La Nature
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES ET DE LEURS APPLICATIONS
- SOIXANTE-QUINZIÈME ANNÉE - 1947
- MASSON ET C" ÉDITEURS,
- LIBRAIRES DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE
- 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, PARIS
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- SUPPLÉMENT AU No 3130 (15 DÉCEMBRE 1947)
- Le gérant G. MASSOiN.
- Laval. — Imprimerie Barnéoüd.
- Published, in France.
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- N° 3127
- lsr Janvier 1947
- LA NATURE
- es enseignements —
- du XVIIe Salon de l’Aéronautique
- Seules, aux côtés de la France, la Grande-Bretagne et la Tchécoslovaquie ont exposé leur production au XVIIe Salon de l’aviation qui s'est déroulé au Grand Palais du i5 au 3o novembre. Notre Salon n’en a pas moins présenté un vif intérêt, d’abord parce qu’il a mis sous les yeux des techniciens les prototypes des modèles actuellement construits dans les usines européennes, ensuite parce qu’il a permis aux visiteurs réfléchis de se faire une idée précise de l’orientation suivie par l’aviation moderne; enfin parce qu’il a révélé le fort bon rang tenu par notre pays dans le domaine de la recherche aéronautique.
- Si nous désirions déterminer à l’aide d’une seule phrase la caractéristique principale du XVIIe Salon, nous dirions qu’il est le Salon des grandes vitesses, grâce à la mise en application de la propulsion par réaction. Mais tout est relatif, car le Salon de 1938 se caractérisait également par la recherche de la vitesse, le problème posé étant de dépasser 5oo km à l’heure, avec le seul appoint du moteur à pistons. Du début à la fin de
- la guerre, les vitesses ont presque doublé et pourtant la mise au point des turbo-réacleurs ne date pas de plus de trois à quatre ans.
- Les autres caractéristiques du Salon sont, à notre sens, les suivantes :
- Étude des grands avions de lignes, approchant de 4oo km à l’heure de vitesse de croisière et offrant un confort comparable à celui des paquebots;
- Mise en chantier de cargos aériens capables de transporter près de quinze tônnes de marchandises à la vitesse moyenne de 34o km à l’heure sur un trajet de 1 000 km; dans ce domaine la France ne possède aucun retard, avec l’élude des cargos de 4.0 t Cormoran NC 11 et Bréguet 761 ;
- Réalisation d’avions de tourisme à deux, trois et quatre places dont certains d’entre eux bénéficient des plus récents progrès de la technique aéronautique et disposent de cabines aussi confortables que les carrosseries automobiles les plus luxueuses;
- Enfin, recherches poussées dans le domaine des voilures
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- Fig’. 2. — Le turbo-réacteur Rolls-Royce « NENE ».
- Deux turbo-réacteurs équipent l’avion Avro « Lancastrian » qui a accompli dernièrement une série de démonstrations dans le ciel parisien.
- tournantes, qui ne sauraient être considérées comme de simples formules de laboratoires.
- La propulsion par réaction
- Le 7 septembre dernier, un appareil anglais, le Gloster « Meteor », choisi dans une fabrication de série et à peine modifié, réalisait avec deux turbo-réacteurs Rolls-Royce « Der-Avent » la vitesse de 991 km à l’heure. Après seulement trois ou quatre années de recherches, la propulsion par réaction donne donc à l’aviation la possibilité d’atteindre 1 000 km à l’heure et sera, dans un proche avenir, adaptée aux avions militaires et commerciaux; ceux-ci évolueront dans le secteur des vitesses soniques (1).
- Les turbo-réacteurs anglais. — La Grande-Bretagne semble actuellement se placer au premier rang dans le domaine de la technique des turbo-réacteurs. Nos voisins d’Outre-Man-che ont exposé un certain nombre de modèles, parmi lesquels le Rolls-Royce « Derwent V » qui équipe le Gloster-Meteor, détenteur du record de vitesse; le Rolls-Royce « Nene », adopté sur l’Avro-Lancastrian qui est venu rendre visite aux Parisiens le 20 novembre et a produit une très forte impression ; le Metropolitan-Yickers cc Metrovick », etc...
- Le turbo-réacteur Rolls-Royce « Nene » se caractérise par un compresseur centrifuge, une turbine et neuf chambres de compression. Le compresseur, à deux entrées d’air, est monté à l’extrémité avant de l’arbre de la turbine; celle-ci est constituée par un certain nombre d’aubes en métal spécial devant résister à la haute température atteinte; les chambres de combustion sont disposées derrière le compresseur, autour du moteur; deux d’entre elles sont munies de bougies pour l’allumage, qui se communique aux chambres adjacentes par des orifices spéciaux. Le poids du moteur à réaction « Nene » est de 726 kg; sa poussée au sol, au point fixe, pour une vitesse de rotation de 12 3oo tours/mn est de 2 270 kg. Sa poussée à 9 000 m d’altitude pour une vitesse de rotation de 12 3oo tours-/mn et une de translation de 960 km/h est de 1 010 kg (fig. 2).
- Le modèle Derwent V possède les mêmes caractéristiques de construction que le « Nene », mais de légères modifications lui permettent de peser 160 kg de moins et de présenter des dimensions plus réduites.
- 1. Voir La Nature, n" 3123 du 1er novembre 1916.
- Le réacteur Metropolitan-Vickers a Metrowick » comporte un compresseur axial à dix étages, une chambre de combustion annulaire et une turbine à un seul étage; l’écoulement se fait en ligne droite; la poussée normale est d’environ 1 600 kg. L’air arrive au compresseur en traversant une grille de protection à l’orifice d’entrée, puis après avoir été comprimé, est séparé en deux flux par un diffuseur; une partie de l’air entre dans la chambre de combustion où il se mélange au combustible pulvérisé; l’autre partie de l’air traverse des espaces annulaires axiaux disposés de chaque côté de la paroi d’entrée de la chambre, à laquelle il peut accéder graduellement; la température des produits de combustion se trouve ainsi convenablement abaissée avant leur entrée dans la turbine; cette dernière actionne le compresseur et c’est l’énergie résiduelle des gaz qui forme le jet très rapide assurant la poussée de propulsion en passant par la tuyère d’échappement.
- Les turbo-réacteurs français. — En France, l’étude des turbo-réacteurs n’a pu se faire, durant la guerre, que dans la clandestinité et notre pays s’est trouvé devant l’impossibilité matérielle de se tenir au -niveau de l’Angleterre et des États-Unis. Néanmoins, la Société Rateau a réalisé en commun avec la Société Nationale d'Études et de Constructions de Moteurs d’aviation le Turbo-réacteur S. R. A.., établi suivant les brevets pris en ig39 par MM. Anxionnaz et Imbert. En quelques mots, le fonctionnement de ce turbo-réacteur est le suivant : l’air traverse la partie basse pression dû compresseur et se trouve réparti en deux flux; le premier flux constitue le circuit extérieur; le second alimente la partie haute pression, passe dans les chambres de combustion et actionne la turbine qui entraîne le compresseur. Ces deux flux se rejoignent avant de se détendre dans la tuyère finale qui provoque la réaction.
- Le poids en ordre de marche du turbo-réacteur S. R. A. est ^de 1 200 kg; la puissance de l’appareil, au sol à 900 km/h, est équivalente à celle d’un moteur de 4 800 ch.
- A côté du S. R. A., nous disposerons prochainement du turboréacteur Hispano-Suiza qui a commencé, sous licence, la fabrication du modèle Rolls-Royce « Nene ».
- Les avions à réaction. — Des études très poussées ont été effectuées aux États-Unis, en Angleterre et également en France sur les meilleurs profils d’ailes à adopter pour réaliser des avions qui d’ores et déjà atteignent par instants la vitesse du son; celle-ci, qui est de x 23o km à L’heure, est assez
- Fig-, 3. — Le moteur Arsenal de 4 000 ch, à 24 cylindres et 70 litres de cylindrée totale, type 24 H,
- Deux moteurs de ce type peuvent être accolés en tandem, par l’intermédiaire de transmissions souples spéciales. La solution du bi-tandem est également réalisable, par liaison de deux tandems de moteurs accolés.
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- nettement supérieure à la vitesse atteinte actuellement par les appareils à réaction, y compris le « Gloster-Meteor » de record; mais il faut considérer, d’une part, que la vitesse du son diminue avec la température de l’air, donc avec l’altitude, pour ne plus atteindre que i 080 km/h à l’altitude de 10 000 m, d’autre part que les vitesses de piqué sont supérieures à celles établies en ligne droite. Par moments donc, les phénomènes créés par les ondes de choc sont susceptibles de se produire.
- La voilure des avions à réaction comporte des « ailes en flèche »; cette forme d’aile permet aux grandes vitesses une diminution sensible de la résistance à l’avancement et l’on estime qu’une augmentation de flèche de 5 pour 100 correspond à une diminution de 2 pour xoo de l’épaisseur du profil. Le maître-couple de l’aile comme celui du fuselage sont reculés, ce qui donne au dessin de l’appareil une forme particulière. Il faut enfin savoir que le poli des surfaces prend, aux grandes vitesses, une importance considérable, les rugosités amenant des perturbations de la couche limite qui est, on le sait, la faible épaisseur d’air accrochée aux parois de l’avion; les décollements de cette faible épaisseur d’air dont la vitesse est réduite ont pour effet de décoller également l’air quiglissaità grande vitesse sur la couche limite.
- Le plus connu des avions à réaction est évidemment le Gloster-Meteor, avec son record de vitesse de 991 km à l’heure. Le modèle de série est un avion chasseur équipé de quatr'e canons qui, bien entendu, on été enlevés pour la conquête du record; la construction de l’appareil est entièrement métallique; aile basse du type bilongeron, fuselage renflé, en coque; poste de pilotage monoplace installé en avant du bord d’attaque de l’aile, train d’atterrissage tricycle et rentrant; deux turbo-réacteurs Rolls-Royce cc Derwent ».
- Nous ne pouvons passer en revue ici tous les avions anglais à réaction; citons pourtant l’Avro-Lancastrian, équipé de deux réacteurs Rolls-Royce « Nene » et de deux moteurs à pistons, qui a été présenté aux techniciens français le 19 novembre sur le terrain de Villaeoublay.
- C’est avec une réelle satisfaction que l’on a pu constater au Salon l’effort dépensé par les constructeurs français pour combler le retard qui nous sépare encore de la technique anglo-américaine dans le domaine de l’aviation a réaction. Nos
- Figr. 4.
- étude aérodynamique a été extrêmement poussée, puisqu’il est avant tout destiné à réaliser de très grandes vitesses.
- La construction est entièrement métallique, à l’exception des gouvernes qui sont entoilées; la voilure se compose de deux demi-ailes du type monolongeron, avec revêtement en tôle épaisse; envergure : 9,16 m; surface portante totale : i4 m2. Le fuselage comporte : dans sa partie avant, l’entrée d’air du réacteur, le poste de pilotage et l’atterrisseur avant; dans sa partie centrale : un ensemble résistant sur lequel sont fixés la voilure et le groupe turbo-réacteur ; dans sa partie arrière : un capotage amovible recouvrant la partie arrière de la tuyère et le dispositif de réglage de la sortie des gaz. Le train d’atterrissage, du type tricycle, est escamotable. Le poids total de l’appareil est de 4 000 kg; sa vitesse pourrait approcher de 1 000 km à l’heure.
- Le V. G. 70, actuellement en construction, est comme le S. O. 6 000 un appareil expérimental destiné à étudier les phénomènes aérodynamiques se produisant aux grandes vitesses. C’est un monoplan à aile en bois présentant une flèche très accentuée et un dièdre assez important; son envergure est de
- 8 m 5o et sa surface portante de i3 m2; l’appareil comporte des ailerons et volets d’intrados classiques et des freins de piqué métalli-q u e s encastrés dans le revêtement sur l’extrados et sur l’intrados ; le fuselage et les empennages sont métalliques, le train d’atterrissage bien entendu escamotable. Cet avion, qui pèsera
- 3 t en ordre de vol, pourra voler 3o à 4o mn selon les régimes et emportera avec lui de nombreux appareils d’expérience chargés de contrôler les recherches : étude des diverses stabilités, de l’écoulement de l’air dans le turbo-réacteur, de la répartition des pressions, etc....
- La place nous manque pour étudier les maquettes volantes d’avions à réaction présentées par plusieurs constructeurs, mais de nouvelles descriptions ne sont pas indispensables pour ajouter à notre conviction que la technique française, en matière d’aviation à réaction, ne subit pas un retard aussi considérable qu’on pourrait le supposer.
- Les avions de transport.
- Le « S. O. 6 000 », avion expérimental à réaction français au cours de ses essais.
- recherches avaient débuté dans la clandestinité de l’occupation, mais forcément avec des moyens très limités; aujourd’hui notre pays est en mesure de présenter plusieurs prototypes d’avions à réaction, qui, pour être seulement des appareils expérimentaux, n’ont pas tellement à envier à la technique de l’aviation alliée. Nous citerons : le S. O. 6000 de la S. N. C. A. du Sud-Ouest et le V. G. 70 de l’Arsenal de l’Aéronautique, ainsi que S. O. M. 1 et le N. G. 271, ces derniers présentés sous forme de maquettes volantes.
- Le S. O. 6 000, qui a volé pour la première fois le 11 novembre dernier, est un appareil expérimental prévu pour servir de banc d’essai à différents types de turbo-réacteurs et plus tard être utilisé pour l’entraînement des pilotes de chasse; son
- On ne saurait consacrer un article, aussi court soit-il, aux avions modernes de transport sans mentionner la présentation au Salon de la Compagnie Air-France, aü stand de laquelle les visiteurs pouvaient se faire une idée exacte de l’importance prise, au lendemain de la guerre, par l’aviation commerciale.
- Au seuil de iq45, la tâche à accomplir par notre pays pour recréer ses lignes aériennes se révélait considérable; nous ne disposions plus que d’un matériel fort réduit et fatigué par les nécessités de la guerre; les services d’Air-France étaient dispersés et l’infrastructure complètement désorganisée.
- Aujourd’hui, le réseau d’Air-France s’étend sur près de i5o 000 km; il relie Paris à 55 territoires dépendant de l’Union, française ou des pays étrangers ; la grande Compagnie nationale
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- dispose pour son exploitation de plus de i5o avions, dont 21 gros porteurs; le nombre de passagers transportés dans le courant du mois d’août dernier a dépassé 33 000.
- Quelques exemples de temps de parcours montreront la rapidité avec laquelle les grands itinéraires aériens sont franchis :
- Paris à Londres ........
- Paris à Nice ...........
- Paris à Copenhague
- Paris à Dakar ..........
- Paris à New-Yorlc ......
- Paris à Saigon.... près
- 380 km en
- de
- 803
- 1.033
- 4.670
- 6.000
- 12.000
- 1 h 15 3 »
- 4 » 14 » 21 » 45 »
- 05
- 30
- La version représentée ici est celle du transport de matériel roulant ; huit jeeps peuvent prendre facilement place dans la vaste soute ; l’installation des quatre voilures sur le pont supérieur s’effectue par une rampe dont la pente n’excède pas celle des garages.
- D’ici deux à trois ans, avec les nouveaux avions utilisés par Air-Frânce, les temps de parcours seront encore très sensiblement diminués.
- Le matériel actuel utilisé par Air-France pour l’exploitation de ses lignes comprend les Junkers J. U. 52, les Lookheed i4, le Dewoitine 338, les Bloch 221, les Languedoc 161, les Douglas D. C. 3 et D. C. 4. Nous ne citons ici ces appareils que pour mémoire, car ce sont les avions à l’étude ou en construction, devant prochainement équiper nos lignes, qui sont les plus intéressants à connaître.
- Ces avions seront — c’est la loi du progrès — plus puissants, plus rapides, plus vastes et plus confortables que les modèles actuels. Les gros porteurs auront une vitesse de croisière de l’ordre de 420 à 44o km à l’heure; ils seront dotés de cabines insonorisées et climatisées offrant par de larges baies une visibilité parfaite; une aération réglable à l’aide de prises d’air individuelles réduira au minimum le risque de « mal de l’air »; des fauteuils basculants et réglables éviteront toute fatigue sur les longs trajets; un bar et un restaurant augmenteront également l’agrément du voyage.
- Il ne peut être question de décrire ici tous les grands avions commerciaux français et étrangers qui demain sillonneront le ciel; dans ce domaine la France a fait un effort notable pour rattraper son retard et nous devons nous réjouir de voir en construction des appareils aussi perfectionnés que le S. E. 2 010 et le S. O. 3o R.
- Le S. E. 2 010 réalisé par Aéro-Sud-Est mérite bien le titre de paquebot aérien, son poids total atteignant 62 t et l’aménagement de ses cabines permettant d’accueillir 160 passagers assis. C’est un monoplan à aile médiane de 49 m d’envergure, 4o m de long et 236 m2 de surface portante, équipé de quatre moteurs Pratt et Whitney de 3 5oo ch. Le train d’atterrissage est du type tricycle et escamotable. Différentes versions d’aménagement permettent les combinaisons suivantes :
- soit 60 passagers couchés et 7 900 kg de bagages, ou ro8 passagers assis et 3 800 kg de bagages pour un rayon d’action de 4 000 km ;
- soit 108 passagers assis et 8 800 kg de bagages ou 160 passagers assis et 6 4oo kg de bagages pour un rayon d’action de 1 5oo km et au-dessous.
- Le Sud-Est 2-010 dépassera une vitesse de croisière de 43o km à l’heure; ses dimensions ne lui permettaient évidemment pas de figurer au Salon, mais deux exemplaires sont actuellement en construction dans les usines de la S. N. C. A. S. E. à Toulouse.
- Le Lookheed Constellation est un avion américain de 8 800 ch qui doit être prochainement utilisé par Air-France pour relier Paris à New-York en i5 h environ; cet appareil de 4o t et 37 m d’envergure pourra transporter 43 passagers et 7 membres d’équipage à la vitesse de croisière de 4ao km/h.
- Le Sud-Ouest 30 R « Bellatrix », de dimensions plus réduites que les appareils précédents, est un bimoteur très rapide — 44o km/h de vitesse de croisière — prévu pour équiper dans le courant de 1947 plusieurs lignes européennes du réseau d’Àir-France. C’est un monoplan à aile médiane du type canti-lever, de 25,60 m d’envergure comportant une cabine pour passagers de 3o places assises, avec bar et cabinet de toilette et des soutes à bagages d’une capacité totale de 12,5o m3. Fuselage de formule coque à section circulaire; atterrisseur tricycle à roues escamotables (fîg. 6).
- Les tendances techniques des avions commerciaux mis en service dans un proche avenir seront définies par les caractéristiques d’un appareil tel que le « Rapide Aérien Mondial », Sud-Ouest 5 000, dont Air-France compte disposer en 1950 sur ses grandes lignes transocéaniques. Equipé de huit moteurs, pesant environ i35 t, large de 56 m, long de 46 m, haut de li3,6o m, le Rapide Aérien Mondial est prévu pour transporter
- 224 passagers à une vitesse’ moyenne de 690 km à l’heure. Il pourrait ainsi relier Paris à New-York en 10 h et Paris à Buenos-Ayres ou à Saigon en 20 h.
- Les cargos aériens île 40 tonnes.
- Le XVIIe Salon nous a révélé l’effort entrepris par plusieurs constructeurs
- pour réaliser des avions cargos de fort tonnage. Les Français paraissent ici se placer au premier rang avec l’étude d’appareils susceptibles de transporter une charge marchande de i3 à i4 t sur un parcours de 1 000 km; le Cormoran N C. u de la Société Nationale Aéronautique du Centre et le Bréguet 761 révèlent toutes les possibilités que l’on est en mesure d’espérer du transport rapide des marchandises; ces appareils ne constituent pas une simple transformation d’un avion commercial à l’usage des passagers en un avion de fret; l’obtention du meilleur prix de revient à la tonne kilométrique exige en effet l’application d’une technique de construction spécialement adaptée au cargo aérien; c’est ainsi qu’ont été soigneusement étudiées les valeurs des principales caractéristiques de l’appareil le plus économique en regard de la charge transportée; ces valeurs portent :
- sur le tonnage total, qui semble être optimum au poids de 35 à 4o t pour réaliser le tarif de transport le plus avantageux;
- sur le poids relatif de construction du planeur, qui doit atteindre environ 3o pour 100 du poids total,
- sur la charge au mètre carré, fixée aux environs de 200 à 225 kg;
- sur le choix de l’allongement, qui est de 9,6 pour le Cormoran et de 9,5 pour le Bréguet; sur le rendement des hélices;
- sur la vitesse de croisière qui s’établit autour de 34o km à l’heure;
- enfin, sur le rayon d’action compris entre 1 000 et 1 200 km avec un vent contraire de 5o km/h.
- Dans la catégorie des grands cargos, les Américains ont cons-
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- truit le ce Fairchild Packet » ; les Anglais ont réalisé le « Bristol Freighter », monoplan à aile haute, bimoteur entièrement métallique, mais cet appareil ne peut prétendre se classer parmi les cargos de fort tonnage, ne dépassant pas une charge marchande de 5 t alors que les cargos français enlèvent une charge trois fois plus importante.
- Pour mémoire, rappelons les caractéristiques sommaires du Cormoran N. C. 211 et du Bréguet 761.
- Le Cormoran N. C. 211 est un monoplan à aile haute, quadrimoteur de 6 4oo ch de puissance au décollage, atteignant un poids total de 4o t pour une charge marchande de i3 t sur 1 000 km. L’envergure de l’appareil est de 44 m, sa longuéur de 3o,5o m, sa surface portante de 200 m2. L'hypersustentation est composée de volets à fente articulés sur des biellettes logées dans l’épaisseur de l’aile.
- La soute à fret, de i5o m3, mesure 18 m x 2,70 m x 3,10 m; elle occupe la plus grande partie du fuselage et s’ouvi’e par une porte avant et trois portes latérales; détail spectaculaire, le cargo peut transporter un camion qui s’engouffre aisément dans la soute par la porte avant, dont l’accès est facilité par une rampe démontable, tandis que deux treuils électriques et six palans monorails facilitent sur les côtés et à l’arrière le halage des lourdes charges.
- L’atterrisseur est du type tricycle, à trains escamotables.
- Bien que sa destination primordiale soit le transport du fret, l’appareil peut être aménagé pour le déplacement de 100 passa-
- Fig. 6. — Les proportions impressionnantes de la carlingue du cargo-aérien « Cormoran N. C. 211 ».
- Ce quadrimoteur de 6 400 ch et 40 tonnes de poids total, peut emmener une charge marchande de 13 tonnes sur 1 000 kilomètres.
- gers par simple transformation du cargo ou pour le déplacement de i5o passagers, et dans ce cas, sa construction se trouve spécialement étudiée en vue de cet emploi.
- Les performances principales sont :
- Vitesse maximum, à 3 ooo m d’altitude, au poids de 4o t : 4oo km/h; vitesse de' croisière : 3oo km/h; vitesse d’atterrissage : i35 km/h; rayon d’action, avec vent contraire de 5o km/h : i ooo km.
- Le Bréguet 761, dont une très jolie maquette était exposée au Salon, est un cargo de 38 t de poids total et i4,3oo t de charge commerciale; quadrimoteur développant 6 4oo ch au décollage et 3 200 ch au régime de croisière; il est du type monoplan à aile médiane de 4i,66 m d’envergure et 178 m2 de surface de voilure, et dispose d’un sÿstème de dégivrage par circulation d’air chaud dans le Bord d’attaque des ailes et de l’empennage. L’atterrisseur tricycle est escamotable en vol. La carlingue^ deux ponts comprend deux grandes soutes d’une surface totale de plancher de 72 m2; le plancher articulé permet un chargement facile des véhicules; l’accès au pont supérieur s’effectue par une rampe dont la pente n’excède pas celle des rampes de garage.
- Le Bréguet 7C1 peut avoir des utilisations diverses : transport de i4 3oo kg de marchandises, avion-atelier avec machines-outils et groupe électrogène, cargo-mixte avec 12 passagers et i3 t de fret et bagages, transport de troupes, par exemple 120 parachutistes équipés. L’appareil peut également être aménagé pour le transport de 100 passagers assis ou servir d’avion sanitaire pour 120 blessés..
- L'aviation privée.
- Bien que tous les prototypes d’avions de tourisme réalisés depuis la fin de la guerre par les constructeurs français et anglais n’aient pas été présentés au Grand Palais, les visiteurs attentifs ont pu se rendre compte en examinant des modèles comme le biplace Max Holste 52, les triplaces « Norécrin », ou S. E. 2 3io, les quadriplaces S. 20 de la S. I. P. A, ou Courlis S. U. C. 10, de l’évolution vers laquelle tend aujourd’hui la construction des avions privés.
- Deux tendances s’affrontent, séparées par le facteur prix de revient qui, pour une importante partie de la clientèle, influe directement sur le développement du tourisme aérien.
- Si un constructeur se décide à réaliser un prototype doté de tous les perfectionnements que peut lui apporter la technique moderne, il présente un appareil offrant à son utilisateur toutes les satisfactions désirables d’esthétique, de confort, de vitesse de croisière et d’agrément de pilotage; mais dans ce cas l’avion est cher, dépasse largement le million et ne peut être commandé que par un acquéreur très fortuné. Les réalisateurs qui ont choisi la solution du bel avion moderne n’ont pas hésité à le faire bénéficier des formules les plus actuelles : utilisation des métaux légers, ailes dotées des dispositifs hypersustenta-teurs les plus nouveaux, carlingue aménagée en conduite intérieure trois ou quatre places présentant tout le confort et les facilités d’accès d’une spacieuse carrosserie automobile, fuselage bipoutre, train d’atterrissage tricycle et même escamotable, etc.
- Au contraire, le constructeur qui se propose de satisfaire le budget limité de nombreux adeptes de l’aviation privée, doit établir un appareil de formule économique : réalisation en bois, carlingue mono ou biplace, train d’atterrissage classique, puissance de 4o à 5o ch pour l’avion monoplace et de 100 ou même 75 ch pour l’avion biplace. Il reste heureusement possible de mettre sur le marché, en adoptant cette formule, un appareil présentant toute sécurité et qui suffira pour les vols en double-commande, l’entraînement et les courts voyages aériens.
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- p-jg, 7. — ce gauche à droite. En haut : Le S. O. 30 R, bi-moteur de transport qui doit équiper dès. 1947 les lignes européennes d’Alr-France. — L’Avro-Lancastrian, équipé de deux turbo-rêacteurs Rolls-Royce « NENE » et de deux moteurs à pistons Rolls-Royce « Merlin », venu en 50 minutes de Londres à Paris. — En bas : Le gyroplane Bréguet G. '11 E, et l’hélicoptère S. E. 3 000.
- (Photos Service cinêmatog. de l’Air, l. N. P., SAFARA).
- L'aviation militaire.
- Tandis que le Salon de ig38 comportait une participation d’avions militaires qui dominait de très loin la participation des avions commerciaux, au Salon de ig46 l’aviation de guerre n’a fourni qu’un nombre très réduit de modèles. La raison de cette abstention d’appareils de l’armée réside probablement dans le fait qu’avec l’apparition de la bombe atomique et de la propulsion par réaction, la doctrine militaire doit être totalement renouvelée et se trouvant encore insuffisamment définie, cherche présentement son orientation.
- C’est ainsi qu’un seul type d’avion de guerre français a été exposé au Salon : le Nord i 5oo « Noréclair » ; l’Arsenal de l’Aéronautique a bien présenté le chasseur Y. B.-io, mais seulement sous la forme d’un fuselage coupé en deux.
- Le Noréclair Nord i 5oo, destiné aux forces de l’Aéronautique navale doit être plus spécialement utilisé pour le bombardement en piqué et la lutte anti-sous-marine; d’un poids total de n t, entièrement construit en métal, monoplan à aile médiane cantilever de 20 m d’envergure, il est équipé de deux moteurs Gnome et Rhône donnant une puissance totale de 3 200 ch au décollage. Le train d’atterrissage est bien entendu escamotable et l’appareil est étudié pour satisfaire entièrement aux conditions d’envol sur porte-avion; un dispositif auxiliaire de décollage par fusée est actuellement à l’étude. Les performances du Noréclair sont les suivantes : vitesse maximum : 54o km/h; vitesse de croisière : 44o km/h; plafond : 10000 m; rayon d’action : 3 5oo km.
- Le chasseur V. B. 10, dont la puissance au décollage est de 3 000 ch et le poids total de 6 700 kg, possède entre autres
- particularités celle d’être équipé de deux moteurs disposés en tandem; cette remarquable disposition consiste à accoupler par l’intermédiaire de transmissions souples spéciales deux moteurs accolés qui peuvent être installés dans le même sens ou dos à dos; les transmissions sont constituées par une suite d’arbres reliés par des joints rigoureusement homocinétiques. Le pilote est situé au centre le gravité de l’avion, entre les deux moteurs alignés du tandem, qui peuvent être à volonté indépendants l’un de l’autre; ainsi l’avion se trouve capable de voler et s’élever avec un moteur arrêté.
- Les tandems de moteurs alignés actionnent deux hélices coaxiales pouvant tourner, soit dans le même sens, soit en sens contraire.
- La solution du bi-tandem est également réalisable; elle consiste à relier par les transmissions souples spéciales dont nous venons de parler deux tandems de moteurs accolés. Il devient alors possible d’obtenir un très grand nombre de chevaux par liaison de moteurs déjà très puissants. Avec le moteur à 24 cylindres en II de 4 000 ch établi par l’Arsenal de l’Aéronautique (fig. 3), la disposition en tandem permet d’obtenir une puissance de 16 000 ch. Il s’avère inutile, après la citation de ces chiffres, d’insister sur l’intérêt que présente cette grande réalisation française dans la technique des moteurs.
- Les voilures tournantes.
- Les constructeurs français continuent à étudier les voilures tournantes avec beaucoup de persévérance. Bréguet, qui depuis le début du siècle, n’a jamais complètement abandonné ses
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- recherches sur la formule de l’hélicoptère, a exposé son gyro-plane, appareil du type hélicoptère pur, constitué par deux voilures coaxiales tripales, de mêmes dimensions, tournant en sens inverse; le diamètre des voilures est de 8,60 m, l’atterris-seur du type tricycle et la puissance du moteur utilisé, de 24o ch. Le but primordial est d’obtenir l’envol et l’atterrissage à la verticale; la vitesse horizontale maximum est de 24o km/h et le plafond en vol vertical de 2 5oo m.
- Le N. C. 2 001, de la S. N. C. A. du Centre, qui peut transporter un pilote et trois passagers, est un hélicoptère comportant deux rotors bipales tournant en sens inverse; l’envergure totale des pales est de i3,8o m, la longueur de l’appareil de 11,75 m; l’atterrisseur est du type tricycle; le moteur choisi est un Renault 5oo ch.
- Le S. E. 3 000 comporte deux rotors disposés côte à côte qui balayent une surface totale de 226 m2; cet hélicoptère, de construction métallique et présentant au. décollage une puis-
- sance de 1 000 ch à 2 5oo tours, peut emmener quatre passagers, dont deux personnes couchées (formule de l’hélicoptère sanitaire) ; son poids total en charge est de 4 3oo kg, son plafond pratique à vide, de 4 000 m, en montée verticale; l’appareil ne roule ni à l’atterrissage, ni même au décollage; sa vitesse maximum horizontale est de 182 km/h.
- Les hélicoptères ne doivent pas être uniquement considérés comme des appareils d’études; ils restent susceptibles d’offrir des applications pour lesquelles ils présenteront leur avantage inédit de décollage et atterrissage sur place : secours aux accidentés de la montagne — il n’est qu’à se rappeler la récente aventure du Dakota en panne dans les Alpes — poste aérienne, qui, un jour prochain sans doute pourra être assurée par la voie aérienne, grâce aux hélicoptères, en plein centre des agglomérations urbaines.
- Fernand de Laborderie.
- Un record en. minéralogie
- Malgré notre répugnance à user d’une forme de superlatif devenue banale, force nous est de constater que le filon d’or découvert récemment dans l’État libre d’Orange est le plus riche au monde, avec une teneur de 62 onces et demie de métal jaune par tonne de roche. Autrement dit, cette tonne vaut 530 livres sterling, chiffre d’autant plus impressionnant que l’on exploite avec profits, tant en Afrique Australe qu’en Amérique et en Australie, des gisements aurifères d’une teneur de 2 à 3 livres sterling. Ajoutons que, selon toutes les apparences, les frais d’extraction se trouveront extrêmement réduits, du fait que les veines paraissent s’allonger à une médiocre profondeur.
- Ce nouveau Golconde est situé sur le territoire d’Odendaalsrust, pauvre village de quelque 300 âmes, fondé vers la fin du siècle dernier par une famille de Boers du nom d’Odendaal. La découverte comporte un préambule qui lui tresse comme une couronne de légendes.
- En 1S0S, un prospecteur, nommé Donaldson, reconnut la présence de l’or sur une ferme voisine du village ; mais ce fut en vain qu’il tenta d’intéresser à son affaire des capitalistes sud-africains. Il finit par trouver deux amis disposant de quelques fonds et tous trois s’embarquèrent pour Londres où Donaldson comptait bien trouver des concours financiers, grâce à ses échantillons de roches. Le Drummond-Castle qui les transportait périt corps et biens.
- A la même époque, dans une région située au sud d’Oden-daalrust, un fermier, nommé J. D. M. Lynch, fora des puits Bur sa propriété : à la profondeur d’une trentaine de mètres, il trouva d’abondantes traces d’or. La guerre de l’Afrique du Sud arrêta ses travaux. L’armée britannique réquisitionna sa ferme pour y établir une station de remonte. Les chevaux morts furent jetés dans ces puits, que l’on combla plus tard à ras de sol. M. Lynch s’apprête à les rouvrir ; il a refusé les offres d’option qui lui ont été faites depuis la découverte dont nous allons parler.
- L’activité minière ne reprit en Afrique Australe qu’après la guerre. Au début de l’année, deux compagnies sud-africaines, la Western Holdings et le Blinkpoort Gold Syndicate, commencèrent des travaux à la foreuse sur la frontière commune à leurs deux concessions. Dans les premiers jours de mai, d’une profondeur d’une quarantaine de mètres, l’une des machines remontait un petit cylindre, long de 18 pouces sur un diamètre d’un pouce et demi, qui allait déchaîner en Afrique du Sud, et aussi sur le Stock Exchange de Londres, un des plus grands « gold rush » qu’ait connu l’histoire.
- Rappelons le dispositif que comporte la foreuse. Au cours des opérations, on remplace le trépan par une tige creuse qui se remplit du matériau que vient de broyer l’outil ; on connaît ainsi la nature et la composition de la strate attaquée ; le cylindre obtenu est appelé « carotte ».
- , Il va de soi que l’échantillon retiré de la sonde d’Odendaalsrust est à proprement parler d’un intérêt local, en ce sens qu’il ne prouve pas que son extraordinaire teneur se répète dans l’ensemble du filon. Des travaux de surface ont démontré qu’il se prolonge, d’une façon certaine, de 9 km au Nord et de 8 à 9 km au Sud de ce point ; se basant sur des affleurements de roches aurifères, des géologues sud-africains vont jusqu’à dire qu’il mesure sans interruptions plus de 40 km.
- La « ruée » a pris tout de suite des proportions fantastiques. Les lopins de terre qui valaient 15 livres sterling avant la découverte se vendent aujourd’hui 10 000 livres. M. J. J. Odendaal, le petit-fils du fondateur du village, a reçu l’offre de 250 000 livres sterling pour les 4 000 acres de champs quasi stériles qu’il possède. Un brave paysan, J. G. Rheedcr, sur la propriété duquel fut frappé l’heureux coup de trépan, refuse de vendre ses 2 000 acres de sol poussiéreux pour 100 000 livres sterling. La spéculation s’étend sur toute la longueur présumée du filon ; prospecteurs, mineurs et aventuriers affluent des régions voisines ; d’humbles hameaux de deux à trois cents âmes voient camper autour de leurs chaumières des milliers de chercheurs d’or. Heureux paysans boers I Ils vendent leurs produits le prix qu’ils veulent — sans avoir à faire du marché noir 1
- La spéculation financière se déchaîna dès que fut connue la teneur du petit cylindre dont nous avons parlé. A la Bourse de Johannesburg, les actions de la Western Holdings, émises à 5 shillings et qui n’étaient plus cotées qu’à 2 shillings 3 pence, se relevèrent soudain à 30 shillings. Un câblogramme reçu de Johannesburg par le Stock Exchange de Londres déclancha subitement une hausse formidable, caractérisée par sa rapidité : en un peu plus d’une demi-heure, ces mêmes actions montaient à 90 shiUings. Celles du Binkpoort Gold Syndicate suivaient le mouvement et se cotaient à 80 shillings. On évalue à 12 000 000 de livres sterling les gains réalisés en un seul jour par les actionnaires qui vendirent leurs titres — un record, dit-on, pour le Stock Exchange.
- Victor Forbin.
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- Conservation des bois par les arséniates
- Les bois exposés aux intempéries, poteaux télégraphiques et traverses des voies ferrées, pourrissent très vite sous l’action de champignons microscopiques ; le plus déprédateur et le plus répandu est le Merulius lacrymans. Pour que ces bois durent plusieurs années, il faut les imprégner d’un fongicide ; on emploie généralement pour les traverses l’huile de créosote ; elle est assez coûteuse et exige de grands autoclaves dans lesquels on fait le vide ; après quoi on y introduit la créosote et on y fait régner une pression de 8 à 10 kg/cm2, pendant un temps assez long, qui varie avec les dimensions et la nature des bois.
- En Suède, la Société minière Boliden dispose d’un sous-produit surabondant, l’arsenic ou mort aux rats, c’est-à-dire l’anhydride arsénieux As203, provenant du grillage de certains minerais arsénifères ; on en prépare les arsénites et les arséniates employés comme insecticides en agriculture. Ces sels étant d'excellents fongicides, la Société Boliden s’est- proposé d’en imprégner les bois. Les recherches, entreprises dès 1933, ont duré trois ans ; les bons résultats qu’elles ont donnés ont été confirmés par des essais, quelques-uns d’une durée de six ans, entrepris par des organismes officiels, non seulement en Suède, mais aussi en .Norvège, en Australie, en Afrique du Sud, aux Indes, aux Etats-Unis et dans la zone du Canal de Panama.
- La France métropolitaine peut produire plus d’arsenic que notre agriculture: n’en peut consommer. Il n’est donc pas sans intérêt de signaler le procédé Boliden, d’autant plus qu’il est d’application facile.
- Théorie du procédé. — Les arsénites et les arséniates métalliques sont nombreux. On a renoncé tout de suite à ceux qui sont trop chers psur^rimprégnatiôn des bois ou qui, très solubles, sont vite lessivés par l’eau des pluies. Seuls des arséniates insolubles de métaux lourds pouvaient convenir. Le problème s’est alors posé de trouver le moyen de les introduire facilement dans le bois et de les y fixer.
- Le bois de cœur, même très sec, et surtout celui des résineux, seules essences à considérer, se laisse difficilement pénétrer par les solutions salines ; on ne peut donc y introduire un arséniale insoluble qui aurait colmaté les premières couches traversées. On pouvait songer à introduire dans le bois un arséniate alcalin soluble, puis le sel soluble d’un métal lourd provoquant une double décomposition en précipitant l’arséniate insoluble de ce métal lourd ; mais cela nécessiterait deux traitements longs et coûteux. Certains arséniates insolubles dans l’eau sont solubles dans des corps volatils comme l’acide acétique ou l’ammoniaque qu’on pourrait éliminer et récupérer après imprégnation, en chauffant légèrement, mais ces solvants sont chers et leur récupération est incomplète.
- Le problème a été résolu en ajoutant à la solution d’arséniate alcalin un corps soluble qui, en réagissant sur la substance organique du bois, donne naissance, par réduction, à un sel pouvant former un arséniate insoluble par double décomposition avec l’arsé-niate alcalin. Ce corps est le bichromate de sodium, qui se réduit à l’état de sel de chrome. On y ajoute de l’acide arsénique libre et du sulfate de zinc ; la réaction est la suivante .
- 3U3As04 + SNaslIAsO.i acide ai>eiiiate
- orthoiir.senique disodique
- + Na2Cr207 + 2ZnSO.i bichromate sulfate
- de sodium de zii.c
- zz SZnlIAsO/, -f SCrAsO* + 3N>'2S04 arséniate ar.-éniale sulfate
- de zinc de dire me de (-onde
- (insoluble) (insoiun e) (soluble)
- 4IIoO -f 30 eau oxygène
- Tous les termes qui figurent dans le premier membre de cette équation sont des corps solubles ; leur ensemble, compte tenu du
- nombre de molécules indiqué par le coefficient placé devant leur formule, constitue le sel de Boliden. Les deux premiers termes du second membre, l’arséniate de chrome et l’arséniate de zinc, sont insolubles ; ils renferment tout l’acide arsénique, libre ou à l’état d’arséniate, qui figure dans le premier membre ; le sulfate de soude, soluble, est inerte ; l’oxygène provient de la réduction du bichromate de sodium à l’état de sel de chrome ; il est fixé par les substances organiques du bois.
- Application industrielle du procédé. — La solution mixte obtenue en dissolvant le sel de Boliden dans l’eau, non seulement n’attaque pas le fer, mais encore le protège contre la corrosion, à l’inverse de ce qui a lieu quand on emploie les sels cuivriques ou mercuriques pour imprégner les bois. On opère donc dans un bac en tôle d’acier dans lequel on entasse les bois secs. On le ferme par un couvercle autoclave et on y fait passer de la vapeur à très faible pression pendant 10 à 12 h dans le cas des poteaux ou des traverses en pin de Suède. Puis on y envoie la solution froide, jusqu’à couvrir entièrement les bois. Au bout de 24 h., on soutire la solution, on retire les bois et on les expose à l’air extérieur pendant quelques jours : la réaction s’achève ; en même temps, les bois sèchent.
- Il est avantageux d’appliquer le procédé sur les coupes mêmes où les arbres sont abattus. L’installation est facilement transportable si on ne traite pas plus de 600 m3 de bois par mois ; elle comporte alors deux bacs, l’un en fonctionnement pendant que l’autre est en vidange ou en remplissage. En Suède, à la fin de 1944, il y avait en service chez des exploitants de forêts onze installations de ce genre travaillant pendant six mois par an. s Par mètre cube de bois sec on consomme 250 kg d’une solution contenant 1 à 1,2 pour 100 d’acide arsénique As20_.
- Résultats obtenus. — Il suffit que la solution imprègne tout l’aubier, qui, en poids, représente 60 pour 100 de la totalité du bois ; l’aubier à l’état sec renferme alors 1 pour 100 de son poids de As205. C’est dix fois plus qu’il n’en faut pour assurer la protection. Des essais très sévères ont montré que le bois ainsi traité résiste pendant des années au lessivage par l’eau des pluies. Il n’a rien perdu des propriétés mécaniques du bois naturel et on peut l’usiner et le peindre de la même façon ; exposé au dehors, sa durée de conservation est au moins égale à celle que procure la créosote. Il est inodore, coloré en vert pâle par l’arséniate de chrome et légèrement ignifugé. On peut le manipuler sans cou’ùr le risque d’une intoxication. Enfin, il résiste à l’attaque des termites et des tarets.
- E. Lemaire.
- Les aérolithes meurtriers.
- On signale do Nairobi (Afrique orientale) qu’une grande quantité de météorites s’est abattue de nuit dans le nord du Kénya. Terrorisés, les indigènes abandonnèrent leurs huttes et coururent se réfugier dans la brousse. Un aérolithe tomba au centrp d’un village, qui prit feu ; les habitants eurent le temps de s’enfuir ; mais tout le bétail périt.
- Une explosion formidable, provenant de la région du Mont Kénya, secoua les maisons dans un rayon de 50 km. On suppose qu’elle fut causée par la chute d’un énorme aérolithe qu’une expédition va tenter de retrouver dans l’immense aire désertique qui s’étend au nord du Kénya.
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- LE MICROSCOPE ÉLECTRONIQUE
- et l'infiniment petit
- Une nouvelle plongée, prodigieusement profonde, est désormais .permise dans le monde de l’infiniment petit, grâce à un appareil de vision dont l’apparition marque une date capitale dans l’histoire de la micrographie : le microscope électronique.
- M. Boutarie en a exposé naguère le principe et le fonctionnement à nos lecteurs (x). Nous nous contenterons donc de rappeler brièvement que ce sont les théories de la mécanique ondulatoire, dues au grand Louis de Broglie, qui ont permis de dépasser, et de loin, les limites atteintes par le microscope optique parvenu à son point de pcr-fcc lion. Etablissant qu’il n’y a pas de différence fondamentale entre l’optique lumineuse et l’optique électronique, celle-ci devant permettre d’obtenir aussi de véritables images, ccs théories ont conduit à réaliser des hyper-microscopes dans lesquels la lumière est remplacée par un jet d’électrons. L’onde électronique, se trouvant être, pour les vitesses ordinaires, quelque 100 000 fois plus courte que l’onde lumineuse, possède donc un pouvoir séparateur considérablement plus grand.
- Un microscope électronique Siemens, récupéré en Allemagne, a été récemment donné à noLrc Institut Pasteur de Paris. Il lui en a été depuis adjoint un autre : le premier appareil de ce genre construit en France, admirable instrument dû aux techniciens de la Compagnie Générale de Télégraphie sans Fil (La C. S. F. construit actuellement plusieurs microscopes électroniques commandés par l’industrie privée ; elle va en livrer un au Centre national de Recherches aéronautiques).
- Fig. 2 et 3. — A gauche, le microscope électronique « Standard » de la Compagnie Générale de T. S. F. — A droite, le microscope électronique Siemens, récupéré en Allemagne
- et donné à l'Institut Pasteur à Paris.
- (Photo New-York Times).
- Les hyper-microscopes ont un pouvoir séparateur au moins 100 fois supérieur à celui des microscopes ordinaires. Cela signifie qu’ils permettent un grossissement de 50 000 diamètres, ce qui est énorme : une soucoupe ainsi grossie, remarque le Dr Lépine, couvrirait en entier le département de la Seine ! Il en résulte que des milliers de détails surgissent dans ce qui n’était, avec la lumière, qu’une petite tache uniforme.
- Le microscope électronique connaît- déjà de nombreuses applications.
- Fig. 1. — En bronze ciselé et doré à rocaille... Un microscope d'autrefois (xvm® siècle).
- (Photo Laniepcc).
- Les applications du microscope électronique.
- Il permet notamment l’examen des poudres, dont les plus ténues livrent, avec la structure de leurs particules, les plus fines nuances de leurs propriétés, — données fondamentales en de nombreux domaines de ;la technique, tels que ceux de la peinture (qualité des pigments, pouvoir couvrant, stabilité des suspensions) ; de la céramique (qualité des porcelaines, stéalites, etc., en fonction de la nature des grains qui forment les poudres et pâtes au départ) ; de la métallurgie (efficacité des procédés modernes de séparation de minerais par flottation, émulsion de la matière première finement broyée ; bonne marche des opérations sidérurgiques à base de poudres ; cémentation ; décapage ; qualité des produits formés à partir de poudres concrétées : tungstène, molybdène, carbures métalliques pour outils, carbobronzes et bronzes pour paliers et balais) ; de la chimie organique et minérale (efficacité des filtres ; qualités des catalyseurs, dimensions et aspect des grains colloïdaux) ; de l'industrie du caoutchouc et des résines sgnthétiques (qualité des charges — noir de fumée, etc., — forme des fibres) ;
- T. Voir La Nature, 15 ruai 1935.
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- des industries du textile, du papier (aspect et. structure eubmi-croscopique des fils et fibres).
- Le microscope électronique renseigne sur la forme du profil des objets dont on examine le bord. On mesure ainsi la qualité tran-f chante des lames (lames de rasoir), la perfection d’une fabrication (par exemple, la qualité de la surface d’un fil après passage & la fili'ërè). En examinant, par réflexion, sous incidence presque rasante, la surface d’un échantillon, on met en évidence l’aspect submicroscopique de cette surface; aspect qui caractérise le « fini »,)
- .Enfin, en biologie, l’avenir du microscope électronique est illimité. Il ne faut pas croire toutefois, ainsi que le remarque M. Armand dé Gramont 0), que son emploi y sera aussi facile que celui des; appareils lumineux.. L’irradiation par les électrons produit en effet une élévation de température de l’objet à examiner, et tous les corps organiques ne résisteront sans doute pas à ce genre de traitement.
- M. de Gfamont rappelle que c’est L. Marton qui, à Bruxelles, en 1933, â pour la première fois obtenu des images de bactéries et de cellules. « Il a pu, appliquant une méthode analogue à la coloration, différencier les éléments organiques par l’imprégnation de sels métalliques opaques. D’autre part, sans coloration, la structure de bien des bactéries a pu être mise en évi-. dcnce ».
- La belle hypothèse de d’Hérelle concernant l’existence des bactériophages a été magnifiquement vérifiée grâce au microscope électronique, qui nous les montre cernant une bactérie, à laquelle ils vont s’accoler pour la lyser, c’est-à-dire pour la détruire (fig. 0).
- L'étude des ultra-virus.
- Les deux microscopes électroniques dont vient d’être doté l’Institut Pasteur de Paris y sont spécialement affectés à l’étude des ultra-virus (Service du Dr Lépine).
- On sait que les bactériologistes désignent
- ! Fig. 4 et 5. — l'.n liant : Une surface d’aluminium « parfaitement' » polie. .—
- ; Ci-contre : Un autre aspect de la structure de l’aluminium.
- ou le « superfini » du travail mécanique, dont dépendent les qualités do résistance . à l’usure, les caractéristiques de frottement, l’aptitude à la lubrification, etc.
- L'examen métallographique des métaux.
- Le microscope électronique, renouvelle par ailleurs l’intérêt de l’examen métallographique des métaux, en rendant, perceptibles des détails cristallographiques . invisibles au microscope lumineux. Les échantillons métallographiqucs normaux n’étant pas réductibles en couche mince transparente au faisceau électronique, on
- prépare un relevé de la topographie des surfaces, par moulage, soit d’une pellicule de vernis, soit d’un morceau d’aluminium. Le .moulage obtenu, soumis au faisceau électronique) donne une image expressive des différentes épaisseurs que les électrons ont traversées (Quand on utilise l’aluminium pour prendre l’empreinte du. relief à étudier, aluminium choisi pur et préalablement poli éiectrolytiquement, on en transforme ensuite la couche^ superficielle en une pellicule. d’alumine par oxydation anodique ; cette pellicule qui conserve l’empreinte peut être facilement détachée du morceau' d’aluminium par attaque chimique et se prête bien à l’examen électronique par transparence).
- sous ce terme les agents pathogènes subtils que les filtres en porcelaine ne parviennent pas à retenir, alors qu’ils arrêtent les bactéries. C’est pourquoi on lés appelle 'encore virus filtrants. Ils sont responsables de nombreuses maladies : rage, fièvre aphteuse, variole, rougeole, poliomyélite, encéphalite léthargique;"'etc. '
- Les ultra-virus possèdent des propriétés étranges. C’est ainsi que le virus responsable de la maladie dite « mosaïque du tabac » se présente sous forme d’aiguilles cristallisées de loO millièmes
- 1. Vers VInfiniment petit (Gallimard).
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- Fig. 6, 7 et 8. —
- En haut ; Les petites granulations prolongées d’un filament : autant de bactériophages qui se ruent vers les bactéries figurées par des taches noires. — A droite : Imperceptible au microscope ordinaire, le Cutis communia (bactérie de la peau). — En bas : Le Mégathérium (bactérie du sol).
- résiste à ces traitements physiques, qui pa-l’aiss.aient jusqu’ici incompatibles avec le maintien de la vie, et il demeure contagieux.
- Autre fait capital, une quantité infime de tel ou tel virus, inoculé à une plante ou à un animal, provoque, en même temps que le développement de la maladie, la synthèse . d’une quantité relativement considérable du même virùs : le virus se reproduit. Le d’fait de. se. multiplier ainsi, ; aux dépens de “’ëellülès;';:ç.trangères, en conservant tous ses -caractèrègî-propres,. toute son identité spécifique, c’est le,caractère.même de la vie S’agit-il donc ici d’un être vivant ou bien d’un corps, chimique ? Troublante question que suscite céttc extraordinaire ambiguïté ! Le virus participe de l’un et de l’autre. Se présentant-sous forme de molécules cristàl-
- de millième de millimètre (150 millimicrons). Ce sont là les premières molécules chimiques (nucléoprotéine) * qu’il ait été donné à l’homme de voir. Un tel virus, chauffé, passé à l’alcool à 90°, etc.,
- Unes, il est de nature chimique. Mais par ailleurs, il manifeste des propriétés vitales, dont cette surprenante faculté de pouvoir se reproduire indéfiniment à partir d’une seule molécule initiale jouant le rôle de germe....
- Cela est d’une exceptionnelle importance et les savants, sont en passe de reviser les frontières de la chimie et de la bactériologie, de la matière et de la vie, c’est-à-dire se trouvent sur le point d’arracher à ia nature un de ses plus profonds secrets.
- Dans cette nouvelle conquête, le microscope électronique est appelé à jouer un rôle sans précédent en explorant beaucoup plus avant qu’on ne pouvait le tenter jusqu’à présent dans le monde des infiniment petits. Et l’on peut espérer aussi de bouleversantes révélations dans l’étude des chromosomes et des gèties que ceux-ci renferment, ces gènes encore si mystérieux qui sont les véhicules, infimes en leur inimaginable complexité, de tous les caractères héréditaires.
- Fkhnand Lot.
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- Fig1. 1. —- U « Helena Modjeska » échoué sur te banc de sable.
- <
- Un cimetière ..... - de navires
- C’est le nom sinistre que les marins donnent aux parages où les naufrages se multiplient avec une. fréquence catastrophique. Le plus redouté de ces ships’ graveyards, selon l’expression de nos voisins, est situé au Nord du Pas-de-Calais, entre Ramsgate et Deal, au Sud de l'estuaire de la Tamise ; on le connaît sous le nom de Goodwin Sands. Là s’engloutissent une vingtaine de navires par an. Au début de septembre dernier, le Helena Modjesha, paquebot américain qui transportait, à destination de l’Allemagne, une cargaison de vivres de la valeur de 750 000 livres sterling, s’y échoua par temps de brouillard ; huit remorqueurs tentèrent vainement de le dégager ; une semaine plus tard, la tempête le brisa en deux tronçons qui restèrent à flot. Après plus de deux mois d’efforts, la partie du Helena Medjeska contenant la précieuse cargaison put enfin être extirpée de sa tombe de sables
- ‘t remorquée en lieu sûr. On l’avait rliégée de pesantes pièces de machinerie. C’est, dit-on, la première fois ju’unc opération de sauvetage de ce genre sur les bancs de Goodwin ait •té couronnée de succès.
- A la fin de ce même mois de sep-leinbre, le steamer canadien de 7 133 t, Fort-Vermillon, chargé de minerai de fer, toucha les sables à 800 m de l’en* lroit où venait de sé perdre le navire rjûéricain ; cette fois encore, un épais brouillard était responsable de l’ac-ndent. Pendant 48 h, des remorqueurs essayèrent de le libérer ; l’un d’eux fut pris au piège et ne s’en tira qu’à pund’peine ; les opérations de sauvetage furent abandonnées.
- Affectant un- contour ovoïde, ces sables mouvants mesurent environ 16 1cm de longueur sur 8 de largeur. Ils sont traversés par un chenal submerge appelé Kellet-Gut. Les pilotes d’expérience l’empruntent pour gagner un abri, quand une tempête se déchaîne à l’improviste ; mais il est si étroit que les navires malchanceux le
- Fig-. 2. — La « Rade des Dunes », d’après la carte française du Service hydrographique de la Marine.
- f.rt forme de ces bancs, uniquement constitués par du sable, se modifie souvent et assez considérablement sous l’effet des courants particulièrement forts dans cette région. Toutes les épaves connues ont été figurées. Un, grand nombre d’entre elles, immergées à faible profondeur, constituent un danger grave pour la navigation. Beaucoup proviennent de naufrages sur les bancs, les autres de navires coulés par fait de guerre lors des doux derniers conflits. Les ,« têtes de bancs » figurées en pointillé, foncé émergent seules, aux basses mers.
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- manquent. De l'ait, c’est à l’entrée de ce passage vers le large que la plupart des catastrophes se produisent. Les violents courants qui s’échangent là entre la mer du Nord et la Manche rendent cet endroit très dangereux.
- Tout navire qui se laisse prendre au piège peut être considéré comme perdu : ou bien il restera sur place, condamné à pourrir ; ou bien il cédera au mouvement de succion des sables et sera englouti dans un goufre où se sont entassées, depuis dix siècles, d’innombrables épaves — lugubre reliquaire au tond duquel on trouverait des galères de Yikings et-/dcs bateaux de toutes catégories, jusqu’à un sous-marin allemand qui périt là corps et biens durant la première guerre mondiale.
- A marée basse, cette partie du littoral anglais est une .région idéale pour les villégiatures, et Ramsgate jouit d’une brillante réputation comme station balnéaire. Les sables, d’une couleur gris argenté, prennent alors une consistance compacte ; l’immense
- Fig. 4. — Les opérations de récupération de la cargaison d’Un des tronçons de l’ « Helena Modjeska », dont les dimensions sont mises en relief par la silhouette du pétrolier qui est auprès de lui.
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- pig, 5. --‘-'Ce Liberty ship transportait une cargaison de 600 000 livres i-ètnÿldises à destination de'la zone américaine en Allemagne.
- Les véhicules qui la composaient, dont on aperçoit une partie au premier plafl.f j.»nt pui’ôtre sauvés.- L’autre moitié du cargo, au -fond, offrit aux sauveteurs, uii travàif beaucoup plus ardu en raison de'l’inclinaison du pont.
- plage; Vdit se démqùli^ües matchs de cricket et de football ; pendant la saison d*été, où y organise rnêfne des courses de chevaux. Mais, dès qu’elle est recouverte .par les vagues (les différences de niveau entre les marées sont de l’ordre ;de b m), joueurs et baigneurs sont invités à se tenir en lieu sec.
- La technique d'une catastrophe.
- Si l’on peut en croire une tradition, les Goodwin Sands occuperaient remplacement- d’une île qui portait le nom de Lomea et luisait partie des domaines des Godwin, noble famille saxonne
- à laquelle appartenait le roi Harold, qui périt en l’an 106ü à Has-tings, lors de l’invasion de Guillaume le Conquérant. On croit que, rongée par la mer, elle acheva de s’effondrer vers l’an 1097.
- Les pilotes des bateaux de sauvetage de la région, qui s’aventurent fréquemment sur les Goodwin Sands pour porter secours aux victimes, expliquent comment se produit un naufrage. D’après eux, deux marées distinctes s’y rencontrent, l’une venant de Ramsgale, l’autre de Deal. Leur action accumule le sable sur les deux flancs du navire échoué qui se trouve bientôt comme hissé en son milieu sur une bosse ; et les vagues le martèlent alors des deux côtés jusqu’à ce qu’il se brise. Ces mêmes. pilotes déclarent qu’un bateau pris au piège n’a .qu’une chance contre huit de s’en tirer.
- Tout le monde ne maudit pas l’infernal cimetière : depuis des temps immémoriaux, les habitants du littoral, entre Ramsgate et Deal, sont des pilleurs d’épaves pour qui la tempête est un événement fructueux. Ils guettent avidement le navire échoué, avec l’espoir qu’un précieux butin s’échappera de ses cales défoncées. D’après une antique coutume qui fait force de loi, tous objets qu’ils « repêchent » leur appartiennent. Mais, s’ils les « ramassent » sur la plage, ils sont tenus d’en aviser les autorités qui prélèvent un certain pourcentage sur la valeur de la .trouvaille.
- En 1937, des savants anglais mirent à l’étude un plan d’une hardiesse remarquable' pour en finir avec la menace de ces bancs : ils proposaient de déverser chaque semaine sur les sables 50 000 t de déblais provenant des houillères du comté de Kent. Pendant des mois, prévoyaient-ils, le vorace gouffre avalerait ces énormes charges aussi facilement que le papier buvard absorbe une goutte d-’encré. Mais, si cette pratique était poursuivie assez longtemps, la faculté de succion des sables serait détruite et le lit de la mer se stabiliserait sur une grande étendue.
- •La'presse londonienne nous apprend qu’un comité vient de se forïher pour reprendre ce projet et le conduire à bonne fin. Souhaitons .'que le sinistre cimetière de navires disparaisse de . la carte du monde !
- Victor Forbin.
- (/‘/io/.o.1; « lllustralçd »).
- Fig. 6. — L’un des tronçons .de V
- Helena Modjeska » le long du banc de sable dont on aperçoit une partie au centre de la photo.
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- Le grand CARNOT (1753-1823)
- ses fils, ses petits-fils.
- <( Mon père, Claude Carnot, qui eut dix-huit enfants, , nous vantait le bonheur d’une conscience pure. Il nous recommandait le travail, nécessaire à tous, mais surtout dans une famille comme la nôtre, nombreuse et peu fortunée. Il nous prêchait l’union et l'affection entre nous. »
- (Lazare Caiinot).
- Dams celle race vigoureuse, dans celte famille où le culte des ancêtres était une véritable religion, chaque génération .porte, profondément empreinte, la marque de celles qui l’ont précédée. Un même esprit circule à travers elles et les anime toutes, dans une lignée qui aurait pu prendre pour devise : Patrie, probité, honneur.
- Lazare Carnot reçut son instruction première de son père notaire à Nolay (Côte-d’Or). Élève au Collège d’Autun, il y trouva, pour condisciples Lucien et Joseph Bonaparte. Après avoir achevé ses études à Paris, Lazare Carnot fut admis à l’École militaire de Mézières, ou il eut la chance de rencontrer Monge, son compatriote. Sorti lieutenant du génie en 1775, il tint garnison au Havre, à Béthune, à Arras.
- Le grand Carnot demeure, dans l’histoire, « l’Organisateur de la Victoire » qui sauva la France de l’invasion de l’étranger. Il est vrai que nul titre plus beau ne saurait lui convenir mieux. Mais ce serait singulièrement restreindre sa place dans notre histoire ; de limiter son activité à sa carrière — éclatante d’ailleurs — d’officier.
- Homme de guerre, stratège éminent, Lazare Carnot'rénova les tactiques, révisa les principes de l’offensive et dé " la"'défensive) Quel étonnant professeur pour une École de guerre ! Dès 1788 il proclamait : « Le caractère national et naturel du Français c’est d’attaquer toujours ».
- La profonde connaissance que possédait Lazare Carnot des choses militaires attira l’attention du prince Henri, frère de Frédéric le Grand. Il entreprit des démarches pour le faire entrer au service do la Prusse. Point n’est besoin de dire que Carnot répondit à ces offres par un refus des plus formels.
- Plus tard, Napoléon qui s’y connaissait en hommes, le chargea. de la défense d’Anvers. En lui confiant cette haute mission l’empereur lui dit simplement : « C’est notre grand arsenal maritime, une des clefs de l’Empire. » A ce propos, Arago relate un fait piquant. Au moment du départ de Lazare Carnot les bureaux s’aperçurent qu’il était simple chef de bataillon. On lui conféra en quelques minutes quatre grades successifs. Les bureaux purent dormir tranquilles, les forces expéditionnaires étaient commandées par Carnot, général do division !
- Chez Carnot, le sens politique ne le cédait en rien au génie militaire. Précurseur, il ouvrit la voie aux principes qui allaient présider aux destinées du xixe siècle. Qu’il fût membre de la Législative, de la Convention, du Comité du Salut public, du Directoire, grand maître des armées, ministre de l’Intérieur, ou opposant ù Louis XVIII, il se montre toujours le tenant de la raison, de la tolérance, uniquement passionné pour son pays. Ses ennemis reconnaissaient hautement cette modération, ce bon sens, et disaient : « Il a sauvé plus de têtes que Robespierre n’en lit tomber. » La seconde Restauration l’exila, et il finit ses jours à Magdebourg en 1823.
- Sa droiture le désigna souvent pour des missions délicates, qu'il remplit toujours avec honneur et bonheur : ainsi de l’affaire des ' mutineries de Lille, du camp de Soissons, de la guerre de Vendée. Partout Carnot apaisa, pacifia. Sa méthode était faite de mesure et de sang-froid. C’est qu’il possédait, à un degré rare, la connaissance des hommes. Il savait les conduire, les découvrir.
- Lazare Carnot.
- Portrait de 1815. Musée de Versailles
- (d’après Photo Neurdein).
- Il s’adressait tour à tour à tous les sentiments qui sont .le' mobile des actions : eraintë; aihoür de la gloire,; passion dm devoir, intérêt parfois. Son sens social se doublait d’une psychologie très fine, (c Attachez-vous, disait-il aux Commissaires aux Armées, à découvrir le mérite modeste partout où il se trouve ». Il répétait sou-. vent : « Il faut à un grand pays,une grande passion. »
- Ses qualités de prévoyance, de contrôle l’amenèrent à publier un mémoire où, tel un devancier de Cambon, il traçait le plan d’assainissement des finances par la création de la « Dette publique »..
- -Comme écrivain, il donna en 1784 un Éloge de Vauban primé par l’Académie de Dijon et hautement loué par Buffon. Carnot se montra physicien et . mathématicien hors pair. Après Un rapport sur le calcul différentiel,, il publia « Étude sur les machines: » où il comparaît chaleur et mouvement ». Ce beau et précieüx théorème, disait Arago, est aujourd’hui.connu de tous les ingénieurs, il les guide dans la pratique et les garantit des erreurs de leurs devanciers. »
- Tels sont les domaines variés dans lesquels évolua l’activité puissante de Lazare Carnot.
- Un de scs fils fut Nicolas-Léonard-(179G-1832), officier mathématicien; physicien qui'a. laissé un nom dans l’histoire des découvertes scientifiques. Ses « Réflexions sur Ta puissance motrice du feu » contiennent l’un des principes fondamentaux de la thermodynamique moderne. Ce principe de l’équivalent mécanique de la chaleur, qui porte le nom de théorème de Carnot fut le point de départ,des travaux de ses successeurs dans cette branche de la mécanique physique.
- Un autre fils, Lazare Hippolyte (1810-188S), prit le portefeuille de l’Instruction publique en 1848, et;fut député de l’opposition au Corps législatif. Celui-ci eut deux fils qui Ont aussi marqué leur passage d’un trait durable : . .. . ? U ^ %
- François Sadi Carnot (1837-1894) ; Ingénieur aü^'CorifsTîes-Mines, ministre qui mourut,. lâchement assassiné, étant Président de la République française. Son- frère Adolphe, ingénieur des Mines également, a laissé de, remarquables travaux comme physicien,.et minéralogiste.
- Amédée Fayol.
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- en
- L'IONISATION
- thérapeutique oculaire
- epuis longtemps déjà llonisatioh est un moyen de thérapeu-r tique générale. C’est avec succès que ce mode de traitement est utilisé, notamment dans, les rhumatismes chroniques et certaines arthrites. L’ionisatiôh trhns-cérëbro-oculaire a meme été appliquée par Bourguignon daiië Thérhiplégie.
- •. . *
- Le principe de l'ionisation.
- Le principe de l’ionisatioh est simple et chacun sait que lorsqu’une solution de chlorure de sodium par exemple, est parcourue par un courant électrique, elle se dissocie en ses composants, le chlore et le sodium qui vont se rassembler à chacune dès électrodes. Gettô répartition des ions suit la loi de Faraday de telle sorte que les métaux et l’hydrogène se dirigent vers l’anode et les métalloïdes vers, la cathode. Il en est ainsi pour toutes les solutions ionisables,. avec la possibilité de prévoir le sens de la réaction selon la position donnée aux électrodes.
- En 1897, le Docteur Morisot et-eh 1922 le Docteur André Cantonnet. à Uhôpital Cochin pensèrent qu’il serait sans doute avantageux d’employer l’ionisation pour faire pénétrer des médicaments à l’intérieur du globe oculaire, et ceci pour deux raisons : parce que l’on emploie déjà avec efficacité en thérapeutique oculaire des instillations de gouttes de solutions ionisées ; ensuite, parce que l’ionisation étant déjà, employé^ en thérapeutique générale avec succès, elle devait être a 'priori encore plus active au niveau de l’œil qui n’est qu’une masse liquide, infiniment plus ionisable encore que la peau. Cette dernière raison est vérifiée par l’expérience de Baro qui interposé entre les deux branches d’un tube en U une cornée d’animal. Une des parties du tube contient de l’iodure de potassium et est reliée au pôle +, l’autre de l’eau et correspond au pôle —. Dans l’eau est un fragment de pomme de terre et lorsque le courant passe, la réaction bleue d’iodure d’amidon se manifeste sur la pomme de terre : preuve de la perméabilité de la cordée aux ions.
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- La technique et l'instrumentation.
- La technique employée est aussi simple que le matériel qu’elle nécessite.
- à 1 pour 1 000 et de chlorure de calcium, d’iodure de sodium et de salic.ylale do sodium à 1 pour 400.
- Selon l’ion qu’on désire introduire, on met le pôle + au tube électrode porte-œillère et le pôle — à la nuque ou inversement. Si l'on recherche un effet thérapeutique mixte, il est possible de mélanger dans le tube en proportions convenables deux solutions dont les ions actifs vont au même pôle.
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- Les résultats.
- Cette méthode qui est employée couramment par les Docteurs Morisot et A. Cantonnet et leurs élèves donne des résultats intéressants, et souvent même remarquables.
- Ce serait entrer dans la domaine de la médecine et déliasser
- le cadre de cet article que d’énumérer toutes les maladies oculaires justiciables de ce traitement, mais il suffit de s a v o i r qu’une large proportion des affections oculaires peuvent en bénéficier et en tête de liste celles qui intéressent le segment antérieur de l’œil.
- C’est ainsi que les ulcères de la
- cornée et les taies qui en sont l’aboutissant fréquent, sont heu: reusement traités par l’ionisation de même que l’iritis ou inflammation de l’iris.
- Les paralysies des muscles moteurs de l’œil, le glaucome ou hypertension du liquide intra-oculaire et la cataracte lorsqu’ils peuvent être pris à leur début sont souvent améliorés ou guéris, là où aurait échoué la thérapeutique classique, que l’on peut d’ailleurs associer à l’ionisation.
- Ces maladies oculaires, les plus connues du public, non médical, ne sont pas les seules qui puissent tirer bénéfice de rionisation car la polyvalence de la méthode grâce à un jeu de quelques solutions ionisables, différemment orientées électriquement ou mélangées, permet un grand nombre de combinaisons.
- Les deux électrodes sont : l’une banale en peau de chamois humido que l’on place au niveau de la nuque du malade, l’autre plus spéciale où se trouve la solution à ioniser : cette dernière électrode est faite d’un tube en verre auquel est adjoint d’une part une œillère, qui permet par un système de vases communiquants de mettre l’œil en contact avec l’électrolyte et d’autre part la seconde électrode.-Celle-ci est reliée comme la première au générateur, qui peut être à volonté une batterie de piles sèches ou un transformateur, pourvu que le débit soit de 4 à 5/10 dé milliampère.
- Les iohs employés sont nombreux et changent selon les résultats thérapeutiques que l’on désire : parmi les cations, les pliis utilisés sont le zinc, le sodium et le calcium ; parmi les unions le chlore, l’iode et le radical snlicyl (C,HS(,).
- Les solutions les plus courantes sont celles de sulfate de zinc
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- Un progrès considérable.
- Au total on peut dire aujourd’hui que l’ionisation représente un progrès considérable dans la thérapeutique ophtalmologique et que ses résultats s’expliquent par le fait que l’œil est un élément pratiquement liquide. C’est également pour cette raison que l’ionisation oculaire a dépassé de très loin quant aux résultats l’ionisation employée en médecine générale.
- On à réalisé ainsi une arme thérapeutique des plus efficaces qui peu à lieu entre dans la pratique ophtalmologique courante.
- i,
- François Cantonnet.
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- LES GRANDES ORGUES DE LA CATHÉDRALE DE STRASBOURG
- Les grandes orgues historiques de la cathédrale, après de longues années de silence, ont été remises en service en ig35.
- Cet instrument, classé comme monument historique, a toute une histoire qui mérite d’être rappelée.
- Au temps de Louis le Débonnaire, vers 825, Strasbourg avait déjà entendu les mélodies d’un orgue. En 1260, on trouve dans des manuscrits la première mention d’un orgue à la Cathédrale. Le chevalier Ulrich Engelbrecht en aurait été le promoteur. D’après l’iconographie du Moyen Age, cet orgue de chœur à nombre réduit de tuyaux devait être portatif ou monté dans un buffet de hauteur restreinte. Un autre manuscrit mentionne que Maître Gunzelin de Francfort construisit pour le prix de 5oo livres deniers des orgues dans le transept nord.
- Une imprudence d’un cavalier de la suite du duc Albrecht d’Autriche, au moment où il quittait la ville le i5 août 1298, causa un incendie gigantesque qui dévora tout un quartier de la ville, 355 maisons. La cathédrale ne fut pas épargnée; le toit de bois, les cloches et les orgues furent la proie des flammes.
- Tout était à refaire. De i324 à i327, pour la somme de 35o livres deniers, on hissa la tribune actuelle avec sa balustrade et ses célèbres figures mécaniques. « les Pioraffen », à la sixième fenêtre du mur nord de la haute nef. Conformément à l’usage du temps, le buffet fut flanqué de deux ailes se déployant et se refermant comme des volets de triptyques. On monta aussi un petit orgue dit « des Trois Rois » dans le transept nord pour accompagner l’office canonial.
- LES « RORAFFEN »
- OU « SINGES HURLEURS »
- Le « Coq de Strasbourg », le plus ancien automate conservé que l’on peut voir au musée venait de lancer Fig. 1.
- son premier chant en i354 à l’heure de midi. Le xive siècle aimait ces figures grimaçantes et l’orgue de la cathédrale eut les siennes. A la base de la console, à gauche et à droite de l’orgue on plaça un soldat embouchant une trompette garnie d’un étendard qu’il agite en branlant la tête et un marchand de « brettstelles » (sorte de biscuit alsacien que l’on croque en buvant la bière) à la chevelure abondante et aux yeux fulgurants qui baillait et criait en remuant le bras droit. Au centre, en cul-de-lampe, sous le grand pendentif, Samson ouvre la gueule d’un lion mugissant. Les leviers qui commandaient tous ces mouvements de bras et de mâchoires étaient rattachés directement aux mécanismes de l’orgue qui en jouant les animait.
- Les automates de l’orgue, que le peuple a surnommés « Roraf-fen », singes hurleurs, complétaient admirablement ceux de l’horloge astronomique et amusaient les fidèles, d’autant plus qu’un parleur inconnu muni d’un porte-voix dissimulé derrière les tuyaux du positif, égayait la foule pendant les sermons par ses propos facétieux et ses cris profanes.
- Le Roraffe dut cesser de crier en i5a5 quand la cathédrale passa au culte protestant qui supprima les offices et les pèlerinages traditionnels.
- Les nouvelles orgues accrochées comme un nid d’hirondelles dans une baie du mur nord de la grande nef.
- Les célèbres figurines eurent depuis à subir non seulement l’assaut du temps, mais celui plus terrible du feu.
- LES VICISSITUDES DE L’ORGUE DU XVe SIÈCLE
- La veille du jour de la Sainte Gertrude (i384), des ouvriers qui réparaient l’instrument approchèrent par négligence leur brasier destiné à travailler le métal, trop près du buffet qui, pendant la nuit, s’enflamma. L’orgue et le toit, depuis les tours jusqu’à la coupole, furent complètement détruits.
- Au témoignage de Kœnigshoffen, on se remit à sculpter immédiatement un buffet plus riche et plus orné que le précédent. En un an, tout fut terminé; il avait coûté plus de mille livres deniers.
- En i432, Michel Grolacli de Leipzig, secondé par Pierre Géné-ris de Saint-Pôlten (Autriche), enleva les tuyaux déjà rongés et les remplaça par un matériel neuf ; la restauration fut terminée pour la fêle de Noël 1434- Enfin, Frédéric Krebser con-
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- - struisit le dernier
- grand orgue du Moyen Age à la cathédrale (i48g). A cette occasion, fut posé le magnifique buffet gothique de style flamboyant, avec ses quatre clochetons, ses pinacles à fleurons, ses panneaux à rosaces et à fines arcatures. Cette pièce de grande élégance et de belles proportions, haute de 24 m sur 8 m de large, rehaussée de pourpre et d’or a été conservée heureusement jusqu’à nos jours.
- Dans sa facture primitive, les deux ailes latérales étaient décorées de chaudes peintures représentant la Nativité du Christ et l’adoration des Rois Mages. C’est à cette époque que l’édifice reçut ses dernières p e r f e c-tions : Jean Hültz termina la Tour en 1449, Dotzinger le Baptistère en i453 et Jean Ilammer la Chaire en 1484-
- Pendant les guerres de religion, la cathédrale changea plusieurs fois de maîtres : protestante à partir de i525, catholique de i55o à i55g, elle fut donnée au culte protestant en i56i par décision du Magistrat principal de la ville.
- Louis XIV, entrant à Strasbourg le i3 octobre 1681 au milieu des acclamations des peuples, au son des deux orgues, des violons, des cloches, des trompettes, des tambours, des tymbales, des fifres des Cent-Suisses et des coups de canon (Mercure Galant, novembre 1681) rendit définitivement la cathédrale aux catholiques.
- Le 24 juillet 1713, André Silbermann, qui s’était familiarisé à Paris avec la technique organale française, entreprit la réfection des orgues. L’ancien orgue de Krebser était dans un piteux état : quelques tuyaux étaient rongés par le salpêtre, d’autres tombaient en poussière ou avaient été déchirés, comprimés ou coupés par les accordeurs ignorants. En 1716, l’instrument rénové par Silbermann faisait résonner les voûtes profondes de la cathédrale avec ses 39 registres, ses 2 242 tuyaux, ses 6 som miers, ses 12 soufflets et ses 3 claviers.
- Le plus grand tuyau avait 28 pieds de haut, un diamètre d’un pied (o m. 32) et pesait 34i livres (167 kg.). De la poésie allemande inscrite aux abords de l’orgue nous ne citerons qu’un vers en l’honneur du facteur :
- « Er heisset Silbermann, und seine Werk seynd gülden ».
- « L’auteur se nomme Silbermann (homme d’argent), mais ses œuvres sont d’or », Ironie du sort, l’auteur n’en retira aucun profit. S’étant engagé de sortir les anciens tuyaux, d’y mettre de nouveaux porte-vents, un nouveau clavier, des soufflets plus grands, d’augmenter les jeux pour 3 000 florins, il inscrivit lui-même sur le contrat, d’une écriture rageuse ces simples mots : « Exécuté avec grande perte ».
- Mais les sons de l’instrument étaient si mélodieux, que lors-
- que le célèbre organiste Marchand, de Paris, vint en 1717 à Strasbourg et fut invité à jouer, il manœuvra les jeux avec un tel succès, disent les chroniqueurs, que les auditeurs émerveillés avouaient que s’il avait continué pendant deux jours, ils auraient complètement oublié de manger.
- L’ÉPOQUE MODERNE. LE BOMBARDEMENT DE 1870 ET LA GRANDE GUERRE .
- L’orgue de Silbermann fut restauré en i833, en i84o et en i844- On porta successivement le nombre de jeux à 47, le nombre des tuyaux à 2 809, et on adjoignit une nouvelle soufflerie. Le bombardement allemand de 1870 fut une nouvelle catastrophe. Le 25 août, le toit et la coupole furent incendiés ; le 3 septembre un obus enleva la balustrade du contrefort à proximité de l’orgue ; d’autres projectiles traversèrent le mur en pierre de taille, endommagèrent le buffet, crevèrent les tuyaux et la soufflerie; les jeux du Manuale, du Positif, du Récit et Pédale furent atteints, les ressorts et les soupapes furent faussés. Il fallut dépenser près de i5 520 fr. pour les réparations essentielles et le résultat obtenu fut médiocre.
- On établit alors dans le chœur l’orgue qui accompagne les chants et les offices canoniaux. Cet instrument, construit par Mercklin, qui avait obtenu le premier prix à l’Exposition de Paris de 1867 fit ressortir les défectuosités du Grand Orgue qui était accordé trois quarts de ton plus bas et dont les souffleries étaient fort abîmées.
- Après maintes discussions entre les maisons Goll, de Lucerne et Koulen, de Strasbourg, le grand orgue fut confié à Koulen qui lui appliqua les derniers progrès de l’électrification. L’orgue, avec ses quatre jeux restants était actionné par quatre soufflets mus par un moteur de deux chevaux. L’ouvrage fut très critiqué et le facteur fit faillite.
- Au commencement de ce siècle, on observa au sommet du grand pilier ouest qui soutient la tour, une fissure qui, amplifiée par les menus tremblements de terre de la région, se creusait vers le bas de deux centimètres environ par an (fig. 1). Les ingénieurs ayant ceinturé de fer le monolithe, découvrirent que les fondements du pilier se désagrégeaient rapidement. Il fallait les changer. L’instrument de Koulen porté en partie par ce pilier fut complètement démonté en 1911 et la Grande
- Coupe verticale
- Fig. 3.
- En avant, en bas, le positif où se cachait le Roraffe ; en arrière, les souffleries électriques ; au-dessus, les trois étages de tuyaux sonores (Photo Roethinger).
- Fig. 2. — Vue de face de l’orgue.
- En bas la console, puis les deux étages de tuyaux et le troisième formant la boîte expressive (Photographie Roetihncer).
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- Nef se couvrit intérieurement d’une forêt de poutres destinées à empêcher tout glissement des voûtes. Le grand pilier fut entouré d’un manteau de ciment descendant à 8 m sous le sol et des centaines de tonnes de béton furent coulées dans les fondations. La guerre mondiale arrêta les travaux. Ces derniers repris en 1918 furent achevés en 1926 et au mois d’octobre, la cathédrale, libérée de son fouillis d’échafaudages, fut ouverte au public. Mais la baie qui abritait le grand orgue restait béante; il y fallait un instrument nouveau.
- Après plusieurs réunions de la commission des orgues créée par la Direction des Beaux-Arts de Paris et de la commission locale on ouvrit un concours entre les manufactures d’orgues de France. L’adjudication échut à la maison Rcethinger, de Strasbourg, qui comptait à son actif plus de 4oo réfections et 160 instruments neufs construits dans ses ateliers.
- Nous ne reviendrons pas sur les principes de construction des orgues qui ont déjà été rappelées dans le n° 2802 de La Nature, mais en complément de cette étude, nous citerons les particularités de celles de Strasbourg. Les transmissions sont mécaniques, avec une machine pneumatique à chacun des claviers manuels. Pour vaincre la résistance des tirages de jeux et des soupapes et diminuer les efforts de l’organiste, toutes les louches sont pourvues d’un levier pneumatique dit de Barker. Les claviers manuels sont plaqués de lamelles d’ivoire et les dièzes sont en ébène d’origine. Un mécanisme spécial régula-
- Fig. 4.
- teur contre-balance les effets des variations de température sur les mécanismes de transmission.
- La mise en harmonie a été poussée au plus haut degré de perfectionnement de façon que les jeux conservant leur couleur propre arrivent dans les mélanges à une fusion bien pondérée en rapport avec la sonorité de la nef.
- L’orgue est accordé par tempérament égal sur le la du diapason normal.
- Le travail fut commencé durant l’été 1904 (fig. 6).
- Pour loger les 2 602 tuyaux et les quatre transmissions des 42 jeux réels se répartissant sur trois claviers manuels à 56 notes et un clavier pédestre à 32 marches, avec leurs sommiers, les soufflets, les régulateurs, le mécanisme de traction, le facteur ne disposait que d’une profondeur de 1,20 m.
- Force fut de superposer les sommiers des différents claviers, ce qui épanouit la sonorité (fig. 2 et 3).
- Tous les tuyaux furent construits en étain ou en bois de sapin résineux, préalablement séchés au four.
- Les deux grands réservoirs d’air situés à l’arrière, alimentés par un puissant ventilateur électrique fournissent 4o m3 d’air à la minute, débit largement suffisant pour les très nombreux tuyaux; douze régulateurs de vent à pressions différentes, aménagés à l’intérieur contrôlent pour chaque sommier et chaque groupe de jeux l’arrivée de l’air.
- Les tuyaux de montre, dont aucun n’est fictif, proviennent tous de l’ancien orgue Silbermann ; le plus grand a 8 m. de
- La console comprend 42 jeux réels répartis sur trois claviers manuels à 56 touches.
- Fig. 5. — Le grand tuyau de 8 m de haut, pesant 167 kg porté par huit hommes qui vont pénétrer par le porche dans la cathédrale.
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- haut, o,33 m de diamètre et pèse 167 kg (fig. 5).
- L’ensemble de ces fûts à reflets d’argent ressort admirablement sur le buffet gothique du xve siècle, richement sculpté où les ors se marient harmonieusement avec les rouges et les verts des volutes et des fleurons. Il n’est pas jusqu’aux trois « Ro-raffen », copies exactes de leurs devanciers qui boudent au Musée qui n’aient retrouvé leur place traditionnelle.
- Une pédale métallique logée à l’extrême gauche du buffet actionne la gueule du Lion. Les deux personnages latéraux gesticulent grâce à des leviers métalliques que l’on peut tirer à la main de la tribune.
- Il aurait été peut-être préférable de placer la console dans le chœur de la cathédrale et de relier les touches aux soupapes par une transmission électrique (fig. 8). L’accord entre les chœurs de la maîtrise soutenue par le petit orgue Merklin et l’instrument suspendu au fond de la neuf aurait été ainsi plus parfait.
- À l’éssai, M. Toùrnemire, professeur au Conservatoire National de Paris, a été surpris de la délicatesse des jeux de soli, de la rondeur des « fonds », de l’éclat sans aigreur des mixtu-
- Fig. 6. — L’échafaudage construit spécialement pour monter l’orgue.
- A droite, un des grands piliers soutenant la tour.
- res et de l’ampleur des anches.
- Durant la guerre 1939-1945, la cathédrale n’a pas échappé aux bombardements aériens qui privent actuellement Strasbourg de 22 000 habitations.
- Une bombe a explosé sur la coupole et deux autres perforant le bas-côté gauche ont éclaté à l’intérieur de l’édifice.
- Par bonheur les orgues n’ont subi aucun dommage et un nouveau projet prévoit la construction d’une console unique commandant en même temps l’orgue du chœur et celui de la grande nef.
- Les nouvelles orgues de la cathédrale de Strasbourg sont donc un pur joyau musical qui enchante à la fois nos oreilles et nos yeux. Non seulement, par les diapasons authentiques d’un André Silbermann dont les établissements Rœthinger s’honorent d’être les héritiers, il relève la splendeur des cérémonies de l’office divin, mais posé comme un nid d’hirondelle dans l’ogive de la voûte, confondant ses tuyaux argentés aux nervures grises des colonnes, il contribue à l’ornementation du grand vaisseau gothique qui a été sauvegardé dans l’ensemble et qui s’est trouvé prêt à retentir du Te Deum de la victoire.
- André Glory.
- L'archéologie en
- La presse de Moscou signale le retour d’une expédition sciènti-fique qui vient d’explorer une vaste région désertique,' connue sous le nom de Plateau d’Usturt, située entre la Caspienne et la mer d’Aral; que l’on considérait jusqu’ici comme inaccessible et dont l’altitude moyenne est de l’ordre de 350 m. La mission avait été organisée par l’Académie des Sciences de Tachkent, sous la direction du Professeur Y. Korovin.. *
- Cet immense .plateau fut habité jusqu’à une époque relativement récente et c’est une preuve de plus qui vient à l’appui d’une théorie d’après laquelle le climat de l’Asie Centrale aurait subi de grands changements durant les premiers siècles de notre ère, événement d’une haute importance historique. Un assèchement-progressif détruisit les pâturages, contraignant les tribus nomades à chercher d’autres terrains. De proche en proche, les peuplades se dirigèrent vers l’Ouest, déchaînant un vaste mouvement migratoire qui aboutit finalement à l’invasion des Barbares.
- Les explorateurs ont relevé de nombreux signes montrant que les antiques habitants du plateau avaient atteint un niveau de civilisation élevé. Le rapport du Professeur Korovin parle notamment de petits mausolées de forme cubique, construits de plaques de calcaire coloré, que coiffe une coupole se terminant en pointe ; ce sont probablement des tombes de chefs ; elles sont ornées d’ins-
- Asie centrale.
- criptions en une écriture inconnue ; leur architecture est d’un genre unique ; on ne trouve rien de semblable ou d’approchant en Asie centrale. Les traces d’une large route qui traversait le plateau du Nord au Sud sont visibles. Ses habitants avaient creusé de nombreux puits que les sables ont obstrués, au cours des siècles d’abandon. On rappelle que les chasseurs ont trouvé fréquemment des armes et des outils de pierre polie sur la lisière septentrionale du plateau, d’où l’on peut déduire qu'il fut habité dès la période néolithique.
- De nouvelles recherches nous diront probablement à quel rameau de l’espèce humaine appartenaient les « Usturtiens » ; mais le fait est bien établi qu’ils se livraient activement à l’industrie pastorale. Encore maintenant, malgré l’assèchement général de l’Asie Centrale, le plateau se couvre, au printemps, d’une herbe épaisse que le torride été ne tarde pas à détruire. Le Professeur Korovin émet l’opinion que l’on pourrait y tenter avec succès l’élevage du bétail, à condition que l’on y fore des chapelets de puits sur l’emplacement de quelques lacs salés qui sont en voie de disparition. La région est totalement dépourvue de rivières et de sources. Il reste à savoir si le trépan rencontrerait dans son sous-sol des strates aquifères.
- V. F.
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- La pêche au thon du Pacifique
- On sait que dans nos mers on pêche deux espèces de thons : le thon rouge qu’on prend en Méditerranée, le long des côtes, alors qu’il s’y déplace, au moyen de barrières de filets tendus au bout des caps, aboutissant à une poche, dite chambre de mort où on assomme le poisson ; le thon blanc ou germon, beaucoup plus petit, qu’on pêche à la ligne l’été des côtes d’Espagne à celles d’Irlande, au large du Golfe de Gascogne. Le germon pèse de 3 à 8 kg, le thon rouge atteint 300 kg et plus.
- Sur les côtes américaines du Pacifique, au large de la Californie, vivent d’autres espèces de thons qu’on pêche par des moyens quelque peu différents. Le bord des bateaux porte en encorbellement un balcon muni d’une rampe en fer et les pêcheurs se tiennent sur ce bal-
- Fig. 1 et 2. — Plusieurs pêcheurs associent leurs efforts et leurs lignes pour sortir de Veau ce thon du Pacifique.
- con d’où ils lancent leur ligne à l’eau. La ligne est tenue par une perche de bambou épaisse et solide. Cette pêche est pratiquée par des professionnels et aussi par des sportifs pour qui 'elle est l’objet d’ardentes compétitions. Les deux photographies que nous représentons ici nous ont été communiquées par l’U. S. Information Service. Elles donnent bien l’idée de ce mode de pêche. Certains poissons étant très gros et très lourds, l’effort pour les amener le long du bord puis les hisser sur le pont est considérable ; dans certains cas, semble-t-il, d’après ces documents, plusieurs pêcheurs associent leurs efforts et leurs lignes pour y réussir.
- La sensitivité gustative chez l'Homme et les Anthropoïdes.
- A mesure que l’on découvre de nouvelles réactions physiologiques chez l’homme, on les essaie aussi chez les anthropoïdes ; parfois on les retrouve identiques, parfois elles montrent quelque particularité intéressante.
- Par exemple, la pratique des transfusions sanguines a révélé chez l’homme des groupes sanguins différents et souvent incompatibles. On a retrouvé ces groupes O, A, B, etc. chez les anthropoïdes et en outre on a découvert le facteur « rhésus » qui révèle chez l’homme d’autres incompatibilités sanguines graves.
- L'Anthropologie qui vient de reparaître signale un autre trait qu’on retrouve chez les deux groupes et qui fut recherché chez les singes supérieurs par les Drs R. Fisher, J. Huxley et E. Ford.
- Il s’agit de la sensibilité gustative à la phényl-lhio-carbamide. C’est une substance que certains hommes trouvent amère dès la concentration de 6 millionièmes et que d’autres ne détectent pas, même à la dose de 4 dix-millièmes. Chez les Blancs, on compte 70 à 75 pour 100 de gens sensibles. Chez les Chimpanzés, les auteurs ont trouvé 21 individus sensibles sur 27, soit 77 pour 100 ; un jeune issu de deux parents insensibles l’était également. Les auteurs anglais pensent qu’il y aurait là un caractère héréditaire qui se serait maintenu dans la même proportion depuis les anthropoïdes jusqu’à l’homme et ils veulent le traiter selon les règles de la génétique. Mais cela même serait-il une preuve de parenté ?
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- Le déficit pluviométrique de Tété 1946
- La mise en application d’un nouveau plan de sécurité, prévoyant des restrictions 6évères de consommation de l’énergie électrique, provoque les murmures des usagers. Il semble à certains que les causes climatologiques invoquées soient fantaisistes. Nous pla-
- n'avait présenté dans son ensemble aucun caractère de sécheresse ; le déficit de juin et juillet étant compensé par l’excès de pluie des mois d’août et septembre.
- L’été de 1946 qui totalise en cinq mois 235,8 mm de pluie.
- STATIONS Mai Juin Juillet Août Septembre
- MASSIF CENTRAL en mm en mm en mm en mm en mm
- Limoges Hauteur de pluie été 1946 . | Hauteur de pluie moyenne. Rapport à la moyenne . . 167,1 (69) 2,42 53,8 (72) 0,75 57,8 (61) 0,95 45,9 (70) 0,66 48,5 (67) 0,72
- Clermont-Ferrand Hauteur de pluie été 1946 . ! Hauteur de pluie moyenne. Rapport à la moyenne . . 80,9 (78) 1,11 45,9 (81) 0,57 38,9 (66) 0,59 33,9 (68) 0,50 16,5 (69) 0,24
- Vichy Hauteur de pluie été 1946 . Hauteur de pluie moyenne Rapport à la moyenne . 92,1 (79) 1,17 68,5 (85, 0,81 39,9 |86i 0,46 74,8 (72) 1,04 60; 8 (73) 0,83
- Villefrancbe ; de Rouergue ' Hauteur de pluie été 1946 . Hauteur de pluie moyenne Rapport à la moyenne . . 170,4 (100) 1,70 62,0 (91) 0,68 25,4 (61) 0,42 41,9 (76) 0,55 43,6 (72) 0,61
- Le Puy en Velay Hauteur de pluie été 1946 . Hauteur de pluie moyenne Rapport à la moyenne . . 108,7 (75) 1,45 73,4 (90) 0,82 45,3 (54) 0,84 86,0 (63) 1,37 50,5 (56) Q,90
- PYRÉNÉES
- Pau Hauteur de pluie été 1946 . [ Hauteur moyenne de pluie. Rapport â la moyenne . . . . . • • 172,0 (107) 1,61 52,0 (89) 0,58 37,6 (62) 0,61 71,3 (66) 1,08 15,7 (82) 0,19
- Toulouse Hauteur de pluie été 1946 Hauteur moyenne de pluie Rapport à la"moyenne (déficit exceptionnel). 67.4 (75) 0,90 28,0 (64) 0,44 14,3 (40) 0,36 33,0 (50) 0,66 7,8 (58) 0,13
- Perpignan f Hauteur de pluie été 1946 J Hauteur moyenne de pluie . ' Rapport â la moyenne . 66,2 (47) 1,41 20,3 (39) 0,52 4,9 (23) 0,21 42,8 (32) 1,34 14.7 (39) 0,38
- Voici enfin les données s’appliquant pour la même période à
- l’observatoire du Parc Saint-Maur :
- f Hauteur de pluie été 1946 Parc Saint-Maur < Hauteur moyenne de pluie ( Rapport à la moyenne .
- 75,7 50,3 31,5 57,3
- (51) (*6) (59) (52)
- 1,48 0,90 0,53 1,10
- 21,0
- (46)
- 0,46
- En 1945, au même observatoire, on avait recueilli pendant l’été :
- 51,0
- 28,4
- 88,9
- 74,6
- soit près de 30 mm de pluie de plus que cet été de 194G.
- çant sur le seul terrain météorologique, nous examinerons la pluviométrie de l’été 1946 en France.
- Le volume des réserves hydrauliques étant modifié par le régime des précipitations, il est possible d’apprécier l’incidence du relatif déficit pluviométrique de l’été de 1940 sur leur alimentation, à l’aide du tableau comparatif ci-dessus, dont les données ont été fournies par l’O. N. M. et l’observatoire du Parc Saint-Maur.
- Contrairement à une opinion' admise, l’été de 1945 à Paris
- entre dans la catégorie des étés secs, moins nettement toutefois que ceux des proches années : 1940, 1937, 1935, 1934, etc..., pour ne citer que les plus récentes.
- Cet été de 1946 ne souffre aucune comparaison avec ses devanciers de : 1929, totalisant 151,3 mm ; 1921, totalisant 126,2 mm ; 1919, totalisant 143,6 mm, véritables étés secs.
- Jean Bourgeois.
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- Un contenu stomacal d'autruche
- Un matin d’août 1946, une jeune autruche qui vivait à Dakar depuis près d’un mois dans un enclos de l’Institut d’Afrique fut trouvée morte sans avoir présenté de symptômes vraiment inquiétants.
- On constata bien à l’autopsie, une sérosité rosâtre baignant la cavité générale, une congestion légère des intestins, mais l’œil de l’opérateur fut surtout attiré par le volumineux gésier. L’organe ouvert, il se trouva en présence d’un bloc alimentaire extrêmement compact qui, émietté, révéla une invraisemblable collection de clous, de vis, de boucles, d’éléments de colliers indigènes, etc....
- On y retrouva même la clef du cadenas qui servait à clore le petit parc réservé à l’oiseau. Le tout ne pesait pas moins de 120 g.
- L’autruche mérite donc la réputation qu’on lui fait quant à son estomac, notre photo en témoigne ; mais elle n’en est pas pour cela à l’abri de désagréables accidents. En effet, la paroi interne du gésier, une fois nettoyée, révéla un clou profondément fiché dans les tissus, fortement infiltré de pus à cet endroit et il y a tout lieu de penser que ce corps étranger ne le fût pas tout à fait à la mort de l’animal.
- P. L. Dekeyser.
- Guerre à
- Longtemps, le terrible fléau qu’est cette mouche ne sévit que dans la zone équatoriale du continent noir, qu’elle dépeupla par la maladie du sommeil, maintenant conjurée. Étendant progressivement ses domaines, l’insecte a envahi l’Afrique australe, s’attaquant cette fois au bétail en provoquant une épizootie connue du nom indigène de ngana qui, depuis le début de cette année, a causé la perte de plus de dix mille bœufs. Le principal foyer d’infection est le Zoulouland où les tsé-tsés se sont multipliées à l’infini, se nourrissant aux dépens du gros gibier dont elles sucent le sang, mais qui est réfractaire aux germes du ngana.
- Le Gouvernement de l’Union de l’Afrique du Sud vient d’inaugurer contre elles une campagne d’extermination. On peut regretter qu’elle comporte des mesures draconiennes que déploreront les
- la ts é -1 s é.
- amis des bêtes et, avec eux,. les amateurs de grandes chasses. Il s’agit d’une gigantesque battue qui refoulera les animaux sauvages (antilopes, buffles, zèbres, sangliers) sur la réserve de Hluhluwé, mais en abattra des milliers au cours d’opérations qui dureront de deux à trois ans et qui s’appliqueront à un territoire d’une superficie de 400 milles carrés. Le rhinocéros blanc, espèce devenue rarissime, sera seul épargné.
- Quand la battue aura pris fin, on établira autour de ladite réserve une sorte de cordon sanitaire sous la forme d’une avenue large do plus de 3 km, distance que la tsé-tsé est incapable de franchir en terrain découvert. Des avions arroseront de liquide insecticide les parages de la réserve pour tuer les œufs que les mouches y ont pondus.
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- NOS LECTEURS NOUS ÉCRIVENT :
- A propos d'ancres en bois (n° 3087)
- RECETTES
- ET PROCÉDÉS UTILES
- M. le Dr Jacques Callot, professeur agrégé à la Faculté de Médecine de Strasbourg, nous signale avoir observé deux fois des ancres de ce genre.
- M
- IÎei
- Fig. 1. — Ancre de Locquénolé, vue de face et de profil.
- Tout d’abord à Locquénolé (Finistère), à l’embouchure de la rivière de Morlaix, vers 1930, des engins de cette sorte servaient à de petites embarcations. Ils se composaient (fig. 1) d’une pièce de bois et d’une pièce de schiste, assez longues et plates toutes deux (50 à 00 cm de long),
- maintenues par une fourche en bois. Dans ce type, la pierre sert en même temps de lest et de partie active pouvant « cro-cher » sur le fond.
- Un autre type est l’ancre des jongadas, radeaux de pêche du Nord-Est du Brésil. Elle est constituée (fig. 2), comme celle de Nouvelle-Ecosse, par une pierre conique lestant une croix de bois, partie active, et elle est maintenue sur cette croix par deux fourches.
- Fig. 2. — Ancre des jongadas du Brésil, vue de côté et par-dessous.
- Pour consolider les sols en ciment.
- Devant la pénurie de bois et la main-d’œuvre que nécessite la préparation et la pose d’un plancher, on tend à faire des sols en agglomérés et notamment en mortier de ciment. Le défaut d’un tel sol est de s’user assez vite par frottement en produisant beaucoup de poussière. On a recommandé de gâcher très serré, d’employer un ciment alumineux à prise rapide, de serrer l’enduit à la truelle au moment de la prise.
- Le Génie Civil rend compte d’essais effectués par le Bureau of Standards qui ont conduit à recommander le silicate de soude pour durcir le béton. La solution de silicate de soude du commerce titre de 30 à 40 pour 100 de ce sel. On peut l’étendre de quatre fois son volume d’eau et en imprégner le sol par badigeons ou pulvérisations. Le sol a été préalablement balayé, lavé plusieurs fois à l’eau douce et séché complètement. On peut répéter l’application plusieurs fois, après avoir laissé sécher. Le traitement, très simple, lavée à l’eau douce puis l’avoir à nouveau laissée sécher. Le traitement, très simple, ne nécessite pas de main-d’œuvre professionnelle.
- COURS ET CONFÉRENCES A PARIS
- LUNDI 6 JANVIER. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M“e Besson : « Les sources de cellulose : les bois d’outremer. — Institut français du caoutchouc (Institut national agronomique, ampli. B, 16, rue Claude-Bernard) : 17 h. 30. M. Ferrand : « Effets des défrichements sur les sols tropicaux ».
- MARDI 7 JANVIER. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Carbonaro : « La marche des moteurs à indice d’octane variable ».
- MERCREDI 8 JANVIER. Société des Ingénieurs de l’Automobile (5, avenue Friedland) : 17 h. 45. M. Tenot : « Mesure des vibrations, des accélérations et des fréquences ». — Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Gm-lardi : « L’automaticité dans les installations frigorifiques ». — Institut français du caoutchouc (Institut national agronomique, amphithéâtre B, 16, rue Claude-Bernard) : 17 h. 30. M. Ferrand : « Méthode à suivre dans l’établissement des plantations en vue du maintien de la fertilité des sols tropicaux ».
- JEUDI 9 JANVIER. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : M. Laffitte : « Combustions, explosions ».
- VENDREDI 10 JANVIER. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Boutet : « La constitution
- des chaussées : association des liants avec les agrégats granulés ». — Institut français du caoutchouc (Institut national agronomique, amph. B, 16, rue Claude-Bernard) : 17 h. 30. M. BouvcnAu : « Les plantes à caoutchouc ».
- SAMEDI 11 JANVIER. Institut français du caouchouc (Sorbonne, amphithéâtre Milne-Edwards) : 17 h. M. Jarrijon : « Appareillage de traitement ».
- LUNDI 13 JANVIER. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. l’ingénieur militaire Péan de Ponfilly : « L’hydrolyse des bois ».
- MARDI 14 JANVIER. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. II. Rabate : « A propos des peintures sous-marines antifouling ».
- MERCREDI 15 JANVIER. Société des Ingénieurs de l’Automohile (5, avenue Friedland) : 17 h. 45. M. Leboiteux : « La photoélasticité appliquée aux industries mécaniques. Rappel des lois d’optique physique ». — Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Liébault : « La résolution des problèmes de transmission de chaleur dans l’industrie du froid ». — Institut français du caoutchouc (42, rue Scheffer) : 17 h. 30. M. Hublin : « Tendances actuelles dans la construction du matériel de l’industrie du caoutchouc ».
- JEUDI 16 JANVIER. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Domini-
- que) : 18 h. M. Amiel : « Dissociation, crac-king ».
- VENDREDI 17 JANVIER. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : M. Duriez : « Contribution à l’étude de la viscosité et de la susceptibilité aux variations de température des goudrons, brais et bitumes ».
- SAMEDI 18 JANVIER. Institut français du caoutchouc (Sorbonne, amphithéâtre Milne-Edvvards) : 17 h. M. Jarrijon : « Analyses et essais du caoutchouc ».
- LUNDI 20 JANVIER. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. Prof. Lemoigne : « Les produits obtenus par fermentation à partir des jus d’hydrolyse de la cellulose ».
- Aux aéroclubs universitaires.
- L’Association des aéroclubs universitaires et scolaires de France (5, rue des Ursulines, Paris, 5’), organise depuis le 17 décembre, à la Sorbonne (escalier E, laboratoire de géographie physique) des cours de photographie aérienne appliquée à la science et de préparation militaire Air (spécialité photographie). Professeur : M. Gandillot, professeur de géologie à la Sorbonne.
- Le gérant : G. Masson. — masson et cIe, éditeurs, paris. — dépôt légal : ier trimestre 1947, n° 4q4-BARNÉOUD FRÈRES ET Cie, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 588. — 1-1947.
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- N° 3128
- 15 Janvier 1947
- LA NATURE
- PASTEUR PENSAIT-IL QUE LA CRÉATION DE LA VIE ÉTAIT IMPOSSIBLE ?
- Par le Professeur PASTEUR VALLERY-RADOT
- de l'Académie française et de l'Académie de médecine.
- A l’occasion du 5oe anniversaire de la mort de Pasteur, nous sommes heureux de publier
- CET ARTICLE DU PROFESSEUR PASTEUR VaLLERY-RaDOT SPÉCIALEMENT ÉCRIT A L’iNTENTION DES
- lecteurs de La Nattire.
- Pasteur a démontré l’inanité des théories des hétérogénistes. Il a prouvé que, dans un milieu putrescible, les germes ne pouvaient se développer spontanément : c’est le ton-dement même de la technique microbiologique et de la doctrine sur les maladies virulentes.
- Mais Pasteur n’a pas affirmé que la génération spontanée était impossible :
- Le 19 mai '1861, à la Société chimique, il dit :
- Qus le remarquerez, je n’ai pas la prétention d’établir que dl n’existe de générations spontanées. Dans les sujets de ;, on ne peut pas prouver la négative. Mais j’ai la pré-Me démontrer avec rigueur que, dans toutes les expé-oà l’on a cru reconnaître l’existence de générations îtànées, chez les êtres les plus inférieurs, où le débat se >uve aujourd’hui relégué, l’observateur a été victime d’illusions ou de causes d’erreur qu’il n’a pas aperçues ou qu’il n’a pas su éviter ».
- Le 13 août 1866, à l’Académie des sciences, il proclame : « On ne peut pas prouver a priori qu’il n’existe pas de générations spontanées. Tout ce que l’on peut faire, c’est de démontrer : 1° Qu’il y a eu des causes d’erreur inaperçues dans les expériences ; 2° Qu’en écartant ces causes d’erreur sans toucher aux conditions fondamentales des essais, toute apparition d’êtres inférieurs cesse d’avoir lieu. Ce double examen sera nécessaire chaque fois qu’un expérimentateur consciencieux viendra saisir VAcadémie de résultats nouveaux qu’il jugera favorables à la doctrine des générations spontanées ».
- Il note au crayon, en marge d’une revue médicale, en février 1875 : « On ne peut pas, dans l’espèce, affirmer qu’il n’y a pas de générations spontanées possibles ».
- ht on, Pasteur ne niait pas la possibilité de créer un jour la vie. Une barrière lui apparaissait entre les produits minéraux et
- les produits du monde animal ou végétal, ceux-ci seuls étant dissymétriques, mais cette barrière ne lui semblait pas infranchissable :
- te On trouve, disait-il, la dissymétrie établie dans un très grand nomb/e de principes immédiats des animaux et des végétaux, notamment dans les principes immédiats de la vie. Tous les produits, pour ainsi dire, de l’œuf et de la graine sont dissymétriques.... Sans nul doute, si les principes immédiats de la vie sont dissymétriques, c’est que, à leur élaboration, président des forcés cosmiques dissymétriques; c’est là, suivant moi, un des liens entre la vie à la swface de la terre et le cosmos, c’est-à-dire l’ensemble des forces répandues dans l’univers.... Que faut-il faire pour imiter la nature ? Il faut rompre avec vos méthodes qui sont a ce point de vue surannées et impuissantes. Il faut chercher à faire agir des forces dissymétriques, recourir a des actions de solénoïde, de magnétisme, de mouvement dissymétrique lumineux, a des actions de substances elle-mêmzs dissymétriques. »
- Pasteur était hanté par cette pensée d’introduire la dissymétrie dans les phénomènes chimiques. A Strasbourg, il fit construire par Ruhmkorff de puissants aimajits pour tenter cle faire agir des forces dissymétriques sur les substances cristallines. A Lille, il eut recours à des mouvements tournants, provoqués par des mécanismes d’horlogerie. Plus tard, durant la guerre de 18/0, éloigne de son laboratoire, il nota des projets d’expériences qui sont la poursuite de l’iclée qui lui était chère. Entraîné par ses recherches sur les maladies virulentes, il ne put réaliser ce rêve de sa jeunesse auquel il pensa jusqu’à la fin de son existence : transformer les substances minérales par des effets de force ayant une action dissymétrique.
- Cette pensée qui le tourmenta toute sa vie montre l’erreur que l’on commet en s’imaginant que Pasteur était persuadé
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- de Vimpossibilité pour l'homme de créer la vie. Certes, une infusion organique reste stérile tant qu'on n'y a pas introduit de germes venant de l'extérieur : Pasteur le démontra d'une façon irréfutable; mais, dans d'autres conditions, en imitant la nature, a.vec des agents dissymétriques, la création de la vie est peut-être possible. Même en pleins travaux sur les maladies virulentes, Pasteur songea à cette possibilité. Aussi l’a-t-on entendu bien souvent parler de ses études de cristallographie, à la fois avec enthousiasme et avec regret de n’avoir pu les poursuivre : « Que n'ai-je une nouvelle existence devant moi, disait-il ! Avec quelle joie je reprendrais ces études sur les cristaux 1 ».
- Dans ce problème des générations spontanées, on a toujours eu tort de confondre la création actuelle, peut-être possible, d'une substance protoplasmique vivante et l'origine de la vie sur la terre. Cette origine, Pasteur ne l'a pas cherchée. C'est un domaine clos pour l'expérimentation.
- Une page d'un cahier de notes de Pasteur est singulièrement suggestive :
- a La génération spontanée, je la cherche sans la découvrir depuis vingt ans.
- « Non, je ne la juge pas impossible. Mais quoi donc vous autorise à vouloir qu'elle ait été l’origine de la vie? Vous placez la matière avant la vie et vous faites la matière existante de toute éternité. Qui vous dit que le progrès incessant de la science n’obligera pas les savants, qui vivront dans un siècle, dans mille ans, dans dix mille ans... à affirmer que la vie a été de toute éternité et non la matière. Vous passez de la matière à la vie parce que votre intelligence actuelle, si bornée par rapport à ce que sera l'intelligence des naturalistes futurs, vous dit qu'elle ne peut comprendre autrement les choses. Qui m'assure que dans dix mille ans on ne considérera pas que c'est de la vie qu’on croira impossible de ne pas passer à la matière. Si vous voulez être au nombre des esprits scientifiques, qui seuls comptent, il faut vous débarrasser des idées et des raisonnements a priori et vous en tenir aux déductions nécessaires des faits établis et ne pas accorder plus de confiance qu'il ne faut aux déductions des pures hypothèses. »
- Une
- récente
- application de l'électronique
- LE TRIAGE DES GRAINES
- Une des plus curieuses parmi les applications récentes de l’électronique est celle qui vient d’en être faite à l’agriculture pour le triage des graines. On sait qu’il existe pour ce triage un certain nombre de procédés classiques, basés sur diverses propriétés physiques, telles que la masse et la densité.
- Le nouveau procédé, qui a été. appliqué avec succès.. à, toutes sortes de graines : pois, fèves, haricots, céréales diverses, café et même aux pommes de terre, est basé sur le pourcentage de
- Fig. 1. — Fonctionnement schématique de la machine électronique à trier les graines.
- L, lampe à incandescence ; O, écran opaque ; M, miroir évidé de moitié ; N, miroir plan plein ; R, V, écrans rouge et vert ; P,, P2, cellules photoélectriques ; A.j, A2, amplificateurs ; S, cellule sentinelle ; K, tube à rayons cathodiques ; D, cache de l’écran fluorescent ; C, chaîne amenant les graines ; T, tambour chargeant les graines ; E, relais éjecteur ; B, bassin recueillant les bonnes graines ; F, bassin recueillant les mauvaises graines expulsées (Electric Sorting Machine C°).
- rayons lumineux de couleur verte et de couleur rouge réfléchis par chacune des graines.
- La machine à trier électronique est constituée comme l’indique la figure 1. Les graines à trier sont dirigées au moyen de glissières sur une roue et se fixent sur ses pointes périphériques. L’appareil comporte une source lumineuse dont le faisceau est scindé
- en deux au moyen d’un écran. Un réflecteur approprié assure l’éclairement de chaque graine de deux côtés à la fois. La graine ainsi éclairée diffuse la lumière dans la direction de deux miroirs plans placés l’un derrière l’autre. Le premier miroir est évidé sur la moitié de sa surface pour que la moitié du faisceau non réfléchie par lui tombe sur le second miroir. Les deux faisceaux de lumière ainsi réfléchis par ces miroirs sont dirigés chacun sur une cellule photoélectrique, après avoir traversé l’un un écran vert, l’autre un écran rouge.
- Le courant proA-enant de ces cellules est amplifié, puis appliqué aux plaques de déviation d’un tube à rayons cathodiques. L’une des cellules commande ainsi le balayage horizontal de l’écran du tube, l’autre le balayage vertical. La position du spot sur l’écran fluorescent dépend donc, à chaque instant, de la proportion de lumière rouge et de lumière verte atteignant les cellules.
- L’écran du tube cathodique est recouvert par un cache, dans lequel a été découpée une fenêtre centrale. Une graine normale;’’ à son passage devant la source lumineuse, donne un spot qui tombe sur l’écran dans la zone masquée. Une graine défectueuse, au contraire, donne un spot qui tombe dans la fenêtre du cachet Le flux lumineux provenant de la tache fluorescente tombe sur une troisième cellule photoélectrique, appelée « sentinelle », dont le signal électrique, amplifié par un second amplificateur, actionne un éjecteur à piston qui expulse la mauvaise graine. Celle-ci est recueillie dans une cuve spéciale placée vers la gauche, tandis que le grain normal suivant tombe par gravité dans une cuve placée plus à droite.
- Tel est le fonctionnement de la machine à trier les graines, utilisée aux États-Unis sur une grande échelle depuis 1931. Indiquons, par exemple, que dans un seul atelier de la Michigan Bean Company, des milliards de graines sont triées par des bancs de ces machines, associées par rangées de dix et travaillant simultanément.
- Au point de A-ue électronique, l’équipement de la machine comprend un tube à rayons cathodiques ECA 908, un thyratron et trois cellules photoélectriques. En moyenne, ces tubes peuvent assurer un fonctionnement ininterrompu pendant près de 9 000 h. consécutives.
- M. A.
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- Fig. 1.
- Le château du roi Christophe dans le Nord de Vile d’Haiti.
- Les mystères du Vaudou
- Le sujet a tenté de nombreux écrivains, après leur prise de contact avec les Noirs du Nouveau Monde ; mais ils l’ont traité d’une façon souvent erronée, toujours superficielle, se contentant de racontars, au lieu de soumettre à leurs lecteurs des observations personnelles. Pour la première fois, un savant de carrière s’est attaqué au problème : M. Melville J. Eerskovits, professeur d’anthropologie à la Northwestern University (Etats-Unis), lui consacre une étude magistrale qui dépeint la vie du paysan haïtien sous toutes ses faces, en étudiant principalement ses superstitions et sa pratique de cette religion africaine qu’est !e Vaudou.
- L’auteur de Life in a Haitian Valley (*), qui a rassemblé ses observations directes durant un séjour de plus de six'mois dans une des régions les plus primitives de la république noire, s’était déjà fait connaître du grand public par The American Neg-ro, étude sur les douze ou treize millions de Nègres qui vivent aux Etats-Unis. Il a poussé fort loin sa conscience de savant et d’écrivain,
- 1. Chez Alfred A. Knopf, éditeur New-York.
- puisqu’il a tenu à visiter les régions africaines où vivaient, avant d’être emmenés en esclavage, les ancêtres des gens de couleur de l’Amérique.
- Tout serait à citer dans cet ouvrage où les mœurs des paysans haïtiens, les cérémonies étranges qui accompagnent et célèbrent la naissance, le mariage et la mort, sont décrites d’une plume qui sait être à la fois savante et pittoresque. Nous nous en tiendrons à l’analyse des chapitres qui s’occupent du Vaudou et de la magie.
- Fétichisme africain.
- Le Vaudou, terme apporté du Dahomey par les esclaves, est professé non seulement par la paysannerie haïtienne, mais par une minorité de la population citadine. J’en eus la preuve alors que je vivais à Jacmel, l’une des principales villes du pays. J’avais pour femme de ménage une négresse d’une trentaine d’années, serviable et d’humeur douce.
- Un soir, ai-je écrit dans des souvenirs qui paraîtront bientôt en
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- librairie, comme je rentrais tardivement chez moi, des sons de tam-tam retentissent à quelque distance. La curiosité me pousse dans la direction des roulements et j’atteins une grande paillottc ; une foule compacte déborde de l’entrée ; à l’intérieur, des chandelles de cire éparpillent de-faibles éclats.
- Jouant des coudes, je me faufile de mon mieux. Me voici maintenant assez près pour distinguer les trois tambourinaires et la silhouette^d’une femme qui se démène au milieu du cercle, dansant sur ses jarrets repliés et grognant des cris rauques. Elle s’arrête soudain, puise d’une calebasse de la farine de maïs dont elle dessine, sur le sol de terre battue, de grossières images symboliques. Puis, un homme lui passe un coq aussi noir qu’elle. Tout en dansant, elle lui tranche le cou, de ses dents si blanches entre la suie des lèvres, et, brandissant le corps décapité, elle asperge de sang l’assistance, qui est prise à son tour de convulsions frénétiques.
- La scène me répugnait d’autant plus que des gouttes de l’âcre
- Fig. 2. — Un pont près des Cayes, construit du 'temps du régime
- liquide me souillaient le front. Je fis un effort pour me dégager de la foule. A ce moment, l’ensorcelée s’approchait des musiciens au-dessus desquels vacillaient les flammes des cierges, et je faillis pousser un cri d’horreur, en retrouvant, sur son visage contorsionné où le sang se mélangeait à de la bave, les traits de la jeune négresse qui me servait !... Je la congédiai le lendemain sur un prétexte quelconque, non sans l’avoir interrogée ; et j’appris que sa mère, comme toutes les femmes de sa lignée, était maman-loi, titre que portent les prêtresses du Vaudou.
- Théologie africaine.
- Ce culte a pour but d’honorer les nombreuses divinités que les esclaves apportèrent du continent noir, de mériter les bonnes grâces de celles qui sont favorables envers l’être humain et d’amadouer celles qui lui sont hostiles. Toutes exigent des saci'i-fices dont les victimes sont des coqs noirs et des boucs de même couleur ; elles sont aussi sensibles à des offrandes de boissons alcooliques. J’ai surpris un cérémonial fort curieux, observé tant chez les paysans que chez les citadins de classe inférieure. Quand des amis boivent ensemble un coup de grogne (tafia), ils ne manquent pas d’incliner leur verre de leur côté de façon que quelques
- gouttes tombent entre leurs pieds, sacrifice mineur qu’appréciera l’on ne sait quel dieu tutélaire.
- Dans le patois créole, ces divinités sont englobées sous les noms de lois (ou loas), de mystères et de saints. M. Herskovits a tenté d’en dresser la liste ; il en a catalogué soixante-cinq, mais reconnaît que l’énumération est loin d’être complète, car le Panthéon haïtien s’enrichit fréquemment de nouveau-venus : personnages qui se firent remarquer de leur vivant par leur puissance occulte et que l’on déifie après leur mort. Ces dieux (les déesses ne forment qu’une infime minorité) ont conservé, en général, leurs noms africains, accompagnés parfois d’un mot créole (ou français). Nous citerons : Damballa Ouédo (le Jupiter de cet Olympe), Ogoun Galonné, Bosou Djo, Legba Avardra, Azao Pemba, Agoué Oueillo, Bakala Baka.
- Tous ces dieux ont leur personnalité et leurs exigences. Damballa est le maître de la pluie, qu’il fait tomber en temps opportun ; on l’adore sous la forme d’un serpent, en l’espèce, d’un boa de petite taille (deux mètres au maximum), variété qui paraît être exclusive aux Antilles.
- ' -£• *' L’inoffensif reptile est souvent présent dans les
- houngfors (temples vaudouïques). Ce dieu exige des sacrifices de poulets et de pigeons blancs, d’œufs et de lait, de riz et d’ananas ; comme boisson, il préfère du café bien sucré.
- Legba, l’une des principales divinités, est le gardien des routes et des carrefours. On l’invoque obligatoirement au début de toutes les cérémonies, car un manque d’égards le mettrait en mauvaise humeur et il serait capable d’arrêter en chemin les autres dieux que l’on se propose d’adorer. On lui sacrifie un coq dont le plumage rappelle celui de la pintade et qu’on appelle poule zinga. C’est le seul dieu que l’on serve ainsi d’autorité, car les autres font connaître, par l’intermédiaire de dévots possédés, ce qu’ils veulent « manger » ou « boire ».
- Ogoun est le dieu de la guerre (en Haïti comme en Nigérie). Il a un faible pour les coqs rouges et les haricots rouges, accommodés avec du riz. On l’appelle aussi Nèg’ Défense (protecteur des Nègres), parce qu’il donne à ses adorateurs la précieuse faculté d’échapper aux balles de l’ennemi. Pendant la révolte des Cacos, paysans qui, en 1918-1920, se soulevèrent contre l’infanterie de Marine américaine, tous ces naïfs guerriers portaient à leur coiffure des plumes de coq rouge, symboles d’Ogoun — ce qui ne les empêcha pas de se faire tuer par milliers.
- Eclectisme religieux.
- On est surpris d’apprendre que Vaudou et Christianisme font assez bon ménage, en ce sens que le premier accepte les enseignements du second et lui emprunte beaucoup de manifestations (cérémonial, prières, cantiques) ; mais l’entente n’est pas bilatérale, car les missionnaires catholiques combattent énergiquement le culte africain. Les prêtres de Vaudou croient en Dieu et l’adorent comme le souverain maître des hommes et des choses, auquel les loas sont soumis. Interrogé par l’auteur, un papaloi lui a donné cette définition : « Les loas s’occupent exclusivement de l’homme, afin de le guérir. Quand ils possèdent une personne, ils parlent par sa bouche et donnent de bons conseils aux assistants. Mais ils ne peuvent pas faire les choses que Dieu fait. Ainsi, il leur est possible de protéger un jardin, mais non de le faire pousser, car les cours d’eau et la pluie viennent de Dieu. C’est Dieu qui a créé les loas ; mais il ne veut pas qu’ils deviennent nuisibles. Lorsqu’un homme achète d’un autre un loa, cet esprit, à l’usage,
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- peut se révéler malfaisant. Dieu se met en colère, car il déteste les mauvais génies et les chasse du ciel ».
- L’une.des caractéristiques du Yaudou est la fréquence des possessions ; elles se produisent le plus souvent au cours d’une danse spéciale et frappent les femmes plus que les hommes. J’ai assisté bien des fois au phénomène, de forme épileptique, et qui m’a toujours fortement impressionné. L’auteur le décrit en savant, non en homme de lettres, et ses récits y gagnent un intérêt prodigieux ; tout en évitant les artifices littéraires, il atteint des effets qui font frissonner le lecteur.
- Ces divinités africaines ne se comportent pas toujours convenablement ; il en est qui sont de méchante humeur et les gens dont elles prennent possession le témoignent par des accès de fureur au cours desquels ils brisent, dans la maison où se tient l’évocation, tous les objets qui leur tombent sous la main. On décide alors de dompter ce dieu sauvage par la voie du « baptême », qu’administrera au possédé un prêtre ou une prêtresse du Yaudou qui soit, autant que possible, de sa famille. Les cérémonies durent
- Malt' Cajou ; au nom de Maît’ G’and Bois ; au nom de Ba’on Cimetie ! Jodia (aujourd’hui), premier la Toussaint, voici un cou-ve’t (repas) mouen poter ba ous (que je vous apporte). Ous ga’der vot’ enfant, comme vot’ pe et vot’ me non la maison ! » Puis, on verse trois fois du clairin (rhum blanc) à chaque fourche du carrefour et en son centre ; finalement, on prélève trois pincées de terre que l’on pose sur un plat et que l’on arrose de clairin ; on y met le feu que l’on éteint aussitôt ; le mélange de terre et d’alcool est distribué entre les membres de la famille qui s’en frottent le visage et les mains ; et les voilà protégés pour une année contre le mauvais œil.
- Sorciers criminels.
- Après avoir exposé ces pratiques et bien d’autres que l’on peut considérer comme des enfantillages, l’auteur aborde de plus graves questions. Je pourrais lui apporter mon témoignage, quant aux faits : mais nous différons, quant aux mobiles, car il admet
- trois jours. Parents et amis se réunissent dans une chambre voisine de celle où la personne ensorcelée subit une « retraite » ; ils chantent sans arrêt des hymnes vaudouïques et des cantiques à la Sainte Yierge, ou récitent des prières de l’église catholique sous la direction d’un prêt’ savanne (prêtre de la brousse), personnage qui doit son importance sociale au fait qu’il sait lire un paroissien. Le troisième jour enfin, l’officiant procède solennellement au lave tête ; mais avant d’ondoyer le patient, il faut qu’il entre en transe, qu’il soit possédé, lui aussi, car un loa ne peut être baptisé que par un autre loa. Et, désormais, le dieu rétif, définitivement assagi, ne commettra plus d’excentricités.
- Magie noire.
- Bien que la magie, telle^ que l’entendent les Haïtiens, soit indépendante du Vaudou, M. Melville J. Herskovits reconnaît qu’il n’est pas facile d’établir entre les deux une différence bien tranchée, car l’un et l’autre font intervenir l’influence des esprits, bons ou mauvais.
- On peut dire, cependant, que la magie travaille pour un but déterminé : par exemple, provoquer l’amour d’un homme envers une femme, jeter un sort sur le champ du voisin et le rendre aride, donner à quelqu’un le pouvoir d’aller au combat sans que les balles et les coups de sabre entament sa peau.
- Les sorciers ou sorcières sont désignés par différents noms, répondant à leur degré de puissance : houngans, gangans, bocors et caplatas. Ils font métier de vendre des charmes et gris-gris, englobés par le patois créole sous les termes de drogue et d’ouanga. La nature de l’objet varie. Le roi Christophe, l’ancien esclave qui se tailla un royaume dans le nord de l’île au début du xixe siècle, possédait comme charme une queue de bœuf qui le rendait invulnérable aux projectiles, sauf aux balles d’argent. Les garde-corps (amulettes) les plus estimés sont les pierres-tonnerre qui passent pour tomber du ciel : ce sont de jolies hachettes de" pierre polie que fabriquaient les Indiens, à l’époque précolombienne.
- Le grand manitou de la magie est un dieu appelé Maître des Carrefours, abrégé en Mait’ Cajou ; lui seul a le pouvoir de protéger les êtres humains contre les maléfices. On ne manque pas de lui offrir un sacrifice le jour de la Toussaint en déposant sur un carrefour sept cobs (sous de cuivre) et un récipient de bois contenant du riz, de la cassave, des bananes et autres denrées. Le dévot allume une chandelle et prononce une invocation où sont mentionnées deux autres divinités secondaires : « Au nom de
- l’action de forces surnaturelles, alors que je crois à celle de poisons végétaux, administrés à leurs victimes par des houngans versés dans la connaissance des simples.
- Ils font choix d’un homme jeune et vigoureux, habitué au travail de la terre, qui tombe malade et meurt. Dans la nuit qui suit les obsèques, le sorcier et ses acolytes vont le déterrer au cimetière et le transportent sur une lointaine plantation où le hougan le rappelle à la vie, car il ne s’agissait que d’un simulacre de la mort. Le patient est désormais un zornbi, un corps privé de son âme. Il travaillera maintenant pour son maître, naturellement sans recevoir de salaire. Il a perdu toutes ses facultés intellectuelles et ne se souvient plus de rien : c’est un animal. Il ne peut redevenir lui-même qu’en absorbant du sel, s’il en trouve accidentellement ; et son « propriétaire » (le ganga) a grand soin de cacher cet antidote. Jusqu’à ce point, les observations de M. Herskovits et les miennes concordent. Il n’en est plus ainsi quand il cite une étude sur « le Culte des Esprits en Haïti », publiée en 1928 dans le Journal de la Société des Américanistes cle Paris, sous la signature de Mm® Elsie C. Parsons, docteur en médecine.
- « Un ganga qui possède un zombi peut le transformer en n’importe quelle espèce d’animal. S’il le transforme en porc, en mouton ou en bœuf, il s’arroge le droit de le tuer et de le vendre au marché. Nous avons là l’explication des dépositions reçues par la justice haïtienne au sujet de chair humaine vendue au marché.
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- Il s’agit bien de viande de zombi, et non de chair humaine. Mais les étrangers ne savent absolument rien sur les zombis et croient à des cas de cannibalisme, et les témoins indigènes déclarent devant les juges qu’ils ne soupçonnaient pas que la viande qu’ils achetaient venait du cimetière. Shm m’a déclaré que, aux Cayes (l’une des principales villes d’Haïti), les gens mangent fréquemment du porc qu’ils savent être de la viande de zombi, les quatre pieds portant des ongles humains... ».
- Je me souviens que, pendant mon séjour à Port-au-Prince, les agents de police de Léogane, petite ville voisine, arrêtèrent deux Nègres qui s’en allaient vendre au marché de la prétendue viande de porc, que l’on identifia grâce à cette présence d’ongles humains ; les misérables furent condamnés à mort. Dans une autre ville (Jacmal), je vis juger et fusiller deux sauvages montagnards qui, ayant tué une femme qu’ils accusaient de leur avoir jeté un mauvais sort, commencèrent par se servir eux-mêmes, en mangeant la cervelle avant de la dépecer.
- L’auteur nous apprend que l’un des at-
- tributs d’un loa personnel est d’avertir son adorateur, quand il est sur le point de manger de la viande de zombi. Il cite le cas d’une femme qui allait en consommer, croyant que c’étqit de la viande de bœuf, lorsqu’elle fut soudain prise de frissons ; ses bras s’alourdirent ; par trois fois, elle porta un morceau à sa bouche et comprit enfin que son dieu la mettait sur ses gardes. De surcroît, on peut identifier cette viande par plusieurs signes : elle se gâte rapidement ; mise à cuire, elle dégage une grande quantité d’écume blanche qui s’accumule sur la surface du bouillon ; la
- viande elle-même pâlit et ressemble à du veau.
- Les citations que nous venons de faire méritent une remarque : ces superstitions et ces pratiques sont le propre d’une partie de la classe paysanne, masse primitive et totalement illettrée. Les gens des villes forment contraste avec elle ; beaucoup témoignent d’une culture très élevée ; et c’est par centaines que les jeunes citadins viennent compléter leurs études en France — cette ancienne mère-patrie à laquelle tant d’Haïtiens conservent leur amour.
- Victor Forbin.
- Le r h
- Le Rhénium est un métal rare de la famille du manganèse. Sa place est restée longtemps vide dans la classification périodique des éléments de Mendeljeff. On l’avait recherché dans les minerais de manganèse, mais en 1925, Noddack et Mlle Tacke, en étudiant les éléments accessoires des minéraux du Platine et de la Colombite mirent en évidence l’élément 75 de la classification de Mendeljeff : le rhénium. Leurs études furent discutées, puis finalement reconnues exactes. Le nouvel élément fut préparé à l’état de perrhénate de potassium Re04K sel incolore, stable, insoluble dans l’eau et de structure chimique parallèle à celle du permanganate de potassium Mn04K.
- La présence du Rhénium avait été mise en évidence dans les minerais par étude spectroscopique et détectée par l’observation d’un triplet (3 460 angstrôms) dans l’ultra-violet.
- C’est un métal rare n’existant qu’en proportions infimes dans les minerais où il a été découvert : quelques millionièmes seulement. Ce sont les minerais de molybdène qui en sont maintenant la source principale.
- Jusqu’en 1929 la quantité de rhénium préparée dans le monde était de l’ordre de quelques décigrammes.
- En 1930, une firme allemande entreprenait l’extraction industrielle et pouvait en offrir 130 kg au commerce, à un prix se situant à l’époque aux environs de 125 fr le gramme.
- La présence du rhénium a été signalée dans de nombreux minerais de molybdène. Le Bureau des Mines des U. S. A. poursuivant des recherches systématiques sur les éléments métalliques secondaires et rares, a trouvé que les molybdénites du district de
- é n i u m
- Halifax (N. C.) contenaient du rhénium en concentrations supérieures à celles généralement observées. On a noté des teneurs de l’ordre de 50, 80 et même 90 millionièmes, alors que les échantillons de molybdénites du district de Batesville-Cushmann dans l’Arkansas ne titraient qu’un millionième.
- Le rhénium est un métal blanc brillant très lourd, sa densité est de l’ordre de 20, et très réfractaire : son point de fusion se situe aux environs de 3 000°.
- Il possède un pouvoir émissif électronique élevé : 59 500 contre 53 100 pour le tungstène.
- Il est résistant à l’acide chlorhydrique, propriété assez exceptionnelle. Il peut être allié aux métaux rares et peut être déposé électrolytiquement.
- On l’a proposé pour les lampes à incandescence, le chauffage électrique ; également comme catalyseur de certaines réactions organiques et comme base d’antidétonants pour les essences.
- Sa dureté élevée le fait employer pour garnir les pointes des plumes de stylographes.
- Ses sels colorent les flammes en vert livide. Le perrhénate de potassium est insoluble, propriété qui a été proposée pour le dosage de la potasse.
- Par suite de son pouvoir émissif électronique élevé, il semble que ses principaux emplois soient en radio et télévision.
- Un nombre important de brevets déjà déposés pour couvrir diverses applications du rhénium indique que ce métal peut prendre une certaine importance.
- L. P.
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- AU COMITE INTERNATIONAL DES POIDS ET MESURES
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- De nouvelles unités de
- Le Comité international des Poids et Mesures a tenu, du 22 au 29 octobre, sa première session officielle depuis 1937. Les réunions ont eu lieu au Pavillon de Breteuil, à Sèvres, et à l’Institut d’Optique, à Paris.
- Dans l’ordre scientifique des discussions intéressantes ont eu lieu, notamment sur la possibilité de constituer ultérieurement l’étalon primaire de longueur au moyen d’une onde lumineuse émise, soit par l’isotope 198 du mercure, obtenu en Amérique en partant de l’or bombardé par des neutrons, soit par l’isotope 84 du krypton, qui' a pu être séparé en assez grande quantité en Allemagne.
- Il peut être utile de rappeler à ce sujet que le fameux mètre-étalon en platine irridié, construit d’après la Convention Internationale du mètre (1875) a été copié sur celui exécuté par Jannetti d’après les travaux de Méchain et Delambre (1792-1793). Le mètre de Jannetti devait représenter la quarante millionnième partie du méridien terrestre, mais on s’aperçut, en 1875, que les déterminations effectuées trois-quarts de siècle auparavant étaient entachées d’une légère erreur. Pour n’être pas obligé de modifier tous les étalons existant, et de recommencer cette opération chaque fois que les techniques géométriques gagneraient en précision, on décida en 1875, que le mètre serait détaché de sa définition théorique et représenterait simplement la distance entre deux traits particuliers tracés sur une règle métallique de construction convenable en forme d’X.
- Plus tard, on jugea utile de relier la longueur du mètre à quelque chose d'indestructible : la longueur d’onde d’une lumière monochromatique. De cette manière, si le mètre étalon venait à être détruit par un cataclysme, nous pourrions le reconstituer avec une bonne approximation à l’aide de cette lumière monochromatique que nous saurons toujours reproduire.
- La raie rouge du cadmium fut initialement choisie et Mickel-son, puis Fabry et ses collaborateurs en déterminèrent la longueur d’onde avec une précision étonnante — huit chiffres significatifs exacts — soit 6438,4696 Â.
- Les spectroscopistes décidèrent d’ailleurs de définir l’angstrom (Â) non pas comme la fraction 10-10 du mètre, mais à partir de la raie rouge du cadmium. Et comme on vient de le voir, ils songent à utiliser maintenant d’autres raies spectrales correspondant à un isotope déterminé facile à obtenir.
- Cependant les décisions les plus importantes ont eu trait aux changements des unités de lumière, d’électricité, de thermométrie et chaleur, demandés par les trois Comités consultatifs réunis en juin 1939.
- En ce qui concerne la lumière et l’électricité, les changements envisagés pour le 1er janvier 1940 avaient été reportés à une date ultérieure en raison des événements. Ils ont été cette fois (après une vive discussion sur la thèse allemande opposée au changement immédiat pour les unités électriques) décidés à l’unanimité, et la date d’entrée en pratique des nouvelles unités fixée au 1er janvier 1948.
- Les unités électriques, dites « internationales », dont les grandeurs reposant sur des phénomènes physiques étaient en quelque sorte conventionnelles, seront remplacées par les unités « absolues » dérivant directement du Système M. K. S. (Mètre, Kilogramme, Seconde), les rapports de transformation étant les suivants :
- 1 ohm international moyen (!) = 1,000 49 ohm absolu ;
- 1 volt international moyen (*) = 1,000 34 volt absolu.
- 1. Unité moyenne des six grands laboratoires nationaux d’Allemagne, d’Angleterre, des États-Unis, de France, du Japon, et d’U. R. S. S., telle qu’elle a été définie par le Bureau international en 1935.
- lumière et d'électricité
- Comme l’on sait, l’ohm international était défini par la résistance à 0°C. d’une certaine colonne de mercure, le volt international dérivait de l’élément de pile Weston et l’ampère international du voltamètre à nitraje d’argent, de sorte que la loi d’Ohm, par exemple, pouvait ne se trouver vérifiée qu’avec une certaine approximation. A l’inverse de ce qui s’est passé au siècle dernier pour le mètre, on abandonne maintenant les étalons matériels pour revenir aux unités théoriques.
- L’unité d’intensité lumineuse, dénommée la « bougie nouvelle » sera pratiquement identique à la « bougie internationale » actuelle et définie de façon que la brillance du corps noir à la température de solidification du platine soit exactement de 60 bougies nouvelles par centimètre carré.
- En ce qui concerne la chaleur, où le projet du Comité consultatif avait été de substituer l’unité d’énergie, joule ou watt-heure, à l’antique (petite) calorie fondée sur les propriétés de l’eau, et qui aurait été définie par l’équivalence de 1.860 watt-heure, quelques oppositions individuelles de personnalités marquantes s’étaient manifestées et le Comité a . décidé de surseoir à cette transformation.
- Une lettre va être envoyée le plus tôt possible par le Comité aux Ambassades et Légations des États adhérents à la Convention du Mètre, demandant à ceux-ci de procéder à l’exécution des changements, dont le principe avait été d’ailleurs ordonné sans fixation de date par la Conférence Générale des Poids et Mesures dès 1933 ; cette lettre leur offrira un texte identique à introduire dans leur législation. Ainsi, par un bel exemple d’unanimité internationale, ces deux nouveaux groupes d’unités basés sur le Système métrique, deviendront communs au monde entier.
- La prochaine session du Comité international a été prévue pour septembre-octobre 1948, encadrant la Conférence Générale qui serait convoquée pour cette époque.
- Encore un calculateur prodige.
- Certains calculateurs — tel Inaudi — se sont rendus célèbres par leurs exploits ; le cas d’Oscar Yenhæghe est d’un intérêt différent, car ce Belge de vingt ans ne sait ni lire, ni écrire ; de surcroît, sa conversation ne témoigne pas d’une vive intelligence.
- Des savants lui ont fait subir une épreuve à l’Observatoire royal de Bruxelles. En premier lieu, ils lui demandèrent de trouver le cube de 1 351 : en 30 s, il indiqua exactement 2 465 846 551. Il ne sait écrire que des chiffres. On l’installa devant un tableau noir, en lui demandant de multiplier 374 742 par 389 ; en trois minutes, il inscrivit la solution : 145 774 638; Les examinateurs constatèrent non sans surprise qu’il écrivit à la craie d’abord les trois premiers chiffres, puis les trois derniers, enfin les trois centraux.
- Il lui fallut chaque fois 6 s pour calculer que le 13 février 1898 était un dimanche, que le 13 août était également un dimanche que le 6 août 1902 était un mercredi. Il lui suffit de 5 s pour établir que le 19 avril 1888 tombait un jeudi. On lui demanda ensuite les dates du dimanche de Pâques en 1892, 1914, 1871 et 1830 ; il répondit correctement 17 avril, 12 avril, 9 avril et 11 avril. Ces quatre opérations lui prirent successivement 70 s, 3 s, 3 s et 150 s.
- Il lui est impossible d’expliquer sa méthode de calcul et les savants belges avouent n’y rien comprendre. D’après eux, on ne saurait guère invoquer la mémoire visuelle et ils résument leur opinion en parlant d’Oscar Yenhæghe comme d’un phénomène inexplicable.
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- Fig. 1. — La brèche ouverte dans le viaduc de La Canardière par le bombardement du 30 mai 1944.
- Fig. 2. — L’ouvrage provisoire reconstruit par les Allemands...
- Fig. 3. — ... Et détruit par eux-mêmes le lendemain de son essai.
- Les destructions et du viaduc de
- Parmi tant d’ouvrages d’art qu’au milieu des décombres laissés par la guerre, il est revenu à la C. N. G. F. de reconstruire, le grand viaduc de Chantilly, dit de « la Canardière » n’est ni le moins important ni celui dont la destrutction était la moins gênante pour la circulation. Situé au kilomètre 42 de la ligne de Paris à Creil par Chantilly, il commande, en effet, le tronc commun des grandes lignes en direction des capitales du Nord.
- C’était jusqu’en ip44 un viaduc heureux — parce que sans histoire depuis sa construction — qui profilait sur la coquette vallée de la Nonette, affluent de l’Oise, l’élégance de ses 36 voûtes de plein cintre de io m d’ouverture reposant sur autant d’arches, en pierre du pays, d’une architecture sobre et robuste et dont la maçonnerie se développe de bout en bout sur 443,8o m de longueur.
- Vicissitudes d’un viaduc.
- Le 3o mai 1944, la R. A. F. poussa perpendiculairement à l’axe de l’ouvrage, une attaque de grand style couronnée de succès. Les bombes furent lâchées avec une telle précision qu’en un instant une brèche de la longueur de cinq arches fut ouverte (fig. 1) entre les piles 26 et 3i numérotées dans le sens Chan-tilly-Crcil. Sans doute la R. A. F. avait-elle eu l’ambition de faire mieux, car l’attaque avait été donnée sur tout le front de l’ouvrage mais, côté Chantilly, l’objectif avait été manqué. Quoi qu’il en soit, le résultat était de taille, apparemment plus important pour la gêne qu’il apportait aux transports allemands que le terrible bombardement de La Chapelle. Et n’était la mort de deux malheureux enfants qui jouaient sur la berge et dont il fut la cause, on admirerait sans réserve un bombardement aussi réussi.
- Dès le lendemain, les Allemands, qui avaient d’ailleurs perdu trois hommes dans cette action, entreprirent de rétablir la circulation par la construction d’un ouvrage provisoire. Sur celui-ci, dont la figure 2 montre l’aspect, un train passa pour les essais le 29 août ig44- Vingt-quatre heures plus tard, les Américains arrivaient aux abords de Chantilly. Evacuant la région, les occupants faisaient sauter leur travail achevé de la veille (fig. 3). Comme on pouvait s’y attendre, ils faisaient bonne mesure. La brèche côté Creil (celle primitivement ouverte par le bombardement allié) avait maintenant 70 m et, côté Paris, i3 arches avaient sauté. Tel est l’état dans lequel la S. N. C. F. retrouva le viaduc de la Canardière à la Libération.
- Une construction en deux temps.
- Il fallait aller au plus pressé. On détourna d’abord la circulation par l’ancienne ligne de Creil qui remonte la vallée de l’Oise à partir d’Epluches. Cependant dès fin T944, on entreprenait de rétablir la circulation sur la ligne Chantilly-Creil. Entre temps, l’énorme amas de décombres représentant un cube de
- les reconstructions “ la Canardière ”
- 8 000 m3 environ avait été déblayé, non sans peine : les blocs de maçonnerie effondrés durent être fragmentés à la dynamite et au brise-béton et découpés au chalumeau les tabliers provisoires de la construction allemande tordus et inutilisables.
- Par ailleurs, tant pour reconnaître l’état des fondations que pour déblayer les lits des cours d’eau (La Nonette et le canal des Mauses dit aussi « de la Machine » qui passe entre les piles 8 et 9 côté Chantilly) et permettre aux ouvriers de travailler à pieds secs, il fallut détourner ceux-ci en battant des rideaux de palplanches.
- Pour aller au plus vite, on lança sur la brèche primitive un ouvrage provisoire rappelant par son aspect la reconstruction allemande (fig. 4) et sur lequel une voie fut établie en légère surélévation de manière à permettre la reprise en sous-œuvre des voûtes. Dans le même temps on avait reconstruit, sur la moitié de la largeur du viaduc, les i3 arches côté Paris. Ainsi la circulation put-elle être rétablie sur une voie que les trains franchissaient avec prudence.
- Alors commença la deuxième phase. Mais le problème de la reconstruction pure et simple était déjà dépassé. Dès avant les événements que nous venons de relater, la nécessité avait été reconnue de porter à trois le nombre des voies entre La Cha-pelle-en-Serval et Creil. L’occasion se présentait de donner corps à ce projet, en élargissant le viaduc en conséquence. Ainsi serait-on au niveau des exigences du trafic actuel. C’est dans cet esprit que fut entreprise la reconstruction totale du viaduc d’abord à deux voies, pour permettre l’acheminement normal des trains tel qu’il existait avant 1944; puis l’élargissement des piles et des voûtes pour admettre une troisième voie. Les figures 5 et 6 montrent deux phases de l’exécution de ce travail.
- Sur la figure 5 on distingue les pierres en attente de cet élargissement. Sur la figure 6, le viaduc a acquis sur toute son étendue sa nouvelle largeur visible sur la figure 7 (p. 34). Cette dernière a été prise au moment où commençaient les travaux de pose de la troisième voie destinée à décharger la ligne Chantilly-Senlis de la sujétion du recoupement des voies de grande ligne à la bifurcation toute proche de Sàint-Maximin.
- Restait à réserver l’avenir. Deux suggestions se sont présentées à l’esprit. Etablir dès à présent les fondations de l’ouvrage pour y asseoir une quatrième voie lorsque le trafic l’imposera. C’est fait. L’homogénéité de l’élargissement des piles fera l’objet d’une précontrainte. Ensuite prévoir l’éventualité de l’électrification de la ligne. Les consoles que l’on aperçoit sur les figures 6 et 7 en attente d’un trottoir en encorbellement et qui doivent permettre l’installation éventuelle de caténaires pour h traction électrique, répondent à cette suggestion. Mais, sans doute, passera-t-il encore pas mal d’eau sous le viaduc de la Canardière et beaucoup de trains à vapeur dessus avant que ne soit mise à profit cette ultime prévision dont les reconstructeurs ont eu le louable souci.
- Georges Kimpflin.
- Fig'. 4. — L’ouvrage provisoire construit par la S. N. C. F. après la Libération...
- Fig. 5. — ... Et ultérieurement rétabli dans son aspect primitif, les pierres en attente de l’élargissement prévu...
- Fig. 6. — ... Élargissement maintenant terminé...
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- 34 - ...... ................—
- La reconstruction définitive du viaduc de “ la Canardière
- Fig. 7. — L’élargissement réserve un espace pour une troisième voie et un trottoir en encorbellement en vue de l’électrification future.
- Les cires
- La chimie de l’éthylène fournit maintenant une nouvelle série de corps uniques en leur genre. A l’état normal, ils ont l’aspect et la consistance de la cire, mais ils sont solubles dans l’eau, propriété qui ne se retrouve dans aucune cire naturelle.
- C’est à partir de l’éthylène qu’est réalisée industriellement la synthèse du glycol et de ses dérivés. Ce sont des liquides sirupeux incolores, de points d’ébullition élevés. Ils sont très employés dans les radiateurs d’avions comme antigels. Ils ont des propriétés analogues à celles de la glycérine, et sont utilisés comme agents hygroscopiques pour maintenir la souplesse des textiles.
- Les cires solubles sont obtenues par condensation de l’éthylène glycol sur lui-même, formant ainsi *des molécules à longues chaînes.
- Une série de ces produits a été commercialisée aux États-Unis sous le nom de Carbowax.
- Ces cires ont des propriétés lubréfiantes. Elles sont mises à profit dans l’industrie textile : les produits de graissage des métiers et de l’outillage ne risquent plus de souiller les étoffes : un simple lavage à l’eau les élimine.
- Ces mêmes propriétés sont utilisées pour l’étirage, pour le moulage, en particulier des matières plastiques et des mélanges à base de caoutchouc.
- Un large emploi peut se développer dans l’industrie pharmaceutique pour la fabrication des pommades et onguents divers pour applications externes avec d’indiscutables avantages de facilité d’élimination ultérieure.
- Une utilisation analogue permet la préparation d’une grande
- solubles.
- variété de produits de parfumerie : cosmétiques, crèmes, savons, etc.
- Mélangées aux colles, les cires solubles stabilisent leur humidité normale. Les papiers adhésifs, les enveloppes ne sont plus soumis aux déformations causées par une dessiccation excessive.
- L'argile, minerai d'aluminium.
- Pendant la guerre, l’usine allemande de Wolf en contrôlée par l’L G. Farben traitait 500 t par jour d’argile dans le but d’obtenir du ciment et de l’alumine pour l’industrie de l’aluminium.
- L’installation comporte l’utilisation du four rotatif classique des usines à ciment que l’on alimente avec un mélange de 30 à 35 pour 100 d’argile, 60 à 65 pour 100 d’anhydrite (sulfate de calcium naturel) et 5 pour 100 de charbon.
- Le mélange, porté aux environs de 1 200° à 1 400°, dégage du gaz sulfureux et de l’anhydride sulfurique qui sont récupérés et laissent un clinker qui est broyé, puis épuisé par une solution de carbonate de soude. Celle-ci dissout l’alumine libre formée. On la précipite de la solution filtrée et récupère le carbonate de soude qui rentre dans le cycle de fabrication. L’alumine va aux usines électrométallurgiques pour aluminium. Elle est assez pure pour être traitée directement.
- Le résidu insoluble du traitement au carbonate de soude contient de la chaux, de l’oxyde de fer, de la silice et des silicates. Si les proportions du mélange originaire sont convenables, une simple cuisson le transforme en ciment.
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- LES POMPES A CHALEUR OU THERMOPOMPES
- La réalisation des pompes à chaleur est une des plus remarquables créations des techniciens. Ces appareils ont suscité un intérêt particulier dans les circonstances présentes où •s’affirment les nécessités contradictoires d’économiser les combustibles et de produire le maximum d’énergie.
- Le principe n’est pas nouveau mais la mise au point industrielle est récente.
- Le caractère original des pompes à chaleur est de permettre d’obtenir pour x kW consommé, trois ou quatre fois son équivalent en chaleur utilisable pour le chauffage des locaux par circulation d’eau et dix à quinze fois pour les opérations d’évaporation industrielles.
- Bien entendu les thermopompes ne fabriquent pas les calories; elles travaillent conformément aux lois de la thermodynamique, elles prennent les calories à un fluide, les transportent et les accumulent à la température désirée. Ce sont des machines frigorifiques à marche inversée.
- La figure i donne la disposition schématique d’une thermo-pompe.
- La source de chaleur est fournie par la circulation de l’eau d’une rivière, d’un lac ou d’un étang, dans laquelle plonge l’évaporateur E contenant un liquide à bas point d’ébullition qui, en s’évaporant, prend sa chaleur latente à l’eau circulante.
- La vapeur est reprise par le compresseur C qui la liquéfie à nouveau dans le condenseur L. Elle abandonne sa chaleur à l’eau du thermosiphon dans lequel baigne le condenseur. Le thermosiphon joue le rôle de chaudière de chauffage central. La circulation dans celui-ci se fait par différence de densité entre eau chaude et eau froide ou par pompe centrifuge.
- Le liquide condensé en L retourne à l’évaporateur E. Une valve d’expansion V règle le débit de ce retour en fonction de la mai’che du cycle qui se poursuit ainsi indéfiniment.
- Les liquides principaux utilisés pour le transport des calories dans les pompes à chaleur sont : l’ammoniaque, l’anhydride sulfureux, le tétrachlorure de carbone, le sulfure de carbone, les dérivés chlorofluorés connus sous le nom de « fréon » et de « frigen ».
- Du point de vue thermodynamique, le sulfure de carbone est le meilleur mais il n’est pas utilisé par suite de sa toxicité et des dangers d’explosion par ses vapeurs.
- Les produits les plus employés sont de la série du fréon, inodores, ininflammables et de très faible toxicité.
- Le cycle de Carnot donne pour le rendement d’un moteur thermique parfait la valeur :
- Xv
- C
- LHD
- Fig. 1. — Schéma de fonctionnement d’une thermo-pompe.
- E, évaporateur ; G, compresseur ; L, condenseur ; V, vanne de réglage.
- Fig-. 2. — Thermo-pompes de l’installation du réseau de chauffage à distance de l’École Polytechnique fédérale à Zurich.
- Chacun des deux thermo-blocs Brown-Boveri a une puissance de chauffe de 1,5 à 2,5 millions de kcal/h et emploie environ 1 200 m3/h d’eau de la rivière Limmat de 2° à 16“ C. Les 2/3 de la puissance totale de chauffage sont fournis par la chaleur de l’eau et 1/3 par l’énergie électrique nécessaire à entraîner les thermo-pompes. L’eau de chauffage, qui sert à compléter la capacité de chauffage de ce réseau de chauffage à distance, est chauffée par ces thermo-pompes à 68°-71° G. La quantité de charbon économisée actuellement grâce à cette installation s’élève à 2 800 t.
- (Photo Brown-Boveri).
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- rj*o
- V,
- dans cette expression T1 est la température absolue du fluide fourni à la machine et T2 la température absolue à la sortie.
- On voit que le rendement est fonction de l’écart de température.
- Dans le cas de la pompe à chaleur à marche réversible, on fournit de l’énergie mécanique et l’on transporte la chaleur d’une température plus basse à une plus haute, le rendement réciproque ou l’e f fi c a ci t é
- Ti
- Fig. 3. — Schéma de fonctionnement d’un thermo-compresseur pour installations d’évaporation.
- C, compresseur ; L, serpentin du condenseur ; Vj, vanne de réglage de sortie du distillât ; V2, vanne d’alimentation de la solution à concentrer ; V2, vanne de décharge de la solution concentrée.
- OUI cl . rp[ _ rp2 .
- On voit immédiatement que si T1 — T2 est plus petit relativement que T1 on peut avoir pour une petite quantité d’énergie une quantité élevée de chaleur; le <c rendement réciproque » ou l’efficacité pourra atteindre des valeurs élevées.
- Par exemple si la chaleur est livrée à une température de 4o° C. (3x3° absolus), à partir d’une source à 70 C. (280° absolus); l’efficacité sera : = 9,48.
- O I O 200
- Si l’écart des températures est plus élevé : sortie à 6o° C. (333° absolus) à partir de C. (280° absolus) l’efficacité sera :
- 333 C O
- •505----5- = 0,28.
- 333 — 280
- Ceci signifie que dans le premier cas le kilowatt consommé dans la pompe à chaleur qui équivaut à 860 calories, produira 9,48 fois ce chiffre et. dans le second cas 6,28 fois ces 860 calories.
- En pratique il faut tenir compte des pertes par les rendements imparfaits du moteur électrique, du compresseur, des pertes de charges, etc. et réduire ces chiffres de moitié environ. O11 obtiendra donc finalement dans le premier un rendement efficace
- de ----- = 4,74, soit :
- A ce taux la pompe à chaleur est économiquement intéressante si elle utilise des kilowatts hydroélectriques bon marqjhé.
- C’est pourquoi c’est principalement dans des pays largement approvisionnés en chutes d’eau, comme la Suisse, que se sont développées ces techniques.
- L’une des installations les plus typiques est celle de la Centrale souterraine des thermopompes qui alimentent le réseau de chauffage de l’École Polytechnique Fédérale de Zurich. Elle a été réalisée suivant les études du professeur Bauer, de cette École. Elle alimente depuis la fin de 1943 non seulement tous les bâtiments de cette école mais ceux de l’Hôpital Cantonal de Zurich, trois immeubles de l’administration cantonale et 85 immeubles privés.
- La chaleur est fournie par la rivière Limmat. L’économie de. charbon est de l’ordre de 2 800 t.
- Le chauffage de la piscine couverte de Zurich est également assuré par lhermopompes associées à un chauffage complémentaire par résistances électriques, l’ensemble étant calculé pour le meilleur rendement économique.
- La technique des Centrales de chauffage par thermopompes est économiquement intéressante pour la centralisation de la production de la chaleur en vue de la suppression des installations multiples de chauffages particuliers et leur remplacement par des réseaux urbains.
- Le coût d’installation d’un chauffage par thermopompe est environ huit fois plus élevé que celui par chaudières ordinaires. Malgré ces frais d’installation élevés, cette technique est intéressante car la thermopompe est la méthode idéale pour produire des calories à une température peu élevée mais en grande quantité et elle permet de le faire dans de très nombreux cas, pratiquement sans charbon.
- Cela est à souligner dans les circonstances actuelles. Il faut se souvenir qu’après la première guerre mondiale de 1914-1918 le marché du charbon a mis près de quinze ans pour retrouver son équilibre.
- Pour que ces installations soient économiques, il faut disposer soit d’énergie électrique bon marché, soit d’une source calorifique à une température convenable.
- dans
- 6.28
- 4,74 x 8G0
- le second cas, = 3,14, soit :
- 3,i4 x 8G0
- = 4 076 calories ; un rendement efficace de
- = 2 700 caloi'ies.
- On remarquera que l’efficacité est d’autant plus élevée que l’écart, de température est plus faible. Cependant, il faut atteindre un chiffre minimum faute de quoi, le chauffage des locaux demanderait des radiateurs très largement dimensionnés et d’un encombrement excessif.
- La limite économique inférieure se situe donc aux environs de 6o° avec un coefficient d’efficacité de l’ordre de 3.
- A ce chiffre correspond sensiblement le rendement thermique d’une centrale électrique moderne qui est de l’ordre de 28 pour 100 du combustible utilisé.
- Fig. 4. — Petite station d’évaporation et de cuisson d’une fabrique de produits alimentaires pour évaporation par heure de 420 kg d’eau.
- Pour des produits sensibles à la température, spécialement pour les aliments, le thermo-compresseur est le moyen calorifique idéal. Le courant électrique, qui remplace des combustibles dégageant de la fumée et de la suie, assure un service de la plus
- grande propreté.
- (Photo Brown-Boveri).
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- On a suggéré l’utilisation pour le chauffage de blocs d’immeubles, des calories pompées aux nappes d’eaux profondes du sous-sol qui seraient déjà à des températures relativement élevées. Ce projet a été étudié en fonction des eaux tièdes reconnues sous Paris par les puits artésiens et dont la température est aux environs de 3o° en toutes saisons.
- Les thermopompes abaissant leur température, ces eaux rafraîchies pourraient être refoulées dans les réservoirs d’eau potable alimentant la ville.
- La technique des pompes à chaleur est récente, il n’en existe guère encore qu’une centaine d’installations dans le monde, le champ d’applications est très vaste pour le chauffage des habitations et usines; il se développera en fonction des conditions locales qui sont favorables en beaucoup d’endroits souvent pour des raisons fort différentes.
- Il faut noter la possibilité d’installation de thermopompes pour la climatisation des locaux, pour le conditionnement d’air.
- Des raccordements peuvent être prévus pour la marche en machine calorifique en hiver et en machine frigorifique en été.
- *
- # #
- Les pompes à chaleur peuvent convenir à des •cas extrêmement variés.
- Suivant les caractéristiques de la source froide de calories et les prix d’approvisionnement en •charbon, en huiles combustibles ou en kilowatts au point considéré, on peut employer une installation commandée par machine à vapeur, moteur à huile lourde ou courant électrique direct et obtenir finalement une quantité de chaleur plus ou moins importante en surplus du pouvoir calorifique consommé.
- L’appareil devient alors des plus simples (fig. 3). Il se compose d’un bac fermé alimenté en solution par la vanne de réglage V2. Le compresseur C pompe les vapeurs du liquide et les concentre sous pression dans le serpentin L où elles se liquéfient en abandonnant leur chaleur latente qui se trouve transmise à la solution à évaporer comme le montre le croquis schématique du dispositif. La vanne Vi règle l’alimentation progressive du distillât en même temps que la pression dans le serpentin. La vanne de décharge Y3 élimine les jus à évaporer qui ont atteint la concentration requise.
- Dans ce dispositif ce sont les vapeurs de l’évaporation qui fournissent la chaleur. La quantité de chaleur ainsi obtenue peut atteindre jusqu’à dix et même vingt fois l’équivalent calorifique de l’énergie électrique actionnant le compresseur.
- Les thermocompresseurs ont un champ d’application extrêmement vaste. Ils s’appliquent aux industries alimentaires : concentration de jus de fruits, de lait (condensé ou en poudre), de sucre, d’extraits de levure, de lactose, etc., etc...; aux industries chimiques : évaporation des solutions salines, des extraits pharmaceutiques, de solutions colorantes, des extraits tannants.
- De nombreuses installations ont été réalisées en Suisse pour les produits alimentaires : lait, jus de fruits, levures. Également dans des industries chimiques diverses : salines, fabriques de rayonne, etc.
- Ces installations se sont trouvées particulièrement avantageuses dans ce pays si l’on considère l’écart de prix entre les combustibles importés et le kilowatt hydro-électrique indigène.
- On estime que l’installation de l’usine de soie artificielle de Steckborn économise chaque année 2 100 t de charbon, en pompant sa chaleur dans le lac de Constance.
- Fig-. 5. — Groupe turbo-compresseur thermique d’une nouvelle installation de concentration de lait et de jus de fruits.
- Le groupe est composé d’un turbo-compresseur, d’un train d’engrenages multiplicateur et d’un moteur d’entraînement. Suivant la saison, on emploie cette installation pour la concentration de lait ou de jus de fruits, sans qu'il y ait quoi que ce soit à changer au groupe. La concentration au moyen du turbo-compresseur est aussi d’un bon rendement en temps ordinaire et assure un service propre et- simple. A l’heure actuelle, l’économie de charbon réalisée est particulièrement intéressante.
- Les applications industrielles des thermopompes sont encore plus intéressantes et leur emploi s’impose dans bien des cas par l’avantage évident qu’elles procurent.
- En effet beaucoup d’industries disposent d’eaux résiduaires dont la température est relativement élevée et qui sont normalement perdues. Ce cas se présente dans les industries chimiques, textiles, etc..., dans les teintureries, les papeteries, les sucreries, les grandes blanchisseries, etc...
- Les thermopompes permettent de récupérer une partie de ces calories et de les réintroduire dans les circuits normaux de marche de ces usines et à des températures utilisables.
- Mais ce sont surtout les processus d’évaporation qui peuvent tirer les plus larges profits de l’application des principes de marche des thermopompes. En particulier dans tous les cas où les solutions exigent le départ d’une masse d’eau importante pour parvenir au degré de concentration requis.
- Si le principe est le même, le dispositif utilisé est un peu différent, on a recours à des thermo-compresseurs pour installations de concentration.
- CPhoto Broiun-Boveri). Une thermopompe à
- air chaud installée aux papeteries de Landquart (Suisse) pour chauffer l’air servant à sécher les feutres de là machine à papier économise annuellement 180 t de houille mal4 gré son but réduit et sa faible puissance.
- *
- # ; # -
- Les thermopompes et les thermocompresseurs pour installations de concentration méritent la plus grande attention.
- Leur emploi ne peut avoir de caractère général mais' il ne manque pas de cas où ils peuvent économiquement s’appliquer comme source de chaleur pratiquement sans combustibles.
- Dans la période actuelle de pénurie extrême de charbon qui pèse lourdement sur l’économie française, la question mérite l’attention des spécialistes.
- Lucien Perruche, Docteur de l’Université de Paris.
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- PROGRÈS RÉCENTS DE LA PALÉONTOLOGIE HUMAINE
- La troisième édition très attendue du livre de Marcellin Boule sur <c Les Hommes fossiles » vient enfin de paraître Q). Cette publication posthume constitue un véritable événement scientifique. Tout en respectant la forme et le style du regretté maître de la Paléontologie humaine, M. H. Y. Yallois, l’éminent anthropologiste, a su faire la mise au point nécessaire. De là une occasion et un prétexte pour exposer quelques-uns des récents progrès de la science des Hommes fossiles.
- Sinanthrope et Pithécanthropes.
- L’humanité, à ses origines, a dû être rattachée, sous une certaine forme, au grand arbre des Primates. Le phénomène de l’ho-minisation, autrement dit la préparation de la forme humaine, a été réalisé peu à peu, et c’est l’étude des lointaines phases de cette transformation qui constitue l’un des problèmes capitaux de la Paléontologie humaine.
- En suivant l’histoire des Primates, nous constatons l’existence, vers la fin des temps miocènes et pendant le Pliocène, de formes comme le Dryopithèque, très proches des Anthropoïdes actuels. Au Pléistocène inférieur, nous apparaissent des types éteints attestant qu’il a vécu alors des Primates, supérieurs en organisation aux grands Primates actuels. Sommes-nous, avec eux, en présence des ancêtres immédiats du genre Homo, au seuil de l’hominisa-tion, ou déjà en face d’Hommes véritables ?
- Ces êtres singuliers sont représentés par les Pithécanthropes de Java (2) et le Sinanthrope trouvé dans la grotte de Chou Kou Tien, près de Pékin (3).
- 1. Marcellin Boule. Les hommes fossiles, 3e édition, par II. V. Vallois, 587 p., 294 fig. Masson et C'°, Paris, 1946.
- 2. Voir l’article de H. V. Vallois, La Nature, n" 3125 du 1er déc. 1946.
- 3. Il faudrait peut-être y adjoindre l’Africanthrope de l’Afrique orientale, et la forme connue par une mandibule, trouvée dans le Pléistocène des environs de Heidelberg et décrite sous le nom d’Homo Heidelbergensis.
- Fig. 1. — Crâne de Steinheim, vu de profil. 1/4 environ de la grandeur naturelle (d’après Weinert).
- Les caractères néanderthaliens sont indiqués par le fort bourrelet sus-orbitaire, la réduction de l’apophyse mastoïde et la voûte basse et aplatie. Le faible prognathisme facial, la forme arrondie de la région occipitale rapprochent au contraire le crâne de Steinheim de celui de l’Homme
- moderne.
- Pithécanthropes et Sinanthrope appartiennent probablement au même genre, et sont remarquables, comme on sait, par leur morphologie intermédiaire entre celle des grands Singes (Chimpanzé, Gorille) et celle de l’Homme. Par certains caractères même, ils sont plus proches de celui-ci que de ceux-là.
- Mais le problème de leur signification zoologique ne peut être résolu par la seule anatomie comparée. Un rien, anatomiquement parlant, nous sépare d’un Chimpanzé ou d’un Gorille ; notre organisme présente des caractères très archaïques, qui évoquent un âge du monde où les Mammifères commençaient à peine à se différencier. Cependant, et il y a là un véritable paradoxe, à cette originalité à peu près nulle au point de vue anatomique, correspond une originalité biologique indéniable.
- A quels caractères pourrons-nous donc définir l’Homme i* Comment pourrons-nous affirmer, en présence d’un être fossile donné, que nous avons affaire à un type humain P A cette question, Bergson donna jadis une réponse qui demeure toujours valable :
- « On n’a pas oublié la querelle mémorable qui s’éleva autour de la découverte de Boucher de Perthës dans la carrière de Moulin-Quignon. La question était de savoir si l’on avait affaire à des haches véritables ou à des fragments de silex brisés accidentellement. Mais que si c’étaient des hachettes, on fut bien en présence d’une intelligence et plus particulièrement de l’intelligence humaine, personne un seul instant ne douta ».
- Avec l’homme apparaît donc une particularité absolument nouvelle, qui permet de le définir, la fabrication et l’usage de l’instrument artificiel.
- Dans les couches contenant les restes de Pithécanthropes, il n’a été trouvé aucun outil. On a, par contre, découvert, associés aux ossements du Sinanthrope, des pierres taillées, une industrie osseuse, et des foyers cinéritiques impliquant l’usage du feu.
- Ce sont là des traces incontestables d’une activité humaine. Si le Sinanthrope en est l’auteur, et beaucoup de paléontologistes se rangent à cette opinion, il doit être considéré comme un homme. Mais quelques savants, et Marcellin Boule est de ceux-là, impressionnés par les caractères archaïques, simiens en un mot, du Sinanthrope, pensent que l’auteur de cette industrie lithique et du feu était non pas le Sinanthrope, mais un homme véritanle qui en faisait sa proie. Il n’y a rien d’étonnant à ce qu’un tel homme n’ait pas laissé de traces dans le gisement de Chou Kou Tien. « En Europe occidentale, où grottes et cavernes à fort remplissage sont si nombreuses et si riches en produits de l’industrie humaine paléolithique, la proportion des gisements ayant fourni les crânes ou les squelettes des fabricants de cette industrie est infime. »
- , Ceux qui préfèrent les solutions simples (mais on peut se demander si ce sont toujours les meilleurs dans les sciences de la vie) adoptent la première hypothèse et considèrent le Sinanthrope comme un homme véritable. D’autres- estiment qu’on ne peut pas négliger l’opinion si nuancée, si mesurée, et si autorisée de Marcellin Boule et préfèrent voir, dans le cas du Sinanthrope et des Pithécanthropes, un des problèmes non encore résolus de la Paléontologie humaine.
- L’Homme de Néanderthal et l’Homme actuel.
- La question si controversée des rapports génétiques et par suite taxinomiques de l’Homme de Néanderthal et de l’Homme actuel vient d’être renouvelée par quelques découvertes récentes.
