La Nature
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS A L’ART ET A L'INDUSTRIE
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- LA NATURE
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- SOIXANTE-QUATORZIÈME ANNÉE - 1946
- MASSON ET C‘ ÉDITEURS,
- LIBRAIRES DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE
- 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
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- SUPPLÉMENT AU No 3126 (45 DÉCEMBRE 1946)
- Le gérant : G. MASSON.
- Laval. — Imprimerie Barnéoud.
- Published in Francs.
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- tome
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- errains inondés en Hollande, fal, par le Dr Léon PALES .
- Le
- L’éq uipemënîfcjsmegral et rationnel des chutes d’eau,
- par P. BASÏaÛX-DEFRANCE.............
- Nouvelle préparation de la vitamine B2
- SOMMAIRE
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- La caséine et les matières plastiques d’origine
- animale, par Lucien PERRUCHE.....................
- Un musée à extension illimitée....................
- Cuirs artificiels, par C. MUCKENHIRN..............
- Pierre-Emile MARTIN, par Amédée FAYOL.
- Le ciel en janvier 1946, par Lucien RUDAUX .
- Les Livres nouveaux................................
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- AÉRODROME FLOTTANT
- Fig. 1. — Avion prêt à décoller sur l’aérodrome flottant (voir article page suivante).
- N° 3103 Ier Janvier 1946 Le Numéro 15 francs
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- AÉRODROME FLOTTANT
- Un inventeur de Londres, M. R. M. Ilamilton, ancien officier de marine, a conçu l’idée de poser sur la mer un « tapis métallique » souple. En effet, si l’idée de l’île flottante n’est pas neuve, sa réalisation n’a encore jamais été possible parce qu’on l’envisageait comme une surface rigide, et par conséquent, soumise de la part de l’océan, à des torsions et tractions, pouvant entraîner la rupture des éléments.
- L’îlc flottante de M. Hamilton consiste essentiellement en un assemblage de boîtes métalliques articulées : chacune de ces boîtes, hexagonale, mesure environ 2 m de large, sur 70 cm d’épaisseur. L'ensemble rappelle les feuilles de nénuphars à la surface d’un étang.' L’aérodrome, ainsi conçu, n’offre pas de résistance aux vagues, mais suit leur mouvement ondulatoire.
- L’Amirauté a procédé à un essai en eaux calmes d’abord; l’appareil, pilote par Ray Jeffs a atterri sans difficulté, sur la piste de 170 m de long. Toutefois, pour prendre son vol, l’appareil de 4 t a dû être propulsé au moyen de fusées. L’Amirauté a voulu ensuite savoir comment se comportait
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- peut envisager, par exemple, l’ancrage au milieu des océans de diverses bandes d’atterrissage semblables, relais indispensables pour l’aviation intercontinentale.
- Dans ce cas, il faudrait évidemment augmenter la surface des boîtes, de façon à obtenir une superficie d’environ 1 200 m de long sur 170 de large.
- Le pilote d’essai pense que la principale difficulté serait causée non pas par les vagues longues, mais par les courtes houles qui pourraient rompre l’équilibre de l’appareil, et le faire piquer du nez.
- Fig. 2. — Un homme vêtu d’une combinaison ignifugée en cas d’incendie.
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- L’inventeur, cependant, tient en réserve une espèce d’amortisseur qui permettrait à l’île de supporter sans danger n’importe quel paquet de mer.
- De toute façon, si l’emploi comme aérodrome devait être rejeté, on peut néanmoins envisager la création d’aéroports pour hydravions, basés sur le même principe. Là, les équipages, les passagers trouveraient asile en cas de difficultés et confort pour l’étape.
- La surface de ce type cl’île flottante peut être étendue à l’infini par l’ad-
- l.île par gros temps. A cet effet, une vedette rapide en a fait plusieurs fois le tour en créant des vagues de 1 m. Le pilote, une fois de plus, atterrit dans de bonnes conditions. Il déclara ensuite, que l’île lui avait paru cc un serpent en convulsions ».
- Les possibilités de celte invention sont innombrables : on
- dilion de boîtes supplémentaires. Il paraît même que l’aérodrome déjà construit et essayé, n’a demandé pour son assemblage qu’un travail d’une-demi-heure par un équipage de 80 hommes.
- (Copyright by « Illmtmted » and A. E. P).
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- L'ASSÈCHEMENT DES TERRAINS INONDÉS
- EN HOLLANDE
- Lorsqu’on parcourait jadis les provinces côtières de la Hollande conquises sur la mer, on pouvait vanter le patient labeur de ses habitants et la savante ingéniosité de ses hydrauli-ciens. Mais aujourd’hui il faut admirer encore plus l’opiniâtreté courageuse avec laquelle la population néerlandaise s’efforce de réparer les désastres causés par la guerre, s’acharnant d’abord à assécher les vastes étendues de terrains inondés depuis la Zélande et le Brabant septentrional, jusqu’à la Frise et l’extrémité du Groninguc (fig. x).
- I Régions inondées £53 Régions dévastées
- 80 100 Km
- Carte des régions inondées en Hollande.
- Fig. 1.
- L'étendue des inondations.
- Peu api’ès le débarquement des Alliés en Afrique du Nord (8 novembre 1942), les Allemands, craignant de leur voir entreprendre des opérations-similaires dans la partie septentrionale de l’Europe, établirent des lignes d'eau dans les régions de Rotterdam, de La Haye, de Leyde, d’Utrecht, de Haarlem et, d’Amsterdam. Iis se contentèrent alors d’ouvrir les écluses, qui déversèrent uniquement l’eau douce provenant du Zuyderzée ou des fleuves voisins. Quand les Alliés attaquèrent le Sud des Pays-Bas, nos ennemis provoquèrent de nouvelles inondations le long des boucles de la Meuse, du Rhin, ainsi qu’aux environs de Bréda et de Bois-le-Duc. Vers le mois d’octobre 1944, la situation des paumes Hollandais s’aggrava encore. A celle époque, les escadrilles de la « Royal Air Force », afin d’empêcher les artilleurs allemands de continuer à bombarder les convois
- maritimes britanniques ou américains, qui se dirigeaient vers Anvers, enti'eprirent quelques raids sur l’île de Walcheren, raids au cours desquels les aviateurs anglais réussirent à éven-ti'er plusieurs digues, déterminant ainsi la submersion d’une
- Fig. 2. — Jardins inondés près d’Oostkapelle dans l’île de Walcheren.
- partie de ce coin si fertile des Pays-Bas (fig. 2). Un mois plus tard environ, des soldats alliés y débax’quaient ; d’autre part, dans le but d’expulser définitivement, la Wehrmaoht de la petite île transformée en redoutable forteresse, des combats acharnés se livrèrent donc à Walcheren où i4 000 maisons sur 17000 furent, soit jetées par terre, soit gravement endommagées tandis que les 3/4 de la superficie insulaire se trouvaient inondés et resteront, même une fois asséchés, impropres à la culture pendant 4 ou 5 années.
- Après la perte de Walcheren, les Allemands provoquèrent, en outre, d’immenses inondations, dans les autres îles de la «
- Mer
- du Nord
- Capelle
- Non
- inondé
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- Fig. 3. — Carte des dégâts causés aux digues de l’île de Walcheren.
- La brfccha de Noll est obturée depuis septembre 1945. On travaille actuellement à bouclier celles de West-Kapelle, de Weere et de Rammekens.
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- Fig. 4. — Immersion de pierres pour colmater une brèche dans une digue en réparation.
- Zélande, dans le Nord de la Frise et dans le Wieringermeer, immense polder conquis depuis 1932 sur les eaux du Zuyderzée. Mais quand l’armée canadienne attaqua la Hollande septentrionale (avril 1945) les Teutons se trouvèrent pris au piège. Complètement isolés derrière leurs barrières aquatiques, ils préférèrent capituler plutôt que de détruire les digues protectrices d’Utrecht, de Rotterdam, de La Haye et d’Amsterdam. D’ail-letmf •néeïdandakr,,.en..=.sabQtant.^J»étliûdi.qu.eiïijejî t
- lés repères indicateurs du niveau liquide tout le long des côtes du Zuyderzée, avaient empêché par avance la réussite de ce plan diabolique d’inondation totale. Néanmoins; la barbarie. germanique avait laissé, là encore, de terribles souvenirs. Lors de la libération, en effet, ïa Hollande voyait le dixième de sa superficie cultivable inondée, soit environ 200 000 hectares dont 95 000 d’entre eux envahis par l’eau de mer et par conséquent rendus' stériles pour -longtemps.
- Les travaux d'assèchement.
- De son côté, l’administration hydraulique hollandaise chargée, en temps normal, de veiller à l’entretien des digues et des canaux, se mit très rapidement à l’œuvre.
- Ses ingénieurs, s’inspirant toujours du blason de leur petite patrie (représentant un lion qui lutte contre les flots d’où le fauve émerge à demi et qui porte en exergue cette fière devise : Lucior et Emergo), parvinrent à assécher 160 000 hectares en 3 mois avec un personnel réduit et un matériel très primitif. Maintenant ils s’attaquent aux deux seules régions i'estées sous les! eaux : le polder de Wieringermeer et 'la plus grande partie de l’île de Walcheren.
- Dans le polder de Wieringermeer, isolé du Zuyderzée par une longue et robuste digue, les Hollandais ont pu boucher, sans trop de difficultés techniques, les brèches provoquées par les mines allemandes en plusieurs points de cette dernière. Cependant il reste à assécher les 20 000 hectares de la « mer intérieure », ainsi formée pour les transformer
- en champs cultivables et ce n’est pas là une mince besogne.
- Dans l'île de Walcheren, la tâche des 3 000 ouvriers qui y travaillent s’avère hélas plus ardue ! Actuellement, après avoir bouché la brèche de Nolle, ils entreprennent d’obturer les trois orifices béants près de West-Kappelle, de Veere et de llammc-kens (voir carte fig. 3) par lesquels la marée montante déverse, chaque jour, Î2k millions de mètres cubes d’eau. Cet énorme Ilot emporte même parfois, dans son sillage, quelque fortin du fameux « mur de l’Atlantique ». L’impétuosité des vagues et la force des courants y rendent d’autant plus pénibles les opérations de réfection qu’on n’a pour mener celles-ci à terme, que des1 machines puissantes, certes, mais trop peu nombreuses.
- Les spécialistes néerlandais emploient des procédés simples. Tour amener aux endroits voulus, les monceaux de matériaux nécessaires, ils uLilisent des grues (fig. 4) dont plusieurs sont installées sur des pontons, ainsi que des bateaux plais ou des wagonnets d’un petit chemin de fer Decauville. Afin de colmater les brèches des digues, les hommes tressent d’abord de gigantesques claies d’osier. Etendant ensuite ces sortes de fascines sur l’eau, ils les chargent de pierres jusqu’à ce qu’elles coulent à pic (fig. 5). Les « matelas » ainsi constitués épousent la configuration des fonds sous-marins au voisinage des maçonneries effondrées et servent de bases aux parties des digues qu'on reconstruit ultérieurement avec des pierres, de l’argile et du sable. Comme pour résister à l’action corrosive de l’eau salée, il faut des débris de roches dures, on les faisait venir de Suisse ou de Suède avant la guerre; à présent, vu la pénurie des moyens de transport, on les amène en hâte de diverses carrières de Belgique. Le temps presse effectivement, car on craint que les fortes marées empêchent de poursuivre le colmatage de ces brèches pendant la saison hivernale. Or, si l’île de Walcheren se trouvait inondée à nouveau durant plusieurs mois, l’humus disparaîtrait et les rares édifices encore debout de-ci, de-là, s’effondreraient définitivement,, Espérons qu’avant le printernps de 194C, l’administration hydraulique hollandaise aura encore remporté cette victoire, comme elle en a gagné tant d’autres au cours de sa lutte séculaire contre la Mer du Nord ! Une fois les digues réparées, elle pense déverser en un semestre environ toute l’eau du polder de W’ieringermeer dans le Zuyderzée. Enfin, on installe actuellement, en divers points des zones inondées, de puissantes stations de pompage, marchant jour et nuit sans arrêt et capables de débiter chacune 1 000 à 1 200 m3 d’eau par minute, soit une moyenne quotidienne de plus d’im million et demi de mètres cubes. Puissent donc, l’été prochain, tous ces terrains sablonneux, reconquis encore une fois sur la mer et asséchés, se recouvrir, comme jadis, d’abondantes
- Fig. 5. — Bouchage d’une brèche au moyen de claies chargées de pierres.
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- UNE NOUVELLE GROTTE DANS L'ARIEGE
- Le puits du Bourdal
- Dans la commune de Montseron (Ariège), qui compte déjà les cavernes de Malarnaud, de Las Maretas et de Las Bufias, une nouvelle grotte vient de s’inscrire.
- Sur la route qui réunit les hameaux de Bogue et de Marillac, à 5oo m environ à l’Ouest du premier nommé, se trouve un lieu dit « le Bourdal ». Il est occupé par une vaste prairie inclinée du Sud au Nord, que coupe la route. A 3o m au Nord du chemin, en lisière d’un bouquet de petits chênes, sensiblement à l’aplomb d’une émergence rocheuse dans le talus de la route, se creuse au ras du sol un orifice vaguement circulaire de om 70 environ de diamètre et de profondeur (fig. 1). Un boyau à parois rocheuses, cylindrique et de diamètre à peine supérieur à celui de son ouverture, le prolonge dans la profondeur du sol en s’inclinant vers le Sud pour se perdre dans la nuit.
- Cet accident du terrain est connu depuis fort longtemps. On lui donne dans le pays le nom de « Grazo » du Bourdal, c’est-à-dire la faille, le trou du Bourdal. De temps immémorial, les habitants du pays, pâtres, cultivateurs, enfants ou promeneurs y jettent des pierres et écoutent les échos de leur chute. Un temps de roulement sur la pente du boyau marque le départ, une phase de silence lui fait suite, puis des chocs se succèdent, ceux de la pierre contre la roche, cristallins, éveillant dans l’esprit des gens la notion d’une grande profondeur, celle aussi de la présence des « sarrasines », au temps du moins où ces petits êtres hantaient encore les cavités rocheuses du pays. Sans doute l’évolution des hommes et des choses les a-t-elle conduites vers d’autres lieux, car on ne les rencontre plus.
- De mémoire d’homme, la « grazo » du Bourdal n’a été ni sondée, ni explorée. Aux pierres qu’ils jetaient par jeu, les hommes se sont contentés d’ajouter les charognes, par nécessité. Je désignerai provisoirement cette cavité sous le titre de « puits du Bourdal », du nom du lieu-dit, sis sur la propriété de mon ami M. Alexandre Teychené, de Bogue.
- Je l’ai explorée le 24 octobre ig45 en compagnie de MM. Germain, Émile et Maurice Barbe, et de ma fille Annette.
- A trois mètres de l’entrée, le boyau qui permet alors la station accroupie s’arrête et la paroi tombe à pic, avec même un léger retrait. On découvre alors une vaste salle dont les parois se fondent dans l’obscurité. A 5 m plus bas, où je suis parvenu à la corde, mais où l’on peut dresser une échelle, on prend pied au sommet d’un éboulis rocheux qui dévale à 45° et qui résulte de l’accumulation d’une quantité innombrable de cailloux de 1 à 10 kg, jetés depuis des siècles par l’orifice.
- Schématiquement, la salle est une cavité irrégulière de 3o m de largeur (en direction S.-O.—N.-E.) sur 3o m de hauteur (en direction de l’Ouest). Mais, le sol actuel et la voûte sont inclinés parallèlement à 45°. Distants de G à 7 m au point culminant de la salle, ils se rapprochent jusqu’à se confondre à la partie la plus déclive, 3o m plus bas (fig. 2)
- La roche est d’un calcaire analogue à celui de la région : on est dans le Crétacé inférieur. Des stalactites et des stalagmites s’y développent, surtout dans la partie Sud.
- Le sol est donc formé d’abord d’un éboulis de pierres jetées de l’extérieur, puis de blocs tombés de la voûte; plus bas c’est l’argile, extrêmement fine, humide et glissante. C’est un sol d’apports; ce'n’est pas le sol réel.
- Deux arêtes rocheuses plongeant de la voûte vers le sol divisent la grotte en trois loges dans sa partie la plus déclive.
- Le secteur sud, le plus élevé, vient se terminer en cul-de-sac,
- sous la route, avec tous les aléas que cela comporte. C’est le secteur le plus riche en coulées stalagmitiques. U s’était même constitué là, à partir de la paroi Ouest, un balcon de cette nature. Il est rompu aujourd’hui et s’est abaissé de tout l’affaissement du sol en cette région, qui paraît de fraîche date et sans doute en relations avec la chute de gros blocs de plusieurs mètres cubes lors du tracé de la route et de l’ébranlement consécutif. Une large dalle menace encore de se détacher. L’affaissement du terrain a ainsi réalisé une manière de coupe strati-graphique partielle où l’on voit l’argile extrêmement fine disposée en strates horizontales de quelques millimètres d’épaisseur chacune, égales et extrêmement nombreuses.
- Au secteur nord, dans l’état' actuel des choses, revient le point le plus bas de la cavité. Sol et voûte s’y rejoignent en ménageant toutefois un mince espace où l’on se glisse en ram-
- Fig. 1. — L’entrée du puits du Bourdal.
- pant. Le sol est de glaise humide, avec en un point un amas de pierres d’apparence schisteuse, assez difficilement explicable au premier abord. En fait, la voûte s’effrite au contact, la pierre est pourrie. Les eaux ont affouillé ce cul-de-sac et l’ont détrempé. La largeur du secteur est d’une douzaine de mètres environ.
- Le secteur médian a plus d’intérêt. Presque aussi bas situé que le précédent, il en a les autres caractères. Mais, au point où la voûte et le sol se rejoignent, court le lit d’un ruisseau, à pente nette orientée du Sud au Nord. Il y a le lit, le sable, le gravillon. Après quatre mois de sécheresse, il y a même l’eau. En rampant dans cette eau, le dos râclant la voûte pourrie (et qui en temps normal doit être mouillante) on peut remonter sur quelques mètres le filet d’eau. On constate ainsi que le sol se relève et que le passage s’élargit en se situant derrière les parois à enduit stalagmitique du secteur sud. Le laminoir deAÛent filière et l’impression qui se dégage de cet aspect est qu’un boyau, sinon une galerie, continue. Son exploration n’a pas été poussée au delà : l’argile est en glissement constant, la voûte s’effrite; on est à la merci d’un mouvement du terrain tou-
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- Rentrée
- 'ralries
- roche'
- calcaire!
- éboulis'
- Coupe ?
- perpendiculaire au grand axe du puits.
- ruisseau
- Fig. 2. — Coupe sagittale du puits du Bourdal.
- jours en remaniement. Le temps (je devais partir le lendemain) et les moyens nous faisaient défaut pour améliorer les conditions. Dans un pareil laminoir il eût été alors plus qu’audacieux de vouloir tenter l’aventure.
- Ce lit de ruisseau, dont on peut espérer beaucoup, se perd du côté opposé sous la paroi rocheuse, vers le Nord sans qu’il y ait rien à attendre de lui de ce côté, semble-t-il. Le secteur a une dizaine de mètres de largeur.
- L’origine des eaux doit être recherchée dans les flancs du monticule herbeux situé au Sud-Ouest de la route. Une cuvette naturelle, voisine immédiate du chemin et qui collecte les eaux de ruissellement, doit lui apporter par infiltration quelque tribut.
- La perte lointaine des eaux doit être recherchée à mon sens à 80 m environ au Nord, dans un bas-fond beaucoup plus bas situé qui draine les eaux de ruissellement des prairies voisines. Il se présente avec des caractères analogues à celui du lieu-dit Sauros, entre Monlseron et Le Pleich.
- On peut penser, qu’en temps normal, le débit de ce ruisselet souterrain est assez fort et que lui reviennent la constitution des dépôts d’argile en strates horizontales, comme l’altération des parois rocheuses dans la partie inférieure de la grotte. Sans doute même lui est-il arrivé de former là une nappe d’eau lors des crues; il a de toutes façons affouillé son propre lit au cours des temps.
- Dans les parties explorées, il n’y a pas de traces récentes ou anciennes d’action humaine directe. S’il en existait, elles seraient soit recouvertes, soit plus lointaines. Mais on ne saurait préjuger de l’avenir.
- Par sa situation géographique (i km à vol d’oiseau environ à l’Ouest de Malarnaud), par sa nature géologique, par sa structure et la direction des traits de fracture qui lui ont donné naissance, cet accident spéléologique s’apparente étroitement au système des grottes de Malarnaud.
- Dr Léon Pales.
- L'ÉQUIPEMENT
- DES
- INTÉGRAL ET RATIONNEL CHUTES D'EAU
- Quelles sont nos réserves en forces hydrauliques et quel parti en tirons-nous ?
- On a souvent évalué la puissance moyenne de nos chutes d’eau à dix millions de chevaux. Nous trouvons dans les récents documents publiés par I. Leviant sur les aménagements hydro-électriques, le chiffre de six millions de kilowatts qui ne s’écarte pas trop des anciennes évaluations mais ce total concerne les installations de plus de 1 000 kVA de puissance moyenne et seulement pour, les trois grands centres de production : Alpes, Massif Central et Pyrénées. Yoici les précisions données par I. Leviant :
- Usines installées.......................... 1.465.000 k\V
- » en construction......................... 645.000 »
- » en projet............................. 2.475.000 »
- » paraissant possibles.................. 1.505.000 »
- Ce dernier chiffre est très hasardeux et d’une détermination extrêmement difficile. S’agit-il des possibilités techniques ou financières ? Dans les deux cas, les statistiques, généralement établies dans les bureaux et sur les cartes, ne signifient rien.
- Les prospecteurs de carrière sont rares tandis que nombreux sont les ingénieurs qui se sont limités à l’étude d’une vallée
- et même souvent d’une seule chute. C’est donc après plus de trente ans de courses en Europe et surtout en France (Massif Central et Pyrénées) que je puis affirmer, sans crainte d’être contredit, que le chiffre de un million et demi de kilowatts peut être multiplié par un coefficient de deux ou trois et même davantage.
- Laissons même provisoirement de côté les projets isolés de L 500 à 2 000 ch dont le raccordement aux grandes lignes d’interconnexion pourrait être coûteux et examinons les vallées déjà très équipées et qui, à première vue, semblent avoir été totalement utilisées. Nous y verrons bien vite d’excellentes réserves négligées, non pas pour leurs défauts hydrauliques, géologiques ou topographiques, mais parce que leur programme financier a paru peu rémunérateur. Neuf fois sur dix, cette appréciation ne vient que du fait que les équipements sont envisagés sous une forme un peu trop conservatrice.
- Comment équiper les chutes de petit débit? —
- Il est évident que si l’on veut dériver les eaux d’un affluent dont le débit moyen est voisin de 200 1/s au moyen d’un tunnel dont la section libre ne peut pas être pratiquement inférieure
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- à trois mètres carrés, le prix de revient du kilowatt-heure deviendra prohibitif. Si par contre, vous traitez la dérivation des petits et moyens débits comme un simple problème d’adduction d’eau potable, le problème change du tout au tout sans qu’il soit nécessaire de beaucoup innover ou de chercher des solutions révolutionnaires et hasardeuses.
- Dans des cas semblables, on s’en est souvent tenu à la simple rigole ou au canal à ciel ouvert mais les exploitants savent bien qu’en haute montagne ces solutions se révèlent toujours peu sûres et finalement coûteuses, à cause d’un entretien continuel. Tandis que si, dans votre tranchée, vous posez, des tuyaux du commerce allant jusqu’à 50 ou 60 cm de diamètre, ou même plus, vous pourrez non seulement utiliser vos dérivations en charge mais vous limiterez vos frais d’entretien à fort peu de chose. Que ces tuyaux soient en bois, selon les méthodes américaines ou Scandinaves, en acier ou en amiante-ciment, le résultat sera toujours excellent et la dépense réduite à sa plus simple expression.
- Ce qui fait peur, en haute montagne, c’est le problème des transports et le danger des écarts de température qui souvent limitent le travail effectif à six mois par an. Mais si l’on évite les cubes trop importants de béton ou de maçonnerie, si l’on s’impose l’emploi d’éléments manufacturés en usine qui n’auront qu’à être assemblés sur place, les problèmes techniques et financiers changeront immédiatement d’aspect.
- L’interconnexion, en permettant de faire rendre le maximum à chaque installation, augmente également dans de grandes proportions, les possibilités économiques d’équipements, Tes coefficients d'utilisation s’améliorant immédiatement du fait des qualités souvent complémentaires des différents projets. Mais surtout, il ne faut pas s’hypnotiser sur la part souvent excessive attribuée au génie civil dans les travaux hydrauliques. La mécanique aussi doit jouer de plus en plus son rôle, surtout pour les hautes chutes à faible débit et c’est alors que l’on s’apercevra que bien des installations sont parfaitement rentables qui avaient été jusque-là - délaissées. D’autre part, il faut réserver à chaque équipement son rôle particulier si l’on veut aboutir à un rendement satisfaisant.
- La technique des dérivations en charge a augmenté sensiblement le coût des travaux alors que dans beaucoup de cas, y installation au fil de Veau suffirait si on lui réservait sa véritable attribution. Les réservoirs de régularisation journalière sont presque toujours situés à la prise d’eau tandis que certaines dispositions topographiques permettraient, dans de nombreux cas, d’établir ces réservoirs en tête des conduites forcées. Cette solution fait diminuer sensiblement la section de la dérivation principale et l’économie ainsi réalisée, peut être reportée en partie sur le réservoir d’accumulation. Ce dernier, qui dans certains cas pourrait être souterrain en tout ou partie, ne recevra que de l’eau décantée, il n’aura donc pas les défauts d’ensable-riient ni do colmatage du réservoir en rivière. Comme il se trouvera plus près des organes d’utilisation, ces derniers répondront plus vite à une demande brusque dont l’intensité limite ne grèvera que les dépenses relatives aux conduites forcées et aux groupes.
- Un mot encore de la dispersion des centres de production. Certains projets paraissent peu économiques parce que les débits à collecter sont éloignés les uns des autres et que l’altitude de leurs prises ne concorde pas. Au lieu de grouper ces forces hydrauliquement, pourquoi ne pas les grouper électriquement avec un certain nombre de centrales à réaction commandées par uno unité « chef d’orchestre » qui seule demandera un personnel constant ? Cette solution est bien au point et parfaitement connue mais il est curieux de constater que beaucoup de constructeurs se croiraient déshonorés s’ils n’établissaient pas des centrales de puissance record. Pour un groupement dans une même vallée, ce sont les unités réactives avec turbines sans régula-
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- teur qui sont les plus économiques. Cependant, pour celles qui se trouveront à faible distance de la centrale-mère, on pourra dans de nombreux cas installer des unités normales commandées à distance.
- Un exemple. — Voici, pour terminer, la description sommaire d’un cas typique de ce genre qui fonctionne depuis une quinzaine d’années déjà dans d’excellentes conditions. Il s’agit de la petite centrale d’Oberterzen en Suisse qui utilise un débit légèrement supérieur à 200 1/s sous près de 700 m de chute, alimentant une turbine Pelton de 1 500 ch à 1 000 t/mn, avec régulateur à pression d’huile, accouplée à un alternateur fournissant du courant triphasé à 6 000 V en 50 périodes.
- Les débits utilisés sont fournis par plusieurs sources vauclu-siennes jaillissant vers 1 500 m d’altitude et collectées dans une chambre de mise en charge au moyen de tuyaux en amiante-ciment de 200 à 350 mm de diamètre intérieur, enterrés.
- Le débit total varie seulement de 1 à 3, les chiffres extrêmes allant de 100 à 300 1/s. Le débit moyen de 200 1 se maintient pendant plus de cinq mois consécutifs.
- La conduite forcée proprement dite est également enterrée sur tout le parcours, ce qui la met à l’abri de la gelée et des variations excessives de ta température. Elle débute par des tuyaux en amiante-ciment de 400 mm de diamètre intérieur à joints en fonte et bagues de caoutchouc permettant de réaliser à la pose un angle de 8 degrés. On évite de ce fait la nécessité de suivre un tracé rigoureusement droit et l’on peut même obtenir des courbes de grand rayon sans avoir recours à des pièces spéciales. Dès que l’on dépasse la pression de 4 atmosphères et demie, la conduite est en tuyaux d’acier de 390 et 350 mm de diamètre intérieur. La longueur totale de la conduite forcée est de 2.063 m. La centrale minuscule qui ne contient que le groupe unique de 1 500 ch est constituée par un bâtiment de 7 m sur 8 et 5 m de hauteur. La fabrique de ciment qui utilise l’énergie se trouve à deux kilomètres environ de la centrale à laquelle elle est reliée par un câble triphasé à 6 000 V, souterrain. De ce fait, aucun appareil de protection contre les surtensions atmosphériques n’a été prévu dans la centrale. Cette dernière n’est pas automatique mais commandée à distance au moyen d’un câble à 15 fils permettant le réglage de l’excitation et la commande des rhéostats, du régulateur et de la vanne de la turbine, au moyen de courant continu à 125 Y. Enfin, un câble à basse tension relie la prise d’eau à la centrale et à l’usine à ciment pour usages téléphoniques et transmission des hauteurs d’eau dans la chambre de mise en charge. Des témoins thermiques communiquent à distance les températures des paliers des machines et du stator de l’alternateur et actionnent un avertisseur sonore dès que les températures critiques sont atteintes. À ce moment-là, la simple pression d’un bouton suffit pour arrêter à distance le groupe de 1 500 ch en fermant la vanne de commande de la turbine. Toutes dispositions sont prises également pour permettre depuis l’usine à ciment la mise en parallèle du groupe avec le secteur local.
- Voilà donc un type parfait d’une des solutions réalisables pour le groupement électrique des petits et moyens projets entourant une centrale principale. Que l’on utilise la solution réactive, la plus économique, ou la solution ci-dessus souple et mieux contrôlable, le problème revient à admettre que seules les différentes unités sont dispersées dans la nature, tandis que le poste général de commande se trouve près des groupes principaux, sous la surveillance des équipes de la centrale-mère.
- Et ce principe une fois admis, on s’apercevra que bien des projets négligés viendront augmenter dans de sérieuses proportions notre patrimoine hydraulique.
- P. Basiaux-Defra.nce.
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- NOUVELLE PRÉPARATION DE LA VITAMINE B2
- i. vitamine B fut une des premières vitamines reconnues par veux : béribéri, pellagre, polynévrites. L’étude expérimentale son action favorable sur la croissance d’une part, par l’effet de ces effets, et plus encore l’analyse chimique conduisirent sa privation de l’autre qui provoque des accidents ner- à distinguer plusieurs vitamines hydrosolubles B dont une, Ba
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- est efficace contre le béribéri et a reçu le nom d’aneurine et d’oryzanine, et une autre B2 est un colorant jaune, une flavine.
- En iq33, Külinc réussit à isoler ce colorant dont il obtint 180 mg à partir de xo ooo œufs, puis il le sépara du petit lait et lui donna le nom de lactoflavine. D’autres flavines, libres ou combinées à des protéides ont été reconnues dans un grand nombre de végétaux et d’animaux, surtout chez des bactéries anaérobies et des levures. On a cherché à les obtenir par synthèse et Karrer a indiqué une méthode à partir de l’arabinose.
- La lactoflavine est nécessaire pour la croissance des jeunes rats qu’elle active; les autres effets des vitamines B sont dus à d’autres corps qu’on s’efforce de séparer et de définir. Les isomères et les homologues de la lactoflavine n’ont pas d’effet vitaminique. D’après les travaux de Thorell, la vitamine B2, la lactoflavine, entrerait avec T acide phosphorique, sous l’action de la phosphatase, dans le groupement actif du ferment oxydant jaune de Warburg et Christian qui règle les oxydations cellulaires.
- Quelle que soit la complexité des données théoriques actuellement acquises,; il n’en reste pas moins que la vitamine B2 joue un rôle important dans le développement des organismes et que sa déficience provoque diverses maladies, notamment de la peau et .des yeux. L’homme doit en recevoir par jour un peu plus de 2 mg qu’il trouve dans sa noun’iture, mais il est nécessaire de disposer de sources plus concentrées dans un but thérapeutique, pour traiter les malades carencés.
- Il y a six ans, on découvrit dans les laboi'atoires de la Yale University une levure qu’on put isoler du lait aigre et qu’on désigna comme levure 488. Elle se révéla, au cours d’expériences récentes, comme une source très économique de riboflavine ou vitamine B2, dont le coût de production a pu être ainsi diminué, de 8000 dollars à 127 par livre.
- Les photographies ci-jointes que notis communique le Service américain d’informatioa,,pLermettqnL.4e suivre .1% xx^px.plleij,:rat4-^ tliode de préparation. • • f
- On commence (fig. 1) par peser les divers composants : glucose, sels minéraux, glycine, biotine, d’un milieu de culture obtenu en les dissolvant dans l’eau. Les flacons remplis sont stérilisés, puis ensemencés (fig. 2) avec quelques gouttes d’une suspension de la levure spéciale, en prenant les précautions habituelles d’asepsie pour ne pas infecter la solution nutritive avec les levures," bactéries ét moisissures de l’air. Les cultures sont mises à l’étuve (fig. 3) réglée à la température de 3o°. Trois ou quatre jours plus tard, les cellules de levure ont pullulé, le liquide a fermenté et est devenu louche. On le décante (fig. 4) et on trouve aü fond du flacon un dépôt jaune orangé qui est une cristallisation de l’iboflaviile qu’il n-’y a plus qu’à détacher, laver et sécher.
- Le titrage des vitamines est toujours délicat, qu’on opère par une méthode chimique ou une méthode biologique. L’essai biologique se fait habituellement sur les animaux qu'on a cai’en-cés et auxquels on donne ensuite des quantités définies de nourriture riche en vitamine. En ce qui concerne la vitamine B2, on peut arrêter la croissance des rats par avitaminose,'puis tracer la courbe de leurs augmentations de poids en fonction des doses de flavine qu’on ajoute à leurs rations. On a aussi proposé des moyens de titration par fluorescence de la lumi-flavine dérivée.
- A Yale University, on pi’éfère maintenant un autre test basé sur le développement d’une levure. Les cultures de levure 488 sont stérilisées (fig, 5) et'ensemencés avec une autre levure, puis mises une nuit à l’étuve. Le lendemain, on centrifuge le milieu trouble (fig. 6) et le volume des cellules donne une indication de la quantité de riboflavine mise en œuvre.
- Ainsi, peu à peu, se précisent de nouvelles possibilités thérapeutiques qui n’ont pas dit leur dernier mot. Et si l’on songe qu’il y a douze ans seulement, Küline devait opérer sur 10 000 œufs pour préparer une centaine de mi-lligram-mes de ^vitamine. B»., on conviendra que les ont été à pas de géants. 1 •
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- LA CASÉINE ET LES MATIÈRES PLASTIQUES
- D'ORIGINE ANIMALE
- La plus connue des matières plastiques d’origine animale est la galalithe dont l’emploi est déjà ancien et qui est faite de caséine traitée par le formol.
- La caséine.
- La caséine est constituée du point de vue chimique par des acides aminés dans la molécule desquels se trouve du phosphore combiné. C’est une phosphoprotéine.
- La caséine se trouve en émulsion dans le lait dont on a préalablement séparé la crème. Cette émulsion dans le petit lait est stable par suite de la présence de sels alcalins.
- Si on lui ajoute un acide, de manière à descendre à un pli de 4,7 environ, ou de la présure, l’émulsion est rompue, la caséine se coagiüc et précipite. On la sépare ensuite par égouttage sur la toile.
- La caséine est une poudre blanche, insoluble dans l’eau, soluble dans les alcalins par formation de caséinates.
- Industriellement on dispose de trois modes de préparation de la caséine :
- i) la fermentation par le ferment lactique qui transforme le lactose en acide lactique et provoque la séparation de la caséine ;
- 2) la coagulation par les acides minéraux qui agit de manière identique ;
- 3) la coagulation par la présure. Ce dernier procédé est celui utilisé dans l’industrie des matières plastiques.
- Le petit lait maintenu à 35°-o7° C. est additionné de présure, la coagulation est complète en trente minutes environ. On élève alors la température à 65° pour rassembler la caséine. Ün égoutte sur toile puis exprime l’excès d’eau à la presse et obtient finalement un produit contenant encore 4o pour joo d’eau. Elle est immédiatement utilisable.
- La galalithe.
- La fabrication de la galalithe est basée sur le fait découvert par Trillat en 1891 que le formol provoque Vinsolubilisa= tion de la caséine.
- La caséine est mélangée aux charges et colorants et malaxée. La masse obtenue est ensuite traitée par laminage entre deux cylindres tournants pouvant être chauffés. On obtient finalement des feuilles épaisses que l’on superpose et presse à chaud pour en faire un bloc compact. On y découpe alors des feuilles, des joncs de toutes formes. On les plonge dans un bain de formol pendant un temps variable suivant les épaisseurs à traiter. Une fois séchés, redressés ou planés, les produits sont livrés aux façonniers.
- Ceux-ci les travaillent par les méthodes usuelles : découpage à la scie, au tour, etc. On en fait des peignes, des manches de brosses, de parapluie, des boutons de toute taille et le nombre illimité d’objets dits articles de Paris. Elle est d’usinage facile et peut être, teintée en toutes nuances.
- On l’utilise aussi en ébénisterie, en décoration, elle prend parfaitement le poli.
- On peut aussi travailler la galalithe à la boudineuse pour obtenir des tubes.
- La galalithe est ininflammable ; elle est insensible aux corps gras, à la benzine, à l’alcool mais elle présente une certaine
- susceptibilité à l’eau qu’elle peut absorber progressivement et qui avec le temps lui fait perdre sa cohésion.
- C’est une importante fabrication française dont le tonnage annuel dépassait cinquante mille tonnes.
- Autres matières plastiques animales ou végétales.
- Pour mémoire on peut indiquer qu’il a été préparé diverses matières plastiques d’origine animale à base de gélatine, d’osséine additionnées de poudres de charge : plâtre, kiesel-guhr, carbonate de chaux, pâte à papier, sciure de bois, etc. Ces procédés se sont peu développés industriellement.
- La maïsine, gluten extrait de la farine de maïs, a été utilisée par incorporation au celluloïd.
- Toutes ces matières accessoires secondaires, à l’exception de la caséine qui garde une place de choix, ont disparu du marché et ont-été détrônées sans retour par les plastiques de synthèse qui ont pris maintenant une prépondérance indiscutée.
- Les possibilités et l'avenir des plastiques.
- Pour terminer notre série d’études sur les différentes matières plastiques créées par la science moderne, nous allons jeter un coup d’œil d’ensemble sur l’industrie qu’elles ont fait naître.
- En quelque vingt ans s’est constituée une puissante industrie nouvelle dont les produits multiples se sont répandus sous toutes les formes et dans toutes les branches de la vie moderne.
- Les possibilités de ces techniques sont loin d’être épuisées. Nous avons passé en revue les principaux produits industriels. Ils coivespondent à la production d’importants tonnages. Ils ont pris cette extension parce que leurs matières premières de base étaient d’obtention facile.
- Mais de nombreuses réactions donnant des produits de résinification sont connues et les laboratoires de recherches tiennent en réserve de multiples possibilités. Il suffit que certaines matières de base deviennent abondantes par suite d’un fait industriel nouveau pour que des matières plastiques nouvelles leur offrent des débouchés..
- Parmi les réactions donnant des résines qui n’ont pas encore reçu de développement technique digne d’être noté, citons les combinaisons hydrocarbures-aldéhydes, cétones-aldéhydes, fur-furol-acétone, furfurol-amines-phénol, etc., et également l’utilisation de dérivés nitrés ou halogénés de corps déjà utilisés comme matières premières courantes.
- Continuellement paraissent de nouveaux produits en particulier dans les séries dérivées du furfural, de l’anhydride maléique.
- Simultanément surviennent des produits de passage entre les diverses matières plastiques :
- L’opalwax est une résine résistante d’une dureté extrême préparée à partir des produits d’hydrogénation des huiles de ricin.
- La caséine acétylée permet l’obtention de fibres textiles qui seraient supérieures à la laine artificielle.
- Les dérivés vinyliques se sont enrichis des vinylbutyrals élas-lomères utilisés pendant la gueri’e par l’industrie du caoutchouc.
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- On remarque la possibilité de soumettre à la vulcanisation des résines acryliques pour produire des corps du type caoutchouc. Le lactoprène préparé par copolymérisation d’éthers acryliques avec de petites quantités de butadiène, d’isoprène ou de maléate d’allyle est vulcanisable avec le soufre et les accélérateurs.
- Les différences entre les divers types de plastiques se comblent progressivement par la découverte de produits intermédiaires aux possibilités multiples.
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- L’avenir des plastiques est assuré, les débouchés se développent continuellement.
- Dans un de ses ouvrages, l’auteur américain Carleton Ellis donne une liste de dénominations commerciales de résines artificielles et de matières plastiques offertes sur tous les marchés du monde. Il y en a près d’un millier. Cela donne la mesure du développement rapide et prodigieux de cette industrie sortie de toute pièce des mains des techniciens de la chimie moderne.
- Lucien Pebruche.
- Télévision stratosphérique
- La reconstitution d’une image par télévision exige l’émission d’un très grand nombre de signaux électriques par seconde. En effet l’image à reproduire est analysée par points ou plutôt par petites plages, à chacune desquelles correspond un signal. L’ensemble des signaux qui, à la réception reconstitueront l’image, doit être transmis en 1/25 de seconde.
- Dans la radiodiffusion des images de télévision, on emploie des ondes hertziennes pour véhiculer ces signaux à travers l’espace. Ces ondes doivent elles-mêmes avoir- une fréquence très supérieure à celles des signaux, on est donc forcé de recourir à des ondes courtes de l’ordre de quelques mètres au maximum. Mais ces ondes n’ont qu’une faible portée. -
- Les centres diffuseurs de télévision ont donc un rayon d’action limité qui ne dépasse guère le périmètre des grandes agglomérations.
- Pour satisfaire le plus grand nombre possible d’amateurs il faudra multiplier les centres émetteurs.
- On est ainsi amené à concevoir une organisation avec un poste central qui produit le programme et des postes secondaires d’émission qui reçoivent ce programme par une liaison appropriée et le diffusent chacun dans sa zone d’action.
- La liaison entre le poste central et les postes secondaires pose
- un difficile problème. On peut la réaliser au moyen de câbles coaxiaux. Ces câbles qui sont de véritables condensateurs de très grande longueur transmettent fidèlement les fréquences les plus élevées. Mais ils sont extrêmement coûteux.
- On a proposé d’effectuer la liaison au moyen d’ondes hertziennes ultra-courtes. Ces ondes se concentrent aisément en faisceaux étroits et se propagent en ligne droite comme les rayons lumineux. Leur portée étant assez faible, il faudra s’inspirer du vieil exemple du télégraphe optique de Cbappe et interposer sur le trajet du poste central de réémission une chaîne de postes relais qui retransmettront de proche en proche l’émission originale. Les pinceaux d’ondes ultra-courtes sont arrêtés par les obstacles ; il faudra donc installer les postes relais sur des pylônes de grande hauteur. Dans ce cas encore les installations seront fort onéreuses.
- En technicien américain, M. de Nobles, vient de proposer une autre solution fort originale. Les postes relais seraient placés sur des avions volant à très haute altitude, 10 000 m environ, aux abords de la stratosphère. A l’heure des émissions, ces avions prendraient l'air, patrouilleraient autour d’un point déterminé et se transmettraient de l’un à l’autre l’émission du poste central.
- Les essais effectués ont montré que l’idée n’avait rien d’utopique.
- LA STREPTOMYCINE
- Depuis la découverte de la pénicilline par Fleming, l’antagonisme des champignons et des bactéries a donné lieu à un très grand nombre de travaux dont certains laissent prévoir d’importantes applications thérapeutiques.
- A l’üniversité de Rutgers (New-Jersey), le docteur Selman A. Waksman et ses collaborateurs E. Bugie et A. Shatz ont réussi à isoler de la moisissure Actinomyces grise-us une substance qu’ils ont dénommée streptomycine. A F Université d’Illinois, le docteur Anderson a étudié les moyens de culture industrielle de V Actinomyces et le docteur Carter l’extraction du produit actif.
- La streptomycine semble être une base organique, soluble dans l’eau, mais insoluble dans l’éther et le chloroforme, très stable et résistant bien à la chaleur et au froid. Sa toxicité est remarquablement faible, puisqu’une souris peut en supporter 7 g par kilogramme d’animal.
- Lorsqu’on l’ajoute in vitro à des cultures de colibacille, de salmonelloses, de staphylocoque, de bacille dysentérique, de bacille tuberculeux, elle empêche leur croissance. Elle agit plus ou moins sur toutes les bactéries à coloration négative par le Gram. Or, celles-ci sont insensibles à l’action des sulfamides et de la pénicilline. Bien plus, elle détruit les microbes déjà traités
- sans effet par la pénicilline et qui avaient ainsi acquis une certaine immunité.
- La tularémie, maladie inconnue en Europe mais assez fréquente aux Etats-Unis (1 G00 cas en 1944, avec 3 à 5 pour 100 de mortalité), qui est due à une pasteurellose insensible aux sulfamides et à la pénicilline, est arrêtée par la streptomycine, tout au moins chez la souris.
- La tuberculose du cobaye semble également justifiable du traitement, d’après Feldman et Hinsliaw.
- Si les expériences actuelles se confirment, on est donc en présence d’un nouveau médicament biologique de grand avenir.
- Dans une conférence faite à Wabash College, au mois de juin dernier, le docteur Anderson a déclaré : « Les résultats que nous avons obtenus à la Clinique Mayo de Rochester indiquent que des maladies telles que la tularémie, la fièvre typhoïde, certains types de dysenterie, et même la tuberculose peuvent être guéries par la streptomycine. Elle est en plus efficace dans presque toutes les maladies qui sont aujourd’hui traitées par la pénicilline. Les éludes entreprises à l’Université d’Illinois indiquent que si la streptomycine obtient le succès que l’on attend d’elle, elle ne remplacera pas la pénicilline, mais sera utilisée comme agent complémentaire, son prix de revient étant sensiblement plus élevé.
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- UN MUSÉE A EXTENSION ILLIMITÉE
- Il y a dans toute l’Europe tant de bâtiments détruits qu’il va falloir reconstruire, que c’est bien le moment d’envisager des formes nouvelles quand elles répondent mieux aux besoins que les conceptions passées.
- M. Le Corbusier, architecte d’esprit puissant et audacieux, est connu du monde entier par ses plans d’urbanisme qui changent totalement l’aspect traditionnel des villes en y ajoutant bien des commodités d’aération, de lumière, de transports, de services publics, etc. Il s’est aussi préoccupé des musées et en a proposé un plan que Mouseion, la revue de l’Office international des musées, vient de faire connaître.
- Il n’est que d’évoquer n’importe quel musée, sauf peut-être les tout nouveaux installés dans le Palais du Trocadéro, à Paris, pour reconnaître qu’ils sont toujours trop petits et que les objets de collection y sont entassés, serrés, sans qu’on puisse ni remanier, ni améliorer leur présentation. L’éclairage est souvent défectueux et beaucoup de pièces, de tableaux ne sont pas mis en valeur ou même sont difficilement visibles. C’est qu’on a conçu le bâtiment ou choisi le palais sans prévoir que le propre d’un musée est de s’agrandir constamment par l’accroissement des collections et aussi qu’il doit abriter en plus de la présentation permanente des plus belles pièces, des expositions tcm-
- Fig. 1. — Maquette d’un musée de 3 000 m de cimaise, sur un terrain de 200 à 300 m de côté.
- En bas, route d’accès et galerie couverte conduisant à la salle centrale, avec vestibule et vestiaire. En haut, sortie sur les jardins.
- poraires groupant dans un certain ordre d’autres objets gardés habituellement en réserve ou prêtés. Il lui faut encore des ateliers de conservation et de réparation, de vastes magasins, des bureaux et une ou des salles de conférences.
- Fig. 2. — Musée de 1 000 m de cimaise, dont la toiture a été enlevée pour montrer l’agencement des salles.
- En bas, la sortie sur le jardin.
- Bien peu de musées actuels permettent tout cela, et quand ils ont été construits spécialement et non logés dans un ancien palais inadéquat, ils ne tardent pas à être encombrés par les nouvelles acquisitions et les dons, jusqu’à ne plus pouvoir les montrer que trop serrés et en désordre.
- M. Le Corbusier a conçu un plan bien plus rationnel de. musée à extension horizontale non limitée qui n’oblige à prévoir pour commencer qu’un terrain suffisamment grand pour les agrandissements futurs.
- Au centre de ce terrain, on peut ne construire pour commencer qu’une unique salle autour de laquelle on élèvera ensuite les salles suivantes, en spirale, à mesure des besoins (fig. i). L’édifice n’aura pas de façade et les murs extérieurs deviendront parois intérieures à mesure que le-musée s’agrandira. Pour cela, ces murs seront recouverts de dalles de ciment amiante amovibles qu’on décrochera lors d’un agrandissement pour les reporter à l’extérieur. On les remplacera à l’intérieur par d’autres panneaux qui formeront cimaise.
- La salle centrale est prévue de 21 m sur i4 et ses murs sont formés de panneaux amovibles de 7 m. Elle repose directement sur le sol, tandis que toutes les salles qui l’entourent sont construites sur pilotis, à environ 3 m du sol, si bien que celles-ci ont une hauteur moitié moindre que le noyau. L’espace disponible au-dessous des salles d’exposition est aménagé en réserves, magasins, ateliers, qui croissent ainsi en même temps que le
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- Fig. 3. — Le plafond vu de dessous, avec les verrières et les -rampes
- d’éclairage.
- musée. Les derniers, construits peuvent servir de chantier pour les constructions prochaines.
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- De la route ou de la rue qui borde le terrain du musée, on accède à la salle centrale par une galerie couverte qui passe sous les salles latérales, si bien que les travaux d’agrandissement’ ne troublent en rien la vie du musée.
- Le terrain non encore bâti est aménagé en jardin où l’on peut élever une bibliothèque, un garage, une villa pour le directeur, etc...
- On accède de la salle centrale aux suivantes par une rampe en pente douce, et l’on sort de la dernière salle par une galerie débouchant dans le jardin.
- Gomme il serait trop long de parcourir toutes les salles en hélice, de l’entrée jusqu’à la sortie, on peut remplacer certains pan-naux pleins par d’autres ouverts (lig. 2) et créer ainsi tel sens de circulation qu’on désire, aussi bien que telle longueur de salle qu’on préfère. Le musée peut ainsi être constamment modifié selon les présentations qu’on prépare; on réalise soit de longues salles pour une exposition d’œuvres de grandes tailles, soit de petites salles plus intimes pour des expositions de gravures, de dessins, de petits objets. Les salles sont constamment transformables et adaptables selon les besoins et les idées du moment.
- Naturellement, l’éclairage tant naturel qu’artificiel vient de haut. 11 est assuré par un toit en verre qui a la même forme que les salles et dont les bords sont munis de rampes électriques en corniche qui éclairent également les cimaises (fig. 3).
- Telle est la conception très rationnelle et très élégante de M. Le Corbusier. On la vex’ra sans doute réaliser dans quelqu’une des villes qui sont à rebâtir.
- C u i r s or t i fi ci e I s
- - %
- Depuis 1928, l’industrie française du cuir n’a cessé d’être én régression. A cette époque, elle occupait le troisième rang en France, par importance, employait 600 000 ouvriers, traitait annuellement 230 000 t. de peaux brutes, et accusait un chiffre d’affaires d’environ 18 milliards de francs (de l’époque).
- En 1930, soit en l’espace de deux ans, le total des peaux traitées n’était plus que de 170 000 t dont 33 000 t étaient importées.
- En 1936, elle n’employait plus que 140 000 ouvriers soit une diminution de 460 000, et ne produisait plus que 30 millions de paires de chaussures, de toutes sortes, par an, soit une diminution de 30 millions de paires sur 1930.
- Pendant la guerre, la production de chaussures, poussée à bloc, pour d’autres que nous, livra sur le marché civil en 1942, 18 millions de paires de mauvaise qualité.
- Le cheptel français saigné à fond par les Allemands n’est pas en mesure de nous fournir suffisamment de cuir pour doter chacun de nous d’une paire de chaussures.
- Seule, l’importation de cuir, ou de chaussures peut nous permettre de remédier à cette crise dans un proche avenir.
- Mais, comme pour les autres produits-clefs (caoutchouc, pétrole, etc.), l’industrie synthétique a essayé de remplacer le produit naturel indisponible, par un produit artificiel possédant tous les avantages de celui-ci, et n’en ayant pas les défauts ; et là comme ailleurs, elle a réussi, mais avec toujours le même inconvénient qui assure la suprématie du produit naturel : le prix de revient beaucoup plus élevé de l’ersatz.
- Le bon cuir nécessaire pour faire de bonnes semelles était déjà très rare avant la guerre, aujourd’hui, il est introuvable, et de cuir ordinaire n’est pas beaucoup plus abondant. Il était donc indispensable de faire appel aux produits de remplacement... et •c’est ce que l’on a fait.
- On a d’abord cherché les ersatz de cuir à base de cuir, et l’on
- a trouvé : avec les déchets de fabrication déchirés en fibres plus
- ou moins longues,’ ou réduits en poudre et agglomérés à l’aide d’une résine synthétique, ou d’une colle imperméable, on a fait de bonnes semelles dont la résistance est fonction de celle de l’agglomérant.
- Ce procédé a l’avantage d’utiliser les déchets que l’on jetait
- faute de savoir qu’en faire, et d’être peu coûteux. Il y a de nom-
- breuses variantes de cette fabrication, par exemple en mélangeant la poudre de cuir avec de la poudre de liège et en agglomérant ensuite, ou bien en soumettant la poudre ainsi obtenue à une forte pression.
- On fabrique aussi des semelles avec des produits à base de caoutchouc et de noir animal qui surpassent en qualité le vrai cuir tanné ; un inconvénient : cette fabrication utilise le caoutchouc qui, naturel, plus rare que le cuir, ou artificiel, est trop onéreux pour permettre d’obtenir une chaussure bon marché.
- D’autres produits de remplacement, semblables au .linoléum, sont à base de liège en poudre aggloméré à l’huile de lin (produit rare entre tous), à la résine ou à la,colle.
- Enfin une semelle très résistante est composée, comme les pneus, de couches de coton et de caoutchouc superposées, produit n’ayant rien d’un ersatz, mais lourd et imperméable, à l’air.
- Voici, pour les semelles ; passons maintenant au dessus de chaussure, là, peu de remplaçants, seulement la toile cirée ou un aggloméré de cuir. ;
- Ces derniers temps on a essayé des. moulages de chaussures, ce qui permettrait d’obtenir semelle et dessus d’une seule pièce. A quand la chaussure moulée P Elle aurait, en tout cas, un grave inconvénient, elle serait imperméable à l’air.
- C. Muckenhirn.
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- PIERRE-ÉMILE
- et les aciers
- MARTIN
- Martin
- On a dit souvent que le xixe siècle était celui de l’électricité : il serait aussi juste de l’appeler le « siècle des aciers ».
- Deux ingénieurs, un Anglais, Bessemer (1813-1898) et un Français, Pierre-Émile Martin (1824-1915) ont attaché leur nom à ces fabrications.
- Pierre Martin est surtout célèbre par sa découverte de la fabrication de l’acier sur sole, qu’on produit, aujourd’hui, par millions de tonnes et cette technique a conquis les préférences du monde industriel. L’invention des « Fours Martin » a amené, dans la métallurgie, une véritable l’évolution.
- C’est à Bourges que naquit Pierre Martin, d’une famille d’ingénieurs. Son père, député en 1848, et l’un des fondateurs de la Compagnie du P.-L.-M., dirigeait à Fourchambault une fonderie et des ateliers de construction. Le jeune homme entra à l’École des Mines ; puis il débuta aux ateliers paternels et s’initia à la pratique industrielle.
- En 1854, M. Martin acheta l’usine de Sireuil, en Charente, et en confia la direction à son fils. C’est à Sireuil que le jeune ingénieur, cherchant à augmenter et perfectionner le rendement de l’entreprise, commença des travaux d’investigation qui devaient aboutir merveilleusement. En 18G8, Pierre Martin fonda, avec son père, la « Société des aciers Martin ».
- Lorsqu’il commença ses recherches, le procédé en vogue pour la fabrication des aciers était celui de Bessemer, la décarburation de la fonte au convertisseur. Cette technique présentait avantages et inconvénients. Le métal produit était excellent pour les rails de chemin de fer ; mais, par contre, il ne se prêtait qu’à un nombre assez restreint d’emplois. Cet acier était trop doux pour les outils, et il ne pouvait se souder.
- Au contraire, fabriqués avec toutes sortes de fontes, les aciers Martin convenaient, parfaitement, à la fabrication des outils, se
- travaillaient à chaud et se soudaient comme le fer. On voit la supériorité.
- En quoi donc consiste exactement le procédé Martin ?
- Il consiste à fondre un mélange de fonte avec des riblons, des vieux rails, des déchets Bessemer ou de l’oxyde de fer. Il est intéressant de noter que, déjà, en 1722, Réaumur avait indiqué ce traitement et aurait réalisé des essais de laboratoire.
- Vers 1SG3, Pierre Martin entreprit ses premiers essais. Mais il fut arrêté, un moment, par l’insuffisance des moyens de chauffage. Trois ans plus tard, il installa à Sireuil, un four Siemens à chaleur régénérée. L’inventeur allemand venait de perfectionner le chauffage au gaz qu’avait indiqué, précédemment Ebelmen, chimiste et directeur de la Manufacture de Sèvres. Siemens avait établi un régénérateur qui élevait la température de l’air, et celle du gaz en des chambres de chauffe séparées, avant leur mélange.
- Pierre Martin n’atteignit pas, du premier coup, la perfection. Il dut apporter de multiples additions à son brevet initial de juillet 18G5. Il donna d’abord de l’acier dur, puis de la fonte acié-reuse qu’il appelait « métal mixte ». D’autre part, ses premiers « métaux doux » ne se laissaient pas laminer. Mais enfin, au bout de longues et dures recherches, Pierre Martin obtint couramment de l’acier doux, malléable, avec les fontes miroitantes de Saint-Louis.
- A l’Exposition de 1867, il montra les premiers résultats d’une fabrication régulière et reçut la grande médaille d’or. Mais que d’argent et que d’efforts dépensés pour atteindre ce but !
- Ce grand ingénieur eut la satisfaction — rare à la vérité chez bien des découvreurs — de voir l’extension prise par ses inventions. Il mourut à 90 ans sonnés dans sa propriété de la Garenne, à Fourchambault.
- Amédée Fayol.
- EXPOSITION DE LA PENICILLINE
- AU PALAIS DE LA DÉCOUVERTE
- C’est vers le mois de mai que le Palais do la Découver te pensa à organiser une Exposition de la Pénicilline. Des conversations furent engagées à ce sujet avec le British Council, le Service d’informations américain et l’Institut Pasteur. Le projet fut accueilli chaleureusement et l’on reçut aussitôt d’Angleterre des documents intéressants ; quelque temps après il en parvenait d’Amérique. L’Institut Pasteur, qui coordonne en France tous les travaux concernant la pénicilline, fit appel au Centre de Pénicilline du Service de Santé de l’Armée, ainsi qu’aux établissements Rhône-Poulenc et aux Laboratoires Roussel.
- Au début de septembre, Sir Alexander Fleming, au cours de son voyage à Paris, visita le Palais de la Découverte et se montra très touché qu’on y préparât une Exposition de la Pénicilline.
- L’Exposition s’est ouverte le 3 décembre, elle comporte une partie réservée à l’Angleterre où sont mis en lumière la découverte, les travaux de laboratoire ainsi que la production industrielle et de très beaux exemples d’études cliniques et de résultats thérapeutiques ; en outre, un coin du laboratoire de Sir Alexander Fleming y a été reconstitué.
- Dans la partie réservée à l’Amérique, on voit, en particulier, la puissante organisation d’une production industrielle massive ; y figurent également des observations cliniques et des résultats. ~
- En ce qui concerne la France, on a représenté l’effort qui a été. fait par l’Institut Pasteur et les établissements Rhône-Poulenc et Roussel pendant l’occupation ; sous forme de montages photographiques et de matériel réel, on suit la fabrication depuis le bouillon de culture jusqu’au jus contenant la pénicilline que prépare, depuis la Libération, le Centre du Service de Santé de l’Armée. Les établissements Rhône-Poulenc apportent une contribution très importante à l’Exposition par le montage d’un atelier complet de production, comprenant l’extraction de la pénicilline à partir du jus et les Laboratoires Roussel exposent l’ensemble de leur production. En outre, le Ministère de la Santé publique montre son organisation des Centres de Distribution.
- C'est donc un ensemble complet qu’expose le Palais de la Découverte, apportant ainsi une fois de plus sa contribution à la diffusion des progrès scientifiques.
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- LE CIEL EN JANVIER 1946
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- SOLEIL : Du Ier janvier au 1er février, sa déclinaison s’élève de —23°4' à —17o20' ; la durée du jour, à Paris, augmente de Sh16m à 9h20m. Plus courte distance (la Terre au périhélie) le 2. — LUNE : N. L. le 3 à 13h20m ; P. Q. le 10 à 20h27™ ; P. L. le 17 à 14h47m ; D. Q. le 25 à 5hLlm ; périgée le 14 à 12h, apogée le 26 à 7h. Eclipse partielle de Soleil le 3 à 12h, visible seulement dans Y Antarctique. Principales conjonctions : avec Mercure le 1er, loh, à 0°12' S. ; avec Saturne le 17, 4h, à 2° N. ; avec Mars le 17, 7h, à 2° S. ; avec Jupiter le 24, llh, à 4° N. — PLANÈTES : peu visible dans l’aurore, les premiers jours du mois, Vénus pratiquement invisible, près de sa conjonction supérieure. Mars visible toute la nuit, dans les Gémeaux, est en opposition le 14 (voir tous renseignements sur sa présentation dans notre numéro du 1er déc. 1945). Jupiter visible seconde partie de la nuit, dans la Vierge, non loin de l’Epi, à l’E. Saturne visible
- toute la nuit, dans les Gémeaux, en opposition le 12. Uranus visible toute la nuit dans le Taureau. Neptune visible seconde partie de la nuit dans la Vierge. Conjonctions : Mars avec Saturne le 22, 17*, à 4°24' N. — LUMIÈRE ZODIACALE : visible le soir, après le crépuscule, au S. W. et en l’absence de la Lune ; observation après le 20 jusqu’à la fin du mois. — MÉTÉORES : les 2-3, essaim des Bootides radiant vers (3 Bouvier (météores peu nombreux). — ÉTOILE POLAIRE : Passage supérieur au méridien de Paris : le 1er à lSh53m49s, le 11 à 18M4mlS3, le 21 à 17h34m4Gs ; passage inférieur : le 21 à 5h36m4bs, le 31 à 4ho7m13s.
- (Heures données en temps universel, tenir compte des modifications introduites par l’heure en usage à l’époque de l’observation).
- Luciex Rudaux.
- RÉCRÉATIONS MATHÉMATIQUES
- En lisant les auteurs anciens
- Le chapitre quatrième du Kholâçat al Hissâb (x) est intitulé : Recherche des inconnues par le moyen de deux fausses positions. Nous reproduisons la traduction pour permettre à nos lecteurs d’apprécier la saveur du texte oriental :
- Prends pour l’inconnue tel nombre que tu voudras, nomme-le première supposition, et opère conformément à l’énoncé du problème ; s’il le vérifie, c’est lui, l’inconnue. Mais s’il en dévie de l’un ou l’autre côté (en plus ou en moins), nomme cette différence, première déviation. Alors prends un autre nombre, et nomme-le : seconde supposition ; s’il dévie, il en résulte alors la seconde déviation. Après cela, multiplie la première supposition par la seconde déviation, et nomme le produit : premier résultat ; puis ta seconde supposition par la première déviation, et c’est là le second résultat. Si les deux déviations sont en même temps positives ou négatives, alors divise la différence des deux résultats par la différence des deux déviations ; s’il en est autrement, divise la somme des deux résultats par la somme des déviations, le quotient est le nombre cherché.
- On voudrait savoir quel est le nombre qui, augmenté des deux tiers de sa valeur et de un, devient égal à 10.
- Voici : si tu prends 9, la première déviation est 6 (9 + 6 + 1 = 16 — 10 = 6) ; si tu prends 6, la seconde déviation est 1 (6 + 4 + 1 = il — 10 = 1) ; d’où le premier résultat est 9 (9 x 1), le second 36 (6 x 6), et le quotient que tu obtiens, si tu divises la différence des résultats (27) par la différence des dévia-<•:>
- tions (a) est 5 + — : et c’est là le nombre cherché.
- 5
- Comme nous l’avons écrit précédemment, la règle n’est suivie d'aucune démonstration, l’auteur donne encore un exemple simple, mais nous préférons traiter le suivant, un peu plus difficile, pour bien faire comprendre la méthode.
- Un renard a 36 sauts d’avance sur un lévrier et pendant que celui-ci fait 4 sauts, le renard en fait 5 ; mais 7 sauts du lévrier en valent 11 du renard : combien ce dernier fera-t-il encore de saufs.avant d’être atteint par le lévrier ?
- Soit 100 sauts la première supposition, le renard aura fait 100 x 4
- 136 sauts, et le lévrier------ = SO ; les distances représentées par
- 5
- les sauts devant être égales, il faut comparer-iy-et y dont la dif-
- férence est
- 7 /
- Prenons maintenant 120 sauts pour la •seconde supposition le
- renard sera rejoint après 156 sauts, le lévrier en aura fait 96, la
- , 156 96 36 . a .
- différence —-------— — —— , de même sens que la première.
- 11 7
- Le premier résultat est 100 x
- 36 7°
- — et le second 120 x-^1, leur 77 77
- différence
- 120 x 2 x 36 100 X 36 36 x 140
- . , 36
- divisée par — 77
- 77 77 ~ 77
- différence des déviations, donne 140 pour quotient : c’est le nombre cherché, solution du problème.
- L’auteur ne faisant aucune restriction laisse entendre que sa règle est universelle. Pourquoi, se diront nos jeunes lecteurs, avoir écrit tant de gros livres d’Algèbre alors qu’il suffit de faire « deux fausses positions » pour trouver, presque sans raisonnement, la solution de tous les problèmes ?
- La réponse est donnée par la démonstration qui suit, elle montre que la règle ne s’applique qu’à des problèmes du premier degré à une seule inconnue.
- En effet, après mise en équation d’un tel problème, et LO
- réductions faites, on est conduit à l’équation linéaire :
- ax + b = 0
- dont la solution est : x = — - .
- a
- Nous ne cherchons pas à former cette équation, mais nous faisons une première supposition xt et, si l’équation n’est pas satisfaite, nous obtenons une déviation cq ; ce qu’on peut écrire :
- ax! + h = Cj
- de même nous aurons pour la deuxième supposition xa :
- ax. + b — c2
- Considérons dans le système
- . -âXi -f b — ot ax. + b = c2
- a et b commç-inconnues, nous en déduisons .x- c\ — C‘j
- ' a = --------
- X-1 — X-2
- J] — Xlcs — XS,N Xi — Xü
- d’où pour valeur de x, l’inconnue du problème :
- ___ b _ X2Ci — XiCa
- a Ci — r2
- formule qui justifie la règle énoncée dans le Kholâçat. A titre d’exercice nos lecteurs établiront la solution analytique en cherchant l’abscisse d'ordonnée nulle de la droite qui passe par les points x1,c1 et x2,c. ; ils retrouveront sans peine le résultat précédent.
- 1. Voir La Natoie n° 3090 du 15 juin 1945.
- II. Barolet.
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- Les Livres nouveaux
- Jean-Marie Le Bris, marin brefon, précurseur de l’aviation, par Ch.-'jtves Ferlin.
- 1 vol. in-8°, 9G p., 4 fig., 4 pl. « Les Ailes », Paris, 1944.
- Biographie du premier homme volant qui, en 1850, sur une plage de la baie do DouarUenez, s’envola et revint à son point .de départ, mais ne put aller plus avant, tant les conditions de vie lui furent défavorables.
- Le gisement mésolithique du Cuzoul de Gramat, par R. Lacam, A. Niederlender et H. Y. Yallois. Mémoire 21 des Archives de l’Institut de Paléontologie humaine. In-4°, 92 p., 44 fig., 8 pl. Masson et Cie, Paris, 1944.
- Étude d’une fouille poursuivie méthodiquement qui a donné de nombreux objets, des restes d’animaux et un squelette complet d’homme jeune, atteint de rhumatisme vertébral.
- Animation et désanimation, par le D* 1 * 3' Maurice d’IIalluin. 1 vol. in-16, 77 p. Beau-chesne, Paris.
- Problème difficile : Quand l’âme s’unit-elle au corps et quand le quitte-t-elle P Et que penser des jumeaux, des monstres doubles, de tous les cas tératologiques où deux individus sont'plus ou moins soudés et développés ?
- Les temps préhistoriques, par Léonce Jo-leaud et Henriette Aliment 1 vol. in-8, 243 p., 17 fig. Bibliothèque de philosophie scientifique. Flammarion, Paris, 1945.
- ’Tfy •••-. .1 < ,>IV : ! î pl ilO . pi rm-il.,
- a définir que les précédentes ; elle est brève et ne comporte presque pas de dépôts marins, mais seulement des forma-
- tions glaciaires, fluviales, terrestres, superficielles, étroites et souvent remaniées. Mais elle présente un intérêt particulier par le développement des singes et des hommes fossiles dont on connaît maintenant d’assez nombreux restes pour essayer d’en fixer l’histoire. Le regretté professeur de la Sorbonne en avait tracé le tableau complet que son élève a complété et mis à jour si bien qu’on y trouve la mise au point la plus précise sur la chronologie de ces temps géologiques proches de nous et sur l’évolution des primates et de l’homme.
- Les plantes fossiles dans leurs rapports avec les végétaux vivants, par Louis Ember-geb. 1 vol. in-8. 492 p., 457 fig. Masson et Ci0, Paris, 1944.
- La paléobotanique, née en France avec Brongniart. n’a cessé d’avoir dans' notre pays de brillants représentants et cependant elle est trop peu enseignée. Elle est nécessaire pour comprendre l’évolution du monde végétal et elle trouve son application notamment dans les gisements houil-lers. Le professeur de l’Université de Montpellier la présente dans son état actuel en insistant sur les lueurs qu’elle projette sur la morphologie comparée, la classification et la distribution géographique.
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- AVIS
- La table des matières de l'année 1945 para-Ara avec le numéro du 15 janvier 1946.
- Cours et conférences à Paris
- Les conférences sont annoncées clans la mesure où les programmes nous parviennent à temps.
- JEUDI 3 JANVIER. Maison de la Chimie : 18 h. M. Guillemet : <•. Vers la mouture rationnelle du blé ».
- VENDREDI 4 JANVIER. Société des Ingénieurs de l’automobile (5, avenue Friedland). 17 h. : a Aviation privée. Avion-moteur. Avion-automobile ».
- SAMEDI 5 JANVIER. Palais de la Découverte (avenue Franklin Roosevelt) : 15 h. M. Édouard Bauer : a Les expériences do -Jean Perrin et la découverte des électrons » (projections).
- LUNDI 7 JANVIER. Maison de la Chimie : 18 h. M. Ciiedin : « Nitration ».
- MARDI 8 JANVIER. Société des Ingénieurs de l’automobile (5, avenue Friedland) : 17 h. M. Bondelles : « Les essais de tracteurs aux U. S. A. et notamment à la station de Nebraska ».
- MARDI 8 JANVIER. Maison de la Chimie : 1S h. M. Drapier : « La précision dans le domaine des matières plastiques ».
- MERCREDI 9 JANVIER. Maison de la Chimie : 18 h. M. Serruys : « L'écoulement des gaz des moteurs thermiques ».
- JEUDI 10 JANVIER. Maison de la Chimie : 18 h. M. Jacquot : « Indigestibilité glucidique et absorption intestinale : application aux techniques analytiques en chimie alimentaire ».
- VENDREDI 11 JANVIER. Société des Ingénieurs de l’automobile (5, avenue Friedland) : 17 h. M. Paul Rapin : « Les enseignements de l’équipement électrique des aviations belligérantes. Répercussions possibles sur l’équipement automobile ».
- LUNDI 14 JANVIER. Maison de la Chimie : 18 h. M. Denivelle : (t Amination et Diazotation ».
- MERCREDI 16 JANVIER. Maison de la Chimie : 18 h. M. L, Bergeron : « Les coups de bélier ».
- JEUDI 17 JANVIER. Maison de la Chimie : 18 h. M. Jean Sarazin : « A propos de quelques techniques analytiques en chimie alimentaire ».
- LUNDI 21 JANVIER. Maison de la Chimie : 18 h. M. Dulou : « Carboxylation et. décarboxylation ».
- SAMEDI 19 JANVIER. Palais de la Découverte : 15 h. M. Grégoire : « L’énergie atomique » (projections).
- Son œuvre très didactique sera indispensable non seulement aux botanistes mais aux géographes, aux géologues et aux mineurs.
- PETITES ANNONCES
- La ligne : 30 fr. Abonnes : 20 fr.
- CÉDERAIS : Sirey, Recueil Général des Lois (arrêts des Tribunaux en matière civile, criminelle et commerciale), années 1800 à 1825, 36 vol. reliés, en parf. état. Ëcr. : La Nature, n“ G8.
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- LA NATURE
- ABONNEMENTS
- France et Colonies: un an : 300 francs; six mois t 150 francs Etranger : un an : 350 francs ; six mois : 175 francs
- Prix du numéro: 15 francs
- Règlement par chèque bancaire ou chèques postaux (compte n° 5gg Paris)
- Les abonnements partent du I" de chaque mois sans effet rétroactif.
- Pour tout changement d’adresse, joindre la bande et cinq francs.
- MASSON et C1*, Editeurs,
- 120, BOULEVARD S'-GERMAIN, PARIS VI*
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l'obligation de l'indication d'origine.
- Le gérant : G. Masson. — masson et c1s éditeurs, paris. — dépôt légal : ier trimestre 1946, n° 288. BARNÉOUD FRÈRES ET Cie IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 078. — 1-1946.
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- SOMMAIRE
- La Corée retrouvt
- Victor FORBIN .
- Les éponges artifijuàiles, par La vision crépusqùt
- par le Dr A. ROCITO^'DlA
- Le moulage des
- indépendance, par
- LULLE ....
- ttion rétinienne,
- is, par L. PERRUCHE.
- 17
- 20
- 21
- 23
- Enregistrement photographique de l’éclair en plein
- jour, par Marc SOURDILLON........................... 25
- Obésité, par le D' Gabriel MOUCHOT................ 28
- Le nickel, par J. LUPER............................... 29
- L’aviation en modèles réduits, par G. SABLIER ... 31
- Les Livres nouveaux................................... 32
- LA CORÉE
- retrouve
- son -=
- indépendance
- D’une superficie d’environ 218 000 km2, le « Pays du Malin calme », auquel le dernier recensement (1905) accorde 22 899 008 habitants, va reprendre le cours de ses destinées nationales, après avoir subi le joug japonais pendant 35 ans.
- La population est classée, dans la famille mongoloïde ; d’après certains ethnographes, elle serait issue d'un mélange d’éléments loungouzcs, indonésiens et japonais. Les hommes sont d’une taille élevée (1 m 70 de moyenne), remarquablement robustes, en contraste avec les femmes, qui sont chétives et ne brillent pas par leur beauté. Elles jouent, d’ailleurs, un rôle social insignifiant, ne se montrent que fort rarement hors de chez elles et cachent alors leur visage sous un voile. Un voyageur a dit d’elles que ce ne sont que « des instruments de plaisir ou de travail ». Aux soins du ménage et de la cuisine, elles ajoutent une
- N° 3104 15 Janvier 1946
- Le Numéro 15 francs
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- Fig. 2. — Idoles coréennes.
- besogne qui paraît être spéciale à la Corée : la inode masculine veut que les hommes portent des vêlements de toile ou de drap blanc, qu’ils changent chaque jour et que les femmes sont sans cesse occupées à blanchir.
- La civilisation des Coréens leur vient presque exclusivement de la Chine; mais nous devons noter ce détail curieux : on peut les considérer comme les inventeurs du chauffage central. Les maisons comportent, sous leur plancher, tout un système de gros tuyaux à la principale entrée desquels on entretient un feu de bois, de feuilles et d’herbes séchées. Le procédé est appliqué depuis de nombreux siècles et paraît être dû à l’initiative nationale; nous sommes même surpris qu’il n’ait pas été adopté par les Japonais qui se contentent de braseros pour chauffer leurs logis.
- La langue indigène diffère radicalement de celles des peuples voisins (Chinois et Japonais), mais se rapproche de certains dialectes toungouzes. L’écriture n’est pas moins indépendante; on suppose qu’elle fut inventée au «^siècle de notre ère par des missionnaires bouddhistes qui s’inspirèrent de l’alphabet sanscrit. Notons à ce propos que, si le bouddhisme connut quelque vogue, il s’est vu supplanter par le culte des ancêtres, en honneur surtout dans les hautes classes ; le peuple s’en tient à des pratiques animistes et offre de sacrifices aux génies des montagnes et des forêts ; il révère aussi des poteaux grossièrement sculptés représentant des formes humaines, que l’on rencontre en bordure des chemins et qui font songer aux mâts totémiques de la Colombie anglaise.
- Productions agricoles.
- La Corée est un pays essentiellement agricole. Aux temps de son indépendance, elle cultivait le riz, le blé, l’orge le seigle et autres céréales, les haricots (dont le soja), les fèves, produits qu’elle exportait en grandes
- quantités. A ne parler que des exportations par mer, leur valeur dépassait annuellement io millions de yen; et l’on croit que les exportations par terre (en Chine et en Sibérie) atteignaient plus ou moins ce chiffre. Le régime japonais modifia considérablement cet état de choses en introduisant sur une grande échelle la culture du pavot.
- Les Nippons, qui ont toujours interdit chez eux l’usage de l’opium, s’efforcèrent, non sans succès, de le répandre parmi les Coréens, dans un but qui ne pouvait être que de les abrutir. Une preuve que les conquérants poursuivaient là une politique nationale, c’est que le monopole de la fabrication de l’opium et de ses dérivés fut adjugé à l’armée japonaise, qui s’en servit réellement comme d’une arme de guerre. Préparant de longue date la conquête de l’Empire du Milieu, elle organisa de véritables légions de colporteurs, recrutés en Corée, qui parcouraient les provinces chinoises du Nord-Est, vendant à bas prix de l’opium, de la morphine et autres stupéfiants à la jeunesse des villes et des campagnes. Elle détériora de cette façon perfide le moral et le physique de la population, supprima chez elle l’esprit de résistance et prépara ses conquêtes.
- Le ginseng.
- Le plus précieux produit naturel de la Corée est une plante connue en botanique sous le nom. de Panax ginseng, longtemps considérée comme exclusive à cette partie du continent asiatique; en 1712, on en découvrit,-dans l’intérieur du Canada, une variété (P. quinquefolia) qui ne diffère de l’autre que par nombre de ses feuilles : cinq au lieu de trois. Les Chinois attachent une grande valeur aux racines dont leur pharmacopée fait la panacée par excellence; et l’on peut dire sans exagération qu’ils sont toujours prêts à les payer leur pesant d’or. On cite ce trait : lorsque, au début du xixe siècle, des armateurs américains résolurent d’établir des relations commerciales avec la Chine, ils apprirent d’un consul que ce pays ne voulait importer de l’étranger que des fourrures et du ginseng.
- La recherche de la plante présente de grosses difficultés, d’abord à cause de ses dimensions médiocres : la hauteur de la tige, couronnée, pour l’espèce asiatique, de trois feuilles ressemblant à celles du ricin, est de l’ordre de 4o cm. Elle croît isolée, non par peuplements, dans les forêts épaisses; il 11’esi donc pas facile de la distinguer parmi les herbes et les buissons ; et c’est une véritable chasse, exercée par des vagabonds qui n’ont pas d’autre métier et forment une sorte de confrérie où
- Fig. 3. — Vieilles statues tartares à Ventrée de la cité de Tjyertjyou. Les portes du temple du gardien de la vie qu’elles ornaient ont disparu.
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- n’entre pas qui veut. Ils se déclarent satisfaits, lorsqu’une saison leur rapporte deux ou trois racines, et n’hésitent pas à pàr-courir des dizaines de lieues dans la forêt, hantée de bêles fauves, pour aller vendre leur butin à quelque négociant chinois.
- Leurs poursuites s’entourent de bizarres superstitions. Prêtant une âme au ginseng, ils croient qu’il disparaît sous terre, si l’homme qui le cherche est en état de péché; et ils ne l’approchent qu’après avoir récité des formules magiques. D’après eux, l’humble et précieux arbrisseau incarne le génie de la forêt. Nous avons lu dans une relation de voyage que des bandes de brigands se font une spécialité de surprendre ces pauvres gens dans leurs chaumières et de les tuer pour s’emparer de leurs racines. L’auteur ajoute qu’ils ont un autre péril à redouter : les attaques du grand tigre à toison laineuse, le féroce géant de la tribu des félins.
- Les Japonais ont tenté d’industrialiser ce fructueux commerce en créant des plantations de ginseng; mais les plantes ainsi obtenues sont identifiables par la forme des racines et les acheteurs chinois les repoussent.
- Aux ressources que nous venons d’énumérer, nous pouvons ajouter l’exportation de cuir brut et de bétail. Enfin, avant 1910, le ffouvernemcntnrtîflrécn tirait quelques profits des bancs de baleines qui hjj^^^^T^^^aux territoriales, le droit de les exploiter se divijHiïsHSgntre at^mcompagnies russes.
- fl
- W'ÿtRichel^é^mméra les*
- Pendant leurs 35^^né^-a’«décupalion, les autorités japonaises ont fait le silence sur leTressources minières de la Corée. Si elles les mentionnaient, c’était pour les incorporer dans des statistiques d’ensemble sur leur empire. Pour nous faire quelque idée de la variété de ces ressources, force nous est donc de consulter des ouvrages antérieurs à 1910.
- L’un d’eux nous apprend que le cuivre, le fer et le charbon abondent dans la péninsule, mais nous ignorons si ces gisements ont été mis en valeur. Nous sommes mieux renseignés sur la question de l’or, représenté par de nombreux et riches filons, situés principalement dans la moitié septentrionale du pays, au delà du 38° parallèle. Avant 1910, une compagnie américaine exploitait une concession, datant de 1895, située à Wunsan, au Nord de l’importante ville de Ping-Yang; elle rapportait de gros bénéfices, quand elle fut expropriée par les Japonais, qui confisquèrent bien d’autres entreprises américaines — débuts d’une sourde hostilité entre « Yankees » et « Japs ».
- Les capitaux européens suivaient bientôt l’exemple tracé par ceux des États-Unis dans l’exploitation de l’or fllonien de la Corée. En moins de dix ans se fondaient : une compagnie russe, exploitant une concession à Ilam-lloung; une compagnie allemande, à Teng-Ko-Kaï, près de la ville de Ivim-Song; une compagnie anglaise, qui découvrit de très importants filons à Unsan; une compagnie française, détentrice d’une concession assez proche de Séoul, la capitale. Plusieurs entreprises japonaises s’établirent sur le tard dans cette même région. Les statistiques dont nous disposons ne nous renseignent pas sur la quantité'de métal jaune qui fut extraite de 1895 à 1910. Il nous paraît probable que la Corée a contribué pour une bonne part à la production aurifère de l’Empire du Soleil Levant qui s’éleva, en 1909, à 22 108 000 g., le Japon proprement dit ne possédant pas d’or dans son sous-sol.
- L'avenir.
- Comme tous les pays occupés par les partenaires de l’Axe, la Corée est exsangue. Les Japonais ont épuisé la fertilité du
- Fig:. 4. — Coréennes voilées dans un faubourg de Séoul.
- sol en organisant la culture intensive du riz qui assurait largement l’alimentation du peuple, tout en laissant une très large marge pour l’exportation. En outre, avant de battre en retraite, ils ont mis hors d’usage les usines de traitement. Les prix de cette graminée indispensable à la vie coréenne subissent des hausses et des baisses qui engendrent un véi'ilable chaos. Après la libération du pays, ils montèrent en flèche à 2S0 yens le boisseau, pour descendre non moins brusquement à 28 yens et se relever au marché noir à 100 yens. Les autorités américaines ont fixé provisoirement le taux d’échange à i5 yen le dollar.
- Les classes laborieuses, appauvi’ies, sont incapables de payer ces prix; et l’on prévoit l’imminence d’une famine. La Corée, qui tenait sa place parmi les grands producteurs de riz, sera contrainte d’en importer.
- L’une des difficultés qui retardent la renaissance économique du vieil empire est l’absence totale de fonctionnaires indigènes, les Japonais ayant accaparé les moindres rouages de l’administration. A la grande surprise du peuple, qui se croyait débarrassé pour toujours des oppresseurs haïs, les Américains se sont vus contraints à conserver à leurs postes respectifs plusieurs milliers de Japonais qui sabotei’ont sournoisement (c’est dans le caractère national) la remise en marche des affaires publiques.
- Une difficulté d’un autre ordre provient du fait que l’occupation de la Corée est partagée entre deux puissances qui ont chacune leur façon de gouverner : les Américains détiennent la moitié Sud, presque exclusivement agricole, et que les Japonais appelaient a le bol à riz »; les Russes administrent la moitié septentrionale, et le font d’une manière fort rude, réquisitionnant toutes les denrées au profit de leurs troupes. Il n’y a aucune entente entre les deux pouvoirs, à telle enseigne que les premiers interdisent aux seconds le passage de ce 38° parallèle qui sert de frontière aux deux sections.
- Souhaitons que ce manque de compréhension mutuelle prenne fin le plus tôt possible et que les Coréens, réduits à l’esclavage pendant près de deux générations, connaissent enfin des temps meilleurs.
- Victor Forbin.
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- LES ÉPONGES ARTIFICIELLES
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- Une des pins curieuses fabrications dont les progrès aient été provoqués par la guerre est celle de l’éponge synthétique, ou, plus exactement, des éponges artificielles, car il en existe de plusieurs sortes et, tout récemment, les États-Unis ont réussi à fabriquer non seulement des produits qui rendent les mêmes services que les éponges naturelles mais aussi des produits qui répondent à des besoins nouveaux et assez imprévus.
- La nouvelle industrie est née en 1938 lorsqu’une maladie, restée mystérieuse, s’abattit sur les pêcheries d’éponges des côtes de la Floride, de Cuba et des Bahamas. A cette époque, les États-Unis importaient plus de 900 t d’éponges valant deux millions et demi de dollars. Il en venait aussi des pêcheries de la Méditerranée, mais la guerre, ajoutant ses méfaits à ceux de la nature, restreignit bientôt l’importation des éponges, et cela au moment même où, pour satisfaire aux besoins croissants imposés par la guerre, leur consommation devenait considérable.
- La fabrication. — L’éponge artificielle est faite de la même matière que celle dont sont faites les soies artificielles de viscose, les pellicules photographiques et les feuilles transparentes, analogues à notre cellophane, dont on recouvre maintenant les pots de confiture ou qui servent à empaqueter de façon étanche de nombreux produits périssables.
- Les matières premières sont : la cellulose pure, en plaques blanches, épaisses, de propriétés absorbantes analogues à celles du papier buvard, et telles que les fournit le procédé au bisulfite ; — le sulfure de carbone et la soude qui, selon le traitement usuel de cette cellulose, fournissent le liquide épais et visqueux qu’est la viscose ; — des brins de rayonne à la viscose, qui sont plus ou moins gros et courts selon l’usage auquel l’éponge est destinée ; ces brins lui confèrent de la cohésion ; — des grains de sels solubles dans l’eau, et dont la nature, la forme et les dimensions varient aussi avec la destination de l’éponge. Brins et grains sont parfaitement calibrés.
- La viscose, les brins de rayonne et les grains de sels sont mélangés très intimement en proportions variables, et leur mélange est versé dans des moules métalliques où il se solidifie. La pièce moulée est soumise ensuite à l’ébullition dans une solution saline diluée, coagulante, ce qui a pour effet de parfaire la coagulation de la viscose, de la débarrasser des composés sulfurés et de l’alcali qu’elle renferme, de dissoudre les grains de sels et de laisser à leur place des vides et vacuoles qui rendent la pièce moulée spongieuse, compressible et élastique. Après quoi, des lavages abondants à l’eau ordinaire enlèvent les dernières traces des ingrédients qui ont servi à la fabrication. La pièce moulée, une fois sèche, est du même vert sale que la soie et les feuilles de viscose brutes et est blanchie, comme celles-ci, au moyen des mêmes agents chimiques. Le blanchiment est poussé plus ou moins loin, et de façon que la pièce finie rappelle par sa couleur celle de l’éponge naturelle qu’elle doit remplacer.
- Toute la fabrication est conduite avec les mêmes soins que celle de la rayonne et des feuilles de viscose, soins auxquels on est habitué. Cette fabrication dure une dizaine de jours.
- En employant des moules appropriés, on obtient des éponges qui, une fois sèches, ont telles forme, dimensions et finesse que l’on désire. On peut les débiter pour leur donner des formes et des dimensions plus commodes pour l’usage ou leur transport ; sèches, elles pemrent être comprimées au tiers de leur volume initial. C’est sous cette forme qu’elles sont fournies aux utilisateurs.
- Ces éponges présentent de nombreux avantages sur les éponges naturelles : elles flottent, ' sont inodores et peuvent s'imbiber de plus de vingt fois leur poids d’eau ; elles sont homogènes
- et ne renferment aucun corps étranger, grain ou spiculé calcaire ou siliceux. Chaque éponge, avant livraison, est soumise à un examen aux rayons X : celles qui renferment un corps étranger, le moindre brin de paille, sont éliminées.
- Éponges spéciales et applications nouvelles. — On
- a mis à profit la particularité que M. Caquot a découverte dans le béton et qu’il a appelée l’effet de paroi, pour fabriquer des éponges d’un type nouveau. Lorsqu’on coule le béton, on constate que les grains durs (gravier et pierre cassée) qui sont en suspension dans la pâte qu’est le mortier de ciment, ne se répartissent pas uniformément dans la masse. A partir d’une certaine distance de la paroi du moule] le nombre des grains contenus dans l’unité de volume de la masse diminue à mesure qu’on se rapproche de la paroi ; il tend rapidement vers zéro. Il en est de même pour les grains de sels dans la pièce qui a été moulée avec le mélange de viscose, de brins de rayonne et de grains de sels. Ces grains sont de plus en plus rares à mesure qu’ils approchent de la paroi du moule, rareté croissante qu’on favorise ; ce qui a conduit à la fabrication suivante.
- On coule le mélange dans un moule en forme d’ellipsoïde allongé. La pièce sèche est coupée en son milieu, perpendiculairement à son grand axe. On obtient ainsi deux éponges identiques que la main empoigne bien par le bout rond, dont la surface est presque imperméable ; elles servent surtout au nettoyage des pièces d’artillerie et de la carrosserie des voitures. L’ouvrier n’a plus à plonger l’éponge tout entière, et la main, dans le liquide de nettoyage : il suffit d’y plonger la face plane : qui est très poreuse et très absorbante. La main reste donc au sec, de même que pendant le nettoyage. Cet avantage est loin d’être négligeable quand le liquide de nettoyage est détersif, acide, alcalin ou simplement savonneux. Le nettoyage étant terminé et l’éponge bien comprimée dans la main, sa surface arrondie, d’un toucher plus doux que la face plane, peut servir à essuyer comme on le fait avec la peau de chamois en usage pour le nettoyage des glaces et des vitres.
- Les éponges destinées aux nettoyages, aussi bien domestiques qu’industriels, sont pratiquement inaltérables — c’est de la cellulose pure — résistent mieux au frottement et s’usent moins vite que la plupart des éponges naturelles. Les agents de blanchiment, le savon et les matières grasses sont sans effet ; on peut les stériliser. Sèches, leur toucher est moins doux et leur consistance plus ferme que ceux des éponges naturelles ; mais, mouillées, elles recouvrent toute leur douceur et leur souplesse. Leur pouvoir absorbant a pu être rendu sélectif. C’est ainsi que la société Du Pont de Nemours fabrique depuis peu une éponge imperméable à l’eau mais qui absorbe les huiles végétales, le pétrole et l’essence. On l’utilise sur les avions pour retenir l’essence qui s’échappe d’un trou fait par un projectile au réservoir d’essence, ce qui dispenserait de le garnir intérieurement d’une double enveloppe d’une matière compi’imée qui, en se dilatant, aboutit au même résultat.
- On fabrique aussi depuis peu des éponges extrêmement fines qu’on laisse en profondeur dans le corps au cours d’une opération chirurgicale ; elles se résorbent peu à peu, en dégageant lentement, le cas échéant, le médicament dont elles sont imbibées.
- Il n’est pas douteux que les applications, anciennes ou nouvelles, des éponges artificielles survivront à la guerre, et se développeront, car leur fabrication ne peut que se perfectionner.
- Raymond Lulle.
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- LA VISION CRÉPUSCULAIRE ET L'ADAPTATION RÉTINIENNE
- Étapes de la découverte. Anticipations
- L’homme n’apprend à se connaître que lentement et pièce à pièce. Des faits physiologiques importants qu’il peut constater chaque jour sur lui-même, échappent longtemps à sa conscience. L’Homme, cet inconnu..., a dit Carrel. Pendant des siècles, les hommes ont pu pénétrer en aveugles dans les cavernes et les milieux obscurs et y retrouver en quelques instants la possibilité de s’y conduire et d’en voir les principaux objets, avant que cette faculté merveilleuse de l’œil, de suivre en quelque sorte la -lumière qui le fuit, ait attiré l’attention et provoqué la recherche. Ni les Grecs, ni les hommes de la Renaissance, ne l’ont aperçue, non plus que Descaries, Young ou Newton. Dans l’édition française de son Optique physiologique (1867) Ilelmholtz l’ignore encore.
- il a fallu que le minutieux génie d’analyse d’un Allemand vint déterrer ce qui aurait dû apparaître d’un seul coup à un observateur de génie. Hermann Aubert (L) dans sa Physiologie der Netzhaut (Breslau, i864) étudie expérimentalement la sensibilité de l’œil à la lumière et n’omet pas de mesurer ses variations suivant l’intensité lumineuse. Il ulilise le degré d’incandescence d’un fil de platine relié aux deux pôles d’une pile et d’autant moins lumineux qu’il est plus long. Venant du grand jour et pénétrant dans la chambre noire où il faisait varier la longueur et l’incandescence du fil de platine, Aubert (non adapté) le distingue pour une longueur de 19 mm mais n’aperçoit pas un fil plus long et moins lumineux. Au bout de deux minutes (début d’adaptation), un fil de 20 mm lui apparaît, au bout de ia5 minutes, un fil de 29 mm. C’est là l’augmentation progressive de la sensibilité lumineuse dans l’obscurité, l’adaptation rétinienne, terme proposé par Aubert lui-même, adaptation qui s’élève très rapidement pendant les premières minutes d’obscurité, puis plus lentement. Le maximum n’est alteint qu’au bout de 2 heures. Elle est une mise au point aux variations de clarté, une faculté de la rétine de conserver, dans une certaine mesure, sa valeur visuelle aux différentes heures du jour. Comme toute adaptation, elle n’est que partielle et l’homme ne peut vivre que dans un milieu limité. Il y a des sujets congénitalement privés d’adaptation, ce sont les héméra-lopes ou hespéranopes, ou nystanopes (ou sourniers, en provençal, ce qui veut dire obscurci) que Florent Cunier, Nett-leship, Truc, Opin, ont découverts dans quelques villages du Midi de la France. Les sourniers sont aveugles de nuit, sauf pour les images lumineuses punctiformes qui se font sur la fovéa. Ils ne peuvent se conduire après le coucher du soleil et sont exemptés du service militaire. Cela souligne bien l’importance de leur déficit visuel, et en même temps celle de l’adap^ talion sans laquelle l’açlivité humaine cesserait au coucher du soleil.
- Cependant Ta connaissance anatomique de la rétine faisait de grands progrès. Max Sehultze, en 18GG, précise la proportion des
- 1. Aubert est la forme méridionale d’Albert. Les ancêtres d’Aubert pouvaient être des Cévenols chassés par la Révocation de l’Édit de Nantes. Le livre d’Aubert est rédigé clairement et sobrement, à la française, mais il n’est pas toujours exempt de cette minutie qui est le vrai génie de l’Allemagne.
- cônes et des bâtonnets dans la rétine d’un grand nombre de Vertébrés, constate que les nocturnes ont des bâtonnets particulièrement nombreux et longs, les diurnes surtout ou exclusivement des cônes. Il attribue aux bâtonnets la faculté de voir à basse lumière, la grande lumière et les couleurs étant du domaine des cônes. Sans connaître l’adaptation ni le pourpre, il fait ainsi faire à la physiologie rétinienne un immense progrès que les recherches actuelles confirment de plus en pûus. F. Boll dix ans plus lard (1876-1877), étudiant la rétine encore vivante sur l’œil énucléé de la Grenouille, a la chance de tomber sur des animaux sortant de l’obscurité chez lesquels la rétine a la couleur d’un caillot sanguin. Examinée à plat, la surface externe tournée vers l’objectif lui montre les bâtonnets sous la forme de cercles juxtaposés, d’une magnifique couleur pourpre, entremêlés de quelques bâtonnets verts. Ce pourpi’e siège exclusivement dans la substance lamellaire du segment externe .des bâtonnets sur une épaisseur d’environ 60 |a, il se décolore rapidement à la lumière du jour en passant par une coloration jaune. Dans l’obscurité, il se reconstitue en une ou deux heures chez l’animal vivant, et même, mais incomplètement, dans l’œil énucléé et frais. Dans la rétine détachée de son épithélium pigmentaire, il n’y a pas de reconstitution du pourpre. L’œil cadavérique et l'œil énucléé conservent leur pourpre tant qu’ils sont maintenus dans l’obscurité, de même la rétine desséchée sur une lame de verre. C’est, donc la lumière qui détruit le pourpre et non la mort des éléments cellulaires de l’œil. Mais il faut la vie et le contact de l’épithélium pigmentaire pour le reconstituer complètement.
- Boll étudia également sur la rétine encore vivante et pourprée, l’action des diverses radiations du spectre. Il reconnut que la destruction du pourpre était d’autant plus rapide et complète que la (longueur d’onde est plus courte. Le rouge ne décolore pas le pourpre, il le renforce au contraire, le bleu-violet le décolore au maximum, l’ultra-violet est sans action. Il y avait déjà là de quoi expliquer tout ce. que l’on sait actuellement de l’action visuelle du pourpre. Mais il eût fallu connaître l’adaptation ! W. Kühne (1881), dès la mort de Boll (1877), s’empara de l’étude du pourpre, mais s’il fit faire de
- b—0 •• A
- A, les bâtonnets vus en coupe optique dans la rétine de la Grenouille obscurée ; p., bâtonnet
- pourpre (figuré en noir) ; h., bâtonnet vert, figuré en gris. — B. bâtonnet de la Grenouille obscurée vu suivant sa longueur, chargé de pourpre dessiné en noir l.p., substance lamelleuse du segment externe, siège du pourpre ; n., noyau ; p.c., pied filamenteux du cône. — G, bâtonnet dont la substance lamelleuse est blanchie par l’action de la lumière.
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- grands progrès à l’étude photo-chimique de cette substance, s’il utilisa les solutions de pourpre, son importance physiologique lui échappa complètement.
- S’il avait consulté les Comptes rendus de VAcadémie des Sciences de Paris il eût pu y lire en 1878 (t. 86, p. 1272) sous la plume d’A. Charpentier, élève de Landolt, les lignes que voici :
- (( Tout le monde sait que la vision est plus ou moins délicate suivant que l’œil sort d’un séjour suffisamment long. dans l’obscurité, ou qu’il vient d’être, pendant un certain temps, exposé aux rayons lumineux »... Charpentier ne peut trouver d’explication de ce fait « que dans le fait physiologique suivant signalé par Boll et Kühne : il existe dans la rétine une substance chimique de couleur rouge que la lumière décolore et qui se reforme dans l’obscurité. Si l’on veut admettre, comme cela est probable, que le nerf optique est excité non pas directement par la lumière, mais indirectement par la modification chimique que la lumière produit dans le rouge rétinien, on expliquera tout naturellement la sensibilité supérieure de l’œil reposé par l’excès de substance photochimique que cet œil a acquis sous l’influence de l’obscurité ».
- C’est donc Charpentier qui, le premier en 1878, a compris et nettement exprimé la relation entre les deux phénomènes. Pari-nand (C. B. Acad, des Sciences, 1881) eut le mérite d’appliquer ces notions nouvelles à l’explication de iTIéméralopie dans les affections du foie et à la physiologie de l’adaptation. Il se peut qu’il ait de lui-même compris la fonction du pourpre. Mais il ne cite pas' Charpentier, son prédécesseur, et ne dit rien de plus que lui.
- Boll, sur la rétine fraîche, W. Kühne sur des solutions de pourpre, avaient donc étudié la décoloration différentielle et croissante de cette substance par les rayons qui s’échelonnent du rouge au violet. Les physiologistes actuels n’ont guère fait que confirmer et préciser cette doctrine. La sensibilité lumineuse de la rétine pour Nage], Selig, Hecht, Piéron, etc... est fonction de l’action décolorante différentielle des diverses radiations sur le pourpre. Dans l’utilisation normale de la vision,
- cela se traduit par la sensibilité optimum de la rétine adaptée, c’est-à-dire chargée de pourpre, aux rayons bleus et violets. Les feux rouges sont cependant bien vus en pleine nuit, mais c’est parce qu’ils sont lumineux par eux-mêmes; l’adaptation n’est pas en cause. Simplement éclairée par la lumière décroissante du crépuscule, une surface rouge disparaît plus rapidement à notre vue qu’une surface bleue équivalente (phénomène de Purkinje). En langage photochimique, le bleu, qui émet des ondes courtes, décompose le pourpre et met ainsi en jeu la sensibilité propre de la rétine, tandis que les longues ondes du rouge, qui n’attaquent pas le pourpre, restent sans action à basse lumière, sur cette sensibilité.
- La chimie du pourpre. — De 1988 à 1986, l’Américain Wald a étudié le problème de la chimie proprement dite du pourpre rétinien. Il pense que le jaune visuel, premier produit de la décoloration du pourpre par la lumière, est un caroté-noïde qui, même à l’abri de la lumière, se transforme en vitamine A. Mais le pourpre n’est pas simplement la vitamine A transformée, il est quelque chose de plus complexe, il représente la combinaison d’une protéine avec le carotène ou réti-nène (jaune visuel). Le foie qui contient la vitamine A est employé traditionnellement contre l'héméralopie. Ne faudrait-il pas lui adjoindre, la carotte, source principale du carotène ?
- Au delà de cette thérapeutique culinaire — que l’on ne doit pas mépriser — n’est-il pas permis d’entrevoir la synthèse du pourpre comme couronnement de ces études chimiques ? Elle procurerait tout d’abord un meilleur traitement des héméralo-pies. Mais, injecté à des sujets normaux, ce pourpre synthétique (et hypothétique !) ne pourrait-il augmenter leur adaptation ? leur donner le degré de vision nocturne des gens qui « voient la nuit » et dont la chasse et la guerre révèlent quelquefois l’existence ? Améliorer la vision de l’homme, quel rêve ! et combien plus aimable que les perspectives de la bombe atomique!
- Dr A. Rochon-Duvigneaud, Membre de l’Académie de Médecine.
- Pseudo-poterie basaltique
- Lorsque dans l’un des murs de pierre sèche qui bordent les prés des environs du Puy, nous avons aperçu ce fragment de « poterie » rougeâtre, nous avons pensé au reste d’un grand dolium gallo-romain. La longueur en est de 40 centimètres, la hauteur de 25 centimètres et l’épaisseur de 6 à 8 centimètres. Trois moulures élégamment réparties au-dessous du rebord ornaient la partie supérieure de la conque, nue dans sa partie inférieure. La facture paraît assez grossière, ce qui n’a rien d’é tonnant pour un récipient de cette taille.
- Avec précautions, nous commencions à le dégager, lorsque son intérieur moins régulier que nous ne le supposions et finalement son poids et sa solidité nous ont convaincus qu’il s’agissait, non d’une poterie, mais d’un fragment de basalte.
- Nous étions en face un échantillon de lave cordée.
- L’éruption de type hawaïen faisait couler sur le plateau des nappes de lave fluide. Une petite partie fut probablement forcée de passer entre deux pierres dont la supérieure portait sur son biseau trois brèches qui gravèrent des moulures sur la couche visqueuse. La pierre inférieure vaguement arrondie sur laquelle
- s’étala cette couche de lave imposa son rayon de courbure. La couleur de terre cuite provient de l’oxydation de la magnétite du basalte en oligiste, oxydation tout à fait régulière chez les
- fragments de basalte qui sont exposés à l’air depuis des millénaires.
- Il en résulte cette curieuse pseudo-poterie qui trompe d’abord les meilleurs connaisseurs.
- J. Carles.
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- LE MOULAGE
- DES POUDRES MÉTALLIQUES
- La préoccupation dominante des constructeurs était, pendant la guerre, de produire vite et au moindi'e effort. Partout où une pièce métallique usinée pouvait être remplacée par un moulage en matière plastique la substitution était immédiatement adoptée.
- Mais la chose n’est possible que dans un petit nombre de cas.
- Une technique nouvelle vient prendre place entre celle des pièces usinées en métal et celle des plastiques moulés : la fabrication d’objets mécaniques à partir de poudres métalliques agglomérées. Elle présente l’avantage d’obtenir en une seule opération de mise en forme à la presse, des pièces définitives ou si proches des cotes finales qu’un usinage rapide ne comportant qu’un enlèvement infime de métal termine la pièce.
- LA TECHNIQUE DU MOULAGE
- La méthode comprend quatre opérations : jo Préparation d’un mélange de poudres homogènes dont la composition est déterminée en fonction des propriétés recherchées pour la pièce finale. Ce mélange comporte une certaine proportion d’un métal ou d’un alliage relativement mou ou fusible qui jouera le rôle d'agglomérant.
- 2° Mise en forme à la presse, généralement à la température ordinaire.
- 3° Traitement thermique par passage à un four de cuisson à une température fonction du mélange, pouvant atteindre i 2oo° pendant un temps de l’ordre de 20 à 3o mn.
- 4° Passage à la presse, ou usinage réduit pour parvenir aux cotes finales.
- Dès avant la guerre cette technique était utilisée pour la fabrication de petites pièces ne dépassant guère 100 mm en dimension et 1 5oo g en poids et exclusivement en métaux non ferreux. Elle était également appliquée à l’agglomération des carbures durs par un liant tel que le cobalt, pour le garnissage des outils à coupc rapide.
- LES APPLICATIONS
- . Pendant la guerre, diverses sociétés américaines, notamment la Chrysler Corp, ont donné une grande extension à la métallurgie des poudres et l’ont étendue aux métaux ferreux : fers, fontes, aciers, pour des pièces atteignant 5o kg.
- On a pu établir ainsi toutes sortes de pièces mécaniques des formes les plus variées. L’avantage est surtout appréciable pour celles qui,ne peuvent être tournées et dont la fabrication usuelle est longue et compliquée : contours carrés, hexagonaux, etc., et en général toutes les formes à arêtes vives. Par contre on ne peut obtenir de filetages.
- Parmi les pièces courantes citons les coussinets, les bagues, les cadres de roulements à bille, les engrenages, les cadres métalliques, les V d’outilleurs, etc., etc.
- Un avantage déterminant est la rapidité d’exécution. Des engrenages à dents de moins de 2' mm d’épaisseur peuvent être débités à raison d’un objet toutes les 8 secondes.
- Des millions d’heures de travail et des milliers de tonnes de métal ont ainsi été économisées.
- Un autre intérêt est la possibilité d’obtention par pression réduite et granulométrie de poudres appropriées, de masses poreuses de perméabilités variées pour le garnissage de filtres. Egalement de pièces autolubrifiantes par imprégnation postérieure au traitement thermique, par une huile lubrifiante de viscosité appropriée. On assure ainsi un graissage automatique pendant toute la durée d’utilisation de la pièce.
- On peut aussi obtenir facilement des pièces faites par agglomération de métaux de points de fusion élevés, prohibitif pour le moulage par fonte : tungstène, tantale, etc.
- Cette technique rend possible l’association de métaux non mélangeables par fusion, par exemple des coussinets cuivre-plomb chaque métal conservant dans le produit aggloméré ses qualités propres : conductibilité calorifique du cuivre, douceur de roulement du plomb, ou encore des propriétés abrasives dans un mélange carborandum-cuivre-plomb.
- Le traitement des poudres métalliques évite l’introduction des impuretés inhérentes à la fusion par les creusets, les moules, les fondants. On peut obtenir des produits de très haute pureté comme il est indispensable pour les parties métalliques des tubes électroniques, des noyaux de bobines pour téléphonie et radio. On peut également directement obtenir en forme des aimants permanents constitués d’alliages qu’il est impossible d’usiner aux formes requises.
- On trouve ainsi une solution à la fabrication d’objets irréalisables par les moyens anciens.
- Il faut toutefois bien noter qu’il s’agit d’une technique délicate. Pour chaque type d’objet doit être établie une formule de poudre étudiée dans sa composition et sa granulométrie, celle-ci étant liée à la densité apparente et constituant une caractéristique essentielle.
- Au traitement thermique les pièces pressées subissent un retrait sensible, variable suivant la composition des mélanges et la température de traitement. Celui-ci est généralement fait en atmosphère inerte ou réductrice, parfois dans le vide. Les températures sont réglées aux environs de 2/3 ou 3/4 des points de fusion du métal ou de l’alliage le plus fusible. Il est parfois nécessaire de monter plus près du point de fusion.
- Pour les pièces de précision, en tenant compte du retrait au traitement thermique, on peut parvenir à des écarts ne dépassant pas en plus ou en moins le centième de millimètre. Mais il est souvent nécessaire de procéder à un pressage final pour l’obtention de cotes de très haute précision.
- L’AVENIR DE LA MÉTALLURGIE DES POUDRES
- La métallurgie des poudres métalliques prend une très grande extension. Des millions de pièces sont ainsi fabriquées. Elle a l’avantage d’opérations très rapides. Des débits de 1 5oo pièces à l’heure sont courants et pour de petits objets largement dépassés. Les opérations sont automatiques. Il n y a pas de pertes de métal comme à l’usinage habituel. La main-d’œuvre est extrêmement réduite, la précision élevée.
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- Il y a en contre-partie quelques inconvénients : la puissance et la dimension des presses limitent l’importance des pièces réalisables. .
- Le prix des poudres est relativement élevé par rapport à celui du métal brut.
- Bien des poudres métalliques actuellement dans le commerce étaient fabriquées pour de tout autres buts : par exemple l’aluminium et le magnésium étaient destinés aux bombes incendiaires, à la pyrotechnie, à l’alumino-thermie. Il reste à mettre sur le marché des poudres de métaux ferreux et autres, bien adaptées a cette nouvelle technique, en quantité suffisante et à des prix convenables. On les cote actuellement de io cents à i dollar la livre aux U. S. A. pour les métaux ferreux, suivant 'leur nature. La poudre de cuivre aux environs de 20 cents la livre.
- On peut espérer une réduction des prix avec le développement de l’emploi. On peut aussi penser que la dimension des presses pourra être augmentée.
- Actuellement la métallurgie des poudres est bien adaptée à la fabrication de petites pièces en grandes séries, en fer, bronze, laiton, etc., par exemple engrenages, excentriques, pièces de roulement, leviers, clavettes, objets de serrurerie, etc., etc.
- Elle augmente graduellement d’importance. Son expansion sera grandement accélérée si, dans un proche avenir elle est alimentée en poudres à des prix convenables. Déjà, telle qu’elle se présente des perspectives très larges lui sont assurées.
- Lucien Perruche, Docteur de l’Université de Paris.
- Sécheresse
- et
- remarquable d'octobre novembre 1945
- Chacun, même sans y être directement intéressé, a remarqué la sécheresse exceptionnelle et néfaste qui a caractérisé, dans la presque totalité de la France, les mois d’octobre et novembre ig45.
- Le printemps et l’été furent secs, mais en remontant le cours des proches années, on trouverait des exemples analogues et plus accentués encore, de rareté des précipitations atmosphériques, dans ces deux saisons.
- Accoutumés en automne, à l’ouverture des écluses célestes, la sécheresse d’octobre et novembre ig45 nous parut plus insolite que pendant la belle saison; elle inquiéta surtout les cultivateurs et les fournisseurs de courant électrique.
- Il semble intéressant de recueillir dans le passé, les cas de sécheresse remarquable à Paris, au cours des mois d’octobre et novembre.
- L’examen des annales de l’Observatoire du Parc Saint-Maur, jusqu’à sa fondation en 1872 et de l’Observatoire de Paris, jusqu’en 1806, dévoile la rareté des mois d’octobre et novembre secs consécutivement.
- On ne trouve en effet, depuis i3g ans, que trois années, 1897, 1904 et 1945, au cours desquelles les mois d’octobre et novembre, n’ont pas totalisé consécutivement la hauteur de trente millimètres de pluie.
- Hauteur de pluies en millimètres
- Nombre de jours rie pluie
- Remarques
- Oetc bre 1897 . Novembre 1897
- 4.5
- 10,3
- Total oct.-nov. 1897. 14,8
- 5 Période de 25 jours sans précipi-4 talion mesurable, du 14 octo-vr bre au 7 novembre 1897.
- Octobre 1904 . Novembre 1904
- 18.1 9
- 11.2 8
- Total oct.-nov. 1904.
- 29,3
- 17
- Octobre 1945 . . . 14,6
- Novembre 1945 . . 15,3
- Total oct -nov. 1945. 29.9
- 7 Sécheresse presque comp'ète
- 9 pendant -.2 jours, du 29 sep-ur tembre au 20 octobre 1945 (sauf gouttes ou pluie très faible les 4 et 7 octobre).
- Sachant, que les valeurs moyennes des hauteurs mensuelles de pluie à Paris (Parc Saint-Maur), pour les mois d’octobre et novembre, sont les suivantes :
- Période 1874-1920 :
- Octobre..................... 57 mm 9
- Novembre.................... 48 mm 8
- Période 1921-1944 :
- Octobre..................... G 5 mm 7
- Novembre.................... 60 mm 4
- la hauteur de pluie relevée en octobre 1945, n’atteint que 22 pour 100 de la Araleur moyenne de la période 1921-1944; celle de novembre ig45 n’atteint que 25 pour 100 de la valeur moyenne pendant la même période.
- En Touraine, la sécheresse a été aussi grande qu’à Paris. A Tours (O. N. M.), on a enregistré les chiffres suivants :
- Hauteur de pluie en octobre 194» : 26 mm en 5 jours de pluie; rapport à la normale : o,38 pour 100.
- Hauteur de pluie en novembre 1945 : 8 mm en 5 jours de pluie; rapport à la normale : 0,14 pour 100.
- La grande sécheresse d’octobre et novembre 1940 a coïncidé avec la présence d’une zone anticyclonique stable s’étendant sur l’ensemble des latitudes moyennes de l’Europe. On observait alternativement l’extension de l’anticyclone des Açores vers les Iles Britanniques ou l’extension vers l’Ouest de l’Europe de l’anticyclone de Russie, ou la simultanéité de ces deux situations. Les perturbations, étant généralement rejetées à des latitudes très septentrionales, nos régions n’étaient intéressées que par des bordures de perturbations lointaines.
- En outre, certains systèmes pluvieux, étranglés dans le col barométrique compris entre les deux zones anticycloniques, expiraient sur place.
- Enfin, il est curieux d’observer que ce régime pluviométrique exceptionnel, succède à un an près, au record pluviométrique des mois d’octobre et novembre ig44j totalisant ensemble 249 mm 3, en 4i journées de précipitations, à Paris (Parc Saint-Maur).
- Jean Bourgeois.
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- Enregistrement photographique de Téclair
- en plein jour
- Les photographies reproduites dans cet article ont été obtenues en plein jour par commande de l’obturateur photographique par l’éclair lui-même. Les premiers essais de photographie de jour de l’éclair ont été effectués en ig3G par B. F. S. Sclion-lancl et J. S. Elder — qui ont décrit leur montage dans le Journal de VInstitut Franklin (janvier 1941).
- Le dispositif que j’ai employé s’apparente à celui de Schon-land et Elder; comme lui, il utilise les ondes électro-magnétiques émises par l’éclair, ou plus exactement par sa prédécharge. Il a été réalisé avec le concours de M. A. Haubert, Ingénieur au Laboratoire national de Radio-Électricité — pour la mise au point du récepteur radio-électrique.
- La principale difficulté était de réaliser une commande électromécanique de l’obturateur photographique suffisamment rapide pour que ce dernier soit ouvert au moment où se produit la phase la plus lumineuse de l’éclair. Les photographies montrent que ce résultat a été pleinement atteint, puisque l’éclair a été photographié avec toutes ses ramifications qui accompagnent uniquement la première des décharges successives dont il se compose généralement.
- Principe du procédé.
- On sait que l’éclair entre nuage et sol n’est pas un phénomène instantané, mais est constitué par une ou plusieurs décharges successives comportant chacune deux phases distinctes :
- i° Une phase progressive, dite leader stroke, durant laquelle une décharge pilote, peu lumineuse, issue du nuage et progressant par saccades, ionise progressivement un trajet se dirigeant vers le soi.
- 20 Une décharge très brève, très lumineuse, entre le sol et le nuage, empruntant le canal conducteur ionisé par le « leader » — appelée relurn stroke.
- La première décharge, dite décharge principale, comporle souvent des ramifications. Elle est généralement suivie d’antres décharges analogues empruntant le même canal ionisé, mais ne présentant pas généralement de ramifications.
- La photographie n° 1 prise avec un appareil à objeclifs tournants (chambre de Boys) montre bien ces déchai'ges successives.
- Le principe du procédé automatique consiste à utiliser l’onde électromagnétique provoquée par le leader stroke pour commander l’ouverture de l’obturateur, de façon à photographier le premier return stroke et les décharges qui le suivent.
- L’intervalle qui sépare le début du leader stroke du premier return stroke étant de l’ordre du centième de seconde, on voit que le temps dont on dispose pour effectuer l’ouverture de l’obturateur est relativement court. Le dispositif de commande doit donc présenter un très faible retard.
- thyratron T. 100 (x) travaillant comme soupape contrôlée par la tension de grille. 11 fonctionne sur antenne unifilaire de 5o m. Le circuit oscillant d’entrée est réglé à demeure sur une I011-
- Fig. 1. — Vue prise de nuit à Esvres (I.-et-L.) le 19 juillet 1943 à 1 h. 30 T. M. G. avec appareil à objectifs tournants.
- L’appareil photographique (chambre de Boys) comporte un objectif fixe et deux objectifs montés diamétralement sur un disque tournant à 180 tours-minute autour d’un axe parallèle à leurs axes optiques. Les deux images fournies sont étalées par la rotation sur une plage circulaire. Cette photographie montre que l’éclair enregistré se compose de trois décharges successives, empruntant le même trajet, séparées par des intervalles respectifs de 26 et 54 millièmes de seconde. La seconde décharge elle-même, constituée par plusieurs composantes, a laissé le trajet luminescent pendant 1/10 de seconde environ.
- Description de l’appareil.
- Le dispositif comporte un récepteur radio-électrique de la perturbation électromagnétique provoquée par le « leader » et un relais électromécanique commandant l’obturateur.
- Le récepteur radio-électrique comporte une triode 6C5 montée en dctectrice par la grille et amplificatrice à résistance — et un
- gueur d’onde de 20 000 m environ. Il est sliunlé par un potentiomètre qui permet de réduire l’amplitude des variations de tensions appliquées à la grille de la détectrice. Un second
- 1. Le thyratron T. 100 est une triode à atmosphère gazeuse dont l’espace plaque-cathode, non conducteur pour une polarisation fortement négative de la grille, devient conducteur par suite de l’ionisation du gaz pour des tensions de grille positives ou faiblement négatives.
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- potentiomètre, commandant la tension de polarisation négative de la grille du thyratron, fournit un deuxième moyen de régler la sensibilité de l’ensemble. Dans le circuit-plaque du thyratron sont insérés en série un condensateur de 4 microfarads entre la terre et la plaque et une bobine du relais entre la cathode et la terre.
- Le relais consiste en un électro-aimant de haut-parleur électro-dynamique portant deux enroulements — le premier, constitué par la bobine normale d’excitation du haut-parleur, est parcouru par un courant permanent assurant une forte aimantation du noyau de l’électro — le second, constitué par la petite bobine insérée dans le circuit-plaque du thyratron, est parcouru par le courant de décharge du condensateur lorsque le thyratron s’amorce. Ces deux bobines sont montées en opposition de telle sorte que leurs flux magnétiques se retranchent.
- ratron est réglée à une valeur fortement négative. Dans ces conditions, l’espace plaque cathode du thyratron constitue une coupure dans le circuit comprenant le condensateur et la bobine antagoniste du relais. Le condensateur se charge au potentiel de plaque à travers la résistance de 200 00 ohms.
- Lorsqu’un éclair se produit, la perturbation électromagnétique pi'ovoquée par le leader induit des courants dans le circuit antenne-terre. Les alternances positives, amplifiées et détectées par la triode, sont transmises à la grille du thyratron dont le potentiel négatif diminue (en valeur absolue). Le thyratron s’amorce, le condensateur se décharge à travers l’espace plaque-cathode devenu conducteur et à travers la bobine antagoniste du relais, entraînant la désaimantation du noyau de l’électro, l’arrachement de la palette par le ressort et l’ouverture de l’obturateur. Celui-ci se referme au bout du temps de pose choisi.
- Fig. 2 et 3. — A gauche : Vue prise en plein jour à Esvres le 9 juillet 1945, 7 h. 15 T. M. G. par commande automatique. Coup de foudre rapproché (3 km 500). On remarque à la partie supérieure un éclair connexe dans les nuages. La décharge comporte des ramifications très nettes.
- A droite : Vue prise de jour à Esvres, 20 juin 1945, 20 h. T. M. G. par commande automatique. Coup de foudre (distance : 10 km). Cet éclair est remarquable par le nombre et le développement de ses ramifications. On remarquera au voisinage du point d’impact au sol une traînée lumineuse verticale, donnant l’impression d’un rayonnement (peut-être due à un effet de réfraction de l’objectif).
- La palette de l’électro-aimant, reliée au déclic de commande de l’obturateur de l’appareil photographique par fil métallique, est maintenue au repos au collage, sous l’effet du courant permanent d’aimantation. Elle est sollicitée à l’arrachement par un fort ressort à boudin réglé pour équilibrer presque les forces magnétiques ducs au courant d’excitation.
- La chambre photographique est munie d’un objectif fixe Voigllander de io5 mm de distance focale ouvert à 4,5. L’obturateur est un « Compur » du modèle courant pouvant, donner le i/25o de seconde. L’appareil utilise le film de 70 mm de largeur que les fabricants peuvent livrer en grandes longueurs. Le changement de film, après chaque exposition, est commandé par contact électrique — soit à la volonté de l’opérateur, soit automatiquement par _ le déclenchement de l’obturateur.
- Fonctionnement.
- L’appareil photographique est braqué dans la direction d’un foyer orageux, l’obturateur Compur armé pour un temps de pose déterminé d’après les conditions de luminosité du moment. La palette de l’électro est au collage. La tension de grille du thy-
- Aussilôt après l’amorçage, par suite de la présence de la résistance chutrice de 200 000 ohms, le potentiel de plaque du thyratron tombe à une valeur suffisamment faible pour que le thyratron se désamorce de lui-même, sans qu’il soit besoin de couper mécaniquement la tension plaque. L’appareil est prêt pour un nouveau fonctionnement, après réarmement par l’opérateur de la palette et de l’obturateur.
- Par la manœuvre des deux potentiomètres on règle la sensi-Liiité pour que l’amorçage du thyratron se produise uniquement sur les éclairs suffisamment proches pour pouvoir être photographiés utilement.
- Critiques.
- Le fonctionnement correct du dispositif suppose l’existence d’un leader stroke précédant le return stroke. Or il semble que, dans l’éclair entre nuages, cette condition ne soit généralement pas réalisée — la décharge paraissant se limiter dans ce cas à une phase unique, pouvant avoir le caractère progressif.
- On peut donc penser que le procédé automatique ne pourra donner que des résultats irréguliers sur les éclairs entre nuages.
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- Les expériences faites sont encore trop peu nombreuses pour permettre de contrôler cette prévision.
- Par contre, pour les éclairs entre nuage et sol, les résultats obtenus ne le cèdent en rien aux photographies prises de nuit par la méthode classique.
- On peut reprocher à ce dispositif de déclencher indifféremment sur tous les éclairs suffisamment proches se produisant dans n’importe quelle direction. L’objectif photographique n’embrassant qu’un champ de 4o° à 6o°, il en résulte une consommation de film en pure perle. Le remède peut être recherché d’une part dans l’emploi d’objectifs grands angulaires ou de plusieurs objectifs donnant une image panoramique, d’autre part dans l’emploi d’un collecteur de radiations à effet directif (cadre, secteur étroit, etc.). Il est à craindre que ce perfectionnement ne puisse être obtenu qu’au prix d’une sérieuse complication.
- Il reste enfin à adapter le dispositif à la prise de vues à images mobiles pour l’analyse de l’éclair. Le problème soulève quelques difficultés-d’ordre optique et mécanique. Mais le principe même du procédé reste applicable.
- Marc Sourdillon.
- T.100
- Fig. 4. — Schéma du récepteur radio-électrique.
- A, antenne ; iq, potentiomètre d’entrée ; P„ potentiomètre de polarisation B,, bobine antagoniste du relais.
- P. S. . — L’auteur de cet article serait particulièrement reconnaissant aux lecteurs s’intéressant à l’orage, et qui accepteraient de lui apporter leur concours bénévole pour la constitution d’une documentation photographique sur L’éclaiiy de .se faire-connaître en lui écrivant'à Esvres (Indre-et-Loire).
- Benjamin DELESSERT (1773-1847)
- Industriel, financier, philanthrope
- Dælessert, c’est le nom ; honorablement porté.: par. plusieurs .hommes, an-temps 'dé l'Empire et de ïa R'ëit'ahra tioh : " BeH-*'" jamiri'fut.ûn personnage de premier plan de son siècle.
- Les ancêtres avaient dû quitter la France, .à la suite de la révocation de l’Édit dé Nantes. Le premier qui revint dans sa patrie, Etienne (1735-1816) ouvrit un magasin de gaze à Lyon, puis fonda une maison de banque. Vend à Paris, il y épousa Madelon Boy de la Tour, qui, jeune fille, herborisait au Bois avec J.-J. Rousseau. En 1782 il organisa la première compagnie d’assurances contre l’inccndie. Emprisonné sous la Terreur, il s’adonna, ensuite, aux questions agricoles et fit venir en France plusieurs milliers de moutons mérinos. Et voici son fils, Benjamin, le grand homme de la famille.
- Benjamin-Jules-Paul, né à Lyon, voyagea beaucoup, surtout en Angleterre, où il se lia avec Adam Smith. Sous la Révolution, il s’enrôla dans l’armée, fit la campagne de Belgique, et fut nommé capitaine, commandant la place d’Anvers.
- C’était un homme d’une activité dévorante, audacieux en affaires et prévoyant, avec certitude, l’avenir réservé à ses conceptions hardies. En 1801, il créa, à Passy, la première filature de coton.
- Lorsque le blocus fut effectif — les blocus suscitent souvent des chercheurs, des inventeurs — Delessert établit la première manufacture de sucre de betteraves, sur les pentes de la Seine au village de Passy ; en même temps, il en fonda une vingtaine d’autres sur le territoire national. Benjamin Delessert fut le premier réalisateur pratique de celte fabrication, dont les principes avaient été4 posés par des chimistes français et allemands : Achard, Dubrunfaut, Margraff.
- Napoléon s'intéressa hautement à ces résultats industriels, décida la mise en culture de plusieurs centaines de milliers d’hectares et donna le titre de « Baron » à Delessert.
- A côté de l’industriel on trouvait, chez lui, le financier et l’homme politique. Régent de la Banque de France et député de Paris, il avait une personnalité dont les avis, toujours écoutés,
- étaiént. souvent suivis, Il prenait.des initiatives heureuses que favëmF’VTWèmùësT’îî'ffi^
- Caisses d’épargne, qui retinrent son attention jusqu-’à ses derniers jours. Il avait compris et exposé l’importance familiale et sociale de ces caisses, tirelire "populaire à la portée de tous. Delessert avait publié, à ses frais, A van tages dès caisses â’épargne a t Guide du bonheur (1835, 1839).
- Ce grand manufacturier se doublait d’un philanthrope et d’un savant. Il proposa la suppression des tours, vota l’abolition de la peine de mort. Il fit reconnaître d’utilité publique plusieurs fondations du plus haut intérêt : soupes populaires, asiles de vieillards, secours discrets à des nécessiteux de diverses classes sociales. Benjamin Delessert aimait h se rapprocher du peuple, il l’a maintes fois prouvé. A ses heures de loisirs (et combien peu il en comptait) il se révélait un savant. Il constitua un magnifique herbier qu’il légua à la ville de Genève, riche de 85 000 espèces. Il avait formé, également, une collection de plus de 10 000 coquillages. Il légua à l’Institut sa bibliothèque, très heureusement composée, et il avait été élu membre de l’Académie des Sciences en 1816.
- Il a voulu reposer dans un petit cimetière, ignoré de tous (sis le long d’une rue paisible de Passy), reste du cimetière paroissial datant de 1550 et désaffecté depuis longtemps. Et, dans ce modeste enclos reposent tous les membres de la famille Delessert, et aussi le compositeur Piccini.
- On y voit les tombes de ses deux frères : François-Marie (1780-1868), financier et philanthrope ; Gabriel (1786-1858), préfet de police sous la Monarchie de Juillet.
- Ainsi cette honorable famille, dont la carrière tout entière se déroula à Passy, a voulu reposer dans son village d’adoption où nul ne viendra troubler son dernier sommeil. Mais il sera permis d'honorer sa mémoire et de rendre un ultime hommage à Benjamin Delessert.
- Amédée Fayol.
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- OBÉSITÉ
- Bien des gens ont l’idée arrêtée que s’ils engraissent c’est parce que tout leur profite et qu’ils digèrent et assimilent tout. Si leur éducation scientifique est plus poussée, ils parleront de leurs glandes endocrines et ennuieront leur entourage de leur thyroïde et de leur hypophyse.
- L’obèse a souvent tendance à se considérer comme un martyr alors que ses voisins le considèrent tout simplement comme un gros mangeur.
- De ces deux opinions, quelle est la vraie !
- Causes de l’obésité. — Il est absolument certain que certaines insuffisances endocriniennes sont à l’origine de certains cas d’obésité.
- L’individu dont la thyroïde fonctionne mal est gras, soufflé. Il est en outre petit et son psychisme est déficient. C’est toujours un arriéré, parfois un idiot (au sens médical du terme).
- L’obésité du syndrome adiposo-génital s’accompagne d’une absence ou d’une insuffisance de développement des organes génitaux. On a d’abord admis que cette affection avait une origine hypophysaire, puis on a incriminé des lésions du tuber cinereum.
- On connaît l’obésité des tumeurs de Vhypophyse et celle de Vadénome basophile de l’hypophyse de Cushing.
- Les cas d’obésité surrénale sont rares.
- Quant à l’obésité par insuffisance génitale, elle repose sur le fait que les femmes engraissent après la ménopause ou la castration chirurgicale (hystérectomie) et aussi sur le fait que les eunuques-sont -— ou plutôt étaient-— obèses. Mais il est bien des femmes qui n’engraissent pas après la ménopause ou une opération qui leur a retiré les ovaires et quant aux eunuques, il en existe — et surtout il en existait — de maigres.
- En réalité le rôle des troubles endocriniens dans l’apparition de l’obésité a été singulièrement surestimé. La conception d’après laquelle l’obésité est due à un trouble organique, si elle est flatteuse pour certains, ne correspond à la réalité que dans un petit nombre de cas.
- Le plus souvent l’obésité est exogène, c’est-à-dire qu’elle est due à la suralimentation et à la sédentarité.
- Mais évidemment il est tellement plus respectable de parler de mystérieux troubles endocriniens que d’avouer que l’on mange trop !
- En fait, bien des personnes mangent trop exactement pour la même raison que d’autres s’adonnent à la boisson. Croquer quelques gâteaux ou sucer un morceau de chocolat procure un plaisir passager qui compense en partie quelque ennui.
- Tel homme qui a perdu tout espoir d’avancement se console un peu de ses désillusions en mangeant bien et il engraisse.
- Telle femme obligée de rester à la maison à soigner sa vieille mère, s’ennuie, manque de distractions et engraisse.
- La sédentarité est avec la suralimentation le gros facteur d’obésité. Les gens sédentaires èngraissent et les gens trop gras sont forcés de rester sédentaires.
- Mis au régime, les obèses se plaignent de souffrir. A les en croire, ils ne peuvent pas diminuer leur ration alimentaire sans danger, ils deviennent malades, la catastrophe les guette s’ils persistent à manger si peu. Qu’est-ce que cela prouve ? Qu’ils sont habitués à trop manger et souffrent si on leur impose un changement, exactement comme le morphinomane souffre de se voir retirer sa morphine.
- L’idée courante d’après laquelle les obèses sont des gens heureux et satisfaits est erronée. Ce sont souvent des individus
- instables. Ceux qui ont de nombreuses occupations, des intérêts variés et,, par suite, beaucoup de sources de satisfaction mangent rarement trop. Ceux qui se suralimentent sont les insatisfaits, les gens seuls, mal mariés ou souffrant de déceptions. Ils interprètent souvent pour une sensation de faim ce qui n’est qu’un sentiment d’ennui, d’insuccès ou d’inquiétude.
- Les dangers de l’obésité. — Le premier danger est du côté du rein. D’abord simple albuminurie, les choses s’aggravent peu à peu et une néphrite authentique survient qui finit par emporter notre gros mangeur.
- Le cœur et l'appareil circulatoire constituent une autre source de danger. Simple essoufflement au début, on voit par la suite survenir une insuffisance cardiaque typique, souvent due, d’ailleurs, à l’hypertension et à la néphrite.
- Le foie est généralement hypertrophié et souvent insuffisant.
- Sans vouloir discuter du traitement de l’obésité, il convient de dire que — hormis les cas d’origine réellement organique — il repose essentiellement sur un régime approprié. Mais il convient d’être prudent, une surveillance médicale est toujours utile et souvent indispensable.
- Les traitements médicamenteux sont le plus souvent inutiles et parfois dangereux.
- Dr Gabriel Mouciiot.
- L'oxygène défatigant.
- Depuis que l’oxygène est devenu un moyen thérapeutique efficace dont on peut disposer largement, grâce aux cylindres de gaz comprimé de grande capacité et qu’on peut faire inspirer à forte concentration, grâce aux masques respiratoires dont le premier fut celui de Legendre et Nicloux, le traitement par l’oxygène s’est généralisé non seulement dans les asphyxies par l’oxyde de carbone dont il est le remède spécifique, mais encore dans tous les troubles respiratoires provenant des hémorragies, de l’anémie, des intoxications et de l’anesthésie. Il est devenu le complément de toutes les opérations sanglantes et on lui doit les plus heureux succès.
- M. le professeur Léon Binet a longuement étudié ses effets physiologiques et ses indications multiples et, dans une note publiée en collaboration avec MM. Bargeton et Laroche, aux Comptes rendus de l’Académie des Sciences, il vient de faire connaître une nouvelle et remarquable application.
- Il avait déjà constaté que l’inhalation de l’oxygène diminue rapidement la fatigue du muscle d’un rat excité électriquement. Il a ensuite opéré sur des rats obligés à courir dans un tambour tournant comparable à une roue de cloutier ; ils s’y fatiguent et ralentissent peu à peu leur allure, finissant par se traîner, épuisés ; si à ce moment on leur donne à respirer de l’oxygène, leurs forces reviennent et ils retrouvent pour quelque temps leur ardeur et leur vitesse. Si un rat épuisé par une course forcée est laissé au repos, il se rétablit bien plus vite dans une atmosphère suroxygénée et peut donner un nouvel effort plus considérable.
- Ces faits semblent pouvoir trouver une application immédiate dans les épreuves sportives nécessitant une grande dépense d’énergie physique.
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- LE NICKEL
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- Le nickel qui a maintenant une si grande importance, en particulier pour les aciers spéciaux, n’est apparu industriellement que dans la seconde moitié du xix° siècle, car sa métallurgie était difficile.
- L’histoire du nickel. — Un caractère particulier de ce métal est sa dissémination très réduite dans le monde. Les gisements de minerai sont très rares. La plus grosse production, celle du Canada, provient d’un seul gisement : Sudbury dans l’Ontario. Puis viennent la Nouvelle-Calédonie, et quelques gîtes de moindre importance en Norvège, Finlande, Grèce, Indes anglaises, Maroc, U. R. S. S.
- Vers 1870, la Norvège est seule pi’oductrice de quelque 35o t annuelles de métal. En 1880, on découvre en Nouvelle-Calédonie un minerai ; la gar-niérile. La Société Le Nickel l’exploite et dépasse la Norvège. En 1883, en creusant une tranchée profonde au Nord de Sudbury, dans la province d’Ontario, pour le passage de la ligne du Canadian Pacific llailway, on découvre un minerai tenant jusqu’à 9 pour 100 de cuivre.
- Immédiatement les prospecteurs affluent.
- Un Américain originaire de Cleveland, Samuel RrrcuiE, s’intéresse à la région, s’assure diverses concessions, fonde en 1886 la Canadian Copper Cy qui exploite trois mines du district de Sudbury : Copper Cliff, Stobie et Evans. Mais les installations ne comportent pas d'usine de traitement. Un accord est passé avec le colonel Thompson qui vient d’acquérir le contrôle de 1’ « Orford Copper Cy » dont les usines d’affinage sont à Bayerine dant l’État de New-Jersey, aux U. S. A. La convention prévoit une livraison annuelle de cent mille tonnes de minerai à 7 pour 100 de cuivre.
- Le premier lot de minerai parvient fin 1886 aux usines de l’Orford Copper Cy. On constate alors qu’il ne contient pas 7 pour 100 de cuivre. Par contre, il est riche en nickel. Mais la métallurgie et l’affinage de ce métal ne sont, à celte époque, pas au point.
- Thompson et Ritchie attaquent résolument le problème et, en 1888, le colonel Thompson met au point le procédé « Orford » de séparation des deux métaux. De son côté, Ritchie démontre aux autorités navales des U. S. A. la supériorité des aciers au nickel pour le blindage des navires de guerre. L’avenir du métal est maintenant assuré. Le Canada lient et gardera la première place comme producteur. La puissance de ses gisements lui assure un monopole de fait.
- La technique métallurgique du nickel se transforme : en 1900, le Dr Mond met au point le pi’océdé au ce nickel carbo-nyle a et crée la Mond Nickel Cy pour l’exploiter, en même temps qu’il prend le contrôle des mines « Victoria » et cc Ga-roon », toides deux également dans le district de Sudbury. Les concentrés étaient traités à Clydac-h en Angleterre.
- Deux ans plus lard se fonde 1’ « International Nickel Cy a par fusion de grandes sociétés s’intéressant à ce métal : Canadian Cooper Cy, Orford Cpoper Cy, Nickel Corp., etc. En fin de compte, l’International Nickel Cy et la Mond Nickel Cy se partagent les minerais et sont maîtres du marché. La première
- approvisionne le continent américain, la seconde l’Europe.
- Depuis la situation prépondérante du Canada s’est toujours maintenue.
- La pyrite de Sudbury est à la fois nickelifère et cuprifère, elle comporte de nombreux sulfures naturels ; sa teneur moyenne est de l’ordre de 2,70 pour 100 de nickel et 2 pour 100 de cuivre.
- Le minerai est traité par flottation, les concentrés de sulfures obtenus sont grillés, passés au convertisseur qui donne finalement une matte de cuivre et de nickel.
- La séparation du nickel. — Trois techniques différentes sont utilisées pour la séparation du nickel.
- Au Canada, le procédé Asford consiste à fondre les mattes avec du bisulfate de soude, il se forme des sulfures de cuivre, de nickel et de sodium, ce dernier dissout inégalement les sulfures métalliques : celui de nickel est moins soluble que celui de cuivre et la séparation est basée sur ce fait : le mélange fondu est coulé en cônes dont les sommets sont riches en cuivre et les bases en nickel. Par refusion on parvient à obtenir des mélanges de sulfures enrichis à plus de 70 pour 100 de nickel avec moins de 2 pour xoo de cuivre. Le traitement est terminé par affinage électrolytique qui conduit à l’obtention de métal très pur : 99,95 pour 100.
- En Norvège, le procédé Hybinette met en oeuvre un traitement chimique suivi d’une séparation électrolytique.
- En Angleterre, à Clydach, près de Sheffield, on utilise le procédé Mond. C’est une technique des plus curieuses, en marge de tous les procédés métallurgiques usuels : la matte cuivre-nickel est grillée et transformée ainsi en oxydes. Un traitement par l’acide sulfurique dissout surtout le cuivre, le résidu est riche en oxyde de nickel.
- Cet oxyde de nickel impur est chauffé à 3oo° dans un cou-
- Usine métallurgique de l’International Nickel Company à Copper Cliff, Ontario, Canada
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- ==:: 30 .t: .
- rant d’hydrogène (extrait du gaz à l’eau), réduisant l’oxyde de nickel en métal. Celui-ci refroidi est transféré dans un « vo'la-tiliseur » dans lequel on le soumet à l’action d’un courant d’oxyde de carbone à la température ambiante. Il se forme du nickel-carbonyle : Ni(CO)4, liquide volatil entraîné par le courant gazeux. Le nickel distille ainsi à la température ordinaire sous forme d’un produit défini donnant une séparation parfaite. Par chauffage à i5o° des gaz distillés, le nickel-carbonyle se décompose en nickel et oxyde de carbone qui ainsi régénéré rentre dans le circuit, ne jouant qu’un rôle de transporteur du métal que l’on obtient ainsi à 99,8 pour 100 de pureté.
- Les usages du nickel. — La production mondiale du nickel s’est élevée en xg38 à n5 000 t dont g5 000 fournies par le Canada et près de 12 000 par la Nouvelle-Calédonie, le troisième producteur étant l’U. R. S. S. avec 2 5oo t.
- Plus de la moitié du métal produit est absorbée par l’industrie des aciers spéciaux. Une quantité importante va à l’élaboration d’autres alliages : Métal Monel, Nichrome, Ico-nel, etc. utilisés principalement en raison de leur résistance à l’attaque des agents chimiques. Signalons une utilisation à faible consommation, mais d’importance générale considérable par ses conséquences : son emploi comme catalyseur dans les réactions d’hydrogénation.
- L’addition de nickel à l’acier modifie profondément ses propriétés : résistance, limite d’élasticité, allongement, etc.
- Par variation de la teneur en nickel, de celle des autres métaux d’addition et des traitements thermiques, on est parvenu à une très grande variété d’aciers correspondant aux besoins les plus variés et même les plus opposés de l’industrie. On peut obtenir en toute sûreté des alliages très élastiques ou plastiques, résistants, durs ou ductiles, magnétiques ou non, oxydables ou non, à grands allongements ou à faible coefficient de dilatation,.
- La fabrication de fontes au nickel ou au chrome et nickel est aussi de pratique courante.
- Le nickel est souvent employé comme alliage monétaire. Enfin les sels de nickel servent dans l’importante industrie du nickelage.
- Par suite du nombre limité des producteurs, les cours du nickel restent très stables, ne variant que dans d’étroites limi tes. Il est actuellement coté aux environs de 200 Livres sterling la tonne. Les réserves de minerai sont relativement considérables : quelque ro 000 000 de tonnes de cuivre et nickel. Dans la région de Sudbury, d’importantes mines explorées mais non exploitées garantissent l’avenir.
- Ce sont les pays de grande métallurgie qui sont les plus gros consommateurs. En 1941, les Etats-Unis ont absorbé plus des deux tiers de la production mondiale.
- La métallurgie russe est également en plein essor et il faut mentionner le magnifique effort de prospection des géologues de l’Union Soviétique. Le résultat en est que ce pays va devenir le deuxième producteur de nickel du monde. Trois gisements importants ont été mis en évidence : dans la presqu’île de Kola, dans la région de l’embouchure de l’Ienisséi près de Norilsk et dans l’Oural.
- La presqu’île de Kola est encore peu connue. La région arctique de Norilsk se trouve dans de terribles conditions de climat et de transport.
- Dans l’Oural, trois régions sont productrices. La plus importante est celle du Sud aux environs de Orsk. Une usine de traitement a été édifiée dans cette dernière ville, elle est en activité depuis 1909. C’est la plus importante. Une autre usine a été installée à Ufalei, une encore à Rjescherask.
- On estime que la production possible serait de l’ordre de 25 à 3o 000 t annuelles. Dépassant largement la Nouvelle-Calédonie, l’Union Soviétique se placerait en seconde place, immédiatement après le Canada.
- J. Duper.
- Le curare thérapeutique
- Le curare esL un poison de flèches employé par les indigènes de la Guyane et de l’Amérique centrale. C’est un extrait brun, résineux, obtenu à partir de divers Strychnos, plantes dont on retire la strychnine. Il est généralement conservé dans des calebasses ou des vases de terre et 6es propriétés varient beaucoup d’un échantillon à l’autre.
- Claude Bernard, opérant avec un produit qu’on lui avait apporté reconnut que le curare provoque une paralysie motrice très spéciale : le nerf reste excitable, le muscle aussi, mais leur connexion n’est plus assurée. L’animal curarisé devient inerte, las, comme pris d’une grande fatigue, puis il meurt par arrêt des mouvements respiratoires tandis que le cœur continue de battre. On a reconnu depuis que le curare agit surtout sur les ganglions parasympathiques et qu’il bloque le nerf vague ; par contre, mis au contact des centres nerveux, il les excite à la manière de la strychnine.
- Quel que soit son mode d’action, il immobilise le gibier atteint par une flèche ainsi empoisonnée. La chair peut être consommée sans risque, le curare n’agissant pas par voie digestive.
- On a songé à l’utiliser contre les convulsions et les contractures du tétanos, mais c’est un poison si redoutable qu’on n’a pas persisté.
- En 1940, Bennett, de l’Université de Nebraska, l’a employé pour diminuer les contractions musculaires de la crise épileptique provoquée par la convulsivolhérapie et les résultats qu’il en a obtenus ont incité Griffith et Johnson, de Montréal, à l’essayer pour réaliser un relâchement musculaire complet avant les opérations sur l’abdomen, sans pousser trop loin et dangereusement le sommeil anesthésique. La méthode s’est déjà répandue en Angleterre où l’on trouve sous le nom d’intocostrin un curare purifié d’action constante, et Griffith vient de publier les heureux résultats de ses 500 premières interventions. On a étendu l’emploi du curare, toujours avec anesthésie, à la bronchoscopie des sujets très fortement musclés, à la prostatectomie et tout récemment au traitement de la poliomyélite infantile.
- En vingt minutes, le curare injecté est éliminé et la respiration rentre dans l’ordre. Le seul incident observé est parfois l’arrêt des mouvements du thorax auquel on remédie aisément par la respiration artificielle, sans aucune suite fâcheuse.
- Est-ce le début d’une nouvelle utilisation et le curare, considéré jusqu’ici comme un poison très violent et mortel, trouvera-t-il des applications thérapeutiques, maintenant qu’on sait le purifier et qu’on ose l’injecter à doses précises ?
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- L'aviation en modèles rédui
- Le modélisme aéronautique a pris ces dernières années un grand développement dans les établissements scolaires, où a pris naissance une « technique » d’appareils faciles à construire par les débutants.
- Une grande quantité de plans a été mise au point par celte jeunesse enthousiaste, laquelle a réussi à faire évoluer le mouvement sur des bases sérieuses, évitant l’à peu près qui freine
- ! |i
- Cet appareil est muni de 8 brins de caoutchouc de 3,17.
- En cas de construction en peuplier, les sections sont les mômes, mais le fuselage est recouvert en 8/ioe.
- Nous serions heureux de recevoir les détails sur les travaux de nos lecteurs, leurs plans à mettre au net, leurs demandes de conseils, de renseignements, etc.
- G. Sablier.
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- Aéronautique üandarcet N=
- de 35 ;
- les vocations professionnelles, en ne permettant aux jeunes amateurs qu’un jeu ou un bricolage sans instruction efficace.
- Le modèle de début, mais de technique assez évoluée du jeune Lerat, un des anciens animateurs de l’équipe du Lycée Condorcet, a une longueur de 706 mm et une envergure de 910 mm.
- Les plans sont réduits exactement au 1 /4.
- Il est établi en lattes de balsa de 3 x 3 pour le fuselage, lequel est recouvert de planches de balsa de 10/10e.
- L’aile a un bord d’attaque de 3 x 3 et un longeron de 3 x 10; le bord de fuite est en 0 x 10 aminci au papier de verre. Elle est recouverte comme l’empennage en papier du Japon, verni avec deux couches d’enduit. Son dièdre aux extrémités est de 80 mm.
- L’empennage, de construction semblable, a en son milieu un caissonnage portant sur les longerons en planche de 10/10e.
- Un tissu de plume.
- On est en train de mettre au point aux Etats-Unis la fabrication d’un nouveau tissu. Ce sont les plumes de volailles qui en fournissent le fil.
- Les barbes des plumés sont séparées des tuyaux, stérilisées, mélangées à d’autres libres et filées suivant un procédé spécial. On peut tisser avec ce fil des étoffes de différents poids, comme on le fait avec les autres textiles. D’autre part, le fil de plume se mélange très bien avec les autres Lexiles : la rayonne, le coton, la laine et le nylon.
- Il a le môme aspect que la laine tout en ayant plus d’éclat. O11 peut le teindre en différentes couleurs. Sans aucune odeur, il est tout aussi lavable que le coton.
- 10 volailles pesant entre une livre et un kilo donnent 430 grammes de plumes. 11 faut utiliser les plumes de 38 volailles pour la fabrication du tissu nécessaire pour un costume d’homme, taille moyenne, et les plumes de 30 volailles pour une robe de femme.
- On utilise à peu près 73 pour 100 des plumes d’une volaille et à peu près 80 pour 100 de lu plume elle-même.
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- Les Livres nouveaux
- Esquisse d’une histoire de la biologie, par Jean Rostand. 1 vol. in-16, 255 p., 14 pl. Gallimard, Paris, 1945.
- Voici en raccourci une histoire des progrès de la biologie, depuis les précurseurs, R-cdi, Leeuwenhœk qui, les premiers, regardèrent au microscope, jusqu’aux conceptions actuelles sur l’hérédité, les mutations, la parthénogenèse, les hormones, la culture des tissus. En une série de chapitres bien choisis, centrés chacun sur une grande ligure de savant, on y trouve exposés les grands problèmes de la génération, du transformisme, de l’embryologie, de l’hybridation, tous lentement mûris, ardemment discutés, qui évoluent maintenant vers des conceptions physico-chimiques sans épuiser pour cela toute notre curiosité.
- Propos d’un pêcheur montagnard, par Jean
- Léfrançois. 1 vol. in-iG, 210 p., 3.8 gravures sur bois de Jean ' Muller. Ar-thaud, Grenoble et Paris, 11)45.
- Fort bien illustré, alerte, bicn-disant, voici ce livre de souvenirs de pêche à la ligne parsemés de paysages dauphinois grandioses et d’utiles conseils professionnels ; il se lit comme une bonne histoire très vivante.
- La photographie à l’infra-rouge, par M. DÉ-
- ribéré. 1 vol. in-8, 13G p., 105 fig. Montai, Paris, 1944.
- En certain nombre de substances permettent de sensibiliser les iliaques photo-grahiques à diverses -radiations infra-rou-
- JEUDI 17 JANVIER. Maison de la Chimie : 18 h. M. Jean Sarazln : « A propos de quelques techniques analytiques en chimie alimentaire ».
- LUNDI 21 JANVIER. Maison de la Chimie : 18 h. M. Dulou : « Carboxylation et décarboxylation ».
- SAMEDI 19 JANVIER. Palais de la Découverte : 15 h. M. Grégoire : « L énergie atomique » (projections).
- LUNDI 21 JANVIER. Maison de la Chimie : -JS li. M. Dulou : « Carboxylation et décarboxylation ».
- MARDI 22 JANVIER. Maison de la Chimie : 18 h. M. Defix : « Précision de la mesure des volumes ».
- MERCREDI 23 JANVIER. Maison de la Chimie : 18 h. M. Vadot : (t Les turbo-machines à fluide liquide ».
- JEUDI 24 JANVIER. Maison de la Chimie ; 18 h. M. Jean Bure : « L’appréciation de la valeur boulangère des farines et des blés ».
- SAMEDI 26 JANVIER. Palais de la Découverte : 15 h. M. Bené Lucas : « La vitesse de la lumière : de Rimer à Michel-son ».
- LUNDI 28 JANVIER. Maison de la Chimie : 18 h. le R. P. Mastagt.i : « Estérification ».
- ges et, l’on trouve dans le commerce des plaques toutes préparées. On en obtient des documents très différents des images ordinaires : les paysages changent de loin • les, la brume ne gêne plus, les lointains et les nuages deviennent nets et montrent tous leurs détails ; les tableaux montrent leurs repeints, les papiers leurs surcharges, les timbres-poste leurs surimpressions, la peau ses moindres troubles et éruptions. De là toute une. série d’applications que M. Déribéré décrit et figure avec précision.
- Théorie de l’orientation professionnelle, par
- - Pierre JNaville.. .1 vol... iii-iG, 290 p. Gallimard, Paris, 1945.
- Praticien de l’orientation professionnelle, railleur -se demande ce qu’elle peut et ce qu’elle doit être. Plus qu’un choix au profit de l’individu ou de sa famille, elle n'a <le sens que dans une société planifiée où le travail est réparti et imposé. Plus qu’un tri d'aptitudes elle est une recherche de possibilités d’adaptations et cela conduit à diminuer l’importance des épreuves psychotechniques et à augmenter celle des examens médicaux et biologiques. Cette critique constructive, fortement teintée de dirigisme étatique, remet en question les méthodes actuellement suivies.
- Le métier de géologue, par Charles Jacob.
- 1 vol. in-8, 78 p.-Masson et Cie, Paris.
- Dans cette conférence au Palais de la Découverte,,, le. professeur de la Sorbonne
- MARDI 29 JANVIER. Maison de la Chimie : 18 h. M. Ibeut : « Précision dans le domaine du pesage ».
- MERCREDI 30 JANVIER. Maison de la Chimie : 18 h. M. Texot : « Les turbines hydrauliques ».
- JEUDI 31 JANVIER. Maison de la Chimie : 18 h. M. II. Guillemet : « Quelques aspects nouveaux de la panification. Répercussions sur la possibiité d’accorder la valeur boulangère d’une, farine, panifiable avec sa valeur alimentaire ».
- SAMEDI 2 FÉVRIER. Palais de la Découverte : 15 b. M. Heim : « Les rapports entre les insectes et les champignons ».
- LUNDI 4 FÉVRIER. Maison de la Chimie : 18 h. M. Courtot : « Emploi des organo-métalliques ».
- MERCREDI 6 FÉVRIER. Maison de la Chimie : 18 h. M. Saixt-Vaulry : et Les pompes centrifuges et hélicoïdes ».
- JEUDI 7 FÉVRIER. Maison de la Chimie : 18 h. Prof. Girard : « Pertes diélectriques ,et structure du verre ».
- SAMEDI 9 FÉVRIER. Palais de la Découverte : 15 h. M. Leprince-Ringuet : « Les très grandes énergies de la physique atomique ».
- explique ce qu’est ce métier, une des plus grandes joies de connaître. Il va des carrières des environs de Paris jusqu’aux Alpes et au Massif Central pour montrer les strates, leur succession, les plis, et les failles, les dislocations et les éruptions qui rendent si complexe la surface du globe. II la montre sur les cartes, en avion, sous les mers, puis rappelle tout ce qu’on en tire : les carrières de matériaux de construction, les mines de houille et de minerais, les eaux souterraines, les puits de pétrole, sans parler des grands travaux : tunnels, barrages qui ne sont possibles qu’après que le sous-sol a été reconnu. Des indications bibliographiques renvoient aux meilleurs traités e.t crd-nxposé.enth'U!-siasle est une excellente Tuitialion.
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- LA NATURE
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- Cours et conférences à Paris
- Le gérant : G. Masson. — masson et cie éditeurs, paris. — dépôt légal : ier trimestre 1946, n° 288. BARN’ÉOUD FRÈRES ET C1® IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 386. — 1-1946.
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- LES PERLES DE CULTURE
- et la
- GUERRE
- Il faut reconnaître que celle industrie appartient en propre au Japon et que la c onc un en ce tentée en Europe et en Amérique n’a pas donné de bons résultats ; mais il n’en détient pas la paternité,
- (suite p. 34).
- Fig-. 1. — La baie d’Ise, près de Nagasaki.
- SOMMAIRE
- Les perles de culture et la guerre, par Victor FORBIN . . . 33
- Chauffage électrique par induction, par R. CHAUVINEAU. 36
- L'envasement du port de Hon-fleur, par C. FRANCIS-BŒUF et V. ROMANOVSKY 39
- La fusée radioélectrique à temps variable, par M. ADAM. 41
- Les hivers rigoureux depuis un siècle, par Jean BOURGEOIS . . 43
- Peut-on faire du ciment sans charbon ? par A. TROLLER . . . 45
- Les polythènes, par L. PERRUCHE. 47
- Les Livres nouveaux. ..... 48
- N° 3105 Ier Février 1946
- Le Numéro 15 francs
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- Fig. 2. — Récolte des huîtres à mer basse, près de Yokohama.
- comme nous l’avons exposé ailleurs (l), en énumérant plusieurs cas historiques qui remontent à une centaine d’années.
- La production de perles cultivées se centralise au Japon dans la baie d’Ise, à faible distance des ruines accumulées à Nagasaki par la bombe atomique; baie parsemée de petites îles qui se prêtent merveilleusement à l’élevage des huîtres. Nombreux y sont les parcs exploités par de petits propriétaires ; mais aucun ne saurait rivaliser avec M, Kikiti Mikimoto, le grand promoteur de l’industrie, dont les établissements couvrent 4o ooo acres., de .mer. Agé de plus de 90 ans, il comptait à son service, avant la guerre, quatre milliers de jeunes pêcheuses, la plupart filles et petites-filles de femmes qui travaillèrent sous ses ordres, lorsqu’il débuta pauvrement, et pour acquérir de nos jours l’une des plus grosses fortunes de l’empire d.u Mikado. Elles demeurent presque toutes dans les parages de Toba, sur la côte ferme, résidence de M. Mikimoto, qui peut, selon la rumeur publique, les surveiller de son balcon, en s’armant de puissantes jumelles.
- La guerre a porté un coup fatal à celte industrie. Quelques mois avant l’attaque traîtresse de Pearl-IIarbour, le gouvernement japonais réquisitionna tout le personnel masculin et féminin des pêcheries pour le faire travailler dans les fabriques d’armes et de munitions. Quand les stocks de fer furent épuisés, les corbeilles de fil métallique où sont parquées les huîtres en cours de traitement furent transportées aux usines, et il faudra des années pour les remplacer. Mal informées sur la situation des parcs, les autorités japonaises comptaient, dit-on, sur la production de perles et leur exportation, sinon pour relever les finarices du pays, tout au moins pour acheter à l’étranger les vivres indispensables, sous la menace de famine qui pèse sur le Japon. Avant la guerre, cette production rapportait annuellement 200 millions de livres sterling, auxquels la vente des coquilles ajoutait une autre centaine de millions. Par suite de l’abandon prolongé des. parcs, les huîtres « mûres » sont devenues rares, et l’on calcule qu’elles le seront davantage encore de 1946 à 1949, pour les raisons que nous allons exposer.
- Les opérations.
- Bien que M. Mikimoto ait fait breveter ses procédés dans les pays qui pourraient les appliquer, de par leur géographie et
- 1. Les Richesses de l’Asie (Êdit. Payot), ouvrage actuellement sous presse.
- leur température ambiante, on ne connaît pas exactement les détails des opérations. Les visiteurs étrangers ne sont pas admis avec ferveur dans la baie d’Ise.
- Les plongeuses, habituées à rester sous l’eau plus d’une minute et demie, faculté qu’elles doivent en partie à l’atavisme, choisissent des huîtres âgées apparemment de trois ans. Elles les détachent de leur base, non sans prendre soin d’insérer entre les valves des languettes de bambou, les déposent dans le panier suspendu à leur cou et remontent en surface. Des spécialistes insèrent dans la chair du mollusque un fragment de nacre, provenant de la coquille d’une espèce dite de RosSeki, dont l’habitat est l’embouchure du fleuve Jaune, en Chine. Les huîtres traitées doivent regagner la mer dans un délai maximum de deux heures; on les dépose, au nombre de 5o à 100 par récipient, dans de grands paniers de fil de fer que des cordes, attachées à un radeau en surface, maintiennent à la profondeur voulue.
- A l’époque où les huîtres, dites mûres, sont sur le point d’expulser leurs perles, alors qu’elles sont âgées de six à sept ans, les plongeuses rentrent en action et remontent les mollusques. Des experts les ouvrent et classent les perles d’après leur qualité et leur grosseur. Nous supposons que des larcins se produisent pendant cette dernière opération, à en juger par les perles que rapportent chez eux soldats et marins américains, selon un écho que nous avons lu dans un journal de New-York — et qu’ils n’ont pas dû payer au prix fort!
- Dix ou douze ans avant la guerre, les Japonais firent d’heureux essais de culture de perles en Océanie, autour de l’île Pau-lau, en se servant de mollusques d’une espèce propre à certains archipels polynésiens; les perles produites sont grosses et d’une teinte argentée. Nous ignorons ce qu’il est advenu de ces établissements durant la guerre.
- Une des dernières éditions d’une revue annuelle de Tokyo, le Japan Year Book, nous apprend que la baie d’Ise est parfois balayée par le Courant Rouge, invasion catastrophique, car elle amène des organismes parasitaires qui s’attaquent aux huîtres et les tuent par milliers.
- Fig. 3. — Une plongeuse japonaise.
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- Oè le silence est de rigueur.
- Jusqu’à la Abeille de l’entrée en guerre du Japon, les perles recueillies dans la baie d’Ise étaient vendues deux jours palan, en avril et en octobre. La presse ne mentionnait jamais les dates à l’avance, le mot d’ordre étant de décourager les acheteurs étrangers qui auraient voulu assister à la vente; et c’est dire que, seuls, les acheteurs indigènes prenaient part à ces mystérieuses enchères, les plus secrètes qu’il y eût de par le monde.
- Les perles étaient rangées, selon leur beauté et leur grosseur, dans de petits sacs de toile. Les clients avaient le droit d’examiner et de palper le contenu; mais il leur était interdit d’échanger des propos; s’ils s’oubliaient à prononcer une seule parole, ils étaient poliment expulsés de la salle de vente. Ils épinglaient sur le sachet de leur choix un morceau de papier portant leur nom et en tendaient un autre, indiquant le prix qu’ils offraient, au commissaire-priseur. Tout se passait ainsi dans un silence absolu. On ne voit pas très bien à quoi servait tant de mystère; mais la mentalité japonaise nous présenlc lant de points obscurs !
- Les acheteurs disposaient leurs perles en colliers et les expédiaient à leurs agents de Londres et de Paris, par poste recommandée et valeur déclarée, chaque colis contenant de 20 à 5o colliers.
- Non contents d’inonder le monde de leurs perles cultivées, les Japonais étaient passés maîtres dans l’art de fabriquer de toutes pièces des imitations. Les vraies perles doivent offrir une légère teinte rosée; elles sont froides au toucher, alors que les fausses donnent une sensation de chaleur. La façon la plus sûre de faire une distinction, c’est encore — avec l’autorisation du joaillier ! — de les soumettre à la pression des dents : la vraie perle sort indemne de l’expérience; chez la fausse, l’enveloppe-
- Fig. 4. —- Récolte en baie d’Ise.
- ment de nacre se brise, ne laissant qu’un vulgaire noyau de verre.
- On peut ajouter que les vraies perles cultivées coûlei’ont plus cher qu’avant la guerre, lorsqu’elles réapparaîtront sur les marchés de Londres et de Paris : les petites plongeuses de la baie d’Ise réclament à leur tour une hausse de salaire.
- Victor Fokbi.v
- Les écailles des poissons du Niger
- L’âge des poissons peut se déduire de mensurations statistiques. Dans les régions à forts écarts de température, pour les espèces à ponte saisonnière, on reconnaît ainsi des classes annuelles de tailles croissantes.
- En même temps que l’animal grandit, ses écailles font de même et si la croissance est discontinue, on voit sur les écailles des stries alternativement claires et sombres. Si l’animal grandit beaucoup pendant la saison chaude et s’arrête de croître durant Phiver, le nombre des stries sombres indique le nombre d’années qu’il a vécu.
- Cette méthode d’évaluation, la scalimétrie, a été développée par les Norvégiens, d’abord par Iljort et Lea, depuis 190S ; elle est aujourd’hui couramment employée.
- Peut-elle l’être aussi dans les régions équatoriales où les saisons sont moins marquées et Ta température de l’eau bien plus constante P
- En 1921, Mohr; observant les écailles des poissons d’eau douce de Malaisie, de Ceylan, de Nouvelle-Poméranie y. retrouva les mêmes anneaux et les supposa liés à la périodicité sexuelle bien plus qu’aux changements saisonniers de température. En 1929, Chevey remarqua que les poissons de même espèce ont des écailles striées au Tonkin où la température de l’eau varie de 27°-28° en été à 23°-24° en hiver, tandis qu’elles sont lisses en Indochine dans, des eaux de température sensiblement constante (27°-28°).
- Mais Chevey trouva bientôt après des anneaux sur les écailles des poissons marins des bouches du Mékong et du Bassac et sur ceux d’eau douce des grands fleuves de Cochinchine et du Cambodge, en rapport avec les régimes de basses et de hautes eaux et les changements de nourriture qu’ils provoquent. En 1942, Bertran, Borley et Trewavas n’observent pas d’anneaux chez les poissons du lac Nyassa, bien que la température y varie de 21° à 28°.
- M. Théodore Monod, directeur de l'Institut français d’Afrique noire, vient d’étendre ces recherches au Niger moyen et d’en publier les résultats dans les Comptes rendus de VAcadémie des Sciences. La température des eaux varie à Niamey de 1S°8 à 38°7, mais surtout les conditions de A?ie sont toutes différentes de celles du lac Nyassa. En juin, le lac Débo est une plaine calcinée et poussiéreuse, piétinée par les troupeaux peuls ou touaregs à la recherche des derniers brins de paille et la Ane aquatique est réfugiée dans d’étroits chenaux ; en décembre, c’est une immense étendue d’eau, à perte de vue, toute parsemée de plantes aquatiques, où la AÛe pullule. Près de Ségou, le débit du fleuve passe de 30 m/sec. à 7 800, à Koulilcoro de 37 à il 700 m/sec. Les poissons ont des écailles annelées.
- . L’hiver devient la saison de grande croissance, l’été celle de vie ralentie. Il semble qu’il y a inversion du rythme qu’on observe dans les régions tempérées et boréales.
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- CHAUFFAGE ÉLECTRIQUE PAR INDUCTION
- Il y a fort longtemps que l’on utilise pour le chauffage industriel le dégagement de chaleur produit par le passage de courants électriques dans des conducteurs plus ou moins résistants. L’utilisation en particulier de fours électriques à résistance ou à arc pour la fusion des métaux remonte à plus d’un demi-siècle. Dans ces procédés, la chaleur utile est envoyée par conduction ou par rayonnement dans la masse à chauffer. Il y a toujours un organe chauffant intermédiaire, résistance électrique dans le premier cas, arc électrique dans le deuxième. On a songé depuis une vingtaine d’années à utiliser les phéno: mènes d’induction pour dégager la chaleur au sein même de la masse à chauffer. On sait depuis Ampère qu’un courant alternatif circulant dans un circuit entretient, dans un circuit ou dans une masse conductrice voisine, un autre courant alternatif.
- Ces courants induits provoquent des échauffements considérables et nuisibles dans toutes les machines à courant alternatif comprenant des pièces métalliques compactes, telles que moteurs, alternateurs, transformateurs. Ils sont alors appelés courants de Foucault et nécessitent un feuilletage des tôles employées
- développée dans leur sein n’est appréciable que si la fréquence est élevée. Par unité de volume, elle peut s’écrire :
- W = BE2/
- / étant la fréquence, E l’amplitude du champ alternatif au voisinage du corps traité et B une constante dépendant de ce corps. Cette puissance est proportionnelle à la fréquence. A titre indicatif B est égal à 0,1 pour le quartz, io pour le verre,
- 77 pour le caoutchouc, 128 pour le chêne. On voit ainsi que le bois s’échauffe remarquablement bien.
- Dans cette sorte de chauffage appelé improprement « chauffage par pertes diélectriques » (il ne s’agit pas ici de perles, mais bien au contraire de gain), la température est uniforme dans toute la masse chauffée.
- Solénoïde
- Fig. 2. — Creuset de fusion dans lequel I® métal est chauffé par induction.
- AMAAr
- 'O'
- Lvvwv^
- Inducteur
- ‘ •
- Fig. 1. — Schéma d’un chauffage électrique par induction avec générateur haute fréquence a lampe électronique.
- T, lampe à trois électrodes ; C, L, capacité et self clu circuit oscillant ; A..B., bornes l’entrée du courant primaire ; PS, transformateur sans fer ; C,, condensateur
- du circuit inducteur.
- dans ces machines. Les premières réalisations du chauffage électrique par induction ont consisté à faire naître des courants de Foucault dans des masses métalliques : l’on a construit sur ce principe des fours de fusion et des fours pour traitements thermiques des métaux. Ces applications ont pris peu à peu vin assez grand développement. Mais en ces dernières années, le chauffage par induction a trouve une voie nouvelle; il a été appliqué aux substances peu conductrices ou même isolantes. Dans ce cas, il n’y a plus, à proprement parler, de circuits parcourus par courants d’induction.. Mais si on fait .de ccs substan-ces le diélectrique d’un condensateur en les plaçant entre des armatures métalliques, elles s’échauffent rapidement quand les armatures sont soumises à une tension alternative de haute fréquence.
- Loi des échauffements.
- Résumons très brièvement les lois physiques des échauffements qui conditionnent les applications de ce procédé.
- Pour les corps conducteurs, le phénomène fondamental dont il faut tenir compte est l’inégale répartition des courants et, par suite, des températures dans l’épaisseur de la masse à chauffer. Plus la fréquence esFélevée, plus les courants ont tendance à se localiser dans une zone mince à la surface du conducteur dans lequel ils circulent. Le choix de la fréquence du courant de chauffage dans ce cas dépendra donc de la profondeur à laquelle doit pénétrer le chauffage.
- Pour les- substances diélectriques, la puissance calorifique
- Générateurs de courant.
- Nous voyons dans tous ces phénomènes l’importance fondamentale de la fréquence qui doit être, suivant les cas, tantôt faible et tantôt élevée. On ne peut donc songer à utiliser directement le courant du secteur qui délivre uniformément des courants à 5o périodes; On utilise des générateurs spéciaux de courants alternatifs constitués soit par des alternateurs dits à « haute fréquence » (bien que leur fréquence ne dépasse pas 5 000), soit par des générateurs à tubes électroniques absolument identiques aux émetteurs de télégraphie sans fil utilisés pour la radiodiffusion par exemple. La figure x représente un schéma d’un dispositif de chauffage avec générateur à lampes. Ce générateur est un auto-oscillateur classique constitué par le tube T et le circuit oscillant comprenant la self L et le condensateur C. Un transformateur sans fer PS véhicule les courants alternatifs créés. Le corps à traiter (induit) est entouré par quelques spires de l’inducteur, que l’on appelle en général le solénoïde inducteur. La tension d’anode du tube est amenée par les bornes A et B. La tension filament n’a pas été représentée.
- Lorsque l’on veut de grandes puissances et que l’on peut se contenter de fréquences faibles (inférieures à 5 000), on utilise de préférence les alternateurs. S’il est nécessaire d’utiliser des fréquences élevées ou des fréquences variables, il devient indispensable d’utiliser des générateurs électroniques. On obtient déjà couramment par ce moyen des puissances de a5o kW et on espère arriver jusqu’à 1 000 kW. On utilise dans ce cas des lampes de grande puissance refroidies par eau, alimentées en haute tension sous 12 000 Y et plus, à l’aide
- Pièce à tremper
- Solénoïde.
- Conden-
- sateur
- Fig. 3. — Chauffage d’une pièce cylindrique en vue de la trempe.
- Le solénoïde parcouru par un courant haute fréquence produit dans la pièce des courants induits qui se localisent dans une pellicule superficielle.
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- Fig. 4.
- — Creuset pour four à induction haute fréquence destiné à la production d’aciers spéciaux.
- de redresseurs à vapeur de mercure. L’énergie est naturellement prise au secteur.
- Le chauffage par induction a pris une très grande extension en Angleterre et en Amérique pendant les hostilités, aussi bien pour les fusions et pour les traitements thermiques de métaux que pour le traitement de substances diélectriques. Nous allons passer en revue rapidement ces applications.
- .. ........ Fusion de métaux.
- La figure 2 montre le dispositif adopté. La charge à fondre est placée dans un creuset en matière réfractaire. Le solénoïde entoure le creuset. Il est en général creux et refroidi par un courant d’eau. Le profane qui assiste à une coulée voit ce spectacle étonnant d’un corps qui fond sans aucune source de chaleur au voisinage. Ce mode de chauffage permet d’effectuer des opérations impossibles à réaliser avec tout autre four. On peut en particulier opérer sous vide, ou en atmosphère inerte. Le four à induction est particulièrement recommandable pour les traitements de laboratoire, la fabrication des aciers spéciaux, de l’aluminium pur. Étant donné la possibilité d’obtenir facilement de hautes températures au sein du corps traité, on peut chauffer en atmosphère fermée jusqu’à atteindre la sublimation du corps et opérer une distillation fractionnée.
- On peut ainsi affiner le zinc ou le magnésium.
- Traitements thermiques.
- Nous avons vu précédemment qu’en utilisant des fréquences élevées, les courants se localisent à la surface des corps traités. Cet effet pelliculaire (appelé par ies Anglais les « skin effect » ou effet de peau) permet de régler à volonté l’épaisseur du métal chauffé, possibilité précieuse dans la technique de la trempe des métaux. On peut ainsi tremper des vilebrequins d’automobiles, des axes de montre et même des pièces plates, effectuer des opérations de recuit, brasure, etc..., La durée du traitement est un facteur essentiel pour la bonne marche de l’opération. Elle ne dépasse pas en général quelques secondes, ce qui permet d’obtenir un débit
- considérable. La figure 3 montre comment placer le solénoïde inducteur pour tremper une pièce cylindrique et une surface plane. Pour toutes ces opérations, on utilise couramment des fréquences allant jusqu’à 1 000 000.
- La figure 4 représente un creuset servant à la préparation d’aciers spéciaux. On voit en dessous le solénoïde inducteur qui entoure le creuset. Lorsque le traitement est terminé, le four bascule autour d’un axe horizontal et le métal fondu s’écoule par une gouttière dans un récipient approprié.
- La figure 5 représente une installation complète de 25o kW dont la figure 4 n’est qu’un élément. On y distingue deux creusets travaillant à tour de rôle. Les organes radioélectriqùes ‘ sont placés derrière la face sur laquelle on distingue les boutons de réglage de la fréquence, de la puissance, etc...
- Chauffage par pertes diélectriques.
- Le corps traité est ici peu conducteur. On utilise alors des fréquences élevées allant jusqu’à 20 000 000 et même plus (correspondant à des longueurs d’ondes de quelques mètres) afin d’obtenir un échauffement suffisant qui ici est uniforme dans la masse puisqu’il n’y a pas de courants électriques. On peut utiliser un générateur tel que celui représenté sur la figure 1. Le corps traité est placé entre les lames du condensateur G:. Les opérations industrielles rendues possibles par cette méthode sont très variées : séparation directe du caoutchouc à partir du latex, élaboration et travail du verre, stérilisation des fruits et légumes, polymérisation des vernis synthétiques, séchage des bois verts, collage de bois contreplaqués, etc. Les durées d’opérations sont très courtes, au maximum de quelques minutes.
- Conclusion.
- On voit par cette étude rapide quelle variété d’applications comporte ce mode de chauffage, si peu répandu encore en France. Il ne faut pas oublier que le matériel est fort cher. Aussi le domaine d’application du chauffage par induction doit-il être limité aux opérations pour lesquelles les procédés
- Fig. 5.
- Four d’induction haute fréquence à deux creusets.
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- connus de chauffage sont inefficaces. La branche qui paraît la plus riche de possibilités est certainement le chauffage par pertes diélectriques. On en trouve des applications nouvelles tous les jours. En Angleterre,, on a. pu par ce procédé transformer la technique de l’ameublement, de la fabrication des cellules d’avion. Demain, ce procédé appliqué au séchage artificiel des bois permettra de supprimer les coûteux séchages naturels qui immobilisent souvent pendant plusieurs années des stocks importants, tandis que le chauffage par induction les
- rend disponibles en quelques instants. Il y a là un champ d’activité très vaste qui doit prendre une place de choix dans l’industrie électrique de notre pays (x).
- Robert Ciiauvinexu.
- 1. Les deux photographies qui illustrent cet article nous ont ét6 aimablement communiquées par la Société industrielle des Procédés Loth, 11, rue Ed. Nortier, Neuilly-sur-Seine.
- L'Angleterre a maintenant « son » pétrole
- Plus • heureux que la France qui cherche, vainement jusqu’ici, (les hydrocarbures liquides dans son sol métropolitain comme dans celui de ses colonies, nos voisins d’outre-Manche viennent de découvrir de riches gisements pétrolifères, succès qu’auront précédés de coûteux et laborieux échecs.
- Comme nous l’avions dit dans un récent ouvrage C1), le Gouvernement, Britannique finança, durant l’avant-dernière guerre, des prospections en profondeur que des foreurs américains poursuivirent dans lés Midlands et en Ecosse. La plupart des vingt ou vingt-cinq puits creusés s’avérèrent « secs » ; un seul, foré à Hardstoft, sur les domaines du duc .de Devonshire, produisit quotidiennement 40 barils d’une huile de basse qualité. Le Gouvernement avait dépensé plus d’un million de livres sterling, quand il abandonna les recherches.
- En 11)35, la puissante Compagnie Anglo-Iranienne, alléchée par le fait qu’une gare de chemin de fer, à Heathfield, dans le Sussex, s’éclairait au gaz naturel, entreprit des sondages à grande profondeur dans cette région ; à son Jour elle,, s'avoua vaincue.
- Les choses prennent désormais une tout autre tournure ; elles se seraient déroulées aux États-Unis qu’elles auraient provoqué un rush ; mais les Anglais sont des gens calmes et pondérés. D’ailleurs, une loi volée par le Parlement en 1934 décrète que tous les dépôts d’huile minérale appartiennent à la Couronne — au grand dàm de M. Thomas Marshall, fermier à Newark (comté de Nottingham), sur les champs duquel on extrait chaque jour 100 000 gallons d’une huile qui rivalise de pureté avec celle des fameux gisements de Pennsylvanie. Sans ce malencontreux bill, le brave homme serait déjà millionnaire ; force lui est de se contenter du salaire qu’il gagne en travaillant comme manœuvre sur lés chantiers d’extraction.
- L’exploitation se poursuit d’après les méthodes les plus modernes. Les terrains ne sont pas hérissés de ces forêts de tours métalliques que nous montrent les photographies d’antan et qui révélaient de loin l’existence des champs pétrolifères. On commence par forer un sondage d’une profondeur d’une trentaine de mètres au fond duquel on fait exploser une charge de gélignite. L’ingénieur géophysicien enregistre avec son appareil les ondes acoustiques qui se produisent ; il peut ainsi déterminer s’il y a des chances de rencontrer là la roche-mère contenant le pétrole. Si le résultat est satisfaisant, on monte un derrick dont le trépan, actionné par une force motrice qu’apporte un tuyautage enterré, pénétrera jusqu’à la strate de grès, laquelle se trouve à des profondeurs variant de 809 à 900 m. On démonte alors la tour pour la transporter sur un autre point ; elle est remplacée par une valve où l’on installera une pompe. Le gusher ou jaillissement, qui donnait lieu jadis à des incidents spectaculaires, est considéré maintenant comme une hérésie, aussi coûteuse que dangereuse : elle gaspillait l’huile, abîmait la machinerie et provoquait des incendies qu’il n’était pas facile d’éteindre.
- 1. Le pétrole dam le monde (Éditions Payot).. .......
- De la façon dont elles sont conduites, les opérations ne laissent pour ainsi dire pas de traces et respectent le paysage. Après l’enlèvement du derrick, son emplacement n’est occupé que par une borne métallique de médiocre volume autour de laquelle prospèrent la luzerne ou les arbres fruitiers.
- Pour le moment, les ingénieurs ne cherchent qu’à déterminer par puits et sondages les limites du gisement ; ils ne se sont donc pas encore attaqués à la région la plus productive. Sur 253 forages, 237 ont déjà donné plus de 390 009 tonnes de pétrole. Extraite par pompes automatiques, l’huile est riche en lampant et en lubrifiant ; sa gravité spécifique varie de 0,83 à 0,89.
- La persévérance des Anglais se trouve ainsi brillamment récompensée. Souhaitons que nos ingénieurs pétroliers tirent profit de cet exemple.
- Y. F.
- Les chars de combat et la construction soudée.
- Au début de la guerre, dans les véhicules blindés anglais, les assemblages des plaques de blindage sur les châssis s’effectuaient par rivets. A la fin de la guerre, ce mode de construction était remplacé sur tous les chars de combat, légers ou lourds, par la soudure autogène. Cette substitution est motivée non seulement par des raisons d’économie de main-d’œuvre, de rapidité de construction et d’allégement du véhicule, mais surtout par des motifs de qualité. Les très sévères épreuves auxquelles les véhicules soudés ont été soumis ont révélé que leurs assemblages résistaient mieux que les assemblages rivés, aux percussions violentes d’une part et à la pénétration des projectiles d’autre part.
- Naturellement, la mise au point du procédé n’a pas été sans exiger des recherches assez ardues. La soudure de tôles de 30 mm d’épaisseur posait de difficiles problèmes aux techniciens. Comme presque toujours dans les questions industrielles, il fallait trouver un compromis entre deux conditions contradictoires : les blindages sont d’autant plus résistants que leur acier a une teneur plus forte en carbone ; mais la soudabilité diminue avec la teneur en carbone. Il a fallu également perfectionner les montages de travail et détailler dans de minutieuses instructions à l’usage des opérateurs les différentes phases d’exécution de chaque soudure.
- Les méthodes mises au point pour la construction des chars ont été tenues secrètes pendant toute la guerre. Elles commencent maintenant à être divulguées dans la presse technique. On espère en effet qu’elles pourront être appliquées avec le même succès .à des constructions du temps de paix.
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- L'ENVASEMENT DU PORT DE HONFLEUR
- Si vous, arrivez polir la première fois à Ronfleur, à marée basse, vous serez saisi d’élonnement devant ces montagnes de vase qui encombrent le port; de-ci de-là, des filets d’eau jaunâtre coulent au plus profond d’assez larges „ chenaux qui séparent les monticules vaseux : trait caractéristique pour le peintre attiré par celte vieille ville.
- Malheureusement si l’envasement continue, et il continuera si l’on n’intervient pas bientôt, Ronfleur ne sera plus un port, mais une ville morte pour la navigation.
- R reste encore un chenal important venant du bassin de l’Est, entretenu par un ruisseau : la Mollette qui se jette au fond de ce bassin, serpentant à travers les bancs de vase. De petites rigoles en descendent de tous côtés pour venir grossir son faible cours. Tous ces petits ruisseaux forment, en miniature, l’ensemble d’un grand fleuve. On y trouve le bassin d’alimentation, le canal d’écoulement et le delta où la vase, entraînée par notre petit cours d’eau, se disperse dans le grand chenal. Amarrées aux quais, perchées sur ces hauts fonds, si l’on peut s’exprimer ainsi, on aperçoit les barques des pécheurs, penchées les unes contre les autres, défiant les lois de l’équilibre; plus loin, près d’un autre quai où il reste un peu d’eau, les bateaux d’un plus fort tirant ont mouillé, formant un groupe triste, qui attend que la mer monte et le tire de son engourdissement, pour aborder ou reprendre le large.
- A quoi est dû le lamentable aspect de ce petit port naguère si pittoresque ?
- Avant la guerre le port était entretenu : une dragueuse venait périodiquement dégager les quais.
- Même à basse mer, on ne voyait nulle part ces
- énormes amas de vase. A toute heure de la journée des bateaux importants pouvaient accoster partout. Depuis 1939, le fond n’a plus jamais été dragué, la vase a pu se déposer suivant le jeu des marées. Quand les écluses étaient intactes, le fonctionnement des portes permettait, à basse mer, de chasser une partie de la vase, mais avant de quitter Ronfleur, les Allemands ont fait sauter les chasses et les écluses, favorisant ainsi l’accumulation intensive des dépôts.
- Quelle est donc celte maladie des ports de l’estuaire ?
- Cel envasement n’est pas spécifique à Ronfleur, tous les ports de l’estuaire de la Seine s’envasent aussi rapidement :
- Fig. 2. — Honfteur à basse mer.
- Avant-port vu en direction du quai de la jetée de l’Est.
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- Port-Jérôme, construit quelques années ayant la guerre, est devenu inutilisable.
- La cause principale de l’envasement est due à la marée. Les eaux, chargées d’une grosse quantité de matériaux en suspension, pénètrent dans le port au cours du flot. Pendant l’étale de haute mer, lorsque les courants et la turbulence des eaux deviennent pratiquement nuis dans le port, ces matériaux se déposent. Lorsque la mer se retire, au cours du jusant, les matériaux, qui sont encore en suspension, collent à la vase le long des pentes et augmentent encore l’accumulation. Ainsi, à chaque marée, le dépôt de vase grandit. Le Service de la Navigation des Ponts et Chaussées a mesuré l’épaisseur du dépôt qui se forme à chaque marée. Cette épaisseur varie avec la cote absolue du fond; elle est de 6 mm à + 2,5o m et 0,1 mm à + 5,90 m. Une accumulation de 6 mm par marée donnerait 12 mm par jour et 4,4o m par an. En réalité, les dépôts par marée n’ont pas toujours cette importance et la vase, à mesure qu’elle se dépose et qu’elle est recouverte par d’autres couches de vase, se tasse par perte d’eau.
- Les Ponts et Chaussées nous ont fourni les chiffres d’envasement dans le port de Ilonfleur, en relevant les cotes de 1939 et celle de 1945. Nous savons ainsi l’importance de l’accumulation de la vase en six années au cours desquelles aucun travail de dragage n’est venu perturber cette sédimentation. La hau-
- teur de la vase déposée varie entre 2,4o m et 4,70 m, suivant la cote du point où a été mesurée l’épaisseur du dépôt.
- Pour amener et déposer de telles quantités de sédiments, il a fallu des courants de flot très violents contenant en suspension des quantités très importantes de maLériaux. Dans le chenal, à l’entrée du port, en face du sémaphore, nous avons mesuré des courants dépassant 0,70 cm/sec. transportant de 2 à 6 g de matériaux au litre suivant la profondeur de la prise d’eau. Quand on pense que la surface de la coupe droite du chenal d’entrée du port a une section de l’ordre de 200 m2, on se rend facilement compte du tonnage énorme transporté par seconde par le courant de flot. Une partie évidemment est évacuée par le jusant, mais une autre reste dans le port !
- Jusqu’en 1989, le port était fréquenté par une importante flottille de pêche. A cette époque l’envasement du port était compensé par des dragages et par le jeu des chasses. Depuis cette date tout entretien a pris fin. La vase s’est accumulée de jour en jour davantage. Les barques de pêche n’ont plus guère que quelques heures, quatre au plus, avant et après l’étale de haute mer, pour entrer et sortir, et encore faut-il qu’elles empruntent les chenaux. Les anciens bassins sont inutilisables. Le bassin de l’Ouest, d’où était parti Champlain vers le Canada, n’est plus praticable, des herbes poussent çà et là et, à haute mer, une couche d’à peine 10 cm d’eau couvre l’étendue brillante et lisse de la vase. Au fond du bassin une caravelle, faussement ancienne, ajoute une note de tristesse et d’abandon. On se demande si ce bassin pourra jamais être récupéré.
- Devant ce spectacle, les pêcheurs sont navrés. Et si le désen-vasement n’esF pas rapidement énfrepris,'Honfleur sera rayé de la liste des ports français.
- Le problème dépasse le cadre local, il intéresse aussi bien l’Économie nationale que la Reconstruction. Il faut agir et agir vite, car la vie d’une petite ville très vivante, charmante, industrielle et de vieille tradition maritime en dépend. .
- Si Moniteur redevenait accessible aux navires charbonniers, ses usines de briquettes, les rares qui soient intactes en France, pourraient marcher à plein rendement ; la différence entre le transport par mer et par fer couvrirait, et au delà, les frais occasionnés par un dragage complet du port.
- L’avenir du port est entre les mains des autorités compétentes ; les quelques années qui viennent décideront de sa vie ou de sa moit. c, Francis-Boeuf et Y. Romanovsky.
- PROTECTION DES BRIQUES RÉFRACTAIRES au moyen d'un revêtement métallique
- Les écarts de température auxquels sont soumis'lefj carnaux d’une chaudière à vapeur, mettent les briques réfractaires à une rude épreuve qui nécessite un entretien suivi et le fréquent remplacement de certains éléments. La mise hors service des installations pendant ces réioarations est souvent la cause de graves préjudices surtout en ce qui concerne la marine, à cause du temps perdu par immobilisation des bateaux dans les ports.
- C’est ce qui donna, à l’Ingénieur en Chef d’une de nos grandes compagnies de navigation, l’idée de protéger les briques par un léger revêtement métallique qui leur confère une meilleure conductibilité et assure une meilleure répartition de la chaleur.
- Un essai fut tenté en 1937 dans le port de Marseille sur un paquebot faisant le service avec l’Algérie. Comme je disposais d’un outillage de métallisation « Shoop », un petit bloc de maçon-
- nerie portatif et quelques briques isolées furent revêtus d’une pellicule d’aluminium et déposés ensuite dans un carnau de chaudière.
- Après un voyage aller et retour, les témoins avaient parfaitement résisté tandis que parmi les quelques briques non métallisées déposées dans la même zone, plusieurs étaient fissurées et deux avaient éclaté.
- La mort inopinée de l’Ingénieur en Chef de la Compagnie de navigation et mon départ de Marseille interrompirent les essais.
- Il semblerait intéressant cependant de poursuivre cette expérience pour la mise au point d’une idée susceptible de rendre de grands services en laboratoire et dans de nombreuses industries.
- P. Basiaux-Defrance.
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- LA FUSÉE RADIOÉLECTRIQUE A TEMPS VARIABLE
- Cette invention de nos alliés semble être passée jusqu’à ces derniers temps à peu près inaperçue, éclipsée sans doute par le « radar » dont elle est pourtant une application directe. Les Anglo-Saxons n’hésitent pas à la qualifier d’invention la plus remarquable du temps de guerre, ce qui n’est pas un mince éloge.
- De quoi s'agit-il donc exactement ? D’une fusée d’obus à fonctionnement radioélectrique qui déclenche l’éclatement de l’obus dès que celui-ci arrive à 20 m environ au-dessus de l’objectif. Les obus qui en sont pourvus (obus de 120 mm) présentent évidemment un très gros avantage sur les fusants et les percutants classiques, surtout en matière de défense antiaérienne et pour les tirs de nuit où tout réglage à vue est impossible.
- En général, les obus classiques sont munis d’une fusée réglée pour éclater au bout d’un certain temps, c’est-à-dire lorsque l’obus est présumé avoir atteint une certaine position, en azimut et en hauteur. Comme il est rare que la trajectoire abou-
- tisse exactement à la cible, la fusée doit être réglée pour provoquer la déflagration au voisinage de l’objectif qui est alors arrosé par les débris du projectile, animés d’une nouvelle force vive par l’explosion. Mais ce réglage est fait à terre, au jugé, et il n’y a aucune correspondance obligée entre la trajectoii'c de l’obus et la position réelle de la cible.
- Le principe de la fusée radioélectrique est, au contraire, d’établir cette relation, en sorte que l’explosion est déterminée par la distance relative de l’obus et de l’objectif.
- L’arme secrète n° i, comme on l’appelle couramment, est en réalité une fusée radioélectrique à temps variable. Dans l’armée, on l’appelle « pozit », obus à position ou « proximily fuse ». Dans la marine, c’est le « Buck Rogers », c’est-à-dire le « gaillard ».
- 11 s’agit effectivement d’un radar, la fusée éclatant sous l’effet de la réflexion vers l’obus des ondes qu’il émet, ce qui est, à proprement parler, la définition du radar.
- La fusée radioélectrique comporte, dans l’ogive de l’obus, un équipement émetteur-récepteur complet, avec source d’alimentation et antenne. C’est évidemment une gageure que de rassembler dans la pointe d’un obus de 120 mm tout ce matériel, mais cette gageure a été tenue,. La figure montre, en effet, la disposition compacte de tous ces organes. En allant vers la pointe de l’obus, on aperçoit successivement le détonateur qui doit faire exploser la charge, un commutateur d’auto-destruc-
- tion, ün dispositif de sécurité, puis les batteries d’alimentation,. Démetteur-récepteur proprement dit et son antenne. A signaler que les batteries sont sèches, leur liquide se trouvant enfermé dans une ampoule de verre. Quant à l’émetteur-récepteur, il a les dimensions d’une simple boîte d’allumettes. Ses cinq tubes électroniques sont à peine gros comme le petit.doigt. Enfin, l’antënne aboutit à un « chapeau » à la pointe de l’obus.
- Le fonctionnement de la fusée'radioélectrique.
- Voici maintenant comment les choses se passent. Au moment où l’artilleur fait partir le coup, l’obus part avec une vitesse initiale énorme, qui lui est communiquée par une force d’accélération environ 20 000 fois plus grande que celle du champ terrestre ! A noter que le matériel radioélectrique doit être non seulement compact, mais d’une robustesse à toute épreuve pour pouvoir résister à un tel choc.
- Il y résiste cependant : c’est un fait. Mais dans le choc, l’ampoule renfermant l’électrolyte se brise. Sous l’effet du mouvement de giration de l’obus sur lui-même, la force centrifuge chasse le liquide à travers les éléments de la batterie d’accumulateurs, dont la force électromotrice se développe. La cathode des tubes est chauffée, leur anode mise sous tension, le poste émetteur-récepteur fonctionne. Des ondes entretenues sont rayonnées à l’entour de l’obus, qui, tandis qu’il passe à proximité de la cible, reçoit l’onde qu’elle réfléchit. Ce phénomène adAÛent en général lorsque l’obus se trouve à une distance d’une vingtaine de mètres de son objectif (avion ou bombe volante).
- L’interférence qui se produit entre l’onde émise et l’onde de retour engendre un courant de battement. Ce courant, lorsqu’il est d’une intensité convenable, déclenche un relais électronique qui envoie une décharge électrique dans le détonateur. Il s’ensuit que l’obus explose exactement à la distance optimum pour que son action soit le plus efficace.
- Il faut cependant tout prévoir, particulièrement le fait que, par suite d’un dérangement des appareils ou d’une trop grande distance relative entre la trajectoire et la cible, l’obus puisse ne pas éclater. Pour éviter le danger de l’explosion au sol de ce projectile, on a imaginé un dispositif de sécurité, lequel se déclenche au bout d’un certain temps — supérieur à celui nécessaire pour que l’obus atteigne la cible — et actionne un commutateur dit d’ cc autodestruction ». De tels engins étaient d’ailleurs installés sur la plupart des radars, pour éviter qu’ils tombent intacts dans les mains de l’ennemi.
- Le fonctionnement même de ce radar spécial est basé sur la différence de phase qui existe entre l’onde directe et l’onde réfléchie ou, si on le préfère, sur l’effet Doppler appliqué aux ondes radioélectriques. On sait en quoi consiste ce phénomène observé généralement en acoustique sur une source sonore mobile. Si une locomotive passe devant vous à la vitesse de 100 km : h en sifflant sur une note de x 000 p : s, vous entendrez en fait une note plus aiguë tandis qu’elle se rapprochera de vous, puis brusquement plus grave dès qu’elle vous aura dépassé. Dans le premier cas, en effet, la vitesse de la locomotive (27,8 m : s) s’ajoutant à celle deTonde sonore (34o m : s) lui confère une vitesse apparente de 367,8 m, donc une fréquence apparente de 1 080 p : s. Dans le second cas, la vitesse
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- de la locomotive se retranchant de celle du son, la vitesse apparente de l’onde ne sera plus que de 3i2 m : s, ce qui correspond à une fréquence apparente de 920 p : s. La hauteur de 1/2 ton correspondant au rapport 1,06* on peut dire globalement que la locomotive qui se rapproche fait entendre un son d’un demi-ton plus élevé, celle qui s’éloigne un son d’un demi-ton plus grave.
- Ce phénomène est plus difficile à mettre en évidence avec les ondes radioélectriques, la vitesse d’un projectile, même très rapide, restant toujours très faible relativement à celle de la lumière.
- L’intérêt de cette fusée automatique, c’est qu’elle reste indépendante de l’initiative du servant de la pièce et qu’elle règle elle-même son éclatement. Il est seulement indispensable de rectifier le tir avec assez de soin pour que la trajectoire de la pièce passe à une vingtaine de mètres de l’objectif.
- Tubes et pièces spéciales de la fusée.
- Le point le plus délicat dans la réalisation de la fusée radioélectrique a été la mise au point de lampes électroniques capables de résister au choc du coup de canon et de fonctionner encore après le départ de l’obus. Les Américains ont dû créer à cet effet une catégorie de « tubes durs » susceptibles de supporter l’accélération axiale du projectile au départ, qui est de i5 000 g environ (g = 981 m : s : s). Pour plus de sûreté, les lampes sont étudiées en vue de résister à une accélération de 20 000 g, à laquelle elles sont essayées en usine dans une centrifugeuse.
- L’ampoule est constituée par un verre extrêmement résistant, dont on a éliminé les tensions superficielles pour éviter le bris lors du départ de l’obus. En outre, l’ampoule est introduite entre deux calottes de caoutchouc enrobées dans une masse de cire.- -- - • - ~ - ' • '
- Pour le calcul de la fusée radioélectrique, on a d’ailleurs fait appel aux connaissances acquises en résistance des matériaux, notamment dans la construction des ponts, des gratte-ciel et des charpentes métalliques.
- En ce qui concerne les lampes, il fallait s’assurer non seulement qu’elles résistent sans se déformer, mais encore que leurs électrodes ne vibrent pas pendant le trajet de l obus, afin d’éviter la production de bruits microphoniques. Ces tubes doivent donc répondre à des règles de qualité très strictes et à des vérifications minutieuses.
- Parmi les lampes les plus utilisées, citons la CK5o5AX Ray-théon, qui est un « tube plat » de 28 mm de longueur, C mm d’épaisseur et 8 mm de largeur. Lors de l’attaque de Pearl Har-bour, on n’en fabriquait encore que 750 par jour. Bientôt la fabrication fut améliorée par une nouvelle conception de la suspension du filament rectiligne, qui ne mesure que 12 mm de longueur et est fixé au fond en mica. Plusieurs dizaines de millions de ces tubes ont été produits pendant la guerre. On en a fabriqué jusqu’à 525 000 par jour !
- Les batteries de piles sèches utilisées au début pour l’alimentation n’ont pas donné de bons résultats, en raison de la faiblesse de leur puissance et de leur insuffisance de conservation. C’est pourquoi on les a par la suite remplacées par des batteries d’accumulateurs de type humide, mais qui ne reçoivent leur électrolyte que du fait du bris de l’ampoule qui le renferme lors du départ de l’obus.
- Historique de la fusée radioélectrique.
- Pour autant qu’on puisse le savoir, l’idée de la fusée à temps variable serait due à deux savants britanniques, E. Shire et W. Butement, qui participaient en ig4o au service des recherches de la défense antiaérienne. La mise au point et la con-
- struction de ces obus ont été ensuite entreprises aux États-Unis. Leur emploi s’est généralisé pendant la libération de la France. Les résultats ont dépassé toute attente. Cette artillerie nouveau style s’est révélée d’une grande efficacité non seulement contre les avions, mais surtout contre les bombes volantes qui ont ravagé le sud de l’Angleterre à l’automne 1944. Plus tard, elle a fait merveille contre l’aviation japonaise et a contribué à hâter la fin de la guerre en arrêtant l’offensive Rundstedt. 11 n’est pas douteux que la défaite de l’armée allemande soit en grande partie imputable à celte nouvelle invention.
- La Marine américaine en a été si satisfaite que, pendant l’année X943, 25 pour 100 des projectiles envoyés par les canons de 5 pouces (120 mm) ont été des obus-radars. Au cours de cette même année, 5i pour 100 des projectiles tirés par les avions ont été aussi des obus-radars, dont l’efficacité est environ triple de celle des fusées à temps.
- En ce qui concerne plus particulièrement le tir contre les Vj, les résultats ont été décisifs : 24 pour 100 ont été abattus pendant la première semaine; 46 pour 100 pendant la seconde semaine; 67 pour 100 pendant la troisième et 79 pour 100 pendant la quatrième. Au dernier jour du bombardement de Londres par les Y,, sur io4 de ces bombes qui ont-été lancées, 100 ont élé détruites par les fusées-radars et 4 seulement ont atteint la capitale.
- En dehors de son rôle essentiellement militaire, on n’entrevoit pas d’applications immédiates de la fusée radioélectrique. Mais les études qu’a imposées sa réalisation démontrent qu’il est d’ores et déjà possible de construire des postes radioélectriques lilliputiens, qu’on peut loger dans une boîte d’allumettes et dissimuler dans la paume de la main. Ces appareils trouveront leur utilisation dans les ballons-sondes météorologiques et stratosphériques, ainsi que dans les dispositifs portatifs destinés à combattre la surdité.
- Il n’est pas dit que cette invention ne puisse trouver d’intéressantes applications en temps de paix, et précisément peut-être à l’aviation stratosphérique. Quoi qu’il en soit, elle est tout à l’honneur de la hardiesse de conception de ses inventeurs et des possibilités de réalisation de l’industrie radioélectrique moderne.
- Michel Adam, Ingénieur E. S. E.
- Singuliers effets de la bombe atomique.
- On signale d’Alamogordo (Nouveau-Mexique) qu’un inspecteur du cheptel de cet État, M. Alfred Hunter, a relevé d’étranges observations dans les parages de l’endroit où fut essayée pour la première fois la bombe atomique, en juillet dernier.
- Il n’avait accueilli les rumeurs publiques qu’avec scepticisme ; mais il dut reconnaître de visu que des bœufs de la race Herefords, remarquables, comme on sait, par la couleur rouge du corps et par la face blanche, vivant sur un ranch séparé du lieu de l’explosion par une distance de 20 milles (environ 32 km), paraissaient comme couverts de givre. M. Hunter s’assura que la décoloration n’intéressait que le dessus de la toison et ne se prolongeait pas en profondeur. Les animaux étaient en parfait état de santé.
- Un éleveur nommé Willie ’VVrye, dont le ranch est situé à Bingham (Nouveau-Mexique), apprit à l’inspecteur- que, aussitôt après l’explosion, sa barbe, jusqu’alors noire, fut roussie et que les poils ne tardèrent .pas à tomber ; ils repoussent actuellement, mais blanchis. L’homme déclare qu’il n’avait ni vu l’éclair de l’explosion, ni entendu son fracas, phénomènes nettement perçus par ses voisins.
- Enfin, les cow-boys d’un autre ranch de la même région ont certifié à M. Hunter que leur chat, avant l’explosion, était uniformément noir : il est maintenant mi-noir, mi-blanc.
- Y. F.
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- Les hivers rigoureux depuis un siècle
- La. succession des trois premiers hivers de la guerre de 1989-1945, consécutivement très froids, a ramené l’attention sur cette calamité, heureusement rare dans nos climats tempérés.
- En effet, tandis que dans l’hiver moyen du climat parisien, on observe une alternance de périodes douces et de périodes de gel et un minimum absolu de l’ordre de — 6° à — 8° en campagne, l’hiver très froid se caractérise par une prolongation et une intensité inhabituelle de la froidure. Le minimum absolu s’abaisse généralement à — i3° ou à — i5°.
- Il est intéressant de comparer la température des trois pre-
- miers hivers de la récente guerre, avec celle des hivers très froids observés depuis un siècle.
- Les grandes neiges ne coïncident pas toujours avec les excès de froidure. Sur les onze grands hivers de la série du Parc Saint-Maur, quatre ont fourni des quantités d’eau de fusion de la neige inférieures à la moyenne. D’importantes chutes de neige ont, par contre, été observées à la fin du doux hiver de 1915-1916.
- Jean Bourgeois.
- Années Température moyenne Minima absolus
- Déc. Janv. Fév. Déc. Janv. Fév.
- Degrés Degrés Degrés Degrés Degrés Degrés
- 1844-1843 - 1,0 2,0 0,2 - 9,7 - 4,3 - 12,2
- 1846-1847 - 0,8 2,1 2 7 - 15,1 — 8,3 - 5,4
- 1833-1834 - 1,1 3,9 3,8 — 14,4 — 3,9 - 5,3
- 1854-lSoo 5,3 0,2 0,1 — 0,5 - 13,3 - 10,3
- 1860-1861 2,9 - 1,3 5,2 — 8,6 - 10,9 - 5,1
- 186 4-1863 0,4 3,1 2,3 — 8,3 — 3,5 — 8,3
- 1870-1871 - 0,7 0,9 6,0 — 11,2 — 11,0 — 4,6
- 1871-1872 (*) )• ' ' - 0,1 4,2 7,3 - 21,5 -2,5 - 1,3
- Chiffres de l’observatoire de Paris
- Années Température moyenne .Minima absolus
- Déc. Janv. Fév. Déc. Janv. Fév.
- Normale (Parc St-Maur) Degrés 3,31 Degrés 2,42 Degrés 3,70 Degrés Degrés Degrés
- 1879-1880 (2) — 8,0 - 1,2 4,8 - 25,6 — 11,5 — 6,6
- 1886-1887 2,9 — 0,2 2,2 - 7,3 — 6,9 — 9,7
- 1887-1888 2,3 0,9 - 0,1 - 8,8 — 11,8 — 15,0
- 1890-1891 — 3,3 — 0,8 2,5 — 13,1 — 13,5 — 5.2
- 1891-1895 3,7 - 0,2 - 4,5 — 4,4 - 13,1 - 15,4
- 1916-1917 3,7 0,4 — 0,9 - 3,3 — 10,7 — 15,4
- 1928-1929 4,2 - 0,1 — 1.6 - 5,0 - 6,8 — 14,8
- 1933-1934 — 2,0 3,5 2,7 - 11,4 — 3,9 - 5,7
- 1939-1940 2,5 - 2,5 4,4 — 5,0 - 15,3 - 11,0
- 1940-1941 (b M - 0,1 4,1 - 1,9 — 8,1 - 11,1 - 7,4
- 1941-1942 4,3 - 1,1 — 8,2 — 14,3 - 11,7
- Chiffres de l’observatoire du Parc Saint-Maur
- 1. L’hiver de 1871-1872 non classé dans les hivers très froids, figure dans ce 3. L’hiver 1040-1911 fiat les records d’eau fournie par la fusion de la neige,
- tableau, uniquement à cause de son minimum extraordinaire de — 21°5 à l’ob- Hiver normal : eau de fusion. . . . 23,2 mm.
- servatoire de Paris et de —24° à Paris-Montsouris. Hiver 1940-1941 : eau de fusion . . . 88,3 mm.
- 2. Congélation de la Seine du 9 décembre 1879 au 2 janvier 1830. Les L’ancien record était détenu par l'hiver 1878-1879 qui avait fourni80,5 mm. 4 et 5 décembre 1879, 30 centimètres de hauteur de neige (record pour une chute). Le 3 février 1941, la hauteur de la couche de neige atteignait 23 centimètres.
- Le téléphone et la prévision du temps
- La remarquable sensibilité du téléphone permet de l’utiliser pour les prévisions météorologiques. Au moyen d’un dispositif très 6imple, on peut obtenir des indications météorologiques élémentaires qui font du téléphone un véritable avertisseur des perturbations atmosphériques.
- A cet effet, voici comment il convient de procéder : Planter dans un sol bon conducteur, à cinq ou six mètres d’espacement, l’une de l’autre, deux barres de fer fendues et ouvertes à leur extrémité inférieure, de manière à augmenter leur surface de contact.
- De temps à autre, tous les huit ou quinze jours, arroser le pied avec une solution de chlorhydrate d’ammoniaque à 15 pour 100. Relier chacune de ces barres, par un fil de cuivre fin, au fil conducteur d’un téléphone placé à poste fixe, à l’intérieur d’une habitation voisine.
- C’est là toute l’installation. Grâce à elle, on peut être prévenu douze à quinze heures à l’avance, des perturbations atmosphériques qui se préparent.
- Tout naturellement, il ne faut pas s’attendre à ce que la plaque vibrante du téléphone dise, en bonne et intelligible prose : « Un orage se prépare », ou a le temps sera beau aujourd’hui ». Mais elle donne pourtant des indications phonétiques que l’on peut traduire facilement en langage clair.
- En effet, quand le temps est orageux, il se produit, dans le téléphone, un grésillement caractéristique dont l’intensité s’amplifie au fur et à mesure que l’orage se rapproche : il semble que l’on entend distinctement le bruit d’une grêle fine, tombant sur une toiture de zinc. A chaque éclair correspond un bruit sourd et cependant accentué et net. Le bruit caractéristique de l’orage se fait entendre, affaibli, mais cependant bien perceptible, bien marqué, dès qu’une rupture d’équilibre quelconque se manifeste dans la tension électrique de l’atmosphère. Quand on l’entend, on peut, presque à coup sûr, prédire un orage.
- Avec de l’habitude, et en tenant compte de l’intensité comparative des bruits, entendus en diverses circonstances, on arrive très bien à savoir à quelle heure approximative l’orage éclatera dans la région. Si l’orage doit être accompagné de grêle, le grésillement se complique d’un bruit analogue au crissement du cuit neuf.
- Enfin, les changements brusques de température sont annoncés par une sorte de modulation à stridences intermittentes, ou par un gazouillis ayant quelque ressemblance avec le pépiement lointain d’une troupe de moineaux.
- Henri Blin.
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- Un nouyel antihelminthique :
- LA PHÉNOTH1AZINE
- L’homme peut être l’hôte de nombreux vers parasites, notamment de Tréma todes, de Cestodes, de Nématodes, causes de troubles divers et même de maladies graves. La pharmacologie dispose d’un certain nombre de médicaments antihelminthiques : les ténifuges contre les Cestodes, les vermifuges contre les Nématodes, mais aucun ne semble avoir d’action spécifique directe et la plupart se bornent à paralyser le ver, à le détacher de la muqueuse où il est fixé, après quoi une purgation l’expulse.
- Parmi les Nématodes, outre les Ascaris, les Ankylostomes, les Trichines, les Filaires, on connaît l’Oxyure (Oxyurus vermicu-laris), extrêmement fréquent, puisqu’on le rencontre chez 15 à 30 personnes sur cent. Sa présence se révèle par des démangeaisons autour de l’anus qui peuvent s’étendre aux parties voisines. Les adultes vivent dans le gros intestin où ils pondent et c’est en mordant la paroi de l’anus qu’ils provoquent le prurit, surtout le soir au moment du coucher. Les œufs ingérés donnent des jeunes qui se logent dans l’intestin grêle et l’on en trouve souvent dans les appendices qu’on opère.
- Contré l’oxyurose, on emploie, après avoir mis le malade à la diète lactée, du thymol, du calomel, de la santonine, suivis d’une purgation, et aussi l’essence de Chenopodium et l’extrait éthéré de fougère mâle.
- Depuis quelques années, on a essayé avec succès un nouveau vermifuge,- la phénothiazine, qui semble être aussi efficace et simplifie beaucoup le traitement, puisqu’il n’est plus besoin avec elle de diète, de purgations et de lavements complémentaires^
- Le Dr J. Ëgtève vient d’attirer, Fatt^ntio.n. s,ur cet agenh'théra-peutique dans La Presse médicale et nous lui empruntons les renseignements suivants.
- La phénotiazine est la dibenzoparathiazine ou thiodiphénylamine, C,aH»NS, voisine du bleu de méthylène.
- NH
- S
- C’est un corps cristallisé en fines paillettes jaune pâle, sans odeur ni saveur, fondant à 180°, insoluble dans les graisses et leurs solvants.
- Elle fut préparée par Bernthsen en 1883 mais n’attira l’attention que vers 1935 comme insecticide. Bientôt, on reconnut sa faible toxicité pour les animaux à sang chaud, puis son élimination rapide par les fèces et l’urine que son dérivé, Je thionol, colore en rouge. On songea alors à l’essayer comme antihelminthique.
- Les premiers J es vétérinaires reconnurent son efficacité contre les strongyles des bovidés, du mouton, du porc. Bientôt, les médecins suivirent et l’utilisèrent contre les oxyures de l’homme. Actuellement, on emploie une dose d’environ 300 milligrammes par kilogramme de poids corporel, répartie en deux ou trois prises quotidiennes pendant trois jours. Cette cure est suffisante dans 75 pour 100 des cas ; les autres doivent subir un deuxième traitement identique une quinzaine de jours plus tard. Les échecs qu’on a signalés tiennent sans doute aux réinfections, le grattage des démangeaisons souillant les doigts d’œufs du Nématode qui peuvent être réabsorbés avec la nourriture et renouveler les parasites,
- ... AUq,.l’ehSémbîe;.de3 résultats publiés,, ;i^ se dégage, que J.a pjhéno-thiazine est un des plus puissants vermifuges dont qii dispose contre l’oxyurose. D’autres essais sont en cours contré les autres helminthiases et contre les infections urinaires, mais il est encore trop tôt pour en tirer d’utiles conclusions.
- Nouvelles du
- Celle guerre a provoqué des déplacements de populations comme on n’en avait jamais vus et l’on en est aujourd’hui à rechercher à travers le monde entier les hommes et leurs biens transportés ou disparus dans la grande tourmente.
- On peut maintenant, grâce à Newsweek, donner des nouvelles du Sinanthrope de Pékin qui eut aussi son aventure.
- On sait que le nom de Sinanthropus peldnensis fut créé pour désigner des ossements trouvés à Choukoutien, près de Pékin : deux molaires recueillies par Anderson et Zvansky en 1921, des fragments de crânes, des mandibules et des dents mises à jour par Pei en 1928, une calotte crânienne, puis des restes divers de 40 individus recensés de 1929 à 1938 par le P. Teilhard de Chardin, le P. Licent, Young, etc...
- Ce Sinanthrope était un préhominien, voisin des singes et de l’homme, dont les restes voisinaient avec des pierres taillées et des cendres, si bien qu’on discutait encore au moment où la guerre éclata, s’il était un homme sachant allumer du feu ou un gibier que des hommes chasseurs avaient tué et cuit.
- L’intérêt que présentent de tels fossiles pour la paléontologie explique le souci qu’on en avait, depuis que les Japonais avaient envahi le nord de la Chine. Aussi, lorsque le major américain
- Sinanthrope
- Ray A. Nichols fut parachuté au-dessus de Pékin le 20 août dernier, une de ses premières questions fut : « Où est le Père Teilhard de Chardin et son homme de Pékin ? ». Et voici ce qu’on vient d’apprendre.
- A la fin de 1941, quand les Japonais approchèrent de Pékin, le savant jésuite emballa soigneusement tous les restes qu’on possédait, ainsi que d’autres objets anciens précieux : reliques et bijoux, et les envoya à Tientsin où ils furent embarqués sur le paquebot « Président Harrison », à destination des Etats-Unis pour y être sauvegardés. Malheureusement, le « Président Harrison » fut capturé en mer par la flotte niponne et les caisses furent transportées à Tokyo et remises à l’Université impériale aux fins d’étude.
- Le Père Teilhard de Chardin fut longuement interrogé, avec toutes sortes de promesses et de menaces, mais ne donna pas de renseignements utiles sur le gisement de Choukoutien et les fouilles que les Japonais y entreprirent restèrent sans résultats.
- L’ordre vient d’être donné à l’Université impériale de Tokyo par les autorités américaines de restituer les ossements qu’elle reçut et ceux-ci vont être remis au Service national géographique de Chine. Le Sinanthrope va donc rejoindre Pékin, son pays natal, où son mystère finira bien par être élucidé.
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- Peut-on faire du ciment sans charbon ?
- Les périodes de pénurie grave comme celle que nous traversons conduisent à rechercher l’économie par tous les moyens et il y a là un stimulant qui peut être fécond.
- Il importe cependant de ne pas gaspiller les efforts et de ne pas égarer l’opinion publique, soit en lui faisant espérer l’impossible, soit en présentant comme neuves des solutions connues depuis longtemps et plus ou moins périmées.
- A cet égard, la pénurie des matériaux de construction excite naturellement et légitimement les esprits. Nous pensons donc être utiles à nos lecteurs en leur présentant un exposé sommaire des techniques qui ont été proposées depuis longtemps pour réduire la consommation du combustible utilisé pour la fabri-
- Utilisation de produits résiduaires contenant du combustible.
- Les seuls produits de ce genre dont nous puissions disposer en abondance sont les schistes carbonifères contenant généralement 25 à 35 pour ioo de houille, qui constituent le rebut de l’extraction de la houille et dont les immenses terrils sont un des éléments caractéristiques du paysage des régions minières, et, accessoirement, les cendres résiduelles de la combustion du charbon, contenant généralement de i5 à 25 pour ioo de coke.
- Mais il n’y a là rien de nouveau et l’utilisation des schistes
- cation des ciments si nécessaires aux énormes réparations de nos régions dévastées.
- Les ciments, et, plus généralement, les liants hydrauliques sont obtenus par la cuisson, dans des fours appropriés, soit de matières premières silico-calcaires naturelles, soit de mélanges convenablement dosés de façon à obtenir (par la décarbonatation du calcaire et >la réaction de la chaux libérée sur la silice et l’alumine présentes) un produit hydraulique, c’est-à-dire capable de faire prise et de durcir ensuite d’une façon satisfaisante.
- Il résulte immédiatement de celle définition qu’on ne peut pas, en l’état actuel des choses, faire de ciment sans charbon puisque la chaux n’existe pas à l’état libre dans les matières premières. Par contre, deux voies sont ouvertes aux chercheurs :
- a) Celle qui consiste à utiliser comme matière première des produits résiduaires contenant déjà tout ou partie du combustible nécessaire à la cuisson ;
- b) Celle qui consiste à obtenir le ciment comme sous-produit d’une autre opération thermique industrielle, comme, par exemple, la métallurgie.
- carbonifères ou des cendres de combustion pour la cuisson des produits hydrauliques est aussi vieille que cette industrie même...
- Tout four à chaux situé à proximité de cette source quasi gratuite de combustible a cherché à en tirer parti et bien que l’introduction d’une quantité importante de cendres dans le produit fini ne soit pas essentiellement souhaitable, rien ne s’oppose à ce que l’on fabrique ainsi des chaux plus ou moins hydrauliques.
- L’idée d’utiliser directement les mêmes produits à la fabrication des ciments artificiels se retrouve à partir de 1890 environ dans de très nombreux brevets français et étrangers C),. Mais,
- 1. Voir, par exemple :
- Brevet français 222 593, 25 juin 1892, pour l’emploi des schistes carbonifères en cimenterie.
- Brevet allemand 391 296, 22 août 1920 : Fabrication de ciments au moyen des cendres de combustibles.
- Brevet français 722 792, 6 décembre 1930 : Utilisation des cendres de combustibles, pulvérisés, pour la fabrication du Portland artificiel.
- M. Bied, Revue de l’Ingénieur, août 1920. L’Industrie du Ciment et la crise du charbon (emploi des schistes houillers), etc.., etc...
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- jusqu’à présent, le problème reste posé parce que, si séduisant qu’il apparaisse, il est à peu près insoluble pour des raisons de composition chimique qu’il est difficile, sinon impossible, de modifier,
- La composition chimique des schistes et des cendres est telle que, sauf dans des cas tout à fait exceptionnels, il est impossible de les substituer à l’argile dans la fabrication du Portland. Les schistes et les cendres sont, en effet, en principe, trop pauvres en silice pour ne pas nécessiter des additions importantes de ce corps destinées à ramener le rapport silice-alumine à un taux acceptable.
- Or, s’il paraît, à première vue, facile d’ajouter de la silice à une pâte à ciment, il est, en réalité, extrêmement rare de disposer d’une silice dont l’état physico>~chimique permette dé faire économiquement et efficacement celte incorporation. Si l’on utilise, par exemple, les sables silicieux, la mauvaise aptitude à :1a cuisson du mélange rend la fabrication extrêmement pénible et, de plus, coûteuse en calories en obligeant à élever la température de cuisson. Comme, d’autre part, l’addition de silice diminue naturellement d’une façon importante la proportion de schistes ou de cendres utilisables, les avantages de l’opération sont généralement insuffisants pour compenser ses inconvénients.
- De plus, la présence de charbon dans la pâte même n’est pas, de son côté, sans présenter de sérieuses difficultés dans la conduite des fours.
- Au four droit, la désagrégation des briquettes qui peut entraîner le bouchage de l’appareil est à craindre parce que les schistes et les cendres donnent une agglomération défectueuse en raison de leur faible pouvoir collant.
- Au four rotatif, la distillation des matières volatiles à l’arrière du four, dans une zone trop froide pour qu’il y ait combustion normale amène avec les schistes, de sérieux dangers d’explosion. D’autre part, qu’il s’agisse de schistes ou de cendres, la cuisson de la pâte en présence du carbone qui y a été incorporé conduit à un ciment cuit en milieu réducteur et constitué par des clinkers roux, de qualité médiocre et éventuellement instables.
- D’autres difficultés résultent de la nécessité d’obtenir des pâtes homogènes et suffisamment fines ainsi que de l’obligation de dépenser, à cet effet, plus de force motrice, c’est-à-dire indirectement plus de charbon que pour les pâles normales.
- Enfin, il ne faut pas oublier qu’un schiste à 3o pour ioo de chai'bon (dont 3o pour xoo de matières volatiles non récupérables dans le four) nécessitera le transport de i ooo kg de matière pour apporter aoo kg de charbon à la cimenterie, c’est-à-idire cinq fois plus de wagons que pour le charbon. Avec les cendres de combustibles, la situation n’est pas beaucoup meilleure parce que les cendres convenablement brûlées contiennent moins de carbone que les schist-cs (]).
- En somme, s’il est possible, et d’ailleurs courant, d’utiliser les schistes carbonifères ou les cendres à la fabrication des chaux lorsque l’on accepte d’obtenir des produits de qualité médiocre mais cependant utilisable, il semble bien, par contre, que l’utilisation des mêmes produits en cimenterie, préconisée et essayée souvent depuis plus de cinquante ans, se heurte à des difficultés majeures. Il serait donc bon, avant de faire revivre les procédés abandonnés, de s’assurer, non seulement que les difficultés qu’on a éprouvées jusqu’ici sont résolues par des moyens raisonnables, mais encore que le bilan des opérations n’est pas déficitaire et que le prix de revient du ciment de schiste n’est pas, tout compte fait et tout compte tenu de l’insécurité du produit, plus élevé que celui qui résulte de l’emploi du charbon.
- 1. Les cendres contiennent normalement 15 à 25 pour 100 de coke et même moins, avec une bonne combustion. Lorsque la quantité de cendres excède 25 pour 100, le remède est, non pas d’envoyer les cendres en cimenterie, mais de parer aux défectuosités de l’installation du personnel.
- En réalité, si l’on veut employer les schistes ou les cendres en cimenterie, il faut les débarrasser d’abord de l’excès d’alumine qui les rend si difficiles à utiliser, c’est-à-dire leur faire subir un premier traitement qui permette d’en extraire l’alumine, pour recuire ensuite le résidu enrichi en silice. On obtient ainsi, avec une économie de charbon qui n’est pas négligeable, des ciments de haute qualité.
- Le ciment comme sous-produit de la métallurgie.
- Contrairement à ce qui se passe pour les schistes ou les cendres, il s’agit ici d’un problème résolu et qui est entré depuis longtemps dans la pratique industrielle par la fabrication, aujourd’hui courante, des différents ciments de laitier. On fabrique ainsi des tonnages importants des produits suivants
- i° Les ciments de laitier à base de chaux, à prise et à durcissement lents. — Us sont obtenus par mélange de laitier et de chaux broyés en proportions variables. Ils conviennent surtout aux travaux souterrains et peuvent se substituer souvent aux chaux hydrauliques, sauf pour les emplois aériens, en raison de la nécessité pour ccs produits de durcir à l’humidité.
- 2° Ciments de laitier a base de ciment artificiel. —
- Ces ciments contenant jusqu’à 85/go pour ioo de laitier ne sont pas utilisables pour le béton armé. On les emploie pour les travaux hydrauliques ou souterrains (fondations, égouts, etc...).
- 3° Ciments dits métallurgiques. — Mélanges de laitier et de Portland proprement dit, ils constituent des produits intéressants mais la proportion de laitier ne peut guère dépasser 3o pour ioo et l’économie, pour intéressante qu’elle soit, n’est pas sensationnelle.
- 4° Ciments sursuliatés. — Ce sont des mélanges de laitier, de gypse, et de chaux qui, à la condition d’être préparés avec soin, peuvent trouver des débouchés intéressants dans la fabrication du béton armé, si l’on se résout à ne pas tenir compte clés difficultés auxquelles ces ciments ont parfois donné lieu dans les emplois, aériens.
- C’est donc, semble-t-il, dans une utilisation plus générale des laitiers que l’on peut trouver rapidement un remède partiel à la pénurie de ciments, parce qu’ici le problème est résolu. Cependant, il ne faut pas oublier que tous les laitiers ne se prêtent pas à ce genre de fabrication, que celle-ci doit être soigneusement contrôlée si l’on veut éviter de graves déboires, et que les ciments de laitier ne se prêtent pas à toutes les utilisations du ciment Portland avec la sécurité indispensable.
- D’autre part, il faudra, pour avoir des laitiers en abondance, que les fabrications sidérurgiques ne restent pas anémiques comme c’est actuellement le cas.
- Pour mémoire, nous signalerons enfin les techniques qui permettent d’obtenir directement à la fois de la fonte et un clinker de ciment Portland (Procédé Basset), ou de la fonte, de l’alumine et du Portland (Procédé Séailles). Ces procédés, d’un intérêt indiscutable, nécessitent cependant l’installation d’un outillage spécial et ne paraissent pas présenter, de ce fait, un intérêt immédiat au point de vue d’un accroissement rapide de la production.
- A. XhOLLÈR.
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- UNE NOUVELLE SÉRIE DE MATIÈRES PLASTIQUES
- LES POLYTHÈNES
- Dès 1933 il a été obtenu des produits de polymérisation de l’éthylène en opérant à des pressions très élevées.
- Ce n’est que vers 1938-1939 que ces fabrications sont passées au stade industriel, en Angleterre aux usines des Impérial Chemical Industries et aux U. S. A. chez Du Pont de Nemours.
- Ces produits de polyméi'isalion de l’éthylène sont désignés sous le nom général de polythènes et connus également en Angleterre sous le nom d’alkathènes.
- Ce sont des corps solides, blancs, translucides, flexibles. Leurs propriétés mécaniques et diélectriques élevées en font des corps remarquablement bien adaptés à l’isolement électrique pour les courants de haut voltage et de haute fréquence. Leur résistance à l’eau permet de les utiliser pour l’imperméabilisation, la protection contre la corrosion.
- On peut les mouler par compression, par injection ou par boudinage et en faire des feuilles, des tubes, des baguettes, des iils, etc.
- Il n’y a pas de solvants courants des polythènes à la température ordinaire, ce qui est assez exceptionnel, mais vers 8o° à ioo° les hydrocarbures, les solvants chlorés les dissolvent complètement. Par suite de la grande différence de solubilité à chaud et à froid, il se forme des gels par refroidissement.
- Ces solutions permettent d’établir des recouvrements qui peuvent être également réalisés en partant d’émulsions ou par pulvérisation dans la flamme d’un chalumeau. Cette dernière technique permet des revêtements de plus grande épaisseur.
- Ces couches protectrices, résistent à beaucoup de réactifs chimiques acides ou alcalins et également à l’acide fluorhydrique.
- La structure chimique est celle d’une polymérisation en chaîne qui peut être formée de cent et danvanlage même, de molécules :
- HHHHH HHHH
- I ! I I I I I l I
- — (1 — G — C — C — G — G — C —• C — C —
- I I I 1 1 I 1 I I
- H H II II H H H II H
- On peut faire varier les conditions de fabrication et obtenir toute une gamme de corps différents quant à leurs propriétés physiques. Celles-ci sont liées au degré de viscosité du produit fondu et la désignation des types commerciaux est faite en fonction de ce degré.
- Les diagrammes aux rayons X précisent une structure en microcrislaux noyés dans une masse amorphe de même composition chimique.
- Les indices de réfraction sont voisins de i,52.
- Les polythènes peuvent être travaillés et mélangés sur des calandres dont les cylindres sont chauffés entre 120° et i45°, type de matériel classique dans l’industrie du caoutchouc. On peut ainsi obtenir des mélanges variés et y introduire des charges et des colorants. Il est nécessaire pour ce travail d’incorporer des anti-oxydants.
- Dans de telles conditions, les polythènes sont compatibles en toutes proportions avec :
- le caoutchouc naturel, ’ : ;
- les caoutchoucs de butyle (G. R. I.),
- les Buna S (G. R. S.),
- les polymères de l’isobutylène,
- la gulta-percha,
- et en proportions limitées avec : le néoprène G. N.,
- les caoutchoucs de buladiène et nitriles acryliques, les thiokols,
- les résines de coumarone et d’indène, les paraffines.
- On peut ainsi réaliser une très grande variété de produits. Signalons enfin que l’on peut obtenir des dérivés chimiques des polythènes : halogènes, nitrés, sulfones, etc.
- Cette nouvelle série de plastiques a été presque entièrement réservée au matériel électrique utilisé par les armées anglaises et américaines.
- La fin de la guerre doit amener une large extension de ses emplois industriels courants.
- Lucien Perruche,
- Docteur de l’Université de Paris.
- La caséine en France.
- Un de nos lecteurs M. Beau, Ingénieur Agronome, nous signale une erreur de chiffre dans notre article sur « La Caséine’et les matières plastiques d’origine animale » du 1er janvier 194(5 :
- La production française de galalithe n’est pas de cinquante mille tonnes annuelles ; c’est, cinq mille tonnes qu’il faut lire. Elle absorbe environ le quart de la production française de caséine qui devait s’étager entre 15 et 20 000 tonnes annuelles.
- L. P.
- LE CIEL EN FÉVRIER 1946
- SOLEIL : du 1er février au lsr mars, sa déclinaison s’élève de — J 7°20' à — 7°54' ; la durée du jour, à Paris, augmente de 9*24“ à 10*50“ — LUNE. Phases : N. L. le 2 à 4*43“ ; P. Q. le 9 à 4*28“ ; P. L. le 16 à 4*28“ ; D. Q. le 24 à 2*30“ ; périgée le 9 à. 10*, apogée le 23 à 4*. Principales conjonctions : avec Mars le 13 à 3*. à 3° S. ; avec Saturne le 13 à 9*, à 2° N. ; avec Jupiter le 20 à 20*, à 3° N. — PLANÈTES : Mercure invisible, en conjonction supérieure avec le Soleil le 11. Vénus invisible, en conjonction supérieure avec le Soleil le 1er. Mars visible toute la nuit dans les Gémeaux, est stationnaire le 22 ; son diamètre apparent devient très réduit, diminuant pendant ce mois de 6 ',5 à 5”,3. Jupiter visible seconde moitié de la nuit dans la Vierge, est stationnaire le il ; diamètre apparent 36". Saturne visible
- toute la nuit dans les Gémeaux ; diamètre apparent 18". Uranus visible première moitié de la. nuit dans le Taureau, diamètre apparent 3",6. Neptune visible seconde moitié de la nuit dans la Vierge, diamètre apparent 2",4. — LUMIÈRE ZODIACALE : visible le soir au S. W. après le crépuscule et en l’absence de la Lune : Observations du 1er au 5 du 22 ou 23 jusqu’à la fin du mois. — ÉTOILE POLAIRE : Passage inférieur au méridien de Paris : le 10 à 4*17“ 4D, le 20 à 3*38“ Ü».
- (Les heures étant données en temps universel, tenir compte des modifications introduites par l’heure en usage à l’époque de l’observation).
- Lucien Rüdaux.
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- Les Livres nouveaux
- Agents pathogènes du climat, par L.-M. Car les. 1 vol. in-16, 338 p., 12 fig. Masson et Cie, Paris, 1943.
- Le climat, le milieu influent sur l'homme ; ils modifient son comportement et sa santé et l'on a groupé ces effets, quand ils sont fâcheux, dans une météo-ropathologie et plus largement dans une cosmobiologie; L’auteur qui a voyagé a bien senti leur action et il entreprend ici l’analyse de tous les.facteurs : température et luminosité, humidité, pression, vents, électricité, facteurs telluriques et cosmiques, variations périodiques en rapport avec le jour, la lunaison, les saisons, les taches solaires. Il ne se borne pas à énumérer des faits cliniques, mais rappelle la nature de chaque élément du climat et ses variations.
- Les rayons cosmiques, les mésotons, par Louis Leprince-Ringuet. 1 vol. col. Sciences d’aujourd’hui, 37G p., 40 planches
- et‘67 dessins. 330 francs. Préface de Maurice de Broglie.
- M. Leprince-ilinguet, professeur à l’École Polytechnique, est maintenant considéré comme Lun des maîtres les plus autorisés en matière de rayonnement cosmique. G'est lui, en particulier, qui réussit à mesurer la masse du mésoton. Aussi son livre , livre d'un vrai savant et qui a mis h main à la pâte, témoigne-t-il d’un particulier intérêt. On y lira, appuyé de belles photographies, l’exposé complet relatif à l'une des plus profondes énigmes actuellement posées à la science. Derrière le savant qui a tenu la plume, on découvrira aussi l’homme, et ce n’est pas sans émotion que l’on lira les chapitres vécus consacrés à la psychologie de la découverte, an paysage de vie du physicien et à la vocation scientifique.
- L’année psychologique, par Henri PlÉRON
- (1940-1941). 1 vol. in-16, 683 p., fig.
- Tresses Universitaires de France, Paris,
- 1943.
- Voici que reparaît ce précieux recueil qui depuis 42 ans rassemble les principaux travaux originaux de l’école française dont M. Piéron est le chef et l’analyse de toutes les publications françaises et étrangères sur les nombreux sujets théoriques et pratiques qui gravitent aujourd’hui autour de la psychologie, si bien que l’Année psychologique est l’instrument de travail indispensable à tous ceux qui se soucient de données précises de mesures et de leurs applications à la pédagogie, l’orientation professionnelle, la pathologie, etc. Le présent tome contient dix mémoires originaux, des notes techniques, 1 027 analyses bibliographiques de travaux parus au début de la guerre et difficilement rassemblés ; il se termine par une chronique des hommes et des événements du monde psychologique.
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- (à la Sorbonne, amphithéâtre Milne-Edwards, 17, rue de la Sorbonne) : 17 h. M. J. Le Bras : « Les théories ».
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- de l'énergie dans l’industrie ». — Institut français du caoutchouc (à l’École supérieure d’application d’agriculture tropicale, 40, rue du Général Foy) : 17 h. M. Ferrand : « Sélection de l’hévéa ».
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- La fabrication de l’heure Des hormones pour les p Nouvelles idées sur l’\
- J. CLÉRIN ....
- La guerre et les baleines, Paysages nord-syriens, par
- . LEPRETRE .
- SOMMAIRE
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- 52
- 53
- 56
- 57
- Un Batracien prédateur de larves de Moustiques à acclimater, par R. Ph. D.......................
- Un avion à réaction français. Le « SO. 6 000 »,
- par Ph. POISSON-QUINFON........................
- Le ciel en mars 1946, par Lucien RUDAUX .
- Les Livres nouveaux..............................
- 61
- 62
- 63
- 64
- LA FABRICATION DE L’HEURE
- Fig. 1. — L’horloge parlante de. l’Observatoire de Paris (voir l’article pages suivantes).
- N° 3106 15 Février 1946 Le Numéro 15 francs
- —............................... .........................................................................................»-----
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- Du cadran du ciel à l'horloge parlante.
- ... « Au quatrième top, il sera exactement 12 heures 3o minutes 3o secondes... »
- M. Dupont a vivement regardé son bracelet-montre et s’est
- hâté de le mettre à l’heure, tandis que Mme Dupont accomplissait la même opération sur la pendule de la salle à manger. C’est que M. Dupont doit arriver à l’heure à l’atelier ou au bureau, ou bien doit prendre le train, et que Mme Dupont a rendez-vous avec son coiffeur. Et toutes les dames savent que cet artiste n’attend pas.
- Qui est M. Dupont ? Vous-même, cher lecteur, et moi, et tout le monde. Car tout le monde aujourd’hui a besoin de l’heu-exacte, et peut-être
- Fig. 2. — C’est avec la lunette méridienne, assujettie à ne se déplacer que dans le plan du méridien, que l’astronome guette le passage des astres au méridien.
- re
- est-il à peine exagéré de dire qu’elle est devenue une denrée de première nécessité presque au même titre que le pain... une denrée-q-uo-L’on-n’a—pas-encore-songé à contingenter par l’attribution d’une carte de temps...
- Je m’empresse d’ajouter, toutefois, que le lecteur de La Nature a quelque chose de plus que M. Dupont : ce dernier prend l’heure qu’on lui donne sans s’inquiéter de savoir d’où elle provient, alors que le lecteur de La Nature, curieux par définition, se demande d’après quelle super-horloge on peut
- Fig. 3. — La lunette méridienne de 75 mm d’ouverture et de 84 cm de distance focale, qui sert journellement à calculer l’heure à l’Observatoire de Paris (Photo Secret an).
- bien régler l’horloge parlante, les horloges des carrefours, celles du métro et des gares. Car enfin, l’horloge parlante, par exemple, si parfaite qu’elle soit, il faut bien, de temps en temps, la remettre à l’heure ! Or, sur quoi la remet-on à l’heure ?
- D’après le déplacement quotidien des étoiles, vous l’avez deviné.
- Fait paradoxal : pour les astronomes chargés de « faire l’heure », ce n’est pas la Terre qui tourne sur elle-même en 24 heures, c’est le ciel ! Le résultat est d’ailleurs exactement le même, c’est-à-dire que, d’une manière comme de l’autre, on voit, en vertu du mouvement diurne, les étoiles se lever, franchir le méridien et se coucher avec ponctualité. Phénomène terriblement banal, direz-vous, et que tout mortel a constaté depuis
- Fig. 4. — La lunette méridienne de 19 cm d’ouverture de l’Observatoire de Paris.
- Les deux sortes de roues que l’on aperçoit de chaque côté sont des cercles divisés qui servent à mesurer la déclinaison des astres. L’astronome est à l’oculaire, dont on aperçoit le micromètre.
- que le monde est monde. Eh oui! C’est même cette banalité qui a permis de dresser des tables dans lesquelles l’heure du passage des principales étoiles au méridien est notée avec une précision qui ne laisse rien à désirer.
- On commença par choisir sur la sphère étoilée une origine des temps, et l’on décida qu’il serait o h o m o sec quand ce point-origine passerait au méridien. Cela fait, on s’aperçut que l’étoile A'idébaran franchissait le méridien 4 h 32 m 40 sec plus tard, Arclurus i4 h i3 m 9 sec plus tard, et ainsi de suite. Le problème du calcul de l’heure était, dès lors, d’une enfantine simplicité : il suffisait de guetter le passage d’une étoile —. d’Aldébaran par exemple ; à cet instant précis, si la pendule marquait 4 h 32 m 4o sec, on savait qu’il fallait l’avancer de 6 secondes.
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- Oui, la chose est d’une enfantine simplicité... en principe. En réalité, il est plus embarrassant de guetter le passage d’une étoile derrière une ligne immatérielle que celui d’un cheval de course derrière le poteau d’arrivée. Aussi s’est-on depuis longtemps avisé que le mieux était de guetter l’étoile avec une lunette.
- Jetez les yeux sur la figure 2. La trace du méridien sur le sol et sur le ciel est dessinée en tirets, et Aldébaran s’apprête à passer la ligne. Pour saisir le moment précis de l’événement, l’astronome est posté derrière une lunette C’est une
- lunette mobile seulement autour d’un qui ne
- peut se déplacer que dans le plan du jg|Hcu£ Au^^nent dit, elle balaie ce plan méridien. Ainsi rafflwionSmeut®|yiser un astre à quelque hauteur que soit cet as®ejjpm-deifeis dfiJjnorizon. S’il se contentait d’une heure approxflnaaÉhve.w-tfSm&ait dire qu’il est à peu près 4 h 32 m quand 3»alBMttff3!<d?arcourt le champ de vision. S’il exigeait une précisionme l’ordre de la seconde, il pourrait tendre, à travers l’oculaire, un fil vertical très fin placé juste suivant le méridien, et noter l’heure du passage de l’étoile derrière ce fil. Mais les astronomes actuels poussent le souci de la précision jusqu’à tendre plusieurs fils verticaux exactement repérés. Il leur suffit alors de noter l’heure du passage derrière chaque fil et de prendre la moyenne.
- A l'Observatoh’e de Paris, c’est un service spécial qui est chargé de « faire l’heure ». Les asti’onomes appartenant à ce service se servent de plusieurs lunettes, par exemple de la petite lunette de 76 mm d’ouverture de la figure 3, ou de la grosse lunette de 190 mm de la figure 4.
- Vous voyez, sur celle-ci,, l’astronome guettant le passage d’une étoile. Il devrait avoir près dè lui la pendule officielle de l’Observatoire afin de prendre l’heure de ce passage, mais il n’en a pas besoin : cela se fait automatiquement. -
- Pour cela, auprès''dé'la lunette est placé un chronographe -éfig. 5). Gét npptti'ëll^egirKlié'^Iectriquèmèïïf n"ï’üne desTpën-dûtes directrices de l’Observatoire. Gette pendule envoie au chronographe des impulsions électriques régulières, que celui-ci transcrit, par un système .d’électro-aimants et de roues imprimantes, sur un ruban de papier à déroulement automatique. La figuré 6 représente un fragment de ce ruban. Les chiffres de gauche sont les minutes, ceux du milieu les secondes, et ceux de droite'les centièmes de seconde. L’indication encadrée, par exemple, se lit : 5o ni 12 sec, o5.
- Fig. S. — Le chronographe imprimant.
- Des roues portant des chiffres en relief synchronisées par la pendule directrice impriment l’heure sur un ruban de papier qui se déroule automatiquement (Photo Secret an).
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- 51
- . Fig. 6..— Un fragment du ruban du chronographe.
- L’indication encadrée si lit : 50 minutes 12 secondes 5 centièmes.-
- Imaginez alors que le passage de l’étoile derrière chaque fil déclenche un autre circuit électrique aboutissant au chronographe : l’heure du passage s’imprime instantanément au centième de seconde. Ainsi, puisque l’heure marquée par le chronographe est celle de la pendule « officielle » de l’Observatoire, compte tenu d’un décalage régulier entre chronographe et pendule, peut-on savoir de combien celle-ci avance ou retarde sur l’heure du ciel.
- Naturellement, la pendule directrice est un appareil d’une extrême précision et d’une excessive délicatesse : rien que l’approcher suffit pour en troubler la marche ! Aussi est-elle logée dans les caves de l’Obsei'vatoire, dans un caveau enfoui à 27 mètres de profondeur. C’est par téléphone que l’on écoute son tic-tac. et que l’on.règle ainsi les pendules de temps moyen.
- Car l’heure prélevée sur le ciel, l’heure sidérale, n’est pas du tout celle dont nous nous servons dans la vie courante. Au moment où j’écris cet article, l’horloge de la mairie marque 16 h 35, mais je sais que la pendule sidérale directrice de l’Observatoire, qui donne l’heure des étoiles, indique 22 h 4i m 52 sec. D’où vient donc la différence ?
