrication de cardio-toniques d’une grando pureté.
- Strophantus gratus.
- (Communiqué par les Laboratoires Nativelle).
- des Strophantus Kombe et hispidus provoquent une teinte vert intense.
- Au Gabon, le Strophantus gratus c’est l’Inée ou Onaye des Pahouins. En croissance spontanée, les divers auteurs ne l’avaient, jusqu’ici, signalé que de la Nigéria du sud au Congo.
- La strophanthine cristallisée, ou Ouabaïne cristallisée, est extraite soit de l’Ouabaïo (3 gr par kilo de racines), soit du Strophantus gratus (graines) dans le rapport de 4,7 pour 100. C’est.avant tout un cardio-tonique qui diminue le nombre des pulsations cardiaques, régularise le rythme du cœur, augmente sa force et son amplitude. Son accumulation dans le myocarde est moins grande qu’avec la digitaline. Par ordre de toxicité décroissante, il y a lieu de considérer : la strophanthine amorphe h, la strophanthine cristallisée g ou ouabaïne, la strophanthine cristallisée k, Le giucosidc du Strophantus gratus est pré-féré parce qu’il est, en cela, un moyen tei’me et que sa prescription est plus exacte que celle de la strophanthine amorphe. Sa posologie journalière est de i/ioe de mg à 1 mg. L’ouabaïne a une action élective sur les glandes salivaires dont elle augmente la sécrétion. Sa dose minimum mortelle est celle qui pi’oduit la mort d’un chien en 5o minutes.
- Il est vraisemblable, je pense, que le Strophantus gratus, ce médicament électif des grandes cardiopathies, doit aussi avoir un habitat en Haute-Guinée, dans les cercles de N’Zérékoré, de Macenta et de N’Guéckédou, que j’ai parcourus et dont la flore est à peu près la même que celle du nord du cercle de Man. Des prospections botaniques systématiques devraient y être conduites. Quoi qu’il en soit, date est prise pour sa détermination positive en 1941 dans la Basse-Côte-d’Ivoire par le service de la maladie du sommeil de l’A. O. F. et par M. Bardin.
- L’avenir des cardiaques est lié à l’organisation méthodique des recherches dont j’ai parlé. Elles apporteront un sérieux appoint à la si précieuse mais presque exclusive production du Cameroun, dont la liberté des échanges est enfin glorieusement retrouvée.
- Médecin général G. Muraz,
- ' Ancien chef des services de la Maladie du Sommeil en A.E.F. et en A.O.F.
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- Comment une
- mouche se pose-t-elle au plafond ?
- Fm. 1. — Les positions successives de la mouche pour se poser au plafond.
- Comment une mouche se pose-t-elle au plafond P Tel est le litre d’un petit article publié dans « Monthly Science News », bulletin mensuel d’informations scientifiques édité à Londres. Il est difficile, en effet, en raison de la rapidité de ses mouvements, de se rendre compte, à l’œil nu, de la façon dont une mouche volant normalement, c’est-à-dire pattes en bas, arrive à se retourner de manière à poser ses pattes au plafond.
- Ce que l’œil ne peut voir, la cinématographie à grande vitesse, grâce à l’objectif photographique, a pu nous le montrer, et nous devons à E. E. Eyles, des laboratoires de recherches de Kodak, à Harrow (Angleterre), d’avoir un aperçu des mouvements qu’exécute la mouche pour opérer ce retournement.
- Voici comment il opéra :
- Dans une cage aux parois et plafond en verre, ce dernier badigeonné en partie de miel additionnée d’eau afin de les attirer, furent lâchées 00 mouches domestiques. Une caméra avait été dirigée sur une portion d’environ 15 cm sur 20 dans laquelle on espérait que les mouches se poseraient. L’éclairage puissant nécessaire était fourni par quatre lampes « photoflood ».
- Après avoir laissé un peu de repos aux mouches, on tapota la cage pour les déranger, avec l’espoir qu’elles se poseraient dans la région vers laquelle était dirigée la caméra, et l'on prit les photographies à raison de 1 500 images par seconde.
- Il fallut une quinzaine d’essais avant que l’on eût l’impression d’avoir réussi un ou deux atterrissages. On projeta alors le film développé à la vitesse normale de IG images par seconde, c’est-à-dire avec un ralentissement de.près de cent. Et l’on put constater, après un examen minutieux et très difficile, en raison de la petitesse de l’image de l’insecte et du grain de la pellicule, que la mouche exécute un « demi-tonneau » en atterrissant, et se pose selon un angle aigu avec la direction du vol.
- Bien que les résultats obtenus soient déjà de nature à apporter quelques lumières sur ce sujet, il faut considérer que l’intensité de l’éclairage et de la chaleur provenant des lampes, la transparence du plafond, au lieu de son opacité habituelle, ont pu modifier quelque peu les allures de la mouche. D’autre part,
- malgré le très court temps de pose, on n’a pu obtenir une image absolument nette des ailes, en raison de la rapidité de leurs mouvements. Mais on se propose d’améliorer cette technique, d’opérer dans des conditions plus normales, plus naturelles, et l’on espère, ainsi, apporter une solution définitive à ce petit et délicat problème.
- Georges Laisouville.
- ERRATUM
- MADAGASCAR, pays du bœuf
- Dans l’article de M. Jacques Faublée, paru sous ce litre dans le n° du 15 octobre dernier, un paragraphe a été omis à la composition. Il convient de rétablir le texte de la page SOü de la manière suivante :
- Le bœuf et la viande. — Quand un malgache parle de viande, sans préciser, il s’agit de la chair du bœuf. Pourtant le bœuf est si important que le tuer pour avoir de la viande est un sacrilège. Même les Ambaniandres du centre, devenus plus cultivateurs qu’éleveurs, content encore : Sous le règne du roi Ralambo, quand un bœuf mourait on n’osait le manger. Les bœufs étaient des bêtes qui restaient à ne rien faire. Ralambo se promenant dans les environs de Tananarive rencontra un bœuf qui allait mourir de graisse, qui ne pouvait se traîner tellement sa graisse l’alourdissait. Ralambo eut l’idée de le faire abattre et d’essayer d'en manger. Ses sujets effrayés voulurent tuer eux-mêmes le bœuf, ne voulant pas que le roi coure aucun risque. Ils lui recommandèrent même d’éviter de se mettre sous le vent de la bête de peur que son haleine fût mortelle. Ils le tuent, le dépècent, et mettent les morceaux à bouillir dans la marmite. Le roi sent la bonne odeur qui s’échappe de la marmite. Mais ce sont tout de même les esclaves qui goûtent les premiers cette viande inconnue et disent : « Sire, c’est excellent ». Les esclaves ne sont pas morts, le roi a osé manger de la viande du bœuf, et depuis’ce temps on inange du bœuf à Madagascar.
- Si maintenant dans le centre on vend de la viande chez le boucher, dans les provinces on ne mange de bœuf qu’à l'occasion de sacrifices solennels. S’il n’y avait pas les sacrifices aux dieux, les gens de la prairie seraient des éleveurs végétariens.
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- LE CIEL EN DECEMBRE 1945
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- SOLEIL : du 1er au 22 sa déclinaison s’abaisse de — 24°48' à — 23°27', puis à partir du 22 se relève pour gagner — 23°6' le 31. La durée du jour à Paris, de 8h31ra le 1er, atteint son minimum de Shllm du 19 au 23 et ensuite remonte à 8*4 fim le 31. — LUNE. Phases : N. L. le 4 à 18*6“ ; P. Q. le 12 à 11*5® ; P. L. le 19 à 2h17m ; D. Q. le 26 à 8h0m ; apogée le 1er, périgée le 17, apogée le 29. Éclipse totale les 18-19, grandeur 1,348, le diam. de la Lune étant 1 ; le 18 : entrée dans la pénombre à 23*38m, le 19 : entrée dans l’ombre à 0h37m, début de l’éclipse totale à 4h40m, milieu de l’éclipse totale à 2h20m, tin de l’éclipse totale à 3h0m, sortie de l’ombre à 4*3™, sortie de la pénombre à oh52m (cette belle éclipse sera entièrement visible de touLe la France, passage de la Lune au méridien de Paris le 18 à 23h41m). Occultations le 17, de e Taureau (3m6), im. 18h19m ; le 30, de o Balance (6m,l), ém. 5h5Sin ; le 31, de v Scorpion, im. 6h50m ; Principales conjonctions : avec Saturne le 20, 21*, à 2° 13' N. ; avec Mars le 21, 42*, à 0°44' S. ; avec Jupiter le 27, 21h, à 4°7' N. — PLANÈTES : Mercure plus grande élongation du matin la 26, à 22°42' W. du Soleil, diam. app. 6"6. Vénus pratiquement invisible, près de sa conj. sup. avec le Soleil. Mars,
- visible toute la nuit dans le Cancer, est voisin de son opposition (14 janv. 1946), diam. app. augmentant de 12" à 14"3. Jupiter visible le matin dans la Vierge (près de l’Epi) diam. app. augmentant de 30" à 32"3. Saturne visible toute la nuit dans les Gémeaux est voisin de son opposition (janv. 1946), diam. app. (le 15), globe : 18",2, anneau : gr. axe 45",9, petit axe 17",7. Uranus visible toute la nuit dans le Taureau est en opposition le 7, diam. app. 3",8. Neptune visible le matin dans la Vierge (au voisinage de 7, au S. W.),, diam. app. 2",4. — ÉTOILES FILANTES : Du 8 au 14, Géminides, radiant a Gémeaux. — ÉTOILES VARIABLES : Minima d’Algol : le 2 à 24*17“», le 5 à 18*6m, le 14 à 8*32“», le 17 à 5*21®, le 20 à 2*10®, le 25 à 19*48m, le 28 à 16*30“. Le 17, maximum de Mira Ceti. ÉTOILE POLAIRE : Passage supérieur au méridien de Paris : le 7 à 20*32m,32s ; le 17 à 19*53®,4S ; le 19 à 19*13®,34s.
- (Les heures étant données en temps universel, tenir compte des modifications introduites par l’heure en usage à l’époque de l’observation).
- Lucien Rudaux.
- Les Livres nouveaux
- Agenda aide-mémoire agricole et viticole,
- par G. Wery. 1 vol. in-16. Baillière et Cie, Paris.
- Livre classique indispensable dans les exploitations agricoles. Il contient 200 pages de données de base sur la composition des produits, les fumures, engrais, amendements, cultures, forêts, vignes, bétail, laiterie, œnologie, constructions, machines, électricité, législation, suivies d’un calendrier avec indication des travaux de chaque mois et tableaux de comptabilité.
- La conservation familiale des légumes, par
- Pierre Girardot. 1 vol. in-16, 120 p., 31 flg. Girardot et Cie, Paris.
- En ces temps de jardins familiaux, on aime conserver leurs produits à la maison en prévision des mauvais jours. Voici groupées des recettes simples, efficaces, peu coûteuses, pour stocker en silo, en cave, par séchage, stérilisation, antiseptiques, tous les légumes récoltés.
- Quelques idées au sujet de l’équipement rationnel des chutes d’eau, par P. BASIAUX-Defrance. 1 vol. 90 p. Éditions de l’onde. En vente duez Dunod, 92, rue Bonaparte, Paris.
- La France, pauvre en charbon, doit compter avant tout sur ses chutes d’eau pour faire face à ses futurs besoins de force motrice. Ceux-ci exigent une mise en valeur totale de nos ressources hydrauliques, y compris les petites chutes trop longtemps négligées, mais qui peuvent jouer un grand rôle dans l’équipement harmonieux du pays. Cette idée sert de lien aux articles ici réunis et dans lesquels l’auteur exprime une partie de son expérience de 30 ans d’hydraulicien. A côté du rappel de conceptions anciennes un peu oubliées ou insuffisamment approfondies, comme le réseau de petites usines électriques automatiques à génératrices asynchrones commandées par une centrale chef d’orchestre (invention de notre grand électricien Maurice Leblanc et non de Steinmetz), comme l’utilité du reboisement pour augmenter et régulariser
- le débit des bassins fluviaux, on trouvera ici nombre de suggestions originales et séduisantes par leur simplicité et leur bon sens. Elles pourront ’tre le point de départ de solutions neuves hardies et pratiques. L’auteur rappelle fort justement, avec exemples à l’appui, la nécessité et l’attrait des études sur le terrain et il montre comment l’observation directe de la nature, l’histoire y compris celle des techniques, l’archéologie, la préhistoire, et même la linguistique s’y prêtent un mutuel appui.
- Faune de France. 43. Insectes ectoparasites,
- par Eugène Séguy. 1 vol. in-8°, 684 p.,
- 957 üg. Lechevalier, Paris.
- Malgré toutes les difficultés actuelles, la Faune de France continue sa publication et voici le 43e volume consacré aux insectes ectoparasites des mammifères et des oiseaux qu’on appelle communément ricins, poux et puces. Ils forment trois ordres : les Mallophages, les Ànoploures et les Siphonaptères. Selon le plan général de la Faune, ils sont d’abord étudiés dans leur morphologie, leur développement, leurs mœurs ; après des conseils sur leur capture et leur conservation, toutes les espèces do nos régions sont décrites, groupées par familles et par genres. Si leur phylogénie est discutée, leurs caractères sont bien précisés et leur éthologie est fort curieuse, puisqu’ils vivent à température presque constante, dans le pelage ou le plumage dont ils se nourrissent quand ils ne piquent pas la peau pour sucer le sang. Ceux qui vivent sur l’homme et les animaux domestiques sont amplement connus ; beaucoup d’autres restent à observer.
- Formulaire technique du géologue, par Raymond Furon. 1 vol. in-16, 214 p., 81 fig.
- Collection « Savoir en histoire naturelle ». Lechevalier, Paris.
- Voici un livre d’initiation très réussi. L’apprenti géologue, l’amateur y trouveront tout ce qu’il faut savoir, les sources où il faut s’informer, les portes où l’on peut frapper : cours, collections, excur-
- sions, sociétés savantes, matériel, lecture des cartes, levés des coupes de terrain, préparation et examen des minéraux et des roches, récolte et détermination des fossiles. Les recherches aux colonies ne sont pas oubliées.
- Nouveaux aspects de la lutte contre la mort,
- par Léon Binet. 1 vol, in-16, 159 p., 15 flg., 4 pi. Collection « La science vivante ». Presses universitaires de France, Paris, 1945.
- Professeur de physiologie à la Faculté de Médecine, l’auteur a fait de nombreuses et importantes expériences sur diverses intoxications, par les champignons, l’oxyde de carbone, le plomb, le benzol, l’hydrogène arsénié, sur la fièvre, les troubles digestifs, l’insuffisance hépatique et rénale, l’hémorragie, le choc, l’as-phyxie. Il leur a trouvé de nouveaux remèdes et il présente ses recherches et leurs conséquences pour la lutte contre la mort.
- La législation forestière sous l’ancien régime, par G. Géneau de Sainte-Gertrude. 1 A7ol. in-8°, 492 p. Bcrger-Levrault, Nancy, 4945.
- Le Code forestier date de 4827. Il fut précédé de coutumes et d’ordonnances dont celle de Louis XIV en 1669 est la plus connue. L’auteur montre comment on est passé des règlements d’ordre privé à un souci croissant de l’intérêt public nécessitant des dispositions à longue échéance.
- Maillé-Brézé, général des galères, grand-amiral (4819-1646), par René La Bruyère. 4 vol. in-16, 245 p. Plon, Paris.
- Neveu de Richelieu, exécuteur de sa politique contre l’Espagne, Maillé-Brézé, colonel à 15 ans, amiral à 21, mourut à 27 ans alors qu’il allait gagner sa quatrième bataille navale. L’auteur le compare à son beau-frère, le grand Condé et appelle l’attention sur ce héros trop oublié.
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- Cours
- LUNDI 19 NOVEMBRE
- Maison de la Chimie (28, rue Saint-Domi-nique) : 18 h. M. Paquot : « Oxydation ».
- MERCREDI 21 NOVEMBRE
- Maison de la Chimie : 18 11. M. FORTIER : « Les fluides. Viscosité et turbulence ».
- JEUDI 22 NOVEMBRE
- Maison de la Chimie : 18 b. M. DAYAL ’ « L’industrie frigorifique dans la thérapeutique moderne : choses vues aux États-Unis ».
- VENDREDI 23 NOVEMBRE
- Institut technique du Bâtiment (salle des Conférences du Musée de l’Hor ie. Palais de Chaillot) : 17 h. 80. M. Pi té : « A propos de l’action physiologiqv. des couleurs ».
- SAMEDI 24 NOVEMBRE
- Palais de la Découverte (avenue Franklin D. Roosevelt) : 15 h. M. Jean Rostand : « L’homme et la biologie ».
- LUNDI 23 NOVEMBRE
- Maison de la Chimie : 18 h. M. le Chanoine Palfray : « Hydrogénation et déshydrogénation ».
- MARDI 27 NOVEMBRE
- Maison de la Chimie î 18 11. M. Jean Schwartz : « Les applications nouvelles des bois courbés et moulés en forme ».
- technique du Batlmer-t. • (SaFe i'îeyel, 252, faubourg Saint-Honoré), 21 h M. Marcel Lods : « Images d’Amérique ».
- MERCREDI 28 NOVEMBRE
- Maison de la Chimie : 18 h. M. A. TexOT : Les Fluides. <c Les pertes de charge ».
- JEUDI 29 NOVEMBRE
- Maison de la Chimie : 18 h. M. ÜES-nueiae « L’importance des acides gras non saturés dans l’aliméntalion ».
- A l’Institut Océanographique.
- Les cours de l’enseignement supérieur de l’océanographie se sont ouverts le mardi G novembre à l’Institut océanographique (petit amphithéâtre), 195, rue Saint-Jacques, Paris (5e).
- Ces cours se ' poursuivent chaque jour à 17 heures de la façon suivante :
- Les jeudis et vendredis : -Physiologie des êtres marins. M. le professeur P. Portier, membre de l’Institut et de l’Académie de Médecine. : « Respiration, circulation, excrétion chez les animaux marins ».
- Les mardis et mercredis : océanographie biologique. M. le professeur L. Fage, membre de l’Institut, professeur au
- et conférences à
- VENDREDI 30 NOVEMBRE
- Maison de la Chimie : 18 h. M. II. Ra-bàté : « La sédimentation dans les peintures ».
- 1
- SAMEDI Ie» DÉCEMBRE
- Palais de la Découverte : 15 h. M. André Labartiie : « Quelques enseignements de la guerre ».
- LUNDI 3 DÉCEMBRE
- Maison de la Chimie : 18. h. M. R. LOMBARD : « Réduction ».
- MERCREDI 5 DÉCEMBRE
- Maison de la Chimie : 18 h. M. Mala-vard : « Étude analytique de la mécanique des fluides incompressibles ».
- JEUDI 6 DÉCEMBRE
- Maison de la Chimie : 18 h. M. KeilliNG : « Les prochains progrès dans l’industrie laitière ».
- VENDREDI 7 DÉCEMBRE
- Maison de la Chimie : 18 h. M. M. DÉRI-béré : « Le comportement des pigments et peintures aux rayons infra-rouges ».
- Institut technique du Bâtiment (Musée de l’Homme, Palais de Chaillot) : 17 h. 30. M. Leroux : « La climatologie de l’habitation ».
- SAMEDI 8 DÉCEMBRE
- Palais de la Découverte : 15 h. M. IIada-AiARD : te üübcôïiscient, intuition et logique dans la recherche scientifique ».
- LUNDI 10 DÉCEMBRE
- Maison de la Chimie : 18 h. M. SÉGUIN ; « Halogénation et déshalogénation ».
- MARDI 11 DÉCEMBRE
- Maison de la Chimie : 18 h. M. C0LLAR-det : « Progrès américains en matière de travail et d’utilisation du bois ».
- Muséum national d'Histoire naturelle : « Le peuplement des mers froides ».
- Les lundis et samedis océanographie physique. M, le professeur R. Legendre : « Histoire de l’océanographie »
- COURS PROFESSIONNELS DES INDUSTRIES DE LA CHIMIE
- Les cours professionnels du Centre technique d’enseignement ouvrier (cours élémentaire et cours supérieur) ont commencé le 5 octobre. Tous renseignements sur ces cours seront donnés à la Maison de la Chimie, 2S, rue Saint-Dominique, Paris (7e).
- Paris
- MERCREDI 12 DÉCEMBRE
- Maison de la Chimie : 18 h. M. F. TESSON : « Les ondes de choc des fluides compressibles ».
- JEUDI 13 DÉCEMBRE
- Maison de la Chimie : 18 h. M. le Prof. Gutttonneau : « Les méthodes nouvelles de beurrerie moderne ».
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- Institut technique du Bâtiment (Musée de l’Homme, Palais de Chaillot) : 17 h. 30. M. J. Verdeyen : a Étude des fondations sur pieux au moyen de l’appareil de pénétration en profondeur ».
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- RECHERCHE numéro de La Nature 2993 du . 15 janvier 1937, Ecr. : La $:iiur£, jf' 61,
- SCIENCE ET VIE : numéros recherchés : 163, 211, 324, 325, 328. Offres PUGET, 1, rue Vil-lebois-Mareuil, Alger.
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- . Nature, n" 63.
- LA NATURE
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- MASSON et C'\ Editeurs,
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- La reproduction des illustrations de « La Nature > est interdite.
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- INFORMATIONS
- Le gérant : G. Masson. — masson et cle éditeurs, paris. — dépôt légal : 4e trimestre ig45, n° i44-BARNÉOÜD FRÈRES ET Cle IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 353. —.11-1945.
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- SOMMAIRE
- La France en Int Les Breguet, met par A. FAYOL . .
- Le microbe de la Tuberculose est-il vaincu ?
- par J. de la CERISAIE. . ......................
- Les effets physiologiques de la bombe atomique. Les plastiques cellulosiques, par L. PERRUCHE .
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- 358
- 359
- Pour la sécurité de Vaviation....................
- Le pain au soja, par Jacques BOYER...............
- Tortues et Physalies, par R. LEGENDRE............
- La prochaine opposition de Mars, par L. RUDAUX . Un nouveau matériel pour l’étude des lagunes,
- par J. L. TOURNIER.............................
- Les Livres nouveaux. Informations................
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- LA FRANCE EN INDOCHINE
- ♦
- Fig. 1. Tonkin. Quang-Y en.
- Le poste de douane de ta Cat-Bà.
- (Cliché
- Agence
- économique
- des
- Colonies).
- ♦
- N° 3i;0l r Décembre 1945
- Le Numéro 15 francs
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- Fig. 2. — Cambodge. Pnom-Penh. La pagode d’argent dans le Palais royal.
- (Cliché Agence économique des Colonies).
- I es expéditions coloniales ont des causes multiples et les raisons réelles, sinon officielles, pour lesquelles on les poursuit sont souvent fort différentes de celles qui les avaient fait-eniiepreudre. -OnOmmai^érniral£nie.ni,..à.i:origiae_L,ixrs.tjnct d’expansion ou, comme, disait un philosophe trop encensé d’Outre-Rhin, la « Volonté de puissance » ; mais s’y agrègent presque toujours des considérations économiques, démographiques ou de pures conjonctures politiques.
- Par une heureuse exception à ccs lois d’égoïsme « sacré », la première pénétration de la France en Indochine s’effectua sous le signe propice de l’amitié.
- Il a fallu un demi-siècle pour former l’Indochine Française : de la prise de Tourane (i858) à l’annexion des terres du Haut-Mékong. Si nous interrogeons le manuel, il nous répond : Cochinchine, 1861 ; Annam, i883 ; Tonkin, i885 ; Laos, i8g3. Ce sont les dates où, quand eurent cessé opérations et négociations, chacune de ces provinces vint se ranger sous le pavillon français. Mais la conquête de l’Indochine ne peut se résumer seulement dans ces quatre dates. Elle fut beaucoup plus complexe qu’on ne le pense, car bien souvent le Gouvernement français, trop éloigné, ne put suivre au jour le jour les progrès d’une occupation qui, si elle fut souvent intelligente, n’en demeurait pas moins hasardeuse. Et s’il n’y eut pas toujours concordance exacte entre les desseins de la métropole et la poursuite des opérations en terre lointaine, nous devons reconnaître de quelle héroïque utilité furent ces valeureux chefs qui, presque sans réserves, avec des forces souvent réduites, assumaient non seulement les charges de leur métier, mais les responsabilités morales de tout un peuple.
- Voilà pourquoi la conquête de l’Indochine se résume au fond à l’action et au rayonnement de quelques hommes prestigieux dont les noms ne peuvent être oubliés : Mgr Pigneau de Behaine, l’Amiral Rigault de Genouilly, l’Amiral Chaîner, Doudait de Lagrée, Francis Garnier, Jean Dupuis, le Commandant Rivière, Pavie et Jules Ferry.
- De cette conquête longue, malaisée, souvent périlleuse, retenons cet enseignement, que la France doit beaucoup à la valeur
- personnelle de ses enfants, à leur initiative, à leur endurance, à leur persévérance.
- Souvent, sans autre aide que leur mépris de la mort, sans moyen efficace que le blocus du riz, que leur contestaient encore les autres puissances, ils n’ont pas seulement vaincu, ils ont pacifié, organisé, fournissant aux générations futures le plus bel exemple de grandeur humaine.
- En revanche, l’Indochine fut pour nos chefs civils et militaires, par la complexité, la subtilité et l’ampleur des problèmes qu’elle proposait à leur méditation, une école incomparable où s’aiguisa leur connaissance des hommes et leur appréciation des faits, et si, par la suite, beaucoup d’entre eux s’illustrèrent sur d’autres théâtres, au point d’acquérir une renommée universelle, il n’y faut point voir peut-être une curieuse rencontre, mais un témoignage éclatant de la valeur de cette expérience pour le modelage des caractères et la formation des intelligences.
- Occupation.
- Dire que l’occupation se fit le plus simplement du monde serait trahir la vérité. Mais dans quelle colonie de l’univers et par quel Etat colonisateur s’accomplit-elle jamais sans heurt?
- Dès 1887-5-- toutes les-provinces de l'Indochine furent, réunies sous le nom de « Union Indochinoise ». Ces mots mêmes disaient toutes les espérances fraternelles de la France. Des
- Fia. 3. — Annam. Hué. Hauts mandarins en costume de cérémonie.
- (Cliché Agence économique des Colonies).
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- deux politiques, celle de rassimilalioiï|ijja dé^ann^lfa, et celle du respect des institutions et des 'i^^ume^gd^aes, la France choisit la première pour la Coch\j^me, ^^^feconde
- de^ann®
- sous le nom de protectorat, pour l’Annam*>4i
- jodge, le
- Tonkin et le Laos. Les provinces étaient différentes ; les caractères l’étaient aussi. Force fut donc de varier les méthodes suivant les pays. Des Français administrèrent la Cochinchine, tandis qu’en pays de protectorat, on laissait cette charge aux mandarins, sous le contrôle des Résidents venus de la métropole.