- Dans sa monographie classique de l’Homme de La Chapelle-aux-Saints, publiée en 1913, Marcellin Boule donna, pour la première
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- fois, une discussion approfondie des affinités de ce type fossile Il concluait qu’il s’agissait d’une espèce archaïque et disparue, d’un rameau flétri et desséché, éteint sans descendance. Homo neanderthalensis et Homo sapiens étaient irréductibles l’un à l'autre.
- Une telle conclusion, venant au terme d’une magistrale étude, paraissait inébranlable. Elle a été très généralement acceptée. Des trouvailles récentes obligent à la remettre en discussion.
- Nous savons maintenant que l’Homme de Néanderthal s’est répandu à travers l’Ancien Monde. Sur cette vaste aire de répartition, il a présenté une grande diversité morphologique, et, comme l’homme actuel, s’est différencié en plusieurs races. Il semble même que la nappe néanderthalienne ait offert une complication plus grande que la nappe moderne. On peut y distinguer des types archaïques et des types évolués qui correspondraient respectivement à nos races primitives et à nos races civilisées. C’est au groupe archaïque qu’appartenait le spécimen de La Cha-pelle-aux-Saints, et l’Homme de Néanderthal, défini d’après un tel squelette, ne pouvait que paraître très éloigné de l’Homo sapiens.
- Les types évolués nous ont été révélés en ces dernières années et leur structure est particulièrement intéressante.
- Le crâne de Steinheim (environs de Stuttgart) (fig. 1 et 2), d’âge probablement acheuléen, montre une juxtaposition de caractères néanderthaliens (bourrelet sus-orbitaire, mastoïde réduite, voûte basse, etc.) et de caractères modernes (faible prognathisme facial, région occipitale arrondie, etc.).
- Plus significatives encore sont les découvertes faites dans l’Àcheuléo-Moustérien de Palestine. Dans la grotte de Magharet-es-Skhüll, au Mont-Carmel, MUe Garrod et Mr. Mc Cown ont exhumé, en 1934-1932, divers squelettes offrant un mélange de caractères d’Homme de Néanderthal et d’IIomme actuel. Le mieux conservé a une stature de 1,79 m. La tête, volumineuse, atteint une capacité de 1 SIS cm3. Contrairement aux Néanderthaliens, la voûte crânienne est élevée, les orbites sont basses et l’apophyse mastoïde bien développée. La mandibule est pourvue d’un menton et
- Fig. 2. — Crâne de Steinheim, vu de face. 1/4 environ de la grandeur naturelle (d’après Weinert).
- La grande largeur du nez est un caractère néanderthalien, la présence de fosses canines un caractère d’Homme moderne.
- Fig. 3. — Tête osseuse du squelette trouvé dans la grotte du Djebel Kafzeh, près de Nazareth. Vue de profil. 1/4 de la grandeur naturelle
- (d’après Boule et Vallois).
- On retrouve sur ce crâne un mélange de caractères néanderthaliens (arcades sourcilières proéminentes, élargissement du nez) et de caractères d’Homme moderne (voûte crânienne élevée, forme de la région occipitale, orbites basses, faible prognathisme facial).
- l’occipital a une forme arrondie. Et cependant le même homme a des arcades sourcilières proéminentes et une voûte palatine particuUèrement large. Les squelettes recueillis en 1934 et 1936 par M. R. NeuviUe, près de Nazareth, offrent sensiblement les mêmes caractères morphologiques que ceux du Mont-Carmel. Un crâne (fig. 3) a pu être entièrement reconstitué. Sa capacité est d’environ 1 560 cm3. Les arcades sourcilières forment une visière, comme chez l’Homme de Néanderthal, mais la voûte est élevée et la région occipitale semblable à celle de l’Homme actuel. Si la face présente quelques caractères néanderthaliens, les orbites sont basses comme chez l’Homo sapiens de Cro-Magnon.
- Il devient donc nécessaire de modifier la diagnose de l’Homo neanderthalensis. On ne peut plus dire que son front est toujours t. très bas et très fuyant » ; que son « occiput est saillant et comprimé dans le sens vertical » ; que « la mâchoire inférieure est sans menton ». Les Acheuléo-Moustériens de Palestine nous mettent donc en présence d’un groupe morphologiquement intermédiaire entre Homo neanderthalensis et Homo sapiens. L’existence de chaînons aussi rapprochés entre ces deux types humains ne permet plus de douter de la réalité d’une chaîne généalogique.
- Remarquons en outre que ces Néanderthaliens évolués, « adaptatifs » comme on dirait en Paléontologie générale, paraissent un peu plus anciens (acheuléens) que les Néanderthaliens spécialisés, « inadaptatifs », qui jusqu’ici semblent localisés dans le Mousté-rien. Il y aurait eu évolution régressive du type néanderthalien à partir d’une souche commune avec l’Homo sapiens.
- Les Hommes du Paléolithique supérieur.
- Dans ce domaine, nos connaissances ont aussi beaucoup progressé en ces dernières années. Un résultat nouveau intéressant est la mise en évidence des affinités véritables de l’Homme de Chancelade. II. Y. Yallois vient d’établir qu’il n’est point un Esquimo, mais qu’il se rapproche très étroitement des types de Cro-Magnon.
- Nous commençons à entrevoir quelques-unes des phases du peuplement de l’Afrique. Les hommes fossiles de Mechta-el-Arbi,
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- découverts par C. Arambourg et étudiés par Marcellin Boule et H. V. Vallois, témoignent qu’au Paléolithique supérieur la Berbé-rie était habitée par un type humain dérivant d’une même souche que le type de Cro-Magnon, souche dont il faudrait peut-être chercher l’origine dans la partie 'orientale du bassin méditerranéen.
- L’Homme d’Asselar, trouvé en plein Sahara, remonte peut-être au Paléolithique supérieur. C’est avec les Bantous et les Hottentots qu’il présente les plus grandes ressemblances.- Ainsi les populations actuellement sud-africaines ont eu jadis des représentants au Nord de la grande forêt tropicale.
- L’Afrique méridionale également a fourni d’importants documents, probablement d’âge paléolithique supérieur, qui éclairent l’origine des Hottentots et des Boschimans.
- Le livre de Marcellin Boule nous apporte en outre une mise au point de la question des hommes du Mésolithique, période où s’esquisse la distribution de nos races actuelles.
- Conclusion*
- Dans une phrase prophétique, le philosophe Cournot déclarait que seule la Paléontologie pourrait nous éclairer sur la vraie
- place de l’homme dans la nature. Il conviendrait d’ajouter que c’est l’histoire paléontologique de l’Homme qui peut le mieux nous préciser la signification de l’évolution et de la vie.
- Cette histoire, depuis ses plus lointaines origines, est caractérisée par une cérébralisation croissante correspondant à une augmentation de conscience. D’autre part, l’homme est étroitement relié au grand tronc de la vie. Or celle-ci reste évidemment la même dans toutes ses manifestations et l’évolution biologique ne peut être d’une autre nature que l’évolution humaine. Et c’est en considérant la voie où elle réussit pleinement, qu’on pourra le mieux définir le sens de cette évolution. On ne peut dire assurément, que l’avènement de l’homme ait été le but de la vie, mais on peut penser qu’il en exprime une caractéristique essentielle.
- Je ne poursuivrai pas davantage ces développements suggérés par le beau livre de Marcellin Boule et auxquels celui-ci n’aurait sans doute pas entièrement souscrit. C’est le propre des grandes œuvres d’ouvrir de multiples voies à la pensée.
- Jean Piveteaü.
- Professeur à la Sorbonne.
- LE CIEL EN FÉVRIER 1947
- SOLEIL : Du 1er février au 1er mars, sa déclinaison se relève de — 17°23' à — 7°59’ et son diamètre apparent décroît de 32'36" à 32'34" ; la durée du jour, à Paris, augmente de 9h23m à 10*56m. — LUNE : Phases : P. L. le 5 à 16* D. Q. le 12 à 22*, N. L. le 21 à 2h, P. Q. le 28 à 9* ; périgée le 3 à 23*, apogée le 15 à 21*. Occultation (h. p. Paris) : le 1er de 227 B Taureau (5m9) im. à 0*10“,5. Principales conjonctions : avec Satui’ne le 4, 20*, à 3°3G' N. ; avec Jupiter le 13, 4*, à O0!' N. ; avec Vénus le 16, 23*, à 5°9' S. — PLANÈTES : Mercure observable dès le milieu du mois, plus grande élongation le 21 à 18° E. du Soleil, diam. app. 5" à 8". Vénus, observable le matin, atteignant son plus grand éclat à la fin du mois, diam. app. diminuant de 24" à 18"2. Mars inobservable en conjonction avec le Soleil. Jupiter, dans la Balance, en quadrature W. avec le Soleil le 16, observable seconde moitié de la nuit, diam. app. augmentant de 33" à 35".
- Saturne, dans le Cancer, observable toute la nuit, diam. app. : globe : 18",4, anneau : 46",5. Uranus, dans le Taureau (position le 1er 5*8m et 4- 23°0', le 16 o*7m et + 22°59') observable première moitié de la nuit, diam. app. 3"7. Neptune dans la Vierge (position le 1er 12*42m et — 2°50', le 16 12*41m et — 2°44') observable presque toute la nuit, diam. app. 2",4. — LUMIÈRE ZODIACALE, bien visible le soir après le crépuscule et en l’absence de la Lune, observation du 9 au 22. — ETOILE POLAIRE : Passage inférieur au méridien de Paris le 10 à 4*19m5s, le 20 à 3*39m3os.
- L. Rudaux.
- (Heures données en Temps universel, tenir compte des modifications introduites par l’heure en usage).
- NOS LECTEURS NOUS ÉCRIVENT :
- Le roseau de Provence in° snsi
- M. le Dr Jean de Larrard, de Marans (Charente-Maritime) nous écrit :
- Une étude parue dans la Presse Médicale du 7 juillet 1945, attirait l’attention sur la maiadie de la Canne de Provence (R. Genevrier, Paris). L’auteur fait mention de l’utilisation de la Canne de Provence, surtout comme « un élément convenant à l’industrie des textiles artificiels ». Des essais de fabrication ont été faits dans diverses papeteries et c’est à leur occasion que des troubles morbides sont survenus chez des ouvriers manipulant des cannes, troubles bénins en eux-mêmes, mais assez importants pour entraver la fabrication par manque de main-d’œuvre ». Les manifestations pathologiques sont dues à divers champignons parasites et seraient plutôt de nature allergique ou toxique sans entraîner de véritables mycoses.
- « Les accidents surviendraient en fin d’été et en automne, se manifestant par des éruptions sur les cuisses, -les organes génitaux, les parties découvertes : face dorsale des mains, avant-bras, visage, aisselles. Ce sont d’abord des érythèmes avec
- œdème des téguments puis fines vésicules se rompant et donnant lieu à des croûtes. L’éruption s’accompagne de prurit intense et parfois de conjonctivite, rhinite, pharyngite et même trachéo-bronchite. L’évolution est bénigne. Le traitement très simple consiste en désinfection, lavage et applications de pâte à l’eau. La prophylaxie cherche à éviter la reproduction des parasites : stockage en lieu sec, et sa dissémination dans l’air au moment des manipulations par arrosage, et enfin protection individuelle par gants, masques, hygiène corporelle.
- « Au point de vue social cette affection mérite d’être classée comme maladie professionnelle indemnisable.
- « L’auteur signale enfin des blessures par éclat de la plante qui peuvent s’infecter très facilement.
- ce Des mises au point de différents auteurs ont permis de situer les premières manifestations reconnues en 1790 par Chaptal dans ses Éléments de Chimie, puis par plusieurs autres, entr’autres Fave, 1840 ; Vigie Manguio, 1840 ; Bazin, 1862 ; l’Italien Serra, 1898.
- « Les lecteurs qui s’intéressent à 'a question peuvent lire les courts aticles de Barthélémy (Presse Médicale du 8 septembre 1945) et Langeron (Ibid., 13 octobre 1945).
- « Quant aux champignons mis en cause, ce sont : Ustilago hypodytes (Schlecht). Fr., Sporotrichum dermatodes (?), Conios-porium arundinis (en réalité Papularia sphœrosperma (Persoon, 1795). Ceux-ci forment des taches de deux variétés, k les unes blanchâtres, les autres noires ». Le parasite se développerait sur les feuilles à la base des tiges âgées ou sur les feuilles fanées.
- « Voilà un nouvel aspect de la Canne de Provence ou Roseau de Provence (Arundo donax L.). Les lecteurs de La Nature seront peut-être curieux de le connaître de même qu’ils seront surpris de savoir que le rhizome de la Canne de Provence (.Arundo donax L.) peut être employé en thérapeutique comme antilaiteux et infusé à 20 pour 100 mais avec un résultat douteux. Enfin il conAÜendrait d’étudier les propriétés textiles de cette graminée. »
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- N° 3129
- Ier Février 1947
- (Photo Service canadien d’informations).
- 3ti8’ 1- — La pointe Labine, sur la rive orientale du Grand Lac de l'Ours.
- A gauche^\b»^4sëf^mr3 d’huile Diesel ; au centre, d’autres réservoirs, puis Port-Radium. C’est au quai de Port-Radium qu’accoste le chaland automoteur « Great Bear » qui assure le transport et apporte l’huile Diesel de Fort Norman, port pétrolier situé sur le Mackensie.
- LA PECHBLENDE DU CANADA ET L’URANIUM
- Il y a quelques années, l’uranium était un métal de peu d’utilité. Sans doute trouvait-il quelques emplois, sous la forme de ses oxydes pour faire des verres d’urane et plus rarement comme couleur céramique; divers sels étaient utilisés en petites quantités dans les laboratoires d’analyse chimique et en photographie pour virer au brun les épreuves sur papier ou les diapositives; quelques catalyseurs à base d’urane servaient
- aussi dans l’industrie chimique et des sels d’uranyle permirent de réaliser des peintures fluorescentes; enfin la métallurgie savait préparer à partir de ferro-uranium des aciers spéciaux très résistants.
- Tout cela eût pu justifier quelques recherches minières si l’uranium ne se fût trouvé en excès sur le marché du fait que l’uranium était un sous-produit d’une autre industrie, celle du
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- radium; sous-produit de surcroît abondant puisque, dans le minerai courant, la pechblende, il y a une partie de radium pour trois 'millions trois cent mille parties d’uranium. Autrement dit l’extraction d’un gramme de radium laissait disponible plus de 3 t d’uranium, lequel peut exister à des teneurs atteignant 5o pour ioo et plus dans les bonnes pechblendes.
- Aujourd’hui l’uranium n’est plus un sous-produit. Le radium a bien perdu de sa valeur depuis que l’on sait préparer des éléments radioactifs synthétiques et c’est l’uranium, clef des énergies nucléaires, qui est à la base des industries nouvelles. De ce fait, l’uranium tient aujourd’hui la vedette. Nous entrons dans l’âge de 1’ « uranium » en même temps que dans 1’ « ère atomique », l’un ne va plus sans l’autre.
- L’uranium — dont on a longuement exposé
- Fig. 2. — La situation de Port-Radium, à Echo-Bay, sur le Grand Lac de l'Ours, dans le Nord canadien.
- rent le monopole de 1918 à 1922, puis au Congo Belge (1922-193/1) et enfin au Canada.
- La découverte pittoresque des gîtes de pechblende d’Ëcho-Bay, sur les rives du Grand Lac de l’Ours, juste sur le cercle arctique, a été décrite ici et nous n’y reviendrons pas (x) (fig. 1 et 2).
- Indiquons que de tous les gîtes trouvés et signalés ou exploités en divers points d’Amérique, d’Australie, d’Europe Centrale, etc., les gîtes canadiens demeurent, et de loin, les plus importants.
- La découverte de Labine, fort importante dès ses débuts, a acquis une singulière valeur. Sur elle, en effet, a reposé le des-
- 1. V. Forbin. Les 15 octobre 1945.
- jisements de pechblende au Canada. La Nature, p. 311,
- Fig. 3. — Concentration des minerais au laboratoire à l’usine de Port H ope.
- aeja les propriétés aans ces colonnes (1) — est relativement commun et se trouve en des lieux divers et bien répartis; aucun pays ne semble pouvoir s’en assurer le monopole (2). Une véritable course à l’uranium est engagée; de toutes parts, des prospecteurs, des minéralogistes recherchent de nouveaux gîtes.
- Par le passé, une véritable « guerre du radium » provoqua des migrations des centres producteurs de radium et par suite d’uranium. Ainsi vit-on ceux-ci, du reste embarrassés dé leur uranium, passer de Saint-Joachinsthal, en Bohême, dans la pechblende de laquelle Klaproth avait découvert l’uranium en 1789, aux États-Unis qui eu-
- ÉlIllSItlÉf
- mmiÊSÊSÊ
- .. r. ... .. , «... v. 7. .. 4
- 1. L. Perruche. L’uranium. La Nature, p. 309, 15 octobre 1945.
- 2. M. Déribéré. L’uranium. 1 vol. « Matières premières », éd. Etzévir, 1946.
- Fig. 4. — Usine pilote sur la rivière Ottawa, près de Chalk River (Ontario) : Port Hope.
- (Photo National Film Board, transmise par le Gouvernement Canadien).
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- tin de la dernière guerre. C’est grâce à la pechblende d’Ëcho-Bav, que l’Amérique put alimenter ses usines et ses laboratoires pour les études nucléaires et la mise au point des bombes atomiques, encore que des stocks en provenance du Congo Belge aient aussi été utilisés.
- La roche noire et friable qu’est la pechblende circula alors en sacs contrôlés avec soin et sous une garde militaire.
- Autour des premiers gîtes exploités d’Ëcho-Bay, les recherches minéralogiques s’étendirent, les prospecteurs munis de détecteurs spéciaux qui leur permettaient de reconnaître au son les roches radioacitves (fig. 5). Dans les galeries, tous les filons connus étaient activement exploités (fig. 6). Dans les usines de préparations, le travail s’intensifiait (fig. 4).
- L’extension des mines du Grand Lac de l’Ours se poursuit avec activité. Au lieu même où Labine découvrit le minerai précieux, existe aujourd’hui une petite cité, Port-Radium, auprès de la mine Eldorado. A i5 km S.-O. a été ouverte à nouveau la mine de Contact Lake qui avait été à peine exploitée jusque-là. 2i3 personnes constituent la cité de Port-Radium (fig. i) dont le nom n’est plus guère justifié aujourd’hui. Les minerais sont lavés et concentrés puis envoyés, à 5 ooo km de là, à la raffinerie de Port Ilope (fig. 4), dans l’Ontario, où ils sont traités avant de prendre le chemin des usines et laboratoires nucléaires.
- Pendant que ces usines et ces laboratoires fonctionnent dans le secret le mieux gardé, Port-Radium, dans le Nord canadien, a retrouvé la vie.
- Pendant la guerre, cette petite cité perdue avait été aussi mise au secret sous le sceau de la réquisition. La Société Eldorado Gold Mine, fondée par Labine, était devenue la propriété de la Couronne, sous la raison sociale Eldorado Mining and Rejining C° qui en-
- Fig. 5 et 6. — En liant : Un prospecteur au travail dans le Nord canadien avec un compteur portatif de Geiger. — En bas : Exploitation en galerie d’un filon de Pechblende.
- (Photos Serv. canadien d'information et U.S.I.S.).
- globait les installations de Port Ilope. Nul étranger ne pouvait pénétrer en ces lieux ou en sortir. En octobre iq45, cet interdit fut levé.
- A Port-Radium, la vie continue, dure, austère, toute de labeur. Le pays est „ rude, dans une immense désolation glacée, celle où Labine et son compagnon souffrirent cruellement durant toute une campagne. Il y a à Port-Radium un petit hôpital de six lits qui sert surtout de maternité et qui est doté de tous les perfectionnements modernes, un cercle avec bibliothèque et billard, un médecin, un sergent de police. Pas d’église : la messe est entendue en commun au poste récepteur-émetteur de radio qui est la seule communication constante avec le monde civilisé.
- Les 8o ouvriers mineurs qui travaillent surtout en galeries sont célibataires. Ils ont des locaux communs comportant : cuisine, réfectoire, dortoir, salle de repos et bains. Seuls les ingénieurs, spécialistes et contremaîtres vivent dans des pavillons isolés avec leurs ménages.
- Tout le personnel est recruté avec beaucoup de soin, qu’il s’agisse des ingénieurs ou des mineurs du fond. Ils subissent un examen physique, intellectuel et moral sévère. Les ouvriers d’ailleurs sont engagés pour un an. Généralement bien payés, ils se contentent de la petite fortune amassée en ce temps en un pays où la vie n’est pas coûteuse et ils ne renouvellent pas leur contrat.
- L’âge nouveau atomique continuera-t-il à puiser ses matériaux en ces solitudes glacées ou retournera-t-il au cœur de l’Afrique, en Europe Centrale ou aux Antipodes australiennes P Voici une nouvelle fièvre plus discrète, mais qui ressemble par certains points à la « ruée vers l’or ».
- M. DéniBÉnÉ.
- Grêlons monstrueux.
- Dans l’après-midi du lor janvier dernier, alors qu’un soleil torride avait brillé pendant plusieurs heures, une grêle d’une violence inouïe s’abattit soudainement sur Sydney (Australie). La grosseur de la plupart des grêlons égalait celle d’une balle de tennis.
- Plus de oO 000 personnes furent surprises sur les plages voisines, S’il n’y eut pas de morts à déplorer, plusieurs centaines de baigneurs des deux sexes furent plus ou moins gravement blessés à la tête ou sur le corps. 50 victimes secourues sur la seule plage
- de Bondi durent être transportées dans des hôpitaux. Au total, '210 personnes ont été hospitalisées.
- Dans la ville, les dégâts matériels ont été considérables ; on les évalue à un million de livres sterling. Les verrières de toutes les usines furent réduites en miettes ; les masses de glace endommagèrent des centaines d’automobiles et entamèrent des toitures de tôle ondulée.
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- UN MATÉRIAU DE CONSTRUCTION MODERNE
- Le béton armé
- Depuis les temps les plus reculés, les constructeurs ont toujours cherché à remédier au manque de résistance à l’extension que présente la généralité des mortiers employés dans les constructions.
- C’est ainsi qu’autrefois, dans les bâtisses en torchis de terre glaise ou en pisé, ils plaçaient des brins de paille ou de foin et des tiges de bois. Les Grecs et les Romains Raisonnaient les murs de leurs constructions à l’aide de barres de cuivre noyées dans le mortier. Aujourd’hui encore, on place, pour relier les murs entre eux et éviter leur écartement, des chaînes en fer qui ceinturent les bâtiments.
- Le béton armé, matériau moderne et d’invention purement française, est entièrement basé sur le principe de la presque nullité du béton à résister aux efforts de tension, alors qu’au contraire il est capable de supporter de fortes compressions. En incorporant, dans la masse du béton, des aciers, susceptibles de résister à de fortes tensions, placés dans les zones soumises à l’extension et venant ainsi aider le béton déficient, on obtient de la sorte, un matériau artificiel judicieusement composé.
- Définition.
- Il comprend deux éléments distincts : d’une part, du béton de ciment; d’autre part, des fers ou aciers, sous forme de barres.
- Ces deux éléments sont associés et liés ensemble de façon à ce que chacun d’eux s’oppose le plus avantageusement possible aux efforts intérieurs développés dans chaque partie de la construction. Par conséquent, on fait travailler le béton uniquement aux efforts de compression et les aciers principalement aux efforts de tension. Cependant les aciers, emprisonnés dans leur gaine de béton, sont également aptes à résister à la compression et sont employés dans ce cas pour venir en aide au béton si celui-ci est incapable de supporter la totalité des efforts de compression auxquels il est soumis.
- Le matériau ainsi obtenu est monolithe et, recevant sa forme dans des moules, il permet d’obtenir des ouvrages de toutes formes et des plus osés, que l’on ne pourrait réaliser que difficilement avec les autres matériaux. On voit par là, combien les architectes lui sont redevables de pouvoir exprimer tout leur génie sans trop se soucier des difficultés d’exécution qui bien souvent les arrêtaient dans leurs projets.
- Propriétés.
- Tout en étant monolithe, il est essentiellement hétérogène puisqu’il est composé de deux éléments différents. Cependant les
- deux constituants possèdent entre eux une adhérence considérable qui réalise leur union, pour ainsi dire, totale. De plus, possédant chacun sensiblement le même coefficient de dilatation, ils ne se dissocient pas sous les effets des différences de température. Le béton qui ne s’altère pas à l’humidité ni à l’eau (réserve faite pour l’action des sulfures qui, par combinaison, transforment le ciment en chaux), protège les aciers de l’oxydation et leur assure une bonne conservi tion. Le béton, mauvais conducteur de la chaleur, assurera aux ouvrages en béton armé une grande résistance au feu et aux changements de température, surtout si on a pris soin, comme on le fait couramment maintenant, de réserver dans les ouvrages importants, des joints de dilatation.
- Résistant à l’eau, au feu et, s’il est calculé en conséquence, aux tremblements de terre, permettant de grandes portées et d’importants porte-à-faux, supprimant les assemblages, le béton armé est un matériau idéal.
- Historique.
- Il semble que la première idée d’associer du fer avec du ciment remonte à l’année .1820, quand une partie de l’église de Courbevoie (Seine) fut recouverte au moyen de toiles métalliques enduites, sur leurs deux faces, d’une couche de mortier de ciment. Mais le véritable ancêtre, qui se rapproche le plus du béton armé actuel, est le célèbre bateau construit en i84g par Lambot à Miraval (Var) et qui fut présenté au public à Paris à l’Exposition de i855. Cependant au point de vue bâtiment, c’est François Coignet qui fit les premières réalisations dont il rendit compte en 1861 dans son ouvrage intitulé : Les bétons agglomérés appliqués à Vart de construire. Il y expose le principe du béton armé en indiquant les avantages d’une telle construction mixte. Il construisit à cette époque des planchers dont les solives étaient en fer, mais dont le hourdis était en béton, armé de barres de fer. Il exécuta ensuite des murs de soutènement, des voûtes surbaissées, des aqueducs, des digues, des barrages et des tuyaux. Toutefois, il ne fit pas breveter son système.
- Vers la même époque, un jardinier, Joseph Monier, exécutait des caisses à fleurs, des tuyaux, des réservoirs, des bassins, etc..., dans lesquels il noyait un grillage ou un réseau de nervures métalliques, dans du mortier de ciment. Il prit un brevet en iSG5 et le compléta plus tard pour des voûtes, des ponts, des dalles et des poutres droites et cintrées. Il fit surtout des travaux à l’étranger et son brevet fut principalement exploité en Allemagne et en Autriche.
- En 1882, Louis Janicaud construisit à Mâcon la première
- Fig. 1. — Escalier en encorbellement à Brunoy.
- N’ayant pu être encastre dans le mur de façade, il est uniquement tenu par le poteau qu’on voit au centre et celui de gauche.
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- maison, ayant quatre étages, entièrement en béton armé. Puis, vers la même époque, de nombreux systèmes virent le jour et se firent concurrence. Citons principalement ceux de Cottancin, Hennebique, Bordenave, Bonnat, Boûssiron, Considère, Matrai, Piketty, etc....
- A l’étranger, de nombreuses méthodes apparurent également, notamment en Amérique.
- Mais restons en France où le nombre croissant des méthodes commence à dérouter les constructeurs. C’est alors que fut créée une commission du Ciment armé qui reçut la charge de réglementer ce mode de construction, afin de donner aux architectes, aux ingénieurs et aux constructeurs qui avaient à prendre la responsabilité de son emploi, toutes les garanties nécessaires de sécurité et de leur indiquer des méthodes de calcul scientifiques, appuyées sur des données expérimentales et non basées sur des procédés empiriques, qui puissent les guider utilement. C’est le rapport de cette commission, légèrement remanié par une seconde commission nommée par le conseil général des Ponts et Chaussées, qui a servi de base au premier règlement français concernant le béton armé, connu sous le nom de Circulaire ministérielle du 20 octobre '1906.
- Ce règlement a permis de cons-truire pen-dant plus d’un quart de siècle, en toute sécurité, un nombre considérable d’ouvrages . Mais à l’époque où il fut élaboré, on ne possédai t qu’une expérience assez limitée de ce genre de construction et après 25 ans de pratique, il devint nécessaire de remanier cette circulaire sur certains points et de la compléter sur d’autres.
- Le Ministère des Travaux publics a longuement travaillé à cette mise au point avec la collaboration du Comité de direction des Grands Réseaux de Chemins de fer et de divers groupements professionnels, principalement de la Chambre Syndicale des Constructeurs en Ciment Armé de France. Le règlement du 19 juillet 1934, qui dans le fond est en grande partie semblable à celui de 1906, tient compte de tous les faits prouvés par l’expérience et des progrès réalisés dans la fabrication des aciers et des ciments. C’est ce règlement qui sert de guide pour toutes les constructions en béton armé. Un troisième règlement est à l’étude et doit être prochainement publié. On voit tout de suite son intérêt considérable au moment où la France démolie, va faire un large appel au béton armé pour relever ses ruines.
- Matériaux employés.
- Le ciment. — Il existe de nombreuses catégories de ciments, mais seules quelques-unes peuvent être employées pour le béton armé. Les chaux hydrauliques et les ciments naturels qui proviennent de la simple cuisson de calcaires argileux, dont la composition est loin d’être constante, donnent des produits de qualités très variables qui ne sont pas utilisables pour ce genre
- de construction. Les ciments de laitiers à base de scories de hauts-fourneaux sont également à proscrire, car ils peuvent contenir des sulfures qui attaqueraient les aciers. Ce sont les ciments artificiels, dits « Portland » chimiquement constants et réguliers, qui donnent les meilleurs résultats et sont couramment employés. Si ces ciments artificiels sont cuits à plus haute température et broyés plus finement, on obtient un ciment de qualité supérieure, dit « Super-ciment », qui a la propriété de durcir plus rapidement et d’offrir une résistance plus élevée. Enfin une troisième catégorie de ciment employée plus rarement, mais utilement dans certains cas, est le ciment « alumineux » ou ciment « fondu », ainsi appelé, parce qu’il entre dans sa composition une plus forte proportion d’alumine et que la pâte, cuite au four électrique, est amenée à une température qui en provoque la fusion. Ce ciment a la particularité de durcir avec une très grande rapidité, à tel point qu’au bout de 24 h il acquiert une résistance à la compression supérieure à celle obtenue en 60 jours avec le Portland ordinaire. Il permet donc un décoffrage rapide et une mise en service presqu’immédiate des ouvrages. Son durcissement accéléré produit un échauffe-ment qui le rend pratiquement insensible au gel et il est, d’autre part, indécomposable par l’eau de mer, les eaux séléniteuses et par de nombreux agents chimiques. Son prix de revient élevé rend cependant son emploi exceptionnel.
- Le sable. — Le meilleur est celui de rivière. Il doit être exempt de toutes impuretés et être
- de préférence silice,ux et anguleux. Pour être de bonne qualité, les grains le composant doivent entrer dans les proportions suivantes :
- Gros grains (de 2 à 5 mm)........ 30 à 50 pour 100
- Grains moyens (de 0,5 à 2 mm).. 30 à 50 »
- Grains fins (moins de 0,5 mm).. 20 à 35 »
- Le gravillon. — Il doit présenter les mêmes caractéristiques que le sable. La grosseur des grains est comprise entre 5 et 25 millimètres, mais le meilleur est celui variant de 10 à i5 mm.
- Les aciers. — Ils sont employés sous forme de barres de section ronde et sont de la qualité dite « acier doux Thomas ». Ils doivent présenter les caractéristiques suivantes :
- Résistance à la rupture................. 42 kg/mm2
- Limite d’élasticité .................... 24 »
- Allongement de rupture.................. 25 pour 100
- l’allongement de rupture étant calculé sur une longueur de barre égale à i5 fois le diamètre.
- Taux de travail admis.................. 13 kg/nam2
- Figr. 2. — Hall à marchandises de la gare de Nonancourt.
- Les combles sont constitués par une suite de voûtes paraboliques terminées par une demi-voûte en porte-à-faux
- couvrant le quai de déchargement.
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- Mise en œuvre.
- Dosage et résistance dés bétons. — On doit préparer un béton plein, sans vides. Le dosage employé en France et admis par le règlement est le suivant, pour les ouvrages courants et pour i m3 de béton en œuvre :
- Ciment Portland............................ 300 kg
- Sable de rivière............................. 0 m3 400
- Gravillon ................................... 0 m3 800
- Si l’on veut obtenir une plus grande résistance ou l’étanchéité, on porte le dosage du ciment à 35o ou même à 4oo kg.
- Les matières doivent être mélangées très intimement soit à la main, soit mécaniquement à l’aide de bétonnières.
- La quantité d’eau de gâchage nécessaire est difficile à déterminer a priori, car elle est variable suivant les époques et le degré d’humidité des matériaux. Toutefois, on peut considérer qu’il entre dans le gâchage une proportion d’eau variant entre un quart et un tiers du poids du ciment.
- Pour que le béton soit bon, on doit voir apparaître l’eau lorsqu’on le pilonne.
- Les résistances des béions doivent être, d’après la circulaire de 1934, les suivantes :
- Dosage ciment Ilésistance à la compression à 90 jours à la traction Taux, de fatigue admis à la compression Taux de fatigue aumis à la traction, à l'adhérence, au cisaillement
- 300 kg 3ô0 » 400 » 215 kg/cm2 235 » 250 » 30 kg/cm2 32,5 » 35 » fiO kg/cm2 55 a 10 » 6 kg/cm2 0,5 » 7 »
- Le béton devra être fortement damé et pilonné et, dans les parties où les armatures sont denses, il est nécessaire de gâcher un béton plus mou afin qu’il ne subsiste aucun vide.
- Les cotirages. — Ils donnent aux ouvrages leur forme et leur aspect général. Ils doivent être suffisamment résistants pour supporter le poids du béton. On emploie des planches de o m 027 à o m o4o d’épaisseur, placées côte à côte et maintenues à l’aide de madrier ou de bastings reposant sur des étais entretoisés, afin de réaliser un ensemble rigide. Les étais sont calés à l’aide de coins pour faciliter le décoffrage et éviter des poussées qui seraient dangereuses. Les coffrages des voûtes et des ponts doivent être calculés et sont, en réalité, de véritables charpentes.
- Les décoffrages ne doivent avoir lieu au plus tôt que trois semaines après la coulée du béton pour tous les fonds de moules, mais on peut décoffrer au bout de quelques jours les faces verticales des poutres, ce qui, en les mettant à l’air, permet un durcissement plus rapide du béton. Les ouvrages coulés en ciment alumineux fondu peuvent être entièrement décoffrés au bout de 24 h.
- Les armatures. — Les diamètres, les longueurs et les emplacements indiqués sur les plans doivent être scrupuleusement observés. Les extrémités des bancs sont pliées en crochets, ce qui augmente l’adhérence du béton au métal en constituant un ancrage de l’acier dans ia masse du béton. Les armatures principales et les armatures secondaires sont liées ensemble à l’aide d’un fil de fer recuit. Les armatures sont maintenues à la distance convenable des fonds des moules par des calages en
- béton et il faut absolument éviter l’emploi de cales en bois qui sont souvent très difficiles à extraire.
- Calcul.
- Étant un matériau fabriqué, le béton armé nécessite l’étude de chacune des parties constituant un ouvrage. On se sert des règles générales de la résistance des matériaux avec cependant certaines modifications dues à l’hétérogénéité. On calcule les efforts intérieurs développés par les charges, les surcharges et efforts divers, auxquels chaque élément de la construction sera soumis. On donne, en conséquence, les sections de béton et d’acier nécessaires pour résister à ces efforts en ne dépassant pas le taux de travail unitaire admis pour chacun d’eux. On ne tient pas compte, dans le calcul, du béton placé dans les zones soumises aux efforts de tension, ceux-ci devant être entièrement absorbés par les aciers. Si pour des raisons, généralement architecturales, on est dans l’impossibilité de donner une section suffisante au béton comprimé, on y adjoint des aciers pour suppléer au manque de béton.
- Épreuves des ouvrages.
- Elles doivent avoir lieu, suivant la nature des ouvrages, aux âges du béton suivants :
- ^ 90 jours pour les grands ouvrages.
- ^ 43 jours pour les ouvrages de moyenne importance.
- ^ 30 jours pour les planchers.
- L’application des surcharges a lieu par quart successivement et pendant au moins 24 h; les flèches ne doivent pas augmenter au bout de i5 h.
- Pour les planchers, on charge la totalité ou au moins une travée entière.
- On emploie de préférence des appareils enregistreurs qui marquent les déformations successives.
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- L'avenir du béton armé.
- Nous terminerons ces quelques vues d’ensemble sur le béton, armé en signalant quelques techniques récentes qui ont pour but d’augmenter la résistance des bétons. C’est tout d’abord le ci béton vibré ». Le procédé consiste à fixer sur les coffrages des appareils vibrateurs pneumatiques que l’on met en mouvement pendant la coulée du béton. On obtient ainsi un béton beaucoup plus compact que celui pilonné ou damé et par conséquent ayant une résistance plus élevée. Il existe également des vibrateurs directs que l’on place dans la masse même du béton ou qui agissent directement sur les armatures. Dans ce cas, le béton est dit « pervibré » et sa qualité se trouve encore améliorée.
- Un procédé employé depuis une quinzaine d’années et qui est dû à un ingénieur français, M. Freyssinet, consiste à soumettre le béton tendu à des efforts permanents de compression qui contrecarrent les effets dus à la tension. Ces efforts permanents de compression au moins égaux à ceux de traction que
- doit supporter le béton, sont réalisés par la mise en tension préalable, avant coulage du béton, d’armatures à haute limite élastique. Ce mode de construction appelé « béton précontraint » a donné d’excellents résultats, mais cette technique spéciale abandonne le principe classique du béton armé, les aciers dans ce cas ne jouant que le rôle de compresseurs.
- On voit par ces quelques exemples que le béton armé n’est pas encore arrivé à son stade définitif. On le perfectionne par des procédés divers, par l’amélioration de la qualité des aciers et des ciments, mais il reste néanmoins un grand problème à résoudre : c’est la découverte d’un béton capable de résister aussi bien à la traction qu’à la compression.
- Si au bout de près d’un siècle de pratique et d’efforts nous pouvons accorder une grande confiance au béton armé tel qu’il est aujourd’hui, nous ne doutons pas que, dans un avenir prochain, la science du béton armé aura réalisé de tels progrès qu’il sera un jour possible de qualifier de parfait ce matériau déjà merveilleux.
- Marcel Nordman.
- Encore de nouveaux textiles artificiels
- La gamme déjà fort nombreuse des textiles artificiels vient de s’enrichir de deux produits nouveaux qui paraissent appels à un intéressant avenir.
- Le Térylène.
- L’un est un véritable textile synthétique, dénommé Térylène, produit de polycondensation de l’acide téréphtalique (ou acide paraphtalique) avec le gylcol. De nombreux polyesters analogues avaient été déjà étudiés par le chimiste américain Carothers, l’inventeur du Nylon, mais ils avaient été abandonnés en raison de leur sensibilité à l’eau et en faveur de cette dernière substance dont les qualités de ténacité et d'insolubilité sont bien connues. Il semble que le Térylène, sous le rapport des propriétés mécaniques soit comparable au Nylon, et, comme sa préparation serait plus aisée et moins coûteuse, il est possible que ce dernier trouve un concurrent sérieux. Il est remarquable que, parmi les divers isomères de l’acide phtalique, seul le dérivé para fournisse un polyester fibreux susceptible d’application textile. L’acide phtalique ordinaire ou acide orthophtalique condensé avec le glycol donne seulement une matière visqueuse inutilisable comme matière plastique et ne pouvant être transformée en fil. Par certains aspects, la fabrication du Térylène rappelle celle des résines glyp-tals, produits de réaction de l’acide'orthophtalique et du glycé-rol, mais dans ce cas on obtient au contraire une résine thermodurcissable. Les différences de propriétés techniques de ces divers produits d’estérification des diacides par les polyalcools sont liées à la constitution des macromolécules résultant des réactions de polycondensation. Les acides phtaliques, deux fois acides, combinés au glvcérol, trois fois alcool, forment des polyesters macromoléculaires qui s’étendent dans les trois directions de l’espace, tandis que le glycol, deux fois alcool, ne peut donner avec le diacide que des macromolécules en chaînes. Ces chaînes macromoléculaires présentent un aspect replié lorsqu’elles contiennent de l’acide orthophtalique, tandis qu’avec l’acide téréphtalique, elles ont une forme rectiligne qui permet leur association parallèle et l’apparition de propriétés mécaniques remarquables comme c’est le' cas pour les dérivés cellulosiques, les dérivés polyviny-liques et les polyamides type Nylon.
- L'Ardil.
- Le second textile récent est de la catégorie des textiles artificiels. C’est la fibre Ardil dont la réalisation est une conséquence des travaux du savant anglais Astbury, bien connu pour ses recherches sur les protéines fibreuses et, en particulier, la kératine de la laine.
- Les protéines, du point de vue structure cristalline, se classent en protéines globulaires à macromolécules tridimensionnelles et en protéines fibreuses à macromolécules linéaires. Les kératines des cheveux et de la laine appartiennent à cette dernière catégorie et possèdent de ce fait des qualités textiles. Les recherches d’Astbury sur la dénaturation des protéines par les alcalis ont montré que cette réaction consistait en une désassociation des protéines globulaires en leur transformation en protéines fibreuses. La dénaturation des protéines est donc capable de donner des macromolécules linéaires susceptibles d’être filées. Les techniciens anglais se sont adressés à cette fin à des protéines sans utilisation alimentaire, ce qui a un avantage sur la fabrication du lani-tal, autre textile artificiel protéidique, préparé à partir de la caséine du lait. Ils ont trouvé dans les protéines de l’arachide une matière première abondante, bon marché et donnant des produits de qualités mécaniques convenables. Ces protéines sont extraites à l’aide d’un alcali du tourteau résiduaire laissé par l’extraction à la presse des huiles d’arachide. La solution sodique, où les protéines se trouvent dénaturées, est filée dans un bain de coagulation pour obtenir de fins filaments. L’Ardiï est une fibre de propriétés comparables à celles de la laine : elle se teint par les mêmes colorants. Douce et chaude au toucher, inattaquable par les mites, elle serait irrétrécissable. Il est vraisemblable toutefois qu’elle doit être employée surtout en mélange avec la laine ou les fibrannes cellulosiques.
- La réalisation de la fibre Ardil, belle réussite de la chimie macromoléculaire, est un magnifique exemple des résultats techniques auxquels peuvent conduire des recherches qui ne paraissaient avoir, à l’origine, qu’un caractère purement spéculatif, comme c’était le cas pour les travaux de l’école d’Astbury sur la constitution «‘es protéines fibreuses et globulaires.
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- L’INDUSTRIALISATION DE L’AGRICULTURE AMÉRICAINE
- Fig. 1. — Nouveau type de « Combine », moissonneuse-batteuse pour exploitations de surfaces moyennes.
- L’ensemble moissonne, bat et ensache le grain en une seule opération.
- Fig. 2. — Machine à moissonner les épis de mais.
- La remorque est interchangeable.
- Aux États-Unis, nation réputée industrielle, 8 500 000 agriculteurs nourrissent 140 millions d’Américains et exportent largement. En France, nation réputée agricole, un nombre de paysans presque égal ne nourrit 40 millions d’habitants qu’à S5 pour 100 seulement. Il faut importer la différence.
- Aux États-Unis, la production agricole des années dernières est montée à 122 pour 100 de celle de 1935 à 1939.
- L’Amérique est un pays industriel et il est curieux de constater que c’est l’agriculture qui est la plus puissante de ses industries. Avant la guerre, l’industrie américaine disposait de 50 millions de chevaux vapeur et l’agriculture de 97 millions. Celle-ci dispose de techniciens de premier ordre.
- La mécanisation est de loin la cause la plus déterminante du progrès de la production. Le nombre de tracteurs agricoles est passé de 256 000 en 1920 à plus de deux millions en 1945.
- D’autres améliorations techniques sont intervenues : l’emploi des pneumatiques sur les machines agricoles ; l’utilisation massive des engrais qui dépasse de 85 pour 100 celle des années 1935-1939 ; l’amélioration des graines ; une alimentation plus scienti-
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- fique du bétail ; une défense de plus en plus efficace contre les insectes et >es ennemis des cultures.
- Tout ceci parallèlement à une réduction formidable de la main-d’œuvre. On demande davantage à l’habileté technique du travailleur qu’à sa force physique.
- Piécemment toute une mécanique agricole nouvelle a fait son apparition :
- Machine pour l’arrachage des betteraves;
- Machine à moissonner et égréner le maïs (fig. 2) ;
- Machines perfectionnées pour la récolte du coton (fig. 3 et 4) ;
- Machine à ramasser les noix, les fruits, les pommes de terre, etc....
- Fig. 3 et 4. — Nouvelles machines à récolter le coton.
- Conduite par un seul homme, elle remplace une très importante main-d’œuvre. A gauche, un dispositif à piston hydraulique vide en 30 secondes sa récolte dans le camion de ramassage.
- tiques : les résines furfuryliques, comme matière première pour la synthèse’ des produits organiques dérivés du furfu-rane, etc.... Ceci interfère évidemment sur les prix de revient.
- Enfin l’industrialisation de l’agriculture prend une forme curieuse par les cultures dans des solutions chimiques, sans sol, que les Anglo-Saxons dénomment « Hydro-ponics ».
- Cultivateurs à lance-flammes détruisant les mauvaises herbes entre les lignes de plantes et supprimant le binage.
- Labourage par série de tracteurs sans conducteurs commandés par radio.
- Cette machinerie prodigieuse explique qu’au Kansas, des fermes à blé de 400 à 800 ha soient cultivées par deux hommes seulement.
- Les services américains d’information précisent :
- « La production agricole de 1944 a exigé trois milliards de « moins d’heures de travail qu’il aurait été nécessaire dans les « conditions prévalant en 1939. Ceci représente une économie d’un « million cinq cent mille ouvriers au travail pendant un an, à « raison de 2 000 h de travail par ouvrier ».
- La terre sera travaillée dans l’avenir avec de moins en moins de main-d’œuvre et le développement du machinisme devient de plus en plus une impérieuse nécessité.
- L’économie agricole aborde dans de nombreux pays et en France particulièrement un tournant décisif et redoutable de son évolution. Elle s’avance vers une très haute technicité.
- Par exemple, une très puissante société américaine dont le nom est connu pour ses produits alimentaires dérivés de l’avoine a monté le traitement chimique d’un de ses plus importants résidus : la balle d’avoine. Elle en tire du furfural, lui-même utilisé comme solvant organique, pour la fabrication de matières plas-
- La question n’est pas nouvelle mais elle a reçu d’importantes applications pendant la guerre.
- L’emploi exclusif de rations, même vitaminées, dans l’Armée
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- Fig. 5. — Machine à comprimer le foin.
- La remorque est interchangeable.
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- américaine du Pacifique, sans apport d’alimenLs irais a conduit après plusieurs mois, à certaines déficiences.
- On a pu y remédier par culture de légumes sans terre arable, dans des solutions chimiques. Des réalisations importantes dans les îles volcaniques et coralliennes du Pacifique ont produit des récoltes de tomates, de radis, de laitues, de concombres.
- Des milliers de mètres carrés de bacs en ciment ont été garnis de graviers volcaniques criblés, les graines mises en place et une solution nutritive mise en circulation dans ces bacs.
- Quatre mois plus tard commençaient les récoltes.
- La même technique a été employée par l’armée canadienne à la Station expérimentale de Goose Bay dans le Labrador pour
- ravitailler et maintenir en bonne santé les soldats canadiens des régions isolées du Grand Nord.
- Il n’est pas question d’orienter notre agriculture vers des formes aussi techniques ; elles n’ont qu’un caractère d’exemple. Il est cependant évident que la crise alimentaire qui sévit sur le monde ne sera conjurée rapidement qu’en appliquant à l’agriculture les derniers progrès de la science et de la technique.
- Lucien Perruche, Docteur de l’Université de Paris.
- (Photos U. S. Information Service, Paris),
- LE KUZU, OU VIGNE JAPONAISE,
- plante d'avenir des pays chauds.
- Le Kuzu est le nom japonais sous lequel les Américains des Etats du Sud P) désignent une Légumineuse grimpante et rampante (Pueraria Thunbergiana) qui est originaire de l’Inde, où on en connaît une dizaine d’espèces, mais qui a été très améliorée au Japon comme plante d’ornement à cause de son beau feuillage et de ses fleurs purpurines, très petites mais réunies en grappes nombreuses du plus bel effet. Elle a été introduite par mégarde aux Etats-Unis il y a une quinzaine d’années dans la basse vallée du Mississipi. C’est pourquoi, dans cette région, on la désigne aussi sous le nom de vigne japonaise. Elle y devint bientôt une plante nuisible, à cause de sa végétation rapide, envahissante et empêchant toute culture.
- Cependant, quelques planteurs ayant reconnu les qualités du Kuzu, en firent l’objet d’une culture spéciale et s’en trouvèrent si bien que, dans ces dernières années, ils ont fait école ; c’est surtout dans les terres érodées par les eaux de ruissellement, par suite d’une culture intensive inconsidérée, qu’elle rend le plus de services. De grands domaines agricoles et des fermes autrefois prospères avaient dû être abandonnés, l’érosion ayant fait disparaître la couche arable. On s’est aperçu que, sur ces terres, le Kuzu avait continué à prospérer, avait fait disparaître toutes les autres mauvaises herbes mais avait rendu aussi la terre de nouveau cultivable ; et cela pour les raisons suivantes que signale M. Russel Lord dans le Reader’s Digest de janvier 1945.
- Le Kuzu est une Papilionacée, de la tribu des Phaséolées, à feuilles trifoliées très nombreuses, qui, comme toutes les Légumineuses, fixe directement l’azote atmosphérique par l’azotobacter des nodosités de ses racines. Si on ne la détruit pas, ses racines peuvent pénétrer jusqu’à 4 m dans le sol, s’y ramifient en l’ameublissant et mobilisent ainsi les principes nutritifs du sous-sol. Les feuilles mortes ne tardent pas à former un tapis végétal qui peu à peu s’enrichit en humus ; ce tapis retient l’humidité, empêche l’érosion du sol et le protège contre la chaleur torride de l’été ; la terre reste ainsi fraîche et humide et à une tempérât re inférieure d’une quinzaine de degrés à celle de l’air atmosphérique. L’hiver venu, il suffit de niveler le sol à la charrue, d’y enterrer les organes aériens du Kuzu, d’y passer le rouleau et de le herser pour pouvoir le cultiver normalement pendant un an ou deux ; après quoi, on l’abandonne de nouveau au Kuzu pendant deux ou trois ans, et on recommence le même cycle de façons culturales.
- Dans les sols riches, le Kuzu fournit, dès la première année de sa mise en culture, un excellent fourrage qui peut être consommé en vert ou à l’état sec (jusqu’à 7 t de foin par hectare). Il se prête facilement à l’élevage intensif des poules pondeuses. Le
- 1. ç)uelcjucs-uns écrivent aussi Kndzn ; quelle que soit l’orthographe, dans les deux cas, il faut prononcer kou-dzou, c’est-à-dire, comme le font les Japonais.
- foin, composé de rameaux verts très feuillus, possède, à poids égal, une valeur nutritive comparable à celle de la luzerne ou du trèfle. Il est aussi riche en protides et en carotène.
- Si on abandonne la terre au Kuzu pendant plus de trois ans, il l’envahit complètement et reprend ses caractères d’arbrisseau grimpant et rampant à rameaux fort longs ; il faut le détruire à nouveau.
- On estime qu’en 1930, plus de 500 000 ha de terres abandonnées seront remises en culture par rotation avec le Kuzu dans la Géorgie et 4 millions d’hectares dans tous les États du Sud. Les généticiens étudient le moyen d’adapter le Kuzu à sa culture dans les Etats du Nord.
- Depuis une quinzaine d’années, presque tous les colons qui, en Indochine, exploitent des plantations d’arbres (l’hévéa, qui fournit le caoutchouc, le caféier, le cacaoyer, le théier, le palmier à huile) où les pieds sont quelquefois distants de plusieurs mètres, cultivent régulièrement entre ces plants, des Légumineuses, qui non seulement protègent le sol contre l’érosion due aux eaux de ruissellement, mais aussi s’opposent à l’envahissement du sol par les mauvaises herbes qu’elles étouffent. Dans une communication qu’il a faite le 14 janvier 1944, à l’Académie d'Agriculture, M. Cayla a cité celles de ces Légumineuses, une dizaine, qui donnent les meilleurs résultats. Parmi les Papilionacées figure une très proche parente du Kuzu, et qui est aussi une puéraire (Pueraria Javanica). C’est une espèce rampante et qui présente cet avantage de pouvoir être propagée par boutures, donc plus vite que par semis.
- Il convient de signaler une autre particularité intéressante du Kuzu, c’est l’inutilité d’ensemencer, par des cultures d’azotobacter, la terre où l’on se propose de le cultiver. Quand, dès 1940, on fit campagne pour la culture du soya en France, on crut qu’il en était de même pour cette Légumineuse ; mais, tout récemment, on s’est rendu compte que les hauts rendements en soya dépendent uniquement d’un phénomène qu’on n’a élucidé que depuis peu, le photopériodisme. Quelques années auparavant, nous avions déjà constaté que certaines variétés de soya — on en connaît actuellement plus de 2 000 — prospèrent très bien dans des terres acides, dépourvues totalement de calcaire et auxquelles on n’avait pas inoculé l’azotobacter.
- Un autre fait intéressant à signaler est l’introduction, involontaire aussi, aux États-Unis, d’une autre plante envahissante, une jacinthe aquatique qui, à un moment, gêna beaucoup la navigation sur le Mississipi et ses affluents. Cette jacinthe avait figuré comme plante d’ornement dans un jardin japonais faisant partie de l’Exposition universelle de Saint-Louis en 1904. On eut grand’peine à s’en débarrasser. Cette jacinthe était sans aucune ^i^é. Raymond Lulle.
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- Le cinquantenaire de l’Institut de Chimie de Paris
- L’Institut de Chimie de la Faculté des Sciences de l’Université de Paris a fêté au cours du mois de décembre dernier le cinquantenaire de sa fondation. C’est, en effet, en 1896 que fut créé à la Sorbonne un Laboratoire d’Enseignement pratique destiné à former des techniciens pour l’industrie chimique dont l’essor s’annoncait prestigieux, rôle auquel ne pouvait déjà plus suffire l’Ecole Municipale de Physique et de Chimie Industrielles de la Ville de Paris, son ancienne de quelques années.
- Hébergé primitivement dans des baraquements édifiés rue- Michelet pour abriter les laboratoires de la Faculté des Sciences durant les travaux d’agrandissement de la Sorbonne, et devenus libres, le Laboratoire d’Enseignement de la Chimie Appliquée s’installa, nprès la première guerre mondiale, dans des bâtiments neufs, rue Pierre-Curie, et prit officiellement le nom d’institut de Chimie appliquée.
- Les Directeurs successifs de l’Institut de Chimie comptent parmi les savants les plus réputés de la science chimique. Son fondateur Charles Friedel, professeur à la Sorbonne, Membre de l’Académie des Sciences, a doté la chimie organique de nouvelles méthodes de synthèse, qui portent son nom, en mettant en œuvre le chlorure d’aluminium. Son successeur, Henri Moissan, Membre de l’Académie des Sciences, Prix Nobel, est universellement connu par la découverte du fluor, par ses travaux utilisant le four électrique et les hautes tempe ratures, par la synthèse du carbure de calcium, génératrice des industries de l’acétylène. Camille Chabrié, qui le remplaça, en 1907, fut à l’origine du développement de l’Institut de Chimie qu’il dirigea pendant 21 ans et auquel il consacra la majeure partie de son activité. Georges Urbain, Membre de l’Académie des Sciences, prit ensuite la direction. Son nom reste attaché à l’étude des éléments du groupe des terres rares, à la découverte du lutécium et du celtium, à la chimie des complexes. Il comprit, l’un des premiers, que toute délimitation profonde entre la chimie pure et la chimie appliquée ne pouvait que s’effacer devant les progrès de la science et de la technique.
- Si l’industrie chimique a trouvé primitivement dans les découvertes de science pure la matière à des réalisations pratiques, c’est elle qui maintenant propose bien souvent aux théoriciens et aux chercheurs de nouveaux problèmes à résoudre. La recherche pure et la recherche appliquée ne diffèrent plus guère que par le motif inspirant' les travaux des chercheurs ; elles mettent en œuvre les mêmes méthodes de travail et nécessitent des connaissances générales aussi complètes. Apôtre passionné de la science, Georges Urbain préconisait qu’un enseignement moderne, susceptible d’évolution rapide, ne pouvait être professé que par des maîtres se livrant eux-mêmes à la recherche. Aussi, développa-t-ii, à côté des laboratoires d’enseignement de travaux pratiques, les laboratoires de recherches des chefs de service. Rassemblant sous
- une même doctrine l’enseignement de la chimie pure et appliquée, il donna à l’établissement son nom d’institut de Chimie de Paris.
- Avec Louis Haclcspill, Membre de l’Académie des Sciences, les anciens élèves de l’Institut de Chimie eurent la satisfaction de voir appelé un des leurs à la direction actuelle, consécration de la valeur de l’enseignement .qu’ils ont reçu. Louis Ilackspill, connu par ses travaux sur la préparation des métaux alcalins et alcalino-ferreux, ainsi que par ses recherches sur le bore, a poursuivi le développement des laboratoires de recherches, a créé des laboratoires nouveaux et orienté les enseignements théoriques et pratiques vers les applications les plus récentes de la science et de l’industrie.
- Institut do Faculté, comprenant dans son Conseil de Perfectionnement les représentants de la grande industrie chimique française, l’Institut de Chimie de Paris a fourni à la science de nombreux chercheurs dont certains sont devenus des maîtres renommés et à l’industrie près de 2 090 techniciens appréciés dans les domaines d’application les plus divers.
- L’enseignement de l’Institut de Chimie de Paris est réparti sur trois années auxquelles vient s’adjoindre une quatrième année facultative de perfectionnement. Les élèves, recrutés par voie de concours, suivent les enseignements de chimie de la Sorbonne et des enseignements spécialisés donnés dans l’établissement par les divers chefs de service. Ils peuvent ainsi acquérir en même temps que le diplôme d’ingénieur chimiste, le grade de licencié ès sciences. Nombreux sont ceux qui bénéficient à la sortie de l’Institut de Chimie d’une bourse du Centre national de la Recher-
- Fig. 1. — Avers de la
- médaille émise à l’occasion du cinquantenaire.
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- Fig-, 3. — Un laboratoire de l’Institut de Chimie.
- (Ph. Studio Danrêmont).
- che scientifique et demandent à rester dans l’un des laboratoires de recherches pour y préparer une thèse de doctorat ès sciences ou un diplôme d’ingénieur-docteur et compléter leur formation de chercheur.
- L’Institut de Chimie comporte, outre le laboratoire de perfectionnement, quatre laboratoires principaux d’enseignement et de recherches : laboratoire de chimie analytique, laboratoire de chimie minérale, laboratoire de chimie organique, laboratoire de physique et d’électrochimie. Les élèves effectuent, de plus, des travaux pratiques de métallurgie et peuvent suivre les enseignements pratiques de minéralogie et de chimie biologique. Le travail du verre leur est enseigné et des cours complémentaires de langues étrangères leur sont donnés. Les principaux certificats de licence auxquels ils peuvent se présenter sont ceux de chimie générale, de chimie appliquée, de chimie biologique, de minéralogie, et éventuellement, durant l’année de perfection- 'l nement, de physique générale.
- L’Institut de Chimie est doté de laboratoires de recherches spécialisés : laboratoire de chimie macromolécuîaire, laboratoire des hautes températures et des terres rares, laboratoire de chimie microanalytique où les jeunes ingénieurs
- peuvent venir acquérir une spécialisation de chercheur, comme dans les laboratoires de recherches associés aux laboratoires d’enseignement.
- Les publications scientifiques et techniques du personnel ensei-gnanat et des anciens élèves de l’Institut de Chimie forment un ensemble imposant qui fait honneur à la science française. La part prépondérante prise par les ingénieurs issus de l’Institut de Chimie de Paris dans les progrès de l’industrie chimique justifie le haut patronage donné par le Président du Conseil à la séance solennelle de célébration du cinquantième anniversaire de la 'fondation de l’Institut de Chimie de Paris qui a eu lieu le 13 décembre 1946 dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne en présence du Ministre de l’Éducation Nationale, du Recteur de l’Académie de Paris et du Doyen de la Faculté des Sciences.
- Une exposition des œuvres et travaux des anciens élèves de l’Institut de Chimie et de son personnel dans la science et dans l’industrie a été inaugurée en présence du Général Kcenig, dans le hall de l’Institut, où elle a retenu l’attention de nombreux visiteurs.
- L’Institut de Chimie de Paris, qui avait payé un lourd tribut à la guerre de 1914-1918, n’a pas été épargné par la guerre de 1939-1945. Combattants, résistants, déportés sont venus s’ajouter à la trop longue liste de ses morts glorieux. Mais l’Institut de Chimie de Paris a eu sa revanche en prenant part à la lutte clandestine contre les occupants et à la libération de Paris. Ses laboratoires ont contribué à armer en projectiles incendiaires les combattants des barricades et l’un de ses chercheurs est tombé dans les combats de la libération. Aussi les cérémonies du cinquantenaire ont-elles été précédées d’un pieux hommage aux anciens élèves morts ou disparus au cours des deux guerres et par l’inauguration d’une nouvelle stèle qui rappelle leur sacrifice. Il y a loin des modestes baraquements de la rue Michelet aux locaux spacieux de la rue Pierre-Curie, mais dans notre époque où la chimie prend chaque jour une place plus importante dans le développement du progrès technique et du progrès humain, toute stagnation signifie une régression. Les besoins en chimistes s’accroissent sans cesse, leur formation théorique et pratique nécessite des moyens matériels de plus en plus nombreux et onéreux. Notre Pays doit à son passé de maintenir ses Instituts de Chimie à la place qu’ils ont conquise s’il veut pouvoir compter dans l’avenir sur des techniciens de la valeur de ceux des générations précédentes. L’Institut de Chimie occupe l’une des premières places. On peut lui faire confiance pour qu’il garde le renom qu’il
- s’est acquis. G. Champetieji.
- Chargé de Cours à la Sorbonne.
- Fig. 4. — Le revers de la médaille, frappé à l’occasion du cinquantenaire.
- Un vent mystérieux.
- La province anglaise de Cumberland, qui fait frontière avec l'Ëcosse, présente un phénomène dont les météorologistes cherchent vainement les causes depuis deux siècles. Il s’agit d’un vent que les gens du pays appellent helm et qui, venant peut-être de la mer du Nord, souffle périodiquement pendant plusieurs jours. Il apparaît sur la cime de la chafne des Pennines, à 700 m d’altitude, sous la forme d’une petite ligne d’aspect cotonneux et blanchâtre, et s’abat en tourbillon dans la vallée de l’Eden, à la vitesse de 65 km à l’heure. Il y démolit les meules de foin, secoue violemment les arbres fruitiers, aplatit les champs de céréales et produit sur son passage d’étranges rugissements. 11 provoque une brusque baisse de température de 6? à 8°.
- A la veille de la seconde guerre mondiale, un professeur de l’Université de Durham, le Dr Gordon Manie, reçut une subvention pour étudier les obscures questions que pose ce vent, avec ses tourbillons et son air froid ; il campa plusieurs semaines sur les deux versants de la crête des Pennines, mais sans réussir à résoudre l’énigme.
- Actuellement, deux experts de la British Gliding Association campent à leur tour au lieudit Cross-Fell, le point le plus élevé de la chaîne ; leur mission est de rechercher si le helm souffle durant plusieurs jours consécutifs ; dans l’affirmative, on établirait là un centre de vol à voile.
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- LES STAPHYLINS
- commensaux des
- manans
- Parmi les fléaux tropicaux, les manans, ou doryles, cousins africains des fourmis-militaires d’Amérique, sont peut-être ceux dont la littérature a tiré le plus grand parti. Depuis que du Chaillu, explorateur-romancier, chanta les hauts faits
- des « bashikouai » (1), le grand public a bien souvent entendu parler des redoutables colonnes de fourmis devant lesquelles fuit toute vie, et dont l’entrée dans un village est le signal d’un sauve-qui-peut général. Combien de récits n’ont-ils pas repris le thème de l’explorateur chassé de son lit par une invasion de manans, et n’ayant la vie sauve que grâce à une fuite éperdue, en chemise. N’y eut-il pas un temps où les grands criminels de Loango étaient déposés, ligotés, sur le trajet des manans et y périssaient d’une mort atroce.
- Même en se dépouillant de ce halo d’horreur, la vie des manans n’en reste pas moins fort spectaculaire ; l’ouverture d’une colonne de manans, son éparpillement sur un large espace, la ruée en avant de chaque ouvrière, brusquement libérée de la contrainte collective qui la reliait à ses voisines et lui imposait la marche au pas en ordre serré, la fuite éperdue de toute la faune; reptiles, batraciens, vers de terre, mille-pattes, grillons, carabiques, devant ces chasseurs, forment un spectacle qui vaut d’être vu. Mais il est bon pour le spectateur de se placer hors d’atteinte des fourmis; celles-ci ne font aucune
- mesquine distinction entre le lombric et l’homme. A peine si le sautillement de quelques oiseaux, compagnons obligés de. ces colonnes, qui se gavent sans cesse de manans attardés, vient relever d’une note gaie un tableau vraiment assez sombre.
- Et pourtant, à qui veut voir, et qui ose braver les mandibules acérées des manans, les colonnes de ces razzieurs redoutables et les curieux nids temporaires où ils s’arrêtent, fournissent matière à de remarquables observations. Mais 'attention, l’observateur ne devra pas souffler, pas fumer, à peine respirer, l’immobilité absolue est de rigueur. A ce prix, il pourra se tenir tout près d’une colonne en marche, en suivre les évolutions. Qu’un tremblement, si subtil soit-il, vienne à ébranler les murs vivants édifiés par les corps des soldats, ces nouvelles murailles de Jéricho s’effondreront, et, par la brèche ouverte, des centaines d’ouvrières, en un instant, se seront jetées sur le trouble-fête. Essayons toujours. A pas pressés, rang après rang, des ouvriè-
- 1. L’édition française de ces récits ligure sous ce nom un termite mais la description et les moeurs ne laissent planer aucun doute sur l’identité des bashikouai avec les mafians.
- res défilent. Tiens, entre les fourmis, une boule ronde, noire, trottine, hâtive. Plongeons dans la colonne, au risque de ressortir un doigt auquel dix manans s’accrochent des mandibules, et regardons notre capture : c’est un petit Staphylin luisant, très ^dur, qui trotte, abdomen relevé et recouvrant l’avant-corps : un Pygostenus (fig. r). Des pattes grêles, un corps assez court, des antennes en fuseau épais, évoquent un peu les Tachyporiens de nos mousses et de nos champignons. C’est un hôte assez fréquent des colonnes; nous en trouverons facilement une dizaine dans une seule journée. Toujours ils trottent isolément. Leur rôle n’apparaît guère; de temps à autre une fourmi referme ses mandibules sur leur carapace unie, ne parvient pas à assurer sa prise, et renonce à ce repas supplémentaire.
- Plus rarement, tapis entre les pattes des ouvrières, on voit passer des Staphylins aussi fortement cuirassés, mais bien plus petits : les Dory-loxenus. Leurs antennes sont plus épaisses, très courtes; leurs pattes minuscules, aplaties en lames. Pour eux, les soldats de manans sont des montures excellentes ; l’on peut
- souvent apercevoir un Doryloxenus, s’empresser derrière un soldat, le rejoindre, grimper sur son dos et se fixer derrière son thorax; et plus d’un soldat passe ainsi dans la colonne, chargé de son cavalier.
- Encore beaucoup plus rares sont les Dorylomima et les Dory-logastra. Ceux-ci se situent à l’opposé des Pygostenus. Ils sont tout en pattes et en antennes, en segments du corps distincts et comme désarticulés. On pourrait croire au premier aspect qu’il s’agit de quelque fourmi d’une autre espèce, égarée parmi les manans. Mais- Dorylomime ? Ah non par exemple ! Il faut n’avoir jamais examiné de Doryle pour songer à pareil rapprochement.
- Tous les Staphylins de la colonne ne sont pas aussi extraordinaires; les Sympolemon (fig. 2) et les Eupolemon ne s’éloignent qu'assez peu du type normal des Staphylins à vie libre; leurs antennes ne montrent que l’ébauche de « fuseau » caractéristique des Dory-loxènes ; et leur aè$%: c u ir a s s e n’est plus lisse, mais creusée de profondes cannelures.
- Nous avons de la chance, voici que les fourmis se raréfient; si elles défilent toujours en ordre impeccable, elles ne sont plus au coude à coude; mais le sol, entre elles, sous elles, semble mouvant. Ce n’est pas une illusion d’optique; derrière l’armée de Doryles, voici une armée de Staphylins. On pense aux ribauds qui suivaient les
- Fig
- Un Zyras mâle.
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- armées de la Renaissance. Une foule dense, qui n’a plus de caractères morphologiques particuliers, mais qui ne comprend guère que des espèces spéciales, ne se retrouvant pas ailleurs, presque toutes de petite taille. Une seule colonne peut héberger ainsi jusqu’à 22 espèces du seul genre Demera, entre lesquelles, s’avancent, plus gros, plus visibles, et plus rares, des Sympolemon et des Ænictonia (fig. 3).
- Puisqu’aussi bien nous sommes en queue de colonne, suivons donc jusqu’au bout. Nous aurons tôt fait d’atteindre, au pied d’un arbre arraché, un amas de grains de terre, d’une largeur de 2 m, exhaussé de quelques centimètres au-dessus du niveau du sol naturel (fig. 5). C’est là dedans que l’ensemble de la colonne s’est engouffré. Nous pouvons approcher sans crainte. Autant les maîians en colonne peuvent être agressifs, autant une fois rentrés sous terre ils deviennent paisibles. Nous pouvons examiner de tout près l’extérieur de leur demeure. Et ce n’est pas sans étonnement que nous verrons tous ces grains d’argile brune trembler et se déplacer; il suffit de gratter la surface pour avoir l’explication du phénomène. Tout l’amas de déblais est peuplé d’insectes hôtes ; parmi ceux-ci, avec un Sca-rabéide du genre Alloscehis, les Staphylins dominent : petits et grands, noirs ou bruns, ternes ou luisants, ils déambulent dans tous les sens. La plupart d’entre eux sont d’aspect tout à fait ordinaire; s’ils ne se rencontrent pas en dehors de cet habitat particulier ils n’ont pas été modifiés par lui. Les Zyras font exception. Oh ! ce ne sont, à l’aspect extérieur, que de gros Aléochariens bruns, noirs ou jaunes, un peu trapus, souvent luisants; mais ils se distinguent de leurs congénères par d’extraordinaires variants sexuels. Dans une même « mananère » leurs espèces peuvent être nombreuses. Les unes n’ont, pour marquer les mâles, que de petites bosses noires et luisantes au milieu du dos de l’abdomen; mais beaucoup vont plus loin. Les uns (fig. 4) portent à la base de l’abdomen une haute lame
- Figr. 5. — Un nid de Doryles en forêt d’Yapo.
- (Cliché G. Mangexot)
- dressée en corne vers le haut; les autres présentent, sur chaque côté du premier segment abdominal, une tige, aussi longue que le reste du corps, plus ou moins élargie à l’extrémité. Que font-ils de ces extraordinaires armatures ? Nul ne le sait.
- La banlieue de la cité des manans fournit à tous ces hôtes un milieu très favorable, où ils se reproduisent activement car leurs larves y abondent. Beaucoup d’entre eux ne sont sans doute que des vidangeurs, absorbant les déchets de toute sorte, et en particulier les débris de proies, rejetés hors de la mananère. Mais beaucoup aussi sont des carnassiers qui se nourrissent de fourmis. A quoi doivent-ils alors leur impunité, nul ne le sait; mais le fait est que les manans, terribles destructeurs d’insectes, ne semblent pas s’attaquer à la faune variée de leurs hôtes.
- R. Paulian et F. Corne.
- Découverte archéologique en Suisse.
- Les journaux de Genève relatent une découverte dont l’intérêt historique est incontestable : il s’agit d’un cimetière mis à jour près de Kleinhueningcn et dont l’origine remonte au ive siècle de notre ère. Il fut établi à cette époque par des Alemannis, tribu germanique qui venait d’envahir la Suisse et le sud de l’Alsace. Clovis la soumit en 493 ; elle fit dès lors partie de la confédération franque.
- C’est la première découverte de ce genre que l’on ait faite en Suisse. Commencés en 1933, les travaux avaient livré jusqu’ici 221 tombes qui ne contenaient que des ossements ; les archéologues pensent qu’elles furent pillées dès une époque très reculée ; mais une surprise les attendait, quand ils s’attaquèrent récemment à un groupe de 12 sépultures qui, elles aussi, avaient été dévalisées de leurs objets précieux, à l’exception d’une seule qui se trouve être précisément la plus importante, privilège qu’elle dut à ce fait qu’on avait enterré un enfant au-dessus d’elle et que
- les pillards ne poussèrent pas leurs recherches en profondeur.
- Cette tombe est certainement celle d’un grand chef de guerre. Elle contient le squelette de son cheval de bataille, dont les jambes antérieures furent soigneusement repliées sous le poitrail ; près de lui, se voient des ossements ; ce sont probablement les restes d’un esclave qui fut sacrifié comme l’animal. Le squelette du chef gît à la distance d’un mètre ; à sa gauche sont rangés un javelot et un bouclier ; à sa droite est posée la spatha, énorme épée à deux tranchants. Parmi les autres objets trouvés sur le squelette, on mentionne une boucle de ceinturon faite de bronze, une paire de ciseaux, un petit couteau de fer, un briquet d’acier, artistement incrusté d’or, une pochette rehaussée du même métal.
- L’unique découverte de ce genre était, jusqu’ici, celle d’une tombe de femme, mise à jour en 1900 dans le sud de la Suisse, et près de laquelle se trouvait le squelette harnaché du cheval d’un chef burgonde, enterré sous des plaques de pierre.
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- Décapage des métaux au moyen de l’hydrure
- de sodium
- Le décapage des métaux au moyen des acides minéraux présente un grave inconvénient : l’acide sulfurique, celui qui est le plus souvent employé, dissout bien la croûte d’oxydes très adhérente qu’on se propose de faire disparaître, mais, même très dilué, il attaque aussi le métal sous-jacent, d’où perte de métal — jusqu’à 3 pour 100 — qui passe dans le bain de décapage, et consommation inutile d’acide. On a essayé, mais vainement, de remédier à cet inconvénient : les procédés électrolytiques donnent satisfaction, mais ils sont coûteux, compliqués et manquent de souplesse ; ils ne conviennent pas dans tous les cas ; l’adjonction d’un composé organique approprié au bain de décapage limite bien l’attaque du métal mais ne la supprime pas complètement ; l’action est irrégulière et le procédé reste encore assez coûteux. Dans tous les cas, le décapage est long et doit être surveillé.
- Le procédé à l’hydrure de sodium Naïl n’a aucun de ces inconvénients ; il est simple, d’une application facile et générale ; il est rapide et peu dispendieux. Il est considéré comme le plus grand progrès qui ait été réalisé en matière de décapage. Mis au point par la société américaine Dupont de Nemours, il a été appliqué systématiquement et en secret pendant la guerre ; cette société ne percevait et ne perçoit encore aucun droit d’exploitation par les Américains ; le Capitaine E. Laird Cady vient seulement de divulguer quelques points essentiels du procédé dans un document officiel américain.
- De la soude caustique NaOI-I, renfermant 1,5 à 2 pour 100 d’hy-drurc de sodium, est fondue et portée à 370° ± 12°. On y plonge la pièce à décaper. La durée de l’immersion dépend de la nature et de l’épaisseur de la pièce et aussi de l’épaisseur de la couche d’oxydes ; elle varie de quelques secondes à 20 mn. A la sortie du bain fondu, rien ne semble s’être passé, mais si on plonge la pièce toute chaude dans l’eau froide, la couche d’oxydes se détache instantanément avec la plus grande facilité, par suite d’un dégagement abondant de vapeur et aussi d’hydrogène résultant de la décomposition do l’eau par un peu de sodium, toujours en excès dans l’hydrure.
- Avec l’oxyde salin de fer Fe304, le plus stable des oxydes de fer, l'oxyde des battitures et des croûtes de laminage, la réaction dans le bain de décapage est la suivante :
- FeA + 4 NaH 3 Fe + 4 NaOII.
- Le métal ainsi réduit est dispersé dans ce qui reste non réduit de la couche d’oxydes ; il peut être récupéré s’il est précieux ; la soude n’intervient pas ; elle n’agit que comme dissolvant de l’hy-drure.
- Après que la croûte d’oxydes s’est détachée de la pièce, il suffit de la passer rapidement dans de l’acide dilué ; on neutralise ainsi les traces de soude restées adhérentes au métal ; il apparaît alors avec son éclat caractéristique. Après quoi, la pièce subit les mêmes opérations que si elle avait été décapée à l’acide. Le décapage à l’hydrure de sodium dure deux fois moins longtemps que le décapage à l’acide sulfurique.
- Pour préparer l’hydrure de sodium, on fait passer dans le sodium fondu de l’hydrogène ou, mieux, et ce qui revient au même, les produits de dissociation du gaz ammoniac, c’est-à-dire un mélange de trois volumes d’hydrogène pour un volume d’azote.
- Auparavant, ce qui était cher c’était le sodium ; mais on a réussi à régénérer l’hydrure de sodium. Maintenant, la Dupont de Nemours le produit en quantité surabondante, car elle n’a plus à
- satisfaire les besoins nés de la guerre, et cette surabondance était aussi possible en France avant la guerre. Cependant, le procédé apparaît trop coûteux en temps de paix pour être appliqué couramment aux aciers au carbone ordinaires, comme il l’a été durant la guerre ; mais il reste avantageux pour les aciers spéciaux, es aciers dits inoxydables, les aciers à coupe rapide, le cuivre, le nickel, le cobalt, le chrome et l’argent, ainsi que leurs alliages ferrifères.
- Il est, comme on le voit, d’une application très générale ; aussi, actuellement, est-il employé dans ces cas aux Etats-Unis, au Canada et en Grande-Bretagne.
- Pendant la guerre, la Carpenter Steel Corporation a appliqué le procédé dans douze installations. Les bacs de décapage étaient en tôle d’acier, chauffés électriquement par du courant triphasé à 8-14 V et à 60 périodes par seconde, la soude servant de résistance. Le plus grand bac qui ait été utilisé mesurait 7,70 x 0,90 m et 1,20 m de profondeur ; il consommait 500 kW.
- L’hydrure de sodium est produit dans un ou plusieurs « générateurs » contigus au bac de décapage ; ils sont aussi en tôle d’acier et chauffés électriquement ; on y fait barboter dans la soude fondue le mélange gazeux d’hydrogène et d’azote en même temps qu’on y introduit des briques de sodium métallique ; le barbotage suffit pour homogénéiser la masse ; elle passe directement dans le bac de décapage par un conduit qui débouche à 40-50 cm au-dessous du niveau liquide dans ce bap. Le décapage peut ainsi être presque continu, la quantité de soude formée pouvant être égale à celle qui reste adhérente aux pièces décapées et qu’elles emportent en sortant du bain de décapage.
- La température du bain de décapage doit être parfaitement réglée : si elle dépasse sensiblement 370°, on perd de l’hydrure de sodium ; si elle lui est trop inférieure, de la soude se solidifie sur les pièces froides au moment de leur immersion ; mais on peut y remédier en chauffant ces pièces préalablement.
- Les propriétés mécaniques des pièces soumises au décapage par l’hydrure de sodium ne sont pas modifiées par une prolongation de leur séjour dans le bain fondu. Pratiquement elle est de 10 à 12 mn. Le procédé convient particulièrement aux pièces de forme compliquée, et leurs dimensions ne sont limitées que par celles de la cuve de décapage. Le prix de revient du décapage dépend plus de la surface des pièces traitées que de leur poids.
- Par des précautions, faciles à prendre d’ailleurs, on évite que l’by-drogène qui est en excès par suite de la décomposition de l’eau, ne forme un mélange explosif avec l’air ambiant ; on le brûle tout simplement à sa sortie d’évents qui surmontent le générateur. De même, l’hydrure de sodium no doit pas être exposé à l’air libre car il s’y enflamme spontanément.
- Grosso modo, la consommation de sodium varie de 2,75 à 5,5 kg par tonne de métal décapé. Celle d’hydrogène est un peu supérieure à ce qu’exige la théorie. Il n’y a pas d’inconvénient à ce que le sodium soit en léger excès ; au contraire.
- Actuellement le prix du sodium métallique aux États-Unis est de 35 cents le kilogramme. Nos usines électrochimiques du Dauphiné pourraient le fabriquer à un prix du même ordre de gran-geur. Il est donc probable que le procédé de la Dupont de Nemours sera appliqué en France, s’il ne l’est déjà, quand son brevet sera tombé dans le domaine public.
- E. L.
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- Les plastiques comme masses d'inclusion
- DISTILLATION
- POLYMERISATION
- Fig. 1. — Distillation, puis polymérisation dans le même appareil d’un monomère devant fournir la masse d’inclusion.
- L’extraordinaire profusion des résines et des verres synthétiques obtenus depuis une dizaine d’années, dont beaucoup sont plus beaux et plus transparents que du verre, devait faire 6onger à utiliser ces composés organiques pour enrober des pièces fragiles,
- telles que des échantillons d’animaux et de plantes dans des musées et des laboratoires d’enseignement, des pièces destinées à être coupées au microtome en vue d’un examen microscopique.
- En France, ce genre de recherches fut entrepris à Lyon, à la Faculté de Médecine, dans le laboratoire du professeur Policard, dont on connaît les travaux et les manuels classiques d’histophysiolo-gie et qui publie le remarquable Bulletin d’histologie ap p li-quée.
- On songea d’abord à un enrobage direct à chaud dans une masse en fusion de polymères fusibles à basses températures, mais on fut arrêté par le dégagement de bulles d’air dans la masse et par la surface impossible à polir. L’immersion dans un polymère dissous par un solvant qu’on faisait ensuite évaporer ne fut pas plus heureuse, les pièces se rétractant en se déformant.
- MM. J. Coudert et Ch. Baud, élèves du même laboratoire, cherchèrent dans une autre voie et ils viennent de faire connaître leurs résultats dans le dernier numéro des Annales de Parasitologie.
- Ils ont immergé la pièce à conserver dans un monomère liquide dont ils ont provoqué la polymérisation sur place de façon à obtenir un verre synthétique. L’acétate de vinyle durcit lentement et n’acquiert pas une grande dureté. Le méthyl-acrylate de méthyle, d’un emploi plus délicat, donne des résultats bien supérieurs comme transparence et dureté. Le styrolène monomère a des propriétés intermédiaires. Quel que soit le milieu choisi, la technique
- est sensiblement la même. L’animal entier quand il est petit, la région ou l’organe disséqué et préparé pour les pièces anatomiques, est déshydraté par passage dans une série d’alcools de plus en plus concentrés, jusqu’à l’alcool absolu, comme pour les inclusions dans la paraffine. On plonge ensuite l’objet dans le toluène et, au besoin, on en extrait les bulles d’air soit par le vide, soit par une très brève ébullition. On passe du toluène ou monomère choisi dont on renouvelle le bain après quelques minutes.
- Fig. 2. synthétique
- Inclusion dans un verre d’une tique parasite :
- Ornithodorus erraticus.
- Le monomère tel qu’on le livre aux laboratoires est un corps volatil qui se polymériserait spontanément si on ne l’avait stabilisé, généralement par de l’hydroquinone. On le distille et le poly-mérise dans l’appareil représenté ligure 1, monté avec des bouchons de liège. Dans un premier temps, on distille le monomère versé dans le flacon A avec des billes de verre pour régulariser l’ébullition qu’un bec Bunsen entretient ; les vapeurs sont condensées dans un réfrigérant à eau et recueillies dans un tube à essai B. Dans un deuxième temps, le ballon A démonté, le tube B connecté an réfrigérant en marche, après qu’on a ajouté au monomère comme catalyseur 3 à S pour 100 de peroxyde de benzoyle (poudre blanche qui se dissout instantanément), on chauffe doucement au bain-marie le tube B jusqu’à ébullition ; après 15 à 20 minutes, les bulles montent plus lentement, le milieu devient visqueux comme un épais sirop ; on coule ce sirop dans un moule fermant hermétiquement : large tube de verre à fond plat ou tube métallique, bouché au liège recouvert de cellophane.
- L’objet qui attend dans le monomère est introduit dans le moule qu’on referme hermétiquement et qu’on porte à l’étuve à 56°. On
- Fig. 3. — A gauche, une guêpe (Vespa germanica) ; à droite, une pièce anatomique, enrobées dans un verre synthétique par MM. Coudert et Baud.
- pourra démouler 24 à 36 h plus tard, ou prolonger la chauffe plus longtemps si la pièce apparaît insuffisamment dure.
- Pour démouler, on jette le moule dans l’eau froide. Un craquement sec annonce le décollement du bloc qu’on fait glisser et sortir par pression.
- On n’a plus qu’à planir et polir les faces aux papiers de verre de finesse croissante ou à la meule émeri. On termine par un drap humide chargé d’une poudre à polir l’argenterie.
- Le seul point délicat est la polymérisation ; l’acétate de vinyle et le styrolène se prennent en masse assez lentement à une température de 80°, mais le méthylacrylate de méthyle demande plus d’attention : trop chauffé, il durcit trop vite.
- MM. Coudert et Baud ont réussi de très belles inclusions, comme le montrent les ligures 2 et 3. Ils recommandent de ne pas traiter des objets dépassant 6 cm pour éviter que des bulles d’air restent incluses. Ils préparent des insectes préalablement desséchés, ce qui économise la déshydratation par les alcools de concentrations croissantes. Us signalent que seules les couleurs propres des objets sont conservées ; celles solubles dans les graisses diffusent et celles d’irisations disparaissent, 6i bien que les papillons perdent leurs plus brillantes couleurs.
- Quoi qu’il en soit, les plastiques transparents paraissent précieux pour préserver de nombreux petits objets fragiles, en permettre la manipulation et l’observation détaillée, même à la loupe ou au microscope binoculaire. A ce titre, ils ont leur place marquée dans les laboratoires de travaux pratiques, dans les musées et collections d’enseignement.
- Le gérant : G. Masson. — masson et cie, éditeurs, paris. — dépôt légal : ier trimestre 1947, k° 4q4-
- BARNÉOUD FRÈRES ET Cie, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° GoS. — 2-lQ^q.
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- N° 3130
- 15 Février 1947
- LA NATURE
- POSSIBILITÉS NOUVELLES DE LA TURBINE
- Fig. 1. — La locomotive de 2 200 ch à turbine à feu BBC S. N. C. F.
- Un engin nouveau et éminemment « rationnel »,la turbine à gaz, apporte actuellement une révolution comparable à ceUgrtàSjJj* turbine à vapeur il y a environ un demi-siècle. la vaPeur, Vimpulsion rotative directe,
- par actlommu S^aciioOTdynamique du fluide, remplace la détente « volffijStriqtï|j » etpia mouvement alternatif des machines à pistoiaL. cr* £jj
- A vfe'^dire^fla yÆmne à gaz existe déjà depuis un certain nombreNm^ÿ^^iM^nt pour les services auxiliaires de faible puissance (î'eèuptëilnion de puissance sur l’échappement pour l’entraînement des compresseurs d’aviation, services annexes des chaudières à foyer sous pression, etc...) que pour des installations fixes de grosse puissance, atteignant 5 ooo, et même prochainement io ooo kW dans les usines métallurgiques.
- Le développement actuel, qui prend l’allure d’une poussée révolutionnaire, se manifeste d;jns le domaine des transports : chemins de fer avec la célèbre locomotive BBC de 2 200 ch (10 ooo à la turbine) à transmission électrique, turbines multiples étagées avec récupérations diverses, pour la marine, et surtout tarbo-propulseurs d'aviation, genre Théséus, directement issus des « turbo-réacteurs » des avions à réaction, et dont l’avenir paraît plein de promesses.
- Locomotives à turbine à gaz.
- Dans la locomotive BBC (fig. 1), le gaz moteur est fourni par une chambre de combustion sous pression. Le refroidissement des gaz en feu, indispensable à la conservation de l’ailettage de la turbine, est assuré par de puissantes injections d’air. Le tf bilan énergétique » est paradoxal; la turbine développe effectivement le chiffre formidable de 10 ooo ch, dont 7 800 sont absorbés par les auxiliaires et notamment par le compresseur d’air alimentant la chambre de combustion, tandis que 2 200 ch restent disponibles pour la traction.
- La locomotive, à voie normale qui a circulé sur les chemins de fer fédéraux suisses et qui vient d’être remise à la S. N. C. F., a été étudiée pour une vitesse maximum de 110 km à l’heure, avec charge maximum de 16 t par essieu. Le train de roulement comporte un ensemble de deux essieux moteurs au centre, solidaires du châssis de caisse, encadrés de deux bogiés ayant chacun un essieu moteur et un essieu porteur; les essieux moteurs sont entraînés par des moteurs électriques, alimentés par la dynamo principale que la turbine entraîne par engrenages.
- Le principe de fonctionnement est le suivant (fig. 2). Le gaz
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- moteur est produit dans la chambre de combustion par une flamme continue de combustible liquide, injecté dans une atmosphère d’air comprimé. La température de combustion atteint i 6oo°; la quantité d’air totale (air de combustion et de
- Boîte de réduction Rechauffeur dhir
- des '
- génératrices
- *---- Compresseur Turbine h
- Châssis auxiliaire axial d'air a gaz Chambre de
- combustion
- Fig. 2. — Schéma du groupe turbo-générateur de la locomotive à turbine à feu.
- la vitesse de la turbine est de 5 200 tours-minute (environ 90 tours par seconde), la vitesse correspondante du groupe II de génératrices étant alors de 812 tours-minute.
- Démarrage et conduite.
- De même qu’un moteur à explosions ou un diesel, l’ensemble turbine-génératrice serait incapable de démarrer seul. Pour en amorcer le fonctionnement, il est nécessaire de porter l’ensemble à une vitesse de démarrage qui est d’environ 00 pour 100 de la vitesse de pleine charge.
- A cet effet, on lance dans la génératrice maîtresse, fonctionnant temporairement en moteur, le courant fourni par une génératrice spéciale accouplée à un moteur Diesel de lancement de 100 ch ; ce diesel est lancé lui-même à l’aide de sa génératrice, alimentée par une batterie d’accumulateurs; celle-ci est normalement rechargée durant la marche par la génératrice
- refroidissement) est fournie par les compresseurs axiaux à plusieurs étages. Comprimé à quatre atmosphères, l’air est envoyé dans le réchauffeur, où il récupère une partie de la chaleur de l'échappement, puis se sépare en deux parties, dont l’une pénètre dans la chambre de combustion à travers des orifices obliques, tandis que le reste de l’air circule dans une double enveloppe, assurant l’isolement thermique de. la chambre. A la sortie de la double enveloppe, il se mélange aux gaz en feu, dont il abaisse la température à une valeur admissible, soit environ 4oo°.
- Le mélange air-gaz traverse la turbine en se dilatant et en libérant son énergie, puis passe dans le réchauffeur-échangeur et s’échappe par des ouvertures pratiquées dans le toit de la locomotive.
- La puissance mécanique utile, c’est-à-dire celle de la turbine diminuée de celle qui est absorbée par le compresseur, est transmise par un engrenage au groupe générateur.
- La partie électrique principale comporte : la génératrice maîtresse fournissant le courant continu de traction, la génératrice auxiliaire alimentant les auxiliaires en courant continu, enfin un alternateur pour le chauffage du train. A pleine charge,
- Pertes de la. génératrice Z'
- Qux auxiliaires llch. Traction
- fr3 b—
- Fig. 4. — Diagramme de répartition des puissances ( chiffrées en chevaux) dans la locomotive à turbine à feu.
- Fig. 3. — Croupe générateur de la locomotive BBC.
- De droite à gauche : chambre de combustion, turbine au-dessous du réchauffeur quadrangulaire, compresseur cylindrique horizontal, réducteur et'dynamo. (Photo Brown-Boveri).
- auxiliaire du groupe turbine. L’allumage du combustible dans la chambre est assuré par une « canne » chauffée électriquement.
- Les moteurs de traction, au nombre de quatre, sont constamment branchés en parallèle; la génératrice maîtresse a une puissance continue de 1 145 kW, soit 1 800 ampères sous 56o Y. La conduite de la machine (fig. 5) se fait au moyen d’une commande à manette agissant sur la quantité de combustible injectée. Supposons que le conducteur accroisse l’injection; la vitesse de la turbine augmente, provoquant l’intervention d’un.« servo-régulateur de champ » qui augmente l’intensité du courant d’excitation séparé de la dynamo prnicipale; la tension d’alimentation fournie au moteur de traction se trouve ainsi accrue, la locomotive accélère. Un « correcteur barométrique 3) intervient automatiquement pour le réglage de la flamme lors du changement d’altitude en montagne.
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- La locomotive à turbine à gaz consomme 36o g d’huile par ch. heure combustible, contre 160 g pour un bon moteur Diesel suralimenté; mais elle se contente d’une huile brute deux fois moins chère, en sorte qu’il y a sensiblement compensation. L’extrême simplicité de l’installation a turbine se traduira certainement par des frais d’entretien très inférieurs à ceux des diesels.
- Turbo-propulseur d'aviation.
- La turbine à gaz pour aviation, sous la forme où elle entraîne une hélice, vient de faire un progrès important avec le Bristol « Theseus I », à réchaul'feur d’air, dont la consommation (210 g par cheval-heure) à haute altitude, est inférieure à celle du moteur à explosions.
- Dans le courant de la guerre, la turbine à gaz d’aviation présentait une simplicité remarquable. L’air était comprimé par un compresseur centrifuge ou axial, échauffé dans les chambres de combustion puis détendu à travers une turbine qui entraînait le compresseur. La puissance de la turbine était entièrement absorbée par ledit compresseur, le supplément de puissance disponible se retrouvant dans les gaz comprimés et chauds qui jaillissaient par l’arrière, produisant la poussée réactive. On avait ainsi un appareil propulsif sans hélice, léger, peu encombrant, facile à caréner en forme d’œuf, et dont le rendement était acceptable sur les avions à grande vitesse. C’est un « turbo-réacteur » de ce type (fig. 6) qui équipe les chasseurs britanniques « Vampire » de Haviland.
- L’inconvénient de ce mode de propulsion est sa consommation élevée, surtout aux faibles vitesses. Aux vitesses atteintes par les chasseurs à réaction, elle est près de deux fois plus forte que celle du moteur à explosions entraînant une hélice; aux vitesse des avions de transport, elle eût été prohibitive. L’hélice, ne l’oublions pas, possède un excellent rendement, de l’ordre de 80 pour 100, tant que l’extrémité des pales n’approche pas de la vitesse du son.
- Fig. 5. — Cabine de conduite de la locomotive à turbine à feu.
- Le réglage de la puissance s’obtient en agissant sur l’admission de mazout.
- Combiner le turbo-réacteur avec la propulsion par hélice est une solution séduisante. Il suffit de prolonger l’arbre, de façon à porter l’hélice, qui absorbe désormais la plus grande partie de la puissance, la puissance réactive des gaz d’échappement devenant secondaire. Ce fut la solution préconisée par Wright, qui affirme que le et turbo-propulseur » est des-
- Compresseur dklr Arrivée du combustible
- pour le poste de pilotage aux brûleurs
- Entrées d'air
- Entrée dair 'de refroidissement
- Rotor de la Orifice urbine d'éjection
- Entrain des , auxiliaires
- Moteur électrique de démarrage
- : chambres . de combustion
- Compresseur^ Pompe à centrifuge combustible
- Cône intérieur
- Fig. 6. — Turbo-réacteur « Goblin » équipant le chasseur anglais de Haviland « Vampire » (en médaillon).
- tiné à remplacer le moteur à explosion dans toutes les applications aux avions rapides à grande puissance. Elle a été étudiée chez Bristol, chez Junkers et B. M. V.
- Nous trouvons dans le turbo-propulseur, une application de deux principes essentiels de la turbine à gaz : le radiateur d'air et le réchaujfeur d'air. Le premier se place entre les étages de compression, afin de diminuer la puissance absorbée par les étages suivants; le réchauffeur se place à la suite du dernier étage de compression, immédiatement avant l’entrée de l’air dans les chambres de combustion ; il permet une récupération d’une partie de la chaleur de l’échappement, comme dans la locomotive BBC.
- Réchauffage et combustion fractionnée.
- Dans les installations de turbines à gaz, faut-il injecter en une fois tout le combustible dans une chambre de combustion ? Faut-il, au contraire, le brûler par fractions dans des chambres de combustion successives, avec chaque fois détente et refroidissement intermédiaire dans une roue de la turbine ? Ce problème, qui a donné lieu à de longues discussions techniques, semble aujourd’hui tranché dans le sens de la combustion fractionnée. Ce système complique évidemment la turbine à gaz, davantage même que la surchauffe intermédiaire ne complique la turbine à vapeur, mais l’augmentation de rendement est considérable. On doit noter le parallélisme théorique fort intéressant entre l’évolution du gaz au cours d’une compression étagée avec refroidisseur d’air entre étages, et la détente fractionnaire des gaz dans des corps de turbine séparés, avec chambre de combustion intermédiaire. Dans le premier cas, la chaleur enlevée à l’air a pour effet de réduire au minimum le travail de compression subséquent; dans le deuxième cas, la chaleur
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- créée dans les chambres de combustion successives permet d’élever au maximum le travail de détente.
- L’intérêt du rêchauffeur. d’air est indiscutable sur les installations terrestres, les locomotives et les navires; ses premières applications aéronautiques sont encore à leurs débuts. On peut penser qu’il se généralisera sur les turbo-propulseurs destinés aux appareils civils et aux appareils militaires à grand rayon d’action, l’économie de consommation pouvant atteindre un quart.... Compression isotherme, combustion fractionnée, réchauffeur d’air, ces différentes dispositions, sans être incompatibles, appellent nécessairement des compromis, qui seront mis au point progressivement par les constructeurs.
- Propulsion marine.
- Voici quelques aperçus sur les installations de turbines à gaz pour la propulsion des navires (-1).
- Dans la marine, les problèmes d’encombrement et de poids se trouvent simplifiés; on peut considérer que l’emploi de la combustion fractionnaire et des turbines à plusieurs étages est
- Turbine basse pression Compresseur h*?'pression
- Régénérateur
- Basse pression O
- Haute ^ pression
- Turbine
- haute-pression
- Compresseur basse pression
- 7_ — Montage de deux turbines à feu en fonctionnement « croisé » pour l’entraînement d’un propulseur de navire.
- Chaque turbine entraîne le compresseur de l’autre ; la combustion s’effectue en deux étapes, dans deux chambres séparées.
- dès aujourd’hui de règle. Les turbines à vapeur récentes montrent que des rendements internes de l’ordre de 90 pour 100 peuvent être obtenus sans dispositions anormales, avec des ailetages étudiés pour les grands débits. Sous ce rapport, la turbine à gaz est plus favorisée que la turbine à vapeur de même puissance. Un rendement de 83 pour 100 est au delà des possibilités des compresseurs centrifuges actuels, mais il est déjà dépassé par des compresseurs multicellulaires de type axial, et les types les plus récents de compresseurs rotatifs volumétriques permettront vraisemblablement de dépasser cette valeur. Dans ces conditions, le rendement de la turbine à gaz devient très nettement satisfaisant.
- L’emploi de la compression à deux étages avec refroidisse^ ment intermédiaire, ainsi que la détente en deux expansions avec surchauffe intermédiaire, n’augmente pas seulement le rendement, mais diminue le poids d’air par cheval. La grandeur des appareils nécessaires rend moins dangereuses les distorsions qui peuvent se produire sous l’effet des inégalités de température. Avec un fonctionnement à triple expansion, on obtient un rendement de 43 pour 100, qui dépasse les meilleures valeurs obtenues avec les moteurs thermiques de tous systèmes.
- Le fonctionnement à charge réduite pose des problèmes particuliers. Il est évident que le rendement, dans ces conditions,
- 1. Voir aussi Bulletin technique du Bureau Vêritas, septembre 1945.
- sera le plus grand possible si l’on opère la réduction de puissance en laissant les températures constantes et en réduisant le débit d’air. Au contraire, on diminue très sensiblement ce rendement si on laisse le débit d’air constant en agissant seulement sur les températures; or, c’est ce second procédé qui entre en jeu quand on règle la puissance par la quantité de combustible injecté.
- Avec une installation « croisée », conforme à celle que représente la figure 7 où la turbine HP entraîne le compresseur BP sans agir sur la machine réceptrice, la diminution de la température à l’admission de la turbine HP entraîne la réduction de sa vitesse et, par suite, la diminution de l’air aspiré par le compresseur. On peut donc maintenir constante la température d’admission à la turbine BP (x) dont le rendement diminue peu.
- On trouve ainsi que pour la turbine à deux expansions (tant pour la détente que pour la compression), le rendement passe de 32,6 pour 100 à pleine charge à 29,8 pour 100 à tiers de charge. Aucune installation à vapeur ou Diesel ne présente une chute de rendement aussi faible pour une variation de charge de cette importance.
- Sans entrer dans le détail des méthodes présentement disponibles, on peut dire que les aciers actuellement employés pour les ailetages peuvent soutenir des efforts appréciables à des températures dépassant 54o°, sans rupture, corrosion, ni fluage excessif. Dès à présent, on envisage de réaliser les turbines à gaz avec une température d’admission atteignant 63o° et présentant la même sécurité que les turbines à vapeur actuelles fonctionnant à 48o°. Une réfrigération interne du rotor et des ailettes ne paraît pas nécessaire, mais il faudra diposser d’un système de réfrigération par circulation d’air pour protéger les paliers et pour éviter les dilatations inégales de l’ensemble, Tous les produits de distillation du pétrole, exempts de cendres, semblent pouvoir être employés; il n’y a pas d’objection de principe à l’emploi de combustibles liquides très lourds, voire, dans un avenir peu éloigné, du charbon pulvérisé.
- Le problème de la marche arrière est actuellement à l’étude; l’installation d’une turbine à gaz est chose suffisamment encombrante pour que l’on hésite à ajouter une turbine de marche arrière. Un changement de marche purement mécanique ou une hélice réversible semblent devoir résoudre le problème. La transmission électrique ou hydraulique apporte également des solutions éprouvées, de nature à donner tous apaisements aux marins et aux armateurs.
- Pierre Devaux,
- Ancien élève de l’École Polytechnique.
- 1. La société Sulzer vient de publier les résultats d’une expérimentation prolongée pour l’alimentation des turbines au moyen de « gaz potentiels » fournis par des compresseurs à « pistons libres ». Nous aurons à revenir sur ces recherches qui ouvrent de nouvelles possibilités pour l’emploi de la turbine à gaz à basse température.
- ERRATUM
- A propos du microscope électronique (n° 3.127 du 1er janvier 1947, p. 11).
- M. le Dr P. Lépine, chef du Service des Virus à l’Institut Pasteur, nous a fait remarquer que les figures 6, 7 et 8 représentant des bactériophages et des bactéries photographiés au microscope électronique sont des documents originaux provenant de son laboratoire. La figure 6, en particulier (bactériophages), fait partie d’une série de travaux inédits qui avaient été communiqués, à titre d’information, au rédacteur de l'article mais non destinés à la publication.
- La Nature a publié ces documents sans indication d’origine et s’excuse de cette omission.
- D’autre part, les photographies reproduites dans les figures 4 et 5, page 10, ont été faites au laboratoire de microscopie électronique de la C. S. F., à l’aide du microscope électronique C. S. F.
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- LA MACHINE A CALCULER ÉLECTRONIQUE
- prévoit les richesses pétrolifères.
- Le 22 mai x649? un privilège ou brevet royal était accordé à Pascal pour une machine à calculer.
- Le texte intégral de cette remarquable invention, décrite de façon naïve et savoureuse, a d’ailleurs été publié jadis dans La Nature.
- Depuis que de chemin parcouru.
- De la règle à calcul aux machines perfectionnées automatiques permettant la résolution d’un système de g équations à g inconnues en huit heures environ, toute une gamme de machines existe aujourd’hui, entre autres les machines à clavier Monroe, Métal, Mercedes... qui rendent de si nombreux services.
- Peu avant la guerre deux appareils perfectionnés avaient été construits; le premier était l’œuvre de John-B. Wilbur et avait vu le jour dans les laboratoires du Massachusetts Institute of Technology où il était destiné à la résolution d’un système d’équations linéaires en nombres réels {*) ; l’autre était dû à Allen II. Schoolen et avait été conçu aux laboratoires de la R. C. À. Manufacturing Company où il servait à la résolution d’une équation de nature quelconque en nombres réels ou complexes (2). Ces deux appareils ont été décrits dans une revue française (3).
- D’un tout autre principe est la machine à calculer électronique qui permet d’effectuer en quelques jours ou en quelques heures, d’une façon infaillible, des calculs qui auraient nécessité des semaines ou même des années entières, à des équipes spécialisées.
- Cette extraordinaire machine prend une signification toute nouvelle devant la complexité des calculs tant en astronomie qu’en physique nucléaire ou cosmique.
- Le premier type en a été imaginé par le D1' J.
- W. Manchly et J. P.
- Eckert de la Moore School of Electrical Engineering de l’Univer-sité de Pennsylvanie, à
- 1. Journ. Franklin Inst., t. 222, n° 6.
- 2. R. C. A. Review, t. III, n° 1.
- 3. L. Couffignal. Deux nouveaux appareils monomécaniques pour la résolution des équations. Revue Scientifique, n° 10, 15 août 1938.
- Philadelphie. Il fut conçu pour l’armée américaine et destiné à la réalisation rapide de calculs compliqués de balistique.
- Au lieu de réaliser des dispositifs mécaniques complexes, on additionne ou on multiplie des tensions ou des capacités électriques. La machine est constituée par des jeux de résistances et de condensateurs.
- Ce n’est donc pas dans son principe que cette machine puise son nom d’électronique, mais dans les systèmes de transformation et d’amplification, car elle utilise un courant ondulatoire à ioo ooo pulsations par seconde. De ce fait son inertie est négligeable et les calculs se font avec une remarquable rapidité. Une addition ne demande qu’un cinq-millième de seconde et, en cinq minutes, peuvent se faire dix millions d’additions ou de soustractions de nombres de dix chiffres.
- La machine type fut dénommée « Electronic Numerical Inte-grator and Computer », et par abréviation ENIAC (J). Elle occupait (fig. i), avec les meubles contenant l’appareillage annexe et i5 ooo tubes électroniques du type lampes de T. S. F., une pièce de g m sur i5 m, le tout pesant 3o t et consommant en marche et à pleine charge i5o kW.
- Une autre machine du môme genre, pesant ioo t et fonction-
- 1. Voir La Nature, n° 3115 du 1er juillet 1946.
- Fig. 1. — Une vue d’ensemble de la machine électronique ENIAC.
- A gauche, les deux tableaux de lectures sur l’oscillographe.
- (Photos U.S.I.S.)
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- nant avec 2 000 tubes électroniques, i5o moteurs et 320 km de fils fut montée à l’Institut technologique du Massachusetts, à Cambridge. Elle servait aussi à l’armée.
- Mais déjà la machine électronique trouve de nouveaux champs d’application et des variantes curieuses.
- Depuis que la science s’est penchée sur la technique, d’abord très empirique, de l’exploitation du pétrole, celle-ci a fait de remarquables progrès. L’application à cette technique du nouvel analyseur électronique dérivé de la machine ENIAC en est une manifestation.
- On sait que le jaillissement des puits de pétrole dépend essentiellement des pressions d’eau et de gaz qui chassent le liquide dans le conduit de sortie, cette pression pouvant du reste être assez basse pour nécessiter un pompage. Or on a calculé la vitesse de pompage qui devait être maintenue pour l’obtention d’une exploitation correcte, par des équations mathématiques.
- C’est à la résolution de ces équations que l’on utilise une machine à calculer électronique spécialement conçue par le Dr William A. Bruce, physicien américain.
- La précision de l’analyseur a été démontrée en prenant les premiers chiffres d’une exploitation ou d’un puits et en prédisant son comportement pour les mois à venir. Ces prévisions ont été vérifiées.
- Des tests sur de nouveaux terrains ont été effectués par ailleurs et le début d’exploitation qui a suivi a aussi vérifié les prévisions données par l’analyseur.
- On part ici d’une base ingénieuse, mais simple, en estimant que le pétrole et l’eau sous pression dans le sol se comporteront de la même façon que l’électricité dans les condensateurs et les résistances de la machine. Par suite, de simples lectures de tension correspondront au comportement de l’exploitation.
- Il a été démontré qu’un tel analyseur pouvait prédire sur une période de 10 à 20 ans la vitesse de débit d’un puits, ou encore pouvait indiquer les quantités d’eau et de gaz à injecter pour assurer une vitesse de débit donnée, nécessaire à une exploitation correcte.
- Les figures 2 à 5 montrent diverses vues de cette singulière machine.
- La fig. 2 est une partie de l’appareillage situé derrière le panneau de l’analyseur qui montre la complexité des connexions et des commandes. Les commandes que l’on voit à la partie supérieure, lorsqu’elles seront manipulées convenablement, simuleront les conditions de pression existant dans le puits de pétrole au moment présent et qui constituent le facteur capital de prévision du comportement ultérieur du puits.
- L’analyseur utilise ici une batterie de condensateurs pour représenter l’aptitude du sable à s’imprégner de liquide. Toutefois le pétrole ainsi emmagasiné n’aurait aucun intérêt s’il ne venait sous forme libre dans le puits. L’analyseur rend alors compte de la vitesse d’écoulement par contrôle sur des résistances électriques qui correspondent à la résistance qu’oppose le sable à l’écoulement du pétrole.
- A plus de 1 000 km du gisement, dans le laboratoire de Tulsa, une simple employée reporte sur l’analyseur les données du champ de pétrole mis en étude. Ces données sont représen-
- tées par le nombre de puits, le taux de production actuel de chaque puits, le comportement antérieur des pressions depuis le début de l’exploitation, Ite. quantité de liquide retirée et l’estimation des quantités d’eau et de gaz pouvant y être injectées. Le report de ces données permet à la machine d’effectuer ensuite automatiquement les prévisions à longue échéance, et de façon très précise, de l’exploitation ultérieure.
- Si les organes de principe sont des capacités et des résistances électriques ordinaires, le cerveau et le cœur de l’analyseur sont des tubes électroniques, ce qui justifie bien le nom donné à ces machines.
- Ces tubes dont quelques-uns sont représentés sur la fig. 3 commandent la décharge des condensateurs correspondant au pétrole et à l’eau que l’on tire du puits et la charge représentant l’eau injectée. D’autres, sur un dispositif similaire, correspondent aux gaz et fonctionnent comme ceux qui donnent les indications relatives à l’eau.
- Une table munie de tenons dont chacun représente un puits de pétrole en miniature simule le gîte réel. Sur cette table (représentée sur la couverture de ce numéro), les petits cercles indiquent les puits déjà en exploitation. Les plaques carrées représentent les puits d’eau dans lesquels on pourra faire les injections de grandes quantités d’eau pour donner la pression nécessaire.
- Les cellules de ces puits de pétrole en miniature sont, en réalité, des électrodes qui sont reliées en groupe derrière le tableau et qui simulent un groupe de puits épuisant normalement un champ pétrolifère. Une solution d’eau glycérinée où plongent ces électrodes assure la conduction du courant dans des conditions similaires à celles du sable imprégné de courant. On compare donc ici deux résistances, celle du courant à travers la solution et celle du sable au passage du pétrole.
- Dans le bâti de l’analyseur sont établies les connexions multiples.
- Les prévisions peuvent se faire en ramenant les mois réels de la vie du gisement en secondes sur l’analyseur. Ainsi, au laboratoire de Tulsa, un mois de l’histoire de l’exploitation correspond à 2 secondes et demi du fonctionnement de l’analyseur électronique. Autrement dit, en cinq minutes, la machine analyse les dix années à venir et prédit pour ce laps de temps le comportement du champ.
- Derrière le panneau, on voit (fig. 4) les relais qui contrôlent les intervalles de 2 secondes et demi. Les câbles souples venant de ces relais sont branchés par des fiches selon les indications relevées sur l’exploitation présente et la machine fonctionne ensuite automatiquement avec enregistrement des prévisions sous forme de graphiques, débits, vitesses et pressions.
- Bien entepâdu l’appareil dorme des résultats d’autant plus sûrs que les données de base nécessaires sont plus complètes. Dans un gisement déjà en exploitation ces données peuvent être abondantes et la prévision par suite très sûre. Dans un gisement nouveau à mettne en exploitation les prévisions seront d’autant plus intéressantes que les renseignements historiques que l’on pourra fournir à l’analyseur seront plus détaillés.
- M. Déribéré.
- Fig. 2. — L’analyseur de gisements de pétrole de W. A. Bruce montrant les commandes recevant les données de base du gîte. — 3. Les tubes électroniques qui assurent le fonctionnement de l’analyseur. — 4. Les connexions des relais derrière le panneau principal. — 5. Le D' W. A. Bruce confrontant une carte géologique d’un terrain pétrolifère avec son report sur la table de l’analyseur figurant les
- puits en miniature.
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- Figr- 1.---L’amiral Byrd (à gauche), le vice-amiral Sherman
- et le capitaine de vaisseau Cruzen qui prennent part à l’expédition.
- (Photo U. S. 1. S.).
- Fi g. 2. —; La « Petite Amérique » pendant l’expédition Byrd en J929.
- • (Photo . Neiu-York Times).
- LA NOUVELLE
- DANS
- La plus grande flotte d’un pays >ait réunie en yüe d’une expédition polaire vient de quitter les côtes des États-Unis d’Amérique.
- Placée sous le commandement de l’Amiral Byrd, elle va effectuer un voyage de io ooo milles jusqu’aux mers glacées de l’Antarctique. Ce sera sa sixième exploration polaire et la quatrième vers le pôle Sud.
- L’expédition comprend une douzaine de bâtiments, des brise-glace, des avions et môme un submersible du type le plus récent : le « Sennet ».
- Elle compte 5 ooo membres parmi lesquels i ooo techniciens tant civils que militaires. Contrairement à ce. que l’on avait pu supposer, l’équipage militaire n’est pas constitué de volontaires; les marins ont été désignés par ordre, car l'un des buts de cette expédition est l’entraînement des hommes aux conditions spéciales de la vie polaire. Pour aider le personnel dans les déplacements en traîneaux, on a fait venir de l’Alaska et des îles Aléoutiennes, des spécialistes enti-aînés. à cette pratique et adaptés à la vie. au: delà du cercle polaire.
- L’expédition est placée sous le commandement de l’Amiral Byrd, héros et vétéran des expéditions polaires.
- En 1926, Byrd survola le pôle Nord, devançant Amundsen de quelques heures.
- En 1927, il réussit une audacieuse traversée aérienne de l’Atlantique.
- A la suite de ces exploits; le Gouvernement des États-Unis le nomma contre-amiral. Il prépara alors, , avec les fonds réunis grâce à une publicité ingénieusement orchestrée, la plus grande expédition polaire.
- Le premier jour de. l'année 1929, les deux navires : « City of
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- EXPÉDITION DE L’AMIRAL BYRD L’ANTARCTIQUE --------- =
- New-York » et « Eleanor Bolling » jetèrent l’ancre à quelques milles au large de la grande barrière de Ross dans l’Antarcli-que. L’Amiral Bvrd avait emporté un outillage considérable et perfectionné. Lorsque tout le matériel fut transporté à terre, une véritable petite ville se dressa au milieu des glaces et des neiges : la « Petite Amérique ». Quarante-deux hommes purent ainsi vivre deux ans, reliés constamment au monde par T. S. F. L’éclairage électrique était fourni par une centrale et le chauffage assuré; aussi l’hivernage se passa admirablement bien.
- Le a5 novembre 1929, Byrd, en compagnie du capitaine Mac Kinlev, partit en avion pour tenter le survol du pôle Sud. Il revint à la « Petite Amérique » après dix-neuf heures de vol, ayant atteint son but et jeté sur la glace, à l’emplacement exact du pôle Sud, les drapeaux américain, britannique, norvégien et français.
- En février 1980, le « City of New-York » revint chercher les membres de l’expédition et les installations de la « Petite Amérique » demeurèrent comme une précieuse base pour de futures explorations.
- L’Amiral Byrd se promit de revenir. Il tient parole.
- , Il est secondé, dans cette expédition, par le Capitaine Richard IL Cruzen qui eut pour mission de rassembler les bâtiments, le matériel et les hommes. Cette préparation exigea de longs mois, mais tout fut prêt à la date fixée pour le départ.
- L’expédition est munie d’un matériel perfectionné mis au point au cours de la dernière guerre.
- La flotte est divisée en trois groupes de bâtiments : oriental, occidental et central; ce dernier emporte l’État-Major ayant à
- Fig-. 4. — Le « City of New-York » de l’expédition Byrd en 1929.
- (JPhoto New-York Times).
- Fig. 5. . Le « Pine Island », l’un des douze navires de la nouvelle expédition (Photo U. S. I. S.). — 6. Cet hélicoptère participe à
- l’expédition ainsi que le brise-glace « Burton Island » sur lequel il s’apprête à se poser.
- (Photo I. N. L).
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- sa tête l’Amiral Byrd. Le groupe central s’installera à la ce Petite Amérique » tandis que les autres contourneront, des deux côtés, le continent antarctique.
- Les buts de cette expédition sont multiples; en tête viennent des considérations d’ordre stratégique. Les États-Unis d’Amérique envisagent d’étendre le contrôle militaire des mers jusqu à l’Antarctique. Les régions polaires sont les derniers lieux où s’exerce la rivalité entre les grandes puissances mondiales. En 1942, les Anglais avaient envoyé une importante mission à la Baie Marguerite sur la côte occidentale de la Terre de Graham; d’après la presse américaine, il semble que les Russes, d’une part, et les Norvégiens, d’autre part, aient aussi envoyé des bâtiments dans les eaux antarctiques.
- La nouvelle expédition de l’Amiral Byrd doit compléter les résultats obtenus par la mission qui avait travaillé dans l'Antarctique en 1939-1941.
- Parallèlement à Byrd, mais sans être sous ses ordres, l’Ame-rican Antarctic Association et la New-York Geographical Society prévoient le départ, vers le pôle Sud, d’une expédition purement scientifique, placée sous les ordres du Commandant Finn Ronne et du Capitaine Cari R. Eklund. L’amiral Byrd se propose de travailler en coopération avec cette mission, ainsi qu’avec celle que les Anglais doivent envoyer dans les mêmes parages.
- Que fait la France dans cette activité mondiale? Elle n’a même pas un seul bâtiment de recherches polaires à mettre en ligne I Ses efforts, dans l’An-tarc tique, de Dumont d’Urville à Charcot seraient-ils à jamais perdus ?
- Ne verra-t-on plus jamais le drapeau français flotter dans les mers polaires ?
- Pourtant la France possède un secteur de l'Antarctique allant de la Terre Adé-
- laïde, découverte par Dumont d’Urville, jusqu’au Pôle (Accord de 1934 avec l’Angleterre).
- L’expédition de l’Amiral Byrd se propose égalément de faire un énorme travail scientifique : mesures océanographiques, observation des glaces, détermination des conditions météorologiques, mouvements des cyclones, sans parler de l’exploration du continent où l’on a supposé un passage possible de la mer de Ross à la mer de Weddell.
- Le submersible « Sennet » a été spécialement équipé pour effectuer des recherches océanographiques. L’expédition compte également dresser la carte des terres antarctiques.
- Les préoccupations matérielles ne sont pas oubliées. Des spécialistes doivent prospecter le sous-sol à la recherche des minerais. Quand les journalistes américains demandèrent à l’Amiral Byrd s’il comptait rechercher de l’uranium, celui-ci répondit que l’uranium est un minerai et qu’il prospecterait tous les gisements métallifères.
- Les bâtiments doivent d’abord rallier, au fond de la baie de Ross, les anciennes installations de la « Petite Amérique » où le personnel séjournera deux mois consacrés à des travaux préparatoires et à la reconnaissance des régions avoisinantes. Un aérodrome sera installé qui permettra l’envol des avions. Après ce séjour, l’expédition se lancera à la reconnaissance des terres glacées d’une portion de l’immense continent antarctique.
- Il ne nous reste plus qu’à attendre les premières nouvelles qui parviendront par T. S. F. de cette expédition polaire, la plus considérable et la mieux équipée de toutes celles qui ont abordé le continent austral.
- V. Romanovsky.
- Fig. 7. — L’un des chiens de traîneaux de l’expédition.
- (.Photo V. S. I. S.).
- La puissance musculaire des grands félins.
- UN sportsman américain, M. William R. Leigh, l’auteur de Frontiers of Enchantment (édité par Simon et Schuster, New-York), cite un exemple sur la force du lion La scène se passe en Afrique Orientale, chez les Masaïs, peuple qui vit exclusivement d’élevage. Pour se protéger de l’attaque des félins, eux et leur bétail, ils érigent une clôture.circulaire, faite de ronces épineuses, haute de 2 à 3 m. A la nuit tombante, ils rassemblent leurs bêtes dans l’enclos, bouchent l’entrée à l’aide du même matériau et se retirent dans leurs huttes
- En règle générale, les lions ne se hasardent pas à franchir la barrière : la peur de s’enfoncer des épines dans les pattes les en retient. Mais il y a des exceptions, et Fauteur en narre une qui nous paraît caractéristique.
- Par une nuit de clair de lune, deux lions, pénétrant dans une borna, réveillèrent le gardien ; sortant de sa hutte, armé d’une sagaie, il vit ses bêtes affolées qui s’agitaient dans une partie de l’enclos. Il courut se poster entre elles et les carnivores. Parfois, la vue d’une arme maniée par iîn homme résolu fait reculer un lion ; mais l’homme comprit tout de suite que celui qu’il avait devant lui ne s’en laisserait pas imposer. Sous ses yeux, le fauve abattit un jeune taureau, le saisit entre ses mâchoires et, d’un bond, franchit la clôture avec sa victime qui pesait presque aptant que lui ; la lionne s’élança derrière son maître et seigneur.
- M. William Leigh, qui campait dans le voisinage avec ses com-
- pagnons, mit en doute la véracité du récit. Dès la pointe du jour, il suivit les traces du ravisseur et l’aperçut à 3 km de distance. Le couple, que mirent en fuite quelques coups de feu, avait tout juste entamé sa proie. L’auteur déclare que le taureau était plus grand que le lion et devait peser presque autant.
- Natural History, l’organe de l’American Muséum, qui reproduit ce passage, cite des traits analogues à l’actif des tigres de l’Inde. On a vu l’un de ces félins traverser une rivière à la nage en portant dans sa gueule un bœuf de taille moyenne. Un deuxième fut aperçu hissant un buffle domestique sur le talus abrupt d’une rivière, besogne que compliquait le fait que ses pattes s’enfonçaient à chaque pas dans la terre molle. Enfin, on cite un troisième tigre qui traînait un gaur, le plus grand des bovidés dans le monde et dont le poids peut atteindre une tonne ; il aurait fallu plusieurs hommes pour déplacer la volumineuse carcasse.
- Bien que de taille très inférieure à celle des tigres et des lions, les panthères sont d’une force remarquable. L’une d’elles, aux Indes, fut aperçue qui sautait sur la cime d’un rocher haut de 3 m 50, en tenant entre ses mâchoires un urial (mouton sauvage) qui devait peser les trois quarts de son poids. Dans le Somali, les léopards se risquent parfois à franchir la clôture de ronces entourant un campement, s’emparent d’un mouton et l’emportent pardessus la barrière. S’ils ne peuvent pas dévorer leur proie sur place, ils la hissent sur les hautes branches d’un arbre plutôt que de la partager avec les hyènes et les chacals.
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- LES PROGRÈS RÉCENTS DE LA VERRERIE1'1
- Objets de verre de grande consommation.
- Objets de verre pour le bâtiment ou la décoration.
- -— Saint-Gobain fabrique couramment depuis longtemps :
- des doubles champignons, qui sont noyés dans le béton de tinrent et servent à éclairer des sous-sols ou des caves par le plafond ; ce plafond peut porter des charges roulantes très lourdes ;
- des carreaux, cannelés de différentes façons, de toute épaisseur, de toutes dimensions et de toute forme, qui peuvent servir au même usage que les doubles champignons ou qui forment une couverture transparente aux voûtes, coupoles et lanterneaux horizontaux ou inclinés et qui peuvent être associés à une toiture métallique.
- Les doubles champignons et les carreaux peuvent être faits d’un verre résistant à l’usure par frottement ou abrasion; les premiers adhèrent au ciment, et tous deux ont un coefficient de dilatation thermique du même ordre que le béton ou la charpente métallique de la toiture. Couvertures et plafonds sont rendus étanches par des joints appropriés.
- Les figures i, 2 et 3 donnent une idée des résultats que des architectes avisés peuvent obtenir en utilisant judicieusement le verre et le métal dans la grande construction.
- Saint-Gobain fabrique aussi sur demande des tuiles mécaniques de tout modèle, par exemple à double rainure et recouvrement pour couvertures deva*nt résister au grand vent et •n’exigeant pas de plafonnage, afin d’éclairer des greniers, des magasins, des ateliers ou des hangars dépourvus de lucarnes ou de châssis. Cette fabrication fut délicate dans le cas de tuiles fabriquées en pâte molle avec une terre sans calcaire qui, à l’état sec, ne perdait que o,5 pour 100 de son poids dans l’acide chlorhydrique bouillant, résistait une fois cuite au vent de mer et aux vapeurs acides. C’est cette tuile mécanique qu’exigeait une grande pyrotechnie. Le problème fut parfaitement résolu par Saint-Gobain au bout de quelques mois, et sa tuile de verre s’associait très bien à la tuile céramique; elle possédait la même résistance aux vapeurs acides ;
- des briques de verre cannelées, pleines ou creuses, avec lesquelles on monte des murs translucides, jointoyées avec un mortier maigre qui se désagrège facilement et permet la récupération. des briques si le mur est démoli ;
- des marches et contre-marches d'escalier, pratiquement inusables, transparentes ou translucides, plus élastiques et plus agréables, à la montée comme à la descente, que les marches en bois ;
- des verres de sécurité pour automobiles. Le verre Triplex, ou en sandwich, est composé de deux lames de verre enserrant une feuille d’acétate de cellulose plastifié (rhodoïd), transparente, à laquelle elles adhèrent grâce à l’immersion dans un bain qui ramollit le rhodoïd et à l’application d’une colle à base d’un ester de la silice, puis à une pression exercée sur le tout par son passage entre deux rouleaux de caoutchouc. On passe ensuite ce sandwich à l’autoclave.
- La résistance aux chocs et sà la rupture du verre en gros éclats du verre trempé ou sécurité est fondée sur un tout autre principe.
- On trempe des glaces de 5 à 6 mm d’épaisseur après les avoir portées à 760° dans un four électrique à résistances en nichrome; à cet effet, la feuille ainsi ramollie est refroidie simultanément sur ses deux faces aussitôt après sa sortie du
- 1. Voir La Nature des 15 avril, 15 mai, 15 juin, 15 octobre et 15 décembre 1946.
- four par des jets d’air froid : les couches externes se solidifient avant que la partie interne ait cessé d’être molle ; quand, par refroidissement lent à la température ordinaire, cette partie interne s’est solidifiée à son tour, elle est en extension tandis que les couches externes sont en compression. On réalise ainsi une sorte de frettage.
- La glace est très élastique et peut prendre une flèche 5 à 8 fois plus grande qu’une glace ordinaire faite du même verre et de mêmes longueur et épaisseur; la résistance au choc est 5 fois plus grande. En 193g, plus de 90 pour 100 des automq-biles de construction française étaient équipées de glaces sécurités.
- Le pavillon de la Compagnie de Saint-Gobain, qui figurait à l’Exposition internationale de Paris en 1937, ne donnait qu’une faible idée des immenses bâtisses, buildings et gratte-ciel tout en verre et en acier que l’on a construits dans plusieurs grandes villes de l’U. R. S. S. Quelques-unes sont du plus bel effet (fig- 0-
- Le verre obtenu par différents procédés analogues à celui qui a été décrit précédemment pour le verre multicellulaire, associé ou non au verre transparent ou translucide, se prête facilement à la décoration et à la construction de grands vases ou de pylônes lumineux comme il y en avait à l’Exposition de 1937, ou
- Fig. 1. — Pavillon du Thermalisme à l’Exposition de Paris en 1937.
- Colonne de 15 m de hauteur formant cascade. Association heureuse du verre et du métal (G. Labro, architecte). (Cliché « Glaces et Verres »)
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- Fig. 2. — Hall de la Trésorerie générale de Rouen.
- Voûte de 17 m sur 8 m en carreaux de verre de 20 cm sur 20 cm (LANCESSurn, architecte).
- (Cliché u Glaces et Verres »).
- • à l’édification de fontaines qui sont lumineuses la nuit et sont du plus bel effet le jour, comme il y en avait de nombreuses à l’Exposition coloniale de Paris en 1981 et plusieurs'à Rome en 1936 dans les jardins voisins du ! nouveau stade olympique. Vi-
- lla fabrication mécanique des bouteilles, flacons et de la ver= rerie en verre blanc ou en cris=
- tal. — ...Nous ne citerons guère ces fabrications que pour mémoire ; dans ! toutes* maintenant, on se sert de l’air - comprimé ou raréfié pour mouler les objets de .verre. La seule grande diffi-| culte à vaincre aujourd’hui est-le choix 'du verre : il doit posséder à l’état so- * lide les propriétés exigées par l’usage : qui sera, fait de l'objet, usage qui dépend d’un grand nombre de facteurs:
- À l’état plastique, il doit posséder les ‘propriétés qui correspondent à 'son mode de fabrication mécanique’. ’
- Comme pour ces fabrications,' on ;•
- : emploie le moulage par l’air cqm| primé, sauf dans la machine Roir&ritj' . où l’on fait aussi usage de l’air raréfié)
- ‘ si on veut fabriquer par grandes quan-' tités au moyen d)une même machine, il faut que la durée du moulage, le séjour de l’objet dans le moule et son démoulage soient très courts; il faut donc adopter une qualité de verre qui soit suffisamment plastique à son entrée dans le moule pour pouvoir en épouser facilement les cavités les plus fines; il faut aussi que l’objet, une fois
- moulé, soit assez rigide pour pouvoir être démoulé sans être déformé.
- On satisfait assez facilement à ces deux conditions au moyen des triangles indicatifs : l’écart entre les températures qui limitent le palier de travail est choisi aussi court que possible. II est plus difficile d’abréger la durée de séjour dans le moule, car elle ne dépend d’aucune de ces deux températures; on y parvient cependant de deux manières : par la succion ou en refroidissant le moule par une circulation d’eau froide.
- L’emploi de la succion, ou aspiration, est dû à un maître-verrier, M. Owens, de Toledo (Oliio). Au lieu de laisser couler le verre fondu dans le moule, on l’y aspire au moyen d’air raréfié. Dans la première machine, le verre était versé à partir d’une poche de coulée; on ne pouvait guère obtenir que d’assez petits flacons, et le procédé ne donnait de bons résultats qu’aA’ec le gaz naturel employé comme combustible pour le chauffage; depuis, on cueille le verre fondu directement dans un four à bassin, chauffé comme d’ordinaire, et au moyen d’un dispositif de distribution ou feeder. Telles sont la machine de la Owens’s Eottle Glass Machine Co et celle de la Owen Gra-ham Co, qui produisent i5 ou iC bouteilles par minute.
- La dernière venue dans cette catégorie de machine automatique est celle d’un Français, Routant. Elle est caractérisée : i° par un premier moule ébaucheur, qui cueille le verre directement dans le bassin par un petit ouvreau
- Fig-, 3.
- Porte monumentale de la nouvelle façade, sur la rixe de Viarmes, des Halles centrales de Paris.
- Les deux tours sont des cages d’escalier ; elles ont 20 m de hauteur. Exemple d’une association heureuse du verre et du métal (R Dubos, architecte). (Cliché « Glaces et Verres »).
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- de forme spéciale; une aspiration fait monter le verre jusque dans la partie du moule qui forme la bague du goulot; 20 par un moule finisseur, dans lequel passe la bouteille ébauchée, le moule ébaucheur s’étant ouvert en deux; 3° par l’emploi de l’air raréfié, au lieu d’air comprimé, pour achever le moulage; d’où l’absence de lignes de joint (côtes) au droit des deux méridiennes par lesquelles les deux moitiés du moule finisseur se raccordent.
- Tous ces mouvements, obtenus au moyen de leviers conjugués, sont automatiques; mais iis exigent un réglage précis; on peut changer les moules et fabriquer non seulement des bouteilles mais aussi des flacons de toute dimension et de toute forme, même si ce n’est pas celle d’un solide de révolution ; de plus, à cause de la rapidité de marche, on dispose d’une assez grande liberté dans le choix du verre. La machine Roirant est la machine de son genre, qui, à l’heure actuelle, est la plus per^ fectionnée. .C’est grâce à elle que le parfumeur parisien précité a pu obtenir la richesse et la perfection de présentation de ses parfums que nous avons signalées.
- Presque tous les autres perfectionnements apportés à la première machine de Claude Boucher n’ont eu pour objet que d’abréger la durée du séjour dans le moule, et, comme on a réussi à construire des machines comme celle de Roirant avec lesquelles il n’y a presque aucun temps d’arrêt entre le moment où le ou les moules reçoivent ou cueillent le verre plastique et celui où la bouteille sort de la machine, on peut dire que ces machines sont à marche continue.
- Ce qui vient d’être dit s’applique au flaconnage et aux verres à boire, y compris ceux qui sont en cristal dont la fabrication se termine souvent par la taille ou la gravure. Malgré tous ces perfectionnements, les beaux verres à boire, en cristal, coûtent encore très cher.
- La fabrication mécanique du verre à vitre.
- Il est à peu près certain que nulle part on ne fabrique plus à la main le verre à vitre par le procédé du manchon, souvent décrit, car, que le manchon soit soufflé à la bouche ou à l’air comprimé, l’obtention d’un manchon régulier est longue, difficile, chère, et exige des ouvriers qualifiés, vigoureux et habiles, qu’on ne trouve plus que très difficilement.
- Il existe plusieurs procédés de fabrication mécanique et continue du verre à vitre. Nous ne décrirons pas le procédé alle>-mand de Sievert, perfectionné par l’Américain Lubbers, dans lequel on obtient un immense cylindre de verre; ce n’est
- qu’une extension heureuse mais périmée du procédé du manchon, obtenu à la main. Il est cependant toujours en usage aux Corning Glass Works (États-Unis), car il a exigé une immobilisation de capitaux considérable.
- Dans le procédé Lubbers, un tube de soufflage par l’air comprimé est terminé à sa partie inférieure par une sorte d’entonnoir C qui plonge dans le verre fondu (fîg. 4) ; en soulevant ce tube, il entraîne un cylindre de verre du diamètre de G qui se solidifie progressivement de bas en haut à mesure qu’il s’élève. Dans la partie haute, on le sectionne, puis on le fend et, après l’avoir réchauffé, on l’étale exactement comme le manchon d’autrefois, soufflé à la bouche et étiré à la main.
- Dans les immenses Corning Glass Works, on fabrique aussi mécaniquement et au moyen d’air com-
- primé, s’il s’agit de pièces soufflées, tous les objets de forme quelconque, en verres spéciaux ou non, depuis l’ampoule des lampes électriques à incandescence, qui ne coûtent que xo cents,' jusqu’à des tubes électroniques, des pompes en verre, des objets en pyrex, et de grands vases du prix de 1 000 dollars.
- Le principe sur lequel est fondée la fabrication mécanique du verre à vitre est le même pour tous les nouveaux procédés : on cueille à la surface horizontale du verre fondu dans un four à bassin, ou dans un creuset spécial qui en tient lieu, une lame de verre plastique qui sort et progresse verticalement d’un mouvement ascendant à une vitesse qui varie avec la diminution de la viscosité à mesure que la lame se refroidit en montant. Cela est indispensable, car, sinon la lame de verre n’aurait pas une épaisseur constante.
- Procédé Fourcault. —
- Ce procédé a été mis au point par le maître-verrier belge E. Fourcault, de Damprémy, et appliqué industriellement par lui dès igo3 dans sa verrerie de Charleroi. Une pièce horizontale en terre réfractaire D (fig. 5) plonge au-dessous de la surface de verre fondu d’un four à bassin.
- Cette pièce, appelée cc débi-teuse » (fig. 6), a la forme d’une longue nacelle fendue longitudinalement en son milieu. Si elle est enfoncée dans le verre, sa fente est à ün niveau inférieur de h à celui du verre dans le bassin, de sorte que le verre est poussé par la pression hydrostatique et sort verticalement de la fente sous l’action de cette pression.
- On soude une barre de verre armé au verre qui sort de la fente en l’y faisant pénétrer, et on lui imprime un mouvement vertical ascendant : la lame de verre Y est refroidie aussitôt en passant entre deux caissons C à circulation d’eau froide ; elle est alors assez solide pour passer verticalement entre des rouleaux de guidage r disposés dans une cheminée, dite d’étirage bien qu’aucüne traction ne s’exerce sur la lame; à la sortie de cette cheminée, où elle a été recuite, elle est assez froide pour pouvoir être découpée et débitée en panneaux au diamant.
- On a monté jusqu’à 12 dispositifs semblables sur un même four à bassin; les feuilles de verre ont i,3o m à i,5o m de largeur; on peut leur donner l’épaisseur des glaces; elles les remplacent quelquefois.
- Procédé Colburn=Libbey Owens. — Dans ce procédé, américain, qui ne diffère pas essentiellement du procédé Fourcault, on évite autrement que par celui-ci la diminution de largeur de la lame de verre qui est provoquée par l’augmentation plus rapide de sa viscosité sur ses bords, car ils se refroidissent plus vite que la partie médiane; pour cela, la lame est saisie par ses bords et dès sa formation, à quelques centimètres au-dessus du niveau du verre dans le bassin; à cet effet, on emploie deux petits cylindres à axe horizontal, cannelés et refroidis par une circulation d’eau; leur vitesse tangentielle est un peu inférieure à celle à laquelle la lame de verre progressera ensuite.
- Cette machine diffère aussi de celle de Fourcault, en ce que,
- Air
- comprimé
- lame de verre 'soulevée
- Fig. 4. — Fabrication continue du verre à vitre par étirage (procédé Lubbers).
- Il ne diffère de l’ancien procédé du manchon que par les plus grandes dimensions du manchon, qui est sectionné dans sa partie haute après s’être solidifié.
- Fig. 5 et 6. — Fabrication continue de verre à vitre par le procédé Fourcault.
- La feuille de verre V sort continuellement de la débiteuse D, poussée par la pression hydrostatique h. Il n’y a pas d’étirage.
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- à environ 0,60 m de hauteur, la feuille étant encore assez plastique, elle est rabattue horizontalement, par un rouleau cylindrique, sur des galets qui l’entraînent directement dans une arche à recuire.
- Les deux procédés ont l’inconvénient de fournir une proportion importante de déchets lorsqu’on débite la lame de verre en feuilles rectangulaires. Dans les deux cas, ces chutes sont recyclées sous forme de groisil et versées dans l’avant-creuset du four à bassin, avec la « composition ».
- Le procédé Fourcault, s’il ne permet pas d’obtenir du verre à vitre sur plus d’une dizaine de mètres de longueur, a l’avantage de fournir directement le plus beau produit, car ses faces ne subissent aucun contact d’aucune sorte avant que le verre ne soit parfaitement solidifié.
- En Belgique, on est resté fidèle au procédé Fourcault; en Amérique, on a appliqué le procédé Colburn-Libbey Owens à Charleston (Virginie occidentale) dans une usine où il y a 12 fours à bassin avec chacun 12 cheminées d’étirage, puis, au Canada, à Hamilton (Ontario) et dans toute l’Europe. Une société américaine l’a exploité en France après 1918, à Aniche (Nord) puis à Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire).
- La fabrication mécanique du verre à vitre avait été recherchée pendant plus de trente ans. Elle est arrivée à un degré de quasi perfection.
- (à suivre).
- E. Lemaire,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- Importante découverte en Égypte.
- La presse égyptienne donne d’abondants détails sur un événement qui vient de se passer à Sakkara, à quelque distance du Caire : il s’agit de la découverte d’une tombe royale datant approximativement de l’an 3 400 av. J.-C.
- En 1939, M. Walter B. Emery, archéologue anglais attaché au Département des Antiquités Égyptiennes, mettait à jour, dans cette même localité, deux tombes qui furent identifiées comme celles de Hor Aha, premier roi de la Première Dynastie, et de Zer, son successeur immédiat. Le distingué savant abandonna ses travaux pour s’engager dans l’armée anglaise. Colonel à la fin des hostilités, il obtint sa libération et reprit le chemin de ses chantiers.
- C’est là que, à proximité de ces deux tombes, il en a découvert une troisième qui serait celle de la reine Mer-Neith, l’épouse du roi Zer ; sa croyance se base sur le fait que des amphores, trouvées dans ce dernier tombeau et qui continrent vin, portent dans le même cartouche les noms de ces deux souverains.
- L’intérêt primordial qu’offre cette sépulture est la présence de vingt-trois squelettes du sexe féminin, rangés autour de la tombe proprement dite, de forme cubique et construite de briques, où reposait la momie royale. Leur attitude semble montrer que les
- victimes (probablement des suivantes de la souveraine) ne furent pas sacrifiées cruellement, mais qu’elles succombèrent après avoir bu un breuvage empoisonné. On peut rappeler ici que les Égyptiens des premières dynasties mettaient à mort les serviteurs des personnages royaux pour qu’ils continuassent à les servir dans l’autre monde.
- Des pillards avaient précédé l’archéologue de plusieurs dizaines de siècles, emportant tous les objets de valeur, brûlant le mobilier, enlevant même du caveau la momie dont il n’existe plus que des ossements roussis par le feu ; les vandales avaient mis en pièce de beaux vases d’albâtre. Le seul objet intact trouvé par M. Emery est le modèle réduit d’un bateau, emmuré dans une partie de la tombe, qui devait emmener l’âme de la reine vers le Dieu Soleil.
- Faisons remarquer que les détrousseurs de sépultures royales exercèrent leur fructueux métier de bonne heure en Égypte. Nous en avons la preuve avec une stèle datant du règne de Ramsès IX (1 200 ans av. J.-C.), qui précise que des gens soupçonnés d’avoir violé la tombe d’un Pharaon furent soumis à la torture : on leur passa et repassa, sur les pieds et sur les mains, de pesants rouleaux de pierre jusqu’à ce qu’ils avouassent leur forfait.
- Le “ gam
- contre les parasi
- Après le D. D. T. qui, pendant la guerre, sauva le monde du typhus en détruisant aisément les puces et les parasites de l’homme, le 666, devenu « gammexane », isomère y de l’hexachlo-robenzène, est venu prendre une place importante dans la lutte contre les insectes
- Récemment, M. J. S. Steward, des laboratoires biologiques des Impérial Chemical Industries, a publié dans Nature le bilan actuel des essais faits dans le domaine vétérinaire avec ce produit. Il est fort encourageant.
- Les mouches du genre Lucilia qui infestent de leurs larves les plaies et même les cavités naturelles de l’homme et des animaux domestiques, sont détruites, chez le mouton, par une pulvérisation d’une solution à 5 pour 100 de gammexane ; la protection se maintient ensuite pendant six semaines. La mouche des étables (Stomoxys) est tuée par une pulvérisation de 0,4 g de gammexane par mètre carré ; ces mouches n’approchent plus pendant 3 semaines. Le Diptère aptère, Melophagus ovinus qui vit dans la toison
- mexane
- tes des a nimaux.
- des moutons, en disparaît après traitement par une solution à 1/25 000 et ne reparaît plus pendant 3 semaines. Les larves d'Œstre (Hypoderma) semblent peu atteintes, mais les plaies ouvertes infestées par les larves de Diptères sont nettoyées par le gammexane qui ne se montre pas toxique pour l’hôte.
- Les larves aquatiques des Nématocères sont très sensibles : celles du Chironomide Culicoides meurent dans une solution de gammexane à 1/5 000 000, celles de Simulies à 1/8 000 000.
- Les Anoploures qui piquent et sucent la peau des bovidés, des porcs, des chiens, sont tous détruits par des dilutions de 1/15 000 à 1/40 000 appliquées en émulsions.
- Beaucoup d’Acariens : Argas, Ornithodorus, Boophilus, la mite rouge des Poules Dermanyssus gallinæ qui infeste les poulaillers sont aussi justifiables du gammexane, si bien qu’on entrevoit pour le nouvel insecticide autant de services vétérinaires pour les animaux domestiques qu’hygiéniques pour l’homme.
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- La navigation moderne
- par le procédé DECCA
- Si le public est mis en général au courant des derniers perfectionnements en matière de construction navale ou aéronautique, les techniques nouvelles de navigation, par
- construit par la Société anglaise DECCA bien connue entre autres, par la construction de disques de phonographes. Cet appareil, spécialement conçu, comme nous le verrons tout à l’heure, pour la navigation maritime de précision, ne s’apparente en aucune façon à la technique radar basée sur la méthode des impulsions à très haute fréquence. Il s’agit d’une simple méthode radio utilisant des ondes longues entretenues émises par trois postes, situés à terre en des points différents.
- A bord du navire ou de l’avion, un récepteur DECCA reçoit ces ondes et mesure leur différence de phases. De celles-ci on déduit deux lieux géométriques (hyperboles de foyers des stations), dont l’intersection indique la position du navire ou de l’avion.
- Ces deux indications de lieux se lisent directement sur deux cadrans des récepteurs (fig. i et 2). On les reporte sur une carte carroyée en réseaux d’hyperboles (fig. 3).
- Les installations à terre sont importantes et délicates à faire fonctionner correctement. Mais le récepteur de bord est très peu encombrant (le type Marine pèse 3o kg, le type Aviation i5 kg)
- ROTTERDAM
- ANVERS
- SSELS
- Fig. 1. — Récepteur DECCA type « Marine ».
- Les deux cadrans de lecture sont visibles à droite.
- contre, jouissent d’une médiocre publicité et pourtant, elles contribuent au moins autant que les techniques de construction au succès des opérations en temps de guerre, à la sécurité et à la qualité de la navigation en temps de paix.
- Pour le montrer, je me propose ici, non pas de faire un tableau de toutes les méthodes modernes de navigation, tant Radar que Radio, mais de décrire un appareil particulier, d’invention et de construction anglaises, dont les qualités séduisent en ce moment les milieux maritimes et aéronautiques de beaucoup de pays.
- En effet, un secret, qui avait été très bien gardé, vient d’être entièrement levé sur l’appareil de navigation
- Fig. 2. — Récepteur DECCA type « Aviation ».
- Les deux cadrans de lecture sont placés à la face supérieure de l’appareil.
- Fig. 3. — Carte DECCA carroyée en deux réseaux d’hyperboles.
- La position de Paris est donnée par l’intersection des lignes dont les numéros sont indiqués sur les cadrans qui se lisent comme des compteurs à gaz. Les stations émettrices, foyers des réseaux d’hyperboles sont distantes d’environ 200 km.
- et est d’une très grande simplicité d’emploi. Ainsi, le te point » par cette méthode est mis à la portée de tout le monde. Si l’on ajoute que cette méthode est d’une précision extraordinaire (pouvant descendre au-dessous de 100 m dans certains cas), on comprendra pourquoi l’Ëtat-Major allié l’adopta pour le débarquement en Europe.
- On peut révéler aujourd’hui comment fut opéré le débarquement des forces expéditionnaires alliées en Normandie le 6 juin ig44-
- C’est en 1942 que la Société DECCA apporta au Bureau des Recherches scientifiques de l’Amirauté britannique, son système qui était l’œuvre de l’un de ses ingénieurs, M. W. J. O’Brien.
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- L’Amirauté vit tout de suite les possibilités de cette invention et hâta les premiers essais qui furent couronnés de succès. Dès lors, cette méthode eut priorité sur tous les autres travaux ayant trait aux procédés de navigation et fut enveloppée du plus grand secret.
- Après des essais à grande échelle, les hauts responsables des opérations de débarquement décidèrent que ce procédé serait celui qui serait employé par la navigation au jour J et les jours suivants.
- Le système DECCA devait garantir que n’importe quel navire muni de récepteur DECCA arriverait après un parcours de quelque cent milles dans l’obscurité de la nuit ou les brouillards naturels ou artificiels, aux points choisis sur les plages de Normandie, et cela avec une précision non inférieure à ioo m.
- En grand secret, les stations mobiles nécessaires furent construites et installées sur la côte Sud d’Angleterre et tous les navires choisis par le haut commandement, à savoir les dragueurs de mines de protection, les patrouilleurs, etc., furent munis des récepteurs DECCA.
- La simplicité de fonctionnement et d’emploi de ce dernier est telle que malgré les conditions adverses qui prévalurent le jour J, tous les États-Majors et équipages purent exécuter correctement les ordres reçus en mer, se rapportant à une méthode de navigation entièrement nouvelle.
- L’invasion la plus grande et la plus délicate de tous les temps fut ainsi conduite par une flotte de dragueurs de mines dont la tâche était de frayer un chemin à travers les champs de mines de l’ennemi, pour tout le Corps expéditionnaire allié, et de pratiquer ainsi la première brèche dans le fameux mur de l’Atlantique.
- Le système DECCA qui a à son actif une telle performance, n’intéresse d’ailleurs pas seulement la navigation maritime. Il peut être un instrument infiniment précieux pour la navigation aérienne et il est fort possible qu’il soit appelé à être l’instrument de navigation courant de l’aviation civile et commerciale pendant les années à venir.
- Robert Leprêtre, Ingénieur de la Marine.
- LE CIEL EN
- SOLEIL : du 1er au 31 sa déclinaison passe de — 7°48' à + 3°56' ; la durée du jour à Paris augmente de 10*55“ à 12*43“. c. Équinoxe de Printemps le 21 à 11*. Diamètre apparent : le 1er = 32'19",92, le 31 = 32'2",08. — LUNE : Phases : P. L. le 7 à 3*15“, D. Q. le 14 à 18*28“, N. L. le 22 à 16*34“, P. Q. le 29 à 16*15“ ; périgée le 3 à 20 h, apogée le 15 à 17h, périgée le 29 à 13*. Principales conjonctions : avec Uranus le 1er à 0h, à 0°52' N. ; avec Saturne le 4 à 2*, à 3°35' N. ; avec Jupiter le 12 à 15*, à 0°47' S. ; avec Vénus le 19 à 1*, à 5°12' S. ; avec Mercure le 20 à 20h, à 6°40' S. Principales occultations (H. p. Paris) : le 3, de 52 Gémeaux (6m,0) im. à 0*26“, 1 ; le 29 de 37 Gémeaux (5“,8) im. à 22*51“,8. — PLANETES : Mercure, en conj. inf. avec le Soleil ne deviendra visible, le matin,, qu’à la fin du mois. Vénus, Adsible le matin, diam. app. diminuant de 18",3 à 15". Mars est encore invisible. Jupiter, dans le Scorpion, visible seconde partie de la nuit, diam. app. augmentant de 36",1 à 39". Saturne, dans le Cancer, visible presque toute la nuit, diam.
- MARS 1947
- app. : globe 18", anneau gr. axe 44",46, petit axe 15"6. Uranus, dans le Taureau (position, le 1er : 5h7m et + 22°59') visible première partie de la nuit, diam. app. 3"7. Neptune, dans la Vierge (position, le 1er : 12*40“ et —2°37), en opposition avec le Soleil le 31, est visible toute la nuit, diam. app. 2",4. — LUMIÈRE ZODIACALE, bien visible le soir après le crépuscule et en l’absence de la Lune, observation du 10 au 24. — ETOILES VARIABLES : Minima observables d'Algol : le 3 à 4*51“, le 6 à 1*41“, le 8 à 22*30“, le 11 à 19*18“, le 26 à 3*23“, le 29 à 0*11“, le 31 à 21* ; Minima de j3 Lyre le 11 à 10* et le 24 à 8*. — ETOILE POLAIRE : Passage inférieur au méridien de Paris : le 2 à 3*0“8S, le 12 à 2*20“40s, le 22 à d*41“14*.
- L. Rudaux.
- (Heures données en Temps Universel, tenir compte des modifications introduites par l’heure en usage).
- NOS LECTEURS NOUS ECRIVENT :
- Balance hydrostatique de fortune.
- La Balance hydrostatique sert à déterminer le poids spécifique des corps par la mesure de leur poids immergé dans l’eau. EDe
- peut très facilement être suppléée par un dispositif tel que le suivant, applicable à une balance quelconque.
- Soit un fragment gros comme une noisette du corps dont on
- cherche le poids spécifique en s’interdisant, bien entendu, de le déformer, d’y percer un trou, etc.
- On se procure une petite cuve de la dimension d’un verre à liqueurs ; ou mieux, on confectionne soi-même cette cuve en papier à dessin collé puis trempé dans un bain de paraffine.
- Cette cuve sera suspendue par deux brins de fil de laiton à une potence fixe, posée sur la table.
- D’autre part, sur le plateau de la balance dont on dispose, on placera une deuxième cuve, plus grande, pouvant contenir la petite cuve suspendue.
- Enfin on remplira d’eau les deux cuves placées l’une dans l’autre, la petite cuve étant complètement noyée, mais toujours suspendue et ne touchant pas le fond de l’autre. On tare alors la balance à sa position d’équilibre. Cela fait, on laisse tomber dans la cuve intérieure le corps proposé, ce qui fait monter le niveau de l’eau de la hauteur nécessaire pour engendrer le volume du corps immergé et on rétablit l’équilibre au moyen de poids marqués dont le total V donne en poids d’eau le volume du corps.
- On a préalablement pesé le même corps à sec. Le rapport des
- p
- deux poids -ÿ- donne le poids spécifique cherché.
- Maurice Miet,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- Le gérant : G. Masson. — masson et cle, éditeurs, paris. — dépôt légal : ier trimestre 1947, n° 494. BARNÉ0UD FRÈRES ET Cie, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 6l4. — 2-ig47-
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- N° 3131
- Ier Mars 1947
- LA NATURE
- Fig. 1. — Une photo ' record prise au Nouveau-Mexique lors de la montée d’un V2 allemand au point culminant,
- à J04 km d’altitude.
- On remarquera la rotondité de la terre à l’horizon, distant de plus de 1 000 km.
- on des hautes altitudes par
- {Photo l. N. P.).
- les fusées
- Après avoir beaucoup fait parler d’eux durant les dernières phases de la guerre, les V2 et autres fusées à réaction de ce type sont, d’une façon beaucoup plus discrète utilisés dans les recherches pacifiques.
- Le V2, déjà suffisamment décrit dans cette revue pour que nous n’ayons pas à. y revenir (1), est, par ses caractéristiques fondamentales, du type que l’on admet actuellement pour les futures fusées interplanétaires. Il porte en effet le comburant nécessaire à sa propulsion et peut se mouvoir dans le vide.
- Du fait de ses caractéristiques, le V2, soit sous la forme des engins intacts dont les troupes anglo-américaines purent s’emparer lors de leur rapide avance, soit sous la forme de nou-
- 1. La Nature, n° 3083, 1” mars 1945
- veaux engins plus ou moins perfectionnés, se trouve être un appareil tout spécialement indiqué pour les recherches astro-nautiques, pour les études sur les grandes vitesses et les grandes accélérations et, enfin, pour le sondage de l’atmosphère et des couches supérieures de l’ionosphère.
- Des centres d’essais ont été installés dans les déserts de la Californie et surtout du Nouveau Mexique, aux États-Unis ainsi qu’à Cuxhaven, en Grande-Bretagne.
- Au sein d’immenses zones planes pointées de bouquets de cactées, des aires carrées ou quadrangulaires (fig. 2) ont été construites au centre desquelles se dresse l’échafaudage vertical d’une fusée prête à partir, devant une piste dont l’autre extrémité est flanquée d’un bâtiment quadrangulaire où se trouvent réunies les commandes nécessaires au lancement des fusées.
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- Fig. 2, 3 et 4. — En haut : Une aire de départ de fusée à White-Sands, dans les déserts du Nouveau-Mexique (U. S. I. S.). — A gauche : Une fusée du type « WAC Corporal » est mise en position de départ (U. S. I. S.). — A droite : D'un V3 allemand monté à SO km de hauteur au-dessus du sot fut prise cette photographie dans le Nouveau-Mexique (Acmé).
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- Ce bâtiment (fig. 5) est en réalité un solide blockhaus de béton armé aux murs de 3 m d’épaisseur et au toit de plus de 8 m d’épaisseur, nanti de dispositifs de sécurité très étudiés. L’entrée et la bouche d’aération sont en chicane dans la muraille bétonnée et fermées par de solides portes d’acier. Le bâtiment est à l’épreuve non seulement de l’éclatement d’une fusée au départ, celui-ci s’effectuant à une centaine de mètres de distance et pouvant être observé au travers d’étroits et épais hublots de verre armé, mais encore de la chute d’une fusée qui retomberait sur l’abri lui-même.
- En règle générale, dans les essais actuellement en cours, les fusées, sauf certains petits engins de sondage, sont munies de perfectionnements qui permettent de les suivre par radar et, souvent de les guider par radio.
- Il en est de dimensions fort variées, les unes pesant à peine ioo kg et les plus grosses étant déjà.prévues de i5o tonnes.
- Les types les plus courants sont, les fusées du type « WAC Cor-poral » (fig. 3) d’une longueur de 4,9b m et d’un poids de 320 kg et celles du type V2 allemand qui pèsent, jusqu’à i4 tonnes.
- Les premières ont atteint des hauteurs de 8o km, les secondes de 160 km. En attendant le jour où l’une d’elles, guidée par radar, ira faire le tour de la Lune et en reviendra après avoir photographié pour nous la face inconnue, des résultats tangibles ont déjà été atteints.
- Les V2 partant en direction verticale ont une portée de 370 km et s’élèvent à 120 ou 160 km d’altitude. Ils retombent à une vitesse qui peut atteindre 6 000 km à l’heure. Au départ, ces fusées géantes, de i,65 m de diamètre, hautes comme des maisons de deux étages, crachent une colonne de feu et démarrent avec cc le bruit de cent trains express ».
- Elles montent d’ailleurs assez lentement, à la vitesse d’un ascenseur (fig. 6) mais elles ne tardent pas, fonctionnant en accélération constante, à atteindre de grandes vitesses (4 800 km/h au bout d’une minute). Elles prennent leur vitesse maximum en un point situé à peu près aux trois quarts de leur course descendante et la seule explosion de leur combustible provoque à l’arrivée d’énormes cratères qui font comprendre la nécessité d’un solide abri pour les expérimentateurs.
- Munies d’appareils météorologiques ou de caméras automatiques, les V2 ont, dans ces derniers mois, apporté de précieuses contributions aux recherches scientifiques.
- Il fut ainsi photographié le 10 octobre ig46, d’une fusée alors à 56 km de hauteur, un spectre solaire pris au delà de la couche d’ozone qui constitue, on le sait, un écran naturel pour
- Fig. 5. — Le blockhaus de commande des fusées.
- Portes blindées.
- a Réception I —1
- des ordres I-----------1
- et horaires |—| |—|
- [1 P3r ra^'° Postes d'observation K et de radar
- uPorte d'acier blindé à coulisse
- Ouverture L d’aérationN
- Ventilateur- '
- Contrôle du vol
- LD Ô
- par radio
- Hublots protégés par des verres armés de 10 a 15 cm. d’épaisseur
- Fig. 6. Un V. peint en blanc et jaune pour être bien visible monte vers la ionosphère.
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- f/T.jnp
- I
- Fer
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- Absorbe pd" l'ozor e
- 5rj :rr pr « iFhd <*
- Nouvel ultraviolet
- Spectre pris â_ 561 Arm.
- Fig. 7. — Spectre solaire pris par un V3 à SS km d’altitude (U. S. I. S.).
- les rayons ultra-violets (x). Ce cliché fut obtenu au moyen d’un V2 parti de l’aire de White-Sand représente sur la figure 2. Il montre (fig. 7) nettement l’extension de l’ultra-violet au delà de la région d’absorption de ce rayonnement par l’ozone.
- Dans d’autres essais, les photographies ne furent plus prises vers le ciel au moyen d’un spectrographe, mais vers la Terre que l’engin venait de quitter au moyen d’une caméra automatique. Le film étrange ainsi obtenu donne une première idée du spectacle qui se déroulera aux regards des futurs astronautes.
- A 56 km d’altitude (fig. 4), les montagnes avaient pris l’aspect irréel qu’on leur connaît sur les cartes moulées en relief.
- A io4 km (fig. 1), les reliefs eux-mêmes s’estompent et l’on aperçoit clairement la rotondité de la Terre.
- Rappelons que, depuis 1935, le record de la vue de haute altitude avait été la photographie célèbre prise par le Major Stevens du ballon Explorer II à 22 km d’altitude. Ce document qui montrait l’horizon à plus de 3oo km était le premier sur lequel était visible la courbure de la Terre. Le nouveau cliché
- 1. M. Déribéré. L’ultra-violet solaire. La Nature, n° 3077, 15 janv. 1942.
- obtenu au-dessus du Nouveau Mexique par les soins des techniciens de la Johns Hopkins University est donc le second de ce genre. Mais il est bien plus significatif encore. Ici la surface photographiée est de 65 000 km2 environ et l’horizon est à plus de 1 000 km. Ainsi, d’une façon tangible, commencent à se manifester les enseignements pacifiques de ces engins qui, il y a peu encore, apparaissaient seulement comme des monstres destructeurs abhorrés.
- M. Déribéré.
- " sucre
- vivant
- L’existence de fourmis à miel en Australie Centrale est connue depuis longtemps, mais le sujet demeurait obscur, par manque d’observations directes et de données précises sur ce phénomène d’un caractère unique au monde. La lumière est faite grâce à un savant australien, M. Charles P. Mountford, qui publie sur la matière une remarquable étude dans Natural History, l’organe de l’American Muséum de New-York.
- À l’état normal, ces insectes (Camponotus inflatus) ne diffèrent pas des autres fourmis, tant pour leur physique que pour l’ensemble de leurs mœurs ; eux aussi ont la prévoyance d’amasser des provisions pour la saison d’hiver ou de sécheresse ; mais, au lieu d’accumuler ces vivres dans les cellules de la fourmilière, ils les emmagasinent dans l’abdomen d’ouvrières choisies.
- La manne qu’ils récoltent est le suc des fleurs d’un certain arbre, appelé mulga ; ils en gorgent leurs victimes qui ne tardent pas à gonfler, au point que le diamètre de l’abdomen dépasse bientôt la longueur initiale du corps. En cet état, elles présentent la forme de petites boules dorées sur lesquelles ballotent têtes et thorax. Ces boules, remplies à craquer d’une substance mielleuse, ont le volume d’un pois. Les ouvrières ainsi traitées ne peuvent plus se mouvoir ; elles sont parquées dans des chambres souterraines que nous allons décrire.
- La fourmilière est toujours établie au pied d’un mulga, genre d’acacia propre aux régions arides de l’Australie. Elle est essentiel-, lement constituée par un puit3 vertical dont la longueur peut dépasser 2 m. A des intervalles de 20 à 25 cm, des chambres circulaires débouchent sur ce puits ; et c’est là que vivent les jirum-bas, le nom indigène de ces insectes.
- La récolte.
- L’auteur nous décrit comment les femmes recueillent le régal. S’aidant d’un plat de bois au rebord effilé, elles enlèvent très soigneusement le sol sablonneux qui cache l’orifice du puits dont elles ont découvert la présence.
- Armée d’un bâton de bois dur dont le bout est taillé en ciseau, l’opératrice s’attaque aux parois de la cavité, qu’il s’agit d’élargir. Elle prend mille précautions pour que des fragments de terre dure ne tombent sur les abdomens qu’ils crèveraient, tant la peau est tendue et fine. A chaque étage qu’elle atteint, elle saisit doucement les jirumbas et les dépose dans un récipient.
- Les lois de la tribu lui défendent expressément de consommer la moindre parcelle de sa récolte, qui doit être partagée entre tous les membres de la communauté. Quand elle arrive au campement, on lui fait fête et elle peut alors prendre sa part du butin. La façon dont on absorbe le rare régal est d’une simplicité extrême : on saisit l’insecte par la tête et, l’élevant au-dessus de la bouche, on crève l’abdomen d’un coup de dents et l’on suce le savoureux liquide. Les plus gourmands avalent le tout — l’insecte y compris ! M. Mountford, qui participa à l’une de ces fêtes gastronomiques, nous assure que le miel de fourmi se compare favorablement avec celui de l’abeille.
- Le mulga lui-même fournit une substance faiblement sucrée produite, en certaines saisons, par des exsudations que provoquent, sur ses petites branches, des insectes qui s’enfouissent dans l’écorce. Les indigènes coupent ces branches et les mettent à macérer dans de l’eau ; ils obtiennent ainsi un breuvage édulcoré d’une appréciable saveur. Victor FonEIN_
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- LES INSTITUTS
- PASTEUR D'INDOCHINE
- Quand, en 1861, l’Amiral Charner, à la tête du corps expéditionnaire, débarqua en Cochinchine, il trouva les populations indigènes ravagées par toutes les maladies : celles qui sont communes à toutes les latitudes : la variole, la tuberculose et les maladies vénériennes ; celles qui sont propres aux pays tropicaux : la malaria et la dysenterie; celles aussi que le manque d’hygiène rend particulièrement redoutables : la peste, le choléra, le typhus et la lèpre.
- Bien qu’on ne dispose d’aucune statistique de l’époque, on peut affirmer que le taux de mortalité était effroyablement élevé.
- Dès 1867, après l’occupation de la Cochinchine, la métropole se soucia de ce déplorable état sanitaire.
- Pasteur lui-même s’inquiétait des épidémies de variole provoquées par l’application des méthodes préventives de la médecine chinoise : le sang prélevé chez les convalescents était appliqué sur une partie scarifiée de l’individu à immuniser. Ce virus n’était généralement pas assez atténué pour être inoffensif et propageait l’épidémie, tandis que la vaccination jennérienne est l’inoculation du virus de la vaccine ou cow-pox qui appartient à la môme espèce que le virus variolique, mais acclimaté chez les bovins ou chez le cheval et très peu pathogène pour l’homme.
- Sur les recommandations de Pasteur, la vaccine fut pratiquée en Indochine en 1867 et rendue obligatoire en 1871.
- Dès 1891, à la demande d’Étienne, sous-secrétaire d’Ëtat aux Colonies, Pasteur envoya à Saïgon son élève Albert Calmette avec la mission d’y fonder un institut. En deux ans et demi Calmette réalisa une installation largement conçue et adaptée aux conditions locales; l’Institut Pasteur de Saïgon pratique les vaccinations antivariolique et antirabique et Calmette y aborda des recherches sur la pathologie indochinoise et sur la sérothérapie antivenimeuse. C’est là qu’il
- Fig. 2.
- découvrit les sérums polyvalents agissant à la fois sur les venins des colubridés et des vipéridés. Ces sérums très énergiques sauvent le patient s’ils ne sont pas appliqués trop longtemps après la morsure.
- Quatre ans plus tard, en 1896, Yersin après sa découverte du bacille de la peste à Hong-Kong vint fonder à Nha-Trang le deuxième Institut Pasteur.
- Yersin était un médecin de deuxième classe des colonies qui avait 3i ans quand il débarqua à Hong-Kong le i3 juin 1894 c-n pleine épidémie de peste. Il avait, quelques années auparavant, signé avec Pasteur une étude sur la toxine diphtérique.
- Deux professeurs japonais, Kitasato et Aoyama, aidés d’un assistant et d’un étudiant en médecine étaient déjà au travail. Yersin arriva seul avec un boy annamite qui 11e l’a jamais quitté et un boy chinois amené d’Haïphong qui le quitta dès son arrivée en emportant quelques piastres.
- Le i4 juin, Kitasato annonça qu’il avait trouvé dans le sang des malades un bacille qu’il croyait être celui de la peste.
- Quelques jours plus tard, malgré des difficultés dues à son
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- ignorance de l’anglais, au manque de matériel et d’autopsies, réservées aux médecins japonais, Yersin découvrit dans les bubons les petits bâtonnets trapus, qu’il retrouva dans les cadavres des rats qui pullulaient en ville. C’était le bacille de la peste et Kitasato reconnut son erreur.
- Après un court séjour à Canton, l’épidémie étant presque éteinte, Yersin regagna Saigon, puis Paris où il mit à l’étude avec Borrel et Calmette l’immunisation antipesteuse. Il repartit en 1895 pour l’Extrême-Orient.
- Tandis quelles essais se poursuivaient à l’Institut Pasteur de Paris, de son côté à Nha-Trang (Annam) il entreprit l’immunisation des chevaux contre la peste. C’est à Canton, en 1896, qu’il tenta un premier essai thérapeutique sur un jeune Chinois de la mission catholique. Avec 3o cm3 de sérum, il guérit ce premier cas en 24 heures. De là il partit pour Amoy où sur 23 cas traités, il en guérit 21.
- Yersin fonda alors à Nha-Trang le deuxième Institut Pasteur d’Indochine qui prit rapidement une grande extension. Là sont élevés et inoculés les animaux dont on prélève le sérum pour la fabrication en série des vaccins, notamment le yaccin contre la peste et contre le choléra.
- L’efficacité de ces mesures s’est montrée en 1937, les foyers de choléra toujours latents en Cochinchine et au Cambodge s’étant réveillés, l’épidémie fut rapidement jugulée ; en trois mois l’Institut Pasteur fournit 20 millions de centimètres cubes de vaccin.
- L’Institut Pasteur n’a pas limité là son activité. Des recherches sur les problèmes de l’alimentation ont été entreprises; un inventaire méthodique des produits locaux : le riz, le nuôc mam, a permis d’établir une réglementation des rations alimentaires minima pour les ouvriers des plantations.
- D’autre part, les problèmes de l’élevage du bétail nécessaire à la préparation des vaccins a amené Yersin à des études agricoles. On a dû rechei’cher les essences les plus favorables au maintien en bon état du sol défriché. Parmi ces essences : la kola, l’ylang ylang, l’ipéca, l’hevea, le quinquina; ce sont 1 ’Hevea brasiliensis et le quinquina qui ont donné les résultats les plus intéressants.
- Les recherches de Yersin sur la coagulation du latex et les terres les plus favorables à sa culture ont permis d’acclimater sur les Terres Rouges l’hevea, qui, en quelques années, a assuré à l’Indochine une place honorable parmi les pays producteurs de caoutchouc. En ig4o, la production atteignait 100 000 tonnes qui devaient suffire aux besoins de la métropole.
- Avec l’aide de techniciens hollandais, notamment le docteur Kerboch, Yersin introduisit de Java le quinquina dont l’écorce donne la quinine. En 1928, l’Administration a distribué gratuitement 2 24o kg de quinine pour lutter contre le paludisme, tandis que 4oo kg seulement ont été vendus.