- Eh bien! Du fait que’notrë lieurè à nous est celle du Soleil, et que celui-ci va un peu moins vite que les étoiles dans son mouvement quotidien autour de la Terre."Il met à peu près 4 minutes dé plus pour revenir au méridien. Autrement dit, à l’heure du Soleil, les étoiles passent ehaque jour au méridien 4 minutes plus tôt que là veille. Ainsi', une étoilé qui passe au méridien aujourd’hui à midi y passera dans six mois à minuit. Vous discernez l’inconvénient si nous devions régler notre existence sur cette heure sidérale !
- Mais il est très facile de tenir compte de cet écart journalier de 4 minutes, et de régler en conséquence l’horloge de temps
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- moyen, celle qui marche d’après le Soleil (x) : c’est cette dernière qui a mission de synchroniser les horloges publiques, celles du métro' et des gares, et aussi l’horloge parlante.
- Je ne vous décrirai pas cette dernière, que La Nature a expliquée en son temps. Rappelons seulement que le gros cylindre représenté au centre de la photographie i porte, enroulé, un mince film de cinéma sonore. Sur ce film, un speaker a enregistré les appellation d’heures, de minutes et de secondes. Des cellules photoélectriques, bien connues de nos lecteurs, sont chargées de les lire, et cylindre et cellules sont actionnés par un mécanisme d’entraînement synchronisé par une pendule de temps moyen.
- Ce sont aussi les pendules des caves de l’Observatoire qui 1, Compte tenu, bien entendu, de l'équation du temps et de l’heure d’été.
- actionnent les chronographes du Bureau International de l’Heure. Ce Bureau, installé à l’Observatoire même, est un service non moins fondamental que le Service horaire, mais dépendant, non plus du seul Observatoire de Paris, mais des observatoires du monde entier, par lesquels il est subventionné. Chargé de distribuer l’heure à toutes 'les nations, de fournir aux spécialistes une heure plus précise encore que celle de l’horloge parlante, il est aussi, comme disait son ancien chef de service, Armand Lambert, enlevé par la Gestapo en 1943 et disparu depuis, « un laboratoire de recherches » : c’est de là que sont sortis les travaux de M. Stoyko sur les déplacements des continents, les irrégularités de rotation de la Terre et les anomalies de la propagation des ondes radioélectriques. Mais, si nos lecteurs sont curieux de ces recherches, peut-être y reviendrons-nous un jour ?
- Pierre Rousseau.
- Des « hormones »
- Les Anglo-Saxons ont réuni sous le nom de cc Plant Hormones », une série de corps organiques que l’expérience a montré doués de la propriété d’apporter des modifications aux conditions normales de végétation des plantes.
- Le terme est impropre, les produits en cause n’ont de rapport avec les hormones ni du point de vue de leur mode d’action, ni de celui de leur structure. Il a sans doute été adopté par suite des effets surprenants observés par la simple pulvérisation de leurs solutions sur les plantes.
- La liste de ces dérivés organiques est assez disparate..On y trouve des acides naphtylcétiques, naphtoxyacéliques, des acides phénoxyacétiques et leurs dérivés de substitution tel l’acide 2-4 dichlorphénoxyacétique, de l’acide B-indolbutyrique, etc... Voici quelques exemples des résultats obtenus :
- Par pulvérisation de ces solutions sur des fleurs de tomates, de courges, de piments, de bananes, d’oranges, de pamplemousses, d’aubergines, etc..., on a obtenu une fructification parthénogénétique, c’est-à-dire sans pollinisation, conduisant à l’obtention de fruits sans graines, dépouvus de pépins, ce qui constitue un avantage comestible.
- Par pulvérisation sur des ai’bres fruitiers à l’époque de la floraison, on a obtenu l’édlaircissement spontané des boutons floraux qui se trouvent réduits à i5 ou 25 pour 100, nombre le plus favorable qui évite l’éclaircissement manuel nécessaire pour ne pas épuiser et surcharger les arbres.
- Par application en fin de saison, on réduit la chute prématurée des fruits. La formation de la couche de cellules de rupture qui se développe à l’attache des fruits est régularisée et ceux-ci sont maintenus sur l’arbre une ou deux semaines de plus. La récolte complète peut ainsi être faite à maturité en une seule fois. Cette propriété est particulièrement intéressante pour le caféier dont les graines mûrissent régulièrement, ce qui exige des récoltes fractionnées et successives et une main-d’œuvre importante.
- Dans certains cas, on obtient la chute des feuilles en fin de saison ; les fruits sont dégagés et profitent de toute la puissance de végétation de l’arbre et d’une excellente insolation, ce qui améliore leur volume et leur qualité.
- Une autre action est l’activation du développement des racines et de la végétation qui a permis la reprise d’arbres épuisés et agonisants.
- On a signalé un effet stérilisant sur les yeux des pommes de
- pour les plantes
- terre qui détruit leur faculté de germination et permet leur conservation prolongée.
- Des modifications étranges de fruits ont été observées, avec parfois du gigantisme et une évolution tout à fait anormale du développement de la plante.
- Ces actions curieuses avaient été signalées dès 1907 par le professeur danois Boyen-Jensen, plus tard, à partir de ig3o par les Docteurs Marth et Ilamner. Le grand animateur de ces recherches est le Docteur Percy W. Zimmermann. Les recherches sont poursuivies à la Bovce Thompson Institution et à la Cornell Universily aux États-Unis. Elles ont été ralenties pendant la guerre, par suite de la rareté des réactifs, mais elles reprennent maintenant.
- Le Dr Zimmermann a publié les résultats de ses recherches, il déclare qu’elles n’en sont qu’au début et qu’il est stupéfait des possibilités qui se font jour.
- Des résultats d’essais faits en Angleterre ont également été publiés et sont des plus intéressants.
- La station de recherches de Long Ashton de l’Université de Bristoll a rapporté les faits suivants : les gelées tardives du printemps 1945 avaient très durement compromis la récolte des poiriers et des pommiers; des arbres de 18 ans en pleine production des deux variétés de pommiers : Miller’s Sedling et Cox Orange Pippin furent pulvérisés avec un mélange de quatre des réactifs dénommés plus haut. Sur les Miller’s Sedling, i4 jours plus lard les résultats étaient spectaculaires : tous les fruits des arbres non traités étaient tombés, tous étaient restés sur les ai’bres traités et ils commençaient à grossir. Par contre, sur les Cox Orange Pippin, l’action fut nulle. Le i4 juillet suivant, il ne restait aucun fruit sur les Miller’s Sedling non traités alors qu’ils étaient nombreux sur les autres. Ces résultats sont des plus encourageants.
- On trouve dans la littérature technique anglaise, les comptes rendus d’autres travaux réalisés à la station d’essai de Jealott’s Hill pour la destruction d’herbes parasites dans des cultures de céréales, sur des prairies et des pelouses. On a pu ainsi réduire ou même détruire les sénevés, les renoncules, le mouron, le coquelicot, le,spuci sauvage, le„.charbon, etc... Le blé, l’avoine, le gazon ne souffrent d’aucun dommage.
- Il semble qu’il y ait là un champ d’étude des plus vastes et des plus prometteurs.
- Lucien Perruche,
- j Docteur de l’Université de Paris.
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- NOUVELLES IDÉES SUR L'ÉLECTROLYSE AQUEUSE
- Les recherches de
- Après avoir découvert les lois quantitatives de l’éleclrolyse en i833, Faraday, pour expliquer les phénomènes qu’il avait observés, admit que l’électrolyte se décompose au passage du courant en ions. Celte hypothèse assez vague quant à la manière dont se formaient les ions, avait déjà été entrevue par Grot-tiius en 1806.
- Elle fut reprise par Clausius en 1867, mais c’est seulement
- Fig. 1. — M. P. Jolibois, de l’Académie des Sciences.
- (Photo J. Boyer).
- en iS83 qu’Arrhènius, en admettant la dissociation électro-lytique des solutions établit un lien entre les phénomènes d’électrolyse et certains phénomènes physiques et chimiques d’aspects différents.
- Arrhènius supposa que la décomposition de l’électrolyte en ions est antérieure au passage du courant, que ces ions, qui sont les véhicules de l’électricité, portent des charges négatives et positives dont la somme est nulle.et que cette décomposition est réversible.
- Cette hypothèse permet d’expliquer les lois de Faraday, les anomalies observées par Van’t Hoff dans sa généralisation des lois des gaz parfaits aux solutions diluées, la coloration identique des solutions diluées, la loi de dilution par application de la loi de Guldberg et Waage..., etc...
- IIittorf, en i853, a montré que les ions avaient une vitesse variable suivant leur nature.
- Mais les hypothèses d’Arrhènius n’expliquent pas certains résultats qui sont inattendus. C’est ainsi que la vitesse des cations alcalins augmente avec le numéro atomique, c’est-à-dire lorsque le cation devient plus gros, alors qu’il devrait offrir une plus grande résistance à son déplacement dans l’eau. Aussi la théorie d’ARRHÉNius est-elle complétée par celle de l’hydra-
- M. Pierre Jolibois.
- talion des ions. On peut admettre que les ions fixent autour d’eux un certain nombre de molécules d’eau qui sont attirées suivant les lois de Coulomb, et comme c’est l’ensemble ions-molécules d’eau qui se déplace sous l’action du champ électrique dans l’électrolyse, cette hypothèse permet d’expliquer simplement les résultats expérimentaux.
- Nouvelle explication du mécanisme de l'électrolyse.
- Les deux hypothèses précédentes, la théorie d’Arrhènius et l’hydratation des ions sont bien vérifiées par l’expérience, mais on peut leur reprocher leur manque de liaison. Elles expliquent en effet deux séries de faits, mais ce sont deux séries d’un même phénomène, l’électrolyse, et on ne voit pas comment ces deux hypothèses se complètent.
- M. Jolibois, en s’écartant des explications classiques a conçu, en s’appuyant toujours sur ces deux mêmes hypothèses, un nouveau mécanisme de l’électrolyse. Ses raisonnements ont pour point de départ l’ensemble des deux hypothèses classiques et englobent tous les faits expliqués précédemment. Ils permettent même de trouver une solution élégante et logique à certaines expériences qu’on expliquait difficilement.
- Cas des sels.
- D’après la théorie classique, lorsqu’on établit dans un voltamètre, un champ électrostatique, les ions s’orientent et se déplacent suivant le signe de leurs charges. Comme la charge totale transportée par les anions est égale au signe près à celle transportée par les cations, il apparaît à la cathode une charge positive et à l’anode une charge négative qui sont neutralisées par une certaine quantité d’électricité. Les ions deviennent alors atomes neutres et se déposent aux électrodes. Là ils peuvent, soit rester dans le même état qu’ils ont été déposés, soit participer à des réactions secondaires en réagissant, entre eux, sur l’eau de dissolution ou sur les électrodes.
- Pour M. Jolibois, la décharge des ions se fait par un processus différent qui est toujours en accord avec les lois quantitatives de Faraday.
- Supposons par exemple que nous électrolysions de l’iodure d’argent, l’ion Ag+ (fig. 2) entouré de molécules d’eau convenablement orientées (c’est-à-dire les ions OH“ près de l’ion Ag+ et les ions H+ à la périphérie) s’approche de la cathode, mais l’ion Ag+ ne peut pas la toucher puisqu’il en est séparé par les molécules d’eau. Au fur et à mesure que l’ion Ag+ s’ap-
- Anade
- OH
- 0
- ou
- H,Q
- H €l Ag® OH IH
- IH
- AgOH|
- 22
- Cathode
- Fig. 2. — Le mécanisme de l’électrolyse de l’iodure d’argent selon P. Jolibois. Décharge d’un cation et d’un anion aux électrodes.
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- proche de la cathode, le champ électrique, entre l’ion Ag+ et la surface de celle-ci augmente ; il en résulte que les molécules d’eau d’hydratation, situées entre la cathode et l’ion Ag+ seront fortement orientées avec l’ion H+, côté cathode.
- Ce sont alors les molécules d’eau qui se rompent sous l’action du champ électrique et on a formation d’un ion H+ et d’un OH-.
- L’ion H+ se décharge immédiatement à la cathode en donnant de l’hydrogène atomique et l’ion OH-se combine immédiatement avec l’ion Ag+ pour former de l’hydrate d’argent neutre Ag(OH).
- La réaction primaire dans l’électrolyse d’un sel correspond donc dans ce cas, à la cathode, à la mise en liberté d’hydrogène et à la précipitation d’un oxyde basique et non pas, comme dans la théorie classique, à la précipitation du métal.
- Cette dernière est expliquée simplement par la réaction de l’hydrogène atomique sur l’oxyde. Il suffit pour cela d’être dans de bonnes conditions de dilution et de pH pour obtenir la réduction de l’oxyde.
- Ainsi un sel de cuivre électrolysé en milieu dilué, donne la réaction théorique pure, à savoir, un dépôt d’oxyde hydraté, alors qu’en milieu acide on a un dépôt de cuivre et qu’avec un pH moyen le précipité qui se dépose à la cathode est formé par de l’oxydule de cuivre.
- A l’anode, l’ion I- est de même protégé par une barrière de molécules -d’eau orientées. Ces molécules d’eau se rompent sous l’action du champ électrique et on a formation d’un ion OH- et d’un ion H+. L’ion OH- se décharge immédiatement sur l’anode en donnant, soit de l’eau oxygénée, soit de l’eau et un dégagement d’oxygène, soit les deux en même temps suivant les réactions :
- 2OII = H,O,
- 2OII = H20 + O
- Quant à l’ion 11+ restant, il se combine à l’ion I- pour donner une molécule d’acide IH.
- La réaction primaire dans l’électrolyse d’un sel correspond donc à l’anode à une formation d’eau oxygénée ou à un dégagement d’oxygène ou aux deux en même temps et à une formation d’un acide.
- Comme ce milieu est très oxydant, l’acide peut alors donner
- des peracides ou être détruit f| " û + en donnant un dégagement
- du métalloïde comme c’est le cas pour les halogènes.
- En définitive les réactions, autrefois appelées secondaires dans la théorie classique, deviennent les réactions primaires avec ce nouveau mé-Fig. 4. Électrodes d eau distillée. canjsme de l’électrolyse,
- tandis que les dépôts métalliques obtenus et les dégagements d’halogène ne sont que les résultats des réductions et oxydations ultérieures.
- Dans la théorie classique, une électrolyse sans réactions secondaires sera par exemple l’électrolyse du chlorure de cuivre avec dépôt de cuivre et dégagement de chlore. Pour M. Jolibois, l’électrolyse la plus simple est, par exemple, celle du sulfate de
- potassium avec, à la cathode, formation de potasse et dégagement d’hydrogène et à l’anode formation d’acide sulfurique et dégagement d’oxygène.
- Vérifications de la nouvelle théorie.
- Ces idées s’appuient sur de nombreuses expériences, électrolyse par étincelle, électrolyse avec électrodes d’eau distillée, réduction de divers sels par l’hydrogène atomique, électrolyse de l’azothydrate de sodium.
- i° Électrolyse par étincelle. — Si nous électrolysons une solution de sulfate d’argent à haute tension avec une cathode qui ne plonge pas dans le liquide (fig. 3) mais qui est séparée par quelques millimètres, l’hydrogène qui se dégage ne vient pas en contact avec l’oxyde formé et il n’y a pas de réduction. On observe donc au point d’impact de l’étincelle une formation d’oxyde qui tombe au fond du voltamètre et qui se produit aussi bien dans une atmosphère d’hydrogène ce qui élimine l’idée d’une oxydation du métal par l’air. Il n’y a pas lieu de retenir non plus l’oxydation du métal par l’eau puisque c’est toujours la réaction inverse que l’on observe.
- La spectroscopie permet de mettre en évidence le fait que le cation est protégé par une barrière de molécules d’eau. Si ce n’était pas les molécules d’eau entourant le cation qui se rompaient, le cation devrait sortir du liquide sous l’influence du champ élevé dans l’étincelle. L’expérience montre au contraire, dans le cas de l’élec-trolyse du sulfate de cuivre même à 10 pour 100 qu’on ne peut pas déceler dans le spectre des radiations émises par l’étincelle, les raies de cuivre. Au contraire, lorsqu’on pulvérise dans une étincelle une solution d’un sel de cuivre, même très diluée, les raies du cuivre apparaissent nettement.
- Si nous électrolysons une solution d’acide chlorhydrique à haute tension avec une anode ne plongeant pas dans le liquide, on observe du côté anodique la formation d’eau oxygénée en quantité d’ailleurs supérieure à la quantité faradique. La quantité correspondant au courant passé provient de l’oxhydrile de molécules d’eau rompues; l’excès est dû à l’action de l’étincelle sur la vapeur d’eau.
- 20 Électrodes d'eau distillée. — Si nous électrolysons l’électrolyte par l’intermédiaire d’une couche d’eau distillée dans laquelle plongent les électrodes (fig. 4) on observe aux électrodes un dégagement d’oxygène et d’hydrogène et à la couche de séparation de l’eau et de l’électrolyte du côté négatif un dépôt d’oxyde, du côté positif formation d’acide.
- 3° Réduction des divers sels par l'hydrogène atomique. — D’après la théorie de M. Jolibois le dépôt du métal est le résultat de la réduction de l'oxyde qui se forme dans la réaction primaire par l'hydrogène qui se dégage. Ce mécanisme s’applique facilement aux solutions de cyanure de cuivre et de potassium Cu(CN)4K3.
- D’après la théorie classique l’ion K+ doit se déposer au pôle négatif et l’ion Cu(CN)4 à l’anode. Or le cuivre se dépose à la cathode. Cela provient de la réduction du cyanure par l’hydrogène naissant de la cathode. La réduction par l’hydrogène est d’ailleurs très énergique puisque Glazunov, Starosta et Von-drascek ont montré que dans l’électrolyse des sels complexes, on peut avoir un dépôt métallique même sur des fils de verre maintenus par de la cire au voisinage de la cathode.
- Le pouvoir réducteur de l’hydrogène naissant dans l’éleclro-
- Fig. 3. — Électrolyse par étincelle.
- .-H
- Chlorure
- d’argent'
- . ^Toile platinée
- étendu
- Papier filtre
- Fig. 5. — Réduction du chlorure d’argent par l’hydrogène atomique.
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-
- lyse de l’acide sulfurique est tel qu’on peut obtenir de l’argent à partir du chlorure d’argent placé entre deux feuilles de papier filtre dans le voisinage de la cathode et de telle façon que les lignes de courant ne le traversent pas (fig. 5).
- On peut de même, à la température ordinaire, obtenir du cuivre à partir de l’oxyde de cuivre, ce qui est impossible avec l’hydrogène moléculaire.
- 4° Électrolyse de Vazothydrate de sodium. — Si nous élec-trolysons une solution d’azothydrate de sodium N3Na, on observe un dégagement à l’anode de 3 volumes d’azote pour i volume d’hydrogène à la cathode. Ce phénomène s’explique aisément par la théorie classique et les idées de M. Jolibois s’accordent avec le résultat de la façon suivante :
- — dégagement d’hydrogène et formation de soude à la cathode ;
- — dégagement d’oxygène atomique et formation d’acide azolhydrique à l’anode. L’oxygène oxyde l’acide en donnant de l’azote : 2N3H + h 02 -> II20 + 3N2.
- Si on introduit alors dans la solution un réducteur non conducteur du courant, l’oxydation de l’acide azothydrique ne se
- fera plus d’une manière quantitative. C’est ainsi que le rapport des volumes de gaz dégagés qui est 3 dans le cas d’azothydrate de sodium pur est abaissé à 0,73 lorsqu’on ajoute 5 pour 100 de résor-cinol et à o,55 lorsqu’on ajoute 5 pour 100 d’hydroquinone.
- Ce phénomène s’explique facilement par le mécanisme proposé par M. Jolibois — il ne peut pas s’expliquer par la théorie classique sans donner à l’azote naissant un pouvoir oxydant.
- Cas des acides et des bases.
- Cathode
- Fig. 6. — Électrolyse d’un acide fort. Décharge d’un cation à la cathode.
- Pour les acides, le compartiment anodique, et pour les bases, le compartiment cathodique, montrent les mêmes phénomènes que dans le cas des sels. Mais les phénomènes que l’on peut observer dans le compartiment cathodique pour les acides et dans le compartiment anodique pour les bases sont différents, car les ions en question sont les ions II+ et OH~ et sont les éléments constitutifs du solvant : l’eau.
- Nous décrirons d’abord l’expérience suivante :
- Si nous électrolysons avec une différence de potentiel constante, dans un tube en U, une solution de sulfate de sodium, on constate que l’intensité du courant augmente avec le temps. Cela est dù au fait que la température de la solution augmente et qu’on a formation à l’anode d’acide sulfurique et à la cathode de soude qui ont tous les deux une conductivité spécifique supérieure à celle du sulfate de sodium.
- Si nous électrolysons dans les mêmes conditions, une solution d’acide sulfurique, l’intensité baisse et tend à s’annuler. La résistance de la solution augmente donc.
- On peut se rendre compte que la diminution de conductivité n’est pas identique tout le long du tube. La branche cathodique « chauffe » et même si le courant a une intensité assez grande, la solution entre en ébullition du côté de la cathode.
- On observe le même phénomène avec de la soude du côté de l’anode.
- Reprenons alors les schémas utilisés précédemment pour l’électrolyse de l’iodure d’argent et considérons l’électrolyse d’un acide fort AH dissocié en ses ions A~ et H+ (fig. 6).
- L’ion H+ entouré de molécules d’eau se dirige vers la cathode. A son contact une molécule d’eau se rompt et l’hydrogène de la molécule d’eau rompue se dégage. L’ion OH" restant se
- : ......... 55 =:-
- combine alors avec l’ion H+ de l’acide pour redonner de l’eau. Il s’ensuit donc qu’au bout de très peu de temps l’électrolyse à la cathode se produit par l’intermédiaire d’une couche d’eau qui augmente.
- On peut démontrer d’ailleurs que la surface de séparation de la couche d’eau et de la solution acide se déplace avec la vitesse de l’ion A-.
- On peut faire un raisonnement analogue pour le compartiment anodique de l’électrolyse d’une base forte ROH dissociée en ses ions B+ et OII- ; l’ion OH" entouré de ses molécules d’eau se dirige vers l’anode (fig. 7). A son contact, une molécule d’eau se rompt et l’oxydrile se décharge à l’anode en donnant un dégagement d’oxygène.
- L’ion H+ restant se combine alors avec l’ion OH- de la base pour redonner de l’eau, et comme dans le cas précédent il se forme une couche d’eau qui se déplace avec la vitesse de l’ion B+.
- Si l’on opère dans un tube cylindrique, le déplacement s’opère par couches parallèles et si la vitesse est constante, le déplacement observé est proportionnel au temps.
- Pour que la vitesse de l’ion reste constante pour une même température, il faut que le champ soit constant.
- Comme la concentration de la solution reste constante, si l’on se trouve assez loin du compartiment vers lequel l’ion se dirige (c’est le compartiment anodique pour les acides et cathodique pour les bases) il faut que l’intensité du courant reste constante.
- On observe donc dans les deux cas, un phénomène de cataphorèse, c’est-à-dire de transport de l’acide vers l’anode (ions A~ et H+) et de transport de la base vers la cathode (ions B+ et OH“). Les ions H+ et OH~ sont donc emmenés du côté opposé auquel ils devraient aller, d’après le signe de leur charge. Mais il faut remarquer que la cathode pour les acides (et l’anode pour les bases) ne plongent pas dans la solution acide (ou basique) et que les ions H+ (ou OH~) qui se dégagent proviennent de la couche d’eau et non de l’acide (ou de la base). Ces constatations s’expliquent par le mécanisme proposé précédemment d’après l’hypothèse de l’hydratation des ions.
- Ce phénomène peut être mis en évidence simplement dans un tube en U, si le courant est assez intense, avec des solutions millième-normales. La couche supérieure se met en effet à chauffer davantage que le reste de la solution et les gaz qu’elle contient en dissolution se dégagent en bulles très petites, si
- ‘Inode
- OH
- 0
- ou
- H2-°2
- Fig. 7. — Électrolyse d’une base forte. Décharge d’un anion à l’anode.
- T
- Electrode
- Fig. 8. — Mesure de la vitesse des ions avec deux sondes.
- bien qu’elles permettent de délimiter la couche parfaitement bien.
- On peut observer aussi la formation de la couche avec un acide coloré par exemple avec de l’acide picrique. Il se forme une couche supérieure incolore qui est de l’eau, tandis que la
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-
- 56 - ....... ...........—
- solution d’acide picrique qui se déplace lentement vers l’anode est jaune.
- Puisque la cataphorèse des acides forts et- des bases fortes se fait avec la vitesse de l’anion et du cation correspondant, il est possible de mesurer la vitesse des ions en partant de ce
- Fig. 9. — Mesure de la vitesse des ions avec trois sondes.
- principe si on peut repérer le déplacement de l’acide et de la base dans leur cataphorèse.
- La couche d’eau qui se forme est séparée de l’électrolyte par une surface sensiblement plane lorsqu’on opère dans un tube cylindrique et on peut noter son passage devant des sondes en 111 de platine soudées perpendiculairement à l’axe du tube. Le passage de la surface de séparation est constaté électriquement.
- A courant constant, tant que deux sondes consécutives plongent dans l’électrolyte dont la concentration reste la même, leur différence de potentiel ne varie pas. Dès que la couche aqueuse beaucoup plus résistante atteint l’une des sondes la différence de potentiel se met à augmenter et on peut ainsi noter le moment du passage de la couche devant la sonde. Lorsque la couche a dépassé la deuxième sonde, la différence de
- potentiel e.|t à nouveau constante. ^ ... , ,,__ ^ ____
- . La courbe de la différence de potentiel en fonction du temps est donc celle de la figure 8.
- Comme en pratique le deuxième point anguleux est moins net que le premier, on emploie trois sondes et on enregistre d’abord la différence de potentiel entre la première et la
- deuxième sonde puis entre la deuxième et la troisième sonde. On obtient les courbes de la figure 9.
- Soit L la distance entre les deux premières sondes en centimètres, VA — VB la différence de potentiel en volts entre les deux sondes au début de l’expérience, pour l’intensité constante I, t le temps en secondes qui sépare le passage, de la couche devant les deux premières sondes, la vitesse de l’ion
- L2
- considéré pour un champ de 1 rrolt/cm est : u = —,—- .
- La différence de potentiel est mesurée par un électromètre pour éviter les courants dérivés et l’intensité constante est obtenue au moyen d’un dispositif à lampe penthode.
- On obtient de cette façon la vitesse des ions des acides fort3 et des bases fortes et les nombres coïncident avec ceux obtenus à partir des conductivités et des nombres des transports.
- Il ne se forme pas de couche d’eau avec les acides faibles et les bases faibles ou insolubles, car ces électrolytes ne sont pas entièrement dissociés. On tourne la difficulté en employant l’acétate correspondant ou le sel d’ammonium correspondant. On a formation dans ce cas non plus d’une couche d’eau mais d’une couche d’acide acétique ou d’ammoniaque qu’on peut repérer de la même façon que précédemment, ce qui permet d’obtenir la vitesse d’un grand nombre d’ions qui n’avaient fait l’objet auparavant d’aucune étude.
- Conclusion.
- Nous venons d’exposer une nouvelle façon, due à M. Jolibois, d’interpréter les phénomènes qui se passent dans l’électrolyse au voisinage des électrodes. La théorie classique explique difficilement les expériences décrites; toutefois, les raisonnements que nous avons faits ne mettent en jeu aucune hypothèse nouvelle et découlent de la théorie de la dissociation des ions et de -l’hydratation des ions, théories admises par les physiciens.
- J. Clérix,
- Ingénieur civil des Mines, Docteur ès sciences physiques.
- La guerre et les baleines.
- Nous ouvririons une rubrique aux résultats inattendus de ces six années de guerre qu’elle serait probablement interminable, réflexion que nous inspirent les dépêches reçues du Cap de Bonne-Espérance.
- Pendant que les hommes s’entre-tuaient, les cétacés, eux, jouissaient d’un armistice qu’ils ont mis à profit pour se multiplier d’une façon surprenante. Il est à peine besoin de souligner que la chasse à la baleine cessa dès le début du conflit, que les grands vapeurs qui s’y consacraient dans les pays alliés furent réquisitionnés pour le transport des troupes, et que ceux des baleiniers norvégiens, jaugeant jusqu’à 22 000 tonnes, qui ne purent s’enfuir à temps restèrent immobilisés dans leurs ports.
- Un véritable rush s’est déchaîné en Afrique australe, à la nouvelle que, par milliers, les baleines bleues, les géantes de la famille, avec leur longueur de 30 à 35 m et leur poids de l’ordre de 400 t, faisaient leur apparition dans des parages qu’elles avaient désertés depuis un quart de siècle. La saison de pêche réglée par un accord international s’ouvrait le 1er décembre, pour se clore le 21 mars prochain. Si les équipages ne manquaient pas, les navires spécialement organisés se trouvaient trop peu nombreux pour les employer tous. Le3 armateurs sud-africains eurent l’ingénieuse idée d’acquérir de l’Amirauté des dragueurs de mines, désormais bons pour la ferraille, et de les aménager en baleiniers.
- Et c’est à qui sera prêt à temps pour profiter de l’aubaine.
- On estime que 250 navires, transportant 4 000 hommes, seront bientôt à la besogne parmi les icebergs qui parsèment; en cette saison de l’année, les eaux de l'Antarctique. Enhardies par une longue période de tranquillité, des baleines bleues remontent jusqu’à moins de 200 kilomètres du littoral sud-africain, ce qui ne s’était pas vu de mémoire d’homme.
- Les règlements édictés par le comité international (où sont représentés les États-Unis, le Canada, la Grande-Bretagne et la Norvège) ont fixé à 16 000 le nombre des baleines bleues (ou l’équivalent, en cétacés d’autres espèces) qui pourront être capturées pendant la campagne en cours. La poursuite est interdite dans certaines aires, notamment dans les eaux de l’ile Tristan da Cunha, une exploration récente ayant découvert que ces parages, riches en algues, servaient de régions d’élevage aux baleines.
- On signale, à ce propos, que le plus célèbre des harponneurs, le Norvégien Lars Andersen, familièrement connu sous le sobriquet de « Lars le Démon », est mort en 1943 à Tromdheim, victime des mauvais traitements que lui infligèrent les Allemands. Une bonne campagne lui rapportait jusqu’à 20 000 livres sterling.
- Victor Forbin.
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- PAYSAGES NORD-SYRIENS
- Le Levant a été ces dernières années le point de mire de toutes les convoitises. Un des rares pays neutres dont les États en guerre se disputaient la cobelligérance n’est-il pas la Turquie ? C’est là que les armées de Rommel et de von Paulus voulaient faire leur conjonction. C’est là que les Anglais amorcèrent leur offensive qui devait être le tournant de la guerre.
- Si celte région du globe eut le privilège de fixer sur elle pendant un temps l’attention du monde, elle le dut à sa situation géographique beaucoup plus qu’à ses richesses ainsi que nous allons le voir.
- Plutôt que d’augmenter ses revenus par le moyen du progrès, le propriétaire préfère donc se rattraper sur son paysan tenancier, ce qui fait que lorsqu’on est sorti d’une des rares grandes villes on a à peine l’impression de la fuite du temps. Tout semble figé dans l’éternel. Saint Jean Chrysostome, venu de sa proche patrie d’Antioche, trouverait aujourd’hui bien peu de changement dans ces régions, si ce n’est les camions qui sillonnent partout les pistes.
- U automobile, terne du désert.
- D'immenses propriétés semées de cailloux.
- En quittant Alep, dernière grande agglomération en Syrie Nord et plaque tournante de tout un marché séculaire avec l’hinterland oriental, 5o km à peine de route poudreuse vont se perdre dans l’immense vague qui mène à l’Euphrate et au vieux Kerkamiche en ruines, reliques désuètes du glorieux empire hittite.
- Cette « immense vague » est pourtant l’un des moins pauvres greniers de la Syrie. Il faut avoir vu le paysan arabe à sa rude tache pour vraiment apprécier ce qu’il y a de prodigieux dans cet immense rendement. Derrière sa charrue, guère plus perfectionnée que celle de ses ancêtres, cet homme guide un soc mince qui racle à peine une terre jamais débarrassée de ses pierres. Partout, des monticules de ces pierres témoignent de la patience aveugle * de l’Arabe. Quoi de plus étonnant, donc, que ce prolifique rendement en. blé, surtout lorsqu’on tient compte de l’absence totale de ferlilisateurs ou de machines.
- Pourtant, c’est bien à ces propriétés immenses et féodales que le machinisme s’appliquerait le mieux. Le paysage n’est marqué par aucun de ces enclos si familiers en France ; la seule limite à la distance est l’horizon. Les gros propriétaires fonciers ont bien reconnu l’apport que leur fournirait la machine, mais diverses raisons leur ont fait s’abstenir de moderniser leur technique. C’est d’abord l’inquiétude de trouver des marchés extérieurs à leur surplus alors que le prix du blé syrien n’arrive pas à concurrencer celui des gros pays producteurs mondiaux tels que l’Australie et le Canada. C’est encore l’absence d’une politique agricole de la part du gouvernement syrien, d’où l’impossibilité d’obtenir des crédits à bon marché comme en Turquie voisine, et l’horreur qu’éprouvent tous les orientaux de placer leurs richesses autrement que dans l’or qui, jusqu’à ce jour, sert de monnaie d’échange dans toute grosse transaction. Il est donc arrivé que, durant cette guerre, le blé, qui autrefois était même exporté, n’arriva pas à subvenir aux besoins les plus stricts du pays. Les producteurs ont préféré profiter de l’économie en vase clos à laquelle la guerre avait assujetti le pays pour alimenter plutôt le marché noir. Le pain, qui se vendait autrefois à quatre francs Je kilo, avait atteint, ces temps-ci, plus de vingt francs. Il convient de mentionner ici les mérites qui reviennent à l’Office des Céréales panifiables, organisme interallié subventionné par la France Libre dont une bonne partie du personnel dirigeant était français, qui a réussi à effectuer le seul et unique contrôle qui dépassât les bornes de la simple paperasse
- Le Nord-Syrie est en effet le terrain d’exploitation par excellence de l’entreprise automobile, et ceci pour une raison qui pourrait a priori paraître paradoxale, c’est que les routes sont tout bonnement inexistantes et qu’à leur place il n’y a que des
- Fig. 1. — L’Euphrate au Qualat Hejin.
- Oïl aperçoit les bancs de sable limoneux où le fleuve change constamment de lit.
- pistes qui sont à peine des tracés épousant la configuration capricieuse du terrain. La voiture automobile n’a pas une longue vie, mais elle est devenue un élément indispensable à toute l’économie du pays ; aussi est-elle de plus en plus demandée. On songe au marché magnifique qu’aurait eu en Orient cette industrie si la guerre n’avait pas complètement arrêté les livraisons.
- Des villages en pisé, att charme pittoresque.
- Le village arabe en Syrie-Nord présente un caractère très particulier et même fort pittoresque. L’absence de bois dans la région, d’où l’impossibilité d’avoir recours aux charpentes, a contraint les premiers constructeurs au style conique encore employé de nos jours.
- Le village est entièrement construit en pisé, sorte de briques qui sont fabriquées par la femme elle-même, d’un mélange d’argile et de paille, puis desséchées au soleil. Une fois la construction terminée, l’ensemble est recouvert d’un enduit uniforme de la même matière et tous les ans, les femmes opèrent un nouveau « replâtrage ». Chose étonnante, ces murs résistent admirablement bien aux intempéries. D’ailleurs, les
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- qui a laissé son empreinte indélébile au paysage. Car, s’il y a une chose que saint Jean Chrysostome, de retour dans son pays, aurait du mal à reconnaître, c’est le déboisage cruel qui a dilapidé ce pays autrefois si vert. Les Turcs, durant l’autre guerre, en voulant alimenter leurs locomotives privées de charbon, n’ont fait que perpétuer une très vieille politique aveugle et destructive. Il en est résulté, au cours des siècles, une érosion du sol privé de ses arbres qui a mis à nu des rocs, là où autrefois la vigne donnait du travail à toute une population aujourd’hui disparue. Partout en Syrie-Nord existent des douzaines de villes mortes d’accès difficile au fond d’immenses étendues de rocaille abandonnée, mais dans un état de conservation quasi parfaite, des villes autrefois prospères qui ne sont plus que des tristes témoignages de l’incurie.
- Fig-, 2. — Une ville morte du VIIe siècle avant Jésus-Christ au Nord de la Syrie.
- Le Levantin, hospitalier, a l’esprit de famille.
- murs s’écrouleraient, comme cela arrive éventuellement par la force des choses, que la solution du problème consisterait tout simplement à en construire d’autres un peu plus loin tout en laissant les décombres tels quels. On aurait là l’explication des « etells » ou monticules qui caractérisent si bien ce paysage et qui souvent ont été pris pour des monts funéraires ou même des sites d’anciennes cités. Ils ne seraient ni plus ni moins que les amas de décombi'es relativement récents.
- Ces coupoles pointues donnent d’ailleurs un charme très particulier à un paysage qui autrement déconcerte par sa monotonie. Le terrain, onduleux mais sans grandes saillies, exception faite pour les remparts sévères du Mont Taurus que l’on voit de partout et qui est d’ailleurs en Turquie, est d’un brun uniforme qu’égaient seulement les carrés de blés mûrs pendant une courte saison chaque année et les fleurs sauvages multicolores dont la durée est éphémère. Tout est fonction du jeu de la lumière et des ombres : ces murailles ocres comme la terre dont elles sont issues, s’éclairent par moments de couleurs féeriques.
- Les abords des villages présentent tous les mêmes aspects. Ce sont les lieux d’approvisionnement pour l’hiver en combustibles, blé et autres denrées qui forment les ressources communes d’une agglomération assujettie au même propriétaire féodal. Le combustible se compose de « galettes » d’excréments d’animaux, pétries et mélangées à de la paille par les femmes ; elles sont ensuite étalées par terre et cuites au soleil. Elles fournissent un feu lent admirablement adapté aux besoins culinaires du pays, car les préparatifs d’un repas sont longs et méthodiques dans un pays où le temps ne compte pas.
- Des villes mortes victimes du déboisage.
- La pénurie de bois... c’est bien là une des tragédies issues de l’imprévoyance des hommes, et
- Si dans ces contrées le vol et le pillage sous ses formes ouvertes ou camouflées sont choses fréquentes et en somme à peine dignes d’un blâme (la tendance serait plutôt à blâmer la victime pour s’être si facilement laissée prendre) il faut avouer par contre que chez lui l’Arabe se soumet à l’étiquette la plus correcte. Vis-à-vis de son ennemi lui-même, il est astreint aux mêmes rigueurs d’hospitalité que lui impose sa religion. Dans un pays qui manque singulièrement d’hôtels ou même d’auberges, et où les voyageurs se trouvent souvent forcés de passer plusieurs jours dans le « bled », cette hospitalité a ses avantages incontestables.
- La vie patriarcale est toujours aussi de rigueur qu’aux temps lès plus récülêâ: O'n aurait'meme un enseignement à tirer dé ce soutien que s’accordent les différents membres d’une même famille. Il est un fait, naturellement bien plus évident dans les grandes villes où la répartition du travail est plus variée que dans les villages, c’est qu’aucun Arabe, je dirai même aucun Levantin puisqu’à ce point de vue les minorités chrétiennes ont adopté les mêmes mœurs, ne se trouvera jamais dans la pénurie sans être secouru par un parent, proche ou éloigné, qui en fera un cas d’amour-propre. Il n’est pas du tout rare
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- de trouver des familles entières, souvent au nombre de trente ou de quarante, vivant sous le même toit et partageant le même budget... singulier contraste avec nos tendances séparatistes qui conduisent de plus en plus à l’indépendance, mais aussi à la ruine du jeune ménage.
- On ne peut évoquer les campagnes d’Orient sans songer aux enfants qui semblent sortir de partout. La femme arabe n’est là que pour procréer et de plus l’enfant dès son plus bas âge fournit un apport considérable à la famille. On comprend ainsi pourquoi toutes les tentatives de la France mandataire dans le domaine culturel se soient heurtées à tant d’insuccès en dehors des grandes villes.
- L’école, aux yeux des paysans, est considérée comme un retard à la formation de l’enfant.
- Le paysan vit toujours dans la même frugalité que ses ancêtres. Habitué à une vie dure, il s’est armé d’un stoïcisme non pas tant raisonné qu’imposé par la force des circonstances et il le transmet comme une flamme à ses enfants. Les conceptions égalitaires de notre époque ont à peine un écho en lui et la vue du contraste saisissant que présente son maître ne le choque point. Il est courageux et fort travailleur, contrairement à la croyance populaire, car c’est plutôt dans les villes que les vices ont pu s’épanouir, mais cette force n’est en réalité guère plus que de la résignation.
- Dans sa demeure d’une modestie incroyable, l’apparat est réservé exclusivement aux invités. L’été, c’est dans la fraîcheur relative d’un jardinet ombragé par des vignes, près d’tme fontaine rituelle et de fleurs dans des bidons, que les plateaux chargés d'arak (anisette à forte teneur d’alcool) et d’innombrables petits plats variés nommés « mezzés » seront placés aux pieds de ceux-ci. L’hiver, c’est autour des « mangals » où le charbon de bois rougeoie lentement sur un lit de cendres blanches que les hommes s’accroupissent en étalant leurs mains noueuses sur la faible chaleur. Tout autour, c’est le vide le plus complet. Presque aucun mobilier, mais à sa place, des placards qui font le tour de la pièce, par terre rien que de la terre battue qui ne sera recouverte de nattes que les jours de réception... et dans de pareilles éventualités l’on prend bien
- Fig-. 4.
- Un autre village arabe du Nord de la Syrie.
- soin de se déchausser au pas de la porte. S’il y a de beaux tapis, c’est sur les murs qu’on les étale; les matelas restent enroulés dans le fond de la pièce et ne sont allongés par terre que la nuit. Il faut avouer que ces intérieurs, aux murs d’un blanc étincelant, sont d’une propreté étonnante, vu l’absence d’hygiène.
- Que l’on se garde bien, pourtant, de juger l’homme par ses apparences dans ces pays. La richesse n’est étalée ni dans les vêlements, ni dans le confort de l’intérieur. Il est vrai que la femme arabe a de plus en plus tendance à faire publicité de la fortune de son mari par des étalages de bijouterie d’une lourdeur ahurissante; mais en général l’Oriental part de ce principe que dans l'intérêt de ses. relations avec ses clients tout aussi bien qu’avec le fisc il vaut mieux passer pour un gueux.
- En résumé, c’est toujours le passé qui garde son emprise sur l’Orient, non seulement dans ses moeurs, sa mentalité, ses méthodes, mais encore dans l’orgueil bien marqué qui tire toute sa sève des gloires aujourd’hui stérilisées dans les pages d’histoire.
- R. Stark et M. Leprêtre.
- L'entomologiste moderne
- Peut-être certains invaginent-ils encore le naturaliste écrivant en manchettes dans son cabinet sur les collections qu’on lui a apportées, ou plus romantiquement courant lui-même les bois et les plaines, en chapeau haut de forme, la boîte verte à herboriser en bandoulière, le filet à papillon en main pour enrichir sa collection.
- Ces figures conventionnelles n’ont plus cours et les modes ont changé ; l’entomologiste actuel a rénové son allure et il n’est pas rare par les beaux jours d’été de l’apercevoir en short et même le torse nu, tenue qui n’a rien de comparable à celle de l’homme de la légende. En hiver son activité n’est pas moindre, car contrairement à ce que l’on serait porté à croire l’insecte peut être étudié en toute saison. Son matériel s’est également modernisé, il possède bien les instruments classiques : pinces, flacons, tubes et l’éternel piochon servant aussi bien de marteau que d’écorçoir ou de levier, mais l’entomologiste de nos jours qui est surtout biologiste utilise en outre des instruments le renseignant sur
- les conditions de vie des bêtes qu’il étudie, tels que thermomètre, altimètre s’il chasse en montagne, hygromètre s’il travaille dans les grottes....
- L’entomologiste moderne a des buts qu’en général n’avaient pas ses précurseurs, exception faite pour certains d’entre eux comme Fabre (Q dont nul aujourd’hui n’ignore les patientes observations éthologiques. La presque totalité des entomologistes d’autrefois ne voyaient qu’une chose : « la bête rare » enrichissant leur collection. Nos chercheurs d’aujourd’hui s’ils ne dédaignent pas tt l’insecte peu commun » contribuent quand même dans leur petite sphère par leurs observations scientifiques précises, si minimes soient-elles à l’avancement en bien des points tels que : Génétique, Physiologie, Morphologie... de cette vaste branche des connaissances humaines : la Biologie.
- 1. Fabre (J. H.). Souvenirs entomolagiques,-' nouv, édition, 10 vol., 1920-1924, Paris.
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- L’entomologie a notamment permis le développement intensif de la Biogéographie (étude du peuplement botanique et zoologique du globe) extrêmement variable 'suivant les régions. Par les travaux des entomologistes (*) cette science a fait de grands progrès.
- L’étude de l’insecte comme la conçoivent nos naturalistes actuels donne chaque jour un essor important à l’Écologie (étude de l’ensemble des conditions d’existence des êtres vivants), science en partie solidaire de la Biogéograpbie. Les recherches entomo-logiques, scientifiquement menées dans le domaine souterrain constituent pour la Biogéograpbie et l’Écologie un apport très important. L’insecte, le plus ancien des Arthropodes terrestres, vieux de plus de 400 millions d’années, jouit de facultés d’adaptation exceptionnelles et c’est ainsi que par opposition aux formes hypogées disséminées à la surface de la terre, les formes endo-gées peuplent les cavernes (grottes, avens), les fissures du sol et la face inférieure des pierres enfoncées. Les grottes artificielles (comme les catacombes de Paris) peuvent être également habitées par des formes souvent intéressantes même si elles ne sont pas toujours d’origine cavernicole. Et c’est pour ces recherches que l’entomologiste doit être particulièrement sportif, car le fait de se balancer sur l’échelle d’électron (2) dans un gouffre à 50 ou 60 m mais dont on ignore en général la profondeur et la topographie exacte, nécessite malgré tout un certain entraînement sportif, ainsi qu’une grande dépense de force et d’énergie. Mais ces peines sont vite compensées par les joies que procure la capture d’êtres curieusement adaptés à la vie souterraine : absence d’yeux, dépigmentation. totale et allongement démesuré des appendices et des soies sensorielles, « véritables fossiles vivants » de par leur ancienneté, suivant l’expression propre du maître de la question, M. le Professeur Jean-nel (3 4), directeur du laboratoire d’Entomologie du Muséum. Malgré l’exploration sérieuse de ce milieu, particulièrement en France (grottes des Pyrénées) il reste de par le monde et mieux, en notre pays, un-nombre considérable de statrcms peu ou nullement visitées. C’est donc un immense travail qui incombe aux jeunes entomologistes, besogne passionnante où les joies de l’aventure et du sport sont mêlées à celles de la science. Vraiment on s’imaginerait mal le personnage de légende prenant part à ces équipées.
- Si la faune entomologique française commence à être bien connue, spécifiquement parlant, il n’en est pas de même pour sa biologie. Certains entomologistes disposant de moyens financiers importants, en voyage d’affaires ou en mission confiée soit par un ministère, soit par un organisme scientifique, peuvent parcourir le monde C1) et ainsi augmenter leurs possibilités d’action. Mais néanmoins il reste pour l’amateur (5) des régions plus facilement accessibles telles que nos forêts, nos montagnes.... ou même les abords de sa résidence, où il pourra faire à chaque instant des observations .fort intéressantes. Qu’il ne se décourage donc pas en les estimant inutiles et qu’il n’oublie pas que la biologie peut encore être l’objet de bien des recherches. Pour Jui permettre de coordonner et de discuter ses travaux,
- 1. Jeannel (Dr R.). La genèse des faunes terrestres. 1 vol., 513 p., 213 fig., 8 pl. Paris, 1942.
- 2. Échelle très légère pour être facilement transportée en montagne, et câbles d’électron de 3 à 5 mm portant tous les 30 cm un barreau de 10 cm de long permettant juste de poser le pied. Ajoutons que 12 m d’cchelle roulés tiennent dans un volume cylindrique de 20 cm de diamètre sur 10 cm de hauteur.
- 3. Jeannel (Dr R.). Les fossiles vivants des cavernes, 321 p., 120 fig., 12 pl. Paris, 1944.
- 4. C’est ainsi que le Professeur Jeannel du Muséum, sur l’invitation de la Marine Nationale, n’hésitait pas à s’embarquer, ceci aux fins d’études sur le peuplement, en 1939, à bord d’un aviso, le Bougainville, effectuant un voyage de reconnaissance dans nos possessions des mers australes.
- 5. Qui pourra s’il le désire en faire une profession, soit au Centre Natio-
- nal de la Recherche Scientifique, comme- chercheur, soit comme entomologiste colonial, ou bien aux différents services de la Protection des Végétaux en France, à ceux de la Défense des Végétaux en Afrique du Nord.
- l’époque des grands mystères autour d’une découverte quelle que soit son importance étant révolue, il existe des moyens de liaison (3) et de documentation (2) (groupements d’amateurs et de professionnels) (3).
- L’application pratique et directe de l’ensemble de ces recherches constitue l’Entomologie appliquée qui traite des moyens de lutte contre les insectes nuisibles aux cultures C1) ou aux denrées emmagasinées (5).
- Nul n’ignore les méfaits du Doryphore pour les pommes de terre, du Phylloxéra pour la vigne, des Sauterelles et des Hannetons pour toutes les cultures, des Calandres (charançons du blé) dans les silos de céréales. Ces dégâts en ce qui concerne le Hanneton s’échelonnent annuellement entre 50 et 200 millions de francs (E. L. Bouvier, 1934). On estime à 20 milliards de francs la valeur des produits dont ils nous privent chaque année (L. Berland, 1942). D’ailleurs l’insecte a été de tout temps considéré comme un fléau (6). Les sauterelles n’étaient-elles pas l’une des sept plaies de l’Égypte ! Sa petite taille, ses générations multiples, sa croissance rapide, sa supériorité anatomique, sa grande faculté adaptative sont autant de facteurs favorisant son expansion.
- A ce fléau il faut opposer des moyens de lutte capables de faire face à sa puissance destructive : les États-Unis, l’Angleterre, l’U. R. S. S. Font compris depuis, longtemps .déjà. La France jusqu’à ces dernières années n’avait pas pu prendre part à ces travaux faute de moyens financiers. Ce n’est guère qu’àprès l’intervention d’entomologistes auprès des ministères compétents que certains services furent créés ces dernières années, notamment le laboratoire d’Entomologie Coloniale du Muséum, les services de la Protection des Végétaux en France, de la Défense des Végétaux en Afrique du Nord, l'Institut de Lutte Antiacridienne, et plus récemment encore les Services de Formation d’Entomologistes de l’Office de la Recherche scientifique coloniale qui-nous donne-rdnt des agents capables d’exploiter avec maîtrise les stations entomologiques qui leur seront confiées.
- , Sans ces laboratoires, cherchant chacun dans son domaine des solutions à ce vaste problème, ces calamités se seraient rapidement propagées et depuis longtemps toute culture serait devenue sinon impossible, du moins très difficile. Dans les pays cités plus haut, on n’a pas hésité à faire appel aux derniers progrès du machinisme et c’est ainsi que l’on a vu des entomologistes utiliser l’avion pour explorer scientifiquement les hautes couches de l’atmosphère (L. Berland) et plus fréquemment pour perfectionner l’emploi des insecticides qu’ils projettent ainsi sur les zones infectées.
- Nous espérons que ces quelues lignes encourageront les nombreux chercheurs solitaires jusqu’au jour proche, nous le souhaitons, ou l’Entomologie aura en France la place qu’elle a déjà chez lés puissances alliées.
- F. Pierre et J. Théodoridès.
- 1. L’Entomologiste, journal rédigé par des amateurs, 45 bis, rue de Buf-fon, Paris (5°).
- 2. Paulian (R.). Les Coléoptères. 396 p., 164 fig., 14 pl. Payot, Paris, 1943 ; La vie des Scarabées, Paris, 1945; CnoPAnn (L.). La biologie des Orthoptères. Eneycl. Ent., XX, 541 p., 453 fig., 4 pl. Le Chevalier, Paris, 1938 ; Berland (L.). Les Guêpes (Livres de la nature). Stock, Paris; Les Araignées (même coll.) ; Les Insectes et l’Homme (Coll. Que sais-je ?), n° 83, 126 p. Presse Universitaire de France, Paris, 1942,
- 3. Société Entomologique de France, siège social : 16, rue Claude-Bernard, Paris (5e). Association des Coléoptéristes de la Seine, siège social : 45 bis, rue de Buffon, Paris (5e). Association des I.épidoptéristes de la Seine : même adresse.
- 4. Vavssiére (P.) Principes de Zoologie agricole. Colin, Paris, 1940 Bâlachowsky et Mesnil. Les Insectes nuisibles aux plantes cultivées. 2 vol., 1920 p., 1969 fig. Paris, 1935-1936.
- 5. Lepesme (P.). La faune des denrées emmagasinéees. Lechevalier, Paris.
- 6. Howard (L. O.). La menace des Insectes, trad. de L. Berland. 281 p., Flammarion, Paris, 1934.
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- Un Batracien prédateur de larves de Moustiques
- acclimater
- a
- Dans la Julie contre le paludisme et la fièvre jaune, on fait appel aux animaux prédateurs de larves de moustiques ; ce sont surtout les Gambusia, petits poissons vivipares et très prolifiques, d’origine américaine, que l’on utilise comme lar-vivores ; mais, en beaucoup de régions, les conditions du milieu ne sont pas favorables à la vie des Gambusia, qui ont, eux aussi, de nombreux ennemis naturels.
- R. Martin, dans les Archives de VInstitut Pasteur d'Algérie (19/12) a fait connaître qu’en Abyssinie, à Addis-Abeba, cer-
- un jeune exemplaire pesant 5 g fut placé dans un bocal avec i5 larves et 10 nymphes cVAnopheles maculipennis Meigen et
- 10 larves et 10 nymphes de Stegomyia; en moins d’une heure, ces insectes furent dévorés et si d’autres larves et nymphes de Moustiques avaient été disponibles à ce moment au laboratoire, elles auraient subi le même sort. Le Xenopus lævis est d’une extrême voracité, on le nourrit facilement avec des fragments de viande et des proies vivantes, qu’il mange sous l’eau, où
- 11 vit un peu à la manière d’un Poisson. Dans les élevages du
- Fig. 1. — Le Xenopus lævis à divers stades de développement.
- laines collections d’eau importantes, où vit un Batracien, Xenopus clivii Peraca, n’étaient pas infestées de larves de moustiques par suite de leur destruction par celui-ci. Le fait de celte destruction a été reconnu expérimentalement : un jeune Xenopus, du poids de 5 g, a dévoré 100 à ii5 larves et nymphes d’Anophèles en 24 h.
- Le Pr Émile Brumpt (*) a pensé qu’une autre espèce de Xenopus, supposée acclimalable en Corse et en Algérie, pourrait aussi se montrer une active destructrice de larves et nymphes de moustiques ; il a tenté l’expérience avec des Xenopus lævis (Daudin).
- Ce Batracien, originaire de l’Afrique australe s’élève facilement en captivité en France ; il est facile de se le procurer à Paris, car il y est vendu couramment pour le diagnostic biologique de la gestation. Ce sont des individus provenant d’un élevage de Gagny (Seine-et-Oise) que le Pr E. Brumpt utilisa pour ses expériences. Les résultats correspondirent à son attente ;
- 1. Comptes rendus de l’Académie des Sciences, séance du 25 juin 1945, pp. 923-925.
- Pr Brumpt, on lui a souvent donné à manger des têtards de Batraciens et il est vraisemblable qu’il s’attaquerait aux jeunes individus de Gambusia s’il en avait à sa portée. « On peut donc se demander, dit le Pr Brumpt, si, en présence de nombreuses proies, les Xenopus s’attaqueraient aussi aux larves de Moustiques ». L’expérience dans la nature est à tenter, comme elle a été tentée avec les Gambusia.
- a L’acclimatement des Xenopus, s’il était possible dans les régions à paludisme situées entre 4o° de latitude Nord et 4o° de latitude Sud, ce qui est probable, présenterait-il plus d’avantages que d’inconvénients ? », Pour le savoir, il faut essayer et le Pr E. Brumpt, estimant que les Xenopus pourraient certainement se développer en Corse et en Algérie, souliaite que l’on réussisse à les y acclimater et qu’ils y deviennent des auxiliaires de la prophylaxie antipaludique.
- La figure ci-dessus montre Xenopus lævis (Daudin) à ses différents stades ; son aspect rappelle un peu celui d’un crapaud, mais, zoologiquement, c’est un Batracien Anoure d’un groupe assez différent : il n’a pas de langue, c’est un Aglosse.
- R. Ph. D.
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- UN AVION A RÉACTION FRANÇAIS
- Le "SO. 6.000 "
- Si l’occupation nous obligea pendant 4 ans à susprendre nos essais en matière d’aviation, elle ne put nous empêcher de poursuivre des recherches théoriques et de faire des projets.
- C’est ainsi qu’une équipe de cinq ingénieurs de la Société Nationale de Constructions Aéronautiques du Sud-Ouest s’attaqua, dès octobre iq43, à un projet d’avion à réaction.
- L’équipe, sous la direction de M. Servanty, quitta donc Cannes, où était le siège de la Société à cette époque, pour Paris, malgré le danger d’un tel travail en zone occupée pour se mettre tout de suite en rapport avec la Société Rateau, pressentie pour la construction du turbo-réacteur.
- Le but à atteindre était de créer d’abord un banc d’essai volant de turbo-réacteurs, ensuite d’envisager un avion capable
- Montage de l’avion à réaction « SO. 6.000 ».
- de s’attaquer au record du monde de vitesse des que les circonstances le permettraient...
- Ainsi naquit le SO. 6.000 :
- Cellule.
- La difficulté essentielle dans la conception d’un avion destiné à voler à plus de 900 km/heure est de reculer le plus possible l’influence de la compressibilité. Nous montrerons dans une élude ultérieure, les difficultés rencontrées aux grandes vitesses, par suite de la formation d’ondes de choc provoquant l’effondrement des caractéristiques aérodynamiques d’un avion.
- Le premier problème était de concevoir un profil d’aile nouveau permettant justement de limiter les survitesses locales autour du profil pour les garder le plus longtemps possible en dessous de la vitesse du son et éviter la formation de l’onde de choc consécutive.
- M. Servanty et ses collaborateurs calculèrent donc un profil ayant une répartition de pressions suffisamment uniforme pour
- limiter les survitesses. Ils partirent de la théorie du fluide incompressible et corrigèrent par l’approximation de Glauert pour tenir compte de la compressibilité.
- Il est remarquable que le résultat de leurs recherches fut une forme de profil tout à fait analogue à celles employées par les Américains et les Anglais tout récemment. Il était bi-convexe symétrique, l’épaisseur maximun du profil avait 10 pour 100 de la profondeur et l’emplacement de ce maximun était beaucoup plus reculé que sur les profils classiques, puisqu’il était situé à 45 pour 100 à partir du bord d’attaque; ceci caractérise les profils à écoulement laminaire.
- La forme en plan de l’aile est classique : trapézoïdale avec extrémités arrondies, envergure : g,16 m, surface : i4 m2,
- donnant un allongement de 6.
- L’aile est métallique, avec longeron unique situé à 25 pour 100 de la profondeur, pour éviter les couplages de vibration ; le revêtement travaillant est en tôle de duralumin, assez épaisse pour avoir une surface parfaitement unie, sans cloquage. Les têtes de rivets sont noyées et sont absolument invisibles après le ponçage et le polissage — pas de peinture. La moindre aspérité sur l’aile donne naissance à une onde de choc locale et le plus grand soin doit être apporté à la finition des surfaces de tout l’avion, et en particulier sur l’extrados de l’aile. La charge par mètre carré de surface d'aile est de 2.58 kg en pleine charge et pour permettre une vitesse d’atterrissage raisonnable de i4C km/h, des volets hyper-suslentateurs ont été spécialement conçus : ce sont des volets simples à fente, avec plaquette de fermeture de la fente à l’intrados pour supprimer toute solution de continuité. De même aucune commande de volet ne dépasse en vol à grande vitesse.
- La forme du fuselage a été imposée par l’obligation d’y loger le turbo-réacteur Rateau, dont le maître-couple : i,4o m, est relativement important.
- La structure métallique est tout à fait spéciale : de l’avant à l’arrière on trouve deux demi-châssis inférieurs supportant la zone avant escamotable du train tricycle ; au-dessus d’elle, la prise d’air consistant en une buse divergeant de telle façon que l’air arrive au compresseur du turbo-réacteur à i3o m/sec seulement, lorsque la vitesse d’avancement est de 2D0 m/sec (900 km/h). L’entrée de la prise d’air est sous la pointe du nez de l’appareil, donnant une allure de gueule de requin au fuselage, l’entrée est protégée par une grille.
- La cabine de pilotage située au-dessus de la conduite d’air et en avant du turbo-réacteur comprend deux sièges côte à côte : pour le pilote et l’ingénieur d’essais (éventuellement un élève
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- pilote dans la version avion d’entraînement) ; la cabine est largement vitrée en plexiglass et comporte deux portes latérales d’accès, plus une trappe largable supéi’ieure comme issue de secours.
- Sous le fuselage et au niveau des ailes, viennent se replier en vol les deux roues principales de l’aUerrisseùr. La section du fuselage est ovoïde et ses dimensions au maître couple sont : hauteur 2,20 m, largeur 1,80 m. Dans la partie supérieure est logé le réservoir de carburant, et en dessous deux panneaux latéraux démontables permettent l’accès facile au lurbo-réacleur.
- Un autre problème pour les avions à grande vitesse est de soustraire les empennages aux sillages développés par les ailes, sillages qui occasionnent des vibrations dangereuses et diminuent considérablement l’efficacité des gouvernes.
- Les empennages horizontaux ont donc été surbaissés par rapport à l’aile et surdimensionnés pour permettre une annulation facile des effets gyroscopiques dus aux masses tournantes du turbo-réacteur. Leur calage a été choisi de façon à permettre le vdl aux grandes vitesses avec un braquage très faible des parties mobiles (toujours pour éviter les survitesses critiques).
- Les gouvernes mobiles seules, sont entoilées, le reste est métallique. L’arrière du fuselage est occupé par la longue tuyère à réaction faisant suite à la turbine et débouchant entre les empennages.
- Groupe turbo-réacteur.
- Le point de départ des études de turbo-réacteur fut la mise au point, peu avant cette guerre,: de la turbine à gaz Brown-Boveri, qui fut même utilisée sur une locomotive suisse pour entraîner la génératrice électrique.
- Nous ne reviendrons pas sur le principe bien connu du turboréacteur : " 'v
- L’air est admis à un compresseur à plusieurs étages, il est envoyé après compression dans des chambres à combustion et mélangé avec le carburant ; les gaz chauds se détendent ensuite partiellement dans une turbine entraînant le compresseur et sont envoyés enfin dans la tuyère assurant la propulsion par réaction.
- La Société Rateau commença donc l’étude d’un turbo-réac-tcur sur ce principe à la fin de 1940. A l’heure actuelle, le prototype du turbo-réacteur Rateau désigné par G. T. S. 65 est en cours de fabrication et il doit tourner dans quelques mois.
- 11 comporte un compresseur axial à 16 étages, donnant un rapport de compression de 6. Sa conception est différente des
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- groupes étrangers en ce que les chambres de combustion, au lieu d’être à la suite du compresseur sont autour de celui-ci. L’air suit donc un parcours en S.
- Cet aménagement augmente évidemment le maître couple du groupe qui est de i,4o m de diamètre, sensiblement supérieur à celui des réacteurs étrangers.
- De plus, une partie de l’air comprimé est rejeté directement dans la tuyère sans passer par la chambre de combustion.
- La puissance utile escomptée est de 3 000 cv à 900 km/h, correspondant à une traction de 900 kilogrammes.
- Il sera alimenté en essence raffinée et la consommation doit être de 1,2 kg au kilomètre.
- La tuyère à réaction diffère également des conceptions étrangères où le réglage se fait généralement par déplacement d’un corps central en forme de « radis ».
- Ici le réglage du débit des gaz se fait par déplacement d’un dispositif annulaire en acier inoxydable à la sortie de la tuyère permettant de faire varier la section effective de passage dans le rapport 1 à 2. — Les gaz sortent à environ 4oo° C.
- Caractéristiques et performances.
- Poids du turbo-réacteur .......................... 1 508 kg
- Poids à vide de l’avion .......................... 2 687 —
- Combustible .,.................................... 760 —
- Poids total ...................................... 3 260 —
- Charge au m2 ..................................... 258 —
- Turbo-réacteur Rateau GTS 65 : 3 000. cv à 900 km/h.
- Vitesse maximum escomptée : plus de 900 km/h.
- Vitesse d’atterrissage : 146 km/h.
- Rayon d’action : 700 km.
- Autres versions de l'appareil.
- 'Péricfant la nïise'àü poiht dïTgroupe Rateau, dès essais en vol seront effectués avec le tui'bo-réacleur Jumo oo4, d’un diamètre plus petit, donc facilement logeable et de puissance sensiblement identique (mêmes performances escomptées).
- Il est également question d’équiper cet avion avec le nouveau turbo-réacteur anglais de Rolls-Royce, le“« Néne » de 5 000 cv; pour la cellule, une nouvelle version, le SO. 6.020 aura des ailes en flèche (angle de 270 dirigé vers l’arrière). On sait, que la disposition en flèche des ailes permet de retarder l’influence des phénomènes de compressibilité et de gagner environ 10 pour 100 sur la vitesse critique.
- Ph. Poisson-Quinton.
- LE CIEL EN
- SOLEIL : Du 1er au 31 sa déclinaison passe de — 7°42' à + 4°2' ; la durée du jour, à Paris, augmente de 10h57m à 12h4om. Equinoxe de Printemps le 21 à 5h32m. — LUNE : Phases : N. L. le 3 à 18Mm ; P. Q. le 10 à 12*3* ; P. L. le 17 à 19M1® ; D. Q. le 25 à 22h37ra ; périgée le 7 à lh, apogée le 22 à 23h. Principales occultations (h. p. Paris) : le 9, de 33 B. Taureau (6m,3) im. à 20h45m,3 ; le 12, de 187 B Gémeaux (6m,2) im. à 2ih39m,0 ; le 23, de p Scorpion (2m,9) im. à 4h58m,5. Principales conjonctions : avec Mars, le 12, llh, à 1°25' S. ; avec Saturne, le 12, 14h, à 1°52' N. ; avec Jupiter, le 20, lh, à 3°2' N. — PLANETES : Mercure, plus grande élongation du soir le 9, à 18°11' E. du Soleil ; diam. app. augmentant, pendant 1a. période de visibilité pratique, de 5",9 à 8'',3. Vénus, pratiquement inobservable. Mars, dans les Gémeaux, visible presque toute la nuit ; diam. app. diminuant de 10"6 à 8". Jupiter, visible toute la nuit, dans la Vierge près de VEpi, approche de l’opposition ; diam. app. augmentant de 38",9 à 41". Saturne, visible presque toute la nuit dans le Taureau, est stationnaire le 20 ; diam. app. le 15,
- MARS 1946
- globe : 17",4, anneau : gr. axe 43",6, p. axe : 17",9. Uranus, visible presque toute la nuit dans le Taureau, diam. app. 3"6„ Neptune, visible toute la nuit dans la Vierge, en opposition le 28, diam. app. 2"5. Conjonction : Mars avec Saturne le 19, lh, à 2°57' N. — LUMIÈRE ZODIACALE : Visible le soir à. l’W, après le crépuscule et en l’absence de la Lune, observable du 1er au 6 et du 23 ou 24 au 31. :— ETOILES VARIABLES : Minima observables à’Algol, le 1er à 4h30m, le 4 à lh12m, le 6 à 22h5m, le 9 à 18h57m, le 24 à 3h7ra, le 26 à 23h4om, le 29 h 20h38m. Minima de p Lyre les 2, 15 et 28. Maxima de T Céphée (5m,2) le 13 -y de R Perseau (5m,8) le 28. — ÉTOILE POLAIRE : Passage inf. au méridien de Paris : le 2 à 2h58m42s, le 12 à 2h19in14s, le 22 à lh39m4Ss.
- (Heures données en temps universel, tenir compte des modifications introduites par l’heure en usage à l’époque de l’observation).
- L. Rudaux.
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- LES LIVRES
- Formulaire phytopharmaceutique, p a r
- M. Raucourt et H. Bégué. 1 vol. in-S°, 205 p., 13 flg. Centre national de Teclier-ehes agronomiques, Versailles, 1045.
- La lutte contre-les parasites des'végétaux s’est enrichie-d’un très grand nombre de substances actives parmi lesquelles il convient de mettre de l’ordre. Le directeur et le directeur adjoint du laboratoire do phytopharmacie du Centre de recherches hgronomiques ont • entrèpris d’établir les bases d’un « Codex » qui comprend trois parties : l’étude de tous les produits proposés, depuis les plus anciens tels que les bouillies cupriques, les arséniates, le soufre, etc..., jusqu’aux tout récents do la chimie organique, les méthodes d’analyse et de contrôle des préparations, les textes légaux déjà établis pour la répression des fraudes, le commerce, la détention et l’emploi des substances vénéneuses, les traitements agricoles. On y trouve aussi indiqués les modes d’emploi, les incompatibilités et les précautions à prendre pour les manipulations.
- Annuaire Astronomique et Météorologique Camille Flammarion pour 1946. Ln vol.. 382 p., avec 1 portrait, 1 frontispice et 7f> figures, cartes et diagrammes. Flammarion, Paris.
- Les amateurs d’astronomie apprendront avec plaisir que, malgré les difficultés présentes, cet indispensable guide pour l’observation de tous les phénomènes célestes vient de paraître. Comme chaque année, il contient tout ce qui concerne : les Calendriers, le Soleil, les Planètes, la Terre, la Lune, les Eclipses et les Marées, les Comètes, les Météores, les Etoiles, les Aèbuleuses, les Etoiles variables ; puis les
- NOUVEAUX
- aspects du Ciel et les divers phénomènes, jour par jour. Il est çomp’été par d'intéressantes notices scientifiques, notamment un résumé de la conquête de l’énergie intra-atomique. .
- Pasteur et la bactériologie, par le Dr W. Kopaczewski. 1 vol. in-8, 87 p., 2 fig. Collection a Les bâtisseurs de la science moderne ». Rabat, 1945.
- Venant après un « Lavoisier et la chimie », un « Claude Bernard et la physiologie », ce livre fait partie d’une série publiée au Maroc pendant la: guerre'à la gloire de la science française. On y trouve la vie de Pasteur, ses prédécesseurs, son œuvre, son caractère, ses disciples et ses continuateurs, présentés avec beauc np de vie et de vérité et une grande précision.
- Concours du luminaire.
- L'Association Française des Ëclairagis-les organise un Concours du luminaire.
- Ce concours a pour but .d'établir des types d’appareils d’éclairage de conception rationnelle, d'inspiration nouvelle, d'exécution simple et peu coûteuse, destinés particulièrement aux habitations urbaines à loyer modéré, aux habitations rurales et aux hôtels. La date limite de remise des projets est fixée au 30 avril 1946. Les pièces exécutées devront être achevées et prêtes à être exposées le 15 septembre 1046.
- Lin exemplaire du Règlement officiel sera adressé aux personnes qui en feront la., déni a n de h -, b Associ ation. Française des Êchuragistés, 12, place de Laborde, Paris.
- PETITES ANNONCES
- La ligne : 30 fr. Abonnés : 20 fr.
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- supérieure d’application d’agriculture tropicale) : 17 h. M. M. Ferrand : « Récolte du latex ».
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- SAMEDI 23 FÉVRIER. Palais de la Découverte : 15 b. M. Francis Perrin : « L’origine de la chaleur solaire ».
- LUNDI 25 FÉVRIER. Maison de la Chimie : 18 li. M. Massot : « Les pertes d’énergie pendant la"'transmission » (II).
- MARDI 26 FÉVRIER. Maison de la Chimie : 18 b. M. de la Gorce : « La précision des mesures électriques ».
- MERCREDI 27 FÉVRIER. Maison de la Chimie : 18 b. M. Yéron : « Quelques aspects du tirage naturel des cheminées et des tours ».
- JEUDI 28 FÉVRIER. Maison de la Chimie 18 h. M. Pierre Heymes : « Les propriétés mécaniques des fibres de verre ».
- SAMEDI 2 MARS. Palais de la Découverte : 15 h. M. Hackspill : « L’évolution de la grande industrie chimique ».
- MERCREDI 6 MARS. Institut français du caoutchouc : 18 h 30. M.. Poncel : « Le éabuiehôtïe' rlàns lès liants hydrô'ca'rhonés pour revêtement de route ».
- JEUDI 7 MARS. Maison de la Chimie :
- 18 h. M, A. Thuret : « Altérabilité chimique du verre ».
- SAMEDI 9 MARS. Palais de la Découverte : 15 h. M. le Dr Lépine : « Le microscope électronique et ses applications ».
- LA NATURE
- ABONNEMENTS
- France et Colonies : un an : 300 francs ; six mois » 150 francs Etranger : un an : 350 francs ; six mois : 175 francs
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- MASSON et C‘\ Editeurs,
- 120, BOULEVARD S'-GERMAIN, PARIS VI*
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- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l'obligation de l'indication d'origine.
- Ier TRIMESTRE Iq46, N° 2S8. — 2-19/16.
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- SOMMAIRE
- L’Institut français d’Afrique Noire, par R. PAULIAN.
- Processus de défense du espèces vivantes à l’aj£t&&
- que5 par G. BERTRAND
- Télécommunicatio
- par R. CHAUVINEAU .
- bité
- par des tance toxi-
- ans fil,
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- 69
- Les margarines, par t. PERRUCHE...............
- La route Kaïffa-Bagdad, par V. FORBIN .... Anomalies dans l’évolution de la température à Paris de mai 1944 à mai 1945, par J. BOURGEOIS.
- Les Livres nouveaux...........................
- Cours et Conférences à Paris..................
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- Fig. 1. — Façade de VIfan, à Dakar.
- L'INSTITUT FRANÇAIS D'AFRIQUE NOIRE
- Les Français ont la fâcheuse habitude, tantôt de se croire le centre du monde, tantôt au contraire de dénigrer systématiquement tout ce qui est national, en ignorant leurs plus belles réalisations.
- Parmi ces réalisations, une place à part revient à celles qui concernent notre Empire, source pendant longtemps de bien des convoitises, cause d’espoir maintenant. On dit, et on écrit, bien souvent, que notre Empire est mal mis en valeur, mal étudié. Si c’est là vérlé évidente, c’est aussi profonde injustice, et ignorance tout à la fois, de ce qui fut fait en terre française, et de ce qui n’a pas été fait dans les colonies étrangères. Car si notre. Empire n’a pas été aussi étudié qu’il l’eût fallu, du moins existe-t-il, en certains points, des organismes scientifiques bien conçus, bien dirigés, que l’étranger vient admirer. De ces organismes, un des plus récents et du plus grand avenir est l’Institut Français d’Afrique Noire.
- L’organisation première de cet Institut date des dernières années de l’avant-guerre, de iq38 exactement. Pendant toute la période d’occupation, il s’est peu à peu adapté aux besoins de la colonie ; aujourd’hui il est en plein essor.
- Administrativement, l’Institut Français d’Afrique Noire, l’Ifan pour les usagers, est une création du Gouvernement général de P A. O. F., dotée d’un conseil comprenant des personnalités scientifiques, métropolitaines et coloniales, et diri-
- N° 3107 Ier Mars 1946
- Le Numéro 15 francs
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- Fig. 2. Fig. 3.
- l’Ifan, en la personne de son directeur, a intéressés à son œuvre, contiennent quelques bonnes pièces, dont les restes d’un phoque rare tué récemment en Mauritanie. La salle d’exposition d’ethnographie contient quelques belles pièces et les réserves sont riches d’un important matériel accumulé depuis bien des années ; les restes d’industries néolithiques du Sahara y voisinent avec des masques, des bois sculptés, des
- armes. Les collections entomologiques sont encore embryonnaires mais nul doute que l’actuel entomologiste de l’Ifan, avec son activité bien connue, ne les enrichisse rapidement.
- L’Ifan est tout à la fois centre de recherches pures et appliquées concernant l’A. O. F., musée public et centre d’enseignement et d’initiation à l’histoire naturelle locale. A ce double aspect de sa vie intérieure répond une double série de publications.
- Mémoires et Bulletin de l’Ifan, sous deux formats différents, rassemblent des travaux scientifiques intéressant l’Afrique. Beaucoup de documents historiques, des travaux comme la magnifique étude de M. J. Trochain sur la végétation du Sénégal, ont
- gée par le professeur Monod, du Muséum, bien connu par ses voyages d’étude à travers l’A. O. F., l’A. E. F. et le Sahara.
- Cet Institut est doté d’un personnel d’assistants scientifiques et d’agents techniques, de crédits de fonctionnement; il a, en outre, le contrôle scientifique des membres de 1’ « École Française d’Afrique » chercheurs désignés par le Gouvernement général de l’A. O. F. et effectuant à la colonie des séjours d’au moins six mois.
- Actuellement, l’Institut comprend un grand établissement central à Dakar; des « Centrifan », d’importance moindre, dans la capitale de chaque colonie : à Conakry, Bamako, Saint-Louis, Niamey, Abidjan, Porlo-Novo, Lomé, en cours de création ; un laboratoire marin à Goré, un laboratoire d’hydrobiologie à Diafarabé (Soudan), une case à la Réserve naturelle intégrale du Mont Nimba.
- L’Ifan de Dakar, logé tant bien que mal, plutôt mal que bien, dans un palais destiné à un tout autre usage que celui de laboratoire, comprend une bibliothèque, les archives de l’A. 0. F., une photothèque, des collections ethnographiques rangées, une réserve de documents ethnographiques, des collections botaniques, zoologiques et entomologiques. Théoriquement chacune de ces collections est placée sous les ordres d’un assistant, chef de section : ethnologie, botanique, zoologie, entomologie, géographie ; d’autres sections sont en projet.
- La bibliothèque, dirigée par Mlle M. Yerdat, comprend un fonds ancien qui fut la bibliothèque de la colonie, considérablement accrue et modernisée par l’infatigable érudit qu’est M. Monod. Elle ne compte pas moins de i5 ooo volumes et 8oo périodiques. C’est une bonne fortune pour le naturaliste métropolitain que de fouiller le fichier, à jour; même dans sa spécialité il a toutes les chances de découvrir des ouvrages qui lui étaient inconnus. En matière d’histoire naturelle et d’histoire, tout court, de l’Ouest africain, la bibliothèque est suffisante pour permettre bien des travaux de recherche. Plus heureuse que les laboratoires, elle dispose d’un sous-sol aménagé de façon pratique, avec une salle de lecture, très fréquentée, les rayons proprement dits, et le « centre de documentation ».
- Les laboratoires se partagent au rez-de-chaussée les galeries entourant les salles centrales (des conférences et futur musée) et tout l’étage de l’immeuble; l’herbier a déjà un très sérieux développement. Les collections zoologiques, dues surtout à la générosité des coloniaux amateurs d’histoire naturelle que
- vu le jour dans ces périodiques. Et pour le grand public colonial friand d’histoire naturelle, les « Notes africaines » marquées de la griffe de l’auteur des « Méharées », apportent à intervalles rapprochés une documentation variée, allant de légendes maures, d’études de bijoux ou de restes néolithiques, à des tableaux des espèces de Chats de la Fédération. En outre, chaque numéro comporte des renseignements personnels sur les chercheurs à l’œuvre en A. 0. F. A qui relève les signatures des articles publiés dans ce périodique, l’ampleur de son succès est-évidente : européens et-indigènes, administrateurs, médecins, instituteurs et colons, viennent y exposer les résultats de leurs observations. Constituant un lien permanent entre tous ces curieux, les Notes africaines, parent au plus grave danger qui menace le blanc : l’isolement.
- La création des « Centrifan » locaux, déjà signalés, est un
- 1 .S {
- ÜV.û!.'
- Fig. 4.
- L’inauguration du Congrès de janvier 1945.
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- autre remède à cet isolement. Le naturaliste de Guinée, de Côte d’ivoire ou du Soudan, trouve maintenant, plus près qu’à Dakar, un centre prêt à le renseigner. Évidemment, les ressources des « Centrifan » sont fort inférieures à celles de la station mère ; elles ne comprennent guère qu’un bâtiment, une bibliothèque rudimentaire mais non négligeable, et un directeur. Pour le chercheur, qu’il soit résident ou de passage, les deux premiers sont choses fort utiles, le dernier mérite une mention spéciale. M. Monod a su créer un esprit de corps. Dissemblables de goût et de spécialité comme le sont MM. Tournier, Duong, Thomassey, Schnell ou Joire, tous ont une curiosité débordant largement les limites de leur spécialité. « Aofiens », comme dirait M. Monod, ils s’intéressent à toute la vie de leur région : hommes, plantes, bêtes. Et tout ce qu’ils ont vu ou appris est toujours généreusement offert à qui vient quêter des renseignements. Aussi les « Centrifan » locaux ne sont pas seulement des stations où un naturaliste isolé poursuit, de son mieux, l’élude de l’hydrologie de la lagune Ébrié, de la végétation du Nimba, ou de la biologie florale; ce sont surtout des points de ralliement pour les chargés de mission rayonnant dans l’arrière-pays. Ils trouvent au « Centrifan » les renseignements pratiques, politiques, nécessaires; ils peuvent y loger leurs récoltes, y travailler envj2rfla4&aise saison ou entre les tournées, s’y faire aider et<
- Et l’effort de l’Ifan ne À «l’A. 0. F. Des orga-
- nismes semblables, au Cameroun (où existe un « Centrifan ») et en A. E. F. travaillent en liaison avec lui.
- La portée pratique de l’œuvre ainsi réalisée est considérable. Coloniaux et chargés de mission sont mis en mesure de travailler, au mieux, sans perte de temps ni tâtonnement. Et sa portée morale et son rayonnement sont encore plus grands. N’ont-ils pas permis à M. Monod d’organiser à l’Ifan, au début de 1945, un Congrès des ethnologues, géographes et naturalistes de l’Ouest africain, congrès où la plupart des puissances colonisatrices de l’Afrique ont tenu à honneur de se faire représenter par d’éminentes personnalités. A l’occasion de ce congrès, plusieurs expositions furent ouvertes (livres anciens et gravures sur l’Afrique, cartes anciennes, documents ethnographiques recueillis par Gilbert Vieillard) ; parmi les communications, un grand nombre furent faites par des congressistes français.
- Grâce à l’Ifan, l’effort scientifique français aux colonies a pu être ainsi comparé avantageusement à celui de nos grands voisins, et cela au lendemain même d’une longue période pendant laquelle la colonie avait été complètement séparée de la métropole et avait dû tirer d’elle-même tous les éléments de son effort.
- R. Paulian,
- Chargé de mission
- par le Gouvernement général de l’A. 0. F.
- Processus de défense du milieu habité par des espèces vivantes à l'aide d'une substance toxique (,)
- La découverte de la pénicilline n’a pas seulement enrichi d’une manière très importante l’art de guérir, elle évoque, selon moi, d’une façon particulièrement frappante, une fonction biologique non encore envisagée et cependant assez répandue dans le monde vivant, végétal et animal.
- On sait en quoi consiste cette découverte : des germes d’une moisissure, reconnue plus tard comme étant le Pénicillium nolatum, s’étant développés à la surface d’une culture de staphylocoques en milieu nutritif gélosé, il apparut autour de la colonie mycélienne une zone transparente, de plus en plus large, par disparition des cellules du staphylocoque. Ce phénomène observé, en 1924, par Sir Alexander Fleming (1 2) et étudié par lui avec persévérance, fut reconnu comme résultant de la sécrétion par la moisissure d’une sorte de toxine, laquelle se répand de proche en proche dans la gélose et détruit le microbe qui y cultive. Ensemencé à la surface d’un liquide
- 1. Communication à l’Académie des Sciences, lé 5 novembre 1945.
- 2. A propos de la pénicilline, on a cité comme antériorités à la découverte de cette substance une publication de Pasteur et Joubert (Comptes rendus, 85, 1877, p. 101) ét une autre de Fordineau (Comptes rendus, 150, 1910, p. 1454). En. se reportant aux textes de ces savants, on voit qu’il s’agit dans les deux publications de tout autre chose que de la production d’une substance directement bactéricide. Pasteur et Joubert envisageaient bien un cas de concurrence vitale, mais c'était celui de la Bactéridie charbonneuse et de microbes communs, d’espèces non précisées, quant à la quantité d’oxygône dissoute dans le milieu de culture. La publication de Fordineau avait trait, de son côté, à la destruction de la môme Bactéridie par vaccination à l’aide du Bacille pyocyanique ou de sa toxine.
- nutritif approprié, le Pénicillium nolatum se comporte comme sur la gélose, sa toxine passe et s’accumule dans le liquide, d’où on l’extrait aujourd’hui en grand sous le nom de pénicilline. Celle-ci, introduite à son tour dans des cultures, naturelles ou artificielles, même animales eu humaines, agit sélectivement sur certains microbes, plus spécialement sur des microbes du groupe des cocci. On l’utilise aujourd’hui avec succès contre diverses maladies, dont quelques-unes étaient auparavant sans remède.
- On n’a pas manqué de rechercher si d’autres espèces végétales étaient capables de sécréter de la pénicilline. On en a déjà reconnu plusieurs, dont l’action est plus ou moins marquée, en étudiant d’abord des moisissures du genre Pénicillium, puis des moisissures de genres différents. Avec le Pénicillium nota-tum, qui en est le type, ces différentes espèces appartiennent à l’ordre des Ascomycètes de la classe des Champignons et l’on remarquera que leur action se limite, jusqu’ici, à des Bactériacées, admises communément parmi les végétaux dans la classe des Algues.
- Au type du Pénicillium notatum il paraît convenable de rattacher l’espèce de Basidiomycète du genre Clitocybe provenant d’un rond de sorcières, qui a été signalée par Charles Hollande dans une séance récente de l’Académie (*).
- 1. Du 24 septembre 1945, mais, il faudra attendre que cette Communication soit publiée pour en connaître exactement la teneur.
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- En outre, ,il y a lieu de retenir, d’après une information publiée dans un journal étranger, que l’on aurait trouvé aussi une activité réduite de pénicilline à un Lichen ; mais les végétaux de cette sorte sont, comme l’on sait, des associations à bénéfice réciproque d’un Champignon et d’une Algue ; il serait intéressant de déterminer si la pénicilline provient du Champignon ou de l’Algue ou, peut-être même de chacun des deux associés.
- Tous les végétaux qui viennent d’être mentionnés appartiennent aux Cryptogames. Existe-f-il des espèces analogues chez les Phanérogames ? A la condition de ne retenir des exemples énumérés que ce qu’ils renferment de commun et de plus général, a savoir le processus de défense du milieu vital contre des espèces concurrentes à l’aide d’une substance toxique, on peut répondre positivement.
- C’est ainsi que je crois pouvoir proposer comme type de Phanérogames celui du Pinus maritima, auquel appartiennent d’autres espèces de Pins et de Conifères. Les botanistes, les forestiers et les mycologues savent que dans les pinèdes et les agglomérations d’arbres à aiguilles, il n’existe qu’une flore très réduite, non seulement quant au nombre des individus, mais, ce qui est plus caractéristique, quant au nombre des espèces. Cette particularité est due à plusieurs causes : d’abord à l’atténuation des radiations solaires et à la composition organique du sol, causes qui sont communes a d’autres agglomérations sylvestres, et, particulièrement ici, à oe que les Conifères sécrètent des produits volatils, parmi lesquels existent des carbures tei’péniques, aux vapeurs desquelles sont plus ou moins sensibles un grand nombre d’espèces végétales.
- Dans le cas du Pin maritime et des plantes de ce type, la fonction de défende,du,.milieu vital, ne, s'exerce P1}18 à d’une substance soluble dans l’eau, comme lorsqu’il s’agit des Champignons du type de Pénicillium notatum, mais grâce à une substance volatile ; le résultat final est néanmoins le meme : l’espèce agressive est protégée des espèces concurrentes par un toxique susceptible de se diffuser autour de son point d’émission juqu’à une distance d’autant plus grande que sa concentration est plus forte et la sensibilité des espèces étrangères plus accentuée.
- La fonction de défense d’une espèce contre une autre par empoisonnement du milieu végétal, que je proposerai d’appeler téléloxie, n’est pas limitée au règne végétal; j’ai eu l’occasion d’en observer un premier exemple, d’ailleurs très démonstratif, dans le règne animal, lorsque j’étudiais, en collaboration avec mon ami C. Phisalix, la composition et les propriétés physiologiques du venin du Crapaud commun. Il arriva qu’un petit nombre de ces animaux, ayant été apportés en fin de journée au laboratoire, fut placé dans le premier des compartiments, creusés dans un long bloc d’ardoise, qui servait d’aquarium pour les Grenouilles. Ces compartiments, peu profonds, communiquaient les uns avec les autres et un petit filet d’eau les alimentait. Or le lendemain matin toutes les Grenouilles étaient mortes (1).
- Bien que les glandes a venin du Crapaud soient d’ordinaire sans communication avec l’extérieur, la première hypothèse pour expliquer cette mort massive et inattendue était le passage, par un moyen quelconque, des substances actives du venin dans le liquide où baignaient ensuite les Grenouilles ; mais on pou-
- 1. Il s’agissait, si mes souvenirs sont exacts (c’était en 1893), de Rana temporaria.
- vait également se demander s’il n’était pas survenu une contamination accidentelle de l’eau de la canalisation à laquelle les Crapauds auraient résisté, mais non les autres Batraciens. Une expérience, consistant à mettre les Crapauds dans un compartiment du milieu et de nouvelles Grenouilles dans les autres, a montré que mouraient seules les Grenouilles situées en aval des Crapauds, autrement dit que, l’eau n’intervenait qu’en transportant des substances toxiques émises par ces derniers animaux (x).
- A l’autopsie, le cœur des Grenouilles mortes était fortement contracté, signe caractéristique de l’action de la bufotaline. Comme le venin, qui passe des glandes dans le sang, s’élimine en partie par l’urine, il peut alors se répandre dans l’eau. Une injection d’urine de Crapaud dans le sac dorsal d’une Grenouille a tué celle-ci avec tous les symptômes de l’intoxication directe par le venin.
- Selon toute probabilité, dans les conditions naturelles d’existence des Batraciens, c’est au moment de la reproduction que la sécrétion venimeuse intervient pour interdire aux Grenouilles le milieu vital du Crapaud. L’accouplement de l’une comme de l’autre de ces espèces a lieu, au début de l’année, au sein des mares et des fossés garnis d’eau. Après la ponte et la fertilisation des œufs, ceux-ci sont abandonnés par les parents à l’éclosion et les têtards évoluent dans le liquide jusqu’à leur transformation en individus adaptés à la vie terrestre. Mais là où se sont installés des Crapauds, il ne peut y avoir de Grenouilles et, depuis l’accouplement des parents jusqu’à l’atterrissage des petits crapauds, la première espèce n’a à subir aucune concurrence de la seconde.
- Étant donné les nombreuses espèces de Batraciens répandues par le monde, dont la physiologie et les mœurs se rapprochent de celles du Crapaud et de la Grenouille, il est probabe que l’on trouvera facilement parmi elles de nouveaux exemples de défense du milieu vital à l’aide de sécrétions toxiques. A cet égard, je puis déjà signaler que, dans une Note publiée en 1801, P. Gratiolet et S. Cloëz ont mentionné que « plusieurs Grenouilles, placées dans un tonneau avec des Salamandres, furent trouvées mortes au bout de huit jours » (2). Il s’agissait évidemment là d’un cas de télétoxication par les alcaloïdes du venin de la Salamandre.
- En résumé, le rapprochement de certaines observations d’origines diverses révèle l’existence d’une fonction biologique chez les plantes et chez les animaux qui était restée jusqu’ici inaperçue et dont on peut déjà citer des exemples chez les Cryptogames, les Phanérogames et les Batraciens. Cette fonction consiste dans la production par les espèces considérées de substances qui se répandent dans le milieu leur servant d’habitat et atteignent, en les empoisonnant, d’autres espèces qui pourraient leur faire concurrence. Il ne s’agit pas ici d’un moyen de défense individuel, dont beaucoup de plantes et d’animaux sont armés, mais d’un processus d’une portée plus étendue, aboutissant à la protection d’une espèce contre d’autres espèces, et cela par l’action directe et à distance d’un poison.
- Gabriel Bertrand, Membre de l’Institut.
- 1. J'ai déjà eu l’occasion de citer cette observation à propos d’une intéressante publication de Jean Rostand sur la fécondation croisée non réciproque du Crapaud et de la Grenouille (C. R. Soc. Biol., 112,1933, p. 1110).
- 2. Comptes rendus, 32, 1851, p. 592.
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- TÉLÉCOMMUNICATIONS PAR FIL ET SANS FIL
- Historiquement les communications téléphoniques ou télégraphiques par fil ont précédé les liaisons radioélectriques. L’immense développement des radiocommunications au xxe siècle a laissé croire parfois que la « radio » allait supplanter le « fil ». Il n’en a rien été, les deux techniques ont progressé parallèlement. Mais la plus ancienne fait encore aujourd’hui le plus gros chiffre d’affaires. Radiodiffusion mise à part, les réseaux de radiocommunication complètent ou prolongent les réseaux avec fil, mais ne les remplacent pas. Cependant, on voit poindre une période nouvelle où les deux techniques vont se prêter un appui mutuel plus intime que par le passé.
- Pour situer en un mot les avantages et inconvénients respectifs du « fil » et de la <( radio », nous dirons que le premier moyen est plus cher mais plus sûr, le second moins onéreux mais plus aléatoire. Les inconvénients des liaisons radio sont bien connus. Le brouillage, le fading et les parasites sont leurs principaux ennemis. Deux émissions radiotéléphoniques sur deux longueurs d’ondes très voisines sont brouillées l’une par l’autre. On sait que, pour éviter ce brouillage, il faut que les fréquences d’émissios soient séparées d’au moins 8 ooo cycies. Cette sujétion limite beaucoup le nombre d’émetteurs que l’on peut installer à la surface de la Terre et, par suite, le nombre de liaisons que l’on peut assurer. Le fading est caractérisé par les évanouissements que connaissent bien tous les auditeurs de T. S. F. Les parasites atmosphériques créent ces crépitements si désagréables en téléphonie sans fil. Tous ces facteurs limitent l’emploi de la radio pour des liaisons commerciales et militent en faveur du fil, qui, de plus, assure le secret sans qu’il soit nécessaire de chiffrer ou de parler en langage convenu. Pratiquement les communications par fil restent universellement adoptées pour les relations entre particuliers. On n’a même pas hésité à relier les continents par des câbles sous-marins très coûteux. Le trafic radio est un trafic de secours qui s’emploie à grande distance là où il n’a pas été possible de tirer un fil.
- Communications sur fil par courants porteurs.
- Dès l’origine, les techniciens de la télégraphie et de la téléphonie se sont ingéniés à réduire le prix de revient des liaisons par fil. Ils ont été tout naturellement conduits à chercher des moyens pour assurer plusieurs communications simultanées sur un même fil. La méthode la plus féconde dans cette voie est celle de la transmission par courants porteurs de différentes fréquences. Elle a été proposée pour la première fois, voici plus de 5o ans, par un Français, par le génial inventeur que fut Maurice Leblanc. Dans des brevets d’une lumineuse clarté, il donna la théorie de la téléphonie par courants porteurs, et fut suivi dans cette voie par un autre Français, l’ingénieur Mercadier qui s’attacha spécialement aux communications télégraphiques.
- Fig. 1. — Principe de télécommunication par courants porteurs.
- Los oscillateurs A, B, C, émettent simultanément sur la ligne L, trois courants porteurs de fréquences différentes, modulés par les modulateurs A,, B1( C,. Ces courants sont triés à l’arrivée par les filtres A2, B2, C2 qui les séparent et les dirigent chacun sur un récepteur approprié.
- Mais cette méthode qui exige la production, par des moyens simples et souples, de courants alternatifs de fréquences différentes, n’a pu être pratiquement appliquée qu’à partir du jour où la technique radioélectrique a mis à la disposition des ingénieurs les oscillateurs à lampes électroniques.
- Les différentes liaisons que l’on peut assurer sur une même ligne au moyen de courants de fréquences différentes sont souvent appelées des voies ou des canaux.
- La figure i explique la méthode pour une liaison téléphonique à trois voies. Trois oscillateurs A, B, C, respectivement à i 5oo, 7 5oo, x3 5oo périodes sont modulés par trois modulateurs A1? Bj, Cj qui font varier l’amplitude de l’onde porteuse-au rythme de la parole. Les courants transmis par la ligne sont triés à la réception par trois filtres passe-bandes A2, B2, C2, placés en parallèle sur la ligne. Ces filtres laissent passer respectivement les bandes de fréquence o-6 ooo cycles, 7 000-11 5oo cycles, i3 000-17 5oo cycles. Les trois courants de conversation ont des fréquences situées à l’intérieur de ces bandes, la modulation à l’émission supprimant la bande latérale inférieure. Ces courants sont donc séparés par ces filtres. À la sortie des filtres est branché un récepteur téléphonique. Il faut naturellement un dispositif analogue pour le fonctionnement dans l’autre sens, ce qui exige au total quatre fils et six filtres au minimum. On est limité dans l’augmentation du nombre de voies par la fréquence de coupure des câbles. Le niveau sonore à la réception diminue rapidement, pour une puissance donnée à l’émission, lorsque la fréquence augmente. Au-dessus d’une certaine fréquence appelée fréquence de coupure, aucun courant ne passe plus. Pour les câbles ordinaires non chargés, c’est-à-dire non munis de bobines ou autres dispositifs augmentant la self-induction de la ligne pour combattre les effets de capacité, la fréquence de coupure est de l’ordre de 3 ooo périodes par seconde. Avec des lignes chargées on arrive à 18 ooo périodes. Récemment, on a mis au point un câble coaxial, de prix de revient très élevé qui permet de monter jusqu’à 4 ooo ooo de cycles. On arrive couramment à placer sur une ligne 12 voies télégraphiques ou 3 voies téléphoniques. Avec le câble coaxial, on est arrivé jusqu’à 46o voies télégraphiques. Par ce procédé, on diminue énormément le prix de revient de la « voie », les installation? supplémentaires d’arrivée et de départ représentant une dépense très faible, dix fois compensée par l’économie due à la diminution du nombre des câbles.
- Le développement moderne des liaisons télégraphiques dû à l’apparition des appareils imprimeurs Creed renforce encore l’intérêt de la télégraphie par courant porteur. Des téléimprimeurs modernes permettent au service émetteur d’utiliser pour passer un message un clavier courant de machine à écrire, le texte étant automatiquement imprimé et mis en page à la réception.
- Progrès récents des liaisons sans fil.
- Ces quelques considérations semblent prouver que le fil, à l’aide de quelques installations radioélectriques supplémentaires,, doit rester le moyen de liaison fondamental à terre. Mais depuis
- 'Feeder d’alimentation
- Fig. 2. — Schéma d'un émetteur â ondes très courtes pour communication sans fil dirigée.
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- Fig-. 3. — Une liaison par fil hertzien.
- La communication entre le poste émetteur et le poste récepteur est transmise sur des ondes hertziennes très courtes et dirigées, et relayée tous les 80 km. environ par des postes automatiques.
- quelque temps de grands perfectionnements apportés aux liaisons sans fil sont venus tout remettre en question.
- En premier liëu, la bande de fréquences dans laquelle on peut placer les émissions s’est accrue énormément. Jusqu’à ces dernières années, on utilisait couramment la bande de 20 m-2 000 m, soit environ 7 octaves. On y a ajouté récemment la bande 2 cm-20 m qui fournit 10 octaves supplémentaires. On peut ainsi introduire sans risque de brouillage un très grand PoxïîBrë^^étïêuirs supplémeîrtâiresj"Beaucoup "prus^3TâîIleüFr’ï dans cette gamme d’ondes très courtes. Si l’on admet, en effet, que la stabilité absolue des émetteurs est la même en onde très courte qu’en ondes moyennes ou longues et qu’un intervalle de 8 000 est nécessaire pour séparer correctement deux émissions, on voit que la bande 2 cm-20 m correspondant à l’intervalle i5 000 000-15 000 000 000 de cycles permet de loger beaucoup plus d’émetteurs que la bande 20 m-2 000 m correspondant à l’intervalle i5o ooo-i5 000 000 de cycles. De plus, les ondes très courtes ignorent le fading, l’onde directe seule se propageant. Les parasites atmosphériques eux-mêmes les troublent peu, ceux-ci ayant des longueurs d’ondes caractéristiques qui sont assez élevées et se situent approximativement entre 1 m et 3 000 m. Enfin les ondes très courtes à l’aide d’aériens complexes, peuvent être dirigées. Si l’on utilise, par exemple, comme aérien un petit doublet demi-onde (fig. 2) isolé, alimenté par un câble coaxial et placé au foyer d’un miroir parabolique, on obtient sur quelques centimètres de longueur d’onde une émission dont le rayonnement est tout entier situé dans un cône d’ouverture inférieure à 3°. Autrement dit, le champ électrique dû à l’antenne d’émission n’est détecté par un récepteur que si celui-ci se trouve dans le cône en question. On voit ainsi que le rayonnement hertzien devient un véritable fil conducteur. Les brouillages, les mélanges, les indiscrétions ne sont plus à craindre. D’autre part, la modulation de fréquence et la modulation par impulsion permettent d’obtenir plusieurs voies sur un même trajet hertzien, offrant ainsi les mêmes possibilités que la téléphonie par courants porteurs. Des systèmes télégraphiques téléimprimeurs, utilisables, par radio ont été mis au point (système Siemens-Iîell, système américain à modulation de fréquence). Il semble donc que l’on tienne là un équipement susceptible de remplacer avec les mêmes avantages les liaisons par fil, au prix d’une dépense beaucoup plus faible. Malheureusement les ondes très courtes se propagent
- sensiblement comme la lumière, c’est-à-dire à vue directe. Même en plaçant les émetteurs sur des points hauts du terrain, la portée maximum que l’on peut obtenir en pays peu accidenté ne dépasse pas 80 km.
- Les Sociétés américaines de téléphone étudient l’emploi d’un système déjà utilisé dans l’armée par le Signal Corps et qui doit compléter ou remplacer le réseau fil pour la transmission simultanée de la parole et des images. Ce système comporte un émetteur et un récepteur sur ondes très courtes dirigées. Ces deux postes peuvent être fort éloignés l’un de l’autre, jusqu’à 3 000 km (fig. 3). Entre eux sont placés des relais passifs constitués par des stations réceplrices-émettrices convenablement. situées sur le terrain, .calées sur là même longueur d’onde que les stations principales et aménagées de manière que le récepteur déclenche automatiquement l’émetteur auxiliaire lors d’une émission. Ces stations-relais sont montées au sommet de tours assez hautes pour que le rayon reliant deux stations consécutives ne rencontre aucun obstacle, résurrection curieuse des tours du vieux télégraphe Chappe: Il faut une tour tous les 80 km environ. On peut arriver à faire fonctionner 96 téléimprimeurs simultané-’merïî^^sHi^dS ll^ïïë Kêrtziettne ainsi réalisée. La largeur, du faisceau étant de 3°5 seulement, la sûreté des communications paraît égale à celle des liaisons par fil. Le matériel nécessaire pour réaliser une telle performance est environ i5 fois moins encombrant que celui donnant les mêmes résultats par fil. Notons en passant que les relais passifs ne comportent pas d’opérateurs et fonctionnent automatiquement.
- R. Chauvineau.
- Fig. 4. — Émetteur pour liaison par fil hertzien.
- Sur le toit de la Compagnie des Téléphones à New-York, on peut voir cette antenne qui émet simultanément dans deux directions différentes deux faisceaux de rayons hertziens de longueur d’onde ultra-courte. Ces antennes micro-ondes transmettent des messages télégraphiés et télétypés ainsi que les conversations téléphoniques, relayées de proche en proche jusqu’à
- 2 250 km.
- (Pliot. New-York Times).
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- LES MARGARINES
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- Historique.
- En 18G9, l’Empereur Napoléon III mit au concours la recherche d’une matière grasse alimentaire bon marché de bonne conservation et se rapprochant autant que possible du beurre comme qualités gustatives et nutritives.
- C’est un pharmacien français doublé d’un excellent chimiste : Mége-Mouriès qui gagna le prix et déposa son brevet le i5 juillet 1869.
- Le mot margariïie avait été créé par Chevreul pour désigner la combinaison glycérique de l’acide qu’il avait isolé des corps gras naturels : l’acide margarique ou palmitique.
- Le terme est resté dans la langue courante pour désigner le produit alimentaire nouveau créé par Mège-Mou-riès. Celui-ci avait observé que les vaches soumises à une diète complète continuaient à fournir du lait. Il en avait conclu que la graisse de l’animal pouvait se transformer dans le lait sous forme d’émulsion.
- C’est sur cette observation qu’il imagina son procédé et monta pour son exploitation industrielle une usine à Poissy (S.-et-O.). Il faisait macérer pendant deux heures de la graisse de bœuf avec des glandes mammaires et des estomacs de porc ou de mouton hachés, et une solution de carbonate de soude. L’action de la pepsine séparait les tissus de la graisse. Par pression on obtenait une matière grasse . molle, granuleuse, dénommée oléo-margarine.
- Celte oléo-margarine barattée avec du lait donnait une émulsion qui, rapidement refroidie, malaxée, colorée et salée donnait ce que l’on appela d’abord beurre artificiel, beurre Mouriès, puis par décision du Conseil d’Hygiène : « Margarine ».
- La nouvelle industrie resta inchangée, dans ses techniques et ses matières premières jusque , vers 1900. C’est alors que l’on commença à ajouter aux graisses animales, des huiles et des matières grasses d’origine végétale : l’huile de coton américaine, puis en 1906 le beurre de coco encore d’approvisionnement difficile. Mais ces produits étaient mal purifiés et désodorisés. Ce n’est que lorsque les techniques appropriées furent mises au point que la margarine prit un essor nouveau.
- Les margarines modernes.
- Aujourd’hui, la margarinerie moderne n’a gardé des méthodes du début que le principe de fabrication : émulsion
- de matières grasses dans du lait. Les techniques et les matières premières ont évolué considérablement. Des méthodes scientifiques ont permis la fabrication de produits alimentaires de premier ordre dont la valeur énergétique et l’importance économique se sont imposés et apportent dans les circonstances actuelles une large contribution à l’alimentation humaine.
- La guerre de 1914, comme celle qui vient de se terminer, a développé la consommation de la margarine. Mais dans l’une comme dans l’autre, les difficultés d’approvisionnement en corps gras végétaux d’origine extra-métropolitaine ont gêné les fabri-
- cants, les contraignant à recourir à l’emploi de graisses animales qui conduisent à des produits convenables pour la cuisine mais imparfaits pour la table. Ceci contribue à maintenir à la margarine la réputation d’un ersatz alors qu’en fait, la margarine moderne préparée avec les matières premières appropriées est un produit alimentaire de choix, venant se juxtaposer au beurre, comme complément de l’alimentation mais non comme un substitut de moindre valeur nutritive.
- La reprise des importations, notamment en provenance des colonies françaises, permet le retour progressif aux fabrications normales.
- On peut diviser les margarines modernes en deux séries :
- i° Celles destinées à la biscuiterie, pâtisserie, etc., dans la composition desquelles entrent des corps gras animaux;
- 20 Celles dites de table, utilisées en cuisine domestique ou consommées sur du pain et dont les meilleures ne comportent que des corps gras végétaux.
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- Les matières premières.
- Huiles. — La plus employée en France est l’huile d’arachide provenant des graines des colonies d’Afrique (cacahuètes). La plus appréciée est celle de Rufisque.
- On utilise également l’huile de soja, extraite des graines d’une légumineuse asiatique bien connue, les huiles de sésame, de tournesol, de colza, etc.
- Corps gras solides. — i° L’huile de coco est extraite de la pulpe charnue de la noix de coco (Coprah). Ces fruits séchés au soleil à la colonie sont transportés et traités en France.
- - 2° L’huilè de palmiste provient du noyau du fruit du Palmier à huile d’Afrique et est très analogue à la précédente.
- 3° L’huile de palme provient de la pulpe des même fruits et est produite sur place.
- Corps gras hydrogénés. — Pour la fabrication de produits réguliers, il faut disposer de corps gras de point de fusion déterminé. Or les graisses sont bien moins abondantes que les huiles. L’application du procédé d’hydrogénation de Sabatier et Senderens a donné, une élégante solution au. problème ainsi posé. .
- La fixation d’hydrogène a pour effet de saturer les doubles liaisons des acides gras liquides et de les transformer en acides saturés généralement solides et identiques à ceux des graisses naturelles. On peut ainsi régler le point de fusion en même
- temps que l’on obtient des produits fournissant des émulsions plus stables ainsi qu’une durée de conservation accrue, conséquence de la disparition des doubles liaisons.
- Le lait, après une double pasteurisation au départ puis à l’arrivée, est ensemencé de ferments lactiques sélectionnés destinés à donner à la margarine arôme et saveur agréables.
- Émulsifiants. — Pour faciliter la mise en émulsion, on utilise des éléments naturels : jaunes d’œufs ou lécithine du soja, additionnés en petites quantités.
- Enfin, on doit ajouter à la liste des matières premières un
- peu de sel et de fécule.
- L’introduction de fécule est imposée par la loi pour permettre de déceler facilement la fraude qui consiste à ajouter de la margarine au beurre.
- Seuls des produits naturels cnli’ent dans sa fabrication : l’addition dans les margarines de parfums, essences, arômes chimiques, artificiels ou autres similaires est interdite par la loi. Les margari-neries sont assujetties à un contrôle permanent des inspecteurs d e l'État.
- La fabrication des margarines.
- Les margarines sont des émulsions dè corps gras et de lait dont on fait varier la composition pour parvenir à des propriétés physiques en accord avec la température extérieure, le cli-m a t d’utilisation e t l’emploi prévu : la pâ-lisserie et la biscuiterie demandent des produits de point de fusion élevé. Les margarines de table ont un point de fusion plus bas, variable suivant les saisons et toujours inférieur à 37°. Celles destinées à l’exportation sont réglées en fonction du climat du pays consommateur.
- La sélection des corps gras est faite sur des produits ayant subi un raffinage très poussé.
- Les huiles sont neutralisées pour éliminer les acides gras libres, puis blanchies par les terres décolorantes et soigneusement filtrées pour parvenir à une limpidité parfaite. Un dernier traitement fait disparaîti’e tous les produits volatils, d’odeur et de goût désagréables. Cette désodorisation est obtenue par traitement sous vide, puis injection de vapeur surchauffée.
- Ce sont finalement ces corps gras végétaux parfaitement purifiés, qui sont sélectionnés pour parvenir au produit du type à fabriquer.
- La suite des opérations est ainsi ordonnée :
- Pasteurisation
- 2?Malaxage
- Fig-. 2. — Schéma de la fabrication de la margarine.
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- i° Mise en émulsion. — Les proportions convenables de lait, de lécithine et de matières grasses sont introduites dans l’émulseur ou baratte maintenu à une température appropriée et dans lequel deux agitateurs tournant à une grande vitesse mélangent les deux phases aqueuses et graisseuses jusqu’à émul-
- sification complète. La présence de la lécithine comme agent émulsifiant permet des opérations rapides et régulières.
- 2° Refroidissement de l’émulsion ou cristallisation.
- — L’émulsion est distribuée en couche mince, de moins d’un
- Fig. 3. — Émulseurs. — Fig. 4. — Refroidissement et cristallisation de l’émulsion. — Fig. 5. Cylindres de laminage. Fig. 6. — Malaxage. — Fig. 7. — Atelier d’emballage. — Fig. 8. — Machines à empaqueter.
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- ..—TT. 74 .
- demi-millimètre d’épaisseur, selon la génératrice d’un cylindre horizontal en aluminium de grande dimension refroidi intérieurement par détente d’ammoniac liquide réglée de manière à abaisser à — 120 C la température des parois.
- Des couteaux racleurs enlèvent continuellement la mince couche ainsi solidifiée par le froid. La margarine se présente alors sous forme de paillettes brillantes.
- 3° Laminage et malaxage. — Les paillettes sont reprises et laminées entre plusieurs paires de rouleaux successifs.
- La margarine est alors travaillée dans un malaxeur à palettes jusqü’à ce que le produit soit parvenu à la consistance requise.
- 4° Emballage. — La margarine terminée est dirigée vers l’empaquetage. Celui-ci est effectué par des machines entièrement automatiques qui ont atteint un haut degré de perfection. Elles travaillent suivant l’un des deux principes suivants :
- i° Les machines à coupe débitent par pression un prisme continu de section carrée coupé ensuite en morceaux réguliers par des couteaux délivrant ainsi des pains enveloppés! automatiquement.
- 20 Les machines volumétriques moulent la margarine par pression dans des chambres de volume réglable par une paroi mobile. Les pains formés sont éjectés et enveloppés automatiquement.
- Ces dernières machines sont plus régulières et donnent des poids identiques et corrects.
- Les unes comme les autres débitent environ 4 000 paquets à'l’heure.
- En France, la seule forme d’empaquetage autorisée pour la vente au détail est le pain de forme cubique. Pour l’exportation et l’approvisionnement des navires, on emploie des boîtes métalliques hermétiques de 5 à 20 kg ou des tonnelets de 25 à 5o kg,
- Pendant toute la durée de la fabrication, les plus grandes précautions aseptiques sont prises pour garantir au produit final une extrême pureté bactériologique.
- L’appareillage et les récipients de transport sont maintenant, dans les usines modernes, entièrement établis en aluminium ou en acier inoxydable. Les manutentions sont exclusivement mécaniques. L’appareillage est lavé chaque jour à l’eau chaude à 90° amenée sous pression par des canalisations spéciales.
- La margarine parvient au consommateur sans avoir jamais été au contact des mains du personnel des usines.
- La valeur alimentaire des margarines.
- Lés problèmes d’alimentation n’ont jamais été plus graves qu’à l’heure actuelle.
- Les matières grasses sont des aliments énergétiques, sources de calories et de travail.
- Leur valeur calorifique s’établit entre 9 000 et 9 600 calories par gramme. Ce sont les huiles hydrogénées qui ont les chiffres les plus élevés.
- La valeur calorifique moyenne des matières grasses végétales entrant dans la composition des margarines est de l’ordre de 9 4oo calories, légèrement plus élevée que celle de la graisse du beurre : 9 23o cal.
- Le sucre ne donne que 3 940. cal.
- La valeur de digestibilité des matières grasses déterminée par les spécialistes du Département d'Agriculture des États-Unis a donné les pourcentages d’assimilation suivants :
- Huile d’arachide . ...........................
- Huile d’arachide hydrogénée, point de fusion 37°
- Lard..........................................
- Graisse de beurre...................... . ,
- Huile d’arachide hydrogénée, point de fusion 43°
- Graisse de bœuf.....................
- Huile d’arachide hydrogénée, point de fusion 50° Graisse de mouton.............................
- 98,3 pour 100
- 98.3 »
- 97.3 »
- 97.1 . »
- 96.6 »
- 93.1 »
- 92,0 »
- 87.6 »
- Ces chiffres confirment que la digestibilité d’une matière grasse est fonction de son point de fusion. Toutes celles dont le point de fusion est inférieur à la température du corps : 37°, sont assimilées dans la proportion de 97 à 99,4 pour 100 suivant les auteurs. C’est le cas aussi bien du beurre que de la margarine de table.
- Si les mesures législatives rigoureuses qui sont imposées aux margarineries ont pu jeter la suspicion dans le public et gêner le développement de cette industrie, c’est que les fraudeurs exploitèrent à leur profit sa ressemblance trop parfaite avec le beurre.
- Les margarines ne sauraient prétendre concurrencer le beurre du point de vue gustatif mais elles prennent leur revanche par la pureté bactériologique. La préparation de leurs éléments gras : les températures, les filtrations auxquelles ils sont soumis éliminent automatiquement tous les germes. Il n’en reste finalement que 3o à 100 par gramme. Les beurres fabriqués dans les meilleures conditions dans les laiteries modernes en renferment environ 4oo 000. On en a dénombré jusqu’à 7 600 000 dans des produits préparés sans précautions.
- En ce qui concerne les vitamines, les huiles végétales, en sont largement pourvues, mais les traitements de purification en détruisent une partie. Certains pays ont pris la sage décision d’incorporer aux margarines des vitamines A et D dans les proportions mêmes où elles existent dans les beurres d’été. Ceci permet à leurs populations de trouver ces vitamines sans dépense excessive.
- Les statistiques (l).
- Les chiffres des années de guerre manquent évidemment mais ceux qui l’ont immédiatement précédée sont des plus curieux à consulter.
- En 1936, la consommation par tête d’habitant s’établissait comme suit :
- Danemark. . . ........................... 21,1 kg
- Norvège................................. 19,1 »
- Suède. . . 9,0 »
- Allemagne.................................. 6,4 »
- Hollande................................... 6,3 »
- Grande-Bretagne............................ 3,9 »
- Tchécoslovaquie............................ 2,4 »
- France............................ 0,740
- Quant à la production, elle a été pour l’Europe en 1938 :
- Allemagne ............................... 423 000 t
- Grande-Bretagne ......................... 208 000 t
- Hollande . ............................... 90 000 t
- Danemark.................................. 81 252 t
- Belgique................................. 50 000 t
- France.................................... 33 000 t
- Suède..................................... 30 000 t
- Norvège................................... 30 000 t
- Il est normal de trouver en tête l’Allemagne et l’Angleterre, pays peuplés dont les ressources en autres matières grasses sont faibles malgré les importations. Il est surprenant de noter que le Danemark et la Hollande de populations restreintes et gros producteurs de beurre produisent trois fois plus de margarines que la France. C’est que les Danois et les Hollandais exportaient leur beurre et consommaient de la margarine tout en maintenant une très large consommation individuelle.
- Le point de vue français.
- Les margarines, invention française, ont connu partout, ailleurs que dans leur pays d’origine, une vogue considérable.
- 1. R. Féron. Les matières grasses dans l’alimentation. Centre de documentation chimique. Paris.
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- Elles devraient reprendre en France une place de choix. Les matières premières pour cet aliment de très grande importance peuvent être récoltées en totalité dans l’Empire.
- On pourra plus rapidement améliorer le standard alimentaire par le développement de cette industrie que par la reconstitution inévitablement plus lente du cheptel bovin qui conditionne la production du beurre.
- Les colonies d’Afrique fournissent de l’arachide. Elles sont aussi la terre d’origine du palmier à huile. Celui-ci transplanté et cultivé en Extrême-Orient, aux Indes Néerlandaises en particulier, a donné des récoltes considérables : de trois et même quatre tonnes à l’hectare pour les plantations scientifiquement dirigées. Cette valeur technique des méthodes d’exploitation a porté les régions d’Extrême-Orient en tête des pays producteurs et exportateurs : 55 à 60 pour ioo du tonnage mondial.
- L’Afrique Française ne chiffre que 5 pour ioo. Il n’y a pas de plantations systématiques : les indigènes ne font que la cueillette
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- des peuplements naturels et les fruits sont traités par des méthodes désuètes.
- L’administration française a toujours favorisé la petite culture et n’a pas encouragé la création de plantations extensives, prétendant garantir aux indigènes leur mode d’existence traditionnel et les soustraire à la prolétarisation.
- Cette politique ne conduit pas au développement économique de la Colonie. Il faut espérer qu’il sera trouvé une solution satisfaisante permettant un développement de la production profitable à la Colonie et améliorant l’approvisionnement en corps gras de la Métropole (x).
- Lucien Perruche, Docteur de FUniversité de Paris.
- 1. Les photographies qui illustrent cette étude nous ont été obligeamment communiquées par la Société A.stra.
- UNE AUTOSTRADE TRAVERSE LE GRAND DÉSERT ASIATIQUE
- La route Kaïffa-Bagdad
- Aucune inauguration officielle n’a célébré l’achèvement de ce travail gigantesque; ni discours, ni banquets ne l’ont salué ; nous n’avons même pas le nom d’un promoteur à mettre « en manchette » : nous savons seulement que les véhicules automobiles peuvent aller désormais du port palestinien de Kaïffa à Bagdad et que les soldats anglais cantonnés en Perse et aux Indes empruntent cette voie quand ils retournent chez eux en permission.
- De par son tracé, cette route est la plus ancienne du monde : il y a cinq ou six mille ans, les caravanes assurant les échanges commerciaux entre la Chaldée et le littoral méditerranéen l’utilisaient déjà. L’existence des points d’eau a rendu ce tracé immuable, et ils ne sont pas nombreux. Le célèbre puits de Routbah, par exemple, dont l’âge et l’origine sont inconnus, est le seul endroit où gens et bêtes peuvent se désaltérer dans un rayon de 5oo km. Au Sahara, la plus grande distance mesurée entre deux points d’eau n’est que de l’ordre de 3oo km.
- Le trajet de la nouvelle roule traverse les régions les plus hostiles et les plus lugubres de la terre. Je me contentai de les survoler, en 1933, quand je m’en fus étudier la construction
- du pipe-line qui relierait bientôt les champs pétrolifères de Kirkouk' à Tripoli et à Kaïffa, voyage que je fis sur l’invitation de la Compagnie . française des Pétroles et dont je publiai le compte rendu dans La Nature.
- Les précurseurs.
- Jusqu’en iu923, on admettait sans discussion que la traversée du grand désert, de ©amas à Bagdad, était interdite, et le serait à perpétuité, aux véhicules de tous genres, notamment aux automobiles; Routbah ne voyait s’arrêter autour de son puits que des tribus nomades et de rares caravanes qui s’aventuraient dans ces parages inexplorés. Mais l’appât du gain est parfois un faiseur de miracles !
- Au début de cette même année, des Syriens apprirent qu’ils réaliseraient de gros bénéfices en allant vendre de l’or à Bagdad. Ils achetèrent deux camions à Beyrouth et, non sans prendre la précaution d’engager d’excellents mécaniciens, en prévision des pannes de moteur, partirent de Damas avec leur
- Fig. 1. — L’autostrade Kaïffa-Bagdad à travers le désert des laves. ,n
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- précieuse cargaison. S’ils subirent quelques accidents, d’ailleurs vite réparés par leurs spécialistes, ils eurent la chance de ne pas être attaqués par les pirates du désért. Ils atteignirent Bagdad en une dizaine de jours.
- L’exploit fit grand bruit dans le Proche-Orient. Deux mois plus tard, une entreprise de transports de Beyrouth, la compagnie Nairn, organisa un voyage d’essai sur les traces des contrebandiers d’or. Le plein succès de l’expérience porta le gouvernement irakien à retenir les services de cette compagnie pour le transport de la matière postale entre Bagdad et Damas. La ligne fonctionna dès octobre 1923, à raison d’un départ chaque semaine. Bientôt, d’autres sociétés se fondèrent pour l’exploitation de la nouvelle route, et le nombre des usagers (commerçants et touristes) augmenta rapidement : de 6 35o en 192G, il passait à 9 600 l’année suivante. Mais il ne s’agissait encore que d’une piste, impropre aux véhicules lourds.
- Code de la route.
- L’affluence croissante des voyageurs porta le gouvernement irakien à publier des règlements que devaient observer les
- étrangers et qui comportent des articles de nature à faire grincer des dents aux partisans de l’égalité des sexes devant la loi.
- Les étrangères (European and American ladies, précise le document officiel) ne peuvent pénétrer dans certaines liwas (provinces) qu'après en avoir obtenu l’autorisation écrite du Ministère de l’Intérieur. Dans d’autres, elles n’ont le droit de circuler qu’entre le lever et le coucher du soleil, et sans s’écarter de la route, sauf si les autorités locales leur en ont donné la permission formelle. Les dites autorités peuvent leur imposer une escorte de gendarmes — dont elles devront payer la solde et l’entretien...
- Les femmes seraient-elles donc traitées en « indésirables » au pays de Sémiramis ?... Je crois comprendre que cet ostracisme prouve à la fois la prudence du gouvernement irakien et le fanatisme d’une partie de la population, pour qui la présence d’une « roumie » dévoilée serait le plus provoquant des défis.
- Il n’est pas inutile de remarquer que, dans plusieurs villes syriennes, pour ne citer ici que Horns et Hama, où j’ai séjourné, le port du voile est imposé aux femmes non musulmanes (chrétiennes ou juives), exigence qui n’est pas pratiquée à Bagdad.
- Les règlements comportent des dispositions fort raisonnables. Il est notamment interdit aux usagers de la route de voyager isolés : chaque convoi doit compter au moins deux voitures. Tout véhicule automobile doit être muni d’un réservoir d’eau, d’une contenance minimum de 4o 1. On recommande aux voya-
- geurs de se pourvoir d’une pelle et de plusieurs mètres de corde.
- Grâce aux puits forés depuis 1933 par l’Iraq Petroleum C° sur le parcours de son gigantesque pipe-line, les risques de mourir de soif ont grandement diminué dans les parties occidentale et centrale du désert ; mais il arrive encore qu’elle fasse des victimes, lorsqu’une épaisse tempête de sable, recouvrant la chaussée, déçoit les voyageurs et les entraîne loin dans les solitudes où ils perdent vite leur orientation.
- Les ingénieurs à l'œuvre.
- Il va de soi que Syriens et Iraquiens n’avaient rien fait pour améliorer la piste découverte par les trafiquants ’d’or. Ce ne fut qu’à partir de 1932 qu’elle prit forme de route, avec les travaux préparatoires qu’exigeait la construction du pipe-line. Une voie ferrée, partant de Tripoli, s’arrêtait à Iloms ; une seconde reliait Kaïffa au poste de Mafrak. Ces deux terminus devenaient d’immenses dépôts d’où d’énormes quantités de pesant matériel (tuyaux de fonte, machinerie, maisons démontables, etc.) seraient acheminées le long de la double conduite, et jusqu’au delà de l’Euphrate et du Tigre.
- On s’empressa donc de remplacer la piste par une chaussée large d’une dizaine de mètres, assez solide pour résister au poids de puissants véhicules capables d’emporter à travers le désert des dizaines de tonnes de tuyaux. Pendant des mois, de petites armées de manœuvres (Kurdes, Arabes, Bédouins) travaillèrent à la construction de la route, sous la direction d’ingénieurs spécialisés.
- Je les vis à la besogne sur l’aire la plus horrible de tout le tracé du pipe-line. Revenant de Bagdad par la voie des airs, je me crus soudain victime d’une illusion d’optique : jusqu’alors teint d’un jaune uniforme, le sol se colorait d’un bleu de Prusse qui, par graduations successives, aboutissait au noir. Je compris que nous survolions le fameux désert des Laves, énigme des géologues et terreur des Bédouins errants. Une surface qui se mesure par des centaines de kilomètres de longueur et de largeur fut jadis submergée par des torrents de matières ignées. Quels gigantesques volcans fallut-il pour couvrir de roches en fusion une pareille superficie?... Et je notais sur mon calepin :
- « On dirait que le sol a été peint au goudron, car il a comme des reflets huileux. La surface m’apparaît lisse, bien que je sache qu’elle se compose de roches fragmentées, variant de la grosseur de deux mains jointes à celle d’une Aralise. Pas la moindre trace de végétation : du noir, du noir, du noir..., la terre endeuillée.., la mort absolue... Un volcan apparaît, insignifiant au milieu de cet océan de basalte : je crois lui rendre justice en le comparant au Mont-Valérien. Sa forme conique est décapitée; un versant est fendu par une large brèche... Deux autres sont en vue ; leurs dimensions semblent encore plus médiocres. A eux trois, ils laissent l’énigme intacte... Un énorme pilier de jais se dresse, pyramide tronquée : ne serait-ce pas la cheminée d’un ancien volcan dont l’érosion aurait rongé le cône de déblais, au cours des âges préhitoriques?... ».
- Plus loin, je remarque des groupements de cercles, accusés par le relief d’un bourrelet et de diamètres inégaux. Ils me donnent l’impression que la terre a bouilli dans leurs parages et que ces anneaux auraient été produits par d’énormes bulles de gaz crevant à la surface du monstrueux chaudron... La lune vue au télescope...
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- L'enfer
- L'achèvement de la route
- Atterrissant à Mafrak, nous en repartons le lendemain en automobile pour visiter les chantiers où l’on poursuit de front la construction du pipe-line et celle de la route. A perte de vue, le sol est couvert de blocs ou de fragments de lave; un chameau n’v trouverait pas où poser un pied. Empruntant la piste provisoire, notre jeune chauffeur palestinien jongle avec les pires difficultés, faufile sa puissante voilure dans le labyrinthe des ornières profondes, solidifiées par les mois de sécheresse, frôle le tranchant des roches sans érafler ses pneus.
- Ap rès une course d’une centaine de kilomètres, nous atteignons les chantiers en activité. Les plus humbles manœuvres eux-mèmes portent des lunettes étanches pour se protéger d’un infernal fléau : la poussière noirâtre que soulève le vent ou le passage d’un véhicule automobile. Elle est faite de minuscules cristaux d’origine ignée, plus fins que les molécules de la farine, et qui brûlent atrocement les veux. Quand la brise les pousse de derrière une voiture en marche, les voyageurs, aveuglés, endurent un véritable supplice. Bien que nous n’en soyons qu’au printemps, mon thermomètre de poche enregistre 39°; l’implacable chaleur du soleil est réverbérée par les facettes ies roches volcaniques. Un ingénieur m’apprend que, pendant trois à quatre mois de l’année, les outils s’échauffent à ce point qu’il est presque impossible de les tenir, même avec des gants. Une soif ardente dévore le personnel au travail ; et je remarque que des tonneaux, remplis d’une eau amenée de fort loin par des citernes-automobiles et juchés sur des tracteurs, suivent les équipes pas à pas.
- Nous nous arrêtons successivement à différents tronçons de la chaussée définitive ; comme ils ne sont pas tous parvenus au même stade de la construction, nous reconstituons aisément la série des phases. La pelle mécanique déblaye et nivelle le terrain, sur lequel clés indigènes bien dressés posent de cb,airqv des morceaux de roche., entre les bordures soigneusement établies. Le rouleau-compresseur passe une première fois sur la couche et, derrière lui, des manœuvres versent à pleins paniers de la pierraille, préparée par des machines à broyer et apportée par des camions. Le nouveau passage du rouleau parachève la besogne.
- L’Iraq Petroleum C° n’avait qu’un but en entreprenant ces travaux : doter le tracé du pipe-line d’une voie qui permettrait le transport du matériel de construction et assurerait les communications entre les stations de pompes qui jalonnent les deux milliers de kilomètres de la double conduite ; mais elle ne constituait qu’un tronçon de la route qui, reliant à Bagdad le littoral méditerranéen, prendrait une importance vitale, en cas d’une nouvelle guerre mondiale que l’Angleterre n’était pas seule à prévoir.
- Elle confia l’accomplissement de cette œuvre gigantesque â des officiers du génie, secondés par des détachements de sapeurs, qui s’attelèrent à la tâche vers la fin de xg36. Ils réussirent à recruter plusieurs milliers d’indigènes que la compagnie pétrolière avait occupés jadis et qui étaient quelque peu aguerris aux travaux de terrassement. Ces Bédouins donnèrent pleine satisfaction. Quand un révolutionnaire, Raschid Ali, soudoyé par l’Allemagne, tenta de soulever les tribus du désert contre le gouvernement irakien, ils restèrent groupés autour de la petite troupe britannique et repoussèrent les agitateurs à coups de fusil.
- Après ce que nous venons de dire du désert des Laves, on ne saurait s’étonner d’apprendre qu’il retarda considérablement la marche des travaux. « Nous n’avancions plus que pouce par pouce », expose le rapport que nous venons de lire. Sous les fragments de roches que l’on pouvait écarter à la pelle, se présentait un étagement de laves compactes, beaucoup trop dures pour que le pic pût les entamer. On recourait donc à la dynamite, et la mise en place d’un simple poteau de télégraphe exigeait de deux à trois heures de besogne. A ce propos, rappelons que des sondages opérés dans cette région par l’Iraq Petroleum Company ont traversé les bancs de lave sur une profondeur de -P-IU3 dg.„tqp
- L’Asie antérieure est maintenant dotée d’une bonne route commerciale et les sapeurs du Génie britannique, cruellement décimés par les fièvres comme par le climat, peuvent être fiers de leur œuvre.
- Victor Forbin.
- A propos des éponges artificielles.
- A la suite de' l’article sur les éponges artificielles, paru dans notre numéro du 15 janvier 1946, nous avons reçu de la société « La Viscose française » une lettre qui dit notamment :
- <( Nous tenons à vous faire remarquer que vers 1930, les I. G. Farbenindustrie en Allemagne et notre Société ont entrepris à peu près en même temps des études pour industrialiser un procédé décrit dans le brevet, déjà très ancien et déchu à l’époque, sur la fabrication d’éponges artificielles de viscose.
- Des procédés indépendants ont été développés à cette époque en Allemagne et en France, et dès 1932 les premières éponges artificielles ont paru sur le marché français sous la marque de « Spontex ». Ces éponges artificielles n’ont cessé de se développer et ont trouvé un accueil excellent tant en France que sur les marchés étrangers.
- Notre Société entretient des relations amicales avec la Société Dupont de Nemours et après avoir éudié le procédé, cette dernière Société s’est décidée à créer aux États-Unis une fabrication d’éponges artificielles do viscose.
- L’industrie américaine ne s’est donc nullement créée en relation avec la maladie des éponges naturelles en Floride en 1938.
- Nous vous signalons que nos fabrications en France sont couvertes par plusieurs brevets et des brevets correspondants ont été obtenus dans un grand nombre de pays étrangers, entre autres aux États-Unis ».
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- Dans ce même article nous faisions mention « des feuilles transparentes, analogues à notre cellophane, qui servent à empaqueter de façon étanche de nombreux produits périssables ».
- La société « La Cellophane » nous prie de préciser que le mot « Cellophane » est une marque de fabrique dûment protégée en France sous le n° 338 494 du 6 février 1942 et que le produit auquel nous avons fait allusion consiste en une pellicule de celluloso régénérée.
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- Anomalies dans l'évolution de la température et des précipitations à Paris de mai 1944 à mai 1945
- L’évolution des éléments climatologiques, a été à plusieurs reprises, marquée de contrastes tellement frappants, au cours de la période annuelle de mai 1944 à mai 1945, qu’il n’est pas sans intérêt de leur consacrer quelques lignes.
- L’hiver météorologique 1943-1944 normal, quant à la température moyenne, avec pression barométrique excédentaire et précipitations déficitaires, fut suivi d’un printemps constamment sec.
- A partir du mois de mai 1944, l’analyse des divers éléments climatologiques révèle des contrastes saisissants.
- Le résumé des observations effectuées en mai 1944, à l’Observatoire du Parc Saint-Maur, débute d’ailleurs dans ces termes :
- « Mois à température normale dans l’ensemble, mais très con-« trastée ; remarquable par son insolation très forte et ses préci-« pitations exceptionnellement faibles ».
- Ce mois, qui a présenté des périodes franchement froides, (du 6 au 9, du 15 au 18, du 22 au 23) s’est terminé par une période exceptionnellement chaude ; la température moyenne qui était de 9°72 le 23 s’est élevée continuellement, jusqu’à atteindre 25°66 le 29 et 25°76 le 30. Les températures maxima, 34°5 le 29 et 34°1 le 30, n’ont jamais été rencontrées en mai et la plus basse n’a été dépassée qu’une seule fois en juin.
- Le maximum absolu de l’été 1944 (34°5) s’établit ainsi à la date du 29 mai, ce qui est peu commun. Le total pluviométrique de mai 1944, 6,7 mm ne représente que 13 pour 100 de la normale de mai et classe ce mois au 2e rang parmi les plus secs de la série d’observations du Parc Saint-Maur. - - -, -
- TT -5f
- A cette excessive sécheresse printanière succède une pluviosité fortement excédentaire en juillet et surtout en août 1944, qui se classe avec 123,5 mm de précipitations, au 2e rang des mois correspondants les plus pluvieux observés au même lieu depuis 1874.
- L’équilibre semble se rétablir en septembre, puis les mois d’octobre et novembre, consécutivement très humides, totalisent ensemble 249,3 mm de précipitations, dépassant les plus fortes hauteurs de pluie constatées au Parc Saint-Maur à pareille époque. Nul n’a oublié les crues désastreuses du début de décembre 1944.
- Le graphique ci-joint met mieux en relief l’inégalité, de la répartition des précipitations au cours de la période considérée.
- *•
- * *
- La moyenne mensuelle (—1°87) de la température de janvier 1945, qui classe ce mois au 2® rang des mois de janvier les plus froids, immédiatement après janvier 1940 (— 2°45), est suivie en février d’une température moyenne de 7°79, concourant à classer ce dernier mois au 2e rang parmi les plus doux, observés à Paris (Parc Saint-Maur).
- D’autre part, il faut remonter à janvier 1793, pour trouver un maximum absolu presqu 'aussi faible que celui, extraordinairement bas, de janvier 1945 :
- Janvier 1793 : 6°4 (Observatoire de Paris).
- Janvier 1945 : 5°9 (Parc Saint-Maur).
- Même aü cours du rigoureux mois de janvier 1940, déjà cité, le thermomètre s’était élevé à 8°6 le 8 (Saint-Maur) et à 10°1 dans
- Paris même. Ce mois de janvier 1945 présente 27 jours de gelée à glace contre 23 jours en janvier 1940.
- En février 1945 par contre, la moyenne journalière de la température, a toujours été supérieure à la normale, à l’exception du 22 février ; cependant, le maximum absolu, 13°8, est inférieur au maximum absolu moyen 13°96 ; un maximum voisin de 16° ou 17° n’aurait pas- été surprenant, ni sans précédent, au cours d’un mois de février aussi doux.
- Graphique des —I--------
- précipitations recueillies mensuellement de—p Mai I9hh à Mai 19<t5 i
- 100%
- Valeur moyenne de la hauteur
- mensuelle de pluie ( I87b~1919 )
- Répartition des hauteurs de pluie (en mm) au Parc Saint-Maur de mai 1944 à mai 1945.
- Le caractère exceptionnellement excédentaire de la température moyenne persiste en mars, avril et mai 1945.
- Mars 1945 avec une moyenne mensuelle de 9°2 se classe au 3e rang après les plus chauds, 1880 et 1938.
- Mars 1880 : 9°79.
- Mars 1938 : 9°G8.
- Mars 1945 : 9°02.
- Avril 1945 au 3e rang également après 1893 et 1943.
- Avril 1893 : 13°S5.
- Avril 1943 : 12°96.
- Avril 1945 : 12°S5.
- Les variations de température acquièrent en avril et mai 1945 une telle amplitude, qu’un petit développement est nécessaire.
- Après les journées estivales du 14 au 20 avril 1945, offrant une succession de maxima très élevés pour la saison, nous passons à des températures hivernales, s’étendant du 28 avril au 3 mai ;
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- les maxima très faibles avoisinent 11° et le 1er mai, le thermomètre s’abaisse la nuit à 0°1 â Saint-Maur.
- Aux trois dernières journées d’avril, glaciales avec giboulées de grésil et de neige, succède le 1er mai la plus forte chute de neige jamais observée en mai depuis la fondation de nos grands observatoires météorologiques parisiens.
- Depuis sa fondation, Paris-Montsouris n’a observé en mai que deux chutes de neige, formant couche sur le sol ; le 18 mai 1935 (4 cm) et celle qui nous occupe (5 cm).
- Le 5 mai, la température s’atiédit dans la soirée, le minimum nocturne se relève de 6° et du 7 au 17 mai nous profitons d’une série de journées claires et très chaudes, les plus spécifiquement estivales de la belle saison 1945.
- Voici, relevées à Paris-Montsouris, les températures maxima et minima de quelques journées-type, de cette période à grandes et rapides variations :
- Minima Maxima
- 17 avril 1945 .............. 13°3 29°1 (28°2 à Saint-Maur)
- 20 » KM 26°0
- 23 » ...... 5°4 14°1
- 30 « lo6 9°5
- 1er mai 1945 ............... 0°2 11°0
- 7 » 12°2 29o7
- 12 » 15°8 32°4
- 21 » 9°6 16°0
- Rappelons enfin, que malgré ces vicissitudes, le mois de mai 1945, par sa température moyenne de 16°1, se classe au 20 rang des mois de mai les plus chauds, observés depuis 1874 au Parc Saint-Maur, immédiatement après mai 1917 (16°47) et que le printemps de 1945 (mars, avril et mai) est le plus chaud qui fut observé, jusqu’alors, à Paris (Parc Saint-Maur) depuis la fondation de cet observatoire.
- Jean Bourgeois.
- Les Livres nouveaux
- Mauritanie-Adrar, par le Général GOURAUD. 1 vol. 350 p., 16 gravures et 1 carte hors texte. Plon, éditeur, Paris, 1945. Prix : 150 fr.
- Fin 1907, le Colonel Gouraud à peine âgé de 40 ans, mais déjà célèbre par ses campagnes Soudanaises et par la capture de .Samôry es/t chargé de Téduire les pillards de l’Adrar qui périodiquement viennent ravager les confins du Sénégal. En un an, la Mauritanie est conquise et pacifiée après d’habiles opérations dans une région difficile et malgré des moyens bien rudimentaires. L’illustre soldat conte avec une émouvante, simplicité, cette rude campagne. Il peint en quelques traits frappants la contrée naguère inconnue où elle se déroule, il fait revivre les soldats héroïques qui y ont pris part. Et, malgré la modestie de l’auteur, on voit se dessiner, à travers ce récit, la captivante figure du grand chef qui sans le savoir se prépare aux tâches plus vastes et plus difficiles encore que lui réserve un proche avenir.
- Énergie électrique et civilisation, par
- Edmond Roux. 1 vol. in-16, 266 p. Bibliothèque de philosophie scientifique. Flammarion, Paris, 1945.
- L’électricité est le facteur déterminant de la civilisation actuelle ; elle permet de distribuer partout l’énergie instantanément et avec le meilleur rendement, si bien qu’on la trouve depuis la maison qu’elle éclaire, chauffe, nettoie et emplit (les nouvelles de la T. S. F. jusqu'aux lignes dé chemins de fer et aux grandes usines métallurgiques et chimiques. Ne pouvant être stockée comme les combustibles, il faut qu’elle soit produite et distribuée au moment même des besoins, qu’elle les suive et les satisfasse, ce qui pose des problèmes spéciaux techniques, économiques, financiers, administratifs complexes dont l’auteur montre toute l’étendue.
- Le cycle à deux temps. Étude cinématique et thermique, par J. JALBERT. 1 vol. 136 p., 66 fig. Dunod, éditeur, Paris, 1944.
- Le cycle à deux temps pour les moteurs à explosion ou à combustion fait l’objet d’une abondante littérature et d’innombrables brevets. Ses qualités l’ont fait
- triompher dans le petit moteur de motocyclette et dans les gros moteurs de sous-marins. Mais il a aussi des défauts qui ont rendu plus difficile son application aux puissances moyennes. Voici une lucide étude où l’auteur, un spécialiste de ces constructions, analyse Jes procédés d’alimentation dont l’emploi est possible et dégage les conséquences thermiques et cinématiques qui en résultent.
- Montgomery et ses hommes (Histoire de la 8° Armée en Afrique), par Richard Mc Millan, traduit de l’anglais par E. Buvssens. 1 vol. 318 p., 10 gravures hors texte et 1 carte. Plon, éditeur, Paris, 1945.
- En juin 1942, la 8e armée anglaise battue en Cyrénaïque par le général allemand Rommel reflue en désordre jusqu’à El Ala-mein, à 100 km d’Alexandrie. L’Egypte paraît à deux doigts de sa perte. Montgomery. prend le commandement de l’armée, redresse la situation et inflige en novembre 1942 une défaite décisive aux Italo-Allemands qu’il poursuit jusqu’en Tunisie. Mac Millan a assisté comme journaliste de guerre à ces évènements mémorables. Son alerte récit est d’une lecture passionnante. Sa valeur documentaire est de premier ordre ; l’auteur non seulement résume fidèlement les opérations, mais il analyse avec une rare pénétration les moyens par lesquels le grand chef Anglais a relevé le moral de son armée, il expose avec une parfaite netteté, la tactique et la stratégie qu’il a adoptées et montre le rôle exact joué par le matériel mécanique et l’aviation dans les opérations du désert Nord-Africain.
- Biologie de la vision, par le Dr M.-L. VERRIER. 1 vol. in-16, 214 p., 61 fig. Collection Armand Colin, Paris, 1945.
- « Quand je pense à l’œil, j’en ai la fièvre », disait Darwin, et la question de la vision s’est encore compliquée depuis. MIle Verrier qui l’a beaucoup étudiée, en expose ici les différents problèmes : la vision des lumières blanche et colorées, les réactions de la rétine, les anomalies visuelles, les rapports avec les autres activités de l’organisme, y compris le rôle de la vitamine A, la variété des appareils dans la série animale, selon le comportement. C’est une mise au point qui va jusqu’aux recherches récentes ou en cours.
- Introduction à la lecture des cartes géologiques, par A. Bonte. 1 vol. in-8, 239 p., 103 fig., 8 pi. Masson et Cie, Paris, 1945.
- La carte géologique, tracée sur un fond topographique, est l’aboutissement et l’instrument de toutes les études sur le terrain. Il faut donc savoir la lire et la tracer. L’auteur définit les accidents du terrain, indique leur représentation conventionnelle et montre par divers exemples leur lecture et leur tracé. C’est le premier ouvrage français de ce genre ; il est indispensable aux étudiants, aux géographes et aux ingénieurs.
- Les sages écritures, par R. M. GattefosSÉ. 1 vol. in-8, 237 p., 23 pl. Derain, Lyon, 1945.
- Essai sur la philosophie et les origines de l’écriture, dit le sous-titre. L’auteur voit l’homme tertiaire, déjà capable d’écrire et il cherche un peu partout les signes qui persistent : langue tamachè-que, couronne de Tifinars, lettres hébraïques, runes, caractères préhistoriques et pétroglyphes africains, etc. Il en tire des conclusions neuves, audacieuses, sur les temps préhistoriques, les hommes qui y vécurent et le sens d’une des manifestations de l’intelligence de ceux-ci.
- Manuel du botaniste herborisant, par G. Bl-mont. 1 vol. in-8, 88 p., 26 fig. Boubée et Cie, Paris, 1945.
- Pour guider l’amateur débutant, l’auteur lui indique le matériel de récolte à employer, les moyens de recherche des divers groupes de plantes, les procédés de détermination et les flores à consulter pour chaque région, les techniques de séchage de l’herbier et de préparations microscopiques. Il termine utilement en rappelant les règles internationales de nomenclature, expliquant les termes du vocabulaire et indiquant les ouvrages de fond à consulter.
- Atias des Hémiptères de France, par A. Villiers. I. Hétérocères Gymnocérates. I vol. in-8, 83 p., 26 fig., 12 pl. en couleurs. Boubée, Paris. 1945.
- Ce sont les Punaises des bois et les Araignées d’eau dont l’auteur décrit avec précision la morphologie externe et interne puis examine les espèces les plus communes qu’il devient ainsi possible de reconnaître malgré leur grand nombre.
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- COURS ET CONFÉRENCES A PARIS
- LUNDI 4 MARS. Maison de la Chimie : 18 h. M. Fi.eury : « La transmission mécanique ». — Observatoire de la Société astronomique de France (28, rue Serpente) : 20 h. 30. M. J. Dragesco : « Ce que l’on peut voir avec les instruments d’amateurs ».
- MARDI 5 . MARS. Société des Ingénieurs de l'automobile (5, avenue Friedland) : 17 h. « Montage et assemblage de série. Conclusions sur les travaux, de l’année dernière se rapportant aux constructions modernes de carrosserie ». — Institut technique du Bâtiment. Salle du Musée de VHotnme, Palais de Chail-lot : 17 h. 30 : MM. Balency-Bkarn et Ciief-deyïm.e : <c L’utilisation des aciers durs crénelés dans les constructions en béton armé ».
- MERCREDI 6 MARS. Maison de la Chimie : 18 h. M. Cristescoux : « L’écoulement, des fluides autour de l’hélice ». — Institut français du Caoutchouc : 18 h. 30. M. Poncer : « Le caoutchouc dans les liants hydrocarbonés pour revêtement de route ».
- JEUDI 7 MARS. Maison de la Chimie :
- 18 h. M. A. Tiiuuet : « Altérabilité chimique du verre ». — Société d’encouragement pour l’Industrie nationale (44, rue de Rennes) : 17 h. 30. M. P. Destival : « 'Turbines à combustion et propulsion par réaction »•. — Société des Ingénieurs de l’automobile (5, avenue Friedland) : 17 h. : « L’injection d’eau dans les moteurs ». — Observatoire de la Société astronomique de France (28, rue Serpente) : 20 h. 30. Cours d’astronomie populaire : « La Lune ».
- VENDREDI 8 MARS. Maison de la Chimie : 18 h. M. Banty-Lafrance : « Les normalisations et les économies de matières ». — Société des Ingénieurs de l’automobile
- (5, avenue Friedland) : « Le démarreur. Caractéristiques générales. Calcul d’un démarreur en l'onction des caractéristiques du moteur à lancer. Dispositif d’accouplement entre moteur et démarreur. Démarreur à inertie à commande électrique ».
- SAMEDI 9 MARS. Palais de la Découverte : 15 h. M. le Dr Lépine : « Le microscope électronique et ses applications ».
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- MERCREDI 13 MARS. Maison de la Chimie : 18 h.. M. Poisson-Ouinton : « Les souffleries étrangères ». — Institut français du Caoutchouc : 18 h. 30 M. Austerweil : « Les phénomènes interfaciaux. Rôle et mesure de la tension interfaciale ».
- JEUDI 14 MARS. Maison de la Chimie : 18 li. M. F. Martin : « La microanalyse organique quantitative : son développement, ses possibilités actuelles ». — Observatoire de la Société astronomique de France (28, rue Serpente) : 20 h. 30 : Cours d’astronomie populaire : « Les planètes du système solaire ».
- VENDREDI 15 MARS. Maison de la Chimie : 18 li. M. Delbart : « Les économies de matières en construction métallique sous leurs divers aspects ».
- SAMEDI 16 MARS. Palais de la Découverte : 15 h. >1. Bicquakt : « Les ultrasons. Historique et applications ».
- DIMANCHE 17 MARS. Société astronomique de France (Institut océanographique, 195, rue Saint-Jacques, Paris, xve). 15 h. : M. I lOuis Leprince-Ringuet : « Le noyau atomique, ses constituants et la libération de son énergie » (projections).
- LUNDI 18 MARS. Maison de la Chimie :
- 18 h. M. Carton : « La transmission électrique dans la traction ». —; Observatoire de, la 'Société-astroiromique-de fmee (28, rue Serpente). 20 h. 30 : M. E. Soufflet : « Nos connaissances actuelles sur les astéroïdes ».
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- JEUDI 21 MARS. Maison de la Chimie : 18 h. M. F. Martin : « La microanalyse quantitative : applications pratiques ». Observatoire de la Société astronomique de
- France (28, rue Serpente). 20 h. 30 : Cours d'astronomie populaire : « Comètes, bolides et étoiles filantes ».
- VENDREDI 22 MARS. Maison de la Chimie : 18 h. M. Peyches : « La lutte contre le g-aspillage des calories dans les fours de verrerie ».
- SAMEDI 23 MARS. Palais de la Découverte : 15 h. M. Joseph Lefèvre : « Les hormones végétales ».
- Congrès national de l’Aviation française.
- Du IG au 2u avril prochain, se tiendra a la Sorbonne le IIe Congrès national de l'Aviation française. Il réunira tous les Français qui s’intéressent à l’aviation, techniciens et producteurs de toutes les catégories, du chef d’entreprise à l’ouvrier, utilisateurs militaires, utilisateurs des transports aériens et utilisateurs privés, et permettra à tous les intéressés de confronter loyalement leurs points de vue et de se mettre d’accord sur des directives d’action.
- Diverses manifestations sont prévues, à cette occasion notamment une présentation des derniers nés des avions français de tourisme qui seront construits en grande série.
- LA NATURE
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- Le gérant : G. Masson. — masson et cie éditeurs, paris. — dépôt légal : ier trimestre 1946, n° 288. BARNÉOUD FRÈRES ET Cle IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 4oQ. — 3-1946.
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- SOMMAIRE
- Notions d’hygiène indochinoise, par le Dr J. BABLET. 81 Le Canada et ses régions polaires, par
- Victor ......................... 86
- Polyèdi par Jean LESAVRE . 87
- La rém ’satiMf hyumulique de la France, par
- p, baI -qjAnceISb........................... 89
- Les avaleurs de sabre, par le Dr G. MOUCHOT
- La sécheresse des années 1941 à 1945,
- par J. SANSON....................
- Un frigidaire solaire, par M. DÉRIBÉRÉ........
- Les Livres nouveaux...........................
- Cours et Conférences à Paris..................
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- NOTIONS D’HYGIÈNE INDOCHINOISE
- N° 3108 15 Mars 1946 Le Numéro 15 francs
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- Bâillonnée, chargée de lourdes chaînes par un ennemi implacable, humiliée par ses propres chefs qui ne se lassaient pas de faire tinter à ses oreilles le glas de la défaite, la France a du pendant quatre ans se replier sur elle-même et vivre à l’écart du reste du Monde. Dans sa détresse pourtant, même aux heures les plus sombres, dans la torpeur où la maintenait un régime de fer, elle ne s’abandonna jamais, et les meilleurs de ses fils ne cessèrent de travailler en silence à sa libération, d’accord avec de puissants amis et soutenus par la foi ardente d’un homme au grand cœur qui ne douta jamais du redressement final. Aujourd’hui le miracle est un fait accompli : épuisée, meurtrie, mais lavée de ses souillures, la France tourne les yeux vers ses colonies. Elle les remercie de n’avoir jamais douté de sa résurrection et d’y avoir si largement contribué. Elle réunit dans sa reconnaissance les populations de l’Afrique du Nord, de l’Afrique Occidentale, du Cameroun, du Tchad et du Congo. Mais elle n’oublie pas que l’Indochine a été livrée sans défense aux ambitieux Nippons, qu’elle a subi plus de trois ans leur joug odieux, qu’à cette occupation a succédé une
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- que l’importance croissante des échanges entre l’Asie, l’Amérique, l’Océanie et l’Australie n’a cessé d’affirmer.
- Sa position géographique entre 8° et 23° de latitude nord la classe dans la zone tropicale de l’hémisphère boréal et dans la zone des moussons. Elle devrait donc avoir deux saisons nettement tranchées, une saison sèche de novembre à avril où souffle la mousson de nord-est, une saison pluvieuse de mai à octobre qui correspond à la mousson de sud-ouest. C’est là en effet le régime d’une grande partie de l’Indochine, en fait de toutes les régions situées à l’ouest de la chaîne annamitique. Celle-ci, partie des contreforts sino-thibétains, s’allonge du nord-ouest au sud-est à travers la péninsule indochinoise qu’elle coupe en diagonale. Ce n’est pas une chaîne continue mais une série de plateaux de 5oo à i ooo m, séparés par des massifs plus élevés (jusqu’à 2 ooo m) ou des cols reliant les deux versants. Le versant oriental comprend l’Annam et le Tonkin, le versant occidental, la Cocliinchine, le Cambodge et le Laos. Tandis que l’Annam se présente comme une mince bande-côtière, la Cochinehine et le Tonkin sont surtout constitués par de vastes plaines alluviales propres à la culture du riz où la densité humaine est très élevée-.
- D’épaisses forêts couvrent la- partie-ouest du Cambodge et du Laos, de nombreux points de la chaîne annamitique-et-la région montagneuse qui limite au nord le delta du Fleuve Rouge.
- Les maladies climatiques.
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- La saison pluvieuse est en général la plus chaude et sa moyenne dépasse 3o° avec des maxima de plus de 4o° au Tonkin et en Annam en mai-juin. En Cocliinchine et au Cambodge, la température est plus régulière, oscillant toute l’année entre a5° et 35°. Les nuits sont fraîches, surtout au Laos, pendant les trois premiers mois et les deux derniers mois de l’année. Le Tonkin bénéficie à celle même époque d’une saison plus froide que partout ailleurs et le thermomètre peut y descendre à 5° ou 6° en janvier-février.
- L’état hygrométrique est élevé partout,
- Figr. 2. — Institut Pasteur de Nhâ-Trang (Sud-Annam). Vue générale de la Station d'études du Quinquina de Djiving.
- période de troubles graves compromettant le relèvement économique du pays et imposant une nouvelle et pénible épreuve à des millions d’indigènes et à des milliers de nos compatriotes. Le Corps expéditionnaire d’Extrême-Orient, aujourd’hui à pied d’œuvre en Cocliinchine, y a déjà rétabli l’ordre mais en Annam et au Tonkin il se heurte à de sérieuses résistances. 11 n’ignore point les difficultés ni les dangers qui l’attendent. Les traîtrises du climat et de la pathologie indochinoise en particulier ont retenu l’attention des médecins et des hygiénistes et la lutte s’organise méthodiquement à la fois sur le plan militaire et sur le plan de l’épidémiologie des maladies qui menacent les troupes et les populations. Un rapide tour d’horizon nous montrera que ces précautions préliminaires sont loin d’être inutiles et qu’elles sont, au contraire, la condition même du succès.
- La géographie.
- Bastion d’angle sud-est du continent asiatique, l’Indochine étale ses i 5oo km de côtes le long de la mer de Chine à l’est et au sud, du golfe du Siam au sud-ouest, et ses frontières terrestres, avec la Chine au nord, avec la Birmanie et le Siam à l’ouest, s’étendent sur plus de i 5oo km. Celte situation, au carrefour de deux vieilles civilisations, lui assignait dans la vie économique de l’Extrême-Orient un rôle de premier plan
- proche de la saturation, mais les chutes de pluie ont un volume variable, i 5oo mm à Pnom-Pcnh, i 8oo à Hanoï, i Goo à Vientianc, 2 ooo à Saigon et 3 ooo à Hué. Ces pluies abondantes et aussi la nature du terrain déterminent dans les deltas du Mékong et du Fleuve Rouge un état marécageux quasi-permanent, très favorable à la culture du riz mais gênant et dangereux pour les déplacements humains.
- C’est dans la boue que vivent dans les meilleures conditions les larves d’ankylostomes, parasites de l’intestin, de nombreux spirochètes pathogènes et des germes anaérobies susceptibles d’entretenir les plaies des membres inférieurs. Tout individu qui patauge sans protection, comme le coolie, dans la rizière, s’expose à contracter l’ankylostomiase (anémie des mineurs), la spirochétose ictéro-hémorragique, des ulcères phagédéniques. Cette dernière affection mérite une mention spéciale en raison de sa fréquence en Indochine et des indisponibilités de longue durée qu’elle provoque dans le personnel indigène des chantiers de travaux publics, de plantations, de mines... Atteignant électivement les membres inférieurs au niveau de la cheville, l’ulcère, creusant et s’élargissant sans cesse, détermine de graves pertes de substance et une impotence presque complète.
- Pour éviter les accidents imputables au terrain marécageux, il convient de porter de fortes chaussures montantes avec jambières ou leggins de cuir qui ont Davantage de protéger en outre leurs porteurs contre la piqûre éventuelle d’insectes de
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- brousse tels que les tiques, des acariens, les Irombicules, agents vecteurs de la fièvre récurrente et du typhus tropical (fièvre fluviale du Japon). On évite ainsi également les morsures de serpents, si nombreux en Indochine, et l’invasion des sangsues terrestres (Hæmadipsa zeylanica) qui pullulent dans la haute région tonkinoise.
- De ces considérations sur le climat de l’Indochine, il ressort que suivant les régions et l’époque de l’année, les indications fournies par la température et l’humidité peuvent être assez différentes. Si, dans l’ensemble, les vêlements de toile ou de colon légers sont de rigueur, les vestes de drap sont bien supportées pendant l’hiver tonkinois et la couverture individuelle est utile la nuit presque partout pendant la majeure partie de l’année. Des vêtements imperméables rendent de grands services, le danger des effets mouillés étant bien connu des coloniaux.
- Ra.-tnnTnrlipg purement climatiques sont rares mais il rnpératures excessives, l’humidité constante es maladies infectieuses, favorisant en ns hépatiques et intestinales. Des cas t cependant chaque année, surtout au ent militaire. Ils seraient évités par le aentaire, du casque colonial que le casque modernes ne saurait remplacer sans danger.
- Les maladies parasitaires.
- Ce sont les maladies intestinales, principalement les dysenteries et le choléra, qui ont valu autrefois à l’Indochine une réputation d’insalubrité, d’ailleurs parfaitement justifiée à cette époque. Le choléra fit de grands ravages pendant la conquête du Tonkin, 2 000 hommes succombèrent à Hanoï en i885, et je me souviens qu’étant étudiant à l’hôpital maritime de Brest, en 190& je fus frappé du. nombre impressionnant de dysentériques rapatriés d’Indochine, matelots et marsouins, véritables squelettes, n’ayant même plus la force de parler et qui achevaient dans l’anémie et la cachexie leur brève existence de coloniaux. C’était généralement la dysenterie amibienne qui était en cause et qui résistait alors à fous les traitements. La diarrhée de Cochinchine sévissait également parmi ces rapatriés dont l’intestin paraissait privé de toute sécrétion glandulaire normale, incapable d’assimiler les aliments et voué aux fermentations. Les abcès amibiens du foie étaient fréquents et la chirurgie souvent impuissante à enrayer leur évolution fatale.
- Depuis quelques années, la découverte de l’émétine, traitement spécifique de l’amibiase, a fait disparaître les plus graves conséquences et les complications habituelles de la dysenterie amibienne, mais, si nous disposons actuellement d’une thérapeutique efficace, les causes de contamination n’en restent pas moins nombreuses, les eaux de mares ou de rivières indochinoises étant toujours abondamment souillées de matières fécales, ainsi que la plupart des légumes cultivés par les maraîchers annamites ou chinois. Ceux-ci se servent en effet d’engrais humain et les légumes consommés crus, les salades, le cresson, les radis et aussi les fruits, rincés dans l’eau des mares, sont bien souvent à l’origine d’une dysenterie amibienne. Les huîtres peuvent être contaminées par l’amibe pathogène mais elles le sont plus souvent encore par les bacilles du groupe typhique.
- Les fièvres typhoïdes et paratyphoïdes ont en effet sévi de tout temps en Indochine comme dans les pays tempérés mais elles ont été longtemps masquées par la fréquence et la gravité des autres maladies à localisation intestinale. L’Institut Pasteur de Saigon s’est attaché depuis 1918 à mettre en évidence le bacille d’Eberth et les bacilles paratyphiques par l’hémoculture, démontrant ainsi de façon irréfutable l’existence des fièvres
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- typhoïdes. Le vaccin T. A. B. qu’il fabrique avec des souches locales détermine une immunité solide et durable.
- La dysenterie bacillaire est également fréquente en Indochine et les formes liypertoxiques à bacille de Shiga n’y sont pas rares. Leur évolution est rapide et bien souvent fatale. Les causes de contamination sont les mêmes que celles de la dysenterie amibienne.
- Le choléra, dont le berceau d’origine est le delta du Gange où il sévit à l’état endémique, fait en Indochine des incursions périodiques à travers la Birmanie et le Siam. Il peut venir du
- Fig. 3. — Travaux antimalariens dans la région de Lâo-Kay (Tonkin). Assèchement d’un bas-fond par drainage.
- En haut : avant les travaux ; — En bas : les drains terminés.
- nord par la Chine, soit par voie de mer soit par le Yunnan. Sa propagation se fait surtout par les cours d’éau où les sampans et les jonques déversent quotidiennement les déjections de leurs occupants et éventuellement leurs cadavres. Les mouches peuvent aussi jouer le rôle d’intermédiaires entre les tinettes des cases indigènes et les cuisines voisines où des aliments traînent toujours sur les tables. Les poissons consommés crus ou peu cuits sont parfois à l’origine d’une épidémie. Enfin les' porteurs de vibrions, soit pendant-la période d’incubation, soit pendant la convalescence, sont particulièrement dangereux et leur dépistage doit être poursuivi méthodiquement.
- La vaccination spécifique est venue fort heureusement enrayer les méfaits du choléra. Les Instituts Pasteur d’Indochine préparent avec des souches locales fraîchement isolées une émulsion de vibrions tués par la chaleur qui, injectée en deux ou trois fois, au taux de 12 .milliards de germes environ, protège
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- efficacement contre une atteinte cholérique pendant six mois à un an.
- Les parasites intestinaux, ascaris, lamblias, oxyures, trichocé-phales, flagellés divers, anguillules, infusoires... sont habituellement ingérés avec de l’eau, des légumes ou des fruits souillés par les déjections humaines ou animales.
- Contre toutes ces qialadies d’origine hydrique, la meilleure prophylaxie consiste dans l'épuration des eaux servant à l’alimentation. Les municipalités des grandes villes se sont efforcées de puiser dans la nappe souterraine profonde, généralement protégée contre les souillures de la surface du sol, l’eau nécessaire aux besoins de leurs administrés. Les Instituts Pasteur d’Indochine ont activement collaboré avec les ingénieurs des travaux publics dans le but d’obtenir une eau pure et abondante, pratiquant des analyses chimiques et bactériologiques préliminaires puis assurant le contrôle permanent de la stérilisation, après installation d’un système d’épuration efficace. La javellisation par les sels de chlore est le plus employé de ces systèmes ; il donne à Saigon, Hanoï, Hué, Pnom-Penh et dans
- Fig. 4. — Institut Pasteur de" Hanoï.
- Préparation des buttions, producteurs du vaccin antivariolique.
- de nombreux chefs-lieux de province des résultats remarquables. Mais la stérilisation par le chlore ne peut guère s’appliquer qu’à des installations uïbaines fixes.
- Pour les troupes en campagne, le ravitaillement en eau potable dans les pays tropicaux où les cours d’eau sont très pollués, doit être assuré au même titre que le ravitaillement en aliments et en munitions. Des bases d’eau javellisée ou filtrée (sur bougies de porcelaine par exemple) peuvent être établies dans les centres, permettant l’approvisionnement régulier de véhicules d’un type approprié chargés du transport vers les formations de l’avant. Quant aux isolés réduits à utiliser des eaux suspectes, ils doivent être munis de poudres ou de comprimés réalisant une stérilisation rapide de petites quantités d’eau.
- La teinture d'iode, à raison de II à X gouttes par litre d’eau, est un procédé commode, souvent employé dans les expéditions coloniales.
- Le procédé Lambert, depuis ’. ngtemps expérimenté en Indochine, emploie deux poudres, l’une composée de permanganate de potasse et de bioxyde de. manganèse, utilise les propriétés antiseptiques et oxydantes de ces corps dont l’excès est ensuite absorbé par la poudre n° 2 qui comprend de l'hyposulfite de soude et du talc.
- L'alimentction.
- La ration, alimentaire des troupes en campagne a toujours une grande importance et doit être l’objet d’une étude et d’une sur-
- veillance minutieuses car elle contribue pour une large part à maintenir le moral et la santé des hommes qui ont besoin de toutes leurs forces et de toute leur énergie. C’est à la fois un problème de quantité et de qualité où l’hygiène a son mot à dire et qui est facile à résoudre dans les pays tempérés. Aux colonies, et surtout en Extrême-Orient, l’usage du riz comme aliment principal entraîne souvent un déséquilibre entre les divers éléments normaux de la ration, corps azotés, hydrates de carbone et matières grasses. Ce déséquilibre au profit des substances riches en amidon (glucides) provoque des fermentations intestinales par des microbes anaérobies toxigènes et l’usure des réserves de vitamines B de l’organisme. Il en résulte des accidents cardiaques et nerveux graves, souvent mortels, que l’on a réunis sous le nom de béribéri.
- Ces accidents sont évitables en utilisant le riz non décortiqué ou sommairement décortiqué à la main, de préférence au riz poli des usines et en y adjoignant une forte proportion de viande, de poisson, de légumes variés, de corps gras. Des comprimés de vitamines, des jus de fruits récemment préparés sont également recommandables pour remédier à un déséquilibre accidentel de la ration alimentaire.
- Nous avons vu que les légumes crus et les fruits étaient dangereux pour la consommation, étant lavés ou arrosés avec des eaux souillées de matières fécales. Il est possible d’atténuer le danger d’infection microbienne ou parasitaire qu’ils représentent en les plongeant quelques minutes dans une solution de permanganate de potasse. Les fraises que l’on récolte à Dalat, les salades cultivées aux environs de Hanoï, les mangues, les goyaves... peuvent être traitées de cette façon sans que leur goût en soif modifié. -nw,r
- Les huîtres sont dangereuses car elles hébcrg’ént parfois des microbes pathogènes. Les indigènes en sont très friands et aussi d’un certain nombre de coquillages du genre Planorbis, petits mollusques d’eau douce dont il existe de nombreuses variétés, toutes susceptibles de donner l’hospitalité à des parasites tels que le Schistosomum japonicum, agent de la bilharziose intestinale, le Clonorchis sinensis, agent de la distomatose hépatique, le Paragonimus ringeri dont la présence dans le poumon, sa localisation élective, détermine de graves hémoptysies.
- Les boissons alcoolisées devront être proscrites sauf dans des cas exceptionnels. La plupart des insolations mortelles que l’on observe au Tonkin en été sont en réalité des congestions cérébrales où l’alcool joue le rôle principal.
- Le paludisme.
- Le paludisme, en Indochine comme dans tous les pays tropicaux et subtropicaux, est l’ennemi le plus redoutable, l’ennemi public n° i. Les expéditions coloniales lui ont toutes payé un lourd tribut depuis la conquête de l’Algérie et de Madagascar jusqu’à la campagne de Macédoine en 1916-1918. On sait qu’une seule espèce de moustique, l'anophèle, insecte nocturne et peu bruyant, transmet à l’homme un parasite des globules rouges, l'hématozoaire de Laveran.- L’anophèle ne peut s’infecter qu’en piquant des paludéens ayant des parasites dans le sang. La prophylaxie du paludisme doit donc viser à stériliser tous les porteurs d’hématozoaires, ceux qu’on nomme les « réservoirs de virus ». La quinine et ses succédanés synthétiques, præquine et quinacrine, réalisent pleinement ce but quand on peut traiter régulièrement les paludéens des agglomérations humaines (vil-
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- lages, plantations, casernes). Cette méthode suppose des approvisionnements considérables et d’un prix très élevé. Or le principal pays producteur de quinine (Indes néerlandaises) longtemps aux mains des Japonais, est encore le théâtre d’une lutte sévère.
- Pour la protection des individus sains, la quinine préventive (o g 5o par jour) est indispensable mais elle pose également une question d’approvisionnement difficile à résoudre.
- Contre l’anophèle, on peut lutter en limitant sa multiplication ; on sait en effet que ses œufs sont déposés dans l’eau et demandent i5 jours pour éclore. En vidant tous les récipients contenant de l’eau une fois par semaine, on réduit les chances d’éclosion. Sur les mares et les cours d’eau, une mince couche de pétrole répandue à la surface suffit à asphyxier les larves qui ont besoin d’air pour vivre. Contre les insectes ailés, nous avons les moustiquaires individuelles et les treillages métalliques protecteurs qui doivent être utilisés en particulier par les formations sanitaires. Les vapeurs de crésyl bouillant écartent ou tuent les moustiques que les feux de bois humides chassent également. Enfin des pommades à base d’essences aromatiques imprégnant la peau des parties découvertes ont la propriété d’éloigner les moustiques.
- Les autres maladies.
- Il existe beaucoup d’autres maladies transmissibles en Indochine mais leur fréquence et leurs chances de contamination sont limitées, Depuis que Yersin a isolé le bacille de la peste à IIong-Kong (1894) et préparé à Nhalrang le sérum curatif spécifique, les foyers pesteux qui existaient en Indochine ont peu à peu . disparu et les rares cas constatés . restent généralement isolés. Néanmoins le danger persiste car les rats sont nombreux et la contamination.jSp fait souvent par la puce. .de. ce rongeur (Xenopsytla cheopis) qui pique l’homme
- lutte contre la peste se ramène donc à la lutte) contre ies rats.
- - En cas d’épidémie.,..la vaccination antipesteuse,.par le /vaccin ^ vivant de Girard peut être utilement pratiquée et n’offre aucun danger.
- Contre la variole, qui fit autrefois de grands ravages en Indochine, nous disposons aujourd’hui de vaccin jennérien fraîchement préparé sur bufflons dans les Instituts Pasteur et les indigènes acceptent volontiers pour leurs nouveau-nés les scarifications vaccinales, renouvelées au passage des enfants dans les écoles.
- Il ressort de ce bref exposé qu’il ne faut pas sous-estimer la puissance maléfique de la brousse indochinoise. On l’a bien vu d’ailleurs lorsque des sociétés concessionnaires ont entrepris le défrichement des Terres rouges jusqu’alors désertiques et leur transformation en plantations d’hévéas. Les coolies ont été rapidement décimés par le paludisme et peu d’Européens y ont résisté. Les sociétés ont dû faire appel aux Instituts Pasteur d’Indochine qui, par des travaux antimalariens appropriés (drainage, assèchement...), par la lutte anti-anophélienne poursuivie sans relâche, par la stérilisation des porteurs d’héma-
- La lèpre, maladie cosmopolite, devenue rare en Europe grâce aux mesures rigoureuses dont elle fut l’objet à partir du Moyen Age, a conservé toute sa virulence en Indochine, surtout en Annam et au Cambodge, où de nombreuses léproseries recueillent les malades. Les traitements par huiles ou éthers de chaul-moogra donnent des améliorations incontestables. La contagion n’est guère à craindre car elle suppose des contacts intimes et prolongés.
- Le trachome, ou conjonctivite granuleuse est très répandu en Annam. On sait que faute de soins il peut aboutir à la cécité. La contamination se fait surtout dans le jeune âge par frottement ou grattage avec des doigts souillés.
- Outre les maladies dites exotiques, on trouve en Indophine un certain nombre de maladies endémiques des régions tempérées, la tuberculose, la diphtérie, la pneumococcie et les maladies vénériennes. Contre ces dernières et contre la tuberculose, on a créé des organismes spéciaux, dispensaires, hôpitaux. La prophylaxie de ces maladies pose les mêmes problèmes qu’en Europe et dépend avant tout de la précocité du diagnostic. Les examens de laboratoire contribuent largement à ce dépistage et les Instituts Pasteur de Saigon, Hanoï, Dalat, les laboratoires de Hué, Pnom-Penh et Vientiane font chaque année des milliers d’examens se rapportant à ce contrôle.
- Fig. 5. — Nhâ-Trang. Station d’études du Quinquina.
- Cinchona Ledgeriana de 6 ans 1/2 (Dran, 1930).
- * *:
- tozoaires, ont pu enrayer le désastre et rétablir partout un état sanitaire satisfaisant.
- Par sa position géographique, par son climat, par sa pathologie, l’Indochine est un pays tropical. Il ne faut pas l’oublier, en dépit de certaines apparences. Le développement économique de l’Union indochinoise que sillonnent i5 ooo km de routes automobilables, d’innombrables canaux et cours d’eau navigables ainsi que 2 ooo km de voies ferrées, le confort croissant des grandes villes, n’ont pas modifié du jour au lendemain les conditions de la vie dans la brousse.
- Il n’est pas douteux que de nouveaux et importants progrès soient promptement réalisés lorsque l’effort colonisateur de la France qui a déjà donné de si beaux résultats, pourra se poursuivre en Indochine. Encore faut-il que ce pays retrouve son équilibre et qu’à l’œuvre de destruction systématique qui n’a que trop duré succède une œuvre constructive où l’amélioration de l’hygiène tiendra, une grande place.
- Dr J. Bablet, de l’Institut Pasteur.
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- Le Canada et ses régions polaires
- Deux expéditions organisées par le Canada, l'une de caractère scientifique, l’autre poursuivant un but militaire et politique, méritent de retenir notre attention.
- La première vise essentiellement à déterminer la place exacte du pôle magnétique, fixée arbitrairement dans la péninsule de Boothia. Cette mission a pour chef le commandant d’aviation D. C. Mac Kinley, pilote du bombardier Lancaster Aries, spécialement équipé pour cette expédition. L’aviateur vient de rendre compte de ses travaux devant la Royal Geographical Society de Londres, et c’est à sa conférence que nous empruntons les faits suivants.
- L’analyse de plus de 30 000 observations magnétiques, prises à une altitude moyenne de 4 S00 mètres, est presque terminée ; on peut dire déjà que le pôle magnétique est situé à quelque 480 km au nord-ouest du point qu’on lui assignait jusqu’ici dans la péninsule de Boothia ; sa position exacte ne pourra être déterminée qu’au prix, d’une longue série de vols, secondés par des études topographiques terrestres.
- Les vols expérimentaux de ]’Aries totalisèrent 16 000 km, parcourus à l’intérieur du. Cercle Arctique; leur but essentiel était d’éprouver l’efficacité des instruments dans les conditions de navigation spéciales que l’on rencontre près du pôle magnétique.
- Ces expériences, remarque le rédacteur d’une revue londonienne, font partie d’un ensemble de travaux entrepris par l’Empire Air Navigation School de la R. A. F. pour rendre les avions indépendants de la boussole magnétique ; durant la guerre, cette même école avait amené une complète révolution dans les méthodes de la navigation aériennc, üemploi empirique de ladite boussole est désormais supplanté par le radar et par l’astronavigation (direction prise d’après les corps célestes) ; on peut déterminer ainsi la position de l’aéroplane' et contrôler la boussole gyroscopique.
- Le Canada organise ses frontières.
- Nous avons indiqué le caractère militaire de la seconde expédition : le Dominion se prépare à lutter contre toute agression qui l’attaquerait par derrière (dans le dos, pourrait-on dire), en traversant les immenses déserts de neige et de glace qui forment
- son arrière-pays. C’est dans ce but qu’il va organiser ses 6 400 kilomètres de frontières arctiques.
- Formée conjointement par l’aviation et l’armée canadiennes, l’expédition s’est ébranlée le 15 février. Elle est commandée par le lieutenant-colonel Peter Baird, de l’artillerie canadienne, et compte avec lui 45 officiers et soldats, aguerris depuis longtemps au rude climat de ces vastes régions pratiquement inexplorées. Des observateurs anglais et américains accompagnent le détachement.
- Sa mission essentielle consiste à créer une chaîne de postes d’observation complétés par des stations de T. S. F. et des stations météorologiques tout le long du Cercle Arctique, depuis la Terre de Baffm jusqu’à l’Alaska.’
- Sur cette énorme distance, le transport sera effectué par des automobiles à neige, d'un modèle où se combinent les petits tanks britanniques et les porteurs de canon dits Bren ; ces véhicules auront une largeur suffisante pour franchir les amas de neige qui se forment après un blizzard, ainsi que les marécages et autres obstacles. Ils sont hermétiquement fermés, sous leur coupole de verre.
- C’est la première fois, a déclaré le porte-parole de l’expédition à son départ d’Ottawa, que des véhicules mécaniques franchiront le Cercle Arctique. L’ère des attelages de chiens est révolue, tout au moins en ce qui concerne l’armée.
- Le départ réel de l’expédition s’est effectué à Churchill, sur le rivage occidental de la Baie d’Hudson. Elle est ravitaillée en vivres, pétrole et autres impedimenta par des appareils de la Canadian Air Force qui, lorsqu’il leur sera impossible d’atterrir, laisseront tomber leur cargaison par parachutes.
- De Churchill, l’itinéraire se dirige sur le nord du lac Baker, dans le sub-Arctique, puis sur la baie de Cambridge, à l’intérieur du Cercle Arctique. De là, la colonne Baird marchera directement à l’ouest sur Point-Radium (lac du Grand Ours), d’où elle tournera vers le sud pour atteindre la frontière de l’Alaska. On calcule qu’elle arrivera à Edmonton (province d’Alberta) au début de mai.
- Victor Forbipî.
- Reconstruira-t-on le
- Au cours de la guerre qui vient de s’achever, le canal de Panama n’a été l’objet d’aucune attaque des adversaires des États-Unis. Le canal, il est vrai, était bien gardé ; toute interruption prolongée de trafic sur cette voie de communication essentielle eut été un véritable désastre.
- Mais aujourd’hui, mesurant les dangers courus, beaucoup d’Américains s’inquiètent de l’avenir. Fusées à longue portée, avions, bombes atomiques, peuvent être mis un jour en action contre le canal et celui-ci est fragile. Ses écluses qui rachètent sur les deux océans une différence de niveau de 26 m, les ouvrages qui alimentent ces écluses constituent des points particulièrement vulnérables. La destruction même partielle de ces ouvrages d’art paralyserait le canal pour un temps indéterminé.
- C’est pourquoi M. Owen Claybourn, superintendant du Canal, plaidait dans une récente conférence à VAmerican Society of Engineers, pour la transformation du canal à écluses en canal de. niveau, à l’image du canal de Suez. Celui-ci a été bombardé à
- canal de Panama ?
- plusieurs reprises : mais chaque fois il a pu être remis promptement en service par des dragages.
- La mise à niveau du canal coûterait 1 310 400 000 de dollars.
- M. Clayrbourn demande que les travaux soient entrepris immédiatement, précisément parce qu’en ce moment il n’y a pas de danger immédiat et que la main-d’œuvre serait facile à recruter.
- On peut rappeler, à ce propos, que le programme initial du Canal de Panama, entrepris par F. de Lesseps en 1882, comportait un canal do niveau. Les dépenses dépassèrent dans d’énormes proportions le devis initial. On renonça au canal à niveau pour adopter un projet à écluses. Mais la Compagnie de Panama, ayant épuisé ses ressources financières et ayant été obligée de liquider, dut abandonner les travaux. Quand les États-Unis décidèrent de les ieprendre ils hésitèrent longtemps entre le canal à écluses et le canal à niveau, pour adopter finalement la première solution moins coûteuse et d’exécution plus rapide. Le canal de Panama put être mis en service au début de l’année 1914.
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- RÉCRÉATIONS MATHÉMATIQUES
- Polyèdres réguliers composés
- Les polyèdres réguliers ont toujours excité la curiosité des géomètres et l’admiration du public. Leur beauté était déjà connue des Anciens qui en avaient fait des symboles magiques. Les Grecs, en particulier, connaissaient les cinq polyèdres réguliers convexes, le tétraèdre, le cube, l’octaèdre, le dodécaèdre et l’icosaèdre. Les connaissances de l’homme en sont longtemps restées là. 11 fallut attendre Poinsot, au début du xixe siècle, pour que la question fut difinitivement résolue.
- Poinsot démontra qu’il n’y avait que neuf polyèdres réguliers, cinq convexes et quatre étoilés. Il découvrit les quatre derniers et les désigna d'après leur nombre de faces et d’après leur espèce. L’espèce est le nombre de fois que la sphère circonscrite est recouverte par les projections des faces, le centre de projection étant le centre de la sphère circonscrite. Ainsi les polyèdres réguliers convexes sont de lre espèce. Les polyèdres réguliers étoilés sont : le dodécaèdre à faces pentagonales étoilées, de 3e espèce, le dodécaèdre à faces pentagonales convexes., de 3e espèce, le dodécaèdre à faces pentagonales étoilées, de 7e espèce, et l’iicosaèdre à) faces triangles équilatéraux, de 7e espece. La Nature a publié le 1er mai et le 15 juillet 1933 uue vue stéréoscopique' de ces neuf polyèdres, ainsi qu’une manière de construire les quatre derniers, étoilés.
- Les opérations géométriques qui conduisent à la découverte des polyèdres réguliers étoilés nous amènent à considérer des corps également réguliers, qui ne le cèdent en rien aux précédents au point de vue esthétique et sur lesquels nous nous proposons d’attirer l’attention. Ces corps sont des assemblages réguliers de polyèdres réguliers convexes, déjà connus. Pour ces raisons, nous les qualifierons de polyèdres réguliers composés. Ils sont tous étoilés, et au nombre de six :
- L’octaèdre de 2e espèce, ou anticube, présente 8 faces qui sont des triangles équilatéraux, 6 sommets qui sont disposés dans l’espace comme ceux d’un cube. Il sé décompose en deux tétraèdres réguliers.
- L’icosaèdre gauche de 5e espèce, ou étoile tétraédrique gauche, se décompose en cinq tétraèdres réguliers. Il présente 20 faces qui sont des triangles équilatéraux, 20 sommets qui sont ceux d’un dodécaèdre. Ce polyèdre ne présente pas de plans de symétrie. On l’a appelé gauche, car, lorsqu’il repose sur un plan horizontal par cinq sommets, les arêtes les plus inclinées, celles qui joignent les sommets supérieurs et les sommets inférieurs, rappellent par leur disposition une hélice à gauche.
- L’icosaèdre droit de 5e espèce, ou étoile tétraédrique droite, est le symétrique du précédent par rapport à un plan.
- L’icosaèdre double de IL6 espèce, ou étoile anticubique, se décompose en dix tétraèdres réguliers. Il présente 20 faces qui sont doubles, et se composent de deux triangles équilatéraux, 20 sommets qui sont doubles, et qui sont disposés comme ceux d’un dodécaèdre. On peut considérer ce polyèdre comme le solide obtenu en superposant les étoiles tétraédriques droite et gauche de façon à ce que les sommets coïncident. On peut aussi le considérer comme un assemblage de cinq anticubes, d’où son nom.
- L’icosaèdre double de 5e espèce, ou étoile octaédrique, se décompose en cinq octaèdres réguliers. Il présente 20 faces qui sont doubles, et se composent de deux triangles équilatéraux, 30 sommets situés au milieu des arêtes d’un dodécaèdre.
- Le tnacontaèdre de 5e espèce, ou étoile cubique, se décompose en cinq cubes. Il présente 30 faces qui sont des carrés, 20 sommets doubles disposés comme ceux d’un dodécaèdre. Quand on
- remplace chaque cube par l’anticube de mêmes sommets, on obtient l’étoile anticubique.
- Nous pensons que le meilleur moyen de faire connaître ces polyèdres remarquables est de les présenter au lecteur. Nous les avons construits en bristol et nous en avons pris la vue stéréoscopique de la figure 1. Pour ceux que la question intéresserait nous allons donner le moyen de les construire. Malgré l’apparente complexité de ces polyèdres composés, cette construction est à la portée de tous ceux qui possèdent un peu d’habileté manuelle et de patience.
- Fig. 1. — Vue stéréoscopique des six polyèdres réguliers composés.
- 1, anticube ; 2, étoile tétraédrique gauche ; 3, étoile tétraédrique droite ; é, étoile anticubique ; 5, étoile octaédrique ; 6, étoile cubique.
- Constructions.
- Anticube. — On construira un tétraèdre régulier et quatre tétraèdres réguliers de dimension moitié, et on collera sur chaque face du grand tétraèdre un des petits tétraèdres.
- Étoile tétraédrique. — Nous ne distinguerons pas les étoiles tétraédriques droite et gauche, qui sont symétriques l’une do l’autre. Cette construction est rendue délicate par l’absence de plans de symétrie. Yoici la méthode que nous avons employée avec succès.
- On construira un tétraèdre de base, on dessinera sur ses faces les contours qui séparent les parties vues des parties cachées et les droites JK KL LJ. il faudra bien prendre soin de dessiner toujours la même face, et de ne pas dessiner sur une face du tétraèdre une face d’étoile gauche et sur une autre face du tétraèdre une face d’étoile droite. On construira ensuite quatre tétraèdres réguliers, qui auront pour arête le segment JK, et on collera ces quatre tétraèdres par une de leurs faces suivant JKL. On dessinera sur les faces de ces tétraèdres, avec les mêmes précautions, les contours des parties vues. Puis on complétera par 12 groupes de trois facettes (3IEcF[3. Ces groupes sont formés par trois facettes piEcFfi, ayant un sommet commun (J et accolées de telle façon qu’un segment [il vienne en coïncidence avec un segment pF.
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- Étoile anticubique. — La partie visible se compose de 60 facettes à queue d’hirondelle affyc et de 120facettes triangulaires ade. Il est commode de répartir les 60 facettes apyc en 12 groupes de cinq ; autour d’un point c on dispose dans le plan cinq facettes, l’angle en c a une valeur de 60°. On répartit les 120 facettes triangulaires en 30 groupes de quatre, qu’on forme en associant les faces triangulaires par leurs côtés ae et ed. Il ne reste plus qu’à
- •Fig. 3. Fig. 2..................... Fig. 4.
- a
- 1 Fig. 5. Fig. 6.
- Fig. 2 à 6. •— Éléments de construction des six polyèdres composés.
- c^^Æj|ierX..c^emblês,..pay; ..
- arèteh ga tenan t en coïncidence avec lés. arêtes aÿ où py.
- Étoile octaédrique. — La partie visible de l’extérieur se compose de 120 facettes abc. Il est commode d’en former 12 groupes de 10, qu’on assemblera ensuite. Pour former un de c'es groupes ' on ' associera par leurs -côtés • ac cinq ensembles de deux facettes accolées par .leur côté bc. Autour d’un . point c on peut disposer dans ie plan 8 facettes abc,'l'angle en c 'a en effet uqe valeur de 45°, on a obtenu d’un seul coup un ensemble de
- 8 facettes ; on le fend suivant une arête ac, et on introduit le cinquième ensemble de deux facettes. Une fois en possession de ces 12 groupes de 10 facettes on les collera par leurs côtés restés libres ab.
- Étoile cubique. — La partie visible se compose de 120 facettes abc, de 120 facettes abd, de 60 facettes bbc et de 60 facettes bbe. On groupe les faces bbe par cinq suivant les arêtes be. Puis on répartit les 300 faces restantes en 20 groupes de quinze ; chaque groupe est composé de 3 ensembles de 2 faces abc collées suivant: ab, de 3 ensembles de 2 faces abd collées suivant ad ; ces 6 ensembles sont collés en les alternant suivant les arêtes ab. On les complète en collant les faces bbc par leurs arêtes bc aux arêtes bc des faces abc. On colle ces 20 groupes par leurs arêtes bd, et on termine en collant les 12 groupes de 5 faces bbe par leurs arêtes restées libres bb.
- Nous donnons le plan de faces de ces polyèdres. Le lecteur pourra les reproduire à l’échelle qu’il jugera convenable, connaissant les rapports : _
- Aa ___ ab ___ 1 -f \/ô
- ' .. . TT — IJb ~~ ~~1 ... .
- La figure 2 montre les rapports qui existent entre les divers icosaèdres. La partie centrale, en noir, est une des faces de l’icosaèdre convexe, puis viennent en quadrillé, les parties apparentes de l’étoile octaédrique, puis les parties apparentes de l’étoile anticubique en pointillé, et enfin, en hachures les parties apparentes de l’icosaèdre de 7e espèce. Pour ne pas surcharger la figure 2, nous avons, grâce à deux translations, représenté à gauche, la face de l’étoile tétraédrique gauche (figure 3), et à droite, la face de l’étoile tétraédrique droite (figure 4).
- La figure 5 représente la face de l’anticube ; la figure 6 représente la face de l’étoile cubique. Les parties apparentes sont en
- Enfin, en achevant cet exposé, qui n’a que le caractère d’une récréation mathématique, je. tiens à remercier mes camarades, MM. Raymond Mercier et Paul Belgodère, qui, en l’absence de tonte documentation, ont rebâti pour.moi d’une manière tout a fait .originale la théorie des polyèdres réguliers.
- Les. dénominations, d’anticube et d’étoiles diverses ne sont pas classiques; élégantes et simples elles sont dues'à M. Raymond Mercier.
- Jean Lesavre.
- NOS LECTEURS NOUS ÉCRIVENT-.
- A propos de l'ancre en bois. Le bois en mécanique.
- La Nature a publié il y a quelques mois la photographie d’une ancre de marine en bois alourdie par des pierres encagées. L’auteur indiquait que l’on pourrait ainsi remplacer le fer manquant.
- Ce ne serait qu’un retour aux siècles précédents qui savaient employer le matériau bois à des usages mécaniques. Aujourd’hui, presque tout le monde confond mécanique- avec métâl-lurgie ;
- Or-les bois,, le chêne, le frêne par exemple offrent de précieuses qualités de résistance et d’élasticité,, surtout si on les fend, ce qui- évite fd3en' trancher lés fibres. : ‘ r .
- Voici par'exemple les résultats d’ime-expérience déjà ancienne sur la;résistance.'d’e deux lattes :dé châtaignier .de: 0 m 60_.de"longueur, reposant sur .deux appuis à leurs extrémités. .
- . L’une était rectangulaire, venue. de -sciage, avec une section de 33 x 12 mm, pesant .'235 g par mètre courant!'
- ! L’aùtre,' venue de’ fente, était à peu près triangulaire avec des côtés de 35 à 42 mm et pesait 524 g par mètre soit 2,2 fois plus que la première.
- Or-, la charge avant rupture fut de 48 kg pour la première et 215 kg pour la seconde, soit 4,5 fois plus.
- A surface de section égale, la résistance de la latte de fente "fut, double'de celle de là Jatte de sciage.
- • .On, peut remplacer par du bois de fente-un grand nombre de pièces, métalliques, surtout celles qui traivaillent à la compression.
- Pour les lier aux autres organes, il faut éviter de les « affamer »; de les percer par exemple, mais les encastrer - dans des têtes en tôle ou bien les assembler par des étriers ou « coutriè-, res « ..comme on le fait sur l’age des charrues.
- . On gagne à . les « moiser. » ou doubler et fretter l’ensemble par du simple feuillard.
- En se reportant aux vieux ouvrages techniques on trouvera .des .machines en bois dont on s’inspirera dans chaque cas par-.ticiilier.
- - Pour du bois de fente de dimensions modestes, on peut s’adresser aux fournisseurs de « merrain » pour tonnelier.
- Il ne s’agit pas pour le moment d’éliminer complètement le métal, mais de « composer » des machines où le bois travaille à la compression et le fer à l’extension, en général sous forme de tôles ou de fils d’acier et non de fonte massive.
- Pierre Larue.
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- La régularisation hydraulique de la France
- Pour améliorer rapidement le rendement des distributions d’énergie électrique, le problème consiste non seulement à équiper de nouvelles chutes d’eau mais, avant tout, à augmenter le coefficient d’exploitation, donc le rendement des équipements existants en développant la régularisation des débits.
- Réservoirs naturels et artificiels.
- On arrivera à ce résultat dans le plus bref délai en créant de nouveaux réservoirs et en déblayant de leurs apports solides les anciennes retenues qu’elles soient naturelles ou artificielles (voir fig. 4 et 6).
- Fig. 1. Balbonne (1.850 m). — 2. Quérigut (1.876 m). — 3. Laurenty (1.937 m) et Roc Blanc (2.543 m). —4. Laurenty, apports solides vers l’amont (1.937 m). 5. Payvalador (1.440 m) cuvette pleine. — 6. Puyvalador (1.410 m). cuvette vide (apports solides Vers
- l’amont).
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- Fig. 7. — L’Aude (Bassin supérieur). Débits mensuels d’une année moyenne.
- Retenue A = 10. 000 000 de ml Retenue B = 20 000 000 de ni3. Bassin versant de 130 km2 à la cote 1 400. Débit module : 23 1 par km2.
- Cette régularisation aura un double effet : industriel et agricole; son rendement sera donc excellent. Ceci fait penser que la réunion de tous les usages de l’eau dans une même main serait grandement désirable.
- Prenons un exemple concret pour fixer les idées :
- La Yallée de l’Aude présente un profd extrêmement favorable par suite de la présence, dans sa partie supérieure, d’un immense plateau (le Capcir) où l’on peut créer des retenues sans dràis --exagéré»ï ün: 'premier travail y a été réalisé il y ai une quinzaine d’années : le barrage de Puyvalador, de 3o m de hauteur, qui retient à la cote i 4oo environ, io millions de mètres cubes sur un débit annuel variant de 90 à 100 millions de mètres cubes d’eau (fig. 5).
- On peut donc améliorer la situation, d’autant plus que d’autres emplacements favorables se présentent sur l’Aude et ses affluents entre les cotes 1 4oo et 1 Coo.
- Déblaiement des anciennes retenues.
- Mais avant de construire de nouveaux barrages, on peut augmenter la capacité cle la cuvette de Puyvalador, en débarrassant le lac de ses apports solides, glaciaires et autres. Un examen rapide des plages, visibles actuellement quand le niveau de la réserve baisse sensiblement (voir fig. 6) fait penser qu’une augmentation de 5o pour 100 de la capacité serait réalisée l’apide-ment et économiquement. Cette solution, qui s’appliquera à de nombreux lacs naturels et artificiels, a été adoptée en grand par les Américains et, plus récemment, par les Suisses. On a uti-
- lisé avec succès pour ces terrassements les pelles mécaniques, les excavateurs à godets, les dragues suceuses et enfin les systèmes hydrauliques qui semblent avoir donné les résultats les plus économiques. On utilise dans ce cas l’eau sous une pression de 9 à 10 kg dans des tuyères de 9 à 12 cm de diamètre. Pour un débit moyen de 200 1 d’eau par seconde, leur rendement horaire atteint a3o m3 d’alluvions, sables ou graviers déplacés. Si l’on ne dispose pas d’une pression naturelle suffisante, on peut l’obtenir au moyen de pompes en ayant même recours au canon hydraulique où les sui’pressions projetant l’eau par à-coups donneraient probablement des effets plus positifs, ce résultat pouvant être obtenu au moyen d’une tuyère Pelton dont le pointeau serait animé d’un mouvement rapide de va-et-vient.
- Amélioration des rendements.
- Pour en revenir au bassin de l’Aude, le diagramme de la figure 7 montre qu’une retenue de 10 millions de mètres cubes d’eau, vers la cote 1 4oo, régularise le débit à 2 m3 par seconde pendant l’étiage tandis qu’une capacité triple, facilement réalisable, porterait ce chiffre à 3 m3 par seconde. Or l’Aude qui pour le moment est utilisée sur une dénivellation de 700 m environ (dans 4 usines) le sera un jour sous x xoo m au moins, ce qui justifie davantage encore les projets de régularisation qui, de plus, seront grandement favorables à l’irrigation d’une plaine très fertile qui jouit d’un climat exceptionnel et dont on doublera ainsi le rendement agricole.
- Problème financier.
- L’examen du diagramme des débits mensuels montre qu’avant la réalisation du premier réservoir, le débit d’étiage tombait aux environs de 1 m3 par seconde (moyenne du mois de septembre). La i-etenue de 10 millions de mètres cubes établie à Puyvalador a doublé le débit utile en- In portant à 2 m3 par seconde. L’amélioration de cette première retenue par déblaiement et l’établissement de nouveaux réservoirs permettraient de disposer
- Fig. 8 et 9. — Barrage du Ronze (en enrochements).
- A gauche ; vue aval ; à droite : vue amont (exécution du masque étanche en gunite armée).
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- d’une capacité totale de 3o millions de mètres cubes portant le débit régularisé à 3 m3 par seconde. Ces travaux auraient coûté en iq38 une quarantaine de millions. Le supplément de x m3 par seconde passant dans les groupes hydro-électriques existants (les anciennes centrales ayant en général des équipements très supérieurs à la puissance moyenne) aurait fourni sous 700 m (ensemble des chutes actuellement utilisées) un supplément annuel de plus de 4o millions de kW-heure.
- Si l’on suppose un amortissement rapide des travaux de retenue (en 20 ans par exemple) la charge annuelle aurait été de 2 millions de francs et le kW-heure produit serait revenu à o fr. o5. En portant même ce chiffre à o fr. 07 pour tenir compte des frais d’exploitation, c’eût été une belle opération. Mais quand l’équipement de la vallée sera total, c’est-à-dire que la différence de niveau utilisée passera de 700 à 1 000 m, c’est plus de 60 millions de kW-heure que feront gagner chaque année les nouveaux réservoirs.
- Dans les Pyrénées, où les lacs naturels abondent (il y en a plus de Goo, dont la majorité se situe aux environs de la cote 2 000) on trouve également de nombreux lacs comblés, généralement plus importants que les premiers et dont le recreusement serait souvent facile. On peut citer entre autres le « pla » de la Prade Saint-Jean, situé au pied du cirque de Gavarnie, la plaine du Tech dans le bassin d’Arrens, le Soussouéou dans le bassin d’Ossau, le Badet du bassin d’Aure, le « pla » de Payolle du bassin de l’Adour, le « pla » des Abeyllans du bassin de la Têt, le Linas sur la Bruyante, les Grandes Pâtures dans le bassin de l’Aude, etc.... Mais, en général, sauf dans quelques cas exceptionnels comme celui de Gavarnie, la partie aval de ces « plas ') est très évasée et le sol, formé d’apports sur des épaisseurs considérables, n’est pas favorable à l'édification d’un barrage. C’est que le problème n’est pas pris dans son vrai sens. Rétablir un lac comblé ne consiste pas à le surélever, mais bien à l’approfondir. L’horizontalité des apports solides prouve que le verrou
- Fig. 10. Les grandes pâtures (ancien lac glaciaire). 11.
- — Vallée de la Têt. Prise d’eau ensablée (crue d’octobre 1940).
- Danger des crues.
- Nos fleuves côtiers de la Méditerranée ressemblent à des oueds de l’Afrique du Nord en ce sens qu’ils n’ont pas d’eau aux époques d’étiage, tandis qu’ils submergent de grands territoires et dévastent de riches cultures au moment des crues.
- C’est un des grands problèmes qui se posent au département de l’Aude où une étude récente envisage non seulement le reboisement des régions défavorisées et aux effets catastrophiques comme les Corbièi’es, mais encore l’établissement de réservoirs de régularisation sur les principaux cours d’eau : l’Or-bieu au Nord, le Yerdouble au Sud et la Salz à l’Ouest. Les retenues seront favorables aux irrigations mais une tranche libre supérieure permettra d’absorber une partie du front raide des crues. A ces projets viendront du reste s’adjoindre quelques barrages de moindre importance à pertuis ouverts (briseurs de ci'ues) qui compléteront le système de défense.
- Au cours des 20 dernières années, l’Algérie a dépensé 2 milliards pour ses barrages et canaux d’irrigation et c’est un capital bien placé — l’exemple peut nous être profitable.
- Lacs glaciaires.
- Indépendamment des projets de retenues artificielles, il existe des possibilités de création de grands réservoirs, dans le rétablissement de lacs comblés par les apports glaciaires et qui ont actuellement l’aspect de plaines souvent très étendues et à peu près* horizontales.
- naturel existe, il suffit de l’aller chercher. Une tranchée longitudinale ouverte dans la plaine et aboutissant à ce seuil, servira de passage aux déblais qui seront attaqués à la lance ou au « canon hydraulique » et entraînés par le cours d’eau. Quand il faudra remonter les déblais sur les rives du lac, on se servira de pompes spéciales refoulant sables, graviers et même gros cailloux dans des conduites en acier spécial, très dur. Quand le niveau de la plaine sera descendu à la hauteur du seuil solide, deux solutions se présenteront : soit continuer le déblaiement en profondeur, soit établir un barrage artificiel, le choix devant résulter de l’étude économique du problème.
- Comblement des téservoirs.
- Plusieurs causes peuvent entraîner cependant le nouveau comblement des réservoirs : éboulis et apports solides. Mais dans de nombreux cas, surtout en haute altitude, ces apports seront d’assez faible importance. En France, la moyenne des apports solides en rivière varie de 9 à 2 pour 1 000 en volume, tandis qu’en Afrique du Nord on a constaté jusqu’à 200 pour 1 000 pour l’Oued Medjerda (Tunisie), ce qui n’a pas retardé cependant le programme des grands barrages.
- On pourra prévoir la construction de petits barrages constitués au moyen de gabions, à l’amont des retenues principales, barrages économiques derrière lesquels le plus gros des apports solides se déposera à l’époque des crues. On procédera ensuite au nettoyage de ces retenues accessoires au bout d’un certain nombre d’années suivant la rapidité des colmatages.
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- Les étangs gaulois du plateau de Mille vaches.
- Les Gaulois étaient fort avancés dans l’industrie des eaux : irrigations, drainage, construction de digues. Comme ils étaient grands mangeurs de poissons, leur attention fut attirée par les vastes régions marécageuses où ils créèrent de toutes pièces de grands étangs. A ce point de vue, le plateau de Millevaches (Massif Central) occupe une situation privilégiée. L’examen du tracé hydrographique nous montre que toutes les rivières qui prennent leur source dans cette région, affluents de la Dordogne, d’une part, de la Loire, d’autre part, étaient régularisées non seulement par une vaste forêt, mais aussi par une grande quantité d’étangs importants dont il reste encore de nombreux vestiges. Le fait de détruire les digues, à des époques plus rapprochées de nous, fit croire que l’agriculture allait bénéficier de nouveaux espaces productifs; il n’en est rien en réalité car les terrains ainsi libérés sont restés marécageux et à peu près stériles. Les propriétaires les plus avisés ont du reste conservé leurs étangs pour y faire l’élevage des carpes qui leur donne un revenu très appréciable. La destruction des digues a fait disparaître de nombreuses réserves d’eau dont les traces subsistent sous la forme de cuvettes de faible étendue. Pour le département de la Corrèze, leur superficie totale atteint cependant encore un millier d’hectares. Il reste par ailleurs quelques étangs couvrant chacun plusieurs dizaines d’hectares, entre autres ceux de Chancelade, de Mondayraud, de Tix, pour le bassin de la Sioule; celui de Ramade et ceux du Doustre pour le bassin de la Dordogne. L’étang de Ramade est le plus important de tous; son niveau actuel est à la cote 735. Si l’on en juge par la présence de petits étangs parsemés autour du grand réservoir, vers Flayat, Saint-Agnant, Barges, la Chaise, Fer-noël, on peut estimer que la retenue gauloise dépassait la cote 75o. Il n’y aurait plus intérêt actuellement à pousser jusque-là
- car la capacité de la retenue dépasserait le débit annuel d’alimentation. Une nouvelle élévation de niveau de 5 m (cote 740) réaliserait une retenue de i5 millions de mètres cubes environ, tandis qu’une surélévation de 10 m (cote 745) porterait la capacité à près de 4o millions de mètres cubes. Une des particularités du plateau corrézien est sa position élevée au-dessus du lit profond que la Dordogne s’est creusé, ce qui rend les étangs particulièrement intéressants pour la régularisation des forces hydrauliques. Les gorges de la Dordogne, étant généralement resserrées, les retenues y sont coûteuses et de peu d’importance. Les réserves d’eau seront donc constituées sur les plateaux, bien plus économiquement et le plus souvent au moyen de simples digues en terre ou en enrochements, tandis que les grands barrages élevés dans les gorges serviront à créer des chutes de hauteurs constantes que l’on fera baisser faiblement, uniquement suivant les variations de la demande journalière. Car en utilisant davantage ces faibles réserves, on « tue » la chute, ce qui n’est pas le but poursuivi.
- Ce qui est vrai pour les Pyrénées et le Massif Central l’est aussi pour les Alpes où le problème de la régularisation a du reste été envisagé depuis plus longtemps.
- En résumé, l’heure est grave et il faut agir sans retard. Les équipements actuels de nos forces hydro-électriques, s’ils étaient alimentés régulièrement 36o jours par an, fourniraient largement l’énergie qui nous est indispensable tout en faisant réaliser de sérieuses économies de charbon.
- Avant d’augmenter les équipements, développons donc la régularisation des débits et avec le minimum de dépenses, nous ferons face à nos besoins industriels tout en améliorant très sensiblement le rendement de notre agriculture et en luttant a-vec succès contre les effets dévastateurs des crues.
- Le problème de l’eau est un de ceux qui domine notre relèvement. p. ]3asiaux.defeange>
- Les avaleurs de sabre
- La profession d’avaleur de sabre est — à l’instar de bien d’autres — passablement ancienne. Si l’on en croit certains, les anciens Pharaons ont assisté à des performances d’avaleurs de sabre et Agrippa en aurait vu à Rome. L’histoire de cette profession remonte donc assez loin et il est assez vraisemblable de penser que jadis comme aujourd’hui, ils ont toujours été accusés de tricher. Bien des personnes sont persuadées que le sabre est truqué et que la lame glisse dans la poignée. Il est possible que certains incompétents — comme il s’en glisse dans tous les métiers — en soient réduits à utiliser des sabres à manche creux et des épées qui se replient.
- La vérité est beaucoup plus simple. Dans la position normale, l’œsophage fait avec la bouche un angle droit, mais si l’on met la tête en extension, on supprime l’angle et on se trouve en présence d’un tube œsophago-buccal droit d’un diamètre parfaitement suffisant pour admettre un sabre ou tout autre instrument long et pas trop large. Cela est si vrai que dans un certain nombre de maladies de l’œsophage, le spécialiste vous fait pénétrer un tube de métal grâce auquel il retire l’os de poulet que vous avez avalé ou examine une tumeur qui empêche les aliments de descendre.
- Il serait peut-être excessif de dire que l’introduction de ce tube dans l’œsophage est fort agréable. Souvent on doit anesthésier la gorge, mais certains n’ont recours à l’anesthésie que chez les malades particulièrement rebelles. L’apprentissage serait de 3 à 4 mois.
- Chaque fois qu’il s’agit d’introduire quelque chose dans la trachée ou dans l’œsophage, le moment délicat est le passage du
- pharynx. Le chatouillement du fond de la gorge produit chez la plupart des personnes une sensation désagréable qui donne des nausées. C’est pourquoi le spécialiste est souvent obligé de cocaï-ner le pharynx avant d’introduire son œsophagoscope. Mais encore ne faut-il pas exagérer et je connais des personnes dont on peut chatouiller la gorge sans leur causer la moindre gêne.
- L’avaleur de sabre sera, de préférence, un sujet à la gorge peu fragile, ou bien l’entraînement l’aura endurci.
- La longueur du sabre que l’on peut avaler dépend évidemment de la taille du sujet, mais il y a un moyen déloyal d’augmenter sa capacité, c’est de prendre un sérieux repas avant d’introduire le sabre. Un tel procédé n’est pas considéré comme légitime par les professionnels. Le record s’établit autour de G5 cm.
- On ressent prétend-on une sensation toute spéciale quand la pointe du sabre touche le fond de l’estomac. Il convient évidemment d’être assez prudent et d’éviter une perforation.
- Dans les temps modernes, on a vu une nouvelle variante de cet ancien système et certains avalent des tubes au néon. Dans l’obscurité, il se dégage une luminosité assez impressionnante du corps du sujet. Mais cette performance n’est pas sans difficultés ei sans danger.
- Tout d’abord, un tube au néon nécessitant une connection à chaque extrémité, il faut utiliser des tubes en U et ils sont évidemment plus larges qu’une mince épée. Ensuite le tube ne doit pas être trop chaud, sinon il glisse mal. Enfin le tube est fragile, il se casse parfois au cours de l’opération, et l’individu est électrocuté.
- Dr Gabriel Mouchot. „
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- LA SÉCHERESSE DES ANNÉES 1941 A 1945
- L’année 1945 a été caractérisée à Paris par une température remarquablement élevée (n°8, alors que la normale est de io°4 : c’est l’année la plus chaude depuis 75 ans, le record précédent étant de n°7 en 1934) et une sécheresse presque aussi exceptionnelle. Elle avait débuté par un mois de janvier anormalement froid, dont la température moyenne avait été inférieure à la normale de près de 5° {un seul mois de janvier, celui de 1940, a été jusqu’alors plus froid) : puis brusquement une période chaude commença le ior février, et tous les mois de 1945, de février à décembre inclus, ont présenté des températures moyennes supérieures à la normale : certains de ces mois même, notamment ceux dé février à juin, se sont classés au second ou au troisième rang des mois les plus chauds de leur série. Il est à signaler à ce sujet que ces températures très élevées de la fin de l’hiver et du printemps, à peu près générales en France, avaient occasionné une avance de la végétation qui, à la fin d’avril, était de l’ordre d’environ trois semaines sur une année normale : aussi les gelées et les chutes de neige des premiers jours de mai — phénomène très rare à cette époque de l’année — ont-elles produit sur un grand nombre de cultures (vignes, arbres fruitiers) et même d’arbres forestiers des dégâts considérables dans de nombreuses
- 'régions. ~_r::......... ..............'
- Mais, de toutes les anomalies météorologiques de 1945, la sécheresse est celle qui a le plus frappé le public en raison. des répercussions qu’elle a eues sur la vie économique du pays. A Paris, il a été recueilli 4?5 mm d’eau (1), alors que la normale est de 600 mm et qu’en 1930, année la plus pluvieuse de la série, on avait enregistré 83o mm. On verra sur le tableau ci-joint qu’au cours des cent dernières années, sept seulement ont eu une pluviosité plus faible (i855, i864, 1884, 1899,
- 1900, 1901 et 1921, cette dernière détenant le record de la sécheresse avec 279 mm).
- A Roanne, le total pluviomélrique de ig45 (488 mm) est le plus faible de la série séculaire, à deux exceptions près qui en diffèrent d’ailleurs très peu, comme l’indique notre tableau : 1870 avec 472 mm et 1921 avec 475.
- La troisième station du tableau, Marseille, n’a reçu que 3Gi mm d’eau : six années seulement (i854, 1877, 1894, 1904, 1908 et
- 1921) sur les cent considérées ont eu une pluviosité inférieure, le minimum appartenant à 1921 avec 282 mm.
- Cette raréfaction des précipitations s’est étendue à toute la France, mais dans l’Ouest, où la sécheresse sévit depuis cinq années, les années 1943 et 1944 avaient encore eu une pluviosité plus faible. C’est ainsi qu’à
- 1. Les mois particulièrement secs ont été ceux de mars, avril, juin, juillet, octobre, novembre ; en chacun d’eux, la hauteur de pluie recueillie a été inférieure à la moitié de la normale. Trois mois seulement ont présenté des totaux pluviométriques dépassant la normale : janvier, août et septembre.
- Nantes, où la normale pluviométrique est de 789 mm, il n’a été recueilli que 616 mm en 1945, 535 en 1944 et 5go 1943.
- On voit que si la sécheresse de 1945 a constitué un événement véritablement rare, il n’est cependant pas exact de dire, comme on l’a fait parfois, qu’il faut remonter à plus d’un siècle en arrière pour trouver une situation analogue. D’ailleurs l’impression qu’elle a provoquée, en particulier sur les citadins, a été d’autant plus forte que ce phénomène a pu être considéré à juste titre comme se trouvant à la base des restrictions
- RÉGION du MASSIF CENTRAL
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- Fig. 1. — La sécheresse de 1941 à 1945 dans les Alpes, le Massif Central et les Pyrénées (Écarts en mm des précipitations mensuelles aux valeurs normales).
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- de consommation électrique. En temps normal, en effet, les ressources en ..énergie sont de deux sortes, thermiques lorsqu’elles font appel au chai'bon, hydrauliques lorsqu’elles utilisent les chutes d’eau. Or la pénurie de charbon nous ayant mis sous une étroite dépendance du débit des réservoirs, qui est fonction des précipitations atmosphériques, le déficit de ces dernières a beaucoup plus affecté le pays qu’avant-guerre, où l’insuffisance des centrales hydrauliques aurait pu être facilement compensée par une plus grande consommation de charbon dans les centrales thermiques.
- Ce sont d’ailleurs les hauteurs d’eau enregistrées dans les stations d’altitude assez élevées qui sont les plus intéressantes à considérer du point de vue énergie électrique, puisqu’elles
- ble constituer une réfutation décisive à l’hypothèse suivant laquelle les diverses périodes sèches qui se sont succédé depuis septembre 1941 seraient une conséquence de la guerre sous-marine. Les quantités importantes de pétrole transportées dans les nombreux navires coulés par les belligérants auraient, prétend-on, recouvert la totalité de la surface des océans d’une mince pellicule empêchant l’évaporation : un calcul approché permet de se rendre compte qu’un tel résultat est théoriquement possible, puisqu’il serait atteint avec une quantité de pétrole coulée de l’ordre de 000 000 t. Mais comment expliquer que cette cause ait complètement cessé d’agir de juillet 1944 à janvier 1940 pour intervenir à nouveau d’une manière durable et encore plus marquée à partir de février 1945 ?
- Un siècle d'observations pluviométriques à Paris, Roanne et Marseille (i846-rg45).
- Année Paris Roanne Marseille Année Paris Roanne Marseille Année Paris Roanne Marseille Année Paris Roanne Marseille
- 1816 649 863 640 1871 601 548 532 1896 654 631 636 1921 279 475 282
- 1817 495 567 484 1872 762 892 1 095 1897 620 620 535 1922 757 748 4t9
- 1818 661 853 763 1873 667 671 486 1898 553 612 761 1923 714 726 608
- 1849 686 704 451 1874 482 598 606 1899 418 586 512 1924 681 654 685
- 1850 646 630 432 1875 595 775 438 1900 444 793 500 1925 716 618 456
- 1851 539 639 601 1876 557 773 454 1901 465 759 730 1926 688 716 674
- 1852 685 976 493 1877 671 782 312 1902 540 662 455 1927 772 969 565
- 1858 522 755 955 1878 752 733 469 1903 536 665 467 1928 738 773 454
- 1854 742 687 355 1879 642 858 727 190 4 518 592 353 1929 494 721 374
- 1855 465 729 582 1880 488 789 506 1905 638 607 654 1930 831 837 682
- 1856 652 876 623 1881 564 635 395 1906 595 503 693 1931 801 1 011 565
- 1857 557 658 827 1882 660 885 476 1907 546 824 883 1932 551 971 1 018
- 1858 536 601 579 1883 570 693 433 1908 568 624 344 1933 553 765 689
- 1859 627 567 501 1884 442 557 477 1909 666 532 620 1934 596 740 534
- 1860 753 824 561 1885 590 716 624 1910 751 826 754 1935 630 918 769
- 1861 528 540 365 1886 681 713 821 1911 481 582 437 1936 748 726 661
- 1862 593 770 932 1887 493 597 650 1912 609 663 626 1937 714 645 613
- 1863 489 604 779 1888 542 705 652 1913 645 967 662 1938 551 575 793
- 1864 423 598 795 1889 532 593 451 1914 626 832 740 1939 808 675 616
- 1865 623 584 524 1890 510 604 624 1915 655 702 651 1940 604 806 634
- 1866 742 867 541 1891 588 723 459 1916 705 831 531 1941 733 725 879
- 1867 652 830 373 1892 587 592 814 1917 573 729 654 1942 812 720 581
- 1868 591 822 743 1893 524 783 487 1918 578 648 573 1943 548 760 664
- 1869 550 538 396 1894 493 550 351 1919 648 587 451 1944 693 828 437
- 1870 482 472 495 1895 508 646 412 1920 547 593 864 1945 475 488 361
- Les nombres ci-dessus représentent les totaux annuels des précipitations, exprimés en millimètres.
- jouent le rôle principal dans le remplissage des réservoirs. Au moyen de la documentation pluviomélrique recueillie par celles de ces stations qui sont situées dans les Alpes, le Massif Central et les Pyrénées, nous avons déterminé, pour tous les mois des années 1941 à 1945, la hauteur moyenne de pluie relative à l’ensemble des stations de chacun de ces trois massifs, ainsi que l’écart à la normale de la valeur ainsi trouvée. Ce sont ces écarts qui ont été reportés sur le graphique ci-joint où les zones hachurées indiquent la durée et l’importance clés déficits pluviométriques. Ces derniers ont été particulièrement marqués :
- «) de septembre 1941 à juillet 1943 ;
- b) de novembre 1940 à juin 1944 ;
- c) depuis février 194b (la sécheresse se prolonge encore au début de 194G) (1).
- Le même graphique montre que des pluies très abondantes, qui ont d’ailleurs présenté un caractère général dans toute la France, ont marqué la période s’étendant de juillet 1944 à janvier 1945 inclus (à Paris le total des pluies des deux seuls mois d’octobre et novembre 1944 a atteint a5o mm, soit presque le total de l’année 1921 entière). Celte observation sem-
- 1. C’est ainsi qu’à Paris on a recueilli 17 mm d’eau en janvier 1946, alors que la hauteur normale de pluie en ce mois est de 44 mm.
- <
- Il ne serait pas juste de terminer celte note sans insister sur le fait que, si la sécheresse a eu, du point de vue industriel, les plus fâcheuses conséquences, elle a été également cause, dans une large mesure, de l’insuffisance de notre production agricole de ig45, car c’est à la raréfaction des précipitations du printemps et de l’été qu’il faut attribuer en grande partie les rendements très déficitaires des récoltes de pommes de terre, betteraves, oléagineux, haricots, lentilles, prairies, etc... Ces conditions météorologiques défavorables, auxquelles se sont ajoutées d’une part la pluviosité beaucoup trop abondante des mois d’octobre 1944 à janvier 1945 et d’autre part les gelées désastreuses de la fin d’avril et du début de mai ig45, doivent faire classer l’année 1944-1945 comme une mauvaise année au point de vue agricole, exception faite cependant pour les productions qui ont, avant tout, besoin de chaleur et de soleil. 1945 a été en effet, non seulement chaud, mais exceptionnellement ensoleillé (2 370 h de soleil à Nantes, nombre qui n’avait encore jamais été atteint depuis le début des observations en 1881 : x 910 h. de soleil à Paris où la normale est de 1 735 h.),'et dès lors on peut s’attendre à ce qu’à défaut de la quantité, certains vins portant ce millésime soient d’une qualité supérieure.
- J. Sanson,
- : Sous-Directeur
- à l’Office National Météorologique.
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- Un frigidaire solaire
- La captation de l’énergie solaire qui a fait l’objet de très nombreux travaux n’a pu encore donner lieu à d’importantes applications pratiques. Il reste à trouver un moyen commode de transformation et de volant énergétique. La presse soviétique annonce aujourd’hui une réalisation nouvelle et au but quelque peu inattendu : celle d’un frigidaire solaire.
- Capter de la chaleur pour produire du froid n’était pas encore venu à l’idée bien que ces termes de chaud et de froid étant des désignations toutes relatives d’une même échelle il n’y a rien là qui puisse choquer.
- Le principe de cette réalisation consiste à capter l’énergie calorifique du rayonnement solaire pour le transformer en froid et l’installation fut faite dans une usine de la banlieue de Moscou.
- L’organe destiné à la captation du rayonnement est un gigantesque miroir en forme de demi-sphère concave de six mètres de diamètre. La confection d’un tel monstre présentait d’emblée certaines difficultés. Pour situer celles-ci spécifions que lors de la construction, pour un observatoire américain, d’un miroir géant de 5 mètres, il fallut un an pour assurer le refroidissement du verre et 3 ans pour réaliser ensuite le polissage. Les ingénieurs Russes voulant aller vite, ils imaginèrent de monter tout d’abord la demi-sphère en béton armé puis de coller à l’intérieur de minces lames de verre préalablement argentées sur la face sous-jacente.
- Restait le polissage mais en raison du but poursuivi il pouvait
- être beaucoup plus sommaire que dans le cas du miroir de télescope et il fut exécuté rapidement par les pratiques usuelles.
- Un tel miroir est capable d’accumuler une énergie calorifique considérable de 15 000 calories par heure .au foyer. Pour utiliser cette énergie une petite chaudière à vapeur fut installée devant le miroir, la chaleur y étant directement dirigée sous forme rayonnante. La vapeur formée par l’ébullition de l’eau est envoyée ensuite dans une installation annexe comportant une intalla-tion frigorifique à vapeur d’ammoniaque, laquelle produit le froid par évaporation à basse pression.
- On escompte qu’une telle installation peut donner environ 500 kg de glace par jour.
- Bien entendu le miroir et la chaudière sont montés sur un héliostat qui les tient continuellement axés sur le rayonnement solaire. De tels appareils sont bien connus et bien au point. Ici, pour suivre le soleil dans sa marche, l’appareillage comporte un moteur synchrone et un mécanisme à poids qui opèrent pendant 24 heures suivant le cycle solaire, les légères déviations dues aux saisons étant simplement corrigées à la main.
- Les ingénieurs Russes pensent que de tels frigidaires solaires ont un grand avenir pour l’équipement des pays chauds. Pour leur domaine ils estiment que dans les steppes et déserts de l’Asie centrale ils permettront la conservation des aliments dans d’excellentes conditions.
- M. Déribéré.
- Les Livres nouveaux
- Atlas des parasites des cultures, par Raymond Routiers. 1 vol. in-8, 127 p., 50 fig., 12 pi. en couleurs. Boubée, Paris, 1945.
- Dans ce premier volume, l’auteur rappelle l’énormité des dégâts causés par les parasites des plantes et énumère les moyens de défense actuels (produits et appareils), puis il commence Rémunération des ravageurs par les insectes : Orthoptères, Hémiptères, Névroptères, Lépidoptères. Il décrit et figure chaque espèce, montre ses dégâts et indique les moyens de lutte efficaces.
- Flore pratique, par Roger Blais. 1 vol. in-16, 21)6 p., 49.6 fig. Presses universitaires de France, Paris, 1945.
- Excellent ouvrage fait de main d’ouvrier. L’auteur donne d’abord des indications géographiques sur la distribution et les associations des plantes puis sur leur classification en familles, genres, espèces avant d’aborder la détermination pratique des plantes de la France continentale. Des tableaux guident la reconnaissance des groupes, puis chaque espèce est décrite et figurée avec précision, quand elle présente un intérêt particulier par son abondance, ses utilisations, sa beauté ou sa valeur pour la géographie botanique ; les raretés sont signalées jusqu’au genre seulement, de façon à ne pas trop multiplier pour les novices le nombre des types parmi lesquels ils se perdent trop souvent. Avec les notions biologiques de la première partie, ce livre donne le goût de l’herborisation et en fait un excellent exercice biologique.
- Énergie atomique et univers, par Jean TlII-baud. 1 vol. 336 p., 81 fig. et 16 planches hors texte. Audin, Lyon, 1945.
- L'ouvrage expose dans son ensemble la question de l’énergie atomique envisagée dans son aspect le plus universel. Il est de toiite première actualité au moment où le monde va entrer dans l’ère de la captation de l’énergie subatomique ; il fait le point de nos connaissances actuelles. De plus la philosophie scientifique a beaucoup à recevoir de l’extension des connaissances de physique nucléaire sur les problèmes du réel et de la nature des choses notamment. Des pages captivantes sont consacrées par l’auteur à ces questions qui inquiètent bien des esprits devant la puissante extension scientifique actuelle. *
- La culture des tissus, par R. GaUTHE-ret. 1 vol. in-16, 203 p., 43 fig., 32 pi. Collection a L’avenir de la science ». Gallimard, Paris, 1945.
- Pendant longtemps, la culture des tissus animaux fut seule possible ; tous les essais sur des végétaux aboutissaient à des échecs. L’auteur a surmonté les difficultés et il donne ici ses techniques, ses résultats et ses vues d’avenir, ün nouveau et vaste chapitre de biologie a été ouvert.
- Il est un jardin..., par Jacqueline Dupuy. 1 vol. in-16, 206 p. Éditions Variétés, Montréal.
- Nos amis canadiens ont fait un bel effort pour suppléer aux difficultés de l’édition française et répandre notre langue qui est la leur tandis que nous étions écrasés.
- Voici par exemple une collection qui débute par un livre de François Mauriac : Sainte-Marguerite de Cortone, un autre pour la jeunesse : Moineau, la petite libraire, par Trilby, dont l’action se passe à Paris, et 11 est un jardin..., le jardin de l’enfance, si poétique et vivant dans le souvenir, qu’il classe l’auteur parmi les grands écrivains du Canada.
- La chimie des plantes, par Henri COLIN.
- I vol. in-16, 313 p., 31 fig. Bibliothèque
- de philosophie scientifique. Flammarion,
- Paris, 1945.. "
- Le regretté professeur de l’Institut Catholique à qui l’on doit tant de beaux travaux de chimie et de physiologie végétales venait d’écrire ce livre où il fait le point des grandes questions que pose la rie des plantes. Comment s’élabore la matière organique ? Comment se fait l’assimilation du carbone ? Comment l’azote minéral s’incorpore-t-il aux molécules organiques ? Comment se fait la synthèse de très nombreux produits : protides, amines, alcaloïdes, glucosides ? Pour chaque élément, la nature présente un cycle d’utilisation complexe et équilibré, et cela est vrai non seulement du carbone, de l’oxygène, de l’azote, du soufre, du phosphore, mais encore du potassium, du sodium, du magnésium, du calcium, du fer et de maints autres corps moins abondants. La cellule vivante se ré\rèle un laboratoire étonnant où les catalyseurs de toutes sortes jouent un rôle énorme et règlent toutes les fermentations. Chaque question est clairement traitée, bien à jour et souvent éclairée de vues originales.
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- COURS ET CONFÉRENCES A
- MARDI 19 MARS. Institut technique du Bâtiment (Salle du Musée de l’Homme, Palais de Chaillot). 51. 5Iook-Aray : « La reconstruction des ponts de Lyon ».
- MERCREDI 20 MARS. Maison de la Chimie : 18 li. M, Biimrd : et Le pompage des compresseurs ». — Institut français du Caoutchouc. : 18 h. 30. M. Schmitt : « Problèmes posés par la fabrication de l’ébonite ».
- JEUDI 21 MARS. Maison de la Chimie :
- 18 h. M. F. Martin : « La microanalyse quantitative : applications pratiques ». — Observatoire de la Société astronomique de .France (28, rue Serpente). 20 li. 30 : Cours d’astronomie populaire : « Comètes, bolides et étoiles filantes ».
- VENDREDI 22 MARS. Maison de la Chimie : 18 h. M. Peyches : « La lutte contre le gaspillage des calories dans les fours de verrerie ».
- SAMEDI 23 MARS. Palais de la Découverte : 15 h. M. Joseph Lefèvre : « Les hormones végétales ».
- LUNDI 25 MARS. Maison de la Chimie :
- 18 h. M. Marcel Rouciiet : « Les transmissions hydrauliques ». — Observatoire de la Société astronomique de France : 20 h. 30. Conférence sur l’astronomie : M. G. Bidault de l'Isle : « Les nuages et leur évolution ».
- MARDI 26 MARS. Société astronomique de France : 20 h. 30. M. Paul Couderc : ii De l’étoile à la bombe atomique ». Projections de photographies astronomiques et de nombreux films (pailicipation aux frais : 25 fr). — Institut technique du Bâtiment : 17 h. 30.
- MM. Tenot et Lhermitte : « Machines à essais ma'érlans ».
- MERCREDI 27 MARS : Maison de la Chimie : 18 h. M. Vii.ley : « La propulsion par
- réaction ». — Institut français du Caout-
- chouc : 18 h. 30. M. Willemart : « Les aspects modernes de la chimie de l’hydrocarbure caoutchouc ».
- JEUDI 28 MARS. Maison de la Chimie :
- 18 li. M. Jean Duval : « Les nouveaux produits élastiques américains « silicones » et « Saran ». M. J. Le Bras : « Les laboratoires de recherches aux Etats-Unis et leurs derniers résultats ».
- VENDREDI 29 MARS. Maison de la Chimie : 18 h. M. P. Dubois : « Emploi rationnel des matières plastiques ».
- SAMEDI 30 MARS. Palais de la Découverte : 15 h. M. Mixeur : « L’espace interstellaire » (projections).
- LUNDI 1" AVRIL. Maison de la Chimie :
- 18 h. M. Théry : « La transmission par engrenages ». — Observatoire de la Société astronomique de France : 20 h. 30. M. Cil. Ber-t a un : a Les supernovæ dans notre galaxie ».
- MARDI 2 AVRIL. Institut technique du Bâtiment : 17 h. 30. M. Perrin : « Eludes des vibrations des constructions métalliques et détermination préalable des zones critiques ».
- MERCREDI 3 AVRIL. Maison de la Chimie : 18 h. M. Pensa : « Progrès récents dans la technique du vide ». — Institut français du Caoutchouc : 18 h. 30. M. F. Ciievassus : « Propriétés, mise on œuvre et utilisation des nouveaux caoutchoucs artificiels ».
- JEUDI 4 AVRIL. Maison de la Chimie :
- 18 h. M. Genevois : « Microanalyse par titano-mélrie directe et indirecte ». — Observatoire de la Société astronomique de France : 20 h. üü. Cours d’asironomie populaire. M. André IIamon : « Les étoiles, classes spectrales, étoiles doubles, étoiles variables, novae ».
- INFORMATIONS
- Exposition internationale
- de l’urbanisme et de l’habitation.
- Le Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme vient de décider que la première exposition internationale de l’urbanisme et de l’habitation aura lieu à Paris du 31 mai au 4 août prochains. Les diverses nations participantes présenteront les solutions qu’elles ont adoptées pour le problème du logement et de l’aménagement des villes : plans, organisations, d’études et d’exécution, statistiques des besoins et des ressources en main-d’œuvre, matériaux, énergie, etc... On y verra d’une part les principes directeurs appliqués aux diverses activités : agriculture, commerce, industrie, administration, résidence, travail, circulation, santé, enseignement, à l’écheile des régions, des villes et des villages, d’antre part les méthodes et moyens techniques employés ou proposés pour la construction- et l’équipement des habitations. On y trouvera
- donc toutes les informations utiles pour la reconstruction des villes ravagées et des maisons détruites dans tant de pays du globe.
- Le Secrétariat général est établi au Grand Palais (porte II), avenue Alexandre III, Paris 8e.
- Cours gratuit d’antiparasites.
- Samedi IG mars 194G, s’est ouvert au Centre de reclassement des Installateurs électriciens , 245, boulevard de l’Amiral Bruix (Paris 16e) — métro parte Maillot], téléphone Pas. 95-71 — le cours de protection radioélectrique (dispositifs antiparasites), institué sous les auspices du Ministère du Travail avec le concours du Syndicat de la Construction Piadioélec-trique. Ce cours gratuit, qui se poursuivra tous les samedis de 14 heures à 17 heures (conférences et exercices pratiques), est sanctionné par un diplôme de la Radiodiffusion française.
- PARIS
- VENDREDI 5 AVRIL. Maison de la Chimie : 18 h. M. Y. Letort : « L’industrie céramique aux Etats-Unis ».
- SAMEDI 6 AVRIL. Palais de la Découverte : 15 h. M110 Yvette Caucüois : « Quelques applications de la spectrochimie des rayons X ».
- LUNDI 8 AVRIL. Maison de la Chimie :
- 18 li. M. Moine : « Transformateurs et varia-teurs de vitesse mécaniques ». — Observatoire de la Société astronomique de France : 20 h. 30. 51. J. Bernard : « Les occultations, applications à l’étude de la Lune ».
- PETITES ANNONCES
- La ligne : 30 fr. Abonnés : 20 fr.
- Jne FILLE, ingénieur chimiste, cherche emploi Laboratoire do Becherches ou autre. Ecr.
- La Nature, n° 118.
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- VENDS : 8 vol. Contes Mille et Une Nuits, édit. Fasquet, luxe, gd in-quarto, relié dos basane verte 28 000. Tél. 13 à 14 h. Yau. 63-35.
- LA NATURE
- ABONNEMENTS
- France et Colonies: un an : 300 francs; six mois » 150 francs
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- lion des régions françaises fins ont ” contacté » la lune,
- Les plans de fÇfèonstt dévastées,
- Comme%fe«^i
- par P. RÎ
- Formose redevient chinoise, par V. FORBIN L'adaptation et la vision nocturne chez les vertébrés, par le D' A. ROCHON-DUVIGNEAUD . . . .
- SOMMAIRE
- 97
- 101
- 103
- 107
- Fractures, par le Dr G. MOUCHOT...................
- Goodyear et la vulcanisation, par A. FAYOL.
- Le botulisme pendant l’occupation.................
- Les Livres nouveaux...............................
- Le ciel en avril..................................
- Cours et Conférences à Paris......................
- 109
- MO
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- 112
- LES PLANS DE RECONSTRUCTION DES RÉGIONS FRANÇAISES DÉVASTÉES
- Depuis la libération de son territoire métropolitain, la France songe à relever ses énormes ruines que les documents officiels estiment, en chiffres ronds, à plus de i 8oo ooo immeubles sinistrés dont 4oo ooo environ sont totalement détruits. Des villes entières, Le Havre ou Saint-Dié, Dunkerque ou Roy an par exemple, sont presque entièrement rasées et de certaines autres cités, comme Caen (fig. i) ou Saint-Lô, seuls quelques rares monuments subsistent au milieu des maisons environnantes écroulées. Sans compter, bien entendu, les routes, les ponts et les voies ferrées, dont le rétablissement s’achève peu à peu, l’ensemble de tous ces travaux de reconstruction coûtera au moins 8oo milliards de francs de 1939. Et les grues, les pelles à vapeur, les bennes et autres engins de la technique moderne nous manquent. On conçoit donc la tâche du Ministre organisateur de cette
- Fig. 1. — Vue aérienne d’une partie de la ville de Caen, après sa libération en 1944.
- N° 3109 Ier Avril 1946
- Le Numéro 15 francs
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- Fig. 2. — Mosaïque photographique ou photoplan de Saint-Lô. Vues prises le 25 juillet 1944 par l’Institut géographique national.
- colossale besogne avec des moyens de fortune, se heurte à de graves difficultés matérielles et financières.
- La topographie, prélude de la reconstruction.
- Examinons donc le rôle joué par ces nouvelles méthodes aériennes, préludes-de la reconstruction.
- Principes généraux de la photo g ram-métrie aérienne.
- La photogrammêtrie aérienne s’utilise de trois manières différentes suivant la nature des problèmes à résoudre et le relief du terrain. Mais, de toutes façons, il faut, en premier lieu, se procurer un canevas lopomélrique basé sur la triangulation générale de la France, afin de rattacher un certain nombre de points identifiables sur les photographies prises en avion et absolument nécessaires à .leur « restitution », c’est-à-dire à la reconstitution, grâce aux clichés, des dimensions-exactes des sites survolés. En outre, des géomètres doivent effectuer au sol des nivellements de précision destinés, le cas échéant, à servir de base aux travaux de voirie. On choisit enfin des chambres photographiques appropriées au genre d’exploitation ultérieure des vues aériennes ainsi recueillies.
- Mais avant rentreprendre toute œuvre de reconstruction otr --Grâce-aux perfectionnements apportés aux appareils de prise d’urbanisme, il faut d’abord dresser les plans topographiques ‘ ' 1 -
- des cités et des ouvrages d’art détruits. En l’occurrence, comme le temps pressait, on fit appel à tous les moyens français de production. Les grandes administrations publiques spécialisées (Institut Géographique National, Cadastre, Nivellement général de la France, etc...) prêtèrent naturellement leur concours auquel vint s’ajouter celui des cabinets de géomètres et de topographes répartis sur l’ensemble de notre territoire. En outre, on exploita la précieuse collection de photographies aériennes existantes prises, soit par des services militaires ou civils, soit par des sociétés privées, soit par les armées alliées au cours de la guerre.
- Grâce à la coordination de ces efforts et à la réunion de ces documents d’origines variées, les organismes successivement chargés de résoudre le problème (Commissariat à la Reconstruction, Délégation générale à l’Equipement national puis finalement Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme) ont pu établir un nombre considérable de plans topographiques. Au 3i janvier ig46, les surfaces des plans réalisés se totalisent, en effet, de la manière suivante :
- de vues aériennes, et à leur restitution, les levers de plans topographiques s’établissent aujourd’hui très vite et parfois à bien moindres frais que jadis. Les courbes de niveau représentant le relief du terrain sur les documents cartographiques s’obtiennent maintenant sans difficultés, à partir des clichés.
- Ces procédés permettent également de reconstituer, à l’aide de photographies anciennes ou même de simples cartes postales, des plans et des élévations d’édifices détruits. M. Deneuxr l’habile architecte de la cathédrale de Reims et son continuateur, M. Delsoneux, avec l’aide du photo-resiituteûr Roussilhe
- Plans à l’échelle de 1/500 ... » » 1/1 000 ,
- » » 1/2 000 .
- » » 1/5 000 .
- » » 1/10 000
- ,, » 1 /20 000
- Photoplans au.... 1/5 000 .
- 4 569 hectares 4 675 »
- 291 507 272 982 671 327 2 929 641 85 632
- De leur côté, les vols photographiques effectués par l’aviation française renaissante depuis la Liberation ont procure de nouveaux clichés aériens tandis que nos firmes photogrammélri-ques, en sommeil au cours des cinq dernières années, sont venues accroître encore cet indispensable stock documentaire.
- Figr. 3. — Dessinateurs ajustant et collant sur des cartons d’assemblage, les photographies redressées.
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- ont pu ainsi mener à bien diverses restaurations de villes et de monuments ruinés partiellement ou totalement par la guerre (1).
- En principe, les opérations aériennes effectuées dans un but topographique, consistent en la prise de clichés au moyen d’une chambre photogrammélrique dont les magasins contiennent, soit une cinquantaine de mètres de films sur une vingtaine de centimètres de largeur, soit un certain nombre de plaques. Cet appareil se monte sur un avion spécialement équipé avec-.liiûg^e-viseur, mécanisme réglable à hélice, commande 'opérateur contrôle la vitesse de l’avion
- dérive, le champ, les les unes sur les . fe la chambre par le déclanchement 'autres manipulations
- par rçpfjoTt'iijf.u sol l’empiète.merïjjÿdes : au tre4V~|’orie^>tioj| rappo^Vla
- Les trois méthodes photogrammétriques employées actuellement en France pour les levers de plans des régions sinistrées.
- Ces généralités posées, voici comment se poursuivent actuellement les besognes topographiques dans les régions, françaises dévastées, sous la direction du Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme. Les entreprises, placées sous ses ordres, utilisent concurremment trois méthodes : la métrophotographie aérienne, qu’on nomme aussi photogrammétrie aérienne, le
- de i’o" _
- dans le deuPH*^ï£squclles nous ne saurions entrer. A l’atelier, les clichés se prêtent à l’établissement de plans photographiques au moyen d’un instrument redresseur ou d’un instrument restituteur. Après développement au laboratoire, on assemble les photos suivant les points de repère déterminés a priori par le procédé classique de la triangulation ou par triangulation radiale sur les clichés eux-mêmes, en une mosaïque photographique ou « photoplan », tel celui de Saint-Lô reproduit ci-contre (fig. 2). Les photoplans sont établis par redressement rigoureux des clichés sur un réseau de points connus et fournissant uniquement la planimétrie. Ce redressement s’opère à l’aide d’un redresseur automatique dont les possibilités d’ajustement permettent de faire subir au cliché une transformation réalisant une forme géo-méti’ique nouvelle, à i'échelle choisie pour la carte, et qui assure la correspondance perspective des points du cliché avec leurs homologues de la carte. Les photographies redressées sont ajustées, collées ensuite sur des cartons d’assemblage (fig. 3).
- Les courbes de niveau s’obtiennent, la plupart du temps, à partir des prises de vue stéréophotographiques et d’orientation quelconque. Lors de la prise de vues, les rayons émanant des divers points du terrain viennent former les images des dits points siir les plaques, après passage dans les objectifs des deux chambres. Au bureau, un stéréoplanigraphe réalise ensuite l’inverse des opérations photographiques précédentes effectuées en cours de vols. Les rayons émis par les divers points des clichés reconstituent, en effet, après passage dans les objectifs des deux chambres de projection, une image en relief du terrain. Un repère, paraissant bouger dans l’espace, servira à tâter, pour ainsi dire, le relief observé stéréoscopiquement. Cette marque instrumentale se déplace au moyen d’un système de points coulissants. D’ordinaire, on se sert d’un dispositif de report automatique, qui facilite le tracé de. la carte d’une façon continue, tandis que le dessinateur s’efforce de donner avec précision 1,’équidislance voulue aux courbes de niveau.
- 1. Voir pour renseignements complémentaires notre article sur La stéréo-topographie et ses récents progrès, dans La Nature, n° 2614 (10 mai 1924), pp. 299-304.
- Fig. 4.
- Plan partiel de Caen exécuté d’après des photogrammétrtes aériennes. La partie encadrée correspond à la vue de la figure 1.
- système de la « double projection » et la stéréophotogrammé-trie.
- La métrophotographie aérienne.
- Quand il s’agit de terrains plats, la métrophotographie aérienne paraît préférable. On «ait que ce moyen technique imaginé par le Colonel Laussedat voilà près d’un siècle, puis perfectionné depuis lors par son. disciple le Colonel Renard, et par divers autres spécialistes, consiste à déterminer d’abord les positions et les altitudes de deux, stations établies sur remplacement à lever. Ensuite, de chacune des extrémités de cette droite choisie comme base, on prend maintenant deux photo-
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- , — 100 ............................................. :
- graphies aériennes du dit terrain de manière que les images des points à déterminer se trouvent sur chacun des clichés qu’on développe ultérieurement au laboratoire. Après quoi, un cartographe examine les épreuves positives tirées et se livre à tête reposée, au travail de redressement. Autrement dit, il transforme optiquement chacun des clichés considérés isolément.de façon à amener un plan horizontal du lieu, de cote arbitrairement choisie, à l’échelle de la carte qu’il s’agit d’établir. Grâce à l’examen des clichés contigus et à des constructions géométriques assez simples, on repère exactement la position topographique des points des zones communes aux différents clichés. Les transformations optiques s’exécutent le plus souvent avec le pholoresti tuteur Roussilhe. Avec cet appareil on peut redresser et agrandir à l’échelle voulue les plaques prises en avion. Ges clichés exécutés à une altitude et sous une inclinaison inconnue mais avec un objectif de longueur focale déterminée se trouvent redressés par projection sur un
- Fig. 5. — Appareil autographe Wild associé avec une table à dessin.