- Mais, un tel organisme ne pouvait rester immuable : bien des expériences furent tentées ; bien des modifications furent apportées, afin que chaque pays de l’Union eut une administration originale adaptée à ses propres nécessités. Les régimes de protectorat eux-mèmes sont plus ou moins étroits, selon les régions et le contrôle des administrateurs français sur les autorités mandarinales locales plus ou moins sévère : c’est ainsi que le Laos apparaît n’èlre un protectorat que de nom, de môme que le Tonkin.
- Malgré cela, le Gouvernement Général d’IIanoï assure une harmonie et une synchronisation parfaites parmi le réseau administratif de l’Indochine Française et en fait un habile composé de concentration et de décentralisation. Il serait fastidieux de retracer l’historique des nombreuses réformes qui firent de chacun des États de l’Union ce qu’il est aujourd’hui. A chaque pas, dans la voie du progrès, à chaque innovation féconde, s’attache le nom d’un des grands bâtisseurs qui gouvernèrent l’Indochine. Us poursuivirent sans fléchir la môme fin généreuse, mais bien souvent, ils durent modifier les moyens; les conjonctures exigèrent d’eux plus que de tous autres, ces dons que requiert l’administration coloniale et que M. Pleven, dans son discours du xi novembre à l’École Nationale de la France d’Outre-Mer, énumérait ainsi : « Aptitude à l’analyse, mais esprit de synthèse; inquiétude du cœur et de la pensée, mais netteté de vue et fermeté de la décision ; optimisme, mais vigilance méticuleuse; une âme sans borne, mais un esprit positif ; rayonnement personnel, mais respect de la personnalité d’autrui; précision technique, mais vertu d’émerveillement ».
- Nous nous en voudrions pourtant de taire tous les noms de ceux qui surent donner aux rouages de celte puissante machine
- Fig. 5. — Tonkin. Chemin de fer du Yunnan. Le pont sur arbalétrier.
- (Cliché Agence économique des Colonies).
- Fig. 4. — Cochinchine. Saigon. Le port de commerce.
- (Cliché Agence économique des Colonies).
- l’impulsion féconde. Citons Paul Bert, qui durant son court mandat, posa les principes de la décentralisation administrative; Lanessan, chez qui Lyautcy vantait avec tant d’enthousiasme l’homme d’action et le psychologue; Doumer, qui entreprit de sillonner l’Indochine du réseau ferroviaire qui allait lui apporter la vie; Sarraut, qui inti’oduisit l’homogénéité dans une administi’ation confuse; Alexandre Varenne, qui entreprit de réaliser, par une politique libéi'ale envers les indigènes, ce que le mot de France contient de promesses... Et la liste est loin d’être close...
- Quels furent les l'ésultats ? Jugeons plutôt par quelques exemples. Avant la guerre, les richesses minières et agricoles alimentaient un commerce qui de 120 millions en 1890 était passé à 5 milliards. L’Indochine était le grenier à riz de la Chine et du Japon ; elle prenait place pai’mi les grands producteurs de caoutchouc. L’œuvre sociale et morale outrepassait encore les réalisations matérielles. Les
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- prodiges de l’Assistance médicale attiraient l’admiration du Monde. Enfin, l’enseignement que la France prodiguait à tous les degrés de la hiérarchie universitaire, cet enseignement dont elle peut être si hère, était, il va sans dii’e, facteur d’entente et de paix. Aussi, la résistance que la France a pu rencontrer en Indochine ne fut-elle que passagère. Loin d’être rigide, le régime administratif s’assouplit sans cesse et s’adapte aux circonstances : le plus bel exemple en est donné par la déclaration officielle du 24 mars 19/16.
- Que sera l'après-guerre? Nous savons bien que France est synonyme de progrès, c’est-à-dire d’annoblissemenl moral de, la condition humaine, non moins que d’une amélioration du standard de vie. Aussi, ces peuples qui nous espèrent, peuvent nous faire confiance et attendre de nos desseins futurs une politique toujours renouvelée d’affectueuse collaboration.
- Aussi, malgré la diversité des méthodes et si périlleuses que
- fussent parfois Jes expéditions' lointaines, s’est poursuivie inéluctablement la conquête d’Indochine. Encore le terme semble-t-il impropre si l’on songe à ce que disait Lyautey de Gal-liéni : « Il n’v a pas i!\ h qu’il a pris pied quelque part, que les autorités indigènes sont convoquées, les services répartis et que l’organisation commence ». Il n’y a pas eu conquête, mais pacification et amitié.
- Lorsque Francis Garnier prit Ilanoï, il eut, dit-on, l’ingénieuse idée de donner aux chefs de cantons indigènes, afin de leur faire mieux entendre l’œuvre tutélaire qu’assumait la France, un cachet portant ces mots : « Le royaume de France protège ». De même aujourd’hui, notre Patrie lance à l’Indochine ce message d’intérêt vigilant et ce conseil de confiance active.
- « La France éternelle protège ».
- A. B.
- LES BREGUET
- Mécaniciens de
- On donne des numéros d’ordre aux souverains pour les distinguer. Pourquoi ne ferait-on pas de même pour des « princes » de la mécanique, pour les divers membres déjà dynastie des Bré-guet ? En cherchant bien, on trouverait des précédents, tels les Estienrie. La souche des Breguet était picarde. A la suite de la révocation de l’Édit de Nantes, les ancêtres, huguenots, durent partir pour la Suisse.
- Breguet Ier (Abraliam-Louis) (1747-1823) put rentrer en France. Il vint à Paris, et, dès l’âge de 13 ans, il fut placé en apprentissage chez un horloger de Versailles. Sans nul doute, au pays genevois, il avait commencé à se familiariser avec la construction horlogère, une des industries de la Suisse occidentale.
- Quel apprenti il se révéla bientôt ! Ce fut un maître qui étonna ses patrons, sa famille, et les clients par ses aptitudes curieuses aux travaux de haute précision mécanique les plus minutieux. Les hardiesses de ses conceptions, servies par un doigté manuel extraordinaire, déroutaient les horlogers vieillis sous le harnais.
- En 1780, Abraham Breguet fonda un établissement célèbre, qui, par des perfectionnements inattendus, inespérés, plaça sa fabrique de montres au premier rang des similaires de toute l’Europe, notamment en ce qui concernait les montres dites « à mouvement perpétuel ».
- Puis, s’élevant au-dessus des travaux professionnels, il aborda l’étude de la mesure du temps pour l’astronomie, la navigation. Et on lui doit un grand nombre d’instruments précis et précieux, pendules, horloges marines, chronomètres, thermomètres métalliques, sans oublier des montres absolument parfaites. Sans conteste, Breguet avait la réputation, méritée, d’être le premier horloger du royaume.
- Il fut appelé à construire le mécanisme du télégraphe aérien do Claude Chappe.
- Abraham Breguet fut membre du Bureau de3 longitudes et il siégea à l’Académie des Sciences. Cet homme d’une haute culture, travailla jusqu’à sa mort. A 73 ans, il préparait un grand travail sur l’horlogerie.
- haute précision
- Breguet H, son petit-fils (Louis-François-Clément) (1804-1883) hérita les qualités d’inventeur du grand-père. Il était doué d’une ingéniosité surprenante, tant en horlogerie qu’en mécanique de haute précision.
- Il a construit un sphygmographe très perfectionné pour Marey, un sismographe pour Bouquet de la Grye, un chronographe pour Fleuriais, un photophone pour Graham Bell...
- Breguet II fut chargé d’établir la première ligne télégraphique entre Paris et Rouen. Il imagina un télégraphe à cadran, et un parafoudre, destiné à protéger les opérateurs et employés des télégraphes contre les décharges atmosphériques.
- C’est encore lui qui imagina le système de transmission électrique de l’heure.
- Comme son grand-père, il atteignit un âge assez avancé et comme lui fut admis au. Bureau des longitudes et à l’Académie des Sciences.
- Son fils (xVntoine) (1831-1882) fut Breguet III. Placé par son père à la direction de ses ateliers, il se spécialisa en électricité. Il en étudia les problèmes scientifiques et industriels. On lui doit un anémomètre enregistreur, mû par l’électricté (1873) et aussi un téléphone à mercure (1878). Il poussa ses- investigations dans le domaine des lignes de force.
- Rien de ce qui concernait le développement de l’électricité ne le laissait indifférent. C’est ainsi qu’il publia de savantes études sur le téléphone et sur les machines Gramme, sur la dynamo inventée par cet ouvrier menuisier aux Ateliers de l’Alliance en 1869-1870.
- Et voici enfin Breguet IV (Louis-Charles, né en 1880) de la famille des précédents.
- Il fut l’un des premiers constructeurs d’avions et d’hélicoptères. C’est sur un « Breguet » que Pelletier d’Oisy exécuta son beau raid Paris-Tokio en 1924, exploit sensationnel alors.
- Louis Breguet fut président de la Chambre syndicale des constructeurs d’avions.
- Amédée Fayol.
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- LE MICROBE DE LA TUBERCULOSE
- EST-IL VAINCU?
- Combien cle millions d’individus des deux sexes la tuberculose n’a-t-elle pas moissonnés au cours des âges ? Aujourd’hui rien qu’en France, elle fait plus de ioo ooo victimes chaque année ! Le fléau menace gravement notre race plus encore peut-être que d’autres pays et, par conséquent, tout ce qui tend à l’amoindrir ou même à le juguler, mérite de retenir notre attention. Afin de montrer l’intérêt des récents travaux, qui donnent un espoir de sa prochaine disparition, rappelons brièvement quelques-unes des conquêtes principales faites dans ce domaine par des biologistes ou des médecins.
- Sans remonter à Hippocrate et à l’antiquité, notons que, dès, le xvi° siècle, Jacques Dubois (Sylvius) décrivit, le premier, les lésions de la phtisie pulmonaire dont Gaspard Laurent Bayle observa ultérieurement les caractères anatomiques > (1810), tandis que Laennec, dans son célèbre ouvrage sur l’auscultation, en précisa le diagnostic (1819). A la suite des remarquables observations de Virchow, de Pasteur, de Grancher, de Villemin et surtout de Koch, qui découvrit le bacille agent pathogène de l’infection (1882), on pouvait !
- croire assez prochaine la solution de cet ardu problème j
- médical. Mais voilà plus d’un demi-siècle que les recher- i ches continuent. Pourtant, durant cette période, les thérapeutes et les hygiénistes ne restèrent pas inactifs. Sur les plages de Berck ou d’IIendaye, dans les sanatoria des montagnes et des côles, les « allongés » amélioraient leur santé.
- Dans les hôpitaux et les cliniques, grâce à l’opération du pneumothorax et à l’application de maints remèdes, les tuberculeux prolongeaient plus ou moins leur pénible existence. Enfin la vaccination par le B. C. G. de Calmette-Guérin préservait de la mortelle contagion bon nombre de nouveau-nés.
- Tel était l’état de la question lorsque, à une époque toute récente, plusieurs microbiologistes des Deux Mondes commencèrent à expérimenter dans des voies toutes nouvelles. Aux États-Unis, le Docteur Antony J. Salle, professeur de bactériologie à l’Université de Californie, réussit à détruire, au moyen de la « subtiline » extraite du foin, des bacilles de Koch cultivés hors de l’organisme et il se propose d’inoculer prochainement cette substance à des animaux infectés. De son côté, un savant d’origine russe, le Docteur Chorine, qui travaille à l’Institut Pasteur de Paris, étudiant la lèpre du rat, a préparé la « vitamine P. P. » ou acide nicoliniquc tiré du germe de blé, des polissures du riz, ainsi que du petit lait; cette susblance, administrée à plusieurs lépreux, les aurait guéris complètement. Toutefois, le consciencieux praticien veut encore mettre au point son traitement, avant de le divulguer et le répandre.
- Les découvertes
- et les expériences du Pr Hollande.
- Enfin, depuis de longues années, le Professeur Hollande, professeur de zoologie et de microbiologie à la Faculté de Pharmacie de Montpellier, poursuit lui aussi de très intéressantes recherches biologiques. Naturaliste né, il a non seulement publié de multiples observations entomologiques, mais il s’est également livré à l’élude passionnante de l’immunologie et de
- la thérapeutique antituberculeuse. Dans cet ordre d’idées, on lui doit une technique nouvelle de sérodiagnostic permettant de déceler chez l’homme l’infection tuberculeuse avant même l’apparition de signes révélés par la radiographie. Celte méthode a été utilisée avec succès dans le service du Docteur Dejean, de la Faculté de Médecine de Montpellier, pour reconnaître l’origine bacillaire de certaines lésions oculaires, dont on ignorait jusque-là l’étiologie.
- Dans une imposante série de mémoires, le Pr Hollande n’a cessé de scruter, depuis plus d’un quart de siècle, la cytologie du bacille tuberculeux et les lésions qu’il détermine chez l’animal (cobaye ou lapin). Il s’attacha aussi et surtout aux
- Fig. 1. — Diverses formes et coupes du Clitocybe gilva ou Lepista splendens (Fries) d’après une planche des Icônes Selectæ Fungorum.
- traitements chimiothérapiques susceptibles de neutraliser le mal. Arrivons à sa dernière découverte qui ouvre une voie toute nouvelle. Dans une note présentée par le Pr Courrier à l’Académie des Sciences de Paris, le 24 septembre 1940, il vient d’annoncer qu’il a pu entraver le développement du microbe de la tuberculose, grâce à une substance, la clilocybine, retirée de deux champignons le Clitocybe Gilva ou Lepista splendens (Fries) fig. 1) ou d’une autre espèce de Clitocybe (C. giganiea).
- Voici la genèse de l’heureuse trouvaille. Ayant remarqué au cours d’une promenade botanique dans les Alpes, à l’altitude de 1 600 mètres environ, un emplacement circulaire desséché où se trouvaient des Clitocybes, une chose le frappa. Alors que les cercles dits u ronds de sorcières » dans lesquels poussent les cryptogames, se signalent, d’ordinaire, par une végétation exubérante, il ne vit que des herbes mortes mais non putréfiées. Il en conclut que ces Agaricinées, à spores blanches et au pied
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- Fig. 2. — Culture de bacilles d’Eberth, agents de la fièvre typhoïde, que la clitocybine empêche de proliférer.
- épais, secrétaient sans doute une matière toxique, capable de tuer les végétaux ainsi que les minuscules agents de la putréfaction. Restait à vérifier au laboratoire cette hypothèse.
- Pour un microbiologistc aussi avisé, la chose ne présentait pas grande difficulté. Le Dr Hollande, par l’emploi des méthodes classiques auxquelles il était rompu, parvint à la confirmer et à l’utiliser en moins d’un an d’expérimentation consciencieuse. Des Clitocybes macérés dans l’eau, il tira une substance, la clytocybine qui, mise en présence d’une culture microbienne, arrête leur prolifération. Injecté à des cobayes rendus tuberculeux, le précieux produit tue le bacille de Koch, cause de leur mal.
- Une des plus grandes menaces contre notre santé semble donc sur le point d’être écartée. Mais si la science a remporté une victoire, il reste à appliquer la clitocybine à l’homme et à trouver le moyen de cultiver les Clitocybes sur une grande échelle, afin d’obtenir en abondance le médicament sauveur des tuberculeux plus nombreux que jamais dans le monde.
- Ajoutons pour terminer que la clytocybine présente également une action inhibitrice sur le développement d’autres microbes. Citons, par exemple, le staphylocoque, agent de nombreuses septicémies, le bacille de la fièvre de Malte et, tout particulièrement, le bacille d’Eberth, responsable de la typhoïde, sur lequel la pénicilline reste sans action. La microphotographie ci-contre (fig. 2) illustre justement l’action du merveilleux produit sur ce dernier microbe ensemencé en boîte de Pétri. Les petits carrés blancs représentent des morceaux de papier buvard imprégnés de clitocybine extraite, soit du pied P, soit des spores S, soit du chapeau C des Clytocybes. Autour de chacun d’eux, s’observe une large auréole stérile où les microbes cessent de pousser.
- J. de la Cerisaie.
- Les effets physiologiques de la bombe atomique
- La bombe atomique ne produit pas que des effets mécaniques.
- Son explosion libère toute une série de radiations et de particules : neutrons, rayons gamma, plus pénétrants que les rayons X. Il n’est donc pas surprenant qu’elle agisse aussi sur les êtres vivants, puisqu’on connaît déjà les effets destructifs sur les tissus des rayons X qui ont ainsi trouvé leur principale application dans la thérapeutique du cancer.
- Après les bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki, les Japonais avaient annoncé de nombreuses morts survenues les jours suivants et les journaux avaient même parlé d’un empoisonnement, d’une stérilisation durable des lieux où toute vie animale et végétale resterait longtemps impossible.
- Dès leur débarquement au Japon, les médecins américains ont visiLé Nagasaki pour se rendre compte des effets physiologiques de l’explosion.
- Six semaines après le bombardement, ils ont constaté à l’hôpital de Nagasaki que de nouveaux cas d’empoisonnement apparaissaient encore dont la moitié se terminaient par la mort.
- L’empoisonnement dû à la déflagration de la bombe atomique consiste en une profonde altération du sang et de la moelle osseuse. Les globules rouges, normalement au nombre de 5 millions par millimètre cube, ne sont plus qu’un ou deux millions; l’anémie est donc extraordinairement grande, troublant les échanges respiratoires, et la moelle osseuse, source des nouvelles hématies, n’en produit plus. Les globules blancs ou leucocytes, facteurs de la défense de l’organisme contre les infections par phagocytose sont réduits de 7 000 à 1 5oo et même
- moins; dans un cas, on n’en a plus compté que 4oo. Enfin, les plaquettes sanguines, au nombre d’environ 200 000 par millimètre cube, dont lé rôle est primordial dans la coagulation du sang, sont raréfiées et tuées, si bien que le temps de coagulation normal qui est de 3 à 4 ran est porté à 3o mn, 1 h et même parfois 3 ou 4 heures.
- Sous la direction du commandant Joseph Timmes, des recherches ont montré que le sol de Nagasaki n’est pas resté, comme on l’a dit, saturé de radiations dangereuses. Des prélèvements de terrain ont été effectués : on n’y a découvert aucune radioactivité; bien plus, une pellicule photographique sensible trouvée accidentellement aux usines Mitsubishi était demeurée intacte.
- Il est établi, pour ce qui est des effets proprement physiologiques que certains organes, spécialement les intestins, sont affectés d’hémorragie.
- Sans pouvoir organiser une vaste campagne thérapeutique, les médecins de la marine ont essayé d’apporter quelques secours aux médecins japonais en leur procurant de petites quantités de médicaments dans les cas d’infection et lorsque les malades pouvaient être sauvés par un simple renforcement des globules blancs. La pénicilline est restreinte aux cas de pneumonie ou d’abcès de la bouche et de la gorge. Pour obvier aux ravages causés dans la moelle épinière par les dangereux rayons « gamma », la marine expérimente un reconstituant de la moelle : la pentanucléotide, mais les résultats ne sont pas encore concluants.
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- LES PLASTIQUES CELLULOSIQUES
- La cellulose.
- Les plastiques cellulosiques proviennent de la transformation ou de la modification de la cellulose. La synthèse de celle-ci n’a pas encore pu être réalisée. Elle reste une matière d’origine naturelle extrêmement abondante du reste, dans les végétaux dont elle est le constituant principal.
- Le colon est formé de cellulose presque pure. On utilise surtout les filmes courtes dits linters de coton. On les fait bouillir dans une solution alcaline étendue, puis les blanchit par l’hypo-chlorite de soude et on obtient ainsi une cellulose de grande pureté.
- Dans le bois, la cellulose est associée à de nombreuses matières : lignine, gommes, résines, substances minérales, etc. Par divers traitements, par le bisulfite de calcium, la soude, le chlore, etc., on élimine la majeure partie de ces matières et obtient des pâtes de bois. On sait maintenant préparer des celluloses hautement purifiées.
- La cellulose est une matière blanche, fibreuse, fortement biréfringente. C’est un hydrate de carbone, un oxy-alcool, de formule brute (C6H10O5)n, la valeur de l’exposant n étant fonction de la polymérisation du produit considéré.
- La structure de la cellulose a fait l’objet de nombreuses recherches pour l’établissement de la formule spatiale de la chaîne formée par l’agrégation des molécules aux différents états de polymérisation, mais on n’a pas encore de certitude définitive sur l’exactitude du modèle actuellement adopté.
- Nous en avons donné un schéma au début de celte série d’études.
- Ces chaînes peuvent être juxtaposées les unes aux autres, par des forces de cohésion intermoléculaires, latéralement en formant des fibres et des nappes.
- Chimiquement, c’est le caractère alcoolique de la cellulose qui permet les réactions pouvant fournir des matières plastiques. On peut diviser ainsi ces produits : i° La cellulose régénérée ou modifiée;
- 2° Les nitrocelluloses ;
- 3° Les esters et éthers de la cellulose.
- Les celluloses régénérées.
- Dans le carton, le papier, les fibres sont juxtaposées, gardant leur individualité propre. Ce ne sont pas des matières plastiques. Mais si l’on plonge ces feuilles dans de l’acide sulfurique h demi concentré, il se forme de la cellulose colloïdale, les fibres se soudent et on obtient une sorte de parchemin végétal vitrifié, opalescent.
- Les solutions concentrées de chlorure cle zinc agissent de manière analogue, donnant ce que l’on nomme de la libre vulcanisée qui peut être obtenue en planches, en tubes, etc. Les solutions concentrées de sulfocyanures ont une activité analogue.
- L’aptitude de la cellulose à réagir avec les solutions alcalines est à la base des techniques les plus importantes.
- Cette action ménagée et superficielle sur les cotons contracte les fibres et après élimination de l’excès de réactif donne l’aspect brillant caractéristique des cotons dits mercerisés.
- Mais si l’on traite de la cellulose par une lessive de soude concentrée, on obtient une alcalinisation complète. On laisse mûrir quelques jours cette alcali-cellulose puis on la traite par
- le sulfure de carbone et on obtient une solution transparente homogène par transformation en xanthogénates.
- Cette solution aqueuse très visqueuse est la viscose. Par l’action des acides étendus, par simple évaporation à l’air du sulfure de carbone elle donne une cellulose régénérée transparente. L’industrie produit ainsi : par filage, une rayonne; par mise en feuilles minces, la cellophane. Cette dernière opération est faite en étalant mécaniquement une couche mince régulière de viscose sur un cylindre tournant dans une solution qui provoque la coagulation. On obtient ainsi une feuille continue de cellulose régénérée qui est lavée, séchée, enfin vernie par des solutions de dérivés cellulosiques additionnées de plastifiants. Tout ceci est réalisé en marche continue comme dans la fabrication classique des papiers.
- On peut ainsi obtenir des feuilles transparentes claires ou colorées, unies ou gaufrées, peu perméables à l’humidité et maintenant très employées pour l’emballage protecteur des produits alimentaires, pharmacentiques, de parfumerie, etc. La cellulose régénérée a été débitée en Allemagne en tubes destinés à remplacer les boyaux naturels pour la préparation des saucisses et saucissons.
- Les nitrocelluloses.
- Ces dérivés cellulosiques sont connus depuis longtemps : Pelouze et Bkaconnot les ont préparés en i833. De curiosité de laboratoire, à cette époque, ils sont passés maintenant au stade de matière première de très gi’os tonnage de l’industrie chimique : pour la fabrication des explosifs, des matières plastiques, des vernis, etc.
- On les prépare très facilement par l’action d’un mélange d’acides sulfurique et nitrique sur la cellulose : coton, papier, pâte de bois.
- Suivant les conditions dans lesquelles celte nitration est réalisée : concentration, température, durée, on peut obtenir toute une série de nitrocelluloses. Elles sont caractérisées par la plus ou moins grande fixation d’azote nitrique. Le degré maximum qui peut être obtenu est aux environs de i4 pour ioo.
- Les produits hautement ni très : i3 pour ioo au moins, sont destinés aux explosifs, ceux à 12 pour 100 environ aux vernis, aux plastiques. La fabrication de celluloïd s’accommode de n pour 100 seulement.
- La découverte du celluloïd, la première des véritables matières plastiques artificielles prit un développement industriel considérable. C’est à l'Américain John Wesley IIyatt que l’on en est redevable. C’est la recherche d’une matière pouvant remplacer l’ivoire dans la fabrication des boules de billard qui le conduisit avec le concours de son frère à la découverte du celluloïd vers i8G3.
- Tous deux étaient imprimeurs à Albany, dans l’État de Neiv-York. Ils n’étaient pas chimistes. Des essais empiriques menés ensuite avec beaucoup de méthode et d’habileté les conduisirent au but. Ils surent tirer ensuite le meilleur profit de ces fructueuses recherches protégées par plus de deux cents brevets.
- L’essentiel de la découverte était l’observation que la nitro-céllulose, en présence de camphre, avec ou sans l’emploi d’un solvant approprié, se gélatinisait, le tout se résolvant en une masse homogène plastique.
- Industriellement la nitrocellulose à ix pour xoo d’azote est malaxée avec 35 à 45 pour 100 de son poids de camphre et de Valcool. On obtient une pâte visqueuse que l’on coule en lame
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- en y incorporant ou non des colorants et des charges. On obtient des feuilles qui sont empilées puis soumises à chaud à l’action d’une presse qui soude le tout en un seul bloc, maintenu sous pression jusqu’à refroidissement complet.
- On y découpe alors mécaniquement les feuilles qui sont livrées aux façonniers. On peut aussi fder des joncs, des tubes.
- Le celluloïd se travaille avec la plus grande aisance : on peut le scier, le percer, le coller, le laminer. Ses propriétés thermoplastiques permettent de le mettre en forme avec la plus grande facilité en le travaillant simplement dans l’eau chaude.
- 11 redevient rigide par refroidissement. On en fait une multitude d’objets; il permet l’imitation de l’écaille, de la corne, de l’ivoire, etc.
- C’est une matière plastique remarquable dont les applications innombrables ont été limitées uniquement par le très grave inconvénient provenant de sa nature chimique même : son inflammabilité.
- C’est un défaut sans remède. Il eut cependant un résultat heureux : celui de développer les recherches de succédanés qui aboutirent finalement et permirent d’édifier une nouvelle et très grande industrie.
- Le celluloïd fut aussi la cause première de l’essor prodigieux des techniques photographiques. Vers 1887, Goodavin et la Compagnie américaine Eastman eurent l’idée d’utiliser les films de celluloïd comme support des émulsions sensibles, ce qui permit la réalisation de la cinématographie.
- La fabrication du linge lavable imperméable a eu aussi, autrefois, Aine certaine vogue. Elle consistait à coller de chaque côté d’une toile une mince feuille de celluloïd transparent ou à imprégner les tissus d’un vernis au celluloïd obtenu par dissolution dans un solvant approprié.