- En ig33, un troisième Institut Pasteur indochinois était créé à Hanoï.
- La France s’est ainsi efforcée de faire pénétrer, dans tous les domaines de la médecine, les acquisitions de la science, malgré la méfiance des Indochinois et leur attachement à la pharmacopée indochinoise qui reste dans les campagnes, la médecine de base. Il faut lutter contre l’ingestion de poudre de corne de cerf ou l’application sur les plaies de terre souillée.
- Des équipes d’infirmiers font des tournées dans les secteurs ruraux qui leur sont attribués ; ils détectent les malades qui sont envoyés aux consultations et traités, ils procèdent aux vaccinations.
- On comptait en ig38, en Indochine, 42 grands hôpitaux, plus de 1 000 centres médicaux, dispensaires, maternités, infirmeries. 33o 000 malades ont été hospitalisés, le nombre de consultations a dépassé 6 millions, le nombre de vaccinations jennériennes a dépassé 10 millions.
- Les résultats obtenus montrent l’œuvre accomplie. La population auparavant stationnaire a doublé en moins de 5o ans,
- elle est maintenant de 23 millions.
- *
- * #
- Or tous les établissements publics créés par les Français ont été confisqués par le Viet Nam : les Instituts Pasteur, l’Ecole Française d’Extrême-Orient, les bibliothèques des Facultés indochinoises. La restitution à la France des instruments de travail créés de toutes pièces par ses savants fut une des pierres d’achoppement des conversations de Dalat et de Fontainebleau. L’Institut Pasteur d’Hanoï fut cependant rendu officiellement à la France en novembre dernier, mais le gardien y était assassiné quelques jours plus tard et le 21 décembre, dans la nuit, l’Institut Pasteur d’Hanoï était occupé, incendié, pillé. Les archives, qui représentaient des années de travail, des millliers d’observations ont été détruites.
- Cependant dès le début de janvier, les services, transférés à l’hôpital Yersin ont repris leur activité et le télégramme laconique par lequel Hanoï instruisait Paris de ces événements se terminait par la phrase : « Envoyez vaccins et sérums toute nature ». Réponse de la France au Viet Nam !
- Marcelle Allin.
- (Photos Agence Économique des Colonies).
- Gazéification souterraine.
- L’Alabama Power C° va entreprendre avec le concours du Bureau des Mines des ü. S. A., des essais de gazéification souterraine sur des couches de houille difficiles à exploiter par les méthodes minières usuelles.
- Les gaz produits seront utilisés à la production d’énergie électrique.
- Figr. 3. — L’Institut Pasteur de Nha-Trang.
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- Les
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- locomotives au mazout
- En haut : La locomotive sur le banc d’essais. En médaillon : L’ensemble des appareils de mesure.
- (Photos l. N. P.).
- Nous manquons de charbon. II est inutile de le répéter aux Français qui viennent de souffrir du froid devant leurs chauffages éteints, leurs foyers vides. Le charhon est plus précieux comme matière première de l’industrie métallurgique ef chimique organique que comme simple générateur de calories. Aussi a-t-on décidé
- — en attendant l’électrification totale des
- voies ferrées. — d’équiper un certain nombre de locomotives de foyers au mazout ou au fuel-oil. Ce n’est pas qu’on réduise ainsi
- les importations et les sorties consécutives de devises, mais on y trouve divers avantages pour le stockage, la manutention, le logement à bord, la conduite des feux.
- Les Américains, les Anglais nous ont précédés dans cette voie.
- La S. N. C. F. a donc entrepris de créer sur les chemins de fer cinquants dépôts et cent réservoirs de mille mètres cubes pour y entreposer le combustible liquide et de transformer les foyers d’un certain nombre de locomotives en service, en attendant qu’il nous en arrive des neuves, commandées au Canada. Nous devons, en effet, en recevoir 620 dont 320 d’ici quelques mois.
- La première locomotive canadienne, du type Mikado 1-4-1 R est déjà arrivée et vient d’être mise en essais au banc d’épreuves d’Ivry, pour régler sa mise au point et son rendement.
- Le mazout brûlant à une température bien plus haute que le charbon : 1 7b0° au lieu de 1 330°. le revêtement réfractaire du foyer doit être beaucoup plus soigné et les coups de feu sont plus à craindre ; mais le réglage du foyer est beaucoup plus aisé puisqu’il se fait par une vanne et le chauffeur est dispensé de pelleter sans arrêt.
- La machine essayée, lourde de Ilôt, d’une puissance de 2 500ch, a atteint aisément sur les galets du banc-laboratoire la vitesse de 85 km/h.
- On compte obtenir du changement de combustible une économie annuelle de 720 000 t de charbon.
- L'a s die et les poissons.
- Les appareils de détection dans l’air et dans l’eau ont été tellement perfectionnés pendant la dernière guerre et sont devenus si sensibles qu’ils peuvent servir à reconnaître la présence et les déplacements de bandes d’oiseaux et de bancs de poissons.
- La Nature a déjà conté (n° 3 112, 15 mai 1946) les inquiétudes causées à plusieurs reprises pendant la guerre en Angleterre par des oiseaux de mer qui s’ébattant près des côtes avaient fait penser, par les échos du radar, à la présence d’avions ou de bateaux et provoqué des fausses alertes.
- Dans l’eau, l’asdic a causé également des méprises et c’est ainsi qu’en 1944, trois navires de surveillance, le Roselys et la Découverte, français, et le Towry, anglais, enregistrèrent presqu’au même moment des échos d’un corps sous-marin qu’ils attaquèrent à la grenade et qui n’était sans doute qu’un banc, ou une série de bancs de poissons. D’autres fois, la même aventure se termina par la montée en surface de nombreux poissons morts que l’équipage ajoutait à son menu.
- Déjà, avant la guerre, de brusques ressauts du fond révélés par les sondages ultrasonores avaient été interprétés comme dus à la présence d’une baleine, d’un gros poisson ou d’un banc dense de petits tels que des harengs ou des maquereaux, puisqu’on ne les retrouvait pas en permanence.
- Les pêcheurs ont si peu de moyens de savoir où, dans la vaste mer, ils doivent mouiller leurs lignes ou tendre leurs filets qu’on a songé, la guerre finie, à voir si l’asdic ne pourrait pas leur être utile et les guider dans leurs évolutions.
- En France, l’été dernier, un escorteur de la Marine nationale,
- le Grenadier, dûment équipé et ayant à bord l’enseigne de vaisseau Tchernia, qui fut déjà le naturaliste de l’Année polaire au Groenland, a navigué dans le Golfe de Gascogne, sur les lieux de pêche de la sardine, du maquereau et du germon.
- Une récente conférence au Ministère de la Marine a fait connaître les premières indications ainsi recueillies.
- On peut déceler par échos non seulement de très gros êtres vivants, tels que des baleines, mais aussi de petits poissons naviguant en bancs serrés. L’énergie ultrasonore renvoyée au navire émetteur par les corps immergés est enregistrée, mais elle peut aussi être écoutée dans un récepteur microphonique et le bruit diffère un peu selon l’espèce et la taille des poissons, si bien qu’avec un certain entraînement, on peut distinguer des dauphins ou des bancs de germons, de harengs, de maquereaux. Il y aurait probablement lieu de rechercher les fréquences et les longueurs d’ondes les plus favorables, l’asdic de guerre étant réalisé Uniquement pour le dépistage des sous-marins ; il conviendrait aussi d'étaler le pinceau ultra-sonore, actuellement très étroit, de façon à explorer plus rapidement l’eau dans toutes les directions. Enfin, il est possible que certaines fréquences dispersent ou fassent fuir les bancs rassemblés, puisqu'on sait déjà que les dauphins s’écartent de certains navires américains marchant au Diesel tandis qu’ils viennent jouer autour des corvettes britanniques à machines alternatives.
- De nouveaux essais sont donc nécessaires avant qu’on puisse conseiller aux chalutiers et aux cordiers d’ajouter à leur équipement un asdic détecteur de pêche.
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- LES TORNADES
- ne tornade a ravagé, en juin dernier, certaines régions du Canada.
- Le phénomène, qui prend toujours naissance dans les régions orientales des Antilles, se contente généralement de remonter la vallée du Mississippi où il sème la destruction et la mort. C’est à titre d’exception qu’il franchit la frontière canadienne ; »a violence étant abattue après son parcours de plusieurs milliers de kilomètres, il ne cause que d’insignifiants dégâts dans la vallée du Saint-Laurent. Cette fois, il s’est conduit de tout autre façon.
- Après avoir traversé les États-Unis du Sud ah Nord en une marche quasi débonnaire, il ne développa 6a fureur qu’en pénétrant dans l’État de Michigan ; sa vitesse fut alors évaluée à 2S0 milles (environ 400 km) à l’heure. Avec l’accompagnement d’une pluie diluvienne, le cyclone commença par ravager le district très populeux de la rivière Rouge, traversa la rivière Détroit et se divisa en quatre énormes trombes qui suçaient tout ce qu’elles rencontraient dans un rayon de cent mètres. Elles démolirent de fond en comble la petite ville de Sandwich et les villages proches de Windsor, en la province canadienne d’Ontario, avant de se dissiper dans le lac Saint-Clair. La période de dévastation n’avait duré : que dix minutes : en ce bref espace, la tornade coûta soixante vies humaines et des dégâts matériels se chiffrant par dizaines de millions de dollars, sans parler d’un grand nombre de personnes blessées. Ce qui ajouta à l’horreur du drame, c’est qu’il se produisait au début de la nuit, alors que les citadins s’apprêtaient à souper : les éclairs fulgurants se succédaient sans interruption et le fracas du tonnerre était assourdissant.
- La marche d’une tornade est toujours capricieuse. Je me souviens de la trouée que l’une d’elles tailla dans une forêt vierge de l’Amérique tropicale. Son passage y avait laissé une avenue assez régu-. lière quant à la largeur, qui mesurait uniformément' une soixantaine de mètres ; mais le tracé était d’une folle irrégularité, traçant tantôt des S et, tantôt, des lignes brisées. D’après les comptes rendus de la presse canadienne et américaine, la tornade a montré la même fantaisie. Parvenue devant Détroit, ville qui compte près de 1.700.000 âmes, elle s’en écarta, décrivant à l’Est un détour de plusieurs kilomètres, respecta de même la cyclo-péenne usine de Ford, se rua sur Windsor, mais ne s’acharna que sur ses faubourgs, revint sur ses pas, détruisit un vaste entrepôt
- en territoire américain, pénétra de nouveau en territoire canadien et revint se-perdre dans le lac Saint-Clair, englobé dans l’État de Michigan.
- Incidents et drames.
- Les dépêches ont donné sur la catastrophe une quantité de détails dont nous retiendrons les plus caractéristiques. Les véhicules automobiles, les plus lourds comme les plus légers, surpris par la tornade dans les rues, furent retournés comme des feuilles mortes ; les conduites d’eau et de gaz crevèrent ; les chaussées s’encombrèrent d’un fouillis de fils télégraphiques et téléphoniques ; toutes les maisons de plusieurs villages furent aplaties sur le sol ou emportées au loin.
- A l’aube suivante, de nombreuses personnes cherchaient leurs enfants dans les décombres ; certains avaient été littéralement arrachés des bras de leurs parents. On vit un garçon de sept ans, complètement nu, qui courait dans les ruines en appelant sa mère : le cyclone l’avait dépouillé de tous ses vêtements.
- Une dame habitant Sandwich, près Windsor, a déclaré qu’elle avait vu périr sept personnes à quinze ou vingt mètres de l’endroit où elle se tenait. « Soulevée de ses fondations, exposa-t-elle, la maison où elles s’abritaient roula plusieurs fois sur elle-même avant de s’envoler haut dans l’air. Je vis les corps emportés par le vent et ne sais ce qu’ils sont devenus ».
- De tels faits sont pour ainsi dire monnaie courante dans la vallée du Mississippi. Les fermes sont communément pourvues d’une cave spacieuse, aménagée à faible distance des bâtiments et se fermant par une trappe ; les habitants s’y réfugient dès la menace d’une tornade. Les populations des Petites Antilles ont recours à un autre moyen de protection que j’ai vu fonctionner notamment à la Grenade : les colons de race blanche font construire près de leur demeure une sorte de fortin aux épaisses murailles de briques et qui n’a d’autre ouverture qu’une porte étroite et basse ; ils y entretiennent une provision d’eau fraîche.
- Sur l’enlèvement de personnes vivantes, je puis citer un cas qui eut pour théâtre un village du Missouri. L’histoire se place vers 1870. Une jeune fille de vingt-deux ans, réputée autant pour sa beauté que pour le bien qu’elle faisait autour d’elle, fut enlevée
- par la tornade et l’on tenta vainement de retrouver son corps. La légende s’empara de l’événement et la croyance s’établit que la sainte fille avait été emportée au ciel, tout comme le prophète fîlie, Un culte se fonda pour vénérer sa mémoire : on lui dressa des autels. Quand je visitai l’État de Missouri, vers 1898, cette pseudo-religion était en pleine vogue.
- La naissance d'une tornade.
- U me fut donné d’assister à ce rare phénomène, alors que je vivais à Port-au-Prince, la capitale de la République d’Haïti. Certain après-midi du mois d’aût, je déambulais sous les arcades du Bord-de-Mer, nom qui désigne la rue faisant face au port ; j’y avais rendez-vous avec un ami. Je suffoquais ; l’air surchauffé était irrespira-
- Fig. 1.— La ville de Pinson (Tennessee) après une tornade.
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- ble. Je remarquai soudain qu’une petite colonne de poussière s’élevait, rigidement verticale, devant moi, presque entre mes pieds et sous la galerie. Grosse comme un doigt, haute d’un demi-mètre, elle m’intrigua dès que j’eus pris la peine de remarquer l’absence complète d’une brise.
- Après avoir tournoyé sur elle-même pendant quelques instants, elle s’évanouit, mais réapparut une minute plus tard, à trois ou quatre pas de moi, ses dimensions s’étant accrues d’une manière sensible. L’évolution du phénomène se poursuivit en une chaîne d’apparitions et de disparitions. Abandonnant le trottoir et ses arcades, la colonne s’engagea sur la large chaussée ; grosse comme mon bras et haute de deux mètres, elle pivotait d’une vitesse d’autant plus visible qu’elle happait, par sa base, des fétus de paille et des brins de papier qui s’élevaient jusqu’à sa cime. Le sentiment de curiosité qu’elle m’inspirait me fit oublier mon rendez-vous et je la suivis pas à pas, pendant une demi-heure. Je comprenais vaguement qu’une force électrique provoquait sa formation et son tournoiement ; mais je
- tornade ravagea Santo-Domingo, la jolie capitale de la République Dominicaine, l’une des plus vieilles cités du Nouveau-Monde, fondée par Bartolomeo Colomb, le frère de l’illustre navigateur. J’y avais séjourné une trentaine d’années auparavant. Solidement construites de pierres, les maisons ne comportaient pas d’étage. Tout fut balayé, sauf quelques édifices historiques, dont la cathédrale, qui se vante de posséder « l’un des squelettes de Christophe Colomb ». Énigme insoluble 1 Quand, vers la fin du xvm® siècle, les Français de Saint-Domingue menacèrent la ville, les Espagnols * transportèrent hâtivement les restes du grand Génois à La Havane — si hâtivement qu’ils se trompèrent de cercueil. Longtemps plus tard, lorsque l’Espagne perdit Cuba, les cendres de Colomb furent ramenées à Séville ; et, cette fois encore, une erreur se serait produite. Trois sépultures pour un seul mort, c’est beaucoup, si célèbre qu’il soit.
- Rappelons le plus curieux effet des tornades : elles vident les mares de leur contenu et enlèvent à de grandes hauteurs leurs
- ne soupçonnais pas que j’assistais en ce moment à la naissance d’une de ces formidables tornades qui, partant des Antilles orientales, vont semer la destruction au cœur des États-Unis.
- Augmentant sans cesse ses dimensions, la trombe franchit le jardin d’un hôtel, s’engagea dans la mer, s’effondra, se reforma, gagnant le large au cours de ce manège. Je vis nettement que l’eau soudait à sa base un cône d’écume, à chacune des résurrections ; elle fut cachée finalement par l’île de la Gonave qui borde l’horizon, à l’entrée de la baie de Port-au-Prince.
- Une semaine s’écoula et le câble apporta la nouvelle qu’une violente tornade, après avoir saccagé la partie orientale du Cuba, remontait la vallée du Mississippi, détruisant des villages et dévastant des villes.
- La puissance destructrice du fléau est inconcevable. Le 3 septembre 1930, une
- Fig. 2 et 3. — Ci-dessas : Une usine de la Midvale Steel C°, à Wilmington (Missouri) dévastée par une tornade. — Ci-contre : Tyler (Minnesota). La First National Bank après une tornade.
- eaux et les créatures qui les peuplent. C’est l’explication de ces pluies de grenouilles et de petits poissons que l’on a signalées fréquemment en Amérique du Nord.
- Victor Forbin G).
- 1. Victor Forbin, un des plus vieux et des plus actifs collaborateurs de La Nature vient de mourir. Depuis 1905, il n’avait cessé d’y écrire, tenant ses lecteurs au courant de ses voyages, de ses observations, de ses lectures, en un style charmant et alerte. Après une jeunesse pleine d’aventures en Amérique tropicale, racontée en un volume qui vient de paraître, il s’était fixé à Clamart, sans renoncer toutefois aux longues randonnées au Canada, en Syrie, en Indochine.^ Il laisse plusieurs romans, des poèmes intitulés Résistance, un livre sur le Canada préfacé par Raymond Poincaré, un autre sur le Moyen-Orient et toute une série de volumes documentaires parus chez Payot sur le pétrole, l’or, le caoutchouc dans le monde, les richesses de l^A-sie.
- La Nature présente à M““ Forbin et à ses enfants ses condoléances attristées auxquelles se joindront les sympathies de ses nombreux lecteurs.
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- LA MICRORADIOGRAPHIE
- La découverte des rayons X par Rôntgen a été l’origine d’applications de la plus haute importance, parmi lesquelles .a radiographie occupe une place de choix. Nul n’ignore les ren-, geignements essentiels que cette technique nouvelle a apportés dans le domaine médical ; plus récemment, la radiographie a été utilisée avec un succès croissant dans le domaine industriel, et l’on peut même dire qu’à l’heure actuelle, le développement de la radiologie industrielle — ou « macroradiologie » — a surpassé celui de la radiologie médicale.
- Toutefois, la macroradiologie ne permet d’explorer que des zones étendues de l’objet irradié ; le cliché obtenu reproduit, avec un agrandissement plus ou moins accusé, la structure d’une région ayant toujours une surface assez considérable. Ce procédé d’investigation est extrêmement précieux, car il permet de situer la position ou les altérations d’organes, la présence de soufflures, retas-sures, inclusions, hétérogénéités, etc..., mais il ne donne aucune indication sur la structure fine de l’objet examiné, dont la connaissance peut cependant être intéressante.
- Il apparaît donc comme particulièrement utile de compléter les
- résultats fournis par la macroradiographie — ou étude de grandes surfaces — par l’examen micro-radiographique de très petits éléments de surface. C’est de ce besoin qu’est née la technique de la microradiographie, dont les premières applications, d’o rdre surtout biologique (histo-radiographie) se sont ensuite orientées vers la métallurgie et l’industrie en général.
- Le principe de la microradiographie.
- Le principe de la microradiographie consiste essentiellement à radiographier un objet hétérogène de très petite dimension et à agrandir ensuite l’image obtenue. L’idée première en revient à P. Goby qui, dès 1913, signalait « que cette application nouvelle des rayons X permettait d’analyser la structure interne de tous les objets qui, tributaires du microscope par leur petitesse, lui échappaient par leur opacité ».
- Pratiquement l’objet à examiner est réduit à une épaisseur très faible (de l’ordre de quelques microns ou de quelques centièmes de millimètre) ; la préparation est disposée au contact de l’émulsion photographique, et l’ensemble est irradié par des rayons X de longueur d’onde convenablement choisie, la radiographie étant ensuite agrandie.
- On peut se demander quel intérêt présente un tel examen, étant donnés les résultats auxquels permet d’arriver la technique microscopique actuellement si perfectionnée. Pour cela, il convient de se rappeler que les propriétés des rayons X sont bien différentes de celles de la lumière visible ou ultra-violette ; en effet, étant donné leur pouvoir de pénétration à travers les corps opaques, ils
- Fig. 1. — Microradiographie de bois
- (Essesang) (Gr. x 60 — 3 500 V).
- permettent tout d’abord de « voir » au travers des objets que la lumière ordinaire ne pourrait pas traverser.
- Mais, de plus, pour une longueur d’onde donnée des rayons X, l’opacité d’une certaine épaisseur de matière, mesurée par son coefficient d’absorption, varie avec la nature des éléments rencontrés. Le coefficient d’absorption est en effet une propriété atomique et ne dépend pas de l’état physique ou chimique de la matière qui sert d’écran ; sa caractéristique essentielle est d’augmenter très rapidement avec le numéro atomique des éléments, le plomb étant ainsi beaucoup plus opaque que le fer et celui-ci que l’aluminium.
- Il existe donc une relation étroite entre le noircissement des grains d’argent de l’émulsion photographique, et la nature des diverses parties de l’objet traversées par les rayons X. Autrement dit, il est ainsi possible de discriminer la présence et la réparti-t i o n d’impuretés ou d’hétérogénéités qui, du point de vue optique, seraient indiscernables ; ces remarques sont essentielles, car elles montrent que les renseignements tirés de la microradiographie seront tout autres que ceux donnés par le microscope ; ils devront être interprétés d’une façon différente et nécessitant un certain entraînement. Bien entendu, ces renseignements ne prendront toute leur valeur qu’à la condition de les comparer et de les superposer à ceux fournis par les mé-
- Montage
- zm
- Coupe schématique d’un tube
- démontable pour la microradiographie des alliages métalliques.
- Le tube de production des rayons X est représenté à gauche de la figure. Les rayons X sortent du tube par la fenêtre F, dans laquelle s’emboîte la caméra à microradiographie. L’échantillon à examiner est disposé dans le fond de la cupule E (pièce A). Le film est énergiquement serré contre lui grâce au bouchon B en laiton et à la pièce de serrage G.
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- Fig. 4. Microradiographie d’un alliage de magnésium contenant diverses additions,
- en particulier du manganèse.
- Sur le cliché (pose 8 mn, tension 20 000 V) les parties claires correspondent aux régions de forte absorption (éléments lourds), les parties noires, au magnésium. L’étude préalable et systématique de la variation de teneur en manganèse (sur un alliage magnésium-manganèse témoin) a montré que •celui-ci apparaissait sur les radiographies sous la forme de taches circulaires irrégulièrement réparties. On peut en conclure, dans l’alliage ci-dessus, que ce sont les additions autres que le manganèse qui se disposent en traînées formant un réseau entourant les cristaux de magnésium.
- Fig. 5. Examen d’un alliage aluminium-zinc-magnésium renfermant de petites quantités
- d’autres métaux (cuivre, fer, silicium).
- La microradiographie d’une telle éprouvette (gr. x 410) montre la répartition des éléments lourds •qui apparaissent sous forme de bandes claires. Cette stratification provient du travail mécanique.
- thodes microscopiques habituelles (micrographie par exemple).
- Ces principes généraux étant rappelés — et ils ne diffèrent pas -de ceux de la radiographie ordinaire — il est nécessaire de remarquer maintenant que la microradiographie se heurte à plusieurs difficultés dues à son principe même. ?
- Ces difficultés sont surtout au nombre de deux, et proviennent •de la structure de l’émulsion photographique et de la préparation •des échantillons à examiner.
- a) Émulsion photographique, — L’émulsion photographique doit nécessairement comporter un grain extrêmement fin. En effet, la minuscule radiographie obtenue — dont la surface est de l’ordre de quelques millimètres carrés —
- doit pouvoir être examinée au microscope •avec un fort grossissement et photographiée sans que le grain apparaisse sur la photographie sous peine de rendre impossible l’interprétation du cliché.
- La préparation au laboratoire de telles émulsions est très délicate ; toutefois l’industrie a réussi récemment à surmonter ces difficultés et l’on trouve actuellement dans le commerce des films « Lippmann » parfaitement adaptés aux conditions exigées (Kodak-Pathé).
- Ces films, dans lesquels la couche émulsionnée n’est pas visible, possèdent un grain extrêmement fin, qui ne commence à être gênant qu’au-dessus de 600 diamètres ; par contre, leur sensibilité est d’environ 200 fois moindre que celle des émulsions radiographiques courantes. Leur développement est extrêmement simple, et ne nécessite qu’un peu de soin pour éviter la présence de poussières, particulièrement au cours du séchage.
- L’emploi de ces films a permis à P. La-
- marque dans le domaine biologique, et à. F. Fournier dans le domaine métallurgique, d’obtenir des microradiographies d’un grand intérêt.
- b) Préparation des échantillons, —
- Tandis que dans l’étude des tissus, les coupes histologiques sont relativement aisées à préparer sous une épaisseur de l’ordre de 1 à 5 microns, il n’en est pas de même pour les examens des métaux. Il est, en effet, obligatoire de n’employer que des échantillons extrêmement minces et d’épaisseur constante, de 1 à 5/100 de millimètre au plus si l’on veut éviter les superpositions de l’image et le flou qui en résulte. D’autre part, le métal doit être travaillé de façon à éviter tout échauffe-ment susceptible de modifier sa structure.
- Le procédé qui, en général, donne le meilleur résultat consiste à découper dans l’obet métallique une plaquette de 15 mm x 10 mm environ et d’épaisseur 1 mm. La plaquette est fixée dans un étau à main et ramenée à l’aide d’une lime assez grosse à une épaisseur de 0,5 mm environ ; ce travail doit être effectué lentement et au besoin en refroidissant, pour éviter réchauffement du métal. L’emploi de la machine Jaudouin (disque de tôle baignant dans une pâte à l’émeri), simplifie considérablement ces manipulations, et permet d’obtenir en une fois des échantillons d’épaisseur inférieure au millimètre, même à partir d’objets en acier extra-dur.
- L'appareillage et le choix des longueurs d'onde.
- Le but de j’examen microradiographique consiste essentiellement en la différenciation des éléments chimiques ou des hétérogénéités chimiques ou physiques existant dans l’échantillon. Ce problème ne peut être résolu que par un emploi judicieux des longueurs d’onde des rayons X.
- Fig. 6. — Effet de la trempe sur un alliage aluminium-zinc-magnésium.
- A gauche, avant la trempe, les éléments lourds sont disposés en stratifications, bien que les contrastes ne soient plus aussi grands que dans le métal initial (fig. 5). La plus grande partie du zinc et du cuivre est précipitée sous forme de grains fins et uniformément répartis. A droite, après trempe, les éléments lourds sont passés en solution solide et le métal ne présente plus d’hétérogénéité chimique microscopique ; après le revenu, les éléments lourds précipiteraient de nouveau (gr. x 410).
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- Ainsi, dans le cas de coupes organiques minces, et avec des rayons X excités sous des tensions de 3 à 5 kY, l’oxygène apparaît déjà beaucoup plus absorbant que le carbone, et quelques centièmes de soufre dans la coupe la rendent opaque, d’où la possibilité de déceler le squelette minéral des cellules normales ou pathologiques (A. Dauvillier).
- Un certain nombre d’applications ont été ainsi réalisées par l’auteur de ces lignes et ses collaborateurs, dans le cas de produits se présentant sous forme de lames ou feuilles minces, et qui peuvent présenter un intérêt pratique dans un certain nombre d’industries. Citons par exemple l’étude de la constitution des bois (flg. 1), l’étude de la structure des papiers en relation avec leur fabrication et leur identification, l’examen de pellicules de vernis ou de caoutchouc, l’étude de la répartition des charges minérales, l’étude de l’émulsion photographique (le bromure d’argent est très absorbant vis-à-vis du support) et des processus de développement, l’étude de la vulcanisation du caoutchouc (J. J. Trillat).
- De son côté, P. Lamarque, utilisant des rayons X de C à 10 Angstrôms, a réussi à obtenir, grâce à un appareillage ingénieux, des microradiographies d’un grand intérêt et qui laissent entrevoir de nombreuses possibilités pour le développement de cette nouvelle technique, appelée par lui « historadiographie » (fig. 2).
- Fig. 8. — Microradiographie d’un acier au tungstène extra-dur.
- Sur le cliché apparaissent des taches claires correspondant à l’élément lourd, donc aux carbures de tungstène. L’orientation de ce précipité est due au traitement mécanique. La technique microradiographique permet de suivre l’influence des traitements thermiques sur la répartition et la grosseur des grains de carbure de tungstène.
- Fig. 7. — Structure fibreuse d’un alliage de décolletage.
- Les deux radiographies sont prises, celle de gauche parallèlement à l’axe de la barre, celle de droite, perpendiculairement à cet ax.e Les éléments lourds se répartissent suivant des traînées parallèles à l’axe de la barre. Cette structure provient du mode d’obtention de la barre qui a été réalisée
- par filage.
- trois fenêtres ; l’échantillon examiné, appliqué contre le film « Lippmann » est placé dans un châssis spécial (fig. 3), lequel est lui-même enfoncé dans l’une des fenêtres du tube. De la sorte, l’échantillon se trouve placé très près du foyer de l’anticathode, ce qui permet un gain appréciable du temps de pose ; il se trouve, de plus, automatiquement centré par rapport au foyer.
- On peut également utiliser des tubes scellés à rayons X, à la condition que ceux-ci possèdent un foyer très fin et permettent la fixation du châssis photographique au voisinage immédiat des parois de l’ampoule.
- Les temps de pose sont essentiellement variables ; ils dépendent naturellement de l’épaisseur de l’échantillon, de sa nature et des longueurs d’ondes employées. Ces durées d’exposition varient de quelques minutes (alliages légers) à quelques heures (aciers spéciaux).
- Toutefois, pour l’étude d’échantillons métalliques, il n’est pas nécessaire d’utiliser des longueurs d’onde X aussi grandes ; en effet, l’absorption est, en général, beaucoup plus élevée dans ce cas que pour les éléments légers constituant les tissus organiques. Le problème de l’appareillage se trouve du même coup simplifié, puisqu'il devient inutile de produire des rayons X mous, très absorbables par l’air et la fenêtre de sortie du tube ; on sait que de tels rayons nécessitent l’emploi de dispositifs spéciaux pour éviter cette absorption (chambres photographiques fonctionnant dans le vide par exemple). On utilise alors suivant les cas un rayonnement émis par des anticathodes de chrome, fer, cobalt et cuivre sous des tensions constantes de l’ordre de 10 à 20 kY. La nature du rayonnement doit naturellement être choisie en fonction de la composition de l’échantillon de façon à accentuer les contrastes par une absorption préférentielle ; la connaissance des valeurs des discontinuités critiques d’absorption permet de réaliser facilement le choix de la radiation.
- L’appareillage, très simple, consiste en un tube démontable à
- La pose terminée, le film est développé, fixé, lavé et séché, à l’abri de toute poussière.
- Les applications de la
- microradiographie à la métallurgie.
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- Rayons X
- Les propriétés mécaniques d’un alliage (dureté, résilience, etc.) dépendent non seulement des proportions des constituants de l’alliage, mais encore de leur répartition dans le mélange, des dimensions des cris-
- surface à mmm I étudier
- réflexion
- Fig. 9. — Schéma de la méthode de radiographie électronique par réflexion.
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- Fig. 10. — Comparaison d’une radiographie ordinaire d’un alliage AISbSnPb (à gauche) et d’une radiographie électronique par réflexion du même aliage (A. Saulnieb).
- La radiographie ordinaire est obtenue sous 50 kV, la radiographie électronique sous 180 kV filtre 2 mm Gu + 2 mm Al,
- pose 4 mn, distance 45 cm.
- taux, etc.... Cette structure varie considérablement avec les traitements que l’on fait subir à l’alliage. Lamine-t-on la masse métallique, celle-ci prend une structure stratifiée ; si on l’étire, on voit des fibres se former, etc.... Les traitements thermiques (trempe, revenu) modifient la grosseur des cristaux et l’alliage prend tantôt la forme d’un agglomérat de cristaux relativement grands, tantôt la forme d’une solution solide où les cristallites sont de dimensions ultra-microscopiques. Des chocs répétés modifient lentement le grain de l’alliage et à la longue diminuent sa résistance.
- La microradiographie permet de suivre toutes ces modifications. En même temps elle décèle tous les défauts d’homogénéité de la masse : fissures, criques, inclusions.
- C’est évidemment dans le domaine des alliages légers que la nouvelle méthode est susceptible de rendre le plus de services. En effet, ces alliages, à base d’aluminium ou de magnésium, se travaillent facilement et peuvent aisément être amenés à l’épaisseur
- Fig. 11. — Radiographie électronique par transmission d’une feuille de papier à cigarettes (gr. x 8).
- voulue ; de plus, leur transparence aux rayons X permet l’emploi de temps de pose réduits.
- Dans le cas des métaux plus lourds, la préparation des échantillons ne présente pas de difficultés spéciales lorsqu’il s’agit de fer ou acier doux ; mais les résultats sont négatifs tant que les constituants du métal ne sont pas suffisamment différenciés par leur numéro atomique (cas des aciers inoxydables type :
- 18-8). De même, des éléments plus légers, tels que le carbone à l’état de cémentite, n’apparaissent pas, alors que la micrographie ordinaire est susceptible de fournir, pour ces divers exemples, de précieux renseignements. Par contre, il était à présumer que des aciers spéciaux comportant un élément lourd (aciers au tungstène à 3 à 4 pour 100 de tungstène) laisseraient apparaître leurs carbures complexes ; mais une autre difficulté se présente alors, celle de la dureté du métal, qui est un grand obstacle à la préparation des échantillons. Cet obstacle peut cependant être levé en partie, grâce à l’emploi de procédés spéciaux de découpage.
- Les figures 4 à 8 illustrent l’intérêt que peut présenter l’emploi de la micrométallographie, tant pour l’étude des traitements thermiques que pour les contrôles de fabrication. Il y a bien entendu intérêt, chaque fois que cela est possible, à compléter ces essais par les examens micrographiques habituels, ainsi que par la macroradiographie et la spectrographie par rayons X.
- La microradiographie électronique.
- Signalons enfin pour terminer un nouveau procédé, dû à l’auteur de ces lignes et à A. Saulnier, et qui permet soit d’étudier
- Fig. 12. — Radiographie électronique par transmission d’une pelure d’oignon (gr. x 20).
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- la structure d’une surface, soit encore la constitution d’objets se présentant sous la forme de films minces.
- Dans les deux cas, on utilise Je phénomène photoélectrique produit par des rayons X pénétrants lorsqu’ils frappent un métal. On sait que des électrons sont alors émis par le « radiateur » métallique, et que ces électrons ont une action photographique intense.
- Pour l’étude d’une surface métallique hétérogène, il suffit de disposer un film à grain très fin contre la surface à étudier, et d’irradier le tout par des rayons X pénétrants (ibO à 200 kV) ; dans ces conditions, le film n’est impressionné que par les électrons arrachés à la surface, et ceci d’autant plus que le poids atomique des éléments frappés est plus élevé.
- On obtient alors une radiographie « électronique » par réflexion de la structure chimique superficielle, qui permet de différencier même des métaux de poids atomique voisin (fig. 9 et 10).
- Pour l’étude d’un objet mince, on utilise un « radiateur » en métal lourd (plomb) émettant beaucoup d’électrons sous l’action des rayons X. Contre ce radiateur est appliqué l’objet et le film photographique; les électrons arrachés au plomb tra-
- versent l’objet et donnent alors une; radiographie « électronique », que l’on peut agrandir jusqu’à 3 pu (400 fois. C’est là' méthode de-radiographie électronique’ par transmission.
- Ce procédé extrêmement simple donne d’intéressants résultats dans nombre de cas : étude-de papiers (fig. 11), de tissus végétaux (fig. 12) ou animaux, d’ailes d’insectes (fig. 13), etc.... Elle donne à la fois une radiographie, et par agrandissement, autant de microradiographies: locales qu’on le désire.
- Conclusions.
- Nous venons de passer en revue les principales possibilités de la microradiographie ; biologie, métallurgie, industries-diverses (papiers, vernis, caoutchouc, etc...), y trouvent un champ nouveau d’application tant pour la recherche que pour le contrôle. Ces techniques, nées en France, ont pris durant la guerre un grand développement, notamment en Angleterre et aux Etats-Unis ; il était bon de-les faire connaître et de rappeler qu’elles ont pris naissance-dans les laboratoires français..
- J. J. Trillat,
- Directeur du Laboratoire de rayons X et d’analyse électronique du Centre national de la Recherche scientifique.
- Figr. 13. — Radiographie électronique par transmission d’une aile de papillon de nuit (gr. x S;.
- Matières plastiques fluorées
- Les applications industrielles des corps chimiques dérivés du fluor se développent rapidement.
- Les carbures chlorofluorés ont déjà trouvé de très importants débouchés dans la technique frigorifique.
- La catalyse chimique appliquée aux pétroles utilise l’acide fluorhydrique anhydre comme agent d’alcoylation.
- Yoici qu’une très importante firme américaine met sur le marché des matières plastiques, le tétrafluoréthylène polymérisé sous la désignation commerciale abrégée de Teflon.
- A la température ordinaire, le tétrafluoréthylène est un gaz incolore et inodore qui se liquéfie à — 76° C. En présence d’un catalyseur approprié et sous pression, il se polymérisé ; la réaction doit être conduite avec des précautions particulières car elle est très fortement exothermique.
- Le produit de polymérisation est une matière plastique translucide remarquablement stable, résistante à la chaleur, diélectrique, élastique, insensible aux agents chimiques, insoluble dans tous les solvants.
- Le tétrafluoréthylène polymérisé est inattaqué par l’acide nitrique, l’eau régale, la soude, bouillants. Il résiste à une température de l’ordre de 300° C. A cette température, seuls les métaux alcalins fondus réagissent sensiblement sur lui.
- C’est un excellent diélectrique.
- • Du fait de son insolubilité générale, il ne peut être mis sous
- forme de vernis. Il ne se ramollit sans décomposition qu’à haute-température. Ces propriétés rendent difficile son utilisation, il faut avoir recours à des techniques qui lui sont particulières.
- Cependant oh le livre sous forme de plaques, de barres, de tubes, etc..., qui peuvent être usinés ; également sous forme de poudre qui peut être agglomérée par pression à chaud. Ces poudres peuvent être additionnées de charges inertes.
- Les examens aux rayons X et au microscope polarisant ont révélé une structure microcristalline analogue à celle des Poly-thènes.
- Le tétrafluoréthylène polymérisé commence seulement à entrer dans le champ des applications industrielles, il est particulièrement intéressant pour les services qu’il peut rendre dans les cas où l’on recherche une haute résistance aux solvants et aux agents chimiques.
- Il a déjà trouvé des emplois pour garnitures de pompes, joints,, tiges de soupapes, etc.... On en fait des tubes flexibles qui peuvent trouver de larges débouchés dans l’industrie chimique. On-l’utilise comme isolant électrique en haute fréquence.
- Les quantités de cette nouvelle matière plastique mises à la, disposition de l’industrie sont encore réduites. On ne peut prévoir les utilisations multiples auxquelles elle pourra s’adapter par suite de ses propriétés particulières qui lui donnent une plaça à part dans la liste déjà fort longue des plastiques. r p
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- Le bicentenaire de la naissance de GASPARD MONGE
- La science française fête actuellement le ùicentenaire de la naissance de Gaspard Monge et une exposition organisée au Palais de la Découverte présente divers documents sur sa vie et son œuvre. On ne saurait laisser passer cette occasion sans rappeler la contribution éminente de Monge au progrès des sciences, spécialement des mathématiques, ainsi que son rôle politique de premier plan pendant la Révolution et l’Empire.
- Gaspard Monge naquit le 9 mai 1746 à Beaune. Son père était un modeste marchand et sa mère la fille d’un voiturier. Il fit 6es études chez les Oratoriens, d’abord à Beaune, puis à Lyon où, dès l’âge de 17 ans, on lui confia l’enseignement de la physique. Pour ne pas rentrer dans les ordres, il revint dans sa famille en 1764 ; l’habileté avec laquelle il dessina le plan détaillé de la ville de Beaune le fit remarquer par le colonel Du Vignau, commandant en second de l’Ecole des officiers du génie de Mézières qui lui fit obtenir un poste de répétiteur de dessin et de taille des pierres dans cette école (l’école de Mézières fonctionna de 1748 à 1794 dans des bâtiments aujourd’hui occupés par la préfecture des Ardennes).
- Dans les problèmes pratiques qui se posèrent à lui, Monge se signala très vite par son habileté technique et surtout par son génie inventif : c’est ainsi que, pour résoudre des problèmes de fortification, il mit au point les méthodes de la géométrie descriptive ; la première question qu’il traita ainsi fut résolue si vite qu’on l’accusa d’avoir mis des résultats au hasard mais, après vérification, on dut en reconnaître la justesse. Peu après, l’abbé Bossut, professeur de mathématiques, le choisit comme assistant puis comme remplaçant ; bientôt, il enseigna également la physique, si bien qu’à 24 ans il occupe à l’école de Mézières les deux chaires de physique et de mathématiques. Excellent professeur, il est aimé de ses élèves pour l’intérêt qu’il leur manifeste, pour sa parole parfois un peu embarrassée mais toujours entraînante, pour la clarté de ses explications et son enthousiasme. Malgré son travail assez absorbant, il rédige plusieurs mémoires de géométrie infinitésimale et d’analyse. L’Académie des Sciences en reconnaît la valeur et le nomme correspondant en 1772. Quelques années plus tard, il commence à délaisser l’étude des mathématiques pour s’intéresser plus spécialement à la physique et à la chimie. Son goût des choses concrètes se manifeste dans les nombreuses expériences qu’il entreprend avec Lavoisier, Berthollet ou Yandermonde et aussi dans les enquêtes que, à la demande de l’Académie des Sciences, il mène dans différents centres métallurgiques.
- Son mariage, en 1777, avec la veuve d’un maître de forges de Rocroi lui procure une certaine aisance. En 1780, l’Académie le nomme adjoint-géomètre et le Maréchal de Castries, ministre de la Marine, le charge d’un cours d’hydrostatique au Louvre puis le nomme, en 1783, examinateur des élèves de la Marine. Ses occupations à Paris, à l’Académie et au Louvre, ses tournées d’examens lui font quelque peu délaisser son cours de Mézières qu’il abandonne définitivement à la fin de 1784. Quand éclate la Révolution, déjà chargé d’honneurs, il est célèbre dans le monde savant à la fois pour sa valeur éminente en mathématiques et pour son excellente formation technique. Pourtant, dès ie début, il adhère aux idées révolutionnaires et s’inscrit à des sociétés patriotiques. Tout en collaborant à la commission chargée de préparer l’établissement du système métrique, il continue ses tournées d’examens. Enfin, le 10 août 1792, son rôle actif commence ; l’Assemblée légis’ative le nomme ministre de la Marine. Malgré des conditions très difficiles, il travaille avec acharnement pour réorganiser notre marine, former de nouveaux cadres et défendre ce qui nous reste d’empire colonial. De son bureau du ministère de la Marine, il assiste avec les autres ministres à l’exécution de
- Louis XVI et en signe le procès-verbal. Cependant, son action ministérielle est soumise à des critiques assez vives et, fatigué,. Monge démissionne le 10 avril 1793. Il ne cesse pas pour autant de participer à la défense du pays ; bien au contraire, tout en collaborant de nouveau à la commission du système métrique, il met au point l’utilisation militaire des aérostats, écrit à la demande du comité de salut public deux ouvrages sur la fabrication de l’acier et des canons. Chargé d’organiser cette fabrication dans Paris, il installe des usines et des poudreries et améliore la production dans des proportions considérables. Aux côtés de Carnot et de Prieur, Monge joue ainsi, au cours des années 1793 et 1794, un rôle important dans l’organisation de la victoire. Membre du club des Jacobins, il doit néanmoins y faire face de temps en temps à des attaques personnelles, fin 1793, il apprend avec stupeur que le département des Ardennes l’a placé sur la. liste des émigrés : il y possède en effet quelques terres et a négligé d’envoyer à temps un certificat de résidence. Malgré ses démarches, malgré l’intervention du ministre de l’Intérieur et du comité de salut public, il ne peut obtenir d’être rayé de la liste. Et ce n’est qu’en 1801 que sa situation est enfin régularisée par le Consulat.
- A partir de 1794, sa mission d’armement terminée, Monge prend une part décisive à la création et l’installation de l’École Polytechnique ainsi qu’à l’enseignement dans cette école et dans l’éphémère Ecole Normale de l’An III. Une mission toute différente lui est confiée par le Directoire qui, en mai 1796, l’envoie en Italie pour collectionner les œuvres d’art et les manuscrits que les
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- États italiens doivent nous céder après les victoires de Bonaparte. Il rencontre à Milan le jeune général et se lie avec lui d’une amitié qui durera jusqu’à sa mort. Avec le général Berthier, Bonaparte le charge de rapporter à Paris le traité de Campo-Formio qu’il remet au Directoire au cours d’une séance solennelle. Après quelques mois passés à Paris où il vient d’être nommé directeur de l’École Polytechnique, il repart en février 1798 pour l’Italie, avec ia mission d’établir solidement la république romaine ; si ses efforts dans ce sens ne sont pas couronnés de succès, par contre, il contribue activement à l’organisation des convois qui doivent partir pour l’Égypte. Et, le 26 mai, il s’embarque à Civita-Vecchia pour rallier le gros de l’expédition. En Égypte, il suit Bonaparte dans ses campagnes et ses déplacements, organise l’Institut d’Égypte dont il est nommé directeur ; après le demi-échec de la campagne, Monge rentre en France avec le futur Premier Consul.
- Élu entre temps au Conseil des 500, il abandonne la direction de l’École Polytechnique. Sa foi républicaine et révolutionnaire qui lui avait jusqu’alors fait remplir avec enthousiasme ses diverses missions semble s’effacer définitivement devant son amitié et son admiration pour Bonaparte. Nommé sénateur à la fin de 1799, il accepte facilement le Consulat et l’Empire. Il accompagne Napoléon dans une longue tournée dans le nord de la France, puis au camp de Boulogne. Nommé membre de la Légion d’Honneur à sa création, grand-croix en 1804, comte de Péluse en 1808, Monge partage son temps entre l’Institut, ses cours à l’Éole Polytechnique et ses missions dans sa sénatorerie de Liège où il veille au développement des fabriques d’armes. Il continue aussi à publier divers mémoires de mathématiques mais son influence est grande surtout par les nombreux disciples qu’il forme et qu’il encourage. A partir de 1809, la maladie l’assaille et son activité décroît ; les revers de la fin de l’Empire l’atteignent profondément. Après une dernière mission où il essaie en vain de réorganiser la division militaire de Liège, il assiste, découragé, à la capitulation. Le retour de l’Empereur ne lui apporte qu’un faible-espoir et l’abdication renouvelle ses alarmes. Il se cache quelque temps, puis rentre à Paris. Le 21 mars 1816, il est, avec Carnot, exclu de l’Institut. Ses dernières années s’écoulent bien tristement et Monge s’éteint le 28 juillet 1818 à l’âge de 72 ans. Les élèves de l’École Polytechnique ne purent obtenir l'autorisation d’assister à ses funérailles, mais, dès le lendemain, ils allèrent en corps fleurir sa tombe. C’était là un geste de reconnaissance que méritait bien celui qui avait contribué dans une si large mesure à l’organisation de l’École, qui avait toujours défendu la cause de ses élèves devant les autorités et qui avait su se faire aimer d’eux par sa droiture et son enthousiasme.
- Pour l’historien, le nom de Monge est lié essentiellement à son
- œuvre révolutionnaire de défense nationale et à la création de l’École Polytechnique, tandis que, dans le monde savant, Monge est célèbre par les découvertes importantes qu’il a faites en géométrie et en analyse et aussi par l’école mathématique d’inspiration spécifiquement française dont il est le chef de file. Si le début du xixe siècle fut une période de splendeur pour les mathématiques françaises, notre pays le doit en grande partie à l’influence considérable que surent avoir sur leurs éleves les premiers professeurs de l’École Polytechnique ; Monge, en particulier, dirigea de nombreux disciples dans les voies nouvelles qu’il avait tracées, et ceux-ci continuèrent son œuvre en la perfectionnant. La création de la géométrie descriptive et les premiers mémoires de Monge préparent ce renouveau ; c’est en réaction contre les excès du cartésianisme une étude géométrique plus poussée des courbes et des surfaces, un retour aux méthodes géométriques qui permettent de résoudre élégamment de nombreux problèmes même dans les parties abstraites de l’analyse comme l’étude des équations aux dérivées partielles. La « Géométrie descriptive » de Monge, son « Application de l’Analyse à la Géométrie », son traité de statique eurent le plus grand succès, et ses divers travaux sont-à l’origine du renouveau de faveur des procédés géométriques qui caractérise l’œuvre de ses principaux disciples ou successeurs : Carnot, Brianchon, Gergonne, Hachette, Poncelet et Chasles. Monge créa la géométrie descriptive à partir des quelques règles de stéréotomie (ou coupe des solides) dues surtout à Desargues et Frézier ; il en fit une doctrine cohérente qui, dès son premier exposé public en 1794, fit partie de tous les programmes de mathématiques. Son principe : représentation des figures de l’espace par leurs projections sur deux plans est l’esprit même du croquis coté qui joue aujourd’hui un rôle si important dans toutes les branches de la technique. Monge en expose les buts au début de son traité : « La géométrie descriptive a'deux objets : le premier, de donner les méthodes pour représenter sur une feuille de dessin qui n’a que deux dimensions, savoir longueur et largeur, tous les corps de la nature, qui en ont trois, longueur, largeur, profondeur, pourvu néanmoins que ces corps puissent être définis rigoureusement. Le second objet est de donner la manière de reconnaître d’après une description exacte les formes des corps, et d’en déduire toutes les vérités qui résultent et de leur forme et de leurs positions respectives ».
- Nous ne saurions trop conseiller aux personnes qui voudraient compléter cet exposé à l’aide de documents vivants de visiter l’exposition organisée au Palais de la Découverte à la mémoire du grand savant et du grand Français qu’a été Gaspard Monge.
- René Taton.
- COURS
- MERCREDI 5 MARS. Maison de la Chimie (Centre de perfectionnement technique, 28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Durin : v Économies de lubrifiants ».
- JEUDI 6 MARS. Maison de la Chimie (Centre de perfectionnement technique, 28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Weiss : « Cinétiques des réactions de cémentation ».
- VENDREDI 7 MARS. Société astronomique de France (28, rue Serpente) : 20 h. 45 : M. Iîamon : « Les planètes du système solaire : constitution, mouvements planétaires. Mercure, Vénus, Mars ».
- SAMEDI 8 MARS. Palais de la Découverte : 15 h. M. le Prof. Bachelard, directeur de l’Institut d’histoire des Sciences : « La phi-lcSophie rationaliste et les sciences physiques ».
- LUNDI 10 MARS. Maison de la chimie (Centre de perfectionnement technique, 28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Roubault.: « La prospection minière coloniale et la formation des géologues et prospecteurs ». — Société astronomique de France (28, rue Serpente) : 20 h. 45. M. Fournier : « Miettes sélénographi-ques ».
- ET CONFERENCES A
- MARDI 11 MARS. Maison de la Chimie
- (Centre de perfectionnement technique, 28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Mariller : « Utilisation des farines de céréales en dehors de la panification ». — Institut technique du Bâtiment (Salle des Conférences, Musée de l’Homme, Palais de Chaillot) : 17 h. 30.' M. Esqtjillan : " Les nouvelles règles françaises relatives à l’action de la neige et du vent sur les constructions ».
- MERCREDI 12 MARS. Maison de la Chimie (Centre de perfectionnement technique, 28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Schilling : « Problème de la corrosion des paliers dans les moteurs ». — Société des Ingénieurs de l’Automobile (5, avenue de Friedland) : 17 h. 45. M Bouzitat : « Méthode pratique de détermination des harmoniques d’une fonction périodique expérimentale ».
- VENDREDI 14 MARS. Société astronomique de France (28, rue Serpente) : 29 h. 45. M IIamon : « Les planètes du système solaire (suite) : Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune et Plu ton. La vie est-elle possible sur les autres mondes ? ».
- PARIS
- SAMEDI 15 MARS. Palais de la Découverte : 15 h. M. Face, membre de l’Institut : « L’industrie des araignées » (Parojections).
- DIMANCHE 16 MARS. Société astronomique de France (institut océanographique, 195, rue Saint-Jacques) : 15 h. M. Daniel Cha-longe : « Récentes découvertes dans le rayonnement solaire ».
- LUNDI 17 MARS. Société astronomique de France (28, rue Serpente) : 29 h. 45. M Weber : L’exploration scientifique du ciel par les amateurs ».
- MARDI 18 MARS. Institut technique du Bâtiment (Salle des Conférences, Musée de l’Homme, Palais de Chaillot) : 17 h. 30. M. Du-tiieil : .h Le flambement des éléments comprimés dans les ossatures en acier ».
- MERCREDI 19 MARS. Société des Ingénieurs de l’Automobile (5, avenue Friedland) : 17 h. 45. M. Serruvs : « Les manographes ». — Institut français du caoutchouc (42, rue Scbeffer) : 18 h. M. Denivelle : « Sur le Butane-Diol-2, matière première pour la préparation du Butadiène ».
- Le gérant : G. Masson. — masson et cie, éditeurs, paris. — dépôt légal : ier trimestre 1947, n° 494- — Imprimé en France.
- BARNÉOUD FRÈRES ET Cie, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 628. — 3-1947-
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- N° 3132
- 15 Mars 1947
- LA NATURE
- Fig. 1. — Beni-Abbès. Le poste, le ksar, la palmeraie et la vallée de la Saoura.
- (Photo OFALAC, Alger).
- & ' S**
- GUIR ET LA SAOURA
- Cours d'eau du Sahara oranais(l)
- Le Guir est un cours d’eau saharien peu connu. Il rappelle des souvenirs à ceux qui ont fait, de 1928 à 1981, la campagne du Tafilalet, qui ont vécu à Bou Denib maintenant ville morte. Son nom n’évoque rien au voyageur du transsaharien de Béchar-Gao que pourtant ses eaux tumultueuses ont pu bloquer à Adrar et à Beni-Abbès car, au Sud d’Igli, son nom a changé : c’est la Saoura (fig. 2).
- Le Guir est plus qu’un oued, c’est un grand fleuve sorti, comme ses frères marocains le Ziz et le Draa, des montagnes neigeuses du Haut Atlas. Il coule pendant toute l’année sur près
- 1. Cartes à consulter : Colomb-Béchar et Beni-Abbès au 1/500 000e.
- de 35o km, mais son cours ne mesure pas moins de 700 km jusqu’au Foum el Kheneg, intermittent sur les derniers 4oo km. En période de crue, pendant 5 à 8 jours, il roule plus de 8 m d’eau sur un front de 200 à 3oo m dans ses parties les plus resserrées. Ses eaux déferlent à Abadla, à Igli, où rejoignant la Zousfana, elles forment la Saoura. C’est alors un cours d’eau saharien qui descend vers le centre du Sahara par Beni-Abbès, Kerzaz. Au Foum el Kheneg, la Saoura change de nom et devient l’oued Messaoud (x).
- Le Guir est le Nil de notre Sahara, mais c’est un Nil d’hiver.
- 1. E. F. Gautier. Sahara algérien, p. 178. Armand Colin, 1908 ; — Le Sahara, p. 87. Payot, 1928.
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- Ses crues ont lieu entre novembre et avril. En ceci, le Guir est comparable au Tigre et à l’Euphrate.
- On sait peu de choses de -son régime, de l’importance de ses crues. Néanmoins, on peut dire qu’il a au moins une crue importante par an, quelquefois deiix, et que chacune peut rouler de ioo à 3oo millions de mètres cubes. Mais on doit retenir ceci : le Guir apporte sur des sols riches, dans une région chaude où les cultures des pays tempérés sont possibles de novembre à mai, d’énormes quantités d’eau chargée de limon.
- Prenons le Guir à son entrée en Algérie, à quelques kilomètres au Sud de Bou Anana; c’est, en temps normal, un cours d’eau paresseux qui coule avec de nombreux méandres entre des buissons de tamarins. Jusqu’ici ses eaux sont douces. Il descend ensuite dans une vallée large dominée de loin par des falaises appelées Barga ou Gour. A l’ouest de Bé-char, il traverse une chaîne peu élevée de montagnes noires, puis débouche sur une immense plaine : la plaine d’Abadla.
- Cette plaine d’Abadla est riche. Son sol, formé des limons apportés par le Guir, est extrêmement fertile et couvre une étendue plate, une zone d’épandage de près de 25o km2. Le cours du. Guir est tellement imprécis, la plaine tellement plate qu’à l’Est d’Abadla, par l’oued Mecherrene, une petite séguia peut faire communiquer les eaux du Guir avec celles de l’oued Béchar.
- Seuls quelques kilomètres carrés de cette zone d’épandage sont utilisés. La tribu des Doui Ménia a fait construire de petits barrages de dérivation en maçonnerie, mainte- „ . .
- nant bien mal en point,
- et seule une très faible partie des eaux chargées des riches-limons du Guir s’étale. La crue passée,' le Ksourien, l’habitant sédentaire, souvent un Béni Goumi, sème l’orge, la recouvre en grattant le sol plutôt qu’en le labourant ou en le hersant et récolte, vers le mois de mai, 8 à io quintaux à l’hectare. C’est primitif. On a une vision de la vie agricole au temps des premiers hommes et pourtant quelle source de richesse ! Au sud du poste d’Abadla, El Bahariat, la petite mer, traversée par les bras du Guir, ne couvre pas moins de i5o km2. Sur des buttes de terre émergent les Ksour ou bourgs fortifiés des Doui Menia, véritables îlots bâtis de formes cubiques, qu’entoure la crue bienfaitrice. Ce sont des greniers à orge. Malgré la surface cultivée relativement restreinte, tout ce pays paraît intensément vert au milieu du désert de pierres et de sable quand on survole cette région à l’époque des orges en herbe. On imagine ce que pourraient être ces 200 à 25o km2 si l’on disciplinait les crues irrégulières par des moyens modernes.
- Pour le moment, le barrage de dérivation semble seul indi-
- qué car, entre les crues, les eaux du Guir qui sont douces à Bou Anane, sont salées en atteignant Abadla. Le Guir se sale en cours de route, à l’ouest de Béchar. Le barrage d’accumulation ne semble pas indiqué en amont d’Abadla. Ici encore les observations manquent. La salure des eaux de crue est inconnue mais la richesse des eaux limoneuses, elle, est bien connue.
- La région d’Abadla peut devenir un grenier de l’Algérie comme l’est actuellement le Sersou. On dira que la main-d’œuvre fait défaut; l’emploi des engins mécaniques peut réduire de beaucoup cette main-d’œuvre et celle-ci travaillerait à une époque de l’année où le climat est tout à fait supportable pour l’Européen.
- Voici pour le sol. Le sous-sol est également riche. Il contient
- du charbon. On sait maintenant que ce charbon existe, qu’il est de bonne qualité et exploitable. Des recherches ultérieures pourraient nous renseigner sur l’importance industrielle de l’immense bassin hoüiller d’Abadla.
- Le Guir, à 20 km au sud d’Abadla, où finit sa zone d’épandage (El Bahariat) coule en descendant vers le sud, le Grand Sud, entre des falaises; à l’ouest, il a cisaillé la grande Ham-mada pierreuse du Guir, à l’est, c’est un pays plus varié, mais toujours désertique comprenant : des falaises, de petits erg, des dépressions ou dayet. A Igli, le Guir conflue avec la Zousfana, affluent venant der Beni-Ounif, oued capricieux, purement saharien, aux crues irrégulières pouvant être énormes, mais toujours brèves. Au confluent commence la Saoura coulant vers le centre du Sahara dans une vallée encaissée, entre les déserts de l’immense plateau de l’Hammada et les chaînes noires- de l’Ougarta à l’ouest et le Grand Erg occidental à l’est. Cette vallée resserrée entre la montagne et la dune est jalonnée de palmeraies situées toutes sur la rive gauche à la base du Grand Erg : Igli, Mazzer, Béni Abbés, El Beïda, Guerzim, Kerzaz, Timmoudi, Kroder, autant de noms prestigieux pour ceux qui ont descendu à cheval où à dos de chameau la vallée de la Saoura et qui trouvent une palmeraie ou un village tous les 8 à 10 km. Ce ruban de palmeraies et d’agglomérations humaines cesse brusquement au Foum el Kheneg.
- L’eau est abondante, les crues régulières du Guir imbibent les alluvions et les terrains perméables à la base de l’Erg et il arrive ainsi aux palmeraies un apport constant d’une nappe d’eau située à la base et sous les sables du Grand Erg occidental. De plus, une partie de l’eau tombée sur les montagnes d’Aïn Sefra s’accumule dans des roches perméables et descend vers le sud sous les épaisses couches de sable du Grand Erg
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- Fig. 3. — Kerzaz. La ville et la palmeraie.
- (Photo Albert, Alger).
- protégée ainsi de l’évaporation. L’origine des sources de Mazzer, de Béni Abbés, s’explique de cette manière. La base de l’Erg est le plus grand régulateur aquifère de cette région. Comme la rive droite de la Saoura, celle de l’Ougarta constitue un écran imperméable, toutes les palmeraies sont situées sur la rive gauche (fig. x et 3).
- Les palmeraies sont peu prospères et toujours cultivées avec les méthodes les plus archaïques. Les rejets, aux pieds des palmiers, sont rarement coupés. Les dattes sont excellentes, mais ne se conservent guère quand elles ne sont pas sèches. On n’y trouve pas la deglet nour de l’oued Rir et de Tolga-Biskra.
- Est-il vraiment impossible d’acclimater ici un palmier dont le fruit serait connu et apprécié sur les marchés européens ? En tous cas, il est certainement possible de rénover toutes ces palmeraies et d’en créer d’autres.
- De plus, à l’ombre du palmier, la vigne du pays donne un raisin de table de premier choix qui ne connaît jamais les cryptogames et toutes les maladies du Tell. 11 mûrit au début de juin, quand le raisin est loin de sa maturation en Europe méridionale et même en Afrique du Nord. Ce n’est pas tout. Sous les grands palmiers, toutes les cultures des pays tempérés prospèrent; les arbres fruitiers : poiriers, pommiers, pêchers, presque tous les légumes : tomates, pommes de terre, haricots, asperges. Et ces produits peuvent arriver en primeurs sur les
- marchés des capitales européennes. Nous ne citerons en plus que le henné dont la basse Saoura et Timimoun sont, avec l’Egypte, les seuls pays producteurs du monde entier.
- On peut faire, on doit faire beaucoup pour la Saoura. N’oublions pas qu’en i83o les palmeraies Æe l’oued Rir se mouraient. Maintenant elles représentent un très beau résultat de notre effort colonial. Or, les nappes artésiennes de l’oued Rir viennent du Sahara, elles sont alimentées par les pluies qui tombent sur le massif du Hoggar et qui mettent dix siècles pour atteindre Touggourt. La Saoura, elle, reçoit tous les ans les eaux des chaînes de l’Atlas. Une politique de l’eau bien comprise permettrait d’utiliser cette richesse au maximum.
- Les palmeraies actuelles sont mal ou peu cultivées par le misérable prolétariat des Khammès.
- Les produits potagers qui poussent à l’abri du dattier leur reviennent; les dattes appartiennent aux propriétaires : grands nomades suzerains pour la plupart de la tribu des R’nanema, ou encore aux marabouts, bourgeois des Ksour. On pourrait intéresser davantage à la culture le Khammès ksourien, habitant sédentaire du Ksar, car il est travailleur. L’indigène, propriétaire de sa palmeraie, peut en faire une merveille. Nous citerons comme exemple la petite palmeraie d’Ouakda, près de Béchar, propriété des Ouled Djerir, qui fournit à elle seule autant de légumes que celle de Béchar dix fois plus grande. Mais
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- nous répétons que l’on peut, comme à Tolga, à M’Raïer, à Toug-gourt créer de nouvelles palmeraies avec des espèces choisies.
- Une immense zone d’épandage, à Abadla, où peuvent prospérer les céréales, une suite presqu’ininterrompue de palmeraies sur 200 km, d’Igli à Ksabi, qui peuvent devenir extrêmement riches, un second oued Rir : voilà le Guir et la Saoura.
- Colomb Béchar et le Sud Oranais évoquent aux yeux du public les camps de concentration; « Béchar c’est le bagne », et pourtant à Béchar, à Abadla, dans la Saoura, l’européen peut vivre comme il vit à Biskra, Tolga, Touggourt. La pacification française a fait beaucoup pour ces régions où chez l’indigène les instincts de propriétaire l’ont emporté sur ceux du pillard. On ne se souvient pas assez, après les hésitations de 1902, que c’est la création d’un poste à Colomb Béchar qui empêcha le pillage de toute cette région par les tribus guerrières et nomades et que la voie ferrée y amena la prospérité (fig. 4).
- Le climat de Béchar, en particulier, s’il est continental et rude, est tonique et non émollient comme celui d’Alger. Si les trois mois d’été (juillet-août-septembre) sont très chauds, il gèle chaque nuit du i5 décembre au i5 janvier.
- La voie ferrée normale qui a maintenant dépassé Béchar doit desservir la Saoura. Cette pénétration permettra d’exploiter ce joyau encore inconnu de notre France d’Outre-Mer, avec le concours des Services géologique et hydrogéologique de l’Algérie et du chemin de fer Méditerranée-Niger et peut-être découvrira-t-on d’autres richesses minières et métallifères à Abadla et dans le vieux massif montagneux de l’Ougarta.
- Paul Deleau,
- Docteur ès sciences,
- Chargé de recherches au C.N.R.S.
- Le chromophototropisme
- De nombreux êtres, végétaux et animaux, sont attirés ou repoussés par certaines couleurs.
- Les couleurs en thérapeutique.
- Des médecins d’époques et de pays fort variés ont institué sur ces bases une science de la chromothérapie.
- Au Moyen Age déjà le docteur John Gaddesden faisait envelopper de draperies rouges et vivre dans une chambre tendue de cette . couleur le fils du roi d’Angleterre Edouard III, pour le traiter de la variole. D’autres auteurs, par la suite, firent l’éloge de cette thérapeutique curieuse que certains ont reprise de nos jours sous une forme plus scientifique.
- La lumière verte fut parfois utilisée pour le traitement de maladies nerveuses et de troubles psychopathiques ; le bleu fut réservé aux hyperexcités et aux possédés.
- Baccino a montré à la Société de Biologie que le rythme de croissance de jeunes lapins, rats ou cobayes pouvait être modifié par l’action de lumières colorées. Le vert et le bleu troublaient les phénomènes de croissance plus que le rouge.
- D’autres auteurs ont observé que la lumière rouge était un facteur favorable au développement des tritons, mais aussi que cette lumière exclusive ne permettait pas la transformation naturelle du têtard en grenouille.
- Action des couleurs sur les fermentations.
- Dans le domaine des organismes inférieurs des faits du même genre se manifestent avec une bien plus grande intensité et laissent entrevoir de curieuses possibilités pratiques.
- Il y a quelques dizaines d’années, par exemple, un viticulteur de la Gironde, G. Duclou, avait étudié l’influence des rayons de couleurs variées sur la fermentation des moûts de raisin en cuve.
- La fermentation était plus rapide avec le violet qu’en lumière normale blanche et, surtout, qu’en lumière bleue. Le violet donnait aussi une plus grande richesse en alcool. Par ailleurs c’est en lumière jaune que l’on obtenait le maximum d extrait sec.
- En ce qui concerne l’acidité, le maximum correspondait aux rayons bleus et le minimum aux rayons rouges. La lumière jaune
- a-t-il des applications ?
- donnait la couleur la plus chaude et le meilleur bouquet, c’est-à-dire, finalement, le meilleur résultat, celui-ci étant notablement supérieur à une fermentation ordinaire.
- Peintures colorées pour carènes.
- D’autres possibilités se sont manifestées. Parmi celles-ci nous noterons la recherche d’une peinture appropriée pour éviter ou limiter la salissure des carènes de navires.
- On a remarqué, en effet, que ce phénomène apparaît en relation avec la nuance de la peinture de finition qui recouvre ces carènes et il y a là une fort curieuse manifestation du phototropisme des organismes sous-marins, végétaux ou animaux, capables de participer aux salissures.
- Des expériences de Visscher et Luce ont montré que les larves des balanes (Cypris) sont repoussées par une lumière verte et les expériences connexes de Neu ont montré que cette répulsion était bien le fait de la couleur.
- Bien d’autres espèces ont des réactions du même genre.
- S. 0. Mast a montré que les larves de l’Hydroïde Eudendrium, que l’on rencontre fréquemment sur les coques marines, ont un phototropisme négatif alors que les spores de certaines algues qui provoquent les barbes vertes communes sur les lignes de flottaison, avaient un phototropisme positif.
- Le problème au reste demeure fort complexe. On le comprendra sans peine si nous ajoutons que des biologistes américains ont reconnu que les larves de diverses espèces de Tuniciers, dé Botryl-lidés en particulier, sont capables de montrer un phototropisme positif à certains stades d’évolution et négatif au moment de leur fixation sur les carènes.
- D’autre part la couleur change assez vite dans l’eau avec la profondeur. La disparition du rouge qui se manifeste en premier lieu donne une nuance bleu-vert qui tend assez vite vers le bleu. L’eau joue le rôle d’un filtre et c’est dans la lumière ainsi filtrée que vivent les organismes animaux et végétaux chromosensibles.
- L’étude du phototropisme, considérée en fonction des longueurs d’onde, ouvre donc de nouveaux chapitres quelque peu inattendus, mais fort curieux, aux techniques actuelles.
- Maurice Déribéré.
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- L'IMPRIMERIE
- Son matériel - Ses progrès.
- (Suite) w
- II. - LES PROCÉDÉS D'IMPRESSION A PLAT
- Sx la simple utilisation d’un timbre en caoutchouc suffit à faire comprendre le procédé d’impression en relief et si le procédé d’impression en creux (héliogravure) s’explique de façon tout aussi évidente par le fait que la raclette essuyant le cylindre gravé ne peut enlever l’encre retranchée dans les parties creuses, la méthode d’impression dite « à plat », représentée par la lithographie et l’off-set, ne s’explique pas de manière aussi aisée; cette méthode fait appel à ce curieux phénomène constitué par la répulsion naturelle qu’exercent l’un sur l’autre l’eau et les corps gras.
- Autre constatation, qui ne peut manquer d’étonner les profanes en matière d’imprimerie : la lithographie utilise, ainsi que son nom l’indique (lithos, pierre en grec), la pierre comme surface mise au contact du papier pour l’imprimer. Les premiers chercheurs d’un procédé d’impression nouveau ont en effet remarqué que les pierres calcaires de certains gisements, si elles sont imprégnées d’humidité, possèdent la propriété de refuser le contact de l’encre grasse. Que de belles illustrations ont ainsi été obtenues grâce à ces lourdes et encombrantes pierres reproduisant sur le papier toutes les finesses des dessins de nos grands artistes 1
- La métallographie et l'offset sont des procédés d’impression à plat (ce qui ne nous empêchera pas d’être amené un peu plus loin à parler de l’offset creux) dérivant directement de la lithographie. Tous deux utilisent une plaque de métal, zinc ou. aluminium, comme surface imprimante. En métallographie, la plaque de métal est préparée, à des variantes près, de façon identique à la pierre et imprime directement le papier sur machine plate ou rotative. En offset, l’impression s’effectue toujours sur machine rotative et non directement sur le papier, mais par l’intermédiaire d’un blanchet de caoutchouc. Et pour que l’énumération des procédés d’impression à plat se trouve à peu près complète, nous dirons quelques mots de la phototypie, assez curieuse méthode utilisant comme surface imprimante une dalle de verre recouverte de gélatine bichromatée.
- impi’imer à partir de ces pierres; ayant essayé au début la gravure en creux, il abandonna rapidement cette méthode pour dessiner sur la pierre avec un crayon spécial dont l’empreinte grasse protégeait la surface imprégnée d’acide nitrique (qui est, on le sait, l’acide azotique, connu également sous le nom d’eau forte) en solution, et faisait ressortir la partie imprimante en très léger relief. Nous vous faisons grâce des difficultés que le chercheur éprouva au début, mais il trouva un appui généreux de la part du comte de Lasteyrie, et ses essais obtinrent finalement la réussite que son courage méritait. Ce qui ne l’empêcha pas, par la suite, de perdre tout soutien de la part de ceux qui avaient mis sa découverte en application, et de mourir dans la misère.
- L’impression lithographique ne commença à se vulgariser en France que vers i8i5; Engelmann développa le procédé à Mulhouse, tandis que Lemercier ouvrait à Paris, rue de Seine, un atelier litho où les artistes les plus remarquables de l’époque ont apporté leur collaboration.
- Le principe de l’impression litho. — Disons tout d’abord quelques mots sur les pierres lithographiques; elles sont d’origine calcaire, d’un grain très dur, de couleur gris perle ou gris jaune. C’est à Solenhofen, en Bavière, où Senefelder découvrit les propriétés de la pierre litho, que se trouvent les gisements de meilleui'e qualité. Le sol de France ne dispose que de quelques gisements d’un calcaire gris moins parfait que celui de Bavière.
- Les poids et les dimensions des pierres utilisées sont très variables; tandis qu’une pierre matrice pourra ne peser que 4 ou 5 kg et ne pas dépasser 4 cm d'épaisseur, certains modèles de pierres atteignent 2 m2 de surface, io à 12 cm d’épaisseur et un poids de plusieurs centaines de kilogrammes.
- Le principe de la lithographie est, nous l’avons déjà mentionné, basé sur la répulsion réciproque de l’eau et des corps gras ; si donc on mouille la surface de la pierre qui porte le
- 1. Voir La Nature des 1er juin et ltr juillet 194G.
- L'impression lithographique.
- Aloïs Senefelder, né à Prague en 1771, est l’incontestable créateur de la lithographie, dans les quatre ou cinq années qui précédèrent 1800. Ses débuts furent difficiles; il subit en effet alors qu’il venait de composer quelques essais dramatiques, une désillusion commune à. bien des écrivains : ne trouvant pas d’éditeur pour publier ses oeuvres et las d’attendre, il décida de les imprimer lui-même. Mais le procédé typographique se révélait trop cher pour sa bourse; comme Senefelder avait remarqué la propriété particulière des pierres calcaires de Sœnho-fen, petite localité près de Munich, de refuser l’encre grasse quand elles sont humides, mais de la décalquer quand elles sont sèches, il chercha à
- Fig’. 1. — Une presse lithographique à bras.
- A droite, le moulinet servant à faire avancer le chariot porte-pierre que l’on aperçoit au centre de la machine. Le chariot passe sous le porte-rateau garni de cuir qui donne la pression nécessaire.
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- texte ou l’illustration à reproduire, l’humidité sera retenue par la surface, fortement hygroscopique, du calcaire, et l’encre d’impression, très chargée en matière grasse, ne pourra pren- ~ dre contact avec la surface humide, sauf sur les parties qui ont été touchées par le crayon gras ou l’encre grasse du dessinateur.
- Cette explication sommaire se révèle en réalité plus complexe; la pierre n’est pas mouillée avec de l’eau pure, mais avec une solution de gomme arabique et d’acide nitrique qui transforme la surface calcaire (carbonate de chaux) en nitrate de chaux, tout particulièrement hygroscopique, en même temps qu’elle attaque légèrement la pierre et fait ressortir de façon à peine sensible les contours de la partie imprimante.
- Dans râtelier de l’imprimeur lithographe. — Le
- travail de l’artisan lithographe va nous changer et nous reposer de l’atmosphère enfiévrée des grandes imprimeries de typo, d’offset ou d’héliogravure. Dans l’atelier, petit ou grand, encombré de pierres, sont exécutées avec art et minutie les reproductions les plus diverses : dessins, textes artistiques, cartes géographiques, affiches, et toutes impressions commerciales d’une belle venue, en une ou en plusieurs couleurs.
- La première opération parmi toutes celles qui constituent l’essentiel du travail lithographique est le grainage de la pierre; celle-ci doit présenter à sa surface un aspect légèrement rugueux, formé d’une multitude de petites alvéoles pouvant mieux conserver une humidité qui sera indispensable pour assurer un bon tirage. La rugosité de la surface imprimante est obtenue à l’aide d’un abrasif, poudre de grès ou de silex, qui a été tamisé avant d’être roulé sur la pierre; les artisans grainent généralement deux pierres à la fois en les frottant l’une contre l’autre après les avoir « saupoudrées » avec l’abrasif. Dans les ateliers plus importants, on graine une seule pierre à la fois à l’aide du bour-riquet électrique.
- Sur la pierre grainée, le dessinateur reproduit à l’envers le document; il se sert du crayon gras pour l’exécution de dessins qui réclament une pierre suffisamment grainée, ou de la plume ou même du burin pour l’exécution des travaux commerciaux. Les crayons utilisés en lithographie sont constitués par un mélange de cire, de savon blanc, de suif, de gomme laque, de térébenthine, de nitrate de potasse et de noir de fumée; grâce à sa pénétration partielle dans la pierre, l’empreinte grasse du crayon pourra retenir l’encre d’impression. Les lignes du dessin peuvent être renforcées par des « frottis » obtenus au grattoir et les lignes de la plume par des « crachis » réalisant les grandes surfaces teintées par projection d’encre grasse à l’aide d’une brosse.
- L’inconvénient du dessin direct sur la pierre est d’obliger le dessinateur à le réaliser à l’envers. Grâce à Vautographie, cette difficulté peut être aplanie; le dessin est réalisé à l’endroit sur une feuille de papier ayant subi un encollage spécial, ce qui permet de le décalquer ensuite aisément sur la pierre. Mais il faut reconnaître que les résultats obtenus par l’autographie sont un peu inférieurs à ceux du dessin direct.
- Ce n’est généralement pas sur la pierre de tirage qu’est exécuté le dessin ou le texte à imprimer, mais sur une pierre spéciale de petite dimension appelée pierre matrice. Cette pierre, dont la surface porte autant de dessins différents qu’il en peut loger, est conservée dans le but de pouvoir exécuter des tirages ultérieurs sans nouvelle exécution du dessin.
- L’opération suivante consiste à reporter, autrement dit à décalquer, le dessin de la pierre matrice sur la pierre de tirage par l’intermédiaire d’un papier de composition particulière dans lequel entre une petite quantité de glycérine, le papier « chine » ou et hydrochine » ; la pierre matrice ayant été mouillée puis encrée à l’aide d’une encre très grasse, l’hydrochine est appliqué sur la surface imprimante et grâce à l’effort de la glycérine qui possède la propriété d’attirer l’humidité, retient le
- dessin qui se trouve ainsi reproduit à l’endroit. Le processus inverse des opérations permet de reporter à l’envers le dessin du papier hydrochine sur la pierre de tirage; le dessin apparaît alors en noir sur cette dernière.
- Une forte pression se révèle nécessaire pour que le papier hydrochine puisse parfaitement adhérer à la pierre matrice comme à la pierre de tirage; cette pression est obtenue à l’aide d’une presse à bras.
- Pour l’impression de documents de petit format, on tire plusieurs épreuves sur papier hydrochine pour les piquer ensuite côte à côte sur une feuille de carte; ces épreuves sont alors décalquées simultanément sur la pierre de tirage; on obtient ainsi à la fois dix, vingt ou cent exemplaires d’un même modèle, ce qui a pour effet de réduire considérablement le nombre des feuilles à imprimer.
- Avant d’être calée sur la presse lithographique, la pierre de tirage doit subir une préparation qui lui permettra de conserver un degré d’humidité suffisant pendant toute la durée de l’impression. La surface de la pierre est acidulée à l’aide d’un produit liquide à base de gomme arabique et d’acide nitrique en solution, puis dégommée à grande eau, nettoyée à l’essence de térébenthine et enfin mouillée à l’éponge. Elle est alors prête à assurer le tirage.
- La chromolithographie définit les tirages lithographiques en plusieurs couleurs, les réalisations de belles gravures litho pouvant en comporter jusqu’à huit et dix. Il est préparé autant de pierres que de couleurs et chacune de celles-ci doit être repérée sur la surface imprimante avec une exactitude rigoureuse. Ce travail minutieux porte le nom de faux décalque et il reste ensuite à réaliser les épreuves à report qui seront décalquées sur chacune des pierres de tirage.
- Pouvoir reporter un document photographique sur une pierre litho est une opération dont on discerne immédiatement tout l’intérêt pratique. Cette opération constitue la photolithographie, procédé qui depuis ses premières applications datant de Niepce et de Lemercier a évidemment bénéficié de nombreux perfectionnements et a donné naissance aux reports photomécaniques. Nous attendrons donc de parler de l’offset pour consacrer quelques lignes à la photolitho.
- Quand elle est prête pour le tirage, la pierre vient s’adapter sur la presse lithographique, qui avec un tel support, est évidemment une machine plate. Tandis que les modèles pour impressions grand format ne permettent pas un tirage supérieur à 800 ou 1 000 feuilles à l’heure, les presses pour petits formats atteignent un tirage horaire de 1 5oo et quelquefois 1 800 feuilles. La marge et la réception se font généralement à la main sur les machines litho; toutefois, aux presses de petit format peuvent être adaptés un margeur et une réception automatiques.
- La métallographie. — La métallographie, c’est tout simplement le procédé lithographique dans lequel le support pierre est remplacé par le support métal. Le métal est, en effet, bien tentant pour assurer des tirages rapides, grâce à sa légèreté et sa propriété de pouvoir s’enrouler sur le cylindre d’une rotative. Ne pèse-t-il pas en moyenne, à surface égale, cinquante fois moins que la pierre 1 Aussi Senefelder lui-même chercha-t-il à l’utiliser dès le début de ses recherches sur l’impression lithographique; et il fut suivi dans cette voie par de nombreux lithographes de la première heure. Cependant l’artiste qui a la prétention de réaliser une belle gravure préférera toujours la pierre qui garde pour elle un avantage indiscutable de finesse d’impression.
- L’utilisation du zinc et même de l’aluminium en feuilles minces de 5 à 6/10 de millimètre d’épaisseur est méthode courante pour la réalisation d’affiches, cartes géographiques et tous travaux commerciaux. Mais les progrès de l’impression offset, dont nous allons parler tout à l’heure, ont freiné ce développement. Le tirage s’effectue, soit sur machine plate, soit sur machine
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- rotative, la roto-métal; dans le premier cas, la feuille de zinc ou d’aluminium est maintenue à la hauteur nécessaire à l’aide d’un bloc de fonte ou tout simplement d’une vieille pierre litho; dans le second cas, elle est enroulée autour du cylindre imprimant de la roto-métal.
- Nous ne nous attarderons pas davantage sur l’impression mé-tallographique, la préparation de la plaque se trouvant être à
- des détails près (1) qui n’intéressent que le professionnel, la même que la préparation de la pierre.
- (à suivre).
- Fernand de Laborderie.
- 1. Variantes dans les formules de solutions acidulées employées.
- Les pompes à chaleur dans le monde
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- Les thermopompes ont suscité un très grand intérêt dans beaucoup de pays dont la situation énergétique est moins grave que celle de la France.
- C’est le cas pour la Belgique, la Hollande, les pays Scandinaves et même l’Angleterre.
- Dès 1930, à Los Angelès, aux États-Unis, une installation de conditionnement d’air était équipée pour la marche inversée en hiver, en vue du chauffage. Les calories étaient pompées de l’air ambiant et les résultats, de ce fait, assez peu intéressants.
- Depuis 1940, diverses installations ont été réalisées, en particulier par l’« Ohio Power Cy », qui utilisent l’eau, comme source de chaleur, et de préférence celle de nappes souterraines dont la température est plus constante et généralement plus élevée que celle des rivières en hiver. C’est le cas, en particulier, de la réalisation faite à New-Haven, Conn., U. S. A.
- Les ingénieurs de la Norwich Electrical Cy poursuivent des essais industriels. D’après les résultats provisoires déjà obtenus et publiés, un coefficient de rendement de 2,8 aurait été régulièrement atteint, correspondant à ce fait que la thermopompe fournirait des calories en quantité 2,8 fois supérieure à celle dépensée en kilowatts consommés par les compresseurs. L’eau de rivière, source de calories entre à 4°4 C. dans l’installation, elle est rejetée à 3°3 C. Le thermosiphon distribue l’eau à 50° C. pour le chauffage.
- Il semble que les installations les plus parfaites aient été réalisées en Suisse.
- La Schweizerische Bauzeitung du 21 septembre 1946 donne des résultats fort intéressants sur l’exploitation des bâtiments officiels de Zurich équipés pour le chauffage par thermopompes.
- Le projet qui avait été durement critiqué fut pourtant réalisé et mis en service fin 1943.
- L’installation a fourni depuis, la presque totalité des calories nécessaires au fonctionnement du chauffage central de ces immeubles. Les garanties d’économie d’exploitation et de chauffage ont été non seulement atteintes mais dépassées.
- Les frais de main-d’œuvre notablement inférieurs à ceux du chauffage central au charbon ont pu être progressivement réduits au cours du deuxième hiver de marche, par le développement de dispositifs automatiques. On espère pouvoir les abaisser encore.
- Les économies réalisées par rapport à une exploitation qui aurait utilisé des combustibles nationaux coûteux ont permis d’amortir en deux années seulement les frais de premier établissement.
- La preuve est faite que les installations des thermopompes de Zurich sont une solution technique logique et économique du problème du chauffage central dans ce cas particulier.
- La Suisse fait un très gros effort de développement de sa pro-
- 1. Voir Les pompes à chaleur ou thermopompes, par L. Perruche. La Nature, n“ 3128, 15 janvier 1947, p. 35.
- duction hydroélectrique ; des projets grandioses le démontrent. Il n’est pas douteux que les thermopompes joueront dans l’avenir un rôle important pour le chauffage urbain et domestique.
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- Mais il ne faut pas oublier que les pompes à chaleur ne créent pas de calories. Elles les prennent où elles les trouvent et les transportent seulement. Les sources naturelles de chaleur dans la nature sont les rivières, les lacs, les nappes souterraines et enfin l’air ; ce dernier très médiocre fournisseur l’hiver.
- Or il n’est pas douteux que l’extension d’un large programme conduira à l’établissement d’un statut juridique des thermopompes ; en particulier dans les vallées.
- Il est bien évident qu’une ville disposant d’installations importantes rejettera dans la rivière des eaux plus froides ; les prélèvements de calories en amont seront faits au détriment des thermopompes placées plus bas dans la vallée.
- Dès 1943, l’Association suisse des Électriciens a attiré l’attention du Conseil Fédéral sur ce nouveau point de droit.
- Dans l’avenir immédiat, il n’est pas douteux que les thermopompes se développeront dans les pays pauvres en combustibles et riches en énergie hydroélectrique. C’est le cas de la Suisse et des pays Scandinaves.
- Comme l’immobilisation de capitaux exigée par ces installations est assez importante, les pompes à chaleur ne peuvent constituer que des solutions partielles pour des pays comme la Belgique, la Hollande, la France. Elles ne s’imposeront que dans des conditions particulières : par exemple si l’on dispose d’une source de calories à température relativement élevée, telles les eaux tièdes des nappes profondes du bassin de Paris.
- Récemment on a proposé pour le chauffage de Monaco, les calories prélevées dans la Méditerranée. L’idée est séduisante. Dans les fosses les plus profondes, la température ne descend jamais au-dessous de 12°7 C. Sur les rives ensoleillées, elle varie de 18° à 28° C.
- Dans un avenir plus éloigné, les thermopompes apparaîtront de plus en plus intéressantes. Les réserves de combustibles de la planète se réduisent lentement mais inéluctablement en même temps que d’immenses pays peuplés aspirent à un standard de vie plus élevé.
- Les techniciens devront consacrer leurs efforts à la captation des forces naturelles inépuisables tant que le soleil déversera son énergie nucléaire : houilles blanche, verte et bleue ; courants éoliens, etc. Enfin l’énergie atomique pourra livrer des kilowatts en abondance.
- Le rendement calorifique des thermopompes pourra alors contribuer, avec une main-d’œuvre des plus réduites, à diminuer la peine des hommes tout en assurant leur confort et leur sécurité.
- Lucien PErmucnE,
- Docteur de l’Université de Paris.
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- L' " OCEANIC HALL
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- du Muséum d'Histoire naturelle de New-York.
- Un musée est une collection d’objets exposés dans un ordre qu’on a choisi pour servir à l’instruction et à l’éducation du public.
- Ceux d’histoire naturelle rassemblent dans leurs vitrines les restes des êtres vivants d’un même groupe zoologique ou botanique et d’une même période géologique. Mais on peut aussi choisir un groupement écologique et présenter ensemble tous les êtres qui ont le même habitat et même représenter celui-ci par un décor.
- Les musées américains, et notamment le Muséum of Natural History de New-York ont depuis longtemps réalisé de telles compositions, encore peu fréquentes en Europe ; elles y sont vues par un nombreux public, et notamment par les étudiants et les élèves des écoles.
- Avec des objets réels : coquillages, carapaces, squelettes, dépouilles empaillées d’animaux, et aussi avec des moulages et des sculptures peints en couleurs naturel-
- Fig. 1 et 2. — En haut : La pêche des perles dans le lagon de Tongareva (Pacifique Sud). — A droite : M. Olsen composant la maquette de la pêche des éponges à Tarpon Springs (Floride).
- les, placés au-dessus d’un sol de terre, de sable, de gravier, de roche, on évoque avec précision et dans tous les détails des paysages, des miheux, des groupements de plantes et d’animaux tels qu’on pourrait les observer dans la nature, « in the field ».
- À côté des vitrines où les objets sont présentés selon un ordre systématique ou géologique, on voit de vastes ensembles révélant certains aspects du monde, des cœnobioses ou groupements d’êtres Avivant ensemble, des décors écologiques plus attrayants et plus frappants, que les visiteurs ne pourraient aller voir sur place qu’au
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- prix de nombreux et lointains voyages, d’expéditions et d’explorations scientifiques.
- La Nature a déjà signalé et figuré à plusieurs reprises ces splendides réalisations.
- Après avoir ainsi composé des scènes caractéristiques des principaux aspects de la nature terrestre américaine, le Muséum de New-York va y ajouter un « Oceanic Hall » consacré aux visions de la mer.
- Un artiste américain, doublé d’un savant, Chris Olsen, après avoir été observer sur place, dans le Pacifique et l’Atlantique, les côtes et les fonds sous-marins qui les bordent vers le large, a réalisé trois grandes reconstitutions des récifs de coraux des îles Bahamas, dans l’Atlantique, de la pêche des éponges à Tarpon Springs, en Floride, de la pêche des perles dans le lagon de Ton-gareva, dans le Pacifique sud. Ses compositions, rigoureusement exactes, offrent au public new-yorkais une vue très suggestive de divers paysages sous-marins.
- Les Services américains d’informations viennent de nous communiquer les photographies ci-jointes qui donnent une idée de l’œuvre de M. Olsen.
- La première représente un paysage de Tongareva. L’échelle est fournie par l’artiste qu’on voit peignant un poisson. Le sol est un amoncellement de coraux gigantesques et de formes très variées ; au-dessus, dans l’eau transparente, nagent d’innombrables poissons de toutes tailles, étranges et des plus vives couleurs, que les aquariophiles recherchent et élèvent avec passion. En haut, à droite, apparaît le plongeur, les yeux protégés par des lunettes, qui vient chercher dans les anfractuosités, les bivalves dont quelques-uns enferment une précieuse perle.
- La deuxième donne une idée de ce que sera la pêche des éponges. Pour le moment, M. Olsen cherche sur une maquette la mise en place de son sujet dont le personnage principal est un scaphandre muni d’un croc et d’un filet et qui doit parcourir le fond mouvementé pour en arracher les éponges cornées qu’il remontera au jour.
- La troisième montre un Tridacne vivant, cet énorme mollusque dont la coquille sert souvent de bénitier. On y voit la coquille ondulée, baillante, laissant sortir les lobes du manteau et les orifices des siphons. Sur la valve- supérieure s’est fixé un
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- Fig. 3. — Un Tridacne vivant portant sur sa valve supérieure une colonie de coraux.
- massif de coraux. C’est un des éléments qui entrent dans la composition des Bahamas.
- L'île Tristan da Cunha, où règne l'Age d'Or.
- Tristan da Cuniia détient une collection de records. Elle abrite la communauté humaine la plus isolée au monde, l’île étant située en plein Atlantique, à quelque 3 000 km du Cap de Bonne-Espérance, une distance égale la séparant de l’Amérique du Sud. C’est la plus petite parcelle de l’Empire britannique. N’allongeons pas la liste et contentons-nous d’ajouter que les insulaires ignorent l’usage de l’argent monnayé auquel ils préfèrent la pomme de terre. Nulle part ailleurs, l’humble tubercule n’a pris rang parmi les espèces fiduciaires.
- Depuis sa découverte, en 1506, par l’amiral portugais qui lui donna son nom, l’histoire de l’île comporte fort peu de chapitres. L’Angleterre y planta son drapeau en 1816 et en fit l’avant-poste de Sainte-Hélène ; à la mort de Napoléon, la garnison fut évacuée. Un de ses membres, William Glass, qui s’était épris de cette petite terre, y retourna bientôt avec sa femme ; quelques anciens compagnons le rejoignirent ; des naufragés grossirent leur nombre. Las du célibat, les colons prièrent le capitaine d’un baleinier de leur procurer des épouses ; il transmit leur demande à Sainte-Hélène où cinq jeunes filles se décidèrent à tenter l’aventure. Telles sont les origines d’une intéressante population qui comptait 109 âmes en 1880, 163 en *1932, 210 en 1945.
- Jusqu’en 1900, un navire de guerre visitait Tristan da Cunha une fois par an ; le service fut supprimé. A maintes reprises, le gouvernement britannique a proposé aux insulaires de les trans-
- porter dans une colonie moins isolée ; mais ils restent invinciblement attachés à leur minuscule patrie qui n’a que 3 km 1/2 de long ; c’est un volcan éteint, haut de 2 500 m, qui ne laisse que 12 milles carrés de terres arables. La population y cultive surtout la pomme de terre ; elle possède des pommiers et des poiriers ; elle élève des bœufs, des moutons, des chèvres et des oies ; les eaux littorales sont très poissonneuses. A ce régime, les habitants jouissent d’une parfaite santé et vivent vieux.
- Ils virent de l’argent pour la première fois en 1942, quand un navire anglais débarqua le matériel d’une station de T. S. F. et d’un observatoire météorologique. Le directeur des travaux apportait 3 000 livres sterling en espèces anglaises et sud-américaines pour payer la main-d’œuvre recrutée sur place. Les ouvriers ne savaient que faire de ces étranges jetons, habitués qu’ils étaient à considérer la pomme de terre comme l’unique étalon de richesse.
- On conte cette curieuse anecdote. En 1938, un paquebot en croisière visita l’île. Les passagères offrirent à la partie féminine de la colonie de la poudre de riz et des bâtonnets de rouge pour les lèvres. L’étonnement que ces cadeaux causaient aux bénéficiaires s’accrut quand elles apprirent que, dans le monde extérieur, l’élément masculin était en minorité et que les femmes se servaient de ces ingrédients comme d’appâts. L’explication les amusa d’autant plus que c’était l’inverse dans leur petite communauté où les hommes ont toujours été plus nombreux que les femmes.
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- La durée des temps quaternaires
- On aimerait savoir l’âge de la Terre, on pour le moins la durée des temps géologiques, mais c’est là une estimation difficile pour laquelle on ne peut tabler que sur des éléments partiels et assez incertains.
- . De l’ensemble des évaluations qu’on a su faire, il résulte que les dépôts sédimentaires les plus anciens, ceux du précambrien, datent d’environ un milliard d’années. Ceux du cambrien n’auraient que 500 millions d’années ; l’ère secondaire n’aurait commencé qu’il y a 200 millions d’années, l’ère tertiaire il y a 50 millions d’années, l’ère quaternaire un million d’années ou moins. Ainsi, les durées des grandes époques géologiques auraient été de plus en plus brèves à mesure qu’on approche des temps actuels.
- Puisque la vie s’est maintenue pendant tout ce temps, ce dont font preuve les fossiles qu’on trouve dans les roches sédimentaires, il faut que les conditions climatiques, et notamment les variations de température et d’humidité aient été assez limitées. En effet, la vie n’est possible qu’en présence d’eau et dans d’assez étroites limites de température, jusqu’à 30° environ tout au plus.
- . Les couches anciennes ont pu être divisées en étages caractérisés par des faunes spéciales, des fossiles typiques et ces étages sont généralement séparés par des phénomènes de transgression ou de régression qui ont provoqué en un même point des changements de faune et en des lieux éloignés des superpositions différentes des couches.
- Bien plus difficile apparaît la chronologie du quaternaire, parce qu’il fut d’une durée moindre, et que ses dépôts peu épais, peu étendus, sont les plus superficiels et ont été les plus remaniés.
- Cependant, le quaternaire nous intéresse plus que les ères anciennes ; il est le plus voisin de nous, il vit l’apparition des espèces actuelles et notamment de l’homme, il se continue jusqu’à l’aube de la période actuelle, historique, pour laquelle de nouveaux et riches témoignages s’ajoutent aux données géologiques et paléontologiques.
- Le regretté professeur Joleaud et son élève, M110 Alimen viennent de lui consacrer un ouvrage C1) qui rassemble toutes les données dont on dispose actuellement.
- Le quaternaire est ordinairement divisé en deux systèmes, le pléistocène et l’holocène ou actuel. Il est caractérisé par une série de glaciations dont on a étudié les traces dans les Alpes, l’Angleterre, le nord de l’Europe, par des terrasses aux flancs des vallées des fleuves actuels indiquant une série de creusements de celles-ci, et par de rares dépôts marins. On y trouve des restes d’éléphants, de bœufs, de chevaux,. de singes et d’hommes très voisins des espèces actuelles, puis identiques à celles-ci.
- Chronologie glaciaire.
- On admet généralement trois ou quatre périodes glaciaires séparées par des périodes de réchauffement interglaciaires et suivies d’une phase postglaciaire. Dans les Alpes orientales, Penck a dénommé les phases glaciaires : gunzien, mindélien, ris-sien, würmien, entre lesquelles s’intercalent le günz-mindel, le mindel-riss, le riss-würm et que coiffe le post-würmien. En Angleterre, les trois dernières glaciations ont reçu les noms de glaciation de la Mer du Nord et de glaciations de l’Est, grande et petite. En Allemagne, ces trois glaciations sont désignées par les fronts des glaciers sur l’Elster, la Saale et la Vistule.
- 1. Léone Joleaud et Henriette Alimen. Les temps préhistoriques. Flammarion, Paris, 1945.
- En s’aidant de l’observation des glaciers actuels, des déplacements de leurs fronts, des dépôts de leurs moraines, on a pu dater assez exactement les durées de certaines périodes.
- Notamment, de Geer a constaté au Spitzberg que chaque été, quand le glacier recule, il dépose dans le delta morainique une mince couche d’argile fine, la « varve », épaisse^de 2 mm à 3 cm. En certains points, on peut compter le nombre des feuillets des varves superposées. De Geer a ainsi montré que le recul du dernier glacier qui couvrait la Suède a dû durer 12 000 ans.
- Collet a mesuré la vitesse de formation des deltas dans les lacs suisses et a abouti à une estimation de 10 000 ans depuis la dernière période glaciaire.
- Dans la vallée du Nil, on a pu déterminer l’exhaussement annuel par apport de limon ; il serait à Thèbes de 0,9 mm et dans le delta de 1,2 mm. Et comme des sondages dans le delta ont révélé sous 20 m de limon des poteries, des briques et même un crâne humain, on peut accorder à cette formation une durée d’environ 16 000 ans. Plus bas, le limon est remplacé par des sables et des graviers indiquant un régime torrentiel.
- Enfin, Yéronnet, considérant les déplacements du périhélie (point où la Terre est la plus proche du Soleil) sur l’écliptique, qui en 21 000 ans revient à son point de départ, a supposé des variations de la température moyenne annuelle selon que la Terre approche du Soleil en hiver ou en été, et il a ainsi caculé que les 4 glaciations du quaternaire avaient dû durer 74 500, 53 000, 32 000 et 11 000 ans.
- Penck a estimé le post-würmien à 20 000 ans, le riss-wurm à 60 000 et le mindel-riss à 240 000.
- Chronologie fluviatile.
- Toutes les vallées de nos pays, celles de la Somme, de la Seine, de la Loire, de la Garonne, du Rhône, du Rhin, présentent une série de terrasses étagées, séparées par des pentes. Les côtes montrent aussi des plages soulevées.
- On peut admettre que ces terrasses correspondent à des périodes de stabilité du niveau des mers, tandis que les pentes qui les raccordent sont dues à un travail de creusement du lit des fleuves, dû à un abaissement du niveau de base à l’embouchure. La mer aurait baissé au moment des glaciations qui immobilisaient de grandes masses d’eau sur terre.
- Ces terrasses s’observent au nombre de 4 ; elles sont aux altitudes de 40, 30, 10 et 5 m dans la Somme, suivies d’un creusement au-dessous du niveau actuel ; on les retrouve plus ou moins nettes dans les autres vallées.
- Les restes fossiles qu’on rencontre dans ces terrasses sont tous de faune chaude, sauf les plus bas. Peut-on mettre en parallèle aAœc les glaciations successives les périodes d’érosion ?
- Chronologie marine.
- Sur la côte méditerranéenne, les mêmes plages soulevées apparaissent auxquelles Depéret a donné la valeur d’étages :
- Sicilien ................... plage de 90-100 m
- Milazzien .................. — . • 60 —
- Tyrrhénien ................. — 30 —
- Monastérien ................ — 15 —
- Elles correspondraient à des transgressions marines, séparées par des régressions. La dernière ne serait autre que la trangres-sion post-glaciaire flandrienne qui a noyé le Pas-de-Calais et les détroits danois, à l’aurore de l’histoire.
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- Chronologie radioactive.
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- Chronologie paléontologique*
- Les mêmes successions sont révélées par l’examen des flores et des faunes fossiles.
- En ce qui concerne les plantes, les périodes de glaciation sont suivies d’une période de steppes et de landes (formation de loess) à laquelle succèdent des forêts de conifères, puis des arbres feuillus. M. et Mms Dubois en France, et plus récemment Deevey aux États-Unis ont déterminé les espèces dominantes par l’examen des grains de pollen.
- Les Éléphants sont passés dans nos régions du Mastodon tertiaire à Elephas meridionalis, E. antiquus (faunes chaudes), E. pri-migenius (faune froide). Les rhinocéros ont évolué de R. etruSvus à R. Mercki (faune chaude), puis à JR. tichorhinus (faune froide). Les chevaux, les bœufs sont apparus au début du quaternaire et les rennes à la fin de la dernière glaciation.
- Les restes humains datent tous du post-würmien, mais bien des formes plus anciennes ont été récemment trouvées. L’homme de Néanderthal aurait été contemporain de la dernière glaciation, l’homme de Piltdown et celui de Heidelberg avaient vu la troisième glaciation ; enfin, les formes plus ou moins simiennes qu’on a dénommées Africanthrope, Sinanthrope, Pithécanthrope auraient vécu pendant la deuxième et peut-être la première glaciation.
- Les préhistoriens avaient déjà classé les restes de l’industrie humaine en étages qu’on tend de plus en plus à situer par rap-part aux glaciations de la façon suivante : le chelléen et l’acheu-léen sont contemporains de la deuxième période glaciaire et de la troisième glaciation ; le moustérien de la troisième période interglaciaire et de la quatrième glaciation ; l’aurignacien, le solutréen et le magdalénien de la dernière période postglaciaire. Le mésolithique, le néolithique, l’âge du bronze et celui du fer font partie de la fin du pléistocène et de l’holocène.
- La vitesse de désintégration des minéraux radioactifs a récemment fourni de nouveaux éléments de chronologie absolue des temps géologiques. Pour l’uranium par exemple, on a pu calculer qu’en un million d’années il produit 1/7 600 de son poids de plomb. Des dosages méticuleux et délicats de l’uranium et du plomb contenus dans diverses roches ont permis de dater celles-ci, et c’est ainsi qu’ont été fixées assez sûrement les durées des grandes périodes géologiques, mais la faible durée du quaternaire, moins d’un million d’années, ne se prête guère à des subdivisions précises.
- On ne pourrait mieux résumer toutes ces données qu’en les groupant en un tableau tel que celui donné par Joleaud et M116 Alimen à la fin de leur ouvrage, ou, d’une façon plus simple, par M. Gagne-bin dans son livre sur Le transformisme et l’origine de l’homme (Masson, éditeur). Nous le reproduisons ici pour terminer.
- Holocène
- Post-glaciaire .. 4e glaciation ... 3e glaciation ... 2e interglaciaire . 2e glaciation ... 1er interglaciaire lre glaciation ..
- ; i ooo 2 000 Age du fer \ Age du bronze ( Hommes
- ' 6 000 Néolithique actuels
- 12 000 23 000 © l Mésolithique ' Magdalénien Solutréen Race de Chancelade Race de
- 150 000 ? W 1 i ( ) Aurignacien Cro-Magnon Race de
- ï—* O | Mousterien Grimaldi Homme de
- 450 000 ? *3 i Ph Acheuléen Néanderthal Homme de
- 600 000 P 700 000 ? \ i ' Chelléen 1 Piltdown Homme de Heidelberg Africanthrope Sinanthrope Pithécanthrope
- L/Office de la Recherche Scientifique Coloniale
- Lorsque le 11 octobre 1943, une loi créa l’Office de la Recherche scientifique coloniale, le besoin d’un tel organisme se faisait déjà sentir depuis de longues années et cette création répondait aux vœux exprimés par les milieux scientifiques des Colonies et de la Métropole.
- Aussi une ordonnance du 24 novembre 1944 confirma-t-elle l’existence et l’organisation générale de l’Office.
- Organisation de la Recherche coloniale.
- Établissement public doté de la personnalité civile et de l’autonomie financière, l’Office de la Recherche scientifique coloniale est un organisme métropolitain, mais d’ont l’activité s’étend à l’ensemble des territoires de la France d’Outre-Mer. Chargé de créer l’équipement scientifique nécessaire au développement industriel et économique de ces territoires, il oriente et coordonne les recherches, aide et anime les organismes existants, en crée de nouveaux là où ils font totalement défaut ; enfin il recrute et forme des chercheurs destinés à servir outre-mer. En même temps, l’Office de la Recherche scientifique coloniale fait entreprendre dans des organismes scientifiques métropolitains les recherches qui ne peuvent être faites outre-mer et contribue ainsi à mettre les laboratoires de la métropole au service de la recherche coloniale.
- C’est ainsi que certains de ces laboratoires métropolitains travaillent déjà et travailleront de plus en plus à des recherches intéressant les colonies. Dans les territoires d’Outre-mer, l’organisation envisagée prévoit l’installation de centres de recherches autonomes, groupant toutes les disciplines. Cependant, et ceci est surtout valable lorsqu’il existe déjà sur place des services
- ou des stations scientifiques ou techniques, il n’y a là rien de rigoureusement exclusif et l’Office entend laisser chaque genre de recherche trouver sa place dans l’organisation qui lui sera le mieux adaptée.
- Mais une étroite liaison doit exister entre les chercheurs coloniaux, leurs confrères métropolitains ou étrangers et les activités privées. Elle peut se réaliser grâce à l’Office de la Recherche scientifique coloniale qui est à même de rester en rapports avec les organismes publics, professionnels ou privés, pour coordonner les efforts et aboutir à des résultats féconds.
- Formation des chercheurs.
- Dans les territoires de la France d’Outre-Mer, on constate aisément une insuffisance numérique de chercheurs. Cette insuffisance s’explique par le manque de centres d’enseignement permettant la formation de ces scientifiques et par le fait que leur carrière aux colonies était jusqu’ici précaire et sans aucun statut.
- La première tâche de l’Office est donc de former des chercheurs et d’assurer leur avenir en les mettant à un niveau honorable vis-à-vis des fonctionnaires et des techniciens.
- Dans le but de former ces chercheurs scientifiques coloniaux, l’Office a créé des centres d’instruction spécialisés. Les chercheurs métropolitains peuvent constamment rester en contact avec leurs maîtres, les laboratoires, la documentation, tandis que les coloniaux dont la formation ne peut excéder deux années, seront ensuite livrés à eux-mêmes. Ils devront alors faire preuve d’initiative et connaître toutes les techniques de leur spécialité. L’cn-seignëment doit donc être aussi bien théorique que pratique et il
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- convient d’utiliser au maximum le temps alloué pour cette formation.
- L’Office a organisé neuf centres d’enseignement limités aux disciplines suivantes :
- Génétique agricole ; Entomologie agricole ; Entomologie médicale et vétérinaire ; Pédologie ; Pathologie végétale ; Physique du Globe ; Océanographie biologique ; Océanographie physique ; Ethnologie.
- Un stage d’hydrologie est en cours d’organisation.
- Les centres d’enseignement reçoivent des élèves réguliers et des auditeurs libres. Les premiers sont seuls autorisés à subir des examens et à suivre les travaux pratiques. Ils sont choisis par le Directeur de l’Office, après avis de la Commission compétente parmi les titulaires d’une licence ès sciences donnant accès au doctorat d’État ou d’un diplôme de sortie de certaines écoles de renseignement supérieur agricole.
- Les cours professés par des spécialistes de l’enseignement supérieur ou des techniciens visent principalement à donner aux élèves une connaissance effective des méthodes de recherche et des techniques de laboratoire qu’ils auront à employer sur le terrain.
- Chaque enseignement est sanctionné par un examen oral, un examen écrit, un examen pratique et un travail personnel.
- Pendant la durée de leurs études, les élèves reçoivent, sous réserve d’un engagement de six ans, une bourse d’entretien.
- La première année consacrée aux cours et travaux pratiques se passe dans la Métropole, tandis que la seconde est consacrée à un premier séjour d’entraînement et de pratique aux Colonies.
- L’organisation matérielle provisoire actuelle doit faire place à une organisation définitive dans laquelle l’Office disposera de ses installations propres. Dès maintenant ont été entreprises, à Bondy, la construction d’un centre de Génétique végétale et de Pédologie et, en Côte d’ivoire, près d’Abidjan, l’installation d’un Centre intercolonial de recherche où les stagiaires iront pendant leur seconde année de formation. Le Centre intercolonial d’Abidjan sera complété par un Centre de biologie animale, relevant de la Faculté des Sciences de Paris (Professeur Grassé).
- Leurs études terminées, les chercheurs, s’ils n’appartiennent pas aux services d’Agriculture de la France d’Outre-Mer ou à un Institut professionnel de recherches, sont admis dans le cadre des chercheurs de l’Office de la Recherche scientifique coloniale et affectés comme tels à un service scientifique outre-mer.
- Statut des chercheurs.
- Une des innovations capitales de l’Office de la Recherche scientifique coloniale a été de donner aux chercheurs scientifiques coloniaux un statut, sans lequel aucun recrutement suivi ne s’est jusqu’à présent montré possible. Ce statut a été fixé par décret du 26 juillet 1946 (J. O. du 28 juillet 1946). Il offre à la fois les avantages d’une carrière durable et d’un standing matériel élevé et les garanties indispensables à tout travail scientifique fructueux : stages réguliers dans des laboratoires métropolitains, ou étrangers, comptant pour la « durée du séjour colonial », classement et avancement sur la proposition d’une commission scientifique, etc....
- Enfin restant en contact étroit avec les milieux scientifiques métropolitains et étrangers par l’intermédiaire de l’Office qui leur fait parvenir la documentation dont ils ont besoin, les chercheurs travaillant outre-mer seront désormais préservés de l’isolement intellectuel qui n était pas un des moindres obstacles qu’ils avaient jusqu’alors à vaincre.
- Création des Centres de Recherches.
- L’Office se propose de constituer sur place, dans chaque groupe ou fédération des anciennes colonies, un Institut de Recherches civilement et financièrement autonome, subventionné par l’Office et par la Fédération. Le Conseil d’administration de chacun de
- ces Instituts réunira des membres scientifiques et les plus hautes personnalités de l’Administration de la Fédération. Le Président du Conseil d’Administration sera le Secrétaire général de la Fédération, tandis que le Directeur de l’Institut sera une personnalité scientifique désignée par le Directeur de l’Office. Celui-ci compte établir, sûr ce modèle, un Institut de Recherche scientifique à Madagascar et un Institut d’Ëtudes centrafricaines à Brazzaville C1). Il compte également aider à l’organisation de Factuel Institut Français d’Afrique Noire à Dakar (2).
- En 1945, l’Office envoya en Nouvelle-Calédonie, une mission destinée à recueillir sur place les renseignements nécessaires à la création d’un Institut Français d’Océanie (3) qui doit rendre, dans ces régions lointaines, de précieux services tant au point de vue de la recherche pure que de ses applications.
- Cependant, au-dessus des divisions administratives, il est souhaitable d’établir la coordination, et même parfois l’unification du travail scientifique de plusieurs instituts pour des territoires administratifs faisant partie d’une même expression géographique.
- La solution sera sans doute d’instituer des délégations générales de l’Office de la Recherche scientifique coloniale, qui seraient chargées de ce rôle coordinateur. Par exemple un délégué général pour l’Afrique, un pour l'Extrême-Orient et le Pacifique, un pour l’Amérique.
- Rappelons enfin que les centres métropolitains, grâce au personnel et aux subventions fournis par l’Office, poursuivent et poursuivront des travaux intéressant les problèmes coloniaux.
- Les autres activités de l'Office.
- L’Office de la Recherche scientifique coloniale a entrepris la constitution d’un important fichier comprenant les noms des chercheurs coloniaux du monde entier. En même temps, le Service de Documentation de l’Office a établi des relations suivies avec un certain nombre d’organisations scientifiques étrangères.
- En dehors des subventions qu’il accorde à des publications d’intérêt scientifique et colonial, l’Office publie un supplément colonial au Bulletin analytique du C. N. R. S. et un Bulletin de Documentation technique destinés aux ingénieurs et techniciens coloniaux.
- Comme nous l’indiquions plus haut, un certain nombre de recherches présentant un intérêt général ont été organisées directement par l’Office ou subventionnées par lui. Ces recherches touchent la pédologie, la chimie des végétaux, la physique industrielle, l'établissement des normes coloniales, la biologie animale, la biologie végétale et les sciences humaines. D’autres activités sont à l’étude.
- L’Office subventionne également un certain nombre de missions qui ont pour but d’étudier sur place des problèmes urgents d’ordre colonial.
- L’Office de la Recherche scientifique coloniale, tout en s’acquittant des tâches immédiates et impérieuses d’organisation de la recherche dans les Colonies françaises, de formation des chercheurs coloniaux et de subventions aux recherches ou travaux scientifiques, voit plus loin et prépare l’avenir. U a établi un plan décennal d’organisation de la recherche scientifique et technique coloniale. Ce plan prévoit un crédit d’un milliard et demi de francs et il est d’intérêt national que ce plan puisse être réalisé car il permettra d’établir un vaste réseau d’instituts dotés d’un personnel scientifique hors pair et, pourvu du matériel nécessaire, ce qui aidera la France à garder son rang, à rehausser son prestige, et à contribuer plus efficacement à la mise en valeur des territoires d’Outre-Mer.
- Y. Romanovsky,
- 1. L’Institut d’Ëtudes centrafricaines a été créé par décret du 18 juin 1946, paru au J. O. du 20 juin 1946.
- 2. Voir La Nature, n° 3107 du 1er mars 1946.
- 3. L’Institut Français d’Océanie a été créé par arrêté du 2 août 1946, paru au J. O. du 23 août 1946.
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- DUPUY DE LOME
- génial constructeur
- (1816-1885)
- naval.
- Daa'S la campagne d’Algérie, en juin 1830, on avait déjà vu sept petits bateaux à vapeur, tels le Sphinx, le Rapide, le Nageur... dont c’était la première apparition dans une flotte expéditionnaire. Mais ces bâtiments, outre qu’ils comportaient un très petit tonnage, faisaient plutôt office de pilotes et de courriers.
- |
- tel zèle, une telle ardeur au travail, une si grande compréhension de sa tâche, qu’il attira l’attention de l’Amirauté.
- Son intelligence, son initiative incitèrent le Gouvernement anglais à lui demander sa collaboration. Il refusa ces offres.
- A son retour à Paris, il rédigea un rapport remarquable, d’une
- documentation très poussée, et plein d’idées neuves : la Marine le chargea de dresser les plans de nos premiers bateaux en fer. Il fut nommé directeur des constructions navales au Ministère de la Marine.
- Élu député du Morbihan en 1889, Dupuy de Lôme fut, durant la guerre de lS’îO-iS'/l, placé à la tête des services de l’aérostation.
- Essayons d’analyser rapidement l’œuvre de ce savant ingénieur.
- Avant bien d’autres, il avait entrevu, il avait compris et il démontra la supériorité incontestable des navires à vapeur sur les vaisseaux à voiles, surtout s’agissant de bâtiments de combat. Il prédit l’importance des navires à grande vitesse, prédiction toute à son honneur, puisqu’elle précédait la reconnaissance de ce fait par la grande nation maritime, l’Angleterre.
- Le Napoléon, premier vaisseau de guerre à vapeur et à grande
- $
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- Fig. 1. — Deux dessins du Napoléon, lancé en 1850. C’est le premier grand navire à hélice à une époque où l’on en était encore aux lourds bâtiments à roues. Il offre encore cependant l’aspect général des navires à voiles du milieu du xixe siècle avec ses rangées de sabords horizontales accusées par des bandes blanches tranchant sur
- la couleur foncée de la muraille. (Musée de la Marine).
- C’est à Dupuy de Lôme que l’on doit la première grande unité de guerre, le Napoléon, en 1850.
- C’est à Dupuy de Lôme que l’on est redevable du premier cuirassé français la Gloire, mis en service en novembre 1859.
- Voilà deux magnifiques réussites de ce grand ingénieur, qui ont donné à la marine nationale un prodigieux essor au milieu du xix6 siècle.
- Charles-Henri-Laurent-Stanislas Dupuy de Lôme, breton de Ploemeur, dans le Morbihan, entré à l’École Polytechnique à 19 ans en sortit dans le corps du génie maritime.
- En 1842, il avait alors 26 ans, il fut envoyé en Grande-Breta-tagne pour y étudier les nouveaux procédés de construction des bateaux en fer. Durant trois années, Dupuy de Lôme s’acquitta de sa mission avec un
- Fig. 2. — La Gloire, premier navire cuirassé, offre très sensiblement les mêmes caractéristiques que le Napoléon, mais la batterie haute a été supprimée et les flancs sont protégés de bout en bout par une cuirasse de 10 à 12 cm. La protection s’étend depuis 2 m au-dessous de la flottaison, jusqu’à la partie supérieure de la batterie.
- On remarque l’hélice encore assez primitive d’aspect. (Musée de la Marine).
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- vitesse, fut lancé en 1850. Ce bâtiment à hélice, armé de 90 canons, déplaçant 5 700 t, filait plus de douze nœuds : résultats impressionnants pour l’époque, si l’on songe que les petits bateaux mentionnés plus haut n’avaient paru que vingt ans auparavant.
- Dupuy de Lôme avait longuement et mûrement étudié ses plans, et dans le rapport qui proposait la construction du Napoléon, on pouvait lire :
- « Je suis convaincu que, en adoptant de plus grandes longueurs que celles de nos vaisseaux à voiles, en affinant les lignes de l’avant, en appropriant les formes de l’arrière à l’emploi des hélices, on peut construire des vaisseaux éprouvant moins de résistance à la marche, avec beaucoup plus de déplacement que les anciens. Je crois que ces bâtiments, portant le même équipage et la même artillerie, fileront, au moins, onze nœuds, et porteront sept jours de combustible à toute vitesse, et vingt-huit ou trente jours à vitesse réduite. »
- A la guerre de Crimée, le Napoléon joua un rôle primordial. Il surclassait tous autres bâtiments des anciens modèles. Vents et courants contraires le gênaient fort peu. Il remorquait notre flotte et lui facilita, ainsi, la traversée des Dardanelles, tandis que la flotte anglaise resta immobilisée de longs mois. On sait les heureuses conséquences de cet état de choses.
- Le génial talent de Dupuy de Lôme transformait notre marine et signait l’arrêt de mort de la navigation à voiles, tout au moins pour les unités de combat. Et pourtant cette navigation, imaginée
- par les hardis pionniers de la mer qu’étaient Phéniciens et Carthaginois avait assuré les transits maritimes durant plusieurs millénaires, et à elle seule jusqu’en 1830. Les principaux stades furent marqués par les baris égyptiens, les drakkar Scandinaves, les chélandres byzantines et les nefs normandes. À côté de ces importants vaisseaux se rangeaient modestement bricks, galéasses, tartanes, felouques, mahonnes... qui tiennent une si grande place dans les « Orientales » de Victor Hugo.
- Revenons à Dupuy de Lôme. L’ingénieur conçut l’idée de construire des cuirassés protégés par une puissante armature. A lui, l’honneur et le mérite d’avoir fait réaliser, à Toulon, le premier cuirassé français, la Gloire, filant treize nœuds et demi. Aussitôt, tous les chantiers du continent se mirent à l’œuvre. Mais, grâce à Dupuy de Lôme, le matériel naval de notre pays pï-it, et conserva, une sérieuse avance sur les matériels des autres nations.
- Homogénéité, vitesse et facilité d’évolution mirent au premier rang la marine française d’alors.
- En collaboration avec Gustave Zédé, Dupuy de Lôme apporta de grands progrès à l’aérostation. Et il donna des idées précieuses pour la direction des aérostats.
- Sénateur inamovible, membre de l’Académie des Sciences, Charles Dupuy de Lôme mourut à Paris en 1885. Il a laissé le souvenir d’une belle nature, très pondérée, très droite.
- Amédée Fayol.
- La population
- de la
- France
- Le Journal officiel du 31 décembre dernier a publié les résultats du recensement effectué le 10 mars 1946, le premier depuis la guerre. On sait quels remous de populations provoqua celle-ci : départ de nombreux étrangers ; exodes devant les avances de l’ennemi, du nord et de l’est vers le midi, de la France vers l’Afrique du Nord, l’Angleterre, l’Amérique, etc. ; évacuations des villes bombardées, puis des zones de combat ; déportations en Allemagne des prisonniers de guerre, de résistants, de travailleurs requis ; massacres de civils, etc. Depuis la Libération, beaucoup de personnes ont rejoint leur domicile, mais l’équilibre n’est pas encore rétabli et les nouvelles données statistiques sont intéressantes à comparer à celles du précédent recensement de 4936.
- Le nombre des départements de la France métropolitaine, y compris la Corse mais non l’Algérie, est de 90.
- Le nombre des arrondissements est de 341, au lieu de 281 en 1936, 30 ayant été rétablis depuis.
- Le nombre des cantons reste inchangé à 3 028.
- Le nombre des communes a diminué de 38 014 à 37 990, certaines ayant été supprimées ou fusionnées (37), d autres ayant été créées (13).
- La population a diminué comme le montre le tableau suivant :
- i03G IQkG Diminution 0 O
- Quatre départements comptent plus d’un million d’habitants, au lieu de six en 1936 ; les plus peuplés sont ;
- Seine,....................... 4 775 711
- Nord ........................ 1 917 452
- Seine-et-Oise................ 1 414 910
- Pas-de-Calais ............... 1 168 545
- Les Bouches-du-Rhône et le Rhône ont maintenant moins d’un million d’habitants.
- Les moins peuplés, ayant moins de 100 000 habitants, sont :
- Basses-Alpes........................ 83 162
- Hautes-Alpes ....................... 84 932
- Belfort ............................ 86 648
- Lozère.............................. 90 523
- La population a augmenté dans 32 départements et diminué dans 58. Ceux qui ont le plus augmenté sont :
- Haute-Garonne ------- 53 613 + 10,4 0/0
- Sarthe ..............; 23 695 + 5,7 »
- Français .......... 39
- Étrangers .... 2
- Total ............ 41.
- 453 549 38 847 194 453 507 1 670 729 907 056 40 517 923
- 606 355 — 1,5
- 782 778 — 46,8
- 1 389 133 — 3,3
- A la population française, il faudrait ajouter 312 105 personnes non recensées :
- Armée de terre...................... 225 600
- Armée de l’air....................... 23 868
- Marine nationale .................... 31 731
- Marine de commerce.................... 5 906
- Gouvernement militaire en Allemagne et en Autriche.............. 25 000
- Ceux qui se sont le plus dépeuplés sont
- Bouches-du-Rhône....... 248 582
- Corse ..................... 54 883
- Ardennes.................... 43 297
- Alpes-Maritimes ............ 64 741
- Moselle..................... 74 101
- Rhône ..................... 109 513
- Meurthe-et-Moselle..... 47 236
- Seine-Inférieure ........... 69 497
- Nord....................... 104 715
- Seine ..................... 187 256
- — 25,4 0/0
- — 20,5 »
- — 17,6 »
- — 14,4 »
- — 11,9 »
- —11,8 »
- — 8,9 »
- — 8,2 »
- — 5,4 »
- — 3,9 »
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- Les 37 989 communes se répartissent ainsi :
- Inhabitées ..................................... 10
- Moins de 50 habitants.......................... 581
- 51 à 100 habitants ................. 2 268
- 101 à 200 » ............. 7 081
- 201 à 300 » ............. 6 159
- 301 à 400 » ............. 4.461
- 401 à 500 » ............. 3 095
- 501 à 1 000 » ............. 7 820
- 1 001 à 1 500 » ............. 2 750
- 1 501 à 2 000 » ............. 1061
- 2 001 à 2 500 » 685
- 2 501 à 3 000 ' » 425
- 3 001 à 3 500 » 281
- 3 501 à 4 000 » 203
- 4 001 à 5 000 » 222
- 5 001 à 10 000 » 479
- 10 001 à 20 000 » 224
- Plus de 20 000 habitants ...................... 184
- 23 villes comptent plus de 100 000 habitants. Ce sont, par ordre d’importance :
- 1. Paris ........
- 2. Marseille ....
- 3. Lyon........
- 4. Toulouse ....
- 5. Bordeaux ...
- 6. Nice .......
- 7. Nantes......
- 8. Lille ......
- 9. Saint-Étienne
- 2 725 374 636 264 460 748 264 411 253 751 211 165 200 265 188 871 177 966
- 10. Strasbourg 175 515
- 11. Toulon 125 742
- 12. Rennes 113 781
- 13. Nancy 113 477
- 14. Reims 110 749
- 15. Clermont-Ferrand .... 108 090
- 16. Limoges 107 857
- 17. Rouen 107 789
- 18. Le Havre 106 934
- 19. Nîmes 104 109
- 20. Grenoble 102 161
- 21. Roubaix 100 978
- 22. Dijon 100 664
- 23. Le Mans 100 455
- Les départements qui comptent la plus grande proportion
- d’étrangers sont :
- Alpes-Maritimes 58 515 13,1 0/0
- Gers 24 198 12,7 »
- Lot-et-Garonne 33 599 12,6 »
- Pyrénées-Orientales 28 169 12,3 »
- Aude 28 925 10,7 »
- Pas-de-Calais 110 178 9,4 ))
- Rouches-du-Rhône 83 346 8,5 »
- Haute-Garonne 40 486 7,9 ))
- La Seine, avec 194 192 étrangers n’atteint que 4 0/0 et le Nord, avec 120 747, 6,2 0/0.
- La situation dans les départements du bassin de la Garonne changerait sans doute quelque peu avec le retour des réfugiés espagnols dans leur pays.
- COURS ET CONFÉRENCES A PARIS
- LUNDI 17 MARS. Maison de la Chimie
- (Centre de perfectionnement technique, 28, rue Saint-Dominique) : 18 h. Mme Roy-Pochon : « La mesure des très basses pressions ».
- MARDI 18 MARS. Maison de là Chimie
- (Centre de perfectionnement technique, 28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Y. Deux : « La filtration en brasserie ». — Institut technique du Bâtiment (Musée de l’Homme, Palais de Chaillot) : 17 h. 30. M. Dutheil : « Le ilam-bement des éléments comprimés dans les ossatures en acier ».
- MERCRÉDI 19 MARS. Société des Ingénieurs de l’Automobile (5, avenue Friedland) : 17 h. 45. M. Sekruys : « Les manographes ». — Institut français du caoutchouc (42, rue Scheffer) : 18 h. M. Denivelle : « Sur le Bu-tane-Diol-2,3 matière première pour la préparation du butadiène ».
- JEUDI 20 MARS. Maison de la Chimie
- (Centre de perfectionnement technique, 28, rue Saint-Dominique) : 18 h. Mme Louise Halm : « Étude critique des méthodes d’essais des produits réfractaires ».
- VENDREDI 21 MARS. Maison de la Chimie (Centre de perfectionnement technique, 28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. J. Villey : « Les bétons de précision ». — Société astronomique de France (28, rue Serpente) : 20 h. 45. M. A.. Hamon : « Comètes, bolides et étoiles filantes ».
- SAMEDI 22 MARS. Palais de la Découverte (avenue F. D. Roosevelt) : 15 h. M. Bonet-Maury : « Ultra-microscopie, statistique des virus ».
- LUNDI 24 MARS. Maison' de la Chimie
- (Centre de perfectionnement technique, 28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Y. Laure : « La précision des mesures des haûtes températures ». — Société astronomique de France (28, rue Serpente) : 20 h. 45. M. le D' P. Baize : « Les étoiles doubles colorées ».
- MARDI 25 MARS. Maison de la Chimie
- (Centre de perfectionnement technique, 28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. J. Paul : « Le sucre dans l’alimentation ». — Institut technique du Bâtiment (Musée de l’Homme, Palais de Chaillot) : 17 h. 30. M. Charpentier : « La reconstruction du viaduc de Garonte ».
- MERCREDI 26 MARS. Société des Ingénieurs de l’Automobile (5, avenue Friedland) : 17 h. 45. M. Bouzitàt ; « Le problème du couplage des vibrations ». — Institut français du caoutchouc (42, rué Schefîer) : 18 h. M. Julien : « Isolation. vibratoire et applications mécaniques du caoutchouc ».
- JEUDI 27 MARS. Maison de la Chimie
- (Centre de perfectionnement technique, 28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. M. Alcan : « Conséquences économiques de la réapparition de certaines matières premières, rares depuis 1940, dans l’industrie du caoutchouc ».
- VENDREDI 28 MARS. Maison de la Chimie (Centre de perfectionnement technique, 28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. N. Hubert : « Les alliages légers dans le bâtiment ». — Société astronomique de France (28, rue Serpente) : 20 h. 45. M. A. Hamon : « Les étoiles, classes spectrales, étoiles doubles, étoiles variables, novæ ».
- MARDI 1er AVRIL. Institut technique du Bâtiment (Musée de l’Homme, Palais de Chaillot) : 17 h. 30. MM. Guinier et Brocard : « Étude des ciments aux rayons X ».
- PROCHAINS CONGRES SCIENTIFIQUES INTERNATIONAUX
- Chimie. Londres, juillet 1947. Secrétaire général : M. R. Delaby, professeur à la Faculté de Pharmacie, Paris.
- Physiologie. Oxford, juillet 1947.. Secrétaire : M. E. W. Geidt, laboratoire de physiologie, Université d’Oxford.
- Cytologie expérimentale. Stockholm, juillet 1947.
- Raisin et jus de raisin. Istanbul, septembre 1947. Office international du vin, 11, rue Ro-quépine, Paris (8e).
- Microbiologie. Copenhague, 20-26 juillet 1947. Secrétaire (pour la France) : Dr Pierre Lépine, Institut Pasteur, 25, rue du Dr Roux, Paris (15e).
- Plancton. Copenhague, été 1947. M. F. S. Russell, laboratoire de biologie maritime, Ply-mouth (Angleterre).
- Sciences biologiques. Copenhague, juillet 1947. M. J. Sirko, Genetisch Institut, Haren, Gron. (Hollande).
- Génétique. Stockholm, 1948. M. Gert Bonnier, Université d’Upsal (Suède).
- Limnologie. Suisse, 1948. Fôrsoksanstalten for Sbtvattensfisket, Drottningholm (Suède).
- Zoologie. Paris, 1948. M. Fischer-Piette, professeur au Muséum, 55, rue de Buffon, Paris (5e).
- Vigne et vin. Athènes, 1948. Office international du vin, 11, rue Roquêpine, Paris (8e).
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- L'hiver de
- L’hiver gui finit et dont nous sortons à peine mérite d’être signalé comme un des plus longs et des plus froids qu’on ait observés. Survenant après sept années de privations de toutes sortes, dans un monde fatigué, mal nourri, qui essaie péniblement de se réorganiser, il aura, il a déjà de multiples et fâcheuses conséquences : pénurie de combustibles due à l’arrêt de la navigation fluviale au moment où les importations diminuent ou cessent pour d’autres raisons ; gel des blés semés à l’automne qui va obliger à refaire les labours et les semailles au printemps et diminuer d’autant les stocks de grains du ravitaillement ; retard de la végétation alors qu’on a tant bâte de retrouver des légumes frais pour parfaire nos maigres rations, sans parler de l’état sanitaire et de la mortalité d’une population mal chauffée, peu nourrie, fragile surtout dans ses nouveau-nés et ses vieillards.
- La moyenne de la température de l’hiver météorologique 1946-1947 a été très basse et elle classe cette saison au cinquième rang des hivers les plus froids observés à l’observatoire du Parc Saint-Maur depuis sa fondation en 1872.
- Cet hiver vient, par ailleurs, au deuxième rang des hivers les plus froids observés depuis le début du xxe siècle.
- En effet, depuis un demi-siècle, .un.seul hiver, celui de 1941-1942, avait présenté un froid plus intense, mais de moins longue durée puisqu’il fut concentré sur les seuls mois de janvier et de février.
- Le froid de 1946-1947, moins vif, s’étale plus désagréablement sur les trois mois d’hiver.
- Le. tableau ci-après rassemble les hivers météorologiques offrant une température moyenne inférieure d'au moins 1°8 à la température moyenne normale.
- 1946-1947
- 22 décembre (record), descendit au chiffre de — 23°0 le 30 janvier (record absolu de l’hiver en France).
- Les régions les plus réputées pour la douceur de leur climat, subirent elles-mêmes les furieux assauts de ce rude hiver et ce n’est pas sans curiosité que l’on apprendra que Cherbourg enregistra — 6°0 le 28 janvier, Toulon — 4°2 le 27 janvier, Perpignan — 6°4 le 28 janvier, Montpellier —13°0 le même jour et Toulouse vit le thermomètre s’abaisser à —17°4 le 30 janvier ; Nice ne connut que deux gelées insignifiantes les 5 et 7 janvier avec respectivement — 0°1 et — 0°2.
- Il y eut, en outre, dans la dernière décade de janvier une forte offensive de la neige, particulièrement sensible dans des régions où ce phénomène est normalement rare.
- Cherbourg était couvert fin janvier de 26 cm de neige ; Brest, Marseille, Perpignan et bien d’autres villes de Bretagne et du Midi ne furent pas épargnées à la même époque, le record paraissant détenu par Perpignan où l’on mesura 43 cm de neige le 27 janvier ; il faut avouer toutefois que sous l’heureux soleil roussillom nais ou provençal ce tapis blanc avait disparu le dernier jour du mois de janvier. Il y avait par contre à Paris 14 cm de neige le 31 janvier.
- Il faut rechercher les causes de ces froids prolongés dans une situation barométrique ' exceptionnelle sur l’Europe. Aux lieu et place du régime prédominant de vents de sud-ouest et d’ouest, commandé en hiver normal par la zone dépressionnaire d’Islande et la position plus ou moins septentrionale de l’anticyclone des Açores, s’est établi pendant l’hiver 1946-1947 un régime de masses d’air glacées commandé par l’anticyclone puissant et stable ayant
- TABLEAU COMPARATIF DES HIVERS TRÈS FROIDS OBSERVÉS A SAINT-MAUR DEPUIS 75 ANS
- Millésimes Température moyenne Tempéra- ture ; moyenne de l’hiver Minima absolus Nombre de jours de gelée Rang d’inten- sité du froid
- Décembre Janvier Février Décembre Janvier Février Décembre Janvier Février Total
- Températures
- et moyennes normales 3°42 2°92 3°85 3,39 13 15 12 40
- 1946-1947 1,21 0,63 0,12 0,65 — 13,2 - 13,8 - 7,2 12 18 : 24 54 5®
- 1941-1942 4,25 — 1,14 — 1,87 0,41 - 8,2 — 14,3 — 11,7 13 23 28. 64 4°
- 1939-1940 2,51 - 2,45 4,36 1,47- — 5,0 - 15,3 — 11,0 15 23 10 48 10®
- 1933-1934 — 2,04 3,47 2,70 1,38- . — 11,4 — 3,9 - 5,7 27 12 16 55 9®
- 1928-1929 . 4,20 - 0,10 — 1,60 0,83 — 5,0 — 6,8 — 14,8 7 27 23 57 6®
- 1916-1917 3,68 0,42 — 0,91 1,06 — 3,3 — 10,7 — 15,4 11 23 19 53 8®
- 1894-1895 3,69 — 0,24 — 4,46 — 0,34 — 4,4 — 13,0 — 15,4 7 21 27 55 3®
- 1890-1891 — 3,26 — 0,82 2,52 — 0,52 — 13,1 — 13,5 — 5,2 28 21 24 73 2®
- 1887-1888 2,33 0,93 — 0,09 1,06 — 8,8 - 11,8 -r 15,0 14 18 18 50 7®
- 1886-1887 2,96 — 0,22 2,16 1,03 — 7,3 — 6.9 - 9,7 17 26 17 60 11®
- 1879-1880 — 7,95 - 1,16 4,76 — 1,45 — 25,6 — 11,5 — 6,6 29 27 10 66 l6r
- Les hivers froids n’accusant pas au moins un écart négatif de 1°8 à la normale thermométrique ont été éliminés en vue de réduire l’énumération.
- A deux reprises, le gel a pénétré à Montsouris à 0,30 m de profondeur ; notamment du 22 au 26 décembre 1946, fait exceptionnel en décembre. La Seine charriait fin janvier d’énormes glaçons. Toutes les caractéristiques des grands hivers se trouvent donc réunies pendant l’hiver 1946-1947.
- Aucune région de France, sauf la côte des Alpes-Maritimes, ne fut épargnée par le froid intense.
- Cependant c’est dans la région lyonnaise que l’écart négatif à la température normale fut le moins important ; cette région, si souvent éprouvée durement par le froid, bénéficia pendant l’hiver 1946-1947 d’une atténuation relative du froid ; ce qui n’empêcha pas le thermomètre d’accuser le 28 janvier — U°8 à Lyon.
- La moyenne des températures minima la plus froide s’observe à Strasbourg avec — 6°0 pour janvier et un minimum absolu de — 17°6 le 6 janvier.
- Toutefois le record du froid, sur les températures extrêmes, appartient à Romilly-sur-Seine qui, après avoir accusé —17°8 le
- son centre sur la Scandinavie et la Finlande et avançant plus ou moins loin dans nos régions.
- C’est ainsi que lorsque le froid s’atténuait un peu sur le centre de la France et la région parisienne, il aurait suffi de se transporter dans le Nord ou l’Est pour trouver rapidement des froids intenses.
- Le 7 janvier, par exemple, un voyageur se déplaçant du Sud-Ouest au Nord-Est aurait rencontré successivement les minima suivants :
- Bordeaux 3°2 • Paris — 2°6 ; Strasbourg —15°6.
- Le 23 février, tandis qu’il régnait sur la région parisienne des froids de l’ordre de — 2,° à — 4°, des températures voisines de — 15° s’observaient encore sur la Rhénanie.
- A titre de curiosité météorologique, rappelons que l’hiver 1881-1882 s’est écoulé à Paris sans un jour de neige et que le thermomètre s’est élevé à l’ombre au Parc Saint-Maur à -1- 17°8 le 3 décembre 1876 et à + 20°7 le 10 février 1899.
- Espérons qu’avec l’allongement des jours, nous retrouverons bientôt la douceur de vivre et le gai printemps.
- Jean Bourgeois.
- Le gérant : G. Masson. — masson et cie, éditeurs, paris. — dépôt légal : ier trimestre 1947, n° 4g4- — Imprimé en France.
- BARNÉ0UD FRÈRES ET Cle, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 634. — 3-1947.
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- N° 3133
- Ier Avril 1947
- J
- Fig. 1. — Installation pour la récupération du butadiène et du styrène non copolymérisés dans la fabrication
- du latex synthétique GRS.
- LATEX SYNTHÉTIQUES
- cTélastomères
- latex fut particulièrement ressentie par l’industrie américaine. Grâce aux stocks accumulés dès le début de la guerre européenne, le Gouvernement parvint à parer aux besoins les plus urgents, mais il apparut que l’industrie américaine allait devoir entreprendre rapidement la préparation de latex synthétiques.
- Tout d’abord, on se contenta de prélever dans les usines fabriquant le GR-S solide, une certaine proportion de latex qui était normalement un produit intermédiaire de cette fabrication et qui par coagulation donnait naissance au caoutchouc GR-S.
- Parallèlement à cet effort qui se développait principalement dans les usines gouvernementales, exploitées directement par l’administration ou "gérées pour le compte de l’État par des’ sociétés privées, les Services techniques de la Rubber Reserve C° avaient invité les industriels qui, dès avant la guerre, s’étaient intéressés à la fabrication des latex synthétiques, à développer leur produc-
- et di
- spersions
- Au cours des années qui précédèrent l’entrée en guerre des États-Unis, ceux-ci avaient consommé des quantités toujours croissantes de latex naturel, ainsi qu’en témoigne le tableau ci-dessous qui donne, en tonnes de matière solide sèche contenue dans le latex, le montant des importations de ce produit aux États-Unis.
- A unie
- 1925
- 1930
- Importations américaines de latex. Tonnage Annee
- 3 272
- 4 458
- 1935
- 1940
- Tonnage
- 13 553 33 789
- Ce latex provenait entièrement des plantations d’Extrême-Orient : Malaisie, Indochine, Indes Néerlandaises, et lorsque celles-ci tombèrent aux mains du Japon, la crainte de manquer de
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- 10G
- lion et même à entreprendre des fabrications nouvelles. C’est ainsi parlant de dérivés du pétrole et le styrène en partant de dérivés
- que furent considérablement augmentées la production des latex du goudron de bouille, d’alcool et de dérivés du pétrole,
- de Néoprène et celle du Buna S.
- Par ailleurs, de même que pour certaines fabrications, le caoutchouc naturel était remplacé par des élastomères ne présentant aucune analogie avec la gomme au point de vue de la constitution chimique, mais en possédant les qualités et en particulier l’élasticité, le latex naturel fut lui aussi remplacé par des dispersions aqueuses de ces élastomères et en particulier de composés de vinyle.
- Enfin, une grande impulsion fut donnée à l’emploi des dispersions aqueuses de caoutchouc régénéré déjà utilisées avantageusement dans certaines importantes industries.
- Pour montrer l’importance des résultats obtenus, il nous suffira d’indiquer qu’en décembre 1945 et rien qu’en latex gouvernemental GR-S, il a été produit plus de 2 000 t, quantité qui dépassait la plus forte consommation de latex naturel enregistrée avant 1040.
- Les produits de remplacement.
- Raffinerie de pétrole
- i
- Butène
- Butadiène
- Raffinerie d’alcool ou de pétrole
- Y
- Ethylène
- Goudion de bouille
- h
- Benzol
- Etliylben/ène
- Styrène
- Copolymérisation
- en présence d’eau, d’un agent émulsifiant et d’un catalyseur - ,
- Les produits qui, pendant la guerre, furent utilisés en remplacement du latex naturel peuvent se classer en trois catégories :
- 1° Les latex de caoutchoucs synthétiques ;
- 2° Les dispersions de caoutchouc régénéré ;
- 3° Les dispersions d’élastomères ou de résines synthétiques.
- Latex de caoutchoucs synthétiques. — On trouve dans cette catégorie, trois types de substances, dont la composition chimique est d’ailleurs entièrement distincte :
- — les latex- de GR-S obtenus par copolymérisation de butadiène et de styrène ;
- — les latex de Néoprène ou de GR-M obtenus par polymérisation du chloroprène ;
- — les latex de Perbunan ou de GR-N préparés par copolymérisation de butadiène et de nitrile acrylique.
- 1° Latex de GIt-S. — La fabrication des latex de GR-S peut se représenter par le schéma suivant, le butadiène étant préparé en
- Latex de GB-S (ou de Buna S)
- La polymérisation s'effectue en partant d'un mélange en proportions voulues de butadiène et de styrène dans une solution aqueuse d’un agent émulsifiant et en opérant à chaud, pendant une durée de 12 à 24 h.
- On obtient, en fin de réaction, un produit laiteux qui renferme de 30 à 40 pour 100 de matières solides dont une certaine proportion d’hydrocarbures n’ayant pas réagi et dans lequel on incorpore différentes substances destinées à modifier les propriétés du produit. Le latex GR-S, type n° 1, qui fut le premier livré à l’industrie, renfermait 75 parties de butadiène pour 25 de styrène. Son emploi présentait certains inconvénients et on l’a modifié en ne lui ajoutant pas d’anti-oxydants et en laissant le choix de ce produit à l’usager, ce fut le latex type n° 2 qui fut plus tard remplacé par le produit n° 3 qui contient des parties égales de styrène et de butadiène et qui possède la propriété de donner des objets aux qualités mécaniques nettement améliorées.
- L’industrie américaine s’efforce d’ailleurs constamment de modifier les conditions de préparation de ces latex, soit pour en améliorer les qualités, sont pour répondre plus exactement à des desiderata particuliers et il a été livré à l’industrie un grand nombre de latex dits expérimentaux.
- Les conditions d'emploi du latex de GR-S sont parfois un peu différentes de celles du latex naturel, du fait de leurs caractéristiques différentes. C’est ainsi par exemple que le diamètre des particules du latex de GR-S est en moyenne 10 fois plus petit que celui des particules du produit naturel ; aussi les propriétés telles que viscosité, tension superficielle, stabilité, sont-elles différentes. Si par exemple, cette finesse des particules favorise l’imprégnation des fibres et des tissus, par contre la tension superficielle élevée de ces latex due à ce que l’énorme surface des particules absorbe les agents de dispersion et de mouillage, est un inconvénient qu’il faut combattre par une augmentation de la proportion des agents de mouillage.
- La finesse des particules- rend également ces latex très sensibles aux effets de frottement et en 'diminue la stabilité, en même temps qu’elle rend difficile la concentration des latex de GR-S par centrifugation ou écrémage. La vitesse de
- Fig. 2. — Broyeur colloïdal pour la préparation des émulsions de constituants ajoutés au latex synthétique.
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- vulcanisation de ces latex est plus faible que celle du latex -naturel et il faut employer une plus forte proportion d’accélérateur ; enfin les agents de renforcement ne se comportent en général pas de la même façon vis-à-vis des deux types.
- Compte tenu de ces remarques, les latex de GR-S, seuls ou en mélange avec le latex naturel, ont pu néanmoins remplacer ce dernier dans "un grand nombre de ses applications, surtout à partir du moment où la fabrication du latex n° 3 fut assurée. Nous citerons par exemple la fabrication des produits de scellement pour boîtes de conserves, application pour laquelle une qualité spéciale de GR-S n° 3 remplacera probablement d’une façon définitive le latex naturel, l’imprégnation des tissus, papiers et autres matières fibreuses utilisées en particulier par l’industrie de la chaussure. Pour la fabrication des colles, le latex de GR-S n’a pas encore remplacé le produit naturel et son emploi est réservé à la fabrication de produits employés à l’état humide qui manquent encore de qualités mécaniques. Mous citerons également l’agglomération des fibres (fabrication de coussins) et l’isolement des fils assuré par des qualités particulières de GR-S contenant des antioxydants spéciaux. Enfin, pour la fabrication des objets au trempé, les latex synthétiques GR-S manquent de solidité et ne peuvent être utilisés que pour la confection des couches superficielles.
- Un des avantages de ces latex est l’absence complète de produits protéiniques qui communiquent au latex naturel une odeur de putréfaction ; ils ont, par contre, une très faible odeur aromatique due à la présence d’une faible proportion de styrène non combiné.
- 2° Latex de Néoprène. — Les latex de Néoprène, déjà fabriqués avant la guerre, sont obtenus par polymérisation en ému’sion du 2-chlorobutadiène 1-3 ou chloroprène et schématiquement, leur préparation peut se représenter de la façon suivante, en partant de coke, de pierre à chaux et de chlorure de sodium qui sont les matières premières de cette fabrication.
- Fiç. 3.
- Coke et Pierre à chaux
- 4
- Acétylène Acétate de vinyle
- I
- Chlorure de sodium et acide sulfurique
- Acide chlorhydrique
- Tuyaux en tissus traités au latex de Perbunan pour la manutention des combustibles liquides.
- concentré par un procédé spécial qui, au point de vue propriétés, est analogue au type 571 mais renferme près de 60 pour 100 de matières solides, et enfin le type 60, également plus concentré que les deux premiers et dont les particules, au cours de la concentration, ont pu subir un commencement de floculation.
- Ces latex ont en commun la propriété de subir en vieillissant une hydrolyse qui se manifeste par une mise en liberté d’acide chlorhydrique qu’on peut combattre par addition de soude caustique ou d’éthanolamine. Pour réduire cet inconvénient, ils doivent être conservés à basse température (environ 15° C.). Par contre, leur stabilité mécanique est satisfaisante, le diamètre de leurs particules est de l’ordre de 0,12 micron (de l’ordre de celui des particules de GR-S). Ils contiennent enfin, à l’exception du type 571 concentré, une faible proportion de chloroprène monomère.
- Chloroprène
- 1
- __________________________________________
- Polymérisation
- en présence d’eau, d’un agent émulsifiant et d’un catalyseur -
- Latex de Néoprène
- Les latex de Néoprène sont donc pratiquement des dispersions alcalines de Néoprène dans l’eau, avec une concentration en matière sèche d’environ 50 pour 100, renfermant des agents de dispersion et des stabilisants. Ces produits permettent d’obtenir des 1 objets qui, comme ceux fabriqués en partant de Néoprène solide, se caractérisent en particulier par une bonne résistance aux corps gras et de bonnes propriétés de vieillissement. Actuellement, il est fourni à l’industrie quatre types de latex de Néoprène : le type 571 à 50 pour 100 de concentration, le type 572 plus particulièrement destiné à la fabrication des colles et adhésifs, le type 571
- Ces latex, déjà utilisés avant la guerre, peuvent remplacer le latex naturel dans presque toutes ses applications, en donnant des objets qui ne durcissent pas ou ne vieillissent pas à la température ordinaire. Le type 572 a surtout été utilisé pour la fabrication des colles (industrie de la chaussure) et le type 60 pour la fabrication des objets au trempé et celle du caoutchouc spongieux. Nous citerons également l’emploi de ces latex dans le procédé Kaysam (moulage de mélanges à base de latex) et dans la fabrication des fils élastiques (fils Lastex) qui, du fait de l’arrivée à expiration des brevets protégeant cette invention, est à la veille de prendre une grande extension.
- 3° Latex de Perbunan. — Enfin les latex de Perbunan sont obtenus par la copolymérisation en émulsion d’un mélange de butadiène et de nitrile acrylique, tous deux provenant de l’industrie pétrolifère..
- Ces produits ont une cencentration qui varie, suivant les types, entre 40 et 55 pour 100 de matières solides, et ils se caractérisent par la résistance remarquable à l’eau, aux . corps gras et aux combustibles liquides des objets qu’ils permettent de fabriquer.
- L’emploi de ces produits, d’apparition relativement récente et
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- Gaz naturels Produits provenant
- de pétrole des raffineries de pétrole
- 4
- Ethylène
- 4-0
- I
- Ethylène oxyde
- v +CNH
- Butadiène 4
- |____________________ Nitrile acrylique
- Copolymérisation
- en présence d’eau, d’un agent émulsifiant et d’un catalyseur
- 4
- Latex de Perbunan
- d’un prix sensiblement plus élevé que celui des autres latex, est encore réduit aux applications pour lesquelles on exige une résistance particulière des objets aux huiles et graisses animales, végétales et minérales, en même temps que des qualités de résistance au vieillissement, aux frottements et aux variations de température.
- Ces latex sont assez sensibles, en particulier à tous les composés de zinc qui les font floculer. Leurs particules sont extrêmement petites et ont une densité voisine de l’eau, de telle sorte que leur tendance à la sédimentation est réduite.
- On les a principalement utilisés pour l’imprégnation et l’imperméabilisation de tissus destinés à la confection de tuyaux d’essence, de diaphragmes de pompes à hydrocarbures, ainsi que pour la fabrication du caoutchouc spongieux, des colles, etc....
- Dispersions de caoutchouc régénéré. — On sait l’importance qu’a prise l’industrie du caoutchouc régénéré depuis plusieurs dizaines d’années ; ce produit qui fut d’abord utilisé comme succédané du caoutchouc, lorsque les cours de la gomme naturelle atteignaient des valeurs élevées, est devenu aujourd’hui un constituant essentiel des mélanges dont il permet de modifier en les améliorant, certaines caractéristiques. Déjà avant la guerre, la fabrication des dispersions aqueuses de caoutchouc régénéré, connues sous le nom de Dispersités ou Syntex, avait pris un grand
- développement. Différentes qualités de dispersions sont préparées, se caractérisant par la nature des solvants employés pour faire gonfler le caoutchouc, le type d’agent de dispersion et surtout la nature des déchets traités : chambres à air rouges, noires, pneu entier, etc. L’emploi de ces produits présente également Davantage que l’on peut incorporer dans les déchets solides de régénéré, avant leur dispersion, tous les constituants nécessaires pour en modifier les caractéristiques : accélérateurs, plastifiants, agents collants, de façon à obtenir un mélange plus intime de ces constituants.
- Dans l’emploi de ces dispersions, il faut tenir compte de leur faible stabilité ; elles coagulent difficilement par addition, des constituants habituels des mélanges et sont très sensibles aux frottements, aux agitations et même à une simple dilution. En outre, cette coagulation se manifeste par la formation d’un coa-gulum très fin dont il est difficile de voir la présence.
- Pendant la guerre, on a développé considérablement la fabrication de ces produits, utilisés pour l’enduisage du dos des tapis, la fabrication des carpettes, l’agglomération des crins destinés à la confection des coussins, etc. Certaines qualités particulières ont été utilisées comme colle et adhésif et comme produit d’imprégnation flexible. Par contre, il n’a pas encore été possible d’en faire des objets à parois minces par le procédé dit au trempé, par suite de la résistance insuffisante à la traction des pellicules obtenues.
- Leurs bonnes qualités de vieillissement qui, après addition d’anti-oxydant, sont supérieures à celles des produits naturels, ont favorisé leur emploi dans les industries suivantes : fabrication des colles et adhésifs, confection des joints de revêtements routiers, de carreaux de ciment, addition à la pâte à papier utilisée pour la fabrication des semelles intérieures, etc....
- Dispersions d’élastomères et de résines synthétiques. — On constate de plus en plus l’interpénétration profonde de l’industrie du caoutchouc et de celle des résines synthétiques et l’expérience industrielle montre que l’emploi de mélanges de caoutchouc et de résine permet, dans de nombreux cas, d’obtenir des produits nettement améliorés.
- Ce sont les dispersions de résines de vinyle qui jusqu’à présent ont été les plus utilisées. On trouve dans l’industrie des dispersions d’acétate de polyvinyle, de chlorure de polyvinyle, de chlorure de vinylidène, etc.
- 1° Dispersion de résines vinyliques. — Les dispersions d’acétate de vinyle qui renferment environ 60 pour 100 de résine dispersée et un peu d’acide acétique libres sont de ce fait légèrement corrosives vis-à-vis du fer et de l’acier, aussi est-il nécessaire de les neutraliser immédiatement avant leur emploi par addition d’une faible proportion de tri-éthanolamine ou d’ammoniaque. On fabrique diverses qualités de ces produits différant par leur viscosité, le point de ramollissement de la résine, la nature des plastifiants, etc. Ils sont principalement utilisés pour la fabrication des colles et.adhésifs à chaud (collage du cuir, des métaux), la fabrication des agglomérés (pulpe de papier, liège, sciure de bois, feutre, paille, sable, fibres textiles), l'imprégnation des tissus, du papier, la fabrication de pellicules. Pour beaucoup de ces applications, les dispersions peuvent être mélangées au latex naturel ou synthétique.
- Les dispersions de chlorure de polyvi-
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- nyle, connue sous le nom de latex Géon, sont des produits qui contiennent environ 50 pour 100 de matière sèche dispersée dans un milieu aqueux renfermant des agents stabilisants sous la forme de particules de très grande finesse, puisque leur diamètre moyen est de l’ordre de 0,2 micron. Cette finesse fait qu’à teneur en matière sèche identique, la viscosité de ces dispersions est très inférieure à celle du latex naturel, leur stabilité mécanique et chimique étant en outre très satisfaisante, de même que leur stabilité thermique, puisqu’on peut les chauffer jusqu’à 100° C., sans entraîner leur coagulation.
- Le chlorure de vinyle étant un produit thermoplastique, 6on emploi ne nécessite aucune vulcanisation, il suffit simplement de traiter par la chaleur les produits fabriqués avec ce produit, d’une part pour assurer l’élimination de l’eau et, d’autre part, fondre les particules de chlorure de vinyle dispersées, assurer leur collage et obtenir ainsi des pellicules homogènes.
- Le chlorure de polyvinyle utilisé pour la préparation des dispersions doit contenir des plastifiants en vue d’augmenter sa souplesse. Il existe deux façons d’incorporer ces plastifiants dans le latex : l’une consiste à mélanger simplement la dispersion de résine et une dispersion de plastifiant, l’autre à incorporer à l’état solide le plastifiant dans la résine et à disperser ensuite le mélange intime ainsi obtenu. Cette dernière façon d’opérer est évidemment préférable, car elle permet d’obtenir des latex beaucoup plus homogènes.
- Les dispersions de chlorure de vinyle sont surtout utilisées dans les fabrications suivantes : imprégnation de tissus de coton, de soie, de Nylon, de viscose, de feutre, d’amiante et de vçrre. La faible dimension des particules permet d’obtenir leur bonne pénétration dans le tissu, en même temps que l'objet fini présente les qualités précieuses du chlorure de vinyle, c’est-à-dire la résistance aux graisses, à l’oxydation et au vieillissement. Ces dispersions ont également été utilisées pour l’imprégnation et l’encollage du papier et par exemple la fabrication de papier peint, de papier d’emballage, de papier isolant, etc. Le latex de vinyle peut également être utilisé pour l’isolement des fils et des câbles, la fabrication de pellicules pour emballage, la fabrication de cuir artificiel, etc.
- Enfin, parmi les dernières dispersions de dérivés vinyliques qui ont fait leur apparition sur le marché, il faut signaler le latex Saran constitué par une dispersion colloïdale d’un copolymère de chlorure de vinylidène et de chlorure de vinyle d’une concentration d’environ 60 pour 100 et d’une dimension de particules très faible comprise entre 0,08 et 0,15 micron. Ce produit est également utilisé pour la fabrication de pellicules servant à l’emballage, la protection, le vernissage et l’imprégnation du papier, des tissus, du cuir et des matières plastiques, l’agglomération de produits tels que liège, argile, mica, fibres textiles. Nous signalerons également l’emploi de ce latex dans la fabrication de peintures à l’eau qui présentent l'avantage d’un séchage rapide et d’une grande résistance aux rayures. Ces peintures sont donc d’un grand intérêt pour l’entretien des établissements où il faut réduire au minimum l’arrêt de la fabrication et obtenir des revêtements résistant à l’humidité.
- 2° Dispersion, d’autres résines. — Les quelques exemples de dispersions d’élastomè-res que nous venons de donner ne représentent qu’une faible partie des produits que J’on trouve aujourd’hui dans le commerce. L’intérêt que présente en effet l’utilisation des résines synthétiques sous forme de dispersions aqueuses, puisque cette technique supprime totalement l’utilisation des solvants Fig. 5.
- volatils, coûteux et souvent dangereux et toxiques, permet de préparer des mélanges des produits les plus divers avec le minimum de force motrice et un outillage extrêmement simple, a donné une grande impulsion au développement de ces latex et dispersions artificiels.
- Nous citerons pour terminer les applications déjà très importantes de différentes dispersions telles que les dispersions de Thiokol (polysulfures organiques) dans des solutions aqueuses ou des liquides organiques, les dispersions de résines phénoliques utilisées comme couche d’impression ou couche intermédiaire dans le vernissage des métaux et plus particulièrement des alliages légers, les dispersions d’aminoplastes utilisées à la place des latex de caoutchouc pour l’imprégnation des tissus, du papier et en particulier la fabrication des cartons destinés à l’emballage des produits alimentaires, les dispersions de résines acryliques utilisées par l’industrie textile pour l’apprêt des tissus, les dispersions de résines glyptals employées surtout dans la préparation des revêtements protecteurs, les dispersions de résines de mélanine qui, pendant la guerre, ont trouvé de très importants débouchés dans la fabrication de papiers résistant à l’humidité utilisés par exemple pour l’impression des cartes militaires, les dispersions de résines de coumarone-indène, employées souvent en mélange avec les latex de caoutchouc synthétique pour améliorer leur flexibilité, les dispersions d’éthylcellulose utilisées pour l’apprêtage et l’encollage des tissus, en remplacement de l’amidon, et qui fournissent un apprêt résistant au lavage, etc.
- Il est encore prématuré de prendre une position définitive en ce qui concerne l’avenir ; il dépendra de nombreux facteurs qui nous sont encore inconnus comme par exemple la possibilité de livraisons immédiates de latex naturel, la comparaison des prix des produits naturels et synthétiques, l’amélioration des qualités et de la régularité des produits synthétiques. Il ne semble pas que les plantations d’Extrême-Orient qui ont souffert de l’occupation japonaise et surtout du fait des destructions des installations industrielles, puissent reprendre immédiatement d’importants envois de latex naturel pour répondre aux besoins accrus de l’industrie. D’autre part, certaines qualités de latex synthétiques ou de dispersions présentent pour diverses applications des avantages certains par rapport aux produits naturels. Ces applications subsisteront donc, les produits synthétiques pouvant en outre servir à l’amélioration des qualités des latex naturels.
- En ce qui concerne les prix des latex synthétiques, il faut signa-
- Fils électriques isolés au latex synthétique.
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- 1er que depuis l’apparition de ces produits, les acheteurs ont bénéficié de réductions successives de prix, qu’il s’agisse des latex de GR-S, de Néoprène, de Perbunan ou Hycar. C’est ainsi qu’au cours de ces derniers mois, une nouvelle réduction des cours du latex Hycar a été annoncée, la sixième en cinq ans. Voici, à titre d’exemple, quelques cours pratiqués aux États-Unis sur les prix des latex synthétiques :
- Latex Hycar : de 0,415 à 0,465 dollar par livre anglaise de caoutchouc.
- Latex Néoprène : de 0,25 à 0,20 dollar pour le latex 571, de 0,28 à 0,32 dollar pour les latex concentrés.
- Latex GR-S : 0,185 dollar pour le produit livré en wagon réservoir, 0,2025 dollar pour les latex à haute concentration.
- En comparaison, les cours du latex naturel pour les produits destinés .aux besoins civils ont été fixés aux États-Unis à 0,26 $ par livre, grâce s des subventions gouvernementales, car les planteurs ont déjà déclaré qu’il leur était impossible de livrer du latex à ce cours. D’ailleurs, le prix du latex naturel pour les applications non civiles, a été fixé à 0,435 dollar par livre.
- Il reste encore une difficulté à surmonter, c’est la mise au point de méthodes de fabrication permettant d’obtenir sans traitement de concentration particulier, des latex à haute teneur en matières solides. On sait que pour éviter le transport depuis les pays producteurs jusqu’en Europe, de l’eau contenue dans les latex naturels qui ne renferment que 30 pour 100 de caoutchouc, on fait subir à ces produits une concentration qui peut se faire par centrifugation, crémage ou traitement à chaud et qui permet d'élever la teneur en caoutchouc jusqu’à 60 et même 75 pour 100 et de diminuer la proportion d’eau. Ces traitements sont onéreux et délicats et on juge de l’intérêt que les spécialistes ont pris à la publication de nouvelles récentes d’après lesquelles il serait possible d’effectuer directement la polymérisation des produits utilisés dans la fabrication des latex synthétiques dans des conditions permettant d’obtenir des latex à 60 pour 100 et même plus de concentration, sans augmentation sensible du prix de revient de ces produits.
- G. Génin,
- Ingénieur E, P. C. I.
- La recherche
- La presse de Londres signale une nouvelle invention qui, semble-t-il, rendra de grands services à la prospection pétrolière ; elle est basée sur le principe du sismographe dont se servent déjà les géophysiciens et qui enregistre les ondes renvoyées par les strates souterraines sous l’action d’un explosif.
- D’après le Daily Mail, des géophysiciens et des chimistes attachés à l’Anglo-Iranian Oil C°, ont mis au point un appareil, connu sous le nom de Frost gravity meler, qui permet d’identifier instantanément les ondes provenant d’une strate pétrolifère.
- L’existence de gisements d’huile minérale dans le sous-sol de l’Angleterre n’est pas une nouveauté ; les experts croient même qu’ils sont très riches. Mais, jusqu’ici, on ne pouvait les décou-A7rir qu’en forant des sondes et sans jamais savoir à l’avance si l’opération, fort coûteuse, donnerait des résultats. Grâce au nouvel appareil, on ne travaille plus au hasard, car il indique exactement le point où doit être creusé le puits. En outre, l’instrument révèle à quelle profondeur le trépan rencontrera le réservoir de pétrole et indique la nature des strates qu’il traversera avant d’atteindre le but. Si ces informations sont exactes, la prospec-
- d u pétrole.
- tion pétrolière s’en trouverait radicalement transformée par la disparition de risques dispendieux.
- L’invention est mise actuellement à l’essai sur une superficie de 5 000 milles carrés, située au sud des collines de Mendip, dans le Somerset, où des prospections géophysiques ont révélé la présence de l’huile minérale ; elle s’y présenterait en grande abondance et à une profondeur médiocre. D’autres aires du sud de la Grande-Bretagne seront étudiées de même façon.
- Rappelons que, pendant la dernière guerre, nos voisins firent de gros efforts à la recherche du pétrole dans leur sous-sol, efforts qui ne furent pas stériles, puisqu’ils atteignirent une production annuelle de 300 000 t.
- On ajoute que la même méthode permet de repérer les gisements de charbon et de minerai de fer.
- Nous ne pouvons nous empêcher de souhaiter que le Frost gravity meter nous aide, un jour prochain, à découvrir les réserves de pétrole qui existent indubitablement dans notre propre sous-sol et qui ont défié jusqu’ici nos campagnes de prospection.
- Un progrès en navigation.
- Le roulis, cette terreur bien justifiée des voyageurs — qu’ils aient ou non le pied marin — va-t-il être supprimé ou, tout au moins, atténué ? C’est un problème qui se pose depuis longtemps et qui a fait travailler l’imagination dés inventeurs. Une solution fut appliquée entre les deux guerres, quand le paquebot italien de luxe Conde di Savoia fut doté d’un stabilisateur gyroscopique qui diminuait les oscillations du navire par les plus gros temps. Mais l’installation coûtait fort cher, outre qu’elle absorbait un espace relativement considérable. L’invention fut sans lendemain.
- On peut signaler une autre méthode que mirent à l’essai plusieurs compagnies de navigation. Le navire était pourvu de deux réservoirs, à bâbord et à tribord ; des pompes transportaient rapidement leur contenu d’eau de l’un à l’autre, et vice-versa, opérations qui maintenaient l’équilibre. Là encore, pour les raisons que nous venons de donner, le procédé n’eut pas de suite—
- Or, parmi les inventions que l’Amirauté britannique garda secrètes jusqu’à la fin de la guerre, en figure une qui s’opposait au
- roulis, non pour éviter aux équipages les tortures du mal de mer, mais pour que les pièces d’artillerie tirassent avec plus de justesse par gros temps.
- Aussi simple qu’ingénieuse, l’invention consiste essentiellement en deux ailerons placés de chaque côté en arrière de la proue et sous la ligne de flottaison. Ces « nageoires » sont mobiles ; l’arbre qui les actionne fait que l’une s’élève tandis que l’autre se rabaisse ; quand elles ne sont pas en service, elles se logent chacune dans une alvéole.
- L’invention a été reprise et perfectionnée par. les chantiers navals William Denny and Brother, constructeurs des paquebots du Southern Railway qui traversent le Pas de Calais. Elle reçoit sa première application sur le Falaise, qui entrera bientôt en service. Les créateurs du stabilisateur Denny-Brown ne prétendent pas qu’il supprime complètement le roulis ; mais ils assurent que l’angle pris par le navire se trouve-réduit de 25° à 5°.
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- LES VASES GRECS
- Il arrive encore que des personnes apercevant des vases grecs dans une vitrine, disent : « Voilà des vases étrusques ». Ceite confusion vient de ce que la plupart des collections publiques et privées de céramique grecque ont été faites en réunissant des vases trouvés, par milliers, dans les nécropoles d’Etrurie. Mais il s'agit de produits importés et non de fabrication locale, la comparaison avec les vrais vases étrusques suffirait à le démontrer.
- Leur décor ne comportant presque toujours que deux couleurs, le rouge et le noir, ces vases dégagent à première vue une certaine monotonie, aussi les spectateurs passent en jetant un coup d’œil distrait. Pourtant ils méritent mieux et nous voudrions en montrer l’intérêt, autant qu’on peut le faire en un bref article. Vous prendrons la plupart
- de nos exemples dans une ........................ ...........
- même collection, collection secondaire mais non sans mérite, telle qu’on en peut rencontrer dans des petits musées ou chez des particuliers, celle — riche d'une soixantaine de pièces — formée par Turpin de Crissé et conservée au musée de l’Hô-lel Pincé à Angers. Ces vases ont déjà fait l'objet d’une description très soignée par M. Yalolaire, mais on trouvera ici pour la première fois la photographie des plus beaux d’entre eux.
- Fabrication et usage.
- Quels que soient la forme, le décor et l’usage d’un vase, il était fait d’argile à -3* laquelle on mélangeait de
- l’ocre rouge de Céos pour en aviver la couleur. Cette argile était travaillée au tour, les anses étant faites séparément et collées à la barbotine. L’argile, séchée au soleil, était ensuite polie puis peinte. La peinture était précédée d’une esquisse mettant en place sommairement les figures. Parfois, on retrouve trace de ces contours primitifs. Malgré les recherches combinées des archéologues et des chimistes, on ne sait pas encore de quoi était faite la couleur noire, dont le vernis a une si belle solidité.
- Les vases attiques, les plus beaux et les plus intéressants, se divisent en deux grandes classes : vases h figures noires, puis vases à figures rouges. Dans le premier cas, l’artiste peint en noir sur le fond rouge de l’argile, les détails devant apparaître en rouge sur la silhouette noire sont obtenus par un trait de burin ôtant la couleur et faisant reparaître l’argile. Dans la seconde catégorie c’est, au contraire, le fond qui est recouvert de couleur noire et les figures restent en rouge. Ici l’esquisse est faite non plus au pinceau mais au burin qui cerne d’un trait léger les contours à réserver. Les détails sont obtenus dans cette silhouette par peinture. Dans les deux cas, les retouches sont faites en blanc et rouge violacé.