- écran en faisant coïncider quatre points avec leurs positions géographiques figurées sur celui-ci.
- La double projection.
- Pour les terrains moyennement ondulés, le Ministère de la Reconstruction conseille aux en Repreneurs l’emploi de la « double projection ». Dans ce système, on utilise le photo*-restituteur Gallus-Ferber. On place les deux clichés d’une même région dans les chambres photographiques fixées au sommet du bâti de l’instrument et qui possèdent des objectifs identiques à ceux des appareils à prise de vues. Elles sont de plus orientées, l’une par rapport à l’autre, comme l’étaient ces derniers. On éclaire ensuite les dits clichés, les rayons lumii-neux y cheminent à l’inverse de leur marche pendant le vol de l’avion et se coupent deux à deux en des points matérialisant le terrain prospecté. Lorsque l’on voit une image ponctuelle apparaître unique sur l’écran horizontal, l’endroit correspondant du terrain reconstitué se peint alors sur l’écran. Dans toute autre position, l’image apparaît dédoublée. Mais en éclairant successivement à une fréquence assez rapide les deux chambres de projection, puis en déplaçant la barre supérieure du photorestituteur Gallus-Ferber, l’opérateur fait varier à volonté la hauteur de l’écran. Il amène ainsi la réunion des deux images en une seule et il trace rapidement les cour-
- bes de niveau. En réalité, sa rétine perçoit les sautillements successifs d’une seule inîage, qui finit par s’immobiliser. A ce moment, la « restitution » du point local correspondant est achevée.
- La stéréophotogrammétrie-
- Enfin, les agents du service de la Reconstruction ont souvent recours à la stéréophotogrammétrie qui permet des levers de plans d’une remarquable précision même dans les régions montagneuses ou très accidentées. Cette méthode, qui utilise le mieux possible des couples de vues aériennes, repose sur les principes suivants : i° sur un stéréautographe, on cale deux clichés stéréoscopiques recouvrant une même partie de l'endroit survolé; 20 au moyen d’un microscope binoculaire on examine successivement tous les points du site et on les amène en coïncidence avec un « test » situé dans le champ de l’appareil optique. Les divers relais mécaniques nécessaires pour réaliser ces déplacements commandent - automatiquement le style dessinateur du document topographique (fig. 4). Dans chaque oculaire du microscope, se trouve un index focal qui, dans la vision binoculaire, se superpose dans le cerveau avec l’image plastique du stéréogramme observé créant ainsi le « test » indiqué ci-dessus. La position relative , des deux images par rapport à ces index permet d’apprécier si l’image fusionnée de l’index se trouve au contact, au-dessus ou au-dessous du sol. Grâce à ces mouvements, on peut faire parcourir à l’index des courbes de niveau ou des détails planimétriques situés dans la zone du couple photographique.
- On effectue très commodément le tracé automatique du plan (planimétrie et altimétrie) avec l'autographe Wild (fig. 5) sur une planchette à dessin. Ses deux lunettes de construction simple assurent un grand champ visuel et une excellente luminosité. Après introduction de la paire de vues aériennes dans les chambres de l’appareil, on voit très nettement leurs images ainsi que les repères portés sur elles et qu’on amène à se superposer avec les index de repérage. L’espace photographié apparaît avec un relief saisissant, ce qui facilite les observations. Les manoeuvres de coïncidence des index s’exécutent au moyen de deux manivelles et d’un disque actionné avec le pied. En associant l'autographe Wild avec une table à dessin, la mine de son stylet suit exactement la projection verticale de la marque et trace, sur le papier du plan, disposé horizontalement, des points ou des lignes du cliché représentatif de la partie correspondante du terrain. Les hauteurs se lisent en centimètres et millimètres sur le tambour du disque de manœuvre. Les axes des chambres de restitution dirigés vers le sol se trouvent placés de la même manière qu’une chambre aérienne lors de la prise de vues verticales, d’où facilité de disposition et de manipulation des différents organes de fonctionnement. Enfin, chaque chambre peut tourner autour de trois axes normaux l’un par rapport à l’autre, tandis que leur ensemble peut également opérer sa rotation autour de trois axes, ce qui permet d’obtenir l’orientation exacte des deux chambres sans déranger leur propre orientation pour toutes vues plongeantes ou même obliques.
- Grâce, en particulier, à l’apport de moyens supplémentaires que constituent ces instruments perfectionnés et à ces nouvelles méthodes rationnelles, susceptibles de résoudre tous les problèmes qui se posent pour l’établissement des plans d’urbanisme, les entrepi'eneurs géomètres et topographes de France termineront bientôt leur besogne. Mais malheureusement, faute de beaucoup de matériaux divers et d’ouvriers spécialisés, les travaux de reconstruction de nos cités détruites commencent à peine.
- Jacques Boyer.
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- COMMENT LES AMÉRICAINS ONT "CONTACTÉ" LA LUNE
- Le io janvier 1946, l’humanité est entrée en contact avec la Lune.
- Événement d’une portée incalculable, non seulement en astronomie mais aussi en technique et même dans la vie quotidienne ! C’est le merveilleux radar, déjà décrit dans cette revue, qui a permis cette étonnante victoire de la science. De ce radar, tout le monde connaît le principe : un émetteur de radio lance des impulsions électro-magnétiques sur ondes courtes dans une certaine direction ; si ces ondes rencontrent un obstacle, elles s’v réfléchissent et sont renvoyées vers l’expéditeur, qui les reçoit et les enregistre au moyen d’un oscillographe cathodique. Vous connaissez aussi cet oscillographe : c’est une ampoule de verre à peu près vide d’air dans laquelle un pinceau d’électrons se projette sur la paroi en un point fluorescent. Une impulsion électrique est-elle reçue par l’appareil ? Aussitôt le pinceau d’électrons tressaute et trace sur l’écran un petit crochet. Émettons, par exemple, un top. Ce top s’inscrit sous forme d’un petit crochet (fig. 1). Mais les ondes sont arrêtées au cours de leur voyage par un avion : elles sont réfléchies comme un écho, et cet écho revient dans l’oscillographe s’inscrire comme un autre crochet. Il est aisé de distinguer le crochet-signal du crochet-écho, qui sont séparés par un laps de temps de quelques dix-millièmes de seconde, et d’en déduire la distance de l’avion.
- Dès que les savants eurent mis au point cet ingénieux mécanisme, ils se dirent : « Si nous nous en servions pour mesurer la distance de la Lune ? Après tout, cela ne doit pas être plus difficile que pour celle d’un avion ! »
- Mais cela l’était, au contraire, beaucoup plus car, pour atteindre la Lune, les ondes radioélectriques doivent sortir de l’atmosphère terrestre. Or, on sait depuis vingt ans que les-dites ondes n’ont pas le droit de sortir, qu’elles sont prisonnières de cette atmosphère. En effet, il existe, dans cette dernière, une couche qui joue le rôle de miroir à ondes. Celles-ci, émanant de l’antenne, auraient naturellement tendance à s’évader en ligne droite, mais la couche-miroir, située à 110 km d’altitude, les rabat vers le sol. C’est d’ailleurs une circonstance
- fort heureuse car,
- ’ si cette couche n’existait pas, nos émissions radio-phoniques ne pourraient atteindre que les récepteurs placés dans l’horizon visuel de l’antenne ; la convexité de la Terre réduirait donc sin,-gulièrement leur portée. Comme elles peuvent se réfléchir, au contraire, sur le sol et sur la couche-miroir tour à tour, elles progressent par bonds et peuvent voyager jusqu’aux antipodes (fig. 2).
- Vous vous demandez de quoi peut bien être fait ce miroir.
- Eh bien ! Il est fait d’ions, c’est-à-idire de particules électrisées — très probablement d’électrons. Le miroir est donc plutôt un nuage d’électrons qui enveloppe la Terre. Évidemment, il peut
- Figr. 2."-^ Les deux "couches ionisées de Vatinosphère. -
- Les ondes les plus longues se réfléchissent sur la couche inférieure, et les plus courtes sur la couche supérieure.
- arriver que des ondes parviennent à le percer et à passer de l’autre côté, mais cela ne se produit que pour celles qui pos^ sèdent assez d’énergie pour forcer le barrage électronique. Elles ne sont d’ailleurs pas libres pour cela ! En effet, un peu plus haut, entre 2Ôo et 5oo km d’altitude, un second barrage les attend, un second nuage électronique plus dense que le premier, qui les renvoie impitoyable'ment vers la Terre. Ce sont les Américains Breit et Tuve et le grand physicien anglais Appleton qui, en 1925 et 1926, détectèrent ces couches ionisées et en mesurèrent l’altitude.
- Les savantst ne sont si pressés de connaître les lois de la nature que pour les violer plus vite. Après tout, ils ne font que suivre le précepte de Bacon : « On ne commande à la nature qu'en lui obéissant ». C’est pourquoi ils cherchèrent tous les moyens possibles de faire franchir aux ondes les deux barrages. Ils reconnurent bientôt que la couche la plus basse renvoyait les ondes les plus longues, celles qui se chiffrent par kilomètres, alors que la plus élevée réfléchissait les ondes métriques. — Si nous raccourcissions encore la longueur d’onde, se dirent-ils, peut-être arriverions-nous à traverser le barrage ?
- — La chose est certainement possible, remarqua en 1927 le physicien norvégien Slôrmer; j’ai émis des signaux sur ondes de 3i m et j’ai reçu les échos à intervalles de 3 à i5 secondes. A la vitesse de 3oo 000 km à la seconde, une pareille durée de trajet indique que l’écran réfléchissant doit être situé à des centaines de milliers de kilomètres, donc que mes ondes ont réussi à vaincre l’atmosphère.
- — Eh bien ! Essayons de les faire se réfléchir sur la Lune 1
- Pinceau.^.
- d'électrons
- Fig. 1. — L’oscillographe cathodique.
- A. chaque impulsion électrique, un pinceau d’électrons trace un petit crochet sur un écran fluorescent.
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- Fig. 3. — Le radar Terre-Lune.
- Après réflexion sur la Lune, le récepteur recueille les ondes émises par l’antenne.
- proposa en 1939 le R. P. Lejay, géophysicien français attaché au Laboratoire National de Radioélectricité.
- Hélas ! La France, toujours en avance d’une idée, est aussi toujours en retard sur sa réalisation. Ce sont les Australiens qui, au Laboratoire de Radiophysique de l’Université de Sydney, tentèrent l’expérience quelques années plus tard. Et ce sont les Américains qui, en janvier dernier, la réussirent dans toute son ampleur.
- L’expérience américaine.
- Elle fut entreprise au Laboratoire du Corps des Transmissions de l’Armée américaine, situé à Belmar (New Jersey), sous la direction du lieutenant-colonel Dewitt. Les observations furent effectuées par le mathématicien-physicien Harold Webb et par le radio Herbert Kauffman. Il s’agissait donc de lancer vers la Lune un faisceau d’ondes qui pût se réfléchir sur le sol lunaire et revenir sur terre actionner l’oscillographe (fig. 3). C'est-à-dire qu’iù fallait :
- d’abord que le faisceau d’ondes put percer les couches ionisées ;
- ensuite viser avec suffisamment de précision pour qu’il pût toucher la Lune ;
- enfin le doter d’une énergie suffisante pour qu’il eût encore la force d’actionner l’oscillographe après son parcours de . 768 000 km.
- Le radar adopté fut une version perfectionnée du modèle SCR-271 qui, le 7 décembre ig4i, avait, de Pearl Harbor, détecté des appareils japonais à 244 km. On lui fit émettre des tops d’une durée d’une demuseconde espacés de cinq en cinq secondes, afin d’éviter les chevauchements. On les émit sur
- une fréquence de 112 000 kilocycles par seconde, ce qui correspond à une longueur d’onde de 2 m 70. Quand elles sont aussi courtes, les ondes radioélectriques se rapprochent un peu des ondes lumineuses ; elles peuvent, comme ces dernières, être dirigées, à l’aide de projecteurs spéciaux. Ainsi l’antenne-projecteur en forma-t-elle un pinceau ouvert à 12 degrés : 24 fois plus large que la Lune, il ne pouvait pas rater le disque lunaire ! Enfin, on chargea ces ondes d’une énergie de 4 kilowatts. De ces 4 000 watts, l’écho ne devait rapporter que 9/io16 watt — ce qui représente à peu près la même proportion qu’entre l’énergie d’une masse de i5o millions de tonnes tombant du haut de la tour Eiffel et celle d’une feuille de papier à cigarette que vous laissez choir de la table sur le plancher.
- Le 10 janvier, donc, à 11 h 48, Webb et Kauffman s’installèrent à l’oscillographe et lancèrent les signaux. La photographie 4 montre ce qu’ils virent. Le grand crochet de gauche est celui du signal lui-même, et les petits crochets de droite, ceux de l’écho. Leur espacement dans le temps est de 2 sec et demie, ce qui, compte tenu du trajet aller et retour, s’accorde bien avec la distance approximative de la Lune, 384 000 km.
- L’expérience fut répétée à plusieurs reprises. On s’avisa même de recevoir l’écho, non plus dans l’oscillographe, mais dans un microphone. Toute l’Amérique put entendre alors le choc des ondes terrestres sur le sol sélénite.
- Visions d’avenir.
- Que l’on puisse obtenir un pinceau d’ondes assez fin, et l’on pourra pratiquer du radar sur la Lune comme on le pratique sur la Terre et dresser la carte de ce monde. Que l’on augmente la portée et l’énergie des signaux, et l’on pourra de même atteindre la planète Mars, et guetter la réponse — très improbable, d’ailleurs! On pourra encore faire la cartographie de Vénus, constamment entourée de nuages; car le radar perce les nuages. On pourra repérer les îbolides qui sillonnent l’es-pace, et, quand circuleront stratonefs et astronefs, les suivre dans leurs randonnées et leur tracer leur route. On pourra enfin améliorer les radiocommunications intercontinentales en prenant la Lune pour relais, et il sera possible de diffuser des programmes de télévision pour tout un hémisphère à la fois !
- Mais l’imagination s’essouffle à vouloir suivre les réalisations de la science. Jamais les faits n’ont montré de façon aussi éclatante que les savants sont les plus prodigieux des poètes 1
- Pierre Rousseau.
- Fia. 4. — Enregistrement oscillographique obtenu à Belmar le 10 janvier 1946.
- Le crochet de gauche est dû au signal direct, et les crochets de droite, à l’écho sur la Lune.
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- FORMOSE
- redevient chinoise
- vec ses 34 55o km2, Formose est l’une des plus grandes ^ îles du globe. Elle est constituée par un massif volcanique
- qui, formé de trois chaînes parallèles, la traverse du sud au nord. A l’ouest de ces montagnes s’étendent de vastes plaines dont le sol, enrichi par les cendres des volcans, est d’une fertilité incomparable. Le tropique du Cancer la traverse presque en son milieu.
- Sa préhistoire est inconnue. Elle ne fut découverte par les Chinois qu’à la fin du vie siècle de notre ère, sous la dynastie des Sui (58i-6i8) et resta en leur pouvoir pendant un millier d’années. Les Espagnols (qui lui donnèrent son nom), puis, les Hollandais, tentèrent de la conquérir, mais en furent chassés autam P'ar l’insalubrité des rivages que par l’hostilité des indigènes. Durant la seconde moitié du xvn6 siècle, elle fut plus ou moins soumise à l’autorité d’une célèbre famille de pirates, lès Koxinga, dont le chef, Tchen-Tching-Kong terrorisa longtemps la mer de Chine. Les Célestes reprirent possession de l’île pour deux siècles.
- Notons en . passant que la marine française en occupa . les principaux ports en i884. Finalement, après une guerre malheureuse l’Empire du Milieu cédait Formose à l’Empire du Soleil Levant par le traité de Simono-saki ; le 2 juin 1895, le Japon plan-
- tait son drapeau sur sa première colonie. Un demi-siècle plus tard, à quelques jours près, il s’en voyait virtuellement dépossédé.
- L’ethnographie formosienne.
- D’après le dernier recensement (ier octobre 1935), la population de Formose et des quelques petites îles voisines s’élevait alors à 5 212 426 personnes que le dénombrement divisait comme suit : 5 272 474 Formosiens ; 299 280 Japonais;
- 46 070 étrangers ; 1 980 Coréens. Nous ignorons comment se décompose le contingent étranger; il doit compter de très nombreux Chinois de Chine. Nous sommes un peu mieux renseigné quant au contingent dit formosien. Il est formé d’une minorité de descendants de colons chinois, métissés de sang indigène, et d’une masse autochtone relativement évoluée, tout au moins pacifiée, mais qui compte encore 120000 à i3o 000 sauvages vivant d’une existence primitive de chasseurs et de collecteurs, ignorant donc l’agriculture et considérant comme de glorieux trophées les crânes qu’ils rapportent de leurs sanguinaires razzias.
- Ces 5 millions d’indigènes se divisent en un grand nombre de tribus parlant chacune sa langue; le dialecte chinois d’Amoy leur est généralement familier, le japonais ne s’étant imposé que pour les actes administratifs. Tous les idiomes de l’île se rattachent à la famille linguistique malaise ; il faut bien admettre que certains n’ont pas été étudiés, car de vastes étendues montagneuses restent inexplorées de nos jours.
- Pour les Chinois, les habitants de Formose étaient les « barbares de l’Est » ; ils les partageaient en deux catégories : les Pep-ouan (sauvages « mûrs » ou apprivoisés) et les Tchin-ouan
- Fig. 2. — Pont de bambous construit par des Bununs.
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- (sauvages « crus » ou incultes), classification simpliste qui répondait à la réalité et que l’on pourrait maintenir. Les premiers sont répandus surtout au nord et à l’ouest; les seconds peuplent le nord et la plus grande partie du massif monta-.gneux.
- Toutes ces peuplades ont entre elles un air de famille qui les rattache au- groupe indonésien, plus directement au type malais des Philippines ; et l’on relève chez les Tchin-ouan de nombreux usages qui leur sont communs avec les Igorrotes du nord-est de Luçon : tels, les ornements des oreilles, le tatouage, les vendettas, la chasse aux crânes, l’inexistence de sentiments ou d’instincts religieux. Dans un copieux album de photographies édité par le gouvernement (japonais) de Formose (Rapport sur le Contrôle des Aborigènes, 1911), nous ne voyons à ce sujet qu’une stèle de pierre, haute de 3 m, gravée d’une tête d’homme vers laquelle grimpent deux serpents, oeuvre ornant un village de la tribu des Paï-ouan.
- Fig. 3; — Femme de la tribu des Y amis, coupeurs de têtes.
- \ Les mœurs des sauvages.
- lement fabriqués d’os, et se percent le lobe de l’oreille pour y insérer des ornements variés.
- La chasse aux crânes.
- Cette cruelle pratique joue un rôle considérable dans l’existence des Taïyals. Quand une dispute éclate entre deux membres de la tribu, le conseil des anciens donne raison au premier qui lui apporte une tête fraîchement coupée. Une fête célébrée en l’honneur des esprits exige la présence d’un pareil trophée. Un garçon qui atteint sa majorité ne peut pas être admis dans la compagnie des hommes tant qu’il n’aura pas prouvé sa virilité par ce même exploit. Lorsqu’il voudra prendre femme, la douce fiancée exigera le présent d’une tête. Le lugubre butin est déposé près d’une fourmilière; les insectes ont tôt fait de le nettoyer de tous ses éléments comestibles ; et les crânes sont logés dans des alvéoles dont le village se glorifie — sinistre exhibition où l’enfance et la jeunesse prennent des leçons de gloire et de férocité.
- Les victimes sont généralement des Formosiens ou descendants de Chinois ; les peuplades limitrophes paient aussi leur tribut, ce qui provoque d’interminables vendettas; et l’on ne compte plus les Japonais, militaires ou civils, qui sont tombés sous les kris des chasseurs de têtes.
- Ceux-ci ne varient guère leurs procédés. Partant à plusieurs, ils emportent des provisions et vont se cacher dans la jungle, près de l’endroit où ils se proposent de faire leur coup; c’est toujours à proximité d’une piste reliant deux villages ; ils attendront là pendant plusieurs jours l’occasion propice; leurs flèches transperceront le passant ; ils se hâteront de lui trancher le col et de s’enfuir avec le trophée si convoité. Une autre méthode consiste à guetter les cultivateurs, pendant qu’ils travaillent sur leur champ. Les districts voisins du territoire des Taïyals sentent ainsi peser sur eux une constante terreur.
- D’après l’administration japonaise, les aborigènes irrédentistes se divisent en neuf groupes qui se dénomment dans leurs propres langues : Taïyals, Sasetts, Bununs, Tsuous, Tsarisens, Païouans, Piyumas, Amis et Yamis. Ils diffèrent par leurs caractères physiques, leurs idiomes, leurs mœurs et habitudes. Ils guerroient sans cesse entre eux. Si nous en jugeons par les photographies de l’album que nous venons de mentionner, les Yamis seraient fortement métissés de sang négroïde (Negritos ou Mélanésiens), comme l’indiquent le nez largement épaté, les arcades sourcilières proéminentes, les lèvres épaisses, le menton en retrait, le teint très foncé.
- Répandus sur un territoire de près de 3 000 milles carrés, les Taïyals forment le groupe le plus important, avec un effectif de 3o 000 âmes environ. Nous le retiendrons pour une description des mœurs et habitudes, ce que nous ne saurions faire pour l’ensemble.
- Les Taïyals, dont les traits de visage sont assez réguliers, doivent être plus nombreux que l’indique le chiffre officiel ; leur territoire, situé dans le nord du massif montagneux, est presque complètement inexploré. D’humeur féroce, ils en ont interdit l’accès aux Chinois comme aux Japonais, et ces derniers ont perdu des centaines d’hommes, sinon des milliers, à vouloir les soumettre.
- Ces guerriers se tatouent la face de fins motifs teintés de bleu ; ils sont réputés comme archers et ne quittent jamais le kri malais, presque aussi long qu’un sabre, qu’ils portent à la ceinture ; une lance au manche court complète leur armement. Us n’ont d’autre vêtement qu’une veste qui descend jusqu’au haut des cuisses. Les femmes sont vêtues de robes qui cachent leur corps du menton aux chevilles, à l’encontre de tant de eauvagesses de Malaisie et des Philippines qui exposent leur buste à nu. Elles se parent de colliers et de bracelets, généra-
- La lutte contre les sauvages.
- D’esprit débonnaire, les Chinois s’étaient contentés de défendre les plaines occidentales contre les incursions de chasseurs de têtes en organisant un cordon de postes militaires qu’ils
- Fig. 4. — Sauvages de Formose.
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- Fig. 6. — Un village de pêcheurs, parmi les cocotiers.
- appelaient aïyus. Les Japonais abolirent ce système qui avait fait pourtant ses preuves et adoptèrent, selon les cas, deux méthodes : pénétration graduelle ou anéantissement. La première eut quelque succès dans le sud de l’île, les tribus acceptant la création, sur " leurs territoires, de stations spéciales où les conquérants les initiaient à la culture et à l’élevage ; elle échoua chez les tribus du nord, plus sauvages et plus féroces. Il arriva souvent que des Tuïyals, conviés à un repas par les officiers qui dirigeaient ces stations massacraient leurs hôtes et emportaient leurs têtes. La politique d’apprivoisement fut abandonnée deux ans après la conquête au profit du vieux système chinois. Mais il convenait de multiplier le nombre des aïyus et l’armée d’occupation avait alors à faire face au soulèvement des Formosicns, révolte qui ne fut maîtrisée qu’en 1902.
- Les Japonais pouvaient désormais consacrer toutes leurs ressources militaires à la soumission des aborigènes ; ils le firent avec d’autant plus d’acharnement que les territoires des tribus les attiraient par leurs richesses prodigieuses : camphriers, bois de construction et d’ébénisterie, gisements aurifères, etc. La lutte leur réservait bien des mécomptes. Par l’intermédiaire des patriotes formosiens réfugiés dans les montagnes après leur
- défaite, les indigènes s’étaient procuré des armes à feu et des quantités de munitions ; d’autre part, les envahisseurs pénétraient là dans des régions inconnues, totalement dépourvues de routes, véritables labyrinthes de pentes abruptes et de précipices. Le transport d’un simple canon de montagne occupait parfois deux centaines de coolies. Tombant dans des embuscades, des détachements entiers furent anéantis avec leurs officiers — riche butin pour les amateurs de crânes. Certaines expéditions punitives coûtèrent chacune aux assaillants de 4oo à 5oo morts, sans parler des blessés et disparus ; et le budget de la colonie connut des déficits désastreux.
- Une nouvelle méthode fut inaugurée à partir de 1912 : les territoires des tribus les plus belliqueuses furent entourés complètement de barrières de fil de fer le long desquelles circulait jour et nuit un courant électrique à haute tension. Tout d’abord, nombreux furent les sauvages qui périrent en tentant d’escalader l’obstacle ; mais, si primitifs qu’ils fussent, ils finirent par découvrir l’heureuse solution : à l’aide d’un tronçon de bambou sec, ils maintenaient les fi.s suffisamment écartés pour se faufiler indemnes, ou encore ils creusaient un trou sous la palissade.
- Productions agricoles*
- N’était son total effondrement, on pourrait dire du Japon que la perte du Taïwan, nom qu’il avait substitué à celui de Formose, représenterait pour lui un désastre irréparable : il
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- Fig. 7. — Un village de chasseurs de têtes sur un plateau.
- en avait fait un grenier sans lequel la métropole surpeuplée n’aurait pu vivre. Il importait chez lui la plus grosse partie des productions de l’île, ne laissant qu’une marge infime pour les exportations à l’étranger. Formose ne recevait aucune contribution alimentaire de sa métropole, qui se contentait de l’inonder de produits manufacturés (machines agricoles, outils, etc.).
- Par ordre d’importance, les productions agricoles de Formose sont : le riz, le thé, le sucre de canne, les patates douces, la ramie, le jute. On peut ajouter à la liste le camphre brut et l’huile de camphre, articles que produisent d’autres régions asiatiques (Chine, Indochine), mais avec un rendement des plus médiocres, comparé à celui de Formose.
- Nous avons déjà noté que les camphriers prospèrent dans les montagnes habitées par les autochtones. Comme s’ils devinaient que la précieuse essence, convoitée par les conquérants, était la px'incipale cause de l’invasion de leurs domaines, les indigènes s’en prirent surtout aux camps d’ouvriers qui exploitaient les peuplements de camphriers dans les forêts. Non seulement ils massacraient le personnel, mais ils incendiaient les bâtiments et détruisaient les alambics. Les autorités entreprirent ou encouragèrent, dès ic)o3, la création de plantations de camphriers sur les territoires des tribus soumises, mesure qui doubla bientôt la production. Une statistique d’origine japonaise nous précise que le service de reforestation de Taïwan mettait en place 80 plants de camphriers contre 20 plants d’autres espèces. A la veille de la seconde guerre mondiale, cette industrie occupait sur les chantiers plus de 16 000 ouvriers qui abattaient les arbres, fendaient le bois et extrayaient le camphre brut, lequel était dirigé sur des usines appartenant au gouvernement qui produisaient l’huile. Le camphre raffiné -est, à Formose, l’un des quatre monopoles d’État, les trois autres étant l’opium, le tabac et le sel. La valeur du camphre exporté en- 1937 s’est élevée à 1 85g 936 yen, monnaie valant un peu plus de 2 shillings.
- On peut faire remarquer ici que, bien que le Japon fût devenu, avec l’acquisition de Formose, le maître du marché mondial du camphre, il s’était adonné bientôt à la fabrication du camphre synthétique, en appliquant des procédés allemands. Les deux produits (le naturel et l’artificiel) étaient-ils mélangés par les exportateurs et à l’insu des clients? La duperie, l’une des caractéristiques de la psychologie japonaise, peut fournir la réponse à cette question.
- En cette même année, l’île a exporté (à destination du Japon), 188 985 935 yen de sucre, 128 171 093 de riz, n 730 412 de bananes ; la valeur du thé exporté fut de 4 986 107 yen. Il va
- de soi que ces chiffres ne tiennent pas compte de la consommation locale; la production ressortira des chiffres exprimant les quantités :
- Camphre brut (1933) ......... 5 366 893 livres anglaises
- Huile de camphre (1933)...... 8 353 000 livres anglaises
- Riz (1938) .................. 24 242 034 boisseaux
- Sucre (1938) ................ 1 907 352 tonnes métriques
- Thé (1938) .................. 10 848 856 kilos
- Le thé fait exception parmi les productions agricoles qui, nous l’avons noté précédemment, étaient presque entièrement absorbées par le Japon, car il exportait en Russie et en Turquie de grosses quantités de thé noir, imitation du célèbre cru chinois de Hankow qui jouissait et jouit encore d’une grande vogue das ces deux pays.
- Productions minières.
- Formose paraît être hautement minéralisée ; mais nous avons dit que l’exploration de son massif montagneux, qui recouvre les deux tiers de sa superficie, est loin d’être complète ; et les mœurs des tribus sauvages ne sont pas faites pour attirer les prospecteurs. Une statistique nous apprend que la valeur des minéraux s’est élevée en 1936 à 3o 770 826 yen et que la production du charbon, qui est de qualité inférieure, a été de 1 599 5i6 tonnes métriques.
- Nous ne possédons pas de données récentes sur la production des autres minéraux : or, argent, cuivre, soufre. Le premier paraît se rencontrer en grande abondance sous ses deux formes : placer et minerai. Un rapport officiel datant d’une vingtaine d’années, observait que 4o pour 100 de l’or produit dans l’empire japonais provenait de Formose.
- Le pétrole existe dans l’île. Dès .1890, le gouvernement chinois engagea des experts américains qui foncèrent quelques puits d’essai à la base du massif montagneux ; ils n’y trouvèrent pas l’huile en quantités industrielles. Deux compagnies japonaises entreprirent des sondages dans la région d’Echido; les résultats semblent avoir été d’un intérêt médiocre. Mais le pétrole est capricieux et l’on peut escompter que des recherches mieux conduites que les précédentes le feront surgir de ses gisements. Sous l’angle de la géologie, la grande île nous réserve certainement des surprises.
- Victor Forbin.
- Fig. 8. — La principale rue de Tàihoku, capitale de Formose.
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- L'ADAPTATION ET LA VISION NOCTURNE
- CHEZ LES VERTÉBRÉS
- La dilatalion pupillaire dans l’obscurité est le premier acte de l’adaptation. L’accumulation du pourpre dans les bâtonnets rétiniens vient ensuite, et peu à peu, donne à la rétine toute la sensibilité lumineuse dont elle est susceptible.
- Chez l’Homme (fig. i), le segment antérieur de l’œil étant relativement étroit, la dilatation pupillaire et l’accroissement de l’accès lumineux dans l’œil sont limités d’autant. Mais chez la plupart des Vertébrés (fig. 2) et surtout chez les Nocturnes, la cornée, la .pupille et le cristallin sont proportionnellement ou absolument plus larges que chez l’Homme, la dilatation pupillaire est plus étendue, et ce premier acte de l’adaptation prend ainsi plus d’importance. La pupille est souvent en fente verticale (Chat, Crocodile, Sauriens et Serpents nocturnes), ce qui donne à scs mouvements de dilatation et de contraction une amplitude favorable dans le premier cas, à la vision nocturne, et, dans le second cas, à la protection des rétines à bâtonnets contre la lumière solaire. Enfin chez les Sélaciens et beaucoup de Mammifères, une surface réfléchissante du fond de l’œil, le tapis sur lequel est appliquée la rétine, joue certainement un rôle dans l’utilisation de la lumière par cette membrane. Mais, malgré l’étendue et l’éclat du tapis, son rôle dans la vision rétinienne reste encore mal déterminé.
- Il faut partir de ce fait qu’il y a des animaux diurnes, des animaux nocturnes et des intermédiaires. Les gros yeux des nocturnes sont connus depuis longtemps. Puis M. Schultze (1866) constata que la rétine des Diurnes diffère de celle des Noctunies; les cônes prédominent chez les premiers, les bâtonnets chez les seconds. Ensuite, F. Boll (1876-1877) découvrit et étudia le pourpre 'des bâtonnets de la Grenouille. Mais ces découvertes n’ont rien expliqué jusqu’au jour où A. Charpen-
- tier (1878) eut compris que le pourpre était le sensibilisateur à la lumière qui procure l’adaptation à l’obscurité. Dès lors tout devenait clair : le nombre et la longueur des bâtonnets des Nocturnes leur permettait d’accumuler le pourpre en couche épaisse et dense, et d’utiliser, grâce à lui, les plus faibles luminosités. La prédominance ou même l’exclusivité des cônes chez
- les Diurnes, la diminution ou même l’absence totale du pourpre (Poulet, Pigeon) leur interdit l’usage des basses lumières, et, dans les cas extrêmes (Lézards et Serpents diurnes, Tortues) les réduit à la vision en plein jour. Les nombreux as intermédiaires .s’expliquent aisément, dès que les extrêmes soi|t compris.
- Dans la mesure où l’on peut s’assurer de la valeur de chacun de ces éléments pour la vision nocturne (pourpre, élargissement du segment antérieur de l’œil, pupille en fente verticale, tapis), ils deviennent à leur tour des critères de ce mode de
- Fig. 1
- Diamètre, 24 11 et 12
- Fig. 2.
- L’œil humain.
- mm ; diamètres de. la cornée, mm ; P, pupille; C,
- S, sclérotique.
- cornee
- Fig. 2. — L’œil dù Chien.
- Diamètre, 21 mm ; diamètre de la cornée, 15 mm. Avec un œil plus petit l’accès de. la lumière est plus large que chez l'homme.
- vision. Cependant il sera toujours nécessaire de prendre pour point de départ le comportement au cours dû nycthémère pour préciser les hypothèses suggérées par les caractères anatomiques de l’œil. Voici un exemple. La Chouette Chevêche, d’après la largeur de sa cornée, la présence dans sa rétine de longs
- Fig. 3. — L’œil du Gecko, vu de face.
- A, pupille dilatée ; B, pupille contractée au grand soleil, ne laissant entrer la lumière que par d’étroits pertuis et mettant ainsi à l’ombre la rétine du Saurien crépusculaire ; C, œil d’un petit Lézard diurne, à petite cornée.
- bâtonnets et d’un pourpre abondant, doit être présumée comme oiseau nocturne, ses mœurs crépusculaires et nocturnes habituelles le confirment. Mais une observation, qui a la valeur d’une expérience, précise les faits et montre que cette Chouette n’est pas exclusivement nocturne. A. Maniquet, observateur précis et expérimenté, m’a écrit ceci : « Par un soleil éclatant une Chevêche prenait des sauterelles sur le foin fraîchement coupé en s’élançant de 10 à i5 m de distance de l’arbre creux où vivait sa couvée composée de trois jeunes ». Suivant son état d’adaptation, la Chevêche est donc un oiseau nocturne ou un oiseau diurne. Nous savons, pour l’avoir vérifié, qu’après un séjour suffisant dans l’obscurité la rétine de la Chevêche est chargée de pourpre. Mais nous n’avons pu vérifier encore si dans la phase de vision diurne le pourpre rétinien a complètement disparu, conformément à la théorie en cours. Chez les animaux dont la vision se maintient avec de pareilles différences de luminosité, on ne vérifiera jamais trop si réellement dans une même espèce la vision nocturne est liée à la présence du pourpre, la vision diurne à son absence totale.
- . Mais il y a des cas d’interprétation plus simple, celui des espèces exclusivement diurnes et dépourvues de bâtonnets et de pourpre, qui s’oppose à celui d’espèces voisines, exclusivement nocturnes, dépourvues de cônes et n’ayant que des bâtonnets et du pourpre. Ces espèces appartiennent à l’ordre des Saurophidiens. Les Lézards diurnes, dont toute activité paraît cesser à la chute du jour, n’ont que des cônes et pas de pourpre. Mais il y a des familles de Lézards nocturnes, les Geckonidés, les Xanthusidés, dont la rétine est exclusivement fournie de bâtonnets pourprés. Les Serpents diurnes (Colubri-dés) n’ont également que des cônes et paraissent inactifs après le coucher du soleil. Mais il y a des Serpents nocturnes (Phyl-lorynchas decurtatus, Hypsiglena ochrorhynchus) chez lesquels G. L. Walls a constaté la présence exclusive de bâtonnets, au reste dépourvus de pourpre. Il y a enfin des espèces intermédiaires, à rétine mixte (cônes et bâtonnets) et qui ne sont pas strictement diurnes.
- La présence exclusive ou prédominante des bâtonnets et du pourpre est donc le caractère essentiel des Nocturnes. Un caractère important, mais secondaire, est l’élargissement du segment
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- antérieur du globe qui augmente le diamètre de la pupille et la quantité de lumière que celle-ci admet dans l’œil. Telle est la différence que nous trouvons des Lézards diurnes aux Lézards nocturnes (Geckos) qui ont la grande cornée des Hiboux.
- Il est un troisième caractère de nocturnité, mais assez variable
- et inconstant, c’est la forme de la pupille qui chez les Nocturnes et les espèces intermédiaires dessine souvent une fente verticale, comme celle du Chat. Les Lézards (fig. 3) et les Serpents nocturnes ont des pupilles ainsi conformées, susceptibles de se dilater largement dans l’obscurité, mais aussi de se contracter en fente sténopéi-que à la grande lumière. La rétine du Nocturne, très sensible, est ainsi protégée contre la lumière solaire et placée dans la demi-obscurité qui convient à ses bâtonnets et à son pourpre. C’est ainsi que le Gecko crépusculaire se chauffe au soleil sur les rochers et les murs en fermant presque complètement sa pupille à bords dentelés.
- Fig. 4. — Le fond de l’œil du Cheval.
- T.L., Tapétum lucidum ;
- T.N., Tapétum nigrum ;
- N.O., Nerf optique.
- Les Oiseaux nocturnes chassent au crépuscule et dans les nuits claires en survolant de quelques mètres les champs et les prés et se laissant tomber sur les Mulots, Souris et Musaraignes qu’ils aperçoivent sur le sol. Tous se déplaceraient avec la même facilité dans les nuits les plus noires. Cependant la Chouette Chevêche et aussi le Grand Duc s’adaptent plus facilement à la lumière du jour que le Moyen Duc, la Hulotte, et surtout l’Effraie. Celle-ci chasse cependant quelquefois en plein jour, quand elle a des petits à nourrir.
- On sait que les Rapaces nocturnes chassés de leur arbre à
- Fig. 5. — L’œil de Dissomma, poisson des grands fonds.
- Déformation télescopique, analogue à celle des oiseaux nocturnes, mais plus accentuée ; C., cornée ; Cr., cristallin r.a., rétine accessoire, à structure simplifiée ; n.o., nerf optique ; r.p., rétine postérieure, bien développée ; ch., choroïde ; sc., sclérotique.
- à mouvements très vifs, moins pourrait le supposer.
- lierre ou de leur trou de rocher et ainsi exposés brusquement en plein jour, sont houspillés (buffetés, disait-on autrefois) par les oisillons, les Corvidés, les Rapaces diurnes. La raison en est pour nous en ce qu’ils ne s’adaptent que lentement à la lumière du jour et, pendant un certain laps de temps, ne voient pas assez pour se défendre. Tous ont des bâtonnets longs, minces et nom>-breux, des cônes en nombre restreint par rapport aux diurnes, un pourpre abondant qui aurait chez l’Effraie une couleur violacée et une grande résistance à la décoloration par la lumière du jour. Tous ont également un segment antérieur plus large que celui des diurnes à volume égal du globe oculaire, qui est allongé et d’aspect télescopique. La pupille des Oiseaux est toujours ronde, étendus cependant que l’on
- Les Mammifères sont pour la plupart trop bien doués en fait de tact (poils tactiles, vibrisses), d’audition et surtout d’odorat pour que la vision joue habituellement chez eux le rôle essentiel qu’elle assume chez les Sauriens et les Oiseaux. La vision des Mammifères est surtout un sens de direction (course, bond, vie arboricole) plus que de choix alimentaire. Un très grand nombre de Mammifères de tous ordres sont actifs le jour comme la nuit, tels par exemple nos animaux domestiques, qu’ils soient herbivores ou carnivores. Il y a peu de diurnes exclusifs, inactifs la nuit. Telles sont cependant les Marmottes, qui rentrent au leri'ier à la chute du jour et s’y dirigent dans les galeries souterraines, non sans doute par la vue, mais grâce à leurs vibrisses. Leur rétine n’a que des cônes, structure que nous croyons unique chez les Mammifères.
- Parmi les Nocturnes, les Chauvesi-Souris occupent une place à part. Ce n’est pas leur œil qui les oriente dans l’obscurité, c’est le « toucher de l’air », c’est-à-dire la sensation des pressions, courants et température de l’atmosphère perçue par les membranes alaires et faciales (Rhinolophe, Oreillard, etc.). Aveuglées, elles évitent aussi bien les obstacles que pourvues de leurs yeux (Spallanzani, Rollir nat). Dans la capture de leurs proies ailées, il est vraisemblable que l’odorat intervient.
- Chez les espèces souterraines (Bathyergue, Des-man, Talpidés, Spalax) l’œil est extrêmement petit, régressif, voit peu (Taupes) ou pas du tout (Spalax).
- Ce sont les vibrisses, la sensibilité tactile du museau, l’ouïe et l’odorat qui permettent la recherche et le choix des aliments. Dans l’obscurité souterraine absolue, la vision est supprimée, remplacée par les autres sens. Dans la demi-obscurité crépusculaire et nocturne, la vision est au contraire sensibilisée, aidée en outre par l’ouïe (Oiseaux) et surtout par l’odorat (Mammifères). Parmi ces derniers, des globes oculaires analogues à ceux des Reptiles ou des Oiseaux de nuit ne se rencontrent guère que chez les Primates inférieurs, les Lémuriens ou faux singes, dont la plupart sont des nocturnes, quelques-uns à l’extrême. Chez le Tarsier (des Moluques), long de i4 à 16 cm, l’œil est aussi gros que celui d’un Lapin, la pupille est ronde, l’animal extrêmement photophobe. Le Cheiromys (de Madagascar) ou aye-aye, le Lori grêle, sont également des Lémuriens à gros yeux de Hibou, et tout à fait nocturnes. L’anatomie de leur œil, leur pourpre ne sont qu’impar-faitement connus. Parmi les vrais Singes, le Nyctipithecus douroucouli a également de très gros yeux et serait le plus photophobe de tous les Mammifères, le plus adapté à la vision nocturne. La plupart des autres Singes ont des yeux conformés comme ceux de l’Homme et comme lui sont diurnes.
- Le Tapis. — Les Sélaciens et un grand nombre de Mammifères (Carnivores, Cétacés, les grands Herbivores, etc...) ont au fond de l’œil une surface réfléchissante sur laquelle la rétine est directement appliquée sans interposition de pigment et qui, dans la demi-obscurité reflète la lumière extérieure en l’irisant de diverses couleurs. C’est ce que l’on peut observer chez le
- Fig. 6. — Phreatobius cisternarum, poisson cavernicole aveugle.
- Œil régressif d’un peu plus d’un dixième de millimètre. On reconnaît l’épithélium pigmentaire de la rétine, mais l’iris, le cristallin, le vitré ont perdu toute différenciation et ne peuvent plus être identifiés
- (d’après M. Reichel).
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- Chat, le Chien, le Cheval, etc. (fig. 4). On pourrait croire que ce tapis réfléchissant' favorise la vision nocturne. Mais il faut remarquer son absence chez les mieux doués en vision nocturne, les Ducs et Chouettes, et sa présence chez beaucoup d’animaux qui ne craignent pas le soleil éclatant, tels que le Chien, le Cheval, le Bœuf, etc. Le tapis des Sélaciens qui est d’éclat variable et peut être masqué par des expansions de pigment mélanique fonctionne autrement que celui des Mammifères.
- Les Poissons. — Leur orientation dans l’eau est à certains égards comparable à celle du Chien dans l’air atmosphérique. Le quadrupède est renseigné par son nez sur la présence de tout objet odorant, jusqu’à une assez grande distance. Il va ainsi vers le gibier, vers son maître, etc... Pendant le jour, la vision précise et accélère sa direction. De même le Poisson dans l’eau grâce aux bourgeons sensoriels cutanés surtout nombreux sur le museau et la tête, goûte toutes les substances sapides dissoutes dans l’eau qui l’entoure et que lui portent les courants. Il peut ainsi se diriger vers leur point d’origine. Dans l’eau claire et éclairée, scs yeux peuvent jouer un rôle prépondérant, c’est le cas de la Truite sautant sur le Moucheron. Dans l’eau trouble ou obscure, le Poisson se dirige vraisemblablement par le sens rhéotactique c’est-à-dire par la sensation des courants qui fuient, dans la nage, tout le long de son corps et que lui révèlent les organes sensoriels de sa ligne latérale. Le goûter de l’eau et le toucher de l’eau (cette dernière et excellente expression est de Kipling) paraissent être les sensations directrices des Poissons, surtout dans les milieux privés de lumière.
- Leur vision est donc en bien des circonstances, remplacée dans ses fonctions, suppléée par d’autres sens. Elle ne maintient plus son organe en forme. Cela, vraisemblablement, explique les anomalies et bizarreries des modifications de l’œil chez les Poissons des abîmes et des cavernes. Sans doute Brauer y a constaté la présence exclusive de bâtonnets, mais-au delà de
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- celle modification fondamentale la morphologie de ces yeux est souvent déconcertante.
- On trouve parmi les Poissons des grandes profondeurs quelques espèces dont l’œil a subi une transformation de même ordre que celle des Sauriens et des Oiseaux nocturnes : énorme segment antérieur, allongement télescopique du globe (fig. 5), rétine limitée au pôle postérieur. Ils ont souvent de gros yeux, mais souvent aussi des yeux atrophiés et inutiles, tels qu’on les rencontre très fréquemment chez les Poissons cavernicoles (fig. 6). Mais on en trouve aussi chez d’autres espèces qui habitent le milieu ordinaire, semi-éelairé. Il y a en effet des aveugles en surface. Leur vie est rendue possible par les particularités du milieu aquatique (plancton, etc...) et la multiplicité des sens qui leur permettent de choisir leur nourriture.
- Quand les conditions physico-chimiques deviennent anormales (déficience de lumière, etc...) elles font dévier le développement de l’œil comme celui de divers autres organes sans que la fonction oculaire, suppléée par les organes tactiles et gustatifs, puisse intervenir pour maintenir l’œil dans son intégrité fonctionnelle.
- L’œil en se dilatant (gros œil des Nocturnes) et en se sensibilisant (bâtonnets et pourpre) permet l’existence dans les milieux semi-éclairés et le nycthémère est ainsi à peu près franchi. Mais la vie va bien au delà. Quelles que soient les causes de la régression de leur œil et de leur cécité, les Vertébrés aveugles trouvent à subsister les uns comme parasites dans le milieu nutritif d’un hôte (myxines chez les Poissons), les autres dans un plancton marin ou d’eau douce ou dans des milieux hypogés, riches en vie animale et végétale, où les sens de contact (toucher et goût) remplacent les sens de distance (ouïe et vue), l’odorat gardant toujours sa valeur cynégétique.
- Ainsi la vie, principe enragé, pénètre et persiste aux dernières limites de l’habitable.
- Dr A. Rociîon-Duvigneatjd, de l’Académie de Médecine.
- Fractures
- Quand un homme se casse une jambe, on remet les fragments en place du mieux qu’il se peut et on fixe la jambe dans une. gangue de plâtre qui l’immobilise pendant des semaines. Quand l’os s’est ressoudé, on retire le plâtre et on constate que les muscles immobilisés se sont atrophiés ; il faut plusieurs mois de convalescence avant que le blessé ne soit capable de marcher normalement.
- Et cependant, il ne semble guère possible de traiter une fractura autrement. Une fois les deux fragments d’os remis en contact en bonne position, on ne peut que chercher à les immobiliser afin qu’ils se ressoudent convenablement.
- Mais pour ce faire, est-il vraiment nécessaire de plâtrer le membre ?
- On a dans les vingt dernières années essayé divers autres procédés.
- Dans certaines fractures du membre inférieur, on se contente souvent de mettre le blessé au lit et de lui maintenir la jambe allongée en fixant sur son pied un lien qui se réfléchit sur une poulie et se termine par un poids de quelques kilogrammes.
- On évite le plâtre, mais pas l’immobilisation.
- On a essayé aussi des appareillages métalliques, qui étaient au début assez compliqués.
- Les perfectionnements apportés à cette méthode déjà ancienne semblent indiquer qu’en Amérique tout au moins on s’éloignerait du vieil appareil plâtré.
- On se sert d’une attelle métallique, qui est fixée par des clous
- en acier inoxydable qui pénètrent l’os au-dessus et au-dessous de la fracture.
- Un tel procédé maintient l’os en immobilisation et pendant la période nécessaire à la soudure des deux fragments, la barre de métal remplace l’os. En cas de fracture du membre inférieur, la marche devient possible quelques jours après la fixation de l’ap-parcil. Un marin américain fut photographié portant une valise de 20 kg 24 h après que sa fracture du bras avait été appareillée.
- Les fractures.de la mâchoire inférieure bénéficient grandement de l’application de cette méthode. Les anciens procédés donnaient en général des résultats satisfaisants, mais ils avaient un inconvénient, le blessé ne pouvait à peu près pas ouvrir la bouche. S’il s’agissait de marins sujets au mal de mer, ce pouvait être l’occasion d’une catastrophe. Que faire quand on se met à vomir et qu’on ne peut ouvrir la mâchoire fixée par un appareil ? Pour éviter aux marins de mourir asphyxiés, il fallait leur confier une pince pour couper leur appareil s’ils étaient saisis d’une brusque envie de vomir.
- Avec une barre de métal fixée contre l’os, le blessé peut ouvrir la bouche et manger presque dès le début.
- Ces attelles métalliques ont été utilisées très largement sur l’animal. En fait, on les a même d’abord expérimentées là ; car on se trouve en présence de difficultés inconnues chez l’homme. L’animal arrache les pansements, ne supporte pas les plâtrages et peut difficilement être maintenu immobile.
- Dr G. Mouchot.
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- GOODYEAR ET LA VULCANISATION
- Charles Goodyear, citoyen américain, a découvert voici un peu plus de cent ans, la vulcanisation sans laquelle l’automobile n’aurait pu prendre le développement fantastique auquel nous assistons.
- Rappelons d’abord brièvement, ce qu’est le caoutchouc et quels furent ses premiers usages.
- Le cahuchu était connu des Indiens du Pérou dès le quatorzième siècle. Christophe Colomb et ses compagnons avaient remarqué que les naturels des régions découvertes portaient des chaussures et vêtements imperméables, mais fort grossiers et présentant le grave défaut de l’adhésivité, se collant fortement aux objets voisins. Ils confectionnaient, aussi, des bouteilles pour le transport des liquides.
- Dès 1536, Fernandez d’Oviedo et d’autres auteurs décrivirent le latex, suc découlant des « hévéas » par incision (analogue au gemmage des pins dans les Landes), la récolte du caoutchouc, et ses emplois.
- Environ les années 1736, La Conda-mine et Bouguer, envoyés en mission au Pérou pour mesurer le renflement de la terre, et François Fresneau envoyèrent des échantillons de ce corps en France. Quelques applications timides furent tentées.
- Le célèbre chimiste anglais Priestley l’étudia du point de vue scientifique, et en recommanda l’usage pour effacer le crayon, d’où le nom longtemps conservé de India rubber, effaceur indien.
- En divers pays, en France, en Angleterre, on réalisa certaines fabrications : jarretières, tuyaux, blagues, poupées, vêtements.... Mais le grand défaut persistait et limitait singulièrement les usages du caoutchouc : il était plastique, tel l’argile, mais il n’était pas élastique, et surtout il présentait une très fâcheuse adhésivité.
- Et voici Charles Goodyear, qui va trouver la solution du problème. Industriel américain, il était né à New-Haven, dans le Connecticut, le 29 décembre 1800 (il mourut à New-York le 1er juin 1860). Il s’associa d’abord avec son frère pour fabriquer des machines agricoles. L’entreprise fit faillite en 1830.
- Après cette déconvenue, il s’occupa de l’industrie — alors à ses tout premiers débuts — du caoutchouc. Il s’attaqua au problème de l’adhésivité. A la vérité, quelques industriels avaient bien remarqué que, travaillé à chaud, le latex perdait de son adhésivité, mais ils procédaient plutôt par empirisme.
- Goodyear, esprit éminemment observateur, allait faire une découverte sensationnelle. Il s’acharnait à trouver, par le raisonnement, un corps qui, incorporé au caoutchouc, lui enlèverait son adhésivité et lui donnerait l’élasticité. D’autre part, il savait que le chauffage du latex devait conduire à la solution.
- Il essaya une foule de substances neutres, inertes, qu’il mélangeait au caoutchouc. Un jour, il prit de la fleur de soufre et il soumit le mélange, dûment brassé, à une température assez élevée, nettement supérieure à 100°.
- O surprise inespérée ! Goodyear obtint un produit élastique aux températures courantes, indéformable, inattaquable par les dissol-
- vants ordinaires, alors que le latex sans aucune incorporation restait plastique, poisseux à la chaleur et cassant au froid.
- En somme il avait obtenu ce résultat : faire une boule avec la glu, y incorporer une matière étrangère, chauffer le tout et avoir une balle, propre, maniable, rebondissante.
- Cette découverte devait provoquer une révolution considérable dans l’industrie du caoutchouc. Et le nom de Charles Goodyear reste attaché à cette invention : la vulcanisation. Cette opération consiste à chauffer à plus de 110° le latex auquel on a incorporé
- une proportion de soufre allant de 6 à 10 pour 100.
- La découverte de Goodyear lui valut la grande médaille d’or à l'exposition de Paris en 1867. Napoléon IIÏ tint à le féliciter et lui donna la Légion d’Honneur.
- La théorie de la vulcanisation du caoutchouc a été donnée, aux premières années de ce siècle, par le savant Cari Otto Weber. Pour lui, on se trouve devant le phénomène suivant : le carbure d’hydrogène du caoutchouc, le poly-prène, se combine avec le soufre, sans dégagement d'acide sulfhydrique. La vulcanisation est un phénomène d’addition (!).
- Il est clair que les proportions diverses de soufre et le degré variable de « cuisson » selon le langage des techniciens, donnent des produits assez différents les uns des autres, allant de la feuille souple à l’ébonile, très dure.
- Suivant certains biographes, Char’es Goodyear aurait réalisé une fortune très importante, selon d’autres il serait mort dans une situation précaire.
- A une époque où le caoutchouc a prie une importance inouïe dans la vie économique, il était bon de rappeler le nom de l’homme qui a découvert la vulcanisation.
- Amédée Fayol.
- 1. Le Caoutchouc, par Amédée Fayol. Librairie Polytechnique Béranger,. 15, rue des Saints-Pères, Paris.
- Les expériences de la bombe atomique.
- On apprend de New-York que les navires qui serviront aux expériences de la bombe atomique dans l’atoll de Bikini (Océan Pacifique) n’abriteront que des chèvres, des moutons et des porcs. Grâce à cette mesure, on pourra constater les effets biologiques de» l’explosion, de la chaleur, de la lumière et de la radio-activité-de la bombe sur des êtres vivants et calculer ainsi ceux qu’éprouveraient des personnes humaines.
- Le premier essai prendra place entre le 7 et le 15 mai. L’évacuation des 167 indigènes de l’ilot a commencé le 1er mars et est. conduite par la marine de guerre américaine. La population, qui emporte tous ses biens, y compris les animaux domestiques, a*, choisi comme résidence File inhabitée de Rongerick, qui fait partie de l’archipel des Marshall.
- Fig. 1. — Charles Goodyear, d’après .un portrait à l’huile.
- V. F.
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- Le botulisme pendant
- Le botulisme est une maladie très rare en France, heureusement, parce qu’elle est généralement fort grave ; on l’observe parfois en Europe centrale et orientale et aux États-Unis. Elle est causée le plus souvent par des conserves, surtout celles de porc, insuffisamment stérilisées, dans lesquelles le bacille botulique, très résistant, n’a pas été tué. Ce bacille sécrète une toxine qui agit tantôt d’une manière très rapide, tantôt avec plus de lenteur, après 3 à 5 jours d’incubation ; elle finit, dans les cas sévères, par causer la mort par arrêt respiratoire.
- On traite maintenant les botuliques par la sérothérapie spécifique, l’anatoxine préparée à partir de cultures du microbe, à laquelle on ajoute, quand la respiration risque d’être bloquée, la respiration artificielle dans un poumon d’acier pendant dix à quinze jours, le temps de permettre l’élimination et la neutralisation do la toxine.
- Le Dr R. Legroux, de l’Institut Pasteur, qui était chargé de la préparation des sérums et des anatoxines, a pu ainsi avoir connaissance des cas survenus en France pendant l’occupation allemande et il vient, avec ses collaborateurs, Mme C. Jéramec et M. J.-C. Levaditi, de publier ses constatations dans le Bulletin de l’Académie de Médecine.
- Alors que dans les quatre années précédant la guerre, il n’avait eu à diagnostiquer que 3 foyers de botulisme, il en a relevé 417 pendant les quatre années d’occupation, chacun ayant touché de 2 à 10 personnes. Il a en outre reçu dans son' laboratoire plus d’une centaine de malades légèrement atteints. 203 analyses microbiologiques d'aliments suspects ont permis de trouver le microbe dangereux ; elles se répartissent ainsi :
- l'occupation
- 103 jambons salés et fumés ou saumurés ;
- 24 conserves de viande dont 10 de porc, 4 de veau, 4 d’oie, 3 de lapin, 2 de poisson, 1 de canard ;
- 6 conserves de légumes, dont 2 d’épinards et de haricots verts,
- 1 de flageolets, 1 de pois, 1 d’asperges ;
- 12 pâtés en terrines de porc, de veau ou de lapin ;
- 203 autres foyers de botulisme dont les aliments ingérés ont pu être connus, mais non analysés, ont été causés par du porc pour une très grande part. Au total, 93 pour 100 des Cas connus avaient pour origine la viande de porc.
- Les cas les plus graves, souvent mortels furent dus à l’ingestion de conserves non réchauffées d’aliments riches en eau : légumes et viandes en ragoût ou en gelée. Au total, les accidents furent moins graves que d’habitude puisqu’on ne compta que lb morts pour 1 000 malades, alors qu’aux États-Unis, la mortalité atteint. 50 pour 100.
- Ce développement du botulisme en France est dû à la pénurie .des conserves alimentaires industrielles, toujours correctement stérilisées, auxquelles beaucoup se sont efforcés de suppléer en préparant eux-mêmes des conserves familiales, insuffisamment ébouillantées. En tous cas, il suffit de réchauffer les contenus des boîtes au-dessus de 70° pour détruire la toxine botulique sinon le microbe lui-même et diminuer la violence des accidents. Et mieux encore, il est sage de porter les produits de conserves incertaines à l’ébullition pour éviter toute inquiétude ; cette cuisson doit être assez’ longue ou porter sur des morceaux assez petits pour que toute la masse ait sûrement atteint la température de stérilisation.
- « ’v»
- Les Livres nouveaux
- La pépinière, par Michel Ebel. 2e édition. 1 vol. in-16, 323 p., 100 fig. La Maison rustique, Paris, 1945.
- Après tant de destructions, il y a beaucoup à replanter d’arbres fruitiers, forestiers et d’ornement. L’art du pépiniériste est à développer et il paie. Voici un guide, écrit par un maître ouvrier, qui apprend tout ce qu’il faut savoir : préparation du sol, semis, marcottes, boutures, greffes, conduite des arbres, replantation, soins spéciaux aux diverses espèces, et jusqu’à l’arrachage, l’emballage, l’expédition des nouveaux plants. Un coin de chaque domaine doit être transformé en pépinière, pour remplacer les bois coupés, améliorer et augmenter la production des fruits, embellir les jardins et les parcs.
- A travers toundras et glaciers, par V. Ro-manovsky. 1 vol. in-8 , 209 p., 42 fig., 40 photos hors textes, 2 cartes. Collection « Voyages et aventures ». Susse, Paris, 1945.
- Au cours d’un voyage d’études au Spitz-berg, notre collaborateur a parcouru la dernière île habitable en allant vers lè pôle nord, observé ses paysages grandioses et changeants, chassé, pêché et surtout regardé les animaux des glaces, prospecté les montagnes, vécu avec les rares habitants. Il conte son séjour, ses aventures et ses rencontres avec un allant et un charme qui donneront à bien des jeunes l’envie de le suivre.
- Technique des produits de beauté, par R. M. Gattefossé et Dr H. Jonquières. 1 vol. in-S, 229 p. Girardot et Cie, Paris, 1946.
- Les auteurs rappellent d’abord que la cosmétique est vieille comme le monde et plus nécessaire aujourd’hui que jamais. Ils la veulent scientifique et pour cela étudient d’abord la peau et notamment son pli. Puis ils examinent les produits de beauté aux points de vue physique et chimique, suivent leur fabrication et terminent par un chapitre de dermatologie esthétique où ils introduisent les vitamines et les hormones. Ils pensent qu'on aboutira ainsi à la beauté par la santé.
- Optique physiologique, par Yves Le Grand. Tome I. La dioptrique de l’œil et sa correction. 1 vol. in-8°, 356 p., 105 fig. Éditions de la Revue d’Optique, Paris, 1946.
- Médecins ophtalmologistes, opticiens-lunetiers ont besoin de connaître l’œil, la vision, ses défauts. L’auteur enseigne à l’Institut d’Optique les bases physiques nécessaires. Dans ce premier volume, il traite de l’œil humain, de la formation des images, de l’accommodation, des verres correcteurs ; puis il passe à l’œil en mouvement et aux deux yeux qui donnent la vision du relief. Il décrit les méthodes et les appareils d’examen : optomètres, ophtalmoscopes, et termine en indiquant une série d’exercices d’applications.
- L’analyse immédiate des bois, par LÉVY-
- Hulot. 1 vol. in-S°, 229 p., 23 fig. Masson et Cie. Paris, 1946.
- La chimie du bois prend une importance de plus en plus grande, elle intéresse de nombreuses industries. La séparation des constituants est des plus délicates, la définition et les caractères de ces principes immédiats sont encore imprécis ; il en résulte une grande confusion dans les méthodes d’analyse. L’auteur donne, dans cet ouvrage, une excellente monographie de ces méthodes et les soumet à une critique serrée très objective. Il y joint une bibliographie bien sélectionnée. C’est un excellent guide pour ceux qui sont intéressés aux questions qui relèvent des emplois chimiques du bois.
- Baroud en Italie, par Pierre Hugot. 1 vol.
- in-16, 155 p. Flammarion, Paris, 1945.
- L’histoire de cette guerre s’écrira avec les documents officiels, mais aussi avec les souvenirs des combattants. Celui-ci a vécu la campagne d’Italie : débarquement à Naples, bataille de Pontecorvo, prise de Tivoli, entrée à Rome, avance en Toscane ; il a noté ce qu’il a vu sans prétention, sans considérations militaires, et son témoignage sur les contrastes de la rude bataille et de l’accueil du peuple italien, aimable, empressé, plus qu’ardent et sincère est très vivant, pittoresque et amusant.
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- LE CIEL EN AVRIL 1946
- SOLEIL : Du lor ' au 30 sa déclinaison passe de + 4°25’ à + 14°4Ô' ; la durée dû jour à Paris, augmente de 12H8m à 14h27m. — LUNE : Phases : N. L. le 2 à 4h37m, P. Q. le 8 à 20Hm,:P. L. le 16 à 10h47n\ D.Q. le 24 à 15h18m ; périgée le 3 à 22h, apogée le 19 à 13L. Principales occultations : le 6, de n Taureau (om,l) ém. 19h59m,0 ; le 20, do w OphinChus (4m6) ém. lh2Gm,7 ; le 21, de b Ophinchus (4m,3) im. 2h43m,4, ém. 3h38m,5 (heures p. Paris). Principales'conjonctions : le 8, 19h, avec Saturne, à 2°6' N. ; le 9, 7h, avec Mars, à 0°12' N. ; le 16, lh, avec Jupiter, à 3°7' N. — PLANÈTES : Mercure, visible le matin à partir du 17 ou 18, en élongation le 23 à 27°12' W. du Soleil, diam. ce jour : 8" ; Vénus devient visible le soir dans le crépuscule, diam. augmentant de 10",3 à 10",9. Mars, dans les Gémeaux, en quad. E. le 18, est visible première moitié de la nuit diam. diminuant de 8" à 6",5. Jupiter, dans la Vierge (au N.-E. de l’Epi) en opp. le 13, est visible toute la nuit, diam. 41 "3. Saturne, dans les Gémeaux,
- en quad. E. le 8, est visible première moitié de la nuit, diam. le 19 : globe 15",4, anneau gr. axe 41",1, petit axe 16",8. Uranus, dans le Taureau est visible première moitié de la nuit. Neptune, dans la Vierge, est visible toute la nuit. •— LUMIÈRE ZODIACALE : Le soir à l’W. après le crépuscule et en l’absence de la Lune : visibilité du 1er au 4 et du 22 à la fin. du mois. — ÉTOILES PILANTES : Du 19 au 22. Lyrides, radiant vers 104 Hercule. — ÉTOILES VARIABLES : Minima observables d’Algol : le 16 à 1*32™, le 18 à 22*22™, le 21 à 19*10™. — ÉTOILE POLAIRE : Passage inférieur au méridien de Paris : le 1er à lh0m25s, le 11 à 0*21™4S, le 16 à 0*1™24S et à 23*57™28s, le 21 à 23*37™50s.
- (Heures données en temps universel ; tenir compte des modifications introduites par l’heure en usage à la date de l’observation).
- L. Il CD AUX.
- COURS ET CONFÉRENCES A PARIS PETITES ANNONCES
- La ligne : 30 fr. Abonnés : 20 fr.
- LUNDI l°r AVRIL. Journées « Science et Technique » (5, av. Friedland) : 20 h. 30. M. Couffignal : « Matériel de calcul mécanique ». — Maison de la Chimie : 18 h. M. TnÉRY : « La transmission par engrenages ». — Observatoire de la Société astronomique de France : 20 h. 30. M. Ch. Bertaud : « Les supernovæ dans notre galaxie ».
- MARDI 2 AVRIL. Société des Ingénieurs de l’Automobile (5,' av. Friedland) : 17 h. M. Jouve : « Nouveaux procédés de montage des véhicules automobiles ». Procédés modernes d’assemblage des carrosseries. — Institut technique du Bâtiment (Salle du Musée de l’Homme, Palais de Chaillot) : 17 h. 30, M. Per-îun : « Études des vibrations des constructions métalliques et détermination préalable dos zones critiques ».
- MERCREDI 3 AVRIL. Maison de la Chimie : 18 h. M. Pensa : « Progrès récents dans la technique du vide ».
- JEUDI 4 AVRIL. Société des Ingénieurs de l’Automobile (5, av. Friedland) : 17 h.
- « Étude des tendances actuelles de la construction des voitures ». — Maison de la Chimie : 18 h. M. Genevois : « Microanalyse par titano-métrie directe et indirecte ». — Observatoire de la Société astronomique de France : 20 h. 30. Cours d’astronomie populaire. M. André IIamon : « Les étoiles, classes spectrales, étoiles doubles, étoiles variables, novæ ».
- VENDREDI 5 ÀVRIL. Maison de la Chimie : 18 h. M. Y. Letort : « L’industrie céramique aux États-Unis ».'
- SAMEDI 6 AVRIL. Palais de la Découverte : 15 h. M110 Yvette Cauchois : « Quelques applications de la spectrochimie dés rayons X »,
- Demandes de Renseignements.
- Il est rappelé que La Nature répond dans toute la mesure possible aux demandes de renseignements scientifiques et techniques que lui adressent ses abonnés. Joindre un timbre-poste pour la réponse.
- LUNDI 8 AVRIL. Journées « Science et Technique » (5, av. Friedland) : 20 h. 30. M. M. de Broglie : « La structure de l’atome et la suite naturelle des éléments ». — Maison de la Chimie : 18 h. M. Moine : « Transformateurs et variateurs de vitesse mécaniques «. — Observatoire de la Société astronomique de France : 20 h. 30. M. J. Bernard : « Les occultations, applications à l’étude de la Lune ».
- MARDI 9 AVRIL. Société des Ingénieurs de l’Automobile (5, av. Friedland) : 17 h. M. Jean Boy : « Moissonneuses, batteuses, automotrices ». — Institut technique du Bâtiment : 17 h. 30. M. Esquillan : « Récupération d’ouvrages d’art en béton partiellement détruits ».
- MERCREDI 10 AVRIL. Institut français du Caoutchouc : 18 h. 30. M. R. Schmitt : « Problèmes posés par la fabrication de l’ébo-nite ». — Société mathématique de France
- (Institut H. Poincaré, 11, rue Pierre-Curie, amphithéâtre Ilermite) : 17 h. 30. M. J. Fayard : « Corps convexes ».
- JEUDI 11 AVRIL. Maison de la Chimie :
- 18 h. M. Genevois : « Le dosage de la vitamine G et des substances réductrices ». — Observatoire de la Société astronomique de France : 20 h. 30. M. IIamon : « Nébuleuses ; amas stellaires. La galaxie ; les Univers-îles. L’Univers est-il infini P L’expansion do l’Univers et les théories modernes sur son évolution ».
- VENDREDI 12 AVRIL. Société des Ingénieurs de l’Automobile (5, av. Friedland) :
- 17 h. : « La dynamo : caractéristiques générales. Examen des différents systèmes de régulation. Le dynamoteür ». .;— Maison de la Chimie : 18 h. M. Brémond : « Principales méthodes d’essais des matériaux céramiques ».
- LUNDI 15 AVRIL. Maison de la Chimie :
- 18 h. JL Fleury : « Embrayages et limitateurs de couples ». — Observatoire de la Société astronomique de France : 20 h. 30. M. Couder : « La photographie astronomique. Clarté instrumentale ; limite de résolution ».
- MARDI 16 AVRIL. Institut technique du Bâtiment : 17 h. 30. M. Maisonneuve : « La lumière fluorescente au service de l’architecte ».
- JEUDI 18 AVRIL. Observatoire de la Société astronomique de France.: 20 h. 30.
- M. IIamon : « Les observatoires ; lunettes équatoriales et méridiennes, astronomie de position ' : le blink-microscope et les appareils de laboratoire ».
- LABORATOIRE de Recherches et d’Analyses, Chimie, Bactériologie, Biologie, Œnologie, à céder. Ëcr. : La Nature, n° 128.
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- Le gérant : G. Masson. — masson et cle éditeurs, paris. — dépôt légal : 2e trimestre 1946, n° 288. BARNÉOUD FRÈRES ET Cie IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° N° 4a6. — 4-1946.
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- ïUn>4£ldora^jf/\\en Afrique orientale, par V. FORBIN
- Leïffpjcogr§js> Récents de la verrerie, par E. LEMAIRE de Rabat, par le Dr H. V. VALLOIS . &,pain de sucre de betterave, par A. FAYOL. textile, par L. PERRUCHE........................................
- SOMMAIRE
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- Modèle réduit de chemin de fer électrique...............
- Les grandes neiges de la guerre 1939-1945 et de l’hiver
- 1945-1946, par J. BOURGEOIS...........................
- Les livres nouveaux.....................................
- Cours et conférences à Paris............................
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- UN ELDORADO
- EN AFRIQUE ORIENTALE
- Fig. 1. — Paysage typique du Tanganyika.
- N° 31 10 15 Avril 1946
- Le Numéro 15 francs
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- Dès l’ouverture des hostilités eu Europe, de nombreuses équipes de prospecteurs et de géologues, à la recherche de minéraux rares indispensables aux industries de guerre, sc répandirent dans des régions de l’Afrique Orientale dont leur insalubrité avait repoussé jusqu’alors toutes tentatives d’exploration scientifique. Ces aires forment une sorte d’unité géographique, aussi vaste que les Etats-Unis, connue depuis peu sous le nom de Capricorn Africa, du fait qu’elle s’étend presque en entier entre le tropique de ce nom et l’équateur.
- On soupçonnait, dès le début de ce siècle, qu’elle était hautement minéralisée; on en eut bientôt des preuves presque directes, quand des régions limitrophes plus accessibles commencèrent à développer leurs richesses minières. Le Tanganyika, ancienne colonie allemande, produisait en quantités industrielles de l’or, des diamants, de l’étain, du mica, des phosphates cl un peu de tungstène.
- La Ithodésie septentrionale ne tardait pas à devenir un gros producteur de cuivre, de cobalt, de vanadium, de zinc, d’or, d’argent, de plomb, de manganèse, de mica. De 1890 à 1989, la Rhodésie méridionale produisait une quantité de métaux (surtout de l’or) pour la valeur de i55 203 091 livres sterling; elle exploite des gisements de houille, de chrome et d’amiante.
- Quant au Congo belge, ceux de ses territoires que l’on peut rattacher géographiquement à a Capricorn Africa » sont devenus célèbres avec leur grosse production de cuivre, de diamants, d’or, d’argent, d’uranium, d’étain, de cobalt et de fer.
- Tous les minéraux que nous venons de nommer et quelques autres existent sur le territoire envisagé. Il ne jouit pas de l’unité pohtique : l’Empire britannique, le Congo belge et l’Afrique orientale portugaise s’en partagent la souveraineté. Mais les promoteurs du plan d’exploitation de ce pays aux fabuleuses richesses estiment qu’il n’y a pas là une difficulté insoluble.
- L’absence totale de routes n’est pas
- faite pour les décourager ; grâce à l’outillage moderne, la construction de chaussées n’est qu’une question de temps — et de capitaux ; et ceux-ci ne manqueront pas : on prononce le nom d’un puissant établissement financier de Londres, spécialisé dans les affaires coloniales, qui, séduit par les rapports des prospecteurs et des géologues, lancerait bientôt une société au capital de 5 millions de livres sterling pour la mise en valeur du nouvel Eldorado.
- Une circonstance plaide en faveur de l’avenir industriel de l’Afi’ique du Capricorne : elle possède dans sa partie méridionale des gisements de houille qui se classent parmi les plus riches du globe. Le charbon s’y présente par veines qui atteignent fréquemment !\o pieds d’épaisseur.
- Le plus grave obstacle que rencontreront les promoteurs est évidemment la question de salubrité : la malaria sévit partout sur l’immense territoire. Mais la guerre a vu se réaliser de notables progrès dans la lutte contre celte maladie; et les maisons d’habitation que l’on construit maintenant dans les colonies Iropicales sont si bien conditionnées que les gens de race blanche résistent mieux que jadis aux inconvénients du climat.
- Diamants en pléthore.
- C’est un fait bien connu que l’Union de l’Afrique du Sud exerce un monopole presque absolu sur l’industrie et le commerce diamantifères, n’étant concurrencée que de fort loin par quelques rivaux; pour l’année 1988, sa production s’est élevée à la valeur de 327 771 889 £, se réparlissant comme suit :
- Fig. 3. — Windhak, capitale de l’Afrique du Sud-Ouest.
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- = 115
- Cap de Bonne-Espérance .............. 232 583 417 £
- Transvaal .......... 62 249 034 £
- Orange.............. 32 969 438 £
- Les chiffres concernant la production des principaux concurrents donneront du relief à cette énumération :
- 125 665 040 fr.
- Congo belge (1939) 574 kg valant Afrique du S. - O (1938) : 37.258 carats valant .., Tanganyika (1939) valeur des d mants exportes
- Rappelons que entre les mains de poration qui, patiemment autant qu'énergiquement, a fini par réunir en un trust toutes les compagnies qui s’occupaient, dans les limites de l’Union de l’Afrique du Sud, de la recherche des diamants. Son importance politique est considérable : confondant ses intérêts avec ceux de cet organisme, l’État s’incline devant ses desiderata, qui sont pour lui des ordres, et légifère dans le sens indiqué. Par exemple, tout étranger qui
- visite la contrée doit se soumettre, à son départ, à des perquisitions policières qui ne respectent pas sa personne : si l’on trouve sur lui un diamant brut, on admet sans discussion qu il provient d’un ouvrier travaillant aux mines, d’où confiscation, lourde amende, expulsion du territoire.
- La De Beers (et le gouvernement avec elle) tremble de voir une baisse catastrophique des prix s’abattre sur le marché du diamant, et elle fait tout son possible pour la conjurer. Les membres du trust sont tenus à régler leur production dans les proportions qu’on leur impose. Il y a quelques années, des prospecteurs découvrirent que le territoire de Namaqualand, semi-désertique et ne se prêtant même pas à l’industrie pastorale, contenait de vastes gisements diamantifères d’une richesse fabuleuse. Un rush s’annonça aussitôt; les premiers arrivés ramassèrent des trésors à la main, succès qui n’eut pas de suites, le Gouvernement dépêchant une force armée qui mit l’embargo sur le territoire, devenu du jour au lendemain propriété de l’État; des peines sévères furent édictées contre les prospecteurs et les mineurs qui violeraient la consigne. Actuellement, ces champs diamantifères sont exploités sur une très petite échelle par des agents du Gouvernement.
- Ges combinaisons pour conserver aux précieux cailloux un prix artificiel résisLeront-elles au coup fatal que la politique internationale va leur porter ? La Grande-Bretagne s’est, engagée à remettre à l’UNO l’administration des anciennes colonies allemandes où elle exerce un mandat; l’Afrique du Sud-Ouest et le Tanganyika sont du nombre.
- La De Beers exerce, sur la production diamantifère du premier de ces pays, un contrôle qui n’a jamais pris la forme écrite, mais qui n’en est pas moins observé. Si l’ex-colonic allemande passait sous une autre administration, comme on pourrait le prévoir, prospecteurs et mineurs y retrouveraient leurs coudées franches, et ils ne tarderaient pas à jeter sur le marché des quantités de diamants qui provoqueraient une chute des cours.
- Les gisements de cette partie du continent noir présentent un intérêt tout particulier, non par leurs ressources que l’on dit être inépuisables, mais par l’originalité de leur constitution. Jusqu’à l’avant-veillc de la première guerre mondiale, les Alle-
- Fig. 4. — Hottentots et Herreros, indigènes de l’Afrique du Sud-Ouest.
- mands ignorèrent l’existence des précieuses gemmes sur leur nouvelle possession. De temps à autre, des Hottentots ou des Herreros ramassaient dans les sables du littoral des cailloux ronds que leurs enfants considéraient comme des jouets. Par voie d’échange, plusieurs de ccs billes échouèrent aux mains de minéralogistes britanniques qui n’hésitèrent pas à les identifier. Dès la lin des hostilités, l’exploitation s’organisa sur une grande échelle par lavage des sables.
- On ne tarda pas à remarquer que les diamants étaient beaucoup plus nombreux sur les plages après une violente tempête. Cette observation donna naissance à une théorie que rien n’est venu controuver. Les gisements de Kimberley et des parages voisins sont constitués par de larges et profonds cratères, remplis d’une terre bleue où sont disséminés les diamants. Il en serait ainsi pour les gisements de l’Afrique du Sud-Ouest, avec cette différence que leurs cratères sont immergés à une distance de la côte qu’il n’a pas encore été possible de mesurer. Les lames de fond attaquent ces dépôts, les grignotent au cours des âges, et la fureur des vagues que soulève la tempête se charge du reste : les diamants sont finalement projetés sur la plage où on les ramasse facilement à !a main, quand la mer s’est calmée.
- Il saute aux yeux que l’avenir de l’industrie diamantifère africaine dépendra de l’une ou l’autre de ces solutions : si l’Angleterre (en l’espèce le Gouvernement sud-africain) conserve le contrôle des deux centres de production du Tanganyika et de l’Afrique du Sud-Ouest, la situation reste sans changement; si ce même contrôle passe aux mains de la Société des Nations Unies, la liberté d’exploitation dans ccs deux pays amènera fatalement une surproduction qui se terminera par une baisse des cours.
- Les adversaiies de la De Beers font remarquer que l’influence américaine peut devenir prépondérante dans le sein de l’UNO; et ils rappellent, à ce propos, que le Gouvernement des États-Unis vient, en vertu des lois « antitrusts », d’engager des poursuites contre la toute-puissante corporation sud-africaine.
- Comme quoi les diamants qui, serait-on tenté de croire, sont faits exclusivement pour rehausser de leurs feux la beauté féminine, s’avisent de jouer maintenant dans la politique un rôle aussi brutal qu’inattendu. Victor Forbin.
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- LES PROGRÈS RÉCENTS DE LA VERRERIE
- La verrerie a fait plus de progrès dans ces cinquante dernières années qu'elle n’en avait fait auparavant au cours des siècles. Cependant, il y a un demi-siècle, l’art du verrier avait déjà un très beau passé et il avait atteint une quasi-perfection; mais il n’avait progressé que grâce à l’empirisme, c’est-à-dire à l’observation et à l’expéiience. Le goût et l’habileté de l’homme comptaient alors pour beaucoup ; d’aucuns affirment même que, du point de vue artistique, nous sommes encore très inférieurs aux artisans à qui, en particulier, nous devons les vitraux de nos vieilles cathédrales et que nous n’aurions pas encore réussi à égaler ; mais ce n’est pas sûr.
- Les progrès récents ont un tout autre caractère ; ils sont presque exclusivement d’origine scientifique ; ils sont dus à une meilleure connaissance de la composition chimique des verres, de leur constitution et, par suite, de leurs propriétés,
- T, P, li) T2 Température
- Fis- 1. — Les trois états du verre ; variation de la dilatation linéaire en fonction de la température.
- T, et T„, les deux points de transformation du verre ; — T1T2, palier de fusion ; — PjP,,, palier de travail du verre à l’état plastique.
- tant à l’état solide qu’à l’état fondu et plastique, état dans lequel on les « travaille » à chaud. Ils sont dus aussi au développement du machinisme provoqué par l’avènement de la grande industrie, et à la possibilité, grâce à Moissan, le rénovateur de la chimie minérale, d’obtenir, de manier, de maintenir constantes et de mesurer avec précision les hautes températures. Non seulement tous les problèmes ainsi posés par les industriels ont été résolus, mais on a pu en résoudre d’autres, perfectionner les anciens procédés de fabrication et trouver des applications nouvelles du verre assez inattendues. Aujourd’hui, on en connaît plusieurs centaines, sinon un millier; et il est certain qu’on ne s’arrêtera pas là.
- Aperçu sur la constitution des verres.
- En 1901, Léon Appert, gardien des traditions des gentilshommes-verriers d’autrefois, à qui on doit plusieurs inventions remarquables, s’exprimait ainsi : « Les nombreuses et remarquables propriétés du verre ont permis de t'utiliser pour un grand nombre d'usages, très différents souvent les uns des autres,, et ihn'est pas téméraire de supposer que, au fur et à
- mesure que ses propriétés seront mieux connues et que des moyens cle fabrication plus perfectionnés auront été inventés, le nombre s’en accroîtra ». Ces prédictions sont aujourd’hui une réalité.
- Pour fixer les idées, voici quelques-unes des acquisitions scientifiques les plus récentes sur l’état vitreux et d’où découlent les tout derniers progrès de la verrerie.
- Le verre n’est rien autre qu’une gelée dont les propriétés sont conservées ou modifiées suivant des lois connues, quand il passe de l’état plastique à l’état solide et vice versa. Il est formé de deux constituants, a et (3, l’un en suspension colloïdale dans l’autre. Il présente deux points de transformation, comme ceux qu’on rencontre dans les métaux et les alliages et qu’on détermine facilement et avec précision au moyen du dilatomè-tre P. Chevenard ; c’est-à-dire qu’à chaque point de transformation, défini par une température, toutes les constantes physiques changent brusquement.
- Les deux points de transformation, Tt et T2, limitent ce qu’on appelle le palier de fusion ou la phase plastique (fig. 1) ; ce palier doit être de 100 degrés au moins; mais les limites de température, Px et P2, entre lesquelles on peut travailler le verre {palier de travail) Q) sont beaucoup plus proches et on a toujours OPj )> OT, et OP2 <( Oï2. Elles dépendent, surtout depuis l’emploi des procédés mécaniques, de la destination du verre et de la façon de le travailler. Dans chaque cas, il faut que la variation de viscosité du Arerre en fonction de la température soit comprise aussi entre des limites très proches. Il y a toujours intérêt à ce que Px et P2 soient aussi rapprochés que possible dans les fabrications mécaniques continues car il faut alors mouler et souffler très Aile, puis démouler plus Aile encore.
- E11 général, on ne peut satisfaire à toutes ces conditions, . souvent contradictoires, que par un compromis, en modifiant la composition chimique du verre, et cela sans altérer notablement les propriétés physiques, mécaniques et chimiques exigées par l'usage qui sera fait du verre.
- Gcs explications sommaires montrent qu'aujourd’hui la verrerie est bien une industrie fondée sur la science.
- Quant aux procédés de fabrication, ils sont nombreux et A'ariés ; pour fixer les idées, nous ne citerons que les principaux. On peut travailler le verre :
- par coulage (glaces épaisses et atutcs dits coulés) ; par laminage (verre cathédrale à surface non plane, Acrrc armé et verres cle sécurité, verre strié, verre perforé);
- par moulage (gobeleterie, Arerres d’optique, « verre pilé a) ; par soufflage (bouteilles, flacons, Arerre à Autres, verre multicellulaire ou spongieux) ;
- par étirage ou extrusion en fibres textiles, en baguettes, en tubes, en ruban (ouate de verre), en nappe (verre à vitres), en billes.
- Une des conséquences de tous ces faits, c’est que la fibre de verre, par exemple, qui en moins de dix ans est deArenue l’objet d’une nouvelle industrie, est d’autant plus tenace et plus résistante à la traction que, à section égale de la fibre,
- 1. Le mot palier a été assez mal choisi car il évoque l’idée d’une horizontale, alors que C.D est une droite toujours très inclinée sur l’axe, horizontal, des températures.
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- Fig. 2. — Radeau en verre multicellulaire, ou spongieux, véritable pierre ponce artificielle. Sa densité varie de 0,3 à 0,5, selon son degré de porosité. — 3. Vaisselle incassable en verre pyrex. Les verres pyrex sont des borosilicates ; ils sont légèrement teintés en jaune brun. — 4. Plaque en ouate faite de fibres de verre feutrées. Excellent isolant thermique, pratiquement infusible et indéformable, même à une température supérieure au premier point de transformation (Tj de la figure 1). —5. Ressort hélicoïdal en verre trempé. 11 est parfaitement élastique ; il peut supporter 450 millions de fois une compression qui l’a amené au 1/5 de sa longueur initiale (Photos U.S.I.S.).
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- son diamètre est plus petit ; si ce diamètre descend à quelques millimicrons, la fibre est plus souple, plus flexible et plus résistante à toutes les actions mécaniques que les meilleures fibres végétales ou animales, d’où la possibilité de filer la fibre de verre et d’obtenir des tissus inaltérables, incombustibles, très résistants à l’usage, et qui, par surcroît, depuis peu, prennent la teinture.
- Les merveilleuses propriétés de quelques verres nouveaux.
- le rendre assez peu fragile pour que les assiettes dont se sert la troupe aux États-Unis puissent tomber sur un sol dur sans se briser ni s’ébrécher, et cela, d’une hauteur de 2,5o m (fig. 3).
- Voici une plaque de 5 cm d’épaisseur, en ouate faite de fibres de verre feutrées, qui est un excellent isolant thermique (fig. 4) ; sa face inférieure est portée à i ooo° par un bec Méker, et, sur sa face supérieure, on peut appuyer la main sans se brûler. Cette ouate est pratiquement infusible et indéformable, même si on la porte à une température supérieure au premier point de transformation, car la fibre est protégée par l’air des bulles.
- Voici maintenant quelques exemples des résultats merveilleux qu’on a obtenus et dont on ne soupçonnait même pas la possibilité il y a dix ans.
- Voici un ressort hélicoïdal, dit à boudin, en verre (fig. 5), parfaitement élastique qui, une fois comprimé, peut être réduit au x/5 de sa longueur initiale et qui la recouvre instantané-
- Fig. 6. — Ficelles élastiques, auxquelles est suspendue une escarpolette. Chaque ficelle est composée de 188 000 fibres de verre, qui ont été filées, tordues, retordues et câblées ; elle résiste à une traction de 500 kg; une ficelle de môme grosseur en chanvre de Manille ne résiste qu’à 150 kg. — 7. Étoffe fine, légère, chaude, soyeuse, incombustible et n’irritan pas la peau. Elle est obtenue en tissant des fils retordus, composés de fibres de verre qui ont été étirées à partir des billes de verre répresentées sur la figure. Chaque bille fournit 155 km de fibre de verre (Photo U.S.I.S.).
- C’est d’abord le verre multicellulaire, une véritable pierre ponce artificielle, qui diffère de la ponce naturelle en ee que l’on peut faire varier à volonté sa forme, ses dimensions, sa porosité et, par suite, sa flottabilité ; si on peut en faire des radeaux légers et solides (fig. 2), on peut aussi s’en servir pour monter des cloisons légères, incombustibles, calorifuges, arrêtant les bruits et les trépidations. Les clous qu’on y enfonce tiennent comme dans le bois. Il peut servir à fabriquer des filtres fins ou dégrossisseurs, les uns ou les autres inattaquables à volonté tantôt aux acides, tantôt aux alcalis. Sa densité peut descendre à o,3 ; elle ne dépasse jamais o,5.
- Bien que le verre ne soit pas absolument incassable, on peut
- ment si la compression cesse. On construit des ressorts de ce genre qui peuvent supporter 45o millions de fois ces alternances de déformations élastiques; et cela, sans « s’avachir », c’est-à-dire sans se dévitrifier.
- Les ficelles, très élastiques, auxquelles est suspendue l’escarpolette de la figure 6 ne comptent pas moins de 188 000 fibres ; elles résistent à une traction de 5oo kg ; une ficelle de même grosseur en chanvre de Manille, la plus tenace des fibres végétales, ne résiste qu’à i5o kg.
- Voici enfin une étoffe fine, légère, chaude, souple, soyeuse et incombustible (fig. 7), qui peut se blanchir comme le linge mais qu’il est préférable de nettoyer par le feu, « qui
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- purifie tout », comme l’amiante. Cette étoffe a été obtenue en tissant des fils retordus de fibres de verre préalablement étirées à partir des billes de verre représentées sur la figure. Ces billes doivent être homogènes, sans bulles d’air, parfaitement transparentes et calibrées. Chacune d’elles fournit i55 km de fibres !
- Corneille et Victor Hugo ont donc manqué du don de prophétie, qu’il est d’usage de reconnaître aux grands poètes, quand ils ont écrit :
- Et comme elle a l'éclat du verre,
- Elle en a la fragilité.
- De verre pour gémir, d'airain pour résister.
- Quant à Perrault, ce grand poète en prosè, il a été mieux inspiré en chaussant sa Cendrillon d’une pantoufle de verre, et non de vair comme le prétendent quelques pédants, car tout est possible dans le domaine du merveilleux; et c’est dans ce domaine que Perrault était entré et où nous sommes entrés, nous aussi, mais longtemps après lui.
- Les créateurs de la verrerie moderne.
- Les Frapçais, qu’ils aient été industriels ou hommes de science, ont pris une part importante aux derniers progrès de la verrerie. Pour ne citer que les morts, voici quelques noms : Edmond Fremy (i8i4-i8g4) ;
- Auguste Verneuil (i856-igi3), créateur des verres d’optique modernes et inventeur de la fabrication industrielle des gemmes artificielles (rubis, saphir, etc.);
- Claude Boucher, de Cognac, à qui l’on doit la première machine à fabriquer les bouteilles au moyen de l’air comprimé (1900); Léon Appert (1837-1925), déjà nommé; Lucien Delloye (1806-1938), qui créa le laboratoire de recherche de la Compagnie, aujourd’hui tricentenaire, de Saint-Gobain; Henry Le Ciiatelier (i85o-1986), qui découvrit le second point de transformation des verres; Emilio Damour (-j- 19/10); Charles Fabry (-J- 1945), qui fut l’initiateur et l’animateur de l’Institut d’Optique; Paul Bary (-j- 1944), connu pour ses recherches et scs ouvrages sur les colloïdes et sur l’état vitreux.
- A ces noms, qu’il nous soit permis d’adjoindre ceux de deux modestes artisans parisiens, d’une intelligence, d’une ingéniosité et d’une habileté remarquables,
- J. Ruelle et H. Vigreux; ils firent l’admiration de toute une génération d’hommes de laboratoire; sans s’en douter, la génération actuelle leur doit beaucoup aussi. C’était à l’époque héroïque des débuts de la physico-chimie.
- En 1913, Ruelle construisait, seul sans aucun aide, et depuis longtemps, tous les thermomètres de précision français qui étaient vendus en France ; et ils étaient loin d’être inférieurs aux thermomètres étrangers. A la suite d'une simple observation, il réussit à construire du premier coup un thermomètre à mercure à maxima et à minima qui donnait, à 1/100 de degré près, toutes les températures comprises entre — 3o° et 3oo°. Un savant allemand, qui s’était attelé au même problème, ne parvint à le résoudre, et très mal, qu'après de longues années de recherches et de tâtonnements !
- Vigreux était souffleur de verre. On pouvait lui demander un appareil nouveau, répondant aux conditions les plus difficiles et souvent, semblait-il, contradictoires; il réussissait toujours à
- le construire et vite. Il inventa ainsi de nombreux appareils, tous très commodes ; quelques-uns sont devenus classiques, comme son tube à pointes pour les distillations fractionnées ; quant aux autres, on ne les connaît que par son ouvrage (x)
- car, bien qu’il ait formé des élèves, personne n’a réussi à les construire.
- 1. Le soufflage du verre, par II. Y’igreux, chef d’atelier à la Faculté des Sciences de Paris, préface de M. Haller. Dunod, édit., Paris, 3” édition, 1930.
- Fig. 8. — L’art du verrier de « petit verre », en 1S46,
- d’après De Re metallica d’À.GnicoLA (in L’Industrie chimique en France, par P. Baud).
- A. : fistula, la « canne à souffler », en fer, emmanchée dans un tube de bois. — B : fenestrella, l’ouvreau, derrière lequel, dans le four, se trouve le « pot » de verre fondu dans lequel l’ouvrier « cueille » la « paraison » avec sa canne. — C : marmor, le bord, horizontal, de l’ouvreau, sur lequel l’ouvrier fait reposer sa canne pour réchauffer et ramollir la boule de verre qui s’est refroidie lors du soufflage de la paraison. — D : forceps, la pince avec laquelle on saisit l’objet de verre à demi façonné et encore chaud. — E : instrumenta quibus formae sunt datae,
- moules de mise en forme.
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- Fig. 9. — Une survivance ancestrale, Gene VANG, le dernier souffleur
- de verre à la bouche des États-Unis, un blowhard (souffle dur).
- (Photo Life).
- Historique de Fart du verrier jusqu'en 1900.
- L’exposé qui suit n’a pour objet que de montrer combien est ancien l’art du verrier, combien ont clé lents ses progrès jusqu’à l’époque actuelle, et aussi de signaler quelques faits peu connus qui se rattachent à nos connaissances actuelles et qui n’ont été révélés par les préhistoriens, les archéologues, les techniciens et les chimistes que depuis quelques années seulement.
- On croit encore et on enseigne même, d’après ce qu’a rapporté Pline l’Ancien, surnommé le Naturaliste (23-79), dans son Histoire naturelle, que le verre a été découvert par les Phéniciens. Avec un feu de bois ou de charbon de bois, en plein air, il est impossible d’atteindre la haute température nécessaire pour faire fondre un mélange de sable et de natron (carbonate dé sodium hydraté). Cela n’eût fourni d’ailleurs qu’un verre soluble, inutilisable. Les Phéniciens tenaient le verre des Hébreux (1) qui, eux-mêmes, le tenaient des Égyptiens et des Babyloniens, passés maîtres depuis des millénaires dans les arts du feu, notamment la céramique, si proche de la verrerie par ses émaux, glaçures et couvertes.
- Le verre n’est pas une découverte fortuite, mais une invention, et les Phéniciens n’ont pu être que des imitateurs; d’ailleurs, c’étaient des marchands, des rôuliers de la mer et non des artisans; et l’histoire ne leur reconnaît aucune autre invention.
- Pline, compilateur infatigable, a commis de nombreuses erreurs ; il a beaucoup trop écrit (37 livres !) pour ne s’être pas trompé dans quelques-unes de ses assertions. Notons qu’il est fait mention du verre plusieurs fois dans la Bible. .
- Quatre mille ans avant notre ère, les Égyptiens fabriquaient,
- 1. Les neuf premiers chiffres dits arabes sont aussi d’origine hébraïque ; leur zéro, « la plus grande invention de l’humanité », selon Lancelot Hog-ben (Les mathématiques pour tous, 1938,' Payot, éditeur) et Marcel Boll, est originaire de l’Inde.
- déjà depuis longtemps, des objets de verre admirables (Q ; à cotte époque, ils fabriquaient aussi des perles de fer à partir des météorites, où le métal est associé à des scories qui ne sont autres que des verres, comme les laitiers qui accompagnent la fusion des métaux (le fer) et les alliages (le bronze) à partir de leurs minerais. Ils ont donc pu s’inspirer de celte observation et aussi de ce que la nature fournit des roches, quelques-unes très belles comme certaines obsidiennes, qui sont aussi des verres. Il en a été de même en Mésopotamie. Et Moïse, le grand thaumaturge, n’a pu fondre le veau d’or que parce qu’il était un fin métallurgiste, formé à l’école des prêtres égyptiens, alors seuls détenteurs de la science de leur époque.
- Dans la suite, deux documents précieux nous renseignent exactement sur ce qu’était devenu l’art- du verrier et comment il était exercé à l’époque où ces ouvrages ont paru.
- Le premier est le Diversarum artium Schedula, du moine allemand Tiieopiulus (GottUeb de son vrai nom), qui vécut aux xe et xi0 siècles. C’est une sorte d’encylopcdie, riche en recettes précises, limitée cependant aux arts exercés par les moines de son ordre, notamment à la fabrication et à la cuisson des émaux et du verre peint, qui sera celui des vitraux des cathédrales du Moyen Age.
- Le second document est De Be metallica (i5/|6) d’AcxucoLA (Georg Bauer) (i4go-i555), l’ouvrage le plus célèbre de celui qui est considéré à juste titre comme le fondateur de la minéralogie, de la métallurgie et de l’art d’exploiter les mines; il mourut bourgmestre, à Chemnitz, qui est resté un grand centre métallurgique et minier. ,
- Le dessin d’Agricola (fig. 8), comme tous les dessins synthétiques qui illustreront les textes technico-scientifiques jusqu’à l’apparition des procédés photomécaniques, a l’avantage de représenter toutes les phases d’une opération ou d’une fabrication. Celui d’Agricola appelle trois remarques :
- i° L’art du verrier, à l’époque d’Agricola, ne diffère pas essentiellement de celui qui sera exercé jusqu’à l’avènement du machinisme ;
- 2° Le colporteur qu’on voit en haut, à droite, porte l’épée. C’est un gentilhomme-verrier. On sait en effet que les nobles pouvaient être maîtres-verriers sans déroger. Mais ici, il s’agit du « petit verre », verre de table, cristal (gobeleterie) ; en France, jusqu’à la Révolution, ce privilège était réservé à ceux qui faisaient le « grand verre », le verre plat, au plateau, ou verre couronne (crown glass des Anglais), c’est-à-dire l’ancien verre à vitre.
- Pour obtenir le verre au plateau, on soufflait la « paraison » (c’est-à-dire la boule de verre « cueillie » au bout de la canne à souffler en la trempant dans le verre fondu du creuset) en un ballon que l’on ouvrait face à la canne. Après réchauffage on la faisait tourner très rapidement entre les mains : sous l’action de la force centrifuge, elle prenait la forme d’un disque plat, le plateau ou couronne, d’une épaisseur décroissant progressivement du centre au bord, que l’on débitait ensuite au diamant pour en faire les éléments des verrières. On ne dépassait guère ainsi un diamètre de 3 pieds, et il restait au centre un (c nombril » inutilisable (buWs eye, œil de taureau) au point d’attache de la canne. On ne recourt plus à ce procédé que pour des fins décoratives.
- Ce procédé, qui exigeait une main-d’œuvre habile, fut remplacé par le procédé « au manchon », décrit dans tous les traités de chimie ou de technologie, qui fournit des vitres de dimensions bien plus grandes et d’une épaisseur plus régulière, mais que seuls des souffleurs vigoureux et très habiles
- 1, Les musées d’Europe et des Etats-Unis possèdent de très belles pièces en verre moulé, colorées, de l’Egypte ancienne ; la plus anciennement connue est très antérieure à la Ire Dynastie, et a donc été fabriquée 3500 ans au moins avant Jésus-Christ (Voir, à ce sujet, La Nature du 1" mai 1937, n" 3000).
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- pouvaient obtenir. Il a cédé lui-même la place aux procédés mécaniques, utilisant ou non l’air comprimé.
- Le dernier ouvrier souffleur des États-Unis, Gene Vang (flg. 9), peut être considéré comme une survivance ancestrale. Il doit d’avoir soufflé toute sa vie et jusqu’à un âge avancé à la solidité de ses poumons et à la forte musculature de ses joues. Les vieux souffleurs étaient très fiers de celle musculature et considéraient que leurs jeunes camarades leur faisaient un compliment quand ils leur donnaient le surnom de blowhard (souffle dur) ;
- 3° La canne du souffleur (fislula sur la figure 8) est courte et emmanchée dans un tube de bois. C’est une survivance aussi, celle de la canne qu’avaient imaginée les Celtes et que ni les Romains ni leurs successeurs ne surent remplacer. Ce fut beaucoup plus tard seulement qu’on sut forger de longues cannes tout en fer (jusq„u’à 3 m de longueur) Ç1). De semblables cannes sont encore en usage dans les villages lorrains pour raviver et faire flamber les feux de bois qui couvent sous la cendre. Elles remplacent le soufflet, à côté des pincettes, auprès des landiers.
- Les Romains obtenaient un verre à vitres en le coulant fondu sur une plaque de cuivre placée horizontalement. On a retrouvé de ces vitres, soit scellées dans les murs des riches habitations de Pompéi, soit enchâssées dans des cadres de bois ou de bronze. Elles sont généralement de petites dimensions, mais on en connaît une qui ne mesure pas moins de 20 x 3o cm. C’est noti'e verre cathédrale (2), translucide mais non transparent, d’aujourd’hui, arrec cette différence qu’il s’agit de verre transparent dépoli par l’action des intempéries tandis que le verre cathédrale d’aujourd’hui est translucide dès sa fabrication.
- Les Romains ont laissé aussi de très beaux vases de verre, mais dont la fabrication ressortit au trempage. A l’une des extrémités d’un tube de fer, d’un diamètre extérieur égal au
- 1. On sait aujourd’hui "que les Celtes, bien avant les Romains, étaient passés maîtres dans tous les arts du feu, émaillerie, verrerie et surtout sidérurgie, et que les Romains ne purent entreprendre la conquête des Gaules qu’après avoir adopté les armes en fer forgé des Gaulois. On doit encore aux Celtes : le tonneau, l’art de faire de bon vin et de le conserver, la paillasse, le savon. On leur doit aussi le système, de fortification en pierres sèches et on bois de charpente, quasi indestructible à l’époque, dont ils entouraient leurs oppidums. Celles dont on retrouve les restes en France portent le nom de « mur de César » ; c’est le cas à Bibracte, dans le Morvan, et au mont Sainte-Odile, en Alsace.
- 2. Ainsi appelé, parce que, au Moyen Age, un verre semblable était employé dans le montage des vitraux des cathédrales.
- Fig. 10. — Animaux et fleurs en verre translucide, destinés à décorer une fontaine en verre transparent (Sabino, maître-verrier).
- (Cliché Glaces et Verres).
- diamètre intérieur du col du vase à obtenir,, on modelait une pâte réfractaire mais friable ; pour obtenir l’épaisseur voulue on trempait ce noyau, plusieurs fois le cas échéant, dans le verre fondu; on désagrégeait le noyau puis on détachait le tube. En faisant varier la couleur et l’épaisseur des différentes couches, et aussi, par le modelage, on pouvait obtenir ainsi de très beaux effets et des dessins en relief. On cite dans ce genre, comme chef-d’œuvre des Romains, le vase dit de Portland qui est au British Muséum de Londres. Ce procédé romain ressemble beaucoup à celui du moulage des bronzes à cire perdue et à d’autres qui ont été employés il v a quelques années pour obtenir de jolis objets d’art translucides (fig. 10'). Dans quelques-uns de ces cas, il n’y a pas à se préoccuper de la « dépouille », puisque le moule, intérieur ou extérieur, est détruit. On n’édite donc qu’à un seul exemplaire, ce qui est de nature à satisfaire les snobs.
- (à suivre).
- Eugène Lemaire,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- L'homme foss
- En 1933, des travaux de mine mettaient à jour, dans une carrière des environs de Rabat, les débris d’un squelette humain fossile. Informé de cette découverte, dont il avait de suite compris la valeur, M. Marçais, géologue à l’Institut scientifique chérifien, s’efforçait de recueillir les quelques pièces qui n’avaient pas été détruites par l’explosion. Elles se réduisaient, malheureusement, à peu : des morceaux de voûte crânienne et la majeure partie des deux mâchoires, avec leurs dents. Par suite de diverses circonstances, ces vestiges, transportés à Paris, y étaient restés, jusqu’il y a peu de temps, négligés. Une note récente vient d’en montrer l’intérêt
- 1. Comptes rendus de l’Académie des Sciences, t. 221, 26 novembre 1945.
- iIe de Rabat
- Les mâchoires et les dents sont heureusement des organes où les caractères anthropologiques s’impriment avec une particulière netteté. Malgré leur petit nombre et leur état fragmentaire, les débris trouvés à Rabat sont donc susceptibles de fournir des renseignements utiles. Ils montrent d’abord que cet Homme fossile avait une face qui se projetait en avant à la manière d’un museau, caractère tout à fait primitif et qui fait défaut chez les Hommes modernes. La voûte du palais était extraordinairement développée. Son aire atteignait 35 cm2', chiffre comparable à celui des Hommes de Néanderthal : chez les Européens actuels, l’aire n’est que de 25 cm2 ; même chez les Noirs, elle ne monte qu’à 29 cm2.
- La mâchoire inférieure a une robustesse bien plus forte que
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- chez les raoes de nos jours : son épaisseur, sa hauteur, dépassent nettement celles-ci. Le caractère le plus important est l’absence de menton. On sait que cette saillie fait défaut chez les Singes ainsi que chez le Sinanthrope et l’Homme de Néan-derthal ; elle n’est encore qu’à peine accusée chez quelques races sauvages actuelles. Sur l’Homme de Rabat, non seulement elle manque, mais le côté de la mâchoire tourné vers la langue présente une obliquité identique à celle constatée chez les Hommes de Néanderthal.
- Les dents sont extraordinairement volumineuses. Si on ajoute bout à bout, en une seule rangée, toutes les dents de la mâchoire inférieure, par exemple, on obtient, sur l’Homme de Rabat, une longueur totale de i5 cm, identique à celle des Néanderthaliens. Sur les Européens modernes, la même longueur n’est que de i3 cm. Une autre constatation est que la dernière molaire, la dent de sagesse, ne présente aucune trace de réduction. Rien au contraire : alors que chez tous les Hommes actuels, et même ceux de Néanderthal, les molaires diminuent de volume d’avant en arrière, à Rabat c’est l’inverse : comme chez les Singes, c’est la dernière dent qui est la plus grosse.
- Bien d’autres caractères de la denture sont significatifs. C’est ainsi qu’en bas, les dents de’ devant forment une rangée presque transversale, au lieu de décrire une arcade comme chez nous. L’usure de leur bord tranchant se fait horizontalement, et non en biseau. Sur la plupart des dents, la couronne pro-émine en avant en un large bourrelet, qu’on appelle lé « cin-gulum ». C’est là une disposition extraordinairement primitive, qui n’a jamais encore été rencontrée chez l’Homme, même celui de Néanderthal ; il faut remonter au Sinanthrope pour la trouver.
- Certaines dents, comme les prémolaires du bas, sont encore plus curieuses : chez nous, elles présentent deux pointes très émoussées. Ici, les pointes sont bien marquées et, en dedans d’elles, la dent s’étale en un large plateau qui en double la surface. Cette particularité rappelle tout à fait le Chimpanzé. Elle est plus primitive que chez l’Homme de Néanderthal et ce n’est que chez le Sinanthrope qu’on en rencontre d’autres cas. Seconde particularité : alors que la deuxième prémolaire du bas n’a qu’une racine chez nous, à Rabat elle en a deux, comme chez les Singes.
- En définitive, toute l’étude des débris de l’Homme de Rabat montre que cet Homme fossile offre un remarquable ensemble de caractères piûmitifs dont la plupart rappellent l’Homme de Néanderthal, tandis que quelques-uns, plus archaïques encore, rappellent le Sinanthrope. L’Homme de Rabat était sans doute un Néanderthalien, mais un Néanderthalien qui avait gardé dans sa structure les marques d'ancêtres encore moins évolués.
- L’intérêt d’une telle constatation est très grand. Il est bien connu maintenant que les Hommes préhistoriques ont vécu en Afrique, qu’ils y habitaient depuis une période au moins aussi longue qu’en Europe, ce qui nous reporte à ioo ooo ans au moins avant notre ère, et qu’ils y ont développé une série d’industries dont les archéologues s’efforcent de déchiffrer le complexe enchevêtrement. Mais quels étaient' ces Hommes ? Différents gisements d’Afrique du Nord et d’Afrique orientale nous ont livré leurs représentants les plus récents, ceux de la fin de l’âge de la Pierre taillée et qui sont contemporains des Hommes du Paléolithique supérieur d’Europe. Sur ceux des époques antérieures, nous en sommes réduits à des suppositions, car les quelques restes qu’on leur a attribués ne sont en réalité pas datés du point de vue géologique.
- Dans une grotte de l’Afrique du Sud, en Rhodésie, on a trouvé, en 1921, un crâne d’aspect très primitif, et qui a la plupart des caractères de l’Homme de Néanderthal. Mais les conditions dans lesquelles il était ne permettent pas d’en préciser l’âge, et on se demande même s’il ne serait pas récent.
- En Afrique Orientale, à Kanam et à Kanjera, un préhistorien anglais a exhumé, en 1932, un crâne et une mâchoire auxquels il a assigné une très grande antiquité : il les estimait contemporains des premières périodes glaciaires de l’Europe. Les recherches ultérieures ont montré que cette détermination reposait sur une erreur.
- En 1935, on trouvait dans un bras de lac desséché, en Afrique Orientale encore, les débris extraordinairement fragmentés d’un crâne dont les caractères paraissent intermédiaires entre ceux de l’Homme de Néanderthal et du Sinanthrope, quoique sans doute plus près du dernier. L’être auquel il avait appartenu, et qu’on a nommé Africanthrope, aurait été parmi les premiers habitants de l’Afrique. Mais, là encore, on ne peut rien affirmer, car les restes osseux n’étaient pas en place dans un gisement.
- Le grand intérêt de l’Homme de Rabat, c’est que, à l’opposé des découvertes précédentes, il peut être daté géologiquement. La carrière où a été trouvé ce squelette était taillée dans une falaise de grès, dit grès de Rabat, qui s’est édifiée progressivement durant l’époque quaternaire. Haute en son point maximum de 35 m, cette falaise résulte de l’action alternée de la mer et du vent. A certains moments, des avances marines ont déposé des couches de calcaire entremêlées de débris de coquilles ; en d’autres, et après le retrait des eaux, les vents ont bâti sur le calcaire de grandes dunes dont le sable se cimentait et se durcissait pour donner naissance au grès. Un soulèvement du sol, combiné avec un abaissement ultime du niveau marin, avait finalement produit la falaise actuelle. L’Homme de Rabat se trouvait dans celle-ci, à 6 m. à peu près de profondeur au-dessous du sommet de la falaise, dans une masse de grès très dure correspondant à une ancienne dune.
- Les géologues ne sont pas absolument d’accord sur l’époque à laquelle s’est formée cette dune : certains la croient contemporaine de la dernière phase glaciaire d’Europe, celte période où les glaciers Scandinaves descendaient jusqu’à Berlin et où le glacier des Alpes arrivait tout près de Lyon. D’autres la croient un peu plus ancienne et pensent qu’elle aurait été édifiée juste avant cette phase glaciaire. Dans les deux cas, l’antiquité du squelette est très grande. Il est au moins du même âge que l’Homme de Néanderthal européen ; il est peut-être plus vieux.
- Ainsi, grâce à la découverte de M. Marçais, nous savons maintenant d’une façon certaine, que l’Homme de Néanderthal a existé en Afrique, et que son ancienneté y égale au moins celle de son congénère européen. C’est un fait d’un très grand intérêt. Pendant longtemps, l’Homme de Néanderthal n’a été connu qu’en Europe et on a pensé, un moment, qu’il était propre à cette partie du monde. On l’a découvert depuis en Palestine, en Sibérie et à Java. On l’avait trouvé en Rhodésie, nous l’avons vu, sans pouvoir en préciser l’âge. Sa mise à jour à Rabat montre qu’il a vécu au Maroc et qu’il y est très vieux. Tout ceci nous confirme dans l’idée qu’avant que l'Homo sapiens se répandît à la surface de la Terre, cette espèce humaine, très archaïque et si différente de la nôtre qu’est VHomo Neander-thalensis, l’avait précédé sur l’ancien continent. Contemporain d’animaux disparus, il avait un outillage de pierres taillées caractéristique. Il était alors le maître du sol. A-t-il existé partout en Afrique ? Et y était-il, dans ces très vieux âges, le seul représentant des premières humanités P II faut souhaiter que d’autres découvertes viennent compléter celle de Rabat et nous renseigner sur ce palpitant chapitre de la Préhistoire.
- Dr H. V. Vallois,
- Directeur
- de l’Institut de Paléontologie humaine.
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- Le premier pain de
- sucre
- de betterave
- A la suite de l’article biographique sur Benjamin Delessert Ç1), MM. Hottinguer ont eu la grande amabilité, ce dont nous les remercions ici, de nous montrer des souvenirs se rapportant à la carrière de leur arrière-grand-oncle, le manufacturier de Passy.
- Nous avons pu voir quelques vieux et curieux souvenirs du xixe siècle, pieusement conservés.
- D’abord un portrait de Delessert, tableau d’assez grandes dimensions, avec redingote et col montant de ce temps.
- Dans un coffret, un herbier, en deux fascicules, format écolier, carré, tout entier écrit soigneusement de la main de Jean-Jacques Rousseau, pour « Mademoiselle de Lessert » cousine et future femme de Benjamin Delessert. Une écriture fine et appliquée couvre de nombreuses pages, séparées, çà et là, par des chemises de papier blanc où s’insèrent fouilles et fleurs qu’il récoltait avec son élève au bois de Boulogne
- C’est ensuite une feuille portant au recto cette suscription :
- et au verso
- Pressé, très pressé A Monsieur Benj. Delessert rue Coquevin
- <( L’Empereur se rend à votre fabrique, je l’y précédé, renés y desuite.
- Chaptal
- « Ce 2 janvier à midy »
- Le tout de la main du baron Chaptal.
- Ce jour même, 2 janvier, Delessert, tremblant de joie, avait apporté à Chaptal des pains de sucre, les premiers qu’on eut
- 1. La Nature du 15 janvier 1946.
- extraits des betteraves. Chaptal les porta aussitôt à l’Empereur, aux Tuileries. Ravi, Napoléon voulut aller sur-le-champ à Passy. C’est alors que Chaptal envoya ce mot à l’industriel. Mais, malgré
- Fig. 2. — Le premier pain de sucre de betterave de 1813.
- sa hâte, quand Benjiimin Déjlesscrt arriva, il trouva les portes de sa raffinerie occupées par Tels Chasseuhis de la Garde inapériale qui lui refusèrent le passage : il se fit confiaître, il entra.: L’Empereur avait tout vu, tout admiré, et, devant les ouvriers qui l’acclamaient, il détacha la croix de la Légion d’IIonneur qu’il portait sur la poitrine et la plaça sur la redingote de Delessert.
- Et voici, enfin, la pièce la plus intéressante :
- C’est le premier pain de sucre fait à Passy avec du sucre de betterave. Sa couleur est, actuellement, marron, bis foncé. Ses dimensions égalent, à peu près, la moitié des jolis pains de sucre du siècle dernier qui étaient habillés d’un papier soie rouge et d’un papier bis plus grossier. Sur le socle en bois noir qui porte ce pain, cette inscription, du temps :
- « Sucre de betterave fabriqué dans les raffineries de Monsieur Benjamin Delessert Passy 1813 ».
- Pour ceux qu’intéressent les souvenirs du vieux Paris, il convient d’ajouter que la manufacture de sucre de Passy se trouvait sur la pente que gravissait la pittoresque sente des eaux, dit « Passage des Eaux » remplacé aujourd’hui par un banal escalier sis entre deux immeubles modernes.
- Fig. 1. — Portrait de Benjamin Delessert.
- Amédée Fayol.
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- RÉVOLUTION TEXTILE (,)
- La prodigieuse marche en avant des grandes synthèses de la chimie organique se poursuit. Les spécialistes étudient de plus en plus les molécules complexes polymérisables qui conduisent aux matières plastiques et aux textiles synthétiques.
- Dans cette dernière branche de leur activité des résultats spectaculaires ont été obtenus, il n’est pas excessif de dire que nous vivons une révolution de l’industrie textile et que la chimie des hauts polymères conduit à des produits nouveaux dont les perspectives de développement sont illimitées.
- Les textiles artificiels, en particulier les rayonnes provenant de la transformation de la cellulose naturelle ont progressivement conquis la seconde place des textiles, comme le montre le tableau suivant de la consommation américaine chiffrée en millions de livres :
- A nuées Coton Rayonne Laine Soie
- 1926. . . . 3 21S 61 343 66
- 1930. . . . 2 611 119 263 76
- 1935. . . . 2 755 259 417 62
- 1940. . . . 3 954 4S2 411 36
- 1944. . . . 4' 781 705 624 ?
- En vingt ans la consommation de rayonnes a plus que décuplé. Il semble actuellement que la rayonne à l’acétate marque un certain avantage sur la viscose.
- Fibres nouvelles.
- D’autres textiles artificiels ont commencé à se développer : les fibres de caséine : lanital, aralac, ou laines artificielles. Des produits du même type sont annoncés comme pouvant être fabriqués industriellement à partir de la caséine de soja et de l’albumine d’œuf, également avec des déchets animaux très divers : peaux, tendons de poissons, kéraUnes de toutes provenances, déchets de corne, parties dures des plumes d’oiseaux, etc., etc...
- On étudie en Angleterre la fabrication de laine d'algine, utilisant les algues marines comme malière première.
- Mais la révolution textile irritable est celle que provoque l’apparition des textiles synthétiques fabriqués de toutes pièces par les chimistes organiciens, capables maintenant de créer des molécules à longues chaînes sans le moindre recours à la vie végétale ou animale.
- L’un d’eux, le Nylon est déjà bien connu du public. Il appartient à la série des polyamides. Si l’on en croit certaines rumeurs, des produits de la même série, de chaîne molé-, culaire plus longue et de propriétés encore supérieures, pourraient paraître sur le marché.
- Les fibres dites Pé-Cé d’origine allemande et Vinyon de fabrication américaine avaient déjà fait leur apparition.
- Des renseignements recueillis en Allemagne par les Alliés, il ressort que d’autres textiles synthétiques étaient déjà fabriqués en quantités importantes par les usines de l’I. G. Farben. Us appartiennent à des types chimiques tout à fait différents, tel le Perlon qui est un amino=capro=lactame polymérisé, produit à raison de 3 5oo ooo livres annuelles. Chiffre relativement encore faible si on le compare à la production américaine de Nylon qui devait être de l’ordre de 25 ooo ooo de livres. Ces lactames résultent d’une double éthérification de deux molécules identiques de certains amino-acides.
- 1. Voir Textiles artificiels et synthétiques, pâr L. Perruche. La Nature, 15 avril 1945, p. 122.
- La fibre Pé-Cé produite par Les usines du Reich totalisait quelque 4 ooo ooo livres annuellement.
- D’autres fibres exclusivement fabriquées en Allemagne, relèvent d’une série chimique qui peut avoir dans l’avenir d’importants développements : celle des polyuréthanes. Ces corps sont obtenus par réaction d’éthers isocyaniques sur des corps hydroxydes. Leurs emplois sont multiples : en dehors des fibres, ils donnent des plastiques et peuvent servir à la préparation de cuirs artificiels, d’adhésifs, de plastiques cellulaires, etc....
- Il est bien certain que la liste des produits de synthèse pouvant être filés en textiles n’est pas close et que de surprenantes nouveautés sortiront encore des travaux des organiciens.
- Tous ccs corps peuvent donner des fils continus et ceux-ci coupés en brins fournir’des fibrannes.
- Dans l’état actuel, aucune fibre naturelle, artificielle ou synthétique ne peut supplanter toutes les autres. Elles possèdent chacune des propriétés particulières individuelles.
- Le nombre possible de mélanges de fibres peut maintenant varier à l’infini. Les distinctions simples qu’il était facile de faire autrefois permettaient une nomenclature réduite des divers types de tissus. Il est possible maintenant d’établir une gamme très étendue de produits de qualités très diverses dans laquelle il sera bien difficile de se reconnaître. Il n’v a plus non plus de frontière nette entre textile et plastique. Le nylon et bien d’autres corps à base de fibres synthétiques peuvent également donner des plastiques et sont d’emplois mixtes. C’est ainsi que l’on peut débiter les chlorures de polyvinyle en films minces continus. On a pu établir des courroies synthétiques en alcool polyvinylique. Pour les assembler, il suffit d’en plonger les extrémités dans l’eau chaude et de les presser ensemble. On obtient ainsi par soudure autogène une courroie d’excellente adhérence.
- La révolution textile ne sc borne pas à l’apparition de fibres nouvelles. D’importantes nouveautés sont à signaler également dans les techniques d’emploi.
- Nouvelles techniques de fabrication des tissus.
- De grands perfectionnements ont été apportés au matériel allemand des filatures. En contre-partie, des techniques entiè rement nouvelles ont apparu aux États-Unis qui permettent de passer directement de la fibre au tissu sans filature ni tissage.
- Voici en quoi consiste cette innovation : les fibres mélangées mécaniquement sont étendues en une nappe de quelques millimètres d’épaisseur, celle-ci passe entre des rouleaux qui la compriment à l’épaisseur désirée. Elle est alors imprégnée d’une solution de matière plastique appropriée qui fait adhérer les fibres ensemble. Des cylindres sécheurs suivent et en une seule opération sur une unique machine, le tissu est terminé.
- Celte technique évite la longue série des opérations des filatures et des tissages. Quant à la vitesse de fabrication elle est sans aucune commune mesure avec celle des procédés qu’elle tend à remplacer.
- Toutefois les produits obtenus ne peuvent prétendre se substituer aux anciens pour tous les emplois. On ne peut encore parvenir à des tissus résistants et d’usage pour draps, chemises, etc., mais les bas prix de revient assurent de larges débouchés pour tentures, tissus d’ornement, etc... Le procédé n’en est qu’à ses débuts et susceptible de perfectionnements. La mécanique peut ainsi apporter son concours à la chimie dans la révolution textile.
- Lucien Perruche, Docteur de l’Université de Paris.
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- Modèle réduit de chemin de fer électrique
- La construction de modèles réduits de chemins de fer a toujours passionné de nombreux amateurs.
- 11 y a quelques mois (*) La Nature publiait la description d’un modèle réduit de locomotive à vapeur construit par un de ses lecteurs.
- Le chemin de fer, à commandes centralisées qui est présenté aujourd’hui, a été réalisé en 1942 par M. Kuhn, Ingénieur des Travaux publics de la Ville de Paris, avec du matériel de fortune et un outillage élémentaire. Aucune pièce spéciale pour modèles réduits n’a été achetée : les rails, par exemple, sont les fers plats d’un vieux porte-bouteilles. Le rail de courant, placé latéralement, est en fil de fer galvanisé. Le moteur provient d’un essuie-glace d’automobile ; les engrenages et les roues sont des jouets « Mec-
- voies, les signaux fonctionnent en conséquence et sont visibles des deux côtés.
- Les signaux automatiques (e) sont commandés par des « barres de « contact » (/) par l’intermédiaire de relais (g) placés à leur base. Le signal de manœuvre (h) est commandé par un bouton placé sur le pupitre : le feu vert laisse le passage libre, le jaune-orangé oblige l’automotrice à ralentir, le rouge lui impose l’arrêt après ralentissement préalable. En positions d’arrêt ou de ralentissement un « crocodile » (i) actionne une sonnerie dans l’automotrice.
- La topographie des voies est reproduite sur le pupitre ; à l’emplacement des aiguilles, des manettes (j) permettent leur fonctionnement individuel, et des « boutons d’itinéraires » (Je) agis-
- Fig. 1. — L’installation complète du modèle réduit de chemin de fer électrique.
- cano ». L'habillage de l’automotrice provient du fer blanc de boites de conserves.
- Le transformateur principal (a) est. un ancien chargeur d’accus modifié ; ses redresseurs, à oxyde de cuivre, ont été utilisés pour réaliser le changement de sens de marche à distance et en même temps de la couleur des feux de position sur l’automotrice.
- Le tableau de contrôle (b) rassemble voltmètre, ampèremètre et accessoires divers utilisés autrefois dans les installations de T. S. F. d'amateurs. Le pupitre de commande (c) utilise également des accessoires anciens de T. S. F. (rhéostats, contacteurs, manettes, etc.) modifiés et adaptés aux besoins ; quelques résistances sont en mines de crayons.
- Les relais et les commandes d’aiguillages (d) ont été construits avec des bobines d’électro-aimants de sonneries diverses
- Le but recherché par M. Kuhn n’a pas été de réaliser une réduction exacte d’une automotrice existante, mais simplement de construire une machine expérimentale et des appareils variés, mécaniques ou électriques, capables de fonctionner. C’est un jouet instructif, qui permet, par exemple d’indiquer la différence existant entre les signaux automatiques et ceux de manœuvre, entre les aiguillages ordinaires et ceux à cœur mobile, etc.
- L’automotrice peut circuler dans les deux sens sur toutes les
- 1. La Nature, n° 3102 du 15 décembre 1945.
- sent, par une seule manœuvre, sur toutes les aiguilles de l’itinéraire choisi.
- L’un des aiguillages (l) est à « cœur mobile » ; il est équipé de feux indicateurs de direction avec contrôle sonore du collage des lames et feu rouge pendant la manœuvre (m)
- Le principe du contrôle lumineux des sections de voies est montré pour la partie en diagonale (n) ; sur le schéma du pupitre la voie correspondante s’éclaire en blanc lorsqu’elle est préparée et en rouge pendant tout le temps qu’elle est occupée
- L’automotrice a une longueur de 0,35 m ; elle a deux boggies, les quatre roues de l’un d’eux sont motrices ; un wagon (o) s’accroche automatiquement et se décroche sur la voie de garage, seul ou à volonté, au moyen d’une came électrique (p) commandée sur le pupitre.
- La sécurité générale est assurée par un disjoncteur construit spécialement. Les voltages varient de 4 à 12, 20, 40 et 60 volts suivant les appareils employés. Les vingt lampes de l’installation sont des ampoules ordinaires de lampes de poche ou de cadrans de T. S F.
- Le montage de l’ensemble est extrêmement rapide et ne demande pas 5 mn. Les voies se séparent en 9 parties ; tous les contacts électriques d’aiguilles, de signaux, etc., s’établissent eux-mêmes pendant le montage. L’installation complète tient sur une table courante à rallonges de 2,40 m sur 0,90 m. Un enfant de 4 ans peut utiliser le pupitre de commande. Cet ensemble a été exposé à Paris en 1943 et au début de 1946.
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- Les grandes neiges de la guerre 1939-1945
- et de l'hiver
- Les hivers de la guerre 1939-1945 qui ont été inégalement froids ont eu tous le triste privilège d’être marqués de chutes de neige d’intensité exceptionnelle.
- Certains hivers, notamment ceux de 1939-1940, 1940-1941 et 1944-1945 ont vu, à certaines dates, la hauteur de la couche neigeuse s’élever à 20 cm et même dépasser une fois ce chiffre, le 3 février 1941, où l’on mesurait 23 cm de neige à l’observatoire de Montsouris et 25 cm en certains endroits très proches de la capitale.
- Lorsque l’on saura, que l’observatoire précité n’a observé en 73 ans, que six chutes ayant dépassé 20 cm d’épaisseur, on appréciera mieux le caractère exceptionnel de la chute de neige des 2 et 3 février 1941,
- Depuis le 26 mars 1898 aucune chute de neige n’avait dépassé à Paris la hauteur de 20 cm. Il apparaît, par ailleurs, qu’en 45 ans, entre les mois de janvier 1900 et janvier 1945, il n’a été constaté à Paris que 21 chutes ayant porté la hauteur de la couche neigeuse à une épaisseur supérieure ou équivalente à 10 cm.
- Or, on note le même nombre de grandes chutes de neige pendant les 6 hivers de la dernière guerre que pendant les 25 hivers précédents ; ces fortes chutes feront seules l’objet d’un développement dans le cours de cet article.
- 1945-1946
- le sol une épaisseur de 10 cm et le diamètre de la couche de glace enrobant les fils électriques mesurait 8 cm.
- Certains départements, notamment la Seine-Inférieure, enregistrent uji véritable désastre résultant du bris de milliers d’arbres de forêts et de vergers, ainsi que les destructions des lignes de transport d’énergie électrique par accumulation de la couche de glace ; ce verglas persista les 29 et 30 janvier 1940.
- 17 février 1940. — Chute de neige à gros flocons de 0 h à 7 h s’ajoutant à la faible couche persistant sur le sol depuis le
- 12 février par grandes gelées, porte l’épaisseur de la neige à
- 13 cm ; disparition de cette couche le 19 février 1940 par adoucissement très rapide et très sensible.
- Hiver 1940-1941 (très froid).
- 1er janvier 1941. — Couche croissante, passant de 10 cm le 1er janvier à 15 cm le 2 janvier 1941 à 7 h. Persistant jusqu’au 18 janvier, en se tassant graduellement, mais ne disparaissant totalement du sol que le 22 janvier 1941.
- Soirée du 2 février 1941. — Chute extraordinaire, la plus forte de toute la guerre à Paris ; débute le 2 février à 18 h et se pour-
- Tableau comparatif.
- Millésimes des Hauteur d’eau de fusion en mm Nombre de jours de sol couvert do neige Hauteur en cm
- des chutes
- hivers Nov. Déc. Janv. Fév. Mars Total Nov. Déc. Janv. Fév. Mars Total les plus fortes
- 1939-1940 » 12,5 7,9 15,7 0,2 36,3 0 4 15 8 0 27 29 déc. 17 fév. : 20 cm : 13 cm
- 1910-1941 » 4,7 27,1 53,2 3,3 88,3 0 1 19 9 2 31 2 janv. 3 fév. : 15 cm : 23 cm
- 1941-1912 6,8 » 36,5 29,4 0,4 73,1 1 0 14 16 2 33 26 fév. 10 cm
- 1942-1943 » 8,1 12,0 0,4 )) 20,5 0 3 2 0 0 5 5 janv. : 11 cm
- -. 1943-1944 )) 1,1 » 9,4 0,4 10,9 0 2 0 8 2 12 29 fév. : 10 cm
- 1944-1945 » 0,0 > 41,5 » » > 41,5 0 0 28 0 0 28 12janv. : 20 cm
- Yoici, dans leur ordre chronologique, les chutes de neige, au moins équivalentes à 10 cm, à Paris (Montsouris) :
- Hiver 1939-1940 (très froid).
- 29 décembre 1939. — La hauteur de la çouche neigeuse à 7 h 30 est de 20 cm ; elle persiste en se tassant graduellement jusqu’au 4 janvier 1940, jour où elle mesure encore 4 cm ; on observe des plaques de neige jusqu’aux 5 et 6 janvier.
- C’est au cours de ce rigoureux mois de janvier 1940 que l’on devait observer — 15°3 à Paris (Saint-Maur), — 23°8 à Reims et — 9°4 à Brest, habituellement si doux.
- 29 janvier 1940. — Un important verglas avait déjà été observé dans la soirée du 26 janvier 1910 ; mais le 29 janvier un verglas exceptionnellement épais se forme le matin et s’accroît sans cesse en épaisseur. On ne trouve d’équivalent à ce phénomène dans le passé que le verglas des 22 et 23 janvier 1879
- En certains points le verglas du 29 janvier 1940 atteignit sur
- suit toute la nuit du 2 au 3 avec température inférieure à 0° et une partie de la matinée du 3 février.
- Selon M. Sanson, chef de la Climatologie à l’O. N. M., les cylindres de neige glacée, entourant les fils téléphoniques, se présentaient avec un diamètre de 5 cm et l’on pouvait estimer-à un demi-kilogramme par mètre courant la surcharge que ces fils avaient à supporter. La neige persiste sur le sol jusqu’au 8 février 1941, date à laquelle la température s’adoucit très sensiblement.
- Hiver 1941-1942 (rigoureux).
- 26 février 1942. — Chute de neige do 7 cm 1/2 s’ajoutant aux 2 cm de verglas persistant sur le sol depuis le 23 février (pluie en surfusion du 23) cette couche de neige et verglas ne fond que le 14 mars 1942.
- Hiver 1942-1943 (doux)
- 5 janvier 1943. — Chute de neige depuis 1 h 15, cesse dans la matinée du 5 suivie de rares flocons ; on mesure il cm 1/2:
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- d’épaisseur à 9 li le 5 janvier ; cette neige fond le 7 janvier dans la soirée.
- Hiver 1943-1944 (moyen)-
- 29 jévrier 1944. — Chute de neige du 28 février 1944 à 22 h au 29 à 19 h par grands vents N.-E. ; épaisseur de 10 cm mesurée le 29 à 7 heures. Cette neige fond, dans Paris, le 1er mars 1944.
- Hiver 1944-1945 (alterné).
- Janvier 1945. — Les chutes persistantes depuis les premiers jours du mois portent l’épaisseur de la couche neigeuse à 20 cm le 12 janvier à 12 h ; tassement progressif de la couche jusqu’au 19 janvier. Le 20 janvier, une nouvelle et très forte chute débutant à 8 h ramène l’épaisseur de la couche à 19 cm à 15 h ; tassement progressif jusqu’au 26 janvier 1945 où l’épaisseur mesurée n’atteint que 10 cm.
- Nouvelle chute abondante reportant l’épaisseur à 16 cm le 27 janvier 1945.
- Cette épaisseur de 16 cm se maintient jusqu’au 30 janvier par suite de nouvelles chutes les 28 et 30 janvier. La neige ne disparaît définitivement que le 3 février 1945.
- Hiver 1945-1946.
- Le premier hiver de paix n’a pas rompu la tradition et nous a gratifiés, pour son agonie, d’une longue chute de neige débutant le 2'8 février 1946 et portant à 40 cm l’épaisseur mesurée le 2 mars 1946 à 9 h au parc de Montsouris. (Le record de la région parisienne semble détenu par Trappes (S.-et-O.) avec 55 cm).
- Les services de voirie, chargés du nettoiement des artères de la
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- capitale, ont obtenu des services météorologiques de Montsouris des statistiques très riches en détails, sur l’intensité des chutes de neige.
- Ces documents exposent, que depuis la fondation de l’observatoire, en 1872, aucune chute de cette épaisseur n’a été mesurée en ce lieu.
- Il faut remonter au terrible hiver de 1829-1830 pour trouver une chute de 50 cm et à celui de 1788-1789 pour en trouver une de 60 cm (chiffres de l’Observatoire de Paris).
- L’étrangeté de la récente chute se renforce encore de sa tardivité et de la persistance sur le sol, à cette époque de l’année, de la couche neigeuse pendant 11 jours.
- Le record d’épaisseur de neige, signalé dans le n° 3105 du 1er février 1946 de La Nature et appartenant au grand hiver de 1879-1880 (30 cm) se trouve largement dépassé.
- Toutefois, il convient de préciser, que par suite de sa consistance plus molle, la neige de mars 1946 n’a produit à la fusion que 36 mm d’eau, contre 39,5 mm le 5 décembre 1879, ce dernier chiffre constituant toujours le record pour une seule chute à Montsouris.
- Yoici enfin une courte documentation relative aux chutes de neige en mars :
- Record du nombre de jours de sol couvert de neige en une seule décade : 10 jours en mars 1946 ;
- Record d’épaisseur mesurée : 40 cm le 2 mars 1945.
- On' avait observé dans le passé une chute de 23 centimètres le 26 mars 1S98, rapidement fondue dans les jours suivants ;
- La dernière chute importante observée en mars, remontait au 9 mars. 1935 et atteignait, au plus, 1 cm en certains points de la banlieue.
- Jean Bourgeois.
- LES LIVRES NOUVEAUX
- Annuaire hydrologique de la France. Année
- 1943. 1 vol. in-4°, 171 p. Cartes' et tableaux. Société hydrotechnique de
- France, Paris.
- L’annuaire 1943 est établi sur le même plan que les précédents publiés depuis 1939. Il comporte, pour 65 stations de jaugeage des principaux bassins, les tableaux des débits et leurs graphiques. Il contient également une étude de M. Wœ-ber sur le « Régime des torrents alpestres en haute altitude et spécialement d’un torrent glaciaire » et diverses notes, cartes et- renseignements généraux sur les caractéristiques hydrologiques de l’année 1943.
- Animaux d’aquarium et de terrarium, par
- Pierre Becic. 1 vol. in-16, 125 p., 51 fig.
- Imprimerie tarbaise, Tarbes, 1944.
- Écrit pour les élèves des lycées et les jeunes amateurs d’histoire naturelle, ce petit livre guide leurs premiers pas et éveille leur vocation. Il explique comment créer un aquarium, un terrarium et un paludarium ; comment chercher dans la nature les espèces d’eau douce, des prés, des mares, dont on les peuplera, en évitant les ravageurs qui détruiraient tout autour d’eux ; et ce qu’on pourra admirer des moeurs de chaque espèce, au cours de sa vie et de son développement. Véritable leçon de choses et passionnante que cette initiation rendue aisée par les conseils très sages et très simples d’un maître expérimenté.
- Le producteur de lait, par Andl’é-Max Leroy, Jacqueline Sentex et Rodolphe Stoeckel. 1 vol. in-16, 188 p., 89 fig. Hachette, Paris, 1946.
- Ce guide du contrôle laitier et beurrier, adopté par le Syndicat central des agriculteurs de France, donne l’ensemble des méthodes permettant de connaître la capacité de production d’une vache laitière. Pour être complet et précis, celui-ci doit porter sur la race, la sélection, l’âge, l’alimentation, la pesée des animaux, l’abondance et la composition du lait, l’état sanitaire des bêtes, des étables, la propreté du lait. Toutes les données nécessaires, théoriques et pratiques, sont rassemblées dans cet ouvrage que tout éleveur devra connaître.
- L’entraînement physique du sapeur-pompier, par le lieutenant Barnier. 1 vol. in-8°, 132 p., fig. Œuvre pour la sécurité, Paris, 1946.
- Ceux qui ont vu les sapeurs-pompiers de Paris au feu, ou à l’exercice, ont admiré leur force, leur rapidité, leur entrain extraordinaire et se sont demandé comment on forme en grand nombre de tels hommes jusqu’à obtenir un régiment de champions, tous décidés moralement et adaptés physiquement. Leur instructeur explique les règles suivies : exercices de gymnastique, jeux, sports, adaptation à la lutte contre le feu et pour finir la formation des instructeurs eux-mêmes. Tous les éducateurs devraient s’en inspirer.
- Le transformisme et l’origine de l’homme,
- par Ëlie Gagnebin. 1 vol. in-16, 173 p., 16 fig., 12 pl. Collection « Sciences et Médecine ». Masson et Cle, Paris, 1943. En deux magistrales conférences, le professeur de l’Université de Lausanne affirme l’évolution du monde vivant et de l’homme. Le fixisme de Cuvier est impossible et' la paléontologie montre à l’évidence le développement de nombreux groupes. Mais les théories explicatives : le lamarckisme, le darwinisme, le mutationnisme, sont toutes insuffisantes, en partie parce qu’elles négligent le facteur temps et la lenteur de l’évolution. L’origine de l’homme, telle que la montrent toutes les découvertes de singes, de préhominiens et d’hominiens est tout aussi évidente et l’homme monte du singe vers un plus grand développement.
- Dix préludes à la biologie, par Robert MaT-they. 1 vol. in-16, 226 p., 19 fig. Collection « Sciences et Médecine ». Masson et Cle, Paris, 1945.
- Série de dix études sur de grands problèmes biologiques : la division cellulaire, l’hérédité, la détermination du sexe, les jumeaux, la parthénogenèse, le développement, la psychologie animale, l’origine et l’originalité de l’homme. Ces sujets sont traités clairement, simplement, d’une façon très vivante, de façon à initier le lecteur aux plaisirs de la recherche scientifique.
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- LIVRES NOUVEAUX
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- COURS ET CONFÉRENCES A PARIS
- MARDI 13 AVRIL. Institut technique du Bâtiment : 17 h. 30. M.-- Maisonneuve : « La lumière fluorescente au service de l’architecte ».
- • JEUDI 18 AVRIL. Observatoire de la Société astronomique de France : 20 h. 30. M. IIamon . « Les observatoires ; lunettes équatoriales el méridiennes, astronomie de position : le blink-microscope et les appareils de laboratoire ».
- DIMANCHE 28 AVRIL. Musée d’Hygiène
- (salle Sévigné, - 31, rue Sévigné). 15 h. M. Drieux : « L’hygiène alimentaire des œufs ».
- LUNDI 29 AVRIL. Journées « Science et Technique » (2, rue de Presbourg). 20 h. 30. 'M. L. de Broglie : « La mécanique ondulatoire el l’étude des très petites structures ». — Maison de la Chimie : 18 h. M. Garnier : « Commandes et contrôle de la transmission de l’énergie ». — Observatoire de la Société astronomique de France (28, rue Serpente) : 20 h. 30. M. Dragesco : « Quelques problèmes irrésolus d’astronomie planétaire ».
- MARDI 30 AVRIL. Maison de la Chimie :
- 18 h. M. Daniel Bovet : « Les. substances anti-thyroïdiennes : structure chimique et activité pliarmaco-dynamique ». — Institut technique du Bâtiment (salle du Musée de l’Homme, Palais de Chaillot) : 17 h. 30. M. Peissi : « Les silos en acier à céréales ».
- JEUDI 2 MAI. Maison de la Chimie :
- 18 h. M. J. Laiiousse : « Dosage optique des vilamines A et D : critique des montages ».
- A VENDRE : Monotype « Squale », ultra-léger, insubmersible Marconi profilé 5 ml Dérive centrale relevablo. GOUGET, 3, rue d’Auleuil, Paris. Tel. : Aut. 57-84.
- TRADUCTEURS TECHNIQUES (scientifiques) langue allemande, sont recherchés par Laboratoire. Écr. : La Nature, n° 134.
- ALTO. Bon instrument ancien ; suis acheteur. Ecr. : La Nature, n° 135.
- PARTICULIER donne à domicile leçons culture physique ; adultes et enfants. Gymnastique corrective. Fer. : La Nature, n* 136.
- Demandes de Renseignements.
- Il est rappelé que La Nature répond dans toute la mesure possible aux. demandes de renseignements scientifiques et techniques que lui adressent ses abonnés. Joindre un timbre-poste pour la réponse.
- VENDREDI 3 MAI. Maison de la Chimie :
- 18 h. M. Brémond : « Principales méthodes d’essai des matériaux céramiques. II : Produits façonnés ».
- SAMEDI 4 MAL Palais de la Découverte : 15 h. M. IIackspii.l : « L’évolution de la grande industrie chimique ».
- DIMANCHE 5 MAL Musée d’Hygiène
- (salle Sévigné, 31, rue Sévigné) . 15 h. Dr Huet : « Nécessité d’un programme d’hvgiène dentaire scolaire en France ».
- LUNDI G MAL Journées « Science et Technique » (2, rue de Presbourg) : 20 h. 30. M. F. Wyart : « Les différents états de la matière et plus particulièrement de l’état solide ». — Maison de la Chimie : 18 h. M. Mauteiire : « Les tourbières basses de la vallée de la Somme et leur utilisation agricole ». — Observatoire de la Société astronomique de France( 28, rue Serpente) : 30 h. 30. M. Texereau : « L’optiqne astronomique et l’amateur. I. Les méthodes de travail ».
- MARDI 7 MAI. Maison de la Chimie :
- 18 h. M. P. Bonet-Maury : « Mode d’action de la pénicilline et des sulfamides d’après l’enregistrement photomélrique ». — Institut technique du Bâtiment (salle du Musée de l'IIomme, Palais de Chaillot) : 17 h. 30.
- M. Liiermite : « Mécanique physique des bétons ».
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- RECHERCHE : collection complète des Souvenirs entomologiques de J. IL Fabre. Faire offres J. MARTEL, à Desvres (P.-de-C.).
- VENDS : excellent objectif astro 165 mm. Achète : 1" microscope binoculaire ; 2° apo immersion Zeiss 120 x ou analogue. A. NINCK, 6, rue des Bégonias, Nancy.
- ACHÈTERAIS : Encyclopédie Electricité et Mécanique, édition récente ; Microscopie Pra- tique, de Deflandre ; Faune de' France, de Rémy Pehrier, tomes 2, 4 et 9. J. LAGAR-R1GUE, 25, boul. Laromiguiêrc, Rodez (Aveyron).
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- Création et aménagement des points d’eau.
- In-8°, 3S p., 20 lig. OEuvre pour la sécurité, Paris, 194C.
- Cette guerre a rappelé l’importance des adductions d'eau pour la lutte contre l'incendie et particulièrement la nécessité de créer des points d’eau et des réserves. Des villes ont brûlé sans secours une lois leurs canalisations détruites ; des villages et des fermes ont 'flambé sans défense possible. Une circulaire interministérielle d’avril 1944 suivie d’une autre de juin 194b, toutes deux bien tardives, ont donné des directives et des recommandations générales. Cette orochurc développe et précise l’organisation des points d’eau dans les fermes, les hameaux, les villages sans réseau de distribution ; par des exemples topiques, elle montre ce qu’or doit l'aire pour aménager des réserves d’eau et des prises accessibles.
- Yersin et la peste, par Noël BERNARD, Paul Hauduroy et Eugène Olivier. 1 vol. in-8°, 247 p., pl. Collection « Sciences et Médecine ». Masson et Cie, Paris, 1944.
- 50 ans après la découverte du microbe de la peste et celle du sérum spécifique, voici l’évocation de 1’liomme à qui on les doit. Grande figure, ce Suisse devenu Français qui est mort pendant cette guerre dans son Institut Pasteur de Nhatrang, après avoir non seulement vaincu un des pires fléaux, mais aussi été un grand colonisateur, un grand savant, un homme courageux autant que modeste. Une piqûre anatomique faite en autopsiant un mort de la rage, pendant ses études médicales, l’avait conduit auprès de Pasteur. Bientôt il partit en Extrême-Orient où la peste sévissait et seul, sans laboratoire, il trouva la cause du mal et son traitement. Ce livre rappelle sa vie, son œuvre et se termine par la publication des cinq principaux mémoires où il décrivit ses admirables observations.
- LA NATURE
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- SOMMAIRE
- La situation pétrolière de la Russie, par V. FORBIN. . .
- Les tendances actuelles de la sidérurgie, par J. LUPER . .
- Les noirs de carbone colloïdaux, par G. GENIN ....
- Insignes pour les sourds, par P. DAPSENCE..................
- Le développement de la culture du Quinquina en Afrique Occidentale Française.....................................
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- 132 135
- 137
- La pénicilline se fabrique aujourd’hui en France, par
- J. BOYER.............................................
- La Corée, par LI-LONG-TSI...............................
- L’accumulation de l’eau dans les glaciers, par J. DUCLAUX.
- Le ciel en mai, par J. RUDAUX...........................
- Cours et conférences à Paris. Les livres nouveaux . . .
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- 141
- 143
- 143
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- SITUATION PETROLIERE = DE LA RUSSIE =
- Il suffit de lire les revues anglaises consacrées au pétrole et toujours bien informées pour comprendre nettement la politique que mène l’U. R. S. S. à l’égard du pétrole. La lecture de ces périodiques nous révèle que ce pays a des raisons majeures pour saisir « toute goutte d’huile minérale qui vient à sa portée », observation qui projette une vive clarté sur certains événements dont le sens réel nous échappait jusqu’alors.
- Bans un ouvrage paru en 1940 (x), nous avions étudié l’industrie pétrolière de la Russie qui se classait au deuxième rang sur la liste des pays producteurs avec une extraction de près de 30 millions de tonnes pour l’année 1938. A défaut de statistiques officielles de source soviétique, les experts anglais et américains estiment que cette production est tombée en 1940 à 25 millions de tonnes, diminution d’autant plus alarmante que les besoins d’essence de la Russie augmentent dans des proportions considérables.
- La guerre est responsable de la chute de l’extraction ; c’est maintenant que l’on se rend compte de toute l’importance des destructions systématiques poursuivies par les Allemands dans la région du Caucase : les gisements de Grosny et de Maïkop, qui
- 1. Le Pétrole deins le Monde, Éditions Payot.
- Fig. 1. — Champ pétrolifère de Grosnyi (Caucase).
- N° 3111 Ier Mai 1946
- Le Numéro 15 francs
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- Fig-, 2. — L’incendie d’une sonde éruptive à Moveni (Roumanie).
- L’incendie dura 18 jours et sa lueur était visible de Bucarest. On alla jusqu’à bombarder la sonde au moyen d’obusiers de campagne pour essayer d’écraser le tuyau. L’incendie cessa par ensablement.
- produisaient ensemble b 500.000 t annuellement, avant l’invasion germanique, n’existent plus, en ee sens que leurs trois milliers de puits sont désormais inutilisables. De surcroît, les envahisseurs ont détruit de fond en comble les raffineries de pétrole de Grosny, d’Odessa, de Kherson et de Krasnodar, démoli d’entières sections du pipe-line Grosny-Trudoyvaya et fait sauter plus de 700 entrepôts d’huile à grande capacité.
- Un rapport publié par la Pravda nous apprend encore que la guerre coûte à la Russie la perte d’un précieux outillage indispensable à l’industrie pétrolière, ainsi que la disparition d’innombrables ingénieurs et techniciens pétroliers. Elle cite le cas de l’Ordzhonikidze, le trust d’Ëtat de la région pétrolière de Bakou, qui se lamente de compter dans son personnel ouvrier 80 pour 100 de femmes et de jeunes gens totalement inexpérimentés.
- Dans la presqu'île d’Apchéron.
- C’est l’antique nom de cette région de Bakou dont nous disions dans l’ouvrage mentionné : « gigantesque réservoir d’huile qui fournit à lui seul les quatre cinquièmes de la production soviétique, avec 23 000 000 de tonnes pour l’année 1939 ». Nous ajoutions que son rendement tendait à devenir stationnaire et que, sur les 15 340 puits en existence, on ne comptait plus que 5 109 producteurs.
- La presse soviétique laisse échapper des considérations pessi-
- mistes au sujet de l’avenir des champs pétrolifères de Bakou qui, par leur situation géographique, risqueraient de changer de maîtres, au cas où éclaterait un nouveau conflit mondial. Exploités depuis 1804, ils commencent à donner des signes d’épuisement. La Russie enveloppant de mystère toutes les formes de son activité (y compris ses achats d’uranium sur le marché noir du Canada), nous manquons de chiffres qui matérialiseraient cette chute lente, mais continue. Aux dires de certains experts anglais et américains, cet épuisement s’accélérerait bientôt dans des proportions quasi catastrophiques.
- Mise ainsi en présence du déclin d’une production fournie par une région qui, du point de vue stratégique, est la partie la plus exposée de son immense territoire, et confrontée en même temps par une augmentation considérable de ses besoins en carburants, tant pour réparer les désastres de la guerre que pour fournir de l’essence aux pays qu’elle s’est incorporés en Europe orientale et à ses armées d’occupation, l’Union des Républiques Soviétiques, comme le constate un récent numéro du Daily Mail, concentre tout l’effort de sa politique étrangère sur l’acquisition do nouvelles sources d’huile.
- Un second facteur complique la situation : le bassin houiller du Donctz a terriblement souffert de la guerre. A la veille de l’invasion, en 1940, sa production dépassait 100 000 000 de tonnes ; elle est réduite aujourd’hui à 40 millions. En attendant la restauration des houillères, il faudra remplacer par de l’essence et du mazout le charbon manquant.
- « Vue sur cet arrière-plan, conclut le même journal, la politique d’acquisition pétrolière poursuivie par les Russes devient compréhensible. Elle explique pourquoi ils se sont ancrés sur des pays qui fournissent la plus grosse partie de la production pétrolière de l’Europe ».
- Les acquisitions soviétiques*
- Le démembrement de la Pologne, qui joua un rôle glorieux dans l’histoire du pétrole avec la découverte du « lampant » et l’invention de la lampe à pétrole (1853), a fait passer sous le contrôle russe ses principaux gisements : ceux du district Drohobycz-Boryslav ; en 1938, la production, qui subissait une baisse depuis 1929, s’élevait encore à 375 000 t, augmentées de 43 015 t d’essence par le traitement des gaz humides. Certains experts sont d’opinion que le rendement pourrait être considérablement amélioré par l’approfondissement des anciens puits.
- En 1938, l’Esthonie tirait de ses énormes bancs de schiste 140 400 t d’huile brute, avec tendance à l’augmentation, plus 15 000 t d’essence. La production s’est élevée à plus de 200 000 t de brut en 1944.
- Au titre des réparations de guerre, la Russie s’est adjugé pour 0 ans la moitié de la production pétrolière de la Roumanie, cette part représentant annuellement 2 300 000 t environ. Mais, là encore, les signes d’épuisement se multiplient. Les tableaux que nous avons dressés dans notre ouvrage montrent que la Roumanie occupait le quatrième rang sur la liste des pays producteurs en 1934, avec 8 500 000 t, et que, en 1938, elle était reléguée au sixième rang avec 0 000 000 t ; d’après le chiffre que nous citons plus haut, sa production serait descendue actuellement à 4 000 000 t.
- Mis en valeur pendant la guerre par les techniciens allemands, les champs d’huile de la Hongrie et de l’Autriche se sont révélés comme d’importants producteurs, alors qu’ils ne figuraient même pas sur les statistiques mondiales en 1938 ; la Hongrie n’y fut mentionnée qu’à partir de 1939, avec quelque 25 000 t. Or, la production totale de ces deux pays danubiens s’est élevée à plus de 2 millions de tonnes en 1944.
- Tous comptes faits, la Russie tire donc de ces régions européennes une quantité de pétrole brut et d’essence que l’on peut éva-
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- luer à 7 000 000 de tonnes ; mais cet énorme apport est insuffisant pour combler son déficit et couvrir ses besoins immédiats grossis par ses travaux de reconstruction, son expansion en Europe orientale et l’entretien de forces armées considérables. On comprend mieux, à la lumière de ces faits, pourquoi l’Union Soviétique a tourné les yeux vers la province persane d’Azerbaïjan, dont les champs d’huile sont riches de promesses. Elle y a sollicité des permis de forage sur une superficie de l’ordre de 150 000 milles carrés et sans attendre l’octroi des concessions, elle y installe déjà des foreuses. On comprend aussi pourquoi Moscou s’intéresse tant, depuis quelques mois, aux choses de Palestine et de Syrie, régions où de vastes gisements pétrolifères dûmuat prospectés
- attendent les pren%?^^^^de sonde. Les droits d’exploitation appartiennent àanglo-franco-américain où nou
- Fig. 3. — Le port et la ville de Bakou, aujourd’hui peu fréquentés.
- sommes représentés par la Compagnie Française des Pétroles. Les Russes y réclameront-ils leur admission P... Victor Forbin.
- LES
- ÂNŒS ACTUELLES DE LA SIDERURGIE
- Les progrès de la sidérurgie restent toujours d’importance capitale. D’eux dépendent ceux des diverses branches qui en utilisent les produits. La construction mécanique, machines thermiques, moteurs à combustion interne ou électriques, bénéficient des améliorations des aciers spéciaux, les industries chimiques, de celles des uciers inoxydables, etc.
- Des sommes considérables ont été affectées, aux U. S. A., en particulier, aux recherches scientifiques intéressant les produits sidérurgiques : plus de io millions de dollars en 1907. On a peu de renseignements sur les années qui ont suivi mais il est bien probable que cet effort s’est poursuivi à cadence accélérée. L’entrée en guerre de ce pays a posé des problèmes de toute sorte. Pour des raisons évidentes, les résultats des recherches n’ont été divulgués qu’avec une très grande discrétion. On peut cependant dégager quelques tendances générales dans l’orientation actuelle de la sidérurgie.
- En ce qui concerne la production de la fonte, on doit noter la tendance à augmenter la capacité de production individuelle des hauts fourneaux. Une unité de 1 200 tonnes-jour aurait été mise en marche en 1943 aux usines Kavser; alors que la capacité moyenne des appareils en marche est de 760 tonnes-jour.
- L’alimentation de ces fortes productions exige des tonnages correspondants en minerais de fer. Us ont entraîné l’utilisation de minerais à plus basse teneur et de moins haute pureté que ceux de la région du Lac Supérieur autrefois prédominants. Il a été envisagé l’application à ces minerais plus pauvres d’un procédé de réduction suivi d’un traitement au four électrique. Des recherches sur ces questions sont en cours.
- La production de l’acier est dominée par l’emploi des fours Martin qui débitent plus de 90 pour 100 du tonnage. Il en x’ésulte un déséquilibre car il est difficile d’assurer l’approvisionnement en ferraille nécessaire à l’alimentation des fours Martin, et cela conduit à un retour vers l’acier Bessemer qui peut remplacer dans bien des cas l’acier Martin. D’autant plus que sa qualité a été améliorée par les progrès de méthodes économiques de déphosphoration : par exemple par l’action d’un mélange de castine et de spath-fluor, réagissant dans la poche de coulée du convertisseur Bessemer.
- La production des aciers spéciaux continue sa marche ascendante et doit approcher 20 pour 100 du tonnage total d’acier fabriqué. Pour assurer ces débits on développe la préparation au four Martin de tout ce qui n’exige pas l’emploi du four électrique. Cette extension rend difficile l’approvisionnement en métaux spéciaux. Des essais intéressants ont été poursuivis pour obtenir par traitements thermiques appropriés des acieis au carbone capables de remplacer certains aciers spéciaux.
- Les ressources des U. S. A. en métaux d’alliages pour ces aciers sont largement suffisantes en molybdène, un peu plus faibles en tungstène, manganèse, vanadium et fort réduites eu chrome. Des recherches spéciales ont abouti à l’élaboraticn des National Emergency Alloys dans lesquelles les proportions des métaux d’obtention difficile sont réduites. Ces aciers sont des plus intéressants et leur fabrication sera certainement poursuivie en période normale.
- Les divers pays de l’Amérique du Sud ont développé au profit des U. S. A. leur production en métaux spéciaux et ont fourni du tungstène, du vanadium, du manganèse, concurremment avec les pays d’outre-mer. Le nickel est fourni à peu près exclusivement, par le Canada qui possède, sur ce métal un monopole de fait mais il a pu être remplacé en partie, pour certains aciers par du molybdène et du manganèse.
- Enfin les travaux sur les aciers au bore paraissent très prometteurs, ils ont été signalés par la presse technique anglo-saxonne dès 1943. De faibles teneurs en bore permettent parfois sa substitution au chrome et au molybdène.
- Pour faire face à l’effort métallurgique de guerre, des mesures de spécialisation et de rationalisation des usines sidérurgiques ont été prises afin d’améliorer la production.
- L’énorme développement de leur capacité pose évidemment un grave problème pour le passage de l’économie de guerre à la marche en temps normal. Les usines, nouvelles ne pourront faire celle adaptation que si elles parviennent à fonctionner à Go pour 100 au moins de leur capacité.
- J. Luper.
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- LES NOIRS DE CARBONE COLLOÏDAUX
- Napoléon disait que les armées marchent avec leur estomac.
- Les armées alliées de la deuxième guerre mondiale ont marché avec leurs pneumatiques et si ces derniers ont pu répondre à l’immense effort qu’on a exigé d’eux, c’est grâce à l’emploi d’un produit aux propriétés extraordinaires : le noir
- Les illustrations de manuscrits chinois du xive siècle montrent les éléments essentiels d’une telle installation : évaporateur, lampe, cône, etc. Ce procédé est encore utilisé de nos jours dans la fabrication des noirs de choc que nous décrirons plus loin.
- de carbone colloïdal. En effet, ce produit a multiplié par quatre la durée de ces pneumatiques, économisant le caoutchouc dont les alliés ont manqué à partir de l’entrée en guerre du Japon. Il est à la fois isolant et conducteur, puisqu’on l’utilise dans les gaines de câbles électriques pour scs propriétés isolantes et dans les piles sèches, les résistances électriques pour conduire l’électricité. Connu depuis la plus haute antiquité, il n’a pas encore d’égal dans la fabrication des encres d’imprimerie et des peintures.
- Historique.
- Le noir de carbone, connu sous des noms les plus divers qui rappellent soit son origine, soit son mode de fabrication : noir d’os, noir animal, noir de lampe, noir de fumée, noir de gaz, etc., est connu depuis la plus haute antiquité. Sur les papyrus d’Ebers qui datent du xvie siècle avant J.-C. et qui se trouvaient au Deutsche Muséum de Munich, figurent des caractères qui signifient « encre noire » ; des analyses effectuées au laboratoire du Musée du Caire montrent que les toutes premières encres noires égyptiennes employées sur plaques d’argile, sur papyrus ou sur parchemin, étaient préparées en partant de différents types de charbon obtenus par calcination de substances animales ou végétales. Vitruve (8o avant J.-C.) donne également des indications détaillées sur la préparation du noir de lampe ou noir de fumée, et ces produits étaient connus également des civilisations arabes et indiennes.
- Cependant, aucun de ces noirs n’était un carbone colloïdal analogue à ceux que l’industrie moderne sait produire et des études récentes ont montré que les pionniers de la découverte du carbone colloïdal furent les anciens fabricants chinois de bâtons d’encre de Chine. Ils utilisaient comme matières premières des huiles résineuses extraites de la gemme du pin, des huiles de sésame et même, suppose-t-on, des huiles minérales. Ces huiles étaient brûlées, au moyen de mèches dont la flamme était soigneusement réglée, dans des chambres de combustion. Les flammes venaient frapper la surface interne de cônes en porcelaine vitrifiée et toutes les 80 mn on recueillait à l’intérieur de ces cônes, au moyen d’une plume, le carbone déposé.
- Vers 1860, quelques fabriques d’encre commencèrent la fabrication du carbone colloïdal en partant de gaz naturels; la production ne se développa qu’à partir de 1870, à la suite de la découverte du noir de choc obtenu en partant des gaz naturels qui s’échappent des gisements de pétrole américains. En igio, on découvrit l’action renforçatrice du noir de carbone dans les mélanges pour pneumatiques qui devait donner à celte industrie une impulsion exceptionnelle.
- La caractéristique essentielle du noir de carbone colloïdal est sa surface énorme, par rapport à son poids.
- La surface des particules contenues dans un kilo de sucre finement pulvérisé représente i4o m2; la surface développée d’un kilo de corpuscules rouges du sang atteindrait 16 800 m2; un kilog de noir de carbone colloïdal contient des particules dont la surface représente io5 000 m2, soit plus de xo ha. C’est dans cet état d’exti'ême division que réside le secret de l’activité colloïdale du noir de carbone.
- C’est en effet par le développement prodigieux de sa surface que le noir de carbone exerce son rôle l’enforçateur dans les mélanges de caoutchouc qui le contiennent. Alors qu’avec les premiers pneumatiques renfermant de l’oxyde de zinc comme charge, le parcours que pouvaient assurer ces pneus ne dépassait pas 9 à 10 000 km, aujourd’hui un pneumatique qui renferme environ 2 kg de carbone colloïdal peut assurer près
- de 3o à 4o 000 km.
- Ces particules de carbone constituent de véritables rivets entre les molécules de caoutchouc et transforment cette masse élastique en un produit entièrement nouveau aux qualités m é c a n i-ques exceptionnelles.
- C’est également la grande surface des particules de noir qui explique leur pouvoir absorbant pour la lumière et leurs np-plications dans l’industrie des peintures et les encres d’imprimerie. C’est elle qui est à la base de son
- activité physique et chimique, lorsque le noir sert d’absorbant, d’agent réducteur, de support pour les insecticides, etc. C’est encore la grande surface des particules de noir qui a rendu ce produit capital dans la fabrication des piles, des charbons à arcs, des résistances, etc.
- Fig. 2.
- Vue d’ensemble des chambres de combustion.
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- Production mondiale de carbon black.
- S’il existe, ainsi que nous l’avons dit, de nombreuses qualités de noir de carbone, c’est de beaucoup le noir de carbone colloïdal, fabriqué en partant de gaz naturels du pétrole ou d’hydrocarbures qui joue un rôle primordial. Les États-Unis sont presque les seuls producteurs et l’examen des statistiques américaines fait toucher du doigt le développement de cette industrie.
- En 1935, il a été produit plus de 1 660 millions de livres de noir de carbone colloïdal ; avec les stocks existant chez les revendeurs, les ventes ont atteint cette année-là 388 millions de livres, soit 175 000 t, se répartissant ainsi :
- Industrie du caoutchouc ................ 96 200 t.
- Fabriques d’encres d’imprimerie ........ 6 800 —
- Fabriques do peinture .. ............. 2 900 —
- Industries diverses .................... 4 600 —
- Exportations ........................... 63 000 —
- Depuis X935, la production a atteint i85ooo t en 1930, 23o 000 en 1937, 2x5 000 cri 1938, 237 000 en 1939, 255 000 en iq4o et 268 000 en 1941.
- Malgré l’accroissement régulier de cette production, le développement des industries de guerre, après Pearl Harbour, devait entraîner un manque aigu de carbon black, avant que le programme gigantesque de constructions nouvelles et de remise en état d’usines anciennes puisse être exécuté. En 1944, 17. nouvelles usines avaient été créées, 20 autres étaient en construction. En même temps, des tendances nouvelles se faisaient jour dans le choix des méthodes de fabrication : la fabrication des noirs de choc décrût tout d’abord au profit des noirs au four préférés pour améliorer la résistance aux craquelures et à 'réchauffement des pneumatiques en gomme synthétique, puis reprit, comme le montre la figure x.
- La consommation américaine varia de la manière suivante :
- Industrie Wér <9à4 1945
- Caoutchouc (en tonnes) ... 198 000 898 700 450 000
- Encres (en tonnes) ....... 12 800 9 000 11 200
- Peintures (en tonnes) 2 600 1 350 1 800
- Divers (en tonnes) 10 500 102 500 (U 78 000
- L’important développement pendant la guerre de la production du carbon black et plus particulièi'ement des noirs au four, est dû à l’accroissement de la consommation de caoutchouc synthétique. Tandis qu’on incorpore 5o pour 100 de noir dans un mélange à base de caoutchouc naturel, lTIycar peut en absorber 60 à 70 pour 100 et même dans certains cas 200 pour 100; le Perbunan est beaucoup plus sensible à l’action du noir que le caoutchouc naturel; le caoutchouc Butyl en absorbe des proportions élevées, sans devenir exagérément dur et sans apparition de craquelures, sous l’influence de flexions répétées; le Néoprène contient de 5o à 100 pour 100 de noir et le Koroseal atteint des qualités mécaniques optima lorsqu’il renferme 100 pour 100 de noir de carboné.
- 1. Y compris les exportations.
- \-Brôleur en lave
- Canaux,
- Chambres de combustion
- Fig. 3. — Le procédé au canal.
- Fig. 4. — Rampes de flammes du procédé au canal.
- Procédés de fabrication des noirs de carbone colloïdaux.
- Les noirs de carbone colloïdaux peuvent être prépaies par deux procédés qui fournissent des qualités aux propriétés ü’ès distinctes :
- i° Le procédé au canal (Channel proccss) dans lequel des flammes fuligineuses obtenues en brûlant des gaz naturels avec apport limité d’air, viennent frapper des surfaces métalliques sur lesquelles le noir se dépose et d’où il est périodiquement retiré par grattage.
- 20 Les procédés au four qui se divisent en deux catégoi’ies :
- a) Le procédé par combustion dans lequel on fait subir aux gaz naturels ou à d’autres hydrocarbures une combustion partielle dans des fours de construction spéciale, avec formation de noir et de produits gazeux. Le courant formé par les gaz de combustion entraînant le noir est refroidi par pulvérisation d’eau et les particules sont séparées par précipitation électrique et recueillies dans des cyclones;
- b) Le procédé discontinu dans lequel on décompose le gaz naturel dans des fours revêtus de parois en briques réfractaires qui sont d’abord chauffées par combustion d’un mélange de gaz naturel et d’air et qui servent ensuite à la décomposition thermique du gaz naturel seul. Il y a dans ces conditions formation de noir et d’hydrogène, le mélange gazeux est refroidi par pulvérisation d’eau et le noir est recueilli sur des filtres à sac, l’hydrogène pouvant être utilisé, par exemple, pour la fabrication de l’ammoniaque.
- Examinons plus complètement ces procédés.
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- 1° Procédé au canal.
- Imaginons un groupe de 3o à 98 baraques métalliques appelées chambres de combustion ou chambres chaudes (fig. 2), mesurant environ 5o m de longueur sur 4 m de largeur et 3 m de hauteur, entièrement construites en tôle.
- Appareil de précipitation
- 'a Four
- Carneau
- Convoyeur
- Procédé au four par combustion.
- Fis. 5.
- A l’intérieur de ces baraques, se trouvent 10 canaux parallèles en acier de 20 cm de largeur, qui portent tous les 2 m un grattoir fixe surmontant un entonnoir. Au-dessous de chaque canal, à environ 76 mm, est fixé un tube métallique qui porte des becs en lave servant à la combustion du gaz (fig. 3). Une seule de ces baraques contient plus de 3 000 becs et chacun d’eux brûle de i3 à 20 m3 de gaz par 24 h, la quantité de gaz brûlés dépendant de la qualité du noir désirée et des caractéristiques de l’installation. La flamme produite par ces becs a la forme d’une lame qui vient frapper à angle droit les canaux métalliques (Og. 4). Ces derniers se déplacent lentement par va-et-vient au-dessus des brûleurs, le noir qui se dépose est gratté continuellement par les râclcurs fixes et il est recueilli dans les entonnoirs. A la partie inférieure de ccux-ci, des vis convoyeuses le Jtransportcnt au magasin.
- Les brûleurs ne disposent d’aucune amenée d’air et c’est l’air présent dans la chambre chaude qui alimente.la combustion. Si trop d’air est fourni, la flamme devient éclairante et il y a perte de gaz. Si au contraire, il n’y a pas assez d’air, la flamme n’a pas assez de force et ne vient pas lécher les canaux.
- On conçoit qu’en agissant sur la composition du gaz naturel (en.laissant subsister par exemple dans ce gaz plus ou moins de vapeurs d’essence), les dimensions des becs, leur écartement des canaux, la largeur et la vitesse de déplacement de ces derniers, la forme des grattoirs, il soit possible de modifier dans de grandes proportions les caractéristiques du noir obtenu.
- Ce noir est surtout utilisé par l’industrie du caoutchouc. Certaines qualités cependant sont particulièrement, appréciées pour la fabrication des encres et des peintures, en particulier les noirs ayant un grand pouvoir absorbant pour les huiles.
- 2° Procédé continu de combustion.
- Contrairement au procédé du canal, il exige une installation apparemment plus simple qui se compose d’une simple chambre de combustion, d’une tour de refroidissement, d’un appareil de précipitation électrique et d’une batterie de cyclones (fig. 5). Comme matières premières,- on utilise des gaz naturels, des hydrocarbures supérieurs de la série paraffinique, des gaz provenant d’installations de cracking, etc. Ces gaz sont dirigés d’une façon continue, en même temps qu’une faible proportion d’air, dans le four. La combustion complète de l’hydrocarbure est impossible, puisqu’il faut 9,56 volumes d’air pour la combustion complète d’un volume de méthane et 16,74 volumes d’air pour celle d’un volume d’éthane, alors que la quantité d’air fournie ne dépasse jamais 4 à 8 fois le volume des gaz brûles.
- Néanmoins, le degré de combustion de ces gaz est suffisant pour porter l’intérieur du four à la température nécessaire pour
- décomposer la partie du gaz qui n’est pas brûlée. Il se forme donc du carbon black, des sous-produits gazeux et de là vapeur d’eau, dans un milieu dont la température peut atteindre 1 200° à 1 65o° C. Si la température est trop basse et la quantité d’air insuffisante, il y a cracking et polymérisation, le noir contient une forte proportion de substances solubles dans l’acétone.
- Les gaz de combustion entraînent avec eux le noir dans une tour de refroidissement où ils sont refroidis par pulvérisation d’eau, à environ 25o° C. De là, ils passent dans un appareil de précipitation électrique où le noir est coagulé, 3o pour 100 du noir produit sont ainsi recueillis au bas de l’appareil, le reste est séparé dans des cyclones placés à la suite. Les gaz de combustion sont rejetés dans l’atmosphère.
- 3° Procédé discontinu de décomposition thermique.
- Ce procédé repose sur la propriété que possèdent les gaz naturels, ainsi que les vapeurs d’hydrocarbures, de subir un cracking plus ou moins complet et d’êlre transformés en carbone et hydrogène lorsqu’on les soumet à une température élevée, au contact de surfaces qui exercent un effet catalytique.
- Dans le procédé Tliermax par exemple, le four proprement dit est constitué par un empilage de briques réfractaires légèrement écartées les unes des autres, de façon à constituer de nombreuses petites chambres de cracking (fig. 6). Le tout est placé dans un réservoir en forme de meule, par la partie inférieure duquel on fait pénétrer sous pression un mélange de gaz naturel et d’air. On enflamme ce mélange qui, en brûlant, porte les briques à une température comprise entre 1 3oo° et x 5oo° C. Lorsque celte température est atteinte, on arrête l’arrivée de l’air et du gaz naturel, on obture le couvercle de l’appareil et par le haut., on fait arriver le gaz naturel en l’obligeant à traverser l’empilage de briques. Dans ces conditions, environ 90 pour 100 de ce gaz naturel subissent un cracking avec formation de carbone et d’hydrogène.
- Les produits de la décomposition qui comportent le gaz non cracké, tout l’hydrogène et environ la moitié du noir de carbone produit, car l’autre moitié l’este collée sur les briques, sont dirigés dans une tour de refroidissement, où ils sont l’efroidis par pulvérisation d’eau, puis de là dans un système de filtres à sac où on recueille le noir. Au bout de 5 mn de passage du gaz, on interrompt l’opération, on réchauffe les briques, grâce à la combustion d’un mélange de gaz et d’air et à celle du noir collé sur les briques et ainsi de suite.
- On peut modifier les caractéristiques du noir obtenu par ce procédé en incorporant par exemple au gaz naturel trois ou quatre fois son volume de gaz inerte; on obtient ainsi un noir plus foncé et plus finement divisé.
- C’est également par ce procédé que l’on obtient les noirs appelés noirs d’acétylène, paixe que c’est de l’acétylène que l’on décompose et non des gaz naturels. Les noirs d’acétylène, par suite de la température élevée de leur formation, ont des propriétés qui approchent de celles du graphite finement divisé. Ils ont une structure spongieuse avec des particules en forme d’aiguilles ou de fibres allongées contrairement aux particules beaucoup plus denses et compactes des noirs de choc. Cette structure particulière du noir d’acétylène et son extrême porosité en font un produit de grande valeur pour la fabrication des
- xSsc filtrant
- -£au Convoyeur ^
- Réservoir] de I
- stockage] J
- Four à empilage
- de brigues
- Fig. 6. — Procédé au four par décomposition thermique.
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- piles sèches, pour augmenter la conductibilité électrique et thermique des mélanges de caoutchouc, comme agent de remplissage des explosifs à base d’air liquide, etc.
- Agglomération des noirs.
- Les noirs qu’on obtient par ces différents procédés se présentent sous forme d’une poudre très volumineuse, de densité apparente très faible, de l’ordre de o,i5, difficile à manutentionner. On a préparé des noirs se manipulant plus facilement en remplissant des sacs violemment agités pour en expulser l’air, que l’on comprimait ensuite. On est parvenu ainsi à augmenter sensiblement la densité apparente du noir, la faisant passer à o,65 après agitation et à 1,00 après compression. Cependant, cette pratique est de plus en plus abandonnée, tout au moins pour les noirs destinés au caoutchouc et on transforme le noir en granules qu’il n’est plus besoin d’emballer dans des sacs et qu’on peut expédier dans des wagons couverts.
- Pour obtenir ces granules, on opère soit par voie sèche, soit par voie humide.
- Le procédé par voie sèche fait lui-même appel à deux techniques différentes : ou bien le noir en poudre est soumis à une agitation très violente, à l’intérieur d’un tonneau en acier, tournant autour d’un axe vertical; au bout d’un certain temps d’agitation, le noir s;agglomère et se transforme en granules de telle sorte qu’un lot de 3oo kg environ de noir est aggloméré en moins cl’une heure; ou bien on opère d’une façon continue, en utilisant un tonneau horizontal divisé en une série de compartiments, avec un orifice d’introduction à une extrémité et un orifice de sortie à l’extrémité opposée. Des rouleaux sont placés à l’intérieur de ce tambour, et par un mouvement de rotation imprimé à l’ensemble, à une vitesse de 6 à 7 tours par minute, on agglomère les noirs en granules sphériques.
- Les procédés par voie humide sont au nombre de trois et tous continus. Ils reposent sur l’emploi d’environ 60 parties
- d’eau pour 4o parties de noir, afin de préparer une pâte encore sèche au toucher. La pâte est agitée dans des cylindres rotatifs (fig. 7) jusqu’à ce qu’elle s’agglomère en granules, ou encore boudinée et transformée en baguettes d’environ 3 mm de diamètre qui se rompent par leur propre poids. Dans ce cas, la fabrication ressemble tout à fait à celle des spaghettis.
- Les granules préparés par voie humide, renfermant jusqu à 5o pour 100 d’eau, sont sèches dans des séchoirs rotatifs, qui ont jusqu’à 20 m de longueur et sont chauffés au gaz. Les granules sont passés au tamis, afin de livrer à l’usager un produit ayant des particules de grosseur relativement constante.
- Applications des noirs de carbone.
- Nous passerons rapidement en revue les applications qui, ainsi que nous le disions au début, sont à la fois très nombreuses et intéressent les industries les plus diverses.
- Celle de beaucoup la plus importante est le renforcement du caoutchouc qui a fait l’objet, au cours de ces dernières années, de recherches nombreuses avec l’aide des moyens les plus moder-
- nes : microscope électronique, examen aux rayons X, etc. Il semble établi que la surface de la particule élémentaire des noirs de carbone n’est pas, au point de vue chimique, unie et homogène; elle serait tapissée de composés dont deux au moins ont été isolés : (C203)n et (C0)m. Ce serait par l’intermédiaire de ces produits superficiels, ayant la propriété d’adsorber le caoutchouc, que les molécules de caoutchouc seraient liées, entraînant une modification profonde de la gomme et son renforcement mécanique.
- Ces propriétés du noir de carbone sont utilisées également pour le renforcement des talons et semelles, tapis roulants, garnitures de freins, joints, chambres à air, etc., et dans l’industrie des matières plastiques, car le noir de carbone agit aussi sur un grand nombre d’élaslomères, esters et éthers cellulosiques, résines synthétiques, gomme laque, résines phénoliques, ciments Portland, peintures et vernis, enduits asphaltiques, etc..
- Fig. 7. — Agglomération du noir de carbone.
- Par la propriété qu’il a d’absorber la lumière, le noir de carbone est utilisé dans les encres d’imprimerie, les encres lithographiques, les papiers carbone, les rubans de machines à écrire, les papiers peints, les cirages, les vernis pour cuir, les fards, etc. La grande finesse des particules de noir de carbone est en fait un très important agent réducteur et adsorbant; c’est la raison pour laquelle on l’utilise pour la décoloration d’un grand nombre de liquides (en sucrerie par exemple), la purification des huiles de transformateurs, la réduction des alliages métalliques, comme support des agents insecticides, comme adsorbant des gaz dans les tubes à vide, comme charge inerte dans les explosifs à oxygène liquide, etc.
- Enfin, les propriétés conductrices du noir de carbone en font un constituant des charbons à arc, des piles sèches, des papiers conducteurs; on l’a utilisé en mélange avec le caoutchouc pour fabriquer des revêtements destinés à empêcher l’accumulation de l’électricité statique, etc.
- Avec une capacité de production de plus de 700 000 t de noir de carbone par an, les États-Unis sont maîtres d’une industrie d’un avenir assuré.
- G. Genin,
- Ingénieur E. P. C. I.
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- INSIGNES POUR LES SOURDS
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- Les aveugles portent une canne blanche qui les signale à l’attention des automobilistes et à la bienveillance des passants. Pourquoi tant de sourds se font-ils écraser pour n’avoir pas entendu les trompes d’autos ? C’est parce que chez nous, c’est-à-dire en France, si nous sommes malades des yeux ou des oreilles, nous reconnaissons volontiers être aveugles mais nous refusons d’avouer que nous sommes sourds : l’idée de porter un insigne de surdité soulève des hostilités.
- L’insigne international des sourds*
- Et pourtant, il existe un insigne international à l’usage des sourds, insigne agréé en France depuis 1935. C’est un cercle jaune marqué de trois points noirs. On le porte volontiers à l’étranger, notamment aux États-Unis, en Suisse, en Allemagne, en Hollande, en Autriche ; bien mieux, vous rencontrez là-bas des sourds porteurs, sans honte, d’un large brassard jaune plaqué de trois points noirs qui nous paraissent énormes, nettement repérable à grande distance.
- Hélas, il n’est pas encore question d’un tel brassard chez nous. Nous ne voulons même pas exhiber un appareil acoustique ; au point que l’acheteur éventuel ne demande pas si le fonctionnement en est bon, il demande d’abord : « Est-il invisible ? ».
- Fig-, 1. — L’insigne international des sourds.
- Indicateurs de modalité*
- sentir vexé qu’un dur d’oreille attende votre dixième phrase pour vous avouer qu’il n’a rien entendu. .
- J’ai donc cherché un indicatif permettant une gradation facile, ne faisant confusion avec aucun des si nombreux ' insignes de sociétés sportives ou autres, et ne faisant aucuue allusion trop directe puisque les sourds français n’aiment pas cela. Après quelques tâtonnements et simplifications, et avec le bienveillant appui de l’Association des blessés de l’oreille et sourds civils (dont le siège est 18, boulevard Beaumarchais, Paris XIe), nous vous présentons quatre modèles.
- Ils comportent une grille sombre sur fond clair ; la grille est plus ou moins épaisse selon le degré de surdité. Le type adopté est une médaille de 30 millimètres percée de deux trous de fixation.
- Le numéro 1 s’adresse à la foule de ceux qui ne sont pas vraiment sourds mais se voient obligés fréquemment de faire répéter celui qui leur parle. Je vois volontiers cet insigne attaché par un petit élastique à la carte d’identité, pour qu’on puisse le montrer notamment à l’employé du guichet de la Poste : celui-ci, sans retards inutiles et sans énervantes surprises, saura qu’il doit nettement articuler, d’une voix encore douce mais suffisante, et sans s’accompagner d’un fracas de tampon dont le contraste bruyant nuit souvent à la faculté de comprendre.
- Le numéro 2 vous invite à élever la voix. Mais essayez d'abord une voix moyenne : puisque vous êtes averti, vous verrez dès les premiers mots s’il faut renforcer.
- A l’insigne 3, qui indique une très grave surdité pour la parole, je préférerais l’insigne international chaque fois qu’il y a en même temps surdité aux bruits.
- Je me suis demandé (si cela n’intéresse pas les Français, peut-être aurai-je plus d’écho à l’étranger) si, à côté de l’insigne international, lequel est aAumt tout un signal de protection, il n’y aurait pas place fort utile pour un autre insigne, destiné celui-là à faciliter les relations sociales. Pour cela, une indication conventionnelle vous ferait savoir, instantanément et sans erreur, comment vous devez vous comporter pratiquement avec le sourd ou demi-sourd qui est devant vous.
- Il y a en effet divers degrés de surdité, et il y a des surdités très diverses : tel entend fort bien certains bruits et très mal la parole ; celui-ci n’est sourd que pour certaines voix ; en voici un qui est plus sourd par temps humides ; tel autre a des variations d’audition dont les causes ne sont pas déterminées ; il en est aussi qui entendent mieux au milieu du bruit. Il est donc inutile de hurler avec celui qui peut vous entendre en conversation discrète. Mais ne soyez pas non plus surpris d’être obligé parfois de crier là où votre voisin se fait entendre à voix faible. Par ailleurs, vous pouvez vous
- Enfin l’insigne 4 présente un intérêt spécial, car il indique que son porteur sait lire sur les lèvres. Mettez-vous bien en face, aussi éclairé que possible, et parlez sans bruit.
- Ces nouveaux insignes n’ont actuellement rien d’officiel : il s’agit d’une expérience préliminaire, en vue de diminuer quelques menus ennuis de notre vie sociale. Il a paru qu’on pouvait les faire en diverses teintes, ce qui permet d’en graduer la visibilité, et même de les adapter à la coquetterie du costume, lorsqu’on les porte ostensiblement.
- Paul Dapsence.
- La Semaine nationale de la sécurité.
- L’Œuvre pour la sécurité et l’organisation des secours, reprenant son activité interrompue pendant la guerre, prépare une « Semaine de la sécurité » qui aura lieu du 13 au 21 juillet prochain.
- Trois comités en préparent les travaux :
- Le Comité National de la Sécurité contre l’Incendie et le danger aérien, présidé par M. Joliot, Haut-Commissaire à l’énergie atomique.
- Le Comité National de la Sécurité dans le travail, sous la présidence de M. Maillet, Directeur général du Travail et de la Main-d’Œuvre.
- Le Comité National de la Sécurité dans les transports, sous la présidence de M. le Dr Behague, Vice-Président de l’Union Nationale des Associations de Tourisme.
- Déjà se constituent sur l’initiative des Préfets des comités départementaux de la sécurité. Enfin, à Paris, diverses manifestations sont organisées pour cette date :
- La VIe Exposition Internationale de la Sécurité ; le VIe Congrès Technique International du Feu ; le LVe Congrès de la Fédération Nationale des Sapeurs-Pompiers ; les Conférences nationales de la Semaine de la Sécurité.
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- Le développement de la culture du quinquina en Afrique Occidentale Française
- M. le Gouverneur général de l'Afrique Occidentale Française a adressé à La Nature la note suivante :
- Dans un article publié dans La Nature du lor novembre 194o, M. le docteur Muraz, sous le titre « Quinquina, Quinine et Kina-Bureau », a traité des efforts tentés dans les colonies françaises pour développer la culture du quinquina.
- Si le docteur Muraz doit être remercié d’avoir parlé avec grande sympathie de ces efforts, de les avoir défendus en quelque sorte contre les détracteurs ou les pessimistes, il a, en ce qui concerne l’A. 0. F., passé sous silence (parce que sans doute il les ignore, son article se référant à un voyage ou une mission qu’il fit en À. 0. F. en d941) les travaux importants qui ont été, depuis, entrepris. Et c’est cette lacune qu’il serait injuste, vis-à-vis de la Fédération, de ne pas combler.
- Cette note n’a donc pas d’autre but que de compléter, en ce qui concerne l’Afrique Occidentale Française, l’article du docteur Muraz.
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- Les premières tentatives d’introduction de Cinchonas remontent assez loin dans le passé.
- C’est aux professeurs Chevalier, du Muséum d’Histoire naturelle, et Perrot, de la Faculté de Pharmacie, qu’est dû le premier essai tenté dans le Foutah-Djallon, en Guinée. Il se solda par un échec, comme beaucoup d'autres qui suivirent, tant en Côte d’ivoire qu’en Guinée, et sur lesquels il serait vain de s’arrêter.
- Bien plus tard toutefois, en Côte d’ivoire et en particulier dans le massif des Dans, notamment au Tonkoui, dès 1932, après une étude climatologique et agrologique faite par Roland Porte-res, Ingénieur des Services techniques et scientifiques de l’Agriculture, en service alors dans cette colonie, un nouvel essai, sans doute le seul rationnel qui fut tenté jusque-là, était entrepris.
- Il laissait un espoir, et Roland Porteres qui devait par la suite attacher son nom à l’œuvre du quinquina en A. O. F., avec sa prescience, son instinct de jeune chercheur passionné, affirmait déjà dans un rapport de février 1932, malgré beaucoup d’avis pessimistes, qu’on était là, au Tonkoui, « dans les conditions requises pour réussir à condition de porter un effort tenace et sévère, tant au point de vue technique que financier ».
- Pour lui donc, à cette» époque lointaine où notre inexpérience était quasi-totale, la réussite ne tenait qu’à la continuité dans l’effort, aux nécessaires sacrifices financiers que la Fédération devait accepter, car en ce temps-là, elle mesurait parcimonieusement les crédits pour tout ce qui touchait aux recherches agronomiques.
- En Guinée où les essais s’étaient poursuivis parallèlement jusque-là, mais sans étude préalable approfondie, des échecs successifs avaient été enregistrés.
- Il convient certes de ne pas médire de ces insuccès qui ne résultaient que de notre inexpérience. Ils furent autant de leçons dont, peu à peu, devait se dégager le chemin à suivre.
- Et de fait, en 1937, la Guinée, avec un retard de cinq ans sur la Côte d’ivoire, mettait en place quelques plants de Succirubra provenant de graines introduites du Cameroun.
- Sauf quatre qui furent foudroyés, ces plants existent encore
- et sont les témoins en quelque sorte historiques des tentatives guinéennes restées longtemps vaines.
- Cependant, en 1936, sous l’impulsion donnée par la commission permanente du quinquina, créée au Ministère, et qui délégua en Afrique Noire un spécialiste venu d’Indochine, l’Ingénieur agronome Barat, l’étude des possibilités de cu’ture du quinquina, entreprise sur l’initiative du Département, devint une réalité.
- Si les conclusions rapportées par l’Ingénieur Barat rencontraient celles qu’émettait Roland Porteres dès 1932, elles montraient cependant une certaine réticence quant à la possibilité de culture des quinquinas à haute teneur.
- Un programme rationnel d’études et de. recherches était néanmoins proposé, et à la veille de la guerre, la Fédération de l’A. 0. F., suivant en cela des indications du rapport Barat et F « appel » prophétique de R. Porteres, désigna le service dit :
- <( Secteur côtier des Recherches agronomiques », pour poursuivre et intensifier les études en vue d’établir des techniques appropriées.
- Roland Porteres en fut chargé particulièrement et devint le Chef des Stations de Man et. de Sérédou, nouvellement constituées.
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- Après des travaux auxquels on ne rendra jamais assez hommage, Porteres commença dans le massif quasi inexploré du Zoama. comme il avait fait dix ans avant au Tonkoui, les harassantes prospections préalables, étudia la climatologie, les sols, entreprit de nouveaux semis à différentes altitudes, mit au point pour les adapter aux conditions locales, de nouvelles techniques de semis et d’élevage.
- Et dès 1944, devant les réussites qu’il avait enregistrées, il pouvait écrire : « la question de savoir si les plantations des arbres à quinquina sont économiquement possibles, ne se pose plus depuis 1912 en Guinée (Sérédou) et en Côte d’ivoire (Man).
- « La période des essais préliminaires, avec un nombre assez important de variétés provenant de divers pays, peut être considérée comme close ».
- D’autre part, chargé de mission au Cameroun, pour lui permettre de confronter les techniques et d’établir des comparaisons, Porteres rapportait dans ses conclusions que la croissance de toutes les variétés introduites en Guinée, comme en Côte d’ivoire, était excellente et que l’on pouvait — sous réserve des discriminations nécessaires résultant de la sélection du matériel végétal dont disposaient les deux stations spécialisées — étendre partout dans les zones qu’il avait étudiées, tant en Côte d’ivoire qu’en Guinée, la culture du quinquina.
- Néanmoins, si dans les massifs montagneux de la Côte d’ivoire (Dans-N’Zo), beaucoup de points convenaient aux Succirubra, seul le Tonkoui, sur une superficie limitée, paraissait favorable aux quinquinas à haute teneur.
- Par contre, la Guinée, dans une partie du massif du Ziama — et sur des aires plus étendues qu’au Tonkoui — pouvait convenir à ces types, le Succirubra étant également possible sur des. surfaces relativement importantes.
- Par conséquent, pour Porteres, le centre de l’effort que se proposait d’entreprendre l’A. 0. F., devait se situer en Guinée à Sérédou, Man ne devant constituer qu’une annexe.
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- C’est en novembre 1944 que le Gouverneur général Cournarie qui déjà au Cameroun, avait donné son statut à la Station de Dschang, créa par arrêté, la Station expérimentale du quinquina et unit sous cette dénomination les centres de Sérédou et de Man.
- Cet arrêté ne se bornait pas à confirmer la spécialisation de ces deux centres, il prévoyait la réalisation d’un premier programme de plantations, dont le financement devait être assuré par les crédits affectés, au titre du développement de la production, aux grands travaux spéciaux.
- Ce programme prévoit pour la période quinquennale 1944-1948, l’aménagement de 280 ha en Cinchona Ledgeriana, et de 90 ha en Succirubra et hybrides, les réalisations annuelles se répartis-sant comme suit :
- En Ledgeriana En Succirubra
- 1944 .............................. 1 ha 12 lia
- 1948 ..................... 23 — IG —
- 1946 .................... 48 — 20 —
- 1947 .................... 90 — 14 —
- 1948 .................... 98 — 30 —
- A l’heure actuelle, à la fin des deux premiers exercices, on peut dire que les travaux prévus ont été non seulement réalisés, mais encore dépassés, malgré le manque de matériel, d’outillage, de routes, malgré les conditions de travail particulièrement pénibles, les difficultés de toute sorte auxquelles se heurte encore la jeune équipe des techniciens attachés à cette œuvre.
- Certes, cette avance n’aurait aucune signification et ne pourrait servir qu’à illustrer vainement des tableaux statistiques, si d’une façon générale on ne pouvait observer l’excellente tenue des plantations réalisées.
- Dans le Ziama, des Ledgeriana d’origines camerounaise, malgache ou autres présentent encore aujourd’hui, alors que nous sommes en pleine période d’harmattan, une végétation plus que satisfaisante.
- Que les plantations de Succirubra, pour dire ce qui est, paraissent) moins idgoureuses, cela ne tient qu’aux superficies choisies en 1944, qui, insuffisamment inclinées, ont offert aux jeunes plants, durant l’hivernage, malgré les sérieux drainages effectués, un milieu moins favorable, et aussi aux attaques d’Helopeltis, contre lequel nous n’avons, pour l’instant, comme moyen de lutte à notre disposition, que du savon noir.
- Il n’en reste pas moins vrai que ces plantations de Succirubra ont réussi dans la proportion de 90 pour 100 — et c’est en arboriculture industrielle un succès déjà appréciable.
- A l’annexe de Man, au Tonkoui, comme le souhaite le docteur Muraz, l’effort se poursuit, et les réalisations culturales, pour être deux fois plus restreintes qu’à Sérédou, y atteignent le même succès.
- Tout ce qui précède serait sans doute incomplet si nous laissions dans l’ombre les études qui, parallèlement aux réalisations, doivent être continuées.
- En effet, bien que nos plantations, notamment en Ledgeriana, se fassent à partir de plants provenant de graines d’élite, pour la plupart importées du Cameroun, il va sans dire qu’une sélection rigoureuse doit être entreprise pour discriminer, entre les différents types introduits, celui ou ceux qui maintiendront dans les nouvelles conditions de milieu où ils végètent, les caractères de richesse (quinique et alcaloïdique), et de productivité en écorces.
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- Le docteur Muraz verra donc par cette note, peut-être bien longue, que l’A. O. F. n’a pas perdu de vue, depuis son passage, l’important problème du quinquina.
- Outre la Guinée et la Côte d’ivoire d’ailleurs, il faut signaler
- les travaux que poursuit localement le Togo, particulièrement sur les quinquinas à écorce rouge qui, mieux que les variétés à haute teneur, doivent réussir sur certains points du plateau de Daye.
- Les résultats obtenus permettent de penser d’ores et déjà que le Togo pourra dans l’avenir apporter une appréciable contribution aux besoins de l’A. O. F.
- Et puisque nous venons de parler de besoins, quels sont-ils, tout au moins approximativement ?
- Pour l’Afrique Noire, on les estimait avant guerre, pour les seuls Européens entre 30 et 40 t.
- Si l’on excepte l’A. E. F. qui, peut-être un jour, par le Cameroun, verra ses besoins assurés, les quantités en quinine et en alcaloïdes totaux réclamés pour la seule A. 0. F., y compris la quininisation de la masse indigène à la dose de 2,8 g par mois, sont de 48 à 80 t.
- D’après Porteres, pour les obtenir, il faudrait pouvoir étendre la culture des Succirubra sur 2 800 à 4 000 ha et celle des Ledgeriana sur 1 000 à T 800 ha.
- En tel effort est-il techniquement possible ?
- Il serait sans doute audacieux de l’affirmer péremptoirement aujourd’hui, d’autant plus que les zones favorables aux Ledgeriana, en dehors de la question sol et pluviométrie, sont limtées aux altitudes dépassant 1 000 m qui, tant en Côte d’ivoire qu’en Guinée, n’abondent pas.
- Toutefois, sans attacher à cette assertion une autre valeur que celle d’une observation toute récente et qui demande à être confirmée par le temps, il semble que des Ledgeriana greffés sur Succirubra végètent normalement à une altitude moindre. Et cela est peut-être de nature à élargir, un jour, nos possibilités.
- En ce qui concerne les Succirubra, rien ne s’oppose, pour l’avenir, lorsqu’auront été isolés et fixés des types à bonne teneur en alcaloïdes totaux, de les cultiver partout où cela apparaît déjà possible. Et la Côte d’ivoire, avec ses massifs des Dans, du N’Zo, la Guinée, avec le Ziama et le massif de Maccnta, enfin le Togo, sur les aires même limitées qu’il peut offrir, donnent dans l’ensemble d’appréciables superficies.
- Les deux études clu Dr Muraz parues dans La Nature (nos 3099 et 3100) ont eu un certain retentissement. Outre la note qu’on vient de lire de M. le Gouverneur général de VA. O. F., relative au quinquina, elles ont provoqué une communication de M. le Dr Bouet, vice-président de l’Académie des Sciences coloniales Q), sur le Stropliantus. Là encore, M. Auguste Chevalier est un précurseur puisqu’il avait signalé l’existence de la précieuse plante en Côte d’ivoire dès 1907. En 1942, le Dr Bouet signalait au Médecin général inspecteur Blanchard, directeur du service de santé du Ministère des Colonies la pénurie d’ouabaïne et l’intérêt de chercher des graines de Stropliantus en Côte d’ivoire. Un colis de 2 kg put être expédié en France avant que les événements de novembre 1942 aient séparé la colonie de la métropole. D’ailleurs, la maison Nativelle qui prépare l’ouabame recevait avant la guerre ses graines d’un métis d’Allemand et de négresse vivant au Cameroun, qui rassemblait les graines recueillies en forêt par les pygmées indigènes.
- Le Dr Muraz qui assistait à la séance de l’Académie des Sciences coloniales a également signalé la présence en Haute-Guinée de bigaradiers ou oranges amères, provenant sans doute de graines introduites de La Mecque avec de la terre sainte que les pèlerins musulmans ne manquent pas de rapporter de leurs pèlerinages. Les indigènes récoltent l’essence en râpant avec une cuiller la surface des fruits ; ils en emplissent des bouteilles qu’ils remettent à l’administration locale en paiement de leurs impôts.
- 1. Dr Bouet. Au sujet de la note du Dr Muraz sur « le Strophantus gra-tus en A. O. F. » parue dans le numéro du 15 novembre 1945 du journal La Nature. Académie des sciences coloniales, Comptes rendus de la séance du 18 janvier 1946, p. 64-69.
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- LA PÉNICILLINE
- fabrique aujourd’hui en France
- Pendant qu’aux Etats-Unis et en Angleterre, la bienfaisante pénicilline poursuivait sa « carrière sensationnelle », pour employer les termes du Dr Fleming, les biologistes français ne sont pas restés inactifs. En particulier, le Médecin Commandant
- taire d'étude et de fabrication de la pénicilline. Ces entreprenants organisateurs n’avaient à leur disposition que des moyens de fortune, mais ils travaillèrent avec une ardeur admirable, secondés par un personnel subalterne dont la conscience pro-
- Figr. 1. Préparation des milieux de culture. — 2. Ensemencement automatique au moyen d’une pompe spéciale. •— 3. Dans une des étuves de culture. — 4. « Boites de Roux ». Celle du haut stérile : à droite, après 3 jours d’étuve à gauche, après 8 jours, lors de la récolte.
- Broc-h s’occupa de la question. Avec l’aide du Commandant Kerharo et du Capitaine Netik, il réquisitionna, en novembre 1944, sur l’ordre du Médecin Général Debenedetti, Directeur du Service de Santé de l’Armée, un garage parisien à cinq étages, sis rue Alexandre-Cabanel, dans le quartier de Grenelle, à Paris. L’Institut Pasteur prêta son concours dévoué et en quelques mois, on réussit à transformer l’édifice en un Centre mili-
- fessionnelle égala la valeur scientifique des chefs. Certes, les photographies publiées ici ne sauraient se comparer aux vues spectaculaires des énormes usines similaires américaines ou britanniques. Mais elles attestent néanmoins qu’au milieu des plus tragiques circonstances et dans de très pénibles conditions de travail, les savants de France ont innové encore une fois.
- En mars 1945, c’est-à-dire quatre mois après la métamorphose
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- inattendue de ce garage encombré de véhicules abandonnés par les Allemands, les premiers flacons de pénicilline française en sortaient pour aller sur les fronts de bataille de Royan et de Berchtesgaden hâter la guérison de nos blessés qu’on soignait jusqu’alors avec l’extrait de la précieuse moisissure provenant exclusivement des États-Unis.
- La fabrication.
- Les diverses opérations qui se poursuivent dans l’usine de la rue Alexandre-Cabanel, sont très simples, du moins en théo-
- Ces « boîtes de Roux » contiennent naturellement de nombreux germes microbiens et fungiques. Aussi faut-il les stériliser dans des autoclaves géants chauffés à la vapeur pendant un quart d’heure à no°. Dans chacun de ces appareils, on peut opérer la stérilisation du nombre de flacons nécessaires pour contenir 5oo 1 de « milieu de culture ». On procède ensuite à l’ensemencement du bouillon stérilisé. Cette opération s’effectue soit à la main, soit de préférence à l’aide d’une pompe spéciale mise au point dans l’usine. Cette machine fonctionne sur une tuyauterie pneumatique et deux ouvrières suffisent à la manœuvrer : l’une d’elles flambe l’orifice de chaque fiole remplie de jus au cinquième de sa contenance, puis la passe débou-
- rie. On commence par y préparer dans quatre cuves de 5oo 1, un bouillon de culture dans la composition duquel entrent notamment du jus de maïs, du lactose et divers sels minéraux. Après avoir filtré et centrifugé ce jus, on le refoule au moyen d’un système de canalisation jusqu’à la salle de remplissage. Là, des ouvrières revêtues de blouses blanches et coiffées d’un voile (comme toutes leurs compagnes du « Centre de la Pénicilline »), se tiennent autour d’un petit convoyeur automatique mû électriquement. Les unes garnissent les cases dudit transporteur de flacons plats en verre, connus sous le nom de « boites de Roux » dans les laboratoires microbiologiques, tandis que les autres obturent, au moyen de tampons d’ouate hydrophile, le goulot de ces fioles après leur passage sous les tuyaux distributeurs de jus où un arrêt momentané et réglé permet leur remplissage partiel. En une heure, 2 3oo bouteilles de culture se trouvent ainsi remplies et bouchées.
- chée à sa compagne assise à côté d’elle. Celle-ci, en appuyant sur une pédale, déclanche le piston de la pompe, qui injecte dans le flacon quelques centimètres cubes de spores de Pénicillium notatum contenus dans un récipient métallique appelé allonge en langage technique.
- La préparation du liquide de ladite allonge exige certains soins. On doit opérer à partir d’une souche originelle et par sélection des spores dans un laboratoire spécialement agencé. Une cloison mobile permet d’amener des fioles remplies du bouillon de culture puis de les ressortir après leur ensemencement de spores sélectionnées, sans les manipuler dans l’atmosphère des autres ateliers de l’usine toujours plus ou moins chargée de micro-organismes étrangers.
- Les bocaux normalement ensemencés de la sorte s’en vont garnir les rayons des étuves dont on maintient la température à 24° pendant 8 jours. Au bout de ce temps, le jus enclos dam
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- ces bouteilles se recouvre uniformément de moisissures et renferme la quantité maximum de pénicilline. C’est l’heure de la « récolte » qui se fait d’une manière non aseptique en vidangeant simplement le contenu des fioles dans de grands bidons métalliques. Aussi, à côté de la « moisson cryptogamique » voisinent dans chaque bocal des germes de divers champignons indésirables et des microbes dont la prolifération ultérieure détruirait celle-ci. Mais comme à 4°, heureusement, ces organismes vivants ne se développent pas, il suffit de refroidir les jus récoltés. On transporte donc les bidons dans le hall de refroidissement, au fur et à mesure de leur remplissage. Puis on les verse dans des cuves où serpentent les tuyaux réfrigérés qui y maintiennent la température voulue. Les jus refroidis sont dosés au laboratoire d’après leur action inhibitrice sur le staphylocoque, puis envoyés aux usines Rhônes-Poulenc et Roussel, qui en extraient la pénicilline.
- L'avenir.
- Prévue pour une production mensuelle de ioo millions de doses unitaires du médicament, l’usine-pilole de la rue Alexandre-Cabanel en fournit aujourd’hui environ 800 millions. Mais hélas, pour satisfaire nos besoins nationaux, il en faudrait de i5o à 200 milliards par mois y compris les envois d’Amérique.
- Les hôpitaux français ne disposent, à l’heure actuelle, que de 3o milliards d’unités de pénicilline pendant le même laps de temps. Les Américains ne peuvent pas dépasser pour l’instant leur chiffre d’exportation. Cependant dans notre centre parisien, les chercheurs ne se découragent pas et continuent leur persé-
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- vérant labeur. En particulier, des essais se poursuivent maintenant sur Vextraction de la pénicilline par adsorption sur charbon activé. On y cherche aussi la mise au point pratique de la méthode dite de culture en profondeur, qui s’avère moins onéreuse que celle de préparation en surface décrite ci-dessus. La petite « usine en miniature » imaginée dans ce but semble répondre aux espérances de scs créateurs qui, rru les résultats obtenus avec des cuves de 200 1, se proposent de renouveler l’expérience à l’échelle industrielle. Ils envisagent la construction de grandes chaudières métalliques, remplies de milliers de litres de « Coghill » et ensemencées toujours au moyen de spores de Pénicillium. Un courant d’air stérile brassant ces jus ensemencés y provoquera le développement du champignon dans toute la masse liquide. Dès le cinquième jour, on pourra récolter le « milieu de culture », hâtant ainsi de 72 h la « moisson » de pénicilline et évitant l’énorme dépense des fioles en verre désormais inutiles.
- Le Centre français de fabrication de la pénicilline doit, comme on en parle en haut lieu, soit s’incorporer dans une plus Ausle exploitation nationale, soit se réunir à divers groupements privés auxquels l’État achèterait leur production totale pour la répartir ultérieurement. Quelle que soit la solution adoptée, cet établissement militaire aura été l’utile précurseur des usines qui cultiveront, en France, l’extraordinaire moisissure pour en tirer un remède aux vertus thérapeutiques merveilleuses. Aidés par les recherches qui s’y poursuivent, les.technicien s bénéficieront de l’expérience acquise et, dans un avenir prochain sans doute, monteront sur notre sol des établissements comparables aux puissants centres industriels d’Amérique et d’Angleterre.
- Jacques Boyer.
- LA CORÉE
- La Nature du 15 janvier 1946 (n° 3104) a publié une étude fort intéressante sur la Corée dont le peuple a beaucoup souffert pendant les 35 années qu’a duré la domination japonaise.
- Étant Coréen, je remercie vivement La Nature et l’auteur de l’article, M. Victor Forbin, qui l’a écrit en termes sensibles et généreux.
- J’espère que M. Forbin me permettra d'apporter quelques précisions qui compléteront sur plusieurs points la connaissance de mon malheureux pays, autrefois si fermé et si mystérieux. Il est difficile de développer dans un article relativement limité les faits d’un pays lointain et peu connu ; il serait certainement plus difficile encore d’obtenir des informations exactes dans les circonstances actuelles, même sur place. Je dois dire que moi-même, j’ai quitté mon pays depuis près de 25 ans avant d’en avoir parcouru tout le territoire, tant s’en faut, et je ne pourrai dire que des choses lointaines dont certaines ne sont peut-être plus d’actualité.
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- Le peuple coréen appartient au groupe Mongoloïde ; plus précisément, il doit s’apparenter aux Toungouzes, avec des apports d’éléments chinois importants et d’éléments japonais sporadiques. Quoiqu’on puisse distinguer dans une certaine mesure quelques types régionaux différents, la péninsule coréenne ne compte aucun groupe ethnique allogène. Plus de 20 millions d’individus, quelles que soient leurs origines lointaines, forment aujourd’hui, une nation homogène, parlant une seule langue, à quelque variation dialectale près, le coréen.
- Le coréen. — On peut se demander si la langue coréenne s’apparente au groupe des langues dites altaïques : le mandchou, le mongol et les dialectes toungouz, et au japonais, dont la structure présente une analogie frappante à celle du coréen. Mais l’état actuel des études comparées de toutes ces langues ne permet pas d’affirmer cette parenté ; il faudra attendre les résultats de recherches sérieuses et systématiques pour conclure d’une façon certaine. Cependant il y a une forte présomption pour qu’elles aient une origine commune. Parallèlement à ce problème. du coréen, problème dont on s’est peu préoccupé jusqu’à présent dans le milieu des savants linguistes, il y a le problème ouralo-altaïque qui s’est posé depuis le siècle dernier. Il s’agit de savoir si les langues altaïques dont j’ai parlé plus haut, et les langues finno-ougriennes, les parlera des Samoyèdes, des Finnois, des Hongrois et des Turcs, n’ont pas une origine commune. Les recherches dans ce domaine ne sont qu’au stade des tentatives et le terme ouralo-altaïque, sous lequel on voudrait grouper toutes les langues parlées par les peuples septentrionaux de l’Asie et de l’Europe, est encore controversé. Si, un jour, ces deux hypothèses, à propos l’une du coréen, l’autre des ouralo-altaïques, se vérifient, on pourra imaginer qu’il fut un temps très lointain où les ancêtres des Coréens et ceux des Hongrois, par exemple, parlaient la même langue (Q.
- Croyances. — Les Coréens sont foncièrement superstitieux, ainsi que le rapporte M. Forbin. Les hommes du peuple, les femmes surtout, voient partout des génies obscurs, protecteurs ou
- 1. M. Li-Long-Tsi prépare une grammaire coréenne (N. D. L. R.).
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- malveillants : an pied d’un arbre ou d’un rocher, à une source, ou sous un vieux pont, etc. Il faut y ajouter les divinités domestiques. Souvent, dans les maisons coréennes, surtout à la campagne, on voit des paniers poussiéreux garnis de bouts d’étoffe et contenant des poignées de céréales ; ils sont consacrés aux pénates dont je ne saurai dire les noms. Il y a des cérémonies curieuses, parfois solennelles, par exemple, celles qui sont consacrées aux divinités protectrices des villages. Ces cérémonies, annuelles, ont lieu en plein air, à un endroit fixé, généralement planté d’arbres, du village. Tous les habitants y participent en apportant des repas d’offrande, préparés dans chaque famille.
- A cette occasion on sacrifie, à frais commun, un bœuf, un veau ou un porc, selon les endroits et selon les possibilités de chacun.
- Les lettrés, qui sont athées par principe et qui jouissent d’un prestige incontesté sur le peuple, méprisent ces pratiques qui ne ressortissent pas à la doctrine confucéenne ; ils recommandent, souvent avec sévérité, de les abandonner, sans cependant envisager leur interdiction légale. Il en résulte que le peuple n’est pas contrarié dans ses croyances et que les lettrés ferment les yeux sur les superstitions populaires et n’y attachent pas plus d’importance qu’elles ne le méritent. C’est pourquoi, en Corée, il n’y a pas de conflit entre ces deux sentiments opposés. D’ailleurs, les lettrés ne sont pas d’une classe à part ; ils sont les élites issues de toutes les familles coréennes, qui sont plus ou moins profondément attachées à cette tradition qu’elles ont hérité probablement d’un très lointain passé ; car ces superstitions coréennes sont du chamanisme, croyance répandue aux Indes, en passant par le Tibet, et chez les peuples de l’Asie septentrionale. N’est-il pas intéressant de retrouver en Corée les mêmes idoles en bois (reproduites à la page 18 de La Nature) qu’en Mandchourie et jusqu’aux rives de l’Iénisséi ?
- Le ginseng. — Il faut distinguer deux espèces de ginseng : jes sauvages et les cultivés ; ceux-ci se divisent eux-mêmes en deux catégories, non pas par nature mais d’après leur traitement après la récolte : le ginseng blanc et le ginseng rouge.
- Les ginsengs sauvages que les Coréens considèrent comme le plus énergique des fortifiants, poussent dans une région assez limitée, au Sud du haut et du moyen Yalou, dans les montagnes, où seuls les chercheurs initiés peuvent trouver quelques racines à chaque saison, qui se situe entre les derniers jours d’août et les premiers jours d’octobre. Les recherches sont d’autant plus difficiles que les plantes de moins de trois ans n’ont pa3 de valeur.
- On reconnaît l’âge des plantes au développement de leurs feuilles- Si un chercheur rencontre une jeune plante, il lui enlève ses feuilles pour que d’autres ne la découvrent pas, et il note secrètement l’endroit pour pouvoir la retrouver l’année suivante. Les chercheurs de ces plantes sont particulièrement superstitieux ; ils ont des pratiques curieuses, parfois bizarres ; ils parlent même un langage spécial pour, dit-on, ne pas éveiller les soupçons des divinités de la montagne, de qui dépend le succès de leurs expéditions. Cela n’empêche pas qu’ils reviennent souvent bredouille, au bout de longues randonnées de plusieurs jours à travers les montagnes peu fréquentées, passant la nuit à la belle étoile, au risque de se voir attaquer par les ours, les sangliers ou les tigres. C’est que ces plantes fabuleuses sont d’une très grande rareté. Aussi ne s’en procure pas qui veut, même au prix d’une fortune.
- Autrefois, le gouvernement coréen interdisait, sous peine de mort, de les emporter hors de la frontière. Cependant, il y eut des fuites, facilitées par la proximité de la frontière et de la région productrice, et suscitées par les prix élevés que payaient les Chinois riches. Mais le ginseng sauvage ne fut jamais une marchandise d’exportation.
- Les ginsengs cultivés — les Coréens les cultivent depuis des siècles — sont des produits indispensables dans la médecine orientale ; ils entrent dans la composition de la plupart des
- médicaments, comme fortifiant. On les emploie rarement isolés, tandis qu’on peut absorber un seul ginseng sauvage, sans en être spécialement malade..., si l’on a la chance de s’en procurer un dans sa vie.
- La Corée n’en est d’ailleurs pas le seul pays producteur ; on le cultive en Chine, dans la région de Canton et aux Philippines. Dans ma province de l’Est, on emploie généralement les produits mandchous qui coûtent moins cher. Mais la production coréenne jouit d’une renommée séculaire, fabuleuse, en Chine.
- On voit que la culture du ginseng en Corée avait depuis des siècles un double but : subvenir aux besoins du pays et exporter en Chine. Le plus grand centre de cette culture est à quelque vingts kilomètres au Nord de la capitale actuelle, Séoul, dans l’ancienne capitale de la Corée, Song-to (ou Kai-Seung) qui est, grâce au ginseng, la plus riche et la plus commerçante des villes coréennes. Les ginsengs cultivés, comme les ginsengs sauvages, sont d’une croissance très lente, 5 ou 6 ans pour atteindre la grosseur de la première qualité. De plus, ils sont fragiles et susceptibles de maladies. Il n’est pas rare de voir une plantation tomber à néant, après 3, 4 ou 5 années d’efforts et de dépenses considérables..
- Une fois les ginsengs arrachés, on les lave et sèche avec soin avant de les livrer au commerce. Les ginsengs séchés sont blancs teintés d’ocre. On les appelle les ginsengs blancs. Si on les cuit à la vapeur, avant de les sécher, ils prennent une teinte foncée. On appelle ginsengs rouges ceux que les Chinois prisent plus particulièrement ; mais les Coréens en général n’en font pas grand cas. Aussi les prépare-t-on spécialement en vue de leur exportation en Chine.
- Le gouvernement japonais, aussitôt après l’annexion de la Corée, a fait un monopole d’état des ginsengs rouges, frustrant ainsi les producteurs coréens. Quand les Chinois apprirent la mainmise japonaise sur ce produit, ils le boycottèrent. Yoilà comment les Japonais ont ruiné une industrie proprement coréenne qui avait une clientèle séculaire.
- J’ai parlé un peu longuement des ginsengs sur lesquels les informations comportent une erreur initiale, celle de confondre les deux espèces : les sauvages (les Coréens les appellent ginsengs de montagne) et les cultivés, qui n’ont pas une égale importance au point de vue économique.
- En terminant, je formerai le vœu qu’un jour on analyse scientifiquement ces plantes qui ont une place très importante dans la médecine traditionnelle en Extrême-Orient, et cela afin d’y déceler quelque propriété peut-être utile à l’homme.
- Li-Long-Tsi.
- Naissance cTîles dans le Pacifique.
- Le 18 février dernier, alors que le destroyer britannique Urania, en route vers l’Australie, se trouvait à 200 milles au sud de Yokohama, l’équipage aperçut des colonnes de vapeur, en forme de plumes, qui s’élevaient à une hauteur de 180 m. Le navire s’étant approché du phénomène, il.fut possible de distinguer deux masses de roches émergeant au ras de l’eau, au centre d’une aire où l’océan bouillonnait. Le commandant avisa aussitôt l’Amirauté en précisant la position de ces nouveaux récifs.
- Neuf jours plus tard, le 27 février, le pilote d’un avion de reconnaissance américain constatait que les îles naissantes s’étaient déjà considérablement développées ; il évalua leur hauteur à 22 et 24 m, leur diamètre à la base mesurant environ 300 m. Elles présentaient l’aspect de roches que rougissait une intense chaleur ; des nuages de vapeur d’où se dégageaient des odeurs de soufre les enveloppaient. L’observateur calcula qu’elles se trouvaient à environ 223 milles de Tokyo qui, deux semaines auparavant, avait été secoué par de3 tremblements de terre. La côte la plus rapprochée est éloignée de 36 milles.
- Une troisième masse rocheuse commençait à surgir entre les deux îles ; la mer bouillonnait sans arrêt dans un rayon de plusieurs milles et se colorait de jaune sale.
- Y. F.
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- L'accumulation de l'eau dans les glaciers10
- Les périodes de sécheresse montrent l’avantage qu’il y aurait à accumuler, pour l’obtention de l’énergie hydraulique et pour l’irrigation, l’eau des. périodes pluvieuses. Il serait souhaitable que l’on pût, pour parer aux irrégularités des pluies, disposer de réservoirs assez grands pour contenir le débit total des rivières pendant une dizaine d’années. Mais cela semble presque partout impossible, à moins d’élever des ouvrages extrêmement coûteux et de noyer de grandes étendues de terrains cultivés ou habités. Dans la plupart des cas, et sauf pour quelques petites rivières d’intérêt local, les barrages ne retiennent même pas le volume débité pendant un an.
- Il serait, par contre, très facile d’accumuler l’eau à l’état do glace dans les vallées élevées et inhabitées. Les glaciers sont des réservoirs de grande capacité : elle peut s’exprimer par milliards de mètres cubes. L’eau, amenée de basse altitude, se solidifierait spontanément par l’action du froid en hiver, et redeviendrait disponible en été, économisant l’eau des réservoirs de basse altitude. Le barrage, qui est la partie la plus coûteuse et la seule partie dangereuse et vulnérable de l’installation d’une force hydraulique, serait évité.
- L’expérience montre qu’à haute altitude (3 000 m par exemple) le froid naturel peut congeler tous les ans une épaisseur d’eau d’environ 20 m, à condition que l’eau ruisselle en surface. On pourrait donc accumuler, par kilomètre carré, 20 millions de m3 de glace, possédant, en raison de l’altitude une énergie potentielle très grande.
- Les glaciers naturels de la France ne se prêteraient pas facilement à cette extension. Les uns sont des glaciers suspendus avec un grand nombre d’émissaires qu’il faudrait capter un par un, les autres comme ceux du Mont Blanc descendent trop bas dans les vallées et leur partie supérieure est pratiquement inaccessible. 11 vaudra toujours mieux créer des glaciers franchement artificiels dans des vallées élevées et actuellement dépourvues de glaces.
- Ces vallées existent. L’étude de la carte et du terrain montre que la distribution des glaciers est en partie aléatoire. Leur existence dans certaines vallées, leur absence ou leur peu d’extension dans d’autres ne peuvent pas toujours s’expliquer par le relief du terrain. Ce fait est dû à ce qu’un glacier est un édifice très
- 1. Note présentée à l’Académie des Sciences le 28 janvier 1946.
- instable. S’il disparaissait, souvent il ne se reformerait plus. Au contraire, un glacier qui viendrait à s’établir en un nouveau lieu pourrait être durable, sans aucun changement du climat. Les variations des glaciers peuvent être qualifiées d’autocatalytiques, et c’est ce qui explique les variations considérables qu’ils subissent. Ce caractère, déjà reconnu par de Saussure, provient de ce que les conditions de fusion de la neige sont très différentes suivant qu’elle est tombée sur de la glace préexistante ou du rocher. Un glacier qui a disparu peut renaître si on l’y aide, et l’effort à faire n’est nullement disproportionné avec les moyens dont nous disposons.
- Il semble possible de faire reparaître ou de développer, sous nos latitudes, des glaciers en de nombreux points : sur des plateaux faiblement inclinés, approchant 3 000 m, ou au fond de cirques ouverts au Nord, entourés d’une crête d’altitude moyenne supérieure à 2 500 m, avec un fond ne descendant pas au-dessous de 1 500 m. Ces conditions se rencontrent en particulier dans les Alpes du Dauphiné, en plusieurs points. On pourrait y accumuler, en quelques années, au moins o milliards de mètres cubes d’eau représentant, avec une chaînette de 1 500 m, une énergie potentielle de 20 milliards de kW/h et comparables à une réassurance contre la sécheresse.
- On peut remarquer, d’une façon générale, que, si la chaleur naturelle est déjà utilisée (avec un rendement d’ailleurs dérisoire), le froid ne paraît pas l’être, bien qu’il présente une valeur du même ordre. G. Claude a bien proposé d’utiliser l’eau froide du fond des mers, mais il faut aller la chercher très loin. La France a la chance de posséder, dans ses montagnes, une source de froid imprenable et à peu près inépuisable. 1 000 Ion2 de surface montagneuse peuvent absorber, dans l’atmosphère, 1016 à 1015 frigo-ries par an : le même nombre de calories est fourni par la combustion de 15 à 150 millions de tonnes de charbon. Sans vouloir déprécier le rôle futur de l’énergie nucléaire, il faut faire remarquer que l’homme n’a fait que bien peu d’efforts pour tirer parti des anciennes formes d’énergie, qu’on aurait bien tort de négliger.
- Jacques Duclaux,
- Membre de l’Institut, Professeur au Collège de France.
- LE CIEL EN MAI 1946
- SOLEIL : Du 1er au 31 sa déclinaison s’élève de -F 14°59' à 4- 21°52' ; la durée du jour, à Paris, augmente de 14h30m à 15h47m. Passage au méridien de Paris : le 1er à llIl47in44s, le 11 à llh46m50s, le 21 à llh47m4s, le 31 à llh4Sm6s. — LUNE : Phases, : N. L. le 1er à 13h10m, P. Q. le 8 à 5M3nl, P. L. le 16 à 2h52m, D. Q. le 24 à 4h2m, N. L. le 30 à 20h49m ; périgée le 2 à 0h, apogée le 10 à 19h. Éclipse partielle de Soleil le 30, de gr = 0,887, seulement visible au Sud de l’Amérique et du Pacifique. Principales occultations : le 6, de 9 Cancer (6m2) im. 20h20m,0 : le 11, de v Vierge (4m2) im. lh32m,3 (h. p. Paris). Principales conjonctions : avec Vénus, le 3, 2h, à 2°8' S. ; avec Saturne le 6, 5h, à 2°23' N. ; avec Mars le 7, 10h, à 1°53' N. ; avec Jupiter le 13, lh, à 3°24' N. — PLANÈTES :Mcrcure invisible à l’œil nu, en conj. sup. avec le Soleil le 30. Vénus est visible le soir dans le crépuscule, se couchant 2h30m après le Soleil à la fin du mois, diam. : 11" à 12". Mars, dans le Cancer, est visible première moitié de la nuit, diam. : 6",5 à 5",5. Jupiter, dans la Vierge (au N. de Y Epi) est visible presque toute la nuit, diam. : 40",9 à 38",6. Saturne dans les Gémeaux devient peu visible se couchant avant 23h à la fin du
- mois ; diam. : globe 15",5, anneau : gr. axe 39",2, petit axe 15",8. Uranus, dans le Taureau, pratiquement invisible. Neptune, dans la Vierge, visible presque toute la nuit. Conjonctions : le 4, 3h, Jupiter avec 0 Vierge (4m,4) à 0°2l' N. ; le 8, 19h, Vénus avec v Taureau (4m,5) à 0°6' S. ; le 12, 16h, Vénus avec Uranus à 0°55' N. — LUMIÈRE ZODIACALE : Visible le soir à l’W. après le crépuscule jusqu’au 3 (en raison de sa position céleste et de la longueur des crépuscules, elle cesse ensuite de pouvoir être observée). — ÉTOILES FILANTES : Du 1«* au 6, Aquandes, radiant vers x Verseau (météores rapides, avec traînées ; nombre horaire moyen : 6). — ÉTOILES VARIABLES : Minima observables d'Algol : le 6 à 3hl5m, le 9 à 0h4m, le 11 à 20h53m. Maximas de R. Cancer le 21, de R. Grande-Ourse le 31. — ÉTOILE POLAIRE : Passage inférieur au méridien de Paris : le 1er à 22h58m33s, le 11 à 22M9“19", le 21 à 21*40®7», le 31 à 201>0rQ5713.
- (Heures données en temps universel, tenir compte des modifications éventuelles de l’heure en usage).
- L. Rudaux.
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- COURS
- JEUDI 2 MAI. Maison de la Chimie :
- 18 h. M. J. Laiiousse : « Dosage optique des vitamines A et D : critique des montages ». — Société des- Ingénieurs de T Automobile (5; av.‘ de Friedland) : 17 h. M. Violet : « Moteurs à deux temps ».
- VENDREDI 3 MAI. Maison de la Chimie :
- 18 h. M. R. Brémond : « Principales méthodes d'essais des matériaux céramiques (2e partie : Produits façonnés) ». — Société des Ingénieurs de FAutomobile (5, av. de Friedland) :
- 17 h. M. VEununANn : « L’aviation commerciale ».
- SAMEDI 4 MAI. Palais de la Découverte :
- 15 h. M. IIackspii.l : « I/évoIution de la grande industrie’ chimique ». ’—1 Institut de Paléontologie humaine (1, rue René. Panhard) : 17 h. M. IL Breuil : « La grotte ornée de Lavcaux » (cartes d’invitation obtenues en écrivant à l’Institut de Paléontologie).
- DIMANCHE 5 MAI. Musée d’Hygiène
- (31, rue dé Sévigné) : 15 h. Dr Huet : « Nécessité d'un programme d’hygiène dentaire scolaire ».
- LUNDI 6 MAI. Journées « Science et Technique » (2, rue de Presbourg) : 20 h. 30. M. J. Wyart : Los différents états de la matière et plus particulièrement l’état solide ». — Maison de la Chimie : 18 h. M. Malteivrk : « Les tourbières basses de la vallée de la Somme et leur utilisation agricole ». — Observatoire de la Société astronomique de France (28, rue Serpente) : 20 h. 30. M. Texereatj : « T/optique astronomique et l’amateur. 1 : Les méthodes de travail ».
- MARDI 7 MAI. Maison de la Chimie :
- 18 h. M. Bo.net-Maury : « Mode d’action de la
- pénicilline et des sulfamides d’après l’enregistrement photométrique ». — Institut technique du Bâtiment (salle des conférences du Musée de VHomme, Palais de Chaillot) : 17 h. 30. M. L’Hermite : « Mécanique physique des
- bétons ». — Société des Ingénieurs de l*Au-tomoble (5, av. de Friedland) : 17 h, M. Fbasch : « Préparation et protection des surfaces ». M. Peste : « Peintures et séchages des peintures ».
- MERCREDI 8 MAI. Maison de la Chimie :
- 18 h. M. Leuerer : « Travaux récents sur la chimie des parfums d’origine animale (musc, castoreum, ambre) ». — Institut français du Caoutchouc (42, rue Schcffer) : 18 h. 30. M. A. Jarruon : « Le matériel de l’industrie du caoutchouc aux États-Unis ».
- JEUDI 9 MAI. Maison de la Chimie :
- 18 h. M. J. Laiiousse : « Dosage optique des vitamines A et D : critique physico-chimique ».
- VENDREDI 10 MAI. Maison de la Chimie : 18 h. M. V. Bonn* : « Le séchage céramique ». — Société des Ingénieurs de FAu-tomobile (5, av. Friedland) : 17 h. : « L’allumage (bougies, réglage de l’avance, dispositifs de réchauffage des moteurs. L’allumage par batterie : bobines et rupteurs) ».
- SAMEDI 11 MAI. Palais de la Découverte : 15 h. Prof. Levaoiti : « Études expérimentales de la Pénicilline ». — Institut de
- ALTO. Bon instrument ancien ; suis acheteur. Ëcr. : La Nature, n° 135.
- MODESTE Labo, de chimie médic. recherche médecin pour prise de sang et association. Ëcr. : La Nature, n° 144.
- CHERCHE : Nacoblic Nachet. A. MNCR, 6, rue des Bégonias, Nancy.
- ET CONFÉRENCES A
- Paléontologie humaine (1, rue R. Panhard) :
- 17 h. M. R. Yaufrey : « Les méthodes nou-
- velles de la préhistoire » (cartes d’invitation obtenues en écrivant à l’Institut de Paléontologie). ' '
- DIMANCHE 12 MAI. Musée d’Hygiène
- (31, rue de Sévigné) : 15 h. Prof. Taxoi* ; « Hygiène et parasites dans les maisons ».
- LUNDI 13 MAL Journées « Science et Technique » (2, rue de Presbourg) : 20 h. 30. M. Matihku : « Structure des métaux et des alliages. L’état métallique et ses propriétés ». — Maison de la Chimie : 18 h. M. Marquis : <c Influence de la fumure phosphatée sur la valeur alimentaire des produits végétaux ». — Observatoire de la Société astronomique de France : 20 h. 30. M. Tenereau : « L’optique astronomique et l’amateur. 2 : Les méthodes de contrôle ».
- MARDI 14 MAL Maison de la Chimie :
- 18 h. MM, Maiiler et Gattefossé : « Les émulsions en pharmacie ». — Institut technique du Bâtiment (salle des conférences du Musée de VHomme, Palais de Chaillot) : 17 h. 30. M. Gampredon : « Progrès récents en matière de construction en bois ». — Société des Ingénieurs de l’Automobile (5, av. de Friedland) :
- 17 h. M. F. Petit : « Les tracteurs h chenilles et les tracteurs h pneus se font-ils concurrence ? ».
- MERCREDI 15 MAL Maison de la Chimie : 18 h. MM. Gattefossé et Maiiler : « Les émulsions en parfumerie ». — Institut français du Caoutchouc : 18 h. 30. M. S. IIénin : « Réflexions sur les conditions de la recherche scientifique ».
- JEUDI 16 MAL Maison de la Chimie :
- 18 h. M. Diuscir : « Études récentes sur la constitution de la- cellulose en rapport avec les propriété des textiles artificiels ». — Société des Ingénieurs de l’Automobile (5, av. de Friedland) : 17 h. M. A... : « Questions d'organisation dans les usines ».
- VENDREDI 17 MAI. Maison de la Chi-
- atâè : 18 h. M. Morel .' « Lès superpolyamides Le Nylon ». — Société des Ingénieurs de l’Automobile (5, av. de Friedland) : 17 h. Commt Portes : « Procédés de mesure de la détonation et interprétation de leurs résultats ». M. Trompier : « Une explication nouvelle du phénomène de détonation ».
- SAMEDI 18 MAL Palais de la Découverte : 15 h. M. Urmser : « Aspect nouveau de la biologie physico-chimique ». — Institut de Paléontologie humaine (1, rue R. Panhard) : 17 h. M. Vallois : « Le berceau de l’Humanité » (cartes d’invitation obtenues en écrivant à l’Institut de Paléontologie).
- DIMANCHE 19 MAI. Musée d’Hygiène
- (31, rue de Sévigné) : 15 b. Dr Georges Petit : « Les malades imaginaires ».
- LUNDI 20 MAI. Journées « Science et Technique » (2, rue de Presbourg) : 20 h. 30. M. Mathieu : « Ordre et désordre dans les métaux et les alliages ». — Maison de la Chimie : 18 h. M. Riucari) : « L’industrie des engrais azotés : son évolution et ses perspectives d’a-ve-
- A VENDRE : règle à calcul « Sun ». Écrire : La Naturel n° 146.
- A VENDRE : corde chanvre 12 mm, long. 100 m neuve. Faire offre le matin. M. de BEAU-VIVIER, 57, rue Capitaine Ferber, Paris (xxe).
- CÈDE : Palmer de précision 50-75. Ëcr. : La Nature, n° 148.
- PARIS
- nir ». — Observatoire de la Société astronomique de France : 20 h. 30. M. Jean R. Chauvet : « Théories modernes de l’Univers en expansion ».
- MARDI 21 MAI. Institut technique du Bâtiment (salle des conférences du Musée de VHomme, Palais de Chaillot) : 17 h. 30. M. Ca-quot : « Les surfaces a double courbure, leur ulilisation pour les couvertures et les réservoirs ».
- MERCREDI 22 MAL Institut français du Caoutchouc : 18 h. 30. M. F. Ghevassus : « Propriétés, mise en œuvre et utilisation des nouveaux caoutchoucs artificiels ».
- LIVRES NOUVEAUX
- Mon rucher. Résumé d’une longue expérience, par Henri Fleisch. 1 vol. in-16, 68 p. La Maison rustique, Paris, 1945.
- Résultat d’une longue expérience, ce petit livre insiste sur les points les plus importants : la chaleur, l’humidité, l’hivernage, la visite de printemps, les opérations d’été. Il conseille aussi à propos de la capture et de la revalorisation des colonies, de la lutte contre les maladies, des ruchers et complète ainsi en les vivifiant les manuels classiques d’apiculture.
- Savoir tanner les peaux de petite taille, par
- J. Supre. 1 broch. in-16, 40 p., 17 fig. Collection des activités ménagères. La Maison rustique, Paris, 1946.
- La Nature a déjà publié plusieurs recettes de tannage domestique des peaux et cela -a'suggéré à Fauteur dë hure connaître sa technique très simple qui, moyennant un peu de travail physique, permet de transformer à la maison les peaux de lapin, celles de porc, de mouton et de veau en gilets, moufles, mocassins et même manteaux de fourrure chauds et confortables.
- LA NATURE
- ABONNEMENTS
- France et Colonies : un an : 300 francs; six mois i 150 francs
- Etranger : un an : 350 francs ; six mois : 175 francs
- Prix du numéro: 15 francs
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- Les abonnements partent du Ittr de chaque mois.
- Pour tout changement d'adresse, joindre la . bande et cinq francs.
- MASSON et C1*, Editeurs,
- 120, BOULEVARD S'-GERMAIN, PARIS VF
- La reproduction des illustrations de « La Nature > est interdite.
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- PETITES ANNONCES
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- LA PÊCHE DES ÉPONGES AU SCAPHANDRE
- B.55 çg
- SUR LES COTES DE FLORIDE
- Les Kératospongies sont les seules espèces du groupe Euspongia dont on utilise les squelettes pour les transformer en ce qu’on appelle vulgairement des Éponges. Ces Phylozoaires, aux formes plus ou moins globuleuses et massives, se rencontrent surtout dans la Mer Rouge, la Méditerranée, k golfe du Mexique et sur les côtes de la Floride (États-Unis). La guerre ayant beaucoup raréfié les Éponges, elles se vendent aujourd’hui fort cher sur le marché mondial. Si bien que depuis la cessation des hostilités, leur pèche est devenue une très lucrative profession, en particulier en Amérique. 200 scaphandriers d’origine grecque montant 176 petits bateaux ont tiré, l’an dernier, des côtes de la Floride, une énorme quantité d’éponges d’une valeur d’environ 288 millions de francs !
- Comme tous les ouvriers américains, ces scaphan-
- La pêche d’une éponge sur les côtes de Floride par trente mètres de fond.
- SOMMAIRE
- La pêche des éponges au scaphandre sur les
- côtes de Floride, par J. BOYER . . . . 145
- Un gisement d’uranium en Australie, par
- V. FORBIN.................................. 146
- Un message radioélectrique nous arrive du
- soleil, par P. ROUSSEAU.................... 147
- L’art rupestre nord~africain, par R. VAUFREY . 149
- La renaissance de la pêche à la baleine, par
- V. FORBIN.................................. 152
- Les progrès récents de la verrerie (suite),
- par E. LEMAIRE............................. 154
- Le ciel en juin, par L. RUDAUX.............. 159
- Les livres nouveaux......................... 159
- Cours et conférences à Paris................ 160
- N° 3112 15 Mai 1946
- Le Numéro 15 francs
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- -------- 146 ............— ................:.......
- driers travaillent 8 h par jour. Toutefois, leur fatigante besogne exige des aménagements spéciaux, car il leur faut plonger à des profondeurs variant de 3o à 45 m. Chacune de leurs séances de plongée ne doit pas durer plus de 2 h. Après quoi, ils remontent pour prendre un repos bien gagné d’une demi-heure environ. Notre photographie sous-marine montre un de ces pêcheurs, par un fond d’une trentaine de mètres, sur les côtes de la Floride. Avec un crochet recourbé, il arrache les éponges qui mesurent au moins une douzaine de centimètres
- de diamètre, mais il délaisse celles de taille moindre. La récolte des bateaux est rassemblée puis vendue périodiquement aux enchères et son produit partagé entre les 200 membres de l’originale flottille. Si le métier est rude, les scaphandriers floridiens n’ont cependant pas trop à se plaindre des enviables « honoraires » qu’ils touchent. Au cours de l’année ig45, en effet, cr l’as » de ces ce millionnaires » maritimes a encaissé 1 680 000 francs pour sa part et le moins favorisé d’entre eux se contenta de 960 000 francs. Jacques Boyer.
- Un gisement cTuranium en Australie
- La nouvelle est de source officielle : d’énormes dépôts de pechblende ont été découverts au Queensland, dans la région de Stanthorpe. La ’presse’austrâlienne'en'parlé comme 'du plus vaste gisement du monde. .Des échantillons, analysés à Londres révèlent que la teneur en uranium pur du minerai est de plus de 3 pour 100. L’auteur de la découverte est un ingénieur des mines, M. J. H. Grant ; ce succès- couronne une longue et laborieuse prospection poursuivie dans - une partie incomplètement explorée du Queensland. La localité où se rencontrent ces gisements est connue sous le nom de. Mount Painter. Là se limitent les faits précis divulgués jusqu’à ce jour.
- On ajoute que lés propriétaires du terrain entamèrent des démarches auprès du Cabinet de Londres à la fin de l’année dernière, dans le but de savoir quel concours financier ils pourraient en obtenir pour le développement ’ de leur entreprise ; il leur fut répondu que « des opérations minières ne s’imposaient pas pour le moment, la production d’uranium du Canada étant déjà amplement suffisante »: -
- D’autre4^partn....le-..a.oiLY.ea4.1.Xhpréaexüant. .du....j]lgatRQnwealth à Londres, M. J. A. Beasleÿ,' déclare que, peu de temps avant son départ d’Australie, alors qu’il-était encore ministre de la Défense, il reçut ces mêmes propriétaires qui lui exposèrent leurs requêtes : ils voulaient savoir'dans quelles proportions le Gouvernement Australien pourrait s’intéresser financièrement à leur entreprise et si on'leur permettrait, le cas échéant, de recourir aux
- capitaux étrangers. L’homme d’Ëtat leur conseilla d’entrer en relations avec certains organismes officiels, non sans ajouter :
- « Comme ces gisements sont directement associés à l’énergie atomique, je ne suis pas en mesure de-préciser jusqu’à quel point le Comité atomique récemment créé (à la U. N. 0.) s’intéressera au contrôle de la production d’uranium. On ne sait pas. au juste si cet organisme exercera son contrôle sur l’énergie dérivée ou sur les sources de minerais d’où l’on tire l’énergie atomique. Cette commission n’est pas encore constituée ; mais on croit qu’elle le sera bientôt et pourra siéger au quartier général des Nations Unies, en Amérique du Nord ».
- Un haut fonctionnaire australien résidant à Londres ne se montre pas plus optimiste : il envisage que ladite commission pourrait s’opposer à l’exploitation des gisements du Queensland, tant que ceux du Canada resteraient productifs — d’où l’on est amené à conclure que la possession d’une mine d’uranium, si riche qu’elle puisse être, n’est pas... une affaire de tout repos I
- Mais aucune considération ne saurait ébranler l’enthousiasmé de nos amis des antipodes qui attendent de la découverte des merveilles : l’énergie atomique qu’ils seront en état de produire à bon compte rendra possible de gigantesques travaux et, notamment, révolutionnera tous les systèmes actuels d’irrigation ; et les immensités désertiques de l’arrière-pays du Queensland se couvriront de pâturages et de plantations de canne à sucre — rêve qui pourrait devenir réalité. Victor Forbin.
- Les oiseaux
- La Nature a déjà expliqué (n° 3100) le repérage radioélectrique imaginé par les belligérants pendant cette guerre, dont le nom tout au moins est devenu populaire, le « radar ». Les radars à ondes ultra-courtes, de l’ordre du centimètre, détectent avec précision des objectifs même lointains, invisibles et petits, tels qu’avions dans le ciel et navires sur la mer.
- Mais les ondes du radar en se réfléchissant, indiquent seulement la présence d’un obstacle, d’un corps étranger dans le milieu ; elles no le définissent pas, si bien qu’on en est arrivé à créer de faux obstacles : flottes fictives sur l’eau, pluies de rubans métalliques dans l’air, pour induire en erreur l’ennemi.
- MM. David Lack et G. C. Varley, du groupe de recherches de l’armée britannique viennent de révéler dans la revue anglaise Nature une autre cause d’erreur, naturelle celle-là, qui fut découverte dès l’été de 1941. Il s’agit des oiseaux de mer qui forment écran tout comme des avions et renvoient des échos vers les appareils récepteurs.
- En septembre 1941, M. Varley eut l’occasion de s’en apercevoir du haut des falaises de Douvres ; des fous de Bassan, gros oiseaux de plus de deux mètres d’envergure, s’ébattaient à la vue et le radar enregistrait leur vol.
- Bientôt d’autres observations parvinrent de partout, d’Angleterre, de Malte, de Gibraltar, de Nouvelle Zélande, des États-Unis.
- et le radar.
- Et quand on réalisa, à la fin de 1943, des ondes encore plus courtes, les enregistrements de vols d’oiseaux devinrent si nombreux qu’il fallut apprendre aux opérateurs de radar à les distinguer de ceux des avions et des bateaux. La confusion avec les avions en vol est facile à éviter parce que ceux-ci se déplacent à une bien plus grande vitesse ; mais celle avec les navires en marche est plus fréquente et on lui dut, entr’autres, une alerte et plusieurs sorties de bateaux de chasse.
- Les oiseaux les plus fréquemment en cause sont les grandes • espèces du large et de la côte : les goélands (Larus) et les oies de mer (Anser), mais d’autres plus petites, les étourneaux par exemple, ont également causé des erreurs. Le Major J. A. Ramsay, suspendant un goéland argenté à un ballon captif a pu obtenir un écho de l’oiseau distinct de celui du ballon. Les observations au radar ont révélé notamment la grande activité nocturne des oiseaux de mer.