- Les premiers vernis pour les ongles des parfumeurs étaient une solution de celluloïd dans un mélange d’acétate d’amyle et d’acétone teinté par des colorants organiques.
- Dès avant la guerre de 191/1, l’industrie du celluloïd avait pris une énorme extension. En 1912, la consommation mondiale du camphre atteignait 5 000 000 de kg dont 4 000 000 pour la fabrication du celluloïd. Le Japon monopolisait le raffinage du camphre donnant aux usines de celluloïd indigènes une situation privilégiée.
- Pour compenser ce monopole, il n’y avait guère que la production chinoise, qui était en progression, et les débuts de la réalisation industrielle du camphre synthétique. D’autres corps sont employables comme substituts du camphre dans le celluloïd et ont été offerts aux usines sous des noms vai’iés. Citons les phosphates de Iriphényle et de tricrésyl, l’acétanilide, l’éthyl-acétanilide (mannol), la paratoluèncsulfamide (celludol), etc.
- De nombreux chercheurs ont tenté de remédier à l’inflammabilité du celluloïd en incorporant des ignifuges : phosphates, borates, silicates, etc. Tous ces essais sont restés cantonnés au laboratoire, aucun remède n’a été effectivement trouvé, et n’a pu réduire la concurrence des produits nouveaux qui parurent progressivement sur le marché des plastiques.
- Les nitrocelluloses ont servi de point de départ à une série de vernis dont la consommation s’est rapidement développée.
- On réunit sous le nom de vernis cellulosiques des dissolutions de dérivés tels la nilrocelhüose, l’acétocellulose, dans des solvants appropriés. Ces mélanges sont très anciennement connus : les collodions étaient utilisés pour nombre d’emplois spéciaux d’importance réduite', vernissage des perles artificielles, par exemple, et les vernis type « Zapon » déjà très répandus avant la guerre de 1914-1918 pour la protection des métaux.
- La fin des hostilités mit sur le marché des quantités considérables de nitrocellulose qui trouvèrent facilement un débouché. On réalisa toute une série de peintures et vernis qui révolutionnèrent cette industrie. En particulier la possibilité de séchage rapide présentait un avantage considérable. Joint à la
- facilité d’emploi au pistolet, au pulvérisateur à air comprimé, ces formules nouvelles trouvèrent une application importante et immédiate en carrosserie automobile. Il n’est pas exagéré de dire qu’elles exercèrent une influence déterminante sur la production à la chaîne, en grande série. Celle-ci eût rencontré d’insurmontables difficultés s’il avait fallu stocker la production pour le séchage en plusieurs semaines qui était de règle avant leur apparition. Les applications s’étendirent rapidement au matériel de chemin de fer, au mobilier, à la décoration, au bâtiment, etc.
- Les vernis cellulosiques sont des solutions de nitrocellulose et d’autres éthers de la cellulose, parfois associés à des gommes ou résines synthétiques, dans des mélanges de solvants organiques. Les nitrocelluloses destinées à cet usage sont spécialement étudiées pour donner le minimum de viscosité afin de permettre l’incorporation d’un poids aussi élevé que possible de produit sec. Les solvants sont l’alcool, l’acétone, l’acétate d’amyle, l’acétate d’éthyle, l’acétate de butyle, etc., que l’on peut additionner de liquides peu onéreux non dissolvants des dérivés cellulosiques, mais permettant de diluer la solution véritable : benzine, solvants chlorés, etc.
- On peut ainsi préparer d’innombrables formules dont les applications sont des plus étendues : métaux, toiles, bois, verre, etc.
- Les imitations de cuir sont des toiles ou des feutrages de fibres enduits mécaniquement de pâtes épaisses de dérivés cellulosiques plastifiés par des produits appropriés qui se relient à ces types de vernis.
- Les éthers cellulosiques*
- Les éthers cellulosiques, en particulier l’acétate de cellulose, ont pris également un développement considérable et sont à la base d’une industrie florissante.
- En 1869, Sciiützenberger, premier directeur de l’Ecole de Physique et Chimie de la Ville de Paris, avait mis en évidence l’éthérification de la cellulose par l’anhydride acétique par chauffage à 180° en tubes scellés. Mais ce n’est que vers 1908 que ce produit paraît sur le marché.
- L’acétylation de la cellulose est beaucoup plus délicate que la nitration. L’action de mélanges sulfo-acétiques donne exclusivement des hydrocelluloses. Il faut avoir recours à l’emploi d’anhydride acétique en excès et en présence d’un agent catalyseur, généralement l’acide sulfurique ou des dérivés organiques sulfonés.
- La cellulose doit avoir subi un traitement modificateur préalable facilitant l’opération.
- Les techniques d’acétylation sont très complexes. Suivant les conditions dans lesquelles elles sont conduites on obtient des produits à divers degrés de substitution, jusqu’au triacétate.
- Suivant le pourcentage d’acide acétique fixé on obtient des produits différents, en particulier, par leur degré de solubilité dans divers liquides organiques : acétone, acide acétique, éthers acétiques divers, chloroforme et solvants chlorés, etc.
- Les acétates de cellulose permettent par incorporation de plastifiants tels que le triphénylphosphate la préparation de poudres à mouler. On obtient ainsi des masses plastiques qui s’utilisent suivant la technique classique et permettent l’élaboration d’une quantité innombrable d’objets divers : articles de bureau, boîtes, étuis, coffrets, manches de couteaux, boutons, poignées, brosserie, etc. Us se déforment moins facilement que le celluloïd et leur ininflammabilité leur permet des utilisations plus générales.
- On en fait des revêtements muraux, des meubles, on peut les teinter à volonté, les rendre fluorescents aux rayons ultraviolets, etc.
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- En feuilles minces transparentes, ils sont utilisés comme verres de sécurité incassables.
- Enfin le film ininflammable qui a remplacé le celluloïd est fait d’acétates de cellulose, ce qui constitue un débouché des plus importants.
- En marge des plastiques, nous rappelons que les pâtes visqueuses d’acétate de cellulose donnent par filage une rayonne dont la consommation se développe sans cesse et qui absorbe également d’importants tonnages de ces produits.
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- L’approvisionnement en matières premières pour cette industrie est, d’une part, la cellulose facile à approvisionner, et d’autre part, l’acide acétique. La distillation des bois était impuissante à satisfaire aux tonnages demandés de ce dernier produit. Le problème a clé résolu par la synthèse organique, la réaction de base étant l’hydratation catalytique de l’acétylène.
- Signalons enfin que l’on a prcpai’é des dérivés mixtes de cel-
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- lulose aeétonitréc qui ont trouvé également des applications importantes, par exemple pour la fabrication de films.
- L’industrie des dérivés de la cellulose a mis sur le marché des éthers oxydes mixtes d’alcools et de cellulose obtenus par réaction de sulfates ou de chlorures de méthyle, d’éthyle, de benzylc, etc., sur l’alcali-cellulose. On a préparé ainsi les méthyl, éthyl, benzyl-celluloses qui par suite de propriétés spéciales ont reçu des applications particulières : apprêts pour tissus, peintures spéciales, ’ mais leur prix relativement élevé en limite les débouchés.
- La chimie des dérivés cellulosiques a pris depuis quelque vingt ans une extraordinaire ampleur et nous n’en avons pu donner ici qu’une vue d’ensemble.
- Le développement en longue chaîne de la structure moléculaire spatiale de ces- corps fait qu’ils se retrouvent aussi bien parmi les plastiques que parmi les textiles artificiels. Ces derniers emplois ne sont pas ceux qui présentent les débouchés de moindre tonnage.
- L. Perruche,
- Docteur de l'Université de Taris.
- POUR LA SÉCURITÉ DE L'AVIATION
- Mesure du plafond nuageux.
- Le Bureau Météorologique des États-Unis vient de créer deux nouveaux appareils destinés aux aérodromes et qui paraissent apporter une intéressante contribution à la sécurité de la navigation aérienne.
- Le premier est destiné à la mesure du plafond nuageux. Jusqu’ici ce renseignement s’obtenait par la méthode très peu satisfaisante des ballonnets. MM. L. W. Foskett et B. L. Ilansen ont imaginé une méthode toute différente pour mesurer l’altitude de la couche nuageuse : Une puissante lampe à vapeur de mercure à refroidissement par air, d’une puissance lumineuse de 30 à 40 millions de bougies, projette verticalement un intense rayon lumineux qui trace une plage éclairée sur la base des nuages. Un viseur placé à une distance connue du projecteur est braqué rrers cette plage. Il ne comporte aucun système optique, mais simplement une cellule électrique qui débite du courant lorsque l’appareil est bien en direction de la tache. L’angle de visée étant ainsi connu, l’altitude du nuage se calcule ou se détermine graphiquement avec la plus grande facilité. Le viseur commande à distance un appareil reproducteur, au poste du météorologiste de l’aérodrome. Cet observateur a donc à tout moment sous les yeux un renseignement précis et actuel sur le plafond nuageux et il peut le transmettre aux pilotes qui prennent le départ ou qui vont atterrir. L’appareil est utilisable de jour comme de nuit. Science Neios Letler, à qui nous empruntons ces détails, nous apprend qu’une installation complète coûte 3 500 dollars et que d’ici un an ou deux on compte en équiper un vaste réseau sur l’ensemble du territoire des États-Unis.
- Mesure de la visibilité.
- Le second appareil, mis au point par le Bureau Météorologique en collaboration avec le National Bureau of Standards et les services de la Marine, donne un enregistrement automatique de la visibilité en mesurant la transmission de la lumière à travers l’atmosphère. Il utilise un puissant projecteur et une cellule
- photo-électrique placés sur le sol à environ 800 m l’un de l’autre. Le faisceau lumineux issu du projecteur est concentré sur la cellule. L’appareil indique automatiquement la fraction de la lumière émise qui atteint la cellule. Tar un calcul mathématique automatique, le météorologiste est en mesure de déterminer la visibilité.
- Plafond et visibilité sont deux éléments très variables ; et cependant il importe que le navigateur aérien soit renseigné exactement à leur sujet, au départ, en cours de route ou à l’arrivée. Les deux nouveaux appareils permettront d’obtenir ce résultat.
- Dissipation des brouillards sur les aérodromes.
- Le brouillard sur les aérodromes rend les départs et les atterrissages fort dangereux. Bien souvent, au cours de cette guerre, les avions ont été immobilisés dans leurs bases par le brouillard. Aussi s’est-on demandé comment, lors de la contre-offensive de von RundsLedt en décembre dernier dans les Ardennes, les Alliés avaient pu réussir à maintenir en action leurs forces aériennes, malgré l’intense brouillard qui régnait dans cette région et à bloquer, grâce à elles, l’avance ennemie. La censure anglaise ’ûent de lever le secret qui régnait jusqu’ici sur ces opérations. On apprend que 15 aerodromes anglais ont pu être maintenus en activité grâce à un dispositif de dispersion du brouillard. Yoicl en quoi consiste cette installation. Parallèlement à la piste de départ ou d’atterrissage, et sur chacun de ses côtés sont placés des tuyaux horizontaux perforés. On y refoule de l’essence sous forte pression et des hommes armés de torches l’enflamment à la sortie des perforations. Il se forme une barrière de flammes et de fumées qui dégage et véhicule une intense chaleur, et qui, en s’élevant, dissipe le brouillard le plus épais. Inaugurées en juillet 1943 ces installations ont assuré la sécurité à plus de 2 500 utterrissages.
- Il y a tout lieu de penser que ce système sera retenu pour les aérodromes civils, malgré la grande dépense d’essence qu’il exige.
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- LE PAIN AU SOJA
- Le Mini sire du Ravitaillement a décidé récemment l’incoi’pora-lion à la farine de froment de 7 pour 100 de farine de Soja. Nous avons été demander à M. Arpin, Directeur honoraire du Laboratoire de la Boulangerie, ce qu’il faut penser de cette nouveauté.
- Parlons d’abord du Soja (en japonais Soya), nous dit le savant technicien. C’est une sorte de pois, ou si Arous préférez une espèce de haricot appartenant à la famille des Légumineuses. On le cultrve en Chine, dans l’Inde, au Japon, et plus particulièrement en Mandchourie depuis un temps immémorial. Avant la guerre, on en trouvait, sur le marché mondial, plusieurs variétés, qu’on dénommait commercialement jaunes, vertes ou noires selon la couleur de leurs graines.
- Aujourd’hui, l’Amérique latine et les États-Unis cultivent le Soja sur de vastes étendues, tandis que les paysans de France s’en inquiétèrent seulement au cours des dernières années. Après de timides essais officiels entrepris en 1941 dans le Loiret, puis avec plus d’ampleur en iq43 dans la région d’Etam-pes, en Gironde, dans le Nord et dans d’autres départements, les agronomes se rendirent compte que la prolifique légumineuse mandchourienne ne réussit vraiment bien que dans le midi de notre pays.
- Comme le haricot nain, le Soja se sème en plein champ au mois de mai, puis au bout de i4o jours ses graines arrivent à maturité et on peut les récolter pendant la première quinzaine d’octobre. Il s’accommode de tous les sols, mais, par contre, il ne se développe vigoureusement que dans les endroits bien ensoleillés et son rendement y atteint au moins 2 000 kg à l’hectare.
- Inutile de vous énumérer les nombreuses analyses des graines de Soja faites par les chimistes, ajouta M. Arpin. Pietenez les compositions respectives de sa farine et de celle du blé :
- Farine de tourteau de soja
- Farine de blé
- Fig. 2.
- Gousses de soja à maturité.
- à 14 pour 100 14 à 16 pour 100
- Eau ............. 13
- Substances azotées............. 40 à 44 — 9
- Graisses...... 2 à 7 — 1
- Matières minérales.......... 5,50 à 6 — 1,24 à 1,50
- à 11 à 1,20
- Ce tableau d’ensemble explique les raisons pour lesquelles, vu la déficience actuelle, les Pouvoirs Publics songèrent à décréter l’incorporation d’une certaine proportion de Soja afin d’accroître la valeur alimentaire du pain de céréales. Malheureusement, comme je l’ai indiqué voilà plus d’une vingtaine d’années, nous précisa encore l’éminent théoricien de la boulangerie française, la « fève d’Asie » ne possède pas que des qualités, elle a aussi certains défauts. D’abord, elle renferme environ 4oo g de silice par 100 kg, d'où l’inconvénient de faire craquer sous les dents le pain dans lequel on en a incorporé un peu. En outre, l’addition de 7 pour 100 de farine de tourteaux de Soja à la farine actuelle, extraite à 85 pour 100, nécessite une plus grande absorption d’eau au pétrissage. La pâte ainsi obtenue donne à la cuisson une mie légèrement jaune, assez compacte et une croûte plus rouge. Par contre, le rendement final se trouve accru et le Ministre du Ravitaillement satisfait! Hélas, malgré sa richesse en diastases et sa teneur élevée en protéines, les disciples français de Brillat-Savarin n’apprécieront sans doute pas beaucoup le pain au soja qu’on veut leur servir en guise de viande de boucherie.
- Fig. 1.
- Un plant de soja peu avant la floraison.
- Jacques Boyer.
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- Quelques rencontres de cet été en mer :
- TORTUES ET PHYSALIES
- L’été est la saison chaude, sur mer comme sur terre. Le soleil, montant plus haut sur l’horizon, éclaire plus longtemps et échauffe l’air et l’eau. De lents courants marins, qu’on les appelle « drifts » ou transgressions, étalent en surface tout le long de nos côtes et très loin vers le Nord les eaux chaudes des régions tropicales, et ces eaux transportent souvent des animaux du grand large qui apparaissent ainsi brusquement et souvent en grands nombres. Mais la venue de ces « indicateurs » de courants n’est pas régulière et l’on ne sait encore la relier aux observations météorologiques.
- Notre climat change-t-il ?
- Il n’est pas douteux que depuis une vingtaine d’années, si nous n’avons pas subi de chaleurs excessives en été, nous avons eu la chance d’une série continue d’hivers doux, presque sans neige dans la région de l’Ouest. Les saisons ont été bien marquées au point de vue de la pluviosité : hivers pluvieux et étés secs, rapprochant notre climat de celui de la région méditerranéenne..
- Plus au Nord, on a noté depuis 1920 un réchauffement notable de l’air et de l’eau. En Norvège, au Groenland, en Islande, à Jan Mayen et jusqu’à la Terre de François-Joseph, la température a augmenté en hiver. Au Spitzberg, Sherhag a noté une élévation cle la température annuelle moyenne de 90, « le plus grand changement chmatique gonnu ». Jen8entj, _ rassemblant tous ces faits, a montré leurs coïncidences avec la pêche et le climat. Les espèces arctiques ont reculé vers le Nord, les espèces boréales s’y sont substituées; on a pêché la morue au Groenland à partir de 1926. Les glaciers et les toundras glacées ont largement reculé; les glaces flottantes ont disparu jusqu’à des latitudes élevées.
- Que s’est-il donc passé? Faut-il admettre que le volume des eaux chaudes transportées par le Gulf Stream a augmenté ou que la circulation atmosphérique s’est amplifiée ?
- Dans nos régions, le même échauffement de l’eau de mer ne s’est pas manifesté, à en juger par mes observations à Concarneau, où la température de l’eau de la côte a subi les mêmes variations saisonnières de 1902 à ig/p et a conservé une moyenne annuelle de i2°/i9 avec un écart de o°G4 seulement. A Piymouth, Russell a constaté de xga4 à ig3g une décroissance du nombre des jeunes poissons dans le plancton.
- Il faut donc admettre que les côtes occidentales de l’Europe tempérée reçoivent régulièrement chaque année un afflux d’eaux atlantiques chaudes et que celles-ci s’étendent plus ou moins loin vers le Nord, fort loin depuis une vingtaine d’années.
- Les arrivages d'espèces d'eau chaude.
- Chaque été, l’élévation de température des eaux au large de nos côtes coïncide avec l’arrivée de bancs de germons que des bateaux de pêche spéciaux, les thonniers, vont capturer de juin à octobre. Us rapportent de temps à autre d’autres poissons des mers tropicales : des thunnidés de diverses espèces, des cory-phènes, des tétraptures voisins des poissons-épée, des brèmes de Ray, etc.
- Plus près des côtes, on voit arriver parfois des poissons-lune, des poissons volants, des tortues, et par hasard de véritables
- essaims nageant en surface de méduses, de siphonophores (Vélelles et Physalies) de salpes.
- L’été dernier, bien que n’ayant pas été particulièrement chaud, a été marqué par un afflux de tortues de l’espèce Tha-lassochelys caretta et plus encore par une pullulation de Physalies (Physalia physalis).
- La Tortue caret.
- La tortue caret ou caouanne est une tortue marine qu’on rencontre en abondance dans les mers tropicales et subtropicales, particulièrement dans le Golfe du Mexique où elle se reproduit. Elle vit constamment en haute mer et ne va à terre que pour pondre, sans qu’on sache bien comment elle navigue sur de très grands espaces, en nageant ou en suivant les courants. Elle
- Fig. 1. — La Tortue Caret.
- apparaît sporadiquement près des côtes occidentales d’Europe et récemment Deraniyagala, puis Parker l’ont considérée comme un indicateur des arrivées d’eaux chaudes de surface. Celles qu’on voit sur nos côtes viennent:elles du Golfe du Mexique et ont-elles traversé l’Atlantique ?
- C’est une grande tortue qui peut atteindre jusqu’à un mètre. Sa carapace est formée de cinq plaques axiales carénées, bordées de chaque côté de cinq plaques latérales qu’entourent vingt-cinq plaques marginales. En dessous, le plastron compte 22 à 24 écailles soudées. Il en dépasse une tête allongée, assez grosse, aux yeux munis de paupières et au bec puissant, coupant comme un emporte-pièce, une queue courte, quatre membres inégauk, les deux antérieurs fort grands qui fonctionnent comme palettes natatoires, les deux postérieurs plus petits qui servent surtout comme gouvernails de direction et de plongée. La carapace et le plastron sont soudés et une peau épaisse, écailleuse, recouvre 'la tête, là queue et les membres; on la voit se gonfler et se dégonfler à chaque respiration. La couleur de la carapace est magnifique, d’un or verdâtre et brunâtre comme un laque clair. La tortue n’a pas la possibilité de nettoyer son tégument sur lequel se fixent des crasses; on en trouve souvent plus ou moins couvertes d’ana-
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- tifes et quand on les garde en captivité, elles se chargent de courtes algues boueuses.
- Elles nagent par les battements de leurs pattes antérieures et j’ai pu noter leur vitesse qui dépasse i'arement dix mètres par minute.
- Elles se nourrissent de tout un peu, de poissons qu’elles sectionnent avec leur bec, de mollusques dont elles brisent les
- Fig. 2. — La Physalie.
- coquilles, d’algues qu’elles broutent sur les parois des bassins où on les garde, etc.
- L’été dernier, elles abondèrent a u large de nos côtes ; les thonniers c n virent souvent le long de leurs bateaux, du cap Fi-nisterre d’Espagne jusqu’à l’Irlande; ils en prirent vivantes, à ,1a main, au croc, ou empêtrées dans leurs lignes, et ils en ramenèrent plusieurs fois à Concarneau en juillet et en août.
- Je pus ainsi en conserver longtemps dans un grand bassin et observer leurs mœurs. Elles sont d’excellents plongeurs et peuvent rester immergées pendant plus de a5 minutes.
- La Physalie.
- La Physalie est bien plus rare et extraordinaire. C’est un Coc’lentéré de l’ordre des Siphonophorcs, une colonie de méduses flottantes. Au-dessus de l’eau, on voit une sorte d’outre ou de cornemuse translucide, irisée, d’un bleu rosé, surmonté cl’une crête ondulée
- de couleur rose-orange ; ce flotteur,' tendu, plein de gaz, est pourvu d’un orifice qui peut s’ouvrir pour le dégonfler mais qui est généralement fermé ; cet orifice très sensible se dresse ou s’abaisse, déformant la vésicule. Au-dessous, dans l’eau, on aperçoit une masse de polypes, les uns
- spécialisés pour la digestion (gastrozoïtes), les autres pour la reproduction (gonozoïlcs) ; tous s’allongent, se contractent, grouillent comme un amas de vers. Plus bas, se détachent de cette masse un certain nombre de filaments bleu intense. Le flotteur est long de io à 3o cm; les filaments peuvent atteindre plus d’un mètre. Ces filaments s’allongent et se raccourcissent sans cesse; en contraction, ils sont ondulés, élargis, ponctués
- de disques clairs; en extension, ils forment un gros fil bleu
- transparent; les uns descendent .tandis que les autres remontent en un mouvement incessant. Dans un bac on les voit comme un éventail de fils plus ou moins tendus.
- Malheur à l’animal qui les touche. Que ce soit un petit poisson, une crevette, aussitôt après le contact il est perdu. Il se débat quelques instants sans pouvoir se débarrasser du fil qui s’étire mais ne se rompt ni ne se détache, puis il tombe paralysé, la respiration haletante. Bientôt deux ou trois filaments se fixent sur lui, se contactent, le remontent peu à peu vers
- la masse des gaslrozoïles. Il est mort. En effet, les longs filaments, les dactvlozoïtcs, sont pourvus d’une multitude de cellules urticantes, de nématocystes qui, au contact de la proie, éclatent; ils projettent un dard minuscule qui injecte dans la piqûre un poison foudroyant. Richard, excitant électriquement un de ces filaments, La vu instantanément se couvrir d’un feutrage semblable à une moisissure, formé de tous les nématocystes éclatés. Portier et Richet ont expérimenté la toxicité de ce poison sur des animaux supérieurs : grenouille, pigeon, canard, cobaye et leurs observations, l’épétées avec des actinies les ont conduits à la notion d’anaphylaxie dont on sait l’extension et l’importance.
- Les effets sur l’homme, bien que moins intenses, ne manquent pas d’être désagréables et même plus. Portier et Richet ont signalé que des matelots ayant pris à la main une Physalie ont ressenti une douleur si violente qu’elle avait parfois provoqué une syncope; d’autres avaient eu le bras parésie pendant quelques jours. L’afflux de Physalies de cet été a reproduit les mêmes accidents et l’on nous a signalé des érythèmes, des œdèmes des membres et de la face et même des syncopes chez des curieux imprudents qui voulaient saisir la bêle étrange et magnifique ou chez des baigneurs qui en avaient frôlées. Cela explique le surnom de « terreur des baigneurs » que Mc Neill leur a donné.
- Heureusement, les Physalies sont rarissimes près de nos côtes. A Concarneau, on n’en avait A'u, peu nombreuses, qu’une seule fois en 1935, et Bouxin les avait signalées. Cette fois, elles ont été innombrables de fin août à fin septembre et l’on en a recueilli partout, bien vivantes, colorées et actives au début, pâlies, sans filaments et finalement réduites au flotteur les derniers jours.
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- Peut-on rapprocher ces arrivages marins de Carets et de Physalies des nuages aériens de Criquets que M. Carayon vient d’observer dans le Bordelais P Y a-t-il entre eux simple coïncidence ou obéissent-ils aux mêmes facteurs cosmiques ?
- R. Legendre.
- Nouvelle méthode de fenaison. '
- A part certaines améliorations dans la technique du fauchage, la fenaison se fait toujours suivant les méthodes ancestrales. Lorsque le foin est coupé, on le laisse sécher pendant quelques jours, on le retourne, puis on le rentre dans les granges. Cependant il arrive, dans les années pluvieuses, que le foin est très long à sécher. Parfois même il pourrit sur place.
- Des fermiers américains ont inauguré une méthode nouvelle. Ils activent le séchage du foin à l’aide de ventilateurs. Le foin est prêt à être rentré 24 à 3G h après le fauchage, alors que par les moyens habituels, il faut au moins cinq à six jours de plein soleil.
- Les ventilateurs d’une puissance de cinq chevaux sont placés au-dessus d’une sorte de tunnel en bois qui souffle de l’air à la base ; le foin est empilé de telle sorte qu’il est ventilé énergiquement et séché très rapidement.
- Cette méthode présente deux avantages. Tout d’abord, elle gagne du temps et évite les effets fâcheux de la pluie. D’autre part, le foin est plus propre, plus sain et d’un pouvoir nutritif plus élevé, car il garde des vitamines, qui seraient perdues dans un séchage sur le sol.
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- La prochaine opposition de Mars
- Chaque retour des circonstances propices à la visibilité de Mars est toujours attendu avec intérêt par les observateurs de cette curieuse planète. Donnons donc ici quelques précisions
- Mars
- Terre
- Fig. 1. — L’orbite de Mars et ses inégalités de distance à celle
- de la Terre.
- Le 14 janvier 1946, au moment de l'opposition vers l’aphélie À les deux planètes sont bien plus écartées qu’aux oppositions survenant au périhélie P. — Orbite de Mars : S, solstice d’hiver boréal, E, équinoxe de printemps boréal, S2 solstice d’été boréal, E, équinoxe d'automne boréal.