- Une fois terminés, les vases sont mis au four, dont la température paraît n’avoir pu excéder 950°. Sortis du four, on les portait au glaçage pour en aviver les
- couleurs. Il semble qu'ils aient été plongés dans un bain, dont nous ignorons la composition, qui leur donnait un beau lustre uniforme.
- Toute cette fabrication était exécutée dans de petits ateliers qui formaient à Athènes, dans la partie la plus animée de la ville, un quartier spécial : le Céramique. Nous connaissons certains détails par les représentations mêmes des xrnses et aussi par les signatures dont un grand nombre sont porteurs. Ces signatures sont formées d’un nom suivi des formules : « a fait » (il s’agit alors de la marque de fabrique du chef d’atelier), « a peint » (il s’agit de la signature de l’artiste), « a fait et a peint » (le fabricant est lui-même artiste ou n’emploie qu’un peintre sans renom).
- Parfois le céramiste et le peintre mettent sur le même vase leurs deux signatures, la firme industrielle et l’artiste étant tous deux appréciés de la clientèle. L’étude des signatures montre que certains peintres ont travaillé pour plusieurs fabriques.
- Les vases terminés on les vendait, et les clients ne manquaient pas: Les prix variaient d’une à quatre oboles en moyenne,-une drachme (six oboles) pour des piè-' ces plus belles — cette somme équivalait au salaire r 1 ; moyen journalier d’un ouvrier athénien du ve siècle.
- Les vases étaient achetés non seulement sur place mais abondamment exportés, dans les îles grecques d’abord, puis dans le Proche Orient, en Égypte, en Italie et surtout en Ëtrurie, en Espagne, en Gaule même (les fouilles de M, Félix Mourret à Ensérune, près de Béziers, ont mis à jour de nombreux vases grecs).
- - Les usages de ces vases sont extrêmement divers, puisqu’ils remplaçaient des récipients que nous faisons aujourd’hui en métal, en bois, en verre, en carton, etc. Parmi les plus courants, nous avons les vases servant à conserver ou transporter les liquides : Y amphore (fig. 1, 2, 3) au galbe si harmonieux, contenait les vins, le cratère (fig. 7) dans lequel on préparait le mélange
- de l’eau et du vin, souvent trop épais et sirupeux, Yhy-> - - drie (fig. 6), à trois anses
- * dont une verticale servait à porter l’eau. D’autres servaient à transvaser les liquides ou à boire, Yœnochoé (fig. 3 et 11 à droite) avec laquelle on puisait dans le cratère la boisson que l’on versait ensuite dans un récipient personnel, avait une anse extrêmement élégante (fig. Il) et souvent un bec en forme de trèfle (fig. 9). Parmi les vases à boire, la coupe dont tout le monde connaît la forme de vasque à deux anses horizontales, le canthare, sorte de coupe à vasque très profonde, à pied élevé et à deux anses verticales, le rhyton, sorte de corne dont la partie inférieure est en forme de tête d’animal (fig. sur la couverture). D’autres vases servaient à renfermer !es hui-
- Fig. I et 2. - En haut : Amphore de style crin- ' leS Ct ParfumS empl°yéS thien. — En bas : Amphore : le cheval du guerrier. pour la toilette, par exem-
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- pie, le lécythe (fig. 10), 1 ’aryballe à la panse globulaire, 1 ’alabastre à la panse pyriforme on cylindrique. Il existe encore bien d’autres formes, mais nous ' venons de citer celles qu’on rencontre le plus habituellement.
- Décor et ornementation.
- « Aucune autre catégorie de monuments n’a été mêlée de si près à la vie familière ; aucune ne nous met en contact aussi immédiat avec l’humanité antique », a écrit Ch. Dugas. Si cela est vrai par les usages variés de ces objets dans l’Antiquité, ce l’est encore davantage du décor dont ils sont recouverts, où l’homme tient — et de loin — la première place et qui forme une véritable encyclopédie en images. Je ne crois pas qu’il soit exagéré de dire que nous tirons des peintures des vases plus de la moitié de nos connaissances sur la vie grecque.
- Regardons ceux d’Angers, nous les voyons illustrant la mythologie par le décor du grand cratère où est représenté le Banquet des Dieux (fig. 7). On y voit de gauche à droite : une Ménade,
- Héraklès vêtu de la peau du lion et s’appuyant sur sa massue, Apollon, lauré, tenant un rhyton qu’il lève comme pour porter à la santé des convives, Dionysos couronné de feuillage et s’appuyant sur son thyrse, Eros aux ailes grandes ouvertes, et une autre ménade. Tout proche des dieux sont les demi-dieux et les héros. Voici la légende d’IIéraklès, un des sujets favoris des peintres de vases, dont un épisode (Héraklès chez les Centaures) figure sur une œnochoé (fig. 3).
- Un lécythe montre Héraklès luttant contre une Amazone et sur une amphore on le voit tuant le lion de Némée.
- Les grandes légendes dont le souvenir berce depuis si longtemps le monde occidental, sont illustrées abondamment.
- Ici nous n’avons que le combat de Diomède et d’Hector, mais bien d’autres épisodes de l’Iliade et de l’Odyssée apparaissent aux flancs des Arases. On assiste à l’enlèvement d’Hélène, à la prise de Troie, on voit Achille pansant Patrocle,
- Ulysse attaché au mât pour résister au charme des sirènes. Ces légendes forment une illustration de l’histoire de la
- littérature, car si Homère est, de beaucoup, le plus en faveur, il n’est pas le seul écrivain dont les oeuvres aient inspiré les peintres de vases. Eschyle, Sophocle et surtout Euripide pour la tragédie, Aristophane pour la comédie, ont également servi de modèles. On sait ainsi quels étaient les auteurs les plus appréciés du public antique et les œuvres de ceux-ci qu’il préférait.
- L'histoire du costume civil, masculin et féminin, tire un précieux secours des peintures de vases. Ici nous avons deux vases à figures rouges particulièrement intéressants à ce point de vue. Sur l’un (fig. 5) une femme s’enfuit. Elle est vêtue d’un chiton long recouvert d’un himation aux plis harmonieux. La noblesse
- MffiSStt
- de l’attitude et du drapé, la simplification du dessin, l’esprit de synthèse qui inspirent tout l’ensemble en font une oeuvre d’art empreinte d’une élégante sérénité. Il semble qu’on aperçoive là une des grecques telle qu’elles souhaitaient laisser leur souvenir en une belle image. Voyons maintenant comment elles étaient dans la réalité (fig. 6). Ici plus d’apparat. C’est une jeune femme, hardiment campée le poing sur la hanche, qui s’amuse à balancer un rameau en guise d’éventail en contemplant une ceinture que lui présente un Eros. Celui-ci a l’air d’un couturier faisant valoir une « création ». Quant à la jeune femme, elle regarde d’un œil d’envie et pense certainement : « Je n’ai plus rien à me mettre >.
- Le costume militaire et l’armement ne sont pas oubliés. Voici le départ pour la guerre (fig. 4). On voit un hoplite, soldat d’infanterie, faisant la libation aux dieux avec sa femme, en présence de son chien, un lévrier Spartiate. Il est armé d’une lance, protégé par un bouclier rond et par un casque corinthien dont le masque s’abaissait sur le. visage lors du combat. 11 est vêtu d’une tunique avec cuirasse en bronze, qui s’arrête à la ceinture d’où pendent les lambrequins. Ici il a les jambes nues, mais au combat il devait revêtir les cnémides. Il porte un manteau léger, qui lui passe derrière le dos et retombe sur les bras. Les hoplites riches se faisaient accompagner d’un cheval qui leur permettait, selon l’occasion, soit de poursuivre l’ennemi soit de le fuir. Ce cheval était monté par l’écuyer chargé d’en prendre soin (fig. 3).
- Au point de vue de l’histoire des techniques, les vases grecs nous donnent une infinité de détails sur les objets les plus divers relatifs aux métiers. S'agit-il d’agriculture ? Nous avons le labourage, les semailles, la rentrée du grain, la cueillette des olives, les vendanges, les
- Fig. S. — Femme drapée s’enfuyant (détail).
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- Fig. 3 et 4. — En. haut : Oenochoé : Héraklès chez les Centaures. — En bas : Amphore : le départ pour la guerre.
- bergers et leurs troupeaux, la chasse et la pêche. S’agit-il d’industrie ? Voici les ateliers en plein travail, le menuisier, le forgeron, le sculpteur. Voici un atelier de fabrication de vases (musée de Munich) où- l’on voit l’ouvrier travaillant au tour, les manœuvres transportant les pièces au four sous l’œil du contremaître. Un vase de la collection Caputi à
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- encore servir d’inspiration aux artistes modernes. Elle est placée sous les anses et aux abords de ceux-ci, elle entoure le col, elle délimite les scènes figurées. On y trouve des motifs géométriques (la <( grecque » par exemple) et surtout des motifs floraux plus ou moins stylisés. Il y a là, sans doute, le souvenir de guirlandes réelles qui entouraient les vases.
- Dans la peinture à figures noires, on voit dominer le motif de la spirale (fig. 11 à gauche). On trouve certes, comme sur deux lécythes provenant de Sicile quelques palmettes (fig. 10 à droite) et même des guirlandes florales (fig. 10 à gauche), mais ce sont toujours des motifs dont l’élégance est un peu froide. Combien (dus simples et plus vivantes nous apparaissent les palmettes qui dominent sur les vases à figures rouges (fig. 11 à droite). Les deux vases de la figure 11 ont été photographiés côte à côte pour bien montrer l’opposition des deux formes d’ornementation et montrer que celle-ci, primitivement subordonnée au décor, tend à envahir toute la surface du vase aux dépens des figures. Il faut remarquer que l’évocation do la nature est toujours irréelle, schématique, et abstraite : ce qui intéresse l’artiste grec c’est l’idée de fleur en général plutôt que la fleur qu’il a sous les yeux, mais ce qui le passionne par-dessus tout, c’est l’homme.
- Evolution historique.
- Fig. 6.
- Hydrie : jeune femme et Eros.
- Riivo figure tout l’atelier de décoration ou travaillent trois hommes et une femme qu’Athéna et des victoires viennent couronner. Un autre vase (musée de Boston) nous montre un peintre occupé à orner une coupe avec application. Un amusant aspect de la vie des peintres de vases nous est fourni par un exemplaire du inusée de Bruxelles, signé de Smilcros qui s’est représenté lui-même prenant part à un banquet en joyeuse compagnie. On trouve encore sur les vases des représentations de ccs petits commerces dans lesquels les Grecs d’autrefois excellaient comme ceux de nos jours : on voit la vente de l’huile, on assiste au marchandage du client à la poissonnerie, etc....
- La vie quotidienne dans toute sa variété, les divers âges de la vie, les diverses classes de la société, les occupations professionnelles et les distractions, la ville et la campagne, tout apparaît de façon concrète dans cet ensemble incomparable.
- Enfin, et ce n’est pas leur moindre attrait, les vases sont spécialement intéressants pour l’histoire de l’art. Us nous renseignent sur l’art du dessin, où les artistes ont appliqué le procédé par ombre portée en évitant la perspective pour ne pas « trouer » la surface décorée, le décor restant, avec raison, subordonné à l’objet. Jusqu’à quel point ils nous renseignent aussi sur la grande peinture, il est difficile de le dire puisque celle-ci est totalement perdue. Toutefois il serait injuste de ne voir dans la céramique qu’un art industriel, sans mérites propres, simple reflet du grand art. Comme l’a fort bien montré Edmond Pottier, la distinction si artificielle entre arts majeurs et arts mineurs est encore plus fausse en Grèce qu’ail-leurs : il y a autant de talent, appliqué différemment dans un beau vase que dans un bel édifice ou une belle statue. En outre, les vases peints, abondamment répandus, nous renseignent mieux sur les goûts artistiques de la moyenne du peuple grec et nous pouvons constater que le niveau en est élevé.
- Il nous faut maintenant dire quelques mots de l'ornementation des vases. Si le décort tient la première place, l’ornementation n’est pas absente pour cela et peut
- L’histoire de la céramique grecque s’étend (si i’on fait abstraction des périodes minoécnnc et mycénienne dont les œuvres sont rares) du xc siècle jusqu’au ne avant J.-C. Après les poteries du style géométrique, viennent les vases à figures noires de l’époque archaïque : vu6 et vie siècles. La céramique attiquo ne règne pas
- Fig. 7 et 8.— Ci-dessus :
- Grand cratère : le banquet des Dieux.
- Ci-contre : Héraklès assis et une Ménade (détail).
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- encore de façon incontestée et les vases de Rhodes et de Corinthe ont un réel succès. C’est une œuvre typique de cette dernière fabrication que l’on voit figure 1 avec le fauve à tête de face et au corps étiré, inspiré de l’Orient, et la disposition en zones horizontales, dérivées du style géométrique. On remarque que l’animal intéresse les Corinthiens seulement comme motif décoratif.
- Cependant les vases at-liqucs à figures noires contemporains sont, déjà de belles œuvres (fig. 2 et 3). La raideur que l’on peut reprocher au noble destrier de la figure 2 vient sans doute de ce que le dessin a été exécuté d’après une statue et non d'après nature.
- Fig. 9. — Vase plastique en forme Les vases à figures
- de tête féminine.
- rouges qui apparaissent à la fin du vi° siècle pour durer jusque vers 330 av. J.-C. coïncident avec l’époque de la plus grande prospérité politique, artistique et économique d’Athènes (fig. 4 à 9). Au v° siècle appartiennent des vases plastiques, très en vogue, modelés en forme de tête féminine (.fig. 9) dont la chevelure est retenue par une guirlande. Au ive siècle des signes de décadence se font sentir : le dessin est encore plus souple (fig. S) mais n’a plus la correction du v° siècle (fig. î>). Au reste, le décorateur cherche plutôt à faire ressortir la plastique que la pureté de lignes et l’esprit même change : Ici le Banquet des Dieux (fig. 7) est une scène réaliste plutôt que religieuse. A cette époque, Athènes abattue par la guerre du Péloponèse perd sa royauté incontestée et, pour les vases, son principal client : l’Italie méridionale (Apulie et Campanie) se met à produire elle-même.
- Les vases gréco-italiolcs sont abondamment représentés dans
- les musées et Angers ne fait pas exception. Malheureusement, ils sont d’une qualité nettement inférieure aux vases attiques. Certains, de grandes dimensions, représentent des scènes non exemptes de surcharge. Mais si beaucoup ont un dessin banal, lourd et sans grâce, il ne faut pas oublier cependant que nombre d’ouvriers étaient des réfugiés d’Athènes. Ainsi s’explique la qualité du modelé des rhytons (fig. sur la couverture) où la lourdeur de la tête du taureau est fort bien opposée à la finesse nerveuse de celle du lévrier où l’on trouve une vie intense. Puis viennent, à l’époque alexandrine, les Mises à décor géométrique et floral dont nous avons quelques exemplaires. Enfin, la poterie à reliefs, dont Angers possède un'bol trouvé à Egine, succède ainsi que la vaisselle métallique à la céramique peinte expirante.
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- Les vases grecs ont, nous l’avons montré, tant d’intérêt qu’ils ont suscité d’abondantes recherches de la part des archéologues on France et à l’étranger. Cette étude qui se poursuit sans désemparer depuis plus d’un siècle a pris un nouvel essor depuis vingt ans, grâce à la publication internationale du grand Corpus Vaso-rum Anliquorum, dont l’initiative revient à l’ancien conservateur des vases grecs du Louvre, Edmond Poltier.
- Par ailleurs, les profanes ont maintenant d’excellents ouvrages d’initiation comme les petits livres de Cb. Dugas : La Céramique grecque, Ed. Tottier : Le dessin chez les Grecs d’après les vases peints et ses admirables catalogues de la collection du Louvre. C’est en effet surtout en regardant les originaux qu’on peut apprendre et les dizaines de milliers de vases, dont il n’y a pas deux absolument pareils, offrent à l’étude une mine inépuisable. En France, les principales collections sont, à Paris, celle du Louvre, puis celle du cabinet des médailles de la Bibliothèque Nationale et la collection Dutuit au Petit Palais. En province, les musées de Boulogne-sur-Mer, Compiègne et Ensérune sont spécialement riches, mais chaque grande ville, telles qu’Amiens, Reims, Rennes, Montpellier, possède au moins une série de vases intéressants et même souvent inédits.
- Puissent les lignes ci-dessus inciter quelques lecteurs à regarder les vases qui leur sont accessibles et à les étudier. Nous leur souhaitons d’y trouver autant de plaisir que nous en avons eu dans la fréquentation de ces œuvres si caractéristiques d’une des pins belles civilisations.
- Henry de Morant,
- Conservateur du Musée Turpin do Crissé.
- (Photos J. EVERS, Angers).
- Fig. 10 et II. — A gauche : Décor de fleurs et décor de palmettes sur deux lécythes. A droite : Décor de spirales et décor de palmettes.
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- UNI GRAND INVENTEUR ;
- L. H. Baekeland
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- Le Dr Baekeland est;, on le sait, l’inventeur d’une résine synthétique, la cc Bakélite ». Cette découverte, industrialisée avec le rendement et le succès que l’on sait par Baekeland lui-même, ainsi que les réalisations c-t les entreprises nouvelles qui prirent jour lorsque les brevets furent tombés dans le domaine public (ce que Baekeland avec sa largeur de vues considérait comme un progrès) ont marqué dans l’histoire des industries de synthèse, une date comparable à celle des colorants synthétiques en Angleterre, en JSofi, par Sir William Perkins.
- Pendant la guerre 1914-1918, Baekeland siégea aux côtés d’Édi-son au Conseil National de Recherches aux États-Unis : on lui a attribué souvent la nationalité américaine de naissance et parfois on a écrit que Baekeland, belge d’origine, avait dû s’expatrier pour trouver aux États-Unis un commanditaire. Celle assertion n’est pas tout à fait, exacte ainsi que nous allons le voir rapidement.
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- Baekeland est né aux environs de G and en 1863 ; de condition modeste, il entra après des études moyennes au lycée de G and, à l’Université de celte ville, très jeune, à 17 ans. 11 s’y distingua par une vive intelligence et des dispositions remarquables pour la recherche chimique. En 1884, à l’âge de 21 ans, il fut diplômé docteur en science chimique.
- Étant encore étudiant, il s’éprit de la science photographique et inventa une plaque qui se développait et se fixait simplement à l’eau. Il se lança dans l’application industrielle de cette invention qui fut un succès scientifique mais un échec commercial et le ruina presque complètement car il n’était pas riche. Il subvint à ses propres besoins comme répétiteur, en donnant des leçons. En 1887, il devint professeur à l’École Normale de l’État à Bruges, puis en 1888, assistant du professeur Swarts à l’Université de Gand. Il participa alors à un concours interuniversitaire, en fut le lauréat et reçut médaille et. bourse de voyage, cc qui lui permit de visiter diverses universités en Allemagne, en Angleterre et aux États-Unis. A cc moment, il épousa Céline Swarts, fille de son professeur. Celle-ci fut, pendant toute sa vie, ainsi qu’il le rappelait très volontiers lui-même, la compagne la plus attentive, la meilleure conseillère, la plus réconfortante et, comme il l’appelait, la « reine de notre clan » (constitué par leurs deux enfants, un garçon George, qui lui succéda, et une fille Nina, ainsi que sept petits-enfants).
- Lorsque le jeune ménage arriva aux États-Unis, la vie ne fut pas sans difficultés, le mari travaillant comme manœuvre' tout en continuant ses recherches concernant le papier photographique. Pendant les deux premières années de leur séjour en Amérique, souvent ils pensaient avec, nostalgie à leur patrie. Baekeland eut la chance de rencontrer un des directeurs de la firme Antoni et Cie, qui fabriquait des films et des papiers photographiques au bromure ; un emploi de chimiste qui lui fut offert l’incita à rester aux États-Unis. Au bout de deux ans, avant amassé quelque argent, il s’installa comme chimiste-conseil. En 1893, il se fixa à Yonkers,. près de New-York. Il collabora avec un des dirigeants de la firme Nepora Chemical Cy et mit au point un papier dénommé Velox qui avait le grand avantage de pouvoir être développé à la même lumière qui avait servi à l’impressionner. Après de longs efforts, un travail tenace, la fabrication du papier Velox devint rémunératrice. L'Eastman Kodak Cy qui l’avait d’abord combattu sur le terrain commercial, lui proposa l’achat de son invention. Baekeland y consentit pour une somme énorme et l’Eastman Kodak Cy propagea dans le monde entier la renommée du papier Velox, connu de quiconque a fait de la photographie.
- D’autres questions sollicitèrent bientôt son attention. Un domaine nouveau, l’électrochimie, l’attira plus spécialement. Avec d’autres personnes, il mit au point une cellule pour l’électrolyse des chlorures alcalins, créée par la Ilooker Cy. C’est dans ce domaine que Baekeland prit ses premiers brevets car, disait-il. Velox n’a jamais été breveté. Baekeland avait senti qu’il faut beaucoup d’argent pour défendre la propriété d’une invention. Il préféra tenter sa chance en gardant secret son procédé le plus longtemps possible pendant, que des concurrents essaieraient de le démarquer.
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- C’est dans un tout autre domaine que Baekeland trouva le succès et que son génie inventif touche à la gloire. Il avait porté son attention vers une question qui avait déjà préoccupé les premiers chimistes du monde : l’énigme des combinaisons phénol-formaldéhyde. Celte matière, dans son premier stade, pouvait être ramollie par la chaleur, solubilisée par différents solvants et l’application prolongée de la chaleur et de la pression apportait les importantes modifications chimiques et physiques que l’on connaît bien maintenant.
- Le grand mérite de Baekeland fut de maîtriser les réactions de polycondensation qui lui permirent de fabriquer industriellement et à volonté des produits de caractéristiques déterminées.
- Il y aurait beaucoup à dire encore de sa conception des affaires, de ses idées sur l’organisation de la recherche et de l’irid.ustrie. Citons entre autres ce trait. Le succès s’affirmant, les brevets de Baekeland furent étudiés et contrefaits. De longs procès durent être plaidés. Baekeland les gagna, mais au lieu de réclamer les dommages auxquels il avait droit, il eut l’idée heureuse et hardie de proposer à ses concurrents de fonder une société à laquelle adversaires et amis apporteraient leur contribution, les résultats de leurs recherches, leur compétence et leurs relations. Un enseignement est à tirer, semble-t-il, de cette attitude de l’inventeur.
- Ce grand savant a eù le rare destin de réaliser pleinement deux grandes inventions dans des domaines tout à fait différents et d’assister au soir de sa vie au développement prodigieux des industries qu’il avait créées.
- Il est mort le 23 février 1944 à SI ans.
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- Le monde se souviendra de lui comme d’un chimiste de grande puissance créatrice, d’une foi invincible, d’un travail opiniâtre, complétés par une notion exacte des réalités, qui se manifeste par les applications particulièrement nombreuses qu’il découvrit lui-même pour scs nombreux produits. Ce grand inventeur pratiquait, ainsi qu’en atteste une assez longue correspondance qu’il nous fit l’honneur d’échanger avec nous, la plus grande amabilité, la plus grande simplicité, une bonté naturelle, un humour, une sensibilité que l’on ne s’attend pas à rencontrer chez un savant « businessmann ».
- Il alliait à l’enthousiasme d’un amateur l’habileté d’un professionnel et ses mérites furent couronnés de succès dans tous les pays du monde où son nom est lié à l’étude des matières plastiques et des résines de synthèse.
- A. R. Matthis,
- Professeur de l’Enseignement technique supérieur.
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- Les ramasseurs de
- Il y a quelques milliers d’années, les navigateurs utilisaient déjà le plomb de sonde et les égyptiens, quand ils remontaient ainsi de la vase en Méditerranée, savaient qu’ils approchaient du delta du Nil; mais le large resta longtemps inviolé et il y a moins de ioo ans que le sondage des grands fonds fut en principe résolu.
- Les marins, en enduisant le bas de leur sonde avec du suif, ramenaient des quantités infimes du matériau du fond; les océanographes voulurent des échantillons plus copieux.
- En 1870, Wyvillc Thomson, à bord du Porcupine, utilisa pour la première fois, un ramassenr, en notable progrès. A la base du plomb de sonde, était, disposée une coupe conique qui s’enfonçait dans le fond meuble et ramenait une quantité plus importante du sédiment, ayant l’avantage de ne pas être souillé par le suif.
- A partir de cette époque, les perfectionnements furent rapides. A bord de. VEntrecasteaux, en iqo/i, fut utilisé le premier ramassenr à cuillers. Il était formé de deux cuillers en bronze qui, par l’action d’un ressort, se fermaient automatiquement au moment où le ramassenr touchait le fend.
- A bord des navires du Prince Albert de Monaco, fut mis au point le sondeur Léger. 11 est encore utilisé actuellement aux faibles profondeurs quand on ne désire pas obtenir de carotte mais simplement un échantillon moyen de la surface du sédiment. Ce sondeur simple et robuste est formé de deux cuillers
- qui se rejoignent
- 'o
- Fig-. 2. — Sondeur Léger,
- A gauche, ouvert ; à droite, fermé.
- au toma I iq u cm en t au moment du contact avec le fond (fig. 2).
- A partir de i854, l’ingéniosité et la perspicacité des hydrographes et des océanographes s’orientèrent aussi dans une autre voie, vers la mise au point de tubes-sondeurs permettant de ramener des. carottes où les sédiments stratifiés restent en place.
- L’aspirant, de la marine américaine
- Brooke carotta le premier, grâce à son sondeur à poids perdu. Il est schématiquement constitué par un tube étroit muni de soupapes, entouré d’un gros poids sphérique. Lorsque la base du tube touche le fond, celui-ci s’enfonce de peu dans le sédiment pendant qu’un crochet libère le poids qui glisse le long du tube et demeure au fond. 11 ne reste plus qu’à ramener le sondeur. Cet appareil est devenu classique; il constitue le premier pas vers les engins plus perfectionnés que nous possédons actuellement.
- Le tube-bouteille de Buchanan réunit les avantages du carot-lier, de la sonde et de la bouteille de prise d’eau en profondeur. Une soupape emprisonne une certaine quantité d’eau du fond pendant que, dans le tube, pénètre une carotte du sédiment. Cet appareil ne fonctionne que sur des fonds très meubles et lorsque Je fond est sableux, il remonte vide.
- Si le ramassenr de Buchanan ne remonte pas de sable, ce n’est point parce que celui-ci ne pénètre pas dans le tube mais simplement parce que ce matériau manque de cohésion suffisante pour y demeurer et retombe, dès que le tube quitte le fond. Il fallut donc trouver un système qui ferme l’orifice inférieur du tube dès que celui-ci s’est rempli de sédiments. Ce progrès fut réalisé sur le tube-sondeur de l’Amirauté britannique qui comporte une valve-papillon obstruant l’orifice inférieur du tube dès que se fait sentir la traction du filin destinée à le remonter. Un perfectionnement semblable fut réalisé sur le tube-sondeur d’Iselin (Woods Ilole Océanographie Institute). Le tube se ferme également après la prise de la carotte. Quand il est. remonté à bord, l’ouverture du tube se fait le long de la génératrice, ce qui permet de recueillir les matériaux dans la place qu’ils occupaient.
- Ekman, qui dota l’océanographie d’une bouteille de prise d’eau et d’un moulinet, fabriqua un tube-sondeur d’un modèle plus grand et plus perfectionné que celui de Buchanan. Il comporte un certain nombre de poids en plomb qui sont libérés et restent au fond car l’arrachement du tube exige un effort assez considérable et il est nécessaire de l’alléger au maximum.
- Avec ce type d’appareil, à bord du Meleor, on a pu obtenir des carottes de l’ordre du mètre.
- L’expédition hollandaise du Willebrord . S ne II lus utilisa un tube-sondeur de quatre mètres de; long, pesant cent soixante kilos.
- Il permit la remontée de carottes de deux mètres de long. Nous sommes déjà loin des premiers tâtonnements et, à partir de iq.'ià, les progrès, en matière de tubes-sondeurs, furent rapides.
- En rooô, C. S. Piggot, de l’Institut Carnegie de. Washington, conçut, et mil au point, un
- tube-canon permettant, de découper des carottes dans les fonds rocheux. C’était la première fois que les océanographes osaient s’attaquer aux roches formant certains fonds océaniques. S’il est relativement facile d’enfoncer un tube dans un sédiment meuble, sable ou vase, il est fort ardu de découper une carotte dans la pierre. C. S. Piggot arriva pourtant à résoudre ce problème.
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- Fig. 3. — Tube-canon Piggot.
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- fonds sous-marins
- Son appareil est essentiellement constitué par un tube d’acier de 5 cm. de diamètre-formant canon, à l’intérieur duquel un autre tube en laiton forme projectile. Ce dernier, en arrivant au fond, est enfoncé dans la roche par l’explosion de la charge de poudre contenue dans le canon (fig. 3). Il ne reste plus qu’à remonter le tube-canon. A bord, on dévisse le tube en laiton que l’on remplace par un autre, on recharge le canon et l’appareil est prêt pour une nouvelle descente.
- A l’aide de son tube-canon, C. S. Piggot a pu obtenir, par
- 4 8oo m de profondeur, des carottes de 3 m de longueur.
- Chambre a la pression atmosphén
- Piston
- Fig. 4. — Tube-sondeur Pettersson-Kullenberg.
- Pendant la guerre, de nouveaux progrès furent accomplis par les Suédois sous l’impulsion du Professeur Hans Pettersson, directeur de l’Institut océanographique de Gote-horg. On construisit un long tube-sondeur capable de prélever, dans les 'sédiments meubles des grands fonds, des carottes de plusieurs mètres de long.
- Dans une remarquable conférence, faite récemment à Paris, sous les auspices-de l’U.N.E.S.G.O., le Professeur Hans Pettersson a décrit, dans ses grandes lignes, la conception et le fonctionnement, du nouveau tube-sondeur. Il expliqua l’utilité de cet appareil et énuméra les résultats obtenus au cours d’une campagne d’essais en Méditerranée. Il termina sa conférence en indiquant l’itinéraire de la prochaine croisière océanographique qu’il dirigera au printemps prochain pour recueillir des sédiments dans toutes les mers du globe.
- Le tube-sondeur de Pettersson-Kullenberg utilise la pression de l’eau aux grandes profondeurs pour faciliter la pénétration de la carotte dans le tube.
- L’appareil est essentiellement constitué par un tube de io m de long et de 5o mm de.diamètre. Il est très lourd, étant chargé à sa partie supérieure (fig. 4). A l’extrémité inférieure, il se. termine par un piston bloqué pendant la descente et dont la partie supérieure obture hermétiquement le tube plein d’air à la pression atmosphérique.
- Le tube-sondeur est descendu à l’aide d’un treuil. Dès qpe la partie inférieure du tube touche la surface du sédiment, les crans d’arrêt du piston se débloquent et la pression hydraulique le force à remonter dans le tube entraînant la carotte de sédiment pendant que le poids de tout l’appareil enfonce le tube dans le fond sous-marin. La dépression, dans le tube, entraînant la carotte, compense ainsi les forces de frottement entre le sédiment et la paroi interne du tube.
- Ainsi, dans cet appareil, deux forces jouent dans le même sens pour favoriser la pénétration du tube dans le sédiment meuble du fond. Le poids de l’appareil tout entier compense les forces de frottement sur les parois externes du tube, tandis que la pression hydraulique contrebalance les frottements sur les parois internes. La première s’exerce de haut en bas, la deuxième, de bas en haut,; leur jeu simultané fait pénétrer une longue carotte dans le tube.
- Fig. 5. — Tube-sondeur suédois dernier modèle, prêt à être immergé.
- Les premiers essais du prototype furent effectués, il y a près de cinq ans, dans la Manche, par des fonds de a4o m; ils ramenèrent des carottes de 8 m de longueur. Après le succès de ces expériences, des perfectionnements furent apportés à l’appareil qui fut alourdi et allongé.
- Au cours de ig4G, d’avril à juillet, une équipe de savants suédois, sous la direction du Professeur Ilans Pettersson, effectua en Méditerranée, à bord du Skagerak, une série de sondages, au large de l’Algérie et dans la mer Tyrrhénienne. Par des fonds dépassant souvent 3 5oo m, les Suédois purent obtenir des carottes de plus de io m de longueur.
- Un premier examen de celles-ci a permis de remarquer une nette stratification horizontale des sédiments. Des lignes sombres découpent la coloration uniforme de la carotte; elles sont dues à des dépôts de cendres volcaniques.
- Dans la mer Tyrrhénienne, non loin du Vésuve, l’examen des carottes sous-marines a permis au Professeur Pettersson de dater
- Fig. 6. — Tube-sondeur sur le pont du navire.
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- les dépôts de cendres volcaniques par rapport aux éruptions du volcan. Il a pu ainsi retrouver les cendres qui ont enfoui, en 79 après J.-C., les villes de Pompéi et d’Herculanum.
- Cette méthode, basée sur l’interprétation des strates horizontales des longues carottes des fonds, ouvre des horizons nouveaux pour l’identification des couches géologiques sous-marines récentes en partant de repères datés, tels qu’éruptions volcaniques ou périodes glaciaires.
- La croisière du Skagerak n’était qu’une expédition préliminaire destinée à essayer le nouveau modèle de tube-sondeur, à entraîner le personnel et à améliorer éventuellement certains points de détail ou certaines techniques. La grande expédition de circum-navigation commencera en 19/47 et doit durer i5 mois. L’armement du bâtiment Albatross est presqu’achevé. Il quittera la Suède pour explorer les fonds sous-marins des
- Océans Atlantique, Pacifique et Indien en suivant sensiblement l'Equateur.
- Dans l’Atlantique, les sondages seront principalement effectués dans la zone tropicale avoisinant la fosse abyssale de la Romanche et celle de Porto-Rico. Dans le Pacifique, l’expédition travaillera près des îles Hawaï, puis au-dessus de la fosse de 10 5oo m à l’est de l’île de Mindanao (Philippines).
- L’étude approfondie, au laboratoire, du grand nombre de carottes rapportées des trois Océans, permettra, sans doute, de connaître la constitution des fonds sous-marins et de jeter quelque lumière sur les vitesses de sédimentation et les perturbations qui ont marqué la surface de notre planète au cours des temps géologiques les plus proches.
- Y. Romanovsky.
- Le mystérieux Plantigrade de l'Arctique canadien
- L’iiistoire (le l’Okapi aura-t-elle sa réédition ? On se souviendra que. l’existence de ce grand ruminant ne fut soupçonnée que vers la fin du xixc siècle. Des soldats belges du Congo oriental expédiaient en Europe des peaux de bêles sauvages qu’ils obtenaient des indigènes. Un marchand, plus avisé que ses confrères, finit par remarquer que les lots de peaux de zèbres contenaient parfois des dépouilles qui n’avaient que d’insignifiants détails extérieurs en commun avec celles de ces équidés. On soupçonna bientôt qu’elles appartenaient à une espèce inconnue. Quelques années plus tard, Sir Itarry Johnston découvrait l’Okapi dans les jungles de l’Itouri.
- La seconde édition se rapproche étonnamment de la première : on le verra par les faits (pie nous empruntons à A attirai History, le célèbre organe de l’American Muséum de New-York. M. George G. Goodwin, l’auleur de l’article que nous nous proposons d’analyser, le fait débuter par une anecdote dramatique, qui fut enregistrée dans sa relation de voyage (.4 travers le Bassin du Mackenzie) pâr Rodcrick R. Macfarlane :
- « Trois semaines avant notre arrivée à la baie de Franklin, vers la fin de juin J804, écrit l’explorateur, deux chasseurs esquimaux aperçurent d’assez loin un ours de grande taille. Se jugeant assez bien armés pour attaquer le géant (l’un portait un fusil à pierre ; l’autre, un coutelas fixé par des lanières sur une hampe longue de deux mètres), ils marchèrent à la rencontre de l’animal, le provoquant de leur mieux en poussant des cris aigus. Ils s’arrêtèrent près d’un abri qu’ils venaient de construire do bois flotté pour tirer sur les bandes d’oies et de cygnes sauvages, et s’y préparèrent à l’action.
- « Quand l’ours se fut approché suffisamment, l’homme au fusil tira. Blessé grièvement, l’animal en fureur se précipita sur lui ; il l’aurait tué sans la prompte intervention du camarade, dont le coutelas emmanché s’enfonça dans le poitrail de la bête.... La peau et le crâne soigneusement préparés furent expédiés au Sinith-soniam Institute de Washington... ».
- Le trophée no présentait rien d’extraordinaire : un grizzly des Barren Grounds, comme en possédait déjà l’établissement. Il fut dûment catalogué et l’on n’en parla plus — pendant îifi ans.
- Ce fut alors que le Dr C. Hart Merriam, le doyen des naturalistes dés Etats-Unis, entreprit d’étudier la nombreuse collection rie grands ours accumulée par le Smithsonian Institute. Lorsqu’il arriva au spécimen de Macfarlane, il reconnut tout de suite, par la denture, qu’il se Irouvait cm présence d’un genre nouveau, qu’il
- nomma Velularctos inopinatus, constatant du même coup des liens de parenté entre lui et deux genres fossiles d’ours gigantesques (Arctotherium et Trcmarclos).
- Ce nouveau genre, dont on ne connaît jusqu’ici que le Spécimen do Macfarlane, n’était-il plus représenté que par cet individu ? Un savant canadien croit pouvoir affirmer que l’espèce n’est pas éteinte, qu’elle survit dans une sorte de no man’s land, vaste région située au Nord-Ouest du Canada et où ne s’aventurent ni les Indiens, ni les Esquimaux.
- Cet ours gigantesque et féroce occupe une place de premier plan dans les légendes des tribus avoisinantes : celles des Couteaux-Jaunes et des Côles-de-Chien. Elles évoquent la terreur qu’inspirait l’animal, qui ne craignait pas d’attaquer en plein jour les campements. Sa force le rendait redoutable : il pouvait broyer un homme entre ses pattes antérieures ou tuer d’un coup de patte une proie aussi massive qu’un orignal. On peut déduire de ces récits que ces grands carnivores étaient nombreux à une époque qui ne doit être éloignée que de quelques siècles.
- L’expédition canadienne qui projette d’explorer la région y découvrira-t-clle des survivants de l’espèce i* Les milieux scientifiques suivront ses travaux avec un vif intérêt.
- Découvrir une espèce animale par ses dépouilles est un exploit qui se répète de temps en temps. Au début de ce siècle, William T. Hornaday, brillant naturaliste qui devint plus tard directeur de la Société zoologique de New-York, prit l’habitude de visiter chaque année la grande foire aux fourrures qui se tenait à Saint-Louis (Missouri). Il lui arrivait d’y trouver des peaux dignes d’être montées pour des collections d’histoire naturelle, parfois même des spécimens de variétés inconnues.
- Au cours d’une de ses vûsites annuelles, son attention fut retenue par des peaux de très médiocre grandeur que les marchands donnaient comme provenant de petits d’ours polaires ; par la couleur et la contexture de la toison, on pouvait s’y tromper. Flairant une découverte exceptionnelle, Hornaday fit l’acquisition d’un spécimen, l’étudia dans son laboratoire et conclut qu’il se trouvait en présence d’un genre entièrement nouveau pour la science et sans le moindre lien de parenté avec l’ours blanc. Il réussit à savoir de quelle région provenaient ces mystérieuses pelleteries, organisa une expédition et rapporta des Montagnes Rocheuses canadiennes plusieurs spécimens vivants de cette nouvelle espèce.
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- Fig. 1. — Escalope découvrant la béloine.
- Miniature du traité Herba Vettonica, manuscrit du vin* siècle.
- (JBibl. Nationale).
- Phytothérapie. Chimiothérapie. Pharmacodynamie
- Depuis son apparition à la surface du globe, l'Homme, comme tous les êtres vivants, a dû lutter contre les maladies en en recherchant les causes et les remèdes et, à peu près exclusivement il demanda ceux-ci au règne végétal qui lui fournissait déjà les éléments essentiels de sa nourriture : graines riches en matières alibiles, fruits savoureux, tubercules sucrés ou farineux, etc. Son instinct d’observation lui lit constater divers effets que produisait sur son organisme l’ingestion de certains végétaux et il en lit des remèdes à ses maux. Plus tard, quand il eut découvert le feu, il l’utilisa pour confectionner des préparations non seulement culinaires mais des boissons à usage médicinal ; ce furent d’abord de simples infusions ou des décoctions ; puis un jour, ayant sans doute oublié sur son fourneau une décoction, il s’aperçut que l’évaporation de l’eau avait laissé au fond du récipient un résidu fortement coloré, qui, redissous et ingéré, produisait un effet' comparable sinon identique, à la décoction normale.
- Telle doit être l’origine de la forme pharmaceutique encore en usage aujourd’hui sous le nom 'd’exIrait.
- D’un autre côté, ayant trouvé le moyen d’extraire des huiles et autres matières grasses, de fabriquer des liquides fermentés puis
- de l'alcool, il les utilisa comme solvants des principes utiles de ces extraits ou comme supports ou excipients et des formes médicamenteuses nouvelles prirent naissance : teintures, alcoolatures, huiles et pommades médicinales qui occupent toujours une excellente place dans la pratique pharmaceutique.
- Tout cela n’a rien de surprenant, mais il en est tout autrement quand on songe à la somme d’observations que représente la découverte pur les Primitifs des qualités thérapeutiques des multiples drogues simples toujours en usage en médecine populaire et dont quelques-unes ont fini par acquérir une réputation mondiale justifiée.
- Certes, l’on conçoit sans peine que les êtres humains aient constaté sans grand effort et par expérience, les vertus purgatives des graines de Ricin ou du tubercule de Rhubarbe, la toxicité de la racine d’Aconit ou des fruiLs de Belladone ou encore la propriété irritante des feuilles de l’Ortie et du suc des Thapsias.
- De même, il apparaît vraisemblable qu’en voulant goûter au suc laiteux du Pavot, l’Homme fut appelé en constatant son action à utiliser le produit de sa dessiccation qui n’est autre que 1 ’opium, et qu’ayant mastiqué des feuilles de Coca ou des semen-
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- ccs de Kola, il ressentit leur action euphorique et excitante.
- Mais, comment en revanche, a-t-il pu trouver que cette action était plus forte et plus nette en ajoutant à la Coca un peu de cendres végétales alcalines et que le. Café ne jouissait de son action que sous réserve d’avoir été préalablement torréfié ? Comment après avoir constaté le pouvoir toxique des Strvchnos ou des Strophantus, a-t-il eu l’idée de ces préparations compliquées qui sont encore aujourd'hui l’objet de notre étonnement, dont le Curare est sans doute le meilleur exemple ?
- U y a mieux encore ; combien de siècles furent nécessaires pour découvrir l’activité spéciale de l’huile des graines dites « Chaul-moogras » contre cette affection horrible, la lèpre ? Or, de nos jours, en étudiant les plantes productrices de ces fameuses graines, on constata que, malgré leurs origines géographiques si diverses, les unes, de la région des Amazones, les autres des Indes, d’autres encore d’Afrique tropicale, toutes appartenaient à une même famille botanique, celle des Flacourl.iacées.
- On croit rêver et l’on arrive à penser que, somme toute, il n'est pas une plante qui n'ait échappé aux investigations des hommes.
- Figr. 2. — La préparation des onguents par Vapothicaire.
- Ancienne gravure persane.
- Mais aussi, dépourvue, des moyens scientifiques qui sont les résultats des couquêles de l’esprit humain, la médecine des peuples' ancestraux devait fatalement s’encombrer d’une infinité de remèdes et c’est par milliers que se comptent les plantes auxquelles on attribue des vertus mirifiques. Leur usage est resté longtemps et reste même encore, l’apanage des sorciers, à la fois prêtres et médecins, détenteurs des secrets du passé que leur intérêt matériel ainsi que le prestige leur faisaient jalousement conserver pour ne les dévoiler qu’à bon escient à leurs successeurs.
- Il a fallu de nombreux siècles pour que les conditions changent et que, de cette faculté d’observation et du désir de toujours mieux connaître les êtres et les choses, se soient peu à peu dégagées les notions scientifiques. Le médecin se sépara (le la sorcellerie et pourvu de données sérieuses d’investigation fit un choix éclairé parmi toutes ces drogues en vue d’établir une thérapeutique raisonnée et raisonnable, mais il conserva au premier rang, l’usage des plantes ainsi sélectionnées et celle des préparations galéniques qui en dérivent.
- Il n’y a pas deux siècles que la Matière médicale dans le sens le plus général du terme, désignait l’ensemble des drogues simples tirant leur origine des trois Règnes de la nature : minéraux, animaux, végétaux, d’où la fameuse devise des Apothicaires (In Ms tribus versanlur). La médecine par les Plantes ou Phytothérapie eut longtemps comme fournisseur particulièrement honoré, le Règne végétal.
- La Chimie naissante ne tarda pas longtemps à substituer aux
- quelques produits naturels minéraux impurs, des substances purifiées d’action plus sûre et les premiers ont rapidement disparu des pharmacopées.
- Quant au monde animal, à qui l’IIomme avait aussi demandé de lui fournir quelques remèdes, ceux-ci, qui ont paru sans intérêt, se sont vus remplacés par des composants actifs tirés des glandes, des venins, etc., et leur emploi constitue VOrganolhérapie.
- Et le nombre des méthodes ou thérapies nouvelles, comme la vaccinothérapie, la sérothérapie issues des remarquables travaux de Pasteur, l’éleclrolbérapie, la radiothérapie cl plusieurs autres sont venues agrandir largement le champ de la thérapeutique.
- Le rôle de la chimie se limita d’abord à l’étude de la constilu-lion des végétaux et à l’extraction de leurs constituants actifs (Phytochimie) ; il s’est, considérablement étendu quand prit naissance la Chimie de synthèse, aujourd’hui dans son plein éclat. On sait aujourd’hui en effet construire de toutes pièces, à l'aide de simples éléments, des édifices moléculaires identiques ou n’ayant rien de commun avec les substances naturelles, mais jouissant également de vertus thérapeutiques bien établies et c’est ainsi qu’est née la Chimiothérapie.
- Dans ce dernier compartiment, il suffit de penser aux arsenicaux thérapeutiques, aux antimoniés, etc., pour être convaincu que la nature peut être suppléée avantageusement.
- Toutefois les progrès de la chimiothérapie eussent été bien retardés si une autre science à l’origine de laquelle se trouve Claudk Bernard n’avait, pendant ce temps, grandi sahs cesse ; c’est -la physiologie expérimentale appliquée à la pharmacologie qui a été plus simplement désignée sous le nom de Pharmacodynamie. Au lieu d’essais qui auraient été bien longs et parfois dangereux, s’il avait fallu soumettre directement l’homme à l’action des substances nouvelles, on a expérimenté sur des animaux pour préciser leur toxicité, pour reconnaîlre la localisation de leurs effets physiologiques et aboutir à une application thérapeutique déterminée dans sa nature et son intensité ; c’est seulement à ce stade qu’on passe à l’homme.
- Grâce à la Pharmacodynamie, la thérapeutique ainsi guidée se trouve désormais entièrement sortie de l’empirisme.
- Cette remarquable extension du nombre, de la qualité et de la spécificité des remèdes est donc le résultat de, la collaboration de savants venus de ces différents domaines et le médecin de nos jours a la possibilité du choix entre de très nombreuses « thérapies », toutes ayant fait l’objet de recherches minutieuses, appuyées et contrôlées par la pharmacodynamie. Cependant le terrain est encore loin d’être entièrement exploré.
- On a pensé même que la chimiothérapie remplacerait un jour la vieille phytothérapie, mais c’est peut-être exagéré ou prématuré et celle-ci garde pour longtemps encore, sa raison d’être ; certaines découvertes dont la plus récente est celle de la pénicilline montrent que dans le groupe des substances qui ont un intérêt thérapeutique, la nature n’a lias encore livré tous ses secrets.
- Songeons que plus de 250 espèces de végétaux sont encore réputées dans la médecine populaire européenne et qu’il les faudrait étudier à la lumière des connaissances acquises ; d’autre part, c’est par milliers que l’on compte les espèces qui sont à la base de la thérapeutique des populations' non évoluées des deux hémisphères et en particulier des régions in ter tropical es.
- Certes, nous avons tiré déjà des produits médicamenteux do première valeur, comme les Quinquinas, la Coca, les'Strophantus des plantes des pays chauds dont le chimiste et le pharmacolo-gistc ont fait leur profit, mais combien d’autres ne sont-elles pas susceptibles de recherches fructueuses pour l'art de guérir ?
- C’est seulement au début du siècle dernier que l’importance de la recherche sur la constitution des plantes médicinales et toxiques s’est affirmée avec la découverte des premiers alcaloïdes et glucosides parmi lesquels il suffit de rappeler la strychnine, la quinine, la digitaline, découvertes auxquelles s’attachent les noms de Païen, de Pelletier, de Caventou, de Nativelle, etc. Ainsi naquit en thérapeutique ce qu’on peut appeler l’ère du « principe actif »
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- auquel on a rapporté un peu hâtivement toute l’activité du végétal. Il faut faire remarquer qu’il ne s’agit que d’un constituant doué d’une activité spéciale qui d’ordinaire imprime à la drogue son caractère médicamenteux, mais qu’il n est pas toujours seul ou qu’il entre dans une combinaison naturelle qui en fait varier le caractère pharmacodynamique et confère à la drogue naturelle un ensemble d’actions que le thérapeute peut avoir intérêt à préférer.
- Plus tard, après la découverte des diastases, on s’aperçut bien vite que si leur rôle oxydant ou hydrolysant ne s’exerce pas dans la plante fraîche ou s’y maintient en équilibre nécessaire, il n’en était plus de même après la mort entraînant un déséquilibre manifeste : en particulier, les complexes constitutifs subissent leurs attaques et leur structure chimique se désagrège, libérant certains constituants alcaloïdiques ou glucosidiques de la molécule complexe à laquelle ils étaient agrégés. Or en phytothérapie, on emploie la plante surtout séchée et l’on a reconnu que pendant la dessiccation ces actions diastasiques jouent parfois un rôle si important que l’action médicamenteuse finale ne correspond plus guère à celle de la plante fraîche.
- Il y avait donc, dans un assez grand nombre de cas, intérêt à conserver cette action globale et la pharmacie galénique, vieille comme le monde, avait alors le devoir de tenir compte de ces acquisitions scientifiques. C’est pourquoi depuis les travaux initiaux de Bourquelot on a cherché à rendre impossibles, avant ]a mort du végétal, ces actions diastasiques afin d’obtenir pour l’usage un matériel sec et de composition identique à celle du matériel frais pour servir à la préparation de formes extractives (intraits) possédant de manière stable l’activité de la plante fraîche (Procédé Perrot-Goris).
- La phytothérapeutique avait dès lors à sa disposition des remèdes nouveaux bien définis.
- Quant à la chimiothérapie, limitée dès le début dans la recherche de constituants actifs qu’elle purifiait en donnant des produits stables, cristallisés et d’effets constants, elle ne tarda pas à produire certains d’entre eux, synthétiquement, surtout les alcaloïdes. Plus tard, les recherches se sont multipliées et le chimiste a vu son champ d’action s’étendre pour ainsi dire à l’infini ; il se dégage nettement que certains noyaux chimiques connus, par leur présence dans une combinaison complexe, permettent de préjuger de leur activité pharmacodynamique et d’orienter la recherche en associant à ce noyau d’autres combinaisons à structure déterminée qui peuvent toutefois modifier cette action parfois même en la renforçant.
- Malgré tous les progrès, il est encore des plantes à qui l’on reconnaît une action thérapeutique, dont le chimiste n’a pu isoler la substance chimique active ou bien dont la nature complexe n’a pas permis encore de la reproduire synthétiquement ni même de l'extraire sous sa forme pure et cristallisée, on doit dans ce cas se contenter pour l’usage médical, de la drogue naturelle stabilisée ou non, ou bien des préparations galéniques ; il en est ainsi, par exemple, pour la Valériane, le Marron d’Inde, le Kinkéliba, etc.
- En résumé, l’étude chimique des plantes, appelée encore phytochimie n’a pas perdu son intérêt et les recherches retentissantes sur les Champignons inférieurs du groupe Moisissures (Pénicillium, Aspergillus, etc.), sont probantes à cet égard, ce qui ne diminue nullement la part de la chimie synthétique à l’actif de qui s’inscrivent des découvertes importantes comme celles des sulfamides, du D. D. T., etc.
- En ce qui concerne la Phytothérapie, il faudrait entreprendre une étude systématique des plantes de la médecine indigène, ne serait-ce que pour éliminer celles dont la réputation est usurpée ou l’action sans intérêt réel ; commencée par l’initiative individuelle, il serait indispensable de procéder dorénavant avec méthode en reliant. entre eux les Laboratoires spécialisés, mais cela suppose une entente internationale encore bien loin d’être possible.
- Déjà cependant, on a cherché à entreprendre des recherches systématiques sur les plantes appartenant à une même famille ou ;à un même groupe de familles affines et les résultats sont
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- encourageants, en s’inspirant de l’idée que, quand une drogue a conservé à travers l’épreuve des siècles, une renommée régionale, on ne doit pas a priori, parce que l’on ne sait encore en isoler le ou les constituants actifs, lui dénier toute activité, car tôt ou tard, un résultat scientifique peut surgir qui donnera l’explication cherchée.
- Dans cet ordre d’idées, on peut citer une plante de Chine, cet immense pays qui a connu, il y a des millénaires, une civilisation avancée, le Ginseng à qui est attribué en Extrême-Orient des vertus mirifiques que la phytochimie paraissait impuissante à expliquer ; on vient de trouver dans la découverte d’une hormone la preuve que son renom n’était pas simplement une vue de l’esprit.
- Aussi, ayant rious-même avec nos élèves, passé de longues années à ce genre de recherches, croyons-nous sincèrement qu’elles peuvent réserver encore d’agréables surprises et qu’il faut encourager les jeunes chercheurs qui se sentent attirés dans cette voie.
- La thérapeutique dont le but ultime est la lutte contre la maladie, exige des recherches dans toutes les branches des connaissances humaines et emprunte à des degrés divers à toutes les sciences naturelles, biologiques, chimiques et physiques ; ce sont les résultats que l’on groupe en thérapies.
- La phytothérapie, la plus ancienne, jadis empirique, s’est précisée et secondée par la chimie, a vu celle-ci prendre, sous le nom de chimiothérapie, une place qui veut devenir prépondérante, ce qui est le secret de l’avenir ; ni l’une ni l’autre ne peuvent aboutir sans le secours de la pharmacodynamie, qui elle-même ne saurait conclure de façon définitive. A l’expérimentation clinique revient finalement le devoir de déterminer dans l’exercice de la médecine, celle de ces médications la meilleure à conseiller.
- Chaque chercheur spécialisé concourt ainsi pour une part à l’œuvre commune qui doit être réalisée pour la plus grande satisfaction de la collectivité humaine. ^ pFHR0T
- Membre de l’Académie de Médecine.
- Fig. 3. — Paysan cueillant l’alkibios (Echium rubrum Jacq.) qui guérit des morsures de serpent (xi* siècle ap. J.-G.).
- (Bibliothèque Nationale).
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- Aux aguets d'une tornade
- A l’annonce, télégraphiée des Petites Antilles, qn'une tornade extrêmement violente se dirigeait vers la Floride, les services météorologiques des États-Unis mobilisèrent une superforteressc, chargée d’observer le phénomène du haut des airs, d’une altitude de 4 000 à 5 000 m. L’équipage, composé de volontaires, comptait notamment cinq photographes et plusieurs savants. Le pilote était le commandant Paul Fackler, qui joua un rôle important dans les essais de la bombe atomique à l’atoll de Bikini.
- L’avion est revenu sain et sauf à l’aérodrome de Dayton (Ohio), rapportant des observations et des clichés qui seront précieux pour l’étude de la tornade, phénomène dont l’approche déchaîne toujours la terreur dans la partie des États-Unis bordée par le golfe du Mexique. On en jugera par les précautions que les autorités prirent dès la première heure, comme par la panique qui s’empara des populations.
- Les services aériens, centralisés à Tampa, furent arrêtés ; tous les avions de la Floride s’envolèrent vers les lieux de refuge ; des automobiles amenèrent des États limitrophes de nombreux docteurs et des nurses, pourvus des instruments chirurgicaux et des médicaments que pourrait nécessiter le traitement des victimes ; des évacuations massives d’habitants furent préparées ; un grand match de football qui devait mettre aux prises les équipes de Miami et de San-Francisco fut décommandé : on annula les permissions des militaires et des marins attachés aux bases aériennes et navales de la Floride ; les résidents de la fameuse plage .de Miami passèrent toute la journée à « ancx-er » au sol leurs meubles et autres objets, accumulant des vivres et de l’eau potable pour le cas où ils se verraient séparés du monde extérieur par la catastrophe prévue.
- Mais, comme nous l’avons noté dans un récent article (La Nature, n° 3131, 1er mars 1947), ces ouragans tropicaux sont capricieux : la tornade, qui soufflait à 160 km à l’heure, pendant sa traversée de la mer des Antilles, se calma en approchant du rivage, sa vitesse tombant à 90 km. Elle frôla Miami d’assez près, avant d’aller se perdre au sud-est de la Floride.
- Cette réflexion m’est venue parfois que les Américains n’ont pas toujours été heureux dans le choix de l’emplacement de leurs nouvelles villes. San-Francisco s’est édifié sur les lèvres d’une faille de l’écorce terrestre qui a déjà fait des siennes. Miami est situé sur la route des tornades qui Font éprouvé fréquemment, en ses
- quelque trente années d’existence. Ce n’était jadis qu’un hameau de pêcheurs nègres, solitaire devant sa magnifique plage. Une publicité de grande envergure en fit rapidement la villégiature par excellence des millionnaires américains et l’on vit le prix du terrain sablonneux décupler souvent en l’espace de quarante-huit heures. Actuellement, avec ses 171 000 habitants sédentaires, Miami est, après Jacksonville (174 000 âmes), la plus grande cité de la Floride. v p
- Fig. 1. — Miami, en Floride.
- La baie de Biscayne. A l’arrière-plan, les grands hôtels et immeubles commerciaux. Au premier plan, les îles de la haie et les voies reliant la \ille à la célèbre plage.
- (Photo U. S. I. S.).
- La réf ri gé ra H o n - é c I a i r.
- On pratique actuellement, pour la conservation des aliments, une technique nouvelle de réfrigération qui paraît supérieure aux méthodes anciennes, en particulier pour les légumes frais.
- Elle consiste à introduire les produits dans des récipients soumis rapidement à un vide poussé, les faisant passer de la pression atmosphérique au vide le plus grand possible. Celui-ci est obtenu généralement par des trompes à vapeur dont le débit élevé assure une élimination rapide de l’air des chambres de réfrigération.
- On obtient une évaporation accélérée de l’eau des légumes. Leur température s’abaisse et peut atteindre une quinzaine de degrés centigrades au-dessous de zéro.
- La perte d’eau par évaporation est de l’ordre de 25 pour 100. Les objets conservent sensiblement leur volume initial, ne se prennent pas en masse, restent séparés. Leur aspect extérieur, peu modifié, est tout différent de celui obtenu par les autres méthodes de réfrigération.
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- LA CHIMIE DES ROCKETS
- Les bombes volailles et les bombes-fusées ont été largement utilisées par l’Allemagne pendant les derniers mois de la guerre. Elle possédait une avance indiscutable dans la technique de ces engins.
- Dès 1934, des fusées dont la trajectoire était stabilisée par des gyroscopes avaient été expérimentées dans la banlieue de Berlin. Elles couvraient environ 2 km.
- Les dirigeants du Reich portaient le plus grand intérêt à ces recherches. Dès 1937 commençait l’installation d’une grande station expérimentale à Peenemünde. D’après les Allemands eux-mêmes, il y fut dépensé plus de 300 millions de Reichmarks.
- En 1938, un engin basé sur les principes qui devaient aboutir à la réalisation du Y,, couvrit une distance de 18 km.
- Pendant la guerre, une activité intense régna à Peenemünde. Elle aboutit, un peu tard, heureusement, aux réalisations spectaculaires des V et
- Sept mille savants, ingénieurs et techniciens étaient réunis à la Station sous la direction du général Yon Chamier-Glizesenski.
- f
- Dans la nuit du 17 août 1943, une escadre anglo-saxonne de 000 bombardiers lourds attaquait la Station par surprise, y causant des dommages considérables, détruisant les ateliers, les laboratoires, faisant 5 000 victimes dont le général directeur.
- Ce raid désorganisa complètement la Station, causant un retard tel que les premiers Vj ne furent lancés sur Londres qu’une semaine après le débarquement en Normandie. Il était trop tard.
- La défaite de l’Allemagne a levé le voile sur les travaux des ingénieurs et techniciens qui ont. abouti’ à la réalisation de ces armes sur lesquelles le Reich avait fondé trop d’espoir.
- Les Vj et V, ont été décrits en détail, mais il a été publié peu d’informations sur les réactions chimiques appliquées à la propulsion de ces engins.
- Les bombes volantes du type V comportent un dispositif de propulsion à réaction fort simple mais qui ne se met en marche que quand il a atteint une certaine vitesse.
- Pour y parvenir, la rampe de lancement est nécessaire.
- C’est à la base de cette rampe, dans la chambre à réaction, que la chimie intervient.
- Le problème était de trouver une technique permettant le développement d’une pression gazeuse progressive suffisante pour qu’elle imprime à l’ensemble de la bombe volante et de son moteur une vitesse atteignant, après le parcours des 45 m de la rampe, quelque 200 km/h.
- Le principe de cette technique était de mettre en présence deux corps réagissant chimiquement en développant la pression nécessaire.
- L’idée première et la plus simple était d’oxyder un corps organique par un agent chimique approprié, tous deux sous forme liquide pour la facilité et la rapidité de manœuvre.
- Le principal réactif oxydant est l’acide nitrique à haut degré de concentration.
- Pour réduire son action corrosive con-
- 1. Voir La Nature, n° 3083 du 1" mars 1945 et n" 3122 du 15 octobre 1946.
- duisant à une destruction rapide des éléments métalliques, on peut l’additionner de S à 10 pour 100 d’acide sulfurique concentré.
- Les difficultés de conservation et de manipulation de l’oxygène liquide, comburant de choix, le font rejeter pour ce cas particulier.
- La liste des produits oxydables, dont l’utilisation est possible, seuls on en mélanges, est beaucoup plus longue : aniline, mono-méthylaniline, éther vinyléthylique, alcool furfurylique, hydrate d’hydrazinc, etc.
- Aucune de ces réactions ne fut adoptée, soit par suite de la difficulté de leur conduite qui les rendaient dangereuses, soit par suite des phénomènes de corrosion profonde qu’elles pouvaient déterminer dans le matériel métallique et le béton des rampes de lancement.
- Finalement fut adoptée la décomposition catalytique d’un mélange d’eau oxygénée à très haut degré de concentration et d’une solution de permanganate de calcium à forte teneur.
- Les deux liquides introduits sous pression dans la chambre de réaction par une série de pulvérisateurs dégagent spontanément leur oxygène. Cette décomposition mutuelle, fortement exothermique, dégage assez de chaleur pour que l'eau soit vaporisée, accroissant ainsi fortement la pression gazeuse qui provoque le lancement.
- Le permanganate de calcium est un produit banal. Par contre, l’eau oxygénée à une concentration de 85 à 90 pour 100 de peroxyde d'hydrogène, telle qu’elle était utilisée par les Allemands, était, pour la production en gros tonnage, une nouveauté technique.
- Normalement, les usines chimiques sont équipées pour la fabrication à une concentration de 30 à 35 pour 100 et exceptionnellement 50 pour 100 de peroxyde d’hydrogène. Or c’est une eau oxygénée à près de 500 volumes qui était utilisée dans les chambres de réaction des rampes de lancement des V
- Fig. 1. — Débris, d’un V2 tombé en Belgique.
- Appareil de propulsion en forme de tube de Venturi montrant les tuyères d’alimentation
- en comburant et combustibles.
- (.Photo U. S. I. S.).
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- D’après les rapports publiés par les Nations Unies à la suite des enquêtes de leurs techniciens en Allemagne, l’eau oxygénée à haute teneur était concentrée par distillation dans le vide.
- On partait des solutions commerciales à 30-35 pour 100 de H202 normalement obtenues à partir de l’acide persulfurique ou des persulfates. Ces solutions-étaient soumises à une distillation dans le vide en deux étages successifs qui portait la teneur du produit final aux environs de 83 pour 100, ceci avec un très haut degré de pureté lui assurant une bonne stabilité.
- D’importantes usines assuraient cette production. L’une avait une capacité de 500 t par mois, une seconde 1 200 t. ; une troisième, en voie d’installation, était prévue pour 2 000 t.
- La bombe-fusée du type est différente. C’est une fusée stratosphérique. Une partie de sa trajectoire traverse l’air raréfié de ia haute atmosphère. Elle n’y peut trouver son comburant. Elle doit le fournir elle-même.
- Dans ces fusées à propulsion autonome, l’une des caractéristiques les plus importantes est le rapport entre le poids des produits de réaction et le poids total de l’engin :
- oxygénée-permanganate de calcium. La pression gazeuse en résultant actionnait les pompes d’alimentation des comburants et combustibles réglées en débit aussi proche que possible des proportions moléculaires de la combustion complète.
- Fig. 2. — Débris d’un V3 tombé en Belgique.
- On voit l’appareil de propulsion et la chambre de forme ovoïde destinée à la réaction du permanganate s.ur eau oxygénée qui fournit la‘pression nécessaire à la marche des turbines d’alimentation du
- propulseur en comburant et combustible.
- CPhoto U. S. I. S.).
- P + U
- Le V? allemand était parvenu à une valeur élevée de ce coefficient.
- Pour un poids total de 12 500 kg, il portait environ 8 000 kg de comburant et combustible, soit un rapport de 0,64.
- Du point de vue balistique, pour tirer le meilleur parti de la force propulsive de la
- réaction, il est nécessaire de parvenir à un certain réglage de la vitesse de cette réaction.
- C’est probablement pour cette raison que les réactifs unitaires à utiliser seuls semblent avoir été relativement peu étudiés.
- Parmi ces produits, on peut citer le « Myrol », mélange de nitrate de méthyle et d’alcool méthylique, et des mélanges complexes à base de tétranitrométhane.
- Par suite des dangers d’utilisation de ces produits et des difficultés de réglage de leur vitesse de combustion, les bombes-fusées étaient propulsées par des mélanges binaires, en particulier oxygène liquide et alcool éthylique ou méthylique. Exceptionnellement on employa l’acide nitrique fumant additionné de 5 à 10 pour 100 d’acide sulfurique et d’une substance oxydable.
- Pour régler la vitesse de réaction, c’est-à-dire l’arrivée dans la chambre de combustion de l’oxygène liquide et de l’alcool, on avait recours aux techniques employées pour le lancement du V : par exemple, la décomposition catalytique du mélange eau
- *
- * *
- Avant cette dernière guerre, l’étude des fusées avait été l’objet d’efforts .sporadiques menés avec des moyens limités.
- Disposant de crédits pratiquement illimités, les techniciens allemands sont parvenus à réaliser de puissants engins de destruction. Les ruines et les victimes de Londres en témoignent.
- Le pouvoir de la science s’est concrétisé aux mains des nazis en
- engins de terreur.
- Pour les hommes de bonne volonté, il y a heureusement une contre-partie : les larges possibilités d’application de la propulsion par réac lion à des buts pacifiques. Le domaine d’application des moteurs à réaction s’annonce extrêmement vaste.
- On peut espérer une solution prochaine du problème des grandes vitesses en aviation, au delà de ce que peuvent donner les hélices ; car passé une vitesse de 600 km/h, leur rendement décroît assez, rapidement pour devenir sensiblement nul à la vitesse du son.
- Sans optimisme excessif, on peut prévoir égale-
- ment, quoique à une date un peu plus lointaine, leur application aux transports terrestres et maritimes.
- La technique moderne nous entraîne à sa suite vers de stupéfiantes réalisations.
- Lucien Perruche, Docteur de l’Université, de Paris.
- ERRATUM
- - - Les plastiques comme masses d’inclusion
- (n° 3129, 1er février 1947).
- On a omis de dire que le travail de MM. Coudert et Baud a été fait en grande partie au laboratoire de parasitologie de la Faculté de Médecine de Lyon, dont le directeur est M. le professeur Garin.
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- LES PROGRÈS RÉCENTS DE LA VERRERIE
- L'industrie de la fibre de verre. Nature, dimensions et destination
- des fibres de verre industrielles.
- Cette industrie date de moins de dix ans en France. Elle a
- reçu partout un développement considérable, et tous les jours elle fait de nouveaux progrès ; ils ont déjà conduit à des applications et à des produits nouveaux, nombreux et variés, quelques-uns assez inattendus ; nous en avons déjà cité plusieurs.
- La fibre de verre n’est pas une chose nouvelle, car il y a longtemps que, dans les laboratoires de chimie et dans certaines industries, on se sert d’ouate, soie, ou coton de verre, pour filtrer des liquides plus ou moins corrosifs. Ce qui est nouveau, c’est l’idée d’obtenir une fibre assez fine pour pouvoir servir à la fabrication de fils pouvant être retordus puis tissés, et fournir des étoffes, ou pour fabriquer des cordages. On a reconnu alors que les fibres qui répondent à ces conditions peuvent servir à bien d’autres usages, et ceux-ci industriels, d’où le développement rapide de la nouvelle industrie dans tous les pays où l’on produit ou travaille les textiles, et dans ceux où on utilise des produits isolants.
- Historique.
- La fibre de verre a un passé, mais il est sans éclat et il ne remonte tout, au plus qu’au début de la grande industrie chimique, soit une centaine d’années, c’est-à-dire lorsqu’il fallut filtrer des liquides corrosifs au laboratoire et, plus rarement, dans les usines, où on disposait d’autres matières filtrantes. On étira tout d’abord, rapidement et à la main, des baguettes de verre fondues à une de leurs extrémités. On ne dépassait pas ainsi une longueur de i,5o m, et la fibre était irrégulière et assez grosse. On obtint bientôt de meilleurs résultats en enroulant la fibre, préalablement étirée à la main, sur un tambour animé d’un mouvement de rotation rapide et alors que la fibre était encore très plastique. C’est ainsi qu’on obtint la ouate de verre pour filtration.
- Des verriers américains pensèrent que, par ce même procédé, mais en recourant à la machine, on pouvait obtenir des fibres se prêtant à la filature et au tissage. Ils réussirent en effet et assez bien, car, dès 1893, on put confectionner, avec des tissus de verre, deux robes, l’une pour une grande actrice, l’autre, pour une princesse espagnole ; celle-ci figure peut-être encore dans un musée de Tolède. ,£es tobes demeurèrent une simple curiosité, car leur tissu était lourd, sans souplesse et d’une coupe difficile ; il irritait la peau et il obligeait à porter un sous-vêtement de soie. On n’avait pas pu obtenir des fibres d’un diamètre inférieur à 25 p. (p = 1 micron = 1/1 000 de millimètre) .
- Depuis, on a fait beaucoup mieux. Les pionniers dans la nouvelle voie furent l’Allemand Gossler et l’Américain Roïboul, qui, dès 1920, réussirent à obtenir des fibres de moins de 10 p; aujourd’hui, on déscend jusqu’à 2 ou 3 p; on pourrait les faire plus fines si c’était nécessaire.
- Voici, à titre de comparaison les diamètres minima de quelques fibres, naturelles ou artificielles : soie naturelle du cocon, 7,5 p ; fibre de coton et rayonne de viscose, xo p; rayonne d’acétate de cellulose, i3 p; cheveu le plus fin des femmes blondes, 5o p.
- 1. Voir La Nature des 15 avril, 15 mai, 15 juin, 15 octobre, 15 décembre 1946 et 15 février 1947.
- Les applications de la fibre de verre étant conditionnées surtout par leur finesse et leur longueur, voici quelques renseignements sur les fibres qui étaient déjà obtenues industriellement en ig3g en France (Tableau I, fibres textiles) et en Allemagne (Tableau II, fibres non textiles).
- Tableau I. — Fibres de verre textiles.
- Désignation Diamètre Conslitution Produits fabriqués Destination
- Rayonne rie verre, ou v itrane. 3 à 5 9 Fibres longues, continues, parallèles, qui, au nombre de 100, forment un fil qui est retordu puis câblé. Fils pour guipage. Rubans, tissus. Isolation électrique. Tissus pour vêtements et ameublement.
- Sehappe, ou fibrane. 4 à 9 p Fibres courtes, discontinues, orientées, formant un ruban qui est câblé. Fils, rubans, tissus. Isolation thermique et électrique. Filtration , ameublement.
- Tableau II. — Fibres de verre non textiles (procédés allemands).
- Désignation Diamètre Constitution Produits fabriqués Destination
- Soie Gossler 14 à 22 p Fibres entrecroisées formant un matelas qui est feutré par étirage (dépi-lage). Feutres cousus ou armés, tresses. Cloisons poreuses. Isolation thermique, électrique et phonique. Filtres à gaz.
- Ouate Hager 14 à 22 p Masse en vrac.
- Laine i so-lante. 10 à 20 p Feutres de dimensions normalisées. Feutres cousus ou armés, bourrelets, tresses, charges pour moulages. Isolation thermique et phonique.
- La soie, l’ouate et la laine du Tableau II se distinguent des fibres textiles du Tableau I, non seulement par leur moins grande finesse mais aussi par leur longueur, pratiquement illimitée; elle ne dépasse pas 2 m pour les rayonnes, ou soies artificielles, et la soie naturelle, et 5 cm pour la laine.
- Les désignations du Tableau II sont traduites de l’allemand ; elles ne sont pas très heureuses ; d’ailleurs, la normalisation des désignations, aussi bien pour les fibres textiles que pour les autres, n’est pas encore bien établie ni acceptée par les fabri-
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- cants el les usagers ; les uns et les autres s’attendent à des perfectionnements nouveaux qui, très probablement, obligeront à changer ces désignations. Cependant, les mots schappe et fibrane paraissent devoir être, retenus, car, autrefois, le mot schappe ne s’appliquait guère qu’à des déchets ou de petits brins de soie, très courts et plus ou moins enchevêtrés, qui, après peignage, étaient cardés, filés, retordus, câblés et tissés comme le coton et la laine. Quant au mot fibrane, c’est une désignation nouvelle très acceptable, car il correspond exactement à la fibre de cellulose (Zellwolle, laine de cellulose des Allemands) qui remplace assez mal la laine mais mieux le coton, et qui possède à peu-près les mêmes propriétés que ces deux fibres naturelles, comme la fibrane de verre d’ailleurs.
- Etirage du verre en fibre.
- A la sortie du verre fondu d’un petit trou, sa tension superficielle est élevée ; elle a pour effet de lui faire prendre le volume maximum et la surface minimum, c’est-à-dire la forme d’une sphère (a, fig. i) ; c’est celle que le verre prendrait si la pesanteur et ia force d’extrusion exercée, au-dessus du trou par le verre fondu, comprimé ou non, au-dessus d’une filière,
- n’intervenaient pas; sous l’action simultanée de ces trois forces, la goutte de verre prend une forme plus ou moins allongée dans le sens vertical (b, fig. i) ; et il y a déjà tendance à la formation d’une fibre; mais l’obtention de fibres très fines, en ne faisant agir que les forces verticales (pesanteur et extrusion) est extrêmement difficile, à moins d’opérer à une température très supérieure au premier point de transformation É du verre; cela serait dangereux, car, alors, la viscosité étant beaucoup moindre qu’au point Tj, la fibre, trop fluide et manquant de ténacité, pourrait se rompre, ce qu’il faut absolument éviter. On opère donc à une température très peu supérieure à T* et l’étirage, terme en partie inexact d’ailleurs, s’obtient de trois façons différentes : i° par traction, exercée mécaniquement; 2° par centrifugation; 3° par entraînement, au moyen de fluides sous pression, suivant la verticale descendante (c, fig. i).
- Dans les trois cas, pour éviter la rupture de la fibre et des variations de son diamètre, il faut que sa vitesse, c’est-à-dire sa viscosité et, par suite, sa température, restent rigoureusement constantes; on obtient ce résultat assez facilement, soit, si on opère par entraînement au moyen d’un gaz ou de la vapeur d’eau en faisant varier progressivement la- température à mesure que la fibre progresse, soit en lui faisant traverser une atmosphère à température convenable.
- Il faut, de plus, pour éviter la rupture et les irrégularités, que le verre qui sort de la filière ait rigoureusement les mêmes propriétés mécaniques, ce à quoi on arrive, en ne soumettant à la fusion que des billes, bien calibrées, de la gros-seur d’une bille à jouer (x) ; elles doivent être sans soufflure, impureté, strie, nerf, bulle d’air ou écaille; ces billes sont examinées une à une, comme on mire les œufs pour en contrôler la fraîcheur, mais ici en employant des moyens et appareils perfectionnés et précis (balance, calibre, rayons X, qui révèlent la présence du moindre corps étranger, etc.).
- 1. Voir fig. 5, La Nature du 15 avril 1946.
- Étirage mécanique. — Le procédé Gossler, qui date de 1920, ne diffère pas essentiellement de celui qui a été signalé plus haut à propos de l’ancien étirage à la main; ici aussi, la traction est exercée par le tambour sur lequel la fibre s’enroule. C’est à peu près le même procédé qui a été employé plus tard, en 1890, aux États-Unis.
- Dans le pi'océdé Roï-boul, qui date aussi de 1920, on extrayait les fibres d’un bain de verre fondu par étirage d’un ménisque obtenu en y plongeant de fines baguettes de verre puis en les éloignant de sa surface; les fibres s’enroulaient ensuite, presque sans traction, sur une bobine animée d’un mouvement de rotation parfaitement uniforme.
- Dans un autre procédé, dû aussi à Gossler, et qui est encore appliqué aujourd’hui, les fibres sortent en très grand nombre des trous d’une filière; mais ces fibres s’entrecroisent par suite d’un mouvement de va-et-vient du tambour sur lequel elles s’enroulent On fabrique ainsi de la schappe de i4 à 22 p.
- C’est par un procédé analogue (fig. 2) qu’OwENs, aux États-Unis, a obtenu, pour la première fois en ig33,- des fibres vraiment textiles en se servant d’une filière à trous plus petits, en étirant les fibres, qui restent d’abord parallèles, puis se réunissent pour recevoir, en M, une huile d’ensimage (x) et former une sorte de fil assez gros avant de s’enrouler à une vitesse triple (4o m/sec) de celle qu’ont les fibres dans le second procédé Gossler (12 m/sec).
- Étirage par centrifugation. — Dans le procédé Hagèr, qui date de ig3i, on utilise la force centrifuge d’un disque réfractaire, horizontal, chauffé, qui fait 3 000 à 4 000 tours par minute, et qui est dentelé sur son bord. Ce disque reçoit en son centre un filet mince, vertical, de verre fondu qui est assez fluide, grâce à sa température élevée, très probablement supérieure au second point de transformation T2. La nappe d’ouate qui s’est formée est arrêtée dans son mouvement centrifuge par une trémie renversée, d’où elle tombe enchevêtrée sous la forme d’un cylindre, que des ciseaux mécaniques coupent à intervalles réguliers.
- Le grand inconvénient du procédé est d’exiger deux appareils semblables, à cause de l’usure rapide du disque qui, quoique en sillimanite (2), doit être remplacé toutes les 24 heures, sinon la qualité de la ouate laisse beaucoup à désirer;
- 1. L’ensimage, indispensable aussi, tant pour les libres artificielles que pour les fibres naturelles, a pour objet, en graissant les fibres, de les faire glisser l’une sur l’autre pendant le peignage, le cardage, la filature, le retordage et le tissage, et d’empêcher ainsi que le fil ne se casse au cours de ces opérations.
- 2. La sillimanite, ou fibrolithe, est un alumino-silicate d’aluminium naturel assez mal connu et de formule brute A.l2Si05 ou A.liaSi904a. Elle est pratiquement infusible et inattaquable par tous lés réactifs chimiques.
- Fig. 1. — Formes que prend une goutte de verre fondu sortant d’un petit orifice.
- a, forme sphérique, si la tension superficielle s’exerce seule ; — b, forme allongée sous l’aclion d’une poussée verticale descendante ; —
- c, forme en fil fin, par entraînement sous l’action d’un rapide courant d’air ou de vapeur, vertical et descendant.
- Four électrique de fusion
- Fibres'de verre
- Fig. 2. — Étirage mécanique de la fibre de verre en schappe par le second procédé Gossler, modifié par Owens.
- Les fibres, sorties de la filière, sont ensi-mées en M avant de s’enrouler sur un tambour animé d’un rapide mouvement uniforme.
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- pour être suffisamment fluide, ie verre doit être soigneusement affiné par l’addition à la « composition » d’un fondant. La supériorité de ce procédé sur les précédents est sa très grande productivité, jusqu’à i ooo kg d’ouate par 24 heures (12 kg de fils seulement par le procédé Oivens et 100 kg de schappe par le second procédé Gossler).
- Étirage par entraînement au moyen d’air ou de vapeur sous pression. — Dans le procédé Owens-Illinois, qui date de 1 g33, un jet de vapeur à i5 kg/cm2, surchauffée à 35o°, est envoyé, dans une direction peu inclinée sur celle du déplacement des fibres de verre. La figure 3 ci-jointe et sa légende expliquent son fonctionnement. Les tourbillons formés dans la hotte H brisent les fibres qui étaient continues à leur sortie de la filière P; les fibres sont donc obtenues en brins, qui ont de 1 à 5 cm de longueur. Ces brins, après avoir été ensimés par une émulsion d’huile dans l’eau, tombent enchevêtrés en une nappe dont l’épaisseur dépend de la vitesse du tapis T et dont la forme dépend des usages auxquels la nappe est destinée. Cette forme est donnée sur le tapis même par divers organes; par exemple, on obtient ainsi des rubans dont la largeur peut varier de 5 à 80 cm.
- Les fibres ont un diamètre de i5 à 22 jjl. La machine peut compter jusqu’à 8 filières et produire par jour i5 t de fibres. Les trous de la filière (en platine) ont 2 mm de diamètre.
- Fig. 3. — Réduction de la schappe de verre par le procédé Owens-Illinois.
- A, cône d’entraînement des fibres de verre par la vapeur ; — D, et D„, découpeurs de la nappe de fibres de verre ; — E, appareil d’ensimage complémentaire ; —•' F, four de fusion ; — H, hotte ; — P, filière en platine ; — R, rouleau d’enroulement de la nappe ; — S, sécbeur ; — T, tapis de réception de la nappe ; — V, arrivée d’une émulsion d’ensimage (émulsion d’huile dans l’eau) ; — V,, sortie de la vapeur détendue et de l’émulsion en excès ; — /, arrière-creuset d’affinage du verre fondu, chauffé électriquement à une température rigoureusement constante.
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- La Compagnie de Saint-Gobain a entrepris la fabrication des différentes sortes de libre de verre et de tous les produits qui en dérivent. Son usine de Rantigny (Oise) leur est spécialement consacrée. Elle a apporté de nombreux perfectionnements aux procédés en usage à l’étranger et les a presque tous surclassés.
- Voici, à titre d’exemple, la machine Owens-Saint-Gobain avec laquelle on obtient la 'schappe de verre. Elle ne diffère pas, dans son principe, de celle d’Owens-Illinois, mais on y a apporté plu-sieurs perfectionnements (fig. 4).
- Les trous de la filière sont plus petits ; au lieu de vapeur on emploie de l’air comprimé à 200 g/cm2, insufflé à une vitesse plus grande que la vapeur et immédiatement au:dessous de la filière; la hotte est supprimée. On évite ainsi les tourbillons.
- Un ajutage venturi augmente la vitesse de l’air comprimé. Les fibres mesurent 4 à 8 pi. Elles sont enroulées sous la forme d’un ruban sur la bobine B après avoir été cardées mécaniquement par un système de galets G. Ce résultat est obtenu en combinant l’aspiration A, exercée à l’intérieur du tambour T par un ventilateur, à l’étirage exercé à la fois par l’entraînement et la bobine. On obtient ainsi un ruban mis en forme. La production est de 3o kg par 24 heures.
- Les filières méritent une mention spéciale. C’est de leur bon état que dépend l’uniformité de qualité du produit. Dans presque toutes les machines que nous avons décrites, elles sont en platine. Après 3oo heures de marche, chaque filière est revir sée pour savoir si ses trous ne se sont pas trop agrandis ; mais en général, elle n’exige son remplacement d’après 1 800 heures de fonctionnement. On la refond et c’est le même métal qui sert à nouveau; il suffit, le cas échéant, de faire l’appoint, pour compenser les pertes; elles sont minimes mais inévitables. Un atelier spécial est adjoint aux machines pour exécuter tout ce travail du platine qui demande beaucoup de soin.
- F
- Fig. 4. — Production de la schappe de verre par le procédé Owens-Saint-Gobain.
- A, aspiration d’air dans le tambour T ; —
- B, bobine d’entraînement et réceptrice ; — C, galets de cardage ; — F, four de fusion du verre ; — T, tambour de réception de la nappe ; — V, ajutage Venturi débitant l’air comprimé qui entraîne les
- fibres ; — /, filière de platine.
- (à suivre).
- E. Lemaire,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Les extraits de café du commerce se préparent en distillant une bouillie de café grillé moulu et d’eau, puis en recueillant les principes aromatiques volatils par condensation.
- Ensuite on filtre la bouillie restée dans la cucurbite, pour en séparer le marc et on concentre le liquide jusqu’à consistance sirupeuse. Après refroidissement, on mélange avec les produits volatils et colore avec du caramel.
- Extraits de café.
- Les extraits commerciaux ont en général une composition voisine de la suivante :
- Extrait sec au bain-marie 30 à 40 0/0
- Cendres ................ 3 à 4 0/0
- Caféine ................ 0,03 à 0,10 0/0
- Le dosage de la caféine permet de se rendre compte de la proportion de café pur initial mis en oeuvre pour la prépa-
- ration de l’extrait, en admettant que celui-ci contenait environ 0,10 0/0 de caféine.
- Ce dosage s’effectue en épuisant l’extrait desséché par l’éther ammoniacal (éther sulfurique 5 parties, ammoniaque concentrée 1 partie), en chassant ensuite l’éther au bain-marie et épuisant cette fois par le chloroforme, on obtient la caféine presque pure.
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- UNE MALADIE NOUVELLE :
- La fièvre Q
- La dernière guerre, avec ses énormes déplacements de troupes et de populations à travers le monde entier, n’a pas manqué aussi de transporter des parasites et de faire apparaître des épidémies dans des régions où elles étaient jusqu’alors inconnues. On a revu, comme dans toutes les guerres, le typhus, la peste, la fièvre jaune, le paludisme. On a aussi observé des maladies nouvelles ou plutôt mal distinguées jusqu’ici et M. E. Brumpt vient de signaler dans La Presse médicale (*) l’une de celles-ci, :a « Q lever » ou « Balkan Grippe Strain ».
- Lorsque les Allemands occupèrent la Grèce, leurs troupes furent atteintes d’une sorte de grippe assez bénigne, la grippe balkanique, ressemblant à une forme anormale de pneumonie. Elle sévit également sur les armées anglaises et américaines qui débarquèrent ensuite en Grèce, en Italie et en Corse.
- En 1943, M. Jean Caminopetros, de l'Institut Pasteur d’Athènes, constata que des cobayes inoculés avec du sang de soldats allemands malades développaient une rickett-siose fébrile. Du sang de ces cobayes, envoyé plus tard aux États-Unis, fut reconnu contenir des Rickettsia identiques à celles qui provoquent en Australie la « Q fever ». Les germes recueillis en Grèce ne provenaient pas de soldats australiens puisqu’on les avait trouvés chez des Allemands avant le débarquement des Alliés.
- Il est probable qu’il s’agit d’une maladie méditerranéenne restée jusqu’ici inaperçue en raison de sa bénignité. Peut-être aussi, les Rickettsia ne vivaient-elles que dans des animaux sauvages, réservoirs du virus, dont les terriers ont été mis à jour pendant les terrassements militaires, si bien que leurs ecto-parasites ont pu atteindre l’homme.
- La maladie fut découverte en 1937 par le Dr Derrick au Queensland, d’où son nom, chez des ouvriers d’abattoirs et des cultiva-
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- 1. La Presse médicale, n011 des l8r et 15 février 1947.
- teurs en contact avec le gros bétail. Le parasite fut isolé par F. M. Burnet et M. Freeman en 1937. L’animal porteur de germes fut reconnu être un petit marsupial de la taille d’un surmulot, le « Bandicoot » (Isodon torosus) qui s’infecte par la piqûre d’une tique (IIæmaphysalis humerosa). Cette tique n’attaque pas l’homme, mais peut le piquer expérimentalement. Une autre tique (Marga-ropus annulatus microplus) transmet la maladie au bétail et rejette de nombreuses Rickettsia dans ses déjections. L’homme peut être infecté par la piqûre d’autres tiques et plus probablement par l’ingestion ou l’inhalation des déjections puisque la « Q fever » a
- été observée chez des travailleurs de laboratoire faisant des cultures et des inoculations de germes, sans avoir été piqués.
- Dans le même temps, les médecins américains o b s e r-vaient un virus identique transmis par une autre tique, Der-macentor andersoni, déjà reconnue comme vecteur de la fièvre pourprée des Montagnes Rocheuses, de la tularémie et de ’a fièvre du Colorado. La transmission peut se faire par toutes les muqueuses. D’autres tiques ont fourni le même germe au Texas, à Panama, en Afrique du Sud, au Maroc.
- Les animaux réceptifs sont nombreux : macaque, cobaye, rat, souris, lapin, vache, chien (peu sensible), marsupiaux et rongeurs australiens, rongeurs américains.
- La maladie débute brusquement, après une incubation de 11 à 26 jours, par un accès fébrile pouvant atteindre 39° à 40°. Le malade se plaint de céphalée intense, surtout frontale, de froid sans frissons, de douleurs musculaires et d’une grande faiblesse ; souvent il perd l’appétit et a même des nausées et des vomissements. Les poumons sont atteints et l’on entend des râles fins, localisés qui augmentent jusqu’au dixième jour. Puis la température redevient normale, la convalescence est rapide; les complications sont rares, les décès exceptionnels. On ne connaît encore aucun traitement efficace. Voilà donc une nouvelle maladie humaine, peu dangereuse, mais assez largement répandue.
- Fig'. 1. — Le marsupial « Bandicoot » (Isodon torosus) vecteur de la fièvre Q
- en Australie.
- (Photographie du Département de l’Agriculture de Brisbane, communiquée par le DT Derrick).
- Les abeilles
- En novembre 1944, les Anglais attaquèrent Tanga, le port le plus septentrional de l’Est africain allemand. Les troupes, surtout indiennes, débarquèrent au nord de la ville et en approchèrent à travers une brousse dense un peu comparable à une jungle. Les abeilles, nombreuses dans cette région, dérangées par le passage des soldats, les attaquèrent. L’offensive anglaise échoua et dut être renouvelée plus d’un an après, avec succès cette fois. Le Dr van Doornick qui raconte ces faits dans Naturel History, met
- à la guerre.
- au point le rôle des abeilles dont les indigènes contèrent qu’elles avaient sauvé Tanga en combattant pour les Allemands. Il est probable que ceux-ci laissèrent s’accréditer l’idée qu’ils avaient des alliés chez les insectes et que les Anglais ne les démentirent pas, préférant que leur échec soit attribué aux hyménoptères. En fait, les abeilles ne semblent pas avoir influencé le sort des batailles.
- Le gérant ; G. Masson. — masson et cle, éditeurs, paris. — dépôt légal : 2° trimestre 1947, n° 4q4• — Imprimé en France.
- BARNÉOUD FRÈRES ET Cle, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 638. — 4-1947.
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- N° 3134
- 15 Avril 1947
- LA NATURE
- (Photo Look Magazine). 0
- LES ILES HAWAÏ
- 49e état des États-Unis d'Amérique ?
- Le 4 juillet 1776, 13 colonies anglaises s’unirent à Philadelphie pour proclamer leur indépendance. Progressivement, T Union, américaine s’accrut, la bannière étoilée s’orna de. nouvelles étoiles, et l’on compte maintenant 48 États — 48 étoiles — plus un dislrict fédéral (Washington) et deux territoires (Alaska et Hawaï). Cette extension n’est pas terminée et l’on envisage la prochaine création d’un 49- État qui sera Alaska, Porto-Rico ou Hawaï. Hawaï a beaucoup de chances d’être élu le premier. Lès Hawaïens jouissent depuis 1900 du statut spécial aux territoires : ils sont citoyens américains,, ont de larges pouvoirs de gouvernement autonome, ils sont représentés par un délégué au Gouverne-
- ment,fédéral de Washington et ont les mêmes droits que les Américains en ce qui concerne le commerce, la sécurité, la justice, etc. Leur gouverneur est appointé par le Président des États-Unis , il est choisi parmi les Américains résidant aux îles depuis 5 ans au moins. Un Sénat de lo membres, une Chambre des représentants de 30 membres sont élus par les citoyens ayant un an de résidence sur le territoire ; les femmes votent depuis 1920. Les Hawaïens demandent depuis longtemps à être reconnus comme État ; leur dernier vote dans ce sens date de 1940. L’année suivante, c’était la catastrophe de Pearl Harbor, l’entrée en guerre des États-Unis, le début de la campagne du Pacifique. Il fallut
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- Fig. 2. — La récolte des ananas.
- (,Photo Maison Lines).
- attendre des jours meilleürs qui sont enfin venus. Si le Congrès le décide, Hawaï sera le 49e État, le premier isolé par la mer du reste de la nation.
- Géographie.
- Histoire. — Les îles Hawaï furent découvertes en 1778 par Cook, au cours de son troisième voyage. Il les appela îles Sandwich en l’honneur du premier lord de l’Amirauté et y fut tué par des indigènes le 14 février 1779. Elles avaient peut-être été aperçues par Juan Gaetano dès 1555 et fréquentées par des Espagnols qui les appelaient Los Magos et la Mesa. La Pérouse y lit escale en juin 1780 et Vancouver y relâcha plusieurs fois de 1790 à 1795. Midway ne fut vue qu’en 1859 par le capitaine Brooks.
- Au moment où Cook débarqua, il compta aux Hawaï 400 000 habitants, des Polynésiens, d’une race très homogène, grands, vigoureux, fiers et gais, qui étaient sans doute venus des Indes occidentales par les Fiji et Samoa, il y a fort longtemps, peut-être dans les premiers siècles de notre ère.
- La poussière des îles du Pacifique resta longtemps sans guère exciter l’intérêt des grandes puissances et ce n’est qu’après le développement de la navigation à vapeur qu’on commença à tracer des lignes de navigation auxquelles elles servaient d’escales. Les puissances européennes qui s’étaient installés dans les grandes îles de Malaisie, d’Australie, des Philippines commencèrent à les exploiter industriellement, mais les îlots volcaniques ou coralliens restèrent peu fréquentés en dehors des grandes routes transpacifiques. Ce n’est qu’à la fin du xixe siècle qu’elles commencèrent à être convoitées : les Allemands, sans bonnes colonies, s’installèrent en Nouvelle-Guinée, aux Palaos, aux Carolines, aux Mariannes, aux Marshall, à l’archipel Bismark qu’ils perdirent toutes après la guerre de 1914 ; les Japonais, enser-
- L'archipel des Hawaï est un ensemble de huit grandes îles volcaniques et de nombreux îlots alignés de l’ouest-nord-ouest à l’est-sud-est sur 900 km, autour du 160° W et du tropique du Cancer ; il se continue vers l’ouest-nord-ouest par une série d’atolls, de bancs coralliens jusqu’à l’île de Midway par 28°30' N, à 1 850 km. Ces hauts fonds marquent, comme d’autres alignements d’îles la direction des grandes lignes de fractures du Pacifique central. L’archipel est loin de toute terre ; San Francisco, le port le plus proche, est à 4 000 km. La surface de l’archipel est de 16 700 km2. La plus grande île, celle de l’est, mesure à elle seule 11 000 km2 et est coiffée de deux des plus grands volcans du monde : le Mauna Kea (4 208 m) et le Mauna Loa (4168 m) ; avec le Kilauea, ils font partie du grand parc national. La capitale Honolulu et le port de Pearl Harbor sont sur l’île Oahu, la troisième du groupe par sa superficie. Le climat est un des plus délicieux du monde, doux, frais, égal, ensoleillé sans tempêtes tropicales. La pluviosité varie beaucoup d’un point à un autre ; ]e sommet du Mauna Kea, presque toujours dans les nuages, est un des points de très grande précipitation ; il reçoit plus de 12 m de pluie par an.
- Fig'. 3. — Pêcheur indigène lançant le carrelet.
- (War Department photo).
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- rés dans leurs îles surpeuplées, reçurent les possessions allemandes et y ajoutèrent Formose, Riou-Kiou, Boniu. Ils voulurent s’étendre plus loin, jusqu’aux Hawaï, mais les États-Unis, installés sur le Pacifique, songeant aux marchés asiatiques pour leurs exportations, annexèrent les Hawaï en 1896, achetèrent les Philippines à l’Espagne en 1898, occupèrent Guam, sur la route de Midway aux Philippines, l’île Toutouïba dans l’archipel des Samoa, les îles Galapagos au large de la sortie du canal de Panama, possession de l’Équateur. On sait la suite : le 7 décembre 1941, sans déclaration de guerre préalable, le Japon détruisit la flotte américaiue ancrée à Pearl Harbor, aux îles Hawaï ; seuls les porte-avions furent sauvés ; pendant quatre ans, les Américains reprirent le Pacifique île après île après avoir arrêté la poussée japonaise vers l’Australie et Fs finirent par débarquer au Japon qu’ils réduisirent à merci. Le destin du Pacifique n’est pas encore fixé puisque les traités de paix ne sont pas signés, mais il apparaît comme un équilibre de forces tendues et non plus comme l’océan de rêve d’autrefois.
- Méritera-t-il encore son nom ?
- Au nord, autour du détroit de Bering, Russes et Américains sont au contact, depuis que les Russes ont vendu en 1867 l’Alaska aux États-Unis.
- La grande route maritime transversale San Francisco-Manille vers la Chine et les Indes néerlandaises est tout entière américaine par ses escales d’IIono-lulu, Midway et Guam qu’un câlPe télégraphique relie depuis 1905. Des Hawaï une autre route va vers l’Australie à travers de nombreux archipels anglais ; elle peut s’appuyer aux Samoa sur une base américaine : Tou-tonila. La ligne San Francisco-Nouvelle-Zélande passe plus à l’est, entre les archipe’s français, avec escale à Tahiti. Enfin, dans l'Antarctique, les Américains manifestent depuis peu une activité d’explorations qui ne seront pas sans suite.
- Les Hawaï apparaissent dans eet ensemble comme l’escale qui porte à 4 000 km à l’ouest la défense de la côte américaine, la plaque tournante du Pacifique nord, l’entrepôt et le lieu de transit des marchandises de tout le Pacifique. On peut donc leur prévoir un bel avenir.
- Productions.
- La nature' volcanique du sol le rend très fertile ; le climat marin provoque de fréquentes pluies ; la position géographique assure une douce température ; l’agriculture peut donc se développer aux Hawaï et ces îles sont devenues de grands producteurs de sucre, de riz, d’ananas. Pour le sucre, seuls l’Inde, Cuba et Java dépassent la production hawaïenne. La culture de la canne a été mécanisée : sur les terres désormais irriguées, on prépare le sol en brûlant les feuilles sèches de la récolte passée avant de labourer ; on coupe les cannes au moyen de machines spécialisées et les tiges partent vers la sucrerie en wagonnets, en camions,
- en transporteurs aériens (fig. 1). Le riz occupe une partie des populations asiatiques immigrées. L’ananas a pris un développement extraordinaire ; le sol et le climat étant également favorables ; notamment, il pleut pendant la période de croissance et de maturation et il fait beau à la récolte ; la culture étant épuisante pour le sol, nécessite des engrais et une rotation ; les ananas, semés en longues lignes dans d’immenses champs, donnent leurs fruits en 20 à 24 mois (fig. 2) ; ceux-ci vont pour la plupart à des usines de conserves dont certaines machines emplissent et sertissent jusqu’à 1 300 boîtes par minute. Le caféier fournit aux besoins locaux et à l’exportation.
- Les eaux côtières sont riches en poissons dont beaucoup sont d’espèces particulières à l’archipel. La pêche est pratiquée par les
- indigènes avec leurs engins primitifs et contribue- au ravitaillement local (fig. 4) ; la pêche industrielle commence à s’organiser et fournit des usines de conserves.
- Le sous-sol n’est pas encore exploré.
- Population.
- Le recensement de 1940 indique 423 329 habitants, à peu près autant qu’à l’époque où Cook découvrit les îles, mais la composition de cette population a singulièrement changé. Au lieu d’être entièrement polynésienne, elle ne compte plus que 5 pour 100 d'Hawaïens purs et 10 pour 100 de métis; les Blancs forment 26 pour 1Ô0, les Japonais 37, les Philippins 12, les Chinois 7, les Coréens 1,6 pour 100. Le caractère aimable, sociable des indigènes a favorisé les unions et les croisements ; leur amour de la mer les a éloignés des champs et des usines où les Jaunes sont accourus ; nulle part le mélange des races n’a peut-être été aussi intense et n’a abouti à un métissage aussi étendu et poussé (fig. 5).
- A part quelques équipages de bateaux naufragés restés dans les îles, on n’y trouve des Blancs qu 'après l’arrivée en 1820 de missionnaires de la Nouvelle Angleterre qui commencèrent à répandre l’anglais et l’influence américaine. Le développement de la culture et de l’industrie sucrière attira les Chinois, nombreux surtout entre 1870 et 1880 ; des Portugais vinrent en 1878, des Scandinaves en 1881, puis des Japonais suivis de Coréens en 1901, d’Espagnols, de Porto-Ricains, de Philippins, après les pertes coloniales de l’Espagne.
- Aujourd’hui, les Philippins forment le gros de la main-d’œuvre des plantations ; les Chinois sont les plus riches marchands ; les Japonais sont de petits fermiers, boutiquiers et artisans ; les indigènes restent pêcheurs. Depuis la guerre, l’immigration a cessé et le métissage s’est encore étendu. Aucune des races en présence n’est dominante ; on a redouté un certain temps l’invasion japonaise, mais cette crainte s’est évanouie depuis qu’on a vu les Hawaïens d’origine nippone combattre dans les rangs américains pendant toute la campagne du Pacifique, servir au besoin d’interprètes, collaborer à l’effort de production sans sabotage, et s’illustrer jusque sur les champs de bataille d’Italie.
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- Fig. 5. — Une preuve du métissage :
- trois cousines allant à la même école, de descendances japonaise, philippine et anglaise.
- Les langues parlées sont nombreuses, mais l’anglais se répand plus qu’aucune autre, tandis qu’on s’efforce de conserver la langue locale, l’une des plus musicales parmi les dialectes polynésiens.
- A côté des huttes primitives de tiges, d’écorces et de feuilles, l’architecture coloniale américaine est apparue dans les villes, à côté de maisons et de pagodes chinoises, sans parler des mélanges de styles qu’on observe dans un même immeuble. Honolulu est une ville moderne avec gratte-ciels, bureaux, boutiques de luxe, banques, théâtres, larges rues, etc. ; dans le port voisinent le canot indigène à balancier et les grands liners des sept grandes lignes pacifiques qui se croisent à cette escale centrale du Pacifique.
- Les Américains ont organisé l’instruction dans les îles depuis -les jardins d’enfants jusqu’à l’université créée en 1908 ; on compte dans celle-ci 2 000 étudiants. Une expédition de la Smithsonian Institution a fait l’inventaire de la faune et de la flore. Le service d’hygiène des États-Unis a étudié l’état sanitaire et les maladies tropicales dans les lîes où fonctionnent maintenant plusieurs hôpitaux. Il n’est pas jusqu’aux problèmes du travail qui n’aient été abordés dans les « labor unions » comptant aujourd’hui 30 000 membres.
- Parce que Honolulu est le joyau du Pacifique central, parce que les États-Unis ont pu craindre de perdre avec les Hawaï, la maîtrise de cet océan, ils se hâtent d’incorporer ces îles dans l’Union. Et c’est pourquoi le Secrétaire d’État à l’Intérieur Ickes déclarait dernièrement : « Malgré la composition très cosmopolite de la population, le peuple d’Hawaï vit et se dirige comme une. communauté américaine unifiée ». Elle va sans doute le devenir.
- La mangouste tue-t-elle les serpents ?
- Il y a moins d’un an, La Nature (n° 3118, 15 août 1946) parlait des t( méfaits » de la Mangouste. Introduite dans divers pays pour lutter contre les rongeurs, elle s’était tellement multipliée qu’elle y était devenue un nouveau fléau, d’autant plus qu’elle s’attaquait plus encore aux oiseaux, aux lézards, aux grenouilles, aux araignées qu’aux rats et aux insectes nuisibles.
- Et voici qu’elle perd maintenant sa dernière réputation et la plus sensationnelle !
- Tout le monde connaît le panégyrique de Rudyard Kipling (Le livre de la jungle). Rikki-tikki-tavi, la Mangouste, tue successivement Karait, le Serpent brun, puis Nag, Nagaïna, le couple de Cobras et leurs 25 œufs qui allaient éclore. Est-ce légende que tout cela ?.
- Il y a quelque temps, le Dr Raymond L. Ditmars avait cinématographie le combat d’une Mangouste et d’une Vipère fer de lance et ce « documentaire » se terminait aussi par la mort du Serpent. Kipling n’avait donc pas exagéré.
- Mais des doutes ont été récemment émis sur le mérite de la Mangouste et le dernier numéro de Natural History, la splendide revue du National Muséum de New-York, apporte à la controverse l’avis autorisé de M. C. M. Bogert, professeur et curateur du département des Amphibiens et des Reptiles de ce musée.
- En ce qui concerne le film, M. Bogert fait remarquer que les observations d’animaux en captivité donnent souvent des idées érronées sur ce qui se passe dans la nature, notamment, des animaux qui s’ignorent, se combattent en champ clos, sans que cela prouve leurs habitudes et leurs préférencès.
- Pendant ses expéditions en Asie centrale, Clifford H. Pope fit combattre des Mangoustes et des Cobras : une Mangouste de belle taille présentée à un petit Cobra tua le Serpent, mais une autre un peu plus petite ne vint pas à bout d’un Cobra de 1,50 m. Le Dr P. E. P. Deraniyagala, de Ceylan, enferma ensemble une Mangouste et un Cobra ; pendant un quart d’heure, la Mangouste ne réagit pas au serpent qui attaquait ; puis le combat commença ; après 50 mn de lutte, les deux animaux épuisés furent séparés ; ni l’un ni l’autre n’avait succombé.
- Tout cela ne contredit pas formellement Kipling, mais il y a pis. En 1930, le Dr Thomas Bourbour avait attribué la diminution du nombre des Vipères-fer de lance à La Martinique à l’introduction de la Mangouste dans cette île. En 1944, le surintendant de Sainte-Lucie signala une recrudescence des fers de lance, malgré l’acclimatation de la Mangouste qui avait pullulé. A La Trinité, le Dr C. B. Williams examina les contenus stomacaux de 180 Mangoustes ; il n’y trouva aucun reste de fer de lance, bien que cette Vipère soit très commune ; 18 seulement contenaient des débris de serpents d’espèces inoffensives ; les autres avaient mangé des Rats, des insectes nuisibles, des Crabes, ce qui peut être bon pour l’homme, mais aussi des Oiseaux utiles, des Grenouilles, des Lézards, des Araignées. Les préférences alimentaires / de la Mangouste ne sont donc pas orientées dans un sens profitable à l’homme, et c’est ainsi qu’il en est bien souvent quand on ne se contente pas d’admirer une coïncidence qu’on croirait finaliste et qu’on étend son enquête à toutes les réalités.
- La prudence s’impose en matière d’acclimatation d’espèces soi-disant utiles, après tant de déboires enregistrés si souvent.
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- T. S. F. d'émission
- La technique de fabrication des lampes de T. S. F. d’émission a considérablement évolué depuis ces dernières années. Avant la guerre, c’était une manière de travail artisanal, dans lequel l’habileté manuelle du souffleur de verre jouait le
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- Fis. 1. — Les éléments d’un tube électronique d’émission scellé.
- De gauche à droite : filament ; grille ; anode ; verreries.
- rôle essentiel. Maintenant, c’est une opération industrielle précise, étudiée rationnellement et qui donne des résultats constants. Nous allons voir par suite de quelles recherches et de quelles élaborations successives on a pu faire ainsi progresser cette technique. Dans une intéressante communication faite récemment à la Société des Radioélectriciens, M. Matricon a donné sur ce problème les renseignements les plus complets, auxquels nous nous référons.
- de ccs défauts et élaboré de nouvelles méthodes de fabrication. C’est ainsi, par exemple, qu’à la forme rentrante du pied du tube on a substitué une forme convexe, mieux appropriée au rayonnement calorifique. La dissipation est mieux assurée par la multiplication des entrées de courant, qui permet en outre le chauffage cathodique en courants polyphasés. Les capacités et inductances des sorties de grille et de cathode ont été fortement réduites par l’adoption de formes plus rationnelles.
- Procédés de chauffage et de soudure à haute fré* quence. — La plus grande révolution technique réside dans le remplacement des procédés manuels par des procédés automatiques, du fait de la substitution du chauffage par courants électriques de haute fréquence au chauffage par chalumeau.
- Le chauffage du métal et du verre est obtenu au moyen d’un solénoïde entourant les pièces à souder et parcouru par le courant à haute fréquence fourni par un générateur de quelques kilowatts de puissance.. La bague supportant la grille est d’abord mise en place et enfoncée à la profondeur désirée dans le verre du pied, ramolli par la chaleur. Puis, après réchauffage du verre en étuve électrique, on soude successivement les diverses entrées de cathode. L’oxydation est évitée, lors du refroidissement, grâce à une atmosphère de gaz neutre. La bague de verre cylindrique, formant le tube, est ensuite soudée à l’ensemble grille-cathode. Et en dernier lieu, on soude cette bague sur l’anode, préalablement chauffée. Ce procédé de soudure électrique à haute fréquence, mis au peint en 1937 par la Compagnie générale de Radiologie, donne des résultats très constants et un minimum de pièces rebutées. Il convient même pour des soudures de grandes dimensions.
- Les défauts des anciennes lampes. — Ces défauts provenaient pour la plupart de la conception première des tubes conventionnels.
- C’est ainsi, par exemple, que, dans les anciennes lampes, subsiste un pied en verre avec pincement servant de support à la cathode. Là grille çst ensuite montée sur le pied de l’anode soudée à la verrerie. Pour la finition, le tube est monté sur un tour vertical, sur lequel les soudures sont pratiquées au chalumeau.
- En raison de cette conception et de ce mode de fabrication, les lampes anciennes supportent mal les efforts, tant mécaniques qu’électriques, qui leur sont demandés. Au point de vue thermique, la forme rentrante du pied entrave la dissipation de la quantité énorme de la chaleur à évacuer. Au point de vue électrique, la sortie de grille introduit une capacité et une inductance trop grandes, particulièrement gênantes pour les ondes courtes. Les connexions de la cathode présentent aussi trop d’inductance.
- Les laboratoires ont entrepris des recherches visant à la suppression
- Fig. 2. — La salle des machines de soudure verre-métal.
- A. partir du fond, on aperçoit deux bancs de pompage, une machine' de soudure des joints verre-métal, deux machines de soudure des entrées de courant et, au premier plan, une autre machine plus grande pour lampes de grande puissance. Derrière, rails sur lesquels circulent les générateurs à haute fréquence
- alimentant les postes de soudure.
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- Dans la nouvelle fabrication, on a abandonné le tour vertical qui n’a plus de raison d’être, puisqu’il avait été conçu pour le travail au chalumeau. Par contre, le solénoïde à haute fréquence et les étuves de recuit et de préchauffage sont montées sur des glissières verticales. L’escamotage du solénoïde est prévu pour certaines opérations de fabrication, de même que l’excentrage du solénoïde afin de régulariser le chauffage. La montée et la descente des organes mobiles sont commandées par manivelles. Pour la soudure des sorties de cathode, l’électrode saisie est mise en place et centrée. Des machines de grand modèle sont prévues pour la soudure des entrées de cathode multiples assurant le chauffage par courants polyphasés. L’importance des systèmes de centrage est capitale; pour le bon fonctionnement du tube, il est indispensable que la grille et l’anode soient rigoureusement coaxiales. Cette opération exige un repérage très précis. On évalue avec précision, par la tension des ressorts du berceau d’anode, la hauteur dont le métal s’engage dans le verre au moment de la soudure. On pratique enfin le recuit pendant quelques instants.
- La régularité de la fabrication est assurée du fait de la suppression de l’équation personnelle représentée par le souffleur de verre. Ce travail individuel délicat, exigeant des ouvriers qui sont de véritables artistes, n’est plus conservé qu’au laboratoire pour l’étude des prototypes.
- En dehors des procédés par haute fréquence que nous venons de décrire, on se sert encore, pour la fabrication des lampes d’émission, de fours à vide à chauffage par résistance développant une température de 2 000 C et de dispositifs de soudure électrique autogène par points pour les anodes et autres électrodes.
- L’atelier de fabrication est complété par une installation de pompage pour faire le vide dans les lampes, par des bains de traitements électrolytiques (décapage et brillantage), par un dispositif d’enduction des cathodes au pistolet, par un dispositif pour vérifier l’étanchéité à l’air des soudures. Le scellement du tube est opéré automatiquement à la fin du pompage. Le tube de verre de vidage, ramolli par la chaleur, est aplati sous l’action de la pression atmosphérique, puis étiré et sectionné.
- Rationalisation des éléments de fabrication. —
- Pour passer du stade artisanal au stade réellement industriel, il ne suffit pas de changer les méthodes, il faut encore rationaliser. Cet effort a été entrepris avec succès sur les éléments essentiels de la fabrication. Dans les anciens tubes, il y avait autant de types de pièces détachées que de modèles de lampes,
- Fig. 3.
- Les éléments d’une triode démontable de grande puissance à vide entretenu.
- ce qui compliquait beaucoup le travail. Aucune pièce n’étant interchangeable, la construction en série, avec tous les avantages qu’elle comporte, ne pouvait être envisagée. En outre, un outillage particulier devait être mis en œuvre pour chaque type.
- Tout en réformant les méthodes de' fabrication, on s’est attaché à étendre les bienfaits de la rationalisation au plus grand nombre possible d’éléments. La construction, ainsi simplifiée quant aux pièces et à l’outillage, peut être entreprise en série. Un seul modèle d’anode convient à trois types de tubes différents : 100 , i5o et 25o kW. Un seul support de grille est en service sur 6 tubes; et pour i3 tubes différents, on n’utilise que 3 modèles de bague d’anode et 2 modèles d’entrée de cathode. Seules les cathodes et les grilles, qui représentent les éléments caractéristiques 'de chaque type de tube, ne sont pas normalisés. Cependant, on parvient d’ores et déjà à monter à l’avance des sous-ensembles normalisés interchangeables, dont on ne sait, à l’avance, s’ils seront utilisés pour fabriquer tel ou tel type de tube.
- Chauffage cathodique en courants polyphasés. —
- La construction des tubes d’émission a été très améliorée par la multiplication des entrées de cathode. Et l’on a profité de cette amélioration d’ordre mécanique pour introduire un autre perfectionnement d’ordre électrique : le chauffage de la cathode non plus en courant continu ou monophasé, mais en courants polyphasés. Suivant les réseaux, on peut employer à cette fin le diphasé, le triphasé ou même l’hexaphasé. Ce nouveau mode de chauffage réalise une économie d’installation importante : les groupes convertisseurs rotatifs sont supprimés et on leur substitue une installation statique, plus simple, qui n’introduit qu’un ronflement négligeable.
- Laboratoires de recherches, de fabrication et de contrôle. — La qualité et la pureté des matériaux employés joue un rôle capital dans la fabrication des lampes d’émission. La présence dans l’un de ces matériaux d’une trace infime d’impureté peut handicaper toute une série. On ne doit donc employer que des produits de choix susceptibles de supporter des contraintes électriques ou mécaniques élevées. De plus, la soudure du métal au verre ne souffre aucune médiocrité. Elle serait compromise par des matériaux de qualité inférieure. Ses imperfections créent des risques de défauts et des irrégularités de spectrographie.
- La fabrication des lampes fait intervenir le travail de plusieurs laboratoires, notamment de chimie, de métal-lographie, de spectrographie. Dans la section de chimie, on poursuit à la fois les recherches sur la qualité des matériaux, le contrôle de la pureté des échantillons, et les traitements spéciaux de fabrication, tels que le décapage des métaux et le brillantage de leur surface.
- La métallographie permet de son côté de déceler les défauts de structure, notamment les failles dans les pièces laminées, profilées et les tôles.
- Le contrôle micrographique s’exerce sur les métaux appelés à supporter diverses contraintes. C’est le cas notamment pour le fer, le nickel, le cobalt et les alliages pour la soudure du verre. La micrographie révèle les défauts d’homogénéité, la présence de substances indésirables, telles que les grains d’oxydule dans le cuivre. La structure et le grain de la cristallisation jouent aussi un rôle important.
- En dernier ressort, et si les méthodes précédentes se montrent d’une sensibilité insuffisante * on a recours à la spectrographie par rayons ultra-violets. A cet effet, on utilise un arc à haute fréquence,
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- Fig. 4.
- Fig. 5.
- Fig. 4 et 5. — Les tubes de l’étage de puissance et de l’étage modulateur du poste émetteur à ondes courtes d’Allouis.
- (Documents de la Cu française Thompson-Houston).
- dont le spectre est projeté sur un écran agrandisseur sur lequel les raies ont été préalablement repérées. La proportion du métal ou 3e l’impureté ressort de la photométrie des raies spectrales.
- Il arrive souvent que l’examen des échantillons par les méthodes usuelles ne permette pas d’expliquer les irrégularités de qualité observées au cours de la fabrication. Par sa sensibilité, l’analyse spectrale indique la présence de certaines impuretés telles que manganèse ou étain, dont la teneur dans les cathodes, par exemple, est assez variable.
- Le spectroscope donne aussi la possibilité de mesurer la nature et la proportion des gaz occlus dans les anodes.
- La méthode spectrographique permet de reconnaître, par exemple, pourquoi deux échantillons de métal apparemment identiques sont respectivement l’un mou et l’autre dur. Alors que les essais mécaniques classiques et les examens chimiques ne font ressortir aucune différence morphologique appréciable, la spectrographie à l’ultra-violet trahit une structure granulaire du premier échantillon, décelée par des raies spectrales convergentes. L’élasticité insuffisante est rendue à ce métal par un relaminage.
- Tubes homothétiques. .— A titre d’exemple de ces nouveaux procédés de fabrication, citons la série de vingt-deux tubes d’émission homothétiques présentée par la Compagnie des Lampes. Ces tubes, qui sont tous semblables jusque dans leurs pièces les plus infimes, s’échelonnent sur des puissances depuis 6 W jusqu’à i5 kW. Ils comprennent des triodes, tétrodes et penthodes montées dans des tubes de verre cylindriques, auxquels sont soudés deux disques de verre, portant l’un l’anode et l’autre la grille et le filament. La sortie d’anode cylindrique peut être adaptée à un tube coaxial ou une cavité résonnante.
- Les sorties des autres électrodes forment broches de contact, qui s’engagent dans des supports évidés à pinces métalliques, analogues aux supports des lampes de réception.
- Tubes scellés ou tubes démontables. — Depuis plus de vingt ans se pose le problème de savoir si, en matière d’émission, il convient de donner la préférence aux tubes de verre scellés ou aux tubes démontables, dans lesquels le vide est constamment entretenu. L’expérience a montré que les tubes démontables fonctionnent actuellement «avec une régula-e rite comparable à celle des tubes scellés. D’autre part, il est évident que, du fait de l’absence des multiples soudures verre-métal, leur fabrication est très simplifiée. On n’a plus à rechercher un verre spécial pouvant se souder au métal et l’on peut employer le quartz, qui offre des pertes en haute fréquence des plus réduites et un meilleur isolement.
- La technique des tubes démontables, affranchie des difficultés de fabrication des tubes scellés, permet l’emploi d’éléments plus largement dimensionnés et plus pratiques.
- Reste i'inconvénient essentiel : l’obligation d’associer aux tubes les pompes nécessaires pour l’entretien dlun vide très poussé; le groupe de vidage comprend une pompe rotative, complétée par des pompes statiques à vapeur d’huile. Cependant les résultats obtenus en exjploitation montrent que l’ensemble du tube démontable et de son appareillage spécial ne subit pas plus de dérangements que l’installation des tubes scellés. D’ailleurs, les tubes actuellement en usage au centre radioélectrique à ondes courtes d’Allouis et ceux anciennement en service dans le poste national à grandes ondes confirment cette manière de voir. La capacité interne des électrodes et leur inductance propre peuvent être réduites à tel point que ces lampes démon-
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- tables peuvent « descendre » même au-dessous de 16 m de longueur d’onde. Elles bénéficient en outre du chauffage direct en courants triphasés.
- L’exploitation a montré que, si l’on tient compte de tous les facteurs, prix de revient du tube, installation des services annexes, amortissement de l’équipement et frais d’exploitation, on arrive, dans l’un et l’autre cas, à des résultats sensiblement équivalents.
- Ce sont plutôt des considérations d’utilisation technique qui décident du choix. La simplicité robuste des tubes démonta-
- bles permet d’envisager des puissances unitaires pratiquement illimitées. Ainsi, à l’heure actuelle, on peut réaliser en tubes démontables des puissances de crête de 2 000 kW par exemple.
- En résumé, grâce aux progrès des méthodes de fabrication, on a pu abaisser le prix de revient des lampes d’émission tout en augmentant leur qualité et leur puissance. La technique des radiocommunications en tirera le plus grand profit.
- Michel Adam.
- Coqueluche et aviation en altitude
- La coqueluche est une maladie infantile contagieuse contre laquelle on reste encore bien désarmé. Elle atteint presque tous les enfants et se manifeste entre autres par de très pénibles quintes de toux qu’on arrive à calmer un peu, mais qui se répètent pendant des semaines et même des mois.
- Depuis fort longtemps, on avait remarqué que le nombre et l’intensité des quintes diminuent parfois rapidement quand on change d’air et particulièrement quand on fait une cure d’altitude, entre 1 500 et 3 000 m ; la convalescence s’en trouve souvent accélérée.
- En 1927, le Dr W. Matter, de Strasbourg, alors médecin dans un groupe d’aviation, eut l’idée, au cours d’une épidémie de coqueluche qui sévissait parmi les enfants des pilotes, de faire changer d’air à l’un d’eux en l’emmenant une heure en avion à une altitude de 3 000 m dans l’appareil piloté par le père ; l’effet fut remarquable et les quintes disparurent en trois jours. L’année suivante, l’expériehce fut répétée avec succès.
- En 1927 également, un médecin berlinois, le Dr Ketter obtint la guérison de deux enfants par quelques vols d’une à deux heures à 3 000 m.
- Ces résultats firent quelque bruit et de nouveaux essais furent entrepris un peu partout, en Suisse, puis en Pologne, en Espagne, en Uruguay, au Chili, en Italie, en Angleterre, aux Etats-Unis, en Hollande, etc.
- En 1939, les Drs Clamanu et Becker-Freyseng, à l’Institut de
- recherches de médecine aéronautique de Berlin, comparèrent l’effet d’un vol en altitude à celui d’un séjour dans un caisson en dépression et conclurent en faveur du caisson qui leur donna 15 pour 100 d’améliorations et aucune aggravation tandis que l’avion provoqua seulement 10 pour 100 d’améliorations et 6 pour 100 d’aggravations.
- En 1945, à Paris, les Drs Baldy et Richou reprirent l’expérience en caisson au Centre d’études de biologie aéronautique du Service de Santé de l’Air ; ils traitèrent 296 malades, dont 275 enfants ; 128 seulement furent revus qui se répartirent ainsi « 28 guéris complètement et 65 améliorés franchement en moins de 5 jours, 5 aggravés les premiers jours puis améliorés, 30 sans changement.
- La même année, à Villacoublay, le Dr Clautour appliqua le vol en avion à 3 000 m pendant 45 à 60 mn à 127 coquelucheux et obtint 31 pour 100 de guérisons, 28 pour 100 d’améliorations et 40 pour 100 de résultats négatifs, sans aucune exacerbation.
- Ces constatations, dont plusieurs furent présentées au deuxième Congrès national de l’aviation française, viennent d’être réunies par La Médecine aéronautique (3). Elles donnent bon espoir de raccourcir la durée de la coqueluche par un moyen rapide de traitement, tout au moins pour certains malades.
- 1. La Médecine aéronautique, n° 11 de novembre 1946.
- Le pou de San José
- Saks répit, les « pestes » guettent nos cultures et par suite notre ravitaillement. Il y a quelques années, le Doryphore arrivait d’Amérique et saccageait nos plants de pommes de terre. Voici maintenant un autre ennemi le pou de San José (Quadraspi-distus perniciosus ou Aonidiella perniciosa) qui commence à paraître. C’est un insecte, une petite cochenille qui vit immobile sur les branches des arbres fruitiers, surtout les poiriers et les pêchers. Le pou perfore la branche où il est fixé, suce la sève et provoque une boursouflure de l’écorce qui devient noueuse et rougeâtre. Les jeunes arbres périssent en un à trois ans, ceux plus âgés résistent plus longtemps mais dépérissent.
- L’insecte ne se propage heureusement pas au loin. Seules les larves se déplacent pendant quelques heures et de quelques mètres au plus ; les femelles restent fixées au même point toute leur vie ; les mâles font de même sauf au moment de la reproduction.
- Le pou de San José est apparu en Europe depuis une quarantaine d’années et s’est multiplié surtout dans le bassin moyen du Danubë ; des îlots existent aussi aù Caucase, au Portugal et en Espagne. L’invasion de nouveaux pays est due uniquement aux importations de plants contaminés, de greffons et de certains fruits sur lesquels se trouve l’insecte vivant.
- En France, la première menace a été reconnue par Balachowsky vers 1932, on la combattit par le contrôle sévère des fruits en provenance d’Amérique et de l’Europe centrale. En 1935, un premier foyer fut décelé dans les Alpes maritimes, entre Cannes et l’Esterel ; d’étendue très restreinte au début, il s’étendit peu à peu et fut jugulé à partir de 1939. En 1941, deux nouveaux foyers se
- révélèrent, un limité en Vaucluse, l’autre bien plus diffus dans la banlieue ouest de Lyon. MM. Trouvelot et Vezin ont signalé & l’Académie d’Agriculture ce nouveau danger pour notre ' arboriculture et indiqué les moyens de lutte dont nous disposons. L’un est curatif, c’est le traitement sous bâches par fumigations de gaz cyanhydrique ; il détruit tous les poux vivants sur les arbres fruitiers, mais il faut étendre ce traitement aux vergers voisins. Les pulvérisations d’huiles minérales en émulsion sont aussi très efficaces quand elles sont faites avec beaucoup de soin, mais elles n’atteignent pas sûrement tous les insectes et ne font que sauvegarder temporairement la culture. L’autre moyen est préventif et peut être appliqué maintenant que la loi du 25 mars 1941 en donne le moyen. Il consiste en un contrôle sanitaire obligatoire qui s’exerce non seulement sur les plants et les fruits importés, mais aussi sur les pépinières, les plantations, les fruits, sur place, à l’expédition, sur les marchés.
- Si l’on veut éviter que cette nouvelle peste envahisse tout notre pays et détruise nos cultures fruitières, il faut que tous les agriculteurs collaborent â la lutte, et pour commencer qu’ils surveillent attentivement leurs arbres et envoient les petites cochenillés 3) qu’ils y pourront rencontrer au service de recherches qui a entrepris de sauvegarder notre patrimoine. Sinon, nous allons à un nouveau désastre dont nous n’avons vraiment pas besoin.
- Damel Claude.
- 1. Les envois, .peuvent être faits en franchise à M. le Ministre de l’Agriculture, Laboratoire de faunistique agricole, Étolie de Ghoisy, Versailles.
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- LES ORIGINES DE NOTRE NUMÉRATION
- Les nombres jouent un rôle si important dans la vie moderne que tous les hommes civilisés ont une longue habitude de notre système décimal de numération. Sa pratique, qu’ils acquièrent dès l’enfance, leur en rend l’usage presque automatique si bien que peu d’entre eux imaginent que d’autres procédés de compte auraient pu être utilisés. L’évolution de la numération, liée à la lente évolution de l’humanité et au hasard des guerres et des conquêtes, montre au contraire la grande diversité des systèmes numéraux et leurs lents perfectionnements depuis la première idée de nombre conçue par l’homme primitif jusqu’au système actuel si simple et si pratique.
- Les numérations concrètes primitives. •— La nécessité d’un système de notations permettant de distinguer les divers nombres concrets s’imposa aux hommes primitifs dès qu’ils voulurent dénombrer le produit de leurs chasses ou de leurs pêches, les bêtes de leurs troupeaux ou les mailles de leurs tissus. Les premiers modes de numération furent exclusivement concrets et se bornèrent à utiliser des objets symbolisant l’unité, réunis en même nombre que les objets de la collection à dénombrer. La méthode très naturelle qu’utilisent parfois nos jeunes enfants et qui emploie les doigts comme unités précéda certainement toutes les autres numérations concrètes et est encore répandue chez de nombreuses peuplades d’Afrique. Malheureusement, ce procédé si simple ne permet de compter que jusqu’à dix ou ou mieux jusqu’à vingt en utilisant à la fois les doigts des mains et ceux des pieds (usage courant dans certaines tribus africaines). Des méthodes plus perfectionnées et plus savantes de calcul digital, permettant de compter sur les deux mains jusqu’à 10 000 étaient répandues dans l’Antiquité chez les peuples orientaux, les Grecs et les Romains. Leur emploi qui se retrouve en Occident au début du Moyen Age (voir flg. 1) et qui persiste de nos jours dans certaines contrées de l’Inde et du Proche-Orient s’est effacé peu à peu devant l’extension constante de notre numération écrite. Concurremment aux méthodes digitales, on trouve de nombreux autres procédés primitifs de numération concrète. C’est ainsi que les anciens Romains comptaient à l’aide de cailloux, les Incas à l’aide de noeuds faits sur des cordes, les Chinois à l’aide d’entailles tracées sur des bambous et qu'aujourd’hui encore certaines peuplades océaniennes utilisent des coquillages qui leur servent à la fois d’unités pour les comptes et d’unités monétaires.
- La numération parlée. — Peu à peu cependant, au fur et à mesure de leur évolution, les peuples primitifs jugèrent insuffisantes ces représentations concrètes et cherchèrent à exprimer dans leur langage les divers nombres. Un premier procédé consiste à faire suivre les noms d’objets d’une terminaison variable suivant leur nombre. Certaines langues conservent des traces de cet ancien, usage et pour'certains mots distinguent entre le singulier (un objet), le duel (deux objets), le triel (trois objets) et le pluriel (plus de trois objets). Mais, ce procédé ne permet de désigner que les tout premiers nombres, aussi, chez les peuples plus évolués, songea-t-on à faire précéder le nom des objets d’un mot exprimant leur nombre. Cet usage, qui nous semble si simple, suppose cependant une certaine abstraction de pensée. C’est ainsi que quelques peuplades du Congo Belge qui savent nommer les premiers nombres préfèrent, après les avoir énoncés, confirmer à l’aide de gestes. Si les noms de nombres sont choisis au hasard, le champ d’application de ce nouveau procédé de numération parlée est vite limité par les possibilités de la mémoire.
- Le principe de la base. — Dès que des préoccupations financières. apparurent chez les premiers peuples, il devint nécessaire de désigner de grands nombres et pour cela de créer une méthode
- rationnelle permettant de façon commode d’énoncer et de retenir le nom des nombres. Le procédé adopté dans ce but par tous les peuples antiques consiste à choisir un nombre appelé base du système numéral, à grouper les unités du nombre à évaluer par « paquets », chaque « paquet » en renfermant un nombre égal à la base, puis, s’ils sont trop nombreux, à grouper les « paquets » de façon analogue. L’habitude de compter sur les doigts influença beaucoup le choix de la base. Les systèmes les plus anciens, tels les numérations archaïques égyptienne et chaldéenne semblent avoir adopté la base b, mais la base 10 s’imposa rapidement partout et notre numération décimale parlée qui groupe les unités en dizaines, les dizaines en centaines, etc., vit le jour presque simultanément en divers pays vers le début du 3e millénaire avant notre ère. Quelques exceptions demeurèrent néanmoins : c’est ainsi que les Aztèques du vieux Mexique et les Celtes utilisèrent couramment le système vigésimal de base 20 (le mot « quatre-vingts » est une trace de cet ancien usage) et que les Babyloniens créèrent, par combinaison des bases 10 et 12, un système numéral de base 60 qui s’adaptait remarquablement à tous leurs systèmes de mesu-
- Le, nombre 9 Le nombre 30
- Fig. 1. — Exemples de nombres représentés en numération digitale.
- res. La mesure sexagésimale des angles en degrés, minutes, secondes, qui nous vient des Chaldéens par l’intermédiaire des Grecs, demeure, après l’adoption du système métrique, une survivance anachronique de cette antique numération.
- L’origine des numérations écrites. — La numération écrite la plus simple n’est en réalité qu’un cas de numération concrète primitive, aussi son origine se perd-elle dans la nuit des temps préhistoriques. Elle se borne à choisir un signe pour symbole de l’unité (un bâton, le plus souvent) et à répéter ce signe autant de fois qu’il est nécessaire. Ce procédé, utilisé aujourd’hui encore pour compter les points au jeu de cartes, joua, jusqu’à une date récente, un rôle important. En effet, l’usage des autres numérations écrites demandait un minimum d’instruction que, jusqu’au xvm® siècle, l’immense majorité de la population ne possédait pas.
- L’invention de l’écriture permit d’écrire le nom des nombres tout au long : c’est ce que firent les Grecs aux alentours du premier millénaire avant notre ère et les Arabes aux tout premiers temps de leur Empire. Mais ce n’était là qu’un pis-aller peu commode, ne permettant aucun calcul et son emploi dura peu.
- En effet, la découverte du principe de la base permit de perfectionner rapidement les modes concrets de représentation numérale. Ainsi, en choisissant des objets représentatifs des divers ordres d’unités, pour représenter dans le système décimal un nombre tel que 327, il suffit de 3 des objets représentant les centaines, 2 représentant les dizaines et 7 représentant les unités. Plusieurs peuplades océaniennes opèrent ainsi à l’aide de différentes sortes
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- 138
- M c X 1
- O O O O
- O O O O
- O O O
- O O O
- O O
- O
- a) Abaque primitif à jetons-unités.
- M c X l
- © © © ©
- b) Abaques à jetons numérotés (x° au xnie siècle).
- M c X 1
- O O O
- O O
- O
- O
- . t O O
- c) Boulier-compteur (seuls comp- d) Abaque à jetons-unilés amé-
- tent les jetons glissés vers le lioré (un jeton du bas vaut
- haut). 5 jetons ordinaires de la même
- colonne).
- Fig. 2. — Schéma d’emploi des différents types d’abaques et bouliers (Écriture du nombre 4625).
- cident latin pendant tout le Moyen Age et persista même après l’introduction de notre numération moderne pour la vérification des calculs. Molière nous en donne un exemple au début du premier acte du « Malade Imaginaire » quand il montre Argan contrôlant à l’aide de jetons les comptes de son apothicaire. Dans nos administrations, l’emploi de l’abaque persista jusqu’au xyme siècle ; à partir du xni6 siècle, les jetons officiels furent ornés de devises recommandant aux comptables la plus grande prudence. A la Cour des Comptes, chaque auditeur, muni d’une bourse à jetons, suivait la lecture des comptes en exprimant les nombres sur l’abaque à l’aide de jetons qu’il ramassait ensuite en additionnant. Certains de ces abaques utilisés par les comptables publics portaient à la fois des lignes et des colonnes d’où leur nom d’échiquiers. En Angleterre, les comptes publics se faisaient aussi au Moyen Age sur un échiquier de grandes dimensions ; le Ministre des Finances qui contrôlait le travail des trésoriers prit le nom de « Chancelier de l’Échiquier », qui lui est resté. En France, le calcul avec jetons ne disparut qu’à la Révolution ; l’abaque fut d’ailleurs réintroduit peu après dans l’enseignement élémentaire sous la forme neuve et simplifiée du boulier compteur, instrument de calcul que l’on rencontre aujourd’hui dans les écoles et dans les salons de billard (fig. 2 c). Nos machines à additionner modernes, dont le prototype fut inventé par Pascal en 1642, ne sont au fond qu’un abaque automatique et perfectionné où. les additions se font mécaniquement.
- L’habitude, si courante au Moyen Age,- du calcul sur abaque facilita certainement l’adoption de notre système numéral car l’un et l’autre reposent sur un même principe : donner, soit aux jetons pour l’abaque, soit aux chiffres pour notre numération des valeurs variables suivant leur position. Le passage d’un système à l’autre apparaît d’ailleurs vers la fin du xe siècle, époque où le moine français Gerbert ou un de ses contemporains (ce point n’est pas encore élucidé) imagina de numéroter de 1 à 9 les jetons de l’abaque à l’aide de chiffres romains, ce qui permit de ne placer qu’un jeton par colonne (fig. 2, b). Au xie siècle,
- de coquillages et, avant l’autre guerre, dans certaines de nos campagnes, les comptes chez les boulangers étaient notés de cette façon à l’aide d’encoches tracées sur un bâton de bois, certaines figurant les unités, d’autres, plus grandes, les dizaines. En remplaçant les objets par des signes écrits, on obtient une représentation numérale écrite à principe additif dont la numération hiéroglyphique égyptienne nous fournira plus loin un exemple typique.
- On peut appliquer de façon différente le principe de la base en traçant sur un tableau ou sur une pierre plane des colonnes réservées aux divers ordres d’unités. Pour figurer un nombre, il suffit alors de placer un nombre convenable de jetons (fig. 2). Ces premiers instruments de calcul, appelés « abaques », ancêtres de nos merveilleuses machines à calculer modernes, furent en honneur dans l’Antiquité, chez les peuples orientaux, les Grecs et les Romains. Ces derniers, qui possédaient un système numéral incommode, et mal adapté aux calculs, devaient utiliser l’abaque dans toutes leurs opérations mais, au lieu de jetons, ils employaient parfois soit des clous à deux têtes qu’ils faisaient glisser dans des rainures soit tout simplement des cailloux ou calculi : de là, nous vient le mot calcul.
- L’usage de l’abaque fut très répandu dans l’Oc-
- ces numéros en chiffres romains furent peu à peu remplacés par des signes aux noms bizarres : les apices, signes imités des chiffres utilisés par les Arabes d’Espagne. Après quelques modifications de forme, ces apices sont devenus (ainsi que nous le verrons plus loin) nos chiffres modernes, dits « chiffres ara-
- 1 fi P' 1 'l ^ Ê
- i 10 100 ~ 1000 10000 100000 1000000
- Signes hiéroglyphiques.
- llll III d nnnn'l! î£( oppr llll
- b5 231*r
- Exemples de nombres écrits en hiéroglyphes.
- 1 II -41 II * 4 r 1 A \ ‘A
- 1 2 3 *+ 5 6 7 8 9 o O 30
- Exemples de chiffres égyptiens hiératiques.
- Fig. 3.' — Les numérations égyptiennes.
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- a' P' Y 8' £' S' ï y' $ G . 6 (lettre antique vau)
- i 2 Z 4 5 6 7 8 9 çv 90 (lettre antiquekoppa)
- C X' X' p V V O' tt q7 $ 90 0 (lettre antique sampt)
- 10 20 30 40 50 60 70 80 90
- p' a' x’ v' Cf/ X' 9' STTT-ï) =5388 Exemples ’ d’écriture de nombres.
- r 100 200 300 400 500 600 700 800 900 r\' ,(3u>£ =2804
- 1000 ,r 2000 3000 9000 Aa. ^aA =31.4230
- Les différentes lettres numérales.
- bes » à cause de l'origine arabe des apices. Si nous imaginons maintenant un nombre, par exemple 123, inscrit sur l’abaque à l’aide de jetons numérotés, il suffit pour l’écrire dans notre système numéral de transcrire, dans leur ordre, les numéros des jetons. Mais une difficulté intervient quand la notation du nombre sur l’abaque fait apparaître une colonne vide ; il est alors nécessaire, pour écrire ce nombre, d’utiliser un signe, appelé aujourd’hui zéro, indiquant que la colonne correspondante est vide. Ce fait essentiel nous paraît évident, et pourtant il a mis de longs siècles pour être précisé. Il n’y a là rien' d’éton-nant, car l’homme moderne a toujours tendance à juger l’évolution de la science avec sa mentalité et ses connaissances d’homme du xxe siècle et il entrevoit difficilement les difficultés réelles des questions avec lesquelles son éducation l’a familiarisé dès son enfance. Et, en fait, en y réfléchissant bien, dans ces découvertes du zéro et du principe de position, il y a une part de génie inventif qui leur, mérite une place de choix dans l’histoire de la science. La genèse de ces découvertes et l’évolution des chiffres sont les éléments du problème historique de l’origine directe de notre numération, problème délicat entre tous par la rareté des documents anciens et la difficulté de leur interprétation. Avant de l’aborder directement, il nous faut, pour bien comprendre les raisons et les facteurs de cette éA’olution, revenir d’un point de vue plus précis et plus historique sur les diverses numérations écrites qui ont précédé la nôtre ou coexisté quelque temps avec elle. Ces numérations sont de quatre types que nous étudierons successivement : à principe additif, à lettres numérales, à principe multiplicatif et enfin, comme la nôtre, à principe de position.
- Numérations écrites à principe additif. — C’est en Egypte, au 4e millénaire avant notre ère, au temps des premiers Pharaons, que nous trouvons le premier exemple de numération additive, numération hiéroglyphique qui, à chaque ordre d’unité, fait correspondre un signe spécial (fig. 3). Les nombres s’écrivent très simplement en répétant chaque symbole autant de fois que l’unité correspondante y est contenue. Ce système numéral persista jusqu’au 1er millénaire pour disparaître progressivement à mesure que les hiéroglyphes étaient remplacés par l’écriture hiératique
- Fig. 5. — La numération littérale grecque.
- puis par l’écriture démotique. Les symboles numéraux hiéroglyphiques furent alors réunis, modifiés, simplifiés, mais la simplicité d’écriture et de principe disparut par suite de l’augmentation du nombre des symboles.
- Après s’être bornés pendant quelque temps à écrire le nom des nombres tout au long,, vers le vie siècle avant J.-C., à l’imitation des Egyptiens, les Grecs créèrent une numération additive dite hérodienne (du nom de l’auteur grec Hérodien qui l’exposa de façon complète) (voir fig. 4). Pour éviter les longues répétitions de symboles qui alourdissaient parfois l’écriture égyptienne, ils introduisirent en plus des symboles unités d’autres symboles correspondant aux demi-unités : 5, 50, ..., etc. L’unité simple était ainsi représentée par un bâton, 5, 10, 100, 1 000 et 10 000 figurés par les initiales de leurs noms grecs : II, A, II. X, M ; 50, 500, ... étaient représentés par les symboles 10, 100, ... écrits entre les jambages d’un il (5). Ces caractères numéraux furent les seuls employés dans les inscriptions attiques jusque — 100, mais à cause de leur complication, ils furent abandonnés rapidement dans les usages ordinaires de la vie et remplacés à partir du me siècle par une numération dite à lettres numérales que nous décrirons plus loin.
- Les Romains, à leur tour, créèrent un système numéral additif en utilisant les sept lettres : I, V,JX, L, C, D. M, pour symboliser les nombres 1, 5, 10, 50, 100, 500, 1 000 (voir fig. 4). A l’origine, ces signes numéraux furent empruntés aux Etrusques qui les employaient à la fois comme lettres et comme symboles numériques, mais leur forme se modifia peu à peu pour s’identifier à
- celles de majuscules romaines que nous avons citées. En remontant au delà des Etrusques peut-être trouverait-on à cette numération, comme à la numération grecque d’ailleurs, une origine égyptienne. Pour éviter de répéter quatre symboles identiques et simplifier ainsi l’écriture, les Romains décidèrent que tout symbole placé à gauche d’un symbole supérieur s’en retranchait. Malheureusement, cette règle soustractive, ajoutée aux diverses règles plus ou moins compliquées créées assez tardivement pour écrire les nombres supérieurs à 5 000, ôtait à la numération romaine le caractère de simplicité si caractéristique du système égyptien et en rendait l’emploi pratiquement impossible dans les calculs. Néanmoins, avec l’extension de l’Empire romain, cette numération se propagea dans l’Europe Occidentale où elle persista
- I TT A H X M W 1HT M mWhaaiiii
- 1 5 10 100 1000 10000 50 500 5000 1624-
- La numération hérodieqne grecque.
- I V X L C D M MDCXXIV
- 1 5 10 50 100 500 1000 1624?
- La numération romaine.
- + \ -L & CD CD D
- 10 50 100 1000 500
- Formes des chiffres romains anciens.
- Fig. 4. — Les numérations antiques grecque et romaine.
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- -140 :.... -- -... -..........=
- jusqu’au Moyen Age pour être remplacée peu à peu par la numération de position hindoue. Aujourd’hui, les chiffres romains ne sont plus guère employés que dans les inscriptions, l’écriture des heures et la tomaison des livres.
- Les lettres numérales. — Si les Romains qui abandonnaient à leurs esclaves l’exercice du calcul ne tentèrent pas de perfectionner leur système numéral si incommode, par contre les Grecs d’Alexandrie virent les inconvénients de l’antique système héro-dien et le réformèrent. Le système nouveau, ébauché au ive siècle avant notre ère sur les côtes d’Asie Mineure, fut adopté officiellement à Alexandrie au me siècle (il se rencontre sur une monnaie de Ptolémée Philadelphe de — 266 et sur un papyrus gréco-égyptien de — 257). Systématisée et étendue aux grands nombres par les deux plus illustres mathématiciens de l’antiquité : Archimède et Apollonius, cette numération finit par 6’imposer aux Hellènes. Son principe est d’ailleurs simple r on y représente les 9 premiers nombres, les 9 premières dizaines et les 9 premières centaines par 27 lettres (les 24 lettres de l’alphabet grec officiel et 3 anciennes
- lettres d’origine orientale dites épisèmes). Les 9 premiers mille sont figurés par les 9 premières lettres accentuées à gauche vers le bas (voir fig. 5). Pour écrire un nombre inférieur à 10 000, il suffit de juxtaposer les lettres représentant les mille, les centaines, les dizaines et les unités en surmontant le tout d’une barre horizontale (cette barre indique que les lettres ont un sens numéral, elle .est parfois remplacée par des accents placés au-dessus de chaque lettre). Les nombres supérieurs à une.myriade (10 000) sont divisés en tranches de 4 chiffres : unités, myriades, myriades de myriades, séparées par un point ou par quelque autre symbole. Ce système à lettres numérales est beaucoup mieux adapté aux calculs que les antiques numérations grecque et romaine et il ne le cède en commodité qu’au système de position moderne. Tandis que les chiffres romains se maintenaient en Occident, les lettres numérales grecques persistèrent dans l’Empire Byzantin jusqu’à 6a chute. Dans les autres pays du Proche-Orient, leur emploi demeura quelque, temps après la conquête arabe. Les califes.arabes, faisant tenir leurs livres de compte par des « notaires » chrétiens, adoptèrent les chiffres copto-grecs (utilisés depuis le me siècle par les chrétiens d’Egypte) jusqu’à l’introduction des chiffres hindous au ixe siècle. Les Arabes créèrent d’ailleurs pour les calculs astronomiques une numération à lettres arabes, imitée du système grec, dont on retrouve les traces jusqu’au XVIe siècle. Les Hébreux, les Éthiopiens, les Arabes d’Afrique du Nord adoptèrent aussi pendant très longtemps des systèmes numéraux à lettres numérales, plus ou moins transformés.
- Les numérations à principe multiplicatif. — Diverses numérations de ce nouveau type se sont rencontrées ou se rencontrent encore de nos jours dans l’Inde, en Chine et au Japon. Elles utilisent deux séries de signes : la première série représente les nombres de 1 à 9, la seconde les puissances successives de 10 : 10, 100, 1 000, etc.... Leur principe est à la fois simple et ingénieux ; pour le comprendre, imaginons que les premiers signes soient nos chiffres arabes et que les seconds soient les chiffres romains X, C, M, ... ; le nombre 6 547 s’écrira alors 6 M 5 C 4 D 7 (voir fig. 6).
- Cette notation est en somme un abrégé « sténographique » du nom du nombre ; elle s’adapte aisément aux calculs et de plus permet de passer facilement à notre numération par suppression des symboles de puissances. Mais il fallait, pour réaliser ce passage, inventer le zéro. Les Chinois en revendiquent le mérite, toutefois il est plus probable qu’il leur est venu de l’extérieur, de l’Inde probablement, car sinon pourquoi auraient-ils conservé pour les usages pratiques leurs anciennes numérations moins commodes. Jusqu’au xme siècle, les Chinois comptèrent à l’aide
- de réglettes de bambou ou d’ivoire ; la forme actuelle de leurs chiffres conserve la trace de cet usage. La figure 6 montre, d’après Cantor, deux sortes de chiffres chinois, les chif fres utilisés par les lettrés pour leurs calculs et les chiffres utilisés dans le commerce. La première sorte est un exemple typique de numération multiplicative, la deuxième, ainsi que le montre la figure, utilise des principes plus variés ; les coefficients des puissances sont notés au-dessus et les places vides sont notées par des zéros (ceci est probablement un usage récent). Les Hindous créèrent d’innombrables systèmes numéraux car ils avaient la passion du calcul et adoraient jongler avec les chiffres. Plusieurs de ces systèmes sont multiplicatifs : c’est ainsi qu’Arya bhâta utilise au vie siècle des consonnes pour désigner les chiffres de 1 à 9 et des voyelles pour indiquer leur ordre ; ainsi ga = 3, gi = 30 ... gu = 30 000, etc.... Il obtenait ainsi une représentation pouvant être lue facilement et permettant de versifier des livres do calculs astronomiques. Ce mélange du calcul et de la poésie caractérise d’ailleurs les mathématiques hindoues qui donnent toujours aux énoncés les plus arides une tournure imagée.
- Les numérations à principe de position. — Les fouilles faites en Mésopotamie depuis le milieu du xixe siècle ont mis à jour un grand nombre de tablettes d’argile cuite couvertes de caractères cunéiformes. Leur déchiffrement a démontré l’existence d’un système de numération sexagésimal datant du 4e millénaire avant notre ère. Cette numération conçue par les Sumériens, antérieurement peut-être à la numération hiéroglyphique égyptienne, fût perfectionnée par les Babyloniens qui leur succédèrent. L’originalité de ce système numéral ne tient pas tellement au choix de la base, sur l’origine de laquelle les avis sont très partagés, mais surtout à son caractère nettement évolué et au principe de position qui la régit. Le système numéral était lié harmonieusement chez les Babyloniens à un remarquable système métrologique dont on ne trouve nulle part l’équivalent avant la création du système métrique en 1795. Au temps des Sumériens, différents symboles d’allure circulaire furent utilisés pour les nombres 1, 10, 60, 60 x 10, 60 x 60, ... ; peu à peu, ils furent remplacés par des
- 3L 7w M A ji. + S ^ M
- 5 6 7 8 9 10 100 1000 10000
- caractères de la numération chinoise savante.
- 1 il N 1 2 3 X * 5 JL i -4r- 6 7 8 X 9 + y\ 4- F) o 10 100 1000 10000 0
- Les caractères de la numération chinoise commerciale.
- m X *à + 1 II hoEl ox
- 100 h-65 120 10.20*»-
- Exemples.
- •Ss
- +
- ED
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- 3 *t-
- S1X
- mille
- deux
- cents
- une dizaine
- et J
- quatre '
- Exemple
- écriture
- du
- nombre
- 6214
- Fig. 6. — Les numérations chinoisês.
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- 141
- symboles cunéiformes analogues aux caractères de l’écriture et en nombre très réduit puisque deux suffisaient : le symbole de l’unité et le symbole de la dizaine (voir fig. 7). Les nombres inférieurs à 60 s’écrivaient à l’aide de ces deux signes par la méthode additive, les nombres supérieurs à 60 étaient décomposés en tranches correspondant, aux unités sexagésimales des différents ordres et les tranches écrites successivement, séparées par un petit espace. Mais cette écriture nécessitait l’usage d'un zéro pour indiquer les ordres d’unités absentes, les assyriologues en ont prouvé l’existence sous la forme de deux clous placés obliquement. Les Babyloniens sont donc les premiers à avoir utilisé le zéro et imaginé le principe numéral de position qui donne aux différents symboles une valeur qui dépend de leur emplacement. Ce fait est une preuve suffisante de leur intelligence mathématique, preuve qui est d’ailleurs confirmée par la découverte de tablettes où des problèmes du 2e degré sont résolus suivant une méthode dont nous ignorons encore l’origine. Une caractéristique originale de la numération babylonienne est sa généralisation à l’écriture des fractions sexagésimales, généralisation tout à fait analogue à notre notation des fractions décimales conçue par le Belge Simon Stevin en 1685. Les Grecs, qui connurent le système babylonien par l’astronomie au ne siècle avant J.-C., n’en ont pas senti l’immense portée. Ils l’utilisèrent simplement pour la mesure fractionnaire des angles et ne comprirent pas le parti à en tirer pour améliorer leur numération décimale par l’application du principe de position.
- C’est aux Hindous, peuple qui possédait au suprême degré la passion du calcul, que revient l’honneur d’avoir su conférer à la numération décimale le haut degré - de généralité et les qualités indéniables de commodité de la numération babylonienne. Malheureusement, la rareté des documents hindous anciens et l’impossibilité presque complète de les dater ne permettent pas de saisir les détails de cette création. Les Hindous connurent-ils directement la numération babylonienne au 1er millénaire avant notre ère et comprirent-ils alors sa grande supériorité par rapport aux innombrables systèmes numéraux qui existaient déjà dans l’Inde à cette époque, rien ne permet de l’affirmer. En effet, aucun document y attestant l’existence d’un système de position ne semble antérieur à l’époque d’Alexandre, moment à partir duquel l’influence grecque se fit sentir de façon durable dans l’Inde. Il semble plutôt que c’est par l’intermédiaire du système astronomique grec que les Hindous connurent la numération sexagésimale. Les Grecs y avaient remplacé les caractères cunéiformes par leurs lettres numérales et comme 0 utilisaient, à la place des deux clous inclinés babyloniens, leur lettre omicron o, initiale du mot grec oudôn signifiant rien. Est-ce là l’origine de la forme de notre zéro, forme que l’on rencontre dans les chiffres « dévanagari » hindous du vme siècle ? aucun document ne permet de répondre de façon certaine à cette question. Quels que soient ces points délicats qui restent à résoudre relatifs à la genèse de la numération hindoue, il y a un fait essentiel et incontestable : on rencontre au début de notre ère dans l’Inde et là seulement une numération décimale où les chiffres ont une valeur dépendant de leur position et où le zéro joue un rôle essentiel, numération qui permet, grâce à l’emploi de tables, de réaliser de façon commode les quatre opérations essentielles de l’arithmétique élémentaire. Cette numération est-elle à l’origine de la nôtre, telle est la question, si controversée au courant du xix® siècle, que nous voudrions maintenant essayer de résoudre à la lumière des documents connus à ce jour. Toutes les acquisitions scientifiques de l’Inde, sa numération en particulier, furent confinées dans ce pays jusqu’au vme siècle. A ce moment, elles commencèrent à se diffuser rapidement grâce à la formation de l’Empire arabe, à son extension depuis les
- frontières de l’Inde jusqu’à l’Espagne et au désir des savants arabes de recueillir tout l’héritage scientifique des civilisations grecque et hindoue. Les Arabes de Bagdad connurent la numération de position vers la fin du vme siècle, par la traduction d’un ouvrage astronomique hindou du ve siècle, les Sounya-Sidhanta. Son usage se répandit d’abord chez les savants arabes puis se généralisa rapidement grâce en particulier à la publication, vers 820, d’une Arithmétique dans laquelle le bibliothécaire du calife Al-Mamoun : Mohammed ibn Mouça Alkovarizmî décrivait le système numéral hindou et les méthodes correspondantes de calcul arithmétique. A la fin du ixe siècle, la numération et le calcul hindous étaient répandus dans tout l’Empire arabe depuis l’Iran jusqu’à l’Afrique du Nord, la Sicile et l’Espagne. Dans ce long voyage, les chiffres hindous sans cesse recopiés se déformèrent peu à peu ; dans chaque pays, ils eurent des formes spéciales qui évoluèrent d’ailleurs avec le temps. C’est ainsi que les chiffres arabes d’Orient et les chiffres arabes d’Occident eurent à la même époque des formes très différentes. Au cours du xe siècle, les éléments de la science nouvelle commencèrent à filtrer aux confins des pays arabes et dans les monastères de la marche d’Espagne on commença à numéroter les jetons de l’antique abaque romain à l’aide d’apices, copies quelque peu transformées des nouveaux chiffres.
- Lors de son séjour en Espagne, de 967 à 970, le moine français Gerbert ne put ignorer ce nouvel usage qu’il introduisit probablement dans son enseignement aux écoles de Reims (972-982). Du xe au xme siècle, les méthodes de calcul sur cet abaque transformé furent mises au point et enseignées dans les écoles d'Europe occidentale. Les calculateurs qui opéraient ainsi (ils portaient le nom d’abacistes ou de gerbertistes) continuaient à écrire les nombres en chiffres romains car ni le principe de position, ni l’usage du zéro et des nouveaux procédés de calcul n’avaient été introduits : ce n’était là qu’une parodie sans valeur du système hindou. Celui-ci fut enfin introduit dans l’Occident latin vers 1120 avec.la traduction en latin de l’Arithmétique d’Alkovarizmî par le moine anglais Adélard de Bath. Pendant les xne et xme siècles, d’autres traductions et de nombreux commentaires furent publiés et, en 1202, avec son Liber Abaci, livre qui eut un succès considérable dans toute l’Europe Occidentale, l’Italien Léonard Fibonacci, de Pise, consacrait définitivement le succès de la nouvelle numération. Les méthodes de calcul hindou furent enseignées sous le nom d’algorisme ou d’algorithme (déformation latine du nom d'Alkhovarizmî) et les nouveaux calculateurs ainsi formés ou algo-ristes entrèrent en rivalité avec les abacistes ; au début, leurs procédés furent accueillis avec quelque méfiance, la forme des chiffres étant encore mal fixée et beaucoup, même parmi les gens instruits, n’écrivant qu’avec maladresse et difficulté. Mais, peu à peu, la supériorité indéniable de l’algorisme l’emporta 6ur la routine et les derniers abacistes disparurent vers la fin du xive siô-
- D O 1 io D 60 E> O 60x10=600 602=3600 jearactères Sumériens antiques
- T < T «T T * <TT
- 1 10 0 60 + 21 = 81 602+ 0 +12 =3612
- Les symboles de la numération babylonienne. Exemples.
- Fig. 7. — La numération sexagésimale babylonienne.
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- -..:------- 142
- cle. Néanmoins, de nombreuses personnes continuèrent à calculer sur l’abaque ordinaire et à écrire les nombres en chiffres romains, témoin notre Cour des Comptes qui employa ces chiffres jusqu’au cours du xvme siècle.
- Les Arabes désignaient le zéro sous le nom de sifr traduit du mot hindou çounya. Chez les premiers auteurs du xne siècle, ce signe fut nommé circulus, mais il reprit chez les auteurs suivants son nom arabe sifr qui, en italien, devint zefiro, zevero puis zéro, tandis qu’en vieux français il devenait cifre, cyphre puis chiffre. Pendant tout le Moyen Age, ce mot signifia zéro et chiffrer fut synonyme d’annuler ou d’omettre. Peu à peu, le zéro caractérisant la nouvelle numération, son nom de « chiffre » s’étendit à la numération elle-même, puis aux 9 caractères appelés auparavant « figures du chiffre » ou figures par opposition aux signes romains appelés « figures communes ». A l’époque de la Renaissance, les mots « zéro » et « chiffre » eurent enfin leur sens actuel. Il nous reste à dire quelques mots sur l’évolution de la forme des chiffres. Comme nous l’avons déjà dit, tant que l’écriture fut exclusivement
- manuscrite, cette forme sans cesse transformée par des copistes plus ou moins habiles évolua suivant les pays et suivant l’époque. Dans chaque pays, l’allure des chiffres se rapprocha de celle des caractères de l’écriture ; les chiffres des Arabes sont ainsi bouclés comme leurs lettres, les apices dessinés comme les majuscules dans les manuscrits du Haut Moyen Age, les chiffres gothiques anguleux comme les caractères de l’époque, ensuite l’écriture devient plus cursive et les chiffres prennent une allure moins tourmentée. Vers 1450, l’invention de. l’imprimerie stabilise cette forme qui, à quelques détails près, est. celle de nos chiffres modernes. Le tableau de la figure 8 résume cette évolution et montre que les variations de forme les plus importantes se rapportent aux chiffres 4, 5 et 7.
- Résumons maintenant la thèse sur les origines de la numération moderne que nous venons d’exposer avec les arguments logiques et historiques qui militent en sa faveur. Le principe de position avec utilisation du zéro qui régit notre numération semble dû aux Babyloniens. Les Hindous, adaptant ce principe à la numération décimale, créèrent notre système numéral dont ils codifièrent les règles opératoires. Les règles de calcul hindoues parvinrent au xiie siècle dans l’Occident latin avec le zéro et le principe de position, par l’intermédiaire des savants arabes et de leurs traducteurs, précédées de peu par les chiffres hindous qui, sous le nom
- d’apices, furent utilisés sur l’abaque au temps de Gerbert. Après quelques rivalités entre algoristes, partisans du nouveau système, et abacistes, partisans de la numération romaine avec emploi de l’abaque à jetons numérotés, la nouvelle numération associée à tout un ensemble de _règles opératoires s’imposa définitivement dans l’Occident et de là diffusa dans le monde entier pour y remplacer peu à peu tous les autres systèmes.
- En 1837, le géomètre français Chasles, bientôt suivi par de nombreux historiens des sciences, s’éleva avec vigueur contre cette thèse. 11 s’appuyait pour ce faire sur un texte attribué à l’auteur latin du ve siècle Boèc-e, texte qui décrivait les apices en précisant qu’ils étaient d’origine pythagoricienne. Ceci semblait effectivement ruiner la thèse que nous venons d’exposer sur l’origine hindoue de notre numération et Chasles, avec beaucoup d’habileté, développa une théorie nouvelle suivant laquelle notre numération moderne, conçue en Grèce au temps de Pythagore, aurait de là diffusé dans l’Inde, où les Arabes l’auraient retrouvée, et en Italie où Boèce en aurait recueilli une dernière trace : les apices. Cette thèse est très
- ingénieuse, mais elle repose sur une base bien fragile : le fragment attribué à Boèce sur l’origine des apices. Or, les travaux des paléographes modernes ont ruiné entièrement la croyance en l’authenticité de ce passage : depuis les travaux de P. Tannery et N. Bubnov, il semble parfaitement prouvé que ce fragment est l’œuvre d’un copiste du xie siècle et que son assertion est donc sans valeur. De plus, aucun texte grec ne fait allusion à cette prétendue invention pythagoricienne et il serait bien surprenant que des mathématiciens de la valeur d’Archimède ou d’Apollonius aient adopté le système à lettres numérales s’ils avaient connu la numération de position. L’origine hindoue de la numération de position semble donc infiniment plus probable, les textes arabes les plus anciens d’ailleurs attestent cette origine. Aussi l’argument essentiel de Chasles étant détruit, les historiens des sciences en sont-ils revenus en général à ce point de vue que nous avons adopté dans cet article, tout en montrant les nombreuses lacunes qui demeurent dans cette histoire si passionnante de notre numération.
- René Taton.
- Les cultivateurs à lance-flamme.
- Les constructeurs américains livrent actuellement des cultivateurs à lance-flamme destinés au binage par le feu
- Une rampe de tuyères lance-flamme dont l’écartmeent est réglé en fonction de celui des rangées de plantes cultivées à biner est entraînée par tracteur et détruit les mauvaises herbes sans endommager la ligne plantée.
- On considère que cette technique est maintenant au point. Elle entre en pratique régulière, notamment en Louisiane sur les plantations de canne à sucre.
- L’économie de main-d’œuvre est considérable et le prix de revient environ six fois plus réduit que celui du désherbage par l’outillage à main d’homme.
- Chiffres Dévanagari (Inde, ix° siècle) .................. 1
- Chiffres arabes d’Occident (xe siècle) .................. |
- Apices Espagnols (976)..... J
- Apices français (xn' siècle)— J_
- Chiffres français (xme siècle).
- Chiffres gothiques (vers f
- 1400) ........................ I
- Chiffres de la Renaissance ^
- (vers 1500) .................. |
- Chiffres modernes .............. |
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- Fig. 8. — L’évolution des chiffres : des chiffres hindous aux chiffres modernes.
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- La lumière ... —:
- qui ne s'éteint pas
- Il semble qu’il soit un peu prétentieux de prendre le contre-pied d’un titre de Kipling, mais voici les faits :
- Le 21 septembre 1940, le remorqueur Hero coulait dans le port de Sydney. Par suite de circonstances diverses, le remorqueur ne put être renfloué avant mars 1944. A ce moment, les sauveteurs s’aperçurent que toutes les surfaces du bateau étaient incrustées de coquillages et de fruits de mer de toutes sortes ; on y voyait, chargées de boue, des algues, des huîtres et des moules. Les lampes électriques installées à l’extérieur présentaient un aspect inattendu dont la photographie jointe donne un exemple. Lorsque le remorqueur flotta de nouveau et que ses cales eurent été vidées d’eau, les électriciens voulurent vérifier l’état électrique des canalisations et les mirent sous tension. A leur grande surprise, toutes les lampes s’allumèrent. Il est certain que l’immersion d’une lampe électrique dans des conditions aussi défavorables pendant quatre années constitue un essai do résistance peu commun. Il nous souvient d’avoir eu entre les mains une lampe Argenta dont le verre avait été ramolli au cours d’un incendie au point d’avoir changé de forme et qui cependant fonctionnait toujours. Le record appartient sans aucun doute à une lampe Philips à filament de carbone que nous a montrée autrefois le directeur de la station volcanologique de la Martinique. Cette lampe avait été incluse dans de la lave au cours de la terrible éruption de la montagne Pelée en 1902 et fonctionnait encore lorsque la gangue qui l’enserrait fut brisée.
- Fig. 1. — Une lampe électrique du remorqueur « Hero » et ses fils, couverts d’huîtres, de vers et d’algues après le renflouement du bateau (Photo Philips).
- LE CIEL EN MAI 1947
- SOLEIL : du 1er au 31, sa déclinaison passe de + 14°54' à + 21°50' ; la durée du jour à Paris augmente de 14h30m à loh4Sm. — Diamètre apparent le ler = 3i'47"72, le 31=31'35"90. — LUNE : Phases , P. L. le 5 à 4h53m, D. Q. le 13 à 8h8m, N. L. le 20 à 13h44m, P. Q. le 27 à 4h53m ; apogée le 10 à 7h ; périgée le 22 à 7h. — ECLIPSE. Éclipse totale de Soleil le 20, invisible en Europe. Principales conjonctions : avec Neptune le 2 à 9h à 3°0' S ; avec Jupiter le C à 011 à 0°25' N (beau rapprochement à observer) ; avec Mars le 18 à 9h à 2°28' N ; avec Mercure le 21 à 0h, à 0°49' JN ; avec Uranus le 22 à lh, à 1°23' S ; avec Saturne le 24 à 23h, à 4°8' S ; avec Neptune le 28 à 13h, à 3°5' S. — Prin-cipaleç occultations (II. p. Paris) : le 1er, de 2512 BD + 8° (6m,7) im. 0h23m,l ; le 2, de 48 de La Vierge (6m,5) im. 22h54m,3 ; le 8, de 137 B Ophiuchus (6™,3) ém. 0h40m,0 ; le 25, de 2318 BD+20° (fim,7) im. 21h08m,0 ; le 26, de 42 du Lion (6m,l) im. 21h43,m7 ; le 28, de 2569 BD+4° (7m,2) im. 22h53m,9. — PLANÈTES : Mercure, en conjonction supérieure le 15, inobservable à l’œil nu, mais période favorable, du 10 au 22, pour l’observation à la lunette en plein jour. Vénus, un peu visible à l’aube, diam. app. diminuant de 12"7 à 11"3. Mars inobservable. Jupiter, en opposition le 14, visible toute la nuit, dans la Balance. Diam. app. augmentant de 4i"6 à 41"9 le 13, pour revenir à 41 "5 le 31. Saturne dans le Cancer se couche le 13 à 0^37“, diam. app. : globe 15",8, anneau gr. axe 40",00, petit axe 13",83. Uranus, dans le Taureau, se couche le 31 à 20h41m (position le 1er : SMI111 et +23°8'). Neptune, dans la Vierge visible le soir (position le 1er : 12h34m et — 2°0), diam. app. 2",5. Conjonctions : Vénus avec Mars le 17 à 12h, Mercure avec Uranus le 28 à 16h. — LUMIÈRE ZODIACALE : visible le 11 le 6oir au crépuscule à l’W-N-W. — ÉTOILES VARIABLES : Minima observable d'Algol : le 8 à 3h37m, le 11 à 0h26m, le 13 à 21h14m, le 31 à 2h8m. Minima de (J Lyre, le 2 à 3h, le 15 à 0h, le 27 à 22h. Maxima de B. du Lion le 15, de R. du Cancer le 21, de T. Grande Ourse le 26. — ÉTOILES FILANTES : Aquarides radiant n du Verseau à observer du 1er au 6 (étoiles rapides et traînées). — ÉTOILE POLAIRE : Passage inférieur au méridien de Paris : le 1er à 22h59m59', le 11 à 22h20m45s, le 21 à 21h41m33s, le 31 à
- 2|h2m93s
- L. D.
- Remarque importante. — Le Soleil entre dans sa phase d’activité maximum, il est intéressant de l’observer chaque jour. De
- belles taches peuvent apparaître, il est possible quelles provoquent des aurores boréales.
- Surveiller attentivement les minima d’Algol. Un écart entre le calcul et l’observation est signalé par le Bulletin de la Société Astronomique de France. O — C = 50m en 1938, en 1942 — lM5m et on tient pour possible —.Pl45m à 2n en 1947.
- (Heures données en Temps Universel, tenir compte des modifications introduites par l’heure en usage).
- ERRATUM
- Vitamines contre vésicants
- (n° 3116, 15 juillet 1946).
- M. Chauvin nous a fait remarquer que le BAL, antidote de la lewisite, n’est pas l’aneurine ou vitamine B,, comme il a été dit. En effet, l’aneurine, CajHI6N40S, est un sel d’ammonium quaternaire contenant deux cycles, l’un thiazolique, l’autre pyrimidique. Le BAL, C3H60S2 est un glycérol dont deux OH sont remplacés par des SH :
- H
- I
- H — C — SH
- i
- H — C — SH
- I
- H — C — OH
- I
- H
- On trouvera une documentation complète sur le BAL dans 'l’étude de Bacq : Travaux récents sur les toxiques de guerre. Le BAL. Actualités biochimiques, n° 8, Desœr, Liège et Masson, Paris, 1947.