- Le 12 janvier 1945, une bande d’oies à bec court (Anser brachy-rhynchus) fut dépistée alors qu’elle croisait la côte Est d’Angleterre ; une station de radar la suivit pendant plus de 100 kilomètres qu’elle mit 99 minutes à parcourir, soit une vitesse de plus de 60 kilomètres à l’heure ; elle se tenait à environ 1 600 mètres de haut.
- C’est là la plus longue observation d’oiseaux en vol.
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- Un message radioélectrique
- nous arrive du Soleil
- Il n’y a pas tout à fait cent ans que les astronomes sont parvenus à déchiffrer le message que les astres leur envoient.
- Ce message, c’est leur lumière. Au siècle dernier, Fraunho-fer, suivi de Kirchhoff et de Bunsen, découvrit qu’il s’agis-
- longueur d'onde en microns
- Fig-. 1. — Le rayonnement solaire et son énergie.
- En tirets, tel qu’il parvient au sommet de l’atmosphère ; en trait continu, tel qu’il arrive à la surface terrestre. Le sommet des deux courbes correspond au spectre visible (d’après M. Nicolet, Ciel et Terre, janv.-févr. 1946).
- sait d’un message écrit en code, et trouvèrent la grille capable de l’interpréter. C’est-à-dire qu’en faisant passer la lumière dans un prisme, ils enseignèrent à en isoler les différentes radiations, lesquelles constituaient l’alphabet du message. C’est à
- Fig. 2. — La surface solaire, photographiée à VObservatoire de Meudon, dans la raie Ha de l’hydrogène, le 1" mars 1942, à 8 h 32.
- On distingue les facules (én clair), les taches et les filaments chromosphériques.
- l’aide de cet alphabet que les astrophysiciens modernes peuvent nous dire la composition chimique des étoiles, leur température, leur âge, leur volume, et bien d’autres choses encore.
- Un beau jour, pourtant, ils s’aperçurent que les messages étaient systématiquement sabotés. 11 en manquait toujours le même morceau à chaque bout. Le spectre aurait dû s’étendre plus ou moins loin de part et d’autre de la portion visible en s’affaiblissant progressivement; eh bien, non! II était coupé net à la longueur d’onde o jjl 290 du côté de l’ultra-violet, et s’interrompait vers i5 p du côté de Uinfra-rouge (x).
- Fig. 3. — L’éruption solaire chromosphérique du 21 février 1942, photographiée à l’Observatoire de Meudon dans la raie Ha de
- l’hydrogène.
- A gauche, à 14 h 22 ; à droite, à 14 h 25.
- Nous connaissons aujourd’hui la cause de cette double amputation. Si toutes les radiations ultra-violettes plus courtes que o p 290 sont absentes, c’est qu’elles sont absorbées par une couche d’ozone située dans l’atmosphère vers i5 km d’altitude; et les radiations infra-rouges plus longues que i5 p manquent parce qu’elles sont rongées de la même façon par la vapeur d’eau atmosphérique.
- C’est ce que montre le graphique de la figure 1. Il représente, non pas le spectre lui-même, mais son énergie en fonction de la longueur d’onde. La courbe en tirets est celle du rayonnement solaire tel qu’il arrive dans notre atmosphère; elle commence en deçà de 0 p 3 et s’étend au delà de 2 p 2; c’est entre o p 4 et o p 8, c’est-à-dire dans la partie visible, que son énergie est la plus grande. La courbe en trait continu montre le même rayonnement tel qu’il subsiste après son filtrage dans l’atmosphère. Vous voyez que l’ultra-violet commence
- 1. Rappelons que 0 p 290 signifie : 0 mm 000290, le micron (p) valant 1/1 000 de mm
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- à o tu 3 et que l’infra-rouge est de plus en plus rongé à mesure que la longueur d’onde augmente : les creux de la courbe correspondent aux raies du spectre, autrement dit aux radiations intei'ceptées par l’air atmosphérique.
- Il est très décevant pour les astronomes que le message solaire soit ainsi tronqué. Peut-être la partie absente recèle-t-elle des révélations merveilleuses ! Aussi cherchèrent-ils un biais pour l’atteindre quand même. A vrai dire, il y avait peu d’espoir de forcer le barrage que l’ozone oppose à l’ultra-violet — à moins de pratiquer un trou dans cet ozone, comme un savant russe le proposa en ig36 ! Aussi se rabattirent-ils sur la partie infrarouge. — Les ondes lumineuses solaires, raisonnèrent-ils, s’étendent jusque vers i5 p.. Elles ne doivent donc pas être très éloignées de la frontière des ondes radioélectriques, dont les plus courtes qui aient été obtenues sont voisines de 200 p — soit o mm 2. Puisque le message hyper-infra-rouge ne peut pas être capté par nos spectrographes, peut-être pourrait-il l’être par nos radiorécepteurs ?
- La suggestion était ingénieuse, mais aventurée. Quel espoir y avait-il que des ondes d’aussi faible énergie pussent jamais actionner un récepteur de T. S. F. ? Et surtout, comment eussent-elles pu franchir le blindage que les couches ionisées (x) de l’atmosphère opposent impitoyablement à toute onde radioélectrique ?
- Il faut croire, cependant, que le blindage n’était pas strictement imperméable puisque, en 1982, l’Américain Karl G. Jansky réussit à capter des parasites auxquels il fut obligé d’attribuer une origine cosmique. Mais ces parasites venaient du centre de la Voie lactée — où ils doivent être engendrés par des interactions d’électrons et de protons — et le Soleil n’y était pour rien. La grande révélation ne fut acquise que dix ans plus tard.
- Le 27 février 1942, les opérateurs britanniques de radar qui étaient en station à Hull, à Bristol, à Southampton et à Yar-rnouth détectèrent, dans la bande des 4-6 m de longueur d’onde, des "srgrraTtX~ qu h ls" crurent- -'d-’abord",‘-tten"" errtendu, "caTisés^paT la présence d’un avion. Aussi furent-ils très surpris lorsque leurs instruments, braqués dans la direction d’émission de ces signaux, se dirigèrent obstinément vers le Soleil. Ces singuliers parasites cessèrent pendant la nuit, puis recommencèrent à se manifester le lendemain 28 février.
- Or, ce même jour, un grand groupe de taches visibles à l’œil
- 1. Voir La Nature du 1" avril 1946, p. 101.
- . Energie des ondes radioelectnques solaires
- 3 h 5 6 7 8 9 U) Il 12 13 14 15 16 17 18 13 23 ZI 22 Z
- 21 Octobre
- 10 Octobre
- 5 Octobre
- Fig. 4. — Courbe du haut : énergie par ondes radioélectriques reçues du Soleil entre le 3 et le 23 octobre 1945-. — Courbe du milieu : surface lâchée du Soleil entre le 3 et le 23 octobre 1945. — Dessin du bas : aspect schématique du Soleil le 5, le 11 et le 21 octobre 1945 (d’après Pawsey, Payne-Scott et Mc Cready, Nature, 9 février 1946).
- Fig. 5. — Le Soleil et son groupe de taches,
- photographiés le S octobre 1945 dans la raie H a de l’hydrogène.
- (Photo Observ. de Meudon).
- nu franchissait le méridien central du Soleil. Il mesurait n6 700 km de longueur — près de 10 fois le diamètre de la Terre. Vous verrez (11g. 2), la photographie de ce groupe, prise le ier mars à l’Observatoire de Meudon. Cette image ne représenté pas là Surface solaire comme on la verrait à la lunette : elle ne montre que les régions solaires qui renferment de l’hydrogène. La surface tachée était d’ailleurs dans une agitation qui se trahit par de brillantes éruptions. On en observa i4 entre le 21 février et le Ier mars. La photo (fïg. 3) présente deux aspects de celle du 21 février, enregistrés à Meudon à 3 minutes d’intervalle.
- L’observation effectuée par les opérateurs de radar de l’armée britannique était purement fortuite. Le 3 octobre 1945, trois physiciens australiens de l’Université de Sydney, J.-L. Paw-sey, R. Payne-Scott et L.-L. Mac Cready, organisèrent une série d’observations systématiques sur la longueur d’onde de 1 m 5o. Les résultats furent tout à fait significatifs, et vous les verrez résumés figure 4.
- La courbe supérieure représente l’énergie des signaux reçus. Le 5 octobre, par exemple, ces signaux atteignirent une très grande intensité, puis ils retombèrent presque au niveau du bruit de fond de l’appareil; ils s’élevèrent ensuite de nouveau les 21 et 22. On put calculer que, le 5, le rayonnement radioélectrique solaire correspondait à une température d’environ i4 millions de degrés, et, le 21, à 7 millions.
- La courbe inférieure représente la surface solaire tachée pendant la même période. Elle montre que, le 5, 3/i 000 de cette surface étaient occupés par les taches, et, le 21, 2/1 000. Il est inutile de faire ressortir le parallélisme des deux courbes ! Au surplus, les dessins du bas de la même figure prouvent que c’est au moment où les taches traversaient le méridien central du Soleil que les ondes passaient par leur intensité maximum. La relation est. donc indubitablement établie entre les taches solaires et l’intensité des parasites radioélectriques qu’elles émettent. Il est vraiment acquis, non seulement que le Soleil rayonne des ondes radioélectriques, mais aussi que nous pouvons les recevoir.
- Pierre Rousseau.
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- L'ART RUPESTRE NORD-AFRICAIN
- La première chose qui s’impose à notre attention en entreprenant l’étude de la Préhistoire du Nord de l’Afrique, c’est un fait géographique surprenant : pendant la plus grande partie du Paléolithique et pendant le Néolithique, le Sahara n’était pas un désert. Partout nous y voyons les traces d’une activité hydrographique, de l’existence d’une circulation superficielle des eaux, qui suppose un climat différent de celui d’aujourd’hui, nettement plus humide. Une certaine végétation herbacée et arborescente s’y est alors développée, permettant la vie de toute une faune d’herbivores grands et petits, Éléphants, Rhinocéros, Sangliers, Phacochères, Hippopotames, Girafes, Buffles, grand Bœuf, Antilopes diverses, Mouflons, sans parler des Carnivores, Lions et Panthères, et du Crocodile, qui en font leur proie. L’Homme a suivi la faune, introduisant au Sahara pendant le Néolithique ses animaux domestiques, Bœufs et Moutons, et c’est par milliers que, dans les régions actuellement privées d’établissements humains, on ramasse à la surface du sol, les pierres taillées du Paléolithique inférieur et moyen et celles du Néolithique.
- A l’époque glaciaire de nos pays, prise dans son ensemble, correspond donc pour l’Afrique du Nord une période pluvieuse. A cette règle, il semble qu’il n’y ait que deux exceptions. La première se place pendant l’épisode froid de la dernière période interglaciaire (1 2), la seconde pendant la décrue des glaciers de la dernière glaciation. La décrue de la dernière glaciation, c’est le moment du développement des industries du Paléolithique supérieur, auxquelles correspondent en Afrique du Nord, avec un certain retard, les industries capsiennes (3 4 5 *), et le fait est que celles-ci sont absentes du Sahara qui semble ainsi avoir alors connu une période de" sécheresse, inhospitalière à la vie d’une faune de Mammifères suffisamment nombreuse pour assurer la subsistance de peuples chasseurs.
- Par contre, dès que cessent les conditions climatiques qui ont présidé à la disparition des glaciers européens et pendant la période de quelques degrés plus chaude qu'aujourd’hui qui marque ce qu’on appelle, dans le Nord de l’Europe, l’optimum climatique, la période atlantique et son épigone sub-boréal, entre l’an 5ooo et l’an 1000 avant notre ère, la vie animale renaît au Sahara, les Hommes du Néolithique de tradition cap-sienne (x) y poursuivent à nouveau la faune sauvage et y développent les civilisations du Néolithique saharien (2). C’est à eux que sont dues les gravures rupestres naturalistes qui ornent un peu partout les surfaces rocheuses appropriées, dans le Maghreb et dans le Sahara.
- 1. R. Vaufrey. L’art rupestre nord-africain. Archives de l’Institut de Paléontologie humaine. Un vol. in-4° de 128 pages, 58 figures et 54 planches. Paris, Masson et G10, 1939.
- 2. Le Pléistocène, ou époque glaciaire, a été marqué, au cours de trois périodes glaciaires, par une extension considérable de tous les glaciers du globe. Ces glaciations ont été séparées par des périodes interglaciaires, de climat tempéré ou plus chaud que celui d’aujourd’hui. La fin de l’époque glaciaire, à laquelle succède l’époque actuelle, ou Holocène, arbitrairement fixée au moment de la bipartition finale de la calotte de glaces (inlandsis) qui avait longuement recouvert, sous une énorme épaisseur, le Nord de l’Europe, se place vers 7 000 ans avant notre ère. Ce moment, c’est aussi celui de la fin du Paléolithique et du début du Mésolithique.
- 3. Industries caractérisées par de gros instruments de type Paléolithique supérieur auxquels sont associés de nombreux microlithes semblables à ceux du Mésolithique européen. Le glissement éponyme du Capsien typique se trouve en Tunisie, près de Gafsa (en latin : Gapsa).
- 4. Les mômes cléments microlithiques y figurent, évolués ou dégénérés, dans les industries capsiennes, truffés d’éléments étrangers, à proprement parler néolithiques, sous la forme de pointes de flèches bifaces, de haches polies, de céramique, etc.
- 5. Caractérisé par un accroissement constant du nombre et de la variété
- des armatures bifaces et des haches polies.
- I. — Maghreb.
- Au pied de ces roches gravées, les préhistoriens les plus célèbres s’étaient succédé. N’y ayant point aperçu d’industrie, ils s’étaient trouvés en peine d’en déterminer l’âge que les uns, Flamand et Obermaier, tenaient pour néolithique, les autres pour paléolithique, tout au moins partiellement, et parmi ceux-ci, en première ligne, les naturalistes : Pomel, Boule, Solignac, Joleaud, Dalloni, et avec eux Kühn, Breuil et Rey-gasse. Abordant à mon tour la question, au cours de deux campagnes de prospection dans le Sud-Oranais, en ig34 et ig35, je m’aperçus aussitôt que les roches gravées, sauf exceptions justifiées par les circonstances topographiques, sont toujours accompagnées d’outillages microlithiques de surface (1), déri-
- Fig. 1. — Trois Antilopes au jeu, d’Aïn Tazina (largeur visible :1m). Ici, comme en beaucoup d’autres cas, les artistes sud-oranais ont prolongé les membres et les parties pointues de leurs figures par des lignes purement
- décoratives.
- vant d’anciens gisements dont les traces subsistent quelquefois. Ces outillages, où les bonnes pièces sont rares certes, mais toujours caractéristiques, appartiennent au Néolithique de tradition capsienne. En l’absence, dans la région considérée, de toute autre industrie, Paléolithique supérieur ou Mésolithique, à laquelle, par une autre hypothèse, on puisse attribuer les œuvres rupestres, on peut donc conclure que les gravures rupestres sont exclusivement l’œuvre des hommes qui campaient auprès des parois mêmes où elles sont gravées : elles sont néolithiques.
- Dans le Sud-Oranais, les gravures rupestres ont pour support les grès rougeâtres secondaires des chaînons de l’Atlas saharien, qui bordent au Sud la région steppique dite des hauts plateaux, dans leur partie s’étendant depuis Figuig jusqu’au Sud de Djelfa, sur toute la largeur méridionale du département d’Oran. Procédant du Sud-Ouest au Nord-Est, ordre auquel nous convie la direction même des plis de l’Atlas saharien, je ne peux citer ici, à titre d’exemples des sujets traités, que les plus remarquables des œuvres rupestres naturalistes :
- 1. Quand manquent les silex taillés, c’est que la disposition des lieux n’en a pas permis le dépôt ou la conservation. Ce n’est, au surplus, que dans quatre des sites visités sur trente-six.
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- Fig. 2. — Aïn Sfasafa : un Éléphant protège son petit contre l’attaque d’une Panthère tachetée qui sort de l’ombre, à gauche
- (largeur visible :4m).
- Fig. 3. — Gravure du chaos rocheux de Garet et Taleb.
- Vue très oblique de gauche à droite. De 6 m de longueur, elle représente un animal mythique dont le corps est formé de huit anneaux successifs ordonnés, semble-t-il, autour d’un tube digestif, et 'prolongé par une longue queue ramenée en avant, terminée par un crochet. La tête est pourvue d’antennes ou de pattes-mâchoires. Cela fait penser au totem du « Roi Scorpion », l’un des prédécesseurs de Ménès, témoin de croyances qui remontent peut-être à l’Am-ratien prédynastique (Crocodiles et Scorpions gravés des vases et amulettes). — Située dans un étroit couloir, cette figure n’est jamais éclairée que par réflexion.
- i° Mords de Figuig et Monts des Ksour. — Brebis casquée de Zenaga, Éléphant et Lion de Djat-tou, Cheval d’El Hadj Mimoun, « bon pasteur » macaronique de Moghrar Tahtani,- frise d’Élé-phants de Garet et Maliisserat, scènes de chasse et de transmission magique de puissance de Tiout, Éléphant d’Afrique et « orants » de Koudiat Abd cl Alk, Éléphant de Rosfat el Ilamra men el That, menacé de haches ou des massues coudées; plusieurs scènes, comme dans ce même site, où l’on voit les auteurs des gravures défendre leur cheptel contre des Félins; charmantes Antilopes au jeu d’Aïn Tazina, « Ovidés divinisés » de la Daïa Mou-chegeug, où l’on saisit sur le vif la technique des graveurs préhistoriques ; impressionnante figure d’être mythique, longue de 6 m, de Garet et Taleb; Bovidés et Antilopes de Chebka Dirhem, qui permettent de comprendre l’origine du style dit « qua-drangulaire »; Buffles antiques, dont le plus grand a 2 m dé longueur ; Sanglier de Kreloua Sidi Cheikh, Buffle antique à sphéroïde de Trik el Beida.
- 2° Monts de Géryville. — Rhinocéros bicorne et frise d’Ëquidés d’El Krima; panneaux de Ksar el Ahmar où se sont réunis de grands Buffles, une Autruche et un homme masqué (faussement appelé
- Fig. 4. — Falaise d’El Hamra : Ane précédé de ses deux petits qui gambadent.
- Vue oblique de bas en haut. — Tous les caractères de l’animal ont été parfaitement rendus par l’artiste dans cette gracieuse composition : le mufle glabre, la crinière hérissée, la croix noire du garrot et les chevrons des pattes, la queue touffue à l’extrémité (largeur visible : 2 m 5o).
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- Fig. 5. — Falaise de Fedjet el Kheil.
- Vue oblique de bas en haut et, à un moindre degré, de droite à gauche (nécessitée par l’extrême étroitesse de la corniche d’où l’on peut photographier cette gravure). Homme aux cheveux longs ctent'-ies-Baèehes-(Battée&'>l>-}'-retombent sur les épaules et dont le menton s’orne d’une barbiche. C’est une physionomie peu différente de celle des Libyens dont les Egyptiens nous ont laissé le portrait. Son cou, ses bras portent des anneaux. A. sa ceinture s’attache l’étui phallique, « karnata » des Egyptiens. Derrière lui, un Bélier, au corps merveilleusement poli, muni d’un collier et sur la tête duquel se trouve un objet sphérique, discoïde en profd, orné d’appendices approximativement uréiformes et retenu par des brides qui se nouent sous le menton par une rosette. Partant de la main gauche de l’Homme se voit une hache métallique 'polie, apparemment postérieure au reste de la gravure (largeur visible : 2 m 10).
- a gynanthrope »); Antilopes et Autruches en profonde entaille polie d’Aïn Marshall, ainsi qu’un personnage coiffé d’une sorte de « chapeau de soleil »; grand Buffle antique d’IIadjrat Driess, exemple typique de la gravure en V ; spirales et scènes humaines énigmatiques d’Oued Chreaa, Ëquidé des grottes archéologiques de Brézina.
- 3° Djebel Amour. — Bélier à sphéroïde flanqué d’appendices uréiformes (*) de Bou Alem, techniquement la plus parfaite des œuvres sud-oranaises, où des traces de couleur rouge se voient encore; Éléphant protégeant son petit contre l’attaque d’une Panthère, noble figure de Buffle antique d’Aïn Sfasafa; combat de.Buffles d’El Hamra et la gracieuse composition où l’on voit un âne, précédé de ses deux ânons qui gambadent, du même site; frise d’Autruches d’Aïn el Kretar, personnage ithyphalli-que, coiffé d’un bonnet bicorne, d’El Harhara, bélier merveilleusement poli de Fedjet el Kheil, sur la tête duquel un objet sphérique est retenu par des brides qui, se nouent sous le menton par une rosette; face au « Libyen a assis, la tête ornée de « plumes », armé du boomerang et muni de l’étui phallique,
- 1. C’est-à-dire approximativement en forme d’uraeus, représentation du naja fixé à la coiffure des rois et de quelques dieux égyptiens.
- le Lion de Teniet el Kherrouba, égorgeant une Antilope renversée. c1).
- 4° Monts des Ouled N ails. — Antilope bubale de Ksar Zaouar.
- Dans le Sud des départements d’Alger et de Constantine, on a également signalé des gravures rupestres naturalistes, dans les monts des Némencha (2) contreforts méridionaux de l’Au-rès, ainsi que dans l’avant-pays des Ouled Djellal, sur les bords de l’oued Itel, une centaine de kilomètres au Sud de Biskra. Par contre, au Nord de la région des hauts plateaux, on ne connaît qu’un centre de gravures rupestres, apparemment tardives, celui du département de Constantine, où elles sont toutes situées sur le versant méridional de l’Atlas tellien, entre les méridiens de Constantine et de Bône, et toujours tracées sur des grès tertiaires. Les plus remarquables sont les cc bons pasteurs » de Kef Tassenga (El Aria) et de Khanguet el Hadjar, et surtout le grand panneau, haut placé, de Kef el Msaoura, où un groupe de Lions et de Lionceaux dévorent un Sanglier, renversé sous la patte du plus grand, tandis que des Chacals attendent la curée.
- Dans ces dernières années, les découvertes se sont multipliées aussi au Nord de l’Anti-Atlas marocain, sur le versant méridional du Sous, ainsi que dans les plis parallèles du djebel Bani et dans leurs minuscules homologues de la rive Sud de l’oued Draa. D’autres se trouvent sur le versant méridional du djebel Sarro qui relaye à l’Est les chaînes de P Anti-Atlas. Aucune n’est très remarquable. On peut y rattacher les gravures de l’oued Zousfana, dans les environs de Tarhit et d’El Ouedj où l’on a relevé des Hommes ithyphalliques et des femmes, auprès d’Ëléphants en rut, assez schématiques.
- La plupart de ces gravures étaient exécutées directement, par une incision plus ou moins profonde, de section en. V et aux extrémités effilées. Dans les œuvres plus élaborées cependant, la gravure était ' précédée par une esquisse piquetée - que. l’on ^xf^raufe.j?aiLjaftea3tmte^^
- une incision en V, souvent améliorée, pour fmir, par un polissage plus ou moins poussé qui lui donnait enfin une . section en U. Dans ce cas, la roche était souvent aplanie en premier lieu par un certain polissage. D’autres fois,' au contraire, ce polissage n’avait lieu qu’après la gravure, intéressant exclusivement les animaux représentés dont le corps se trouvait ainsi plus ou moins surbaissé.
- Parmi les gravures rupestres piquetées, il y en a donc qui sont des œuvres néolithiques inacheïrées, mais de nombreux dessins hâtifs ont été tracés par le même procédé, qu’il n’était pas question de graver plus profondément. C’est le cas de la plupart des gravures dites libyco-berbères, œuvre d’une civilisation différente, dont l’âge ne remonte pas au delà de notre ère. De dimensions beaucoup plus modestes que la plupart des œuvres naturalistes, elles ne représentent que des Mammifères actuellement indigènes et le Chameau y apparaît pour la première fois, associé à une écriture libyque, encore couramment employée par les Touaregs, le tifînar. La patine en est habituellement plus claire. Le style enfantin contraste avec le dynamisme, la force d’expression, la libre fantaisie, l’observation attentive, la perfection de la forme qui caractérisent les meilleures des œuvres néolithiques, sans toutefois que ces qualités soient toujours réunies à la fois dans une même œuvre.
- (à suivre).
- R. Vaufrey.
- Professeur
- à l’Institut de Paléontologie humaine.
- 1. Toutes ces œuvres rupestres sont reproduites en simili-photographies dans le mémoire cité.
- 2. Dans la grotte aux Juifs (oued Hallali), on voit un petit personnage masqué, revêtu d’une tunique et chaussé de sandales entouré d’animaux parmi lesquels on reconnaît deux Antilopes bubales.
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- LA RENAISSANCE DE LA PÊCHE A LA BALEINE
- Nous avons parlé récemment d’un rush d’une nature toute spéciale qui s’annonçait en Afrique du Sud (1), les armateurs du Cap de Bonne-Espérance et de Durban s’apprêtant à courir sus aux grands cétacés qui, n’ayant pas été décimés pendant la guerre, se sont multipliés d’une façon surprenante. Les nouvelles informations que nous recevons nous permettent de revenir sur le sujet.
- D’après les statistiques concentrées à Londres, le nombre des baleines bleues qui hantent les mers australes serait aujourd’hui trois fois plus grand qu’en 1939. Cette énorme augmentation, jointe au fait que la concurrence déloyale de l’Allemagne et du Japon n’est plus à craindre, a décidé la Grande-Bretagne et la Norvège à reprendre sans plus tarder leur activité baleinière d’aArant-guerre : les flottes organisées dans ce but par les deux pays ont mis à la voile vers le 20 janvier.
- L’expédition britannique, qui occasionne un débours de 3 millions de livres sterling, est subventionnée par le Ministère de l’Alimentation du Royaumej-Uni qui espère, non sans raisons plausibles, que le butin d’huile et de viande qu’elle rapportera permettra de secourir une Europe affamée. Moins nombreuse que la norvégienne, la flotte britannique est, par contre, mieux outillée ; elle comprend une unité de construction toute récente, le Southern Adventurer, doté d’inventions qui ont fait leur apparition durant la guerre, notamment d’un appareil radar qui peut signaler la présence d’une baleine d’une distance de 8 km et mettre en garde les bateaux contre l’approche d’un iceberg, cette terreur des mers du sud. La même flotte comprend deux grands fac-tory-ships (bateaux-usines), capturés des Allemands et dont l’un, YUnitas, est le plus grand baleinier actuellement à flot, avec sa capacité de 3o 000 t ; elle est complétée par de nombreux navires qui ne sont, en somme, que des improvisations : nages transformés ad hoc.
- de Norvège servent à bord des navires britanniques, soit comme officiers ou harponneurs, soit comme matelots.
- Beaucoup de ces Scandinaves ont souffert physiquement de la guerre. Les Allemands les transportèrent dans des camps de concentration, en Allemagne et en France, où plusieurs succombèrent aux tortures, à la faim, aux mauvais traitements. C’est avec joie qu’ils reprennent le vieux et cher métier, qu’ils voguent vers le grand centre de l’industrie baleinière : la minuscule île de South-Georgia, située au large du cap Ilorn et sur les confins de l’océan Antarctique.
- Possession anglaise, devenue de fait colonie norvégienne
- Fig. 1.
- vapeurs de tous ton,-
- Les rois de la pêche à la baleine.
- L’industrie baleinière des Norvégiens, qui régnait jadis sans conteste sur ce domaine, est sortie très amoindrie de ces six ans d’hostilités. L’Allemagne ne lui pardonnait pas sa concurrence et il apparaît clairement que ses aviateurs obéirent à une consigne en détruisant tous les baleiniers norvégiens qu’ils pouvaient atteindre de leurs bombes. La plupart des usines flottantes dont s’enorgueillissait la Norvège furent envoyées par le fond ; il n’en reste plus guère que le fameux Sir-Jameÿ-Clark-Ross, construit en 1930, et qui s’adjugea tous les records de chasse pendant les neuf années qui précédèrent la seconde guerre mondiale. Elle aussi, l’expédition norvégienne se compose surtout de paquebots de commerce hâtivement transformés. Mais il convient de remarquer que de nombreux marins
- 1. La Nature, 15 février 1946.
- Grytxiken, Cumberland Bay (Géorgie du Sud), la plus grande des stations antarctiques de baleiniers.
- depuis une quarantaine d’années, cette terre fut longtemps isolée du monde extérieur; elle n’avait d’autres habitants que les baleiniers qui venaient y traiter leurs prises dans des usines édifiées sur le rivage et ne conservait pas de population sédentaire; mais les moindres parcelles du globe n’échappent plus aux conquêtes du progrès. Un hydroplane, qui fonctionne toute l’année, relie South-Georgia aux terres voisines ; les communications postales sont assurées toutes les six semaines par un vapeur reliant à Montevideo (Uruguay) la Géorgie du Sud et les îles Falklands; plusieurs postes de radio les relient directement à la Norvège (Bergen), à l’Angleterre (Dorchester),, au Chili (Magallanes) et à Montevideo. Enfin, South-Georgia possède désormais une petite population sédentaire, composée du personnel d’une station scientifique et météorologique et de celui d’ateliers où les navires baleiniers font réparer leurs avaries pendant la morte saison.
- Sur les usines flottantes.
- Nous rappellerons que ces puissantes unités, dont le tonnage varie de 20 000 à 3o 000 t, ont mis fin à l’ancien système qui
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- consistait à remorquer les carcasses de cétacés vers une usine terrestre où l’on extrayait l’huile par cuisson, la chair et les os restant généralement sans emploi. Elles ne capturent pas elles-mêmes les baleines, tâche dont se chargent de petits vapeurs à marche rapide, jaugeant 4oo t ; chaque floating factory est secondée par huit ou neuf de ces whale-catchers qui harponnent les cétacés et les remorquent vers le « navire-mère ». Celui-ci comporte à la poupe un plan incliné par lequel l’énorme carcasse est hissée dans les ateliers de traitement. Après l’extraction de l’huile, la chair, la peau, les os et autres déchets sont réduits en une poudre utilisée comme engrais dans le commerce.
- Le Southern Adventurer a réalisé une amélioration considérable en installant à son bord des appareils qui déshydratent la chair, préalablement découpée en tranches. Elle sera vendue par les boucheries anglaises au prix d’un shilling la livre. Le Minister of Food espère que des milliers de tonnes de cette viande, qui contient 85 pour ioo de protéine et se compare
- avantageusement, rôtie ou grillée, au veau de qualité supérieure, pourront être mis en vente d’ici sept ou huit mois. Ce sera un sérieux appoint pour le Royaume-Uni où la disette de viande est loin d’être conjurée. Nous rappellerons à ce propos que la viande de baleine figurait sur nos marchés au Moyen Age, alors que les Basques, pères de cette industrie, poursuivaient les cétacés dans le golfe de Gascogne. L’espèce qui hantait ces eaux a disparu, mais en nous laissant une pittoresque légende qui fut peut-être une réalité : ce serait en pourchassant les survivants à travers l’Atlantique que les hardis pêcheurs auraient découvert le Nouveau Monde un demi-siècle avant le premier voyage de Colomb et fondé des établissements près de l’embouchure du Saint-Laurent.
- Les usines flottantes sont ravitaillées en mazout et en vivres par des vapeurs venus spécialement de Norvège ou d’Angleterre, au cours d’une campagne que les accords internationaux d’avant-guerre avaient fixée à treize semaines. L’élimination de l’Allemagne et du Japon met fin à ces accords; et l’on parle maintenant d’ajouter cinq semaines à cette durée, en ce qui concerne spécialement la poursuite des baleines bleues, les géantes de la famille. Sans aucun doute, elles paieront un plus lourd tribut aux floating-factories ; mais cette perte sera lar-
- gement compensée par l’éviction des deux partenaires de l’Axe dont les baleiniers, violant sans pudeur les engagements les plus solennels, dévastaient périodiquement les aires océaniques où les grands cétacés mettent au monde et élèvent leurs petits.
- Le côté financier de l'expédition.
- Je me souviens d’avoir publié jadis dans La Nature une curieuse statistique de provenance anglaise, donnant la liste des compagnies baleinières du Royaume-Uni qui, si ma mémoire m’est fidèle, étaient au nombre d’une vingtaine. Le tableau indiquait leur situation financière respective ; celles qui distribuaient des dividendes à leurs actionnaires formaient une très faible minorité ; les autres ne battaient plus que d’une aile. Dans celte sorte d’entreprises, le succès ou la faillite dépend du prix de l’huile de baleine sur les marchés mondiaux. Allemands et Japonais s’entendaient comme larrons t-’l en foire pour faire baisser ce prix et ruiner leurs concurrents.
- Les baleiniers norvégiens, qui vivent presque exclusivement de la vente de l’huile, se montrent fort inquiets des intentions d’une grosse firme britannique qui, dans un but purement philanthropique, se proposerait de vendre la précieuse denrée au prix de revient, sans le moindre bénéfice. Ils font remarquer que ce geste généreux, tout en répondant aux besoins de matières grasses dont souffre l’Europe, porterait un coup fatal à l’ensemble de l’industrie des huiles comestibles (huile de palme, huile de soja, entre autres), et qu’il aurait des conséquences désastreuses pour des pror ducteurs asiatiques ou africains. De surcroît, une telle action serait contraire aux principes posés par la Conférence de ILot Springs (sur la nourriture et l’agriculture) où les Nations Unies se sont mises d’accord sur le maintien de prix stables et raisonnables dont doivent pm-fiter les producteurs de denrées comestibles d’un usage courant ; ce maintien serait un facteur vital dans la stabilité économique du monde.
- Notons que le Southern Adventurer appartient à la plus vieille compagnie baleinière d’Europe et d’Amérique : la Salvensen, dont le siège social est à Leith (Écosse) ; elle fut fondée en i84o par une famille d’origine norvégienne qui exploitait déjà une flottille de caboteurs dans les eaux Scandinaves. Pendant la guerre, les Allemands détruisirent toutes ses usines flottantes ; leurs croiseurs et sous-marins anéantirent même les stations terrestres qu’elle possédait en différents points du globe; celle de South-Georgia, protégée par Ploiement de l’île en plein océan, échappa seule à cette destruction systématique.
- Complétons celle étude en empruntant quelques chiffres aux statistiques officielles. A la veille de la guerre, en 1908, les Fal-klands et la South-Georgia exportaient 111 291 barils d’huile de baleine, valant 469 534 livres sterling. Les établissements baleiniers de la South-Georgia comptaient environ 75o personnes dont 7 femmes. Mieux favorisées que cette dernière, les Falklands, peuplées alors de 2 425 habitants, possèdent d’immenses étendues de prairies naturelles, propres à l’élevage des ovins, le cheptel comptant plus de 600000 têtes; en 1939, la laine exportée atteignit la valeur de 176 196 livres sterling.
- Victor Forbin.
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- LES PROGRÈS RECENTS DE LA VERRERIE
- ( S ni
- Apports étrangers à l'art du verrier avant l'avènement du machinisme.
- Dans cet ordre d’idées, il n’y a guère à signaler que ce qui a été emprunté aux Vénitiens à l’époque de la Renaissance et aux Anglais à la fin du xvne siècle.
- Autrefois, les miroirs étaient en métal ou en un alliage métallique pratiquement inaltérables qui étaient polis (2) ; ils étaient légèrement concaves pour qu’on pût y voir son visage en entier en les tenant à la main.
- Les Vénitiens furent les premiers à employer le verre sous forme de lames planes (glaces) ou sphériques à faces rigoureusement parallèles, car le plan et la sphère sont les seules surfaces qui se superposent à elles-mêmes par translation rectiligne ou curviligne, condition indispensable pour pouvoir pratiquer le polissage. Une seule des deux faces était réfléchissante, grâce à une couche d’étain (étamage), plus tard d’argent, déposée au moyen du mercure qui forme un amalgame très adhérent au verre et dont le mercure est ensuite facilement éliminé par un chauffage léger.
- Le croion glass (de crown, couronne, et glass, verre), que nous devons aux Anglais, était connu au Moyen Age mais le secret s’en était perdu. C’est un polysilicate de potasse, de soude et de chaux, qui est employé pour la, fabrication des leuitflles^3é|^.ofciecii£& .et .des.,oculaires, aclaronaatiques- eL.japû-u chromatiques en association avec les lentilles en flint glass (de flint, silex, pierre à fusil) ou cristal, dû aussi aux Anglais; il est très réfringent et très dispersif ; on en fait non seulement des lentilles mais aussi des prismes qui sont encore employés en spectrométrie. Aujourd’hui, cependant, pour ces prismes, on emploie presque exclusivement le verre de quartz ou de silice pure.
- Henri II et ses successeurs firent bien venir en France des miroitiers vénitiens; mais, c’est seulement grâce à Colbert, qui en fit venir aussi, que les miroirs de verre furent fabriqués couramment dans notre pays. Les glaceries et miroiteries de Venise étaient en réalité à Murano, dans le voisinage de cette ville. On n’y fabrique plus guère maintenant que des flacons de toute forme, en mosaïque de toutes couleurs, destinés aux touristes. Ces flacons, qu’ils trouvent dans tous les magasins de souvenirs, sont d’ailleurs assez laids et sans aucune utilité.
- Depuis une dizaine d’années, tous les anciens procédés d’étamage, qui sont très insalubres (hydrargyrisme des ouvriers miroitiers, pire que le saturnisme des peintres) ont été complètement abandonnés. On dépose directement le métal sur le verre par vaporisation à une température relativement basse, par bombardement atomique et dans le vide. Ce procédé est applicable à de nombreux métaux ou alliages et même au sélénium ; mais
- 1. Voir La Nature du 15 avril 1946.
- 2. Ces miroirs étaient des objets de luxe et seules les riches patriciennes et les courtisanes en possédaient (voir Aphrodite, de Pierre Louys, et Thaïs, d’Anatole France).
- Au Japon, dans un muhashi-banashi (contes populaires merveilleux du genre Perrault, transmis de bouche en bouche), un miroir métallique joue un rôle considérable ; c’est Matsuyama no Kagami (Le miroir de Matsuyama).
- Les Japonais ne connurent le verre que très tard, par l’entremise des Hollandais, autorisés, par exception, à séjourner dans la petite île de Deshima, en face de Nagasaki (de 1650 à 1850) sous le shôgunat des Tokugawa.
- e)
- on tend de plus en plus à donner la préférence à l’alumininm pour les raisons suivantes : il est volatil à température beaucoup plus basse que les autres métaux ; il a un pouvoir réflecteur cinq à dix fois supérieur à celui de l’argent parce que, dans le vide, la pellicule d’alumine, qui se forme dans l’air atmosphérique et en ternit la surface, ne se forme pas : étant en contact direct avec le verre, l’aluminium reste inaltéré. L’épaisseur de la couche métallique ne dépasse pas un micron (1).
- Avant l’invention des lentilles de verre, la correction des vues défectueuses était impossible. L’invention des besicles, aujourd’hui appelées lunettes, ou pince-nez, binocles, remonte au xme ou au xive siècle; on n’en connaît pas l’inventeur avec certitude, mais elles furent introduites en France par les Italiens (2).
- La lunette dite de Galilée ou de Hollande, ou lorgnette de théâtre, dans laquelle l’image, virtuelle, n’est pas renversée, date de 1609; elle fut inventée par Lipperschij, de Middelburg (capitale de la Zélande néerlandaise, dans l’île de Walcheren). Quant à la lunette astronomique et ses variantes (longue-vue des marins, lunette terrestre) on sait qu’elle fournit une image renversée mais réelle qu’on peut recevoir sur un écran où l’on place un réticule. Le centre de ce réticule et le centre optique de l’objectif déterminent l’axe optique de la lunette, ce qui permet des mesures précises d’orientation. Elle a été inventée par l’astronome Kepler.
- Le télescope ne répond pas aux mêmes besoins que les lunettes; il en diffère en ce que l’image, réelle aussi, est fournie par un miroir concave et non par un objectif convergent composé de plusieurs lentilles. C’est essentiellement un instrument astronomique.
- L’invention du télescope date aussi de 1609, comme celle des besicles; on l’attribue aussi à deux lunetiers néerlandais : J. Metzu, d’Alkmaar, ou Z. Jansen, de Middelburg. Leur idée fut reprise par l’Italien Zucchi, le Français Mersenne, puis par l’Anglais Gregory; mais celui-ci ne put trouver à Londres un opticien capable de construire le télescope qu’il avait décrit dans son Optica promota (i663). C’est à Newton que revient l’honneur d’avoir réalisé le premier télescope qui ait été vraiment construit (1671). Il est conservé dans les collections de la Royal Society de Londres. Les premiers grands télescopes, ceux de Ilerschel et de Ross, ne datent que du début du xix® siècle.
- Foucault perfectionna la fabrication des grands miroirs des télescopes par la « méthode des retouches locales a, ce qui a pour résultat de transformer la surface sphérique réfléchissante en celle d’un paraboloïde de révolution de même axe que celui du télescope. On supprime ainsi l’aberration de sphéricité; de plus, Foucault substitua aux miroirs métalliques un miroir en verre argenté.
- 1. On emploie d’autres métaux, l’argent, le platine, l’or, le chrome, le tungstène, un alliage léger, ou le sélénium, selon les régions du spectre dont on veut recevoir les radiations, par exemple l’ultra-violet ou l’infrarouge.
- 2. Il semble cependant que les Chinois aient connu les besicles beaucoup plus tôt. Salomon et Néron, qui étaient myopes, se servaient, pour voir distinctement les objets éloignés, d’une sorte de loupe, qui était une boule de verre plate ou d’obsidienne, pour Salomon, et en tourmaline, pour Néron. C’étaient des monocles, que l’on tenait comme le face-à-main de nos aïeules.
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- Ce que l'art du verrier doit aux Français.
- Comme on l’a vu, c’est à Foucault qu’on doit le premier grand miroir de verre pour télescope. Il y a intérêt à ce que les miroirs des télescopes soient d’une ouverture aussi grande que possible de façon que l’image, formée alors par la réflexion d’un grand nombre de rayons lumineux incidents, soit aussi lumineuse que possible; et cela afin qu’on puisse distinguer sur l’image les différentes parties de l’objet plus par la différence d’intensité de leur éclairement, le contraste, que pour voir des détails (x). On conçoit par exemple que, pour lever le doute sur l’existence de canaux, tantôt vides, tantôt pleins, sur la planète Mars, qui seraient creusés par des êtres animés, les Martiens, plus puissants et plus intelligents que les Terriens, il faut réaliser des miroirs de verre concaves, métallisés comme on l’a vu, et aussi grands que possible.
- Les Américains, jusqu’en ces derniers temps, n’avaient pas réussi à mouler ces miroirs et c’est en France, grâce à des astronomes-ingénieurs-verriers, formés à notre Institut supérieur d’Optique et attachés à l’Observatoire de Paris, qu’on moulait ces miroirs. C’est seulement pour le miroir de 5 m d’ouverture, destiné à l’Observatoire du Mont Palomar (Californie), à i 670 m d’altitude, que les Américains se sont outillés pour mouler ce miroir. On sait depuis mars 1946 que le succès a enfin couronné leurs efforts : le problème était d’ailleurs extrêmement difficile (Voir la description du procédé de moulage qui a été employé pour mouler ce grand miroir par les Corning Glass Works, de New York, dans le Génie civil du 29 juin 1935) ; à cette date, on estimait à plus de trois ans la durée des opérations postérieures à la coulée, c’est-à-dire : le taillage, le polissage et la métallisation.
- On voit qu’elles ont duré plus de dix ans. On annonce que ce télescope gigantesque sera bientôt mis en service. Il aura coûté six millions de dollars et dix-neuf années d’efforts. La Lune y sera observée comme si elle n’était qu’à 4o km de la Terre. On se propose d’y étudier, sinon de résoudre, des problèmes qui se sont posés depuis que sa construction a été décidée (explosions sidérales, rayons cosmiques, nouvelle confirmation des théories d’Einstein, etc.).
- Voici les noms de quelques Français à qui l’on doit des progrès dans l’industrie du verre :
- L’infortuné Bernard Palissy, qui fut non seulement un potier et un émailleur de génie, mais aussi un grand artiste, un savant, le premier paléontologiste, à qui on doit de nombreuses formules de verres et d’émaux spéciaux ;
- Dervois, qui, le premier, en 1750, substitua la houille au bois, seul combustible employé autrefois pour chauffer les fours de verrerie ; le four circulaire à creusets de Boétius, chauffé au bois, put être facilement adapté au chauffage au charbon ;
- Citons aussi Quinquet, Suisse vaudois, mais qui passa presque toute sa vie à Paris. On lui attribue, peut-être à tort, l’invention de la lampe à huile végétale, munie d’un bec circulaire à double circulation d’air et d’un réservoir latéral, lampe qui porte son nom ; mais il est incontestablement l’inventeur de la cheminée de tirage transparente, ou verre de lampe. Elle ne date, au plus tôt, que de 1784. Ce fut un très grand progrès à l’époque, car le verre de lampe assurait la stabilité de la flamme qui, de plus, n’était plus fuligineuse (2). Jusque-là, on ne s’éclairait qu’à la chandelle, les riches avec des cierges de cire ; et les premières lampes à huile, à mèche plate, passant dans la fente du bec, laissaient fort à désirer.
- Nicolas Leblanc, inventeur du procédé de fabrication du car-
- 1. C’est aussi pour que ce contraste ne soit pas diminué par la brume et les poussières de l’atmosphère que les télescopes sont montés loin des villes et en des points aussi hauts que possible, là où l’aîr est le plus pur.
- 2. Au sujet de la paternité du verre de lampe, voir La Nature du 1" mai 1937, p. 404 (n° 30001.
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- bonate de sodium à partir du sel marin qui porte son nom. Lors du Blocus continental, le sel de soude artificiel remplaça les cendres de bois indigènes ou exotiques (potasse d’Amérique), celles-ci importées, dans la « composition « des matières vitri-fiables soumises à la fusion. Il était plus pur et uniforme.
- Foucault, déjà nommé;
- Boucher, de Cognac, nommé aussi; les machines à fabriquer les bouteilles au moyen de l’air comprimé, qui sont aujourd’hui d’un usage courant, ne diffèrent de la machine de Boucher que par des perfectionnements de détail : moulage et démoulage rapides, fonctionnement semi-continu, automatique, grande production ;
- Verneuil, déjà nommé aussi, qui fournit bénévolement à Schott les formules de verres d’optique nouveaux qui furent les premiers de ceux que fabriqua Cari Zeiss d’Iéna, maison aujourd’hui de réputation mondiale. Verneuil donna aussi à Schott la formule du matériau des creusets dans lesquels ses verres devaient être fondus et les plans d’un nouveau four destiné à recevoir ces creusets (x).
- A la même époque, le Prof. Abbe, de Londres, avait mis au point la fabrication de systèmes de lentilles apochromatiques, c’est-à-dire corrigées à la fois de l’aberration de sphéricité êt dé l’aberration chromatique, mais pour plusieurs radiations du spectre solaire. Jusque-là on n’y était parvenu que pour les seules raies jaunes. Ce résultat était dû aux recherches poursuivies depuis 25 ans par Veron Harcourt et sir G. Stokes, avec la collaboration des frères Chance, de Birmingham, et de de Feil, de Paris. Karl Zeiss ayant épousé la sœur d’ABBE, celui-ci s’installa à Iéna et poursuivit ses recherches avec son beau-frère et Schott.
- La fabrication industrielle des premiers verres d’Iéna ne date que de 1884. On voit qu’elle a pour origine quelque chose qui ressemble assez à la fois à une contrefaçon, à un abus de confiance et à une collusion. Sans doute, la notoriété de Zeiss est due aussi' à -de* nombreux- travaux--scientifiques ultérieurs, mais elle est due encore à ce que Zeiss a poussé ses fabrications jusqu’à la production d’appareils et d’instruments d’optique prêts pour l’usage, et à ce qu’il a une organisation commerciale parfaite et qui s’appuie sur une publicité extrêmement habile.
- Notons en passant que Parra-Mantois et Cie, du Vésinet, vieille maison française fondée en 1827, fabrique aujourd’hui une multitude de verres d’optique qui ne le cèdent en rien aux meilleurs verres d’Iéna, s’ils ne leur sont pas supérieurs. Guinand, son fondateur, fut le premier qui, en 1829, obtint des verres d’optique sans stries, fils, bulles, et parfaitement homogènes; mais Parra-Mantois ne fabrique ni lentilles, ni instruments d’optique ;
- Fresnel (1788-1827), qui découvrit la polarisation et la diffraction, est aussi l’inventeur des lentilles, à échelons, sans aberration de sphéricité, des lanternes de phares, et de leurs miroirs paraboliques et hyperboliques ;
- Léon Appert, qui, le premier, remplaça le soufflage à la bouche par le soufflage à l’air comprimé. Ainsi disparurent chez les souffleurs de verre des maladies comme la syphilis, appelée longtemps maladie des verriers,1 et la tuberculose, qui se transmettaient par contagion, car un souffleur se servait souvent de la canne de ses camarades ;
- 1. Plusiours des instruments de précision en usage à bord des avions actuels ont des organes (paliers, pivots, axes, crapaudines, cuvettes, couteaux) en gemmes dures ; on y trouve jusqu’à 100 pièces en saphir, en spinelles ou en rubis. Dans l’impossibilité de se procurer des gemmes naturelles, les Américains les ont fabriquées artificiellement. Ils ont adopté la méthode indiquée par Verneuil en 1902 ; ils les obtiennent sous la forme de carottes appelées boules dans lesquelles on taille les organes au moyen de poudre de diamant ; elles présentent moins de défauts (bulles, soufflures, écailles) que les gemmes naturelles ; elles sont aussi plus homogènes et se travaillent plus facilement. La mise au point de leur fabrication en quantités industrielles a duré plus de deux ans.
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- Le Dr Fieusal et Charles Féry,. l’inventeur du pyromètre de précision et d’une pile impolarisable ; le premier imagina les verres teintés des besicles qui arrêtent les rayons ultra-violets très nocifs pour la vue ; Féry, en s’inspirant d’un procédé de soudure des verres concaves et convexes indiqué par Verneuil, imagina les verres mixtes des besicles à vision proche et lointaine pour les myopes devenus presbytes ; ces verres sont sans ressaut, à l’inverse de ceux qui fournissent le même résultat, mais qui sont obtenus en collant le verre convexe du bas (vision rapprochée) au verre concave du haut, celui qui est pris dans la monture (vision éloignée) ; c’est souvent la cause de chutes quand on descend les escaliers ou celle de gestes « manqués », lorsqu’on commence à porter ces verres;
- Le Prof. Vérain, qui, en 1919, inventa les appareils scialytiques avec lesquels, aujourd’hui, on éclaire, nuit et jour, les salles d’opérations chirurgicales dans le monde entier. Nous reviendrons en détail sur ces curieux appareils; disons seulement qu’ils éclairent uniformément le champ opératoire sans qu’il y ait ni ombre propre ni ombre portée, ce qui facilite grandement la tâche délicate du chirurgien et de ses assistants.
- Le grand artiste Lalique, passé maître dans l’emploi du verre sous.toutes ses formes;
- M. André Couder, actuellement astronome à l’Observatoire de Paris. La taille des très grands miroirs plans ou sphériques pour télescopes n’était plus pratiquée en France depuis longtemps, et le plus habile dans cette technique était l’Américain M. Ritchey, qui tailla le miroir de 2,5o m d’ouverture fondu par Saint-Gobain, vers 1900, pour l’Observatoire du Mount Wilson. Ritchey, appelé en France pour exécuter ce travail, mit au courant de ses méthodes, empiriques, M. Couder, qui les perfectionna par des méthodes scientifiques de vérification et de mesure. M. Couder a réalisé aussi des miroirs plans ou sphériques de 0,80 m et retaillé des miroirs sphériques de 1,20 m d’ouverture. L’Institut supérieur d’Optique de Paris les a .tropvés parfaits, ...........-_____ ..............
- L’astronomie française dispose ainsi aujourd’hui d’un laboratoire d’optique de haute précision dirigé par M. Couder, à qui on peut confier la taille des miroirs de verre de tout genre et de toutes dimensions.
- Importance de la forme donnée aux objets de verre.
- Abstraction faite des instruments d’optique, où la forme des surfaces réfléchissantes et des dioptres joue un rôle essentiel tout aussi important que les propriétés intrinsèques des verres, il y a des cas où l’influence de la forme donnée à un objet de verre intervient seule ou est prépondérante. A cet égard, on peut dire que, par la forme qui lui est donnée, le verre offre des ressources illimitées. En voici quelques exemples pris dans des domaines très différents, et choisis entre mille parce que peu connus.
- . Forme trompeuse d’un récipient sur le volume de son contenu.
- Au temps des apéritifs, avant 1914, un cafetier parisien avait fait fabriquer des verres dont le fond était filiforme (fig. 11) et qui, par suite, contenaient beaucoup moins d’absinthe qu’il n’y paraissait, c’est-à-dire sur toute la hauteur h de la largeur de la surface libre. Les buveurs, clientèle cossue, ne récriminaient guère, et la plupart en étaient quittes pour commander un second apéritif et y mettre moins d’eau. Pourtant, le tribunal de police correctionnelle n’apprécia pas cette façon
- Fig. 11. —
- Verre à apéritif dont la forme trompe sur le volume de son contenu.
- assez inattendue de combattre l’absinthisme, et condamna bel et bien le cafetier pour escroquerie.
- Présentation d'un liquide dans des flacons de forme séduisante.
- Depuis longtemps l’art du parfumeur est parvenu en France à une quasi-perfection; et les produits de l’industrie de Grasse se sont toujours bien vendus à l’étranger. Un grand parfumeur parisien, originaire de la Corse, eut l’idée de présenter ses parfums dans des flacons de formes et de couleurs variées, toutes séduisantes, dont le verre avait un indice de réfraction tel que, compte tenu de l’indice du liquide, ils donnaient lieu à des jeux de lumière du plus bel effet. Il présenta ses flacons dans des coffrets luxueux et comme étant en cristal taillé, bien qu’ils fussent en verre assez ordinaire mais moulés très finement, comme le permettent les procédés modernes.
- Grâce à cette innovation, l’exportation des parfums français sextupla dans la première année, et notre parfumeur put manger par deux fois, dans une politique sans espoir, une fortune honnêtement acquise; actuellement, l’étranger nous demande plus de parfums ainsi présentés que nous ne pouvons en fabriquer faute de verre, de soie pour garnir les coffi’ets, et aussi de parfums naturels et artificiels, ceux-ci quelquefois indispensables.
- Forme des trous d'une vitre assurant une ventilation correcte.
- Léon Appert imagina de fabriquer par laminage, comme pour les glaces, des vitres planes, transparentes ou translucides, qui sont perforées; les trous sont tronconiques (fig. 12); ils mesurent 3 à 4 mm de diamètre à la petite base et 7 à 8 mm à la grande; on en compte jusqu’à 5 000 par mètre carré. On pose ces vitres de façon que la petite base soit à l’extérieur du local, ce qui diminue la vitesse d’entrée de l’air à l’intérieur et assure une ventilation continue du local par l’air extérieur; et cela, même par grand vent et sans qu’on perçoive le moindre courant d’air à l’intérieur. La démonstration en est donnée par une bougie placée ou non devant un trou quand on souffle sur la vitre devant un trou ou entre deux trous (fig. 12).
- Suppression des réflexions parasites par la forme courbe donnée à la glace qui sépare de la rue l’étalage d’un magasin.
- La glace plane qui sépare de la rue l’étalage des magasins donne lieu à des réflexions parasites, car elle fonctionne comme un miroir. De jour, l’observateur qui est dans la rue voit sa propre image et celle de tout ce qui l’entoure se superposer aux objets de l’étalage, car cet observateur est mieux éclairé et
- Intérieur Extérieur
- Fig. 12. — Vitre à trous tronconiques de Léon Appert.
- Si on souffle fortement devant un trou, comme le vent pourrait le faire, l’air extérieur pénètre à vitesse réduite à l’intérieur du local et le ventile comme le prouve l’inclinaison de la flamme d’une bougie placée devant le trou. Si le vent souffle entre deux trous, l’air extérieur pénètre encore dans le local mais en formant des remous qui inclinent la flamme en sens inverse ; il y a encore ventilation. Dans les deux cas, on ne perçoit dans le local aucun courant d’air à quelques centimètres de la vitre.
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- plus lumineux que ces objets. On a imaginé des glaces courbes à faces parallèles AB (fig. i3) telles qu’elles fonctionnent bien encore comme un miroir, mais dont les rayons réfléchis A a et
- B5 provenant de rayons incidents OA et OB émis par un observateur O de grande taille tombent sur un écran ho-rizontal PP' opaque, sombre et à surface rugueuse. Si la vitrine V, où se trouve l’étalage, est très lumineuse, grâce à un éclairage astral, soit par des panneaux réfléchissant la
- lumière du jour venue d’en haut, soit par des lampes électriques L, dérobées à la vue par une corniche, l’observateur O ne perçoit plus d’image parasite puisque lui-même, grâce à l’écran PP', ne reçoit aucun rayon lumineux émis puis réfléchi, qui aurait pu cheminer suivant aAO et 5BO, c’est-à-dire en sens inverse de celui des rayons OAa et 0B6.
- Les courbures aux différents points de la glace doivent être étudiées avec soin afin qu’il en soit de même pour un observateur de petite taille O' ; quant à l’écran PP', ses dimensions et sa hauteur doivent être telles qu’il absorbe toute la lumière des rayons réfléchis provenant du faisceau lumineux incident d’angle a. La glace courbe doit avoir ses faces rigoureusement parallèles afin qu’il n’y ait ni distorsion ni réfraction.
- De nuit, aucun problème de ce genre ne se pose car la rue est toujours moins lumineuse que l’étalage, et, d’autant plus qu’il peut bénéficier d’une orgie de lumière artificielle; et c’est pourquoi les étalages sont plus beaux de nuit que de jour.
- Le procédé est coûteux car la fabrication de ces glaces est difficile, et chaque cas doit être étudié en particulier; aussi, Seuls quelques grands magasins de Paris l’ont-ils adopté et encore n’est-ce que pour une seule de leurs vitrines. Mais le résultat est parfait : l’observateur de la rue croit n’être séparé par rien des mannequins qui sont dans la vitrine et il lui semble qu’en allongeant le bras, il pourrait les toucher du doigt..
- Le procédé a été appliqué systématiquement dans plusieurs musées de Londres où, cependant, les brouillards obscurcissent souvent l’extérieur; et c’est sous cette forme qu’on a mis sous verre et scellé des tableaux précieux qui, ainsi, se conservent aussi beaucoup mieux dans l’atmosphcre agressive qu’est celle de Londres.
- On n’a tenu compte d’aucune de ces considérations en construisant les galeries du Grand Palais des Champs-Elysées de Paris pour l’Exposition de 1900. Tous les peintres se plaignent du très mauvais éclairage de leurs tableaux ; cet éclairage a été complètement et irrémédiablement « loupé ». Un éclairage astral des seuls tableaux et l’emploi d’un écran opaque tel que PP/ auraient suffi; c’eût été facile et moins coûteux que les grands lanterneaux qui sont au milieu du plafond de chaque salle.
- Suppression des ombres sur le champ opératoire par l'emploi du Scialytique dans les salles d'opérations chirurgicales.
- Le Scialytique, nom déposé (de ay.iv, ombre, et )ût», je dissipe), est un appareil d’éclairage grâce auquel on projette une
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- lumière diffuse, intense et uniforme, sur une table d’opérations chirurgicales. Il présente ceci de particulier, et d’assez inattendu, que sur le champ opératoire, il n’y a ni ombre propre, ni ombre portée, même celle qui serait portée par la tète, les mains ou les instruments du chirurgien ou de ses assistants.
- Le Scialytique a été inventé en 1919 par le Prof. Vérain, de la Faculté des Sciences d’Alger; il a été mis au point jusque dans les moindres détails par les Etablissements Barbier-Bénard et Turenne, de Paris. Il n’y a guère plus d’une vingtaine d’années qu’on a commencé à s’en servir couramment dans les hôpitaux. Aujourd’hui, on en compte plus de 11 000 exemplaires répandus dans le monde entier, sans compter ceux qui sont construits à l’étranger grâce à une licence d’exploitation des brevets. Il en existe plus de cinquante modèles et qui répondent à tous les besoins.
- Le fonctionnement de tous les scialytiques est fondé sur le même principe : utiliser au maximum la lumière émise par une source unique, intense, qui est une lampe électrique à fdament incandescent. Prenons le cas le plus général, celui d’un plafonnier (fîg. i4). La lampe est au centre d’une optique Fresnel, qui, aux dimensions près, est la même que celle de la lanterne des phares. Cette optique envoie horizontalement, dans toutes les directions, des rayons lumineux qui sont déjà très diffusés. Ces rayons sont réfléchis vers le bas par des petits miroirs plans, en verre, argentés et cuivrés, qui sont en forme de trapèze et
- Fig. 14. — Le chirurgien opère devant des étudiants.
- En haut, le plafonnier scialytique, au milieu duquel on voit le disque en verre dépoli qui éclaire très faiblement tout ce qui entoure la table d’opérations. A.u centre de la coupole, le manchon qui entoure la lampe et absorbe les rayons infra-rouges qu’elle émet. En couronne, entre cette lampe et le bord de la coupole, trois lampes électriques ordinaires qui assurent l’éclairage de secours.
- Fg. 13. — Glace courbe AB séparant de la rue, où se trouvent des spectateurs O et O’, la
- vitrine V d’un magasin.
- De jour, le spectateur ne perçoit aucune image pai-asite ; la sienne, notamment, ne se superpose pas aux objets placés dans la vitrine.
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- juxtaposés sur le bord intérieur d’une coupole. Ces miroirs sont très visibles sur la figure i5.
- Les rayons lumineux ainsi réfléchis se croisent dans tous les sens, et sont très voisins de la verticale; ils forment une sorte de faisceau, presque vertical et légèrement convergent. C’est ce
- culaire dont l’éclairement, astral comme celui du jour, est très supérieur à celui que pourrait fournir le ciel le plus lumineux; aussi l’utilise-t-on même de jour et sous l’équateur, le reste de la salle d’opérations, l’ambiance, étant dans la pénombre.
- Le tableau ci-dessous donne les caractéristiques des trois modè-
- Puissance Diamètre Diamètre; de la Éclairement
- de la lampe de la coupole plage cpératoire de la plage
- tjj w / ISO W 450 mm 25 cm 6 000 lux
- P s H d é ISO W 710 mm 30 cm 7 500 lux
- 3 CQ / 150 W 890 mm 35 cm 9 000 lux
- w w 1
- rt â « a ( 1000 W 1,20 m 50 cm 12 000 lux
- P 3 cg g O M ( 1500 W 1,80 m 55 cm 20 000 lux
- flux lumineux qui éclaire uniformément le champ opératoire, les courants de scialyt
- et cela jusque dans les cavités les plus petites et les plus profondes. On conçoit aisément, en effet, que, dans ces conditions, tout ce qui s’interposera entre la coupole et un point quelconque du champ opératoire ne pourra intercepter qu’une fraction insignifiante du flux lumineux puisque la quasi-totalité des rayons de ce flux éclaireront la région où il y aurait tendance à la formation d’une ombre portée.
- Il est évident que le champ opératoire ne doit recevoir aucune lumière émise directement vers le bas par la lampe; aussi y a-t-il, sous cette lampe, un disque opaque; il peut aussi être en verre dépoli; il éclaire alors la salle d’opérations d’une lumière diffuse qui est nécessairement très faible, mais qui éclaire l’ambiance d’une lumière largement suffisante pour que les assistants puissent exécuter rapidement et sans hésitation tous les gestes et mouvements nécessaires autour de là table d’opérations.
- Le scialytique éclaire le champ opératoire sur une plage cir-
- Fig. 15. — Appareil scialytique équilibré V9, pour les grandes salles d’opérations des hôpitaux de l’Assistance publique de Paris.
- Il peut être placé n’importe où dans la salle d’opérations, à n’importe quelle hauteur et orienté dans tous les sens. Diamètre de la coupole, 890 mm ; Éclairement du champ opératoire : 10 000 à 11 000 lux avec lampe de 150 W, et de 15 000 lux avec lampe de 250 W.
- (Photo Barbier-Bénard et Turenne).
- Destination
- Examen et petites interventions en gynécologie, urologie, oto-rhino-laryngologie, ophtalmologie et stomatologie.
- Petites salles d’opérations, cliniques privées.
- Grandes salles d’opérations des hôpitaux et des grandes cliniques, amphithéâtres, salles de dissection.
- Salles de démonstration aux étudiants et pour prises de vues cinématographiques.
- :; nous y joignons celle des superscialytiques dont il sera question plus loin.
- Que ce soient des plafonniers (fig. i4) ou qu’ils soient suspendus au plafond montés sur un bras équilibré par un contrepoids (fig. 15), tous les scialytiques peuvent être amenés en un point quelconque de la salle d’opérations, à n’importe quelle hauteur et orientés dans toutes les directions, aussi bien dans le sens vertical que dans le sens horizontal. Les modèles de 6 ooo et 7 5oo lux peuvent être montés sur un pied, ce qui en fait des appareils transportables pouvant être utilisés dans la chambre du malade ou chez lui, à domicile.
- Divers dispositifs assurent un éclairage de secours en cas de panne de courant ou si la lampe, pour une raison quelconque, se brise ou cesse d’éclairer; des lampes de secours, disposées de diverses façons et branchées sur une batterie d’accumulateurs, s’allument alors automatiquement et instantanément ; le chirurgien n’est donc pas plongé dans l’obscurité, bistouri en main.
- Une chemise d’eau ou un manchon en verre coloré, quelquefois les deux, entourent la lampe et absorbent les rayons infra-rouges qu’elle émet; ils sont en effet très nocifs car ils activent la circulation du sang et, par conséquent, exaltent les hémorragies.
- Le verre coloré du manchon corrige aussi la lumière de la lampe, de sorte que le champ opératoire apparaît comme à la lumière blanche du jour. L’opération peut ainsi être filmée en couleurs naturelles. Cela n’est commode cependant que dans le cas où l’on utilise un scialyscope, c’est-à-dire un superscialytique auquel on a adjoint un épiscope qui projette horizontalement le champ opératoire dans une pièce contiguë, isolée de la salle d’opérations; cette pièce, avec galerie surélevée, peut être éclairée normalement le cas échéant. C’est là que se tiennent le cinéaste et les étudiants, assis commodément, qui assistent à la démonstration du chirurgien. Grâce à cet aménagement, aucun d’eux ne peut troubler l’opération; de plus, ils n’apportent pas du dehors, dans la salle d’opérations, les germes infectieux qu’ils pourraient véhiculer.
- On voit que le scialytique est bien l’appareil le plus démonstratif des résultats merveilleux que l’on peut obtenir par un emploi judicieux de la forme; et que le Prof. Vérain peut être considéré comme un grand bienfaiteur de l’humanité souffrante. Son nom est cependant par-
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- faitement inconnu de la plupart de ceux qui utilisent le scialytique et, à plus forte raison, des malades qui ont bénéficié de son emploi.
- L'identification d'un liquide par la forme de son récipient.
- Différentes raisons peuvent déterminer la forme des bouteilles destinées à i-ecevoir et à conserver longtemps un liquide (eau minérale, vin, eau-de-vie, liqueur) ainsi que les propriétés et la couleur du verre de ces bouteilles ; ce sont : protection du verre contre son attaque par le liquide ; protection du liquide contre la lumière du jour (le vert bouteille, à cause de son fer, arrête les rayons ultra-violets, très actiniques); proximité des matières premières vitrifiables ou de l’acheteur des bouteilles; résistance de la bouteille à la pression (bouteilles à champagne) ; le plus souvent, simple possibilité d’identifier le contenu.
- La forme et la couleur sont ainsi une sorte de marque de fabrique, anticipation de ce qu’on appelle aujourd’hui l’appellation d’origine contrôlée. Tel est le cas pour : la petite bouteille à bordeaux, les bouteilles d’eau de Vichy ou de Saint-Galmier, les bouteilles de kummel, de rhum, de chartreuse, de bénédictine, d’eau-de-vie de Danzig avec ses paillettes d’or fin, de curaçao, de schiedam, etc.
- Les verres à boire les vins et les eaux-de-vie des différents crus français sont pratiquement normalisés depuis longtemps.
- 159
- Le problème de l'huilier rationnel.
- Voici un petit problème de forme que nous avons posé bien des fois à des personnes qui paraissaient devoir s’y intéresser. Nous ne croyons pas qu’il ait été résolu.
- En temps normal, on assaisonne la salade avec environ trois fois plus d’huile que de vinaigre; or, tous les huiliers que nous connaissons se ramènent à deux types dans lesquels les volumes des deux liquides sont les mêmes : l’huilier à deux burettes identiques placées dans un support; l’huilier formé de deux boules de verre, identiques aussi, accolées, et dont les goulots sont plus ou moins inclinés en sens inverse. Les volumes étant proportionnels au cube des dimensions linéaires, pour que le récipient à huile ait un volume triple de celui du récipient à vinaigre, il suffirait que leurs dimensions linéaires fussent dans le rapport y3 /', soit x,443. Cela ne paraît pas impossible et semble même assez facile dans le cas de l’huilier du second type. Peut-être le problème est-il difficile si on s’attache à une solution élégante. Peut-être aussi, pense-t-on qu’il n’a pas un grand intérêt pratique. Cependant nos artistes ont résolu des problèmes qui en avaient beaucoup moins. Quoi qu’il en soit, nous posons à nouveau ce petit problème.
- (à suivre).
- Eugène Lemaire,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- LE CIEL EN JUIN 1946
- SOLEIL : Solstice d’été le 22 à 15*40“ ; la déclinaison du Soleil de + 22°!' le 1er atteint son maximum + 23°27' les 21 et 22 et redescend à -I- 23°12' le 30. La durée du jour, à Paris, est de 15*49“ le 1er, de 16*8“ les 19 et 20 et de 16*4“ le 30 ; la longueur des crépuscules entraîne des nuits complètes très courtes au début du mois et, pour le N. de la France à partir de la latitude de Paris, des nuits crépusculaires du 12 au-30. — LUNE : Phases : P. Q. le 6 à 16*6“, P. L. le 14 à 18*42“, D. Q. le 22 à 13*12“, N. L. le 29, à 4h6m ; apogée le 12 à 22*, périgée le 28 à 0*. Eclipses : Totale de Lune (gr. : 1,404, le diam. de la Lune étant 1) le 14 ; la totalité ayant lieu de 17*53“ à 19*25“, et la Lune se levant à Paris à 19*55“, elle ne sera vue alors que partiellement éclipsée sortant de l’ombre à 20*34“ et de la pénombre à 21*45“. Le 29 Éclipse partielle de Soleil, visible seulement dans les régions arctiques. Occultation : le 13, de |3 Scorpion (2“,9) (beau phénomène, cette étoile étant double) im., p. : Paris. : 0*53“,0, p. Lyon : 0*57“,9, p. Toulouse : 1*0“,7, p. Strasbourg : 0*53“,2. Principales conjonctions : avec Vénus le 2, 0*, à . 0°10' N. et avec Saturne, 18*, à 2°39' N. ; avec Mars le 4,' 19*, à 3°20' N. ; avec Jupiter, le 9, 3*, à 3°40' N. ; avec Mercure, le 30, 23*, à 2°53' N. — PLANÈTES : Mercure, difficilement
- visible le soir (bas sur l’horizon, dans Je crépuscule) les derniers jours du mois, diam. 7",2. Vénus visible le soir, se couchant 2* environ après le Soleil, diam. augm. de 12”,2 à 13",9. Mars dans le Lion visible^ seulement au début de la nuit, diàm. dim. de 5",5 à 4",8. Jupiter, dans la Vierge, visible première moitié de la nuit, est stationnaire le 14, diam. dim. de 39" à 35",5. Saturne pratiquement inobservable, se perdant dans le crépuscule. Uranus invisible, en conj. avec le Soleil le 9. Neptune visible première moitié de la nuit, en quad. E. avec le Soleil le 27. Principales conjonctions : Vénus avec 10 Gémeaux (6“,5) le 4, 8*, à 0,9' N. ; Vénus avec Saturne, le 12, 13*, à 1°42' N. ; Vénus avec ri Cancer (5“5) le 22, 1*, à 0°21' S. ; Mercure avec Saturne le 24, 1*, à 1*29' N. — ÉTOILES VARIABLES : Minimum d'Algol le 21 à 0*17“ ; maxima de y Cygne le 4 et de R Cassiopée le 22. — ÉTOILE POLAIRE : Passage inférieur au méridien de Paris : le 10 à 20*21“,47®, le 20 à 19*42“,40s, le 30 à 19*3“,33s ; passage supérieur le 30 à 7*5“,30s.
- L. Rudaux.
- (Heures données en temps universel, tenir compte des'modifications introduites par l’heure en usage). -
- LES LIVRES NOUVEAUX
- Précis de mycologie, par M. LANGERON.
- 1 vol. in-8, 675 p., 393 fig. Masson et Cie,
- Paris, 1945.
- Les champignons, en y comptant les levures et les moisissures, ont provoqué récemment bien des recherches qui ont révélé leurs modes de vie et leurs affinités et qui ont récemment abouti à une floraison d’utilisations industrielles et thérapeutiques. Un champignon n’est pas essentiellement un pied surmonté d’un chapeau ; c’est un protiste, une masse protoplasmique nucléée qui se déplace dans le sens centrifuge et se transforme presque tout entière en spores propagatrices et reproductrices. Leur étude apparaît dif-
- ficile à cause de leur polymorphisme et leur connaissance a été beaucoup moins, poussée que celle des autres protistes, si bien qu’on saura gré à Fauteur d’avoir si bien étudié, connu et exposé l’ensemble de leur biologie. En plus, on trouve dans ce précis les techniques actuelles de recherche et une mise au point critiqué des espèces pathogènes pour l’homme.
- Problèmes d’hérédité, par Jules CaRLES.
- 1 vol. in-8°, 258 p., 37 fig. Beauchesne,
- Paris, 1945.
- Excellent exposé de la question si importante, si complexe et si obscure. L’auteur rappelle les grandes théories de l’hé-
- rédité et leur évolution depuis Mandel : lois des croisements, rôle des chromosomes, effets des gênes. Cette génétique provoque le brassage des générations et conditionne la continuité de l’espèce et sa diversification, en même temps qu’elle explique les résultats de l’hybridation, des mariages consanguins, l’influence des parents, de la race et leurs conséquences sociales. Entre les théories de l’évolution et celles du fixisme, mal posées et insuffisantes, les nouveaux faits acquis montrent d’autres voies, basées aujourd’hui sur de nombreuses expériences qui conduisent à un eugénisme bien entendu et à une conception sage de la personnalité et de l’éducation.
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- I
- COURS ET CONFERENCES A
- JEUDI 1S MAI : Maison de la Chimie :
- 18 h. M. Drisch : « Eludes récentes sur la constitution de. la cellulose en. rappçrt avec les propriétés des textiles artificiels »! — Société des Ingénieurs de l’Automobile (5, av..de Friedland) : 17 h! M. X...' : « Questions d’organisation dans1 les usines ».
- - VENDREDI 17 MAI. Maison de la Chimie : 18 h. M. Morei,' : « Les superpolyamides : Le Nylon .— Société des Ingénieurs de
- l’Automobile (5, av. de Friedland) : 17 h. GommA Portes : « Procédés de mesure de la détonation et interprétation de leurs résultats » M. 'Trompier : •« Une explication ’ nouvelle du phénomène de détonation ». •
- SAMEDI 18 MAI. Palais de la Découverte : 15 h. M. Wurmser : « Aspect nouveau de la biologie physico-chimique ». — Institut de Paléontologie humaine (1, due R. Pan-hard) : 17 h! M. Vallois : « Le berceau de l’Humanité » (cartes d’invitation obtenues en écrivant, à l’Institut de Paléontologie). — Société des amis du Muséum (57, rue Cuvier), grand amphithéâtre : 17 h. M. Yves Le Grand : « L’énergie atomique » (carte 1946 de membre de la Société exigée).
- DIMANCHE 19 MAI. Musée d’Hygiène
- (31, rue de Sévigné) : 15 h. Dr Georges Petit : « Les malades imaginaires ».
- LUNDI 20 MAI. Journées « Science et Technique » (2, rue de Presbourg) : 20 h. 30. M. Mathieu : « Ordre et désordre dans les métaux et les alliages ». — Maison de la Chimie : 18 h. M. Bricard : « L’industrie des engrais azotés : son évolution et ses perspectives d’avenir ». — Observatoire de la Société astronomique de France : 20 h. 30. M. Jean R. Chauvet : « Théories modernes de l’Univers en expansion ».
- MARDI 21 MAI. Maison de la Chimie :
- 18 h. M. Courtois : « Emplois analytiques de l’acide périodique dans la préparation et l’essai des médicamenst ». — Institut technique du Bâtiment (salle des conférences da Musée de l’Homme, Palais de Chaillot) : 17 h. 30. M. Ca-oroT « Les .surfaces à double courbure, leur
- utilisation pour les couvertures et les réservoirs ».
- MERCREDI 22 MAI. Maison de la Chimie : 18 h. M. Virion : « Sur les aldéhydes odorants ». — Institut français du Caoutchouc : 18 h. 30. M. F. Ciievassus : « Propriétés, mise en œuvre et utilisation des nouveaux caoutchoucs artificiels ».
- VENDREDI 24 MAI. Maison de la Chimie : 18 h. M. Mingat : « Les applications pratiques des. superpolyamides ».
- SAMEDI 25 MAI. Palais de la Découverte : 15 h. M. G. Bertrand : « La Télé-toxië »! — Institut de Paléontologie humaine (1, rue René Panhard) : i7 h. M. R. Lantier : « De la chasse à l’agriculture et à l’élevage ». (carte obtenue en écrivant à l’Institut de Paléontologie). — Société des amis du Muséum (57, rue Cuvier), grand amphithéâtre : 17 h. M. Furon : « A travers l’Iran (Perse et Afga-nistan » (carte 1946 de membre de la Société exigée).
- DIMANCHE 26 MAI. Musée d’Hygiène
- (31, rue de Sévigné) : 15 h. M. Daudé-Bancel :
- « L’évolution de la sépulture ».
- LUNDI 27 MAI. Journées « Science et Technique » (2, rue de Presbourg) : 20 h. 30. M. J. Trillat : « La diffraction des électrons et ses app’ications ». •— Maison de la Chimie : 18 h. M. Carbonel : « L’industrie des engrais phosphatés : son évolution et ses perspectives d’avenir ».
- MARDI 28 MAI. Maison de la Chimie :
- 18 h. Dr M. Perrault : « Les nouveaux antihistaminiques ». •— Institut technique du Bâtiment (salle des conférences du Musée de l’Homme, Palais de Chaillot) : 17 h. 30.
- M. Chambaud : « Contribution à l’étude des lois de la résistance des liants hydrauliques, mortiers et bétons ».
- MERCREDI 29 MAI. Maison de la Chimie : 18 h. M. B. Angla : « Etat actuel de la production des huiles essentielles en Afrique du Nord ». — Société mathématique de
- PETITES ANNONCES
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- PARIS
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- JEUDI 30 MAI. Palais de la Découverte :
- 17 ' li. Dr B.' Chain (Prix Nobel) : Conférence (en français) sur. la pénicilline. — Société, astronomique de France (salle Pleyel) : 20 h. 30: M. P. CounEnc : « De 1 (étoile.à la bombe atomique » (Participation aux frais : 30 fr.).
- VENDREDI 31 MAI. Maison de la Chimie : 18 h. M. Clément : « Pellicules cellulosiques. Leurs applications. Pellicules d’emballage en. général ».
- SAMEDI 1er JUIN. Palais de la Découverte : 15 h. M. Dujamuc de la Rivière : « La grippe, maladie ancienne et toujours d’actualité ». — Société des amis du Muséum (57, rue Cuvier) .: 15 h. 30 : Visite des collections de minéralogie (rassemblement devant le secrétariat, grand amphithéâtre) (carte 1946 de membre de la Société exigée).
- DIMANCHE .2 JUIN. Musée d’Hygiène
- (31, rue de Sévigné) : 15 h, M. Tivet : « Comment réorganiser la protection contre le bruit après la guerre ». '
- Foire de Paris. ~ .
- La Foire de Paris "se tiendra â la porte de Versailles, du 25 mai du 10 juin 1946.
- ERRATA
- Dans les articles de M. Jean Bourgeois relatifs à. la météorologie, il convient de rectifier les données suivantes :
- N° 3107 du 1" mars 1946, p. 79, dernier alinéa : Le mois de mai 1945, par sa température moyenne de 16°01 et non 16 “1, se classe au' 2e rang...
- N” 3110 du 15 avril 1946, p. 126, avant-dernier alinéa : La couche de neige et de verglas de février 1942 ne fond que le 4 mars 1942, et non le 14 mars 1942.
- P. 127, dernier alinéa : La chute de neige du 9 mars 1935 atteignait au plus, 8 cm en certains points de la banlieue, et non 1 cm.
- LA NATURE
- paraît le Ier et le 15 de chaque mois ABONNEMENTS
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- !e TRIMESTRE ig46, N° 288.
- — 5-1946.
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- SOMMAIRE
- Les mines sous-marines, par R. LEPRETRE.
- L’art rupestre nord-africain (II), par R. VAUFREY. A propos des pommes de terre, par V. FORBIN L’imnt&fûËSer»P'CJÇ. F- de LABORDER1E.
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- L’amélioration des fibres textiles, par L. PERRUCHE . . . 173
- La photosynthèse, par H. GOTTINIAUX..................... 174
- Les livres nouveaux..................................... 175
- Cours et Conférences.................................... I 76
- NDRÉ TROLLER (1882-1946
- Rédacteur en chef de " LA NATURE
- U
- .iÜ
- La Aatuue \ienl di' perdre son plus précieux collaborateur, celui qui la menait depuis 4o ans dans toutes les voie* des sciences et des techniques et grâce à qui aucune des découvertes et des inventions si nombreuses en celle époque n’échappa à nos lecteurs.
- André T koi.ee K était né à Sedan le y8 février i88n. Après de bonnes éludes au lycée, de celte ville, puis à celui de Bar-le-Duc et au lycée Henri IV à Paris, il en Ira à l’Kcole Polytechnique en iqoa et en sortit, sous-lieulenanl dans l'arme du génie. Quelques années plus tard, sa \ ie se dessina. 11 cuira en rapports avec Maurice Leblanc, h; prestigieux inventeur, plus riche d’anlieipalions qu’aucun romancier, qui avait tellement bouleversé le domaine naissant des utilisations de l’électricité (pie Westinghouse, grand industriel et inventeur lui-même, avait acquis tous ses brevets. Tkoleer devint le second de Leblanc en même, temps que chef du service des brevets de la société Leblanc-Westinghouse.
- D'autre part, il avait connu Martel, le créateur de la spéléologie, qui dirigeait alors La Mature avec son beau-frère Louis de Launay, prolcs-seur à l’Kcole des Mines. Tkoeeek accompagna Martel dans quelques expéditions et entra à La Mature en taire de la rédaction.
- Il lit la guerre de 19ij-1918, lieutenant, puis capitaine et en revint décoré de la Légion (l’Honneur et de la croix de guerre avec, sept citations soulignant son courage, son sang-froid cl sa compétence, notamment pendant la bataille de Verdun.
- M. André Troller.
- 1907 comme sccré- tous ceux qui l’ont
- A son retour, il succéda à de Launay comme rédacteur en chef de La. Nature et donna à la revue une vive impulsion. Sa culture solide et étendue, ses relations industrielles aussi bien que son bon sens et sa curiosité lui lirent reconnaître sans erreur toutes les créations de la technique, tous les bouleversements de la science, et c’est, ainsi qu’une équipe de collaborateurs choisis par lui exposa dès leur apparition les nouvelles conceptions de la physique et de la chimie physique, les progrès énormes de la mécanique, de l’aviation, de la T. S. F., de la chimie organique qui ont abouti au monde actuel. Souvent il tenait lui-même la plume et nos lecteurs retrouveront dans la collection de La Mature les articles si clairs et si précis qu’il écrivit.
- La guerre de 1909 le trouva lieutenant-colonel de réserve et officier de la Légion d'Honneur. Il la lit, durement, courageusement. malgré son étal, de santé et la termina en organisant la défense de Paris sur l’Oise, de Oonllans à Senlis, qui lui valut une nouvelle citation fort élogieuse à l'ordre de l’Armée.
- Déjà sa santé déclinait. Son mal s’aggrava durant l’occupation et devint récemment sans remède. 11 est mort le. 80 avril dernier, laissant, à connu le souvenir d’une belle figure, d’un grand caractère sur et droit, d’une intelligence remarquable et profonde, d’un patriotisme ardent.
- A sa femme, à ses enfants, à son frère, l’ancien maire de Sedan, à tous les siens, La Nature, scs collaborateurs, ses lecteurs, ses amis, qui ne l’oublieront pas, présentent leurs plus vives condoléances. R. Legexdke.
- N° 3113 Ier Juin 1946
- Le Numéro 15 francs
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- LES MINES SOUS-MARINES
- Pendant la deuxième guerre mondiale, les deux camps adverses ont rivalisé d’ingéniosité dans la course aux inventions, que les Allemands ont déclanchée les premiers en 1939 par l’entrée en scène de la mine magnétique, première arme nouvelle de cette guerre.
- Le dragage des mines sous-marines, seule parade efficace con-
- explosifs flottant à la surface ou entre deux eaux ou reposant sur le fond.
- La commande de mise de feu ne se fait d’ailleurs plus à distance, mais est automatiquement déclenchée par le passage des bateaux soit à leur contact, soit à distance, par influence ainsi que nous le verrons plus loin.
- Fg. 1. — Le croiseur mouilleur de mines « Pluton ».
- (Photo Marius Bah).
- tre ces engins, a lui aussi fait des progrès presque aussi rapides que ceux réalisés par les inventeurs de mécanismes de mines. Nous en parlerons dans un troisième article.
- Dans celui-ci et le suivant, nous allons montrer à quel point de haut perfectionnement est arrivée la mine sous-marine, arme tant redoutée des navigateurs non seulement pendant les guerres, mais encore plusieurs années après celles-ci (1).
- Le mouillage des mines.
- L’ancêtre de la mine sous-marine est la torpille dormante. C’est ainsi qu’on appelait au dix-neuvième siècle un engin explosif mouillé en mer et dont la mise de feu était commandée à distance de terre.
- Le mot torpille est actuellement réservé à des engins explosifs automobiles et le mot mine sous-marine, désigne des engins
- 1. Comme nous le verrons dans l’article sur le dragage, les opérations de déblaiement des côtes nécessitent plusieurs années de travail ininterrompu.
- Comme le but d’une mine sous-marine est de couler les bateaux de l'adversaire, elle, est donc généralement mouillée dans ses eaux, c’est-à-dire près de son littoral. Cependant, quand il y a risque de débarquement de l’adversaire, les mines sont mouillées sur le littoral présumé vulnérable.
- Les Allemands, par exemple, ont été amenés à mouiller en grande partie les deux espèces de mines, mines offensives sur les bancs de la Mer du Nord, près des côtes anglaises, mines^ défensives sur presque tout le littoral européen.
- On s’est adressé jusqu’à présent à de nombreux types de bâtiments pour mouiller les mines sous-marines.
- Avant 19x4, les mouilleurs de surface étaient de vieux bâtiments transformés. Pendant la guerre de 1914-1918, un grand nombre de bâtiments de guerre et de commerce furent aménagés en mouilleurs de mines. Les ferry-boats en raison de leur faible tirant d’eau et de leur bonne tenue à la mer avec des hauts chargés se prêtèrent particulièrement à cet emploi. Mais on s’aperçut vite que les qualités essentielles des mouilleurs de mines devaient être leur rapidité et leur capacité, afin
- Fig. 2.
- Le sous-marin mouilleur de mines « Rubis ».
- (Photo Marius Bah).
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- Mines à cornes chimiques allemandes.
- d’agir vite et par surprise; aussi les Allemands se servirent-ils de leurs croiseurs légers et les Anglais de leurs destroyers. En France, on construisit des navires spéciaux, tels que le croiseur mouilleur de mines de 4 800 t « Pluton » qui pouvait filer 3o nœuds (1). Le croiseur « Émile Bertin » (37 nœuds), les contre-torpilleurs de la série du « Terrible » (2) (45 nœuds), et quelques autres contre-torpilleurs (3) et avisos (4) représentaient aussi d’excellents types offensifs de grands mouilleurs de mines.
- On disposait également en France de bâtiments plus lents, mais de plus forte capacité, se prêtant surtout aux mouillages de défense côtière, comme les « Castor » et « Pollux » qui portaient de 3oo à 4oo mines.
- Des vedettes rapides firent dernièrement dans divers pays comme en Italie, des opérations de mouillages de mines offensifs (au maximum 10 mines embarquées à bord de chaque vedette).
- Enfin, le mouillage de mines offensives par sous-marins et par avions a pris une grande ampleur. Les qualités offertes par chacun de ces moyens de mouillage ne sont pas les mêmes.
- 1. Ce bâtiment sauta alors qu’il était à quai à Casablanca en septembre 1939.
- 2. Terrible, Fantasque, Triomphant, Malin, Indomptable, Mogador, Vol ta, ces trois derniers détruits aujourd’hui.
- 3. Milan, Épervier, Tartu, Chevalier, Paul, Cassard, Vauquelin, Kersaint, tous détruits aujourd’hui sauf l’Épertder.
- 4. Bougainville, d’Iberville, Amiral Charner, d’Entrecasteaux, Dumont
- d’Urville, La Grandière, 'es trois premiers détruits aujourd’hui.
- Alors que l’avion se signale par la rapidité de l’exécution de son mouillage et par sa grande liberté d’aller un peu partout où il veut, le sous-marin possède des qualités d’invisibilité et de discrétion incomparables.
- Il n’est pas étonnant que ce fussent les Allemands, grands spécialistes sous-mariniers qui procédèrent en 1910 à des essais de mouillage de mines par sous-marins, et qui en 1915 sortirent une série de petits sous-marins mouilleurs de mines. Ils ne continuèrent d’ailleurs pas dans cette voie.
- Les Alliés furent assez longs à démarrer, mais la France sortit vers ig32 la série des pierres précieuses comme le « Rubis » (5), le « Saphir », la « Turquoise », etc. Ce sont des sous-marins de G70 t filant 12 nœuds en surface, 9 nœuds en plongée, ayant 8 000 milles comme rayon d’action à 8 nœuds, et pouvant transporter 32 mines de 1 000 kg.
- Les Anglais mirent en service à peu près à la même époque des sous-marins mouilleurs de mines de 1 800 à 2 000 t, pouvant embarquer 120 mines.
- Quant aux avions mouilleurs de mines sous-marines, ils firent leur entrée en scène, concurremment avec la mine magnétique. C’est en novembre 1989 que les Allemands utilisèrent des hydravions pour lancer à très basse altitude (6) des mines magnétiques suspendues à des parachutes à déploiement instantané, ceci afin d’amortir le choc au contact de la surface de la mer qui pourrait abîmer le mécanisme délicat de mise de feu.
- Les atterrages choisis par les Allemands étaient très propices 5 ce genre d’offensive : l’estuaire de la Tamise et les bancs de la Mer du Nord où la navigation était intense ne peut se faire que dans des chenaux balisés et où par conséquent, les mines lâchées avaient toutes chances de couler des bateaux. Les avions eurent même la possibilité d’aller mouiller des mines là où le sous-marin ne peut aller, jusque dans les ports, entre les musoirs des jetées, etc. C’est ce que firent rapidement les Anglais qui allèrent pratiquer la même tactique dans des endroits presque aussi favorables en Baltique, mer à petits fonds, dans le Sund, le grand et le petit Belt. A Mers-el-Kébir, ils mouillèrent des mines magnétiques par avion à l’entrée du port, rendant ainsi la sortie de notre escadre périlleuse. Pendant la dernière année de l’occupation, ils mouillèrent plus de 20 000 mines à influence sur toutes nos côte3, dans les estuaires de la Loire, de la Gironde, etc., dans une proportion de 20 pour 100 lancées par avion.
- 5. Le « Rubis » a joué un rôle particulièrement actif au cours de la dernière guerre. Se rangeant dès juin 1940 au côté des Alliés, il accomplit jusqu’à la fin des hostilités, sur les côtes de France, des mouillages de mines qui, d’après les autorités britanniques, ont causé la perte d’une quarantaine de navires de l’Axe.
- 6. Afin d’avoir plus de précision.
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- Quant à l’histoire de la guerre des- mines sous-marines, elle débute pratiquement en 1904-1905 pendant les hostilités russo-japonaises. C’est en effet dans les parages de la place forte de Port Arthur que les mines sous-marines firent leur première grande apparition, en coulant nombre de bâtiments tant japonais que russes, à la grande surprise des deux camps d’ailleurs.
- Pendant la première guerre mondiale, l’action des mines se manifesta encore plus meurtrière et sur une plus grande échelle. C’est ainsi qu’on évalue à plus de 200 000 le nombre des mines mouillées par les deux adversaires, et à près de 600 le nombre de navires de commerce alliés ou neutres coulés par des mines, soit un total de plus d’un million de tonnes.
- Les perles des marines militaires furent énormes également. Cependant, les mines sous-marines ne firent pas de progrès sensationnels sur le plan des inventions nouvelles, ce qui permit au dragage qui se perfectionnait, de diminuer considérablement le chiffre: mensuel des pertes de bâtiments dues aux mines dans les dernières années de la première guerre mondiale.
- Il fallut attendre, ainsi que nous l’avons déjà dit, la deuxième guerre mondiale pour voir apparaître une autre espèce de mine que la mine explosant au contact des bateaux, à savoir la mine à influence dont la mine magnétique est un spécimen, et qui a été amenée à un degré de perfection tel qu’elle a causé la perle d’un tonnage considérable dont on n’a pas encore publié le chiffre.
- DEUX GRANDES CATÉGORIES DE MINES
- On peut classer les mines actuelles en deux grandes catégories : d’une part les mines à contact, d’autre part, les mines à influence.
- Les mines à contact.
- Ce sont des mines qui explosent lorsqu’un bateau établit un contact matériel avec une partie appropriée de la mine. Les plus connues parce que les plus répandues sont les inities à, chocs.
- La mise de feu des mines à chocs est généralement provoquée par le heurt des bâtiments contre des cornes qui font saillie sur la mine de forme sphérique. Ce heurt établit un contact électrique qui provoque la mise de feu sur la description de laquelle nous ne nous attarderons pas, car elle est semblable aux mises de feu des autres armes (éloupille électrique par exemple) ; les cornes peuvent être de nature chimique (le contact électrique est obtenu par déversement d’une solution de bichromate de potasse dans une pile branchée sur le circuit de mise de feu) ou de nature électrique (la corne établit elle-même un
- Figr. 4. — Mines à cornes électriques françaises.
- contact). Les cornes chimiques ont la forme d’un doigt rond (fig. 3), tandis que les cornes électriques sont pointues (fig. 4). Comme il doit y avoir contact brutal de la mine avec un
- Mouilleur
- Figr. 5. — Mouillage de mines par le procédé par plomb de sonde.
- Un plomb est suspendu au crapaud par une ligne de longueur égale à l’immersion désirée. Quand le plomb touche le fond, il immobilise le treuil de déroulement de l’orin, et la mine qui était en surface (position 3) est amenée à l’immersion désirée I.
- bateau, il est nécessaire que la mine proprement dite flotte. Elle est donc rendue flottante. On appelle flotteur la mine proprement dite, généralement de forme sphérique et qui renferme la charge et le mécanisme - de-mise de feu.-Mais, comme elle ne doit pas être visible à la surface de la mer, et qu’elle ne doit pas dériver, elle est mouillée, c’est-à-dire retenue à un crapaud par un orin (câble métallique souple), de façon que son immersion soit convenable pour heurter la coque des bateaux. Signalons à ce sujet qu’il existe deux catégories de procédés de mouillage de mines à orin : d’une part, un procédé automatique (mines automatiques) avec lequel l’immersion est obtenue sans avoir à connaître exactement le fond (fig. 5), d’autre part, un procédé plus rudimentaire sans réglage automatique. Le crapaud qui sert à ancrer la ruine a souvent la forme d’une caisse, qui s’enfonce dans le fond généralement choisi vaseux (embouchure de fleuves, proximité de rades, de ports, etc.). Son poids est d’environ 5oo kg.
- Nous ne ferons que signaler l’existence d’une grande quantité d’autres mines à contact : mines à filet et mines dérivantes qui sont encore des mines à chocs, mines à antennes flottantes (lorsque l’antenne touche la coque en acier d’un bateau, il y a, à travers l’eau de mer, la mine et le fil d’antenne en cuivre passage d’un courant électrique par effet de pile), mines à traction utilisées par les Allemands sur les côtes de France contre le débarquement, mines ventouses, etc....
- Nous voyons donc que les mines à contact., les seules utilisées avant 1909 étaient déjà des engins redoutables et de conceptions variées. Nous allons voir cependant, que dans le domaine des mines à influence nées pendant la dernière guerre, l’esprit inventif de l’homme a poussé la complexité de ces engins jusqu’à des limites telles que la mine ordinaire à contact apparaît actuellement comme une arme dépassée par le progrès.
- (à suivre).
- Robert Leprêtre, Ingénieur de la Marine.
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- Peinture du Tassili des Adjer (Ido), représentant une chasse au Mouflon par des hommes vêtus d’une tunique serrée à la taille.
- L’un d’eux tient un javelot dont la pointe à barbelures, par ses dimensions, paraît métallique, mais qui n’est peut-être qu’une armature en silex, magnifiée dans un but magique, ou simplement narratif. A. droite, deux Chiens au galop volant, attitude naturelle à la course de
- ces animaux (d’après Frobenius ; largeur visible : 0 m 80).
- L'ART RUPESTRE NORD-AFRICAIN
- II. — Sahara.
- Au Sud de l’Atlas saharien, c’est Je grand désert, le plus grand et Je plus complètement désertique du globe, immense région presque toute entière formée de vastes bassins fermés, répartis autour des massifs centraux du Hoggar (a 910 m), de l’Adrar des lforas, de l’Aïr (1 800 m) et du Tibesti (3 190 m.), tous constitués d’un socle de roches cristallines parfois percées de venues volcaniques, et entourés d’auréoles sédimenlaires. Là encore, les artistes préhistoriques ont exécuté leurs œuvres sur des grès, ceux des plateaux gréseux qui composent ces auréoles, tassilis périphériques du Hoggar (Adjer, Tadrart, Ahnel), grès redressés du Tibesti et des pentes septentrionales du minuscule massif cristallin d’Ouénat (1 855 m), ceux où sont sculptées les falaises qui sont un des traits de la morphologie saharienne, sur le bord libre de ses assises gréseuses plus ou moins horizontales (Tagant, Adrar mauritanien, à l’Ouest; Amsak Saltafet du Fezzan, Gilf Kébir du désert libyque à l’Est). Il y a aussi des gravures dans la partie gréseuse des bailleurs granitiques et schisteuses qui séparent la vallée du Nil de la Mer Rouge. Quelquefois cependant les parties polies des roches cristallines ont été utilisées : granités du massif de Tefedest (Hoggar) (2 355 m.) et du djebel Ouénat (1 855 m) ou rhyolilhes du Tibesti, par exemple.
- Ne pouvant donner ici la liste de tous les sites rupestres connus, nous nous bornerons à citer les principaux, soit par la beauté soit par l’intérêt des figures ou des scènes représentées. Au Nord-Est du Hoggar, dans la vallée de l’oued Djerat (Tas-
- 1. Voir La Nature, n" 3112 du 15 mai 1946.
- sili des Adjer), les mares recélaient encore récemment des Crocodiles, reliques de la faune que nous font connaître les gravures : Hippopotames, Buffles antiques, Rhinocéros, Antilopes et Gazelles, et peut-être l’Okapi, « fossile vivant » aujourd’hui confiné à la forêt équatoriale (découvertes Rrenans, Revgasse, Perret). Près de Djanet, des Bovidés d’un style el d’une technique élaborée assez particuliers, où les veux et le mufle sont représentés par des trous profonds, peut-être des cupules naturelles aménagées, ont été photographiés par Brenans.
- La principale scène du. panneau gravé, découvert par F. de Chasseloup-Laubat dans le massif de Tefedest, vers 1 3oo m d’altitude (haut Mer tou-tek) nous montre des Éléphants d’assez bonne facture dont des Hommes semblent s’efforcer d’entraver la marche. Des œuvres rupestres de VAh.net et de celles de l’Adrar Mauritanien, quelque 1 5oo km à l’Ouest des premières, nous ne possédons que les croquis de Th. Monod. Elles sont, dans leur ensemble, d’un style décadent et, bien que l’on y voie encore de grands Mammifères sauvages, Éléphants et Girafes, la faune en est surtout composée de Bovidés domestiques. Par contre, dans l’Adrar des lforas, le maréchal des logis Mercadier a photographié une Antilope d’un meilleur style, précédée d’un Félin.
- L’Amsak-Sattafet sépare les deux bassins fermés, septentrional (Edeyen) et méridional du Fezzan. Au Nord s’élevait Garama (Djerma), capitale des Garamantes dont les auteurs latins nous ont décrit les bœufs, les chars et les émeraudes. Frobenius y a relevé les plus parfaites des œuvres d’art rupestres du Nord de l’Afrique. Quelques-unes, comme l’Éléphant d’In-Habeter, vu de face, les oreilles déployées, sont remarquables par la précision des détails, et la force de l’expression. D’autres, comme
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- le Lion accroupi se recommandent par le naturel parfaitement observé de l’attitude. Elles comprennent plusieurs scènes curieuses où l’on voit des hommes masqués de têtes d’animaux, surmontées de larges oreilles ou de cornes, les uns courant, les autres brandissant des objets mal définis, debout derrière un Buffle, tenant par la patte un Rhinocéros renversé ou, assis, soulevant une Antilope par le cou. Des Girafes et des Autruches, un Crocodile, un troupeau de Bœufs (Tal Issarhen) où l’artiste s’est essayé à un premier effort de perspective. Tels personnages à sexe démesuré, et coiffés d’un bonnet conique comme celui d’El Ilarhara (cité parmi les figures du Maghreb), ne sont pas sans ressemblances avec le dieu égyptien Bès.
- D’autres gravures ont été signalées plus à l’Est par Graziosi ainsi qu’en Tripolitaine, notamment un Bovidé à sphéroïde, de belles Autruches figurées en grandeur naturelle; d’autres, dans le massif méridional, encore géographiquement mal connu du djebel Bou Ekema, où l’on remarque surtout d’étranges petits personnages, danseurs masqués ou êtres mythiques plus ou moins démoniaques.
- Au Tibesti, Dalloni a reconnu plusieurs centres de gravures rupestres qui se rapprochent par le style de celles de l’Adrar mauritanien. Le prince Kemal el Dine a attiré l’attention sur celles du djebel Ouénat, au point de rencontre des frontières égyptienne, libyenne et soudanaise, où les animaux représentés ont les membres exagérément longs et effilés, artifice de style dont on trouve aussi des exemples dans l’art sud-oranais et dans l’Adrar Mauritanien. Ce ne sont donc pas parmi les plus ancien-
- nes. Une scène gravée d' Abou-Ballas, au Nord-Est du plateau du Gilf Kébir semble se ressentir de l’approche de l’Égypte. Plus près encore de ce pays, dans la dépression de Dakhla, II. Winkler a photographié de curieuses figures féminines schématiques, considérées comme représentant des statuettes de femmes enceintes, quelquefois revêtues d’une longue robe, mais qui semblent plutôt témoigner d’une stéatomérie réelle ou idéale. Elles évoquent la fameuse statuette de Tin-IIinan, que Gautier a datée approximativement du iv® siècle de notre ère. Par contre, sur le rebord même du plateau calcaire qui limite à l’Ouest la vallée au Nil (Hosh) et sous la même latitude, celle de la boucle du fleuve à Keneh, II. Winkler a fait connaître une scène qui se rapproche par le style des belles gravures de l’Afrique du Nord française et du Fezzan, malgré la petite dimension des sujets : Éléphant, Rhinocéros, Antilopes, une Gazelle, à la queue leu leu et, au-dessous, une Autruche en pleine course à laquelle un chasseur décoche une flèche à tranchant transversal.
- D’autres gravures des hauteurs du désert arabique, à l’Est du Nil, sont d’un style plus directement d’inspiration prédynastique. Les mêmes espèces sauvages y figurent, des Bœufs, des Crocodiles. Des hommes tirent des bateaux de la forme prédynastique en faucille, pourvus d’une cabine et de mâts totémiques. Le chef des hâleurs porte sur la tête une haute coiffure qui ressemble à la couronne blanche des rois prédynastiques du Sud, munie de son uræus. Il tient à la main la houlette coudée qui faisait partie des insignes royaux et dont on retrouve l’image sur les roches gravées et peintes nord-africaines.
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- On a signalé depuis longtemps dans le Maghreb, et surtout dans le Sahara, des peintures rupestres dont le nombre est à la vérité bien moindre que celui des gravures, la répartition plus disjointe, parce qu’elles n’ont pas aussi bien résisté aux injures du temps. Les plus remarquables sont concentrées dans le Tassili des Adjcr (Reygasse, Perret) et le Tadrart (Durand, Lavauden et Breuil), dans le massif de Tefedest (haut Mertoutek), vers i 900 et 2 000 m (Chasseloup-Laubat), le Tibesti (inédits du lieutenant d’Alverny), l’Ennedi (Saint-Floris et Pas-semard), le Djebel Ouénat (Caporaccio et Graziosi, Winkler) et le Gilf Kébir (Almasy, Winkler). Elles nous décrivent, dans le Tassili des Adjer, des hommes nus ou vêtus d’une tunique serrée à la taille, la tête ornée de plumes, quelquefois masqués. Accompagnés de leurs chiens et armés de l’arc, ils chassent les Antilopes ou le Mouflon, parfois même l’Autruche, en menant paître leurs troupeaux. D’autres, conduits par un personnage ou un démon masqués, la tête étrangement écrasée .latéralement, tiennent à la main des bâtons qui sont peut-être des boomerangs. L’un d’entre eux saisit la houlette coudée des bergers égyptiens, un autre est assis sur un tabouret de type soudanais. Les femmes sont vêtues de jupes cloches, d’autres, accroupies, sont nues et semblent participer à une danse conduite par un Carnivore, peut-être un Chacal. Enfin, certains personnages sont montés sur des chars attelés de deux chevaux lancés au galop volant, d’autres attelages, moins stylisés, conduits par des hommes au bouclier rond, représentent probablement un stade un peu plus tardif de cet art.
- Le style des œuvres polychromes du massif de Tefedest est assez différent, plus serein : il se peut qu’elles soient plus anciennes. Un troupeau de Bœufs rappelle le troupeau gravé
- Fig. 2. — Crocodile d’In-Habeter, suivi de son petit (Photo Frobenius ; largeur visible : 2 m 25). — 3. Lion accroupi gravé d’In-Habeter (Fezzan) dans une attitude d’un naturel plein de bonhomie (Photo Frobenius ; largeur visible : 1 m 30).
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- Fg. 5. — Peinture des Tassili des Adjer (Oued Djerat).
- Char de guerre attelé de deux Chevaux au galop volant et monté par des hommes armés du bouclier « dorien » rond qui était celui des mercenaires shardanes de l’armée égyptienne, à la On du deuxième millénaire (Photo Perret ; largeur visible : 0 m 26).
- du Fezzan (Tal Issarhen). Un autre troupeau est conduit par de gracieuses jeunes femmes nues, à J a coiffure élaborée, rappelant celle des femmes peules. Dans l’Ennecft, on retrouve les mêmes personnages dynamiques, de style boschiman, que dans le Tassili des Adjer. Une danse réunit des femmes nues aux hanches généreuses, aux jambes épaisses.
- Dans les abris granitiques du djebel Ouénat (Ain Doua), le calme des mœurs pastorales règne, symbolisé par des troupeaux de Bœufs polychromes, dont la robe pommelée, comme dans le Mertoutek, témoigne d’une longue domestication. Leurs gardiens, armés de l’arc, ont toujours le même style élire, la taille fine, les larges épaules. Les femmes ont, au contraire, des formes épaisses, comme dans les gravures décadentes du Sahara occidental.
- Elles sont parfois vêtues d’un pagne ou d’une courte jupe bouffante. Il y a peut-être une cabane où s’abritent deux personnages.
- III. — Conclusions.
- Pour dater le grand ensemble des gravures et peintures naturalistes nord-africaines, nous n’avons jusqu’à présent d’autre certitude que celle que nous tirons de l’association des microlithes néolithiques aux sites gravés sud-oranais, industrie d’une civilisation apparemment contemporaine du Néolithique et du Prédynastique égyptiens, si nous en jugeons par leurs éléments communs : microlithes divers, pierres à rainures (meules à grains d’enfilage en test d’œuf d’Autruche), harpons et hameçons en os, haches polies ou taillées, vases à fond conique, spirales, détails libyens -du costume, boomerang, disque d’Am-mon, etc., animaux domestiques enfin, parmi lesquels le Cheval (El ITadj Mimoun) nous fournit une date minimum : x 700 ans avant notre ère. La date maximum, c’est celle à laquelle les spécialistes s’accordent à faire commencer le Néolithique égyptien, vers B 000 ans avant notre ère.
- Le sens de la propagation de ces éléments communs ne saurait, à notre avis, faire de doute. Le Néolithique maughrébin
- Fig. 4. — Éléphants d’In-Habeter (Fezzan).
- L’un de profil (en bas et à droite), l’autre de face (en haut et à gauche), les oreilles déployées. — Remarquer la stylisation du cuir rugueux des Éléphants (Photo Frobenius ; largeur visible : 2 m 60).
- et saharien nous apparaît, en effet, comme formé d’éléments traditionnels, hérités des peuples capsiens qui vivaient de la chasse et de la cueillette, et d’innovations néolithiques vraisemblablement importées d’Égvpte, où se trouvaient réunies des conditions plus favorables au développement d’une agriculture primitive. La civilisation néolithique et ses dérivés prédynastiques y montrent une richesse et une diversité qui témoignent de sa vitalité. Au contraire, au Sahara et au Maghreb, le Néolithique nous frappe par son uniformité et par la présence simultanée d’éléments qui sont successifs en Égypte. Un semblable pêle-mêle se voit aujourd’hui chez les peuples sauvages en relations avec la civilisation européenne.
- A l’intérieur de cet ensemble culturel, il y a eu pourtant des variations dans le temps et dans l’espace, des faciès régionaux ou successifs, et cette évolution s’est aussi traduite dans 1 art rupestre. Nous avons déjà deux points fixes : la diffusion du Chameau en Afrique du Nord au ive siècle de notre ère — et voilà toutes les gravures libyco-berbères qualifiées comme plus récentes —, et celle du Cheval, introduit par les Ilyksos. Les oeuvres rupestres où se voient des chars attelés de Chevaux sont donc postérieures, et vraisemblablement aussi à la grande invasion des peuples de la mer en l’an 1200 avant J.-C. Les gravures naturalistes où sont représentés des Chevaux ne peuvent non plus être plus anciennes. Si nous considérons que ces gravures sont d’un style abâtardi, nous avons quelque motif de penser que l’évolution de l’art rupestre s’est faite dans le sens d’une décadence progressive et que les plus belles figures, par la pureté du trait, la vérité des attitudes, la vie qui les an:me, les beaux Buffles antiques du Sud-Oranais, les Éléphants et le Lion accroupi du Fezzan, l’Okapi — ou ce qu’on prend pour tel — du Tassili des Adjer, le tableautin de Ilosh en Égypte, sont aussi les plus anciennes. L’excellence de la technique, sinon celle du style, persiste dans des œuvres qui sont vraisemblablement d’époque dynastique (après 33oo), comme les Ovidés divinisés de Mouchegeug et les Beliers maughrebins au corps merveilleusement poli, dont la tête est surmontée d’un ornement sphérique rappelant le disque d’Ammon. Or ce n’est que sous la xvme dynastie (vers x58o) que disque et Bélier furent communément associés en Égypte.
- C’est peut-être vers la même époque que se constituèrent au Sahara ces troupeaux de Bœufs que les bas-reliefs et les inscrip-
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- dest. Les gravures de plus en plus schématiques du Tibesli, de l’Ahnet et de l’Adrar mauritanien semblent, dans leur ensemble, représenter un faciès local, excentrique, du même art, et qui s’est prolongé très tard.
- Parmi les choses que nous savons sur le mystérieux désert, il y a aussi celle-ci, que du iv° siècle de notre ère à la lin du xie, il y eut dans le Sahara occidental, avec l’Aoukcr pour centre et Ghana comme capitale, un empire de pasteurs et d'agriculteurs dont les princes auraient été des Blancs jusqu'au vin® siècle. Le géographe arabe, El Bekri, qui visita l’empire de Ghana pendant la seconde moitié du xe siècle, parle de champs vastes et prospères qui s’étendaient à l’Est de Ghana, dans l’Ouagadou semble-t-il, et les traditions, locales sont unanimes à attribuer le déclin du royaume et la dispersion des habitants, dont les Sarakollés et les Peuls sont les descendants diversement croisés, au dessèchement de la région, au cours du xu° siècle. C’est postérieurement à celte révolution du climat soudanais que se place
- Fig. 6. — Danseurs masqués ou démons du Djebel bou Ekema ( Fezzan méridional).
- Ces petits êtres gravés, parfois associés à des Girafes, évoquent les « diablotins » du bâton de commandement magdalénien de Teyjat (Dordogne), à tête' de Chamois, au corps hérissé de poils, aux jambes nues (d’après Graziosi : dimensions non spécifiées).
- lions égyptiennes dénombrent complaisamment dès la Ve dynastie, vers l’an a5oo, au moment où la faune sauvage, sous l’effet de la détérioration progressive du climat, se faisait plus rare, entraînant dans les civilisations néolithiques nord-africaines une substitution de jtlus en plus complète des mœurs pastorales à celles des peuples chasseurs. Dans leurs calmes scènes bucoliques, telle gravure de Tal Issarben, les peintures du massif de Tefe-dest nous en ont laissé les images. Entre ces peintures du meilleur style et celles où se voient des chars attelés, il y a place pour le grand ensemble des autres fresques sahariennes, celles d’Ain Doua par exemple, qui paraissent, apparentées à certaines gravures de l’Ouénat ou du massif de Tefe-
- sans cloute l’apogée, le grand berbère (y1).
- développement de l’art libyco-
- R. Vaufbey.
- Professeur à l’Institut de Paléontologie humaine.
- 1. Ces considérations seront développées dans la quatrième partie de « Préhistoire de l'Afrique » qui paraîtra prochainement dans les Archives de l'Institut de Paléontologie humaine, avec de très nombreuses illustrations (Masson et C% éditeurs).
- A propos des p
- Il est indubitable que la mauvaise récolte de tubercules de l’an dernier pèse sur nous comme un désastre quasi national, quoique maintes régions de l’Europe occidentale (l’Angleterre exceptée) payent au fléau un tribut aussi lourd que nous. Déjà, le doryphore (le Colorado beetle des Américains qui nous en avaient gratifiés), dont l’invasion coïncida presque avec celle des Allemands, avait détérioré nos cultures, mais, cette fois, avec la perfide maladie qui noircit les tubercules et les rend immangeables, le désastre a pris de redoutables proportions. Notre cas actuel évoque le drame qui dépeupla l’Irlande, il y a exactement cent ans : l’échec total de la récolte de la pomme de terre, frappée par cette même maladie, que les Anglais appellent blight (rouissure), engendra une famine qui causa la mort d’un million de personnes et provoqua l’émigration d’un autre million, sur un total de 8 millions d’âmes.
- Nul n’ignore que la pomme de terre est originaire des hauts plateaux des Andes où elle croît jusqu’à une altitude de l’ordre de 4 000 m ; elle y supporte des gelées nocturnes de — 8°. Bien des siècles avant la conquête espagnole, les populations de l’Amérique du Sud l’avaient acclimatée aux régions chaudes ; et ce furent des semences de ces variétés cultivées que les voyageurs du xvn® siècle introduisirent en Europe ; les tubercules s’y développèrent en volume, mais perdirent la résistance aux basses températures et aux maladies que possédait la plante ancestrale.
- Si l’on croisait cette dernière avec nos variétés européennes, obtiendrait-on une nouvelle race chez laquelle se perpétuerait cette faculté de résistance P Dès 190S, un savant anglais, le Dr R. N. Salaman, s’attelait au problème ; il réussit à obtenir ce croisement ; mais il manquait de fonds pour entreprendre des expériences sur une grande échelle et dut bientôt abandonner ses recherches. Vainement, il avait suggéré à son gouvernement de percevoir une taxe d’un penny par tonne de pommes de terre vendues, dont le produit aurait défrayé ses dépenses.
- ommes de terre
- Après l’Angleterre, la Russie.
- La tentative fut reprise en 1926 par un comité de savants russes qui, eux, recevaient un concours officiel. Plusieurs expéditions parcoururent les régions andéennes du Chili et du Pérou et en rapportèrent des spécimens de nombreuses espèces sauvages. Les travaux de laboratoire démontrèrent qu'elles ne possédaient pas toutes les mêmes qualités. Les unes résistaient aux basses températures ; les autres bravaient les attaques du doryphore et de divers parasites ; d’autres, enfin, produisaient des tubercules pourvus de ces « yeux » qui ne se forment chez nos espèces qu'après un sommeil de cinq mois, ce qui ne permet qu’une récolte annuelle.
- Il s’agissait maintenant d’incorporer ces qualités à une race nouvelle, obtenue par une longue série de croisements ; et d’énormes difficultés surgirent. Pour que deux espèces, appartenant au même genre, puissent se croiser et transmettre à leurs rejetons leurs qualités respectives, il faut qu’elles aient le même nombre do chromosomes dans les noyaux de leurs cellules ; si les nombres diffèrent, le croisement est stérile. Les savants durent donc innover une méthode propre à rectifier ces nombres, à les augmenter ou à les diminuer selon le cas, opérations dont on peut imaginer aisément la délicatesse et la minutie.
- Cette énorme somme d’efforts paraît avoir été couronnée de succès, à en juger par le fait que le Gouvernement russe vient de distribuer aux membres du comité des primes équivalant chacune à o 009 livres sterling. La nouvelle race de pomme de terre est désormais en culture dans une grande partie de la Sibérie. Il faut souhaiter que d’autres pays profitent de la découverte : le spectre de la famine serait écarté en Europe comme dans le monde.
- !
- Victou Forbin.
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- Son
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- L'IMPRIMERIE
- matériel - Ses progrès.
- Regardez autour’ de vous, où que vous soyez; sur voire bureau, il y a des livres, du papier à lettres avec en-lêle, des factures, un calendrier; dans la rue, des journaux et revues débordant les uns sur les autres aux étalages des kiosques; contre les quais de la Seine, des lithographies de tableaux célèbres; au théâtre, le programme, tendu avec le sourire par l’ouvreuse; dans le couloir du métro, les grandes affiches multicolores; partout vous retrouvez l’œuvre de l’imprimerie.
- L’imprimerie, c’est l’expression « noir sur blanc » de la pensée humaine, c’est le tremplin le plus précieux pour l’essor de la civilisation, c’est à elle, incontestablement, que nous devons la plus grande part des progrès acquis depuis cent cinquante ans par l’ensemble des hommes.
- Nous sommes ingrats avec l’imprimerie. Bien peu d’entxe nous se sont penchés, ne serait-ce cpic quelques instants, sur le mécanisme d’une presse à imprimer, ou même ignorent, sans honte, jusqu’à la différence existant entre la typographie et l’héliogravure, alors qu’ils se trouveraient déshonorés d’ignorer le mécanisme d’une automobile ou ce que sont les ondes hertziennes.
- Essayons donc, très succinctement, de donner une idée générale de ce qu’est la magnifique industrie de l’imprimerie, et de son évolution depuis Gutenberg.
- LES TROIS GRANDS PROCÉDÉS D'IMPRESSION
- Il existe plusieurs procédés d’impression, et nous les classerons en trois catégories principales :
- Impression par éléments en relief : typographie.
- Impression par éléments en creux : héliogravure.
- Impression par éléments sans relief ni creux : lithographie et son dérivé moderne, l'offset.
- En impression typographique, les éléments en relief, dits éléments imprimants, sont fous disposés sur un même plan, c’est-à-dire qu’ils sont tous au même niveau; enduits d’une couche d’encre d’épaisseur uniforme, ils se décalquent sur le papier; leur dessin est bien entendu inversé pour qu’ils puissent imprimer à l’endroit.
- En héliogravure, les éléments en creux ont des profondeurs différentes; remplis d’encre, ils se décalquent sur le papier de façon telle que les valeurs d’impression sont proportionnelles à l’épaisseur de l’encre, par conséquent à la profondeur de chacun des creux.
- En lithographie, impression par pierre calcaire, les éléments imprimants et non imprimants sont au môme niveau, uniquement distingués les uns des autres grâce au phénomène de répulsion entre l’eau et les corps gras. L’ensemble est humidifié; la partie imprimante, constituée par le dessin tracé au crayon gras ou à l’encre grasse, retient, l’encre d’impression, tandis que la partie non imprimante, restée humide, refuse l’encre.
- En offset, môme principe d’impression, mais la pierre calcaire est remplacée par le métal : plaque de zinc ou d’aluminium.
- On estime qu’il y a en France près de 6 ooo entreprises d’imprimerie dont 75 pour 100 ne dépassent pas cinq ouvriers.
- L'imprimerie reste donc une profession aux trois quarts artisanale. Néanmoins, la production des petites entreprises ne représente qu’une faible partie de la production totale, les maisons-importantes disposant d’un outillage cl d’une organisation leur permettant d’assurer un débit de papier imprimé beaucoup plus considérable.
- La typographie reste de loin la méthode d’impression la plus utilisée; en tout elle représente G5 pour 100 de l’ensemble. La lithographie et l’offset représentent la plus grande part du pourcentage restant, tandis que l’héliogravure, à classer sans conteste comme méthode d’avenir, 11’est encore appliquée que par un petit nombre de maisons.
- I. - L'IMPRESSION TYPOGRAPHIQUE
- De la méthode xylographique à l'emploi des caractères mobiles.
- Le désir par les hommes d’imprimer des images en un certain nombre d’exemplaires date de l’Antiquité. On sait que 2 000 ans avant, notre ère, les Chinois connaissaient déjà la méthode d’impression dite « labellaire », consistant à graver en relief un dessin sur une planche de bois tendre, à l’encrer et à le presser sur un parchemin ou une étoffe.
- Pour en avoir retrouvé des vestiges, on sait également que les Chinois avaient mis en pratique, il y a mille ans et plus la xylographie, première méthode d’impression d’un texte et suite logique de l'impression labellaire. Le texte était calligraphié sur une feuille de papier reportée sur une planche de bois tandis que l’encre se trouvait encore fraîche. Ainsi décalqués à l’envers sur la planche, les caractères étaient, gravés en relief, la forme encrée et les feuilles de papier à imprimer pressées une à une sur la forme à l’aide d’une brosse. Les caractères gravés s’imprimaient donc à l’endroit sur chaque feuille.
- Niveau
- On conçoit que le tirage quotidien ne pouvait être bien important,. Et il restait tout à fait impossible, meme en Europe au xiv° siècle où la méthode xylographique était encore seule connue, d’envisager l’impression d’une feuille d’information à publication régulière. Le plus grand écueil n’était du reste pas la lenteur du tirage, mais surtout le temps passé à graver une forme sur laquelle il devenait impossible d’apporter le moindre changement de texte. L’emploi de caractères mobiles ou types, d’où est tiré le mot typographie, était la seule méthode susceptible de permettre à l’imprimerie de bénéficier d’un développement sérieux.
- Les premières lettres séparées utilisées par Gutenberg furent fabriquées en bois, matière trop fragile pour l’usage qui lui
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- Fig. 1. — Les trois procédés principaux d’impression.
- A. E11 typographie, les éléments imprimants sont en relief et dans un même plan. — B. En lithographie et en Offset, les éléments imprimants et non imprimants sont au même niveau ; après humidification, les éléments imprimants tracés au crayon gras ou à l’encre grasse sont capables de retenir l’encre d’impression ; les éléments non imprimants la refusent. — C. En héliogravure, les éléments imprimants sont des creux de profondeur plus ou moins grande ; remplis d’encre ils donnent des valeurs d’impression
- proportionnelles à leur profondeur.
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- était destiné et que l’inventeur abandonna très rapidement au profit du métal. Les caractères métalliques ont vu le jour aux environs de i44o et ont relativement peu évolué dans leur composition depuis cette époque. Certes ils ont bénéficié des progrès de la métallurgie mais leurs constituants principaux restent toujours le plomb et l’étain, auxquels est venu s’allier, plus tard, l’antimoine chargé d’augmenter leur résistance.
- Il est curieux de constater que si Gutenberg et autres chercheurs du xve siècle ont rapidement abandonné la fabrication des caractères en bois, cette matière première est néanmoins utilisée aujourd’hui pour la fabrication des caractères gros corps destinés à l’impression des affiches. Les lettres ou signes sont gravés en relief sur des planchettes généralement en bois de poirier, qui ont été soigneusement étuvées, découpées, préparées à la toile émeri et calibrées à la hauteur typographique.
- La méthode la plus ancienne de fabrication des caractères d’imprimerie, méthode qui date par conséquent de Gutenberg, est la taille manuelle. En débitant dans des barres d’acier doux de petits blocs de 6 à 7 cm de long, l’ouvrier réalise des poinçons, dont un des côtés est arrondi pour rendre plus aisée la frappe à coups de marteau, tandis que les autres côtés sont soigneusement usés sur une pierre à huile. Le dessinateur grave alors la lettre au burin, opération révélant un art indéniable qu’illustra le premier Pierre Sciioeffer, collaborateur de Gutenberg.
- La matrice est obtenue par frappe du poinçon sur la plaque de cuivre qui la constitue.
- Un premier progrès enregistré dans la fabrication des poinçons a été l’augmentation de leur dureté par trempe à l’eau ou à l’huile.
- La gravure sur acier se révélant une opération patiente, et par conséquent longue, on a entrepris ensuite la fabrication de poinçons en alliage de plomb et antimoine, beaucoup plus aisés à graver.
- Leur inconvénient de fragilité a été compensé par l’utilisation de la méthode galvanoplastique pour la réalisation des matrices.
- Depuis Gutenberg jusque vers 1860, la seule méthode connue de fonte des caractères dans les matrices était l’emploi du moule à arçon, fonctionnant à la main, avec lequel un ouvrier habile atteignait tout juste la fabrication de 225 lettres à l’heure. Les fondeuses mécaniques d’aujourd’hui, qui ont commencé à voir le jour au milieu du xixe siècle, et injectent le métal en fusion dans les matrices à l’aide d’un piston, permettent d’atteindre une production de plusieurs milliers de caractères à l’heure.
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- Voici comment se présente aujourd’hui un caractère mobile d’imprimerie :
- C’est un parallélipipède portant sur l’un de ses côtés, en relief, et à l’envers, le dessin de la lettre ou du signe imprimant de manière à se présenter dans le sens de la lecture au moment de l’impression sur papier. La partie imprimante s’appelle l’œil et le côté opposé à l’œil, le pied. La perpendiculaire commune à l’œil et au pied constitue la hauteur typographique, qui est en France une hauteur standard ayant exactement 23 mm 56. Un cran, gravé sur l’un des côtés perpendiculaire à l’œil permet à l’ouvrier typographe de disposer les caractères dans le sens voulu uniquement par le toucher (fig. 2).
- Le corps d’un caractère d’imprimerie est défini par le nombre de points Didot qui mesurent la hauteur d’œil du caractère. Le point typographique Didot, adopté en 1776, c’est-à-dire avant l’adoption du système métrique, vaut o mm 375. Le douze connu également sous le nom de cicéro, vaut 12 points Didot.
- Les caractères d’imprimerie sont classés par corps dans un meuble composé de tiroirs à compartiments. Les corps s’échelonnent pratiquement du corps 5 au corps 84- Les tiroirs sont les casses et les compartiments les cassetins.
- Dans chaque corps, on distingue deux divisions : les caractères romains et les caractères italiques. Chacune de ces deux divisions comprend un alphabet de capitales (ou majuscules) et de bas de casse (ou minuscules). Il existe en plus, pour les caractères romains la catégorie des petites capitales.
- L’épaisseur d’un caractère est appelée la graisse. Certains caractères comprennent donc, dans chaque corps, différentes graisses : les maigres, les demi-gras et les gras.
- Dans la mise en page, l’écartement des mots est obtenu par de petits blocs : les espaces et l’écartement des lettres par des blancs. La séparation des lignes s’obtient au moyen de plaquettes en alliage appelées interlignes. Les cadralins comblent les vides lorsqu’un texte se termine avant la fin d’une ligne. Les filets servent à imprimer les traits destinés à séparer les textes.
- De la composition manuelle à la composition mécanique.
- Le compositeur typographe réalise la composition par l’assemblage, à la main, des caractères, blancs et interlignes dans une forme. Satisfaisant pour l’exécution de l’ensemble des travaux d’imprimerie commerciale, ce procédé devient pratiquement irréalisable pour l’impression des journaux et publications à gros tirage.
- On conçoit le temps qui serait nécessaire pour composer entièrement à la main un quotidien d’avant-guerre de 8 ou 10 pages ou un livre tant soit peu volumineux. Dès le début du xix6 siècle où l’édition de journaux ou livres prenait un développement important, des recherches se sont orientées vers la création de mécaniques susceptibles de distribuer automatiquement les caractères mobiles. Ceux-ci ont été rassemblés dans des « magasins » d’où l’opérateur provoquait leur chute en agissant sur un clavier. A vrai dire, les systèmes réalisés ne donnèrent pas de grands résultats et il fallut attendre 1872 pour voir apparaître dans l’imprimerie du journal anglais The Times une compo-seuse mécanique plus perfectionnée et distribuant une centaine de lettres à la minute. Quatre ouvriers étaient cependant indispensables pour assurer son fonctionnement.
- Quelques années passèrent, et la première « linotype », machine à composer en lignes blocs fut présentée.à New-York en 1886. La monotype, basée sur un tout autre principe de composition que la linotype et fondant les caractères un à un, apparut à son tour en 1900.
- Machines à composer en lignes blocs. — Les machines à composer en lignes blocs — linotype, intertype, typo-graph — n’ont cessé de se perfectionner depuis le début du siècle et représentent des ensembles au fonctionnement complexe mais remarquablement ingénieux. L’alliage de composition est fondu aux environs de 260° dans un creuset chauffé au gaz, mode de chauffage que l’on a tendance à remplacer de plus en plus par l’électricité. Un clavier de 90 touches est manœuvré par le compositeur. La pression sur chaque touche réalise le décrochage d’une matrice, en place dans un des canaux du magasin, qui glisse à l’aide d’une tringle dans le composteur. Cette matrice se range derrière les autres précédemment appelées, en face d’un moule de dimensions réglables suivant la justification des colonnes de la publication à composer. L’alliage en fusion est alors éjecté à l’aide d’un piston
- Fig. 2. — L'impression typographique.
- Un caractère mobile d’imprimerie. E majuscule italique.
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- de façon à prendre l’empreinte des yeux des matrices. La ligne bloc ainsi constituée dans le moule sort de celui-ci pour être rabotée et finalement poussée en direction de la galée, plaque de métal sur laquelle elle prend la suite des lignes blocs précédemment fabriquées.
- Dans le demi-siècle qui s’est écoulé depuis leur apparition dans l’imprimerie, les machines à composer en lignes blocs ont évidemment bénéficié de nombreux perfectionnements successifs. L’adjonction de magasins supplémentaires a constitué un progrès considérable en autorisant l’utilisation d’une gamme de caractères beaucoup plus fournie. Une machine moderne à composer en lignes blocs peut comprendre deux claviers, l’un de go touches commandant trois magasins principaux superposés, l’autre de 34 touches commandant trois magasins auxiliaires, disposés latéralement par rapport aux premiers. Certains types de machines comportent même huit magasins dont quatre principaux et quatre latéraux.
- La complexité inévitable de réalisation d’une machine à composer en lignes blocs rend remarquable la simplicité de fonctionnement de certaines parties de son mécanisme. C’est ainsi qu’il suffit à l’opérateur d’actionner une touche pour obtenir très rapidement le changement des magasins. L’opération qui consiste à enlever un magasin pour le remplacer par un autre se révèle également fort simple, s’effectuant à l’aide de glissières, par le devant de la machine.
- Les magasins sont donc interchangeables. Leur installation complémentaire sur une machine a été prévue, afin d’accroître les possibilités de composition. Un modèle à un seul magasin peut ainsi bénéficier de l’adjonction de deux autres. Les magasins dits auxiliaires (comprenant 34 canaux) peuvent également
- Fig. 3. — Une machine à composer en lignes blocs.
- Intertype modèle F.
- On remarquera au premier plan le clavier ; vers le haut : le magasin contenant les matrices et sur la gauche la galée rassemblant les lignes blocs.
- (Photo Pacalet, Lyon).
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- être ajoutés à une machine ne comportant que des magasins principaux. Le clavier latéral, commandant les magasins auxiliaires, vient également se monter sur l’ensemble mécanique.
- Ayant bénéficié ces dernières années de l’adjonction de plusieurs magasins principaux qui ont permis d’utiliser une gamme très étendue de composition en romain, italique, dorique, etc..., de l’adjonction de magasins auxiliaires comprenant des polices de corps choisis pour la réalisation des titres et sous-titres, offrant la possibilité de mélanger plusieurs œils différents dans une même ligne, de construction robuste et de faible encombrement, les machines à composer en lignes blocs sont indispensables aux imprimeries de journaux et d’éditions et se rencontrent également dans les imprimeries commerciales importantes où elles rendent de précieux services grâce à leur rapidité dans le travail de composition.
- La monotype. — Nous avons dit plus haut que la machine monotype, dont le principe est tout à fait différent de celui des composeuses en lignes blocs, fondait des caractères séparés sur des justifications déterminées. Le matériel monotype comprend deux appareils distincts : le clavier perforateur, et la fondeuse.
- L’ouvrier compositeur agit sur le clavier à la façon dont une dactylo manœuvre sa machine. Ce clavier comporte 225 touches, représentant 225 types de lettres ou signes. La pression sur une touche provoque deux perforations sur une bande de papier spécial qui se déroule d’une bobine.
- La combinaison de deux perforations définit chacune des 225 matrices rassemblées dans un châssis. Un jet d’air, obtenu à l’aide d’un compresseur, peut donc, suivant l’emplacement des perforations sur le papier qui se déroule, commander le déplacement du châssis au-dessus du moule chargé de réaliser la fonte des caractères séparés, de manière que la matrice correspondant à deux perforations soit disposée en face de l’orifice du moule. Le métal en fusion projeté dans le moule prend alors l’empreinte de la matrice qui lui fait vis-à-vis. Un dispositif permet l’éjection du moule des caractères séparés et leur réunion sur une galée, compte tenu de la justification prévue pour chaque ligne.
- L’alliage de composition utilisé sur la machine monotype comprend 72 pour 100 de plomb, 19 pour 100 d’antimoine et g pour 100 d’étain. La proportion des constituants diffère avec l’alliage utilisé sur les machines à composer en lignes blocs, alliage comprenant un plus fort pourcentage de plomb, pouvant aller jusqu’à 84 pour 100, avec 12 pour 100 d’antimoine et 4 pour xoo d’étain. Les gros corps exigeant une résistance à la pression plus grande, il est quelquefois incorporé un peu de cuivre à l’alliage.
- Dans l'intervalle de la composition et de l'impression.
- En possession des textes, composés soit à la main, soit mécaniquement, des titres montés en caractères gros corps, et des
- Fig. 4. — La suspension des matrices d’une machine Intertype sur la barre de distribution.
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- Fig-, 6. — Clavier-perforateur d’une machine Monotype
- (Lanslon Monotype).
- illustrations, sous forme de clieliés trait pour tes dessins et de simili-gravures pour les photographies 0), le typographe doit léaliser par l’assemblage de tous ces éléments imprimants dans un cadre en acier l’opération connue sous le nom de « mise en
- pages ». Le cadre en acier, établi aux dimensions de la feuille à imprimer, s’appelle la forme; celle-ci maintient en un bloc tous les éléments séparés, à l'aide de systèmes de serrage suivant deux directions perpendiculaires; elle est directement installée pour le tirage sur le marbre de la machine à imprimer.
- Les journaux à fort tirage sont imprimés sur machines rotatives. A partir de la forme plane, établie comme il a été indiqué ci-dessus, il s’agit d’obtenir un cliché semi-cylindrique venant s’adapter sur l’un des cylindres de la rotative. Ce cliché semi-cylindrique est obtenu par une suite d’opérations dont l’ensemble constitue la sléréotypie :
- i° prise d’une empreinte de la forme plane, à l’aide d’un flan, carton spécial de moins d’un millimètre d’épaisseur, constitué par un mélange de. vieux papiers avec du kaolin et recouvert d’une « couche » comprenant du borax, de la dextrine, de l’amidon et du talc. Le flan est appliqué sur la forme au moyen d’une presse hydraulique à empreinte qui peut le comprimer durant a ou 3 minutes jusqu’à 200 kg par cent, carré. La surface en relief de la forme est donc reproduite en creux sur le flan ;
- 20 Soigneusement séché au séchoir électrique, le flan est mis en place dans le moule cylindrique de la fondeuse de
- 1. Les clichés d’illustration sont fabriqués dans un atelier de photogravure. Nous ne pouvons aborder ici la technique de celte fabrication ; il s’agit d’obtenir, par procédé photographique, une image sur métal destinée ensuite à être gravée en relief par un procédé chimique.
- clicherie; l’alliage en fusion est alors admis dans le moule; il est constitué par 82 pour xoo de plomb, i4 pour 100 d’antimoine et 4 pour 100 d’étain et sa densité lui permet de pénétrer dans tous les creux du flan, qu’il reproduit très exactement en relief sous la forme de clichés semi-cylindriques; ceux-ci, après avoir été refroidis, brossés et rectifiés sont alors prêts à être ajustés sur les cylindres de la rotative.
- En bref, les diverses opérations d’impression typographique d’un grand quotidien sont les suivantes :
- composition des articles avec les machines à composer en lignes bloc; tirage d’épreuves pour les corrections;
- composition des litres, quelquefois à la main, le plus souvent avec des machines à composer spécialement prévues pour cet usage ;
- confection dans l’atelier de photogravure des clichés d’illustration, clichés de Irait cl, de simili;
- Fig. 8. — La fondeuse d’une machine Monotype
- (Lanston Monotype).
- les annonces publicitaires encadrées, montées par les ouvriers typographes, ont été préparées à l’avance;
- mise en pages dans les formes planes ; chaque forme représente une page de journal ;
- prise d’empreinte de chacune des formes, à l’aide d’un flan, par compression sous la presse à empreinte;
- coulage sur les flans des clichés semi-cylindriques, dans la fondeuse de clicherie;
- pose et serrage des clichés sur les cylindres de la rotative, qui est prête à « rouler »; les journaux imprimés et pliés sortent, par paquets de a5 ou 00, à la cadence de 60 000 à l’heure et plus.
- Maintenant que nous avons suivi le processus de réalisation d’une forme typographique prête a imprimer des milliers d’exemplaires, il nous reste à passer une rapide revue des catégories de machines qui permettent l’impression. Ceci sera l’objet d’un prochain article.
- (à suivre).
- Feuxand de Laborderie.
- Fig. 7. — La bande de papier perforé obtenue sur clavier-perforateur de machine Monotype.
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- L'amélioration des fibres textiles
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- Les fibres de rayonne out le défaut de voir, à l’état humide, leur résistance à la traction se réduire d'environ 40 pour 100, ce qui constitue un grave inconvénient pour le lavage des tissus établis en ces matières.
- La recherche de procédés d’amélioration de ces fibres était donc pour les fabricants de première importance. D’autre part l’apparition sur le marché des nouvelles fibres synthétiques douées souvent de propriétés remarquables n’est pas sans inquiéter les producteurs de textiles naturels.
- Il n’est pas surprenant que des travaux de recherches aient été engagés très largement sur les techniques d’amélioration des textiles de toutes origines.
- Ces travaux ont abouti dans certains cas à des résultats des plus intéressants.
- L’amélioration des rayonnes a été réalisé depuis des années par le sthénosage. Le. but de ce traitement est de réduire le gonflement de la fibre par l’eau et d’améliorer la résistance à la traction à l’état humide. 11 consiste à traiter la libre par un aldéhyde en pH acide. L’aldéhyde généralement utilisé est le formol ou formaldéhyde. Il se forme dans ces conditions des produits de condensation : des acétals. Cette réaction a été signalée dès 1904 par Ernst et Blumer. Leurs brevets ont été suivis de près, en 1900, par ceux d'Eschalier.
- L’essentiel de la technique du sthénosage consiste à imprégner les fibres par du formol du commerce (aldéhyde formique à 40 pour 100) dilué à environ 20 pour 100, acidifié par de l’acide lactique, par exemple, et additionné d’un peu d’alun.
- Les fibres imprégnées laissées au repos en vase clos de 12 à 24 li, sont alors séchées à basse température. Après dessiccation on lave à fond et sèche à nouveau. De nombreuses variantes de ce procédé ont été publiées et brevetées.
- Bien avant l’apparition des rayonnes dans le commerce, l’industrie du coton utilisait l’effet Mcrcer qui conduisait au mercerisage et au similisage. Découvert en 1844, il n’entra en application qu’environ 50 ans plus tard. Il résulte de l’action sur la fibre, de solutions alcalines concentrées et froides : une solution de soude caustique à plus de 10 pour 100 de concentration agissant à 15° C. sur du coton modifie les fibres de cellulose, elle les mercerise par formation fi'alcali-cellulose. Suivant la concentration de la solution et la durée du traitement, on peut obtenir divers degrés de mercerisage. L’opération peut être modifiée par addition aux solutions d’alcali, d’hydrates métalliques divers : de zinc, de cuivre, de nickel, etc...
- Le mercerisage a pour effet de donner du brillant aux fibres et d’augmenter leur affinité pour les colorants.
- Le similisage qui a surtout pour but de donner aux fibres un aspect brillant est également une opération de traitement par des solutions de soude caustique mais effectuée sur des fils ou tissus à l'état tendu, la tension étant appliquée mécaniquement pendant ou après l’imprégnation caustique. Dans ces conditions la fibre gagne du brillant et de la transparence. L’examen microscopique montre que le canal central des fibres est beaucoup plus réduit encore que dans les fibres simplement mercerisées.
- Ces anciens procédés sont toujours très largement appliqués. Récemment des techniques nouvelles de traitement de fibres textiles naturelles et artificielles ont; fait leur apparition. Elles apportent des améliorations sensibles de leurs qualités et se développent rapidement. Il est très probable qu’elles se perfectionneront encore.
- Do ces techniques nouvelles, les principales se relient à la chimie des matières plastiques. Ce sont, en général, des applications des résines synthétiques aux fibres textiles.
- Les produits de condensation urée-formol jouent maintenant un rôle des plus importants dans l’industrie des textiles. Ils peuvent avoir une action analogue à celle du sthénosage. Leurs propriétés adbésivcs les font utiliser pour l'apprêt des feutres en chapellerie et pour des apprêts de tissus qui résisteront au lavage.
- Les tissus infroissables qui, dès avant la guerre, avaient fait leur apparition sur le marché sont obtenus par l’emploi de ces produits. Toutes les fibres qui sont capables de gonfler par absorption d’eau sont très froissables. C’est le cas des rayonnes, du coton, du lin, alors que les fibres animales, laines ou soie, résistent à ce défaut.
- C’est par l’augmentation de résistance à l’eau, par la formation de résines urée-formol, que l’on parvient à améliorer les fibres. La condensation se fait dans la fibre même par une série assez longue d’opérations qui exige d’ailleurs un matériel spécialement adapté. En voici l’ordonnance :
- 1° La fibre est mise à gonfler dans l'eau et en pli alcalin ;
- 2° Élimination de l’excès d’alcali par lavage ;
- 3° Imprégnation par une solution aqueuse récemment préparée d'urée et de formol en pH acide ;
- 4° Séchage des fibres ;
- 5° Formation de la résine urée-formol : polymérisation par élévation rapide de température aux environs de 170° suivie d’un refroidissement accéléré ;
- 0° Lavage pour éliminer le catalyseur acide et les produits solubles n’aÿant pas réagi ;
- 7° Séchage.
- Les résines glycérophtaliques modifiées sous la forme oléophta-lique n’ont guère trouvé dans l’industrie textile d’autre emploi que sous forme d’émulsion pour l’obtention d’apprêts résistant à l’eau. Les résines de coumarone ont été utilisées de la même manière. Les polymères acryliques donnent des apprêts imperméables.
- Enfin dos travaux récents protégés par des brevets revendiquent des améliorations obtenues par lin procédé analogue à celui décrit plus haut pour les tissus infroissables, provoquant la formation sur la fibre d’une résine phénol-formaldéhyde, poly-mériséc ensuite par la chaleur. On parviendrait ainsi à améliorer la résistance des fibres à la traction aussi bien à l’état sec qu’à l’état humide ainsi qu’à une meilleure tenue à l’action des agents chimiques usuels : eau de javel, alcalis, etc....
- Tous ces procédés utilisent des produits ou des réactions déjà connus. Il est fort probable que les travaux poursuivis pendant la guerre sur de nouvelles matières plastiques conduiront également à des méthodes inédites d’améliorations des fibres textiles et que ce chapitre du progrès chimique est loin d’être sur sa fin.
- 11 faut remarquer que les méthodes ci-dcssus sont, en partie, sorties de recherches empiriques dérivées de l’intuition et du hasard.
- Actuellement les chimistes étudient de plus en plus les molécules complexes polyinérisées. Ils disposent de techniques qui leur permettent de serrer de près la connaissance des structures spatiales de ces corps (diagramme do rayons X, dislocation par ultrasons, etc...).
- Dans ce domaine, la recherche méthodique va prendre la place de l’empirisme.
- Lucien Perruche, Docteur de l'Université de Paris.
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- LA PHOTOSYNTHÈSE
- La théorie de la photosynthèse est une grosse question qui intéresse au plus haut point la physiologie végétale et même la biologie toute entière parce qu’elle touche à l’origine même de la vie.
- Le renouvellement des matières organiques fournies par les plantes a pour unique source le monde minéral, et comme l’alimentation animale est tributaire du règne végétal, c’est en dernier ressort aux éléments minéraux que les êtres vivants s’adressent pour trouver les matériaux nécessaires à l’édification des constituants cellulaires.
- L’atmosphère est le grand réservoir d’où la plante tire carbone C1), hydrogène et oxygène. L’azote passe par les stades nitrates, nitrites et sels ammoniacaux (2).
- Les produits originels de l’assimilation du carbone paraissent être les oses à partir desquels la plante constitue des matières de réserve ou de soutien : holosides, amidons, gommes, dextrines, cellulose, puis hétérosides.
- cule de chlorophylle que nous représenterons schématiquement par :
- - Nv
- "O*
- N-Mg-O-C RZ >Mg + C03H2 -> ïtf N
- NM'
- '\n'
- ^NH
- OH
- L’influence de la lumière se ferait sentir en provoquant une transposition moléculaire :
- O O O O O O O 05 00 1- 50 JO
- 1—
- O O O O O O
- O 05 ® h © JO
- Théories anciennes et classiques.
- L’assimilation chlorophyllienne consiste en une captation du C02 et en un rejet d’oxygène, dans des conditions telles que le rapport Vol. C02
- Vo| Ua = 1. Son intensité varie avec maints facteurs :
- a) Intensité lumineuse : il y a pour chaque espèce un optimum d’éclairement.
- b) Nature des radiations : les radiations utiles sont celles qu’absorbe la chlorophylle.
- c) Température : il existe un optimum de température.
- d) Chlorophylle : il n’y a pas de proportionnalité entre la quantité de chlorophylle et l’intensité d’absorption.
- L’hypothèse classique de Bayer, soutenue aussi par Boussingault et Berthelot, admet que l’acide carbonique de l’air se décompose en oxygène qui se dégage, et en méthanal qui par polymérisation donne du glucose :
- lumière
- C02 -f H20 ------> HCHO -f- 02
- 6 HCHO ------CcHi2Og
- Willstâtter et Stoll ont tenté de pénétrer plus avant le phénomène et de préciser le rôle de la chlorophylle.
- Il y a dans les cellules végétales un mélange de deux colorants magnésiens : les chloroplastines, ensemble de protéines et de chlorophylles. Ces dernières sont au nombre de deux : la chlorophylle a : C5fiHr20iN4Mg, et la b : C55H,0O6N4Mg.
- Des propriétés des chlorophylles, il faut surtout retenir qu’elles absorbent certaines radiations lumineuses :
- Pour Willstâtter le premier temps de la réaction consiste en une addition entre une molécule d’acide carbonique et une molé-
- 1. Clark estime que le C02 malgré sa dilution (3/10 000) représente en poids 2,3.1015 t dont 118.109 sont annuellement assimilées par photosynthèse.
- 2. L’azote libre, malgré son abondance, n’est directement fixé que par certaines bactéries et des champignons filamenteux.
- o © o o © O OOOOOOOO O O OOOOOOOO O to o os cor-œara^oo®*-^ o c» o
- îO in K3 “31
- Chlorophylle a
- ooooooooooooooooooooooooo
- "t n 91 TH O 05 OOr-‘X>o.5~!jiCO®<lrr< O 05 ® © Jt5 ^ CO 91."^ O
- CO JO 20
- Chlorophylle b
- Fig. 1. — Spectre des deux chlorophylles.
- (D’après Wattiez et Stebnon, Éléments de chimie végétale).
- r^N Mg V\’H
- 0 — 0 = 0
- \
- OH nnH
- ^N —Mg - 0 - CH
- 0 — 0
- Cette combinaison instable se scinderait en :
- R 4- 02 4- H - CHO
- Mais ces deux théories admettent la formation intermédiaire de méthanal dans les plantes, ce qui n’a jamais pu être démontré ; aussi cette dernière hypothèse a été reprise par Maquenne. Ce dernier fait intervenir la chlorophylle sous forme colloïdale qui est un agrégat de molécules simples liées par des valences supplémentaires du magnésium. Si bien que c’est sur la micelle que se fait la fixation de C02. Lors de l’élimination de l’oxygène, les valences du carbone deviennent libres et il se produit directement un ose sans formation intermédiaire de méthanal.
- Dans toutes ces théories, on a oublié de tenir compte d’un facteur : le protoplasma de la cellule. Il intervient en effet, car l’influence de la température et l'absence de proportionnalité
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- entre la quantité de chlorophylle et l’intensité de l'assimilation montre que le phénomène photochimique n’est pas seul mais est doublé d’une action-diastasique certainement plus importante.
- Théories modernes.
- De récents travaux américains viennent de remettre tout en question. En effet, grâce à des méthodes modernes, tel l’emploi de carbone radioactif, Ruben a pu montrer que l’assimilation se produisait aussi à l’obscurité et qu’elle pouvait être considérée comme un complexe de réaction photochimique et de réaction à l’obscurité consistant en une photodécomposition de Peau à l’aide de la chlorophylle et de diastases de nature encore inconnue.
- Van Niel a ainsi schématisé la photosynthèse chez les plantes vertes :
- HâO -f- lumière —> H -}- OH
- 4 H -f C02 -> (CHâO) + HüO 2 (2OH peroxyde H20-j-Q2)
- Ruben aurait montré que C03 serait fixé d’emblée par une substance de poids moléculaire 3 000 ou plus :
- RH -|- C02 R — COOH
- Cette carboxylation serait catalysée par un système de diastases et l’acide formé réduit à son tour photochimiquement.
- Ces théories modernes font donc une part essentielle au phénomène diastasique. Il faut attendre que nos connaissances au sujet de ce dernier soient plus étenduës pour prétendre percer à jour le mystère de l'assimilation du carbone, qui, malgrér ces récents travaux, reste entier.
- Henry Gottiniaux,
- Ingénieur I. C. P.
- Les Livres
- nouveaux
- Microbes;, par Paul Haururoy. 1 vol. in-16, 137 p., pi. Collection « Sciences et Médecine ». Masson et Cle, Paris, 1944.
- Trois récits des découvertes illustres de la microbiologie : la vaccine de Jenner contre la variole, la vaccination contre le charbon de Pasteur, le traitement de la rage par le même, montrent comment trois maladies très graves, restées inexplicables dans leurs causes, furent soudainement vaincues par l’esprit audacieux, enthousiaste, passionné, sachant voir ce qui était caché, le dégager par des expériences rigoureuses et le faire admettre par un effort tenace, malgré les résistances de la tradition. Belles leçons de choses, passionnantes plus que des romans.,-
- Les bêtes ^de chasse de l’Afrique française,
- .par Albert Jeannin. 1 vol. in-8°, 235 p., 44 fig., 3 cartes, 8 pl." Payot; Paris, 1945.
- La plus grande' partie du livre est consacrée à l'identification des espèces qu’on peut rencontrer, rendue facile par des tableaux de classification et des descriptions. Mais beaucoup d'autres éléments s'y trouvent sur la chasse, ses conditions sportives, son importance économique, ses règles juridiques, et surtout sur l'attraction qu'elle présente pour de vieux instincts non seulement de lutte, mais aussi de curiosité de là vie animale. La liste des réserves de gibiers de l'Afrique française termine cet ouvrage bien documenté.
- Recent advances in the chemistry and bio-Iogy of sea water, par H. W. Harvey. 1 vol. in-8°, .164 p., 29 fig. Cambridge University Press, London, 1945.
- En 1927, l'auteur avait publié une mise au point de la chimie de l’ean de mer. Depuis, un grand nombre de recherches ont été faites dans les diverses mers du globe et notamment au laboratoire de Plymouth. Des méthodes, des mesures nouvelles?,* ont beaucoup changé les idées qu'on se faisait des composants minéraux et surtout des moins abondants, des cycles de circulation des divers éléments dans la nature, du rôle considérable des bactéries, des facteurs essentiels de productivité des océans. Ce nouveau livre résume les travaux des vingt dernières années, y compris ceux de la période de guerre encore inconnus en France et présente l'état actuel de ces questions fort importantes pour l'océanographe, le biologiste et le géophysicien.
- Une vie de chauve-souris, par Norbert Caste-ret. 1 vol. in-16, 214 p. Didier, Paris, 1945.
- Au cours de ses explorations des caveimes des Pyrénées, l’auteur, accompagné de sa femme, a trouvé dans la grotte des Tignahustes une colonie de chauves-souris qu’il a longuement observée ; il a notamment bagué certains individus et les a transportés fort loin, jusqu'à Saint-Jean-de-Luz „ et Orléans ; il a noté leurs
- La Nature rend compte des livres scientifiques qui lai sont adressés. Les prix ne peuvent être actuellement indiqués en raison des frais de port qui s'y ajoutent et des taux des changes avec Vétranger. Il est rappelé que les éditeurs ne sont plus autorisés à vendre directement au public et que les commandes doivent obligatoirement être faites à un libraire.
- migrations saisonnières jusqu'en Afrique, leurs mœurs, leurs vols, leur reproduction. Et de tout cela il a composé un récit très vivant, la biographie d’une chauve-souris, depuis sa naissance jusqu’à sa mort de vieillesse.
- Ce que la France a apporté à la médecine depuis le début du XX® siècle, par Alà-
- jouanine, Bezançon, Boivin, Ceuray, Huguenin, Laurry, Lemierre, Pasteur Vallery-Rahot, Sézary, Tréfouël. 1 vol. in-16, 279 p. Bibliothèque de philosophie scientifique. Flammarion, Paris, 1946.
- Pendant la grande détresse de l’occupation allemande, on éprouvait le besoin de prouver la qualité de notre pays, d'affirmer sa valeur pour lutter contre la désespérance et garder foi en l'avenir. C’est alors que le professeur Vallery-Badot organisa, dès 1941, des séries de conférences où les maîtres de la médecine de notre époque vinrent montrer le rôle prestigieux de la France, faire le bilan de nos activités. Dans tous les domaines, les maladies infectieuses, la vaccination, la sérothérapie, la chimiothérapie, la tuberculose, la syphilis, le cancer, les maladies du cœur, des reins, du foie, en pathologie nerveuse, notre part fut des plus grandes : idées neuves, recherches précises, hypothèses fécondes, et ce tableau des progrès récents de la médecine est une source d’enseignement et de réconfort.
- Introduction à la vie des castors, par P. Ba-siaux-Defrance. 1 vol. in-16, 47 p. Les éditions de l’Onde. Carcassonne.
- Bref éloge des castors, bydranliciens démérité.
- Les mammifères de France, par Paul Robe et R. Didier. 1 vol. in-8°, 219-p., 114 fig., 12 pl. en couleurs. Boubée et Cle, Paris, 1946.
- Écrit par deux spécialistes du Muséum, cet ouvrage agréablement illustré prépare la connaissance des mammifères de notre pays et permet leur détermination. Après un aperçu de la faune disparue, les auteurs donnent des espèces
- actuelles la description, la systématique, les mensurations, la répartition géographique, les mœurs. Les naturalistes et les chasseurs y trouveront tous les renseignements utiles.
- Origin of the Far Eastern Civilizations : a brief handbook, par Cari Whiting Bishop.
- 1 broch. in-8°, 53 p., 21 fig., 12 pl. Smithso-nian Institution, Washington. War Back-ground Studies, n° 1, 1942.
- Dans cette nouvelle série de publications, suscitées par la guerre mondiale, la Smithsonian Institution de Washington entreprend de présenter des questions encore peu étudiées et insuffisamment connues, notamment sur les régions du globe misés à l’ordre du jour par les hostilités. Le premier ’ fascicule rassëmble ce qu'on sait de la préhistoire de l'Est asiatique, depuis le Pléistocène du Sinanthrope jusqu’à la civilisation chinoise. On y trouve des traces d’un âge de la pierre où déjà deux régions diffèrent, celle du Nord où l’on chasse, celle du Sud’ où l'on pêche. La Chine prend avance dès le Néolithique ; le bronze y apparaît vers 2 000 avant J.-G., puis le fer, et avec les temps préhistoriques, elle joue un rôle comparable à celui des grands peuples anciens d'Occident.
- Essays in historical anthropology of North America, published in honor of John R. Swanton. 1 vol. in-8°, 600 p., 36 fig., 16 pl. Smithsonian miscellaneous Collections, 1940.
- Pendant 40 ans, Swanton a par nn patient travail d'observations anthropologiques, linguistiques, ethnologiques, fixé les bases de la préhistoire de l'Amérique du Nord. Pour lui rendre hommage, la Smithsonian Institution a réuni dans cet ouvrage une série de travaux d'auteurs variés qui font le point des diverses questions dont ils s'occupent. On y trouve de précieuses indications sur les populations indigènes d’avant la découverte du Nouveau Monde, sur les méthodes d’études dont on dispose et les résultats qu’elles ont fournis.
- The Aleutian Islands : their people and natural history, par Henry B. Collins, Aus-tin H. Clark et Egbert H, Wàlker. 1 vol. in-8°, 129 p., 8 fig., 21 pl. War Background Studies n° 21. Smithsonian Institution, Washington, 1945.
- Ce chapelet d’îles entre l’Alaska et le Kam-chatka, connues seulement depuis les voyages de Bering au xvm® siècle, attirent fortement l’attention depuis que les Japonais ont essayé dé les prendre aux Américains, puis en ont été chassés. Disposées en arc au Sud de la Mer de Bering, elles commandent les routes vers la Sibérie et l’Arctique. Cette étude les révélera à beaucoup. D’admirables photographies montrent leurs aspects volcaniques ; le texte fait connaître leur géographie, leur géologie, leur histoire, leur peuplement par les Eskimos Aléou-tes, leur flore et leur faune qui comprend des espèces précieuses : phoques et baleines.
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- COURS ET CONFÉRENCES A PARIS
- SAMEDI 1“ JUIN. Palais de la Découverte : 15 li. M. Dujarric de la Rivière : « La grippe, maladie ancienne et toujours d’actualité ». — Société des amis du Muséum (57, rue Cuvier) : 15 h. 30 : "Visite des collections dë minéralogie (rassemblement devant le secrétariat, grand amphithéâtre) (carte 1946 de membre de la Société exigée).
- DIMANCHE 2 JUIN. Musée d’Hygiène (31, rue de Sévigné) : 15 h. M. Tivet : « Comment réorganiser la protection contre le bruit après la guerre ».
- LUNDI 3 JUIN. Journées « Science et Technique » (2, rue de Presbourg) : 20 h. 30. M. Boutry : « Le microscope électronique ; évolution de la technique à l’étranger et réduites applications à la physique industrielle ». —-Maison de la Chimie : 18 h. M. Aummer : « L’industrie des engrais potassiques en France. Evolution et perspectives d'avenir ».
- MARDI 4 JUIN. Maison de la Chimie :
- 18 li. M. M. Cirât : « Procédés électrolytiques d'ébaucliage en métallurgie ». — Institut technique du Bâtiment (salle des conférences du Musée de l’Homme, Palais de Chaillot) :
- 17 h. 30. M. Iiai,amie : « Le pont de Luzancy ». — Société des Ingénieurs de l’Automobile (5, av. Friedland) : 17 li. M. P. Rapin : « Renseignements complémentaires sur la machine Anderson ».
- MERCREDI 5 JUIN. Maison de la Chimie : 18 h. M. J. Boisseau : « Problèmes posés par la conservation des cuirs et peaux bruts ».
- JEUDI 6 JUIN. Palais de la Découverte :
- 17 h. Prof. Raven : « La réalisation du plan de structure dans le développement des animaux ». — Maison de la Chimie : 18 h.
- M. Tessier : « Progrès dans la fabrication des lextiîi ,i'i "iuciels et application:- nouvelles ». --Société des Ingénieurs de l’Automobile
- ARTISAN JOAILLIER demande 1 ou 2 pièces claires, à Paris, si possible dans le centre. Fier. : La Nature, n° 155.
- CHERCHE méthode portugaise Ev-N’ogueira. MOMPART, Collège Mod. Castres.
- A VENDRE : train Jep, état neuf, locomotive P. O., 5 wagons, 20 rails courbes, 12 rails longues, aiguillage, etc. Ecr. : La Nature, n° 164.
- A VENDRE : collection Jules Verne et Paul d'ivoi, in-quarto, étal neuf. Ecr. : La Nature, n° 165.
- A VENDRE : appareil de projection et de prise de vue îliidas, neuf. Fier. : La Nature, u° 166.
- RECHERCHE n° avril 1940 Science et Vie. Ecr. : La Nature, n° 167.
- INDUSTRIEL sinistré rcch. Direction ou emploi similaire Paris. Références 1er ordre. Fier. : La Nature, n” 168.
- A VENDRE : microscope état neuf, Lemar-dcley, monocul., 2 oculaires (4 et 2), 4 objectifs 202 x 10, n° 4 x 20, n° 7 x 80, et 1/12
- (5, av. Friedland) : 17 h. « Petites voilures classiques et révolutionnaires ».
- VENDREDI 7 JUIN. Maison de la Chimie : 18 h. M. Giniîixo : « fies silicones ». —, Société des Ingénieurs de l’Automobile (5, av. Friedland) : 17 h. : « Quelques enseignements du Congrès de l’aviation ».
- SAMEDI 8 JUIN. Société des amis du Muséum (57, rue Cuvier), : 17 h., grand
- amphithéâtre. M. Fischer : « La collaboration de la Marine et du Muséum dans l’exploration scientifique des mers du globe » (carte 1946 de membre de la Société exigée).
- MARDI 11 JUIN. Maison de la Chimie :
- 18 li. M. J. Tkrmsikx : « La microradiogra-phie). — Société des Ingénieurs de l’Automobile (5, av. Friedland) : 17 h. M. J. Garnier : « En motoculteur ultra-léger pour le professionnel et le particulier ».
- MERCREDI 12 JUIN. Maison de la Chimie : 18 h. M. Gasteli.u : « Technique
- ancienne et nouvelle de l’emploi des matières grasses en corroierie ». — Société mathématique de France (Institut H. Poincaré, 11, rue Pierre-Curie, amphithéâtre Hermite) : 17 h. 30. M. Lkray : « Topologie algébrique ».
- JEUDI 13 JUIN. Maison de la Chimie :
- 18 h. Mu° Vittf. : « Progrès dans le domaine du contrôle des texliles artificiels ».
- VENDREDI 14 JUIN. Société des Ingénieurs de l’Automobile (5, av. Friedland) : 17 h. M. Mauréaud : « Nouveau plaidoyer pour l'allumage par magnéto ». — Maison de la Chimie : 18 h. M. Peyrot : « Propriétés superficielles d’enduits organo-siticiques ; application à l‘hydrofugation de divers matériaux ».
- SAMEDI 15 JUIN. P.alais de la Découverte : 15 h. M. Gi.oVis-Vincent : « La neurochirurgie ».
- à immersion., éclairage concentrique d'Abbe. S'adresser : E. PARIS, 4, rue du Petit-Pont, Paris (5°), Odéon 19-70.
- UN GÉOLOGUE pourrait-il indiquer gisement de « Bolus » (argile rougeâtre, ferrugineuse, onctueuse comme du talc. Cassure conchoï-dale). Fier. : La Nature, u° 170.
- A VENDRE : colI. Génie C.iril 1908-38, 62 voi. reliés. P. CAUFOURLER, 10, aven. Porte Mé-nilmonlant, Paris (20°).
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- A. V. Étuve à cultures, entièrement neuve, à gaz, régulateur. Dimensions : 1 m x 40 cm x 35 cm. Offre : BARRETEAU, 20, r. Guy-nemer, Paris (6°), 2e étage.
- LUNDI 17 JUIN. Journées « Science et Technique » (2, rue de Presbourg) : 20 h.,30. M. P. Savhi, : « Appareils et techniques en physique nucléaire ». — Maison de la Chimie : 18 h. Dr J. Ripert : « Les propriétés insecticides du 1). D. T. et de divers insecticides de synthèse ».
- MARDI 18 JUIN. Institut technique du Bâtiment (Sidle des conférences du Musée de l'Homme, Palais de Chaillot) : 17 h. 30.
- M. LTIkrmite : « Mécanique physique des bétons ». — Maison de la Chimie : 18 h.
- M. Robert : « De quelques ulilisalions particulières du walcr jackett à cuivre ».
- MERCREDI 19 JUIN. Maison de la Chimie : 18 h. M. Loos : « Le lannage lent à l'écorce de chêne envisagé à la lumière des théories modernes ». — Société mathématique de France (Institut H. Poincaré, 11, rue Pierre-Curie, amphithéâtre Hermite) : 17 h. 30.
- M. Lerav : « Topologie algébrique ».
- SAMEDI 22 JUIN. Société des amis du Muséum (57, rue Cuvier), grand amphithéâtre : 16 h. Assemblée générale. 17 h. M. Gélerïer : « La France métropolitaine possède encore de l’or » (carte 1946 de membre, de^-la Société exigée).
- NOUVELLES UNIVERSITAIRES
- L'abbé l'ilory, réducteur à notre journal, élève de l’abbé Breuil, membre de l’Institut, et dont nous avons signalé ici à plusieurs reprises les découvertes préhistoriques, est chargé d’un cours libre sur la 'l'rj'réhistbire ''alsacienne, à la Faculté des Lettres de l’Université de Strasboui’g, par arrêté rectoral du 20 mars 1940. Illustré de nombreuses projections, ce cours a lieu tous les jeudis à 18 h.
- LA NATURE
- paraît le I" et le 15 de chaque mois ABONNEMENTS
- France et Colonies : un an : 300 francs ; six mois • 150 francs Etranger : un an : 350 francs ; six mois : 175 francs
- Prix du numéro: 15 francs
- Règlement par chèque bancaire ou chèques postaux (compte n° 5gg Paris)
- Les abonnements partent du l*r de chaque mois.
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- L’aviation françai$îjÿ%j.
- QUINTON . .00^
- La suppression iitStfèljîtàfa.
- l’impression des oifcuits, pa Les progrès récenêa‘\it&:la verre
- v-/«jrif. tes
- SOMMAIRE
- t par Ph. POISSON- 178 Une nouvelle lampe fluorescente Les mines sous-marines (suite), par R. IEPRETRE . 188 189
- nradio-récepteurs par Bel ADAM 181 L’exposition ethnographique de Madagascar . Le ciel en juillet 1946, par L. RUDAUX 191 191
- huite), par E. LEMAIRE. 183 Les livres nouveaux 192
- L'AVIATION FRANÇAISE =
- DE TOURISME
- Le S. U. C. 10, quadriplace de grand tourisme ou sanitaire.
- Le molcur placé à l’arrière entraîne une hélice propulsive (Photo Service cinématographique de l’Air).
- N° 3114 15 Juin 1946
- Le Numéro 15 francs
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- L'AVIATION FRANÇAISE DE TOURISME
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- l’occasion dû Congrès de l’Aviation de 194(3, les avions de tourisme français ont été présentés à Toussus-le-Noble pendant les semaines de Pâques. A côté de petits avions qui avaient fait leur preuve avant la guerre, un certain nombre de prototypes faisaient leurs premiers vols devant le public. Le succès de cette manifestation a montré combien le tourisme aérien attirait de nombreux Français, parmi lesquels de futurs adeptes, espérons-le.
- A la suite du Ier Congrès de 1945, on avait orienté les constructeurs vers quatre formules :
- 1° l’avion monoplace économique pour l’entraînement et le sport, avec moteur de faible puissance (40 ch) ;
- 2° l’avion biplace, double commande, pour l’école de pilotage ou la promenade aérienne, avec moteur de 75 ch.
- Ces deux catégories peuvent répondre aux demandes des Aéro-Clubs et des amateurs peu fortunés. A ce sujet, les appareils devraient pouvoir être construits en grande partie par l’amateur, d’après des plans vérifiés par un service technique, ou construits en série en usine, pour abaisser les prix de vente ; l’avion du bricoleur, conçu et réalisé par lui-même, devra être également soumis à un contrôle technique prouvant qu’il n’est pas dangereux ;
- 3° l’avion tri-place de 140 ch, permettant déjà le voyage de tourisme ;
- 4° le quadri-place de 200 ch, de grand tourisme.
- Ces deux dernières classes peuvent satisfaire à la fois le touriste et l’homme d’affaires désirant voyager d’une manière confortable et rapide ; ils sont en général à double commande.
- Si l’avion d’école ou d’amateur doit être avant tout simple et économique, la vitesse étant tout à fait secondaire, celui des deux dernières classes, au contraire, doit se rapprocher des appareils modernes, bénéficiant des plus récents perfectionnements et du confort, avec une vitesse moyenne et un rayon d’action élevés.
- Ces appareils sont en principe conçus et fabriqués par des constructeurs de métier (industrie privée ou sociétés nationales).
- D’une façon générale, tous les appareils de tourisme dorrent avoir d’excellentes qualités de vol, pouvant pardonner les fautes de pilotage, une faible vitesse d’atterrissage et de décollage pour utiliser de petits terrains privés, ce qui est fondamental pour le tourisme aérien, qualités liées à de bons dispositifs hypersusten-tateurs sur l'aile (volets d’atterrissage, bec de sécurité au bord d’attaque). À un autre point de vue, l’avion économique ou d’amateur sera construit en bois et entoilé, ne nécessitant donc pas un outillage et un personnel spécialisés et permettant des réparations faciles; l’avion utilitaire ou de grand tourisme sera au contraire en métal léger ; si le prix de fabrication en est plus élevé, il présente l’avantage d’être plus résistant aux intempéries et aux chocs ; enfin le poli des surfaces est meilleur.
- L’avion de grand tourisme ou d’affaires, de conception moderne, devra posséder, en plus, un bon équipement (instruments de contrôle et de navigation, poste de radio), un grand confort (fauteuils,
- Le S. U. C. 10.
- réchauffage de la cabine largement vitrée) et enfin une vitesse moyenne élevée (train d’atterrissage tricycle escamotable, hélice à pas variable, revêtement très soigné des surfaces).
- La manifestation de Toussus a montré l’extraordinaire vitalité des constructeurs privés et l’effort de nos sociétés nationales. De remarquables réalisations peuvent en effet soutenir avantageuse-, ment la comparaison avec la production étrangère.
- Cependant, en France, nous sommes en difficulté sur plusieurs points : d’abord, la plupart des avions actuels sont à des prix beaucoup trop élevés que, seule, la construction en grande série permettrait de faire baisser (un triplace moderne de tourisme coûte 900 000 fr) ; ensuite,, nous manquons de bons moteurs de petite puissance et, sur ce point, nous avons un retard sérieux sur l’étranger ; enfin, les équipements (atterrisscurs, instruments de bord, etc.) sont à dés prix excessifs et coûtent souvent plus cher que la cellule proprement dite..'Nous devons donc porter nos efforts sur ces points. . **'
- Passons maintenant en revue les principaux appareils présentés, en commençant par les petits appareils monoplaces.
- Le Stark A. S. 70 est un monoplace très soigné do 45 ch à aile
- basse et cabine vitrée fermée ; vitesse de croisière de 185 km/h; vitesse d’atterrissage : 45 km/h; rayon d’action de 400 km ; poids total de 310 kg.
- Le Carmier, un petit appareil : monoplace en bois de 40 ch avec aile haute et cabine découverte ; vitesse de croisière : 144 km/h.
- Enfin, la S. E. C. A. T. présentait un monoplace biplan de 40 ch dont le poids total est inférieur à 400 kg.
- Dans la catégorie des biplaces d’entraînement et d’école, un grand nombre d’appareils étaient présentés, dont certains avaient déjà volé avant-guerre :
- Le Leopoldoff est un biplan bien connu sur les terrains aA*ant-guerre ; biplace d’école à double commande en tandem avec habitacle découvert, moteur de 75 ch ; vitesse de croisière : 150 km/h ; il atterrit à 45 km/h.
- Le Mauboussin est un monoplan à aile basse, biplace en tandem, équipé d’un moteur de 80 à 95 ch, lui donnant une vitesse do 160 km/h environ.
- La Société S. E. C. A. T. présentait un monoplan, aile haute, avec deux places côte à côte dans une cabine fermée, moteur de 75 ch.
- Le Stampe est d’origine belge, construit sous licence. C’est l’avion d’école par excellence, construit d’ailleurs en série par la Société nationale du Nord. Biplan extrêmement robuste particulièrement apte à l’acrobatie, il comporte deux places en tandem avec double commande ; un capotage opaque peut se fixer sur l’habitacle arrière pour l’entraînement au pilotage sans visibilité. Le moteur de 140 ch donne une vitesse de croisière de 170 km/h ; il atterrit à 70 km/h.
- Le Stark est un biplace côte à côte, conduite intérieure à ailes basses ; construction très soignée en bois ; le moteur de 75 ch lui donne une vitesse de croisière de 185 km/h ; son rayon d’action est de 800 km.
- L’Atalante est un monoplan en bois à aile haute, biplace côte
- Vue en coupe.
- (d’après Décollage).
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- Fig. 1. — Triplace de tourisme NORD 1200. — 2. Quadriplace de grand tourisme NORD 1101. — 3. Triplace de tourisme S. E. 2310. — 4. L’appareil de tourisme NORD 1201 (Serv. cinématog. de l’Air). — 5. Monoplace d’entrainement Morane-Saulnier M. S. 560. — 6. Biplace S. E. C. A. T. - S. 4 de 75 ch. — 7. Biplace d’école et de tourisme Atalante. — 8. Biplace d’école et d’acrobatie S. T. A. M. P. E.
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- à côte, conduite intérieure ; la cabine, vitrée sur tous les côtés donne une visibilité totale ; sa vitesse de croisière est de 170 km/h avec un rayon d’action de 700 km.
- L’Avianautic est également un monoplan à aile haute, conduite intérieure biplace dont la vitesse de croisière est de 115 km/h avec un moteur de 40 ch seulement ; c’est donc un avion très économique.
- Enfin, le Morane-Saulnier 560 est l’un des avions qui a produit la plus grosse impression ; c’est un monoplace très fin à aile basse, construction métallique, à atterrisseur tricycle escamotable ; avec un moteur de 75 ch, sa vitesse de croisière est de 20S km/h et son rayon d’action est remarquable : 1 000 km. Avec sa cabine profilée entièrement en plexiglass, il a la silhouette d’un chasseur moderne ; sa maniabilité a été démontrée à Toussus-le Noble par de remarquables acrobaties.
- Ne quittons pas cette catégorie sans mentionner un appareil peu orthodoxe, qui n’a d’ailleurs pu être présenté à temps : 1 ’Elytro-plan Lantres ; c’est un monoplan sans queue portant au-dessus de l’aile un mât vertical avec, à son extrémité, des volets dont l’ouverture assure le réglage de la stabilité ; le moteur de 90 ch entraîne une hélice propulsive arrière ; sa vitesse est de 208 km/h.
- risme du Ministère de l’Air. C’est un monoplan à aile surbaissée entièrement métallique ; sa cabine, complètement vitrée, contient trois places confortables ; son atterrisseur tricycle est escamotable. Il peut parcourir 830 km avec une vitesse de croisière de 230 km/h ; vitesse d’atterrissage : 80 km/h ; moteur de 140 ch ; envergure : 10,2 m ; longueur : 6,85 m ; poids total : 875 kg.
- Enfin, dans la catégorie des avions de grand tourisme, on voyait :
- Le Nord 1101, analogue dans ses grandes lignes, au Nord 1200
- Biplace d’école et de tourisme Max Holste 52.
- (Photo Ministère de l’Armement).
- Dans la classe des avions de tourisme de 140 ch environ, nous trouvons un grand nombre d’appareils :
- Le Paul Aubert est un monoplan à aile haute, conduite intérieure, de trois places ; sa vitesse est de 255 km/h.
- Le Guerchais Roche est un monoplan à aile basse, conduite intérieur biplace côte à côte, ayant une vitesse de 222 km/h et un rayon d’action de 1 100 km.
- Le Max Holste 52 est un avion de silhouette moderne entièrement métallique avec train tricycle fixe ; monoplan à aile surbaissée ; cabine biplace conduite intérieure ; sa vitesse est de 200 km/h.
- Morane-Saulnier présentait également le 570, biplace dérivé du type vu précédemment. Il est métallique avec atterrisseur tricycle escamotable ; sa vitesse de croisière est de 235 km/h et son rayon
- L’aile volante S. E. 2100.
- (Photo Ministère de l’Armement).
- d’action : 1 000 km ; son moteur de 140 ch entraîne une hélice à pas variable ; il a donc toutes les caractéristiques d’un avion moderne.
- Le S. 0 . 3050 de la Société nationale du Sud-Ouest est un biplace à aile basse, métallique, sa vitesse de croisière est de 215 km/h.
- La Société du Sud-Est présentait deux triplaces monoplan à aile basse, métalliques, très voisins : le S. E. 2300 a un train d’atterrissage classique ; le type S. E. 2310 a un train tricycle ; la vitesse de croisière est voisine de 200 km/h avec un moteur de 140 ch.
- Cette société présentait également un avion sans queue, le S. E. 2100 biplace, conduite intérieure métallique avec hélice arrière ; son rayon d’action est de 500 km et sa vitesse maximum de 230 km/h ; cet appareil représente un effort remarquable vers une solution nouvelle.
- De tous les appareils présentés, c’est peut-être à la Société nationale du Nord que revient le plus bel avion exposé : le N. 1200, qui a d’ailleurs été classé premier au concours des avions de tou-
- qui en dérive ; il a quatre places confortables dans une cabine fermée très claire ; son moteur de 220 ch entraîne une hélice à pas variable ; il est particulièrement bien équipé en instruments de contrôle et de navigation. Il peut parcourir 1 200 km à la vitesse de croisière remarquable de 270 km/h ; consommation : 20 1 aux 100 km ; c’est par excellence l’avion de grand tourisme et d’affaires ; son prix sera malheureusement assez élevé tant qu’il ne sera pas construit en série.
- Le S. U. C. 10, produit par la S. E. C. A. N. est d’une conception intéressante et très soignée : l’aile haute est située à la partie arrière d’une très spacieuse cabine contenant largement quatre places ; le moteur de 220 ch situé à l’arrière entraîne une hélice propulsive tournant entre les deux poutres supportant l’empen-nage double ; l’atterrisseur est tricycle, fixe; vitesse de croisière : 245 km/h ; rayon d’action : 1 000 km avec quatre passagers et leurs bagages’
- Enfin, un hydravion de tourisme et de liaison, le S. C. A. N. 20 a été présenté en vol ; c’est un appareil à coque, avec ballonnets latéraux ; construction en bois ; le moteur de 350 ch est 6itué au-dessus de la cabine fermée contenant quatre passagers et entraîne une hélice arrière ; sa vitesse de croisière est de 200 km/h et son rayon d’action : 1 000 km.
- Pour terminer cet exposé sur nos avions de tourisme, signalons les principaux moteurs employés, tous refroidis par air :
- Moteurs : Train : 40 et 75 ch ; Renault : 140 et 220 ch ; Salm-son : 80 ch ; Mathis : 100 et 220 ch ; Bearn : 350 ch ; Regnier : 75, 90 et 140 ch ; Ford, Y8 : 90 ch.
- Au cours de la présentation de Toussus, les spectateurs ont pu assister également à des vols de planeurs remorqués par des Fie-seler, puis lâchés en altitude. Parmi ceux-ci, pour les monoplaces : les Guerchais-Roche, les Castel-Mauboussin et le planeur aile volante Fauvel. Pour les biplaces, à double commande : le C 800 de la Société nationale du Nord et le P. M. 200 de la Société du Sud-Est.
- En conclusion, cette présentation montre que le tourisme aérien français peut prendre son essor, à condition d’envisager sérieusement la construction en série du meilleur appareil de chaque catégorie et de développer les aéro-clubs et leurs terrains. Nous souhaitons voir bientôt de nombreux Français utiliser l’avion avec autant de facilité et de sécurité qu’une voiture de tourisme.
- Déjà, des services de taxis aériens à la demande viennent d’être créés, pour desservir n’importe quelle région de France.
- Ph. Poisson-Quinton,
- Ingénieur à l’Institut aérotechnique de Saint-Cyr.
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- La suppression du câblage des radio-récepteurs
- par l'impression des circuits
- Voici une invention qui promet de révolutionner toute la technique de la radio et des circuits dits « à courants faibles ». On sait que ces circuits consistent essentiellement en un certain nombre de pièces détachées, montées sur un châssis, et reliées entre elles au moyen de fils de cuivre, l’ensemble de ces conducteurs constituant ce qu’on nomme le « câblage » du poste. C’est ce câblage que supprime l’invention nouvelle, en même temps qu’un certain nombre de pièces détachées, toutes les résistances et quelques bobines. Car l’invention consiste précisément à remplacer le montage des circuits dans l’espace à trois dimensions, par l'impression de ces mêmes circuits sur une plaque isolante, exactement comme on imprime un livre ou, plus exactement, un schéma de montage sur une feuille de papier.
- *
- * *
- Origine de l’invention. — On peut se demander comment a pu germer dans le cerveau des inventeurs l’idée de remplacer le câblage par une impression. C’est tout simplement à l’occasion de la mise au point de la fusée-radar, de ce fameux « obus de proximité » qui nécessitait l’inclusion d’un petit poste émetteur-récepteur de T. S. F. dans un espace extrêmement réduit. Ce poste devait, par ailleurs, présenter une solidité à toute épreuve pour supporter, au départ de l’obus, une accélération égale à 10 000 fois celle de la pesanteur !
- La collaboration de Cledo Brunetti, du Bureau of Standards de Washington, et de S. Khouri, de la Centralab Division de la Globe Union de Milwaukee", a permis de réaliser ces montages minuscules, si petits qu’un poste émetteur-récepteur complet tiendrait dans une lampe de T. S. F. ordinaire, une 6L6 par exemple.
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- Montages lilliputiens. — Tout le montage tient sur une petite plaquette de céramique mesurant quelques centimètres dans sa plus grande dimension. Voici comment l’on procède. On commence par imprimer au pochoir le circuit sur la plaquette en utilisant une peinture conductrice à l’argent. Puis, à l’aide de « caches » spéciaux, on imprime les résistances, au moyen d’une autre peinture à base de carbone et de résine, qui recouvre légèrement les bouts des connexions argentées. Ensuite on met en place les capacités, constituées par de minuscules disques de céramique argentée. Enfin, on soude les autres pièces détachées, lampes et autres, en se servant des trous ménagés à cet effet. Il s’agit, bien entendu, de lampes dites « subminiatures », mesurant 25 mm de long !
- La figure 1 donne une idée du montage amplificateur à deux lampes réalisé sous une forme extrêmement compacte. La courbe de réponse est la même que celle d’un amplificateur ordinaire, ce qui est naturel, le montage ayant les mêmes caractéristiques électriques, sinon dimensionnelles. L’intérêt du procédé est encore plus net pour les montages à haute fréquence que pour ceux à basse fréquence.
- Les avantages de ces circuits sont multiples. D’abord la réduction de l’encombrement, ensuite la robustesse et enfin la régularité de la fabrication, exactement la même que celle de l’impression typographique. Il s’ensuit que les divers exemplaires sont rigoureusement conformes au prototype. Ceci permet la fabri-
- cation en grande série, et donne de grandes facilités pour la vérification et la réparation des circuits.
- Grâce à l’impression, on économise tout le temps employé normalement à la préparation des fils de câblage, leur coupage à la longueur, la formation des cosses, leur mise en place, leur soudure sur les pièces détachées. Réduit à deux dimensions, le circuit se laisse facilement tracer et il est commode à réparer. Si, par hasard, l’un de ses éléments est endommagé, il est facile de le remplacer par un élément conventionnel de même valeur, qu’on soude à sa place sur les conducteurs argentés, après avoir pris soin de couper par grattage l’ancienne connexion.
- Fabrication de la plaquette. — La plaquette de céramique est obtenue par moulage sous pression, séchage et cuisson au four jusqu’à vitrification. La substance, une stéatite, est consti-
- : 10000
- 200 300
- CK 505 AX
- VCK 505 AX
- Sortie
- Entrée
- 2000 pF
- + 1,5 V
- Fig. 1. — Schéma du circuit imprimé sur une plaque de céramique t
- amplificateur BF à deux lampes subminiatures CKSOSÂX.
- Au-dessus, la. courbe de réponse du montage.
- tuée par un mélange de talc de haute qualité, de kaolin, de liants organiques et de fondants appropriés. Le moulage est opéré à sec ou à partir de la pâte humide, ce dernier procédé étant réservé au cas des pièces plus complexes. On opère sous la pression de 100 à 300 kg : cm2 pour la pâte humide, de 1 à 2 t : cm2 pour la pâte sèche. Les pièces moulées sont enduites d’un émail et traitées au four à tunnel qui les porte à 1 300° C. On obtient ainsi une pièce aussi dure que le saphir et qui ne peut plus être travaillée qu'exceptionnellement avec une roue à diamants ou une meule de carborundum.
- Conducteurs en argent. — Les conducteurs sont des bandes d’argent métallique déposées sur la céramique. A cet effet, on emploie une peinture ou une pâte dans laquelle les particules d’argent ou d’oxyde d’argent sont dispersées dans un liquide convenable. Pour que l’impression tienne, il est nécessaire que la plaque de céramique soit parfaitement propre, sans graisse, ni poussière, ni maculage d’aucune sorte.
- Impression. — L’impression des circuits est obtenue en faisant filtrer la peinture à l’argent à travers les mailles d’un tissu de soie partiellement obturé, de manière à ne réserver que les parties correspondant au dessin des conducteurs. La couche d’argent ainsi
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- déposée -est mince et uniforme ; elle consomme peu de substance. La reproduction est d’autant plus correcte et les tolérances d’autant plus strictes que la finesse' des mailles est plus grande.
- La soie est tendue sur un cadre de'bois, comme l’indique la figure 2. On la recouvre de gélatine ou d’un collodion polyviny-lique, qui est rendu photosensible grâce à une couche de bichromate de potasse.
- On expose à la lumière le schéma tout contre l’écran de soie sensibilisé, puis on lave à l’eau. Les parties de la couche sensible exposées à la lumière deviennent insolubles, les autres
- disparaissent au lavage, laissant le schéma des conducteurs à décalquer.
- Sur la ligure 3, on aperçoit le câblage de l’amplificateur, prêt pour l’impression : la partie supérieure correspond au recto de la plaquette, la partie inférieure au verso.
- Pour l’impression, la céramique est placée contre l’écran de soie, sur le fond du cadre. On verse la pâte à l’une des extrémités de la surface supérieure de l’écran, puis on étale la peinture au moyen d’une barre de néoprène, qui l’oblige à filtrer à travers les mailles et à se déposer sur la céramique en y décalquant le schéma.
- Après impression, la céramique est cuite au four à 700° ou S00° C, température à laquelle le solvant est détruit, l’argent adhérant à la céramique avec une tension de 250 kg : cm2. Les conducteurs ont l’aspect terne et la couleur de l’argent métallique.
- Bobinages. — On ne peut, par l’impression, reproduire de grosses bobines, mais on arrive très bien à imprimer des bobines de faible inductance, telles que celles pour ondes courtes, en les dessinant sous forme de spirale plate. Elles viennent alors à l’impression aussi bien que les conducteurs et en même temps qu’eux. La qualité de ces bobines peut atteindre 150 à 200 et même plus.
- Résistances. — Les résistances sont également imprimées par un procédé analogue. A cet effet, on prépare une peinture au carbone, avec substance inerte de remplissage et liant. Cette peinture est déposée sur la céramique au moyen d’un cache qui ménage les emplacements réservés aux résistances avec la stricte observation des dimensions. En faisant varier les proportions des ingrédients, on arrive à constituer des résistances de 3 ohms à 200 mégohms. Pendant l’opération le cache adhère à la céramique. Ensuite on sèche à l’air, on enlève le cache et la plaque est portée à 150° G pendant quelques heures. La protection contre l’humidité et les agents atmosphériques est obtenue ensuite par un recouvrement de résine. Ces résistances sont très stables dans le temps. Leur variation est de moins de 5 ohms pour 10 mégohms lorsqu’on les expose 100 heures à 95 pour 100 d’humidité. Elles reprennent d’ailleurs, après séchage, leur valeur originelle.
- Capacités. — Les condensateurs sont réalisés sous forme de petits disques en céramique. La valeur de la capacité dépend de la constante diélectrique, de l’épaisseur de la pastille , et de . la surface de l’argenture. En o utilisant des pâtes au bioxyde de titane, on arrive à porter la constante diélectrique jusqu’à 1 000 et 2 000 pF. Des essais actuels permettent d’espérer des valeurs plus élevées. On fabrique ainsi couramment des capacités de 3 à 9 mm de diamètre et de 0,5 à 1 mm d’épaisseur, ayant des valeurs de 6 à 2 000 pF, '
- Soudure. — Pour souder les connexions des pièces détachées aux conducteurs argentés, on emploie une soudure contenant 2 pour 100 d’argent, ce qui évite l’absorption de l’argent par la céramique pendant l’opération. La soudure des capacités est effectuée avec une soudure au bismuth à très basse température, pour éviter la fracture de la céramique sous l’effet de la chaleur.
- Les variations de valeur des éléments imprimés et des capacités sont faibles, inférieures à celles des montages conventionnels.
- Lampes. — Les lampes convenant à ces montages sur céramique sont des tubes du type « subminiature » d’environ 25 mm de longueur, très robustes et d’un bon rendement. Dans cette série de tubes, on trouve une penthode amplificatrice (CK505AX), une penthode de sortie (CK503AX), des penthodes blindées HF (2E31, 2E32), des diodes-penthodes (2E41, LE42), des triodes-heptodes (2G21, 2G22), et une triode amplificatrice de tension (CK509AX). Ces lampes sont chauffées par des courants de 30 à 50 mA sous tension de 0,6 à 1,25 Y. Leur tension anodique et d’écran est de 22 à 45 V ; leur résistance anodique de 120 000 ohms à 1 mégohm ; leur courant anodique de 0,15 à 1,25 mA.
- *•
- x- *
- Avantages et utilisations du procédé.
- Ce procédé d’impression des circuits est très intéressant. Il présente l’avantage de la petitesse, de la compacité, de la réduction d’encombrement, de la robustesse.
- On peut ainsi imprimer des amplificateurs, des filtres et toutes sortes de circuits électroniques. Les éléments de circuits fabriqués peuvent être facilement introduits, à l’aide de fiches et de jacks, dans un moulage quelconque, pour former partie intégrante de l’ensemble! Le remplacement de ces éléments est aussi simple que celui d’une lampe électronique. La garantie offerte par de tels montages est plus grande que celle présentée par un câblage quelconque, étant donné la facilité de modifier un câblage à fils, facilité qui est exclue des montages imprimés. Cependant, il reste que si l’un des éléments de ces montages est hors d’usage, on peut facilement le mettre hors circuit et le remplacer par un élément usuel de même valeur, capacité ou résistance, dont les connexions seront soudées aux conducteurs d’argent métallique.
- Il apparaît que les circuits imprimés jouent un rôle très intéressant, notamment pour les postes et appareils de très petites dimensions. C’est ainsi qu’ils trouveront leur application aux radiorécepteurs de poche, aux postes « subminiatures », aux téléphones indi- Fig. 3. Aspect recto et verso du
- patron servant a ltmpresston viduels, aux appareils contre du câbiage
- sur la plaquette de
- la surdité. On imagine les céramique.
- multiples applications de ces
- circuits lilliputiens, qui peuvent puissamment contribuer au développement de l’électronique.
- Michel Adam, Ingénieur E. S. E.
- Fig. 2. — Cadre de bois sur le fond duquel est tendue la soierie batikée où ont été ménagées photographiquement les surfaces correspondant aux conducteurs argentés à imprimer sur la céramique.
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- 183
- LES PROGRÈS RÉCENTS
- (Suite) (l)
- DE LA VERRERIE
- Quelques précisions essentielles sur la structure, la composition chimique et les propriétés des verres.
- Dans ce qui suit, il est bien entendu que l’on doit comprendre sous le nom de verre non seulement le verre blanc de la gobeleterie commune mais aussi le cristal des glaces et de. la gobeleterie fine, les verres d’optique et du matéi-iel de laboratoire, les verres pyrex, le verre de quartz ou de silice, etc.
- On admet qu’à l’état parfaitement liquide et à l’état plastique, de môme qu’à l’état solide, le verre blanc de la gobeleterie ordinaire est formé de polysilicates alcalino-terreux (constituant «) qui sont des colloïdes, donc amorphes, et d’un polv-silicate alcalin (constituant (3) qui est cristallisé, celui-ci ayant dissous a dans le verre liquide ; a forme la partie colloïdale réticulaire du tout. Cela est vrai non seulement pour les états liquide et plastique, dans lesquels il n’y a, par suite, qu’une seule phase, mais aussi pour l’état solide, car alors on a affaire à une solution solide colloïdale sursaturée ; elle est d’ailleurs assez stable, et pratiquement parfaitement stable si on a pris la précaution de recuire le verre solide pour empêcher à la fois, et les effets de sa trempe, c’est-à-dii’e sa fragilité, par suite d’un refroidissement trop rapide, et sa dévitrificalion, c’est-à-dire la destruction de la sursaturation, qui se traduit par la formation des cristaux de silicates alcalins, ce qui fait disparaître peu à peu la transparence du verre et cela jusqu’à complète opacité (porcelaine de Réaumur). -
- Tous les verres autres que le verre blanc ordinaire ont une composition chimique qui ne diffère de la sienne que par la substitution, totale ou partielle, à la chaux, d’un ou de plusieurs autres oxydes basiques de' métaux bivalents comme la magnésie, l’oxyde de zinc, les oxydes plombeux PbO, ferreux FeO ou manganeux MnO. De même, à la silice peuvent se substituer, mais en partie seulement, l’alumine, l’acide borique B203, l’acide pliosphorique P205. Le verre renferme alors des sels complexes, qui sont des aluminosilicales, des borosilicales (pyrex) et des pliosphosilicates.
- Pour diverses raisons, tous les corps simples qui composent les verres peuvent être introduits, et le sont très souvent, dans les creusets (pots) ou dans les fours à bassin où s’effectuent d’abord les réactions entre les matières vitrifiables — leur ensemble est la « composition » — puis la fusion (1 2), sous une forme très différente de celle qu’ils auront dans le verre cuit ; par exemple, à l’état de carbonate, de sulfate, de chlorure, d’oxydes supérieurs (minium pour le plomb ; bioxyde pour le manganèse, le savon des verriers (3), et même d’hydrate. Mais, comme à la haute température à laquelle on cuit, les silicates,
- 1. Voir La Nature dos 15 avril et 15 mai 1946.
- 2. L’ensemble de ces réactions et de la fusion porte le nom de cuisson.
- 3. Ainsi appelé parce qu’il confère au verre une couleur rouge qui est complémentaire du vert bouteille très foncé que confère l’oxvde ferreux provenant de sables impurs ; il blanchit donc le verre. C’est le cas poux-la gobeleterie commune dite en vem blanc ; mais il arrive souvent que pour èlre sûr d’introduii-e assez de ce savon dans la « composition », on en mette un peu trop : le verre blanc est alors légèrement teinté en rose par l’excès de manganèse. Ce n’est jamais le cas pour la gobeleterie fine eix cristal, dans la composition duquel n’entrent que des produits vitrifiables purs, exempts de fer.
- aluminalcs, borates et phosphates sont seuls stables, les oxydes acides instables ou volatils, tels que les acides sulfurique et carbonique, le chlore et, le cas échéant, l’oxygène en excédent s’il s’agit d’oxydes supérieurs, voire l’eau, s’il s’agit d’hydrates ou de sels hydratés, ces corps se dégagent et sont éliminés. Ils peuvent d’ailleurs jouer un rôle bienfaisant même s’ils sont chimiquement inertes car, en se dégageant, ils brassent le verre fondu,' ce qui le rend plus homogène, et ils en facilitent la « cuisson ». Il en est de même pour certains corps, comme le spath fluor et la cryolithe, fluorure double de sodium et d’aluminium, qui sont ajoutés à la « composition », simplement en vue « d’affiner » le verre ou de le rendre plus fluide.
- Enfin, par l’addilion, généralement en très petite quantité, de certains corps comme le bioxyde d’étain, le phosphate de chaux, et, depuis peu, le bioxyde de césium ou de cérium, on peut, soit opacifier les verres et obtenir des émaux comparables aux couvertes et aux glaçures des produits céramiques, soit les colorer sans qu’ils perdent leur transparence. La coloration conférée aux verres par les oxydes ou sels des différents métaux est indiquée dans tous les traités de chimie analytique.
- Les fabricants ne donnent pas toujours la formule de la « composition » qui leur a permis de préparer un verre nouveau et de qualités exceptionnelles ; autrefois, cette composition était toujours tenue secrète. L’analyse du verre nouveau, une fois façonné, ne renseigne guère sur la « composition »; cependant, il est rare que sa formule soit indifférente ; on en connaît actuellement plusieurs milliers toutes justifiées ! Mais, si le fabricant cherche à garder secrète sa formule aussi longtemps que possible, cela, à l’inverse d’autrefois, ne peut plus durer longtemps : grâce aux connaissances scientifiques acquises sur le verre et aux moyens puissants dont on dispose maintenant dans les laboratoires, on réussit presque à coup sur et assez vite à démarquer un verre donné; ce n’est qu’une question de patience et de méthode; mais c’est un problème autrement difficile que d’imaginer ensuite le procédé qui a permis d’obtenir l’objet façonné qu’on veut reproduire.
- On est cependant aidé dans cette recherche car on dispose aujourd’hui d’un moyen assez commode :
- i° de représenter les verres des différents types, c’est-à-dire qui possèdent les propriétés physiques, chimiques et mécaniques exigées par leur fabrication ou leur destination ;
- 2° de conserver constantes ces propriétés, si on est obligé de changer de matières premières ou de les modifier ;
- 3° de modifier ces constantes dans un sens donné.
- Sur deux axes de coordonnées rectangulaires Ox et Oy (fig. i),
- Figr. 1. — Construction du triangle indicatif d’un verre.
- Sur deux axes de cooi'données rectangulaires Ox et Oy, on porte en OA une longueur proportionnelle à la teneur du verre en polysilicate alcalino-teri-eux, et en OB et OC, des longueurs proportionnelles à la teneur des silicates alcalins et de l’alumine qui est dans le verre à l’état de silico-alumi-nate de sodium. Le triangle ABC est le triangle indicatif.
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- on porte à la même échelle : en OA, une longueur proportionnelle au pourcentage du polysilicate alcalino-terreux (constituant a) dans le verre et, en OB et OC, des longueurs proportionnelles respectivement au pourcentage des silicates alcalins (constituant (3) et au pourcentage de l’alumine qui est dans le verre sous la forme de silico-aluminate de sodium. On joint AB et AC; on obtient ainsi un triangle ABC dont la forme et les dimensions renseignent sur la composition chimique du verre et, par suite, dans une certaine mesure, sur la cc composition ».
- Triangles indicatifs de quelques verres.
- Fig. 2.
- Ils sont à la même échelle que le triangle ABC de la figure
- Pour le verre à vitre fabriqué mécaniquement par le procédé Fourcault, on a le triangle indicatif b (fig. 2) ; pour les glaces, on a le triangle c; et pour le verre à bouteilles fabriquées mécaniquement par le procédé Roirant, le triangle d. Ce dernier diffère notablement des triangles e (procédé Owens) et / (procédé Manuel), deux autres procédés de fabrication mécanique des bouteilles. '
- On sait en outre que tel oxyde, basique ou acide, entre certaines limites, confère telle ou telle propriété au verre; enfin, on connaît les règles d’équivalence entre les oxydes basiques, potasse, soude, chaux, magnésie, oxyde plombeux, ferreux ou manganeux, grâce auxquelles les propriétés essentielles du verre sont conservées. Il en est de même pour les oxydes acides. On sait, par suite, dans quel sens il faut modifier les pourcentages si on substitue un oxyde basique ou acide à un autre pour obtenir un triangle identique à celui d’un verre qui a donné satisfaction ou pour modifier ses propriétés dans un sens voulu. On peut ainsi résoudre assez bien tous les problèmes posés par un verre nouveau qu’on veut reproduire, même si sa cc composition » est très complexe.
- On sait, par exemple, que la prédominance des silicates alcalins diminue la résistance à l’eau liquide ou à l’état de vapeur, froide ou chaude, aux intempéries par conséquent:; mais, comme ces verres sont très fusibles, ce sont ceux-là que les anciens, moins puissamment outillés que nous, cuisaient de préférence ; et c’est pour cela que certains vitraux anciens se sont dépolis, opacifiés ou dévitrifiés, que les tessons de verre trouvés dans les ruines ou dans les vieux décombres sont presque toujours devenus opaques, et même sont parfois en partie ou complètement dévitrifiés.
- Le cacholongf superficiel ou à cœur, des outils préhistoriques en silex taillé (paléolithique) ou poli (néolithique) est dû à la même cause, l’action des intempéries s’étant exercée ici pendant des centaines de millénaires sur le silex. D’ailleurs, ce que les préhistoriens appellent silex et le quartz lui-même ne sont pas toujours de la silice pure ; c’est quelquefois aussi une obsidienne, c’est-à-dire un verre naturel, d’origine plutonienne. La silice pure est aussi le siège, quoique beaucoup plus lentement, des mêmes transformations que les silicates des verres.
- On sait encore que, plus le verre est riche en silice, mieux il résiste aux agents chimiques acides, et plus aussi il est transparent pour les rayons ultra-violets et infra-rouges, ou à d’autres radiations désirables comme le jaune, d’où la fabrication de tubes lumineux à vapeur de mercure selon Cowper-Hewitt, au néon selon Georges Claude, pour enseignes lumineuses, et leur association pour obtenir une lumière blanche, comparable à celle du jour et non jaune comme celle que donnent presque toutes les autres sources de lumière artificielle.
- Au contraire, les lampes à vapeur de sodium émettent une lumière jaune qui favorise la perception des contrastes, des lumières et des ombres, d’où l’emploi de ces lampes pour éclairer de nuit les grandes routes fréquentées par les camions automobiles.
- L’alumine est prise spécialement en considération dans l’établissement des triangles indicatifs précités, car son rôle peut être, ou celui d’un oxyde acide, comme dans les aluminates, ou celui d’un borate basique, comme dans les silicates, borates et phosphates. En général, plus la teneur en alumine est élevée mieux le verre résiste aux agents chimiques et aux actions mécaniques, mieux aussi il conduit la chaleur, et moins il est sensible aux variations brusques de la température; c’est l’alumine qui prédomine dans le verre du matériel de laboratoire, dit verre de Bohême, mais qui, en réalité, fut découvert fortuitement en Thuringe, par suite du passage dans le verre fondu d’une partie de l’alumine de l’argile des pots qui le contenaient. Appert entrevit le double rôle joué par l’alumine, mais n’en put tirer tout le parti possible.
- Ce qui précède montre qu’on ait pu songer à fabriquer du verre avec le laitier de haut fourneau. Ce laitier, qui est surabondant et avec lequel on ne peut guère fabriquer que du ciment dit de laitier, inférieur d’ailleurs au portland pour certains travaux, renferme en effet de la silice, de la chaux et de l’alumine, dont la présence est avantageuse s’il n’y ën a pas trop ; mais il renferme aussi du soufre et du fer qui sont nuisibles. On fait un mélange de laitier granulé, de sable siliceux auquel on ajoute de petites quantités de carbonate de soude anhydre et de sulfate de soude hydraté, tous deux indispensables pour faciliter la fusion et affiner le verre. Pour éliminer le soufre et le fer, on ajoute au mélange environ 1 pour xoo d’acide arsénieux As203, qui, lors de la fusion, transforme le soufre en trisulfure et en penlasulfure d’arsenic qui sont volatils, et fait passer les composés ferreux très colorés (vert boro-teille) à l’état de composés ferriques qui colorent très légèrement le verre en un rouge orangé très pâle et presque imperceptible.
- Si les proportions des composants du mélange sont bien choisies, le verre qu’on obtient est parfaitement transparent; il est presque incolore ou à peine coloré en vert; ses propriétés sont comparables à celles du verre blanc ordinaire et, dans certains cas, peuvent même leur être supérieures; c’est ainsi qu’il se prête à la fabrication d’un verre de laboratoire excellent.
- Les résultats des essais exécutés au laboratoire en iq3i par M. C. A. Basore, de l’Institut polytechnique de l’Alabama (États-Unis), qui a suggéré cette utilisation du laitier de haut fourneau, ont été confirmés en usine.
- Les verriers d’il y a plus de cinquante ans étaient loin de se douter de tout cela; aussi ne réussissaient-ils à résoudre des problèmes comme ceux que nous avons cités qu'après des essais et des tâtonnements longs, pénibles, nombreux... et fort coûteux. Cette manière de travailler devint impossible quand l’usage des objets de verre se généralisa, cessa d’être un luxe, et qu’il fallut produire par grandes quantités.
- b, verre à vitre fabriqué en nappe par le procédé Fourcault ; — c, verre à glaces ; — d, verre à bouteilles fabriquées mécaniquement par le provédé Roirant ; — e et /, verres à bouteilles fabriquées mécaniquement par les procédés Owens et Manuel.
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- Conséquences pratiques de la structure des verres.
- Les alchimistes expliquaient les caractères particuliers des verres par l’existence d’un « principe vitrifiable ». C’est Ber-thollet (1748-1822) qui, le premier, émit sur leur nature une opinion fondée. Voici comment il s’exprime dans sa Statique chimique (i8o3) : « Les substances qui se vitrifient se combi-« nent aussi en toutes proportions jusqu’au terme où l’insolu-« bilité de quelques-unes et le degré de température mettent « un obstacle à cette dissolution qui est uniforme et transpa-« rente et qui, par conséquent, a tous les caractères d’une com-« binaison chimique où toutes les propriétés sont devenues « communes ».
- Bien que Berthollet s’exprimât généralement avec précision et clarté, nous n’avons reproduit ce galimatias, absolument incompréhensible aujourd’hui, que pour montrer combien facilement le terrain que lui offrait la grande complexité des verres se prêtait à combattre les idées de Proust sur la constance des proportions des corps simples qui entrent dans une même combinaison chimique, constance qui est l’objet de la seconde loi pondérale de la chimie moderne (x) et qui porte son nom. Berthollet, après une longue discussion, très courtoise d’ailleurs, avec Proust, finit par adhérer à ses idées, mais il reste quelque chose des siennes dans le texte que nous avons cité. Déjà, en 1785, il avait abjuré solennellement, en séance publique de l’Académie des Sciences, dont il était membre, son erreur en ce qui concerne la théorie de Lavoisier sur la combustion.
- Nous passerons sous silence toutes les théories qui ont été émises sur la structure des verres pour expliquer leurs propriétés ; la théorie d’aujourd’hui paraît parfaitement établie. Malheureusement, elle est un peu compliquée et elle appelle de nouvelles explications.
- Comme on l’a vu, le verre est une gelée, un gej,, qui, comme la gélatine, fond à son second point de transformation T2 (fig. 3) en se dépolymérisant, ce qui lui fait perdre sa viscosité; il est alors très fluide et peut être considéré comme étant véritablement liquide. Au-dessous, dans la phase plastique, entre T2 et le premier point de transformation T*, on a affaire à une solution colloïdale, homogène, d’un des constituants, a, dans l’autre, (3. Cette solution est très visqueuse et sa viscosité augmente quand la température s’abaisse en passant de T2 à Tj. Enfin, au-dessous de Tx, c’est-à-idire à l’état solide, on a affaire à une solution solide sursaturée (1 2), homogène aussi, mais qui présente encore une très grande viscosité et, par suite, n’est pas parfaitement stable. C’est ainsi que, à une température assez basse, mais dans le domaine de la trempe, la viscosité n’a pas totalement disparu et que le verre solide ne peut être considéré comme vraiment stable qu’au bout de plusieurs jours; d’où une des raisons de la nécessité du recuit.
- Tx doit être considéré comme étant le point de cristallisation du polysilicate alcalin |3, et, quand la température s’élève de Tj à L, il y a dissolution et dégradation progressives des polysilicates des métaux bivalents (alcalino-terreux et autres, constituant a) jusqu’en T2, car ce sont des colloïdes.
- Ce qui précède explique deux pratiques très anciennes :
- 1. Ces lois — la première est celle de Lavoisier sur l’indestructibilité de la matière — cessent d’être vraies en chimie nucléaire, puisque lorsqu’il y a désintégration ou transmutation des atomes, de la matière est anéantie et transformée en énergie. Pratiquement, cependant, ces lois pondérales restent vraies, même en chimie analytique ordinaire,
- 2. Et non à un liquide surfondu, comme il est dit dans presque tous les ouvrages, même scientifiques, et en contradiction avec le reste du texte. Il est fort probable que les auteurs de ces ouvrages ont été influencés par le vocabulaire des anciens verriers, vocabulaire qui est toujours en usage. Les solutions solides sursaturées se présentent fréquemment dans les alliages métalliques, d’où la nécessité de les recuire, comme le verre, pour leur conférer la stabilité que la trempe leur a fait perdre.
- i° On ne cueille pas la paraison dans le pot et on ne travaille pas le verre aussitôt après que la cuisson des matières vitrifia-bles est terminée; on attend que le verre, bien que déjà cuit, c’est-à-dire plastique, soit mûr et se prête à son travail (*) ;
- 20 Autant que faire se peut, on introduit, dans la « composition », du verre cassé (groisîl), c’est-ià-dire des chutes et déchets provenant du travail et du débitage du verre solide, et autant que possible, du même verre que celui qu’on obtiendra ; ainsi on abrège à la fois la cuisson et le mûrissement.
- De toutes les propriétés du verre, c’est pratiquement, pour son travail à l’état plastique, la viscosité qui importe le plus; mais, bien que sur la figure 3, pour la simplicité de l’exposé, on n’ait envisagé que la dilatation thermique, l’allure de la variation de la grandeur des autres propriétés (élasticité, tension superficielle, chaleur spécifique, conductivités électrique et calorifique, dureté, résistance à la traction et à la compression) change brusquement aussi aux points Tx et T2. C’est ainsi que la densité du verre solide peut varier pendant des mois, ce qui se traduit par la rétrogradation du zéro dans les thermomètres à liquide. La viscosité, qui est voisine de io13 poises près de
- Tj p| Température?
- Fig:. 3. — Les trois états du verre ; variation de la dilatation linéaire en fonction de la température.
- Tj et T2, les deux points de transformation du verre ; — TjT,,, palier de fusion ; — palier de travail du verre à l’état plastique.
- T19 peut s’élever à 3 x io15 poises dans le veiTe solide, avant qu’il ne soit complètement stabilisé, soit au bout de plusieurs mois et même d’années.
- L’influence de la température sur la vitesse d’évolution des verres a un intérêt pratique; ainsi leur recuisson, qui a pour objet de faire disparaître les effets de la trempe, donne le même résultat final si on opère vite à température élevée que si on opère lentement à température plus basse.
- On conçoit donc aisément que, pour bien travailler le verre, et à coup sûr, il serait commode de connaître exactement T2 et surtout T1( mais c’est assez difficile, bien que, maintenant, on sache mesurer les hautes températures avec une très grande précision. Voici pourquoi :
- i° les points et T2 ne sont pas à l’intersection de la droite CD (état plastique) et des droites AB (état solide) et EF (état liquide), car ces droites se raccordent par des courbes, indiquées en trait interrompu sur la figure 3.
- 1. En céramique, un mûrissement du même genre, inexplicable encore il y a cinquante ans, est indispensable aussi pour que la pâte qui sera ensuite moulée, acquière une plasticité suffisante afin de pouvoir être moulée, puis séchée et cuite sans se fissurer par suite du retrait au séchage et à la cuisson. Après un dernier malaxage, la pâte est mise en pains, qui doivent mûrir dans des caves, et d’autant plus longtemps que la pâte est plus difficile à travailler et que l’objet en céramique sera plus fin. Ce mûrissement ressortit aussi à la chimie des colloïdes.
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- Fig. 4. — Polisseuse de glaces américaine, à SO polissoirs et de 120 m de longueur.
- (Photo Life).
- 2° la viscosité, par exemple, ne dépend pas seulement de la température, mais aussi de l’état antérieur; elle n’est pas la même à une même température G si on l’atteint par une élévation ou un abaissement de la température (relaxation) ;
- 3° la viscosité à la même température 0 dépend aussi de la vitesse à laquelle elle a été atteinte (gradient).
- Pratiquement et faute de mieux, on adopte pour T1 et T2 les points de rencontre de CD respectivement avec AB et EF (x).
- L’existence des points de transformation et T2 a été confirmée récemment par M. O. Samsoen et P. Mondain-Monval qui, notamment, ont pu déterminer Tx très exactement pour de nombreux gels, organiques ou minéraux, de nature et de caractère très différents, dont plusieurs silicates et polysilicates. On est donc fondé à admettre que les deux points de transformation existent bien pour tous les gels et, par suite, pour les corps vitreux.
- Outillage et matériel des verreries et des giaceries modernes.
- Fours à cuire. — Il y a moins de cent ans, la plupart des fours étaient peu différents des fours circulaires chauffés au bois et à pots tronconiques décrits par Agricola ; ces pots étaient ouverts en haut, disposés en cercle, chacun en face d’un
- 1. En réalité, pour presque toutes les propriétés, notamment la viscosité, AB et EF ne sont pas des droites — CD, d’ailleurs très courte, l’est sensiblement — mais des paraboles du second et même du troisième degré, et c’est sur la tangente à ces paraboles aux. points B et E qu’on prend le point de rencontre avec CD.
- ouvreau devant lequel l’ouvrier cueillait la paraison avec sa canne. Un premier progrès a été l’apparition du four Boétius, circulaire aussi,’ mais conçu pour économiser le combustible. Il s’est prêté facilement au chauffage au charbon ; mais pour éviter que la « composition » puis le verre fondu contenu dans les pots ne fussent souillés par les cendres du charbon entraînées par les fumées, les pois reçurent une nouvelle forme, qu’ils ont conservée, et qui est plus rationnelle car leur ouverture, est latérale et débouche dans l’ouvreau même; de plus, l’ouvrier est ainsi soustrait à la réverbération et aux « coups de feu », cpii, ici, sont à la fois un coup de soleil (rayons violets et ultra-violets) et un coup de chaleur (rayons infra-rouges).
- Un second perfectionnement a été l’adoption des gazogènes Siemens, dans lesquels seuls des gaz chauds, débarrassés de poussière, étaient en contact avec le seul parement extérieur des pots ; les fours consommaient ainsi beaucoup moins de charbon, car la chaleur des fumées était récupérée dans des empilages de briques réfractaires où l’air comburant était chauffé avant de brûler le gaz du gazogène; en même temps, ils retenaient les poussières. Les premiers gazogènes Siemens furent même conçus pour la verrerie; depuis, ils ont été appliqués dans la métallurgie. Ils sont toujours en usage dans la verrerie. Ils sont indispensables en fabrication continue, c’est-à-dire quand on fond le verre dans des fours à bassin.
- C’est aussi l’adoption du gazogène qui conduisit au nouveau progrès que furent les fours à bassin; ce sont des fours à réverbère qui, actuellement, ont jusqu’à 4o m de longueur; ils sont pourvus d’un avant-creuset (dog-house, niche à chien, des Anglo-Américains) où, à intervalles réguliers, on verse le même poids de « composition ». A l’autre extrémité du four, le verre fondu est mûr, car on peut facilement régler la flamme pour que le verre fondu chemine à une vitesse voulue et soit porté aux différents points du four à une température convenable.
- Vers le milieu du four, on dispose une sorte de vanne, en matériau très réfractaire, suspendue à la voûte et plongeant de quelques centimètres sous la surface libre du verre fondu. Cette vanne arrête le fiel, ou écume, c’est-à-dire tout ce qui, infusible, impuretés; crasse, étant moins dense que le verre, flotte à sa surface; de temps à autre, au moyen d’une cuiller, on cueille ce fiel par un ouvreau disposé tout près de la vanne.
- Le four à bassin permet la cuisson continue ; son débit peut être très grand, de sorte qu’il se prête à des fabrications automatiques ou continues par grandes quantités ; le verre est cueilli, versé dans des poches, ou se déverse directement en nappe sur des tables, gardant ainsi les mêmes propriétés. Cela était impossible ou très difficile avec les pots, dont le débit est limité et quelquefois irrégulier.
- Le four Boétius, les gazogènes à récupération de chaleur et les fours à bassin sont décrits et représentés dans la plupart des ouvrages de chimie ou de technologie.
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- Arches à recuire. — La recuisson, ou recuit, a pour objet de faire disparaître les effets de la trempe à laquelle les objets, dès qu’ils sont sortis du four de cuisson, sont soumis inévitablement, à cause d’un abaissement brusque de température; ils prennent ainsi la trempe. La rupture des objets trempés serait catastrophique pour ceux qui sont de grandes dimensions, tels que les glaces : elle se traduirait par une véritable explosion comme celle des larmes balaviques, dans lesquelles, volontairement, la trempe a été exaltée. On opère dans des arches dites à recuire.
- Dans les ccircaises, les objets sont placés dans un four bas et profond, chaud, qui se refroidit lentement de 65o° à 3oo°, et d’où les objets sont extraits au bout de Co à 80 h. Dans les stracous, surtout utilisés pour les glaces, les objets circulent lentement sur des tringles mobiles qui les déplacent ; ils en sortent à la température extérieure. Le résultat est meilleur et plus sûr. Les stracous se prêtent à une fabrication continue.
- Machines à polir les glaces. — On polit les glaces brutes et on les rend finalement transparentes avec des poudres de plus en plus fines et de moins en moins abrasives. La difficulté est, dans le cas le plus général, d’obtenir finalement deux surfaces planes et rigoureusement parallèles. Autrefois, ce résultat était très difficilement obtenu, et le travail sur des machines, d’ailleurs fort simples au début, remplaça vite le travail à la main; cependant, jusqu’en ces temps derniers, le polissage était discontinu.
- Aujourd’hui, aux États-Unis, il est continu. Des disques, énormes et lourds, recouverts d’un feutre épais d’une douceur supérieure à celle de la peau de chamois et enduits d’abrasifs (potée d’étain Sn02, ou colcothar, oxyde de fer rouge Fe203) additionnés d’un peu d’eau, sont disposés en lignes et tournent continuement autour d’un axe vertical au-dessus de la glace scellée sur un véritable train qui se déplace lentement suivant deux mouvements uniformes, rectilignes et orthogonaux, de façon à intéresser toute la surface de la glace. Il existe des polisseurs de ce type qui comptent jusqu’à 5o disques et dont le train atteint 120 m de longueur (fig. 4). Souvent, une semblable polisseuse prend immédiatement la glace à sa sortie
- Fig. 6. — Vue par le côté d'un élément de travail de l’appareil « Twin Douci ».
- Au centre, les deux outils de travail, ou « moellons » ; chacun d’eux travaille sur une des faces de la glace ; ils tournent en sens inverse ; — à droite et à gauche, les volants de manœuvre et les paires de rouleaux entraînant la glace ; — au fond, en haut et à gauche, les ampèremètres
- de contrôle.
- (Photo Saint-Gobain).
- du slracou. Celui-ci peut être lui-même alimenté de façon continue par une machine à laminer le verre plastique dès sa sortie en nappe, par-dessus un déversoir, du four à bassin.
- On vient de voir comment on polit ordinairement les glaces brutes, même en Amérique. Le a5 février 1945, M. R. Touvay a décrit devant la Société des Ingénieurs civils de France une doucisseuse-polisseuse qui est sans table; la glace n’est pas scellée et est travaillée simultanément sur ses deux faces au moyen d’un outil pour chaque face, d’où le nom de twin (jumeau) donné à l’appareil.
- On opère sur une bande de verre continue qui provient d’un four à bassin, est déjà passée sous une lamineuse continue, suivie d’une arche à recuire d’où elle sort à la température ordinaire. Sur la polisseuse, la bande est entraînée par des trains de rouleaux caoutchoutés. L’ensemble de l’installation, depuis l’avant-creuset du four à bassin jusqu’à la sortie de la glace parfaitement polie, transparente et à faces rigoureusement parallèles, a plus de 000 m de longueur.
- L’appareil twin a été inventé en Angleterre, où il fonctionne actuellement. La partie de cet appareil où s’effectue le doucissage a été montée et, est utilisée en France dans une usine de la Compagnie de Saint-Gobain. C’est cette machine, le « TVin Douci », que représentent les figures 5 et G.
- (« suivre).
- Eugène Lemaire,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- Fig. 5. — Vue d’ensemble de l’appareil a Twin Douci » à polir et doucir les glaces simultanément sur leurs deux faces.
- A droite et en avant, entrée de la glace ; — à droite, en haut, les cuves renfermant et débitant l’abrasif.
- (Photo Saint-Gobain).
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- fluorescente
- Les progrès de l’éclairage permettent des effets nouveaux que ne manquent pas d’utiliser les architectes et les décorateurs pour l’ornementation des maisons et des salles.
- De la lampe à arc à l’ampoule, puis au tube, l’électricité a bouleversé les conditions de l’éclairage artificiel.
- Depuis quelques années, on a vu paraître en Amérique de nouvelles lampes fluorescentes, donnant une lumière plus agréable que-les tubes à vapeur de mercure et au néon. La société Philips vient de réaliser de telles lampes qui présentent les caractères suivants : ce sont des tubes rectilignes d’un mètre de long, contenant de la vapeur de mercure à basse pression, dont la paroi intérieure est recouverte d’une matière fluorescente s’illuminant sous l’action des rayons ultra-violets dégagés par la décharge électrique dans la vapeur de mercure. Selon la matière fluorescente choisie, on réalise trois lumières différentes : blanc, blanc chaud légèrement rosé, lumière du jour.
- Les nouvelles lampes éclairent bien plus que les lampes à incandescence de même consommation; elles donnent une lumière douce, uniforme, de toute la surface du tube, sans provoquer d’éblouissement et elles ne demandent ni diffuseur, ni écran. Elles ont une longue durée et donnent un éclairement invariable. Elles nécessitent un dispositif d’amorçage constitué par un tube relais à gaz rare et un autre de stabilisation : self sous 220 V ou auto-transformateur sous iio; ces accessoires sont peu encombrants et le premier peut être dissimulé sous le capot de la lampe.
- La forme rectiligne, élégante, de la nouvelle lampe-tube et la douceur de leur lumière permettent de nombreuses combinaisons décoratives dont des décorateurs ont déjà tiré parti. On en a pu juger à la récente exposition de la société Philips où l’on voyait parmi bien d’autres modèles ceux que nous représentons ici.
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- LES MINES SOUS-MARINES
- Les mines à influence.
- Nous avons décrit précédemment Q) la mine ordinaire, la mine à contact, la seule utilisée avant 1939 et nous avons mentionné l’entrée en scène à cette date d’une arme nouvelle, la mine magnétique.
- C’est en effet, en novembre 1989, que, brusquement des cargos alliés sautèrent dans des chenaux de sécurité dragués en permanence avec les méthodes en usage à cette époque.
- D’ailleurs, l’explosion présentait de grandes différences avec les explosions contre les mines ordinaires à contact. Alors que celles-ci occasionnent des avaries locales (le plus souvent à l’avant du bateau), ces mines provoquaient des avaries beaucoup plus graves, car le bateau était touché dans son milieu et était soulevé hors de l’eau.
- On se rendit compte qu’une nouvelle arme avait fait son apparition, à d’autres indices tels que l’absence de flamme et d’odeur de fumée, la sourdité du bruit d’explosion, la non-
- simultanéité de la gerbe et de la détonation, indices que ne présentaient pas les mines ordinaires. Très vite les alliés eurent le secret de la nouvelle arme, grâce à un officier anglais qui parvint à démonter une mine magnétique a 11 e-mande échouée sur les bords de la Tamise.
- Aux mines magnétiques succédè-r e n t rapidement, dans l’ordre d’apparition et de complexité croissante, des mines acoustiques, magnéto-acoustiques, magnétiques à dépression, acoustiques à dépression.
- D’une façon générale, on peut dire que ces mines explosent par l’effet de l’influence à distance d’une propriété physique d’un bateau telle que son magnétisme, le bruit de ses hélices, l’onde qu’il propage sur le fond, ou de l’influence combinée de deux de ces propriétés.
- Ce genre de mine explosant par simple influence, il était possible de la faire reposer sur le fond, au lieu d’être obligé de la faire flotter entre deux eaux (1 2). Une masse d’explosif deux fois plus considérable que dans les mines flottantes pouvait être intégrée dans la mine magnétique, ce qui compensait le fait que la mine explosait à plusieurs mètres sous les quilles des bateaux, au lieu d’exploser à leur contact. Mais le grand avantage des mines de fond à influence est qu’elles sont absolument invisibles et indraguables par le procédé de la drague ordinaire à fil d’acier dont nous parlerons dans l’article sur le dragage des mines.
- Pôle nord magnétique
- J I Pà!e nord , -------1 \ géographique
- Fig. 1. — Distribution du champ magnétique à la surface terrestre (lignes de forces du champ).
- 1. Voir La Nature du 1er juin 1946.
- 2. Il existe cependant quelques types de mines à influence à orin. Elles sont alors souvent sphériques, alors que les mines de fond sont cylindriques (voir fig. 5). La figure 6 représente une mine cylindrique magnétique à orin.
- Les mines magnétiques. — Les inventeurs de la mine magnétique ont cherché à utiliser les propriétés magnétiques des bateaux en fer pour déclencher le mécanisme de mise de feu de la mine. Quelles sont ces propriétés magnétiques ? Nous allons les faire apparaître en parlant du champ magnétique terrestre.
- On sait que le champ magnétique terrestre est distribué à la surface de la Terre de la façon indiquée dans la figure 1 qui représente les lignes de force du champ tangentes par définition, en chacun de leurs points au champ magnétique.
- L’aiguille aimantée des boussoles s’oriente suivant la projection sur un plan horizontal de ces lignes parce qu’elle n’est libre que dans un plan horizontal. Une aiguille absolument libre autour de son point de suspension s’orienterait suivant la direction de ces lignes de force.
- Fig. 2. — Le champ terrestre a une distribution uniforme dans un lieu déterminé.
- En un lieu déterminé de la Terre, les lignes de force sont sensiblement parallèles entre elles comme l’indique la figure 2. On dit alors que le champ est uniforme à cet endroit.
- La présence d’une masse de fer, comme celle d’un bateau (coque, machine, etc.) perturbe la distribution dans l’espace avoisinant de ces lignes de force du champ magnétique. C’est cette perturbation qui est utilisée dans les mines magnétiques.
- Étudions d’un peu plus près cette perturbation.'L Elle agit par deux facteurs : le premier est le magnétisme induit dans la masse de fer du bateau. On sait en effet que les lignes de force d’un champ uniforme se resserrent dans le voisinage et à l’intérieur d’une masse de fer, ainsi que le montre la figure 3 et que le champ y a une valeur plus forte. Certaines espèces de fer (fers doux) ne conservent pas de magnétisme propre, quand elles sont retirées du champ extérieur. Le magnétisme induit et non permanent d’un bateau, dû à ses fers doux, s’ajoute au magnétisme terrestre pour le perturber.
- Le deuxième facteur est le magnétisme permanent du bateau. On sait que certaines espèces de fers (fers durs), conservent le magnétisme du milieu où ils ont séjourné. Ainsi, un bateau en fer conserve le magnétisme qu’il a acquis (pendant sa construction par exemple), c’est-à-dire qu’il est devenu un véritable aimant, créant un champ magnétique propre, qui s’ajoute au champ magnétique terrestre, pour le perturber d’une deuxième manière (la figure 3 donne en réalité la perturbation totale due au bateau).
- Ce magnétisme permanent qui est un magnétisme rémanent, constitue le résumé historique du bâtiment.
- Il n’est pas constant à l’échelle du mois. Il l’est à très peu près dans une même journée.
- Fig. 3. — Perturbation de la distribution du champ terrestre au voisinage d’un bateau.
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- Fig. 4. — Mécanisme sensible d’une mine magnétique.
- A la périphérie de la roue, on trouve les piles et les dispositifs de mise de feu différée. Au centre, suspendu à la cardan, le mécanisme sensible (aiguille aimantée, relais, réglage automatique de la sensibilité, etc...). La couronne noire comprise entre ces éléments est une membrane de caoutchouc destinée à amortir les chocs. L’ensemble est très léger.
- On peut décomposer ce magnétisme du bateau (x) en trois composantes : la composante verticale est la plus importante, car les bateaux sont le plus souvent traversés dans le même sens par la composante verticale du champ magnétique terrestre; les composantes horizontales longitudinales. Ainsi, une aiguille aimantée mobile autour d’un axe horizontal passant par un centre de gravité, accuse-t-elle une variation d’inclinaison, au passage d’un bateau dans son voisinage (fig. 3). Tel est le principe de fonctionnement de l’élément sensible des mines magnétiques allemandes, lesquelles sont sensibles à la composante verticale du champ magnétique terrestre.
- On distingue d’ailleurs les mines rouges dirigées contre les bateaux ayant un pôle Nord vers le bas, et les mines bleues, dirigées contre les bateaux ayant un pôle Sud vers le bas et enfin les mines bipolaires dirigées contre tous les bâtiments.
- Le principe de fonctionnement des mines anglaises est légèrement différent. Les éléments sensibles de celles-ci ne comportent pas d’aiguille aimantée, mais un solénoïde, à axe horizontal. Ce sont les variations de la composante horizontale du champ terrestre qui influencent l’élément sensible par induction. Certaines mines anglaises doivent subir des variations de champ de signes contraires, pour exploser. Elles ne sont ainsi sensibles qu’à une certaine « signature magnétique » des bâtiments et sont indraguables.
- De toutes façons, l’élément sensible est chargé de provoquer la mise de feu, soit par établissement de contacts électriques (cas de l’aiguille aimantée), soit par établissement d’un courant électrique d’induction (cas du solénoïde).
- Nous ne nous attarderons pas sur la description des éléments sensibles, car cela nous entraînerait trop loin. Mentionnons seulement que ces dispositifs sont assez complexes et très bien
- 1. La neutralisation et l’immunisation des bateaux pour les rendre insensibles aux mines magnétiques sont obtenues en les entourant de circuits électriques, soit momentanément pour enlever leur aimantation rémanente (neutralisation), soit d’une façon permanente pour combattre le magnétisme induit (iimntmis-tion : l’intensité du courant électrique est à régler suivant le cap).
- étudiés, car à la qualité de sensibilité doit s’ajouter celle de robustesse (11g. 4).
- Enfin, si nous passons sous silence tous les dispositifs tels que mécanisme de retard à l’armement, bombe-fusée, etc., il est indispensable de mentionner le mécanisme de mise de feu différée, qui ne fait sauter la mine qu’au passage du . .nième bateau, n pouvant aller jusqu’à 12.
- Le but de ce dispositif est de rendre la mine insensible au dragage.
- On y a remédié en faisant passer les dragues au moins 12 fois à chaque endroit des zones à déblayer. Malheureusement, on ne connaît aucun moyen plus élégant de résoudre le dragage et celui-ci est, de ce fait, une opération de très longue durée et de faible rendement.
- Les mines acoustiques. — Le principe des mines acoustiques est basé sur le fait qu’un navire en mouvement produit « un bruit » dans l’eau.
- Une mine acoustique pure comporte donc un microphone à poudre de graphite, dont la période propre de vibration de l’armature motrice est réglable sur les fréquences à enregistrer.
- Les vibrations électriques dues à l’arrivée d’un bruit- sur le microphone branché sur une pile, dont la résistance varie par suite, sont transmises au secondaire d’un transformateur élévateur, filtrées et détectées par un redresseur à cuproxyde de manière à pouvoir actionner un relai qui met une pile en circuit avec le détonateur.
- Il existe des mines sensibles aux très basses fréquences (inférieures à 5o périodes par seconde), dites mines sub-soniques et des mines dites « coriaces » volontairement rendues très peu sensibles pour n’exploser qu’au passage des dragues acoustiques qui produisent un bruit intense comme on le verra dans l’article sur le dragage.
- Pour obvier au dragage, on a également imaginé des mines acoustiques qui, au lieu de sauter sous les dragueurs sont insensibles au dragage acoustique. Il s’agit de mines à renforcement de son. Ce type de mine n’explose que sous l’influence d’un son d’intensité rapidement croissante, comme cela a lieu sous un bateau ordinaire. Le bruit continu d’une drague acoustique rend la mine passive.
- Les mines à dépression sont basées sur le principe suivant : lorsqu’un bateau navigue dans des eaux peu profondes,
- Fig. 5. — Mine magnétique de fond.
- La mine est parachutable d’avion. Le parachute se fixe à l’arrière. L’empennage sert de guide lorsque la mine tombe dans l’eau. L’élément sensible a sa place à l’arrière immédiatement avant l’empennage. En allant vers la droite, on trouve ensuite le détonateur et la boîte d’amorce dont on voit l’orifice du logement, enfin la charge principale qui occupe la moitié de la droite de la mine. La mine repose normalement sur le fond dans la position où elle est photographiée.
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- il crée sur le fond une sorte de houle de fond, c’est-à-dire qu’en chaque point du fond la pression hydrostatique varie (brusque abaissement) suivant une certaine loi qui dépend de la vitesse du bateau, de la profondeur, de son tirant d’eau, etc.
- La mise à dépression est construite pour enregistrer cette variation de la pression hydrostatique et pour l’utiliser à actionner la mise de feu.
- Ce type de mines à dépression, qui est une invention allemande, est toujours utilisé en liaison avec un système acoustique ou magnétique, car des mines à dépression pures seraient trop sensibles aux mouvements de la mer, tels que la houle. C’est ainsi qu’il existe des mines magnétiques à dépression, et des mines acoustiques à dépression où les deux phénomènes magnétiques ou acoustiques et hydrostatiques doivent intervenir en même temps ou à un faible intervalle de temps, l’un pour armer, l’autre pour déclencher la mise de feu.
- Nous en arrivons à parler des mines combinées qui sont les mines les plus répandues : les mines magnéto-acoustiques.
- Les mines magnéto=acoustiques. — Un système magnélique ultra-sensible (pouvant atteindre 3 milligauss) arme un système acoustique pendant une période d’une quinzaine à une quarantaine de secondes environ suivant les types, dès qu’une influence magnétique se fait sentir. Si aucune influence sonore ne s’exerce, tout revient au repos. Si un bruit est perçu par le micro pendant ces trente secondes (et la simultanéité de ces deux phénomènes magnétiques et sonores est caractéristique de la présence d’un bateau), le système acoustique met le feu à l’étoupille et la mine saute.
- Dans certaines mines magnéto-acoustiques anglaises, celles dites à recouvrement et celles dites à « séquences », la loi de succession de l’influence magnétique et de l’influence acoustique est strictement définie.
- Fig. 6. — Mine cylindrique magnétique à orin.
- A la différence des mines de fond, la mine présente une partie faisant flotteur. Sur la photo, la mine n’est pas retenue immergée par son orin et son crapaud de mouillage : elle est dérivante.
- En résumé, nous avons aperçu au cours de ce court exposé, toute la gamme des astuces utilisées par les deux adversaires au cours de la dernière guerre, dans la construction des mines à influence, les seules qui offrent actuellement des difficultés sérieuses de dragage.
- Ce qu’il importe, en effet, dans la guerre des mines, c’est que les procédés employés soient divers et l’expérience a montré qu’il est de beaucoup préférable de rechercher l’efficacité dans la multiplicité des moyens que dans la mise au point d’un procédé unique.
- Robert Leprêtre, Ingénieur de la Marine.
- L'EXPOSITION ETHNOGRAPHIQUE DE MADAGASCAR
- A l’occasion du cinquantenaire de la conquête de Madagascar, une exposition ethnographique vient d’être inaugurée à Paris au Musée de l’Homme.
- De nombreux objets utilisés par les Malgaches ont été rassemblés autour de documents photographiques, montrant comment les indigènes les emploient ou les fabriquent : lances de combat ou d’apparat, harpons pour la pêche à bord des pirogues à balancier, mortiers, bois taillés, cuirs découpés, nattes et corbeilles, tissus, toges et linceuls.
- Le culte que l’indigène voue au bœuf est également mis en relief : indispensable compagnon de travail, cet animal est considéré aussi comme l’intermédiaire entre les hommes et les dieux (voir La Nature, 13 octobre 1943).
- On y voit également présentés les rites religieux, les croyances, les coutumes, sacrifices, pactes par échanges de sang, etc....
- Des cartes, des statistiques, complètent cette documentation, faisant comprendre ce qu’ont été et sont les diverses races de l’île. Une des sociétés malgaches s’est transformée à tel point qu’on hésite à reconnaître dans les Merina des hommes dont les grands parents portaient encore le pagne et la toge.
- Cette exposition fait connaître sous un jour nouveau la grande île de quatre millions d’habitants, plus vaste que la France métropolitaine.
- LE CIEL EN JUILLET 1946
- SOLEIL : Du 1er au 31 il s’abaisse en déclinaison de + 23°8' à -4- 1S°22' ; la durée du jour, à Paris, diminue de 16Mm h 15h7m. — LUNE : Phases : P. Q. le 6 à 5M5“, P. L. le 14 à 9^22“, D. Q. le 21 à 19h32m, N. L. le 28 à ll^SS111 ; apogée le 10 à 8h, périgée le 26 à 3]l. Principales occultations (h. p. Paris) : le 7, de •/. Vierge (4m,3) im. 20h44m,l ; le 11, de b Ophiuchus (4m,3) im. 21h33m,0 ; le 18, de 69 Verseau (om,S) im. lM7m,3, et de x Verseau (4m,2) im. lh54m,S, ém. 2h31m,2 ; le 24, de 163 B Taureau (5m,S) ém. 2113Sm,2. Principales conjonctions : avec Vénus le 1er, 19h, à 2°36' N. ; avec Mars le 3, 7h, à 4°35' N. ; avec Jupiter le 6, 1111, à 3°44' . ; avec Vénus le 31, 15h, à 3°6' N. ; avec Mars le 31, 23h, à 4°34' N. — PLANÈTES : Mercure visible le soir au début du mois, plus grande élongation le 3 à 26°4' E. du Soleil ; diam. app. de 7"3 à 9". Vénus visible le soir dans le crépuscule, diam. app. de 14" à 16"3. Mars, dans le Lion, peu visible au crépuscule ; diam. app. 4"3. Jupiter, dans la Vierge, au N.-W. de
- l’Epi, en quad. E. avec le Soleil le 13, est visible seulement au
- début de la nuit ; diam. app. 33" à 32". Saturne invisible, en conj. avec le Soleil le 21. Uranus, dans le Taureau, est visible seconde moitié de la nuit, diam. app. 3"5. Neptune, dans la Vierge, devient le soir pratiquement inobservable. — ETOILES FILANTES : A partir du 8, début des Perséides, le radiant initial étant vers O Cassiopée ; du 23 au 30, Aquarides (lentes et
- longues) radiant 5 Verseau. — ETOILES VARIABLES : Minima observables d’Algol : le 11 à 2hlm, le 13 à 20h50m, le 16 à 19h40m ; maximum de R Bouvier le 2, de R Lion le 11, le R Serpent le 22. — ETOILE POLAIRE : Passage sup. au méridien de Paris : le 10 à 6h26“34s, le 20 à 5M7“16s, le 30 à 5h8“M0s.
- L. Red aux.
- (Heures données en temps universel ; tenir compte des modifications introduites par l’heure en usage).
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- COURS ET CONFÉRENCES A PARIS
- LUNDI 17 JUIN. Journées « Science et Technique » (2, rue de Presbourg) : 20 h. '30. M. P- Savel : « Appareils et techniques en physique nucléaire ». — Maison de la Chimie : 18 h. Dr J. Ripert : « Les propriétés insecticides du D. D. T. et de divers insecticides de synthèse.
- MARDI 18 JUIN. Institut technique du Bâtiment (Salle des conférences du Musée de V Homme, Palais de Chaillot) : 17 h. 30. M. L’Hermite : « Mécanique physique des bétons ». — Maison de la Chimie : 18 h. M. Robert : « De quelques utilisations particulières du water jackett à cuivre ». — Société des Ingénieurs de P Automobile (2, rue de Presbourg) : « L’équipement électrique des
- automobiles ; conclusions et anticipations ».
- MERCREDI 19 JUIN. Maison de la Chimie : 18 h. M. Loos : « Le tannage^ lent à l’écorce de chêne envisagé à la lumière. des théories modernes ». -— Société mathématique de France (Institut H. Poincaré, U, rue Pierre-Curie, amphithéâtre Hermite) : 17 h. 30.
- M. Leray : « Topologie algébrique ».
- JEUDI 20 JUIN. Maison de la Chimie :
- 18 h. M. Van Overbeke : « Le chlorage de la laine ».
- VENDREDI 21 JUIN. Maison de la Chimie : 18 h. M. G. Morel : « Les fongicides organiques de synthèse ».
- SAMEDI 22 JUIN. Société des amis du Muséum (57, rue Cuvier), grand amphithéâtre :
- 16 h. Assemblée générale. 17 h. M. Célerier : « La France métropolitaine possède encore de l’or » (carte 1946 de membre de la Société exigée). — Société d’Encouragement pour ITndustrie Nationale (44, rue de Rennes) :
- 17 h. 15. M. Dufraisse : « L’état actuel du problème antioxygène ».
- LUNDI 24 JUIN. Journées « Science et Technique » (2, rue de Presbourg) : 20 h. 30. M. Leprtnce-Ringuet : « Les rayonnements
- cosmiques et leurs effets nucléaires ». — Maison de la Chimie : 1S h. M. Willaxjme : « Les propriétés insecticides de l’hexachlorure de benzène
- MARDI 25 JUIN. Maison de la Chimie :
- 18 h. M. Marcel Tournaire : « Influence d’un écrouissage par étirage suivi d’une chauffe à
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- MERCREDI 26 JUIN. Maison de la Chimie : 18 h. M. Paul Ghambard : « Les développements récents dans la technique de l’industrie du cuir ».
- JEUDI 27 JUIN. Palais de la Découverte : 17 h. Professeur Piccard : « Le projet d’une exploration sous-marine belge ». — Maison de la Chimie : 18 h. 31. Thiesse : « La plastification et le traitement des chlorures de vinyle ».
- SAMEDI ^29 JUIN. Société des amis du Muséum (57, rue Cuvier) : 17 h. (grand amphithéâtre). M. Vayssière : « Compte rendu d'un voyage en A. O. F. et au Cameroun (1946) » (carte 1946 de membre de la Société exigée).
- LUNDI 1er JUILLET. Journées « Science et Technique » (2, rue de Presbourg) :
- 20 h. 30. 31. J. L. Trillat : « Les états de
- surface, leurs propriétés, leurs, mesures ». — Maison de la Chimie : 18 h. 31. R. Regnier : « La lutte contre les hannetons ».
- MARDI 2 JUILLET. Maison de la Chimie : 18 h. M. Borne : « La toile métallique ». — Institut technique du Bâtiment
- (salle du Musée de VHomme, Palais de Chaillot) : 17 h. 30. M. Laubeuf : « Étude théorique du flambage ».