- sur sa prochaine opposition, qui va avoir lieu les 13-14 janvier 19 4 G.
- Rappelons tout d’abord que les diverses oppositions de notre célèbre voisine ne sont, pas également favorables à son examen télescopique. L’excentricité très accusée de l’orbite martienne en est responsable, entraînant (fig. x) de très fortes variations de distance à la Terre : au périhélie, 56 millions de kilomètres « seulement » séparent les deux orbites, et 99 millions à V aphélie.
- Or, comme on le voit ici, ce sont les conditions de très grand éloignement qui prévalent actuellement, Mars se trouvant dans la portion de son orbite qui avoisine l’aphélie: au moment de l’opposition — plus exactement quelques jours avant, le 10 janvier — sa distance à la Terre sera de 90 5oo 000 km.
- Un tel éloignement confère à la planète un diamètre apparent fort réduit. Lorsque l’opposition a lieu pratiquement au périhélie (comme en 1924) le diamètre de Mars atteint en 19/16 il sera de 14^,6 seulement, soit presque moitié moindre (lîg. a).
- Cette forte différence a une notable répercussion, quant à l'examen, déjà très délicat en lui-même, des détails de la surface martienne. Aussi la période actuelle est-elle bien peu favo-i’able pour les modestes lunettes; des observations utiles ne pourront être effectuées qu’à l’aide des moyens et grands instruments.
- Ces observations se l’apporteront surtout à l’hémisphère boréal du globe martien (fig. 3). La planète s’est trouvée le 19 novembre dernier à son équinoxe de printemps, pour cet
- Fig. 3. — Présentation du globe de Mars à l’opposition de 1946.
- Fig. 2. — Dimensions comparatives du diamètre apparent de Mars lors d’une opposition périhélique ( 1924) et de l’opposition de 1946.
- hémisphère, qui avance ainsi vers le solstice d’été. En conséquence la calotte polaire N. commence à se laisser découvrir.
- La petitesse du diamètre apparent et les caractères des particularités topographiques des régions boréales de Mars réclament l’emploi de forts grossissements télescopiques. À ce dernier point de vue la situation de la planète sur le ciel est de grande importance. Or, à l’époque de l’opposition, elle est clans les Gémeaux, c’est-à-dire que pour nos régions cette situation déterminera que Mars, passant au méridien, sera très élevé au-dessus de l’horizon (pour Paris, C70). De telles conditions sont les meilleures qui puissent se rencontrer, quant à la clarté et à la netteté de l’image télescopique; dans une certaine mesure, même, elles compensent la moindre dimension, comparativement à celle d’une opposition périhélique, lors de laquelle — toujours pour nos contrées — la planète reste tx’ès peu élevée et plus ou moins noyée dans les troubles de l’horizon.
- Lucien Rudaux.
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- Un nouveau matériel pour l'étude des lagunes
- et cours d'eau navigables
- Le Centre local de Côte d’ivoire de l’Institut Français d’Afrique Noire (IFAN), dès son installation à Abidjan au début de io44, avait décidé d’entreprendre l’étude complète du système lagünaire complexe qui s’étend en basse Côte d’ivoire entre
- iv ra n 1
- Fig. X. •— Élévation et plan du « Baleo ».
- 3°3o/ et 5°3o' W environ, avec de très nombreux diverticules portant le développement total des côtes lagunaires à un peu plus de 1 000 kilomètres.
- Cette étude devait comprendre : de l’hydrographie : mesure des fonds, des courants, etc... ; de l’hydrologie : mesure des températures, salinité, pH, oxygène dissous, etc... ; de la biologie : étude des êtres vivants, végétaux ou animaux qui peuplent la lagune et ses rives; de Vethnographie : élude des populations de la lagune et des fleuves affluents.
- Ce programme demandait évidemment de longs séjours sur l’eau, dans une embarcation qui devait satisfaire aux conditions suivantes :
- — volume habitable permettant à deux chercheurs de vivre et de travailler sans se gêner, et par tous les temps ;
- — stabilité aussi grande que possible, de façon à poursuivre les examens chimiques, microscopiques, etc... dans toutes les conditions;
- — ti'ès faible tirant d’eau et dimensions totales réduites, pour accéder aux diverticules peu profonds et remonter les rivières le plus haut possible ;
- — vitesse suffisante pour ne pas être trop freiné par des vents sou-
- vent violents et de direction constante et par le courant des rivières en période crue ;
- •— consommation réduite de carburant ;
- — possibilité de marcher à allure réduite (moins de 2 nœuds) pour traîner filets à planklon et engins de pêche.
- .l’ai été amené à étudier et à réaliser le matériel qui constitue Je prototype d’une petite série d’embarcations semblables destinées aux autres Centres de l’IFAN en Afrique.
- Le « Baleo » (ainsi a été baptisé le prototype) est constitué par deux flotteurs en catamaran, ayant chacun les dimensions suivantes : longueur 12 m 5o, largeur : o m 90, hauteur : o m 90. Ces flotteurs, en bois d’iroko (Chlorophora excelsa) sont mono-xyles et pontés sur toute leur longueur.
- Ils sont reliés transversalement de façon rigide par 4 traverses ’en iroko avec un entr’axe de 3 m i5.
- Sur la première et la seconde traverse est installée l’habitation constituée par une remorque américaine de camping-(« Trader » fabriqué par la firme u Covered Wagon » de Mount Ciemens, Michigan).
- La remorque repose sur la première traverse par l’extrémité de son triangle souple d’attelage et sur la seconde par son essieu, qui a été conservé. Reposant en trois points élastiques, elle est totalement indépendante d’un gauchissement possible des flotteurs.
- L’espace entre les flotteurs est ponté depuis leur extrémité arrière jusqu’à la première traverse, laissant ainsi à l’avant les flotteurs dégagés sur une longueur de 3 m 5o. Ceci rend possible « l’insertion » du Baleo dans la végétation des rives (palétuviers par exemple). L’étude sur place et le ramassage des échantillons hydrologiques, botaniques ou zoologiques sont ainsi très facilités.
- La propulsion est assurée par un moteur de voiture légèrement modifié, donnant une douzaine de chevaux effectifs vers
- Fig. 2.
- L’embarcation vue de l’avant.
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- i 5oo RPM. Ce moteur est situé dans l’axe de l’ensemble, à l’arrière, et commande une hélice en bronze à 3 pales au moyen d’un arbre à cardan, guidé dans le plan vertical par une glissière articulée réglable. L’angle de l’arbre, et par conséquent la profondeur d’immersion de l’hélice est ainsi variable suivant les fonds rencontrés. D’autre part, la résultante verticale due à la poussée oblique de l’hélice équilibre sensiblement le poids de la partie mobile à partir du régime de croisière de 6 nœuds, ce qui fait que l’hélice s’efface automatiquement et sans choc appréciable lors de la rencontre assez fréquente de bois flottants ou de piquets d’anciennes pêcheries indigènes.
- Ce système fonctionne depuis 9 mois sans avoir causé aucun ennui. *
- Les dimensions intérieures de la cabine sont les suivantes : longueur 4 m 70, largeur et hauteur 1 m 95. Il n’y a pas lieu d’insister sur sa construction, qui est suffisamment connue. Notons seulement que l’isolement thermique est parfaitement réalisé par de la laine de verre disposée entre les deux parois, distantes de 1 pouce (a5 mm).
- Les modifications apportées à l’aménagement intérieur ont simplement consisté à remplacer le grand lit de l’avant (la cabine étant prévue pour coucher 4 personnes) par une table de travail avec tiroirs et classeurs, et à ajouter quelques prises de courant supplémentaires pour les mesures et l’éclairage du microscope.
- Tout l’équipement électrique est en 6 volts. Le courant est fourni par une dynamo de i4o W entraînée par le moteur propulseur, 5 batteries au plomb de 100 AH chacune assurent l’éclairage, la ventilation et la radio en dehors des heures de marche.
- L’appareillage comprend le matériel habituel : 1 compas de 180 mm de diamètre, cercle hydrographique, thermomètres et hygromètres enregistreurs, baromètre, x audithomètre Chauvin et Arnoux, bouteilles à renversement pour les prises d’eau en profondeur (les fonds de la lagune dépassent 26 m en quelques points), thermomètres à renversement, ramasseurs de fond, centrifugeuse électrique, microscope, la verrerie et les produits de laboratoire.
- La vitesse maximum dépasse légèrement 7 nœuds, celle de croisière 6 nœuds, ce qui est suffisant pour la lagune, mais un peu insuffisant pour les fleuves en période de crue. La consommation d’essence est un peu forte : 6 à 8 litres à l’heure. Ces deux facteurs — vitesse et consommation — seraient fortement améliorés avec un moteur marin tournant moins vite. Quoi qu’il en soit, les cales aménagées dans les flotteurs permettent d’emporter, en dehors des autres approvisionnements 600 à 700 litres d’essence, représentant une autonomie de 100 heures de marche, soit 20 jours à 5 heures par jour, moyenne de marche d’une journée de travail.
- Le tirant d’eau à l’arrière est voisin de Co cm.
- Ainsi est constitué un ensemble^ parfaitement autonome, où l’on peut vivre et travailler confortablement, quelles que soient les conditions extérieures. Il est à peine utile de souligner l’intérêt qu’il y a à pouvoir effectuer sur place, au fur et à mesure des déplacements, la plus grande partie des examens physiques, chimiques et biologiques; élimination d’une chance d’erreurs non négligeable due à la numérotaion des échantillons, difficulté de conservation dans certains cas, et surtout, possibilité de modifier l’orientation des recherches sur place suivant les l'éultats obtenus.
- J. L. Tournier
- Directeur du Centre local I.F.A.N. de Côte d’ivoire.
- A PROPOS DU PÉDOGRAPHE
- M. Ch. Gross nous écrit :
- « Dans le numéro 3095 du 1er septembre, La Nature signale dans le matériel secret de l’Armée américaine, le « pédographe ».
- Cet appareil n’est pas nouveau. En 1923, faisant partie d’une mission géographique du Génie de l’Armée française, nous avons dû faire le relevé topographique d’un affluent de l’Euphràte, le Khabour.
- Le levé de plan n’a pas été fait avec les appareils dont on se sert habituellement pour ce genre d’opération, mais avec un (( altiplanimètre de Lavaud ». Cet ingénieur — inventeur bien connu des Français — possédait une immense propriété au Brésil et il avait, pour effectuer le levé de plan de sa propriété, inventé cet appareil qui fonctionnait comme suit :
- 1.,’àppareil porté par un patrouilleur, comportait un tambour muni d’un papier graphique sur le côté duquel s’enroulait un fil de 30 m de long. Un opérateur déroulait le fil sur une longueur de 30 m ou fraction de 30 m dans la direction à relever ; le patrouilleur orientait une aiguille par rapport à une boussole fixée sur le dessus de l’appareil et mettait en position, dans la direction relevée, un style enregistreur appuyé sur le papier graphique. L’opérateur étant arrêté, le patrouilleur se mettait en marche dans la direction de ce dernier, le fil s’enroulant dans l’appareil au fur et à mesure de sa marche.
- De cette façon, le levé de plan s’inscrivait par fractions métriques de 30 m ou fraction de 30 m avec une grande exactitude que nous avons pu vérifier au cours d’essais. L’appareil permettait également de faire du levé d’altitude dans les mêmes conditions ».
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- LES LIVRES NOUVEAUX
- Traité de cryptogamie, par Louis Ltjtz.
- 1 vol. in-8, 5S6 p., 374 fig., 4 pl. en couleurs. Masson et Cie, Paris.
- On trouve dans ce traité renseignement du professeur de la Faculté de Pharmacie de Paris, développé sur certains points d’importance pratique. Les Cryptogames comprennent les Fougères, les Mousses, les Hépatiques, les Algues sur lesquelles Fauteur s’étend peu et les Champignons qui ne comprennent pas seulement les espèces à chapeau ou Basi-diomycètes, mais aussi une foule de petites formes restées longtemps confondues et dont le rôle apparait immense dans les fermentations, en pathologie humaine et animale, dans les maladies des plantes cultivées, la toxicologie et depu speu la thérapeutique. L’auteur donne avec préci-sion leurs caractères, leur mode de reproduction et de culture, leur biologie et leurs applications. Écrit pour les pharmaciens, ce traité intéresse tous les biologistes auxquels il fournit une importante mise au point.
- MERCREDI 5 DÉCEMBRE. Maison de la Chimie : 1S h. M. Malavard : « Étude analytique de la mécanique des fluides incompressibles ».
- JEUDI 6 DÉCEMBRE. Maison de la Chimie : 18 h/";M. KPïLuixt; T « Les prôchài’ns progrès dans l’industrie laitière ».
- VENDREDI 7 DÉCEMBRE. Maison de la Chimie : 18 h. M. M. Déribéré : ce Le comportement des pigments et peintures aux rayons infra-rouges .». Institut technique du Bâtiment (Musée de l’Homme, Palais de Chaillot) : 17 h. 30. M. Leroux : « La climatologie de l’habitation' ».
- SAMEDI 8 DÉCEMBRE. Palais de la Découverte : la h. M. Hadamard : <c Subconscient, intuition eh logique dans la recherche scientifique ». ..
- LUNDI 10 DÉCEMBRE. Maison de la Chimie : 18 h. M. -Séguin : « Halogénation et déshalogénation ».
- MARDI 11 DÉCEMBRE. Maison de . la Chimie : 18 h. M. Collardet : « Progrès américains en matière de travail et d’utilisation du bois ».
- MERCREDI 12 DÉCEMBRE. Maison de la Chimie : 18 h. M. F. Tessox : « Les ondes de choc des fluides compressibles ».
- JEUDI 13 DÉCEMBRE.! Maison de la Chimie : 18 h. M. le Prof. Guittonneau : « Les méthodes nouvelles de beurrerie moderne ».
- VENDREDI .14 DÉCEMBRE. Institut technique du Bâtiment (Musée de. l’Homme, Palais de Chaillot) : 17 h. 30. M. J. Ver-deyên:'« Étude des fondations sur pieux au moyen de l’appareil de pénétration en profondeur ». ..
- SAMEDI 15 DÉCEMBRE. Palais de la Découverte : 15 h. M. Paul Couderc : « Sur la Relativité ».
- Les premiers soins à donner aux asphyxiés et aux brûlés, par le Médecin-Comman-dant Passa. 1 vol. in-8, 84 p., flg. Œuvre pour la sécurité et l’organisation des secours, Paris.
- Chef du service de santé du régiment des sapeurs-pompiers de Paris, Fauteur a une abondante expérience de son sujet. II explique l’asphyxie et passe en revue tous les moyens de traitement efficaces, puis traite des brûlures et particulièrement de celles au phosphore. 11 aboutit à des conseils pratiques que tout le monde devrait connaître.
- La formation du système nerveux, par
- Raoul Michel May. 1 vol. in-8, 301 p., 147 fig. Collection a L’avenir de la science ». Gallimard, Paris, 1945.
- De ce sujet complexe et difficile, Fauteur apporte une bonne mise au point. Laissant de côté l’anatomie et la cytologie qui auraient pu être rappelées -brièvement, il suit l’organisation du système
- LUNDI 17 DÉCEMBRE. Maison de la Chimie : 18 h. M. l’abbé Alfred Léman : « Sulfuration et sulfonation ».
- MERCREDI 19 DÉCEMBRE. Maison de la Chimie 18 h. M. A. XiîNOT.La.-envi-:,; tation »!"
- VENDREDI 21 DÉCEMBRE. Maison de la Chimie : 18 h. M. Peingault : « Les perfectionnements américains dans les peintures et vernis ».
- SAMEDI 22 DÉCEMBRE. Palais de la Découverte : 15 h. M. Georges Boulicand « L’étalonnage et la géométrie ».
- I NFORMATIONS
- Le prix Nobel de médecine . en 1945.
- L’Institut Karolinska de Stockholm vient de partager le prix Nobel de médecine entre sir Alexander Fleming, de l’université de Londres, le Dr Ernest Boris Chaim et sir Howard Florey, de l’université d’Oxford, pour la découverte de la pénicilline et de ses effets dans le traitement des maladies contagieuses. On '‘sait l’importance de ces recherches qui ont sauvé .un grand nombre de vies humaines pendant la guerre.
- Dans la Presse.
- Photo-Revue a repris, depuis le 1er no- ; vembre, sa parution qu’elle avait interrompue pendant l'occupation.
- nerveux dans la série animale, montre sa formation chez les vertébrés et traite des questions actuellement à l’étude : le chimisme du développement et Faction des hormones, l’expérimentation physiologique, qui projettent des lueurs nouvelles dans 'ce' domaine- encore si obscur. '
- PETITES ANNONCES
- La ligne : 30 fr. Abonnés : 20 fr.
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- France, Villecresnes (S.-et-O.). Tél. 13.
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- -^télémètre/ .-objectif' Fessai- 4,5 où 3,5. Ecr. : La Nature, n° 69.
- CÉDERAIS : « Science et Vie » pour « Nature », janvier, mars, avril, ou « T. S. V. pour tous ». J. LEFEBVRE, Exploitation R. A. P-, Saint-Gaudens (1I.-G.).
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- LA NATURE
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- L’INDOCHINE
- races humaines
- Coup d’œil ethnographique.
- SOMMAIRE
- L’Indochine et ses races humaines, par V. FORBIN .
- Boîte de conserves chauffante ....................
- Le travail des verres d’optique, par Elise DEVAUX . . .
- Origines des plantes cultivées ................
- Phonétique statistique de la langue française . . . Photographie sous-marine • Obus-radio et bombes télévision ....................
- Les papiers et l’humidité• • Comité international des Poids et Mesures .... Modèle réduit de locomotive .....................
- La tyrotricine.............
- Livres nouveaux• Informations.....................
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- Fig. 1. •— Bonzes annamites.
- N° 3102 15 Décembre 1945
- Rappelons que l’Indo-cliine française se compose de cinq Étals qui sont : la Cochin-c li inc, l’Annam, le Cambodge, le Tonkin et le Laos. Le recensement de 19/10 accordait à l’ensemble une population de a3 853 5oo âmes, parmi lesquelles figuraient 4i ?,85 Français, 970 Européens non Français, 42O000 Chinois, 5 4oo Asiatiques do diverses nationalités. Il reste donc une masse indigène de plus de a3 millions d’âmes, la majorité appartenant à la race annamite avec une quinzaine de millions. Le surplus, soit 8 millions, se répartit entre une « infinité » de races, terme que nous employons ici à dessein, car on en compte, aux dires des ethnographes, d’une à deux centaines.
- La Péninsule indochinoise qui comprend, outre nos possessions, le Siam et une partie de la Birmanie, fut, dès les temps les plus lointains de la préhistoire, une grande route de migration qu’empruntèrent des peuplades venues du Nord (Chine méridionale), de l’Ouest (Hindoustan) ou du Sud (Malaisie). Les plus récentes enquêtes scientifiques tendent à prouver que les Maoris, originaires vraisemblablement de l’Inde centrale, suivirent cette voie avant d’affronter l’océan et de coloniser, de proche en proche, les innombrables îles qui constituent la Polynésie.
- Quelle était la population de l’Indochine avant que se produisissent ces vastes mouvements migratoires ? Nous avons, si l’on
- Le Numéro 15 francs
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- peut dire, la vivante réponse sous les yeux, puisque les montagnes du'Tonkin conservent de rares échantillons de cette antique race qui, d’ailleurs, pour la plupart, manifestent un certain degré de' métissage avec d’autres éléments ethniques : il s’agit là de négrilles, famille de négroïdes à petite taille (i m 20 à 1 m ho) qui fut jadis répandue sur une bonne partie du monde. (Asie, Afrique, Océanie). On la retrouve aujourd’hui à l’état pur dans les îles Andamans (golfe du Bengale), aux Philippines, dans la Nouvelle-Guinée, et, sous des formes métissées) clans 1 a presqu’îrë~cl’crTVTlil acca.
- Nous renonçons à énumérer les premières peuplades qui dépossédèrent les négroïdes autochtones, les massacrèrent ou les refoulèrent dans les régions montagneuses ou stériles. La plupart ont survécu; certaines conservent quelque importance numérique : tels, les Mons qui, d’après un recensement récent, sont encore au nombre de 33o 000 âmes.
- A leur tour, ces immigrants durent céder les bonnes terres à des races supérieures et se réfugier dans les districts montagneux. On les englobe généralement sous la dénomination de Mois, terme annamite signifiant « sauvages ».
- Cette puérile classification est cause que les Européens de la colonie les mettent tous au même niveau d’intelligence et de culture, ce qui est contraire à la réalité.
- Nous consacrerons d’abord notre attention aux races supérieures qui fondèrent en Indochine française des royaumes ou même des empires. Nous les étudierons en suivant un ordre chronologique, d’après la date approximative de leur apparition.
- Les Chams.
- Ce terme, que l’on orthographie aussi Chiam ou Tsiam (la dernière version exprimant assez bien la prononciation locale) désigne une race d’origine malaise. On ignore quelles terres furent son berceau; mais les philologues ont constaté de grandes affinités avec certains idiomes de l’archipel des Philippines.
- Les Chams arrivèrent dans leur nouvelle patrie vers le début de l’ère chrétienne; ils apportaient une civilisation déjà bien développée. De conquête en conquête, ils réussirent à occuper la quasi-totalité de la péninsule. Leur Empire de Tchampa fut l’un des plus puissants de l’Extrême-Orient et les vieux annalistes chinois célèbrent sa force et sa prospérité. Il étendit même sa domination sur Java et Sumatra.
- La décadence commença vers le xne siècle avec l’arrivée des Annamites au Nord-Est et le développement du Royaume des Khmers (ou Cambodgiens) à l’Ouest. Les Chams se défendirent vaillamment pendant plusieurs centaines d’années contre ces ennemis qui les grignotaient des deux côtés. Finalement, tout leur territoire passa aux mains des vainqueurs et les Annamites les massacrèrent en grand nombre, sans épargner les enfants. De ce peuple qui compta jadis plusieurs millions d’âmes, il ne reste plus, à l’heure actuelle, qu’environ 100 000 individus, éparpillés, par misérables villages, dans quelques districts de l’Annam méridional, de la Cochinchinc et du Cambodge.
- Rien n’a survécu de leur antique civilisation, sauf d’imposantes ruines de temples qui dénotent un sens exquis de l’architecture et dont les inscriptions empruntèrent une écriture indienne, souvenir de-l’époque où des prêtres venus de l’JIin-doustan propagèrent le brahmanisme dans le Tchampa. Une forte minorité des survivants de cette race déchue professe un islamisme qui s’accommode de nombreuses pratiques païennes; la religion des autres se borne à croire aux génies, bons ou mauvais.
- Les Chams ont un type physique qui permet de les identifier d’un coup d’ceil dans une foule indochinoise; de plus haute taille que les "Annamites, ils n’ont pas leurs yeux bridés, ni leur nez camus, le leur étant presque aquilin ; les cheveux sont généralement ondulés, au lieu d’être roides comme chez leurs
- Fig. 4.
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- vainqueurs. Les femmes montrent souvent une réelle beauté.
- Complétons cette sommaire monographie en notant que les Chams restent fidèles à leur langue ancestrale et qu’ils ont toujours refusé de contracter des mariages avec les Annamites. Si cette race intéressante a survécu, elle le doit à la domination française qui, dès la première heure, la prit sous sa protection.
- Les Cambodgiens
- Pour rendre à ce peuple son nom national, les K h met s, qui apparurent en Indochine après les Chams, ont une origine qui reste très obscure, malgré les travaux des savants qui se sont attelés à la question depuis- une cinquantaine d’années. L’opinion qui semble prévaloir est qu’ils proviendraient d’un mélange entre une peuplade venue de Malaisie et des autochtones, désignés sous le nom de Khouïs et que l’on rencontre à l’état pur dans le Sud-Est du Siam et dans le Nord-Ouest du Cambodge. A ce métissage s’est ajouté un,peu de sang hindou dont on retrouve les indices surtout dans les castes supérieures.
- Les Khmers, nous l’avons dit, étendirent leurs domaines aux dépens des Chams. Ils les chassèrent notamment de la Cochin-chine qu’ils conservèrent jusqu’au ~s*sra® siècle, quand ils en furent chassés par les Ann ami HjfiPStetcn f. ils sont con-
- finés sur une grande partie dmbodgt%ÏOo,lc dernier recensement (i93C) leur reconnaîtJ|«|«q4 0fPu^cmes milliers de leurs congénères se sont||mi^^Pr^daM)fles parties malsaines et marécageuses de tro'^^istricts cdjminchinois.
- On ne connaît que va gu em<^{^’$$3l$ùgir*du Cambodge. Il subit pendant des siècles rinlluencè^^w^nsatrice de l’Inde, qui lui envoyait des prêtres bouddhistes et d’habiles artisans. Il eut à sa tète de puissants souverains, grands bâtisseurs de villes, de palais et de temples dont le monde admire les splendides ruines à Angkor-Vat, à Angkor-Tom et ailleurs. Ils entreprenaient des guerres dans l’unique but de ramener des milliers de captifs qui travaillaient à la construction de ces gigantesques monuments et iis faisaient venir de l’Inde, à grands frais, des sculpteurs qui en ornaient les murailles de statues et de bas-reliefs d’un art consommé.
- Pour des raisons que l’on ignore, mais que l’on peut attribuer à des guerres malheureuses avec ces agressifs voisins qu’étaient et sont encore les Siamois, .ces magnifiques créations furent désertées au xive ou au xv® siècle, et les Cambodgiens en perdirent le souvenir. Seuls, d’érudits sinologues en connaissaient l’existence par les manuscrits de vieux voyageurs chinois qui
- en avaient chanté les splendeurs. Elles ne furent découvertes qu’à la fin du siècle dernier.
- Depuis lors, les archéologues français ont entrepris de dégager ces monuments de l’épaisse jungle qui les avait envahis et de les restaurer.
- Le Protectorat français fut signé en 1863, évé-nement que le Cambodge salua comme la fin d’un cauchemar : le
- Siam avait entrepris de le dépecer et nos armes ne se contentèrent pas d’arrêter sa marche en avant, mais lui firent rendre gorge, en restituant à sa victime les territoires volés.
- Les Cambodgiens sont d’une faille élevée (x m 65 en moyenne), comparativement aux races (Siamois et Annamites qui les entourent ; ils
- n’ont pas comme eux les yeux obliques; leurs cheveux sont ondulés. Ils semblaient avoir perdu les penchants artistiques de leurs ancêtres; grâce à la France, qui a créé une Ecole d’art à -Pnomli-Penh, leur capitale, ils ont repris la tradition et produisent des statues et bijoux qui sont de réels chefs-d’œuvre.