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- COURS
- MARDI 15 AVRIL. Palais de la Découverte (avenue F. D. Roosevelt) : 17 h. Prof. Kruyt, Vice-Président de l’Académie royale d’Utrecht : « Le centenaire des colloïdes ».
- VENDREDI 18 AVRIL. Maison de la Chimie (Centre de perfectionnement technique, 28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. de Jumil-hac : « Le chauffage des matières plastiques par courant de haute fréquence ». — Société astronomique de France (28, rue Serpente) : 20 h. 45. M. A. Hamon : « Les observatoires ; lunettes équatoriales et méridiennes. Astronomie de position ; le blink-microscope et les appareils de laboratoire ».
- LUNDI 21 AVRIL. Maison de la Chimie
- (Centre de perfectionnement technique, 28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. F. Martin : « Microbalances et jnicropesées ». — Société astronomique de France (28, rue Serpente) : 20 h. 45. M. le D' Paul Baize : « Médecine et astronomie ».
- MARDI 22 AVRIL. Maison de la Chimie
- (Centre de perfectionnement technique, 28, rue
- ET CONFERENCES A
- Saint-Dominique) : 18 h. M. M. Guillot : « La stérilisation dans l’industrie pharmaceutique ». — Institut technique du Bâtiment (Musée de l’Homme, Palais de Chaillot) : 17 h. 30. M. Jean Carré : « Infrastructures aériennes ».
- MERCREDI 23 AVRIL. Centre d'études supérieures d’industrie automobile (5, avenue Friedland) : 17 h. 45. M. Crapelon : « Application des abaques à quelques formules fréquentes dans l’étude de l’automobile ». —• Institut français du caoutchouc (42, rue Scheiîer) : 18 h. M. Mourgeon : « Problèmes posés par la fabrication des courroies ».
- JEUDI 24 AVRIL. Maison de la Chimie
- (Centre de perfectionnement technique, 28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. R. Hublin : « Conséquences techniques de la réapparition de certaines matières premières, rares depuis 1940, dans la fabrication des pneumatiques ».
- SAMEDI 26 AVRIL. Palais de la Découverte ' (avenue F. D. Roosevelt) : 15 h.
- M L. Cuénot : « Le sens de la vie et de l’évolution ».
- PARIS
- LUNDI 28 AVRIL. Maison de la Chimie
- (Centre de perfectionnement technique, 28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Fayolle : « La mesure des grandes vitesses ».
- MARDI 29 AVRIL. Maison de la Chimie
- (Centre de perfectionnement technique, 28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Lachaux : « Les colorants microbicides ». — Institut technique du Bâtiment (Musée de l’Homme, Palais de Chaillot) : 17 h. 30. MM. Chefdeville et Barré : « Quelles conditions doivent remplir les murs et les parois dans le bâtiment ? ».
- MERCREDI 30 AVRIL. Centre d’études supérieures d’industrie automobile (5, avenue Friedland) : 17 h. 45. M. Bouzitat : « La suspension ». — Institut français du caoutchouc (42, rue Scheffer) : 18 h. M. Magat : « Le gonflement des élastomères ».
- SAMEDI 3 MAI. Palais de la Découverte
- (avenue F. D. Roosevelt) : 18 h. M. P. Ghonard : « Les progrès récents dans la connaissance du photopériodisme chez les plantes ».
- NOS 1ECTEURS NOUS ÉCRIVENT :
- A propos des observations de grêlons
- (n° 3126 du 15 décembre 1946).
- M. le Colonel Bacot nous adresse la lettre suivante :
- « En août 1920, j’étais en garnison à Poitiers. Une nuit où il faisait très orageux, je fus réveillé par le tonnerre et une cataracte d’eau dans ma chambre. J’allumai une lumière (la foudre nous avait privé de courant) et je constatai, en effet, une abondante chute d’eau tombant du plafond dans un coin de ma chambre. Je voulus monter à l’étage au-dessus, dans le grenier, pour voir ce qui se passait ; mais lorsque j’arrivai au bas de l’escalier qui y menait, je fus mitraillé par des grêlons gros comme des œufs de poule qui dégringolaient l’escalier en ricochant sur les marches. Je me garai prudemment en attendant une accalmie qui d’ailleurs ne tarda pas.
- Je suis alors monté au grenier où j’ai eu la grande stupéfaction de voir les étoiles au-dessus de moi : il n’y avait plus de toit. Les ardoises gisaient en petits morceaux sur le sol du grenier mélangés aux grêlons.
- Le lendemain matin je constatai que toutes les vitres et les toits d’ardoises exposés au S.-O. avaient été détruits.
- Dans mon jardin, les arbres n’avaient plus d’écorce sur cette exposition, le gazon, les fleurs étaient hachés. De nombreux cadavres d’oiseaux étaient coupés en deux.
- Je montai à cheval et constatai qu’une bande de 2 à 300 m de largeur et 5 à 6 1cm de long avait été ravagée de la même façon.
- Les toits en tuiles avaient résisté ainsi que les persiennes, mais non les jalousies.
- J’ai constaté que les carreaux de verre qui formaient le sol de certaines terrasses avaient été fendus.
- Il y a à Poitiers plusieurs églises très vieilles dont les vitraux anciens sont pro-
- tégés par de solides grillages. Ceux-ci ont été percés en différents endroits.
- Le plus gros grêlon, à ma connaissance, pesait 350 g.
- Huit jours après cette nuit néfaste, il y avait encore des tas de grêlons dans des coins de murs où le vent les avait accumulés. »
- *
- * *
- M. L. Beauvisage nous écrit :
- « Le 22 août 1944, vers 17 h., une chute de grêle d’une violence exceptionnelle s’est abattue sur la coquette cité thermale de Neris-les-Bains (Allier).
- Elle fut précédée par un puissant grondement analogue à un roulement de tonnerre continu et accompagnée d’un vent extrêmement violent qui abattit de nombreux arbres dont certains centenaires.
- Les morceaux de grêle étaient de deux sortes : les uns roulés de grosseur variant entre une noisette et un œuf, les autres offrant l’apparence de morceaux de glace à arêtes plus ou moins vives..; le poids de certains d’entre eux atteignait 500 g. ; des Nérisiens en ont ramassé pesant, paraît-il, plus de 1 kg (je n’ai pas pu vérifier) .
- Les dégâts furent énormes ; toutes les vitres exposées à l’ouest furent brisées et les versants des toitures situés à la même exposition furent traversés par les grêlons ; ni les tuiles Montchanin, ni les petites tuiles du pays ne résistèrent et des centaines de maisons furent découvertes. Il fallut deux ans pour mettre tous les immeubles hors d’eau. Les murs exposés à l’ouest eurent leur crépis marqué comme par des balles de mitrailleuses. Toutes les plantes furent hachées et des animaux furent tués ou blessés. Il n’y eut que quelques personnes contusion-
- nées, les grondements précédant l’orage ayant donné le temps aux habitants de se mettre à l’abri.
- Le spectacle était d’autant plus impressionnant que les hurlements du vent, le bruit du tonnerre et de la chute des morceaux de grêle, des vitres et des tuiles brisées s’accompagnaient de celui des mortiers et des mitrailleuses, car depuis la veille, les F. F. I. combattaient contre les Allemands retranchés dans les casernes de Montluçon, à quelques kilomètres de Néris.
- . La chute de grêle et la tornade durèrent une dizaine de minutes et fort heureusement la surface atteinte ne dépassa guère la commune de Néris, d’ailleurs assez étendue et quelques agglomérations voisines. La ville de Montluçon n’a pas souffert du cataclysme. »
- *
- * *
- Enfin, de M. R. Camo, agrégé de l’Université :
- « Voici une observation qui complète celle qu’a publiée La Nature du 45 décembre 1946, p. 383.
- Le mardi suivant la Pentecôte de 1931, vers le soir, j’étais dans les Vosges, à Gérardmer, et je me dirigeais vers la gare, quand, l’orage menaçant, je dus bâter le pas. A peine abrité, j’eus la surprise de voir tomber sur la place de la gare un énorme grêlon de 3 ou 4 cm de diamètre ; quelques instants après, peut-être une demi-minute, un autre semblable tomba, puis un troisième, et, peu à peu, le nombre et la fréquence augmentèrent en même temps que la taille des grêlons diminua. Finalement, au bout d’une dizaine de minutes, à la grêle devenue banale, succéda une violente pluie orageuse. »
- Le gérant : G. Masson..— masson et cle, éditeurs, paris.— dépôt légal : aô trimestre 1947, n° — Imprimé en France.
- BARNÉOUD ERÈRES ET Cle, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 65a. — 4-194?.
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- & i s.
- N° 3135
- Ier Mai 4947
- LA
- Fig. 1.
- Repérage d’un ballon-sonde au moyen du théodolite.
- 2. La herse néphoscopique.
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- DE
- = L'ORGANISATION LA MÉTÉOROLOGIE EN
- 3. t/n ballon-sonde et sa nacelle.
- FRANCE
- Dès 1648, Pascal, dans sa célèbre expérience du Puy-de-Dôme, « pesa » l’atmosphère avec un baromètre. Peu après, l’Abbé Mariotte montra « la proportionnalité directe entre le volume d’air et la pression exercée sûr lui » (1676). Une centaine d’années plus tard, Lavoisier songea à établir un « réseau d'observations météorologiques » à travers le monde (1781). Quelques autres savants, tels Laplace, Charles Eomme, le P. Cotte, le lieutenant de la marine américaine Maury et le gènevois Deluc, jetèrent les bases de l’édifice naissant de la météorologie, mais il s’agissait là de travaux individuels sans liaison entre eux. Enfin, Ji Leverrier, alors directeur de l’Observatoire impérial de Paris, revient le mçjite de la diffusion journalière des prévisions du temps aux principaux ports (1860). Dans le Bulletin international quotidien publié sous ses auspices se trouve insérée, pour la première fois, à la date dû 16 septembre 1863, une carte synoptique de la situation atmosphérique en Europe. Peu après sa mort (23 septembre 1877), l’héritage scientifique du grand astronome fut partagé. L’Observatoire se confina désormais dans ses besognes astronomiques tandis qu’un décret du 14 mai 1878 instituait le Bureau central météorologique de France {B. C. M.) chargé du Service des avertissements aux ports et à l’agriculture, des études climatolo-
- giques, de la comparaison des instruments et de la correspondance avec les commissions départementales ou régionales. Chaque jour, cet organisme continua à faire paraître le. Bulletin international renfermant tous les renseignements transmis par le télégraphe ainsi que les cartes traduisant les observations reçues et les conclusions que les météorologistes tiraient desdites données. Ultérieurement, l’activité du B. C. M. augmenta par suite d’un accord conclu entre lui et le « Signal Corps » des Etats-Unis. Depuis le 18 novembre 1886, Washington transmit à Londres et à Paris des dépêches donnant des renseignements météorologiques précis non seulement sur le continent américain mais sur l’Océan, grâce aux journaux de bord des navires, lors de leurs arrivées dans les ports. Enfin Teisserenc de Bort lança à Trappes (S.-et-O.) le 8 juin 1898 trois ballons-sondes qui atteignirent lo 000 m. Puis cet habile savant entreprit des sondages en altitudes qui lui permirent de constater, l’année suivante, que la température reste à peu près stationnaire à partir d’une certaine hauteur. Il baptisa « stratosphère » cette régon de l’atmosphère inconnue jusqu’à lui ; elle commence vers 11 000 m et sa limite supérieure avoisine 80 km. Dans cette zone, les gaz sont en repos presque complet, tandis que dans la couche atmosphérique inférieure ou « tropo-
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- 70*00
- 09*00 H ' 17*00 W;
- Fig. 4. — Réseau des 13 stations météorologiques flottantes de l’Atlantique Nord fixé par la Conférence du 25 septembre 1946.
- sphère », les nuages circulent et la température décroît avec l’altitude.
- Par la suite, au cours de la guerre 1914-1918, les besoins de l’aviation donnèrent à la météorologie un énorme essor que la mise au point des transmissions radioélectriques vint encore accroître puissamment. En 1919, la Commission aéronautique de la Conférence de la Paix s’adjoignit une sous-commission qui codifia certaines notations météorologiques.
- D’autre part, les ondes courtes permirent au navire-école Jacques Cartier de faire les premières observations comparables sur les océans, de rassembler et de diffuser des observations d’autres bateaux éloignés, par messages radio télégraphiques dont les météorologistes du Carimaré (première station météorologique mondiale flottante) perfectionnèrent la technique (1937). Deux ans plus tard, une section de l’Organisation météorologique internationale (0. M. I.) élabora un « Règlement général pour la protection météorologique internationale de l’Aéronautique ». Après quoi, le Gouvernement des États-Unis convoqua à Chicago, en 1944, les différents pays à une Conférence (0. P. A. C. /.) qui fixa, en plein accord avec l’O. M. /., les règles propres à assurer la protection météorologique de la navigation aérienne civile internationale. Les différentes branches de ce consortium technique (Atlantique, Europe, Moyen-Orient, etc...) ont poursuivi diverses études dont les conclusions furent discutées par des conférences générales. La dernière de celles-ci s’est réunie à Montréal en novembre 1946. Enfin, une autre conférence, tenue à Londres deux mois auparavant, a décidé l’installation de 13 stations météos flottantes (fig. 4) dans l’Atlantique nord (sept exploitées par les États-Unis, une par les États-Unis et le Canada, deux par la Grande-Bretagne, une par la Grande-Bretagne, la Suède et la Norvège, une par la Belgique et les Pays-Bas, une par la France).
- Les règles internationales adoptées par ces diverses assemblées de techniciens ont uniformisé les documents météorologiques (codes d’observations, de transmission et de prévision identiques, cartes tracées avec signes et légendes similaires, etc...). De la sorte, la présentation des renseignements aux usagers et en particulier aux aviateurs survolant divers pays, s’en trouve notablement facilitée.
- L'organisation actuelle en France.
- Les résultats acquis depuis 1935 en France, grâce aux sondages en altitude, ont permis de perfectionner surtout la prévision du temps, objet principal de la météorologie pratique. Pour atteindre ce but, il faut organiser des stations selon les directives suggérées par l’expérience et assurer leur fonctionnement à l’aide d’un personnel compétent. La création de notre Météorologie nationale (1945) a unifié les Services de l’O. N. M. et des autres établissements, puis une ordonnance du 2 novembre 1945 a réglé le recrutement, la hiérarchie et les conditions d’avancement du personnel.
- Comme les phénomènes météorologiques et l’aviation commerciale dépassent de beaucoup le cadre des frontières, les décisions de l’O. M. I., l’O. P. A. C. I. et autres conférences internationales ont servi de guide pour les programmes d’installation et de répartition de nos stations. Notre réseau synoptique s’étend en surface et en altitude, selon Jes besoins scientifiques ou commerciaux qui surgissent et pour réunir ses données, on a construit un réseau de transmission. Celui-ci relie directement ou indirectement chacun des postes d’observation à un service central, chargé d’exploiter les renseignements transmis et de diriger tous ces établissements selon les règles générales de la technique, les desiderata des usagers et les conventions internationales.
- Fig. 5. —fLe réseau météorologique français.
- LE BOURGET •
- RENNES
- 'BORDEAUX-
- Toulouse
- Æ Sémaphores • O ' \ ~
- 9 Stations n
- 9 Centres régionaux ® J
- — — Limites des régions '''vP
- .... 11. Lignes télégraphiques entre Paris et tes Cebtres régionaux
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- Le réseau météorologique français de la Métropole (fig. 3), comprend, à l’heure actuelle, 90 stations d’observations synoptiques au sol : un personnel spécialisé relève chaque jour, à des heures fixes, les données caractéristiques du temps (fig. 6). 33 postes auxiliaires complètent ce réseau de base et fournissent des renseignements succincts obtenus d’ordinaire par des fonctionnaires (gardiens de phares ou de sémaphores, par exemple), possédant des connaissances suffisantes et observant à peu de frais en plus de leurs occupations habituelles, sans instruments spéciaux. Enfin, des centres régionaux jouent le rôle de relais entre les stations d’observations ou de renseignements et le service central de l’O. N. M.
- Notre réseau d’Afrique du Nord est organisé pareillement avec 39 stations synoptiques et des postes auxiliaires. Quant à notre réseau colonial encore squelettique, l’Administration en poursuit actuellement la réorganisation méthodique.
- Toutefois la connaissance des éléments constitutifs du temps à la surface du sol, à un instant donné, ne pouvant suffire pour interpréter les conditions atmosphériques, on a établi un réseau d’observations en altitude : neuf stations de ce genre fonctionnent aujourd’hui sur le territoire métropolitain, 6ix dans l’Afrique du Nord et on prévoit l’installation de quinze autres pendant l’année 1947.
- Enfin, comme les phénomènes météorologiques naissent, évoluent et se déplacent au-dessus des océans qui couvrent les trois quarts du globe, et arrivent le plus souvent en Europe de l’Atlantique, il importe également d’établir un réseau en mer pour étudier les perturbations atmosphériques à l’ouest du continent. La conférence internationale tenue à Londres en sejtembre 1946 a organisé treize stations flottantes, équipées par les services météorologiques des Etats riverains de l’Atlantique nord. Trois stations américaines occupent leur emplacement depuis le 1er janvier 1947. Bientôt un navire français se trouvera à son point de stationnement situé à mi-chemin entre le Portugal et les Açores.
- D’après l’ordonnance du 2 novembre 1945, un directeur unique (M. André Viaut, à l’heure actuelle) administre tous les services de la Météorologie nationale et le personnel placé sous ses ordres comprend trois classes hiérarchiques. D’abord les ingénieurs de la Météorologie recrutés parmi les anciens élèves des grandes Écoles et parmi les licenciés ès sciences mathématiques ou physiques. Après une formation technique et pratique, ils sont appelés à diriger des centres météorologiques, laboratoires de recherches ou d’exploitation ou l’une des grandes stations météorologiques françaises. Ils accèdent au choix aux échelons supérieurs d’ingénieur en chef et d’inspecteurs généraux. Eh seconde ligne, viennent les ingénieurs des travaux météorologiques se recrutant par voie de concours, dont le niveau correspond à celui du baccalau-
- Fig. 8. — Un enregistreur du degré d’humidité.
- réat-malhématique. Ils forment, en particulier, les « prévision-nistes », chargés d’établir les cartes, les chefs de l’exploitation et des stations de renseignements. Les adjoints techniques de la météorologie constituent le cadre subalterne et se recrutent à la suite d’un concours dont le niveau correspond au brevet élémentaire. On les emploie, le plus souvent comme observateurs météorologiques dans les stations ou aux transmissions des renseignements.
- Instruments et observations météorologiques.
- Les principales variables qui entrent dans 1’ « équation du temps » et que les stations météorologiques déterminent chaque jour, au sol et en altitude, sont la pression, la température, l’humidité et le vent (fig. 6, 7, 8). Elles observent aussi certains phénomènes qui en découlent, comme la quantité, la nature, la direction et la vitesse des nuages, la visibilité, la brume et le brouillard, les précipitations : pluie, bruine, neige et grêle, ainsi que les phénomènes accidentels comme les orages et les tempêtes.
- Pour effectuer les mesures au sol, on utilise des instruments de physique connus. Le baromètre à mercure donne avec précision la valeur de la pression tandis que le baromètre anéroïde enregistre les variations de celle-ci. Les thermomètres à mercure fournissent, en prenant certaines précautions, les températures de l’air. Le thermomètre humide indique le point de rosée et la tension de vapeur d’eau. On lit sur l’hygromètre enregistreur le degré d’humidité relative. La girouette et l’anémomètre perchés en des endroits dégagés, hors des remous locaux transmettent à des enregistreurs la direction et la vitesse du vent à tout instant (fig. 7). Enfin, un pluviomètre ordinaire mesure la quantité de pluie tombée, un héliographe inscrit la durée de l’insolation et un actinomètre mesure les variations de l’activité solaire. Les appareils d’observation en altitude sont moins courants. Le théodolite permet de suivre un petit ballon emporté par le vent (fig. 1) ; des visées chronométrées pendant l’ascension donnent la trajectoire et, par
- Fig. 6. — Station d’observations avec les récepteurs des divers appareils. — 7. Enregistreur de la direction et de la vitesse du vent données par la girouette et l’anémomètre d’une station.
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- Fig. 9. — La salle de transmissions par télétypes du Centre national
- de VO. N. M.
- suite, la vitesse et la direction du vent. Pendant le jour, la herse néphoscopique sert à évaluer la direction et la vitesse des nuages (fig. 2) ; de nuit, un projecteur néphoscopique précise la hauteur au moyen d’un ballonnet dont on connaît la vitesse ascensionnelle nuageuse.
- En outre, comme les physiciens ont mis en évidence, au cours des dernières années, les relations existant entre les perturbations atmosphériques et les anomalies dans la réception des ondes courtes, certaines stations chargées de renseignements relatifs à la troposphère ou aux couches inférieures de la stratosphère exécutent des radiosondages quotidiens. On lance un ballonnet emportant un baromètre, un thermomètre et un hygromètre fixés dans une nacelle (fig. fi) ; ces instruments actionnent alternativement un minuscule radioposte dont les émissions, recueillies à terre, fournissent à tout instant la position du ballonnet et par conséquent la direction et la vitesse du vent en altitude. Sans doute, dans un prochain avenir, le radar facilitera ces sondages en permettant de repérer les ballonnets à partir d’une station unique.
- Le réseau de transmission.
- Les stations météorologiques doivent acheminer les renseignements recueillis vers les grands centres nationaux de prévision, qui les utilisent puis les distribuent aux intéressés. Cette concentration nécessite des organisations nationales, régionales et continentales englobées dans le cadre mondial. Les renseignements synoptiques arrivent aux centres régionaux, toutes les trois heures (à partir de 0 h 0 min., temps moyen de Greenwich), soit directement par téléphone, soit par l’intermédiaire des stations principales qui se trouvent reliées télégraphiquement avec ceux-ci (fig. 9). En outre, les stations météorologiques concentrent ou diffusent de la même manière, mais à des heures variables des émissions réduites des postes auxiliaires ou des avis éventuels relatifs à de brusques variations atmosphériques survenues entre temps. Dans chaque pays, les dossiers ainsi concentrés régionalement sont retransmis au centre national, par liaisons directes téléphoniques ou télétypiques. Pour la France, six centres régionaux concentrent les observations des 90 stations synoptiques et des 3o postes auxiliaires ; 26 lignes télégraphiques directes permettent d’écouler en moins d’une demi-heure la totalité de la documentation des postes de notre réseau vers Paris et de la rediffuser depuis la Capitale vers toutes les stations importantes. Une heure et demie environ après l’observation, l’ensemble des renseignements de la Métropole, de l’Afrique du Nord et des pays limitrophes est transmis par Paris aux centres régionaux qui, à leur tour, en informent les principales stations. En outre, chaque
- pays après groupage de ses émissions nationales, adresse, par radiotélégraphie, un choix de renseignements météorologiques aux services similaires étrangers. Ces messages sont retransmis aux puissants postes radio-émetteurs de Paris, Londres, Rome et Moscou, qui les répartissent en Europe et dans l’Afrique du Nord conformément aux décisions prises à la dernière réunion de l’O. P. A. C. I. tenue à Paris en juin 1946. Enfin, suivant le même système de groupage, des centres intercontinentaux (Arling-ton et Rugby par exemple) se chargent de réunir et de diffuser les documents météorologiques de portée générale.
- Etablissement des cartes météorologiques.
- Pour représenter sur la carte d’une partie assez notable du globe terrestre, l’état de l’atmosphère à un moment donné, on y figure au moyen de chiffres et de symboles les valeurs des divers éléments constitutifs et leurs principales caractéristiques. La pression, la température, l’état hygrométrique, la quantité de pluie s’indiquent simplement par des nombres ; le vent, les nuages et les météores exigent des signes conventionnels (voir fig. Couverture). Au Service central de la météorologie à Paris, on établit chaque jour 60 cartes différentes comportant chacune un ou plusieurs éléments, sans compter les diagrammes de dépouillement des sondages, qui fournissent l’aspect des variations atmosphériques élémentaires en altitude, à un instant donné.
- De ces documents graphiques, véritables photographies de l’état de l’atmosphère, on déduit par analyse puis par synthèse, d’abord la situation météorologique du moment, ses caractères essentiels, puis l’évolution probable dé cette situation d’où découlera la •prévision (fig. 10). D’autre part, au Service central, des agents groupent certains renseignements sous forme de tableaux statistiques relatifs au temps, soit par postes, soit par dates, soit par éléments constitutifs. Les services de climatologie de la Météorologie nationale utilisent ultérieurement les dits tableaux, soit pour calculer des moyennes à l’aidé de machines spéciales, soit pour dessiner des cartes ou des graphiques qui permettront ensuite des calculs et des données de climatologie générale.
- Principaux bénéficiaires de la météorologie.
- Sans vouloir indiquer tous les usages possibles de la météorologie, essayons pour terminer de faire ressortir l’importance et la multiplicité des renseignements qu'elle fournit.
- La Marine reconnut la première, voilà longtemps, l’intérêt que présente la météorologie pour augmenter la sécurité des navires,
- FijfJ 10. — La salle de prévision du temps, au Service central de météorologie fj Paris. Aux murs, les cartes météorologiques de la
- journée.
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- puisque, dès 1860, l’Observatoire impérial de Paris envoyait journellement des avis sur les perturbations atmosphériques aux principaux ports de l’Europe. Après elle, les agriculteurs s’inquiètent des prévisions du temps à courte échéance depuis 1876 et ils veulent connaître, afin d’organiser leurs programmes de travaux saisonniers, la probabilité de la pluie, des orages, de la grêle, des gelées, etc.... L’aviation est lç principal « client » de la météorologie, car les pilotes, privés de ses précieuses indications, courraient de grands risques au cours de leurs vols.
- Les entrepreneurs de travaux publics s’intéressent aux relevés de pluie qui permettent de prévoir les crues des fleuves ou des rivières, aux statistiques pluviométriques pour la construction des barrages et des réservoirs d’eau, pour les calculs d’égouts ; ils ont besoin des prévisions de neige et du verglas pour les travaux de voirie, des relevés de la température du sol pour le revêtement des terrasses ou des chaussées, de la prévision des périodes de gel pour les constructions en ciment armé, etc,...
- Les architectes, les ingénieurs et les maçons consultent les dossiers climatologiques pour choisir l’emplacement, et l’orientation d’hôpitaux et d’habitations ; il leur faut connaître la vitesse du vent pour calculer les résistances d’un hangar ou des murs d’usines ; ils doivent se procurer des statistiques de température pour
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- établir des installations de chauffage central, de réfrigération, etc..
- Les hydroélectriciens étudient la pluviosité, les dégels brusques en période d’enneigement pour les variations de débit des cours d’eau ; ils tiennent compte aussi des prévisions d’obscurcissement du ciel dont dépend la consommation d’électricité par de futurs consommateurs.
- Les chemins de fer et les entreprises de transport se préoccupent des prévisions de brouillard et de verglas, des statistiques de température pour l’utilisation des wagons ou des camions automobiles, etc....
- Citons encore les médecins, qui se renseignent sur les conditions climatériques d’une région avant d’y envoyer leurs malades, les sportifs qui se documentent à L’avance sur l’enneigement d’une station hivernale ou sur les adoucissements de la température, causes d’avalanches probables. Enfin il n’est pas jusqu’aux cinéastes qui ne s’adressent maintenant aux stations météorologiques pour fixer leur choix sur un site ou pour déterminer une époque favorable à leurs prises de vues !
- Enfin,. l’accumulation des documents recueillis permet aux météorologistes eux-mêmes d’établir et de vérifier les grandes lois de la circulation atmosphérique qui légitiment leurs prévisions.
- Jacques Boyer.
- La mort du sou
- Le sou est mort.... Il vient d’être définitivement condamné par l’arrêté publié au Journal Officiel du 21 mars 1947, aux termes duquel ont cessé d’avoir cours légal entre particuliers et ne sont plus acceptées dans les caisses publiques françaises depuis le 1er avril, les pièces de deux sous en nickel, bronze de nickel, maillechort et zinc, d’une part ; les pièces de quatre sous, en zinc et fer, d’autre partv
- En fait, le sou était mort avant la lettre. Car si les pièces de cinq, dix ou vingt centimes, voire de vingt-cinq centimes acceptées pour vingt, continuaient à circuler, c’était, en quelque sorte, par la force des choses, parce~qu’on en avait l’habitude. Depuis des années déjà, le sou était dépourvu pratiquement de valeur. A telle enseigne qu’il était prescrit d’arrondir au franc le plus voisin les comptes libellés en centimes et de ne porter que des nombres entiers de francs sur les factures, les chèques, les ordres de virement.
- Le nouvel arrêté ne fera donc que consacrer une situation de fait. Certains hausseront peut-être les épaules, en disant : « Que nous importe ? Le sou est disparu parce qu’il n’avait plus de valeur, il est mort de sa belle mort ! »
- Nous ne sommes pas de cet avis. Si le sou avait perdu tout pouvoir d’achat, il avait conservé une extraordinaire valeur symbolique et son histoire est intéressante à plus d’un titre.
- Un peu d'histoire.
- A quand remonte le sou ? Etymologiquement au solidus romain. Les Mérovingiens connaissaient, le sou d’or. Le Moyen Age fit usage du sou parisis de 15 deniers et du sou tournois de 12 deniers. Rien de commun que le nom avec notre sou de cinq centimes.
- Du temps que le sou avait quelque valeur, on éprouvait le besoin de le subdiviser. Au début de notre siècle, il y avait encore en circulation des centimes de bronze. Leur frappe semblait d’ailleurs plutôt réservée aux numismates. Cependant à la douane, à l’octroi, on faisait l’appoint avec des centimes. Le traitement des fonctionnaires était également parfait avec ces petites pièces. Pourtant, on se serait fait mal voir d’un commerçant si on les lui avait remises en paiement d’une marchandise.
- Certains se souviennent encore d’avoir vu des liards, de ces piécettes d’argent minuscules dont la valeur était celle d’un quart de sou. La chanson les avait popularisées :
- ... Et il mit un petit liard Dans la main du Savoyard.
- La valeur du sou.
- Reportons-nous en pensée à cet heureux temps d’avant-guerres. Mettons au pluriel, car il s’agit de la période précédant 1914, qu’on peut prendre pour référence, parce qu’elle marquait la fin d’une stabilité monétaire légendaire.
- Le sou d’avant-guerres valait à peu près 4 francs d’aujourd’hui. Valeur moyenne, d’ailleurs, parce que la valeur relative des choses ne s’est pas conservée dans le temps, celle des produits manufacturés ou contingentés n’ayant pas suivi le cours de 1a plupart des valeurs réelles. Ainsi la belle pièce de 100 sous en argent, à l’effigie de Napoléon III, de la République, du Roi Léopold ou de l’Helvetia assise sur son écusson, représenterait, quant à son pouvoir d’achat, quelque 4 billets de 100 francs de notre monnaie fiduciaire.
- Avec 1 sou, on achetait un journal quotidien, actuellement au coefficient 80.
- Avec 1 sou, on achetait encore un petit pain, délice disparu. Le petit pain, livrable à discrétion, « à vue » et sans tickets chez tous les boulangers, pesait en principe 100 g. Le même poids de pain vaut actuellement 1 fr (coefficient 20), ce qui montre combien le prix du blé et du pain a été maintenu artificiellement bas par rapport aux valeurs réelles.
- Avec 2 sous, on se procurait un timbre-poste pour la France (actuellement 4,50 fr, coefficient 45). Pour le même prix, on pouvait s’offrir une section d’omnibus ou de tramway, et les sections avaient, dans ce temps-là, un kilométrage considérable.
- Avec 3 sous, on prenait un ticket de métro en seconde classe.
- Tout bazar qui së respectait possédait an « rayon à 1 sou » où l’on trouvait toute sorte d’objets utiles ou agréables, des crayons, des jouets, des pipes et des tabatières en merisier.
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- Avec 1 sou, on pouvait encore faire la charité et s’offrir une chaise à l’église. À la disparition du sou et de la monnaie de billon, les mendiants gagneront, de n’en plus recevoir dans leur sébille.
- Rétrospective.
- En avons-nous vu de ces piécettes confondues sous l’appellation générique de sous ! Il nous souvient encore d’avoir découvert, en bêchant le jardin de notre grand-père, en Lorraine, un sou à l’effigie de Louis XVI. C’était une belle pièce de bronze, sensiblement plus épaisse et plus lourde que notre ancien décime
- Dans notre jeune temps florissait la monnaie de billon, depuis les petites pièces de 1 et 2 centimes jusqu’aux pièces de 5 et 10 centimes. Certains estimaient que ces sous étaien^encombrants et sales. Comme le sou pesait 5 g et le décime 10 g, on ne pouvait guère les accumuler dans le porte:monnaie. Rien de beau comme un sou neuf. On l’eût presque confondu avec un louis ou une pistole. A l’usage cependant le bronze se ternissait, s’usait. Dans les ports, tous les sous étaient vert-de-grisés et il était formellement conseillé de se laver les mains après avoir fait sa caisse !
- A cette époque de nationalismes intransigeants, rien d'international comme la monnaie. Les sous qui circulaient étaient à l’effigie de la République, avec un chignon extravagant ou un bonnet phrygien, mais on voyait aussi des pièces de Napoléon III, portant 1 « impériale » ; de Victor-Emmanuel II, les joues dévorées d’un collier foisonnant et d’intrépides « bacchantes » ; de Léopold II, roi des Belges, à la longue physionomie encadrée d’une splendide barbe blanche.
- Plus tard, ce bronze pesant disparut de la circulation ; mais dans les familles on conservait encore volontiers ces pièces de 1, 2, 5 et 10 g comme masses additionnelles pour les pesées de précision, pesées de lettres, de bébés ou de biberons, parce qu’elles étaient d’un emploi plus pratique que les petits éléments des boîtes de poids.
- Vicissitudes des pièces trouées.
- La disparition des sous en bronze marqua le commencement d’une sorte d’anarchie monétaire. Entre temps était apparu un petit chef-d’œuvre : la pièce de 5 sous en nickel, fort joli jeton d’un beau métal, dont la tranche était taillée de nombreuses facettes et dont le seul défaut était de ne pas appartenir au Système métrique, qui prévoit les unités 1, 2, 8, 10, 20, 80, etc.... Elle fut bientôt remplacée par des pièces de 20 centimes qui furent loin de la valoir, et comme matière et comme composition.
- Alors vint l’ère des pièces trouées. Pourquoi trouées ? Les esprits
- subtils prétendaient que c’était à l’usage des indigènes de nos colonies — il faut penser à tout — les Nègres ayant la singulière coutume de les enfiler pour en faire des colliers (cela tient lieu de porte-monnaie). En réalité, c’était seulement pour qu’il fût possible de distinguer rapidement un sou d’une pièce d’argent, dans 1 obscurité, par le seul toucher : une monnaie pour aveugle.
- Les premières pièces, en bronze de nickel, avaient un aspect honorable. Les suivantes en zinc, puis en fer furent assez lamentables. Matière et frappe défectueuses, tout se liguait contre elles. Comme s’ils avaient honte d’eux-mêmes, ces pauvres sous se firent encore plus petits, les décimes passant du diamètre de 20 mm à celui de 16 mm. Le sou n’avait plus qu’à disparaître, entraînant à sa suite la petite monnaie, de billon.
- Ce qui restera du sou.
- Que restera-t-il du sou ? D’abord, pour les numismates, la possibilité de constituer de jolies collections, bien que les types de sous ne soient pas encore aussi nombreux que ceux des timbres-poste.
- Et ensuite, et surtout toute une littérature proverbiale, fort riche et si agréablement imagée. Le sou, en matière de finances, c’est comme le pain en matière d’alimentation : un symbole.
- La loi prescrivait l’obligation de faire tous les comptes en francs et centimes. Mais, du temps de notre jeunesse, principalement en province et à la campagne, tous les comptes se faisaient en sous, de même que toutes les pesées en livres. Le sou, c’était en effet la monnaie tangible et concrète. On disait couramment de quelqu’un qu’il n’avait pas le sou, pas un sou vaillant.
- La cuisinière qui allait au marché réclamait aux fournisseurs son « sou du franc », coutume dangereuse, toujours condamnée et toujours renaissante, comme le pourboire des coiffeurs. On était propre « comme un sou neuf », ce qui ne laissait aucun doute dans l’esprit de qui en avait vu. On économisait sou à sou, méthode qui, tout en faisant bien rire nos générations modernes, a cependant fait ses preuves en constituant à la France l’épargne la plus formidable du monde et en rendant notre pays créancier de tous les autres.
- Il y a des vérités qu’il faudrait un peu mieux proclamer. C’est à l’époque où le Français économisait des sous que l’encaisse-or de la Banque de France surpassait de loin celle de toutes les autres nations. Au moment que disparaît le sou, ruiné à son tour après avoir fait la fortune de la France, adressons-lui une pensée reconnaissante et tirons-lui notre chapeau : il fut l’âme de l’épargne et il a bien mérité de la patrie I
- Michel Adam.
- Le partage du continent antarctique.
- I e continent antarctique commence à attirer l’attention presque autant que les régions polaires arctiques ; les expéditions s’organisent pour le prospecter de toutes parts. Nous empruntons à une étude très précise du Dr Brian Roberts, du Scott Polar Research Institute de Cambridge, parue dans Nature du 22 mars dernier, les renseignements suivants sur les revendications territoriales des divers États.
- Le continent antarctique a été partagé avant même qu’on y ait pénétré. La Grande-Bretagne a annexé trois grands secteurs au profit de ses colonies : les îles Falkland ont reçu la charge, par lettres patentes du 21 juillet 1908 et du 28 mars 1917, de la région s’étendant au Sud des îles anglaises de l’Atlantique Sud : Falkland. Shetland, Orcades du Sud, jus qui au pôle, couvrant la terre de Graham chère à Charcot et la Mer de Weddel ; la Nouvelle-Zélande a, par ordre en conseil du 80 juillet 1923, l’administration du secteur au Sud de ces îles qui va lui aussi jusqu’au pôle et englobe la Mer de Ross ; l’Australie a reçu par ordre en conseil du 7 février 1933 la gestion d’un secteur de plus de 90°, de la Mer
- de Ross à celle du roi Haakon VII, coupé en deux par un étroit triangle sphérique, la Terre Adélie, découverte par Dumont d’Urville, que la France a annexée par décret du 1er avril 1924 et que l’Angleterre a reconnu. La Norvège a affirmé sa souveraineté sur la terre de la Reine Maud, par décret du 14 janvier 1939.
- Dans le secteur des Falkland, deux nouveaux compétiteurs ont apparu : l’Argentine réclame non seulement les Orcades du Sud, mais toutes les terres jusqu’au pôle, entre 28° W et 68°34' W ; le Chili a publié le 6 novembre 1940 un décret déclarant territoires chiliens toutes les terres entre 83° W et 90° W.
- Il reste libre un dernier secteur, à l’Ouest de la. Mer de Ross, jusqu’à la terre d’Ellsworth, où se trouve la « Petite Amérique » et que plusieurs expéditions américaines ont fréquenté. Mais le 27 décembre dernier, le secrétaire d’État Acheson rappelait une fois de plus que les États-Unis n’ont jamais réclamé dans l’Antarc-tique, mais n’ont rien reconnu non plus des annexions prononcées par d’autres. Le partage actuel ne semble pas définitif.
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- LE PROBLÈME DE LA SÉCURITÉ AÉRIENNE
- Quatre « systèmes » contribueront, dans l'avenir, à le résoudre sous ses divers aspects.
- Les Fédéral Télécommunication Laboratories, de New-York, mettent actuellement au point un certain nombre de cc systèmes » faisant état de divers moyens radio et qui sont appelés à rendre les plus grands services à la navigation aérienne.
- Il y a maintenant plus de deux ans qu’est apparue la nécessité d’une coordination entre tous les efforts poursuivis dans les dix années précédentes en vue de résoudre les problèmes posés par la navigation aérienne. A l’instigation de la Fédéral Téléphoné and Radio Corporation, une vaste enquête s’est instituée sur le sujet et il est revenu à notre compatriote, M. Delo-raine, alors Directeur des Fédéral Télécommunication Laboratories de New-York, de formuler les principes suivant lesquels il convenait d’aborder la question et de hiérarchiser, suivant un degré d’urgence, les problèmes à résoudre.
- Commencée au cours de la guerre, cette enquête s’est poursuivie avec la collaboration, tant d’organisations civiles comme la Civil Aeronautics Administration et VAeronautical Radio Inc., que d’organismes du Gouvernement ou de l’Armée américains, tels que les Aircraft Radio Laboratories, les Watson Laboratories et le Comité du Dr Stratton rattaché au Ministère de la Guerre.
- On ne met pas en doute que les radiophares omnidirection-nels à très haute fréquence ont déjà partiellement résolu le problème de la navigation le long des lignes aériennes ; à telle enseigne que les États-Unis se proposent d’en multiplier l’ins-
- Fig. 1. Disposition possible des stations Navaglobe dans la région de VAtlantique.
- tallation en chaîne sur tout leur territoire dans les années qui viennent.
- Mais pouvait-on regarder le problème comme résolu dans son ensemble, c’est-à-dire hors des lignes régulières, comme les nécessités de la guerre... et même de l’après-guerre pouvaient faire souhaiter qu’il le fût?
- Pareillement, on accordera que les équipements d’atterrissage sans visibilité en usage depuis une dizaine d’années sont satisfaisants; cependant, autant dans ce sens que dans celui du guidage aux abords des aéroports à grand trafic, il est devenu nécessaire d’envisager des moyens d’une sécurité plus grande.
- Pour satisfaire à ces divers besoins, les spécialistes les plus qualifiés dans le domaine de la physique des ondes ont apporté, au cours de la guerre, un concours dont on n’a pas soupçonné l’étendue et estimé à sa valeur la part qui leur revient dans la victoire des Alliés. L’objectif primitivement assigné à leurs recherches était d’ordre militaire; on comprend donc que leurs réalisations aient été tenues jusqu’ici secrètes. Le moment est venu d’en transposer les avantages sur le plan de l’aviation civile et commerciale.
- Entre temps, M. Deloraine, devenu Président du Groupe des Laboratoires de Télécommunications de New-York, de Londres et de Paris, avait passé la direction des Fédéral Télécommunication Laboratories de New-York à un autre Français, M. Busi-gnies, lequel, en collaboration intime avec d’éminents ingénieurs américains, notamment MM. P. R. Adams et R. I. Colin, a créé les quatre « systèmes » dont nous allons parler.
- Guidage des avions hors des lignes régulières.
- Le système « Navaglobe ».
- C’est ici le problème de la navigation à longue distance qui a été abordé et résolu, le guidage des avions au-dessus des océans, de la jungle, des forêts vierges, des régions arctiques et des déserts.
- Deux desiderata se sont imposés :
- i° Un tel système doit assurer un service mondial;
- 2° Il doit offrir une sécurité absolue.
- L’objectif est de placer tout point du globe dans le rayon d’action de deux stations au sol afin de permettre aux navigateurs de déterminer leur position par le recoupement de deux directions.
- Pour l’atteindre, on doit se demander jusqu’à quelle limite peut être réduite la portée utile de chaque station, pour que — sans créer d’îles artificielles — soit satisfaite la condition de couvrir toutes les~régions océaniques survolées. En excluant, pour l’instant, la calotte polaire australe, on a reconnu la nécessité d’un rayon d’action de 2 4oo km (1 5oo milles), ce qui implique la création de 75 stations, dont 60 affectées aux régions océaniques.
- Étant donné le rayon d’action précité, sur quelles fréquences peut-on assurer la propagation au-dessus des mers 100 pour 100 du temps ?
- Ce problème de la propagation a été étudié dans son ensemble par MM. P. A. Adams et R. I. Colin (!).
- 1. P. H. Adams et R. I. Colin. Frequency Power and Modulation for a Long-Rangé Radio Navigation System Electrical Communications, juin 1946.
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- Suivant qu’on néglige ou qu’on tient compte des considérations de degré d’efficacité des antennes, la bande de fréquences utilisable pour une réception correcte à 2 4oo km (1 5oo milles) est, avec une puissance de rayonnement donnée :
- i5 kc/s. < Fréquences <70 kc/s., compte tenu de la condition de propagation des signaux la plus défavorable et du niveau de bruits atmosphériques le plus élevé,
- ou 5o kc/s. < Fréquences < xoo kc/s., compte tenu du degré d’efficacité des antennes (antennes simples à deux pylônes et à sommet plat avec des hauteurs effectives de l’ordre de 90 m) (3oo pieds).
- Si, à la faveur d’une augmentation de la puissance d’entrée nécessaire, on envisage de réduire le prix de revient des antennes, la fréquence peut être élevée :
- jusqu’à 125 kc/s. avec une puissance accrue de 5o pour 100 au plus et jusqu’à 176 kc/s. avec une puissance triplée.
- En réduisant à 20 c/s. les largeurs de bande des récepteurs, les puissances d’entrée nécessaires pour une sécurité - presque totale ont été reconnues approximativement de l’ordre de :
- 7 kW dans le Nord des U. S. A. et au Canada, 25 kW aux alentours de New-York, 100 kW dans la plupart des stations tropicales.
- Il faut remarquer cependant que la majeure partie du temps, les stations émettrices peuvent fonctionner avec une puissance quatre fois inférieure à celles qui viennent d’être indiquées.
- L’efficacité des antennes est estimée à environ 60 pour 100, de sorte que les puissances rayonnées sont de l’ordre de :
- 4 200 kW dans le Maine, i5 kW à New-York,
- 60 kW sous les tropiques.
- De leurs recherches, les auteurs ont conclu que : « Sauf pendant la brève interruption de la propagation d’environ un quart d’heure, qui se situe à un moment prévisible de la soirée, le rapport signal/bruit à un rayon de 2 4oo km (1 5oo milles) serait suffisant pour mettre un fonctionnement correct du système environ 99,9 pour 100 du temps ».
- Principe du système. — Dans son principe, Navaglobe est un balisage au sol omnidirectionnel à ondes longues et à bande étroite, avec addition d’un goniomètre automatique dans le récepteur de balisage aéro-porté.
- Le principe de comparaison d’amplitude des balisages classiques à deux itinéraires (en service sur tout le territoire des U. S. A.) est aussi celui du balisage omnidirectionnel Navaglobe. Ce qui le différencie dans son application, c’est : i° que les indications, au lipu d’être auditives, sont visuelles par déplacement d’une aiguille sur un cadran;
- 20 que ces indications, au lieu de concerner deux ou quatre parcours déterminés sont fournies pour une position azimutale quelconque de l’avion. A cet effet, précédés d’un signal de synchronisation, trois signaux rayonnés successivement sont utilisés, le cycle entier se produisant une fois par seconde. Au sol, l’émetteur utilise trois antennes disposées en triangle équilatéral (les trois points au centre de la figure 2). Deux antennes sur trois sont utilisées simultanément, chaque paire donnant un diagramme comme l’indique la figure 2.
- Les trois signaux successifs sont séparés dans un récepteur et appliqués à un mécanisme qui fournit l’indication requise par un procédé de comparaison de vecteurs. Pour comprendre le rôle de ce mécanisme, il faut imaginer que la fonction qu’il remplit l’assimile à un appareil de mesures qui comprendrait trois bobines disposées à 1200 et une aiguille aimantée s’orientant suivant la direction du champ résultant. Une telle aiguille indiquerait directement l’angle azimutal recherché. La seule ambiguïté est celle de 1800 qui est éliminée au moment du recoupement.
- Une largeur de bande du récepteur très étroite, de l’ordre de 20 e/s. et une intégration des signaux sur une période de plu-
- sieurs secondes, telles sont les conditions de fonctionnement du système réduisant au mieux les effets du bruit. En se plaçant dans ces conditions, on obtient une précision effective égale à celle que l’on obtiendrait avec une largeur de bande de l’ordre de o,3 à o,i5 cycle par seconde.
- Dans des conditions atmosphériques défavorables, on peut n’obtenir la position de repos, pour une lecture correcte, tant de l’indicateur d’azimut que du goniomètre automatique, qu’au bout d’une dizaine de secondes. Cette lenteur relative est la rançon de la grande sécurité de fonctionnement du système.
- Équipement à bord. — Le récepteur de balisage à bande étroite est muni d’un indicateur spécial d’azimut.
- Il utilise comme aérien un cadre blindé pour réduire les effets des parasites de précipitation et des décharges statiques et l’on tire partie du diagramme directionnel du cadre pour obtenir en outre une indication de goniométrie automatique dans l’avion.
- L’indication de position fournie selon le principe du goniomètre, autant que l’indication d’azimut selon le principe du balisage omnidirectionnel, sont entièrement automatiques.
- Le système Navaglobe fournit deux indications séparées de chaque lecture de direction. Néanmoins, il ne comporte qu’un seul récepteur à ondes longues à bord d’avion, avec un seul cadre; mais, pour les deux types de lecture, l’équipement des deux indicateurs eux-mêmes est distinct. Est, de même, distinct, un système de contrôle dans le récepteur.
- Erreurs possibles. — Celles imputables au goniomètre sont :
- 1° Les erreurs de polarisation ;
- 2° Les erreurs dans l’alignement ou dans l’équilibrage du cadre ;
- 3° Les erreurs dans le mécanisme utilisé pour convertir les relèvements en indications d’instruments.
- Celles imputables à l’instrument d’azimut sont :
- 1° Les erreurs dues à la réflexion des ondes par des obstacles (montagnes) au voisinage de l’émetteur ;
- 2° Les erreurs dans l’équipement d’indication utilisé pour produire la déviation de l’aiguille ;
- 3° Les erreurs dans le réglage de la phase relative des antennes d’émission qui proviennent, soit d’un désaccord des antennes par suite de verglas ou de détente des fils, soit d’un réglage défectueux des circuits de phase dans l’émetteur ou dans l’équipement des lignes de transmission.
- Mais on démontre que goniomètre et indicateurs d’azimut ne peuvent pas être influencés de la même façon par chacune de ces erreurs.
- Ainsi, le pilote a-t-il, par comparaison des indications fournies par l’un et l’autre appareils, un moyen de contrôler des défaillances d’autant plus dangereuses qu’elles pourraient, sans cela, passer inaperçues.
- Reste la panne qui rendrait inutilisable l’émetteur ou le récepteur; mais, d’un tel dérangement, le pilote aurait immédiatement connaissance.
- Ainsi, dans tous les cas, ne risquera-t-il pas de se fier à une fausse indication.
- (à suivre.)
- Georges Kimpfun
- \______/
- Fig. 2. — Principe du système navaglobe.
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- UTILISATION CHIMIQUE DU GAZ DE FOUR A COKE
- ÉTAT DE LA QUESTION EN FRANCE - TENDANCES NOUVELLES
- Le gaz de four à coke.
- L.ï gaz de four à coke est un sous-produit de la fabrication du coke qui, pendant longtemps, n’a pas été utilisé complètement. 11 servait à chauffer les batteries de four et l’excédent en était brûlé à l’air libre en pure perte. Le pourcentage de perte alla en croissant au fur et à mesure que les fours se perfectionnant consommaient moins de gaz pour leur propre chauffage.
- Ce gaz est pourtant précieux à en juger par l’analyse moyenne ci-dessous du gaz produit au cours de 1939 par une grande coke-rie du Pas-de-Calais :
- C02.................................... 2,2
- Éthylène et carbures supérieurs. . 1,9
- 02..................................... 0,6
- CO..................................... b,6
- 1I2.................................... 56,7
- CH..................................... 26,7
- N2..................................... 6,3
- Pouvoir calorifique supérieur ... 4 970 cal au m3
- Densité................................ 0,36
- Ces caractéristiques sont celles d’un bon gaz d’éclairage qu’on fabrique à grands frais dans toutes les villes de quelque importance et la première idée fut de livrer les excédents de gaz aux Compagnies concessionnaires de distribution. Malheureusement, les cokeries se trouvent à proximité des mines et loin des agglomérations consommatrices de gaz d’éclairage ; aussi cette application fut-elle longtemps limitée, d’autant plus que les prix de vente de ce gaz, considéré au début comme un sous-produit, étaient fort peu avantageux et cela encore jusqu’à la veille des nationalisations, à tel point que les cokeries avaient intérêt à chauffer leurs batteries avec du gaz de four à coke au lieu de les chauffer au gaz pauvre comme le font les usines à gaz pour rendre disponible la totalité du gaz de distillation à haut pouvoir calorifique.
- Premières utilisations chimiques du gaz de four.
- Ce fut l’apparition après 1918 des procédés de synthèse de l’ammoniaque qui provoqua l’utilisation dans des fabrications chimiques du gaz de four à coke. Chose curieuse, on ne s’adressa pas tout d’abord aux qualités chimiques du gaz, mais seulement à ses qualités thermiques. Le gaz servait seulement à chauffer des fours qui fabriquaient de l’hydrogène par réduction de la vapeur d’eau par le fer au rouge. On introduisait l’azote par de l’air dont l’oxygène se combinait avec un excès d’hydrogène en donnant de l’eau facilement éliminée. Mais très rapidement on abandonna partout cette méthode, sauf dans une usine maintenant détruite par bombardement, à cause de l’impureté des gaz produits, et les huit usines actuelles du Nord utilisent le procédé de préparation de l’hydrogène par extraction du gaz le froid.
- L’hydrogène est, en effet, en forte proportion dans le gaz : 56 pour 100 environ. Il est très réactif, tandis que son pouvoir calorifique supérieur est faible : 3 050 cal. alors que le gaz de four donne 4 900 cal. En extrayant tout son hydrogène du gaz de four, on lui retire : 3 050 x 0,56 = 1 700 cal. sur 4 900 soit 34 pour 100 des calories. Il en reste plus qu’il n’en faut pour chauffer la batterie de four. D’autre part, l’hydrogène est facile à extraire puisqu’il a le plus bas point de liquéfaction des éléments du mélange.
- Technique actuelle de la synthèse de l'ammoniaque dans les usines françaises utilisant le gaz de four
- • •
- Les procédés de synthèse pouvaient se classer au début en deux catégories distinctes : le procédé de synthèse en chaîne ouverte, c’est-à-dire le procédé Claude, et les procédés étrangers à synthèse en circuit fermé.
- Le premier comportait plusieurs tubes de catalyse alimentés en cascade par l’hypercompresseur entre lesquels étaient placées des bouteilles de purge de l’ammoniac produit ; le gaz sortant en dernier, très impur, était évacué.
- Les seconds comportaient un seul tube de catalyse intercalé dans un circuit alimenté par l’hypercompresseur et qui comprenait également l’échangeur de catalyse, le refroidisseur et la capacité de réception de l’ammoniac liquide.
- Ce circuit devait être assez fortement purgé pour éviter que la teneur du gaz en impuretés et principalement en oxyde de carbone très nocif pour le catalyseur n’atteigne une A'aleur exagérée.
- Depuis, les techniques de la fabrication de l’ammoniaque ont considérablement progressé et comme toujours d’une façon convergente, de telle sorte que, maintenant, on peut dire que les procédés sont identiques, sauf néanmoins en ce qui concerne les pressions de travail dans le circuit de synthèse. En effet, certaines usines travaillent vers 800 kg, d’autres à 300 kg, l’une d’entre elles travaille même entre 100 et 150 kg et s’en montre très satisfaite. Les procédés de préparation des gaz permettent maintenant d’envoyer à la catalyse un mélange N2 + 3H2 à peu près pur. La teneur en oxyde de carbone est couramment de 0,0005 pour 100, la teneur en méthane est plus forte, mais ce gaz, s’il est inerte vis-à-vis de l’azote est beaucoup moins nocif pour le catalyseur
- Fig. 1. — Salle des tours d’épuration même en série.
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- Figr. 2. — Salle de compresseurs d’une usine de synthèse d’ammoniac.
- que l’oxyde de carbone. Par suite de cette grande pureté, il n’est plus question de purge dans le circuit de catalyse, encore moins de circuit ouvert. Le procédé Claude ne se distingue plus guère des autres que par l'emploi de tubes de catalyse en série. Cette grande pureté des gaz se combinant avec l’emploi de catalyseurs beaucoup plus réactifs, a augmenté considérablement la production des unités de synthèse ; celle-ci a triplé depuis 1930.
- Mode de préparation des gaz dans les usines d’ammoniac.
- — Nous avons vu plu$ haut que très rapidement on abandonna les procédés n’utilisant que les qualités thermiques des gaz pour en extraire les éléments chimiques intéressants au moyen du fractionnement par le froid.
- grande pureté. Mais il contenait encore à l’apparition du procédé, une assez forte proportion d’oxyde de carbone qui a une température d’ébullition voisine de celle de l’hydrogène. Ce gaz est maintenant éliminé par lavage de l’hydrogène dans une colonne à plateaux à l’aide d’azote liquide dans lequel il est très soluble : cette opération s’effectue dans la zone la plus froide de l’appareil.
- Étant donné la complexité d’un tel appareil on n’y introduit que le gaz de four le plus pur possible ce gaz, généralement après compression, passe dans des colonnes garnies d’anneaux et arrosées d’huile, d’eau et d’eau ammoniacale qui ont pour but d’arrêter les poussières, les benzols, le gaz carbonique soluble dans l’eau sous pression, les dernières traces de gaz carbonique et l’hydrogène sulfuré.
- Enfin le gaz subit encore généralement une dernière épuration à très haute pression avant son introduction dans le circuit de synthèse. C’est,-ce qu’on appelle la précatalyse On le fait passer après réchauffage par échangeur ou résistance électrique dans un tube de catalyse fonctionnant à température relativement basse et contenant un vieux catalyseur de synthèse ou un catalyseur hydrogénant (à base de nickel), les traces d’oxygène sont hydrogénées en donnant de l’eau. Les dernières traces d’oxyde de carbone sont également hydrogénées en formant da méthane : celui-ci est éliminé dans l’ammoniac produit où il est soluble.
- Dans une usine de synthèse, toutes les opérations s’effectuent donc sous pression, ce qui lui donne un aspect mécanique, tout à fait différent de celui des vieilles usines chimiques. On groupe
- On prépare ainsi l’azote à partir de l’air, l’hydrogène à partir du gaz de four. Les appareils ont de grandes analogies, ils peuvent se classer en deux catégories : les appareils Claude utilisant comme source de froid, la détente du gaz lui-même dans un moteur, les appareils allemands Linde ou Messer utilisant la détente sans travail extérieur d’un fluide auxiliaire : l’azote. Tous ces appareils fonctionnent sous pression de 12 à 23 kg afin d’élever la température d’ébullition des corps à séparer.
- La préparation de l’hydrogène paraît un problème simple, du fait de sa très basse température d’ébullition : il n’y a, en effet, qu’à refroidir suffisamment le gaz pour liquéfier ou solidifier les autres constituants. En fait, la conduite d’un appareil à hydrogène est chose très délicate et la préparation correcte de ce gaz est le souci principal du chef de fabrication d’une usine de synthèse. L’appareil est constitué par une suite d’échangeurs, dans lesquels les températures et les pressions vont en décroissant, qui ont pour but d’arrêter successivement les différents composants du gaz et de les séparer à l’état liquide pour en permettre l’élimination continue Ces échangeurs ont donc des dimensions en fonction de la composition du gaz à traiter et l’appareil fonctionne mal quand celle-ci s’écarte de la moyenne. Il se produit des bourrages avec des corps solidifiés auxquels on remédie par des soufflages d’azote chaud (— 70°). On conçoit que l’hydrogène ainsi préparé soit d’une
- généralement les machines dans une ou deux grandes salles munies d’un pont roulant. On trouve là les compresseurs d’air, de gaz de four, d’azote, les hypercompresseurs, les pompes de circulation. Ce sont généralement des machines horizontales entraînées par volants-moteurs électriques allant jusqu’à 6 000 ch. Dans certaines usines anciennes, les compresseurs sont attaqués par courroie. Dans quelques autres, plus rares, l’entraînement est assuré par la vapeur qui actionne un piston monté sur la tige commune des pistons des compresseurs. Ce dispositif assure une grande souplesse de marche ; il est peu coûteux comme première installation.
- Les sous-produits de la fabrication de l’ammoniaque synthétique. — Ces sous-produits proviennent presque totalement de la préparation des deux gaz : Azote et Hydrogène.
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- Le sous-produit de l’azote est l’oxygène. Il est parfois employé pour faire fonctionner un gazogène à grille tournante qui fournit ainsi un gaz beaucoup plus riche que le gaz pauvre et avec lequel on peut chauffer des fours à coke, ce qui permet de réserver le gaz résiduaire à d’autres usages. Il peut aussi être utilisé à enrichir l’air destiné à oxyder l’ammoniaque dans une fabrique d’acide nitrique.
- Le principal sous-produit de la fabrication de l’hydrogène est ce qu’on appelle le gaz riche ou le gaz résiduaire dont voici une analyse moyenne :
- qu’elles craquent en les injectant au point chaud des gazogènes pour amener à sa valeur convenable le rapport
- Il est à remarquer que dans toutes ces fabrications, qui offrent beaucoup d’analogie avec leur ancêtre, la synthèse de l’ammoniaque, le méthane est considéré comme l’ennemi principal : il a un effet neutralisant fâcheux sur les catalyseurs ; une fois formé il est d’une stabilité tenace et absorbe une grande quantité d’hydrogène.
- Vue d'ensemble sur les installations actuelles.
- Éthylène et carbures supérieurs............................ 3,2
- 02................................................... 0,6
- CO......................................................... 12,2
- H2........................................................ 6,7
- CH......................................................... 59,5
- N2........................................................ 17,5
- Pouvoir calorifique supérieur ........ 6 750
- Dans ces techniques de synthèses, les sociétés houillères ont vu le moyen de valoriser le gaz excédentaire de leurs cokeries. Chaque usine de synthèse fait corps avec sa cokerie ; elle est généralement gérée par une société mixte, 50 pour 100 des actions étant à la société minière, 50 pour 100 appartenant à une grande société chimique. On compte une dizaine de ces cellules indépendantes
- LÉGENDE
- *—Conduites de gaz .++++ Frontière
- 1§°_ Conduite de 350 de diamètre A Ensemble cokerie.usn.edesynttf? O Usines à gaz
- Comines.
- Hàzebrouck
- Cokeries
- Armentières
- Ll LLE1
- BFTHUNE,
- LENS
- DOUAI
- ARRAS
- Frevent
- Cambrai
- Le réseau des conduites de gaz du bassin du Nord.
- Ce gaz est très riche en méthane ; il a un gros pouvoir calorifique.
- Les appareils actuels à hydrogène peuvent d’ailleurs produire un gaz encore plus calorifique en séparant l’éthylène, lequel a un pouvoir calorifique de 12 000; on obtient ainsi un produit à 50 pour 100 d’éthylène qui peut atteindre jusqu’à 10 000 cal.
- L’usage le plus répandu de ce gaz est son addition au gaz résiduaire destiné à la traction. Les moteurs d’autos équipés pour utiliser ce gaz fonctionnent parfaitement. La plupart des usines de synthèse ont leur poste de chargement ; l’une d’entre elles alimente également des postes dans Lille. Toutefois ceux-ci ne sont pas encore assez nombreux pour concurrencer l’essence. Les transporteurs semblent d’ailleurs abandonner peu à peu le gaz maintenant que l’essence redevient moins rare.
- Une autre utilisation du gaz éthylénique est la préparation du glycol et des polyglycols, produits très intéressants pouvant remplacer avantageusement la glycérine dans de nombreux emplois.
- Le gaz résiduaire courant, à part l’usage relativement faible pour la traction, est utilisé au chauffage de la batterie de fours à coke accolée à l’usine de synthèse.
- Les autres synthèses faites à partir du gaz de four à coke.
- A vrai dire elles n’absorbent, comparées à la synthèse de l'ammoniaque, qu’une très faible partie du gaz. Il existe deux usines d’essai d’hydrogénation de la houille ou des hydrocarbures lourds sous pression. Les autres, fabriquant de l’esgence par le •procédé Fischer Tropsch ou de l’alcool méthylique, utilisent du gaz à l’eau et n’emploient qu’une faible proportion de gaz de four à coke
- produisant en tout 550 à 600 t d’ammoniac anhydre par jour et quelques autres produits de synthèse. Les excédents de gaz sont fournis aux Compagnies concessionnaires de distribution de gaz. Beaucoup de ces usines de synthèse possèdent aussi des fabrications dérivées : acide nitrique, nitrates, acide sulfurique, sulfate d’ammoniaque, etc....
- Pourtant cette association cokerie-usine de synthèse n’est pas particulièrement heureuse. L’usine de synthèse est très sensible aux variations de qualités et de quantités du gaz que lui fournit la cokerie, et, réciproquement, le bon fonctionnement de la cokerie dépend de la régularité de la fourniture du gaz résiduaire pour chauffer ses fours. Il en résulte un équilibre de marche très instable, tout incident se répercutant indéfiniment de l’une des deux usines sur l’autre si on n’y apporte pas remède très rapidement. Ajoutons que la production de gaz résiduaire dans un appareil d’extraction par le froid est très irrégulière et que ce gaz qui contient une forte proportion d’hydrocarbures est impropre au chauffage des fours, car, sous l’influence de la chaleur, il laisse déposer du noir de fumée qui bouche partiellement
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- les orifices des brûleurs, déréglant ainsi la marche des fours.
- Enfin il est absurde économiquement de brûler sous des fours à coke un gaz à 6 500 calories 1
- Premiers pas
- vers une solution d'ensemble du problème.
- Pendant l’occupation allemande, la pénurie de calories imposa, comme en bien d’autres domaines, une répartition du gaz. Cette répartition avait pour but d’économiser le gaz de four en évitant tout gaspillage et de l’utiliser soit à des synthèses, soit à des chauffages dans des usines (principalement usines sidérurgiques, verreries), soit à des distributions urbaines.
- Le moyen employé fut l'interconnexion des différentes conduites de gaz de four et la gestion par un bureau central de dispatching du réseau ainsi créé. Actuellement ce bureau est entre les mains des Houillères Nationales ; il gère le réseau présenté par la carte ci-jointe. La distribution se fait par des conduites atteignant en certains points 600 mm de diamètre, où la pression ne dépasse guère 1,500 kg par centimètre carré.
- A vrai dire, il ne s’agit là que d’un équilibrage entre les anciennes unités de production de gaz et les utilisateurs avec lesquels elles ont passé contrat. L'utilisation rationnelle des gaz suivant leurs pouvoirs calorifiques est encore loin d’être réalisée et si l’on construit dans certaines usines des batteries de gazogènes, on‘! n’en continue pas moins presque partout à chauffer les fours avec du gaz de four à coke (4 500 cal) et du gaz résiduaire de synthèse '(6 500 à 7 000 cal).
- Il est intéressant d’ailleurs de comparer notre réseau de gaz avec celui réalisé en Allemagne du Sud-Ouest les dernières années qui ont précédé la guerre.
- La Ruhrgas.
- C’est une société par actions qui fut fondée en 1927 par les entreprises charbonnières et sidérurgiques de la région rhéno-
- Fig. 5. — Le réseau de la Ruhrgas.
- Minden,
- Munster
- [ielefèld
- NCFORT
- •armstadïî
- v. le réseau 1 Sarrois e
- o Mannheim
- .Sarrebrück
- letz *
- 0 20 40 60
- 80 fOOK.
- westphalienne. Son objet est l’utilisation par une multitude d’industries diverses des grandes quantités de gaz disponibles produites par les cokeries modernes. La Ruhrgas ne possède aucune installation propre pour la fabrication du gaz relie reçoit son' gaz des cokeries de la Ruhr et le distribue au moyen de son réseau de canalisations à longue distance. Les quantités de gaz distribuées étaient considérables ces dernières années. Elles furent en :
- 1939 ........................ 2 949 millions de m3
- 1940 ........................ 2 844 »
- 1941 ................. . 2 931 »
- 1942 ........................ 3 127 »
- 1943 ........................ 3 347 »
- (La quantité annuelle de gaz livré par nos cokeries du bassin du Nord est de l’ordre de 600 millions de mètres cubes).
- Dispositions techniques des installations. — Les opérations d’épuration, de comptage et de compression s’effectuent dans les cokeries qui possèdent en propre les installations correspondantes. Les installations d’épuration sont du type classique, y compris l’épuration sulfureuse. Les compresseurs sont généralement horizontaux et actionnés à la vapeur. Les cokeries possèdent de grands gazomètres, en général du type sec, calculés pour régulariser le débit dans la semaine. En fait, ces dernières années, par suite de l’accroissement de la consommation, ils suffisaient tout juste à assurer la régularisation dans la journée.
- Les premières conduites ont été établies pour travailler à 8 kg. La plupart fonctionnent sous 16 kg, certains grands collecteurs vont jusqu’à 25 et même 36 kg. Au début, les conduites étaient posées le long des routes ; des trajets plus courts , ont été ensuite conçus sans s’astreindre à suivre ..les routes. Les cours d’eau sont franchis, soit par-dessus au moyen des ponts existants ou de ponts spéciaux, soit souterrainement au moyen de conduites spéciales. Les conduites sont construites en tuyaux d’acier, soudés par recouvrement au gaz à l’eau et reliés entre eux par manchons soudés également. Il n’y a pas de joints de dilatation, sauf dans les régions minières où les mouvements de terrain sont à craindre et à la traversée des agglomorations. Des joints isolants sont ménagés dans les conduites pour éviter les corrosions par courants telluriques. Enfin des vannes de sectionnement sont disposées tous les 3 km.
- Les transports de gaz à très grande distance nécessitent des compressions intermédiaires à Niederschelden près de Siegen, par exemple, le gaz est pris entre 1 et 5 kg et comprimé à 32 kg par des compresseurs horizontaux à deux étages actionnés soit par moteur électrique soit par moteur à gaz. Enfin sur ces conduites sont placés des gazomètres destinés à faire face aux pointes journalières. Ils peuvent être constitués soit par des gazomètres secs (175 000 m3) soit par des tuyauteries sous pression enterrées (diamètre : 600 mm). Ils sont réunis au réseau par des détendeurs et des compresseurs.
- Les collecteurs haute pression sont reliés aux réseaux locaux par des détendeurs.
- Vente du gaz. — Les contrats sont passés avec l’industrie en calories, l’unité de compte étant le mètre cube de gaz à 4 300 cal (P. C. S.). Chaque consommateur possède, derrière son détendeur, un compteur volumétrique (appareil à pistons tournants genre Connersville) et un calorimètre enregistreur qui permettent de calculer le. nombre de calories livrées.
- Pour les petits consommateurs, en particulier pour les usages domestiques, la vente est faite seulement au mètre cube.
- Centrale du réseau et liaisons téléphoniques. —L’apport de nombreuses cokeries au'réseau de distribution et les prélèvements simultanés des usagers, plus nombreux encore, rend indispensable une commande centrale des apports des cokeries en fonction des pressions de fonctionnement exigées et sur la base des
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- marchés existants. Cette commande,se fait par un réseau de câbles particuliers posés le long des canalisations principales, dont les fils servent, pour partie aux différentes mesures à distance et pour partie .aux communications téléphoniques. Le détail de cette installation technique compliquée sort du cadre de cet article. Mentionnons seulement que les liaisons téléphoniques passent par un Central automatique situé au siège de l’administration à Essen, ainsi que par plusieurs centraux secondaires dotés d’appaieils de renforcement, répartis sur tout le réseau.
- La préparation du gaz de synthèse dans les grandes usines allemandes.
- La conversion. — Nous parlerons de gaz de synthèse en général, parce que les gaz qui servent à la préparation de l’essence par le procédé Fischer, de l’alcool méthylique et de l’ammoniaque diffèrent peu, et que l’on peut passer facilement de l’un à l’autre par ce qu’on appelle une conversion. Ce sont, en effet, des mélanges en proportions variables d’oxyde de carbone et d’oxygène;
- G1 »
- pour diminuer la proportion on peut s’adresser à la réaction très simple dite de conversion : ^
- CO + H20 -* C02 + II2
- qui s’effectue spontanément vers 400° à 480° en présence d’oxyde de fer comme catalyseur.
- Le gaz carbonique est ensuite éliminé très facilement par lavage à l'eau sous pression (généralement 12 ou 15 kg). En faisant passer la totalité des gaz dans le convertisseur, on obtiendra de l’hydrogène industriel pui pourra être épuré par passage dans une solution cuivreuse ammoniacale d’abord, une solution alcaline
- ensuite, le tout sous haute pression et tasse température. On obtiendra ainsi un hydrogène apte à la préparation de l’ammoniac.
- L’azote pourra être ajouté de différentes façons : il pourra être incorporé dès le début dans la préparation même du mélange C0+H2. C’est entre autres le système employé par Haber, qui préparait ainsi un gaz mixte, gaz à l’eau et gaz pauvre, en partant du coke et de la vapeur d’eau. Cette méthode est.particulièrement séduisante parce qu’elle élimine tout l’appareillage compliqué de liquéfaction et n’utilise comme compresseur que l’hypercompresseur de synthèse entre les étages duquel se font les différentes opérations d’épuration.
- L’azote peut aussi être incorporé en biûlant une partie du gaz par de l’air. C’est ce que font les grandes usines allemandes qui préparent leur gaz à partir du gaz de four à coke.
- La préparation du gaz de synthèse à partir du gaz de four à coke à Oppau. — Le principe de cette installation consiste en une combustion partielle suivie d’une conversion. Pour réaliser un gaz ayant la composition convenable, on est obligé de réaliser cette combustion par de l’air suroxygéné, l’oxygène étant produit par des appareils Linde auxiliaires. Les gaz sont d’abord saturés d’humidité, puis échauffés par passage dans des tours garnies d’anneaux Rachig et arrosées par de l’eau chaude. Ils passent ensuite dans des échangeurs où ils sont réchauffés ,par les gaz sortant du four de craquage. C’est dans ce four que les gaz sont partiellement brûlés. La température y étant fort élevée, les carbures d’hydrogène y sont brûlés et craqués ; le craquage est facilité par la présence d’un catalyseur (magnésie activée par du nickel). Us passent à l’état de CO et d’H2. Le gaz est ensuite dépoussiéré, c’est-à-dire surtout débarrassé du noir de fumée qu’il contient en faible proportion, puis envoyé à la conversion ; il
- Laveur
- Fig. 6. -— Schéma ds l’installation de craquage d’Oppau.
- Gaz de
- Gaz ou méthane
- Pmax. ^
- 4.200™3 Sous^
- Remontage
- hydraulique
- Teneur en C solide / 20 a 100 rni,ll/mJ
- Selimanite
- 400? à
- Chambre dk
- Grille à
- barreaux
- mobiles
- Conversion
- Four de crackmg
- Saturateurs Echangeurs (Sicbroma/\ YSillimanitel
- Conversion
- Dépoussiérage
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- -...... 158 ................=
- doit subir ensuite les épurations finales du type Haber. Le rendement thermique d’une telle installation serait de l’ordre de 90 pour 100.
- Solutions d'ensemble du problème des synthèses.
- Ces différentes techniques de distribution du gaz de four à coke et de préparation de gaz de synthèse permettent d’envisager une solution d’ensemble de ces questions pour un bassin avec le maximum d’économies de matières premières et de calories si rares en .France. Déjà nous voyons dans le bassin du Nord l’interconnexion des réseaux de gaz nous orienter vers cette solution. Les usines de synthèse envisagent, tout au moins dans leurs extensions, la préparation des gaz par les nouveaux procédés de era-quage et ces études montrent que les prix de revient sont dès maintenant, comparables à ceux des vieux procédés par liquéfaction tout en libérant les usines de leurs sujétions de double liaison avec leur cokerie, en supprimant tout un appareillage compliqué et coûteux de compression, en supprimant également les appareils à hydrogène si délicats à conduire et en permettant le montage d’nités très puissantes.
- Toutefois la technique française ne semble pas avoir dit son dernier mot. Pour utiliser rationnellement les gaz suivant leurs valeurs respectives calorifique et chimique, on peut envisager l’interconnexion des usines de synthèse actuelles non seulement au point de vue de l’alimentation en gaz de four, mais encore la collection de tous les gaz résiduaires riches en méthane et à haut pouvoir calorifique pour les expédier sur un grand centre de consommation éloigné tel que la région parisienne.
- La séparation des gaz par le froid peut aussi, si on la perfectionne, être la source de sous-produits fort intéressants. Le procédé allemand de craquage du gaz de four est extrêmement brutal. Il réduit tous les composants du gaz de four à leur plus simple expression : CO + H2. On peut envisager, au contraire, d’opérer à basse température, même pour la carbonisation, la quantité de benzol dégagée est considérablement augmentée; les gaz obtenus ont une composition très différente de celle des gaz de four à coke ordinaire. La teneur en hydrogène est réduite de près de 50 pour 100, le restant étant pris par toute une gamme d’hydrocarbures qui séparés ensuite par le froid et la distillation fractionnée peuvent conduire à des applications chimiques fort intéressantes, ces produits étant fabriqués beaucoup plus directement et plus économiquement qu’en passant par une synthèse genre Fischer.
- Enfin ajoutons pour terminer que la chimie du méthane commence à être mieux connue et que ce gaz qui semblait jusqu’ici
- être réfractaire à toute réaction autre que sa combustion, peut être, par une combustion incomplète, mais à très haute température, suivie d’un brusque refroidissement, la source de produits fort intéressants : un au moins : l’acétylène est déjà fabriqué ainsi en Allemagne et, prochainement, il semble que l’alcool méthylique pourra être fabriqué industriellement bien plus économiquement que par les synthèses habituelles.
- Conclusions.
- Quel que soit le développement de ces techniques, il est évident que leur existence rend surannées les installations françaises actuelles formées d’une juxtaposition de petites cellules indépendantes, cokerie-usine chimique dont la construction a été déterminée par les intérêts immédiats des sociétés minières.
- L’intérêt général commande d’utiliser un combustible, rare dans notre sous-sol, de la façon la plus rationnelle possible et nous voyons que nous avons déjà été conduits dans cette voie en interconnectant les différents réseaux de distribution de gaz. Il commande également de nous libérer des importations étrangères, et c’est là le gros problème du coke posé par notre sidérurgie. Pour arriver à ce dernier résultat, il nous faudra quadrupler notre puissance de carbonisation. Il y aura lieu d’agrandir les cokeries existantes et d’en construire de nouvelles. Ces dernières peuvent être placées soit à proximité des hauts fourneaux, soit à proximité des mines qui leur fourniront le charbon.
- Les cokeries fourniront de grosses quantités de gaz qu’il faudra utiliser le plus logiquement possible en interconnectant les usines par un réseau de distribution général. Selon toute probabilité, la majorité des usines chimiques utilisatrices emploiera les procédés de craquage plus simples, plus rapidement montés et permettant la réalisation de grosses unités (Dès maintenant, il y a intérêt à ce que certaines usines utilisant concurremment les appareils à hydrogène et les gazogènes à coke pour le gaz à l’eau les remplacent par des installations de craquage), mais une importante fraction utilisant les gaz de distillation à basse température fabriquera un. grand nombre de sous-produits par des procédés plus économiques que les procédés de synthèse habituels.
- Nous pouvons donc espérer voir d’ici quelques années notre pays doté d’installations puissantes et perfectionnées de ces industries de base, clefs d’une prospérité générale.
- J. Barral,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- L'analyse spectrale par ondes centimétriques.
- Les techniques du radar et des ondes centimétriques viennent d’avoir un retentissement imprévu sur celle de l’analyse spectrale. Au laboratoire de recherches de la Westinghouse Electric C°, les docteurs William E. Good, Donald K. Coles et T. W. Dakin viennent d’imaginer un nouveau procédé d’analyse chimique au moyen d’un spectroscope à micro-ondes. Pour identifier une substance chimique, on l’enferme sous forme de gaz ou de vapeur dans un tube scellé à la pression de 0,1 mm de mercure environ. Ce tube est introduit sur le trajet des ondes centimétriques cheminant dans un guide d’ondes. Les ondes sont produites par un tube spécial pour radar ou hyperfréquences. On fait généralement appel à un klystron réflexe, dont les oscillations peuvent être accordées entre 1,2 et 1,6 cm de longueur d’onde par variation des dimensions géométriques de la cavité résonnante. Pour couvrir tout le spectre, il est nécessaire de recourir à plusieurs tubes oscillateurs. *
- Après détection sur un détecteur à cristal, l’onde est appliquée aux plaques verticales d’un oscilloscope. L’absorption d’une fré-
- quence particulière par la substance se présente donc sur l’écran comme une déviation verticale du spot.
- Dans le spectre des ondes traversant le gaz ou la vapeur, celles qui sont absorbées sont celles correspondant à la vitesse de rotation des molécules. On conçoit que le spectre d’absorption est caractéristique de la substance soumise à l’essai. C’est un peu comme si cette substance laissait sur l’écran de l’oscilloscope son « empreinte digitale », si l’on peut dire !
- A titre d’exemple, signalons que l’ammoniac présente un spectre d’absorption de 30 raies nettement distinctes. Des expériences ont été faites sur la vapeur d’eau, le sulfure de carbone, le bromure de cyanogène, l’acétone et autres substances. Il n’est pas douteux que l’analyse spectrale radioélectrique ne complète utile-ments les renseignements sur la nature des corps que nous a déjà apportés l’analyse spectrale lumineuse. Elle deviendra bientôt un instrument indispensable pour toutes les études atomiques et moléculaires.
- M. J. A.
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- Un infusoire empoi
- Pendant quelques années, un éleveur de truites — Salvelinus fontinalis (Mitchill), établi à Lysbro près Silkeborg (Danemark), observa un phénomène singulier. Vidant chaque année la pièce où avaient grandi ses alevins, il constatait, lorsque le niveau de l’eau devenait bas, que les poissons restants s’agitaient, puis mouraient après s’être élancés violemment, pendant une courte durée, à travers l’étang. Ce phénomène se répétant régulièrement chaque année, l’éleveur le signala à la Station biologique danoise, demandant s’il serait possible d’y porter remède. Un biologiste de la station se rendit à Lysbro à la fin d’août ig43; la vidange de la pièce d’eau avait été commencée et beaucoup d’alevins avaient déjà été pêchés; ils étaient bien vivants et bien portants, dans de petits viviers où on les avait placés pour le triage. Pour l’inspection, la vidange fut interrompue et l’on.trouva dans les eaux basses beaucoup de truites mortes en même temps que d’autres nageant normalement sans signes d’agitation. Les truites mortes avaient les opercules distendus comme si elles avaient souffert de suffocation.
- Les conditions topographiques, physiques et biologiques de l’étang furent examinées attentivement et trouvées normales. L’eau avait un pH de 6,6 et une dureté de 2 1/2 degrés allemands. La végétation, consistant principalement en Elodea avec quelques Calli-triches et des Conferves vertes était enduite de vase; comme mollusques, il y avait Limnæa ovata Drap. —
- Une ou deux poignées d'Elodea furent mises dans un seau avec de l’eau propre du ruisseau principal alimentant l’étang; 6 ou 8 jeunes alevins pris dans les boîtes-viviers de triage furent placés dans le seau.
- Après un couple de minutes, les poissons s’agitèrent et, après 5 mn, quelques-uns avaient le ventre en l’air, tandis que les autres, en proie à des spasmes, s’élançaient vers la surface, ouvrant la bouche convulsivement et vomissant irrégulièrement, se comportant comme des poissons atteints d’empoisonnement par le Protozoaire flagellé Prymnesium (1 2).
- Au bout de 10 mn, toutes les truites avaient le ventre en l’air; transférées en eau pure, deux seulement montrèrent quelques mouvements des ouïes et, presque tout de suite après, toutes étaient mortes.
- L’eau salie par secouage des plantes fut examinée au laboratoire de Friederiksdal ; on y remarqua un grand nombre d’individus — atteignant environ 1 mm de long — d’un Infusoire Stentor polymorphus (O. F. Müller) Ehrenberg; ceux-ci étaient verdâtres par suite de la présence dans leur corps d’algues vertes symbiotiques, connues sous le nom collectif de Chlorella vulgaris Beijer. ; il y avait, en outre, dans l’eau, des algues en bâtonnets (vraisemblablement Cyanophycées) assemblées en grumeaux. Lorsque l’eau était au repos, les Stentor se posaient sur les plantes, mais les quittaient facilement par secouage.
- Les algues symbiotiques furent cultivées au laboratoire par Nils Andrésen, qui obtint des Chlorella et plusieurs autres algues, entre autres une espèce d ’Ankistrodesmus.
- 1. D’après C. V. Otterstrom et Knud Larsen. Extensive Mor-tality in Trout caused by the Infusorian Stentor polymorphus Ehrenb. Report 0/ the Danish Riological Station to the Ministry of Agriculture and Fisheries, XLVIII (1943-1945), 1946, pp. 51-57, fig. 1-2.
- 2. Voir La Nature. n° 3121, 1er octobre 1946, p. 295
- 159
- sonneur de truites 11
- Y avait-il un rapport entre l’abondance des Stentor et la mort des truites ? La question se posa tout naturellement ; plusieurs séries d’expériences furent entreprises pour le savoir. Dans l’une d’elles, des poissons (jeunes poissons rouges de 2,5 à 3 cm) furent placés dans de l’eau de l’étang de Lysbro; en 22-23 mn ils furent tous morts, que l’eau ait été filtrée ou non. Les Stentor n’agissaient donc pas .par une action mécanique, mais par sécrétion d’un poison «particulier. Toutefois, quand, dans les expériences, l’eau était tranquille et les Stentor posés sur les Elodea, aucun empoisonnement des poissons n’avait lieu, même si les Stentor étaient présents en quantité. Cela expliquait ce qui
- Fig. 1. — Stentor polymorphus (O. F. Mueller 1773) Ehrenberg 1831. Photographie (réduite de moitié) de la planche V de Friedrich Stein. Der Organismus der Infusionsthiere. Abtheilung II, Leipzig, 1867.
- 1. Individu en extension long d’environ 1,8 mm. — 2. Individu en massue se préparant à se diviser par scissiparité. — 3. Individu supposé résulter d’une conjugaison ; la frange adorale s’étend jusqu’à la mi-longueur du corps, avant de s’enrouler en spirale. — 4 et 5. Individus un peu contractes, ne montrant pas de nucléus de la forme habituelle. — 6. Individu enkysté.
- Tous les individus figurés contiennent en plus ou moins grande abondance des algues vertes symbiotiques (Chlorella).
- 7 à 12. Diverses formes du nucléus.
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- se passait dans la nature : les truites de l’étang restaient vivantes tant que les eaux étaient tranquilles, mais quand les eaux baissaient jusqu’à un niveau tel que les truites étaient obligées de se mouvoir parmi les plantes et de les secouer, elles mouraient empoisonnées. Les Stentor ne sécrétaient donc leur poison que sous l’influence d’une irritation par agitation du milieu. La toxicité de l’eau diminue peu à peu et, au bout de 3 jours, elle disparaît, peut-être par suite d’oxydation; mais si l’eau perd ainsi sa toxicité, les Stentor, au bout du même temps ne perdent pas leur faculté de sécrétion toxique : dans de l’eau du 3 septembre, une branche à'Elodea avec Stentor (prélevée aussi le 3 septembre) fut secouée le 6 septembre; l’eau fut filtrée, un jeune poisson rouge de 20 mnj y mourut en 21 mn. Les Stentor, sans danger tant qu’ils étaient restés seuls, au calme, s’étaient mis à sécréter leur poison lorsqu’ils furent agités. Le poison fut reconnu sans action sur les petits invertébrés : crustacés (Asellus), insectes (larves de Chironomes, de Trichop-tères, etc...), vers (Oligochètes).
- Fait inattendu : les Stentor polymorphus (O. F. M.) élevés en culture pure par Nils Andrésen, avec ou sans algues symbiotiques, ne sécrétaient pas de poison et les algues symbiotiques, cultivées à part, furent aussi inoffensives, même à la concentration de 2 000 par centimètre cube (expériences avec Lebistes). Par la perte de leur toxicité lorsqu’ils sont cultivés, les Stentor rappellent le Flagellé Prymesium empoisonneur de poissons. En ce qui concerne la production d’un poison, Stentor n’est pas à rapprocher seulement de, Prymnesium, mais aussi d’après C. V. Otterstrôm et Knud Larsen, du Mollusque gastropode Limnæa peregra (O. F. M.), étudié à ce point de vue par IL Wundsch (3).
- Les éleveurs de truites seront certainement surpris d’apprendre que, parmi leurs ennemis, ils doivent dorénavant compter un Infusoire.
- R. Pu. Dollfus.
- 1. Zeitschrift für Fischerei und deren Hilfswissenschaften, Bd. XXVIII, 1930.
- Une antériorité française sur le R.A.D.A.R.
- La détection des avions par l’emploi des ondes électromagnétiques courtes, ce que les Anglo-Américains appellent le R. A. D. A. R. a une antériorité française.
- En effet, M. Gabriel Moulinier, au laboratoire du professeur Pauthenier, à la Sorbonne, avait étudié expérimentalement un dispositif de radio-repérage des obstacles dès 1937.
- Le brevet français de M. Moulinier fut déposé le 16 juillet 1936 et porte le n° 813-404. Nous donnons ci-après le résumé figurant audit brevet.
- (( Un système directeur émetteur d’ondes courtes ou très cour-« tes et un système directeur récepteur sont montés sur un appa-« reil du type théodolite. Le faisceau émetteur rencontrant un v obstacle, il y a réflexion sur l’obstacle ; le récepteur est alors v impressionné et commande un signal ou une inscription, d’où « détermination de l’azimut et de l’inclinaison de l’obstacle. Le « récepteur module avec l’énergie reçue par réflexion de l’obsta-« cle, l’émetteur (effet Larsen). La fréquence de modulation ainsi « obtenue est proportionnelle à la distance du système directeur « émetteur-récepteur à l’obstacle, d’où détermination de la dis-« tance. En faisant interférer Fonde émise et Fonde reçue, on « réalise un système d’interférences où les deux sources ont une « distance variable en fonction du temps. Les maxima et minima « d’interférences défilent dans le récepteur-amplificateur avec une « fréquence proportionnelle à la vitesse de l’obstacle. En mesu-« rant cette fréquence avec un fréquenciomètre sélectif, on a la
- « vitesse de l’obstacle par rapport au système émetteur-récep-« teur. »
- Lors des expériences effectuées en 1937 à la Sorbonne (P. C. B.), M. Moulinier put déterminer l’azimut et l’inclinaison ainsi que la distance de divers obstacles (cheminées d’usinës, tours) disposés à un kilomètre environ de l’émetteur-récepteur.
- L’émetteur avait été construit suivant le montage Pierret, lampes L. T. M. à cornes, émettant une puissance de l’ordre du centième de watt sur une longueur d’onde de 16 cm. Aucune expérimentation ne fut faite sur des obstacles mobiles et l’expérimentation sur des obstacles fixes fut interrompue pour des raisons indépendantes de M. Moulinier.
- Lors d’une expérience pour la détermination d’une distance, l’obstacle était situé à environ 600 m. En prenant 600 m pour d,
- o
- on trouve une fréquence Nx (d’effet Larsen) égale à Nx =
- - 12 5103 ; le poste récepteur après amplification, détection et amplification avait (ordre de grandeur une bande passante de l’ordre 400 = N par réaction) une bande passante de 400, ce qui
- , .. dNi 400 „ l dd
- donnait une erreur relative -j^- = 51Q3- # = “• pour
- d = 600 m, dd = 2 m ; effectivement pour un recul de 3 m le millî de sortie indiquait un minimum. Par une contre-réaction plus énergique, on peut obtenir des bandes passantes très étroites comme Fa d’ailleurs expérimenté M. Pagès.
- Gabriel Moulinier.
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- N° 3136
- 15 Mai 1947
- Fig-. 1.— Une rotative offset Marinoni deux couleurs format 92x130, avec margeur en nappe.
- Cette machine pèse environ 19 tonnes. On remarque l’un derrière l’autre les deux cylindres porte-plaque; un seul blanchet, roulant avec le premier des deux cylindres porte-plaque, est visible ; le second blanchet, ainsi que le cylindre portant le papier restent, sur la photographie, cachés par le
- bâti de la machine.
- L'IMPRIMERIE
- on matériel - Ses progrès
- (O
- L'offset,
- expression moderne de la lithographie.
- Le métal venu remplacer la pierre comme support imprimant, ce n’est plus seulement l'application du procédé métallogra-phique, mais c’est également l’installation de la trépidante usine offset à côté du calme atelier de lithographie, c’est la conquête de la grande vitesse de tirage aux dépens du cachet d’impression qui reste l’apanage de la pierre litho.
- L’impression offset comporte une suite d’opérations difficiles à expliquer en un court article de vulgarisation. Nous ne pourrons ici qu’en dégager les caractéristiques principales :
- i° comme en métallographie, le support imprimant est une feuille de métal, zinc ou aluminium;
- 2° la feuille de métal est a préparée » de façon à porter sur sa surface l’image à imprimer. La préparation comporte ;
- 1. Voir La Nature des l" juin, 1er juillet et 15 mars 1947.
- A) l’opération photographique permettant d’obtenir les positifs ou les négatifs qui doivent servir à la copie sur le métal;
- B) le report à Vendroit sur le métal de ces positifs et négatifs (les typons); on utilisa d’abord le report manuel sur zinc au bitume de Judée, qui évolua pour donner naissance aux reports photomécaniques; en premier lieu, le procédé à l’albutnine bichromatée, dont le développement a été ralenti par la méthode dite offset creux, la feuille de zinc se trouvant légèrement mordue à l’aide d’une solution de perchlorure de fer;
- 3° L’image à l’endroit de la feuille de zinc, adaptée sur le cylindre d’une machine rotative offset, puis convenablement mouillée et encrée vient s’imprimer à l’envers sur un cylindre intermédiaire recouvert de caoutchouc, le blanchet, qui redécalque à nouveau à l’endroit l’image reçue sur un troisième cylindre portant le papier en feuilles ou se déroulant d’une bobine.
- Disons en passant que l’offset s’appelle en français rotocalco-graphie, mais que ce mot n’est guère utilisé dans le langage des imprimeurs.
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- L’intérêt principal de l’offset réside dans la possibilité qu’offre ce procédé de tenir beaucoup moins compte de la qualité du papier pour assurer sur lui des impressions de grande finesse. Il est en effet évident que l’élasticité naturelle du blanchet de caoutchouc lui permet de « fouiller » beaucoup plus intimement qu’une matière métallique la surface plus ou moins rugueuse d’un papier de qualité secondaire.
- Maintenant que nous possédons une vue d’ensemble sur l’impression offset, nous pourrons dire quelques mots des reports : photolithographie et photomécanique.
- Le report photolitho. — Qu’est-ce exactement qu’un report photolitho ? C’est l’utilisation de la photographie pour réaliser sur pierre une image destinée à être imprimée par voie lithographique. Niepce le premier, puis Lemercier vers i85o ont appliqué cette méthode de report manuel; la pierre est recouverte d’une solution de bitume de Judée et insolée sous le négatif de la photographie à reproduire. Le bitume de Judée, produit sensible à la lumière, se durcit proportionnellement à l’intensité de celle-ci qui l’atteint plus ou moins suivant l’opacité du cliché photographique. Un lavage à l’éther permettra de dissoudre le bitume aux endroits non insolés et l’encre grasse d’impression ne viendra, en cours du tirage, adhérer que sur les parties insolées, c’est-à-dire là où le bitume séché et durci se sera maintenu.
- L’emploi du bitume de Judée donne d’excellents résultats en photolitho, mais il est d’une application assez lente; aussi choisit-on de préférence aujourd’hui l'albumine bichromatée, qui permet une exécution du travail nettement plus rapide.
- Les procédés photomécaniques. — Il n’est pas exclu que l’on applique à l’offset le report photolithographique tel que nous venons de l’expliquer, mais il est évident qu’un report manuel cadre mal avec une méthode d’impression qui vaut principalement par sa rapidité d’exécution; aussi la préparation photomécanique découle-t-elle tout naturellement du'cc travail à la chaîne » qui s’impose dans les grandes imprimeries.
- En photomécanique, les reports se réalisent à l’aide de machines perfectionnées : tournettes pour l’étendage de l’albumine
- Fig. 2. — Une machine à multiplier en repérage.
- Cette machine est destinée à la production de clichés multiposes, en une ou plusieurs couleurs ; le cliché à répéter, trait ou simili, négatif ou positif, plaque ou film (dimensions maxima 13 x 18 cm), est éclairé par transparence ; son image est formée par un objectif à grandeur égale sur une couche sensible (dimensions maxima 50 x 60 cm) qui peut être une plaque, une pellicule ou un papier photographique.
- ou de la colle bichromatée, châssis pneumatiques à glaces pour permettre une insolation parfaite de l’image à travers le cliché photographique disposé à l’envers, machines à répéter sur reports ou sur émulsions photo, qui servent à reporter jusqu’à cent ou deux cents fois des images de petit format, afin de rendre le tirage beaucoup plus rapide (impression d’étiquettes, de timbres, de petites images, etc...).
- Nous ne pouvons ici suivre toute l’évolution des perfectionnements apportés aux reports photomécaniques; déjà le procédé à V albumine bichromatée, directement dérivé du report manuel photo-litho, voit son. essor freiné par le procédé offset creux, incontestablement plus résistant. Celui-ci se caractérise par une image très légèrement en dessous de la surface du métal, image qui, de ce fait, se trouve mieux protégée puisqu’elle se présente en creux, un creux très léger du reste, à peine sensible au toucher, et qu’il ne faut en aucun cas confondre avec le creux nettement plus accentué de l’héliogravure. Tandis qu’avec une plaque offset préparée à l’albumine, on réalise dans de bonnes conditions des tirages pouvant atteindre 5o ooo feuilles, avec une plaque offset creux, le tirage sera deux ou trois fois plus important; il gagnera également en netteté, une certaine quantité d’encre se trouvant retenue dans les morsures de la plaque.
- Dans le procédé offset creux, les parties imprimantes de la plaque sont obtenues par morsure du zinc avec une solution de perchlorure de fer. La succession des opérations peut se résumer ainsi : les illustrations avec les textes de faible importance pouvant les accompagner ont été photographiés de manière à obtenir des clichés positifs : les typons ; les textes présentant une certaine importance ont été composés typographiquement et reportés sur un papier genre cellophane; la plaque offset, grai-née et décapée, pour être débarrassée de toutes traces de poussière et d’oxydes, a été recouverte d’une couche de colle ou de gomme bichromatée sensible à la lumière, l’étendage de la couche et son séchage s’effectuant dans la tournette qui dispose d’un système de chauffage par radiateurs électriques ou rampe à gaz; typons et textes sur cellophane, assemblés pour former une mise en pages, sont serrés contre la-plaque dans le châssis pneumatique, au travers de. la glace duquel vient agir la lumière produite par des lampes à arc ou à vapeur de mercure. La colle ou la gomme bichromatée sont ainsi durcies par projection de la lumière sur les parties correspondant aux blancs des typons et papier cellophane; c’est alors que l’on fait intervenir la morsure au perchlorure de fer qui va réaliser aux endroits les moins touchés ou non touchés par la lumière les légers creux formant l’image imprimante. Il restera à enduire la plaque d’un vernis, à l’encrer et enfin à enlever la colle ou la gomme par un lavage à l’acide fortement étendu. L’encre grasse d’impression ne sera retenue, dans le cours du tirage, que par les parties creuses de la plaque offset.
- Cette courte et par conséquent incomplète description des opérations « offset creux » ne peut évidemment donner qu’une idée bien sommaire de ce que sont les reports photomécaniques dont la difficile technique a motivé à l’usage des professionnels l’édition de livres de plusieurs centaines de pages. \
- Les machines offset. — Les machines à imprimer en offset comportent au moins trois cylindres de dimensions égales; le cylindre du haut reçoit la plaque imprimante (zinc ou aluminium) ; le cylindre du centre est recouvert du blanchet, formé de couches alternées de toile et de caoutchouc vulcanisé sur une épaisseur de 2 à 3 mm; le cylindre dù bas roule le papier d’impression. L’élasticité du blanchet lui permet de venir fouiller dans leurs moindres détails les surfaces de la plaque offset et du papier et dès lors de permettre la reproduction la plus minutieuse des images à imprimer.
- Les machines à une couleur comportent toujours trois cylindres; leur gamme s’étend du format Jésus (60 x 80 cm) au quadruple raisin (100 x i3o cm) ; leur vitesse de tirage qui varie de 3 200 à 5 000 feuilles à l’heure suivant le format, rend
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- La phototypie
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- Fig. 3. — Un châssis pneumatique Bouzard-Calmels pour copie Offset.
- C’est à l’aide du châssis pneumatique à glace levante que s’effectue l’insolation de l’image à copier à travers le cliché photographique disposé à l’envers. Le bâti monté sur roulettes soutient deux cadres métalliques dont l’un porte le tapis de caoutchouc constituant la table de chargement ; sur celle-ci est posé le métal, face recevant la copie placée vers le haut, puis les négatifs ou positifs à copier. L’opérateur peut faire pivoter les deux cadres autour d’un même axe et les amener ainsi à intervertir leur place ; le châssis travaille donc aussi bien « glace levante » que « glace en dessous », et c’est dans cette dernière position qu’il est représenté ici.
- absolument indispensable l’adjonction d’un margeur automatique. Certains petits modèles, imprimant au format coquille (45 x 56 cm) réalisent un débit pouvant atteindre 6 ooo feuilles à l’heure.
- L’offset donne d’excellents résultats pour les impressions coloriées. Nous trouvons parmi les nombreux modèles tirant en plusieurs couleurs, des machines deux couleurs à cinq cylindres, dont deux cylindres de plaques et deux blanchets, des machines à quatre couleurs, du reste très rares en France, des modèles à retiration et des rotatives offset comprenant comme en typographie, plusieurs groupes imprimants. Enfin, nous avons vu dans un article précédent que les petites rotatives automatiques d’impression et de transformation pouvaient imprimer en offset par adjonction d’un élément portant un cylindre recouvert d’un blanchet de caoutchouc. Ces petites rotatives réalisent des vitesses dépassant largement io ooo feuilles à l’heure.
- L’offset est un procédé d’impression qui n’a cessé de se développer en même temps qu’ont été apportés de nouveaux perfectionnements à la technique des reports photomécaniques. Nous avons vu qu’il permet d’enregistrer de remarquables résultats, tant au point de vue de la vitesse de tirage que de la finesse de ses reproductions sur papier grenu. A côté de ses formes habituelles d’impressions : cartes géographiques, affiches et documents de petit format tirés à un grand nombre d’exemplaires, tels que vignettes, images publicitaires, etc..., il se révèle aujourd’hui comme un concurrent sérieux de la typographie pour toutes les réalisations de publications périodiques largement illustrées ou tirées en plusieurs couleurs.
- Nous ne voulons pas terminer cette courte étude sur les procédés d’impression dits « à plat » sans mentionner la phototypie qui offre la possibilité de réaliser des reproductions d’une finesse tout à fait remarquable, entre autres certaines jolies cartes postales en couleurs représentant des paysages, des fleurs ou des portraits. L’impression phototypique présente malheureusement plusieurs inconvénients : d’abord la lenteur de son tirage qui ne dépasse pas i5o exemplaires à l’heure, c’est-à-dire un maximum de i 200 feuilles par journée de travail; d’autre part la dalle servant de forme doit être abandonnée après un tirage de 1 200 à 1 5oo épreuves, ce qui intervient lourdement dans le prix des impressions dépassant ce tirage ; un autre inconvénient se révèle dans l’extrême sensibilité de la gélatine bichro-matée aux variations de la température extérieure (degré d’humidité de l’air), et la préparation de la dalle nécessite une technique délicate réclamant tous les soins d’un spécialiste. Le choix du procédé phototypique reste donc étroitement lié à l’importance de la production et ne peut offrir d’intérêt que pour les éditions à tirage limité de cartes postales et d’albums de luxe ou de catalogues très artistiques. Pour les tirages en grande série de cartes postales, l’héliogravure possède un avantage indiscuté.
- Déjà Niepce, en 1827, essayait de fixer une image photographique sur une plaque de cuivre recouverte de bitume de Judée, sans pouvoir obtenir une netteté satisfaisante; en i85o, Lemer-cier, qui fut un des premiers lithographes, obtint des résultats plus encourageants en abandonnant la plaque de cuivre au profit de la pierre lithographique, également recouverte de bitume de Judée; mais le temps de pose se révélait fort long et quelques années plus tard Poitevin remplaça la couche de bitume par une couche de gélatine bichromatée, de sensibilité nettement supérieure; aussi, dès i855, la phototypie pouvait-elle être considérée comme un procédé d’impression pratiquement utilisable, bien que l’impression donne lieu à de sérieux mécomptes,
- Fig. 4. — Une tournette à moteur Bouzard-Calmels utilisée pour l’étendage et le séchage de la couche d’albumine ou de colle bichromatée sur la plaque offset.
- Le plateau porte-plaque tourne dans la cuve, entraîné par un moteur de 1/5 de ch à des vitesses variables, par rhéostat, de 20 à 200 tours-minute ; l’albumine ou la colle sont ainsi étendues par l’effet de la force centrifuge ; le séchage régulier de la plaque sur toute sa surface est assuré par un système de chauffage électrique.
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- la gélatine refusant d’adhérer fortement à la surface de la pierre litho et ayant tendance à se soulever dès le début du tirage. Aujourd’hui, et ceci depuis 1869, grâce à l’idée du photographe Albert, de Munich, plaque de cuivre et pierre litho ont été avantageusement remplacées par une dalle de verre qui, spécialement préparée, est devenue le support caractéristique de l’impression phototypique.
- Le principe de la phototypie réside dans les propriétés suivantes de la gélatine bichromatée :
- celle-ci se met à gonfler au contact de l’eau quand elle est restée à l’abri de la lumière, mais refuse, au contraire, le contact de l’eau quand elle a été séchée et durcie par exposition sous une source lumineuse;
- d’où les opérations fondamentales suivantes :
- une couche de gélatine bichromatée, soigneusement étendue sur une dalle de verre, est insolée à travers un cliché photographique négatif représentant l’image à reproduire; elle va se trouver protégée de la lumière par les noirs du négatif, tandis que les blancs et demi-teintes de ce même négatif laisseront filtrer les rayons lumineux, et ceci proportionnellement à leur degré de transparence.
- La dalle de verre est alors complètement et longuement immergée dans l’eau courante; le bichromate se dissout au contact de l’eau et par conséquent disparaît; à tous les endroits précédemment protégés de la lumière par les noirs du cliché, la gélatine qui n’â p-rs été séchée ni durcie, va gonfler au maximum
- sous l’effet de l’humidité et refusera catégoriquement Vencre grasse d’impression;
- à tous les endroits non protégés de la lumière par les parties transparentes du cliché, la gélatine séchée et durcie ne gonfle pas et accrochera fortement l’encre d’impression;
- enfin elle accrochera plus ou moins fortement l’encre d’impression suivant le degré de transparence des demi-teintes du cliché.
- Les machines à imprimer en phototypie dérivent des machines lithographiques; les encres utilisées sont chargées de matières grasses, dans le but d’augmenter leur répulsion pour l’eau et s’apparentent ainsi aux encres lithographiques; les papiers employés sont des papiers couchés de la meilleure qualité, les impressions phototypiques constituant toujours des tirages de luxe.
- Nous n’avons pu aborder, dans ce cadre étroit, aucun détail concernant aussi bien la pratique de la phototypie que celle des autres procédés dits « à plat » ; nous avons voulu seulement révéler à tout esprit curieux la complexité des techniques d’impressions; leurs perfectionnements successifs, dans le cas des procédés à plat comme du procédé en creux (héliogravure) dont nous dirons quelques mots dans un prochain article, font appel aux plus récents progrès de l’industrie chimique.
- (à suivre).
- Fernand de Laborderie.
- L'oxygène dans l'industrie
- Il y a une trentaine d’années, l’industrie des engrais artificiels obtenait la cyanamide par fixation sur le carbure de calcium de l’azote extrait par distillation fractionnée de l’air liquide. L’oxygène était perdu.
- Peu à peu le chalumeau oxyacétylénique utilisa cet oxygène. La consommation s’est développée rapidement par l’extension de cette technique au coupage de l’acier et à la soudure autogène qui a pris dans la construction métallique une place de premier plan, se substituant de plus en plus à l’assemblage par rivets.
- Les progrès techniques marchent à vitesse accélérée et voici que l’oxygène devient un des éléments essentiels nécessaires à l’industrie moderne. On peut prévoir la production et la consommation de forts tonnages, principalement pour la synthèse des carburants et pour la sidérurgie.
- Trois méthodes de préparation de l’oxygène s’offrent : 1° l’élec-trolyse de l’eau dont le rendement par rapport à l’énergie mise en œuvre est faible ; 2° les méthodes d’absorption par des corps chimiques suivies de régénération de l’absorbant avec libération de l’oxygène qui sont coûteuses et encore à leurs débuts ; on a essayé notamment des salicylates complexes de cobaltamines avec des résultats qui paraissent encore insuffisants ; 3° l’extraction de l’air liquide par distillation fractionnée reste la méthode industrielle par excellence.
- v A l’origine du développement qui s’annonce de l’emploi de l’oxygène pour la synthèse des carburants, on trouve les rapports pessimistes publiés notamment aux États-Unis sur l’insuffisance des réserves en vue des champs pétrolifères par rapport à la consommation annuelle. Ceci conduisait à estimer à quelques dizaines d’années seulement les possibilités de production au rythme actuel. Le tableau était plutôt poussé au noir, mais cette question de l’épuisement des gisements a alerté les techniciens qui se sont orientés vers de nouvelles sources de carburants.
- L’essence de synthèse à partir des lignites et du charbon a été tout particulièrement étudiée. Les procédés sont bien connus, ils ont été considérablement exploités en Allemagne. L’un des per-
- fectionnements récents les plus importants réside surtout dans l’amélioration de la gazéification des charbons pour obtenir des mélanges riches faciles à hydrogéner. Il consiste à gazéifier les charbons sous pression dans une atmosphère de vapeur d’eau et d’oxygène. On obtient ainsi un gaz à l’eau riche en ses constituants : oxyde de carbone et hydrogène, facile à hydrogéner. Il peut également se substituer pour les distributions urbaines au gaz de distillation. La démonstration en est faite notamment en Tchécoslovaquie. Des usines d’hydrogénation sont en projet aux États-Unis pour des tonnages importants.
- D’autre part, des essais vont être poursuivis dans des charbonnages de l’Alabama pour la gazéification souterraine par des procédés analogues à ceux mis en œuvre en Russie dès avant 1933.
- L’efficacité de cette technique est largement améliorée par l’emploi d’air suroxygéné pour l’alimentation du gazogène souterrain. On parvient ainsi à élever sensiblement le pouvoir calorifique des gaz produits.
- En sidérurgie, l’emploi de l’oxygène ou d’air enrichi à l’oxygène conduit à une réduction sensible de la durée des opérations métallurgiques pour l’élaboration de l’acier, poursuivie dans les convertisseurs, les fours Martin et les haut-fourneaux.
- Des usines importantes pour la production de tonnages élevés d’oxygène sont en construction aux États-Unis. Des wagons-citernes spécialement calorifuges ont été équipés pour le transport aux aciéries d’oxygène liquide.
- L’économie dans la durée des opérations peut atteindre de 23 à GO pour 100 du temps qu’elles exigent normalement par soufflage à l’air atmosphérique.
- La capacité de production des usines s’en trouve proportionnellement accrue. Simultanément la main-d’œuvre est réduite.
- Sous toutes réserves, on a annoncé que les ingénieurs russes seraient parvenus par l’emploi d’oxygène, à la production continue de l’acier par décarburation de la fonte au haut-fourneau, à son origine même, supprimant ainsi les convertisseurs.
- L. P.
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- Mille et une appl des lampes
- Tous les gens de sens rassis sont persuadés que les lampes — fussent-elles électriques — ont pour mission d’éclairer. C’est l’évidence même. Mais ce qu’il y a de plus captivant pour le curieux, ce sont précisément les lampes qui ont un autre objet.
- Fig. X. — Installation de lampes à incandescence dans une serre •,pour « forcer » la croissance des plantes.
- Il y a déjà les lampes de- T. S. F. ; mais celles-là forment un département spécial que nous n’aborderons pas aujourd’hui. Il y a assez d’autres applications étranges des lampes, si nous en croyons une récente étude faite au Laboratoire de Nela Parle de la Heneral Electric Company, dont nous allons donner une brève analyse C1).
- 1. Lamp Application Research, par L. G. Farter et J. E. Davenport. General Electric Review, octobre 1946.
- Fig. 2. — Dans ce poulailler les volailles bénéficient des rayons ultra-violets.
- ications nouvelles électriques
- Pour détruire les insectes. — Principalement dans les climats tropicaux, on fait grand usage de lampes spéciales pour la destruction des insectes. La station agricole expérimentale de l’Ohio utilise à cet effet des pièges spéciaux, où vient se prendre l’insecte, attiré par la lumière. Le poids des insectes capturés avec des-lampes d’égale puissance, mais de couleurs différentes, est le suivant en fonction de la couleur :
- Givrage intérieur ... .. 1,3 Jaune .... 0,3
- Ambre naturel .. 0,2 Ambre orangé .... .... 0,3
- Couleur flamme .. 0,4 Rouge .... 0,1
- La couleur opère également une sélection parmi les diverses espèces d’insectes. On s’est servi de lampes à fluorescence, à. vapeur de mercure, à rayons ultra-violets, à lumière noire (infrarouge), à incandescence. L’attraction paraît croître en fonction de la fréquence de la lumière, le bleu et le violet ayant plus d’action que le jaune et le rouge.
- Cette attraction a été combinée avec le produit DDT, sous forme d’un enduit recouvrant l’ampoule, pour assurer en outre l'intoxication des insectes.
- Le forçage des fleurs. — La floraison des plantes est conditionnée par le pourcentage du nombre d’heures correspondant à leur exposition q u o t i-dienne à la lumière du jour. L’intensité lumineuse elle-même et la couleur n’ont qu’un effet secondaire. La durée d’exposition varie selon les saisons, les plantes de premier, prin- _. . . .
- , rig. 3. — Une couveuse equipee avec des
- temps et d automne lampes germicides.
- exigeant moins de lumière. Pour forcer
- ces plantes, il convient donc d’augmenter l’exposition diurne en faisant appel à la lumière artificielle. Beaucoup de plantes se contentent de 5 bougies-mètres, certaines de 1 bougie-mètre seulement. Les orchidées et les roses sont plus exigeantes. Le même éclairage artificiel, qui force les fleurs de printemps, retarde les fleurs d’automne. Ce procédé est utilisé pour retarder d’octobre à décembre la floraison des chrysanthèmes.
- L’éclairage peut être obtenu au moyen de lampes à incandescence. Un éclairage plus économique est fourni par les lampes au sodium, à vapeur de mercure ou à fluorescence. Les rayons ultra-violets ne sont pas nécessaires. ‘
- Éclairage artificiel des serres. — Si l’on ne pratique que l’éclairage artificiel, ce qui peut être le cas ea hiver, on doit introduire les ultra-violets, ou tout au moins une lumière intense et très blanche, produite par lampes à incandescence de 1 000 W ou des lampes à arc. Le cas échéant, l’excès de chaleur est éliminé par des filtres à circulation d’eau, la chaleur ainsi récupérée pou-
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- vant être utilisée pour le chauffage de la serre. L’éclairage artificiel peut être combiné avec l’éclairage solaire à travers un châssis de verre ; la paroi du fond, exposée^au midi, est revêtue d’un isolant thermique.
- On a pu reconstituer, dans une serre de 8 m x 13 m, la lumière du jour par l'utilisation de 60 lampes de 40 W à fluorescence « lumière du jour », 740 lampes de 40 W à fluorescence blanche ; 12 lampes de 3 000 W à vapeur de mercure ; 480 lampes de 300 W à filament de tungstène ponctuel. Très coûteuse, une telle installation ne peut être envisagée que pour les serres de recherches ou les « solaria ».
- Éclairage artificiel des poulaillers. — Pour leur croissance, les poules ont besoin d’ultra-violets et de AÛtamines D. En hiver, on supplée à la déficience des ultra-violets, arrêtés par les vitrages, par l’éclairage artificiel. Le minimum de rayons actini-ques nécessaire permet de supprimer l’huile de foie de morue (huile activée) de l’alimentation des volatiles. Des expériences ont été faites avec une lampe à ultra-violets RS4 maintenue à 1 m au-dessus du sol pendant 2 h par jour. On peut combiner l’élevage des poules et celui des fleurs, en pompant l’atmosphère du poulailler, riche en gaz carbonique, et en l’insufflant, après lavage à l’eau pour éliminer l’ammoniaque, dans les serres florales, où les plantes fixent ie gaz carbonique pour former la chlorophylle.
- Lampes germicides. — Les poulaillers, comme les hôpitaux, les écoles, les salles de réunion où l’air est confiné, sont améliorés par l’installation de lampes germicides, montées sans abat-jour, à raison de 1,5 W par m2 de surface, à plus de 2 m au-dessus du sol. Ces lampes créent une vitamine D plus active que celle des anciennes lampes à ultra-violets et désinfectent l’atmosphère. L’élevage des poussins est pratiqué au moyen de ces lampes sans autx'e source de vitamine D. Mais ce traitement efficace est d’une application difficile aux hommes, dont les conditions d’habitat et d’alimentation sont trop variées.
- Les lampes à rayons ultra-violets pour traitements spéciaux sont généralement munies d’un réflecteur en aluminium à surface
- Fig. 4. — Ce bébé profite des rayons ultra-violets émis par la lampe familiale.
- Fig. 5. — Casque de mineur muni de sa lampe avec la batterie d’accumulateurs.
- mate, formant diffuseur, tandis que les lampes germicides ont un. réflecteur en aluminium poli, protégeant les yeux contre la nocivité du rayonnement.
- Lampes à rayons ultra-violets. — Ces lampes sont devenues d’un emploi courant, aussi bien à la maison qu’en thérapeutique, mais leur utilisation est réglementée pour les tubes ayant une forte radiation au-dessous de 2 800 A. Les rayons bénéfiques, ceux de la bande de 2 800 à 3 200 A, sont émis par les lampes à vapeur de mercure. La filtration des rayons nocifs de 2 500 A est obtenue par une ampoule de verre spécial recouvrant le tube de quartz. La sensibilité de la peau aux ultra-violets est mesurée par l’intensité surfacique minimum en microwatts par centimètres carrés, provoquant le seuil de l’érythème sur une peau vierge. Pour un individu donné, elle peut varier de 100 pour 100 entre l’été et l’hiver. On connaît actuellement la dose d’ultra-violets à diffuser dans les bureaux, salles d’école ou de réunion pour éviter les brûlures. Le test érythémateux, très subjectif, est remplacé par une mesure à 1’ « ultra-violet-mètre », appareil à cellule photoélectrique, sorte de photomètre à ultra-violets sur le cadran duquel on lit l’intensité de la radiation actinique.
- Lampes à rayons infra-rouges. — Ces radiations, légèrement plus longues que celles de la lumière visible, sont celles dont la pénétration dans les tissus est le plus profonde, comme l’indiquent les mesures faites au thermocouple. Dans les types de lampes à infra-rouges le plus récents, comme celles pour le traitement de la sinusite, l’éclat gênant de la lumière visible est éliminé par l’emploi d’un filament chauffé à basse température.
- Le séchage industriel fait usage des infra-rouges. Un spectre optimum est étudié pour les vernis, laques et peintures. Ce procédé permet de réduire la durée du chauffage de plusieurs heures à quelques minutes. Des applications spéciales en sont faites, depuis les grands tunnels de séchage pour les carrosseries d’automobile jusqu’aux petites lampes étudiées pour le séchage du vernis à ongles sur les mains des dames.
- Lampes de sondage stomacal. — De très petites lampes sont utilisées en médecine et en chirurgie pour le sondage des cavités naturelles. Les performances à atteindre sont : les dimensions très faibles de l’ampoule, la résistance mécanique, le refroidissement. Une telle lampe permet, par exemple, de sonder l’estomac d’un bébé qui a avalé une épingle de sûreté ouverte, de l’examiner au
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- Fig. 6. — La « lampe éternelle » sur le mausolée d’Edison.
- bronchoscope, de commander l’outil avec lequel le médecin referme la broche et l’extirpe. On l’utilise aussi pour la photographie de la poche stomacale.
- Lampes de défense passive. — Dès le début de la guerre, des recherches ont été faites en vue de connaître l’intensité maximum et la couleur optimum des lampes de défense passive, permettant à l’homme d’exercer une activité sans que leur lumière puisse être aperçue par les avions. Problèmes analogues pour l-’éclairage des rues, des voies ferrées, des feux de signalisation, des phares d’automobile, des phares et feux de navigation.
- On peut apercevoir à 30 m une intensité de 1 millionième de bougie ; à 300 m 1 dix-millième et à 2 km, 3 millièmes de bougie. Pour l’éclairage des rues et des maisons, les essais ont été faits avec le concours des avions.
- La couleur qui se voit le moins et qui assure le meilleur éclairement est le rouge-orangé. Divers types de lampes de cette couleur ont été étudiés pour les besoins de la défense passive dans tous les secteurs, y compris pour les lampes de poche et les matières luminescentes.
- Lampes de mineurs. — Les mineurs portent maintenant sur la visière de leur casque de petites lampes à incandescence susceptibles de résister aux plus grands chocs. Alimentées par une petite batterie d’accumulateurs, elles ne peuvent provoquer une explosion de grisou, même en cas de destruction. Elles résistent .aussi aux vibrations des marteaux pneumatiques et des appareils de charge.
- Lampes pour signaux. — Il est question, aux États-Unis, de remplacer toutes les lampes à pétrole des signaux ferroviaires par des lampes électriques de 3,5 W, qui ne s’allument qu’un'peu avant le passage du train, grâce à un relais de voie. On obvie à la ponctualité du filament par l’emploi d’une lentille de diffusion à verre légèrement coloré en jaune, pour reproduire la teinte de la flamme de la lampe à huile.
- Lampes pour ballons-sondes. — Les ballons-sondes, météorologiques sont munis de bougies permettant, par visée au théodolite, de déterminer la direction et la vitesse du A'ent. Pour parer au danger d’incendie lors de la chute du ballon-sonde, on remplace ces bougies par des lampes à incandescence à batterie, qui
- ne durent qu’une heure étant survoltées. La chute des batteries est amortie par un parachute. Pour faciliter la mesure en fonction de l’éloignement du ballon, on utilise une batterie dont la force électromotrices croît en fonction du temps.
- Lampes de cadran. — Pour éviter le mauvais fonctionnement des lampes de cadran des radiorécepteurs et l’abrégement de leur durée imputable aux vibrations du haut-parleur, on place la douille sur une monture flexible qui amortit les vibrations du filament.
- Lampes pour phares. — La sujétion de la recharge, de l’allumage, du nettoyage des lampes à huile ou à acétylène des phares, a disparu depuis la mise en service de phares automatiques avec lampes électriques à accumulateurs, dont le rendement est accru par la substitution de réflecteurs paraboliques aux lentilles en verre. L’allumage est assuré automatiquement par cellules photoélectriques, ce qui augmente la durée des lampes et des batteries. Parfois, les lampes brûlées sont automatiquement changées. L’entretien se borne à une ou deux visites annuelles.
- Lampes portatives.— Le prototype en est la lampe de poche, employée pour des éclairages brefs, mais il existe aussi des lampes à piles de plus longue durée. La lampe de poche, utilisée par intermittence, est survoltée ; mais sa longévité dépend de la tension moyenne d’utilisation. D’autre part, la tension de la batterie n’est pas constante. Dans les lampes à fonctionnement continu, le rendement intervient davantage que dans les autres. Le prix de revient du kilowatt-heure d’éclairage, qui est d’un peu plus de 7,78 fr au tarif du réseau, s’élève à 3 000 fr environ pour les lampes portatives à pile.
- Limites de fonctionnement des lampes. — Les lampes à incandescence peuvent fonctionner sous toutes les conditions climatiques. Par contre, les lampes à fluorescence ont un rendement inadmissible aux basses températures (gel) ainsi qu’aux températures dépassant 60° C environ.
- Lampes pour usages spéciaux. — On construit des lampes vraiment originales : lampes pour inhalations et brûle-parfum, avec un filament chauffant la mèche ; lampes comptant les microbes contenus par unité de volume dans l’air confiné ; lampes de sauvetages sous-marins résistant aux pressions élevées des bas-fonds. On a même imaginé, pour orner le mausolée d’Edison, une « lampe éternelle », rappelant celle qu’il inventa, avec alimentation de sécurité par batterie Edison et par deux réseaux d’électricité différents.
- Il est évident que les utilisations des lampes n’ont pas dit leur dernier mot et que l’avenir est aux types spéciaux rayonnant, dans des conditions déterminées, des radiations sélectives.
- Michel Ad Ail, Ingénieur E. S. E.
- La nitruration des outils.
- La nitruration de l’outillage des ateliers de construction mécanique présente souvent d’intéressants avantages. Les petites pièces : poinçons, tarauds, filières, alésoirs, ciseaux peuvent être facilement traités sans avoir recours à la technique classique de la nitruration pvr le gaz ammoniac.
- Les outils préalablement chauffés sont placés et maintenus pendant une vingtaine de minutes dans un bain de sels fondus nitru-rants porté à 560° constitué par un mélange de 60 pour 100 de cyanure de sodium et 40 pour 100 de cyanure de potassium. Le traitement terminé, les outils sont soigneusement lavés à l’eau tiède puis séchés.
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- “ LA PROTECTION DU SOL
- Fig. 1. — Un paysage désolé par l’érosion : Fort Peck Dam, Montana.
- Un canal de dérivation géant a été creusé pour limiter les crues du
- Missouri.
- L’exploitation intensive et anarchique des richesses naturelles a atteint dans certains domaines une véritable destruction. L’une des manifestations les plus graves est certainement le déboisement excessif de certaines régions qui a eu pour conséquence la destruction, par érosion, de grandes surfaces de terrains autrefois couvertes de cultures prospères, rapidement transformés en régions arides.
- Chaque année, des millions de mètres cubes de terres arables sont emportés par les fleuves ; ils vont envaser les chenaux, les ports, les réservoirs des centrales hydro-électriques.
- Des méthodes combinées de dérivation, d’irrigation, de reboisement et de culture réduisent celte érosion et même permettent de reconstituer les régions dévastées. Des efforts soutenus sont poursuivis' sur le terrain et dans des laboratoires spécialisés pour l’étude, puis la réalisation de ces diverses techniques de protection et de reconstitution.
- L’une des plus spectaculaires de ces réalisations a été celle de la Tennessee Valley Autliority aux États-Unis dont on peut dire qu’elle a été une réussite complète (1).
- La Vallée du Tennessee était, après le défrichement des terres, une région riche, vallonnée, abondamment boisée et aux cultures fertiles. Le déboisement se poursuivant, les fortes pluies entraînèrent les terres, aggravant les crues du fleuve. Peu à peu la vallée devint une région stérile et se dépeupla.
- La T. V. A. l’a reconstituée : en dix ans, elle a régularisé le fleuve par aG barrages équipés pour fournir en outre i 5oo ooo kW. Elle a reconstitué l’agricullure par des méthodes modernes et des techniques appropriées de préservation.
- La ruine de la Vallée du Tennessee n’était pas un cas unique.' Les statistiques américaines sont alarmantes, aucune richesse naturelle n’y a été plus gaspillée que le sol.
- L’érosion a stérilisé n3 millions d’hectares et en a endommagé plus de ooo millions.
- Devant le mal grandissant, des mesures ont été prises, des travaux imposants sont à l’élude ou en réalisation.
- Des équipes de savants, d’ingénieurs, d’agronomes appliquent leurs efforts à cet immense travail de récupération.
- Les dépenses à engager sont de l’ordre de quatre milliards de dollars pour le repeuplement des forêts détruites, la reconstitution de l’agriculture, les travaux de défense contre les inondations : barrages, canaux de dérivation et d’irrigation, etc....
- La conservation du sol est une entreprise qui marche de pair avec l’amélioration des conditions de culture.
- A l’heure actuelle, plus de la moitié des fermes américaines sont incluses dans des districts de la « Conservation du sol ». Dès 1943, les fermiers ont appliqué, avec le concours des techniciens, les méthodes nouvelles de conservation du sol dans plus de 200 ooo fermes couvrant près de 22 millions d’hectares.
- Ces méthodes font appel à des travaux de terrassement pour le contrôle de l’écoulement des eaux. Ceux-ci sont complétés
- 1. La Nature, n° 3115 du 1" juillet 1946.
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- Fig. 4. — On a reproduit au 11200e en plan et au lj 100e en hauteur, le projet du canal d’Allegheny, dans l’État de Mississipi, pour juger des travaux à exécuter.
- par le (c strip cropping » : cultures dont les labourages et les lignes de plantes suivent les courbes de niveau et non les lignes de pente du terrain, ralentissant ainsi le ruissellement. En outre, les talus et les surfaces nues ont été ensemencées par du gazon et des herbes de couverture sélectionnées pour leurs qualités améliorantes et stabilisantes des sols, de façon à ne laisser nulle part le sol à nu.
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- Ces efforts locaux s’intégrent dans de vastes plans de défense contre les crues des rivières, d’aménagement de barrages hydroélectriques, d’établissement de canaux de dérivation et de voies navigables.
- Dans l’immense bassin qui occupe tout le centre des États-Unis, la « Mississipi River Commission », organisme hydrologique fédéral, dirige l’ensemble de ces travaux en s’appuyant sur les chiffres qu’elle recueille par les relevés hydromélriques et les jaugeages exécutés en permanence sur le fleuve et scs affluents. Elle dispose, en outre, à Vic-ksburg d’un laboratoire d’études hydrauliques qui couvre cent hectares et dont les travaux sont d’un intérêt majeur.
- Les renseignements ainsi rassemblés sont publiés dans toute un série d’ouvrages annuels. Ils servent de base aux calculs des travaux de génie civil qu’on décide de réaliser pour la défense de la vallée.
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- La France n’a pas eu à enregistrer de dévastations du même ordre. Ce sont surtout les questions de reboisement qui méritent
- l’attention. La guerre a aggravé le problème par les destructions et l’exploitation intensive des forêts. Des campagnes actives ont été menées dès avant la guerre pour le repeuplement et la reconstitution de nos richesses forestières. La Direction des Eaux et Forets a fait un gros effort dans ce sens. Il doit être poursuivi car dans l’état actuel de pénurie en produits agricoles, la défense des sols arables est de plus en plus à considérer.
- Fig. 3. — Au laboratoire de Vicksburg, État de Mississipi.
- Un modèle en relief du bassin du Heure, où les hauteurs ont été exagérées vingt fois pour l’élude de l’écoulement des eaux. '
- Jean Luper.
- (Photos U. S. Information Service).
- Singes botanistes.
- On sait comme il est difficile d’atteindre et de recueillir les plantes épiphytes qui vivent à diverses hauteurs sur les grands arbres des forêts tropicales. A l’une des dernières réunions de la Zoological Society, de Londres, le Dr E. J. H. Corner, des jardins botaniques de Singapour, a présenté un nouveau moyen dont il a montré diverses photographies. Les Malais, dressent des singes à grimper aux cocotiers pour en détacher les noix de coco qu’ils laissent tomber à terre. Depuis 1937, aux jardins de Singapour, on a dressé les mêmes singes à visiter aussi les arbres de 'a forêt. Le singe est muni, d’un collier d’où pend une corde d’une soixantaine de mètres de long ; on lui a appris à obéir à une douzaine de commandements de direction, de cueillette, etc. ; il sait aussi sauter d’arbre en arbre. Après un certain temps de dressage, il cueille et laisse tomber ou rapporte toutes les sortes de plantes, de fleurs et de fruits qu’on lui a montrée.
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- LE PROBLEME DE LA
- Contrôle du trafic au voisinage des aéroports.
- Le système « Navar ».
- La navigation aux approches des aéroports est un problème urgent à résoudre. Le système « Navar » le résoudra au mieux ; mais il est clair que son adoption ne pourra se faire que progressivement. L’idée directrice est de greffer, sur un radar de surveillance au sol du type classique à impulsions, un ensemble de dispositifs aptes à améliorer considérablement les conditions de service.
- Ces dispositifs prévoient l’adjonction de répondeurs aéroportés aux radars de surveillance au sol, l’installation d’un indicateur d’azimut et d’un télémètre dans le poste de pilotage, cet ensemble d’informations étant complété, pour préciser la position en plan, par une émission automatique d’identité et d’altitude, tous les renseignements étant intégrés dans une représentation par image unique et traduits sous la forme de signaux de télécommande.
- De là, un certain nombre de fonctions dont le système doit s’acquitter. Voici les huit principales :
- 1° Fournir une image classique PP1 (plan, position, indicator) (A de la figure 1).
- 2° Fournir une image classique PPI par un radar fonctionnant à l’aide des signaux renvoyés par un répondeur à bord d’avion et transmettant sur une fréquence différente de celle de l’émetteur radar du sol, ce qui élimine les échos du sol et donne moins de bruit de fond et moins de brouillages par d’autres radars (B de la figure 1). La deuxième image fait apparaître tous les avions munis de répondeurs, la première ceux qui en sont dépouryus. Pour la commodité de l’investigation, on fait apparaître en orange l’image de 2° superposée à l’image 1°, elle-même jaune.
- 3° Fournir une image sans brouillage radar balise sélectif PPI montrant exclusivement les avions dont les répondeurs sont accordés sur l’équipement Navar au sol de l’aéroport particulier considéré (C de la figure 1).
- 4° Fournir une indication de distance (D de la figure 1).
- 5° Fournir une indication d’azimut (E de la figure 1).
- Un seul instrument combine ces deux indications.
- 1. Voir La Nature, n° 3135 du 1" mai 1947.
- SÉCURITÉ AÉRIENNE (I
- 6° Montrer au pilote la position Me son propre avion, ainsi que la position d’autres avions qui apparaissent sur- une corte imprimée de couleur contrastante mise en place sur la face de l’appareil appelé « Navascope » (F de la figure 1).
- 7° Procurer à un contrôleur au sol la possibilité d’obtenir d’un avion, qu’il voit comme un point sur son image, des renseignements détaillés et exacts sur Fidentité de celui-ci et son altitude (H de la figure 1).
- 8° Procurer à un contrôleur au sol la possibilité d’envoyer à un avion des commandements simples tels que : « Tournez à droite (à gauche) de tant de degrés », « Descendez (montez) de tant de mètres ». Ces commandements apparaissent à la vue du pilote par le moyen d’un annonciateur (G de la figure 1)."
- Englobées sous le terme de « sélection », ces deux dernières fonctions sont étroitement liées l’une à l’autre.
- Un nouveau principe permet de choisir un avion déterminé et de recevoir des signaux émis par ce seul avion.
- Chacun de ces points appellerait de longs développements dans lesquels il n’est pas possible d’entrer.
- L'image « Navascope ». — Revenons cependant sur l’image Navascope, dont la figure 2 montre l’équipement et dont le principe imaginé par les laboratoires de la Fédéral Téléphoné and Radio Corporation a été déjà utilisé par les Radiation Laboratories de l’0//ice des Recherches et des Développements scientifiques de Cambridge.
- A un radar classique fonctionnant normalement s’adjoint seulement, au sol, un émetteur à impulsions actionné par les divers signaux normalement appliqués au PPI au sol, et, à bord de l’avion, un récepteur simple et un indicateur PPI qui reçoit exactement les mêmes signaux d’impulsions et de synchronisation que le PPI du radar au sol. Ainsi, la même forme d’image paraît-elle dans l’avion et au sol.
- Une caractéristique importante de cette image est de ne montrer au pilote que les avions qui sont approximativement à la même altitude que lui ou, plus exactement, qui volent dans une certaine couche d’altitude d’épaisseur, par exemple, 490 m (1 Coo pieds) et cette image se déplace automatiquement lorsque l’avion monte ou descend, de sorte(que la couche représentée est toujours correctement centrée par rapport à la position de l’avion.
- Ainsi est évitée la confusion qui résulterait de la représentation d’un grand nombre d’avions dans l’image du bord.
- fonctions du système « Navar ».
- Fig. 1. — Les diverses
- A, radar normal ; B, radar PPI à répondeur ; C, radar PPI sélectif ; D, indicateur de distance ; E, indicateur d’azimut ; F, navascope ;
- G, annonciateur d’ordres ; II, indicateur d’altitude et d’identité.
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- Avantages du système « Navat ». — Quant à énumérer les avantages du système « Navar », il y faudrait une place dont nous ne disposons pas. Bornons-nous à mentionner qu’on reconnaît à ce système sept particularités favorables au personnel au sol et spécialement aux contrôleurs du vol, et treize à
- l’avantage des pilotes et des organisations de service aérien. Et empruntons à un mémorandum technique de
- Fig. 2. — Équipement procurant l'image « Navascope ».
- A, indicateur' PPI à bord ; B, émetteur d’impulsions (normalement ins-tal'é dans la cabine du radar) ; C, équipement de radar ; D, indicateur PPI du radar au sol.
- MM. Busignies et Adams (x), jusqu’ici confidentiel, la mise en valeur pratique de la coordination réalisée par le système :
- « Grâce à la légèreté et au bon marché qui sont le fait essence tiel des équipements électroniques fonctionnant aux fréquence ces video ou inférieures, chacun des équipements auxiliaires ce assurant l’une des fonctions remplies par le système, est pres-cc que négligeable en volume, en poids et en prix, en compa-cc raison des deux récepteurs et de l’émetteur qui doivent fonc-cc tionner aux fréquences radio élevées. On peut donc déclarer cc catégoriquement qu’on a réalisé une très belle coordination à cc l’intérieur du Navar, tout en laissant au système la possibilité ci de remplir plusieurs fonctions séparément par l’adjonction cc d’appareils auxiliaires.
- cc L’un des autres avantages qui résultent de la combinaison cc des éléments à fréquence radio est le suivant : il est plus cc facile de les construire et de les établir ainsi qu’avec un plus cc grand nombre de récepteurs et d’émetteurs. De cette manière, cc l’émetteur et l’un des récepteurs sont disposés pour fonction-cc nement sur voies multiples avec stabilisation de la fréquence cc par cristal et sélection de la voie par bouton-poussoir. L’ob-cc tention du fonctionnement par voies multiples stabilisées par cc cristal représente de grands avantages pour la réalisation de cc plusieurs conditions....
- cc En ce qui concerne, par exemple, la fonction d’indication cc de distance, l’emploi de voies multiples assure un service cc considérablement supérieur à celui de la plupart des indica-cc teurs de distance. Le type usuel d’indicateur de distance donne cc simplement la distance jusqu’à la station au sol la plus pro-cc c-he, que cette station soit ou non celle qui intéresse le pilote, cc et sur laquelle son indicateur d’azimut est accordé. Le type cc Navar d’indicateur de distance, avec son émetteur et son récep-cc teur à contrôle par cristal et accords par bouton-poussoir, est cc capable d’indiquer sélectivement la distance et l’azimut à cc l’une des stations au sol qui intéressent le pilote. Cette possi-cc bilité est très importante à l’usage. »
- 1. II. Busignies et P. R. Adams. Technical Mémorandum. Aerial Navigation and Traffic Control Fédéral Télécommunication Laboratories, New-York,
- 1946.
- Représentation et calcul des données relatives au contrôle du trafic.
- Le système « Navascreen ».
- Le mot cc screen » évoque l’idée d’écran. Aussi bien est-ce à une séance de projections d’images qu’invite le système Navascreen. Il ne lui appartient pas de créer des éléments d’information, mais de coordonner ceux-ci — dont ce qui précède montre le nombre et l’importance — en les réunissant tous dans une image à grande échelle, d’une lecture facile pour les contrôleurs au sol. A côté de ce rôle, en quelque sorte passif, il revient au système de traduire sous forme de signaux de télécommande les renseignements arrivant, les uns sous une forme différente, les autres déjà sous forme de signaux de télécommande, mais d’un type différent de ceux utilisés dans le système. En somme, traduction de tous les signaux en une forme normalisée de signaux de télécommande, de telle manière que l’on tire parti, tant des divers équipements existants que de ceux proposés de tabulation, d’enregistrement, de prédiction, de calcul et de coordination. Dans une telle conjoncture, en l’état actuel des choses, il convient de tenir — telle est du moins l’opinion de la Téléphoné and Radio Corporation — le radar de surveillance au sol pour la source la plus importante d’information. Or, faute de système « Navar », les PPI n’étant pas assistés de répondeurs aéro-portés, le brouillage occasionné par les échos du sol et le bruit de fond ne permettent pas d’envisager comme moyen de travail et de référence pour les contrôleurs au sol, une simple image agrandie.
- Automatisme ou opérateurs humains ? — Devant la sujétion d’une traduction des renseignements en signaux de télécommande, la question devait nécessairement se poser : « Quel mécanisme, l’humain ou l’automatique, donnera le plus de sécurité ? ». Sans entrer dans la discussion soulevée à ce sujet, retenons l’a,vis de M. Busignies que « la meilleure méthode de déchiffrage de l’information d’un écran radar et de sa traduction en signaux de télécommande caractérisés consiste à utiliser la « Adsée assistée », dont le principe a été appliqué avec tellement de succès dans le fonctionnement des instruments de mesure de dérive, de visée pour les bombes et d’équipements de pointage de canons à contrôle visuel ».
- Production et aspect de Vimage « Navascreen ».
- — La figure 3 donne une idée de l’aspect général de l’installation. D’un côté, une salle obscure au centre de laquelle les
- Fig. 3. — Vue schématique d'une installation « Navascreen ».
- A, salle de projection ; B, salle des contrôleurs ; C, banc de projecteurs ; D, miroir ; E, pupitre PPI ; F, pupitre de télétypie.
- projecteurs sont disposés en un « banc » et de telle manière qu’ils dirigent leurs rayons vers le haut, rayons qu’un miroir incliné réfléchit sur un grand écran translucide qui donne l’image principale synthétiquement produite d’après les signaux
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- de télécommande sur lesquels les divers opérateurs de pupitres traduisent leurs renseignements primaires, image qui est réfléchie et superposée, optiquement, à l’écran de chacun des pupitres PPI (E, fîg. 3). Devant chacun de ces pupitres, des opérateurs déchiffrent les données des écrans PPI ou des signaux de télécommande en manipulant un nombre approprié de cadrans.
- De l’autre côté, séparée de la première par l’écran translucide, une salle semi-obscure dans laquelle on présente l’image des contrôleurs et où sont réunis également les opérateurs de télé-typie et de téléphonie.
- Sur l’image vue de la salle des contrôleurs, chaque avion est représenté par un chiffre à double symbole auquel est accolée une flèche représentant, par son sens, la direction du vol et, par sa couleur, l’altitude approximative de l’avion. Ainsi, une flèche :
- rouge : indique une altitude comprise entre 3oo et i 5oo m;
- violette : indique une altitude comprise entre i 5oo et 3 ooo m;
- bleue : indique une altitude comprise entre 3 ooo et 4 5oo m.
- Les représentations des divers avions se déplacent, dans leur ensemble, dans les directions indiquées par les flèches et aux vitesses appropriées. Chacune des représentations de ce genre indique donc continuellement la position de tous les avions relativement à une carte imprimée sur l’écran.
- Par un effet de temps accéléré ou inversé, à la manière dont on l’obtient dans un planétarium, les contrôleurs sont en mesure de prévoir le nombre des avions qui arriveront à un aéroport donné, par exemple dans les dix minutes à venir, ou la relation entre les instants de passage de divers avions à certains points d’intersection où des collisions peuvent être à craindre. Quant à la disposition exacte des contrôles utilisés par les opérateurs aux pupitres PPI, ils sont encore à l’étude et l’on ne
- peut pas dire s’ils seront disposés sur la base de coordonnées polaires ou de coordonnées rectangulaires.
- Avantages de la « visée assistée ». — A retenir le principe du « déplacement assisté « pour la traduction, tant des données des écrans de radar sous forme de signaux de télécommande que des données reçues par téléphone ou télétypie, on trouve un avantage précisé en ces termes par M. Busignies dans le Mémorandum technique mentionné plus haut : « Le mouvement automatique du mécanisme de déplacement assisté sert à montrer continuellement et aussi exactement que possible la position probable de l’avion, d’après les données dont on dispose. Même si cette position probable n’est pas complètement exacte, elle est certainement de beaucoup préférable aux renseignements obtenus à partir des fiches usuelles qui montrent seulement la dernière position ainsi que la direction et la vitesse de vol signalées, et l’heure à laquelle ces informations ont été reçues. En effet, cette méthode d’enregistrement réside simplement dans un calcul mental qui donne généralement beaucoup moins de précision que le mécanisme de déplacement assisté.
- Le « Navascrecn » fournit aussi une disposition extrêmement commode pour une vérification double des renseignements tirés de l’écran de radar. Ce but s’obtient en prenant les signaux de télécommande que l’opérateur a produits par le principe de déplacement assisté et en les convertissant en une image de synthèse de la position de l’avion qui est alors superposée, en couleurs contrastantes, à l’écran PPI de l’opérateur. Ainsi toutes les inexactitudes deviennent apparentes sous la forme d’une divergence entre le point de radar et l’image superposée en couleur contrastante ».
- (à suivre).
- Georges Kimpflin.
- Destruction des fortifications d'Helgoland.
- Helgoland est une île rocheuse, tabulaire, située dans la Mer du Nord, au nord et au large des îles Frisonnes, par 34° N et 8° W. Elle commande la sortie du canal de Kiel et les embouchures de l’Elbe et du Weser et défend ainsi les deux grands ports de Hambourg et de Brême. Elle a une forme triangulaire, allongée vers le nord-ouest et ne couvre que 50 ha, à une altitude de 28 à 38 m. Sa position l’a fait appeler « le Gibraltar de la Mer du Nord ». Les Anglais la possédèrent jusqu’en 1890 et la cédèrent alors à l’Allemagne contre Zanzibar.
- Les Allemands y construisirent un port de guerre et transformèrent peu à peu le « haut pays » en une puissante forteresse, creusée sous les falaises, dominant et protégeant toute la côte allemande de la Mer du Nord, du Danemark à la Hollande. Le traité de Versailles prescrivit son démantèlement, mais les fortifications furent reconstruites et renforcées après la prise de pouvoir d’Hitler et résistèrent pendant cette guerre-ci à tous les bombardements qui furent nombreux.
- Lors de l’écroulement du Reich, les Anglais occupèrent à nouveau l’île et décidèrent de la neutraliser définitivement. C’est pourquoi, ils rassemblèrent dans les casemates, les abris souterrains et la base sous-marine, 6 700 t d’explosifs qu’ils ont fait sauter le 18 avril dernier à 13 heures.
- C’est là la plus forte explosion que les hommes aient réalisée, à part les bombes atomiques.
- La mise à feu simultanée des charges de trinitrotoluène réparties dans les 15 km de souterrains fut déclanchée par radio. Au préalable, on avait provoqué une série de petites détonations pour chasser les oiseaux de mer dont l’île était un refuge très peuplé. Bien entendu, toute navigation avait cessé dans la baie, évacuée
- jusqu’à la côte allemande et les navires d’observation se tenaient à plus de 15 km de l’île.
- Aussitôt, la surface de' l’île sembla en éruption, toute couverte de lueurs étincelantes ; puis une colonne brune de fumée et de poussière s’éleva qui atteignit en quelques minutes près de 2 500 m de haut et fut observée par un avion volant à cette altitude au large ; elle ne prit pas la forme de champignon observée avec, les bombes atomiques, mais devint une masse de nuages et de volutes déferlant. En même temps, des débris de toutes sortes étaient projetés en l’air et retombaient tout autour. Quand le nuage se dissipa, l’abri des sous-marins, les falaises de l’ouest toutes creusées de batteries s’étaient effondrées dans les eaux. Le petit village de pêcheurs n’existait plus. On ne sait encore ce qu’est devenue la station biologique qui se trouvait dans le « bas pays », près du port.
- Helgoland, repaire de sous-marins, défense inexpugnable de toute la côte allemande de l’ouest, n’est plus qu’un îlot désert. Souhaitons qu’elle ne soit plus dans l’avenir qu’un pacifique port de pêche et un paradis pour les mouettes et les goélands !
- Bien entendu, une pareille secousse à attiré l’attention des stations sismologiques. Au Parc Saint-Maur, près'Paris, à quelque 700 km de distance, l’onde terrestre s’est inscrite sur les enregistreurs L mn 40 s après l’explosion ; l’oscillation du sismographe n’eut que deux dix-millièmes de mm de haut, tandis que les tremblements de terre provoquent des crochets de deux dixièmes à deux mm. L’onde aérienne ne fut pas enregistrée, peut-être parce que la région parisienne était dans une zone de silence. A Strasbourg, qui est environ à 600 km, l’onde terrestre parvint en 1 mn 21 s S/10 et l’onde aérienne en 35 mn 30 s. La vitesse de transmission à travers la croûte terrestre fut donc de moins de 8 km par secondq.
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- La vie tragique du mathématicien EVARISTE GALOIS
- (1811-1832)
- « II me manque, pour être un savant, de n’être que cela. Le cœur chez moi s’est révolté contre la tête. »
- (Évariste Galois, 25 mai 1832).
- Le 2 juin 1832, un cortège de plus de deux mille républicains accompagnait au cimetière Montparnasse le corps d’un jeune homme de 20 ans 7 mois, Évariste Galois, mort des suites d’un duel. Ainsi, au milieu de l’agitation préludant aux émeutes qui, le 3 juin, suivirent les obsèques du général Lamarque, disparaissait après une vie brève et passionnée un des militants les plus ardents du parti républicain en même temps qu’une des intelligences mathématiques les plus pénétrantes du xixe siècle.
- Évariçte Galois naquit à Bourg-la-Reine le 25 octobre 1811. Ses parents, aisés et cultivés, l’élevèrent dans le culte de l’honneur et de la liberté. En 1823, il abandonna sa calme vie familiale pour entrer comme interne, en 4e, au collège Louis-le-Grand. Ce contact avec la discipline autoritaire des collèges de la Restauration heurta sa sensibilité et marqua son caractère de façon durable. Et, si ses premières années d’étude furent celles d’un bon élève, peu à peu Galois se lassa des exercices scolaires et sa conduite fut jugée bizarre et dissipée.
- Cependant, en 1827, il commençait l’étude des mathématiques ; dès l’abord, il eut la révélation de son génie. Lisant comme un roman la géométrie de Legendre, il s’attaque aussitôt à l’étude des ouvrages d’analyse de Lagrange. « La fureur des mathématiques le domine », dit son maître d’étude ; dans les autres matières, « il ne fait que tourmenter ses maîtres et se faire accabler de punitions ». L’opinion haute et juste qu’il avait de sa valeur lui faisait supporter avec difficulté la direction de ses professeurs et rendait son caractère plus fermé.
- Dès cette année, le renom mathématique et les traditions libérales de l’École Polytechnique l’attirèrent ; il se présenta à l’examen d’entrée et y échoua. Ce premier échec lui parut une injustice et contribua à aigrir son caractère. « Sautant » la classe d’élémentaires, il entra en octobre 1828 dans la classe de mathématiques spéciales de Richard qui reconnut de suite « sa supériorité marquée sur tous ses condisciples «. « Ne travaillant qu’aux parties supérieures des mathématiques », il fit dès cette année des découvertes importantes sur la théorie des équations, publia une courte étude dans les Annales de Gergonne et fit présenter à l’Académie des Sciences deux mémoires qui, malheureusement, furent égarés.
- Cette malchance, suivie d’un nouvel échec à Polytechnique, fit germer en lui l’esprit de révolte. Sa haine de l’injustice fut encore exaspérée par la cabale politique qui amena le suicide de son père le 2 juillet 1829. Et c’est en persécuté qu’il entra en octobre à l’École Préparatoire, pâle remplaçante de l’École Normale supprimée en 1822. Pas plus qu’au Collège Louis-le-Grand, il n’y fut un bon élève. Se souciant au minimum de ses obligations scolaires, il poursuivit ses travaux et en publia quelques extraits. Par une malchance inouïe, un nouveau mémoire présenté à l’Aca-
- démie des Sciences en janvier 1830 fut égaré à la mort de Fourier. Son esprit droit et intransigeant vit dans cette suite d’échecs et de déboires l'œuvre de volontés concertées pour étouffer son génie précoce. Son désir de voir réformer l’ordre social en fut renforcé et, à corps perdu, il se jeta dans la lutte politique au côté des républicains.
- 11 souffrit amèrement d’être enfermé dans son école pendant la révolulion de juillet 1830 alors que les Polytechniciens qu’il enviait tant se battaient sur les barricades. Il attaqua à ce propos son directeur, dans la Gazette des écoles, ce qui amena son exclusion de l’École Normale par décision du 3 janvier 1831. Dès
- le 13 janvier, il ouvrait rue de la Sorbonne un cours d’algèbre supérieure qui n’eut qu’une existence très brève car, enrôlé dans l’artillerie de la Garde nationale, membre de plusieurs sociétés républicaines, il participa activement à l’agitation qui secouait chaque jour les rues de Paris. Le 10 mai 1831, il fut arrêté pour avoir porté un toast régicide au cours d’un banquet républicain. Acquitté en cour d’assises le 15 juin, il fut arrêté de nouveau le 14 juillet comme manifestant, puis condamné à 6 mois de prison pour port d’armes et port illégal d’uniforme. Le 16 mars 1832, il sortait de la prison Sainte-Pélagie pour entrer dans une maison de santé ; il y noua une intrigue amoureuse qui fut, pense-t-on, à l’origine du duel qui se déroula le 30 mai au matin à Gentilly et amena la fin tragique de Galois. En effet, blessé d’une balle au ventre, relevé par un paysan, il mourut le lendemain matin à l’hôpital Cochin.
- Le 29 mai, sentant peser sur lui la menace de sa mort, il avait écrit des lettres d’adieu à ses amis. La plus importante d’entre elles constitue son testament scientifique. Galois y résume l’essentiel des découvertes qu’il a faites dans sa brève existence et qu’il n’a pu publier. Cette lettre est émouvante à l’extrême par la densité des idées, la concision du style et par son ton désespéré. Elle était adressée à son meilleur ami Auguste Chevalier. Celui-ci recueillit les divers écrits de Galois, en particulier un dernier mémoire présenté à l’Académie en 1831 et jugé incompréhensible par le rapporteur Poisson. Il les présenta à Liouville, directeur du Journal de Mathématiques, qui les publia en 1846 après en avoir compris la valeur exceptionnelle. « Ce n’est pas difficile, disait-il à J. Bertrand, il suffit d’y travailler pendant deux ou trois mois, en ne faisant que cela ». .
- Peu à peu, après avoir clarifié et précisé certains raisonnements de Galois, les mathématiciens comprirent toute l’importance de ses découvertes. Galois a su montrer que les problèmes de résolution d’équations de degrés quelconques se ramènent à l’étude de nouveaux algorithmes : les groupes de substitutions ; et, à chaque équation correspond un groupe de la structure duquel dépend
- Évariste GALOIS.
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- la résolubilité de l’équation. Les recherches algébriques étaient ainsi placées sur leur véritable terrain et en 1870 Jordan put compléter de façon remarquable cette théorie amorcée par Galois. De plus, les recherches des analystes et des géomètres de la fin du xixe siècle montrèrent à quel point cette nouvelle notion de groupe jouait un rôle important en permettant de coordonner et de clarifier les principes de la géométrie, de l’algèbre et de nombreuses branches de l’analyse mathématique. Aussi, peut-on regretter que le génie de Galois n’ait pu trouver des conditions
- favorables à sa pleine éclosion et se soit éteint si tôt avant de développer toutes les conséquences de ses découvertes. « Gardez mon souvenir, écrivait-il à deux amis le 29 mai, puisque le sort ne m’a pas donné assez de vie pour que la patrie sache mon nom ». Malgré cette phrase désabusée, après un long oubli, l’œuvre de Galois est maintenant jugée à sa valeur et dans sa vraie patrie, celle de l’esprit, son nom voisine avec les plus grands.
- R. Tato^.
- La " lampe parlante
- La « lampe parlante », création du Dr Norman G. Beese, de la Westinghouse Electric Corporation, est un étrange relais destiné à transformer la parole en un rayonnement infrarouge et inversement. La transmission d’un point à un autre se fait donc en un faisceau de rayons infrarouges invisibles, ce qui permet d’assurer le secret des communications d’un bateau à un autre ou entre un bateau et un poste côtier par exemple.
- Le principe en est fort ingénieux et cependant assez simple. Il consiste en un microphone monté sur une lampe à vapeur de césium. Cette lampe constitue un puissant générateur de rayons infrarouges bien sélectionnés. Son émission, par contre, est très faible dans le visible, ce qui permet de faire travailler cette source sans filtre.
- La lampe est modulée par le courant reçu du microphone par l’intermédiaire d’un amplificateur. Elle n’a pas d’inertie appréciable et peut assurer la transmission instantanée des paroles avec la qualité d’un bon téléphone à la vitesse normale de conversation.
- *
- En réalité, il s’agit là encore d’un appareil né durant la guerre et destiné à l’origine à la marine et cette invention fut d’abord mise au point pour assurer les liaisons entre navires et, lors des débarquements, entre convois et unités débarquées. Au moment du grand débarquement, 3 500 lampes parlantes étaient en service dans la marine américaine.
- La transmission infrarouge, donc invisible, était à l’abri des repérages comme des brouillages radio.
- Le faisceau émetteur était de surcroît assez serré pour bien assurer le secret. Un obturateur le limitait à 25° d’ouverture.
- La lampe utilisée consomme 100 W et elle peut être montée sur le pont supérieur ou même sur le mât d’un navire, dans un réflecteur parabolique orientable vers le poste de réception.
- Le faisceau émis traverse assez bien la brume et n’est aucunement gêné par l’obscurité, mais, par contré, est arrêté par les nuages de fumée artificielle ou par les forts brouillards.
- La lampe reçoit le courant modulé en provenance du microphone et de l’amplificateur relais et les transforme en une émission infrarouge semblablement modulée.
- A la réception, une cellule photoélectrique montée dans un autre réflecteur parabolique capte le faisceau infrarouge, le transmet à un amplificateur sous forme de courant et un appareil vibrateur reconvertit le courant ainsi amplifié et toujours modulé en parole.
- La lampe au césium s’est montrée un relais parfait pour cette modulation très délicate. Elle permet, en effet, d’atteindre une crête de 100 pour 100 en divers points sur la gamme des fréquences audibles, de 200 à 3 000 hertz alors qu’une lampe d’éclairage ne pourrait être modulée qu’à 0,1 pour 100 au grand maximum.
- La lampe parlante prend place aujourd’hui dans la gamme des appareils de communication utilisant le rayonnement infrarouge mais alors que les télescopes infrarouges (sniperscope ou autres) ne donnent que des images, la lampe parlante transmet le son.
- Ces appareils, mis au point pour la guerre et pendant la guerre • sont maintenant rendus publics et leur utilisation dans les œuvres de paix se montre déjà très profitable.
- Fig. 1. — Le DT N. C. Beese parlant devant le microphone accouplé à la « lampe parlante » à vapeur de césium (au premier plan). En arrière-plan, on voit U amplificateur (U. S. I. S.).
- La lampe parlante peut être utilisée par exemple de bateau à bateau dans les flottilles de bateaux de pêche ou dans les croisières. de groupes ainsi que dans toutes relations de nuit entre des points relativement peu éloignés.
- M. Déribéré.
- La Foire de Paris.
- La Foire de Paris, qui se tient actuellement à la Porte de Versailles, sera ouverte jusqu’au 26 mai.
- LA NATURE y expose la collection de ces dernières années.
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- LA PÊCHE A LA FOURMI
- Il y a dix ans (*) j’avais attiré l’attention sur un épisode annuel de la vie des fourmis et sur l’intérêt que présente ce fait curieux pour ceux qui s’adonnent au plaisir de la pêche à la ligne. Je disais notamment qu’il fallait s’empresser de profiter des chutes de fourmis ailées pour recueillir le plus possible de ces insectes dont les poissons se montrent si friands. J’ai fait depuis diverses observations et constatations que je voudrais rapporter ici.
- Les fourmis ailées commencent à apparaître dans les nids fin juin et on y constate leur présence jusque vers la fin de septembre, si toutefois il ne fait pas trop froid à cette époque. Ces précieux insectes existent donc à la disposition des pêcheurs pendant trois grands mois et je me suis demandé s’il était possible d’utiliser cette réserve naturelle, sans attendre la chute des trois ou quatre pluies de fourmis.
- Muni d’une truelle creuse et de quelques gros tubes de verre épais, bouchés de liège avec une petite fente pour laisser passer l’air, j’ai parcouru la campagne, à la recherche des petits dômes bruns des fourmilières. Ne nous y trompons pas, ce sont parfois les nids de la plus chétive apparence qui renferment le plus de fourmis ailées. C’est surtout par un temps chaud, un peu humide, qu’il convient d’opérer pour obtenir le maximum de succès. Un coup de truelle dans une fourmilière donne vite l’indication voulue. Si l’on ne ramène la première fois aucun insecte ailé, il sera inutile d’insister et on passera à une autre. Supposons que cette fois la truelle soit pleine d’un grouillement ailé. On portera vite le tout sur le chemin voisin et, hâtivement car les fourmis fuient de tous côtés, on prendra les insectes ailés un à un et on les placera dans un tube de verre. Avec un peu d’habitude cela se fait très rapidement et cinq ou six coups de truelle en ramènent assez pour faire une fort belle pêche.
- Parmi les nids que l’on peut rencontrer, je conseille de négliger ceux qui contiennent des fourmis irritables et méchantes. Si elles renferment des individus ailés, il sera d’ailleurs presque impossible de les capturer, car ils sont d’une vivacité extrême. A plus forte raison, on se dispensera de rechercher des fourmis ailées dans les gros nids des bois, qui sont le repaire des farouches et sanguinaires Formica ruja.
- On se contentera de rechercher les nombreux nids de ces petites fourmis rousses ou noires, que l’on trouve communément sur les bords des routes, dont les habitants ne sont nullement agressifs et dont les individus ailés se saisissent facilement et sont absolument inoffensifs.
- Quand le temps est sec et chaud depuis longtemps, il sera inutile de chercher des fourmis ailées. La terre des fourmilières est dure et sèche et seules quelques ouvrières circulent dans la partie supérieure des nids. Il n’en est plus de même s’il vient à pleuvoir. Alors, peu de temps après, les fourmis remontent à la surface et les. individus ailés y abondent. Un jour, j’ai assisté à un bien curieux spectacle. Quelques heures après un orage, tandis qu’un chaud soleil réchauffait l’atmosphère rassérénée, j’aperçus une fourmilière sur laquelle régnait une vive agitation. De loin, je me figurais voir un scintillement de points blancs, brillant un peu sous le soleil. De près, je reconnus qu’une multitude d’ouvrières promenaient les œufs contenant les larves et les retournaient au soleil. Des nymphes blanchâtres, ayant déjà une vague forme de fourmi, circulaient aussi entre les mandibules des infatigables ouvrières. Des fourmis ailées allaient et venaient, sans hâte, parmi cette population affairée.
- En passant, je dirai à l’intention des pêcheurs, que les larves de fourmis, appelées improprement « œufs de fourmis » ne m’ont jamais donné de bons résultats à la pêche. Quoi qu’en disent certains auteurs, le résultat est décevant et presque négatif.
- 1. La Nature, 1" juillet 1937, p. 33. Les essaims de fourmis ailées.
- Afin d’avoir une réserve de fourmis ailées, en prévision d’une période très sèche, je construisis il y a quelques années une boîte en bois de 40 x 40 x 20 cm. Je la recouvris d’un couvercle très finement grillagé et m’attachai à ce que, fermée, aucune rainure ne permette à un insecte de petite taille de s’échapper. Je garnis le fond de terre fine, un peu humide, et je vidai dessus le contenu de deux gros tubes emplis de fourmis recueillies le matin même. Les insectes se groupèrent peu à peu dans les angles et certains s’enterrèrent légèrement. Par ce moyen, et en maintenant la terre un peu humide, je suis arrivé à conserver en parfait état de nombreuses fourmis ailées pendant plus d’un mois.
- En puisant à même les nids, au fur et à mesure des besoins, ou en constituant une petite réserve comme il est indiqué ci-dessus, il est donc possible d’avoir à tout moment, en juillet, août, septembre et même au début d’octobre, des appâts de tout premier ordre et ceci sans bourse délier.
- Je ne reviendrai pas longuement sur ce que j’ai déjà dit, concernant les résultats de la pêche à la fourmi. Ils sont souvent inespérés. J’ai vu faire des fritures énormes d’ablettes, qui mordent à la fourmi d’une façon insatiable. J’ai vu de gros chevesnes s’emparer de ce petit appât et me casser quand j’étais monté trop finement pour de telles pièces. J’ai vu aussi avec 25 fourmis seulement (je ne disposais que de ce nombre) prendre 25 poissons, et pas des moindres !
- Le meilleur moyen pour pêcher fructueusement à la fourmi est de pratiquer la pêche dite « à rôder » ou à « la surprise ». On pêche à bord, devant les roseaux ou dans les trous formés dans les herbes aquatiques. Cette pêche est des plus amusantes car on ne reste pas en place et au moment où l’on s’y attend "le moins survient une belle touche. On utilisera des hameçons 15 ou 16, et il ne faut pas se figurer qu’un appât aussi petit qu’une fourmi ne puisse tenter que le fretin. Voyez ce qui se passe avec l’infime graine de chènevis et les belles brèmes que l’on ramène avec ce minuscule appât. Les chevesnes, et non seulement les plus petits, mordent gloutonnement à la fourmi et, entre deux eaux, on peut avoir des touches merveilleuses, tout à bord, quand le temps est chaud et orageux.
- *
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- J’ai eu la satisfaction, en août 1937, puis au cours de l’été 1938, d’assister par trois fois à l’envol nuptial des fourmis ailées. S’il est assez banal d’assister à une pluie de ces hyménoptères il est par contre bien plus rare d’observer ces mêmes insectes, dans la campagne, lorsqu’ils s’élancent dans les airs pour s’y accoupler.
- Mes trois observations, dont le bref compte rendu peut trouver place dans cet article, ont naturellement été tout à fait imprévues. La première eut lieu alors que je cherchais des champignons dans un bois des environs de T... Tout en furetant à droite et à gauche dans les taillis, j’étais surpris d’entendre comme un vaste bruissement à quelque distance de là, dans les arbres. En même temps, je percevais comme un menu crépitement ininterrompu. Intrigué, je m’approchai. Bientôt, j’arrivai en vue de plusieurs fourmilières énormes sur lesquelles régnait une agitation désordonnée. Des fourmis ailées s’en échappaient, pour aller rejoindre à la cime des arbres voisins une sorte de gros nuage tourbillonnant avec une extrême vivacité et dans lequel je reconnus un énorme essaim en pleine activité d’agaceries nuptiales. Et tous ces petits bruits secs provenaient, des insectes qui retombaient partout autour de-moi. Ils se posaient sur toutes choses et ceux qui n’étaient pas encore privés de leurs ailes s’envolaient à nouveau. Comme il s’agissait de la Formica rufa, espèce belliqueuse et féroce, je ne tardai pas à m’éloigner, car les fourmis qui tombaient sur moi. commençaient à me mordre furieusement.
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- Ma deuxième observation eut lieu alors que je visitais les ruines de Y... Une sorte de fin nuage tremblotant et se déplaçant au faîte d’un vieux donjon avait attiré de loin mon attention. M’étant approché je reconnus qu’il s’agissait là d’un gros essaim de petites fourmis au corps très luisant. De cet essaim tombaient sans interruption de nombreux individus, dont beaucoup étaient privés d’ailes. Le sol en était recouvert. Et là-haut, sans trêve, l’essaim poursuivait son tourbillonnement endiablé. Cette fois, je n’avais pas été témoin d’un envol proprement dit, les fourni-lières d’où était issu cet essaim étant peut-être assez éloignées du donjon, siège de ses ébats amoureux. Le fait méritait cependant d’être noté.
- La troisième observation eut lieu alors que je me trouvais à la pêche, au bord du canal de la Marne au Rhin, à T... C’était en août 1938, vers la fin d’une chaude journée un peu orageuse. Intrigué depuis un certain temps par le passage « horizontal » et régulier, devant moi et à ma hauteur, de petits insectes ailés, je m’arrêtai de pêcher, afin de me rendre compte de ce fait bizarre. Chaque 2 ou 3 secondes une ou deux fourmis ailées passaient,
- venant de droite et allant vers ma gauche, pour se poser sur les herbes et les roseaux qui garnissaient la rive du canal. Je remarquai que peu à peu une foule de fourmis se rassemblaient ainsi sur les brins d’herbe et sur toutes les tiges des plantes. Et il en arrivait toujours, venant de l’autre côté du chemin de halage et en biais. Je ne fus pas long à repérer leur point de départ — qui n’était autre que plusieurs fourmilières où grouillaient pêle-mêle ouvrières affairées, mâles et femelles inquiets. De ces nids partaient à la file et à une allure régulière, comme si quelque starter chronométrait leur envolée, plusieurs individus ailés. Je ne pus voir ce qui résulta de ce curieux exode, car je dus peu après réintégrer la ville. Mais je pense qu’il s’agissait là d’une amorce de départ — ou d’un faux envol — d’un fragment d’essaim. A un signal mystérieux, il semble que toutes les fourmis ailées d’un même endroit s’élancent dans les airs, s’y rassemblent en ùn essaim et que mâles et femelles se livrent avec ardeur à leurs tumultueux et étranges ébats amoureux.
- René Brossard.
- LE CIEL EN JUIN 1947
- SOLEIL : du 1er au 30, sa déclinaison passe de + 21°59' à + 23°13' ; la durée du jour à Paris augmente de lbh49m à 16h7m les 18 et 19, puis du 21 au 24 et revient à 46h4m le 30. — Diamètre apparent le 1er = 31'3o"62, le 30 = 31'40"82. Le Soleil entre dans le Cancer le 22 à 6h. Solstice. — LUNE : Phases : P. L. ie 3 à 19h27m, D. Q. le 11 à 22h58m, N. L. le 18 à 21h26m, P. Q. le 2b à 12^25m ; apogée le 6 à 21h ; périgée le 19 à 14h. — ÉCLIPSE : Éclipse partielle de Lune le 3, en partie visible en France. Petite éclipse : 0,024 le diamètre de la Lune étant un. Pour Paris, la Lune se lèvera à 19h4Sm encore dans la pénombre. La fin du phénomène aura lieu à 21M8m8s. — Principales conjonctions de la Lune : avec Jupiter le 2 à 0h à 0°2' N (très beau rapprochement à observer) ; avec Mars le 16 à 8h à 0°4b' N ; avec Vénus le 17 à 10h à 1° S ; avec Uranus le 18 à 15h à 1°43' S ; avec Mercure le 20 à 13h à 2°43' S ; avec Saturne le .21 à 12h à 4°7' S ; avec Neptune le 25 à 10h à 3°1' ; avec Jupiter le 29 à lh à 0°lb' S (beau rapprochement). — Principales occultations (H. p. Paris) : le 6 de tp de la Flèche (3n\3) im. D^G^S, em. 2h57m,2 ; le 27 de 3693 BD —11° (6m,9) im. 22h37m,8. — PLANÈTES : Mercure, visible le soir au milieu du mois, mais la longueur du crépuscule est gênante. Vénus, visible difficilement le matin à l’aube, diam. app. diminuant de 11"1 à 10"40. Mars va commencer à être visi-
- ble le matin, diam. app. 4"4. Jupiter, bien visible le soir, se couche à 2h au milieu du mois dans Ophiuchus-Scorpion, diam. app. diminuant de 41 "3 à 39"4. Saturne visible le soir jusqu’à 22h dans le Cancer, diam. app. : globe 4b"l, anneau gr. axe 38"18, petit axe 12"58. Uranus, dans les Gémeaux, en conjonction le 13 avec le Soleil est inobservable. Neptune, dans la Vierge, visible le soir (position le 1er : 12h32m et — 1°49'), diam. app. 2"4. — CRÉPUSCULE DE MINUIT : visible au N dans le nord de la France à partir de Melun. Le Soleil ne s’abaissant que de 18° au-dessous de l’horizon. — ÉTOILES VARIABLES : Minima observables à’Algol : le 2- à 22h57m, le 20 à 3holm, le 23 à 0h40m, le 2b à 21h29m. Minimum de (3 Lyre le 9 à 20h. Maxima de R du Corbeau le 18 (5,9-14,0). Maxima de R de 1 ’Aigle le 23 (5,5-11,8). — ÉTOILE POLAIRE : Passage inférieur au méridien de Paris : 7e 10 à 20h23m14s, le 20 à 19h44m6s, le 30 à 19h4m59*. Passage supérieur : le 30 à 7h6m568. ^ ^
- Remarque importante. — Ne pas oublier de surveiller la surface solaire pendant cette période d’activité. De très beaux groupes ont été visibles pendant la deuxième semaine d'avril.