- SAMEDI 6 JUILLET. Société des amis du Muséum (57, rue Cuvier) ; 17 h. (grand amphithéâtre). 31. Bertin : « Les poissons des grands fonds (carte 1946 de membre de la Société exigée).
- DIMANCHE 7 JUILLET. Société des amis du Muséum : 10 h. : Visite du Parc zoologique du Bois de Yincennes, sous la direction du professeur Urbain (Rassemblement à la porte principale, porte Dorée) (carte 1946 de membre exigée).
- LUNDI 8 JUILLET. Journées « Science et Technique » (2, rue de Presbourg) : 20 h. 30. 31. Bertiielot : « La fission nucléaire et ses applications ».
- LES LIVRES
- Les migrations végétales, par René Bouvier. 1 vol. in-16, 309 p. Bibliothèque de philosophie scientifique. Flammarion, Paris, 194-6.
- Les migrations des animaux ont inspiré maintes études, mais celles des végétaux n’ont été examinées que par quelques spécialistes. Peut-être la fixité apparente des plantes en est-elle cause. Et cependant, lisez ce livre, et vous verrez que les plantes voyagent beaucoup à travers le monde, les unes sur l'aile du vent et au fil de l’eau, d’autres essaimëes par les animaux, bien plus encore transportées par l’homme, inconsciemment ou Volontairement. Des botanistes ont cherché à acclimater des plantes exotiques de valeur et à ce propos il faut lire l’histoire épique de l’intendant Poivre dérobant au xviiib siècle les épices aux Hollandais des Iles de la Sonde et celle toute récente de Haller enrichissant l’Asie de l’hévéa et du palmier à huile. Des transports ont été réussis par des voyageurs, des expéditions maritimes, des missions botaniques. On a créé des jardins servant de relais sur diverses routes, et ainsi l’Ancien et le Nouveau 3Ionde, l’Europe et l’Asie ont échangé bien des espèces intéressantes. Cela pose de multiples problèmes et même des conflits économiques : sucre de betterave contre sucre de canne, coton contre lin et chanvre, etc. Il y faut des aménagements, une organisation internationale que l’auteur appelle et prévoit.
- Les singes anthropoïdes, par Achille Urbain et Paul Rode. 1 vol. in-16, 128 p., 20 fig. Collection « Que sais-je ? ». Presses Universitaires de France, Paris, 1946.
- Les singes anthropoïdes sont au nombre de quatre : le gibbon et l’orang-outan en Asie, le chimpanzé et le gorille en Afrique. Connus dès l’antiquité mais souvent confondus, ils n’ont été bien décrits et étudiés que depuis un siècle. Les auteurs disent ce qu’on sait de leurs ascendances paléontologiques, de leur anatomie, de leur biologie, de leur vie en captivité, de leur intelligence.
- British agricultural Research : Rothamsted,
- par sir E. J. Russell. 1 broch. in-16, 32 p., 4 pi. Longmans Green and G0, London, 1944. Rothamsted est la plus ancienne institution de recherches agronomiques. John Lawes la fonda en 1843 et y découvrit l’importance des engrais phosphatés. Elle est devenue le grand centre d’expériences et d’enseignement agricoles et son directeur fait connaître son histoire et ses activités actuelles.
- NOUVEAUX
- Jean„Përr4n, par Albert Ranc. 1 broch. in-16, 60, p ./Éditions de la Liberté, Paris, 1945.
- Précédée d’une longue préface de Léon Blum, cette biographie rappelle la vie et l’œuvre du physicien, et surtout l’ardeur de l’homme à organiser'la recherche scientifique en France, dans un grand espoir social et socialiste.
- Recueil d’articles et travaux sur la photographie (2e série), par Ch. Duvivier. Devai-vre, éditeur, Bruxelles.
- Cette série d’études présente sous une forme attrayante des renseignements précieux.
- LA NATURE
- paraît le Ier et le 15 de chaque mois ABONNEMENTS
- France et Colonies : un an : 300 francs; six mois » 150 francs Etranger : un an : 350 francs ; six mois : 175 francs
- Prix du numéro: 15 francs
- RÈGLEMENT : FRANCE, par mandat, chèque bancaire, chèque postal (compte na 5gg Paris) ÉTRANGER, par Banque Nationale
- Les abonnements partent du I *r de chaque mois.
- Pour tout changement d'adresse, joindre la bande et cinq francs.
- MASSON et C% Editeurs,
- 120, BOULEVARD S'-GERMAIN, PARIS VP
- La reproduction des illustrations do < La Nature > est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l'obligation de l'indication d'origine.
- Le gérant : G. Masson. — masson et cle, éditeurs, paris. — dépôt légal : 2e trimestre 1946, n° 288.
- BARNÉOUD FRÈRES ET Cie, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 474. — 6-1946.
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- SOMMAIRE
- Le chauffage électronique, par M. DÉRIBÉRÉ.................... 193
- Le séchage de l’herbe à l’électricité en Suisse .... 196
- Les mines sous-marines, par R. LEPRÊTRE. . .... 197
- Le typhus en France après la libération ... 199
- L’organisation de la vallée du Tennessee................ 2C0
- L’imprimerie, par F. de LABORDERIE...................... 203
- Couleur et qualité des miels, par E. GIRAUD............. 297
- Les livres nouveaux..................................... 208
- LE CHAUFFAGE
- ou par pertes diélectriques
- Parmi les techniques récentes importées d’Amérique, une, qui occupe beaucoup les esprits, est le chauffage électronique. Il n’est pas inutile de rappeler que ce mode de chauffage par haute fréquence, ou par pertes diélectriques, n’est pas chose toute nouvelle et a été très étudié en France il y a une dizaine d’années.
- L’utilisation des courants de haute fréquence, pour le chauffage par induction est aujourd’hui bien connue. On sait qu’elle consiste à soumettre un corps conducteur à un champ magnétique intense et variable.
- Deux ingénieurs français, Dufour et Leduc, imaginèrent, en ig34, d’utiliser le chauffage par induction pour la vulcanisation, très délicate, de pièces de caoutchouc d’une certaine épaisseur. A cet effet, ils dispersaient dans la masse à traiter, des particules métalliques pouvant s’échauffer par induction (fig. 2). Les essais montrèrent que, pour obtenir une élévation suffisante de température, il fallait une telle proportion de particules métalliques que le caoutchouc perdait ses qualités. L’expérience ne fut toutefois pas vaine, car elle conduisit les deux chercheurs à utiliser un autre mode de chauffage par courants de haute fréquence faisant appel, non plus aux champs magnétiques variables, mais aux phénomènes qui prennent naissance dans les matières isolantes, diélectriques, sous l’action des champs électriques de très haute fréquence.
- En effet, tout diélectrique, placé dans un champ variable, intense et de fréquence élevée, par exemple de quelques milliers
- ÉLECTRONIQUE
- Fig-. 1. — Machine automatique avec scellement par pertes diélectriques pour lampes Radio Mazda à la Compagnie des Lampes.
- Réalisation de M. Descahsin.
- N" 3115 I" Juillet 1946
- Le Numéro 15 francs
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- Fig. 2. — Les premiers essais de vulcanisation d’un bloc de caoutchouc spongieux par MM. Dufour et Leduc en 1935.
- Le générateur IIF est de 2 kW, la longueur d’onde de 20 à 25 m. On voit de gauche à droite la capacité constituée par les deux électrodes en feuilles, la double self à grosses spires et les deux lampes triodes.
- (Photo de l’Office national des Recherches et Inventions).
- de périodes par seconde, subit un échauffcment de toute sa masse et non seulement des couches superficielles comme dans les procédés habituels de chauffage par conduction.
- Principe et théorie.
- Le chauffage par perles diélectriques a fait depuis l’objet de nombreuses recherches qui ont conduit à plusieurs théories destinées à l'expliquer.
- Selon Debye, il existe au sein d’une molécule normale des charges électriques égales et de signe contraire, mais il existe aussi des molécules polaires dans lesquelles la répartition de ces charges n’est pas uniforme. Par suite, ces charges, bien que nulles au total, ne se neutralisent pas dans leurs actions extérieures et se comportent à la façon d’un doublet, c’est-à-dire comme un couple de sphères électrisées, portant des charges égales et de signe contraire, mais séparées l’une de l’autre par un support rigide. Un tel système étant placé dans un champ
- électrique, entre les électrodes d’un condensateur chargé, l’extrémité positive du doublet est attirée vers l’armature négative et l’extrémité négative vers l’armature positive (fig. 3). Lorsque les charges sont inversées, le système tend à pivoter de i8o°. Ce mouvement étant freiné par la viscosité du milieu nécessite un certain temps de relaxation et l’énergie qui résulte de ce freinage se retrouve en chaleur dans le diélectrique.
- La théorie des dipoles, de Debye, tend aujourd’hui à prendre le pas sur la théorie de Wagner qui suppose que l’hétérogénéité électrique provoque la perle interne d’énergie.
- Par des considérations théoriques basées sur les résultats pratiques, on a pu, d’autre part, établir des formules qui permettent
- de chiffrer l’énergie transformée en chaleur dans le diélectrique d’un condensateur.
- Nous n’entrerons pas ici dans le détail de ces calculs et nous nous bornerons à examiner les réalisations et les résultats pratiques.
- Réalisations pratiques.
- La production de courants de très haute fréquence pose un problème complexe et délicat pour la pratique industrielle. Les générateurs haute fréquence utilisent des lampes triodes qui sont scellées dans les petits appareils ou démontables et à vide entretenu dans les grosses installations, ce qui permet leur réparation en cas d’accident ou d’usure de certains éléments comme le filament, mais nécessite l’emploi permanent de pompes à vide automatiques (fig. 4).
- Le chauffage électronique impose donc un matériel complexe et délicat de prix élevé et les calories fournies sont fort onéreu-reuses. Mais il permet un chauffage rapide, régulier dans toute
- Figr. 4. — Générateur HF de 40 kW de la Compagnie Générale de Radiologie, avec triodes démontables à vide entretenu par un groupé
- de pompage.
- (Photo de l’Office national des Recherches et Inventions). "
- la masse, de pièces non conductrices. Il a trouvé ses premières applications dans la vulcanisation du caoutchouc, puis dans le traitement de certains plastiques et ses emplois ne font, que se multiplier.
- Industrie du caoutchouc.
- -C’est, nous l’avons dit, pour l’industrie du caoutchouc que le chauffage électronique a cl’abord été imaginé par les savants français Leduc et Dufour.
- 'Une solution particulièrement heureuse s’imposait là d’entrée : le chauffage diélectrique, en effet, consistant à placer un objet entre les armatures d’uy condensateur, il paraissait intéressant d’utiliser, comme armatures même du condensateur, les plateaux d’une presse à vulcaniser. En pratique on a, depuis, modifié ce montage en portant les deux plateaux de la presse à un même potentiel et en intercalant entre ces deux plateaux une plaque métallique qui constitue l’autre armature, c’est-à-dire en réalisant un montage de deux condensateurs en parallèle. Ceci permet, par mesure de précaution, de mettre à la
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- Figr. 3. — Schéma du mouvement d’un doublet entre les armatures chargées d’un condensateur.
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- terre les deux plateaux de la presse ainsi que toutes les pièces métalliques extérieures.
- Bien d’autres dispositifs peuvent d’ailleurs être envisagés, tels, par exemple, des condensateurs annulaires lorsqu’on veut vulcaniser la garniture en caoutchouc d’un cylindre métallique.
- La radio-vulcanisation a déjà donné lieu en France à d’intéressantes applications. Elle s’est, montrée avantageuse pour vulcaniser des pièces de gi’ande épaisseur, réaliser la plastification thermique homogène des balles de caoutchouc, régénérer des déchets, vulcaniser des caoutchoucs spongieux, et notamment des éponges, vulcaniser des tapis, courroies, tissus de caoutchouc (lîg. 5), coaguler du latex thermosensible pour l’obtention de fils, feuilles, tubes, profilés compliqués (fig. 6).
- Les brevets de Dufour et Leduc ont été acquis par les deux grandes sociétés- américaines de caoutchouc Goodrich et, Fires-tone Tire and Rubber C°. Les usines américaines ont mis aussitôt le procédé en œuvre et l’utilisent pour la vulcanisation des bandages pleins, des garnitures de chenilles, des matelas en caoutchouc spongieux, des coussins, des amortisseurs de parachute, etc....
- Quelques chiffres montreront l’économie du procédé : pour vulcaniser le caoutchouc par les procédés ordinaires, la durée de traitement est d’une douzaine d’heures. Entre des plaques de moules, il faut ioo mn pour atteindre iao0 C. au cœur de la feuille, à 20 mm de la plaque chauffante; avec le chauffage électronique, on obtient le même résultat en 10 à 12 mn.
- Les éponges de caoutchouc spongieux préparées à partir de mousse de latex sont vulcanisées en 3o mn dans un bain de
- Fig. 5. — Dispositif de vulcanisation d’une bande de tissu caoutchouté sur tambour rotatif.
- Le. tambour tourne entre deux électrodes fixes.
- Réalisation de Dufour et Leduc.
- (Photo de l'Office national des Recherches et Inventions).
- Fig. 6. — Appareil de filage du latex par radiocoagulation dans un champ de 10 à 20 millions de périodes-secondes.
- Cet appareil a été mis au point par MM. Leduc et Dufour dans les laboy. ratoires de l’Office national des Recherches et Inventions. On voit aü premier plan le contacteur.
- 'vapeur; il ne faut que 4 mn entre les armatures d’un appareil à chauffage électronique. La durée de séchage après vulcanisation de ce même produit passe de 16 à 1 h; pour la vulcanisation de garnitures de freins, la durée est réduite de 7 h à 48 mn ; pour des fils élastiques, cette réduction vm de i5 mn à 0,0 s. On comprend dès lors que la radiovulcanisation se présente comme un procédé d’avenir et l’on a quelque amertume à penser qu’elle revient aujourd’hui de l’étranger, alors qu’elle n’avait guère attiré l’attention des industriels français, malgré les efforts et les très beaux travaux des inventeurs.
- Bois, papier, matières plastiques.
- A peine Leduc et Dufour, en France, bientôt suivis par quelques autres, avaient-ils mis au point la radiovulcanisation et quelques applications voisines, que des ingénieurs russes se penchaient sur ces problèmes et annonçaient de sensationnels résultats relatifs au séchage profond de pièces de bois durs. Des navettes, notamment, étaient séchées complètement en des temps x’ecords, tellement écourtés même que le travail interne était considérable et. que, souvent, les cellules du bois éclataient.
- Par un chauffage plus ménagé, on peut obtenir d’intéressants résultats; ceux-ci ne sont valables que dans des cas particuliers où une dépense élevée sc justifie par l’accroissement des propriétés mécaniques, tel celui du bois bakélisé obtenu par cuisson sous presse d’un empilage de feuilles de bois imprégnées de résine phénol-formol. Au cours de cette opération, la résine fond avant de se polvmériser et l’assemblage devient une masse homogène. Par les procédés habituels de chauffage, il faut un temps considérable pour obtenir un résultat convenable, tandis que le chauffage électronique qui se répartit dans la masse assure en quelques minutes un travail correct sur des épaisseurs atteignant ou dépassant 5o cm.
- Des bois bakélisés destinés à l’industrie chimique (cuves, tuyauteries), à l’industrie des isolants électriques, à la construction navale ou aéronautique, sont aujourd’hui, dans les pays anglo-saxons, préparés par cuisson électronique.
- Il en va de même du collage à chaud de feuilles de bois, de verre, ou de plastiques au moyen d’autres plastiques. Ainsi en est-il pour les verres incassables type triplex où une feuille plastique est collée entre deux plaques de verre, pour les hélices d’avion où des feuilles de bois sont collées au moyen de résines synthétiques, etc....
- La polymérisation des résines synthétiques par perles diélectriques présente un intérêt considérable; elle est pratiquée maintenant aux États-Unis et en Grande-Bretagne pour le préchauf-
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- Fig. 7. — Bâti de scellement par très haute fréquence pour oscillographes cathodiques.
- Réalisation de M. Descarsin.
- fage avant moulage des matières thermodurcissables, la soudure des feuilles et pièces de résines thermoplastiques. Le procédé
- est d’autant plus avantageux que les pièces sont plus épaisses, mais on l’emploie aussi pour le traitement ultra-rapide de feuilles minces et même de feuilles de papier.
- Traitement du verre.
- Le chauffage par courants de très haute fréquence a été plus particulièrement appliqué en France au chauffage du verre ?)•
- M. Descarsin a montré que ce procédé, s’il ne peut concurrencer économiquement les procédés habituels pour des verres de fabrication courante, a un grand intérêt pour la fusion et l’élaboration de certains verres spéciaux. Une telle installation comporte un creuset fixe autour duquel tourne le générateur haute fréquence dont l’alimentation reste fixe (fig. i).
- Dans le même domaine, M. Descarsin a montré également que le scellement des lampes de T. S. F. ou d’oscillographe cathodique par ce moyen, élimine les irrégularités et les impuretés qui accompagnent l’usage du chalumeau à gaz. On peut travailler dans une atmosphère définie, en marche continue, à une température parfaitement réglée.
- Autres applications.
- Bien d’autres applications du chauffage par pertes diélectriques ont encore été proposées.
- Mentionnons diverses possibilités dans l’industrie chimique : chauffage interne de mélanges pour assurer leur réaction homogène, phénomènes de catalyse à chaud, cuisson du gypse pour la formation de l’anhydride sulfureux, fusions de bains d’élec-trolyse de sels fondus, etc. Cette technique a encore été utilisée au traitement de la rayonne et principalement des fibres de nylon en vue de faire subir à ces fibres une opération analogue à celle du recuit des métaux. Des matières céramiques fines ont été séchées ou cuites. Enfin on l’a déjà appliqué à la cuisson de certains aliments, au séchage de fruits, à la stérilisation de produits de conserve, à la désinfection de graines de céréales, etc.
- On voit combien sont variées les possibilités du chauffage électronique. M. DÉHIBÉRÉ.
- Le séchage de l'herbe à l'électricité en Suisse.
- Les premiers essais de séchage de l’herbe à l’électricité datent, en Suisse, de la guerre 1914-1918 et leurs résultats ayant démontré la valeur du fourrage ainsi obtenu, le procédé ne tarda pas à se répandre dans le pays même et plus tard à l’étranger.
- Dans sa transformation en foin, l’herbe perd environ 40 pour 100 de sa valeur nutritive, d’où la nécessité en hiver, de compenser ce déficit par des fourrages concentrés, des tourteaux, etc....
- La Suisse ne pouvant importer ces produits pendant les hostilités, elle dut compenser cette carence, en améliorant la valeur des fourrages qu’elle récolte sur son sol.
- Bien supérieure au foin, en valeur nutritive, l’herbe séchée artificiellement, très riche en vitamines, à forte teneur d’albumine et d’amidon, permet de lutter contre bien des maladies du cheptel, dues en hiver, à la diminution de ces principes vitaux.
- Mélangé au foin, séché au soleil, qui lui apporte la vitamine D, par transformation de l’ergostérine, ce fourrage de valeur trouve sa place aussi bien à l’étable qu’à la porcherie et dans les basses-cours, sous forme pulvérisée. Plusieurs constructeurs de machines suisses se sont occupés de la fabrication de sécheurs,
- La Société Brown et Boveri fabrique un modèle à rubans multiples, avec et sans récupération de chaleur, pour l’usage de grosses exploitations coopératives.
- Elle fabrique également un sécheur transportable universel muni de claies, dont la production peut atteindre de 50 à 90 kg d’herbe séchée par jour, avec une puissance raccordée de 10,5 kW.
- La maison Bühler fabrique un système à tambour que l’on peut utiliser pour l’herbe, les fruits, marcs, etc.... La consommation de courant varie de 16 à 50 kW suivant le modèle. Les dimensions de l’appareil sont de 3,40 x 1,70 x 1,70 m pour tous les modèles. Pour 2 000 h d’utilisation, la production peut être de 8 à 25 t d’herbe séchée.
- Cette maison fabrique également un moulin broyeur, avec transporteur-trieur pneumatique et dispositif de mise en sac, pour mouture d’herbe sèche.
- La maison Bucher-Guyer a un système à ruban unique, avec chauffage pouvant s’effectuer à l’eau chaude ou à la vapeur produite au moyen d’une chaudière électrique.
- Les risques d’incendie provoqués par la poussière se déposant sur les résistances électriques de chauffage sont ainsi éliminés.
- Des essais sont faits actuellement pour le séchage au moyen de « Pompe à chaleur » et une maison met au point un four travaillant avec des lampes à incandescence, spéciales, de. séchage, infrarouges.
- P. C.
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- LES
- MINES SOUS-MARINES
- Les opérations de dragage.
- Deux articles précédents (x) ont montré la diversité et la multiplication des moyens mis en œuvre dans la guerre des mines. Comme dans toute guerre, la parade n’a pas tardé à se manifester, et nous allons voir que, principalement, sous la forme du dragage, elle a réussi à lutter efficacement mais non sans de grandes difficultés contre ces engins tant redoutés des navigateurs que sont les mines sous-marines.
- Si le dragage constitue la seule opération vraiment efficace contre les mines, il n’en reste pas moins que la première des choses à réaliser dans la lutte contre les mines de blocus, est une surveillance active des passages côtiers à défendre, par bâtiments de guerre, par avions, par filets, par postes microphoniques à terre, etc. Cette surveillance a pour but, d’abord de compliquer la tâche des mouilleurs de mines ennemis, et même de les détruire si possible, ensuite de fournir des renseignements sur les lieux de mouillage (mines insuffisamment immergées visibles en avions, repérage au son par microphones, etc.).
- Les opérations de dragage sont entreprises quand il s’agit de rendre les eaux de ses propres côtes ou celles des côtes ennemies, saines pour la navigation, selon que l’on envisage de combattre le blocus de ses côtes, ou d’effectuer des opérations offensives (débarquement, mouillage de mines, etc...).
- Dans les deux cas, les dragages s’effectuent de la même façon, à cette différence près évidemment, qu’ils sont beaucoup plus difficiles à effectuer dans le cas d’opérations offensives.
- En temps de guerre, on est obligé, presque toujours, de se limiter à des dragages d’exploration, qui sont des dragages partiels exécutés en vue de découvrir la présence de mines, et à des dragages de protection dont le but est d’assainir les eaux où doi-v c n t naviguer immédiatement après le passage des dragueurs, des forces navales offensives ou défensives, des bâtiments de commerce, ou des transports de troupes.
- Une fois les guerres terminées, le problème d’assainissement des côtes qui se pose peut être résolu par des moyens moins expéditifs et permettant de réaliser des dragages dits de déblaiement, présentant une plus grande sécurité pour la navigation.
- Dragage des mines à contact.
- Le dragage des mines à orin, à contact ou à influence, est le premier dragage que l’on effectue dans des eaux infectées. C’est
- 1. La Nature des 1er et 15 juin 1916.
- aussi le plus simple, car il consiste à faire naviguer à une immersion de quelques mètres une drague constituée par un fil d’acier porteur de c'sailles destinées à sectionner les orins
- Touret de drague.
- ry^Çhaumard „ BraS de .
- JBras de drague court 1 3.000 A mpères ElZI Traînard
- ~r ~ 3.000 Ampères Eléctrodes
- - ------------------;---------------------9». f
- 500 mètres
- Fig. 2. — Drague américaine de surface.
- des mines, et par suite à libérer ces dernières qui, une fois flottant en surface, sont alors coulées par le tir d’armes à feu.
- Une solution, abandonnée actuellement, consiste à faire remorquer le fil de drague par deux bâtiments. L’immersion était obtenue par l’emploi de panneaux de plongée.
- On préfère actuellement utiliser la drague, dite drague divergente, dérivée de la drague utilisée en 1914 par l’Amiral Ro-narc’h. Cette drague est remorquée par un seul dragueur. Mais, pour qu’elle puisse balayer du terrain, il est fait emploi de « prismes divergents » qui donnent à la drague une certaine courbure dans un plan horizontal (fig. i).
- Cette drague permet de donner aux opérations de dragage une sécurité assez grande. En effet, elle permet la tactique dite « en coups- de rabots ». Le premier dragueur se plaçant juste en dehors de la zone dangereuse, le deuxième se place à l’intérieur de cette zone, mais de façon à être « couvert » par la drague du premier, et ainsi de suite.
- Dragage des mines à influence.
- Après avoir déblayé une zone des mines à orin, on entreprend généralement un dragage standard contre mines de fond, qui sont toutes des mines à influence.
- Ce dragage standard consiste à faire remorquer par des dragueurs qui opèrent en formation des dragues magnétiques et des dragues acoustiques.
- Nous ne nous attarderons pas à décrire les premiers essais laborieux de dragueurs magnétiques à aimants et à courant électrique en France en 1939-1940.
- La deuxième solution, basée sur la création d’un champ magnétique par un courant électrique, a été adoptée et étudiée pendant cette dernière guerre, aussi bien par les Allemands que par les Alliés. Les dragues modernes se présentent sous forme de câbles à âme métallique recouverte d’isolant et remorqués par un seul bâtiment.
- La drague allemande pour eau salée a la forme d’une double drague divergente.
- La drague alliée a une forme rectiligne et est constituée par deux bras, un long et un court (fig. 2 et 4) mariés ensemble dans leur partie commune, afin que cette partie proche du dragueur ne produise pas de champ magnétique.
- Dragueur
- Plongeur
- Flotteur
- Cisailles—
- Divergent
- Drague divergente.
- Fig. 1.
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- Fig. 3. — Dragueur américain.
- On aperçoit en tète de mât l’aérien du radar. À l’avant une drague acoustique (en forme d’obus). Les apparaux de drague sont situés sur l’arrière du bâtiment. L’énergie électrique est fournie par un Diesel qui actionne un générateur de 290 kW.
- Dans les deux cas, le retour du courant qui peut aller jusqu’à une intensité de 3 ooo ampères (x) se fait par l’eau de mer.
- La différence de réalisation chez les Allemands et chez les Alliés réside dans le fait que ceux-là ont cherché à réaliser des dragues produisant au fond de ia mer des champs magnétiques horizontaux intenses, alors que ceux-ci ont cherché à produire des champs verticaux intenses. Nous rappelons, en effet, que les mines alliées sont sensibles aux variations de champs horizontaux alors que les mines allemandes sont sensibles aux champs verticaux.
- Les dragues acoustiques qui sont employées dans le dragage standard avec les dragues magnétiques (1 2) et sont remorquées dans l’eau, consistent en bruiteurs émettant des plages de fréquences variables, selon le type de mine à drague (fréquences sub-sonores et fréquences audibles).
- Il existe aussi des dragues acoustiques explosives constituées par des charges que l’on fait exploser suivant certaines lois dans le temps. Elles sont utilisées pour le dragage spécial des mines anglaises à renforcement de son.
- D’une façon générale, le dragage des mines à influence est beaucoup plus long et difficile que le dragage des mines à orin. Une des raisons est que la plupart des mines à influence étant munies de combinateurs de mise à feu différée, il est nécessaire de faire passer les dragueurs une vingtaine de fois en chaque point de la mer.
- Les mines allemandes à dépression sont encore plus difficiles à draguer. Les Anglais utilisèrent contre elles la « cage à œufs )) (Egg-Crate) qui est un flotteur compartimenté pour résister aux explosions et remorqué. Citons encore comme mines réputées indraguables les mines anglaises à recouvrement.
- 1. Les dragues alliées sont plus efficaces que les dragues allemandes ; les intensités de courant y sont plus grandes. Elles sont également plus maniables car elles sont remorquées en surface (les dragues sont rendues flottantes par l’emploi de caoutchouc comme matière isolante).
- 2. Contre les mines magnéto-acoustiques.
- Quant aux mines coriaces, elles sont draguées avec un oscillateur émettant non plus un bruit, mais un son.
- Les dragueurs de mines.
- Au début de la précédente guerre, les États-Majors français et anglais, pour faire face au développement rapide de la guerre des mines et à l’apparition des mines magnétiques, transformèrent des chalutiers en bois en dragueurs. Mais le problème du dragage ne pouvait être résolu que par la construction de bâtiments spécialement destinés au dragage. C’est ainsi que les Anglais et les Américains ont sorti pendant la guerre des bâtiments de 3oo t environ dont la coque est en bois. La figure 3 montre un dragueur américain à deux hélices possédant des qualités manœuvrières excellentes et muni de tous les perfectionnements modernes (radar, sondeur, circuits d’immunisation magnétique, etc...).
- Un certain nombre de ces petits bâtiments ont été cédés à la France qui s’en sert actuellement pour le dragage de déblaiement sur nos côtes, en coopération avec des dragueurs ex-allemands d’un type très différent (bâtiments en fer de 6oo t).
- Ces dragages présentent un intérêt primordial pour le ravitaillement de la France. Actuellement, si les côtes sud de France sont libres de mines, il n’existe encore sur nos côtes ouest et nord que d’étroits chenaux d’accès à nos ports principaux, et encore, les accidents dus aux mines y sont assez fréquents. La tâche qui incombe aux États-Majors de la Marine est très lourde, et on prévoit qu’elle ne sera achevée que dans quelques années.
- N’oublions pas en effet que des dizaines de milliers de mines ont été mouillées près de nos côtes, tant par les alliés que par les Allemands, et que le vieillissement des mines de fond à influence par polarisation des piles est très long à s’opérer ainsi que l’expérience l’a montré.
- De plus, les opérations de dragage demandent énormément de temps car ainsi qu’il a déjà été dit, chaque endroit doit être dragué plus d’une vingtaine de fois et enfin le mauvais temps en hiver ralentit beaucoup le rythme des opérations.
- Robert Leprêtre, Ingénieur de la Marine.
- Fig. 4.
- Les deux bras de la drague que l'on voit sur la gauche et qui ont la forme de gros serpents sont enroulés sur le touret que l’on voit à droite. Cette drague flottante est mise à l’eau par déroulement du touret, le bâtiment
- étant en route.
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- Le typhus en France après la libération
- de franchissement de la frontière, avec postes de secours, stations d’épouillage et de vaccination, sons la direction des D1’3 Bourgeois et Bloide.
- Quand le rapatriement commença, toutes les précautions étaient
- Cas de typhus en France dans les mois qui ont précédé le rapatriement au cours du rapatriement
- 180.. .
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- Le typhus exanthématique est une maladie fort rare en temps de paix, fréquente en temps de guerre, dans les armées et les camps. On sait que le virus est transporté par les poux, si bien qu’il ne peut se transmettre que par des gens sales, gardant sur eux les mêmes vêtements pendant 12 jours et plus, puisqu’il faut au pou ce temps à une température de 30° pour qu’il devienne adulte et se reproduise.
- Les conditions de vie dans les camps de prisonniers et de déportés favorisent la pullulation de l’insecte parasite et permettent la contamination dès qu’un cas de typhus se déclare. Or, la maladie est endémique dans l’est européen, en Russie, en Pologne et l’arrivée de prisonniers de ces régions suffit pour déclancher une épidémie.
- La population civile allemande, d’ahord indemne, a été aussi atteinte quand les bombardements alliés incessants l’ont obligée à se terrer, à coucher dans des abris où elle s’entassait dans la même promiscuité que dans les camps.
- Si bien qu’à la libération, le retour des déportés, des prisonniers, des travailleurs — en tout plus de 2 millions de personnes — risquait de créer en France un certain nombre de foyers épidémiques.
- Déjà quelques cas s’étaient produits, promptement arrêtés par des mesures prophylactiques énergiques.
- Ainsi, en février 1948, au camp de la Courtine où avaient été entassés 2100 Russes provenant de camps de travail de la région de Metz et libérés par les Américains, une épidémie se déclara ; 97 malades durent être hospitalisés ; le lléau fut immédiatement circonscrit et rapidement jugulé.
- En mars 1945, on signalait que 500 cas avaient été identifiés depuis le mois de novembre précédent dans les régions rhénanes, diffusés par des ouvriers russes et polonais de l’organisation. Todt et des prisonniers de la Gestapo.
- Des mesures strictes de surveillance et de désinsectisation s’imposaient.
- Le Dr Cavaillon, vient de faire connaître avec ses collaborateurs, MM. Bernard, Boyer et Delcourt, les précautions prises et les heureux résultats obtenus, dans une note présentée à l’Académie de Médecine.
- Le 11 avril 1945, la situation se présentait ainsi : dans le secteur de la 9e armée américaine, 200 cas environ répartis en 15 à 20 foyers dont le plus grand à München-Gladbach où 11 médecins et infirmières avaient été contaminés ;
- Dans le secteur de la 2e armée, 150 cas à Cologne parmi les Allemands et les ouvriers « Todt », dans une prison et les abris ; 15 à 1(3 cas à Aix-la-Chapelle ;
- Dans le secteur de la 3e année, 60 cas ;
- Dans les autres secteurs américains, anglais et français, situation satisfaisante.
- Une conférence eut lieu entre les diverses autorités où il fut décidé que le Rhin formerait barrière sanitaire de la Suisse à la Mer du Nord, que l’on ne pourrait le passer qu’en quelques points où les entrants seraient épouillés. Les passagers en avions seraient traités avant l’embarquement.
- La France avait déjà organisé des centres d’accueil aux points
- Fig. I.
- prises, mais il fallait compter avec le retour des déportés venant de camps très infectés par le typhus, et aussi avec les fraudes possibles, dues à la hâte de rentrer en France.
- Dès avril, 6 cas de typhus apparurent à Paris, venant du camp de Ravensbrück, 3 autres venant de Dachau et de Buchenwald ; en mai on en compta 127 à Paris et 229 dans toute la France.
- On renforça l’équipement des postes frontières en poudre D.D.T., en étuves, en vaccin ; on fit un gros effort pour traiter tous les prisonniers rentrants et dès le mois de juin, on ne comptait plus que 30 cas à Paris et 51 en France. En juillet, le rapatriement terminé, on n’enregistra que 5 nouveaux cas dont 2 dans la région parisienne. En août, il n’y eut plus de nouveau cas. L’épidémie un instant menaçante avait été vaincue et la preuve est faite qu’on sait maintenant juguler rapidement le typhus.
- .Un nouveau minéral.
- On apprend que des géologues, explorant le lit de la rivière Mernm, en Guyane anglaise, ont découvert un nouveau minerai destiné, semble-t-il, à rendre de grands services à l’industrie métallurgique. Des échantillons, reçus à l’Institut impérial de South-Kensington, à Londres, ont donné à l’analyse un minéral, d’une ' couleur gris noirâtre et d’un sombre lustre métallique, contenant S0 pour 100 d’oxyde de chrome. Les minerais de chrome actuellement utilisés ne renferment que 50 pour 100 environ de chromite Cr203.
- D’après un ingénieur du département des recherches minérales de l’Institut, c’est la première découverte dûment contrôlée d’un oxyde aussi riche et-, si l’on obtient des quantités suffisantes de ce minerai, il constituera une précieuse source de matière pre-mièi*e pour la préparation du chrome, de ses alliages (ferro-chromes, nichrome, etc.) et de ses composés (bichromates, alun, mordants, colorants).
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- L'ORGANISATION DE LA VALLÉE DU TENNESSEE AUX ÉTATS-UNIS
- De même que la France a entrepris l’aménagement de la vallée du Rhône, les États-Unis ont réalisé dans la vallée du Tennessee une oeuvre colossale qui est en train de transformer une immense région, longue de plus i 200 km, jusqu’alors peu active et peu. peuplée.
- De tous les projets américains de contrôle des eaux de rivières et de fleuves, le plus célèbre — celui qui aussi est le plus proche de sa mise au point définitive — est sans aucun doute celui de la T. V. A., c’est-à-dire de l’autorité contrôlant la vallée du Tennessee. Et quand on dit « contrôle des eaux », on ne s’en tient pas qu’à des généralités; il s’agit de favoriser l’irrigation agricole, la navigation commerciale, la régularité du débit fluvial et la production de la houille blanche. A ces quatre données essentielles s’ajoute encore la vaste entreprise de modernisation, de « socialisation » en quelque sorte, de toute une région qui jusqu’alors, la pauvreté y régnant, n’avait pas été pénétrée par les bienfaits de la civilisation et de l’outillage modernes.
- Ce programme, tel qu’il fut présenté en avril 1933 par le président Roosevelt, est généralement connu sous le nom des « 7 points de,Ja,il se. résuma en,, une entreprise de grande emrer-gure, administrée et exploitée au profit de la nation par le truchement d’üne agence fédérale régionale, sans aucun souci des intérêts industriels privés, mais pour l’avantage de la population, pour mettre à la disposition de cette dernière les ressources naturelles et les énergies dont elle peut disposer.
- La région du Tennessee couvre une superficie de io5 000 km2, compte une population de 4 millions et demi d-’habitants, et s’étend sur sept États de l’Union américaine : le Tennessee, l’Alabama, la Caroline du Sud, le Kentucky, la Virginie,- la Géorgie,, et le Mississipi. Prenant sa source dans les Montagnes Rleues à une altitude de quelque 900 m, le Tennessee coule de T’Est à l’Ouest et se jette dans l’Ohio, qui lui-même atteint peu après le Mississipi. La cote du confluent avec l’Ohio n’est plus qu’à 90 m au-dessus du niveau de la mer. L’abondance des pluies dans la vallée variant annuellement selon les régions de i32 cm à 200, on conçoit que le danger des inondations et de l’érosion ait été souvent pressant. De plus, les rapides qui entrecoupaient le cours du Tennessee rendaient la navigation du fleuve presque impossible. En amont de Florence en Alabama, par exemple, le cours du Tennessee s’abaissait de 4o m sur un parcours de 60 km, ce qui avait nécessité dès i834 la création d’un canal à 17 écluses.
- L’érosion provoquée par les eaux menaçait de rendre stériles 7 millions d’hectares de terres arables sur 10 5oo 000. Les pertes
- agraires se chiffraient annuellement à 1 780 000 dollars. Dans la région sud des plateaux, une famille sur deux, trop pauvre pour vivre des revenus de ses terres, ne subsistait que grâce à la charité publique. Enfin, 98 pour 100 des fermes n’avaient pas l’électricité.
- Aujourd’hui, 26 barrages contrôlent le bassin de la T. V. A. et le relient au centre industriel de Pittsburgh, aux villes des Grands Lacs, aux ports du golfe du Mexique. C’est donc là un des plus vastes systèmes de navigation fluviale du monde. Pour construire ces barrages, il fallut déplacer plus de 12 fois le volume de matériaux employés à l’édification des sept pyra-
- mides d’Égypte, quelque chose comme 86 4oo 000 m3 de ciment et de sable.
- Dès 1943, le trafic fluvial dépassa trente millions de tonnes. Douze milliards de kilowatts-heure sont produits annuellement par l’énergie hydraulique. Dans les sept États compris dans la T. V. A., 85 000 fermes sont maintenant éclairées à l’électricité provenant des turbines hydrauliques.
- L’électricité a modernisé la vie de cette région autrefois si déshéritée : les scieries ont leurs moteurs électriques, les villages leurs frigidaires municipaux et leurs manufactures de produits déshydratés; les fermes broient leurs fourrages à la machine; les ménagères ont des cuisinières électriques, des fers à repasser, des machines à laver le linge et la vaisselle, à un tel point que l’industrie des appareils ménagers y a fait des bénéfices inespérés : la vente de ces appareils est passée de 1 612 000 dollars en 1938 à 18 5oo 000 en 1941 !
- La production agricole de la vallée s’est trouvée également
- jd7 2f5 349 431 '*71
- PROFIL DE LA RIVIÈRE DU TENNESSEE
- 602 650
- KNOXVILLE
- Fig. 1. — La vallée du Tennessee et ses barrages.
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- Fig. 2. — Aspect désertique dû à l'érosion de la vallée du Tennessee avant les travaux. — 3. L’aspect verdoyant d’aujourd'hui. — 4. Le barrage de Fort-London, en construction. — 5. Les génératrices électriques du barrage Wheeler. — 6. Un des bateaux circulant sur la rivière, près de Chattanooga, venant de Saint-Louis
- (Missouri).
- transformée. Des engrais phosphatés ont été manufacturés dans la région même, et les paysans ont appris à les utiliser sur les conseils des experts agricoles fédéraux. Les récoltes ont augmenté, comme les statistiques le prouvent : la production du coton et du blé a crû de près d’un tiers; les têtes de bétail ont doublé; on obtient de 3o à 6o o/o plus d’œufs, de viande, de lait, de fromage. La pêche, surveillée et favorisée par des
- centres d’élevage et des échelles à poissons, est devenue une quarantaine de fois plus abondante.
- Des industries métallurgiques se sont développées tout le long de la rivière, et la T. V. A. produit actuellement entre autres, de l’aluminium, du carbure de calcium, du caoutchouc synthétique, des alliages de fer, du nitrate d’ammonium. Minoteries, papeteries, aciéries, usines de produits pharmaceutiques, fila-
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- tures, ont poussé comme des champignons. Et naturellement, avec ces richesses nouvelles, une aisance est apparue, prédisposant aux grands courants civilisateurs. Les écoles sont devenues nombreuses, des centres récréatifs ont été créés ; les maisons plus confortables et accueillantes, la meilleure santé des habitants, sont autant d’indices révélateurs de la marche bienfaisante du progrès dans une région hier encore retardataire.
- Cet exemple des heureux changements que la technique peut provoquer en quelques années dans toute une vaste région a frappé le monde entier où, du Gange à l’Euphrate, du Danube au Colorado, on projette d’imiter la T. V. A. Et Julian Huxley, l’éminent savant et écrivain britannique, a pu écrire : « C’est une idée désormais acquise que celle de la T. Y. A. qui est de réaliser l’économie planifiée de régions naturelles, telles les vallées des fleuves.... On poursuit actuellement des recherches pour savoir comment établir une administration du genre de la T. V. A. qui serve des fins internationales et non nationales (ce qui permettrait entre autres choses
- de transcendre les souverainetés nationalistes, de même que la T. V. A. plane au-dessus des droits et des frontières d’Etat à État), administration qui aurait pour but de promouvoir le développement économique de régions peu civilisées, comme le sont certaines régions d’Afrique ».
- INFORMATIONS
- Les victimes de l'holocauste.
- Le G juin, le Burleston, transport de la Marine Américaine, est parti de San-Francisco à destination de l’atoll de Bikini, dans l’archipel des Marshall. Il emporte près de 5 000 animaux, destinés aux expériences de la bombe atomique. On compte dans le nombre 4 000 rats blancs, 200 chèvres, 200 pourceaux et 120 souris blanches. La cargaison se complète de quelques cochons d’Inde et d’un grand choix d’insectes et de microbes. Ce seront les seules créatures vivantes qui se trouveront « à portée utile » de l’explosion.
- Les savants estiment que bon nombre de ces animaux survivront à l’expérience et atteindront un âge avancé dans l’existence confortable que leur assureront les laboratoires du gouvernement américain, opinion de nature à calmer les âmes sensibles.
- La veille des essais, les victimes seront transportées sur 23 des 77 navires qui serviront de cibles. La plupart sont des unités de combat déclassées, dont 5 sous-marins ; figurent aussi 3 croiseurs allemands ou japonais.
- Aussitôt que des êtres humains pourront s’approcher sans risques de ces navires, les animaux seront ramenés à bord du Burleston où une cinquantaine de savants (parmi lesquels des médecins et des biologistes) les examineront. Ce navire porte le matériel de laboratoire le plus complet et le plus coûteux qui ait jamais flotté sur mer. Les animaux seront étudiés à fond : la peau, les organes intérieurs et les différentes catégories de cellules seront, soumis à des investigations scientifiques.
- Rien, semble-t-il, n’a été abandonné au hasard. Ainsi, plusieurs chèvres seront tondues de telle façon que leurs poils aient la même longueur que les poils humains ; d’autres seront enduites de pommades spéciales qui les protégeront de l’éclat des flammes.
- Le navire est pourvu d’appareils qui rafraîchiront l’atmosphère,
- pour que les pauvres bêtes ne souffrent pas de la chaleur tropicale ; enfin, dès que leurs gardiens les auront quittées, des machines automatiques leur distribueront l’eau et la nourriture.
- E. N. I. A. C.
- Machine à calculer électronique.
- Le 15 février dernier, les autorités militaires américaines ont révélé l’existence de cette extraordinaire machine à calculer E.N.I.A.C. (Electronic Numerical Integrator and Computer).
- Sa réalisation est due au Dr J. W. Mauchly et à M. J. P. Eckert, de la Moore School of Electrical Engineering de l’Université de Pennsylvanie à Philadelphie.
- Elle a été établie à la demande de l’Armée américaine, principalement pour la réalisation de calculs balistiques. Certains de ccs calculs auraient nécessité de 3 jours à 3 mois par des équipes de calculateurs entraînés utilisant les machines à calculer classiques.
- Au lieu d’utiliser des secteurs dentés, l’E.N.I.A.C. emploie pour les opérations de comptage, un courant ondulatoire à 100 000 pulsations par seconde. Il en résulte une extrême rapidité : une simple addition est effectuée en un cinq-millième de seconde.
- En cinq, minutes, elle peut exécuter dix millions d’additions ou de soustractions de nombres de dix chiffres.
- L’E.N.I.A.C. occupe une pièce de 9 m sur 15 m garnie de meubles muraux renfermant l’appareillage qui comprend 18 000 tubes ou lampes électroniques, 3 000 lampes indicatrices, 5 000 commutateurs et coupe-circuits. L’ensemble pèse 30 tonnes et consomme en marche 150 kW.
- Cette machine pourra exécuter les calculs longs et complexes de physique nucléaire, de thermodynamique, d’astronomie, etc.
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- L'IMPRIMERIE
- Son matériel
- I. - L'IMPRESSION TYPOGRAPHIQUE (suite) (’) L'évolution progressive des presses d'imprimerie.
- La première presse d’imprimerie a été créée vers i44o, à peu près en même temps que les caractères mobiles. Mais si Gutenberg en fut l’un des premiers utilisateurs, on ne peut assurer que c’est lui qui l’inventa.
- Les presses. utilisées du temps de Gutenberg étaient, on le conçoit, fort rudimentaires et. leur rendement n’atteignait qu’un tirage bien'restreint de feuilles au bout de la journée. Ne dit-on
- Fig. 1. — Application du principe : plan contre plan.
- Une presse à platine F. L. équipée d’un margeur automatique.
- A droite, la presse, et à gauche le margeur. On reconnaît de haut, en bas sur la presse : les rouleaux preneurs d’encre et le marbre destiné à porter la forme. Vis-à-vis du marbre, la platine, présentement renversée et prête à recevoir une feuille à imprimer. Le margeur, posé sur roulettes, peut être, à volonté, détaché de la presse.
- pas que Gutenberg mit près de trois ans pour imprimer son premier volume !
- Les deux organes principaux des presses à platine actuelles : le marbre et la platine se retrouvaient sur les premières presses. La forme, cadre enfermant la composition était ajustée sur le marbre, fixe et horizontal. La feuille à imprimer venait alors s’appliquer sur la forme préalablement encrée à l’aide de « balles », et un plateau constituant la platine était descendu pour comprimer l’ensemble à l’aide d’une vis en bois. La presse devait même quelquefois être étayée, entre plafond et plancher à l’aide de madriers pour augmenter la pression. Cette pression restait malheureusement insuffisante pour imprimer les formats
- 1. La Nature du 1er juin 1946.
- Ses progrès.
- un peu importants, et l’on devait recommencer l’opération deux fois successivement sur les deux moitiés de la feuille. Voici pourquoi les premières machines à imprimer étaient appelées « Presses à deux coups ». Et c’est sans doute parce qu’elles rappelaient les vieux pressoirs à vin et à cidre qu’on leur a donné le nom de presses à bras.
- Vers le milieu du xvie siècle, dans le but d’éviter le maculage des côtés de la feuille à imprimer, on adjoignit à la presse le système composé du tympan et de la frisquette. Le tympan était une sorte de châssis de bois tendu d’étoffe qui se trouvait relié par charnières à la frisquette, cadre de fer recouvert de papier ajouré qui ne laissait passer à travers les jours que la partie imprimante de la forme. Protégées des bavures sur les côtés, les feuilles imprimées devenaient ainsi beaucoup plus propres.
- La presse à bras, presque totalement réalisée en bois, régna en maîtresse, faute de mieux, jusqu’à la fin du xvme siècle; on ne put durant trois siècles espérer d’elle un tirage supérieur à trois cents feuilles par jour. Le primitif encrage de la forme par « balles » de laine recouvertes de cuir ne fut lui-même remplacé qu’en 1817 par l’emploi de rouleaux encreurs, formés d’une matière plastique à base de gélatine et de glycérine.
- Didot, aidé de Bricbet, en munissant en 1783 sa machine d’un marbre en fer et d’une platine en cuivre, semble être le premier imprimeur qui ait utilisé une presse métallique. Il permit de réaliser les grands formats « en un coup » et par conséquent de doubler la vitesse du tirage; mais c’est en 1807 que fut construite en Angleterre par Stanhope la première presse entièrement métallique, qui permettra de décupler le rendement journalier.
- Le début du xix6 siècle ne fut pas seulement marqué, dans le domaine de l’imprimerie, par l’adoption du métal à la place du bois pour la construction des machines à imprimer, mais par l’invention de la machine à vapeur, permettant la diminution progressive du pénible travail de l’impression à la main. La presse qui imprimait le journal anglais The Times semble être la première, en i8i4, dont le fonctionnement ait été commandé par une machine à vapeur. La force motrice va, dès cet instant, autoriser une évolution continue et rapide de l’imprimerie, parallèlement à celle des autres industries mécaniques.
- Dès le milieu du xixe siècle, l’énergie électrique commencera à supplanter l’énergie thermique. L’importance des tirages va, dès lors, augmenter dans des proportions considérables, et la présentation des publications imprimées ne cessera de s’améliorer. Jamais cependant l’accroissement des éditions de toutes catégories et des travaux d’imprimerie ne dépassera les besoins de populations dont le potentiel industriel et commercial augmente chaque jour en même temps que leur désir de lire et de s’instruire.
- Il serait beaucoup trop long d’enregistrer pas à pas tous les perfectionnements apportés aux presses d’imprimerie au cours du xixe siècle et des années écoulées du siècle présent. Il est évident que ces perfectionnements découlent pour une bonne part de ceux acquis dans l’industrie métallurgique.
- L’imprimerie typographique utilise aujourd’hui une grande diversité de types de machines, depuis les presses à petit format dites à pédale et à platine jusqu’aux puissantes rotatrves de presse pour le tirage des grands quotidiens.
- Suivant la forme géométrique des deux parties portant, l’une la forme, l’autre le papier pour les presser l’un contre l’autre, les machines à imprimer se classent en trois groupes principaux :
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- i° Plan contre plan : presses à pédale et à platine.
- 2° Plan contre cylindre : presse à arrêt de cylindre; à deux tours, à retiration. Le plan porte la forme et le cylindre le papier.
- 3° Cylindre contre cylindre : groupe des rotatives.
- Les presses à platine. — Le système « plan contre plan » a été le premier mis en application puisqu’il constitue le principe de la presse à bras. Les perfectionnements successifs apportés à cette machine ont permis de réaliser vers i855 la presse à pédale « Liberty », dite à éventail, dont le marbre et la platine, mobiles tous les deux, sont articulés sur un axe et se ferment l’un sur l’autre à la manière d’un livre.
- Afin d’augmenter la vitesse de fonctionnement de la pédale, sans accroître parallèlement la force d’inertie des pièces en mouvement, les constructeurs ont été amenés à abaisser l’axe
- Équipées d’un margeur automatique, elles réalisent des tirages atteignant 4 5oo exemplaires à l’heure pour les petits formats. Extrêmement précieuses pour les travaux dits « de ville », elles ne dépassent pas le format coquille (44 x 56 cm), et leur principe même basé sur le mouvement alternatif de la platine limite leur vitesse et par conséquent leur rendement.
- Puisque nous venons de mentionner le margeur automatique, disons que ce dispositif, étudié vers le milieu du siècle précédent, n’a pratiquement été mis en application qu’au début de notre siècle. Il a constitué un des progrès essentiels apportés aux machines à imprimer de tous types, en doublant largement le rendement du meilleur margeage à la main. Tandis qu’un excellent ouvrier ne pouvait marger plus de i 5oo feuilles à l’heure, le margeur automatique, qu’il soit du modèle à friction ou à succion, peut réaliser une distribution dépassant 3 ooo feuilles dans le même temps.
- Fig. 2. — Application du principe : plan contre cylindre. Une presse à deux tours, marque Miehlè.
- du marbre, qui reste mobile mais dont le déplacement angulaire est fortement diminué. Les presses types « Minerve », introduites dans les ateliers dès la fin de la guerre de 1870 bénéficient de ce perfectionnement.
- Cependant le problème constructif le plus urgent à résoudre pour augmenter encore les vitesses de tirage était d’immobiliser entièrement le marbre, pièce la plus lourde de la machine, afin d’annuler tous les effets de son inertie. On mesure en effet aisément quelle force il fallut déployer en pure perte pour mettre en marche et arrêter à chacun de ses aller et retour une pièce aussi lourde dotée d’un mouvement alternatif; c’est alors qu’apparut dès le début du xxe siècle la platine à marbre fixe, type « Phénix » dont la platine ne pivote plus autour d’un axe mais avance le long de glissières pour se présenter parallèlement au marbre au moment de la pression, d’où son nom de platine à « pression parallèle ».
- Si l’on excepte les petites machines à imprimer les cartes de visite, qui fonctionnent à la main parce que limitées à un très petit format, les presses à platine modernes sont entraînées à l’aide d’un moteur électrique. Machines de faible encombrement, faible consommation électrique et prix de revient réduit par rapport aux machines van blanc et à retiration, elles constituent souvent à un ou deux exemplaires le seul matériel d’impression de l’artisan.
- Avec le margeur à friction, chaque feuille est entraînée par un système de frotteur puis « avalée » par un jeu de rouleaux jusqu’à la table de marge. Avec le margeur à succion (x), une ventouse aspire les feuilles une à une tandis qu’un courant d’air, provoqué par une buse disposée sur le côté de la pile de papier, aide le décollage.
- Les machines en blanc et à retiration. — Les presses à cylindre — (Groupe plan contre cylindre) — sont utilisées pour l’impression des travaux dépassant le format (2) coquille
- 1. Les margeurs automatiques des presses à platine sont toujours à succion.
- 2. Chaque format maximum de papier, mesuré en centimètres, admis par une machine à imprimer, porte un nom qui en fixe la longueur et la largeur aux yeux de l’imprimeur. Voici la gamme des formats classiques :
- 44 cm x 56 cm .... coquille.
- 45 » 56 » .... carré.
- 50 » 65 » .... raisin.
- 56 » 76 » .... jésus.
- 63 » 90 » .... colombier.
- 56 » 90 » .... double carré.
- 65 » 100 » .... double raisin.
- 76 » 112 » .... double jésus.
- 80 )> 120 » .... double colombier.
- 88 » 112 )> .... quadruple coquille.
- 100 )> 130 » .... quadruple raisin.
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- el l’impression des journaux ou revues à petit et moyen tirage.
- Le mouvement alternatif de la platine dans le groupe plan contre plan, est remplacé ici par le mouvement rotatif du cylindre porlant le papier, le marbre conservant un mouvement alternatif.
- Nous nous acheminons vers le mouvement rotatif intégral, qui est celui des rotatives, et cette transformation de mouvement d’un groupe de presses à l’autre, constitue le perfectionnement le plus évident apporté à la technique de réalisation des machines à imprimer.
- Le groupe des presses à cylindre comprend plusieurs types dont les machines dites à arrêt de cylindre, les machines deux tours et les machines à retiration constituent le matériel le plus courant. Il nous est impossible d’en relever, dans ce cadre étroit,
- Fig. 3. Application du principe : cylindre contre cylindre. Une machine rotative de presse .< Marinoni » à six groupes et trois plieuses.
- Avec cette machine, il est possible d’obtenir un débit horaire de 120 000 journaux à 16 pages ou 80 000 journaux à 24 pages.
- Avec les presses deux tours, mises au point et introduites dans les imprimeries depuis une soixantaine d’années, le cylindre au lieu de s’immobiliser pendant le retour du marbre comme sur les presses à arrêt de cylindre, continue à tourner à la même vitesse et se soulève au retour du marbre. Il réalise donc deux tours par feuille. Actuellement les machines de ce type impriment les grands formats à une vitesse de tirage au moins égale à i 6oo feuilles à l’heure.
- Les presses de types à arrêt de cylindre, à un tour et à deux tours constituent la catégorie des machines en blanc, ainsi appelées parce qu’elles n’impriment qu’un seul côté de la feuille. Les machines imprimant les deux côtés de la feuille sont appelées machines à retiration.
- les évolutions successives. Contentons-nous de dire quelques mots sur chaque type :
- Sur les presses à arrêt de cylindre, le cylindre est entraîné par le marbre à l’aide d’une roue à crémaillère et s’immobilise pendant le retour de celui-ci. Le soulèvement du cylindre, par commande manuelle ou automatique afin de diminuer les risques de maculage, a été un progrès important apporté à la construction de ces machines. Mais le fait le plus saillant à noter dans les perfectionnements des presses à arrêt de cylindre, a été la réalisation ces dernières années de modèles à format réduit, plus spécialement désignés sous le nom de petites presses automatiques à cylindre, qui ne dépassent pas la coquille mais atteignent un tirage de 4 5oo à 5 ooo feuilles à l’heure. Ces petites machines très pratiques pour l’impression des « travaux de ville » à grand tirage, consacrent les avantages du mouvement rotatif d’un cylindre amenant le papier sur le mouvement alternatif de la platine.
- Les machines à retiration sont schématiquement constituées par deux presses deux tours accolées par leurs cylindres. Chaque machine comprend donc deux cylindres, deux marbres portant deux formes, l’une imprimant le recto, l’autre le verso et deux encrages, chaque forme disposant d’un encrage propre. La feuille de papier est entraînée par le premier cylindre et imprimée au recto, puis retournée et entraînée par le second cylindre pour son impression au verso. Chacun des cylindres est animé d’un mouvement rectiligne alternatif, descendant un tour sur deux pour réaliser l’impression de la feuille.
- Les presses à retiration ont évidemment bénéficié de la majorité des perfectionnements apportés aux machines deux tours. Ces perfectionnements restent ceux des industries métallurgique et mécanique, puisque toutes les machines se composent d’un nombre considérable de pièces appliquant les principes de la cinématique et de la dynamique. L’accroissement de leur robustesse, acquis parallèlement à la réduction de leur encombrement,
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- a constitué le souci principal des constructeurs. Les machines à retiration actuelles imprimant les grands formats (double colombier, quadruple raisin), pèsent néanmoins de i5 à 17 t; elles réalisent pour ces formats une vitesse horaire de 1 800 à 1 900 exemplaires, les modèles pour le format-journal (colombier) atteignant 2 5oo exemplaires à l’heure.
- La première presse imprimant à deux couleurs a été présentée au moment de l’Exposition de 1867. Depuis cette époque, les machines pouvant imprimer à deux et plusieurs couleurs sont devenues courantes dans les ateliers importants d’imprimerie.
- Les machines à deux couleurs dérivent des presses à retiration, dont elles possèdent les deux cylindres, les deux marbres et les deux systèmes d’encrage; mais le cylindre qui effectuait le retournement du papier n’en effectue ici que la transmission. Un modèle double colombier deux couleurs permet d’atteindre un tirage de 1 800 exemplaires à l’heure.
- Les • presses imprimant à quatre couleurs sont dotées d’un marbre très long sur lequel sont disposées quatre formes.
- Chaque feuille s’imprime à la première couleur puis passe successivement à la deuxième, à la troisième et à la quatrième couleur, la succession rapide de ces opérations permettant un débit horaire de 800 à 900 exemplaires.
- Rotatives de pre$= se et petites rotati= ves transformatrices. — Le principe de fonctionnement des machines en blanc et à retiration nous a révélé que la vitesse de tirage obtenue avec ces machines se trouvait forcément limitée par le mouvement alternatif du marbre, dont la vitesse devient nulle à chaque changement de sens. Les tirages de plusieurs centaines de milliers d’exemplaires en quelques heures, rendus aujourd’hui nécessaires par le développement de la grande presse ne peuvent se satisfaire du mouvement rectiligne alternatif de la partie imprimante des machines à retiration. Les grands quotidiens sont donc toujours tirés à l’aide de machines rotatives, dont la partie imprimante aussi bien que la partie amenant le papier réalise un mouvement circulaire continu. La forme est un cliché cintré adapté à un cylindre; le papier se déroulant d’une bobine est amené au contact de la forme par un second cylindre, les deux cylindres tournant à grande vitesse.
- L’idée de construction des machines rotatives date de plus de cent ans. Quelques imprimeurs ont réalisé, dans la première moitié du xixe siècle, en Angleterre, en Amérique et en France des machines rotatives à cylindres verticaux ou à cylindres horizon taux qui ne présentèrent pas à cette époque un grand intérêt pratique. C’est après la guerre de 1870 que les rotatives de presse se développèrent de plus en plus dans les ateliers de journaux. Ce sont aujourd’hui des machines énormes pouvant imprimer et délivrer par paquets .de 25 ou 5o et pour chaque sortie jusqu’à Go 000 journaux à l’heure.
- A côté des rotatives de presse, ont été réalisées ces petites rotatives automatiques d’impression et de transformation du papier et du carton qui se vulgarisent maintenant dans les ateliers d’imprimerie. Faire suivre par un personnel restreint — une seule personne même — la marche d’une bande de papier se déroulant d’une bobine, pour quelques instants après se trouver imprimée en plusieurs couleurs et transformée à l’autre extrémité de la machine en carnets de tickets, empaquetages, blocs, prêts à être utilisés c’est-à-dire numérotés, découpés, perforés, pliés, etc..., tels sont les avantages offerts par ces rotatives automatiques qui résument, avec chacun de leurs éléments d’impression ou de façonnage les progrès les plus utiles de l’imprimerie.
- La plus curieuse particularité de ces petites rotatives est sans contredit leur possibilité d’imprimer non seulement en typo-
- graphie mais également en off-set — ou plus exactement par un procédé s’en approchant — en héliogravure ou avec encre à Vaniline, au moyen d’une transformation relativement simple apportée à la machine.
- L’impression off-set s’obtient par l’adjonction à l’élément typographique d’un cylindre supplémentaire garni d’un blan-c-het de caoutchouc. Pour les impressions en héliogravure ou avec encre à l’aniline, les appareils correspondants s’installent à la place de l’appareil typo.
- Schématiquement le fonctionnement d’une petite rotative transformatrice se présente ainsi : le papier ou le carton se déroule d’une bobine disposée sur un côté de la table support des éléments d’impression et de façonnage. Ceux-ci prennent leur mouvement, avec une vitesse linéaire constante (ceci afin de permettre un repérage rigoureux du papier) à un arbre unique par l’intermédiaire de pignons hélicoïdaux. Ce système de commande de tous les éléments par un arbre unique possède évidemment le désavantage d’imposer l’emploi d’un jeu de cylindres déterminé pour chaque format de papier. Il fait, par contre, bénéficier la machine de la plus grande simplicité de construction.
- Pour les tirages typographiques importants, l’appareil d’im-
- Fig. 4. — Une petite rotative transformatrice Chambon.
- On reconnaît de droite à gauche : la bobine de distribution du papier, deux impressions hélio, trois impressions typo, deux impressions off-set, un appareil de tension du papier, un appareil de découpage et un appareil de réception
- par paquets comptés et séparés.
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- pression utilise des clichés cylindriques en acier ou en cuivre gravés et soigneusement retouchés. Les galvanos, stéréotypes et même le caoutchouc peuvent être utilisés pour les tirages plus réduits.
- Imprimé recto et verso, en une ou plusieurs couleurs suivant le genre d’impression effectuée, le papier peut être mis, si besoin en est, au contact de dispositifs de numérotage, de vernissage ou de bronzage. Et « poursuivant sa route » sur la table, il subit alors de la part des éléments correspondants (éléments à perforer, à découper, à plier en accordéon, etc...) les transformations désirables pour lui donner son aspect final sous forme d’enveloppages de cigarettes ou de produits à gros débit (alimentation, pharmacie), étiquettes gommées, imprimés administratifs, tickets de chemin de fer, carnets de tramway, autobus ou métropolitain, billets de loterie, etc....
- En conclusion, les petites rotatives transformatrices reflètent dans les perfectionnements successifs apportés à chacun de leurs éléments réunis sur une môme table, la tendance vers l’automatisme que n’a cessé de suivre, depuis cinquante ans surtout, l’industrie des arts graphiques.
- La commande élecrique des machines à imprimer.
- — Si, dans quelques ateliers artisanaux encore, ne comprenant qu’un matériel très ancien, les machines fonctionnent au pied (les premières pédales ont même fonctionné à la main), l’uti-
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- lisation de la force électrique s’est généralisée dans toutes les imprimeries, de petite comme de grande importance.
- On trouve quelques petits ateliers ne disposant que d’un moteur électrique unique chargé de commander l’ensemble des machines à imprimer par l’intermédiaire d’un arbre avec transmission par courroies. Solution insuffisante, pour l’époque présente, dans les ateliers disposant de plusieurs machines. Le moteur électrique unique ne devait-il pas tourner aussi bien pour commander le fonctionnement de la plus petite machine comme le fonctionnement de toutes. Gaspillage de courant électrique, avec pour conséquence l’augmentation sensible du coût de revient des impressions. Aujourd’hui, chaque machine dispose d’un moteur individuel, approprié à son importance.
- Un progrès de liaison moteur électrique-machine est également à signaler : auparavant le moteur était installé à quelque distance de la machine, avec transmission par courroie ou chaîne. Aujourd’hui, il fait corps avec elle, porté directement par le bâti de fond.
- Nous en avons ainsi terminé avec l’évolution progressive de la technique typographique. L’évolution des autres procédés : lithographie avec application de son principe à l’off-set, et héliogravure fera l’objet d’une rapide étude dans un prochain article.
- (à suivre).
- Fernand de Laborderie.
- Couleur et qualité des miels
- Le miel est surtout apprécié pour son parfum, son bouquet qui varient suivant la flore où il est récolté, et là, comme dans beaucoup de produits, raxiomem-sdë^oûfsLet'' des cÈWîleiUES .: il ne faut pas discuter » s’applique fort bien. Il • est. cependant un point, dont l’importance grandit à la suite de recherches. faites sur la nutrition de l’homme, c’est que certains miels sont beaucoup plus riches en matières minérales que d’autres.
- Une étude très intéressante sur ce sujet a été faite en 1932 au laboratoire des aliments, à l’Université du Wisconsin par le Professeur H. A. Schuette ; il constata que plus le miel est coloré et plus il est riche en matières minérales ; le fer, le cuivre, le manganèse, prédominent dans les matières minérales du miel foncé.
- Dans un rapport présenté à la 54e Convention des Apiculteurs du Wisconsin, à Madison, en décembre, il dit : <c Le fer est très important dans la nutrition, par suite de sa présence dans la molécule d’hémoglobine, notre pigment sanguin qui capte l’oxygène nécessaire à notre organisme. L’hémoglobine est fournie par notre nourriture ». On a remarqué récemment que le cuivre, bien que ne faisant pas partie de la molécule d’hémoglobine est nécessaire pour la formation de celle-ci. 11 accentue la puissance thérapeutique du fer dans le traitement des anémies. Cette découverte fut faite vers 1929, par le Professeur E. B. Hart de l’Université du Wisconsin dans des circonstances accidentelles. Ayant traité quelques cas d’anémie avec succès, il trouva que le fer qu’il avait employé contenait des traces de cuivre comme impuretés. Il en conclut logiquement, que l’effet curatif du fer avait été favorisé par la petite portion de cuivre qu’il contenait, une partie pour soixante de fer.
- Les traces de manganèse qu'on trouve dans le miel, favorisent aussi l’action du fer, en dehors de l’action propre que ce métal peut avoir dans les phénomènes oxydasiques.
- Un essai portant sur 22 miels différents, dont 10 provenant de luzerne étaient les moins colorés, les autres foncés, provenant de Bidens aristosa, Linodcndron, sarrasin, montra que les miels colorés contenaient quatre fois plus de fer que les miels clairs, deux fois plus de cuivre, et quatorze fois plus de manganèse. Il est intéressant de constater que le miel de sarrasin, qui sur le marché est souvent handicapé par sa couleur foncée et son goût
- prononcé, .contient en comparaison avec celui de luzerne beaucoup plus de manganèse et de cuivre. Une autre expérience, portant cette -I&is sur 27 échantillons confirma les résultats du premier essai.
- Voulant se rendre compte des effets produits par différents sucres, le Professeur Schuette fit l’expérience suivante qu’il relate dans le Bee Keeper’s Item d’août 1945.
- Un lot de jeunes rats fut nourri avec du lait entier, additionné de 20 pour 100 de miel roux, un autre avec le même lait additionné de 20 pour 100 de miel clair et comme contrôle un troisième lot fut nourri avec du lait entier additionné de 20 pour 100 de sucre de betterave rose (sucrose).
- Après dix semaines d’un tel régime, l’hémoglobine du sang des rats nourris au miel roux augmenta de 10,8 g à 11,4 g, celui des rats nourris au miel clair diminua de 10,6 g à 4,6 g, et celui des rats nourris au sucre ne contenait plus que 3,6 g pour 100 cm3 de sang.
- Ayant remarqué que les rats alimentés au miel roux consommaient beaucoup plus de nourriture que ceux alimentés au miel clair ou au sucre, il fit une autre expérience modifiée comme suit : 1ous les rats furent astreints d’absorber la même quantité de nourriture. A la suite de cette modification, les résultats furent qu’en 15 semaines l’hémoglobine du sang des rats recevant du miel roux s’éleva de 10,5 g à 11 g ; celle des rats recevant du miel clair tomba, au bout de 10 semaines à 4 g, et resta à ce taux jusqu’à la fin de l’expérience ; l’hémoglobine contenue dans le sang des rats recevant du sucre tomba à 2,9 g pour 100 cm3 de sang. Lorsque l’hémoglobine contenue dans le sang des jeunes rats fut réduite à 4 g par 100 cm3, l’addition de 20 pour 100 de miel roux au lait, produisit une augmentation graduelle de l’hémoglobine, tandis que l’addition de 20 pour iOO de miel clair n’empêchait pas la diminution de l’hémoglobine, jusqu’à ce que le taux de 3 g aux 100 cm3 fût atteint.
- Il faut en conclure que le miel brun peut jouer un rôle important pour prévenir et guérir l’anémie due à la mauvaise nutrition, tandis que le miel clair est beaucoup moins efficace.
- Etienne Giraud.
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- LES LIVRES NOUVEAUX
- Défense et illustration d’Avignon, par Georges Pillement. 1 vôl. in-8°, 136 p., 60 pl. en hélio. Grasset, Paris, 1916.
- ' On. a restauré le Palais des Papes, mais combien d’autres précieux, monuments restent menacés ? Le charme d’Avignon est fait d’un pôle-môle-’, d'édifices de tous les siècles alliant les grâces italiennes à l’élégance française, comme le montrent les planches de cet ouvrage, et'il' est grand temps de les sauver.
- La chimie générale, par Georges Ciiampetier.
- 1 vol. in-16, 136 p. Collection «Que sais-je P». Presses universitaires de France, Paris, 1946.
- Dans le bouleversement des connaissances delà matière, les vieilles lois des combinaisons chimiques subsistent, mais d’autres sont nées,' considérant la structure des atomes, les isotopes, les réactions nucléaires, et aussi les liaisons des atomes dans les molécules, les fonctions et les structures des corps organiques, l’énergétique et la cinétique des réactions. Cet exposé très clair permet de faire le point des idées actuelles.
- Le tragique destin des cuirassés allemands, par A. Thomazi. 1 vol. in-16. Plon, Paris, 1946.
- Les cuirassés allemands constituaient pour les transports alliés une menace redoutable. Il fallut beaucoup d’efforts pour en venir à bout. Les péripéties de cette lutte, qui se termina par la destruction de ces grandes unités du Reich, passent tour à tour devant les yeux comme les images d’un film extraordinairement mouvementé.
- The Vertebrate eye and its relative radiation, par Gordon Lynn Walls. 1 vol. in-8°, 785 p., 197 fig., 1 pl. Cranbrook Institute of Science, Bloomfield Ilill (Mich.), 1942.
- La vision est le plus admirable des sens, non seulement par sa précision et sa complexité, mais encore par son adaptation étonnante et l’importance primordiale qu’elle a dans la connaissance du monde extérieur. Tandis qu’en France, le £)* Rochon-Duvigneaud publiait la somme de nos connaissances dans « Les yeux et la vision des Vertébrés », paraissait aux États-Unis un autre ouvrage considérable sur le meme sujet. L’auteur entre dans moins de détails sur la structure de l’œil chez les divers animaux, mais il insiste beaucoup sur les adaptations écologiques : à l’activité arythmique et à celles diurnes et nocturnes, à la perception de l’espace, des mouvements et du milieu, aux qualités pho-tiques de couleurs et düntehsité. Cette partie biologique est encadrée par deux autres, la première de généralités fondamentales sur la lumière et sa perception, l’œil humain considéré comme type, ses structures et ses fonctions, la rétine , et la vision, sa genèse embryologique et phylogénique, la troisième synoptique de tous les yeux des Vertébrés, de la Lamproie aux Mammifères supérieurs. Les deux livres, le français et l’américain, fixent. définitivement nos idées et; resteront des ouvrages de base, classiques, auxquels il faudra toujours se référer.
- INDUSTRIEL sinistré rech. Direction ou emploi similaire Paris. Références 1er ordre. Ëcr. : La Nature, n° 168.
- MACHINE à diviser les cercles, comprenant deux bâtis, pour degrés et grades. Parf. et. Téléph. Robinson 10-89.
- VENDS OU ÉCHANGE contre T.S.F. à casque, Histoire Générale en 12 volumes, par Lavisse et Rambaud, et L’Évolution de VHu-
- Grandeur des îles, par Odette du Puigaudeatj.
- 1 vol. in-16, 195 p.
- Ouessant, Molène, Sein, Groix, autant de petits mondes fermés, où l’auteur à vécu et dont il décrit la vie, les types, les caractères dans une série de tableaux très vivants et' finement observés.
- Les problèmes théoriques et pratiques de la planification, par Ch. Betteliieim. 1 vol. in-8°, 349 p. Presses Universitaires de France, Paris, 1946.
- Au moment où le monde cherche sa voie, cette étude critique et objective des problèmes de planification, rédigée par un spécialiste des plus qualifiés, sera lue avec le plus grand intérêt. Elle vient à point pour préciser une question de la plus évidente actualité.
- La conquête de l’énergie atomique, par Gérard de Vaucouleurs. In-8°, 114 p. Actualités scientifiques et industrielles, Ilcrmann, Paris, 1946.
- Excellente mise au point très accessible des étapes qui ont conduit de la découverte de la radioactivité à la réalisation de la bombe atomique.
- A monograph of the existing Crinoids, par Austin Hobart Clark. Vol. 1. The Comatu-lids, Part 4a. Superfamily Mariametrida.
- I vol. in-4°, 603 p., 61 pl. Smithsonian Institution, "Washington, 1941.
- Suite de la magistrale publication de l’U. S. National Muséum concernant toutes les formes vivantes du globe d’une des superfamilles de Comatules, ces Crinoïdes errants. On y trouve une longue étude morphologique du groupe, suivie de la description détaillée de chaque espèce, avec sa synonymie, sa répartition géographique, sa figuration.
- Plantes à latex. Étude critique et expérimentale, par W. Kopaczkwski. 1 vol. in-8°, 62 p. .Gauthier-ViUarg. Paris,T94fi.
- Privé de caoutchouc de plantation, le monde entier s’est occupé des plantes à latex qui pourraient y suppléer. Chargé d’étudier au Maroc certaines Euphorbes, Fauteur a rassemblé une abondante documentation sur ces ressources nouvelles et définit les propriétés de toutes les plantes étudiées.
- Botanique agricole, par. E. Cïtancrin. 1 vol. in-16, 437 p., 346 fig. Encyclopédie des connaissances agricoles. Hachette, Paris, 1946.
- II est bon que les agriculteurs et les horticulteurs soient instruits de la biologie végétale pour exercer utilement leur action en vue d’une meilleure récolte quantitative et qualitative. Ce livre y pourvoit qui rassemble les données fondamentales sur l’anatomie et la physiologie des plantes. On y apprend les structures et les fonctions de la racine, de la tige, de la feuille, de la fleur, et chemin faisant, les modifications que la culture peut y apporter.
- manité, en 2 volumes. Ëcr. à ROUVIÈRE DE BRANCAS, par Ganges (Hérault).
- CÉDERAIS microscope Reichert, 4ocul., 3 obj., dont 1 imm. état neuf, av. coffre et accessoires. Offres : Paul de GRANDCOURT, Saint-Fulgent (Vendée).
- RECHERCHE cartes géologiques au 80 000e. Ëcr. : BRETON, 17, rue du Château, Pontoise.
- Les produits résineux, par R. Lombard. 1 vol.
- in-8°, 288 p., 25 fig.. Collection « Matériaux de synthèse », Dunod, Paris, 1946.
- Documentation d’ensemble sur les sécrétions de pin ou gemmes, la colophane, les essences de térébenthine, les goudrons de pin, industrie française importante. L’étude chimique de ces produits et leurs applications sc sont considérablement développées ces dernières années. Cette étude opportune comporte une abondante bibliographie.
- Mathieu de Dombasle, par René Cercler. 1 vol. in-16, 195 p., 1 portrait. Berger-Levrault, Paris, 1946.
- De 1777 à 1843, Mathieu de Dombasle vécut la fin de l’ancien régime, la crise révolutionnaire et napoléonienne, les débuts de l’ère technique et y participa dans tous les domaines de l’agriculture. Il fut à l’origine du sucre de betteraves, il créa la première école d'agriculture et les comices agricoles, il perfectionna les instruments aratoires dont la charrue qui porte son nom. Il examina maints autres problèmes : exode rural, propriété et fermage, produits de remplacement, qui se retrouvent aujourd’hui d’actualité. Sa vie, son œuvre, sont rappelées d’une plume alerte et précise qui dégage cette grande figure trop oubliée.
- L'Énergie atomique, par M. Laporte, in-16, 42 p., 12 fig. Dunod, Paris, 1946.
- Guide théorique et formulaire pratique d'atelier, par A. Roland. 3e édition, 1 vol. in-16, 253 p., fig. Girardot et CltJ, Paris, 1946.
- Recueil des données et des éléments de calculs nécessaires aux ouvriers du fer pour la pratique du tour, du fraisage, la mesure des temps, l’emploi des divers métaux.
- Résines vinyliques, par II. Gïbello. 1 vol. in-8°, 224 p., 8 fig. Collection « Matériaux de synthèse », Dunod, Paris, 1946.
- Étude très complète et très documentée de ces produits de grande importance technique, théorique, économique et d’applications pratiques très étendues. Elle rendra service aussi bien aux chercheurs qu’aux utilisateurs.
- LA NATURE
- paraît le 1er et le 15 de chaque mois ABONNEMENTS
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- PETITES ANNONCES
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- Le téléférique -
- de l’Aiguille du Midi
- SOMMAIRE
- Le téléférique de l’Aiguille du Midi, par G. LANORVILIE 209
- Algues et champignons marins destructeurs de calcaires 213
- Le coup de soleil 214
- Graphique des lunaisons .... 215
- L’Exposition d’Histoire Naturelle de Madagascar au Muséum National. 216
- Les pétroles du Moyen-Orient et la guerre 219
- L’atmosphère de Paris 222
- : De Veau potable avec de Veau de mer 223
- Le ciel en août 223
- Fig. 1. — L’emplacement du troisième tronçon, « Glaciers-Col du Midi », grâce auquel, le 1er septembre 1940, la première benne de
- service atteignit le Col, à 3 6S0 m d’altitude.
- À. Terminus actuel. — B. Départ du 3“ tronçon. — C. Pylône intermédiaire. — D. Terminus.
- N° 3116 15 Juillet 1946
- Le Numéro 15 francs
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- '_V A/q du Midi “î Monte Maudite Mont-Blanc
- '-s .Hz^Grepotty Aig,ds B faite ère y---- a ------------- —~----------^ ,
- Ai* dette A,qGrandT~
- , : M Charmoz
- Aiÿ.duP/an
- Coi du Plan
- § Aïg.duCoûter
- Ce projet fut mis à l’étude dès 1934, et le ier septembre 19/io, la première benne de service, passant par un seul pylône intermédiaire, et franchissant
- a-pic, Col à
- Fig. 2. Tracé d’ensemble du téléférique, des Pèlerins aux Glaciers, — déjà en service, — et des Glaciers au Col du Midi, — en voie d’achèvement et déjà utilisable, ainsi que, en traits interrompus, la nouvelle ligne projetée de Chamonix au Plan des Aiguilles, et, de là, par la station des Glaciers, au Col du Midi.
- Les traits indiquent les sentiers d’excursion faciles ; les drapeaux, les lieux habités ou buvettes ; les , les points de vue remarquables ; la croix, entre les Glaciers et les Grands Mulets, un endroit dangereux, exposé aux chutes de
- pierres, par mauvais temps ou grande chaleur.
- Le ski, dont nous avons décrit la fabrication dans ces colonnes (a) est chaussé aujourd’hui par toute une jeunesse sportive et enthousiaste, qui se livre d’autant plus facilement à ce sport que la S. N. C. F. a créé des trains spéciaux, à horaires bien combinés, pour lui en faciliter la pratique.
- Jusqu’à présent, cependant, la nature y mettait obstacle pendant les mois d’été. 11 n’est plus possible de « skier », en effet, aux basses et moyennes altitudes, dès qu’arrivent les chaleurs qui amènent la fonte de la neige.
- Celle-ci, néanmoins, persiste toute l’année sur les hauts sommets des Alpes, mais leur ascension est si pénible et demande un temps si long qu’il n’est pratiquement pas possible d’y accéder.
- Les téléfériques. — Grâce aux nombreux téléfériques déjà existants, il est facile maintenant d’atteindre les moyennes altitudes, où la fonte moins rapide de la neige permet de pratiquer le ski plus longtemps, et le premier en date, commencé en 1909 aux Pèlerins, près de Chamonix, à 1 o35 m d’altitude, conduisait les voyageurs à la station de La Para, à 1 700 m. C’était le premier téléférique à voyageurs du monde. Des travaux successifs, interrompus pendant la guerre de 19x4-1918, permirent de monter, en 1927, jusqu’à la station des Glaciers, flanquée d’un hôlel rustique, à 2 45o m d’altitude. Ce fut le téléférique de l’Aiguille du Midi, improprement nommé puisqu’il ne montait qu’à 2 45o m, alors que le Col du Midi est à 3 65o m (lig. 2).
- Mais le prolongement du troisième lronçon, Glaciers-Col, était d’ores et déjà envisagé.
- Ce troisième tronçon, en effet, permettrait d’accéder au Col sans fatigue et sans danger, d’y jouir d’une vue magnifique, et d’effectuer de là, même en été, les courses moyennes ou difficiles de la Vallée Blanche (fig. C). Ce serait, de plus, une liaison avec l’Italie.
- 1. La Nature, n° 3015, 15 décembre 1937, p. 568.
- tei’médiaire situé sur un « gendarme » à l’altitude de 3 o5o m (fig. 3).
- de
- atteignait le 3 65o m (fig. 1).
- L’occupation allemande n’interrompit pas complètement les travaux poursuivis en fraude, mais ils furent fort ralentis.
- La ligne de service est terminée et peut porter près d’une tonne. Une petite benne confortable pourrait monter dès ce mois-ci cinq personnes au Col du Midi. La mise en exploitation de la grande ligne à voyageurs est prévue pour le printemps de 1947.
- Entre les Glaciers et le Col, la ligne passe par un seul pylône in-
- Une nappe tri= câble. — Cette ligne comporte une nappe sans fin de trois câbles identiques de 01 mm de diamètre formant deux voies parallèles réunies aux extrémités par des équipages de poulies.
- Le renvoi, à l’aval, sera moteur, et installé sur un chariot contrepoids roulant sur des rails placés au long d’un plan incliné (fig. 4) et qui, grâce au moteur fixé sur ce chariot contrepoids, mettra en mouvement la nappe tricâble qui entraînera deux nacelles, l’une ascendante, l’autre descendante.
- La nacelle ascendante, par un dispositif spécial, est toujours arrêtée à un point fixe permettant l’accostage à une plateforme. Le point d’arrêt de la nacelle
- Fig. 3. — Pylône intermédiaire, élevé sur « gendarme » granitique, entre les Glaciers et le Col, à 3 050 m d’altitude, et par où passe la ligne du troisième tronçon.
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- descendante variera quelque peu suivant les allongements des câbles, mais des escaliers permettront l’accès au quai d’embarquement.
- Une ligne de secours, construite sur le même principe, s’ajoute à ce dispositif principal.
- Les câbles, du type Lung, sont à la fois porteurs et tracteurs, et leurs deux extrémités sont culottées et fixées l’une sur le berceau d’une nacelle, l’autre sur celui de l’autre nacelle.
- A la station aval, chaque nappe tricâble gauche et droite passe sur une poulie de support et guidage dite poulie d’entrée de station et par la poulie motrice qui n’existe pas à la station amont, les câbles passant sucessivcment sur deux poulies placées en tète du pylône intermédiaire (Cote 3 o5o m).
- Station amont. — La station supérieure, située sur un gendarme granitique de l’Aiguille du Midi (fig. 5), est constituée par une double paroi revêtue intérieurement et extérieurement de tôles d’aluminium et renfermant entre elles un matelas de laine Isover. Le chauffage et l’éclairage y sont assurés électriquement.
- Des butoirs amortisseurs, et un dispositif spécial installé sur le berceau, permettent le freinage hydraulique de la nacelle à son arrivée à l’amont, à la vitesse de i m/s. En fin de mouvement, un crochet de retenue, fixé sur le berceau, s’accroche à un support et empêche tout retour en arrière.
- D’autres dispositifs, décrottoirs et blocs chauffants par résistance électrique, qu’il serait trop long de détailler, permettent éventuellement de dégivrer les gorges des poulies et les poulies elles-mêmes.
- Station aval. — La station aval, aux Glaciers, comporte le plan incliné à 1/2, en béton armé, qui supporte le chariot contrepoids roulant sur quatre rails, et qui renferme les mécanismes moteurs du. téléférique, reliés par' couronnes dentées, pignons coniques, arbre transversal et accouplements, — le tout arrosé pendant la marche d’huile reçue ensuite dans un carter, — au moteur électrique de 220 ch à 1 470 t/m.
- Deux freins d’arrêt, l’un automatique, l’autre manuel, sont
- installés sur l’arbre transversal. Un poste de commande, situé dans une cabine à l’avant du chariot, comprend un indicateur de position des nacelles, un ta-chymètre, un levier de serrage du frein d’arrêt sur la transmission, un commutateur de commande du frein de sécurité et la commande d’un régulier centrifuge.
- Un jeu d’interrupteurs actionné mécaniquement déclenche automatiquement le fonctionnement du frein de sécurité lorsque : i° en un point quelconque du parcours, la vitesse dépasse de 10 pour 100 la vitesse normale de 6,5o m/s; 20 lors-
- Fig. 5. — Rocher de la Gare, d’arrivée, ou Station du Col du Midi, à 3 650 m d’altitude.
- qu’elle dépasse 4,5o m/s à 4o m du terminus; 3° lorsqu’elle dépasse i,5o m/s à i5 m du terminus.
- Un groupe moteur auxiliaire comprend un moteur électrique asynchrone de 20 ch à 1 4?o t/m et un moteur à essence de 27 ch au sol à 1 700 t/m développant environ 20 ch à l’altitude d’installation, la puissance de ce dernier assurant en toutes circonstances son bon fonctionnement au moment de l’embrayage.
- Ligne de secours. — La ligne de secours est constituée par un câble unique de 18 mm. Elle permet de déclencher l’action du frein de sécurité depuis l’une ou l’autre des nacelles par l’intermédiaire de grips. -Elle permet., de plus, en cas de panne du téléférique principal, d’assurer, avec une nacelle de secours, un service de navette entre la station aval et les nacelles en détresse. Cette nacelle de secours comporte deux portillons. L’un permet de passer dans la nacelle principale ou sur le support intermediaire, l’autre de débarquer à la station aval.
- Pour le fonctionnement du troisième tronçon « Glaciers-Col du Midi », et du Laboratoire du Centre national de Recherches scientifiques, 'construit à l’Aiguille du Midi, la Société des Forces motrices de Savoie fournil i5 000 V par une dérivation en ligne aérienne et entrée dans le poste de coupure en câble souterrain.
- Caractéristiques de la ligne. — Les caractéristiques principales de la ligne sont les suivantes :
- Longueur, mesurée horizontalement, environ : 1 Cio m.
- Longueur, mesurée obliquement, environ : 2 040 m.
- Différence de hauteur : 1 200 m.
- Vitesse moyenne de marche : 5 m/s.
- Contenance de chaque voiture : 30 voyageurs et un conducteur.
- Durée d’un trajet simple, environ : 313 s.
- Débit horaire : 300 voyageurs.
- Intérêt de ce téléférique. — La station supérieure offrira un refuge très sûr et très confortable qui recevra les touristes pris par le mauvais temps ou désireux de séjourner à cette altitude. Ils pourront de là, par des aménagements prévus dans le rocher, faire l’ascension de l’Aiguille du Midi, le plus beau
- Fig. 4. — A la station des Glaciers. Plan incliné à 1/2, en béton armé, sur lequel roule le chariot-contrepoids.
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- Fig. 6. — La Vallée Blanche, où l’on accédera facilement de la station supérieure du téléférique, et où l'on pourra, même en plein été, effectuer, en skis, des courses
- moyennes ou difficiles.
- belvédère des Alpes, et certainement l’un des plus beaux du monde. Celte station offre au départ des pentes très douces pour les débutants, puis d’autres de plus en plus raides pour les skieurs entraînés, et assurera, pendant les périodes de plein enneigement, une piste d’environ 2 5oo m de dénivellation, sur un parcours de i5 à 18 km. Ce sera là une piste véritablement unique au monde.
- On jouira d’autre part, du Col du Midi ou de ses abords, d’une vue d’ensemble saisissante et inattendue sur la partie centrale du Massif du Mont Blanc : vastes champs de neige, glaciers, hauts sommets dépassant le plus souvent 4 000 m. Ce
- sont l’Aiguille du Goûter, le Dôme du Goûter, le Mont Blanc, les Monts Maudits. Au pied de ces colosses descendent d’immenses glaciers tout crevassés. Très bas sont les rochers des Grands Mulets, dominant le Glacier des Bossons, puis le Col du Géant, par lequel on peut passer en Italie et atteindre Courmayeur, l’Aiguille du Géant, les Grandes Jorasses, puis les sommets du cirque et le Glacier de Talèfre, enfin, l’Aiguille Verte et toute la série des Aiguilles de Chamonix.
- Le tout forme un immense cercle vers le centre duquel plongent tous les glaciers dont la réunion forme la Mer de Glace. Les plus proches ont leur origine de part et d’autre de l’Aiguille du Midi qui bouche l’horizon vers le Nord-Est, mais qui sera gravie facilement, depuis le Col du Midi, lorsque ses escarpements auront été aménagés. Et un pareil ensemble de sites majestueux ne manquera pas, en été, d’attirer de nombreux touristes non initiés à la pratique du ski.
- Nous, posséderons donc là le plus haut, le plus intéressant téléférique de l’Europe et sans doute du monde entier.
- La Compagnie française des Funiculaires de Montagne prévoit d’ailleurs, dès maintenant, la construction d’üne nouvelle ligne allant de Chamonix même au Plateau du Plan des Aiguilles, où seront édifiés un châlet-hôtel moderne, un bar-restaurant et un magasin de souvenirs, et l’aménagement de pistes de skis et remonte-pentes. De là, elle rejoindra la station actuelle des Glaciers, et, par le troisième tronçon décrit ci-dessus, le Col, duJMidi. Cette nouvelle ligne présentera, elle aussi, nombre de sites pittoresques' pour les touristes, ainsi que de très intéressantes pistes de ski.
- Georges Lanorville.
- Vitamines contre vésicants
- Un des étonnements causés par cette guerre a été l’absence de gaz asphyxiants.
- On s’attendait à revoir une guerre chimique ; partout on avait préparé l’attaque et la défense, prévu des fabrications massives de produits toxiques, mobilisé de nombreux savants, organisé des services spéciaux aux armées. Rien ne s’est produit, durant les six années de guerre, alors que tant d’autres moyens ont été employés.
- Quelques-uns seulement avaient pensé qu’il pourrait bien en » être ainsi, parce que les toxiques sont moins destructeurs que les explosifs, parce que leur production est très laborieuse et coûteuse, parce que leurs effets peuvent être limités ou empêchés.
- On discutera longtemps encore des raisons qui ont fait abandonner l’arme chimique, alors qu’elle avait tant servi au cours de la guerre de 1914. Ce n’est certainement pas un scrupule d’humanité et ce ne peut être, semble-t-il, qu’un motif technique : son efficacité inférieure à celle d’autres moyens, les moyens de protection qu’on avait trouvés.
- Contre les gaz lacrymogènes, sternutatoires, suffocants, ou avait imaginé le masque individuel et la protection collective par adduction d’air filtré. Restaient les vésicants de la peau (ypérite, lewisite) qui obligent au port d’un vêtement spécial étanche dont on ne peut équiper tous les combattants et à plus forte raison toute la population civile. Mais des techniques thérapeutiques efficaces avaient été cherchées. L’ypérite, sulfure d’éthyle dichloré, est détruite par les oxydants, et le chlorure de chaux, l’eau de Javel, les peroxydes, appliqués sur la peau rapidement, arrêtent Dévolution des lésions cutanées et la formation des phlyctènes.
- La lewisite, mélange d’arsines chlorées, apparue sëÛlement en 191S, à la fin de la guerre, n’avait pas encore trouvé d’antidote et restait de ce fait particulièrement redoutée.
- Une récente conférence du Professeur Peters à la Société de Chimie biologique, suivant une. note de Peters, Stocken et Thompson parue dans Nature, vient de révéler les recherches poursuivies pendant cette guerre en Angleterre et qui ont abouti à un moyen de traitement efficace.
- Le produit employé a été désigné sous le nom de BAL (British anti-lewisite) ou de OX 217. Ce n’est autre chose que l’aneu-rine ou vitamine Bj. L’aneurine est le 2,3-dimercapto-propanol, CH2SH.CHSH.CH20H. Dès 1923, Walker avait remarqué que les arsenicaux doivent leur toxicité à ce qu’ils détruisent les groupements SII des acides aminés sulfurés tels que le glutathion et depuis 1930, beaucoup de travaux avaient précisé le rôle de l’aneurine qui, à l’état de pyrophosphate, constitue la cocarboxylase, réglant un grand nombre d’oxydations de l’organisme. Puisque les arsenicaux trivalents qui constituent les levvisites se combinent aux groupements SH de l’aneurine et perdent ainsi leur toxicité, il suffit d'appliquer rapidement sur la peau ou sur l’œil atteints par le vésicant de l’aneurine pure ou dissoute dans l’huile d’arachide pour arrêter les effets irritants. Des essais sur l’animal, puis sur des hommes volontaires, précisèrent les doses à employer et montrèrent qu’on disposait ainsi non seulement d’une ressource prophylactique et thérapeutique contre la lewisite, mais encore contre tous les empoisonnements par l’arsenic.
- La. vitamine Bl a vaincu le dernier vésicant de guerre.
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- LES ALGUES ET LES CHAMPIGNONS MARINS
- destructeurs
- Monsieur l’Abbé Frémy, qui a été mortellement blessé lors du bombardement de Saint-Lô, venait de publier une intéressante étude dans les Annales de l’Institut océanographique.
- On trouve souvent à la côte des fragments de calcaire ; roches, coquilles de mollusques, polypiers, spiculés d’éponges, os, devenus poreux, cariés, fissurés, et plus ou moins désagrégés. En 1888, Bornet et Flahault reconnurent que ces matériaux étaient envahis par des végétaux thallophytes : des algues, des champignons, des lichens.
- Ercegovic, en Adriatique, étudia leur écologie, puis Nadson en Mer Noire, leur attribua un rôle très important dans la circulation du calcium à la surface du globe, en détruisant les calcaires déjà agglomérés. Stanley Gardiner retrouva des algues dans les récifs coralliens où elles vivent en une sorte de symbiose tant que les polypes croissent et décomposent le calcaire quand ils sont morts, contribuant ainsi à constituer les boues coralliennes.
- L’Abbé Frémy a observé des matériaux pris à la côte près de Marseille, en eau saumâtre en Normandie, en profondeur jusqu’à
- Fig. 1. — Coupe à travers une coquille de Patelle cariée.
- En hachures, le calcaire inaltéré ; en gros pointillés, le calcaire altéré en pointillé fin, les amas d’algues perforantes.
- plus de 1 100 mètres par le « Pourquoi-Pas ? ». Il a pu en séparer des filaments d’algues et de champignons, certains même pourvus de spores. La présence de ces Thallophytes cariants et perforants est donc très générale.
- On peut supposer que la pénétration de ces végétaux dans les roches et les coquilles tient à une série de tropismes : hapto-tropisme qui les fait solidement adhérer à la surface des calcaires, phototropisme négatif qui les pousse à fuir la lumière en s’enfonçant, et surtout chimiotropisme vers les matières organiques incluses, que celles-ci proviennent de l’être vivant qui a sécrété le calcaire ou des algues perforantes qui ont creusé la roche avant que les champignons ne les y suivent.
- Les racines des plantes supérieures corrodent aisément le carbonate de calcium, à la fois par l’acide carbonique que dégagent certaines de leurs parties et par les excrétions acides qu’elles émettent. Sans doute les algues et les champignons font-ils de même et peut-être les algues décomposent-elles les carbonates pour y trouver l’anhydride carbonique dont elles ont besoin pour leur assimilation chlorophyllienne, selon l’hypothèse de Chodat.
- Quoi qu’il en soit, ces singuliers végétaux, encore à peine explorés, ont une part considérable et encore bien mal connue dans
- de calcaire
- la destruction des récifs coralliens, des coquilles et des restes calcaires d’origine animale et daps la formation des boues calcaires
- Fig. 2. — Coupe à travers une coquille de Cardium.
- On y voit de nombreux filaments de champignons.
- si abondantes dans les mers chaudes. A ce titre, ils intéressent au premier chef, non seulement les botanistes, mais les océanographes, les géographes et les géologues et c’est un chapitre tout
- Filaments d’algue (en pointillé) et de champignon provenant d’un bloc de calcaire carié.
- Fig. 3.
- neuf de la science auquel le regretté Abbé Frémy s’était consacré en ces dernières années.
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- Le coup de soleil
- P ah mi tant de problèmes dont la guerre a nécessité l’étude, il n’est pas jusqu’au coup de soleil dont on ait dû s’occuper. Pour les Anglais en Lybie, pour les Américains dans les îles du Pacifique, ie coup de soleil, généralement bénin sous nos latitudes, n’était pas loin de devenir l’ennemi n° 1, capable de faire fondre les effectifs.
- Aussi reprit-on son examen et aux États-Unis notamment, le Dr Harold F. Blum, déjà spécialisé dans les problèmes de photochimie biologique, fut chargé d’organiser les recherches avec plusieurs collaborateurs. Il a publié dans War Meclicine une mise au point de ses observations.
- Etiologie. — Le coup de soleil est une altération des téguments externes due à certaines radiations existant notamment dans la lumière solaire.
- Le tégument externe, la peau, est composé de deux parties, le derme richement vascularisé et innervé, recouvert par l’épiderme. L’épiderme comprend deux couches superposées, une profonde, le corps muqueux de Malpighi et une superficielle, la couche cornée ; à la base du corps muqueux se trouve une couche génératrice aux cellules plus ou moins pigmentées qui se divisent fréquemment pour donner toutes les cellules de l’épiderme jusqu’aux plus externes, déjà mortes, qui se desquament constamment.
- Lorsque la peau est exposée au soleil, les cellules de la couche muqueuse sont altérées par les radiations ultra-violettes. Les substances ainsi produites diffusent dans la profondeur et atteignent après un certain temps le derme dont les vaisseaux capillaires se dilatent. La première manifestation du coup de soleil est ainsi un érythème. Cependant l’action lumineuse est limitée à l’épiderme et elle se manifeste dans la derme seulement quelque temps après. L’érythème dure quelques jours et passe imperceptiblement à un hâle dû à la formation de pigment mélanique dans les cellules de la couche génératrice. En même temps, la couche cornée s’épaissit des cellules mortes de la couche muqueuse. Après un certain temps, la peau desquame ou se couvre de vésicules. L’aspect est alors celui d’une brûlure du premier degré.
- L’érythème s’accompagne d’une sensation de chaleur, de douleurs et de démangeaisons. Lorsque l’exposition au soleil est prolongée, on éprouve en outre une certaine lassitude et parfois même une syncope survient quelques heures après. Est-ce le fait de la lumière ou de la température, un coup de soleil ou un coup de chaleur ?
- Quand les coups de soleil sont répétés, la peau se pigmente de plus en plus, le derme s’atrophie et l'on arrive à l’aspect des marins et des paysans, à la peau liâlée, rugueuse, crevassée, proche de la radiodermite. Il n’est pas douteux que, chez les animaux exposés longuement à une source d’ultra-violet, on provoque des cancers cutanés.
- L’organe le plus sensible au coup de soleil est l’œil. Après un séjour à la lumière trop intense, la vision est troublée, les vaisseaux de la conjonctive sont injectés de sang, on ressent une impression douloureuse, allant de la sensation de sable sous les paupières à la photophobie. Cela s’observe souvent sur les champs de neige au soleil ; on s’en préserve par le port de lune!Les colorées, et mieux en choisissant de3 verres clairs arrêtant l’ul-tra-violet, munis d’écrans contre les réflexions latérales.
- La sensibilité au coup de soleil est des plus variables selon les individus et leur état physiologique. Elle dépend de l’épaisseur de la couche cornée, de l’irrigation du derme, de la sécheresse de la peau, etc. On sait que les bains de mer l’augmentent.
- Causes. — Le coup de soleil est dû à l’action de rayons ultraviolets d’une certaine longueur d’onde.
- Après que Charcot et Bouchard eurent caractérisé l’érythème actinique, Finsen le reproduisit au moyen d’une lampe à arc et d'une lentille en quartz. Victor Henri et Moycho déterminèrent
- la longueur d’onde efficace et la trouvèrent voisine de '2 970 A. Saidman chercha la dose de lumièrre nécessaire, le seuil pour l’érythème, et le vit différent selon les individus et les régions cutanées ; les phlvctènes apparaissent avec une dose de 6 à 20 fois plus forte. La région du spectre comprise entre 2 500 et
- « o
- 3 600 A provoque le hâle, mais seule celle voisine de 3 000 A donne le coup de soleil. Dès 3 200 A, Férytlièine n’apparaît pas (fig. 1). Comme la lumière solaire arrivant au sol ne contient pas de radiations plus courtes que 2 900 À, c’est donc une très étroite bande spectrale qui est active, à peine 0,2 pour 100 de la lumière solaire totale arrivant à la terre. L’œil ne permet pas de juger de ses variations, mais celles-ci sont grandes, cette bande étant absorbée par l’ozone atmosphérique. Elle est plus intense près de l’équateur qu’aux pôles, en été qu’en hiver, à midi que le matin et le soir ; elle est diffusée par les nuages, arrêtée, par les fuméees ; elle est réfléchie par les surfaces claires : neige, glace, eau, absorbée par les sols sombres et le feuillage.
- On doit donc redouter les coups de soleil surtout sur les cimes neigeuses des régions équatoriales, dans les déserts de sable, dans les vols à hautes altitudes, sur la mer tropicale plus que dans la jungle.
- Certaines sources artificielles de lumière telles que l’étincelle et l’arc électrique émettent des radiations voisines de 2 900 A et sont connues pour provoquer des érythèmes et même des phlyctè-nes, mais aucune n’a exactement le même spectre que la lumière solaire.
- Les longueurs d’ondes plus grandes, la lumière visible (4 000
- o
- à 7 000 A) et surtout l’infra-rouge ont d’autres effets physiologiques, notamment parce qu’elles échauffent la peau qui est bien plus transparente à ces radiations qu’à la bande de 2 900-3 000 A.
- Les hommes sont très inégalement sensibles au coup de soleil et leur sensibilité peut être grandement augmentée par certaines susbtances. En 1925, Jausion et Marceron avaient observé au Val-dc-Grâce que des malades traités par la gonacrine pour des accidents blennorragiques présentaient un très grand nombre de « coups de lumière acridinique ».
- L’éosine agit de même et beaucoup d’autres corps colorés ou fluorescents, mais le mécanisme d’action n’est pas encore éclairci. Les sulfonamides sont efficaces, l’acriflavine quand elle est injectée mais non déposée sur la peau. Certains cosmétiques et même certains aliments peuvent aussi agir, qu’il conviendra d’examiner plus attentivement.
- Protection. — Le coup de soleil doit être prévenu et non traité. Il est trop tard pour intervenir quand l’érythème est apparu.
- Le verre qui absorbe toutes les radiations plus courtes que
- o
- 3 200 A est un protecteur efficace et l’on ne peut être frappé derrière une vitre. Les yeux seront donc toujours protégés par des lunettes, colorées ou incolores, munies d’œillères pour arrêter les rayons latéraux.
- Comme on emploie de plus en plus des plastiques transparents en place du verre, il conviendra de déterminer leur opacité pour les rayons de 2 900 à 3 000 A et au besoin de les traiter pour augmenter celle-ci.
- La peau sera protégée par des onguents. Beaucoup de composés organiques sont efficaces et aussi certains pigments minéraux. II y aura lieu de faire une discrimination des divers produits proposés — au mieux par expérience directe sur l’homme — et de ne retenir que ceux dont l’innocuité, la dispersion, le pouvoir absorbant auront été reconnus les meilleurs.
- 500 3000 3500
- longueurs d'onde en A
- Fiff. 1. — L’extrémité du spectre solaire et le spectre du coup de soleil (d’après CoBLENTz et St Am).
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- u n a i s o n s
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- Graphique des I
- M. J. B. Tardy, ingénieur, nous a adressé le dessin ci-joint qu’il a accompagné du commentaire suivant :
- « Le mémorable M. Jourdain voulait apprendre « quand il y a de la lune et quand il n’y en a point ».
- « Ce graphique a été établi en utilisant les données de l’Annuaire C. Flammarion, en Temps Universel (T. U.) ce qui veut dire que les temps donnés par ce graphique doivent être traduits en temps légal (13 h pour 12 h, par exemple, actuellement en France).
- La plus grande circonférence a été divisée en 365 parties égaïes représentant les jours, qui se succèdent dans le sens des aiguilles d’une montre, le 1er jalnvier se trouvant au point le plus bas. Le rayon passant par la division correspondant à un jour donné coupe donc les différentes courbes de Lever et Coucher du Soleil et de la Lune aux mêmes points que les circonférences des heures correspondantes, en Temps Universel. Comme tous les rayons de chaque jour auraient trop encombré le graphique, on peut y suppléer à l’aide d’une règle, ou eu se servant simplement du bord d’une feuille de papier bien coupé.
- On peut lire ainsi, par exemple, que le 18 avril, le Soleil se lève à o h, environ, (exactement à 4 h 57), la Lune se lève à 21 h (elle est à 2 jours de son plein et éclaire donc encore notablement), pour se coucher après-minuit, c’est-à-dire le 19, vers 6 h 30 (exactement 6 h 24).
- Les parties du graphique teintées en gris foncé représentent les périodes d’obseurcisement total,
- sans Soleil, ni Lune. Les parties hachurées figurent les périodes où la Lune éclaire plus ou moins, les hachures étant plus ou moins serrées : au maximum pour les deux jours avant et après la Nouvelle Lune, moins serrées jusqu’au premier au dernier quartier, plus espacées entre les quartiers et 4 jours avant ou après la Pleine Lune.
- Ce graphique donne donc à vue le renseignement cher à ce bon M. Jourdain. Il a l’avantage d’être peu encombrant, puisqu’il résume les données de 24 pages d’Annuaire, il est facile à
- lire puisque les courbes de coucher et de lever sont tracées en traits d’aspect bien différencié, il est assez précis pour les besoins de la pratique courante, l’approximation moyenne étant de 5 mn en plus ou en moins, enfin — ce qui ne gâte rien ! — il est presque décoratif....
- « C’est la Rosace de la Lune de Monsieur Jourdain... ».
- J. B. Tardy.
- Farine de poisson.
- La presse de l’Afrique Australe mène grand bruit autour d’un procédé qui permet d’extraire du poisson une farine blanche composée de 65 à 75 pour 100 de protéine, digestible dans la proportion de 95 pour 100, de sels minéraux se présentant sous une forme assimilable, de vitamines A et probablement aussi de vitamines D. En ajoutant seulement 7,5 pour 100 de cette farine à d’autres matières comestibles, on obtient des aliments de haute valeur nutritive. Un verre de lait et deux biscuits dans la composition
- desquels entre cette même proportion de farine blanche de poisson fournissent aux enfants un aliment complet.
- Ces biscuits se vendent déjà dans le commerce en Afrique du Sud. On assure qu’ils n’ont aucun arrière-goût de poisson, alors même que leur fabrication date de plus d’un an ; leur saveur est celle de biscuits dits à la cuiller.
- Une usine s’est montée au Cap de Bonne-Espérance pour fabriquer le produit sur une grande échelle. Y. F.
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- L'exposition
- d'Histoire naturelle de Madagascar
- au Muséum National
- Seize cents km do long, 600 km de large, des sommets arides ou ruisselants, de près de 2 700 m émergeant d’un plateau à plus de 1 000 m d’altitude, une côte orientale humide, couverte de restes de forêts tropicales depuis les lagunes côtières jusqu’à 1 500 m, une plaine occidentale sèche, semée de baobabs, le Sud, demi désert à végétation cactiforme : voici Madagascar. Arrachée précocement de l’Inde, puis, plus tardivement de l’Afrique, avec qui elle eut encore de brefs contacts aux époques récentes, la Grande Ile, comme on la nomme fréquemment, est une extraordinaire terre d’asile.. - ,
- Sur son sol, des races humaines diverses se sont mélangées retrouver
- mœurs, dans leurs traits physiques, les traces de leur origine première, elles ont acquis aussi des caractères propres qui les isolent de leurs ancêtres. Les animaux et les plantes malgaches, pour partie au moins, dérivent de même de formes étrangères, surtout africaines, qui ont évolué à l’écart et se sont spécialisées. Mais une partie très importante de la faune et de la flore doit son originalité à. son ancienneté,.
- L’isolement de Madagascar a permis la survie sur son sol de formes étranges, disparues partout ailleurs. Et de ce fait on peut considérer File comme une « terre de promission » pour les naturalistes, comme le disait Philibert de Commerson dès 1770.
- Bien avant cette date, en 1658, le Sire de Flacourt avait, déjà fait des observations d’histoire naturelle dans la Grande Ile.
- C’est donc presque le tricentenaire des recherches des naturalistes français à Madagascar que célèbre l'exposition « Histoire naturelle de Madagascar » organisée au Muséum national d’Histoire Naturelle.
- En parcourant les salles, on se sent envahi d’une inquiétude très vive. A voir les photographies qui évoquent la régression dé la forêt1 primitive et son remplacement par la « savoka » (forêt secondaire) puis par une prairie où une quinzaine d’espèces (d’après Perrier de la Bathie) remplacent les .milliers d’espèces sylvatiques ; à songer que VÆpyornis a parcouru Madagascar aux côtés des hommes, on peut se demander combien d’espèces déjà disparues ont échappé à ces trois siècles d’efforts, combien d autres ne nous seront connues que par des exemplaires conservés dans les Musées et dont nous ne pourrons plus jamais étudier la biologie. Heureusement que des réserves naturelles importantes permettront encore pendant de longues années les recherches dans la nature intacte.
- Mais aussi, de vitrine en vitrine, on ne peut qu’admirer la somme des résultats obtenus. Car si les premières recherches datent de 1658, les études systématiquement poursuivies ne remontent guère qu’à soixante-quinze ans. Or ces études aux-
- quelles sont indissolublement liés les noms de A. et G. Grandidier, Ch. Alluaud, G. Petit, Humbert, Perrier de la Bathie, ont fait de Madagascar une des régions tropicales les plus complètement connues. Présentées avec art, dans un cadre lumineux, des collections judicieusement choisies étalent l’essentiel des richesses de la Grande Ile.
- Dès l’entrée, les crânes de bœufs fixés sur les rabanes, les ten
- tures de raphia du pays, le crocodile, fady (tabou) ou honoré, nous rappellent que là, comme partout, la connaissance scientifique d’un pays et la connaissance utilitaire de ses ressources naturelles vont de pair. L’énorme inflorescence de Raphia, qui, comme un obélisque, coupe en deux la grande salle, évoque assez bien aussi les quelques 5 000 t de raphia et de rabanes qu’exporte annuellement l’île. Partout aux murs, des vues de File évoquent ses paysages variés. Aoici maintenant d’autres ressources. Ressources minérales, car Madagascar fournit de For, des pierres précieuses et demi-précieuses : béryls, grenats, zircons, du mica, de l’amiante, du graphite, des huiles bitumineuses,
- ; si l’on peut encore dans leur langue, dans leurs
- Fig. 1. — Adamsonia grandidieri sur la route du Sud, entre Morondava et Mahabo.
- (Cliché Serv. pliot. Madagascar).
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- Ressources animales. Voici les Crevettes et les Ecrevisses, bon appoint à l’alimentation humaine, qui voisinent avec des Scorpions, d’étranges Mille-pattes qui stri-dulent, les Néphiles, ces Araignées, nommées Halabé par les Malgaches, dont la soie est utilisée depuis longtemps par les Betsiléo. Plus loin, les essais d’élevages de Néphile du R. P. Camboué sont retracés. Certes le kilogramme de soie d’araignée fabriqué en 1903-1904 par l’École professionnelle de. Tananarive revenait à dix fois plus cher qu’un kilogramme de soie des Vers à soie, mais la qualité supérieure du produit dû à Arachné, et quelque snobisme aussi, auraient pu assurer le succès de l’entreprise, s’il n’avait été si difficile de nourrir ces voraces fileuses. Voici aussi les coquilles de Gastéropodes qu’une araignée du Sud : Olios cœnobita hisse dans les arbres pour servir d’abri.
- En face, la surface qu’occupent les cadres d’insectes n’est pas en rapport avec l’extraordinaire variété de l’en-tomofaune malgache. Mais la plupart des Insectes ne représentent à l’heure actuelle, malgré leur beauté, leurs formes ou leur Anleur biogéographique, que des noms attachés à des cadavres. Quelques Insectes malgaches sont plus heureux : les uns parce que, nuisibles aux cultures ils ont attiré l’attention des entomologistes ; d’autres parce qu’ils sont utiles ou ont fourni un matériel de choix aux recherches biologiques. Parmi les premiers, les Sauterelles : Locusta migratoria capito, dont les vols ravagent les hauts plateaux, ont été bien étudiées par Zolotarevsky et par Frappa. Une carte précise la répartition des aires grégarigènes, surveillées par une station spéciale dans le Sud, et les zones de vol. La lutte devient possible.
- Parmi les seconds, de belles ruches : tronc d’arbre évidé, et échantillons de cire et de miel, nous rappellent tout ce qu’il y a encore à faire en apiculture coloniale, dont les échantillons, naturels, et les produits manufacturés, gar- L’Insecte malgache dont la biologie expérimentale a été le mieux nissent la première salle. A1'oublions pas aussi, les terres radio- étudiée, le Papillon Urania ripheuse (Chrysiridia madagascariensis), actives, d’actualité. , a la chance d’être fort spectaculaire. Et les travaux de R. Catala
- Ressources végétales, car la flore indigène est riche de plantes ont porté justement sur ce qui fait sa beauté : la couleur de ses
- remarquables pour le botaniste ; trois familles, dont celle des écailles. Sous l’action de changements de température, la colora-
- Didiéracées, au port de Cactée ramifiée, sont propres à l’île ; tion des Urania montre des transformations, étudiées en détail,
- beaucoup de genres, dont certain d’aspect aussi particulier que et admirablement reproduites dans la thèse de cet auteur ; ainsi
- le Ravenala, sont aussi des endémiques assez isolés. Certaines s’éclaire la genèse de la coloration normale des Papillons,
- familles, par exemple les Orchidés avec 100 espèces, montrent un La salle des Vertébrés reluit du brillant de l’écaille : écaille des très beau développement. A ces plantes indigènes, dont la plupart sont associées à des formations spéciales, typiques de la Grande Ile : la forêt orientale, la forêt humide d'altitude, le bush xérophile du Sud, la forêt sèche du Sud-Ouest, sont venus s’ajouter des éléments importés, cultivés par l'homme et formant un chapitre important du commerc d’exportation : vanille, tabac, manioc, café, girofle.
- La culture extensive des indigènes, intensive des européens, s’accompagne d’une très profonde dégradation des sols. L’aspect extérieur de cette dégradation, son aspect topographique, est bien connu. L’aspect intérieur, pédologique, l’est beaucoup moins. De belles aquarelles nous montreront pourtant les différents types de sols et leurs diverses flores cryptogamiques. La pédologie débute à Madagascar, elle y aura fort à faire. A côté d’autres planches, des échantillons, rappellent les belles recherches poursuivies là-bas, par le Professeur Heim, sur les Champignons.
- Fig-, 2. — Chute près de Faratsého.
- (Cliché Serv. phot. Madagascar),
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- Fig. 4. — Paysage aux environs de Faratsého.
- (Cliché Serv. phot. Madagascar).
- tortues marines, écaille aussi des tortues terrestres, comme la Testudo radiata, hautement bombée, rayée de jaune sur fond sombre. Un Serpent de mer au venin mortel nous signale que la natation ne doit se pratiquer en mer qu’avec prudence, ce que les beaux échantillons de coraux nous avaient déjà annoncé.
- Gueule ouverte, un crâne de Crocodile montre sa denture. A côté des Poissons, d’eau douce et marins, des engins de pêche rappellent que la pêche est à Madagascar une industrie prospère, une ressource considérable, dont le développement est étudié dans une station piscicole.
- En face, séparés des formes aquatiques, par un gros Dugong, des niches abritent les Mammifères terrestres, ceux qui, plus que n’importe quel autre groupe, donnent à la faune malgache son caractère particulier. De petits carnassiers, le Cryptoprocta ferox à l’aspect de jeune Puma, le Fossa fossa au gracile corps rayé, qui forment l’essentiel de la faune mam-malogique malgache et qui montrent entre eux de telles différences que certains d’entre eux, comme le Daubentonia madagascariensis, a pu être ballotté pendant vingt ans des Ecureuils aux Singes.
- Le fond de la salle nous rappelle que ce qui reste aujourd hui de la faune malgache n’est que peu de chose. Les ossements de Reptiles gigantesques, un squelette monté d’Æpyornis et son œuf, la carapace de la Tortue géante, Testudo grandidieri nous montrent do quels admirables éléments était constituée la faune ancienne. Et lorsqu’on relève, sur les cartes murales, le petit nombre de régions où des recherches paléontologiques ont été faites, on se prrend à rêver aux nombreuses découvertes qu’il reste à faire.
- Une pièce enfin est consacrée à la littérature scientifique relative à Madagascar. Après les travaux des pionniers : de Com-merson, de Flacourt, Yinson, les œuvres d’ensemble • la monumentale « Histoire physique, politique et naturelle de Madagascar », due à A. Grandidier, la Flore de Madagascar dirigée par Humbert, les bibliographies malgaches de G. Grandidier,
- tant de travaux publiés dans le Bulletin de cette Académie malgache dont la création remonte à Galliéni, et bien d’autres encore.
- Cette exposition, dont la réussite est due surtout à l’inlassable activité du Secrétaire général, le Dr R. Jeannel, professeur au Muséum, est parvenue à présenter une vue d’ensemble des richesses naturelles de Madagascar. Il serait à désirer, et cela contribuerait largement à l’éclosion de vocations de naturalistes, que dans le même cadre, d’autres expositions nous apportent de la même manière un aperçu sur l’Histoire naturelle d’auties territoires d’Oulre Mer dont la découverte et l’exploration est due aux naturalistes français : Antilles, Guyane, Indochine, Nouvelle Calédonie. Nul doute que le Muséum ne s’y attache, soucieux comme il l’est de conserver un étroit contact avec le public qu’il doit instruire et distraire.
- R. Paulian.
- L'industrialisation de la tourbe.
- Il s’agit encore là d’une conséquence de la guerre. Livrée à ses propres ressources, privée du charbon qu’elle importait d’Angleterre, l’Irlande s’avisa qu’elle possédait d’inépuisables réserves de combustible avec ses immenses champs de tourbe, jusqu’alors exploités sut leurs lisières par les populations rurales. En 1940, le gouvernement irlandais créa un organisme, le Turf Development Board, lui ouvrit un crédit de 5 millions de livres sterling et le chargea de « mécaniser » la grande plaine centrale de l’île, connue sous le nom de Bog of Allen, d’une étendue de 5 600 ha, vaste dépression marécageuse qui servait de refuge à des milliers d’oiseaux et qui est actuellement le plus grand centre industriel de l’Eire.
- L’extraction s’effectue à l’aide d’une énorme machine d’un type nouveau, appelé bagger (l’ensacheur). Actionnée par des moteurs électriques, longue de 20 m, d’un poids de 45 t, elle comporte une chaîne sans fin armée de baquets aux bords tranchants qui découpent la tourbe et la transportent à l’intérieur
- de l’appareil. Prise à différents niveaux, la tourbe y subit un malaxage qui améliore ses qualités combustives, facilite son séchage et l’empêche plus tard d’absorber de l’humidité. La capacité d’extraction est de 350 t par jour ; la production des sept machines qui sont en service est d’environ 120 000 t par an.
- Les briques de tourbe sortant de ces engins sont transportées à Clonsast, centre de l’exploitation, où elles sont soumises à de hautes pressions, ainsi qu’à des opérations de séchage, après quoi elles sont transportées par un chemin de fer à voie étroite à Portarlington, centre de distribution, où des ascenseurs électriques en remplissent les camions et les trucks du train régulier, à raison d’une tonne par minute.
- Des usines, dont plusieurs fonderies, se sont installées déjà aux abords de Portarlington qui prend des allures de ville avec les nombreux hôtels où logent le personnel de l’exploitation et celui des nouvelles fabriques.
- Y. F.
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- LES PÉTROLES DU MOYEN-ORIENT
- ET LA GUERRE
- Le commun des mortels ignore que, sans les gisements pétrolifères de la Mésopotamie, de la Perse et de l’Arabie, sans la farouche énergie que mirent les compagnies exploitatrices, dès le début des hostilités, à développer leur production, à ériger de puissantes raffineries qui fournissaient notamment de l’essence d’avions par milliers de tonnes, la guerre aurait pu se terminer de toute autre façon. Si nous allons jusqu’au fond de notre pensée, nous dirons que les forces du Mikado eurent le di’oit de croire à leur victoire finale, quand elles se furent emparées des puits des Indes Néerlandaises et de la Birmanie, alors que les sous-marins de l’Axe décimaient les navires-citernes des Alliés, raréfiant les apports des lointaines sources américaines.
- Mais les « trusts » tant décriés veillaient au grain; et c’est en grande partie à leur initiative, à leur esprit de décision, à leur indomptable courage, que la bonne cause a dû son triomphe.
- Dès 1940, la Syria Petroleum Company, associée de VIraq Petroleum Company (que nous abrégerons en I. P. C.), édifiait à Tripoli une raffinerie d’une capacité initiale de 80 000 t qui, durant les années suivantes, fut portée à 200 000 t, tout en satisfaisant aux besoins en carburant de la Syrie et du Liban.
- Simultanément, les Consolidated Refineries Limited, conjointement formées par VAnglo-lranian OU C° et la Shell C°, développaient leur raffinerie de Haïfa (Palestine), édifiée à la veille de la guerre pour une capacité de 2 millions de tonnes qui se trouvait presque doublée en ig45. On peut dire d’elle que, pendant toute la durée de la guerre, elle fut le grand fournisseur
- Fig. 1. — L’éruption du puits n° 1 de Baba-Gurgur (JS octobre 1927) qui révéla les richesses pétrolières du gisement de Kirkouk.
- Fig. 2. — Vue aérienne d’un camp dans les déserts d’Arabie.
- de la marine et de l’armée britanniques, tout en pourvoyant aux besoins de la Palestine et des pays voisins. Ce fut encore elle qui produisit une bonne partie des matériaux asphaltiques indispensables à l’entretien des terrains d’aviation et des routes.
- Signalons enfin que l’I. P. C. s’empressa de modifier son usine de stabilisation, construite à Kirkouk quelques années avant la guerre pour l’épuration sommaire de son pétrole brut, et qu’elle en sortit des produits finis qu’utilisèrent les forces britanniques cantonnées en Irak, ainsi que du fuel-oil (ou mazout) qui, acheminé sur Tripoli par le pipe-line, fut un sérieux appoint pour les unités de l’Amirauté : elles en reçurent plus d’un demi-million de tonnes, de 1942 à 1944-
- Nous compléterons cette énumération en consacrant quelques lignes à la raffinerie de Suez, établie quelque temps avant la guerre par les Anglo-Egyptian Oilfields Limited (groupe constitué par la Royal Dutch-Shell et VAnglo-lranian OU C°).
- L’usine avait été fondée dans le but de traiter l’huile fournie par trois gisements situés sur la rive égyptienne de la Mer Rouge, qui ne tinrent pas leurs promesses. La production était tombée à 220 000 t en 1988, quand un nouveau champ, celui de Ras Gharib, situé à 160 km de Suez, entra en jeu : sur 98 puits forés à partir de 1989, ç5 se révélèrent comme d’excellents producteurs. Dès cette même année, le rendement total de l’Égypte quadrupla, passant de ces 220 000 t à 959.000, pour atteindre 1 32i 000 t en 1944. Et ce fut une aubaine d’autant mieux appréciée des Alliés qu’elle survenait au moment le plus critique de la guerre, alors que l’Égypte devenait une base stratégique d’une suprême importance.
- Dans le Golfe Persique.
- Au début de la guerre, la raffinerie d’Abadan, fondée sur la rive du golfe Persique par VAnglo-lranian Oil C°, jadis connue sous le nom cl'Anglo-Persian, pour le traitement d’une partie
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- de son énorme production, de l’ordre de io millions de tonnes par an, produisait par jour 25o ooo barils d’essence et autres dérivés du pétrole. En 1940, son rendement s’élevait à 8 167 286 tonnes. Les sous-marins de l’Axe ralentirent bientôt cette activité, contraignant ses navires-citernes à prendre désormais la route du Cap de Bonne-Espérance; des g3 unités que comptait sa flotte de pétroliers, 44 périrent corps et biens. En 1941, le rendement tombait à 5 422 102 t. Dès l’année suivante, il se relevait au chiffre d’avant-guerre, grâce à ce fait que, les centres pétroliers de Birmanie et des Indes Néerlandaises étant tombés aux mains des Japonais, le golfe Persique devenait le lieu de production le plus rapproché du théâtre oriental des hostilités.
- Entre temps, la production de brut augmentait dans des proportions remarquables grâce à la mise en valeur du nouveau champ de Gach-Saran qui, relié à la raffinerie d’Aba-dan par un pipe-line dès 1940, lui apportait un flux annuel de 2 millions de tonnes. Parvenue à la limite de ses moyens, l’usine dut les augmenter au plus vite. La réception de matériel américain lui permit d’ériger une nouvelle installation qui se consacra notamment à la fabrication de l’essence d’aviation à 100 d’octane, précieux fluide dont elle put fournir 1 25o 000 t, en 1944, aux forces aériennes des Alliés. Ce chiffre ne suffirait-il pas à montrer le rôle considérable joué par l’Anglo-Iranian dans la
- défaite de l’ennemi et la sauvegarde de la civilisation ?
- Il nous reste à parler, toujours sous l’angle de la guerre, des autres centres pétroliers du golfe Persique. Disons tout de suite que leur contribution à l’effort des Alliés fut négatif ou médiocre; la menace d’une attaque japonaise arrêta leur activité.
- La concession de Koweït, qui appartient par parts égales à des intérêts britanniques (D’Arcy) et à des intérêts américains (Gulf OU Exploration), dut arrêter complètement ses travaux, au point que son matériel de forage fut transporté en Iran, où l’Anglo-Iranian l’utilisa; il ne lui a été institué qu’au début de 1946.
- La concession de Bahrein, appartenant conjointement à la Standard Oit of California et à la Texas OU C°, groupées sous le nom de Bahrein Petroleum Company Limited, put exporter de l’huile brute qui fut traitée à Abadan. L’exploitation fut très ralentie lors de l’avance des Japonais vers l’Ouest ; 4o puits sur 70 furent cimentés en 1942. Elle reprit son ampleur dès que la situation des Alliés s’améliora et atteignit un million de tonnes en 1945. Remise en route, la raffinerie de Bahrein peut traiter 3 millions de tonnes par an.
- Enfin, la concession de Hasa,. en Arabie Saoudite, appartenant, sous le nom d’Ara-bian American Oit C°, aux deux firmes américaines que nous venons de mentionner, atteignit sa phase de production à la veille même de la guerre, production que menaçait la double question du transport et du raffinage. Elle fut bientôt résolue par la construction d’un pipe-line de 6.5 km reliant le gisement à Ras-el-Tanura, le seul point du littoral où les navires-citernes puissent accoster en eau profonde; la conduite entra en service le ier mai 1939, date mémorable : l’Arabie expédiait à l’étranger son premier chargement d’huile brute.
- La compagnie concessionnaire s’occupa aussitôt de l'érection d’une raffinerie en ce même point de la côte; les hostilités suspendirent les travaux; ils ont repris depuis deux ans et l’usine doit être achevée à l’heure actuelle. Sa capacité de raffinage serait de l’ordre de deux millions et demi de tonnes par an au minimum.
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- Le nouvel empire du pétrole.
- Il y a une dizaine d’années, on ignorait encore la présence du pétrole dans la péninsule arabique; aujourd’hui, les experts s’accordent à dire qu’elle constitue l’une des plus grandes réserves d’huile minérale au monde. A elle seule, la petite principauté de Koweït en recèlerait Goo millions de tonnes.
- L’histoire de Bahrein que nous avons contée ailleurs (Q est des plus caractéristiques.
- C’est un archipel de quatre îles habitées dont la plus grande (43 km sur 16) a donné son nom au groupe, qui forme une principauté indépendante; l’île principale est située à 3a km de la côte orientale de l’Arabie. Plate et basse, elle n’offre qu’une colline haute d’une centaine de mètres qui en marque le centre. Jusqu’en ces derniers temps, elle vivait presque exclusivement de ses fameux bancs d’huîtres perlières. Le site ne se prêtait nullement, quant aux apparences, à l’existence d’un gisement pétrolifère, et, cependant, il attira l’attention des prospecteurs dès 1932. Leurs investigations provoquèrent la formation d’une compagnie, bientôt rachetée par un consortium américain.
- Les forages profonds furent commencés en 1937; les résultats •furent immédiats et décisifs : la grande majorité des puits trouvèrent l’huile à un niveau moyen de 755 m, avec un rendement individuel et quotidien d’un millier de tonnes. En 1938, l’extraction s’élevait à 1 i5o 000 t et Bahrein s’inscrivait au douzième rang sur là liste des pays producteurs.
- Les brillants résultats obtenus dans, l’île attirèrent tout de suite l’attention des compagnies américaines sur la région de la péninsule la plus voisine. Géologues et géophysiciens ne tardèrent pas à y relever des structures prometteuses. En 1938, le roi Ibn Saoud fut assailli de demandes de concessions formulées par les agents officiels de l’Allemagne et de l’Italie : il leur répondit péremptoirement que les deux dictateurs européens n’obtiendraient pas une goutte de pétrole arabe. Le représentant du Japon se mit à son tour sur les rangs, offrant le double de la somme que les compagnies américaines étaient prêtes à verser. Le monarque lui fit comprendre crûment que, s’il n’aimait ni les Allemands, ni les Italiens, il se méfiait des ambitions territoriales des Japonais.
- Bref, ce fut le consortium de la Standard OU of California et de la Texas Corporation qui l’emporta aux conditions suivantes : il obtenait un monopole exclusif pour toute l’étendue de l’Arabie Saoudite contre paiement d’un million et demi de dollars en pièces d’or; en outre, le souverain recevrait 75o 000 dollars par an pendant la période de prospection, verse-
- 1. Le Pétrole dans le Monde (Editions Payot).
- Fig. 6,
- Soldats arabes gardant un camp.
- Fig. 7. — Four à plâtre des indigènes sur la côte d’Arabie.
- ment qui serait remplacé ensuite par des royalties (redevances). Le contrat fut signé le i3 août igSq.
- Les forages commencèrent aussitôt à Dammam, localité qu’une distance de 80 km environ sépare de l’île Bahrein; le trépan y rencontra un dôme d’une extrême richesse, à la profondeur de 725 m. Sur deux autres points, des puits de 1 4oo m atteignirent une roche-magasin très prolifique. En cette même année 1939, l’Arabie Saoudite s’inscrivit sur la liste des pays producteurs avec 5o 000 t. Sa production totale, de 1939 à 1945, est représentée par le chiffré de 1 100 000 t. Seules, les difficultés de transport s’opposent à une exploitation intensive; elles cesseront avec la construction du gigantesque pipe-line qui reliera la région de Ras-el-Tanura au littoral méditerranéen. Longue de 1 600 km, d’une capacité de transport de i4 à i5 millions de tonnes par an, la conduite coûtera de i35 à i65 millions de dollars; outre les pétroles de Ilasa, elle transportera sans doute aussi ceux de Koweït et de Bahrein. Son terminus sera probablement Haïfa; mais le roi Ibn Saoud demande que la préférence soit donnée à Alexandrie, afin de resserrer les relations économiques entre les deux grands Etats arabes.
- Sans commettre d’exagération, on peut dire de la péninsule qu’elle constitue l’un des plus grands réservoirs d’huile du monde. Des équipes de géologues et de géophysiciens la prospectent systématiquement dans tous les sens; et rares sont ses régions où l’existence du pétrole ne s’est pas révélée.
- Les pétroles de Mésopotamie.
- Nous abordons là une étude qui intéresse tout particulièrement notre pays : par l’intermédiaire de la Compagnie française des Pétroles, nous possédons presque le quart du capital de l’Iraq Petroleum Company, consortium international, détenteur de toutes les concessions pétrolifères de l’Irak et dont l’activité s’est étendue à l’autres régions asiatiques : Liban, Syrie, Palestine, Chypre, Arabie méridionale. (Aden, Hadramout, golfe Persique, Oman, Dhofar, Qatar, Côte des Pirates). Précisons nettement que notre Compagnie française des Pétroles reçoit près du quart de la production totale du consortium.
- En 1938, quatre ans après la mise en service du pipe-line de 1 900 km
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- qui relie le gisement de Kirkouk aux ports de Tripoli et de Haïfa, celte production s’élevait à 4- 162 989 t. La guerre et la menace grandissante des sous-marins ennemis la diminuèrent dès 1939; en ig4i, elle accusa son minimum avec 1 332 38o t. Depuis lors, elle s’est relevée graduellement; les exportations d’huile brute par Tripoli et ITaïfa ont repris dans le courant de 1945.
- Le montant de la production est fonction de la capacité du pipe-line qui n’est que de 4 millions de tonnes. Ce chiffre est pour ainsi dire insignifiant, par comparaison avec les colossales réserves que recèle la première des concessions obtenues par le consortium I. P. C. : longue de 90 km sur 3 de largeur, ce qui fait d’elle le plus grand gisement pétrolifère du monde, elle possède une dizaine de structures d’une richesse exceptionnelle, dont une seule est en exploitation jusqu’ici — en exploitation partielle, préciserons-nous : c’est la structure dite de Kirkouk. Or, les 4 millions annuels de débit sont tirés du champ de Baba-Gurgur, qui n’est, lui, qu’une fraction de ce même gisement de Kirkouk. La quasi-totalité des puits forés dans la région atteignent l’huile à de faibles profondeurs (de 4oo à 1 100 m) et produiraient individuellement de 10 000 à 12 000 t par 24 h, si des vannes ne s’opposaient au jaillissement..
- Elles ne vont pas tarder à s’ouvrir. Tandis que les gisements américains donnent des signes d’épuisement, ceux de l’Irak s’apprêtent à déverser sur l’Europe des millions de tonnes du précieux hydrocarbure : nous Aroulons parler du nouveau pipe-
- line, d’un diamètre de 16 pouces (4o cm), qui, adoptant le tracé de la conduite actuelle, transportera par an 8 millions de tonnes de brut aux deux ports de Tripoli et de Haïfa. Ce sera donc un total de 12 millions de tonnes d’huile que les puits de l’Irak produiront au minimum, tous les douze mois.
- Envisagé dès 1938, le projet recevait déjà un commencement d’exécution, quand la guerre arrêta les travaux préliminaires. Au rétablissement de la paix, des difficultés d’ordre économique surgirent; il semble qu’elles soient désormais résolues, puisque des commandes de matériel ont été déjà passées; celles qu’a reçues l’industrie métallurgique française porte sur 4o 000 t de tubes d’acier de 16 pouces. On prévoit que l’ouvrage sera terminé en 1949. H haussera l’Irak au quatrième rang des pays producteurs — en attendant mieux.
- Après celle rapide étude, qu’il me soit permis de rendre hommage à la mémoire d’un ami dont je ne saurais écrii’e le nom sans ressentir une émotion profonde : âme et tête de la Compagnie française des Pétroles depuis sa fondation, Jules Mény le resta jusqu’à sa déportation en Allemagne. L’ancien commandant d’escadrille ne put se faire à la captivité : il s’évada — le jour même où Paris boutait les Teutons hors de ses murs. Repris sur un chemin de montagne, il fut dirigé vers un camp de concentration : probablement le sinistre Buchenwald. Et c’est tout ce que nous sachions sur la fin de ce grand Français....
- Victor Forbin.
- L'atmosphère de Paris
- Lorsqu Avant cette guerre, on regardait Paris d’un des hauts lieux qui l’entourent : le Mont Valérien, Sannois, Bellevue par exemple, la capitale apparaissait surmontée d’un bouchon gris de brume, qui ne s’éclaircissait guère que quelques jours de grand vent. Quand on venait vers la région parisienne en auto, par la route, on était prévenu de rapproche par un changement de coloration de l’atmosphère à l’horizon bien avant d’avoir atteint les faubourgs. Enfin, bien souvent la Tour Eiffel apparaissait tronquée ou floue, tandis que si l’on montait à sa troisième plateforme on retrouvait le ciel bleu et le soleil ardent.
- Depuis la guerre et surtout depuis l’occupation, la situation a changé et MM. L. Justin-Besançon et Jean-Claude Dubois viennent de présenter à l’Académie de Médecine le tableau des constatations faites par l’O. N. M., l’Institut de physique du globe et le Laboratoire municipal.
- Le nombre des jours de brouillard qui était de 50 par an de 1881 à 1914, avant le développement de la circulation automobile, avait dépassé 120 jours do 1935 à 1939. Il est revenu à 97 en 1944 et 102 en 1945.
- La durée moyenne annuelle de l’insolation qui était de 1 816 h de 1S91 à 1900 était tombée à 1 693 de 1931 à 1940. Elle a atteint 1 914 h en 1942.
- Le nombre des gros ions, noyaux jde condensation, avait doublé de 1905 à 1928. Il est revenu de 16 200 en mars 1935 à 10 010 en mars 1943 dans les observations à 4 h de l’après-midi.
- L’oxyde de carbone, produit des combustions incomplètes, que les automobiles déversent à profusion dès qu’elles sont mal réglées ou tournent au ralenti, devenait inquiétant avec un taux de 0,2 à 0,6 pour 1 000. En novembre 1943, au carrefour Lafayette-Saint-Denis on n’en trouva que 0,015 et place de l’Etoile, à 15 h, il n’y en avait pas même de traces.
- L’air agité transporte en suspension toutes sortes de microorganismes. Avant la guerre, on dénombrait au parc Montsouris, calme et excentrique, une moyenne de 14 800 moisissures paramètre
- cube. En avril et mai 1944, on en compta 1 400 au centre de Paris, place Saint-Gervais, 2 330 place de la Madeleine et 1 570 à Cha-ronne. Les bactéries, plus nombreuses, augmentaient du matin au soir à mesure que la circulation augmentait ; on en avait trouvé avant la guerre, en moyenne, par mètre cube :
- Place de la Place de la
- Concorde Madeleine
- 10 heures.............. 780 2 300
- 14 ,, 23 000 9 600
- 14 .. 72 000 14 200
- 18 » ................ 80 000 20 800
- En avril et mai 1944, la cour du Laboratoire municipal n’en tenait plus que 5 820, la place Saint-Gervais 8 300, la place de la Madeleine à 16 h, 9 320.
- Tous ces faits réunis montrent que l’atmosphère de Paris s’était considérablement purifiée. Un autre témoignage est porté par les arbres et plantations ; depuis longtemps on ne les aArait vus si beaux,’ si verdoyants, si prospères ; les marronniers, d’habitude grillés dès juillet, gardèrent leurs feuilles Alertes jusqu’à l’automne et les platanes leur écorce blanche, alors qu’on voyait toujours leurs troncs sombres.
- Et le linge blanc, d’habitude jauni dès que porté, noirci en un jour, restait propre comme à la campagne.
- On n’en finirait pas de noter les heureux changements survenus dans la ville endormie et notamment son silence, opposé au bruit parfois infernal des périodes actives.
- Tous ces bienfaits Amnt-ils disparaître ? Les automobiles reparaissant, les industries se réveillant, le charbon arrivant aux foyers domestiques vont-ils nous replonger dans le brouillard, la fumée, la poussière et le bruit, ou bien saura-t-on, par des règles d’urbanisme et d’hygiène, maintenir la pureté de l’atmosphère que la guerre nous a révélée ?
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- De l'eau potable avec de l'eau de mer
- Trop souvent, pendant cette guerre, des hommes durent vivre sur mer pendant plusieurs jours en attendant des secours, soit que leur navire ait été coulé, soit que leur avion ait été abattu. Ils souffrirent alors du froid, de la faim et surtout de
- la soif, sans parler de l’inquiétude,
- L’usage des canots de sauvetage en caoutchouc leur permit de se maintenir au sec et de se procurer un peu de nourriture concentrée, amarrée d'avance au fond du canot. Restait à résoudre la question de la soif, puisqu’on ne pouvait loger dans un espace si exigu un tonnelet d’eau douce ou- un appareil distillatoire.
- Il est cruel de mourir de soif au milieu d’une immensité d’eau salée. L’idée vint d’adoucir l’eau de mer, de la rendre potable. Deux moyens étaient possibles, l’un physique, l'autre chimique.
- Visselier proposa d’utiliser la chaleur du corps pour évaporer un peu d’eau dont la vapeur serait condensée dans un sac plongé dans l’eau de mer. Ambrust songea à récupérer de la même façon la vapeur d’eau contenue dans l.’air exhalé, mais les rendements étaient insignifiants. La Nature (n° 3091, 1er juillet 194b) a signalé un autre dispositif utilisant la chaleur solaire, de moins faible débit quand il y a du soleil, mais relativement fragile.
- D’autre part, on s’adressa à l’épuration chimique par les zéo-lithes ou permutites, qui ont déjà fait leurs preuves dans l’industrie.
- L’eau de mer contient par litre :
- Halogènes (Cl, Br, I).................. 20 g
- Sulfates ................................. 2,8
- Sodium ................................ Il
- Potassium ................................. 0,4
- Magnésium ................................. 1,4
- Calcium ................................... 0,4
- Pour la rendre buvable, il faut la débarrasser de la plus grande partie de ses sels.
- Fi g. 1- — Le paquet étanche.
- Austerweil la fit passer à travers une colonne de zéolithes contenant de l’argent et du baryum. Les chlorures et les sulfates étaient ainsi retenus, mais la colonne encombrante devenait inefficace par le dépôt en surface de chlorure d’argent. Oa reconnut qu’un contact d’une demi-heure avec des surfaces renouvelées était indispensable. On vit que le zéoliths mixte précipitait aussi les ions magnésium. On aboutit à préparer des briquettes composites formées de zéolithes mixtes, d'oxyde d’argent, de baryte et d'argilè activée, comprimées et durcies, qui se conservent suffisamment à sec et s’effritent sans trop de peine au moment de l’emploi. On y ajouta un peu de cliarbon actif pour décolorer l’eau et lui enlever la couleur jaunâtre peu appétissante qu’elle prenait au contact des réactifs.
- Gomme l’encombrement devait être minimum, on groupa les ingrédients et les appareils en un petit paquet étanche mesurant seulement 7 cm 5x7 cm 5 x 11 cm b. Eu ouvrant celui-ci, on en sort une cuve transparente en « Perspex », un sac caoutchouté muni d’une bride pour le fixer au-dessus de la cuve et une cartouche étanche de 9 pains de matière épurante.
- On commence par remplir la cuve d’eau de mer ; on en verse le contenu dans le sac caoutchouté et on y ajoute un pain de zéolithes ; on ferme la manche au moyen d’une corde et on malaxe le mélange pendant une demi-heure en ayant soin de briser soigneusement le pain de matière active ; on laisse déposer, puis on verse le liquide surnageant dans la cuve qui sert de verre à boire. On obtient à chaque opération un peu plus d’un quart de litre d’eau potable, ayant à peine un peu de saveur. Et les 9 pains de la cartouche permettent de répéter neuf fois l’opération.
- Ce petit appareil à sauvé bien des aviateurs et des marins en détresse.
- LE CIEL EN
- SOLEIL : Du Ier au 31, il s’abaisse en déclinaison de + 18°7' à S°4G' et la durée du jour, à Paris, diminue de lbh4m à 13h29m.
- — LUNE : Phases : P. Q. le 4 à 2(M>om, P. L. le 12 à 22^56“ D. Q. le 20 à lh17ln, N. L. le 2(3 à 21h7m ; apogée le 7 à 0h, périgée le 22 à 10h. Principales conjonctions : avec Jupiter le 3, •lh, à 3°32' N. ; avec Uranus le 21, 19h, à 0°13' N. ; avec Saturne le 24, 10h, à 3920' N. ; avec Mars le 29, 18h, à 4°40' N. ; avec Vénus le 30, lth, à 6«28' N. ; avec Jupiter le 30, 18*, à 3°10' N.
- — PLANÈTES : Mercure visible le matin dans la seconde quinzaine du mois, plus gr. élongation le 20, à 18°29' W. du Soleil, diam. app. de 8",5 à 5",9. Vénus visible le soir au crépuscule, diam. app. de 1G",6 à 22",5. Jupiter dans la Vierge, encore un peu visible le soir, se perdant bientôt dans le crépuscule, diam. app. de 32" à 30". Saturne, dans le Cancer, réapparaît le matin au lever du jour, diam. app. : globe 14",9, anneau : gr. axe 37",4, peu. axe 13",1. Uranus, dans le Taureau, visible seconde partie de la nuit, diam. app. 3",5. Neptune invisible.
- AOUT 1946
- Principales conjonctions : Mars avec Ç Vierge (3m,b) le 3, 20h, à 0°o' S. ; Vénus avec Mars le 9, 14h, à 0°23' S. ; Vénus avec a Vierge (5m,6) le 31, 0h, à 0°lb' N. — LUMIÈRE ZODIACALE, visible le matin, avant l’aurore, à partir du 18. — ÉTOILES EILANTES : Du 9 au 14, essaim le plus dense des Per séides (rapides, avec traînées), radiant p Persée (la Lune, vers son plein, gênera les observations) ; ces météores cessent vers le 24, le radiant étant dans la Girafe. — ÉTOILES VARIABLES : Minima observables d'Algol : le 3 à 0h32“, le b à 21*20», le 23 à 2h14m, le 2b à 23*4m, le 28 à 19hb3m. Maximum de R Corbeau le Ier, de R Aigle le 20. — ÉTOILE POLAIRE : Passage supérieur au méridien de Paris : le 9 à 4h29m3s, le 19 à 3h49m3a, le 29 à 3h10m47s.
- L. Rudaux.
- (fleures données en temps universel ; tenir compte des modifications introduites par l’heure en usage).
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- Allumettes inaltérables à l'eau
- La guerre a conduit à rechercher des môme après une immersion ou un On a vu paraître aux États-Unis, de tels allume-feux, mais le problème avait déjà été abordé et résolu depuis longtemps. Divers techniciens ont proposé l’emploi de substances protectrices variées pour obtenir un tel résultat. Voilà cent ans, un chimiste autrichien Preshel imagina le laquage brillant des petits bouts de bois enduits alors de phosphore blanc très hygro-scopique. En perfectionnant ce procédé, son compatriote A. M. Pollak réussit à produire des allumettes peu altérables par l’eau (1840). Ces allumettes dites « allumettes viennoises » eurent un vif succès à l’époque, mais leur usage ne se généralisa pas et elles tombèrent bientôt dans
- allumettes pouvant servir l’oubli. Les « allume)les hygiéniques » de Coignct (1855), dans
- long séjour à l’humidité. lesquelles' le phosphore rouge amorphe et inoffensif était substi-
- tué au vénéneux phosphore blanc, les détrônèrent peu à peu, ainsi que les types d'allumettes « de sûreté », incapables de prendre feu ailleurs que sur la pâte spéciale d’un frottoir.
- Beaucoup plus tard, en 1921, un ingénieur des Manufactures de l’État français, Dubrisay, inventa également des allumettes inaltérables à l’humidité, que la Régie mit en vente sous le nom poétique de « Naïades ». Son procédé utilise, comme agglutinant de la substance active, des bakélites ou résines synthétiques insensibles à l'humidité, ainsi que le frottoir des boîtes qui les renferment.
- Jacques Boyer.
- Allumettes s’enflammant après un long séjour dans l’eau.
- LES LIVRES NOUVEAUX
- Les richesses de l’Asie, par Victor Forbin.
- 1 vol. in-8°, 344 p.
- Quiconque a beaucoup vu et lu peut avoir beaucoup retenu. Nos lecteurs connaissent la prodigieuse documentation de ,.l’auteur autant, 4^o-'î'f>léfeîïKco' •ebarsae 'dèV-sa plrnsio:
- réunit cette fois tout ce qu’on sait des richesses naturelles de l’Asie, dans les trois règnes : animal, végétal et minéral. Il les fait défiler devant nous, depuis les mammouths de Sibérie, du tigre de l’Amour et de la baleine du Kamscliatka aux huîtres perlières et aux poissons d’ornement des îles coralliennes, du riz au thé, à . l’opium et au caoutchouc en passant par le ginseng, des joyaux de l’Inde au pétrole malais. C’est un défilé de richesses', chiffrées et agrémentées d’anecdotes, un inventaire vivant comme un roman.
- Atomic Spectra, par R. C. Johnson. 1 vol.
- 120 p., 38 flg., 1946. Methuen and C°, London.
- Destinée aux physiciens et chimistes, cette excellente mise au point est rédigée sans développements mathématiques excessifs.
- L’olivier. Huilerie d'olive et de graines, par Joseph et Pierre Bonnet. 1 vol. in-16, 224 p., 45 flg. Encyclopédie des connaissances agricoles. Hachette, Paris, 1946.
- La première partie traite de l’arbre : création ; des yerg'ersi'soins-,culturaux, fumure, taille, maladies, la deuxième des techniques de confiserie, la troisième de l’huilerie, la quatrième du commerce et des sous-produits, la cinquième des huileries de graines et la dernière de la législation oléicole. Toutes les questions sont ainsi traitées que doit connaître le producteur à qui cette monographie est destinée.
- Les vins de France, par Georges Rat. 1 vol. in-16, 128 p., 9 fisr. Collection « Que sais-je P». Presses Universitaires de France, Paris, 1946.
- Grande richesse française, le vin a une longue histoire, des crus fameux, et aussi une économie agitée. L’auteur passe en revue les régions vinicoles, examine les industries annexes, notamment celle des eaux-de-vie, suit la production croissante et ses crises et termine par un examen de la situation actuelle du vignoble et de cc qu’on peut espérer.
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- L’Évolution scientifique et l’agriculture française, par A. Demolon. 1 vol. in-16, 329 p., 1946. Bibliothèque de Philosophie scientifique, Flammarion, Paris.
- L’auteur envisage l’avenir de la production agricole et F incidence des cou naissances scientifiques - et techniques -récemment acquises. Il insiste sur la nécessité d’une politique de large envergure, car l’agriculture n’est plus, comme autrefois, un mode de vie, mais une industrie biologique qui doit mettre en oeuvre les immenses ressources de la science.
- LA NATURE
- paraît le Ier et le 15 de chaque mois ABONNEMENTS
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- MASSON et C'% Editeurs,
- 120, BOULEVARD S'-GERMAIN, PARIS VI*
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- Le gérant : G. Masson. — masson et g10, éditeurs, paris. — dépôt légal : 3e trimestre 1946, n° 288
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- SOMMAIRE
- Le chemin de fer du Yunnan, par André GALLET. . . . 225
- Explosifs modernes, par L. P............................ 229
- Projet d’exploration sous-marine belge, par M. MENACHÉ. 230 Curiosités géologiques autour de La Ferté-Alais, par
- Ch. BROYE K........................................... 232
- Mesure des épaisseurs par les ultra-sons, par Michel ADAM. 235
- Les plus petits poissons du monde.......................... 236
- Philippe Lebon et le gaz d’éclairage, par A. FAYOL . ‘ . 237
- L’iceberg porte-avions, par V. FORBIN...................... 238
- Récupération entomologique................................. 239
- LE CHEMIN DE FER
- 1. — Le chemin de fer du Yunnan compte 3 628 ouvrages d’art. Viaduc métallique, pont en maçonnerie et souterrain vers le km 235
- dans la vallée du Pa-Ta-Ho.
- (Cliché C'0 fsù des chemins de fer de l’Indochine et du Yunnan).
- N° 3117 Ier Août 1946
- Le Numéro 15 francs
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- Sur un premier plan d’actualité pendant les hostilités en Extrême-Orient, le chemin de ter du Yunnan tut, tour à tour, occupé par des forces de nationalités différentes. Dès le début de
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- Le chemin de fer du Yunnan.
- la campagne, il fut « coupé » à la frontière sino-tonkinoise par les Japonais. Il fit définitivement retour aux troupes régulières chinoises vers la fin de la guerre en Birmanie.
- Cette voie ferrée, seule artère ferroviaire française de pénétration en territoire chinois, a son point terminus Nord dans la capitale même du Yunnan 0), Kuo-Ming (ou Kunming) qui était dénommée précédemment Yunnanfou.
- 1. Le mot chinois Yunnan veut dire : Sud des nuages.
- Ce centre, situé au carrefour des routes suivies par les caravanes, fut aussi, chacun le sait, l’une des principales têtes d’étape de la célèbre « Route de Birmanie », cette importante voie stratégique, l’une des plus audacieuses du globe, que prolongeait par ailleurs le chemin de fer de Mandalay et les routes vers l’Inde britannique. Précisons que jusqu’à ce jour, le chemin de fer du Yunnan, qui fut entièrement construit avec des capitaux français, par des techniciens d e notre pays, était également e x -ploité par une compagnie française ayant son siège à Paris.
- Or, les considérations politiques qui découlent des événements qui suivirent 1 a guerre en Extrême-Orient nous obligent aujourd’hui à céder au Gouvernement chinois la totalité de nos droits sur le chemin de fer du Yunnan hors de notre frontière.
- En effet, un acte additionnel au récent traité franoo-chinois a été signé à Tchoung-King, à
- Fig. 4. — Pont sur arbalétriers au kilomètre 111,5.
- Il surplombe de 100 m le torrent du Faux-Nam-Ti et relie deux souterrains percés dcpis des falaises abruptes.
- (Cliché C. I. Y.).
- la date du 28 février 1946, par notre ambassadeur en Chine, M. Jacques Meyrier, et le Ministre des Affaires Etrangères du Maréchal Tchang-Kaï-Cheik, M. Ouang-Chih-Chieh.
- Par cet acte, le Gouvernement chinois de Tchoung-King se propose de racheter dans son ensemble la partie de la voie ferrée française qui déroule son double ruban d’acier en territoire yunanais et ce, depuis notre
- frontière Nord-Nord-Ouest du Tonkin.
- *
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- 4 * *
- Les premiers travaux du chemin de fer du Yunnan furent entrepris au début de ce siècle.
- Un accord avec les autorités chinoises avait été conclu en 1898 par le regretté président Paul Doumer qui exerçait, à cette époque, les fonctions de Gouverneur Général de l’Indochine. Signalons au passage que la ligne du Yunnan comprend, peut-on dire, deux premiers tronçons sur le territoire ton-
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- kinois : l’un, de 101 km, reliant notre port d’Haïphong, sur le golfe du Tonkin, à Hanoï, jusqu’alors siège du Gouvernement Général de l’Indochine française ; l’autre, de 296 km, s’amorçant sur la ligne de Na-Cham (réseau Nord-Annam et remontant vers le Nord-Ouest la vallée du Fleuve Rouge jusqu’à la frontière chinoise.
- . C’est de Lao-Kay, dernière localité du Haut-Tonkin, que part la ligne proprement dite du Yunnan. Au départ de cette gare, la voie ferrée franchit sur un pont métallique, qui livre egalement passage à une route, un affluent du Fleuve Rouge' qui marque ici la frontière entre l’ancienne Union indochinoise (Tonkin), laquelle constitue actuellement une grande partie des territoires placés sous l’autorité du « Viêt-Nam », et la Chine du Sud (province du Yunnan). C’est à IIo-Kéou, première localité yunnanaise sur la rive opposée, que se trouve la douane chinoise. Les travaux de construction du chemin de fer du Yunnan commencèrent en 1901. Avant cette époque, de nombreux projets avaient été élaborés mais ils ne furent point retenus.
- Ce ne fut qu’au début de 1910, après près de neuf années d’efforts, que fut achevée la ligne du Yunnan. Il est à noter que le rail français ne compte pas moins de 465 km en territoire chinois. La construction de cette voie ferrée s’est avérée particulièrement pénible. Ce fut un travail gigantesque qu’il fallut entreprendre à travers une région montagneuse coupée de ravins profonds où coulent de tumultueux torrents.
- Au surplus, partout ici la nature se montre farouchement hostile aux entreprises de l’homme.
- C’est pourquoi cette voie ferrée — d’un tracé aussi audacieux que celui de la route de. Birmanie — est considérée, à juste titre, comme l’un des chefs-d’œuvre de la technique française qui fait le plus honneur au génie civil de notre pays.
- Sur tout son parcours, la ligne du Yunnan s’accroche aux flancs abrupts des montagnes de la Chine méridionale, traverse de hautes falaises, domine de vertigineux précipices, serpente en de sauvages vallées profondément encaissées, côtoie des cours d’eau impétueux et des lacs importants, franchit l’inaccessible...
- Fig. 6.
- Fig. 5. — Une caravane de buffles apportant des marchandises à une halte de la ligne.
- (Cliché C' C. 7. Y.).
- Kunming : Porte monumentale à l’entrée de la rue de la Soie,
- (Cliché Gouvernement général de l'Indochine).
- Sur son trajet de 465 km, entre Lao-Kay et Kuo-Ming (Yunnan-fou), le chemin de fer du Yunnan comprend 3 628 ouvrages d’art, soit une moyenne atteignant près de huit ouvrages par kilomètre de voie.
- La ligne du Yunnan compte 3 456 viaducs, ponts, aqueducs,-estacades d’acier et passerelles métalliques dont 107 viaducs d’une ouverture supérieure à 20 mètres.
- Par ailleurs, on dut percer dans le roc vif de la montagne, 172 souterrains représentant une longueur totale de 20 348 mètres.
- Enfin, on compte également de nombreux ouvrages complémentaires. C’est ainsi que l’on dut établir sur ce parcours très accidenté, environ 1 500 remblais, murs de soutènement, parapets de protection, ouvrages de défense en rivière, ce qui atteindrait au chiffre de 5128 ouvrages édifiés en territoire chinois, soit plus de 11 au kilomètre. C’est dire une fois de p]us que le chemin de fer du Yunnan est, incontestablement, l’une des voies ferrées les plus hardies du globe. Seule, une voie ferrée sud-américaine franchissant la Cordillère des Andes peut rivaliser de hardiesse avec la ligne du Yunnan.
- Parmi les travaux d’art les plus importants et les plus caractéristiques que comprend la voie ferrép yunnanaise, nous citerons respectivement :
- Au km 111,9, le viaduc métallique édifié sur arbalétriers entre deux souterrains eux-mêmes percés dans le roc vif d’abruptes falaises. Cet ouvrage, de 67 m de longueur — qui est la largeur de la faille impressionnante qu’il franchit hardiment — fut construit-, depuis l’ouverture de chacun des deux tunnels qu’il relie, au prix de difficultés inouïes. Le viaduc enjambe ici l’abîme au fond duquel coule le torrentueux Faux-Nam-Ti. Le tablier s’élève à 100 m au-dessus du lit du torrent. Ce passage offre l’an des aspects les plus saisissants de la ligne.
- Au km 82,9, un viaduc métallique construit en courbe comprend 17 travées de 8 m avec piles à armatures d’acier d’une hauteur variant de 30 à 35 m selon le profil même du sol.
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- Au km 87,9, un autre viaduc, semblable au précédent, comporte 9 travées de 8 mètres.
- Ces estacades d’acier, qui apparaissent plutôt majestueuses, sont appelées « ponts en dentelle » ; on en compto 7.
- Au km 376, dans les gorges sauvages du Ta-Chan-Ho, nous signalerons encore un important ouvrago de défense en rivière.
- Dans son ensemble, la ligne du Yunnan comporte des rampes assez accentuées et des courbes parfois d’un faible rayon. Ajoutons que les seuls travaux do terrassement rendus indispensables entre Ho-Kéou et Kuo-Ming, ont nécessité le déblaiement de plus de 16 millions 300 000 m3 de terre dont les deux tiers en rocher. Entre ces deux memes points, vers la fin de 1906, 47 000 coolies
- chinois se trouvaient répartis sur les différents chantiers. Indubitablement en l’occurrence, de nombreux travailleurs annamites et les techniciens européens devaient compléter cette main-d’œuvre. Or, si, d’une façon générale, la Chine est un grand réservoir d’hommes, le recrutement, à l’époque, de la nrain-d œuvre indigène dans cette province à demi-désertique du Yunnan, s’avéra peu aisée. Notons enfin que le coût de construction de cette ligne, pour la période 1901-1910, fut assez élevé. 11 atteignit, pour la section Lao-Kay—Kuo-Ming, la somme de 165 millions de francs.
- A cette même époque, les sections, en territoire tonkinois,
- Lao-Kay-Hanoï-Haïphong-Docks,
- ne coûtèrent, pour 385 km de voies environ, que 78 millions seulement.
- Mais ici, il importe de considérer les difficultés de tous ordres rencontrées en territoire yun-nanais.
- A titre documentaire, nous nous bornerons à résumer ces difficultés : oppositions politiques tant en France qu’en Annarn, hostilité déclarée de certaines autorités chinoises, recrutement difficile de la main-d’œuvre indigène, climat plutôt malsain et même insalubrité totale de la vallée du Faux-Nam-Ti, épidémies à redouter, territoires tra-
- versés peu connus, nature farouche, terrains très accidentés, crues inquiétantes dans le bassin du Yang-Tsé (Fleuve Bleu), éboulements de roches et glissements de terres dans le Ilaut-Yunann, abîmes infranchissables, pénurie complète de certains matériaux, manutentions pénibles à certaines altitudes, transports à assurer à dos d’homme, pistes peu accessibles, ravitaillement non moins difficile, habitat malaisé des travailleurs, incursions fréquentes de pirates armés ou de fauves, et mille autres difficultés de toute nature qui, de tous côtés, se dressèrent farouchement contre les « bâtisseurs »...
- En certains points, la nature se montra si hostile que l’on dût rectifier le tracé primitivement adopté, le roc lui-même résistant à l’action de la perforatrice.
- C’est dans ces conditions vraiment « hostiles » que s’accomplit la construction du chemin de fer du Yunnan qui nécessita alors l’édification — avec certains travaux provisoires qu’il fallut effectuer — de près de 6 000 ouvrages d’art pour un développement de 465 km. A son ouverture, la ligne du Yunnan fit l’admiration des techniciens de tous les pays et toute la presse du globe en fit mention.
- Cette voie ferrée, qui traverse des régions où la nature apparaît grandiose, offre des sites à la fois sauvages et impressionnants, et parfois même, d’une rare beauté. Et ces paysages revêtent, pour la plupart, le plus poétique caractère extrême-oriental.
- Il est certain que le chemin de fer dp Yunnan constitue l’une des voies. ferrées les plus pittoresques du monde entier. Quant à la capitale de cette province, Kuo-Ming (autrefois Yunnanfou), qui doit en partie son essor économique à la voie ferrée française, c’est une ville chinoise empreinte du plus pur cachet des vieilles cités d’Extrême-Orient. Peuplée de plus de 100 000 habitants, Kuo-Ming s’élève sur le plateau yunnanais, à près de 2 000 m d’altitude. C’est l’une des villes les plus cuideuses de l’Asie des Moussons avec son enceinte fortifiée, ses rues étroites et tortueuses, ses portes d’architecture de l’ancien « Céleste-Empire », ses jemparts à demi ruinés, son mystérieux temple de Confucius,'ses'clandestines fumeries d’opium, ses bazars chinois et ses « pagodes » vénérées dont certains noms rappellent la Chine d’autrefois : pagodes des Poissons, de Yang-T’ong, du Dragon-Noir, des Supplices, des Cinq-Cents Génies, de Cuivre (Kin-Tien), etc. Les transports locaux sont tout aussi pittoresques :
- chaise à porteurs, « . pousse-pousse », cheval de race mongole, sampan. Il y a toutefois quelques archaïques automobiles, et enfin, des chameaux semblables' à ceux des caravanes du Gobi.
- •K-*
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- Le chemin de fer du Yunnan est exploité par la France depuis trente-six ans. Nous ne savons encore si nous allons en perdre définitivement le contrôle. Souhaitons que non. Seule voie d’évacuation de la province du Yunnan et des régions limitrophes Arers la mer de Chine, la voie ferrée du Yunnan assurait un gros trafic d’exportation — blé, riz, tabac, maïs, canne à sucre, cuivre, étain, fer, houille, zinc, marbre — et, en sens inverse, d’importation aussi. Au point de vue « voyageurs », le rapport était
- Fig. 7.
- — Kunming : La Tour du monastère de l’Est.
- (iCliché Agence principale de lu C“ du Yunnan).
- Fig. 8. — Un autorail assurant la liaison directe Lao-Kay-Kunming.
- 0Cliché Agence principale de la C1’ du Yunnan).
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- également- satisfaisant avec les déplacements des Européens et ceux, locaux, des indigènes.
- Les travaux d’infrastructure et de superstructure de la ligne se trouvaient être amortis depuis longtemps déjà.
- Cependant, l’exploitation de la ligne du Yunnan restait toujours onéreuse ; il fallait compter avec les écoulements assez fréquents, les attentats possibles de bandes armées, etc.
- La ligne, en territoire yunnanais, comprend deux sections : la première, de 221 km, entre Lao-Kay et K’ai-Yucn (autrefois Amitchéou) ; la seconde, de 224, entre cette dernière localité et la capitale du Yunnan. D’un autre côté, une voie ferrée chinoise — de 0 m 60 — part du km. 178 de Lao-Kay, dessert le centre industriel de Mong-T’seu et se poursuit sur plus de ISO km vers l’Ouest, en direction de Lin-Gan-Fou et Cheu-Ping. A Tsi-Kay, au-dessus de Mong-T’seu, un embranchement d’une trentaine de kilomètres se dirige vers les mines d’étain de Ko-Kiéou t[ui comptent parmi les plus riches gisements du monde.
- Ce sont là, peut-on dire, les seules voies ferrées du Yunnan qui est un pays peuplé de près de 14 millions d’habitants et couvrant une superficie de 380 000 km2, soit approximativement celle du Japon. Le chemin de fer du Yunnan s’amorce, à Lao-Kay, à la cote 90, passe successivement à celles de 1 200 et de 1 750 pour redescendre à 1 000 puis remonter à 1 600 pour atteindre ensuite la ligne de faîte de la voie ferrée à la cote 2 025. Elle redescend, en fin de parcours, à Iiuo-Ming, à 1 892 m. C’est, comme on. le voit, une véritable ligne de montagne.
- Cette artère ferroviaire, de caractère international et d’un grand intérêt stratégique et économique, se raccorde au réseau indo-chinois à Hanoï. Comme ce dernier, la ligne du Yunnan est à voie métrique. Elle est aussi à voie unique et ne comporte,
- ........................... 229 —
- notamment en territoire chinois, que des traverses métalliques. Enfin, elle ne comprend pas de signaux — comme celle, en Afrique orientale, de Djibouti à Addis-Abeba — ; une seule ligne téléphonique court parallèlement à la voie.
- Des garages sont prévus dans les principales stations et dans les gares.
- Comme en Indochine, les trains comportent, au Yunnan, des voitures de quatre classes ; la 4e classe est réservée aux indigènes. En général, le service te Voyageurs » est assuré par des trains (traction à vapeur) ne circulant pas la nuit. Le trajet « Lao-Kay-Kuo-Ming » s’effectue en deux étapes. On doit donc passer une nuit à lf’ai-Yuen (buffet, bungalow de la Compagnie et hôtels chinois).
- Toutefois, un service hebdomadaire permet d’effectuer le trajet Ilanoï-Kuo-Ming, et inversement, en moins de 23 heures. Un train de nuit, avec couchettes, circule entre Hanoï et Lao-Kay d’où part un service d’autorail Decauville circulant de jour depuis la frontière et effectuant ainsi directement le trajet jusqu’à Kuo-Ming. Pour pénétrer au Yunnan, les ressortissants français doivent être munis du passeport national visé par un Consul chinois. Les fervents du « grand tourisme » visitant l’Indochine française, et plus particulièrement, la légendaire baie d’Along, le Haut-Tonkin et la station climatique de Chapa, non loin de Lao-Kay, ne doivent manquer de faire le trajet jusqu’à Kuo-Ming.
- La province du Yunnan, qui s’étend de notre frontière du Haut-Tonkin et du Laos aux « marches » du Thibet et à la vallée du Yang-Tsé, est l’une des plus attrayantes de cette Chine immortelle.
- André Gallet.
- Explosifs modernes
- L’emploi des engins blindés a conduit à la recherche d'explosifs puissants capables d’imprimer aux projectiles des vitesses initiales de i ooo m par seconde au minimum pour l’attaque des cuirasses.
- On a dû utiliser des formules à la nitroglycérine et aux produits chloralés malgré leurs dangers de fabrication et d’emploi.
- Les glycols ont été utilisés parallèlement à la glycérine. Le dinitroglycol est un puissant explosif. Il a permis également la préparation de « gommes » très brisantes. Dans la même série on trouve les dérivés nilrés des propylèno-glycols et du trimélhylène-glycol ; ce dernier, préparé à partir de l’huile de coton, donne des dynamites incongelables.
- Le tetryt, explosif puissant est la tétranitrométhylaniline.
- La penthrite ou tétranitropentaérythrite est une nouveauté intéressante. Elle est préparée par nitration de la penta-érythrite, elle-même obtenue par condensation du formol et de l’acétaldéhyde. C’est un produit entièrement synthétique. On l’obtient en petits cristaux utilisés seuls ou en mélange avec de la nitroglycérine. Malgré sa grande puissance, la penthrite est très stable. Mélangée à 3o pour xoo d’eau on peut la transporter en toute sécurité.
- La penthrinit est composée de 8o pour ioo de penthrite, i8 pour ioo de nitroglycérine et de 2 pour ioo de diphényl-amine comme stabilisant. Ce dernier corps est parfois remplacé pour cet usage par la diphényldiéthyluréc.
- Dans des séries analogues citons : la tétranilro-aniline, la pentanitro-aniline, le trinitro anisol, d’une part et les éthers nitrés de la mannite, de la sorbite, etc., d’autre part.
- L'hexyl n’est pas un produit nouveau, mais son emploi s’est développé. Il constituait la charge de la torpille allemande qui
- a coulé le Lusitania.]ors de la première guerre mondiale. C’est la dipicrylamine ou hexanitrodiphénylamine d’où dérive le colorant organique orange dénommé auranlia et qui a été proposé comme réactif de précipitation de la potasse pour son extraction de l’eau de mer.
- L’emploi de l’hexyl s’est généralisé pour les bombes d’avion’, les torpilles marines, les grenades.
- L’amatol n’est pas non plus une nouveauté. C’est un mélange de tolite (trinilrotoluène) et de nitrate d’ammonium.
- Le trinitrotoluène explose avec une fumée noire, il ne contient pas assez d’oxygène pour assurer la combustion de tout son carbone. Par addition d’une proportion déterminée de nitrate d’ammonium on complète la proportion d’oxygène et réduit considérablement la fumée d’explosion.
- Si l’on additionne le mélange ci-dessus d’un peu de charbon de bois et de poudre d’aluminium on obtient 1 ’ammonal qui explose avec une flamme très brillante facilitant la nuit l’obseï*-vation des points d’impact des projectiles.
- . Signalons enfin l’emploi généralisé du nitrure de plomb :
- N'
- II
- N •-
- X — Pb — N'
- N
- N
- remplaçant le fulminate de mercure, pour les détonateurs.
- Les curieuses liaisons qui fixent l’azote dans ce corps motivent sa sensibilité. Elle est plus grande encore que celle de la plupart des explosifs qui, en majorité doivent leurs propriétés à la présence de l’azote et au caractère peu stable de ses liaisons moléculaires.
- L. P.
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- ... 230 = '
- PROJET D'EXPLORATION SOUS-MARINE BELGE
- Qui ne se rappelle les fameuses ascensions slratosphériques du Professeur Piccard ? Sous les auspices du Fonds National Belge, il avait réussi, en igâi et 1982, à atteindre, en ballon libre, 16 km d’altitude. Ses exploits avaient alors largement débordé le domaine scientifique et conquis au savant, dans le monde entier, une large et juste popularité.
- Le 27 juin dernier, le Professeur Auguste Piccard a exposé, au Palais de la Découverte, à Paris, un nouveau projet qu’il caresse depuis longtemps et dont il a déjà étudié tous les éléments techniques, celui de descendre en mer jusqu’à une profondeur de 4 km.
- Une grande analogie, tant mathématique que physique, lie les deux problèmes. Qu’on veuille s’élever vers la stratosphère ou s’enfoncer dans les profondeurs sous-marines, il faut effectuer un voyage vertical aller et retour dans un fluide. Dans l’un
- Flotteur de bidons d'essence
- Project e
- Guide-rope
- Fig. 1. —r La sphère et son ftottevr.
- des parcours, il faudra vaincre la pesanteur et dans les deux, la résistance du fluide où l’on évoluera.
- Pour le Professeur Piccard, la solution est bien simple et, à peu de choses près, la même pour les deux cas : construire un ballon renfermant un corps plus léger que le fluide ambiant et dont le volume sera suffisant pour imprimer à la nacelle qui abrite les voyageurs et qui lui est solidaire, un mouvement ascensionnel pendant la montée; pour la descente, amener l’ensemble ballon-nacelle à redevenir plus lourd que le fluide environnant : dans le ballon stratosphérique, on y parvenait en libérant progressivement une partie du gaz léger qui le gonflait; pour la descente en mer, on devra se munir préalablement de lests qu’on lâchera au moment où, mission terminée, on voudra remonter à la surface. Dans ces deux genres de voyages, les observateurs, s’ils veulent atteindre de grandes distances verticales, auront à subir des pressions, trop faibles dans la stratosphère, énormément élevées dans les profondeurs sous-marines, auxquelles l’organisme humain 11e saurait résister. La cabine qui les abritera devra donc être parfaitement étanche et suffisamment robuste pour résister aux grandes variations de pression.
- Ayant réalisé le voyage stratosphérique., qu’il considère comme le premier cas du problème, M. Piccard se prépare maintenant à résoudre le second.
- Quelques explorateurs étaient déjà descendus dans la mer en
- vase clos (scaphandre rigide ou sphère métallique). Ils n’ont pu aller bien loin et le record de profondeur reste détenu par un zoologiste, William Beebe, qui est descendu jusqu’à 900 m. Sa cabine avait 1 m 4o de diamètre et restait liée à un bateau par un gros câble. Elle ne comportait ni dispositif de télécommunication ni appareil de prise de vues. Beebe se contentait de dicter par téléphone à sa dactylo restée sur le navire, les caractéristiques des êtres marins qu’il voyait. Il souffrit des inconvénients inhérents au ballon captif : à une grande profondeur, le câble est secoué par les mouvements qui lui sont communiqués tant par la masse d’eau environnante que par les mouvements de roulis et de tangage du navire auquel il est attaché. Il en résulta que la nacelle se trouvait constamment soumise à un mouvement compliqué d’oscillations et de rotations qui ajoutait à son inconfort et gênait considérablement l’explorateur dans ses observations.
- Un inconvénient majeur s’ajoute à cela : c’est qu’un câble sous-marin, quelles qu’en soient la grosseur et la solidité, n’est jamais à l’abri d’une rupture. C’est ce danger, impossible à éviter dans un ballon captif, qui imposa jusqu’ici aux explorateurs une limite de.profondeur périlleuse à dépasser.
- Avec un ballon libre, les dangers et les inconvénients résultant du câble se trouvent éliminés et aucune limite de profondeur ne se trouve désormais imposée autre que la résistance des matériaux à la pression, à condition que le problème soit bien étudié dans tous ses détails. Avec le Professeur Piccard, cette étude est si minutieuse et si complète, qu’on peut partager sa certitude dans le succès de l’entreprise.
- La cabine. .— La cabine, dans laquelle le savant prendra place en compagnie de M. Max Cosyns (qui l’avait déjà accompagné dans les ascensions stratosphériques) et d’un biologiste (les rumeurs laissent espérer qu’il s’agirait d’un Français), est sphérique, absolument étanche, en acier de 9 cm d’épaisseur; elle est légèrement plus épaisse du côté des deux hublots, possède un diamètre intérieur de 2 m, un poids de 10 t et déplace 5 t d’eau. Les deux hublots, l’un pour l’observation directe, l’autre pour la photographie (photographie automatique, système cinéma), se trouvent disposés suivant un axe faisant un petit angle aigu avec l’horizontale, de sorte que l’un se trouve viser légèrement vers le haut et l’autre, légèrement vers le bas. Il faudra compenser les 5 t d’excédent de poids, grâce à un corps plus léger que l’eau. Le Professeur avait songé d’abord à utiliser un corps solide; le lithium, de densité o,55 offrait une solution idéale qu’il fallut abandonner à cause de la rareté de cet élément; là paraffine n’était pas assez avantageuse (densité : 0,9 seulement) ; le. Professeur Piccard se rabattit vers les liquides et adopta l’essence dont la densité est de 0,7. On logera donc, dans le ballon sustentateur qui sera allongé, des bidons d’essence. Les deux lests seront placés à l’extérieur, à la partie inférieure du ballon, de part et d’autre de la cabine. Une première maquette au 1/10 s’est écrasée à la pression d’une colonne d’eau de 12 km; une deuxième cabine, plus robuste, a parfaitement résisté à celte pression et le calcul a donné i5 km comme pression d’écrasement. Étant donné que la cabine ne devra jamais descendre au-dessous de 6 km, la marge de sécurité se trouve donc largement rassurante.
- Le délestage. — Il s’agit de faire lâcher au moment voulu, les deux lests qui se trouvent hors de la cabine. M. Piccard' a vite rejeté les solutions classiques de commandes électriques capables, malgré tous les perfectionnements et les soins qu’on
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- pourrait y apporter, de mal fonctionner au moment voulu, par suite d’un court-circuit ou autre incident analogue. Il préfère plutôt faire porter les lests par des électroaimants. Grâce à cet ingénieux procédé, toute avarie, panne, court-circuit ou incident de quelque nature que ce soit, la moindre défectuosité qui pourrait se produire dans le fonctionnement de l’électro-aimant, ne pourra que faire lâcher inopinément les lests et faire remonter la cabine plus tôt que l’horaire prévu.
- D’autre part, contrairement à ce qu’on aurait pu attendre, ce système nécessite une énergie électrique infime. M. Piccard a calculé qu’à l’aide d’une pile sèche (dont on se sert pour les lampes de poche), on pourrait faire porter un poids de 200 kg durant plusieurs heures.
- En dehors de ces lests, qu’il ne lâchera qu’au moment de remonter, M. Piccard a imaginé un système de délestage progressif dont la nécessité se trouve imposée en majeure partie par les propriétés physiques particulières de l’essence. En effet, aux profondeurs qu’on désire atteindre, alors que la compressibilité de l’eau n'est que de 2 pour 100, celle de l'essence est de 6 pour 100. Le volume d’eau déplacé par ce liquide va donc se trouver diminué; il en sera de même de la force portante du ballon qu’il faudra compenser en lâchant du lest. Toutefois, au cours de la descente, réchauffement adiabatique de l’essence, qui atteindra une vingtaine de degrés, compensera les effets de la compressibilité, qui ne se feront effectivement sentir qu’au repos, alors que le ballon, ayant atteint le fond, se refroidira progressivement.
- Le système de délestage progressif imaginé par M. Piccard est aussi ingénieux qu’il paraît simple. Il consiste en un entonnoir plein de petites billes en fer doux. Le col du fond se trouve enserré entre les deux armatures d’un électro-aimant en fer à cheval. Lorsque le courant passe, les billes se trouvent bloquées par le flux magnétique. Dès que le courant est interrompu, elles s’écoulent librement et l’entonnoir se vide progressivement de son lest.
- Enfin, un guide-rope amarré au flotteur, fonctionnera à l’arrivée sur le fond à la manière du guide-rope d’un ballon libre, pour éviter les rebondissements. v
- Mode d'éclairage. — L’éclairage se fera latéralement : deux ampoules de 5 000 bougies, survoltées (ayant une dizaine d’heures de vie moyenne) seront installées sous le ballon, de part et d’autre de la cabine et projetteront chacune un faisceau conique à axe vertical, permettant une vision commode de 10 à 5o m. Elles sont alimentées par deux batteries d’accumulateurs pesant chacune 5oo kg, disposées sous le ballon, à l’extérieur de la cabine et portées par. électro-aimant. Elles constitueront un précieux lest de secours pour le cas où il faudrait remonter brusquement.
- Aménagement intérieur, -r- La cabine sera munie d’un plancher plat avec une cale au milieu permettant à l’un des observateurs d’y descendre les pieds pour se tenir debbut, de deux sièges et de huit’ colonnes destinées à supporter les appareils scientifiques.
- Problème des hublots. — Çe problème a préoccupé longuement le Professeur Piccard. Le verre ne peut résister à de si fortes pressions et a dû être remplacé par une matière plastique synthétique transparente. Malgré son manque apparent de rigidité, un cône, fait en une telle matière, encastré dans le métal, a résisté à la pression d’une colonne d’eau de 12 km. L’expérience a en outre montré qu’en tronquant un tel cône on n’en diminuait pas sensiblement la résistance aux fortes pressions. M. Piccard est allé jusqu’à réaliser un tronc de cône
- Electro-
- aimant
- Fig. 1. — Le
- système de délestage progressif.
- : =—: ==::= 231
- dont la petite base soit le double de la hauteur; un tel tronc de cône a sauté à 12 km.
- M. Piccard a finalement adopté un tronc de cône dont les diamètres de base mesurent respectivement 4o et 10 cm.
- Propulsion. — Le Professeur Piccard ne veut pas se contenter d’atteindre le fond et d’y rester immobile, attendant que les poissons et autres êtres marins veuillent bien venir se faire observer dans un des faisceaux de lumière. Il veut se déplacer à sa guise et prospecter un peu le domaine qui l’entourera. Il se contentera toutefois d’une vitesse de xo cm par seconde qui lui permettra, en quelques heures, de parcourir plusieurs centaines de mètres. Cela nécessitera une puissance de 70 W qui sera fournie par les batteries d’accumulateurs.
- Télécommunication. — Durant son séjour dans l’eau, le ballon pourra être déporté à une distance pouvant atteindre 18 km. De plus, une fois remonté, ce sera le ballon renfermant les bidons d’essence qui atteindra la surface de. l’eau; la nacelle se trouvera, elle, à 5 m. en dessous, d’où la nécessité de ne pas perdre le contact avec le navire d’escorte qui devra relever l’engin. M. Piccard utilisera, entre sa cabine et ce navire trois systèmes de télécommunication indépendants u
- i° le navire émettra un faisceau ultra-sonore assez large et cherchera constamment la direction des ondes réfléchies sur le ballon ;
- 20 le ballon lâchera toutes les 10 mn de petits flotteurs qui, à la surface, lanceront une fusée produisant une colonne de fumée le jour, lumineuse la nuit;
- 3° la T. S. F.
- Essais de plongée. — On enverra d’abord la cabine seule à x 000 m puis, avec un observateur à 200 m seulement; ensuite la cabine seule à 3 000 m, puis, avec observateur à 2 000 m, et enfin la cabine seule à 6 000 m. Ce n’est qu'alors que les trois explorateurs s’y logeront pour descendre à 4 000 m, profondeur moyenne des océans, que M. Piccard n’a pas l’intention (pour le moment du moins) de dépasser.
- Il reste à souhaiter que le nouvel observatoire sous-marin soit bientôt réalisé et que M. Piccard et ses collaborateurs rapportent ample moisson d’obsei'valions de ce nouveau domaine qu’ils veulent ouvrir à l’homme.
- M. Menaché.
- Le film cinématographique ininflammable.
- On annonce des États-Unis que la Eastmann Kodak Co a entrepris pendant la guerre, à la demande de l’Armée, la mise au point de films du format normal en matière peu combustible.
- Les détails précis manquent encore sur ces nouveaux films, dont la mise en service industrielle n’est pas envisagée avant deux ans. Toutefois on sait que, aussi bien pour les positifs que pour les négatifs, ils restent à base de nitrocellulose, mais celle-ci est chimiquement traitée de façon à acquérir les qualités d’incombustibilité. Le nouveau film aurait moins de retrait que le film usuel et une meilleure résistance à l’usure. On compte que son emploi fera réaliser à l’industrie cinématographique de très grandes économies par la réduction des charges d’assurances.
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- Curiosités géologiques autour de " ---
- La Ferté-Alais (S.-et-o.
- Fig:. 1. — Le rocher du Pendu, à Dhuison (Seine-et-Oise).
- (Cliché Le Paiii),
- et méconnus des touristes parisiens qui hésitent à visiter ces parages assez mal desservis par les moyens de locomotion.
- Sans vouloir entrer dans trop de détails qui alourdiraient cet article, mentionnons les points les plus dignes d’intérêt des environs de La Ferté-Alais qui se place à peu près au centre des curiosités que nous voulons signaler.
- 1° Le Trou du Sarrasin. — On s’y rend du hameau du Pont, en montant sur le plateau de l’Ardenay par un sentier qui emprunte le tracé d’un ancien descenseur d’une carrière, on suit tout droit en traversant une grande clairière et peu après on trouve à droite une ouverture béante. La grotte à laquelle on accède en dévalant 4 à 5 m est celle du Sarrasin, ainsi nommée car au Moyen-Age un prisonnier Infidèle ramené des Croisades en aurait fait son refuge après avoir commis divers méfaits. Les lecteurs que le folklore intéresse pourront lire cette histoire rajeunie dans un roman de Mlle Cèlestine de Warreux qui sous lé pseudonyme de Gaspard'de Weed le fit paraître en 1909 sous le titre « L’Abbaye de Montmirault ».
- L'excavation assez vaste est encombrée de débris et présente sur la droite un court boyau au fond duquel se trouve une petite nappe d’une onde fraîche et limpide qui ne tarit jamais même dans les années les plus sèches et qui est bien connue de. tous les chasseurs des environs. Cette eau provient des infiltrations des eaux pluviales à travers le banc gréseux et sa réputation est due surtout à sa pérennité.
- Fij. 2. — Entrée du Trou du Sarrasin, plateau de VArdenay.
- La région de la Ferté-Alais a beaucoup de ressemblance avec celle du Massif de Fontainebleau à laquelle elle s’apparente. De formation tertiaire, elle offre les mêmes aspects : collines couronnées de bois sur les flancs desquelles s’étalent l’amoncellement des. roches disloquées, blocs épars dans les champs, plateaux cultivés que séparent des vallées peu accusées donnant abri à des rivières telles que l’Esson-neset l’École.
- Située aux confins du Gâtinais Français et de l’Hurepoix, son sol est l’ancien lit de la mer stampienne et ses roches constitutives se dénomment de haut en bas : Humus ou Diluvium, Calcaire de Beauce, Marne Blanche qui couvre une épaisse couche de grès provenant de la cimentation des sables sur lesquels elle repose ; en dessous de ceux-ci on trouve le calcaire de Brie surmontant la Marne verte qui selon son pendâge permet aux eaux d’infiltration de revoir lé jour en des sources pures et liriipides!| qui vivifient de nombreuses cressonnières.
- Toute cette contrée abonde en fort jolis sites qui rivalisent avec ; ceux de Fontainebleau tant vantés et pourtant ils sont délaissés
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- En suivant toujours le sentier on arrive bientôt à une vaste carrière en exploitation qui présente, outre un abri sous roche remarquable, un front de taille qui permet de juger de l’épaisseur de la couche de grès.
- 2° Rochers du Sanglier. — On y parvient par le hameau de Montmirault en montant dans les bois situés entre les cotes 16 et 142. Sur la lisière du plateau on découvre un splendide exemple de dislocation de la masse rocheuse ; les fissures d’abord minimes, s’élargissent, les blocs se séparent et gisent sur la pente en un chaos des plus pittoresques parmi lequel on peut distinguer la vague silhouette d’un animal antidéluvien.
- Pour gagner Longueville, on peut descendre vers une source à demi-cap tée qui alimente un lavoir ! et des cressonnières placées plus bas. Il n’est pas rare de rencontrer dans les alentours de la source de jolies mésanges dont le plumage jette une note de saphir dans l’ambiance. ......
- 3° Rochers du Pendu. — De Longueville on prend la route de Dhuison et peu avant le cimetière de ce village, on monte dans les bois qui garnissent les pentes du plateau de Buloups (125 m) ; on y trouve fleuri au printemps le Néflier sauvage (Mespilus germaniea) déjà signalé en cet endroit par des botanistes du xvin0 siècle. On aperçoit bientôt la fameuse roche du Pendu qui, tel un petit Ccrvin, trône sur un ensemble de rochers gardé par de vieux pins à l’allure hautaine. C’est un endroit peu fréquenté et cependant le plus curieux de la région. Continuer vers le Sud en traversant le plateau où la roche affleure, longer une mare d’où s’envolent souvent des canards sauvages et par des bruyères parsemées de bouleaux gagner la lisière Sud Au plateau. Panorama superbe et écroulement gigantesque de blocs énormes. Descendre tant bien que mal et couper la lande en ligne droite jusqu’à un sentier qui conduira à Vayres-sous-l’Essonnes où l’on rejoint la route -de La Ferté-Alais.
- 4° La Grotte de Saint-Guénault est située sur la rive droite de l'Essonnes, près du hameau de Marbois. Pas très facile à découvrir, il est prudent de s’y faire conduire. C’est dans un éboulemcnt similaire au Sanglier un antre assez vaste d’où part, une galerie obstruée par des effondrements qui conduisait au monastère disparu do Retolut. Cette grotte a servi de cachette pendant les guerres de Religion et même en 1814 pendant la première invasion. Sainl-Guénault était un moine breton qui
- Fig. 3. — La grotte de Saint-Guénault, près la ferme de Marbois.
- Fig. 4. — (Ci-dessus). Rochers du Sanglier, à l’Ouest de Montmirault.
- Fig. 5 et 6. — Rebord Sud du plateau du signal de Buloups (125 m).
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- mourut en 570 ; il fut abbé du monastère de Landévennec, prêcha l’Évangile en Angleterre et en Irlande et termina ses jours dans un ermitage en Cornouaille, Des miracles rendirent son tombeau célèbre et ses reliques après diverses vicissitudes furent fctrans-portées à Corbeil en 966. On ne voit donc rien dans sa vie qui puisse se rapporter à la grotte qui porte son nom et toutes mes recherches à ce sujet ont été vaines.
- 5° Rochers de Mondeville. — A travers bois on peut gagner les buttes de Mondeville qui sont au Nord de la cote 126. Elles sont au nombre de trois et constellées de dalles écroulées. On peut en suivre la crête en se frayant difficilement un chemin parmi rocs, arbustes et arbres morts. On y remarque des mares
- Fig. 7. — Rochers de Mondeville.
- et des dolines où le naturaliste pourra faire des chasses fructueuses et le simple promeneur des observations intéressantes.
- 0° La Sablière terminera notre cycle. Sise à l’Est de la gare elle montre l’épaisseur de la couche de sable qui supporte la masse gréseuse et son aspect d’une éblouissante blancheur au soleil couchant termine en apothéose ce voyage autour de La Ferté-Alais. Je souhaite que de nombreux lecteurs l’accomplissent par un beau temps propice. Ils ne regretteront pas leur voyage.
- Ch. Broyer.
- Consulter les cartes E.-M. 1/80 000* Melun S.-E. et S.-O. Boussole et lampe très utiles.
- Fig. 8. — La sablière de La Ferté-Alais.
- Le quartz
- Le quartz est un minéral de silice qui dans sa pureté cristallise en rhomboèdres à trois axes, en birhomboèdres ou en rhomboèdres surmontant un prisme hexagonal. Incolore et transparent, il forme le cristal de roche, qu’on ne trouve que dans quelques gisements, notamment à Madagascar. Les variétés teintées portent , les noms de quartz enfumé, d’améthyste, d’aventurine, etc. Le quartz commun est laiteux ; la calcédoine et ses variétés, l’agate, l’onyx, contiennent une forte proportion de silice amorphe qui augmente encore dans les silex. La taille des cristaux de quartz atteint jusqu’à 50 cm, mais ceux-ci sont extrêmement rares ; on en trouve de moins d’un centième de millimètre dans les sables de Fontainebleau.
- Les grands cristaux, uniquement employés pendant longtemps par les métiers d’art : joaillerie, sclpture en pierre dure, ont été très recherchés. depuis qu’on a utilisé les qualités piézoélectriques du quartz découvertes par Curie. Lorsque les oscillateurs piézoélectriques ont trouvé application dans les sondeurs ultra-sonores et les stabilisateurs de longueur d’onde des émetteurs de T. S. F., les besoins de quartz pur en cristaux de grandes tailles sont devenus si nombreux qu’on en est venu à intensifier les exploitations minières et même à acheter les œuvres d’art pour les retailler. Bientôt on remplaça les cristaux uniques,. devenus impossibles à trouver, par des mosaïques de cristaux tous orientés
- synthétique
- selon le même axe et c’est ainsi qu’on répondit aux besoins croissants jusqu’à la guerre.
- Notre confrère anglais Nature indique une nouvelle solution réalisée depuis et restée jusqu’ici secrète : la préparation de quartz synthétique.
- Nora et W. A. Wooster, du Brooklyn Crystallographic Labora-tory de Cambridge, viennent de donner sur ce sujet les renseignements suivants : dès 1906, Spezia avait cherché à faire croître des cristaux de quartz dans une solution de métasilicate de soude et de chlorure de sodium maintenue à un peu moins de 300° ; les cristaux se dissolvaient dans la partie la plus chaude et se déposaient dans la plus froide du bain, mais il y fallait plusieurs mois, ce qui excluait toute production industrielle. M. et Mme Wooster ont placé de la silice fondue dans une solution de métasilicate de soude et ont obtenu des cristaux très réguliers mais fort petits ; ils ont alors songé à suspendre par un fil d’argent dans la solution un cristal préformé de quartz et ils ont vu la silice se dissoudre et des cristaux rhomboédriques se former et croître en quelques heures seulement. Ces cristaux donnent aux rayons X le même spectre que le quartz pur naturel. Il semble donc que le problème du quartz synthétique ait été résolu.
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- LA MESURE DES ÉPAISSEURS PAR LES ULTRA-SONS
- Certains problèmes particulièrement délicats, posés par la mécanique, n’ont pu être résolus récemment que par l’application de techniques radioélectriques ou connexes. Il en est ainsi, par exemple, de la mesure de l’épaisseur d’un corps creux à l’intérieur duquel il est impossible d’accéder. Le cas se présente en aviation pour les pales d’hélice métalliques. Ces pièces sont creuses et il est nécessaire de prévoir, pour terminer leur fabrication, une opération de finissage consistant à réduire de l’extérieur l’épaisseur de la couche de métal pour alléger la pièce, jusqu’à ce qu’on arrive à l’épaisseur minimum compatible avec la sécurité de l’engin et sa bonne tenue aux diverses contraintes s’exerçant sur lui en ordre de marche.
- Il est évident qu’on ne peut mesurer cette épaisseur au moyen des calibres usuels, du fait que la surface interne du corps creux est inaccessible. Mais la sagacité des ingénieurs a conduit à la mise au point d’une méthode permettant, en partant de la surface extérieure seule, d’effectuer cette mesure sans qu’on ait besoin de pratiquer aucune coupe de la pièce ni aucun forage.
- On a fait appel, dans ce but, aux ondes ultra-sonores, qui ont donné lieu, dans les laboratoires de la General Motors Corporation, à la réalisation d’un procédé de mesure très simple, sous le nom de « sonigage », qui signifie « jauge sonore ». Cet appareil a été récemment présenté par W. S. Erwin dans une communication à la Society of Automobile Engineers.
- Le principe du « sonigage » est l’induction d’ondes ultra-sonores dans le métal. Le schéma de principe de l’invention est indiqué sur la figure 1. L’élément essentiel est une lame de quartz piézoélectrique très mince Q. Cette lame est argentée sur l’une de ses faces A et repose, par l’auLre face, sur la surface métallique de la pièce P à essayer. Le condensateur piézoélectrique ainsi constitué reçoit par induction les oscillations d’un générateur à haute fréquence G. Au moment de la résonance entre l’oscillation et le système ainsi constitué, la puissance absorbée par le circuit de l’oscillateur passe par un maximum, que traduit un appareil de mesure. Sous l’effet de l’induction piézoélectrique, des ondes ultra-sonores prennent naissance et se propagent dans toute la masse de la pièce. Entre la surface extérieure et la surface interne de la pièce, les ondes stationnaires s’établissent. Tout se passe comme si la pièce vibrait en demi-onde a (2 sur l’onde fondamentale. L^épaisseur. e de la pièce correspond donc à la demi-onde, qui, exprimée en fonction de la vitesse v de l’onde ultra-sonore dans le métal et de la fréquence / de l’oscillation, donne la relation :
- v
- e~Tf
- On obtient ainsi l’épaisseur en millimètres, en fonction de la vitesse de l’onde ultra-sonore en millimètres par seconde et de la fréquence de résonance en kilohertz.
- Pratiquement, il est indispensable d’assurer un. excellent contact entre le quartz explorateur et la pièce métallique. A cet effet,
- Fig. 1. — Schéma de principe du « sonigage » pour la mesure des épaisseurs.
- P, pièce métallique (pale d’avion) ; Q, quartz piézoélectrique ; A, face argentée ; M, prise de masse ; G, générateur à haute fréquence.
- Fig. 2. — Schéma de montage de Vappareil.
- T, triode oscillatrice ; B, bobine du circuit oscillant ; K, K,, condensateurs variables et d'appoint ; mA, milliàmpèrem&tre ; HT, source à haute tension ; C, câble coaxial ; M, masse ; Q, quartz.
- avant d’y appliquer le cristal, on frotte d’huile la surface de métal. Il est indispensable, d’autre part, que le cristal ait une fréquence propre supérieure à la gamme de fréquences, le « sonigage » permet d’effectuer, avec une erreur qui ne dépasse pas 2 pour 100, la mesure d’épaisseurs d’acier de l’ordre de 50 à 10 000 micromètres.
- Le montage du générateur à. haute fréquence est conforme au schéma de la figure 2. Les oscillations sont engendrées par une triode à haute fréquence T couplée à un circuit oscillant. La bobine B est accordée par l’ensemble du condensateur variable K et du condensateur d’appoint K!. On contrôle la • puissance d’excitation au moyen des indications du milliampèremètre mA. comme on met en jeu des fréquences très élevées, il faut prévoir un montage réduisant au minimum les pertes en haute fréquence. On compense les variations du courant anodique par le condensateur d’appoint. Le milliampère-mètre est monté dans un pont qui permet d’amener son indicateur à zéio. La déviation de l’aiguille donne alors le supplément de < ou-rant correspondant à la puissance fournie par le générateur lorsque la fréquence des oscillatione émises correspond à la fréquence de résonance du système constitué par le quartz et la pièce à étudier.
- En pratique, le cadran du condensateur est gradué en fréquences. Pour chaque métal, on dresse une table de correspondance donnant l’épaisseur en fonction de la fréquence de résonance, c’est-à-dire traduisant l’équation ci-dessus. On peut aussi graduer le cadran directement en épaisseurs, au moins pour un genre de métal ou d’alliage donné.
- Le cristal de quartz a la forme d’un X. Son épaisseur est de 1,5 jj.m. Monté sur un disque en bakélite, il est enchâssé dans un châssis tripode qu’on pose sur la pièce à étudier, contre laquelle on la maintient au moyen d’une poignée. Un ressort à boudin applique automatiquement le quartz contre la pièce: Le courant à haute fréquence est amené au quartz par un conducteur coaxial C à blindage extérieur.
- Michel Adam.
- L'ostréiculture et l'avion.
- Privée de bivalves, la ville du Cap-de-Bonne-Espéranee a construit des parcs d’acclimatation où vont se poursuivre des essais. Un aéroplane est parti de Falmouth, centre de'l’industrie huîtrière de Grande-Bretagne, avec un chargement de 500 mollusques-vivants. S’ils endurent ce voyage de 10 400 km qui prendra 5 jours, plusieurs milliers seront expédiés à bref délai. Au cas où cette tentative d’acclimatation réussirait, l’Afrique Australe recevrait, d’ici la fin de l’année, deux millions d’huîtres, transportées par des avions spécialement équipés.
- V. F.
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- Les plus petits poissons du monde
- L es Poissons sont, on le sait, de tailles très inégales. Parmi les Sélaciens, on connaît le Pèlerin (Cetorhinus maxïmus L.), devenu espèce comestible depuis la guerre et dont on débite au printemps des quartiers dans les poissonneries de Paris, qui peut dépasser 10 et même 12 m ; le Rhinodon du Cap de Bonne Espérance (Rhinoclon typicus) en dépasse 15. D’autres, surtout des Téléostéens, sont minuscules et l’aquariophilie a répandu nom-
- bre d’espèces exotiques d’ornement qui vivent dans un tout petit aquarium. Il en est d’autres encore plus petits que M. Anton Fr. Bruun vient d’examiner dans les Dana-Reports (n° 21, 1940). Ce sont tous des Gobiidés des régions du Pacifique et l’un d’eux fut recueilli en grands nombres pendant l'expédition du professeur Johannes Schmidt autour du monde. Leur taille en fait les plus petits des Vertébrés.
- Fig. 1. — Les trois plus petits Vertébrés :
- . En. ..haut* ,à gmulit' : .Mptichihys i''rzon s; à OvU/. ; Panil •pyywirn ; eu dessous. : Schindleria praematuras (d’après F. BrÙvn).
- L’un d’eux, Mistichthys liconcnsis, fut décrit en 1902 par Hugh M. Smith. Il fut ensuite observé par lierre dans le lac Buhi, de File de Luçon, aux Philippines. Il y vit en très grands nombres et les indigènes qui l’appellent sinarapan, le pêchent en grandes quantités depuis des temps immémoriaux et le considèrent comme un aliment d’une suprême délicatesse. Adulte, il mesure de 10 à 13,5 mm. et il en faut 70.000 pour faire un kilogramme.
- Pandaka pygmæa découvert par Herre dans les flaques littorales, près de Malabon, à quelques milles au nord de Manille, est encore plus petit : 7,5 à 9 mm pour les mâles, 10 à 11 pour les femelles, mais il est un peu plus gros et plus lourd ; il pèse de 6 à 22 mg tandis que Mistichthys n’en pèse que de 7 à 19,8.
- Une troisième espèce, Schindleria præmaturus, si elle est un peu moins courte : 11 à 10 mm, est encore plus légère : 2 à 0,2 mg. Elle fut décrite, en 1930 par Schindler des îles Hawaï, retrouvée par Giltay en 1934 en Nouvelle Guinée. Le « Dana » en avait recueilli en grands nombres à Tahiti, à Samoa et près de la côte orientale de l’Australie, au cours de pêches pélagiques proches de la surface. Les animaux vivants sont transparents et incolores et ne sont visibles que par leurs yeux et leur vessie natatoire pigmentés. On ne les rencontre que dans les eaux tropicales du Pacifique, spécialement de la Polynésie dont la température dépasse 25°.
- Pandaka est le plus court et Schindleria le plus léger de tous les Poissons et même de tous les Vertébrés.
- Pour dessiner des projections.
- On désire souvent projeter dans un cours ou une conférence des dessins, tableaux numériques, formules chimiques, qu’il serait laborieux et fastidieux de tracer au tableau noir sous les yeux des auditeurs. Si l’on dispose d’un épidiascope, il suffit de préparer ces documents sur des feuilles de papier qu’on projette par réflexion. Si l’on ne dispose que d’une lanterne projetant par transparence, il faut que les dessins et les écritures soient tracés sur une plaque de verre. La reproduction des originaux par photographie est longue et coûteuse. M. W. Sommer indique dans Nature
- un autre moyen. On utilise des plaques de verre à projection nues, sans gélatine ou débarrassées de celle-ci. On les enduit d’un vernis transparent de baume du Canada dissous au mieux dans un solvant très volatil tel que le dichloréthylène à raison d’une partie de baume pour 4 à 8 de solvant. On verse le vernis sur le centre de la plaque bien nettoyée, on l’étale et on laisse égoutter. Le séchage est instantané et la pellicule restée adhérente au verre permet d’écrire à l’encre de Chine, aux encres de couleur, au lavis ou aux couleurs d’aquarelle.
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- PHILIPPE LEBON
- et le gaz d'éclairage
- Philippe Lebon a donné à la France sa grande invention, an monde une industrie magnifique, et ses cendres furent jetées à la fosse commune. Il naquit en 1707 en Champagne, à Brachay ; il descendait d’une souche terrienne, fortement attachée au sol. Amour du travail, équilibre des facultés, culte de l’honfieur, toutes vertus de ces races de l’Est, et d’une famille plus soucieuse de transmettre aux siens un patrimoine moral intact qu’un héritage lourd de profits matériels.
- Esprit précoce, d’une curiosité toujours en éveil, il entra et sortit major de sa promotion à l’École des Ponts et Chaussées, ôù il occupa, aussitôt, unie chaire de professeur.
- Doué d’une faculté d’observation, étonnante, il étudia divers perfectionnements à apporter aux machines à vapeur, aux moteurs à air comprimé. Précurseur sur bien des points, il allait se révéler un créateur de génie.
- Depuis longtemps, il se passionnait à l’étude de la fumée. Un jour, à Brachay, où la maladie de son père l’avait reteuu, il remplit de sciure de bois des flacons qu’il plaça sur des charbons ardents pour produire de la fumée. Pour mieux l’observer, il saisit une des fioles et se brûla les doigts. Il en prit alors une autre, avec un linge mouillé, dont il entoura le goulot. O surprise ! La fumée sortit alors limpide et blanche. Lebon l’alluma et la flamme jaillit, claire, donnant une assez belle lumière. Il venait de réaliser le premier bec de gaz.
- A travers le phénomène entrevu, le savant voit se formuler une loi. Il poursuit son expérimentatida sur une plus vaste échelle (x). Il bâtit un fourneau de briques dans la cuisine familiale, et le ferme hermétiquement. Pour le départ de la fumée, on laissera un tuyau qui passe dans une cuve pleine d’eau, en s’y élargissait, de manière à former condensateur. Les produits de la carbonisation s’y purifient, abandonnant le goudron dans le tuyau, et le gaz recueilli donne une assez belle clarté.
- Ce résultat permet à Philippe Lebon d’embrasser d’un coup d’œil supérieur les conséquences proches et lointaines de sa découverte : la carbonisation de tous les combustibles donnera du gaz et laissera de nombreux sous-produits, dont il pressent l’extraordinaire développement et l’importance considérable.
- Une foi do néophyte le soutenait, le soulevait ; il disait à ses compatriotes ; « Mes bons amis, je vous chaufferai et je vous éclairerai à Paris, de Brachay ». Désormais il va consacrer au gaz sa vie entière, sa fortune. Des essais de laboratoire il faut passer aux applications industrielles et domestiques. Mais que de déceptions l’attendent !
- Ingénieur des Ponts et Chaussées en Charente, il obtient, de Prony, sa nomination à Paris, Rue Saint-Louis-cn-Ilc il crée une petite usine à gaz. Ses expériences sont suivies par Chaptal, Fourcroy, Prony.
- Pour mieux faire connaître son invention il installe une seconde usine, rue- Saint-Dominique-Saint-Germain, hôtel Seiguelay. Il groupait là : laboratoire d’essais, magasin d’exposition, usine de démonstration. Le public vint en foule. Les savants fêtaient Phihppe Lebon, les académies le récompensaient, les journaux célébraient sa découverte ; mais elle fut accueillie du public avec la prévention qui s’attache trop souvent aux idées nouvelles.
- Momentanément désemparé, à demi-ruiné, Lebon se fit donner une eCacession dans la forêt de Rouvray, près Rouen, pour fabriquer du goudron destiné aux chantiers navals de Normandie.
- 1. Amédée Fayol. Philippe Lebon, inventeur du gaz d’éclairage, préface de Jérôme et Jean Thauaud (de l’Académie française) Éditions des Publications techniques, Paris.
- Philippe Lebon (Pli. Jean Roubieu).
- La réputation de Lebon lui valut la visite d’ingénieurs anglais, allemands, venus pour étudier ses méthodes. 11 reçut aussi des princes russes qui lui demandaient de transporter en Russie son invention, et il fixerait lui-même ses conditions. Il refusa. Français, il estimait que sa découverte appartenait à la France, il n’en pouvait disposer.
- Une fois encore il partit et s’installa à Marly, où il établit une usine à gaz pour y récupérer l’acide pyroligneux. Là, Philippe Lebon devait réaliser un très grand progrès ; le gaz qui se dégageait de la distillaticm du bois servait à chauffer' les cornues de carbonisation. Ce moment marquait un sommet de sa carrière.
- Ingénieur en Chef des Ponts et Chaussées, Lebon fut invité aux fêtes du couronnement de l’Empereur. Il était appelé à organiser un brillant éclairage, des illuminations au gaz.
- Au soir du 2 décembre 1804, au sortir d’un dîner de promotion, il traversait, seul, à pied, l’avenue des Champs-Elysées, déserte alors. Que se passa-t-il ? Mystère. Ce que l’on sait seulement, c’est que, le lendemain matin, des passants relevèrent le corps d’un homme percé de treize coups de couteau. Transporté mourant, rue de Harhiy, il expira sans avoir repris connaissance.
- Sa veuve continua l’œuvre entreprise. Elle créa, à son tour, une nouvelle usine à gaz en 1811. Cette femme courageuse se révéla chimiste, ingénieur., industrielle, propagandiste infatigable.
- Philippe Lebon, Madame Lebon, voilà deux grands exemples bien français d’énergie, de ténacité, de noble désintéressement.
- Amédée Faïol.
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- L'iceberg porte-avions
- L’amirauté britannique révèle successivement ses grands secrets de guerre ; celui qu’elle vient de dévoiler est, sans conteste, le plus fantastique de la série : brièvement exposé, il s’agit d’un porte-avions de 2 000 000 t, construit de glace, long de près de '700 m, d’un déplacement 87 fois supérieur à celui de 1 ’lndefati-gable, le plus grand porte-avions en existence, et capable d’offrir des hangars à 200 Spitfires ou à 100 Mosquitos. Ce devait être le prototype d’aérodromes flottants qui auraient appuyé le débarquement des troupes alliées en Europe et lutté contre les sous-marins ennemis.
- Le projet fut présenté en septembre 1942 par M. Geoffrey Pyke. Les experts officiels l’accueillirent avec hilarité. Loin de perdre courage, l’inventeur s’adressa directement à M. Winston Churchill qui, lui, s’enthousiasma tout de suite :
- — « J’attache la plus haute importance à l’étude de cette idée, déclara-t-il. Les avantages d’une ou de plusieurs îles flottantes, quand elles ne serviraient que de dépôts d’essence pour les aéroplanes, sautent tellement aux yeux que ce projet ne saurait souffrir de discussion en ce moment, Il n’y aurait aucune difficulté à trouver une place à ces tremplins dans les plans de guerre que nous avons en considération.
- « L’idée ne peut être réalisée que si nous abandonnons presque toute la tâche à la nature, sans employer d’autres matières premières que l’eau de mer et les basses températures. Elle avorterait, s’il nous fallait transporter en région arctique un grand nombre d’ouvriers et de lourdes cargaisons de ciment et d’acier ». (Propos rapportés par le correspondant naval du Daily Mail).
- Ainsi naquit, sur l’intervention du Premier Ministre, le Hab-bakuk, nom forgé pour le mystérieux engin. Une commission d’études, comprenant des experts de l’Amirauté, fut constituée aussitôt : elle s’adjoignit des savants et des ingénieurs* Le„,prQ.-—, blême se présentait sous différents angles, l’inventeur proposant non seulement de creuser des hangars dans la masse de l’iceberg et d’établir une piste d’envol sur son « pont », mais encore de l’armer de canons qui repousseraient les attaques aériennes et de le pourvoir de machines qui lui permettraient de se déplacer à vitesse très réduite.
- Expériences au Canada.
- La commission se rendit compte que des essais sur grande échelle devaient être entrepris avant la mise en chantier du prototype et le Dominion fut chargé de ce soin. Le gouvernement canadien confia la direction des travaux au docteur C. J. Macken-sie, Président du Conseil national de Recherches. Pour la composition de la matière structurale, le choix s’arrêta sur un mélange de 86 pour 100 de glace et de 14 pour 100 de pulpe de bois, mélange qui reçut le nom de pykrete. La pâte de glace et de pulpe était roulée et pressée jusqu’à ce qu’elle atteignît une épaisseur uniforme de près de 10 cm. En cet état, on la soumettait par soufflage à de l’air froid.
- Le modèle réduit du Habbalcuk fut construit, au cours de l’hiver 1942-1943, à Patricia, sur le lac Jaspar (si nos souvenirs de voyage sont exacts, cette localité se trouve sur les pentes orientales des Rocheuses Canadiennes). Quinze ouvriers spécialistes y travaillèrent pendant deux mois. Les mesures de l’esquif étaient de 20 m de long, 10 de large, 7 de hauteur ; il pesait après achèvement un millier de tonnes. La construction se fit à l'aide d’une forme de bois bâtie sur la glace du lac.
- Des machines à réfrigérer furent installées-dans la soute centrale ; leur mission consistait à faire circuler de l’air froid dans la masse de glace au moyen d’une tuyauterie en tôle d’acier. Il importait de déterminer si l’engin résisterait à l’action d’une
- température tiède. Les observations furent concluantes' : en août 1942, le système de réfrigération avait fait ses preuves.
- On pouvait dès lors mettre en train la construction du colossal prototype et prévoir qu’il serait mis en service pendant l’hiver 1943-1944. La quantité de pykrete utilisée serait de 1 700 000 t, divisées en blocs de 13 m d’épaisseur, capables de braver les attaques aériennes comme les sous-marins. Des logements étaient prévus pour 4 590 officiers et soldats dans un compartiment long de 100 m et large de 70. Des moteurs électriques étaient installés dans différentes soutes ; des générateurs Diesel les actionnaient. On calculait qu’une consommation quotidienne de 120 t fournirait une vitesse de 7 nœuds. Emportant dans ses réservoirs 5 000 t de combustible liquide, le Habbakuk avait de quoi parcourir 7 000 milles marins. Le coût total de la construction devait s’élever à près de 10 millions de livres sterling.
- Plans et dessins étaient parachevés, quand se produisirent les victoires alliées dans les régions méditerranéennes. En juin 1943, les chefs d’états-majors décidèrent qu’ils n’avaient plus besoin de tremplins d’aviation dans l’Atlantique et qu’ils ne voyaient pas quels services l’iceberg porte-avions pourrait rendre avant et pendant les opérations de Normandie.
- Et ce fut l’arrêt de mort de cette remarquable invention ; elle ne succomba ni à des difficultés techniques, ni à des considérations financières, mais simplement à ce fait qu’elle avait été conçue un an trop tard. Nous nous permettons de penser que son destin n’est pas révolu et qu’elle pourra recevoir des applications industrielles. Victor Forbin.
- La guerre et l'archéologie.
- Si les bombardements ont endommagé des monuments célèbres, on leur doit, par contre, des découvertes du plus haut intérêt, constate, dans une conférence, le docteur David Robinson, professeur d’archéologie à l’Université John Hopkins. Il cite plusieurs cas remarquables.
- En Italie, à Pæstum, dans la région de Salerne, des soldats américains qui creusaient hâtivement des abris tombèrent dans une cavité qui se révéla comme l’entrée d’un cimetière préhistorique ; il remonterait à l’Age de la Pierre Polie, ce qui, d’après le conférencier, lui assignerait 12 000 années d’existence.
- Une bombe tombée à Pompéï infligea quelques dommages à un temple du ve siècle av. J.-C. ; mais elle exposa au jour d’archaïques revêtements de terre cuite et autres pièces architecturales de très grand intérêt.
- Dans le sud-est de la France, des soldats allemands qui creusaient des refuges contre les bombardements aériens trouvèrent accidentellement un village celtico-ligurien où l’on a découvert des statues mutilées représentant des guerriers en armure, ainsi qu’une tête de femme en marbre, d’un art exquis.
- A Aix-en-Provence, près d’une antique piscine, une grêle de bombes a exposé une villa grecque aux colonnes ioniques, ainsi que de précieuses mosaïques.
- Le bombardement de Canterbury est responsable de la découverte d’une ville romaine dont la fondation remonterait à l’an 43 de notre ère.
- En construisant un aérodrome dans une région centrale de l’Angleterre, les Américains dégagèrent un temple celtique aux colonnes de bois ; on pense qu’il daterait du vie siècle de Père ancienne.
- Enfin, le professeur David Robinson signale que, au cours de la guerre, tandis que l’on creusait de nouvelles casemates dans le Roc de Gibraltar, les ouvriers trouvèrent une grotte qui contenait des ossements fossiles. Sur cette première salle s’ouvraient deux réduits où l’on a recueilli de nombreuses armes de silex et des fragments de poterie, datant de l’Age Paléolithique.
- V. F.
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- Récupération entomologiq ue
- Que les Allemands n’ont-ils pas pris pendant leur trop longue occupation de l’Europe !
- La ville de Maestricht possédait une des plus belles et des plus complètes collections entomologiques du monde, réunie par le savant hollandais Erich Wasmann. On y comptait des spécimens fort rares et de toutes tailles, même des plus petits. En 1943, les Allemands l’enlevèrent et la transportèrent dans leur pays, sans qu’on sût où ils l’avaient déposée. L’Allemagne vaincue et occupée, un commandant américain des services de l’Éducation et de l’Informa-
- thèque qui la complète dans les caves obscures et poussiéreuses du Deutsche Zoologische Muséum, installé dans l’Institut agronomique de l’Université de Berlin. Le local étant dans la zone d’oc-
- tion, fort expert en matière scientifique, le major John Bailey, se mit à la recherche du trésor disparu et caché. Après avoir fouillé en vain les musées d’histoire naturelle de Brême, Hambourg, Kiel, Munich, Stuttgart, Augsbourg, Heidelberg, Francfort, Wurzbourg, Darmstadt, il finit par retrouver la précieuse collection et la biblio-
- Fig. A. — Le major John Bailey fait l’inventaire de la collection retrouvée. — B. Des Allemands emballent les pièces précieuses tandis qu’à l’arrière-plan le major Bailey vérifie les trouvailles que lui présente le D1 Hans Bisschof, directeur de l’Institut agronomique de Berlin.
- (Photos des Services américains d’information).
- cupation soviétique, des pourparlers furent engagés et après le major Bailey, des savants russes vinrent reconnaître les boîtes d’insectes et les livres qui, après avoir été soigneusement emballés par une main-d’œuvre allemands, reprirent le chemin de la Hollande et revinrent intacts à leurs légitimes propriétaires.
- CALCUL
- Produit de deux nombres entiers compris entre 10 et 20.
- Soient deux nombres entiers N et N' compris entre 10 et 20.
- On peut écrire :
- N = 1 dizaine + u unités N' = 1 dizaine + u unités
- Donc :
- N. N' = 100 + 10 u + 10 u 4- uu'
- N. N' = 100 + 10 (u + u') +uu
- D’où la règle :
- Au nombre 100 ajouter 10 fois la somme des unités et le produit des unités.
- MENTAL
- Exemple :
- • 18 x 16 = 100 + 140 + 48 = 28S
- Avec un peu d’entraînement, le résultat est instantané. A plus forte raison si u 4- u - 10, le calcul est encore plus simple.. Exemple :
- N = 16 ; N' = 14 Le terme 10 (u 4- u) - 100 N. K = 200 + uu"
- J6 x 14 = 200 + 24 = 224.
- Au nombre 200 on ajoute le produit des unités.
- P. Hue, Dr Sc.
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- Roues d'atterrissage à ailettes.
- Les avions actuels escamotent en vol leur train d’atterrissage qui ne sort qu’au moment de reprendre contact avec le sol. Celui-ci se fait à d’assez grandes vitesses, de l’ordre de 100 à 200 km à l’heure. Aussi le contact avec le sol est-il souvent assez brusque, et d’autant plus que les roues sont alors immobiles et que leurs pneumatiques doivent encaisser et amortir le choc.
- La Revue générale du caoutchouc signale une petite invention très simple que pro-
- pose la société B. F. Goodrich pour remédier à cette difficulté. Les pneumatiques des roues d’atterrissage sont munis de petites ailettes flexibles en caoutchouc qui s’écartent sous l’influence du vent et mettent en rotation les roues pendant les derniers instants de la descente. La rencontre avec le sol se fait ainsi, non plus en un point, mais selon une circonférence sur une ligne de roulement. L’atterrissage est fort adouci et la durée des pneumatiques s’en trouve sensiblement augmentée.
- LES LIVRES NOUVEAUX
- La route des Indes et ses navires, par Jean Poujade. 1 vol. in-8°, 303 p., 89 tir. Payot, Paris, 1946.
- L’auteur, grand navigateur et excellent dessinateur, a eu l’idée d’étudier les bateaux indigènes, non seulement leur voilure et leur gréement, mais, aussi leur coque et leur gouvernail, et à travers une immense diversité il a reconnu des types, des familles. Il dégage un de ces groupes qu’on rencontre de l'Atlantique au Pacifique, sur la route des Indes, après avoir rappelé l’histoire de cette route et les efforts flj.cilj icS jq.,nos, les- Chinois, les Océaniens.
- Histoire géologique du sol français, par
- I.éon BEm-RA.M). Tome II. Le plan architectural et la genèse de nos grandes régions géologiques. 1 vol. in-16, 369 p., 49 fig., 8 pl. Bibliothèque de philosophie scientifique. Flammarion, Paris, 1946.
- Parfaitement à jour, illustré de nombreuses cartes et coupes, cet ouvrage explique la genèse et la structure des principales régions de la France, depuis les plus anciennes : Bretagne, Massif central, Ardennes, Vosges, jusqu'aux plus récentes ^ Bassin parisien, Sud.-Ouest et Sud-Est, et aux chaînes récentes des Alpes et du Jura. Il est particulièrement neuf en ce qui concerne le massif armoricain , et sur l’Aquitaine où l’auteur a suscité et dirigé les recherches de pétrole et dont il donne sa conception personnelle.
- RECHERCHE : cartoscope ou appareil similaire bon état. Écr. : T AVE AU, Président Soi ciété de Géographie, Compïègne (Oise).
- BICYCL. jeune h. en bon état. Michel 1IAAG, Ség. 07-86.
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- Waves, par C. A. Coulson. 3e édition. 1 vol. in-16, 156 p., 29 fig. Oliver and Boyd, Edin-burgh and London, 1944.
- Dans une série de volumes d'enseignement mathématique, fort bien faits, celui-ci a eu un très grand succès. C’est qu'il traite d’une façon simple, claire et élémentaire, le problème du mouvement des vagues qu’on retrouve dans beaucoup de sciences appliquées : aérodynamique, acoustique, hydrodynamique, transmissions électriques, etc. Il ramène ces questions à l’unité et en donne l’analyse en se servant seulement du calcul Teotoi'isl.'
- Formulaire technique du préhistorien, par . Raymond Furon. 1 vol. in-16, 122 p., 45 fig. Collection « Ce qu’il faut savoir en histoire naturelle ». Lechevalier, Paris, 1945.
- Ce guide technique indique tout ce qu’un préhistorien doit savoir de la géologie, de la biogéographie du Quaternaire, de l’archéologie et de l’anthropologie, de la chronologie, des fouilles, de la recherche et de la conservation des collections.
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- Mise au point des produits de condonsaiion urée-formol et analogues, de leurs fabrications et leurs applications industrielles aux in 1 ères-' santés perspectives, d’avenir.
- grand in quarto, 600 fr. Ecr. : La Xature, n° 193.
- ACHÈTERAIS : Duhamel, De la méthode dans les sciences du raisonnement. Tome 1". Ecr. : R1BEYRE, 47, av. de Courpian, Agen.
- A VENDRE : Atlas Champignons France, Suisse, Belgique, de Rolland. Rare. MARCHAND, à Sciez (Ille-Savoie).
- LA NATURE
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- Congrès de l’Association française pour l’avancement des Sciences.
- Le 05e Congrès de l’Association française pour l’avancement des Sciences (28, rue Serpente, Paris,. 6e) se tiendra à Nice, du 9 au l i septembre 1946. , ^
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- SOMMAIRE
- La « Reconstruction » de la houille blanche, por
- P. DEVAUX............................................. 241
- Les Kurdes sortent de l’oubli, par V. FORBIN........... 244
- Les échangeurs d’ions, par L. PERRUCHE................. 246
- Curiosités micrographiques, par R. BROSSARD............ 248
- L’histamine, par le D' G. MOUCHOT...................... 250
- Le roseau de Provence, par J. BOYER.................... 251
- Le pain à la chaux .................................... 252
- Les méfaits de la mangouste, par R. L.................. 253
- Le ciel en septembre 1946, par L. RU D AUX............. 256
- LA " RECONSTRUCTION
- //
- DE LA HOUILLE BLANCHE
- Fig. 1. — Relevage du barrage de Kembs ; état des travaux au 1S janvier 1946.
- N° 3118 15 Août 1946
- Le Numéro 15 francs
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- I
- . - LES USINES DÉTRUITES
- ruellejient retardé par les événements, le programme d’électrification de la France prend actuellement un nouvel essor. Quatre grandes usines hydro-électriques sont à l’ordre
- Actuellement, on remet progressivement en service quatre machines, une cinquième machine devant être mise en marche ultérieurement. Quant à la sixième machine, qui doit compléter la travée disponible, elle est actuellement en cours de montage et tournera vraisemblablement avant la fin de l’année.
- Fig. 2. — Destruction des vannes du barrage de Kembs, sur le Rhin.
- du jour : Kembs et La Bissorte, centrales détruites qui reprennent leur service, et deux centrales nouvelles, l'Aigle sur la Dordogne et Saint-Etienne Cantates sur la Cère, conçues suivant une technique très hardie.
- Les destructions de Kembs.
- L’importante usine de Kembs, sur le Rhin, est un exemple classique de centrale à grand débit et à faible chute. La construction du barrage, qui est établi en travers du Rhin au voisinage de la frontière suisse, a relevé le niveau de 7 m et a nécessité des accords internationaux. Le barrage est constitué par un seuil fixe comportant cinq piles en béton armé qui partagent la largeur du fleuve en cinq travées de 3o m, fermées au moyen de deux vannes roulantes Stoney superposées. Sur la rive gauche du Rhin, est creusé le canal d’amenéc, long de G km, large de 80 m à la base et de i5o m au plan d’eau, avec une profondeur de 12 m et une vitesse d’eau de o m 70 par seconde, seulement.
- L’usine comporte six groupes turbo-alternateurs à axe vertical et turbine hélice suspendue type Kaplan, de 33 000 ch. Chaque turbine absorbe le débit énorme de 187,5 m3 par seconde à la vitesse de g3,7 tours par minute; l’ouverture des distributeurs d’eau est commandée par des servo-moteurs à huile. Le canal de fuite de l’usine décharge actuellement dans le Rhin. Il alimentera ultérieurement le « grand canal d’Alsace » aboutissant à Strasbourg.
- Le i5 juin 19/10, sur ordre des autorités françaises, les organes vitaux des machines furent détruits par des charges d’explosif ; on fit sauter en particulier, d’un seul côté, les énormes étriers d’acier qui supportent les paliers des rotors d’alternateurs.... La destruction fut trop complète, des charges excessives ayant entraîné l’anéantissement du bâtiment.
- Durant l’occupation, les machines furent remises en état par les constructeurs français, avec du personnel alsacien; le barrage et les installations du canal furent réparés par des entrepreneurs allemands. L’usine tourna de nouveau en 1942.
- En décembre 1944, les Allemands se retranchèrent dans l’usine qui fut libérée par la première armée française. Quelques obus français atteignirent les petites installations, ainsi que l’une des machines.
- La résurrection de La Bissorte.
- La centrale de La Bissorte, fonctionnant sous 1 062 m de dénivellation, représente un des records des usines de haute chute; elle est dépassée en France par la chute du Portillon, dans les Pyrénées, avec 1 4i3 m de dénivellation, et en Suisse, par la chute de la Dixence, dans le Valais, qui atteint le chiffre formidable de 1 764 m, record du monde.
- Le torrent de La Bissorte débouche à la cote de 1 081 m, au fond d’une cuvette creusée par l’érosion glaciaire et fermée par un verrou rocheux. Ce verrou, sur lequel est construit le barrage, se trouve à moins de 2 km 000, en distance horizontale, de la vallée de l’Arche, qui coule 1 i5o m plus bas, à La Praz. Le barrage crée une retenue de 4o millions de mètres cubes, représentant, avec une dénivellation totale de x i5o m, une énergie potentielle de 100 millions de kWh.
- Cette situation unique en France a été mise en valeur en ig3i, date à laquelle ont commencé les travaux, car il faut bien dire que la situation du barrage à plus de 2 000 m d’altitude, la
- Fig. 3. — État de la salle des machines de Kembs après la destruction par les Français, en 1940.
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- nécessité d’établir une conduite forcée d’un débit de 7,5 m3 par seconde, soumise à une pression statique de ii5 kg par centimètre carré — sans compter la surpression due aux coups de bélier — posaient à cette époque des problèmes entièrement nou-veaux qu’il eût été difficile de résoudre plus tôt.
- Le barrage est du type à gravité, avec 55o m de longueur en crête, 67 m de hauteur au-dessus des fondations, et 77 pour 100 de « fruit » au parement aval. La prise d’eau débouche dans le fond du lac sous un éperon rocheux; la galerie d’amenée, longue de 1 3oo m, contient une conduite en tôle soudée et rivée de 1,80 m de diamètre, amenant l’eau au pied d’une cheminée d’équilibre souterraine de 72 m de hauteur. La conduite forcée proprement dite plonge littéralement de la cote 2 000 m à la cote 988 m; toute la partie inférieure est construite suivant le principe d'auto-frettage, système Ferrand, et a été essayée à la pression de 266 kg par centimètre carré.
- La centrale abrite trois groupes, composés chacun d’une turbine Pelton à une seule roue et un seul injecteur, développant une puissance de 4o 000 ch à 600 tours par minute, accouplée avec un alternateur d’une puissance de 27 5oo kW à la tension de 10 4oo V.
- Le rôle de l’usine de La Bissorte est triple : fournir l’énergie d’hiver aux usines électro-métallurgiques de la vallée de la Maurienne, régulariser le débit de l’Arc par l’apport de 4o millions de mètres cubes d’eau d’été en hiver, enfin jouer le rôle de centrale de pointe, sa puissance pouvant passer en quelques minutes de o à 75 000 kW.
- Le 7 septembre 1944, les Allemands firent sauter l’usine de La Bissorte au moyen de charges de mélinite placées entre la turbine et l’alternateur de chaque groupe; ils firent également sauter une aile du bâtiment du tableau et la conduite forcée. Le transformateur à trois enroulements fut endommagé quelques jours plus tard par un obus.
- De la Centrale, il ne restait que des décombres : bâtiments décapités, couvertures pulvérisées, charpentes tordues gisant sur le sol ou coiffant les machines, piliers du pont roulant cisaillés et déplacés, une aile du bâtiment effondrée jusque dans le sous-sol. Les alternateurs étaient dans un triste état : les arbres de 45 cm étaient fissurés, les carcasses déformées, les paliers détruits, les bobinages déchiquetés.
- Les travaux, menés avec une énergie admirable, sont aujourd’hui pratiquement terminés. Après nettoyage du carreau de la
- \\Conduite forcée ,
- \\ |
- } s Cheminée £
- X^dëquilibre J/ Conduite ss/
- 'aamenée en galerie/
- ‘Prise d’eau
- 'Lac de retenue 2082.00
- ,Galerie d’amenée
- Fh'sedéau
- Fontaine froit FHsed’éau
- Schéma hydrologique de l’usine de La Bissorte.
- Centrale, les poutrelles constituant le chemin de roulement du pont furent descellées et remises de niveau; on cala provisoL rement les piliers en maçonnerie, et on les ramena à la verticale au moyen de vérins placés aux quatre angles, en même temps que d’autres vérins, disposés latéralement les déplaçaient dans le sens horizontal. On put voir ce spectacle étonnant : tandis que les piliers et les murs en cours de redressement étaient soutenus par des vérins, le pont roulant de 75 t, qui s’appuyait sur eux, enlevait des pièces de machine d’un poids égal.
- Le a3 juillet 1945, le groupe 1 faisait ses premiers tours; le 3o juillet, il débitait sur le réseau Coo 000 kWh pour sa première journée de marche, c’est-à-dire dix mois et demi après la destruction de la Centrale. Actuellement, La Bissorte a repris sa place intégrale dans le réseau de la production française.
- (.4 suivre).
- Pierre Devaux,
- Ancien Élève de l’École Polytechnique.
- Secrets de guerre.
- Comme nous l’avons déjà noté, l’Amirauté britannique révèle de temps en temps une invention qu’elle utilisa au cours de la guerre. Aujourd’hui c’est le tour d’un appareil qui reçut le nom énigmatique de HF/DF.
- Il permettait d’entendre les sous-marins allemands d’une distance phénoménale : le communiqué officiel parle de « milliers de milles ». Ainsi, tandis que le radar des navires d’escorte découvrait les périscopes ou tous autres objets émergeant de l’eau, et que 1 ’Asdic avait le pouvoir, par le moyen de l’écho, de repérer les objets submergés, le HF/DF captait les signaux diffusés sûr ondes courtes par les sous-marins ennemis.
- Le communiqué ne donne pas de détails techniques sur le procédé, se contentant de dire que c’est un développement de l’appareil dont se servaient les navires de commerce, avant la guerre, et qui leur permettait de contrôler leur direction par la radio.
- Un réseau de postes de HF/DF avait été établi sur les côtes de la Grande-Bretagne. De nombreux experts, installés dans les bâtiments de l’Amirauté, analysaient et comparaient entre elles'
- les auditions enregistrées ; ils arrivaient souvent ainsi à déterminer exactement la position de sous-marins.
- D’autre part, un savant américain, le Dr Roger Wilkinson, chargé de conduire une enquête sur les recherches et travaux menés secrètement dans les laboratoires du Japon, vient de faire à New-York une révélation de nature à émouvoir, rétrospectivement tout au moins, l’opinion publique.
- Il affirme que, lorsque la guerre prit fin, les Japonais allaient mettre au point une machine capable de lancer un « rayon de mort » à une distance d’un kilomètre et demi. Des expériences avaient montré que ce rayon tuait un lapin à une distance de 30 m. Constitué par une émission électrique à très haute fréquence, le rayon faisait éclater les cellules sanguines dans les poumons et provoquait une fatale hémorragie.
- D’après le Dr Roger Wilkinson, les savants japonais cherchaient à obtenir une bande assez large pour concentrer sa puissance sûr de grands groupes d’hommes.
- V. F.
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- LES KURDES SORTENT DE L'OUBLI
- Plus que la première, la seconde guerre mondiale, qui méritait si bien ce qualificatil, démontra péremptoirement l'utilité de la géographie, science que Les Français passent pour ignorer. Des
- Fig. 1. — Femme Kurde à Mossoul.
- événements récents viennent à l’appui de cette hypothèse : où est ce Pays des Kurdes qui jouit soudainement des honneurs de l’actualité ? Et qu’est donc la race qui l’habite ?
- Privé d’unité politique, le territoire des Kurdes est partagé en secteurs très inégaux appartenant à la Turquie, à l’ouest ; à la Syrie et à l’Irak, au sud ; à l’Iran, à l’est ; une bande de médiocre étendue empiète, au nord, sur la Transcaucasie soviétique.
- Le contingent le plus nombreux est celui qui dépend de la Turquie : il compte environ 1 000 000 âmes ; on estime que plus de 800 000 Kurdes vivent en Irak ; la province persane du Kurdistan en compte quelque 500 000 ; le nombre de ceux qui vivent en territoire syrien ne doit pas dépasser 30 000. L’effectif total est donc supérieur à 3 millions.
- La langue, qui fait partie du groupe iranien, comporte de nombreux dialectes qui sont plus ou moins mélangés de termes arabes ou turcs ; le principal est le kourmandji, qui se parle de la région de Mossoul jusqu’à celle d’Erzéroum.
- Les caractères physiques établissent nettement que les Kurdes sont un rameau de la race blanche. D’une taille supérieure à la moyenne (1 m 68), d’une carrure athlétique, ils passeraient pour des Européens, sans le costume qu’ils ont emprunté aux Turcs. Les blonds aux yeux bleus formaient la majorité parmi les milliers de Kurdes que je vis de près sur les champs pétrolifères de l’Irak ; j’eus l’impression que, en leur ensemble, ils évoquaient étrangement nos populations des Flandres. La plupart avaient le teint rosé, le visage s’illuminant de sourires que n’éteignaient pas les plus rudes besognes.
- Les Kurdes se partagent en de nombreuses tribus qui se livrent soit à l’agriculture, soit à l’élevage. Dans ce dernier cas, les familles mènent une existence nomade et vivent sous la tente,
- cherchant sans cesse de nouveaux pâturages pour leurs troupeaux de chevaux, de moutons et de chèvres. La principale industrie des unes comme des autres fut longtemps le pillage à main armée, l’attaque des caravanes et les sanglantes razzias menées en Arménie, leur voisine. L’humeur belliqueuse des Kurdes n’est pas chose du passé, comme en témoigne leur dernier soulèvement, qui date d’avril 1946.
- Descendant de leurs montagnes encore couvertes de neige, trois milliers de Kurdes surprirent les garnisons persanes de quatre petites villes et les anéantirent. Les forces expédiées par Téhéran né réussirent pas à mater le soulèvement qui vise à l’établissement d’une république indépendante, rêve que poursuit depuis des siècles ce peuple indomptable, sans qu’une longue série d’échecs ait ébranlé son amour de la liberté.
- Un peu d'histoire.
- Le passé de la race reste d’autant plus obscur qu’elle no possède pas d’annales écrites, sa littérature se bornant à des contes populaires et à des poésies épiques que se transmettent les chan-téurs. Tout porte à croire qu’elle occupait les massifs montagneux où elle survit depuis la plus haute antiquité, à l’époque où ilorissait en Mésopotamie la civilisation sumérienne. Le premier fait historique que l’on puisse signaler date de l’an 606 av. J.-C., quand un corps de mercenaires kurdes, combattant aux côtés des Perses, prit part au sac de Ninive.
- Les Kurdes atteignirent un grand renom au xne siècle, grâce à la gloire militaire du plus illustre fils de la race : El-Mélik-el-Nasir-Salah-ed-Din-Yousouf, connu dans l’histoire sous l’abréviation de Saladin. Son père était le chef de l’importante tribu des Ravadis dont la ville-capitale, Tékrit, sur la rive droite du Tigre, n’a pas dû changer beaucoup, depuis cette époque lointaine. J’eus l’occasion de la survoler, en me rendant à Bagdad, et lui ai consacré ces quelques lignes dans ma relation :
- « Une petite ville accroche sa masse grise aux pentes de la rive du fleuve ; aucun arbre ne se dresse de l’entassement des maisons de torchis ; nul jardin n’apparaît dans le fouillis des ruelles. Adossée à des monts calcinés, elle n’a d’autre verdure que celle qui tapisse les îlots, en face d’elle.
- La carte me livre son nom... En cette cité naquit le plus grand homme qu’ait produit l’Islam : Saladin, qui modela l’histoire du monde en reprenant la Palestine aux Francs, puis en faisant échouer la Troisième Croisade... Les troubadours arabes chantent encore les exploits de ce soldat de fortune qui régna sur l’Égypte et sur la Syrie, sans savoir ou sans se
- rappeler qu’il Fig. 2. — Kurdes à Mossoul.
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- n’était pas de leur race : Kurde, il appartenait à notre famille d’Indo-Européens... ».
- Ce fut à l’époque de Saladin que des Kurdes s’implantèrent dans les régions syriennes du Mont Hermon et du Djebel Hauran ; ils y perdirent contact avec le gros de la race, abandonnant leur langue maternelle au profit de l’arabe : ce sont les Druses. Ils conservent l’humeur farouche de leurs ancêtres et ne manquent pas une occasion de témoigner de leur esprit belliqueux. On évalue leur nombre à plus de cent mille âmes.
- Dans l’histoire moderne des Kurdes, nous ne relevons qu’un fait important : au xvne siècle, ils secouèrent en masse le joug des Persans et se soumirent à la Turquie.
- Le surplus de leurs annales n’est qu’un fouillis de soulèvements avortés et de guérillas intestines.
- Réussiront-ils jamais à constituer une nation compacte, digne de cette indépendance qu’ils ont toujours rêvée ? Les liens de communauté ne leur manquent pas, avec leur langue et leur religion, un islamisme fort peu orthodoxe où l’on rencontre, comme chez les Druses, la survivance de vieux cultes oubliés. Mais qui fera cesser les dissensions séculaires qui divisent les tribus ? Il y faudrait la poigne et le
- Fig. 3. — Marché de moutons entre Kurdes.
- génie d’un grand homme — et le miracle de Saladin n’est pas de ceux qui se répètent dans l’histoire d’une race.
- Victor Forbin.
- Du magnésium au calcium
- La production du magnésium aux États-Unis n’était en 1939 que de 4 831 t. Cinq ans plus tard, pour répondre aux besoins de guerre, la capacité de production des usines américaines était devenue cinquante fois plus élevée et approchait de 300 000 t.
- Le métal est consommé dans les alliages ultra-légers pour l’aviation, la construction automobile, ferroviaire, les métiers à tisser, l'appareillage de précision, les instruments d’optique, les compteurs, etc....
- Des alliages magnésium-aluminium et métaux connexes se sont révélés plus résistants à la corrosion alcaline que l’aluminium ; ils supportent avantageusement les traitements protecteurs de surface.
- Les techniques de fonderie ont été très perfectionnées et la méthode de soudure à l’hélium a été parfaitement mise au point.
- La pyrotechnie et les bombes incendiaires consommaient pendant la guerre d’énormes quantités de magnésium. Près de 50 pour 100 de la production de l’année 1943 a été consacrée à cet usage.
- On l’utilise en métallurgie comme désoxydant, pour le dégazage et la purification du nickel, de l’argent, du métal Monel, du cuivre, des laitons, des bronzes, etc... également pour la séparation du bismuth et du plomb (procédé Betterton).
- Les produits chimiques et les méthodes de synthèses organiques par la méthode de Grignard en consomment des quantités appréciables.
- Mais ces débouchés doivent devenir insuffisants en temps de paix. Aussi, au mois d’octobre 1944, en pleine guerre, le magnésium devenait libre pour la consommation civile et au 1er janvier 1945,. toujours en pleine guerre, les usines ne travaillaient plus qu’à 17,4 pour 100 de leur capacité. Les stocks de métal s’accumulaient déjà.
- Le Gouvernement américain avait édifié à ses frais treize usines ; actuellement sept sont arrêtées et six en marche réduite. Deux méthodes sont utilisées pour la fabrication du magné-
- sium : l’électrolyse, d’une part et la réduction de la magnésie par le ferrosilicium, d’autre part.