- Fig. 6.
- Cambodgienne.
- . ,y - ^
- 'l-f*
- Jeune fille Thaï. — 8. Annamite. — 9. Mo'i.
- Fig. 7.
- 10. Cham musulman.
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- Les Annamites.
- D’où vient ce peuple qui, depuis plusieurs siècles, s’est assuré la prédominance en Indochiné? Ses yeux bridés, ses pommettes saillantes, ses cheveux noirs et lisses, autant de caractéristiques qui le rangent dans la grande famille mongoloïde. D’après ses propres traditions, il aurait eu pour berceau la Chine centrale d’où il aurait été chassé par les migrations de peuplades plus puissantes que lui.
- Ce fut probablement vers le ve siècle de notre ère qu’il s’établit dans le delta tonkinois, exterminant les peuplades sauvages qui l’habitaient ou les refoulant dans les montagnes. De sièete en siècle, il étendit ses domaines dans le Sud, aux dépens des Clianis,.et s'empara finalement du delta du Mékong ou Cochin-chine, dont il chassa les Khmers.
- Les Annamites se mélangèrent, principalement au Tonkin,
- avec quelques-unes des tribus qu’ils avaient vaincues. A leur tour, ils subirent, à plusieurs reprises, des invasions chinoises. Leur territoire fut môme conquis deux ou trois fois par l’Empire du Milieu ; mais ils secouèrent le joug étranger et conservèrent leur indépendance entière jusqu’en 18G2, date'du traité par lequel l’Empereur d’Annam cédait la Cochinchine à la France. Enfin, le G juin i884, l’An-nam acceptait le protectorat français.
- Bien qu’ils aient subi les mélanges de sang que nous venons de mentionner, les Annamites constituent une race homogène qui permet de les
- identifier parmi toutes les nationalités de l’Extrème-Orient : c’est dire qu’ils diffèrent notablement des Chinois, des Japonais et des Coréens. Ils sont généralement de petite taille, avec une moyenne de 1 m 57, chiffre qui s’élève sensiblement chez ceux qui vivent au Tonkin, région tempérée qui a ses hivers, tandis que la Cochinchine, située à plusieurs milliers de kilomètres plus au Sud, jouit d’un climat tropical et conséquemment anémiant. Leur teint est plutôt alair, et l’on en voit qui sont moins basanés que les'Siciliens et autres races méditerranéennes.
- Fig. 11.
- Guerrier Moi.
- Les Annamites ont de grandes qualités. Il faut noter avant tout leur ardeur au travail, leur ambition de posséder la rizière qui assurera le bien-être de leur famille; et c’est à leur labeur que la Cochinchine doit d’être devenue l’un des plus importants greniers de l’Asie. Malheureusement, beaucoup ont trois passions néfastes : les jeux de hasard, l’alcool de riz et l’opium. Mais les progrès constants du catholicisme battent en brèche ces fléaux.
- Notons, à ce propos, que les familles chrétiennes (certaines le sont depuis trois ou quatre générations) forment une élite de plus en plus nombreuse et influente; il est de ces familles qui sont devenues puissamment riches et utilisent leur fortune à faire le bien autour d’elles. La gracieuse épouse de l’actuel souverain de l’Annam (qui fit ses études dans un lycée de la banlieue parisienne) est la fille d’un de ces chrétiens annamites de Saïgon.
- Le mariage du jeune empereur faillit soulever un scandale à llué, sa pittoresque capitale, car c’était bien la première fois qu’un souverain annamite se proposait d’épouser une chrétienne; mais il tint tète à ses ministres, événement qui nous amène à parler de la religion des Annamites.
- Avant subi pendant des siècles l'influence de la Chine, à laquelle ils empruntèrent notamment son écriture hiéroglyphique, ils en adoptèrent aussi la religion dominante : le bouddhisme; mais ils le professent d’une façon fort peu orthodoxe et lui préfèrent le culte des ancêtres, qui se traduit par un profond respect des liens de famille. Si âgé que soit un homme, il obéit aveuglément aux volontés de ses parents.
- Excellents cidtivaleurs, les Annamites ne brillent pas moins dans les carrières intellectuelles. Nos ingénieurs français d’Indochine s’entourent de collaborateurs indigènes qui leur donnent toutes satisfactions. Et l’on a pu admirer à Paris, dans les expositions, les œuvres de peintres annamites qui commandent l’admiration.
- Les Thaïs.
- C’est le nom de la dernière des races conquérantes que nous ayons à signaler en Indochine : elle est originaire des hautes vallées du Yang-Tsé d’où elle fut expulsée par des migrations chinoises vers la fin de l’ère ancienne. Elle erra longtemps au Sud du Thibet ; puis, poussant de l’avant, elle se partagea en deux bandes. L'une pénétra dans la Chine méridionale, sur un tei'ritoire qui forme actuellement les provinces de Kouang-Si et de Kouang-Toun, et colonisa également le Nord du Tonkin; elle s’y laissa plus ou moins absorber par les Chinois et les Annamites. Les peuplades Thos du Tonkin assurent sa survivance.
- La chance sourit mieux à la seconde bande qui prenait pour route migratoire la vallée du Mékong. N’y rencontrant pas d’ennemis assez puissants pour lui barrer la route ou l’assimiler, elle put y fonder des royaumes qui surent défendre leur indépendance jusqu’à nos jours. Et c’est l’ensemble de ces petits Etats qui forme te Laos, placé sous notre administration directe depuis 1890, exception faite du royaume de Luang-Prabang qui conserve son autonomie.
- Les Laotiens proprement dits (appartenant à la race des Thaïs) sont au nombre d’un demi-million, sur une population totale que le dernier recensement (1989) fixe à 1 023 3i4 âmes. Le surplus se partage en un grand nombre de races dont plusieurs sont en train de s’éteindre. Nous citerons, par exemple, les Lan-thènes, réduits à 4G4 individus, et les Nghious qui ne comptent plus que 3o5 survivants.
- D’une façon générale, les populations du Laos, exception faite d’un contingent annamite dont le nombre est d’environ quinze mille, sont réputées pour leur indolence; elles ne produisent du riz et autres plantes alimentaires que pour leurs propres besoins. Elles ne fournissent qu’une rare main-d’œuvre aux compagnies françaises qui exploitent des gisements minéraux, parmi lesquels l’étain occupe la première place. Les bûcherons recrutés par les compagnies forestières sont fournis par des peuplades montagnardes qui n’appartiennent pas à la famille Thaï.
- Notons enfin que les troupes indigènes de la colonie comptent
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- de nombreux Laotiens qui font d’excellents soldats. La plupart ont le corps entier couvert de tatouages finement exécutés çt qui ont la beauté d’une dentelle.
- Les Chinois et autres races.
- Nous avons dit que les Chinois fixés en Indochine sont au nombre d’un demi-million. Ils sont presque tous originaires de la Chine méridionale et jouent un rôle considérable dans la vie économique du pays. Cholon, ville jumelle de Saïgon et qui est la cité la plus populeuse de la Cochinchine, avec i45 524 habitants (contre no 677 pour sa voisine), est exclusivement peuplée de Célestes, le nombre des Français et autres Européens ne dépassant pas 800. Ils y ont monopolisé le traitement et le commerce du riz; et c’est dire qu’ils jouissent d’une grande prospérité.
- Jadis, on avait le droit de dire que leur activité n’était pas, à proprement parler, un bienfait pour leur patrie d’adoption : leur rêve était d’amasser de l’argent et de retourner finir leurs jours en terre natale. Tous les Célestes émigrés à l’étranger restaient fidèles à une tradition multiséculaire : l’idée que leurs mortelles dépouilles ne seraient pas ensevelies dans le pays des ancêtres leur causait de graves soucis et ils prenaient, longtemps à l’avance, des mesures pour conjurer cette calamité. J’ai vu à l’œuvre, en Californie, des associations dont les membres versaient une cotisation hebdomadaire pour que leurs cercueils fussent transportés en Chine.
- Depuis une vingtaine d’années, les Chinois d’Indochine ont abandonné celte coutume : ils ont créé des cimetières sur des terrains qui leur ont été concédés. Et c’est la preuve manifeste qu’ils entendent vivre et mourir dans la colonie, et qu’ils ont cessé d’exporter leur fortune.
- Plusieurs milliers d'Hindous sont fixés en Cochinchine. Originaires de nos établissements de l’Inde (Pondichéry, Chandernagor, etc.), ils sont citoyens français et jouissent de droits électoraux. La plupart se consacrent à l’élevage du bétail et ce sont eux qui fournissent tout le lait consommé à Saïgon. Certains occupent dans les administrations publiques des postes de quelque importance.
- Les Moïs.
- La place nous manque (et nous ne saurions allonger cette étude outre mesure) pour parler des nombreuses peuplades semi-civilisées qui donnent à l’ethnographie indochinoise un aspect si pittoresque et si varié. Chacune conserve son costume national, et c’est un plaisir pour les yeux que de voir leurs représentants respectifs réunis dans une grande fête officielle. Nous préférons réserver nos dernières lignes aux Moïs, qui font trop souvent parler d’eux.
- Rappelons que ce nom englobe des tribus sauvages qui ont les mêmes habitudes, bien qu’elles soient séparées entre elles par la langue et l’origine ethnique. Foncièrement réfractaires au progrès, elles mènent une existence primitive dans leurs forêts et leurs montagnes inexplorées. Elles refusent tout contact non seulement avec lés Français, mais avec les Annamites, et l’on ne compte plüs les colons, les fonctionnaires et les ingénieurs qu’elles ont massacrés en un quart de siècle.
- Comme il n’est point de règle sans exceptions, il convient d’observer que quelques bandes ne se sont pas opposées à la création de plantations sur leurs territoires, qu’elles fournissent même des bûcherons pour le défrichement. Dalat, centre de villégiature pour les Saïgonnais, s’est édifié en plein pays Moïs. Mais, à quelques lieues au Nord de Saïgon, les naturels montrent une humeur plus belliqueuse et attaquent sournoisement les agents de l’Administration.
- Certes, il serait facile de les anéantir et de livrer leurs domaines aux colons qui auraient vite fait de les mettre en valeur. Mais la France est humaine : elle ne voudrait pas imiter les Allemands qui, en Afrique du Sud-Ouest, massacrèrent les Hottentots et les Herreros « pour faire place nette ». Nos autorités indochinoises veulent croire que l’on finira de triompher de leur hostilité par la manière douce. Mais il faut bien convenir que ces peuplades barbares, sournoises et cruelles ne méritent aucune sympathie et que leur disparition ne ferait pas verser des larmes à ceux qui les connaissent.
- Victor Forblx.
- Boîte de conserves chauffante
- La revue Tin and ils uses de l’Institut des recherches sur l’étain nous apprend que la guerre a provoqué la réalisation d’une boîte à conserves pouvant être réchauffée sans foyer extérieur. On comprend l’intérêt d’une telle invention pour les troupes dispersées ou encerclées qui ne peuvent faire, de feu pour chauffer les aliments de réserve qu’elles vont consommer.
- Déjà, pendant la guerre de igi4, on avait songé à utiliser la chaux vive et le carbure de calcium qui dégagent une chaleur sensible quand on les hydrate.
- En ig4i, le Ministry of Supplies d'Angleterre posa la question à la société H. J. Heinz de Londres et aux Impérial Chemical Industries. En moins d’un an la
- Figr. 1. — La boîte de conserves chauffante. En cartouche, la façon d’allumer l’élément de chauffe.
- solution fut trouvée. On soude au couvercle de la boîte une petite cartouche plongeant à l’intérieur du contenu et renfermant un mélange auto-combustible. Au moment de l’emploi, on débouche cette cartouche, on allume, la surface au moyen d’une allumette ou d’une cigarette en ignition et le contenu de la cartouche brûle en quelques minutes, dégageant assez de chaleur pour élever par conduction la température du contenu de la boîte vers 70°.
- Des millions de ces boîtes ont été distribuées aux forces anglaises et américaines auxquelles elles ont apporté le confort de repas chauds. On imagine les services qu’elles pourront rendre aux campeurs, aux alpinistes, aux yachtmen.
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- LE TRAVAIL DES VERRES D'OPTIQUE
- La précision exigée dans la réalisation des surfaces optiques (une fraction de micron) est bien supéi’ieure à celle des meilleures pièces de mécanique. Mais, ces pièces de haute précision, il faut les réaliser avec des outils très imparfaits, D’où une technique très curieuse. Elle utilise l’usure mutuelle de l’outil et de la pièce par un frottement en tous sens. Un contrôle optique permet au cours du travail de corriger la forme de la pièce.
- Le verre d'optique.
- Le verre d’optique diffère des autres verres d’abord en ce qu’on le travaille après solidification (il partage cette particularité avec les gemmes artificielles). La fabrication en est aussi
- très spéciale. Le verre d’optique doit être transparent, dépourvu de trempe et assez homogène pour que son indice de réfraction et son pouvoir dispersif soient constants avec une très grande précision. Pour lui donner ces qualités, il faut satisfaire aux conditions suivantes : sélection très minutieuse des composants chimiques, creusets en matières réfractaires ne réagissant pas à la fusion sur les composants du verre, suppression de la trempe par refroidissement progressif et enfin tri du verre pour en éliminer les parties hétérogènes ou contenant des bulles. On ne retire au maximum d’une fonte de verre que 20 pour 100 de verre utilisable. C’est ce verre, moulé suivant une forme voisine de celle de la pièce à exécuter qui est fourni aux maisons d’optique pour être travaillé.
- Fig. 1. — Une salle de doucissage et polissage à l’École d’Optique Appliquée. — 2. Ébauchage d’une lentille convexe. 3. Doucissage d’un plan. A droite : la « pointe » pour vérifier le parallélisme des faces.
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- Ce travail dont l’enseignement est donné à l’École d'Opiique Appliquée (à l’Institut d’Optique de Paris) se divise en trois opérations principales : ébauchage, doucissage et polissage.
- L'ébauchage.
- Il s’effectue en usant le verre de la quantité utile sur un outil en fonte placé dans un bassin et vissé sur un axe vertical, mû électriquement. L’ouvrier maintient la pièce contre l’outil, tout en arrosant fréquemment d’eau et de gros émeri. Suivant que l’on a affaire à des pièces concaves, convexes ou planes, on utilise des outils convexes (balle), concaves (bassin), ou plans, de dimensions appropriées. Les mouvements de la main doivent être tels que la pièce se déplace sur l’outil tout en tournant sur elle-même. Il importe en effet de ne jamais prendre un mouvement régulier pour ne pas créer des défauts qui iraient en s’accentuant. Ce principe, très important, sera observé tout
- Le tour à pédales est actionné par l’ouvrier qui, assis sur un escabeau incliné, tient la pièce à la main et règle la vitesse du tour par le mouvement des pieds et par le choix convenable des diamètres des poulies de transmission. Les outils sont ici en laiton, et le travail doit être mené avec certaines précautions. Lorqu’oii arrive aux derniers émeris, on observe avec la plus grande attention si toute la surface a ile même grain très fin, car le polissage qui va suivre n’enlève qu’une très petite couche de matière.
- Les pièces doucies sont nettoyées avec grand soin pour éliminer toute trace d’émeri avant de commencer les opérations de polissage.
- Le polissage.
- Il s’effectue également sur le tour à pédales. Il consiste comme le doucissage en une usure de la surface du verre, mais avec des poudres à polir d’un grain beaucoup plus lin que celui des
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- Fig-, 4. — Travail automatique. Les petites pièces collées sur le support sont polies avec le polissoir en poix (posé à côté) et leur mouvement est obtenu automatiquement par un bras mécanique qui remplace la main de l’ouvrier. — Fig. 5. — Travail automatique. Les pièces sont en
- place sur la machine. J
- au long du travail jusqu’au polissage. Les émeris que l’on utilise sont classés en catégories suivant leur grosseur. Le plus gros sert à donner au cerre sa première forme; les émeris suivants donneront à la surface un grain plus lin et rapprocheront ses dimensions de celles que l’on veut obtenir. Pour les gros travaux, on utilise le grès et le carborandum.
- On exécute sur le tour mécanique toutes sortes d’autres opérations débauchage : débordage des pièces circulaires et perforation de plaques de verre pour obtenir des disques, des plaques percées ou des couronnes.
- C’est enfin sur le tour mécanique que sont ébauchées toutes les pièces à faces planes d’angle déterminé telles que les prismes; chaque face est travaillée avec un outil plan et les angles vérifiés avec un T ou un rapporteur spécial. Pour obtenir deux faces parallèles, on déplace la pièce sur un plan sous un appareil appelé « pointe ». C’est une pointe d’acier dont l’axe est perpendiculaire au plan; la pointe vient alors butter sur les parties trop épaisses et signale ainsi les retouches à effectuer.
- Le tour à pédales. Doucissage.
- On passe ensuite au travail beaucoup plus lent du tour à pédales, les émeris employés seront de plus en plus fins et les rectifications de plus en plus précises.
- émeris et qui sont aussi moins dures. L’outil métallique est remplacé par un polissoir soit en drap, soit en poix auquel on a donné la forme désirée.
- Les opérations de polissage sont de deux sortes : il faut d’abord faire disparaître complètement le grain donné à la surface par l’émeri. D’autre part, il faut parvenir à la forme définitive à une fraction de micron près. Pour vérifier la qualité de la surface, on emploie des calibres en verre poli dont le rayon de courbure est le même que celui de la pièce à réaliser mais de forme complémentaire; on vérifie une pièce convexe avec un calibre concave et une pièce concave avec un calibre convexe. Pour faire cette vérification, on applique les deux surfaces l’une sur l’autre après les avoir bien nettoyées. Si aucune grosse poussière ne s’interpose plus, les deux surfaces sont assez voisines pour qu’il se forme des franges d’interférence entre les rayons se réfléchissant sur la première surface et ceux se réfléchissant sur la seconde. Si l’écart entre les deux surfaces est partout le même on doit voir une teinte uniforme de lames minces. Si, comme cela se présente presque toujours, il y a une légère différence d’une région à l’autre de la surface, on voit des franges colorées d’autant plus nombreuses et serrées que les variations d’épaisseur de la couche d’air entre les deux surfaces sont plus rapides. Ces franges sont en somme les courbes d’égale épaisseur de la couche d’air. Lorsqu’on a affaire à un plan, c’est à un calibre plan ou « plan
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- étalon » qu’on le comparera; les franges sont aloi’s les courbes de niveau de la surface étudiée. Le calcul montre que lorsque l’épaisseur varie de i micron la variation est révélée par 4 franges d’interférence; la précision atteint donc le i/4 de micron, c’est-à-dire le i/4ooo de millimètre.
- Les défauts ainsi constatés sont en général toujours de révolution (que la pièce soit sphérique ou plane) par suite des mouvements du tour et de la pièce; on a donc une surface tantôt trop convexe tantôt trop concave; les franges obtenues sont alors des cercles concentriques; pour savoir s’il s’agit d’un creux ou d’une bosse de la pièce, il faut une certaine habitude : en appuyant d’une certaine façon sur la surface on arrive à déterminer le sens de la courbure.
- Parabolisation des miroirs de télescopes.
- On obtient des surfaces sphériques parfaites par les procédés précédents. Les miroirs de télescope dont la surface demande une excellente exécution sont paraboliques. Comme ils diffèrent très peu d’une sphère, on commence par réaliser un très bon miroir sphérique que l’on retouche ensuite localement pour l’amener à la forme parabolique. Le calcul montre qu’une surface est un paraboloïde parfait si, en contact par les bords avec un calibre sphérique, elle donne des anneaux d’interférence concentriques tels que les surfaces limitées d’une part par le bord de la pièce et d’autre part par chacun des anneaux soient entre elles comme les racines carrées des premiers nombres entiers. Ce moyen peut servir dans le surfaçage des miroirs paraboliques dont le diamètre n’est pas trop grand. Mais des vérifications optiques plus précises sont souvent employées surtout pour les grands miroirs. La méthode des corrections locales de Foucault, aujourd’hui vieille de plus d’un siècle, est toujours employée.
- Centrage et vérification par réflexion.
- Les pièces sphériques qui composeront un objectif doivent être parfaitement centrées les unes par rapport aux autres ; pour ce faire on observe les images par réflexion sur leurs surfaces tandis qu’on les fait tourner; lorsque les images sont immobiles les pièces sont centrées sur leur axe.
- La vérification des angles des prismes se fait aussi par réflexion par le procédé « d’aulocollimation » : on observe par réflexion sur l’une des faces du prisme avec une lunette, l’image d’une source lumineuse dont la lumière arrive sur la surface suivant l’axe de la lunette. La lunette est alors perpendiculaire à la surface. On répète sur un goniomètre cette observation pour les deux faces du prisme; l’angle dont a tourné la lunette entre les deux opérations est le supplément de l’angle des faces du prisme.
- Pratiquement on a établi toute une série de prismes étalons dont la combinaison permet de vérifier, par comparaison, des prismes d’angle courants; on observe, comme on le fait déjà grossièrement à l’ébauchage avec un rapporteur, le « jour » qui peut exister entre la combinaison des pièces étalons et le prisme étudié; ce petit angle lumineux qui révèle le non-parallélisme des faces peut être apprécié avec une très grande exactitude : on peut apercevoir un écart voisin du micron.
- Le travail en série.
- Le travail à la main est réservé aux pièces uniques, de qualité exceptionnelle. Pour les fabrications en série, il doit faire place au travail à la machine. On fait appel à des tours automatiques,
- à outil rotatif ; une seule personne peut surveiller tout un ensemble de tours préalablement bien réglés.
- Ce procédé donne de bonnes sui'faces et est très rapide : le polissage d’une dizaine de petites lentilles montées ensemble ne prend guère plus d’une heure alors qu’à .la main il aurait fallu un très grand nombre d’heures.
- Les verres de lunetterie se fabriquent au tour automatique.
- Jusqu’à ces derniers temps il n’y avait pas de méthode rapide pour ébaucher les grands rayons de courbure. A la fin de cette élude, nous donnerons quelques indications sur une méthode nouvelle, actuellement en cours de mise au point.
- Les collages d'optique.
- Le collage par adhérence.
- Le problème du collage est très étroitement lié en optique à ceux du surfaçage. Pour travailler les pièces, il faut les coller convenablement sur leur support ou entre des cales et cela avec
- Fig. G. — L’ébauchage mécanique du verre : rectifieuse-ébaucheuse équipée avec une meule tangente.
- des colles qui ne bougent absolument pas au cours du travail. On emploie en général un ciment à la poix ou de l’arcanson (mélange de cire et de colophane) et, pour de nombreuses et grandes pièces, du plâtre. Mais si l’on veut obtenir des conditions identiques pour chaque pièce c’est-à-dire égalité parfaite des distances au support, on n’arrivera jamais à le faire avec un tel collage.
- Depuis quelques années, les opticiens emploient un nouveau collage admirable de simplicité et presqu’incompréhensible dans (la réalisation, le collage par adhérence : entre deux surfaces polies et débarrassées de toute poussièi’e, on peut obtenir un contact si parfait que les deux pièces arrivent en contact intime en tous les points de leur surface. On obtient alors une adhérence parfaite. C’est un bien curieux travail. L’opérateur doit prendre de minutieuses précautions : propreté parfaite des locaux, chiffons sans peluche, etc. ; il nettoie ensuite à fond les surfaces polies (dont la forme est telle qu’elles donnent entre elles un écart de moins d’une frange); avec des pinceaux et des chiffons divers, il les frotte à l’acide, à la benzine et à l’alcool; ce nettoyage dure un temps très long. Enfin, après avoir vérifié l’absence de toute poussière, on pose les surfaces l’une sur l’autre; les franges d’interférences apparaissent alors; on appuie très fortement sur le milieu de la pièce;
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- les franges disparaissent et font place à une transparence parfaite sans réflexion : la transparence d’un seul bloc de verre. On peut aussi par ce procédé réaliser des ce cales d'angles » ; ce sont des étalons d’angles en creux formés d’un plan étalon sur lequel on a cdllé par adhérence un prisme dont l’angle a été réalisé avec une très grande précision ; le supplément de cet angle est exactement représenté par l’angle en creux réalisé ainsi ; on peut lui comparer par contact direct des prismes en cours d’exécution.
- Le travail des cristaux.
- L’optique de laboratoire fait appel aujourd’hui, à côté du verre, auxfcristaux les plus divers. La spectroscopie dans l’infrarouge et dans l’ultra-violet, par exemple, domaines où le verre n’est plus transparent, réclame des lames, des lentilles et des prismes faits d’une autre matière, transparents dans ces régions du spectre. C’est ainsi qu’on emploie le quartz, trans-
- Fig. 7. — Pièces d’optique ébauchées mécaniquement.
- parent dans i’ultra-violet, le sel ordinaire transparent dans l’infra-rouge, la fluorine transparente dans des domaines bien plus étendus que le verre.
- Il s’agit donc pour les opticiens de réaliser avec ces matières des pièces réfringentes polies. Le problème est facile à résoudre pour le quartz : ce cristal est beaucoup plus dur que le verre, mais son surfaçage est analogue : les mêmes outils et les mêmes abrasifs seront employés en tenant compte qu’un même émeri donne sur le quartz un grain beaucoup plus fin que sur le verre.
- Le sel, lui, est totalement différent du verre. On utilise pour les besoins des laboratoires du sel gemme, mais, pour avoir de gros cristaux exempts d’impuretés, il est préférable de préparer des cristaux synthétiques en gros blocs, dans lesquels on taille des prismes.
- Ces ci'istaux, quelle que soit leur origine, se travaillent très facilement avec une petite scie à main très fine; on ébauche ainsi la forme que l’on améliore ensuite en usant le sel soit sur du papier de verre soit comme le verre sur un tour avec de l’eau et de l’émeri. Le polissage du sel est très particulier parce que le sel est soluble dans l’eau ; on pourrait, pour éviter l’attaque par l’eau, le travailler avec un autre liquide, mais l’expé-
- .........=...... . . . -.....r 377 ..............:
- rience a montré que la présence d’eau, lors du polissage sur la poix, aidait beaucoup à l’obtention d’une belle surface, l’attaque par l’eau accélérant le polissage; si la surface est préalablement bien doucie (avec un papier de verre très fin), on obtient en quelques minutes un poli très beau mais naturellement très fragile à l’humidité atmosphérique.
- Certains cristaux utilisés pour leurs propriétés polarisantes (spath d’Islande, quartz) doivent être taillés suivant une direction donnée par rapport aux axes cristallographiques. Des procédés optiques sont alors employés pour repérer ces directions, et l’on doit, au cours du travail, examiner l’échantillon de façon à rectifier la direction des surfaces. Pour le spath, les plans de clivage étant très nets, le travail est relativement facile; mais son polissage est très délicat (comme celui de la fluorine), car ces matières très tendres se rayent très facilement et s’abîment au moindre contact; aussi doit-on prendre certaines précautions comme de maintenir le polissoir à une température bien régulière et d’écraser à l’avance la poudre à polir.