- (Heures données en Temps Universel, tenir compte des modifications inti’oduites par l’heure en usage).
- COURS ET CONFÉRENCES A PARIS
- VENDREDI 16 MAI. Conservatoire des Arts et Métiers (292, rue Saint-Martin, Amph. .Z) : 18 h. M. Y. Raoul : « Résultats acquis par les tests d’avitaminoses ».
- LUNDI 19 MAI. Société des Ingénieurs de l’automobile et C. N. R. S. (2, rue de
- Presbourg). Conférence « Science et technique » : 18 h. M. J. Guéron : « Rayonnements nucléaires ». — Maison de la Chimie (Centre de perfectionnement technique, 28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. E. M. Bastisse : « La fumure phosphatée dans les terres latéritiques ».
- MARDI 20 MAI. Palais de la Découverte
- (avenue F. D. Roosevelt) : 17 h. Dr C. D. Dar-lington (de Londres) : « Le mécanisme de l’hérédité » (conférence en français). — Maison de la Chimie (Centre de " perfectionnement technique, 28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Ju-milhac : « Trempe pelliculaire par induction ». — Institut technique du Bâtiment (Musée de l’Homme, Palais de Chaillot) : 17 h. 30.
- M. Chefdeville : « Les bétons légers ».
- MERCREDI 21 MAI. Centre d’études supérieures d’industrie automobile (5, avenue Friedland) : 17 h. 45. M. Ernst Metzmaier :
- « Le problème du freinage des automobiles ». — Maison de la Chimie (Centre de perfectionnement technique, 28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. E. Gomonet : « Les industries des gaz rares ».
- VENDREDI 23 MAI. Maison de la Chimie (Centre de perfectionnement technique, 28, rue Saint-Dominique) : 18 h. « La télécommande dans l’industrie ». — Conservatoire des Arts et Métiers (292, rue Saint-Martin, Amph. Z) : 18 h. M. T. Wallace : « Diagnostic des carences minérales chez les végétaux, en particulier par les méthodes visuelles ».
- MARDI 27 MAI. Maison de la Chimie (Centre de perfectionnement technique, 28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Chambault : « Los applications des dépôts électrolytiques dans l’industrie. Le chromage dur, nickelage à épaisseur ».
- MERCREDI 28 MAI. Centre d’études supérieures d’industrie automobile (5, avenue Friedland) : 17 h. 45. M. Lefrand : « Application des électro-aimants à l’automobile ». — Maison de la Chimie (Centre de perfectionnement technique, 28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Vialatout ; « Les échangeurs d’ions ».
- JEUDI 29 MAI. Maison de la Chimie (Centre de perfectionnement technique, 28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. M. Faidutti : « Conséquences pour les fabrications de caoutchouc industriel du retour de certaines matières premières ; matières et techniques nouvelles ».
- VENDREDI 30 MAI. Conservatoire des Arts et Métiers (292, rue Saint-Martin, Amph. Z) : 18 h. M. Mentzer : « Les hormones végétales naturelles et synthétiques ». — Maison de la Chimie (Centre de perfectionnement technique, 28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. P. Laurent : « La distillation moléculaire ».
- SAMEDI 31 MAI. Palais de la Découverte (avenue F. D. Roosevelt) : 15 h. M. La-cassagne : « Cancers et virus ». — Société scientifique d’hygiène alimentaire (rue de l’Estrapade) : 15 h. M. E. de Pomiane : « Gas-trotechnie et aliments congelés ». — Société des amis du Muséum (57, rue Cuvier, Grand Amphitéàtre) : 17 h. R. P. de Saint-Seine : « Ce qu’était la vie aux époques préhistoriques ».
- Le gérant : G. Masson.— masson et ciô, éditeurs, paris.— dépôt légal : ae trimestre 1947, n° 4g4. — Imprimé en France.
- BARNÉOUD fRÈRES ET Cie, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 668. --- 5-194?.
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- N° 3137
- lar Juin 1947
- Fig. 1. — Vue partielle de l’usine de Decazeville.
- A droite, gazogène et parc à bois ; à gauche, au premier plan, bacs de stockage de l’alcool ; au fond, gazomètres et batteries de synthèse.
- YNTHÈSE INDUSTRIELLE DU MÉTHANOL
- tés sur le méthanol et sa synthèse. — Le
- )u alcool méthylique possède de précieuses qualités comme carburant. Son bas point d’ébullition et son indice d’octane élevé lui permettent, en effet, d’accroître le rendement des moteurs à injection dont les emplois se multiplient sans cesse. Pour réaliser sa synthèse industrielle, on s’adresse comme matières premières soit au coke, soit au méthane naturel, soit à la tourbe, soit au lignite, soit au bois. De toutes façons, on l’obtient par l’action de l’hydrogène sur l’oxyde de carbone en présence de catalyseurs variés et selon la formule théorique :
- CO + 2EL = CH30H + 27 000 cal.
- quent, d’abord le gaz à l’eau dans de vastes gazogènes entièrement automatiques, puis, afin de l’enrichir en hydrogène, elles convertissent une partie de l’oxyde de carbone en gaz carbonique par la vapeur d’eau à 4oo° bu 6oo° en présence d’un catalyseur à base de fer. Quand ces établissements disposent de fours à coke produisant du méthane, elles crackent celui-ci dans le gazogène même ou dans un four de cracking porté à i 3oo°. Dans le bassin de Fuveau (Bouches-du-Rhône), dans les Landes et le Sarladais, se trouvent d’importants gisements de lignite, qu’on commence seulement à exploiter pour l’obtention du méthanol synthétique; on y utilise des fours spéciaux élaborant directement le gaz nécessaire pour la catalyse.
- Cette réaction, fortement exothermique, s’effectuant avec diminution du volume se trouve favorisée par la pression. En conséquence, on doit préparer le mélange gazeux initial dans le
- rapport = 2 et aussi pur que possible. On l’envoie ensuite LU
- sur le catalyseur après l’avoir comprimé aux environs de 600 kg et rectifié au besoin.
- En France, par exemple, les cokeries du Pas-de-Calais fabri-
- Procédé de Lacotte pour la préparation du méthanol de synthèse à partir du bois.
- Récemment, M. de Lacotte a imaginé pour fabriquer le méthanol à partir du bois, un procédé qu’applique la « Société avey-ronnaise du Méthanol » dans une usine (fig. 1) mise en marche à la fin de Tanné ig45 à Decazeville (Aveyron); celle-ci produit
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- pompe
- Fig:. 2. — Schéma de l’usine de Decazeville.
- de l'alcool méthylique sous le contrôle de l;État français. D’après une communication de M. l’ingénieur R. Delaunay, au XXe Congrès de Chimie industrielle (septembre 19/16), l’originalité de cette nouvelle technique réside dans le fait que le gazogène assure la production directe et continue du gaz de synthèse dans des conditions de pureté chimique suffisantes pour éviter tout traitement ultérieur avant son envoi sur les catalyseurs. L’appareil à injection de vapeur et d’oxygène fonctionne comme générateur de gaz à l’eau dont il opère lui-même la conversion et comme cornue de distillation et de pyrogénation dont les produits assurent le réchauffage constant de la réaction et par suite, sa continuité. On peut le charger avec n’importe quels bois, durs ou tendres, feuillus ou résineux.
- Après avoir manutentionné et tronçonné le bois,'on le gazéifie, puis on comprime le gaz obtenu et on procède à la décarbonatation ; enfin on opère la synthèse catalytique.
- Préparation du bois. — De petits wagonnets, roulant sur des voies Decauville de 60 cm approvisionnent des tronçonneuses électriques Maier qui découpent chacune 2 t-1/2 de bois par heure; en marche normale, elles fonctionnent à un poste pendant 8 h par jour. Le bois scié tombe dans_ une fosse où une benne circulant sur monorail le reprend pour l’amener, soit directement à la trémie de chargement, soit à un tas de réserve en vue de son utilisation future (fig. 1). Les découpeuses Maier tranchent les bûches de moins de i5 cm de diamètre; au-dessus de cette taille, celles plus grosses passent préalablement à des refendeuses. Ces machines découpent brutalement les bois qu’on leur présente, mais comme le gazogène utilise le bois découpé et ses éclats plus ou moins gros, il n’y a aucun déchet au découpage.
- Le bois est ensuite empilé dans un séchoir d’où une benne le reprend, au fur et à mesure des besoins, pour le verser dans la trémie peseuse du gazogène. Afin de mesurer la sécheresse du bois, On pratique, de temps en temps, des prélèvements dans le séchoir, qu’on chauffe au moyen des gaz résiduels de purge de la synthèse afin d’amener le taux d’humidité ligneuse à 20 pour 100 environ.
- La gazéification. — Le gazogène (fig. 3) se compose d’une cuve et d’un brûleur. Le brûleur reçoit d’un côté l’oxy-
- gène qu’y introduit un injecteur à vapeur et, d’autre part, les gaz de recyclage provenant de la distillation du bois dans la cuve de l’appareil. Un autre injecteur à vapeur fait circuler ces gaz entre la cuve et le brûleur. Un tableau de contrôle assez
- Fig. 3. — Un gazogène.
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- compliqué permet de régler les alimentations d’oxvgène et de vapeur d’eau ainsi que les recirculations gazeuses, qui conditionnent les températures et gouvernent les réactions désirées. En quittant le brûleur, les gaz chauds pénètrent dans la cuve à une tempéra turc de i ooo° à i ioo° et se partagent en deux courants : l’un ascendant, l’autre descendant. Le premier distille et carbonise le bois introduit à la partie supérieure, l’autre entraîne gaz, acide acétique et goudrons dans le brûleur où la température élevée assure le crackage des composés complexes pyroligneux et leur combustion partielle. Le passage des gaz sur le charbon de bois incandescent provoque les réactions fondamentales nécessaires à la production linale du gaz brut. Celui-ci, prélevé par le courant descendant à la base de la cuve, en sort par une tuyauterie à une température de 5oo° à 6oo°. La vapeur fournie à 8 kg par une conduite générale de l’usine, gagne directement l’injecteur d’extraction du gaz brut et passe au surchauffeur avant de se rendre à 4oo° sur les injecteurs de recyclage et d’oxygène. Ce dernier, à raison de 24o m3 par heure, provient d’une installation d’air liquide, qui donne l’azote à un appareil producteur d’ammoniaque synthétique.
- Le système de gazéification préconisé par Lacotte se distingue des autres procédés employés jusqu’ici par trois caractères principaux : production directe, continuité et pureté du produit final. Les réactions sont identiques à celles du gaz à l’eau par suite de l’injection de vapeur, mais il faut réchauffer la masse. Cet apport de calories se fait par la combustion des gaz de distillation et de crackage des combustibles mêmes par l’oxygène et non par l’air. On maintient ainsi, dans le gazogène la continuité de production, tandis que la préparation du gaz de synthèse à partir du coke par le procédé habituel s’opère par saccades. Enfin, les matières premières ligneuses permettent d’obtenir un gaz de synthèse pur; le bois, en effet, ne renferme guère d’impuretés sulfureuses et arsenicales qui, sous peine de compromettre l’action du catalyseur, nécessitent de multiples et coûteuses purifications.
- Au sortir du gazogène, ce gaz, porté à environ 5oo°, cède lors de son passage dans un surchauffeur la plus grande partie de sa chaleur à la vapeur d’injection, puis on le dirige tantôt vers le gazomètre du gaz brut, tantôt vers deux scrubbers qui le refroidissent et le dépoussièrent complètement.
- Compression et décarbonatation. — L’élimination du gaz carbonique s’effectue dans une tour de lavage à l’eau (sous pression de .00 kg environ) intercalée entre le troisième et le quatrième étage d’un hypercompresseur de 7Ôo m3/heure auquel un compresseur auxiliaire se trouve relié (schéma 1 et fig. 4).
- Après lavage à l’eau et élimination de l’acide carbonique, les 7Ôo ni3- sont repris par l’hypercompresseur qui élève la compression à 65o kg. Finalement le gaz qu’on envoie à la synthèse possède la composition moyenne suivante : CO, 29 pour 100;
- Ii2, 64 pour 100; CIÏ4, 3 pour 100;
- N2, 3,5 pour 100 et C02 résiduaire,
- H
- o,5 pour 100. La proportion
- est donc de 2,2 et la teneur en gaz inertes atteint seulement 7 pour 100.
- Synthèse catalytique. — On a
- adopté à Decazeville le procédé de
- la Société chimique de la Grande Paroisse qui emploie comme catalyseur un mélange d’oxyde de zinc et d’oxyde de chrome disposé sur un support. La pression de marche est de 65o kg par centimètre carré et la réaction s’opère vers 425°. L’installation comprend deux demi-batteries de trois éléments. Chacun de ces derniers comporte un long tube de synthèse, un échangeur de température où le gaz entre par un conduit intérieur à contre-courant, un condenseur recueillant les vapeurs de méthanol et enfin un séparateur qui permet les prélèvements d’essais. Les trois tubes d’une demi-batterie marchent en série et ceux de l’autre en parallèle. La synthèse méthylique-se produit au contact du catalyseur contenu dans les tubes; échangeurs renfermant des cartouches, qui y sont mainlenucs-par une sorte de culasse sur laquelle sont piqués les conduite d’arrivée et de départ des gaz. A l’intérieur de chaque tube* la cartouche fonctionne comme échangeur, les gaz frais che' minent entre les tubes et y pénètrent par l’extrémité opposée à la culasse. A la sortie, les vapeurs méthyliques subissent un premier refroidissement dans les échangeurs et se liquéfient dans les condenseurs. Enfin le méthanol brut se rassemble dans les séparateurs où un tuyau plongeur assure le soutirage. Quant aux gaz résiduels, on les récupère à la sortie du dernier élément de synthèse. Un tableau de contrôle (fig. 5) permet de surveiller avec soin la marche des appareils et de régler, à + 5° près, les températures aux divers points du circuit, car si la température s’élève trop, la réaction étant fortement exothermique tend à s’emballer, le rendement en méthanol diminue et le méthane apparaît.
- Enfin la rectification du méthanol brut, présentant des titrages variant entre 920) et 970 Gay-Lussac, termine le cycle des opérations. Les deux colonnes de distillation dans lesquelles elle s’effectue à l’usine de Decazeville sont entièrement en cuivre : l’une épuratrice se compose d’une quinzaine de plateaux, l’autre rectificatricc en compte une trentaine. La vapeur détendue qui s’échappe de la turbine du groupe de décarbonatation assure le chauffage de l’ensemble d’où sort un produit ayant une teneur de 99,9 pour 100 de méthanol pur.
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- Fig. 5. — Tableau de contrôle de la catalyse.
- Statistique et perspectives d’avenir. — Depuis le début de 1946, l’usine, que nous venons de décrire, traite quotidiennement 20 t de bois de toutes sortes"d’où elle tire eh moyenne 6 000 1 d'alcool méthylique à g9°9 pour 100 soit 18 000 hl environ par année de 3oo jours. Comme produits accessoires, elle vend du méthanol brut contenant 2 à 3 pour 100 d’oxyde de méthyle et 0,2 à o,3 pour 100 d’alcools supérieurs, entre autres de l’alcool isobutylique. D’après la documentation personnelle de M. l’ingénieur R. Delaunay, qui suit depuis
- six mois la marche de la fabrique, une tonne de bois sec tout venant fournit en chiffres ronds 3 hl d’alcool méthylique. Aussi on peut envisager, dans des conditions économiques optima, la construction d’établissements capables de traiter quotidiennement de 60 à 100 t de bois et produisant, par conséquent, de 18 à 3o hl de méthanol par jour soit 55 000 à 100 000 hl par année de travail courant. C’est à peu près l’échelle de production unitaire des usines françaises fabriquant actuellement de l’alcool méthylique à partir des combustibles minéraux. D’autre part, comme les sociétés de pyrogénation ligneuse, établies sur notre sol, trouvent annuellement et sans peine les 3o 000 t de bois taillis qui leur sont nécessaires, nul doute que les usines projetées pour appliquer le procédé de Lacotte ne puissent s’approvisionner également auprès de nos exploitations forestières. D’autant plus que la pureté exceptionnelle du gaz de synthèse provenant du bois permettra prochainement sans doute Demploi industriel des catalyseurs en cuivre d’un rendement supérieur. Notons que certaines usines produisent, à l’heure actuelle, par d’autres méthodes synthétiques analogues, des alcools supérieurs (propyliqucs, isobutyliques, etc.) d’un intérêt plus grand encore pour l’industrie chimique que le méthanol.
- Enfin, ainsi que nous le notions plus haut, le méthanol s’adapte parfaitement à l’alimentation des moteurs à injection récemment mis au point. Un spécialiste autorisé, M. Durand-Gasselin, ingénieur et directeur commercial adjoint des établissements Kuhlmann, considère même le méthanol comme « un facteur important de la solution du problème des carburants liquides nationaux et de celui de l’alcool agricole en particulier )>. Aussi les services ministériels compétents envisagent la construction de cinq usines réparties en Provence et dans le Sud-Est. Ces établissements traiteraient du lignite d’où chacun d’eux tirerait 80 000 t d’alcool méthylique par an, soit au total pour la France 4oo 000 t ou 5 millions d’hectolitres. Il faut souhaiter l’exécution rapide de ce plan qui paraît économiquement viable.
- Les quantités de ces carburants nationaux qu’absorbe aujourd’hui le marché, sont relativement faibles : 2 5oo 000 hectos-an d’alcool industriel et 200 000 hectos-an de méthanol qu’on estime devoir atteindre d’ici un lustre ou deux, respectivement 5 000 000 et 600 000. En particulier, l’écoulement du méthanol ne présente aucune difficulté, car on peut toujours le transformer en alcool à brûler dont la consommation française oscille aux alentours de 60 000 tonnes-an. On rendrait alors disponible l’alcool éthylique qu’il suffirait de déshydrater puis de mélanger à l’essence pour s’en débarrasser. L’avenir de l’industrie du méthanol synthétique semble donc s’ouvrir sous de favorables auspices.
- Jacques Boyer.
- Les carbures des métaux durs dans l'industrie minière.
- L’emploi des outils de coupe en- carbures de métaux durs : tungstène, titane, molybdène, etc., a.révolutionné la mécanique en réduisant considérablement les temps d’usinage avec augmentation parallèle de la production des ateliers.
- Une transformation analogue se développe dans l’industrie minière par le garnissage en carbures de métaux durs des taillants des-fleurets des appareils de perforation par percussion et des couronnes des sondeuses.
- Les plaquettes de carbures sont serties et brasées sur les têtes de taillants dont le corps est en acier.
- La perforation aux carbures a déjà pris une très grande exten-
- sion aux États-Unis, elle entre progressivement dans les mines françaises.
- Les avantages sont considérables. Un taillant aux carbures peut perforer une grande profondeur de roche sans affûtage. Cette augmentation de l’épaisseur traversée peut être cinquante fois plus considérable qu’avec les anciens taillants en acier.
- L’avancement voit sa vitesse largement doublée. Il en résulte une économie correspondante d’air comprimé et par conséquent de l’énergie dépensée. Simultanément les frais de main-d’œuvre d’abatage' sont réduits. Il peut en résulter une importante amélioration de la production minière.
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- LA MEGACHILE
- Abeille solitaire coupeuse de feuilles
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- Lorsqu’on entend parler d’abeille solitaire, on s’imagine ordinairement qu’il s’agit d’une abeille mellifique perdue dans la campagne, vivant en isolée loin des devoirs collectifs et de la protection de la ruche : ce qu’elle ne pourrait faire sous peine de mort.
- L’influence de la communauté animale sur l’individu est si impérieuse que l’existence même de notre « mouche à miel », comme celle des autres Insectes hyménoptères sociaux, Fourmis, Termites, Guêpes, est rigoureusement conditionnée par ce phénomène physiologique que Tierre-P. Grassé a appelé u l’effet de groupe ».
- Il n’en va pas
- de même pour les Abeilles dites solitaires, qui constituent un grand groupe renfermant plusieurs familles composées de nombreux genres riches eux-mêmes de beaucoup d’espèces ayant chacune ses mœurs propres, sa façon de vivre particulière.
- Tout au plus, certaines tribus sont-elles relativement soumises à de subtils « effets de masse » qui les invitent à se rassemb’er en bourgades plus ou moins populeuses, mais où chaque habitant conserve jalousement son indépendance.-Cette indépendance prend son sens le plus aigu, son caractère le plus accusé chez les Mégachiles au point que chacune d’elles fuie ses semblables et recherche l’isolement complet.
- Le prince des entomologistes, Réaumur, qui fut frappé de cette disposition, n’a pas manqué de noter brillamment ce qu’il avait remarqué. Après lui, rendons hommage à la belle mémoire de Jean Pérez qui consacra aux Mégachiles de magnifiques pages. Enfin J. H. Fabre fut captivé par leur comportement, encore que ses fines observations ne s’appliquèi'ent qu’à des espèces méridionales. Ainsi, l’ermite de Sérignan vécut en bonne harmonie avec de tout petits ermites ailés, la Mégaehile soyeuse, la Lagopode, celle de Pérez ou à ceintures blanches, mais il ignorait la Mégaehile centunculaire, plus septentrionale.
- C’est de Mégaehile centuncularis Lin. qu’il sera question ici, non de sa morphologie, récemment et parfaitement décrite par R. Benoist, mais de sa biologie intéressante et originale à l’extrême.
- Rappelons brièvement que, par leur taille moyenne et leur modeste vêtement, les Mégachiles ressemblent vaguement aux ouvrières de l’abeille domestique, mais qu’elles sont dépourvues d’organes de récolte aux pattes postérieures. Seul, le premier article de leur tarse porte une brosse unique à sa face inférieure ; d’autre part, elles ont le ventre et le dos très velus.
- L’abdomen de la femelle, déprimé en dessus, très convexe en dessous, tend à se relever beaucoup, de telle sorLe que l’aiguillon, pour piquer, se dirige vers le haut.
- Chez celle-ci, le pollen enlevé aux étamines des fleurs et emprisonné dans sa fourrure est balayé par la brosse des pattes postérieures, rassemblé et emmagasiné sous l’abdomen, où il est retenu par les poils hérissés et couchés qui le revêtent. C’est là ce qui, avec les Osmies, les Anthidies, les Chalicodomes, distingue les Mégachiles de tous les Hyménoptères et leur a mérité dans le passé ce nom général de Gastrilégides qui signifie « récolteuscs par le ventre ».
- Ces insectes sont en outre des artisans fort laborieux dont le travail consiste à découper comme à l’emporte-pièce, dans les feuilles de certains arbustes, des rondelles avec lesquelles ils construisent habilement des cellules en forme de petits dés à coudre ordinaires dont l’ouverture n’aurait point de rebord.
- Leur nid, établi dans les cavités du soi, trous de lézards, de mulots ou de vers de terre, dans les creux d’arbres, les fentes des murailles, confient un alignement de ces godets pouvant y occuper, chez quelques espèces, une longueur atteignant jusqu’à 40 cm et plus.
- Les Mégachiles ont une flore déterminée à laquelle elles sont plus ou moins inféodées. Quoique, pour la plupart, le rosier soit compris, dans leur herbier artisanal, seule parmi elles, la centunculaire adopte exclusivement ce végétal, qu’il soit indigène ou importé, sauvage ou cultivé, n’y ajoutant le lilas et deux ou trois autres essences que fort exceptionnellement.
- C’est un des rares représentants de la famille des Apiiles qui se montre nuisible à une plante cultivée, encore n’y vit-il pas à proprement parler, mais le fréquente uniquement pour l’exploiter, et cela très assidûment, ce que ne font pas les autres Mégachiles, plus éclectiques dans leur choix botanique.
- Comme je l’ai dit, il découpe de larges morceaux de feuilles de rosier, aussi ces Apiaires sont-elles souvent désignées sous le nom de « coupeuses de feuilles » ainsi que d’ « Abeilles tapissières » à cause de la façon singulière dont elles aménagent leur nid.
- Cette petite abeille européenne, de forme trapue, qui ne dépasse guère 1 cm de longueur et 2 d’envergure, a le corps noir revêtu de poils cendrés ou roussâtres, teinte neutre générale qui justifie
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- assez peu son nom de centunculûris qui signifie « vêlu d’un manteau bariolé », tout comme Mégachile veut dire « grande lèvre », sans que pour cela la lèvre supérieure soit sensiblement plus longue que celle des Osmies, Antliophores et autres genres écartés des Aculilingues.
- L’adulte apparaît à la fin de mai ou au début de juin et on le rencontre encore dans le courant de septembre, aussi affairé qu’au printemps, mais presque méconnaissable tant il est usé, ayant 6ubi les injures de trois saisons.
- Lorsque la femelle veut établir son nid, elle fait choix d’un endroit linéaire, rainure de fenêtre ou tige sèche d’un arbrisseau sectionné par la taille. De tous ces éléments, l’insecte préfère, à mon avis, le bois déjà évidé : branches creuses de sureau, de roseaux, et, s’il utilise parfois la galerie forée dans le sol par un lombric, il est indéniable que jamais il ne creuse la terre. Dans ce cas, l’IIyménoptère barricade le fond de la galerie à une distance convenable, surcroît de travail qu’il n’a pas s’il adopte les tubes do bambou que je mets chaque année à sa disposition. Car j’ai la précaution de lui procurer confortable logis.
- En conséquence, pour faciliter l’observation, j’ai soin, préalablement, de fendre en deux ces tubes dans leur longueur et de raccorder les parties en les maintenant avec un fil solide. Cette méthode permet des investigations répétées, selon les circonstances, sans occasionner des perturbations regrettables dans les travaux de la bête. Tous ces tuyaux sont répartis à bonne exposition, au soleil levant, devant un mur de ma maison ou à des places privilégiées du jardin.
- Contrairement à ce qui se passe pour les Osmies familières de ma demeure, lesquelles choisissent toujours les tubes très longs, horizontaux ou légèrement obliques, avec l’ouverture plus basse pour éviter que l’eau de pluie ne pénètre, la Mégachile préfère les tubes longs de 15 cm environ, larges d’un seul, verticaux ou presque, ouverts par en haut et abrités si possible. Je ne manque pas non plus de m’assurer qu’un nœud naturel du bambou forme le culot à une douzaine de centimètres. Sinon, à pareille distance, j’obstrue le canal avec un tampon de pâte de papier, attention invariablement bien accueillie. Lorsque le couloir est trop profond, l’abeille en remplit une grande partie avec des fragments de feuilles grossièrement taillés, empilés sans beaucoup d’ordre, comme si elle voulait constituer un obstacle au péril extérieur, ce qui lui procure en même temps une assise pour un édifice beaucoup plus délicat.
- Ces lambeaux, dont le nombre atteint quelquefois la vingtaine, sont roulés en cornet et s’emboîtent mal l’un dans l’autre. L’insecte accomplit là un travail fruste, les fondations pour ainsi dire. Généralement, elles sont prélevées sur les rosiers les plus divers, même ceux au feuillage rigide, glacé et vert sombre ; il n’en est pas de même pour la suite de l’ouvrage. Fabre avait remarqué cette particularité, mais, ainsi que tous les autres auteurs, il séparait sommairement les pièces découpées en deux catégories, les ovales et les rondes. Pour moi, cette distinction offre des nuances autrement apparentes.
- En effet, l’abeille devient bientôt plus méthodique. Avec ses mandibules, elle cisaille, sur le bord des feuilles, des morceaux semi-circulaires qu’elle emporte dans la galerie choisie et qu’elle aménage avec une grande perfection en l’adaptant à scs besoins. Ce sont maintenant des lambeaux prélevés à des feuilles vert clair, assez souples, lisses en dessus, mates en dessous. Certaines feuilles sont largement échan-créées en feston jusqu’à sept fois : c’est que lorsqu’un rosier a été adopté, une assiduité persistante d’exploitation est remarquable.
- Par très beau temps, l’activité de l’Apiaire paraît fébrile ; sur le même rosier où je comptais déjà 21 entailles elle enlève en cinq jours 48 autres pastilles, soit près de 10 par jour. J’ai calculé que la femelle met de G à 10 minutes pour découper une pièce.
- Installée à la face supérieure de la feuille, elle commence son travail par la gauche et avance circulairement dans le sens des aiguilles d’une montre, mais ne pivote pas précisément comme la branche d’un compas ; elle suit une courbure (d’ailleurs variable) en déplaçant tout le corps : habileté plus grande que tourner sur un axe.
- En faisant sa dernière morsure dans un lambeau en demi-lune, la travailleuse le roule en cornet entre ses pattes. De ces morceaux transportés et roulés, qui sont ensuite relâchés et appliqués selon leur élasticité, elle tapisse les parois du couloir, confectionne de minuscules timbales vertes composées de pièces imbriquées, disposées à la manière des tuiles d’un toit.
- Toute une technique de vannier préside au façonnage de ces godets, longs de l.cm et demi environ et larges de 7 mm.
- L’architecture du nid s’établit donc ainsi : la mère Mégachile dispose d’abord trois ou quatre morceaux ovalaires, les plus grands d’une longueur de la mm, dimensions de la future cellule ; ils sont allongés, arrondis aux deux bouts, incurvés pour former le fond du petit vase, et se chevauchant très légèrement dans le sens de la longueur, presque bord à bord. Puis elle établit une seconde couche avec des lambeaux de moindre taille, plus ou moins ovalisés, un peu rétrécis à une extrémité, amincissement situé à .la base de la cellule ; il y en a aussi trois ou quatre. Le bord dentelé de la feuille est placé au dehors, le bord découpé par l’animal est dirigé vers l’intérieur, ainsi que la face inférieure de la foliole. Dans cette gaine, elle dispose une troisième couche de pastilles
- Fig. 4. — A gauche, nid dans une tige de bambou. A droite, nid extrait de la galerie.
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- égales, très régulières, identiquement ovalaires, dont la surface vient boucher les interstices et qui terminent la petite outre ; deux ou trois de ces pièces suffisent ordinairement ; elles ont été prélevées sur des jeunes feuilles choisies pour leur finesse et leur grande souplesse.
- En. résumé, les pièces taillées sur le patron de l’ellipse sont donc au nombre de onze au maximum par cellule : trois ou quatre plus grandes pour les parois, puis de cinq à sept à l’intérieur dont deux plus fines et très régulières (quelquefois trois) qui sont destinées à entrer en contact avec la provision de pâtée mielleuse réservée à la larve.
- Le pollen des Labiées : thym, lavande, origan, mélisse, menthe, sauge, hunier, fournit la substance idéale, riche en protéines. Celle-ci devient un miel rougeâtre, recouvert d’un peu de pollen brut, formant un tout assez fluide, de senteur forte et tenace, rappelant la miellée des Osmies : le « bienenbrot » des Allemands.
- La femelle pond sur ce « pain d’abeille » un œuf, épais et blanc, puis ferme le dé avec une pièce tout à fait circulaire, reposant h plat sur la mince épaisseur des secondes pièces verticales, serrée entre les grands morceaux des parois qui débordent un peu, formant comme une feuillure.
- D’autres rondelles identiques sont appliquées par-dessus; leur nombre est variable, deux ou trois, quelquefois plus, et pouvant atteindre la dizaine. Tous ces disques parfaits ont en dessus la face supérieure de la feuille, lisse et plus verte ; en dessous est le côté inférieur, de ton plus pâle, pruineux et plus doux au toucher.
- Ces pièces rondes et flexibles sont agencées avec une précision rigoureuse, en forçant un peu, de façon qu’elles réalisent un couvercle concave, leur diamètre étant légèrement supérieur à celui du godet. Cette compression, qui donne une forme incurvée au couvercle est fort commode pour établir les assises du godet suivant, qui s’emboîte faiblement dans le premier ; ce nouveau panier est également pourvu quasiment jusqu’au bord de pâtée melli-fique et d’un œuf.
- Immédiatement à la suite de cette deuxième corbeille, l’insecte en fabrique une autre, pareille aux précédentes, et continue de la sorte, construisant une chaîne creuse riche d’une demi-douzaine de maillons au maximum.
- Par-dessus l’assemblage, on trouve quelquefois un tampon composé de sept ou huit pièces tout à fait comparables à celles du fond du couloir, c’est-à-dire dissemblables entre elles de forme et de grandeur. Il arrive que l’ouverture de l’habitacle allongé qui renferme des logettes est hermétiquement close avec une sorte de ciment fait avec de la sciure de bois, de fins débris et des particules minérales noyées de salive.
- Lorsqu’on ouvre, dans le sens de la longueur, un de ces tuyaux, on met à nu la file des cellules, très friable dès sa construction, les pièces n’étant qu’appliquées et non collées, mais qui se maintiennent ensuite assez solidement par la sécrétion des larves et la viscosité du miel.
- A raison de 13 pièces au maximum par cellule, si le nid comprend 5 éléments, chiffre déjà élevé, il y a donc 65 pièces cellulaires auxquelles il faut ajouter la moyenne d’environ 15 pièces plus frustes placées au fond et à l’entrée, soit au total 80 fragments de feuilles enlevés souvent à un seul rosier.
- Par ce chiffre, que je tiens volontairement restreint, on peut se rendre compte de l’activité industrieuse de la Mégachile centun-culaire : découpage d’une quantité impressionnante de disques, voyages répétés du nid au chantier, obscur labeur dans le puits pour la courbure et l’assemblage des pièces, récolte du pollen, déglutition de la miellée, ponte, avant d’en arriver à l’obturation finale par un rideau de torchis.
- Sortie de l’œuf, la larve se nourrit de la provende amassée par la mère, puis, arrivée au terme de sa croissance, ce qui demande de 40 à 50 jours environ, elle se tisse la coque légère, de couleur havane, dans laquelle elle se transforme.
- Au printemps suivant, les insectes parfaits apparaissent : celui qui occupe la cellule située à l’entrée de la galerie sort le pre-
- mier ; il enfonce la clôture terminale. Par le trou béant ainsi pratiqué, les autres suivent à tour de rôle.
- En principe, ce sont les femelles qui occupent les loges du fond ; par-dessus viennent les mâles. Les premières sont plus nombreuses que ceux-ci (la proportion est de 4 pour 1), mais l’ordre dans la répartition des sexes, sans présenter de réelle interversion, n’est pas invariable, et l’on peut rencontrer un ou deux mâles placés entre les femelles.
- Quand on ouvre un nid vers la fin mai et qu’on examine la magnifique architecture-, en fracturant une cellule pourvue de son abeille en attente de l’essor, celle-ci ne s’envole point et attend dans le calme : le processus de la sortie exige qu’elle franchisse une à une les autres cellules quand leurs occupantes les auront d’abord quittées.
- Sa libération repose sur cette formalité et elle ne bougera qu’au bout de plusieurs heures, voire d’une journée ou deux, pour prendre contact avec le dehors et tous les dangers qu’il comporte, notamment le parasitisme.
- Tachinaires, Chalcidiens, Ichneumons se sont conjurés pour la perte de la paisible Coupeuse de feuilles. Un ennemi spécifique des Mégachiles (leur ancêtre, dit-on !) se fait remarquer par ses mœurs maraudeuses,, son inquilinisme que d’aucuns baptisent a vol à la nourriture » et que j’appellerai simplement parasitisme spoliateur : c’est la Cœlioxys, d’allure élégante, tout de noir habillée avec un abdomen conique soutaché de galons jaunes, surnommée suggestivement « Abeille-coucou », parce qu’inapte au travail et vivant aux dépens de sa laborieuse cousine.
- N’était-il pas captiVant de faire ample connaissance avec la petite abeille solitaire, douce et courageuse, dont le psychisme élevé lui mérita le nom d’IIyménoptère supérieur, qu’elle partage avec les autres Apides, les Guêpes et les Sphex ?
- Lorsqu’au jardin le lecteur apercevra les folioles de ses rosiers ajourées de lunules, son regard voudra découvrir l’humble « tapissière » faisant empiète aux éventaires parfumés de la kermesse florale....
- Robert IIardouin.
- Docteur de l’Université de Paris.
- NOS LECTEURS NOUS ÉCRIVENT :
- Les tornades
- (n° 3131 du Ier mars 1947)
- M. Édouard Lefebvre, de Flixecdurt (Somme), nous signale les trombes d'eau artificielles qu'il a pu examiner de longs instants dans une chaufferie.
- « Pour brûler de mauvais combustibles, écrit-il, nous avons dû faire installer des souffleries dites « Hélico ». Ces souffleries sont posées, l’axe horizontal, la face d’aspiration dans le plan vertical de la façade de la chaudière, le bas à 50 mm du sol de la chaufferie. Celui-ci présente une dépression devant l’un des hélicos. Quand cette dépression est remplie d’eau, sous l’effet de l’aspiration du ventilateur une trombe de 10 à 12 cm de hauteur, d’une quinzaine de millimètres de diamètre à la base s’élève delà plaque vers les ouïes d’aspiration. Cette trombe se promène à la surface de l’eau dans un rayon de quelques centimètres. »
- Cœlioxys conica. Abeille
- Fig. 5.
- vivant aux dépens des Mégachiles (gr. : 2 fois).
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- LES ALIMENTS
- Depuis des millénaires, les hommes consomment des raisins, des dattes, des figues, des champignons séchés. L’élimination de l’eau de ces aliments pour empêcher le développement des micro-organismes et assurer leur conservation est réalisée par empirisme depuis bien longtemps. Mais ces dernières années, ces procédés sont passés du stade artisanal à l’échelle de la grande industrie, cela par nécessité d’approvisionnement des grandes concentrations urbaines et également au cours de la dernière guerre pour assurer le ravitaillement des armées en réduisant les transports au minimum.
- Les techniques de déshydratation se sont perfectionnées et se sont étendues à une très grande variété de produits :
- Limitée longtemps aux dates, figues, raisins et pruneaux, la dessiccation s’applique maintenant à presque tous les autres fruits : abricots, pêches, bananes, pommes, poires, etc..:. 11 en est de même de toute une série de légumes : pommes de terre, choux, oignons, carottes, etc.... Ces produits ont été livrés pendant la guerre par milliers de tonnes. On peut adjoindre à cette technique de la déshydratation la préparation de ju3 de fruits concentrés qui prend une très grande importance.
- Pour parvenir au succès, l’industrie de la déshydratation doit livrer des marchandises respectant au maximum la saveur des produits originaux, conservant leur valeur alimentaire et réduisant au minimum la déperdition des vitamines.
- En ce qui concerne la saveur, la perfection est loin d’être atteinte, mais les perfectionnements des procédés, surtout en ce qui concerne la vitesse des traitements, ont déjà donné d’excellents résultats qui ne peuvent que s’améliorer.
- Par contre, les aliments déshydratés peuvent soutenir la comparaison et même surpasser les autres méthodes de conservation, en ce qui concerne leur valeur énergétique.
- La question des vitamines est autrement complexe. Dans ce domaine, le perfectionnement des techniques a sérieusement amélioré la protection des vitamines. Le facteur dominant est également la réduction au minimum du temps de traitement lié à une moindre élévation de température.
- Ce sont les vitamines A, l’acide ascorbique et la thiamine qui sont les plus sensible^. La question est extrêmement complexe, car le degré de disparition des vitamines varie suivant la nature des légumes. Les pommes de terre gardent facilement leurs vitamines alors que les choux et choux-fleurs traités de manière identique en perdent la moitié. Les conditions ultérieures de stockage influent également, la conservation des vitamines est d’autant meilleure que la température est plus basse. Au-dessus de 20°, la déperdition est nettement accélérée.
- La déshydratation industrielle des légumes s’effectue dans des appareils industriels à marche continue, dans des fours tunnels chauffés par résistances électriques ou par lampes infra-rouges. Les produits circulent entraînés par des tapis roulants.
- Le séchage dans le vide à basse température, plus onéreux, a été appliqué à des produits de valeur. C’est ainsi que l’on prépare maintenant des poudres de fruits, des soupes, dont ia saveur est excellente. On a proposé récemment le séchage par chauffage électronique.
- Fig. X à 3. — En haut : Déshydratation des choux. Les produits tombent sur une courroie transporteuse qui sert de table de triage et d’inspection avant l’emballage. — Au centre : Les carottes préalablement coupées en rondelles sont déshydratées dans un four-tunnel. — En bas : 145 livres de carottes sont réduites après séchage à
- 14 livres.
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- DÉSHYDRATÉS
- L’Amérique latine, le Brésil surtout, ont monté d’importantes installations de séchage de bananes en llocons. Le produit est séché à 3 pour ioo d’eau, il contient 78 pour 100 de sucres divers et constitue un aliment de haute valeur énergétique.
- Ces chiffres mettent en évidence l’intérêt du procédé en ce qui concerne les volumes à stocker, les poids à transporter par mer, par fer ou par avion.
- On comprend que les nations en guerre aient eu recours à ces méthodes. Pour certains produits alimentaires, tels que les pommes de terre, la réduction du poids à transporter était de l’ordre de 90 pour 100, dans des conditions banales n’exigeant aucun matériel spécial, wagons et installations frigorifiques.
- Il est bien évident que l’aliment frais aura toujours, et à juste titre, la préférence sur le produit séché. Mais par les temps actuels de pénurie, il est indéniable qu’il existe là une ressource appréciable qui se présente dans des conditions meilleures qu’autrefois par suite des perfectionnements déjà acquis et de ceux qui s'annoncent.
- Par contre, il est probable que certains produits animaux déshydratés, comme le lait et les œufs, conserveront un marché important par suite de leur facilité d’emploi et de conservation ; aussi bien pour la consommation domestique que pour les industries alimentaires : biscuiterie, pâtisserie, pâtes, etc....
- La technique actuelle de la préparation des poudres de lait est parfaitement au point -sous la forme du « spray process », procédé de pulvérisation. Il consiste à pulvériser le lait en fin brouillard au sommet d’une tour en acier inoxydable chauffée à 75° et parcourue en sens inverse par un courant d’air sec et chaud qui entraîne l’humidité du lait. Celui-ci tombe à la base de la tour en poudre fine ne contenant plus qu’un pour cent d’humidité. Le lait ainsi préparé garde longtemps sa faculté de se redissoudre s’il est conservé en boîte étanche qui maintient son degré de dessiccation indispensable à une bonne conservation.
- La fabrication de poudre de lait est faite surtout à partir de produits écrémés au moins partiellement, car les corps gras en excès auraient le défaut de rancir pendant le traitement. On peut actuellement, par l’addition d’antioxydants, élever sensiblement la proportion de matières grasses des laits en poudre.
- On peut être assuré que les œufs en poudre garderont une place importante pour leurs emplois industriels : pâtisserie, pâtes alimentaires, etc. Les poudres d’œuf se conservent d’autant mieux que leur dessiccation est plus poussée. Si la conservation est assurée en atmosphère inerte d’azote ou de gaz carbonique, sa duree peut être multipliée par 3 ou t\. Il en est de même si l’on prend la précaution d’ajuster à 5,5 le pli des œufs avant leur dessiccation.
- Il faut enfin signaler une nouveauté très importante pour l’agriculture : le séchage de l’herbe.
- Celte nouvelle méthode d’exploitation fourragère consiste à faire en cours d’année des séries de coupe d’herbe chaque fois qu’elle atteint 20 à 3o cm de hauteur, sans la récolter sous la forme classique de foin. L’herbe est séchée sous hangar par ventilation avec ou sans chauffage électrique ou par rayons
- Fig. 4 à 6. — En haut : Nettoyage et vérification des œufs en vue du séchage. — .1 a centre : Vidage automatique des œufs par un appareil spécial réduisant les pertes au minimum. Chaque œuf recueilli séparément est vérifié. —- En bas : Machine à homogénéiser les œufs avant la dessiccation.
- (Photos U. S. Information Service).
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- infra-rouges. L’industrie livre également des appareils sécheurs spéciaux chauffés par résistances électriques.
- Celte méthode s’est surtout développée en Suisse et aux États-Unis. Dans ce dernier pays, il a déjà été installé plus de quinze cents séchoirs d’herbe, dont les deux tiers ont été montés depuis moins de trois ans.
- Les avantages sont les suivants : l’herbe séchée a une forte teneur en albumine et en amidon. Les vitamines sont plus abondantes que dans le foin.
- Le fourrage est précieux pour l’élevage; il est soumis aux risques d’altération par de mauvaises conditions climatériques. La nouvelle technique conduit au rendement maximum en supprimant les pertes dues aux variations atmosphériques et au stockage à l’état humide. La récolte peut être réglée comme un travail d’usine.
- Les études poursuivies en Suisse ont conduit à cette observation remarquable que dans les élevages en montagne, lors des premières neiges qui imposent le passage brusque du pâturage à l’alimentation en étable, la production de lait ne subit qu’une faible réduction si l’on utilise des aliments concentrés, alors qu’elle atteint normalement 5o pour ioo. L’herbe séchée remplace à moindres frais les tourteaux.
- Le même procédé a permis de tirer parti des feuilles de betteraves à sucre, excellent fourrage dont la majeure partie est généralement perdue, la consommation étant incapable d’absorber la production massive saisonnière.
- Le séchage de l’herbe peut donc prendre un ample développement et apporter un large appoint à l’alimentation du bétail.
- Lucien Perruche, Docteur de l’Université de Paris.
- Nouvel autorail léger
- Les voyageurs qui fréquentent à Paris la gare Saint-Lazare ont pu y voir dernièrement une voiture automotrice d’un aspect nouveau (voir notre couverture). C’est la première d’une série qu’on verra bientôt circuler sur les lignes secondaires du réseau de la S. N. C. F.
- Le nouvel autorail a une longueur de 13 m, une largeur de 2,92 m conditionnée par le gabarit des voies normales et il est surmonté à l’avant à droite d’une guérite quadrangulaire, vitrée sur toutes ses faces, poste d’observation et de commande du mécanicien qui a ainsi une vue dégagée et peut manœuvrer aussi bien en avant qu’en arrière. Le poids à vide est de 10,5 t qu’on compte ramener à 9 sur les voitures de série.
- La voiture s’ouvre de chaque côté par deux portes à glissière. Elle porte à l’avant le moteur et ses accessoires, surmontés des commandes réunies dans le poste surélevé. Le moteur à gas oil, h 4 cylindres, du type Panhard 4 I1L, a une puissance de 80 ch. Une dynamo qu’il actionne charge une batterie d’accumulateurs au cadmium-nickel qui assure le démarrage, l’éclairage, les sonneries et le freinage électromagnétique. En arrrière de la cabine des machines, on voit un compartiment vide long de 2 m, muni de portes, destiné aux bagages, suivi d’un autre à couloir central beaucoup plus long, bordé de sièges où 35 voyageurs peuvent s’asseoir ; un vaste espace central, où sont les portes arrière peut
- recevoir 27 voyageurs debout ; un lavabo-toilette est installé à l’avant.
- Le prototype a été réalisé en tôle et revêtu à l’intérieur de contreplaqué ; on compte alléger les futures voitures en faisant la caisse intérieure en tôle, doublée à l’extérieur d’un alliage léger et de matières plastiques.
- Le châssis est muni d’un dispositif d’attelage normal qui permet de remorquer l’autorail ou de lui accrocher une remorque du poids de 5 t destinée aux colis ou même aux voyageurs.
- La vitesse maximum en palier avec remorque est de 60 km/h.
- Les essais répétés depuis le mois de novembre dernier ont donné satisfaction et le nouvel autorail entre maintenant en service.
- Son étude a été réalisée par les services techniques de la S. N. C. F., la commission d’études techniques des cadres de la Fédération nationale des cheminots et les établissements Billard, de Tours.
- La nouvelle automotrice marque un sensible progrès dans la solution du difficile problème économique des transports sur les lignes d’intérêt local à raccorder aux grandes lignes des réseaux et aux trajets régionaux desservant toutes les gares, où les autocars sont insuffisants pour assurer le trafic des voyageurs et des marchandises, où les trains normaux à vapeur sont trop onéreux et ont été progressivement réduits ou supprimés.
- INFORMATIONS
- Contre les champignons destructeurs des bois.
- Les bois sur pied et plus encore les bois abattus et même mis en œuvre sont parfois envahis par des champignons qui les détruisent très rapidement. On a vu ainsi des planchers s’effondrer, des cloisons s’abattre. Les champignons en cause sont de diverses espèces dont la plus connue et la plus dangereuse est le Merulius lacrymans.
- Lorsqu’on s’aperçoit des dégâts, il faut reconnaître aussi complètement que possible toute la zone contaminée, enlever les bois malades et les brûler, au besoin passer la flamme de la lampe à souder sur tous les points d’appuis pour les stériliser et détruire les filaments mycéliens.restés en place. Puis on pose de nouveaux bois en remplacement.
- Les bois étuvés n’apporteront pas de nouveaux parasites vivants.
- On diminuera beaucoup les risques de contamination en aérant le milieu et diminuant son humidité.
- Au mieux, on badigeonnera les bois sains laissés en place et les bois de remplacement avec un antifongique. Les plus efficaces sont les carbonyles qui ont le défaut d’être inflammables et d’avoir
- une odeur, et les orthodinitrophénols et crésols, qui colorent le bois en jaune.
- On surveillera attentivement toutes les pièces de bois dans la région atteinte pour s’assurer que le traitement a été suffisant et que les champignons ne reparaissent plus.
- La pêche de la baleine.
- Les résultats de la campagne baleinière hollandaise n’ont pu atteindre le tonnage prévu de 20 000 t d’huile de baleine. L’usine flottante « Willem-Barendsz » revient avec 12 900 t d’huile. 14 500 baleines bleues environ ont été capturées. Le chiffre autorisé était de 16 000.
- Dans l'Antarctique; les usines flottantes rejoignent toutes leurs, bases.
- Les résultats de la campagne actuellement connus sont de 280 000 t dont 270 000 t d’huile de baleine et 10 000 t de sperma-ceti. Les tonnages récoltés par les expéditions du Japon et de l’U. R. S. S. n’ont pas encore été publiés.
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- LES
- PROGRÈS RÉCENTS DE
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- LA VERRERIE1'1
- Façonnage de la fibre de verre en produits ouvrés.
- Nous avons précédemment décrit les divers procédés d’étirage du verre en fibre. Nous étudions ci-dessous le façonnage de la fibre de verre en produits ouvrés :
- Isolants. —- Les nappes devant servir à l’isolation sont étendues sur des supports en papier (kraft ou crêpé), un treillage métallique ou sur du carton bitumé ; on les y coud au moyen de machines spéciales. Quelquefois, on les « dépile » pour donner à la nappe une forme de’ losange, par exemple, ou pour les amincir.
- Filature et tissage. — Pour obtenir le fil, on peut proi-céder : i° par moulinage, comme pour les fibres de soie quand il s’agit de rayonne de verre d’une longueur pratiquement illimitée ; 2° par retordage, câblage et bobinage, comme pour le coton et la laine, quand on part de la schappe de verre. Pour empêcher le vrillage après retordage (fig. i), on tord deux ou plusieurs fils en sens inverse de la première torsion (câblage). On obtient ainsi des fils propres au guipage des fils électriques et au tissage (fig. 2 et 3). L’atmosphère de l’atelier de' retordage doit être conditionnée : sa température et son état hygrométrique doivent être maintenus à une valeur constante.
- Si, pour obtenir le fil, on part de la schappe, ses fibres, qui ont 10 à 80 cm de longueur, doivent être rendues à peu près parallèles et adhérer les unes aux autres par feutrage ; cette schappe se présente donc tout à fait comme les rubans des bancs à broches de coton cardé et doivent subir les mêmes opérations avant que le fil, propre au tissage (fig. 2 et 3) soit bobiné sur les broches du banc (fig. 4).
- Ajoutons que le port d’un vêtement lissé avec la fibre du verre et la mani pulation de tous les produits qui en sont faits ne provoquent aucune réaction de la peau, pas même une démangeaison.
- Jusqu’en 1942 on ne tissait que des toiles, mais on aurait pu tout aussi bien obtenir d’autres tissus, depuis les satins jusqu’aux façonnés. C’est le. résultat auquel on a été conduit en tenant compte de ce que la fibre de verre, comme les fils métalliques, est d’autant plus résistante à la traction que son diamètre est plus petit; en même temps elle est plus souple et peut se rabattre sur elle-même en épingle à cheveu avec un raccord courbe d’un-très faible rayon de courbure; et cela, sans se briser et en reprenant ensuite la même forme, presque en ligne droite comme avant d’être pliée, ce qui dénote aussi une bien plus grande élasticité-; mais ici, à mesure que le diamètre diminue, l’augmenta-toin de la résistance à la traction est bien plus rapide que dans le cas des
- 1. Voir La Nature des 15 avril, 15 mai,
- 15 juin, 15 octobre, 15 décembre 1946, 15 février et 1er avril 1947.
- fils métalliques, quoique, dans les deux cas, l’augmentation de ténacité soit due à une même cause, l'orientation • des molécules sous l’action de l’étirage.
- C’est ce que montre la figure 5, où l’on a réuni en une seule courbe les résultats trouvés par E. J. Gooding (courbe AB) en 1932, et ceux de A. A. Griffith en 1920, la courbe AC de Griffith se raccordant très exactement à celle de Gooding. On voit que pour des diamètres de fibre de l’ordre du micron, la résistance à la traction serait infinie. On n’est pas descendu jusque-là; mais on a fabriqué des fils de verre avec des fibres extrêmement fines dont la résistance atteignait 1 260 kg-/mm2, c’est-à-dirè' très supérieure au meilleurs fils d’acier. Auparavant, on n’avait pas dépassé 25o kg/mm2.
- On conçoit alors qu’il y a intérêt à fabriquer des fibres de verre aussi fines que possible ; on l’a fait et on tisse aujourd’hui des étoffes minces, douces et souples comme la soie la plus fine, plus brillantes aussi (x) ; de même des ficelles très tenaces (2) qui, de plus, sont très élastiques. Le seul inconvénient des fibres plus fines, c’est que les opérations de filature, de tordage pour les ficelles et de tissage sont plus longues, donc plus coûteuses pour un même poids du produit fini.
- La résistance à la compression est à peu près proportionnelle au carré du diamètre de la fibre pour des verres de même composition ; elle diminue quand la teneur en soude augmente.
- La densité du verre étant 2,5 à 2,fi, c’est-à-dire deux fois plus grande que celle des fibres naturelles ou artificielles, il en résulte qu’il occupe deux fois moins de place à égalité de diamètre et de longueur; comme, de plus, il est un meilleur iso-
- 1. Voir fig. 7, La Nature du 15 avril 1946.
- 2. Voir fig. 6, La Nature du 15 avril 1946.
- Fig. 1. — Atelier de retordage de la rayonne de verre, à Rantigny (Oise).
- (Photo Génie Civil).
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- Fig1. 2. — Atelier de tissage du fil de verre américain.
- (Photo Life).
- lant que ces textiles, il leur est très supérieur pour le guipage des fils électriques.
- D’une façon générale, la présence de l’acide borique dans le verre augmente la résistivité électrique et la ténacité; celle des alcalis augmente la conductivité électrique superficielle, car le verre retient alors une partie de l’humidité de l’atmosphère.
- Le maximum de soude acceptable pour le calorifugeage est de 3 pour ioo, si le produit est soumis à l’action de la vapeur d’eau chaude; s’il est soumis aux intempéries, il est rapidement désagrégé par l’eau et l’humidité au-dessus de i5° si sa teneur en soude dépasse io pour ioo. Les verres normaux, à environ i5 pour ioo de soude, ne conviennent donc pas pour les produits .en fibre de verre destinés aux applications industrielles.
- La teinture de la fibre de verre. — En 1941, la difficulté de teindre la fibre de verre dans la masse paraissait devoir retarder l’adoption, des tissus de verre dans les industries de l’ameublemenet, de la décoration et du vêtement. Une autre difficulté à vaincre était celle de la résistance à l’usure par frottement. Ces deux problèmes ont été l'ésolus en même temps par Saint-Gobain dès 1942
- en ce qui concerne les tissus d’ameublement et pour certaines décorations.
- On 11’a pas encore réussi à teindre dans la masse une fibre de verre incolore; mais, par pigmentation' en surface, au moyen d’un enduit, on a obtenu une sorte d’impression mais non de teinture, et l’enduit contribue à la résistance au frottement.
- Dans le procédé allemand de Freytag, on traitait la fibre par de l’acide fluorhydrique dilué : il se forme à sa surface une mince couche colloïdale de silice hydratée, qui, après passage de la fibre dans un bain alcalin qui neutralise l’excès d’acide, retient la matière colorante organique d’un bain de teinture; on opère donc par une sorte de mordançage.
- Un procédé bien meilleur est celui dans lequel on utilise la propriété spéciale du verre de fixer une colle organique dans laquelle, on a incorporé la matière colorante. Celte colle est une résine synthétique dissoute dans un solvant organique. On a ainsi obtenu toute une gamme de couleurs. Les filés et les lissés teints par ce procédé résistent bien au lavage, au blanchissage, au frottement, et, par surcroît, aux rayons ultra-violets, de sorte que la couleur ne passe pas à la lumière.
- Dans un autre procédé, on substitue à la surface du verre, après avoir opéré comme dans le procédé Freytag, une surface organique qui fixe la matière colorante. Ce procédé, qui a donné d’excellents résultats, est comparable à celui qui est en usage pour teindre les rayonnes et les fibranes.
- Dans les deux derniers procédés, l’enduit a pu être choisi pratiquement incombustible, de sorte que l’une des précieuses propriétés du verre, l’incombustibilité, est conservée.*.
- On a réussi, à peu près de même façon, à imprimer des tissus de verre par les procédés ordinaires du rouleau, du pochoir, ou à la main. Des échantillons de tissus en verrane ainsi imprimés en noir, blanc mat et or, ont figuré à l’Exposition tenue à Paris, au Grand Palais en novembre 1943. A l’époque, il restait beaucoup à faire dans cette nouvelle voie mais on y était arrêté par la difficulté de se procurer certaines matières premières indispensables aux essais.
- Fig. 3. — Atelier de tissage du fil de verre de Rantigny (Oise).
- (Photo Génie Civil).
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- Applications industrielles et autres des produits fabriqués avec la fibre de verre.
- Ces applications, quoique indiquées succinctement sur les Tableaux I et II, le sont d’une façon suffisante pour en montrer la variété. Ces tableaux appellent cependant quelques remarques.
- L’isolation thermique, électrique et phonique est supérieure pour tous les produits à ceux qu’ils remplacent; de plus, au pouvoir isolant propre au verre vient s’ajouter celui de l’air interposé par feutrage si l’air est parfaitement sec; c’est le cas, si le produit est assez épais, l’air extérieur ne pénétrant jamais profondément dans un produit ouvré ou semi-ouvré ; sous celte forme, non seulement il est plus léger, comme on l’a vu, mais encore il présente une plus grande facilité d’emploi; enfin, il est incombustible et inaltérable et il peut être porté sur une de ses faces à une température très voisine du premier point de transformation T1 (*), car l’interposition de l’air empêche la propagation de la chaleur, et le feutrage limite le ramollissement aux fibres voisines de la face chauffée.
- La schappe de verre trouve son emploi dans le bâtiment (cloisons légères) et dans la construction des chambres frigq-rifiques ; mise sous forme de coquilles assez souples, ou de boun-relcts, elle sert à calorifuger les canalisations chaudes ou froides. Sous une épaisseur de 25 mm, elle arrête 90 pour xoo des sons audibles, les bruits et les petites trépidations.
- La schappe convient aussi très bien à l’isolation électrique (fils, câbles, méplats, bobines d’inducteurs et aussi des induits des petites machines). Pour le guipage, il y a intérêt à les recouvrir d’un vernis à base d’une résine synthétique résistant à 5oo°.
- Les fibres sont de préférence des tissus de schappe ou de rayonne dont la porosité, l’épaisseur et la résistance dépendent de la pression et du débit des liquides à filtrer. Certains filtres-
- 1. Voir fig. 3, La Nature du 15 avril 1946.
- presses en sont munis. Ils peuvent servir aussi à filtrer les gaz et à retenir jusqu’à 98 pour 100 de leurs poussières les plus fines, celles des aérosols et de certains gaz de combat si les fils ont été enduits d’un adhésif approprié.
- Voici deux emplois tout nouveaux de produits à base de fibres de verre. En horticulture, une nappe en laine de verre peut remplacer avantageusement les paillis dont on recouvre les jeunes semis, les couches et les châssis; elle est plus légère, plus souple, imputrescible et, si elle est assez lâche, elle laisse passer la lumière tout en tamisant celle des rayons solaires directs. Ln arboriculture f r u i -tière, deux manchons que l’on ficelle et qui sont faits d’une nappe semblable entourent, à des hauteùrs différentes, le tronc de l’arbre ou de l’arbuste; ils arrêtent les insectes grimpeurs qui s’y réfugient et qui y meurent si le manchon du haut a été imbibé d’un insectic'de liquide (x).
- Aux États-Unis, deux chirurgiens d’un hôpital de Saint-Louis (Missouri) ont employé avec succès des fils de verre pour les sutures au lieu du catgut ou du crin de Florence, qui, étant de nature organique, sont quelquefois stérilisés assez mal ou ont déjà subi un commencement de décomposition, ce qui peut être la cause d’une intoxication de tout l’organisme. Des fils de verre ayant servi de suture sur l’animal y sont restés pendant deux ans sans altération et sans provoquer aucune réaction ; après fermeture de la plaie, il n’y a jamais d’œdème. Les deux chirurgiens recherchent une composition de fibre de verre propre à la filature qui se résorberait peu à peu dans les tissus.
- m
- * •
- Si l’emploi de la fibre de verre se généralise, comme produit national, ce qui est facile car notre territoire peut fournir toutes les matières premières nécessaires à sa fabrication, il n’est pas douteux qu’il nous permettra de diminuer nos importations de coton, de laine et de liège, et aussi de consommer moins de matières premières d’origine métropolitaine comme la <a)ie naturelle.
- Le verre nous réserve encore bien des surprises.
- E. Lemaire,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- 1. Voir à ce sujet, La Nature du l*r septembre 1939, p. 151, (n° 3056).
- Fig. 4. — Banc à broches américain. Chacune d’elles reçoit 7 500 m de fil de verre.
- (Photo Life).
- Diamètre (mm)
- Fig. 5. — Augmentation de la résistance spécifique à la traction de la fibre de verre à mesure que ssn diamètre diminue.
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- LE PROBLÈME DE LA SÉCURITÉ AÉRIENNE 0
- Atterrissage sans visibilité
- Le système « Navaglide ».
- La Fédéral Téléphoné and Radio Corporation a mis au point, tant pour l'Armée américaine que pour la Civil Aeronau-tics Authority, un système connu sous le signe SCS 5i, qui comprend un émetteur de radio-alignement sur no Mc/s., un émetteur d’altitude sur 33o Mc/s. et trois émetteurs de balises repères sur 76 Mc/s-, ainsi que trois récepteurs correspondants dans chaque avion.
- Mais il faut maintenant prévoir un système d’atterrissage sans visibilité accordé avec le système « Navar » dont il a été question précédemment et dont on peut admettre la généralisation dans un avenir assez rapproché. D’autre part, il apparaît que le SCS 5i serait avantageusement remplacé par un système n’utilisant qu’une seule fréquence pour le guidage en altitude et pour le guidage en direction.
- C’est, ayant en vue ce double objectif, que sont poursuivies actuellement les études qui doteront prochainement la navigation aérienne du système « Navaglide » dont la figure 1 donne une idée assez claire pour permettre d’abréger la description.
- Le dispositif en cours de réalisation est un système à microondes capable de donner, par signaux, avec précision et de façon continue, la distance au point de contact. Ccci indépendamment des signaux conventionnels de direction : « Virez à gauche (à droite) », « Volez plus haut (plus bas) », etc....
- Fonctionnant sur la même gamme de fréquences que le récepteur accordable d’avion du système Navar, un récepteur unique recevra les quatre signaux directionnels.
- Pour transmettre ces quatre signaux successivement et non pas simultanément, on mettra à profit le principe de la répartition dans le temps, dont l’application permettra, par ailleurs, la coexistence de plusieurs installations « Navaglide » dans un même aéroport, toutes fonctionnant sur une même fréquence porteuse, les divers signaux se distinguant par des fréquences supersoniques.
- Il est possible que l'on parvienne, à combiner le récepteur Navar accordable et le récepteur Navaglide pour les quati’e signaux directionnels.
- Un dispositif répondeur à impulsions situé au sol — fonctionnant en corrélation avec l’indicateur de distance incorporé au système Navar, mais réglé pour travailler sur une voie différente de celle utilisée dans l’aérodrome considéré, pour l’équipement Navar au sol — fournira les signaux continus de distance.
- Le principe de groupement en faisceau appliqué dans le SCS 5i se retrouvera dans le système « Navaglide ».
- Mais, en supposant l’équipement « Navar » préalablement réalisé, un balisage sur 36o° ne sera plus néces-
- saire et les faisceaux des systèmes de guidage en direction et en altitude pourront être compris dans un angle étroit, 35° et même moins peut-être.
- La réduction de la largeur du faisceau, l’emploi de microfréquences et, si besoin est, d’un spectre de fréquences élargi atténueront, dans une telle mesure, les déformations produites par les réflexions des obstacles avoisinants qu’on pourra les tenir pour pratiquement négligeables.
- #
- * *
- Tel est l’état de la question. On comprend que le problème de l’atterrissage sans visibilité n’a retenu l’attention qu’en deuxième urgence, ce qui s’explique par le fait que le système SCS 5i peut passer, provisoirement au moins, comme satisfaisant. Au surplus, la mise au point de l’équipement « Navar » conditionne le perfectionnement ultérieur dans le sens « Navaglide ». L’un et l’autre apporteront une inestimable contribution à la sécurité aux abords des aéroports.
- L’objectif qu’il s’est assigné situe le système « Navaglobe » dans une zone de sécurité encore peu explorée. 11 n’échappe pas qu’il était de première importance pour l’aviation militaire. On s’explique donc la place privilégiée qui lui a été accordée dans un ordre de priorité et l’on ne peut se défendre de penser que sa réalisation, au moins partielle, n’est sans doute pas étrangère au succès d’un raid comme celui du Dreamboat qui, d’un coup d’aile, a pu unir Ilonolulu au Caire en passant par-dessus le pôle Nord.
- Georges Kimrflin.
- Fig. 1. — Atterrissage sans visibilité suivant le système « Navaglide ».
- A. Plan vertical défini par les signaux de guidage. — B. Plan horizontal défini par les signaux de guidage en altitude. — C. Distance au point d’atterrissage donné par l’indicateur de distance.
- INST AUTO NAVAR NAVAGLIDE
- ~~rp-i
- OMNI NAVAGLOBE;
- RANGE
- 1. Voir La Nature des 1er et 15 mai 1947.
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- LE CHAUFFAGE PAR ONDES DIRIGÉES
- Les techniques d’emploi des ondes très courtes et des très hautes fréquences mises au point dans ces dernières années et découlant surtout des travaux sur le radar, assurent une liaison pratique, entre les radiations du type lumineux et celles du type hertzien, c’est-à-dire entre les radiations qui couvrent la
- Générateur a Klystron
- Guide d'onde droit
- vers
- antenne
- Guide d'onde courbe
- Schéma de l’émission des oscillations.
- gamme, du reste très étendue, des rayons infrarouges émis par les corps chauds et celles qui sont produites par des oscillateurs comme en T. S. F.
- Dans ce groupe, aux ondes courtes qui vont de 100 à 10 m de longueur d’onde environ, se sont jointes les ondes très courtes, jusqu’à 1 m, puis ultra-courtes, désignées comme décimétriques de 1 m à 0,1 m et centimétriques de 0,1 à 0,001 m. i
- Les fréquences très élevées, ou hyperfréquences, correspondant à ces longueurs d’ondes, sont chiffrées en mégacycles : un mégacycle équivalant à un million de périodes par seconde Les ondes centimétriques se comportent de façon fort analogue aux radiations infrarouges. Il a d’ailleurs été observé des émissions infrarouges par des coi’ps chauds dont la longueur d’onde est plus élevée que celle des radiations les plus courtes obtenues
- Fig. 1.
- Le transport sc fait par des guides d’ondes de formes variées qui canalisent les ondes comme de l’eau dans une tuyauterie. Cette conduite, en laiton argenté intérieurement, peut aussi renfermer des éléments de réglage et de transformations tels que ceux des figures 2 et 3.
- Fig. 7. — Les ondes transmises à l’antenne peuvent être concentrées par des formes de réflecteurs appropriées.
- Fig. 2 à 6.
- 2. Élément de réglage d’impédance. — 3. Élément -de transformation. — 4. « Couples directionnels » permettant, comme sur une tuyauterie d’eau, des « prises accessoires ». — 5. Sur ces prises se branchent des raccords- vannes auxquels on pourra connecter des appareils de contrôle tel que
- celui de la figure 6 — 6. Détecteur-contrôleur d’ondes.
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- avec des oscillateurs et qui sont, par conséquent, de type hertzien.
- Une première analogie, déjà utilisée pratiquement dans certains laboratoires, est la possibilité de réaliser les « spectres hertziens » de diverses substances.
- Ces spectres prolongent, parfois fort utilement, les spectres
- ultra-violets, visibles et infrarouges bien connus. Ils permettent a u s si d’étudier les corps destinés, par exemple, à être soumis au chauffage à très haute fréquence par pertes diélectriques.
- Mais une autre application qui vient d’être mise à l’étude en Amérique et qui rappelle les procédés de séchage ou de cuisson par rayonnement infrarouge est le chauffage par ondes dirigées.
- Les ondes centimétriques émises par un oscillateur peuvent être canalisées à volonté par des « guides d’ondes » qui sont des organes déjà très utilisés par les techniques Radar et reprises par des antennes émettrices paraboliques à la façon d’un rayonnement de type lumineux.
- À l’exposition de l’électronique du Palais de la Découverte était
- Fig. 8. — Schéma de l’expérience de chauffage par ondes dirigées et réfléchies au Palais de la Découverte.
- présentée une assez curieuse expérience de ce genre. Un faisceau hertzien de X = 6 cm était concentré au foyer d’un miroir sphérique sur 125 W d’énergie, ce qui permettait l’obtention à ce foyer de hautes températures.
- Dès lors, l’énergie peut être dirigée sur un lieu de travail donné où elle se manifestera, selon le spectre hertzien de la substance touchée par les trains d’onde, par des réflexions ou des absorptions. S’il y a absorption, on observera un échauffement subséquent.
- Or, comme l’infrarouge, les ondes centimétriques sont bien absorbées par de nombreuses substances' organiques ou minérales et en particulier par l’eau. C’est d’ailleurs pour cela que la mer et les fleuves restent sombres sur les écrans fluorescents des radars.
- Certes, les procédés de chauffage par ondes dirigées qui rejoignent ainsi de façon fort curieuse et très originale les procédés maintenant entrés dans la pratique, du chauffage haute fréquence par pertes diélectriques d’une part, et ceux par rayonnement infrarouge d’autre part, ne sauraient s’appliquer qu’à des cas particuliers. Us nécessitent en effet un appareillage complexe et coûteux qui devra être justifié par des données très particulières des problèmes posés. Ce n’en est pas moins une nouvelle technique, née des prodigieux développements de l’électronique, qu’il convenait, dès maintenant, de signaler à nos lecteurs.
- M. D.
- RÉCRÉATION MATHÉMATIQUE
- Pour trouver le jour de la semaine d'une date quelconque.
- A propos des calculateurs prodiges, l’un de nos lecteurs nous rappelle le moyen rapide qu’on peut employer pour trouver le jour de la semaine d’une date quelconque du calendrier grégorien (du vendredi 15 octobre 1582 à nos jours et encore pendant environ 4 000 ans), il faut avoir sous les yeux, ou mieux en mémoire, trois petits tableaux que voici :
- Lun. Mar. Mer. Jeu. Ven. Sam. Dim.
- 1 2 3 4 5 6 0
- Ce tableau A est une convention sur les jours de la semaine.
- B. Tableau des caractéristiques de mois (par surplus de jours sur les semaines entières), ou clés mensuelles :
- Janv. 0 Févr. 3 Mars. 3 juin. 6 Août. 2 Sept. 5
- Avril Mai Juin Oct. Nov. Déc.
- 6 1 4 0 3 5 »
- C. Le tablehu des caractéristiques de siècles ou clés des siècles grégoriens.
- ' 6 4 2 0
- 1 582
- 1 600 1 700 1 800 1 900
- 2 000 2100 2 200 2 300
- 2 400 2 500 etc. etc.
- Faire la somme de :
- 1° La clé du- siècle (C) ;
- 2° Nombre des années du siècle ;
- 3° Nombre des bissextiles du siècle ;
- 4° Le quantième du mois ;
- 5° La caractéristique du mois (B).
- Diviser cette somme par 7. Considérer seulement le reste et l’introduire dans le tableau A qui donne le jour de la semaine demandé.
- Si l’année est bissextile ne la considérer comme telle qu’au delà du 29 février.
- De même, pour les années 1600, 2000, 2400 n’appliquer la clé 6 qu’à partir de mars. Pour janvier et février, diminuer cette clé d’une unité ; soit 5.
- Si l’on désire faire des calculs dans la période régie par le calendrier julien, les clés des siècles sont données par le tableau suivant qu’on peut prolonger jusqu’à nos jours :
- Clés des siècles juliens.
- 0 6 5 4 3 2 1
- 100 200 300
- 400 500 600 700 800 900 1 000
- 1 100 1 200 1 300 1 400 1 500
- Pour retenir ces clés, en vue du calcul mental, il suffit de soustraire de 18 le nombre des centaines du siècle à explorer et de le débarrasser des multiples de 7.
- Si l’on opère sur les deux premiers mois des années se terminant par deux zéros, ces années étant bissextiles, il faut, pour avoir une réponse exacte, diminuer la clé séculaire d’une unité.
- Toutes ces opérations sont facilement faites par calcul mental surtout quand on prend l’habitude d’éliminer en cours de route les multiples de 7.
- Le gérant : G. Masson.— masson et cle, éditeurs, paris.— dépôt Légal : a® trimestre 1947, n° 4g4. — Imprimé en France.
- BARNÉOUD FRÈRES ET C1®, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 675. — 6-1947.
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- N° 3138
- 15 Juin 1947
- Fig. 1. — Un gisement d’amiante au Canada (National Film Board).
- Il existe des gisements en de nombreux pays. Mentionnons chez nous ceux de Termignon en Savoie et de Canari en Corse qui, pour moins importants quey*"^ celui-ci, n’en restent pas moins à v ^ ^
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- MINÉRALES
- Allons-nous voir du papier à base de matières minérales ?
- Il existe dans la nature de singulières formations minérales naturelles capables de reproduire des fibres assez analogues à celles des végétaux. -
- Depuis longtemps l’amiante, dont il existe d’ailleurs, minéralogiquement, des variétés assez diverses, est bien connue à cet effet. Les Anciens en faisaient des linceuls d’incinération. Depuis, on a réalisé au moyen de ces fibres, qui peuvent etre filées et tissées, non seulement des costumes de pompiers ou des gants et tabliers pour les ouvriers travaillant devant des foyers, mais aussi de multiples objets utilitaires.
- L’amiante existe, en divers pays, en gîtes considérables (fig. i) dont on tire des fibres soyeuses en abondance dig. 2 et 3).
- Moins connus, mais tout aussi curieux, sont les minéraux dont la structure, qui, nous le verrons, peut d’ailleurs se rattacher à la précédente, est en forme de feutres, de papiers ou de cartons.
- Les anciens cabinets d’histoire naturelle présentaient, lorsqu’ils le pouvaient, eu égard à leur rareté, ces singularités du monde minéral désignées comme cuir, carton, liège, papier de montagne, selon leur forme et leur épaisseur.
- Aujourd’hui, les minéraux papyracés de ce type sont reconnus le plus généralement comme des palygorskites. Les palygorskites sont des mélanges, en proportions variables, d’un silicate de magnésie du type sépiolite et d’un silicate alumineux.
- Les palygorskites à faciès papyracés les plus typiques ont été découvertes jadis en Russie, notamment dans la région de Nijni-Novgorod. Des minéraux du même genre ont depuis été trouvés en Sibérie (mine Kadainsk, près de Nertschinsk), à Madagascar (Maevatanana), au Moyen Congo (M’Fouali), au Portugal (Odi-vellas) et aussi en France au Vigan (Gard), à Miramont (Haute-Loire), à Can Pey près d’Arles-sur-Tech (Pyrénées-Orientales), au Mont Pilât et au Saint-Gothard. Plus récemment a été découvert, sous une foime nettement plus abondante et spécialement caractéristique, un tel minéral papyracé dans les calcaires bajo-ciens de La Table (Savoie).
- Ce minéral a été décelé dans une carrière (fig. 4) en exploitation pour l’empierrement des routes, non loin du croisement dés routes de La Table à Étable et de Villarlèges à Stable et se retrouve dans plusieurs pointements de la même formation aux alentours. Il est disposé dans les fissures et les
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- Fig. 2. — L’amiante se trouve en fibres soyeuses alignées perpendiculairement aux couches.
- fentes du calcaire et il est souvent associé à des cristallisations de quartz, souvent aplatis et parfois bypyramidés.
- Ce minéral n’est pas seulement une curiosité minérale, il a aussi suggéré des travaux pour l’obtention synthétique de feuillets à partir de substances minérales identiques ou voisines et il a conduit à la réalisation de papiers ou de cartons minéraux.
- On savait déjà que l’argile colloïdale à base de monlmorillo-nite, dénommée bentonite, gonflée dans l’eau et étalée en couches sur un support approprié, puis sédimentée et séchée, pouvait fçrmer des pellicules cohérentes. Sur cette base, furent réalisés des produits industriels cherchant à remplacer le mica.
- Or, la formation de tels feuillets implique des conditions physico-chimiques très particulières et un arrangement que la structure microcristalline de la substance doit favoriser. Du mica ou de la kaolinite finement broyés, par exemple, ne sauraient donner des feuillets cohérents.
- L’élude du minéral de La Table dans des conditions similaires a fourni de nouveaux renseignements à ce sujet. Mouillé, ce minéral, en forme de feuillets très plissés et parcheminés et à l’aspect de vieux chiffons, se roule en boule; mais, en séchant, il reprend son allure membraneuse. Cependant, abandonné longuement dans l’eau, il acquiert une consistance gélatineuse et, si on l’agite alors vivement, il se désagrège et se met en suspension en gonflant d’environ sept fois son volume initial.
- Sous cette forme on peut l’étendre sur une plaque de verre par coulage. Après séchage, on obtient une feuille tenace reproduisant, sous une forme plane et régulière la membrane originelle. L’examen sous le microscope montre encore une structure fibreuse, bien que celle-ci soit moins marquée qu’à l’origine. Même en broyant très finement pour faire disparaître non l’existence, mais la visibilité, de cette structure, on obtient toujours de la même façon des feuilles homogènes.
- Il y avait là, certes, un résultat remarquable et qui méritait d’être inventorié.
- Un autre fait apparut alors fort troublant. En voulant rapprocher le phénomène de formation des feuilles à partir du minéral de La Table de celui réalisé à partir des bentonites, nous nous aperçûmes que les bentonites ne donnent des feuillets qu’à pli 8 à io, alors que le minéral de La Table le fait à' toutes valeurs pratiques du pli (de i à 12). De surcroît, les feuillets de palygorskiles sont souples et feutrés, tandis que ceux de bentonites sont durs et cassants.
- La suite des recherches devait d’ailleurs nous démontrer qu’il s’agit bien de deux choses très différentes.
- En fait, ces études, étendues à de très nombreuses matières minérales permirent de constater que la formation de feuillets minéraux était liée :
- i° A une structure appropriée de l’édifice moléculaire, d’origine fibreuse et qui est celle des trémolites, des palygorskites, de diverses amiantes (les minéraux à structure de phyllites comme le mica, ne pouvant conduire, lorsque les autres conditions favorables sont réalisées, qu’à des feuillets durs comme ceux de bentonite) ;
- 20 A la possibilité d’une mise en suspension stable et homogène conduisant à une formation progressive au cours du séchage, et non à une précipitation ou à une sédimentation;
- 3° A un gonflement suffisant pour assurer une homogénéité
- Fig. 3. Après extraction et cordage, les fibres sont prêtes à l’utilisation dans des domaines Variés.
- (Johns Manville C°, National Film Board).
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- dans la formation (le minéral de La Table gonfle environ sept fois, de même que la palygorskite de Nijni-Novgorod ou une trcmolite tubériforme du Tyrol qui donnent aussi de bons feuillets) ;
- 4° A des charges électriques négatives et assez élevées des particules. Celte charge est nécessaire, mais elle peut être influencée par des champs électriques extérieurs.
- Ces points étant établis, nous avons pu :
- — par le choix de minéraux appropriés (palygorskites, asbestes ou amiantes, trémolite, certaines serpentines...);
- — par la finesse des particules (naturelle ou obtenue par broyage) ;
- —• par les charges électriques (naturelles ou obtenues par champs extérieurs) ;
- obtenir des feuillets minéraux synthétiques homogènes et cohérents, manquant sans doute quelque peu de solidité, mais néanmoins maniables.
- Bien entendu, de par leur formation et leur nature, de tels feuillets minéraux sont ininflammables et imputrescibles et l’on saisit dès lors tout leur intérêt pour la confection de papiers de sécurité, de supports pour documents de grande conservation... Les feuilles ainsi réalisées sont à l’abri également des insectes et animaux prédateurs et destructeurs des archives et des bibliothèques.
- La fabrication de tels papiers minéraux comporte, bien entendu, des améliorations particulières tant dans le mode de formation que dans le support. Tout comme un papier ordinaire a besoin d’être « encollé » avec la résine et l’alun pour devenir résistant et propre à l’écriture, les feuillets minéraux doivent être également encollés pour devenir suffisamment résistants. Des résines synthétiques et notamment des résines vinyliques ou de nouvelles résines des types silicones ou polythènes se montrent bien adaptées à cet effet.
- Allons-nous voir dans un proche avenir les papiers de cellulose disparaître pour faire place aux feuilles minérales ? les papiers de demain seront-ils fabriqués exclusivement à partir de cailloux... ? Nous ne sommes pas si optimistes. La cellulose conservera encore longtemps droit de cité. Les deux produits se sont d’ailleurs avérés fort compatibles. Si depuis longtemps les papiers ont admis avec beaucoup de condescendance les charges de talc, sulfate de baryte, kaolin... qui lui donnent du poids, les feuilles minérales admettront fort bien aussi la cellulose qui leur apportera, surtout sous forme très raffinée et
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- Fig. 4. — Un échantillon, verdâtre, du minéral papyraeê (palygorskite) de La Table (Savoie). .
- parcheminée, de la résistance et du corps. Ceci et la variété possible des encollages montre que, tout comme le papier, les feuilles minérales sont susceptibles de donner de nombreuses formes pratiques allant du papier d’écriture très mince au simili cuir ou au carton et dont les premières réalisations, effectuées en laboratoire à titre d’essai, sont tout à fait prometteuses.
- Si le papier de cellulose n’a pas à s’inquiéter de cette concurrence, du moins pensons-nous qu’à ses côtés, les nouvelles feuilles minérales s’imposeront en certains usages par l’apport de leurs qualités propres et, qu’à cet égard, elles sont beaucoup plus qu’une simple curiosité technique.
- Jadis les anciens utilisaient la pierre comme support de leur pensée. Depuis, la technique a fait du chemin et nos modernes papiers minéraux, comparés aux galets gravés du Mas d’Azil, aux tablettes de jade des Chinois ou aux Tables de la loi de Moïse marquent assez bien cette évolution.
- M. Déeibéré.
- INFORMATIONS
- Papiers minéraux.
- Les nouveaux papiers minéraux dont l’article ci-dessus entretient par ailleurs nos lecteurs sont actuellement l’objet d’une exposition à Paris qui durera jusqu’au 29 juin 1947. Cette exposition présentée par les Papiers Martin Frères, l’inventeur M. Déri-béré, et la Feuille Blanche, organisation des Arts Graphiques, se tient dans' les locaux de cette dernière, 73 bis, quai d’Orsay. Les organisateurs y convient les lecteurs de La Nature. On y verra les réalisations de papiers minéraux sous leurs diverses formes et les minéraux leur ayant donné naissance ainsi que les premières feuilles, historiques, faites en laboratoire II s’agit là d’une nouveauté'originale bien propre à inciter la curiosité et dont l’avenir, de surcroît, apparaît intéressant.
- L’exposition comporte également une présentation de papiers fluorescents.
- Passagers aériens.
- En 1946, les lignes aériennes des États-Unis ont transporté 13 800 000 passagers. Pour 1947, ce chiffre s’élèvera à quelque 20 millions. M. É. S. Laud, président de l’Association des Trans-
- ports Aériens, estime que d’ici cinq ans, le nombre de passagers transportés annuellement s’élèvera à 50 millions.
- Le bombardement par neutrons.
- Il a été signalé que le bombardement par neutrons tel qu’il est réalisable dans une pile atomique a un effet marqué sur la structure cristalline des corps qui y sont soumis.
- C’est ainsi que les métaux peuvent acquérir des propriétés particulières différentes de celles obtenues par les traitements thermiques usuels. Des matériaux céramiques soumis au même traitement subiraient également des modifications de structure.
- Des écrous en nylon.
- Les hautes qualités mécaniques du Nylon ont trouvé des applications inattendues : on en fabrique maintenant des écrous ordinaire ou à oreilles et divers éléments d’assemblage. Ils sont utilisés dans l’appareillage électrique, l’automobile, les ustensiles ménagers, etc.
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- LE SÉRUM
- est découvert
- " ANTISCORPIONIQUE "
- à l'Institut Pasteur d'Alger
- De tous temps, les Scorpions turent redoutés à l’égal des Serpents, mais si leur venin peut tuer des insectes, des cobayes, voire des lapins ou des chiens dans certaines circonstances, il provoque rarement des morts d'hommes. Jadis,
- Fig. 1. — Scorpion européen (Buthus europaeus) très répandu en Algérie, principalement dans les oasis sahariennes.
- Guyon, chirurgien de l'Armée d’Afrique, a vu cependant le Buthus europæus et une espèce algérienne voisine, le Buthus australis, provoquer en moins de 12 heures le décès de jeunes arabes âgés respectivement de 3 et de 9 ans, mais il n’a constaté aucun cas mortel chez les adultes. Au contraire, le D1' F. Santchi, qui exerça longtemps la médecine à Kairouan (Tunisie), observa dans sa clientèle quelques issues fatales chez des enfants et des vieillards à la suite de piqûres de Scorpions jaunes, gris et noirs, mais il ne se souvenait, écrit-il dans son mémoire, que « d’un jeune homme de 18 ans » emporté de cette façon après des piqûres au flanc.
- Pour combattre les effets du venin des Scorpions, généralement sans suite mortelle, comme nous venons de le voir, en raison de l’insuffisance de dose injectée par rapport au poids des victimes, on a préconisé bien des remèdes plus ou moins empiriques et sans grande valeur. Afin de calmer les douleurs,. d’ordinaire assez violentes, ressenties par le patient au début d’une piqûre des Buthidés algériens ou tunisiens, on a employé des injections de novocaïne-adrénaline, qui soulagent très vite le patient, en retardant sans doute l’absorption du venin et en le neutralisant quelque peu. D’autre part, si on peut les appliquer à temps, d’autres médications ordinaires (lavements, purgatifs et caféine) aident l’orga nisme à se désenvenimer. De même, on a essayé, en l’occurrence, divers sérums théra peutiques. Calmette s’est adressé, mais sans grand succès, au sérum anlicobra. Lafforgue a utilisé, dans le même but, le sérum antitét) nique, qui éviterait les troubles graves de col-lapsus cardiaque et de syncope. De son côté, l’Institut Lister de Londres a préparé, jadis, un sérum contre le Scorpion d’Égypte (Buthus quinquestriatus) et l’Institut de Butantan un
- autre- sérum contre le Tityus bahiensis, espèce voisine et très répandue dans certaines régions du Brésil.
- Enfin, depuis 1936, l’Institut Pasteur d’Alger poursuit des recherches analogues et son savant Directeur, M. Edmond Sergent, dans une communication faite à l’Académie des Sciences de Paris, le 14 avril 1947, vient d’en signaler l’heureux aboutissement. Dans son fort intéressant ouvrage sur Les Scorpions (1946), le naturaliste Lucien Berland indique la méthode pratique pour préparer d’importantes quantités de sérum antiscorpionique. On détache la vésicule à venin du scorpion puis on broie dans de l’eau salée glycérinée une centaine de glandes venimeuses qu’on laisse infuser quelque, temps. Gela fait, on immunise l’animal qui servira à fournir le sérum (cheval, âne ou chèvre) en lui injectant des doses progressives de la dite macération : d’abord 1 cm3 correspondant aux glandes d’un Scorpion. Une semaine après, on double la dose et ainsi de suite jusqu’à ce qu’on arrive à utiliser une masse de 50 ou 60 glandes. Enfin, on essaye le sérum ainsi obtenu avant de le mettre en ampoules pour le livrer aux intéressés.
- Au cours des dix dernières années, l’Institut Pasteur d’Alger a fourni aux médecins de l’Afrique du Nord, environ 500 1 de sérum antiscorpionique, qui leur ont permis de neutraliser presque toujours la nocivité .des venins des diverses espèces d’Arthro-podes qu’on rencontre dans notre colonie. Sa statistique porte sur 531 personnes piquées par des Scorpions et 134 d’entre elles se trouvaient à la dernière extrémité lorsqu’on a pu les traiter. Or, sur ce nombre, on compte 472 sujets guéris, soit une moyenne d’environ 89 pour 100, et la plupart des insuccès enregistrés tiennent surtout à l’insuffisance ou au retard des interventions séro-thérapiques. Dans les oasis sahariennes, où gftent les plus venimeuses de ces bestioles, on enregistrait, jusqu’ici, une soixantaine d’Arabes décédés, chaque année, à la suite de piqûres de Scorpions. Une fois même, dans le voisinage de Mechéria (Sud-Ouest Oranais), une énorme invasion de la sinistre bande provoqua un plus grand nombre de morts. Maintenant, grâce au sérum du Pr Sergent, on pourra lutter efficacement contre le péril scor-pionesque. Jacques Boyer.
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- Fig. 1. Aménagement du V-2 pour l’étude de la très haute atmosphère.
- A. Réservoirs h liquides (alcool, oxygène) ras ; F. Spcctrographc 0. Chambre de permettant la dirigeibilité de l’engin ; M
- ; R. Télémètre : C. Commande des volets de direction ; D. Volets de commande dans l’atmosphère ; L. Came-combuslion ; H. Groupe pompes-turbine ; I. Caméra ; J. Récepteur ; K. Antennes lélémétriques ; L. Antennes Instruments pour l'étude du rayonnement cosmique ; V. Instruments de mesure de la température, pression, elc. ; O. Antennes de transmission dans l’ionosphère.
- EXPÉRIENCES AMÉRICAINES DE WHITE-SANDS
- La connaissance parfaite de la très haute atmosphère doit ouvrir la roule aux vols superstralosphcriqucs d’abord, puis interplanétaires.
- Il n’est donc pas un seul résultat acquis au cours des explorations, au moyen de fusées, qui n’intéresse directement l’aviation de l’avenir et l’astronautique.
- Au risque de me répéter, je dirai que si la fusée a été choisie pour les sondages des couches raréfiées, c’est en raison de ses caractéristiques que ne peuvent concurrencer l’avion, le ballon-sonde ni aucun appareil qui nécessite une atmosphère pour l’ascension ou le déplacement.
- Nos connaissances se limitaient, il y a encore peu de mois, à une trentaine de kilomètres; au-delà, c’était l’inconnu. Les procédés auxquels on recourait pour pénétrer plus avant dans les couches élevées étaient, au reste, incertains, l’extrapolation des données acquises dans les 3o premiers kilomètres, tout comme l’observation indirecte, n’étant que des pis-aller.
- La fusée constituait donc l’unique moyen pour le dépassement de la zone critique. Cette caractéristique inhérente aux engins réactifs, nous la connaissions depuis de longues années sans pour cela tenter quoi que ce fût dans ce sens, nous cantonnant à des expériences sur les fusées à poudre, alors que nous savions fort bien qu’elles ne pouvaient, dans les meilleures conditions, concurrencer le ballon-sonde.
- Certes, nous ne pousserons pas la naïveté jusqu’à supposer que les expériences qui se poursuivaient avant la guerre avaient toutes un but pacifique, et bien souvent les chercheurs sc préoccupaient davantage de la portée que de l’altitude.
- Fig. 2. — Coupe du nez du « V-2 » montrant son agencement pour l’étude du rayonnement cosmique.
- A. Thermostat ; B. Tube de détection du rayonnement cosmique (tube de Geiger-Mullcr) ; C. Plaque ^e plomb ; D. Transmetteur- idnosphérique ; F,. Amplificateurs ; F. Tubes électroniques ; G. Batteries 2 500 V ;. H. Instruments de contrôle ; I. Lampes de tension ; J. Accumulateurs de 24 V ; K. Générateur électrique (3 x 250 V).
- Quoi qu’il en soit, la mise au point de fusées à liquide pouvant disposer d’une poussée considérable fut pour nous tous,,
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- sinon une révélation, tout au moins un auxiliaire précieux pour le sondage des régions jusqu’à ce jour inaccessibles.
- Les Américains, en gens pratiques, virent dans le V-2 non seulement une arme terrible, s’il se voyait doté de quelques perfec-tionnements, mais encore un moyen deNrendre de réels services à la science en enrichissant nos connaissances sur les étendues ionospliériques.
- Pour cela, il suffisait de remplacer la charge d’ama-tol utilisée pendant la guerre, par des appareils appropriés à l’étude qu'on se proposerait de faire.
- Le Centre de Recherches créé à cet effet au début de 1946, s’il comprenait des militaires, les premiers intéressés, comptait également une pléiade de savants et de techniciens ayant pour but unique la mise au point d’appareils enregistreurs et le dépouillement des résultats acquis.
- Nous approuvons pleinement une telle collaboration qui apporte à la science des moyens qui, sans le prétexte militaire, ne lui auraient sans doute jamais été accordés.
- Elle dénote aussi, de la part des chefs militaires américains, une largeur de vue qui sait discerner ce qui fait réellement partie du secret de la défense nationale et ce qui peut, être diffusé à l’étranger pour le plus grand profit de tous.
- Fig. 3. — Spectrographe ayant servi à l’expérience du 10 octobre 1946.
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- Avant de procéder aux sondages ionospliériques, le Centre américain des Recherches a établi le programme suivant :
- L’étude des rayons cosmiques : leur intensité augmente-t-elle ou. diminue-t-elle dès qu’on s’éloigne de la Terre P Leur présence est-elle indispensable à la vie P S’ils font défaut dans l’espace interastral, trouver un produit de substitution.
- De la température : celle des corps en mouvement; celle du milieu ambiant.
- De la réfraction radarienne, à définir avec exactitude lorsqu’on se propose de guider des engins à travers l’espace.
- De l’intensité lumineuse, qui peut nécessiter des lunettes spéciales.
- De la radio=activité, que d’aucuns disent mortelle à partir de 320 km d’altitude.
- De la pression et de la densité, établies avec exactitude pour préciser jusqu’à quelle altitude peuvent s’employer des plans sustentateurs et des gouvernes basés sur la résistance atmosphérique.
- De la production de décharges résultant des gaz d’échappement; déterminer le moment où elles deviendront néfastes aux installations électriques et à ia radio du bord.
- Du danger des météorites, — illusoire d’après les Américains, qui veulent néanmoins en apprécier la gravité - par l’expérience.
- Enfin de l’obtention du spectre solaire pris au delà de la couche d’ozone.
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- Ce programme, élaboré il y a un an à peine, semble se réaliser poipt par point. Les résultats des observations qui nous parviennent sont un sûr garant du succès des investigations futures.
- Depuis le io mai 1946, date du premier sondage, des mises au point successives sur les appareils spécialement réalisés pour les recherches dans la très haute atmosphère permirent aux chercheurs de disposer, au début d’octobre 1946, d’un spectrographe spécial.
- Ce spectrographe, ouvert à f/10, utilisait un réseau concave de 4o cm de rayon de courbure, tracé sur aluminium et comportant 600 traits au millimètre. La fente habituelle était remplacée par un système optique à court foyer, formé-d’une perle de 2 mm de fluorure de lithium transparent à l’ultra-violet, pouvant donner une image nette du soleil quelle que fût sa position dans un large rayon.
- L’image du disque solaire, déformée par l’astigmatisme, don-, nant un spectre de raies et non un spectre filiforme, était enregistrée sur un film Eastman io3-o de 35 mm sensibilisé à l’uî-tra-violct. Les prises de v-ues se faisaient automatiquement avec trois temps de pose différents : 0,12; 0,66; enfin 3,6 secondes.
- Les prises du spectre commencèrent vers 2 km et devaient être enregistrées jusqu’au sommet de la trajectoire du V,, soit iG5 km. Malheureusement, vers 88 km, la fusée ayant pivoté sur son axe, le spectroscope fut plongé dans l’ombre; en outre, une vibration provoqua un déroulement accéléré du film, l’épuisant vers 107 km. Néanmoins, à la suite de 35 spectres choisis parmi les meilleurs, on peut tirer la conclusion suivante :
- Extension très sensible du spectre vers l’ultra-violet au fur et à mesure de li montée.
- Fig. 4. — Coupe du spectrographe spécial ayant équipé le « V-2 ».
- AA. Perle de fluoré de lithium ; B. Réseau concave (système J. Hopkins) ; C. Miroir ; D. Boite hermétique conservant le film E. Filiri.
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- La photosynthèse bactérienne
- Les autotiophes, c’est-à-dire les êtres vivants qui peuvent synthétiser tous leurs constituants organiques directement à partir de l’anhydride carbonique, se divisent en deux classes :
- a) ceux qui procèdent par photosynthèse et utilisent l’énergie radiante ;
- b) ceux qui procèdent par chimiosynthèse et utilisent l’énergie chimique.
- Nous avons déjà étudié la photosynthèse (*•), ou plus exactement l’assimilation chlorophyllienne ; avant de passer à la chimiosynthèse, il nous faut étudier un groupe d’êtres vivants qui utilisent l’énergie lumineuse grâce à un pigment voisin de la chlorophylle. Ces êtres vivants, en l’occurrence des bactéries, emploient pour réduire l’anhydride carbonique non de l’eau comme les plantes vertes supérieures, mais de l’hydrogène sulfuré, des thiosulfates, des réducteurs organiques et minéraux et même de l’hydrogène moléculaire.
- Ces bactéries, .qui furent étudiées par Winogradsky, Engelmann et Molisch, restèrent longtemps mystérieuses. Ce fut Yan Nié! qui, en 1941, résolut définitivement ce problème en les classant en trois groupes :
- 1° les bactéries soufrées vertes (Thio-chloracées) : elles se rencontrent dans les milieux riches en hydrogène sulfuré. Leur activité photosynthétique semble se restreindre à une photoréduction de l’anhydride carbonique avec, comme donneur d’hydrogène, le gaz sulfhydrique — à l’exclusion de tout autre composé soufré organique ou minéral ;
- 2° les bactéries soufrées pourpres (Thio-rhodacées) : se rencontrent dans les mêmes milieux que les premières, mais sont capables d’oxyder certains composés inorganiques en sulfate et d’opérer simultanément une photoréduction de l’anhydride carbonique.
- Des substances organiques variées, en particulier des acides organiques gras supérieurs, des diacides et des acides-alcools, peuvent être employés comme donneurs d’hydrogène à la place de l’hydrogène sulfuré. Quelques espèces peuvent utiliser de l’hydrogène moléculaire.
- Ces deux premiers groupes ne requièrent pas de facteurs de croissance organiques ;
- 3° les bactéries pourpres non soufrées ,Athiorhodacées) : ces bactéries, colorées en pourpre, rouge ou brun, se rencontrent principalement dans les milieux riches en composés organiques. Elles sont capables d’opérer une photoréduction de l’anhydride carbonique avec un -très grand nombre de substances organiques. Quelques espèces présentent des caractères particuliers : les unes peuvent utiliser l’hydrogène moléculaire, les autres sont capables d’oxyder les composés soufrés minéraux en sulfates.
- Leur croissance dépend de la présence de petites quantités de matériaux organiques complexes, comme l’extrait de levure.
- La couleur de ces bactéries est due à deux types de pigments présents dans les cellules
- a) ceux qu’on peut extraire par les alcools méthylique et éthylique des bactéries humides ;
- b) ceux qu’on extrait par le chloroforme ou le sulfure de carbone des bactéries pourpres séchées.
- La première catégorie renferme la bactériochlorophylle (pigment des bactéries pourpres) et la bactérioviridine (pigment des bactéries vertes). Ces deux composés, de formule brute CsjH^OeNjMg, ont une structure-à noyau phorbine comme la chlorophylle a. Leur formule développée n’est d’ailleurs pas encore déterminée avec certitude. 1
- La seconde catégorie contient des substances diverses appartenant au groupe des caroténoïdes. Yan Niel a isolé d’une bactérie pourpre une substance cristalline qu’il a appelé spirilloxan-thine (J), et dont la formule serait C48H6603, avec 15 doubles liai-
- 1. Cette substance ayant été extraite du Spinllum rubrum.
- 1. La Nature, 1" juin 1946, a’ 3113.
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- sons. Ce composé est le plus abondant des pigments rouges du Spivillum rubrum. Cependant l’analyse chromatographique a permis de déceler la présence d’autres nombreux caroténoïdes sans
- que toutefois on puisse en déterminer la structure par suite de leur quantité insuffisante. Les pigments . de cette seconde catégorie masquent la couleur verte de la bac-tériochlorophylle.
- *
- * *
- L’étude du fonctionnement de ces organismes a été rendue possible grâce à des méthodes simples permettant obtenir des cultures pures de bactéries pourpres. On a ainsi pu montrer que ces dernières pouvaient croître en milieu strictement minéral, ne renfermant que de l’hydrogène sulfuré et du bicarbonate, seulement en présence de lumière, mais dans des conditions parfaitement anaérobies. D’autre part, la présence reconnue d’acide sulfurique dans le milieu où s’étaient développées les bactéries pourpres conduit Van Nici à l’expression approximative suivante de l’assimilation bactérienne :
- 2CO= + 20II2 + SII, -> 2(TTCHO) (*) + SOJL.
- 1. Le svmbale (IlCtlO) ne signifie pas que le produit de conversion de C02 soit le méthanol. C’est une simple convention d’écriture.
- Dans le cas des bactéries pourpres soufrées, l’hydrogène sulfuré peut être remplacé par n’importe quel composé soufré oxydable. Au contraire, les bactéries vertes ne peuvent utiliser que le gaz sulfhydrique et se montrent incapables de l’oxyder au delà du stade soufre, lequel se dépose dans leur protoplasme. En outre, elles ne peuvent employer l’eau dans leur assimilation carbonique.
- Cette différence de comportement vis-à-vis de l’eau a été attribuée au manque d’enzymes dans les bactéries vertes. Ceci rejoint ce qui a été dit pour la photosynthèse des plantes vertes ; ici encore, le rôle prépondérant est joué par les diastases.
- Van Niel représente la réduction du gaz carbonique chez les bactéries pourpres par les réactions suivantes :
- 4(0IL) + lumière - (TI + OIT)
- 4H + C02 -> (CILOH) + 0II2
- 2(011) + IL A . -» 2(0IL) + A
- Toutes ccs questions sont en pleine effervescence et tous les moyens que la science offre actuellement au chercheur (microanalyse, microscope électronique, isotopes radioactifs). sont employés pour percer à jour le mystère de la formation de la matière vivante.
- L’étude du métabolisme bactérien est d’une grande importance pour l’élucidation du mécanisme chimique de la photosynthèse ; on a ainsi pu trouver qu’elle se divise en deux étapes distinctes : la réduction du gaz carbonique et l'oxydation de l’eau, cet le seconde étape pouvant substituer à l’eau divers réducteurs (SIL, S...) sans affecter la réduction du CCL. Un article ultérieur sur la chimiosynthèse nous permettra d’aller plus loin dans nos explications de l’assimilation carbonique.
- Henry Gottiniaux, Ingénieur I. C. P.
- Fig. 2. — Rhodothiobactéries.
- A, cellules de Chromatium okeiii (x 1 000 ; d’aprôs Bavkndamv) ; B, une colorie mueiligi-neuse de Thiocystis violacea (x 500 ; d’anrès Eixrs) ; s, globules de soufre ; m, mucilage enrobant les cellules de Thiocystis (Gun-i.mivMOND et II angenot. Précis de Biologie végétale).
- L'effondrement
- progressif des
- bords du
- Niagara
- Une énorme portion de la falaise du Niagara s’est effondrée il y a quelques mois, d’une hauteur de 5o m. Une section d’une quarantaine de mètres de longueur au sommet et d’une dizaine de mètres à la base s’abîma dans la gorge en secouant la ville voisine de Niagara Falls comme un violent tremblement de terre. Voilà une douzaine d’années déjà, une grande brèche s’étaüL. ouverte dans la muraille granitique de la célèbre cataracte (i3 août 1934). L’effondrement actuel des dizaines de millions de tonnes de roches et de sable résulte de l’érosion, qui fait sans cesse l’eculer la chute vers l’amont. Depuis 1842, on a observé que ce recul atteint environ i,64 m par an. Le pied de la falaise rongé par les eaux présente un creux presque aussi profond que la hauteur de la célèbre cascade (00 m en chiffres ronds). Dans
- & Tracé approximatif
- Fig. 1. — Le recul progressif de- la chute canadienne.
- celte immense chaudière, les eaux tourbillonnent en formant des gerbes d’écume.
- La chute américaine, beaucoup moins importante, puisqu’elle ne débite que 5 pour 100 du volume liquide est moins impétueuse, ne creuse pas le lit au-dessous et recule bien plus lentement.
- C’est une vue aérienne de la chute canadienne du Fer à cheval qui est reproduite sur notre. couverture. On remarque à droite, le déversoir de l’usine liydro-élcctrique de Niagara Falls. Les chutes américaines sont séparées par le « Goal lsland » qu’on distingue à gauche.
- O11 prévoit qu’à continuer ainsi, les chutes du Niagara n’existeront plus dans quelques milliers d’années, éboulées et rabotées par le travail mécanique de l’eau.
- J .".de la Cerisaie.
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- SÉCHAGE PAR LA CHALEUR SOLAIRE
- Nous venons de réaliser un procédé permettant d’utiliser à grande, échelle, par l’intermédiaire de l’air jouant le rôle de « support », la chaleur solaire au séchage pour lequel on emploie généralement la chaleur d’un combustible solide ou liquide ou l’énergie électrique. Il est d’application intéressante dans les régions relativement chaudes et sèches d’Afrique du Nord, mais
- 20
- uj o
- 40 45
- 0 5 10 15 20 25 30
- degrés C°
- 1. — Pouvoir desséchant de l’air en grammes d’eau par mètre cube d’air;
- ne conviendrait pas sous les climats européens en raison du peu de temps utile dont on disposerait.
- L’utilisation de la chaleur solaire pour le séchage n’est pas chose nouvelle ; on en rencontre d’innombrables exemples dans la nature ; on en trouve aussi diverses applications industrielles, les marais salants par exemple.
- Le séchage à basse température peut s’accommoder d’une source d’énergie dégradée. L’air atmosphérique est un immense réservoir de cette nature ; le soleil l’échauffe quotidiennement par rayonnement direct et par rayonnement diffus de la terre accompagné de convection. La chaleur accumulée pendant la journée s’évanouit durant la nuit ; c’est donc pendant les heures chaudes de la journée qu’il faut essayer de l’utiliser.
- Pouvoir desséchant de l’air. — L’air au contact d’une paroi humide se rafraîchit, cependant que son état hygrométrique, c’est-à-dire son état de saturation en vapeur d’eau, augmente.
- La chaleur sensible perdue par l’air est utilisée à l’évaporation de l’eau de la paroi humide.
- On définit le u pouvoir desséchant » de l’air, exprimé en grammes par mètre cube, par la quantité maximum d’eau qu’un mètre cube d’air est capable d’absorber par évaporation. La figure 1 représente les courbes des pouvoirs desséchants de l’air établies en fonction de la température et de l’état hygrométrique.
- Le tableau suivant indique, par tranches de 4 h de la journée, les moyennes mensuelles et annuelles du pouvoir desséchant de l’air pendant une année à allure normale en Afrique du Nord.
- Conditions particulières de climat :
- Moyenne mensuelle maximum des maxima de température : 34°7 (mois d’août).
- Moyenne mensuelle maximum des minima de température : 1S°7 (mois d’août).
- Moyenne mensuelle minimum des maxima de température : 15°7 (mois de décembre).
- Moyenne mensuelle minimum des minima de température : 4°6 (mois de janvier).
- Moyenne annuelle des états hygrométriques journaliers maxima : 84 pour 100.
- Moyenne annuelle des états hygrométriques journaliers minima : 45 pour 100.
- Pluviométrie : 380 mm par an.
- Les années successives présentent généralement entre elles des différences mensuelles importantes, mais la moyenne annuelle ne varie pas plus de 10 pour 100.
- Ce tableau fait ressortir les moyennes mensuelles élevées de 12 h à 20 h. Le mètre cube d’air moyen, entre 12 h et 20 h a un pouvoir desséchant de 3,86 g d’eau, correspondant à environ 0,bo g de charbon brûlé pour obtenir le même effet dans les séchoirs industriels utilisant la houille comme moyen de chauffage.
- Les appareils utilisant le pouvoir évaporatoire de l’air atmosphérique présentent un coefficient d’utilisation économique de 0,6 environ, ramenant la correspondance à 0,33 g de charbon pour 1 m3 d’air, soit 3 millions de mètres cubes d’air pour 1 t de charbon.
- Pour « puiser » 3 millions de mètres cubes d’air au moyen de ventilateurs hélicoïdaux modernes, dans une installation correctement dessinée, on dépense 100 kW/h environ, ceux-ci correspondant à 60 kg de combustible brûlés dans une centrale thermique. L’économie peut donc atteindre la/16 A en faveur du séchage à l’air atmosphérique par rapport au séchage par combustible.
- Pouvoir desséchant de l'air (en grammes d'eau par mètre cube d'air).
- Mois 0 h à 4 h 4 h à 8 h 8 h à 12 h 12 h à 16 % 16 h à 20 h 20 h à 24 h Moyennes m t.nsuelles
- Janvier 0,39 0,31 0,31 1,95 2,-15 0,76 0,98
- Février 0,36 0 0,36 2,84 2,84 1,42 1,30
- Mars. . . 0,25 0 0,76 2,63 2,02 0,25 0,98
- Avril • 0 27 0,55 1,62 4,04 4,57 0,81 1,97
- • Mai 0,97 0,88 1,17 4,55 5,11 1,84 2,42
- Juin 2,39 2,27 3,14 6,84 6,25 2,66 3,92
- Juillet . 2,58 1,82 2,63 4,96 4,82 2,65 3.24 *
- Août •. . . . . 1,76 1,66 2,26 6,64 7,04 3,21 3^76
- Septembre . 1,87 1,51 2,1 4,58 4,58 2,1 2,79
- Octobre 0,67 0,66 1,69 3,89 3,37 0,8 1,85
- Novembre 0,60 0,57 1,01 2,14 2,15 1,24 1,28
- Décembre 0,5 0,43 0,58 1,61 1,09 0,66 0,81
- Moyennes annuelles 1,05 0,89 1,47 3,90 3,83 1,53 2,11
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- Dispositions d’une usine de séchage de minerais par l’air. — Nous donnons (fig. 3) les dispositions schématL ques d’une usine de séchage de minerais.
- Celte usine comprend essentiellement :
- 1° Une tour comportant un mélangeur, une installation de criblage et deux élévateurs verticaux ;
- 2° Un étage de distribution, à la partie supérieure ;
- 3° Un étage intermédiaire de séchage ;
- 4° Un étage inférieur d’évacuation.
- Le minerai convenablement criblé est
- (l)
- ctd tm cm c:—n cm crm c—n
- 2X2X2X2)
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-
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- Fig. 2. — Schéma d’usirtî de séchage.
- distribué de façon continue au moyen de deux transporteurs horizontaux à la partie supérieure de l’édifice. Il emplit les éléments sécheurs dans lesquels il s’écoule lentement par simple gravité.
- Les éléments sécheurs sont disposés en étalages formant murs, maintenus par un ensemble de poteaux-supports et de dalles formant planchers. Les murs sont disposés en une succession de V formant « accordéon » de façon que l’air, aspiré par 12 ventilateurs situés en façade, de 14,o m de diamètre et 180 ch de puissance unitaire traverse les murs en une seule fois.
- Les dispositions intérieures des éléments sécheurs qu’il serait fastidieux de décrire ici permettent généralement l’écoulement en toute sécurité de minerais granuleux ou sableux humides qui s’aggloméreraient normalement sous leur propre poids.
- Capacité évaporatoire : à 8 h/J, 395 000 t/an. ; au maximum, 645 000 t/an. — Paissance de ventilation : 2 160 ch. —
- (1) Tour clcvatrice (1 mélangeur, 4 cribles, 2 élévateurs).
- II. : 50 m ;'L : 15 m ; I. 7 m.
- (2) Liage de distribution. II. : 8 m ; L. : 36 m ; 1. : 90 m. (3) Étage de séchage. II : 30 m ; L. : 36 m ; I. : 90 m. (4) Étage d’évacuation. II. : 6 m ; L. : 36 m ; 1. ;
- 90 m.
- l’humidité à un degré convenable à la fois pour le séchage et pour le criblage préalable.
- Le réglage des vitesses d’évacuation se fait à l’étage inférieur et est entièrement automatique. La commande s’opère par relais à partir d’un ensemble de psychromètres disposés à la partie inférieure des appareils sécheurs.
- Dans le cas où le minerai à sécher serait trop humide et ne pourrait pas s’écouler à travers les sécheurs, une installation de mélange de produit sec à la matière humide permet de réduire
- D. W. et N. Goulounes, Architecte Ing. A. M.
- et École Polytechnique.
- Triangle et du Carré
- CURIOSITÉ GÉOMÉTRIQUE
- Le mariage du
- En combinant le triangle équilatéral et le carré on peut obtenir une série de figures successives qui sont liées par un grand nombre de relations remarquables et curieuses dont nous allons citer les principales — seulement — pour le délassement des lecteurs de La Nature qui aiment la Géométrie, comme toutes les beautés de la grande Nature.
- Si l’on construit sur le côté d’un carré : AB, dans l’intérieur, un triangle équilatéral AHB et si l’on procède de même sur chacun des trois autres côtés, on obtient les 4 points H, G, F, E, qui forment, évidemment, un nouveau carré. On peut ensuite effectuer les mêmes constructions sur les côtés de ce deuxième carré, puis sur ceux du troisième et, ainsi, indéfiniment.
- On constate tout d’abord que les 4 triangles nouveaux que l’on peut tracer, tels que AEF et EDII, sont équilatéraux, tandis que les 4 autres triangles interstitiels, tels que ÀDE ou DCII, qui se sont formés, sont isocèles. Le « mariage » du carré initial avec le triangle équilatéral, qu’il a épousé sur ses quatre côtés... a donc donné neuf nouvelles figures : une belle famille 1 Pour détailler les constructions successives ainsi exécutées en employant un langage mathématique, il faudrait considérer un carré de la série et dire que c’est le carré de rang n, puis convenir que tous les carrés de la série, en allant vers des dimensions plus petites, seraient du rang : n + 1, n + 2, n + 3, etc...., jus-
- qu’à n + oo tandis que les carrés de plus grandes dimensions porteraient le rang' : n—1, n — 2, n — 3, etc...
- Mais, pour rendre moins aride et plus récréatif l’énoncé des propriétés de ces constructions, on nous excusera d’avoir adopté une autre façon de parler, qui n’a, évidemment, rien de mathématique. On peut considérer un carré comme le père du carré de dimension immédiatement inférieure, le grand-père du suivant, etc... et de même, considérer ce carré initial, comme le fils de son père !... ou le petit-fils de son grand-père...
- Enfin, on nous pardonnera de ne pas avoir donné de démonstrations, car, les relations signalées sont du domaine de la Géométrie élémentaire, qui est, sans aucun doute, bien familière aux lecteurs de La Nature. Il leur sera même facile d’en étab’ir d’autres du même genre, ou, peut-être, quelques-unes, plus intéressantes, que nous n’aurions pas aperçues.
- Propriétés d’alignements de points. — 1° Les droites qui joignent chaque sommet d’un carré aux deux sommets les plus éloignés de son « fils » se coupent, deux à deux, aux sommets de son « petit-fils ». Exemple : K est à l’intersection de A1I et de CE (qui recouvrirait EK).
- 2° Les côtés prolongés d’un carré et les côtés prolongés de sou père, se rencontrent, deux à deux, sur les côtés de son grand-père. Exemple : KN et HG se rencontrent sur DC, en P.
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- 3° Sur un même arc de cercle décrit d’un sommet d’un carré, avec son côté pour rayon, se trouvent deux sommets de son père et deux sommets de son fils. Exemple : Un arc de centre K et de rayon KL, passe par E, H et S, T (Voir le Nota Bene).
- Propriétés d’égalité de longueurs. — 4° Le sommet d’un carré est symétrique du sommet le plus éloigné de son petit-fils, par rapport à celui des côtés de son fils, qui est entre eux. Exemple : M est symétrique de D, par rapport à EH.
- 5° Deux côtés consécutifs prolongés d’un carré vont déterminer entre eux, sur celui des côtés de son père qui est le plus voisin, un segment de longueur égale au côté de son fils. Exemple : EH et HG prolongés déterminent, sur DC, un segment PQ égal à KL.
- 6° La différence entre le côté d’un carré et la diagonale de son fils est égale au côté de son petit-fils. Exemple : Si l’on retranche
- la diagonale EG du côté DC on trouve une longueur égale à KL.
- 7° La distance d’un sommet d’un carré, à celui des sommets de son petit-fils ^ui est le plus voisin, est égale au côté de son fils. Exemple : DK est égal à EII.
- 8° Le sommet d’un carré est symétrique des deux sommets les plus éloignés de son fils, par rapport aux deux lignes qui joignent les deux sommets les plus proches de ce fils, au plus proche sommet de son petit-fils. Exemple : C est symétrique de E et de F, par rapport aux deux lignes IIL et LG, respectivement.
- Équivalences de surfaces. — 9° Si l’on prolonge les cotes d’un carré, jusqu’à la rencontre des côtés de son grand-père, on forme une croix à 4 branches égales dont la surface totale, augmentée de celle même du carré central générateur, est égale à deux fois celle du père de celui-ci. Exemple : La croix formée (en traits élémentaires) sur le carré KLMN, dont une des 4 branches égales se termine en PQ représente une surface totale qui, augmentée de une fois encore celle du carré KLMN, qui forme son centre, est égale à deux fois celle du carré EHGF.
- 10° La surface du quadrilatère formé xpar un triangle équilatéral de série et le triangle isocèle de la génération suivante, qui lui est contigu, est équivalente à la moitié de celle du carré de cette même dernière génération. Exemple : Le quadrilatère EDIIK est équivalent à la moitié du carré EFGH.
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- 11° La somme des surfaces d’un carré et de deux des triangles équilatéraux de sa génération représente un total équivalent à la moitié de la surface de son père. Exemple : Le polygone AEIICGF a une surface équivalente à la moitié du carré ABCD.
- 12° Les quatre triangles isocèles d’une génération totalisent une surface équivalente à celle du carré de la génération suivante. Exemple : Le total des surfaces des quatre triangles tels que AED équivaut le carré EHGF.
- Limites de sommes de surfaces. — 13° La limite de la somme de toutes les surfaces de tous les carrés imaginables, jusqu à l’infiniment petit, en commençant par (et en comprenant) un carré donné d’une série, est équivalente à la moitié de la différence obtenue en retranchant la surface du père du carré choisi, de la surface totale des quatre triangles équilatéraux construits sur les côtés de celui-ci. Exemple : La limite de la somme des surfaces de tous les carrés de série décroissante, en commençant par KLMN, est équivalente à la demi-différence obtenue en retranchant. la surface du carré EHGF de la surface totale des quatre triangles tels que AEF.
- 14° La limite de la somme de tous les' triangles équilatéraux de série, jusqu’à l’infiniment petit, en commençant par (et en comprenant) quatre de ces triangles est égale à la demi-somme des surfaces de ces quatre triangles et de trois carrés de la même génération. Exemple : La limite de la somme de tous les triangles équilatéraux de série, en commençant par les quatre tels que AEF, est égale à la demi-somme des surfaces de ces quatre triangles et de trois fois la surface du carré EHGF.
- Une ligne illimitée de triangles, qui s’en vont jusqu’à l’infini, QUATRE PAR QUATRE... pour arriver à un total de QUATRE triangles et de TROIS carrés, coupé en deux, n’est-ce pas là un véritable K effet » de mariage .... bien curieux ?
- 15° Enfin, on remarque que si l’on prolonge les côtés d’un carré jusqu’à la rencontre des deux côtés de son grand-père, et si l’on joint, en diagonale, deux à deux, les huit points de rencontre, on forme une superbe Croix de la Légion d’IIonneur !
- Cette croix a une surface équivalente à la différence obtenue en retranchant 10 carrés, égaux au grand-père du carré central, de 24 triangles équilatéraux, de la génération de son arrière grand-père I
- Il semble bien qu’il y ait, dans certaines constructions géométriques, une véritable « mine » de concordances. Elles évoquent irrésistiblement des idées de résonances et d’harmonie. Et n’est-ce pas là une des caractéristiques les plus émouvantes des œuvres de la Nature ?
- J.-B. Tardy.
- Nota bexe. — L’auteur ayant exprimé le désir de soumettre cette « Récréation Géométrique », dans sa première rédaction, à M. le Professeur A. Sainte-Lague, celui-ci a eu la grande obligeance de la parcourir et d’indiquer quelques améliorations de forme qui ont été réalisées. Qu’il en soit remercié.
- En même temps, celui à qui les « Nombres et les Lignes » savent très mal cacher leurs secrets, s’est laissé tenter aussi, sans doute, par cette « forêt de symboles » et il nous permettra d’apprécier, comme un geste de sympathie « ès Figures », d’avoir bien voulu nous signaler, en passant, quelques autres propriétés.
- Notamment :
- La division de l’angle droit EHG, par exemple, en six angles de 15°, par les droites 11E, IIK, UN (qui recouvrirait RM), IIF (non tracée), HM (récouvrant SM), HL et HG.
- L’arc de cercle de centre F et de rayon AF passe par les points E, K, L, G et B (On peut même noter que cet arc passe encore par les points où les di'oites AF et FB, prolongées, iraient rencontrer respectivement les côtés BG et AD et que l’on obtiendrait ainsi, dans l’arc de cercle indiqué, SEPT (Quatre et Trois !) des côtés d’un dodécagone régulier inscrit dans cet arc).
- L’arc de cercle de centre A et de rayon AB passe par G, II et D (Ce qui permet également de remarquer que les droites BG, GH, HD, représentent aussi le quart d’un dodécagone régulier, inscrit dans le cercle de rayon AB).
- J.-B. T.
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- Les services techniques qui,accompagnent les troupes d’occupation anglo-américaines en Allemagne ont commencé à donner quelques renseignements sur plusieurs procédés, nou-- veaux ou anciens, mais perfectionnés, employés par les Allemands pour remédier à la pénurie ou à l’absence de certains produits indispensables aux fabrications de guerre. Ces renseignements sont mis dans le commerce sous, la forme de brochures d’un prix modique : de 5 pence à 2 shillings 0 pence en Grande-Bretagne. Trente de ces brochures étaient déjà publiées à la fin de 1945 ; leur éditeur est l’organisme américain Combincd Intelligence Objectives Sub-Committee (CIOS). Elles sont d’une valeur très inégale, mais, en général, très suffisante pour les industriels qu’elles intéressent.
- Deux procédés ont été mis au point pour fabriquer le mica, isolant qu’on croyait irremplaçable dans la construction électro-technique ; les Allemands ont fabriqué : 1° un mica artificiel, qui ne ressemble guère au mica naturel mais qui a été très largement employé dès 1941 ; 2° un mica vraiment synthétique, car il renferme les mêmes constituants que les micas naturels ; la mise au point de sa fabrication a été longue et on n’a commencé à s’en servir qu’en mars 194-5.
- Mica artificiel-
- Dans ce procédé, on utilise la fibre de verre sous forme de fils retordus d’un diamètre de 15 à 22 microns. Avec ces fils, on tisse une toile dont la. trame compte 19 à 21 fils par centimètre et la chaîne 15 à 17. Cette toile pèse 125 à 135 g par mètre carré. Le verre qui sert à fabriquer la. fibre doit contenir 6 à 9 pour 100 d’alcalis (soude et potasse). La toile ne doit pas perdre plus de 4,5 pour 100 de son poids quand elle a été portée à 450° pendant 10 min. Cette perte de poids correspond à la destruction de l’huile d’ensimage employée pour faciliter la filature et le tissage. Sa pré-'sence gênerait les traitements ultérieurs.
- Cette toile est imprégnée d’un mélange homogène dont la composition est la suivante : un résinol spécifié K2, qui est partiellement polymérisé, 53,30 pour 100 ; un alcool supérieur, à point d’ébullition élevé, spécifié alcool CR, 23,25 pour 100 ; un kaolin très pur, dit d’osmose, obtenu par électrophorèse dans l’eau, 23,35 pour 100. L’imprégnation s’effectue dans uii four vertisal de 7 m de hauteur où la toile se déplace à la vitesse de 1 xn par minute, d’abord de bas en haut, puis de haut en bas ; elle en sort, imprégnée, à la température ordinaire ; à la partie supérieure, elle est portée à une température qui ne doit pas dépasser 120° et elle passe entre deux cylindres qui la compriment et dont l’écartement est réglé de façon que la toile imprégnée ne retienne que 420 g par mètre carré du mélange d’imprégnation. La toile se réchauffe en montant, elle se refroidit en,descendant.
- La toile imprégnée est débitée en bandelettes de 95 mm de largeur et de 1,50 m de longueur. On les plie deux fois sur elles-mêmes de façon à obtenir un coupon de toile de trois épaisseurs qui mesure, par conséquent, 0,50 m sur 95 mm. Ces coupons sont moulés sous pression par trois, et on porte les moules à 210° pendant 4 h. On expulse ainsi l’alcool ; il est récupéré. On soumet enfin les coupons dans leur moule pendant 5 min à une pression de 350 kg/cm2 à la température de 160°. Ils ont alors une épaisseur qui, désormais, sera invariable. Cette épaisseur est de 55' microns (à 1 centième de micron près en plus ou-en moins).
- Le mica artificiel ainsi obtenu résiste indéfiniment à une température de 250°, et temporairement à.320°. Il n’est pas hygrosco-pique ; son poids et ses dimensions restent les mêmes après.24 h de séjour dans l’air saturé d’humidité à 21°. Il ne doit pas claquer sous une tension de i 000 V, mais il résiste à plusieurs milliers de volts.
- L’outillage nécessaire à cette fabrication est simple et peu coûteux ; c’est à peu près celui qu’utilisent les fabricants de matières plastiques à base de phénols. Le produit porte le nom commercial de Glashartgewcbe ; sa fabrication a été mise .au point par la Société Robert Bosch.
- Mica synthétique.
- L’analyse des micas naturels d’usage courant a montré que leur composition qualitative et quantitative est très variable. Les meilleurs micas synthétiques ont la composition suivante : silice Si02, 35 à 39 pour 100; sesquioxydes (Al, Fe, Cr, V)„0., 11 à 12 pour 100 ; protoxydes (Mg, Fe, Mn, Zn)0, 0,29 à 3,5 pour 100 ; fluosilicatcs (Na, K)2SiFB, 11 à 13 pour 100 ; fluorures (Na, K)F, 6 à 7 pour 100. Les Allemands disposaient des matières premières nécessaires qui, fondues à très haute température dans un creuset, donnent un verre qu’on coule en plaques minces. Une première difficulté fut d’obtenir des plaques d’assez grandes dimensions et parfaitement clivabîes, comme le mica naturel. Après avoir essayé en vain plusieurs moyens, on reconnut que le meilleur est de soumettre le creuset contenant le verre fondu à un champ magnétique uniforme dont la direction est perpendiculaire à l’axe du creuset. De plus, le refroidissement doit être extrêmement lent de 1 270° à I 230° ; après quoi, il peut être très rapide. On a obtenu ainsi des plaques parfaitement clivabîes mesurant jusqu’à 9 cm de longueur au -laboratoire et 30 cm dans une fabrication industrielle.
- Le choix du matériau du. creuset a présenté une autre difficulté.. Le platine convient parlaitemenet, mais il est très cher, car les creusets doivent être assez grands et leur pardi doit être assez épaisse (3 mm). De plus, le mica fondu y adhère et, au bout de trois ou quatre fusions, il forme une couche épaisse qui diminue, beaucoup la transmission de la chaleur. Finalement on a choisi le graphite ; les parois du creuset peuvent atteindre 8 cm d’épaisseur et il supporte jusqu’à 15 fusions.
- On peut chauffer le creuset électriquement au moyen de résistances en corundum, mais il est préférable de recourir au gaz de gazogène comme dans les fours de verrerie modernes. On opère en atmosphère réductrice, à forte teneur en oxyde de carbone ; on protège ainsi le graphite contre sa combustion. A la température de fusion, avec quelques-uns des composés fluorés employés, il peut y avoir perte de fluor par évaporation. Dans ce cas, le creuset plonge dans un bain de fluorures fondus surmonté d’une garde hydraulique de ces mêmes fluorures fondus, qui retient la vapeur des composés fluorés.
- Sous ses différentes formes, le procédé a été mis au point par le Dr A. Dietzel, dans l’usine de la Forschungsgemeinschaft für Keramik, Glastechnik und Emailtechnik située à Ostheim en Thu-ringe. Ce procédé est l’objet de la brochure CIOS-XXII-II.
- E. L.
- Nouvelle matière plastique.
- A Newark, dans le New-Jersey, une usine pilote met au point la fabrication industrielle d’une nouvelle matière plastique homologue de l’acétate de cellulose : le propionate de cellulose.
- Elle peut être moulée, colorée, imprimée, soudée à elle-même. Sa résistance à la rupture et son coefficient diélectrique seraient supérieurs à celui de l’acétate.
- La matière première, l’acide propionique, est obtenu à partir dû gaz naturel des pétroles.
- Imprimé en France.
- Le gérant : G. Masson.— masson et cie, éditeurs, paris. — dépôt légal : 2e trimestre 1947, «° 4g4. — BARNÉOUD fRÈRES ET Cie, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, K° 683. — 6-194?.
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- N° 3139
- l9r Juillet 1947
- LA NATURE
- 1. Cône d’éboulis,
- Fig. 1 à 3.^— L’aven d’Orgnac.
- l’aven. — 2. Les ossements de Bison se trouvaient derrière cette sorte étaient au pied de ces stalagmites. Des personnages au pied des colonnes
- thè
- ese sur
- la fo
- rm
- L'AVEN D'ORGNAC
- de herse stalagmitique. donnent l’échelle.
- ali on
- (Ardèche)
- 3. Ceux de
- Dès sa découverte par l’auteur de cet article, La Nature (n° 2967, i5 décembre ig35) a publié quelques notes prises au cours des premières investigations, une description sommaire de la caverne et une carte montrant la situation géographique de l’aven.
- Après de nombreuses explorations, visites et observations, nous pensons, être en mesure d’expliquer comment la caverne d’Orgnac a pu se former.
- Toutes les grottes n’ont pas eu les mêmes conditions d’établissement. La plupart sont le résultat de l’érosion, certaines furent prodüites par des fractures tectoniques, c’est-à-dire pendant la surrection des montagnes, d’autres par des accidents locaux comme des glissements de pans de montagnes ou des écroulements de falaises.
- Orgnac a pour origine l’érosion et ce n’est que par la suite que certaines modifications accidentelles lui donnèrent son aspect actuel.
- Afin de mieux comprendre notre théorie, nous l’avons illustrée de sept schémas (fig. 5) auquel on devra se reporter pour bien saisir la succession des phases. Certaines d’entre elles furent fort longues et représentent certainement des dizaines de millénaires, ce sont celles pendant lesquelles Pérosion seule opéra. D’autres furent presque instantanées, ce sont celles où un effondrement local vint apporter ses modifications particulières. Entre, temps, un agent qui joue inexorablement son rôle destructeur : la corrosion ou l’action chimique rongeait la roche en certains points alors qu’ailleurs une autre action chimique construisait les concrétions.
- Premier creusement.
- A une époque fort éloignée de nous, c’est-à-dire au Pliocène (fin de Père tertiaire) soit d’après la chronométrie généralement admise il y a au moins trois millions d’années, et peut-être
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- même avant, entre le moment où les calcaires crétacés furent exondés et la transgression de la mer miocène, dans ce qui est la Rhodanie actuelle, l’eau d’infiltration de pluies torrentielles dont nous ne nous faisons qu’une faible idée se fraya un passage entre des bancs rocheux plus ou moins jointifs. On sait en effet que les dépôts marins ne sont pas toujours compacts sur de très grandes hauteurs et que des bancs marneux, donc plus frayables ou solubles, succèdent à ceux qui deviendront avec le temps, durs et de grains serrés, saccharoïdes même comme l’Urgonien de la partie de l’Ardèche où se trouve Orgnac. C’est au détriment de ces bancs plus solubles ou plus tendres que les courants souterrains se frayent un passage en obéissant à la pesanteur, c’est-à-dire au pendage (inclinaison) des strates.
- Un observateur qui se serait alors trouvé dans cette région l’aurait trouvée bien différente de ce qu’elle est de nos jours : au lieu de circuler vers 3oo m d’altitude, il aurait vu son altimètre indiquer 35o ou 4oo m, ce qui est vallon maintenant était probablement colline ; une flore différente garnissait les plateaux et le climat n’était pas celui que nous subissons. . .
- moins d’un kilomètre au N.-E. et la « Baume de Ronze » à environ 2 km dans l’W.-W.-S. L’aven du Rat est constitué par deux diaclases orthogonales descendant verticalement; au fond aucune salle n’existe et le sol est fait de cailloutis. La Baume de Ronze est une sorte de « doline » ou cirque d’effondrement dont le côté est en pente douce et les autres (pour la partie supérieure), en falaise abrupte. Nous verrons plus loin pourquoi cette cavité se trouve de nos jours dans cet état. Le fond est (pour l’instant) sans aucune issue vers les galeries d’amont et d’aval par lesquelles la rivière souterraine circulait. L’éboulis de la pente est vient s’adosser à la paroi; il faudrait des travaux dont on ignore l’importance pour déblayer et rejoindre le chenal ancien; un passage vers l’aval nous aurait probablement permis de rejoindre Orgnac.
- La doline de Ronze qui nous montre une cavité plus évoluée qu’Orgnac, prouve par ses vastes dimensions qu’il s’agit bien d’un « regard » sur le réseau d’Orgnac. Elle a, à la bouche, environ 80 m de long sur 5o de large (schéma C).
- Premiers éboulements.
- Pour la partie de la rivière souterraine dont nous nous occupons principalement, c’est-à-dire sous le « regard » d’Orgnac, on peut admettre que divers accidents survinrent comme nous avons pu le vérifier dans d’autres grottes. Le débit, comme dans les rivières épigées subit des variations en rapport avec les précipitations. Pendant les périodes de ce maigre », la corrosion travaille, préparant sourdement des éboulements. L’eau de la surface s’insinue lentement par les lithoclases, dissolvant les bancs marneux et détruisant le contact entre les bancs durs, ces effets compromettent progressivement la résistance des plafonds. Par places des dalles tombent, certaines sont détruites et emportées par le courant, ailleurs d’autres subsistent.
- Premier séisme.
- L’eau de ruissellement en surface opérait le démantèlement. Les dépôts miocènes étaient progressivement entraînés vers la mer, abaissant du même coup le niveau général de la région. Ce faisant, l’érosion superficielle découvrait des fissures plus ou moins verticales de la roche compacte sous-jacente et l’eau
- SaJfes
- supérieures
- Tunnel
- Fig. 4. — L’aven d’Orgnac (Archèche). Coupe et plan.
- courante s’y engouffrait. Ces courants façonnaient déjà les puits verticaux ou avens dont il nous reste maintenant quelques vestiges et en particulier celui par lequel nous avons pu accéder à la grotte (schémas A et B).
- La rivière souterraine.
- L’eau, qui est capable avec le temps et les agents abrasifs qu’elle transporte, de mener à bien un travail formidable, forait progressivement un chenal de plus en plus vaste sous terre. Tous les produits de l’excavation, sables, boues, galets, étaient entraînés au loin vers le plan de base, libérant ainsi une galerie en rapport avec le volume du courant. Par les puits verticaux cascadaient des affluents venant encore en augmenter l’importance. Ces chutes d’eau contribuèrent par leur effet physique à l’agrandissement de certaines parties de la cavité, elles forèrent des salles, où des remous érodèrent les parois.
- Si nous ignorons quel était le bassin d’alimentation de cette rivière hypogée importante, nous pouvons toutefois penser que certaines cavités voisines'de l’aven d’Orgnac faisaient partie du même réseau. Deux d’entre elles, dont le fond actuel est constitué de colmatages par éboulis, se trouvent vers le niveau moyen de la grotte d’Orgnac, soit — 90 m; « l’Aven du Rat » situé à
- On voit par ce qui précède que, même sans faire intervenir aucun mouvement sismique on pourrait expliquer un amoncellement de blocs dans l’immense cavité que la rivière s’est creusée. Toutefois, au pliocène l’activité volcanique redouble dans le Massif Central et il est probable que certains mouvements du sol se soient transmis dans la région qui nous intéresse. Le Tanargue n’est pas loin et si la cavité d’Orgnac existe déjà, la Basse Ardèche doit subir les contre-coups de ce volcanisme.
- Nous venons d’avoir en janvier iq47, la confirmation de ces séismes. Après avoir foré un passage de 10 m de longueur dans le « bouchon » stalagmatique de l’extrémité connue de la grotte de Saint-Marcel d’Ardèche, nous avons pu constater que de nombreuses concrétions, dont certaines très volumineuses, étaient brisées. D’autres sont cassées et ressoudées par de la calcite.
- On sait qu’au pliocène supérieur il y eut une période de remblaiement et une accumulation de cailloutis remplissant les dépressions. L’eau recommença son travail. Progressivement un refroidissement survint, vers la fin du Villafranchien (fin du tertiaire et commencement du quaternaire) une grande glaciation dura des millénaires puis les glaciers fondirent, les rivières grossirent, l’érosion devint très active. Par les « terrasses » du lit du Rhône on peut voir qu’il a subi les effets de ces variations de climat; or la rivière d’Orgnac qui n’était qu’un
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- Fig. 5.
- L’évolution passée de l’aven. d’Orgnac.
- a) A l’époque an té-pliocène, on voit le pendage N.-W—S.-E. qui affecte les strates du Crétacé et les failles, avec très léger rejet. Les infiltrations suivant le pendage commencent à éroder. En pointillé, la caverne actuelle. — b) L’érosion devient plus active et le lit souterrain se creuse. — c) Probablement au Pliocène, les arrivées d’eau considérables circulant dans le lit souterrain et les failles érodées en « avens »,. affouillent les berges, agrandissent la cavité et disloquent le plafond.. Le trait noir épais marque un niveau érodé antérieurement puis abandonné ; c’est celui des salles découvertes en 1939 et 1946. — d) La-grande pluviosité a cessé ; la rivière hypogée est tarie. Un séisme a-fait écrouler les dalles du plafond de la grotte. — e) De petits effondrements, des apports de matériaux meubles, d’argile provenant de la-décomposition lente des calcaires corrodés, de « terra rossa », venue delà surface colmatent les anfractuosités entre les blocs éboulés. Desconcrétions de toutes tailles s’édifient. Le ruissellement a emporté le manteau miocène superficiel. — f) Un nouveau séisme a abattu les concrétions, sauf celles soudées au plafond. Les stalagmites actuelles s'édifient, dont les plus grosses sont penchées, brisées ou renversées ; la plus-grosse (à droite en e et /) a été renversée et supporte une nouvelle concrétion, surmontée par une chape stalagmitique débordant sur les côtés. C’est l’état actuel. — g) Plus tard, le plafond de la salle supérieure s’effondrera ; une « doline » naîtra, puis la terre et l’humus s’y formeront,, la végétation y apparaîtra et seules resteront les salles basses (—140 m) protégées par leur épais plafond.
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- Fig. 6 à 8. — Quelques stalagmites bousculées.
- 6. Dans une grande salle de 4oo m de tour, deux piliers subsistent, soudés au plafond. Celui-ci a 17 m de haut ; il est blanc de neige à droite et rouge à gauche. — 7. Le second a 23 m de haut ; sur sa gauche le plafond s’élève rapidement à 85 m de hauteur. — 8. Stalagmite géante renversée,
- malgré sa base de 10 m. Une nouvelle concrétion s’y édifie actuellement.
- affluent de la Cèze (d’après nos observations) était tributaire du grand fleuve rhodanien.
- Après des pluies exceptionnelles, la glaciation, vinrent les sécheresses ; la rivière souterraine cessa de circuler. Son lit large partout, immense par endroits (confluences, arrivées de puits verticaux) atteignait au moins xoo m de large, la voûte était à plus de 8o m. Un spasme du sol, même faible, peut très bien avoir fait écrouler les bancs sub-horizontaux, qui la constituaient. Ainsi s’explique l’amas gigantesque actuel. Si nous disons gigantesque, c’est que par des explorations méthodiques, en nous insinuant dans toutes les fissures, nous avons pu cuber certains de ces blocs : 5oo, 8oo m3 ne sont pas rares. Entre eux de véritables salles existent, de 20 m de longueur, 10 m de largeur, 4 m de plafond comme la « salle Gèze »; d’autres sont moins vastes et d’autres restent inconnues de nous. Le vide préexistant a été en partie occupé par cet effondrement; le vide subsistant est pour la première salle seulement de plus de 3oo m de longueur sur 90 de largeur (au point le plus large) et d’une hauteur allant de 17 à 5o m (schéma D).
- Le concrétionnement.
- La roche urgonienne étant très propice aux concrétions, une infinité de canalicules descendent du plafond, conduisent les eaux de condensations et de pluies surchargées de sels calcaires; des stalactites se forment. Sur le sol, au-dessous s’édifient des stalagmites. Le temps aidant, certaines deviennent gigantesques : 10, 2o-, 25 m de hauteur, 3, 5, 10 m de diamètre. Quelques-unes parviennent à rejoindre le plafond à plus de 20 m au-dessus, se soudent, et forment des piliers stalagmitiques.
- Pendant des dizaines de millénaires, le calme absolu règne dans le sol. La caverne se décore naturellement partout par le
- travail des gouttes d’eau. Dans la nuit, circule une faune d’insectes qui ayant fui la surface où les conditions de vie ne lui convenaient plus, se différencie progressivement de ses ancêtres. Par l’aven qui fait correspondre la grotte et la surface, tombent des animaux, des pierres, de la terre, qui constitueront le cône d’éboulis. Des poussières fines arrivent de l’extérieur par ce chemin et recouvrent les argiles grasses des abords du puits d’une pellicule grise (schéma E).
- Le second séisme.
- Après une période de calme que seule la chute d’une tête de stalagmite désaxée est venue troubler, la terre vibre à nouveau. Est-ce un tassement local, un mouvement de surrection dû à un phénomène d’équilibre consécutif à une glaciation, ou une manifestation du volcanisme dans le Yivarais ? On l’ignore, mais des myriades de petites stalagmites sont brisées et les plus grosses sont renversées. Seules, celles soudées au plafond résistent. La prodigieuse stalagmite qui est située à — i4o, longue de 25 m et dont l’embase, pourtant bien assise, a 10 m de diamètre, s’abat elle aussi. Une sorte de tour stalagmitique dè près de 20 m de longueur et de 4 m de diamètre qui s’était construite au sommet de l’éboulis cyclopéen se renverse. Ses morceaux du sommet dévalent la pente et vont s’accumuler au bas 100 m plus loin.
- Une autre s’incline et va s’appuyer sur la paroi proche; elle domine de ses 12 m toutes les nouvelles venues qui l’entourent (schéma F).
- Au quaternaire.
- A cette destruction massive de concrétions dont les plus volumineuses abattues sont les témoins, succéda une période de calme
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- complet extrêmement long. D’autres stalactites conduisirent les gouttes qui bâtirent de nouvelles stalagmites. Certaines même se réédifîèrent sur leur ancêtre renversé, ce qui prouve que les fissures du plafond n’avaient pas été oblitérées.
- Une infinité de nouvelles colonnettes grandirent, leur fragilité même montre qu’elles sont postérieures à ce dernier séisme, leur grandeur d’autre part montre qu’il est fort éloigné de nous dans le temps.
- La découverte d’une faune particulière vint corroborer notre thèse. Nous avions bien trouvé dès nos premières incursions des restes de cerf (Elaphus) et de chevreuil, en plus des ossements récents que l’on rencontre dans tous les éboulis d’avens, mais rien encore ne nous permettait de dater l’âge du mouvement du sol qui brisa les concrétions.
- Notre attention fut un jour attirée par deux fragments d’an-douiller de renne sur un bloc en bordure de la pente qui -conduit vers le point bas de la salle supérieure. Il avait dû être amené là par un ruisseau temporaire en provenance du cône d’éboulis qui cii'cule pendant les orages exceptionnels. Quelque temps après, dans la partie ouest de la même salle, dans une fissure entre deux blocs, nous trouvions un métatarsien de Renne; plus loin un fragment de mandibule avec les dents caractéristiques. Plus récemment, vers l’entrée de la salle Gèze, nous ramassions une autre mandibule. Le Renne avait donc vécu dans cette région; on le savait déjà puisque ses ossements avaient été ramassés dans des gisements moustériens des grottes du Gardon et des environs. Lorsqu’en surface encore nous trouvâmes, au cours des aménagements d’Ôrgnac pour les touristes, de nombreux os de Bison priscus au pied d’une stalagmite brisée, nous fûmes certains que celte faune froide nous permettrait de dater les dernières modifications dans Orgnac.
- Disons d’abord que le Bison était représenté par des dents, un fragment de mandibule, un scapulum, un morceau de bassin, un métacarpien, un fémur. La bête avait donc été en Totalité dans ce coin, mais la chute de quelques concrétions en avait brisé les restes et caché une partie. Le Bison n’en était pas moins « en surface », donc, depuis la glaciation rissienne qui avait chassé la faune froide des environs de Lyon, Orgnac était resté tel quel. Du même coup les conditions d’établissement de cette cavité reculent dans le temps, nous venons d’en voir les différentes phases qui, toutes, nécessitaient de longues périodes, c’est dire que le nombre de millions d’années dont il a été question au début de cet exposé n’a rien d’improbable.
- Fig. 10. — Stalactites excentriques.
- Au milieu de l’anfractuosité, un tore soutenu par trois rayons rappelant un volant d'automobile.
- Que deviendra l'Aven d'Orgnac ?
- L’évolution naturelle et l’expérience acquise ailleurs nous prouvent qu’Orgnac en est à l’avant-dernier stade.
- Nous avons vu qu’il a été « vivant » lorsque la rivière y circulait, qu’il est « mort » maintenant et tout prouve que, même si l’homme qui en a fait son fief, veut intervenir, il deviendra une « doline ». Ceux qui ont vu sur les grands Causses ces dépressions fermées appelées « sotchs » dont le fond est occupé par un peu de terre rouge, peuvent se faire une idée de ce que sera notre belle caverne du bas Vivarais lorsque le temps aura passé....
- Un jour, dans un délai imprévisible, un effondrement ultime viendra recouvrir de ses blocs les magnifiques concrétions. Le plafond s’écroulera au moins dans la salle supérieure, une! dénivellation oblongue marquera seule ce qui fut la grande salle haute de la caverne. Son début sera au début encombré de blocs géants, puis peu à peu, les agents météoriques aidant, les fissures se colmateront, la végétation reprendra ses droits et le bois cachera à tous ce lieu si fréquenté et si apprécié. Orgnac aura alors rejoint le stade actuel' de la Baume de Ronze (schéma G).
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- Espérances.
- Avant que cette triste éventualité ne se produise, il est probable que bien des générations se succéderont sur les pistes cimentées entre les projecteurs qui permettent de jouir de ce paysage unique.
- En ce qui nous concerne, nous espérons bien pouvoir pousser plus avant nos investigations. Nous savons déjà que si nous faisons exécuter quelques travaux de déblayage au point bas des grandes salles soit à i46 m sous la bouche, nous irons certainement plus loin. Là, l’argile rouge provenant de la décomposition du calcaire a glissé jusqu’à un point bas de la voûte. Celle-ci doit se relever derrière et au delà nous pourrons probablement circuler soit dans des salles encore inconnues, soit dans des couloirs qui nous permettront de parfaire notre élude.
- Dans la salle Nord, deux minuscules « trous souffleurs » qui nous furent révélés par le bruit du vent rompant le silence absolu qui règne là-bas, pourront — moyennant des travaux — nous.conduire en amont vers la liaison avec la Baume de Ronze. La présence de ce courant d’air pérenne prouve l’existence d’autres cavités de ce côté; nous souhaitons de pouvoir un jour en percer le mystère.
- Nous serons encouragés par une récente découverte, car — ainsi que le disait E.-A. Martel : « on n’est jamais sûr d’avoir tout vu dans une grotte ». Celle dont nous nous occupons est tellement grande et compliquée que des trouvailles nouvelles peuvent être toujours espérées. Nous avions noté dès nos premières incursions, la présence d’argile sableuse en un point de l’éboulis cyclopéen, et cela nous-avait intrigué. Un jour enfin, muni de matériel d’escalade, nous ai'rivâmes à nous élever dans une cheminée étroite d’une quarantaine de mètres. Nous débouchâmes tout à coup devant une lucarne qui nous permit de voir que nous étions presque au ras du plafond de l’extrémité de la salle supérieure. Devant nous, à peu près horizontalement, nous progressâmes dans une succession de petites salles basses de plafond. Les parois sont déchiquetées et garnies de nombreuses « stalactites excentriques » (qui n’obéissent pas aux lois de la
- pesanteur). La roche est un peu différente de celle d’en bas, nous-sommes dans une « dolomie » de YUrgonien. Continuant notre exploration, nous finîmes par arriver à une grande fenêtre qui est juste au-dessus de lu couche d’argile sableuse dont nous venons de parler. Nous venions de trouver l’explication de cette observation. En poursuivant encore dans une autre direction, nous arrivâmes au bord d’un aven de près de 20 m dont le diamètre est égal à la profondeur. Au bas, nous nous enfonçâmes dans une couche épaisse de guano de chauves-souris de o,5o m, car ces Chéiroptères trouvent ici un abri sûr, loin de tout public et de tout bruit. La quantité de guano pi’ouve qu’ils choisirent ce lieu écarté bien avant que l’homme ne vînt dans la grotte. Enfin latéralement nous découvrîmes un nouveau petit puits mais contrairement à nos espérances il ne nous conduisit pas loin, un colmatage pierreux le bouchait.
- En août 1946, par une « vire » très délicate, nous ayons réussi à atteindre la partie est du balcon sur lequel nous avions pris pied en 1939. Les dimensions des salles sont plus importantes que du côté ouest, l’une d’elles est dans le prolongement de la grande salle supérieure qui a maintenant 310 m de longueur.
- La décoration y est remarquable à cause de l’abondance et des dimensions exceptionnelles des stalactites « excentriques » (voir photos jointes).
- Cette partie d’Orgnac est certainement la partie de la caverne qui fut creusée la première, la « sénilité » de beaucoup de concrétions le prouve, ainsi que l’altération de la roche.
- Conclusions.
- On a pu suivre par ces quelques lignes, toute l’évolution de l’aven d’Orgnac qui était, avant notre découverte, baptisé « Le Berlras ». On a pu voir que pendant la longue période géologique dont il fut le témoin, il subit le contre-coup des vicissitudes que vécut notre globe térraqué, mais le fait de pouvoir surprendre la succession des phénomènes est tellement rare, qu’il méritait qu’on y attirât l’attention.
- R. de Joly,
- Président de la Société Spéléologique de France
- Usine moderne.
- A Painsville, dans l’Ohio, aux États-Unis, se trouve l’usine de rayonne la plus moderne du monde. Elle a réduit à six minutes toutes les opérations, depuis le filage de la pâte, le séchage des fibres, jusqu’à leur câblage, au lieu de 90 h.
- Sa production qui est de l’ordre de 5oo t de rayonne par mois est réalisée en marche continue et presque entièrement automatique.
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- J.-B. BOUSSINGAULT (1802-1887)
- Ingénieur des mines,
- ean-Baptiste Boussingault naquit à Paris le 2 février 1802 (« Ce siècle avait deux ans... »).
- Il entra à l'École des mines de Saint-Étienne qui venait d’être fondée en 1816, et il en sortit major de la promotion 1820, comptant seulement six élèves (Fourneyron qui a attaché son nom à la turbine appartenait à la première promotion de cette école, forte de huit élèves).
- Le jeune ingénieur, qui avait alors dix-huit ans, fut chargé par une société anglaise d’aller en Amérique du Sud pour y retrouver d’anciennes mines oubliées depuis longtemps, pour les rouvrir et en reprendre l’exploitation si possible.
- Les travaux neufs se poursuivirent normalement, ainsi que la remise en état de l’exploitation. Et ces fonctions permirent à Boussingault d’observer, avec bonheur, une foule de phénomènes, tant dans les vieilles fosses de la houillère qu’à la surface des concessions. Peu à peu l’ingénieur du fond devenait prospecteur de surface.
- Les comptes rendus qu’il donna de ses observations particulières aux régions tropicales attirèrent l’attention des ingénieurs et des savants sur ce jeune débutant.
- Ses comptes rendus et notes paraissaient dans les Annales de physique et chimie dont il était le collaborateur depuis l’École de Saint-Étienne.
- Boussingault entra en relations avec le célèbre de Humboldt, explorateur de l’Asie Centrale et de l’Amérique du Sud. Une véritable et féconde collaboration s’établit entre eux, bientôt interrompue par les événements qui allaient secouer l’Amérique latine. L’insurrection des colonies espagnoles éclatait. Arraché à ses fonctions industrielles et minières, Boussingault fut appelé, en qualité de colonel à l’état-major dé Simon Bolivar. Il parcourut ainsi, comme officier de liaison — sous lequel perçait toujours le géologue et l’observateur des phénomènes agronomiques — toute la Bolivie, le Vénézuéla, Carthagène et l’embouchure de l’Orénoque.
- Rentré en France, l’ingénieur fut nommé professeur de chimie à la Faculté des Sciences de Lyon, dont il devint doyen peu de temps après ; un doyen de trente-six ans. En 1839, Boussingault fut élu à l’Académie des Sciences ; il y remplaçait Iluzard, connu alors pour ses beaux travaux concernant les épizooties.
- Il vint à Paris et monta dans la chaire d’agriculture au Conservatoire des Arts et Métiers. C’est pourquoi on voit, dans le square de l’ancienne chapelle, un groupe de Dalou où le buste de Bous-singault domine les statues de la science et de l’agriculture.
- Tant d’honneurs attiraient les regards sur sa personnalité. Comme il était l’un des propriétaires des usines de Pechelbronn, dans le Bas-Rhin, les électeurs l’envoyèrent en 1848 siéger à la Constituante, où il prit place sur les bancs des républicains modérés.
- Il devint, par élection, membre du Conseil d’État, poste qu’il conserva jusqu’au Coup d’État du Deux-Décembre.
- A partir de cette époque, il renonça à la vie publique, pour laquelle il ne se sentait aucune inclination, et au grand profit de la science et de ses applications Boussingault reprit ses travaux de chercheur, de chimiste, d’agronome.
- Sous l’Empire, il fut promu commandeur de la Légion d’Hon-neur, haute distinction rarement conférée en ce temps-là, surtout s’agissant d’un opposant au régime.
- La chimie, dans ses applications à l’agriculture et à l’élevage des bestiaux, doit beaucoup à ce savant, notamment d’excellentes et précieuses indications sur l’appréciation des engrais par le
- Chimiste, Agronome.
- dosage de l’azote et de l’acide phosphorique et sur les propriétés nutritives des aliments destinés aux herbivores.
- Avant Boussingault, la nourriture des animaux, surtout celle des herbivores, se donnait empiriquement. Après ses observations et expériences concluantes, le monde agricole saisit l’importance de l’azste phosphorique pour l’élevage rationnel des animaux des prairies.
- Conjointement avec le grand Jean-Baptiste Dumas, il a déterminé les proportions exactes des éléments constitutifs de l’air.
- Boussingault a laissé une foule de mémoires, notes ou articles qui embrassent les questions les plus variées, telles : le lait des arbres à vache, les eaux de la Cordillère des Andes, les minerais de fer de l’Amérique du Sud, les gisements de platine, l’azote de l’urine, le gluten des farines, la composition de l’air, l’alimentation des animaux, l’ammoniaque, la présence du silicium dans le fer et la fonte, la présence du fer dans le sang, etc.
- Plusieurs de ces travaux ont été réunis sous le titre : Mémoires de chimie agricole et de physiologie végétale (Paris, 1854). On lui doit encore un excellent ouvrage, classique, intitulé Traité d’économie rurale, qui avait été publié quelques années auparavant en 1844.
- Après quatre-vingt-cinq ans d’une existence toute de labeur et de dignité, Boussingault qui fut l’un des fondateurs de l’Institut agronomique, s’éteignit doucement à Paris le 11 mai 1887.
- Mentionnons que la « Boussingaultia » est le nom d’une plante grimpante de l’Amérique du Sud que le savant avait longuement étudiée et décrite. Ses tubercules furent proposés pour remplacer la pomme de terre, mais cette idée fut abandonnée, en raison de leur saveur désagréable et du mucilage abondant qu’ils donnaient.
- D’autre part, l’ingénieur avait découvert un minerai d’ammonium et de magnésium en Toscane dans des « suffioni » auquel on a donné le nom de « boussingaultite ».
- Les travaux de chimie agricole et de physiologie végétale placent Jean-Baptiste Boussingault au premier rang des agronomes du xixe siècle.
- Amédée Faïol.
- Congrès de l'Association française pour l'avancement des sciences.
- Le 66e Congrès de l’A. F. A. S. se tiendra cette année à Biarritz du 22 au 27 septembre. Il aura certainement le même succès que celui de l’an dernier à Nice. On sait que cette Association, fondée en 1864, tient chaque année une réunion dans une ville de France différente. Les autorités ef les’ sociétés scientifiques locales y participent largement par des exposés des questions spéciales à la région, des expositions de leurs collections et de leurs musées, des visites aux curiosités naturelles et aux centres industriels. Professeurs, industriels, amateurs s’y rejoignent et échangent leurs idées et les résultats de leurs travaux, créant ainsi une émulation et une décentralisation fort désirables. Les réceptions organisées par la municipalité et le comité local de Biarritz, les excursions sur la Côte d’Argent alterneront avec lés séances de travail. Le Congrès sera clos par un voyage de trois jours dans les Pyrénées.
- Pour tous renseignements, s’adresser au Secrétariat de l’A. F. A. S., 28, rue Serpente, Paris (6e).
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- Les carrières de
- dans le village de Combes, c’est la découverte de Combes.
- Le gisement comprend deux séries de couches d’une grande richesse : la supérieure atteint en certains points une épaissseur de plus de 50 m. C’est de beaucoup la plus importante des exploitations à ciel ouvert de toute l’Europe.
- Autrefois, de nombreux petits chantiers existaient dans la région et la ville voisine d’Aubin utilisait la houille avant le xvie siècle. Aujourd’hui, les deux « découvertes » dont nous venons de parler ont seules un rendement industriel. Celle de Lasalle a été ouverte en 1898 ; elle est constituée par un amas de charbon de 120 m de traversée horizontale sur 00 m d’épaisseur. Il reste à la suivre sur 000 m de longueur pour rejoindre la découverte de Combes. On estime que son exploitation durera encore 20 ans. 200 ouvriers, originaires du pays, Espagnols, Arabes sont occupés à l’extraction ; ils enlèvent 300 t de charbon par jour. La couche de terre qui
- Fig'. 1. — La carrière de charbon de Decazeville taillée en banquettes où circulent les convois de wagonnets.
- En ces temps de pénurie de combustibles, on évoque volontiers les veines de charbon affleurant en surface qu’on peut exploiter au grand jour, sans puits, ni galeries, ni travaux de fond.
- La France possède quelques gisements de cette sorte, trop rares et trop petits malheureusement.
- Le plus important est celui de Decazeville, dans l’Aveyron, à une quarantaine de kilomètres au nord-ouest de Rodez. Decazeville est une petite ville moderne de 15 000 habitants s’étageant en amphithéâtre sur les collines qui bordent le Riou-mort, non loin de son débouché dans îe Lot ; c’est une cité où tout est noir et terne, qui doit son origine aux forges qui y furent créées, vers 1830, grâce au duc Decazcs, sur la « découverte de Lasalle ».
- Les carrières ou « découvertes » se trouvent à Decazeville même, c’est la découverte de Lasalle, et au sud, à quelques kilomètres,
- Fig. 2. — Midi, l’heure de l’abatage.
- Sulfamides pour
- Les abeilles ont aussi leurs maladies. Parmi celles-ci, il en est deux, les loques, causées par des bactéries qui déciment les ruches ën attaquant le couvain. La pire est la loque maligne ou américaine, provoquée par le Bacillus larvæ, fort résistant et dont les spores sont très difficiles à détruire. Dans les ruches contaminées, les larves meurent, prennent une teinte brun foncé, deviennent gluantes et dégagent une forte odeur de colle forte. Pour arrêter l’épidémie et empêcher la destruction complète des
- élevages, on a proposé nombre de désinfectants : l’acide phéni-que, le sublimé corrosif, l’acide salicylique, voire même la chloro-picrine, et surtout le formol plus ou moins concentré. Avant la guerre, on recommandait de placer, à titre préventif, dans toutes les ruches un évaporateur contenant du formol pur.
- M. J. Guilhon vient de faire connaître à l’Académie d’Agricul-ture les résultats obtenus depuis 1942 aux États-Unis par l’emploi des sulfamides sous forme de sulfathiazole. L’idée en est due à
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- charbon de l'Aveyron
- recouvre le gisement est déblayée par des pelles mécaniques ; on relire ainsi 2 500 m3 de stériles par jour ; les couches de charbon sont taillées en gradins ou étages espacés de 4 m de hauteur et forment un immense cirque où circulent les convois de wagonnets tirés par des chevaux ou des tracteurs.
- L’abatage se fait à la mine et c’est une curiosité pour les touristes de la région d’aller voir chaque jour à midi les multiples explosions simultanées sur tout le front de taille. Les blocs détachés sont brisés au pic et chargés sur wagonnets.
- Le combustible est acheminé au poste de criblage et déversé sur de longs tapis roulants où, dans une atmosphère poussiéreuse, des femmes trient les pierres. La houille est ensuite conduite à des tamis, les petits fragments sont calibrés et envoyés à des lavoirs où se fait la séparation des stériles, des mixtes et du combustible par ordre de densité.
- Actuellement, on songe à fermer la découvertes de Combes et à ne garder qu’un seul
- Fig. 4. — La vente locale du charbon.
- (New-York Times photos).
- chantier qui doit être équipé d’un matériel américain plus moderne.
- Le charbon de Deeazeville est une houille très grasse, flambante, donnant à la distillation 32 à 36 pour 100 de matières volatiles. Il convient bien aux usines à gaz, est utilisé sur les locomotives, mais donne beaucoup de suie et de fumée quand on le brûle dans des foyers domestiques. D’ailleurs, à quelques kilomètres au sud, entre Aubin et Cransac existent des houillères embrasées depuis des siècles et qui continuent de dégager d’âcres fumées.
- La plus grande part de la production est chargée sur wagons et transportée à travers le midi qu’elle ravitaille en combustible conjointement avec les bassins d’AIès et de Graissessac. Une petite partie est réservée aux mineurs et au personnel ou vendue localement. Les paysans des environs viennent chercher leur provision dans leurs voitures attelées de chevaux ou de boeufs, ajoutant une notte de pittoresque au paysage minier.
- les abeilles.
- un important apiculteur du Missouri, M. L. F. Childèrs, et elle fut expérimentée par le'professeur L. Haseman, de l’Université de Colombia. On prépare un sirop de sucre contenant 13 cg do sulfathiazole par litre et on le donne aux abeilles ; elles le boivent et le donnent aux larves ; il n’est pas toxique pour les insectes et s’il ne tue ni les bacilles ni les spores, il empêche totalement leur multiplication. Les essais ont été répétés par de nombreux apiculteurs avec un grand succès. On a constaté que le sulfa-
- thiazole est le plus efficace des sulfamides, que les abeilles et le couvain le supportent très bien, que le miel produit ne renferme qu’un cent-millième de sulfamide, et l’on arrive à l’idée de ruchers-hôpitaux où l’on fait passer les rayons contaminés.
- Le traitement, efficace contre la loque maligne, n’a aucun effet sur la loque bénigne ou européenne, à Bacillus pluton. Il agit aussi sur la nosémose due à Nosema apis.
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- La chimiosynthèse
- Si l’élaboration de la matièré organique des êtres vivants auto-trophes est dans sa quasi totalité le fait de la photosynthèse, il existe quelques groupes de microorganismes capables d’assimilation carbonique grâce à l’utilisation de l’énergie libérée par certaines réactions chimiques (oxydations).
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- Fig. 1. — Bactéries nitreuses et nitriques (x 3 000).
- A et B. Bactéries nitreuses : A. Nitrosomonas europaea (d’un sol provenant de Zurich) : cellules mobiles dont chacune est pourvue d’un flagelle court ; B. Nitrosomonas jauanica (isolé d’un sol provenant de Java) : cellules mobiles, plus petites que dans l’espèce précédente ; ces cellules portent chacune up ou deux longs flagelles ; C. Bactérie nitrique (Nitrobacter) isolée d’une terre provenant des environs de Quito (Equateur) (d’après Wino-gradsky) (Guiguermond et Mangenot, Précis de Biologie végétale).
- Les plus représentatives des bactéries cliimiautotrophes peuvent se diviser en cinq groupes :
- a) les ferments de la nitrification ;
- b) les leucothiobactéries ;
- c) les fcrrobactéries ;
- d) les bactéries oxydant l’hydrogène ;
- e) les bactéries oxydant l’oxyde de . carbone, le carbone et le méthane.
- a) Les ferments de la nitrification furent découverts en 1890 par Winogradsky qui écrivait à leur sujet : « Le microbe de la nitrification, qui est un organisme incolore, est capable d’une synthèse complète de sa substance aux dépens de l’acide carbonique et de l’ammoniaque. Il accomplit cette synthèse indépendamment de la lumière et sans autre source de force que la chaleur dégagée par l’oxydation de l’ammoniaque. Ce fait nouveau est en contradiction, avec cette doctrine fondamentale de la physiologie, qu’une synthèse complète de la matière organique n’a lieu dans la nature que dans les plantes à chlorophylle, par l’action des rayons lumineux ».
- Il fallut de longs débats pour mettre cette question à jour et pour montrer que la nitrification exige deux sortes de microorga nismes :
- 1° ceux qui oxydent les sels ammoniacaux en nitrites : ce sont les Nitrosomonas et Niti'osococciis ;
- 2° ceux qui oxydent les nitrites en nitrates : ce sont les-Nitro-bacter.
- Les Nitrosomonas, répandus en Eurasie, sont ovoïdes ou sphériques et mobiles grâce à un flagelle.
- Les Nitrosococcus se trouvent dans les sols américains.
- Comme l’indique la formule :
- 2/3 (NH3)aq. -f Os -> 2/3 (NOs)~ + 2/3 OHa + 4/3 H + . + 49 cal.
- c’est à l’oxydation de l’ammoniac qu’ils empruntent l’énergie nécessaire à la réduction du gaz carbonique, mais on ignore par quel mécanisme.
- Le Nitrobacter, lui, oxyde les nitrites suivant l’équation :
- Os + 2 (NOs)^. -> 2 (N03}~ -f- 48 cal.
- Ces bactéries, toutes aérobies, régénèrent donc les nitrates, si facilement assimilés par les plantes vertes, tout en étant génératrices de matières organiques.
- b) Les leucothiobactéries se divisent en plusieurs groupes suivant qu’elles oxydent l’hydrogène sulfuré, le soufre, les thiosulfates et les thiocyanates.
- Les bactéries oxydant l’hydrogène sulfuré, étudiées par Winogradsky en 1SS7, transforment le gaz sulfhydrique en globu’es de soufre qui se dépose dans la cellule. Quand l’hydrogène sulfuré est épuisé, les globules de soufre sont consommés et transformés en sulfate. On peut rendre grossièrement compte de ces oxydations par les réactions :
- Os 4- 2 (Slls)aq. 2 OHs 4- 2 S 4-126 cal.
- Os 4- 2/3 S 4- 2/3 OHs -> 2/3 (S04)“7 4- 4/3 H+ . + 98 cal.
- Les bactéries oxydant le soufre : cette oxydation, inhibée par les composés cyanés, arséniés, etc... est effectuée par l’intermédiaire de diastases (du type hémine contenant un métal lourd).
- Les bactéries oxydant les thiosulfates : elles sont de trois espèces suivant qu’elles opèrent d’après l’équation (I) ou (II) :
- (I) Oi4-5/4(SiOs)^r-M/40Hï ->3/2(S0417q~4~S4-l/2H+ + 125 cal.
- (II) - Os + l/2(SsO3)-r+V2OHs->(SO4)-"+H++109cal.
- Le troisième type emploie comme oxydant les nitrates au lieu d’oxygène :
- 8(N03)7q. + S(Ss03)-r + OHs -> 10(8O4l-_ + 4N24-2H+. + 97cal.
- Les bactéries oxydant les thiocyanates, découvertes en 1937, catalysent la réaction :
- 2 02 4-(SON)- +2 OIIs -> (S04)“~ + (NH4)4-C0s + 112 cal.