- L’électrolyse fournit des sous-produits intéressants : chlore et hypochlorite, et c’est ainsi le procédé le plus économique. Les usines utilisant la réduction par le ferrosilicium sont, de ce fait, éliminées les premières du circuit de la production. Le procédé consiste à distiller des briquettes de magnésie et de ferrosilicium dans des cornues en acier portées à 1 200 0 G. environ et sous vide de 20 à 30 mm de mercure. Certaines de ces usines sont en voie de transformation en vue de la fabrication de calcium de haute pureté, par un procédé analogue qui serait basé sur les principes suivants :
- On remplace la magnésie par de la chaux. Sous l’action de la chaleur, il se dégage du gaz carbonique et on trouve dans la cornue un produit riche en calcium. Celui-ci est refondu avec des déchets d’aluminium, dans la cornue même, puis soumis à la distillation sous vide, on sépare ainsi du calcium très -pur.
- Le calcium est utilisé en métallurgie comme désoxydant, il absorbe également l’azote, le soufre, le phosphore. Ses usages se développent largement. Il a trouvé des débouchés dans l’industrie pétrolifère.
- A l’état d’hydrure de calcium, il constitue un porteur d’hydrogène intéressant ; il dégage ce gaz par l’action de l’eau à raison d’un mètre cube par kilogramme d’hydrure. Mais il est maintenant concurrencé par l’hydrure de lithium plus léger encore.
- Introduit en petites quantités, il donne de la dureté au plomb et à certains métaux antifriction, Enfin, il est utilisé à la préparation de divers systèmes d’alliages métalliques intermédiaires dans des techniques nouvelles conduisant à l’obtention de métaux en poudre, notamment du chrome, du thorium, de l’uranium, du zirconium, etc..., technique des plus intéressantes pour la métallurgie des poudres qui prend une très grande ampleur.
- L. P.
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- Les échangeurs d'ions
- Les applications industrielles, d'abord limitées, des échangeurs d’ions viennent de prendre une extension considérable. L’échange d’ions est un phénomène réversible qui intervient entre deux corps, l’un à l’état solide, l’autre en solution. Ils échangent leurs bases sans que se manifeste une modification sensible de la structure spatiale du solide.
- La première observation de ce type a été publiée par Way en 1850 dans le Journal of the Royal Agricultural Society. En faisant passer une solution étendue de chlorure de potassium sur de la terre arable, il observa que les ions potassium sont absorbés et remplacés par des quantités équivalentes de calcium et de sodium.
- Depuis cette date, une grande quantité de corps ont été reconnus susceptibles d’échanger leurs ions.
- C'est sur ce phénomène que sont basés les adoucisseurs d’eau à permutite qui débarrassent les eaux dures de leur calcaire. Quand le solide réagissant est saturé de calcium, on le régénère par passage d’eau salée qui expulse les ions calcium et les remplace par des ions sodium. On fait passer rapidement un peu d’eau pour enlever l’excès d’eau salée ; la permutite originaire est régénérée et retrouve sa faculté d’absorber à nouveau les ions calcium. Ceci indéfiniment.
- Lés minéraux naturels qui se sont montrés aptes à jouer le rôle d’échangeurs sont surtout des aluminosilicates alcalins et alcalino-terreax connus sous le nom de zéolites. On en trouve une vingtaine dans la nature.
- La détermination de la structure spatiale de ces silicates, notamment par les diagrammes de rayons X, a permis de donner une théorie complète et cohérente du phénomène.
- Les principaux minéraux naturels de cette série sont les sea-polite, montmorillonite, chabasite, apophyllite, sodalite, etc...
- Industriellement, on emploie surtout les zéolites artificielles ou les permutites synthétiques.
- Les premiers produits commerciaux étaient obtenus par chauffage jusqu’à fusion de mélanges de quartz, argile, et carbonate de sodium. Ils ont été abandonnés par suite de la lenteur do leur action et remplacés par les nouvelles permutites industrielles obtenues par précipitation de solutions de silicate alcalin par un aluminate alcalin, du sulfate d’aluminium ou un mélange do ces deux derniers sels.
- On obtient ainsi les aluminosilicates sous forme d’un gel qui est séparé, lavé, séché, donnant finalement un produit beaucoup plus réactif que les précédents.
- La technique des échangeurs n’est pas limitée aux ions métalliques : les cations. Elle s’applique également aux anions (radicaux acides).
- Dans les adoucisseurs d'eau par les permutites les réactions chimiques s’inscrivent ainsi :
- P — Na2 + (C03H)2Ca = P — Ca + 2 C03HNa
- ou :
- P _ Naa + SCHCa = P — Ca + S04Nas.
- La régénération par l’eau salée se fait selon l’équation :
- P — Ca 4- 2 NaCI = P — Na2' + CaCl2.
- L’excès d’eau salée éliminée, la permutite est régénérée.
- D’autres types de zéolites sont susceptibles d’échanger des anions (sulfurique, chlorhydrique, carbonique, etc...) suivant les réactions :
- SO3 + 2 Ze — OH = Ze — SO4 + H20 HCl + Ze — OH. = Ze — Cl + H20.
- Les échanges sont réversibles et la zéolite peut être régénérée par des acides dilués.
- Il existe d’autres corps échangeurs d’ions que les aluminosilicates qui ont trouvé des emplois dans des cas particuliers. Par exemple, le phosphate de calcium fixe les ions fluor des eaux ; le chloro silicate de baryum peut échanger un ion chlore contre un ion brome. Les borates et stannates basiques ont également trouvé des emplois particuliers.
- Un certain nombre de corps organiques sont également échangeurs d’ions.
- C’est à l’acide humique que les terres arables doivent leurs propriétés d’échanges, lesquelles sont d’autant plus marquées qu’elles sont plus riches en humus.
- Pour la même raison, la tourbe présente les mêmes caractères. Il en est de même des lignites. Ceux-ci, soumis à une oxydation modérée par l’acide nitrique étendu montrent une augmentation sensible de leur faculté d’échange, en particulier pour les cations, par suite de l’augmentation de teneur en acide humique consécutive à ce traitement.
- On prépare également des échangeurs d’ions par l’action de l’acide sulfurique fumant (oléum) sur des charbons bitumineux.
- Les protéines, par suite de leur caractère amphotère peuvent également provoquer des substitutions d’ions. La fixation des colorants acides directement par la laine est une manifestation très nette de cette propriété.
- Le progrès le plus décisif dans la technique des échangeurs d’ions résulte de la découverte du fait que beaucoup de résines synthétiques sont appropriées à ces réactions.
- Les produits de condensation phénols-formol, certaines bakélites disposent dans leur structure de plusieurs ions susceptibles d’échange.
- H
- OH
- I
- C
- H —G
- V
- H H
- \/
- G
- OH
- C G —H
- G G
- w
- H
- H —G G
- V/
- II
- H
- II
- Les résines obtenues avec les dérivés sulfonés des phénols sont plus actives encore, leur capacité d’échange est plus élevée, elles sont stables dans de plus larges limites de pli et leurs utilisations se développent largement.
- On utilise également des résines synthétiques obtenues par condensation du formol avec des tannins, des acides ligninesulfo-niques, de la caséine, etc., et, comme échangeurs de cations, les résines de polystyrol sulfoné, les produits- de condensation formol et amines, etc...
- Ces techniques sont récentes : c’est en 1936 qu’Adams et Holmes ont découvert les propriétés des résines synthétiques formol-phénol, ouvrant ainsi un champ nouveau riche de possibilités. Les applications des échangeurs d’ions ont pris alors un développement extrêmement étendu.
- Le problème de l’approvisionnement en eau potable a trouvé des solutions faciles.
- Les eaux naturelles peuvent être dures ou douces, bonnes ou mauvaises de goût, limpides ou troubles.
- La première question est qu’elles soient potables, mais ce n’est pas le seul point à considérer : une eau dure, calcaire, encrasse les canalisations, les chauffe-bains, les bouilloires, elle cuit mal
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- les légumes ; elle précipite le savon et en exige sans profit une consommation excessive.
- Au lessivage, une eau dure fixe sous forme insoluble les acides gras du savon, laissant, au linge une odeur désagréable, inconvénient qui vient s’ajouter à la perte de savon précipité par le calcaire.
- La AÛlle de MacUson (Wisconsin) a chiffré à 250 000 dollars par année l’économie de savon que l’adoucissement de l’eau procure à ses habitants.
- Cela sans compter d’autres avantages multiples pour les produits pharmaceutiques, les laboratoires de photo et de cinéma, les salons de coiffure, etc...
- Industriellement la déminéralisation des eaux est nécessaire pour l’alimentation des chaudières de machines à vapeur afln d’éviter l'entartrage ; pour les installations d’électrolyse, pour les brasseries, les distilleries, les fabriques de conserves, de produits pharmaceutiques, les teintureries, les traitements des textiles, etc.
- L’industrie chimique fait maintenant appel aux échangeurs d’ions dans des cas très divers.
- On peut ainsi purifier l’aldéhyde formique destiné à la fabrication des matières plastiques et en éliminer l’acide formique. On peut aussi récupérer l’acide tartrique des lies de vin.
- La fabrication de la rayonne par le procédé cupro-ammoniacal récupère par échange d’ions les petites quantités de cuivre des eaux de lavage.
- On a démontré que l’on pouvait extraire de leurs solutions étendues le chrome, l’or, le platine, le palladium, le molybdène, le vanadium, etc...
- L’industrie des produits pharmaceutiques y fait appel pour l’extraction et la séparation de toute une série de produits.
- Privés de quinine par l’occupation japonaise des Indes Néerlandaises, les États-Unis ont traité les cinchonas d’Amérique du
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- Sud dont l’écorce est bien moins riche en quinine et alcaloïdes annexes. Des échangeurs d’ions ont fait le travail d’extraction dans des installations mobiles opérant dans la forêt même. Les alcaloïdes totaux obtenus étaient séparés ensuite dans des usines spécialisées.
- Il a été démontré que ces techniques permettaient l’extraction des vitamines, par exemple la thiamine (vitamine B,), la riboflavine ou lactoflavine (vitamine B-). On peut également séparer la scopolamine, et appliquer la même technique aux aminoacides, à l’arginine, à rhistidine, etc.
- Les industries alimentaires en ont aussi tiré beaucoup d’applications : le traitement de la pectine permet d’en éliminer les impuretés et de parvenir à un produit de. haute qualité ; l’élimination des ions calcium du lait augmente sa digestibilité par les nourrissons ; les jus de fruits peuvent être épurés par élimination d’impuretés ou de composants dont l’extraction améliore la valeur gustative, l’acide malique du jus de pomme par exemple. On élimine ainsi en toute sûreté les ions métalliques toxiques pouvant exister comme résidus de traitements insecticides ou fongicides : cuivre, plomb, arsenic. Une application du même ordre sépare les impuretés organiques et minérales des jus de fabrication des sucres de canne et de betteraves. Des essais sont en cours aux Antilles et leurs promoteurs estiment qu’ils pourront augmenter ainsi de 7 à 10 livres par tonne la récupération du sucre de canne.
- Les quelques exemples énumérés ci-dessus donnent une idée de l’ampleur des applications possibles des applications possibles des échangeurs d’ions.
- Ce développement stupéfiant a été tiré par la chimie moderne de l’anodine observation faite sur les sols par Way il n’y a pas encore cent ans.
- Lucien Perruche,
- Docteur de l’Université de Paris.
- Rouleau compresseur de fortune
- M. Mandin, entrepreneur de battages et conseiller municipal à Saint-Amant-de-Boixe, petit chef-lieu de canton charentais, a eu l’initiative de construire un rouleau compresseur destiné à l’entretien des rues et des 72 km de chemins ruraux de sa commune.
- Comme le montre la photographie, le constructeur a utilisé un vieux tracteur agricole Mac-Cormick, type « Titan » à transmission par chaînes dont la valeur en 1939 ne dépassait guère 1 090 francs. Ses deux cy-lindrés horizontaux de 105 mm d’alésage et de 210 mm de course développent environ 20 ch à son régime de 500 tours-minute pour une consommation de 6 à 7 1 de gas-oil à l’heure.
- Les roues arrière du tracteur de 140 cm de diamètre ont seules été retenues mais la largeur de la jante a été portée à 31 cm par l’adjonction d’un bandage enveloppant rivé pro-Aumant- d’un tracteur Emerson.
- Les rayons ont servi d’armature de ciment Portland après qu’un eut été ménagé.
- Le rouleau avant de 80 cm de diamètre et de 102 cm de largeur est formé de trois anciennes roues de camion pour bandages jume-
- à un béton de sable siliceux et tube de graissage du moyeu y
- lés placées côte à côte sur un axe commun. La direction à vis sans fin du tracteur primitif commande avec une démultiplication suffisante le rouleau grâce à un axe tranversal portant à ses extrémités deux poulies sur lesquelles s’enroulent des câbles d’acier inversés.
- Le poids total est de 6 t dont 4 t pour les roues arrière, ce qui fournit une pression au sol d’environ 70 kg par centimètre carré. La première AÛtesse et la marche arrière sont seules utilisées, la vitesse étant de 1,5 km à l’heure.
- Tous les organes d’addition (poutrelles, poulies, tôles, etc.) ont une origine hétéroclite, le constructeur ayant prospecté dans les stocks des marchands de ferraille.
- L’établissement de cet engin, homologué par l’Administration des Ponts et Chaussées, a nécessité environ deux mois de travail discontinu, compte tenu des tâtonnements inévitables et de la difficulté d’emploi de matériaux de fortune.
- A l’heure actuelle, plusieurs kilomètres de voies présentant par endroits des rampes de 15 pour 100 ont été macadamisées.
- P. Caget.
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- Curiosités micrographiques
- Délaissant aujourd’hui toute considération technique micrographique, nous convions le lecteur à une promenade au pays de la fantaisie et du rêve. En même temps qu’elle pourra procurer une utile diversion, cette petite récréation scientifique prouvera, comme nous avons déjà essayé de le faire il y a plusieurs années (*), que le microscope, ce merveilleux instrument d’investigation, permet à ceux qui l’utilisent, des observations fort originales dans le vaste domaine de l’infiniment petit. Les photographies qui illustrent le présent article ont été prises par nous-même, sans artifice d’aucune sorte, et les sujets reproduits sont tels qu’ils se sont présentés sous l’objectif du microscope.
- Une grille mystérieuse. — A première vue, la grille représentée par la figure 1, a bien l’aspect d’une clôture, qui serait soudainement illuminée par quelque phare d’auto, tandis que le fond resterait plongé dans une obscurité mystérieuse. La réalité est bien différente. Cette photographie montre simplement une très petite portion d’un disque de phonographe, grossi à 40 diamètres, les singuliers barreaux n’étant autre que les sillons tracés dans la cire noire. En outre de leur largeur appréciable, révélée par le grossissement, on peut distinguer les légères fluctuations de leur tracé, causées par les phénomènes acoustiques. Le fragment ainsi observé étant fort exigu, les sillons parallèles semblent rectilignes et non courbes, comme sur le disque.
- Paysage lunaire. — Si l’on dirige un puissant télescope vers la lune à son premier quartier, on observe dans la région montagneuse éclairée en oblique par le soleil, un panorama de cratères assez semblable à celui représenté par la figure 2. Mais ce dernier n’est qu’une” illusion, car il ne s’agit ici que d’un fragment de lichen très commun sur l’écorce des arbres (Parmelia acetabulum). Ce que l’on peut, sur notre photographie, prendre pour des cratères, est un ensemble de fructifications de ce végétal, grossi à 16 diamètres.
- Voie lactée. — Braquant une lunette astronomique assez puissante vers la voie lactée, qui.s’étend au zénith par les belles nuits estivales, nous apercevons une multitude d’étoiles. La blancheur de la voie lactée se décompose en myriades de soleils. Le sujet de la figure 3 représente très bien un fragment minuscule de cette partie du ciel, vue au télescope. Mais ici les extrêmes se touchent, et l’infiniment grand rejoint l’infiniment petit. Notre photographie n’est composée que de soleils particulièrement infimes, puisque ce sont seulement de menus cristaux de scuroforme, assemblés en nombre immense et de telle sorte qu’ils figurent fort bien, en lumière polarisée (gross. 16) un aspect de la voie lactée.
- Inscriptions cunéiformes. — Notre sujet n° 4 présente d’une façon remarquable, en lignes assez régulières, une inscription hiéroglyphique, formée de caractères nettement cunéiformes. Quel est donc ce texte mystérieux ? A quel âge remonte-t-il ? A quel endroit a-t-il été composé P Ne cherchez pas, ami lecteur et n’essayez pas de le déchiffrer. Ce que vous voyez là est un petit ensem-
- 1. La Nature, n* 2964, 1er novembre 1935, p. 395.
- ble de curieux cristaux de salol, grossis à 120 diamètres et photographiés en lumière polarisée.
- Groupe de stalactites. —- La figure 5 offre un aspect de ce que l’on peut voir dans certaines cavernes très calcaires, où s’amassent de superbes stalactites et stalagmites. Quelques cristaux d’arséniate de soude se sont ramifiés d’une façon curieuse sur notre préparation microscopique et nous donnent l’illusion des dépôts spéléologiques si recherchés et admirés par tous les amateurs de curiosités souterraines (gross. 120).
- Plantes étranges. — Notre figure 6 présente un petit alignement de curieux végétaux. On peut rencontrer dans les bois ou au bord des cours d’eau de jeunes pousses de Monotropa ou de Petasites qui, sortant du sol, affectent cette forme. Les mystères de la cristallisation du véronal ont assemblé ici, pour nos yeux étonnés, ces jolies productions. Les cristaux terminaux, situés à la périphérie d’une cristallisation obtenue avec une pincée infime de ce produit dans une goutte d’alcool ressemblent bien à des sortes de gros bourgeons écailleux, à des jeunes plantes, ou encore à certains champignons avant leur épanouissement (gross. 40).
- Marguerites. — La figure 7 montre un ensemble de jolies marguerites dont on distingue nettement l’amas des fleurs tubulaires centrales et les fleurs en languette du pourtour. Il est surprenant que l’association des cristaux de saccharine ait ainsi abouti à des formes fleuries aussi élégantes. Quelle est donc cette admirable loi géométrique, si variée dans ses effets, qui préside à la formation des cristallisations ? (gross. 40).
- Corail. — Voici un autre sujet fort intéressant. Ne voyons-nous pas ici un coin du sol sous-marin ou d’un aquarium de musée océanographique (fig. 8). Un beau polypier, qui figure nettement sur cette vue curieuse, nous en donne l’impression. Mais non, ce petit tableau est simplement un des aspects variés offerts par une cristallisation de chlorhydrate de benzidine, obtenue dans une goutte d’éther (gross. 40).
- Nids minuscules. — Voici trois charmants nids curieusement associés. Aucun oiseau ne les habite. Aucun œuf ne s’y trouve déposé. Nids abandonnés sans doute ? Non pas, car nous avons sous les yeux trois petites galles de la feuille du chêne, produits de la piqûre d’un hyménoptère : le Neuroterus numismatis. On trouve fréquemment ces jolies productions cécidologiques sur les chênes et ces galles minuscules, parfois très, nombreuses sur la même feuille, ressemblent bien à une foule de petits nids. Elles sont d’une finesse remarquable et fort intéressantes à observer au microscope (gross. 16) (fig. 9).
- Sapins chargés de ' neige. — Notre figure 10 représente un tableau bien suggestif. On distingue un groupe de sapins chargés de neige épaisse, agrémentant un chaos montagneux, tel qu’on en rencontre en haute altitude. Cette photographie surprenante par l’illusion provoquée est un remarquable assemblage de cristaux de pyrocatéchine, dont certains ont pris l’aspect des robus-
- Fig. 1. — Une grille mystérieuse. — 2. Paysage lunaire. — 3. Voie lactée. — 4. Inscriptions cunéiformes. — 5. Groupe de stalactites. — 6. Plantes étranges. — 7. Marguerites. — 8. Corail. — 9. Nids minuscules. — 10. Sapins chargés de neige. — 11. Oiseaux de rêve-
- — 12. Vase fleuri.
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- tes conifères de nos montagnes. A la lumière polarisée, ces cristaux ont apparu sous une teinte d’un blanc éblouissant, donnant une note très réaliste à l’ensemble (gross. 120).
- Oiseaux de rêve. — Ne voyons-nous pas là trois superbes oiseaux exotiques, échappés d’une volière où voisinent paradisiers et colibris. Ces merveilleux êtres ailés semblent tourner l’un autour de l’autre en un vol des plus gracieux. Ce charmant tableau, si bien rendu par la photographie, n’est que le produit très curieux, de quelques cristaux de saccharose, que le hasard a réunis d’une façon si remarquable (fig. 11). A la lumière polarisée, avec l’adjonction d’une lame de gypse ou d’une feuille de cellophane, des teintes de toute beauté colorent ces cristaux gross. 120).
- Vase fleuri. — Et voici le bouquet, si l’on peut dire, de cette petite présentation de curieux sujets micrographiques. Nous avons
- été fort saisi d’apercevoir un jour, dans le champ de notre microscope, en examinant une cristallisation de carbonate de gaïacol, ce surprenant sujet. Comment les hasards qui président à l’assemblage des cristaux ont-ils abouti à former ce gracieux tableau ? Mystère ! En admirant ce vase fleuri en lumière polarisée, avec teinte sensible sous la préparation, nous avons eu jusqu’à l’illusion d’un vrai bouquet de fleurs multicolores (fig. 12) (gross. 120).
- La plupart des curiosités qui précèdent proviennent de cristallisations, toujours fertiles en formes imprévues. Nous en recommandons vivement l’observation. A la vue de tant de beautés, l’esprit se distraira quelque peu des laideurs d’ici bas. Et dans tous les domaines de la micrographie, on pourra découvrir des choses aussi étonnantes que celles que nous venons de présenter.
- Bfvé Brossaru,
- Membre de la Société française de Microscopie.
- L'histamine
- L'asthme et l'histamine.
- Tour le monde a entendu parler de l’asthme, et ceux qui ont été témoins d’une crise et vu le malade respirer avec peine, les yeux saillants, indifférent à ce qui l’entoure et occupé uniquement à respirer comprennent le martyre des malheureux condamnés à subir de telles crises pendant des années.
- Le vulgaire rhume des foins est à peine moins pénible. Pris soudainement d’éternuements, le nez bouché, les yeux pleurants, la figure perpétuellement dans un mouchoir dont il mouille 10 à 12 en une heure, le malade ne trouve pas que le rhume des foins soit une maladie bénigne.
- Il y a longtemps que l’asthme est connu, mais sa cause jusqu’à ces dernières années était des plus obscures et il n’y a pas si longtemps que l’oh parlait de névrose, sans savoir très exactement ce qu’on voulait dire par là.
- Les découvertes modernes accusent l’histamine. C’est un corps qui existe normalement dans l’organisme, qui est connu depuis longtemps et qui avait semblé des plus innocents.
- Or on s’est aperçu assez récemment que le sang renfermait des quantités anormalement élevées d’histamine après une crise d’asthme.
- Il ne faudrait pas conclure de là que le problème de l’asthme est entièrement résolu, car bien des choses restent à expliquer. Pourquoi tel malade fait-il une crise de rhume des foins et voit-il le taux d’histamine augmenter dans son sang quand il respire le pollen de certaines graminées ? Pourquoi tel autre sujet fera-t-il une crise d’asthme typique quand il percevra telle odeur à laquelle il est sensibilisé ?
- Néanmoins le fait que la quantité d’histamine présente dans l’organisme est plus élevée que normalement est un point d’une importance capitale. Si on pouvait empêcher sa production ou la détruire, s’est-on dit, peut-être guérirait-on l’asthme.
- Traitement antihistaminique.
- C’est bien en effet ce qui semble se passer. Les chimistes ont mis au point des produits de synthèse qui sont des antihistaminiques.
- Chose curieuse, leur emploi et les recherches subséquentes ont montré que l’asthme n’était pas la seule affection causée par
- l'histamine. L’urticaire, la migraine, les accidents anaphylactiques et bien d’autres semblent devoir relever' d’un traitement antihistaminique.
- Depuis longtemps, les médecins pensaient qu’il y avait une certaine parenté entre ces affections mais ce n’était là qu’une impression. La présence d’histamine à un taux anormalement élevé et l’amélioration par un traitement antihistaminique sont venus confirmer qu’il y avait une base commune à ces maladies diverses.
- Autres accidents causés par l'histamine.
- Mais l’histamine est responsable d’autres accidents encore. Un blessé a un membre broyé, on met un garrot pour éviter l’hémorragie. Quelques heures après, on retire le garrot, le blessé perd aussitôt connaissance. Bien des explications de ce phénomène de shock ont été données. Il semble que les tissus broyés donnent naissance à d’assez grandes quantités d’histamine qui sont déversées dans la circulation quand le garrot est retiré.
- De même, on a vu au cours de bombardements des personnes enterrées sous les débris, ne présenter que des contusions superficielles et mourir néanmoins quelques heures après. Les tissus traumatisés avaient, là encore, produit des quantités importantes d’histamine.
- On est encore loin de pouvoir délimiter a\nc précision le rôle de l’histamine. Son action est certaine dans quelques maladies comme l’asthme, l’urticaire, le rhume des foins, vraisemblable clans d’autres.
- Les remèdes.
- Par ailleurs, les médicaments antihistaminiques que les chimistes mettent à notre disposition sont encore à la période d'essai, mais on peut légitimement espérer pouvoir sous peu améliorer beaucoup, sinon guérir complètement, des maladies contre lesquelles jusqu’ici on pouA-ait peu de choses. Il n’est même pas impossible que l'on parvienne un jour à trouver un remède contre une affection qui nous frappe tous chaque année : le vulgaire rhume de cerveau qui serait peut-être lui aussi — si l’on en croit certains — en rapport a\rec un excès d’histamine. Mais sur ce sujet, il convient d’être assez sceptique.
- Dr Gabriel Mouchot.
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- LE ROSEAU DE PROVENCE
- Si les lourdes gaules, qui permettent aux amateurs la capture de gros poissons, sont confectionnées avec les robustes tiges de Bambous exotiques ne risquant pas de se briser sous l’énergique défense d’un Saumon ou d’un Brochet, d’une Truite ou d’une Carpe les cannes, destinées à la pêche du menu fretin (Goujons, Ablettes, Gardons, etc...) peuplant les rivières et les étangs, se fabriquent avec le fragile Roseau de Provence (Arundo donax L.). Cette graminée, très commune dans toute la région méditerranéenne, principalement dans les départements du Yar et des Bouches-du-Rhône, fait aujourd’hui prime sur le marché mondial car elle a trouvé un débouché encore plus intéressant : les fabricants de saxophones, hautbois, clarinettes, bassons et cornemuses en réclament pour réaliser les anches de ces instruments à vent.
- On a essayé de cultiver l’Arundo donax dans d’autres contrées de l’Ancien et du Nouveau Monde, mais c’est seulement en Provence que le réseau développe à l’intérieur de ses hampes vernissées la substance dure et fibreuse que les spécialistes débiteront ensuite en fines lamelles capables de donner des notes au timbre harmonieux. Divers techniciens des États-Unis ont cherché à fabriquer des anches, soit en bois très durs comme l’acajou, l’ébène, le teck ou le buis, soit en matières plastiques telles que l’ébonite ou le celluloïd, mais ces succédanés ne possèdent
- Fig-. 2. — La manœuvre du racloir ou rifloir.
- pas une bonne sonorité. La France continue d’être le grand producteur et en 1945, nous avons encore exporté plus de 20 millions d’anches à l’étranger.
- Les variétés de Roseau de Provence les plus estimées en l’occurrence viennent des environs de Fréjus. Ses longues tiges, de la grosseur du doigt, entrecoupées de nœuds, garnies jusqu’à leur sommet de feuilles engainantes, vert glauque et toutes rangées d’un seul côté, atteignent normalement de 3 à 5 m de hauteur. Cet arbuste aime les sols sablonneux frais ou humides, voisinant
- Fig. 1. — Récolte des roseaux de Provence dans un marais des Bouches-du-Rhône.
- avec les peupliers et les saules ; mais il prospère également dans les terrains secs et rocailleux où il pousse pour ainsi dire sans culture. Au cours de sa végétation, on procède seulement à quelques binages et sarclages. Dans le midi de la France, on coupe les Roseaux eu janvier-février et on les met par paquets, qu’on dresse en plein air contre un mur. On les abandonne ainsi jusqu'au milieu de l’été. Une fois les tiges bien sèches, on les débarrasse des débris de feuilles et des gaines au moyen du « racloir », appelé aussi « rifloir » (fig. 2). Cette sorte de grattoir est formée de lames qui laissent, entre leurs extrémités tranchantes une ouverture par laquelle l’ouvrier introduit le petit bout de la branche, le long de laquelle il fait glisser l’instrument afin d’effeuiller cette dernière. Il tranche ensuite au sécateur la partie terminale des gaules prêtes alors à devenir des cannes à pêche, ou à être sectionnées en anches vibrantes d’une sonorité inégalée pour les instruments à vent.
- Jacques Boyer.
- Les expériences de Bikini.
- Les expériences de bombes atomiques organisées par le Gouvernement américain dans l’atoll de Bikini, se poursuivent suivant le programme tracé : le 1er juillet, on a réalisé l’explosion d’une première bombe dans l’air,' au-dessus d’une flotte au mouillage ; le 25 juillet, une deuxième a été immergée près de la surface et mise à feu ; une troisième sera ultérieurement essayée à plus grande profondeur.
- Les quotidiens ont consacré de nombreux et longs articles à ces expériences auxquelles assistèrent — de loin — plusieurs envoyés spéciaux. Mais rien n’est encore connu de précis sur les constatations qu’on a pu faire. Le vice-amiral Blandy, commandant les manœuvres de Bikini, vient d’annoncer que le rapport officiel sur les aspects techniques des deux premières explosions ne sera pas publié avant la fin de l’automne. La Nature attendra ce moment pour faire connaître les résultats obtenus et les perspectives d’avenir qu’on peut en déduire.
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- Le pain à
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- Le 9 octobre 1945, l’Académie de Médecine, qui pourtant n’est jamais favorable à l’addition, de produits chimiques aux aliments, donnait avis au Ministre du Ravitaillement qu’on pourrait ajouter un peu de carbonate de chaux au pain actuel fait de farine bise à haut taux d’extraction. Et la même opinion
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- Fig. 1. — Le déficit dè calcium dans les rations alimentaires.
- En noir, les apports assimilés ; en blanc, le déficit par rapport aux besoins (d’après H. et M. IIinglais).
- était exprimée par le Conseil supérieur d’Hygiène publique de France, le Conseil d’hygiène de la Seine et la Commission scientifique du ravitaillement.
- On ne ferait ainsi que suivre l’exemple du gouvernement anglais qui a prescrit dès 1944 cette addition.
- La question n’est pas nouvelle puisque, pendant la guerre de 1914, Lapicque et Legendre avaient constaté une très nette amélioration du pain pétri à l’eau de chaux : aspect plus blanc doré, goût plus agréable et moins acide, odeur plus franche, meilleure panification et plus longue conservation. Ils avaient proposé ce procédé sous le nom de « pain français » et il fut généralisé alors par les soins du sous-secrétariat d’Ëtat aux Inventions et du Ministère du Ravitaillement.
- Les données théoriques du problème ont progressé depuis, et pour d’autres raisons encore l’avantage de la chaux a été confirmé.
- Tout d’abord, pendant cette guerre, on a observé un grand nombre d’ostéopathies, de troubles de décalcification, de fracturés spontanées des membres. Rares au début, celles-ci sont devenues de plus en plus fréquentes et l’on ne compte plus les femmes et surtout les vieillards qui se sont brisé bras ou jambes sous un faible effort. Les caries dentaires et même l’effritement des dents n’ont pas été moins nombreux et croissants.
- Dès 1941, H. et M. Hinglais (x) attiraient l’attention sur ces faits et signalaient la carence de l’alimentation en calcium, phosphore et vitamine D.
- A partir de 1942, deux physiologistes de Cambridge, Mc Cance et Widdowson montrèrent que les troubles étaient dus à la- présence dans le pain bis d’acide phytique qui empêche l’absorption non seulement du calcium, mais aussi du magnésium et du fer.
- Récemment, Guillemet (x) a rassemblé ce qu’on sait de l’acide phytique et de ses méfaits.
- L’acide phytique est l’acide inositohexaphosphorique :
- CHOPO,Hs
- HAP0HC HAPOHC
- CHOPOÆ
- CH0P03H2 CHÔP03H2
- qu’on trouve dans les plantes vertes à l’état de sels de calcium, de magnésium et de potassium. Dans le grain de blé, il est surtout localisé dans la couche périphérique des cellules à aleu-rone, si bien que la farine blanche à 70 pour 100 ne contient que 31 mg d’acide phytique pour 100 g, tandis que la farine à 85 pour 100 en contient 127 mg et celle à 92 pour 100, 214 mg.
- Dès 1922, Mellanby avait constaté qu’une ration alimentaire, équilibrée en vitamine D,. provoquait du rachitisme quand on y ajoutait de la farine d’àvoine et plus encore quand on l’additionnait de son de blé ; il avait donc supposé dans les enveloppes des grains l’existence d’un facteur « antivitamine D » qu’il reconnut ensuite n’être autre que l’acide phytique.
- Pendant cette guerre, Mc Cance et Widdowson reprirent la question, après qu’on eut observé une décalcification marquée dans la population, surtout en Irlande et en Afrique du Sud, où les classes les plus pauvres se nourrissaient de pain complet et manquaient de lait. Ils reconnurent que la substitution du pain bis au pain blanc empêche l’assimilation du calcium et du fer et gêne celle du magnésium. L’acide phytique en est la cause, il se combine dans l’intestin à ces ions métalliques qu’il rend insolubles, agissant ainsi comme un déminéralisateur. Après de multiples essais, ils arrivèrent à la conclusion qu’il faudrait enrichir la ration alimentaire en calcium pour neutraliser tout l’acide phytique et laisser un excédent de base assimilable.
- Là dose minimum à employer est difficile à fixer, tant parce que nombre d’autres aliments apportent du calcium à l’organisme que parce que certaines bactéries intestinales détruisent l’acide phytique et en libèrent de l’acide phosphorique. Mc Cance et Widdowson se sont arrêtés au taux de 625 mg de calcium par kilogramme de farine à 85 pour 100, mélangé sous forme de craie broyée et préparée. Le Ministère anglais du Ravitaillement a fixé la dose de craie à 1 g 60 par kilogramme de farine à 85 pour 100, mais on peut sans inconvénient dépasser largement cette dose et l’Académie de Médecine a proposé jusqu’à 2 g. La panification n’en est nullement troublée.
- La vitamine D ne joue pas un grand rôle dans les accidents observés, mais la précipitation du fer peut aggraver le défaut d’assimilation calcique et de nouvelles études seront à entreprendre pour y remédier. -
- fhin gris Pain blanc additionné de calcium
- Pain gris
- 1. H. et M. Hinglais. Carence calcique et régime alimentaire. 1 vol. Masson et Gle, Paris, 1941.
- 1. R. Guillemet. L’acide phytique. Biologie médicale, 35, 1946, p. 88.
- Fig. 2. — L’effet de l’addition de calcium au pain bis
- En blanc, le calcium contenu dans la nourriture ; en gris, le calcium absorbé, (d’après Mc Gance et Widdowson).
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- Les méfaits de la mangouste
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- La mangouste est loin d’être aussi utile que nous l’a laissé entendre Rudyard Kipling dans le chapitre qu’il lui a consacré dans son Livre de la Jungle. Ce grand artiste nous l’a dépeinte, sous le nom de Rikki-Tikki-Tavi, comme ne se nourrissant que de serpents. Or c’est une sanguinaire; elle détruit aussi les petits batraciens, les rats, les souris, la volaille, le menu gibier de poil et de plume, tous les oiseaux petits et moyens, et elle est très friande de leurs œufs.
- Dans l’Inde, d’où la mangouste est originaire et où les bêtes nuisibles pullulent, elle rend des services incontestables ; mais partout où, en Amérique et en Océanie, on l’a introduite pour détruire la vermine, elle a trouvé des conditions de vie plus favorables que dans l’ancien continent, et elle y commet au moins autant de méfaits qu’elle ne rend de services, car « c’est une rusée », et elle s’attaque de préférence aux proies qui lui sont les plus faciles.
- A la Jamaïque, où elle a été importée de Java en 1872, elle a bien débarrassé, et très vite, les maisons des rats et des souris, mais ensuite, ces rongeurs ayant pratiquement disparu, elle s’est attaquée aux lézards et aux oiseaux, animaux insectivores, de sorte que l’équilibre biologique qui existait dans la nature entre les déprédateurs des plantes cultivées, les insectes, et leurs ennemis, les oiseaux, a été rompu. La Jamaïque a dû se débarrasser des mangoustes. Des méfaits du même genre ont été constatés à Porto-Rico.
- Aux îles Hawaï, en i883, quand la mangouste y fut introduite, l’équilibre naturel était déjà rompu entre mammifères, oiseaux et insectes, mais en faveur des rongeurs : cinq espèces de i'ats ravageaient les plantations de canne à sucre. La mangouste vint bien à bout de deux espèces de rats mais non des trois autres, qui grimpent aux arbres, où elle ne peut les poursuivre ; les rats arboricoles s’attaquèrent aux oiseaux qui nichent dans les arbres et la mangouste dut se contenter de ceux qui nichent à terre. Le résultat est que, dans ces dernières années, les insectes nuisibles ont proliféré d’une façon inquiétante.
- Dans son numéro du 26 novembre 1945, Time, qui s’adressait aux soldats américains, a attiré leur attention sur ces faits. Depuis 1900, une loi des États-Unis y interdit l’introduction des mangoustes; il était recommandé aux G. I. qui allaient être rapatriés des Hawaï de ne pas introduire de mangouste en fraude dans leur pays, comme ils pouvaient être tentés de le faire.
- Gette tentation est excusable chez des hommes qui, tous, désirent rapporter chez eux un « souvenir » des pays lointains où ils ont vécu. C’est ce que faisaient autrefois les marins au long cours : ils rapportaient des perroquets, cc des bêtes qui parlent ». Rien n’est plus tentant, en effet, qu’un souvenir vivant, qui réagit et qui, après tout, comme la mangouste, est plutôt sympathique, car elle est très intelligente, s’apprivoise facilement, et, à l’inverse du chat, elle s’attache bien plus à son maître qu’à la maison. De plus, elle est vive et gracieuse ; ses attitudes et ses gestes sont fort amusants, et, si on peut héberger un couple, rien n’est plus drôle que de voir les petits suivre le père et la mère à la queue-leu-leu autour des meubles, le tout comme un long serpent velu très mobile.
- Voici quelques renseignements pour ceux qui n’ont jamais vu de mangoustes.
- La mangouste (en anglais, mongoose ; du tamoul manegos, ou du mahrathe mangous (1), par l’espagnol mangosta) est un
- 1. Le tamoul est une langue dravidienne, le mahrathe est apparente au sanscrit. Chacune de ces deux langues — on en compte plus de deux cents aux Indes — est parlée par 20 millions d’habitants.
- carnassier digitigrade de la famille des Viverridés. Elle est originaire des pays chauds de l’ancien continent. On en compte une vingtaine d’espèces ; la plus répandue dans l’Inde est le mungoz (Herpestus griseus ou H. mungo). Elle a le corps très élancé, un peu plus long que celui du furet, mais sa queue, touffue jusqu’au bout, est à peu près de même longueur, de sorte qu’au total elle peut atteindre une longueur de 70 cm. Elle est très basse sur pattes ; le museau est pointu ; le pelage, assez doux, est grisâtre, teinté de brun et de noir. Tous ses sens sont d’une acuité extrême, alors que le chat n’a que l’ouïe qui soit très développée. A l’état sauvage, la mangouste est un animal fouisseur, qui vit dans des terriers et n’en sort guère que la nuit ; apprivoisée, elle change vite d’habitude.s.
- La seule espèce connue en Europe — c’est la plus grande — est l’ichneumon (H. ichneumon)., ou « rat de Pharaon », qui nous vient d’Égypte où, autrefois, il était très vénéré parce que, pensait-on, il détruit les œufs de crocodiles.
- Bien que la mangouste semble s’attaquer de préférence aux serpents les plus venimeux, comme le naja de l’Inde, on est à peu près certain aujourd’hui qu’elle ne jouit pas d’une immu-
- Fig. 1. — La mangouste.
- nité contre le poison et que sa victoire est due à ses sens aigus, à son agilité, à la rapidité et à la précision de ses mouvements. L’œil vif, elle n’est pas fascinée par le regard du serpent.
- Pour le chat domestique, comme pour la mangouste apprivoisée, la chasse n’est plus une nécessité vitale comme à l’état de nature, car ils sont bien nourris à la maison, sauf le chat dans nos campagnes ; et il est même avantageux qu’ils le soient : notre chat, quelle que soit sa race n’est bon ratier et vigoureux que si sa ration quotidienne de viande et de poisson est suffisante. Mais, pour notre chat comme pour la mangouste apprivoisée, la chasse reste un sport et qu’ils ne pratiquent que quand bon leur semble. Il est donc inutile de les exciter contre une proie déterminée ; ils ne la mangeront guère et seulement s’ils sont poussés par la faim. Cependant, les Anglais prétendent que la mangouste ne résiste jamais au plaisir de chasser un serpent venimeux parce que c’est un adversaire dangereux qu’il y a mérite à vaincre : la chasse au serpent serait donc pour la mangouste le sport par excellence.
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- * *
- On sait que le lapin domestique a été introduit en Australie comme bête de basse-cour, que le rat musqué (ou ondatra, Ondatra fiber zibethicus) et le ragondin (ou castor du Chili, Myocastor coypus) ont été introduits comme bêtes à fourrure ou gibier de choix en Europe centrale il y a une vingtaine d’années. Aujourd’hui, ces trois rongeurs sont des fléaux. Une
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- conclusion se dégage de ces faits et de ce qui a été dit sur la mangouste, à savoir : qu’il ne faut introduire dans un pays nouveau un animal utile dans son pays d’origine qu’avec une extrême prudence, car, dans son nouvel habitat, il peut trouver des conditions de vie plus favorables qu’auparavant, se propager outre mesure et devenir nuisible.
- Cela est vrai aussi des plantes et des insectes qui les parasitent. En même temps que quelques-unes de nos plantes cultivées, jusques et y compris des arbres forestiers, l’Amérique du Nord a introduit chez elle presque tous les insectes
- nuisibles d’Europe; aujourd’hui, ils y pullulent et plusieurs essences forestières canadiennes ont déjà disparu ou sont en voie de disparition. Il est vrai que les Américains nous ont dotés du phylloxéra et du mildiou de la vigne, de la pourriture de la pomme de terre qui, en i845, provoqua la famine en Irlande, du pou de San José des agrumes, et enfin du doryphore de la pomme de terre, qui est presque anodin en Amérique ; le doryphore est un des cadeaux de la guerre de 1914-1918.
- R. L.
- Les inventions mort-nées
- Sans remonter aux temps de Denis Papin, on pourrait citer dans le monde de nombreux chercheurs qui ne tirèrent aucun profit de leurs découvertes, parfois géniales. Mais le cas qui nous occupe ici se limite à des inventions qui furent, si l’on nous permet l’expression, escamotées.
- Le Département de la Justice des États-Unis vient de mettre en lumière un exemple caractéristique. En 1928, un chimiste autrichien, le Dr Ferdinand Ringer, inventa son « allumette éternelle » qui pouvait être frottée et rallumée quelque 4 000 fois ; son prix de revient était d’environ un demi-franc-or. Ivar Kreuger, le puissant industriel suédois connu sous le sobriquet de « Roi de l’Allumette », dont le suicide fit quelque bruit entre les deux guerres, comprit tout de suite que l’invention serait un coup mortel pour ses entreprises. Il l’acheta après de brefs pourparlers. Le bruit courut à l’époque que le Dr Ringer encaissa 550 000 livres sterling. Bientôt le trust suédois dont Kreuger était le président conclut un cartel avec les gros fabricants d’Angleterre et des États-Unis. L’enterrement de l’allumette éternelle devenait définitif.
- Mais le Gouvernement américain entend appliquer sa loi contre les trusts et Washington, par l’intermédiaire de son Département de la Justice, exige que le cartel 11e garde plus sous le boisseau l’invention du chimiste autrichien ; et l’allumette qui se frotte 4 000 fois se frottera bientôt dans le monde entier.
- A la veille de la seconde guerre mondiale, un technicien anglais inventa une lame de rasoir qui pouvait servir indéfiniment, sans repassage, ce qu’elle devait à la haute qualité de son acier. Un consortium de gros fabricants acheta l’invention pour la reléguer aux oubliettes. Le fait fut porté à la connaissance d’un membre de la Chambre des Communes par une personnalité politique qui lui démontra qu’un acier de cette qualité pourrait rendre de grands services dans les industries de guerre. Nous ignorons si sa suggestion eut des suites.
- On peut signaler, sur un sujet analogue, l’invention d’un chimiste anglais : il s’agissait d’une pâte dont une application sur le visage d’un homme arrêtait pour toujours la croissance du poil. Les brevets furent achetés fort cher par un consortium international de fabricants de lames de rasoir.
- Machinerie et lampes électriques.
- D’autres cas d’inventions étouffées sont signalés dans la presse anglo-saxonne. Le Dailij Mail nous présente le cas d’un femme employée dans un grand atelier de constructions mécaniques. Elle imagina un procédé qui supprimait toutes frictions entre les pièces d’une machine remise en marche après refroidissement : il s’agissait là d’une nouvelle forme de lubrification. La direction de rétablissement apprécia sa découverte — de nature à prolonger outre mesure la vie d’une machine, ce qui n’était pas très com-
- mercial. En échange de chaudes félicitations auxquelles s’ajoutaient une somme importante et une hausse de ses appointements, la jeune femme abandonna tous droits sur son invention dont les plans et dessins furent logés précieusement dans le coffre-fort de la maison — où ils se trouvent encore.
- Un cas non moins curieux est celui de M. Noël Pemberton-Bil-ling, l’inventeur d’un disque de gramophone qui, ne coûtant pas plus qu’un disque ordinaire, pouvait jouer pendant 25 mn et exécuter sur' une seule de ses faces les plus longues mélodies. Une compagnie se forma pour l’exploitation de l’urvention que l’on qualifiait de révolutionnaire ; les promoteurs ne résistèrent pas à l’offre de 100 000 livres sterling qui leur fut faite par une puissante manufacture de disques, menacée dans ses intérêts. Et, là encore, de précieux brevets furent étouffés.
- On parle aussi d'une ampoule électrique armée de trois filaments qui ne brûlaient que successivement, un par un. Quand le premier approchait du bout de sa course, un dispositif d’une grande simplicité lui substituait le deuxième, et ainsi de suite. La vie de l’ampoule était trois fois plus longue que celle d’une lampe ordinaire, comme le démontrèrent des expériences publiques. Des revues techniques de Londres signalèrent l’invention. Les grosses manufactures s’émurent-elles d’une concurrence aussi redoutable ? Le fait est que l’ampoule aux trois filaments n’a jamais été mise en vente.
- Une aventure semblable fit disparaître une torche électrique qui se dispensait de batterie et se chargeait aux dépens des lumières électriques ordinaires.
- On sait que le métier de batteur d’or est l’un des plus anciens du monde ; les Sumériens le pratiquaient" quatre ou cinq mille ans avant notre ère ; il n’a jamais modifié ses procédés, qui s’exécutent à la main. L’une des principales manufactures de feuilles d’or de Londres appartient depuis des générations à la même famille. Son chef actuel, M. Cecil Whiley, est l’inventeur d’une machine qui remplace très avantageusement le travail manuel ; il ne l’a jamais fait breveter et la garde pour ainsi dire secrète. A l’encontre de tous les cas que nous venons de mentionner, l’étouffement s’inspire ici de sentiments philanthropiques. Un reporter londonien a recueilli de la bouche de M. Cecil Whiley la déclaration suivante : « Il faut dix ans d’apprentissage pour qu’un ouvrier devienne un habile batteur d’or et tous les nôtres travaillent chez nous depuis au moins dix-sept ans. Mon invention serait appliquée que ces braves gens perdraient leurs moyens d’existence ; et le même sort frapperait le personnel des autres manufactures similaires. Nous ne mettons la machine en marche que pour remplacer un ouvrier qui meurt oxi qui prend sa retraite ».
- Comme quoi, dans le monde des affaires, le sentiment peut l’emporter sur l’attrait des profits.
- Vicron Forbin.
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- RECREATIONS MATHEMATIQUES
- Encore les nombres cycliques.
- Notre article sur la Divination d’un chiffre (x) a paru retenir l’attention de nos lecteurs. La place nous étant mesurée, nous n’avions pu nous étendre sur le sujet comme nous l’aurions désiré. Nous revenons donc volontiers aujourd’hui sur les propriétés des nombres cycliques.
- Le nombre 63 547 n’était choisi qu’à titre d’exemple, tout nombre de 5 chiffres multiple de 41 (ou d’un autre diviseur de 99 999) peut convenir ; mais nous avons indiqué les raisons de notre choix.
- Comme nous le suggère un correspondant, on peut simplifier' le processus de divination : dans la division par 41 du nombre communiqué, vous considérez le reste au lieu de son complément à 41. Dans ce cas. le tableau doit être modifié ainsi :
- Restes (Différences) Chiffre effacé
- 25 1
- 9 2 .
- en prenant dans la colonne de gauche le complément à 41 des nombres donnés dans l’article précédent. Nous avions préféré notre exposition pour ne pas rompre l’unité de la démonstration.
- La récréation peut se présenter avec des nombres de 6, 7, ... chiffres à condition de choisir un diviseur de 106 — 1, 107 — 1, etc. ; mais il ne faut pas exagérer sinon vous risquez de diminuer l’intérêt de la présentation tout en augmentant les chances d’erreur.
- Un autre de nos lecteurs a remarqué que pour un même diviseur, 41 par exemple, on peut opérer avec des nombres de 5n chiffres. C’est presque évident car 105’1 — 1 est toujours divi-
- sible par 103 — 1 et admet, par conséquent, tous les diviseurs de ce dernier nombre.
- Ce même lecteur observe que 41, 271, diviseurs premiers de 105 — 1 ont 5 chiffres dans la période de leurs développements décimaux. On trouve également que 239 et 4 649, diviseurs premiers de IG7 — 1, ont une période de 7 chiffres ; 53 et 79, diviseurs premiers de 1013 — 1, une période de 13 chiffres. En est-il toujours de même ?
- Un exemple simple prouve le contraire : 11, diviseur de 106 — 1, n’a que deux chiffres à sa période. Le nombre de chiffres de la période d’un diviseur premier de 10™ — 1 est toujours un sous-
- 1. La Nature, n° 3080, 15 janvier 1941.
- multiple de n ; si n est premier on peut affirmer que la période aura n chiffres, sinon on ne peut se prononcer. Nous ne pouvons insister sans sortir du cadre qui nous est imposé.
- Les nombres cycliques jouissent encore d’une autre propriété dont nous allons tirer une récréation.
- Prenons un. nombre quelconque, de 5 chiffres par exemple, 87 356 et formons les 4 nombres cycliques qui en dérivent : 73 568, 35 687, 56 873, 68 735. Divisons tous ces nombres par 29 et considérons les restes des divisions : 8, 24, 17, 4, 5, leur somme est égale à 58 : c’est un multiple de 29. La raison est simple : dans l’addition des 5 nombres cycliques chaque colonne contient les 5 chiffres 8, 7, 3, 5, 6, dont la somme est 29 et le total peut s’exprimer ainsi :
- T = 29 (10* + 103 + 102 + 10 + 1) = 29 x 11 111.
- C’est donc un multiple de 29, somme des chiffres du nombre proposé (et des diviseurs de 11 111).
- D’où la récréation suivante :
- Avec les chiffres 3, 5, 6, 7, 8, formez un nombre ; par permutations cycliques vous en déduirez é autres. Donnez-moi les restes de la division par 29 de chacun de ces é nombres et je devinerai quel est le reste de la division par 29 du premier nombre composé.
- Il suffit de trouver le complément au multiple de 29 immédiatement supérieur à la somme des restes annoncés. L’artifice ne se voit pas aisément, car vous faites remarquer qu’avec les chiffres donnés, on peut former 120 nombres différents, d’autre part, il est difficile d’établir le rôle que joue le diviseur 29 qui paraît quelconque.
- Enfin, vous terminez par un coup de maître.
- « Maintenant, choisissez vous-même le premier nombre de « 5 chiffres, prenons un autre diviseur, 41, par exemple (271 est et trop difficile à manier pour des calculs mentaux) et faites les « mêmes opérations que précédemment. Vous m’annoncez pour « restes : 25, 4, 40 et 31 ; le nombre choisi, dont j’ignore tout, « aura pour reste : 23 ».
- Surtout ne commettez pas d’erreur, habituez-vous à la pratique des calculs qui peuvent se conduire ainsi :
- 25 + 4 = 29, moins un, (40 = 41 — 1) = 28, moins 10 (31 = 41 — 10) = 18 et 23 : 41.
- Nous consacrerons un prochain article à l’étude de certaines propriétés des périodes décimales des nombres premiers.
- H. Barolet.
- Le fusil au canon courbé.
- A première vue, l’information paraît appartenir au domaine de la galéjade ; de fait, il me souvient d’une bonne histoire marseillaise mettant en scène un astucieux chasseur qui se servait d’un fusil au canon courbé : il pouvait ainsi tirer sur le gibier en lui tournant le dos. Mais, cette fois, il ne s’agit plus d’une légende.
- La veille même de la chute de Berlin, des soldats anglais s’emparèrent d’un engin d’aspect bizarre : une carabine au canon coudé ; faisait-elle partie de cet arsenal d’armes secrètes qui devaient anéantir les ennemis de l’Allemagne ?_ On ne prit pas les choses au sérieux et les chansonniers londoniens célébrèrent le fusil « qui tire autour du coin ». Mais on lui rend enfin justice, grâce au dévouement d’un vieux sergent-major attaché à la principale armurerie de Grande-Bretagne.
- Il convia plusieurs spécialistes à des essais qui auraient pu lui coûter la vie. Il les conduisit sur un champ de tir des environs de Londres où une tranchée leur servit de refuge. Lui-même s’installa confortablement derrière une butte d’où il n’aurait pu apercevoir la cible, sans le dispositif optique dont l’arme était munie. Il visa soigneusement avant de presser la détente ; à la vive surprise des experts, les soldats apostés sous la cible signalèrent bull : la balle avait percé le centre du but... et l’arme restait
- intacte, au lieu d’exploser dans les mains du tireur, comme les experts l’avaient redouté !
- De nouvelles expériences ont établi que la. déflagration est moins bruyante qu’avec les fusils à répétition ordinaires et que le heurt du recul est à peine sensible. La « machine carbine MP 44 », selon le nom que lui donnaient les Allemands, fournit un tir hautement effectif à des distances inférieures à 100 m. Son emploi s’impose à l’équipage d’un tank qui, tirant de l’intérieur de la tourelle, veut se défendre contre des fantassins qui l’attaquent à bout portant. Un tirailleur embusqué dans une tranchée peut décimer les assaillants sans mettre sa tête à découvert. Enfin, l’engin se, montrera particulièrement efficace dans les combats de rues.
- On explique comme suit le fonctionnement de l’arme. Une petite charge d’explosif propulse la balle le long de la section droite du canon jusqu’à la courbe. Dix petits trous, percés dans la section courbe, permettent aux gaz de s’échapper, ce qui réduit la vélocité de la balle, tandis qu’elle pivote dans le restant du canon.
- On laisse entendre que cette curieuse carabine prendra sa place dans l’armement des forces britanniques.
- V. F.
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- LE CIEL EN SEPTEMBRE 1946
- SOLEIL : Du 1er au 30, sa déclinaison passe de + S°25' à — 2°40', et la durée du jour, à Paris, s’abaisse de 13h25m à ll*43m. Équinoxe d’automne le 23, à 15h40m46s. — LUNE : Phases : P. Q. le 3 à 14*49“, P. L. le 11 à 9*59“, D. Q. le 18 à 6*44“ N. L. le 25 à 8h45m ; apogée le 3 à 19h, périgée le 16 à 10h. Principales occultations (h. p. Paris) : le 14, de v Poissons (4m,7) ém. lh53m,8 ; le 18, d’Uranus, ém. lh4m,8. Principales conjonctions : avec Saturne le 21, 4*, à 3°38' N. ; avec Jupiter le 27, 13 b,
- . à 2°42' N. ; avec Mars le 27, 16h, à 3°43' N. ; avec Vénus le 29, 0h, à 7°14' N. — PLANÈTES : Mercure invisible, en conj. sup. avec le Soleil le 14. Vénus visible le soir, à sa plus gr. élong. le 7, à 46°13' E. du Soleil, diam. app. de 22",5 à 33". Jupiter, dans la Vierge, peu observable au crépuscule, diam. app. 30" à 29". Saturne, dans le Cancer, visible seconde moitié de la nuit,
- diam. app. globe : 15"4, anneau : gr. axe 38",5, pet. axe 12",7. Uranus dans le Taureau, visible presque toute la nuit, diam. app. 3",6. Neptune invisible. Principales conjonctions : Vénus avec Jupiter le 4, 3h, à 3°32' S. ; Mars avec Jupiter, le 25, 4^, à 1°5' S. -L LUMIÈRE ZODIACALE : Visible le matin, avant l’aurere, au début du mois, puis du 25 au 30. — ÉTOILES VARIABLES : Minima observables d’Algol : le 15 à 0h40m, le 17 à 21*34m. Maximum de T Grande-Ourse le 10, de RR Sagittaire le 30. — ÉTOILE POLAIRE : Passage supérieur au méri-idien de Paris : le 8 à 2*31n?3Ss, le 18 à lh52m27s, le 28 à lh13m'14s.
- L. Rudaux.
- (Heures données en temps universel ; tenir compte des modifications introduites par l'heure en usage).
- LES LIVRES
- Métrologie générale, par M. Denis-Papin et J. Vallot. 1 vol, in-16, 428 p., 54 fig. Aide-mémoire Dunod, Paris, 1946.
- Ce précieux livre groupe toutes les définitions des grandeurs et des unités, après avoir rappelé leurs systèmes et leurs symboles de référence : mesures géométriques, géographiques, spaciales, temporelles, mécaniques, électriques, magnétiques, thermiques, énergétiques, optiques, acoustiques, etc., et en plus les mesures en usage dans certaines industries et dans les pays étrangers. C’est donc un ouvrage de référence indispensable à tous.
- Aérodynamique expérimentale, par Pierre Rebufff.t. 1 vol. in-8°, 504 p., 561 ilg., 20 pl. Béranger, Paris, 1945.
- Dans ce cours professé à l’École nationale supérieure de l’Aéronautique, l'auteur rappelle; d’abord les données physiques sur les fluides, puis les phénomènes généraux : tourbillons, écoulements, décollements, similitudes. Il décrit ensuite les modèles de souffleries et les appareils de mesures et d’observations qu’elles comportent, puis les formes qu’on y essaie : fuseaux, ailes, hélices, avions, hélices sustentatrices et les résultats qu’elles fournissent. Il rassemble ainsi, en les analysant et les discutant, toutes les données dont dispose aujourd’hui l’aéronautique.
- Économies de matières techniques nouvelles dans l’industrie, par Pierre Salmon. 1 vol. in-8°, 411 p., planches. Gauthier-Villars,
- Paris, 1945.
- Ingénieur général des fabrications d’armement, devenu Commissaire général aux économies de matières, l’auteur a dû, pendant les années d’occupation, rechercher toiis les « ersatz » possibles, les soumettre aux essais techniques, les recommander et au besoin les imposer ; il a dû aussi rechercher les économies réalisables en simplifiant les formes et normalisant les matériaux. Besogne considérable, difficile, complexe et qui n’est pas terminée avec la fin des hostilités. Il montre ici ce qui a été fait dans les divers domaines des industries mécaniques, électriques, chimiques, textiles, pour les combustibles et les carburants. De tous ces efforts, certains ne sont que temporaires et disparaîtront avec le retour à la liberté des échanges et la recherche de la qualité ; d’autres seront plus durables et marqueront de réels et définitifs progrès.
- Les textiles artificiels et synthétiques en France, par Bernard Pierre. 1 vol. in-8°, 276 p., 10 cartes en couleur, 10 graphiques, tableaux. Société privée d’imprimerie et d’édition, Paris. Prix : 240 fr.
- Étude essentiellement économique de l’industrie française des textiles artificiels et synthétiques. Cette monographie fournit une documentation très complète et fait le point de cette Industrie de grand avenir et en plein essor.
- NOUVEAUX
- Le bois, matériau de la construction moderne, par J. Campredon. 1 vol. in-8°, 153 p. Dunod, Paris, 1946.
- Après avoir rappelé la structure et les propriétés du bois, l’auteur développe les procédés modernes de traitement, d’amélioration et d’utilisation : séchage, imprégnation, contreplaqués, panneaux, assemblages et charpentes, matériel électrique et construction, formage et moulage particulièrement employés en aéronautique. Les caractéristiques qu’il rappelle font du bois un matériau précieux, entre les métaux et les plastiques.
- Technologie laitière, par Georges Ray. 1 vol. in-8°, 387 p., 181 flg., 3 pl. Dunod, Paris, 1946.
- Véritable encyclopédie du lait qu’elle étudie à tous* les' points'de* vue, depuis sa production, son analyse, sa pureté microbienne, ses altérations, jusqu’à ses traitements, sa conservation, son transport et jusqu’à l’approvisionnement des villes, aux stockages en laits concentrés et séchés, aux laits spéciaux diététiques, pour finir par des vues précises sur les améliorations désirables : organisation de la profession, enseignement technique, publications et documentation, ce livre du professseur de l’École de Grignon est une mise au point complète de toutes les connaissances actuellement indispensables aux producteurs et aux industriels de la laiterie.
- Sang, tempéraments, travail et races, par
- Léone Bourdel et Jacques Genevay. 1 vol. in-8% 48 p., cartes et tableaux. Maloine, Paris, 1946.
- Les groupes sanguins seraient liés aux tempéraments, observables par des tests psychobiologiques. Ces deux caractères liés se répartiraient différemment selon les lieux et les races. Les auteurs en tirent diverses conclusions ethnologiques et sociales : immigration, métissage, etc.
- Annuaire hydrologique de la France, 1944.
- 1 vol. in-8°, 192 p., cartes et tableaux. Société hydrotechnique de France, Paris, 1946.
- Après une monographie hydrologique du bassin de la haute Dordogne et une étude sur la mesure et l’estimation des débits, cet Annuaire donne pour 66 stations de jaugeage établies dans les divers bassins fluviaux les débits journaliers et mensuels de 1920 à 1944, accompagnés de graphiques qui caractérisent les ressources hydrodynamiques de notre pays.
- Économie distributive de l’Abondance, par
- Jacques Duboin. 1 vol. in-8°, 106 p. Éditions O.G.I.A., Paris.
- Exposé des théories de l’auteur sur l’économie de l’abondance, mesures transitoires et réponses aux objections.
- PETITES ANNONCES
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- LA NATURE
- paraît le l,r et le 15 de chaque mois ABONNEMENTS
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- MASSON et C'% Editeurs,
- 120, BOULEVARD S'-GERMAIN, PARIS VI*
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l'obligation de l'indication d'origine.
- Le gérant : G. Masson. — masson et cle, éditeurs, paris. — dépôt légal : 3e trimestre ig46, n° 288 BARNÉOUD FRÈRES ET Cle, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, 5o6. — 8-1946.
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- SOMMAIRE
- Le laboratoire hydraulique de Deÿfâ&par Ch. BOYER. . . 257
- Villégiature pour naturalistes, pt^pfSFORBIN............. 259
- Protection et teinture de Paluminium, par P. DAP-
- SENCE . . . . v . . . p0........................ 260
- La « reconstruction - de' •'-Za!:' houille blanche, par P. DEVAUX ......................... 264
- Encres pour stylographes à séchage instantané, par
- G. GÉNIN.................................................. 267
- Les invasions de Lemmings 269
- Réparation des collections de Coléoptères................... 270
- Les cristaux synthétiques et les appareils d’optique, par L. PERRUCHE................................................ 270
- LE LABORATOIRE HYDRAULIQUE DE DELFT
- Dans le Laboratoire hydraulique de Delft, on procède à des essais sur modèles réduits afiir d’obtenir des données expérimentales concernant certains problèmes relatifs aux mouvements des eaux qu’on ne peut résoudre uniquement par les calculs. On comprend l’importance de ces études pour les ingénieurs hollandais chargés d’exécuter des travaux maritimes ou fluviaux très importants. Tantôt, ils élèvent des digues pour conquérir des terrains sur la mer* tantôt ils doivent boucher dans quelques-unes de celles-ci des brèches causées par les bombardements de la dernière guerre, tantôt il leur faut immerger des brise-lames pour préserver les ouvrages déjà édifiés des Ario-lences de la mer.
- Les techniciens de Delft observent donc, grâce à des installations très spéciales, à d’ingénieux modèles réduits et à divers appareils de mesures, les phénomènes hydrodynamiques tels que les courants le long des côtes ou dans les rivières, les veines liquides dans les canaux, les tuyaux et les écluses à sas, les effets des vagues dans les ports et sur les môles, l’érosion, l’ensablement, etc....
- Le Laboratoire hydraulique de Delft date de iq33; il remplace un établissement provisoire édifié huit ans plus tôt. Son bâtiment principal (fig. i) se compose d’un vaste hall de 76 m de longueur et de 18 m de largeur, qui permet la réalisation de modèles d’une grandeur suffisante. Depuis sa fondation, on y a étudié plus de 200 projets.
- On y a mené à bien divers essais concernant le remblaiement du Zuyderzée, les installations de défense côtière, la construction de nouveaux canaux (ca-
- nal Juliana, canal de Twenthe et canal d’Amsterdam au Rhin).
- La renommée des hydrauliciens de Delft s’est étendue au delà des frontières de la Hollande. Plusieurs gouvernements étrangers firent appel à leur précieux concours. La Belgique s’adressa à eux pour meLtre au point les améliorations projetées dans le port de Zeebrugge, la Grande-Bretagne leur demanda d’établir le plan du port de Leith (Edimburgh) et l’administration française des Ponts et. Chaussées celui du port d’Abidjan (Côte d’ivoire) modernisé en 1937. L’activité de ces spécialistes a été ralentie puis arrêtée par la guerre, mais, depuis, elle a repris, et elle se rapporte maintenant presque en entier aux travaux d’assèchement des terrains inondes par les Allemands. Dans les digues de Walcheren, ils avaient ouvert quatre grandes brèches de plusieurs centaines de mètres de longueur. De nombreuses difficultés surgirent pendant les travaux de colmatage exécutés
- N° 3119 Ier Septembre 1946
- Le Numéro 15 francs
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- Fig. 2. — Le bassin d’essais.
- Au premier plan, la plate-forme suspendue à un pont roulant, d’od l’on procède aux installations et aux mesures.
- au cours de 1945. Les marées atleignant 3 à 4 m provoquaient deux fois par jour l’entrée et la sortie de masses d’eau énormes par les trous béants dans les maçonneries. Le Laboratoire trouva la solution en expérimentant sur des modèles à échelle réduite que ses ingénieurs établirent; ils purent, de la sorte, fixer les constructions à édifier après avoir étudié les phénomènes produits par les courants liquides sur lesdits ouvrages (fig. 2).
- Ils examinèrent, en particulier, les méthodes les plus propices à obturer les quatre brèches de Veere, de West-kapelle, de Rammecken et de Nolle, dans l’île de Wal-cheren. Dans ce but, ils construisirent (aux échelles de 1/1 5ooe pour les surfaces horizontales et de i/5oe pour les verticales) une maquette de l’île à l’Ouest du canal de Flessingue-Veere afin d’observer le comportement des mouvements de marée et leurs variations au cours des opérations de colmatage.
- Voici, par exemple, comment ils déterminèrent les moyens de protection de la digue de secours qu’il fallait édifier provi-
- Fig. 3. — Mesure de la résistance de modèles réduits d’embarcations destinées à être coulées comme brise-lames.
- soirement dans la brèche de Westkapelle. Celle-ci se trouvait dans une situation périlleuse pendant le temps nécessaire pour la renforcer afin qu’elle soit capable de résister à de grosses tempêtes. Ils réalisèrent un modèle représentant une partie des fonds sous-marins devant la digue et y posèrent quelques pontons « Phœnix » analogues à ceux employés par les Alliés pour construire le port synthétique d’Arromanche, lors du débarquement en Normandie (i944) et qui, en l’occurrence, devaient servir de brise-lames (fig. 3). Devanf et derrière la digue rompue, figurée à l’échelle de i/8oe, un appareil enregistrait la houle
- provoquée par les mouvements de va-et-vient de petites rames plongeant dans l’eau du bassin. Un marégraphe (fig. 4) marquait les variations du niveau de l’eau pendant le flot et le jusant provoqués artificiellement.
- Le fond était formé de gravier couvert de planures de fer qui déterminaient dans le modèle réduit, les mêmes remous que les maisons et les arbres immergés dans la nature.
- Grâce à toutes les données ainsi recueillies, tant sur les installations de pompage que sur la résistance des brise-lames et la force des vagues autour de digues plus ou moins rompues, les chantiers de réfection ont déjà réussi à assécher et à drainer méthodiquement la plus grande partie des terrains néerlandais
- Fig. 4. — Un marégraphe permettant de noter les variations du niveau de l’eau dans le modèle réduit figurant la brèche de la digue
- de Veere.
- inondés. Trois des principales brèches ouvertes dans l’île de Walcheren sont maintenant obturées et les ingénieurs s’attaquent à la dernière d’entre elles. Bientôt, les eaux de la mer se trouveront refoulées à nouveau hors des digues protectrices de l’île et les tenaces hydrauliciens de Hollande auront remporté sur leur ennemi séculaire une nouvelle victoire à laquelle le laboratoire de Leyde aura savamment contribué.
- Jacques Boyer.
- Voir sans yeux.
- La dernière guerre a multiplié le nombre des aveugles et le problème de leur réadaptation est ardu.
- On sait (voir Nature du 13 mai 1943) que les chauves-souris qui voient très mal évitent les obstacles en émettant des ultra-sons qui se réfléchissent sur les objets environnants et les avertissent de leur présence.
- Ce n’est pas là un phénomène spécial aux chauves-souris et il existe chez l’homme un certain degré de « vision faciale ».
- Les Américains ont des centres de rééducation pour aveugles où l’on développe ce sens de la perception par le son.
- L’aveugle s’avance devant un écran en agitant un instrument qui fait un certain bruit. Il arrive assez vite à déceler l’écran quand il en est à quelques mètres. Il lui semble que quelque chose vient vers lui, le son se réfléchit sur l’écran et revient sur lui.
- Après un certain entraînement des aveugles arrivent à percevoir un arbre à 10 m.
- La plupart perçoivent mieux les objets la nuit quand il y a moins de bruit.
- Un aveugle décrivant ses impressions parle d’une « ombre qui lui passe sur la figure ». Tous situent la sensation qu’ils ressentent au front et ajoutent que l’effort est nécessaire pour développer cette perception.
- G. Mouchot.
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- Villégiature pour naturalistes
- L’auberge la plus originale du monde est assurément le Treetops Hôtel (littéralement l’Hôtel de la Cime des Arbres). Perchée haut sur la ramure d’un gigantesque baobab, dans une forêt du Kenya (Afrique orientale anglaise), elle recrute sa clientèle parmi ceux des touristes qui donnent la préférence à l’appareil photographique sur la carabine, dans l’attrait que leur inspire le gros gibier. Le prix de la pension est de 10 livres sterling par jour. Outre le confort moderne qu’on leur assure (chambre éclairée à l’électricité, eau courante, sans parler de la bonne chère), ils ont la garantie qu’ils verront rhinocéros, éléphants, buffles, léopards, hyènes, antilopes et autres habitants de la jungle. Les règlements de l’hôtel sont formels sur ce point, comme en témoigne cette clause qui n’est pas dépourvue d’humour :
- « Le coût de la pension n’est pas perçu, si des rhinocéros ou des éléphants ne s’approchent pas within spitting distance », c’est-à-dire, en bon français, à portée d’un crachat !
- L’hôtelier est M. E. Sherbrooke Walker, ancien élève diplômé du Collège d’Oxford ; il faut admettre qu’il a le goût des aventures, car il exerça le dangereux métier de contrebandier d’alcool aux États-Unis, pendant l’ère de la « prohibition ». Son établissement date de 1933. Il l’abandonna dès le début de la guerre pour rejoindre ses drapeaux. A son retour, il dut reconstruire entièrement l’hôtel que les singes cynocéphales avaient démoli de fond en comble.
- Un correspondant du Daily Mail raconte comment il fut invité par M. Walker à passer une nuit dans son arbre. Son hôte l’attendait à la gare de Nyeri ; l'automobile leur fit franchir une trentaine de kilomètres à travers une région très accidentée, avant d’atteindre l’orée de la forêt. Ils trouvèrent là miss Honor Walker, âgée de seize ans, armée d’un fusil de gros calibre, et elle apprit au visiteur qu’elle était chargée de le défendre contre les bêtes sauvages.
- L'hôtel aérien.
- Une clairière assez étendue entoure le baobab ; les quelques arbres qui l’avoisinent ont leurs troncs tapissés de ronces métalliques qui s’opposeraient aux escalades de léopards trop curieux ou trop affamés. La première plateforme, élevée d’une dizaine de mètres, est atteinte par un roide plan incliné tenant plutôt de l’échelle de meunier et qui aboutit à une trappe faisant office de porte. C’est par une ouverture de ce genre que les garçons indigènes hissent bagages et marchandises avec une corde montée sur poulies. On passe sur une énorme branche-maîtresse et, grimpant quelques marches, on pénètre dans la salle à manger.
- La seconde plateforme est divisée en cinq chambres par des cloisons de bambou ; elles sont éclairées par la lumière électrique que fournissent deux batteries d’automobile. A l’écart, la « ladies-roorn » se perche sur une branche ; les lavabos ont de l’eau courante. Enfin, au sommet de l’arbre, une troisième plateforme aux dimensions réduites complète ce curieux ensemble.
- Enserrée par l’épaisse forêt, une aire d’un hectare environ, couverte d’herbe3 parcheminées, s’avance jusqu’à l’arbre ; elle comporte une dépression assez profonde que les garçons de l’hôtel arrosent chaque matin de gros sel, régal qui attire les animaux sauvages.
- « Nous prîmes place sur des coussins disposés le long du parapet qui borde la première plateforme, conte le narrateur. Nous échangions nos propos à voix basse ; le léger bruit du déclic d’un appareil photographique ou d’une tablette de chocolat que l’on brise peut être perçu par un rhinocéros d’une distance de' cent mètres. Nous ne fumions pas.
- « Se penchant sur la balustrade, M. Walker me désigna notre
- premier visiteur : une antilope à la toison brune et à la collerette blanche qui s’avançait timidement vers le wallon) (la dépression). Inquiète, sentant quelque danger, elle regagna la brousse. Un fracas de branches brisées retentit presque aussitôt sur un autre point. Je vis surgir de la forêt un rhinocéros à la corne endommagée. Il se dirigea lentement vers l’appât, s’arrêta, renifla bruyamment sur un tronc couché, dressa son oreille droite et la fit pivoter dans notre direction. Il flaira le sel ; mais l’odeur des nègres qui l’avaient dispersé le matin était encore trop fraî-
- Fig. 1. — Rhinocéros en liberté.
- che ; en un sursaut, il vira sur ses jambes postérieures et s’enfuit vers la forêt ».
- Au cours de la soirée, six rhinocéros firent leur apparition. Dans le nombre figurait une visiteuse familière, accompagnée de son petit âgé de deux ans. M. Walker l’avait baptisée « vieille Belinda ». Elle défendait le sel comme sa propriété personnelle et bousculait les autres pachydermes qui s’en approchaient. Un gigantesque sanglier de forêt, aussi grand qu’un poney, fit une tentative pour réclamer sa part du festin ; les furieux grognements de Belinda l’effarouchèrent. Plus hardis, des lapins s’aventuraient sous son museau. Quatre singes colobes à la toison noire, à la queue blanche et touffue, donnaient une dernière touche à cette scène de la jungle africaine en se poursuivant sur les basses branches d’un arbre proche.
- Et, seuls, les éléphants avaient refusé pour une fois de figurer au programme du « Treetops Ilotel ».
- Victor Forbin.
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- PROTECTION ET TEINTURE DE L'ALUMINIUM
- par oxydation anodique
- O k voit actuellement se multiplier sur le marché des objets métalliques de colorations inaccoutumées, surtout jaunes ou bleues. Les clients, intrigués, apprennent avec quelque étonnement que ces plateaux, vmses, tubes de rouge à lèvres, et autres objets, sont en aluminium ou alliages d’aluminium et qu’il ne s’agit pas d’une coloration dans là masse : elle est toute superficielle et pourtant ce n’est pas un enduit. C’est une teinture de l’aluminium oxydé, et cette oxydation est obtenue par un bain électrique, c’est une oxydation anodique.
- En fait, cette oxydation anodique sert aussi à colorer en noir des cadrans, des tableaux de chiffres, des étiquettes métalliques et divers objets, que l’on croirait émaillés. Elle sert aussi, et dans une énorme proportion, à protéger, sans coloration, les objets d’aluminium (ou alliages) exposés soit à la corrosion atmosphérique (pièces d’avions, réflecteurs, etc.), soit à la corrosion chimique (bidons, cuves, etc.), soit au frottement. L’aluminium étant de plus en plus employé, l’oxydation anodique (qui était restée peu connue du grand public) prend une importance étonnante ; nous la retrouvons partout, sans même le savoir : poignées de portes, appareils photographiques, panneaux décoratifs, écriteaux exposés .à la pluie, cadres à photos, pièces métalliques de sacs de dames, etc. ; tout un catalogue y passerait ; il y a même des photographies sur aluminium oxydé. D’autres fois, la coloration imite les .métaux jaunes : telle dame qui croit porter des boutons ou des clips en cuivre doré, porte de l’aluminium oxydé et teint comme on teindrait une étoffe ; et quand elle se sert d’aiguilles à tricoter « ne tachant pas la laine » c’est encore l'oxydatioir. anodique qu’on retrouve là. On utilise encore l’oxydation anodique comme moyen d’isolement électrique ; des fils d’aluminium ainsi traités permettent aux moteurs de supporter d’assez forts échauffements sans dangers et cela donne des moteurs électriques légers, notamment pour l’aviation.
- PELLICULES NATURELLES ET ARTIFICIELLES D'ALUMINE
- La couche naturelle d’alumine. — L’aluminium a une très grande affinité pour l’oxygène et sa combustion dégage une très grande quantité de chaleur (A1203 hydratée se forme avec un dégagement de 393 calories ; anhydre avec 380,2 calories). Cependant le métal semble inaltérable à l’air, parce qu’il se trouve protégé par une mince pellicule d’oxyde.
- La couche naturelle d’oxyde est extrêmement mince ; formée au contact de l’air, elle varie entre 4/100 000 de millimètre, et 2/10 000 (d’après le docteur Elsener, de Leipzig) ; c’est elle qui rend diffi-ci'e la soudure de l’aluminium. A défaut de pouvoir s’en débarrasser, on a songé à l’utiliser en la renfonçant : dès le milieu du xixe siècle on a employé des procédés chimiques.
- Renforcement chimique de la couche. — Un procédé particulièrement efficace consiste à plonger l’aluminium dans une solution à 5 pour 100 de carbonate de soude anhydre et 1,5 pour 100 de chromât© jaune de potasse anhydre, maintenue à une tempé-nature- entre 90° et 100° ; l’opération dure quelques minutes (il n’y a pas d’intérêt à la prolonger car la formation d’alumine par attaque du métal est compensée bientôt par la dissolution opérée par le bain sur l’alumine déjà formée). On rince et on sèche. Ce
- procédé, appelé procédé M. B. Y., donne une couche d’alumine moirée plus ou moins grise, et dont l’épaisseur atteint 1/1 000 et même 2/1 000 (d’après Elsener). Il est à noter que le M. B. Y. s’applique non seulement à l’aluminium mais à divers alliages, pourvu qu’ils ne contiennent pas de cuivre (et en ce dernier cas il suffit d'ajouter 1 pour 100 de silicate de soude).
- Mais l’étude des soupapes électrolytiques a montré qu’on pourrait obtenir .mieux en utilisant l’électrolyse sur l’aluminium employé comme anode (c’est-à-dire comme électrode positive).
- Il est intéressant d’en suivre les détails, car nous les retrouvons dans la technique d’oxydation anodique.
- L’électrolyse sur électrodes d’aluminium : soupapes et condensateurs. — En fait, le phénomène de soupape n’a pas lieu dès le premier contact. Il faut former l’électrode d’aluminium en y faisant passer un courant (d’intensité de préférence assez élevée, pouvant aller jusqu’à plusieurs ampères par décimètre carré) : très vite le courant diminue, et bientôt il ne passe plus qu’un courant insignifiant (courant de fuite) ; l’appareil est alors prêt à être utilisé. On voit sur l’électrode une couche blanche d’alumine.
- Cette couche d’arrêt a une limite de claquage, c’est-à-dire qu’à partir d’un certain voltage la couche est crevée et le courant passe à peu près comme si l’effet soupape n’existait plus. La figure 1 donne l’allure de la courbe : on y voit que le courant de fuite n’est jamais nul, et qu’il augmente légèrement avec le voltage ; la courbe s’infléchit alors (tension critique), mais sans coude brusque.
- On voit que la tension critique demande à être définie si on veut donner des chiffres précis. Voici cependant quelques chiffres donnés par Gunther Schulze dans Elektrotechnik und Maschinen-bau en 1909 ; on y voit que la tension critique dépend de la nature de l‘électrolyte employé :•
- Sulfate de soude.......................... 40 V
- Bichromate de potasse ..... 122 »
- Silicate de soude................... * 415 »
- Citrate d’ammoniaque..................... 470 »
- Borate de soude.......................... 480 »
- Acide citrique........................... 535 »
- On aurait pu croire indifférent de s’adresser à n’importe quel électrolyte, puisque tout se passe en définitive comme si l’électrolyte était invariable : il se dégage de l’hydrogène à la cathode, et il se forme de l’alumine (donc une simple oxydation) (*) sur l’anode. L’expérience montre nettement le contraire.
- En effet, pour expliquer l’effet soupape on a été amené à l’attribuer tout bonnement à la couche d’alumine, puisque l’alumine est isolante. Des études faites (spectroscopie en lumière incidente, observation aux rayons X), il paraît bien résulter que le bloquage du courant est dû, non pas à l’alumine elle-même, mais à une couche d’oxygène adsorbé sous une couche d’alumine, laquelle est rendue conductrice par imprégnation d’électrolyte. La couche d’alumine elle-même est poreuse ; et nous reverrons qu’elle est plus poreuse si elle est formée en courant alternatif que si elle l’est en courant continu.
- Fait notable, et que nous retrouverons : la tension critique varie avec la température du liquide ; le courant de fuite aussi : on
- 1. Sauf avec le chlore et autres halogènes, car alors il se forme des sels solubles.
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- peut dire qu’il triple lorsque la température passe de 20° à 50° tandis que la tension critique diminue en conséquence. De sorte qu’en pratique une soupape n’agit plus dès que le liquide s’échauffe notablement. Or le liquide chauffe vite, non seulement parce qu’il a lui-même une résistance olimique (ce qui serait relativement peu grave), mais parce que la couche d’alumine est le siège de divers dégagements de chaleur (résistance ohmique, chute anodique de tension, et chaleur de formation de l’alumine).
- Une simple trace de chlorures dans l’eau est meurtrière pour les soupajies à l’aluminium et très nuisible à leur fonctionnement. L’eau même des conduites d’eau potable, quand elle est javellisée comme à Paris, contient souvent assez de chlore pour compromettre les résultats.
- La mince couche isolante anodique se comporte accessoirement comme un condensateur de grande capacité (jusqu’à 8 microfarads par décimètre carré de surface active). En employant l’aluminium aux deux électrodes, on obtient un condensateur normal par suppression de l’effet soupape.
- Tous ces détails se retrouvent dans les cuves d’oxydation ano-diques ; mais comme on y cherche la solidité et la régularité du
- Fig. 1. — Courant continu sur anode d’aluminium préalablement « formée » (température 20° )
- dépôt d’alumine, les conditions de température, de surface active, de nature de l’électrolyte et de sa concentration, se trouvent notablement changées.
- L’alumine électrolytique. — Ici, ce n’est plus l’alumine qui est chargée de modifier le courant électrique ; c’est le courant qui est chargé de faire de l’alumine. De nombreux travaux ont abouti à trois groupes de procédés : les procédés anglais à l’acide chro-mique (brevets Bengough), les procédés allemands Eloxal à l’acide oxalique, et les procédés américains Alumilite qui reviennent à l’acide sulfurique (lequel avait déjà fait ses preuves longtemps auparavant, en association avec le sulfate de fer). Mais plutôt que de se combattre en une matière qui varie non seulement avec les buts particuliers à atteindre mais avec les divers alliages, les sociétés propriétaires des brevets préférèrent s’entendre : chacune a pu s’adapter à tous les cas en employant tous les procédés sans avoir à en discuter la brevetabilité ; si bien que les mots Eloxal et Alu* milite ont perdu leur sens primitif.
- D’une façon générale on opère à chaud, surtout pour obtenir des couches poreuses ou élastiques ; le courant est utilisé à une densité qui varie entre un et plusieurs ampères au décimètre carré, ce qui amène à avoir un voltage (à cause de la résistance ohmique de la couche) de 18 à 50 V, quelquefois plus. En employant le courant alternatif, on obtient des couches plus élastiques.
- L’alumine, dans les cuves d’oxydation anodique, est formée au sein d’une masse d’eau, et pourtant c’est de l’alumine anhydre. Ce fait est moins surprenant si l’on considère les températures locales (peut-être 200°) atteintes dans la couche d’alumine. Elle
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- se forme à l’état amorphe, commence à cristalliser pendant le refroidissement et continue de plus en plus lentement durant quelques heures : c’est une sorte de corindon artificiel, plus dur que l’émeri ; ainsi s’explique sa remarquable résistance au frottement. Cependant il ne faudrait pas songer à protéger ainsi des engrenages, car à l’exemple du verre la couche est cassante ; le grattement même d’une pointe est nettement marqué. De même, pour utiliser au mieux la dureté de l’alumine anodique, il convient que le support ne soit pas flexible, car une torsion un peu forte fendillerait la couche ; c’est pourquoi on a cherché, notamment par l’emploi de courant alternatif, à obtenir des revêtements élastiques pour les pièces qui doivent subir des flexions. On peut même obtenir des enroulements électriques en aluminium oxydé sans craquelures, en bobinant rapidement au sortir même de la cuve d’oxydation.
- Les diverses qualités désirées sont parfois contradictoires. C’est ainsi que la teinture prend d’autant mieux que la structure est plus spongieuse : on est donc amené à chercher un compromis entre la dureté de la couche (par formation compacte) et la beauté des teintes à obtenir (par formation spongieuse) f1).
- Polissage électrolytique. — Un effet assez inattendu de l’oxydation anodique est le polissage électrolytique : tout en s’enfery mant dans sa couche d’alumine, le métal devient plus brillant. Mais il ne faudrait pas croire que ce « polissage » électrolytique puisse remplacer le polissage mécanique : c’est seulement un brillantage, qui intervient après le polissage proprement dit ; mais il augmente considérablement le pouvoir réfléchissant.
- On cite souvent le procédé Brytal, qui emploie l’acide phospho-rique : mais il y a d’autres formules très différentes.
- TECHNIQUE DE L'OXYDATION ANODIQUE, COLORÉE OU NON
- Le matériel. — Un atelier d’oxydation et de teinture de l’aluminium n’offre pas d’aspect spectaculaire. Une simple collection de cuves carrées, les unes libres, les autres surmontées de barres conductrices de courant électrique amené par de gros conducteurs ; une tuyauterie un peu enchevêtrée amène l’eau de refroidissement ou de chauffage, l’air comprimé qui barbotte dans les bains pour les agiter où les refroidir, le gaz pour certains chauffages ; un bon système d’aération pour les vapeurs acides ; entre les cuves, des caillebottis permettent aux liquides tombés accidentellement de s’écouler sans brûler les chaussures des ouvriers.
- Il y a cependant un petit spectacle amusant et étrange, dans la collection des « râteaux » destinés à supporter, durant toutes les opérations, les pièces à traiter de petites dimensions. En effet, on oxyde toute une variété de menus objets de formes disparates : petits miroirs, boutons, clips, anneaux, pièces mécaniques, tubes de stylos, cendriers, etc., etc. Il faut donc trouver le moyen d’attacher rapidement et solidement toute une collection d’objets (habituellement semblables) sur un support conducteur ; et le problème n’est pas toujours facile : non seulement il faut que la pièce tienne bien, mais aussi que les points de contact avec le support soient en des endroits peu visibles ; car en ces points il n’y a pas de place pour le liquide : il y a donc manque d’oxydation et lacune dans la teinture. Cela conduit à employer des râteaux d’aluminium à branches multiples, portant dans leurs tentacules les bibelots par séries, l’ensemble évoquant des « arbres de Noël » suspendus à l’envers. Grâce à ces supports, on peut, sans se mouiller les mains, manipuler le matériel dans des liquides corrosifs et chauds (2).
- 1. Récemment (1945) on a réalisé industriellement l’oxydation anodique du magnésium.
- 2. Les rateaux se trouvent oxydés et colorés en môme temps que les objets ; on les décape et on les fait servir de nouveau.
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- Dans une annexe, on trouve une génératrice de courant continu (dynamo ou redresseur au cuproxide) pouvant débiter des dizaines ou même des centaines d’ampères.
- En observant le travail, on s’aperçoit vite que sous cette apparence banale, l’opération est difficile à bien conduire : il faut sur-A^eiller les acidités et alcalinités (ou plus exactement le pH), les températures, bien décaper, assurer l’ampérage normal, guetter le bouillonnement de gaz qui avertit qu’une pièce est mal fixée. Il y a malheureusement toujours à craindre quelques ratés malgré le soin apporté à l’exécution du travail.
- Le dégraissage. — Le dégraissage est une opération fondamentale : on a pu dire que les principaux perfectionnements de l’oxydation anodique ont été des progrès dans le dégraissage.
- Contre les graisses végétales ou animales, on peut employer les bases énergiques, ou au contraire les acides forts.
- Contre les « graisses » minérales, qui souillent le plus somment l'aluminium, il faut des solvants, notamment le trichloréthylène, qu’on emploie en liquide ou en vapeur, dans des appareils spéciaux qui empêchent les déperditions.
- On pratique parfois le dégraissage électrolytique en utilisant les pièces comme cathode dans un bain de soude à 2 pour 100 par exemple.
- Les méthodes varient selon les cas, c’est-à-dire selon les graisses à enlever, selon le métal ou alliage, et suivant le résultat cherché. Les bains de soude, par exemple, ne sont pas à employer pour les pièces brillantes, puisque la soude mate l’aluminium. On cite comme excellent dégraisseur électrolytique un mélange de phosphate, carbonate et silicate de soude.
- Le dégraissage est souvent complété par un décapage qui avive les surfaces, ou bien par un brillantage électrolytique qui donne de l’éclat aux parties polies (Lorsqu’on emploie le brillantage, on enlève dans certains cas la couche d’alumine qui s’est formée parce qu’elle est un peu pulvérulente). On procède alors à l’oxydation proprement dite.
- L’oxydation anodique. — Comme nous l’avons vu précédemment, elle varie de méthode suivant le résultat à obtenir : protection chimique, protection mécanique, isolement électrique (rigide ou souple), teinture, fixation de peintures (en voie d’être abandonné) ; et suivant les alliages traités (à noter qu’une forte proportion de zinc est un obstacle particulièrement grave).
- D’une façon générale, l’oxydation à l’acide sulfurique est la plus avantageuse lorsqu’on veut obtenir de belles couleurs, car l’alumine est alors plus facilement exempte de grisaille ou autres teintes parasites ; les autres procédés sont parfois préférés pour les revêtements protecteurs. La question de rapidité intervient aussi : ils utilisent mieux l’appareillage, économisent la main-d’œuvre, mais sont de surveillance plus délicate.
- Contrairement à ce qui se passe dans la galvanoplastie, on n'a pas à se préoccuper beaucoup de la disposition de la seconde électrode ; on ne saurait en effet argenter un vase profond, par exemple, sans disposer une électrode interne judicieusement placée, sinon le revêtement serait épais à telle place, trop mince à une autre. Rien de pareil avec l’oxydation anodique ; puisque, en effet, la couche formée est isolante, il y a ici égalisation automatique, et l’on a pu aller jusqu’à oxyder l’intérieur d’un tonneau d’aluminium simplement par le passage spontané du courant par l’orifice de la bonde dès que le revêtement extérieur a été formé. La conséquence est que la cuve d’opération sert pratiquement de cathode, à la seule condition d’être inattaquable par l’électrolyte employé. Cependant il ne faudrait pas se dispenser de toute précaution, car il faut aussi (surtout pour la teinture) que le revêtement soit de contexture homogène ; et notamment, il est nécessaire de maintenir, par agitation, la température uniforme dans tout le bain.
- Lavage. — La pièce oxydée est ensuite lavée à l’eau pure ; on peut la passer dans l’ammoniaque puis dans un second bain d’eau pure. Le lavage doit naturellement être d’autant plus soigné’ qu’il s’agit de couches plus poreuses.
- Teinture. — 1° Colorants organiques. — Le cas le plus intéressant est celui de la teinture par trempage dans des colorants organiques ; comme pour les étoffes ou les papiers peints, ces colorants ne sont malheureusement pas les plus solides, mais ils assurent de magnifiques couleurs (!). Cela ne donne pas un matériau d’art, mais un intéressant moyen de décoration.
- On peut colorer sur mat ou sur brillant ; le brillant est le plus demandé. En ce cas, il est évident que la pièce a dû être polie mécaniquement avant tout traitement ; puis généralement elle a été brillantée.
- Il y a toutes sortes de colorants. Les premiers auxquels on songe instinctivement sont les colorants qui avec l’alumine forment une laque : ce sont les couleurs d’alizarine (garance artificielle). Mais toute une série d’autres couleurs réussissent tout aussi bien, à condition de suivre les indications du fournisseur.
- Comment agissent ces colorants ? absorption ? attraction électrique ? combinaison chimique ? cette dernière hypothèse paraît la plus probable, en n’oubliant pas que le problème de la teinture, sur étoffe ou autrement, renferme encore bien des mystères. Du reste, on ne pourrait pas employer n’importe quoi, en se disant que l’alumine spongieuse le boira à la manière du buvard : elle en absorberait souvent assez pour être tachée et pas assez pour être teinte.
- On peut enlever la teinture et la recommencer immédiatement, à condition de ne pas détériorer la couche d’alumipe colorable, L’eau de Javel au centième réussit bien ; mais on emploie aussi des acides forts, ou même des bains semblables au « Corector ». C’est qu’en effet on peut avoir à recommencer des pièces teintes irrégulièrement et qu’on ne saurait livrer ainsi. Mais il y a aussi le cas où l’on veut obtenir plusieurs couleurs : après avoir mis partout une des couleurs (la plus claire de préférence) on enduit d’un adhésif la surface à conserver dans cette couleur ; alors on décolore, on rince et on trempe dans l’autre teinte. Il ne reste plus qu’à enlever l’adhésif et à faire le finissage. Toutefois ces opérations ne sont pas de tout repos, car il y a toujours tendance aux bavures, puisque l’alumine se comporte un peu comme un buvard.
- 2° Coloration directe. — Un procédé moins couple est la coloration obtenue directement dans l’oxydation anodique, lorsque certains bains sont employés avec tel alliage déterminé. C’est très solide à la lumière, mais les teintes sont moins intéressantes ; la couleur est due soit à la composition de l’alliage (teinte grise sur alliage Zicral, qui contient cuivre, manganèse, chrome et zinc), soit au bain (gris perle obtenu sur aluminium pur par un bain chromique à 40°, la teinte passant au bleu si on opère à 80° ; blanc émail sur aluminium pur en ajoutant au bain un sel .de titane). Un cas spécialement intéressant est celui d’un bain d’acide oxalique à 6 g par litre sur courant alternatif 6 ampères au décimètre carré : il donne des teintes jaunes et bronzées sur aluminium et ses alliages jusqu’à 5 pour 100 de magnésium et surtout sur les alliages au magnésium et zinc ; ce bain a un autre avantage, c’est de teindre des pièces coulées, qui viendraient mal en teinture par colorants (la théorie de ces teintes est complexe et un peu obscure).
- 3° Autres procédés. — Citons encore les essais de coloration par cataphorèse, c’est-à-dire par transport électrique de particules non électrolysables ; et des colorations minérales par imprégnation de pigments métalliques agissant soit seuls soit par double décomposition. Ils ne sont pas encore de pratique industrielle courante.
- 1. Leur succès même nous vaut l’invasion de pacotille peu soignée et d’imitations par vernissage dépourvu de solidité. Il en résulte parfois du discrédit injustifié ; mais il reste que ces couleurs ne sont pas faites pour être exposées constamment au grand soleil.
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- Fixage. — Il faut enfin fixer, c’est-à-dire rendre la couche inaltérable et, de préférence, plus dure ; dès lors elle ne se tache plus.
- Il y a d’abord un fixage spontané qui se produit en quelques heures et se termine en quelques jours : la surface s’hydrate et cristallise ; le gonflement qui en résulte bouche les pores de la couche d’alumine (cette action est d’ailleurs superficielle). Certains industriels s’en contentent et s’en disent satisfaits.
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- Avivage. — Enfin, pour terminer les pièces on les débarrasse de leur couche superficielle pulvérulente. Le colmatage aux sels hydrolyses permet un nettoyage facile avec une simple éponge imbibée d’eau. Dans d’autres cas, on utilise le tampon rotatif en flanelle ; ou même on frotte au blanc d’Espagne.
- Cette technique schématisée est souvent simplifiée ; certaines phases, en effet, peuvent parfois être supprimées, et le même bain
- Fig. 2. — Un atelier d’oxydation anodique.
- On préfère généralement fixer à l’eau bouillante, en quelques minutes.
- On emploie encore la fixation par des sels hydrolysables, et aussi par le silicate de soude pour les pièces où l’alumine est très poreuse.
- On colmate aussi par des huiles, des cires, de la lanoline, des graisses, des laques, des bakélites.
- peut avoir deux actions différentes : par exemple, décapage tant que le courant est coupé, puis oxydation dès que le courant passe.
- Les méthodes industrielles ne sont pas encore stabilisées en quelques types limités ; on en est encore à la période d’effervescence où se multiplient les tentatives variées, et aucun livre technique n’a donné jusqu’ici l’ensemble des moyens d’oxydation anodique. Paul Dapsence.
- Une langue morte
- En 1911, la dernière fois que le recensement décennal des Iles Britanniques tint compte de cette question linguistique, les Irlandais qui ne parlaient que le gaélique étaient au nombre de 16 873, soit 0,39 pour 100 de la population totale ; ils vivaient dans la partie la plus désolée de l’île : sur sa rive occidentale. Le vieil idiome celtique se classait parmi les langues mortes.
- Dès son avènement, en 1920, l’État libre d’Irlande (Saorstat Eiremanri) entreprit de le ressusciter. Son enseignement devint obligatoire. Tous les fonctionnaires furent tenus de le parler et de l’écrire, et avec eux, les gens de loi : notaires, avoués, avocats. Les membres, du gouvernement donnèrent l’exemple en gaélisant leurs noms. Le Ministre des Postes et Télégraphes, Ernest Blythe, signa désormais Earnàn de Blaghd ; le Ministre de la Guerre, Desmond Fitzgerald devint Deasmhumhan Mac Gea-railt ; le Ministre de l’Agriculture, Patrick Hogan, échangea ses noms contre Pàadraig O’hogain, et le reste à l’avenant.
- L’année dernière, le président de l’Eire proclamait dans un discours électoral qu’il fallait en finir avec l’anglais, que tous les
- peut-ell e revivre ?
- bons citoyens ne devaient plus parler que la langue nationale ; mais force lui a été d’admettre récemment devant le Dail (Chambre des Communes) que les limites du Gaeltacht (l’ensemble des régions où l’on parle le gaél) se rétrécissaient rapidement et que l’anglais restait, pour la majorité du peuple, la langue préférée.
- Une expérience s’est montrée décisive. En 1938, le gouvernement fit choix d’un certain nombre de familles dans cette région occidentale où l’usage du gaélique n’avait jamais cessé et leur accorda des terres dans l’est de l’île. Ce fut dans le comté de Meath, réputé pour sa fertilité, que la colonie se groupa. On espérait que sa présence inciterait les autres paysans à l’étude de l’idiome national ; et ce fut le contraire qui se produisit. Les fils et les filles des immigrants s’empressèrent d’apprendre l’anglais ; beaucoup s’engagèrent pour la durée de la guerre dans les usines d’armement de la Grande-Bretagne. Les parents, qui se sentaient dépaysés, demandèrent qu’on les ramenât sur leurs vieilles et pauvres fermes.
- V. F.
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- LA " RECONSTRUCTION " DE LA HOUILLE BLANCHE
- II. - LES USINES NOUVELLES L'usine de L'Aigle.
- Le barrage de L’Aigle est situé sur la Dordogne, à 25 km en aval du barrage de Marèges, à la limite des départements
- Fig. 1. — Construction du barrage de L’Aigle, sur la moyenne Dordogne.
- En haut, la section curieusement distordue de l’un des déversoirs en saut de ski ; au-dessous, l’usine, en forme de rotonde. A droite, une vidange
- est ouverte.
- de la Corrèze et du Cantal, à n km de Mauriac, sur la ligne de Paris à Aurillac par Montluçon.
- Les caractéristiques hydrologiques du bassin sont les suivantes : surface du bassin versant, 3 270 km2; débit moyen 86 m3
- 1. Voir La Nature, n° 3118 du 15 août 1946.
- par seconde; débit d’étiage 6 m3 ; débit de crue maximum (septembre 1866), 1 9C0 m3 par seconde.
- La gorge de la Dordogne, profonde de 000 m, est creusée dans des gneiss très homogènes, « réinjectés « par des quartz. L’emplacement situé auprès du rocher de L’Aigle, est rétréci par un éperon rocheux à parois verticales, sur la rive gauche. L’idée directrice du projet est la concentration des ouvrages : barrages, usine et évacuateurs de crues ont été groupés en un seul bloc. Le déversoir en « saut de ski » est une solution originale, adoptée maintenant couramment dans d’autres projets français; les érosions produites par la lame déversante sont repoussées loin du pied du barrage, qui se'trouve ainsi à l’abri de tout risque; la forme de la lame déversante peut être modelée à volonté par modification des formes du tremplin. A L’Aigle, ce tremplin a été étudié,pour rassembler les points de chute dans l’axe du lit, en les étalant en longueur, afin de diminuer la puissance d’érosion.
- Le barrage est du type mixte, poids-voûte. Il résiste à la poussée de l’eau par son poids, aidé par la réaction latérale des rives. Le parement amont est un cylindre vertical; le parement aval est un conoïde dont les génératrices se tromrent dans des plans verticaux rayonnant autour de l’axe du parement amont; les sections horizontales ont ainsi une épaisseur croissante de la clé aux naissances.
- La hauteur maximum du barrage est de 90 m, avec 290 m de longueur de couronnement; l’épaisseur à la crête est de 5,5o m, l’épaisseur à la base de 45 m, et le volume de béton de 240 000 m3.
- Le niveau normal de la retenue est de 342 m, cote du Nivellement général de la France; sa capacité totale est de 200 mil-liens de mètres cubes, la capacité « utile » étant de 160 millions de mètres cubes pour une variation de niveau de la cote 3ii à la cote 342. La longueur du lac artificiel est de 25 km et l’énergie emmagasinable de 25 millions de kWh.
- Déversoirs en « saut de ski ». — L’évacuation des crues se fait par-dessus le barrage et l’usine, la capacité totale de l’évacuation, en y ajoutant les vidanges et les turbines, atteignant 4 5oo m3 par seconde, ce qui représente plus du double de la crue de 1866.
- L’eau, canalisée par deux bâches déversantes sur le parement du barrage, est contrôlée par deux vannes à secteur de 12 m sur 11 m, et guidée jusque sur le toit de l’usine — comportant en ce point une épaisseur de béton de 3 m, en vue de supporter la poussée de l’eau et de résister à des attaques aériennes —, puis lancée horizontalement vers l’aval. Les observations de plusieurs années sur le déversoir de Marèges montrent que l’érosion se trouve ainsi concentrée à une bonne distance des œuvres vives de la construction, celle-ci 11’ayant, d’autre part, nullement à souffrir du passage d’une lame ainsi projetée par glissement, même lorsqu’elle est de très grande puissance.
- Par ailleurs, s’il y a toute la place voulue sur le couronne-
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- ment d’un barrage pour y placer des rannes et y entonner les eaux de crue, il est beaucoup moins commode de les recevoir au fond de la gorge toujours étroite et occupée, ici, sur une rive par la route d’accès. Il est donc nécessaire de réduire l’encombrement de ces énormes masses d’eau lorsqu’elles retombent dans le lit de la rivière la solution consiste à les redresser verticalement et à les étaler en longueur et en hauteur et non en largeur. A cet effet, la coupe du tremplin, en plan, est biaise, de manière à produire une première torsion du jet; de plus, l’extrémité la plus aval est relevée en forme de cuiller pour accentuer cet effet de torsion et d’étalement du jet dans le sens vertical. Le coursier des déversoirs déborde largement la façade de l’usine, afin de la soustraire aux paquets d’eau qui risqueraient de l’atteindre aux allures de déversement réduites, lorsque la vitesse du jet n’est pas suffisante pour chasser l’eau au loin. La forme des évacua-teurs de L’Aigle fut l’objet de minutieuses études sur modèle au i/5ô; ces études permirent d’obtenir un écoulement régulier de la lame sans vibrations, ressauts, cavitation ni turbulence avant le saut dans l’espace.
- La vidange est assurée par deux conduites de 2,5o m de dia-
- d’eau passe par-dessus t’usine et va s’amortir en aval.
- mètre pouvant débiter 275 m3 par seconde; les prises d’eau comportent une vanne de tête à chenille de 4 m x 4,70 m, suivie d’une conduite forcée de diamètre 4,70 m livrant passage à un débit de 75 m3 par seconde.
- L’usine, construite au pied du barrage, est circulaire; le développement de la salle des machines atteint ainsi 80 m, ce plan polaire permettant une bonne répartition des appareils ; à la périphérie, des groupes générateurs; vers le centre, des groupes auxiliaires et des tableaux.
- L’équipement électro - mécanique comporte quatre groupes principaux comprenant chacun une turbine Francis à axe vertical de 70 000 ch sous 80 m de chute nette, et un alternateur de 60 000 kVA tournant à 187,5 tours par minute, fournissant du courant à 12 000 Y; un groupe générateur auxiliaire à turbine de 8 000 ch entraîne un alternateur de 7 000 kVA.
- Barrage
- de Saint-Étienne Cantalès.
- Sur la Cère, ont été précédemment équipées les chutes de Lama-tivie et de Laval-de-Cère, dont l’ensemble présente aujourd’hui les ca-
- Fig. 3. — Le formidable déversement d’une crue de la Cère par le double saut de ski de Saint-Étienne Cantalès, en décembre 1944.
- La masse
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- Fig. 4. — Coupe du barrage-usine de Saint-Étienne Cantalès.
- ractéristiques suivantes : chute brutale 260 m, puissance maximum 58 000 kW ; production moyenne annuelle 200 millions de kWh. Du fait du régime pluvio-océanique de la région, ces deux chutes ont dés productions variables, maxima en hiver, minima en été; c’est pourquoi le programme d’aménagement de la Cère prévoyait, dès l’origine, la régularisation de cette rivière par la construction du barrage de Saint-Ëtienne-Can-talès.
- La cote de retenue a été limitée par la présence de la voie ferrée d’Aurillac à Figeac, qui franchit la vallée à 6 km en amont, à Ribeyres, à 55 m au-dessus du niveau d’étiage, sur un viaduc métallique à une voie de 310 m de longueur. Il n’était pas possible de dépasser, pour le plan d’eau, la cote inférieure du tablier, soit 520 m; on se réserva une « revanche » d’environ 0 m, en limitant la cote normale de retenue au niveau 517. Le système de protection pour les piles a consisté à les noyer avec du béton.
- Le barrage est du type mixte : poids-voûte déversant, rassemblant en un seul bloc le barrage, l’usine et le déversoir, suivant le principe mis au point par M. Coyne.
- Les caractéristiques de ce barrage sont les suivantes : cote de retenue 510 m, cote minimum des fondations 446 m,, hauteur maximum 71 m, longueur en crête 270 m, rayon de courbure du parement amont x5o m, cube de béton i4o 000 m3. Le barrage a été exécuté en béton plastique vibré, des joints verticaux plans, disposés suivant les rayons du barrage et espacés de i4 m sur le parement amont découpant l’ouvrage en claveaux, qui ont été injectés après refroidissement au moyen d’un coulis de ciment sous pression.
- L’usine, située au pied du barrage sous le déversoir de crue, suivant la disposition adoptée à L’Aigle, comporte un bâtiment des machines de 5o m sur i4 m, offrant en principe trois emplacements pour des groupes à axe vertical de 25 000 kW ; deux groupes ont été installés pour commencer, le troisième emplacement étant laissé en attente. Chacun des groupes est alimenté par une conduite forcée de 4,i5 m de diamètre traversant le barrage.
- L’évacuateur de crues, du type à « saut de ski », comporte deux pertuis de u,5o m de largeur sur 7,70 m de hauteur au-dessous du niveau normal; le profil en travers du barrage au droit des vannes a été déterminé de façon à éviter tout décollement de la lame et toute cavitation. Ce profil est prolongé par une doucine située sur le toit de l’usine, l’eau étant ensuite rejetée en chute libre. La technique de ce système d’évacuation est aujourd’hui suffisamment sûre pour que l’on ait pu continuer les travaux de l’usine malgré la forte crue du i5 janvier 1943, l’eau passant au-dessus de la tête des ouvriers.
- Bassin de compensation. — A 2 km en
- aval de Saint-Ëtienne-Can talés, au lieu dit Nepes, on achève actuellement en un point resserré de la vallée, un petit barrage régulateur d’environ i5 m de hauteur. Ce barrage créera un bassin de compensation de 2 3oo 000 m3, dont la retenue viendra mourir au pied du grand barrage. Il permettra, sans perte d’eau, de concentrer sur 6 h le débit maximum turbinable par la Centrale du barrage, tout en restituant aux chutes inférieures un débit plus régularisé et adapté à leur capacité d’absorption.
- Le barrage de Nepes comporte une partie centrale de 70 m de longueur, constituée par 7 voûtes cylindriques en béton armé de o,4o m d’épaisseur inclinées à 45° sur l’horizontale.
- . Le rôle du barrage-usine de Saint-Ëtienne-Can talés, complété par le barrage régulateur de Nepes, est triplé. Il crée une chute fournissant, grâce au bassin de compensation, de la puissance d’appoint, notamment en hiver, saison où les secteurs de distribution sont particulièrement chargés; il régularise la production actuelle (25o millions de kWh) des deux chutes aval de Lama-livie et de Laval-de-Cère; enfin, il fournit à ces deux chutes la possibilité de produire un supplément d’énergie, en leur restituant en étiage des eaux surabondantes d’hiver qu’elle auraient été obligées de déverser sans pouvoir les turbiner. La puissance et l’énergie hydro-électrique annuelle qu’il sera possible de
- Fig. 5. — Saint-Étienne Cantalès, groupes 1 et 2.
- Seules, les excitatrices sont visibles ; les alternateurs et les turbines sont aux étages inférieurs (v. flg. 4).
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- tirer en moyenne de toute cette section de la vallée de la Cère sont évaluées respectivement à i45 ooo kW et 4?5 millions de kWh.
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- Ainsi, se trouve réparé et développé l’équipement hydro-électrique de la France. Il va fournir un nouvel appoint d’énergie pour la reprise des activités techniques et économiques du pays, si nécessaire après la léthargie des années d’occupation allemande. La France va ainsi retrouver une bonne partie des ressources qu’elle avait perdues et repartir dans la voie où elle s’était engagée avant la guerre de la mise en exploitation progressive de ses forces motrices hydrauliques qui suppléent si heureusement à sa pénurie de combustibles solides.
- Pierre Devaux,
- Ancien Elève de l’Ecole Polytechnique.
- Encres
- pour stylographes
- à séchage instantané
- Aujourd’hui, l’Américain peut se procurer, avec certificat de garantie, des stylos qu’on ne remplit qu’une fois tous les deux ans. On trouve également à New-York des stylos garnis d’une encre qui sèche instantanément, ce qui permet d’écrire aussi bien sur le papier que sur les tissus et même dans l’eau. Ces encres ne se congèlent pas, même aux plus basses températures, ne s’évaporent pas aux hautes altitudes et on peut s’en servir à bord des avions stratospbériques. Nous ne citerons pas tous les autres progrès d’ordre mécanique ou décoratif qui font des derniers modèles de porte-plumes réservoirs américains de véritables petites merveilles, mais nous dirons quelques mots de la nouvelle encre dont la mise au point a nécessité des recherches très étendues.
- Les deux problèmes que pose la réalisation d’une encre à séchage instantané ont trait au réglage de la fluidité de l’encre et au choix du colorant.
- Fluidité et colmatage. —- Il faut que l’encre ne soit pas trop fluide pour ne pas couler hors du réservoir, quand on se sert su porte-plume, ou qu’on le pose sur un bureau. Il est également indispensable que l’encre ne s’évapore pas rapidement, car elle boucherait l’orifice par lequel se fait l’alimentation de la plume.
- Ces premières conditions éliminent l’idée qui vient à l’esprit d’employer un solvant volatil.
- On s’est tourné vers une autre solution reposant sur le choix d’encres pénétrant instantanément dans les fibres cellulosiques de la feuille de papier. Un grand pouvoir de pénétration dans les fibres peut être communiqué à un liquide par l’addition de produits tensio-actifs, constitués par exemple par des solvants organiques, non volatils et miscibles à l’eau. Malheureusement, ces produits ont en général un grave défaut : s’ils facilitent la pénétration rapide de l’encre dans un feutre de fibres cellulosiques, cette pénétration se fait aussi bien en profondeur que latéralement, de telle sorte que l’écriture, en s’étalant, devient illisible. Il a fallu trouver des encres pénétrant dans les fibres cellulosiques
- sans s’étaler et les résultats les meilleurs ont été obtenus en employant des produits contenant un alcali caustique.
- Les chimistes de l’industrie textile et de la teinturerie savent que la soude caustique et même le produit moins caustique qu’est le carbonate de soude gonflent le coton, comme la cellulose et la cellulose régénérée des rayonnes, en facilitant l’absorption et la fixation des colorants. Si l’action du produit caustique est suffisamment prolongée, il y a mercérisation du coton et ce dernier acquiert une plus grande affinité pour les colorants substantifs.
- Il n’est donc pas étonnant qu’on ait songé à utiliser ce phénomène dans le but de faciliter la pénétration de l’encre dans le papier. Cette idée n’est pas nouvelle et dès 1912, on la trouvait décrite dans certains formulaires qui donnaient une méthode de préparation d’encre caustique, à base de carbonate de potassium. Beaucoup plus tard, vers 1926, différents brevets furent déposés sur la préparation d’encres contenant un alcali libre et des colorants substantifs.
- Malheureusement, aucun des produits décrits dans ces brevets ne trouva d’application pratique, car les encres ainsi préparées présentaient de nombreux défauts : les stylographes remplis de ces encres fuyaient, les forces capillaires réglant l’écoulement de l’encre dans le porte-plume étant trop faible ; l’alcali contenu dans l’encre attaquait la pointe d’osmium soudée à la plume en or, la colle servant à fixer le sac de caoutchouc contenant l’encre et le porte-plume lui-même qui, à cette époque, était souvent fabriqué en nitrocellulose ; les colorants étaient insuffisamment stables pour supporter un séjour prolongé dans un milieu très caustique.
- Un premier progrès fut réalisé lorsqu’on parvint à régulariser l’écoulement de l’encre par l’addition d’agents de flottation, comme par exemple le xanthate d’amyle. L’addition d’un agent de flottation, en augmentant l’angle de contact que fait l’encre sur l’alliage constituant la plume, réduit l’étalement de l’encre sur la plume. D’autre part, le papier ne boit plus quand on ajoute à.
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- l’encre une très faible proportion d’un produit colloïdal tel que l’amidon de maïs.
- La carbonatation de la soude caustique par le gaz carbonique de l’air entraîne le colmatage de l’orifice d’alimentation. Après des recherches approfondies faisant appel amx théories les plus modernes de la chimie colloïdale, on constata que cette absorption du gaz carbonique de l’air par les encres caustiques peut être empêchée par l’addition à l’encre d’agents tensio-actifs à longue chaîne. Cette observation repose sur des recherches anciennes de Langmuir et de ses collaborateurs qui ont montré que ces molécules à longue chaîne se réunissent à la surface du liquide en prenant une structure orientée. Si l’on ajoute à l’encre une petite proportion d’un acide gras ou d’un alcool gras, l’extrémité polaire
- Groupe non
- Groupe polaire . COOHouCHGH
- Encre alcaline
- Fig. 1. — Schéma d’une couche monomoléculaire de molécules bipolaires.
- de ces molécules, c’est-à-dire la fonction acide ou la fonction alcool est dirigée vers le liquide, tandis que la fonction non polaire constituée d’une extrémité de chaîne d’un hydrocarbure, est dirigée vers l’extérieur (fig. 1). La surface de l’encre se trouve tapissée d’une rangée de molécules l’isolant de l’air. Il faut une quantité très faible de matière tensio-active pour recouvrir la surface de l’encre d’une pellicule inonomoléculaire insensible au gaz carbo-rtique de l’air.
- Choix du colorant. — Un problème tout aussi important fut celui du choix du colorant. Aucune encre contenant un colorant organique ne peut être considérée comme permanente, pouvant supporter pendant plusieurs années l’action de l’air et de la lumière. Les encres ordinaires contiennent des sels de métaux lourds formant des oxydes colorés et l’écriture subsiste par la présence de ces oxydes bien après que le colorant organique ajouté à l’encre a disparu. Les oxydes de fer ont été le plus souvent utilisés.
- Mais il est bien évident qu’on ne peut préparer une encre alca-
- line contenant un sel de fer. On a envisagé l’emploi d’un méta-vanadate d’ammonium pour donner aux encres caustiques la permanence désirée. Les composés de vanadium ont l’avantage de former des composés colorés avec l’acide gallique, ce qui permet de restaurer une encre affaiblie par exposition prolongée à la lumière ou à l’air.
- Le choix du colorant a été très difficile à établir. Les colorants que l’on utilise pour la teinture des fibres cellulosiques sont employés en général en milieu acide, neutre ou très faiblement alcalin, sauf les colorants à la cuve. On se heurta à trois difficultés principales : variation de la teinte du colorant suivant le pH, hydrolyse de la molécule du colorant sous l’influence du milieu caustique et disparition de la coloration, enfin oxydation du colorant, lorsque celui-ci était abandonné dans une bouteille entamée. Enfin, le colorant ne doit pas être lavable, c’est-à-dire soluble dans l’eau ; il doit par conséquent appartenir à ce que l’on appelle la catégorie des colorants substantifs.
- Parmi ces colorants, le groupe le plus important est sans contredit celui des colorants azoïques et c’est effectivement dans cette catégorie qu’on choisit les encres à séchage instantané. Plus d’un millier de colorants azoïques ont été préparés par synthèse, mais ils ne donnent pas toutes les teintes désirées. Il est difficile, par exemple, de trouver dans cette classe des produits de coloration bleu verdâtre et on a cherché dans le groupe des phtalocyanines solubles dans l’eau des produits satisfaisants. Toutefois, ces colorants manquent de substantivité et il a parfois été nécessaire de modifier leur structure en vue d’obtenir la permanence nécessaire et le brillant désiré. C’est à ce groupe de colorants qu’appartiennent les produits utilisés pour la fabrication du bleu brillant ou du vert brillant, ce dernier obtenu par mélange de bleu de phtalo-cyanine et d’un colorant azoïque jaune. Par contre, le bleu royal standard, les colorants noirs et les produits utilisés pour la fabrication des encres violettes, rouges et jaunes, sont choisis dans le groupe des colorants azoïques.
- Les encres alcalines sont très corrosives pour les stylographes de fabrication courante. Il a fallu trouver non seulement des alliages spéciaux capables de résister à l’action des alcalis caustiques, pour constituer l’extrémité de la plume et remplacer la nitrocel-lulose, l’ébonite et les matières plastiques couramment employées pour la fabrication du porte-plume lui-même, par des produits plus résistants. On a surtout fait usage de résines de métacrylate de méthyle qui, à côté de leur résistance parfaite à de nombreux agents chimiques, possèdent également une transparence et une limpidité absolues et nous rappellerons que c’est ce produit qui, sous le nom de Plexiglas, a trouvé des applications considérables dans la construction aéronautique.
- G. Génin,
- Ingénieur E. P. C. I.
- NOS LECTEURS NOUS ÉCRIVENT :
- A propos des champignons
- M. J. Crapez, ingénieur, nous rappelle qu’il conviendrait de rapprocher des recherches actuelles sur la pénicilline, la streptomycine et autres produits extraits des champignons pour empêcher les pullulations microbiennes, les études faites au début de ce siècle sur la fermentation alcoolique des sucres au moyen de mucédinées.
- Le docteur Calmette, alors directeur de l’Institut Pasteur de Saigon, avait étudié les procédés indigènes de fabrication de l’alcool de riz. Les Indochinois l’obtiennent au moyen d’une « levure chinoise » qui se présente sous forme de petites tablettes et qui est une culture d’une Mucorinée que Calmette dénomma Amylomyces Rouxii. Le rendement en alcool est supérieur à celui qu’in obtient des levures européennes.
- Des échantillons de cet Amylomyces furent envoyés à un distillateur du Nord, M. Collette, qui l’essaya avec l’aide de son chimiste, M. Boidin. Les premiers résultats ne furent pas satis-
- antagonistes des bactéries.
- faisants ; la levure chinoise était impure et contenait d’autres ferments introduits dans les cuves par les moûts et, par l’air. On décida de stériliser les moûts et on obtint alors un excellent rendement, avec une très faible acidité.
- M. Bodin découvrit d’autres mucors ayant des actions définies utilisables dans la pratique et M. Delemar, son adjoint, isola une autre souche, le « mucor Delemar.», supérieur à celui de Cai-mette.
- Toutes ces recherches aboutirent au procédé « Amylo » que suivit le procédé « Boulard ».
- La supériorité des mucors tient à la pureté de la fermentation qui augmente le rendement et donne un alcool bon goût, sans fermentations accessoires. On peut se demander aujourd’hui-s’ih n’agissent pas comme la pénicilline par effet bactériostatique, en empêchant la pullulation des bactéries indésirables.
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- Les invasions
- Parmi toutes les grandes invasions, il n’en est pas de plus extraordinaire que celle d’un petit Rongeur boréal, un peu moins gros qu’un Rat, le Lemming (Lemmus lemmus). En Scan-'dinavie, les Lemmings vivent dans les montagnes du sud et dans les toundras beaucoup plus au nord. Certaines années, ils pullulent et se mettent en route sur de très longs parcours. Ils ne forment pas de bandes compactes, mais voyagent individuellement, en grands nombres. On les voit alors quitter leurs habitats, partir en ligne droite et marcher infatigablement sur de très longues distances, surtout la nuit. Rien ne les arrête : rencontrent-ils un lac ou un fleuve, ils se mettent à l’eau et traversent lourdement, péniblement ; arrivent-ils à une île, ils s’y entassent, détruisant tout et de nouveaux arrivants viennent sans cesse y atterrir ; s’ils heurtent une barque, ils y grimpent, s’y rassemblent jusqu’à ce qu’elle coule sous leur poids. En 1868, un vapeur du fjord de Troudjhem, marchant à pleine vitesse, traversa pendant un. quart d’heure une purée de Lemmings qui franchissaient le fjord. Quand ils arrivent au bord de la mer, ils se mettent à l’eau, vers le large. Certains atteignent ainsi jusqu’aux îles Lofoden ; on en a vu sur des pointes de rochers où aucune nourriture n’était possible. Beaucoup se noient, épuisés, soit dans l’Atlantique, soit dans la Baltique.
- Curieuses migrations-
- En 1862, on en vit dans l’université d’Oslo, montant les escaliers en granit arrivant au vestibule du musée d’histoire naturelle, et en 1876, à Arendal, les services de nettoiement eurent fort à faire pour ramasser tous les cadavres tués par les chats de la ville. A certains moments, les Lemmings morts en mer, ramenés à la côte par les courants, forment un cordon continu à mer basse et empuantissent l’air. Dans certains endroits, leurs corps s’entassent dans un fossé plein d’eau jusqu’à le combler.
- De si extraordinaires migrations ont suscité de nombreuses curiosités. On les avait observées dès le .moyen âge et l’on y avait vu une calamité du ciel, comparable aux sauterelles et à la peste. En 1522, Ziegler en entendit parler à Rome par des évêques norvégiens et il écrivit en 1532 que les Lemmings tombent du ciel avec la pluie. Olaüs Magnus, en 1555, répéta cette histoire et même la figura (flg. 1). La vérité ne fut connue que plus d’un siècle après et elle est si étonnante qu’on ne cesse de s’y intéresser, puisque deux ouvrages récents (*) lui sont encore en partie consacrés.
- 1. Chopard, Bf.rtin, Berlioz et Laurent. Les migrations animales. Gallimard, Paris, 1942.
- Elton^ Voles, Mice and Lemmings. Clarendon Press, Oxford, 1942.
- Fig. 1. — La pluie de Lemmings, vue par Olaüs Magnus ( 1555).
- D’après Laurent, Les migrations animales. Gallimard, Paris, 1942.
- de Lemmings
- Ou a pu délimiter dans la presqu’île Scandinave cinq aires d’habitat du Lemming : le Finmark et le ÎNordland au nord, le Jemt-land, le Dovre Field et le Télémark au sud (fig. 2), On y trouve constamment des animaux qui n’émigrent pas, mais se reprodui-
- lovrefield
- —Chnstiansarn
- Fig. 2. — Les aires d’habitat du Lemming en Scandinavie et les directions des migrations.
- D’après Laurent, Les migrations animales. Gallimard, Paris, 1942. ,
- sent abondamment et créent certaines années un excédent de population qui ne trouve plus à se nourrir. Cet excédent est conditionné par les épidémies qui déciment l’espèce et les facteurs climatériques qui favorisent ou empêchent la pullulation. Chaque année, de petits déplacements locaux se produisent, mais lorsque la densité de la population a atteint un certain taux, la grande migration se produit à la fin de l’été, parfois suivie d’une autre plus faible au printemps suivant. Après quoi, l’espèce ne compte plus qu’un petit nombre d’individus restés sur place qui vont bientôt recommencer à pulluler.
- Les hordes qui émigrent sont composées de jeunes de l’année auxquels ne se mêlent que de rares adultes. Ces jeunes sont bien plus nombreux que d’habitude, puisque le Lemming qui n’a ordinairement que deux portées par an en a quatre l’année de pullulation, et que chaque portée est alors de 6 à 8 nouveau-nés au lieu de 5, chiffre normal. Quelle peut bien être la cause de ce surcroît de fécondité ?
- Les années à Lemmings.
- Les années à Lemmings se répètent actuellement tous les quatre ans, tant en Scandinavie qu’au Groenland et au Canada. Au milieu du xixe siècle, elles semblent avoir été plus fréquentes et avoir été observées tons les deux ou trois ans.
- Ces Lemmings ont de nombreux ennemis : Hermines, Renards polaires, Oiseaux de proie, si bien que ceux-ci deviennent plus nombreux les années de pullulations. Mais, chose curieuse, leur nombre augmente avant que les migrations soient déclanchées, comme si une même cause agissait sur la prolifération de tous les êtres. On a observé le fait chez des animaux très divers : la Musaraigne carrelet, le Coq de bruyère, plusieurs Passereaux et même un Papillon, qui n’ont aucun rapport avec le Rongeur.
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- Sud de Norvège
- § 20.000
- ^ c5 10.000
- Fig. 3. — Les années à Lemmings.
- A, au Canada, d’après les fourrures de Renard arctique ; B, dans le Sud de la Norvège. — D’après Elton, 1925.
- Quoi qu’il en soit, on peut connaître assez exactement le rythme des migrations de Lemmings par les fluctuations de la chasse aux Renards polaires qui s’en nourrissent, enregistrées dans les statistiques des fourrures vendues par les trappeurs. Elton a pu ainsi tracer le graphique ci-joint (fig. 3) où l’on voit la concordance observée sur les deux rives de l’Atlantique.
- Beaucoup d’autres Rongeurs montrent aussi des fluctuations de nombre : les Campagnols, les Rats, les Écureuils, les Lapins, etc., mais aucun ne présente une rythmicité si régulière ni des phénomènes si surprenants. Il reste encore beaucoup à observer et à expérimenter avant d’avoir la clé d’un pareil mystère, intéressant pour la biologie générale autant que pour la psychologie comparée.
- Préparation
- des collections de Coléoptères.
- Nous venons de prendre connaissance des nouvelles techniques pour la préparation et la préservation des collections d’insectes, particulièrement des Coléoptères, que M. J. Manson Valen-tine, du Bureau d’Entomologie de l’U. S. Department of Agriculture a publiées en 1942 (Smithsonian Miscellaneous Collections, vol. 103, n° 6). Elles diffèrent sensiblement des procédés classiques habituellement recommandés dans les ouvrages de techniques zoologiques et présentent sur plusieurs points de sensibles progrès. Nous les résumerons brièvement.
- Mise à mort. — D’une manière générale il vaut mieux tuer les insectes par des vapeurs toxiques que par immersion dans un liquide. Le procédé au cyanure, généralement préconisé, provoque un moindre relâchement que les deux suivants.
- a) Tétrachlorure de carbone. — Dans un large flacon, on place des bandes de caouchouc élastique imbibées de tétrachlorure qu’elles retiennent fort longtemps, ou encore du papier froissé qu’on asperge de tétrachlorure. R faut mettre assez peu de liquide pour que les insectes ne soient pas mouillés mais seulement en contact avec une atmosphère chargée de vapeurs. On les y laisse au moins 24 heures. Ils meurent bien étendus et quand on les dégraissera ensuite à l’éther, leurs organes génitaux gonflés feront extrusion, facilitant l’étude des caractères spécifiques.
- b) Ether acétique. — Mieux encore sont les vapeurs d’éther préconisées par Bolivar. On remplit à moitié le flacon collecteur de copeaux ou de débris de liège qu’on arrose de quelques gouttes d’éther, sans en laisser suffisamment pour mouiller. Pour les petites espèces, on remplace le liège par des tampons de papier ou de coton ; on peut aussi couler dans le fond du flacon une galette de plâtre qu’on sèche au four et qu’on imbibe d’éther après complet refroidissement. Les insectes y meurent rapidement, sans se débattre, conservent leurs couleurs et restent complètement relâchés.
- Dégraissage. — Les insectes tués doivent être parfaitement dégraissés par immersions répétées dans l’éther jusqu’à ce que le liquide ne se colore plus en jaune. Gela est particulièrement important pour les gros Coléoptères : Carabides, Cicindèles, Scarabées et ne doit être évité que pour les insectes fragiles, à écailles pulvérulentes tels que certains Buprestes, Curculions, etc. L’insecte dégraissé puis séché est beaucoup plus flexible et plus brillant ; il peut être ensuite collé sur papier sans le tacher ; enfin, ceux tués an tétrachlorure de carbone gonflent tellement dans l’éther que leurs genitalia sortent, évitant une laborieuse dissection.
- D’autres solvants des graisses : chloroforme, benzène, xylène, pourraient être employés, mais ne présentent pas les mêmes avantages.
- Montage. — Au sortir du bain d’éther, les insectes sont placés sur une plaque de verre, les pattes, les ailes, les antennes sont mises en bonne place au moyen d’une pince. Puis on les pose sur une feuille transparente d’acétate de cellulose de bonne qualité où on les colle au moyen d’une goutte de vernis cellulosique. Ce vernis dissous dans l’éther sèche vite, dissous dans l’acétate d’amyle il reste plus visqueux et sèche plus lentement, laissant du temps pour arranger la position des appendices. On coupe les plaques d’acétate de cellulose de façon à laisser une bande libre où l’on inscrira le nom d’espèce, le lieu et la date de capture et où l’on piquera l’épingle qui portera le tout dans la boîte à collection. Au mieux, on réunit sur une même plaque les divers échantillons d’une même espèce. Une goutte d’éther suffit pour décoller l’insecte quand on veut l’examiner à la loupe ou au microscope.
- Les petits individus peuvent être inclus dans un vernis cellulosique, entre une feuille de bristol et une lamelle de verre couvre-objet.
- Pour beaucoup d’insectes, une boîte à collection idéale est fournie par les étuis métalliques de 50 cigarettes.
- Ramollissement. — Il arrive que les pièces montées durcissent et deviennent fragiles, ne permettant plus le décollage et l’examen sur toutes les faces ou les dissections. M. Herbert S. Barber a composé à l’U. S. National Muséum un mélange qui porte son nom et qui rend instantanément plastiques les spécimens anciens, graisseux, englués de vernis. Le liquide de Barber est ainsi composé :
- Alcool à 95 pour 100 ....................... 265
- Eau ........................................ 245
- Ether ....................................... 95
- Benzène .................................. 35
- Si le liquide conservé louchit, il suffit d’y ajouter lentement un peu d’alcool, puis de l’agiter pour qu’il retrouve sa transparence. On peut aussi employer le chloroforme qui rend les appendices souples et mobiles.
- Les entomologistes ont là de nouveaux moyens de préparer de belles collections.
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- Les cristaux synthétiques et les appareils d'optique
- Le développement constant de l’optique nécessite un approvisionnement de plus en plus important en matériaux spéciaux appropriés aux diverses techniques.
- On ne trouve pas dans la gamme des verres, les qualités requises pour le montage de nombre d’appareils maintenant d’utilisation courante, aussi bien au laboratoire que dans l’industrie.
- On avait pensé mettre à profit la transparence parfaite et les propriétés optiques spéciales de certaines matières plastiques. L’expérience a montré qu’elles n’étaient utilisables que pour les lentilles minces, les verres de lunettes par exemple. Les polysty-rols sont transparents à l’ultra-violet, ont un indice de réfraction élevé et une forte dispersion ; ils auraient été intéressants pour l’établissement de grands prismes. Malheureusement on ne peut les obtenir homogènes optiquement aux dimensions voulues. Des tensions internes perturbent le passage des radiations et les rendent inutilisables. La stabilité moléculaire de ces polymères n’est pas comparable à celle des cristaux dont la structure est d’équilibre parfait.
- L’emploi des cristaux naturels : calcite, fluorine, quartz est classique en optique. Malheureusement les grands cristaux exempts de défauts sont rares. L’industrie peut s’approvisionner facilement pour les lentilles de petite taille, mais pour les prismes de polarisation ou des spectrographes qui sont demandés en dimensions de plus en plus grandes, afin d’augmenter la luminosité des appareils, il a fallu revenir aux cristaux obtenus artificiellement.
- En France, M. Wyart, professeur de Minéralogie à la Sorbonne, a obtenu des résultats des plus intéressants.
- La fabrication
- des grands cristaux synthétiques.
- Aux États-Unis, la fabrication des grands cristaux synthétiques est maintenant du domaine industriel, elle s’inspire de la technique de Stockbarger, celle-ci a été précisée par M. H. C. Kre-mers de la Harshaw Chemical Cy à Cleveland, Ohio (U. S. A.).
- On utilise un four chauffé électriquement, formé de deux corps cylindriques superposés séparés par un diaphragme en platine à ouverture circulaire. Un creuset cylindrique en platine reçoit le sel à cristalliser. Le compartiment supérieur du four est porté à une température dépassant le point de fusion du sel, sans excès toutefois pour éviter la vaporisation. On y place le creuset. Le compartiment inférieur est maintenu à une température légèrement plus basse que le point de fusion du sel.
- Quand la fusion complète est obtenue dans le compartiment supérieur, le creuset est très lentement descendu à travers le diaphragme dans le compartiment inférieur. La cristallisation commence au niveau de séparation des deux zones. Sa vitesse est réglée par celle de la descente du creuset qui doit toujours être très lente.
- Les creusets sont en platine mince : 0,0702 à 0,1524 mm d’épaisseur.
- Quand la cristallisation est complète, le bloc est recuit pendant huit à dix jours par chauffage à une température inférieure de 50° au point de fusion.
- On laisse refroidir lentement et complètement le bloc monocristallin ainsi obtenu puis on procède au démoulage. On atteint ainsi des diamètres d’une vingtaine de centimètres. Il semble difficile de dépasser 30 centimètres.
- Pour l’appareillage optique destiné à travailler en ultra-violet on a préparé des cristaux en fluorure de lithium jusqu’à 4 kg,
- destinés à remplacer la fluorine. Ce sel, sensiblement insoluble dans l’eau, a un indice de réfraction d’environ 1,4. Il transmet l’ultra-vio1 et jusqu’à 1 100 Angstroms. Le sel très pur atteint 1 050 A.
- La spectrographie en infra-rouge a pris une importance croissante. On est parvenu à étendre la sensibilité des plaques photographiques jusqu’à 13 500 A C1) ce qui a largement contribué à l’expansion de cette technique. Pour l’optique en infra-rouge, on a produit des blocs de chlorure de sodium dépassant 11 kg. dans lesquels on peut tailler des prismes à 60° à faces de 12 à 15 cm. La perméabilité est meilleure que ce!Je des cristaux de sel gemme naturels. On a pu obtenir dans les dimensions analogues des blocs de bromure et d’iodure de potassium.
- Le spath d’Islande utilisé pour les appareils de polarisation est devenu extrêmement rare. Le monde entier était fourni par quelques géodes qui s’épuisent rapidement. Il a fallu rechercher des produits de remplacement. Le polaroïd obtenu par orientation, par des procédés spéciaux, de petits cristaux d’un sel de quinine a permis l’équipement de certains types d’appareils mais il ne convient pas à toutes les techniques. La préparation synthétique des grands cristaux permet de remplacer le spath par le nitrate de sodium. D’une manière générale les sels à cristalliser doivent être soumis à une haute purification. Pour le nitrate de soude l’élimination des impuretés est particulièrement délicate, on n’y peut parvenir par les méthodes ordinaires de cristallisations successives. Il faut opérer par recristallisations du sel fondu. D’autre part le bas point de fusion du nitrate de sodium 308° C rend difficile l’obtention des grands cristaux.
- Les écarts d’indices des rayons ordinaires et extraordinaires sont plus élevés pour le nitrate de sodium que pour le spath :
- No = 1,5848 Ne = 1,3360
- pour le nitrate de sodium (raie D du sodium) ;
- No = 1.65835 Ne - 1.48641
- pour le spath (raie D du sodium).
- La taille des grands cristaux synthétiques demande quelques précautions. Le fluorure de lithium doit être inclus dans le plâtre. Le découpage est fait par une lame de cuivre enduite de pâte d’émeri fin. Le polissage est poursuivi à l’oxyde d’étain ou de titane, l’opération est menée lentement et avec précaution afin d’éviter les éclats se détachant par clivage.
- Les cristaux de sels solubles dans l’eau sont découpés au moyen d’un fil de coton saturé d’eau et chauffé électriquement avant de pénétrer dans la masse.
- Un intérêt particulier s’attache au quartz synthétique dont les cristaux ont trouvé un important débouché pour les dispositifs piézo-électriques employés en radio, à la stabilisation des longueurs d’onde et pour la production des ultra-sons.
- La méthode de Spezia par cristallisation de silice dans un bain de métasilicate de sodium et de chlorure de sodium fondus demande des mois pour l’obtention de cristaux relativement petits et n’a jamais été réalisée industriellement.
- Les recherches se poursuivent dans les laboratoires américains mais rien de précis n’a été publié sur les résultats obtenus.
- 1. Cette limite sera peut-être encore reculée, mais de peu, car les sensibilisateurs (néocyanines) sont d’autant moins stables que s’allonge la chaîne métliinique. Les difficultés de conservation des émulsions augmentent d’autant.
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- Par contre des renseignements tenus secrets pendant la guerre viennent d’être publies sur les grands cristaux de chlorure d’argent. Ils peuvent être obtenus à une assez grande rapidité, en une huitaine de jours par la technique décrite ci-dessus. La descente du creuset peut être réglée à l/'2o de pouce par heure.
- Ces cristaux de chlorure d’argent sont très transparents aux rayons infra-rouges et permettent d’établir des lentilles, des prismes pour la spectrométrie.
- Ils étaient- employés pendant la guerre pour des appareils de détection d’avions, de navires, de tanks ennemis, pendant la nuit.
- Ces méthodes ont mis à la disposition des constructeurs des cristaux artificiels de grande taille et de haute pureté.
- Une fois de plus, l’habileté des techniciens a su pallier aux insuffisances des produits naturels.
- Lucien Perruche,
- Docteur de l'Université de Paris.
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- reste abondante et précise.
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- Bonne mise au point de ces produits nés de la guerre qui commencent à devenir industriels et conslituent un lien inittendu entre la chimie minérale et l’organique.
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- Que de complications dans le calendrier, l’almanach, qui doit régler le temps, en jours, mois et années, sur la rotation de la Terre, celui des semaines et des l’êtes mobiles sur les mouvements de la Lune, et ne pas sc décaler au cours des siècles. Calendriers lunaires, calendriers solaires : julien, grégorien, républicain, successivement rectifiés, décalés, ajustés pour que les grandes dates de l'année : Noël, Pâques restent en leur saison, qu’on puisse les calculer et les prévoir. Celte histoire passionnante montre les derniers défauts qui subsistent et appelle une nouvelle réforme qui aboutira au calendrier universel et perpétuel.
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- Le gérant : G. Masson. — masson et cle éditeurs, paris. — dépôt légal : 3* * * * * 6 trimestre 1946, n° 288. BARNÉOUD FRÈRES ET Cle IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 5i2. — 8-1946.
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- SOMMAIRE
- Le percement du Mont Blanc, par A. GALLET........... 273
- Les pagures et leur coquille, parE.RABAUD........... 277
- L’expédition arctique canadienne, par V. FORBIN . . . 280
- Le ciel en octobre 1946, par L. RUDAUX.............. 282
- Le service « Télex », par D. FAUGERAS............ 283
- Deux aliments toxiques : les œufs de barbeaux et les
- faînes du hêtre, par P.-E. MORHARDT............ 287
- Les livres nouveaux.............................. 288
- LE PERCEMENT DU
- MONT BLANC
- N° 3120 15 Septembre 1946
- Le Numéro 15 francs
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- 274
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- (3 842 m), du Tacul (3 444 m), les Grandes-Jorasses (4 208 m), les Aiguilles du Drû (3 754 m), Verte (4 121 m), etc., ainsi que d’imposants glaciers parmi lesquels on peut citer ceux des Bossons, de Bionnassay, de Miage, de la Brenva, du Géant, de Leschaux, de Talèfre, d’Argentière, etc., sans oublier la légendaire Mer de Glace de 7 km de long.
- Dans son ensemble, ce massif gigantesque est principalement formé de schistes cristallins. En outre, c’est également l’un des plus importants massifs glaciaires de la chaîne des Alpes.
- Et c’est ce massif formidable que l’on entend percer de part en part afin de relier directement par une voie accessible à tous les véhicules mécaniques, la vallée de Chamonix, dans notre belle province dé Savoie, à celle, non moins pittoresque, d’Aoste, sur le versant opposé du géant des Alpes.
- Dans l’avenir, c’est par cette voie que s’établira la grande relation internationale « Paris-Rome ».
- LEGENDE
- Nouvelle route du Mont-Blanc Autres routes Voies ferrées (1m.) Téléphériques
- Fig. 2. — Le tracé de la nouvelle route du Mont Blanc.
- Le percement du massif du mont Blanc était un projet déjà ancien puisque la première étude remonterait à 1870. En 1879, le Gouvernement français envoya dans la vallée d’Aoste une commission de techniciens pour étudier sur place les possibilités de percée du massif du côté italien. A cette époque lointaine, il 11’était question que d’établir un souterrain destiné au passage d’une voie ferrée devant faciliter le transit entre Paris et Turin. Ce souterrain fut d’ailleurs réalisé un peu plus tard entre le mont Cenis et le mont Thabor, sous la pointe de Fréjus; la longueur de celui-ci atteint près de i4 km.
- Or, le massif du mont Blanc permet la construction d’un ouvrage souterrain d’une longueur quelque peu inférieure à celui du Fréjus (Mont-Cenis) ; ici le tunnel n’excéderait pas 12 km 1/ 2.
- Comme chacun le sait, le massif môme du mont Blanc, l’un des plus puissants massifs des Alpes occidentales, couvre une superficie globale de 420 km2 entre les vallées de l’Arve et du Bonnant, sur le versant français, et celles de l’Allée-Blanche et de Ferret, sur le versant italien. D’une longueur de 53 km, d’une largeur moyenne variant de 10 à i4 km, lé massif du mont Blanc atteint en son point culminant 4 807 m (cote Vallot).
- Le mont Blanc, véritable coupole de glace tapissée de neiges éternelles et sommet le plus élevé d’Europe, est également entouré de hautes cîmes : Dôme (4 3o4 m) et Aiguille du Goûter (3 835 m), mont Maudit (4 465 m), mont Blanc du Tacul (4 248 m),
- Aiguilles du Géant (4 oi3 m), du Midi
- La percée du mont Blanc, cette entreprise vraiment audacieuse, est actuellement en voie de réalisation.
- Du côté italien, les travaux ont commencé au début de la seconde quinzaine de mai dernier. Ceux-ci occuperont environ 1 800 ouvriers sur les chantiers. Du côté français, certaines études se poursuivent sur les lieux, mais, à ce jour, les travaux n’ont pas encore reçu un commencement d’exécution.
- Sur le versant de Chamonix, c’est quelque peu en aval du hameau des Barats (1 o4o m) et non loin du torrent de l’Arve, à 1 km 5oo du centre de notre grande station alpestre, sur le chemin vicinal des Pèlerins, qui conduit à la station de départ du téléférique de l’Aiguille du Midi, que s’amorcerait la rampe d’accès au souterrain.
- Cette rampe, d’une longueur atteignant près de 5 km, serait constituée par un grand lacet.
- Le souterrain, sur le versant français, aurait son origine à la cote x 3xo, vers le Sud-Sud-Est de Chamonix, à la base nord de l’Aiguille de Blailière qui s’élève à 3 522 m.
- Fig. 3. — Massif du Mont Blanc. La chaîne des aiguilles de Chamonix.
- 1. Aiguille de Blaitière (3 522 m) à la base de laquelle sera percé le tunnel routier. — 2. Aiguille du Midi (3 842 m). — 3. Col supérieur du Midi (3 650-m) où s’érigera, à la cote 3 610, la station supérieure du nouveau téléférique. Au premier plan, le téléférique Planpraz-Brévent (2 525 m).
- (Ph. Sté téléférique Chamonix-Brévent).
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- Fig. 5. — Versant italien du Mont'Blanc.
- Dans le Val d’Aoste, la route de Courmayeur (1 228 m) et Entrêves (1 300 m) où aboutira le
- tunnel routier.
- D’une longueur totale, d’après le dernier projet retenu, de 12 km 420, le souterrain comprendrait deux galeries parallèles creusées à un faible intervalle. La ligné de faîte de ce double tunnel routier se situerait approximativement en son centre, à la cote 1 38o, où les galeries communiqueraient entre elles. C’est ici que l’on enregistrerait la différence maximum de niveau qui serait de l’ordre de 34o m. En ce même point, un poste de relais et de secours serait édifié. Les travaux de percement doivent être exécutés à l’aide de perforatrices des plus modernes et d’une grande puissance et selon les méthodes les plus récentes. Cependant, il faudra certainement compter plusieurs années avant l’ouverture définitive du double souterrain.
- Sur le versant italien, la sortie du tunnel routier se situerait à la cote 1 3o4, non loin du hameau v^ldôtain d’Entrèves (1 3oo m) et à la base même du massif du mont Blanc, au pied du col du Géant (ait. 3 369 m) qui se situe lui-même entre l’Aiguille de Tour-Ronde (3 792 m) et celle du Géant (4 oi3 m).
- L’issue du souterrain sur le Val d’Aoste se trouverait à 17 km 420 du point où s’amorcerait en territoire français la nouvelle voie routière, c’est-à-dire aux Barats, dans la vallée de Chamonix. Sur le versant opposé, la nouvelle « route du mont Blanc » se prolongerait également sur quelques kilomètres au delà d’Entrèves. Elle viendrait se souder, à la sortie de Courmayeur (1 228 m), le « Chamonix italien », à la route qui, descendant sur Pré-Saint-Didier, va rejoindre celle d’Aoste au Petit-Saint-Bernard.
- La route du mont Blanc aurait ainsi son point terminus au km 21,420 depuis son origine.
- Dans peu d’années, Chamonix et Courmayeur se trouveront donc reliés directement par route et ce sera seulement un trajet inférieur à 23 km qu’auront alors à effectuer ceux qui voudront se rendre rapidement d’un des deux centres alpins
- Fig. 4. — Vallée de Chamonix vers la Mer de glace et l'Aiguille verte
- (4 121 m).
- C’est en un point, masqué ici par les sapins, que se situera l’entrée du souterrain sous le Mont-Blanc.
- (Ph. Foudard, Louhans).
- (Ph. Ch. de fer italiens de l’Etat).
- précités à l’autre tandis qu’à l’heure actuelle, il faut encore compter par route, entre Chamonix et Courmayeur, i46 km 2 par Argentière, Vallorcine, Trient, dans le Valais suisse, le col de la Forclaz, Martigny, Orsières, le col du Grand-Saint-Bernard (2 467 m), Saint-Rhémy et Aoste, ou, 176 km 5 par Sainl-Gervais-les-Bains, Megève, Flumet, Albertville, Moûtiers-Taren-taise, Bourg-Saint-Maurice et le col du Petit-Saint-Bernard (2 i36 m). Or, il est à noter ici que les cols des Grand et Petit-Saint-Bernard, dont l’altitude est déjà relativement élevée, sont impraticables en hiver et au printemps pendant la longue période de l’enneigement.
- En l’occurrence, nous préciserons que le tunnel routier serait accessible à toute époque de l’année, ses rampes d’accès et les issues du souterrain devant être régulièrement déblayées des neiges par de puissants appareils « chasse-neige » et des dispositifs spéciaux. De ce fait, les relations entre la France et l’Italie du Nord se trouveront grandement facilitées.
- Ajoutons que la voie routière « Chamonix-Courmayeur » serait doublée d’une voie ferrée, à écartement normal de 1 m 445 et électrifiée par caténaire, qui serait établie parallèlement à la roule sur les 21 km 1/2 du parcours. Il y aurait deux voies à l’intérieur du souterrain et un garage serait prévu à Entrèves. En outre, deux gares seraient aménagées : l’une, à Chamonix (Les Barats) ; l’autre, à la sortie du bourg de Courmayeur. Cette voie ferrée serait principalement destinée à assurer le transport d’un certain nombre de voitures de tourisme afin d’éviter le plus possible à l’intérieur des tunnels les émanations de gaz toxiques. Signalons toutefois que le double souterrain du mont Blanc sera puissamment ventilé.
- Enfin, en ce qui concerne le financement de cette oeuvre grandiose, nous savons que, du côté italien, les capitaux nécessaires sont réunis.
- Indubitablement, la France, de son côté, participera pour une assez large part au coût élevé de premier établissement de cette double voie : routière et ferroviaire.
- Pour l’exploitation future, une société par actions franco-italienne serait constituée.
- Comme il est aisé de le prévoir, un droit de « péage » serait
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- Simplon (Ligne C. F. F. Lausanne-Brigue-Milan). .... 19 km 731
- Saint-Gothard (Ligne C. F. F.
- - Bâle-Zurich-Chiasso).......... 14 km 944
- Loëtschberg (Ligne B. L. S. Berne-Thoune-Brigue) ...... 14 km 612
- Fréjus (Ligne du mont Cenis Mo-dané-Bardonnèche-Oulx-Turin) . 13 km 636
- Arlberg (Haut-Tyrol autricliien.
- — Ligne d’Innsbrück) .... 10 km 248
- Col de Tende (Ligne Nice-Coni). 8 km 098
- Tous ces tunnels assurent un gros trafic ferroviaire. Le tunnel routier sous le mont Blanc ne sera pas moins fréquenté.
- Sur le plan touristique comme sur celui économique, l’équipement de la région de Chamonix se poursuit activement.
- Nous citerons d’abord l’ouverture à l’exploitation au cours même de cet été de la section de téléférique Les Glaciers (2 4oo m)-Col du Midi (3 610 m), qui est la plus élevée d’Europe affectée au transport des. touristes (x). Par ailleurs, deux téléfériques dont
- la construction, doit être entreprise incessam-Fig. 6. — La sortie de Courmayeur ment, assureraient, l’un, au départ des Praz-
- où la nouvelle voie routière du Mont Blanc doit avoir son point terminus. de-Ohamonix la desserte du belvédère de la
- (Pft. Ch. de fer italiens de l’Etat). Flégère (1 877 m), l’autre, d’Argentière, celle
- perçu par véhicule et par voyageur. On adopterait un système se rapprochant sensiblement de celui appliqué sur la « route automobile du Puy-de-Dôme » qui, depuis un certain nombre d’années remplace l’archaïque chemin de fer à crémaillère d’autrefois, et ce système donnerait satisfaction tant à l’usager qu’à l’exploitant.
- Pour achever cette brève étude, nous donnerons, à titre com-
- du plateau de Lognan (2 o4i m). Un dernier téléférique relierait, dans un avenir prochain, la station des Tines, entre les Praz et Argentière, à la Mer de Glace (1 909 m).
- Un projet, encore plus hardi, consisterait en l’aménagement d’un barrage sur l’Arve en aval du village des Mouches situé seulement à 7 km de Chamonix même.
- André Gallet.
- paralif, la longueur des grands tunnels ferroviaires « transalpins )) : 1. La Nature, n° du 15 juillet 1946.
- Nouveaux insecticides de contact.
- Après le D. D. T. dont on a tant parlé, d’autres insecticides de synthèse ont vu le jour dont M. J. R. Busvine, du département d’entomologie de l’École d’hygiène et de médecine tropicale de Londres vient de passer la revue dans Rature après les avoir essayés.
- Le plus efficace semble être le « gammexane », gamma hexa-chlorocyclohexan.e, étudié en France et préparé également en Angleterre par les Impérial Chemical Industries.
- Les Allemands ont produit par réaction du benzène sur le chlo-robenzène et le chloral un liquide brun visqueux, dénommé « lau-seto », plus aisé à émulsifier que le D. D. T., et un autre composé fluoré dénommé « Gix » qui est un p-fluorphényl-trichloréthane, mais tous deux semblent assez peu actifs. Ils ont aussi réalisé sous le nom de « lauseto neu » un chiorophényl-chloraméthyl-sulfone, cristallisé et sans odeur, mais peu soluble.
- Les Américains ont préparé un autre corps, le <c D. D. D. » ou «.T. D. E. » qui est un p-clilorophényl-dichloréthane, moins toxique que le D. D. T. pour l’homme et les mammifères.
- M. Busvine a essayé ces divers produits, soit en pulvérisations après dissolution dans une huile minérale, soit en poudrages après mélange avec du kaolin, sur des puces et des punaises et leur a trouvé les efficacités suivantes exprimées en concentrations léthales pour cent :
- Pulvérisations Poudrages
- Puces, Punaises Puces Punaises
- Hexachlorocyclohexane . 0.016. ^ ' 0:051 0',005 0,015
- Lanseto neu 0.1 0,2 0,2 0,6
- D. D T 0,3 0,53 0 4 0,5
- D. D, D 0,9 1,2 2,4 1,0
- Lanselo 1,2 —
- Gix 1,4 5,0 1.2 3,0
- Il y a encore beaucoup d’études à entreprendre sur ces nouveaux insecticides synthétiques pour aboutir au plus actif sur les parasites, au moins toxique pour l’homme et au moins malodorant.
- Congrès de l'énergie du vent.
- Ce Congrès se tiendra à Carcassonne du 21 au 24 septembre. Il traitera des différents aspects de cette question : aéromoteurs, supports, pompage, source d’électricité, accumulation et transmission d’énergie, etc.
- S’adresser au Comité du vent, services du génie rural, 32, rue Aimé-Ramon, Carcassonne (Aude).
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- LES
- PAGURES ET LEUR COQUILLE
- Peut-être s’étonnera-t-on que l’on revienne sur un sujet qui paraît, depuis longtemps, épuisé. Chacun connaît ces Crustacés singuliers qui habitent une coquille de Mollusque gastéro-pode et la traînent constamment avec eux (fig. 1). Leur conformation semble très exactement adaptée à ce mode d’existence.
- Les particularités de cette conformation ressortent d’une comparaison avec d'autres Crustacés décapodes, les Macroures (Écrevisse, Homard, Langoustine, etc.). Ceux-ci ont un corps entièrement symétrique, revêtu d’un tégument dur, fortement calcifié. Ce corps comprend deux parties principales, le céphalo-thorax et l’abdomen. Le thorax est d’une seule pièce, il porte divers appendices, notamment 5 paires de pattes locomotrices ; la première est, le plus habituellement, terminée par une pince. L’abdomen, allongé, est segmenté ; entre les segments, le tégument ' demeure souple. Dès lors, les segments jouent lés uns sur les autres ; néanmoins, leurs mouvements sont limités à la flexion èt à l’extension dans le plan vertical ; les mouvements horizon-1 taux et les possibilités d’extension ou de contraction font défaut. 'L’abdomen porte des appendices, souvent peu développés ; il se termine par un segment en forme de palette, le telson', flanqué de deux appendices, de même forme, les uropodes. De ces Macroures, les uns vivent en pleine eau, les autres passent une partie de leur existence dans des anfractuosités diverses, voire enfouis dans le sable.
- Les Pagures extraits de leurs coquilles font, avec ces Macroures, un contraste frappant (fig. 2). L’apparence du céphalo-thorax est normale, bien que le tégument du tiers postérieur soit relativement souple et que les deux dernières paires de pattes soient très courtes et très grêles. En revanche, l’apparence de l’abdomèn est spéciale. Son volume relatif est nettement supérieur à celui de l’abdomen d’un Macroure ; la segmentation est à peine marquée. Revêtu d’un tégument souple, peu calcifié, il est extrêmement mobile ; il s’allonge’, se raccourcit, s’infléchit un peu dans tous les sens par des mouvements de circumduction. Au repos, il s’enroule en déviant légèrement vers la droite. Ses appendices sont très réduits du côté gauche et manquent entièrement du côté droit. Seuls persistent les uropodes, étroits, grêles, fortement calcifiés. Le telson lui-même, également calcifié, est peu développé.
- En outre, une dissection permet de constater qu’une importante
- Fig. 1. — Le Bernard VHermite (Pagurus bernhardus) dans sa coquille.
- L’animal repose, par sa face ventrale, sur le bord inférieur de la coquille, qui correspond à la Un de la columelle (d’après R. Perrier).
- partie des viscères, notamment les glandes sexuelles, .normalement intra-thoraciques, sont dans l’abdomen, massées du côté gauche. -
- Ces caractéristiques si nettes ont, depuis longtemps, retenu l’attention des observateurs. La souplesse de l’abdomen et son enroulement dextre leur ont paru s’accorder avec le séjour continu dans une coquille de gastéropode, elle-même enroulée en, spire dextre. Dans la réduction du telson, des uropodes, et leur calcification, ils voient une disposition permettant au Crustacé de s’accrocher à la coquille. Quant à la disparition des appendices abdominaux, à droite, elle résulterait du frottement constant de ce côté de l’abclomen contre l’axe de la coquille, la columelle. A ce propos, on signale que le telson est légèrement asymétrique et que l’uropode droit est plus court que le gauche. En outre, la face externe de ces uropodes, vers leur extrémité libre, est rugueuse ; en frottant contre la paroi de la coquille elle aiderait l’animal à se maintenir. Enfin, la
- migration des viscères proviendrait du renversement des proportions du céphalo-thorax et de l’abdomen ; leur disposition asymétrique correspondrait à l’enroulement autour de la columelle.
- (d’après R. Perrier).
- L’ensemble de cette interprétation implique donc que l’abdomen s’enroule sur la columelle par son côté droit ; le côté gauche ne prendrait avec la paroi opposée qu’un faible contact, et la face ventrale reposerait sur la lame spirale qui va grandissant, en tournant de gauche à droite, du sommet vers l’orifice.
- Les Pagures offriraient donc un remarquable exemple de l'adaptation des formes aux conditions de l’existence, exemple classique sur lequel les zoologistes insistent avec complaisance. L’explication du phénomène soulève pourtant quelques difficultés théoriques. Tous ces caractères adaptatifs, ou supposés tels, appartiennent, en effet, aux adultes seuls. Les larves sont symétriques et nagent en pleine eau. Sans cesser de vivre dans ces conditions, elles deviennent asymétriques à un moment donné, tombent alors sur le fond et acquièrent l’aspect adulte, avant d’avoir pris contact avec une coquille. Il faudrait donc admettre, et telle est l’explication actuellement fournie, que la conformation acquise par l’adulte et devenue héréditaire, a passé à la larve au cours des générations par un processus d'anticipation embry o génique.
- Malheureusement, la preuve en est faite, les caractères ainsi acquis par l’adulte ne sont pas héréditaires ; et l’hypothèse d’anticipation embryogénique est dénuée de fondement. Toute discussion à cet égard paraît fort inutile. L’explication n’est donc pas là.
- Certains faits, d’ailleurs, ne paraissent guère s’accorder avec elle. Plusieurs naturalistes, notamment E. L. Bouvier et P. Marchai, ont constaté qu’un Pagure quelconque, habituellement logé dans une coquille dextre, s’installe aussi bien dans une coquille senestre. J’en ai vu occuper un tube de verre rectiligne. Ils
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- s’installent également dans les coquilles artificielles en verre que j’ai fait construire pour mes expériences (x) (fig. 3). On constate alors, entre autres choses, que le sens de la spire n’a vraiment aucune importance. De plus, quand un Pagure mis à nu rencontre une coquille, il l’embrasse avec' ses pattes thoraciques, et l’abdomen se livre à des mouvements en tous sens. Cette étendue des mouvements n’indique pas, au contraire, une disposition asymétrique des muscles abdominaux. Et, en effet, les muscles extenseurs forment un anneau continu, sous le tégument, d’importance égale sur tout le pourtour, tandis que les fléchisseurs forment une masse, légèrement asymétrique, qui occupe la partie inférieure de la cavité abdominale. Cette disposition, que j’ai mise en évidence, indique bien que le Pagure habite une coquille dextre, non par nécessité de conformation, mais parce que ces coquilles sont l’immense majorité. En réalité, le Pagure possède les moyens de s’installer ailleurs, en dépit de son asymétrie. Ces faits ne cadrent guère avec l’interprétation courante.
- Celle-ci a été construite en partant des dispositions anatomiques, hâtivement rapprochées du sens de l’enroulement des coquilles dextres. Nul ne s’est avisé d’examiner quelle est la
- Fig. 3. — Une coquille artificielle en verre pour observer le Pagure dans son habitat.
- position véritable du Pagure dans la coquille. Évidemment, cette position est masquée par des parois épaisses. Mais ne pourrait-on pratiquer quelques « jours » dans ces parois ? Le Crustacé ee prête à merveille à cette opération. Sans déplacer l’animal, sans le blesser, mais en le bloquant avec le pouce, je découpe, avec une pince coupante, les tours de spire. Je constate alors que le Pagure s’enroule sur la'columelle, non par le côté droit de l’abdomen, mais par la face ventrale. Le côté droit regarde en haut et touche à peine la paroi, tandis que le côté gauche regarde en bas et s’appuie contre la paroi : la position vraie s’écarte donc de 90° de la position supposée (fig. 4 à 6).
- Que reste-t-il alors de l’interprétation courante ? Le frottement s’exerce, s’il s’exerce, à gauche et non à droite ; ce sont les appendices abdominaux gauches qui auraient dû disparaître, et non les droits. L’asymétrie, dans son ensemble, ne dépend donc pas d’une action mécanique.
- Avec la coquille ajourée, procédons à une expérience. Saisissant le Pagure par les pattes thoraciques, exerçons sur lui une forte traction. L’animal résiste, et si bien qu’en insistant, nous arracherions le thorax, laissant l’abdomen en place. Sont-ce les uropodes qui s’accrochent à la paroi ? Nous constatons que ces
- 1. Pour les détails, voir : Recherches sur l’adaptation et le comportement des Pagures, Archives de Zoologie expérimentale, t. 82, 1941.
- uropodes n’entrent pas en jeu à ce moment. Mieux encore, nous pouvons soulever sans effort le telson, écarter les uropodes de la paroi : l’animal ne cesse pas de résister à la traction avec la même force ; cette résistance tient, exclusivement, à une puissante contraction des muscles fléchisseurs de l’abdomen. On constate de visu cet effort de contraction avec la coquille en verre, aux parois glissantes, qui n’offrent aucun moyen d’accrochage.
- Une contraction bien moindre suffit à maintenir la coquille, quand le Pagure se déplace dans les conditions normales. Logé dans un tube de verre rectiligne dépourvu de toute aspérité capable de donner prise aux uropodes, le Pagure s’arcboute, puis circule sans abandonner le tube.
- Les muscles fléchisseurs ont donc le rôle essentiel, exclusif même dans les conditions habituelles. Les uropodes, l’un d’eux tout au moins, et le plus court, n’interviennent que rarement, quand le Pagure s’étend longuement en dehors de la coquille : à ce moment l’uropode droit s’accroche souvent à la columelle. Mais, l’éventualité est quasiment exceptionnelle. A l’ordinaire, une partie seulement du céphalo-thorax paraît à l’extérieur, l’abdomen demeure contracté autour de la columelle.
- Ainsi, ni la position du Pagure dans la coquille, ni le mode d’accrochage ne correspondent à l’interprétation classique : l’asymétrie des Pagures n’est donc pas un ajustement de leur conformation à leur manière de vivre. Du même coup, une série de détails perdent tout intérêt, notamment la surface rugueuse du pénultième article des uropodes et des deux dernières paires de pattes thoraciques : contre la surface lisse de la coquille, ces rugosités glissent et ne font pas office de freins.
- La souplesse du tégument abdominal et le déplacement des viscères seraient-ils les seuls témoins de cet ajustement ? Ici, toute expérience directe fait défaut. Mais nous ne manquons pas de moyens d’information.
- Constatons, tout d’abord, que la calcification des téguments ne dépend pas d’tene action locale sur ces téguments. Le calcaire ne s’infiltre pas dans les tissus comme un simple dépôt pétrifiant ; il est absorbé par le Crustacé, avec ses aliments et avec l’eau de mer ; il entre dans l’ensemble des processus de la nutrition générale : à ce titre il est entraîné par le milieu intérieur. Dans ces conditions, il s’infiltre ici ou là, s’accumule en dépôts localisés plus ou moins étendus, non en vertu d’influences locales, mais en conséquence même des résultats de la nutrition générale. Remarquons, d’ailleurs, que l’abdomen des Pagures est constamment en contact immédiat avec l’eau de mer, car les téguments ne s’appliquent pas directement contre la paroi interne de la coquille. Mais il y a plus. Comparons aux Pagures d’autres Crustacés très voisins, vivant ou non dans d’autres conditions ; nous trouverons aisément des dispositions analogues et qui ne sauraient dépendre d’une influence locale. Bien des Crustacés à vie libre ont des téguments peu calcifiés, et l’on se rend compte que la calcification ne gênerait nullement la pénétration dans une coquille. Elle gênerait si l’abdomen s’enroulait latéralement, et tel n’est pas le cas.
- Quant à la migration des viscères, on la constate chez divers Crustacés à vie libre, telle la Squille, dont le céphalo-thorax est réduit et l’abdomen très développé. On la constate chez, d’autres encore.
- En définitive, l’étude expérimentale et comparative ne laisse rien subsister de l’interprétation courante.
- Dès lors, que signifient ces dispositions diverses, qui semblent si caractéristiques d’un accord entre la forme du Crustacé et celle de la coquille qu’il habite ? A cet égard, les faits de développement donnent une indication très précise. Les larves, nous l’avons vu, d’abord symétriques et menant une vie libre, deviennent dissymétriques avant de s’installer dans une coquille. La dissymétrie précède donc l’habitat. En vain, les auteurs expliquent-ils que les modifications morphologiques, acquises par les adultes
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- au cours des générations, ont progressivement passé chez la larve par le processus d’ « anticipation embryogénique », double hypothèse que les faits démentent. Outre que l’hérédité des caractères acquis par l’adulte est controuvée, l’anticipation est imaginaire. Ici, d’ailleurs, elle est sans emploi, puisque la dissymétrie elle-même ne correspond pas à la position vraie, ni même à l’habitat des Pagures.
- En réalité, la dissymétrie est l’une des caractéristiques du développement des Pagures. C’est en suivant, dans le détail, les diverses phases de ce développement que l’on trouverait l’origine du processus. Regardant, en effet, en dehors des Pagures, nous trouvons d’autres animaux dissymétriques, chez lesquels la dissymétrie s’établit indépendamment de toute pression mécanique. Les Mollusques gastéropodes, en particulier, sont très remarquables. Au cours de leur développement, ils deviennent asymétriques et se tordent en une spire. En conséquence de cette asymétrie, ils secrétent une coquille spiralée. Aucune action mécanique ne peut être invoquée à aucun moment de la vie de ces Mollusques. De même, des Annélides, des Spirorbes, sont également asymétriques, en dehors de toute influence mécanique ; et c’est en fonction de leur asymétrie qu’elles secrétent un tube incurvé, à droite ou à gauche selon les espèces.
- Reste alors une question : par quelle influence les Pagures, si curieusement conformés, sont-ils amenés à s’introduire dans une cavité ? Car, il faut bien le dire, la coquille spiralée des gastéropodes est, à coup 6Ûr, la cavité la plus fréquemment adoptée, mais elTe n’est pas la seule.
- A cet égard,, bien des points restent à élucider.
- Deux faits sont actuellement acquis : extraits de leur coquille, les Pagures se comportent comme des animaux fouisseurs ; — ils sont nettement attirés par tout objet relativement volumineux.
- Le fouissement indique une sensibilité très grande des téguments aux excitations du dehors ; ils cessent de fouir, dès que, enfoncés dans le 6able ou dans une cavité quelconque, ils échappent aux excitations.
- Mis en présence d’un caillou, de forme quelconque, de dimensions variant de 2 à S cm. environ, ils s’en approchent, l’enveloppent avec leurs pattes, tandis que l’abdomen s’anime de mouvements en tous sens au contact du caillou. Il est facile d’interpréter ces mouvements et ceux des pattes thoraciques comme traduisant une « exploration » ou une « recherche ».
- Mais divers faits expérimentaux ne permettent pas de s’arrêter à cette interprétation. En aucune façon, d’ailleurs, il ne s’agit d’un ajustement préalable à un certain mode d’existence.
- Un autre point de l’histoire des Pagures retient l’attention.
- Sur la coquille de nombreuses espèces, se fixent divers organismes, en particulier des Anémones de mer. Sur Eupagui'us Pri-deauxi, c’est Adamsia palliata, sur Pagurus bernhardus c’est Sagartia parasitica. Les auteurs considèrent généralement qu’il s’agit d’une association véritable, à profits réciproques : l’Anémone projette des corps urtieants qui contribueraient à la défense du Pagure ; celui-ci, en revanche, abandonnerait quelques reliefs de ses aliments à l’Anémone. Même, au dire des auteurs, quand le Pagure change de coquille, il emporterait avec lui son Anémone.
- La réalité est loin d’être aussi remarquable. Il est certain que le Pagure est très attiré par l’Anémone, qu’il la décolle de son substrat et la charge sur sa coquille. La Sagartie, de son côté, s’accroche directement à la coquille, dans certaines conditions, sans intervention du Pagure, comme elle s’accroche à tout substrat. Mais cela posé, le détail des faits ne s’accorde guère avec l’idée de commensalisme ou de mutualisme. Bien des espèces de Pagures vivent sans Anémones. Même, certaines espèces, tel
- le Bernard l’Ermite, portent ou non des Sagartia, suivant les régions. Pourtant, les « dangers » sont essentiellement comparables en toutes régions. De plus, dans les régions où se trouvent des Sagarties, chaque coquille en porte toujours plus d’une ; 5 ou 6, et même davantage, s’accumulent l’une à côté de l’autre sur un étroit espace. Par suite, elles occupent sur la coquille des situations extrêmement diverses et telles qu’elles sont toutes également incapables d’utiliser les reliefs des repas du Pagure. Il faut aussi remarquer, que la même coquille porte, très souvent, bien d’autres organismes ^Éponges, Tuniciers, Bryozoaires, etc.) auxquels on n’attribue aucune importance au point de vue .lu Pagure : l’Anémone ne paraît pas en avoir davantage. Reste le fait que certains Pagures sont attirés vers certaines Anémones et qu’ils recueillent toutes celles qu’ils rencontrent. Mais on n’aperçoit aucune conséquence utile pour le Pagure.
- Tout animal subit ainsi diverses influences attractives qui n’ont, quant à son existence, aucun intérêt.
- En conclusion, l’histoire des Pagures est un excellent exemple pour l’étude des rapports de la conformation du corps avec le mode
- d’existence de l’animal. Si l’interprétation dominante était exacte, la conformation serait la réplique de la coquille. Mais elle est inexacte, puisque le Pagure s’enroule sur la columelle par sa face ventrale et non par son côté droit. Dès lors, et relativement à l’habitat, la conformation est quelconque, le Pagure reste capable de s’installer dans les cavités de toutes formes et de s'y maintenir.
- Des exemples conduisant aux mêmes conclusions ne manquent pas ; du reste, on peut dire qu’il suffit d’appliquer une méthode rigoureuse à l’étude des prétendues « adaptations » de la forme à la manière de vivre pour aboutir à la même conclusion. En réalité, la forme des animaux, comme celle des plantes, est une conséquence de leur mode de nutrition. Souvent cette forme est indifférente ; parfois aussi elle crée, pour l’être vivant un danger plus ou moins immédiat.
- ÉTIENNE RaBAUD,
- Professeur à la Sorbonne.
- Fig. 5.
- Fig. 6.
- Fig. 4. — Coquille ajourée permettant de voir l’abdomen du Pagure appliqué sur
- la columelle par sa face ventrale.
- Fig. 5. r— Coquille ajourée montrant le Pagure couché sur la columelle par sa face Ventrale. La position des deux yeux révèle bien la position relative.
- Fig. 6. — Coquille ajourée montrant la moitié postérieure de l’abdomen du Pagure couchée sur la columelle par sa face ventrale (d’après nature).
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- L'EXPÉDITION ARCTIQUE CANADIENNE
- Il y a quelques mois, nous avions signale son départ et décrit son organisation ; elle vient d’arriver à Edmonton, capitale de la province d’Alberta, après avoir parcouru dans les solitudes arctiques près de 5 000 km en 81 jours, et en rapportant de précieuses informations sur ces vastes régions qui sont loin d’être complètement explorées. Le précédent voyage « au long cours » accompli dans ces déserts de glace et de neige remontait à 1944, quand deux membres de la célèbre « Police Montée » parcoururent, en traîneaux à chiens, 5 637 km en l’espace de 144 jours. Cette fois, comme nous l’avions dit, la traction animale cédait la place à la traction mécanique — innovation qui n’était pas sans entraîner de graves risques.
- Les véhicules, appelés snowmobiles, sont d’une construction spéciale, assurant aux voyageurs une protection contre les froids les plus rigoureux ; ils sont montés sur 16 roues en boggie ; ils pèsent uniformément 4 t. La pression qu’ils exercent sur le sol n’est que de 2 livres par pouce carré ; leurs pneumatiques laissent sur la neige une empreinte plus faible que le pied d’un homme. Nous apprenons que ce modèle de voiture avait été dessiné pendant la guerre en vue d’un débarquement et d’une invasion en Norvège.
- L’expédition avait reçu le sobriquet de Operation Musk-Ox, allusion au fait qu’elle allait parcourir l’habitat des bœufs musqués. Notons tout de suite qu’elle ne rencontra pas un seul représentant de l’espèce, ce qui confirmerait que celle-ci est en voie d’extinction. On supposait, il y a quelques années, qu’elle comptait encore plusieurs milliers do têtes.
- Le but de l’expédition avait été défini par le gouvernement canadien : elle devait établir comment un homme peut le mieux vivre, travailler et, le cas échéant, combattre dans ces déserts, englobés sous le nom sinistre de Barren Lands (terres nues et désolées). Il lui fallait expérimenter les meilleurs vêtements pour se protéger des grands froids, la quantité de nourriture qui maintient le maximum d’énergie, la façon de mettre à l’épreuve l’épaisseur et la résistance de la glace sur laquelle s’engagent les véhicules, enfin l’équipement de literie le plus efficace.
- Fig. 1.
- — La limite de la végétation dans VArctique, sur le rivage du Grand Lac de l’Ours.
- Du travail pour les cartographes.
- Le rapport préliminaire de l’expédition fait toucher du doigt les problèmes géographiques que présentent ces régions. Sur les cartes les plus modernes, dit-il, on voit s’étaler autour du pôle une immense mer intérieure, alors qu’il ne s’agit que d’un pond (mare) ; les vastes îles qui l’entourent ne sont pas sèches : en réalité, elles sont traversées par de puissantes rivières.
- Ce qui est exact, par contre, c’est l’intensité du froid :
- « Le Nord Gelé n’est pas un mythe, écrit le narrateur. Si vous sortez d’un abri chauffé pour vous plonger dans une atmosphère de 50° F. sous le zéro (environ —45° C.), en l’absence de vent, vous ne sentez le froid qu’au bout de quelques minutes, quand des pointes d’aiguille transpercent vos oreilles laissées à découvert. Si le vent souffle, ce qui est à peu près constant sur les Barren Lands, vous êtes pour ainsi dire congelé instantanément ».
- Des 50 hommes qui ont pris part à l’expédition, il n’en est pas un qui n’ait été /rost-bitten (mordu par le froid) au visage ; pas un qui n’ait ressenti une vive brûlure à la main en touchant un objet métallique ; pas un qui n’ait souffert le martyre en cherchant, en plein air, à boutonner son parka (veste de cuir à F esquimaude) ; et c’est une des découvertes mineures de l’expédition : les boutons devront disparaître des vêtements extérieurs et céder la place à quelque autre système de fermeture.
- L’expérience a démontré que la façon la plus efficace de s’habiller sous le climat arctique est de porter : un gilet de laine h larges mailles, une chemise de flanelle, un sweater de laine tricotée à haute encolure, un caleçon de laine, des culottes de cuir, un parka doublé de velours à côtes, muni d’un capuchon doublé de fourrure, deux écharpes, trois paires de mitaines, deux paires de bas et des bottes de feutre, sur lesquelles on chausse des muhluhs (bottes esquimaudes) de grosse toile; A ces articles s’ajoutent un masque en peau de chamois et des lunettes spéciales qui protègent les yeux des reflets de la neige.
- Les hommes dormaient soit dans des tentes de nylon, où la neige était couverte de peaux de caribou, sur lesquelles on étendait une étoffe isolante, soit dans des iglous, qu’ils avaient appris à construire de leurs propres mains. L’érection d’une de ces huttes de neige leur prenait quatre heures, alors que trois suffisent aux Esquimaux. L’abri une fois dressé, ils se glissaient dans leur sac à coucher, fait de cuir doublé d’édredon, et avaient soin de se déArêtir ; beaucoup dormaient entièrement nus. Cette précaution est indispensable ; pendant la nuit, la transpiration du dormeur se congèlerait dans ses vêtements qui, le lendemain, seraient des carcans de glace.
- La plupart des hommes laissaient croître leur barbe, se contentant de la rafraîchir de temps à autre ; elle abritait parfois des ice-worms ou vers de glace, parasites qui, croit-on, se développent dans les murailles glacées des iglous.
- La nourriture en Arctique.
- L’alimentation des voyageurs était assurée par de petits avions très maniables : des Dako-tas et des Norsemen qui, lorsque les conditions topographiques ne se prêtaient pas à l’atterrissage, laissaient tomber les approvisionnements par parachutes. Tous les vivres devaient être
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- Fig. 2 à 4. — Habitations arctiques.
- A gauche, construction d’une maison de neige ou iglou. — Au-dessous, antique hutte de pierres de la Terre de Victoria. — A droite, tente de peaux, habitation d’été, procédée d’un passage voûté' de blocs de neige.
- ordinaire. C’est ainsi que, certaine nuit, le poste de l’expédition capta, d’une distance de \ 600 km au . Sud, l’appel d’un avion qui demandait à un aérodrome du Kansas la permission d’atterrir.
- La vitesse du convoi ne dépassa jamais 32 km par heure ; elle n’était le plus souvent que de 16. La moyenne pour une bonne journée s’élevait à S0 km. La marche était souvent ralentie ar ce que le narrateur appelle un biind bizzard : une tempête de neige qui bouchait complètement la vue. L’appareil de radar rendait alors de signalés services. An Nord du Grand lac de l’Ours, région très
- dégelés avant consommation. On constata que chaque homme avait besoin de 5 000 calories par jour, alors que la quantité normale n’est que de 3 000 sous les climats froids « ordinaires ».
- Le problème de l’orientation suscita de graves difficultés. Les indications de la boussole sont presque toujours erronées, en raison du voisinage du Pôle Magnétique ; l’aiguille aimantée révèle rarement la direction du Nord. D’autre part, la radio cesse de fonctionner, quand brille l’aurore boréale, phénomène qui se répète presque chaque nuit. Lorsqu’elle n’intervenait pas, les réceptions présentaient une clarté extra-
- Fig. S. — Un Esquimau, son tils et ses chiens.
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- Figr. 6. — Poste par traîneaux dans le district du Mackenzie.
- de nourriture, outre d’autres observations techniques. S’il exprime
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- accidentée, la / snowmobile qui avançait en éclaireur trouva la passe obstruée par une avalanche, sur une longueur de 240 km ; l’équipage travailla sans arrêt pendant 64 heures au dégagement.
- La baie de Danemark, située à près de 500 km à l’intérieur du Cercle arctique, est le point le plus septentrional qu’atteignit l'expédition : elle y subit un froid intense et de violents blizzards. Dans l’intérieur de la Terre de Victoria, elle rencontra des obstacles de nature à lui faire rebrousser chemin . de larges rivières remplies d’une neige « à moitié fondue, à moitié congelée » qui s’attachait aux roues des véhicules comme de la poix. Les hommes ne se tirèrent de ces mauvais pas qu’en suant à grosses gouttes, bien que la température fût de l’ordre de — 50° C. ; la sueur gelait sur les visages.
- Ces bons Esquimaux.
- Le rapport préliminaire couvre d’éloges ces soi-disants sauvages qui sont d’une honnêteté scrupuleuse. Ils auraient pu dérober leur part des vivres que les avions laissaient tomber dans la tempête ; ils n’en firent rien ; au contraire, ils apportaient aux voyageurs les objets qu’ils trouvaient sur la toundra.
- « Ce ne fut, note le narrateur, qu’à partir du moment où nous atteignîmes les régions habitées par l’homme blanc que nous eûmes à déplorer des larcins. Les Esquimaux se contentaient de ramasser les parachutes ; leurs femmes en utilisaient l’étoffe à se faire des bas ».
- Une anecdote est relatée non sans humour. Deux Esquimaux surviennent, au moment où un avion vient d’atterrir. Par signes, on leur demande de prêter la main au déchargement ; et l’un d’eux provoque l’hilarité générale en disant à son compagnon : — Gee ! This guy can't speak English ! Tu vois ! Ce type ne sait pas parler anglais !
- D’où l’on est en droit de conclure que les citoyens du Pôle deviennent quelque peu polyglottes !
- Le chef de la mission, le colonel Baird, un géant dont la taille dépasse deux mètres, achève actuellement son rapport ; il y consignera des chiffres sur la consommation de pétrole, d’huile et
- son admiration pour son personnel qui ne trahit jamais une trace de dépression morale, ses compagnons, interviewés à leur arrivée à Edmonton, lui retournent les compliments.' La camaraderie effaçait les différences hiérarchiques : entre officiers et soldats, on ne s’appelait que par son nom de baptême. Le colonel Patrick T. Baird, qui a 34 ans, géologue de sa profession et familiarisé avec les choses de l’Arctique, ne craignait pas, à l’occasion, de s’exposer au grand froid dans un véhicule découvert ; et, ajoute un de ses soldats, on le voyait souvent à quatre pattes sous une voiture rétive.
- Ce fut grâce à ce magnifique chef que l’horaire prévu dès le départ ne subit que 24 heures de retard. Encore convient-il de l’attribuer au fait que les derniers 160 km furent accomplis par voie ferrée, le colonel voulant épargner aux snowmobiles, construites pour rou^r sur la neige, les inconvénients de routes poussiéreuses et caillouteuses.
- Victor Forbin.
- LE CIEL EN OCTOBRE 1946
- SOLEIL : Du 1er au 31, sa déclinaison s’abaisse de — 3°3' à — 14°0' ; la durée du jour, à Paris, diminue de 11*40“ à 9h55m. — LUNE : Phases : P. Q. le 3 à 9&53m, P. L. le 10 à 20*40“, D. Q. le 17 à 13h28m, N. L. le 24 à 23*32“ ; apogée le 1er, périgée le 13, apogée le 29. Principales occultations (h. p. Paris) : le 6 de 154 B Capricorne (6“,1) im. 22*59“, 6 ; le 14, de 43 Taureau (5m,7) ém. 1*15“,2 ; le 15, de 5 Gémeaux (5m,9) ém. 231t57m,3. Principales conjonctions : le 18, 13*, avec Saturne à 3°o6' N. ; le 27, 11*, avec Vénus à 7°18' N. — PLANETES : Mercure, visible le soir dans la 2e quinzaine du mois, atteint sa plus grande élongation le 31 à 23°33LE. du Soleil; diam.- app. 6",3. Vénus, visible le soir dans le crépuscule, très basse sur l’horizon, plus gr. éclat le 13, diam. app. augmentant de 34”,5 à 58”. Mars pratiquement inobservable, près de sa conj. avec ie Soleil. Jupiter pratiquement inobservable,! en conj, avec' le Soleil le 31. Saturne visible seconde partie de la nuit, dans le Cancer, diam. app. : globe 16”, anneau : grand axe 40",2, petit axe 12 ',7. Uranus visible toute la nuit dans le Taureau, diam. app. 3”,7. Neptune invisible, en conj.
- avec le Soleil ie 2. Conjonctions ; Mercure avec Jupiter, le 10, 12h, à 2°13' S. ; Mercure avec Mars le 21, 1*, à 2°0' S. — LUMIÈRE ZODIACALE : à l’Est, avant le lever du jour, visible les premiers jours du mois et du 25 au 31 ; lueur anti-solaire vers 0*, dans le Bélier. — ÉTOILES FILANTES : à partir du 8 : belle averse possible dés Draconides (radiant dans le Dragon) ; du 16 au 22 Orionides (radiant v Orion). — ÉTOILES VARIABLES : Minima observables d’Algol : le 5 à 2*29“, le 7 à 23h17m, le 10 à 20*5“, le 25 à 4*11“, le 28 à 0*59“. le 30 à 21*49“. Max. de p Lyre : les 7 et 20. Max. de R Andromède le 17, de R Hydre le 20. — ÉTOILE POLAIRE : Passage supérieur au méridien de Paris : le 8 à 0*34“0S (le 16 à 0*2“35s et à 23*58“40s), le 18 à 23*50“48s, le 28 à 23*11“30*.
- L. Rudaux.
- (Heures données en temps universel ; tenir compte des changements introduits par l’heure en usage).
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- LA TÉLÉDACTYLOGRAPHIE EN FRANCE
- LE SERVICE " TÉLEX "
- Un récent décret, paru au titre du Ministère des P. T. T., a rendu publique la création d’un réseau télégraphique, dit « Réseau général Télex ». Cette désignation concerne, en fait, un système de communication télégraphique d’un genre nouveau en France et dont le développement est appelé à s’échelonner sur plusieurs années.
- Le texte officiel prévoit la mise en relation temporaire d’un abonné, disposant à son domicile d’une machine télégraphique d’un type déterminé, et sur la demande de celui-ci, avec un autre
- verte du téléphone, la mise en relation directe sur appel, ou « Commutation »', était de pratique courante dans les réseaux de postes publics desservant, par exemple, des banlieues de grandes agglomérations. Mais il s’agissait de postes utilisant le code morse, donc exploités par un personnel parfaitement entraîné à ce code. La technique télégraphique, depuis sa naissance, s’est toujours orientée vers des appareils de plus en plus rapides, à impression directe des caractères, et, parfois, au détriment de la simplicité de leur manipulation, de façon à utiliser au maximum de rende-
- f
- Cléde FIN Clé d appel
- Transmetteur
- Sens Transmission
- ÔKQ
- Sens "Récepti
- Jack du Standard
- attache méat
- Moteur
- ——VWVVYV—
- Relais de cou (ou de Frise}
- Secteur
- de Ligne d'abonné.
- TÉLÉIMPRIMEUR
- COFFRET
- COMMUTATEUR MANUEL
- Schéma de principe d’une ligne d’abonné « Télex » en exploitation manuelle.
- abonné du même réseau « Télex », de façon à lui permettre une conversation écrite. La mise en relation est aussi prévue avec un groupe de plusieurs abonnés simultanément, autorisant ainsi des « Conférences » par télédactylographie, entre ce demandeur et les correspondants demandés.
- Les liaisons sont établies, juste pendant le temps nécessaire, par des centraux intermédiaires, au moyen de procédés de commutation analogues à ceux en vigueur pour les communications téléphoniques, et ces communications sont taxées à la durée et à la distance.
- Les appareils télégraphiques.
- Il y a plus de cent ans que le télégraphe électrique est utilisé dans les services publics, et il peut paraître étonnant, a priori, qu’il ait fallu un tel temps pour en venir à cette chose si naturelle en téléphonie, qu’est la communication directe entre abonnés d’un même réseau sur simple appel de l’un d’eux.
- Pour être juste, il est bon de rappeler qu’avant même la décou-
- ment les lignes rares et coûteuses à établir, jusqu’à l’apparition toute récente des câbles souterrains à grande distance, combinés avec l’emploi généralisé des amplificateurs. Avec de tels appareils (Hugues, Baudot et Multiplex de types divers) la manipulation exige des opérateurs spécialisés longs à former. De plus, le mode d’exploitation dit « en poste à poste » est de rigueur, par suite de la nécessité absolue de maintenir entre les appareils un synchronisme très rigoureux et une phase aussi constante que possible.
- Depuis une vingtaine d’années, un fait nouveau est venu modifier profondément les conditions techniques de fonctionnement des liaisons. Ce fait est la généralisation des téléimprimeurs « arythmiques » appelés aussi télétypes en Amérique, et plus improprement « télescripteurs ».
- Dans ces appareils, les organes mécaniques de transmission et de réception sont normalement débrayés des moteurs d’entraînement et ne se mettent en mouvement que pour un tour, à chaque signal à transmettre ou à recevoir. La durée de ce cycle de révolution unitaire est, en Europe, de ISO millisecondes (0,15 seconde)
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- ce qui donne une vitesse pratique de transmission maximum de 6,66 caractères à la seconde, soit la cadence moyenne de frappe d’une bonne dactylographe. La mise en place des mécanismes est automatique, l’organe transmetteur émettant, au moment où il est embrayé (sous l’action du doigt de l’opérateur), une impulsion au récepteur commandant l’embrayage de ,ce dernier. Dans ces conditions, il suffit qu’à' la fin du totir, l’écart angulaire entre les deux organes, récepteur et émetteur, ne dépasse pas une certaine valeur limite indispensable pour que le récepteur recon-.nqisse en fonction du temps, les diverses impulsions successives du cycle d’émission. Il suffit donc que les moteurs des appareils restent entre certaines limites de vitesse, ce qui est facile avec des
- ~ positif émet en sens inverse un groupe de plusieurs signaux à la cadence maximum, groupe qui constitue l’indicatif dû poste interrogé. Cette réponse s’effectue indépendamment de la présence ou de la volonté de l’opérateur du poste qui reçoit le signal « Qui est là ? w. Ainsi, à chaque instant, tout opérateur peut, par l’émission de ce signal* s’assurer de d’identité de son correspondant. Avec des émetteurs automatiques d’indicatifs plombés par les services d’entretien et le déclenchement systématique de ces émetteurs au moment de la mise en relation, les communicatioris sont authentifiées d’une façon presque absolue. Il n’y a, en effet, aucun dispositif de sécurité qui ne puisse être mis en défaut, ruais on peut affirmer que dans le cas présent les possibilités de ’frau-
- FOSTE DEMANDEUR
- Clavier
- Relais de cofFret
- Circuit' Interurbain
- de Jonchon
- ____Jacks________
- _ Jacks_____________
- heur de duree
- (-5*. Minuterie Generale
- Fiche
- Cordon \picorde.5uperyi3K
- COMMUTATEUR D*ARRIVEE.
- COMMUTATEUR DE DEPART
- Fig. 2. — Diagramme d’une communication « Télex- », phase « conversation ».
- dispositifs régulateurs simples, et n’exige pas les dispositions compliquées, indispensables dans la marche en synchronisme avec égalité de phase.
- Les téléimprimeurs arythmiques ont aussi l’avantage de comporter des claviers de manipulation très semblables à ceux des machines à écrire, et l’on peut dire que beaucoup de perfectionnements apportés à ces machines ont tendu à rapprocher le plus possible le maniement des téléimprimeurs de celui des machines dactylographiques en usage. En particulier presque tous les téléimprimeurs fabriqués actuellement sont conçus pour l’impression des textes sur page, avec impression de plusieurs copies à volonté en réception directe.
- h* Un autre perfectionnement sur lequel il convient d’insister réside dans l’âdjonctîon à chaque téléimprimeur d’un dispositif de réponse qui lui est propre et peut être mis en marche à distance, s<ouS! l’actioü d’uri signal particulier transmis par le correspondant. éloigné. A la réception de ce signal « Qui est là ? », ce dis-
- des exigent un tel concours de moyens que la garantie donnée par le dispositif réponse en communication sur demande d’un autre abonné, est au moins égale à celle d’un message transmis sur une communication exploitée en poste à poste permanent.
- Puisqu’il n’exige ni synchronisme, ni mise en phase préalable, le téléimprimeur d’un abonné est toujours prêt à recevoir ou à transmettre, lorsqu’il est mis en relation avec un autre appareil du réseau. Le clavier de manipulation de ces machines permet leur emploi par un personnel de bureau, non spécialiste, même par une personne n’ayant pas une grande expérience de la dactylographie, aucune cadence minimum de frappe n’étant imposée.
- La signalisation.
- Avant de décrire comment se passe une communication télé-dactylographique entre deux abonnés, il est utile d’examiner la
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- signalisation adoptée. par l’Administration des P. T. T. sur son réseau TÉLEX.
- De toute façon, les voies télégraphiques généralement employées ne permettent que la transmission, de deux états électriques : l’état de « repos » (polarité positive), et l’état de « travail » (polarisé négative). L’état de repos est celui qui siège sur la voie pendant les intervalles de temps où aucun signal n’est transmis, dans les communications en poste à poste permanent exploitées au téléimprimeur. Les trains d’impression de ISO millisecondes, correspondant à la transmission d’un signal ou d’un caractère, comportent tous sept impulsions :
- — une impulsion négative, dite « de départ », durant 20 millisecondes,
- — cinq impulsions de Code proprement dit, de 20 millisecondes chacune, pouvant être, soit positives, soit négatives, suivant le signal,
- — une impulsion d'arrêt, toujours positive et durant 30 millisecondes.
- Il résulte de ces conditions qu’une impulsion négative ne peut durer, pendant la transmission d’un texte, plus de 120 millisecondes. Ce fait a été mis à profit pour la discrimination des signaux d’appel et de fin dans les communications établies sur demande.
- En commutation,, l’état de disponibilité des voies et des appareils est celui de travail (Négatif), qui se trouve ainsi désigné d’une façon assez paradoxale.
- L’appel est caractérisé par le passage de cette polarité de disponibilité . à celle de repos télégraphique- (Positif) dans le sens où s’effectue l’appel.
- Lorsque la communication est établie,, on se. retrouve dans les conditions des lignes exploitées en poste à poste, les intervalles entre les: trains, de. signaux correspondent à des a repos ».
- Dans cette situation d’occupation, l’apparition d’une polarité négative d’une durée supérieure à 120 millisecondes est significative d’un, signal de fin de communication et les voies qui sont distinctes pour chaque sens (voies conjuguées ou duplexées) restent dans cette position de polarité négative jusqu’à l’apparition d’un nouvel appel.
- Dans un poste d’abonné: (fig. 1), le téléimprimeur est associé à un offret inverseur de polarité comportant la clé d’appel, la clé de. fin, un relais chargé de discriminer les signaux d’appel et de fin et une lampe de contrôle s’allumant lorsque le poste est pris par une communication, soit en demandeur, soit en demandé. Le relais est placé sous la dépendance de la polarité arrivant par la voie de réception. Pendant la disponibilité, un contact de repos de ce relais envoie sur la voie de transmission une polarité négative. Lorsque la voie de réception est au contraire le siège d’une polarité positive, le relais est attiré et fait. démarrer le moteur du téléimprimeur. En même temps, la lampe de contrôle s’allume et un contact de travail du relais place la voie de transmission sous la dépendance du transmetteur du téléimprimeur lequel donne une polarité de repos, en dehors des périodes de manipulation. Le relais, dans cette position d’attraction est insensible aux impulsions négatives de courte durée des signaux télégraphiques.
- Ce rapide aperçu permet d’examiner comment est établie une communication « Télex ». Pour cela, supposons que les centraux intermédiaires sont exploités manuellement, c’est-à-dire par des opératrices ayant devant elles un standard, et disposant d’un télé-
- imprimeur pour répondre aux appels des abonnés ou des opéra--trices des autres centraux.
- Son poste étant disponible, l’abonné (demandeur) qui veut obtenir un correspondant (demandé), abaisse la clé d’appel de son coffret. La polarité positive vers le central de rattachement actionne le relais d’appel de l’équipement de ligne du.standard. La-lampe correspondante LA s’allume devant l’opératrice, à côté du jaclc de cette ligne.
- L’opératrice -prend la fiche « Réponse » d’un cordon dicorde libre, et l’insère dans le jack, puis elle abaisse une clé de poste d’opérateur, mettant alors son téléimprimeur de service en connexion avec celui de l'abonné appelant. Cette dernière manœuvre a pour effet d’inverser la polarité sur la voie de transmission dans le sens Central-Abonné. Le relais de coffret de l’abonné recevant alors par sa voie réception une polarité positive est actionné. La lampe de contrôle s’allume et le moteur démarre, invitant ainsi le- demandeur à numéroter. ’ '
- L’abonné tape simplement sur son clavier les chiffres composant le numéro du correspondant qu’il désire obtenir. Ce numéro
- s’inscrit en même temps sur sa propre machine et est reçu sur l’appareil de service de l’opératrice du Central.
- Si la lecture de ee numéro indique à l’opératrice qu’il s’agit d’obtenir un abonné rattaché à un autre central Télex, celle-ci enfiche avec l’autre extrémité de son dicorde (Fiche « Appel ») Un circuit de liaison vers cet autre central et lorsque l’opératrice de ce central d’arrivée se porte en écoute, elle lui retransmet tout simplement les chiffres qu’elle a reçus du demandeur.
- L’opératrice d’arrivée, ou la première qui a reçu l’appel, si celle-ci a- lu un numéro d’abonné rattaché directement à son standard (cas d’une communication locale) place de même sa fiche d’appel dans le jack de l’abonné demandé. Une polarité positive est envoyée vers ce poste, dont le téléimprimeur est automatiquement mis en marche et la mise au travail du relais de coffret de ce poste place sur la voie de retour une polarité de repos, qui caractérise la prise effective du poste et est signalée à la dernière opératrice de la chaîne. Dès cette indication, cette opératrice transmet, au moyen de son téléimprimeur de service, le signal « Qui est là ? » vers le poste appelé. L’indicatif de l’abonné obtenu est reçu au passage par les opératrices et en bout de chaîne par le poste demandeur, ce qui indique à celui-ci que la connexion est établie. Après passage de cet indicatif, l’opératrice d’arrivée
- Fig. 3. — Installation type d’abonné au réseau « Télex ».
- A gauche, prise de raccordement au secteur et à la ligne. — Au milieu, coffret d’appel et de fia.
- A droite, téléimprimeur à impression sur page. ;
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- déclenche encore de la même façon, en tournant son transmetteur sur l’autre sens, l’indicatif du poste demandeur. Cette dernière opération renseigne le poste appelé sur l’identité du correspondant qui l’a appelé.
- A partir de cet instant, les opératrices intermédiaires se retirent du circuit, et la conversation taxée commence.
- A la fin de la communication, le poste demandeur effectue la libération de la chaîne des voies et de son correspondant, en abaissant la clé dé « FIN » de son coffret, manœuvre qui se traduit par l’envoi d’une impulsion négative prolongée et fait retomber le relais de coffret du poste opposé. Cette retombée réfléchit, en quelque sorte, sur l’autre sens de la chaîne, le signal de libération et les moteurs des deux appareils s’arrêtent. Dans les centraux intermédiaires, la présence des polarités de disponibilité sur des cordons enfichés est signalée par l’allumage de lampes dites de « Supervision », et si besoin est, par un signal acoustique. Les compteurs de taxe sont automatiquement bloqués. Les opératrices peuvent s’assurer, en faisant entrer leur poste de service sur le cordon, que 'a communication est bien terminée, et, par le
- mutation automatique au télégraphe n’est pas nécessaire ; chaque abonné dispose en effet d’une machine, son téléimprimeur, donnant des signaux parmi lesquels se trouvent précisément les dix chiffres de la numérotation. Bien mieux : alors que la manipulation au cadran demande, en moyenne, une seconde par chiffre, l’envoi du même chiffre en code télégraphique ne demande que 0,15 seconde. Il est donc très indiqué d’utiliser ce code pour la sélection télégraphique automatique, surtout si les impulsions de numérotation sont retransmises de commutateur à commutateur, au fur et à mesure de la constitution de la chaîne. Dans ce dernier cas, qui correspond à des systèmes simples, le gain de temps est très appréciable.
- Le problème le plus ardu à résoudre automatiquement est l’enregistrement des taxes à imputer aux abonnés demandeurs. Ici encore, on profite d’un sérieux avantage sur le téléphone du fait de l’échange systématique des indicatifs. Il suffit qu’un enregistreur de tickets, placé sur le circuit, au premier commutateur (celui auquel est rattaché directement le demandeur) note, au passage :
- Fig. 4. — Commutateur « Télex » manuel à quatre positions d’opératrices.
- Chaque poste a un téléimprimeur de service. Sur le panneau des jacks, on voit les compteurs de durée pour la taxation des communications.
- défichage du dicorde, replacent tous les organes de jonction et les circuits en position de disponibilité.
- Commutation automatique.
- «*L
- La simplicité de la procédure de mise en relation de deux abonnés télégraphiques se prête particulièrement bien à l’application des procédés de commutation automatique. Sans vouloir entrer dans le détail des dispositions actuellement réalisées en France, et dont la mise au point se poursuit très activement, nous noterons que* depuis plusieurs années, la commutation automatique des réseaux de téléimprimeurs est d’une pratique courante, même pour les réseaux comprenant de multiples centraux, reliés entre eux par des circuits à grande distance. Ce fait, peu connu en général, provient de ce que les circuits télégraphiques sont des voies idéales pour la transmission des signaux de cadrans. Au contraire, l’une des principales difficultés, qui s’oppose à la généralisation de la commutation automatique interurbaine au téléphone, est le problème de la transmission des impulsions de basse fréquence (Signaux de cadran, en particulier) sur les circuits téléphoniques, dont les bandes de fréquence sont pratiquement comprises entre 200 et 2 700 périodes, à cause des amplificateurs intermédiaires.
- En fait, on peut observer que l’emploi d’un cadran pour la com-
- — Le numéro tapé au clavier par le demandeur (poste demandé) ;
- — L’indicatif du poste obtenu effectivement ;
- — L’indicatif du poste demandeur ;
- — Les heures de début et de fin de la communication.
- L’indicatif du demandeur dispense de rechercher, a posteriori,
- le numéro de la ligne de l’abonné à qui il faut imputer la communication, sur les organes de présélection. Celui du poste obtenu donne complètement le sort qui a été réservé à la demande (occupation, débordement, dérangement..., etc.). Enfin ce procédé dispense de placer des compteurs individuels sur chaque ligne d’abonné, tout en donnant des précisions indiscutables sur les appels effectués, chose que ne permet pas le comptage d’un certain nombre d’impulsions représentant chacune la taxe unitaire locale.
- Organisation du réseau général Télex.
- Les voies.
- Sans attendre la réalisation de la commutation automatique intégrale sur l’ensemble de son réseau télégraphique, réalisation qui demandera certainement plusieurs années, l’Administration entreprend depuis la Libération la mise en place de quelques commutateurs manuels destinés à satisfaire les demandes d’abonnements les plus pressantes, qui se manifestent dans les principaux cen-
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- très d’activité économique du pays. Les centraux TÉLEX sont prévus pour desservir chacun une « zone de commutation télégraphique », et tous les abonnés situés dans cette zone seront rattachés par une ligne directe au central, centre de zone. Ces abonnés reçoivent tous des numéros à cinq chiffres, dont les deux premiers sont caractéristiques de la zone considérée. Évidemment, les abonnés de cette zone qui se trouvent,en dehors du périmètre de rattachement gratuit de la circonscription téléphonique locale, contenant le central TÉLEX, sont obligés de louer une ligne spécialisée jusqu’au commutateur.
- Les jonctions entre les différents centraux TÉLEX seront réalisées par des faisceaux de Amies télégraphiques en nombre suffisant pour assurer un trafic sans attente en commutation manuelle et une très faible probabilité de saturation en commutation automatique.
- Considérations économiques.
- Les téléimprimeurs, comparativement aux appareils téléphoniques, sont encore des machines onéreuses et d’un entretien délicat ; aussi ne faut-il pas s’étonner que les tarifs d’abonnements TÉLEX, ainsi que les taux de location et d’entretien des appareils, soient relativement élevés.
- Au contraire, les taxes de con\rersation, égales à la taxe téléphonique pour les communications locales, s’abaissent progressivement à la demi-taxe téléphonique pour les grandes distances et les relations internationales. Ce fait est justifié par le peu d’encombrement des voies télégraphiques au téléimprimeur, dans le spectre des fréquences, ce qui permet à un circuit téléphonique de servir de support à plusieurs canaux télégraphiques bénéficiant
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- du même fait des amplificateurs des stations intermédiaires, jouant le rôle de répéteurs de groupes, pour l’ensemble des courants porteurs de modulation télégraphique (fréquences « harmoniques »). A cause de la présence de dispositifs terminaux, cet avantage est d’autant plus sensible au point de vue économique que la distance est plus grande.
- Le développement du réseau TÉLEX français sera d’autant plus rapide qu’il offrira plus de possibilités à ses abonnés. A ce sujet, les essais d'interconnexion avec les réseaux suisses et hollandais, entrepris avec succès au commutateur de Paris et la perspective de communications en conférence sur demande, constituent une preuve que l’Administration française s’est résolument engagée dans cette voie, favorable à la fois à l’économie générale et au développement des relations internationales. En ce moment même; il semble que la technique soit parvenue à réaliser des faisceaux de voies télégraphiques très stables sur les voies radiotéléphoni-ques intercontinentales, et le jour est peut-être proche, où sera réalisée une interconnexion mondiale des réseaux d’abonnés au télégraphe.
- Ainsi, entre l’avion postal, pour lequel la durée de trajet restera un handicap, et le téléphone qui ne laisse pas de trace écrite, la télégraphie électrique qui semblait devoir s’éclipser devant ces techniques plus récentes, s’oriente, grâce à une meilleure utilisation des fréquences et des temps, vers une forme de service que ne peuvent rendre aucun de ces moyens de communication, plus jeunes que lui : la « Télédactylographie », c’est-à-dire la transmission directe et instantanée du courrier commercial et administratif.
- Daniel Faugeras,
- Ingénieur des Télécommunications.
- DEUX ALIMENTS TOXIQUES
- Les œufs de barbeaux et les faînes du hêtre
- Dans les temps de disette, on est forcément amené à consommer des mets plus ou moins inhabituels et on arrive ainsi à faire ou plutôt à refaire des expériences peu agréables dont il n’est pas mauvais que le public soit instruit, pour éviter que les cas de ce genre se multiplient.
- Les œufs de barbeau. — Ainsi, par exemple, une femme de 78 ans, présenta brusquement des vomissements violents, de la diarrhée et des symptômes qui exigèrent des mesures thérapeutiques énergiques. Au même moment, la fille de cette dame accusa de la pesanteur gastrique. L’enquête à laquelle procéda le médecin traitant révéla qu’il avait été consommé, par ces deux malades, quelques heures avant le début de ces accidents, un barbeau. La Adeille dame avait mangé la plus grosse part des œufs de cet animal qui en contenait beaucoup. Or, ce poisson est connu pour ses propriétés toxiques.
- Il s’agit là de ce que les médecins espagnols appellent cignatera, du nom d’un mollusque, la cigna (Turbo pica) qui donne lieu à des intoxications de ce genre aux Antilles. Comme l’enseigne Marie Phisalix dans l’ouvrage, considérable à tous les points de vue, qu’elle a consacré aux animaux venimeux, certaines espèces des mers chaudes sont très toxiques. Tel est, par exemple, le Tetrodon maculatus avec lequel il arrive, paraît-il, qu’o se suicide au Japon. Dans nos contrées, c’est surtout le Barbus fluvia-tilis. le barbeau commun, qui est connu pour les intoxications auxquelles il donne lieu. Ce pouvoir toxique apparaît dans les produits sexuels. C’est donc en mai et en juin, moment du frai de ces animaux, qu’on risque le plus des accidents de ce genre qui, jusqu’ici, ne se seraient jamais montrés mortels. Le principe
- toxique des barbeaux, dont l’existence est bien établie, n’a jusqu’ici fait l’objet d’aucune recherche.
- Les faînes. — Dans un autre cas, il s’agit des faînes du hêtre dont on tire de l’huile et dont, on se souvient, la cueillette fut vivement recommandée au moment où les matières grasses commencèrent à se raréfier. Des recherches dignes d’être rapportées ont été faites en Hollande au sujet de ces fruits. Elles sont dues à l’Institut central de recherches sur l’alimentation d’Utrecht qui, ayant eü fortuitement connaissance de quelques cas d’intoxication par les faînes, a jugé bon de procéder à une enquête dont on vient de rendre compte.
- Cette enquête a fait découvrir 331 sujets qui, après consommation de ces fruits, avaient présenté des phénomènes pathologiques plus ou moins nets. Trois chiens et un chat auraient également manifesté des symptômes d’empoisonnement. On a obtenu des renseignements sur 224 patients, parmi lesquels deux fois plus d’hommes que de femmes. Les sujets de plus de 20 ans paraissent avoir été plus souvent atteints que les jeunes. Dans 51 pour 100 des cas, il s’agissait de faînes vertes et dans 18 pour 100 de faînes brunes. Les faînes avaient été mangées crues, cuites avec de la graisse, grillées, un peu plus rarement sous forme de bouillie au lait, etc. Le nombre des faînes consommées a beaucoup varié, de 50 à plus de 100 fruits, sans qu’on ait constaté de relations très étroites entre les quantités et l’intensité des troubles.
- Les symptômes ont 'été constitués par des nausées accompagnées de vomissements, de la diarrhée, du mal de tête, des vertiges, des douleurs abdominales et gastriques. Le mal de tête et les douleurs abdominales et gastriques ont été parfois très Aûolents et
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- des syncopes ont été notées. Dans trois cas on a observé de la fièvre jusqu'à 40°. Des crampes ont été également signalées. Ces accidents ont apparu généralement une ou deux heures après l’ingestion des faînes et ont disparu en quelques heures. Seule, là diarrhée a pu persister plus longtemps.
- Des phénomènes de ce genre sont peu connus. La grande flore de Bonnier, pourtant richement documentée, et le Larousse du XXe siècle les passent sous silence. Cependant, des cas d’empoisonnement par ces fruits ont été signalés dès le xvme siècle. Plus récemment, on en a observé un cas familial survenu à Altona dans une famille de cinq personnés à la suite de la consommation d’iin gâteau de farine de' faînes. Les publications sur les intoxications des animaux par les faînes sont un peu plus fréquentes. Il s’agit alors surtout d’intoxication provoquée par des tourteaux.
- D’après la croyance populaire, on éviterait ces inconvénients en débarrassant préalablement les fruits de leur péricarpe, fait
- qui serait confirmé par les travaux récents de Kubo et de ses collaborateurs. On a également recommandé, dans le même but, d’enlever le germe de la graine.
- Ces phénomènes d’empoisonnement paraissent peu graves. Ils prennent cependant une signification sérieuse quand on songe aux travaux récents de Kubo et de ses collaborateurs. Ces auteurs japonais ont effectivement montré que la cirrhose du foie serait plus fréquente dans les pays où la farine de faînes est un produit de consommation courante et que l’adjonction de péricarpe de faînes au régime entraîne des altérations du foie, de la rate, etc. Ces altérations seraient liées à la présence de substances solubles dans l’alcool ou dans les extraits alcalins.
- Il convient donc d’exclure les faînes de l’alimentation humaine et de réserver ce fruit fort riche en huile (25 à 30 pour 100 surtout d’oléine) à des usages purement industriels.
- Dr P.-E. Morhardt.
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- Histoire du calcul, par René Taton.' 1 vol. in-Î6, 127 p., S fig. Collection « Que
- sais-je P ». Presses Universitaires de France, Paris, 1946.
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- est consacré au radar dont on explique le principe, les utilisations de guerre et les services qu’il rendra en temps de paix. C’est une bonne initiation à cette question de grande actualité.
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- LA GUERRE SOUS-MARINE
- On sait combien les offensives déclenchées pendant la deuxième guerre mondiale par l’Axe contre les Marines alliées furent spectaculaires et dangereuses pour ces dernières.
- Le but de ces offensives était principalement d'empêcher les Alliés d'accumuler des moyens qui leur permettraient l’assaut contre l’Europe.
- Comment les forces de l’Axe faillirent parvenir à leur but et comment elles échouèrent finalement : ce sont les différentes phases de celte lutte mouvementée qui va être mise ici en lumière. Nous allons voir notamment comment les Allemands ne cessèrent.de changer et de perfectionner leurs mé-,matériel chaque fois que l’adversaire '.'^arvénait^à^flrouver la parade à leurs offensives,
- — Sous-marin allemand de 500 t, du type VII.
- — Sous-marin allemand de 750 t, du type IXe.
- XI
- ,lk
- Fighl (ci-èptitre).
- Fig. 2 (ci-dessous).
- SOMMAIRE
- La guerre sous-marine, par R. LEPRÊTRE . . 289
- Conservation des champignons, par le D' C. MERC1É................................... 294
- Un Protozoaire qui tue les poissons à distance, par R. Ph. D............................ 295
- L’évolution de la construction automobile, par F. de LABORDERIE........................... 296
- La radioactivité artificielle, par R. BENOITS. 298
- Polygones et Polyèdres, par A. SAINTE-LAGUË.......................................... 302
- N° 3121 Ier
- Octobre 1946
- Le Numéro 15 francs
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- et comment les Alliés finirent par porter le coup décisif à la flotte sous-marine allemande, grâce au radar et à l’aviation navale.
- *
- « *
- L’Allemagne ne commença la guerre de 1989 qu’avec environ soixante-dix sous-marins en service, de 25o (type II), 5oo (type VII), 750 t (type IX c), c’est-à-dire un peu moins que la France. Ceux de 25o t opérèrent surtout en Mer du Nord et Baltique, les autres, principalement dans l’Océan Atlantique. Vite l’Allemagne comprit qu’elle devait, non seulement combler son infériorité sur les autres pays, mais faire démarrer en grand la construction en série de ses sous-marins. C’est ainsi qu’elle put mettre en service chaque année plus de 200 nouveaux U-Boote (x) et qu’elle aura lancé pendant cette guerre un millier de sous-marins environ.
- L’Italie, de son côté, fit un certain effort, mais infiniment moins considérable : elle ne posséda jamais plus de i5o submersibles.
- Sous-marins allemands et italiens déclenchèrent contre les Alliés la bataille du tonnage, les Italiens surtout en Méditerranée ou eurent lieu des luttes épisodiques, les Allemands principalement en Atlantique et en Océan Indien.
- La bataille de l’Atlantique surtout revêtit une importance considérable par son enjeu, l’Atlantique étant le fossé que devaient franchir les forces expéditionnaires américaines pour attaquer en Europe. Son histoire est celle d’une lutte où les moyens et les tactiques employés par les deux camps furent aussi efficaces que divers.
- La bataille de l'Atlantique.
- Les sous-marins allemands qui participèrent à la bataille de l’Atlantique étaient du type VII (5oo t)
- (fîg. 1) au nombre de 5oo à 600 environ, et du type IX c (750 t) (fîg. 2) au nombre de 200 environ, auxquels il faut ajouter quelques unités de sous-marins mouilleurs de mines et de sous-marins ravitail-leurs de 1 600 t.
- Bien entendu, il a existé plusieurs séries dans chacune de ces classes, mais elles n’ont différé que par des perfectionnements de détails, importants parfois, comme nous allons le voir, mais ne changeant pas cependant les caractéristiques générales du type.
- Les Allemands ont cherché bien avant l’entrée en
- guerre des États-Unis à envoyer leurs sous-marins patrouiller les mers lointaines comme les côtes d’Amérique.
- Les U-Boote du type VII, malgré leur tonnage assez faible (de 5oo t) s’acquittèrent de cette tâche, grâce aux ravitail-leurs de sous-marins qui pouvaient chacun doubler le rendement de 10 à i5 sous-marins de combat. Ce sont ces sous-marins de 5oo t qui ont infesté les passages des Antilles et ont récolté des lauriers à bon marché tant que la navigation par convoi dans ces parages n’était pas encore organisée.
- Leur vitesse était en surface de 17 noeuds, en plongée de 7,5 nœuds, leur rayon d’action de 10 000 milles à 6 nœuds en surface, 70 milles à x nœud en plongée, leur armement de 5 tubes lance-toi’pilles et i4 torpilles, 1 ou 2 pièces de 37 mm, plusieurs pièces de 20 mm et des mitrailleuses légères.
- Le type IX c de 7Ôo t était surtout différent par son rayon d’action de 18 000 milles à 6 nœuds (un type IX D de x 800 t avait un rayon d’action de 20 000 milles à 10 nœuds). Ces sous-marins opérèrent dans l’Océan Indien.
- La propulsion de ces types était du type classique : Diesel pour la navigation en surface, moteurs électriques pour la navigation en plongée.
- C’est en 1942 que se situe la période la plus critique de la bataille de l’Atlantique, quand les Allemands purent utiliser à fond leurs sous-marins ravitailleurs. C’est aussi la période où les Allemands employèrent la tactique d’attaque en meutes; au lieu d’attaquer les convois par unités isolées et en plongée, les U-Boote se partageaient la surveillance d’une zone, et si l’un d’eux signalait un convoi par radio aux autres, tous se portaient en un point situé en avant de la route de ce convoi. Ils attendaient, puis attaquaient en surface tous ensemble dans des directions différentes pour créer le trouble parmi le convoi et les écouteurs.
- Plus de six millions de tonneaux furent ainsi coulés pendant l’année 1942 par les seuls sous-marins.
- Aussi, les Alliés firent-ils un effort particulièrement grand pour détruire les sous-marins ravitailleurs à partir du printemps 1943. Ils y réussirent très rapidement : en quelques mois la moitié des ravitailleurs furent coulés dans l’Atlantique.
- Cette contre-offensive déclenchée par les Alliés s’étendit d’ailleurs considérablement et prit une ampleur extraordinaire. Une nouvelle technique de navigation fut employée pour lutter contre la tactique des meutes. Elle fut aidée par l’entrée en scène
- 1. C’est ainsi que les Allemands appellent leurs sous-marins
- par abréviation de Untersee-Boote. Fig. 4. — Porte-avion d’escorte anglais du type « Attacker ».
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- sur une grande échelle d’une nouvelle arme : le radar, et enfin l’aviation se développa, et dotée également de radars, s’attribua en ig43, la moitié du tonnage des sous-marins coulés.
- C’est ce double aspect de l’effort allié qu’il est capital de mettre en lumière.
- Les marines alliées complétèrent l’ancienne méthode des convois en leur attachant, d’une part des navires de combat tels que les D. E. (destroyers d’escorte) américains et les torpilleurs (fig. 3), frégates et corvettes anglaises, d’autre part, des porte-avions d’escorte (1) (fig. 4), anciens bâtiments de commerce transformés.
- Les escorteurs munis de radars leur permettant de voir sur un écran tout objet émergeant de la mer à plusieurs dizaines de milles (kiosques de sous-marins ou même périscopes), et d’« As-dic » leur permettant de repérer les sous-marins en plongée à un ou deux kilomètres à l’entour, étaient affectés à la défense rapprochée du convoi, tandis que le porte-avion était destiné à la défense éloignée.
- L’Aéronautique navale alliée fit même plus : des hydravions, les « Catalina » et les « Sunderland », furent employés à la patrouille côtière en mer (2). Munis d’un appareil radar, dénommé A. S. V. (Aircraft to Surface Vessel), ces appareils repéraient l’ennemi, même la nuit ou par temps bouché dans un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres et dirigeaient sur lui les escadrilles d’avions de combat.
- Ainsi, il n’y eut plus de repos pour les U-Boote qui jusqu’alors pouvaient tranquillement faire surface la nuit, pour renouveler leur air et recharger leurs accumulateurs.
- Un dispositif de bouée détectrice permit même aux Alliés de détecter le sous-marin jusque dans la mer : lorsque le sous-marin plongeait à l’arrivée d’un aéronef qui l’avait détecté, celui-ci larguait une bouée qui lui transmettait par ondes hertziennes, les indications sonores émanant du sous-marin. Traqués jusque sous l’eau, les sous-marins allemands durent lutter avec des procédés nouveaux.
- L’épaisseur de leur coque leur permit de se réfugier à des profondeurs de 200 m lorsqu’ils étaient attaqués (3).
- De plus, pour parer au danger aérien, les U-Boote furent renforcés en artillerie de D. G. A. Les canons de 88 mm qui équipaient au début de la guerre les sous-marins du type VII, furent enlevés et remplacés par des canons de 37 mm et de 20 mm et des mitrailleuses légères. Cette opération cependant eut pour effet d’immobiliser un certain temps les U-Boote à leur base et de leur ôter une arme offensive.
- Certains sous-marins furent même spécialisés en bâtiments de D. C. A. chargés de l’accompagnement des sous-marins partant en croisière, pendant
- Fig. 6. — Un élément de coque en construction d'un sous-marin allemand du type XXI.
- qu’ils traversaient des zones particulièrement dangereuses, comme celles des côtes ouest d’Europe où les Alliés patrouillèrent en permanence une zone dont la largeur était supérieure au rayon d’action en plongée des sous-marins, soit une centaine de milles. Ainsi, les sous-marins quittant leurs bases de Brest, Lorient, Saint-Nazaire et Bordeaux, ou y rentrant, étaient obligatoirement repérés à un moment donné en surface par radar ou à vue. Seule leur D. C. A. les protégeait tant soit peu.
- Mais les Allemands s’aperçurent vite que dans cette lutte de l’avion contre le sous-marin, celui-ci sortait toujours battu. En fin d’année ig43, les chiffres mensuels de tonnage allié coulé avaient terriblement diminué pour atteindre environ xoo 000 t au début de ig44- Ceux des U-Boote coulés augmentaient par contre sans cesse.
- Ceux-ci se cantonnèrent dans la défensive; l’Atlantique était sans cesse patrouillé; l’effort gigantesque déployé par les Alliés pour gagner la Bataille de l’Atlantique avait porté ses fruits. Pour ce faire, les Américains n’avaient, par exemple, mis en service avant 1944 pas moins de 5oo destroyers d’escorte. Sous une telle avalanche de moyens, les Alliés annihilèrent le grand danger sous-marin qui pesait sur leur offensive contre l’Europe, de même qu’ils écrasèrent par la suite dans l’œuf toutes les réactions de leur adversaire.
- 1. D’un tonnage plus faible que les porte-avions d’escadi'e, chargés de protéger, eux, non plus les convois mais les escadres.
- 2. L’Islande était une des bases de l’aviation de surveillance.
- 3. A cette profondeur, le sous-marin qui recevait dans son voisinage l’explosion d’une grenade était complètement disloqué par l’effet de la pression sous-marine. Après l’explosion, la mer était couverte de débris humains, restes de l’équipage projetés des profondeurs.
- Fig. 5. — Schnorchel hissé.
- On distingue le revêtement anti-radar et l’aérien radar.
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- rrrrr-rr-. 292 ,
- La nouvelle orientation de l'effort allemand à partir de I 943.
- Cependant, à partir de 1943, sans désespérer de reprendre l’avantage dans la bataille du tonnage en Atlantique et'd’em-pèclier ainsi le ravitaillement de l’Angleterre, véritable plateforme d’assaut contre l’Europe, les Allemands imaginèrent de poursuivre la lutte sous deux angles distincts :
- D’abord, ils conçurent, des armes et des dispositifs nouveaux dont ils dotèrent les U-Boole existants.
- Ils comprirent aussi qu’il leur faudrait de plus réaliser des nouveaux types de sous-marins ayant de plus grandes qualités nautiques en plongée que les précédents.
- Mais ces projets — comme nous le verrons — ne purent porter leurs fruits, car les Alliés ne laissèrent pas le facteur temps nécessaire à leur exécution (principalement à celle du second projet) travailler en faveur des Allemands.
- Les armes nouvelles allemandes.
- Les Allemands cherchèrent d’abord à rendre leurs sous-marine plus offensifs et leurs attaques plus dangereuses. C’est ainsi que
- Figr. 7. — Assemblage des tronçons de coque de sous-marins allemands du type XXI.
- vers la lin de 1943, ils utilisèrent une torpille plus efficace : la torpille acoustique dont la caractéristique essentielle était d’être attirée vers l’objectif par le bruit des hélices des bâtiments attaqués (1).
- Mais il leur fallait surtout rendre à leurs sous-marins la principale qualité des submersibles : la faculté de se soustraire à la surveillance de l’adversaire.
- Les Allemands imaginèrent ainsi des dispositifs anti-asdic et anti-radar. Les dispositifs anti-asdic consistaient soit en revêtements spéciaux des coques, soit en ballonnets que le sous-marin laissait derrière lui et donnant de faux échos asdics ou des traînées d’huile.
- Les dispositifs anti-radar consistaient soit en appareils brouilleurs de radar, soit en bouées destinées à donner de faux échos radar.
- Enfin, au printemps 1944, les Allemands dotèrent leurs sous-marins d’organes leur permettant de respirer et de recharger leurs accus en plongée. Ce dispositif appelé Schnorchel (fig. 5) se présente sous la forme d’un long tube rigide d’une dizaine
- 1. Ces torpilles étaient comme les autres, à propulsion, électrique, donc sans sillage. Un dispositif « avaleur de bulles » au lancement évitait au sous-marin en plongée d’être repéré à vue.
- de mètres de longueur pouvant être replié contre la coque ou dressé verticalement. Ce tube sert à l’aspiration de l’air frais nécessaire au fonctionnement des Diesels et au refoulement de leur gaz d’échappement. Il est muni à son extrémité d’un revêtement anti-radar (x) et d’antennes radar.
- Bien que l’U-Boote muni d’un Schnorchel puisse naviguer sous l’eau avec ses Diesel (donc à une vitesse supérieure à celle obtenue avec scs moteurs électriques), il était cependant souvent réduit à cause du sillage du schnorchel à n’utiliser ce dernier que pour la recharge de ses accus, moteurs stoppés.
- Ces nouvelles inventions des Allemands avaient redonné à leurs sous-marins un peu de la liberté qui leur était nécessaire si ce n’est pour attaquer, du moins pour subsister. Mais d’une part., elles avaient immobilisé les U-Boote dans leurs bases pendant des jours précieux, et elles n’étaient pas suffisantes pour enrayer l’offensive alliée qui submergea l’essai de riposte allemand. Il eut fallu au moins que l’Allemagne pût disposer conjointement dès le début de 1944 des nouveaux types de sous-marins qui étaient en construction depuis ig43.
- Or, comme nous allons le voir, l’Allemagne dut attendre la fin de 1944, pour tirer profit de ses nouvelles constructions et à ce moment-là, il était trop tard pour relancer une nouvelle offensive, le débarquement avait eu lieu et les Alliés avaient développé leurs moyens dans des proportions gigantesques.
- Les nouvelles constructions.
- Les Allemands avaient compris en 1943 que s’il était possible de modifier les sous-marins des types existants, de façon à les munir des armes nouvelles (Schnorchel, anti-asdic, etc.), ils ne pouvaient par contre modifier les performances de leurs U-Boote, ce qui s’avérait indispensable, sans procéder à des constructions suivant des plans entièrement nouveaux. Ils acceptèrent donc, par nécessité, à un moment de la lutte où ils ne pouvaient se permettre de perdre de temps, d’entreprendre un travail de longue haleine, à savoir la construction de types nouveaux, répondant aux directives suivantes : plus grande vitesse en plongée, grand rayon d’action.
- Ils arrêtèrent ainsi la fabrication des anciennes séries pour entreprendre celle des types XXI et XXIII.
- Les sous-marins du type XXI (fig. 7) sont des bâtiments océaniques de 1 600 t, de formes hydrodynamiques. Leur rayon d’action est de i5 000 milles à 10 nœuds en surface, mais leurs principales qualités sont des qualités nautiques sous l’eau ; à savoir leur grand rayon d’action en plongée (3oo milles à 4 nœuds), leur grande vitesse en plongée (16 nœuds), leur grande rapidité de plongée (a5 s) et leur possibilité de supporter des profondeurs de 3oo m. Ils sont également pourvus d’une abondante artillerie anti-aérienne (4 canons de 37 mm).
- Les sous-marins du type XXIII sont des bâtiments de petit tonnage (225 t) et permettent une vitesse en plongée de 10 nœuds.
- Ces performances que les Allemands espéraient réaliser et réalisèrent effectivement dans leurs nouveaux types, leur donnèrent le courage et l’audace de bouleverser en pleine guerre leur industrie de constructions de sous-marins, en arrêtant toutes les fabrications des types anciens, en lançant les constructions des types nouveaux et en adoptant pour celles-ci des méthodes nouvelles, de préfabrication, calquées sur celles des Américains.
- Pour éviter les dangers des bombardements, les Allemands dispersèrent en effet leurs centres de construction et leurs usines, qu’ils spécialisèrent chacune dans la fabrication d’éléments déterminés (fig. 6 et 7). Malheureusement pour eux, cette
- 1. Le schnorchel ainsi préservé n’était visible au radar A. S. Y. que dans un rayon de 2 km 500.
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- méthode s’avéra aussi vulnérable aux attaques aériennes que la précédente, car la destruction des voies de communication empêcha l’acheminement de tous les éléments vers leurs chantiers d’habillage et entrava considérablement la réalisation du programme, si bien qu’aucun sous-marin de nouve.au type ne put être prêt avant la fin de 1944.
- Encore une fois, comme ils avaient empêché les armes nouvelles de produire leurs effets, les Alliés avaient étouffé dans l’œuf la nouvelle offensive allemande.
- De même, aucun des procédés nouveaux que les Allemands conçurent avant la fin des hostilités ne vit le jour autrement que sous forme d’essai. On sait, en effet, qu’ils cherchaient par exemple à réaliser des sous-marins filant 3o noeuds tant en surface qu’en plongée, grâce à une propulsion unique par réaction .
- Les sous»marins de poche.
- Lorsqu’ils durent se rendre à l’évidence que leur lutte contre les marines alliées avait Fig. .
- échoué et que le débarquement avait réussi au moins dans sa première phase, les Allemands cherchèrent à combattre sur mer en se limitant aux opérations côtières. Pour ce faire, ils imaginèrent de faire appel à un nouveau type de sous-marin peu usité jusqu’alors, le sous-marin de poche.
- Les Italiens s’étaient déjà servi de sous-marins de poche pour de petites opérations (x). Les Allemands mirent sur cale en 1944 un nombre important de sous-marins de poche de types divers.
- Ils avaient commencé à construire des torpilles humaines ou Mardcr. Elles étaient constituées par deux torpilles superposées, la torpille supérieure portant le pilote. Arrivé à proximité de
- 1. Les Anglais en possédaient également.
- — Une des nombreuses bases de sous-marins en ciment armé construites par les Allemands sur les côtes françaises.
- CService photog. de la Marine').
- l’objectif, celui-ci larguait la torpille inférieure dans la direction et essayait de gagner le rivage.
- Employées peu après les premiers jours du débarquement de Normandie, ces torpilles n’enregistrèrent pas de succès notable, car leur défaut était de n’être pas submersibles. A vrai dire, elles ne constituaient pas de véritables sous-marins (x).
- Après le débarquement, les Allemands construisirent des sous-marins de poche de deux types : les Biber monoplaces et les Seehund biplaces.
- Les Biber (Castor) déplaçaient 6 t, faisaient 9 m de long, i,45 m de large, filaient 6 nœuds en surface comme en plongée et avaient un rayon d’action de 100 milles en surface.
- Les Seehund (chien de mer) (lig. 8) déplaçaient 16 t, faisaient 12 m de long, i,Go m de large, filaient 8 nœuds en surface, 4,5 nœuds en plongée et avaient un rayon d’action de 25o milles en surface.
- Ces deux types emportaient deux, torpilles.
- On jugera de l’endurance des équipages qui accomplissaient des raids en Mer du Nord de plusieurs jours, en restant à la même place, dans la même position, vu l’exiguïté des postes de ces engins.
- Il est peu probable que les Allemands aient fondé des espoirs très sérieux sur l’action de ces petites unités dont plus de 200 ont été mises en service à partir de fin iq44 jusqu’à la fin des hostilités. Malgré quelques succès, les sous-marins de
- Fig. 8. — Sous-marin de poche allemand
- Longueur 12 m ; équipage :
- du type Seehund, naviguant en Seine.
- 2 hommes ; 2 torpilles.
- (Service photog. de la Marine).
- 1. Certaines torpilles humaines anglaises pouvaient naviguer à quelques mètres de profondeur.
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- — 294 ===.. . .. .
- poche ne furent pas en mesure de venger l’échec de la bataille de l’Atlantique.
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- Ainsi, malgré un effort considérable, les forces de l’Axe ne parvenaient pas à vaincre les Alliés sur mer, et à empêcher les immenses forces expéditionnaires américaines de traverser l’Atlantique. Tout comme les Anglais et les Américains, les Allemands avaient pourtant bien compris l’enjeu de la bataille et firent tout pour vaincre. Le fameux mur de l’Atlantique ne rési-dait-il surtout pas dans les célèbres bases de sous-marins (fig. 9), immenses constructions de plusieurs mètres d’épaisseur de béton qui émergent des paysages des côtes de France, à Brest, à Lorient, à Saint-Nazaire, à La Pallice, à Bordeaux.
- Dans le recrutement de leur personnel sous-marinier, les Allemands firent également un effort exceptionnel et il est certain qu’ils obtinrent d’excellents résultats. Qu’on s’imagine l’endurance dont faisaient preuve les équipages des croiseurs
- sous-marins, restant en mer plusieurs mois sans regagner leurs bases, se sentant traqués même en plongée et la nuit, dans des bâtiments où la place était plus que comptée.
- Dans les U-Boote des dernières séries, il n’y avait en effet qu’une couchette pour deux hommes qui devaient la partager à tour de rôle. Cette vie ne pouvait être endurée que par des équipages fanatiques.
- Les chiffres que nous avons donnés du tonnage allié coulé et celui de plus de 700 U-Boote coulés indiquent nettement combien la lutte des sous-marins allemands fut dure pendant la deuxième guerre mondiale. Le reste du millier de U-Boote construits pendant cette période est représenté principalement par les i5o U-Boote qui se sont rendus intacts à l’Armistice. Parmi ceux-ci, plusieurs qui se trouvaient dans les poches de l’Atlantique sont actuellement sous pavillon français.
- Robert Lepkêtbe, Ingénieur de la Marine.
- Un procédé de conservation des champignons
- Dans La Nature du 1er juillet 1945, nous avons signalé un procédé de conservation des plantes avec leurs couleurs par déshydratation dans le vide. Ce procédé est inapplicable tel quel aux champignons, à cause de leur grande teneur en eau, le résidu sec ne représentant dans la plupart des espèces que le dixième en poids du champignon frais. Il en résulte qu’après déshydratation, ces végétaux sont méconnaissables. Ainsi que le prouve la photographie ci-jointe, un artifice permet néanmoins de dessécher des champignons dans le vide, sans altérer leur forme, c’est-à-dire sans rétraction du résidu sec. Cette déshydratation sans rétraction (ou tout au moins avec rétraction faible) s’obtient en durcissant au préalable les champignons par congélation, et en maintenant pendant la dessiccation dans le vide une température inférieure à 0°. Les morilles représentées ici ont été préparées de la façon suivante :
- 1° Congélation aussi rapide que possible dans un récipient métallique entouré d’un mélange réfrigérant de glace et de chlorure de calcium, le thermomètre indiquant — 20° environ.
- 2° La congélation effectuée, les champignons sont placés dans un dessiccateur en verre, contenant du chlorure de calcium calciné. L’appareil est refroidi lui-même pour éviter un dégel possible pendant les manipulations.
- Le vide est-établi alors avec une pompe à palette donnant une pression inférieure au millimètre de mercure.
- 3° Enfin le dessiccateur est placé dans une chambre froide à une température de — 10°.
- Dans le cas des morilles, la dessiccation est complète en huit jours. La forme, malgré une légère rétraction, et les couleurs, sont très bien conservées. L’espèce est facilement reconnaissable. Il s’agit ici de morilles rondes ou morilles jaunes, et de morilles vulgaires ou morilles grises récoltées en forêt de Fontainebleau et déshydratées en avril dernier. Que se passe-t-il dans ces conditions physiques particulières ? Il y a évaporation sans phase liquide à aucun moment — l’eau passant directement de l’état solide à l’état gazeux par sublimation. Les tissus ne peuvent se rétracter car ils sont fixés et soutenus de toutes parts par de microscopiques cristaux de glace qui jouent un rôle analogue à celui du sable dans les techniques destinées à déshydrater les phanérogames. Réalisé dans un but purement botanique, c’est-à-dire en cherchant à conserver les champignons en vue de collections, ce procédé se trouve rejoindre les techniques industrielles modernes de dessiccation dans le vide avec congé-
- lation utilisées actuellement pour préparer certains produits chimiques tels que la pénicilline, ou pour conserver le plasma sanguin et diverses denrées altérables. Mais dans ces procédés industriels le but recherché est uniquement la conservation parfaite des qualités chimiques seules. Il ne semble pas qu’ait été signalé encore ce curieux phénomène de conservation, non seulement des propriétés chimiques, mais aussi du volume, phénomène qui pourra constituer un nouveau débouché pour les industries en question. Du point de vue scientifique pur, l’intérêt principal réside dans la possibilité de garder des échantillons
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- Fig. 1. — Morilles congelées et déshydratées sous vide, conservant leurs formes et leurs couleurs naturelles.
- (Photo G. Esparcieux, Fontainebleau).
- biologiques sans utiliser les liquides conservateurs qui altèrent toujours les pigments. Le procédé est d’application générale et permettra sans doute en zoologie d’obtenir d’intéressantes naturalisations d’animaux.
- Nous devons ajouter que cette technique récente n’a pas été encore suffisamment expérimentée pour qu’il soit possible d’en fixer toute la valeur. Pour les champignons en particulier les essais en cours permettront seuls de savoir si toutes les espèces en sont justiciables. On peut affirmer en tout cas que les résultats sont excellents en ce qui concerne les Ascomycètes.
- Dr Claude Mercié.
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- Un Protozoaire qui tue
- L’île d’Als, séparée de la péninsule du Jutland (Danemark) par le détroit d’Als, a sa côte ouest entamée par plusieurs fjords et criques. L’une de ces criques (en danois nor) est dite « Ketting Nor » parce que voisine du village de Ketting ; elle s'ouvre dans le fjord d’Augustenborg, elle est louée à bail pour la pêche.
- En 1938, vers le 10 septembre, une étrange mortalité se manifesta parmi les poissons du Ketting Nor ; en l’espace d’une quinzaine de jours, tous les poissons moururent : brochets, perches, gardons, rotangles, brèmes, tanches, carassins, anguilles. Les seuls poissons qui restèrent vivants dans ces parages furent ceux se tenant dans l’embouchure d'une petite rivière aboutissant au Ketting Nor. Plusieurs savants danois se mirent à chercher la cause de cette catastrophique mortalité. L’on supposa d’abord qu’elle pouvait avoir pour origine des substances nocives déversées dans les petits cours d’eau se jetant dans la crique. Il fallut abandonner bientôt cette supposition ; l’on chercha alors si, par l’évaporation, l’eau légèrement saumâtre n’avait pas acquis une concentration en sel marin la rendant nuisible aux poissons, mais l’analyse ne révéla que 6 gr 4 à 6 gr 5 de sel par litre, ce qui ne pouvait pas rendre le milieu impropre à la vie des brochets, perches, gardons, anguilles, etc.... La teneur en oxygène fut trouvée de 9 cm3 2 par litre, ce qui était amplement suffisant pour les besoins respiratoires des poissons ; l’acidité-alcalinité ne présentait rien d’anormal, se .chiffrant par un pH de 7,31 à 7,47 selon les endroits. Les conditions physiques du milieu n’étaient donc pas à incriminer. L’on examina attentivement les poissons morts et mourants : aucune lésion inflammatoire, pas de maladie parasitaire ; l’étude histologique des branchies ne montra même aucune hémolyse, aucune décomposition d’hématocytes. Le mystère restait entier.
- L’eau fut analysée avec soin : elle contenait 960 mg de matières organiques par litre et sa teneur en phosphates et nitrates fut reconnue exceptionnellement élevée (0 mg 27 P205 et 9 mg 3 N03 par litre), mais cette constatation ne donnait pas la clef du mystère. L’examen microscopique du microplancton révéla la présence par centimètre cube d’environ 1 200 000 protozoaires flagellés identifiables à Prymnesium parvient Nellie Carter 1938 ; un tel pullulement était évidemment insolite, mais était-il en relation avec la mortalité des poissons ? Cela ne sembla pas immédiatement évident.
- Ce petit protozoaire nageur, long de 8 à 13 jx» large de moitié, capable d’enkystement, est pourvu de trois flagelles et de deux chromatophores bruns ; le long de sa paroi cellulaire, son protoplasme contient de petits granules d’une substance voisine de l’amidon (zooamylon) se colorant en bleu par l’iode. C’est une forme de transition entre les Chrysomonadinés et les Cryptomo-nadinés. L’espèce vit seulement en eau saumâtre, elle a été signalée sous différents noms en Allemagne, Hollande, Pologne, Angleterre. C’est une forme libre, ne vivant ni directement ni indirectement en parasite ; comment pourrait-elle tuer les Poissons P Ce ne fut pas tout d’abord expliqué et l’on imagina que le pullulement du Prymnesium avait apporté un Irouble dans l’équilibre habituel entre le plancton et la végétation du fond (Characeæ, Phragmites, Typha, Ceratophyllum, Myriophyllum, etc...), déséquilibre qui aurait été une des causes ayant contribué à la mortalité massive des poissons. L’explication n’était pas satisfaisante et le problème n’était pas résolu.
- 1. D'après un document publié dans le Report of the Danish Biological Station, XLIV (1939). Copenhagen, 1940. — C. V. Otterstrom et E. Steel-mann Nielsen. Two cases oï extensive mortality in Fishes, caused by the Flagellate Prymnesium parvum, Carter.
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- les Poissons à distance (,)
- L’année suivante, les poissons réapparurent dans le Ketting Nor et, pendant l’été de 1939, l’on recommença à y pêcher des anguilles, des brochets, des perches, des tanches, des gardons et des rotangles.
- En 1939, vers le 20 septembre, les poissons commencèrent à mourir dans le lac Selô, situé du côté est de la péninsule d’Hornsher-red et en relation avec le Roskilde Fjord, dépendant lui-même d’un fjord s’ouvrant dans le Kattegat.
- L’épizootie se manifesta de la même manière que dans le Ketting Nor l’année précédente. Les recherches entreprises par les savants danois dès le début d’octobre démontrèrent que l’on ne pouvait incriminer ni les conditions physiques ni la pollution des eaux par apport de substances nocives ; mais l’on retrouva en abondance (655 000 individus par cm3) le Prymnesium, dominant dans le plancton. Des expériences furent alors entreprises pour préciser comment le Prymnesium pouvait agir sur les poissons.