- L'ébauchage mécanique du verre.
- Nous devons à l’obligeance de M. Cojan, directeur technique de la Société Générale d’Optique, les précisions suivantes sur la nouvelle méthode débauchage du verre dont la réalisation est en cours sous sa direction :
- Jusqu’à ces dernières années, Débauchage des pièces de verre était uniquement exécuté à l’aide de procédés courants d’usure (grès et émeri). Les machines étaient dans l’ensemble assez rudimentaires et la précision des pièces dépendait en très grande partie de l’habileté manuelle de l’exécutant. Il n’est pas exagéré de dire qu’une véritable révolution vient de se produire dans celte branche du ù’avail du verre : les tours classiques débauchage sont remplacés par des reclifieuses, véritables machines-outils, spécialement aménagées. L’outil de travail est la meule, soit en carborundum soit au diamant.
- Ces nouvelles « machines à ébaucher » ont donné des l'ésul-tats remarquables tant au point de vue de la production que de la précision.
- Des montages, soit entièrement mécaniques, soit en partie mécaniques, complétés par des collages avec des ciments spéciaux permettent de disposer sur le plateau de la machine un grand nombre de pièces à usiner. Il faut prendre des précautions spéciales pour « l’arrosage » en cours de travail, le verre étant, contrairement aux métaux, peu conducteur de la chaleur. Sinon le nombre des pièces cassées par suite déchauffement très rapide et très localisé devient considérable. La figure 6 représente une « rectifieuse-ébaucheuse » équipée avec une meule tangente. Les plateaux de verre disposés sur le plateau de la machine sont collés aux tiges métalliques du montage par les procédés de cimentage classiques. Ils sont disposés pour le dressage de l’une de leurs faces (opération élémentaire de l’usinage de plateaux à faces parallèles d’épaisseur donnée).
- À titre indicatif, la précision de l’ordre de o,oi mm sur l’épaisseur peut être très facilement obtenue par ce mode d’usinage.
- Sur la figure 7, a, b, etc., représentent des prismes exécutés entièrement à la machine; k représente un gros prisme d’une trentaine de kilogrammes dont l’usinage par la méthode courante eût été, en raison du poids de la pièce, à peu près impossible sans recourir à des montages spéciaux très compliqués, laissant subsister un risque de casse considérable.
- Élise Devaux, Ingénieur E. S. 0.
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- ORIGINES DES PLANTES
- CULTIVÉES
- Il est de notion courante que l’homme s’est nourri de la chasse, de la pêche et du ramassage des herbes et des fruits sauvages avant de savoir cultiver la terre. Il aurait été chasseur, puis pasteur, puis agriculteur. Le développement de l’agriculture a écarté les plantes sauvages, les mauvaises herbes, et a limité les efforts de production à quelques espèces choisies et sélectionnées : les céréales, la pomme de terre, divers légumes et fruits.
- On a beaucoup épilogué sur les effets de cette « évolution n et discuté si elle est un « progrès » pour l’avenir de l’humanité. Mais on ignore toujours la destinée de celle-ci et l’on ne sait guère si la limitation du nombre des espèces alimentaires et l’abondance de nourriture procurée par la culture ont eu pour conséquences une modification de la force physique, de l’intelligence, de la natalité, ou si la faim et la disette font une plus efficace sélection. «s
- On s’est aussi demandé où, quand et comment l’agriculture avait commencé à la surface de la terre. Certainement cela remonte fort loin, puisque Perceval a reconnu dans des vases sumériens de Mésopotamie datant de 55 siècles des grains de blé identiques à ceux d’aujourd’hui. La question s’est précisée en ces dernières années, en partie par les méthodes historiques dont Maurizio a fait un excellent exposé (1), en partie par les études biologiques dont les plus récentes sont sans doute celles de l’école russe de Vavilov (2).
- Après avoir exploré en botaniste un grand nombre de pays, Vavilov a soutenu que l’on est passé involontairement du ramassage des mauvaises herbes à la sélection des plantes cultivées, que les unes et les autres ont subi des variations parallèles et que les régions d’origine sont celles où l’on observe le plus grand nombre de variétés. Il distingue en outre des centres primaires où la diversité est naturellement maximum et des centres secondaires où c’est la civilisation, venue de plusieurs directions, qui a amené plusieurs variétés. Enfin, traitant le problème en généticien, il admet qu’une espèce étendant son aire géographique se différencie peu à peu, les hétérozygotes se trouvant tous au lieu d’origine tandis que les divers homozygotes émigrent dans des directions différentes. De ce fait, les caractères dominants se rencontrent dans les régions de peuplement ancien, les caractères récessifs dans celles d’accès récent ou difficile : périphérie de l’aire géographique, montagnes, îles, oasis.
- L’hypothèse est fort intéressante et a certainement une part de vérité neuve; elle est peut-être trop exclusive en ne tenant pas compte des facteurs géographiques et climatiques. Elle a été discutée, notamment en Angleterre où les études sur les origines de l’agriculture et des céréales ont été passionnément poursuivies par les méthodes géographiques, historiques et archéologiques (3).
- Où commença l'agriculture ?
- La question pourrait également être : ou commença la civilisation, puisqu’aussi bien cellé-ci n’est possible que si la nourriture est d’abord assurée, et qu’il n’y a pas de culture sans instruments, pour le moins la houe.
- 1. D' À. Maurizio, Histoire de Valimentation végétale. Payot, Paris, 1932.
- 2. N. Vavilov, Studies on the origin of cultivated plants. Bail. appl. Botany and Plant-Breeding, XVI, 1926. Geographical regularities in tlie distribution of genes of cultivated plants. Ibid., XVII, 1927.
- 3. Harold Peake, The origins of agriculture. Benn, London, 1928.
- La production des grains fut sans doute la première; celle des racines et des fruits ne vint qu’après.
- Aujourd’hui, on cultive dans le monde le blé, l’orge, l’avoine, le seigle, le millet, le riz, le maïs.
- Ce dernier, originaire d’Amérique, n’a été introduit dans l’Ancien Monde que depuis quelques siècles. Et comme la civilisation américaine ne remonte guère à plus de 2 000 ans, le maïs n’y a sans doute pas été cultivé plus tôt.
- Le riz est originaire du Sud-Est de l’Asie; la civilisation chinoise ne date que de 2 000 ans avant J.-C. et celle de l’Inde de 3 000.
- Au Soudan, on trouve une espèce de millet sauvage que les anciens Égyptiens utilisaient, mais était-elle cultivée ou seulement ramassée ? Une autre espèce a été recueillie dans des maisons lacustres de Suisse et des habitations préhistoriques russes, mais on ne la connaît nulle part à l’état sauvage'.
- Le seigle, mêlé ou non à un froment sauvage, se rencontre de l’Afghanistan au Nord de l’Europe où la tige foliacée croît bien plus que le grain.
- L’avoine sauvage s’étend des Carpathes au Turkestan et au Caucase. Elle a probablement été cultivée au début de l’ère chrétienne en Allemagne du Nord et n’apparaît dans les régions méditerranéennes qu’après la chute de l’empire romain. On a trouvé dans une caverne d’Angleterre des grains datant de 4oo à 5oo ans avant J.-C., peut-être poussés parmi du froment sauvage.
- Restent le blé et l’orge qui sont probablement de culture plus ancienne.
- L’oi’ge servait de monnaie en Mésopotamie, au temps d’IIam-nmrabi, roi de Babylone, de 2067 à 2o34 avant J.-C.; elle y était donc cultivée. L’orge sauvage occupe le Sud-Ouest de l’Asie, de l’Asie mineure à l’Afghanistan; on la trouve jusqu’en Palestine et en Arabie et en Afrique du Nord jusqu’en Tunisie.
- Le blé pose un problème beaucoup plus difficile. D’abord, on en connaît plusieurs espèces et d’innombrables variétés. Les formes sauvages se ramènent à trois groupes : un froment à très petits grains, le petit épeautre; un deuxième à plus gros grains, l'épeautre, qui pousse dans les pays du Nord et sur les montagnes, seul connu dans la région méditerranéenne jusqu’à la civilisation romaine et en Égypte jusqu’à l’ère chrétienne; enfin, les blés panifiables cultivés aujourd’hui. Les épeautres vivent encore à l’état sauvage, le petit en Grèce, Bulgarie, Yougoslavie, Syrie du Nord et jusqu’en Perse, le grand en Syrie, Palestine, Mésopotamie. Les blés cultivés ont une origine incertaine; aucun n’est connu à l’état sauvage et l’on a pensé qu’ils proviennent d’hybridations entre l’épeautre et d’autres graminées sauvages du genre OEgylops (Parcival) ou d’hybridations entre les deux épeautres (Gates). Le croisement aurait eu lieu quelque part dans le Sud-Ouest de l’Asie, peut-être en Syrie ou en Transcaucasie.
- Vavilov a trouvé deux régions où les variétés d’orge sont les plus nombreuses : l’Abyssinie d’une part, le Népaul, la Chine, le Japon d’autre part, une zone pour l’épeautre en Abyssinie, Grèce et Algérie ! trois pour les blés panifiables en Afghanistan, en Perse et en Transcaucasie.
- Quand on rapproche, comme l’a fait Peake, toutes ces données de celles des archéologues et des historiens, on aboutit à cette conclusion que l’agriculture a dû commencer dans le Sud-Ouest de l’Asie, quelque part en Syrie, et s’étendre peu à peu vers l’Est, à travers la Mongolie et la Chine au Nord, l’Inde au Sud,
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- et vers l’Afrique par la Palestine et l’Égypte. La Syrie serait le centre primaire, les autres régions des centres secondaires de culture des céi'éales.
- Quand commença l'agriculture ?
- La civilisation chinoise, à en juger par les poteries, ne semble pas antérieure à 2 5oo ans avant J.-C. ou tout au plus à 3 000. Elle serait venue du Turkestan ou de la Perse.
- L’agriculture n’apparut en Corée qu’après l’an 1 000 avant J.-C., et atteignit ensuite le Japon.
- En Egypte, les découvertes des fouilles et lés calculs des astronomes ont conduit à admettre que les dynasties de rois doivent remonter à 3 5oo ans avant J.-C. environ; les temps prédynastiques pourraient atteindre jusqu’à 4 200 ans. La forme de calendrier qui permet ces supputations amènerait à penser que l’agriculture y existait déjà à cette date.
- En Mésopotamie, les listes de rois, les annales et les inscriptions donnent à penser que le premier roi d’Ür devait vivre vers 4 000 ou 3 3oo ans avant J.-C. ; comme il était de la troisième dynastie, la première, celle de Kish, devait avoir commencé vers 5 000 ou 4 900 ans.
- Et puisque la Mésopotamie avait probablement appris l’agriculture des régions voisines de Syrie, l’origine des cultures serait antérieure à 5 000 ans avant J.-C. dans ce dernier pays.
- L’extension de la civilisation à partir de l’Asie du Sud-Ouest n’est sans doute pas sans liaison avec la dernière période de
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- glaciation et les mouvements eustatiques de la croûte terrestre qui l’accompagnèrent et la suivirent; de grands déplacements de populations durent en résulter.
- Comment commença la civilisation ?
- Ce dernier problème est encore plus difficile à résoudre que les précédents. On peut imaginer que les hommes chasseurs et carnivores ayant raréfié le gibier, se trouvèrent affamés ou que leur descendance croissante devint trop nombreuse pour la quantité d’aliments disponible, si bien que les femmes durent cueillir les fruits et les grains sauvages pour augmenter la ration. On peut supposer que la dernière période glaciaire, suivie d’une époque de pluies, vers 7 000 ans avant J.-C., obligea les tribus humaines à de nombreux exodes qui les amenèrent au bord des mers et des lacs, puis dans les grottes. Elles trouvèrent pour calmer leur faim, les poissons et les coquillages, puis les herbes et les grains. Et c’est alors probablement qu’elles remarquèrent l’orge, les épeautres, quelques autres graminées qu’elles apprirent à recueillir d’abord, à multiplier ensuite. Pour les cuire, il fallait des poteries et pour les semer une houe. Peu à peu, ces instruments se multiplièrent. Les hybridations de hasard, le choix des grains les plus gros et les plus tendres fit le reste. Et la femme inconnue qui, quelque part en Syrie ou vers l’Euphrate créa ce nouveau stade de civilisation, devint Cybèle, Agdistis, Lindymène chez les peuples d’Asie Mineure, Isis chez les Égyptiens, Demeter chez les Grecs, Cérès chez les Romains, la bonne déesse des grains et des moissons.
- PHONÉTIQUE STATISTIQUE
- La langue écrite est composée de lettres et la langue parlée de sons ou phonèmes. Il est intéressant de connaître la fréquence relative de ces lettres, ne serait-ce que pour choisir la meilleure disposition des touches du clavier des machines à écrire, ou leur usure probable, ou la simplification des transcriptions par signes : Morse, Braille, etc. Celle des sons intéresse les machines sténotypiques et aussi les appareils de transmission de la parole : phonographes, T. S. F. Le phonéticien peut y trouver d’amples remarques sur la constitution du langage et la comparaison des diverses langues, voire même sur l’évolution de la langue ou le choix des divers auteurs d’un même pays.
- Divers dépouillements statistiques ont été effectués sur les lettres. M. Pierre Chavasse (C. R. Académie des Sciences, 1er mars 1943) vient d’en pratiquer un nouveau qui a porté sur des textes littéraires divers, provenant de 13 auteurs différents. Il y a relevé 30 000 sons et 39 877 lettres qu’il a pu ainsi répartir.
- Lettres. — La proportion des voyelles et des consonnes est peu variable. Elle est de 43 pour 100 de voyelles contre 85 pour 100 de consonnes. Le classement par ordre de fréquence décroissante est :
- E 15,09 M 3,04 È 0,40
- S 8.50 P 2.16 X 0,37
- I 1.38 É 1,89 È 0.28
- N 7,24 Y 1,52 Y 0,267
- T 7,08 Q 1,34 Z 0,155
- A 6,94 F 1,11 A 0.08 0,07
- U 6,83 B 0,87 Ç
- lt 6.33 H 0.81
- h 5,69 G 0.77 ô 0,03
- O 5,37 J 0,60 w 0,02
- D C 3,67 3,19 > A 0,45 K 0
- Si l’on groupe les lettres avec accent et non accentuées (A, A, Â ; C, Ç ; E, É, Ë, Ë ; etc..), on obtient l’ordre suivant :
- ESAINTüRLODCMPVQTBHGJXYZWIv.
- DE LA LANGUE FRANÇAISE
- Les dix premières lettres ont une fréquence globale de 79,6 ; elles forment donc la trame de l’écriture française, alors que les cinq dernières ne représentent que 1,37 pour 100.
- Le K qui, comme le W n’est pas d’origine française, n’a pas été rencontré une seule fois.
- Sons. — La proportion est de 49,31 pour 100 de sons de voyelles contre 50,69 pour 100 de sons de consonnes. Les sons se classent par ordre décroissant de fréquence de la manière suivante :
- e é fermé 7,65 ? on 1,9
- Y 1 i s t r 1 i s t 7,40 6,43 5,77 5,61 5,36 Z f Z b Z f g doux b 1,46 1,33 1,25 1,14
- a a feimé 5>0 s in 0,95
- 9 c muet 5,16 9 0 ouvert 0,93
- 9 d c simple d 4,90 4,52 oi a oi a fermé 0,69 0,63
- K c dur 3.81 3 i lié 0,59
- P P 3,37 0 eu fermé 0,55
- a m e an m ê ouvert 3,30 3,17 3,01 g / g dur ch 0,52 0,49
- y n 'u n 2,71 2 43 œ œ un eu ouv rt 0,48 0,45
- 0 0 fermé 2,21 X Il mouillés 0,29
- u OU 2,08 n gn 0,12
- V V 1,99 oin oin 0,08
- Un dépouillement complémentaire, effectué sur des groupes de 2 et 3 consonnes, BL, CL, CR, STR, a permis de constater que leur fréquence globale est bien plus élevée dans les articles divers d’un journal quotidien (0,17) que dans un article de fond (0,10) ou dans un livre littéraire (0,085).
- Outre l’intérêt que présentent ces statistiques phonétiques, elles peuvent être un agréable passe-temps pour les soirées et donner lieu à maintes remarques curieuses. Avis aux amateurs de mathématiques et de linguistique.
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- PHOTOGRAPHIE SOUS-MARINE
- La Nature a déjà signalé les études poursuivies pendant cette guerre pour prendre des photographies en plongée. En France, le lieutenant de vaisseau Cousteau (n° 3o94, i5 mars 1945) réussi à descendre jusqu’à 62 m sans scaphandre et il a pu filmer le fond par 16 m de profondeur. Aux Etats-Unis, le Dr Erving a pu envoyer un appareil photographique jusqu’à 4 95o m et a fait d’excellentes vues de fonds de pêche (n° 8094, i5 août 1945).
- Moins sensationnelle es I I 1 révélation que la Marine euh ricaine vient de faire d'un autre moyen qu’elle empli o 1
- pour surveiller les défenses sous-marines des ports et des côtes. Nous en trouvons la figuration dans Newsweek.
- Un bateau de surface porte un engin formé d’une sphère étanche munie de hublots et de deux ailes (fig. 1) qu’il peut immerger le long du bord et remonter ensuite au moyen d’un palan et d’un treuil. Cette sphère est assez grande pour loger un homme, un dispositif d’épuration d’air, un appareil d’éclairage et un appareil photographique. Elle est immergée et remorquée par le bateau de surface à une profondeur d’environ 7 m et à une vitesse de 3 noeuds.
- Figr. 1 à 3.
- 1. La sphère sous-marine. — 2. Visite et réparation d’un filet protecteur contre les torpilles. — 3. Désarmement d’une mine sous-marine
- à mise à feu électrique (D’après Newsweek). .
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- L’observateur qui y est enfermé peut agir sur les deux ailes extérieures pour faire varier sa profondeur et sa direction de visée;
- Le bateau de surface traîne la sphère entre deux eaux dans les chenaux des ports ou le long des rideaux de protection pour surveiller leur état, les dangers des mines ennemies ou les travaux de défense, leur mise en place et leur réparation.
- Voici par exemple deux photographies sous-marines prises dans
- =:::" ' =:;'v 381 .
- ces conditions. La première (fig. 2) montre un plongeur muni d’un masque respiratoire circulant le long d’un filet métallique antilorpilles, à une profondeur de 6 m, pour vérifier l’intégrité des mailles. L’autre (fig. o) a pris l’image d’un plongeur au moment où il désarme une mine de fond en enlevant le contact élactrique de mise à feu.
- On peut aussi bien reconnaître les épaves et choisir au mieux les moyens d’y accéder, de les renflouer ou de les détruire.
- Obus-radio et b
- Les services d'information américains nous révèlent de nouvelles armes dont le secret avait été gardé aussi sévèrement que celui de la bombe atomique.
- Voici l’obus-radio créé dès 1942 pour lutter contre les bombes volantes allemandes dont les Alliés avaient appris l’existence par leurs services d'espionnage. L’éclatement de l’obus au lieu d’être provoqué par une fusée ordinaire est déclenché par un petit poste radioélectrique émetteur-récepteur, porté par l’obus. Quand l’obus quitte le canon ce poste émet des ondes d’un façon continue. Au moment où le projectile approche d'un avion ou d’une bombe volante, ces ondes réfléchies comme par un miroir sont perçues par le récepteur et agissent sur un tube thyratron qui déclenche un courant suffisant pour faire détoner la charge explosive. Comme source de courant on utilisa d’abord la pile sèche. Mais celle-ci se conserve mal. On l’a remplacée par une pile à liquide. L’électrolyte est enfermé dans une ampoule qui se brise sous l’action du choc de départ. Pour éviter tout danger d’explosion prématurée il est prévu un dispositif de sécurité au mercure.. Le mercure est placé dans une chambre de contact d’où le mouvement giratoire de l’obus le chasse pour lui faire traverser un diaphragme et le faire tomber dans un puisard. Tant qu’il reste du mercure dans la chambre de contact le courant ne peut s’établir. La durée de la période de sécurité dépend de la porosité du diaphragme et de la vitesse de giration de l’obus.
- ombes télévision
- La construction des tubes thyratrons posait un grave problème.
- Il les fallait en verre. Mais comment le verre résisterait-il au choc de départ de l’obus ? On a eu recours à un verre spécial particulièrement résistant fixé sur un support de caoutchouc enveloppé lui-même d’une matière plastique. 11 a été construit plus de 130 millions de ces tubes.
- En juin 1944, lorsque les Allemands ouvrirent contre l’Angleterre le feu de leurs rampes de VI, les Alliés ripostèrent par le feu de 500 canons alimentés par ces nouveaux projectiles. En une semaine 79 pour 100 des bombes VI lancées des côtes françaises furent détruites sur leur trajectoire.
- Les obus-radio ont été également employés avec succès en Italie, à Luçon, Guam et Okinawa.
- Quand la guerre a pris fin, les services techniques des Alliés étaient en train de mettre au point des bombes attirées automatiquement vers leur objectif soit par la chaleur dégagée par celui-ci (haut-fourneau, moteur d’avion, etc...) soit par une lumière réfléchie. r
- Etait également à l’étude une bombe-télévision, lancée par avion. Cette bombe porte pour ainsi dire les yeux du pilote de l’avion. Equipée avec une caméra de télévision et un poste trans--metteur, elle voit le but et le fait voir au pilote qui à son tour peut diriger à coup sûr le projectile sur son objectif.
- Les papiers et l'humidité
- Les cartes routières et militaires des États-Unis sont souvent imprimées sur les deux faces.
- Utilisées à l'extérieur, sous la pluie, le papier mouillé devient •transparent, les cartes illisibles, facilement déchirables ; le crayon glisse sans marquer.
- On a pu remédier complètement à ces difficultés en employant du papier imprégné d’une matière plastique.
- Après divers essais, il semble que l’on se soit arrêté à l’emploi de résines du type urée-formaldéhyde, notamment du produit de •condensation de la mélamine avec le formol. La mélamine est la triamide cyanurique et dérivé de la cyanamide. On introduit le produit, en solution chlorhydrique, directement dans la pâte, •celle-ci est transformée en papier par les machines classiques. Sur les cylindres de séchage, par suite de l’élévation de température, la résine subit une polymérisation irréversible qui la stabilise définitivement.
- L’association résine-fibre de cellulose se fait dans d’excellentes conditions, du fait que les micelles des deux colloïdes sont de signes électriques contraires.
- Les papiers ainsi obtenus présentent une remarquable stabi-
- lité à l’eau. Les cartes tirées sur ces feuilles peuvent pendant plusieurs jours supporter la pluie, recevoir des taches d’huile ou de boue, subir des manipulations brutales sans dommages, accepter les annotations au crayon, tout cela sans perdre leur opacité.
- A l’étape, il suffit de les nettoyer à jhau tiède savonneuse, à l’essence pour leur rendre leur netteté primitive sans aucune altération.
- Ceci n’est qu’un exemple des progrès faits dans l’industrie du papier par l’utilisation des résines synthétiques pour leur imprégnation.
- L’application de ces nouvelles techniques est des plus simple ; elle n’exige aucune modification de l’outillage classique des papeteries. Elle donne des papiers susceptibles d’utilisations nombreuses et très variées, notamment pour l’emballage des produits les plus divers, même à gros tonnage. On peut ainsi améliorer la solidité et la résistance aux intempéries des sacs en feuilles multiples superposées que le manque de jute a conduit à employer pour le ciment, le plâtre, etc....
- L. P.
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- International
- 382 ::= ' : =: .
- Session officieuse du Comité
- des Poids et Mesures
- Le Comité international des Poids et Mesures a tenu deux séances, les i3 et i5 novembre, au Pavillon de Breteuil, à Sèvres. Ces séances n’avaient pas un caractère proprement officiel; tous les membres n’avaient pas été convoqués; et il était d’avance évident que le quorum réglementairement nécessaire ne serait pas atteint.
- Aux termes de la Convention du Mètre, ce Comité doit se l’éunir au moins une fois tous les deux ans. Cependant, la session précédente datait de 1987 ; celle qui avait été prévue pour fin septembre 1989 s’était trouvée décommandée à la déclaration de guerre.
- Des dix-sept membres qui le composaient alors, cinq étaient décédés : le Président Volte.rra (Italie), le Secrétaire Cabrera (Espagne), Kennelly (États-Unis), Zeeman (Hollande), ïsaachsen (Norvège). Se trouvaient présents cette fois : M. Sears (Anglais), qui a exercé les fonctions de Président ; M. Delialu (Belge) ; M. Ros (Suisse); M. Cotton (Français), représentant M. Ch. Fa-bry, empêché; M. Malige, délégué de l’Ambassade des États-Unis; M. Kollberg, délégué par la Légation de Suède pour représenter M. Siegbahn (retenu lui-même en Suède pour l’attribution du Prix Nobel) ; et le Directeur du Bureau international. Le membre soviétique, M. Châtelain, avec ses deux spécialistes MM. Tikhodeef et Reetorff, annoncés par télégramme, de même que le membre roumain, M. Statescu, n’étaient pas parvenus à Sèvres à temps pour prendre part aux délibérations. Du membre yougoslave, M. Kargatchin, aucune nouvelle n’avait pu être obtenue, autre que celle de l’écroulement de sa maison." Le membre danois, M. Johansen, présentement souffrant, avait dû s’excuser.
- Le Directeur du Bureau a présenté un Rapport, dans lequel il a d’abord montré les difficultés financières que rencontre, encore maintenant, l’Institut international : d’une part, manque de quelques-unes des plus importantes contributions qui lui sont ducs; et, d’autre part, cours forcés de l’or et des changes, qui ne correspondent plus, ni à la cherté des matières premières et des instruments, ni au taux généralisé des traitements en France. Il a fait ensuite l’énumération des travaux accomplis par le Bureau au cours de la guerre, malgré les obstacles rencontrés de tous côtés : rénovation et détermination des mètres et kilogrammes prototypes et des fils géodésiques, thermométrie, étude inlerférenlielle des raies du thallium et du zinc, métallisation des surfaces par évaporation et leur comportement dans le temps, et plus particulièrement, coordination internationale des unités électriques (domaine récent) et des unités photométriques (domaine tout nouveau).
- Le Comité a pris les mesures nécessitées par la situation financière du Bureau, et a pleinement approuvé les travaux exécutés au cours de la guerre, en même temps qu’il a été d’accord sur le programme de ceux qu’il convenait de poursuivre dans l’avenir immédiat.