- c) Les ferrobactéries. — Ces organismes transforment les sels ferreux des eaux où ils sont en solution en hydroxyde ferrique, qui précipite. L’équation peut s’écrire :
- Os 4- 4 Fe++ 4- 2 OHs 4 Fe+ + + + 4 (0H)“ + 37 cal.
- le gain d’énergie est plus grand si l’on tient compte de la précipitation de l’hydroxyde ferrique :
- Os -f 4 Fe++ 4-10 OHs -> 4 Fe(OH)3 + 8 H+. + 63 cal.
- L’açsimilation du C02 est rendue possible par l’énergie libérée, sans qu’on sache exactement la façon dont celle-ci est employée.
- d) Les bactéries oxydant l’hydrogène. — Le Bacillus pantotro-phus et quelques autres microorganismes du sol, bien qu’hétéro-
- Fig. 2. — Leucothiobactéries.
- A et B. Beggiatoa alba : A, ensemble d’un filament contenant de nombreux globules de soufre ; B, extrémité d’un filament analogue ayant séjourné, pendant 48 heures, dans un milieu privé de gaz sulfhydrique : les globules de soufre, peu à peu oxydés, ont disparu et n’ont pu être remplacés ; les cloisons intercellulaires ne sont plus masquées par les dépôts soufrés et sont nettement visibles (900 x) ; C, Thiotrix nivea : un filament rempli de globules de soufre ; quelques fragments du substratum subsistent à l’extrémité inférieure, normalement fixée (900 x) ; D, Achromatium oxaliferum : une cellule avec les sphérules de soufre (s) et des globules calciques (c) ; il s’agit do carbonate ou d’oxalate de calcium, caractéristiques de cette espèce (540 x). Remarquer la dimension relativement gigantesque de cette cellule : c’est chez A. oxaliferum que l’on observe les cellules bactériennes es plus volumineuses (Guiixiermonii et Mangenot, Précis de Biologie végétale).
- C
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- trophes, sont cependant capables de survivre et de croître en milieu purement minéral, s’ils ont à leur disposition de l’hydrogène moléculaire additionné d’oxygène et de gaz carbonique.
- Dans ces conditions, le métabolisme est basé sur l’énergie libérée par l’oxydation de l’hydrogène en eau :
- Os + 2 II2 -> £ OH2 -f-137 cal.
- e) Les bactéries oxydant les composés organiques. — Ces différentes bactéries (Bacillus oligocarbophilus, Ba-cillus metanicus) prouvent l’énergie nécessaire à la réduction dè l’anhydride carbonique dans l’oxydation de composés organiques divers : oxyde de carbone, méthane, benzène et carbone.
- Ainsi, avec les plantes vertes, les bactéries soufrées vertes et pourpres et tous les différents organismes étudiés plus haut, nous avons passé en revue les seuls générateurs naturels de matière organique sur la terre ; et si les organismes chimiautotrophes n’ont pas sur notre globe une expansion comparable à celle des plantes vertes, ce. n’est pas par manque d’efficience, mais parce que l’énergie chimique est disponible seulement dans quelques endroits privilégiés : sources sulfureuses, eaux ferrugineuses, mines de char-
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- bon-, tandis que la lumière solaire existe partout en abondance.
- Bien que le mécanisme d’utilisation de l’énergie chimique à îa réduction de l’anhydride carbonique soit encore inconnu, la chimiosynthèse contribue à éclaircir le phénqmène de l’assimilation du carbone. En effet, elle montre que la réduction du gaz carbonique n’est pas une réaction photochimique puisqu’elle peut être accomplie aussi bien par l’intermédiaire de la photoxydation de l’eau (ou d’autres réducteurs) que par des réactions chimiques exothermiques.
- La chimiosynthèse permet en outre de formuler une hypothèse sur l’origine même de la vie. En effet, en considérant le présent état de cette dernière, on est frappé par le paradoxe : « Pas de vie sans chlorophylle, pas de chlorophylle sans vie »... (mis à part les organismes étudiés plus haut). Cependant des molécules complexes comme celles de la chlorophylle ou des enzymes, sans lesquelles la photosynthèse est impossible, ne peuvent avoir été synthétisées sans le concours de cellules vivantes. Ainsi, l’assimilation chlorophyllienne n’a pu démarrer sur terre sans l’existence préalable de matières organisées (bactéries autotrophes ou chimiautotrophes).
- La première molécule organique (en l’occurrence le formaldéhyde) . peut avoir été formée à partir du gaz carbonique et de l’air, soit par action de la lumière ultra-violette soit par action de la décharge électrique. On peut imaginer ensuite un . développement synthétique conduisant de cette molécule aux bactéries pourpres, et de là aux plantes vertes.
- Henry Gottiniaux, Ingénieur I. C. P.
- .cellules
- Fig. 3. — Ferrobactéries.
- k. Leptothrix ochracea ; B. Didymohelix ferruginea (d'après Cholodny) (Guillier-mond et Mangenot, Précis de Biologie végétale).
- La nouvelle locomotive des chemins de fer français
- La Nature a décrit en 1933 (n° 2899) une locomotive 241 destinée à la traction des trains lourds et rapides qui fut alors la plus puissante réalisée en Europe.
- La S. N. C. F. vient de la modifier sensiblement, sur les plans de l’ingénieur Chapelon, exécutés par les Forges et Aciéries de la Marine et d’Homécourt. Le châssis a été renforcé, le bissel arrière est maintenant à deux essieux, le poids est ainsi passé de 124 à 148 t en charge. Les articulations des essieux et des boggies ont été améliorées pour faciliter le passage dans les courbes de faible rayon. La chaudière a été également modifiée par les ateliers de Sotteville. La surchauffe atteint 420°, des
- siphons Nicholson activent la circulation dans la chaudière, l'échappement triple est. du type ICylchap.
- La nouvelle locomotive, dénommée 242-A, a commencé ses essais l’an dernier. Sur des lignes à fortes rampes : Bordeaux-Genève, Lyon-Paris, et récemment sur la ligne moins pénible Paris-Caen, elle a prouvé ses qualités ^exceptionnelles. Avec une puissance de 3 200 chevaux, elle a remorqué 790 t à la vitesse de pointe de 120 km/h en palier, de 100 km/h sur une rampe de 8 mm, de 90 km/h sur une rampe de 11,2 mm. Elle est donc la plus puissante des machines actuellement en service en France.
- Elle va être affectée à la ligne Paris-Lyon-Marseille.
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- LA TYROTHRICINE
- La découverte de la tyrothricine, nouveau médicament antibiotique très actif, fut faite en essayant d’expliquer le phénomène suivant :
- On avait remarqué depuis longtemps qu’un cadavre d’homme ou d’animal mort de maladie contagieuse et enfoui dans la terre
- Fig. 1. — Culture du Bacillus brevis de Dubos.
- (Photo Nobécourt).
- était bientôt débarrassé des microbes, facteurs de' la maladie contagieuse.
- En cherchant à approfondir cette question, René Dubos, un savant, Français de naissance, qui travaille au Rockfeller Insti-tute for Medical Research, à New-York, fit en 1939 des expériences simples basées sur une méthode de travail (enrichissement du sol) dont Waksman s’est servi pour isoler les actinomycètes, producteurs de streptomycine et qui permettra, on l’espère, de faire d’autres découvertes importantes.
- Ces expériences lui permirent d’établir que les microbes pathogènes étaient détruits par un microorganisme vivant dans le sol, le Bacillus brevis et il réussit à isoler le principe actif sécrété par ce microbe : la tyrothricine.
- Fait curieux, malgré des résultats très favorables, les Américains ne semblent pas avoir compris toute l’importance de ce nouvel agent curatif. En France, quelques mois d’expérimentation ont permis de découvrir des indications formelles passées sous silence aux États-Unis et les résultats obtenus ont été si encourageants que le Service des Poudres (dont les établissements producteurs d’antibiotiques vont prochainement s’intégrer à la Société nationale des produits biochimiques) a décidé de consacrer le Centre de la rue Cabanel à la fabrication de la tyrothricine.
- Nature chimique. — L’analyse de la tyrothricine, sécrétée par le Bacillus brevis, a révélé que ce produit était, en réalité, un mélange de deux polypeptides, la gramicidine et la tyroci-
- dine, dans les proportions respectives de 20 pour 100 et de 80 pour 100.
- Fabrication. — La tyrothricine est obtenue par des cultures sur bouillons maintenus à un pH de 7,5, dans des bouteilles couchées horizontalement pour offrir la plus grande surface de contact possible entre le liquide et l’air. On les empile ainsi dans des étuves ventilées maintenues à une température de 37°. Dans ces conditions favorables à son développement, le Bacillus brevis ne larde pas à proliférer. Le voile du microbe est isolé par centrifugation après précipitation par l’acide chlorhydrique. La pâte obtenue, assez semblable à de la crème de chocolat, est séchée dans une étuve à vide, réduite en poudre puis soumise à plusieurs traitements chimiques. Elle est dissoute dans l’alcool à 95°, précipitée par électrolyse, reprise à l’acétone et précipitée à nouveau par un ensemble de procédés basés sur la variation du pli.
- On obtient finalement la tyrothricine sous forme de paillettes de couleur brun-violet qui sont réduites en poudre et dissoutes dans l’alcool à la concentration de 2o mg de produit actif par centimètre cube assurant la meilleure stabilité à la température ordinaire.
- Action de la tyrothricine. — La tyrothricine a une action bactériostatique sur tous les microbes sur lesquels elle se montre efficace, c’est-à-dire qu’elle empêche leur multiplication et elle a en plus une action bactériolylique sur certains d’entre eux, particulièrement sur les pneumocoques et les staphylocoques (c’est-à-dire qu’elle se comporte vis-à-vis de ces derniers comme une diastase, les détruisant directement par action chimique).
- La tyrothricine est un médicament d’usage exclusivement local : peau, muqueuses, plaies, cavités fermées (plèvre, sinus maxillaires). Elle ne doit, en aucun cas, être injectée (hémolyse). Par voie buccale, elle est inactive.
- Selon le cas, on l’emploie en solution alcoolique concentrée, en solution alcoolique diluée ou en suspension opalescente de la solution alcoolique dans de l’eau distillée.
- La tyrothricine agit sur les germes Gram (!) positifs : streptocoques, staphylocoques, pneumocoques, bacilles diphtériques, quelques bacilles Gram négatifs, un très grand nombre d’anaérobies des plaies et les spirochètes de la bouche, d’où ses nombreuses indications en chirurgie, oto-rhino-laryngologie, ophtalmologie, dermatologie, pneumologie, urologie, gynécologie et en médecine vétérinaire.
- On l’emploie dans le
- 1. La méthode de Gram consiste à colorer un frottis desséché par la violet de gentiane phéni-qué ou aniliné. La lame colorée est traitée par l’iode ioduré (liquide de Lugol), puis lavée à l’alcool absolu. Les éléments qui restent colorés sont dits Gram positifs, ceux qui se décolorent Gram négatifs.
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- traitement des lésions des tissus mous : plaies infectées, ulcères de jambes, ulcères tropicaux, infections pré- et post-opératoires, sous forme de badigeonnages, pansements humides, irrigations. Dans les cas d’ostéites et d’ostéomyélites après l’intervention chirurgicale et les irrigations, dans les pleurésies purulentes.
- En oto-rhino-laryngologie, la tyrothricine est utilisable en instillations contre les infections du rhino-pbarynx, en irrigations contre les otites moyennes et externes, en irrigations et pansements humides après intervention chirurgicale dans les infections de la mastoïde, par ponction suivie d’injection dans les sinusites maxillaires. On l’emploie en stomatologie contre diverses infections de la bouche (y compris les infections fuso-spiril-laires), en ophtalmologie contre les conjonctivites à pneumocoques, en dermatologie sous forme de badigeonnages et pansements humides, contre certaines infections de la peau, en urologie dans le traitement des urétrites et cystites, en gynécologie sous formes d’irrigations, lavages, tamponnements.
- Contre la diphtérie, les résultats obtenus sont particulièrement brillants : traitement des angines diphtériques et désinfection' des porteurs de germes diphtériques par badigeonnages de la gorge et instillations dans le nez. Par contre la tyrothricine est peu efficace contre les maladies coloniales, à l’exception du pian et des ulcères tropicaux.
- Enfin la tyrothricine commence à être employée aussi en médecine vétérinaire, par exemple dans le traitement de la mammite streptococcique de la vache.
- Importance et avenir de la tyrothricine. — Garrod a récemment défini les principales conditions auxquelles doit répondre un antiseptique appliqué sur les plaies, la peau ou les muqueuses. Ce sont principalement : une action antibactérienne appropriée, une efficacité conservée dans les liquides biologiques : sang, sérum ou pus, une toxicité la plus faible possible pour les cellules de 1 organisme, l’utilisation d’un véhicule convenable, une application largement etendue dans une infection dont tous les repaires doivent être accessibles, avec la certitude de la persistance du médicament in situ pendant un délai très long.
- Aucun antiseptique ne répond , à toutes ces conditions qui feraient de son emploi la thérapeutique locale idéale. Mais de
- Fig. 3. Les Racons de culture de Bacillus brevis à l’étuve.
- grands progrès ont été faits depuis l’époque où l’on n’avait à sa disposition que des antiseptiques souvent plus toxiques qu’efficaces, souvent inactifs en milieu biologique ou parfois diffusant à peine hors des excipients utilisés comme support.
- La tyrothricine présente une remarquable efficacité dans les milieux biologiques et n’est pas toxique pour les tissus quand elle est préparée en suspension colloïdale dans l’eau distillée ; elle persiste longuement sur les plaies. Les micelles colloïdales des polypeptides qui la composent ne diffusent pas à travers les tissus. Contrairement à la pénicilline, son abgence de solubilité lui permet de subsister plus longtemps et son action est souvent plus rapide. Ajoutons qu’aucun microorganisme ne sécrète d’enzyme capable de la détruire.
- C’est en France qu’on a prouvé l’action tout à fait remarquable de la tyrothricine contre la diphtérie. On obtient dans des délais très courts et sans aucun échec la stérilisation des porteurs de germes. Les expériences faites à l'hôpital des Enfants malades à Paris ont été à cet égard particulièrement concluantes.
- Signalons d’autre part que les expériences faites à l’Institut Pasteur par le Dr Prévost ont établi que la tyrothricine est le plus actif agent connu contre les germes anaérobies de la gangrène gazeuse.
- Même au point de vue industriel, la tyrothricine aura des applications dans la lutte contre les fermentations parasites des brasseries et dans la conservation du lait. Des recherches systématiques se poursuivent d’ailleurs dans différents pays sur ces sujets.
- En Angleterre, Martin et Singe ont pu établir la formule exacte de la gramicidine S, et c’est la première fois qu’on est arrive a connaître la constitution exacte d’une protéine.
- De plus, les Américains sont récemment parvenus à supprimer 1 action hémolytique de la gramicidine tout en lui conservant ses propriétés antibiotiques. Les dérivés formulés ou succiniques satisfont à ces conditions. En outre, de tels dérivés deviennent solubles dans l’eau, diffusibles, et ont pu être injectés sans danger par voie intraveineuse.
- La tyrothricine présente sur la pénicilline des avantages très nets : production plus faci’e et coût moins élevé, stabilité à la chaleur, conservation pratiquement indéfinie en solution alcoolique. Elle a une" grande supériorité sur les sulfamides dans le traitement des plaies, car souvent le poudrage par sulfamides provoque des croûtes sous lesquelles l’infection continue à évoluer en retardant la cicatrisation. Aussi le Centre national de la Pénicilline, sur l’impulsion de son directeur,-le Médecin Commandant Broch, a-t-il décidé d’entreprendre .l’étude et la fabrication de la tyrothricine. Le Dr Jacob, chargé de ces recherches, a apporté des notions nouvelles et originales en même temps que des amé-lioiations sensibles à la méthode classique de production.
- Le Centre Cabanel fabrique à l’heure actuelle 100 000 ampoules de tyrothricine par mois ; cette production pourra être considérablement augmentée et permettra, non seulement, de couvrir les besoins français, mais d’accroître les exportations et de satisfaire les demandes étrangères.
- - Y. Sartorio et G. Estival.
- Fig. 4. — Un des premiers flacons de tyrothricine obtenu en France.
- (Photo ftobécourt).
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- La question de l'ivoire
- Cette précieuse substance va-t-elle revenir sur le marché ? Elle avait disparu depuis le début de la guerre, les alliés ayant d’autres soucis que le transport des défenses d’éléphants africains. De surcroît, les quelques firmes adonnées au travail de l’ivoire se transformèrent en usines d’armement ; celles d’Angleterre furent chargées de fabriquer des instruments . délicats qui jouèrent un rôle important dans la lutte contre les sous-marins de l’Axe. La cessation des hostilités et le rétablissement de la liberté des mers ont marqué la renaissance de l’industrie ivoirière.
- C’est à coup sûr l’une des plus anciennes du monde. Trois mille ans avant J.-C., les artisans sumériens excellaient à tirer de cette substance des choses exquises : bijoux,-peignes, articles de toilette, manches de poignards. Ils en fabriquaient aussi des plaques ciselées entrant dans l’ornementation des palais et des temples. Les Phéniciens, qui avaient monopolisé le commerce des défenses par l’intermédiaire de leur colonie de Carthage, répandirent l’emploi de l’ivoire dans les régions civilisées de la Méditerranée. Le roi Salomon fut en son temps leur principal client ; la précieuse substance fournit à profusion des plaques pour la décoration intérieure du Temple de Jérusalem.
- Londres, le grand marché de l’ivoire dans le monde, peut ajouter à ce titre de posséder, à Kenninfton-Cross, la plus vieille fabrique d’ivoirerics en existence. Sa fondation remonte à deux siècles et demi. Elle compta, parmi ses premiers partenaires, un huguenot émigré, Guillaume Simonnet, qui lui apporta de nouvelles méthodes, notamment pour la fabrication' des peignes. Un de ses descendants directs est l’un des directeurs de l’entreprise. Un de ses collègues, M. Jack Puddlefoot, descend, lui aussi, d’un des fondateurs. Autant dire que la maison est conduite de père en fils depuis plus de 250 ans.
- Notre excellent confrère The Daily Mail vient d’interviewer M. Puddlefoot. Nous relevons dans son article maints détails qui sont d’un réel intérêt, à commencer par celui-ci qui fera frémir les amis des bêtes sauvages : en l’espace de 55 ans, M. Puddlefoot a expertisé 22 000 t de défenses, provenant d’un million et demi
- d’éléphants. Après ce chiffre, on ne s’étonnera plus que les grands pachydermes aient disparu de vastes contrées du continent noir et qu’ils soient devenus rares dans d’autres. En réalité, l’espèce serait peut-être éteinte aujourd’hui, si plusieurs gouvernements coloniaux, dont l’Angleterre et la France, ne s’étaient pas décidés, tardivement du reste, à la couvrir de leur protection.
- Une autre cause intervint pour sa défense : la baisse du prix de l’ivoire, qui s’indiqua durant les dix premières années de ce siècle. Les chimistes venaient de mettre au point différents procédés pour la fabrication de l’ivoire artificiel qui partaient tous des os de mammifères domestiques. Le produit détrôna l’ivoire naturel dans beaucoup de ses emplois, avec cette conséquence que ce dernier perdit de sa valeur sur les marchés et que les chasseurs professionnels ne trouvèrent plus le métier assez avantageux pour continuer leurs massacres.
- L'ivoire de mammouth.
- Avant la guerre, la maison londonienne importait en moyenne, chaque année, 100 t de défenses, chiffre qui s’élevait parfois jusqu’à 250 ; elles provenaient en partie de l’Afrique occidentale, en partie de l’Afrique orientale. Les colonies de l’Ouganda et du Kénya lui fournissaient annuellement un minimum de 40 t, produites par les mesures qu’ont prises les autorités de ces deux pays : pour limiter l’agrandissement des troupeaux, elles font abattre une certaine quantité de mâles.
- D’après M. Puddlefoot, le poids commun d’une défense est de l’ordre de 70 livres anglaises ; il lui en est passé par les mains qui en pesaient 170. Il considère comme un record la paire qui appartient au Muséum d’IIistoire naturelle de Kensington, les deux défenses pesant respectivement 224 et 226 livres. Cependant, nous croyons que le record revient aux deux défenses provenant de Zanzibar qu’une maison de commerce de New-York (Tiffany et C°) acheta en 1900 : leur poids respectif était de 224 et 239 livres.
- Le prix moyen de l’ivoire brut est actuellement d’environ 1 400 livres sterling la tonne, chiffre inférieur d’au moins un tiers au prix que les marchands payaient il y a quinze ou vingt ans. La valeur de l’article dépend des qualités, qui diffèrent d’une défense à l’autre. Moins grosses, moins longues et plus droites que celles du mâle, les. dents de la femelle n’ont pas la même consistance. M. Puddlefoot affirme que, après cinquante années d’expérience, il peut déterminer, par le grain et la couleur d’une pièce d’ivoire, de quel sexe et de quelle région de l’Afrique elle provient. Il lui suffit de palper une défense pour savoir si sa substance est molle, dure ou intermédiaire, points d’une hante importance dans son industrie.
- L’ivoire d’éléphant a soutenu longtemps la concurrence de l’ivoire fossile. C’est un sujet que j’ai traité longuement dans un récent ouvrage.. Pendant des siècles, les peuplades sauvages de l’extrême nord de la Sibérie tirèrent profit des dents de mammouths qu’elles déterraient au dégel et que des voyageurs chinois venaient leur acheter ; la plupart des ivoireries si finement ciselées jadis par les ai tisans du Céleste Empire ont cette origine.
- Le poids d’une défense de mammouth est communément inférieur à 200 livres, chiffre qui apparaîtra médiocre par comparaison
- Fig. 1. — Un coin de la salle des ventes du marché de l’ivoire à Mending Lane à Londres, contenant un véritable trésor.
- CNew-York Times Photos).
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- avec celles de l’éléphant, car une légende veut qu’Elephas pri-migenius fût d’une taille monstrueuse qui dépassait de beaucoup la stature de nos pachydermes modernes. En réalité, les squelettes de mammouths montés par les muséums d’histoire naturelle d’Europe et d’Amérique ne mesurent guère plus de 3 m à l’épaule ; et c’est la dimension commune des éléphants d’Asie et d’Afrique.
- Durant la seconde moitié du siècle précédent, la Russie avait pris l’habitude d’importer des défenses de mammouths en Angleterre. J’eus l’occasion, en 1908, d’assister à la vente aux enchères de l’ivoire brut qui se tenait, un jour par an, aux Docks de Londres. J’y vis figurer, devant des piles de défenses d’éléphants, deux ou trois douzaines de défenses de mammouths. Un expert m’apprit que cet ivoire fossile est très inférieur de qualité à l’autre et ne se prête pas à tous les mêmes usages ; il se brise faci-
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- lement et ne peut donc être façonné en' boules de billard. Les Russes ont complètement cessé leurs importations depuis la première guerre mondiale. Est-ce à dire que les dépôts sibériens se seraient épuisés après plusieurs siècles d’exploitation ?
- Nous apprenons par M. Puddlefoot que rien n’est perdu dans son industrie, que la poussière d’ivoire, cuite au four, donne la couleur la plus noire que l’on connaisse, et qu’elle constitue aussi un engrais d’une efficacité merveilleuse. Avant la seconde guerre, cette même poussière fournissait, après 48 h de cuisson dans l’eau bouillante, une gelée aux principes hautement nutritifs que l’on donnait à manger aux malades convalescents. Et l’on nous assure que la saveur de cette confiture d’ivoire rappelle celle du cherry ou du porto.
- Victor Forbin.
- Aiguilles économiques
- Fervent discophile, je ne trouvais plus d’aiguilles d’acier et devais reléguer mon phonographe dans une armoire. J’eus alors l’idée d’essayer les fines pointes acérées qui garnissent les tiges d’aubépine.
- Certains des aiguillons de cet arbrisseau présentent, une analogie frappante avec les aiguilles métalliques qui me faisaient défaut. Mais conviendraient-elles pour les remplacer ? Seraient-elles assez rigides et assez souples ? Que vaudraient-elles au point de vue acoustique ? Afin d’en juger, je coupai plusieurs rameaux bien garnis d’épines et les rapportais à la maison.
- Par une simple pesée du pouce, dans un sens puis dans l’autre, exercé à la base des épines, je les détachai aisément. En ayant ainsi recueilli une cinquantaine, je constatai que la plupart entraient facilement dans le petit tube affecté au placement des aiguilles. En laissant dépasser la pointe de 4 à » mm et en serrant la vis, j’obtins même une fixité normale. Tout allait donc bien au début.
- Ayant mis en marche un morceau de pot pourri, comprenant différents instruments de musique ainsi que quelques refrains chantés, je fus surpris d’emblée par la douceur du son émis. La pointe de l’épine fouillait régulièrement et normalement les sillons de la cire et si la puissance de son se trouvait diminuée, l’audition était très nette par suite de l’absence de bruit de fond. Vers la fin du morceau je m’aperçus cependant que la pointe de l’épine s’usait et que le son devenait plus étouffé et un peu bredouillant. En épointant légèrement l’épine avec une lame de rasoir, je lui redonnai du « neuf » et, cette fois, le morceau complet passa sans désemparer.
- Le choix des épines.
- Au cours des essais qui suivirent, je reconnus que certaines épines étaient inaptes à remplir l’office auquel je les destinais, celles qui sont trop jeunes ou trop âgées. Les premières, offrant une flexibilité exagérée pliaient sous le poids du, diaphragme et tendaient à se rompre. Les secondes, ressemblant à de minuscules fragments de bois secs cassaient net à la pointe dès qu’elles étaient posées sur le disque. Dans les deux cas, le risque d’accident, c’est-à-dire de graves rayures sur le disque, était à craindre. En conséquence, il convient de ne choisir le long des rameaux d’aubépine que les aiguillons en pleine forme, nerveux, rigides, bien vivants. Si leur pointe est trop large, ce que l’on constate aussi par une audition « à écho » il suffit de l’affiner un peu et l’on peut obtenir ainsi une aiguille apte à jouer jusqu’à 2 et 3 morceaux. En l’épointant à nouveau, et ceci jusqu’au moment où elle devient trop courte, une même épine peut servir assez longtemps, au même titre qu’une aiguille de bambou.
- pour phonographe
- Et c’est ainsi que la nature vint me fournir gratuitement une foule d aiguilles toutes prêtes à servir, et que je pourrai continuer à jouer mes disques, malgré la crise.
- Les avantages.
- Les avantages des aiguilles d’aubépine sont multiples : 1° Il est facile de s’en procurer ;
- 2° Les aiguilles de bambou ont une section triangulaire qui exige un petit dispositif pour les fixer sur les diaphragmes courants. Les pointes émoussées doivent être retaillées à l’aide d’un petit appareil automatique assez coûteux et dont la lame tranchante taillant en biseau se détériore assez vite. Les pointes d’aubépine, elles, peuvent entrer sans aucune difficulté, comme une aiguille ordinaire métallique. Tout au plus devra-t-on réduire les plus grosses épines à l’aide d’une lame de rasoir ou d’un fin canif.
- 3° La même épine peut servir plusieurs fois :
- En affinant la pointe à plusieurs reprises, on pourra jouer jusqu’à 6 et 8 morceaux avec la même épine. En recueillant une centaine de bonnes épines, ni sèches ni trop fragiles, ce qui demande ' , à peu près deux heures de recherches et de travail, on aura pour longtemps une réserve d’aiguilles.
- Au sujet de l’épointage des épines, j’ai remarqué que souvent on a avantage à le réaliser dès le début. Un certain nombre d’épines ont une pointe trop tendre, constituée par de jeunes cellules d’écorce. En grattant un peu cette pointe, on met à nu des cellules plus fermes, qui fournissent dès le début une audition nette et sonore.
- 4° La grande sonorité procurée par les aiguilles métalliques est ici remplacée par une finesse de son remarquable. A part de rares morceaux donnant déjà avec des pointes d’acier une faible sonorité, la majorité des morceaux fournira une audition « intime » suffisante pour un petit groupe de personnes. Cette diminution de puissance aura même un avantage considérable qu’on peut qualifier de « social » : le son ne sera pas criard et ne portera pas au loin ;
- o° Plus encore que les aiguilles de bambou, les aiguilles d’aubépine,. moins dures, n’usent pas les disques. Si les pointes sont bien fixées au diaphragme, un disque sera aussi net après la centième audition qu’après la première.
- Tout en souhaitant bien vivement que des temps plus normaux permettent à tous les amateurs de disques, dans un avenir rapproché, de se réapprovisionner en aiguilles d’acier, je suis persuadé que beaucoup de ceux qui auront essayé les petites pointes d’aubépine en auront été satisfaits.
- René Brossard.
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- Radar et glaces flottantes
- A peine est-il besoin de rappeler que les icebergs qui, vers la fin du printemps arctique, se détachent par blocs énormes des glaciers du Labrador septentional et de la Terre de Baffin, mettent en danger les navires engagés dans le Nord de l’Atlantique. Ce fut la catastrophe du Titanic, éventré par une glace flottante qu’il heurta en pleine vitesse, qui provoqua la création d’un accord international pour conjurer ce péril. L’Allemagne, l’Angleterre, les États-Unis et la France firent cause commune ; chaque membre de l’accord payait sa quote-part des dépenses engagées et les Américains se chargaient du rôle actif.
- Dès la fm d’avril, une demi-dizaine de leurs coastguards remontaient dans le Nord et prenaient les icebergs en surveillance. Deux fois par vingt-quatre heures, leurs appareils de T. S. F. en précisaient la latitude et la longitude, ainsi que l’aspect (forme de montagne ou forme de radeau). Les vapeurs qui naviguaient dans les parages des Bancs de Terre-Neuve savaient de cette façon s’ils devaient modifier leur trajet et s’écarter de la ligne droite pour passer plus loin dans le Sud. Cette campagne de surveillance se prolongeait généralement jusqu’à la deuxième semaine de juillet.
- Interrompu pendant la première guerre mondiale, le service fut repris en 1919. J’eus l’occasion d’en admirer le fonctionnement au début de juillet 1927. Voyageant à bord du Paris en direction de New-York, j’étais familièrement admis, à toute heure de la nuit et du jour, dans le quartier du commandement. Le cinquième ou sixième jour de la traversée, j’y vis une grande carte muette où le crayon d’un officier venait de situer une dizaine d’icebergs, d’après les messages des navires patrouilleurs. Quelques heures plus tard, il rectifia leurs positions en traçant une nouvelle ligne de croquis. L’impression s’imposait que nous approchions d’énormes masses de glaces.
- Le lendemain, dans l’après-midi, le commandant conseillait aux passagères et aux passagers, tous en tenue estivale, de se
- munir le soir de leurs manteaux ou de leurs pardessus. L’avertissement se justifia dès la fm du souper : la température baissa presque subitement de dix degrés, quoique les icebergs qui diffusaient cette froidure fussent éloignés d’une vingtaine de kilomètres. Je me souviens que j’éprouvai une sensation de confort en regagnant ma cabine où fonctionnait le radiateur — un 6 juillet !
- Nouveau régime.
- Comme l’avait fait la première guerre mondiale, la seconde interrompit le service de surveillance des icebergs. Il n’a été rétabli l’année dernière qu’à la fm d’avril, non sans subir d’importantes modifications. Le rôle actif est désormais partagé entre les États-Unis et le Canada, qui ont mis en ligne six gardes-côtes spécialement construits pour que leurs quilles résistent au heurt ou à la pression des glaces flottantes. Ils sont pourvus de puissants appareils de radar, capables de détecter les icebergs à longues distances et d’en évaluer le volume réel. On sait que la partie visible ne représente que le douzième de la masse, circonstance qui explique maintes catastrophes maritimes. On n’a jamais su au juste comment le Titanic, un des plus grands paquebots de l’époque, périt corps et, biens ; mais on a des raisons de croire que, par une brume épaisse, il heurta la partie invisible d’un iceberg qui déchira sa quille sous la ligne de flottaison.
- Plusieurs hydravions secondent désormais les navires patrouilleurs ; du haut des airs, ils peuvent découvrir des glaces presque entièrement immergées, et ce sont les plus dangereuses. Ce double contrôle permet d’autant mieux d’espérer que le péril des glaces flottantes est maintenant conjuré, que la plupart des grands vapeurs de commerce sont pourvus actuellement d’appareils de radar ; ils peuvent donc détecter les icebergs par leurs propres moyens. y p
- T risection
- de l'angle.
- ♦
- M. A. Tcheltsoff, ingénieur, après avoir lu la solution indiquée dans le numéro 2884 de La Nature, nous indique la solution suivante :
- « Pour diviser un angle quelconque en trois parties égales sui-
- vant ma méthode, il faut avoir un compas ordinaire et une réglette EE' avec un point à fixèr D (un trou), comme il est indiqué sur la figure 1.
- Fig. 1.
- Procédé. — Soit l’angle ABC (fig. 1) à diviser en trois parties égales.
- 1° Je prolonge CB au delà de B, dans le sens BM ;
- 2° Du point B, comme centre, je trace un demi-cercle de rayon R quelconque ;
- 3° Je marque sur la réglette DE = R ;
- 4° Je place le crayon du compas dans le trou D de la réglette, et, laissant la pointe sèche au point B, je repasse la circonférence, en maintenant de la main gauche le point E de la réglette sur la droite BM ;
- 5° Je m’arrête au moment où la réglette passe par le point F, où le rayon BA coupe la circonférence, et je trace EF ;
- 6° La droite BB' parallèle à EF détermine l’angle B'BC = 1/3 de l’angle ABC.
- Démonstration. — Je trace BD (non tracé sur le dessin). Le
- triangle EDB est isocèle (ED = DB). Donc, DEB = DBE, et
- FDB = 2 DEB (comme extérieur).
- Or, le triangle DBF est aussi isocèle (BD = BF = R), d’où :
- DFB = FDB = 2 FEB.
- Enfin, ABC est extérieur par rapport au triangle EFB, donc : ABC = ÉFB + FEB = 2 FEB + FEB = 3 FEB = 3 B'BC.
- La démonstration est élémentaire et je ne la présente qu’à titre complémentaire.
- A défaut de réglette spéciale, on peut utiliser un double-décimètre ordinaire.
- J’emploie une réglette en matière plastique transparente.
- A. Tcheltsoff.
- Le gérant : G. Masson. — masson et cle, éditeurs, paris. — dépôt légal : 3e trimestre 1947, n° 494. — Imprimé en France.
- BARNÉOUD FRÈRES ET Cle, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 684- —
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- N° 3140
- 15 Juillet 1947
- LA NATURE
- LES ILES ALEOUTIENNES
- Après avoir pratiquement anéanti la flotte américaine du Pacifique à Pearl Harbor et rendu cette base aéronavale inutilisable pendant plusieurs années (7 décembre 19/u), les Japonais crurent qu’il leur serait facile de porter la guerre sur le continent américain. Il leur suffisait en effet — et ce n’était qu’un jeu pour un peuple de marins — de débarquer dans les Aléoutiennes les plus proches, de « sauter » d’Ouest en Est, d’une île à une autre, et d’aboutir assez vite à la presqu’île d’Alaska qui prolonge les Aléoutiennes à l’Est sur la terre ferme. C’est ce qu’ils firent, très facilement tout d’abord.
- Le 3 juin 1942, profitant des longs jours de l’été, leurs avions, partis d’une base aéronavale jusque-là tenue secrète, Para-mushiro, dans le r ord dès Kouriles, bombardent Dutch Harbor, la seule avancée des bases américaines et port excellent dans l’île d’Unalaska. Le même jour, un de leurs avions traverse tout le Nouveau Monde, survole Washington, la capitale fédérale, y jette des tracts alarmistes et s’en retourne sain et sauf.
- Trois jours plus tard, les Japonais débarquent à Attu, la plus occidentale des Aléoutiennes; le lendemain, ils sont à Kiska, puis à Agattu, entre ces deux îles. Les Américains se ressaisissent aussitôt. Ils créent de toutes pièces une base aéronavale dans l’île d’Amchitka et, partant de là, quelques bateaux, des troupes parachutées, des avions reprennent une à une, mais non sans peine ni sans pertes, les îles occupées par les Japonais. Puis, leurs avions détruisent Paramushiro (janvier xg43). Il était temps : la route de l’Alaska venait à peine d’être mise en
- service (29 octobre 1942). Dès lors, à la vitesse de 4o km/h, les convois se succèdent toutes les 5 mn sur cette nouvelle « voie sacrée », apportant à pied-d’œuvre troupes, matériel, vivres, munitions, carburants et lubrifiants. C’en est fini du rêve des Japonais; c’est leur premier échec militaire depuis 1894, date de leur première guerre de conquête, celle qu’ils firent contre les Chinois, « leurs frères de race ».
- Le milieu géographique.
- Les îles Aléoutiennes s’étendent sur 1 5oo km; 70 sont habitées. Elles couvrent 17 670 km2; la plus grande, Unalaska, 2 072 km2 (Corse, 8 720 km2). Leur point culminant est le mont Akutan; c’est un volcan éteint, dans l’île du même nom; il s’élève à 1 842 m. Dans le Pacifique, à 100-120 km des Aléoutiennes, règne une fosse abyssale qui leur est parallèle et dont la profondeur varie de 6 000 à 8 000 m.
- Rendons celte justice aux deux adversaires : aux Aléoutiennes, ils ont dû combattre dans des conditions climatiques extrêmement difficiles. Eu égard à sa latitude, l’archipel jouit d’un climat assez doux, car il est réchauffé par le courant du Japon, le Kuro shio. Cependant, c’est loin d’être le climat de cette côte d’Azur, le Panhandle (queue de la poêle) de l’Alaska qui borde le Pacifique à l’abri de la haute chaîne des monts Saint-Ëlie. C’est même tout le contraire. Les températures extrêmes y sont — 5° et + 20°, mais le temps y est uniformément froid et
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- Fig. 2. — Attu, la plus occidentale des îles Aléoutiennes (70 km x 40 km).
- Seule agglomération en 1934 (38 habitants). Maisons modernes ; à gauche, l’église orthodoxe ; à droite, la maison d’ccole et un des pylônes de la T. S. F. ; au fond, quelques barabaras, cabanes semi-enterrées
- des indigènes. ,n. , .. „ , „ .
- D (Photo U. S. I. S.).
- humide; les moyennes y sont o° en janvier et + io° en août. C’est déjà un climat déprimant pour les Blancs, mais il y a pire.
- On a comparé les Aléoutiennes à des « marmites infernales », où il semble que l’esprit malin se soit diverti à rassembler et à faire mijoter tout ce que l’homme peut craindre de pire sur terre, sur mer et dans les airs.
- La brume, si ce n’est un brouillard à couper au couteau, règne quatre jours sur cinq et le soleil de minuit se montre rarement. D’abondantes chutes de neige alternent avec l’irrésistible williwaw, vent du Nord qui couche hommes et bêtes sur le sol et porte la tempête jusqu’aux Montagnes Rocheuses; sans compter d’autres tempêtes sur mer qui déferlent d’un jour à l’autre, tantôt de la mer de Bering, tantôt de la Sibérie ou du Pacifique. C’est là que s’amorcent les typhons.
- Sur mer, ce sont des tourbillons, des vagues énormes, des courants perfides, capricieux, entre des îles qui, tout à coup, disparaissent ou surgissent des flots; ce sont des hauts fonds vagabonds ou des écueils fins comme des aiguilles.
- Les Aléoutiennes sont en presque totalité d’origine pluto-nienne. Aucun terrain sédimentaire n’y est antérieur au Tertiaire. Les tremblements de terre y sont fréquents. On y compte une vingtaine de volcans; les premiers datent probablement de l’Ëocène; quelques-uns sont en activité; d’autres ne cessent de fumer ou de vomir de la boue, ou encore explosent de temps à autre en une pluie de cendres portées jusqu’à 5oo km. Ailleurs, ce sont des geysers gigantesques et imprévisibles. Les Aléoutiennes ont été surnommées « le jardin des feux d’artifices ».
- Ressources principales.
- Cependant 5 55g êtres humains (recensement de ig3g), les Aléoutes, vivent dans ces îles inhospitalières; elles sont même assez peuplées, car c’est là que la terre est la plus fertile de tout
- l’Alaska; c’est là aussi que la pêche et la chasse sont les plus fructueuses. C’est là enfin que se rendent chaque année, par milliers, les baleiniers de la mer de Bering, ceux qui chassent la loutre de mer et le morse, ou qui assomment le malheureux phoque à fourrure, venu passer l’été sur les grèves des îles Saint-Georges et Saint-Paul (Iles Pribylov).
- Le phoque à fourrure (Callorhinus Alascanus) est celui qui fournit ce que les grands fourreurs et les élégantes appellent « la vraie loutre ». Depuis 1892, sa chasse fait l’objet d’un règlement international et d’une surveillance confiée aux États-Unis. En effet, une chasse inconsidérée menaçait de le faire disparaître.
- Après un périple dans tout le Pacifique nord, les phoques, portés par le Kuro shio, arrivent en avril par troupes innombrables dans les îles Pribylov précitées et dans aucune autre. Les mâles atterrissent les premiers, choisissent, et se disputent quelquefois, la place de leur harem sur la grève. Les femelles arrivent ensuite et mettent bas. allaitent leur petit sous la protection du mâle; puis a lieu l’accouplement. En octobre, les petits étant sevrés, sachant se nourrir seuls et devenus assez forts pour entreprendre eux aussi leur demi-tour du monde, tous quittent la mer de Bering pour se rendre le long des côtes américaines du Pacifique.
- On ne peut abattre que les mâles adultes et en nombre limité ; on ne peut tuer aucun phoque en mer. Ces mesures ont produit leur effet : l’extinction du phoque à fourrure n’est plus à craindre. Récemment, on a réglementé aussi la chasse au morse, beaucoup moins menacé cependant H, et, actuellement, on réglemente la chasse à la baleine.
- Les Japonais viennent d’être autorisés à chasser la baleiene dans la mer de Bering. Us y étaient passés maîtres depuis longtemps. Cette chasse continuera de fournir à ce peuple, qui a toujours été plus ou moins affamé, un appoint important en lipides et en protides comestibles. Les Japonais se nourrissent aussi de la chair du morse et du phoque à fourrure.
- Les Aléoutes.
- Quand les Russes prirent possession de l’Alaska, ses habitants n’en étaient encore qu’à l’âge de la pierre taillée; les Aléoutes vivant surtout de la mer étaient un peu plus avancés et savaient tailler depuis longtemps des pointes de flèches et des harpons
- 1. Plusieurs précédents risquaient fort de faire de la mer de Bering, et par la faute des hommes, une nécropole de bêtes. C’est en effet dans les mers polaires que se réfugiaient, et se réfugient encore, les grands animaux marins pourchassés par les hommes.
- En 1768, la mer de Bering avait déjà vu l’extinction d’un Sirénien, la rhytine, ou stellaire (Fthytina gigas). La rhytine mesurait 9 m de longueur ; on la confondit avec la baleine, comestible comme elle ; c’était un édenté, herbivore et inofîensif.
- Vers la même époque s’éteignit aussi un autre grand mammifère marin, exclusivement végétarien, la grande vache de mer (Hydrodamalis gigas), qui mesurait 7,50 m de longueur et pesait 3 t. On l’observa pour la dernière fois aux îles du Commandeur.
- Le grand cormoran et le grand pingouin arctique se sont éteints aussi dans la mer de Bering, celui-ci vers 1844.
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- dans les os des mammifères qu’ils avaient capturés. Depuis, les Aléoutes ont beaucoup évolué, tout en gardant quelques-unes de leurs coutumes anciennes, justifiées d’ailleurs par le climat et les ressources dont ils disposent.
- Les Aléoutes sont des Esquimaux apparentés à ceux de l’Alaska mais qui en sont cependant assez différents. Ils sont quasi sédentaires, marins ou pêcheurs, tandis que ceux de la terre ferme sont presque exclusivement des terriens restés plus ou 'moins nomades. Us ne parlent pas non plus la même langue.
- Les Esquimaux purs sont de plus en plus rares, car ils se sont très métissés de Russes, de Japonais, d’indiens et de Blancs d’Europe et d’Amérique. Les vrais Esquimaux des Aléoutiennes sont certainement de deux origines qui se trahissent quelquefois par des types assez purs et accusés. Quelques-uns sont de grande taille, élancés, mésocéphales et ont le teint basané.
- Le nombre des Aléoutes était estimé à 25 ooo au début de la domination russe. Beaucoup d’entre eux ont émigré en Alaska, notamment sur les eôtes de la mer de Bering où ils travaillent pour le compte des Américains dans les pêcheries ou dans des fabriques de conserves. D’autres de l’Alaska ou dans les fermes des sont aussi des entreprises américaines ; sont très prospères.
- Le dialecte aléoutien, à fond d’esquimau, s’est enrichi de nombreux mots étrangers introduits par ceux qui fréquentent les îles pour la pêche ou la chasse. Ce sont des mots déformés du vieux slavon, la langue de l’église orthodoxe, de l’indien du Nord, du japonais, des langues Scandinaves, du français archaïque ou rajeuni des Canadiens et de l’anglais d’Amérique. C’est un sabir dont l’acquisition n’est pas très difficile sur place, car comme toutes les langues des primitifs, il rachète la pauvreté de sa grammaire et de sa syntaxe par la richesse du vocabulaire; l’acquisition de ce sabir est devenue indispensable pour ceux qui séjournent quelque temps dans les îles.
- A cet égard, le Gouvernement fédéral qui, d’ailleurs, cherche non seulement à fixer les Aléoutes dans leur pays, mais aussi à y attirer des colons, a entrepris une œuvre admirable qui témoigne du souci, non pas d’assimiler les indigènes mais de leur conserver leur originalité, ce qui fut commencé trop tard pour les Peaux-Rouges. On a chargé un linguiste bien connu en Extrême-Orient, l’Irlandais Geoghegan Q), de traduire, refondre et mettre à jour le seul dictionnaire bilingue qu’on possédât pour l’aléoutien, celui qu’un missionnaire orthodoxe, le Père Viéniaminov avait publié en i834, longtemps avant la vente (en 1867 pour 7 200 000 dollars) de l’Alaska par le gou-
- 1. Geoghegan, peu connu en Europe, né à Dublin en 1866, est mort en Alaska en 1943. Son oeuvre a été éditée par une de ses élèves, Miss Frede-ricka Martin, de New York. La ligure de Geoghegan rappelle celle d’Erasme et de Lafcadio Ilearn. Tous trois, maîtres dans l’art d’écrire, linguistes, philosophes, philologues et polyglottes, bâtards ou métis, ont eu une enfance malheureuse, une santé chancelante et ont beaucoup voyagé. Toujours égrotants, ils n’ont pu mener une vie intellectuelle intense que grâce à des soins continus.
- Fig. 3.
- Attu : côte occidentale.
- En avant, le cap Wrangel, point le plus occidental des îles Aléoutiennes. Ses plus hauts sommets
- sont à 1 200 m.
- (Photo U. S. 1. i..
- travaillent dans les mines animaux à fourrure, qui toutes ces entreprises
- vernement tsariste aux États-Unis. Malheureusement, ce dictionnaire est en vieux slavon et en caractères cyrilliques, aujourd’hui périmés dans presque toutes les langues slaves.
- Le nouveau dictionnaire est aléoutien-anglais et anglais-aléou-tien. Les mots aléoutiens y sont nécessairement transcrits phonétiquement en caractères romains puisque l’aléoutien, comme presque toutes les langues des primitifs, n’a jamais été écrit. Comme on peut s’en rendre compte par la toponymie, nos sons é, 0, b, /, h, p, r et z en sont absents; u se prononce ou; il n’y a pas de diphtongues ; w et y sont consonnes devant une voyelle et se prononcent ou et i; 18 caractères romains suffisent.
- Faune.
- Peu d’animaux sauvages dans les Aléoutiennes sauf les innombrables oiseaux de mer, quelques passereaux, des rongeurs, un bouquetin et le renard bleu auquel, tous les trois ans, on tend des pièges pour alimenter les fermes d’animaux à fourrure; on relâche les animaux pris trop jeunes. Dans les torrents, c’est une profusion de saumons et de truites énormes et de petits poissons dont elles se nourrissent. La richesse et la variété du plancton font que tous les animaux marins non migrateurs sont de grande taille.
- Flore.
- a intro-On n’y nana et
- Il n’y a presque pas de grands arbres; ceux qu’on duits aux Aléoutiennes meurent ou dépérissent vite, trouve en abondance que de petits bouleaux (Betula Betula exilis), des boqueteaux d’aulnes bas (Alnus fruticosa) couchés par le vent, et surtout des saules rabougris (Salix arctica) dont les racines ont un développement énorme alors que les branches ne dépassent le sol que de quelques centimètres. En revanche, les plantes buissonnantès et herbacées sont
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- nombreuses ét variées; elles prennent le caractère alpestre en altitude. Dans les landes, ce sont : la petite bruyère grise (Cassiope tetragona et C. lycopodioides), la grande bruyère brune (•Empetrum nigrum) et l’airelle (Vaccinium vitis idæa). Elles confèrent au paysage une couleur grise ou brune sur laquelle tranche le vert des prairies et des grèves couvertes en tout temps de plantes herbacées. Ici, en juillet et août, ce sont de véritables parterres de fleurs où toutes les couleurs succèdent les unes aux autres sans interruption. On y remarque souvent de grandes taches de couleurs ou d’un vert plus éclatants encore. C’est à l’emplacement d’agglomérations abandonnées (les déchets de la viè humaine ont fertilisé le sol) ou de monticules de 90 à 120 cm de hauteur faits du .guano laissé autrefois là où des
- oiseaux de mer ont séjourné assez longtemps. Les plantes florifères les plus répandues et aussi les plus belles sont l’anémone blanche (Anemone narcissiflora) et un grand lupin à fleurs bleues (Lupinus N ootkatensis). Sous les buissons et au pied des plantes herbacées, c’est un épais tapis de mousses et de lichens.
- C’est depuis peu, en survolant les îles, qu’on a pu se rendre compte de la répartition, des associations et des peuplements végétaux.
- (à suivre).
- Eugène Lemaire,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- Le Centre polaire J.-B. Charcot
- Au cours du mois de janvier 1947, des pourparlers s’engagèrent entre divers spécialistes des questions polaires en vue de la création d’un centre polaire français.
- Plusieurs pays étrangers possèdent depuis longtemps de tels organismes : le « Scott Polar Research Institute » en Grande-Bretagne, 1’ « Arctic Institute of North America » pour les États-Unis et le Canada, 1’ « Institut de recherches arctiques » de Leningrad en U. R. S. S., le « Norges Svalbard og Ishavs Under-sokelser » en Norvège et le « Gronlandske Selskab » au Danemark.
- A l’heure où les problèmes polaires se multiplient et prennent un importance mondiale, l’absence d’un organisme polaire dans notre pays était une grave lacune qu’il fallait combler.
- Les premiers échanges de vues aboutirent rapidement,. sous l’énergique impulsion de M. Paul-Émile Victor, à la réunion d’une assemblée générale qui fut en même temps, la première réunion des membres du « Centre polaire J.-B. Charcot ».
- Après deux autres séances, les statuts furent élaborés et les buts de l’association précisés.
- Sa composition-
- Le Centre polaire J.-B. Charcot se compose de membres actifs, conseillers et adhérents.
- Pour être membre actif, il faut avoir fait des publications scientifiques, littéraires ou de vulgarisation, à la suite d’une expérience personnelle acquise au cours de voyages dans les régions polaires, ou encore avoir séjourné dans l’Arctique ou l’Antarc-tique. .
- Les membres conseillers sont sollicités ou choisis, par le Comité de Direction, parmi les personnalités dont l’expérience et l’autorité doivent aider le Centre dans la préparation et la réalisation des expéditions.
- Les membres adhérents sont simplement les personnes s’intéressant aux questions polaires ou voulant aider le Centre dans ses réalisations.
- L’assemblée du 11 mai 1947, confia la Présidence à M. L. Gain,
- collaborateur de Charcot pendant son deuxième voyage dans l’Antarctique.
- Le Centre polaire se propose de grouper les personnes ayant l’expérience des régions polaires, d’organiser des expéditions dans l’Arctique et dans l’Antarctique en liaison avec des organismes officiels et d’établir leurs programmes de recherches ; il envisage également de réunir une documentation relative aux questions polaires et d’établir des liens avec les institutions polaires étrangères.
- Ses buts immédiats.
- Actuellement le Centre polaire J.-B. Charcot a deux buts immédiats : l’organisation de deux expéditions, l’une au Groenland et l’autre à la Terre Adélie (Antarctique).
- La première expédition se propose de faire des observations météorologiques, physiques, glaciologiques et géologiques sur la calotte glaciaire du Groenland en utilisant les derniers progrès de la science.
- La deuxième, plus importante, mais beaucoup plus longue à organiser, doit se rendre à la Terre Adélie, dans l’Antarctique, pour y effectuer des recherches scientifiques dans tous les domaines et en même temps marquer l’intérêt que porte la France à cette terre française.
- La Terre Adélie, située en bordure du continent antarctique, exactement au Sud de la Tasmanie, fut en effet découverte, le 26 janvier 1839, par Dumont d’Urville. Elle a été rattachée à la colonie de Madagascar par le décret du 21 novembre 1921. Les limites des possessions australes françaises furent fixées par décret du 1er avril 1938.
- Il ne faut pas oublier que la France possède des intérêts dans l’Antarctique ; à l’heure où la grande expédition de l’Amiral Richard Byrd prospecte une immense région, où d’autres abordent divers points de la calotte glaciaire, il serait bon qu’une expédition française collabore à l’effort commun des recherches et rappelle le rôle qui revient à la France dans la découverte de la Terre Adélie. y. Romanovsky.
- Le^ développement
- Un accord est intervenu entre les États-Unis et le Canada pour la réalisation d’un plan de développement du fleuve Saint-Laurent.
- Le général Marshall, secrétaire d’Etat, et M. Hoover, ancien président des États-Unis, ont mis en valeur, devant le Sénat américain, les avantages de ce projet. Il porte sur l’équipement du fleuve qui coule entre les États-Unis et le Canada, des Grands Lacs à l’Atlantique.
- Il ouvrirait une nouvelle voie de commmunication jusqu'au cceur des États-Unis et du Canada, rendant possibles la construction et
- du Saint-Laurent.
- la réparation des navires de haute mer dans la sécurité relative des Grands Lacs et présenterait des avantages économiques d’ordre général par une meilleure utilisation de l’une des grandes voies navigables du monde. Les plans établis actuellement permettraient l’accès de navires de 10 000 t et de 8 m de tirant d'eau.
- Inspirés de la réussite de la Tennessee Valley Authority, ces plans fourniraient également une énorme source d’énergie hydroélectrique à la région dépendant du cours inférieur du Saint-Laurent.
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- NOUVELLES PILES SÈCHES
- fonctionnant aux très
- On sait depuis fort longtemps que les piles à liquide, ainsi que les piles sèches du type Leclanché, ont des caractéristiques électriques : tension et capacité, très variables avec la température. En particulier, lorsque la température s’abaisse, la capacité utilisable de ces piles diminue rapidement et, si leur tension en circuit ouvert se maintient dans des conditions assez satisfaisantes, par contre en circuit fermé, la tension diminue-très rapidement aux basses températures et cela d’autant plus que l’intensité du courant débité est élevée. Le tableau ci-dessous met ces faits en évidence et montre que, dès que la température atteint — 20°, il n’est plus possible d’obtenir un bon fonctionnement des piles, la tension aux bornes de celles-ci s’abaissant très rapidement au-dessous de la valeur limite inférieure encore utilisable.
- Tableau i. — Tension aux bornes d'une pile sèche pour différentes températures et différents régimes de décharge (1).
- Tempé- rature Tension en circuit ouvert Tension en décharge à un régime de
- 20 ma 50 ma 100 ma 140 ma
- + 25» G 1,644 V 1,639 V 1,628 V 1,607 V 1,599 V
- + 20» 1,643 1,637 1,624 1,603 1,591
- + 10» 1,641 1,634 1,620 1,592 1,579
- 0» 1,640 1,631 1,614 1,581 1,568
- — 10» 1,639 1,627 1,605 1,564 1,537
- — 20° 1,610 1,610 1,590 1,540 1,520
- — 30» 1,449 1,280 1,096 0,86
- On a pu établir les raisons pour lesquelles le fonctionnement des piles est particulièrement .défectueux aux basses températures. Le passage du courant dans un élément de pile Leclanché se fait à la fois par l’électrolyte et par le mélange dépolarisant qui entoure l’anode, mélange constitué de bioxyde de manganèse mauvais conducteur et de graphite ou de certaines qualités spéciales de noir de carbone bons conducteurs. Le passage du courant dans le graphite ou dans le noir est un phénomène essentiellement électronique et, à ce titre, il est peu modifié par la température. Par contre, le passage du courant dans l’électrolyte, qui est un phénomène ionique, est très sensible au contraire à la température, celle-ci modifiant à la fois et la viscosité de l’électrolyte et la mobilité des ions. Or, si l’on étudie la résistivité et le comportement d’une solution de chlorure d’ammonium, ou mieux encore de l’électrolyte plus complexe utilisé dans la préparation des piles Leclanché, on constate que lorsque la température s’abaisse, il se produit tout d’abord, sous l’influence du refroidissement, une séparation du chlorure d’ammonium et lorsqu’on atteint la température de — 20°, il y a solidification de l’électrolyte tout entier. A ce moment, les performances de la pile sont considérablement réduites, ainsi que le montrent le tableau précédent et le tableau 2, ci-dessous, qui indique le courant fourni au début d’une décharge par une pile sèche mesurant 32 mm de diamètre et 57 mm de hauteur, débitant sur une résistance de 0,01 ohm, c’est-à-dire placée pratiquement en court-circuit.
- 1. Ces chiffres se rapportent à une pile standard pour lampe-torche mesurant 32 mm de diamètre et 87 mm de hauteur, les tensions étant mesurées au début de la décharge.
- basses températures
- Tableau 2. — Courant de court-circuit d’une pile à différentes températures.
- Tempéralure Gourant de court-circuit pour 100 par rapport au courant à + 25° G
- _ - 25» C 6,6 amp 100 pour 100
- u-20» 6,1 92
- - 10» 5,2 79
- 0» 4,2 64
- - 10» 3,1 47
- - 20° 1,0 15
- -30» 0,1 1,5
- Déjà au cours de la première guerre mondiale, le besoin s’était fait sentir de piles susceptibles de fonctionner convenablement aux basses températures, mais la seconde guerre mondiale allait amplifier encore les exigences des armes techniques, car on se battait cette fois dans les régions de l’Arctique, ou à bord des avions à de très hautes altitudes, il fallait alimenter des projectiles atteignant les régions de la stratosphère et disposer, par conséquent, de sources d’énergie autonomes capables d’assurer un service convenable à des températures extrêmement basses.
- Lors de l’entrée en guerre des États-Unis, les services scientifiques de l’armée américaine invitèrent donc les spécialistes de la fabrication des piles, soit les fabricants eux-mêmes, soit les services gouvernementaux du National Bureau of Standards, à entreprendre des recherches sur cette importante question.
- Déjà vers 1935, la question de la fabrication de piles sèches du type Leclanché susceptibles de fonctionner convenablement aux basses températures, avait été étudiée par des techniciens
- Cape de laiton
- Brai de scellement
- Electrode de charbon
- Rondelle d d’espacement /
- Mélange
- 'dépolarisant
- fhrtie remplie d’air
- Récipient en zinc
- Disque isolant_
- japonais, à la suite de certaines difficultés rencontrées par l’armée japonaise au cours de sa campagne de Mandchourie. Les ingénieurs japonais avaient surtout dirigé leurs efforts vers la recherche de substances qui, comme celles que l’on ajoute sous
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- forme d’anti-gel à l’eau des radiateurs d’automobiles, sont capables d’abaisser considérablement le point de congélation des solutions aqueuses. Ils avaient surtout étudié l’emploi des mélanges de chlorure d'ammonium et de chlorure de calcium, l’addition de ce dernier sel permettant d’abaisser le point de congélation de ces solutions à une valeur très basse, de l’ordre de — ioo° C. Mais les résultats obtenus par eux n’avaient pas été entièrement satisfaisants, car l’abaissement du point de congélation n’est pas le seul facteur qui intervient, il faut tenir compte également de la résistivité électrique de telles solutions aux basses températures.
- La question fut donc reprise sous la direction de G. Vinal par les ingénieurs du National Bureau of Standards qui, après de longues études préliminaires, parvinrent à réaliser deux piles qui ont donné, pendant les hostilités, de très bons résultats.
- I. — Elément au chlorhydrate de méthylamine.
- Dès ig4i, on avait constaté qu’il est possible de remplacer dans la préparation des piles Leclanché le chlorure d’ammonium par le chlorhydrate de méthylamine pour obtenir des piles susceptibles de fonctionner aux basses températures. Cette étude fut poursuivie en vue d’examiner l’emploi possible d’autres chlorhydrates de mono-, di- ou tri-méthylamine, de mono-, di-ou triéthylamine et de mono-, di- et triéthanolamine. En même temps, des recherches étaient entreprises pour déterminer la corrosion du zinc en présence de ces produits, étudier leur solubilité, leur résistivité en fonction de la température, leur action sur les mélanges dépolarisants contenus dans les piles Leclanché et les qualités de conservation de piles contenant des chlorhydrates d’amine dans l’électrolyte
- A la suite de ces différentes recherches, il fut possible d’établir les bases d’une nouvelle fabrication de piles pour très basses températures dont la composition est donnée dans le tableau ci-dessous.
- Tableau 3. — Composition des piles au chlorhydrate de méthylamine.
- Composition du mélange dépolarisant :
- Bioxyde de manganèse naturel (origine africaine). 800 g
- Noir d’acétylène................................ d 00 g
- Ctilorurn d’ammonium............................ 24,4 g
- Électrolyte..................................... 267 cm3
- Composition de la pâte servant à l’immoî ilisation de l’électrolyte :
- Farine .....................................- 7,15 g
- Amidon...................................... Il-,3 g
- Chlorure d’ammonium........................... 8,7 g
- Bichlorure de mercure....................... 0,24 g
- Électrolyte................................. 49,4 cm3
- Composition de l'électrolyte :
- Chlorhydrate de méthylamine .
- Chlorure de zinc...........
- Eau........................
- Chlorure d’ammonium . . .
- Pour le mélange dép( larisant Pour la pâte
- 47 g 3 g
- 50 cm3 8,7 g
- 47 g 3 g
- 50 cm3
- On voit que l’on continue à utiliser pour la préparation de l’électrolyte de cette pile une petite quantité de chlorure d’ammonium, tout au moins pour l’électrolyte destiné à la préparation de la pâte de mélange dépolarisant. L’expérience a montré en effet qu’il y a intérêt à employer une faible proportion de ce sel qui permet d’améliorer le fonctionnement aux basses températures des piles au chlorhydrate de méthylamine, ainsi qu’en témoigne le tableau suivant qui donne les tensions au début de décharges faites sur différentes résistances, de piles
- au chlorhydrate de méthylamine contenant des proportions variables de chlorure d’ammonium, la température de la décharge étant de — 3o°.
- Tableau 4. — Tension en décharge de piles au chlorhydrate de méthylamine contenant des proportions variables de chlorure d'ammonium dans l’électrolyte (température de l’essai — 3o°).
- Proportion de chlorure Décharge sur
- d’ammonium 256 ohms 160 ohms 64 ohms 4 ohms
- 0 pour 100 1,45 V 1,42 V 1,37 V 1,25 V
- 7 1,50 1,47 1,41 1,29
- 10 1,50 1,47 1,42 1,28
- 15 pile ordinaheau chlorhydrate d’ammo- 1,49 1,46 1,41 1,28
- num 0,43 0,14 0,05 0,01
- Les résultats les meilleurs sont obtenus avec une proportion de 7 à io pour ioo de chlorure d’ammonium.
- La construction de ces piles, que nous avons représentée schématiquement sur la figure i, est identique à celle des piles standard. L’élément comporte un récipient en zinc qui joue le rôle d’électrode et qui porte à sa partie inférieure un disque isolant. L’électrode positive est constituée par un crayon de charbon entouré du mélange dépolarisant préparé selon la formule indiquée précédemment. Entre ce mélange dépolarisant et Je zinc, se trouve une couche mince d’électrolyte immobilisé, le tout est obturé par un compound de scellement séparé de la pile par un disque de matière isolante, une cape de laiton munie d’un évent est enfin placée sur le crayon de charbon.
- L’expérience ayant montré que fréquemment l’électrolyte immobilisé se déshydratait par suite de l’absorption de l’humidité qu’il contient par le mélange dépolarisant, les techniciens américains ont également essayé de remplacer l’amidon par certaines matières plastiques susceptibles de former des gelées aqueuses. Ils ont en particulier étudié l’alcool polyvinylique, la méthylcellulose et ont obtenu de très bons résultats avec la carboxyméthylcellulose. Ce dernier produit donne, en effet, dans le cas de décharges faites à — 3o° des capacités bien supérieures à celles que l’on obtient avec des piles contenant de l’amidon comme agent d’immobilisation.
- Dans le tableau 5, nous avons donné la durée de décharge de piles renfermant différents électrolytes immobilisés, décharge effectuée sur une résistance de 4 ohms, aux températures de + 25° et de — 3o° C. (tension finale de décharge 0,75 V).
- Tableau 5. — Influence de la composition de l’électrolyte immobilisé.
- Composit on de la pâte Durée de la décharge
- à -f- 25° C à — 30° G
- Pile ordinaire au chlorure d'ammonium 455 mn 0 mn
- Pile au chlurhy uate de méthylamine . Immobilisalion par l’amidon . . . Immobidsation parla méthylcellulose. 4mn à 10 mn
- Immobilisation par la carboxyméthyl- 38 mn
- cellulose 85 mn
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- II. — Elément au chlorure de calcium-chlorure d'ammonium.
- La mise au point de ce nouvel élément fut la suite des travaux des auteurs japonais que nous avons cités précédemment. Les premiers essais effectués au National Bureau of Standards montrèrent que des éléments dont l’électrolyte contient de fortes proportions de chlorure de zinc et des proportions plus faibles de chlorure de calcium présentent une remarquable constance de tension. Des piles conservées par exemple pendant deux années ont une tension en circuit ouvert qui, au bout de ce temps, n’a pas varié de plus de 0,01 V, alors qu’une pile ordinaire a une tension qui, pendant le même temps, diminue de 0,1 V. Malheureusement, de telles piles présentaient une faible capacité, en particulier aux basses températures. C’est alors qu’on constata qu’en ajoutant à l’électrolyte binaire un troisième constituant formé de chlorure d’ammonium, on diminuait bien la constance de la tension au cours d’un long magasinage, mais par contre on obtenait des piles susceptibles de débiter de forts courants, en particulier aux basses températures de l’ordre de •— 3o° par exemple.
- C’est ainsi qu’une étude systématique fut faite dés différents électrolytes susceptibles d’être employés, en faisant varier simultanément les proportions de chlorure d’ammonium, chlorure de calcium et chlorure de zinc. On constata que pour chaque température de décharge considérée, il existe une zone, d’ailleurs très étroite, de composition du mélange ternaire qui donne les meilleurs résultats. Il fut même possible de pousser les essais jusqu’à — 5o° et par exemple à — 4o°, la concentration optimum en chlorure de zinc doit être beaucoup plus grande que celle qu’il faut adopter pour des essais effectués à —3o°. alors qu’au contraire la concentration en chlorure de calcium doit être plus faible.
- Actuellement, il semble que les efforts des techniciens américains se concentrent sur l’étude de ces piles à électrolyte ternaire qui donnent des résultats encore supérieurs à ceux obtenus avep l’élément au chlorhydrate de méthylamine.
- III. — Elément au chlorure de lithium.
- Cet élément qui est une modification de la pile Leclanché standard a été réalisé industriellement par un des plus importants constructeurs de piles sèches aux États-Unis, après de nombreuses études au cours desquelles furent déterminées la solubilité du chlorure de zinc, du chlorure d’ammonium et du chlorure de lithium aux très basses températures (de l’ordre de — 4o°), la résistivité de ces diverses solutions et leur point de congélation.
- Au cours de ces recherches, on constata que l’addition de chlorure de lithium ou de chlorure d’ammonium diminuait d’une façon sensible la résistance des solutions de chlorure de zinc et que les résultats les plus favorables étaient obtenus avec un électrolyte renfermant 12 pour 100 de chlorure de zinc, i5 pour 100 de chlorure de lithium, 8 pour xoo de chlorure d’ammonium et 65 pour 100 d’eau. C’est cette composition qui a été retenue pour la préparation de nouvelles piles capables de fonctionner aux basses températures, d’autant plus que de petites variations de la composition ne modifient pas considérablement la résistivité de l’électrolyte. D’autres études montrèrent également que les meilleurs résultats sont obtenus lorsqu’en même temps que cet électrolyte, on utilise pour la préparation de la masse dépolarisante, non pas du bioxyde de manganèse naturel, mais des produits artificiels et en particulier le produit connu sous le nom d’hydrate de manganèse, mélangé à du noir d’acétylène préparé par le procédé de Shawinigan.
- La fabrication des piles au chlorure de lithium est très pro-
- che de celle des piles habituelles. Les, boîtiers en zinc sont munis d’une rondelle isolante à la partie inférieure et ils sont enduits intérieurement d’une couche relativement mince de pâte contenant l’électrolyte immobilisé. On introduit alors dans le boîtier le mélange dépolarisant renfermant en son centre l’électrode positive de carbone. Le tout est scellé par un brai à base de cire ou de résidus de distillation du pétrole.
- Le tableau n° 6 ci-dessous montre la supériorité de cette pile au chlorure de lithium par rapport à la pile normale. Il, indique le courant débité par les deux types d’éléments pour diverses températures, les chiffres étant applicables à des piles cylindriques mesurant 32 mm de diamètre et 57 mm de hauteur déchargées dans une résistance fixe de 0,01 ohm.
- Tableau 6. — Courant fourni par des éléments déchargés à diverses températures sur une résistance fixe de 0,01 ohm.
- Température Gourant fourni par un élément
- du type ordinaire du type au chlorure de lithium
- 20» G 7,0 amp 7,0 amp
- — 20° 1,0 3,3
- — 30» 0.1 2,3
- — 40» 0,0 1,4
- En ce qui concerne la capacité de ces éléments, alors que les piles normales ne fournissent pratiquement aucun courant dès que la température atteint — 20°, au contraire les piles au chlorure de lithium peuvent conserver à — 4o° une capacité qui reste encore comprise entre 10 et 20 pour 100 de leur capacité à + ao°, suivant le régime de décharge auquel elles sont soumises.
- L’expérience a d’ailleurs montré que suivant la température d’emploi prévue, on peut augmenter encore la capacité par temps très froid, à condition, dans certains cas, d’admettre une légère diminution de la capacité à la température ordinaire, d’où nécessité de connaître si possible la température de service prévue pour les batteries froides.
- Ces quelques exemples montrent que dans le domaine des piles susceptibles de fonctionner aux basses températures, d’importants progrès viennent d’être réalisés. D’autres recherches sur lesquelles nous espérons pouvoir revenir ont été également entreprises dans le but d’augmenter considérablement, par l’emploi de couples nouveaux, la capacité massique de ces piles, ceci pour répondre à certains problèmes particulièrement délicats posés par les Services scientifiques des Forces armées dé terre, de mer et de l’air.
- G. Génin,
- Ingénieur E. P. C. I.
- PRÉCISION
- Dans notre n° 3 133, du 1er avril 1947, nous avons parlé de latex synthétiques et dispersions d’élastomètres.
- On nous fait remarquer que la dénomination a LASTEX » est une marque de fabrique, propriété exclusive de la « Société Européenne de fils élastiques ».
- Les procédés de cette Société sont couverts par des brevets qui, contrairement à ce qui semblait se. dégager de notre article précédent, resteront en vigueur pendant encore de nombreuses années.
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- MONTAGES MATHEMATIQUES
- Une cyclide unilatère à la portée de tous.
- La cyclide ressemble à un tore qui irait en grossissant vers un pôle, en s’effilant vers' le pôle opposé, comme un croissant de lune à bouts raccordés.
- On dit unilatère une surface qui n’a qu’un côté, ou plus proprement dont les deux côtés, le recto et le verso, se retrouvent
- partout l’un dans l’autre à la fois, sans discrimination ni dissociabilité possibles. On connaît la surface unilatère de Môbius, on connaît le lore unilatère de Klein. Voici une cyclide unilatère, engendrée par le mouvement ci-après (fig. 1).
- Étant donné un plan horizontal rOx, une perpendiculaire à ce plan Oy et, pivotant sur cette perpendiculaire comme axe, un plan vertical vOy ;
- Dans ce plan vertical, avec a comme rayon, v comme centre, ce centre ayant abscisse Ou = b, étant donnée une circonférence u ;
- Le plan «Oy faisant avec le plan zOy un angle a et la circonférence ayant ses ordonnées y proportionnelles au sinus de la
- Fig. 2. — Cyclide unilatère.
- Reporter ces figures sur bristol, sinusoïde et toutes les ellipses, sauf la grande, en double exemplaire. — Monter d’abord les ellipses verticales sur la couronne horizontale, un point de colle forte aux fentes ; ensuite amener, par-dessus et par-dessous cette couronne d’ellipses, les deux sinusoïdes roulées en cylindre, colle forte aux fentes également. Ainsi se présentera la cyclide dans ses sections équatoriale, méridiennes et géodésique. .— Si la force du carton le permet on garnira de matière plastique (terre à modeler, mastic de vitrier, bougie ou mie de pain) les cases de cette charpente pour voir apparaître la surface proprement dite.
- moitié de cet angle, cette circonférence engendre une cyclide unilatère dont équation ci-après.
- Dans le plan vOy la circonférence s’exprime :
- y = ± \'a2 — (X — b)2.
- L’X du plan vOy n’est autre que le \Jz2 + x2 du plan zOx ; d’où le tore y = ± sja2 — (y^2 + x2 — 5)2.
- Si a est l’angle que fait 0« avec Oz on a X cos a = z, c’est-à-
- dire cos a y z2 + æ2 = z, soit cos a =
- y z2 + x2.
- Et puisque
- sin
- W1
- cos a
- on a aussi
- ou mieux, en mettant u pour ± y z2 + x2, sin
- C’est ce sinus, facultativement multiplié par m, qui va proportionner les hauteurs des cercles aux ouvertures des plans pour
- donner la cyclide : y =
- m
- * Aizü
- Y 2 u
- [a2 — (u —b)2}.
- Avec m plus grand que i cette cyclide rappelle le ruban de Môbius ; avec b = a elle n’est plus que la sphère à bonnet croisé de la topologie combinatoire.
- Or voici en quoi cette cyclide serait unilatère : un élément de droite, un mobile, debout sur sa surface, donc parallèle à l’axe Oy, astreint à en faire le tour : a) en se tenant à une distance constante de cet axe, quelle que soit la hauteur à laquelle il se trouve, b) en s’interdisant de faire un angle sur son chemin, de s’arrêter ou revenir en arrière, ce mobile, partant du dessus de la cyclide et venant à la ligne de croisement
- Fig. 4.
- Le tore unilatère de Klein.
- Coupe montrant la continuité d’une face de l’intérieur à l’extérieur du corps.
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- passera cette ligne pour ne pas abandonner la face qu’il tient et, toujours sur cette face, se trouvera être dans le creux de la cyclide dont il continuera à faire le tour jusqu’à rencontrer une deuxième fois la ligne de croisement et, par là, remonter à l’air libre pour aller de l’avant encore et revenir à son point de départ.
- Physiquement, on pourrait croire qu’à *a ligne de croisement une des descentes de la cyclide formerait écran à la descente d’en face et empêcherait le mobile de passer ; mathématiquement, cette considération ne se présente pas,
- non plus qu’elle ne se présente en surface de Mobius à la traversée de la droite double que porte cette surface.
- Pour terminer, notons que la sphère à bonnet croisé, dérivée de la cyclide ci-dessus, est dite non orientable parce qu’un mobile
- Fig. 5.
- Fig. 6.
- Surface anilatère de Mœbius.
- .1 gauche, le tore unilatère ; au centre, la sphère à bonnet croisé ; à droite, la cyclide unilatère.
- qui irait de son pôle Sud à son pôle Nord (ventre au Sud, pointe au Nord) en suivant une spirale continue ferait, à partir du croisement, virage à droite sur une moitié de bonnet, virage à gauche sur la moitié opposée, sans cesser d’être au jour cependant. Mais aussi ce mobile, qui ne peut culbuter sur lui-même en quelque sens que ce soit et qui a son pied sur la surface, à laquelle il demeure normal, peut se trouver être, à partir du croisement, à l’air libre sur la droite, enfermé sur la gauche. En d’autres termes, pour un observateur externe une telle sphère aurait comme intérieur son demi-bonnet gauche, comme extérieur son demi-bonnet droit. C’est-à-dire que cet observateur, la sphère absolument close étant devant lui et lui-même n’ayant pas à bouger, peut se dire être à l’intérieur de la sphère s’il en regarde la gauche (puisque c’est la gauche qui lui présente sa face interne, dont l’atmosphère l’enveloppe à l’extérieur s’il en regarde la droite, et ceci mathématiquement f1).
- Maurice El-Mii.ick.
- 1. D’où, pour un non-cartésien, des spéculations pouvant aller jusqu’à : « Est-il vrai que j’existe ?... Suis-je moi ou suis-je non-moi P... Est-ce le monde qui me contient ou moi qui contiens le monde ?... »
- C’est peut-être par la topologie combinatoire que les philosophes se décideront à devenir mathématiciens.
- Prospection de minerais.
- On construit actuellement deux hélicoptères spécialement équipés pour la pi'ospection magnétique des gîtes de minerais de fer au Canada, aux États-Unis et en Amérique du Sud.
- Le magnétomètre est enfermé dans une boite en matière plastique suspendue par un câble en dessous de l’appareil en vol.
- L’ensemble peut prospecter en 1 h une superficie de 10 km2. Le même travail exécuté au sol exige 70 J de travail. à une équipe de quatre hommes.
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- Les sens chez les poissons
- Ce n’est guère que depuis un quart de siècle que les méthodes adoptées par la grande foule des pêcheurs à. la ligne, dans l’exercice de leur art, ont été profondément modifiées à ta suite de données scientifiques établissant, d’une part, que la vue chez les poissons ëst rudimentaire, d’autre part qu’ils possèdent un sens du toucher extrêmement puissant. Les travaux de M. Matout, entre autres, ont provoqué une véritable révolution dans l’art de la pêche à la ligne. Alors que dans toutes les branches de l’activité humaine, les progrès de la science n’ont cessé depuis un siècle d’améliorer d’antiques méthodes, de modifier des errements défectueux, d’innover le plus souvent, les procédés de pêche, les engins employés, l’étude des poissons, étaient demeurés stationnaires ; nous pêchions comme pêchaient nos pères, sans imaginer que les vieilles routines de jadis pouvaient présenter de graves erreurs. La raison en est, je crois, que la pêche à la ligne est demeurée trop longtemps le sport populaire par excellence, jugé trop vulgaire par la plupart de ceux que leurs connaissances scientifiques, leur esprit d’observation, mettent au rang des novateurs. Triturer des asticots, enfiler des vers aux hameçons, confectionner des amorces souvent malodorantes, demeurer des heures devant un bouchon, n’étaient point faits pour attirer l’élite ; tout au plus, pour tromper la monotonie des grandes vacances à la campagne, quelques citadins, plus riches en engins de toute sorte qu’en connaissances halieutiques, s’égaraient sur le bord de nos rivières, sans conviction, vite rebutés par des' insuccès répétés. Cependant, la pêche dite sportive, à la mouche artificielle, au lancer léger, qui n’exige qu’un attirail très simple — mais combien coûteux ! — attirait au bord de l’eau un nombre croissant d’adeptes ; ce ne furent plus les patientes stations à l’ombre d’un saule, objets de railleries et de bons mots, mais de longues randonnées où se confondaient le plaisir .de la pêche et celui de la marche au grand air. L’art du lancer, le mécanisme du moulinet, des prises fructueuses amenèrent peu à peu dans les rangs moutonniers des chevaliers de la gaule, un public nouveau, enthousiaste, ou simplement observateur de la vie aquatique.
- Car tout est là, savoir observer et savoir tirer des conclusions des observations recueillies parfois par hasard. Les lois de la gravitation universelle ont eu pour point de départ, la chute d’une pomme aux pieds du savant Newton ; l’invention de la céramique est due à une banale observation faite par Bernard de Palissy au cours d’un travail de poterie ; la force élastique de la vapeur d’eau a été découverte par Denis Papin, comme on le sait, dont l’attention avait été un instant retenue par un couvercle de marmite. Pour être moins considérables dans leurs conséquences, les modestes observations d’excellents pêcheurs, doués de l’esprit scientifique, ont eu des résultats tels que l’art halieutique s’en est trouvé transformé. Les antiques méthodes de pêche étaient, en effet, basées sur un fait admis comme indiscutable : l’acuité visuelle remarquable des poissons. Or, non seulement l’étude de leur système oculaire, mais encore mille constatations que chacun peut faire couramment, ont permis d’établir que le sens de la vue est, au contraire, très rudimentaire chez eux. Il n’est, pour s’en convaincre, qu’à demeurer quelque temps immobile au bord d’une rivière limpide. Notre soudaine apparition, entre deux arbres,-aura évidemment pour effet de faire fuir le poisson qui, en surface, ou à mi-eau, a perçu notre présence, et nous tenons pour assuré qu’il nous a vus, alors que le plus souvent, d’autres sens que celui de la vision l’ont averti d’un danger possible. Certes, il n’est point aveugle, et cette brusque apparition, sur une rive qu’il connaît confusément, a également frappé son organe visuel ; mais s’il nous est possible de demeurer un quart d’heure dans une totale immobilité, d’éviter le moindre geste, le moindre choc de nos pieds sur le sol, notre poisson reviendra en surface, gobant des mouches, sans plus se soucier de notre présence qu’il ne se soucie des arbres voisins. Qu’on me permette de citer une expérience personnelle : j’habitais alors sur les bords mêmes d’une
- petite rivière, riche en truites ; l’une d’elles avait élu domicile sous un saule à l’extrémité du jardin ; dix fois par jour, j’allais lui rendre visite, supputant les moyens de la capturer ; mais les branches de l’arbre étaient tellement enchevêtrées, les souches si dangereuses, que je ne pus jamais lui présenter une mouche dans de bonnes conditions, sous peine de tout perdre, car il ne fallait pas songer à enlever d’autorité cette belle commère saumonée, qui paraissait peser trois à quatre livres. Je ne pouvais l’apercevoir autrement qu’en passant la tête entre deux branches, juste au-dessus d’elle et elle s’enfuyait aussitôt ; j’eus alors l’idée de placer entre ces deux branches une brassée de feuilles ; elle s’habitua vite à cette présence insolite, immuable, qui me permettait, comme derrière un écran, de suivre ses ébats ; les feuilles se flétrirent très vite, ne furent plus bientôt qu’un'petit tas de tiges sèches, derrière lesquelles mon visage, et le buste, cessèrent d’être camouflés ; la truite, dont je n’étais guère distant de plus d’un mètre, n’attacha dès lors aucune importance à ma présence, habituée qu’elle était à voir en cet endroit une forme vague. Je finis par enlever l’écran devenu inutile, et si j’avais la précaution de m’approcher à pas feutrés, de me hausser graduellement entre les deux branches, elle ne manifestait aucune inquiétude. Elle ne me voyait pas ; mais, bien avant moi, elle percevait l’approche d’un piéton le long de la rive, et lentement glissait sous les souches.
- Cette vue des poissons, démontrée vague, floue, a permis d’employer pour la pêche à la ligne, des racines plus fortes, plus solides que celles de jadis, sans nuire aux résultats, à la condition d’équilibrer la plombée, non point par une masse pesante en sa partie inférieure, mais par un chapelet de très petits grains .répartis sur une certaine longueur du bas de ligne ; c’est t-e que M. Matout, qui a vulgarisé le procédé, a appelé la « ligne sensible » ; car ce n’est point, d’après lui, la grosseur de la racine dont se méfie le poisson, mais la résistance offerte à son attaque par la plombée brutale ; elle lui paraît autrement inquiétante qu’un fil plus ou moins ténu ; il lâche aussitôt l’appât engamé. Au contraire, avec la ligne sensible, cette résistance devient insignifiante à ses sens ; il ne la décèlera que trop tardivement et sera ferré avant d’avoir pu rejeter l’appât.
- L’odorat est chez les poissons beaucoup plus fin encore qu’on ne l’imaginait ; ils remontent de loin vers l’endroit amorcé, même en étang où l’absence de tout courant ne permet pas aux molécules désagrégées de la masse de leur apporter, à une longue distance en aval, la senteur délectable. Le sens de l’ouïe est encore plus rudimentaire que celui de la vue : existe-t-il seulement ? Bien des naturalistes en doutent, comme la plupart des pêcheurs. On peut chanter au bord de l’eau, bavarder à haute voix, tirer, à proximité immédiate, des coups de fusil, les poissons n’en paraissent pas inquiets.
- Mais alors, dira-t-on, s’ils sont à ce point dépourvus de ces sens, à défaut desquels la vie terrestre serait si pénible à supporter, comment expliquer leur habileté à déjouer nos pièges, leur défense devant le danger, leur instinctive sauvagerie, s’ils ne voient, ni n’entendent ? Que deviendraient les hommes, les oiseaux, sans la vue ? Les chiens sans l’odorat P C’est que nous imaginons difficilement qu’il puisse exister d’autres sens que ceux dont nous disposons ; en particulier, nous prêtons les nôtres, ceux des êtres terrestres, aux animaux de la faune aquatique, comme si l’air et l’eau n’étaient point des éléments différents, réclamant pour leurs hôtes des sens spéciaux. Un poisson aveugle prouvera aisément sa nourriture ; un homme aveugle, livré à lui-même, ne pourrait subsister ; un renard sans odorat serait bientôt réduit à la famine. Mais il est un sens, commun à tous les êtres vivants, indispensable à toute existence, à toute génération, le sens du toucher. Dans le monde aquatique, il atteint à une subtilité que nous avons peine à concevoir, à une prodigieuse perfection ; il enregistre les moindres vibrations de l’eau, aussi bien
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- que celles transmises par le sol, avec une netteté extraordinaire ; en voici un exemple qu’il est aisé à quiconque de contrôler : choisissez une rivière à eau limpide, dissimulez-vous sur une maîtresse branche surplombant la.nappe liquide, d’où votre vue n’est pas limitée ; votre installation a fait fuir les poissons de surface, les seuls qui nous intéressent actuellement ; au bout de quelques instants, laissez tomber, accroché à un fil, un objet quelconque, un petit bout de bois, un gland, une baie, faites-le sautiller une ou deux secondes, relevez le fil... et observez. Vous verrez alors venir de loin, parfois d une dizaine de mètres et plus, un ou plusieurs chevesnes, à mi-eau, qui, après avoir décrit quelques arcs de cercle de plus en plus rapprochés du point de chiite de votre objet, s’arrêteront exactement au-dessous de ce point, avec l’espoir d’y trouver quelque insecte tombé de l’arbre ; c’est donc que les ondes extrêmement faibles — « les ronds » — produits par votre engin au contact de 1 eau, ont été assez puissants pour attirer l’attention de poissons éloignés.
- Les poissons possèdent donc un sens du toucher aussi merveilleux que celui de la vue chez l’oiseau ou de l’odorat chez le chien. Il a son siège dans la ligne latérale qu’on voit sur les flancs du poisson, cette ligne que nous suivons à peu près du couteau quand il s’agit de le découper sur notre assiette, de manière à dégager les filets. La preuve est à la portée des moins observateurs : voici, dans un vivier, un poisson bien vivant ; touchez-le à la tête, sur le dos, à la queue, il ne réagira pas ; mais si du bout du doigt ou avec une baguette, vous caressez cette ligne, au premier contact ou même à son approche, le poisson tentera de s’échapper, dans un mouvement brutal, comme s’il était atteint par une soudaine décharge électrique. Des contrôles scientifiques ont permis en outre de constater que la finesse des sens de la ligne latérale variait beaucoup d’une espèce à l’autre, plus subtile, plus éten-
- due chez les uns, plus réduite chez les autres ; elle semble parfois, comme chez la truite, rayonner, tout en s’affaiblissant, sur toutes les parties du corps, alors que chez 1a. plupart des poissons dits « de fond », elle est exclusivement circonscrite à la ligne latérale ; ce qui revient à dire que le sens du toucher est ici plus développé que là. Il y a quelques années, pêchant le barbeau, je fus « démonté » après avoir tenu pendant plus de dix minutes une bête magnifique : elle emporta tout le bas de ligne, dont une olive de plomb et deux mètres de fil. Or, quelques heures plus tard, je ferrais et amenais à l’épuisette ce même barbeau, recouvrant ainsi un bas de ligne jugé bien perdu ! Il est évident que si la douleur ressentie par ce poisson de six livres avait été cruelle, comme nous l’imaginons à tort, il n’aurait point de si tôt repris goût au fromage de gruyère.
- Ajoutons, pour terminer, quelques mots sur les qualités intellectuelles des poissons ; une,longue expérience me permet d’assurer que ce que nous appelons « l’intelligence », cette faculté de comprendre, de créer, d’établir les idées générales, n’existe pas chez eux, pas plus que la mémoire, qui n’en est qu’un élément. Tout est instinct, en dépit de quelques apparences trompeuses, dans le monde aquatique ; les ruses des poissons pour échapper à un danger sont et ont toujours été les mêmes ; leur méfiance bien connue, leurs brusques accès d’appétit, leur indifférence au contraire devant des appâts qui leur sont chers habituellement, leurs longues bouderies au profond des herbiers, sans raison apparente, leur activité comme leur passivité, sont l’aboutissement d’immuables lois de la nature, lois encore mystérieuses pour nous, basées peut-être sur des conditions atmosphériques ou magnétiques, dont nous ne pouvons que constater les effets.
- Jean Thadziès.
- Des sols d'étables en caoutchouc.
- La Hollande est un des pays qui sait adapter, la technique la plus moderne à son industrie agricole qu’elle maintient toujours à l’avant-garde du progrès scientifique.
- Une très curieuse innovation a été introduite sur l’initiative de la « Fondation du Caoutchouc » (Rubber-Stichting) : la réalisation de sols d’étables en dalles de caoutchouc C1).
- Les essais ont démontré la supériorité de tels revêtements sur les sols en brique ou en ciment, aussi bien du point de vue de la résistance à l’abrasion que de la qualité de l’isolement thermique, même lorsque ces derniers sont recouverts d’une épaisse litière de paille.
- Le matériau le plus satisfaisant est un revêtement fabriqué ’ par une manufacture hollandaise sous la marque « Indiana », dont les plaques sont scellées dans le béton sous-jacent au moyen de crochets métalliques assurant un parfait ancrage. La résistance à l’abrasion est excellente, les animaux conservent leur chaleur, sans litière, ce qui est à considérer car la paille est rare en Hollande et dans beaucoup d’autres pays.
- Il en résulte une économie sensible de main-d’œuvre par l’entretien facile des étables, dont le sol est simplement lavé au jet. Un dispositif d’écoulement et de récupération des déjections et des eaux de lavage évite toute perte de matière fertilisante.
- L’avenir de cette application du caoutchouc dépendra de son prix initial qu’il faudra fixer assez bas pour l’amortir par les économies ultérieures d’exploitation.
- 1. Revue Générale du Caoutchouc, février 1947.
- Fig. 1. — Des plaques de caoutchouc ancrées dans le béton constituent, sous chaque bête, un tapis à la fois souple et résistant. .
- (Cliché Revue générale du Caoutchouc).
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- SIÈGES SÉPARATEURS ET FOSSES SEPTIQUES
- Urinal
- Le 29 décembre 1881, l’abbé Moigno, dans son Cosmos, publiait un grand article claironnant, pour « mettre le monde civi-« lisé tout entier en possession de la solution inattendue et « définitive du plus redoutable des problèmes, de la réalisation « du plus urgent des progrès ». Il s’agissait de la « Vidangeuse automatique » inventée par M. Louis Mouras, propriétaire à'Vesoul, appelée aujourd’hui fosse septique. Mais la pratique courante n’a pas justifié ce bruyant enthousiasme.
- L'échec des fosses septiques.
- Les opérateurs avaient pourtant observé et étudié une fosse septique de laboratoire qu’ils appelaient l’Aquarium ; ils s’étaient astreints à de malpropres manipulations pour y déverser chaque jour des quantités mesurées de déjections humaines ; ils ont eu des résultats qu’ils crurent définitifs.
- Malheureusement, nous sommes forcés de constater qu’en général il se produit surtout une marinade et une dilution, et que la destruction désirée reste très incomplète.
- Quittes donc à ne pas tirer toujours des conclusions certaines, revoyons l’article du Cosmos (29 décembre 1881 et 21 janvier 1882) :
- Nous y apprenons tout d’abord que la découverte de la fameuse « vidangeuse automatique » fut tout à fait fortuite et inattendue ; voici en effet le récit de M. Mou-ras : « Il y a vingt ans, pour tirer « le meilleur parti possible des lo-« gements, tant grands que petits,
- « de ma maison de la rueduBreuil,
- « j’avais résolu de donner à chaque « locataire son cabinet d’aisance,
- « muni d’appareils Roger-Mothe,
- « inconnus jusque-là à Vesoul. Mais « la ville de Vesoul n’avait pas ente core construit d’égout dans la « partie de la rue du Breuil où ma « maison est bâtie, et je ne savais
- « pas comment écouler les déjections provenant des lieux d’ai-« sance. Je me dis alors que, si, après avoir construit une fosse « étanche, j’y faisais tomber les eaux pluviales et les eauxménagè-« res, il se produirait à l’intérieur un remous, qui devrait entraîner « au dehors, au moins en partie, les matières fécales dans un canal « d’évacuation pratiqué à la partie supérieure de la fosse et qui te. aboutissait à un puits où les liquides se perdaient dans le sol ; « j’espérais de la sorte n’avoir à vider ma fosse qu’à de très longs a intervalles. Je construisis donc une fosse étanche remplie d’eau, <t et j’eus soin de faire plonger dans cette eau le tuyau de chute tt de dix centimètres, afin de ne pas être incommodé par les mau-« vaises odeurs qui auraient pu se dégager de la fosse. Ma fosse, a ainsi faite, je la laissai sans l’ouvrir pendant une douzaine d’an-« nées, c’est-à-dire jusqu’après le départ des Prussiens, qui pente dant l’invasion, avaient jeté dans cette fosse toute espèce de « débris, ce qui m’amenait à la faire vider. Or l’ouvrier puisatier « qui fit ce curage, ne trouva pas de matières fécales, mais seule-« ment un liquide qui remplissait toute la fosse ! — J’avais réussi « au delà de mon attente I! ».
- Donc, Mouras avait simplement cherché une dilution partielle des matières solides, et il se trouva une circonstance telle que
- tout disparut. Notons ici une importante remarque faite par lui : tant qu’il n’arrive pas d’air dans la fosse, il y a peu d’odeur ; mais dès qu’on introduit un peu d’air, il se dégage des gaz infects. Le même fait avait été observé avec l’Aquarium du laboratoire et on en avait conclu qu’il faut éviter toute rentrée d’air : nous verrons qu’il faut très probablement en tirer des conclusions théoriques un peu différentes.
- L’abbé Moigno, voulant faire la théorie du procédé, admit d’abord que la décomposition est causée par l’hydrogène sulfuré. Certainement il confondait l’effet avec la cause (il en tirait du reste d’extraordinaires conclusions sur la possibilité de guérir la constipation par des pilules au sulfhydrate d’ammoniaque). Puis, il émit l’hypothèse, plus justifiée, qu’il faut peut-être voir là un effet des microbes anaérobies, que venait de découvrir Pasteur.
- Fig. 1.
- — Coupe schématique d’un dispositif d’ensemble siège séparateur Abdon sur fosse septique.
- Actuellement, on en est resté à une théorie élémentaire en deux •temps : Premier temps, la fosse septique (élément liquéfacteur) fonctionnerait par les microbes anaérobies, lesquels transformeraient les déjections solides surtout en ammoniaque (libre ou combiné), puis, deuxième temps, dans l’élément épurateur, les microbes aréobies se chargeraient de compléter le travail (non pas sans odeur !) en transformant l’ammoniaque en nitrites puis en nitrates. Les travaux entrepris sur cette question sont nombreux et n’apportent malheureusement pas de conclusions cohérentes et constantes.
- Enfin, Mouras et Moigno introduisaient soigneusement l’urin© avec les matières solides dans leur Aquarium. Et ils attribuaient à ces urines un rôle important, voire indispensable. Or, il semble maintenant que c’est tout le contraire qu’il faut admettre, depuis les travaux de M. Abdon.
- Les études de M. Abdon.
- Avant la guerre, l’ingénieur sanitaire Abdon eut l’occasion de s’intéresser à l’incinération des matières fécales dans un cas d’épi-
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- démie, ce qui le conduisit à l’idée fondamentale de la séparation des urines et des déjections solides.
- Cette séparation, réalisée pratiquement par des sièges de W. G. à cloison séparatrice, peut s’appliquer à d’autres systèmes, notamment à la fosse septique, où elle se montre capable d’assurer une efficacité constante. Yoici la théorie de M. Abdon :
- Ce qui nuit le plus à la solubilisation par action microbienne dans la fosse septique, c’est l’excès d’ammoniaque, car dès qu’il y a 300 à. 350 mg d’ammoniaque par litre, les microbes sont intoxiqués et cessent d’agir. Or, les moyennes montrent que chaque individu fournit environ 38 g d’ammoniaque par jour, dont 36 par les urines et 2 seulement par les déjections solides ; d’où cette conclusion que les cabinets à séparateur d’urine donnent 18 fois moins d’ammoniaque dans la fosse septique. Et voici une première conséquence : dans les fosses septiques employées jusqu’ici, il faut envoyer beaucoup d’eau pour diluer l’ammoniaque au taux régle-
- ur/nés
- urines
- Sièges séparateurs.
- Fig. 2.
- mentante de 200 mg par litre du contenu liquide de la fosse. Mais alors on emporte aussi une grande partie des microbes ; de plus, les cataractes d’eau secouent nuisiblement les lits bactériens en même temps qu’ils y amènent de brusques variations de température. Le principe du séparateur donne dès lors à la fosse septique la possibilité de fonctionner réellement : il suffira d’une quantité d’eau relativement faible pour diluer l’ammoniaque sans balayer les microbes liquéfacteurs.
- De plus, la théorie qui attribue tout le travail utile de la fosse septique aux anaérobies ne paraît vraiment pas justifiée. L’expérience montre en effet qu’une fosse septique, sous peine de se garnir d’un dépôt infect à décomposition insuffisante, doit avoir une assez grande surface. Dès lors on est amené à penser que le travail de décomposition se produit comme dans les rivières : seuls les cours d’eau peu profonds font de l’auto-épuration, et cela grâce à l’oxygène qui permet aux aérobies d’accomplir leur travail jusque dans les couches inférieures ; tandis que les eaux profondes, et plus encore les eaux dormantes, renferment des dépôts de limon, d’où s’échappe surtout du méthane, appelé justement gaz des marais. C’est de même que dans les cimetières marécageux les corps ne disparaissent que très difficilement : certains fossoyeurs disent que « l’eau conserve les cadavres » ; certes la chair ne reste pas en état de fraîcheur, mais sa destruction est
- entravée, jusqu’au jour où on draine le cimetière. Par analogie avec ces diverses observations, M. Abdon a été conduit à faire des fosses septiques à large surface et à faible profondeur, afin de réaliser une fermentation active (érémacausis) au lieu d’une putréfaction lente ; et il préconise l’activation du travail par l'action consécutive des aérobies.
- Du reste, ce qui se passait dans VAquarium de Mouras et Moi-gno justifie ces idées. Qu’y voyait-on ? une boue couvrait le fond, une crème épaisse flottait à la surface, un liquide plus ou moins trouble occupait l’espace intermédiaire ; ce liquide, très trouble dans la partie voisine du fond, se montrait de plus en plus clair à mi-bauteur et redevenait de plus en plus trouble dans les couches supérieures ; en outre, le liquide était continuellement traversé par des fragments de matière qui montaient et qui descendaient. Si, comme le croyaient Mouras et Moigno, tout le travail s’effectuait en profondeur, pourquoi les fosses profondes et étroites sont-elles moins efficaces ? et puis, conformément aux remarques du paragraphe précédent, d’accord aussi avec les études de Duclaux et celles de Bordas, les anaérobies ne peuvent travailler seuls : ils doivent agir alternativement avec les aérobies. Aussi, M. Abdon estime que le travail essentiel c’est celui de la surface et qu’il est nécessairement aérobie ; en conséquence, et contrairement à ses prédécesseurs, il amène de l’air dans sa fosse septique, par une cheminée qui sert en même temps à emporter les gaz putrides qui, cette fois, se produisent déjà dans la fosse elle-même.
- Cependant l’épurateur n’est pas supprimé et ne peut pas l’être. Sans doute, la fosse Abdon attaque vraiment et constamment les matières organiques, et notamment l’azote albuminoïde y est transformé en azote ammoniacal ; mais celui-ci, encore fermentescible, ne peut pas achever son cycle de transformations minéralisantes dans la fosse elle-même, parce que les microbes nitrifiants ne peuvent jamais être noyés longtemps sans être exposés à subir les effets de la rétrogradation.
- Il est évident qu’il ne faut jamais jeter d’antiseptiques dans la fosse septique. Les eaux de savon et les eaux grasses elles-mêmes sont défavorables aussi : mieux vaut les envoyer dans la fosse auxiliaire dont il sera parlé plus loin.
- Le nouveau matériel septique.
- Les nouvelles fosses septiques, telles qu’elles résultent des études de M. Abdon, sont trois fois moins grandes que celles habituellement employées. Une fosse pour 1 à 6 personnes contient environ 500 1 d’eau, et sa surface est d’à peu près un demi-mètre carré.
- Une innovation importante : il y a une double alimentation en eau. Tout d’abord une distribution spéciale fait tomber en permanence de l’eau, goutte à. goutte ou en mince filet, dans les angles morts, de façon à assurer un débit de 6 à 10 1 par 24 h et par personne. Puis la chasse d’eau de nettoyage ; mais celle-ci, réduite à 2 ou 3 1-, ne va que partiellement dans la fosse septique, l’autre partie étant chargée de rincer la cuvette aux urines.
- Signalons que pour amorcer le fonctionnement régulier d’une fosse septique, il faut de quinze jours à trois semaines. On pourrait accélérer la mise en route en y versant un peu du liquide d’une autre fosse déjà en action.
- Quant à l’épurateur, il peut être d’un modèle quelconque actuellement en usage. Il est bien plus petit, puisqu’il n’a plus à recevoir les urines. Et comme la chasse d’eau est très réduite, l’épurateur ne risque pas d’être « noyé ».
- Mais que deviennent les urines ? elles sont envoyées dans la fosse aux eaux ménagères, fosse étanche remplaçant le puisard à fonds perdu, lequel est insalubre. Cette fosse a une capacité de 50 1 par personne, et reçoit les eaux de toilette et les eaux d’évier, à l’exclusion des eaux de bains et de buanderie. Ces eaux usées sont remplacées par les apports nouveaux, de jour en jour, et sont évacuées dans les couches supérieures du sol, dans un
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- drainage placé à environ 40 cm de profondeur (Les éléments de l’urine, dilués dans 50 fois leur volume d’eau, sont directement assimilables par les plantes).
- En somme, l’idée centrale du système Abdon, c’est le siège séparateur, qui permet selon les circonstances, soit d’incinérer les matières solides, soit d’en obtenir la vidange automatique par une très petite fosse septique, soit même de les mélanger à de la terre ou à des poussières sèches, pour en faire directement un terreau précieux pour la culture.
- Mais son importance principale provient du changement que le séparateur amène dans le fonctionnement des fosses septiques, non seulement pour les rendre économiques et peu encombrantes, mais avant tout pour les rendre vraiment efficaces
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- Il faut aussi prévoir le cas de localités à population brusquement variable, telles que les lieux de tourisme ou de pèlerinage. Pour ces cas spéciaux, il y aura des fosses à faible capacité et très large surface, fosses plates par conséquent ; l’alimentation en eau par les distributeurs permanents sera réglée en raison du nombre d’arrivants et maintenue de 15 à 30 jours après leur départ.
- J’aurais bien voulu voir quelques nouvelles fosses en fonctionnement normal, c’est-à-dire confiées à n’importe qui, et vérifier en détail la régularité des résultats. Ce n’est pas encore possible, mais, malgré les difficultés actuelles, il semble que ce le sera bientôt.
- Paul Dapsence.
- Le lithium
- Le lithium et ses sels sont restés longtemps de faible consommation et d’emplois limités. Des débouchés nouveaux apparaissent et cette industrie est maintenant en pleine expansion.
- On rencontre le lithium en faibles quantités, généralement associé à d’autres métaux alcalins : sodium, potassium, rubidium, césium, dans de nombreuses sources salines, dans les cendres de plantes et dans un grand nombre de roches.
- La sensibilité spectrale du lithium rend sa détection facile à l’état de traces. On a pu ainsi mettre en évidence sa large dispersion.
- Près de 150 roches ont été répertoriées comme contenant du lithium, mais souvent en faibles proportions. Les principales sources exploitées industriellement sont : l’amblygonite, un fîuophos-phate d’aluminium et de lithium (3 à 10 pour 100 de Li), le spo-dumène, silicate complexe d'aluminium et de lithium (1~ à 7,5 pour 100 de Li), le lépidolite, mica lithiné (1 à 6 pour 100 de Li). On les trouve généralement associés dans des pegmatites. On a trouvé dans certains gisements des cristaux de spodumène dépassant 10 m de long et pesant plus de 35 t.
- Les principaux pays producteurs sont le Sud-Ouest Africain, l’Argentine et les États-Unis.
- Le spodumène est séparé du quartz par flottation, c’est par la même technique que l’on récupère les sels de lithine dans les produits d’évaporation des eaux de Searles Lake.
- La lithine a été découverte en 1S07 par Àrfvedson et 6on métal isolé par Davy, par électrolyse.
- Le lithium est blanc argent, plus dur que le sodium et le potassium. Sa densité : 0,59 est remarquable, c’est le plus léger de tous les métaux.
- Pendant longtemps, le marché a été restreint au carbonate de lithine utilisé en médecine comme dissolvant de l’acide urique,
- en pyrotechnie pour les feux rouges, puis, plus tard, dans les accumulateurs Edison au nickel.
- Une variété du spodumène : I’hiddenite, claire, transparente, de teinte verdâtre, est appréciée comme pierre précieuse.
- En quelques années, la production du lithium et de ses sels a décuplé.
- Le lithium a un très faible poids atomique : 6. Par suite, il peut entrer en réaction en quantités réduites : 12 g de métal se combinent à 16 g d’oxygène alors qu’il faudrait 40 g de calcium. Ceci explique le développement de son emploi eh métallurgie comme désoxydant. De même l’hydrure de lithium est un très léger porteur d’hydrogène ; l’action de l’eau dégage très facilement ce gaz.
- L’addition de petites quantités de lithium aux fontes de cuivre donne à ce métal sa conductibilité électrique maximum. Il durcit le plomb en même temps qu’il améliore sa ductilité et son grain. Il a ce même effet sur le zinc, l’aluminium et certains alliages de cuivre. On prévoit également d’importants débouchés en métallurgie, pour les fontes, les aciers ordinaires et spéciaux.
- Les propriétés hygroscopiques des chlorure et bromure de lithium les font utiliser pour le contrôle de l’humidité de l’air dans les installations de conditionnement.
- Les savons de lithium incorporés aux huiles et graisses lubré-fiantes réduisent leurs variations de viscosité en fonction de la température.
- On utilise le lithium pour absorber les dernières traces d’azote, dans l’hélium employé à la soudure du magnésium, également pour absorber les dernières traces de gaz dans la construction des tubes et lampes électroniques.
- On utilise les minerais et les sels de lithium en céramique et en verrerie, notamment le lépidolite dans la composition de verres opales. Lucien Perruche.
- L'avenir de l'énergie atomique.
- M. David Lilienthal, Président de la Commission de l’énergie atomique des États-Unis, a déclaré devant la Commission de l’énergie atomique des Nations Unies que lés États-Unis pourront produire de l’énergie électrique à partir de l’énergie nucléaire d’ici 6 ou 10 ans, mais que s’il en était besoin, ce délai pourrait être réduit, d’autre part, le professeur J. Robert Oppenheimer, qui dirigea pendant la guerre le laboratoire atomique de Los Alamos, dans le Nouveau-Mexique, a déclaré :
- « J’estime qu’en cinq ans, et peut-être en bien moins de temps, « on pourra procéder à des démonstrations de l’énergie électrique « tirée des réacteurs nucléaires.
- « J’estime que dans dix ans, et certainement dans moins de « 20 ans, il peut être possible d’appliquer l’énergie nucléaire à (( certains problèmes spécifiques, et fort délicats, de la produc-« tion d’énergie...
- « J’estime qu’il faudra de trente à cinquante ans pour que « l’énergie atomique puisse s’ajouter de manière intéressante aux « ressources mondiales d’énergie. Et cela en partant de l’hypo-« thèse que l’on poussera les recherches, que des gens intelligents « et pleins de ressources s’y mettront, et que l’on consacrera de « l’argent à cette tâche. »
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- UNE MANNE AFRICAINE :
- Les Termites
- Dans de nombreuses régions tropicales du monde, les Termites constituent, pour les autochtones une nourriture très recherchée. En réalité, seuls les sexués ailés sont consommés, alors que le menu peuple aptère des ouvriers et des soldats est négligé. Toutefois la reine, énorme sac blanchâtre gonflé d’œufs, atteignant parfois plus de 10 cm de long, est également dégustée quand le hasard d’un débroussement permet d’accéder au cœur de la termitière. Mais c’est la période de l'essaimage qui, seule, permet une consommation massive de Termites en autorisant des récoltes considérables.
- On sait que chez les Termites la propagation de l’espèce a pour origine l’essaimage, c’est-à-dire le départ du vieux nid des Termites ailés, femelles et mâles qui constituent une population superflue dans la communauté. Ils quittent donc celle-ci, souvent en quantité considérable et tentent d’aller établir au dehors de nouvelles colonies. Cet essaimage varie d’époque suivant les lieux et. les espèces. Il dépend essentiellement de l’instant où la caste ailée est arrivée à son plein développement et est, par conséquent, aptetà sa mission : l’envol et l’accouplement.
- Dans la région de Man, en Côte d’ivoire, les Bellicositermes sont l’espèce la plus fréquente. On rencontre partout leurs énor-
- par des trous d’environ 5 mm de diamètre. L’essaimage avait lieu à la fin d’une après-midi chaude et orageuse et se produisait partout en même temps de sorte qu’on voyait s’élever au-dessus de la forêt des multitudes de colonnes de termites ailés se réunissant en l’air à 30 ou oO m de hauteur, en véritables nuages tourbillonnants, épais au point de masquer parfois l’éclat du soleil.
- Au niveau du sol, à quelques mètres de distance, les Termites ailés émergeaient pesamment de chaque trou de sortie, pressés les uns derrière les autres. Des représentants des castes aptères, ouvriers et soldats patrouillaient aux alentours, les gros soldats, aux formidables mandibules coupantes vers l’extérieur, les petits soldats et les ouvriers vers le centre. C’est qu’en effet la sortie des Termites attire de nombreux ennemis, surtout des Fourmis, notamment l’énorme Fourmi-cadavre qui atteint 20 mm de longueur et qui livre d’épiques combats dont elle sort généralement mutilée, mais triomphante, un Termite dans les mandibules et deux ou trois pendus à ses pattes.
- Dès leur sortie, les Termites ailés s’efforcent de prendre leur vol, mais ils sont encore bien malhabiles. Aussi tentent-ils d’assurer leur premier essor en partant d’un point élevé : saillie du sol, pierres, herbe ou broussaille dont ils font l’ascension, dès
- qu’elle se présente, en longues files affairées. Ils s’élancent du sommet et si un bon nombre réussit en effet à s’envoler, beaucoup retombent lourdement sur le sol à quelque distance, loin de la protection des soldats ; ils ne tardent pas alors à être la proie de leurs ennemis. i,
- C’est ce mode d’envol qui est exploité par les habitants de la région de Man (et sans doute de beaucoup d’autres régions puisque Livingstone cite d’Afrique orientale des faits analogues) pour faciliter leur récolte. Ces habitants, 'es Yafobas, placent sur les trous de sortie un instrument appelé niyé et présentant l’aspect d’un balai conique. Il est fabriqué de matériaux variables : herbes, folioles de palmier, mais toujours construit de la même façon : un cône d’éléments écartés les uns des autres à la base et surmonté d’une hampe. Suivant leur habitude, dès qu’ils rencontrent un des points de contact de l’appareil avec le sol, les Termites grimpent et finissent par se presser sur la hampe de sorte qu’il est facile de les récolter à poignées, malgré les morsures infligées par les gros soldats dont certains accompagnent les ailés dans leur ascension.
- Cette récolte des Termites (appelés glo en Yafoba) est toujours effectuée par les femmes et les fillettes.
- A part quelques poignées grouillantes, entonnées telles quelles dans la bouche, la récolte est placée, au fur et à mesure, dans des calebasses de terre cuite contenant un peu d’eau eu même dans de grands cornets de feuil-
- Fig. X. -d’ivoire.
- mes termitières atteignant souvent plusieurs mètres de haut. Nous avons pu récemment observer l’essaimage de cette espèce à la fin du mois de septembre. Le nid des Bellicositermes n’ayant pas d’ouverture, des galeries de sortie sont creusées dans le sol et s’ouvrent à l’air libre
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- les fraîches aspergées d’eau de temps en temps. Dans les deux cas, l’eau est destinée à mouiller les ailes des Termites qui se détachent ou restent collées, de sorte que les animaux ne peuvent plus s’envoler. Chaque récolteuse dispose d’une demi-douzaine de niyé qui sont placés chacun sur un trou de sortie et elle fait la navette de l’un à l’autre en remplissant, d’une main preste, les récipients dont elle dispose. Le soir, au village, 'es Termites sont consommés in vivo ou grillés, ce qui leur donne un goût de beurre de crevette très agréable.
- Quand les malheureux ailés ont réussi à prendre leur vol en échappant aux mandibules des fourmis ou à la main des humains, ils ne sont pas hors de danger pour cela : des nuées d’oiseaux se x'uent au carnage. Parmi ceux-ci, les plus enragés semblent être
- les Calaos, oiseaux au bec en forme de serpe ou de casque, aont plusieurs espèces fraternisent pour la circonstance : Lophoceros semifasciat-us, Geratogymna elata, Bycaniste fistulator et cylin-dricus, etc....
- Pourtant malgré cet immense déchet, de nombreuses colonies de Bellicositermes seront fondées, et l’Afrique continuera d’être, pour la plus grande joie des entomologistes, des gastronomes noirs et des Calaos un continent où le peuplement des Termites constitue l’élément dominant.
- André Villiers,
- Institut français d’Afrique noire, Dakar.
- NOS LECTEURS' NOUS ECRIVENT :
- A propos de grêlons.
- Après l’article de M. Gabriel Lucas (n° 3126, lo décembre 1946) et les lettres publiées dans le n° 313-4 du lo avril dernier, voici une nouvelle observation de grêlons que nous envoie M. Aimé Parrot, professeur au lycée de Biarritz :
- « Le 17 mai 19-41, après une belle matinée et un début d’après-midi normal, vers 17 heures, la petite ville de Mauléon (Basses-Pyrénées) subissait un orage d’une extrême violence. Tout à coup, vers 17 b. 05 commença' la chute des grêlons. Les premiers étaient gros comme des noisettes, d’autres qui suivirent, gros comme des noix et des prunes, d’autres enfin, plus rares et plus clairsemés (3 à 4 par mètre carré) de la taille d’œufs de poule, de tomates, de citrons, de pommes.
- Le phénomène dura 10 mn et sa fin fut marquée par une chute de grêle ordinaire, très dense, elle-même suivie d’une chute de pluie diluvienne.
- « Ce sinistre, insolite et brutal, a causé de gros dégâts, chiffrés à plusieurs millions, ce qui justifia aussitôt de substantiels secours officiels.
- Quelques moutons et chèvres furent tués sur le coup, la végétation décimée aux environs de la ville, toitures arrachées, verrières et plaques d’évérite criblées de trous atteignant 10 cm de diamètre.
- * *
- « La forme des gros échantillons était variable : ellipsoïdale, ovoïde, sphériqué ; certains bosselés ressemblaient à des tomates, d’autres à des blocs de glace soudés sans ordre. Certains, fort curieux, avaient un ombilic étoilé à 6 branches dérivant sans doute de la cristallisation hexagonale de la glace.
- « En section transversale les grêlons montraient une structure hétérogène : agglomération de petits erêlons enveloppés dans une
- Fig. 1.
- coque de glace transparente de 1 à 2 cm. d’épaisseur. Ci-dessus quelques schémas montrant la structure étrange des gros grêlons observés. » Aimé Parrot.
- « Voici maintenant quelques renseignements d’ordre physique sur les caractères des grêlons. Ils me furent confiés par le Professeur Benoist, de Gan (Basses-Pyrénées).
- « Comme d’habitude la presse s’est fait l’écho de données fantaisistes. Certains journaux parlèrent de grêlons de 600 g et même de S00 g : c’est-à-dire d’un volume supérieur au contenu d’une bouteille bordelaise, dans le dernier cas. On a en effet tendance à exagérer le poids des grêlons, c’est pourquoi il me semble que certains poids donnés dans le dernier numéro de La Nature paraissent excessifs : 500 g et 1 kg pour dès grêlons, dont le volume serait supérieur à 1/2 1 et à 1 1.
- « Ceux de Mauléon furent mesurés et pesés par des correspondants de la Commission météorologique des Basses-Pyrénées : 6 à 9 cm de diamètre ; poids compris entre 60 g et 300 g ; un grêlon particulièrement gros, posé sur un verre ordinaire, n’y pénétrait pas.
- Salon de la Recherche Scientifique à Liège.
- La Ville de Liège sera le centre, du 9 août à la fin septembre 1947, d’un « Salon International de la Recherche Scientifique et du Contrôle Industriel ». Cette importante manifestation comporte de nombreuses sections, parmi lesquelles une section photographique. Celle-ci y est représentée dans ses techniques normales et spéciales ainsi que dans ses très nombreuses applications scientifiques, industrielles, sociales, artistiques, archéologiques, industrielles, sociales, artistiques, archéologiques et médicales. En outre, le public pourra y visiter un Laboratoire de Recherches Scientifiques, faisant partie du Laboratoire de Physique Générale de l’Université de Liège et spécialisé dans la recherche photographique.
- Le gérant : G. Masson. — masson et cie, éditeurs, paris. — dépôt légal : 3e trimestre 1947, n° 4g4. — Imprimé en France.
- BARNÉOUD FRÈRES ET Cie, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 707. — 7~r947-
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- N° 3141
- Ier Août 1947
- LA NATURE
- Fig x — Usine chimique de l’ouest des États-Unis pour la fabrication du styrène et du butadiène destinés à la synthèse du caoutchouc.
- L’usine, construite pendant la guerre en vingt mois, couvre une soixantaine d hectares.
- USINES MODERNES SANS HOMMES NI TOITS
- Les premières stations de transformateurs électriques ont été établies dans des bâtiments couverts mettant l’appareillage à l’abri des intempéries.
- Actuellement les transformateurs sont en plein air, sans protection ni personnel. Ils fonctionnent sans défaillance en deliors de toute surveillance et par tous les temps.
- Cette évolution vers l’usine dont l’appareillage est en plein air s’est poursuivie. Ces installations sans murs ni toit s étendent maintenant à bien des industries, en particulier aux raffineries de pétrole et aux usines chimiques.
- Les frais de premier établissement se trouvent ainsi très fortement réduits. Il en est de même des dépenses d entretien qui se trouvent diminuées de 7 à 15 pour 100.
- L’usine en plein air posait toutefois de nouveaux problèmes, notamment de calorifugeage et de défense contre la corrosion.
- L’apparition de nouveaux matériaux de construction a permis de triompher de ces difficultés, ce sont notamment les aciers
- inoxydables, les revêtements en matières plastiques, les bois imprégnés à la bakélite ou autres résines synthétiques.
- Pour les calorifuges extérieurs, on utilise le moins possible les produits pulvérulents dont l’application est délicate. La préférence va nettement aux divers types de laines minérales, faciles à poser. On les livre sous forme de cordages et également en blocs rigides mis en forme adaptée à l’usage requis. Les appareils à protéger reçoivent à chaud une couche de peinture asphaltique avant la pose du calorifuge. Ce n’est que pour des températures inférieures à — 20° ou supérieures à + 650° C que l’on a recours à des calorifuges spéciaux.
- Leur protection extérieure est assurée par des enduits de ciments ou par des enveloppes de feuilles métalliques minces rivées ou soudées.
- Ce sont les progrès surprenants dans l’automatisme des fabrications qui ont entraîné ces installations à l’air libre. Elles sont vides de personnel. Il n’y a pas h se préoccuper de sa protection
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- contre les intempéries. Le travail humain est limité à la surveillance des appareils de mesure, de contrôle et de réglage automatique. Ce sont surtout les techniques électroniques qui ont permis d’atteindre ces résultats surprenants.
- En 1937, l’installation de laminoirs automatiques dans les aciéries des Etats-Unis a conduit à la suppression de 80 000 emplois.
- Les ateliers de broyage dans les industries minières subissent en ce moment une transformation analogue : un seul homme dans une cabine de commande, surveille les cadrans des appareils de mesure et règle le broyage de milliers de tonnes de minerais chaque jour.
- A Painsville, dans l’Ohio, 500 t de rayonne sont débitées chaque mois par l’usine la plus moderne de ce genre, dans le monde. La marche est presque entièrement automatique.
- Dans le Puget-Sound, une nouvelle usine de pâte à papier, avec 18 hommes, produit huit fois plus qu’une fabrique voisine qui occupe 500 ouvriers.
- A North Tonawanda, dans l’État de New-York, avec 6 hommes seulement et un surveillant, une usine chimique débite mensuellement plusieurs milliers de tonnes de phénol pour la fabrication de matières plastiques.
- Les ingénieurs disposent maintenant de toute une série de dispositifs mécaniques, électriques, thermiques, magnétiques, optiques, électroniques, qui peuvent être associés en circuits plus ou moins compliqués et assurer la marche plus ou moins entièrement automatique d’usines entières.
- Ces ensembles sont précis et infatigables.
- Dans bien des cas ils pourront remplacer le travail à la chaîne.
- Ils peuvent faire le travail des hommes plus vite, mieux et sans repos : vingt-quatre heures par jour.
- Lucien Perruche,
- Docteur de l’Université de Paris.
- UN GRAND PROJET DE L'UNESCO
- L'exploration de l'Amazonie
- Le bassin de l’Amazone est la plus grande contrée du monde. Se situant au cœur de l’Amérique du Sud, jouissant d’une superficie égale aux deux tiers des États-Unis, couvrant la majeure partie du centre, du nord et de l’ouest du Brésil, empiétant sur la Bolivie, le Pérou, l’Équateur, le Venezuela et les Guyanes française, britannique et hollandaise, l’Amazonie n’est pas mieux connue que les régions polaires.
- Ce mystère n’est pas étonnant. La région mérite bien le nom d’Amazonie hyléenne que lui ont donné Humboldt et Bompland. De l’Atlantique jusqu’aux Andes, elle n’est qu’une vaste forêt impénétrable, assez dense pour que les animaux eux-mêmes y soient introuvables. Le plateau de Rorhina, situé entre le Brésil, la Guyane britannique et le Venezuela apparaît comme la partie la plus inaccessible et pour ainsi dire la zone interdite de toute la région. Conan Doyle l’avait pris pour thème d’un grand roman d’aventures : « Le Monde perdu ».
- Il n’existe pas d’autre voie de communication que le fleuve et ses affluents. S’il n’est pas le plus long cours d’eau du monde, il est le plus important, charriant plus d’eau que le Nil, le Missis-sipi et le Feuve Jaune réunis. L’Amazone rejoint la mer par un immense delta qui comprend des centaines d’îles dont l’une, Marajo, est à elle seule plus grande que le Danemark. On raconte à ce sujet une anecdote caractéristique : Quand en 1500 l’Espagnol Pinzon découvrit l’Amazone, il navigua pendant 7 jours sans voir la terre et sans s’apercevoir qu’il avait quitté la mer ; l’équipage, sur le point de mourir de soif, par ignorance, ne comprit qu’il se trouvait sur un cours d’eau qu’en voyant le chien du bord boire avec délice l’eau du fleuve.
- Toutes les grandes cités sont situées sur le bord du fleuve, Belem à l’embouchure, ville de 300 000 habitants. Manaos, 1 600 km en amont, viUe sans base industrielle ni agricole, qui connaît aujourd’hui un certain déclin, depuis la baisse du caoutchouc.
- En effet, le caoutchouc pousse à l’état sauvage en Amazonie. Il fut à la source d’une industrie prospère à la fin du siècle dernier et au début de celui-ci. Par la suite les plantations d’hévéas furent transférées en Malaisie. Mais lors de l’occupation de l’archipel par les Japonais pendant cette guerre, on tenta de rétablir une exploitation de caoutchouc dans le bassin de l’Amazone. 50 000 ouvriers furent envoyés à cette fin par le Brésil. Ils se sont littéralement évanouis dans la jungle et les syndicats brésiliens ont ouvert sur leur disparition une enquête qui n’a pas encore abouti.
- Le fleuve est la voie naturelle qu’ont suivi les différents explorateurs. L’Amazone fut pour la première fois remontée sur toute sa longueur par Orellana, il y a plus de 400 ans. On se souvient ensuite de la célèbre et tragique expédition de Aguirre : les bateaux se brisèrent dès les premiers rapides. Il fallut un nombre
- incalculable de fois réparer les voiles et reconstruire les embarcations. Près de la moitié des hommes moururent d’épuisement et de maladie ; la plupart des autres furent victimes des Indiens et de leurs flèches empoisonnées. En fin de compte, quand le reste de l’expédition atteignit la mer, Aguirre devint fou ; il proclama la république de l’Amazone et déclara la guerre à Philippe II d’Espagne, son roi.
- Depuis que le fleuve fut découvert et que les premiers explorateurs le surnommèrent « Amazone », frappés par la cruauté des femmes qui vivaient dans la région de la rivière, les expéditions se sont succédées et ont toutes tenté d’explorer l’intérieur de la contrée et de connaître son mystère.
- Depuis Sir Walter Raleigh qui partit à la recherche du roi indien El Dorado, que l’on disait vivre dans une tour en or et se baigner tous les matins dans un flot de poussière d’or, jusqu’au célèbre chercheur anglais, le colonel Fawcett disparu il y a près de 20 ans, que l’on prétend toujours en vie, prisonnier ou chef vénéré d’une tribu indienne, c’est une longue suite d’aventures semi-réelles ou semi-légendaires.
- Une chose est certaine : les missions jusqu’ici envoyées en Amazonie n’ont abouti qu’à des résultats très partiels. La dernière d’entre elles, malgré son équipement ultra-moderne et ses méthodes d’investigation perfectionnées, n’a fait qu’effleurer ce domaine prodigieusement intéressant et a posé plus de problèmes qu’elle n’en a résolus. Pourtant l’Amazonie offre aux savants du monde entier un champ d’investigation très riche, aussi bien sur le plan ethnologique que biologique.
- Trois ou quatre cent mille Indiens habitent la forêt équatoriale et l’on sait seulement qu’ils vivent dans des conditions archaïques assez semblables à celles de nos ancêtres à l’âge de pierre.
- D’autre part, les règnes végétal et animal offrent une variété remarquable. Le climat, d’une chaleur suffocante et d’une excessive humidité, a permis à la faune et à la flore de revêtir des formes particulières, inconnues dans le reste du monde ; on connaît déjà l’exemple des pommes de terre dù Pérou, aux proportions et aux aspects étranges.
- La raison principale pour laquelle les expéditions passées n’ont pas abouti plus rapidement à des résultats intéressants est qu’elles ont toujours été isolées et dépourvues d’objectifs précis.
- L’UNESCO a donc décidé de réunir une conférence des pays intéressés afin de créer un institut international scientifique. Le rôle de cet institut sera d’abord de réunir tous les documents concernant l’Amazonie et de faire ainsi progresser d’emblée le niveau des recherches, puis d’encourager et d’aider les explorations et de coordonner leurs programmes et leurs résultats.
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- La création du premier journal scientifique
- Combien cette idée qui nous paraît si simple aujourd’hui : la création d’un journal scientifique, était neuve encore au milieu du xvne siècle ! Combien d’entraves ont suscité à son modeste fondateur Denis de Saelo, les auteurs médiocres que ce nouveau tribunal condamnait sans appel ! Quelle patience, quelle érudition, quelle somme prodigieuse de travail il a fallu à cet érudit journaliste, à ses collaborateurs et à ses successeurs pour surmonter des obstacles sans cesse renouvelés et donner à leur œuvre une vitalité assez forte pour lui permettre, en renaissant toujours de ses cendres, de se perpétuer jusqu’à nous.
- Denis de Sallo, seigneur de la Coudraye, naquit à Paris, en 1620, d’une vieille famille noble du Poitou Q).
- Les études de sa première jeunesse furent peu brillantes, mais dès son entrée en rhétorique au collège des Gressins, il remporta tous les prix de sa classe, devint l’année suivante un élève distingué de philosophie, et après la soutenance publique de remarquables thèses grecques et latines, il se livra avec ardeur à l’étude du droit. Ses rapides progrès lui permirent en 1052 de succéder à son père, Jacques de Sallo, dans sa charge de conseiller au Parlement de Paris. Trois ans après, il épousa Élisabeth Menardeau, fille d’un conseiller en la Grand’Cbambre, dont il eut un fils et quatre filles. Il mourut le 14 mai 1609 d’une attaque d’apoplexie.
- « Il lisait toutes sortes de livres, dit Moréri, avec un soin incroyable, et employait continuellement des personnes gagées pour transcrire ses réflexions et les extraits qu’il leur marquait ; de sorte que par cette manière d'étude, il se mit en état de composer, en peu de jours, des traités sur toutes sortes de matières, comme il le fit voir en plusieurs rencontres ».
- C’est probablement le nombre considérable de matériaux ainsi réunis au cours de ses lectures qui lui donna l’idée de donner au public ces extraits littéraires ou scientifiques dans une publication hebdomadaire, comme son confrère Renaudot l’avait fait pour lés nouvelles politiques dans sa fameuse Gazette, fondée en 1631.
- Il s’adjoignit, pour exécuter cette besogne alors colossale, plusieurs savants ou hommes de. lettres : de Bourzeis, théologien distingué, de Gomberville, Chapelain, le fameux auteur de la Pucelle, et l’Abbé Gallois, qui semblait « né pour ce travail » (2) ; mais de Sallo revoyait tous les articles, peu nombreux d’ailleurs, que lui fournissaient ses collaborateurs et en écrivait lui-même le plus grand nombre.
- Une fois le privilège obtenu, l’appui de Colbert assuré, le plan arrêté et la périodicité fixée, le Journal des Sçavans (3) parut enfin, le lundi 5 janvier 1665, en une feuille et demie in-4°, sous le pseudonyme d’Hédouville (4), et continua de se publier tous les lundis jusqu’au 30 mars de la même année, époque à laquelle son privilège fut retiré à de Sallo.
- Quoique sa critique fût toujours modérée et juste, elle lui avait cependant attiré de nombreux ennemis parmi les gens de lettres, et, ce qui était plus dangereux, parmi les Jésuites, alors « tout puissants », qui n’avaient pu voir sans déplaisir s’élever un tribunal littéraire et philosophique ne relevant pas d’eux, qui détestaient, d’ailleurs, Sallo et ses amis, en leur qualité de parlementaires et de gallicans suspects de jansénisme. Ils joignirent
- 1. Moréri. Grand Dictionnaire historique, in-folio, 1759, t. 9, p. 96 de la lettre S. La plupart des renseignements biographiques qui suivent sont empruntés à cet article.
- 2. Fontenelle. Éloge de l’Abbé Gallois. O. de Fontenelle, in-S0, 1790, t. 6, p. 204.
- 3. Voir pour l’histoire détaillée du Journal des Savants : Hatin. Histoire politique et littéraire de la presse en France, 1859, t. 2, pp. 151 et suiv. Mém. Historique sur le Journal des Sçavans, dans la table du Journal, par l’Abbé Claustre, in-4°, 1764, t. 10, p. 595 et suiv.
- 4. C’était le nom d’un de ses domestiques.
- leurs plaintes aux cris de l’amour-propre blessé ; ils firent agir le nonce du pape, et celui-ci finit par obtenir qu’il serait fait défense à de Sallo de continuer sa publication (1).
- Le prétexte donné était un passage du Journal dans lequel de Sallo critiquait un décret des inquisiteurs « dont les oreilles délicates demandent de si grands ménagements » (2).
- Colbert conserva toutefois son amitié à son protégé, le dédommagea de la suppression de son journal par un emploi aux Finances, et comprenant tout l’intérêt de l’œuvre de Sallo, chargea l’Abbé Gallois de la continuer.
- Le Journal reparut le 4 janvier 1666, et dès cette année il fut illustré (3) mais l’Abbé Gallois, qui garda la direction de cette feuille pendant neuf ans, le publia très irrégulièrement, ainsi l’année 1670 n’a qu’un numéro et l’année 16S3 n’en a vu paraître aucun.
- En 1675, le Journal passa aux mains de l’Abbé La Roque, qui apporta dans ses fonctions une ponctualité digne d’éloges, mais qui était loin, comme •science, de valoir son prédécesseur ; ensuite, en 1686, le Chancelier Bouche-rat qui s’en était déclaré protecteur, en donna la direction au président Cousin.
- Enfin, en 1701, ce périodique fut acquis pour l’État par le Chancelier de Pontchartrain, qui en confia la composition non plus à un seul homme, mais à une compagnie de savants : Dupin, Rassicod, Andry, Fontenelle, Vertot et Julien Pouchard comme directeur.
- 1. IIatin. Bibliographie historique et critique de la presse périodique française, Paris, gr. in-8“, 1866, p. 29, col. 2.
- 2. Camusat. Histoire des journaux imprimés en France, in-12, 1721, p. 18.
- 3. Voir, entre autres, la superbe planche gravée représentant un pou vu au microscope (fig. 2) d’après R. Hooke, elle ne mesure pas moins de 50 à 60 cm (année 1666, p. 292 de la réimpression de 1729). Cette réimpression est une reproduction à peu près textuelle de l’édition originale, fort rare. A ce propos je crois utile de faire une remarque bibliographique. Le Jourrud des Sçavans, comme tous les journaux analogues des xvn8 et xvme siècles qui avaient du succès, était réimprimé au fur et à mesure de l’épuisement des numéros ; ainsi dans l’exemplaire que j’ai consulté à la Bibliothèque de l’Arsenal à Paris, l’année 1665 est de 1723. l’année 1666 de 1729, tandis que l’année 1676 a été réimprimée en 1717. Aussi est-il pour ainsi dire presque impossible de trouver deux collections qui se ressemblent exactement. Si on ajoute à cela que dans les réimpressions l’éditeur a intercalé quelquefois des notes sans indiquer qu’elles ne figuraient pas à l’édition originale, et que quelques-uns de ces journaux ont été contrefaits en Hollande, on aura une idée de la difficulté des recherches et l’explication de la divergence si regrettable des citations.
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- * A PARIS,
- ClU ÏS AN Cÿ'sso u, rue S. DcqiK-r, i i toge aÏc S. Jean B» polie.
- ,M. JDC.'.-IXV.
- -dP-EC 'P&lF/iSG-E D V
- Fig. 1. — Le premier numéro du Journal des Sçavans fondé par Denis de Sallon en 166S.
- (D’après l’exemplaire de la Bibliothèque de l’Arsenal, Paris).
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- Fig. 2. — Planche gravée dans un numéro du Journal des Sçavans en 1666.
- Pou vu au microscope d'après une ligure de la Micrographia de Robert IIooke qui avait paru à Londres, l’année précédente.
- Ainsi renouvelé, soutenu par l’Abbé Bignon, neveu du Chancelier, le Journal des Sçavans reparut le 2 janvier 1702, et son histoire jusqu’en 1792, où les événements politiques l’obligèrent à s’arrêter de nouveau, présente cette seule particularité qu’à partir de 1724 sa périodicité change et que, d’hebdomadaire, il devient mensuel avec des suppléments semestriels ou des Arolûmes complémentaires (1707, 8 et 9). Toutefois l’année 1773 n’a que les cinq numéros des premiers mois.
- Sylvestre de Sacy essaya, en 1796, de ressusciter le journal, mais sa tentative échoua après la publication de douze numéros du 16 ni-
- vôse au 30 prairial de l’an Y. Rétabli en 1816, sur la proposition de Barbé-Marbois, Garde des Sceaux, et Dambray, Chancelier, sur un rapport de l’historien Guizot, alors Secrétaire général au Ministère de la Justice, le Journal des Savants reparut, mais cette fois pour ne plus disparaître, le 1er septembre. A partir de cette époque, la Présidence du Comité de Rédaction appartint au Garde des Sceaux jusqu’au décret impérial du 24 mai 1857, par lequel elle fut transférée au Ministre de l’Instruction Publique jusqu’en 1900. Édité depuis 1901 aux frais de l’Institut de France, le Journal des Savants se publie encore actuellement sous la Direction de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Sa publication n’a pas été arrêtée de 1939 à 1945 et maintenant il continue de paraître, à raison de quatre fascicules par an.
- Telle fut la vie assez mouvementée du premier journal scientifique. L’œuvre de Denis de Sallo possédait les qualités qui ren-dents féconds et durables les travaux intellectuels : le mérite et l’utilité. Aussi s’empressa-t-on de le copier dans divers pays d’Europe. On en fit même des contrefaçons en Hollande, tandis que la Société Royale de Londres l’imita immédiatement en inaugurant, dès le 6 mars 1665, la série de ses célèbres Philosophi-cal Transactions. Un peu plus tard, Leibniz, avec l’aide d’Otto Mencke, lança les non moins fameux Acta éruditorum qui, calqués sur notre Journal des Sçavans, se publièrent en latin à Leipzig de 1682 jusqu’en 1776. Aujourd’hui la presse scientifique compte de nombreux organes dans les deux mondes, mais elle a singulièrement évolué. A côté des journaux de vulgarisation (comme La Nature') mettant à la portée du public toutes les sciences et leurs applications, s’impriment beaucoup de revues à tirage restreint, traitant chacune d’une seule spécialité plus ou moins importante.
- Jacques Boyer.
- Sir Frederick Cowland HOPKINS
- L’Angleterre vient de perdre l’un de ses plus éminents biologistes.
- Le 16 mai dernier, Sir Frederick Cowland Hopkins s’est éteint à l’âge de 86 ans dans cette incomparable ville universitaire de Cambridge à laquelle, 50 ans durant, il a apporté l’éclat de travaux appelés à marquer dans l’histoire de la biologie.
- Son nom s’attache à la découverte des vitamines, un mot aujourd’hui sur toutes les lèvres — un peu trop même peut-être — et dont, il n’y a pas si longtemps on disait encore : «'Ce que l’on sait de plus certain sur leur compte, c’est qu’on ne sait rien ».
- On a beaucoup appris depuis. Le plus sûr est que ces principes sont, à doses très faibles — un millionième en poids et même moins de la ration alimentaire quotidienne — indispensables au fonctionnement des organismes, donc à l’entretien de la vie.
- Hopkins, à la recherche d’un régime synthétique rationnel, opérait sur des rats. Or, si bien composée que fût la ration en calories, en masse et en qualité chimique, les animaux dépérissaient et ne tardaient pas à passer de vie à trépas. Venait-il à corser la pâtée synthétique de 3 cm3 de lait par jour et les rongeurs reprenaient vie. Il en conclut que le lait renferme, en quantités infimes, une substance inconnue indispensable à la vie.
- Cela se passait en 4912. Quinze ans plus tôt, en soignant à Java des prisonniers atteints du béribéri, le médecin hollandais Eijk-mann avait fait une découverte analogue. Les vitamines étaient nées.
- Elles marquent une réaction contre ce qu’avaient de dangereux les théories pasteuriennes poussées à l’excès. Que de gens, à l’époque, n’admettaient sur leur table qu’aliments cuits et recuits,
- bouillis, voire stérilisés. Pas de fruits, pas de salades, pas de crudités. Par crainte du microbe, ils tombaient dans un autre péril : les maladies par carence provoquées par manque de principes nutritifs vitaux essentiels.
- Préfigurant la fin du présent siècle, où bergers, vachers, etc., seront introuvables et où il faudra, par suite, renoncer aux aliments naturels, M. Georges Duhamel écrivait, il y a quelque temps : « Le moment est venu, pour les savants, de se mettre à la besogne et de faire, sans perdre une minute, la synthèse du lait ». Sous une plume aussi autorisée, une boutade.
- A la fin, non du xxe siècle, mais du xixe, Lunin avait tenté l’expérience d’un lait artificiel. Résultat : la mort en 30 jours.
- La vitamine de Hopkins ne s’avise-t-elle pas d’exiger pour véhicule une substance grasse, lipidique disent les chimistes.
- Faute de ce véhicule, c’est la crise des transports : pas de répartition de vitamines liposolubles chez ces grossistes que sont nos organes, pas de distribution chez ces détaillants que sont nos cellules. Et voilà la menace de graves affections, visuelles notamment.
- La carence en vitamine de Hopkins conduit lentement à certain black-out oculaire dénommé par la médecine : xérophtalmie.
- Le beurre renferme la vitamine de Hopkins et est pour elle un parfait véhicule dans notre organisme.
- Honneur à la mémoire de Hopkins, à qui nous devons de connaître ces vérités scientifiques, dont la diffusion serait tellement désirable parmi les dirigeants qualifiés de notre rationnement dirigé.
- Georges Kimpflin.
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- LES ILES
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- ALÉOUTIENNES
- Alimentation.
- Les Àléoutes sont avant tout carnivores, comme l’étaient leurs ancêtres. Ils se nourrissent : de la chair et des ceufs des oiseaux de mer qui pullulent, de la chair des mammifèi’es marins qu’ils capturent, des poissons de mer. « Tous les jours, c’est pêche miraculeuse ». Ils se nourrissent aussi de crustacés, de mollusques et d’échinodermes, tous surabondants, qu’ils cueillent facilement à marée basse sur les grèves et dans les rochers qui ont découvert. Un dicton affirme que « la table est servie dès que la mer s’est retirée ».
- Les animaux marins atteignent somment des dimensions et des poids quasi astronomiques. Tels sont : la morue (6 à i5 kg), quatre espèces de saumons (45 kg), le maquereau arctique (i,5 à 2 kg), le hareng (o,5 à i kg), le flétan (iG5 kg), le crabe-araignée royal, analogue à„ notre Maïa verrucosa mais pesant jusqu’à io kg, la pieuvre (3 m), les moules, un couteau gigantesque, parent de notre Solen edulis, l’oursin vert (i5 cm), qui fournit plusieurs cuillerées de ses organes comestibles.
- Autrefois, viandes et poissons étaient mangés crus (frais ou séchés, salés et fumés), ou encore rôtis entre deux pierres plates préalablement chauffées. Aujourd’hui, les Aléoutes disposent de marmites dans lesquelles ils les font bouillir; cependant, dans l’île de Kanaga (îles Andréanov), on les faisait cuire dans l’eau de sources chaudes.
- Les végétaux comestibles des Aléoutes sont plus variés que ceux des Esquimaux du Groenland septentrional qui, en dehors des algues (laminaires), ne trouvent guère en été que des sédums et des pissenlits.
- Les Aléoutes ne s’adonnaient, jadis, à aucune culture et se contentaient pour leur alimentation végétale de quelques plantes sauvages. D’ailleurs, ils continuent d’en consommer car, à bien des égards, elles sont irremplaçables et ils n’ont d’autre peine que de les cueillir. C’est ainsi qu’ils mangent : les baies de la grande bruyère, du Rubus chamæmorus, de l’airelle, les myrtilles, riches en vitamines, de VArctostaphylos ursa-ursi, les bulbes, riches en amidon, de plusieurs Liliacées, la « pomme de terre des Esquimaux », ou « racine de riz » des Indiens (Fritillaria catnschatcensis), qui, jusqu’en septembre, cueillie par les femmes, est ingérée cuite aussitôt cueillie, ou est conservée pour l’hiver. En mai et juin, on consomme crue la moelle savoureuse des tiges d’un panais (.Heracleum lanatum) qui atteint 2 m de hauteur. On mange aussi S4 racine et celle d’un autre panais et du céleri sauvage (Cochlea-ria officinalis et Cœlopleurum Gmeli)
- (celui-ci est la plus grande des herbacées aléoutiennes) ; plusieurs carottes dont une de i,8o m de hauteur, les jeunes pousses d’une primevère (Calthia palustris), des panais précités et de l’Anemone narcissijlora, les racines de celte anémone et du grand lupin, déjà cité, l’oignon de plusieurs aulx et les rhizomes d’une historié (Polygoruim viviparum), riche en tanin ; les jeunes frondes non encore enroulées de certaines fougè-
- 1. Voir La Nature, n° 3140 du 15 juillet 1947.
- res, plusieurs espèces de cressons et de pissenlits, le « thé du Labrador » (Ledum palustre) ; des plantains, des asters, des pas d’âne, des épilobes, et, enfin, de nombreux lichens avec lesquels on prépare des mucilages. Les parties vertes de la plupart de ces plantes sont mangées en salade. Deux plantes, mangées aussi en salade, combattent plus particulièrement le scorbut; ce sont le Cochlearia ojficinalis et VHonckenya peploïdes.
- Habitation.
- »
- Les Aléoutes ne connaissaient autrefois que le barabara, sorte de cabane semi-enterrée qui rappelle à la fois l’iglou des Esquimaux, mais qui est recouverte d’une épaisse couche de terre, et la cabane gauloise, mais bien plus spacieuse et dont la charpente est en bois flottés. Le barabara, qui n’a qu’une porte pour toute issue, est assez confortable; il est éclairé par une lampe à mèche tressée faite de mousse ou d’une Graminée, 1 ’Elymus mollis, dans laquelle on brûle la graisse d’un animal marin ; on chauffe le barabara, mais en hiver seulement, au moyen d’un petit feu de bruyères sèches (Phyllodoce aleutica et Empalrum nigrum), des chaumes débarrassés de leur moelle de VHeracleum lanatum), des racines des saules nains, et des tiges desséchées de plusieurs panais sauvages. Les bois flottés sont en effet trop rares ; ils sont réservés à des usages plus nobles, la charpente des barabaras par exemple. En été, en l’absence de tout chauffage, il y fait quelquefois si chaud que les occupants doivent s’y tenir nus. C’est à cause de la facilité et de l’économie de ce chauffage que les barabaras font place si lentement aux habitations modernes, car on ne peut guère les chauffer qu’au pétrole, produit importé à grands frais.
- Occupations.
- Ce sont surtout la pèche et la chasse aux mammifères marins. A cet effet, et aussi pour les voyages en mer, même assez longs, les Aléoutes se servent d’une sorte de kayak, le bidarka, qui
- 1. — Femmes aléoutes à l’entrée de leur barabara.
- (Photo II. B. Collins).
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- Fig. 2. — Esquimaux sur leur « bidarka » (Ile Nunivak) employé pour la chasse au phoque,
- au morse et à la loutre de mer.
- (Photo U. S. Department of Interior). *
- est à une deux places, rarement trois. Le bidarka est si léger qu’un seul homme peut le porter et qu’il faut parfois le lester de pierres pour éviter qu’il ne chavire; il mesure en général 4 x 0,60x0,60 m. Groupés par 8 à 20, les bidarkas agissent comme rabatteurs pour la chasse au morse et à la loutre de mer. Les Aléoutes se servent encore, mais plus rarement aujourd’hui, de Vumiak, qui mesure 9 m de longueur et est monté par 3o à 4o hommes; il était en usage pour la chasse à la baleine. Aujourd’hui, ceux qui pourraient le monter préfèrent s’enrôler à bord des grands bateaux baleiniers-usines. D’ailleurs, l’umiak a toujours été beaucoup moins employé pour la chasse que pour les transports à grande distance, transports aujourd’hui beaucoup plus faciles et plus rapides et n’exigeant qu’un équipage réduit.
- En dehors des grandes entreprises de pêche et de fabrication de conserves en vue de l’exportation, on ne trouve aucune autre industrie aux Aléouliennes ; mais on y trouAre un artisanat, le lissage et la vannerie, qui était sur le point de disparaître et qui n’était plus exercé que par quelques grands-mères, en général des Aléoutes pur-sang.
- Non seulement, elles tissaient des sortes de paillasses et de couvertures, des coussins servant à rembourrer le siège des bidarkas, mais aussi des sacs, des paniers et des récipients de toutes formes et dimensions et pour tous usages ; quelques-uns tiennent l’eau comme les seaux de campement en toile. Pour les plus finement tressés de ces objets, on emploie les longues fibres, aussi fines que la soie, détachées une à une de la tige de VElymus mollis avec l’ongle. A cet
- effet, les femmes laissent pousser leurs ongles dont le bord devient tranchant. Ces objets ayant trouvé preneurs sur le Continent, aujourd’hui on met à la disposition des tisseuses des fils, colorés différemment, de textiles naturels ou artificiels. Associés ou non aux fibres de VE. mollis, ces fils permettent de tresser des récipients de toute sorte, même des chapeaux. D’où une renaissance du tissage aléoulicn; on trouve la principale matière première, l’.E. mollis, aux environs du barabara et même sur sa couverture où elle croît spontanément. C’est d’ailleurs une plante de terrain sablonneux, qu’elle fixe comme l’oyat, très répandue sur les grèves, les plages et les prairies.
- Bien entendu, ce sont, les femmes qui coupent, cousent, et tannent le cas échéant, les peaux et fourrures du vêtement masculin et féminin ; il a conservé son aspect traditionnel car il se justifie par la rigueur du climat et la vie très dure que mènent les Aléoutes. Ce sont encore les femmes qui exécutent le bordage en peau, tannée à l’huile et imperméable, des bidarkas et des umiaks. Ici, elles se servent, pour coudre, de gros fils pris dans les tendons des mammifères marins.
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- Presque tous les Blancs qui, par devoir professionnel ou par goût du pittoresque, de l’aventure et du risque ont Arécu dans l’intimité des Aléoutes reconnaissent leur honnêteté, leur habileté, leur conscience professionnelle et leur grande intelligence; quelques-uns ayant pu s’accommoder du climat et de la nourriture monotone, tempérée d’ailleurs aujourd’hui par les excel-
- 3. — Umiaks remorquant le corps d’une baleine.
- (Photo H B. Collins).
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- lentes conserves américaines, se sont fixés dans le pays; quelques-uns y ont fait souche. On dit que leurs rejetons sont plus intelligents encore que leurs parents. Métis ou non, tous feront de bons citoyens le jour où l’Alaska sera promu au rang d’Ëtat, ce qui ne saurait tarder.
- Quelques-uns des G. I. qui étaient botanistes avant d’endosser l’uniforme, y ont fait des découvertes intéressantes. D’autres G. I., qui ont combattu dans les Aléoutiennes, y sont retournés. M. Egbert H. Walker, du U. S. National Muséum, a établi en ig45 une esquisse de la flore terrestre des Aléoutiennes qui
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- complète celle, la première, du Suédois Eric Hultén (1937). Il a reconnu et identifié 48o espèces de plantes florifères dont une cinquantaine propres aux Aléoutiennes; mais on sait très peu de chose des plantes inférieures, de celles des sources chaudes, et on ne sait presque rien des plantes marines. M. Walker dit que les botanistes pourront, comme lui-même, y avoir d’agréables surprises.
- Eugène Lemaire,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- Plantes employées par les
- de la Haute-pour rendre non agressifs
- Pendant mon récent séjour en Guinée française (janvier-février 1947), j’ai assisté au Centre estival de Dalaba à des expériences d’un grand intérêt sur des serpents venimeux (Najas et divers Yipéridés) fréquents dans la région. M. Mizoule, attaché à cet établissement, ingénieur qui a vécu longtemps à la Côte d’ivoire comme chasseur et coupeur de bois et qui connaît bien les coutumes indigènes, me fit savoir que le Service de santé du camp de convalescence avait parmi son personnel trois infirmiers militaires de race Ouobé, originaires du Haut-Cavally, qui savaient capturer sans risques les serpents venimeux de la région (Najas et Vipéridés) ; ils savaient ensuite, en modulant certains sons, soit de la voix, soit sur un tambourin, les faire remuer et ramper la tête dressée vers le musicien. On avait préalablement obtenu la non-agressivité et l’innocuité de ces serpents. Nos Ouobés les prenaient à la main sans la moindre précaution. Ils les promenaient sur leur poitrine nue, les enroulaient autour de leur cou ou les plaçaient roulés en boule dans le creux de leurs mains. Ces Ophidiens se laissaient manier sans manifester la moindre volonté de mordre. Ensuite on les plaçait sur le sol et dès qu’un musicien chantonnait ou battait sur le tambourin avec ses doigts, le serpent se dirigeait vers le point d’où partaient les sons. Je pus examiner à loisir ces animaux; ils se laissaient caresser sans réagir. Le charmeur leur entr’ouvrait la bouche devant moi pour me montrer que les dents venimeuses ou les glandes des cracheurs étaient en place, et c’était vrai. Il semble bien qu’il n’y avait ni supercherie, ni mystification.
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- Pour rendre ces serpents non agressifs, nos infirmiers Ouobés m’expliquèrent qu’ils ramassaient dans la brousse trois plantes vertes que l’on pilonne ensuite de manière à les réduire en bouillie. Le charmeur prend cette pâte végétale en main. Il s’en frotte le corps et les mains, puis, avec la même pâte, il caresse le serpent sur toute sa longueur; il entr’ouvre aussi sa bouche et place un peu de bouillie sur les lèvres et dans la gueule. A partir de ce moment, on pourra manipuler l’Ophi-dien sans qu’il réagisse et cherche à mordre. L’action inhibitrice de l’agressivité persiste pendant environ huit jours.
- Au lieu de le frotter avec la bouillie précédente, on peut aussi faire macérer celle-ci à chaud dans un récipient d’eau. On y plonge quelques instants le serpent, et quand il sort la tête de
- 1. Note publiée aux Comptes rendus de l’Académie des Sciences, t. 224, 1947, p. 1041.
- « charmeurs de serpents » Côte d'ivoire les Ophidiens venimeux1’
- l’eau on le retire. Dès ce moment il cesse aussi d’être agressif et dangereux pour quelques jours. On peut recommencer l’opération plusieurs fois. L’animal traité ne réagit plus : il se laisse manipuler sans chercher à mordre; si c’est un cracheur, il ne lance plus son jet de liquide; le charmeur manipule tous les Ophidiens venimeux de la région sans la moindre précaution.
- Je demandais à connaître les plantes employées pour ce traitement. On m’apporta trois plantes rudérales très connues dans la région. Ce sont : Agératum conyzoides L. (composées), Bidem pilosa L. (composées), enfin Cyathula prostrata Blume (ama-rantacées").
- Le lendemain, mon ami, le chef foulah Tierno Oumarou, à qui je rapportais ces faits, me fit savoir qu’il avait aussi près de lui un charmeur de serpents de race Ouobé. Il le mit à ma disposition et l’on répéta devant moi les opérations de la veille, mais les plantes qu’il m’apporta, employées pour fabriquer la pâte végétale, étaient différentes, mais c’étaient aussi des plantes banales, au nombre de quatre, employées aussi en mélange. C’étaient : Schwenkia americana L. (solanée), Phyllanthus ninuri L. (euphorbiacée), Premna.hispida Benth. (verbénacée), Fereiia canihioides Hiern (rubiacée).
- Les deux premières sont des plantes herbacées rudérales, les deux autres de petits arbustes communs dans la brousse soudanaise et guinéenne.
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- * *
- De retour à Dakar ayant mis au courant de mes observations des collègues de l’Institut d’Afrique noire, M. A. Villiers m’apprit qu’un correspondant de Côte d’ivoire lui avait signalé de3 faits analogues, mais les deux plantes employées, dont des spécimens me furent soumis, étaient Agératum conyzoïdes déjà cité et Euphorbia hiria L. .
- M. Villiers me fit aussi savoir que des serpents ainsi traités lui avaient été envoyés; ils moururent peu après leur arrivée et à l’autopsie il constata que l’intérieur de la bouche était tout ulcéré. Il se demande si ce n’est pas la bouillie végétale qui avait provoqué ces accidents.
- Des recherches ultérieures seront nécessaires pour établir si les plantes employées sont toutes efficaces. L'Agératum et le Bidens agissent sans doute par les huiles essentielles renfermées dans ces plantes et les Euphorbiacées par les résines âcres qu’elles contiennent.
- Auguste Chevalier, Membre de l’Institut.
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- LE PLATRE
- et ses nouvelles
- utilisations
- De tous les matériaux de construction tirés du sol, le plâtre est parmi les plus répandus.
- Il sert à lier les matériaux d’une construction, à revêtir celle-ci à l’extérieur comme à l’intérieur d’une sorte de
- cuirasse protectrice, à décorer économiquement les façades ou les murs intérieurs et les plafonds.
- Avec les derniers progrès techniques, on est môme arrivé à édifier des constructions en se servant du plâtre comme matériau de base. C’est un matériau d’une facilité d’emploi remarquable, puisqu’il suffit de gâcher le plâtre avec de l’eau pour avoir cinq minutes après un mortier em-ployable, sans aucun mélange nécessitant un dosage particulier.
- Nous voudrions donner un aperçu des tendances actuelles d’utilisation de ce matériau.
- Fia. 1.
- Essais de Bellevue : courbes.
- Protection contre l'incendie.
- Une des propriétés les plus intéressantes du plâtre est, à notre avis, la protection du bâtimènt contre l’incendie.
- Certains règlements ou cahiers des charges prescrivent d’utiliser pour la construction d’entrepôts, de bâtiments éloigné? de centres de secours, des matériaux incombustibles ou ignifugés. Ces prescriptions sont essentiellement théoriques. Par exemple, le béton armé et le fer qui paraissent des matériaux- incombustibles, résistent cependant mal au feu par suite de leur dilatation.
- En principe, le problème de la protection contre l’incendie consiste à préserver une construction contre le feu en attendant l’arrivée des secours. Il faut donc choisir un matériau résistant et l’employer sous une épaisseur suffisante pour avoir une protection d’assez longue durée.
- Le plâtre est un des matériaux les plus efficaces pour protéger contre l’incendie, le bois, le fer et le béton armé. Cette supériorité du plâtre est due à ce que ce matériau possède la propriété exceptionnelle de subir dès 120°, une réaction qui absorbe de la chaleur tant que le plâtre n’est pas entièrement recuit par l’incendie. En effet, en faisant sa prise, le plâtre est redevenu du sulfate de calcium hydraté : S04Ca, 2(H20). Dès que la température atteint 120°, la réaction qui a servi à sa fabrication se reproduit :
- S04Ca, 2(H20) = S04Ca, 1/2(H,0) + 1,5(H20).
- Cette réaction absorbe un grand nombre de calories : celles nécessaires pour amener S04Ca, 2(H20) à la température de
- transformation, celles nécessaires à la réaction elle-même et celles nécessaires pour transformer en vapeur l’eau séparée par la réaction. Le total est théoriquement pour une tonne de semi-hydrate obtenu de iG3 584 calories.
- Il suffit donc que les parties essentielles de la construction à protéger soient recouvertes d’une épaisseur suffisante de plâtre pour que celui-ci ne soit pas entièrement recuit avant l’arrivée des secours, que l’incendie reste localisé et puisse être maîtrisé facilement. On a trouvé que pour des cloisons en plâtre soumises au feu sur une seule de leurs faces, l’autre face étant à l’air libre, la durée de protection est de :
- Epaisseur de la plaque Durée de protection minimum (durée de cuisson)
- 16 mm 24 mn
- 20,9 » 32 »
- 30 » 50 »
- Les résultats ci-dessus, indiqués par M. Chassevent, ont été obtenus dans des conditions beaucoup plus sévères que celles d’un feu ordinaire, puisque le revêtement a été soumis à une température de 1 ioo° et que la face opposée n’a pas dépassé 200°.
- Des études et des essais sur la tenue au feu des matériaux de construction ont été réalisés à l’Office national des Recherches et Inventions de Bellevue, et les épreuves ont été concluantes pour le plâtre. Par exemple, on a préparé trois poutres identiques d’un fer enrobé, l’un de 5 cm de plâtre, l’autre de 3 cm de plâtre et le troisième de 5 cm de béton de laitier.
- Le graphique de la figure 1 montre que le fer de la poutrelle revêtue de 5 cm, après trois heures et demie de chauffage, n’a pas dépassé ioo°. Celui de la poutrelle couverte de 3 cm de plâtre a atteint 4oo°, sans monter cependant à la température critique de 55o° à partir de laquelle il y a déformation du fer. Le béton de laitier a dépassé 55o° à partir de 3 heures.
- Il ne faut pas oublier que le plâtre, lorsqu’il est humide, attaque les poutres de fer. On évite cette action dangereuse en
- Fig. 2. — Maison monolithe en plâtre.
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- Fi g. 3. — Machine américaine à panneaux de plâtre.
- recouvrant d’abord les poutres de fer d’un lait de ciment étalé au pinceau.
- Isolement thermique et acoustique.
- En ce qui concerne l’isolement thermique, des essais ont etc faits en ig33-ig34 par les laboratoires d’essais du Conservatoire national des Arts-et-Métiers de Paris.
- Us ont montre que le plâtre est un des meilleurs isolants. Le vulgaire carreau de plâtre mâchefer est trois fois plus isolant que la brique pleine. Les plaques en plâtre pur et fibre sont de trois à cinq fois plus isolantes que la brique creuse d’une densité comprise entre 1,02 et i,4o.
- Les recherches de Lang, Dalton, Peclet, Serafini et autres ont montré que, d’une façon générale, les matériaux de construction ont une conductibilité pour la chaleur et une capacité calorique d’autant plus faible qu’ils sont plus poreux, et c’est précisément à la présence de pores naturels ou artificiellement créés que la terre d’infusoires, la laine scorie, les débris de liège, parfois utilisés comme écran thermique dans les parois des maisons doivent leur pouvoir isolant.
- L’existence de pores dans les matériaux de construction diminue en général l’élasticité de ces matériaux et s’oppose ainsi à la facile transmission des sons à travers leur masse. C’est pourquoi on s’adresse à un matériau poreux lorsqu’on veut éviter la propagation de bruits incommodes d’une pièce à une autre. La porosité des murs, avec la présence de l’air immobile dans leurs pores, est donc une bonne condition d’hygiène puisque des avantages d’isolation thermique et d’insonorité en résultent.
- L’enduit en plâtre possède ces avantages grâce justement aux petites cavités laissées par l’évaporation de l’eau de gâchage qui en font un enduit poreux.
- Mais, de même que l’on a fabriqué depuis quelques années des ciments cellulaires, on a cherché à améliorer les qualités du plâtre, en fabriquant le plâtre cellulaire : il a été obtenu en incorporant, grâce à une mousse, de l’air dans la masse même du plâtre.
- Une application remarquable en a été faite à Orléans où la Reconstruction poursuit une expérience de préfabrication-montage appliquée à des
- îlots d’immeubles. On a utilisé des plaques de plâtre cellulaire pour les plafonds et pour le cloisonnement. D’ailleurs, dans la construction d’Orléans, la préoccupation essentielle a été d’éliminer la plus grande part des façons manuelles des plâtreries traditionnelles et les inconvénients des délais de séchage et des gravois qui les caractérisent.
- Les éléments employés sont des carreaux à deux parements finis, de 4o cm de haut sur 62,5 cm de largeur, et d’épaisseur normale de 7,5 à i5 cm, réalisant en somme deux plaques de plâtre avec, entre elles, du plâtre cellulaire. On est arrivé ainsi à un isolement thermique et un isolement acoustique très poussés.
- Placo-plâtre.
- Comme nous venons de le dire, on cherche de plus en plus à préfabriquer au lieu d’employer le plâtre suivant les anciens errements qui provoquent un gaspillage de main-d’œuvre et de matières premières.
- On a pris exemple sur les fabricants de matériaux américains qui depuis igoo, avaient mis sur le marché des panneaux isolants en plâtre. Il s’agit de panneaux de 2 cm d’épaisseur entre deux épaisseurs de papier. On peut même employer du papier peint imitant les diverses essences de bois.
- Il existait en xg28 en Amérique, plus de 25o usines de ce genre, dont certaines étaient capables de produire i5 000 m2 par jour de ces panneaux.
- Nous n’avions pas en France, avant la guerre, le même intérêt à faire des panneaux indépendants, étant donné l’abondance du plâtre et la facilité de main-d’œuvre. Les conditions économiques actuelles ont amené les entrepreneurs et les fabricants de plâtre à envisager l’utilisation de ces panneaux et à l’heure actuelle il y a en construction une usine de placo-plâtre qui est construite à l’instigation du Ministère de la Reconstruction et réalisée par l’industrie plâtrière privée. Cette usine fonctionnera fin ig48.
- Maisons en plâtre.
- Au moment où l’on a parlé de la reconstruction, on a pensé, avant de réaliser les constructions définitives, à faire des con-
- Fisr. 4. — Une maison en panneaux de plâtre.
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- structions provisoires, et dans cet ordre d’idées, les inventeurs ont cherché à rendre la construction de logements possible, avec des matériaux que l’on puisse obtenir facilement et à un prix de revient assez bas.
- Jusqu’à présent, dans cet ordre d’idées, le plâtre n’était qu’un accessoire, mais les chercheurs se sont mis à l’ouvrage et le problème a été étudié avec le plâtre comme matériau principal.
- Je citerai pour mémoire des constructions tubulaires où les murs verticaux sont réalisés au moyen de tubes disposés côte à côte et tangents suivant leur plan diamétral. Les tubes sont des cylindres creux. On peut imaginer l’effet obtenu en supposant une maison exécutée en rondins de bois juxtaposés aussi bien pour les murs verticaux que pour le toit.
- Ce procédé original a Pincomrénient de dépenser énormément de plâtre.
- Nous donnons plus haut (fig. 2) la vue d’une maison monolithe, en plâtre durci par procédé chimique, consistant simplement à mélanger à l’eau de gâchage un élément durcisseur (brevet Stafïld).
- On obtient par moulage soit des plaques de x m de long sur 75 cm de large, d’une épaisseur d’environ 2 cm, soit des poteaux d’environ i5 cm x i5 cm et de 3 m de hauteur, soit des éléments correspondants à la charpente ou au plafond, tout ceci en plâtre et sans aucune armature.
- D’après des essais faits au Conservatoire des Arts et Métiers, les plaques de plâtre atteindraient une résistance de i4o kg à la compression.
- Les photographies ci-dessus indiquent suffisamment le procédé de construction.
- Un autre procédé nouveau est le procédé Bellrock. Il s’agit de panneaux spéciaux dont l’utilisation permet la construction totale d’un pavillon et même la décoration intérieure.
- Malgré tous ces avantages, il ne faut pas oublier que le plâtre est un matériau très hygrométrique.
- Si l’on ne prenait pas la précaution de construire sur un sol sain et sec, par exemple, une aire en ciment, de façon à éviter la remontée de l’humidité, il arriverait que les poteaux descendant dans le sol feraient mèches et aspireraient l’humidité par capillarité, ce qui amènerait la désagrégation complète de la construction.
- Des recherches ont été effectuées par MM. Cocagne et Manlay dans les laboratoires des établissements Poliet et Chausson, sur la protection des plâtres, et il ressort de leurs études qu’une imperméabilisation suffisante ne peut être obtenue que par l’interposition de produits eux-mêmes imperméables entre la source d’humidité et l’enduit à protéger. En utilisant le ciment de laitier au clinker dans la confection d’enduits, on peut protéger efficacement des habitations en plâtre et reconsidérer avec plus d’optimisme ce genre de construction, car les reproches justifiés adressés aux prototypes connus à ce jour disparaîtraient.
- Pierre Gilardi, Ingénieur civil des Mines.
- Un appareil donnant une épreuve
- Chacun a vu dans les fêtes foraines, le photographe ambulant délivrant en quelques minutes une épreuve positive à ses clients. Mais les manipulations nécessaires ne peuvent guère être effectuées que par un professionnel réalisant avec dextérité les opérations successives dans un jeu de cuvettes isolées par des voiles noirs. Des appareils automatiques ont bien été créés pour l’obtention d'une série de poses ou pour des photographies d’identité, mais il s’agit de coûteuses installations non transportables, et ne pouvant convenir à l’amateur.
- M. Edwin H. Laud, président de la Polaroid Corporation, a présenté récemment à une réunion de la Société américaine d’optique un appareil portatif de la dimension des appareils habituels qui permet d’obtenir une épreuve positive en une minute. Cette caméra contient à la fois une bobine de pellicule sensible et an rouleau de papier positif. Ce dernier supporte, à la distance de chaque cliché, un sachet de réactif permettant le développement.
- Par la rotation d’un bouton, l’opérateur oblige la pellicule négative impressionnée et le papier à passer ensemble entre deux rouleaux qui écrasent le sachet de réactif et l’étendent entre le film et le papier. Ceux-ci émergent de l’appareil à travers une fente munie d’une lame coupante sectionnant le film et le positif à la dimension requise.
- Aucun détail n’est encore fourni sur la nature du réactif employé, toutefois l’action de la lumière n’intervient pas pour passer de l’épreuve négative à l’image positive. Le film négatif est opaque ; il s’agirait seulement d’un report des parties de sel d’argent non exposées du film négatif sur le papier positif et de leur développement. Il serait possible de tirer d’autres épreuves positives, à l’aide du négatif.
- photographique positive en une minute.
- Quel que soit l’aA7enir de cette nouvelle invention, il nous a paru intéressant de la signaler.
- Rouleau de pellicule négative
- Lames coupantes
- Sachets de réactif
- Positif
- '^'^Rou/eau de papier positif
- Fig. 1. — Schéma de l’appareil donnant une épreuve positive en une minute.
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- La pluie de boue du vendredi 2 mai 1947
- Vendredi 2 mai 1947, vers 10 h du matin (heure civile) une importante chute de pluie de boue — dite a pluie de sang » — s’est abattue sur le département de l’Yonne.
- Cette pluie avait été précédée d’une tempête qui sévissait depuis la veille.
- Un système nuageux provenant de l’Afrique septentrionale, après avoir suivi la côte orientale de l’Espagne dans la direction S.-O.—N.-E., s’est avancé vers le sud de la France au cours de
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- Auxerre.
- A val Ion
- Fig. 1. — Les lieux d’observation de la pluie de boue du 2 mai 1947 dans le département de l’Yonne.
- la journée du 1er mai. Dans la nuit du 1er au 2, un deuxième système nuageux, venant approximativement des mêmes régions africaines et serrant de près le précédent, longea presque toute la côte nord de l’Algérie, de l’Ouest à l’Est, puis braquant vers le Nord, traversa la Méditerranée entre les Baléares et la Corse, aborda le littoral méridional de la France et se dirigea directement du Sud au Nord, remontant la vallée du Rhône et de la Saône, jusque vers Mâcon, où il bifurqua en direction de la Belgique d’une part et de l’Allemagne de l’autre. C’est certainement la traîne de la partie occidentale de la dépression qui, remontant vers le N.-O., est cause de la précipitation boueuse, objet de la présente enquête.