- Divers Poissons (perches, grémilles, gardons) et des Mollusques (Dreissensia) furent mis en présence d’eau contenant des Prymnesium, en faisant varier les conditions de l’expérience.
- Il fut ainsi reconnu que Prymnesium élabore, comme produit de son métabolisme, une substance toxique tuant rapidement les poissons et bivalves. Si le poison est concentré, le poisson est tué en une heure. La nature chimique du poison organique n’a pas été établie, mais l’on a constaté que c’est un poison à grosses molécules, arrêtées par les filtres d’amiante, de sorte que le filtrat n’est pas toxique ; de même, le Prymnesium n’est pas par lui-même toxique. Alors qu’une température de 41° suffit pour tuer le Prymnesium, l’eau chargée du poison reste toxique après chauffage à 60°-80° ; le poison n’est détruit qu’à l’ébullition. C’est un poison sans action sur les crabes, sur les petits crustacés (Mysis, Sphæroma, Copépodes), sur les larves de Chironomides.
- Par quel mécanisme agit le poison ? Cela n’a pas encore été clairement reconnu ; c’est probablement, disent les auteurs danois, par une paralysie généralisée des nerfs (x) ; quoi qu’il en soit, c’est un redoutable poison pour les poissons.
- Pratiquement, les Prymnesium peuvent être détruits par le sulfate de cuivre ; une solution à 1 pour 20 000 les tue en un quart d’heure et ne semble pas affecter les poissons, mais il serait trop dispendieux d’employer le sulfate de Cu dans des lacs et étangs d’une certaine étendue ; le mieux est d’empêcher l’arrivée d’eau saumâtre par des barrages et écluses : quand l'eau est complètement douce, le Prymnesium n'y vit pas.
- R. Ph. D.
- 1. W. Conrad et E. Leloup (Ann. Soc. Royale Zoolog. de Belgique, t. LXIX, fasc. 3, déc. 1938) ont attribué à un venin hémolytique le produit élaboré par Prymnesium saltans J. Massart, 1900 [apparemment la même espèce que P. parvum Carter] qui provoqua en 1920 une mortalité « formidable » parmi les poissons des polders de Workum (eau légèrement saumâtre, 1 gr. 49 Cl p. 1 000) en rapport avec l’ancien Zuiderzee.
- Fig. 1. — Prymnesium parvum N. Carter x2 500.
- F, flagelles ; N, noyau ; C, chromatophores.
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- L'ÉVOLUTION
- DE LA CONSTRUCTION AUTOMOBILE
- Aia veille de l’ouverture du 33e Salon de l’Automobile, nous n’avons pas l’intention de donner ici un compte rendu, aussi résumé soit-il, des 32 salons qui ont eu lieu depuis le début du siècle dans notre capitale ; ceci nous entraînerait fort loin car on ne peut prétendre condenser en quelques pages d’une revue près d’un demi-siècle d’évolution dans une activité industrielle aussi importante. Mais il semble intéressant, au moment où le Salon nous accueille à nouveau au Grand Palais après huit ans d’interruption, de rappeler les dates successives des grands progrès dont l’ensemble a donné à l’automobile d’aujourd’hui les qualités de résistance, de confort, d’économie et de régularité dans le fonctionnement que tous les usagers sont unanimes à lui reconnaître.
- Il faut remonter assez loin, jusqu’en 1769, pour aborder l’histoire de l’automobile, qui n’a pas débuté avec la domestication du pétrole, mais avec celle de la vapeur; à la date précitée, le Français Cugnot réalise le « Fardier », premier véhicule automobile du monde, sorte de chariot à vapeur qui, lors des premières expériences, franchit un kilomètre en une heure. Les recherches se poursuivent, en France et en Angleterre ; vers i83o, quelques « diligences à vapeur » roulent à la vitesse maximum de 18 1cm «à l’heure sur les routes de Grande-Bretagne. .
- 1860 constitue une grande date dans l’histoire de l’automobile, avec la mise en mouvement d’un véhicule par un moteur à explosion; c’est au Français Étienne Lenoir que revient l’honneur de cette magnifique invention ; le moteur fonctionne au gaz et au pétrole, développe 1 ch. 1/3 et tourne à 100 tours-minute; la voiture, réalisée entre i8fio et i863 par Lenoir peut rouler à xa km à l’heure.
- En 1872,
- confiance à la traction par vapeur et consti’uit « l’Obéissante », modèle à 12 places avec , une grande nouveauté : une suspension par roues avant indépendantes. En i883, il réalise une voiture faisant 20 km en palier (fîg. 1).
- 1888 : La Nature qui suit tous les progrès de la locomotion .automobile reproduit, dans son numéro du 18 août r888 une vue (fîg. 2) du tricycle à vapeur de Serpollet, avec lequel, deux ans plus tard, le constructeur, accompagné de Ai'chdeacon, réalisera le voyage Paris-Lyon en 10 jours, avec quelques incidents ! tel que par exemple la perte du cercle de fer qui sert de bandage à une roue.
- 1891 : Le Français Fernand Forest réalise le premier moteur à quatre cylindres.
- 4892 : Panhai’d-Levassor construit une voiture de 3 ch dont lé moteur est disposé à l’arrière du conducteur; cette maison va réaliser deux ans plus tard la première direction irréversible.
- 4895 : Nouvelle grande date pour l’automobile : la voiture Peugeot type « Éclair » effectue le trajet Paris-Bordeaux-Paris montée sur pneumatiques.
- Le siècle s’achève avec divers autres perfectionnements apportés à ces « engins » bruyants dont le public commence à avoir un tout petit peu moins peur. Déjà deux salons de l’automobile ont été offerts aux Parisiens.
- Les salons de l'automobile.
- 4898 : C’est l’année du premier salon — si l’on veut bien appeler salon une exposition en plein air organisée sur l’esplanade des Invalides. Ce salon obtient, bien entendu, un assez gros succès de curiosité. C’est au cours de cette année que Renault présente la première voiture équipée d’une boîte de vitesses à train baladeur.
- 4899 : Deuxième salon, organisé au môme emplacement. .Renault perfectionne sa boîte de vitesses, en adoptant la prise directe.
- 4904, janvier : Troisième salon, qui accueille pour la première fois ses visiteurs au Grand Palais. Il offre déjà un beau choix de modèles :
- Gladiator, modèle 3 ch. 1/2, refroidissement par eau, deux viteçses, deux places; poids : 280 kg; consommation : 7 1 aux 100 km ; prix : 3 800 fr. ;
- modèle 6 ch. 1/2, trois vitesses, quatre places; poids : 45o kg; vitesse maximum : 4o km/h; consommation : 9 1 aux 100 km; prix : 5 5oo fr.
- Decauville, 5 ch à refroidissement par eau, 3 vitesses, 3 places; vitesse maximum : 4o km à l’heure; poids : 35o kg; consommation : 8 1 aux 100 km ; prix : 4 5oo fr.
- De Dion-Bouton, deux modèles quatre places, l’un ayant une
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- Fig. 2. — Le vélocipède à vapeur de Serpollet,
- d’après La Natnre, 18 août 1888.
- vitesse maximum de 3o km/h, le second atteignant /io km/h; prix : environ 5 4oo fr.
- Hurtu, 5 ch, trois vitesses, quatre places, vitesse maximum : 38 km/h; poids : 4oo kg; prix : 5.ooo fr.
- Crouan, 6 ch, cinq vitesses, deux ou quatre places; vitesse maximum : 4o km/h; poids : 45o kg; prix : 6.5oo fr.
- Gobron-Brillié, trois vitesses, quatre places; poids : 5oo kg; vitesse maximum : 55 km/h; prix : 7 000 fr.
- Panhard-Levassor, deux modèles, l’un de 5 ch, deux ou trois places, vitesse maximum : 35 km/h; prix : 7 000 fr. ; l’autre de 7 ch, quatre places; vitesse maximum : 45 km/h; prix :
- 8 5oo fr.
- Chacun des salons qui se sont succédé depuis le début du siècle jusqu’en ig38 nous a apporté sa part de toutes les nouveautés mécaniques dont l’ensemble réalise les voitures perfectionnées dans lesquelles nous roulons aujourd’hui.
- En décembre 1902, avec le quatrième salon, apparaissent sur la Mercedes les radiateurs à nids d’abeille et les soupapes commandées par culbuteurs; en 1904, les moteurs à quatre cylindres s’imposent et quelques-uns sont équipés avec les premiers carburateurs automatiques; en 1905, les progrès généraux de la construction permettent d’obtenir une dizaine de chevaux par litre de cylindrée; à la veille de la guerre I9i4-i9l8« on. obtiendra 3o ch de ce môme litre de cylindrée pour une vitesse de rotation de 3 000 tours-minute, et en 1925 une cinquantaine de chevaux à 5 000 tours.
- Revenons à 1906 : c’est l’année de sortie des premières voitures à six cylindres et de l’amélioration de la suspension grâce aux amortisseurs.
- En *907', apparaissent les premiers moteurs sans soupapes et en 1912 les démarreurs électriques. Bien d’autres perfectionnements, que nous ne pouvons tous énumérer ici, ont été apportés à l’automobile jusqu’à la veille de la guerre 1914-1918; celle-ci va constituer un dur banc d’essais pour nos voitures roulant jour et nuit sur les routes défoncées, mais évidemment il n’y aura aucun salon durant cette période.
- Le quinzième salon ouvre ses portes au Grand Palais en octobre 1919 et nous présente tous les perfectionnements nés de la période dé guerre. Ce sont des progrès qui intéressent évidemment davantage la résistance des organes mécaniques que le confort et l’élégancè dé la voiture.
- Avec le salon de 1921, nous voyons apparaître les premiers allumages modernes par batterie et dynamo, ainsi que, date primordiale dans le-domaine de la sécurité, le freinage sur les quatre roues.
- Les salons des années suivantes sont ceux du confort et du silence; puis le 23e salon, en 192g, nous apporte le servo-frei-nage et les pneumatiques super-ballons dont la pression a été ramenée à moins de 2 kg.
- En ig3o, les suspensions par roues indépendantes ont tendance à s’imposer; en ig3i, adoption des carburateurs à Starter, tandis que la traction avant, réalisée par Donnet et Harris-Léon Laisne, devient une des questions du jour. La roue libre, timidement présentée au salon de ig3o, connaît un certain succès.
- En ig32, c’est la rigidité du châssis, avec les longerons de forme tubulaire, et la suspension des moteurs (moteurs dits « flottants » ou « amortis ») qui caractérisent le 26e salon. Notons également un premier pas en faveur des cari’osseries dites « aérodynamiques ».
- Le 27e salon de ig33 est celui de la nette vulgarisation des suspensions par roues indépendantes, montées en France par Berliet, Chenard et Walker, Delage, Delahaye, Mathis, Panhard, Peugeot, Rosengart et Talbot. Les formes aérodynamiques ne constituent plus une exception.
- 28e salon de ig34 : Généralisation, des culasses en alliages légers, adoption par Citroën de la traction avant et de la carrosserie-coque, venue remplacer le classique châssis.
- 29e salon de 1935 : Net changement de l’allure extérieure de la voiture, dont le radiateur et le moteur ont été franchement avancés, de telle façon que les roues directrices sont tout simplement recouvertes par l’avant de la voiture; les mai’chepieds et les ailes de l’arrière se trouvent être supprimés.
- En 1936, avec le 30e salon, aucune grande nouveauté. Le 31e salon, incorporé dans les manifestations de l’Exposition internationale, présente plusieurs modèles français nouveaux, parmi lesquels l’Amilcar « Compound »., la Juvaquatre et la Simcadiuit.
- Le 32e salotv, dernier salon avant la guerre, n’a pas apporté de nouveauté, l’inquiétude générale grandissant avec l’approche du conflit mondial.
- Huit ans ont passé, et le 33e salqn, renouant la tradition d’avant-guerre, est sur le point de nous ouvrir ses portes, au Grand-Palais. Qu’allons-nous y voir ? Nous ne ferons pas ici de pronostics et attendrons de le visiter avant de le décrire. Mais nous connaissons tous déjà sa caractéristique principale : ce sera le salon des grandes économies, par conséquent celui des toutes petites voitures. Fernand de Labgrderie.
- Fig. 3. — Le phaéton à gazoline à 4 places Peugeot, . jeT prix de la course Paris-Bordeaux de 1895,
- d’après La Nature, 6 juillet 1895.
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- LA
- RADIOACTIVITÉ ARTIFICIELLE
- et ses applications
- La bombe atomique n’est pas la seule application qu’envisage le physicien, et, même en dehors de l’utilisation pacifique, peut-être proche, de l’énergie nucléaire, il en existe une autre dont le domaine, à peine exploré, est assez étendu pour justifier les plus grands espoirs : c’est l’utilisation de la radioactivité artificielle, découverte en 1933 par Irène et Frédéric Joliot-Curie.
- Il peut être utile, avant d’en aborder l’étude, de rappeler rapidement les conceptions auxquelles l’expérience et la théorie ont conduit les physiciens, en ce qui concerne la constitution de la matière.
- La constitution de la matière.
- Un corps quelconque est constitué de molécules, chacune d’entre elles étant formée d’atomes (l’atome est la plus petite portion de matière possédant des propriétés chimiques bien définies). Par exemple, la molécule d’eau comprend deux atomes d’hydrogène et un atome d’oxygène. On est ainsi amené à définir des corps composés et des corps simples, ou éléments, ces derniers, au nombre de 92 pouvant s’unir de multiplés manières pour former les milliers de corps existants dans l’univers.
- L’atome lui-même, malgré son nom, n’est pas insécable : on le considère formé d’un noyau central, oü est concentrée la masse, autour duquel gravitent des corpuscules élémentaires d’électricité : les électrons, qui portent la plus petite charge électrique connue (—1,6 x 10~19 coulomb).
- L’ensemble est électriquement neutre : aussi, puisque les électrons sont négatifs, le noyau doit-il être chargé positivement. L’atome le plus simple, celui d’hydrogène, dont le noyau, appelé proton, porte une charge unité positive, ne possède qu’un électron satellite.
- Les noyaux des atomes plus complexes sont composés de protons et de neutrons, ces derniers étant des corpuscules électriquement neutres, de masse sensiblement égale à celle du proton. Le nombre des électrons satellites, répartis en plusieurs niveaux électroniques, est égal à celui des protons nucléaires. Prenons un exemple : l’atome de fer est formé d’un noyau de 26 protons et de 30 neutrons, autour duquel circulent, sur plusieurs orbites, 26 électrons. Le nombre atomique de l’élément fer est 26 (nombre de charges du noyau), son nombre de masse est 56 (nombre des corpuscules du noyau).
- En réalité, ce nombre de masse, pour un élément donné, peut
- varier de quelques unités : ainsi il existe des atomes de fer de masses atomiques 54 , 56, 57 , 58, contenant donc 28, 30, 31 ou 32 neutrons. On dit que le fer naturel est composé de quatre isotopes, les isotopes 54, 56, 57 et 58. Certaines de ces combinaisons peuvent être instables, comme nous le verrons par la suite.
- Radioactivité. — Les noyaux de quelques éléments, tels le radium et le polonium, sont naturellement instables et se « désin-
- tègrent « en émettant des rayonnements a (noyaux d’hélium, nommés hélions), des rayonnements (3 (électrons négatifs) et des rayonnements y (photons, ou grains d’énergie lumineuse, vibrations électro-magnétiques).
- L’émission des particules i ou P modifie la nature du noyau radioactif. Ainsi le radium se transforme, par une longue chaîne de désintégrations, en plomb, élément final stable. C’est à ce phénomène qu’on a donné le nom de radioactivité naturelle.
- L’activité d’une substance radioactive décroît dans le temps suivant une loi exponentielle. On appelle période radioactive d’un élément, le temps au bout duquel la moitié de ses atomes se sont désintégrés (1840 ans environ pour le radium).
- Transmutations. — Par la mise en oeuvre de moyens puissants, le physicien parvient à modifier la nature intime des noyaux atomiques. C’est ce qu’on appelle transmutation.
- Fig. 1. — Le Cyclotron du Collège de France en fonctionnement.
- La masse principale de l’appareil est constituée par l’électroaimant, pesant 27 t., dans l’entrefer duquel est placée la chambre d’accélération où règne un vide très poussé. Sur cotte photographie, on aperçoit le faisceau de deutons qui sort à l’extérieur, au travers d’une mince feuille d’aluminium. Sur la droite, on aperçoit un bocal contenant un produit à irradier. Dans les briques de paraffine sont placés d’autres produits (l’hydrogène de la paraffine ralentit les neutrons par chocs élastiques, les rendant plus efficaces). De cette manière on peut irradier à la fois avec des deutons ou avec des neutrons, des produits différents.
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- La première fut réalisée il y a une trentaine d’années par Rutherford : en bombardant de l’azote par des bêlions, on obtient de l’oxygène et un proton, ce qui se représente par la notation suivante :
- ‘ÿ+ÎHe -> "O + lH
- (le symbole de l’élément est précédé en haut du nombre de masse ; en bas, du numéro atomique, ou nombre des protons).
- Que s’est-il passé ? Une particule alpha (hélion) servant de projectile, a été capturée par un noyau d’aluminium ; le nouveau noyau formé JlX se transforme rapidement en phosphore, par émission d’un neutron ; le noyau de phosphore formé n’est pas stable parce qu’il possède de l’énergie en excès ; le réarrangement interne qui en résulte se traduit par l’émission d’un positon (électron positif) : il reste un noyau stable de silicium. Cette suite de transformations s’exprime en deux lignes :
- Découverte de la radioactivité artificielle.
- En 1933, Irène et Frédéric Joliot-Curie ont constaté que certains éléments produits par transmutation ne sont pas stables, mais qu’ils se désintègrent comme les corps radioactifs. Mais lais-sons-leur la parole :
- « On irradie une feuille d’aluminium avec les rayons alpha d’une forte source de polonium pendant quelques minutes ; quand
- 13AI —(— aHe -> fgP -f- on
- fgP uSi + j3+ (positon).
- Presque tous les éléments connus permettent la formation, quand on les bombarde avec des projectiles convenables, de radioéléments artificiels, isotopes d’éléments stables existant dans la nature.
- On est parvenu, à ce jour, à en fabriquer plus de trois cents, dont les périodes s’échelonnent de quelques fractions de seconde à plusieurs milliers d’années.
- Mais pour parvenir à ces résultats, il faut que les particules utilisées comme projectiles possèdent une grande énergie cinétique. Ceci n’est possible que grâce à des appareils accélérateurs de particules électrisées (ions), dont nous allons parler maintenant.
- Production des radioéléments.
- D’abord, quels projectiles peut-on utiliser P
- En pratique tous les noyaux légers, mais surtout les protons, les deutons (noyaux de l’isotope 2 de l’hydrogène, composés d’un proton et d’un neutron) et les hélions, cela parmi les particules électrisées. Les projectiles les plus favorables sont les neutrons auxquels leur absence de charge permet de franchir aisément la barrière de potentiel des noyaux à transmuter. Les neutrons sont produits par l’action des protons, deutons ou hélions sur du lithium ou du béryllium (métal léger de numéro atomique 4).
- Les premières expériences utilisaient les hélions produits par le polonium, où les neutrons produits par leur réaction sur du béryllium suivant la réaction :
- Fig. 2. — Cyclotron du Collège de France : la chambre d’accélération est sortie.
- On aperçoit sur la droite, le porte-cible. Le courant de deutons atteint 15 microampères en service continu. En arrivant sur la cible, les deutons possèdent la même énergie que s’ils avaient été accélérés par une différence de potentiel de 7 millions de volts, mais ceci est obtenu avec une tension alternative haute fréquence de 40.000 volts seulement.
- on retire la feuille, elle possède une activité qui décroît de moitié en trois minutes : le rayonnement émis... est constitué par des électrons positifs. La décroissance de l’activité suit une loi exponentielle. Nous sommes donc en présence de véritables radioéléments nouveaux, et d’un nouveau type de radioactivité. »
- TABLEAU I
- Caractéristiques des corpuscules élémentaires
- électron
- proton
- neutron
- masse : m = 0,9.10-27 gramme charge : en — 1,6.10—19 coulomb masse : 1840 m ~ 1,0076 unité charge : e n-|-1,6.10—19 coulomb masse : = 1,0089 unité charge : = 0
- la masse unité est égale à 1,66.10—24 gramme
- Le diamètre moyen d’un atome est 10~8. Celui des corpuscules élémentaires et du noyau est compris entre 10~12 et 10~13 cm.
- ÜBe -{- |He —>• -j- on>
- Mais ces sources devinrent rapidement insuffisantes, le nombre des projectiles émis étant trop faible. Pour augmenter l’intensité, il faut utiliser des accélérateurs d’ions. Parmi les principaux, citons les générateurs électrostatiques van de Graaff (fournissant des tensions accélératrices pouvant atteindre 5 millions de volts), les générateurs à impulsions et les générateurs en cascade, tous ces appareils accélérant les particules par une tension élevée ; dans une autre catégorie, ce sont l’accélérateur linéaire de Sloan et Lawrence, dans lequel les particules sont accélérées par un champ électrique alternatif, et enfin le cyclotron, accélérateur électromagnétique à résonance.
- Nous ne nous attarderons pas sur cette magnifique invention (due à Lawrence) qui rend les plus grands services dans la fabrication, des radioéléments. Le cyclotron a déjà été décrit en détail dans cette revue (La Nature, n° 3093, 1er août 1945). Rappelons seulement qu’un tel appareil nécessite une puissance élevée, puisque le moindre d’entre eux consomme plus de 100 kW pour l’ali-
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- = 300 ..........-...:.:~=
- mentation de son électroaimant et de son oscillateur haute fréquence.
- Il produit un courant d’ions pouvant atteindre 100 microampères, c’est-à-dire que, chaque seconde, la cible reçoit cent mille milliards (1014) de particules. La probabilité de choc étant très faible, cent millions de particules seulement réalisent des transmutations.
- Ceci représente, pour les appareils les plus puissants, une puissance utile pouvant atteindre mille watts.
- On utilise le cyclotron par bombardement direct de la cible à transmuter ou par bombardement d’une cible de béryllium : les neutrons produits peuvent alors être utilisés à l’extérieur, car ils traversent aisément les parois de la chambre d’accélération, et les produits à irradier sont placés en dehors.
- Quelques mots maintenant sur un nouveau procédé né de la guerre : les piles à plutonium utilisées par les Américains pour la fabrication de ce précieux métal qui constitue l’explosif de la bombe atomique. Dans ces piles, est réalisée la fission de l’uranium : l’uranium de masse atomique 238 et surtout celui de masse atomique 235 ont la propriété de se dissocier sous l’action des neutrons en deux éléments radioactifs dont la masse atomique est comprise aux environs de 100.
- Par ce processus, dans une pile atomique, sont formés une soixantaine d’éléments radioactifs en quantité plus importante que par tout autre procédé. Dans l’avenir, on peut espérer une production peut-être industrielle de ces radioéléments artificiels (x), qui ne sont là que des sous-produits de la pile.
- Après cette étude générale, longue, mais utile, abordons la seconde partie de notre exposé, consacrée aux applications extrêmement nombreuses et intéressantes que cette nouvelle science qu’est la « chimie nucléaire » permet d’envisager, applications thérapeutiques, scientifiques, et même, industrielles.
- LES APPLICATIONS DE LA RADIOACTIVITÉ ARTIFICIELLE
- On peut les classer en deux catégories : celles où l’on recherche l’action même des radiations émises par le corps radioactif (en médecine par exemple) et celles où le corps radioactif ne sert que d’indicateur. Nous verrons plus loin sur quels principes est basée cette technique des radio-indicateurs.
- Applications thérapeutiques. — Les rayonnements des corps radioactifs produisent des effets comparables à ceux des rayons X. Mais les études entreprises sur leur application possible en médecine requièrent de grandes précautions, ce qui les rend difficiles.
- Des résultats ont, cependant déjà été acquis, en particulier dans le traitement de la leucémie : la leucémie, ou leucocythémie, est une maladie caractérisée par l’hypertrophie de la rate, du foie, des ganglions lymphatiques et de la moelle osseuse ; son issue est mortelle en deux ans. Cette terrible maladie est due à la prolifération anormale des globules blancs (leucocytes), dont le centre producteur est la moelle osseuse. Des expériences ont prouvé que le phosphore est principalement localisé dans les os ; en faisant ingérer des phosphates radioactifs au malade, on introduit dans son squelette une source de rayonnements intenses capables d’agir sur les leucocytes beaucoup mieux que les rayons X qui attaquent en même temps les tissus sains. Un traitement analogue pourra peut-être se révéler utile dans d’autres maladies, à condition de choisir l’élément radioactif convenable, c’est-à-dire celui qui se fixe surtout dans l’organe malade.
- On peut déjà envisager d’utiliser des radioéléments artificiels à la place du radium et du polonium, beaucoup plus coûteux et très rares.
- 1. Citons parmi eux : le lanthane, le baryum, le césium, le rubidium, l’iode, le brome,... Ces éléments deviennent des têtes de séries radioactives.
- Autre chose : selon de récentes expériences, il semble que la fixation du phosphore varie, chez la souris, suivant qu’elle est normale ou cancéreuse. Peut-être pourra-t-on enfin établir un moyen de diagnostiquer le cancer.
- Enfin, fait extrêmement intéressant, il sera possible d’étudier en détail l’action des médicaments dans l’organisme malade, grâce aqx indicateurs radioactifs que nous allons étudier.
- Technique des radio-indicateurs. — Lorsqu’un mélange de plusieurs isotopes d’un même élément est soumis à des traitements chimiques, on retrouve toujours la même proportion entre les divers isotopes, quelles que soient les transformations subies.
- Ainsi, si l’un des isotopes est radioactif, il indique à lui seul le sort des autres atomes, inactifs, qu’il accompagne. Cette affirmation a été vérifiée, en particulier, en ce qui concerne l’organisme humain (4).
- Ainsi, introduisons une fraction de phosphore radioactif dans des phosphates administrés à un animal ; si nous pouvons suivre les pérégrinations des atomes activés, nous connaîtrons le comportement de la totalité du phosphore introduit. Or, il est possible de le faire : deux méthodes, en particulier, permettent de compter le nombre des corpuscules émis ou du moins d’avoir une idée de leur répartition.
- Au premier plan, il faut citer le compteur de Geiger-Müller : c’est un cylindre métallique vidé, dans l’axe duquel passe un fil d’argent très fin ; une différence de potentiel est appliquée entre ces deux électrodes, à une valeur très proche du potentiel disrup-tif ; lorsqu’une particule ionisante pénètre dans le tube, elle suffit, à déclancher la décharge, qu’un amplificateur à lampes transmet, à un compteur numérateur, analogue aux compteurs de communications téléphoniques. Un tel appareil permet d’enregistrer plus-de 20 000 particules par minute.
- La seconde méthode est V autoradio graphie. Voici en quoi elle consiste : la pièce à examiner (coupe d’organe, ou feuille d’une plante nourrie avec des sels radioactifs, par exemple) est posée sur une plaque photographique dans l’obscurité. Les rayonnements émis par les substances radioactives impressionnent l’émulsion : la répartition et l’intensité des empreintes laissées donnent les renseignements désirés.
- Ces méthodes, en particulier le compteur de Geiger-Müller, donnent des résultats d’une précision stupéfiante. Ainsi, une expulsion p par seconde décèle la présence de G. 10—15 gramme de phosphore radioactif.
- Comment fait-on les mesures ? Supposons qu’un milligramme de phosphore partiellement radioactif donne 1 000 coups par minute au compteur de Geiger, et que l’examen d’une coupe d’organe d’un animal traité donne 10 coups par minute : c’est que 0,01 mg du phosphore introduit s’est emmagasiné dans cet organe.
- La technique des radio-indicateurs dont nous allons étudier quelques applications est malheureusement limitée : sur les trois cents radioéléments créés, seules quelques dizaines ont pu être utilisées. La préparation des autres est trop malaisée, ou leur période est trop courte, ou bien enfin, ils produisent un effet nuisible à des doses trop faibles pour être détectées (dans les études réalisées, l’effet physiologique est nul car on n’introduit guère qu’un atome radioactif pour des dizaines ou des centaines de millions d’atomes inactifs).
- La période doit être moyenne, plusieurs heures ou quelques jours : au-dessous-, les expériences devraient être exécutées trop rapidement ; au-dessus, l’accumulation des produits radioactifs pourrait devenir nuisible.
- Applications biologiques. — Les radioéléments permettent en particulier d’étudier le métabolisme d’une substance (ensemble
- 1. Ceci n’est plus vrai en ce qui concerne l’hydrogène et son isotope 2, le deutérium, les masses étant dans le rapport 1 à 2, il se peut que l’organisme les sépare.
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- des transformations qu’elle subit clans l’organisme), sa répartition dans les divers organes et la vitesse à laquelle elle y parvient, toutes études impossibles, ou du moins très difficiles, par d’autres méthodes. Ces expériences n’ont guère débuté qu’en 1938, et
- TABLEAU II
- Formation de quelques radio-indicateurs biologiques
- Phosphore (période : 14,5 jours)
- «P + ÎH -> 1H +
- îP*
- ÎP*
- îSs + p-
- Sodium (période : 15 heures) :
- iîNa + ïH -> jfl-fjîNa'
- «Na* -> î|Mg+p-
- locle (période : 25 minutes) :
- 127, ,l' , 128,,
- 531 I 0n T ~T~ 53l
- TsI’ -> wXe+P-
- (Période : S jours) :
- I3°T , 2„ 1 , 131,,
- 521e “r 1 tl “* ca_r 631
- 131,
- 53
- l* ''fîXe p
- P — phosphore ; Na z; sodium ; I = iode ; Te = tellure ; S rx soufre ; Mg — magnésium ; Xe = xénon ; Jh = proton ; rr deuton ; on = neutron ; p—— électron négatif; y = photon de grande énergie.
- les principaux travaux concernent le phosphore, les métaux alcalins, le fer, le soufre et le carbone.
- Voici quelques-uns des résultats acquis :
- le phosphore se répartit, chez le rat, dans les proportions suivantes : 25 pour 100 dans les os, 3 pour 100 dans les dents, 2 pour 100 dans le foie, 50 pour 100 sont éliminés et le reste disséminé en infimes proportions. Une découverte très intéressante a été faite : le phosphore des os s’y renouvelle sans cesse, ce que rien auparavant n’avait fait prévoir ;
- le fer est localisé surtout dans la rate et la moelle osseuse ; il est rapidement utilisé dans la synthèse de l’hémoglobine. De plus, son comportement diffère suivant que l’organisme est sain ou anémié ;
- l’iode se fixe dans la thyroïde qui l’emploie pour élaborer une hormone : la thyroxine, dont il devient facile d’étudier l’action, puisqu’elle est partiellement radioactive ;
- le fluor passe très rapidement dans les dents ;
- le sodium se renouvelle sans cesse dans les globules rouges, à partir du plasma sanguin.
- On peut étudier les besoins spéciaux de l’organisme dans certains états : par exemple, pendant la grossesse et l’allaitement, la femme enceinte consomme plus de phosphore, de calcium et de strontium, absorbés par le foetus à travers le placenta.
- Enfin, la fabrication récente d’un carbone radioactif de période très longue va permettre l’étude du comportement des hydrocarbures, extrêmement nombreux dans la matière vivante.
- En physiologie végétale, voici quelques résultats cités par M. Joliot (les plantes ont été cultivées dans des terres contenant des phosphates ou des sels métalliques dont une infime partie était radioactivée) : dans les tomates, le phosphore se fixe principalement dans les graines et les tomates vertes en absorbent plus que les rouges ; l’étude de la vitesse de répartition du phosphore, du sodium, du potassium dans le saule et le géranium a montré que les mouvements ascensionnels sont beaucoup plus rapides que les mouvements latéraux (entre bois et écorce).
- Applications physiques et chimiques. — Les études réalisées en sciences physiques grâce aux radioéléments artificiels n’ont pas fait l’objet de publications aussi nombreuses que celles effectuées en biologie.
- En physique, l’utilisation des radio-indicateurs facilite certaines études de solubilité, de diffusion, d’absorption, et de propriétés électrochimiques des corps.
- E11 chimie, il devient possible d’élucider certains mystères posés par l’étude des réactions chimiques. Prenons un exemple dû aux recherches de Pierre Siie, au laboratoire de Chimie nucléaire du Collège de France : dans la réaction suivante :
- periodale + iodure de potassium + eau = ioclate + iode + potasse.
- On ne sait pas a priori comment se répartit l’iode ; l’expérience prouve, en activant par exemple l’iodure de potassium, que l’iodé de l’iodate formé (second membre de l’équation) ne provient que du periodate. Aucune autre méthode ne peut donner un tel résultat, que les radio-indicateurs.
- Parmi d’autres applications dans le même ordre d’idées, citons l’étude des synthèses, du rôle des catalyseurs dans les réactions chimiques, l’étude des fermentations, en particulier de la fermentation lactique, qui se produit dans notre organisme : le glucose des muscles se transforme en acide lactique par une longue chaîne de réactions intermédiaires dans lesquelles interviennent surtout des radicaux phosphorés ; en radioactivant le phosphore, l’étude de cette fermentation est simplifiée.
- Applications industrielles. — Dans l’industrie métallurgique, la technique des indicateurs se révèle intéressante pour étudier les phénomènes de corrosion, ou la diffusion d’un métal dans une masse métallique (au cours des soudures par exemple). D’autres applications industrielles donnent déjà des résultats : mesure de la perméabilité des tissus et des membranes (masques à gaz) ; mesure de l’épaisseur et de l’uniformité de certains revêtements par adjonction d’éléments radioactifs dans le support (industries céramiques).
- Pour terpainer ce rapide tour d’horizon, signalons l’emploi d’un radioélément, l’yttrium, pour radiographier certaines pièces mécaniques : les rayons y émis par cet yttrium 0) impressionnent une plaque photographique comme le feraient les rayons X ; c’est là une extension intéressante de la radiographie industrielle, permettant de déceler les défauts des pièces métalliques inaccessibles : les Américains l’ont utilisée pour radiographier les tubes de leurs canons, en enduisant l’âme avec une peinture radioactive à l’yttrium.
- Conclusion.
- Nous espérons que nous avons laissé entrevoir l’avenir brillant qui s’ouvre devant la chimie nucléaire, dernière-née des sciences modernes, avenir qui justifie amplement la création de laboratoires spécialement équipés pour permettre la production et l’utilisation des radioéléments artificiels. Un tel laboratoire existe à Paris, c’est celui que dirige le professeur Frédéric Joliot au Collège de France : y sont réunis les moyens de production (le cyclotron), les laboratoires de traitements chimiques et ceux de mesure de radioactivité, et les laboratoires d’essais biologiques.
- Souhaitons, pour conclure, qu’en ces recherches, la France où les premières découvertes ont vu le jour, ne se laisse pas distancer par les ressources matérielles bien supérieures des laboratoires américains.
- Robert Benoits.
- 1. Il s’agit probablement de l’yttrium 87 qui se désintègre suivant le schéma suivant :
- ygY -> ggY + y avec une période de 14 heures.
- Il existe un autre yttrium, l’Y 86, qui se désintègre en 105 jours en strontium, avec émission de photons.
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- POLYGONES ET POLYÈDRES
- Notre article paru dans La Nature du 1er août 1945 nous a valu un courrier beaucoup plus important que le sujet traité ne paraissait le comporter, ce qui semble indiquer que de telles questions intéressent un plus grand nombre de personnes qu’on n’aurait pu le supposer. C’est pourquoi nous nous permettons de revenir un peu sur ce sujet en l’élargissant de façon à répondre, dans la mesure où nous lepouvqns, à quelques-unes des questions posées et à donner des renseignements qui, s’ils ne sont pas inédits, tout au moi-ns en général, ne sont pas toujours faciles à réunir. ' M. Boucher nous a adressé une importante collection de photographies représentant des solides plus ou moins réguliers qu’il a construits souvent à l’aide de la méthode qui consiste à prolonger les faces d’un solide déjà connu. Il y a là un procédé systématique d’études que nous aurons à rappeler lorsque de façon très analogue nous préciserons la génération des polyèdres réguliers étoilés.
- D’autres lecteurs comme MM. Tardy, Cazal et surtout M. Léon Jeannin ont bien voulu nous signaler des erreurs matérielles qui s’étaient glissées dans notre article antérieur :
- construction ne sont pas de même nature que ceux des faces carrées latérales. Si l’on amène un des sommets de l’une des catégories à se superposer à un des sommets de la seconde catégorie, il n’est pas possible d’obtenir la coïncidence des deux polyèdres. Or il s’agit là d’une propriété extrêmement importante des autres polyèdres semi-réguliers classiques, y compris les prismes et les antiprismes et je la prendrai volontiers comme définition de ces solides ». M. Sève conclut : « On pourrait peut-être appeler semi-réguliers les polyèdres qui correspondent à la superposabilité totale et dire que le polyèdre de Bert est pseudo-semi-régulier. Ce solide a la symétrie quadratique avec deux plans de symétrie binaire et un plan de symétrie alterne. Si l’on n’admet que les semi-réguliers parfaits, le solide qui correspond à cette symétrie est un antiprisme à base carrée ».
- Le reste du travail qu’a bien voulu m’envoyer M. Sève concerne entre autres d’intéressantes applications des polyèdres semi-réguliers à la photométrie, applications dont une partie a fait l’objet d’une note : « Moyennes sphériques et polyèdres semi-réguliers » (.Société de Physique, 1944).
- Fig. 1. — Dodécaèdre régulier de troisième espèce avec faces étoilées. — 2. Dodécaèdre régulier de troisième espèce avec faces convexes. 3. Dodécaèdre régulier de septième espèce. — 4. Icosaèdre régulier de septième espèce.
- 1° L’hexécontadoèdre n° 11 possède 30 carrés, 20 hexagones réguliers et 12 décagones réguliers (et non pas 30 carrés, 20 triangles équilatéraux et 12 pentagones réguliers).
- 2° Le n° 12 est un triacontaoctaèdre, c’est-à-dire un solide à 38 faces (et non pas un triacontadoèdre, ce qui voudrait dire solide à 32 faces).
- 3° Le n° 13 est un ennéacontadoèdre (et non pas un ennéconta-doèdre).
- Le même lecteur fait remarquer que le néo-icohexaèdre de M. Bert ne peut à cause de son asymétrie redonner des polyèdres réguliers par prolongement de certaines de ces faces comme d’autres polyèdres semi-réguliers. C’est peut-être la raison pour laquelle Archimède et Catalan qui l’ont sans doute découvert n’en ont pas fait mention, estime M. Léon Jeannin.
- Sur ce même point, nous avons reçu une importante lettre de M. Sève, professeur à la Faculté des Sciences de Marseille. En voici quelques extraits. « Je me demande si l’existence du « polyèdre de Bert » comme il est juste d’appeler ce nouveau solide n’amènerait pas à réviser la définition que Catalan avait donnée des polyèdres semi-réguliers, de façon à en exclure précisément le polyèdre de Bert. En effet, alors que pour tous les autres polyèdres semi-réguliers les sommets jouent le même rôle, ils sont ici de deux sortes. Les sommets des carrés appartenant aux deux calottes qui ont été mises en évidence dans la
- Enfin signalons que M. Cazal nous communique d’intéressantes références sur lesquelles nous reviendrons concernant en particulier les travaux de Gauss, Poinsot, Bertrand, Léon David, etc...
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- * *
- Nous voulons donner maintenant les références bibliographiques que nous avons pu réunir, sans avoir cherché à épuiser le sujet, sur les polyèdres, réguliers ou non, et aussi sur des sujets un peu voisins. Nous serions heureux si elles pouvaient faciliter un travail d’ensemble de quelque chercheur passionné par ces sujets peu connus.
- En ce qui concerne les polygones réguliers et leur construction on consultera le livre classique de Klein (traduit par Griess) : Leçons sur certaines questions de Géométrie élémentaire (1896) qui rappelle Gauss avec ses Disquisitiones et Bachmann avec sa Théorie de la division du cercle en parties égales (Leipzig, 1872). On y trouve le théorème de Gauss suivant lequel les seuls nombres premiers de côtés à l’aide desquels on peut construire un polygone régulier à la règle et au compas sont de la forme 2n + 1 où n est lui-même une puissance de 2. De là viennent 17, 257 et 65 537. Richelet a étudié le polygone de 257 côtés dans le Journal de Crelle (1832) et Hermes celui de 65 537 côtés dans les Gœttin-
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- ger Nachrichten (1894). Il nous dit encore que Hermann Wiener a montré comment on peut construire des polygones et polyèdres réguliers par pliage de papier, tandis que Sundara Row traitait un sujet analogue dans son On paper Folding (Londres, 1893).
- L’étude des polygones réguliers et des radicaux qui leur sont attachés se trouve faite dans une thèse de doctorat de Paul Wiernsberger (Lyon, 1904), celle des pavages du plan à l’aide de polygones réguliers est exposée dans les Curiosités géométriques de Fourrey (1907) où l’on trouve comme références : Képler, Badoureau (Journal de l’Ecole Polytechnique, 1881), Lucien Lévy (Société philomatique de Paris, 1890-1891), Paul Robin {La Nature, 1887) et Ahrens (Mathematische Unterhaltungen und Spiele, 1901).
- *
- * •»
- Si nous examinons de plus près le cas des polyèdres, réguliers ou non, qui se rattache plus directement à notre article antérieur, nous avons d’abord bien des à-côtés à considérer. Après avoir cité Euler et sa fameuse formule A + 2 = S 4- F qui concerne un polyèdre convexe quelconque, nous dirons qu’on la généralise en Topologie comme le montrent D. Hilbert et S. Cohn-Vossen dans leur Anschauliche Geometrie (1932) où ils nous parlent aussi d’un curieux heptaèdre dont la connexion est différente de celle de la sphère ou du tore. Nous citerons encore pour mémoire toute l’étude des symétries et des cristaux, étude dont la bibliographie serait considérable et pour laquelle nous ne citerons que deux volumes, celui de Jaéger (traduit par Gérald et Chevrier) : Le principe de symétrie et ses applications (1923) et surtout celui de Bouasse : Cristallographie géométrique (1929).
- N’abandonnons pas les polyèdres quelconques sans signaler que l’on a parfois étudié leur déformabilité. C’est ainsi que Bricard dans ses Leçons de Cinématique, (1927) nous parle d’un curieux octaèdre articulé qui se déforme et peut même s’aplatir de deux façons différentes en gardant ses faces intactes. De telles études sont difficiles et on sait peu de choses sur ce sujet.
- Avant de passer aux polyèdres réguliers ordinaires, nous voulons dire par là à trois dimensions, signalons les études nombreuses faites dans les espaces à plus de trois dimensions. On pourra consulter à ce sujet l’Introduction à la Géométrie à quatre dimensions de Boucher (1917) et surtout le Traité élémentaire-de Géométrie à quatre dimensions de Jouffret (1903) qui contient une bonne bibliographie. On y verra qu’il y a six polyédroïdes réguliers à quatre dimensions ayant respectivement 5, 8, 16, 24, 120 et 600 cases. On n’en trouve plus que 3 dans chacune des dimensions autres que les quatre premières.
- Sur les polyèdres en général, nos lecteurs pourront consulter Brückner (Vielecke und Vielflache, 1900), Listing (Mémoires de Gôttingue, 1831), Cayley (Philosophical Magazine, 1861), Jordan (,Journal de Crelle, 1867), l’amiral de Jonquières (Académie des Sciences, 1890) et Eberbard {Zur Morphologie der Polyeder, 1891).
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- * *
- Au sujet des polyèdres réguliers, bien des questions pourraient être considérées, souvent très difficiles. Nous n’en citerons qu'une que l’on pourrait se poser à propos de tous les polyèdres réguliers ou semi-réguliers et que nous n’énoncerons que dans le cas du cube : Comment faut-il placer l’un par rapport à l’autre deux cubes concentriques et égaux pour que leur volume commun soit minimum ?
- La bibliographie concernant les polyèdres réguliers est assez abondante, sans même remonter à Archimède ou à Kepler. Voici quelques titpes. Poinsot (Journal de l’Ecole Polytechnique, 1810), Bravais (Les Polyèdres symétriques de la Géométrie, 1849), Bertrand (Académie des Sciences, 1858), Catalan (Journal de l’Ecole Polytechnique, 1865), Badoureau (Journal de l’Ecole Polytechnique, 1881); Hess (Gleichflachigen und gleicheckigen Polyeder,
- =......: 303 =
- 1883), Mansion (Société royale des Sciences de Liège, 1885), Wiener (Platonischen Kôrper, 1893), Léon David (La Nature, 1933).
- A titre de simple curiosité, citons aussi les études de chemins tracés sur les polyèdres réguliers faites par Hamilton (Quarterly Journal of Mathematics, 1862) ou par nous-même (Avec des Nombres et des Lignes, 1943).
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- * *
- Nous avons à nous excuser auprès de la plupart de nos lecteurs de leur avoir donné tous ces renseignements qui n’intéressent qu’un petit nombre d’entre eux. Nous voudrions en terminant leur signaler une question particulièrement intéressante et sur laquelle la bibliographie est mince, celle de l’équipartition de l’espace par des polyèdres réguliers ou des solides qui en dérivent et leur dire quelques mots sur les polyèdres réguliers étoilés. Sur le premier point nous les renvoyons au livre de Matila Gbyka : Esthétique des proportions dans la Nature et les Arts, qui constitue une bonne introduction au sujet. Sur le second point nous signalons les livres bien connus de Roucbé et Comberousse : Géométrie ; de Lucas : Récréations mathématiques, qui éviteront de recourir à des livres plus anciens, donc plus difficiles à consulter, et nous donnerons ici, avec la photographie de ces derniers polyèdres des extraits, un peu abrégés de ce qu’en dit Ortega dans la Geome-tria (1907).
- Pour ces polyèdres qui sont seulement au nombre de quatre, les faces sont des polygones réguliers égaux d’ailleurs étoilés formant des angles dièdres égaux, avec des angles polyèdres réguliers et superposables les uns aux autres. Ils sont inscriptibles dans une sphère et circonscriptible3 à une sphère. Pour en faire comprendre les dénominations que l’on trouvera sous les figures, nous nous reporterons au cas des polygones étoilés. Considérons par exemple un pentagone régulier étoilé. La somme des angles au centre correspondant aux divers côtés est de 8 droits. Autrement dit, les arcs sous-tendus par ces côtés forment deux fois la circonférence et l’on peut dire que ce polygone est de seconde espèce. De même un polyèdre étoilé est dit de troisième espèce quand les calottes sous-tendues dans la sphère circonscrite par les plans de chacune des faces recouvrent trois fois la surface totale de la sphère.
- Ceci dit, voici les résultats que l’on obtient. Si dans un dodécaèdre, on prolonge toutes les arêtes, on forme un dodécaèdre de troisième espèce dont toutes les faces sont étoilées. Si dans un dodécaèdre convexe, on prolonge chaque face jusqu’à son intersection avec les plans des cinq faces adjacentes à son opposée, on obtient encore un dodécaèdre de troisième espèce, mais dont toutes les faces sont des pentagones convexes. Si dans ce dernier dodécaèdre de troisième espèce, on prolonge toutes les arêtes, on a un dodécaèdre de septième espèce. Enfin, on obtient un icosaèdre de septième espèce en prolongeant dans un icosaèdre régulier ordinaire chaque face jusqu’à sa rencontre avec les plans des trois triangles qui entourent sa face opposée.
- La Geometria de Ortega ajoute les quelques indications suivantes : sans réunir toutes les conditions de régularité des polyèdres précédents on obtient par superposition ou interpénétration de certains autres des solides intéressants à considérer. C’est ainsi qu’en joignant convenablement les sommets d’un dodécaèdre régulier on obtient le « pentatétraèdre » formé par la réunion de cinq tétraèdres réguliers.
- Il ne nous reste plus en terminant qu’à souhaiter à nouveau que quelque lecteur se décide à réunir en un travail unique tout ce que l’on sait des polygones et des polyèdres réguliers en prolongeant si possible nos connaissances actuelles en ce domaine, connaissances qui paraissent très minces dans bien des cas.
- A. Sainte-Laguë,
- Professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers.
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- 1 vol. in-16, 63 p., 7 fig., 4 pi. Collection
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- • 1946.
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- À. l’usage des élèves des écoles techniques et des dessinateurs industriels, ce petit livre aie e à comprendre les formes dans l'espace et leurs perspectives cavalière, axonométrique dimetn-que et isométrique. Par des exemples bien cho -cït des exercices de calcul et de dessin, il facilite la représentation laborieuse pour certains, de la géométrie descriptive et de ses applications ù la technologie.
- Actualités biochimiques, publiées sons ta direction de Marcel Florkin. Fascicules 1 a 7.
- Desser, Liège ; Masson et G10, Paris, 194o-194(>.
- Sous la direction du professeur de biochimie do l'Université de Liège, cette collection se propose d’exposer les progrès accomplis depuis la guerre et dont nous n’avons pu être mioi-més. La série des monographies déjà parues traite des sujets suivants : ,
- 1 M Flohkin. — Aperçus sur les progrès de la biochimie dans ïes pays anglo-saxons depuis
- 1940.
- 2 M. Dallemagne. — Données récentes sur la naùire et le métabolisme de Vos.
- 3. M. Florkin. — L'évolution du métabolisme des substances azotées chez les animaux.
- 4 G. Duchateau. — Méthodes nouvelles d analyse biochimique et clinique.
- 5. Pierre Fredericq. — Données recentes sur
- la coagulation clu sang.
- 6. L. Massart. — Acquisitions recentes dans
- le domaine de l’enzymologie.
- 7. C. Liébecq. — Conception actuelle du catabolisme de PhémopEobine. .
- Écrites par des spécialistes, elles rendent le très grand service de faire le point des questions a l’ordre du jour qui ont le plus évolué en ces dernières années.
- The B. D. H. Book of organic Reagents for analytical use, 9° édition. 1 vol. in-8°, 196 p. British Drug Houses Ltd, Graham Street, London 1, 1946.
- Depuis une quinzaine d’années, de très nombreux composés organiques ont été cherchés, réalisés et essayés pour l’analyse qualitative rapide et spécifique par la méthode des gout-
- tes, les stilliréactions. Puis, de nombreuses recherches ont effectué un tri ; certains réactifs ont été abandonnés ou modifiés ; d’autres sont devenus classiques et sont employés maintenant en analyse quantitative, parce qu’ils facilitent singulièrement les mesures, évitant les lentes et difficiles séparations, les manipulations délicates et incertaines, qu’ils remplacent souvent par des dosages colorimétriques extrêmement rapides et surs. La grande maison anglaise qui prépare ces réactifs organiques avait fait connaître ces nouveautés dès 1932 dans une brochure qui est devenue un livre et ses 9 éditions successives prouvent l’intérêt qu’on y a porté. La dernière datait du début de .la guerre ; celle-ci est une mise au point tout à fait à jour. Quelques réactifs ont disparu qui s’étaient montrés insuffisants ; d’autres remarquables ont vu le jour ; 71 sont retenus dont on trouve la formule, le mode d’emploi, les limites d’usage, les résultats qu’ils donnent, les références bibliographiques. C’est un chapitre nouveau de chimie analytique présenté sous forme de manuel de laboratoire, qui simplifie tellement nombre d’opérations difficiles, donne tant de sécurité et économise tant de temps et de produits qu’on ne saurait trop en recommander la lecture et la pratique à tous les laboratoires, scientifiques et industriels et dans tous les domaines, minéral, organique, biologique.
- Raw materials from the sea, par E. Frankland Armstrong et L. Mackenzie Miall. 1 vol. in-8°, 164 p., 21 pl. Constructive Publications Ltd, Leicester.
- Pour répondre à une enquête sur les ressources minérales du globe, les auteurs ont entrepris cette étude. L’eau de mer représente 1 300 millions de kilomètres cubes ; elle contient presque tous les corps connus à des concentrations très diverses. Le tout est d’apprendre à les séparer économiquement pour disposer de ressources quasiment infinies. De tout temps, on en a extrait le sel, la guerre de 1914 a fait réaliser l’industrie du brome, celle de 1939 l’industrie de la potasse et surtout de la magé-sie, sans parler de la préparation d’eau .potable ; on tire des algues l’iode et des gelées et l’on a déjà songé à d’autres richesses, notamment à l’or. La mer est donc une mine sans pareille a la disposition de tous les pays riverains. Ce petit livre révèle ce qu’on a déjà su faire et donne à penser qu’on pourrait faire beaucoup plus.
- Contribution à l’étude du rôle de la lumière dans l’écologie végétale à Madagascar, par Pierre Boiteau. Mémoires de l’Académie malgache, fasc. XXALV. 1 vol. in-4°, 72 p., 4 pl. Imprimerie Pilot de la Beaujardière, Tana-narive, 1941.
- Partant de données physico-chimiques et biochimiques, l’auteur étudie l’influence du rayonnement, de la durée d’insolation, de la composition spectrale sur la croissance des végétaux. Il pense que certaines espèces sont encore en évolution et cite certains exemples curieux, notamment en ce qui concerne lo caféier.
- Fauves de France, par Jean-Émile Beineciï.
- 1 vol. in-16, 157 p. Collection « Les livres de nature ». Stock, Paris, 1946.
- Les loups, les ours, les chats sauvages, les lynx sont devenus des raretés, mais les renards, fouines, belettes, blaireaux, visons, hermines, martres persistent. L’auteur décrit leur vie, leurs mœurs avec amour et précision et chemin faisant plaide la cause de ceux qui, traqués, sont pourtant moins malfaisants qu’utiles.
- Un ingénieur français en U. R. S. S., par Jules Cotte. 1 vol. in-16, 361 p., 14 pl. Calmann-Lévy, Paris,, 1946.
- L’auteur avait donné à La Nature depuis 1933 plusieurs articles fort remarqués sur les progrès techniques en Russie. Il les reprend ici dans un ensemble sur la vie et l’organisation
- sociale de ce grand pays qui s’est révélé si puissant; pendant cette guerre et dont on aime connaître le vrai visage, trop souvent déformé par les passions et l’ignorance. M. Cotte a été en Russie avant la guerre de 1914, au début de la révolution et à ta veille de la dernière guerre ; il n’y est pas passé hâtivement en touriste, mais y a séjourné longuement comme ingénieur contractuel, mêlé à ia vie des usines et des ouvriers. Il dit ce qu’il a vu du peuple, de la vie matérielle, de l’évolution technique et défaire les facteurs qui ont crée la force et la grandeur de l’U. R. S. S., impartialement mais sans cacher.. que nous y pourrions trouver exemple et aussi chercher un rapprochement avec ce pays.
- PETITES ANNONCES
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- Le gérantG. Masson. — masson et cie, éditeurs, paris. — dépôt légal : 30 trimestre 1946, n° 288.
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- L’évolution actuelle de ta sidérurgie, par R. STUMPER . Les progrès récents de la verrerie (suite), par E. LEMAIRE . Construira-t-on un second canal de Suez ? par V. FOR-
- BIN......................................................
- Le Congrès technique international, par L. PERRUCHE.
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- La bombe volante « Vl », par A. ANANOFF A propos des Physalies, par R. LETACONNOUX
- Les avions contre les baleines...........
- Le ciel en novembre......................
- Centenaire de la découverte de Neptune . .
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- L'ÉVOLUTION ACTUELLE DE LA SIDÉRURGIE
- Fig. 1. — Hauts fourneaux. Batterie des appareils Cowper (Préchauffeurs d’air). ’
- Depuis- un certain nombre d’années, la sidérurgie subit un changement net et profond, quoique lent, de son orientation. Ses préoccupations majeures ont été pendant une longue période du domaine mécanique et électrotechnique, mais actuellement on assiste à un retour aux préoccupations d’ordre physico-chimique. Le moment nous semble bien choisi pour marquer le point, car cette après-guerre, qui constitue une « revalorisation de toutes les valeurs », place la sidérurgie devant des problèmes nouveaux.
- Quelle était la situation avant la guerre ? On ne peut guère mieux la caractériser que ne l’a fait M. Derclaye lors des journées de la sidérurgie de Liège en 1939 :
- « La fabrication de l’acier a pris naissance dans la profession manuelle et ce n’est que par les travaux de Bessemer et de Thomas que la science métallurgique y a trouvé accès, ces inventions formant le point de départ du développement qui a fait époque dans l’industrie de l’acier.
- « Pendant la période assez longue du développement mécanique, l’influence de la science a été peu marquée, car ce qui prévalait, c’étaient les efforts incessants vers une production toujours plus élevée.
- « C’est ainsi que s’est fait jour une influence dominante qui a dirigé le cours ultérieur du développement de la production et qui se perpétue encore de nos jours.
- « Le progrès technique en général détermina la rapidité du développement de la production de l’acier. La construction mécanique
- N” 3122 15 Octobre 1946
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- Fig. 2. — Aciérie Thomas. Fin de soufflage d’une coulée.
- que souci de permettre aux quantités croissantes d’acier de se déverser vers une consommation sans cesse croissante.
- Il va de soi qu’en cette période de départ et d’évolution trépidante, l’élément mécanique et constructif devait prédominer. Les considérations métallurgiques proprement dites, c’est-à-dire physico-chimiques, qui sont à la base de la sidérurgie, furent nécessairement réléguées à l’arrière-plan. Ceci parut d’autant plus légitime, voire logique, que les réactions chimiques qui s’accomplissent à l’intérieur des hauts fourneaux, des fours Martin ou des cornues Thomas avaient l’air de se dérouler en quelque sorte automatiquement.
- L’hégémonie de la mécanique et de l’électro-technique dans la sidérurgie dura tant que l’augmentation des productions en restait le leitmotiv, c’est-à-dire jusqu’en ig3o environ. Pendant de courtes périodes, durant les crises notamment, le caractère problématique de cette suprématie apparaissait, mais même alors les chefs d’industrie favorisaient la mécanisation et la rationalisation.
- Aujourd’hui — et cela vaudra à coup sûr aussi pour l’avenir — la situation a subi un revirement complet. Les conditions mécaniques de la fabrication, de la manutention, du laminage, etc., de quantités massives d’acier sont réalisées et elles ne sont plus guère perfectibles, du moins d’une façon fondamentale. On pourra difficilement songer à renforcer indéfiniment et de manière durable les productions au delà des capacités des usines existantes. Il ne faut pas perdre de vue que de nouvelles usines sidérurgiques ont poussé, comme des champignons, un peu partout de par le monde, notamment aux Amériques, aux Indes, etc. La guerre n’a d’ailleurs que favorisé cette multiplication des usines métallurgiques et leurs agrandissements.
- Fini le temps des superproductions ! La reconstruction de l’Europe dévastée avance très lentement et n’a pas encore fait sentir tous ses effets attendus sur la marche accrue des usines sidé-
- et plus tard l’électro-technique furent appelées à créer les moyens auxiliaires, d’une part pour construire des unités de fours toujours plus grandes et, d’autre part, pour pouvoir manipuler les produits d’une production toujours plus élevée.
- « C’est la raison pour laquelle, depuis les débuts les plus modestes, ce n’est qu’au commencement de notre siècle, qu’il a été possible de construire des cornues d’une capacité de x5 t et que, dès lors, le développement métallurgique a marché à pas de géants, les ingénieurs-constructeurs mettant à la disposition des métallurgistes les souffleries, les machines auxiliaires et des engins de manutention toujours plus puissants. La capacité des convertisseurs a été portée successhrement de i5 t à 25, 35, puis 45 t et l’on parle même de construire des convertisseurs de Co t ».
- Cet aperçu en raccourci, concernant avant tout l’acier Thomas, intéresse les bassins miniers lorrains, belges et luxembourgeois, mais l’évolution de l’acier Martin a suivi une allure analogue. L’aperçu de M. Derclaye mérite quelques développements supplémentaires, dégageant avant tout les leçons de celte guerre. Commençons, pour cela, par un bref aperçu rétrospectif.
- Au début de l’ère du machinisme, il y a de cela iio années, la métallurgie, science essentiellement chimique, se trouva d’un coup placée devant la nécessité de satisfaire une faim immense d’acier, surgie subitement et croissant sans cesse. Elle y réussit d’une façon brillante par l’invention des procédés Bcsscmer (i855) et Thomas (1878). Ces procédés permettaient la fabrication de quantités pratiquement illimitées d’acier à l’état liquide et cela dans un temps record. Il s’agissait alors en tout premier lieu de créer les conditions techniques indispensables' à cette besogne. Pour cela, il fallait projeter et construire des appareils de fabrication, de coulée, de transport, de manutention et de façonnage. Ce fut, à partir des hauts fourneaux jusqu’aux ateliers de finissage, un effort général, incessant, inspire par l’uni-
- Fig. 3. — Laminoir. Lingot d’acier passant au train dégrossisseur.
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- rurgiques. Le problème des débouchés devient d’une importance capitale, même quelque peu angoissante et il convient dès lors . d’envisager le développement futur sous un angle nouveau; l’orientation se fera inéluctablement vers la production d’aciers de qualité. Améliorer la qualité même des aciers marchands ordinaires, voilà l’un des postulats les plus impérieux de la sidérurgie d’après-guerre et cela nous place évidemment devant des problèmes nouveaux, solubles seulement en nous inspirant davantage des leçons de la chimie physique et en multipliant les efforts dans le sens de la recherche scientifique.
- A cet égard, les expériences que les industries consommatrices et transformatrices dé l’acier ont accumulées au cours des années passées, sont devenues d’une grande utilité. Petit à petit, elles ont appris à connaître l’acier, ses différentes propriétés, ses divers défauts. Parmi ces derniers, certains, comme le vieillissement et la corrosion, n’ont pu être révélés qu’au cours des années. Toutes les expériences des consommateurs se sont cristallisées à la longue dans des cahiers de charges de plus en plus rigoureux. Chaque branche de l’industrie transformatrice s’est familiarisée avec les aciers les mieux appropriés à ses besoins et elle tient à utiliser des nuances d’acier nettement définies qu’elle désire recevoir avec le maximum réalisable de régularité et d’homogénéité.
- La science pure n’est pas restée inerte, absente, mais elle était plutôt dissociée des préoccupations techniques proprement dites. Nos connaissances sur la structure intime des alliages ont fait des progrès croissants. Ainsi la métallographie est devenue un élément essentiel et indispensable d’appréciation, de contrôle et même de recherche, aussi bien chez le producteur que chez le consommateur. Pour comprendre la situation actuelle, il ne faut pas perdre de vue la concurrence des alliages non-ferreux, spécialement des alliages légers durcissables, dont quelques-uns ont chassé définitivement l’acier de certains domaines d’application, qui lui paraissaient réservés indéfiniment et exclusivement. Tout récemment, les matières plastiques sont venues à leur tour concurrencer très sérieusement l’acier; ne parle-t-on pas de construire des carrosseries entières d’autos au moyen de ces surprenants produits de la chimie organique ?
- Comme conséquence de tout cela, la sidérurgie est obligée de reviser ses positions. Elle est aiguillée dans une direction qui n’est au fond rien d’autre qu’un retour aux considérations chimiques ou plutôt physico-chimiques. On se rappelle aujourd’hui plus que jamais, que les processus qui sont à la base de la fabrication de la fonte et de l’acier, sont des réactions chimiques et qu’ils sont régis par des lois rigoureuses. Toutefois, s’il reste bien entendu que le progrès de la sidérurgie nécessite la collaboration entre les différentes branches du savoir humain qui s’y entrecroisent, il n’en reste pas moins que la chimie physique devra marquer le pas. L’une des conséquences en sera sans doute la modernisation des programmes d’études de nos futurs ingénieurs-métallurgistes.
- La demande de produits de qualité, la nécessité d’améliorer la qualité et surtout celle des produits courants présuppose une connaissance approfondie de la nature des aciers et, par consé quent, des procédés de leurs élaborations et de leurs traitements. Cela conditionne évidemment aussi un contrôle de la fabrication plus serré, plus méthodique, plus scientifique.
- Cela ne signifie rien d’autre que la prédominance des raisonnements chimiques et physico-chimiques sur des considérations d’ordre mécanique. Cela équivaut aussi à intensifier la recherche
- scientifique, tant théorique que technique, en s’inspirant du vieil adage que la bonne théorie constitue toujours la meilleure pratique.
- Pour se convaincre de la réalité du changement de front de la sidérurgie moderne, il suffit de parcourir les manuels récents et de feuilleter les revues américaines, anglaises, françaises, russes, allemandes, etc. Les investigations d’ordre physico-chimique y ont pris une envergure de plus en plus large, les études plus ou moins systématiques sur les aciers alliés et spéciaux risquent même de se perdre dans l’incommensurable, les recherches métallographiques prennent une ampleur et une profondeur de plus en plus grandes. Ces recherches sont, chez les grandes nations, largement poussées et subventionnées par l’État. Mais il est devenu notoire que les centres de recherches des usines sidérurgiques tant en Amérique qu’en Europe, notamment en Allemagne, commencent par dépasser ceux des universités et des facultés polytechniques, au point de vue de la puissance des installations ainsi que du nombre et de la qualité du personnel.
- Il est du devoir des sidérurgies lorraine, belge et luxembourgeoise de développer la recherche scientifique, afin qu’elles trouvent bientôt une solution appropriée aux problèmes, devant lesquels elles se trouvent placées. Ces problèmes résident en résumé dans l’amélioration de la qualité des produits sidérurgiques avec tout ce que cela comporte : un contrôle scientifique des procédés de fabrication, une meilleure connaissance et une application plus méthodique des lois physico-chimiques régissant l’élaboration et le traitement subséquent de l’acier.
- Réaliser tout cela équivaut à donner à la sidérurgie une nouvelle impulsion et une orientation rationnelle Arers une économie supérieure. Cela conduit aussi et avant tout à animer nos ingénieurs-métallurgistes d’un esprit nouveau, plus conforme à leur vocation même et concordant mieux que par le passé avec leur formation intellectuelle.
- Quant aux problèmes concernant l’amélioration de la qualité des produits sidérurgiques, nous y reviendrons ultérieurement.
- Robert Stumper,
- Chef de service aux A. R. B. E. D.
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- LES PROGRÈS
- RÉCENTS
- (Suite) (I)
- DE LA VERRERIE
- La fabrication de quelques verres spéciaux.
- Dans ce qui suit nous ne signalerons que les fabrications et les verres nouveaux ou peu connus, car la fabrication des verres à boire, des bouteilles et des flacons au moyen de l’air comprimé est décrite un peu partout.
- Le verre de silice. — Un verre qui renferme plus de 96 à 97 pour 100 de silice est dit verre de silice ou de quartz ou encore en quartz fondu, bien qu’il soit fabriqué presque exclusivement à partir des sables dits de Fontainebleau, qui proviennent d’immenses carrières inépuisables situées à Lar-chant, à quelques kilomètres à l’ouest de Nemours (Seine-et-Marne). Le sable de Fontainebleau est exempt de fer, et, pour cette raison, il s’exportait autrefois dans le monde entier; on le chargeait, soit en sacs, soit en vrac sur des wagons découverts à caisse en bois, afin d’éviter la souillure par les produits ferrugineux provenant de l’action des intempéries sur la tôle des caisses en tôle d’acier. Depuis, on a suggéré d’employer des caisses en tôle cl’acier inoxydable, mais elles coûtent trop cher; de plus, presque partout on a trouvé des terres d’infusoires fossiles, ou kiesclguhrs, qui sont de la silice très pure et exempte de fer; et, les transports étant devenus très onéreux, la fabrication des objets en verre de silice est concentrée en France aujourd’hui dans le voisinage de Nemours.
- Les kiesclguhrs peuvent remplacer le sable de Fontainebleau dans la fabrication des objets en verx’erie fine, mais cette matière première convient assez mal à la fabrication du verre de silice ; aussi, à l’étranger, emploie-t-on le quartz; on le trouve à peu près partout. A moins d’employer des quartzites, le quartz est d’ailleurs pratiquement indispensable si on veut obtenir de petits objets en verre de silice parfaitement transparents.
- 1. Voir La Nature des 15 avril, 15 mai et 15 juin 1946.
- Fig. 1. — Vue d’un four électrique moderne servant à la fabrication de grands tubes en silice comme celui qui est représenté sur la
- figure 5.
- (Photo Quartz et Silice).
- La fabrication des pièces et objets en silice fondue est difficile et coûteuse car la silice pure ne fond qu’à une température très élevée : 2 ooo° environ. On obtient le verre de silice dans des fours électriques de différents types (fig. 1), tous à électrodes de graphite ou de charbon amorphe, sous la forme de lingots (fig. 2) pleins ou creux, bpaques, d’un blanc neigeux, dans lesquels on taille assez facilement des isolateurs électriques au jet de sable, ou au moyen de meules ou d’outils en alliages extra-durs tels que le métal "Widia; dans des lingots moulés à la forme dans le four électrique où le sable a été fondu (fig. 3), on-découpe aussi des capsules à bec (fig. 4), des pyromètres, des creusets, toujours par les mômes procédés d’usinage. On peut obtenir des lingots pesant jusqu’à 5oo kg.,
- Le verre de silice, qui peut contenir jusqu’à 99,9 pour iqo de silice Si02, est précieux car sa résistivité électrique est très élevée et son coefficient de dilatation thermique est pratiquement nul ; il est réfractaire et on peut y fondre le platine (à 1 700°) sans qu’il se déforme ou se désagrège ; il résiste aux brusques changements de température et, porté à 1 5oo°, il ne se brise pas si on l’arrose d’eau froide ; il raye tous les autres verres et la plupart des aciers ; il s’étire facilement en fils1; il est parfaitement élastique et il résiste, même à chaud, aux agents chimiques acides, sauf à l’acide phosphorique à 4oo°, et à l’acide fluorhydrique qui, cependant, l’attaque 10 fois moins vite que les verres ordinaires. Mis sous la forme d’anneaux découpés dans une virole, il sert à remplir les tours de Glover et de Gay-Lussac. Par soufflage à l’air comprimé ou à la vapeur, on en façonne des touries (jusqu’à 200 1 de capacité), des gros tubes, des viroles, etc.
- Le seul inconvénient du verre de silice est qu’à la longue il se dévitrifîe. La dévitrification est une cristallisation lente de la masse amorphe de silice fondue; elle s’accompagne d’une diminution de volume et d’une désagrégation de la masse. Elle est due à la transformation de la silice en une de ses variétés allotropiques, la cristobalite. Le point de transformation est à 23o°. L’usage prolongé des appareils en verre de silice n’est donc pos-
- Fig. 2. — Lingot de silice fondue pesant 250 kg. On peut aussi obtenir des lingots semblables pesant plus de 500 kg.
- (iCliché Génie Civil).
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- Fig. 3. Démoulage d’un bloc creux moulé à la forme dans lequel on découpera des capsules à bec comme celle qui est représentée sur la figure S.
- (Photo Quartz et Silice).
- sible qu’au-dessous de cette température. C’est presque toujours le cas dans la grande industrie chimique. La figure 5 donne une idée de la diversité de forme et de dimensions des organes qui sont employés dans cette industrie.
- La figure 6 montre comment on les assemble pour monter un appareillage. Il s’agit ici — et il y a des appareillages beaucoup plus compliqués — de condenser sous forme d’acide chlorhydrique pur à 22° Baume, l’acide chlorhydrique gazeux, hydraté et chaud qui se dégage quand on dissocie à chaud du chlorure de magnésium hydraté.
- L’industrie française du verre de silice ne date que d’une vingtaine d’années ; elle est due surtout à une filiale de la Sociéié de Saint-Gobain, qui a mis au point de nouveaux procédés de fabrication, beaucoup plus perfectionnés que ceux qui sont en usage à l’étranger. Le sable et, le cas échéant, le quartz, qui servent à la fabrication ne doivent contenir ni fer, ni impuretés organiques et, chose curieuse, une teneur de plus de o,o3 pour ioo d’alumine rend impossible la fabrication d’un verre de silice possédant les propriétés précitées.
- Voici quelques renseignements sur la fabrication des objets en verre de silice.
- On distingue le verre transparent, à surface lisse, et le verre dit opaque, mais qui, en réalité, est très translucide et dont la surface est tantôt rugueuse, tantôt lisse et nacrée. Ces deux variétés ne diffèrent que par quelques propriétés physiques. C’est ainsi que le verre de silice transparent a une densité de 2,2 et celui qui est opaque une densité de 2. Les deux variétés ont les mêmes propriétés chimiques et résistent également bien aux acides. La seconde doit son opacité à la présence d’innombrables petites bulles d’air qui ne se sont pas dégagées pendant la fusion en raison de la grande viscosité de la silice fondue. Le choix entre les deux variétés dépend presque exclusivement de leur destination. Elles s’obtiennent à peu près de même façon; seule la matière première diffère..
- Pour le façonnage, on peut opérer par laminage et estam-
- page ; mais on le fait rarement et on ne recourt plus guère à l’étirage que pour obtenir des tubes à surface rugueuse, coupés de longueur et qui ainsi débités sont empilés dans des tours à réaction (tours de Glover, de Gay-Lussac; I et H, fig. 6).
- Les pièces de forme, tuyaux, capsules, bassines, etc., s’obtiennent par soufflage des lingots dans des moules appropriés. Pour les petites pièces, on saisit les lingots à bras, avec des pinces, et on les porte rapidement dans le moule, que l’on ferme, et dans lequel on insuffle de l’air comprimé ou de la vapeur. Pour les grosses pièces, on utilise un pont roulant : la viscosité de la silice plastique est telle qu’un gros lingot peut être tiré du four électrique où il a été fondu sans qu’il se déforme sous l’action de son poids.
- La pièce brute extraite du moule (fig. 3) a grosso modo la-forme d’un ou plusieurs des objets qu’on veut obtenir; il faut les séparer et les achever; on opère au jet de sable, et, s’il s’agit de solides de révolution, à la meule au carborundum ou aux machines-outils. La meule du lapidaire, à la poudre de diamant (égrisée), est employée, comme en verrerie, pour dresser les bords. Le glaçage, indispensable pour la verrerie de laboratoire, qu’on doit pouvoir laver facilement, est obtenu à l’arc ou au chalumeau. C’est une simple fusion superficielle.
- L’usinage mécanique aux machines-outils, exactement comme pour les métaux, est aujourd’hui de pratique courante. On a cru pendant longtemps que pour la silice fondue, comme pour le verre, il n’était pas possible. Mais on a reconnu que si le verre ne se prête pas à l’usinage, c’est moins à cause de sa fragilité qu’en raison de sa grande sensibilité aux variations de température. C’est son échauffement local, dù au grand dégagement de chaleur par le frottement de l’outil, car il exerce une forte pression, qui provoque la rupture. Grâce à l’emploi d’outils en alliages extra-durs, du genre Widia, on peut opérer à très grande vitesse et éviter ainsi réchauffement local. Ce
- Fig. 4. — Découpage au jet de sable sous forte pression d’un lingot creux moulé à la forme qui fournira neuf grandes capsules à bec.
- Ces capsules sont employées dans la grande industrie chimique, notamment pour concentrer l’acide sulfurique.
- (Cliché Génie Civil).
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- résultat a d’ailleurs été obtenu plus facilement avec la silice qu’avec le verre, car elle est beaucoup moins sensible aux variations de température.
- Le verre de silice est complètement transparent pour les rayons ultra-violets et infra-rouges; d’où son emploi pour certaines applications spéciales, comme la fabrication des lampes à vapeur de mercure.
- On pourrait fabriquer des vitres en verre de silice qui, à l’inverse des verres ordinaires, auraient l’avantage de laisser passer les rayons ultra-violets car ces rayons exercent une action bienfaisante sur le métabolisme des organismes vivants ; mais elles seraient trop chères pour qu’on puisse en monter sur les fenêtres des salles de classe des jeunes écoliers ; on leur préfère aujourd’hui des verres, d’ailleurs assez chers, qui laissent passer aussi ces rayons; ils sont, soit sans silice et à base de phosphate et de borate de calcium, ou bien ce sont des borosilicates apparentés aux pyrex et à certains verres d’optique. La moindre trace de fer arrête les rayons ultra-violets.
- Si on emploie le sable, il est presque impossible d’obtenir un verre de silice transparent car il reste toujours de l’air interposé entre les grains de sable dans le four où il est fondu; et cela, si fortement tassé que soit le sable et si lin qu’il soit : la grande viscosité de la silice fondue empêche que les fines bulles se dégagent; mais les grosses bulles se dégagent assez facilement. Il faut recourir à une autre matière première. Tout naturellement, on a pensé au quartz ou cristal de roche; il en existe des variétés en gros cristaux qui sont en même temps de la silice d’une très grande pureté.
- Cependant, le quartz présente deux grands inconvénients. A 573°, il passe brusquement sous une forme allotropique : il
- Fig. 5. — Diversité des pièces en verre de silice avec lesquelles on moule de nombreux appareils qui sont d’un usage courant dans la grande industrie chimique, comme celui qui est représenté sur la
- figure 6.
- Tourics ; tube s’emboîtant à tulipe ; tube droit ; capsule à bec ; serpentin ; cuvette plate à bec.
- (Photo Quartz et Silice).
- gonfle instantanément et il éclate en tout petits morceaux si on ne prend pas de précautions spéciales. De plus, comme l’a montré lord Rayleigh, à sa température de ramollissement, il dégage des gaz qui s’y étaient dissous sous forte pression lors de sa cristallisation naturelle. On a essayé de remédier à ces inconvénients par divers procédés :
- i° On fond le quartz grain par grain; ces grains, très petits, ont été obtenus en « étonnant » dans l’eau froide le bloc de quartz préalablement chauffé un peu au-dessus de
- 573° (procédé Shenstone) :
- 20 On chauffe très lentement des morceaux de quartz au plus gros comme une noix; ceux qui ne se brisent pas sont pris avec une pince, chauffés aussitôt à la température de vitrification et soudés l’un après l’autre à la charge déjà obtenue de la même façon et maintenue fondue (procédé Heraus) ;
- 3° A l’aide du chalumeau ou de l’arc électrique, on maintient à l’état plastique une tige ou un tube de silice sur lesquels on fait tomber régulièrement, une à une, de fines particules de quartz; elles s’y incorporent en fondant. C’est une variante du procédé imaginé par Verneuil pour fabriquer le rubis et le saphir artificiels (procédé Kent) ;
- 4° On fait le vide dans une bombe d’acier à paroi épaisse (i5 cm) après y avoir introduit la silice préalablement fondue à 2000°; puis on y comprime un gaz inerte à la pression de 25o kg/cm2 (procédé Helborger). On n’obtient pas plus de 5oo g de silice à la fois et on consomme alors 25 kWh. Ce procédé a permis à M. E. R. Berry d’obtenir des lentilles pour l’optique, des lames et des disques de 25 cm de diamètre et de plusieurs centimètres d’épaisseur avec lesquels on a fabriqué des calibres et des plans étalons pour le Bureau of Standards de Washington.
- Tous ces procédés sont coûteux et ne permettent d’obtenir à la fois qu’une petite quantité de verre transparent. La Société Quartz et Silice a résolu le problème d’une façon élégante mais tout autrement, en employant comme matière première de gros blocs de certaines quartzites. Quelques-unes titrent plus de 99,9 pour 100 de silice et sont plus pures et moins chères que le cristal de roche moyen; de plus, elles ne renferment pas d’inclusions gazeuses. Des blocs de plusieurs kilogrammes sont disposés régulièrement entre les électrodes d’un grand four triphasé à sole unique. On peut fondre une centaine de kilogrammes de quartzite en une seule chaude. On obtient ainsi un énorme lingot qu’on débite en morceaux après refroidissement. On utilise ces morceaux et on les met en forme de la même façon que pour le verre de silice opaque.
- Fig. 6. — Spécimen d’un appareillage dans lequel on a assemblé différentes pièces en silice (Condensation d’un acide chlorhydrique pur à 22° Baumé à partir de l’acide chlorhydrique gazeux, hydraté et chaud qui se dégage quand on dissocie par la chaleur du chlorure de magnésium hydraté).
- A, tuyaux droits emboîtés à tulipe ; B, tuyaux réfrigérants en forme d’S ; C, coudes à tubulure ;
- D, caisses d’absorption cannelées, en forme d’S ;
- E, arceaux ; F, tuyaux droits ordinaires ; H, tuyau à raccord latéral rempli d’anneaux de silice rugueuse ; I, tuyau droit contenant aussi des anneaux de silice ; J, siphons ; K, serpentin
- réfrigérant.
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- On conçoit qu’étant données les remarquables propriétés du verre de silice opaque ou transparent, on se soit borné à ne l’employer que dans l’industrie et qu’on ait été incité à l’utiliser pour obtenir des objets artistiques. Ce n’est pas facile. Les figures 7 et 8 prouvent que ce n’est pas impossible. Il y a là tout un domaine où des artistes avertis pourraient donner libre cours à leur imagination.
- Les verres pyrex.
- .— Les verres pyrex (x) ont été inventés il y a une trentaine d’années par E. C. Sullivan et M. C. Taylor, des Corning Glass Works (État de New York) ; ces savants donnèrent la composition chimique de trois types A, B et C, répondant à des besoins un peu différents. Depuis ig3o, les mêmes savants ont inventé trois autres types Blf D et E. Voici la composition de ces six pyrex :
- Composants pour 100
- Silice SiO= . . .
- Acide borique B203 Soude Na,0 . . .
- Lithine Li20. . .
- Alumine A1203 . .
- Oxyde d’antimoine Sb203 . . .
- Total. . . .
- On voit que les pyrex sont caractérisés par : i° l’absence de potasse, d’alcalino-terreux, d’oxydes de plomb et de zinc; 20 la présence d’acide borique. Ce sont donc des borosilicates doubles ou triples, associés peut-être à des alumino-silicales, l’alumine jouant sans doute le double rôle que nous avons déjà signalé.
- Tous ont un très faible coefficient de dilatation thermique, une très grande conductivité calorifique, une dureté et une élasticité très grandes aussi, toutes caractéristiques qui les rendent insensibles aux brusques changements de température et aux chocs ; leur premier point de transformation Tx est voisin de 8oo°, mais, déjà, peu au-dessous de celte température, ils se laissent travailler facilement et mouler sous pression. La cuisson d’un mets au four ou sur la cuisinière, dans un plat de verre pyrex, est plus rapide qu’avec un plat métallique parce que le pyrex est meilleur conducteur de la chaleur et parce qu’il absorbe la presque totalité des rayons infra-rouges (calorifiques).
- La résistance à tous les agents chimiques, à l’eau chaude et 1. De tï'jo, feu, et è:, hors de.
- Premiers pyrex Nouveaux pyrex
- . A B c Bi D E
- 70 80,6 90 80,9 85 90
- 20 13 6 12,9 12,5 5
- 4 4,4 3 4,4 1,8 0
- 0 0 0 0 0 3
- 6 2 1 1,8 0 2
- 0 0 0 0 1 0
- 100 100,0 100 100,0 100,0 100
- Fig. 7. — Luminaire d’intérieur, en verre de silice, ayant figuré à l’Exposition des Arts décoratifs de Paris en 1925. La source lumineuse est à l’intérieur du fût ou dans le plafonnier.
- (Phr\in ChinTi-T ûi
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- à la dévitrification est plus élevée dans les nouveaux types B1} D et E que dans les trois premiers. Les plus résistants aux agents chimiques sont ceux qui.renferment .au moins 84 pour 100 de silice et le moins d’alumine ; cependant, la teneur en alumine peut s’élever jusqu’à 1 pour 100 sans que les propriétés physiques soient trop diminuées.
- C’est avec un verre pyrex qu’est fabriquée la vaisselle dont se sert la troupe américaine; en France, l’usage de la vaisselle de table en pyrex ne s’est pas répandu parce qu’elle est d’un jaune sale, et manque de brillant.
- Dès l’apparition des pyrex, Zeiss d’Iéna s’en est inspiré pour faire entrer les borosilicates dans certains verres d’optique ; ils sont parfaitement incolores, condition sine qua non. Aux Etats-Unis, tout récemment, on a réussi à faire beaucoup mieux : on vient d’y lancer les premiers exemplaires d’ustensiles de cuisine et de vaisselle de table en un nouveau pyrex qui est parfaitement incolore aussi. Un des quelque trente périodiques américains qui s’adressent à la femme, Good Hoüsekeeping (La bonne tenue de la maison) annonçait en effet, dans son numéro de décembre 1945, la mise en vente des objets suivants en pyrex incolore : une tasse à déjeuner, graduée, pour enfant, et un jeu composé : d’une poêle à frire, d’un faitout, d’une casserole et d’un manche isolant s’adaptant à chacune de ces trois dernières pièces. Le prix est peu élevé. Nous ne tarderons certainement pas à voir ces objets en France. Souhaitons qu’ils fassent disparaître les préventions de nos maîtresses de maison contre le verre pyrex.
- (à suivre).
- E. Lemaire,
- Ingénieur des Arts et Manufacturés.
- Fig. 8. — Grand luminaire d’extérieur, tout en verre de silice, ayant figuré à l’Exposition de Paris en 1937. A l’intérieur des fûts, de la sphère et des plafonniers, on a disposé des sources lumineuses de différentes couleurs.
- (Photo Quartz et Silice).
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- Construira-t-on un second canal de Suez ?
- Avec l’énergie qui les caractérise, les Anglais ont reçu sans broncher le coup de massue qu’est pour eux l’abandon de l'Égypte. Leur politique impériale s’en trouve soudainement bouleversée ; mais ils ont réagi aussitôt, posant les bases d’un nouveau système stratégique dont Chypre sera le pivot méditerranéen. Cette île, jusqu’ici la plus négligée de toutes les possessions britanniques, offre, à Famagusta, un bon port naturel qui, après son aménagement, remplacera Alexandrie et peut-être aussi La Valetté ; de vastes espaces se prêtent à la construction d’aérodromes, comme aux campements de forces armées ; à l’encontre de Malte, aride et surpeuplée, Chypre, dont les 376 000 habitants ne sont répartis qu’au taux de 105 têtes par mille carré, pourrait nourrir une nombreuse garnison, au prix de quelques travaux d’irrigation qui seraient d’une exécution facile. On peut remarquer encore qu’elle est située à 300 km de l’entrée du Canal de Suez, distance médiocre pour des forces aériennes, qu’elle couvre les deux terminus (Haïfa et Tripoli) du pipe-line de l’Irak et qu’elle monte
- la garde devant les issues de la mer Égée — et de la mer Noire.
- A cette base aéro-navale en correspondrait une autre qui surveillerait l’entrée de la mer Rouge et servirait de quartier général pour la moitié occidentale de l’océan Indien. A priori, le choix s’offre entre Aden et la Somalie britannique ; mais la première de ces colonies n’a pas d’arrière-pays productif et le climat de la seconde est insalubre ; elle ne pourra se prêter qu’à l’éta-
- Fig. 2. — Le fossé tectonique de Syrie-Palestine, d’après Suess (simplifié). En hachures obliques : Zones effondrées. Traits gras : Failles bordières du fossé.
- Fig. 1. — La presqu'île du Sinaï.
- A gauche, le monastère fortifié construit sous Justinien en 527 ; au fond, la plaine où les Israélites reçurent les dix commandements.
- blissement de bases aériennes. Quoique situé beaucoup plus au Sud, le Kenya, suppose-t-on,
- l’emportera sur ses concurrents ; il possède un climat sain, plusieurs ports et une grande abondance de
- main-d’œuvre ; l’agriculture s’y développe rapidement, comme en témoignent les exportations (maïs, sucre, café, thé, etc.). Une commission spéciale, dirigée par un des héros de la guerre, le maréchal Montgomery, est déjà partie pour étudier le problème sur' place.
- A ces plans stratégiques dont l’exécution ne présente pas de difficultés sérieuses s’en ajoute un que l’on peut qualifier de colossal et qui exigera de laborieuses études préliminaires. Nous allons l’examiner avec les détails géographiques qu’il comporte.
- Rêves d'ingénieurs?
- L’Angleterre perdant le contrôle militaire du Canal de Suez, cette idée devait surgir dans le cérveau d’hommes audacieux de construire une nouvelle route maritime qui le remplacerait, en adoptant un tracé traversant des régions étroitement soumises à l’influence britannique.
- Le golfe d’Akabah s’indiquait tout naturellement comme point d’amorce du nouveau canal. C’est une sorte de fjord aux eaux profondes qui baigne la rive orientale de la presqu’île du Sinaï et remonte loin dans l’intérieur des terres jusqu’aux abords de la Palestine. Le village d’Akabah, situé à l’extrême fond du golfe, occupe l’emplacement du port d’Ezion-gaber où le roi Salomon fit construire les vaisseaux qui rapportaient l’or d’Ophir, localité que les archéologues croient avoir retrouvée sur le littoral méridional de l’Arabie.
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- Les auteurs de l’un des deux plans proposés projettent de creuser le canal du fond du golfe d’Akabah à Gaza, petite ville païes-tinienne située près de la frontière de l'Égypte et dont la fondation remonte à la préhistoire ; les Pharaons, qui la fortifièrent au xixe siècle av. J.-C., la considéraient comme la clef de l’Asie ; ils en firent leur hase d’opérations pour la conquête de la Syrie. Son port, qui portait le nom de Maïoumas, resta longtemps ensablé ; il fut partiellement dégagé durant la première guerre mondiale par les Britanniques ; il n’est distant de la ville que de 4 km.
- Le tracé se heurte à une chaîne de collines haute de 440 m, qu’il ne pourra franchir qu’à l’aide d’un système d’écluses dont le fonctionnement exigera des quantités d’eau ; on les pompera de la mer pour remplir un grand réservoir qui couronnera la chaîne. En somme, ce projet ne paraît pas irréalisable ; il ne comporte aucun problème que ne puissent résoudre l’art et la science de l’ingénieur.
- Il n’en est plus ainsi avec la seconde solution dont l’aspect nous apparaît fantastique. Rappelons que la Palestine est traversée, du Nord au Sud, par une fracture de l’écorce terrestre quasi rectiligne qui commence au lac de Tibériade, se prolonge par la vallée du Jourdain et par la mer Morte, pour aboutir au golfe d’Akabah. Elle est continue sauf au Sud de cette mer où elle ren-èontre un banc de roches calcaires haut de 210 m. Rappe’ons encore que la surface de la mer Morte est à 392 m en dessous du niveau de la Méditerranée et que sa plus grande profondeur est de 401 m ; la dépression qu’elle occupe se trouve donc à 793 m en dessous de ce même niveau.
- Les auteurs de ce second projet entendent profiter de ces cir-
- Autant que nous le sa-chions, ils n’ont pas encore été l’objet d’un examen par des ingénieurs qualifiés; mais leur seule annonce a suffi pour soulever un certain malaise dans la vallée du Nil.
- Inauguré le 17 novembre 1869, le Canal de Suez, de par les termes de la concession qu’obtint du Khédive Ferdinand de Lesseps, deviendra pro-p rié t é de l’État Égyptien le 17 novembre 1968.
- Une concurrence qui surgirait serait évidemment néfaste aux finances de ce pays. Pour s’en convaincre, il n’est que de consulter les bilans de la compa-g n i e exploitante concernant les deux années qui précédèrent la seconde guerre mondiale : en 1937, elle perçut de 6 570 navires des droits de passage s’élevant à 1 448 484 830 francs-or ; en 1938, 6 127 navires déboursèrent 1 784 278 691 francs-or.
- Victor Forbin.
- au dessus de 500m. de 2000. £00m:
- h'.- '- '-'j de 00 200 m.
- en dessous niveau mer
- Fig. 3. — De Haïfa à Peisar, une zone peu élevée occupée par deux Vallées détermine le tracé du canal projeté.
- Le seuil est à moins de 200 m d’altitude. La région figurée en blanc du lac de Tibériade à la Mer Morte est au-dessous du niveau général des mers (La surface de la Mer Morte est à la cote —392). Dans l’hypothèse de la construction d’un canal maritime, elle serait entièrement submergée et transformée en une vaste mer intérieure.
- Fig. 4 ci-dessus. — La Mer Morte.
- Fig. 5 ci-contre. — Un paysage du sud de la Palestine.
- constances pour ouvrir aux eaux de la Méditerranée l’accès de la fracture qu’elles transformeraient en une mer intérieure, du lac de Tibériade au sud de la mer Morte, et dont le niveau serait nécessairement celui do la Méditerranée. La Palestine se trouverait donc immergée sur une bande assez large qui, d’ailleurs, est constituée par des terrains incultes. Un canal navigable relierait la mer artificielle à Haïfa dont le port, terminus du pipe-line de Mésopotamie, a déjà subi des améliorations importantes. Dans le sud, une tranchée échancre-rait le massif calcaire que nous avons mentionné plus haut. D’un bout à l’autre de son trajet, de la mer Rouge à la Méditerranée, le canal se dispenserait d’écluses.
- L’un ou l’autre de ces projets verra-t-il le jour ?
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- Le Congrès Technique International
- Un Congrès Technique International s’est tenu à Paris du 16 au 21 septembre dernier.
- Son but était de réaliser pour la première fois un contact entre ingénieurs et techniciens de toutes les parties du monde.
- Les représentants des plus importantes associations d’une trentaine de nations ont participé à cette manifestation.
- Des questions techniques d’ordre très général ont été discutées ainsi que des problèmes économiques et sociaux intéressant particulièrement ingénieurs et techniciens.
- Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, les ingénieurs et techniciens estiment qu’ils peuvent et doivent contribuer à la stabilité de la paix et au progrès du monde par leur coopération.
- Le Congrès Technique International de Paris est la première manifestation de cette volonté de coopération.
- Celle-ci s’est manifeslée sur un plan élevé.
- A la clôture du Congrès, une résolution générale, adoptée à l’unanimité, insiste sur la nécessité de donner à la technique des directives sociales et humaines et d’entreprendre sur une vaste échelle la lutte contre la misère par la modernisation de l’agriculture, l’accroissement des ressources en énergie, l’amélioration de l’habitat des travailleurs et l’humanisation des conditions de travail. Ce programme suppose une liaison étroite entre la recherche pure et la recherche appliquée, le développement de la coopération internationale, la mise en oeuvre des possibilités pacifiques de l’énergie atomique, les progrès de l’organisation scientifique et de la normalisation, la diffusion de la notion du rendement.
- Il y a également lieu de coordonner, à l’intérieur de chaque pays, l’action des associations d’ingénieurs- et de techniciens et d’arriver à la création d’une Fédération Technique Mondiale, apportant son concours à l’Organisation des Nations Unies et à l’U.N.E.S.C.O. La résolution comporte des vœux tendant à la création d’un organisme des Nations Unies pour l’urbanisme, l’habitat, d’un Institut Technique International de l’Organisation du travail et d’une ou plusieurs Écoles Techniques Internationales dont la première devrait être installée en Europe.
- Enfin, le Congrès a souligné que les efforts des ingénieurs et techniciens pour relever le niveau de vie des peuples ne peuvent donner des résultats tangibles que si la paix est affermie d’une façon durable et si toutes les possibilités en travail et ressources des divers peuples peuvent être ainsi consacrées essentiellement à des oeuvres de paix.
- Il est intéressant de compléter cette résolution générale par quelques extraits des résolutions de diverses sections.
- La section des industries de transformation constate avec satisfaction l’intérêt essentiel que témoignent à la vie sociale les communications du Congrès et conclut :
- « Cette, vue de la solidarité est habituelle chez l’ingénieur. Elle « est malheureusement obscurcie par l’incompréhension des fisca-« lités. Aussi, la comparaison des points de vue nationaux, dans « les diverses industries, serait utilement prévue dans de prochains « Congrès ».
- La Section « Distribution des Produits fabriqués et des Ëchan-« ges internationaux », appréciant « l’importance des frais inutiles « d’une distribution mal organisée, demande que cette question « soit proposée comme sujet essentiel dans un prochain Congrès. » La Section de l’Énergie atomique C1) :
- prend acte des possibilités de tous ordres offertes à l’humanité pour la mise en œuvre à grande échelle de l’énergie libérée par la fission nucléaire ;
- 1. Le rapport de M. H. A. Wirine « Nuclear Energy » n’a pu être distribué aux Congressistes à bonne date. Imprimé aux U. S. A., il a été retenu h. la douane française, ce qui est vraiment fâcheux pour un Congrès rassemblant des ressortissants d’une trentaine de Nations.
- exprime son souci de réserve et de prudence, au moment où se poursuivent sur le sujet de l’énergie nucléaire, de délicates négociations internationales dont il souhaite et espère le succès,
- et émet les vœux suivants :
- 1° que, dans tous les pays, le personnel scientifique et technique, à titre individuel, et les grandes associations techniques et scientifiques, assument la tâche d’éclairer l’opinion publique sur les bienfaits et les dangers possibles de l’énergie nucléaire et de combattre avec persévérance les erreurs trop souvent répandues par des articles ou des brochures que domine la recherche du sensationnel ;
- 2° que soit rétablie au plus vite la liberté de publication indispensable à une coopération scientifique internationale ;
- 3° que soient partout poussées avec activité, la recherche et les réalisations sur les applications pacifiques de l'énergie nucléaire, de façon à préparer au mieux le démarrage que rendra possible l’accord international espéré sur le contrôle de l’énergie nucléaire.
- En ce qui concerne la mission sociale des ingénieurs et leur rôle dans les différents organismes internationaux, le Congrès adopte les résolutions suivantes :
- 1° Les recherches et les réalisations techniques doivent être adaptées à la satisfaction des besoins modernes et à la recherche du mieux-être des hommes. Il est nécessaire de coordonner à cet effet l’activité des diverses catégories de techniciens, d’une part, sur le plan national, d’autre part, sur le plan mondial.
- 2° Les Ingénieurs doivent se pénétrer de la nécessité d’avoir de plus en plus, non seulement un rôle technique, mais un rôle social tenant le plus grand compte du facteur humain. Ils doivent comprendre qu’ils constituent de fait un groupe important dans la vie économique des nations et notamment dans l’organisation générale des professions.
- 3° Il est souhaité que les États comprennent le rôle profond que la technique doit jouer dans l’économie et attribuent, en conséquence, une place plus grande aux ingénieurs.
- 4° Ce rôle devrait, en outre, être sanctionné par une importance plus grande reconnue aux ingénieurs, dans l’échelle des valeurs tant matériellement que moralement, en écartant toutes tendances démagogiques.
- Une phrase des résolutions de la Section des plans de modernisation et de développement de longue haleine, internationaux, nationaux ou régionaux, précise l’esprit du Congrès :
- « Le Congrès suggère aussi la création d’un Institut Internatio-« nal de l’aménagement des vallées qui, sans but intéressé, pour-« suivrait des études en se tenant à l’écart des entraves diplomate tiques que comporterait un organisme gouvernemental ».
- On peut supposer que cette phrase s’est inspirée de la très brillante réussite de l’aménagement de la vallée du Tennessee (2).
- On notera également le désir du Congrès Technique International d’apporter son concours le plus large à l’U.N.E.S.C.O. Or, cer. organisme est maintenat placé sous la haute direction de Mr. Julian Huxley et celui-ci a dit toute son admiration pour la réalisation de la Tennessee Valley Authority dans un livre qui a été traduit en français : La Vallée du Miracle.
- On ne peut que se féliciter des tendances nettement exprimées par le Congrès Technique International pour l’avenir de la paix et l’amélioration de la condition des hommes.
- Lucien Perruche,
- Docteur de l’Université de Paris.
- 2. Voir La Nature, n' 3115, du 1" juillet 1946.
- Fig-. T;— L’insigne du Congrès Technique International 1946.
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- LA BOMBE VOLANTE " VI
- // (I)
- Parler de la trop célèbre bombe volante nommée Vi, c’est évoquer la période terrible de juin 1944 et le début de l’intense bombardement de la capitale anglaise.
- De jour et de nuit, les avions-robots — dont le fonctionnement au début demeura mystérieux — s’abattaient sur les divers quartiers de Londres, faisant de nombreuses victimes et mettant à rude épremre les nerfs des habitants.
- Cette arme, qu’on appelait « Boule de feu », ou encore « Chien d’Enfer », et qu’on classe aujourd’hui dans la catégorie des « pulso-réacteurs », joue dans le domaine aérien un rôle identique à celui de la torpille marine en mer.
- L'appareil.
- L’aspect général du Yx rappelle à s’y méprendre celui d’un avion de petite taille : 8 m 4o de long, 5 m 3o d’envergure. Il est garni dans sa partie inférieure de plans stabilisateurs de 2 m 10 d’envergure ainsi que d’un gouvernail.
- En allant de l’avant vers l’arrière, le V1 comprend :
- a) un nez conique pourvu d’une petite hélice chargée de l’enregistrement de la distance parcourue;
- b) un percuteur provoquant à l’impact, par l’entremise de fusées, l’inflammation de la charge explosive;
- c) un compas magnétique;
- d) un compartiment contenant 600 kg d’explosif (généralement du dinitrobenzène et du nitrate d’ammonium) ;
- e) un réservoir à essence, de capacité variant, selon les modèles, de 600 à 800 1, pourvu dans sa partie supérieure d’un bouchon de remplissage.
- Un longeron transversal consolide le réservoir et se termine à sa partie inférieure par un « sabot » dont nous verrons plus loin l’utilité. Enfin ce meme réservoir est traversé par un manchon à l’intérieur duquel passe un longeron supportant les deux ailes, de telle sorte que leurs mouvements sont rendus solidaires;
- f) à la suite du réservoir, deux sphères à air comprimé cerclées en tous sens par des cordes à piano, consolidées en outre par de larges bandes métalliques (Deux buts visés : légèreté et résistance à une pression interne de 180 kg).
- Le rôle joué par l’air comprimé est des plus importants, puisqu’il alimente les commandes du pilote automatique, les servomoteurs, et chasse l’essence vers la pompe;
- 1. Dès que les premiers renseignements techniques parvinrent sur la bomhe volante Vl, La Nature en donna la description (n° 3083, lor mars 1945). Depuis, des informations plus détaillées, ont été recueillies qui permettent de préciser ses caractéristiques.
- g) enfin, dans l’extrémité arrière, un logement spécial est réservé aux piles et appareils de pilotage.
- Cette partie du Vi, considérée à juste titre comme le « cerveau » de l’appareil, mérite qu’on s’y arrête.
- La précision, la correction, la portée, etc., sont dues au <( pilote automatique » constitué par un groupe de trois gyroscopes, qui doivent leur rotation à de l’air comprimé.
- Leur rôle peut ainsi se définir :
- — deux d’entre eux ont pour unique but de corriger les perturbations dues à des trous d’air ou à des phénomènes atmo-
- Fig. 1. — Des matériaux d’étude : un train chargé de V1 bombardé par la R. A. F.
- sphériques. Ils agissent par l’entremise de servo-moteurs sur le gouvernail de direction et les volets de profondeur. En d’autres termes, leur action se borne au tangage et au roulis;
- — le troisième, encore appelé « gyropilote », maintient le cap. Il peut se mouvoir librement sous tous les azimuts, et dépend à la fois du compas magnétique et de l’altimètre. Tous deux lui fournissent les indications indispensables au maintien de l’altitude de croisière, variant, selon réglage préliminaire, entre 5oo et 2 5oo m.
- Le pulso-réacteur.
- Au-dessus de l’appareil qui, nous l’avons déjà dit, ressemble à un avion, prend place le dispositif de propulsion réactif, aussi
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- I) © ® © ©
- 1. Loch ; 2. Contact de percussion; 3. Compas magnétique: 4. Bouchon de remplissage 5. T de manœuvre ; 6. Manchon d’enü'ée ; 7. Obturateur ; 8. Bougie ; 9. Chambre de combustion ; 10. Tuyère d’éjection ; 11. Servo-moteur ; 12. Gouvernail de direction ; 13. Dérive verticale ; 14. Yolet de profondeur du stabilisateur ; 15. Plan fixe du stabilisateur ; 16. Appareil émetteur radio ; 17. Piles et gyroscopes ; 18. Pompes ; 19. Réservoirs à air comprimé ; 20. Ailes ; 21. Sabot ; 22. Réservoir
- d’essence ; 23. Logement de l’explosif.
- original que simple, puisqu’il ne possède ni piston, ni bielle, ni transmission de mise en marche. C’est peut-être à cause même de sa simplicité de fonctionnement que le procédé, une fois connu, on hésita encore sur la manière dont il était réalisé.
- Le Vi aujourd’hui n’a plus de secret pour nous, à telle enseigne que nous pourrions, si nécessaire, en réaliser dans nos usines.
- Le moteur se compose essentiellement :
- a) d’un manchon d'entrée d’air;
- b) d’un obturateur garni de petits clapets permettant l’entrce de l’air, mais s’opposant à sa sortie;
- c) , d’.une chambre de combustion cylindrique de o m 56 de diamètre et de i m 4o de long, garnie dans sa partie supérieure d’une bougie d’allumage;
- d) d’une tuyère pour l’évacuation des produits de la combustion. Sa longueur est de i m 75 et son diamètre de o m 3g.
- La chambre de combustion et la tuyère sont en tôle.
- L’obturateur. — Cette pièce capitale du propulseur se compose d’un quadrillage métallique servant de support à 25a clapets s’ouvrant vers la chambre de combustion, et maintenus fermés par des ressorts tarés.
- Neuf gicleurs disposés symétriquement entre les clapets pulvérisent Arers l’intérieur l’essence arrivant sous pression du réservoir, par l’emploi d’une pompe à pulsations intermittentes, en synchronisme avec l’accès de l’air extérieur vers la chambre de combustion.
- L’ensemble du dispositif obturateur est fixé à un support articulé.
- Lancement. — Le pülso-réacteur du Yx se distingue par bien des points des autres moteurs à réaction équipant la plupart des avions, — et notamment par le fait qu’il ne peut prétendre à une autonomie de fonctionnement qu'après atteinte d’une certaine vitesse.
- Le catapultage est donc indispensable et une rampe de lancement s’impose.
- Celle-ci, longue de 45 m, inclinée à 6°, est constituée par un tube de 29 cm de diamètre et de 12 mm d’épaisseur.
- Pour résister aux fortes pressions internes, ce véritable « canon pneumatique » est renforcé par de nombreux frettes métalliques.
- Sur toute sa longueur, le tube possède une fente pratiquée dans le but de permettre à l’ergot d’un piston de se mouvoir librement. Nous reviendrons plus loin sur le rôle de ce piston.
- De part et d’autre du tube, un chemin de glissement permet le déplacement du berceau porteur du Yi.
- A la base de la rampe de lancement, contre le tube, se branche la chambre à réaction. En métal épais, elle reçoit, par l’entremise de 8 pulvérisateurs (4 petits et 4 grands) un mélange composé d’eau oxygénée à 48o volumes et de permanganate de calcium.
- Dès contact, il se forme une grande production de gaz. La réaction donne lieu à un fort dégagement de chaleur, transfor-mant l’eau en vapeur, ce qui favorise un smreroît de puissance d’expansion des gaz : ceux-ci se détendent à travers le a canon pneumatique », chassant devant eux le piston.
- Ce dernier, en fonte, a 1 m 3o de long. Pourvu d’un ergot, il pèse i65 kg. Son rôle consiste à repousser le berceau supportant le Vi.
- La violence de la détente doit permettre à l’ensemble d’atteindre, sur les 45 m de la rampe, 226 km/h, indispensables pour déclancher l’ouverture des clapets de l’obturateur et assurer l’autonomie du fonctionnement du propulseur.
- Fonctionnement. — La pression de l’air créée au cours du déplacement de l’appareil sur l’avant de l’obturateur déclenche l’ouverture des clapets et laisse pénétrer jusqu’à la chambre de combustion une certaine quantité d’air qui se mélange à l’essence sortant des gicleurs et s’enflamme au contact d’une bougie. Par la suite, la combustion s’entretient grâce aux parois surchauffées de la chambre de combustion.
- La détente des gaz referme les clapets et les produits de la
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- Fig. 4 à 8. — Le réservoir d’explosif (600 kg). — Un des deux réservoirs d’air comprimé. — En haut : Pompe à pulsations injectant l’essence dans la chambre de combustion. — L’appareil de pilotage. — 1. Compteur de distance parcourue ; 2. Gyropilote ; 3. Gyroscopes ; 4. Mouvement d’horlogerie ; 5. Transformateur de puissance de courant. — En bas : Servo-moteur et au-dessus tuyère à réaction (Documents mission Mandon.net).
- combustion s’échappent avec force vers l’unique ouverture : la tuyère.
- Dès diminution de la pression dans la chambre de combustion l’air y est de nouveau admis, en même temps que le carburant, et l’opération se répète de manière identique.
- En dépit de son poids élevé (2 200 kg), ce procédé simple permet au Vi de se déplacer à près de Goo km/h.
- Mise en piqué. — La chute de l’engin est réglée par avance pour la distance choisie. Celle-ci est détemiinée par un compteur enregistreur qui, au-dessus de l’objectif, déverrouille la fusée d’amorçage, provoquant l’explosion de deux détonateurs
- qui, grâce à un ressort, braquent à fond les gouvernes de profondeur.
- Pendant la chute des plans asymétriques apparaissent et amorcent une chute en vrille.
- Tous les Vi étaient réglés pour exploser obligatoirement une demi-heure après leur départ, mesure déterminée par deux raisons : la première, pour empêcher l’appareil de tomber entre les mains ennemies si les fusées ne provoquaient pas l’explosion à l’impact; la seconde, pour permettre la récupération et le désamorçage de l’engin s’il venait à « rater » son envol.
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- Fig. 9 et 10. — A gauche : Face postérieure de l’obturateur avec les 9 gicleurs et les clapets maintenus fermés par des ressorts tarés.
- A droite : Chambre à réaction sur son chariot. En bas à droite, les rései'voii’s à air comprimé J à gauche, le réservoir à permanganate de calcium.
- Plus de 4oo rampes de lancement avaient été installées sur le sol de France, dont 3oo dans le Pas-de-Calais et la Somme. Chaque rampe était susceptible de tirer toutes les demi-heures, délai nécessaire en raison du lavage obligatoire, à grande eau, de l’ensemble du dispositif, après chaque départ.
- Fig. 11. — Rampe de lancement.
- 1. Rails ; 2. Berceau supportant le VI ; 3. Ergot du piston ; 4. Piston engagé dans le tube pneumatique ; 5. Raccords de la chambre à réaction , 6. Plaque porte-culasse (Documents mission Mandonnet).
- La portée des Vi ne semble pas avoir excédé 3oo km et on estime généralement qu’il y eut 4o à 5o pour ioo de ratés et que io pour ioo seulement des engins atteignaient leur objectif.
- Quoi qu’il en soit, le Vi, malgré son imprécision de tir, lancé en quantité, parvint à causer de graves dégâts. Les Londoniens n’oublieront pas de sitôt les semaines qu’ils ont vécu dans leurs abris, angoissés par l’apparition de cette arme d’un genre nouveau, la première d’une longue série d’armes réactives.
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- Avant de terminer cette étude, il est intéressant de rappeler que les Allemands, dès 1944, avaient réalisé un certain nombre de Vi montés.
- Légèrement plus importants que le modèle décrit, ils comportaient un emplacement pour le pilote en avant de la tuyère propulsive.
- Il semble bien, aujourd’hui, que les fusées mystérieuses dont on signale l’apparition un peu partout en Europe, soient bien des Yi montés, qui grâce à des dispositifs auxiliaires de propulsion disposeraient d’un rayon d’action supérieur à 1 5oo km.
- Enfin signalons, qu’au cours de la guerre, certains avions Heinkcl étaient équipés spécialement pour le transport et le lancement du Yi.
- C’est à l’approche des côtes anglaises que l’avion transporteur libérait la bombe volante, lui permettant, par ce stratagème, d’accroître sa portée.
- A. Ananoff.
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- A propos des Physalies
- On a signalé cette année, à la fin du mois d’août, une arrivée assez importante de Phy salies le long de la côte des Landes. On en a également trouvé dans la baie de l’Aiguillon (à Esnandes) au début de septembre puis sur la côte de l’île de Ré et de l’île d’Aix et jusque dans le port de La Rochelle. De telles arrivées sont rares, le domaine habituel des Physalies étant la partie chaude des Océans. On en avait cependant observé l’année dernière à Concarneau (*) à la même époque ainsi qu’en 1935. En 1935 également à Villefranche, en 1919 à Guéthary, en 1912 entre Boulogne et Ambleteuse, en 1S84 à Dunkerque et en 1852 à La Rochelle.
- Cette méduse, qui peut atteindre de grandes tailles, est constituée par un sac allongé, gonflé de gaz comme une baudruche et dont la partie supérieure forme une crête. Ce sac flotte sur l’eau et ressemble à la voile d’un gallion portugais poussé par le vent d’où le nom de « Portuguese Man-of-war » donné par les Américains et de « Galère » qu’on leur a donné en français. Le sac ou pneumatophore a une belle couleur translucide variant du bleu au rouge et au rose. Sous lui se trouve une touffe de filaments nourriciers et reproducteurs de couleur bleue et, plongeant plus encore dans l’eau, de longs filaments pêcheurs, toujours en mouvement et armés de microscopiques cellules urticantes en nombre considérable. Ces cellules (nématocystes) renferment un filament enroulé en spirale qui se dévagine au moindre contact et inocule une infime dose de poison. Un petit poisson frôlant le filament est-aussitôt piqué par un grand nombre de nématocystes, retenu prisonnier et rapidement tué.
- L’homme lui-même n’est pas insensible et l’on pourrait citer le cas d’un baigneur qui, l’année dernière à Concarneau, eut le bras et la partie gauche du corps paralysés pendant plus de 24 h après avoir heurté une Physalie.
- Malgré le redoutable danger des tentacules de la Physalie, il est curieux de constater qu’un petit poisson des régions chaudes
- 1. R. Legendre. La Nature, n* 3101, 1" décembre 1945, p. 363.
- de l’Atlantique et de l’Océan Indien peut très bien vivre en compagnie de la méduse. C’est le Nomeus gronovii ou « Shepherd fish » des Américains (poisson berger). On peut même dire que dans ces régions il ne vit qu’au voisinage de la Physalie et même au milieu de ses tentacules où il va chercher refuge. Les petits poissons, en effet, qui mènent une vie pélagique, sont une proie facile pour leurs ennemis, gros poissons ou oiseaux de mer, qui tentent de les capturer. Aussi essaient-ils de se soustraire à leur vue en se cachant sous tout ce qui peut flotter à la surface de l’eau : épaves, algues et même tortues marines. Le Nomeus a résolu le problème en se cachant au moindre danger à l’abri des filaments pêcheurs de la Physalie. Comment peut-il vivre ainsi, est-ce par immunité contre le venin ou grâce à une sécrétion épidermique P Parker qui a présenté la question dans Natural History n’en a pas donné la réponse.
- Ce mode d’association méduse-poisson n’est d’ailleurs pas unique. Dans nos mers, de jeunes Gadidés (merlans, églefins, morues...) ainsi que de jeunes chinchards peuvent se rencontrer en compagnie de grosses méduses acalèphes telles que les Cyanea et les Rhizostoma, en particulier G. capillata, Rh. aldrovandi, Rh. pulmo et aussi de Cotylorhiza tuberculata. Chacune peut parfois donner refuge sous son ombrelle à plus de vingt jeunes poissons.
- On dit que dans toute association chacun des membres en retire avantage. Dans le cas actuel, il semble que ce soit le poisson qui soit le principal bénéficiaire et peut-être même le seul. Insensible au poison, il se nourrit en partie de proies que la méduse laisse échapper. Le chinchard irait même jusqu’à se repaître des tentacules et des gonades au milieu desquels il se réfugie. En revanche, on a prétendu qu’il libérerait la méduse d’un amphipode parasite (.Hyperia galba) qui ronge ses tissus. Or Scheuring affirme qu’il n’en est rien et que tous deux, poisson et amphipode, vivent aux dépens de leur hôte. C’est encore là un sujet qui demanderait à être étudié.
- R. Letaconnoux,
- Les avions contre les baleines.
- Les chantiers navals de Belfast viennent de mettre à flot le Balæna, dont on peut dire que c’est la plus grande usine flottante existante, avec ses 32 000 t de déplacement et l’importance de son équipage qui compte 470 hommes : marins, aviateurs et ouvriers. La. principale innovation qu’il réalise est d’emporter trois avions du type « Walrus », modèle amphibie qui a prouvé sa valeur durant la dernière guerre. Abrités sous un hangar construit sur la plage arrière du pont, ils seront lancés par catapulte ; leur rôle sera de repérer les baleines, de recueillir des informations météorologiques et de surveiller la marche des icebergs, informations qu’ils transmettront au « navire-mère » par leurs postes de radio. Ils sont également munis d’appareils de radar qui leur permettront de regagner ce dernier par temps de brouillard épais.
- Dix baleiniers accompagneront l’usine ; ils jaugent 300 t, mesurent 46 m de long et ont chacun 15 hommes d’équipage, y compris le harponneur. Des cargos visiteront périodiquement le Balæna tant pour lui apporter du ravitaillement que pour emporter des produits finis.
- Hissées par un plan incliné situé à l’arrière, les carcasses de cétacés seront traitées sur un immense pont (flensing deck) pourvu d’énormes chaudières où de la vapeur surchauffée cuira les plaques de graisses, extrayant l'huile comestible ; ces chaudières sont au nombre de 10 ; 22 autres traiteront la chair et les os. On estime que l’usine pourra produire 3 000 t de viande et 20 000 t d’huile pendant une saison de pêche qui durera au moins 5 mois.
- L’usine flottante consommera de grandes quantités d’eau douce ; elle comporte trois unités d’appareils d’évaporation et de dis-
- tillation qui pourront produire chaque jour 750 t de cette eau.
- Le Balæna lèvera l’ancre en octobre pour gagner les régions antarctiques en passant par le Cap de Bonne-Espérance, Montevideo et la Géorgie du Sud ; les autres baleiniers britanniques feront route de concert avec lui.
- Le 8 août dernier, on apprit que le général Mac Arthur autorisait le Japon à envoyer dans les mêmes parages une flotte baleinière de 2 usines flottantes, de 12 baleiniers ordinaires et de 7 cargos pour la saison 1946-1947. Cette mesure soulève de violentes protestations de la part des compagnies de pêche de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, des Etats-Unis et de la Russie. Elles rappellent que, avant la guerre, ^s baleiniers japonais violaient sans cesse les accords internationaux qui réglementent cette industrie, notamment en attaquant les cétacés sur leurs aires d’élevage où ils massacraient les baleineaux.
- V. F.
- Les richesses minérales de l'Afrique.
- On annonce de Dar-Es-Salaam qu’un immense gisement de nickel a été découvert dans la région de Sibwesa qui fait partie de la province occidentale du Tanganyika : le minerai est à basse teneur ; mais son abondance compenserait la qualité. Un représentant de la Compagnie canadienne qui détient le monopole mondial de la production de nickel est sur place pour étudier les dépôts ; ils ne sont pas éloignés des riches mines d’or et de plomb récemment ouvertes à Mpanda.
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- LE CIEL EN NOVEMBRE 1946
- SOLEIL : du 1er au 30, sa déclinaison s’abaisse de —14°20' à — 21°36' ; la durée du jour, à Paris, diminue de 9*52m à 8*34m.
- — LUNE : Phases : P. Q. le 2 à 4*40m, P. L. le 9 à 7*10m, D. Q. le 15 à 22*35m, N. L. le 23 à 17h24m ; périgée le 10, apogée le 25. Eclipse partielle de Soleil fer. 0,776) le 23, inv. en France, visible dans l’Atlantique N, l’W de l’Amérique du N et les Antilles. Principales occultations (h. p. Paris) : le 2, de 33 Capricorne (5m,5) im. 18h25m,l ; le 5 de 30 Poissons (4m,7) im. 22*14m,5 ; le 7, de v Poissons (4m,7) im. 19h29m,9 ; le 16, de -q Lion (3m,6) im. 5h0m,4 ém. 5*50m,3 ; le 18 de v Vierge (4m,2) im. 4*10m,17 ém. 5h3m,4. Principale conjonction : le 14, 2051, avec Saturne à 4°5' N.
- — PLANETES : Mercure visible le soir (élong. E. le 31 oct.) pendant les premiers jours du mois, diam. app. 6"5 à 8" (les conditions sont défavorables en raison de sa basse déclinaison) ; en conj. inf. avec ’e Soleil le 21. Vénus un peu visible le soir au début du mois, diam. app. 60", en conj. inf. avec le Soleil le 17 ; réapparaîtra dans l’aurore vers la fin du mois, diam. app. 61". Mars pratiquement invisible, près de sa conj. avec le Soleil.
- Jupiter réapparaît dans l’aurore à la fin du mois, peu observable. Saturne, dans le Cancer, en quad. W. avec le Soleil le 1er, est visible presque toute la nuit ; diam. app. : globe 17", anneau gr. axe 42",5, petit axe 13", 1. Uranus, dans le Taureau, visible toute la nuit, diam. app. 3",8. Neptune, dans la Vierge, devient visible avant le lever du jour. — ETOILES FILANTES : du 13 au 18, Léonides, radiant Ç Lion (météores rapides, traînées) ; du 17 au 23, Andromédides, radiant y Andromède (météores lents, traînées). — ETOILES VARIABLES : Minima observables 6’Algol : le 2 à 18*38“ le 14 à 5h53m, le 17 à 2*42m, le 19 à 23h22m, le 22 à 20*20“ le 25 à 17*8“. Maxima de (3 Lyre les 2, 15 et 28 ; Maxima de R Cygne le 12 et de Mira Ceci le 15. — ETOILE POLAIRE : Passage supérieur au méridien de Paris : le 7 à 22*32m10s, le 17 à 21*52“488.- le 27 à 21*13“24®.
- L. Rudaux.
- (Heures données en temps universel ; tenir compte des modifications introduites par l'heure en usage).
- Centenaire de la découverte de Neptune.
- Le 1er juin, puis le 31 août 1846, l’astronome Le Verrier présentait à l’Académie des Sciences deux notes dans lesquelles il annonçait l’existence d’une nouvelle planète gravitant au delà d’Uranus, dont il indiquait la position dans le ciel, bien qu’il ne l’ait pas observée, le 23 septembre, l’astronome Galle, de Berlin, découvrait la planète inconnue à la place indiquée, à 52' près. Par le calcul, et rien qu’avec les données des perturbations des mouvements d’Uranus, Le Verrier avait prévu juste ; il prouvait ainsi d’une manière éclatante la valeur des lois de la mécanique céleste newtonienne et il doublait d’un coup le rayon du système solaire, le portant de 2,8 à 4,5 milliards de kilomètres.
- Le centenaire de cette remarquable découverte va être commémoré par les astronomes français.
- Du 18 au 27 octobre, l’Observatoire de Paris présentera une exposition consacrée à Le Verrier et à ses travaux relatifs à Neptune. Le 23 octobre, à 20 h 45, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, une réunion célébrera l’événement, sous la présidence du Ministre de l’Éducation Nationale par un discours de M. Louis de Broglie, prix Nobel, secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences, et une conférence de M. A. Danjon, directeur de l’Observatoire de Paris, sur la découverte de Neptune.
- LIVRES NOUVEAUX
- The Swallow, par Eric II.osking et Cyril Nevy-behry. 1 vcl. in-16, 60 p., 28 photos hors texte, 1 pl. en couleurs. Collins, London, 1946. L’hirondelle est l’oiseau du beau temps. Son histoire est fort intéressante-' et ce livre, fort bien illustré, nous la montre arrivant en avril, se mariant, faisant son nid, pondant, couvant, soignant ses petits, leur apprenant à. voler, pondant à nouveau et puis s’assemblant avec ses compagnes et partant avec elles, toutes ensemble, à petites journées, pour l’Afrique du Sud où elles arrivent en octobre. Au printemps suivant, elles reviendront. Beau sujet d’observations et de méditations que les auteurs présentent simplement et avec charme.
- Essays on human évolution, par sir Arthur Keith. 1 vol. in-8°, 224 p. Watts and G”, London, 1946.
- Ecrits pour la jilupart pendant la guerre, ces essais sur l’évolution humaine condensent une vie de recherches et de réflexions. L’auteur admet l’évolution mais nie qu’elle ait une orientation morale ; bien plus, elle explique la guerre, la lutte entre les races, nations, clans, tandis que la civilisation cherche h supprimer les éléments évolutifs et batailleurs de la mentalité humaine et à faire régner une éthique. Une nation ou une tribu pratique la morale dans ses affaires intérieures et la force dans ses rapports extérieurs. De ce point de vue, les diverses nations peuvent être reconsidérées et la secondé guerre mondiale apparaît comme une crise mondiale de force où l’Allemagne fait figure de simple tribu immorale.
- CONFÉRENCE
- Société d’Encourag-ement pour l’Industrie Nationale : samedi 26 octobre, 17 h., 44, rue de Rennes : M. René Ducas : « L’électrification des chemins de fer français ».
- PETITES ANNONCES
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- LA NATURE
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- Le gérant : G. Masson. — masson et cie, éditeurs, paris. — dépôt légal : [j trimestre 1946, rs° 288. BARNÉOUD FRÈRES ET' Ci0, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, K° 537- — IO-IQÎG.
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- SOMMAIRE
- Problèmes posés par les grandes vitesses en aéronautique,
- par Ph. POISSON-QUINTON............................ 321
- Le 33“ Salon de l’Automobile, por F. de LABCRDERIE . . 330
- Des engrais pouf la mer . ................. 332
- L’Observatoire Royal de Greenwich, par sir HAROLD SPENCER JONES................................................. 334
- D’Honolulu au Caire par les régions polaires............. 335
- Nouvel alliage lourd ...................... 335
- PROBLEMES POSÉS PAR LES GRANDES VITESSES
- EN AÉRONAUTIQUE
- Jusqu’au début de 1944, la guerre mondiale ne semblait pas avoir donné naissance à des progrès décisifs ou à des nouveautés révolutionnaires dans le domaine de la technique aéronautique.
- ..--'•'t’est alors qu’apparurent, coup sur coup, les V premierscavions de chasse à réaction, la bombe Amiante Vt^puis la bombe-fusée V2 qui montrèrent ;\ qi/el point les recherches avaient été poussées dajas les laboratoires.
- > Enfin, l^tecord de vitesse pure, porté succes-sî^émèht'f a 975 puis 991 km/h, sur l’avion à réaction anglais « Gloster Meteor » représente le couronnement pacifique de cette rapide évolution de la technique aéronautique, dominée par la mise au point de la propulsion par réaction.
- Depuis longtemps, nous entendons des prédictions définitives sur la vitesse maximum possible pour un aAÛon ; il est toujours plus ou moins question d’un certain « mur de la vitesse du son ». Nous Amudrions montrer ici dans quelle mesure ce mur est te perméable ». Nous pouvons dès maintenant prévoir que les fatidiques 1 200 km/h représentant sensiblement la vitesse du son au sol, seront dépassés dans un avenir prochain. Si des difficultés notables surgissent à l’approche de cette vitesse, elles ne sont pas insurmontables, et nous allons voir que le principal souci du savant est de chercher à retarder et atténuer suffisamment l’influence des phénomènes dus à la compressibilité.
- [suite page 322).
- Aile Volante. Le Havilland 108 à réaction avec lequel G. de Havilland s’est tué récemment.
- N° 3123 Ier Novembre 1946
- Le Numéro 20 francs
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- Les enseignements de la balistique.
- Le balisticien a étudié le comportement des projectiles aux très grandes vitesses et c’est à lui que nous demanderons les premières définitions :
- Supposons d’abord un projectile se déplaçant dans l’air à faible vitesse ; les particules d’air vont être déviées avant son passage
- par suite de la propagation des pressions qui se développent autour de sa surface, propagation d’ondes qui s’effectue comme tout ébranlement, à la vitesse du son, dans toutes les directions. Si le corps a une vitesse Y inférieure à la vitesse du son, les ébranlements se propageront à la vitesse du son : 340 m/s et les ondes de propagation des pressions seront toujours en avant du corps. Autrement dit, les particules d’air sont « averties » de son approche et sont déviées avant son passage (fig. 1).
- Supposons maintenant que le projectile 6oit animé d’une très grande vitesse, Y = 800 m/s par exemple (ce qui est courant pour les armes modernes) ; le phénomène est tout autre ; le projectile a une vitesse supérieure à celle de la propagation d’une onde ; la figure 2 montre les emplacements successifs du projectile à des intervalles égaux de temps.
- L’onde sphérique formée lorsque le projectile était en 3, par exemple, a atteint le point 3' l’instant d’après, alors que le projectile est déjà, en 4 ; à ce même moment, les ondes formées au passage en 1 et 2, sont en 1' et 2'. On voit donc que l’enveloppe de toutes ces sphères successives est un cône ayant le projectile comme sommet. Si 3-4 est le chemin parcouru par le projectile en 1 s, 3-4 et 3-3' représentent respectivement les vitesses V du projectile, et celle a du son ; le demi-angle au sommet a, tel que sin a = a/V caractérise donc la vitesse de la balle, a est appelé l’angle de Mach, et Y/a = M est le nombre de Mach ou de Sarrau ; le cône représente une zone de discontinuité de pression ; des méthodes optiques, basées sur la différence de réfraction entre les régions non perturbées et celles sièges de surpressions, permettent de visualiser ce phénomène.
- La figure 3 représente la visualisation par la méthode des ombres, d’une balle de fusil sur la trajectoire ; on y voit nettement les traces des cônes formés en avant et en arrière de la balle ; ce sont les Ondes balistiques (ondes de Mach). Un intense sillage tourbillonnaire est visible à l’arrière. De la figure, nous pouvons déduire la vitesse du projectile par la mesure du demi-angle de l’onde : ici sin a = a/Y = 0,55, d’où V = 340/0,55 = 620 m/s.
- La figure 4 a été obtenue par la méthode interférentielle, permettant de déduire à la fois les vitesses et les pressions locales autour du projectile. Lorsque le projectile n’est pas pointu à l’avant, l’onde de discontinuité se détache en avant du corps, la surpression en avant intéresse une plus grande surface et la résistance à l’avancement est plus grande ; la figure 5 montre le phénomène pour une balle tirée à l’envers.
- Dans ce dernier cas, l’onde de discontinuité devant le corps est appelée onde de choc droite ; en la traversant, l’écoulement passe du régime. supersonique au régime subsoni-
- Projectile
- Z. — Vitesse supérieure à celle du son et formation de l’onde de choc.
- "Propagation des ondes de pression
- Fig. 1. — Vitesse inférieure à celle du son a.
- que ; la perte d’énergie se manifestant par une élévation de la température, est d’autant plus grande que le corps est moins effilé à l’avant, et donne lieu à une résistance à l’avancement supplémentaire : la traînée d’onde. C’est ce que montre la figure 6, représentant le coefficient de traînée Cæ en fonction du nombre de Mach pour deux formes de projectiles (x).
- En conclusion, la vitesse du son représente une limite séparant deux régimes totalement différents : pour M </ 1 c’est le domaine subsonique ; pour M j> 1 c’est le domaine supersonique.
- Nous verrons par la suite que l’air peut être considéré comme incompressible jusqu’à M = 0,6, et que les phénomènes dus à la compressibilité commencent à se faire sentir à partir de cette valeur.
- Ecoulement des fluides compressibles.
- Pour souligner la signification de la vitesse du son, voyons ce qui se passe lorsque la vitesse augmente dans la tuyère d’une soufflerie. La figure 7 représente un canal convergent-divergent (tuyère de Laval), terminé à l’aval par un ventilateur aspirant le fluide.
- 1° Aux faibles vitésses (courbe a), le fluide s’accélère dans le convergent et se ralentit dans le divergent. Les pressions corres-
- Fig. 3. — Projectile à vitesse supersonique.
- pondantes varient comme le carré de la vitesse : la théorie et l’expérience montrent que ces variations de pression ont une influence négligeable sur la masse spécifique p ; le fluide obéit donc à la loi de Bernoulli : p + pV2/2 = Cte et à la conservation du débit S.V. = Ct0, S étant la section où la pression est p et la vitesse V ; quand le régime de l’aspirateur augmente, la masse spécifique ne peut plus être considérée comme constante et nous entrons dans le domaine des fluides compressibles ;
- 2° A partir d’un certain régime, la vitesse dans la partie contractée atteint celle du son ; les phénomènes sont alors profondément modifiés ; la vitesse -du son ne sera jamais dépassée dans ce col, mais elle augmentera encore dans le divergent puisque la détente du fluide se poursuit ; la conservation du débit-masse p.S.V = Cte, entraîne, en effet, une augmentation de V, avec toute augmentation de S, pour compenser la diminution de p ; en conclusion, les vitesses supersoniques ne pourront s’obtenir que dans un canal divergent.
- Les souffleries supersoniques servant à l’étude des corps aux grandes vitesses sont établies suivant ce principe.
- Après le col sonique, une vitesse supersonique s’amorce dans le divèrgent, mais si la pression d’aspiration au veatiiateur n’est pas suffisante, le régime va redevenir brusquement subsonique à travers une onde de choc (recompression) (courbe b) ; il y a donc une dépression minimum (pc) à fournir pour que cette onde de
- 1. C® =
- 2.R,x p.S V
- où : Ræ est la résistance à l’avancement, en kg ; S, la
- surface du maître couple, en m2 ; V, la vitesse du projectile, en m/s ; p, la masse spécifique de l’air (= 0,125, à 15° C. et 760 mm/mercure).
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-
-
- 323
- choc ne se forme qu'après la veine d’expérience (courbe c). L’onde de recompression donne lieu à une grande perte d’énergie, et on s’efforce maintenant de contrôler la recompression en prolongeant la veine d’expérience par un convergent, avec un deuxième col, plus large que le premier ; l’onde de choc pour repasser en subsonique est alors très faible. Dans ce qui va suivre, nous retrouverons souvent le phénomène de choc de compression : c’est une zone de discontinuité de vitesse, à travers laquelle la pression et la température augmentent brusquement. Ces ondes sont généralement stationnaires. Dans le cas d’un choc droit, le produit des vitesses amont et aval est égal au carré de la vitesse du son locale. La vitesse à l’aval du choc sera donc nécessairement subsonique. Il n’en est pas de même pour une oncle de choc oblique (flg. 3), donnant lieu d’ailleurs à une perte d’énergie beaucoup plus faible.
- Alors que dans une soufflerie subsonique la vitesse varie, en réglant le régime du ventilateur, ici, au contraire, il faudra un divergent différent pour chaque nombre de Mach désiré pour les essais. C’est pour éviter cette difficulté que de nouvelles souffleries avec tuyères à parois déformables ont été construites dans différents pays : la figure 8 représente une telle tuyère réalisée en France par M. Darrieus ; dans la position des parois représentée sur la figure, elle permet d’essayer des projectiles à un nombre de
- \
- Fig. 4. — Visualisation autour d’un projectile par la méthode interférentielle.
- Mach de 2. Les Américains mettent actuellement au point une telle soufflerie qui permettra de faire varier de façon continue le nombre de Mach de 1 à 4.
- Pour terminer ces généralités, disons que la détente du fluide dans la tuyère se fait suivant la loi adiabatique et qu’on peut calculer les températures le long du canal ; on en déduit la vitesse du son locale : a = 20,1 \/ T, T = 273 + t° étant la température absolue. Connaissant la valeur de M par la loi des pressions, on en déduit la vitesse ; par exemple, si la température à l’entrée du canal est de 15°, elle sera de —34° et la vitesse V = 310 m/s au col (M = 1) ; elle sera de —173° pour M = 3 et la vitesse correspondante V = 600 m/s (x).
- La limite théorique de la détente du fluide est évidemment le vide absolu et t = —- 273° ; la vitesse limite maximum atteinte est alors 760 m/s.
- L'aile d'avion aux grandes vitesses.
- Nous venons de voir que l’apparition de la vitesse du son bouleversait complètement l’écoulement autour d’un obstacle. Montrons
- 1. Pour la similitude des essais, seule ' intervient là valeur de M = V/a, et non la vitesse réelle d’essai. Ici, M = 3 correspond donc à une vitesse de 3 x 340 = 1 020 m/sec à la température de 15” G.
- maintenant que les problèmes se posent pour un avion bien avant qu’il ait atteint cette vitesse critique. Pour cela, examinons comment se fait l’écoulement autour d’un profil d’aile. La figure 9 montre comment se développent les pressions et les dépressions sur la surface d’une aile en vol ; la résultante des forces de dépression, dirigée vers le haut, est très supérieure .à celle des forces de surpression sur l’intrados, dirigée également vers le haut, toutes les deux contribuent à la portance de l’aile ; ce qui revient à dire que l’aile est surtout « aspirée vers le haut ». A toute pression locale correspond une vitesse locale du fluide telle que p -j- pY 2j0 = Cte, en vertu de la loi de Bernoulli; aux dépressions sur l’extrados correspondent donc des survitesses, d’autant plus importantes que les dépressions sont plus accusées. Sur la figure 10, nous avons représenté la distribution des pressions pour deux profils, à des incidences (i°) telles qu’ils aient la même portance ; le premier (fig. 10 a) est un profil d’aile déjà ancien, pour faibles vitesses ; le deuxième, au contraire, est celui adopté pour l’avion rapide américain P. 80 « Schooting Star » ayant son épaisseur maximum plus faible et située à 40 pour 100 de la profondeur l du profil, et un bord d’attaque assez effilé (fig. 10 b).
- Alors que pour le premier la dépression maximum relative
- p = —1,5, elle n’est que de —0,5 pour le deuxième.
- P "T
- Les survitesses maxima correspondantes, déduites de la relation de Bernoulli, sont respectivement de 158 pour 100 et de 123 pour 100 ; on comprend que pour une vitesse croissante d’essai, la vitesse du son va être atteinte bien plus tôt sur le premier profil que sur le second.
- On caractérise un nombre de Mach critique
- pour lequel la tesse du son atteinte pour première fois
- (£)
- Mer de vol
- VI-
- est
- la
- sur
- le profil ; le calcul montre ici que les M critiques ont respectivement pour valeurs 0,52 et 0,71, correspondant à des vitesses critiques de 620 et 850 km/h. Nous abordons ici le problème capital posé à l’ingénieur : nécessité de trouver des profils d’aile tels que les survitesses locales soient aussi faibles
- Fig. 6. — Coefficient de résistance à l’avancement en fonction du nombre de Mach.
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-
-
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- 324
- que possible ; il en sera d’ailleurs de même pour les gouvernes de profondeur et de direction ainsi que pour les formes de fuselages ; pour les profils de pales d'hélices, il y a bien longtemps que des vitesses soniques sont atteintes aux extrémités, puisqu’il y a ici composition de la vitesse de l’avion et de la vitesse périphérique ; c’est pourquoi on adopte en bouts de pales des profils très minces.
- On définit un profil d’aile par ses caractéristiques aérodynamiques : portance Rz ; résistance à l’avancement Rx, mis sous forme
- p v
- de coefficients sans dimension : Cz = ---------—^ , Cx = —- ,
- P/-2.S.V2 ’ P/2.S.V2
- p étant toujours la masse spécifique de l’air lp = 0,125), S la surface de l’aile essayée, en m2, et V la vitesse d’essai, en mètres/seconde.
- Aux faibles vitesses, on peut considérer les portances et traînées proportionnelles au carré de la vitesse et les coefficients Cz et Ca; sont constants, mais il n’en est plus de même lorsque la vitesse augmente : la figure 11 est très instructive à ce sujet : elle donne, pour un bon profil classique de la pour 100 d’épaisseur relative, l’évolution des coefficien ts de portance Cz et de traînée Cx en fonction du nombre de Mach M = V/a, V étant la vitesse d’essai et a la vitesse du son.
- Tous deux restent presque constants jusqu’à M = 0,5 ; au delà de cette valeur, la portance, après une légère augmentation, vers M = 0,75, s’effondre brusquement ; la traînée, au contraire, s’accroît et pour M - 0,8 (975 km/h) elle est déjà multipliée par 6 ; la puissance nécessaire aux moteurs devra donc être six fois plus grande que s’il n'y avait pas de phénomène de compressibilité. Un calcul simple montre que si un chasseur, avec aile à profil classique, peut atteindre 800 km/h, par exemple, avec 4 000 ch, il lui en faudrait environ 40 000 pour atteindre 950 km/h avec la même forme et le même poids, ce qui est irréalisable.
- Nous verrons qui' c'est sur la forme du profil qu’il faut jouer pour reculer la valeur du nombre de Mach où se produit la brusque augmentation de traînée.
- Regardons auparavant ce qui se passe sur le profil lorsque la vitesse d’essai augmente : la figure 12 montre l’analogie des écoulements autour du profil et dans la tuyère convergente-divergente de la' figure 7. La vitesse du son est atteinte localement en un point de l’extrados situé au maximum d’épaisseur du profil ; immédiatement en arrière, l’écoulement est supersonique puisqu’il est divergent ; à l’aval, il devient brusquement subsonique à tra-
- Fig. 8. — Tuyère à parois déformables réalisée en France par M. Darrieus.
- vers une zone de discontinuité de pression : c’est l’onde de choc qui amène des perturbations considérables dans l’écoulement sur l’extrados, se traduisant par un décollement des filets d’air en aval de l’onde de choc (fig. 12 b), décollements qui augmentent la résistance à l’avancement, diminuent les dépressions (donc les portances) et modifient profondément la stabilité de l’avion. Si la vitesse d’essai continue à augmenter, l’intrados à son tour, où les survitesses étaient plus faibles qu’à l’extrados donne lieu à une autre onde de choc (fig. 14 a). La figure 13 est une photographie de la visualisation d’un tel phénomène obtenu par la méthode optique par strioscopie ; elle montre clairement les ondes de choc et les décollements du fluide en arrière de celle-ci, donnant un sillage tourbillonnaire.
- Si la vitesse d’essai croît encore, les ondes de choc reculent de plus en plus vers le bord de fuite de l’aile et finalement l’écoulement- devient entièrement supersonique. Après ce stade, il se l'orme, comme pour un projectile, une onde de choc devant le bord d’attaque et, par analogie, le profil « supersonique » devra avoir un bord d’attaque pointu pour donner lieu au minimum de traînée d’onde à l’avant ; la figure 14 b montre que la vitesse le long du profil diminue d’abord après la première onde de choc avant, sans devenir subsonique (onde de choc oblique) si le bord d’attaque est effilé, puis croît à nouveau jusqu’au bord de fuite. Une deuxième onde de choc est nécessaire pour abaisser à nouveau la tesse iusqu’à coke du courant général.
- L'ingénieur s’est penché depuis longtemps sur ces prob è-mes et les a étudiés à la fois théoriquement et expérimen- -- r
- talement. Il a classé I intrados
- les grandes vitesses p» Q
- . , . . rigr. 9. — Pressions sur un profil d aile.
- en trois domaines : le régime subsonique
- où le nombre de Mach d'essai M = Y/a est compris entre 0,6 et 0,85 ; le régime transsonique où M est compris entre 0,85 et 1,2, et enfin le régime supersonique où M dépasse 1,2.
- Nous allons essayer de faire le point sur l’état actuel des recherches dans ces trois domaines.
- A. — Domaine subsonique.
- A partir de M = 0,6 (correspondant à une vitesse de 740 km/h au sol ou 630 km/h à 11 000 m d’altitude, puisque la vitesse du son diminue lorsque la température baisse), l’air ne peut plus être considéré comme incompressible (x) comme aux faibles vitesses et les caractéristiques de l’aile (portance, traînée, couple de tangage) dépendent du nombre de Mach d’essai. De nombreuses études théoriques, confirmées par l’expérience, ont montré que ces caractéristiques dépendaient alors sensiblement du facteur de Prantdl l/v'l — M2, tant qu’il n’y a pas d’onde de choc locale. Cette loi permet de calculer un profil dans le domaine infra-critique à partir des données en fluide incompressible ; par exemple, la figure 15 montre que le profil (a) se comporte, en fluide compressible, comme le profil (6) en fluide incompressible déduit du premier en dilatant les dimensions perpendiculaires à la vitesse dans le rapport du facteur de Prantdl / = l/y/l — M2. Il se comporte donc comme si son épaisseur et son incidence étaient augmentées ; on retrouve encore ici la nécessité d’avoir des profils minces aux grandes vitesses.
- Les souffleries à grande vitesse subsonique ont déjà donné un grand nombre de résultats expérimentaux sur les ailes, les fuselages ou les maquettes d’avion complet dans ce domaine compris entre M = 0,6 et M = 0,85. On a défini ainsi pour chaque corps étudié des nombres de Mach caractéristiques successifs : M critique, à partir duquel se produit une onde de choc locale ; Ma, où la portance commence à croître ; M limite, à partir duquel la traînée augmente brusquement ; et enfin, Ma où la portance s'ef-
- 1. La loi de Bernoulli n’est plus valable, et la relation de St-Venant entre la pression et la vitesse fait intervenir ici le rapport des chaleurs spécifiques (écoulement adiabatique).
- 0,527
- y-'“fa) âubsonique
- __•\__/'_lWYesse du son
- au col
- fyp0
- Yv Domaine . (0Zaupersomqu3
- Pc/,
- Po
- i i | Conux-esseur -s.
- ’ZZZ22ZZZZZZZZ& VZZZTZZZZZZ. Chambre fi QUnlT-».
- exper/ence
- 'r?77-}vsysr777-.
- Onde de choc (courbe b)
- jndedechoc
- (courbe C)
- Fig. 7. — Tuyère convergente et veine d’essai supersonique.
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-
-
-
- X. L’aile volante de Havilland 108 à réaction. — 2. Le Focke-Wulf à réaction. — 3 et 4. Le Vickers Armstrong à réaction.
- (Ph. New-York Times).
- fondre brusquement (décollement derrière l’onde de choc) ; tous ces accidents proviennent de l’influence de plus en plus marquée des ondes de choc.
- Pour voler vite, il s’agit donc de retarder l’apparition de l’onde de choc, c’est-à-dire d’augmenter la valeur du nombre de Mach critique. Nous avons vu qu’il était lié à la dépression maximum atteinte sur le profil ; pour diminuer ce maximum et avoir une répartition très uniforme des dépressions sur l’extrados du profil, il faut que l’épaisseur du profil devienne faible avec un squelette peu cambré, que son épaisseur maximum soit reculée vers l’arrière (entre 40 et 60 p. 100 de la profondeur) et que 6on bord d’attaque soit assez mince. Des recherches récentes ont montré qu’on pouvait également reculer l’apparition du régime critique en donnant une forme en flèche à l’aile vue en plan ; sur la figure 16 a, on voit en effet que la vitesse de l’avion (v ) peut se décomposer en un écoulement perpendiculaire à l’aile (o) et un deuxième dirigé suivant l’envergure (it) ; ce dernier ne provoquant pas de phénomènes de compressibilité, on voit donc qu’avec une
- flèche de 40° par exemple, il est possible d’atteindre une vitesse environ 10 pour 100 plus élevée qu’avec une aile droite. L’expérience a également montré qu’on arrivait à un résultat voisin avec des ailes droites de très faible allongement (rapport de l’envergure à la largeur de l’aile). Nous retrouvons ces deux tendances dans la plupart des projets actuels d’avions soniques ou supersoniques (fig. 16).
- B. — Le régime transsonique<
- Situé de part et d’autre de la vitesse du son, ce domaine est encore plein d’inconnues et présente actuellement de grandes difficultés aussi bien'au point de vue théorique qu’expérimental.
- L’instrument expérimental commode qu’est la soufflerie à grande vitesse subsonique ne peut plus servir dès qu’on dépasse M = 0,85, car la seule présence de la maquette, pourtant de dimension très faible par rapport à la veine d’expérience, suffit à provoquer une onde de choc généralisée jusqu’aux parois, et toute mesure devient impossible. En fait, la soufflerie reste inutilisable entre M = 0,85
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-
- : ......: 326 .......
- et M = 1,15. A partir de cette dernière valeur, la soufflerie supersonique permet à nouveau l’expérimentation.
- Cette absence de données expérimentales est d’autant plus grave que des perturbations très importantes prennent naissance dans le domaine transsonique. Dès maintenant, de telles vitesses sont
- atteintes en piqué par des avions classiques (le chasseur anglais Spitflre a réalisé M = 0,9) ; elles ont donné lieu à des vibrations d’empennage, à des modifications de stabilité et à des défaillances des commandes.
- Cependant, supposons que l’apparition des phénomènes vibratoires et l’impossibilité de faire fonctionner les gouvernes se produisent pour un certain nombre de Mach M = 0,9 ; l’avion commence son piqué et atteint cette valeur critique à 8 000 m d’altitude par exemple ; à mesure qu’il se rapproche du sol, nous avons vu que la vitesse du son a augmente et, en même temps, la vitesse de piqué diminue puisque la densité de l’air, donc la résistance à l’avancement augmente ; le nombre de Mach de vol M = Y/a doit donc diminuer : l’avion va revenir à un régime infra-critique où cessent les phénomènes décrits plus haut ; les commandes répondant à nouveau, le pilote pourra rétablir avant d’atteindre le sol.
- Il n’en est pas toujours ainsi et de nombreux accidents, dans les essais de AÛtesse limite, ont été dus soit à des ruptures d’empennages par suite des vibrations, soit à l’impossibilité de sortir à temps du piqué, soit à la rupture des ailes si le rétablissement est trop brutal.
- Actuellement, certains avions à réaction s’approchent dangereusement, en vol horizontal, de la limite critique de vitesse et l’expérience montre que la stabilité de l’appareil se modifie assez brutalement : des couples de tangage, piqueur ou cabreur, suivant les appareils, peuvent prendre naissance, rendant le pilotage extrêmement dangereux. L’urgence de l’étude de ces problèmes et l’impossibilité d’effectuçr ces essais en soufflerie, ont conduit récemment à lancer en vol des maquettes d’avions propulsés par fusée ou descendant en chute libre et télécommandés par radio d’un avion pilote ou du sol. La trajectoire de la maquette peut être suivie soit par radar, soit par ciné-théodolithes et on peut en déduire les caractéristiques aérodynamiques en régime supracri-tique.
- + 1 0,5
- (a) 0
- -0,5
- • it‘
- Extrados
- s----—" Intrados
- U-4° , Cz = 0,23
- ' Epaisseur = 15% de L + *r’ situé à 30%
- 'Epaisseur 12% situé à 40% de I.
- Fig. 10. — Distributions de pression sur profils classiques (a) et spécial pour grande vitesse (b).
- Cz Cx
- -j 0.10 - 0.08 T
- * i
- *<u - S0.04 rfl - KÜ.02 J
- Cz i
- Cx y \ s V
- 0.2 0.3 0.4 05 0.6 0.7 0.8 0.9 Nombre de Mach • * i-- » i i i 1
- 200 300 MX) 500 600 700 800 900 1000 Km/h. Vitesse d'essai
- Fig. 11. -— Évolution des coefficients de portance et de traînée en fonction du nombre de Mach.
- Les Américains et les Anglais ont largement développé ces méthodes et ont déjà pu faire voler des maquettes à des vitesses supersoniques.
- Dès maintenant, on peut supposer que l’avion transsonique aura-, soit une aile en flèche accentuée, soit une aile de très faible envergure avec profils très minces (6 à 10 pour 100).
- C. — Le domaine supersonique.
- Si le domaine transsonique est encore plein d’inconnues, le domaine supersonique a donné lieu depuis longtemps à des recherches fécondes à la fois théoriques et expérimentales.
- Ceci s’explique du fait que la balistique est une science relativement ancienne qui a étudié la trajectoire, la stabilité et la résistance à l’avancement des projectiles aux vitesses supersoniques.
- Deux moyens expérimentaux ont été utilisés, soit par le tir réel avec enregistrement des passages successifs du projectile sur sa trajectoire par rupture d’un fü électrique par exemple, soit par essai du projectile dans une soufflerie supersonique, déjà vue plus haut, qui permet d’étudier les caractéristiques aérodynamiques d’un corps à partir de M = 1,2, jusqu’à des valeurs actuellement supérieures à 4 ; la puissance considérable nécessitée pour le fonctionnement de ces souffleries limite beaucoup la grandeur de la veine d’expérience : le fonctionnement de la nouvelle soufflerie
- Subsonique
- 1 Super-; sonique
- .Onde, de choc
- '“Siliage tourbiiïonaire
- Hé courant
- b. Profil d'aile
- Fig. 12. — Analogie entre l’écoulement dans une tuyère et autour d’un profil d’aile.
- supersonique américaine d’Aberdeen qui permet l’essai de maquettes à un nombre de Mach de 4,4 (correspondant à une vitesse de plus de 5 000 km/h à la température ordinaire) dans une section expérimentale de 0,2 m2 environ, nécessite une puissance totale de 13 000 ch répartie sur 5 compresseurs. Des souffleries plus modestes ont permis cependant de tracer l’évolution des caractéristiques aérodynamiques de projectiles, de maquettes d’aile et d’avion, en fonction du nombre de Mach. La figure 17 montre par exemple la traînée d’un projectile et d’un profil d’aile typiquement à grande vitesse, pour une gamme étendue de nombres de Mach entre 0,4 et 2.
- Pour le projectile, le passage du domaine transsonique a été mesuré sur trajectoire de tir réel ; mais pour l'aile, l’impossibilité de faire des essais en soufflerie entre M = 0,85 et M = 1,2, laisse une zone inconnue entre ces valeurs ; on peut tout au plus tracer, en pointillé, les valeurs probables de la traînée au voisinage de la vitesse du son. De toute façon, on voit nettement que la traînée diminue après avoir dépassé M = 1, sans toutefois atteindre les faibles valeurs du régime nettement subsonique.
- Au point de vue portance, l’allure de la courbe est inversé ; elle descend avant M = 1 et ne varie plus beaucoup dans le domaine supersonique ; au point de vue stabilité, on sait dès maintenant que le centre de poussée des efforts aérodynamiques sur l’aile passe du quart à la moitié de la profondeur du profil lorsque le régime devient supersonique, modifiant profondément le couple de tangage appliqué à l’appareil.
- La forme optimum du profil supersonique (lenticulaire ou losan-gique) est malheureusement très différente de celle convenant au régime subsonique et laisse prévoir de grandes difficultés pour le
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-
- départ et l’atterrissage qui s’effectuent nécessairement à de faibles vitesses. De faibles épaisseurs de profil signifient impossibilité de loger ni réservoirs de carburant, ni atterrisseurs dans l’aile, et conduisent à d’énormes fuselages avec des ailes minuscules.
- La forme même de l’aile sera très probablement en flèche accentuée jusqu’à 60° environ donnant la forme en plan suivant un triangle équilatéral (fig. 16 b) ; on se rapproche alors de la solution « aile volante ». De toute façon, le fuselage se rapprochera du projectile : pointu à l’avant, tronconique à l’arrière, où se fera l’éjection des gaz sortant du réacteur, comme le montre la photographie de l’avion supersonique Miles M. 52 (fig. 16 c).
- Le problème deThypersustentation.
- Le grand défaut de tous les profils minces dits « à grande vitesse » est de ne pas permettre de grands coefficients de portance ; les filets d’air décollent en effet très rapidement de l’extrados dès que l’angle d’attaque du profil dépasse que’ques degrés.
- Finalement, pour les avions rapides, la difficulté n’est pas tellement d’aller vite que de pouvoir atterrir lentement.
- Pour pouvoir voler de plus en plus vite, les avions ont vu leur surface d’aile décroître puisque la traînée est proportionnelle à cette surface. Autrement dit, le poids au mètre carré de surface (charge alaire)' est passé, depuis 15 ans, de 50 kg/m2 à 250 kg/m2
- Fig. 13.
- et même 400 kg/m2 pour les projets actuels. A grande vitesse, cette faible surface S et un coefficient de portance C2 peu élevé, suffisent à assurer la sustentation équilibrant le poids P de l’avion : P = R.z = Cs.(p/2).S.Y.2 ; mais pour atterrir à faible vitesse, il faut augmenter soit la surface de l’aile, soit le coefficient de portance Cz : la première solution consiste à adopter l’aile à surface variable (fig. 18 c) ; cette disposition n’est pas encore entrée dans le domaine pratique par suite de la difficulté mécanique pour faire rentrer les bouts d’ailes, du poids du dispositif et de la place occupée ; cependant, elle a l’intérêt de conduire à une faible envergure avantageuse aux grandes vitesses.
- Le coefficient de portance maximum des profils à grande vitesse est faible et les dispositifs dits « hypersustentateurs » employés universellement à l’heure actuelle (le volet de courbure ou le volet d’intrados braqués vers le bas à l’arrière du profil, et le volet à l’avant du bord d’attaque), qui permettent d’augmenter sensiblement la portance sur un profil classique, sont beaucoup moins efficaces pour des profUs minces, à maître-couple reculé et bord d’attaque effilé. Ce défaut est encore accentué dans l’emploi des ailes en flèche qui sont particulièrement mal adaptées à une forte hypersustentation. Une solution nouvelle, actuellement encore au stade du laboratoire, consiste à guérir le mal à sa base : puisque la portance cesse de croître quand les filets d’air commencent à décoller de la surface d’extrados du profil, il s’agit d’empêcher ou de retarder ce décollement en aspirant la couche d’air à faible énergie au voisinage de la paroi ; cette mince couche à faible vitesse, due à la viscosité du fluide, est appelée « couche limite » (fig. 12 b) ; elle augmente d’épaisseur en s’éloignant du bord d’attaque et finit par former des zones de fluide mort entraînant les décollements. De nombreux essais ont montré qu’une fente d’aspiration disposée tout le long de l’envergure et placée judicieusement au début du décollement des filets d’air, permet d’absorber toute la couche de faible énergie et d’obtenir des coefficients de portance
- encore jamais atteints avec des dispositifs classiques (fig. 18 b). Une autre variante du contrôle de la couche limite consiste à souffler à travers la fente un jet d’air qui va redonner de l’éner-
- SubsoniSÜ? ~ ^ôjTMJémk
- M = 0,92 (V-U00 km/h)
- a) Survitesses dépassant la vitesse du son (1 200 km/h).
- —Ondes de— choc obliques
- b) Survitesses sur un profil supersonique lenticulaire.
- c) Nouveau profil supersonique losangique.
- Fig. 14. — Survitesses le long d’un profil d’ailes en régimes sub- et supersoniques.
- (R représentant la résultante des forces de pression, sè déplace du quart à la moitié de la corde du profil lorsque le régime devient supersonique).
- gie aux couches d’air voisines de la paroi, donc retarder le décollement.
- Nous ne pouvons nous étendre ici sur cette question de couche limite, qu’on a considérée avec raison comme le « problème-clé de l’Aéronautique », car presque tous les soucis de l’Aérodynami-cien en proviennent : si son décollement provoque la chute de sustentation, c’est également par son intermédiaire que se manifeste la traînée de frottement des corps.
- Disons cependant à ce sujet que les profils à maître-couple reculé favorables aux grandes vitesses sont également avantageux au point de vue traînée de frottement, car ils ont les caractéristiques « laminaires » : la couche limite se développant sur leurs surfaces reste en effet laminaire (écoulement par tranches) jusqu’au voisinage du maximum d’épaisseur du profil ; l’écoulement sur la surface devient ensuite turbulent (écoulement agité) par suite de l’augmentation de pression dans l’écoulement divergent. Si cette augmentation est trop brusque, le fluide décolle de la paroi et la portance du profil décroît rapidement : c’est ce qui se passe lorsque l’incidence du profil augmente jusqu’à une valeur critique, correspondant à la perte de vitesse de l’avion.
- Le frottement en régime laminaire est beaucoup plus faible qu’en régime turbulent et les profils dits « laminaires » ont une très faible traînée. Us nécessitent malheureusement une surface extrêmement polie rendant une construction industrielle difficile (pas de lignes de rivets ni de discontinuité des tôles). L’expérience a même montré que des insectes s’écrasant sur la surface d’un avion « laminaire » déclanchaient un écoulement turbulent prématuré, ce qui augmente considérablement sa résistance à l’avancement.
- compressibilité
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-
-
- " , 328 ...::::
- Le problème de réchauffement en régime supersonique.
- Nous avons vu qu’un choc de compression provoquait une élévation de température d’autant plus grande que le choc était plus intense. La température à la surface du corps augmente sensiblement comme M2.T/5, M étant le nombre de Mach et T la température absolue. Aux très grandes vitesses supersoniques, dans l’at-
- :Jèche
- a) Avion subsonique.
- b) Projet supersonique de Lippisch.
- mosphère, il sera nécessaire de refroidir non seulement le bord d’attaque de l’aile et l’avant du fuselage, mais toute la surface par suite de l’élévation de température par frottement.
- A ce sujet, le meilleur exemple est celui de la bombe V2 : après avoir atteint une altitude de 100 km environ, avec une vitesse voisine de 6 000 km/h, elle redescendait sur l’objectif ; en arrivant à cette vitesse dans notre couche atmosphérique, réchauffement était tel que ses parois étaient portées au rouge, provoquant souvent son éclatement prématuré (c’est ce qui s’est produit pour les V2 lancés sur Paris en fin de 1944).
- • C’est pourquoi les fusées interplanétaires de l’avenir ne devront pas atteindre de telles vitesses avant d’avoir quitté l’atmosphère terrestre.
- Fig. 17. — Courbes expérimentales de traînée.
- Le problème physiologique.
- Au cours de cet exposé, nous avons vu que l’avion, pour atteindre des vitesses supersoniques, devra traverser le dangereux passage transsonique. Il semble que le mieux sera alors d’effectuer ce passage le plus rapidement possible, c’est-à-dire par un piqué. Malheureusement, il ne faut pas oublier que le corps humain, s’il reste insensible à une vitesse uniforme, est profondément troublé par les accélérations ; l’accélération rectiligne (sans changement de direction de l’avion) est bien supportée si elle s’exerce perpendiculairement à l’axe (décollage ou accélération par fusée pour un pilote assis) ; l’accélération centripète, au contraire, peut amener des troubles physiologiques graves. Si la force centrifuge s’exerce dans le sens tête-siège pour un pilote assis (ressource après un piqué, virage) à partir de 2 à 3 g (g étant l’accélération de la pesanteur et correspondant à une variation de vitesse de 9,81 m/s/s), le pilote a la sensation de tête vide, son pouls s’accélère ; à partir de 5 g environ, il y a obscurcissement du champ visuel (voile noir) qui se prolonge par la perte de connaissance pouvant évidemment amener des catastrophes.
- On s’est aperçu, par contre, que l’homme pouvait supporter une accélération jusqu’à lo g dans le sens dorso-ventral ; il est donc probable que les
- pilotes d’a p p a- r , .
- reils devant effec- ^
- tuer des piqués à très grandes vitesses seront couchés à plat-ventre (fig. 19). Il faudra évidemment modifier les commandes de direction en conséquence.
- Notons enfin que l’accélération complémentaire de Coriolis qui prend naissance par exemple dans un mouvement latéral de la tête pendant un virage serré ou une ressource provoque également des troubles graves.
- Le problème de l’altitude n’en est plus un dès qu’on établit une cabine étanche. Ce sera obligatoirement le cas de tous les avions à grande vitesse, destinés à voler à des hauteurs variant de 6 000 à 20 000 m.
- Cependant, la rapidité de la variation de la décom-
- Volet d'intrados
- a) Dispositifs hypersustentateurs classiques.
- b) Hypersustentation par contrôle de la couche limite : a. soufflage sur volet de courbure ; b. aspiration sur le volet.
- Vol à grande vitesse
- x-Surface sortie ! à faible vitesse
- c) Avion à surface variable.
- Fig. 18.
- Hypersustentation.
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- Fig. 19. — Pour éviter les troubles physiologiques graves au cours des piqués les pilotes d’appareils à très grandes vitesses seront couchés à plat ventre.
- pression ou de la recompression peut provoquer des troubles cardiaques et ne doit pas dépasser un certain seuil.
- Le problème du propulseur.
- Nous venons de voir que l’avion à grande vitesse devait avoir des caractéristiques aérodynamiques nouvelles qui ont permis de gagner sur sa traînée. Mais la plus grande révolution de ces dernières années est certainement l’utilisation pratique de la propulsion par réaction, permettant des puissances unitaires considérables, sous un volume et un poids faible.
- Nous ferons le point de la question propulsion aux grandes vitesses dans une prochaine étude.
- Nous verrons que le moteur à piston classique sera remplacé dans un avenir prochain par la turbine à gaz entraînant l’hélice et donnant également une poussée supplémentaire par réaction à l’arrière ; l’hélice, à son tour, devra probablement céder le pas à la réaction directe à partir de 850 ou 900 km/h (*).
- Dès maintenant, le turbo-réacteur permet d’envisager une propulsion économique au-dessus de ces vitesses.
- Les vitesses supersoniques verront l’utilisation de la propulsion par tuyères thermo-propulsives, extrêmement simples puisqu’elles n’ont plus du tout de parties mécaniques tournantes.
- Enfin, la propulsion par fusée, à poudre ou à liquides sert aussi bien aux faibles vitesses (fusée de décollage) qu’aux avions soniques (Messerschmitt 163), et aux projectiles supersoniques (V2). En fait, seule la fusée, qui emporte son comburant (oxygène liquide), permet de sortir de notre atmosphère.
- La propulsion par réaction, technique toute nouvelle, prend actuellement un développement extraordinaire et c’est elle finalement qui orientera le développement des avions futurs.
- A propos du record du monde de vitesse pure.
- On sait que le Gloster Meteor a essayé récemment de dépasser les 1 000 km/h (i). Lors de la tentative officielle, il ne put atteindre que 991 km/h à cause des conditions atmosphériques, ou plus précisément de la température. L’appareil peut, en effet, dans son
- 1. Le principe de la flèche appliqué à la pale de l’hélice permettra peut-être de reculer ce seuil.
- état actuel, voler à une vitesse correspondant à 83 pour 100 de la vitesse du son (M = 0,83), au delà de laquelle les effets de la compressibilité se font sentir (augmentation continue de la résistance à l’avancement, instabilité, etc...). On voit donc que la vitesse maximum possible va être fonction de la température de l’air au moment de la tentative. Une température de 30° permet ainsi une vitesse de 347 x 0,83 = 288 m/s, soit 1 035 km/h, tandis qu’à 0°, par exemple, la vitesse ne pourra dépasser 332 x 0,83 = 275 m/s, soit 990 km/h puisque la vitesse du son augmente avec la température.
- Notons enfin que le règlement international actuel pour les tentatives de record de vitesse pure, qui oblige l’avion à ne pas dépasser 70 m d’altitude pendant ses quatre passages, (deux allers et retours) sur une base de 3 km, est très critiqué en raison du danger de voler à une si faible altitude. Nous avons vu en effet que l’entrée de l’appareil dans le domaine critique de compressibilité pouvait se traduire par une modification brusque de stabilité. Si un couple piqueur prend naissance, par exemple, l’avion s’écrase au sol avant que le pilote ait pu ralentir pour revenir à une vitesse infracritique.
- Il semble donc urgent de modifier le règlement, d’autant plus que les procédés actuels de repérage (optiques ou par radar) permettent une grande précision dans l’enregistrement des passages de l’appareil à une altitude suffisante pour limiter les dangers de la tentative.
- Pu. Pgisson-Quinton, Ingénieur à l’Institut aérotechnique de Saint-Cyr.
- 1. Comme nous venons de le voir, ces fameux mille km/h, qui impressionnent tellement les foules, ne correspondent à rien scientifiquement ; d’ailleurs, pour les Anglo-Saxons, ils ne représentent qu’une valeur banale de 620 miles par heure.
- La déshydratation des fruits par rayons i n f ra - r o u g es.
- Nous avons signalé ici, dès les débuts prometteurs de l’application de ce procédé en France, les lois générales du séchage par rayonnement infra-rouge au moyen de lampes à incandescence de type spécial (*). Depuis ce procédé a pris une large extension dans de nombreux domaines et en particulier dans le séchage des peintures et la cuisson des émaux et vernis synthétiques, dans le séchage des cuirs, des apprêts et encollages textiles, des imprégnations sur papiers et tissus.... Il est également intéressant pour la déshydratation des fruits et des légumes et depuis deux ans déjà fonctionne une usine pilote à Sorgues-sur-l’Ouvèze (Vaucluse) sous la direction d’un industriel avisé, M. Guyot de la Pomeraye et sous le contrôle des « Stations de déshydratation
- 1. M. Déribéré, Nouveau procédé de séchage par les rayons infra-rouges, La Nature, n° 3068, 15 avril 1941. Voir aussi, du même : La dessiccation des produits alimentaires par les rayons infra-rouges, Cours Conf. Maison Chimie, 24 novembre 1944 et Les applications pratiques des rayons infrarouges. Un vol. Dunod, éd., 2'éd., Paris, 1946.
- par infra-rouge ». Les dépenses nécessaires pour déshydrater des fruits tels que poires, pommes, figues, abricots... sont de l’ordre de 1 kWh .par kg de produit frais. Le travail'se fait dans des conditions de rapidité, de propreté et de souplesse remarquables. Toutefois le principal avantage du procédé — et pour l’avenir ce ne sera pas le moindre — est de donner des produits de qualité excellente, bien préservés, de bel aspect et capables de reprendre au trempé leur aspect et leur parfum. Les vitamines, de surcroît, ainsi qu’il ressort de travaux effectués au laboratoire de Mm« Ran-donin, sont mieux conservées que par les traitements à l’air chaud, plus longs (1). Divers petits groupements corporatifs ou privés s’intéressent aujourd’hui au procédé de séchage des fruits par rayonnement infra-rouge, lequel est assurément riche de promesses et de grand avenir.
- 1. P. Fournier et Alice Digaud, Les vitamines au cours du séchage des aliments par les rayons infra-rouges, Bull. Soc. sc. Hyg. alimentaire, t. 32, n- 10-12, 1944.
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- LE
- 33e
- 330
- SALON DE
- Le 33e salon de l’automobile a remporté entre le 3 et le 13 octobre un succès d’affluence dépassant les prévisions les plu3 optimistes puisque certains jours, il a été enregistré au Grand Palais trois fois plus d’entrées qu’aux jours les plus chargés des salons d’avant-guerre ; et pourtant les visiteurs ne venaient pas
- Fig. 1. — La DYNA-PANHARD, 4 ch, 4 places, traction avant.
- avec l’intention d'acquérir la voiture de leur choix, mais de faire connaissance avec des modelés qui, se trouvant presque exclusivement réservés pour les marchés extérieurs, ne sont pas encore destinés à rouler sur les routes de notre pays.
- Triste signe des temps, la préoccupation dominante des constructeurs français qui ont étudié des voitures nouvelles a été de rechercher l’économie d’utilisation ; aussi le salon 1946 se trouve-t-il en premier lieu caractérisé par la création d’un certain nombre de modèles de faible puissance fiscale ; même durant les années de crise qui ont précédé le conflit mondial, la voiture 5 ch représentait la plus petite cylindrée offerte aux usagers ; aujourd’hui les modèles 4 ch et même 3 ch semblent tout à fait susceptibles d’intéresser une partie de la clientèle. Affirmer que ces petits modèles restent capables d’assurer tous les services d’une voiture de moyenne puissance serait un mensonge sans excuse ; mais, extrêmement peu gourmands d’essence, offrant une mécanique robuste et simple et une carrosserie confortable, pouvant aisément circuler grâce à leur faible encombrement, ils donneront la satisfaction qu’en attendent les automobilistes n’ayant pas la prétention d’en exiger de très longs parcours journaliers à une vitesse moyenne horaire importante.
- Les modèles nouveaux présentés au salon.
- Rappelons très succinctement les caractéristiques des modèles nouveaux présentés au Salon.
- L'AUTOMOBILE
- Rovin, 1,5 ch, deux places : c’est sans doute la plus petite voiture existant dans le monde. Moteur monocylindrique quatre temps de 260 cm3 de cylindrée disposé à l’arrière du véhicule ; refroidissement à air forcé par turbine ; boîte à trois vitesses ; quatre roues indépendantes ; coque en tôle d’acier formant châssis, soudée par points ; vitesse maximum : 70 km/h ; vitesse moyenne : 50 km/h ; poids total en charge : 400 kg.
- Julien, 2 ch, deux places : moteur monocylindrique ; boîte à trois vitesses dont deux silencieuses ; roues avant indépendantes ; châssis « à coque ouverte », ne comportant aucun embouti ; vitesse maximum : 70 km/h.
- Boitel, 3 ch, deux places : moteur deux cylindres à deux temps de 400 cm3 de cylindrée ; refroidissement par eau ; boîte à trois vitesses ; freins hydrauliques sur les quatre roues ; roues avant indépendantes ; caisse monocoque acier ; poids à vide : 350 kg.
- Mathis, 4 ch, type 333, à trois roues et trois places ; traction avant ; moteur à deux cylindres horizontaux opposés de 707 cm3 de cylindrée ; refroidissement par eau, chaque culasse portant son propre radiateur ; boîte à quatre vitesses ; roues indépendantes ; caisse-coque réalisée entièrement en alliages d’aluminium embouti ; poids à vide : 400 kg. ; vitesse maximum : 105 km/h ; vitesse moyenne : 65 km/h.
- Grégoire, 4 ch, quatre places : traction avant ; moteur • à deux cylindres opposés de 594 cm3 de cylindrée ; refroidissement par air ; boîte à quatre vitesses, dont la quatrième est surmultipliée ; quatre roues indépendantes ; suspension dite (( à flexibilité variable » ; carcasse en alliage d’aluminium fondu (Alpax) ; carrosserie du type cabriolet décapotable , poids à vide : 475 kg ; vitesse maximum : 86 km/h
- Dyna-Panhard, 4 ch, quati’e places : traction avant, moteur à deux cylindres horizontaux opposés de. 594 cm3 de cylindrée ; refroidissement par air ; boîte à quatre vitesses, dont la quatrième est surmultipilée ; quatre roues indépendantes ; carcasse en Alpax coulé ; vitesse maximum : 86 km/h et vitesse moyenne : 72 km/h, avec quatre personnes à bord.
- Renault, 4 ch, quatre places, à moteur à l’arrière : quatre cylindres d’une cylindrée totale de 760 cm3 ; refroidissement par eau , boîte à trois vitesses ; quatre roues indépendantes, avec freinage par transmission hydraulique ; caisse poutre en tôles d’acier soudées ; poids : 520 kg. ; Adtesse : 90 km/h.
- Bernardet, 5 ch, à traction avant : moteur à quatre cylindres opposés de S00 cm3 de cylindrée ; refroidissement par eau, boîte à quatre vitesses ; roues avant indépendantes ; freins hydrauliques : vitesse : 100 km à l’heure.
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- Fig. 3. — La RENAULT, 4 ch, 4 places, moteur à l’arrière.
- Dans les catégories de voitures de moyenne et forte puissance, nous retrouvons les modèles d’avant-guerre, dont quelques-uns ont bénéficié d’améliorations de détail. Certains modèles nouveaux ont cependant été créés :
- Delaiiaye présente les types 175 et 178 donnant 26 ch de puissance fiscale ; six cylindres de 4 1 500 de cylindrée, soupapes en tête, boîte électromagnétique Cotai à quatre vitesses, roues avant indépendantes, freins à commande hydraulique.
- Talbot a réalisé une voiture entièrement nouvelle « type Lago » d’une puissance fiscale de 26 ch ; moteur six cylindres de 4 1 4S2 de cylindrée donnant 170 ch au frein ; soupapes en tête ; boîte présélective Wilson à quatre vitesses ; roues avant indépendantes, freins hydrauliques.
- L'orientation technique sur les voitures nouvelles.
- La réalisation de voitures de très petite cylindrée équipées de carrosseries à trois et quatre places range évidemment au premier plan des études techniques le problème de l’allègement. Celui-ci a été résolu grâce à l’emploi généralisé des métaux légers, non seulement dans de nombreuses pièces du moteur mais également dans la carrosserie qui, sur les voitures modernes, forme, on le sait, un tout avec le châssis. Le gain de poids est très important et influe de façon appréciable sur l’économie de consommation, puisqu’on
- Fig. 4. — LA MATHIS « 333 » ; 4 ch, 3 roues, 3 places.
- compte en moyenne qu’un allègement de 100 kg permet de réduire la consommation de 1 1 aux 100 km ; Grégoire, Panhard et Mathis, entre autres, font appel aux alliages d’aluminium ; Georges Irat présente une 6 ch dont la carcasse est en alliages de magnésium coulé ; Mathis supprime même une roue sur son modèle 333, cette suppression entraînant celle d’une suspension, d’un amortisseur, d’un essieu, d’un frein et sa commande et des tôleries d’ailes ; la voiture se dispense ainsi de nombreux kilogrammes de matière et son réalisateur estime qu’elle est tout aussi stable qu’une voiture à quatre roues, trois points suffisant à définir un plan.
- S’étant trouvés dans l’obligation d’adopter un outillage spécial pour la réalisation de leurs petites voitures, les constructeurs ont généralement choisi le mode de propulsion par traction avant ; cette solution technique confirmera sans aucun doute le succès qu’elle a remporté avant la guerre sur les modèles Citroën et Amil-car. Renault, par contre, a installé à l'arrière le moteur de sa 4 ch ; c’est en France une innovation dans la construction en grande série, mais la formule a fait ses preuves à l’étranger, notamment en Allemagne. La magnifique voiture tchécoslovaque Taira constitue l’exemple le plus probant.
- Nous ne pensions pas avant la guerre voir un jour des moteurs
- Fig. 5. — LA ROVIN, 1,5 ch, 2 places, la plus petite voiture du Salon.
- (Photo New-Xorh Times).
- à deux cylindres équiper les automobiles, et de nombreux usagers se montrent sceptiques sur la valeur de cette innovation. Pourtant le moteur à deux cylindres horizontaux opposés (moteur dit « flat-twin »), présente un équilibrage excellent, les forces d’inertie se trouvant toujours en opposition suivant une résultante commune. Le moteur à quatre cylindres opposés (fiat-four) semble, de son côté, avoir devant lui un avenir certain ; il a été adopté par Georges Irat et Mathis étudie actuellement une voiture cinq places montée avec un moteur de cette conception. Le constructeur Boitel a équipé sa 3 ch d’un moteur à deux cylindres deux temps, et la maison tchécoslovaque Leteché Zavody a. également adopté un moteur à deux temps sur son modèle « Minor » de 615 cm3 de cylindrée ; mais on peut présumer que l’adoption du cycle à deux temps pour la réalisation de petits moteurs d’automobile doive rester une exception.
- Refroidissement par air ou par eau sur les petits modèles P Les avis sont partagés ; Boitel et Mathis ont choisi l’eau ; Grégoire et Panhard ont choisi l’air. Le moteur à l’arrière de la Renault et le moteur 5 ch de la Bernardet sont refroidis par eau, mais cse moteurs comportent quatre cylindres.
- Alors que de nombreuses voitures de moyenne puissance étaient équipées avant-guerre avec des boîtes à trois vitesses, la majorité des petites voitures actuellement réalisées sont montées avec des
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- boîtes à quatre vitesses ; sur la Grégoire et la Panhard, la quatrième combinaison est même une vitesse surmultipliée. Nos techniciens ont ainsi essayé et réussi à faire bénéficier les usagers de modèles à faible cylindrée d’une partie des avantages qui paraissaient jusqu’ici rester l’apanage des voitures à fort excédent de puissance.
- Notons l’adoption fréquente de la boîte électromagnétique Cotai sur les voitures françaises de luxe, tandis que Talbot reste fidèle à la boîte présélective Wilson.
- Remarquons enfin que la suspension par roues indépendantes et la commande hydraulique des freins se trouvent généralisées sur lés petites aussi bien que sur les fortes voitures.
- Les modèles de luxe disposent de carrosseries extrêmement spacieuses et confortables, et les nouvelles lignes aérodynamiques ne manquent pas, à notre goût, de cachet. A de nombreux points de vue, ce premier salon d’après-guerre s’est révélé riche d’enseignements.
- Fernand de Laborderie.
- Des engrais
- pour la mer
- Lorsqu’en 1858, Coste créa à Concarneau le premier laboratoire maritime, il songeait à mettre la mer en culture pour diminuer les aléas et les risques des pêches. Il réussit l’ostréiculture, mais l’élevage des poissons ne«fut obtenu que bien plus tard et pour quelques espèces seulement ; on ne « cultive » guère aujourd’hui, en étangs ou en bassins, que le mulet et le turbot ; l’élevage du homard est encore au stade expérimental et n’a pu être mis en pratique. Le temps approche-t-il où les idées de Coste pourront enfin entrer èn application ?
- De même qu’on augmente la productivité d’un champ quand on apporte au sol des engrais, de même qu’on améliore le rendement d’une fermentation en ajoutant au milieu de culture des matières nutritives et des sels favorables, pourrait-on accroître la productivité de la mer en engraissant celle-ci ?
- On a appris en ces dernières années que les variations du plancton, cet ensemble d’êtres flottants dont les poissons se nourrissent, sont liées aux teneurs de l’eau de mer en nitrates, phosphates, silicates, etc. Il semble- que la loi du minimum de Liebig soit valable en mer comme sur terre, en pisciculture marine comme en agriculture.
- La masse des océans est telle qu’on ne voit pas bien comment l’homme pourrait modifier sa composition, mais il est sur de nombreuses côtes des bassins naturels plus ou moins isolés, les fjords de Norvège ou les lochs d'Ecosse par exemple.
- C’est dans certains lochs d’Ëcosse que l’expérience a été tentée à partir de 1942. En 1944, F. Gross, J. E. G. Raymont, S. M. Marshall et A. P. Orr ont rendu compte dans Nature d’un premier essai sur le Loch Craiglin, un diverticule du Loch Sween dont il est séparé par une digue. On fit dissoudre dans ce loch du nitrate de soude et du superphosphate et on observa une augmentation de la production de plancton. Mais ce bras de mer était peu profond, recevait de l’eau douce, avait un fond vaseux, riche en hydrogène sulfuré, pauvre en oxygène, couvert d’algues si bien que les conditions de vie y étaient assez anormales. On décida donc de recommencer dans un autre bras du Loch Sween, le Kyle Scotnish, en communication libre avec la mer. Ce bassin couvre 65 ha et a une profondeur maximum de 21 m ; il a une sortie très étroite, de 100 m de large seulement en un point et forme deux larges bassins.
- On y versa en un an et demi 400 kg de superphosphate répartis à des intervalles d’un mois, puis 1 500 kg de sulfate d’ammoniaque et on compara la population du bassin du nord où les engrais étaient dissous, à celle du bassin du sud où ils diffusaient et à celle d’un autre bras où ils n’arrivaient pas.
- A diverses reprises, le phytoplancton et surtout les diatomées répondirent par une pullulation à l’application des engrais. Pendant les mois d’été, l’action fut faible ou nulle, mais le zooplancton qui se nourrit de diatomées augmenta considérablement comme le montre le tableau ci-contre :
- Bassin du nord Bassin du sud . Bassin témoin .
- Diatomées par litre mars iff44 ^ juillet ig4i
- 62 373
- 34 200
- 10 53
- La surface vaseuse du fond où tombaient les sels non dissous s’enrichit en diatomées du fond et en microflagellés (nanndplanc-ton) et la faune du fond qui s’en nourrit devint plus abondante. Les moules pullulèrent et s’accrurent rapidement ; pour une grande, de plus de 40 mm, antérieure au traitement de l’eau, on en compta 10 petites de moins de 10 mm dans le bassin témoin et 900 à 3 000 dans le Kyle Scotnish.
- Les poissons furent plus difficiles à juger à cause de leurs déplacements dans le loch et de leurs migrations. On ensemença les eaux avec des œufs fécondés et à l’automne de 1945 on constata que les jeunes plies avaient grandi plus vite et dépassé de 3 à 5 fois la taille normale.
- Tels sont les résultats que MM. F. Gross, J. E. G. Raymont, S. R. Nutnian et D. T. Gauld viennent de publier dans Nature (10 août 1946). Comme ils le soulignent dans leur conclusion, il semble qu’il y a là une indication intéressante pour l’avenir. Au moment où l’on émet des doutes sur la constance de la productivité des mers, où l’on se plaint de la diminution du rendement des pêches, où l’on accuse 1' « overfishing » de dépeupler les eaux et où l’on demande de limiter le nombre des navires de pêche et de réglementer la taille minimum des mailles des filets, il apparaît que la pratique des engrais dans des bassins limités ou même dans des niers plus libres et plus ouvertes — et ce serait alors un devoir d’état ou même international — serait susceptible d’activer le développement, d’accroître la taille et le nombre des poissons et par là d’ajouter au ravitaillement des peuples.
- Contre la crise du charbon.
- Les quatre principales compagnies ferroviaires de Grande-Bretagne viennent de décider la transformation de 1 200 locomotives : elles brûleront du mazout, au lieu de charbon. Il en résultera une économie d’un million de tonnes de houille pour l’hiver qui vient. Le plan était à l’étude depuis plusieurs mois ; on se hâte maintenant de le mettre à exécution, en prévision d’une disette de combustible qui réduirait le rationnement. Le Great-Western-Railway a déjà mis en service deux locomotives du nouveau système pour trains de marchandises et une troisième pour trains de passagers.
- De son côté, le Gouvernement a ouvert une campagne pour décider les industriels à prendre des mesures analogues ; les ingénieurs du Ministère du Combustible leur rendent visite, s’efforçant de leur démontrer les avantages du chauffage aux huiles lourdes. Le Chancelier de l’Echiquier annonce l’octroi de subsides d’une livre sterling par tonne de mazout à toute firme qui le substituera au charbon. On espère réaliser de ce chef une autre économie de 2 millions de tonnes de houille d’ici la fin de l’année.
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- L'observatoire royal de Greenwich
- Quand Charles II décida en 1675 de créer un observatoire pour « corriger les tables des mouvements des deux et les places des étoiles fixes, et pour découvrir les longitudes des lieux si désirables pour perfectionner l’art de la navigation », il choisit son emplacement dans le Parc Royal de Greenwich, au point le plus élevé, près du château. Sir Christopher Wren fut nommé architecte de l’observatoire et l’agréable édifice qu’il traça « pour l’habitation de l’observateur et un peu pour la pompe », comme il dit dans une de ses lettres, existe toujours et reste un symbole de la continuité entre l’observatoire d’aujourd’hui et celui de 1675.
- Greenwich était un plaisant village, dans une campagne découverte, à plusieurs milles de Londres, quand il fut choisi pour l’Observatoire Royal. Mais Londres s’est progressivement étendu et a entièrement entouré l’Observatoire, si bien que les conditions des observations astronomiques sont devenues de plus en plus défavorables. La première menace sérieuse pour le travail apparut en 1905, quand le Conseil du Comté de Londres construisit une station centrale pour les tramways immédiatement au nord de l’Observatoire, tout contre les nobles constructions de l’Hôpital de Greenwich occupé par le Collège Royal Naval. Un tel dédain d’une autorité publique i’isquerait moins de se produire aujourd’hui que l’on a heureusement pris conscience de la nécessité de préserver les sites qui sont d’un intérêt national.
- L’impureté de l’atmosphère de Greenwich, la luminosité croissante du ciel pendant la nuit du fait de l’éclairage des rues sont devenues si fâcheuses pour le travail d’observation que le déplacement de l’Observatoire a dû être envisagé pour qu’il puisse continuer à fournir des contributions de valeur à l’astronomie d’observation. La transparence variable et non uniforme du ciel a rendu tout travail photométrique impossible et sa clarté a rendu inutilisables les installations à grands champs. En 1938, l’Astronome Royal attira l’attention du Conseil des Inspecteurs de l’Observatoire Royal sur ce point. Depuis lors, on a cherché activement un nouveau site où les conditions seraient favorables aux observations. L’Amirauté a récemment annoncé que le château d’Herstmonceux, dans le Sussex, avait été choisi, après consultation du Conseil des Inspecteurs comme offrant le plus de possibilités. Avec le château, i5o ha de terres ont été acquis pour l’installation des instruments et aussi comme sauvegarde contre l’empiètement trop près de l’Observatoire de constructions qui seraient gênantes pour le travail.
- Le château d’Herstmonceux a été construit par Sir Roger de Fienes, trésorier de la Maison d’Henri VI, qui obtint en i44i licence d’ « enclore, créneler et équiper de tours et de murailles son manoir de Herst Monceux ». Le château fut construit en briques rouges, presque certainement d’origine locale. Les briques étaient encore en ce temps un matériau étranger; il n’y a pas d’importantes constructions en briques au Sud de la Tamise antérieures à Herstmonceux qui est probablement non
- seulement le plus élégant des anciens bâtiments de briques d’Angleterre mais aussi la plus belle des demeures nobiliaires. Les sculptures et les revêtements sont, pour la plupart, en pierre, un grès qui donne une grande finesse de détails et qui a bien résisté au temps.
- Après 17/10, le château fut abandonné et en 1777, l’intérieur, y compris les constructions dans la cour et le principal bâtiment rectangulaire furent démolis et leurs matériaux servirent pour construire l’habitation actuellement nommée Place d’Herstmonceux. Bien peu subsiste de l’ancien édifice sauf les murs extérieurs, leurs tours et des parties des murs intérieurs. En 1911, le château fut acheté par le colonel Claude Lowther qui
- (Copyright « Country Life »).
- commença à le restaurer. Après sa mort, il fut acquis en xg32 par Sir Paul Latham, baronnet, et sous sa direction, la remise en état fut terminée par M. W. H. Godfrey. Les murs extérieurs et les tours furent soigneusement réparés et rétablis dans leur condition première; le lierre fut arraché des murs et les fossés furent remis en eau à l’Est, au Sud et sur une partie de l’Ouest. Le reflet du château dans l’eau des fossés marquant les lignes verticales des tours ajoute beaucoup à sa beauté et à son caractère.
- La situation du château fut dépeinte par Francis Grove (Anti-quities of England and Wales, t. V, pp. i57-i58), il y a un siècle et demi en ces termes : « Le château d’Herstmonceux se dresse dans un agréable parc, bien diversifié par une colline et une vallée, boisé de vieux arbres et bien pourvu d’étangs aux eaux claires; de là il y a une belle vue sur le riche pays de Pevensey (au milieu duquel, sur une petite élévation, sont la ville et l’ancien château en ruines de Pevensey). La mer apparaît en face, au sud des collines, vers Hastings dans l’Est, et les South Downs s’élèvent comme des montagnes à quelque distance dans l’Ouest. Le château est situé près de la bordure est du parc et dans sa partie la plus basse ; le terrain est cependant très sec. »
- Fig. 1. — Le château d’Herstmonceux, faces Sud et Est, où s’installe l’Observatoire Royal de Greenwich.
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- 334 :
- Dans ce noble et digne château, riche de souvenirs historiques, l’Observatoire trouvera dans l’avenir une résidence convenant à ses longues traditions. Dans les terrains qui ont été acquis autour du château, il y a amplement place pour l’équipement instrumental actuel et ses futurs développements. Les conditions pour l’observation astronomique sont aussi bonnes qu’elles peuvent être en Angleterre; libéré des entraves dans lesquelles on a dû travailler depuis de nombreuses années, l’Observatoire aura de nouvelles possibilités d’apporter d’importantes contributions au progrès de la science astronomique.
- A cause de la longue durée du siège de l’Observatoire à Greenwich, et aussi à cause du choix fait en i884 par un accord international du méridien de Greenwich comme méridien d’origine des longitudes, et en reconnaissance de la large part de l’Observatoire dans les sciences astronomiques et nautiques, l’Observatoire Royal, dans son nouveau site, conservera le nom d’Observatoire Royal de Greenwich. Il ne sera plus sur le méridien d’origine, mais il y aura un nombre suffisant d’observations de recoupement entre Greenwich et Herstmonceux pour
- que la longitude du nouveau site soit déterminée avec le degré nécessaire de précision.
- L’Office de l’Almanach nautique qu’il n’avait pas été possible de loger à Greenwich avec les services d’observations trouvera sa place au château d’Herstmonceux. L’union plus étroite entre les branches d’observation et de calcul de l’Observatoire Royal, qui deviendra ainsi possible, sera pour leur avantage mutuel.
- Le gouvernement britannique a annoncé son intention de mettre à la disposition des astronomes de tous les observatoires de Grande-Rretagne un grand télescope à réflection de ioo pouces d’ouverture. Ce télescope sera installé au nouvel emplacement de l’Observatoire Royal à Herstmonceux. Il permettra à l’Observatoire Royal, en commun' avec les autres observatoires de Grande-Bretagne, d’effectuer des recherches astronomiques modernes, en particulier dans le domaine de l’astrophysique.
- Sir Harold Spencer Jones, Astronome Royal,
- Correspondant de l’Académie des Sciences.
- D'Honolulu au Caire par les régions polaires.
- Un des plus remarquables raids d’aviation vient d’avoir lieu du 4 au 6 octobre dernier. Une forteresse volante américaine, le « Pacusan Dreamboat », s’est envolée le vendredi 4, à 16 h 20 de
- 180°
- HONOLULU
- C-«" O
- LE CAiRE
- Fig. 1. — Carte du raid du « Pacusan Dreamboat ».
- l’aérodrome d’Honolulu, dans les îles Hawaï et a atterri le dimanche 6, à 7 h 56 sur l’aérodrome de Payne Field, près du Caire, ayant parcouru 15 285 km en 39 h 36 mn, à la vitesse moyenne de 386 km à l’heure. L’avion était commandé par le Colonel C. S. Irvine.
- Les Hawaï sont dans la zone tropicale, par 20° N et 160' W. Le Caireest par 30° N et 30° E. Les points de départ et d’arrivée sont, voisins du tropique du Cancer et presque sur le même méridien. La ligne droite qui les joint passe à une petite distance du pôle nord, dans l’est. Il semble que la route suivie ait été un peu incurvée vers l’ouest et qu’on ait survolé la région du pôle magnétique qui se trouve dans l’archipel nord américain de l’Océan Glacial.
- Il suffit de rappeler combien parut admirable l’exploit accompli il y a vingt ans par Byrd qui, parti de la baie du Roi au Spitzberg, survola le pôle nord et revint à sa base dans la même journée, pour marquer tous les progrès accomplis depuis lors par l’avia-
- tion. Cette fois-ci, ce n’est plus de 80° N qu’on s’est élancé vers le pôle, mais de 20° et l’on a atterri à 30° N au lieu de 80°.
- La région du pôle magnétique est connue depuis Ross (1829-1832) pour ses grandes perturbations qui affolent la boussole et rendent la direction incertaine. Il est vrai que depuis peu, les ondes électromagnétiques des radars permettent l’orientation quand leur transmission n’est pas troublée par les aurores boréales. Le Colonel Irvine a déclaré que les indications du compas cessaient d’être utilisables à partir de l’Alaska et ne redevenaient valables qu’au Groenland.
- Ce vol d’études s’étendant sur presque un hémisphère entier doit fournir un grand nombre d’indications utiles et il prouve que la liaison des centres de civilisation de l’hémisphère nord à travers les solitudes arctiques est réalisable et réalisée.
- *
- * *
- Venu ensuite en France, le <c Pacusan Dreamboat » s’envolait le 16 octobre de l’aérodrome d’Orly et se posait à Westover Field (Massachusetts), accomplissant la traversée de l’Atlantique en 12 h 27 mn et battant de plus de 2 h le record du monde de la traversée.
- Fig. 2. — Le « Pacusan Dreamboat » à son passage
- à l’aérodrome d’Orly. {Copyright L />.).
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- N o u v e
- alliage lourd
- La manipulation du radium, devenue de plus en plus fréquente, a conduit à chercher des alliages plus lourds que le plomb pour protéger les ouvriers et les opérateurs contre, les rayons y. En principe, on n’a que l’embarras du choix, puisque tous les métaux du tableau suivant sont plus denses que le plomb dont le poids spécifique est 11,37.
- Palladium........... 11,5
- Thorium ............ 11,5
- Thallium ........... 11,85
- Ruthénium........... 12,26
- Rhodium............. 12,6
- Colombium........... 12,7
- Mercure............. 13,6
- Tantale ............ 16,40
- Uranium ............ 18,68
- Tungstène........... 19,1
- Or ................. 19,32
- Platine .............. 21,40
- Iridium .............. 22,40
- Osmium ............. 22,48
- Mais certains sont trop rares, d’autres coûteux, d’autres encore dangereux et le mercure ne peut servir parce que liquide. On a donc fait choix du tungstène, relativement abondant et bon marché qui se classe parmi les plus lourds. On sait déjà faire des fila-
- Fig-, 1. — Barreaux de même poids.
- De gauche à droite : électron, aluminium, acier, plomb, nouvel alliage lourd G. E. C.
- rnents et des baguettes de tungstène pour les lampes électriques en agglomérant la poudre du métal comprimée aux environs de 3 000° ; mais on ne peut ainsi réaliser des plaques volumineuses et, d’autre part, le tungstène pur est impossible à travailler.
- Dans les laboratoires de recherches de la General Electric Company, M. G. H. S. Price et plusieurs collaborateurs ont tourné ces difficultés en réalisant un alliage contenant 90 pour 100 de tungstène et 10 pour 100 de nickel et de cuivre. Les trois métaux en poudre sont intimement mélangés ; la poudre est comprimée dans des matrices sous une pression d’une tonne par centimètre carré et la masse obtenue est agglomérée en atmosphère réductrice aux environs de 1 450°. L’alliage obtenu, non poreux, a une densité voisine de 17 ; il peut être obtenu en barres et en plaques et se travaille assez facilement.
- On lui a déjà trouvé d’autres applications, notamment dans les gyroscopes dont la stabilité est fonction de la masse et dans les contacts de disjoncteurs qu’on peut ainsi réaliser sans usinage et qui ne se détériorent pas quand ils supportent des étincelles de rupture.
- Vingtième Congrès de Chimie Industrielle.
- Faisant suite au Congrès Technique International, le Vingtième Congrès de Chimie Industrielle s’est réuni à la Maison de la Chimie du 22 au 29 septembre.
- Cette tradition déjà vieille d’un quart de siècle reprend après un arrêt de six ans, avec toute son ampleur passée : 1 250 congressistes, parmi lesquels 400 étrangers venus de 18 nations.
- Le fait que 268 communications ont été présentées et discutées entre 19 Sections montre l’importance du rôle de la Chimie dans les branches les plus diverses des activités humaines.
- Au cours de la séance d’ouverture, le professeur Doods a souligné l’heureuse influence des recherches de science pure sur le développement des plus grandes conquêtes de l’industrie ; le docteur Stoll a montré, dans le cadre de l’industrie pharmaceutique, à quel point les recherches systématiques de pharmacologie et d’agronomie permettent de multiplier la production des alcaloïdes digitaliques et des substances extraites de l’ergot de seigle.
- M. Newell, Président de la Société des Architectes navals de New-York, a résumé les recherches entreprises pour améliorer les peintures des coques de navire, et MM. Hudson et Fancutt ont retracé dans le même domaine les étapes des études systématiques entreprises en Angleterre pour le même but.
- L’essor considérable des matières plastiques a été attesté par
- l’abondance des communications relatives à leur synthèse et à leur emploi et furent l’objet d’exposés scientifiques de la plus haute valeur. Le docteur Houwink, directeur général de la Fondation du caoutchouc de Delft, en étudia la perméabilité et le professeur d’Or, de Liège, montra combien les progrès de la physicochimie permettent d’en étudier les propriétés et d’en prévoir les améliorations.
- Dans le domaine de la pratique industrielle, M. Mouchiroud a présenté un nouveau textile artificiel, « le rbofil » à base de chlorure de polyvinyle dont les propriétés viennent encore accroître le champ d’application des plastiques et des textiles de synthèse.
- Avec les matières plastiques, les produits de synthèse pharmaceutiques ont été pendant ces dernières années l’objet de progrès considérables malgré les difficultés de tout genre créées par. le manque de lumière, de charbon et de matières premières. M. Viaud résumant l’effort français qui a étudié et préparé les nouveaux produits antihistaminiques de synthèse, le docteur Viehover, en comparant les progrès réalisés récemment en Allemagne et aux Etats-Unis, tant pour les produits pharmaceutiques que pour les insecticides, ont composé des tableaux particulièrement impressionnants des résultats obtenus pour la préservation de la vie humaine.
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- Les Livres
- nouveaux
- Le secret des couleurs, par Marcel Boll et Jean Dourgnon. 1 vol. in-16, 128 p., 56 fig. Collection « Que sais-je P ». Presses universitaires de France, Paris, 1946.
- La vision des couleurs n’est si difficile à expliquer que parce qu’elle mélange trois points de vue, trois problèmes : physique, physiologique, psychologique. Avec verve, les auteurs les discutent tous les trois, depuis le spectre lumineux et les sources, les lames transparentes et les lames minces, en passant par les essais de classification et de repérage, pour arriver à la sensation et à la perception, fort complexes. Et l’on comprend ainsi qu’aucun des aspects partiels de la question ne conduise à une connaissance satisfaisante.
- La couleur dans la technique cinématographique, par Henry Piraux. 1 broch. in-8°, 29 p., 30 fig. Cahiers de la technique cinématographique, Paris, 1946.
- Des procédés additifs, physiques, on tend à passer aux procédés soustractifs, chimiques, dont l’auteur donne les principes et les applications ; il examine ensuite les techniques de prise de vues et de projection.
- Contribution à la connaissance de la faune subfossile de Madagascar, par G. Lamber-ton. Mémoires de l’Académie malgache, fascicule XXXV, 1 vol. in-4°, 134 p., 10 pl. Imprimerie Pitot de la Beaujardière, Tana-narive, 1941.
- Etude anatomique de l’oreille osseuse des Lémuriens fossiles et actuels, d’une structure très homogène.
- Le mésoclimat forestier de Fontainebleau,
- par Pierre Doignon. 1 vol. in-8°, 142 p. Association des naturalistes de la vallée du Loing, Fontainebleau, 1946.
- Données, basées sur 56 ans d’observations thermométriques, du climat local de la forêt de rouULxhblbau mettait ctx évidence l’irflue.oee du boisement.
- Les pêches maritimes, par Eric Darbel. 1 vol. in-16, 128 p., 10 fig. Collection « Que
- sais-je ? ». Pi'esses Universitaires de France, Paris, 1946.
- Vieilles comme le monde, les pêches maritimes ont passé du hareng à la morue, puis au cha-
- ACHÈTE belle remorque camping cinq personnes. Écr. : La Nature, n° 217.
- VENDS 11 vol. parus Encyclopédie Française, reliure maroquin pleine peau, état neuf. Écr. : La Nature, n° 219.,
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- A VENDRE : 2 styxos plume or, Parker Va-cumatic, 1 appareil photo Kodak 4 1/2-6, 1 vélo
- lutage industriel. L’auteur les décrit dans leur forme actuelle, y compris les pêches saisonnières aux arts traînants (hareng, maquereau, sardine), celles régionales (germon, thon, crustacés) et les petites pèches locales en bateau et à pied. Chemin faisant, il examine les industries annexes : salage, fumaison, conserverie, l’utilisation des huiles, des peaux, des déchets. Le tableau qu’il trace est bien à jour et pose le problème de l’avenir de cette indxxstrie.
- LUNDI 4 NOVEMBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Chedin : « Réactions topochimiques de la cellulose. Nitration ».
- MARDI 5 NOVEMBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. P. Appell : « Essai de classification des procédés de saponification ».
- MERCREDI 6 NOVEMBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Dourgnon : « La lumière et la couleur dans l’Industrie ».
- JEUDI 7 NOVEMBRE. Société d’Encoura-gement pour l’Industrie Nationale (44, rue de Rennes) : 17 h. 30. M. P. Piganiol : « L’acétylène, matière première de l’industrie chimique hier et demain ». — Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Letort : « Réactions polynucléaires ».
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- Palais de la Découverte.
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- LA NATURE
- paraît le l,r et le 15 de chaque mois ABONNEMENTS
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- PETITES ANNONCES
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- Cours et conférences à Paris
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- LES EXPERIENCES DE BIKINI
- Les deux premières expériences de Bikini ont eu lieu, on le sait, les Ier et 24 juillet 1946.
- Peu d’informations relatives aux résultats scientifiques ont été divulguées. Les essais étaient essentiellement militaires et destinés à déterminer les effets de la bombe atomique sur les vaisseaux de guerre.
- De ce point dé vue, les enseignements^ techniques sont sans doute important mm Mais l’Amirauté des États-Unis qui a pris les essais sous le haut command^
- Fig. 1. — Lors de la première explosio 1er juillet, la colonne de fumée atteignii'^ew 9 minutes 7.100 mètres de haut au-dess® des eaux de l’atoll.
- SOMMAIRE
- Les expériences de Bikini, par
- M. DÉRIBÉRÉ „...........• • •
- Bombe atomique et photographie.
- Fleurs alimentaires, par E. MEUNIS-SIER..............................
- Le tube fretté et surpressé, par P. BASIAUX-DEFRANCE ....
- Les vipères heurtantes d'A. O. F.,
- par A. VILLIERS..................
- 50" anniversaire de la radioactivité.
- La part du Radar dans la victoire des Alliés, par R. LE PRÊTRE . . .
- Matériel d’enseignement d’optique.
- N° 3124 15 Novembre 1946
- Le Numéro 20 francs
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- Fig. 2, — Position des navires de la flotte-cobaye dans l’atoll de Bikini lors de l’expérience du 1er juillet.
- Fig. 3. — Le porte-avion « Indépendance » incendié et endommagé au cours de l’explosion
- du Vr juillet.
- de l’amiral Blandy n’est évidemment pas disposée à en divulguer de sitôt les résultats.
- Un ensemble exceptionnel de dispositifs d’étude, de contrôle, de prises de vues, représentant une dépense de deux à quatre millions de dollars pour le seul appareillage et près de io ooo instruments, a été mis en œuvre. La dépense totale des essais a dépassé ioo millions de dollars.
- Une flotte cobaye imposante était disposée dans l’atoll et comportait : 4 cuirassés, 2 porte-avions, 16 des-trôyeurs, 8 sous-marins, plus un cuirassé japonais, un croiseur lourd allemand, un croiseur léger japonais.
- Première expérience.
- Lorsque la première bombe explo: sa, le xer juillet, au-dessus de cette flotte cobaye, le spectacle émouvant et grandiose des explosions précé-
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- EFFETS DE LA BOMBE ATOMIQUE SUR LA FLOTTE-COBAYE LE Ier JUILLET 1946
- Dans le premier rayon d’action de 800 m :
- 1. Nevada cuirassé 29 000 tonnes incendié
- 2. Indépendance porte-avions 11 000 — incendié
- 3. Nagato. cuirassé 32 720 — très endommagé
- 4. Skate sous-marin endommagé
- 5. Sakawa. , croiseur 6 000 — coulé
- 6. Gilliam croiseur coulé
- 7. Carlyle croiseur coulé
- 8. Anderson destroyeur 1 570 — coulé
- 9. Pensacola croiseur 9 100 — très endommagé
- 10. Lamson destroyeur 1 450 — coul i
- Dans le second rayon d’action de 1 Goo m
- 11. Arkansas cuirassé 26 100 tonnes très endommagé
- 12. Neiu-York. . cuirassé 27 000 — incendié
- 13. Sait lake City ........ croiseur 9 100 — endommagé
- Dans le troisième rayon d’action de 2 Goo m :
- 14. Prinz Eugen. . . . i . . . croiseur 10 000 tonnes peu abîmé
- 15. Pennsylvania ....... cuirassé 33 100 — les chèvres sont vivantes
- 16. Saratoga ......... porte-avions 33 000 — incendié
- Les numéros correspondent à la position des navires dans l’atoll («g. 2).
- dentes se renouvela et au-dessus des eaux bleues de l’atoll monta une colonne terminée par un immense champignon. En neuf minutes, cette colonne avait atteint 7 3oo m de hauteur 1) et commençait à s’étendre. Elle gagna ainsi 11 000 m puis la partie supérieure commença à se détacher et dispersa. Les observateurs avaient pu voir cette fois A Los Alamos, en effet, on leur avait recommandé Lia tête du côté opposé à l’explosion et de ne porter Is vers le pylône d’essai qu’après la première lueur, ture très élevée de l’explosion provoque en effet une &ion de rayons ultra-violets dangereux pour la vue. fois fut utilisé un appareil nommé icaroscope qui permettait l’observation de l’explosion sur un écran phosphorescent excité par la lumière directe de l’explosion. Nous décrirons ultérieurement cet intéressant instrument.
- Lorsqu’on put constater les effets, ceux-ci apparurent puissants et il ne convient pas de les minimiser comme cela a été fait trop hâtivement.
- La figure 2 et le tableau ci-dessus en donnent une indication objective.
- Il fut particulièrement constaté que les constructions légères en acier des installations extérieures de radar et de radio avaient offert peu de résistance à l’explosion. Il en était de même des cheminées et des cabines extérieures qui furent très disloquées.
- L’explosion exerça une pression de bas en haut nettement plus puissante qu’on ne le prévoyait, ce qui se manifesta par l’effondrement de plusieurs ponts.
- Pourtant il y eut aussi des résultats fort inattendus : les animaux et la faune de l’atoll ne furent guère affectés. Il en fut de même pour les chèvres, souris et cochons placés sur le pont et dans les soutes de plusieurs bateaux.
- Lorsque l’explosion eut lieu, une véritable tornade ayant pour foyer une trombe incandescente s’étendit d’abord sur la flotte témoin et accompagna l’onde de choc proprement dite. Le diamètre de la partie active de ce tourbillon fut évalué à environ un kilomètre.
- Sous l’effet du choc de l’explosion, la surface de l’eau s’inflé-
- chit en cuvette et la masse d’eau, sous-jacente transmit cette énorme pression jusqu’au fond du lagon dont les coraux furent écrasés, ce qui se manifesta par un changement de coloration, celle-ci passant du bleu ardoise au bleu turquoise. Il n’y eut pas toutefois de déformations des fonds comme certains le pensaient.
- La bombe devait exploser au-dessus du Nevada. Il y eut en réalité une erreur qui semble avoir été de l’ordre de 3 s dans le temps et de 5oo m en distance; c’est beaucoup. Ainsi le Nevada resta à flot, mais le vice-amiral Blandy exposa que ce navire aurait été coulé si l’explosion s’était faite au-dessus de lui. Les effets sont suffisamment destructeurs si l’on considère que des transports et des destroyeurs furent coulés à plus de 000 m du point central d’explosion.
- I.EmweroK.
- Avions Robots
- Fig. 4 — Comment fut conduit le premier essai de Bikini.
- La forteresse B-29 (entourée d’un cercle) s’envola de Rwa-jalein accompagnée d’autres avions. Les avions robots dirigés par radio partirent de Eni-wetok. Les avions de la Marine s’envolèrent d’un porte-avion et de Kwajalein.
- /.Bikini
- avire Amiral Navire Presse
- /.Rongerik
- \ ^ wy '/.Rançe/ap
- /. Wotho $
- A ujae
- t.Lae
- Miles
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- Fig. 5. — Vue générale de la deuxième explosion de Bikini le 24 juillet, prise d’un avion en vol, sans pilote, contrôlé àdistance par radio.
- Un aspect de la masse d’eau, d’écume et de vapeur projetée vers le ciel par l’explosion sous-marine de la bombe. Cette photo, prise en infra-rouge,
- élimine les dangereux effets des rayons courts ultra-violets sur l’émulsion.
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- Fig. 6. — Deux aspects successifs de l’explosion par une caméra automatique placée sur une tour d’observation dans l’île.
- En haut, la colonne d’eau s’élève d’abord puis s’étend (en bas) tandis que la colonne de fumée et de feu vaporise le nuage et s’élève à son tour
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- Figr. 7. — Vue de la deuxième explosion de Bikini prise d’un avion- robot à S 000 m environ et montrant la curieuse formation d’une série de zones concentriques dues à des pressions successives engendrées par l’explosion.
- Le Nevada qui était peint en couleur orange se trouva complètement noirci sur la face exposée du côté de l’explosion. Pourtant un appareil de télévision automatique, monté sur son pont, était encore en service 4 mn après l’explosion et montrait alors, au-dessus de lui, un énorme anneau de feu.
- Deuxième expérience.
- Le 24 juillet, avec un léger retard sur les prévisions, eut lieu la seconde expérience de Bikini.
- D’abord prévue avec explosion au ras de l’eau sur un radeau, celle-ci fut faite finalement avec immersion de la bombe à quelques mètres de profondeur : cela sans doute pour répondre aux bruits pessimistes qui commençaient à courir de par le monde et aussi aux États-Unis, sur le danger d’une explosion sous-marine de cette envergure.
- L’appareillage de contrôle et de prise de vue se trouva encore complété et perfectionné. Ceci ressort déjà de la qualité des photos et des films qui furent pris à cette occasion.
- En raison du peu d’effet relatif constaté sur les animaux soumis le ier juillet au « nuage radioactif », le cordon sanitaire établi autour de l’atoll fut ramené de 8oo à 6oo km pour les bateaux et avions parcourant alors le Pacifique.
- Ce qui restait de la flotte cobaye fut complété à 83 unités par six sous-marins blindés dont quatre furent immergés à proximité du lieu de l’explosion, deux autres submersibles ancrés en surface et deux cuirassés, le New-York et le Nagaio. L’Arkansas et le porte-avions Saratoga, rescapés du Ier juillet, étaient placés au voisinage immédiat du point d’explosion.
- Malgré un temps assez défavorable, l’explosion eut lieu à l’heure prévue, soit à 22 h 35 (G. M. T.).
- Cette fois ce fut une colonne d’eau de 600 m environ de diamètre qui monta vers le ciel avec la fumée et les photographies prises de la lagune sont particulièrement spectaculaires. Cette colonne s’éleva à x 5oo m et retomba en pluie. La cavité qui se forma dans la lagune gagna le fond de celle-ci sur une large surface.
- Les deux sous-marins laissés en surface n’avaient pas coulé. Par contre, VArkansas avait été au fond; le Saratoga et le Nagato donnaient fortement de la bande et devaient couler par la suite. La plupart des bâtiments voisins étaient détruits ou coulés. Le Nevada et le Sait Lake City restaient à flot.
- La végétation sous-marine du lagon fut cette fois arrachée et de bleu l’eau devint verte. L’atoll ne fut pas submergé, mais seulement attaqué par des vagues de deux mètres de haut qui se brisèrent sur les bords. Il n’y eut aucun raz-de-marée ou autre phénomène important au dehors de l’atoll.
- Les rapports prévus nous apporteront-ils des précisions d’ordre plus scientifique sur ces essais; il est permis d’en douter, car les observateurs semblent vouloir resserrer au contraire le secret sur ces manifestations. La situation internationale tendue et la position prise par les savants sous l’impulsion d’Einstein ne sont pas pour favoriser la divulgation des observations. Du point de vue technique, toutefois, il est certain que l’explosion atomique des bombes au plutonium provoque, outre des phénomènes thermiques et radioactifs considérables, une onde de choc d’une très grande importance. La technique de la construction des navires trouvera dans ces essais de précieux enseignements, en attendant que l’énergie nucléaire trouve d’autres emplois plus pacifiques.
- M. Déiubéré.
- (Photos communiquées par les Services américains d’information).
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- Fig. 8. — La lueur de l’éclatement de la première bombe fut si violente que les observateurs eurent pendant quelques secondes
- l’impression d’être en pleine nuit alors que le jour brillait. (Photo Keystone).
- Bombe atomique
- Quelques mois après l’explosion de la bombe d’essai d’Alomo-gordo au Nouveau Mexique, il fut rapporté aux Services techniques de la firme américaine Eastman Kodak, que des films photographiques s’étaient voilés spontanément dans leurs emballages d’origine. D’un premier examen, il résultait qu’il fallait incrimiuer les cartons de paille de ces emballages. La question fut soumise aux spécialistes de la Maison Eastman, parfaitement entraînés aux questions de radioactivité, la firme ayant participé à la réalisation des usines dè traitements atomiques. Elle n’était pas entièrement nouvelle : dès le début de la guerre des incidents de cet ordre s’étaient produits. Conformément aux plans de récupération et d’économies, des .vieux papiers et cartons provenant d’usines utilisant des matières radioactives étaient rentrés en fabrication. Mélangés à des lots de pâtes importants, ils les avaient contaminés. Les radiations émises, bien que très réduites, étaient suffisantes pour qu’en quelques semaines des points de voiles apparaissent. Les recherches avaient conduit à remplacer ces cartons et papiers ordinaires en pâte de bois, par des matériaux similaires établis en pâte de paille, en particulier pour les cartons légers à intercaler entre les films de radiographie.
- Ce matériel, contrôlé au départ des usines à papier, donna satisfaction jusqu’en août 1945. Il apparut alors subitement, dans ces produits, un élément nouveau de contamination radioactive. Cela se passait environ 40 jours après la bombe d’essai du Nouveau Mexique.
- et photographie.
- Un film maintenu pendant trois semaines au contact d’une feuille de carton montrait des zones circulaires impressionnées, de 1 mm de diamètre environ, variant en nombre de 10 à plusieurs centaines sur un film radio 35 x 40. On observait les mêmes phénomènes de contamination radioactive sur des cartons en provenance d’usines différentes, distantes de 700 à 800 km. Les mesures faites montrèrent que l’élément responsable n’était pas le radium. Les points d’émission du carton incriminé furent séparés, puis calcinés. Les mesures faites sur les cendres montrèrent une radioactivité béta mais pas d’émission alpha. L’élément incriminé n’était donc pas d’origine naturelle : l’uranium, le thorium, l’actinium émettant les deux types de radiations.
- La nature exacte des éléments responsables n’a pas encore été déterminée exactement. Toutes les mesures démontrent qu’il s’agit de corps doués de radioactivité artificielle.
- L’explication la plus plausible est qu’ils se sont formés dans les produits de fission lors de l’explosion de la bombe d’essai d’Alomogardo, puis diffusés par les courants atmosphériques.
- On sait que des cendres volcaniques projetées jusqu’à la stratosphère peuvent être transportées à de très grandes distances. On peut admettre que les éléments de contamination radioactive sont parvenus aux usines Kodak par les poussières tombées dans les champs sur la paille traitée ultérieurement par les papeteries ou transportées par les eaux des rivières qui alimentent celles-ci.
- L. P.
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- FLEURS ALIMENTAIRES
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- Quand on parle de fleurs comestibles, le premier nom qui vient à l’esprit, c’est celui du chou-fleur. Et pourtant, la pomme blanche et serrée qui représente la partie consommable de ce légume n'est pas à proprement parler une inflorescence : elle est composée de nombreux rameaux hypertrophiés et soudés ensemble qui forment ce qu’on est convenu d’appeler le chou-fleur. Les fleurs, comme dans la plupart des choux, sont jaunes et s’élancent de cette pomme qui s’écarte au moment de la floraison, portées par des pédoncules et des pédicelles tout à fait normaux.
- Mais si les choux-fleurs ne sont pas des fleurs, il n’en est pas moins vrai que de nombreuses fleurs entrent dans l’alimentation humaine. Plats de résistance ou simples comparses, elles jouent dans la cuisine les rôles les plus divers, surtout dans les contrées où nos bons vieux légumes poussent mal ou sont ignorés.
- Des confitures avec des fleurs.
- D’autres servent à apprêter des boissons. Le Maitrank des Allemands, par exemple (littéralement : boisson de mai) est constitué par les fleurs de l’Aspérule odorante infusées dans les vins de la Moselle ou du Rhin ; la bière doit son arôme particulier aux cônes femelles du Houblon dont les bractées écailleuses sécrètent une résine mère, la lupuline, et le Karkadè ou thé érythréen, breuvage des colonies italiennes de l’Afrique orientale, est une infusion théiforme, d’un beau rouge écarlate, préparée avec les calices de VHibiscus Sabdariffa, mieux connu sous le nom d’Oseille de Guinée. On retrouve cette plante dans tous les pays tropicaux et partout, ses calices charnus sont utilisés : à Java et aux Antilles, on en fait des confitures, aux Indes, des puddings et des tartes et, sur les marchés mexicains, les fleurs séchées sont vendues sous le nom de jamaïca ou rosa jamaïca pour servir, comme en Erythrée, à la confection d’une boisson rafraîchissante.
- Dans le Coccoloba carasana, Polygonacée arborescente de l’Amérique centrale, les calices deviennent blancs, épais et juteux, ressemblant à des baies translucides. A cet état de développement, ils sont très recherchés de la population et, au Vénézuéla, on les connaît sous le nom d’uvero. Ceux de l’Ipomée remarquable sont employés aux Indes et à Ceylan comme légume qu’on assaisonne au carry et les sépales verts du DHlenia indica, épais et gorgés-d’un suc parfumé et acidulé sont mangés crus ou cuits en sorbets ou en gelées.
- Boutons floraux confits.
- Tantôt les fleurs sont cueillies avant leur épanouissement. Les boutons floraux de la Rhubarbe, cuits et apprêtés comme des choux-fleurs vaudraient ceux-ci. Ce n’est pas cependant l’avis de Joigneaux qui mentionne cet emploi et le déconseille. Mais c’est surtout confits dans le vinaigre, comme « câpres », que les boutons floraux de certains végétaux sont recherchés, tels que ceux du Câprier, de la Capucine, de la Ficaire et du Populage des marais (ces derniers sont connus dans le commerce sous le nom de câpres d’Allemagne).
- A signaler encore les jeunes boutons floraux du Yucca baccata fort goûtés des Indiens de l’Utah et de l’Arizona, ceux du Peta-sites japonicus que les Japonais mangent bouillis', du Gundelia Tournefortii (VAccoub des Arabes), ceux des fleurs mâles de Luffa que les Annamites font frire dans la graisse, etc., etc..., sans oublier le clou de Girofle, qui n’est autre que la fleur non éclose d’une Myrtacée des Moluques, le Caryophyilus aromaticus ou Giroflier.
- Tantôt, ce sont les pédicelles, qui en s’hypertrophiant, devien-
- nent comestibles, comme cela se présente dans YHovenia dulcis au Japon, dans les Exocarpus australiens et dans 1 ’Anacardium edule cher aux Brésiliens.
- Dans la Carline à feuille d’acanthe, le Cirsium eriophorum, VAtractylis gummifera très répandu en Algérie, c’est le réceptacle qui, comme dans l’Artichaut, devient alimentaire (x).
- Le pollen des fleurs mâles du Typha latifolia est récolté au printemps par les Indiens du Kashmyr ; ils le mélangent avec du lait et en font une bouillie qu’ils apprécient beaucoup.
- Les stigmates séchés du Safran sont employés comme épice ; les Mexicains les remplacent par les fleurons du Carthame d’où le nom commercial de Safran mexicain donné à ce dernier.
- En Savoie, suivant le Dr Chabert, « les corolles de certaines Primevères ou pipettes se mangent quelquefois, celles du Primula acaulis en salade, celles du Primula veris dans les beignets et dans les matefaims. En beignets, on prépare également les fleurs de Robinia, de Jonquilles, de Courges ou les inflorescences de Sureau noir.
- Chez nous, laitues et chicorées s’agrémentaient jadis des coloris brillants de la Capucine ou de la Bourrache alors qu’en Extrême-Orient, les pétales bleus ou orangés sont remplacés par ceux de 1 ’Allium odorum qui corsent les salades de leur parfum alliacé.
- Les Japonais mangeurs de fleurs*
- Les Japonais, qui à nos yeux d’Occidentaux, n’en sont pas à une bizarrerie près, sont des mangeurs de fleurs convaincus : Glycine, Pivoine, Hibiscus syriacus, Prêle, Gardénia florida, Perilla de Nankin, Hemerocallis flava, Cymbidium virens, Pyrethrum sinense, variétés doubles du Prunus pseudo-cerasus, et j’en passe ! livrent aux cuisiniers nippons leurs corolles multicolores, fraîches ou sèches, cuites ou crues, conservées dans le sel ou confites dans le vinaigre.
- Mais le légume-fleur par excellence des Japonais est le Rioki-Riku, variété de Chrysanthème à fleurs jaunes, que les marchands de légumes offrent en novembre-décembre. « Les capitules destinés à la consommation sont cueillis dès leur épanouissement complet, puis mouillés successivement et finalement bouillis ». C’est un légume de grande vente qui fait partie de la nourriture du peuple.
- Les fleurs séchées de VHemerocallis graminea sont très goûtées des Chinois : la province de Shantung en expédie annuellement une quantité considérable se chiffrant par millions de kilogrammes ; celles de VHemerocallis fulva sont employées comme aromates.
- Au Cambodge, à Sumatra et à Java, les fleurs blanches ou roses du Sesbania grandiflora sont denrée courante ; les Rassies (Bassia latifolia et longifolia) aux corolles sucrées et devenant charnues après la floraison ont une saveur de figue et de raisin sec, dessert tout prêt pour les Hindous ; celles du Calligonum polygonoïdes qui sentent la fraise, cuites avec de la farine ou accompagnant les viandes, sont un appoint non négligeable pour les populations pauvres du Lahore et la partie terminale de l’inflorescence de certaines variétés de Bananier récoltée après fécondation et bouillie, est un légume annamite estimé.
- La flore américaine fournit aussi son contingent de fleurs alimentaires. Certaines tribus indiennes de la Californie mangent les fleurs ainsi que les feuilles de plusieurs espèces de Trèfle ; les fleurs de VErythrina corallodendron (le Pito des GuatémaUens) sont consommées au Guatémala, elles provoqueraient le sommeil ;
- 1. Dans l’Artichaut, en plus du réceptacle ou fond d’Artichaut, la base des écailles qui entourent le capitule est également comestible.
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- celles du Yucca gloriosa (l’Izote) servent à préparer un légume de qualité et celles du Yucca elephantipes que l’on vend sur les marchés de Mexico rappellent l’asperge et donnent aux omelettes un goût savoureux.
- Dans l’Est du Guatemala, les inflorescences mâles d’un palmier du groupe des Chamædorea sont récoltées quand elles ont atteint leur complet développement, mais avant que les spatkes commencent à se diviser. La partie de l’inflorescence qui porte les fleurs, incorporée dans des œufs battus et frits est considérée comme une véritable gourmandise. La coutume est d’en manger pendant la semaine sainte, entre les Rameaux et Pâques, époque à laquelle les marchés en sont approvisionnés.
- Sur les bords du Pacifique pousse un grand arbre de 30 à 40 m de hauteur, 1 ’Helicostylis Ojoche dont les fleurs mâles sont caduques et couvrent le sol en tombant. Les Indiens les ramassent et, avec de la farine, en font des galettes.
- Au Brésil, les Benças de Deos (bénédictions de Dieu) qui sont les fleurs de 1 ’Abutilon esculentum, se mangent cuites autour d’un plat de viande, celles du Guarea sptci/îora — l’Açafroa des Brésiliens, tout comme le safran, servent à colorer les mets, principalement le riz.
- Les pétales de Roses, de Violettes, d’Oranger ou de Citronnier, les glomérules de Mimosa sont utilisés par les confiseurs. Les Orientaux fabriquent une excellente confiture de roses et le bon Berchoux s’extasie en voyant des fleurs en confiture.
- ................. — ...........:.......... 345.
- Les Romains fabriquaient un vin rosat en pilant des pétales séchés de roses et en les mélangeant avec du moût (On dit que l’empereur Héliogabale y ajoutait des pignons broyés pour rendre ce breuvage plus parfumé).
- Comme on le voit, l’emploi des fleurs dans l’alimentation humaine est fort divers et, si leur importance économique n’atteint pas celle des céréales ou des légumes habituels, cet exposé succinct et forcément incomplet montre cependant que leur apport n’est pas négligeable et qu’elles peuvent, le cas échéant, joindre l’utile à l’agréable.
- Eue. Meunissier.
- Bibliographie
- De Canjiolle. Mémoire sur les différentes espèces, races et variétés de choux et raiforts cultivés en Europe. Revue de botanique appliquée, 1924, 1938. 1940. •— Domenica dell’Agricoltore, 17 février 1935. — Bois. Plantes alimentaires dans tous les pays et chez tous les peuples. — Catalogue des produits présentés par le Guatémala à l’Exposition universelle de Paris, 1900. — Bulletin de l'Herbier Boissier, 1897. — L'Illustration, 13 juin 1931.
- — Illustration horticole, 1886, 1892. — Gazette du Village, 21 juillet 1929.
- — Revue horticole, 1886, 1892. — Bulletin de la Société d’Acclimatation, 1890. — Dr Mène. Des productions végétales du Japon. — Standley. Flora of Panama zone. — V. K. Chestnut. Plants used by the Indians of Mendo-ci.no County, California ; The National Horticultural Magazine, 1939. — Larousse gastronomique. — Dr Mello Mobaes. Botanica brasileira ; Boletin de Fomento, Costa-Rica, 1911. — Berchoux. La Gastronomie. — Ch. Joret. La Rose dans l’Antiquité et au Moyen Age.
- Le tube fretté
- et su rpressé
- Pour faire un tube, il faut « prendre un trou et mettre un peu de fonte autour », disaient nos fondeurs dû siècle dernier. Et si l’idée s’est un peu modifiée,- en particulier pour la fabrication des tubes d’acier laminés sans soudure et les gros tuyaux rivés •ou soudés, la technique du tube semble ne pas avoir encore envisagé tous les progrès techniques récents.
- Cependant la France, en la personne de G. Ferrand, a innové avec les tuyaux « auto-frettés » et un peu plus tard avec les _ tuyaux « surpressés ». Le phénomène du relèvement de la limite élastique d’un barreau d’acier par un effort de traction, suffisant pour produire une déformation permanente, est bien connu ; c’est l'écrouissage par traction. La surpression hydraulique d’un tuyau soudé enfermé dans un moule, lui fait subir une déformation permanente et lui donne une résistance qui peut varier par exemple comme 3 est à 5, ce qui montre l’importance de l’économie de métal réalisée. On pourrait utiliser des tôles de nuance plus dure mais jusqu’ici, ces qualités d’un prix élevé sont réservées à des usages spéciaux. Le frettage simple n’était pas une invention nouvelle puisque l’industrie du tuyau de fonte l’avait utilisée, mais l’auto-frettage (par surpression hydraulique interne) a apporté un progrès qui se traduit par les chiffres suivants :
- A égalité de diamètre intérieur et de pression de marche, un tuyau soudé ordinaire pèse deux fois plus qu’un tuyau fretté à chaud.
- Un tuyau fretté à chaud pèse une fois et demie plus qu’un tuyau auto-f retté.
- Ceci dit, reconnaissons que la technique moderne assigne aux deux éléments des fonctions bien distinctes et partant de là, nous examinerons s’il n’est pas possible, d’employer pour le simple conducteur étanche, des matières moins résistantes mais mieux adaptées, en laissant le rôle entier de la résistance au frettage.
- Le transport de nombreux acides par exemple, se fait dans des tubes de plomb et l’on a envisagé, pour les pressions élevées, des
- conduites d’acier revêtues intérieurement d’une couche de plomb dont le contrôle est difficile. Certaines industries utilisent des tuyaux en cuivre, d’autres, des tuyaux en zinc. Enfin l’aluminium, métal national, peut être également envisagé dans certains cas.
- Mais pour ces métaux tendre?, il faudrait adopter un frettage continu et dans ce cas, on peut recourir aux aciers les plus durs des types employés pour la « corde de piano ». Cette technique appliquée aux gaines d’acier, permettrait de réduire à ses dernières limites l’épaisseur du tuyau proprement dit (simple conducteur étanche) en laissant le rôle de la résistance entièrement au fil d'acier bobiné sur le cylindre. Cette solution peut s’adapter aussi à des matières plastiques dans lesquelles le fil d’acier sera noyé ou apparent selon les cas. Ces matières seront indiquées, en particulier pour les ëaux trop agressives, les eaux thermales et les eaux minérales pour lesquelles on a employé quelquefois le bois fretté et même le métal vitrifié intérieurement. Si le fil d’acier est employé pour fretter des tuyaux d’eau potable qui doivent être enterrés, on aura recours, bien entendu, à un revêtement d’asphalte comme protection extérieure contre l’oxydation.
- Les tuyaux en amiante-ciment peuvent trouver également dans cette technique une solution élégante pour les très hautes pressions qui jusqu’ici leur étaient encore interdites.
- Enfin, la réalisation de tuyaux souples permettant de remplacer les coudes qui compliquent la pose des canalisations d’eau, serait grandement désirable. On fabrique déjà des tuyaux de caoutchouc armés .de spires' d’acier, en particulier pour éviter l’aplatissement des conduites d’aspiration des pompes ; le problème ne demande qu’à être développé pour la fabrication d’éléments devant résister aux fortes pressions intérieures.
- En résumé, le tube « bobiné » pourra résoudre tous les problèmes et étendre le champ d’action des nombreux matériaux mis actuellement à notre disposition.
- P. Basiaux-Defrance.
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- LES VIPÈRES HEURTANTES
- s L '. t
- D’A. O. F.
- Fig. 1. — Bitis arietans circulant sur le sable.
- 2. Bitis arietans lové, prêt à frapper.
- (Photos G. Labitte).
- Le nom commun de « vipère heurtante » est généralement employé pour désigner de grosses vipères appartenant au genre Bitis. Ce genre que l’on peut considérer comme propre à l’Afrique comprend huit espèces parmi lesquelles trois seulement se rencontrent dans l’Ouest africain.
- D’une façon générale, les Bitis sont caractérisés par une tête triangulaire, très distincte du cou, recouverte d’écailles imbriquées, des yeux assez petits, à pupille verticale, situés tout en avant de la tête, des écailles dorsales et latérales très fortement carénées et une queue extrêmement courte. Tels quels, avec leur corps massif, leur queue disproportionnée, leur large tête et leur regard fixe, ils apparaissent redoutables au premier abord et l’on comprend Ditmars qui, dans son ouvrage Les Reptiles du monde, dit du genre Bitis : « ses membres sont vraiment des créatures à l’aspect effrayant, la personnification de la Mort, et ils sont aussi dangereux qu’ils le paraissent ».
- Le « Bitis arietans ».
- Parmi les trois espèces de l’Ouest africain, c’est Bitis arietans qui est le plus répandu, puisque son aire de répartition s’étend de la région du Sous, dans le Sud marocain, jusqu’à l’Afrique australe; il a même franchi la Mer Rouge et se rencontre en Arabie.
- Ce Bitis a la tête plus ovalaire que les autres espèces et son nez ne présente pas les expansions écailleuses en forme de corne qui caractérisent les Bitis nasicornis et B. gabonica. Sa couleur foncière varie du jaune au rose violacé avec des chevrons noirs. Sa taille atteint et peut même dépasser i m. 5o avec un corps de 37 cm. de circonférence.
- Cette espèce est ovovivipare et la femelle peut donner jusqu’à Co petits et plus en une seule fois. Dès la naissance, les jeunes, qui mesurent 18 cm. de longueur, sont indépendants, agressifs, parfaitement capables de mordre très dangereusement.
- Au Sénégal, le Bitis arietans est généralement connu sous le nom impropre de Trigonocéphale. On le rencontre partout, aussi bien en savane qu’en forêt, en plaine qu’en montagne. Il est surtout nocturne et passe lès’ heures ensoleillées enfoui dans un trou, le plus souvent dans un terrier de Rongeur. Il se nourrit d’ailleurs surtout de ces derniers et établit probablement son domicile dans celui de ses propres victimes : Rats, Souris, Gerbilles, etc... Il ne dédaigne pas, à l’occasion, les Batraciens et les Lézards. Il est intéressant de noter à ce sujet les dires de certains auteurs qui affirment que le Bitis mord et
- envenime toujours les Rongeurs avant de les ingérer, alors qu’il avale directement, sans les frapper, les Batraciens qui ont la malchance de le rencontrer en appétit. Comme la plupart des Vipères, les Bitis n’acceptent aucune nourriture en captivité et finissent' par mourir d’inanition si l’on ne se résigne à les gaver. Toutefois j’ai pu constater que certains individus sont moins rigoristes que d’autres et j’ai gardé quelque temps en captivité un Bitis qui saisissait et avalait volontiers les Rats qu’on lui offrait alors qu’un autre exemplaire, capturé en même temps, les refusait systématiquement et se contentait de tuer les proies mises dans sa cage.
- Dans la nature, malgré sa forte corpulence et la lourdeur de ses proportions, le Bitis progresse très rapidement, la tête et la partie antérieure du corps élevés au-dessus du sol (fig. 1).
- Le Bitis arietans est le Serpent le plus redouté des indigènes du Sénégal et j’ai eu la surprise de constater qu’ils le craignent beaucoup plus que les Najas qui semblent pourtant plus agressifs et tout aussi nombreux dans la région. Il est cependant exact que la plupart des accidents enregistrés dans les hôpitaux sont le fait des Bitis et non des Najas. Fort heureusement le Bitis est d’un naturel assez placide. D’après Mme Phisalix (Animaux venimeux et venins), il semble bien que la majorité des victimes sont les enfants dont les gestes turbulents déclenchent le réflexe de défense du Serpent effrayé.
- Quand on l’inquiète, celui-ci se love; gonfle, en aspirant de l’air, son coi’ps dont le volume peut alors presque doubler (fig. 2) ; puis il expire lentement en émettant un long sifflement; c’est ce trait qui lui a valu le nom anglais de « Puff Adder ». La détente est extrêmement rapide ainsi que le mouvement de retraite; ces mouvements sont si brutaux qu’il arrive même que les dents se brisent et restent dans la plaie. La quantité de venin émise est considérable et profondément injectée car les dents venimeuses sont remarquablement bien développées et peuvent atteindre 2 cm. 1/2 de longueur (fig. 3). Le venin est extrêmement actif et peut entraîner la mort de l’homme et de gros animaux en quelques minutes.
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- On m’a cité le cas d’un indigène du Sud marocain qui, croyant saisir un Lièvre dans un collet masqué par des herbes, avait saisi un Bitis à pleine main, s’était fait mordre dans les veines du poignet, et était tombé foudroyé.
- J’ai pu constater accidentellement sur moi-même, lors de la prise des photos ci-jointes, l’action rapide de ce venin, en me faisant mordre superficiellement à la main droite. Bien que touché par un seul crochet, trois minutes après la morsure, la main atteinte était fortement gonflée avec une suffusion rouge violacé. Cinq minutes après, malgré l’injection de 20 cm3 de sérum polyvalent, tout l’avant-bras était gonflé, la douleur vive et revêtant l’allure de crampes. Enfin 24 h. après l’œdème atteignait l’épaule et nécessitait l’injection supplémentaire de uo cm3 de sérum. Le gonflement du membre a ensuite décru pour disparaître à peu près complètement vers le huitième jour. Dans ce cas, soigné presque immédiatement après la morsure, les accidents locaux ont été relativement légers et les accidents généraux complètement nuis. Au contraire, dans les cas ti'aités tardivement, l’œdème s’étend aux parties voisines du corps; on voit fréquemment survenir une congestion des muqueuses, de l’épigastralgie, des troubles respiratoires, des lésions pulmonaires, hépatiques et rénales. La mort survient par asphyxie avec coagulation du sang et hémorragie dans les viscères. Parfois le malade traîne plus ou moins longtemps, avec persistance de lésions locales ou d’ordre général. Dans le premier cas la nécrose s’agrandit, les tissus et les os deviennent friables. Dans le second on constate un arrêt du développement physique et intellectuel, de la cachexie.
- Les Ouoloffs donnent au Bitis arietans le nom de « Thiéby » et la tradition lui accorde un certain nombre de pouvoirs qui n’ont que des rapports très lointains avec la réalité. D’après eux, le Bitis est capable de faire des bonds considérables « pardessus dix cases et plus » ; notamment pour éviter les excréments humains. Ceux-ci seraient particulièrement redoutés du Serpent, parce que susceptibles de nuire à la qualité d’une boule de graisse « sacrée » située à la base de la queue, près de l’anus (?). Cette graisse sacrée est employée par les indigènes comme médicament pour le traitement externe de plaies de toute nature. On raconte partout au Sénégal qu’un homme qui met en
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- Fig. 3. — Bitis arietans, la gueule ouverte, le crochet gauche soulevé.
- (Photo G. Labitte).
- contact un bâton enduit d’excrément humain avec la queue d’un Bitis est un homme mort : il peut fuir pendant plusieurs heures à cheval, et même en automobile (version moderne!), la Vipère le suit et finalement le frappe. La sensibilité de la queue du Bitis est souvent mentionnée par les indigènes et il est exact que si l’on peut taquiner l’avant-corps de l’animal sans entraîner de grandes réactions, le simple fait de frôler la queue le met immédiatement en fureur. -
- Les autres vipères heurtantes.
- Les deux autres Bitis de l’Ouest africain sont franchement forestiers.
- Le Bitis ga'oonica ou Vipère du Gabon (fig. 4) qui est la plus grande espèce du genre peut atteindre 1 m. 80 de longueur avec une circonférence de 4a cm. Sa tête est plus franchement triangulaire que celle du Bitis arietans avec un cou plus marqué et
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- Fig. 4. — Bitis gabonica. — 5. Bitis nasicornis.
- (D’après Ditmahs)
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- deux écailles contiguës en forme de cornes obtuses entre les narines. Les crochets venimeux peuvent atteindre 5 cm. La vipère du Gabon est d’un coloration foncière d’un jaune chamois, avec des taches ovales brunes entourées de violacé. La biologie de cette espèce est sensiblement la même que celle du Bitis arietans.
- Le Bitis nasicornis, appelé souvent à tort Vipère à cornes comme les Cerastes du Sahara est plus petit que les précédents car il ne dépasse que rarement i m. 20 de longueur. Sa tête est parfaitement triangulaire, surmontée en avant de cornes aiguës
- séparées l’une de l’autre par de petites écailles intercalaires (fig. 5). La coloration foncière est formée de bleu et de violet et marquée de taches noires cernées de jaune. Cette espèce habite les endroits très humides et se rencontre fréquemment dans l’eau. Cet habitat n’entraîne pas d’importantes différences entre la vie de cet animal et celle de ses congénères, si ce n’est que les 'Batraciens et même les Poissons entrent pour une plus large part dans son alimentation.
- André Villiers (I. F. A. N., Dakar).
- Cinquantième anniversaire de la découverte de la Radioactivité
- par Henri Becquerel.
- Il y a cinquante ans, Henri Becquerel constatait que les sels d’uranium émettaient un nouveau rayonnement capable d’impressionner des plaques photographiques, d’ioniser des gaz et d’exciter la phosphorescence de nombreuses substances. Une découverte capitale Amenait d’être faite qui devait, tout d’abord, bouleverser les conceptions admises sur la conservation de la matière et l’intangibilité des éléments, et avoir ensuite dans les domaines de la chimie, de la physique, de la médecine, de la guerre même, des répercussions dont il est encore impossible de prévoir toute l’étendue.
- Pierre et Marie Curie, reprenant l’étude du phénomène découvert par Becquerel, reconnurent que le rayonnement de l’uranium ne dépendait pas de la nature du sel d’uranium, ni de la température, ni de la pression : son intensité était seulement proportionnelle à la teneur en uranium. Il s’agissait d’une propriété atomique, qu’ils appelèrent radioactivité, propre à l’élément uranium, mais qui ne lui était pas particulière. En 1898, Pierre et Marie Curie annonçaient la découverte d’un nouvel élément radioactif : le polonium ; à la fin de la même année, Pierre Curie, Marie Curie et Georges Bémont découvraient le radium ; la même année encore, la radioactivité du thorium était mise, en évidence. En 1899, Debierne découvrait l’actinium, puis en quelques années, de. très nombreux éléments radioactifs étaient caractérisés ou isolés. Le mécanisme de la radioactivité se précisait ; les rayonnements émis étaient la manifestation tangible des transmutations spontanées de certains éléments.
- Les particules a, noyaux d’hélium émis par le radium C , projectiles puissants, permirent en 1919 à Rutherford de fracasser des atomes d’azote et de les transformer en atomes d’oxygène et d’hydrogène, réalisant ainsi la première transmutation proAœquée.
- Un nouveau domaine de la chimie venait de s’ouvrir. Aux particules a, se sont substitués bientôt d’autres projectiles : noyaux d’hydrogène, de deutérium, neutrons convenablement accélérés et permettant de réaliser les transmutations des éléments les plus variés et de créer des éléments isotopes nouveaux. C’est au cours de telles expériences de transmutation que Irène Curie et Frédéric Joliot, mirent en évidence, en 1934, la formation de nouveaux radioéléments inconnus dans la nature, isotopes des éléments naturels stables.
- Les applications des. éléments radioactifs artificiels se sont développées rapidement, en particulier en biologie, comme éléments traceurs permettant de suivre, par leur radioactivité, les processus réactionnels au cours du métabolisme des éléments stables qui sont leurs isotopes. La médecine, qui par la radiumthérapie, avait déjà fait appel aux radioéléments naturels, fonde de nouveaux espoirs sur les radioéléments artificiels à vie courte, en entrevoyant de nouvelles possibilités de traitements plus ménagés, plus localisés et sans doute plus généralisables.
- La découverte de la radioactivité et des transmutations provoquées devrait enfin aboutir à la découverte par Frédéric Joliot de la fission de l’uranium et à l’utilisation de l’énergie atomique dont la puissance s’est révélée dans les œuvres de guerre, mais dont il est possible d’attendre, à bref délai dans les œuvres de paix, les résultats les plus grands pour le progrès humain.
- Ces prestigieuses étapes ont été rappelées dans la célébration du cinquantenaire de la découverte de la Radioactivité au cours des cérémonies qui se sont déroulées les 29, 30 et 31 octobre derniers, sous le haut patronage de MM. les Ministres des Affaires Etrangères, des Armées et de l’Education Nationale.
- Nouvelles expéditions dans I 'Antarctique.