- On se souvient que les trois Comités consultatifs, celui d’Ëlcc-tricité, celui de Photométrie, et celui de Thermométrie et Calo-rimétric, institués auprès du Comité international des Poids et Mesures, avaient, en 1989, chacun de leur côté, émis des vœux importants et précis tendant à une modification de la définition des unités qui les intéressaient : passage des unités électriques internationales aux unités absolues; remplacement de la bougie actuelle par la bougie nouvelle dérivant de la brillance du corps noir, et identification de l’unité de chaleur
- à l’unité d’énergie, joule ou erg, avec rattachement fixe à celle-ci de l’unité appelée calorie.
- La ratification, par le Comité international lui-même et par la Conférence générale des Poids et Mesures, qui devaient se réunir en septembre-octobre 1989, n’ayant pu avoir lieu, il convenait, après six années, de reprendre un peu plus haut la question. C’est ce qu’a décidé le présent Comité, en chargeant le Bureau international de s’informer individuellement auprès des membres des Comités consultatifs d’Ëlectricité et de Photométrie si leurs idées étaient restées identiques après un aussi long intervalle de temps. Le changement de l’unité de chaleur, qui s’était heurté à une légère objection, serait reporté à plus tard. En cas d’assentiment unanime sur les deux autres groupes d’unités, on pourrait prévoir leurs changements pour le ier janvier 19/17, après une session, cette fois officielle, du Comité international. Cette prochaine session a été envisagée pour le mois d’octobre 1946.
- La Conférence générale elle-même pourrait vraisemblablement se tenir vers la fin de 1947.
- En terminant, un échange de vues a eu lieu sur les personnalités scientifiques qui pourraient être proposées à l’élection par correspondance, en remplacement de quelques-uns des membres décédés. Leurs nationalités seraient : d’abord américaine, hollandaise, italienne, peut-être ensuite espagnole.
- A ces réunions, qui se sont déroulées dans une atmosphère de parfaite cordialité et d’entente complète, est bien apparu le désir unanime, non seulement de reprendre et développer les conversations indispensables aux décisions communes, mais aussi de maintenir en pleine activité, pour le profit de tous, l’organisme central de recherche scientifique et de coordination internationale que conserve toujours la France dans son joli domaine de Breteuil.
- Albert Pérard,
- Membre de l’Institut, Directeur du Bureau international des Poids et Mesures.
- Le puits le plus profond du monde.
- Dans notre numéro du 1er octobre, nous avons attribué le record de profondeur au puits de 4 951 m récemment creusé entre Bakersfield. et Taft en Californie.
- M. J. Lefebvre nous écrit à ce sujet :
- D’après la revue américaine OU Weekly du 30 juillet 1945, le puits le plus profond du monde aurait été foré par la Phillips Petroleum C°, à Millican Dôme, dans le Texas et atteindrait 0 080 m.
- D’après cette même revue, la couche pétrolifère qui aurait été atteinte à la profondeur la plus grande serait à Louisiane, dans le champ pétrolifère de Weeks Island Field, à Iberia Parish et serait située au voisinage de 4 730 m.
- Le même lecteur nous signale qu’en France sur les chantiers de la Régie autonome des Pétroles, dans la région de Saint-Gau-dens, le puits le plus profond atteint 3 087 m. et qu’un autre arrive à 2 978 m.
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- MODÈLE RÉDUIT DE LOCOMOTIVE
- Cette machine, dont l’aspect général et les dimensions sont celles de la Locomotive 241 « Mountain » à l’échelle de 1/24. a été construite pendant la guerre par un de nos lecteurs, M. L. Court, de Bagnols-sur-Cèze, modéliste - amateur. Elle a demandé sept mois de travail assidu.
- Elle est à vapeur surchauffée, pression 5 kg; chauffée à l’essence et peut fonctionner environ 3/4 d’heure, l’alimentation de la chaudière et le graissage étant automatiques. Elle effectue un circuit d’une trentaine de mètres comprenant une ligne droite et deux boucles imbriquées, assurant elle-même son aiguillage et le ralentissement au
- passage des croisements et aiguilles. Un sémaphore en tête de ligne permet, selon sa position, d’arrêter la locomotive ou de renverser le sens de marche, ce qui assure le fonctionnement
- continu et entièrement automatique jusqu’à épuisement du combustible.
- La vitesse normale peut être réglée à volonté entre 5o et 120 km/h (à l’échelle) et est maintenue régulière par un dispositif spécial, la vitesse de ralenti étant toujours d’environ 3o km/h. Le tender, monté sur deux boggies, porte les réservoirs à essence et eau. Longueur de l’ensemble : o m 92. Poids à vide : i3 kg.
- La Tyrotrîcîne
- La guerre règne dans le inonde des infiniment petits comme chez les « grands ». Et les hommes peuvent profiter, quand ils savent, des incompatibilités d’humeurs des plus simples des végétaux. La pénicilline, extraite d'une moisissure et le plus puissant des bactéricides (ou bactériostatiques) biologiques en est un bel exemple ; la tyritricine en est un autre.
- Dès 1889, Bouchard avait remarqué que le bacille pyocyaniqae, agent du pus bleu peu toxique, empêche le développement de la bactéridie du charbon. Depuis, les ferments lactiques ont été sélectionnés, cultivés et sont couramment employés pour détruire les flores intestinales anormales. On peut donc organiser des batailles de microbes au profit de la santé humaine.
- Malheureusement, la bactériologie s’est trop longtemps attardée dans le domaine de la médecine et a trop négligé les microorganismes : bactéries, algues, champignons, qui peuplent le sol et les eaux. Ce n’est que depuis peu qu’on s’est mis à isoler et à cultiver toutes sortes d’espèces qui n’attaquent pas l’homme et qui paraissaient de ce lait sans grand intérêt pratique. Cependant, les bactéries nitrifiantes, capitales pour les cultures alimentaires, avaient déjà prouvé toute l’importance de cette population du sol.
- En gros, on avait bien remarqué que beaucoup de bactéries pathogènes enfouies dans la terre avec les cadavres, y disparaissent rapidement et l’on avait supposé une action antagoniste do certains microorganismes du sol.
- Le Dayton Daily News annonce qu’en 1939, René J. Dubos, un Français travaillant à l’Institut Rockefeller pour les recherches médicales, isola de la terre un bacille sporogène colorable par le réactif de Gram, qui fut identifié au Bacilhts brevis, dont les sécrétions attaquent et empêchent le développement de très nombreuses bactéries.
- L’extrait actif fut dénommé tyrotticine, et peu après, Sharp et Dôme en isolèrent un produit cristallisé d’où l’on sépara deux substances : la gramicidine, efficace contre les bactéries à Gram positif, et la tyrocidine, efficace contre celles à Gram négatif.
- La gramicidino serait une protéine qji pouvoir antimicrobien très puissant. On l’a déjà utilisée avec succès contre le pneumoco-
- que, notamment dans les empyèmes du poumon. Jusqu’ici on ne peut l’injecter comme la pénicilline parce qu’elle est toxique et détruit les globules rouges ; on l’emploie seulement sur les blessures et les muqueuses infectées, en pansements locaux et en pulvérisations. Elle s’est déjà montrée efficace dans des ulcères chroniques, des sinusites, des angines et pour arrêter l’intoxication générale due à des poches purulentes.
- La tyrotricine est en voie, semble-t-il, de renforcer et de compléter l’action de la pénicilline.
- La terre, source de force dans le mythe d’Antée, devient la sauvegarde des hommes par certains des minuscules êtres vivants qui l’habitent et dont on commence à extraire de prodigieux produits.
- NOS LECTEURS NOUS ÉCRIVENT :
- A propos de la pénicilline.
- M. F. Prévôt, pharmacien honoraire à Cousorbe (Nord) nous signale un livre imprimé en 1539, ayant pour titre : « Trésor des remèdes secrets », à la page 60 duquel on peut lire, à propos de l’eau distillée de tilleul :
- « L’eau distillée des fleurs de tilier appaise les douleurs des yeux et guérit les lieux bruslez, ou de feut, ou de quelque autre matière adurante, et encore plus efficacieusement, si dans celle eau on détrempe les grains et pépins de coings ou du psyllion, qui est l’herbe à pulce et que la moisissure d’iceux on oigne les lieux enflambez ».
- Ce « Trésor » est une sorte de compilation des anciens et l’article sur l’eau des fleurs de tilier est indiquée comme provenant de Ruffus, médecin grec du ier ou 11e siècle de notre ère.
- N’est-ce pas une observation très ancienne de l’antagonisme entre moisissures et microbes ?
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- Les Livres nouveaux
- Nouvelle méthode d’analyse qualitative, par
- • G. Charlot. 1 vol. in-8, 2(50 p., 49 fig. Masson et Cie, Paris.
- Depuis une vingtaine d'années, la chimie analytique s'est entièrement rénovée par l’application de notions nouvelles : théorie des ions, pH et activité, potentiel d’oxydo-réduction, microméthodes, découverte de réactifs organiques spécifiques et très sensibles, chromatographie, polaro-graphic, etc. Le travail d’analyse s’en est trouvé transformé, simplifié et bien souvent maintenant les mesures sont si sûres, si rapides et si sensibles qu’on peut les pratiquer avec une très grande économie de temps et de réactifs. Professeur à l’École de physique et de chimie de Paris, l’auteur a su utiliser les nouvelles données et il les présente ici avec une précision et dans un ordre parfaits. Son livre révolutionne la classique analyse qualitative et il sera le vade-mecum de tous les chimistes qui ne doivent plus pratiquer les méthodes traditionnelles tant ils trouveront d’avantages à suivre les techniques nouvelles.
- La sensation, guide de vie, par Henri PlK-ron. 1 vol. in-8, 419 p., 55 fig. Collection « L’avenir de la science ». Gallimard, Paris, 1945.
- Synthèse de plus de 40 ans de recherches dans le domaine physiologique des sensations, cet ouvrage du professeur du Collège de France rassemble tout ce qu’on sait du sujet. Il passe du stimulus à la sensation, différenciée et spécifique, selon les organes des sens qui donnent des appréciations qualitatives : mécaniques, thermiques, chimiques, lumineuses, chromatiques, tonales, odorantes, sapides, douloureuses, et quantitatives, en rapport avec les quantités d'énergie mises en jeu dans l’espace et dans le temps. La sensation n’est pas un message du monde extérieur mais un symbole biologique des forces extérieures agissantes ; elle est la source de notre connaissance.
- Les Coléoptères des denrées alimentaires et des produits industriels, entreposés, par
- P. Lepesme. 1 vol. in-8, 335 p., 233 fig., 12 pi. Encyclopédie, entomologique. Léché valier, Paris, 1944.
- Voici un livre aussi utile qu’intéressant. Le commerce international a provoqué l'entreposage de denrées venues de tous les points du globe. Ces denrées sont souvent- infestées par des insectes qui se développent dans les greniers, magasins, silos, si bien qu’une faune spéciale se répand peu à peu partout. Elle commet
- de grands ravages, souvent extraordinaires tels que le percement des papiers, des sacs, des bois et même des métaux. On trouve ici l’étude systématique de tous les coléoptères qu’on peut rencontrer, les moyens de les reconnaître, l’énumération de leurs dégâts. Plus biologique, la seconde partie examine le milieu spécial des denrées, leur peuplement, le développement et les mœurs des prédateurs, les moyens de lutte dont l’homme dispose.
- Biologie des jumeaux, par Maurice Caul-
- lery. 1 vol. in-16, 168 p., 27 fig., 4 pl.
- Presses Universitaires de France, Paris,
- 1945.
- Les jumeaux sont les enfants naissant simultanément d’une même mère. Parfois, ils sont du même sexe et si semblables qu’on a peine à les reconnaître. On a découvert qu’ils proviennent alors d’un même œuf dont des parties se sont séparées au cours du développement. Le fait est courant chez divers animaux inférieurs et les Tatous ; il est fort rare chez les mammifères domestiques et chez l’homme. Parfois la séparation incomplète aboutit à la formation de monstres doubles. Ces faits sont fort importants pour la connaissance de l’individualité et de l’hérédité.
- INFORMATIONS
- Cours et conférences à Paris
- LUNDI 17 DÉCEMBRE. Maison de la Chimie : 18 h. M. l’abbé Alfred Léman : « Sulfuration et sulfonation ».
- MERCREDI 19 DÉCEMBRE. Maison de la Chimie : 18 h. M. A. Tenot : « La cavitation ».
- VENDREDI 21 DÉCEMBRE. Maison de la Chimie : 18 h. M. Peingault : « Les perfectionnements américains dans les peintures et vernis ».
- SAMEDI 22 DÉCEMBRE. Palais de la Découverte : 15 h. M. Georges Bouligand : « L’étalonnage et la géométrie ».
- LUNDI 7 JANVIER. Maison de la Chimie : 18 h. M, Cjiemn : « ïsitration ».
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- LA NATURE
- ABONNEMENTS
- France et Colonies : un an s 300 francs ; six mois t 150 francs Etranger : un an : 350 francs ; six mois : 175 francs
- Prix du numéro: 15 francs
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- Les abonnements partent du I" de chaque mois sans effet rétroactif.
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- MASSON et C'*, Editeurs,
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- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
- PETITES ANNONCES
- La ligne : 30 fr. Abonnés : 20 fr.
- Le gérant : G. Masson. — masson et cie éditeurs, paris. — dépôt légal : 4e trimestre 1945, x° i44. BARNÉOUD FRÈRES ET Cie IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 363. — I2-ig45.
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- LA NATURE
- ANNÉE 1945
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- A
- Académie des Sciences, 47,
- Acier au Brésil, 327.
- Aérodromes synthétiques, 408. Alimentation : ration, 63.
- Allemagne : bataille de l’essence, 143. Amérique : photographie de la correspondance des soldats, 125.
- Ancres en bois, S0, 144.
- Armes de guerre nouvelles, 89.
- Art ancien de l’Indochine, 289.
- Association française pour l’avancement des Sciences, 284. •
- Association nationale pour l’Indochine française, 158.
- Astronomie au-dessus de la mêlée, 185. Atébrine, 175, 284.
- Atomes : sondeurs, 8S, 117, 157, 181, 203, 222, 250, 269 , 287 , 296 , 317.
- Atterrissage sans visibilité, 52.
- Aude : énergie du vent, 321.
- Aviation : compas gyroscopique, 189.
- — givrage, 173.
- — lancement d’un hydravion, 116.
- — sécurité, 361.
- — planeurs-remorques, 121.
- — superforteresses volantes, 139.
- Avion à ailes télescopiques, 247.
- — Curtiss Wright, 302.
- — de la R. A. F., 148.
- — dans un cyclone, 155.
- — lancement de plasma sanguin, 348.
- .— North American, 174.
- — progrès des moteurs aux Etats-Unis, 335.
- — propulsés par réaction, 113.
- B
- Ballons-bombes japonais, 335.
- Bâtir : nouvelle méthode, 108, 192. Béryllium, 33.
- Bibliothèque Mazarine, 64.
- Billets de ' banques français : réalisation technique, 241.
- Biscottes pour prisonniers, 76.
- Biscuits de soldats, 76.
- Bœuf à Madagascar, 305.
- Bois : moulage, 191.
- Bombardements aériens guidés par l’œil cathodique, 143.
- — : ondes sonores Adsibles, 254, 347. Bombardier le plus puissant, 104.
- Bombe ailée « Y1 », inventeur, 40.
- Bombe atomique, 259, 281, 294, 326.
- — atomique : effets physiologiques, 358.
- — de 10 tonnes, 173.
- —• fusée « V2 », 65.
- — incendiaire, 189.
- — télévision, 381.
- — volante « Y1 », 65.
- Bouddhisme en Indochine, 204.
- Bragg (sir Lawrence), 236.
- Brebis : stimulation de la surfécondité, 283.
- Bréguet, 356.
- Brémonticr et le gaz, 26.
- Brésil : industrie de l’acier, 327.
- Briseurs d’atomes, 232.
- Brouillard : dissipation sur les aérodromes, 361.
- c
- Caissons et scaphandres, 57.
- Calculateur prodige, 319.
- Caméra pour télévision, 105.
- Canons en conserve, 312.
- Caoutchouc chloré, 343.
- Caoutchoucs naturels, 225.
- — synthétiques, 55, 225.
- Capture d’une vallée, 136.
- Carbure des métaux durs et la guerre moderne, 27.
- Carotte, utilisation, 30.
- Caves de l’Observatoire de Paris : température, 252.
- Centre National d’Études des Télécommunications : fondation, 75.
- Crapaud : chant, 288.
- Chantiers français de-déminage, 273, 300. Charles (Jacques), 170.
- Chauve-souris : vol, 158.
- Chemins de fer : remise en état des voies, 196.
- Chiffre, divination, 31.
- Ciel : en juillet et août, 208.
- — en septembre, 256.
- — en octobre, 2S0.
- — en novembre, 320.
- — en décembre, 351.
- Cinéma : films sous-marins, 80.
- Clôture électrique des pâturages, 190. Colchicinë, 244.
- Commission de la Seine, 73.
- Compas gyroscopique pour avions, 189. Conservation des plantes : nouveau procédé, 194.
- Conserves : boîte chauffante, 373.
- Conserves de canons, 312.
- Construction radioélectrique, reprise, 23. Conté, 258.
- Corps en mouvement : le son, 112.
- Corps humain : pièces détachées, 84. Correspondance : photographie, 125. Cotons de couleurs, 69.
- Couronne solaire, énigme, 8.
- Cours d’eau : matériel pour l’étude des cours d’eau, 366.
- Criquets migrateurs en Gironde, 324. Cristal unique, 141, 150.
- Crues de la Seine, 127.
- Cuirassés les plus puissants, 253.
- Cuir graphité, 332.
- Cyclotron, 232.
- D
- Datura et la guerre, 249.
- Débarquement : les prévisions météorologiques et le débarquement de Normandie, 15.
- Supplément au n° 3104 de La Nature du 15 janvier 1946.
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- D. D. T., 175.
- Déminage : sur les chantiers français, 273, 300.
- Dessins d’enfants, 223.
- Détection électro-magnétique, 337.
- Diabète, 215.
- Diamant le plus grand du monde, 187. Dolique, 213.
- E
- Eau en brouillard, 58.
- Eclairage par tubes fluorescents, 37. Éiclipse de soleil du 9 juillet 1945, 207. Économie soviétique, 132, 165.
- Électricité : clôture des pâturages, 190.
- — nouvelles locomotives Diesel, 257. Électro-magnétisme : détection, 337. Émetteurs de radiodiffusion : où en est le réseau français? 12.
- Énergie du vent dans l’Aude, 321. Énergie : nos grands réseaux, 177, 200. Enfants’ : dessins, 223.
- Engins de guerre nouveaux, 89.
- Énigme de ia couronne solaire, 8.
- Essence : bataille en Allemagne, 143. États-Unis : épuisement des ressources minérales, 315.
- Explosif américain : le R. D. X., 61.
- F
- Faux de Saint-Basle, de Verzy (Marne), 284.
- Fenaison : nouvelle méthode, 364.
- Fibres artificielles, 70, 110, 122, 186, 195, 303, 343, 359.
- Films sous-marins, 81.
- Eourneyron, 243.
- France .d’outre-mer dans la guerre, 284.
- — en Indochine, 353.
- — : plus puissante station de radiodiffusion, 33.
- Fumier artificiel : fabrication, 44.
- Fusées, 23.
- G
- Gaie, 205.
- Gaz : appareil à ionisation pour la mesure, 266.
- — et Brémontier, 26.
- — distribution à distance, 20.
- — naturels du Comminges, 209.
- — usine dans la mine, 183.
- Géologie, 192.
- Girard (Philippe de) inventeur, 62. Gironde : criquets migrateurs, 324. Givrage des avions, 173.
- Glu : préparation, 63.
- Glucinium, 333.
- Goudron de bouille, 251:
- Guerre : armes et engins nouveaux, 89.
- H
- Hélicoptère : avènement, 69.
- — à 20 places, 302.
- Hélium : gonflement des pneus, 318. Hêtres tortillards de Verzy (Marne), 285.
- Hoxachlorocyclohexane, 235.
- Hexagone : forme logique pour les récipients, 270.
- Hirondelle blanche, 214.
- Homochromie et mimétisme chez les rédu-AÛdes, 59.
- Humidité et le papier, 381.
- Hydravion : lancement, 110.
- I
- Incendie, eau en brouillard contre l’incendie, 58.
- — nouveaux moyens de lutte, 316.
- Indochine : art ancien, 289.
- — association nationale pour l’Indochine française, 158.
- — : bouddhisme, 204.
- — La France en Indochine, 353.
- — : races humaines, 309.
- Industries électriques, section radioélectrique au laboratoire central, 100.
- Industries et métiers d’arts et de création : office professionnel, 75.
- Insectes marins, 248.
- — : progrès de la lutte, 175.
- Insecticide : hexachlorocyclohexane, 235.
- Intoxication saturnine, 41.
- Investissement météorologique de l’Angleterre par sous-marins, 229.
- Ionisation : appareil pour la mesure des faibles débits gazeux, 266.
- J
- Japon : pour refroidir le Japon, 299. — : vulnérabilité, 118.
- K
- Kina-Bureau, 331.
- L
- Laboratoires maritimes, 221.
- Lagunes : matériel pour l’étude des lagunes, 366.
- Lance-flammes, 189.
- Langue française : phonétique statistique, 379.
- Lapin : tannage de la peau, 159.
- Liquide ennemi de l’eau, 319.
- Lithium métallique, 297.
- Locomotives Diesel électriques, 257.
- — : modèles réduits, 383.
- Lunettes invisibles, 246.
- Lutte contre les sous-marins, 1S8.
- M
- Madagascar pays du bœuf, 305.
- Magnésie marine, 263.
- Matériel secret américain, 262. Mathématiques : récréation, 191.
- Matières plastiques : projectiles, 229. Matières plastiques artificielles, 70, 110, 122, 186, 195, 303 , 343, 359.
- Mars : prochaine opposition, 365.
- Médecine : prix Nobel, 180.
- Mer : films sous-marins, SI.
- —• : photo sous-marine, 3S0.
- Méson, 74.
- Métaux durs, carbures, 27.
- Météorologie : prévisions et débarquement do Normandie, 15.
- Mexique : nouveau volcan, 46.
- Microbe de la tuberculose vaincu, 357. Mimétisme chez les réduvides, 59.
- Mine : usine à gaz, 1S3.
- Minéraux : épuisement des ressources aux États-Unis, 315.
- Montreuil : le Rû, 107.
- Mordvës, 101.
- Morue : pêche en Norvège, 28.
- Moteurs : protection des véhicules amphibies, 319.
- — d’avions : progrès aux Etats-Unis, 335.
- Moulago du bois, 191.
- Mouton : tannage des peaux, 94.
- Mouche se posant au plafond, 350. Muséum national d’histoire naturelle, pendant l’occupation allemande, 17.
- — : malheur des serres, 308.
- N
- Navigation sans visibilité, 52.
- Normandie : ports artificiels, 49.
- Norvège, pêche à la morue, 28.
- Nuages : mesure du plafond nuageux, 361. Nuit : pour voir la nuit, 116.
- Nyctalopes, 174.
- O
- Observatoire de Paris : température des caves, 252.
- Obus-radio, 381.
- Océan Indien, 277.
- Océan Pacifique, 277.
- OLil cathodique, 143.
- OLufs : nouvelle méthode de conservation, 325.
- Office professionnel des industries et métiers d’art et de création, 75.
- Oiseaux et avions, G9.
- Ombres en relief : théâtre, 43.
- Ombres lumineuses, 174.
- Ondes hertziennes ultra-courtes, 237.
- Ondes sonores visibles, 254, 347.
- Optique : travail des verres, 374.
- P
- Pain au soja, 362.
- Pains de guerre, 76.
- Papier et humidité, 381.
- Pâturages : clôture électrique, 190.
- Pêche à la morue en Norvège, 28. Fédographe, 367.
- Pénicilline, 3, 7. 255, 383;
- Peste, 345.
- Pétrole contre goudron de houille, 251. Phonétique statistique de la langue française, 379.
- Photographie en relief, 313.
- — à 5 000 mètres de profondeur, 253.
- — : correspondance des soldats américains, 125.
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-
-
- Photographie : vitraux, 97.
- —• sous-marine, 380.
- Physalies et tortues, 363.
- Pipe-lines et la guerre, 298.
- Pissenlits à caoutchouc russes, 187.
- Plantes : nouveau procédé de conservation, 194.
- — sang dans les plantes, 180.
- — : cultivées : extension vers le Nord en Russie, 206.
- — cultivées : origines, 378. Planeurs-remorques, 121.
- Plomb : intoxication, 41.
- Plongées par fond insuffisant, 212.
- Poids et mesures : comité international, 382.
- Poissons fumés : nouveau procédé de préparation, 7.
- — : parlent-ils ? 83, 2GS.
- Polyèdre semi-régulier, 230.
- Ponts français bombardés ou dynamités :
- reconstruction rapide, 24.
- Population de l’U. R. S. S., 62.
- Ports artificiels de Normandie, 49.
- Potasse en U. R. S. S., 84.
- Poux : destruction, 63.
- Pneus gonflés à l’hélium, 318.
- Projecteur « tout verre », 96.
- Projectiles en matières plastiques, 229. Prix Nobel de médecine, 180.
- Prix Nobel des Sciences en 1944, 16.
- Puits le plus profond, 293.
- Punaises des bois et leurs bactéries symbiotiques, 85.
- Q
- Quinine, 331.
- Quinquina, 331.
- R
- Radar, 337.
- Radio : maison de la Radio, 93. Radiodiffusion : centre de Villebon, 267.
- — : plus puissante station, 33.
- — : réseau français des émetteurs, 12. Radio-électriciens : société, 93. Radiographies de vipères, 304. Radiorécepteur pour les sinistrés, 106. Radio : obus-radio, 381.
- R. A. F. : avions, 148.
- Ration alimentaire, 63.
- Rayonnement cosmique : dernier né, le méson, 74.
- Rayons cosmiques : dernières nouvelles,
- 21.
- Rapt d’une vallée, 136.
- R. D. N., nouvel explosif, 61.
- Réaction : propulsion des avions, 113.
- Récipients hexagonaux, 270.
- Reconstruction rapide des ponts français bombardés ou dynamités, 24.
- Récréations mathématiques, 191.
- Réduvides : homochromie et mimétisme, 59.
- Relief : théâtre d’ombres, 43.
- Reliefographie, 313.
- Requins : pour éloigner les requins, 325.
- Réseaux d’énergie, 177, 200.
- Réseau français des émetteurs de radiodiffusion, 12.
- Résines artificielles, 70, 110, 122, 186, 195, 303, 343, 359.
- Rhésus : facteur, 182.
- Rû de Montreuil, 107.
- Russie : extension des plantes vers le Nord, 206.
- S
- Sable, 171.
- Salage électrique des viandes, 282.
- Sang dans les plantes, 180.
- Sang : groupes sanguins et facteur rhésus, 182.
- Sauterelles : invasions, 129,
- Sauvetage de la soif par le soleil, 193. Scaphandres et caissons, 57.
- Seine : crues, 127.
- Semailles : 250 hectares semés en neuf jours, 194.
- Serres du Muséum, 308.
- Silicones, 218.
- Sinistrés : pour se procurer un radiorécepteur, 106.
- Sinusite, 126.
- Société des radio-électriciens, 11, 93.
- Soif : sauvetage par le soleil, 193.
- Soja : pain, 362.
- Soleil : éclipse du 9 juillet 1945, 207. Soleil : sauvetage de la soif, 193.
- Son dos corps en mouvement, 112. Sondeurs d’atomes, 88, 117, 157, 181, 203, 222, 250, 269, 287, 296, 317.
- Soufflerie la plus rapide, 104.
- Sous-marins : lutte, 188.
- — météorologiques, 229.
- Strophantus gratus en A. O. F., 349. Superforteresses volantes, 2, 139. Surfécondité chez les brebis, 283.
- T
- Tabac ou matières grasses ? 95. Tannage : peau de lapin, 159.
- ============ 387 ==r-.
- Tannage : peaux de mouton en laine, 94.
- — au fer, 271.
- Tchérémisses, 101.
- Télécommunications : centre national d’études, 75.
- Téléphone : pose d’une ligne à 200 km à l’heure, 297.
- Télévision : bombes, 381.
- —- en couleurs, 328.
- — sur écran, 255.
- — : nouvelle caméra, 105.
- — où va la télévision ? 90.
- — : reprise des émissions, 20. Température des caves de l’Observatoire
- de Paris, 252.
- Théâtre d’ombres en relief, 43.
- Tissandier : nécrologie, 121.
- Tortues et physalies, 363.
- Transfusion sanguine, 162.
- — : lancement de plasma par avions, 348. Transports tubulaires, 156.
- Tuberculose : microbe vaincu, 357.
- Tubes fluorescents, 37.
- — : transports tubulaires, 156. Tyrotricine, 383.
- U
- Uranium, 309.
- — gisements do pechblende, 311. U. R. S. S. : économie, 132, 165.
- — population, 62, 84.
- — potasse, 84.
- Usine à gaz dans la mine, 183.
- V
- Yallée : capture originale, 136.
- Vase, 72.
- « VI » et « V2 », 65.
- Vent : énergie dans l’Aude, 321.
- Verres d’optique : travail, 374.
- Vêtements imperméables, 293.
- Viandes fumées : nouveau procédé de préparation, 7.
- — salage électrique, 282.
- Yicat, 293.
- Villebon, centre de radiodiffusion, 267. Vipère aspic, 145.
- — : radiographies, 304.
- Visibilité : mesure, 361.
- Vision : pour voir la nuit, 116.
- Vitraux : photographie en couleurs, 97. Voies ferrées : remise en état, 196.
- Vol à voile : reprise en France, 2.
- Volcan nouveau au Mexique, 40.
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- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- A. B. — La France en Indochine, 353.
- Adam (Michel). — Où en est le réseau français de radiodiffusion, 12.
- — La France possède la plus puissante station de radiodiffusion du monde, 33. — Où va la télévision, 90. — Une nouvelle caméra pour télévision, 105.
- A. T. — Nouvelles prévisions sur la bombe atomique, 294.
- Barolet (II.). — Récréations mathématiques, 31, 191. — Un nouveau calculateur prodige, 319.
- Basiaux-Defrance (P.). — Transports tubulaires, 136. — L’hexagone, forme logique des récipients, 270. — L’énergie du vent dans l’Aude. 321.
- Betteliieim Ch.). — L’économie soviétique, 132, 165.
- Blin (Henri). — Le salage électrique des viandes, 282.
- Boissseau (J.). — Le tannage des peaux de mouton en laine, 94. — Tannage amateur de la peau de lapin, 159. — Tannage au fer, 271. —• La clôture électrique des pâturages, 190.
- Boyer (Jacques). — Le Muséum national d’histoire naturelle pendant Boccupation allemande, 17. — Le fumier artificiel, sa fabrication en usine, 44. — Les ports artificiels de Normandie, 49. — Biscuits de soldats, pains de guerre et biscottes pour prisonniers, 76. — La photographie facilite le transport de la correspondance des soldats américains, 123. — La difficile réalisation technique des nouveaux billets français, 241. — Sur les chantiers français de déminage, 273, 300. — Mise en service des nouvelles locomotives Diesel de la S. N. C. F., 237. — Le pain au soja, 362.
- Braemeh (Ch.). — Dessins d’enfants, 223.
- Brandicourï (G.). — Le datura et la guerre, 249.
- Broyer. (Charles). — Le Iiâ de Montreuil, 107. — Les hêtres tortillard ou faux de Saint-Basle de Yerzy (Marne), 283.
- Cafsa (Dominique). — L’art ancien de l’Indochine, 289.
- Carayon (Jacques). — Les punaises des bois et leurs bactéries symbiotiques, 83. — La vipère aspic et son venin, 143. — Les nuages de criquets migrateurs en Gironde, 324.
- Caullery (Maurice). — Discours inaugural à l’Académie des Sciences, 47. — La stimulation expérimentale de la surfécondité chez les brebis, 283.
- Cerisaie (J. de la). — La reconstruction rapide des ponts français bombardés ou dynamités, 24. — Le microbe de la tuberculose est-il vaincu ? 337.
- Chauvine a u (Robert). — Navigation et atterrissage sans visibilité, 32. — Ondes .hertziennes ultra-courtes, 237. — Détection électromagnétique et Radar, 337.
- Chiche (Dr Paul). — Yoir Tzanck.
- Ciioparb (L.). — Les invasions de sauterelles, 129.
- Cotte (Jules). — L’usine à gaz dans la mine, 183.
- Devaux (Élise). — Le travail des verres d’optique, 374.
- Devaux (Pierre). — Nos grands réseaux d’énergie, 177, 200. — Avions à ailes télescopiques, 247. — La reliefograpliie, 313. — Le travail des verres d’optique, 374.
- Faublée (Jacques). — Madagascar, pays du bœuf, 303.
- Fayol (Ainédée). — Brémontier et le gaz, 26. — Philippe de Girard inventeur incompris et malheureux, 62. — Jacques Charles, 170.
- — Fourncyron, inventeur des turbines hydrauliques, 243. — Un inventeur heureux, Conté, 238. — Vicat, grand cimentier de France, 293. — Les Bréguet-, mécaniciens de haute précision, 336.
- Forbin (V.). — Les poissons parlent-ils ? 26S. — Les gisements de pechblende au Canada, 311. — L’Indochine et ses races humaines, 369.
- Garrigues (Raymond). — La colchicine, 244.
- Génin (G.). — Caoutchoucs naturels et synthétiques, 223.
- Guillet (Léon, fils). — Le cristal unique, 141, 130.
- IIemardinquer (P.). — Comment on réalise la télévision en couleurs, 328.
- K. (G. W.). — Extension A-ers le Nord des plantes cultivées en Russie, 206.
- Keuleyax (D.). — Pour voir la nuit, 116. — Comment sont cons-
- truites les superforteresses volantes, 139. — Compas gyrosco-pique pour avion, 189. — L’avion Curtiss Wright CW-20E, 302.
- — Les progrès du moteur d’avion aux États-Unis, 333.
- Kimpelin (G.). — Gaz naturels du Comminges, 209.
- Koug-Tseu-Ling. — La vulnérabilité du Japon, 118.
- L. P. — Les pipe-lines et la guerre, 298. — Les papiers et l’humidité, 381.
- Lanorville (G.). — Comment une mouche se pose-t-elle au plafond ? 330.
- Larue (Pierre). — Le moulage du bois, 191. — 230 hectares semés en 9 jours, 194.
- Leblanc (Maurice). — L’éclairage par lubes fluorescents, 37.
- Leclerc (Dr IL). — Comment utiliser la carotte, 30. — Le Dolique, 213.
- Legendre (R.). — La magnésie marine, 263. — Le Pacifique et l’océan Indien, 277. — Tortues et pliysalies, 363.
- Le Scour (Paule). — Le Bouddhisme en Indochine, 204.
- Levaditi (Prof. C.). — La Pénicilline, 3.
- Lot (Eveline). — Les Mordves et les Tchérémisscs, 101.
- Bulle (R.). — Les silicones, 218.
- Luper (J.). — Bombes volantes et bombes fusées « VI » et « Y2 », 63.
- Mercjé (Dr Claude). — Pour conserver les plantes avec leurs formes et leurs couleurs, 194.
- Mouchot (Dr Gabriel). — L’intoxication saturnine, 41. — Caissons et scaphandres, 37. — Pièces détachées pour corps humain, 84.
- — Qu’est-ce qu’une sinusite ? 126. — La gale, 203. — Qu’est-ce que le diabète? 213. — La peste, 345. — Lunettes invisibles, 246.
- Miciiaut (Pierre). — Films sous-marins, Si.
- Muraz (Dr G.). — Duinquina, quinine et « Kina-bureau », 331. — Le strophantus gratus en A.. O. F., 349.
- Normier (J.). — Théâtre d’ombres en relief, 43.
- Parcot (Abbé L.). — Une hirondelle blanche, 214.
- Paulian (R.). — Insectes marins, 248.
- Pérard (Albert). — Session officieuse du comité international des poids et mesures, 382.
- Perruche (Lucien). — Les carbures des métaux durs et la guerre moderne, 27. — Les caoutchoucs synthétiques, 35. — Matières plastiques, résines et fibres artificielles, 70, 110, 122, 186, 195, 303 , 313 , 359. — Pétrole contre goudron de houille, 251. — L’uranium, 309. — Le béryllium ou glucinium, 333.
- Quiévreux (F.). — Les vitraux et la photographie en couleurs, 97.
- R. L. — Lancement par avions, aux troupes encerclées, de plasma sanguin pour la transfusion du sang, 348.
- Raucourt (M.). — Nouvel insecticide, l’hexachlorocyclobcxane, 235.
- Ravina (Dr A.). — La fabrication de la pénicilline, 7.
- Romanovsky (V.). •—• La pêcho de la morue en Norvège, 28. — Un sédiment qui sc forme sous nos yeux : la vase, 72. — Les crues do la Seine, 127. — Le sable, 171.
- Rougier (A.). — Un rapt, ou l’originale capture d'une vallée, 136.
- Rousseau (Pierre). — L’énigme de la couronne solaire, 8. — Dernières nouvelles des rayons cosmiques, 21. — Le dernier né du rayonnement cosmique : le méson, 74. — Les sondeurs d’atomes, 88) 117, 157, 181, 203, 222, 250, 269, 287, 256, 317.
- Rudaux (Lucien). — L’éclipse de soleil du 9 juillet 1945, 207. — Le ciel en juillet et août, 208. — Le ciel en septembre, 256. — Le ciel en octobre, 280. — Le ciel en novembre, 320. — Le ciel en décembre, 351. — La prochaine opposition de Mars, 365.
- Sainte-Bague (A.). — Nouveau polyèdre semi-régulier, 230.
- Tournier (J. L.). — Un nouveau matériel pour l’étude des lagunes, 366.
- Troi.der (André). — Les avions propulsés par réaction, 113. — La bombe atomique, 259.
- Tzanck (Dr Arnault) et Ciiiciie (Dr Paul). — La transfusion sanguine, 162.
- Villiers (André). — Homochromie et mimétisme chez les rédu-vides (insectes hémiptères), 59.
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- TABLE DES MATIERES
- I. — ACADÉMIE DES SCIENCES
- Discours du Président à l’Académie des Sciences (M. Caur-
- LERy).............:...........................
- II. — MATHÉMATIQUES ET ASTRONOMIE
- L’énigme de lu couronne solaire (P. Rousseau)..........
- L’astronomie nu-dessus de la mêlée . ..................
- L’éclipse de soleil du 9 juillet 1945 (L. Rudaux)......
- Nouveau polyèdre semi-régulier (A. Sainte-Lague) . . . .
- L’hexagone, .forme logique des récipients (P. Basiaux-De-
- france) ............................................
- Un nouveau calculateur prodige (H. Raiiolet)...........
- La prochaine opposition de Mars (L. Rudeaux)...........
- Récréai ions mathématiques (II. Bar or,et)........31,
- Bulletin astronomique (L. Rudaux) . . . 208, 250, 280, 320,
- III. — SCIENCES PHYSIQUES 1. Physique.
- Dernières nouvelles des rayons cosmiques (P. Rousseau) . .
- Le Méson (P. Rousseau).................................
- Les sondeurs d’atomes (P. Rousseau). 88, 117, 157, 181, 203,
- 222, 250, 209, 287, 290,
- Le son des corps en mouvement.............................
- Le cristal unique (L. Guiluet, fils)................141,
- Les briseurs d’atomes : Le cyclotron (A. Trorrer) ....
- Bragg (sir Lawrence)......................................
- Appareil à ionisation pour mesure des faibles débits gazeux.
- Liquide ennemi do l’eau...................................
- Détection électromagnétique et Radar (R. Ciiauviveau). . .
- Ondes sonores visibles....................................
- Le travail des verres d’opliquo (E. Devaux)...............
- Comité international des poids et mesures (A. Pérard) . .
- 2. Chimie.
- Les carbures des métaux durs (L. Perruche).................
- Caoutchoucs synthétiques (L. Perruche).....................
- Matières plastiques, résines et libres artificielles (L.. Perruche)...............................70, 110, 18G, 195, 303,
- La potasse en U, Il S. S...................................
- Textiles artificiels et synthétiques (L. Perruche) . . . .
- Les silicones (R. Lucre)...................................
- Caoutchoucs naturels et synthétiques (G. Génin). . . . .
- L’hexnchlorocyclohexane (A. Raucourt)......................
- Pétrole contre goudron de houille (L. Perruche) . . . .
- La magnésie marine (R. Legendre)...........................
- Un emploi utile pour le lithium métallique ................
- L’uranium (L. Perruche)....................................
- Uranium, gisements de pechblende (V. Forbin)...............
- L’Industrie de l’acier au Brésil...........................
- Le béryllium ou glucinium (L. Perruche). ..................
- Le caoutchouc chloré (L. Perruche).........................
- IV. — SCIENCES NATURELLES 1. Géologie. — Paléontologie.
- Le plus grand diamant du monde.........................187
- Gaz naturels du Gommingcs (G. Iùmpflin)................209
- Les ressources minérales des Etats-Unis................315
- 2. Physique du globe. — Météorologie.
- Les Prévisions météorologiques et le débarquement de Nor-
- mandie...................................................... 15
- Nouveau volcan au Mexique..................................... 40
- La vase (V. Romanovsky)....................................... 73
- La Commission de la Seine (V. R.).................... 73
- Les crues de la Seine (V. Romanovsky)......................127
- Originale capture d’une vallée (A. Bougier)...................130
- Le sable (V. Romanovsky) '....................................171
- L'investissement météorologique de l’Angleterre par sous-
- marins ................:.................................229
- La température des caves de l’Observatoire de Paris . . . . 252
- Ondes sonores visibles........................................254
- Pour refroidir le Japon ......................................299
- L’énergie du vent dans l’Aude (P. Basiaux-Defrance) ... 321
- 3. Zoologie. — Biologie. — Physiologie.
- Le Muséum national d’histoire naturelle pendant l'occupation allemande (J. Boyer)....................................... 17
- La pêche do la morue en Norvège (V. Romanovsky) .... 28
- Homochromie et mimétisme chez les réduvides (A. Virliers). 59
- Les poissons parlent-ils ?.............................. 83, 208
- Les punaises des bois et leurs bactéries symbiotiques
- (J. Carayon).................................................. 85
- Pour voir la nuit...............................................110
- Invasions de sauterelles (L. Ciiopard)..........................129
- Le vipère aspic (J. Carayon)....................................145
- Vol sans visibilité des chauve-souris...........................158
- Les nyctalopes..................................................174
- Une hirondelle blanche (abbé L. Parcot).........................214
- Le sort des laboratoires maritimes..............................221
- Insectes marins (R. Paurian)....................................248
- La stimulation de la surfécondité chez les brebis (M. Caur-
- lery).........................................................283
- Le chant des crapauds...........................................288
- Radiographies de vipères .......................................304
- Les nuages de criquets migrateurs en Gironde (J. Carayon). 324
- Pour éloigner les requins (Cr. Mouchot).........................325
- Comment une mouche se pose-t-elle au plafond ? (G. Lanor-
- yirle)...................................................... 350
- Tortues et physalies (R. Legendre)..............................303
- 4. Botanique. — Agriculture.
- Le fumier artificiel (J. Royer) ............................... 44
- Tabac ou matières grasses P.................................... 95
- Ombre lumineuse (P. Larue).....................................174
- 47
- 8
- 185
- 207
- 230
- 270
- 319
- 305
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- 150
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- Du sang dans les plantes.......................................180
- Les pissenlits à caoutchouc russes............................187
- Nouveau procédé pour conserver les plantes (Dr C. Mercié). 194
- 250 hectares semés en 9 jours (P. Larue)...................194
- Extension vers le Nord des plantes cultivées en Russie
- (G.-W. K.)...................................................206
- Le Dolique (IL Leclerc)........................................213
- La colchicine (R.. Garrigues)..................................244
- Le Datura et la guerre (G. Brândicourt).................... 249
- Botanique et folklore..........................................284
- Les hêtres tortillards ou faux de Saint-Basle de Yerzy
- (Ch. Broyer).................................................285
- Le malheur des serres du Muséum................................308
- Quinquina, quinine et « Kina-Bureau » (Dr G. Muraz). » 331
- Strophantus gratus en A. O. F. (Dr G. Muraz)..................349
- Nouvelle méthode de fenaison...................................364
- Origine des plantes cultivées..................................378
- V. — GÉOGRAPHIE. — ETHNOGRAPHIE ARCHÉOLOGIE
- La Population de LU. R. S. S. . . . . . . Les Mordves et les Tchérémisses (E. Lot) . .
- Le Rû de Montreuil (Ch. Broyer)..............
- La vulnérabilité du Japon (Koung-Tsen-Ling) . L’économie soviétique (Ch. Betteliikim) . . .
- Ancre en bois................................
- Le Bouddhisme en Indochine (P. Le Scouu) . .
- Dessins d’enfants (Ch. Braemer)...............
- Le Pacifique et l’Océan Indien (R. Legendre) . L’art ancien de l’Indochine (D. Capsa) . . . Madagascar pays du bœuf (J. Faublée) . .
- La Franco en Indochine (A. B.)...............
- L’Indochine et ses races humaines (V. Forbin) Phonétique statistique do la langue française ..
- 62, 84
- . . 101
- . . 107
- . . 118
- 132, 165
- S0, 144
- . . 204
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- . . 277
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- . . 305
- . . 353
- . . 369
- . . 379
- VI. — HYGIÈNE. - MÉDECINE
- La pénicilline (Prof. C. Liîvaditi)..........................
- Un nouveau procédé pour la préparation de viandes et
- poissons fumés.............................................
- Comment utiliser la carotte (II. Leclerc) ...................
- L’intoxication saturnine (D1' G. Mouciiot)...................
- Caissons et scaphandres (Dr G. Mouciiot).....................
- La ration alimentaire........................................
- Biscuits de soldats, pains de guerre et biscottes pour prisonniers (J. Boyer).............................................
- Pièces détachées pour corps humain (Dr G. Mouchot) . . .
- Qu’est-ce que la sinusite ? (Dr G. Mouciiot).................
- La transfusion sanguine (Drs À. Tzancr et P. CmciiE) . . .
- Les progrès de la lutte contre les insectes............... .
- Prix Nobel do médecine.......................................
- Les groupes sanguins et facteur rhésus.......................
- Sauvés de la soif par le soleil..............................
- La gale (Dr G. Mouciiot).....................................
- Les plongées par fond insuffisant............................
- Qu’est-ce que le diabète ? (Dr G. Mouciiot)..................
- Lunettes invisibles................................. . . .
- Nouvelles de la Pénicilline..................................
- Le salage électrique des.viandes (II. Blin)..................
- Vêtements imperméables.......................................
- Boussoles pour aveugles......................................
- Nouvelle méthode de conservation des œufs....................
- La peste (Dr G. Mouchot).....................................
- Le microbe de la tuberculose est-il vaincu ? (J. de la Cerisaie) .
- Le pain au soja (J. Boyer)...................................
- Prix Nobel de médecine.......................................
- Boîtes de conserves chauffantes..............................
- La tyrotricine...............................................
- A propos de la pénicilline...................................
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- VII. — SCIENCES APPLIQUÉES
- 1. Mécanique. — Industrie. — Outillage.
- Cotons de couleurs............................................... 69
- Le tannage des peaux de moutons en laine (J. Boisseau). . 94
- Projecteur « tout verre ».................................... 96
- Le tannage amateur de la peau de lapin (J. Boisseau). . . 159
- Le moulage du bois ........................................191
- Le tannage au fer (J. Boisseau).................................271
- Papiers et l’humidité...........................................381
- 2. Photographie.
- Théâtre d’ombres en relief (.T. Normier).................. 43
- Films sous-marins (P. Miciiaut)............................. 81
- Les vitraux et la photographie en couleurs (F. Quiévreux). 97 La photographie facilite le transport de la correspondance
- des soldats américains (J. Boyer).................. 125
- Photographie à 5 000 mètres de fond.......................253
- La « Beliefograpbie » (P. Devaux)............................313
- Photographie sons-marine.....................................380
- 3. Électricité.
- Société des radio-électriciens..................................... H
- Où en est le réseau français des émeUeurs de radio-diffusion
- (NI. N dam)...................................................... 12
- La plus puissante station de radiodiffusion du monde
- (M. Adam)........................................................ 33
- Frai rage par tubes fluorescents (M. Leblanc).................. 37
- Où va la télévision (M. Adam).................................. 90
- Où construira-t-on la maison de la radio ?..................... 93
- Société des radio-électriciens.................................... 93
- Une nouvelle caméra pour télévision (M. Adam) .... 105
- Postes radiorécepteurs pour sinistrés.............................106
- L’œil cathodique guide les bombardements aériens .... 143
- Nos grands réseaux d’énergie (P. Devaux)..........................200
- Ondes, hertziennes ultra-courtes (B.. Chauyineau).............. 237.
- Télévision sur écran...............’........................... 255
- Le centre émetteur de Yillebon .................................. 267
- Télévision en couleurs (P. Hemardinqueii).........................328
- 4. Travaux publics. Arts de l’ingénieur.
- Une gigantesque distribution de gaz à distance..............
- La reconstruction rapide des ponts français bombardes ou
- dynamités (J. Boyer).......................................
- L’eau en brouillard contre l’incendie.......................
- Une nouvelle méthode pour bâtir (P. Larue)..................
- L’usine à gaz dans la mine (J. Cotte).......................
- La clôture électrique des pâturages (J. Boisseau) . . . .
- La difficile réalisation technique des nouveaux billets français (J. Boyer)..............................................
- Le puits le plus profond du monde...................... 293,
- Les pipo-lincs et la guerre (L. P.).........................
- Nouveaux moyens de lutte contre l’incendie...................
- Pneumatiques gonflés à l’hélium..............................
- Un nouveau matériel pour l’étude des lagunes (J. L. Tournier) .......................................................
- Le pédographe................................................
- 20
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- 298
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- 367
- 5. Transports.
- Transports tubulaires (P. Basiaux-Defrance)....156
- La remise en état de nos voies ferrées ......... 196
- Nouvelles locomotives Diesel électriques (J. Boyer) ... 257
- Modèle réduit de locomotive....................383
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- 6. Aviation et aéronautique.
- Superforteresse volante..................................2, 139
- Le vol à voile en France....................................... -2
- Les fusées . .................................................. 23
- L’inventeur de la bombe ailée « VI »....................... 40
- Navigation et atterrissage sans visibilité (R. Ciiauvineau) . . 52 Bombes volantes et bombes fusées « Y1 » et « V2 » (J. Lupek). 05
- L'avènement de l’hélicoptère.................................. 69
- Oiseaux et avions.............................................. 09
- La soufleric la plus rapide du monde...........................104
- Le plus puissant bombardier....................................104
- Aérodromes synthétiques........................................108
- Avions à réaction (A. Troller).................................113
- Hydravion géant...............................................110
- Planeurs-remorques.............................................121
- Avions de la R. A. F..........................................148
- lin avion dans un cyclone.....................................155
- Bombes de 10 tonnes............................................173
- Le givrage des avions..........................................173
- L’avion North American.........................................174
- Compas gyroscopique pour avions (D. Keuleyan)..................189
- Avion à ailes télescopiques (P. Devaux)........................247
- L’avion Cnrtiss Wright (Keuleyan).............................302
- Les progrès du moteur d’avion aux États-Unis (Keueeyan). 335
- Ballons-bombes japonais........................................335
- Lancement de plasma sanguin par avion (R. L.).................348
- Pour la sécurité de l’aviation................................ 301
- 7. Guerre et marine.
- Les ports artificiels de Normandie (J. Boyer)................. 49
- Un nouvel explosif américain : le R. D. X..................... 01
- Armes et engins de guerre nouveaux............................ S9
- La bataille de l’essence en Allemagne.........................143
- La lutte contre les sous-marins...............................188
- Bombes incendiaires et lance flammes..........................189
- Projectiles en matières plastiques............................229
- Les plus puissants cuirassés du monde......................253
- La bombe atomique (A. Troller).............................259
- Matériel secret de l’armée américaine......................262
- Sur les chantiers français de déminage (J. Boyer). . . 273, 300
- La bombe atomique.............................................281
- Nouvelles précisions sur la bombe atomique (A. T.) . . . 294
- Canons en conserve............................................312
- Les effets de la bombe atomique............................326
- Les effets physiologiques de la bombe atomique................358
- Obus radio et bombes télévision...............................381
- VIII. — HISTOIRE DES SCIENCES
- Brémontier et le gaz (A. Fayol)............................ 26
- Philippe de Girard (A. Fayol) . .............................. 62
- Tissandier (Paul) : nécrologie.................................121
- Charles (Jacques) (A. Fayol)...................................170
- Fourneyron (A. Fayol)......................................... 243
- Conté (A. Fayol)...............................................258
- Vient (A. Fayol). .............................................293
- Breguet (A. Fayol).............................................356
- IX. — RENSEIGNEMENTS PRATIQUES 1. Recettes et procédés utiles.
- Pétrole solidifié...................................................250
- Plomb de chasse.....................................................250
- Encre de Chine......................................................272
- 2. Bibliographie.
- Livres nouveaux. 16, 32, 64, SO, 96, 112, 176, 192, 208, 224,
- 240, 256, 272, 320, 330, 351, 368, 384
- Le gérant : G. Masson. — masson et cie éditeurs, paris. — dépôt légal : ier trimestre 1946, n° 288. BARNÉOUD FRÈRES ET C1e IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 386. — I-I9/4C.
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