- Une expédition américaine, composée de vingt membres parmi lesquels figurent plusieurs savants, part a-ers les régions antarctiques. Son but essentiel est de déterminer si la calotte de glace qui entoure le Pôle Sud recouvre une masse continue ou si, au contraire, ce que l’on a pris jusqu’ici pour un continent est diA’isé en deux sections. On a quelques raisons de croire que la mer de Weddel (au Sud de l’Amérique) pourrait être en communications avec la mer de Ross (au Sud de la Nouvelle-Zélande).
- Pendant sa durée, qui sera de 12 à 18 mois, l’expédition s’attaquera à d’autres problèmes : géologiques, biologiques et météorologiques ; elle recueillera aussi des observations sur le magnétisme terrestre, sur les radiations cosmiques et sur le fonctionnement des appareils électroniques. Elle emportera trois avions, ainsi que des traîneaux avec leurs attelages de chiens esquimaux.
- Son chef, le commandant Finn Ronne, a déjà participé à trois expéditions antarctiques ; il fut commandant en second de la troisième organisée en 1939-1941 par le Gouvernement américain qui constitua une base d’opérations dans ces parages. La direction des recherches scientifiques est confiée au Dr Cari R. Eklund, Américain d’ascendance suédoise, connu pour ses travaux en bio-
- logie ; capitaine aviateur pendant la guerre, il fit son serace au Groenland, au Labrador et sur la terre de Baffin.
- Il s’agit là d’une entreprise privée que financent des sociétés scientifiques et des particuliers. Les ministères américains de la Guerre et de la Marine ont chargé l’expédition d’étudier certains problèmes et d’exécuter quelques expériences.
- Une autre expédition antarctique a commencé ses préparatifs, sous les auspices de la « Royal Geographical Society » de Londres ; elle sera composée de savants d’Angleterre, des Dominions britanniques, de NorrAge et de Suède. Elle aura pour principal objet de rechercher et d’étudier une « oasis » (un espace libre de glaces) qu’une expédition allemande signala en 1938-1939 et qu’un de ses membres aurait aperçue du haut d’un avion. Emprisonnée au milieu des déserts de neige, cette région, que les explorateurs baptisèrent Neu-Schwabenland, est située dans les parages de la Terre de la Reine Maud. L’expédition anglo-scandinave s’intéressera plus particulièrement à des questions concernant le climat, la météorologie et la biologie ; il est permis de croire qu’elle découvrira dans cette oasis des espèces animales et végétales nouAœlles pour la science. y. F.
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- LA PART DU RADAR
- dans la Victoire des Alliés
- et son avenir
- Technique nouvelle dont l’essor a été considérable pendant la dernière guerre mondiale, le Radar est l’une des inventions qui ont le plus contribué à changer la physionomie des opérations
- de guerre sur mer et dans les airs et ses applications futures, qui peuvent être entrevues dès maintenant en grande partie, seront certainement très nombreuses et importantes.
- C’est ce double aspect de la question qui sera mis en lumière succinctement dans les quelques pages qui suivent. Pour leur bonne compréhension, il n’est pas mauvais de donner au lecteur un bref aperçu des grandes lignes du Radar.
- Les différents types de radar.
- On ne s’attardera pas ici à décrire la technique radar (*). Il suffira de rappeler que c’est une technique utilisant des signaux hertziens de durée et de longueur d’onde très courtes (durée de l’ordre du millionième de seconde, longueurs d’ondes métriques et centimétriques). Dans toutes les applications de cette technique, la particularité intéressante est que le fonctionnement des appareils n’est gêné en aucune manière par la brume ou l’obscurité de la nuit, la propagation des ondes hertziennes étant indépendante de ces facteurs.
- Cette technique a eu comme première application la détection (sondage des couches ionisées de la haute atmosphère après la
- Ecran panoramique
- .tache lumineuse rémanente ïreprésentant la terre
- Fig. 2. — Représentation panoramique de la région entourant
- le radar.
- Ce schéma représente une carte hertzienne obtenue par radar de la zone environnant un navire dont la position est au centre du cercle.
- première guerre mondiale puis la détection de buts aériens et marins pendant la deuxième guerre mondiale).
- 1. Voir n* 3100, 15 novembre 1945.
- Cette détection s’accompagne d’un repérage du but en azimuth, en site et en distance.
- La figure 1 montre un appareil de détection avec un écran (écran de gauche) où apparaissent des échos sous forme de crochets lumineux ; l’écran circulaire que l’on aperçoit à droite de la figure 1 et sur la figure 2 donne la carte des obstacles rencontrés par le faisceau hertzien qui balaye l’horizon. Cet écran équipe tous les appareils destinés à la marine. '
- Parmi les innombrables radars de détection, mentionnons ceux plus spéciaux qui donnent une représentation panoramique hertzienne de la zone survolée par un avion (flg. 5 et fig. 6).
- Enfin, il existe des appareils utilisant la technique radar, c-’est-
- Fig. 3. — Aérien de radar contre avion.
- à-dire celle des impulsions à ultra-haute fréquence, mais qui sont cependant d’un principe légèrement différent de celui des appareils de détection, puisqu’ils n’utilisent pas l’aller et le retour, mais un seul trajet de l’onde. Il s’agit des appareils de navigation GEE (anglais) et LORAN (américain). Un observateur muni d’un appareil récepteur radar déduit son a point » sur la carte de la mesure de la différence de distance à trois stations radar émettrices à terre, prises 2 à 2 (fig. 7 et S).
- La défense du ciel britannique par le radar.
- La première manifestation sensationnelle mais gardée sécrète du radar fut la détection à grande distance des avions.
- C’est en 1935, sur la côte orientale anglaise, que fut installée la première station radar (x) de guet contre avions ; au mois d’août 1940, au moment où la Lutwaffe engageait dans le ciel de Londres une bataille aérienne dont l’enjeu était la maîtrise de l’air
- 1. Radiolocation était le terme alors employé par les Anglais, Radar étant le terme américain, formé des initiales des quatre mots « Radio détection and ranging ». Chez les Français, le terme employé était DEM (détection électro-magnétique).
- Fig. 1. — Récepteur et analyseur d’un radar de reconnaissance sur mer.
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- Fig. 4. —1 Radar de campagne.
- au-dessus de 1-Angleterre, prélude indispensable à l’invasion do l’île, l’Angleterre était ceinturée d’une chaîne de stations radar capables de donner l’alerte et d’indiquer à l’aviation de chasse la position, l’altitude et l’importance des formations ennemies. La situation était en apparence désespérée pour la Royal Air Force qui ne disposait que d’un très petit nombre de chasseurs. Malgré cette infériorité, à la fin du mois de septembre, non seulement l'aviation anglaise n’avait pas été détruite, mais l’usure de la Lutvvaffe avait pris des proportions tellement catastrophiques que les Allemands devaient renoncer aux attaques aériennes de jour. L’Angleterre avait gagné la première manche de la bataille et passé le cap le plus dangereux de son histoire.
- Comme le déclara plus tard M. Churchill : « Jamais un si grand nombre d’individus n’avait dû son salut à un si petit nombre ». Formule qui ne prend toute Sa valeur que si l’on connaît la raison déterminante de la victoire de la Royal Air Force. Car, si les pilotes britanniques ne furent pas écrasés, ils le durent aux recherches de quelques savants qui, juste avant la guerre, avaient
- trouvé le moyen de repérer les avions à grande distance. Cette invention a permis aux services de détection anglais de signaler les escadres longtemps avant leur arrivée dans le ciel d’outre-Manche, et, par conséquent, aux chasseurs de la défense de ne prendre l’air que peu avant l’arrivée des formations assaillantes, dont l’importance et la position étaient connues en permanence. Sans ce procédé de repérage, l’aviation anglaise aurait usé rapidement ses formations par des patrouilles permanentes et son rendement aurait été nettement inférieur.
- L’Angleterre était sauvée de l’offensive aérienne de jour. Mais les Allemands, décidés à abattre coûte que coûte leur dernier adversaire lancèrent leurs offensives de nuit (parmi lesquelles les attaques contre Coventry et Manchester sont restées tristement célèbres). Le radar joua alors un rôle encore plus important qu’au-paravant. Il permit de guider malgré la nuit, la brume, les chasseurs de nuit, les obus et les projecteurs de la D. C. A. vers l’ennemi.
- Les Anglais mirent alors ail point le système appelé G. C. I. (abréviation de Ground Controlled Interception : interception commandée de la terre). Les stations radar de G. C. I. suivaient à la fois les formations ennemies et les chasseurs amis (x) et, par radio, guidaient ceux-ci vers celles-là. Quand les chasseurs de nuit étaient à moins de trois kilomètres de leurs cibles, ils recevaient l’ordre de faire fonctionner un radar de bord qui explorait l’espace situé devant eux. Ce radar guidait alors le chasseur vers la cible et celui-ci, s’approchant sans être repéré, pouvait à loisir lancer ses rafales de mitrailleuses.
- De plus, le radar étendit son champ d’application à l’artillerie de D. C. A. En déterminant les coordonnées des avions et par suite les éléments de tir avec une précision supérieure à celle des meilleurs télémètres et ceci quelle que soit la visibilité, il ne tarda pas à doter la D. C. A. des moyens qui lui faisaient défaut Jusqu’alors (2).
- 1. Grâce à un procédé radar spécial (les appareils amis étaient tous équipés de « répondeurs radar » émettant des réponses codées), l’identification des appareils permettait de distinguer les appareils ennemis des appareils amis.
- 2. Dans le courant de l’été 1944, l’efficacité de la D. C. À. anglaise était devenue telle que 80 pour 100 des avions qui entraient dans son rayon d’action étaient abattus.
- Fig. 5. — Vue panoramique de côte prise d’avion par radar.
- La figure de gauche représente la vue radar do la région côtière dont la figure de droite représente la carte.
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- Bien que la conduite de tir par radar puisse fonctionner aussi bien de nuit que de jour, et que, par conséquent, elle rende les projecteurs inutiles, on a cependant équipé des projecteurs de telle sorte qu'un radar, centré sur l’axe du faisceau lumineux, permette de diriger à chaque instant cet axe sur l’avion ennemi. De cette manière, en n’allumant le projecteur que quelques secondes avant d’avoir besoin de rendre l’appareil visible, par exemple au moment où il va être attaqué par un chasseur de nuit, qui l’a rejoint dans l’obscurité, la surprise est complète et l’attaque plus dangereuse.
- Le radar fut également employé avec succès dans la défense d’une autre position insulaire britannique. L’Ile de Malte a défié plus de mille attaques aériennes, qui, sans le radar, auraient bénéficié à chaque fois d’une surprise complète. Alors que l’équipement de la métropole était encore très insuffisant, les Anglais avaient équipé l’ile de Malte, position-clé en Méditerranée de façon à pouvoir la protéger efficacement par une aviation de chasse peu nombreuse, dotée des plus récents perfectionnements en matière de radar.
- En 1044 un nouveau danger menaça l’Angleterre sous la forme des bombes planantes VI. Là encore le radar put guider les avions les plus rapides alors en service vers les VI, qui étaient bien souvent détruits avant d’avoir atteint leur but. Il permit également à la D. C. A. de détruire des objectifs aussi petits et rapides que les VI. Il convient de dire que pour atteindre une telle précision la D. C. A. s’était enrichie de deux systèmes radar nouveaux ; l’un donnant la vitesse instantanée de la cible par mesure de la différence de fréquence de l’onde incidente et de l’onde réfléchie (effet Doppler-Fizeau) et l’autre équipant une fusée d’obus explosant quand l’obus est suffisamment près de la cDDe pour que son explosion soit dangereuse pour elle.
- Le radar et ia guerre sur mer.
- Dans la guerre sur mer, les moyens dont dispose un navire pour explorer la mer autour de lui, ses yeux, pourrait-on dire, sont aussi importants que ses canons. Ils lui permettent de se diriger, de repérer ses ennemis (avions, navires de surface, sous-marins)
- et de les attaquer. Au début de cette guerre, les yeux du navire, c’étaient essentiellement 1 e s yeux de son équipage, renforcés de tous les appareils d’optique (lunettes, télémètres) destinés à en améliorer le rendement. Mais, si haut qu’on plaçât les postes de guet, d’observation et de télémé-
- Fig. 7. — Récepteur indicateur de Cee.
- trie dans les superstructures du bâtiment, et si perfectionnés que fussent ces appareils, leur portée était limitée surtout la nuit et la brume les rendait presque complètement inutilisables.
- Le radar a doté les navires d’un u œil » électrique qui, d’abord employé pour remédier aux défaillances de l’œil humain a, de plus en plus, tendance à se substituer à lui et est en train de bouleverser les méthodes de la navigation, comme il a bouleversé celles du combat naval.
- Les Américains ont lancé, à juste titre dans une certaine mesure,
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- le slogan suivant : « Avec le radar, il fait toujours beau temps », car le rayon radar se propage à peu près dans les mêmes conditions la nuit ou le jour, par temps brumeux ou par temps clair. Ainsi, la veille sur la passerelle et dans le nid de pie semble actuellement périmée. L’ancienne chambre à eartes est devenue vraiment la chambre de navigation, car c’est là que se trouve I’oficier de quart, enfermé entre quatre murs de tôle, mais parfaitement renseigné sur ce qui se trouve dans un rayon de plusieurs dizaines de milles sur mer et de plusieurs centaines de milles dans les airs. Il a, en effet, sous ses yeux, les « Scopes », c’est-à-dire les écrans de ses radars qui sont pour le commande-
- ment des yenx électriques quasi infaillibles.
- Ainsi est née une nouvelle manière de naviguer. Les États-Unis, qui ont créé « une marine champignon », onlueu aussi à former des officiers et des équipages. Ceux-ci, pris drfns n’importe quelle fonction civile, ont acquis cette connaissance de la nouvelle navigation en un temps très court et ont obtenu des résultats brillants. Beaucoup de commandants de bateaux (anciens avocats, libraires, etc.) qui n’avaient jamais navigué, ont fait la traversée de l’Atlantique sans encombre, en « suivant le navire de file ». Les destroyers-escorteurs, seuls munis de radars, sont là pour faire la navigation, pour détecter l’ennemi et le battre, comme les chiens de berger qui conduisent le troupeau et le défendent C1). On a même doté chaque convoi d’un porte-avions d’escorte et le destroyer a vu son rôle se confiner dans la défense rapprochée de ce porte-avions vulnérable et du convoi proprement dit, l’aviation étant employée à la défense éloignée.
- Dans la lutte contre le péril sous-marin, des hydravions munis de radars spéciaux furent employés à la patrouille en mer. Leurs observations, permettant de repérer l’ennemi dans un rayon de 500 à 600 km, quelle que soit la visibilité optique, et même la nuit, ont été des plus funestes pour la flotte sous-marine allemande qui ne put plus opérer en meute par attaque en surface la nuit.
- Les U-Boote qui faisaient surface la nuit pour recharger leurs accumulateurs étaient repérés de très loin, par radar, soit par les « Catalina », soit par les destroyers d’escorte. Même en plongée, le sous-marin qui attaquait un convoi pouvait être détecté par son périscope.
- Fig. 6. — Vue panoramique de Vienne prise d’avion par radar.
- La vue d’une région terrestre est moins représentative que celte d’une
- région côtière.
- 1. Si un bateau du convoi quitte son poste de convoi ou s’égare, les escorteurs qui le suivent sur leur écran s’en aperçoivent et le rappellent à son poste en lui indiquant sa route.
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- Pour échapper à 'cette détection, on sait que les Allemands utilisèrent le « Schnorchel », sorte de manche à air, en matériel non métallique pour ne pas être détectable. Mais les résultats furent médiocres, car le rendement des sous-marins se trouva diminué de moitié au moins.
- Les U-Boote, réduits à la défensive, furent même construits vers la fin, de manière à résister à des pressions énormes et pouvoir se réfugier à des profondeurs de plusieurs centaines de mètres. A cette profondeur, le sous-marin qui était touché était complètement disloqué par l’effet de la pression sous-marine. Après l’explosion, la mer était couverte de débris humains, restes de l’équipage projetés des profondeurs.
- Les Alliés trouvèrent même le moyen de repérer les sous-marins en plongée, alors que ceux-ci ne font pas usage de leur périscope. L’avion était muni de bouées qu’il lançait aux endroits présumés infestés de soùs-marins. Ces bouées détectent le sous-marin par l’intermédiaire des ondes sonores qu’il émet dans la mer et retransmettent cette indication par ondes hertziennes à l’avion patrouilleur.
- A partir de la fin de 1943, les convois ont pu ainsi traverser l’Atlantique avec un minimum de pertes grâce au système de protection radar. La bataille de l’Atlantique était définitivement gagnée. Pour cela, l’Amérique n’avait pas équipé moins de 500 destroyers d’escorte avant le milieu de 1944.
- De l’exploration, le rôle du radar ne tarda pas à s’étendre à la télémétrie de précision. Tandis que les radars de reconnaissance ne donnent qu’une précision de 150 m environ, les radars de télémétrie nettement plus lourds et plus encombrants et dont seuls sont dotés les gros navires, donnent une précision de 10 à 50 m comparable à celle de la meilleurs télémétrie optique. Si l’on songe qu’un peu de brume suffit à mettre les télémètres classiques hors d’état de servir et que, d’autre part, le détecteur radar garde sa précision pour des portées supérieures à celle des dispositifs optiques, on comprendra que ceux-ci soient condamnés à céder la place aux radars : en combat naval, en effet, le navire qui frappe le premier au but est déjà plus qu’à demi victorieux.
- C’est à l’année 1935 que remonte l’emploi du radar dans les combats navals. Les premiers radars furent installés à bord du Rodney et du Sheffield dans le but de détecter les avions. Mais on s’aperçut que les installations du Sheffield permettaient aussi bien de détecter les navires de surface et on reconnut que cette nouvelle invention serait d’une importance vitale dans le combat de nuit en mer. La première démonstration éclatante de l’efficacité du radar eut lieu en Méditerranée ; en juin 1942, la flotte anglaise de la Méditerranée attaqua en pleine nuit une force italienne très importante et lui coula ses plus beaux croiseurs lourds avant que
- ceux-ci eussent pu s’apercevoir de la présence de l’ennemi (bataille du cap Matapan). Dans ses actions contre le Scharnhorst et le Bismarck, la flotte anglaise est également redevable d’une grande part de son succès au radar. Dans le Pacifique, les Américains, disposant cependant de moyens réduits,, mais obtenant de leur aviation embarquée le rendement maximum, purent compenser ainsi leur infériorité numérique dans les batailles de la Mer de Corail et de Midvvay et asséner en 1942 les coups d’arrêt à l’invasion nippone vers le Sud et l’Est. Puis ce furent les victoires des îles Salomon-Guadalcanal (novembre 1942) obtenues la nuit, des Mariannes (février et juin 1944) et enfin la plus grande de toutes, celle des Philippines (octobre 1944) qui coûta aux Japonais 4 porte-avions, 3 cuirassés, 8 croiseurs et 20 destroyers coulés ou fortement endommagés. Diminuée par ces échecs et incapable d’échapper à la surveillance des « yeux électriques » de l'aviation navale américaine, portant à plusieurs centaines de milles, la marine japonaise dut se terrer dans les ports de la mer intérieure où elle fut détruite par les attaques aériennes. De la même façon, l’artillerie de côte a vu la précision de ses tirs s’améliorer notablement par l’emploi du radar télémétrique : pendant la dernière nuit de l’évacuation du port de Boulogne par les Allemands, l’artillerie côtière de Douvres réussit à couler sans les voir 11 des 18 navires qui essayèrent de quitter le port.
- Le radar dans l'offensive contre l'Allemagne et le Japon.
- Après avoir subi en 1940-1941 les bombardements allemands, l’Angleterre entreprit dès 1942 de prendre sa revanche et d’écraser l’Allemagne sous un déluge de bombes. Et ce furent les raids de puissants quadrimoteurs et de rapides Mosquitos qui martelaient inlassablement les villes allemandes.
- L’organisation d’un raid d’un millier de bombardiers qui doivent, pour arriver en formation sur le but, suivre un itinéraire extrêmement précis avec un horaire strict, parfois dans des conditions météorologiques défavorables, est une opération très compliquée, et qui eût été beaucoup plus difficile encore sans le radar.
- Sans les procédés radar de navigation et de bombardement que nous allons passer en revue, les résultats que l’on connaît n’auraient pas été atteints dans la lutte finale contre l’Allemagne.
- Nous avons déjà parlé du procédé de navigation GEE.
- C’est lui qui fut employé avec succès dans l’assaut contre l’Allemagne. A ce sujet, il ne faut pas oublier de mentionner l’utilisation qui fut faite d’un système calqué sur celui de l’identification des avions ou navires ennemis ou amis. Il s’agit des appareils radar « Euréka-Rebecca » qui ont servi au repérage à bord d’avions de la position des
- Fig. 9. — Deux lampes qui ont sauvé l’Angleterre de l’invasion.
- A gauche, un klystron ; à droite, un magnétron qui produisent les ondes radar.
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- parachutistes alliés dans la nature ou au parachutage d’armes à destination des maquis (l’appareil Eurêka est parachuté au sol et « répond » à un appareil de hord Rebecca).
- Enfin, avant de quitter le domaine de la navigation, signalons les services rendus par les appareils radar d’infrastructure des aérodromes militaires sans lesquels le décollage et l’atterrissage des milliers d’appareils des escadres de bombardement n’auraient pu se faire avec la ponctualité et l’ordre nécessaires ; qu’il 6’agisse des radars de contrôle d’aérodrome comme le G. C. A. (Ground Control Àpproach) permettant la vision panoramique des avions et la vision dans un plan vertical de leur trajectoire d’atterrissage, ou des appareils d’atterrissage sans visibilité tels que le « Babs ».
- Quant aux systèmes de bombardement sans visibilité, ils sont très variés.
- Fig. 11. •— Chasseurs de sous-marins en rade de Toulon.
- En tête de mât on distingue sous cloche les aériens radar.
- Dans le système anglais « Oboé », les avions sont guidés vers le
- but qu’ils doivent atteindre par une station radar qui, de terre, les détecte et leur indique par radio leur route exacte, üne deuxième station radar leur signale l’instant précis où ils doivent lâcher leurs bombes. C’est ce système qui a permis par exemple la destruction de 95 pour 100 de la ville d’Elberfeld en 30 minutes par 518 bombardiers alliés.
- Dans le système américain « Shoran », un des avions du groupe de bombardiers est muni d’un appareil émetteur-récepteur radar qui interroge deux stations à terre, équipées de « répondeurs », l’avion est ainsi placé à l’intersection de deux cercles (le rayon de chaque cercle étant égal à la distance de l’avion à la station correspondante). Il suit une route constituée par un cercle centré sur la première station et passant par l’objectif, sans même voir ce dernier.
- Ce sont ces méthodes nouvelles qui ont probablement provoqué
- au début de leur application certaines erreurs que n’ont pas réussi à s’expliquer beaucoup de personnes. A la fin, ce procédé de bombardement était devenu extrêmement précis et efficace.
- Enfin, sous l’indicatif H2S a été réalisée la vision panoramique du terrain survolé dont on a dit déjà deux mots (fig. 5 et 6). La photographie hertzienne ainsi obtenue est absolument indépendante de la visibilité et du camouflage.
- Le bombardement sans visibilité avec un radar H2S est réalisé par projection sur son écran d’un cercle lumineux •; le lâcher doit s’effectuer lorsque l’image du but arrive sur ce cercle, dont le rayon dépend de la vitesse de l’avion, de son altitude, etc....
- Ces exemples montrent la variété des applications du radar à bord des avions de bombardement. Sûr les superforteresses qui allaient bombarder le Japon, il n’y avait pas moins de cinq dispositifs radar différents.
- Fig. 10. — Le torpilleur français « La Combattante », qui a contribué brillamment à la victoire des Alliés dans l'escorte des convois.
- Signalons également, que contre les escadres de bombardement, les Allemands avaient mis au point à leur tour un système de radar contre lequel les bombardiers alliés ont eu à se défendre. Ils l’ont fait en lâchant des « nuages » faits de bandes de papier métallisé réfléchissant les ondes du radar et brouillant les indications de cet appareil. Ces bandes de papier ont longtemps recouvert les campagnes et les villes du Nord de la France Enfin n’oublions pas de mettre également en lumière le rôle du radar dans les combats terrestres. Si l’utilisation du radar contre des buts terrestres s’est trouvée retardée du fait de la difficulté de séparer les échos intéressants (chars, pièces d’artillerie, etc.) de la masse des autres échos (constructions, bois, etc...), il faut cependant reconnaître que les Alliés sont arrivés à des résultats très intéressants qui ont permis de contribuer efficacement à la victoire des armées terrestres.
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- Fig. 12. — Représentation d’un typhon sur l’écran d’un radar.
- On aperçoit nettement l’œil du typhon.
- La leçon à tirer.
- Ainsi a été mise en lumière dans ses grandes lignes la part prépondérante du radar dans la victoire des Alliés pendant cette deuxième guerre mondiale. Les guerres se gagnent maintenant en grande partie à coup de victoires scientifiques et industrielles. ' L’Angleterre et les États-Unis avec leur potentiel économique et humain formidable ainsi qu’avec leur génie d’organisation ont pu mener à terme des études que l’Allemagne de plus en plus réduite en possibilités industrielles ne put poursuivre avec les moyens qui sont nécessaires aux recherches scientifiques. Et l’Allemagne, de son propre aveu, fut toujours loin derrière les Alliés en ce qui concerne le radar.
- C’est cette leçon qu’il est important de souligner afin que la France, dans les années à venir, cherche sa puissance militaire dans le développement de son industrie et de ses centres de recherches.
- L'avenir du radar.
- Mais si le radar s’est développé par suite des nécessités de la guerre, il continuera à étendre le champ de ses applications en temps de paix, principalement dans le domaine de la locomotion,
- en particulier en aviation, où les progrès de la construction aéronautique sont tels qu’ils exigent le développement des télécommunications et de la signalisation. L’aviation avait et aura de plus en plus besoin du radar pour augmenter sa sécurité. Enfin l’artillerie atomique ne pourra pas se passer du radar pour guider ses fusées. Si cette dernière application pourtant déjà en cours de réalisation peut paraître prématurée à certains, il est, par contre, important de signaler les applications du radar qui sont déjà réalisées ou qui sont à l’étude en aviation.
- Il a déjà été fait mention des systèmes de navigation GEE et LORAN. Les procédés d’atterrissage sans visibilité, combinés avec des contrôleurs radar d’aérodromes, permettront aux aéroports un trafic considérable et régulier même par brume et de nuit. Qu’il soit permis de dire en passant que dans ce domaine, la France de par sa situation géographique privilégiée, se doit de posséder une infrastructure à la hauteur du trafic qui l’attend. Enfin les altimètres-sondeurs à impulsions et les radars d’anticollision équiperont sous peu les avions et leur donneront la sécurité indispensable à une navigation aérienne toujours croissante.
- Les autres moyens de locomotion doivent également bénéficier du concours du radar.
- La navigation maritime verra dans les années à venir le nombre des dispositifs radar s’accroître sans cesse : contrôleurs radar de port, radars de navigation, bouées et amers répondeurs, radar anti-collision, etc....
- Les applications peuvent d’ailleurs être trouvées dans d’autres domaines que celui de la locomotion. C’est ainsi que les perturbations atmosphériques comme les typhons peuvent être décelés par radar (fig. 5), que la mesure directe de la distance de la Terre à d’autres planètes est rendue possible, que la triangulation géo-désiqûe par mesure de base et visées optiques peut être remplacée par des procédés radar de mesure de distance, que la mesure de la vitesse de la lumière peut être sujette à révision, ce qui fait entrevoir la part possible du radar dans le domaine de la science pure.
- En abordant résolument l’étude de toutes ces questions nouvelles, la Franco après avoir été une des initiatrices de la nouvelle technique, cherche à combler le retard que lui a causé l’occupation. Elle y réussira quand les conditions matérielles et le climat dans lesquels s’effectuent les recherches seront devenus semblables à ceux des autres grands pays.
- Robert Leprêtre,
- Chef de la Section Recherches et Documentation au S. T. S.
- COURS ET CONFÉRENCES A PARIS
- MARDI 19 NOVEMBRE. Centre de perfectionnement technique (2S, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Desnuelle : « Les constituants phosphores des corps gras ». — Institut technique du Bâtiment (Musée de l’Homme) : 17 h. 30. M. Pol Abraham : « Une expérience de préfabrication. Montages d’immeubles à Orléans ».
- MERCREDI 20 NOVEMBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 li. M. Blot : « L’éclairage et les accidents du travail ».
- JEUDI 21 NOVEMBRE. Centre de perfectionnement technique : 18 h. M. G héron : « Réactions en solution ».
- SAMEDI 23 NOVEMBRE. Institut océanographique : 21 h. M. M. Fontaine : « Physiologie du marin ».
- LUNDI 25 DÉCEMBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Domi-
- nique) : 18 h. M. Drisch : « Alcalicellulose-vis-cose, cellulose régénérées ».
- MARDI 26 NOVEMBRE. Centre de perfectionnement technique : 18 h. M. Carbonaro : « Le méthane biologique ». — Institut technique du Bâtiment (Musée de l’Homme) : 17 h. 30. M. Pierre Bourget : « Hardouin-Mmsart et son œuvre ». ;
- MERCREDI 27 NOVEMBRE. Société des Ingénieurs de l’Automobile (5, av. de Friedland) : 17 h. 45. M. Tenot « Pertes de charges dans les canalisations ». — Centre de perfectionnement technique : 18 h. M. A. Salomon : « Eclairage naturel des ateliers ».
- JEUDI 28 NOVEMBRE. Centre le perfectionnement technique : 18 h. M. Prettre : « Réactions en chaîne. Généralités ».
- SAMEDI 30 NOVEMBRE. Institut océanographique : 21 h. M. le Lt de vaisseau Cous-
- teau : « La plongée et la photographie sous-marine ».
- LUNDI 2 DÉCEMBRE. Centre de perfectionnement technique : • 18 h. : « Les alkyl-celluloses ».
- MARDI 3 DÉCEMBRE. Centre de perfectionnement technique : 18 h. M. Paul Men-sier : « Utilisation des huiles végétales dans les moteurs à combustion interne ».
- MERCREDI 4 DÉCEMBRE. Société des Ingénieurs de l’Automobile (5, av. Friedland) : 17 h. 45. M. Maillard : « Détermination des températures des parois dans les moteurs thermiques ». — Centre de perfectionnement technique : 18 h. M. M. Leblanc : « Éclairage des machines-outils ».
- JEUDI 5 DÉCEMBRE. Centre de perfectionnement technique : 18 h. M. Valensi : « Types de réactions hétérogènes ».
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- MATÉRIEL D'ENSEIGNEMENT D'OPTIQUE
- L’crTiQUE géométrique est une des meilleures transitions des mathématiques à la physique. Encore cette initiation à la physique n’est-elle valable que si elle est expérimentale.
- C’est dans cet esprit qu’une Société française « Le Matériel d’Enseignement », il, avenue du Lycée Lakanal, Bourg-la-Reine, vient de breveter un ingénieux dispositif d’expérimentation des lois de l’optique géométrique inspiré du matériel imaginé pour la première fois par Gariel. L’appareillage extrêmement simple est composé d’une petite lanterne émettant quatre pinceaux plats et verticaux de lumière parallèle et de pièces d’optique à génératrices verticales (lentilles et miroirs cylindriques, prismes, lames, etc...).
- La lanterne est équipée d’une lampe à filament rectiligne (110 V 50 W) et son condenseur est une lentille cylindrique convergente. Un diaphragme à quatre fentes verticales sépare en quatre faisceaux plats la lumière émergente.
- Cette lanterne est posée à plat sur une feuille de papier disposée sur une table et détermine (même en plein jour) sur cette feuille de papier les traces des quatre faisceaux en donnant quatre traits parallèles très brillants (flg, 1). Les pièces d’optique sont simplement posées sur la table sur le trajet de ces quatre rayons parallèles ainsi parfaitement matérialisés. Toutes les lois de l’optique géométrique peuvent être aisément vérifiées qualitativement et quantitativement.
- La réflexion à l’aide de miroirs
- plans, concaves ou convexes, fait apparaître clairement la notion d’objets ou d’images réelles ou virtuelles, l’existence des foyers
- Fig. 1.
- Fig-. 2. — Obtention d’une caustique par réflexion sur un miroir concave.
- Le diaphragme à quatre fentes a été enlevé et la trace de la caustique est obtenue sur un papier photographique.
- Vue d’ensemble de l’appareil de démonstration.
- la discussion continue des positions respectives de l’objet et de l’image, etc....
- La réfraction simple et la vérification des lois de Descartes sont parfaitement étudiées cà l’aide d’un demi-cylindre de verre dont la face plane reçoit l’un des quatre rayons (les trois autres étant obturés). Le point d’incidence ayant été choisi sur l’axe du demi-cylindre, le rayon ne subit qu’une réfraction, la sortie se faisant sans réfraction normalement à la surface cylindrique. Les angles d’incidence et de réfraction sont donc facilement mesurables, le trajet du rayon pouvant être tracé au crayon d’après les traces lumineuses.
- L’étude des lentilles convergentes ou divergentes, celle du prisme (déviation, décomposition de la lumière) sont parfaitement illustrées par ce petit matériel, dont les manipulateurs ont, comme il est indiqué ci-dessus, la possibilité de conserver les tracés de leurs expériences (On peut même sans repasser les traces au crayon, utiliser du papier photographique) .
- Il nous paraît que ce matériel est appelé par ses qualités très démonstratives à rendre de grands services dans l’Enseignement et qu’il sera bien accueilli par les amateurs curieux de sciences expérimentales.
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- Les
- Livres nouveaux
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- Optique instrumentale, par G. A.. Boutry. 1 vol., 539 p., 412 fig. Masson et G'% Paris, 1946.
- L’instrument d’optique est un des appareils essentiels des laboratoires et des usines. Sa construction fait appel non seulement à des considérations d’optique géométrique, mais aussi d’optique ondulatoire et d’optique physiologique, que l’on trouvera réunies de manière fort claire dans cet ouvrage ; l’auteur expose tout d’abord les lois fondamentales, le stigmatisme rigoureux, la recherche du stigmatisme approché et la recherche de l’aplanétisme et de la planéité. Il étudie ensuite les systèmes centrés et leurs associations, les lentilles, le problème de l’objectif et celui de l’oculaire, les prismes et les trains de prismes réfracteurs, la symétrie et le déplacement des images, les systèmes cylindriques. Un chapitre est consacré à l’œil humain, les chapitres suivants traitent de la correction des amétropies, des qualités géométriques des instruments oculaires, de l'efficacité résolvante et de la formation des images dans les instruments d’optique. Le livre se termine par une série de monographies relatives aux loupes, oculaires, microscopes oculaires, télescopes, instruments photographiques, spectrosco-pes, spectrographes et monochromateurs. Il ne constitue pas seulement un livre d’enseignement, mais aussi un instrument de travail faisant état des travaux les plus récents, en particulier des recherches de l’Institut d’Optique et des propres travaux de l’auteur. Abondamment illustré, sans développements mathématiques trop étendus, d’un style direct, cet ouvrage dont la nécessité se faisait sentir vient enrichir heureusement la collection des Traités d’optique.
- Le cyclotron. La désintégration de la matière et la radiobiologie, par M. E. Naiimias. 1 vol. in-8° carré, 251 p., 84 fig., 24 planches hors texte. Éditions de la Revue d’optique théorique et instrumentale, Paris, 1945.
- C’est en 1919 que E. Rutherford réussit la première transmutation d’un élément stable, l’azote, en le soumettant au bombardement de porlicU -ft a Siiîises £>iif une cuuùo radioactive naturelle. Les physiciens font appel maintenant à des faisceaux de projectiles d’une intensité con-
- sidérablement plus grande obtenus en accélérant des protons, des deutons et des hélions. Le cyclotron, imaginé et mis au point de 1930 à 1936 par E. O. Lawrence, a permis d’obtenir des projectiles dont l’énergie dépasse la dizaine de millions d’électron volt et capables de provoquer de multiples transmutations d’éléments lourds. Des cyclotrons gigantesques sont en construction qui permettront l’obtention en quantités importantes de radio-éléments artificiels aux applications d’un intérêt capital en biologie et en médecine. Le lecteur trouvera dans cet ouvrage de précieux renseignements sur la construction des cyclotrons, leur utilisation et les applications que l’on peut en attendre dans les divers domaines de la Science et de la Médecine.
- Les vibrations sur les avions, par M. Ber-haume. 1 vol. in-16, 80 p., 65 fig., Dunod, Paris, 1946.
- Ayant rappelé et discuté les méthodes de calcul dans les domaines de la flexion et de la torsion, l’auteur propose leur application à l’étude des phénomènes vibratoires complexes apparaissant sur différents éléments d’un appareil en vol (fuselage, ailes, empennages). Différents procédés expérimentaux sont exposés dans le but de déterminer les vitesses critiques d’utilisation et les remèdes à apporter pour éviter les causes de vibrations.
- Navigation interplanétaire, par Alexandre Ananoff. 1 broch. in-16, 63 p., 6 fig; Collection « Problèmes ». Éditions Elzévir, Paris, 1946.
- Notre collaborateur examine les possibilités des premiers voyages interastraux en utilisant les dernières inventions : fusées, radars.
- Considérations sur la conduite et l’exploration des essais de qualités de vol des avions, par M. Cambois. 1 vol. in-16, 128 p., 18 fig., 1 pl. h. t. Collection « Les essais en aéronautique ». Dunod, Paris, 1945.
- Se basant sur ies différentes qualités de vol que doit posséder un appareil (résistance, stabilité, vitesses d’utilisation, autonomie, etc.), l’au-
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- 78 volume d’une série consacrée au monde animal par un très fin observateur d’une grande culture, ce livre nous promène en forêt et au soleil dans un univers enchanté où les oiseaux chantent, où les insectes bruissent, chacun ayant ses ressources, sa voix, ses thèmes, pour exprimer mille nuances : joie, amour, rêverie, tristesse que l’auteur sait entendre et sentir, qu’il pénètre pour nous en faire approcher.
- Éducation de l’amour, par le D' René Biot. 1 vol. in-16, 237 p. Plon, Paris, 1946.
- Père de famille et médecin, l’auteur enseigne aux parents ce qu’ils doivent savoir ci leurs enfants du mariage chrétien et de l’amour, instinct charnel et spirituel.
- LA NATURE
- paraît le I" et le 15 de chaque mois ABONNEMENTS
- France et Colonies : un an s 450 francs j six mois » 225 francs Etranger : un an : 500 francs ; six mois : 250 francs Prix du numéro: 20 francs
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- MASSON et C‘% Editeurs,
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- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l'obligation de l'indication d'origine.
- 4e TRIMESTRE Ig46, N° 288. . — Il-lg46.
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- =: LES NOUVEAUTÉS TECHNIQUES = A L'EXPOSITION DES RADIOÉLECTRICIENS
- Au Palais de la Découverte, du 25 octobre au 15 novembre, s’est tenue l’exposition organisée par la Société des Radio-électriciens à l’occasion du XXVe anniversaire de sa fondation par le Général Ferrié en 1921, sous le nom de « Société des Amis de la T. S. F. ». Ce que fut l’œuvre de cette société savante, le R. P. Lejay, président, l’a dit excellemment au cours de l’allocution d’inauguration. Vingt-cinq ans de recherches, qui ont fait le plus grand honneur à la science française et lui ont permis de tenir son rang, jusqu’à ce jour, car, grâce aux efforts et à l’esprit de sacrifice de ses membres, bien des travaux ont pu, pendant l’occupation, être poursuivis dans la clandestinité. Â cette exposition si vivante, et si nouvelle pour le profane, est annexée celle du Centenaire de la Télégraphie électrique en France. Nous nous proposons de donner ici un compte rendu — bie cinct, hélas — de ces manifestations si fécondes de cité et de l’électronique.
- Les téléviseurs.
- Nous ne reviendrons pas ici sur la technique actuellélrny4g5raie-vision, connue de nos lecteurs, mais décrirons seulement les ins-
- Fig. 1. -r— Équipement de reportage de télévision sur 3 cm de longueur d’ondes (modulation de fréquence) (Compagnie française T homson-Houston).
- SOMMAIRE
- Les nouveautés techniques à l’Exposition des Radio-
- électriciens, par A. ROCHEBRUNE...................
- Le soleil, source d'énergie pour la production des très
- hautes températures . . ........... . .
- La ruée vers le tungstène au Portugal, par J. BOYER .
- Le chanvre de Manille, par R. L..................
- Les télescopes géants d’Amérique.................
- Ce que nous coûte le manque d'agrumes, par V. FORBIN Les nouveaux Pithécanthropes, par H. VALLOIS
- L’art de tomber, par le Dr G. MOUCHOT............
- Le ciel en décembre, par L. RUDAUX...............
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- N° 3125 Ier Décembre 1946
- Le Numéro 20 francs
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- tallations présentées. Les démonstrations sont faites sur trois ensembles à hante définition. L’un (C. F. T. H.) reproduit l’image d’une statuette. tournant sur une sellette dans un petit studio de fortune attenant. La prise de vue est faite par caméra et transmise par câble. L’image au format 4/3, entrelacée d’ordre 2, est reconstituée par 50 trames par seconde à la définition de 500 à 900 lignes par image complète.
- Un autre, relié par câble coaxial à la caméra installée sur le trottoir devant l’entrée du Palais, donne la reproduction des scènes de la rue, prises à la lumière du jour. L’image à 819 lignes ne laisse pas apercevoir la trame (Radio-Industrie).
- Le dernier ensemble est celui de la Compagnie des Compteurs qui diffuse sur 450 lignes le programme de la Radiodiffusion française. On remarque un câble à isolation continue pour transmission des très hautes fréquences de la télévision et des feeders d’antenne à très faible affaiblissement linéique.
- N’oublions pas de mentionner une rétrospective remarquable,
- qui nous replonge dans l’atmosphère de la vieille définition mécanique, avec ses tambours de Weiller et ses roues de Nipkow, et nous permet, par la comparaison de photographies, de mesurer le progrès parcouru depuis la première caméra Barthélemy à 30 lignes (1928).
- Emetteurs et récepteurs.
- Section évidemment assez peu perméable au profane qui y contemple surtout des baies et châssis métalliques. Nous y voyons une baie pour la synchronisation des émetteurs de radiodiffusion, utilisant un quartz piézoélectrique et un thermostat ; un récepteur professionnel à changement de fréquence pour l’écoute des ondes de 10 m à 6 000 m de longueur d’onde, avec limiteur de parasites, filtre à quartz et régulateur automatique de niveau ; un récepteur de grand trafic pour ondes courtes de 13 à 80 m ; un émetteur-récepteur « naviphone » pour la téléphonie maritime ; un récepteur à ondes métriques (1,60 à 3 m).
- Les appareils les plus nouveaux sont représentés par un émetteur à bande latérale unique de modulation, permettant d’assurer à la fois deux communications simultanées ; un émetteur à modulation de fréquence de 50 W fonctionnant de 6 à 8 m de longueur d’onde. Notons encore des appareils et montages de mesure spéciaux : mesure du rapport du signal au brouillage, étude de la modulation de fréquence parasite, mesures de fréquence de haute précision du Laboratoire national de Radioélectricité, compensa-
- teur de fréquences, enregistrement de la dérive des émetteurs, fréquencemètre piézoélectrique, alternateur photoélectrique à déphasage continu, la plupart de ces montages étant dus à l’ingéniosité de M. B. Decaux.
- Electroacoustique.
- A côté de la maquette d’un grand studio, nous voyons la reconstitution d’une petite cabine d’enregistrement sonore et de prise de son. L’enregistrement est effectué sur film recouvert de poudre de fer et la reproduction est immédiate. L’opérateur, qui écoute au casque, contrôle le niveau sonore au moyen du « vumètre ».
- Parmi les nouveautés, signalons les grosses lampes d’émission démontables à vide entretenu par pompage constant, en service sur les émetteurs à ondes courtes d’Allouis, donnant des puissances de 120 à 145 kW sur les longueurs d’onde de 16 à 49 m ;
- un émetteur « monobloc » donnant une puissance de 50 W en ondes moyennes et un récepteur de radiodiffusion à modulation de fréquence sur la bande de 4 à 6 m de longueur d’onde. La modulation de fréquence représente un progrès, du fait qu’elle permet d’opérer à amplitude constante, donc d’éliminer plus facilement les parasites.
- Les ondes centimétriques.
- Elles constituent ce qu’on appelle le domaine des hyperfréquences, très différent de celui des ondes moyennes ou même courtes, en raison de leurs propriétés quasi optiques. L’attention se porte naturellement sur les collections de tubes spéciaux pour l’émission et la réception des ondes ultra-courtes : tubes à modulation de vitesse, pour ondes de 5 à 30 cm, développant des puissances de 25 à 350 W ; tubes à grille positive ne donnant que quelques déciwatts ; hlystrons réflexes, mais surtout magné-trons, dont on peut suivre toute l’évolution. Les magnétrons modernes, alimentés sous des tensions de 8 000 à 15 000 Y et donnant des courants de 20 à 30 A sur ondes décimétriques, développent une puissance pouvant atteindre des centaines de kilowatts en régime d’impulsion.
- Tout un appareillage spécial a dû être créé pour l’utilisation de ces ondes et leur mesure : cristaux détecteurs au silicium, onde-mètres coaxiaux télescopiques ou à volume résonnant, Q-mètre à hyperfréquence pour la mesure du coefficient de surtension des cavités résonnantes jusqu’à 30 000, ivattmètre, mesureur de champ, réflectomètre pour la mesure du coefficient de réflexion sur les obstacles, thermocouples sensibles à l’infra-rouge, hétérodynes, générateurs étalonnés, bolomètres et autres.
- Bien des visiteurs auront vu pour la première fois des éléments de guides d’ondes pour la bande de 3,15 à 3,25 cm de longueur d’onde. Ces canalisations tubulaires à section rectangulaire comportent des tronçons de guide, des terminaisons adaptatrices, des branchements en T, des coins à angle vif, des coudes cintrés.
- Parmi les éléments complets, il faut citer l’émetteur sur 10 cm de longueur d’onde du « câble hertzien » de Paris à Montmorency, avec tube oscillateur à modulation de vitesse de 30 W et aérien directif à pavillon pyramidal ; la maquette du « câble hertzien » de Cannes à la Corse, avec ses faisceaux multiples et son grand réflecteur plan fixé contre la montagne. Enfin l’équipement pour reportage de télévision, fonctionnant par faisceau hertzien sur l’onde de 3 cm entre le lieu de prise de vue et le deuxième étage de la Tour Eiffel.
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- Figr. 3 et 4. — En haut : Quelques tubes d’émission de conceptions anciennes (Cu des Lampes). Le modèle le plus puissant (à gauche) n’atteint que 1 500 watts (hauteur 800 mm). En bas : Une série homogène de tubes d’émission de conception nouvelle. Elle comporte des tubes de 6 à 4 000 walts. Le modèle le plus puissant (à gauche) n’a qu’une hauteur de 445 mm (C'° des Lampes).
- Radionavigation maritime et aérienne.
- Cette présentation est accompagnée d’une rétrospective où les « Vieux de la T. S. F. » ont reconnu avec émotion leur antique matériel de la guerre de 1914. L’attraction majeure est évidemment le radar, dont il est intéressant de suivre l’évolution en France : détecteur d’obstacles de Normandie (1936), barrages électromagnétiques protégeant Brest (1937-1939), radars à impulsions brèves de 1940, premiers radars des navires de guerre, installés à l’insu des Allemands sur le Richelieu, le Colbert, l'Al-
- gérie, le Strasbourg. Des maquettes montrent l’installation de ces radars sur les navires et les plans secrets de leur montage.
- Au milieu de la section, la torpille acoustique, long cigare de métal, se dirige automatiquement vers le navire ennemi en « écoutant » le bruit de ses hélices, traduit par ultrasons.
- Le matériel d’aviation est constitué par un radiogoniomètre à cadre à ondes moyennes ; un radiogoniomètre à ondes très courtes métriques dont l’aérien consiste en deux dipôles verticaux couplés en opposition de phase et tournant autour de leur axe ; un récepteur de radiophare ; un radiophare de navigation à champ tour-
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- Fig. 5. — Supports spéciaux pour ondes courtes. A gauche : support de peutode 2 000 watts. A droite : support à ligne pour triode 2 000 watts (C'e des Lampes).
- nant : un dispositif de radioguidage et radioatterrissage sans visibilité, avec indicateur à oscilloscope. Passons sur les émetteurs-récepteurs de bord et à terre, pour signaler les téléphones de bord.
- Electronique.
- Cette section rassemble toutes les lampes électroniques, les microscopes et télescopes électroniques, ainsi que les appareils spéciaux pour leurs études.
- Des progrès considérables marquent les étapes récentes de la fabrication des tubes d’émission. De nouvelles séries jusqu’à 10 ou 15 kW ont des formes rationnelles, qui permettent leur fabrication industrielle automatique au lieu de l’ancienne fabrication artisanale. Les dimensions sont très réduites, les connexions et supports d’électrodes raccourcis. Les pieds sont remolacés par des plaques en verre moulé, dont les traversées de connexions forment broches de contact. De nouveaux supports analogues à ceux des tubes de réception ont été étudiés pour ces lampes.
- Seules les lampes de très forte puissance sont refroidies par circulation d’eau. Pour les autres, on utilise la ventilation forcée sur des ailettes de métal radiales entourant la lampe.
- Notons encore des tubes cathodiques, un iconoscope, des thermocouples, de nouveaux tubes de réception appartenant aux séries de guerre dites miniature et subminiature (pentodes, triodes et thyratrons équipant les fusées de proximité, et bientôt peut-être les récepteurs miniatures).
- Mention spéciale doit être faite de microscopes électroniques fonctionnant sous 40 à 60 kV, ayant un pouvoir séparateur de 8 millièmes de micron et grossissant jusqu’à 50 000 diamètres.
- De son côté, le télescope à rayons infra-rouges permet la noctovision en lumière noire, dans l’obscurité complète.
- L’étude des trajectoires électroniques est réalisée au moyen de 1 ’hodoscope Lœb du Laboratoire national de Radioélectricité et de la cuve à électrolyse du Centre national d’Études des Télécommunications.
- Le chauffage industriel à haute fréquence.
- La haute fréquence est utilisée industriellement pour les traitements thermiques, soit sous forme de chauffage par induction, soit sous forme de chauffage par pertes diélectriques.
- Dans le chauffage par induction employé pour les conducteurs, le métal est placé dans le champ d’un solénoïde parcouru par un courant d’intensité et de fréquence convenables. Nous assistons aux opérations de trempe superficielle, de trempe localisée, de recuit avec un générateur de 2,5 kW à 500 hertz. Ces traitements sont simples, réguliers, automatiques, donnent des produits de qualité avec une grande cadence de production qui s’accommode du travail à la chaîne et supprime pratiquement les rebuts. On opère de même le brasage et le soudage des métaux ferreux ou non, la fusion et les traitements à haute température, dans des fours de 50 et 75 kW, en creusets réfractaires, affinage, réduction, obtention de produits très purs et réguliers.
- Le chauffage par pertes diélectriques, plus récent, consiste à placer la matière à traiter entre les armatures d’un condensateur à air alimenté à une fréquence généralement supérieure à 10 MHz, ce qui permet d’atteindre, par chauffage interne, des températures de l’ordre de 1 500° C. et plus. On l’utilise pour le préchauffage des matières plastiques et des matières réfractaires, la fusion des matières vitreuses, la soudure des feuilles thermoplastiques, le collage dû bois et du contreplaqué, là déshydratation des denrées, la distillation des liquides.
- Une expérience est présentée dans laquelle un faisceau quasi optique d’ondes de 6 cm de longueur d’onde, émis par un oscillateur de 125 W, est concentré sur l’objet à traiter au foyer d’un miroir concave.
- Propagation.
- Cette section, beaucoup moins concrète et tangible que les précédentes, nous montre l’étude de l’éther et des parasites naturels qui le sillonnent. Les perturbations sont détectées en direction au moyen de radiogoniomètres à secteur étroit et de radiogoniomètres cathodiques. On voit encore les enregistrements d’atmosphériques relevés sur l’enregistreur statistique du Laboratoire national de Radioélectricité, ainsi que les instruments pour le sondage de l’ionosphère, la détection à distance des orages, les images radioélectriques de la décharge orageuse, l’effet des éruptions chromosphériques solaires sur l’ionosphère, l’influence du cycle undécen-nal de l’activité solaire, les graphiques de la propagation des ondes de 10 cm.
- Un siècle de télégraphie électrique.
- La télégraphie électrique a fait réellement son apparition en France avec l’appareil de Foy et Bréguet en 1844. Par la suite se sont succédés ceux de Morse, Hughes et Baudot, puis le télégraphe harmonique de Mercadier.
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- De nos jours, la télégraphie a étendu son rayon d’action par câble terrestre ou sous-marin et par voie radioélectrique. Cette dernière est représentée par le système Verdan et la. maquette du centre émetteur du Vernet. La voie terrestre vient d’être rénovée par l’utilisation des téléimprimeurs, sortes de machines à écrire à distance, avec réception d’abonnés dans le réseau « télex » nouvellement mis en exploitation. Enfin, la phototélégraphie et
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- le fac-similé multiplient les applications possibles du télégraphe.
- Qu’il nous soit permis, en terminant, de rendre hommage aux organisateurs de cette exposition si belle, si riche et si pleine de virtualités, qui donne un si magnifique exemple d’efforts constructifs et de réalisations indiscutables.
- A. ïtOCHEBRUNE.
- LE SOLEIL, SOURCE D'ÉNERGIE
- pour la production de très hautes températures.
- Dans la séance de l’Académie des Sciences du S août 1946, le Professeur Lebeau a présenté une communication de MM. Trombe et Fœx et M110 Henry la Blanchetais sur un four solaire pour la réalisation de très hautes températures.
- A la vérité, l’idée d’utiliser le soleil pour obtenir des températures élevées n’est pas neuve. Sans parler d’Archimède incendiant la flotte de Métellus qui assiégeait Syracuse, de nombreux expérimentateurs ont utilisé les « verres » ou les « miroirs ardents » : Buffon, Cassini, qui, sous Louis XIV, fit fondre de la monnaie d’argent, et surtout Lavoisier qui, au moyen d’une lentille de 1,30 m de diamètre, remplie d’esprit de vin, arriva au seuil de fusion du platine (1 773° C.).
- Plus récemment, des physiciens américains ont installé, au Mont Wilson un miroir de 2,50 m de diamètre grâce auquel ils ont pu faire fondre le zircone (2 680° G.). Malgré l’intérêt de ce résultat, leurs travaux ne paraissent pas avoir été poursuivis dans cette voie et le soleil se borne, au Mont Wilson, à faire fonctionner une « cuisinière solaire ». De son côté, l’U. R. S. S. s’est intéressée à l’énergie solaire, mais uniquement, semble-t-il, dans le but d’économiser le combustible terrestre et non dans celui d’obtenir des températures élevées.
- Le four solaire installé cette année en France, à l’Observatoire de Meüdon, par les auteurs précédemment cités est constitué par
- un miroir parabolique de 2 m de diamètre et 0,8b m de distance focale monté sur un ancien projecteur militaire. Les commandes du projecteur (en hauteur et en direction) permettent de suivre à chaque instant la marche du soleil. L’image de ce dernier a une surface inférieure à 0,6 cm2, correspondant à une concentration considérable (plus de 50 000) de l’énergie totale recueillie sur le miroir (environ 3 kW) ; cette concentration permet d’atteindre théoriquement la température de 5 200° absolus.
- Un miroir plan interposé sur le trajet du rayonnement renvoie celui-ci vers le bas sans perte notable d’énergie et permet de traiter jusqu’à fusion les corps les plus divers placés dans des atmosphères variées. Un autre avantage de ce dispositif est que, la matière utilisée constituant son propre creuset, il est possible de travailler avec des produits très purs sans risquer de les souiller.
- Les corps les plus réfractaires ont été fondus par ce procédé, à raison de 15 à 20 g par minute. Citons la thorine (3 270° K), la magnései (3 070° K), la zircone (2 950° K), la glucine (2 800° K), les oxydes de terres rares, etc....
- Le graphite a été sublimé (3 500° K) et une masse de fer de 30 g a été fondue et partiellement volatilisée en moins de 10 s.
- La chimie des hautes températures trouvera dans l’emploi du four solaire, une nouvelle technique particulièrement puissante.
- L'icaroscope
- L’icaroscope est un singulier appareil mis au point durant les hostilités aux États-Unis pour permettre la vision sans éblouissement et en particulier pour l’observation et le repérage des avions situés dans le champ du soleil.
- Cet appareil est constitué par un oculaire d’observation et une optique de réception des images et par un écran phosphorescent sur lequel se forme l’image. On observe l’image phosphorescente au lieu du rayon direct.
- Un double obturateur tournant assure le fonctionnement. Durant une partie de sa rotation, l’image est reçue par l’écran phosphorescent où elle s’enregistre. L’œil est alors abrité et ne reçoit aucun rayon lumineux.
- Durant la seconde partie, l’œil voit l’écran par sa face antérieure, cet écran étant translucide.
- La vitesse de rotation de l’obturateur peut être réglable. Elle est de l'ordre d’un centième de seconde, si bien que l’œil ne perçoit aucune occultation et tout se passe comme s’il observait une scène cinématographiée en projection rapide.
- Un petit moteur de 110 V, 60 périodes, actionne l’arbre sur lequel est monté l’obturateur.
- L’écran est obtenu au moyen de produits phosphorescents à faible rémanence et grande luminosité tels que des sulfures mixtes de zinc et de cadmium activés avec du cuivre ou du manganèse lumi-
- nogène. Ils donnent des images nuancées de jaune ou de jaune verdâtre.
- L’icaroscope a été utilisé à Bikini pour l’observation de l’explo-
- Observateur
- (f$ Ecran ,j|r phosphorescent
- Obturateur
- Image dans 'un champ \éblouissant
- Montage sur statif
- Ùjl à rotule ou sur pied
- Fig. 1. — Principe de l’icaroscope.
- sion nucléaire, mais on peut lui trouver bien d’autres usages, à commencer par l’observation du soleil par exemple.
- M. D.
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- LA RUÉE VERS LE TUNGSTÈNE AU PORTUGAL
- Les alchimistes du xvie siècle désignèrent sous le nom de Wolfram, — traduction allemande de lupi spuma c’est-à-dire « écume de loup », — le métal que les chimistes modernes appellent plus volontiers aujourd’hui Tungstène, mot dérivé du suédois et signifiant « pierre lourde » afin de caractériser sa forte densité. Au cours des dernières années, le wolfram prit une importance capitale, vu son emploi dans la fabrication des aciers spéciaux utilisés dans diverses industries de guerre (machines-outils, confection de certains projectiles d’artillerie, ressorts, lampes électriques, etc.). En conséquence, une formidable ruée humaine s’abattit alors sur les riches gisements de la Serra d’Estrella (Portugal) (fig. i), comme jadis des milliers de pauvres gens avaient envahi les champs aurifères du Klondyke ou de l’Alaska.
- Le tungstène passa de 72 000 francs la tonne à 975 000 francs et même plus en 19/u. De pauvres paysans devinrent millionnaires du jour au lendemain en s’adonnant à la contrebande du précieux minerai, le Gouvernement de Lisbonne ayant frappé celui-ci d’une taxe d’exportation de 3a8 000 francs par tonne. Néanmoins, les agents du Reich poursuivant leurs achats massifs, les prix du wolfram continuèrent leur ascension. Afin de résister à cette hausse insensée, les autorités du Portugal nommèrent, en mars 1942, une commission officielle par laquelle les belligérants devaient passer dorénavant pour acheter, au prix de 576 000 francs la tonne, les minei’ais de tungstène en provenance de leurs concessions respectives. Ces formalités eurent simplement pour effet d’intensifier le « marché noir wolframique ». L’Allemagne s’approvisionnait toujours en faisant piller par des contrebandiers à sa solde la plus importante des usines portugaises, qui appartenait — ô ironie du sort — à une firme anglaise ! Enfin, un peu avant le débarquement des Alliés en Normandie, le Président Salazar interdit l’exportation du wolfram qu’il vient de lever récemment (janvier 1946). Mais comme les autres sources du tungstène ne sont pas en état de fournir aux industries européennes le tungstène qu’il leur faut, la « ruée vers le wolfram » renaît au Portugal,
- Selon le Traité de chimie minérale de Pascal et Baud (1932, t. XI, p. 73 et seq.) les dépôts les plus abondants de tungstène se trouvent distribués en Asie sur la continuation de la chaîne de montagne de l’Archipel malais ainsi que sur une ligne qui entourerait l’Océan Pacifique depuis la Chine, le Japon et la Corée jusqu’aux États-Unis, au Mexique, à la Bolivie, à l’Argentine et au Pérou. Aussi leurs produits ne peuvent que difficilement parvenir aujourd’hui aux industi’iels européens. Pourtant ce métal, vu ses remarquables propriétés (résistance à la rupture supérieure à celle du fer,*non magnétique, point de fusion très élevé (3 ioo°), trè peu dilatable, d’une résistivité intermédiaire entre celles de l’aluminium et du nickel, etc.) a maintenant des applications très diverses même par temps de paix.
- Les deux principaux minerais de tungstène sont la scheelite (tungstate normale de calcium) et le wolfram ou wofframite (tungstate de fer et de manganèse W03(Fe,MnO). Ce dernier de beaucoup le plus employé dans l’industrie métallurgique, se
- rencontre aux États-Unis (Californie et Colorado), en Bolivie (La Paz, Potosi), au Tonkin et en Europe, au Portugal (Guardia, Iffanes, Borralha, Minho, Tra-los-Montes, etc...). Comme en témoignent nos vues, les gisements de ce dernier pays s’exploitent d’une façon très primitive. Pour devenir « marchand », le wolfram devant titrer 60 à 65 pour 100 d’anhydride tungsti-que (W03), des artisans) commencent par faire sauter à la dynamite les roches métallifères. Puis une fois ces blocs broyés et éparpillés sur le sol par suite de l’explosion, ils procèdent à leur lavage (fig. 2) afin de les débarrasser des 2 à 3 pour 100 de silice, des 19 à 20 pour 100 d’oxyde de fer et des 4 à 5 pour 100 de manganèse qui les accompagnent. L’eau entraîne facilement les impuretés, tandis que le minerai plus lourd que la plupart de celles-ci, s’amoncelle sur place. Aprèd cette première concentration par gravité sur les lieux
- mêmes d’extraction, la masse ainsi traitée passe dans un atelier voisin où des tables à secousses et des trieurs électro-magnétiques la débarrassent de la cassitérite (Sn02) qu’elle renferme souvent. De puissants aimants arrêtent le wolfram sur les riffles et on parvient à obtenir ainsi des concentrés, qu’on dirige par sacs de 5o kg sur les usines métallurgiques en vue de leur transformation, soit en métal purifié à 99 pour 100, soit surtout en ferrotungstènes pour la réalisation des aciers spéciaux à coupe rapide.
- Avant la guerre, le wolfram se négociait principalement sur les places de Paris, du Havre, de New,-York, de Londres et de Lisbonne. L’extraction mondiale totale atteignait environ 34 000 t de concentrés à 60 pour xoo de W03. Un consortium anglais le « Pékin Syndicate Ltd » avait obtenu le monopole de la vente du minerai provenant des mines chinoises. Mais en 1938, par suite du conflit sinoi-japonais, les exportations de tungstène tombèrent en Chine à 12 358 t. De leur côté, les riches gisements du Portugal apportent maintenant une contribution importante à l’approvisionnement des firmes européennes.
- D’après l’ingénieur Mendes da Costa, dans son ouvrage
- Fig-. 1. — Un gisement de tungstène dans la Serra d’Estrella (Portugal).
- On aperçoit, au premier plan, des blocs granitiques broyés et éparpillés sur le sol à la suite de 1’ex.plosion d’une cartouche de dynamite.
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- Volframo e Estanho (1942), de nouvelles prospections, pleines de promesses, ont été faites dans le centre et le nord de ce pays à Vila-nova de Cerveira, dans la vallée de Gaia, à Fundao, Montalègre, Belmonte, Viseu, Bra-gança, etc... L’engouement actuel des populations rurales portugaises pour ce fructueux négoce ne peut qu’intensifier cette production métallique. Quant à la France, elle possède seulement quelques rares mines tungsténiques en Limousin (Puy-les-Vignes, Cieux et Vaulry, à Meymac dans le Cantal et à Montbelleux en Bretagne). L’extraction annuelle totale des dites exploitations ne dépasse guère i4o t et le gisement de Pia-Ouac près de Cao-Bang (Tonkin) n’augmente pas beaucoup ce faible apport. Notre pays devra donc s’adresser toujours à l’étranger pour approvisionner ses usines de ferrotung-stène localisées dans les Alpes, entre autres à Saint-Jean-de-Maurienne, à La Praz, à Ugine, à Froges et à l’Argentière, quand elles reprendront leur marche normale.
- Jacques Boyer.
- Figr. 2.
- Après le broyage des roches métallifères, Vouvrier procède au « lavage » du minerai de tungstène qui, en raison de sa densité élevée, s>amoncelle en tas devant lui.
- Le chanvre
- La marine’ fait une énorme consommation de cordages en chanvre de Manille. Jusqu’en 1941, les neuf dixièmes de la consommation mondiale étaient assurés par la production des Iles Philippines (Q qui jouissaient ainsi d’un monopole de fait ; c’était une des richesses de Mindanao, la grande île méridionale. Les Etats-Unis ont maintenant pris des dispositions pour n’être plus privés de chanvre de Manille dans un avenir très prochain. En 1941, ils ont encore importé des Philippines 112 009 t de fibres de chanvre de Manille, valant 7 millions de dollars ; la Grande-Bretagne en avait importé à peu près autant.
- Le chanvre de Manille, ou abaeâ, nom indigène (Musa texlilis), originaire des Philippines, est une plante assez singulière ; c’est, comme tous les bananiers, une herbe gigantesque qui se comporte comme une plante vivace si elle est abandonnée à elle-même, mais qui, cependant, peut se reproduire par graines. Quand le bananier est cultivé pour ses fruits, on ne le laisse vivre que pendant trois ans, chaque pied ne fructifiant qu’une seule fois. On le reproduit alors par rejets. Quant à l’abacd, cultivé pour la fibre, on le renouvelle un peu plus souvent bien avant que l’épi, qu’est le régime de bananes, soit mûr. A Panama, grâce à une nouyelle méthode de culture qu’ils ont mise au point, les Américains ont réussi à obtenir une abondante récolte de fibre en ne le laissant vivre que pendant un peu moins de deux ans ; ils ont utilisé cette particularité que, à l’inverse des arbres fruitiers et des arbres des forêts, le bananier arrive très vite à fructification. Les Américains ont appliqué le nouveau mode de culture dans des plantations qu’ils ont créées de toutes pièces, dès 1942, dans l’Amérique centrale (au Costa Rica, au Guatemala, au Honduras), plantations qu’ils exploitent eux-mêmes ou qu’ils font exploiter sous leur direction. Ils en importent déjà des quantités appréciables.
- Comme tous les bananiers, l’abacâ ne peut prospérer que dans une atmosphère très chaude et très humide ; encore faut-il que
- 1. L’autre dixième était fourni par Sumatra, et aussi, mais en très petite quantité, par la zone du Canal de Panama.
- de Manille
- l’état hygrométrique de l’air reste constant nuit et jour pendant-toute l’année, ce qui limite beaucoup l’aire où l’abacâ peut être cultivé avec profit.
- Ce sont les nervures principales des feuilles et surtout la tige de l’abacâ qui fournissent la fibre, après une sorte de rouissage, la plante ayant été coupée au pied, au ras du sol, et la tige ayant été refendue. Les Américains paraissent n’utiliser que la tige. Les fibres de la tige peuvent dépasser 3 m 50 de longueur.
- La fibre d’abaeâ possède une très grande résistance à la traction, au frottement et à l’humidité ; on en fait des câbles, des cordages (des cordons de sonnette pour l’extérieur), des bâches, des tapis, des paillassons, qui absorbent peu d’eau, sèchent vite et sont pratiquement imputrescibles même dans l’atmosphère chaude et humide qui règne sous les tropiques et dans les mines profondes. C’est l’ensemble de ces propriétés qui fait rechercher les cordages d’abaeâ par la marine et qui, autrefois, faisait employer presque exclusivement des câbles d’abaeâ pour accrocher les cages des puits de mines (1).
- Avec les fibres courtes on fabrique aussi un excellent papier d’emballage, très solide, imperméable à l’eau et ne se coupant pas aux plis ; on peut aussi en faire un papier à écrire ou à imprimer acceptable (autrefois, aux Philippines, on écrivait à même la feuille). Enfin, avec les fibres les plus fines, les indigènes confectionnent aussi des tissus pour le vêtement.
- Il convient de signaler un point d’histoire intéressant : ce fut un officier de la Marine, John White, qui, en 1820, introduisit la fibre d’abaeâ aux Etats-Unis : ce fut le point de départ de l’industrie de la corderie américaine.
- R. L.
- 1. Aujourd’hui, on leur préfère généralement des câbles en fils d’acier spéciaux inoxydables, moins volumineux, mais qui ont cependant l’inconvénient de ne pas « prévenir » qu’ils sont sur le point de se rompre : le câble en textile s’effiloche, le câble métallique peut se rompre d’un seul coup sans prévenir par quelque signe que ce soit.
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- Fig-, 1. — La coupole de l’observatoire du Mont Palomar, pesant 1 000 t.
- Pour pénétrer plus avant au cœur des mystères de l’univers et pour s’initier en particulier à la vie des étoiles, on s’efforce aux États-Unis de pourvoir les observatoires des plus grands télescopes qui aient jamais été construits. Les meilleurs de ces observatoires ont été édifiés au sein des montagnes californiennes, en raison du climat privilégié de cette région dont la température nocturne en été .varie de moins d’un demi-degré centigrade. C’est là un avantage inappréciable, car les lentilles géantes et les miroirs des télescopes ne subissent ainsi aucune déformation du fait des changements de température.
- Le plus grand des trois télescopes géants d’Amérique et du monde est celui du Mont Palomar, en Californie méridionale. Son miroir réflecteur qui mesure 5 m OS de diamètre a été coulé, après de nombreux essais, à la manufacture « Corning Glass Works » de l’État de New-York et transporté par train spécial à travers toute l’étendue des États-Unis. Sans la guerre, il serait déjà monté ; depuis 1936, on le rode et le polit au laboratoire d’optique de l’Institut californien de Technologie de Pasadena.
- Si le miroir a plus de 5 m, le reste de l’observatoire est naturellement à sa mesure. La coupole qui l’abritera a 45 m de diamètre et 45 m de haut. Le miroir pesant à lui seul 500 t, le tube qui le supporte en pèse autant ; la partie mobile du télescope pèse à elle seule 1 000 t et les fondations sur lesquelles elle repose s’enfoncent à une profondeur de 5 m, le support du télescope proprement dit pénètre jusqu’à 8 m. La trappe par laquelle on a a une magnifique échappée sur le ciel ne mesure pas moins de 9 m.
- Cette masse énorme et pesante est construite avec tant de précision qu’il suffit d’un moteur d’un demi-cheval pour la mouvoir. Aucune lumière n’interfère avec la clarté des étoiles dans la splendeur des nuits californiennes, puisque la ville la plus proche, Pasadena, se trouve à plus de 200 km.
- On espère qu’en 1950 un autre télescope géant, dont le miroir aura 3 m 048, sera prêt à fonctionner à l’observatoire Lick du Mont Hamilton, à quelque 110 km de San Francisco et à 1 380 m au-dessus du niveau de la mer. Il remplacera celui de 0 m 9144 dont on se sert depuis 1868 et que l’on considère encore comme n’ayant pas son pareil pour la visibilité. Le miroir que l’on est en
- LES TELESCOPES GÉANTS : D'AMÉRIQUE =
- train de roder aura une épaisseur de 0 m 4572 ; il est perforé en son centre d’un trou large de 0 m 6096 pour les observations astronomiques dites de Cassegrain, ce qui donne une longueur de foyer de 37 m 352. Par le système coudé, le foyer est à 97 m 44 ; avec le système de Newton, à 16 m 24.
- Le miroir de cet observatoire sera coulé d’un verre expansible du dernier modèle, dont il ne faudra pas moins de 9 t. Logé dans un tube métallique de 35 t, l’énorme support fourchu pèsera 50 t.
- Quant au troisième de ces télescopes géants, il se trouve à l’observatoire du Mont Wilson, près de Pasadena, et est vieux déjà de 28 années ; son miroir mesure 2 m 54 de diamètre.
- Ces trois observatoires se répartissent l’ensemble des explorations astronomiques, sans doubles emplois, utilisant chacun au mieux les caractéristiques propres à son télescope particulier.
- Fig. 2. — Le disque de ciment de 20 t faisant contrepoids à la monture du télescope en attendant que le miroir de S m 08 de diamètre soit mis en place.
- Au haut de l’échelle, le directeur Harley C. Marshall.
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- Fig. 3. — La monture du miroir géant en essai à l’Institut californien de technologie de Pasadena. — 4. Le tube du télescope du Mont Palomar, dans sa coupole. — 5. Observation au télescope de 2 m 34. — 6. L’observatoire du Mont Wilson, vu d’avion. — A gauche, les tours de photographie du spectre solaire
- et le télescope de 1 m 52 et à droite, celui de 2 m 54. — 7. Une des premières photographies de la grande nébuleuse d’Orion (au centre),
- dont la lumière met 1 600 ans pour parvenir à la Terre.
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- Ce que nous coûte le manque d’agrumes
- Le Boyaume-Uni, comme la France, a été totalement privé d’oranges, de pamplemousses et de citrons pendant les six années de guerre, détail que nous ignorions, pour notre part, imaginant que nos voisins recevaient tout de même quelques cargaisons de ces fruits exotiques. On peut se demander s’ils étaient réellement indispensables, devant l’accaparement des transports maritimes par les impérieux besoins de l’armement. Un médecin anglais qui jouit d’une haute réputation dans les milieux scientifiques, le Dr P. P. Dalton, n’hésite pas à répondre par l’affirmative, au cours d’une interview parue dans le Daily Mail.
- Ce manque d’agrumes, affirme-t-il, est responsable de notre actuel état de débilité : il nous prédispose à l’attaque de l’in-fluenza, mais surtout à celle du scorbut, maladie qui sévissait jadis sur les navires de guerre et les bateaux de commerce au long cours et qui ne disparut que grâce à l’initiative du célèbre Capitaine Cook : non content de donner à ses équipages légumes et fruits frais, il les contraignait à boire chaque jour du jus de citron.
- On sait que le scorbut se manifeste par le gonflement des gencives et la chute des dents. Or, depuis quelques mois, les dentistes d’Angleterre (et ceux de France sont dans le même cas) se voient assiégés par des clients des deux sexes qui ne viennent plus pour un simple plombage ou pour une extraction, mais bien pour les soins que réclame toute leur denture ; et, le plus souvent, constate le Dr Dalton, ils sont contraints de démeubler la bouche et de fabriquer un appareil. D’après eux, les mâchoires qu’on leur présente maintenant ne se prêtent plus à leur travail : elles sont molles, quasi spongieuses ; et c’est bien là le symptôme du scorbut.
- Des expérienpes scientifiques_pjqt mis en lumière le rôle de la vitamine C, qui est celle des agrumes. Si l’on en donne 500 mg à un homme qui suit un régime normal (comme celui d’avant-guerre), il en expulsera environ la moitié, dans un intervalle de l'ordre de deux heures et demie. Si l’on fait absorber la même dose à un « homme d’aujourd’hui », il n’en expulsera qu’une fraction dans le même intervalle : 11 pour 100 au lieu de 50. Le corps humain est si avide de cette vitamine que, lorsqu’il en a manqué pendant un certain temps, il l’absorbe « comme une éponge sèche le fait de l’eau ».
- Sinusite et rhumatismes.
- Le rôle physiologique de la vitamine C est beaucoup plus considérable qu’on le supposait : elle s’attaque à l’infection des sinus et l’empêche de se répandre dans d’autres parties du corps. Chez les sujets qui ne consomment pas une quantité suffisante d’agrumes, cette infection filtre hors des sinus, gagne tout le système, ouvre la porte à l’influenza, en cas d’épidémie, et provoque certaines formes de rhumatismes.
- C’est encore au manque de vitamine C que le Dr Dalton attribue le relâchement de l’esprit d’initiative, la baisse de la vision, la baisse de la mémoire.
- Sur ce domaine, les enfants anglais (et leurs camarades français) sont mieux favorisés que les adultes, les distributions d’oranges par le ravitaillement leur étant réservées. Ils ne manquent pas non plus de vitamines B, qui sont celles du lait, tandis que le reste de la population dut s’en passer pendant toute la guerre.
- Le savant praticien donne quelques conseils aux personnes qui souffrent de l’impossibilité de. se procurer oranges, citrons et pamplemousses : elles ne doivent négliger aucune occasion de manger l’extrémité verte des légumes frais ; par exemple, les fanes de radis. Il recommande encore de boire l’eau dans laquelle on a
- fait bouillir les légumes verts pour confectionner de la soupe ou des sauces. Les vitamines synthétiques ne sont pas à négliger ; mais il faut en prendre des doses beaucoup plus fortes que celles qu’indiquent les étiquettes des flacons. Nos organismes d’après-guerre sont tellement dépourvus de vitamines C qu’il serait absurde de redouter d’en absorber trop. Il saute aux yeux que ces fabrications pharmaceutiques ne sauraient valoir le produit naturel ; cependant, à défaut de mieux.... On peut établir ici une comparaison avec la question des engrais : ceux qui sortent des usines remplacent pour quelque temps ceux qui sont d’origine animale ; mais, au bout de quelques années, ils donnent au sol une consistance poussiéreuse, ce que ne fait pas le vulgaire fumier.
- L’interview se termine sur une anecdote dont nous trouverions de nombreux pendants chez nous. Au début de l’hiver dernier, l’Afrique du Sud dépêcha un représentant chargé de proposer à l’Angleterre la vente de toute sa récolte d’agrumes ; il offrait même de l’expédier dans des boîtes de fer-blanc où les fruits conserveraient leur jus. L’occasion paraissait d’autant plus tentante que de nombreux navires retournaient sur ballast en Europe ; on pouvait donc obtenir les plus bas prix de transport. Malheureusement, il n’y avait pas de liaison entre les deux ministères intéressés ; le Gouvernement britannique déclina la proposition — sur quoi le représentant se rendit en Suède où l’offre fut acceptée séance tenante.
- Les plus gros mangeurs d'oranges.
- Ce sont, dans le monde, les Etats-Unis qui consomment le plus d’agrumes par tête d’habitant : sur une population de 140 millions d’âmes, fort peu nombreuses sont les personnes qui ne mangent pas au moins deux oranges par jour.
- Quand je vivais en Amérique du Nord, vers la fin du siècle dernier, la grosse pomme rouge y était le fruit de consommation courante : les marchands des quatre-saisons la promenaient dans les rues et les ouvreuses des théâtres la vendaient au public, pendant les entr’actes ; denrée de luxe, l’orange se voyait délaissée.
- Dix ou douze ans plus tard, les plantations d’orangers commencèrent à se multiplier, tant en Californie qu’en Floride ; mais la consommation ne se développait pas, à beaucoup près, aussi rapidement que la production. Si la mémoire m’est fidèle, ce fut après la première guerre mondiale que les planteurs se groupèrent en une puissante association, prête à tout tenter pour triompher de l’indifférence du peuple américain. Et elle eut ce trait de génie : obtenir de quelques médecins plus ou moins connus la déclaration que l’on ne pouvait se bien porter sans avaler chaque matin un jus d’orange. Une publicité formidable s’organisa : tous les journaux et tous les magazines répétèrent à l’envi le verdict. Lorsque je revins à New-York en 1927, la campagne avait porté ses fruits : chacun se croyait contraint, sous peine de mort ou de maladie, de boire au saut du lit le jus de deux oranges ou celui d’une pamplemousse, additionné d’une cuillerée de sucre ; et, dans les rues de la grande ville, je constatai que, tous les cent pas, une échoppe débitait encore du jus d’orange.
- Cette vogue, qui s’est étendue au Canada, explique le développement prodigieux qu’a pris la culture des agrumes dans les régions des États-Unis qui s’v prêtent par leur climat. En 1940, la Californie a produit 4S 287 000 caisses d’oranges, 13 430 000 de citrons, 1 794 000 de grape-fruits ou pamplemousses, tandis que la production de la Floride s’élevait à 29 800 000 caisses d’oranges et 21 100 000 de pamplemousses.
- Victoe Forbin.
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- LES NOUVEAUX PITHÉCANTHROPES
- et le problème de l'origine de l’Homme
- En 1891, le naturaliste hollandais Dubois découvrait à Trinil, dans l’île de Java, une calotte crânienne qu’il attribuait d’abord à un Chimpanzé fossile ; la trouvaille d’un fémur et de quelques dents lui faisaient bientôt modifier son point de vue et estimer que l’ensemble de ces pièces appartenait à un être nouveau, intermédiaire entre l’Homme et les Singes ; c’était le Pithécanthrope, Pithecanthropus erectus.
- On sait les discussions passionnées qu’a soulevées ce fossile. Considéré par les uns comme un véritable Homme, c’était, pour d'autres, un Singe anthropoïde, probablement un Gibbon géant. Il ne fait plus de doute aujourd’hui qu’il n’appartienne au même groupe zoologique que nous, la famille des Hominidæ ; mais ce n’est pas un Homme ou, plus exactement, il ne rentre pas dans le genre Homo. C’est une forme beaucoup plus primitive que tous les Hommes actuels ou fossiles déjà connus et que distingue la présence de nombreux caractères de transition d’avec les Anthropoïdes. A côté des Hommes proprement dits, ou « Hominiens », il représente un type précurseur, les « Préhominiens ».
- Pendant longtemps, le Pithécanthrope de Trinil a été le seul spécimen des Préhominiens. La découverte, en 1928, du Sinanthrope de Chine a brusquement élargi nos connaissances sur ceux-ci. Les fouilles exécutées de 1928 à 1939 dans le gisement de Choukoutien, près de Pékin, ont en effet mis à jour les restes de près de 40 Sinanthropes U) : plusieurs crânes ont pu être reconstitués ; un nombre considérable de dents, différents os des membres, ont été découverts. Des monographies exhaustives ont été publiées dont la plus importante, celle du Dr Weidenreich sur le crâne de ce fossile, a paru en 1943. Toutes ces études confirment l’étroite ressemblance de « l’Homme-Singe » de Chine avec celui de Java. Ce ne sont là que deux variétés, deux races tout au plus, d’une même espèce. Et l’abondance des renseignements obtenus sur le Sinanthrope était telle que tout l’intérêt se portait sur lui, le Pithécanthrope ayant donné, semble-t-il, tout ce qu’on pouvait en tirer.
- Les choses devaient changer en 1937 quand le géologue hollandais von Kônigswald, qui étudiait à Java les terrains quaternaires, annonça la découverte à Sangiran, localité à quelque distance de Trinil, d’un second crâne de Pithécanthrope ; un fragment d’un autre crâne était trouvé par lui peu après. Les deux nouvelles pièces ressemblaient tout à fait à celle de Trinil, « comme un œuf à un œuf », spécifiait leur inventeur. Cette découverte, 46 ans après celle de Dubois, et à un moment où l’attention s’était détournée de Java, confirmait d’une façon inattendue celle du savant hollandais. Elle permettait de préciser certains détails mal conservés sur le Pithécanthrope de Trinil et que le second crâne, plus complet, mettait bien en évidence. Mais, par leur ressemblance même avec le fossile de 1891, ces nouvelles pièces ne changeaient pas nos idées sur la A-aleur zoologique de celui-ci, ni sur sa place dans l’arbre généalogique de l’Homme.
- On ne peut en dire autant de deux autres découvertes, faites elles aussi par von Kônigswald à Java, en 1939 et 1941. La pre-
- 1. Les restes du Sinanthrope étaient conservés à Pékin. Mis en caisses pour être envoyés à l'abri en Amérique, au moment de l’entrée en guerre des Japonais, ils ont été capturés par ceux-ci. On ne les a pas encore retrouvés et on ne sait ce qu’ils sont devenus. Ainsi ces précieux fossiles, dont la découverte avait demandé 10 ans de travail, avait nécessité le déblaiement de milliers de mètres cubes de roche et coûté plusieurs millions de francs, sont peut-être perdus pour toujours. Lourde charge de plus à mettre au bilan de la plus meurtrière et la plus néfaste des guerres qu’a subies l’humanité 1
- mière avait été connue en France par un très court résumé paru au début de la guerre dans une re\rue anglaise. La seconde, faite juste avant l’occupation de Java par les Japonais, à un moment où la France n’avait plus de relations avec les pays anglo-saxons, était restée ignorée de nous jusqu’à l’an dernier. Les originaux des pièces sont à Java et, aujourd’hui encore, on ne sait ni leur sort, ni celui de leur inventeur. Mais ce dernier, heureusement, avait eu la bonne idée de faire faire des moulages des ossements et de les envoyer aux États-Unis. Le professeur F. Weidenreich, qui s’était déjà signalé par ses recherches sur le Sinanthrope, a examiné ces moulages ; il en a reconnu l’exceptionnelle valeur et les a longuement étudiés. Il vient de publier à leur sujet un long mémoire (x) dont l’intérêt est d’autant plus grand qu’il vise à modifier nos conceptions sur l’origine de l’Humanité. J'en résumerai ici les conclusions essentielles.
- La trouvaille de 1939 comprenait la moitié postérieure d’un crâne et la majeure partie de la mâchoire supérieure.
- Le crâne frappait par ses grandes dimensions, nette-ment supérieures à celles des Pithécanthropes déjà découverts. Yon Kônigswald avait cru expliquer cette différence en admettant qu’il s’agissait d’un mâle alors que
- le crâne de 1937, comme celui de Trinil, aurait appartenu à une femelle. Mais il n’y a pas qu’une différence de taille. Un fait remarquable est la présence sur la voûte du crâne d’une sorte de bourrelet longitudinal formant arène tout le long de la ligne médiane. Sans être identique à la crête que l’on rencontre à cet endroit sur les crânes des Singes anthropoïdes, ce bourrelet la rappelle jusqu’à un certain point. C’est là une disposition très primitive et essentiellement simienne. On en trouve bien l’ébauche sur les autres Pithécanthropes et sur les Sinanthropes, mais elle est loin d’y atteindre le degré réalisé sur le nouveau spécimen. Il est superflu de dire qu’elle n’existe jamais chez l’Homme.
- La mâchoire supérieure est plus curieuse encore. Elle frappe d’abord par ses très grandes dimensions, supérieures à celles des Hommes actuels, bien que le crâne soit beaucoup moins volumineux que le nôtre. Sa partie antérieure, celle qui est au-dessous du nez, est fortement prognathe, c’est-à-dire qu’elle est oblique
- Fig. 1. — Reconstitution, d'après Weidenreich, du crâne du Pithecanthropus robustus.
- La saillie de la canine et le diastème qui sépare cette dent de celle située en avant sont bien visibles. La mâchoire inférieure n’appartient pas à cette espèce, mais au Pithecanthropus erectus ; les dents y sont disposées comme chez l’IIommc.
- 1. Anthropological Papers of the American Muséum of Natural History, t. 40, 1945, fasc. 1.
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- au lieu d’être verticale comme chez nous ; elle proémine en un petit museau dont le profil, concave en haut, rappelle celui de certains Singes.
- Chez tous les Hommes, actuels et fossiles, le bord tranchant des dents est au même niveau. Il en est de même chez le Sinanthrope. On sait que chez beaucoup d’animaux, en particulier les grands Singes, les dents canines font une forte saillie et dépassent le plan des autres dents. C’est cette disposition qu’on observe à la mâchoire supérieure du Pithécanthrope de 1939 où le dépassement de la canine, pour faible qu’il soit, n’en apparaît pas moins (fig. 1). Un important caractère s’y ajoute : la présence, en avant de cette canine, d’un intervalle ou « diastème ». Chez les Mammifères à grandes canines, cet intervalle est constant ; il correspond à ce fait que, lorsque les deux mâchoires sont au contact, la canine d’en bas glisse en avant de celle du haut et se loge entre elle et l’incisive correspondante. Chez l’Homme, où les canines ne font aucune saillie, il n’y a jamais de diastème ; le Sinanthrope, lui aussi, n’en possède pas. Ici, non seulement il y en a un, mais ses dimensions, 5 mm à droite, 6,2 mm à gauche sont comparables à celle des Singes anthropoïdes, ce qui laisse présumer que les canines d’en
- b
- Fig. 2. — Coupes ' transversales faites au même niveau à travers les mâchoires inférieures du Méganthrope (a), d’un indigène de Mélanésie (b) et d’un Européen actuel (c) ; grandeur naturelle.
- bas devaient être volumineuses. C’est là un cas absolument unique dans la famille des Hominidæ. Il montre que la mâchoire du nouveau fossile était beaucoup plus simienne que toutes celles déjà connues.
- Ainsi, le Pithécanthrope de 1939 diffère à la fois des Pithécanthropes antérieurs et du Sinanthrope. Beaucoup plus primitif qu’eux, il ne peut être considéré comme appartenant à la même espèce. C’est une forme nouvelle pour laquelle Weidenreich a proposé le nom de Pithecanthropus robustus.
- La pièce découverte en 1941 est bien plus réduite : un morceau de mâchoire inférieure, mais son importance est encore plus grande. Un coup d’œil jeté sur la figure 2 montre en effet que cette mâchoire a une taille qui dépasse de beaucoup ceUe des mâchoires d’Européens, et même celle des indigènes de Mélanésie, bien que, de tous les Hommes actuels, ce soient ces derniers qui ont les maxillaires les plus volumineux. Toute une série de mesures, minutieusement prises, confirment par des chiffres ces grandes dimensions. Elles montrent que la nouvelle mâchoire de Sangiran était plus grande, non seulement que celles de tous les Hommes actuels ou fossiles connus, mais aussi que celles de la grande majorité des Anthropoïdes, à l’exception de quelques gros Gorilles mâles. Les dents aussi participent à ce gigantisme ; elles dépassent largement celles du Sinanthrope.
- A cela s’ajoutent divers caractères très primitifs, en particulier l’absence de menton et la forme fuyante en arrière de la partie antérieure du maxillaire. Mais certaines dispositions montrent que, néanmoins, par les grands traits de sa structure, on n’a pas là un Singe. C’est toujours un Préhominien ; il s’agit seulement d’une seconde forme nouvelle, forme géante qui diffère de toutes celles déjà connues. Von Kônigswald lui a donné le nom de Megan-thropus.
- Si étonnant que cela puisse paraître, ce Meganthropus a encore plus grand que lui.
- La pharmacopée chinoise utilise, entre beaucoup de produits étranges, ce qu’elle appelle les « os du dragon » : os et surtout dents fossiles, trouvés par les paysans dans les gisements tertiaires et quaternaires de la Chine. Les boutiques des apothicaires constituent ainsi pour les paléontologistes un champ d’exploration inattendue où il leur est arrivé de faire de sensationnelles trouvailles. C’est dans ces conditions, par exemple, que fut achetée à Pékin, au début de ce siècle, la première dent de Sinanthrope : sa signification réelle ne devait être reconnue que 30 ans plus tard !
- Au cours de prospections dans les pharmacies de la Chine méridionale, von Kônigswald avait recueilli un grand nombre de dents, correspondant à une faune que l’on trouve à la base du Quaternaire, dans les dépôts « à terre jaune » des grottes ou des brèches des montagnes de cette région : dents d’Orang, de Tapir, de Daim, de Porc, de Rhinocéros, ainsi que d’une espèce disparue d’Éléphant, le Stegodon. Dans les mêmes conditions, entre 1934 et 1939, le paléontologiste hollandais trouvait, à Hong-Kong, trois molaires très volumineuses qu’il lui parut logique d’attribuer à la même faune, et dont la forme était telle qu’on ne pouvait la rapporter qu’à un Anthropoïde ou à un Homme.
- Son étude le conduisit à la première conclusion : il s’agissait là d’un Anthropoïde géant et jusqu’ici inconnu, auquel il donna le nom de Gigantopithecus. Pour autant que l’usure des dents lui permettait de se prononcer, la nouvelle forme se rapprocherait d’un Anthropoïde fossile du Tertiaire des monts Siwalik, dans l’Inde, et qui, lui aussi, possédait une forme géante, le Sivapi-thèque.
- Pour M. Weidenreich, la découverte du Méganthrope éclaire la véritable signification du soi-disant Gigantopithèque. Ce serait en réalité un Préhominien, dans lequel s’exacerberait en quelque sorte cette tendance au gigantisme qui se manifestait déjà chez le nouveau Pithécanthrope et le Méganthrope. Le dessin de ses molaires est beaucoup plus humain que simien. Son véritable nom devrait être Gigantanthropus.
- Vivant dans le Sud de la Chine, ce précurseur géant de l’Homme y représentait ce qu’était le Pithécanthrope à Java et le Sinanthrope en Chine du Nord. Certes, ses ossements n’ont jamais été signalés. Mais les dépôts quaternaires de cette région ont été à peine explorés. Et l’on sait que les « terres jaunes » des grottes du Yunnan et du Kouang-Si renferment parfois, à côté des restes de Mammifères énumérés plus haut, des amas de coquilles d’eau douce qui ne peuvent être venues là naturellement, ou encore une abondance anormale d’ossements de Porc ; il y a peut-être des traces de feu et on a même cru voir quelques pierres taillées. Tout cela suppose l’action d’un être humain ou préhumain. Pour les plus anciens au moins de ces dépôts, l’être en question ne serait-il pas le Gigantopithèque ?
- Une série de mensurations de M. Weidenreich met bien en relief la taille considérable de celui-ci. Le volume de ses dents est de cinq à six fois supérieur à celui des dents de l’Homme, et près du double de celles du Gorille, le plus grand des Anthropoïdes actuels. Il dépasse de beaucoup les dents du Sinanthrope et dû Pithécanthrope (fig. 3). Les chiffres suivants, qui indiquent l’aire approximative de la face triturante des molaires supérieures, donnent une bonne idée de ces rapports. Le Méganthrope n’est pas inclus dans cette liste, car on n’en possède que des dents du bas ; pour celles-ci, il est entre le Pithécanthrope et le Gorille.
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- Gigantopithèque ........................... 301 mm2
- Gorille ................................... 216 »
- Pithécanthrope robuste .................... 167 »
- Sinanthrope (le maximum connu)........ 162 »
- Homme actuel ......................*.. 122 »
- En partant du volume des dents, M. Weidenreich a essayé de se faire une idée des dimensions générales de ces êtres. Une telle recherche est très aléatoire, car le développement des dents n’est pas forcément parallèle à celui du corps. Il existe cependant une certaine relation. Pour l’auteur américain, le Méganthrope atteignait la taille d’un fort Gorille ; or, un tel animal peut aller jusqu’à 250 kg. Le Gigantopithèque devait dépasser de beaucoup celui-ci. Il s’agirait bien là de formes géantes.
- Les découvertes de von Konigswald ont donc singulièrement élargi nos connaissances sur les Préhominiens. Nous savons maintenant que le Sinanthrope et le Pithécanthrope de Trinil ne sont pas les seuls représentants de ce groupe ; trois autres formes au moins doivent y être rangées : deux à Java et une dans le Sud de la Chine. Plus primitives que les précédentes, elles se caractérisent essentiellement par une tendance au gigantisme qui va s’accroissant du Pithécanthrope de 1939 au Méganthrope, et de celui-ci au Gigantopithèque. Leur connaissance nous apporte-t-elle des données sur le problème fondamental de la Paléontologie humaine, celui de l’origine de l’Homme ?
- Il y a un certain nombre d’années, plusieurs anthropologistes ont émis l’idée que les premiers Hommes étaient de très petite taille, véritables nains dont les races de Pygmées actuelles seraient les derniers vestiges. Ils accompagnaient cette hypothèse de divers arguments. D’abord ce fait de paléontologie générale, que tous les groupes de Mammifères dérivent d’espèces de faibles dimensions et ne produisent que peu à peu des formes plus grandes. Puis on avait cru trouver chez les Pygmées toute une série de traits, anatomiques, physiologiques, psychologiques, qui les faisaient considérer comme les plus primitives de toutes les races, celles qui auraient gardé le plus de caractères ancestraux. Il n’était pas jusqu’aux mœurs de ces Pygmées qui n’auraient été celles que l’on attribuait aux premiers Hommes.
- Les travaux ultérieurs ont fait justice de cette thèse contre laquelle il suffit d’objecter qu’aucun des Hommes ou Préhommes fossiles découverts jusqu’ici n’est un Pygmée. On constate cependant que nos premiers ancêtres n’étaient pas de grande taille : l’Homme de Néanderthal mesurait 1 m 85 à peu près ; le Sinanthrope paraît avoir eu la même stature.
- Les nouveaux Préhominiens de von Kônigswald nous amènent, estime M. Weidenreich, à une toute autre conception. Leurs caractères primitifs les placeraient à la base des formes déjà connues. Le Gigantopithèque est sans doute l’ancêtre du Sinanthrope ; il serait aussi l’ancêtre du Méganthrope qui, à son tour, aurait donné le Pithécanthrope robuste et, par l’intermédiaire de celui-ci, le Pithécanthrope de Trinil. Loin de dériver de formes de petite taille, comme on l’admettait jusqu'ici, l’Homme descendrait donc de formes géantes au crâne massif. L’évolution humaine se serait faite par réduction progressive, ce qui expliquerait ce fait, qui avait toujours paru étrange, que beaucoup des Hommes fossiles trouvés jusqu’ici dans les différentes parties de l’ancien Monde, Homme de Piltdown en Angleterre, Homme d’Heidelberg en Allemagne, Homme de Rhodésie en Afrique du Sud, etc., se caractérisent par l’épaisseur extraordinaire de leurs os et la massivité de leur squelette. Les vieilles mythologies, qui disaient qu’au début la Terre était peuplée d’une race de géants, auraient eu, sans le savoir, un fond de vérité I
- Pour ingénieuse qu’elle soit, la conception de M. Weidenreich ne peut cependant être admise sans discussion. De ce que Méganthrope et Pithécanthrope robuste ont des caractères plus archaïques que le sujet de Trinil, cela ne signifie pas qu’ils en soient les ancêtres. Ne voyons-nous pas, de nos jours, des races très primitives, comme les Australiens, coexister avec des races très évo-
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- luées comme les Européens ou les Mongols ? Le même fait s’observe constamment dans les groupes animaux, et il n’est pas douteux qu’il en était de même autrefois. D’autre part, du point de vue de la géologie, Gigantopithèque, Méganthrope, Pithécanthrope robuste et Pithécanthrope proprement dit, paraissent sensiblement contemporains. Tant que de nouvelles découvertes, bien datées stratigraphiquement, ne nous auront pas apporté des faits précis, rien ne nous permet de considérer certains d’entre eux comme plus anciens. J’ajouterai enfin qu’admettre que l’Homme dérive de formes géantes va tellement à l’encontre de toutes les données courantes de la Paléontologie, qu’il faudrait des preuves plus formelles que celles avancées par M. Weidenreich pour faire accepter sa thèse.
- Mieux vaut donc, pour le moment, s’en tenir à la simple constatation des faits. Elle est très importante puisqu’elle nous apporte cette notion, totalement insoupçonnée, que les Préhominiens de la base du Quaternaire, loin de présenter un type homogène, comprenaient un certain nombre de formes nettement distinctes. La comparaison de ce fait avec ce que nous savons des Hommes et
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- Fier. 3. — Dents molaires de Gigantopithèque (1), Gorille (2), Sinanthrope (3), et Homme actuel (4), vues par leur face triturante (rangée du haut) et par côté (rangée du bas) ; grandeur naturelle.
- Une des racines de la dent du Gigantopithèque était cassée.
- des Anthropoïdes fossiles est déjà, en elle-même, lourde de conséquences.
- Pendant longtemps, on s’est représenté l’évolution humaine comme un développement continu. D’un type archaïque, le Pithécanthrope, serait né un autre, plus évolué, mais qui a gardé encore beaucoup de caractères primitifs, l’Homme de Néanderthal ; c’est de celui-ci que se seraient différenciées les races actuelles. On a vu, par la suite, que ce schéma était trop simple. L’Homme de Néanderthal comprend plusieurs races, différentes entre elles, et dont la plupart, sinon toutes, se sont éteintes sans se continuer avec les Hommes d’aujourd’hui. Avant lui existaient d’autres types humains, plus primitifs, dont l’un au moins ne peut être regardé comme son ancêtre et forme un tronc séparé, l’Éoanthrope de Piltdown.
- Cette multiplicité des représentants du genre Homo, quel que soit leur âge géologique, voilà que nous la retrouvons maintenant chez les Préhominiens puisque quatre formes au moins, très nettement distinctes, ont vécu dans la seule zone qui va de Pékin à Java. Mais elle n’existe pas que chez les Hominidés. Les recherches des paléontologistes ont montré qu’elle s’observe déjà chez les grands Singes anthropoïdes du Miocène et du Pliocène. En Europe, comme en Asie et comme en Afrique, on assiste chez
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- ceux-ci à une extraordinaire floraison d’espèces nouvelles ; elles forment un buisson dont certaines branches montrent une tendance vers le Chimpanzé et le Gorille, d’autres vers l’Orang, d’autres vers l’Homme. La majorité de ces branches n’a pas dépassé le Tertiaire. Trois se sont poursuivies jusqu’aux Anthropoïdes actuels. De celles qui tendaient vers l’Humanité, la plupart se sont éteintes ; certaines d’entre elles cependant, comme les Australopithèques d’Afrique du Sud, Primates qui ressemblaient au Chimpanzé, mais avaient une dentition pareille à la nôtre et marchaient peut-être debout, devaient être sur le point de franchir le seuil qui sépare le Singe de l’Homme.
- Une de ces branches, quelque part, semble-t-il, dans le Sud-Est de l’Asie, a continué son évolution et a donné l’Homme. Mais la tendance à la ramification n’a pas cessé pour cela : à tous les éhelons, aussi bien chez les Préhominiens que chez les Hommes de Néanderthal, cette branche a donné des rameaux dont quelques-uns seulement ont abouti aux races actuelles, tandis que les autres s’éteignaient sans descendance. C’est parmi ces derniers qu’il faut sans doute ranger les formes géantes de Préhominiens découvertes par von Konigswald comme, plusieurs centaines de milliers d'années plus tard, la plupart des Hommes de Néanderthal. Le même
- processus continue de nos jours, puisque nous assistons actuellement à l’extinction de certaines races, Tasmaniens, Fuégiens, Boschimans, rameaux stériles qui ne participeront pas au développement ultérieur de l’Humanité.
- Loin d’apparaître comme une exception, les nouveaux Préhominiens de Java et du Sud de la Chine nous apportent ainsi une nouvelle preuve de cette admirable puissance d’expansion qui se manifeste chez les Primates supérieurs depuis la seconde moitié du Tertiaire, et a finalement abouti à l’apparition de l’Homme. Contrairement à ce que pense Weidenreich, Gigantopithèque, Méganthrope et Pithécanthrope robuste ne seraient pas nos ancêtres ; ce ne seraient que des cousins dont la tendance au gigantisme a peut-être été, comme cela se constate souvent chez les Vertébrés, la cause même de la mort. Comme la plupart des Anthropoïdes fossiles jusqu’ici découverts, comme La grande majorité des Hommes de Néanderthal, ce sont les cadavres restés sur la route le long de laquelle, lentement et péniblement, s’est différenciée l’Humanité.
- Henri V. Vallois, Directeur de l’Institut de Paléontologie humaine.
- L'art de tomber
- Il y a de cela quelque 20 ans, faisant des acrobaties sur une balustrade, je tombai de la hauteur du premier étage environ. Je m’écorchai l’oreille et reçus une fessée. Cinq ans après, je tombai d’un banc et me cassai le bras.
- Je n’avais jamais beaucoup réfléchi sur cette différence de résultats, acceptant à l’instar de bien d’autres les coups du sort sans trop épiloguer sur leurs causes.
- Un article d’une revue américaine {Collier s, J. T. Flexner) me prouve que je n’avais pas l’esprit scientifique et les qualités qui font un inventeur. Enfin d’autres les ayant eus, nous pouvons profiter de ce qu’ils ont appris.
- On cite l’exemple d’une femme qui volant au-dessus de l’Alaska avec son mari tomba de 500 m" de haut. Le mari atterrit, retrouva le corps et constata que sa femme n’était pas morte. Elle guérit d’ailleurs, car elle était tout de même blessée.
- De Haven, un savant américain s’est occupé de ce problème assez délicat. En effet, on manque, en général, de données précises en cas d’accident. Il faudrait savoir de façon exacte comment les gens tombent.
- L’étude des suicides a révélé toute une série de faits intéressants. Je me souviens avoir vu au cinéma un jeune désespéré qui avait annoncé qu’il se jetterait par la fenêtre à une heure fixée par lui, ce qui permit aux cinéastes de venir filmer l’événement. Il est certain qu’avec des désespérés aussi complaisants une étude scientifique des chutes rentre dans le domaine du possible.
- Un jeune homme, dont le cas fut étudié par de Haven, se jeta d’une fenêtre du dixième étage. Il heurta le sol quelque 40 m plus bas et se releva sans blessures. -De Haven constata d’abord que le désespéré était tombé à plat et ensuite que le sol était du sable assez mou dans lequel il avait pénétré de plusieurs centimètres. La chute avait été ainsi ralentie par les quelques centimètres de sable. De plus, le poids du corps était réparti sur une assez grande surface, le sujet étant tombé à plat.
- Une autre candidate au suicide, une femme de 42 ans se jeta du sixième étage, tomba dans un massif de fleurs et se releva. La conclusion est que si la chute se fait sur un objet pouvant
- faire effet de coussinet élastique, on a quelques chances de se tirer d’affaire.
- Des personnes sont tombées sur le toit d’une auto ou sur des toitures légères qui cédèrent. La femme de l’aviateur était bien tombée de 500 m, mais dans 5 m de neige.
- Par ailleurs, des expériences ont montré que dans les coups portant sur le crâne, le danger était moins grand si la tête était fortement immobilisée.
- La conclusion pratique est qu’en cas d’accident d’auto, par exemple, il faut se fixer le torse contre un. objet solide 6itué en avant et qui ne recevra pas le premier choc ; en même temps il faut serrer la tête contre cet objet.
- Il y a, paraît-il, des gens qui volontairement écrasent leur auto contre un arbre ou un mur et ont mis au point une technique dont on peut s’inspirer.
- Juste avant l’accident, le conducteur saute à l’arrière, s’aplatit derrière le siège avant avec ses bras ou ses mains entre la tête et les sièges. De cette façon, la tête est relativement peu secouée.
- En cas de chute, il est conseillé d’essayer de tomber sur n’importe quel objet pouvant faire office de coussin : un auvent, une auto, un toit de hangar, la terre meuble.
- Deuxièmement tomber à plat.
- Telle est schématiquement la technique à suivre si la nécessité nous oblige à nous jeter du sixième étage.
- Pour les chutes de moindre importance, il faut essayer de toucher le sol avec les deux pieds à la fois et c’est sur la plante des pieds et non le talon ou les orteils qu’il est recommandé d’atterrir. Les jambes ne doivent pas être rigides, mais les genoux doivent être demi-fléchis de façon à absorber le choc. Enfin il faut avoir les muscles relâchés, c’est pour cette raison que les enfants et les ivrognes tombent avec moins de danger. Aussi est-il conseillé de s’imaginer que l’on va tomber sur un lit de plume, ce qui permettra le relâchement musculaire.
- Peut-être trouverez-vous les quelques conseils difficiles à appliquer. Auquel cas le mieux est encore, évidemment, de ne pas sauter si on peut l’éviter.
- Dr Gabriel Moxjchot.
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- LE CIEL EN DECEMBRE 1946
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- SOLEIL : Solstice d’hiver boréal le 22 à 10^o3m21s ; la déclinaison du Soleil qui est de — 21°46' le 1er atteint — 23°27' le 22 et revient à — 23°8' le 31 ; la durée du jour, à Paris, est de 8h32m le 1er, de 8hllm du 18 au 25 et revient à SMS® le 31. — LUNE : Phases : P. Q. le 1er à 21M7m, P. L. le S à 17h52m, D. Q. le 15 à 10h57m, N. L. le 23 à 13h6m, P. Q. le 31 à 12h23m ; périgée le 9 à 0h, apogée le 23 à 0h. — Eclipse totale le 8, gr.. = 1,172 (le diamètre de la Lune étant 1) ; phases du phénomène : entrée, de la Lune dans le pénombre à 15h12m, entrée dans l’ombre à 16M0m, début de la totalité à 17h19m, milieu à 17h48m, ûn h 18h17m, sortie de l’ombre à 19h26m, sortie de la pénombre à 20h24m ; cette éclipse sera bien visible en France la Lune s.e levant, pour Paris, à 15h45m. Principales occultations (h. ' . Paris) : le 1er de 69 Verseau (5m8) im. 18h37m,0 et de ? Verseau (4m2) im. 20h24m,9 ; le M, de '/ Gémeaux (3m7) im. 41* 1 S-’P-; je 131 <je 46 Lion (5m7) éc?., 23hlbw'.l. Principales conjonctions : avec Saturne le 12, 4h, à 3°58' N. ; avea.^Jupitftï le 19, 2Ul, à 1°13' N. ; avec Vénus le 20, 2h, à 1°18' S. ; avec Mercure le 21, 22h, à 0°56' S. — PLANÈTES : Mercure, visible le matin première quinzaine du
- mois, plus gr. élongation le 9 à 20°41' W. du Soleil, diam. app. de 7",8 à 5",9. Vénus, visible le matin, plus gr. éclat le 23, diam. app. de 56", 5 à-i38",6. Mars, invisible, en conj. avec le Soleil. Jupiter, .a'ans la Balance, devient observable le matin, diam. app. de 29" h 30",3, Saturne, dans le Cancer, visible toute la nuit, diam. app. : globe 18", anneau gr. axe 44",8, petit axe 14",0. ÎTranus,- dans le Taureau, visible toute la nuit, diam. app. 3",^. Neptune, dans la Vierge, visible seconde moitié de là nuit, diam. app. 2",4. — ETOILES FILANTES : du 8 du 14, ùéminides, radiant a Gémeaux (météores courts et 'rapides). — ETOILES VARIABLES : Minima observables- o'Algol : le 7 à 4h25, le 10 à 0h51m, le 12 à 22h2m, le 15 à }8J»r*2m, le 27 à 6*7“, le 30 à 2h55m. Minima de pi Lyre, les 11 et 24 'Maximum de S Hercule le 10. — ETOILE POLAIRE : Pas-sage supérieur au méridien de Paris : le 7 à 20h33m57s, le 17 à I9h54m29s, el 27 à 19h15mis.
- L. Rudaux.
- (Heures données en temps universel, tenir compte de la modification de l’heure).
- Le prix Nobel
- de médecine et de physiologie.
- Chaque année, Je prix Nobel récompense et souligne la nouveauté et l’importance d’une grande recherche; Cette fois, celui de physiologie et de médecine va à un généticien, H. J. Muller, né à New-York en 1890. Docteur de Columbia University, puis professeur à l’Université du Texas, il alla continuer ses études en Allemagne qu’il quitta à l’avènement d’Hitler ; il fut ensuite professeur à Moscou, puis à Edimbourg avant de rentrer en Amérique où il est maintenant à l’Université d’Indiana.
- Expérimentant sur l’animal classique des généticiens, la mouche Drosophile, employant pour la modifier dans son hérédité, pour provoquer ses mutations les radiations telles que les rayons X, il a réussi à déclancher d’étranges changements d’ailes, de têtes, de pattes, de couleurs. ; il a su expliquer un grand nombre de faits par les conceptions des chromosomes, de leurs éléments nommés gènes, des positions et des tailles de ceux-ci. Il est ainsi devenu un maître de la science de l’hérédité, si complexe et difficile, dont on peut espérer dans l’avenir des applications possibles à l’amélioration des espèces et à la santé des hommes.
- NOS LECTEURS ÉCRIVENT :
- Le chemin de ier du Yunnan
- (n° 3117, 1er août 1946).
- Le directeur des travaux a été M. Albert Dufouç, né à Genève en 1858, presque nonagénaire aujourd’hui, ingénieur de l’École centrale lyonnaise, promotion 1878.
- Cours et confé
- MARDI 3 DÉCEMBRE. Institut technique du Bâtiment (Musée de l’Homme) : 17 h. 30. M. M. Porte vin : « Les sujétions imposées par l’isolement et le groupement des malades dans la conception d’un projet d’hôpital ».
- MERCREDI 4 DÉCEMBRE. Société des Ingénieurs de l’Autovs&jhile (5, av. Friedland) : 17 h. 45. M. Maillard : « Détermination des températures des pâfpis dans les moteurs thermiques ». — Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. M. Leblanc : « Eclairage des machines-outils ».
- JEUDI S DÉCEMBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Valensi : « Types de réactions hétérogènes ».
- SAMEDI 7 DÉCEMBRE. Institut Océanographique (195, rue Saint-Jacques) : 21 h. M. Louis Gain : « J.-B. Charcot et le Pourquoi-pas ? ».
- LUNDI 9 DÉCEMBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. : « Les acétates de cellulose ».
- MARDI 10 DÉCEMBRE. Institut technique du Bâtiment (Musée de l’Homme) : 17 h. 30. M. H. Schnadt : « Nouvelles méthodes d’étude et d’essai des métaux et leur application aux constructions soudées ». — Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. A. Trompieh : « Rôle de l'ultra-violet dans les phénomènes de détonation ».
- MERCREDI 11 DÉCEMBRE. Société des Ingénieurs de l’Automobile (5, av. Friedland) : 17 h. 45. M. Tenot : « Pertes de charge dans les coudes ». —• Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. J. Ghappat : « Les lampes fluorescentes dans l’industrie ».
- JEUDI 12 DÉCEMBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Prettre : •< Adsorption et catalyse ».
- SAMEDI 14 DÉCEMBRE. Institut Océanographique (195, rue Saint-Jacques) : 21 h. M1"” A, Drilhon : « Pour vivre heureux, vivons cachés ? Mimétisme et homochromie ».
- LUNDI 16 DÉCEMBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Renaud : « La cellulose con-
- rences à Paris
- sidérée au point de vue de son emploi en papeterie ».
- MARDI 17 DÉCEMBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. R. Delaunay : « Le métlianol carburant à partir du bois : réalisation française ». — Institut technique du Bâtiment (Musée de l’Homme) : 17 h. 30. M. Mondineu : « Regards sur les U. S. A. ».
- MERCREDI 18 DÉCEMBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Lebqeuf : « L’éclairage des mines ». — Société des Ingénieurs de l’Automobile (5, av. Friedland) : 17 h. 45. M. Maillard : « Calcul des tensions dues 5 la température dans les parois des moteurs thermiques ».
- JEUDI 19 DÉCEMBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Goldfinger : « Réactions d’atomes et de radicaux libres ».
- SAMEDI 21 DÉCEMBRE. Institut Océanographique (195, rue Saint-Jacques) : 21 h. Commandant J. Rouen : « Le Docteur Jules Richard ».
- DIMANCHE 22 DÉCEMBRE. Société astronomique de France (Institut Océanographique, 195, rue Saint-Jacques, Grand amphithéâtre) : 15 h. M. Bernard Lyot : « Quelques enseignements d’un voyage aux États-Unis ». Mme G. Camille Fi.ammarion : « La Société Astronomique de France depuis la guerre ». M. Danjon : « Quelques documents relatifs à la découverte de Neptune » (cinéma, projections).
- LUNDI 23 DÉCEMBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Villière : « Les sources de cellulose : Les bois métropolitains ».
- Conservatoire national des Arts et Métiers.
- Les cours de la chaire d’Agriculture (Professeur : M. Pierre Chouard) ont commencé le 4 novembre. Ils ont lieu le lundi à 19 h 30 et le samedi à 44 h 15 et 18 h 15. Ils sont publics et gratuits.
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- Les Livres nouveaux
- Infinité sériés, par J. M. Kysjlop, 2e cg. 1 ;ol. in-18 jésus, 121 p. -Oliver and Boyd,' Londres, 1945.
- Ce petit livre fait partie d'une collection d’o vrages mathématiques destinés aux étudiant;, des universités anglaises. Il s'adresse à ceux qui,, ayant déjà quelques connaissances de l'analyse élémentaire, désirent trouver un exposé clair et concis des théorèmes relatifs à la convergence des séries et à leurs propriétés.
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- Ecrit à l’usage des élèves ingél>ieurs, des ingénieurs et des exploitants, cct s ouvrage sera apprécié de tous ceux qui ont à étabMtr des projets de transformateurs. Le calcul, La construction, les essais, la mise en service sont e tndiés sur le plan réaliste des nécessités de l’ateU>r et de l’exploitation. Il renferme des données numériques directement applicables aux besoins courants, ainsi que l’exposé de recherches entièrement originales à l'intention des constructeurs et des calculateurs spécialisés. Il est suivi d'une bibliographie condensée, mais suffisante, pour permettre au lecteur de compléter certains points particuliers.
- Propagation ellipsoïdale, relativité, quanta,
- par H. Varcolmer. 1 vol. in-8° raisin, 400 p. Presses Universitaires de France, Paris, 1942. L'auteur expose la possibilité d'expliquer les expériences relativistes par la propagation ellipsoïdale de la lumière et donne l’interprétation ellipsoïdale des faits physiques.
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- lion, l’émission et la réception dirigées. La télévision n’a pas été oubliée. L’ouvrage se termine par l’exposé des problèmes présents et futurs la radioélectricité et des problèmes interna-tioi^-ux -
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- et Savants -, L-dHons de la Liberté, Paris, 1946.
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- Dans le cadre de la Faune de France publiée par l’Office central de faunistique, voici le 45e volume de l'inventaire des animaux de notre pays. Il est con.^ac* ï des espèces que tout le monde a vues : sah 1res, grenouilles, crapauds, lézards, serpenta, lues, bien plus nombreuses cependant qu’on i-e croit généralement. On apprend ici à les distinguer, à reconnaître leurs caractères anatomiques, leurs variétés, à observer, leqr viéÎT ,1eà| dôv dop.pement, leur dis-trnruüon géographique
- Champignons innocents, par H. Vittenct. 3e édition. 1 vol. in-16, 125 A 160 fig., 2 pi. en couleurs. La Maison rustique, Paris, 1946.
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- râlement en France. Des moyens nouveaux facilitent la besogne : photostats, microfilms, classeurs, machines à calculer, à classer, etc. Il reste à créer la doctrine, à choisir dans la masse des documents à lire et consulter, à les rassembler, à les transmettre aux services intéressés. Trois instituts de recherches coloniaux ont unifié leurs méthodes, longuement étudié leurs besoins et ils présentent ici leurs techniques : organisation intérieure, réunion et conservation des documents, fiches et fichiers, pro-tothèque, dépouillement, diffusion. C'est le premier manuel du genre et qui fera école.
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- di peuplé-, de la pensée, du ' ét rh^rIy'v-
- nie qu’ePe réaï!>e entre idéale. * ré?...
- tradition et progrès, i2va;un c^h-zct.: et personnalité, discipline et spontanéité, sacrifice et joie.
- « Libération », par Jacques Duboin. 1 vol. in-16, 248 pages. 2° édition. Ocia, éd., Paris.
- « La Grande relève des hommes par la machine », du même auteur, a été publié en 1932.
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- Idylles alpines, par Paul Guiton. 1 vol. in-16, 303 p., 16 pl. hors texte. Arthaud, Grenoble et Paris, 1946.
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- Comment camper, par J. J. Bousquet. 1 vol. in-16, 63 p., fig. Susse, Paris, 1946.
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- LA NATURE
- paraît le I*r et le 15 de chaque mois ABONNEMENTS
- France et Colonies : un an : 450 francs.; six mois t 225 francs Etranger : un an : 500 francs ; six mois : 250 francs Prix du numéro; 20 francs
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- PETITES ANNONCES
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- SOMMAIRE
- Le palmier à huile, par P. BAUD......................... 373
- Les peuples de l’Union soviétique ...................... 377
- Les métaux des terres rares et le thorium, par L. PERRUCHE. 378 L’Institut géographique national, par J. BOYER .... 380
- Les progrès récents de la verrerie (suite), par E. LEMAIRE. 384 Constance de la température moyenne, par J. BOURGEOIS. 386
- Récréations mathématiques, par H. BAROLET.............. 387
- Le ciel en janvier 1947, par L. RUDAUX................ 388
- LE PALMIER A HUILE
- richesse des Indes Néerlandaises et des États Malais
- Bel arbre dont l’aspect décoratif rappelle celui du Cocotier (Cocos nucifera), car le tronc ou stipe, d'un diamètre de 40 à 90 cm pour une hauteur de 25 à 30 m, porte un panade feuilles termina-feieis guineensis, de jlle des Palma-^urait aux der-inées « norma-cinquième du mondial des lÉies ou graisses végétales et s’inscrivait au troisième rang, derrière l’arachide et le coprah, sur la liste des oléagineux d’origine tropicale.
- S’il peut s’accommoder de sols assez pauvres, • ce « palmier à huile » — et cela, nous le verrons, à double titre — demande, pour atteindre son plein développement, des terres d’alluvions profondes ou des terres à 30-40 pour 100 d’argile, riches en débris organiques, où
- Fig. 1. — Une palmeraie de 15 ans à Medang Ara.
- N° 3126 15 Décembre 1946
- Le Numéro 20 francs
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- son système radiculaire fasciculé, qui atteint parfois un Allume de 80 à 100 m3, peut drainer les éléments nutritifs, indispensables aux 150 ou 200 kg de « régimes », qui constituent la récolte annuelle et retenir une quantité importante d’eau. A ce premier facteur de productivité s’ajoutent une température élevée — moyenne 25° —, un large éclairement, enfin une pluviosité régulière, sans saison sèche fortement accentuée. Longues de 3 à 6 m, les feuilles s’insèrent sur le stipe par leur nervure médiane, offrant de 100 à 200 paires de pétioles dont certains, à la partie inférieure du rachis, donneront des épines, ün sujet, de croissance régulière, porte une cinquantaine de feuilles qui se renouvellent chaque année sensiblement pour moitié, et c’est à l’aisselle des feuilles que se groupent les fleurs. Elaeis guineensis est un monoïque et les inflorescences, dont l’apparition coïncide souvent avec une période de fortes pluies, sont unisexuées. A chaque fleur fécondée correspondra un drupe long de 2 à 5 cm dont la couleur passera du vert au noir et qui, à maturité, pèsera de 5 à 20 g et l’axe d’une inflorescence femelle peut porter de 150 à 200 épis, chacun de 10 à 40 fleurs. Quand les fruits ont atteint leur plein
- Fig. 2. — Régimes de jeunes palmiers.
- développement, ils sont groupés en rangs épais à l’aisselle des bractées qui se sont amincies et, comme une épine termine chaque épi, le régime présente' une masse ovoïde, hérissée de piquants, haute de 10 à 50 cm pour un diamètre de 10 à 30 et un poids qui peut dépasser 50 kg ; un sujet jeune en donne 25 par récolte, un sujet déjà ancien de 10 à 12.
- Si les feuilles trouvent de multiples emplois entre les mains des indigènes — couverture des cases, tressage de liens, confection de barrières avec la nervure médiane, le bois du stipe convenant à des constructions légères —, c’est le fruit qui, pour deux raisons, intéresse l’industrie alimentaire ou l’industrie chimique. En effet :
- le mésocarpe, jaune orangé, est riche en cellules à « huile de palme » où dominent les esters de l’acide palmitique et de l’acide oléique ;
- l’endocarpe contient une amande, ovoïde et pesant de 3 à 5 g d’où s’extrait « l’huile de palmiste », chargée d’esters de l’acide laurique.
- Ainsi, dans le cas de plantations industrielles, peuplées d’éléments sélectionnés — type Dura ou type Tenera — et soigneusement entretenues,' Elaeis guineensis peut être considéré aujourd’hui comme « le plus puissant producteur de corps gras à l’hectare ».
- Sa teneur en carotène qui s’accompagne d’une certaine richesse
- en vitamine A donne à l’huile de palme une teinte rouge plus ou moins accentuée et sa consistance est celle du beurre. L’huile de palmiste apparaît légèrement rosée et son aspect, comme sa composition, la rapproche de l’huile de coprah. Pour des produits de fabrication loyale, après raffinage et, si nécessaire, désodorisation, on admet les teneurs moyennes :
- Huile de palme Huile de palmiste
- Acide laurique ....... » de 50 à 55
- » myristique ....... de 1,2 à 5,9 12 à 16
- » palmitique .............. 37,5 à 43,8 6 à 7,8
- » stéarique ................ 2,2 à 5,9 1 à 4
- » oléique ................. 38,4 à 49,5 10 à 16,5
- » linoléique ....... 6,5 à 11,2 moins de 1
- » caprylique ....... » 3
- » caprique ......... » 3 à 6
- A 15°, la densité varie enlre 0,9 et 0,945 (suivant le taux en acides libres) pour l’huile dé palme, entre 0,903 et 0,941 pour l’huile de palmiste, les points de fusion s’échelonnant entre 27° et 45° pour la première, entre 23° et 30° pour la seconde. Enfin, on porte ces valeurs au compte des différents indices :
- Ind. de saponification ...
- » d’iode ...............
- » d’acétyle ............
- » de Henner.............
- Huile de palme
- de 196 à 210 44 à 56 »
- 95 à 98
- Huile de palmiste
- de 242 à 254 16 à 23 2 à 9 »
- Mais, alors que l’huile de palmiste ne se prépare que dans des ateliers européens ou américains qui reçoivent, en sacs de 80 à 100 kg, les noix séchées, « polies » et triées, dont le tourteau constitue un aliment de grande valeur pour le bétail —. car il tient, pour 8-10 pour 100 d’eau, de 6 à 14 pour 100 de matières grasses, de 12 à 14 pour 100 de cellulose, de 3 à 6 pour 100 de sels minéraux. —: l’huile de palme s’extrait sur les lieux mêmes de production : Afrique anglaise, Afrique française, Congo belge, Extrême-Orient,... parfois dans des usines modèles qui n’acceptent que des régimes issus d’arbres sélectionnés, d’autres fois, dans de pelits ateliers indigènes appliquant une technique grossière au traitement des produits de palmeraies naturelles et spontanées. Ainsi s’explique la diversité des « sortes commerciales » que les marchés de Marseille, Liverpool et New-York répartissent en cinq catégories suivant le degré d’acidité :
- Huiles de plantation, de 3° à 5° ou de 3° à 15° ; huiles molles (softs), de 12° à 24° ; huile médium, de 25° à 35° ; huiles dures « hards », de 35° à 60° ; huiles dures, au-dessus de 60°.
- Classification que le projet élaboré en 1942, par la Direction des Affaires économiques du Ministère des Colonies, modifie légèrement en fixant à 4 pour 100 le taux maximum évalué en acide palmitique pour les qualités « fines » originaires d'Extrême-Orient, qui ne doivent présenter que 0,5 pour 100 d’eau et d’impurelés.
- Au cours de ces vingt dernières années, la chimie des « corps gras » et la technique de l’huilerie exotique ont marqué de tels progrès que les meilleures huiles de palme, jadis réservées à la seule savonnerie — par exemple, 80 pour 100 des importations, anglaises en 1934 — se destinent aujourd’hui, pour une notable partie, à des fins culinaires quand elles ne présentent que-3 pour 100 d’acidité et se rangent parmi les « blancing qualities ». On a vu, en effet, aux États-Unis, dès 1935 les acheteurs imposer-des « tests standardisés » aux courtiers et les qualités fines de-Sumatra ou des États malais entrer dans la fabrication des graisses de cuisnie (cooking fats), type margarine, ou « beurres blancs », et même dans la confection des « mayonnaises synthétiques », les sortes de qualité moyenne trouvant toujours un marché assuré dans l’industrie savonnière et dans l’industrie du. fer-blanc (traitement des tôles avant étamage), et l’hui'e de palmiste allant, du moins pour les qualités supérieures, à la production de (c graisses à chocolat ».
- Si bien qu’en 1938, l’huile de palme intervenait dans le com--
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- merce mondial pour 495 000 t, la liste des principaux pays exportateurs comprenant :
- Indes néerlandaises . 227 000 t États malais ......... 51 000 t
- Afrique anglaise ... ,114 000 » Afrique française ... 29 000 »
- Congo belge .......... 68 000 » Angola ................ 5 700 »
- alors que vingt ans plus tôt l’exportation des Indes néerlandaises était nulle et qu’en 1924 la Malaisie ne livrait encore à l’étranger que 1 800 t.
- Pour atteindre à un résultat aussi rapide, il a suffi de la ténacité de quelques planteurs avisés, entraînés par un ingénieur agronome belge, Adrien Hallet, qui avait fait entreprendre, en 1911, la culture d’Elaeis à Sumatra ; aux derniers temps de la guerre de 1914-1918, ces premières plantations couvraient de trois à quatre cents hectares ; vingt ans plus tard, groupées dans le Nord de l’île (Atjed) et sur la côte Est, elles s’étendaient sur 93 000 ha dont 80 000 en pleine production. Entre temps, l’expérience d’Adrien Hallet s’était renouvelée dès 1921 dans les Etats malais, sous la conduite de l’un de ses collaborateurs, H. Fauconnier : en 1939, 29 000 ha consacrés au palmier y donnaient 60 000 t d’huile et 11 000 kg d’amandes.
- Certes, dans ces régions, la hauteur annuelle des pluies atteint fréquemment 3 m. Il pleut surtout la nuit et, le jour, les plantations sont baignées de lumière. Ce sont là des conditions climatiques extrêmement favorables, autant au développement qu’à la fructification du palmier. Mais, à l’éloge des planteurs, on doit noter que leurs méthodes d’exploitation ont marqué chaque,année de notables progrès : sélection entre les diverses variétés de sujets — Macrocarya, Dura, Pissifera ou Tenera — pour obtenir des fruits à péricarpe épais (de 60 à 70 pour 100 du poids total), mais « à petites noix » de 6 à 10 pour 100) ; amélioration des techniques culturales ; lutte contre les chenilles du genre Setora-nitens et les rongeurs friands de la pulpe ; développement des plantes de couverture évitant la dessiccation et l’érosion du sol et qui demandent, comme le palmier d’ailleurs, des engrais phosphatés ou azotés. Et, tandis que les limites de la jungle reculaient toujours davantage devant la percée de nouvelles routes, la création de germoirs, de pépinières ou de jardins de culture vivrière, l’installation de locaux d’habitation, de bureaux, d’hôpitaux mêmes, destinés à la main-d’œuvre hindoue, comme au personnel européen, les ateliers qui allaient servir de pilotes aux usines de Minyak, de Lima Blas, de Seunagan, d’Asahan, de Soengei Lipoet ou de Tanah-Gamboes, amélioraient sans cesse leur matériel et, sur les ports d’embarquement, Port Swettenham ou Singapour, se dressaient toujours plus nombreux, les tanks de stockage de 600 à 800 t de capacité.
- Équipement et marche d'une usine moderne.
- Détachés du palmier en même temps que les feuilles qui les retenaient, les régimes sont apportés par les coolies à la station de chargement la plus proche et, de là, dirigés par camions ou par trains de remorques, sur l’usine qui se dresse au centre de la plantation — c’est le cas par exemple pour l’huilerie de Seunagan. Les opérations se déroulent dans l’ordre : stérilisation, égrappage, malaxage, clarification et épuration, les premiers tourteaux étant envoyés aux. ateliers de défibrage qui séparent les noix des fibres entraînées et précèdent les installations de concassage ou kernellerie.
- S’effectuant sous une pression de vapeur de 2 à 3 atmosphères, la stérilisation a pour objets : de détruire les ferments ou enzymes qui tendraient à la libération d’acides gras, de rendre, par la suite, l’égrappage plus rapide, de provoquer la coagulation d’albuminoïdes ou de mucilages qui restent ainsi dans les tourteaux, de diminuer le taux d’humidité de la pulpe et de faciliter le concassage, en détachant les amandes de la coque. Cette opération demande des appareils verticaux ou horizontaux : les pre-
- 375 -- : :........
- miers ont, en moyenne, une hauteur de 3 m pour un diamètre de 1,70 m et le chargement s’effectue par élévateur à godets ; dans les seconds, on introduit des wagonnets chargés de régimes, ce qui paraît entraîner des frais de première installation sensiblement plus élevés. En général, une batterie de stérilisation comprend trois appareils et, pour les unités type Medanssche Machine-fabrick recevant 3 t de régimes, la stérilisation dure 1 h ; soit une consommation de 400 à 500 kg de vapeur. Il va sans dire que les eaux de condensation, chargées d’une certaine quantité d’huile, sont soigneusement recueillies et dirigées sur un bac de décantation.
- Des stérilisateurs-, les régimes tombent dans l’égrappoir, le plus souvent simple auge, longue de 3 m et large de 1,80 m. avec arbre
- Fig. 3. — Fruits et noix de palmiers, entiers et coupés.
- horizontal, muni de bras dont la longueur va en diminuant et qui provoquent un brassage continu, les fers en U qui constituent la paroi ne laissant passer que les fruits, repris par un ruban d’acier inoxydable et conduits vers l’élévateur qui alimente le malaxeur, tandis que les rafles sont renvoyés sur la plantation pour y servir d’engrais, le plus souvent après incinération.
- Le cuiseur-malaxeur, dont le volume est déterminé par la « capacité horaire » d’une presse, est un cylindre chauffé à la vapeur et soigneusement calorifugé où tournent, à la vitesse de 25 t/mn, quatre paires de palettes qui brassent la masse et détachent les noyaux de la pulpe. Sous le faux-fond perforé se recueille l’huile « vierge », — environ 30 pour 100 de l’huile totale — qu’on envoie directement dans le cuiseur. La pâte est reçue dans un bac réservoir conique, entouré de serpentins de vapeur, et, sa température restant voisine de 90°, dirigée sur l’atelier d’extraction.
- Quatre méthodes peuvent être indiquées : la torsion, la centrifugation, l’extraction par solvant et la pression.
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- Les tordoirs, dont l’organe essentiel est une vis sans fin, semblent an premier examen offrir les avantages d’un fonctionnement continu ; les techniciens leur reprochent un maniement et un réglage délicats, une capacité souvent insuffisante, enfin une usure rapide. Les centrifugeuses ou essoreuses intéressent surtout les ateliers de faible production, mais leur grande vitesse de rotation — 800 t/mn — les met rapidement hors d’usage. La troisième méthode fait appel, sinon au benzène qui offre de grands dangers d’incendie, du moins au tétrachlorure de carbone ou au trichloréthylène, la récupération du solvant se poursuivant par
- évaporation ; mais cette dernière opération s’accompagne toujours de pertes importantes. Reste la pression, de beaucoup la méthode la plus répandue : elle soumet la pâte à une pression de 15 kg qu’on élève à 100 kg quand le piston est presque à fond de course.
- On peut retenir deux types de presses, suivant Maurice Schoofs : la presse à sommier basculant, type Stock, avec câge de 1,35 m de hauteur et de 54 cm de diamètre — soit une capacité de 310 1 — et la presse à sommier fixe ou presse-revolver, type Dushscher, avec ses deux cages (hauteur : 1,56 m, et diamètre : 70 cm), à marche alternative, l’huile s’écoulant par les orifices percés dans la paroi des cages, orifices dont le plus grand diamètre est à l’extérieur. Des plaques de métal permettent de répartir la pâte en couches de même épaisseur et, en marche régulière, on compte sur quatre « pressées » par heure, ce qui porte à 2 t la capacité minimum d’une presse. Doit-on ajouter qu’à chaque groupe de ces presses correspondent des accumulateurs à faible ou à haute pression ?
- Des presses, les tourteaux tombent dans une gouttière inclinée et gagnent le déjibreur, tambour tournant (de 8 à 12 t/mn) à axe horizontal ; le premier tiers de cet appareil peut être muni de racleurs d’acier qui laissent passage, par des ouvertures rectangulaires, à' la majeure partie des fibres, le reste étant recouvert d’une simple toile métallique, aux mailles de dimensions telles que les noix ne puissent s’échapper et cheminent jusqu’à l’orifice de sortie. Noix et fibres sont alors lavées à l’eau bouillante pour la récupération de l’huile retenue ; les fibres s’emploient au chauffage des chaudières et les noix sont mises en tas, hauts de 1,20 m à 2 m, sous hangar couvert, mais bien ventilé et, au bout de cinq à six jours, quand le taux d’humidité est tombé à 10-12 pour 100, envoyées à la hernellerie.
- Là, l’atelier de concassage comprend des tambours-trieurs à trois panneaux, qui séparent les derniers fragments de pulpe des noix petites, moyennes ou grosses, chacune de ces dernières catégories alimentant un broyeur spécial, tournant à 1 000, 750 ou 500 t/mn. Reste l’opération délicate qui doit séparer les amandes des débris de coques : un procédé de flottation est particulièrement indiqué, la différence des densités — 1,07 pour les amandes, de 1,3 à 1,4 pour les coques — permettant l’emploi d’un milieu de densité 1,2 constitué simplement d’eau chargée d’argile : un bac, large de 90 cm et long de 4 m, avec vis transporteuse de 45 cm suffit à la marche de la kernellerie pour une huilerie traitant 25 t de régimes par heure. On procède enfin à un lavage des amandes à l’eau bouillante et au séchage dans un appareil à air chaud — type Werkspoor ou Stork — où réparties en couches épaisses de 2 m, elles séjournent une vingtaine d’heures, la température variant entre 75° et 70°. De là, elles passent au polissoir, cylindre rotatif à mouvement lent, enfin à l’atelier d’emballage.
- Du malaxeur, on l’a indiqué, sort une huile vierge qu’on a dirigée sur un recui-seur, récipient à fond cylindro-conique, d’une capacité de 5 000 à 6 000 1 et muni de serpentins de vapeur. Là, elle se mélange à une fraction importante — 45 pour 100 — de l’huile brute, issue des presses et qui, filtrée rapidement au travers d’un treillis métallique, s’est séparée, dans un clarificateur, en huile presque pure et en une pâte épaisse, le « drab », dont une cuisson sous vapeur directe, suivie d’un repos de 2 h, permettra de récupérer une nouvelle quantité d’huile à « recuire ». Enfin, alors que les boues des clarificateurs ou des recuiseurs et les eaux de lavage des fibres se rassemblent dans un bac de décantation, précédant un clarificateur et un recui-seur, pour la production d’une huile de seconde qualité généralement utilisée dans le pays même, l’huile fine est envoyée dans un épurateur centrifuge qui élimine les dernières particules solides retenues et assure une déshydratation presque totale.
- Une telle technique conduit à un rendement de 93 pour 100 ; c’est ainsi, pour prendre un exemple, qu’en juin 1939, à l’usine de Tanah Gamboes, de 1 000 kg de régimes on extrayait 184 kg d’huile fine, les pertes se répartissant ainsi : 3,4 kg dans les rafles, 8,80 kg dans la pulpe, 1,08 kg dans les boues, et l’équivalent de 0,05 kg dans les quelques fruits restés attachés aux rafles.
- Pont
- Déchargement des régimes
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- Lavage
- Pulpe et coques
- Décantation
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- Château d eau 150 1
- Fig. 4. — Schéma de l’huilerie de Seunagan produisant 10 OOO t d’huile de palme par an.
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- A cela s’ajoutaient, avec 420 kg de rafles humides, 200 kg de fibres et 20 kg de noix dont 4 d’amandes à 50 pour 100 d’huile.
- La marche d’une huilerie ne saurait être régulière, la récolte variant du simple au quadruple avec les saisons mais, dans les mois chargés, les équipes de nuit assurant le volant nécessaire, une installation comme celle de Seunagan, suffit à la production de 5 000 t d’huile avec deux chaudières Cornwall (200 m2 de surface de chauffe), une machine Corliss de 150 ch, entraînant un alternateur, une pompe Velghe pour deux accumulateurs, deux batteries de trois stérilisateurs et d’égrappoirs de la Medanssche Machinefab., deux presses Duchscher et deux dépulpeurs. Le traitement même de l’huile demande dix clarificateurs et quatre eui-seurs, la kernellerie comprenant deux séchoirs Werkspoor pour deux concasseurs avec trieurs, un séparateur à bain de boue, enfin un séchoir à palmistes.
- Les planteurs d’Extrême-Orient ont donné un magnifique exemple de ténacité et d’intelligence : leurs palmeraies produisent aujourd’hui de 3 000 à 3 500 kg d’huile et de 600 à 700 kg de palmistes
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- à l’hectare. Pour certains « blocs », on pourrait même élever chacun de ces chiffres de rendement de 30 pour 100. Or, son nom même l’indique, Elaeis guineensis est originaire de la côte Ouest africaine. Nous tenterons de montrer, dans un prochain article, que la basse Côte. d’ivoire, le Cameroun et l’A. E. F. offrent -un climat favorable au développement des palmeraies et que là une exploitation rationnelle — d’ailleurs indispensable à la vie économique du Dahomey — doit permettre, dans un avenir assez proche, de réduire largement le chiffre des importations françaises qui, année, moyenne, équivalent à 250 000 kg de glycérides.
- Paul Baud.
- BIBLIOGRAPHIE. — Publications de l’Institut de Recherches pour les Huiles de palme et Oléagineux : Le palmier à huile (1944) ; — Huileries de palme en Extrême-Orient (mai 1943) ; — Semaine du palmier à huile et du cocotier (Conférences de M. Schoofs et de M. Michaux), juin 1943 ; — Étude économique du palmier à huile (avril 1945).
- Les peuples de l'Union soviétique
- L’Union des Républiques socialistes soviétiques s’étend de l’Europe orientale au Pacifique sur le plus grand territoire du monde. Elle était formée avant la guerre de 11 républiques auxquelles 5 se sont associées avant l’invasion allemande. Sa population était en 1939 de 169,5 millions d’habitants et elle doit en compter aujourd’hui près de 200 millions, en tenant compte des régions occupées. Cette population est prolifique et augmente annuellement de 1,4 à 1,9 pour 100, alors que le croît n’est que de 0,8 en Allemagne, 0,25 en Angleterre et à peu près nul en France. La proportion des jeunes et des enfants y est considérable.
- Elle est composée d’un grand nombre de peuples, de races, de langues et de religions différentes. La race blanche domine (environ 80 pour 100) et parmi elle les Russes (58 pour 100). Les jaunes ne sont que 20 pour 100 et se mélangent de plus en plus avec les blancs.
- Dans les remarquables War Background Studies publiées par la Smithsonian Institution, l’anthropologiste Aies Hrdlicka a consacré un fascicule à l’étude des populations russes.
- L’état actuel résulte d’un très grand nombre de migrations : mouvements d’Est en Ouest dans les régions méridionales, dont les plus connues sont les expéditions des Scythes au ve siècle avant J.-C., des Goths et des Huns au iv0 siècle après, des Khazars, des Turcs, des Tatars, des Slaves, des Yariags, des Mongols ; mouvements d’Ouest en Est au Nord jusqu’à la conquête de la Sibérie à partir du xvi? siècle. A tous ceux-là il faut ajouter les peuples voisins immigrés : Polonais, Lithuaniens, Lettons, Livo-niens, Esthoniens, Finlandais, Lapons, Samoyèdes, Finno-Ougriens, Caucasiens, Arméniens, Géorgiens, Juifs, Germains, et aussi les Asiatiques : Tajiks, Turcomans, Mongols, Chinois, Coréens, Japonais, Kalmouks.
- Aujourd’hui encore on compte en Russie plus de 80 langues qui reculent peu à peu devant le russe, langue de civilisation.
- L’U. R. S. S. apparaît ainsi comme un vaste creuset de fusion de peuples, analogue aux Etats-Unis, mais sur une plus vaste échelle encore. Les Slaves y dominent et y forment une nouvelle race prolifique, résistante, qui doit exercer une influence grandissante dans le monde futur.
- En se basant sur le dernier recensement de 1939, Hrdlicka donne de la population de l’U. R. S. S. la composition suivante :
- Russes (Grands Russiens)........... 99 019 929
- Ukrainiens (Petits Russiens) ...... 28 070 404
- Biélorussiens (Russes blancs)...... 5 267 431
- Uzbeks ............................ 4 844 021
- Tatars............................... 4 300 336
- Kazaks ............................
- Juifs .............................
- Azerbaïdjanais ....................
- Géorgiens..........................
- Arméniens..........................
- Mordvians .........................
- Germains ................;.........
- Chuvash ...........................
- Tajiks ...........................
- Kirghiz .........................
- Daghestan .........................
- Bashkir............................
- Turkmènes .........................
- Polonais ..........................
- Udmurts............................
- Mariitsi...........................
- Komi ..............................
- Chechentsi.........................
- Osetians ..........................
- Grecs..............................
- Moldaves ..........................
- Caréliens .........................
- Karakalpaks .......................
- Coréens ...........................
- Cabardiniens......................
- Finnois ...........................
- Esthoniens.........................
- Kalmuks............................
- Lettons ...........................
- Bulgares...........................
- Ingush ............................
- Adygeitsi .........................
- Karachaievtsi .....................
- Abkhasiens ........................
- Khakasi ...........................
- Oviots ............................
- Kurdes ............................
- Balkartsi .........................
- Iraniens ..........................
- Lithuaniens........................
- Chinois............................
- Tchèques et Slovaques .............
- Arabes ............................
- Assyriens..........................
- Sibériens et autres petits groupes..
- 3 098 764 3 020 141 2 274 805 2 248 566 2 151 884 1 451 429 1 423 534 1 367 930 1 228 964 884 306 857 371 S42 925 811 769 626 905 605 673 481 262 408 724 407 690 354 547 285 896 260 023 252 559 185 775 180 412 164 016 143 074 142 465 134 327 126 900 113 479 92 074 87 973 75 737 58 969 52 062 47 717 45 866 42 665 39 037 32 342 29 620 26 919 21 793 20 207 807 279
- Population totale ........... 169 519 127
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- LE THORIUM
- LES MÉTAUX DES TERRES RARES ET
- On réunit sous le nom de cc terres rares » un certain nombre d’éléments dont les propriétés chimiques sont tellement proches que les séparations ne peuvent être effectuées que par des méthodes très longues et difficiles, notamment des cristallisations fractionnées nombreuses et répétées.
- Les métaux des terres rares sont trivalents et donnent des oxydes qui ont ce caractère commun que leurs oxalates et leurs fluorures sont insolubles dans l’eau et les acides étendus. Ces oxydes ont l’aspect de la chaux, de la magnésie et justifient le vocable de « terres » qui leur a été attribué. Ils répondent à la formule générale R203.
- Les métaux des terres rares forment une suite presque ininterrompue dans la classification périodique de Mendeleef du nombre atomique 57 au 71 (sixième période).
- 57 : lanthane, 58 : cérium, 59 : praseodyme, 60 : néodyme, 61 : illinium, 62 : samarium, 63 : europium, 64 : gadolinium, 65 : terbium, 66 : ysprosium, 67 : holmium, 68 : erbium, 69 : thulium, 70 : ytterbium, 71 : lutécium. A cette série il y a lieu d’ajouter les nos 21 : scandium et 3g : yttrium.
- Fig. 1. — Grains de Monazite des gisements de Travancore (Indes Britanniques) vas au microscope.
- (Grossissement x 70).
- Le thorium de nombre atomique 90 appartient à la septième période et est radioactif.
- On le relie aux terres rares, auxquelles il n’appartient pas en réalité, parce que ses oxalates et fluorures ont le même caractère d’insolubilité et surtout du fait qu’il se trouve associé à ces éléments dans leur minerai essentiel.
- Les minerais des terres rares, la monazite.
- La monazite est pratiquement la seule source maintenant industriellement exploitée de thorium, de cérium et des autres éléments des terres rares.
- C’est un phosphate complexe de cérium, de thorium, d’yttrium, lanthane, etc.
- La monazite se présente sous forme de sables détritiques provenant de la désagrégation de roches ignées : granités, peg-matites, etc. On la trouve en grains roulés arrondis de couleur jaune très clair qui peut foncer jusqu’au brun. La densité varie de 5 à 5,3.
- Pour l’identifier, les prospecteurs utilisent ses propriétés radioactives vérifiées à l’électroscope ou par l’impression d’une plaque photographique et le fait que les grains de monaziie sont assez friables pour être écrasés entre les dents.
- Au microscope l’identification est facile par suite de la haute réfringence; l'indice de réfraction est de 1,8 à i,85.
- La monazite consommée dans le monde provient presqu’en-tièrement des gisements des Indes Britanniques (gisement de Travancore), des Indes Néerlandaises et du Brésil. Des fournitures secondaires sont originaires de Ceylan, d’Australie et de Norvège.
- Suivant leur origine, les minerais contiennent les éléments suivants :
- Oxyde de thorium ......................... 2 à 10 pour 100
- Oxyde de cérium.......................... 23 à 33 »
- Oxydes de métaux des terres rares.. 25 à 35 »
- La consommation mondiale de monazite est de l’ordre de 6 à 7 000 t annuelles. La valeur commerciale était de 60 à 75 dollars la tonne, avant les hostilités.
- D’autres minéraux ont été exploités industriellement avant que la monazite ait affirmé sa prépondérance. Ce sont la cérite silicate hydraté de ces divers éléments qui a été longtemps la seule source de cérium et provenait d’une couche incluse dans les gneiss de Bastnâs en Suède et Vallanite, silicate plus complexe renfermant de l’alumine que l’on trouvait à Little Friar Mountain, Amhers County (Virginie) et associé à la magnétite de Moriah près du lac Champlin.
- Enfin, certains éléments tels l’yttrium et ses compagnons : erbium, terbium et ytterbium sont surtout obtenus de la gado-linite d’Ytterby en Suède et de Baringer Hill, Llano County (Texas).
- Le thorium.
- Le thorium est radioactif comme l’uranium. Sa désintégration spontanée donne une série de radioéléments, dont l’un le mésothorium est exploité industriellement). L’aboutissement final est un isotope du plomb de poids atomique 208 au lieu de 206 pour celui dérivant de l’uranium.
- Le thorium est un métal dont l’apparence, la dureté et la ductilité correspondent au platine. Il fond à x 845° C. Il ne semble pas que l’on soit parvenu à l’obtenir à un état parfait de pureté.
- Comme pour l’uranium, les particules détachées par un coup de lime s’enflamment à l’air.
- Il est attaqué facilement par la plupart des réactifs chimiques.
- Le thorium métal est utilisé pour les cathodes des tubes de radio par suite de son pouvoir émissif électronique élevé. Allié en faible proportion au tungstène des filaments de lampes à incandescence, il améliore la brillance de la lumière et rend les filaments moins brisants.
- Le point de départ de l’industrie du thorium a été l’invention, en 1890, par Auer von Welsbach, du manchon à incandescence par le gaz. On le prépare par imprégnation d’une ossature de coton par une solution concentrée de nitrates de thorium et de cérium. Après calcination il reste un squelette d’oxydes dont la proportion la plus efficace au point de vue de l’émission lumineuse est de 99 pour 100 d’oxyde de thorium et 1 pour 100 d’oxyde de cérium. Ces proportions reconnues les meilleures n’ont jamais été modifiées.
- Les sels de thorium ont des propriétés bactéricides et fongicides. On les a utilisés pour des préparations pharmaceutiques destinées au traitement de certaines maladies de peau.
- L’oxyde de thorium a été employé comme catalyseur, notamment pour la synthèse de l’essence par le procédé Fischer-Ti opsch.
- La séparation de l’oxyde de thorium de ses minerais est faite par des méthodes chimiques très complexes dont la description n’est pas ici à sa place.
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- Le cérium et les ferro-cériums.
- Industriellement, les oxydes de cérium sont tirés des résidus de traitement de la monazite après extraction du thorium-
- Ces résidus sont essentiellement constitués par un mélange d’oxydes des métaux des terres rares, en majorité de cérium et de lanthane. Si on les réduit à l’état métallique par une méthode électrolytique appropriée, on obtient un alliage dit misch métal.
- Sa composition est la suivante :
- 5o à 60 pour xoo de cérium,
- 20 à 4o pour ioo de lanthane,
- 10 pour xoo environ d’yttrium, de néodyme, de samarium, etc. et i à 2 pour xoo de fer.
- Le misch métal est à la base de la fabrication des alliages pyrophoriques : les pierres à bxiquets, par addition de fer ou d’aluminium.
- C’est le cas du métal Auer qui donne à l’analyse des pourcentages de l’ordrè suivant :
- Fer : 35, cérium : 35, lanthane : 24, ytterbium et métaux annexes : 5.
- Le métal Kunheim :
- Aluminium : 2, magnésium : 12, cérium : 5o, lanthane : 3o, ytterbium et divers : 5, et combiné à l’état d’hydrures 1 à 2 d’hydi’ogène.
- Le misch métal est aussi utilisé en métallurgie pour l’élimination des impuretés du fer, notamment de l’oxygène, de l’azote et du soufre. Il serait plus efficace que le manganèse. Il l’est également dans les mêmes conditions pour la fonte de l’aluminium.
- 11 a été utilisé en Angleterre pour la préparation d’alliages légers de haute résistance par association à petite dose avec de
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- l’alumiinum, et en proportions moindres avec du cuivre, nickel, magnésium.
- Les produits chimiques dérivés du cérium ont pris une certaine importance. Les textiles' imprégnés à l’acétate de cérium sont imperméables à l’eau et à l’abri des attaques des mites et des moisissures,
- Le fluorure de cérium additionné au charbon des lampes à arc en élève la puissance lumineuse ; utilisé comme agent d’imprégnation des toiles des filtres-presse il améliore leur résistance aux jus acides.
- Les oxydes des métaux des terres rares sont utilisés pour la fabrication de verres non siliceux pour l’optique. Ils ont permis d’atteindre des indices de réfraction élevés et une grande facilité de correction des aberrations chromatiques par suite de leur faible pouvoir de dispersion lumineuse.
- Un de ces types de verre contenant 60 pour xoo d’oxyde de lanthane et 4o pour 100 d’anhydride borique aurait un indice de réfraction de 1,72. Il pourrait atteindre 1,76 par adjonction d’oxyde de thorium.
- Des verres spéciaux pour signalisation ont été établis en silicate double de sodium et de cérium additionné d’oxydes métalliques doués de pi’opriétés colorantes : oxydes de cobalt, de cuivre, etc-
- Les verres au didyme protègent la vue contre les radiations nocives.
- En céramique, les oxydes des métaux des, terres rares améliorent le brillant des émaux, mais leur prix relativement élevé en restreint l’emploi.
- Les sels insolubles des métaux des terres rares se sont même fait une place dans la préparation des crèmes de beauté, des poudres et des pâtes dentifrices.
- Lucien Perruche, Docteur de l’Université de Paris.
- UNE NOUVELLE VITAMINE :
- L'acide
- On n’en finit pas de recenser toutes les découvertes nées des dernières années de guerre. Voici un nouveau facteur vitaminique qui semble précieux contre l’anémie et qui est sorti des laboratoires de biochimie d’Amérique. Le Dr Jacques Etévé vient de rassembler dans La Presse médicale tout ce qui a déjà été publié sur ce sujet.
- Le problème posé était de trouver un moyen de lutter contre les hémorragies, en excitant la formation de globules rouges et d’hémoglobine.
- Dès 1939, Hogan et Parott avaient observé des troubles de croissance et une anémie sévère chez des poulets soumis à un régime alimentaire spécial et avaient attribué ces accidents, curables par l’extrait hépatique,' à une carence en une vitamine qu’ils avaient dénommée Bc. Trois ans après, O’Dell et Hogan isolaient du foie de bœuf un concentré actif qu’ils firent cristalliser et qu’ils analysèrent ; la substance acide obtenue a une action prodigieuse sur le développement de Lactobacillus casei, puisque 0,00005 y (0-03 milliardième de gramme) suffisent pour déclencher une croissance abondante dans un centimètre cube du milieu de culture.
- D’autres laboratoires étudient la croissance du même Lactobacillus ; ils isolent et concentrent plusieurs composés actifs, à partir de foie, de levure, d’autres fermentations qui se réduisent peu à peu à une substance unique. Enfin, en 1941, Mitchell, Snell et William extraient des épinards un acide azoté, sans soufre ni phosphore, du poids moléculaire voisin de 500, qu’ils appellent acide folique pour rappeler son origine foliaire. Cet acide se retrouve dans nombre d’organes animaux : le foie, le rein, et d’organismes inférieurs : champignons, levures.
- folique
- En 1945, une équipe de 16 chercheurs a réussi la préparation synthétique d’un composé identique à la vitamine Bc, au facteur Lactobacillus casei et à l’acide folique.
- Cet acide folique se trouve dans les cellules, plus dans le noyau que dans le cytoplasme ; il existe dans tous les organes où l’on trouve les autres vitamines B, surtout dans le foie, mais aussi dans la rate, le côlon, les reins, les surrénales, etc. Il agit très activement sur les cultures de certaines bactéries lactiques tandis qu’il n’est pas indispensable à d’autres qui peuvent peut-être en faire la synthèse. Il réduit, chez le rat, l’anémie provoquée par l’administration prolongée de diverses sulfamides en déclenchant dans la moelle osseuse, une prolifération myéloïde « spectaculaire » et une régénération sanguine accélérée.
- Chez l’homme, les études thérapeutiques commencent à peine. Cette année, Darby, Jones et Johnson ont fixé le besoin journalier à 0,1 ou 0,2 mg d’acide folique ; il serait couvert par l’alimentation et les synthèses des bactéries intestinales. L’an dernier, Spies, Wilter, Koch et Cadwell ont traité divers cas d’anémie à macrocytes et ont obtenu de rapides et notoires améliorations. Par ingestion ou par injection, on provoque en 3 à 6 jours une augmentation des réticulocytes, suivie dans les 20 à 40 jours suivants d’un retour à la normale du nombre des globules rouges et du taux de l’hémoglobine. Quelques essais semblent indiquer que l’acide folique pourrait agir aussi sur les globules blancs. On dispose donc d’un nouveau produit précieux pour rétablir la composition sanguine normale, dont les modalités et les limites d’action restent encore à préciser.
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- L'INSTITUT GÉOGRAPHIQUE NATIONAL
- et le développement des méthodes photogrammétriques
- SES ORIGINES ET SON ORGANISATION
- Le « Service Géographique de l’Armée » a été supprimé par un décret du 27 juin 1940, qui créait, en môme temps, l'Institut Géographique National (I. G. N.) pour le remplacer. A l’origine, d’ailleurs, le personnel militaire et civil du premier fox’ma l’ossature du second. Maintenant l’I. G. N. dépend du Ministère des Travaux publics et possède des cadres spécialisés, instruits depuis ig4i, dans une nouvelle École d’application officiellement nommée École des Sciences Géographiques et dont les cours durent deux années. Son domaine d’action embrasse la Métropole, l’Afrique du Nord et toutes les autres Colonies de l’Empire Français. Les cadres statutaires de l’I. G. N. (à effectif encore trop réduit pour les travaux en cours d’exécution) comprennent aujourd’hui i56 ingénieurs-géographes, 220 ingénieurs des travaux géographiques, 170 artistes cartographes et 4oo adjoints techniques. Les ingénieurs géographes sortent de l’École Polytechnique mais un certain nombre d’entre eux se recrutent, parmi les ingénieurs des travaux géographiques à la suite d’un concours. Quant aux trois autres catégories du personnel, on les recrute également par concours.
- L’Institut National Géographique se divise en cinq directions : i° administration ; . 20 géodésie qui comporte le nivellement de précision; 3° topographie et phologrammétrie; 4° cartographie englobant le dessin, les reproductions et l’imprimerie; 5° instruments, matériel et laboratoires de recherches. Ces divers services sont installés à présent, les uns dans les anciens locaux du « Service Géographique de l’Armée », rue de Grenelle, les autres dans plusieurs immeubles parisiens (en particulier avenue Kléber), mais tous doivent être rassemblés ultérieurement dans une construction unique qu’on édifiera à Saint-Mandé.
- Matériel et méthodes photogrammétriques.
- Les principaux appareils photogrammétriques utilisés par l’I. G. N. pour les levés sont de trois genres : i° le matériel de
- Fig. 1. — Chambre photographique pour prises de vues aériennes. Le magasin interchangeable renferme 192 plaques (13 X 18).
- Fig. 2. — Stéréotopographe Poivilliers, type B, permettant un tracé visible.
- prises de vues qui comprend des chambres photographiques aériennes (i3 x 18) et des chambres automatiques avec magasins de 192 plaques (i3 x 18) interchangeables en quelques secondes (fig. 1).
- 20 Le matériel de restitution constitué par les Stéréotopogra-phes Poivilliers types A, B et C dont une quarantaine sont actuellement en service (fig. 2) accompagnés de Photogoniomètres (fig. 3) destinés à la détermination des caractéristiques optiques des chambres de prise de vues et des chambres de restitution.
- 3° Le matériel de redressement qui se compose de plusieurs redresseurs Gallus-Ferber.
- Autres appareils.
- En dehors de ces instruments couramment employés pour l’exécution des divers levés cartographiques entrepris par l’I. G. N., celui-ci possède au moins un exemplaire des principaux appareils de restitution français ou étrangers (Predhu-meau, Chrétien, Gallus-Ferber à double projection, Wild, von Orel, stéréoplanigraphe Zeiss Multiplex, etc...) aux fins d’essais comparatifs ou d’expérimentation. Il a, en outre, en cours d’étude ou de réalisation, divers matériels nouveaux (chambres à film automatique équipé avec des objectifs très grand-angulaires, appareil de restitution simplifié (type D) plus spécialement adapté aux travaux cartographiques coloniaux, etc.).
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- Fig. 3. — Photogoniomètre type B pour déterminer les caractéristiques optiques des appareils de prises de vues et de restitution.
- nel navigant particulièrement entraîné, travaille exclusivement pour l’I. G. N. (lig. 4). Ses équipages procèdent à la « couverture photographique » des zones à dresser (recouvrement entre clichés successifs 60 pour ioo, recouvrement entre bandes contiguës io pour ioo, clichés à axes verticaux (à quelques degrés près). Les altitudes de vols nécessaires atteignent souvent 8 ooo m. Les échelles des clichés sont en moyenne les suivantes : i/25 000e (France), 1 /35 ooo6 (Afrique du Nord), i/5o 000e (Colonies) pour des échelles respectives de levés de 1/20 000e, 1 /5o 000e, x /100 000e.
- Restitution des clichés stéréoscopiques.
- Les documents rapportés des voyages aériens et terrestres sont ensuite exploités.
- Visitons d’abord les ateliers de, restitution de l’I. G. N. (fig. 5) dont une partie est installée avenue Kléber à Paris. Les stéréoto-pographes Poivilliers construits par la « Société d’Optique et de Mécanique de haute précision » permettent le tracé continu complet d’une carte en partant de « couples » de photographies prises dans des conditions quelconques et inconnues, car on ignore la position exacte de l’avion au moment des prises de vues successives et l’orientation précise de l’axe des chambres.
- Grâce à ce remarquable outillage et à la laborieuse et savante activité de son personnel, l’I. G. N. occupe, depuis sa réorganisation récente, une place éminente parmi les établissements similaires de l’étranger. Il a réussi à doter la France d’un incomparable matériel phôtogrammétrique qui va lui permettre (si les crédits et les techniciens nécessaires à sa mise en œuvre ne lui sont pas trop chichement mesurés) — de dresser notamment avec une précision inconnue jusqu’ici la carte de France au 20000e dans un délai d’une vingtaine d’années, alors que son exécution par les procédés topographiques de jadis aurait duré plus d’un siècle! Cette carte n’est encore levée que sur le i/5 de la superficie de la France.
- Préparation des travaux cartographiques et prises de vues aériennes.
- Une fois le programme des travaux topographiques de l’année arrêté par l’Administration supérieure, la section de photographie aérienne de l’I. G. N. procède à la « couverture photographique » des zones à lever. Cette opération s’effectue de manière que les clichés pris successivement présentent un recou-vi’ement pour l’examen stéréoscopique ultérieur. Puis des équipes s’en vont sur le terrain déterminer un canevas dit de « préparation » destiné à servir d’appui aux besognes de « restitution ». Elles identifient sur les photographies quelques points dont elles déterminent la position planimétrique et l’altitude par les procédés habituels de la triangulation, à partir du réseau géodésique et du nivellement général de la France préalablement établis. Deux clichés successifs foiment un « couple ». En considérant la zone de terrain commune aux deux clichés, on repère deux à trois points facilement identifiables sur le canevas planimétrique et six à huit points sur le canevas altimétrique généralement distinct du précédent.
- D’ordinaire une brigade, composée de deux opérateurs et de quelques aides, assure, en six mois, la « préparation » en France de deux feuilles de la nouvelle carte au i/5o ooo, soit 1 100 km2. Une escadrille d’avions, spécialement outillés et montés par un person-
- Le stéréotopographe.
- Pour se servir d’un stéréotopographe, l’opérateur commence par placer les deux clichés dans des chambres munies d’objectifs optiquement identiques à ceux qui ont servi à la prise de vues. En utilisant le canevas de préparation, il oriente les dites chambres par une série d’opérations méthodiques de façon à leur redonner l’orientation qu’elles avaient dans l’espace au moment de la prise de vues. Il reconstitue d’abord la longueur exacte de la base stéréoscopique à l’échelle de restitution. Cette manipulation préliminaire s’appelle la « mise en plan » et exige environ deux heures pour un technicien entraîné. Une fois la chambre correctement calée, la visée des deux images homologues d’un point sur les deux clichés, s’obtient en faisant pivoter celles-ci autour d’un axe vertical et la branche de la lunette correspondante autour d’un axe horizontal. Les angles de rotation horizontaux et verticaux sont égaux à ceux que deux observateurs, stationnant à l’endroit de l’espace où les deux photographies du couple ont été prises, auraient pu mesurer au moyen d’un théodolithe. On a combiné les deux branches des lunettes de manière que le restituteur observe dans l’une avec son oeil droit et dans l’autre avec son œil gauche afin d’obtenir une vue stéréoscopique du terrain. Ce dernier ainsi reconstitué en relief forme ce qu’on nomme « l’image plastique ». Quand le restituteur vise simultanément les deux images d’un même point du sol, il a l’impression de poser un index sur le point correspondant de l’image plastique. L’exploitation ultérieure du
- iBilit
- alto
- Fig. 4. — Avion de l’I. G. N. équipé pour tes prises de vues aériennes.
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- couple comporte le tracé de la planimétrie, des courbes de niveau qui s’opère de façon continue et la détermination exacte des points cotés.
- Les modèles A et B du stêréographe Poivilliers (fig. 2) portent des cercles divisés sur lesquels on peut repérer les angles horizontaux et verticaux qui servent surtout pour le réglage. Un mécanisme composé de règles et de chariots, matérialisant des constructions graphiques planes de détermination de la position d’un point par la méthode des intersections, se trouve associé à l’organe d’observation stéréoscopique. Il fournit directement la position planimétrique et altimétrique du point considéré au moment même de la visée. Deux manivelles (correspondant au déplacement de l’index stéréoscopique suivant deux directions horizontales perpendiculaires de l’image en relief du terrain) et une pédale commandant son déplacement vertical, servent à viser un point quelconque et à faire cheminer de manière continue l’index stéréoscopique sur l’axe d’une route, par exemple. Le style qui enregistre alors la projection horizontale de ce dernier, trace la carte à l’échelle choisie, sur un « coordina-tographe » accouplé à l’appareil de restitution. Un dessinateur suit le tracé, le met au net et aide le restituteur dans son travail .
- Les stéréotopographcs permettent de restituer, d’une façon très fidèle et à une vitesse relativement grande, des vues prises dans des conditions les plus diverses et en particulier horizontalement. La précision graphique atteint le i/ioe de millimètre, la précision altimétrique moyenne avoisine o,5o pour un levé à l’échelle de 1 /20 000e, en parlant de clichés au i/25oooe. La vitesse de restitution pour une équipe entraînée au maniement de ces remai’quables instruments, en y englobant les opérations de mise en place, est de l’ordre de 20 à 3o ha à l’heure pour des terrains moyennement accidentés et même chargés de détails topographiques.
- Le stéréotopographe Poivililers type C, léger et moins encombrant que le modèle Ë, se démonte en un quart d’heure et son constructeur l’a spécialement étudié en vue d’un transport facile. Destiné à l’origine aux armées en campagne, il n’exige qu’un seul opérateur sous les yeux duquel s’effectue le tracé.. On peut aussi lui adjoindre un coordinographe. Ses possibilités sont cependant restreintes. Conçu pour restituer des
- Fig. 6. — Stéréominute au 1 /10 000* d’une photographie 13x18 de la Mer de Glace, dans la région particulièrement accidentée de Chamonix (documents I. G. K).
- Fig. 5. —- Un atelier de restitution de l’I. G. N.
- photographies prises à axe sensiblement vertical, il a toutefois une précision du même ordre que celle des précédents et l’I. G. N. l’emploie pour l’établissement des cartes au i/4ooooe de l’Afrique du Nord en cours d’exécution.
- Les stéréominute s.
- Les documents dessinés au moyen de l’un ou l’autre de ces appareils de restitution sont tracés seulement au crayon par le restituteur ou son aide. Ensuite on confie les dits documents qu’on nomme stéréominutes (fig. 6) en langage technique, — à des dessinateurs de « mise au net » qui recherchent s’il n’y a pas d’omissions, puis y appliquent les couleurs et les signes conventionnels en utili-
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- sant un stéréoscope spécial d’examen. Après quoi, on reproduit ces cartes en bistre et un opérateur topographe dit « complé-teur » procède sur le terrain au contrôle des « stéréominutes » en y ajoutant les limites administratives, la toponymie, en recherchant et rectifiant, au besoin, les erreurs d’interprétation et en inscrivant les détails omis pour des raisons diverses (sous-bois, nuages, etc...). Chaque opérateur de « complètement » parvient à couvrir par mois une surface d’environ 3 5oo ha au 1/20 000e.
- Ces « stéréominutes a ainsi « complétées » parviennent alors aux ateliers parisiens de la Direction de la Cartographie de l’I. G. N. Là, des artistes cartographes et des imprimeurs vont procéder à leurs ultimes transformations. Une fois les dessins définitifs effectués, on en tire, par planches de couleurs séparées, l’édition trichrome au 1/20000®. Huit de ces coupures sont ensuite assemblées, réduites et redessinées avec généralisation des détails pour réaliser finalement la nouvelle carte au i/5o 000e en cinq couleurs. Ces cartes modernes, précises et
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- fidèles font le plus grand honneur aux topographes et aux appa-riels photogrammétriques perfectionnés, qui ont permis de les établir au milieu des difficultés de notre époque. En dignes successeurs de Borda, de Charles Lallemand, du Colonel Goulier, des Généraux Bourgeois et Georges Perrier (mort en février ig46), les techniciens de l’Institut Géographique National ne songent pas, du reste, à se reposer sur leurs lauriers scientifiques. Ils s’attaquent maintenant aux vastes levés des immenses territoires de notre Empire colonial. Pour la solution de ces ardus problèmes, l’Institut Géographique National étudie des méthodes perfectionnées de cheminement aérien et projette la construction d’instruments de restitution, d’un type plus simple et mieux adapté à cette colossale entreprise cartographique. Enfin les originales méthodes photogrammétriques qu’il préconise permettront sans doute la réfection rapide et précise de notre cadastre, projetée depuis si longtemps.
- Jacques Boyer.
- Observations de grêlons
- Les chutes de grêle sont relevées par les stations météorologiques qui les introduisent dans leurs statistiques ; celles de très gros grêlons, causant des dommages aux cultures, sont bien plus rarement notées et seulement quand elles ravagent une région, des récoltes.
- Il est bien tard sans doute pour rappeler une chute extraordinaire dont je fus témoin le 27 mai 1931.
- Nous étions trois géologues, M. Y. Milon, professeur et aujourd’hui doyen de la Faculté des Sciences de Rennes, M. Filipescu, du Service géologique de Roumanie, et moi-même, au fond de la baie de la Fresnaye, non loin de Dinard, où nous étudiions les roches siliceuses, noires, litées, connues sous le nom de phtanites de Lamballe. La mer très basse avait reculé très loin. Rapidement, notre attention fut attirée par un bruit lointain, un sourd roulement, comparable à un ressac de tempête. Avant que nous ayons reconnu l’origine possible de ce tumulte, il se rapprocha en s’amplifiant ; le ciel, ardoisé, devint lourd, écrasant. Et brusquement — à peine avions-nous eu le temps de nous ramasser dans un trou de rocher — ce fut l’orage de grêle ... et quelle grêle ! des grêlons de 3o mm de diamètre. En un instant, la grève devint toute blanche (fig. 1).
- Et sur terre, les cultures voisines, les vergers, les choux furent entièrement hachés. On jugera mieux de l’abondance et de la grosseur des grêlons sur la figure 2 prise dans un creux de rocher, où le marteau de géologue donne lechelle.
- La grêle n’est pas très fréquente en Bretagne ; cependant, je me souviens de verrières brisées à Concarneau, pendant la guerre de 1914, par des grêlons de taille comparable.
- Peut-être y aurait-il des observations précises à publier sur les gros grêlons, leur formation et leur chute, que des lecteurs de La Nature pourraient contribuer à augmenter quand l’occasion s’en présentera.
- Gabriel Lucas,
- Assistant à la Sorbonne.
- Fig. 1. — Grêlons accumulés dans un creux de rocher. Le marteau donne l’échelle (photo G. Lucas).
- Fig. ' 2. — La
- grève de Port-à-la-Duc couverte de grêle (photo Y. Milon).
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- LES PROGRÈS RÉCENTS
- (Suite) (I)
- DE LA VERRERIE
- La fabrication de quelques verres spéciaux.
- Thermomètres. — Il a fallu résoudre deux problèmes : éviter le déplacement du zéro qui traduit le vieillissement du verre qui, au moment de la construction du thermomètre, n’est pas encore arrivé à la stabilité ; obtenir une tige bien calibrée. Ces deux problèmes, posés et étudiés par le Suisse. Ch. Ed. Guillaume, qui fut directeur du Bureau international des Poids et Mesures, ont été résolus par l’emploi du verre vert dur qu’on a réussi à fabriquer en France, et par celui de verres de compositions assez différentes fabriqué^ en Allemagne (Iéna) et en Angleterre. La fabrication automatique de la tige du thermomètre, garnie le cas échéant d’un écran émaillé opaque pour en faciliter la lecture, n’est pas encore tout à fait au point.
- Glaces brutes. — Procédé discontinu Showers. —- L’ancienne table de coulée est remplacée par un grand cylindre C
- (fig. i) tournant autour de son axe sur des galets g ; on verse le verre fondu en A; un cylindre B (diamètre 0,80 m), à une distance réglable de C, lamine le verre et l’envoie sur une série de petits rouleaux qui forment table. Le cylindre C plonge par sa partie inférieure dans de l’eau froide qui est renouvelée continuement. Dans ce procédé, le verre provient de pots ou de poches de coulée.
- Procédé continu Ford. —- Un feeder (fig. 2), dont le débit est réglé par des vannes V, verse le verre fondu entre deux cylindres B et C dont l’écârtement est réglable et envoie la glace sur de petits rouleaux r formant table comme dans le procédé Showers. La machine est alimentée directement et con-tinuemerit par un four à bassin.
- Pour se prêter à l’une ou à l’autre des fabrications par ces deux procédés le triangle indicatif a des formes qui diffèrent peu de celle qui est représentée en c (1 2).
- On a vu précédemment de quels moyens puissants et perfectionnés on dispose pour polir les glaces brutes des plus grandes dimensions.
- Verre armé. — C’est une glace à mLépaisseur de laquelle est logée une armature souple en fil d’acier. L’armature et les deux demi-glaces qui l’enserrent sont débitées continuement et à la même vitesse par des cylindres A, B et C, ces deux derniers alimentés par le verre fondu en Vx et en V2 (fig. 3). Le tout est disposé sur une table T, qui se déplace en même temps que le verre armé. Ce verre a été inventé par Léon Appert en i8g3. Il est incassable et met à l’abri des vols par effraction. On peut
- 1. Voir La Nature des 15 avril, 15 mai, 15 juin et 15 octobre 1946.
- 2. La Nature, 15 juin 1946, fig. 2.
- le polir comme une glace; mais généralement on ne le fait pas. Les deux faces restent alors brutes de laminage comme dans le verre cathédrale, ce qui dissimule plus ou moins l’armature.
- Tubes de verre et ampoules électriques ou médi= cales. —- Les tubes de verre sont utilisés pour le soufflage des appareils de laboratoire, pour fabriquer des ampoules destinées à recevoir des produits pharmaceutiques périssables et des ampoules de lampes électriques à incandescence.
- Cette dernière fabrication étant devenue automatique et semi-continue, grâce à la machine VVestlake qui est en usage aux Etats-Unis depuis 19x1, le verre doit avoir une viscosité comprise entre des limites très proches ; il doit se souder parfaitement à la douille et, par suite, avoir un coefficient de dilatation thermique du même ordre de grandeur que celui du métal de la douille ; enfin, les tubes dont on part doivent être parfaitement calibrés. On a pu satisfaire à toutes ces conditions.
- Le verre des ampoules destinées à recevoir des sérums ou des solutions de produits chimiques peu stables doit être neutre et ne pas modifier le pïï du liquide, même après stérilisation a io50'-ixo°. Sa .résistance mécanique et aux changements de température doit être assez grande, cela, afin d’éviter la casse; enfin, il doit être assez plastique pour pouvoir être étiré en tubes à la machine, tubes dont on part pour fabriquer et emplir ces ampoules puis les sceller à la lampe.
- Jusqu’ici on n’a pas réussi complètement à satisfaire à toutes ces conditions, et l’on doit s’en tirer par un compromis en sacrifiant plus ou moins une ou deux des propriétés désirées, celles dont l’importance est jugée secondaire, et selon la nature du liquide à conserver. Zeiss d’Iéna et la verrerie de Murano, près de Venise, ont donné la composition chimique des deux verres pour ampoules médicales que fabrique chacune de ces sociétés. Ce sont des verres borosilicatés tenant 8,7 à 11,1 pour 100 d’alumine, sans potasse; l’un d’eux renferme 3,20 pour 100 d’oxyde ferrique Fe203 et 3,20 pour 100 d’oxyde manganeux MnO.
- Glaces à vitre calorifugées. — Aujourd’hui, on fabrique des glaces épaisses pour grands magasins qui ont jusqu’à 12 m . de longueur et la hauteur de plus d’un étage. On fabrique aussi des glaces qui sont creuses et cloisonnées, à peu près comme des briques creuses, mais de dimensions bien plus grandes. Dans les maisons modernes, on monte maintenant de grandes baies vitrées qu’on a de plus en plus tèndance à employer pour éclairer par la lumière du jour les locaux habités, ce qui est hygiénique; mais ces grandes surfaces vitrées ont l’inconvénient de refroidir les locaux en hiver
- Laminage des glaces brutes
- Fig. 1.
- par le procédé discontinu Shouiers.
- Fig. 2. — Laminage des glaces brutes par le procédé continu Ford.
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- et de les chauffer démesurément en été; en effet, elles laissent passer des quantités considérables de la chaleur ou du froid qui régnent à l’extérieur.
- Les glaces creuses sont formées de deux glaces parallèles assez minces, entre lesquelles il y a une petite couche d’air sec, donc parfaitement isolant ; de plus, des cloisons de verre étroites, comme les « petits bois » des fenêtres flamandes, divisent toute la surface de la glace double en panneaux rectangulaires, ce qui empêche toute convection de l’air interposé entre les deux glaces.
- Qlaces de couleur. — On fabrique des glaces transparentes colorées dans la masse grâce à l’introduction dans la « composition » d’un sel ou d’un oxyde métallique qui confère la couleur désirée ; sa nature dépend du résultat qu’on veut obtenir. Les métaux qui confèrent de la couleur au verre sont nombreux : on n’a que l’embarras du choix.
- Le verre des glaces ordinaires épaisses est légèrement verdâtre, ce qui peut agir défavorablement sur la présentation des objets d’un étalage; comme on l’a vu, on peut le blanchir au moyen du « savon des verriers » (bioxyde de manganèse naturel) , ou même exalter la coloration rose par le même procédé ; c’est ce qu’on a fait dans plusieurs villes des États-Unis. Les Américains prétendent que la teinte rose rend plus appétissantes les viandes, la pâtisserie et la confiserie. La teinte bleue serait, paraît-il, favorable à la présentation de la bijouterie et de la joaillerie ; mais voici qui est plus sérieux : une teinte d’un bleu verdâtre un peu foncé éloigne mouches et moustiques et arrête dans une certaine mesure les rayons ultra-violets de la lumière directe du soleil; on s’en sert pour éclairer des locaux et ateliers trop ensoleillés et des écuries ou étables infestées par ces insectes.
- Tubes indicateurs du niveau de l’eau dans les chaudières. — Ces tubes, cylindriques et bien rodés d’équerre à leurs deux extrémités, doivent résister à la pression qui règne dans la chaudière et à la température de son régime de fonctionnement qui est notablement supérieure à ioo°. Ils ont toujours fait l’objet d’une fabrication spéciale; malgré cela, autrefois, quand ils ne se brisaient pas spontanément sans cause apparente, leur surface intérieure, sous l’action de l’eau et de la vapeur très chaudes, était assez vite attaquée; ils cessaient d’être transparents. Pour éviter cet inconvénient, le chauffeur ne mettait le niveau d’eau en communication avec la chaudière que quand il le jugeait à propos, ce qui pouvait être la cause d’accidents (coup de feu sur les tôles de la chaudière, son explosion, rupture du tube trop refroidi au moment où le niveau d’eau était remis en circuit, ou encore par un choc malencontreux du ringard).
- Aujourd’hui, ces inconvénients et accidents sont devenus extrêmement rares grâce à l’emploi d’un verre apparenté à la fois au pyrex et au verre de Bohême des laboratoires ; il est beaucoup moins coloré en jaune que le pyrex ordinaire. C’est un verre du même genre qu’on emploie pour fermer les hublots, ou regards, des appareils sous pression et des cabines étanches des avions volant à très grande altitude.
- Récemment, on paraît avoir réussi à améliorer ces tubes en leur conférant une précontrainte, une sorte de frettage, comparable à celui du tonnerre des pièces d’artillerie, et obtenu par un procédé analogue à celui qui est décrit plus loin à propos du verre trempé, ou sécurité, des automobiles. On a pu ainsi diminuer son épaisseur et le rendre moins sensible aux variations brusques de température.
- Lampes à vapeur métallique. — Il ne suffit pas que les verres de ces lampes laissent passer les radiations émises par la vapeur métallique; il faut aussi qu’ils ne soient pas atta-
- qués par cette vapeur, qui est très corrosive à la température de régime des lampes (200° à 3oo°) et qui sont soumises aussi à une pression intérieure élevée ; leur résistivité électrique et calorifique doit être très grande aussi. On a vu que le verre de silice satisfait à toutes ces conditions pour le mercure et le néon, gaz qui est pratiquement inerte ; mais Partridge a indiqué en 1935 la formule de trois verres moins riches en silice (3o à 4o pour 100 de Si02) qui y satisfont aussi, un peu moins bien il est vrai, mais qui coûtent moins cher et se travaillent plus facilement ; ce sont des alumino-silicates doubles de chaux et de baryte, de magnésie ou de zinc. Partridge a indiqué aussi la formule de cinq verres résistant aux vapeurs de sodium ; quatre sont des borosilicates doubles d’alumine et de chaux ou de baryte avec 4 à 8 pour xoo de soude.
- Verre multicellulaire. — Il s’obtient par plusieurs procédés, l’un chimique, les autres physiques. Dans les deux cas, la porosité est due au dégagement de fines bulles de gaz pendant que le verre est encore à l’état plastique, donc assez visqueux pour retenir ces bulles de gaz à mesure qu’elles se forment. Dans le premier procédé, on provoque dans le verre fondu une réaction aux dépens d’un composé qui dégage de l’oxyde de carbone entre 700° et x ooo°. Dans les seconds, ou bien on
- rmature d'acier
- lerecoulée
- 2? coulée
- Verre armé
- Fig. 3. — Laminage du verre armé ; procédé imaginé par Léon Appert en 1893.
- insuffle de l’air comprimé dans le verre fondu, ou bien on fond une poudre de verre dans laquelle on a introduit des corps volatils et que l’on porte au rouge; ici il n’y a pas toujours fusion, mais frittage et agglomération des grains de verre rendus assez visqueux pour se souder l’un à l’autre à leurs points de contact, comme dans certains verres moulés sous pression.
- La résistance à la compression est très bonne (45 kg/cm2 pour le multicellulaire de densité o,25; 10 kg/cm2 pour celui de densité 0,18, et 4 kg/cm2 pour celui de densité 0,12). La conductivité calorifique est faible : à la température ordinaire, le coefficient de conductibilité est de o,o4 kilocalories par mètre carré de surface, par mètre d’épaisseur et pour une différence de 1 degré entre les deux faces. On a vu que le verre multicellulaire flotte sur l’eau; sa densité apparente est en effet très inférieure à celle du liège aggloméré; il est obtenu en blocs de toutes dimensions et de toute porosité, qu’il est facile ensuite de débiter et de découper en plaques minces non déformables; il a sur le liège l’avantage d’être inaltérable et incombustible; on peut en faire des ceintures de sauvetage ou des panneaux qu’on assemble pour monter des cloisons légères qui arrêtent les bruits et les trépidations. On a réussi, en employant du verre pyrex, à fabriquer des filtres pour liquides corrosifs qui mesurent jusqu’à 3o cm de diamètre.
- (à suivre).
- E. Lemaire,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
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- Constance de la température moyenne
- Le désordre des saisons n’est qu’apparent. Les fluctuations déconcertantes de la température ne sont, en réalité, que des oscillations autour d’une valeur moyenne tellement stable, que l’on se demande comment les écarts positifs et négatifs parfois impressionnants peuvent se compenser mutuellement.
- Bien que dans l’état actuel de la science, les périodes de compensation ne soient ni mesurables, ni déterminables dans le temps à venir, la certitude de leur retour a conduit M. Angot, éminent météorologiste, à avertir le public de l’imminence de grands froids, quelques années avant le terrible hiver de 1879-1880 et M: Roger, ancien chroniqueur à La Nature, à pressentir en ig35 une série de grands hivers, s’intercalant dans la période décennale 1937-1946. On ne pouvait être meilleurs prophètes.
- Un chroniqueur météorologiste ne doit jamais tirer une conclusion d’incohérence de l’aspect cahotique de la température dans une période décennale, bii-décennale, ou plus longue encore.
- Il doit chercher à rectifier l’opinion générale, qui jugeant le temps présent, répétera toujours cc qu’il n’y a plus de saisons », déroutée qu’elle est par le désordre apparent des températures.
- Ceci ne saurait être mieux illustré que par la mise à jour du graphique publié en décembre 1926, dans cette revue, sous la plume de M. Roger (fig. 1).
- Il semblait à cette époque, que l’on assistât à un adoucissement constant de l’hiver et à un rafraîchissement de l’été; le tracé, complété par 19 ans d’observations, démontre que des écarts sont venus en sens contraire, rectifier les anomalies précitées.
- En 19 ans, la température moyenne des 3 mois d’hiver s’est abaissée de o°9 et la température moyenne de l’été s’est relevée de x°i ce qui est énorme sur des moyennes saisonnières.
- Le mois de février 1926, tellement doux, qu’il faut remonter en 1767 pour trouver un mois aussi tiède;
- L’exceptionnelle froidure de décembre 1933, à laquelle succédait, à un an près, la tiédeur de décembre 1934, comparable seulement à celle de décembre 1869 ;
- Fig. 1. — Températures moyennes de l’hiver et de l’été depuis 1757, par périodes de 10 ans.
- La chute de neige la plus tardive connue, du 18 mai ig35, formant une couche de 4 cm sur le sol ;
- Le froid soutenu d’avril et mai ig38 succédant aux chaleurs de la seconde quinzaine de mars 1988 ;
- La douceur de novembre ig38, jamais aussi accentuée depuis 1862 ;
- Les hivers consécutivement doux de ig35 à ig3g, suivis des hivers consécutivement très froids de ig4o à 1942.
- Moyennes Moyennes
- Hiver Été Hiver Été
- Degrés Degrés Degrés Degrés
- 1757-1766 2,4 19,8 1857-1866 9 7 17,6
- 1767-1776 3.3 19,0 1867-1876 3,1 17,7
- 1777-1786 1,8 17,6 1877-1886 3,1 17,2
- 1787-1796 2,7 17,1 1887-1896 |‘) 1,9 17,3
- 1797-1806 2,5 17,2 1897-1906 (3| 3,7 18,0
- 1807-1816 2,5 16,8 1907-1916 C) 4,0 17,0
- 1817-1826 3,1 17,6 1917-1926 4,2 17,3
- 1827-1836 2,4 17,7 1927-1936 3,7 18,3
- 1837-1846 2,0 17,3 1937 1946 (») 3,3 18,4
- 1847-1856 2,7 17,2
- Dècemb.
- Janvier
- Février
- Juillet
- Octobre
- Septemb.
- (1) 4 hivers rigoureux au cours de la période décennale 1887-1896. _. .... . ... . , „ . _ .
- (2i Aucun au cours de la période bi-décennale 1897-1916. _ F*s- 2- ~ Variations journalières de la température a Parts.
- (3) 3 hivers rigoureux au cours de la période décennale 1936-1945. Moyenne de 130 ans d’observations, du 1er décembre 1756 au
- 30 novembre 1886, d’après les Ëtudes sur le climat de Paris, de Renou.
- Et cependant, cette période bi-décennale qui, dans sa moyenne, semble avoir réabli l’ordonnance des saisons, est fertile en exemple de saisons absolument déréglées.
- Voici, entre autres et dans leur ordre chronologique, quelques-unes de ces curieuses anomalies :
- Ces deux courbes, ressemblant à des sinusoïdes, présentent de telles similitudes, que la régularité de la marche de la température s’impose à l’attention.
- Cependant, le premier tracé (fig. 2) représentant la variation annuelle de la température jour par jour, a été établi à l’époque
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- héroïque de la météorologie; les observations manquent d’homogénéité, n’ayant été effectuées à l’Observatoire de Paris que depuis 1797.
- La figure 3 par contre, est l’expression des moyennes établies sur des observations très homogènes et offrant toutes garanties de précision. Les crochets de la courbe (tracé journalier) disparaîtraient si les observations remontaient assez loin dans, le passé et étaient ainsi plus nombreuses ; le tracé serait plus régulier et l’alternance de la croissance et de la décroissance de la température ainsi mis en parfaite évidence.
- Continuons à observer et à compiler avec conscience les observatidhs que la précision des instruments met à notre disposition. L’examen des tracés illustrant plusieurs siècles d’observations mettra sans doute en lumière la parfaite ordonnance des grands éléments climatologiques, que seule, la brièveté de notre existence, nous empêche d’apprécier.
- Jean Bourceois.
- V
- 1 In I21
- 1 lu 121
- Mn lai
- 1 11 21
- i I11 Igi
- Janvier
- Mars
- Avril
- Juin
- Juillet
- Septemb.
- Octobre
- Fig. 3. — Variations décadaires de la température à Paris (observatoire de Montsouris) de 1873 à 1922,
- d’après les Annales des services techniques d'hygiène de la ville de Paris.
- RÉCRÉATIONS MATHÉMATIQUES
- Divination d'un nombre.
- Nous avons indiqué ici (!) des méthodes pour deviner un chiffre et le reste de la division d’un nombre inconnu ; aujourd’hui nous abordons un problème apparemment plus difficile : la divination d’un nombre de 6 chiffres.
- Vous demandez d’écrire un nombre de 3 chiffres et de répéter à droite le même nombre de façon à obtenir un nombre de 6 chiffres de la forme abcahc. Faites-le diviser par 1 003, ce qui est facile, et demandez simplement le reste de la division. Muni de ce faible indice, vous annoncez, après un petit calcul, le nombre choisi. Par exemple on prend 473 d’où le nombre de 6 chiffres 473473 qui divisé par 4 003 donne pour reste 57.
- Remarquons, que divisés par 1 003, il y a 897 nombres de 6 chiffres qui ont 57 pour reste. En effet, l’inégalité :
- 09 999 < 1 003 t + 57 < 1 000 000
- a pour solution :
- 99 4-
- 613 1 003
- < t < 996 +
- 955 1 003
- donc les valeurs extrêmes de t sont 100 et 996 soit en tout S97 nombres. Le lecteur vérifiera que pour les restes compris entre 1 et B inclus, d’une part, et 704 et 1 002 d’autre part, il y a 898 nombres donnant ces restes.
- En tout cas on peut affirmer sans s’écarter de la vérité que le renseignement fourni laisse le choix entre près de 900. nombres et cependant, en quelques instants, vous devinez exactement le dividende inconnu.
- Vous multipliez le reste donné par 501, avec l’exemple choisi plus haut, le produit est 28 557, vous le divisez par 1 003, le reste de la division, 473, représente le premier nombre écrit de 3 chiffre et vous annoncez 473 473 !
- Gageons que le devin qui a employé ce singulier mode opératoire est aussi intrigué que son auditoire. Une explication est nécessaire, il est bien exact de dire : il y a près de 900 nombres de 6 chiffres qui ont même reste par rapport au diviseur 1 003, mais il n’y en a qu’un seul de la forme abcabc car tout nombre de cette forme est également multiple de 1 001 ;
- 473 473 = 473 000 + 473 = 473 (1 000 + 1).
- Or on démontre que deux nombres jouissant de cette double propriété : être multiple de 1 001 et multiple de 1 003 plus P, ont pour différence un multiple de 1 004 003, il ne saurait donc y en avoir deux inférieurs à 1 000 000.
- On peut donc écrire l’équation :
- 1 001 x = 1 003 y + R (1)
- x désignant la moitié abc du nombre cherché et R le reste annoncé.
- Cette équation peut s’écrire :
- 1 001 (x - - v) - 2 y + R
- ou :
- 1 001 x' — 2 y' = R ,2)
- en posant :
- X — X — -y et y = y 13)
- Résolvons d’abord l’équation :
- 1 001 x' — 2 y' = 1
- qui admet une solution évidente :
- x' = 1 ; y’ - 500
- Une solution de (2) s’obtiendra donc en multipliant par R les valeurs des inconnues ainsi déterminées :
- x = R ; y' = 500 R
- et en tenant compte des relations (3) on a la solution :
- x' = 501 R.
- La solution générale est de la forme :
- 501 R + 1 003 p
- p étant un entier positif, négatif ou nul. En divisant 501 R par 1.003 on obtient donc la seule solution acceptable inférieure à 1 000, ce qui justifie la règle énoncée plus haut.
- 1. La Nature, n" 3080 et il0 3118.
- H. Bauolet.
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-
- LE
- CIEL EN JANVIER 1947
- 388 =
- SOLEIL : Du 1er janv. au 1er fév., sa déclinaison passe do — 23°5' à — 17°27' ; la durée du jour, pour Paris, augmente de 8h16ra à 9h23m ; diam. app. le 1er janv. 32'36", le -1er fév. 32'34". — LUNE : Phases : P. L. le 7 à 5*, D. Q. le 14 à 3h, N. L. le 22 à 9h, P. Q. le 30 à O11 ; périgée le 6 à 14h, apogée le 19 à 5h. Principales occultations (h. p. Paris) : le 3, de 132 Taureau (5m0) im. 2lho2m ; le 31, de w Taureau (4mS) im. 20h59m. Principales conjonctions : avec Saturne le 8, 12h, à 3°48' N. ; avec Jupiter le 16, 13h, à 0°36' N. ; avec Vénus le 18, 3h, à 2°4' S. — PLANÈTES : Mercure inobservable, vers sa conj. sup. avec le Soleil. Vénus observable le matin, à sa plus grande élong. le 28 à 46°30' W. du Soleil, diam. app. diminuant de 35'',8 à 23",8. Mars inobservable, en conjonction avec le Soleil. Jupiter dans la Balance, observable seconde moitié de la nuit, diamètre app. augmentant de 31",6 à 33". Saturne, dans le Cancer, observable toute la nuit,
- en opposition avec le Soleil le 26 ; diamètre app. : Globe 18"4, anneau 46"o. Uranus dans le Taureau (positions : le 1er 5h12m et 4- 23°4', le 16 5h10“ et + 23°2') observable toute la nuit, diam. app. 3",7. Neptune dans la Vierge (positions : le 1er 12h42m et — 2°53', le 16 I2]l42m et —2°53') observable seconde moitié de % nuit, diam. app. 2",7. — ÉTOILES FILANTES : Les 2 et 3, essaim des Bootides, radiant vers (3 Bouvier (météores longs, rapides). — ÉTOILE POLAIRE : Passages observables au Méridien de Paris : le 1er, pass. sup. à 18h5om14s ; le il', pass. sup. à 18h15m42s ; le 21. pass. inf. à bh3Sm9s et pass. sup. à 17h36m103 ; le 31, pass. inf. à 4h58m37s.
- L. Rudaux.
- (Heures données en Temps Universel, tenir compte des modifications introduites par l'heure en usage).
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- SAMEDI 21 DÉCEMBRE. Institut Océanographique (195, rue Saint-Jacques) : 21 h. Commandant J. Rouch : «' Le Docteur jhles Richard ».
- 1939, à une multitude de recherches : on a suivi le métabolisme de l’iode, du phosphore, du sodium et du potassium, du fer, on a essayé d’utiliser quelques corps radioactifs en thérapeutique. Cette monographie fait le point de la question jusqu’en 1945 ; elle montre toute la richesse de cette association inattendue de la biologie avec la chimie nucléaire.
- Science since 1500. A short history of ma-thematics, physics, chemistry, biology, par II. T. Pledge. H. M. Stationery Office. Londres, 1946. 1 vol. 356 p., 15 planches hors texte, 6 cartes.
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- C’est surtout par les révélations apportées dans la connaissance de la structure du globe terrestre que l’étude des volcans et tremblements de terre prend une valeur de premier plan. Les ondes sismiques, traversant la terre de part en part, nous apportent des données sur l’existence et les propriétés d’un noyau très dense entouré de différentes couches présentant entre elles des discontinuités physiques nettes. La découverte toute récente de foyers sismiques profonds de plusieurs centaines de kilomètres complète nos connaissances sur les couches les plus proches de nous.
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- COURS ET CONFÉRENCES A PARIS
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- LA NATURE
- SOIXANTE-QUATORZIÈME ANNÉE — 1946
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- A
- Accumulation (Je J’eau dans les glaciers. 143.
- Aciers Martin, 14.
- Acide folique, 370.
- Adaptation et vision nocturne chez les Vertébrés, 107.
- Aérodrome flottant, 2.
- Aéronautique : grandes vitesses, 321. Afrique du Nord : art rupestre, 149, 105.
- — noire : Institut français, 65.
- — richesses minérales, 319.
- — occidentale française : culture du quinquina, 137.
- ---------Vipères heurtantes, 346.
- — orientale : un Eldorado, 113.
- Agrumes : manque, 366.
- Aiguille du Midi : téléférique, 209.
- Algues marines : destruction de calcaire,
- 213.
- Aliments toxiques, 287.
- : lourd nouveau, 335. tes inaltérables à l’eau, 224. inn : protection et teinture, 260. Ami'W| : Comment les Américains ont K}fl'.®»cté » la Lune, 101. éscopes géants, 364.
- AncfKÆh bois, 88.
- (erre : pétrole en Angleterre, 38. •:ïSS3ÇTr£arctique : nouvelles expéditions, 348.
- Anomalies dans l’évolution de la température à Taris de mai 1944 à mai 1945, 78.
- Antihelminthique : phénothiazine, 44. Antiparasites : cours gratuits, 96. Archéologie et la guerre, 238.
- Ariège : grotte nouvelle, 5.
- Art rupestre nord-africain, 149, 165.
- Art de tomber, 370.
- Assèchement des terrains inondés en Hollande, 3.
- Atmosphère de Paris, 222.
- Australie : gisement d’uranium, 146. Auteurs anciens, lecture, 15.
- Automobile : évolution de la construction, 296.
- — : 33e Salon, 330.
- Autostrade Kaïffa-Bagdad, 75.
- Avaleurs de sabre, 92.
- Aviation française : Congrès national, 80.
- — française de tourisme, 178.
- — : modèles réduits, 31.
- Avion à réaction français : « 8. O. 6 000 », 62.
- — contre baleines, 119.
- — et ostréiculture, 235.
- — : iceberg porte-avions, 238.
- B
- Bactéries : champignons antagonistes, 268. Baleine : renaissance de la pêche, 152.
- — : avions contre baleines, 319.
- — et le, guerre, 56.
- Bagdad : route Kaïffa-Bagdad, 75. Barbeaux : œufs, 287.
- Basalte : pseudo-poterie basaltique, 22. Batracien prédateur de larves de mousli-(jues, 61.
- Becquerel, 348.
- Betterave : premier pain de sucre, 123. Bikini : expériences, 251, 337.
- Bois : ancre en bois, 88.
- Bombe atomique : effets, 42.
- ------: expériences, 110.
- ------et photographie, 343.
- — volante « N1 », 315.
- Botulisme pendant l’occupation, 111. Bourdal : puits, 5.
- Briques réfractaires : protection, 40.
- c
- Calcaire : destruction, 213.
- Calcium, 245.
- Calcul mental, 239.
- Canada et ses régions polaires, 86.
- — : expédition arctique, 280.
- Canal de Panama, 86.
- — de Suez, 312.
- Carbone : noirs de carbone colloïdaux, 132.
- Caséine en France, 47.
- — et matières plastiques d’origine animale, 10.
- Centenaire de la découverte de Neptune, 320.
- Champignons marins : destructeurs de calcaire, 213.
- Champignons : nouveau procédé de conservation, 294.
- — antagonistes des bactéries, 268. Chanvre de Manille. 363.
- Charbon : ciment sans charbon, 45.
- — : contre la crise, 332:
- Chars de, combat et construction soudée, 38.
- Chauffage électrique par induction, 36.
- — éleclrouique, 193.
- Chaux : pain, 252.
- Chemin de fer électrique : modèle réduit, 125.
- — du Yunnan, 225.
- Chine : retour de Formose, 103.
- Chutes d’eau : équipement intégral et rationnel, 6.
- Ciel : en janvier, 15
- — en février 1946, 47.
- — en mars 1946, 63.
- — an avril, 112.
- — en mai, 143.
- — en juin, 159.
- — en juillet, 191.
- — en août, 223.
- — en septembre, 256.
- — en octobre, 282.
- — en novembre, 320.
- — en décembre, 371.
- — en janvier 1947, 388.
- Ciment sans charbon, 45.
- Cinéma : film ininflammable, 231.
- Circuit des radio-récepteurs: suppression
- du câblage par l’impression, 181. Coléoptères : préparation des collections, 270.
- Conférences à Paris, 16, 32, 48, 64, 80, 96, 112, 128, 144, 160, 176, 192, 336, 354, 371, 38S.
- Congrès national de l’aviation française,
- • 80.
- — technique international, 314.
- — de chimie industrielle, 335.
- — de l’énergie du vent, 276.
- Conservation des champignons, 294. Construction automobile : évolution, 296.
- — soudée : chars de combat, 38.
- Corée, 141.
- — : indépendance, 17.
- Coup dr soleil, 214.:
- Cours à Paris, 16, 32, 48, 64, 80, 96, 112, 128, 144, 100, 176, 192, 336, 354, 371, 388. Cours d’antiparasites, 96.
- Crépuscule : vision crépusculaire et adaptation rétinienne, 21.
- Cristaux synthétiques et appareils d’optique, 271.
- Cuirs artificiels, 13.
- Curare, thérapeutique, 30.
- Curiosités micrographiques, 248.
- Supplément au n° 3126 de La Nature du 15 décembre 1946.
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- , ....390 ==========
- D
- Découverte (Palais de la) : exposition de la Pénicilline, 14.
- Delessert (Benjamin), 27.
- Delft : laboratoire hydraulique, 257. Déshydratation des fruits : rayons infrarouges, 329.
- Dragage des mines sous-marines, 197.
- E
- Eau : accumulation daus les glaciers, 143.
- — de mer : fabrication d’eau potable, 223.
- — potable avec eau de mer, 223.
- — : régulation hydraulique de la France, 89.
- Ecailles des poissons du Niger, 35.
- Éclair : enregistrement photographique de l’éclair en plein jour, 25.
- Eldorado en Afrique orientale, 113. Électricité : séchage de l’herbe, 196.
- — : chauffage par induction, 36. Électrolyse aqueuse, 53.
- Électronique : chauffage, 193.
- Encres pour stylo à séchage instantané, 267.
- Énergie : soleil, source d’énergie, 361.
- — du vent : congrès, 276.
- Engrais pour la mer, 332.
- Entomologie : récupération, 239. Entomologiste moderne, 59.
- Épaisseurs : mesure par ultra-sons, 235. Éponges artificielles, 20, 77.
- — : pêche au scaphandre sur les côtes de Floride, 145.
- Équipement intégral et rationnel des chutes d’eau, 6.
- États-Unis : organisation de la vallée du Tennessee, 200.
- Expédition arctique canadienne, 280.
- — nouvelles dans l’Àntarctique, 348. Expériences de Bikini, 337.
- — de la bombe atomique, 110. Exploration sous-marine : projet belge,
- 230.
- Explosifs modernes, 229.
- Exposition de la Pénicilline, 14.
- — d’histoire naturelle de Madagascar, 216.
- — internationale de l’urbanisme et de l’habitation, 96.
- — des Radioélectriciens, 357.
- F
- Fabrication de l'heure, 49.
- Faînes du hêtre, 287.
- Farine de poisson, 215.
- Fibres textiles : amélioration, 173.
- Film cinématographique ininflammable,
- 231.
- Fleurs alimentaires, 344.
- Floride : pêche des éponges au scaphandre, 145.
- Fluorescence : nouvelle lampe, 188. Fonnose redevient chinoise, 103.
- Fractures, 109.
- France : aviation de tourisme, 178
- — : caséine en France, 47.
- — : fabrication de la Pénicilline, 139.
- — : régulation hydraulique, 89.
- — : télédactylographie, 283.
- — : typhus après la Libération, 199.
- Frigidaire solaire, 95.
- Fusée radioélectrique à temps variable, 41. Fusil au canon courbé, 255.
- G
- Gaz d’éclairage : Philippe Lebon, 237. Géologie : curiosités à La Ferté-Alais, 232. Gisement d’uranium en Australie, 146. Glaciers : accumulation de l’eau, 143. Goodyear et la vulcanisation, 110. Graphique des lunaisons, 215.
- Greenwich : observatoire, 333.
- Grêlons ; observations, 383.
- Grotte nouvelle en Ariège, 5.
- Guerre et archéologie, 238.
- — et baleines, 56.
- — 1939-1945 : grandes neiges, 126.
- — : pétroles du Moyen-Orient, 219.
- — : perles de culture et la guerre, 33.
- — : secrets, 243.
- — sous-marine, 289.
- H
- Habitation : exposition internationale, 96. Herbe : séchage électrique en Suisse, 196. Hêtre : faînes, 287.
- Heure : Fabrication, 49.
- Histamine, 240.
- Histoire naturelle : exposition de Madagascar, 216.
- Hiver 1945-1946 : grandes neiges, 126. Hivers rigoureux depuis un siècle, 43. Hollande : assèchement des terrains inondés, 3.
- Holocauste : victimes, 202.
- Homme fossile de Rabat, 121.
- Honfleur : envasement du port, 39. Honolulu au Caire par le pôle, 334. Hormones pour les plantes, 52.
- Houille blanche : reconstruction, 241, 264.
- Huile : palmier, 373
- Hygiène indochinoise : notions, 81.
- I
- Icaroscope, 361.
- Iceberg porte-avions, 238.
- Iles : naissance dans le Pacifique, 142. Imprimerie, 169, 203.
- Indépendance de la Corée, 17.
- Indes Néerlandaises : palmier à huile, 373. Indochine : notions d’hygiène, 81. Induction : chauffage électrique, 36. Industrialisation de la tourbe, 218.
- Ions : échangeurs, 246.
- Insecticides de contact, 276.
- Tnsign.es pour sourds, 136.
- Institut Français d’Afrique noire, 65. Institut géographique national, 380. Invasions de Leinmings, 269.
- Inventions mort-nées, 254.
- J
- Jour : enregistrement photographique de l’éclair en plein jour, 25.
- K
- Kaïffa : route Kaïffa-Bagdad, 75.
- Kurdes, 244.
- L
- Laboratoire hydraulique de Delft, 257.
- La Ferté-Alais : curiosités géologiques, 232. Lampe fluorescente nouvelle, 188.
- Langue morte, 263.
- Larves : bratracien prédateur de larves de moustiques, 61.
- Lebon (Philippe) : gaz d’éclairage, 237. Lcmmings : invasions, 269.
- Livres nouveaux, 16, 32, 48, 64, 79, 95, 111, 127, 128, 144, 159, 175, 192, 208, 224 , 240, 256, 272 , 288 , 304 , 320, 336 , 356, 388.
- Lune : « contact » de la Lune par les Américains, 101.
- — : graphique des lunaisons, 215.
- M
- Madagascar : exposition au Muséum, 216.
- — : exposition ethnographique, 191. Magnésium, 245.
- Mangouste : méfaits, 253.
- Manille : chanvre, 363.
- Margarines, 71.
- •Martin, aciers, 14.
- Matériel d’enseignement d’optique, 355. Matières plastiques : polythènes, 47.
- ----d’origine animale, 10.
- Mathématiques : récréation, 15.
- Mer : engrais, 332.
- — : fabrication d’eau potable, 223.
- — : guerre sous-marine, 289.
- — : mines sous-marines, 162, 189, 197.
- — : projet belge d’exploration sous-marine, 230.
- Message radioélectrique arrivant du Soleil, 147.
- Métaux des terres rares, 378.
- Métal : protection des briques réfractaires, 40.
- — : moulage des poudres métalliques, 23. Mesure des épaisseurs par ultra-sons, 235. Micrographie : curiosités, 248.
- Miels : couleurs et qualités, 207.
- Minéral nouveau, 199.
- Mines sous-marines, 162, 189, 197.
- — : dragage, 197.
- Modèle réduit : chemin de fer électrique, 125.
- ----d’avions, 31.
- MonL Blanc; : percement, 273.
- Moulage des poudres métalliques, 23. Moustiques : batracien prédateur de larves, 61.
- Moyen-Orient ; pétroles, 219.
- Musée à extension illimitée, 12.
- Muséum national : exposition de Madagascar, 216.
- N
- Naissance ; îles dans le Pacifique, 142. Naturalistes ; villégiature, 259.
- Neiges ; guerre 1939-1945, 126.
- — : hiver 1945-1946, 126.
- Neptune : centenaire de la découverte, 320. Nickel, 29.
- Niger : écailles des poissons, 35.
- Noirs de carbone colloïdaux, 132.
- O
- Obésité, 28.
- Observatoire de Greenwich, 333.
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-
- Occupation : botulisme pendant l'occupation, 111.
- Océan arctique : expédition canadienne, 280.
- OEufs de barbeaux, 2S7.
- Oiseaux et Itadar, 146.
- Optique : appareils et cristaux synthétiques, 271.
- — Matériel d’enseignement, 355.
- — : vision crépusculaire et adaptation rétinienne, 21.
- Ostréiculture et avion, 235.
- Oxygène défatigant, 28.
- P
- Pacifique : naissance d’îles, 142.
- Pagures et leur coquille, 277.
- Pain à la chaux, 252.
- — de sucre de betterave, 123.
- Palais de la Découverte : exposition de la Pénicilline, 14.
- Palmier à huile, 373.
- Panama : reconstruction du canal, 86. Paris : anomalies dans l’évolution de la température (mai 1944 à mai 1945), 78.
- — atmosphère, 222.
- Paysages nord-syriens, 57.
- Pêche à la baleine : renaissance, 152.
- — des éponges au scaphandre sur les côtes de Floiûde, 145.
- Pénicilline : exposition, 14.
- — : fabrication en France, 139. Percement du Mont Blanc, 273.
- Perles de culture et la guerre, 33.
- Pétrole en Angleterre, 38.
- — : situation en Russie, 129.
- — du Moyen-Orient, 219.
- Peuples de l’IJnion Soviétique, 377. Pliénothiazine, 44.
- Photographie : enregistrement de l’éclair en plein jour, 25.
- Photosynthèse, 174.
- Physalies, 319.
- Pithécanthropes nouveaux, 367.
- Plans de reconstruction des régions françaises dévastées, 97.
- Plantes : hormones pour les' plantes, 52. Plastiques (matières) d’origine animale,
- 10.
- Plume : tissu de plume, 31.
- Pôle : Canada et ses régions polaires, 86. Polyèdres, 302.
- — réguliers composés, 87. rjolygones, 302.
- Polythènes, 47.
- Poissons : écailles des poissons du Niger, 35.
- — : farine, 215.
- — les plus petits du monde, 236.
- — tués à distance, 295.
- Pommes de terre, 168.
- Portugal : tungstène, 362.
- Poterie : pseudo-poterie basaltique, 22. Poudres métalliques : moulage, 23. Préparation nouvelle de la vitamine B,, 8. Prix Nobel, 371.
- Problèmes des grandes vitesses en aéronautique, 321.
- Processus de défense du milieu habité par des espèces vivantes, à l’aide d’une substance toxique, 67.
- Projections : dessin, 236.
- Protection de l’aluminium, 260.
- — des briques réfractaires, 40.
- Protozoaire qui tue les poissons à distance, 295.
- Provence : roseau, 251.
- Puits du Bourdal, 5.
- Q
- Quartz synthétique, 234.
- Quinquina : développement de la culture en A. O. F., 137.
- R
- Rabat : homme fossile, 121.
- Radar, 349.
- — et les oiseaux, 146.
- Radioactivité artificielle, 298.
- — : 50° anniversaire de la découverte, 348.
- Radioélectriciens : exposition, 357.
- Radioélectricité : fusée à temps variable, 41.
- — : message arrivant du Soleil, 147.
- Radio-récepteurs : suppression du câblage
- par impression des circuits, 181.
- Rayons infra-rouges : déshydratation des fruits, 329.
- Réaction : avion français « S. O. 6 000 », 62.
- Reconstruction de la houille blanche, 241, 264.
- — : plans pour les régions françaises dévastées, 97.
- Récréations mathématiques, 15, 87, 255, 387.
- Régions françaises dévastées : plans de reconstruction, 97.
- Régulation hydraulique de la France, 89.
- Rétine : vision crépusculaire et adaptation rétinienne, 21.
- Revêtement métallique : protection des briques réfractaires, 40.
- Roche : art rupestre nord-africain, 149, 165.
- Roseau de Provence, 251.
- Roues d’atterrissage à ailettes, 240.
- Rouleau compresseur de fortune, 247.
- Route Haïffa-Bagdad, 75.
- Russie : situation pétrolière, 129.
- S
- Sabre : a valeurs, 92.
- Salon de l’automobile, 330.
- Scaphandre : pêche des éponges sur les côtes de Floride, 145.
- Séchage de l’herbe à l’électricité en Suisse, 196.
- — instantané d’encres pour stylogra-phes, 267.
- Sécheresse des années 1941 à 1945, 93.
- — remarquable d’octobre et novembre 1945, 24.
- Secrets de guerre, 243.
- Sécurité : semaine nationale, 136.
- Sidérurgie : évolution actuelle, 305.
- — : tendances actuelles, 131.
- Sinanthrope, 44.
- S. O. 6 000, avion français à réaction, 02.
- Soleil : coup, 214.
- — : frigidaire solaire, 95.
- — : message radioélectrique, 147.
- — : source d’énergie, 361.
- Soudure : construction des chars de combat. 38.
- Sourds : insignes, 136.
- ..............-= 391 ...
- Stratosphère : télévision, 11. Streptomycine, 11.
- Stylographes : encres à séchage instantané, 267.
- Sucre de betterave : premier pain, 123. Suez : second canal, 312.
- Suisse : séchage de l’herbe à l’électricité, 196.
- Syrie : paysages nord-syriens, 57.
- T
- Teinture de l’aluminium, 260. Télécommunications par fil et sans fil, 69. Télédactylographie en France, 283. Téléphone : prévision du temps, 43. Télévision stratosphérique, 11.
- Téléférique de l’Aiguille du Midi, 209. Télescopes géants d’Amérique, 364.
- Télex : service, 2S3.
- Température : anomalies dans l’évolution à Paris de mai 1944 à mai 1945, 78. Température moyenne : constance, 386. Temps : prévision par le téléphone, 43. Tennessee : organisation de la vallée, 200. Terrains inondés en Hollande, assèchement, 3.
- Terres rares : métaux, 378.
- Textile : révolution, 124.
- — : amélioration des fibres, 173. Thérapeutie : curare thérapeutique, 30. Thorium, 378.
- Tissu de plume, 31.
- Tomber : art de tomber, 370.
- Tourbe : industrialisation, 218.
- Tourisme : aviation française, 178.
- Troller (André) : nécrologie, 162.
- Tube fretté et surpressé, 345.
- Tungstène : au Portugal, 362.
- Typhus en France après la Libération, 199.
- U
- Ultra-sons : mesure des épaisseurs, 235. Union Soviétique : les peuples, 377. Université : nouvelles universitaires, 176. Uranium : gisement en Australie, 146. Urbanisme : exposition internationale, 96.
- V
- Vase : envasement du port de Honileur, 39. Vent : congrès de l’énergie du vent, 276. Verrerie : progrès récents, 116, 154, 183, 308, 384.
- Vertébrés : adaptation et vision nocturne, 107.
- Vésicants : IuLte des vitamines, 212. Victimes de l’holocauste, 202.
- Villégiature pour naturalistes, 259. Vipères heurtantes’ d’A. O. F., 346.
- Vision crépusculaire, et adaptation rétinienne, 21.
- — nocturne chez les Vertébrés, 107. Vitamine IL : préparation nouvelle, 8.
- — contre vésicants, 212.
- Vitesses : grandes vitesses en aéronautique, 321.
- Voir sans yeux, 258.
- Vulcanisation : Goodyear, 110.
- Y
- Yeux : voir sans yeux, 258.
- Yannan : chemin de fer, 225.
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- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- Adam (Michel). — La fusée radioélectrique à temps variable, 41. — La suppression du câblage des radiorécepteurs par l’impression des circuits, 181. — La mesure des épaisseurs par les ultrasons, 235.
- Ananoff (A.). — La bombe Amiante « Vx », 315.
- Bablet (Dr J.). — Notions d’hygiène indochinoise, 81.
- Basiaux-Defrance. — L’équipement intégral et rationnel des chutes d’eau, 6. — Protection des briques réfractaires, 40. — La régulation hydraulique de la France, 89. — Le tube fretté et surpressé, 345.
- Barolet (H.). — Récréations mathématiques, 15, 255, 387.
- Baud (Paul). — Le palmier à huile, richesse des Indes néerlandaises et des États Malais, 373.
- Benoits (Robert). — La radioactivité artificielle, 298.
- Bertrand (Gabriel). — Processus de défense du milieu habité par des espèces vivantes à l’aide d’une substance toxique, 07.
- Blin (Henri). — Le téléphone et la prévision du temps, 43.
- Boyer (Jacques). — Assèchement des terrains inondés en Hollande, 3.
- Bourgeois (Jean). — Sécheresse remarquable d’octobre et novembre 1945, 24. — Les hivers rigoureux depuis un siècle, 43. — Anomalies dans l’évolution de la température et des précipitations à Paris de mai 1944 à mai 1945, 78. — Les grandes neiges de la guerre 1939-1945 et de l’hiver 1945-1946, 126. — Constance de la température moyenne, 386.
- Boyer (Jacques). — Plans de reconstruction des régions françaises dévastées, 97. — La pénicilline se fabrique aujourd’hui en France, 139. — La pêche des éponges au scaphandre sur les côtes de Floride, 145. — Allumettes inaltérables à l’eau, 224. — Le roseau de Provence, 251. — Laboratoire hydraulique de Delft, 257. — La ruée vers le tungstène au Portugal, 362. — L’Institut géographique national, 3S0.
- Brossard (René). — Curiosité micrographique, 248.
- Broyer (Ch.). — Curiosités géologiques autour de La Ferté-Alais, 232.
- Çaget (P.). — Rouleau compresseur de fortune, 246.
- Carles (J.). — Pseudo-poterie basaltique, 22. .
- Chauvineau (Robert). — Chauffage électrique par induction, 36. — Télécommunication par fil et sans fil, 69.
- Clérin (J.). — Nouvelles idées sur l’électrolyse aqueuse, 53.
- Dapsence (Paul). — Insignes pour sourds, 136. — Protection et teinture de l’aluminium par oxydation anodique, 260.
- Déribéré (M.). — Un frigidaire solaire, 85. — Le chauffage électronique, 193. — Les expériences de Bikini, 337.
- Devaux (Pierre). — La reconstruction de la houille blanche, 241, 264.
- Duclaux (Jacques). — L’accumulation de l’eau dans les glaciers, 143.
- Faugeras (Daniel). — La télédâctylographie en France. Le service « Télex », 283.
- Fayol (Amédée). — Pierre-Émile Martin, 14. — Benjamin Deles-sert, 27. — Goodyear et la vulcanisation, 110. — Le premier pain de sucre de betterave, 123.
- Forbin (Victor). — La Corée retrouve son indépendance, 18. — Les perles cultures et la guerre, 33. — La guerre et les baleines, 56. — La route Kaïffa-Bagdad, 75. — Le Canada et ses régions polaires, 86. — Formose redevient chinoise, 103. — Un Eldorado en Afrique orientale, 113. — La situation pétrolière de la Russie, 129. — Un gisement d’uranium en Australie, 146. —-
- Renaissance de la pêche à la baleine, 152. — A propos des pommes de terre, 168. — Les pétroles du Moyen-Orient et la guerre, 219. — Philippe Lebon et le gaz d’éclairage, 236. — L’iceberg porte-avions, 238. — Les Kurdes sortent de l’oubli, 244.
- — Les inventions mort-nées, 254. — Villégiature pour naturalistes, 259. — L’expédition arctique canadienne, 280. — Construira-t-on un nouveau canal de Suez ? 312. — Ce que nous coûte le manque d’agrumes, 366.
- Francis-Boeuf (C.) et V.- Romanovsky. — L’envasement du port de Ilonlleur, 39.
- Gallet (André). — Le chemin de fer du Yunnan, 225. — Le percement du Mont Blanc, 273.
- Genin (G.). — Les noirs de carbone colloïdaux, 132. — Encres pour stylograplies à séchage instantané, 267.
- Giraud (Étienne). — Couleur et qualité des miels, 207.
- Gottiniaux (Henry). — La photosynthèse, 174.
- Hue (P.). — Calcul mental, 239.
- Jones (sir Harold Spencer). — L’observatoire royal de Greenwich, 333.
- Laborderie (Fernand de). — L’imprimerie, 169, 203. — L’évolution de la construction automobile, 296. — Le 33e Salon de l’automobile, 330.
- Lanorville (Georges). — Le téléférique de l’Aiguille du Midi, 209. Larue (Pierre). — A propos de l’ancre en bois, 88.
- Legendre (R.). — André Troller, 161.
- Lemaire (Eugène). — Les progrès récents de la verrerie, 116, 154, 183, 308, 384.
- Lei’rêtuk (Robert). — Paysages nord-syriens, 57. — Les mines sous-marines, 162, 189, 197. — La guerre 60us-marine, 289. — La part du Radar dans la victoire des Alliés et son avenir, 349. Lesavre (Jean). — Polyèdres réguliers composés, 87.
- Letaconnoux (R.). — A propos des physalies, 319.
- Li-Long-Tsi. — La Corée, 141.
- L. P. — La caséine en France, 47. — Explosifs modernes, 229.
- — Du magnésium au calcium, 245.
- Lucas. — Observations de grêlons, 383.
- Lulle (Raymond). — Les éponges artificielles, 20.
- Luper (J.). — Le nickel, 30. — Les tendances actuelles de la sidérurgie, 131.
- M. D. — L’icaroscope, 361.
- Mercié (Dr Claude). — Un procédé de conservation des champignons, 294.
- Menaché (M.). — Projet d’exploration sous-marine belge, 230. Meunissier (Eug.). — Fleurs alimentaires, 344.
- Moriiardt (Dr P.-E.). — Deux aliments toxiques, les œufs de barbeaux et les faînes du hêtre, 287.
- Mouciiot (Dr Gabriel). — Obésité, 28. — Les avaleurs de sabre, 92.
- — Fractures, 109. — L’histamine, 250. — Voir sans yeux, 258.
- — L’art de tomber, 370.
- Muckenhirn. — Cuirs artificiels, 13.
- Palès (Dr Léon). — Une nouvelle grotte dans l’Ariège, 5.
- Paulian (R.). — L’Institut français d’Afrique noire, 65. — L’exposition d’histoire naturelle de Madagascar au Muséum national, 216.
- P. C. — Le séchage de l’herbe à l’électricité en Suisse, 196. Perruche (Lucien). — La caséine et les matières plastiques d’origine animale, 10. — Le moulage des poudres métalliques, 23. — Les polythènes, 47. — Des <c Hormones » pour les plantes, 52.
- — Los margarines, 71. — Révolution textile, 124. — L’amélio-
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-
-
-
- ration des fibres textiles, 173. — Les échangeurs d’ions, 246. — Les cristaux synthétiques et les appareils d’optique, 271. — Le congrès technique international, 314. — Les métaux des terres rares et le thorium, 378.
- Pierre (F.). — L’entomologiste moderne, 59.
- Poisson-Quintoîs (Ph.). — Un avion à réaction français, le « S. 0. 6 000 », 62. — L’aviation française de tourisme, 178. — Problèmes posés par les grandes vitesses en aéronautique, 321. Rabaud (Étienne). — Les pagures et leur coquille, 277.
- R. L. — Les méfaits de la mangouste, 263. — Le chanvre de Manille, 363.
- Rochebrune (A.). — Les nouveautés techniques à l’exposition des radio-électriciens, 357.
- Rociion-Duvigneaud (Dr A.). — La vision crépusculaire et l'adaptation rétinienne, 21. — L’adaptation et la vision nocturne chez les vertébrés, 107.
- R. Pu. D. — Un batracien prédateur de larves de moustiques, 61.
- — Un protozoaire qui tue les poissons à distance, 295. Romanovsky (V.). — L’envasement du port de Ronfleur, 39. Rousseau (Pierre). — La fabrication de l’heure, 49. — Comment
- les Américains ont « contacté » la Lune, 101. — Un message radioélectrique nous arrive du Soleil, 147.
- Rudaux (Lucien). — Le ciel en janvier, 15. — Le ciel en février, 47.
- — Le ciel en mars, 63. — Le ciel en avril, 112. — Le ciel en mai, 143. — Le ciel en juin, 159. — Le ciel en juillet, 191. —
- ...' :..... ....—........ —-...........:.... 393 r.=~-
- Le ciel en août, 223. — Le ciel en septembre, 256. — Le ciel en octobre, 282. — Le ciel en novembre, 320. — Le ciel en décembre, 371. — Le ciel en janvier 1947 , 388.
- Sablier (G.). — L’aviation en modèles réduits, 31.
- Saiiste-Laguë (A.). — Polygones et polyèdres, 302.
- Sanson (J.). — La sécheresse des années 1941-1945, 93.
- Sourdillon (Marc). — Enregistrement photographique de l’éclair en plein jour, 25.
- Stark (R.) et Leprétre (R.). — Paysages nord-syriens, 57.
- Stumper (Robert). — L’évolution actuelle de la sidérurgie, 303. ïardy (J.-B.). — Graphique des lunaisons, 215.
- Tiiéodoridès (J.). — L’entomologiste moderne, 60.
- Troller (A.). — Peut-on faire du ciment sans charbon ? 45. Vaufrey (R.). — L’art rupestre nord-africain, 149, 165.
- V. F. — Singuliers effets de la bombe atomique, 42. — L’Angleterre a maintenant son pétrole, 38. — Les expériences de la bombe atomique, 110. — Naissances d’îles dans le Pacifique, 142.
- — Farine de poisson, 215. — L’industrialisation de la tourbe, 218. — L’ostréiculture et l’avion, 235. — Secrets de guerre, 243.
- — Le fusil au canon courbé, 255. — Une langue morte peut-elle revivre ? 263. — Les avions contre les baleines, 319. — Nouvelles expéditions dans l’Antarctique, 348.
- Villiers (André). — Les vipères heurtantes d’A. O. F., 346.
- Vallois (Dr H. Y.). — L’homme fossile de Rabat, 121. —- Les nouveaux pithécanthropes, 367.
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-
-
- TABLE DES MATIÈRES
- I. — MATHÉMATIQUES ET ASTRONOMIE
- La fabrication de l’heure (P. Rousseau).................
- Polyèdres réguliers composés (J. Lesavbje)..............
- Graphique des lunaisons (J. B. Tardy)...................
- Calcul mental (P. Hue)..................................
- Récréations mathématiques (H. Barolet)..................
- Polygones et Polyèdres (À Sainte-Laguë).................
- Centenaire de la découverte de Neptune..................
- L’observatoire royal de Greenwich (Sir Harold Spencer
- Jones) ...............................................
- Les télescopes géants d’Amérique........................
- Récréations mathématiques (H. Barolet).............15,
- Bulletin astronomique (L. Rudaux). 15, 47, 63, 112, 143, 159,
- 191, 223, 256, 282, 320, 371,
- II. — SCIENCES PHYSIQUES 1. Physique.
- Singuliers effets de la bombe atomique (Y. F.).............
- Un frigidaire solaire (M. Déribéré)........................
- Comment les Américains ont « contacté » la Lune (P. Rousseau) .....................................................
- Les expériences de la bombe atomique (Y. F.)...............
- Le chauffage électronique ou par perles diélectriques (M. Dé-
- riiiéré)................................................
- Pour dessiner des projections..............................
- Les échangeurs d’ions (L. Perruche)........................
- Curiosités micrographiques (R. Brossard)...................
- Les expériences de Bikini..................................
- Les cristaux synthétiques et les appareils d’optique (L. Perruche).....................................................
- La radioactivité artificielle et ses applications (Robert Benoits) ....................................................
- Les expériences do Bikini (M. Déribéré)....................
- Cinquantième anniversaire de la découverte de la Radioactivité par Henri Becquerel...................................
- Matériel il'Enseignement d’optique.........................
- 2. Chimie.
- La caséine et les matières plastiques d’origine animale
- (L. Perruche)...........................................
- Le moulage des poudres métalliques (L. Perruche). . . .
- Le nickel (J. Luper) '.....................................
- Protection des briques réfractaires (P. Basiaux-Deerance). ’. Peut-on faire du ciment sans charbon (A. Troller) . . . .
- Les polythènes (L. Perruche)...............................
- La caséine en France (L. P.)...............................
- Nouvelles idées sur l’électrolyse aqueuse (J. Clérin). . . . Les tendances actuelles de la sidérurgie (J. Luper). . . .
- Les noirs de carbone colloïdaux (G. Génin).................
- L’amélioration des fibres textiles (L. Perruche)...........
- Allumettes inaltérables à l’eau (J. Boyer).................
- Explosifs modernes (L. P.).................................
- Le quartz synthétique................................
- Du magnésium au calcium (L. P.)............................
- Protection et teinture de l’aluminium par oxydation anodi-que (P. Dapsence)..........................................
- L’évolution actuelle de la sidérurgie (R. Stumper). . . . 305
- Des engrais pour la mer............................................332
- Nouvel alliage lourd...............................................335
- Vingtième Congrès de chimie industrielle...........................335
- III. — SCIENCES NATURELLES 1 Géologie. — Paléontologie.
- L’Angleterre a maintenant son pétrole (V. F.).............. 38
- Nouvelles du sinanthrope...................................... 44
- Un Eldorado en Afrique orientale (V. Forbin)...............113
- L’homme fossile de Rabat, (Dr H. V. Vallois)...............121
- La situation pétrolière de la Russie (V. Forbin)...........129
- Un gisement d’uranium en Australie (V. Forbin).............146
- Un nouveau minéral............................................199
- Curiosités géologiques autour de La Ferté-Alais (S.-et-O.)
- (Ch. Broyer)...............................................232
- Les richesses minérales de l’Afrique (V. F.)..................319
- La ruée vers le tungstène au Portugal (F. Boyer)...........362
- Les nouveaux pithécanthropes (H. Vallois).................367
- Les métaux des terres rares et le thorium (L. Perruche). . 378
- 2. Physique du globe. — Météorologie.
- Une nouvelle grotte dans l’Ariègc (Dr Léon Pales). ... 5
- Pseudo-poterie basaltique (J. Carles)......................... 22
- Sécheresse remarquable d’octobre et novembre 1945 (J. Bourgeois) ...................................................... 24
- L’envasement du port de Ronfleur (Francis-Boeuf et Roma-
- novsky).................................................... 39
- Les hivers rigoureux depuis un siècle (J. Bourgeois). ... 43
- Le téléphone et la prévision du temps (H. Blin)............ 43
- Anomalies dans l’évolution de la température et des précipitations à Paris, de mai 1944 à mai 1945 (J. Bourgeois). . 78
- La sécheresse des années 1941 à 1945 (J. Sanson)........... 93
- Les grandes neiges de la guerre 1939-1945 et de l’hiver 194.3-
- 1946 (J. Bourgeois)........................................126
- Naissances d’îles dans le Pacifique (Y. F.)...................142
- Projet d’exploration sous-marine belge (M. Menaciié). . . . 230
- Congrès de l’énergie du vent..................................276
- Observations de grêlons (G. Lucas)............................383
- Constance de la température moyenne (.T. Bourgeois). . . 386
- 3. Zoologie — Biologie. — Physiologie.
- La vision crépusculaire et l’adaptation rétinienne (Dr A. Ro-
- ciion-Duvigneaud).............................................. 22
- Les perles de culture et la guerre (Y. Forbin).................... 33
- Les écailles des poissons du Niger............................ 35
- L’entomologiste moderne (F. Pierre et J. Théodoridès). . . 59
- Un batracien prédateur de larves de moustiques à acclimater
- (R. Ph. D.).................................................... 61
- Processus de défense du milieu habité par des espèces vivantes à l’aide d’une substance toxique (G. Bertrand). ... 67
- L’adaptation et la vision nocturne chez les Vertébrés
- (Dr A. Rociion-Duvignf.aud)....................................107
- La pêche des éponges au scaphandre sur les côtes de Floride (.T. Boyer)...................................................145
- 49
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- Les oiseaux et le radar.....................................146
- La renaissance, de la pêclio à la haleine (Y. Forbin). . . . 152
- Les victimes de l'holocauste...................................202
- Les plus petits poissons du monde..............................236
- Récupération entomologique.....................................239
- Les méfaits de la mangouste (R. L.)...................... 253
- Villégiature pour naturalistes (V. Forbin).....................259
- Les invasions de Lemmings......................................269
- Préparation des collections de coléoptères.....................270
- Nouveaux insecticides de contact...............................276
- Les pagures et leur coquille (E. Rabaud)....................277
- Un protozoaire qui tue les poissons à distance (R. Ph. D.). 295
- A propos des physalics (R. Letaconnoux)........................319
- Les vipères heurtantes d’A. O. F. (A. Yii/mkrs).............346
- 4. Botanique. — Agriculture.
- Des <( hormones » pour les plantes (L. Perruche).......... 52
- Le développement de la culture du quinquina en Afrique
- Occidentale Française.......................................137
- À propos des pommes de terre (V. Forbin)..................168
- Les algues et champignons marins destructeurs de calcaire. 213
- Le roseau de Provence (J. Boyer)..............................251
- A propos des champignons antagonistes des bactéries. . . 268
- Un procédé de conservation des champignons (Dr Claude
- Mercié).....................................................294
- La déshydratation des fruits par rayons infra-rouges . . . 329
- Fleurs alimentaires (Eug. Meunissier)....................... 344
- Le chanvre de Manille (R. L.).................................363
- Le palmier à huile (P. Bauti).................................373
- IV. — GÉOGRAPHIE. — ETHNOGRAPHIE ARCHÉOLOGIE
- La Corée retrouve son indépendance (V. Forbin) ..... 17
- Paysages nord-syriens (R. Stark et M. Ledrêtre).............. 57
- L’Institut français d’Afrique noire (R. Paulian)............. 65
- La route Kaïffa-Bagdad (V. Forbin)..................... 75
- Le Canada et ses régions polaires (V. Forbin)................ 86
- Formose redevient chinoise (V. Forbin)..........................103
- La Corée (Li-Long-Tsi)..........................................141
- L’art rupestre nord-africain (R. Vaufrey).............119, 165
- L’exposition ethnographique de Madagascar.......................191
- L’exposition d’histoire naturelle de Madagascar au Muséum
- National (R. Paulian).........................................216
- Les Kurdes sortent de l’oubli (V. Forbin)....................244
- Une langue morte peut-elle revivre ? (V. F.).................263
- L'expédition arctique canadienne (V. Forbin)....................280
- Nouvelles expéditions dans l’Antarctique (V. F.)................348
- Peuples de l’Union Soviétique...................................377
- Institut Géographique national (J. Boyer).......................378
- V. — HYGIÈNE. - MÉDECINE
- NouveBc préparation de la vitamine B„....................... 8
- La streptomycine............................................... 11
- Exposition de la Pénicilline................................... 14
- Obésité (Dr G. Mouchot)........................................ 28
- L’oxygène défatigant........................................... 2S
- Le curare thérapeutique........................................ 30
- La phénothiazine............................................... 44
- Les margarines (L. Perruche)................................... 71
- Notions d’hygiène indochinoise (Dr J. Bablet)............... 81
- Les avaleurs de sabre (Dr G. Mouchot)......................... 92
- Fractures (Dr G. Mouchot)......................................109
- Le botulisme pendant l’occupation..............................111
- Le premier pain de sucre de betterave (A. Fayol) . . . . . 123
- Insignes pour les sourds (P. Dapsence).........................136
- La pénicilline se fabrique aujourd’hui en France (.T. Boyer). 139 Le typhus en France après la Libération....................... 199
- Couleur et qualité des miels (E. Giraud)..................207
- Vitamines contre vésicants ........ .... 212
- Le coup de soleil............................................214
- Farine de poisson (V. F.)....................................215
- L’atmosphère de Paris....................................... 222
- De l’eau potable avec de l’fcau de mer....................223
- L’histamine (Dr G. Mouchot)................................. 250
- Le pain à la chaux...................................... 252
- Voir sans yeux (G. Mouchot)..................................258
- Deux aliments toxiques, les œufs de barbeaux et les faînes
- du hêtre (D1' P. E. Moriiardt).............................287
- Ce que nous coûte le manque d’agrumes (V. Forbin). . . . 366
- L’art de tomber (Dr G. Mouchot)..............................370
- Acide folique................................................379
- VI. - SCIENCES APPLIQUÉES l. Mécanique- — Industrie. — Outillage.
- Cuirs artificiels (C. Muckeniiirn)................................ 13
- Les éponges artificielles (R. Lulle).............................. 20
- Un tissu de plume................................................. 31
- A propos des éponges artificielles................................ 77
- Révolution textile (L. Perruche). . ........................124
- Foire de Paris.....................................................160
- L’imprimerie (F. de Laborderie)....................... 169, 203
- L’industrialisation de la tourbe (Y. F.)..........................218
- Encres pour stylograplies à séchage instantané (G. Génin). . 268
- Le tube fretté et surpressé (P. Basiaux-Defrance)..................345
- Les progrès récents de la verrerie (E. Lemaire). . 116, 154,
- 183, 308, 384
- Le soleil, source d’énergie pour la production des très hautes températures..................................................361
- L’icaroscope (M. D.)...............................................361
- 2. Photographie.
- Enregistrement, photographique de l’éclair en plein jour
- (M. Sourdillon)............................................ 25
- La photosynthèse (H Gottiniaux)............................. 175
- Le film cinématographique ininflammable......................231
- Bombe atomique et photographie (L. P.)....................343
- 3. Électricité.
- Télévision stralosphérique...................................... il
- Chauffage électrique par induction (R. Chauyineau) .... 36
- La fusée radioélectrique à temps variable (M. Adam). ... 41
- Concours du luminaire........................................... 64
- Télécommunications par 111 et sans fil (R. Ciiauvineau). . . 69
- Un message radioélectrique nous arrive du Soleil (P. Rousseau) ..........................................................147
- La suppression du câblage des radiorécepteurs par l’impression des circuits (M. Adam)................................... 181
- Une nouvelle lampe fluorescente.................................188
- Le séchage de l’herbe à l’électricité en Suisse (P. C.). . . 196 La machine à calculer électronique .......... 202
- La mesure des épaisseurs par les ullra-sons (M. Adam). . . 235
- Le service « Télex » (D. Faugeras)...............................283
- Les nouveautés techniques à l’exposition des radioélectri-ciens (A. Rochebrune)......................................... 357
- 4. Travaux publics. Art de l’ingénieur.
- L’assèchement des terrains inondés en Hollande (J. Boyer). 4 L’équipement, intégral et rationnel des chutes d’eau (P. Basiaux-Defrance)..................... ........ 6
- Un musée à extension illimitée.............................. 12
- La régulation hydraulique de la France (P. Basiaux-Defrance) 89
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- Reconslruira-t-on le canal de Panama ?...................... 86
- Exposition internationale de l'urbanisme et de l’habitation. ;)6 Les plans de reconstruction des régions françaises dévastées
- (J. Boyer)................................................... 97
- L’accumulation de l’eau dans les glaciers (J. Duclaux). . . 143
- L’organisation de la vallée du Tennessee aux Etats-Unis . . 200 Le téléférique de l’Aiguille du Midi (G. Lanorville). . . . 209 La « Reconstruction » de la houille blanche (P. Devaux). .
- 261, 264
- Rouleau compresseur de fortune (P. Caget).......................247
- Les inventions mort-nées (V. Forbin)............................264
- Le laboratoire hydraulique de Delft (Ch. Boyer).................267
- Le percement du Mont Blanc (A. Gallet) . ..............273
- Construira-t-on un second canal de Suez ? (Y. Forbin) . . . 312
- Le Congrès technique international (L. Perruche) .... 314
- 5. Transports.
- Les avions contre les baleines (Y. F.)......................319
- Problèmes posés par les grandes vitesses en aéronautique
- (Ph. Poisson-Quinton).....................................321
- D’Honolulu au Caire par les régions polaires................334
- 7. Guerre et marine.
- Les chars de combat et la construction soudée.............. 38
- La guerre et les baleines (V. Forbin)...................... 66
- A propos de l’ancre en bois (P. Larue)................\ . S8
- Les mines sous-marines (R. Leprêtre)............. 162, 189, 197
- Les pétroles du Moyen-Orient et la guerre (V. Forbin). . . 219
- La guerre et l’archéologie (Y. F.).........................238
- Secrets de guerre (V. F.)................................... 243
- Le fusil au canon courbé (V. F.)...........................265
- La guerre sous-marine (R. Leprêtre).........................289
- La part du Radar dans la victoire des Alliés et son avenir (R,. Leprêtre).................................................349
- Modèle réduit de chemin de fer électrique..................
- Le chemin de fer du Yunnan (A. Gallet).....................
- L’évolution de la construction automobile (F. de Laborderie) Le 33e Salon de l’automobile (F. de Laborderie) .... Contre la crise du charbon.................................
- 6. Aviation et aéronautique.
- Aérodrome flottant..........................................
- L’aviation en modèles réduits (G. Sablier)..................
- Un avion à réaction français : le <t S. 0. 6 009 » (Ph. Poisson-
- Quinton) ................................................
- Congrès national de l’aviation française....................
- L’aviation française de tourisme (Ph. Poisson-Quinton). . .
- L’ostréiculture et l’avion (V. F.)..........................
- L’iceberg porte-avions (V. Forbin).............
- Roues d’atterrissage à ailettes.............................
- La bombe volante « Y, » (V. Ananoef)........................
- 125
- . VII. - HISTOIRE DES SCIENCES
- 196
- 330
- 339 Pierre-Rmile Martin et les aciers Martin (A. Fayol). . . .
- Benjamin Pelessert (A. Fayol).........................
- Goodyear et la vulcanisation (A. Fayol)...............
- Troller (André) (R. Legendre).........................
- Philippe Lebon et le gaz d’éclairage (A. Fayol).......
- Congrès de l’Association française pour l’avancement des
- 2 sciences.................................................
- 31
- 62 VIII. - RENSEIGNEMENTS PRATIQUES
- 80 j ryg
- 2?j; 1 Bibliographie.
- 240 Livres nouveaux . 16, 32, 48, 64, 79, 95, 111, 127, 144, 159, 315 175, 192, 208, 224, 240, 256, 272, 288, 304, 320, 336, 356, 372,
- 14
- 27
- 110
- 162
- 237
- 240
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- Le gérant : G. Masson. — masson et cie, éditeurs, paris. — dépôt légal : 4e trimestre 1946, n° 288.
- BARNÉOUD FRÈRES ET Cie, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 575. — 12-1946.
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