- Mais il semble bien, ainsi qu’on le verra plus loin par le détail des observations recueillies, que chacune des deux dépressions successives venant des déserts africains ait apporté avec elle une grande quantité de poussières sableuses qui, entraînées par les courants ascendants dans la haute atmosphère, franchirent la Méditerranée, puis se joignirent peu à peu aux condensations aqueuses en abordant le continent.
- C’est ainsi ou’on nota (Figaro du 4 mai, entre autres) des chutes
- de pluie boueuse à Marignane, à Valence, à Grenoble, à Vichy, etc. par « vent du sud assez violent ».
- On peut trouver confirmation de l’hypothèse de ce processus dans une lettre datée d’Alger, du 1er mai, dans laquelle un jeune ingénieur habitant Maison-Carrée, écrit à sa famille à Chablis (Yonne) : « Je vous écris au cours d’une tempête de sable, avec a un sirocco particulièrement violent qui soulève et entraîne avec « lui une masse énorme de poussière ».
- Cette lettre est remarquablement suggestive.
- Les conditions météorologiques.
- Afin de situer exactement les conditions météorologiques au milieu desquelles s’est développé le phénomène dont il s’agit, nous reproduisons ci-dessous des diverses données relevées sur les appareils enregistreurs de l’Observatoire de la Guette.
- Température Max. Min. Moy. Observations
- On remarquera l’aug-
- 1er mai . . . 11°2 8o IM orientation de la température moyenne
- 2 »... 23°2 9» 15°6 (4°5) apportée par le passage de la dé, res-
- 3 »... 20o5 12°4 16°2 sion, puis la descente de la moyenne Hier-
- 4 »... 16» 10°8 13®4 mométrique après son passage.
- Pressions (altitude : 246 m) :
- 1er mai . . . 744,6 740,4 742,5 Le minimum barométrique concorde avec
- 2 » ... 740,4 736,2 738,3 le passage de la pluie de boue. Presque
- 3 » 742,2 138,4 740,3 immédiatement après ascension do la
- 4 » ... 744,4 740,6 742,5 colonne mercurielle.
- Chute de pluie :
- 10 h à 12 h du 1er au 2 mai .
- » » 2 au 3 »
- » » 3 au 4 »
- 18 mm 75 1 mm 25 0 mm 75
- G est entre le 1er mai à midi et le 2 à midi que, parmi les pré-ci pi tâtions successives, celles comportant un apport de boue ont été observées.
- Vent. Intensité et direction :
- lor mai . . . 100 K de vent passés de 0 à 24 h, venant du Sud-Est
- 2 »... 222 K » » » » » Sud Sud-Est
- 3 »... 114 K » » » » » Sud-Est
- Les observations du phénomène.
- L’enquête qui fut ouverte dans le Département de l’Yonne par les soins de l’Observatoire de la Guette, auquel le journal régional L’Yonne Républicaine a bien voulu prêter son aimable et utile concours, a permis de rassembler un bon nombre d’obser-
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- vations (environ une centaine) et de recueillir un assez grand nombre d’échantillons de la pluie boueuse du 2 mai.
- De l’ensemble de ces observations, on peut dégager les résultats suivants :
- 1° La précipitation du 2 mai avait été précédée de plusieurs autres qui passèrent à peu près inaperçues en raison même de leur moindre importance, notamment les o et 12 mars 1947.
- L’événement a cependant été perçu et noté à Montillot (Yonne) et en quelques endroits du département il en avait été question. C’est, seulement après la chute du 2 mai que la mémoire-en est revenue aux observateurs, en dissipant leurs hésitations sur la réalité du phénomène.
- 2e II y eut sans nul doute plusieurs précipitations successives de boue dans la nuit du 1er au 2 mai (observation faite à Tonnerre, à Lindry (Yonne)), qui auraient certainement été plus copieusement dénoncées si l’événement s’était produit DE JOUR.
- 3° La pluie de boue la plus forte et la plus dense en apports (quelques observateurs l’appellent « giboulée », « averse »), eut lieu le vendredi 2 mai, à 10 h du matin (heure civile) (concordance entre presque tous les observateurs).
- 4° Avant la chute de la pluie, plusieurs personnes (vallée du Cousin en amont d’Avallon) remarquèrent l’arrivée, venant du Sud-Est, d’un brouillard épais, rougeâtre, qui obscurcissait la lumière du jour. A Avallon encore, et aussi à Tonnerre, on nota la présence d’une brume « uniforme », couleur de boue.
- 5° Presque tout le monde s’accorde à assurer que la précipitation arrivait du Sud-Est, avec ses variantes SUD et EST-SUD-EST. Deux observateurs pourtant, l’un à Bernon (Aube), l’autre à Tis-sey, près de Tonnerre, la notent comme étant venue du NORD. Sauf erreur d’orientation de la part de ces observateurs, cette divergence ne pourrait s’expliquer que par un remous causé par la topographie locale, qui aurait fait dévier le vent de sa direction générale S.-E.—N.-O.
- 6° Apparence de la boue précipitée. — C’est .celle d’une excessivement fine poussière d’une contexture semblable à celle de la poudre de riz ou d’amidon, onctueuse, coRante aux doigts.
- Quoiqu’elle ait été notée aux Riceys (Aube) comme « peu adhérente », il semble au contraire, d’après l’unanimité presque totale des observateurs, qu’elle ait résisté pendant plusieurs jours à des chutes successives de pluie assez copieuses.
- Plusieurs personnes ont noté que S à 10 jours après le 2 mai ou trouvait encore les traces de cette boue sur les feuilles, sur l’herbe, sur les carreaux des châssis, sur les tuiles, les marches, les rampes d’escaliers extérieurs, etc...
- A Blannay, une personne digne de foi a affirmé qu’un propriétaire . de bétail avait déclaré qu’après la chute de la pluie boueuse, les herbes des prés étaient tellement maculées que ses vaches n’auraient pas voulu paître, si une pluie postérieure n’était heureusement venue laver la boue apportée par la première pluie.
- La coloration de la boue a été très diversement appréciée par les observateurs. Les échantillons nombreux qui ont été recueillis montrent pourtant que sa couleur était bien la même partout. Seul, le sable recueilli sur les toits, sur les châssis de couche, dans les gouttières, n’avait pas sa teinte réelle, en raison des poussières d’origines diverses déjà déposées et auxquelles il s’était trouvé associé en arrivant à la surface du sol. La poussière résultant de la précipitation fut aussi dénommée : terreuse, ocre-rouge, rose saumonnée, rose, rouge brique, ocre-brun, rosâtre, orangée, rousse, rouille, rouge, rougeâtre, rouge sang séché ... On le trouva même jaune, gris-jaune, gris roux, etc...
- Sur les feuilles bien vertes, le résidu laissé par la pluie prenait une teinte rouge assez vive. Il en était de même tant que la poussière restait mouillée. Une fois sèche, elle reprenait une teinte plus brunâtre et moins rosée.
- 7° Étendue du phénomène. — L’étendue des régions sur lesquelles le phénomène a été observé a pu, en ce qui concerne le département de l’Yonne tout au moins, être assez bien délimitée. Aucune observation ne nous est parvenue du nord d’une ligne extrême passant d’Ouest en Est par Saint-Fargeau, Aillant-sur-Thollon, Seignelay, Saint-Florentin et atteignant au nord de Flogny le département de l’Aube. De ce département nous sont venues des observations faites à Troyes, aux Riceys, à Juvanzé, Bourguignons, Bernon, Chesley et Marolles-sous-Lignères (fig. 1).
- C’est surtout dans l’Avallonnais, le Tonnerrois et le sud de l’Auxerrois, avec la Puisaye, que la densité des observations reçues fut la plus grande, avec maximum pour les vallées de la Cure, du Cousin, du Serein et de rArmançon.
- Il eût été intéressant qu’une enquête analogue fût faite dans les départements limitrophes de l’Yonne, ce qui aurait permis de se rendre un compte exact de la superficie intéressée par ce phénomène relativement rare.
- S° Examen physique. — Le poids spécifique du résidu laissé par la pluie est de 2,5 à 2,6.
- Si l’on estime seulement à 1 /10e de millimètre l’épaisseur de la couche de matière délaissée par la pluie colorée du 2 mai sur le sol, seulement au sud de la ligne indiquée plus haut comme limite de la chute dans le département de l’Yonne, on obtient le résultat suivant qui semble invraisemblable et qui est pourtant scientifiquement exact :
- Surface de la chute considérée : 410 000 ha, soit 4 100 000 000 m2.
- Volume en m2 : 4 100 000 000 x 0,0001 = 410 000 m2.
- Poids du dépôt en tonnes : 2,5 x 410 000 = 1 025 000 t.
- On reste confondu devant un pareil travail dynamique de l’atmosphère.
- 9° Examen chimique. — L’identité de la nature physique et chimique de la précipitation du 2 mai dernier avec celle du 30 octobre 1926 a été vérifiée et reconnue par la comparaison des deux échantillons recueillis lors des deux précipitations. On peut donc se servir de l’analyse qui en a été faite par M. Cayeux pour la pluie de 1926.
- L’analyse chimique des apports laissés par cette pluie colorée a fourni les résultats suivants :
- Silice (SiO2) ........................... 41,85 pour 100
- Carbonate de chaux (C03Ca)............... 22,50 »
- Alumine (A1203).......................... 13,50 »
- Matières organiques...................... 10,65 »
- Oxyde de fer (Fe203)...................... 8,20 »
- Sulfate de chaux (S04Ca).................. 1,40 »
- Corps non dosés (manganèse, phosphates, magnésie, etc...) ensemble....... 1,90 »
- On peut donc considérer que ce résidu est un sable fin composé de cristaux transparents et minuscules de silice mélangés d’argile et de carbonate de chaux incrusté d’oxyde de fer, ce qui lui donne sa teinte rougeâtre.
- Les éléments de cette pou'ssière mesurent au plus S/ 100e de millimètre et les plus petits moins de l/100e. On peut donc dire que la majorité des éléments ont des dimensions plus faibles que les grains d’amidon de blé des farines finement blutées.
- Les principaux éléments sont : quartz, calcite, complexes argilo-quartzeux minéralisés par l’oxyde de fer, muscovite, magnétite, anatase, tourmaline, zircon, rutile, etc...
- Aucun organisme à test calcaire n’est visible. Il existe par contre une faible proportion de valves de diatomées (algues microscopiques riches en silice), de rares spores, des débris de tissu végétal indéterminables. Presque tous les matériaux ont un reflet ocreux.
- ' Si l’on compare cette analyse avec celle des poussières tunisiennes, on est frappé de la similitude de leur ensemble, ce qui conduit à penser que l’origine saharienne des matériaux amenés
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- par les pluies colorées peut être considérée comme démontrée.
- Rappelons enfin, pour mémoire, que si les historiens anciens et ceux du Moyen Age relatent la chute de « pluies de sang » en Ghaldéc, en Égypte, en Lybie pour les premiers, en Turquie, en Grèce, en Asie Mineure, dans les Balkans, pour les seconds, celles qui ont pu être observées en France sont assez rares.
- La première qui fut vraiment étudiée et reconnue comme un apport de boue sableuse, est celle qui tomba à Châtillon-sur-Seine
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- le 17 mars 1669. On en observa d’autres en 1846 (dans la Drôme), en 1847 à Chambéry, en 1862 dans le Cantal, le 10 mars 1869 dans la Lozère, enfin le 18 février 1870.
- A l’Observatoire de La Guette, on étudia celle du 30 octobre 1926 et celle du 30 novembre 1928, la dernière qui fut observée dans la région avallonnaise.
- G. Bidault de l’Isle,
- Directeur de l’Observatoire de La Guette.
- La chewing gum
- Le chicle, le sapotillier. — La matière première de la chewing gum est le chicle, nom donné par les conquistadors espagnols au suc laiteux qui s’écoule des blessures faites à l’arbre qu’ils appelèrent Zapodillo, après que ce suc s’est solidifié.
- Le sapotillier (Sapota achras ou S. zapotilla) est un bel arbre, au tronc droit et régulier, à feuilles lisses et persistantes, de la famille des Sapotacées ; il est originaire des Antilles et de l’Amérique centrale. Il peut atteindre une hauteur de 25 m. Il porte un fruit rond, pulpeux, très sucré, à chair rose, la sapote, analogue à notre abricot et qui est consommé sur place cru ou en marmelade, d’où le nom de plum tree (prunier) donné au sapotillier par les Américains.
- Son latex devient d’un blanc opaque dès qu’il est exposé à l’air. On l’extrait, comme le latex de l’hévéa, la gemme du pin et la sève de l’érable à sucre du Canada, par des incisions faites en zigzag dans l’écorce avec un sabre à abatis, le machete ; on commence par le haut. Le latex se rassemble au bout du dernier zigzag dans un pot de fer placé au pied de l’arbre. Un grand arbre peut fournir plus d’un kilogramme de latex. On peut revenir saigner le même arbre au bout de six ans, c’est-à-dire après que l’écorce s’est reformée. On a essayé tout d’abord de préparer du caoutchouc avec ce latex, mais il ne s’y prête pas.
- Le suc des pots est versé dans une marmite ; chauffé lentement il perd par évaporation une partie de son eau et se coagule ; on le malaxe jusqu’à ce qu’il ait atteint une certaine consistance et on le verse encore chaud dans des caissettes en bois qui en contiennent environ 36 kg ; il tient alors environ 33 pour 100 d’eau. Il achève de se solidifier dans les caissettes et c’est généralement sous cette forme qu’il est envoyé aux ports d’embarquement. C’est le chicle brut.
- Préparation de la chewing gum. — Pour fabriquer la chewing gum, on concasse le chicle brut s’il ne l’a pas été, puis on le broie, on le fait fondre et on le soumet à la décantation : le menu gravier et les poussières qu’il contient se rassemblent au bas du récipient, les brindilles et débris végétaux flottent sur le liquide. Le sirop ainsi épuré est soutiré, stérilisé à 105°-110°, additionné de sucre ou de glucose et d’un parfum qui est le plus souvent du menthol, du salicylate de méthyle, ou une essence de fruit artificielle. On le coule en tablettes de 20x73 mm pesant 3 g ; on enveloppe chaque tablette dans un papier d’étain ou d’aluminium, puis dans un papier collé imperméable et on loge cinq de ces tablettes dans une enveloppe qui porte le nom et la marque du fabricant ainsi que des instructions sur la manière de se servir de la chewing gum et sur ses qualités.
- En raison de sa forte consommation pendant la guerre le Gouvernement fédéral a dû rationner la chewing gum. En effet, les Américains en ont consommé chaque année pour 114 millions de dollars représentant 13 650 millions de tablettes d’une longueur totale de plus d’un million de kilomètres ! Les civils ont dû se contenter de 77 tablettes par an ; en revanche, les G. I. en reçurent 630.
- Exploitation des peuplements de sapotilliers. — Bien que dans ces dernières années, les Nord-Américains aient créé des plantations de sapotilliers au Mexique, en Amérique centrale et dans la République de Panama (ils ont aussi réussi à acclimater l’arbre en Floride), ce sont les peuplements de sapotilliers sauvages du Mexique et surtout du Guatémala qui fournissent la presque totalité du chicle importé aux États-Unis.
- Au Guatémala, l’exploitation n’est plus libre et fait maintenant l’objet de concessions bien que les peuplements soient pratiquement inépuisables dans le département de Peten ; ce département couvre à lui seul près de la moitié du territoire de la République (110 000 km2). Le Peten n’est qu’une forêt vierge; on y compte moins d’un habitant par 3 km2 ; ce sont exclusivement des Indiens pur sang. Ils sont seuls préposés à la saignée des arbres. Les acheteurs américains passent des contrats avec les concessionnaires, leur avancent des fonds et pourvoient aux transports, qui se font par avions (des avions démodés, mais très suffisants), car il n’y a guère que des pistes dans la forêt et elles sont vite envahies par la végétation luxuriante des tropiques.
- Au Mexique, les conditions sont moins favorables : aussi le Gouvernement a-t-il réglementé l’exploitation des sapotilliers et les prix de vente ; il tient compte de ce que la saignée produit peu quand la saison est trop sèche ; il évite ainsi le gaspillage.
- En mai 1945, il a fixé les prix f. o. b. toutes taxes comprises comme suit : chicle brut de première qualité, blanc, à 33 pour 100 d’eau : 380 pesos par quintal espagnol (46 kg) ; chicle brut de deuxième qualité, coloré en rose ou en gris, à 33 pour 100 d’eau : 370 pesos. Le premier prix était de 50 pour 100 plus élevé que l’année précédente, le second de 23 pour 100, parce qu’il n’avait pas assez plu.
- Les cinq États ou territoires du Mexique qui sont producteurs de chicle en ont fourni 8 400 t en 1945. Ces États, comme le Peten qui y est presque enclavé, sont dans la presqu’île de Yucatan.
- Les conditions d’exploitation sont les mêmes au Mexique qu’au Guatémala, et dans les deux pays l’abatage des arbres est interdit ; mais les transports y sont un peu moins difficiles. Aujourd’hui, presque tout le chicle brut, celui du Mexique comme celui du Guatémala, est exporté par le port mexicain de Campêche.
- Effets de la chewing gum. — Si on en croit les Américains, la mastication de la chewing aurait les avantages suivants : elle empêche la carie des dents, elle aide à la digestion, elle confère une bonne haleine, elle fait passer le temps comme le tabac. Un aurait cependant enregistré plus de dyspeptiques, chez ceux qui mâchent de la gomme que chez ceux qui s’en abstiennent, mais ce n’est pas sûr. Le fait serait dû à une salivation excessive et inutile en dehors des repas, la salive ne devant être sécrétée que pour imprégner les aliments pendant la mastication et pour faciliter la déglutition du bol alimentaire.
- E. Lemaire.
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- Le climat, le confort et la civilisation
- La guerre sous toutes les latitudes, les énormes difficultés des opérations militaires dans les tropiques et près des pôles ont attiré l’attention sur les conditions climatiques régies essentiellement par la température et l’humidité de l’air.
- M. David Brunt, professeur de météorologie à l’Imperial College de Londres, a choisi pour sujet de sa lecture devant la Royal Institution de Grande-Bretagne, en 1945, le climat et le confort humain. Nous lui emprunterons les données et les réflexions suivantes.
- Le corps humain a une température interne voisine de 37°. Entre 41° et 42°, la mort survient plus ou moins vite ; au-dessous de 34°, un frisson continu apparaît. Constamment, l’organisme produit de la chaleur par la respiration, la digestion, les mouvements et l’élimine par divers processus automatiquement réglés. Au froid, la peau se refroidit, la circulation s’y ralentit (vasoconstriction), des mouvements involontaires apparaissent (fris-
- Acc\blant
- Froid humide
- Intolérable (coup de chaleur)
- Stimulant
- Irritant
- Température de l'air
- Fig. 1. — Les climats favorables à l’homme.
- A, limite supportable au repos, habillé, à l’abri du soleil ; B, limite supportable au repos, habillé, au soleil ; C, limite supportable, habillé, au soleil, pendant une marche.
- (d’après le professeur David Brunt).
- sons, tremblement), la thyroïde et la surrénale sécrètent plus abondamment et leurs produits augmentent le métabolisme. Au chaud, la peau se dilate, la circulation y devient intense, la radiation et la convection augmentent, et surtout l’évaporation de la sueur enlève un grand nombre do calories ; cette évaporation augmente avec la sécheresse de l’air et son renouvellement par ventilation. Si l’air devient plus chaud que le corps, s’il est saturé d’humidité, la vie devient impossible, c’est le coup de chaleur ; ses limites sont marquées par la ligne A dans la figure 1. A des températures un peu moins hautes, entre les lignes A et B, l’homme ne peut travailler, ni même rester au repos au soleil ; à l’ombre, il supporte le climat, légèrement vêtu et immobile ; aux températures moindres, il peut rester exposé au soleil ou exécuter un travail correspondant à une marche de 6'km à l’heure sans soleil. Aux températures tempérées, la radiation et la convection suffisent à éliminer les calories produites par le travail. Enfin, aux températures plus basses, l’homme remédie par le port de vêtements, le chauffage de l’ambiance, la protection contre les courants d’air. Les moyens de se défendre contre le froid sont plus nombreux et plus efficaces que ceux contre l’extrême chaleur. Dans un air parfaitement sec, un homme habillé ne supporte que très peu de temps une température de 59°, un homme nu 50°. Le lit qui est un milieu parfaitement confortable pour le repos est, entre les draps, un milieu à 30° environ.
- L’acclimatation au climat joue un certain rôle ; au chaud, l’homme apprend à transpirer et aussi à limiter ses efforts. Une journée chaude survenant brusquement au printemps est plus pénible qu’une longue suite de jours chauds en été.
- Au-dessous de 10°, il fait froid ; entre 10° et 15° il fait frais. C’est entre 15° et la courbe C de la figure 1 que se trouve la zone de confort maximum, celle où le travail est le moins épuisant. L’humidité excessive est accablante au-dessus de 20° et donne une impression de froid au-dessous. La sécheresse excessive de l’air est irritante au-dessus de 25°, âpre et rude au-dessous de 10°. Aussi les conditionnements d’air sont-ils généralement réglés entre 15° et 20° pour une humidité relative de 50 pour 100, avec une ventilation d’environ o m par minute.
- Dans les pays tropicaux, on observe deux sortes de climats : l’un humide, nuageux, oppressant, où les écarts journaliers de température sont faibles, les maisons y sont largement ouvertes aux courants d’air, l’autre sec, ensoleillé, où les nuits sont fraîches, les maisons sont ouvertes la nuit, closes dès le matin et l’on y entretient un courant d’air au moyen de ventilateurs pendant le jour. Sous les latitudes froides, les maisons sont épaisses, closes et chauffées fortement, la ventilation n’y est pas recherchée.
- Le Major F. S. Markham a déjà fait remarquer que les plus anciennes civilisations se sont toutes développées dans la zone de l’isotherme moyen annuel de 20°, en Egypte, Palestine, Assyrie, Sumérie, Perse et dans la vallée de l’Indus. Les hommes étaient peu vêtus et se trouvaient pendant l’été soumis à des températures trop hautes pour garder leur activité. La Grèce ancienne et l’Empire romain se développèrent un peu plus au Nord ; la température annuelle moyenne d’Athènes est de 17°2, celle de Rome lb°o ; ils connurent le chauffage des habitations pendant l’iiiver. Après les invasions barbares, la civilisation retourna vers le Sud, vers l’isotherme de 20°, avec les Arabes. Puis, les maisons étant plus closes et à nouveau chauffées, ce fut le développement de l’Ouest européen, dans la zone où le mois le plus chaud de l’été n’atteint pas 24° de moyenne et le mois le plus froid de l’hiver ne descend pas au-dessous de 0°. Ce climat tempéré s’étend sur la Grande-Bretagne, la France, le Nord de l’Espagne, la Suisse, l’Allemagne, la Belgique et la Hollande, le Danemark et le Sud-Ouest de la Scandinavie. C’est là que furent atteints les plus hauts degrés de santé et de prospérité, d’activité et de richesse.
- Le prix de l'uranium.
- La Vanadium Corporation of America vient de publier les conditions d’achat des minerais contenant de l’uranium.
- Ceux-ci n’ont de valeur commerciale que pour une teneur dépassant 0,20 pour 100 d’oxyde d’uranium U308.
- Pour des minerais tenant de 0,20 pour 100 à 0,40 pour 100 l’oxyde d’uranium est payé de 35 à 40 cents la livre anglaise. De 0,40 pour 100 à 1 pour 100 le prix s’élève de 50 à 60 cents. De 1 pour 100 à 1,50 pour 100 il monte à 70 et 80 cents. De 1,50 pour 100 à 2 pour 100 il est coté de 90 cents à 1 dollar. Au-dessus de 2 pour 100, la livre est payée 1 dollar et 10 cents.
- Progrès en sidérurgie.
- Les ingénieurs russes qui dirigent la reconstruction de la sidérurgie de I’U. R. S. S. adoptent les techniques les plus modernes.
- Le remplacement du rivetage par la soudure électrique dans l’assemblage des pièces de hauts fourneaux conduira à une série d’économies fort importantes : 25 pour 100 du poids du métal, 25 pour 100 des travaux de dessin ; 50 pour 100 des temps d’assemblage et de la durée totale de montage.
- Le nouveau haut fourneau de NoAro-Tula, de 330 m3 de capacité intérieure produira autant qu’un four de 900 m3 grâce au soufflage à l’air suroxygéné. Des améliorations analogues sont envisagées sur les fours Martin et les convertisseurs Bessemer par l’utilisation de l’oxygène.
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- Propagation du crabe chinois dans le nord de la France 11
- En 1934, j’avais signalé dans La Nature (1 2) l’apparition en Europe d’un Crabe chinois, Eriocheir sinensis (H. M.-Edw.), qui, importé en Allemagne où sa présence certaine date de 1912, s’y est parfaitement acclimaté, non seulement dans la mer, mais aussi dans les eaux douces.
- Dans son pays d’origine cette espèce se rencontre le long de la côte ou dans les fleuves, depuis la province de Fokien
- Figr. 1. — Eriocheir sinensis H. M.-Edw. (mâle), face dorsale.
- jusqu’à la côte occidentale de la Corée, c’est-à-dire entre les 23e et 40e degrés de latitude Nord. Ce Crabe, éminemment erratique, peut remonter loin dans les rivières et on en a capturé dans le Yang-Tsé-Kiang à 1 300 km de l’embouchure.
- 11 fut découvert pour la première fois sur notre continent, en Allemagne, par une capture faite le 26 septembre 1912 dans une nasse déposée dans l’Aller (affluent du Weser) à une distance d’environ 100 kilomètres de la mer. L’animal était un grand mâle dont la carapace atteignait 7 cm de longueur.
- On ne sait pas exactement comment cette espèce est parvenue en Europe et on suppose qu’un ou plusieurs de ses représentants ont été transportés de Chine jusque dans le golfe d’Helgo-land en voyageant dans les réservoirs de lest des navires remplis d’eau en Chine, là où vivent de jeunes Eriocheir ; cette opinion est étayée par le fait que des Crabes chinois furent trouvés plusieurs fois dans les réservoirs de ces bateaux en réparation ou en démolition dans les chantiers de Hambourg. On a également émis l’hypothèse de jeunes Crabes restés accrochés parmi les Algues, les Hydraires et les Anatifes qui recouvrent les flancs des paquebots venant de l’Asie orientale.
- La propagation de ce Crustacé en Europe fut d’abord très lente et ce n’est qu’en 1924 qu’elle commença à s’accélérer.
- Sur les côtes, l’extension s’opère dans deux directions. Vers le Nord-Est elle est particulièrement rapide jusqu’à la fin de 1928 on trouve déjà des Eriocheir sur la côte Nord-Ouest du Danemark et dans la mer Baltique à l’embouchure de l’Oder (soit un parcours d’au moins 400 km en cinq années). En 1933 on en capture en Suède (près de Stockholm) et dans le Golfe de Bothnie, à Viborg en Finlande, marquant ainsi une progression de 1 600 km dans les années suivantes.
- Vers le Sud-Ouest l’invasion est plus lente. En 1928 le Crabe chinois n’a pas encore atteint le bassin inférieur de l’Eins et ce
- 1. D’après le Bulletin du Muséum national d’histoire naturelle, 2° série, t. 18, 1946, p. 389.
- 2. Voir La Nature, n“ 2942 du 1er décembre 1934.
- n’est qu’en 1933 qu’on le prend dans l’Ems, dans les cours d’eau de la Hollande et dans l’Escaut (à Anvers) : il aurait ainsi parcouru 500 km en 10 années.
- A l’intérieur du pays il peut remonter très loin le cours des grands fleuves et, en 1933, on le capture dans la Moldau (affluent de l’Elbe) jusqu’à Prague (à plus de 800 km de la mer) ; dans l’Oder il a été rencontré au delà de Breslau (à plus de 500 km des côtes). Par contre, dans le Rhin, il ne dépasse pas Wesel en 1933 (localité située à 200 km de l’estuaire) et, dans la Meuse, on le signale la même année près de Namur, à 300 km de son embouchure.
- En France, sa présence a été constatée sur le littoral du Pas-de-Calais, dans la région de Boulogne-sur-Mer, dès 1930, par J. Le Gall et à nouveau en 1936 par L. Gallien ainsi qu’en 1938 par J.-II. Vivien. D’autre part, H. Hoestland a signalé que plusieurs exemplaires avaient été capturés dès 1937 dans la Flandre maritime. En 1942, on le rencontre dans l’estuaire de la Somme et il gagne les eaux salées du chenal de la Basse-Seine en mars 1943.
- Dans notre réseau fluvial le Crabe chinois se trouve jusqu’à la source même de l’Yser dont le parcours ne .dépasse pas 60 km. Dans la Liane, qui se jette à Boulogne, on le rencontre à Questrecques (25 km de la mer) et dans la Somme un individu mâle a été capturé en amont de Péronne, à Saint-Christ, soit à environ 150 km de la mer.
- Tout récemment nous avons eu l’occasion de déterminer un exemplaire mâle adulte (dont la carapace atteignait 61 mm de long sur 68 mm de large) capturé le 27 juillet dernier dans une nasse immergée dans l’étang de Mâcon (*) (aux environs de Condé) à 13 km de Valenciennes (Nord) (2). Les étangs de Mâcon sont en communication avec l’Escaut par -des courants et des siphons qui coulent en direction de la Belgique : il n’est donc pas impossible que ce Crabe ait remonté jusque-là le cours du fleuve malgré les zones de pollution qu’il lui aurait fallu traverser.
- 1. Les étangs de Mâcon se trouvent à 140 km d’Anvers.
- 2. Cet échantillon nous a été aimablement communiqué par M. Eugène Dewalle, naturaliste à Anzin (Nord), qui nous a signalé également d’autres captux-es d'Eriocheir à Trith-Saint-Légcr et à Bouchain, dans l’arrondissement de Valenciennes (Nord). Nous remercions M. Jacques Denis à Dou-cliy (Nord) qui nous a fait part de la capture et mis en relation avec M. Dewalle.
- Dunkerque,
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- Le Croto;
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- 1946
- Carte indiquant les lieux de capture du crabe chinois dans le Nord de la France.
- Fig. 2.
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- En effet, selon Hoestland (1945, p. 230) VEriocheir ne dépasserait pas la région de Gand car, au delà de cette localité, dans le moyen bassin de l’Escaut, les eaux, constamment polluées par des résidus industriels, seraient particulièrement nocives aux Crabes et s’opposeraient à leur pénétration. Nous pouvons également admettre que la progression s’est effectuée par la Somme qui est en communication avec l’Escaut par le canal de Saint-Quentin. Bien qu’à notre connaissance le Crabe chinois n’ait pas encore été signalé aux environs de Mons, quelques individus ont pu remonter le cours de la Senne, depuis Bruxelles, gagner ensuite la Haine qui se jette dans l’Escaut près de Condé, ou bien suivre le canal de Mons à Condé.
- Quoi qu’il en soit, cet envahissement progressif des cours d’eau français laisse présumer une invasion qui se généralisera d’ici peu de temps puisque quatre larges voies d’accès sont maintenant amorcées : à l’Ouest, VEriocheir est répandu sur nos côtes depuis la mer du Nord jusque dans l’estuaire de la Seine ; au Nord-Ouest il pénètre dans les rivières, canaux et fossés reliant la Flandre française à la Belgique ; au Nord, la région de Valenciennes sera vraisemblablement d’ici peu le théâtre d’une invasion massive et à l’Est, les Crabes remontent actuellement le cours du Rhin et celui de la Meuse.
- D’autre part, la Somme et la Seine, par la richesse de leur faune et de leur flore, sont propices à un accroissement rapide de prolifération et le Crabe chinois menace d’y pulluler bientôt si des moyens de lutte efficaces n’interviennent assez rapidement.
- En principe, après une invasion massive suivie d’une multiplication énorme pendant quelques années, le nombre de Crabes chinois établis dans un cours d’eau semble se stabiliser et il paraît s’établir une sorte d’équilibre faunique entre les Crustacés et les Poissons ; la raréfaction de la nourriture, causée par la présence du Crabe, limite la multiplication de celui-ci mais se traduit également par un appauvrissement général de la faune. En outre, la pêche aux filets, nasses ou lignes, devient plus difficile car les Eriocheir détériorent les engins et, par leur activité incessante, dérangent le Poisson. De plus, ils occasionnent un grave dommage aux peuplements piscicoles en dévorant la nourriture des poissons. Ils forent les berges de galeries parfois nombreuses, profondes de 5 à 50 cm et larges de 5 à 10 cm, occasionnant ainsi, à la longue, des éboulements et il faut signaler également que, le long des berges couvertes de pierres, le Crabe creuse entre les intervalles non cimentés, ce qui proAm-quera la chute des pierres à brève échéance.
- NOS LECTEURS NOUS ÉCRIVENT :
- La mort du sou
- n° 3135, 1er mai 1947).
- M. J. Costier, de Bruxelles, nous écrit :
- « En Belgique, cette monnaie vit toujours. Les pièces de 5, 10, 2o et 50 centimes existent en effet encore et continuent d'être fréquemment utilisées, quoique moins que jadis.
- A vrai dire, le mot « sou » n’est et n’a jamais été employé chez nous que dans la partie wallone du pays, ainsi que dans la région flamande par les personnes de culture française, et encore, uniquement pour désigner par les expressions : un, deux, dix, vingt, quarante et cent sous, les pièces de valeur correspondante. Mais je n’ai jamais entendu en Belgique, faire des comptes en sous, comme cela se fait couramment en France.
- Le sou est actuellement la plus petite pièce de monnaie belge. Alors que certaines administrations arrondissent ici, comme chez vous, les comptes au franc le plus proche, bon nombre d’autres continuent à pousser jusqu’au centime, bien qu’il ne soit plus représenté par une pièce. Les banques, notamment, procèdent ainsi dans les calculs d’intérêt, de commission et de change, ainsi que, d’accord avec l’administration des contributions, pour celui de la taxe sur les coupons de dhddende.
- Le rôle que le sou a joué en France paraît l’avoir été chez nous par les pièces de bronze de un et deux centimes qui ont existé jusqu’en 1914.
- La pièce de deux centimes portait, surtout en pays flamand, le nom de « cens » qu’il ne faut pas confondre avec celui du « cent » américain, mais qui correspondait à celui de la monnaie hollandaise valant un dixième de gulden ou de florin, soit deux centimes et demi avant 1914. La pièce de un centime était parfois appelée « stuiver » du nom d’une ancienne menue monnaie belge.
- Ces deux piécettes, la plus grosse surtout, étaient, jusque vers 1900-1905, tout au moins, assez communément employées, particulièrement dans les magasins de victuailles, dans les merceries et sur les marchés, ainsi que pour la paie des ouvriers et des soldats.
- C’était en cens que les gamins recevaient leur argent de poche ; aussi, les articles qui leur étaient destinés avaient-ils leur prix exprimé en cette unité, et souvent, coûtaient une cens pièce, comme par exemple, les caramels, bonbons, chocolats et autres friandises, les balles, billes, toupies, pétards, etc., les plumes, crayons et menues fournitures pour écoliers, et même certaines petites poupées de bois.
- Le bronze utilisé pour la fabrication des pièces en cause était
- assez malléable ; même déformées et usées jusqu’à être lisses, celles-ci continuaient à être acceptées. Aussi bien des enfants, faux-monnayeurs inconscients, plaçaient-ils un « stuyver » sur le rail, à l’approche d’un train, pour le retrouver transformé en (( cens » !
- Jusqu’en 1914, certains journaux ne coûtaient qu’une cens l’exemplaire. Pour la même somme, on pouvait aussi acheter certaine petite brioche appelée couque en Belgique, et, dans les estaminets populaires, un verre de bière ou encore une portion de tabac à chiquer. Aussi fut-il un temps où cette menue pièce n’était pas dédaignée, comme pourboire, par les commissionnaires et les cochers de fiacre, ni surtout comme aumône. Et l’on a longtemps employé, à l’adresse de ceux qui ne se montraient pas généreux, la phrase, plus savoureuse en flamand qu’en français « Avec cela et une cens, on peut avoir un faro » (le faro est une bière brune aigre douce fabriquée uniquement à Bruxelles) ».
- J. Costier.
- De son côté, M. J. Chappée, du Mans, nous adresse les vers suivauLa .
- ADIEUX AU PETIT SOU
- Au lingot d’or taillé, solide, en poids de droit,
- Il naquit grand seigneur aux. derniers temps de Rome. Ce fils de l’aureus parût en gentilhomme ;
- On voyait l’Empereur profilant à son droit.
- Comme s’éteint au soir, le soleil qui déchoit,
- Bientôt il se ternit, et la France économe,
- Dut forger sur l’argent, le blason sous le heaume. Puis, il fut de billon, aminci par surcroît.
- Pécule d’indigent qui fait lourde la poche,
- Il eut à supporter d’être en métal de cloche.
- Aujourd’hui millénaire, il n’est qu’un détritus.
- Tombé dans le mépris, il va quitter la scène :
- Modeste vétéran, nous ne le verrons plus,
- Ce petit sou, déchu de sa noblesse ancienne !
- J. Chappée.
- Le gérant : G. Masson. — masson et cie, éditeurs, paris. — dépôt légal : 3° trimestre 1947, k° 494. — Imprimé en France.
- EARNÉOUD FRÈRES ET Cie, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 717. — S-ig47.
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- N° 3142
- 15 Août 1947
- LA NATURE
- LES GRAVURES PREHISTORIQUES DE LA GROTTE D’EBBOU A VALLON
- (Ardèche)
- Les découvertes de grottes à dessins préhistoriques, très rares à certaines époques, se font au contraire très nombreuses à certaines autres, selon que les circonstances favorisent plus ou moins les chercheurs, devenus très clairsemés. Les années de guerre ont été particulièrement fécondes en trouvailles de nouvelles grottes ornées dont voici la liste :
- 1940 : les grottes de Laseaux et de Mussidan (Dordogne) ; la Baume de Latrone (Gard). Epoque paléolithique.
- 1941 • grottes de la vallée du Caramy (Var). Enéolithique
- 1943 • grottes des gorges d’Ollioules (Var) ; grotte du Peyort (Ariège). Paléolithique et Enéolithique.
- 1945 : grotte d’Urioko-harria (Basses-Pyrénées). Paléolithique.
- 1946 : grotte du Cheval (Yonne) ; grotte d’Ebbou (Ardèche). Paléolithique.
- Comme nous avons eu la bonne fortune, en tant que Chargé de mission du Centre National de la Recherche Scientifique, de participer à six de ces découvertes, il m’est particulièrement agréable de présenter aux lecteurs de La Nature, la dernière en date, la
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- Grotte d’Ebbou à Vallon dans l’Ardèche signalée en notre nom (A. Glory et Dr Jullien) à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres par M. Albert Grenier, membre de l’Institut, le 5 septembre 1946.
- Sur la piste d’une grotte inconnue.
- En 1940 j’avais été chargé par le Comte Bégouen d’étudier et de relever les peintures de Mammouths nouvellement découvertes à La Baume de Latrone dans le Gard ; à cette occasion M. Peyrony
- o Derniers o chevaux
- Etroiture
- Insectes _ cavernicoles*
- Salle
- aux
- ravurej
- INB'
- :•Gouffre
- Métrés
- r 0
- Salle aux gravures
- PLAN
- DE
- LA GROTTE d’EBBOU
- à Vallon (Ardèche)
- p-Galerie H inférieure
- Entrée
- relevé par A. Glory)
- Fig. 4. — Plan général de la Grotte d’Ebbou et emplacement des gravures dans la Salle préhistorique.
- me signala que la vallée de l’Ardèche possédait une grotte inconnue renfermant « des animaux fantastiques ». Il détenait le renseignement du célèbre préhistorien toulousain, E. Cartailhac, qui avait reçu vers 1880 une lettre d’un mystérieux correspondant ardéchois décédé peu après.
- La région du Pont d’Arc à Vallon (Ardèche), dont j’avais déjà prospecté les grottes en 1934, m’attirait tout particulièrement, par le site sauvage de son canon truffé de cavernes, longtemps habitées par les tribus préhistoriques.
- Comme le 28 juillet 1946, je sortais de la Grotte de Caïre-Crès à Vallon (Ardèche), dans laquelle M. l’abbé Breuil m’avait conseillé de reprende l’étude d’animaux
- Fig. 5. — Porche de la grotte vue de l’intérieur.
- {Cliché Glory).
- peints à l’ocre rouge, M. le Dr Jullien de Joyeuse me montra l’entrée d’une autre cavité située sur l’autre rive de l’Ardèche.
- — C’est la Grotte d’Ebbou, me dit-il ; Ollier de Marichard y aurait vu un cadran solaire gravé au fond. En 1912, je m’y suis rendu, mais j’ai dû en abandonner l’exploration, à l’endroit d’un gouffre où j’avais fait une chute grave !
- La plus grande gravure de l’art préhistorique.
- Le lendemain, avec deux compagnons bénévoles (x), nous, franchissions l’Ardèche par un gué situé à peu de distance de la majestueuse entrée de la grotte d’Ebbou. Son porche, haut de plus
- 1. MM. Saussac et Bonnaud.
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- 7. Tete d un cerf megaceros grave. 8. Bouquetin avec cornes vues de face, au flanc lacéré par une blessure. — 9. Chamois
- stylisé dont les pattes recouvrent le dos du cerf précédent.
- {Cliché Perret).
- de 30 m, borde une voûte recouvrant en ogive une vaste terrasse d’où partent deux galeries supérieures.
- La seconde, qui seule nous intéresse, représente le lit fossile de l’ancienne rivière souterraine. A son début, nous décelons le reste d’une main positive tracée à l’ocre rouge. La galerie spacieuse se referme brusquement au 105e mètre ; une première chatière nous oblige à avancer sur les genoux. La voûte se relève ornée de pendeloques cristallines patinées d’une suie très line due à la fumée des torches des anciens visiteurs.
- Toute notre attention est tendue à l’extrême. Les yeux suivent docilement les plages lumineuses de notre photophore qui balaie de bas en haut et de gauche à droite les parois calcaires où pourraient s’inscrire des graffiti. Soudain, au passage, les rayons de la flamme saisissent des lignes courbes et des lignes droites. Deux silhouettes animales tournées vers nous s’imposent à nos regards stupéfaits ; un cheval, dont le dos disparaît sous une coulée sta-lagmitique et un loup retouché, peut-être en équidé ! Leur style se rattache bien à la technique de l’Aurignacien classique.
- Ces deux premières gravures, que personne n’avait encore retenues, précèdent de 5 m à peine le fameux gouffre qui avait barré la route, en 1912, à notre savant collègue, le Dr Jullien.
- A l’aide d’une échelle métallique nous en franchissons facilement les bords et poursuivons notre randonnée sous une voûte basse encombrée d’épais massifs stalagmitiques. Une seconde chatière, puis une troisième plus longue et plus resserrée, nous introduisent dans une vaste salle longue de 65 m et large de 10 à 15 m, selon les endroits. A peine remis des reptations précédentes, nous apercevons aussitôt d’autres gravures d’animaux qui surgissent très vite des parois les unes après les autres. Certaines très visibles sont profondément gravées à hauteur d’homme sur les bas
- côtés, d’autres se cachent dans des niches latérales et derrière des rideaux de roches découpés dans le calcaire.
- Elles sont groupées en quatre zones sur une longueur de 15 m. Nous en comptons 69 de toutes tailles, depuis de simples esquisses hautes de 7 cm, jusqu’aux belles silhouettes dépassant le mètre.
- Fig. 10. — Biche gravée profondément. Quartier n° IV du plan.
- (fllichè Perret).
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- Fig. 11.
- Taureau à cornes presque droites.
- Fig. 12.
- Le panneau central force notre admiration. Sur une paroi découpée naturellement en une tête de pierre qui pend dans le vide, l’artiste a gravé un grand taureau, orné de côtes et de deux cercles énigmatiques. Cette gravure, longue de 1,80 m, la plus grande connue dans l’art quaternaire aurignacien, a sans doute été aperçue par Ollier de Marichard en 1870, et lui avait fait croire à la présence d’un cadran solaire où d’un zodiaque incisé à cet endroit C1). La Préhistoire, à cette époque, était encore en gestation ; feu de Marichard n’avait malheureusement pu ni inventorier, ni reconnaître comme préhistoriques les 71 gravures que nous venions de découvrir.
- En hommage ému à ce précurseur ardéchois et aussi à l’inconnu qui nous avait transmis son message par M. Peyrony, nous avons appelé ce lieu « La Salle du Zodiaque ».
- Un laboratoire improvisé.
- A la joie bien naturelle d’une découverte inespérée, succéda l’inquiétude d’en sauvegarder toute la valeur scientifique. J’étais seul, privé de l’aide de mes élèves en préhistoire et je n’avais qu’un matériel à dessin, très rudimentaire. Deux étudiants en vacances, Gérard Claron et Lucien Durand, m’offrirent spontanément leur assistance. La grotte se transforma alors en un laboratoire improvisé.
- Pendant 15 jours consécutifs, nous demeurâmes 135 h sous terre à explo-
- 1. La note d’Ollier de Marichard, retrouvée 34 ans après la malencontreuse chute de M. le Dr Jullien dans le gouffre d’Ebbou, contenait l’indication d’un Zodiaque gravé.
- rer toutes les galeries de la grotte, à en dresser le plan et à relever avec minutie toutes les gravures préhistoriques par photographies et sur papier calque transparent.
- La chasse aux insectes cavernicoles nous procura des Diaprysius serullazi et des Oritoniscus virei déterminés par M. Vandel, professeur à la Faculté des Sciences de Toulouse. La présence de cette dernière espèce d’Isopode, qui a pu faire partie de la faune ancienne de la Tyrrhénide (Jeannel), trouvée déjà dans le Gard, est intéressante à noter dans l’Ardèche, où la faune cavernicole est assez peu connue (M. Yandel).
- De retour à Strasbourg, nous avons commencé l’étude de cet énorme dossier, dont nous allons donner maintenant un bref aperçu.
- Le style des gravures.
- Malgré certains dessins d’une facture plus primitive, ce qui peut s’expliquer aisément par le fait qu’ils ont pu être dessinés avec moins de soin, par un autre artiste moins doué quoiqu’appartenant à la même école, l’ensemble des figurations, mêmes les plus maladroites, présente une allure générale bien homogène.
- On remarque la méthode de gravure suivante : quand un artiste a gravé un petit animal comme le petit cheval à longue queue qui a 6,5 cm. de haut, le trait gravé est fin et unique. Quelquefois il a été tracé très légèrement, plus souvent profondément incisé. Quand l’animal est plus grand comme le protome de biche, l’ar-
- — Taureau dont le flanc est atteint par une flèche.
- (Cliché Perret).
- 0Cliché Perret).
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- tiste s’est servi du burin ; on voit nettement les deux rainures parallèles laissées par l’angle dièdre de la crête du silex. Pour les animaux plus grands, le pourtour est figuré par un ruban formé de deux fines rainures parallèles, distantes entre elles de 1 à 4 cm. L’intérieur est sillonné de longues rayures horizontales ou de grattage au silex pour le faire apparaître en blanc sur le fond gris jaunâtre du calcaire. Le même remplissage se remarque également sur le bas d’un corps d’animal, difficile à déterminer, gravé sur le bord du gouffre de la grotte de Lascaux à Montignac-sur-Vézère (Dordogne). Là, le ruban large de 3 cm était rempli de râclures superposées en faisceaux.
- On a l’impression que l’artiste était maître de son silex. Certaines queues et pattes sont traitées à longs traits démesurément conduits. Ils se croisent et ondulent harmonieusement. Car si certaines têtes, comme le cerf (fig. 7), sont si parfaitement venues qu’elles évoquent i'époque magdalénienne, les pattes sont négligées et dessinées à la mode aurignacienne. Une seule patte antérieure et une seule patte postérieure par continuité du poitrail et de l’arrière-train se rencontrent aux extrémités en angle aigu, sans la détermination du sabot. II y a pourtant quelques pattes de cervidés et de bouquetins à extrémités terminées en arrondi, mais en général les lignes uniques se croisent en bout, sans
- qu’on puisse savoir s’il s’agit de deux pattes avant ou de deux pattes arrière ou bien s’il s’agit d’un même membre. La même technique se retrouve dans la grotte Bayol dans le Gard.
- Ce style pose l’animal sur deux pattes vues de profil, chargé d’une tête présentée de côté. Les muffles sont arrondis ou ouverts, quelquefois terminés à angle droit : survivance de l’Aurignacien ancien. Les ramures des cervidés sont garnies de nombreux andouilîers plus curvilignes que rectilignes, insérés sur un fût très largement étendu en arrière. Les cornes des bouquetins sont présentées souvent stylisées en une harmonieuse courbe, largement ouverte et très longue. Deux cas seulement se rattachent à la perspective tordue aurignacienne.
- Les cornes des divers bovidés révèlent un style inconnu en Périgord et en Languedoc. Les deux cornes se dressent bien parallèles sur le crâne, si serrées l’une contre l’autre qu’on a peine à les dédoubler. Une première courbe très régulière est suivie d’une légère incurvation à l’extrémité redressée. Dans le Périgord, les deux cornes irrégulières s’écartent l’une de l’autre en des plans différents.
- Ces figurations animales sans perspective dont le contour simple évoque l’Aurignacien typique s’en écat lenL cependant par une apparition très timide de caractères magdaléniens : indication des côtes, de l’œil (deux animaux seulement), crinière denticulée sur les chevaux, poils sous le menton des capridés. A ces observations, qui dénotent déjà un style aurignacien très évolué, il faut ajouter le souci de l’artiste d’introduire le modelé dans son œuvre animalière aux dépens souvent de la proportion des corps. Pour arriver à cette fin, la tête et le cou ont été gravés sur une portion de rocher en saillie, le poitrail et le ventre sur la partie rentrante, et le train arrière, de nouveau sur une surface rocheuse bombée. Les multiples sinuosités de ces parois calcaires, garnies de marmites d’érosion bien lissées, se prêtaient admirablement à ce jeu
- Figr. 13. — Cheval percé de traits.
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- Fig. 15. — Biscn dont le ventre est perforé par une sagaie.
- (Cliché Perret).
- d’ombre et de lumière, donnant à peu de Irais, un relief saisissant à certains bovidés.
- Datation relative.
- Cette critique interne des documents graphiques, qui milite en faveur d’un Àurignacien évolué, est confirmée par l’étude comparative des gravures trouvées dans la couche aurignacienne de l’abri sous roche de la Colombière (Ain) que M. l’Abbé Breuil a bien voulu rappeler à notre attention. Dans la terrasse glaciaire Avürmienne de 20 m, à 1,50 m de profondeur sous le sol actuel, le Dr Mayet trouva en 1913 une couche archéologique formée de silex et d’ossements d’animaux quaternaires associés à des galets calcaires gravés.
- Les silex typiques sont des burins d’angle, burins bec de flûte, burins dits de Noailles, des grattoirs carénés et de nombreuses lamelles à dos abattu du type de la Gravette. Cet outillage se rapporte à un Aurignacien évolué.
- La faune comprend du Rhinocéros laineux, du Renne, du Cerf élaphe, de l’Auroch, du Mammouth, de l’Ours des cavernes, correspondant à un climat froid.
- Les galets représentent trois chamois ou capridés, trois cerfs, deux félidés, un auroch, sept chevaux, deux rennes, deux boeufs musqués, un rhinocéros laineux, un ours et un animal indéterminable.- Un homme poilu, une silhouette féminine, une tête d’ours, un bois de. renne et un renne, sont également gravés sur deux os de mammouth. L’ensemble se rapporte également à une faune à climat froid. L’art' est aussi archaïque qu’à la grotte d’Ebbou, les animaux sont présentés de profil avec deux pattes seulement,
- mais plus finement silhouettés. Malgré ces différences, il y a assez de ressemblances pour qu’on puisse rapporter les gravures d’Ebbou au même étage de l’Aurignacien évolué avec un cachet spécial d’art nettement méditerranéen. Les gravures sur galets, trouvées dans des horizons aurignaciens, solutréens et magdaléniens à partir de 7 m de profondeur à la grotte de Parpallo (Valence) fouillée par Louis Péricot Garcia en Espagne, sont également apparentées à celles d’Ebbou. Bien que certains de ces galets aient été recueillis dans des couches du Magdalénien moyen, le style des animaux représentés rappelle l’Aurignacien français. Plusieurs bovidés surmontés d’une seule corne sont campés sur une patte avant et une patte arrière faisant masse avec le corps de l’animal ; la rencontre des deux lignes latérales en biais leur donne des extrémités pointues comme à Ebbou.
- Il ne faut donc pas s’étonner de trouver dans l’Ardèche des figurations animales métissées de technique aurignacienne et magdalénienne française, si on admet que cette grotte possède un style d’un art méditerranéen en provenance de l’Espagne. Les animaux d’Ebbou ont dû être exécutés durant l’une des phases magdaléniennes françaises relativement tempérées, puisque l’ensemble des gravures ne renferme aucun animal de climat froid sauf le mammouth qui vit d’ailleurs sans inconvénient sous diverses latitudes.
- Le climat d’après la faune-
- L’étude des gravures étant en cours d’exécution, nous ne pouvons dès maintenant dresser un inventaire précis des espèces animales représentées. Plusieurs figurations trop simplifiées peuvent donner lieu à plusieurs interprétations différentes. Cependant on peut affirmer, sous réserve de reclassement, que la faune d’Ebbou comporte : 24 chevaux, 12 bovidés, 12 bouquetins ou capridés, 8 cerfs, 2 biches, 2 bisons, 2 félidés, 1 mammouth, 1 loup, 1 oiseau, 5 animaux indéterminables et 1 tectiforme.
- Chevaux, bœufs, bouquetins et cerfs représentent donc les espèces dominantes qui étaient surtout chassées et mangées, dans le Bas-Vivarais préhistorique à une époque relativement tempérée, pouvant trouver place dans les interstades de la régression wür-mienne.
- (à suivre.)
- André Glory,
- - Chargé d’un cours libre de préhistoire à l’Université de Strasbourg.
- De l'infra-rouge à la lumière visible.
- La guerre a provoqué une avance marquée dans la technique de l’emploi des rayons infra-rouges, pour la signalisation et pour la vision dans l’obscurité.
- La source de rayonnement infra-rouge est généralement une lampe électrique à filament de tungstène enfermée dans une lanterne-projecteur. Le faisceau est filtré par un écran mince en ébo-nite qui arrête la lumière visible et ne laisse passer que l’infrarouge.
- Le récepteur est un tube électronique portant un écran qui transforme l’infra-rougc en lumière visible. Cet écran est constitué par une couche photosensible de cæsium et d’oxyde d’argent. Les photons transformés en électrons viennent former, après accélération dans un champ électrique, une image visible sur un écran fluorescent à la willemite (silicate de zinc naturel) que l’on observe avec un dispositif optique approprié.
- Le champ électrique d’accélération utilise une différence de potentiel de l’ordre de 3 à 6 000 volts.
- L'instauration de ce champ ne comporte aucune difficulté pour les dispositifs sur voitures ou navires. Pour les appareils portatifs, on utilise une pile formée de disques de papier recouverts sur une face de bioxyde de manganèse, sur l’autre d’une mince feuille d’étain. Ces disques sont empilés comme dans la vieil1 e pile classique de Vol ta et en nombre suffisant pour parvenir à la différence de potentiel requise. Cette pile n’utilise comme électrolyte que l’humidité rémanente du papier. Si son voltage est élevé, son ampérage est des plus faibles : de l’ordre du millionnième d’ampère.
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- Boulangeries
- industrielles
- Par suite de leur forte production de céréales, les États-Unis possèdent une industrie de la minoterie extrêmement puissante. Elle convertit en farine environ 500 millions de boisseaux (182 millions d’hl) de blé chaque année et en y ajoutant les céréales secondaires, livre plus de 800 millions de dollars de produits aux marchés intérieur et extérieur.
- Cette industrie est concentrée dans de très grandes usines que prolongent des boulangeries industrielles considérables.
- Ces installations ont permis de porter la production du pain à un très haut degré de perfection et de régularité, par une étude scientifique très poussée de la panification.
- Des laboratoires d’analyses bien outillés permettent un contrôle détaillé des farines destinées à la fabrication. Celles-ci sont stockées dans les meilleures conditions de conservation.
- Les ateliers des pétrins mécaniques sont conditionnés en température et degré d’humidité. Le réglage de la température de la pâte au cours du pétrissage est également
- Les pains terminés sont dirigés vers des chambres de refroidissement. Ce’les-ci sont éclairées par des lampes à rayonnement ultra-violet qui détruisent les spores de moisissures et assurent
- Fig. 1. — Vue aérienne d’une boulangerie industrielle américaine moderne. — 2. Chambre de refroidissement des pains éclairée par des lampes à rayonnement ultra-violet assurant une atmosphère aseptique.
- une atmosphère stérile, débarrassée de tous germes. Pour la fabrication des biscottes, des appareils spéciaux découpent mécanique-ment les tranches dans la même atmosphère aseptique. Finalement, pains ou biscottes sont emballés mécaniquement.
- Une telle installation, n’occupant que quelques surveillants, est capable d’approvisionner des dizaines de milliers de consommateurs. Les produits de la boulangerie industrielle sont livrés rapidement par camionnettes aux dépôts de ville qui assurent la distribution directe à la clientèle.
- Jean Lueer.
- soigneusement surveillé ainsi que les chambres de fermentation dans lesquelles se fait la levée de la pâte. La répartition de la pâte dans les moules est assurée par des machines automatiques. Le poids exact des pains est garanti.
- La cuisson est poursuivie en continu dans des fours-tunnels à convoyeurs mécaniques qui délivrent à leur sortie les pains terminés. Des pyromètres à contrôle et réglage automatiques maintiennent la température convenable dans les diverses parties du four.
- Fig. 3. — Four automatique d’une boulangerie industrielle.
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- Les
- U
- Rivières du Sud " de la Guinée Française
- La côte occidentale d’Afrique est entaillée par des estuaires, surtout nombreux entre la Casamance et la Sierra Leone. Ces bras de mer, où la marée se fait sentir loin dans l’intérieur des terres, ont servi de voies naturelles à la pénétration des Blancs et aux échanges. Ce sont eux que l’on a nommés les « Rivières du Sud ».
- La côte de la Guinée française ne fait pas exception et l’on y trouve quelques estuaires imposants comme le rio Pongo et le rio Nunez, d’autres de moindre envergure, comme le rio Kapatchez.
- Le long des rives, on voit encore les emplacements des anciens comptoirs où les indigènes venaient échanger leurs produits contre de la ferblanterie, de la verroterie et des tissus européens. Aujourd’hui, les débarcadères ou « wharfs » des maisons de commerce tombent, pour la plupart, en ruines et les cotres indigènes se font de plus en plus rares. Cette régression du commerce dans les rivières du Sud a sans doute diverses causes économiques, mais aussi des causes naturelles que nous avons eu l’occasion d’observer récemment.
- En Europe, sur la côte atlantique, les dépôts vaseux des estuaires ne s’étendent pas au delà de l’embouchure, exception faite peut-être, pour le centre ouest de la France (entre la Loire et la Gironde). Toute la côte de Guinée est, par contre, bordée de dépôts fluvio-marins typiques. Dans ces régions tropicales, les vasiè-res se sont couvertes de palétuviers et cette association constitue la mangrove. Des dépôts de même faciès sont, à l’heure actuelle, exondés et occupent d’importantes superficies. Ils forment des basses plaines assez uniformes, parcourues par des marigots qui sont des ramifications d’estuaires. Parfois le paysage est coupé par un rideau de cocotiers : c’est le signe d’une dune sableuse fixée sur laquelle se sont installés les villages des autochones fétichistes : les Bagas.
- Les Bagas nous conduisent tout naturellement au riz, dont ils se nourrissent. Avant guerre, le riz venait soit des régions avoisinantes : riz de montagne (en faible quantité d’ailleurs), soit de l’Indochine. Les événements ont empêché les livraisons indochinoises. Les Bagas se sont alors mis à cultiver ces plaines récemment exondées et plus particulièrement dans le bassin du rio Kapatchez, entre le cap Verga et le rio Nunez.
- L’Inspection de l’Agriculture de l’A. O. F. s’est intéressée à cette culture indigène qui fournit un excellent riz et a envisagé les moyens de développer cette culture et d’en obtenir un rendement plus élevé et plus régulier. C’est ainsi que fut créé le centre de Monchon, où des travaux d’irrigation et d’endigue-ment d’une certaine importance furent entrepris avec succès, mais avec des moyens techniques ridiculement insuffisants : l’indigène creuse la terre avec une sorte de houe et la trans-
- porte dans un petit panier posé sur sa tête. Malgré tout, il a compris que son intérêt était de travailler à cette amélioration : son contingent annuel de riz est ainsi assuré pour lui et sa famille, et le centre peut même exporter dans les bonnes années.
- Un deuxième centre était envisagé à Bentimodia. On y a renoncé et même le centre de Monchon est aujourd’hui menacé. Que se passe-t-il donc ?
- Simplement ceci : la vase, ce dépôt fluvio-marin envahissant qui, sur nos côtes, est déjà terriblement gênant, par exemple dans le port de Honfleur Q), intervient ici avec plus d’ampleur encore.
- C’est un fait d’observation courante que dans les estuaires
- 1. C. Francis-Bœuf et V. Romanovsky. L’envasement du port de Honfleur La Nature, n° 3105, 1" février 1946, p. 39.
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- guinéens, les zones éloignées de la mer s’envasent avec une rapidité nettement accrue depuis quelques années. Quand l’estuaire a un fort débit, ce phénomène peut être peu marqué : ainsi à Boké (ville où débarqua René Caillé), sur le rio Nunez, les profondeurs demeurent suffisamment grandes pour que la navigation ne soit pas entravée; mais, dans le rio Kapatchez, l’envasement prend des proportions inquiétantes.
- La carte (fig. i) montre que le rio Kapatchez est la partie terminale d’un estuaire qui comprend deux branches : le rio Kassali et le rio Katako. Jusqu’aux années qui précédèrent la guerre, les deux petits centres de Kolo et de Bentimodia recevaient la visite de cotres indigènes, d’un tonnage voisin de celui de nos langoustiers, Ils profitaient de la marée ijlot) pour atteindre ces points, éloignés de la mer de plusieurs dizaines de kilomètres. A l’heure actuelle, la marée n’atteint plus Bentimodia où coule un mince filet d’eau recouvert de magnifiques nénuphars, et si la marée parvient encore avec peine, dans les dernières heures du flot, à Kolo, la hauteur d’eau demeure toujours insignifiante : les chenaux ont été colmatés par les vases.
- Les eaux, qui circulent en saison sèche dans ces deux branches d’estuaire, sont caractérisées par leur salure très élevée (plus de 38 pour i ooo) par suite d’une intense évaporation, et par une teneur en suspension très grande, comprise entre io et 20 grammes au litre. Il arrive même, comme nous l’avons observé à Katako, que la teneur en suspension atteigne la valeur extraordinaire de i4o g au litre. Dans ce cas, on ne sait plus
- si l’on a affaire à une eau excessivement chargée ou à un sédiment ayant une très forte teneur en eau.
- Lorsqu’on circule en pirogue, à basse mer, dans ces estuaires, il est souvent difficile de repérer la limite entre les eaux boueuses et les rives vaseuses (slikke) à pente très faible. Les indigènes circulent avec aisance dans ces dépôts semi-liquides, en pagayant.
- Il s’effectue dans ces deux estuaires un colmatage intense à chaque marée descendante, et comme il n’y a, en saison sèche, aucun apport d’eau douce, le chenal lui-même s'engorge.
- En saison des pluies, cette situation devient catastrophique, car les eaux ne trouvent pas un canal d’une section suffisante pour s’évacuer vers la mer. Dès lors, il se produit des inondations qui, pour autant que le riz aime avoir les pieds dans l’eau, dépassent les limites de tolérance de cette plante. Les conducteurs des travaux agricoles de Monchon ont construit des digues pour maintenir cette eau envahissante, mais ce n’est qu’un palliatif temporaire et l’envasement continue.
- Dans le secteur de Bentimodia, la culture du riz par les indigènes a été abandonnée et les travaux, que nécessiterait la reprise de cette culture, devraient être importants. Il s’agirait de construire un canal d’évacuation des eaux du Katako vers un niveau de base plus bas et proche, le rio Nunez. L’idée de ce projet est due à un agent des travaux agricoles : Lauflen-burger. Un diverticule du rio Nunez, le rio Borobof, semble en effet tout indiqué pour recevoir les eaux du Katako. Nous avons
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- Fig:. G. La plaque du monument de Boké à la mémoire de Rene Caille, débarque le 19 avril 1827 pour entreprendre son voyage
- à Tombouctou.
- constaté que les profondeurs du rio Borobof sont importantes et que ses eaux comparées à celles du rio Katako, ont une charge en suspension assez faible (a g au litre en moyenne).
- On peut se demander maintenant quelle est 11 cause première
- de cet envasement. Les observations de géologues, comme Enzo de Chételat, et les nôtres, concordent et tendent à démontrer que le littoral guinéen est en voie lente de submersion : la mer gagne et les preuves historiques, ou même à l’échelle de la vie humaine, ne manquent pas. On peut donc supposer que les vases largement réparties en bordure de mer, se trouvent progressivement submergées, soumises alors à l’action des courants de vague et de marée et par là remises en suspension ; elles sont alors introduites, avec le flot, dans les estuaires, où elles se déposent avec le jusant.
- Quelles solutions apporter à un pareil état de choses ?
- Il est difficile de répondre. Il est toujours difficile de lutter avec succès contre des processus naturels continus dans le temps. On peut cependant envisager l’adoption des techniques courantes pour l’entretien des chenaux des grands estmüres navigables, l’emploi de dragues et de suceuses, mais ce sont là des engins coûteux, exigeant un travail et un personnel important. C’est en fin de compte à la politique économique de la Guinée qu’il convient de faire le bilan : les terres à riz à protéger paieraient-elles la mise en œuvre de moyens aussi considérables P ou bien faut-il y renoncer et laisser la nature continuer son œuvre ?
- C. Francis-Boeuf et V. Romanovsky.
- La pénicilline synthétique.
- Le Dr Morgenstern vient de rendre compte dans La Presse médicale des derniers résultats obtenus aux États-Unis en ce qui concerne l’obtention synthétique de la pénicilline. Ils sont le couronnement de recherches longues et laborieuses poursuivies en Angleterre et en Amérique depuis 1942.
- Lorsque Fleming eut révélé l'activité antimicrobienne, bacté-riostatique et bactériolytique, des cultures de Pénicillium notatum, on essaya d’isoler le principe actif et d’en connaître la composition chimique. On distingua peu à peu dans les pénicillines six composés différents : les pénicillines F, K, G, X provenant du Pénicillium notatum, la pénicilline dihydro F ou acide gigantique des cultures d’Aspergillus giganteus et la flavicidine ou flavicine de VAspergillus flavus. Leur présence et leurs concentrations dans les cultures commerciales sont variables et leurs activités sont différentes.
- Les pénicillines ont des formules chimiques globales : CsHnOaSNn — R, dans lesquelles le radical R varie. Après avoir développé le premier groupement en songeant à une structure oxa-lozone-thiazolidine, on lui reconnut une structure lactique (3 :
- S
- R — G — MI — Cil — CH C(CH3P
- II I I
- O O = G — N — C1I — COOII
- En 1943, Abraham, Chain, Baker et Robinson, d’Oxford, réussirent à extraire de la pénicilline un dérivé, la pénicillamine-d dont ils firent la synthèse. L’année suivante, la même équipe de chercheurs et les laboratoires Merck, de Rahway (U. S. A.) réalisèrent presque simultanément la synthèse d’une autre partie, les
- oxalozones du radical R. On pouvait dès lors envisager la fabrication de pénicilline synthétique.
- Le produit américain n’avait qu’une activité antibiotique de 0,o à 1 unité par milligramme, le produit anglais de 3 unités seulement, alors que les pénicillines de culture titraient de 69 à 333 unités.
- En 1943, un autre laboratoire de l’Université Cornell de New-York, dirigé par le professeur Vincent du Yignaud, choisit un autre mode de synthèse qui aboutit finalement à la production d’une pénicilline G ou benzylpénicilline titrant 275 unités. On atteint aujourd’hui 1 500 unités par milligramme.
- Cette pénicilline synthétique a tous les caractères de la pénicilline naturelle et produit les mêmes effets. D’autres composés plus ou moins antibiotiques ont pu être préparés. On peut donc espérer de pouvoir bientôt disposer de toute une gamme de produits nouveaux, plus stables que les pénicillines naturelles, d’un prix de revient moins élevé et ayant des effets thérapeutiques plus étendus.
- ERRATUM
- Dans notre n° 3140 du 15 juillet 1947, page 233 (cyclide unila-tère), 3 lignes avant la signature, fermer la parenthèse comme suit : « ... dont l’atmosphère l’enveloppe), à l’extérieur s’il en regarde, etc... ».
- Par ailleurs, le découpage de la figure 2 aurait avantage à être agrandi au moins dans le rapport de 2 à 3.
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- DU FREIN ' AU
- DE BOUCHE = CANON SANS RECUL
- Depuis la première utilisation, très lointaine déjà, du canon, le combattant, bombardier ou moderne artilleur, eut l’habitude de servir un matériel lourd, encombrant et peu maniable qui nécessitait pour sa fabrication beaucoup
- Figure N = 1
- Cânûn normal
- B
- ca bouche.
- ”—wwwv??)77/7?/;/w/?/jF:i’rs/ ,'/,/
- * F' ‘ * >
- wow à frem de d', .
- creuse, le Bazooka américain est apparu, puis son jumeau : l’Ofenrohr allemand qui propulsait le Panzersclireck (terreur des chars). Ces engins sont auto-propulsés. Citons également la gamme des « Panzerfaust » (poings antichars) allemands et le Piat anglais dont le projectile est propulsé par un ressort bandé. Malheureusement, ces armes dont l’effet antichars est certain, n’ont qu’une portée utile très faible, variant de 80 à 3oo m. C’est pourquoi on a créé le véritable canon de moyen calibre, portatif et simple, de portée et de précision largement supérieures, tout en conservant une très grande mobilité.
- AV,777^/7/77/7,7/77/V
- FiOÿjre 5
- Cav\ov\ âavïS recul
- oo oooooooc.
- Canon 5»an5 recul r>jpe amener lit-
- Fi g. 1 à 4. — De haut en bas : canon normal; canon à frein de bouche; canon sans recul allemand ; canon sans recul américain.
- de métal, donc des crédits, et pour son service une équipe de pièce importante. Toutes ces exigences pouvaient être satisfaites seulement dans une guerre de positions comme le fut, par exemple celle de 1914-19x8. L’artillerie était alors dotée pour ses déplacements de chevaux ou de tracteurs, ce qui n’en rendait pas moins coûteux son emploi. Mais l’artilleur n’avait à craindre que des tirs de conti’e-batterie et ne pratiquait le combat corps à corps que très rarement.
- Celui-ci restait plutôt la dure tache du fantassin qui, seul, voyait l’ennemi de près.
- Mais aujourd’hui toute la tactique est bouleversée par l’emploi massif de l’aviation et des divisions blindées. Nous en avons eu une large idée lors des dernières campagnes. La guerre immobile a laissé place à la guerre rapide, manœuvrière, pleine de surprises. D’elle naquirent beaucoup d’innovations dont la plus curieuse fut certes l’emploi sur le champ de bataille d’artillerie portative basée ou non sur l’auto-propulsion des projectiles.
- Le fantassin qui, autrefois, demandait un appui d’artillerie devant une résistance trop mordante pour lui, se ti'ouve aujourd’hui brusquement face à face avec des obstacles quasi insurmontables. Je parle ici d’engins blindés puissamment armés et rapides, de blockhaus et de retranchements imprévus pendant les combats de rues. On peut également citer l’avion d’assaut qui harcèle à basse altitude. De plus, le combattant est lui-même placé dans des situations scabreuses, débarqué par surprise sur un l’ivage bien défendu, ou lâché par parachute sur les arrières de l’ennemi.
- On a donc doté le fantassin d’armes puissantes d’un format réduit, d’une manipulation simple. Utilisant l’effet de charge
- L'allégement de la pièce d'artillerie.
- Deux causes principales nécessitent des engins d’artillerie lourds et volumineux :
- i° La pression interne subie par le tube au départ du coup ;
- 20 L’énergie de recul qui agit sur l’affût du canon.
- Les premières bombardes du xve siècle, se chargeant par la bouche étaient énormes, comportant un tube lisse placé sur un affût de bois très lourd. L’énergie de recul était mal supportée et renversait très souvent ce canon élémentaire. L’affût rigide fixé au sol subissait un effort considérable auquel il ne pouvait résister qu’en étant très gros et très robuste.
- Par la suite on allégea l’affût. Monté sur roues, celui-ci reculait sur des chemins de roulement arrière, rendant la force de recul assez faible. Ceci présentait l’inconvénient d’un tir peu rapide puisqu’il fallait repointer après chaque coup. Nous avons encore l’exemple peu éloigné du
- Fig. 5. — Frein de bouche des canons allemands à longue portée qui bombardaient Strasbourg depuis Oberkirch, à 23 km.
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- Le frein de bouche.
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- Fig. 6. — Canon allemand sans recul LG-40 de 75 mm.
- 8o mm de Bange de montagne (modèle 1877) dont l’affût était très allégé.
- Plus récemment, vers 1892, on fut amené à fixer l’affût au sol par des bêches et à lier élastiquement la bouche à feu et l’affût par un système de frein pneumatique ou hydraulique. Les canons modernes sont équipés de ce frein qui absorbe l’énergie de recul mais alourdit un peu plus le matériel.
- Pour quelques petits calibres, comme le 65 de montagne français et un genre de petit mortier italien, on a eu recours à un nouveau procédé : le lancer de la masse reculante vers l’avant, avant le départ du coup.
- Lors de la mise de feu, l’effet de recul dû au départ du projectile, arrête le mouvement vers l’avant et renvoie la masse reculante vers l’arrière. L’énergie de recul est notablement diminuée par absorption de la force vive vers l’avant. On obtient ainsi un matériel très allégé qui convient au combat de montagne.
- La figure 1 est le schéma de principe du canon classique supportant entièrement la force de recul. L’arrière en est fermé par une culasse qui doit supporter une pression supérieure à celle que subit l’obus, puisqu’elle offre une surface supérieure à celle du culot de l’obus.
- Ce dernier reçoit une pression de l’ordre de 2 000 kg par cm2, ce qui donne 90 t environ pour un projectile de io5 mm.
- Il y a donc nécessité d’un tube lourd et solide pour résister à la pression. De plus, le recul, dû aussi bien à la propulsion du projectile qu’à l’échappement vers l’avant des gaz de combustion de la charge propulsive, oblige le constructeur à fabriquer un affût et un frein volumineux.
- La relation entre les quantités de mouvement est dans ce cas :
- MVr=(m+2,5p)V0
- M = masse reculante;
- m = masse du projectile;
- V0 = A?itesse du projectile à la sortie du tube;
- 2,5 V0 = vitesse moyenne d’éjection des gaz;
- pâmasse de la charge de poudre.
- Vers 1860, le Colonel Treuille de Beaulieu, à qui est due la première culasse à vis interrompue en i855, eut l’idée de capter les gaz éjectés à l’avant de la bouche à feu.
- Malheureusement, ce dispositif ne fut reconnu utile que ce3 dernières années, sur les matériels à grande vitesse initiale, tels les canons antichars. Les Allemands en firent grand usage.
- Le frein de bouche comprend plusieurs coupelles à la sortie d’évents placés à l’extrémité avant du tube, ainsi qu’une tuyère divergente. Cet ensemble rejette vers l’arrière une partie des gaz propulsifs qui viennent frapper les coupelles, s’écoulant en sens inverse à des vitesses égales à plusieurs fois celle du projectile lorsque celui-ci sort du tube (fig. 2). La relation dans ce cas (voir relation précédente), avec frein de bouche rejetant la moitié des gaz vers l’arrière est de :
- MVr=mV0.
- L’utilité d’un frein de bouche est plus marquée avec les canons à grande vitesse initiale V0, c’est-à-dire nécessitant une grande charge de poudre.
- Pratiquement le frein de bouche arrive à réduire la vitesse de recul de 20 à 3o pour 100 et la force de recul de 3o à 5o pour xoo. Il semble donc logique, pour améliorer encore cette réduction du recul, de concevoir non plus un frein de bouche, mais mieux encore : un frein de culasse en tenant compte de ce que nous a appris la réalisation technique île l’auto-propulseur à poudre.
- #
- # *
- Canons sans recul.
- Si l’on supprime volontairement une large partie de l’énergie développée par la charge propulsive, au besoin en doublant celle-ci, pour éjecter ces gaz vers l’arrière par des tuyères de culasse, on arrive à supprimer complètement le recul. Il faut, bien entendu, arriver à égaliser les forces vives vers l’avant et vers l’arrière. Se retranchant l’une de l’autre, elles s’annulent.
- Fig. 7. — Canon allemand sans recul LG-42 de 105 mm.
- * •
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- Les pressions moins grandes sur la culasse et sur le tube réduisent énormément le poids de ceux-ci. De plus, le recul étant éliminé, un frein élastique n’est plus nécessaire; l’affût est ainsi simplifié au maximum et même supprimé.
- Le canon sans recul a reçu sa première application avec les troupes parachutées allemandes.
- Il comprend sommairement :
- — un tube rayé léger en acier;
- — une boîte de culasse;
- — une culasse mince à déplacement horizontal.
- Sur cette culasse, on remarque la tuyère convergente, divergente (oü tube de Venturi) chargée de l’évacuation accélérée des gaz qui s’y détendent en réalisant une poussée vers l’avant, par réaction.
- Cette poussée équilibre la poussée inverse de recul agissant sur la face interne de la culasse (fig. 3).
- Dès 19/12, les Allemands possédèrent quatre canons de ce genre :
- — le 70 mm L. G. 4o (ou Leichtgeschütz, affût léger) de i5o kg, tirant à 365 m/s jusqu’à 7 000 m. Sa longueur n’esî que de i,i4 m, mais il est monté sur affût roulant léger, biflè-che. Sa cadence est de 12 coups à la minute;
- — le io5 mm L. G. 4o de 388 kg tirant à 6 000 m;
- — le io5 mm L. G. 42, plus puissant, ayant une portée de 7 800 m;
- — le 75 mm R. F. K. 43 (Rückfrei Kanone, canon sans recul), plus récent qui se charge non par la culasse, mais par basculement de la partie arrière. Il devait être utilisé pour les tirs antichars et ne pèse que 4i kg.
- Les trois premiers engins tiraient trois sortes de projectiles, à des vitesses différentes : un explosif antipersonnel, un de rupture et un à charge creuse.
- Ils utilisaient des munitions à douille partiellement frangi-ble : le culot de la douille est en matière plastique de 3o mm d’épaisseur. La percussion est latérale ou centrale. Pendant le tir le culot est brisé et éjecté vers l’arrière avec les gaz. Naturellement, la qualité de la matière plastique est calculée de façon que la rupture ait lieu lorsque la pression interne de la douille devient égale à celle de démarrage du projectile.
- Les Russes possèdent eux aussi des canons sans recul du calibre de 76,2 mm, mais on manque totalement de renseignements à leur sujet.
- On voit ici que ces engins demeuraient trop lourds encore pour le combattant isolé.
- Fig. 8. — Canon américain sans recul M-18, de 57 mm.
- Fig. 9. — Canon américain sans recul M-20 de 75 mm et sa munition à douille perforée.
- Les Américains reprirent donc cette idée, en l’améliorant. Alors que les Allemands utilisaient des munitions à douille plastique, ceux-ci mirent en service la munition à douille métallique perforée de petits trous sur toute sa surface. La volumineuse tuyère de l’arrière est remplacée par une culasse perforée de tubes de Venturi qui terminent des évents par où s’échappe une partie des gaz émis par la charge propulsive (fig. 4).
- A ce sujet, il est à remarquer que le projectile, en se vissant dans les rayures du tube, est la cause d’un couple qui tend à faire tourner la bouche à feu en sens inverse. Ce couple, qui serait fort gênant lors de l’emploi, est annulé par l’inclinaison sur l’axe des tubes de Venturi, dans le sens convenable.
- Les canons américains sans recul sont, à l’heure actuelle, au nombre de deux :
- le 57 mm M 18 tire à 3 5oo m un projectile explosif ou fumigène de i,i3o kg à une vitesse V0 de 365 m/s. Il est servi par deux hommes seulement, comme le Rocket-Gun : un tireur •qui porte le tube sur l’épaule et un chargeur placé à sa droite. Il ne pèse que 20 kg environ et sa longueur est de i,5o m, alors que le canon de 57 mm normal a un poids de 1 35g kg. Si sa portée est plus faible, son poids et la mobilité le rendent bien supérieur à son « jumeau » allemand.
- Quant au 75 mm M 20, il est plus important et doit être mis en batterie sur un trépied de mitrailleuse américaine de 7,62 mm. On le transporte à l’aide de poignées. Servi par deux hommes, il pèse en tout 80 kg, sa longueur est de 2 m. Tirant à 6 5oo m un projectile explosif de 6 kg à V0 = 3oo m/s, il est comparable à une pièce normale d’artillerie (autrefois la pièce d’artillerie américaine la plus mobile était l’obusier portatif de 75 mm pesant environ 680 kg).
- Ces deux engins tirent également un projectile antichars qui donne de bons résultats à la distance pratique d’attaque, soit 1 000 m, surclassant ainsi en portée les engins autopropulsés portatifs.
- Ils furent employés pour la première fois dans le Pacifique.
- * *
- L'avenir des canons sans recul.
- Les canons sans recul ont pour avantages :
- une fabrication très simplifiée et moins coûteuse permettant leur emploi massif sur le champ de bataille ;
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- un poids très faible et une grande maniabilité qui rendent leur utilisation facile par les fantassins et plus particulièrement par les troupes parachutées;
- un champ de tir horizontal tous azimuths. Leur précision n’est pas moins bonne que celle des autres bouches à feu du fait de l’emploi des rayures.
- Malgré leurs nombreuses qualités, ils comportent quelques inconvénients du fait de la flamme produite à l’éjection des gaz vers l’arrière. Les servants doivent être dégagés totalement de cette zone dangereuse s’étendant sur 80 m, interdisant le tir sous de grands angles. Le défaut de camouflage dû à la lueur est compensé par l’extrême mobilité de l’engin. La déflagration arrière est visible sous la forme d’une flamme de 4 nr de long sur i,5o m de diamètre.
- Comme toutes les armes de ce genre, leur ravitaillement en
- munitions est difficile du fait que celles-ci sont lourdes à transporter en grand nombre par des hommes.
- Malgré tout, les canons sans recul sont appelés à prendre une extension considérable sur le champ de bataille, complétant ainsi l’armement d’appui que réclame le fantassin moderne et surtout le parachutiste.
- Aux États-Unis, le Major Général Henry Sayler annonçait dernièrement que dans le domaine de l’artillerie, les canons sans recul verront leur calibre augmenter et l’ulilisation des trépieds légers sera continuée.
- Le moral du combattant deviendra beaucoup plus solide lorsque celui-ci sera doté de cette arme efficace !ui permettant de réduire à lui seul, par un tir'rendu notablement précis, les résistances qui le clouaient autrefois au sol.
- Sous-Lieutenant Paul Pierson.
- Des pierres dans l'estomac des Phoques
- Après l’autruche (La Nature, n° 3127, du 1er janvier 1947, p. 23), après l’homme pathologique (Ibid., n° 3137, du 1er juin 1947), dans l’estomac desquels on vient de faire l’inventaire de multiples corps étrangers, je voudrais aussi signaler la présence fréquente de pierres dans l’estomac des Phoques. On en a observé chez de nombreuses espèces de Pinnipèdes : Phoques, Otaries, Morse. On a trouvé tantôt un bloc unique pesant jusqu’à plus de 2 kg, tantôt des collections de galets. A La Jolla, en Califor- ^ nie, Emery (1941) a examiné 11 Lions de mer, un avait dans l’estomac 27 blocs dont 23 d’origine volcanique et 4 de schistes argileux crétacés ou éocènes, semblables à ceux que l’on rencontre sur les plages de la région. Dans l’estomac d’un tout jeune Phoque de l’espèce Halichœrus grypus, rarissime en nos parages, j5ai trouvé un morceau de mâchefer U).
- Schrœder et Wegelforth (193o) ont constaté que dans le bassin d’un parc zoologique où vivent des Phoques, ceux-ci avalent peu de temps après leur repas les pierres qu’ils peuvent découvrir sur le fond ; on retrouve celles-ci quelques heures plus tard, ce qui indique qu’ils les régurgitent quand leur digestion est terminée.
- On a fait diverses hypothèses pour expliquer cé curieux appétit. La plus ancienne, exprimée par Turner dans le Rapport du « Challenger » est que les pierres serviraient de ballast pour faciliter la plongée. D’autres y ont vu une
- sorte de meule gastrique servant à triturer les aliments, mais la nourriture des Pinnipèdes, composée surtout de Poissons, est déchiquetée par les dents très fortes des mâchoires et ne nécessite guère de broyage supplémentaire. On a aussi pensé que les pierres peuvent écraser les Nématodes parasites qu’on trouve souvent en abondance dans l’estomac ; elles seraient un vermicide mécanique. Enfin, Howell (1930) les a considérées comme une
- 1. R. Legendre. Notes biologiques sur les Pinnipèdes. À propos d’un Halichœrus grypus (Fabricius) observé vivant à Concarneau. Bulletin de l’Institut océanographique, 1er mars 1947, n° 907.
- sorte de chewing-gum gastrique qui préviendrait l’atrophie de l’organe chez les mâles, pendant la saison des amours où ils ne se nourrissent pas.
- Quoi qu’il en soit de leur rôle, ces pierres peuvent apporter quelque perturbation dans nos connaissances des sédiments sous-marins. En effet, les Pinnipèdes deviennent ainsi des transporteurs
- Fig. 1.
- 27 pierres
- (D’après K.
- trouvées dans Vestomac d’un Lion de mer, à La Jolla (Californie).
- (Réduit d’un tiers).
- O. Emery, Journal of sedimentary Petrology, 1941, 11, p. 93).
- d’échantillons géologiques qu’ils restituent, soit par régurgitation, soit après la mort, sans se préoccuper du fond sur lequel tomberont ces matériaux insolites. Certes, leur part doit être faible par rapport à celle des glaces, plus ou moins couvertes d’éboulis et de parcelles de rochers, qui, détachées à l’état d’icebergs, vont fondre fort loin de leur lieu d’origine. Mais les géologues s’en préoccupent pourtant et après Murray et Renard, Emery a récemment attiré l’attention sur les transports de roches dus aux Phoques et aussi aux Algues, ainsi qu’aux arbres déracinés et
- flottants. _ T
- R. Legendre.
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- Les chefs-d'œuvre de l'Amérique précolombienne
- au Musée de l'Homme
- Figr. 1 à 4. — Quelques objets exposés.
- 1. Crâne en cristal de roche du Mexique (photo II. Tracoi.). — 2. Masque en pierre du dieu Xipetotec, Oaxaca (Mexique). — 3. "Vase-portrait de style cbimù. Temple du Soleil, Moche (Pérou). •— 4. Tète humaine à crâne déformé, en céramique, ltio Bide, Esmeraldas (Equateur) (photo Barry).
- (Collection du Musée de l’Homme).
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- Le 20 juin, le Musée de l’Homme procédait au « Vernissage » de son exposition temporaire de printemps, celle-ci, consacrée à l’art précolombien. Plusieurs raisons militaient en faveur de ce choix. Paris n’avait pas eu d’exposition de cette natux-e depuis celle du Pavillon de Marsan en 1928; d’autre part, notre capitale sera le siège, pendant la dernière semaine du mois d’août, du XXVIIIe Congrès international des Américanistes ; enfin, notre Société des Américanistes fête, cette année, son cinquantième anniversaire. Le Musée de l’Homme a tiré de son fonds, fort riche, et a groupé habilement les plus belles pièces américaines qu’il possède. Certaines d’entre elles avaient dû chercher, depuis le début de la guerre, un asile secret et c’est avec un plaisir accru que nous pouvons les admirer à nouveau. Des amateurs ont bien voulu contribuer au succès de l’exposition en prêtant des objets significatifs de leurs collections.
- La présentation des pièces, leur éclairage, les photographies et les panneaux explicatifs ajoutent à la fois de la beauté et de l’intérêt à l’exposition. Le nombre des objets a été sacrifié à la qualité — peut-être un peu trop — ce ne sont pas des séries qui sont représentées, ni des types appartenant à l’art de tous les anciens peuples de l’Amérique, mais seulement des sommets atteints par les principaux d’entre eux. Il faut féliciter les organisateurs, MM. Lehmann et Falk, de leur belle réussite.
- L’ordonnance des vitrines permet de visiter méthodiquement l’Amérique à travers le temps et du Nord au Sud. Le groupement des masques humains fait un peu exception à la règle mais il offre de saisissants rapprochements; à côté de masques mexicains aux traits puissants gravés dans la pierre dure, voici un grand masque en bois sculpté et peint des populations actuelles du Nord-Ouest où des préoccupations totémiques se font jour : le visage de l’homme-corbeau peut se cacher sous quatre volets partiels qui, rabattus et rapprochés, prennent l’aspect de la tête réelle du corbeau au bec proéminent.
- On est habitué, dans l’art précolombien, à voir prédominer
- la céramique, avec les statuettes maya, les vases-portraits chimu de la côte péruvienne ou les pièces polychromes des Nazca ou des Pueblos, pour ne citer que les plus connus; il semble que, dans l’exposition, la première place ait été réservée par coquetterie, à la pierre, et c’est le Mexique que l’on voit surtout à l’honneur. Statues et têtes humaines, malgré la matière difficile à travailler dans laquelle elles ont été taillées, rivalisent de noblesse et d’intérêt. Signalons le masque du dieu Xipetotec, dont les traits transparaissent à travers ceux de la victime qui lui sont superposés. Qu’il s’agisse de jade, de jadéite ou de porphyre, rien ne rebutait l’habileté et la patience des sculpteurs mexicains; ils parvenaient à donner un poli parfait à ces matières dures, même au cristal de roche — n’est-ce pas en ce quartz translucide que les Aztèques ont taillé la fameuse tête de leur dieu de la mort (fig. 2).
- L’orfèvrerie est bien représentée par des bijoux provenant de Colombie — où domine le pseudo-filigrane — du Pérou et même du Mexique qui, tard venu en l’art de travailler le métal, avait su rattraper ses devanciers à l’époque de Cortez et dont les artistes pratiquaient couramment la technique délicate de la « cire perdue » ; ainsi ont pu être réalisées des sphères creuses, légères, faites d’une simple feuille d’or et dont la facture paraît poser une énigme. N’oublions pas que les Indiens de la Côte de l’Équateur surent les premiers travailler de petites masses de platine, en dépit des difficultés qu’ils éprouvaient à liquéfier ce métal; nous n’en voulons pour preuve que l’œil droit de la figurine en or exposée sous le n° 196.
- Mais nous en avons assez dit; c’est aux visiteurs qu’il appartient d’examiner et d’interroger les pièces qui sont exposées — toutes remarquables à plus d’un titre — et nous tirerons les conclusions qui s’imposent : le génie indien est puissamment original; il a droit à avoir sa place, et une belle place, dans toutes les manifestations de l’art universel.
- Raoul d’Harcourt.
- L'ESCLAVE MÉCANIQUE,
- mesure du Progrès technique.
- Au début de ce siècle, en 1900, un ouvrier des États-Unis disposait pour son travail de production d’une énergie mécanique de l’ordre de 1,4 ch.
- En 1930, le chiffre s’élève à 5 ch, la progression continue, atteint 7,2o ch en 1946 et poursuit actuellement son avance, par la mise en marche de nouvelles installations productrices d’énergie thermique et hydro-électrique, en attendant la réalisation future des centrales atomiques.
- La conséquence de ce développement massif de l’énergie s’est manifestée par une augmentation prodigieuse de la production.
- Dans la revue américaine « Science » du 28 février 1947, M. Frederick C. Mills déclare que la production par tête d’ouvrier a été multipliée par 250, de 1900 à nos jours, en 47 ans seulement.
- Les progrès scientifiques et techniques sont responsables de cette avance spectaculaire.
- C’est depuis 1939 que la vitesse de la production s’est accélérée le plus. On estime en effet que pendant la guerre, de 1939 à 1945, la capacité de production des États-Unis a doublé.
- Pour rendre plus saisissante cette marche du progrès technique on a introduit dans les statistiques la notion d’ « esclave mécanique ».
- L’Institut de statistique utilise ce terme en le définissant par ’e calcul suivant :
- Un homme fournit en 300 jours de travail, à raison de 8 heures par jour, l’équivalent mécanique de 150 000 calories environ. On prend cette quantité.d’énergie pour unité et la dénomme : «esclave mécanique », lorsqu’elle est fournie par des machines. Elle équivaut à environ 172 kW/h.
- Dans ces conditions, les États-Unis disposaient, en 1938, de 55 esclaves mécaniques par habitant et de 81 en 1945.
- La Grande-Bretagne passe de 36 à 39.
- La France, par suite des destructions de la guerre, tombe de 15 en 1938 à 9 en 1945.
- Les esclaves mécaniques des États-Unis sont entièrement nationaux, les chutes d’eau, le charbon, le pétrole qui les conditionnent, sortent de son sol même.
- En Grande-Bretagne, 6 esclaves sur 39 sont étrangers, ils correspondent aux importations de pétrole.
- En France, en 1938, sur 15 esclaves, 6 étaient étrangers. En 1945, sur 9 esclaves, un seul est étranger, par suite de la réduction des importations de combustibles.
- Si la situation s’est un peu améliorée depuis, il n’en est pas moins évident, d’après les chiffres statistiques, que la France a un effort considérable à accomplir pour rattraper son retard sur les grands pays industriels.
- L. P.
- Le gérant : G. Masson. — masson et cle, éditeurs, paris. — dépôt légal : 3e trimestre 1947, n° 494. — Imprimé en France.
- BARNÉOUD FRÈRES ET Cle, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 723. — 8-ig47.
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- N° 3143
- I" Septembre 1947
- LA NATURE
- Fig. 1. — Quotidiennment 100 t de potasse sont remontées par le puits de Montcut qu’on voit ici coiffé de son chevalement de bois.
- A la recherche du trésor caché, les prospecteurs qui se sont attaqués au bassin d’Aquitaine ont vu, dans une certaine mesure, leurs efforts récompensés.
- Si le pétrole ne s’est encore mis à couler qu’au compte-gouttes dans le pays de Comminges, d’impressionnants volumes de gaz naturels captés autour de Saint-Marcet dans la région de Saint-Gaudens (1), ont permis, dès 1942, d’actionner à la ronde les véhicules automobiles et de dispenser chaleur et force
- (1) Voir Georges Kimpfun. Les gaz naturels du Comminges. La Nature, 15 juillet 1945.
- motrice à Toulouse. Le point de doute qui, alors, enveloppait l’avenir s’est effacé devant les réalisations et les perspectives par elles ouvertes. D’ores et déjà, la région industrielle de Lannemezan, de Tarbes bénéficie des commodités procurées par ce combustible issu des entrailles de la terre; demain Bordeaux d’un côté, Luchon d’un autre connaîtront les mêmes avantages.
- Que cette mise en valeur du sous-sol doive avoir une répercussion immédiate sur la richesse du sol, il suffit de considérer les premiers bénéficiaires industriels de ces commodités nouvelles pour en juger. Ce sont, d’une part, aux portes de Toulouse, l’Office national industriel de l’azote, fabricant d’acide azotique
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- Fig. 2. — Une tour de sondage surgie au-dessus des pins de la forêt landaise, à 2,5 km de Dax.
- et d’ammoniac de synthèse, d’azotate de potassium, d’azotate d’ammoniaque et de sulfate d’ammoniaque; et, d’autre part, tant du côté de Lannemezan que de celui de Luchon dont le pipe-line desservira Marignac, de considérables entreprises de cyanamide calcique. Ici et là, les gaz naturels du Comminges favorisent la production des engrais azotés, dont notre terre, après les rudes épreuves subies, a un si grand besoin pour accroître le rendement de nos récoltes.
- Voici mieux. Sans sortir du bassin d’Aquitaine, un gisement de potasse vient d’être découvert.
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- Les bains de boue font, depuis toujours, la renommée de Dax. C’est à leur attraction que je dois d’avoir été mis sur le chemin de cette découverte entourée jusqu’ici, semble-t-il, d’un certain voile de discrétion.
- Le hasard d’une rencontre avec le professeur Dalloni m’a mis à même d’en saisir le fondement scientifique, de mesurer la grandeur de l’effort déjà accompli et d’entrevoir les perspectives par là ouvertes sur un avenir fortuné.
- Lorsqu’en quête de la géologie du Sahara, il ne recoupe pas sur les pistes de ces espaces désolés, les traces de feu son prédécesseur à l’Université d’Alger, l’explorateur Flament, le professeur Dalloni, qui fut député à la Constituante, reprend volontiers contact avec le bassin d’Aquitaine qui a, depuis longtemps, sollicité son attention. Peu de géologues en ont élucidé la stratigraphie et la tectonique avec une maîtrise plus sûre. Dès i93o, dans une étude magistrale, il en avait formulé les don-
- nées devant le Congrès international des mines tenu à Liège. Ses travaux scientifiques sur le sujet font aujourd’hui autorité.
- « Partout, nous a dit M. Dalloni, où le trias se présente avec des masses de gypse et de sel, il y a possibilité de trouver la potasse. Or, il est certain que, dans toute la région sous-pyrénéenne, on rencontre avec les indices du trias des masses salines plus ou moins importantes. En se rapprochant des Pyrénées, le gypse domine; en allant, au contraire, vers Dax, on tombe sur des dômes de sel, ce qui ne veut pas dire que le gypse soit absent. Sans doute, le sel l’a-t-il recouvert et le retrouvera-t-on au-dessous des amas salins ».
- Tout ceci s’éclaire pour peu que, remontant le cours des âges, on fasse un suffisant effort pour recréer la géographie du pays sous les aspects divers qu’elle a revêtus au cours des époques géologiques et qu’on s’informe, avec quelque précision de la tectonique de la région.
- Si dans ses remous, la politique de chaque temps trouve son fil d’Ariane dans le passé et son exégèse dans l’Histoire, à l’inverse, les phénomènes naturels se déroulant sous nos yeux — les phénomènes actuels comme disent les géologues — sont le livre qu’il faut déchiffrer pour comprendre le passé de la terre et s’informer de son histoire.
- Sous nos yeux; des États apparaissent, disparaissent, réapparaissent, leur territoire se dilate comme baudruche soufflée au vent de la folie ou se rétrécit comme peau de chagrin sous la fluctuation des marées humaines. Dans le temps d’une génération, et même moins, vingt fois il faut remettre sur le métier l’atlas de géographie politique.
- Sous l’effet des mouvements orogéniques, des transgressions
- Figr. 3. — Après avoir recoupé la potasse à divers niveaux, le tube « carottier » ramène, de 800 m, la Kiésérite, sulfate de magnésie dont aucun gisement n’était jusqu’ici connu en France.
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- et des régressions marines, terres et mers s’affrontent en un perpétuel conflit. Autre tapisserie de Pénélope, la terre refait sans cesse son visage. A l’échelle d’une vie humaine, ce sont variations si légères qu’elles peuvent paraître négligeables; à l’échelle de milliers de millénaires, l’atlas de géographie physique se refait avec une ampleur auprès de laquelle nos petites redistributions politiques sont bien mesquines.
- Dans notre petit bassin d’Aquitaine, de la fin des temps primaires jusqu’à nous, voici, en deux mots, quelles tribulations ont eu lieu. A l’aurore de l’époque secondaire — que les géologues appellent trias — une lagune saumâtre en recouvrait la majeure partie. A la suite, par flux et reflux, la mer a repris ce domaine, au Jurassique d’abord, au Crétacé ensuite qui, à son apogée, recouvrait tout de ses eaux profondes et dont les flots venaient battre les rivages insulaires des Corbiè-res, de la Montagne noire et du Massif Central.
- Ainsi la lagune triasique s’est-elle — avec son riche contenu salin — trouvée enfouie sous un prodigieux entassement de sédiments marins accumulés pendant ces périodes d’une durée fort longue.
- A leur tour, les temps tertiaires puis les quaternaires ont imprimé chacun sa marque et laissé sur l’ensemble un souvenir plus ou moins accusé.
- La baie de Kara-Bogh’az qu’un chenal long et étroit relie à la mer Caspienne en est un exemple.
- Les géologues ont retenu le terme de « Keuper » pour un aspect lagunaire du Trias. L’annonce du Keuper est la promesse faite des trésors chimiques que récèle un marais salant, accumulés pendant des millénaires.
- Remonte-t-on du pays basque à Dax, on reconnaît la succession des séries caractérisant les époques que nous venons d’évo-
- Sous cet entassement de formations pétrographiques variées, nous est conservé le trésor d’un marais salant fossile. Du mécanisme de sa formation comme de sa composition nous avertissent les marais salants actuels, car les eaux de la lagune triasique n’étaient pas différentes par leur composition de ce qu’elles sont dans ceux-ci. La technique d’exploitation d’un marais salant est vieille comme le monde. Il nous plaît d’en emprunter à Rutilius Numatianus la pittoresque description : « L’eau de mer pénètre par les canaux creusés en pente sur le sol et de petits fossés arrosent d’innombrables lacs; quand arrive Sirius, avec ses feux brûlants, quand l’herbe se flétrit et que la campagne est partout altérée, on ferme les écluses, la mer n’entre plus, et ainsi l’eau, devenue immobile, se durcit sur le sol échauffé : sous la vive influence de Phœbus, les éléments se coagulent en une croûte épaisse. » Mais à cette succession d’opérations la main de l’homme n’est-elle pas indispensable ? A l’époque triasique quoi donc la remplaçait P La nature elle-même, comme on la voit opérer dans certaines régions régulièrement balayées par des vents secs et chauds et où le sel se dépose spontanément sur le fond de la lagune ou sur le rivage.
- Fig. 4 et 5. — La manœuvre du cabestan nécessite une puissante machinerie (en haut) qui est réglée, pour tous les postes, par simple déplacement d’un seul levier manipulé par le machiniste (invisible sur cette photographie) placé face à ces appareils lumineux de signalisation (en bas). Tous les mouvements de la cage sont enregistrés automatiquement sur le cylindre qu’on voit à droite.
- quer. Si, de ces temps reculés à nos jours, rien n’était intervenu pour en rompre l’ordonnance, c’est avec leur horizontalité native qu’on les retrouverait. Mais, à l’époque tertiaire un puissant mouvement orogénique a fait surgir les Pyrénées.
- Ce qu’a pu être la violence de cette poussée, on en juge en constatant l’incroyable bouleversement qu’ont subi alentour les formations sédimentaires déjà consolidées. Jusqu’au Massif Central, ce vieux bastion insulaire, tout a été plissé, redressé, voire retourné.
- C’est à cette circonstance tectonique — peu faite pour faciliter le lever de la carte — qu’on doit d’avoir pu scruter la nature du sous-sol à grande profondeur en examinant le sol en certains points de sa surface, ou à quelques mètres, ou quelques centaines de mètres au-dessous.
- Sous les terrains quaternaires et tertiaires, apparaît une série d’affleurements secondaires répartis suivant des lignes à peu près parallèles et parallèles à la chaîne des Pyrénées, ce qui accuse celle-ci d’en être la cause.
- En divers endroits des Landes et des Basses-Pyrénées par le jeu de poussées tangentielles viennent au jour ou arrivent près de la surface des argiles bigarrées et du gypse; c’est le fameux faciès Keuper du Trias. De là à penser qu’on doit trouver là le marais salant fossile il n’y a qu’un pas. La géologie 'autorise à le franchir. C’est l’annonce faite à la potasse.
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- Fig. 6. — Implantée à la limite des Landes et des Basses-Pyrénées — à Peyrehorade — cette tour de forage n’avait, il y a peu de jours encore, pas livré son secret.
- Au delà de 400 m le trépan avait atteint la masse saline du « Keuper ». On attendait la potasse. C’est, à 700 m, le pétrole qu’on a trouvé accompagné d’un puissant jaillissement de gaz que, faute de matériel, on a dû aveugler à
- l’eau lourde.
- A la recherche du pétrole, dans le Béarn et la Chalosse, des forages ont exploré les accidents à noyau de Trias gypsifère et salifère auréolés d’imprégnations bitumineuses ainsi que les anticlinaux les plus importants de la région.
- A un prospecteur tenté par la région landaise, M. Dalloni, par lui consulté avait répondu : « Possibilité de pétrole, mais quasi-certitude de potasse ».
- Sur cette donnée a été entrepris le forage du Boudigot bientôt suivi de celui de Montcut (à quelque 2,5 km de Dax). A la faveur de ces sondages, la quasi-certitude s’est faite certitude. Non sans efforts et non sans que la persévérante ténacité de l’inventeur, le docteur Eymard, n’ait été mise à dure épreuve. C’est que la structure bouleversée retentit sur le gisement de potasse. Violemment comprimé entre les assises plus résistantes du jurassique et du crétacé, sous l’action combinée du degré géothermique et de la pression, le marais salant fossile, générateur du gisement, est entré en fusion; dès lors, ses produits les plus malléables, les plus fluidifiables — le sel et la potasse — se sont étalés dans le magma en masses redressées et plus ou moins arborescentes à la manière d’un nougat mou qu’on presserait entre deux plaques d’acier. Ainsi en résulte-t-il une distribution verticale ou subverticale qui complique singulièrement la prospection. La sonde pouvant très bien ne rencontrer qu’à grande profondeur un filon qui eut été recoupé bien plus tôt si le forage avait été implanté quelques mètres plus à droite ou plus à gauche. C’est dire qu’une certaine chance est à courir. Mais une telle difficulté une fois vaincue trouve une compensation dans une exploitation plus facile, celle dite des « gradins renversés avec magasinage » qui consiste à poursuivre l’extraction d’un point bas à un point haut en évacuant les produits par gravitation, ce qui représente une considérable économie de manutention.
- Il m’a été donné de voir en action cette technique d’extraction expéditive sur un panneau de potasse de 6o m de long environ en remontant de la profondeur de 4oo m à celle de 3xg, dans une galerie desservie par le puits de Montcut. Car le stade des sondages est déjà dépassé et c’est, sinon d’exploitation qu’on peut parler, du moins d’une exploration si poussée qu’elle en apparaît comme le prodrome. Dès à présent, en effet, la vidange du panneau dont nous venons de parler se poursuit à la cadence de ioo t par jour. De grands espoirs sont donc pei’mis, d’autant qu’il s’agit d’un minerai de qualité, la sylvi-nite, mélange de chlorure de potassium et de chlorure de sodium dans les proportions de 26 pour 100 du premier pour 5i pour 100 du second, divers sulfates formant le complément. La teneur en potasse (oxyde de potassium) composé en lequel on convertit — suivant un usage constant — la valeur de tout minéral potassique varie de 10 à 24,26 pour 100.
- Le puits de Montcut creusé sur un emplacement voisin du forage du même nom dessert des galeries creusées aux niveaux 255, 3ig, 4oo et 655. A la profondeur de 4oo m, un travers-banc et de nombreuses galeries en couche ont permis de reconnaître jusqu’ici trois formations potassiques. La première trouvée à 190 m de l’axe du puits comprend deux couches principales et irrégulières à apophyses nombreuses, s’élargissant parfois en lentilles dont une atteint 12 m de puissance et 35 m de long. Celte première formation a été recoupée aux étages 255, 319 et 655; et semble se maintenir en verticale avec les mêmes caractères.
- Celle-ci alimente l’atelier de broyage à la cadence de 100 t par jour. Les réserves évaluées de cette première formation sont de 5 à 600 000 t de sylvinite. Une deuxième formation a été reconnue jusqu’ici au seul niveau 4oo par un traçage dans les filets potassiques rencontrés par le travers-banc. Enfin une troisième formation a été reconnue par un travers-banc tracé dans la direction du sondage du Boudigot lui-même implanté à 4oo m plus au sud. Le travers-banc a rencontré une couche dans laquelle un traçage, effectué à la fois au nord et au sud a suivi la couche pendant près de 5oo m et la suit encore. Plus régulière que la première formation, cette couche se compose de deux passées de sylvinite séparées par un banc de sel. Un outillage déjà puissant — dont notre illustration donne une idée — et qui d’ores et déjà serait suffisant pour doubler l’extraction — assure aux mineurs qui se relèvent en trois équipes les procédés d’extraction suivant les techniques les mieux étudiées et avec la plus grande sécurité rendue plus facile, d’ailleurs, par
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- le fait que ces mines ne sont pas grisouteuses comme le sont celles d’Alsace.
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- La potasse est un élément essentiel de la vie des plantes. Or, depuis si longtemps qu’on épuise la terre, comment la potasse se régénérait-elle ? Les agronomes ne sont pas à court de réponse.
- En 1925, Tisserand estimait que sur 86 millions de tonnes de fumier correspondant annuellement à 2 35o kg à l’hectare cultivé, on devait compter pour 387 000 t l’apport de potasse à la terre.
- L’introduction des engrais chimiques supplée à la carence de fumier de ferme qui s’accentue à mesure que motorisation et mécanisation éliminent de la traction les animaux producteurs de fumier. Elle permet aussi d’intensifier la fumure et par là d’accroître le rendement.
- Des trois éléments fertilisateurs (azote, phosphore, potassium), le dernier n’a connu que tardivement la faveur de l’agriculture française. La raison en est que notre pays a été jusqu’en 1918 tributaire de l’Allemagne pour l’engrais potassique.
- Or, il n’est plus à démontrer l’heureux effet de la potasse sur nombre de cultures spécialement intéressantes pour notre pays. Ce bon effet se manifeste non seulement par un meilleur rendement en poids et en qualité, mais encore par une résistance plus grande des plantes aux maladies cryptogamiques.
- La vigne, qui fait la richesse de nos provinces méridionales, est particulièrement avide d’engrais potassique et sensible à son influence anticryptogamique. En moyenne, on estime ju’un rendement satisfaisant en viticulture réclame de 800 à 1 000 kg de sylvinite à l’hectare. Dans la-culture de la betterave sucrière, oh admet à l’hectare entre les trois éléments fertilisants les proportions relatives suivantes :
- Azote sous forme d’azotate de sodium et de sulfate
- d’ammonium.................................... 330 kg
- Phosphore sous forme de superphosphates......... 300 kg
- Potassium sous forme de sylvinite .............. 700 kg
- Si nous citons cet exemple, c’est qu’il semble correspondre à un juste équilibre pour que chaque fertilisant contribue avec un maximum d’efficacité à l’accroissement du rendement, dont il n’est pas toujours tenu suffisamment compte et sur l’importance duquel le premier Congrès international des engrais chimiques tenu à Rome en ig38 a insisté avec juste raison.
- A se reporter aux chiffres précédents, ne voit-on pas que le rapport de la potasse à la somme des fertilisants utiles ressort à 45 pour 100 ?
- Un accroissement de nos ressources en potasse est donc une aubaine pour l’agriculture française.
- C’est dans ce sens qu’il nous a paru intéressant de relater cette découverte dans les Landes — dont, initialement, tout le mérite revient à l’initiative privée — d’un gisement de potasse déjà largement prospecté et. exploré et dont l’apport permettrait de satisfaire aux besoins en potasse de nos régions méridionales défavorisées en raison de leur éloignement du seul gisement producteur jusqu’ici connu en France, celui d’Alsace.
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- Sans doute avons-nous demandé à jM. Dalloni, ce gisement des Landes présente-t-il quelque analogie structurale avec celui du bassin de l’Ebre en Espagne qui pourrait bien être son symétrique par rapport à la chaîne pyrénéenne.
- A première vue, nous a-t-il répondu, on serait tenté d’en faire l’hypothèse; mais, en y regardant de plus près, on est amené à penser que la genèse du gisement de Cardona et Suria en Catalogne l’apparenterait plutôt avec celui de la Haute Alsace.
- Le gisement potassique alsacien s’est formé à l’époque oligocène, non dans de véritables lagunes, mais dans un lac salé n’ayant aucune relation avec la mer. Les sels y étaient amenés par des cours d’eau descendant de la chaîne hercynienne et qui les empruntaient à des terrains plus anciens : base du Trias et même Permien.
- Sur la bordure du bassin de l’Ebre, gypse et sel sont pareillement oligocènes. Ils proviennent d’un remaniement du trias des derniers chaînons pyrénéens où les deux formations viennent en contact. D’où cette conclusion que le trias pyrénéen était nécessairement potassique.
- Dans les Landes, on n’a plus le droit d’en douter.
- Tant par sa structure que par l’âge de sa formation, le bassin potassique des Landes s’apparente plutôt aü célèbre gisement de Stassfurt, le premier en date dans l’histoire de la potasse et le plus puissant du monde.
- Georges Kimpflin.
- La chute des fruits.
- Quand, au printemps, les vergers sont en fleurs, on suppute déjà l’abondance de la récolte. Mais celle-ci est souvent décevante. Sans parler du mauvais temps qui détruit les fleurs en boutons ou à peine épanouies, il y a aussi bien des fleurs qui avortent : non pollinisées, non fécondées et des fruits qui tombent après s’être noués, mais avant d’être mûrs.
- En 1939, Gardner, Marth et Batjer découvrirent que certains composés organiques synthétiques, agissant comme hormones, peuvent, quand ils sont injectés ou pulvérisés, empêcher la chute précoce des pommes et augmenter sensiblement la récolte. Depuis, les essais se sont multipliés et Nature nous apprend qu’un récent rapport de M. M. C. Vyvyan, publié par l’Imperial Bureau of Horticulture and Plantation Corps, fait le point de la question.
- Des divers corps essayés, l’acide naphlalénacélique et l’acétamide se sont montrés les plus efficaces. La concentration optimum est voisine de 1 pour 100. On dissout ces produits dans un peu d’alcool et l’on dilue ensuite avec de l’eau. La solution est ensuite pulvérisée sur les jeunes fruits. Les quantités à employer semblent moins importantes que les conditions météorologiques : la pluie survenant avant que les gouttes aient séché annihile leur effet, les températures qui surviennent entre le traitement et la cueillette semblent raccourcir ou prolonger l’action ; généralement, les hormones commencent à être efficaces 5 à 6 jours après l’application et agissent pendant 2 à 3 semaines. Les fruits traités se conservent exactement comme ceux non traités. Ils sont seulement plus solidement attachés à l’arbre et ne risquent pas de tomber avant leur complète maturité.
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- Action du suc d'Agave sur le virus rabique
- La liste est longue des liquides organiques d’origine animale capables de détruire in vitro la virulence rabique, mais aucune recherche n’avait encore été entreprise pour déterminer si des sucs d’origine véégtale ne jouiraient pas de la même propriété. De tait, les travaux de l’Institut Pasteur de Tanger récemment commu-
- Fig. 1. — Agave rigida dans le jardin de l’Institut Pasteur de Tanger.
- niqués à l’Académie des Sciences ont montré que les sucs de deux Amaryllidacées : Agave americana L. et Agave attenuata Salm., qui renferment une protéinase, exercent sur le virus de la rage une action inactivante dans des limites de pH assez tolérantes depuis l’acidité (pH = 6) jusqu’à l’alcalinité (pH = 11). Des résultats analogues peuvent être obtenus avec une Amaryllidacée plus spectaculaire : Agave rigida Mill que représente la figure ci-jointe.
- D’origine américaine, mais bien acclimatée sur le littoral méditerranéen, Agave rigida a des feuilles de plus de 1 m de long sur 0,10 m de large à la base. En partie charnues, elles renferment des fibres susceptibles d’être utilisées pour la fabrication des cordages et se terminent par une pointe noirâtre acérée. Lorsque cette
- Agave a atteint plusieurs années, il s’en dégage d’ordinaire une hampe florale de 3 à 4 m de hauteur dont l’épanouissement marque en général la fin de l’existence de la plante. Ligneuse à sa naissance, charnue à l’extrémité opposée, cette hampe peut facilement être découpée en tronçons. Soumis à la presse, ceux-ci dégagent un liquide abondant qui, légèrement louche et verdâtre, fournit au Mexique la boisson fermentée connue sous le nom de Pulque.
- Dans les expériences de l’Institut Pasteur de Tanger, on recueille par pression le suc du parenchyme de l’extrémité de la hampe avant l’apparition des fleurs. Par floculation et sédimentation on obtient une liqueur limpide qui est mélangée à une émulsion à 1/50 de substance cérébrale d’un lapin venant de mourir de la rage à virus fixe (*). Les mélanges sont faits en milieu neutre (pH = 7,2) et à des titres de suc végétal de moins en moins riches. Comme témoin, on prend l’émulsion diluée d’un volume d’eau neutre, égal au volume le plus élevé du suc d’Agave utilisé. Après un contact de 17 h à 15° à l’obscurité, des échantillons de chaque mélange sont inoculés sous la dure-mère de la souris blanche. Chacune reçoit une dose uniforme de 0,02 cm3. Le résultat des inoculations peut être condensé en un tableau synoptique.
- Titre du suc d’Agave
- dans le mélange Témoin
- 1/2 1/3 1/5 1/10 Emulsion virulente sans suc d’Agave
- Souris. . . . GO 00 4- 4- +
- Souris. . GO CO + + +
- oc = survie
- -f- mort de 1 rage.
- On voit que le suc d’Agave rigida inactive le virus rabique jusqu’au taux de 1/3.
- Il est à noter qu’aucune action sur le virus rabique n’est exercée ni par le suc des Aloès dont le port rappelle celui des Agaves ni par diverses papaïnes du commerce. Celles-ci sont de simples drogues mal définies. Des résultats différents seraient sans doute obtenus avec le suc même de Carica papaya qu’il est malheureusement impossible de se procurer au Maroc.
- P. Remlinger et J. Bailly.
- 1. On appelle « virus fixe » la souche de virus de la rage isolée par Pasteur lui-mème du cerveau d’un chien et qui, depuis plus de soixante ans, passe de lapin à lapin. A Tanger, le virus fixe est parvenu à ce jour au 2 930e passage.
- ERRATUM
- A propos de la propagation du crabe chinois en France
- (n° 3141, Ier août 1947).
- Par suite d’une erreur d’impression, le nom de l’auteur a été omis : M. Marc André, sous-directeur de laboratoire au Muséum National d’Histoirc Naturelle.
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- Épi taxie et approximation cristalline
- es formes de certains cristaux, de quartz par exemple, sem-I blent être la matérialisation de la rigidité des lois géomé-“ triques. L’ordre mathématique est la marque de la constitution interne de la matière cristalline : ainsi un cristal de calcite se brise en donnant des parallélépipèdes dont les faces présentent toujours les mêmes angles. Les particules matérielles qui constituent un cristal sont en effet disposées suivant des plans, et ces plans peuvent souvent être facilement séparés : les lamelles de
- mica en fournissent un exemple typique, exemple que nous aurons à considérer plus en détail au cours de cette étude. Dans les différents plans du cristal, les particules matérielles sont disposées en rangées rectilignes, certaines directions de rangées sont particulièrement caractéristiques : celles des fibres de l’amiante par exemple. De telles observations, ainsi que l’examen des propriétés optiques, peuvent fournir des renseignements précieux : la plupart des solides (roches, métaux) sont formés de cristaux.
- L’état cristallin est un état d’ordre qui s’oppose aux états plus ou moins désordonnés tels que l’état liqiude ou l’état gazeux. Les recherches sur la disposition des atomes, ions ou molécules au sein des cristaux, ont contribué à nous enseigner que la structure cristalline peut se rapprocher de la perfection géométrique autant qu’il est possible à la matière de réaliser un idéal abstrait.
- Fig. 1. — Structure de l’iodure de potassium.
- Les halogénures alcalins cristallisés du type chlorure de sodium peuvent être considérés comme constitués par une alternance de couches d’ions de signes contraires (K+ et I-).
- La rigueur de l’ordre cristallin a permis le développement et l’application de techniques cristallographiques modernes, dont la précision marque l’extrême limite des possibilités actuelles des mesures physiques. On sait que ces méthodes se sont généralisées à partir de l’étude des cristaux de structure simple, dont le sel ordinaire (chlorure de sodium) est le type et dont la plupart des halogénures alcalins (chlorure de potassium, bromure de potassium, iodure de potassium, etc...) ne diffèrent que par les dimensions des éléments. Ces dimensions sont de l’ordre de grandeur de l’Angstrom (Â), dix-millième de micron (g.), lequel est le millième de millimètre (mm).
- Nous donnons ci-dessous d’après L. W. Bragg (Atomic structure of minerais) les rayons des ions des éléments qui constituent ces différents sels :
- Métalloïdes halogènes. Ions électronégatifs :
- Fluor Chlore Brome Iode
- Fl-1,33 Â Cl-1,81 Â Br-1,95 Â I-2,20 A.
- Métaux alcalins. Ions électropositifs :
- Lithium • Sodium Potassium Rubidium Césium
- Li+ 0,78 Â Na+ 0,98 A K+ 1,33 Â Rb+ 1,49 Â C^+ 1,63 A
- Les cristaux des halogénures alcalins du type du chlorure de sodium (iodure de potassium IK par exemple) peuvent être considérés comme formés d’une superposition de couches d’ions électropositifs alcalins (K+ par exemple), alternant avec des couches d’ions électronégatifs halogènes (I~ par exemple). Dans chaque couche, la répartition des ions est réalisée suivant un réseau
- hexagonal plan régulier (ûg. 1), caractérisé par la distance de deux ions voisins (ce paramètre est de 5 Â environ dans le cas de l’iodure de potassium). Les ions d’une seconde couche viennent se placer au-dessus des vides de la première. Les ions d’une troisième couche viennent se placer au-dessus des vides de la seconde et de la première couche. Ainsi se trouve réalisé un empilement cubique.
- Les cristaux réels offrent cependant des particularités que la simplicité de telles structures ne permet pas d’interpréter ; les cristaux réels sont en effet constitués par des milliards de milliards d’atomes et présentent des erreurs qui troublent l’uniformité de leur édifice. Ces erreurs peuvent être des erreurs d’orientation, d’emplacement, de position ou de nature des particules matérielles qui viennent s’intégrer à l’édihce cristallin en voie d’accroissement. Il peut même arriver, à la surface d’un cristal, que des particules appartenant à une espèce cristalline étrangère viennent se fixer à la faveur de telles erreurs de cristallisation. Le cristal support peut ainsi amorcer la cristallisation d’un dépôt nouveau qui s’oriente sur ses faces. C’est ce cas extrême que nous allons étudier, il peut en effet nous fournir des renseignements sur la latitude d’approximation que peut présenter la cristallisation en généra], la souplesse des phénomènes de cristallisation apparaissant d’une façon particulièrement saisissante dans le cas de dépôts orientés d’espèces cristallines différentes.
- Les minéraux présentent des exemples remarquables de tels dépôts orientés : albite sur orthose, topaze sur grenat, quartz sur calcite, etc.... De telles orientations sont caractéristiques de certaines roches, par exemple des pegmatites graphiques. Ce phénomène d’orientation cristalline entre espèces différentes est connu sous le nom d’épitaxie (x). L’orientation mutuelle des cristaux a été étudiée dans les minerais, dans les météorites, ainsi que dans les alliages artificiels où elle peut présenter une grande complication. L’épitaxie paraît d’autant plus surprenante qu’il s’agit d’espèces cristallines souvent aussi différentes que le sont, par exemple, !a calcite et le mica.
- L'expérimentation permet d’obtenir d’innombrables cas d’épi-taxies artificielles : citons celle du nitrate de sodium sur le mica, qui imite celle de la calcite sur le même support cristallin. On sait que le nitrate de sodium présente de grandes analogies avec la calcite, dont il est d’ailleurs le produit de remplacement dans les applications optiques (s). Notons aussi que cette analogie se traduit par l’épitaxie du nitrate de sodium sur la calcite. Malgré la présence d’ions composés C03— et N03— certaines analogies de structure existent entre ces deux corps et les halogénures alcalins. Tout comme la calcite, certains halogénures alcalins s’orientent sur les micas : l’exemple de l’iodure de potassium est l’un des plus anciens et des plus classiques d’épitaxie artificielle.
- L’expérience qui permet de la réaliser ne demandant aucune précaution spéciale est devenue une simple manipulation d’amphithéâtre. Prenons une plaque de mica. Il est facile de la diviser en lamelles fines en la clivant. Etalons à la surface d’une de ces lamelles une goutte de solution d’iodure de potassium. Laissons évaporer l’eau, le sel (IK) reste et forme un dépôt fin à la surface du mica. En examinant ce dépôt à l’œil nu, sous différents éclairages, on peut noter des reflets chatoyants, suivant certaines
- Fig. 2. —
- Échelle commune aux dessins (fîg. 1, 3 et 4).
- 1. L. Royer. Thèse Paris, 1929.
- 2. La Nature, n“ 3119 du 1" septembre 1946, pp. 271-272
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- directions bien définies. Ces reflets indiquent que le dépôt cristallin obtenu est orienté sur le mica. Au microscope, l’épitaxie de l’iodure de potassium sur le mica support apparaît d’une façon saisissante (fig. 5 et 6). Les contours des cristaux sont des triangles équilatéraux. Les côtés de ces différents triangles sont parallèles les uns aux autres. L’iodure de potassium cristallise dans le système cubique. Les faces de la forme principale de ce système sont des carrés, mais l’octaèdre est aussi une forme importante, ses faces sont des triangles équilatéraux. C’est précisément par ces faces que les cristaux d’iodure de potassium sont accolés au mica. C’est à dessein que nous avons examiné la structure de l’iodure de potassium en considérant les couches ioniques parallèles à ces faces (a1).
- Pour comprendre le mode et le type d’orientation que présentent les cristaux d’iodure de potassium sur les faces de clivage du mica, il convient d’en examiner la structure.
- Structure cristalline du mica support suivant les plans de clivage (p). — Il existe différents micas (blanc : muscovite ; noir : biotite ; roux : phlogopite, etc...). La composition et la structure de ces micas est variable dans certaines limites. Nous prendrons le mica muscovite type, comme exemple pour préciser les relations de structure qui nous intéressent. Ce mica est constitué par un empilement de feuillets de structure compliquée alternant avec des couches d’ions dé potassium (K+). Ces couches élémentaires n’assurent qu’une faible liaison des feuillets. La disposition des ions potassium dans ces plans de clivage (p) du mica est semblable à celle qu’ils présentent dans les plans d’ions potassium (a1) do l’iodure. Ces ions occupent les nœuds d’un réseau hexagonal plan (fig. 3), la distance des centres de deux ions voisins étant de 5,1 S Â.
- Interprétation structurale de l’épitaxie. — La, comparaison des figures 1 et 3 nous permet de prévoir ce qui se passe lorsque l’iodure de potassium cristallise au contact du mica : les ions d’iode du sel dissous se disposent sur la couche des ions de potassium à la surface du mica, constituant ainsi une première assise d’iodure de potassium qui amorce la cristallisation. La figure 4 donne les relations structurales simples qui permettent d’interpréter les deux orientations de cristaux que l’on observe dans l’exemple que nous avons choisi et dont la microphotographie (fig. 5) avait donné un aspect particulièrement net.
- L’approximation cristallographique dans l’épitaxie. — L’interprétation structurale que je viens de donner montre que l’épi-taxie suppose une certaine latitude d’approximation dans la cristallisation. Cette approximation est dans le cas que nous venons d’examiner de 0,18 A environ en valeur absolue. La distance des ions potassium étant de l’ordre de 5 A, l’approximation dépasse près de 3 pour 100 en valeur relative. L’étude cristallographique
- géométrique de nombreux exemples indique une approximation plus grande encore. Le cas du chlorure de potassium s’orientant sur ,e mica muscovite est particulièrement intéressant.
- La structure du chlorure de potassium est du même type que celle de l’io-dure. Le rayon des
- ions électronégatifs de chlore CCI—) étant de 1,81 Â environ, la distance des ions de même signe tombe à 4,42 Â dans les cristaux de chlorure de potassium. Cependant l’épitaxie peut se trouver réalisée suivant le même mode et le même type que pour
- Fig. 3. — Disposition des ions potassium (K+) dans un plan de clivage du mica.
- l’iodure. L’écart est de 0,73 À, soit de 15 pour 100 environ en valeur absolue, comme le note M. L. Royer qui considère qu’un tel écart touche à la limite de la valeur compatible avec l’épitaxie
- Le déséquilibre cristallogênétique dans l’épitaxie. — La
- cristallisation peut réaliser dans l’arrangement de la matière un ordre dont la rigueur se rapproche de la perfection géométrique
- Fig. 4. — Schéma de l’interprétation structurale de l’épitaxie IK/mica.
- autant que la réalité peut approcher l’idéal abstrait. On peut se demander comment la cristallisation peut s’accommoder d’approximations aussi larges que celles que nous sommes obligés d’admettre dans l’épitaxie. La réponse à cette question est facile à fournir. Si nous agitons des cristaux de chlorure de potassium avec un peu d’eau, nous obtenons rapidement une solution dite saturée, en équilibre avec les cristaux. Dans une telle solution au contact avec les cristaux, il ne se produit ni dissolution ni cristallisation. La teneur de la solution en sel caractérise la solubilité du sel dans l’eau à la température de l’expérience. Si on laisse évaporer spontanément une partie de l’eau de la solution, le sel se dépose sur les cristaux au contact avec la solution et la teneur en sel se maintient constante au cours de l’évaporation. Si on essaye de réaliser les expériences d’épitaxie avec une telle solution on s’expose à un échec plus ou moins marqué, en particulier si on n’a pas pris soin de se débarrasser, soit par décantation, soit par filtrage, de nombreux germes cristallins submicroscopiques en suspension dans la solution. En effet, la cristallisation se produira de préférence à partir de ces germes qui offrent aux ions des emplacements qui permettent une cristallisation rigoureuse. Si, au contraire, après avoir préparé une solution de sel on prend le soin de la diluer d’eau pure pour se débarrasser, par dissolution, des germes qu’elle peut tenir en suspension, on obtient dans les expériences d’épitaxie des résultats parfaits. Par évaporation on peut réaliser une sursaturation suffisante pour que les ions puissent se fixer aux emplacements approximatifs qui s’offrent à eux à la surface du cristal support.
- Grâce à cette méthode, j’ai pu réaliser des orientations épi-taxiques nouvelles : soit en forçant l’épitaxie dans des cas où elle avait été reconnue impossible jusqu’à ce jour, comme par exemple dans le cas du chlorure de sodium sur les micas (fig. 9) ; soit en orientant suivant des modes et des" types nouveaux des espèces cristallines dont on connaissait déjà l’épitaxie, comme par exemple.dans le cas du bromure de potassium s’orientant sur le mica muscovite suivant les faces du cube (fig. 7). Ceci à la faveur de la sursaturation obtenue à partir d’une solution diluée dépourvue de germes, étalée largement sur le mica et évaporée rapidement pour éviter l’intervention de germes de formation nouvelle et la désaturation par les premiers cristaux orientés. Le domaine de l’épitaxie se trouve de cette façon singulière-
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- Fig'. 5 à 9. — Épitaxie d’halogêmires alcalins sur le mica.
- En haut : iodure de potassium ; à gauche : cristallisation dans des conditions de faillie sursaturation ; à droite : sursaturation poussée correspondant à un déséquilibre cristallogénétique favorable à la complication des formes et aux groupements des cristaux (mâcle). — En bas, à gauche : bromure de potassium ; à droite : chlorure de potassium. Orientation particulièrement nette suivant les faces du cube. Les cristaux à contours hexagonaux sont orientés suivant les faces de l’octaèdre (deux types différents), mode classique (L. Royer). — Au centre : chlorure de sodium, Cristaux orientés suivant les faces de l’octaèdre (contours hexagonaux). Cas d’épitaxie forcée à la faveur d’un déséquilibre cristallogénétique poussé.
- (Microphotos B. et G. Deicha. Gr. 360 fois)
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- ment étendu et enrichi. Ainsi aux deux types d’orientation du chlorure de potassium suivant les faces de l’octaèdre déjà décrits par M. L. Royer, j’ai pu ajouter-deux autres types (chacun triple) d’orientation suivant les faces du cube (lig. 8).
- La sursaturation correspond à un certain déséquilibre de la cristallisation. Plus ce déséquilibre cristallogénétique est poussé et plus la latitude d’approximation dans la cristallisation devient grande. Cette latitude d’approximation ne se traduit pas seulement par des groupements épitaxiques nouveaux, mais par des formes cristallines de plus en plus compliquées, donnant des combinaisons riches. Les cristaux peuvent môme présenter des faces arrondies, comme certains cristaux de la microphotographie (fig. 7) et offrir des ramifications plus ou moins dendritiques (fig. 5). De tels aspects rendent les observations délicates dans le domaine de cristallisations en solutions sursaturées. Ce n’est cependant pas dans la facilité de la répétition des essais classiques, mais dans la
- recherche laborieuse qu’il est possible d’atteindre des résultats nouveaux, dans l’interprétation de la variété et de la richesse avec lesquelles la cristallisation brode à la faveur du déséquilibre cristallogénétique (sursaturation, surfusion) sur le canevas grossier et approximatif des structures cristallographiques.
- Georges Deicha,
- Docteur de l’Université de Paris.
- P. S. — La photographie de notre couverture reproduit l’épitaxie du chlorure de potassium sur le mica muscovite. Les cristaux sont orientés suivant les faces du cube. On notera la ligne droite d’un clivage de la lamelle du mica. Les côtés des contours des cristaux orientés sont, les uns parallèles, les autres à 45° ou à 60° par rapport à cette trace du support (grossissement 750 fois environ).
- La part des savants suisses dans les recherches sur les vitamines
- L’édifice scientifique ne se construit que peu à peu, bénéficiant du labeur international. Il est certainement faux et contraire à l’esprit du siècle de vouloir faire un plaidoyer pro domo en pareille matière. Chaque État, chaque Institut, chaque Université, chaque chercheur, apportent leur contribution et s’il est parfois des génies qui jaillissent de la masse apparemment amorphe des travailleurs scientifiques, il ne faut jamais oublier qu'un labeur de longue haleine a préparé le terrain à la découverte.
- En 1887, le Professeur Bunge, de Bâle, chargeait l’un de ses élèves, Lunin, de reconstituer du lait sur la base d’une analyse alors complète, et de rechercher la valeur nutritive de cet aliment « de synthèse ». Contre toute attente, l’expérience fut décevante et toutes les souris nourries avec ce lait artificiellement reconstitué périrent, tandis que les témoins se portaient comme le Pont-Neuf. Le Professeur Bunge en tira la conclusion que le lait reconstitué manquait de, certaines substances que l’analyse n’avait pas su découvrir. Quelque dix années plus tard, le Hollandais Eijkman faisait ses expériences classiques sur la polynévrite aviaire et, en 1912, Casimir Funk décora du nom de vitamine la substance contenue dans la cuticule du grain de riz qui protège l’homme et certains animaux du béribéri, maladie par carence classique.
- La contribution helvétique au problème des vitamines resta faible jusqu’en ig34, année de la synthèse, en Suisse, de la vitamine C ou acide ascorbique; elle a été fort importante depuis.
- Il suffit de rappeler les travaux de Reichstein et de Karrer, à Bâle et à Zurich et aussi les relations étroites qui existent entre les grandes sociétés chimiques et pharmaceutiques et les laboratoires universitaires, à l’instar de ce qui se passe en pays anglo-saxons. Tout le développement de la vitaminologie hel-vète a été conditionné, dans son rendement scientifique et économique, par une étroite collaboration universitaire et industrielle. Il s’en est suivi, contrairement à ce qui s’est passé dans des pays latins, une concentration des efforts, un travail collectif presque anonyme, où la personnalité des chercheurs est pas-
- sée au second plan. On peut dire, qu’en dehors des travaux particuliers des professeurs universitaires, de leurs assistants et de leurs élèves, souvent eux-mêmes orientés par les instituts scientifiques industriels, la recherche a poursuivi surtout un but thérapeutique et utilitaire.
- Plus qu’à l’édification de larges vues synthétiques, les savants suisses, fidèles à leur tradition, s’adonnent à la méthode analytique avec acharnement, élaborant des vitamines nouvelles au creuset de leur laboratoire, les éprouvant pharmacologiquement et les mettant ensuite au service de la thérapeutique. Certes, les travaux les plus strictement scientifiques sont à la base de la vitaminologie helvète, mais l’objectif demeure l’utilisation de la substance découverte, à des fins alimentaires ou médicales.
- Pendant la guerre, cet énorme labeur collectif, au sein duquel se sont fondues les personnalités, a profité au monde entier, à toute l’Europe en tous cas, où la Croix-Rouge internationale, avec sa Commission mixte, a pu parer à l’extension des affections carentielles causées par l’insuffisance quantitative et qualitative de la nutrition.
- Le professeur Paul Karrer, dans le domaine des laboratoires, les professeurs de médecine des universités suisses •— trop nombreux pour que nous les citions — dans leurs cliniques, ont tissé une toile équilibrée et solide qui, de la cornue du chimiste au lit du patient, a nécessité l’appoint de toutes les sciences, de toutes les disciplines. La vitaminologie, plus que toute autre science, est un damier infiniment varié qui exige la collaboration. Les prospecteurs de la première heure, dont les noms ont franchi le cap de l’oubli, ont posé des jalons, mais l’exploitation de leurs idées, œuvre plus obscure, a été et continue d’être un labeur patient et continu.
- En bref, la Suisse, par ses savants et ses chercheurs d’abord, par ses universités, par ses instituts industriels ensuite, pénétrée de son idéal démocratique où le social et l’individuel coexistent sans trop de heurts, a bien œuvré pour la santé des hommes. A ce titre, elle peut regarder avec foi vers l’avenir, car son passé est garant de sa probité.
- L.-M. Sandoz.
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- LES GRAVURES PREHISTORIQUES DE LA GROTTE D’EBBOU A VALLON
- (Ardèche) (l)
- Art et Magie*
- La prédominance d’herbivores indique déjà un choix intentionnel d’animaux utilitaires destinés à l’alimentation humaine. Certaines silhouettes ont des attitudes que seules les tribus de chasseurs peuvent retenir : bouquetins, biches, chevaux dressés, animal renversé sur le dos et cinq chevaux tombant la tête la première dirigée vers le sol ; le grand panneau des chevaux en comporte trois placés à peu de distance. Ils sont gravés sur un baldaquin rocheux dont le surplomb dans le vide peut figurer le haut d’une falaise, rééditant la célèbre hypothèse des chevaux précipités du roc de Solutré, pour s’écraser au bas de la montagne. Des détails plus précis confirment cette première impression. Beaucoup de figures portent des traits et des blessures. Un bouquetin a le flanc traversé par une ligne, un cheval est lacéré de traits dirigés en tous sens, un bison a le ventre perforé par une sagaie, un bovidé porte des pointes triangulaires très allongées comme des têtes de flèches. Souvent des traits traversent en biais ou horizon talement les pattes avant ou arrière pour les entraver. Le grand
- Fig. 1. — Relevé de deux cerfs, un
- chamois et un cheval.
- taureau porte sur le train arrière deux cercles un peu ovalisés. Ces mêmes signes se retrouvent sur un cheval gravé à la grotte des Combarelles (Dordogne), sur un autre bovidé gravé sur argile dans la grotte de Niaux (Ariège). Ces signes en cupule, recouvrant aussi un ours gravé dans la caverne des Trois Frères (Ariège), ont été interprétés comme des marques de blessures teintes en rouge sur un Bison de Marsoulas (Haute-Garonne). Nous touchons là au problème de la magie quaternaire toujours en vigueur chez les peuples chasseurs actuels ; Australiens et Pygmées marquent de signes analogues d’envoûtement les figurations d’animaux qu’ils veulent abattre. A cette théorie maintenant admise par la plupart des préhistoriens, on joint celle de la magie de la reproduction. A Ebbou, plusieurs femelles sont gravides et,' chose curieuse, ce même caractère a été attribué à des cerfs et à des taureaux. Il faut donc supposer que l’opérateur a voulu greffer sur le même animal, la force du mâle et la gestation de la femelle. Ce ne serait plus alors des représentations réalistes, mais des symboles hermaphrodites, idée qui évoluera au Magdalénien moyen en faisant suivre le mâle derrière la femelle, destinée à obtenir la multiplication des troupeaux nécessaires
- 1. Voir La Nature, n° 3142 du 15 août 1947
- pour faire vivre la tribu. Ces rites magiques sont mis particulièrement en valeur à Ebbou par le site sacré de la salle aux gravures. Elle est située dans l’une des parties les plus profondes de la
- Attitude de deux bovidés.
- Fig. 2.
- Le premier, en haut, atteint d’une flèche est en état de rut. Le second a le flanc orné de côtes ; sa queue couvre un cerf.
- Grotte, à 158 m de l’entrée. Pour y parvenir, il fallait franchir un gouffre et ramper par trois chatières hautes seulement de 25 cm. Cette préparation physique paraît correspondre aux initiations corporelles que les sorciers actuels imposent aux jeunes gens qui sont incorporés à la tribu par une cérémonie spéciale. Ces épreuves souterraines ont été également observées à La Baume Latrone (Gard), à Niaux (Ariège), au Tue d’Audoubert (Ariège), à La Pasiega (Espagne) et encore dans d’autres grottes ornées. A l’instar de ces temples quaternaires, on observe aussi à Ebbou des endroits réservés spécialement aux figures. Si on ne trouve que peu de surcharges rituelles, en revanche on remarque que 70 gravures, commencent par deux chevaux isolés et se terminent
- Fig. 3. — Relevé des deux bisons de la Grotte d’Ebbou.
- Le premier, à gauche, mortellement blessé, étendu sur le dos, a le ventre perforé par une sagaie ; le second a été traité selon la technique magdalénienne.
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- également par deux chevaux isolés tournés en sens inverse des premiers.
- Dans la grande salle, on est frappé .par la répartition des figures en quatre quartiers. Le premier quartier est celui du cerf élaphe,
- |0 6f»t.
- Fig. 4. — Trois bouquetins avec des pattes traitées selon trois méthodes différentes.
- le second celui du grand bœuf, le troisième celui du Bison, le quatrième est le panneau des chevaux.
- Si le groupement de neuf animaux autour du Grand Taureau peut s’expliquer par la présence à cet endroit d’une roche particulièrement lisse et silhouettée naturellement, il faut recourir à la théorie des emplacements consacrés pour rendre intelligible la densité des animaux groupés dans les trois autres quartiers. C’est d’ailleurs la seule justification qui puisse être invoquée pour expliquer que dans cette salle qui mesure avec ses dépendances une longueur de 70 m, quinze mètres seulement foisonnent de gravures qui commencent à apparaître sitôt la troisième chatière franchie. A partir du vingtième mètre et avant le cinquième, les parois de cette grande salle étaient tout au'ssi propices, par la forme capricieuse de leurs cavités naturelles, à recevoir des animaux gravés et pourtant, malgré nos longues recherches dans tous les recoins les plus dissimulés, nous n’avons plus décelé, à notre grande déception, sauf les deux derniers chevaux, aucune autre figuration animale.
- Il semble qu’à ces époques reculées, l’homme avait déjà conscience que les forces mystérieuses qu’il invoquait ne pouvaient lui obéir ou se laisser fléchir que dans certains lieux spécialement consacrés. Nul ne sait, d’ailleurs, si ces temples de la magie ne servaient pas aussi à des cérémonies moins utilitaires où le prêtre sorcier priait et offrait des sacrifices au Grand Esprit, comme le font certains Chamans pour calmer l’âme des animaux tués à la chasse, selon une croyance presqu’universellement répandue chez les peuples chasseurs, que les animaux sont doués d’une âme et d’une intelligence semblables aux leurs C1).
- L’avenir de la grotte.
- Pendant quelques semaines d’absence des amateurs de Grottes endommagèrent quatre gravures et suchargèrent de grafiti cer-
- 1. J. Frazer. Le Rameau, d'or, Paris, 1923, p. 487.
- taines autres figurations animales. En accord avec M. Ageron, le Maire de Vallon et les propriétaires, l’entrée de la Grotte fut alors provisoirement fermée.
- A la demande de M. Ageron, nous avons présenté aux Beaux-Arts un projet d’aménagement de la Grotte au profit de la commune de Vallon. La Commission archéologique du Centre National de la Recherche Scientifique, à sa séance du 16 novembre 1946, en même temps qu’elle accordait l’autorisation de fouilles à M. le Dr Jullien, approuvait l’aménagement de cette Grotte qui complétera le circuit touristique de l’Aven d’Orgnac, tout proche, que nous avons découvert en 1935 avec M. de Joly.
- L’Art aurignacien en France.
- En étudiant l’Art aurignacien, on remonte aux premières manifestations esthétiques de 1 ’Homo sapiens, mais aussi on entrevoit déjà certaines métamorphoses dues à des influences étrangères. La carte de France nous montre, qu’en quatorze départements, ont été découvertes jusqu’ici 46 grottes à mobiliers et à parois ornés de dessins attribués à l’époque aurignaco-solutréenne :
- 1) Yonne : Grottes du Cheval et du Trilobite (Arcy-sur-Cure).
- 2) Saône-et-Loire : Crot du Charnier (Solutré).
- 3) Lot : Grotte du Pech-Merle (Cabrerets) ; Grotte des Merveilles et abri Murat (Rocamadour) ; Grotte de Mercenac (Cabrerets).
- 4) Dordogne : Station de Badegoule (Lardin) ; Abri de Belcayre (Saint-Léon-sur-Vézère) ; Bernifal (Tayac) ; Les Bernous (Bour-deilles) ; Abri Blanchard (Sergeac) ; Abri de Castanet (Sergeac) ; Abri Cellier du Ruth (Tursac) ; Abri de Castanet (Bourniquel) ; La Croze (Tayac) ; Le Fourneau du Diable (Bourdeilles) ; Font de Gaume (Les Eyzies) ; La Ferrassie (Le Bugue) ; Fongal ; La Grèze (Marquay) ; Abri Labattut (Sergeac) ; Lascaux (Montignac) ; Lauge-rie Haute (Les Eyzies) ; Laussel (Marquay) ; La Mouthe (Les Eyzies) ; Abri Nancy (Vieil-Monly) ; Abri du Poisson (Les Eyzies) ; Rebières et Terme Pialat (Saint-Avit-Senieur).
- 5) Charente : Combe à Roland (La Couronne) ; Grotte de Mou-thiers et Frise du Roc de Sers (Sers) ; Grotte de la Vierge (Sers).
- 6) Charente-Inférieure : La Roche Courbon (Saint-Porchaire).
- 7) Gironde : Pair-non-Pair (Bourg-sur-Gironde).
- 8) Basses-Pyrénées : Grotte d’Harixtoï encore inédite.
- 9) Hautes-Pyrénées : Grotte de Gargas (Aventignan).
- 10) Ariège : Maz d’Azil ; Grotte du Portel (Loubens).
- 11) Ain : La Colombière (Poncin).
- 12) Ardèche : Grotte d’Ebbou (Vallon) ; Grotte du Figuier (Saint-Martin d’A.).
- Fig. 5. — Neuf chevaux dont quatre tombent tête en avant et deux en biais semblent au contraire grimper.
- Les tirets figurent des fissures rocheuses ou des saillies naturelles du rocher utilisées par l’artiste préhistorique. Grandeur : de 7 cm à 62 cm de long.
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- 13) Gard : La Baume Latrone (Russan) ; Grotte Bayol (Collias) ; Grottes Chabot (Aiguèze).
- 14) Hérault : Grotte d’Aldène (Fauzan) (J).
- Les dix premiers départements forment un groupe assez homogène, bien qu’on puisse y reconnaître la zone périgourdine et '•a zone pyrénéenne. Les quatre derniers très imprégnés d’influences méditerranéennes constituent une zone provençale distincte des précédentes ; la technique aurignacienne qui a dû survivre à une époque tardive est subitement métissée d’innovations magdaléniennes déjà employées dans le groupe Pyrénées-Périgord.
- Ces vues ne font que confirmer celles qui ont été exposées dans une conférence de M. l’abbé Breuil à Périgueux en 1934.
- Dans le Paléolithique supérieur, la Gaule commence déjà à régionaliser ses civilisations qui, dans le Midi, s’orienteront de plus en plus au Mésolithique et au Néolithique, vers une culture nettement méditerranéenne.
- André Glory,
- Chargé d’un Cours libre de Préhistoire à l’Université de Strasbourg.
- 1. Cet inventaire qui est encore probablement incomplet a été dressé, en partie, grâce â. des renseignements de M. l’abbé Breuil et à un répertoire manuscrit de M. Mauduit déposé au Laboratoire de Palethnologie de l’École des Hantes Études aimablement mis à notre disposition.
- Fig. 6. — Carte de la France préhistorique à l’époque de l’Art aurignaco-solutréen.
- Quatorze départements divisés en trois zones contiennent les 46 grottes à mobiliers et à parois ornées attribuées à l’époque aurignaco-solutréenne. Le chiffre indique le nombre des stations par département. La Saône-et-Loire et la Charente-Inférieure manquent sur cette carte.
- J BASSES
- Les pigeons voyageurs
- Ce n’est qu après 1871 que la question de l’orientation lointaine des pigeons voyageurs et des services qu’ils peuvent être appelés à fournir en temps de guerre s’est posée. On sait, en effet, qu’à cette époque, lors du siège de Paris, seuls les pigeons ont permis la liaison entre la capitale et la province ; c’est pourquoi, peu après la signature de la paix, l’Ëtat-Major, conscient de l'aide que ces intelligents et rapides messagers pouvaient apporter aux Armées, tenta d’organiser la colombophilie militaire ; il se heurta à maintes difficultés, car on oublie vite, en France comme ailleurs, les services rendus ; les crédits manquaient, comme manquait également le personnel technique. Mais la colombophilie civile, qui avait pris, à l'exemple de la Belgique, une ampleur considérable, surtout dans les régions du Nord, fut astreinte à une réglementation sévère, toute militaire ; les éleveurs étaient tenus de déclarer à la Préfecture de leur résidence le nombre de leurs pigeons, ceux-ci pouvant être mobilisés, pour les besoins de la Défense nationale ; c’est ainsi que lors d’une grève des employés des P. T. T., en 1908 je crois, une certaine quantité de pigeons furent réquisitionnés et mis à la disposition des Préfets et Sous-Préfets. Instruits par cette nouvelle expérience, le gouvernement intensifia la création de colombiers militaires dans les régions du Nord, de l’Est et de Paris, avec centres d’apprentissage pour les jeunes soldats recrutés parmi les éleveurs civils.
- Si toute cette nouvelle organisation, qui relevait du Génie militaire, n’était pas parfaite en 1914, elle existait et se développa rapidement à la faveur de la guerre, en dépit de certains préjugés, tenaces comme la mauvaise herbe, et de l’ignorance technique des nombreuses unités appelées à utiliser les pigeons comme messagers.
- On connaît cependant les épisodes glorieux qui eurent pour théâtre le fort de Vaux, où toutes communications téléphoniques et optiques ayant été bouleversées soit par les bombardements, soit par les fumées accumulées, où les liaisons par soldats étant lentes, aléatoires, extrêmement meurtrières, les pigeons voyageurs seuls permirent à l’héroïque commandant Raynal de rester en contact avec l’Ëtat-Major général. Par eux, il signalait le mouvement des troupes ennemies, demandant ici un violent tir de barrage, là un renfort immédiat. C’est le 4 juin, alors que l’ennemi était sur le fort même, qu’il envoya son dernier pigeon — celui-là dont la citation est gravée à l’entrée du fort de Vaux : te Malgré les diffi-« cultés énormes résultant d’une intense fumée et d’une émission « abondante de gaz, a accompli la mission dont l’avait chargé le « commandant Raynal. Unique moyen de communication de « l’héroïque défenseur du fort. A transmis ses derniers renseigne-« ments. Fortement intoxiqué, est arrivé mourant au colom-« hier ». Imagine-t-on combien d’hommes, dans cet enfer de Verdun, employés comme agents de liaison, eussent encore péri, en l’absence de ces précieux auxiliaires ! Imagine-t-on ce que serait devenue cette légendaire défense du fort de Vaux, s’ils n’avaient été là pour permettre au commandant Raynal d’assurer les suprêmes liaisons !
- Cependant, en dépit de faits semblables, il ne manquait pas d’esprits chagrins pour prédire que lorsque reprendrait la guerre de mouvement, les colombiers militaires deviendraient inutiles, dans leur fixité. Or, ce qui paraissait impossible a priori a été tenté et a réussi, grâce à la patience et à l’ingéniosité de nos sapeurs, grâce surtout au sens du retour, si mystérieux encore, du pigeon voyageur. Il semblait, en effet, scientifiquement établi que son sens de l’orientation tenait dans l’enregistrement de lignes magnétiques
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- établi entre son colombier et le lieu où il avait été emmené et lâché, enregistrement instinctif, plus ou moins net et clair selon ses qualités propres, mises en valeur après de minutieux entraînements. Si donc le colombier fixé en A, à 20 km des lignes, s’en trouvait bientôt à 100, à la suite d’avances rapides, le messager ailé, lâché en B, reviendrait bien en A ; position devenue alors inutile, l’État-Major ayant suivi l’avance des troupes. On imagina alors la confection de colombiers mobiles, soit avec des roulottes, soit avec d’anciens autobus transformés, avec tracteurs ou moteurs ; les pigeons, dès leurs premiers mois, furent habitués à retrouver leur nouveau gîte, déplacé d’une centaine de mètres. Ainsi un pigeonneau de six mois, élevé dans un colombier situé en bordure d’un bois, en A, est amené en B, à 1 km de là ; pendant son absence, le colombier se déplace en A', à 100 m à gauche, à l’intérieur du bois ; le pigeon lâché en arrivant en A marque quelques hésitations ; il tourne longtemps, mais finit par découvrir le nouvel emplacement du colombier mobile. Le premier pas est fait, la première difficulté vaincue. Le lendemain, c’est en B', à une distance trois ou quatre fois plus grande, que notre pigeon est amené ; lorsqu’on le lâche le colombier se trouve en A", dissimulé dans un bosquet, camouflé, à 1 km plus à gauche que n’était A'. Son hésitation est moindre ; il ne tourne plus au-dessus de l’emplacement primitif en A, il marque un moment d’inquiétude en A', mais continue sa route sur A", où, sous les branchages qui le cachent à sa vue, il retrouve la chère maison.
- Ainsi, progressivement, par des déplacements de plus en plus éloignés, les pigeons qui ont suivi l’avance d’une troupe retrouveront le colombier, non pas où ils l’avaient laissé, mais là où son emplacement, toujours variable, aura été décidé. Évidemment, les pertes sont inévitables dans le dressage ; il n’y a pas lieu, d’ailleurs, de les déplorer, car il s’agit de pigeons de moindre valeur qui n’auraient pu, par la suite, rendre les services exigés d’eux.
- Le problème de l’orientation lointaine, qu’on imaginait à peu près résolu par la théorie, se trouve ainsi, une fois de plus, remis en question ; il ne s’agit plus en effet du sens du retour à un lieu fixe, déterminé, connu par l’oiseau, mais d’un sens spécial, plus mystérieux encore, tout comme si le colombier émettait des ondes captées par lui grâce à d’invisibles antennes.
- La guerre 1914-1919 terminée, on put légitimement croire que le rôle du pigeon voyageur, comme agent de liaison, en dépit des services rendus, serait insignifiant, grâce aux progrès inouis réalisés dans le domaine de l’aviation et de la télégraphie sans fil. La « drôle de guerre » de 1939, en effet, par la fixité de son front pendant la première année, n’à pas permis de les voir à l’œuvre aux moments difficiles et la débâcle de 1940, l’effondrement de nos armées, l’avance si rapide de l’ennemi, ont bouleversé les plans de la colombophilie militaire comme les autres. On pouvait cependant espérer, l’occupation du territoire se prolongeant, et la « résistance à l’oppresseur » s’organisant, que les pigeons voyageurs pourraient rendre, dans la clandestinité, les précieux services que l’on sait. Mais l’ennemi avait compris avant nous le parti que pourraient tirer d’eux nos groupes de partisans et de « terroristes » : en zone occupée, grâce aux renseignements trouvés dans les préfectures et au siège des sociétés colombophiles locales, la Gestapo, aidée de techniciens allemands, eût tôt fait de détruire jusqu’au dernier pigeon ; en zone soi-disant libre, le gouvernement de Vichy emboîta le pas, et s’il n’alla pas jusqu’à la destruction totale, il rendit pratiquement impossible le sport colombophile, par l’interdiction de tout entraînement. Les pigeons, enfermés dans leurs cages, s’abâtardirent rapidement et comme leur nourriture coûtait cher, comme leur inaction prolongée engendrait maladies et épidémies, leurs propriétaires durent, la rage au cœur, les supprimer peu à peu. Beaucoup cependant avaient réussi, dans les deux zones, à dissimuler aux
- recherches quelques couples particulièrement précieux, opération méritoire car il fallait compter avec ces dénonciations qu’accueillaient avec zèle ici la Gestapo, là la Milice. Comment empêcher les pigeons de roucouler ? Comment les exercer au vol, aux lâchers lointains, sans attirer immédiatement l’attentien sur eux ?
- Si bien que lorsque les réseaux de la Résistance s’organisèrent, lorsque les patriotes prirent le maquis, il restait un pigeon là où il en eût fallu une centaine I Pour comble, combien peu, parmi nos maquisards, avaient quelques notions de colombophilie ! Ce n’est pas en quelques semaines, ni en quelques mois, qu’on s’improvise éleveur ; il faut des années. Faute des bagues légères, à l’intérieur desquelles on introduit le « colombogramme » avec une extrême facilité, ils fixaient la dépêche à envoyer soit à une plume de la queue, soit à une grande rémige, sans discernement, sans souci de la mue annuelle : le plus souvent la plume choisie tombait au premier vol ; ou bien, enfermés trop longtemps dans des colombiers de fortune, ils s’accouplaient, considéraient alors leur gîte passager comme définitif, et, lâchés, porteurs de la dépêche urgente, se hâtaient d’aller retrouver sur le nid le mâle ou la femelle dont on venait de les séparer ! On conçoit cependant l'immensité des services qu’auraient pu rendre ces intelligents messagers aux mains d’hommes compétents, à cette époque où le passage d’une ligne à l’autre était clandestinement périlleux, où les postes émetteurs étaient vite repérés et traqués, les ondes brouillées, où les agents de liaison entre maquis perdaient un temps précieux en allées et venues dangereuses ; hélas ! les pigeons, systématiquement détruits par l’ennemi ou par leurs propriétaires incapables d’assurer leur subsistance, devinrent vite trop rares pour être utilement employés.
- Actuellement, un peu partout, les sociétés colombophiles se reconstituent ; les éleveurs s’efforcent au prix des plus lourds sacrifices de repeupler leur pigeonnier, de retrouver la race disparue, ce sang qu’ils avaient eu tant de peine à obtenir à la suite de multiples croisements, de sévères sélections, d’attention soutenue. Souhaitons ardemment que leurs efforts soient encouragés par les Pouvoirs publics ; les événements d’hier pourraient se renouveler demain et rien de ce qui touche à la Défense nationale ne saurait laisser indifférents ceux qui ont la lourde charge de l’assurer.
- Jean Thauziès.
- Intendant universitaire du lycée Voltaire.
- Effets de la lumière de la lune.
- On a beaucoup discuté des influences possibles de la lune sur divers phénomènes biologiques. Mme Elizabeth Sidney Semmens rapporte dans Nature quelques expériences très simples qu’elle a faites en Afrique du Sud et qui montrent Faction de la lumière lunaire sur les plantes. Des grains d’amidon exposés 3 heures à la pleine lune présentent des cristaux dont certains se dissolvent dans le liqiude environnant. De l’amidon bouilli se transforme partiellement en sucre. De jeunes feuilles de capucine ou d’épinard, partiellement protégées par une feuille d’étain, conservent leurs grains d’amidon dans les régions obscures tandis qu’ils disparaissent dans les parties éclairées. Des rameaux de vigne s’enrichissent en sucre quand ils sont exposés à la pleine lune. Ces résultats, en tous points comparables à ceux qu’on obtient avec une lumière artificielle polarisée, prouvent que la lune agit par son éclairage sur les végétaux.
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- Un canal de l'Orénoque à
- 'Amazone
- L’Amazonie, défendue contre la curiosité des géographes par son climat et sa végétation, n’a pas fini de nous étonner. Elle reste la région la moins bien connue du monde.
- Une de ses particularités est la communication naturelle qui existe entre le Rio ÏNegro, affluent de l’Amazone, et l’Orénoque par un cours d'eau, le canal Casiquiare, qui franchit le seuil
- entre les deux bassins, à 114 m seulement d’altitude. On connait en maints autres points du globe des phénomènes de capture d’un cours d’eau par un autre : la Moselle, par exemple, qui se jetait dans la Meuse a fini par rejoindre la Meurthe et à déverser ses eaux dans le Rhin, mais ce sont là des phénomènes passés, géologiques, tandis que le Casiquiare est une jonction actuelle entre deux cours d’eau qu’on ne retrouve qu’au Tchad.
- Son existence fut reconnue dès 1639 mais ne fut admise qu’au xviii6 siècle. En 1800, de Humboldt, venu du Vénézuéla, vit et décrivit cette connection extraordinaire que seules quelques expéditions eurent ensuite l’occasion d’observer.
- Pendant la dernière guerre, les Etats-Unis songèrent à cette voie qui traversait les territoires producteurs de caoutchouc, alors que les transports par l’Atlantique étaient inquiétés par les sous-marins ennemis. Avec la coopération des Etats intéressés, le Vénézuéla, la Colombie et le Brésil, ils envoyèrent en 1943 une mission explorer la région-si peu connue : 16 hommes parcoururent près de 3 000 km ; des avions survolèrent tout le territoire dont ils prirent de nombreuses vues photographiques ; les ingénieurs sondèrent les cours d’eau, relevèrent leurs étranglements et leurs rapides, mesurèrent leurs débits, si bien que le rapport final, dont Engineering vient de rendre compte, aboutit à l’étude de plusieurs projets de réalisation d’une voie navigable continue entre la Mer des Antilles et l’Atlantique à travers la forêt tropicale.
- L’embouchure de l’Orénoque- est séparée de celle de l’Amazone par une distance de 4 720 km que parcourt une voie d’eau continue. Les navires de mer peuvent remonter l’Orénoque jusqu’à Ciudad Bolivar, à 350 km de la côte et l’Amazone jusqu’à Manaos, à 1 420 Ion.
- Ciudad Bolivar est un port fluvial, de 20 000 habitants, pourvu de moyens de chargement, où peuvent arriver des bateaux calant 3,60 m.
- Manaos est une grande ville de 100 000 habitants ; le Rio Negro y est large de 2,4 km et
- profond de 45 m ; son port dispose d’un grand dock flottant.
- De Ciudad Bolivar à Manaos, il reste 2 950 km à franchir sur une suite de cours d’eau moins navigables.
- On peut remonter l’Orénoque au delà de Ciudad Bolivar jusqu’à Puerto Ayacucho, sur 770 km au moyen de bateaux ne calant pas plus de 1 m à 1,50 m. On se heurte alors à deux séries de rapides, les Atures et les Maipures, séparés par un large plan d’eau, qui finissent 67 km. plus loin à Sanariapo. Le gouvernement vénézuélien a construit en 1928 une route parallèle au fleuve qui relie Puerto Ayacucho à Sanariapo ; les transbordements de marchandises aux deux extrémités se font à main d’homme. Les rapides d’Atures se succèdent au nombre de 9 sur 8 km ; ceux de Maipures ne sont que 4 dont un a une chute de 8 m. Plus en amont, à San Fernando de Ata-bapo, débouche un court affluent, le rio Atabapo, puis de nouveaux rapides, au nombre de 4, barrent le fleuve à Santa Barbara, près du confluent du rio Ven-tuari, 230 km plus loin, près de Tama Tama, l’Orénoque redevenu une calme rivière près de sa source déverse une partie de ses eaux dans le canal Casiquiare qui les conduit au Rio Negro, dans le bassin de l’Amazone. Le canal Casiquiare s’élargit peu à peu de 45 à plus de ISO m ; il a une profondeur de 1,20 m à l’étiage, de 1,80 m pendant dix mois de l’année. Il arrive à San Carlos, au confluent du rio Gûainia et verse ses eaux dans le Rio Negro large de plus de 500 m et profond de 4 m. Malheureusement, 290 km plus loin, le Rio Negro est également barré par une série de 18 rapides, après quoi il descend pendant plus de 900 km vers Manaos, large et lent, avec une profondeur de plus de 4,50 m.
- La zone de franchissement difficile est celle des rapides, de Puerto Ayacucho à San Gabriel, et plus particulièrement celle du Haut Orénoque. Actuellement, tout le pays est couvert par la forêt vierge ; sur une étendue de cinquante millions d’ha on ne compte pas plus de 6 000 habitants et neuf agglomérations de plus de 100 personnes. Mais la région est riche en arbres à caoutchouc sauvages, Hevea brasiliensis et l’on a reconnu de grandes réserves de pétrole en Colombie, non loin des voies d’eau.
- Du Brésil au Vénézuéla, on débarque les marchandises en aval des rapides de San Gabriel et on les recharge sur d’autres bateaux 3 km plus loin. De San Carlo à Puerto Ayacucho, on navigue sur le rio Guainia jusqu’à Pimichin en canoë, on franchit
- Fig. 2. — La région dont la navigation devrait être aménagée.
- Tama Tamé
- Puerto ~ Aqacucho Sanam
- COLOMB!
- Fig. 1.
- L’Amérique du Sud, de l’Amazone à l’Orénoque.
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- la crête de Pimichin à Yavita par portage et l’on descend le rio Atabapo en canoë jusqu’à Sanariapo où l’on trouve la route vénézuélienne qui conduit à Puerto Ayacucho, au delà des rapides d’Atures. Le trafic est, sinon, impossible, du moins insignifiant.
- Les explorateurs américains ont abouti à une série de plans de transport qui peuvent être progressivement exécutés.
- Le plan AA, réalisable immédiatement, envisage la mise en état et l’extension de la route vénézuélienne de Sanariapo à un nouveau port, Puerto Maipures. On ne rectifierait pas la voie d’eau, mais on y ferait deux dépôts de pétrole et l’huile et l’on y amènerait quelques remorqueurs et chalands.
- Le plan A y ajoute des engins de déchargement et des magasins ainsi qu’une cale de réparations sur chaque plan d’eau.
- Le plan B s’attaque aux cours d’eau qui seraient dragués et dérochés pour assurer partout une profondeur de 1,80 m.
- Enfin, le plan C assurerait le développement complet de la route fluviale, avec écluses, barrages, creusement à 3 m, sur tout
- le parcours, suppression des rapides et par suite des transbordements et du portage, installations hydroélectriques pouvant fournir à Atures 780 000 lcW, à Maipures 490 000 et San Gabriel 850 000.
- Les devis des travaux ont été établis de la façon suivante :
- Prix dtS Tonnage Prix du transport
- travaux annuel par tonne
- Plan en dollars transportable en ^dollars
- AA .... 990 000 13 800 52
- A 4 128 700 97 500 27
- B 6 856 000 189 600 18,9
- G 30 S80 000 1 754 000 8,9
- Yerrons-nous bientôt la mise en valeur de ces immenses régions, à peine connues, inhabitées, mais riches sans doute de très nombreux trésors ?
- L'évolution du moteur mécanique.
- On sait que la première utilisation de la machine à vapeur remonte à Denis Papin en 1645. Plus tard, Savary utilise la marmite primitive de Papin, et avec Newcomen construit une pompe à piston. Enfin, en 1765, paraît la machine à vapeur de James Watt, le véritable inventeur du dispositif encore utilisé sur les machines à vapeur modernes à mouvement alternatif.
- En 1860, Lenoir réalise la première application pratique du moteur à gaz à explosion.
- Yingt-cinq ans plus tard paraissent les turbines à vapeur développées par Parsons.
- Les essais de Lenoir pour l’alimentation de son moteur par l’air carburé ne donnent que de médiocres résultats et il faut attendre 1884 pour que se dessinent, avec l’apparition du moteur à essence à explosion de Forest, les immenses possibilités des industries de l’automobile et de l’aviation.
- En 1892, le moteur Diesel fait son entrée.
- Rapidement, les conceptions primitives de ces diverses machines motrices s’améliorent pour parvenir à leur état actuel, et mettre à la disposition de l’homme les chevaux-vapeur par dizaine de millions .
- Pendant la guerre un nouveau type de moteur thermique a fait son apparition : la turbine à gaz (i).
- Dès ses débuts, elle s’est manifestée comme un concurrent redoutable pour ses devanciers, et entre de plain-pied dans les domaines qu’ils s’étaient réservés.
- La turbine à gaz utilise l’expansion des gaz produits par la combustion de carburants liquides,, et bientôt de charbon pulvérisé. Elle comporte trois éléments essentiels : 1? un compresseur rotatif qui aspire l’air atmosphérique et le comprime sous 5 à 10 kg par cm2 en même temps qu’il élève sa température à 200° ou 300° ; 2° une chambre de combustion où le combustible est brûlé par l’air comprimé dégageant une masse gazeuse portée à 600° ou 800° et contenant un excès d’air ; 3° une turbine motrice alimentée par ces gaz de combustion.
- L’ensemble tourne à grande vitesse : 3 000 à 15 000 tours et constitue un ensemble massif peu encombrant.
- Sous la forme de moteurs à réaction, les turbines à gaz, depuis quelques années déjà, équipent les avions. Elles entraînent locomotives et navires et existent également en installations fixes.
- Les rendements thermiques varient suivant les types et l’emploi auquel ils sont destinés. Dans les cas où il n’existe pas de limitation de poids, pour les installations fixes, pour les navires, il sera possible de munir les turbines à gaz de tous les accessoires de récupération thermique et de porter les rendements au delà de tous les records actuels.
- 1. Yoir La Nature : Possibilités nouvelles de la turbine à gaz, par P. Devaux, n° 3130, 15 février 1947.
- La turbine à gaz se perfectionne sans cesse, il reste probablement peu à gagner sur le compresseur malgré que celui-ci absorbe près des trois quarts de l’énergie développée. Par contre l’élévation de la température des gaz qui actionnent la turbine conduira, conformément aux lois de la thermodynamique, à une élévation parallèle du rendement thermique.
- La température des gaz est actuellement volontairement limitée à celle que peut supporter sans dommage le métal qui constitue les ailettes de la turbine. Des recherches se poursuivent pour l’étude des alliages réfractaires, mais il est possible qu’une solution apparaisse venant de toute autre direction. Le Bureau des Standards des Etats-Unis a récemment annoncé la mise au point d’un nouveau produit céramique à base de glucine, zircone.et thorine, exempt de silice, qui peut trouver sa place dans la construction des turbines à gaz et des moteurs à réaction, par suite de ses propriétés exceptionnelles.
- On peut prévoir que la turbine à gaz va précipiter l’évolution des moteurs et bouleverser la mécanique.
- Des spécialistes affirment sérieusement que d’ici dix ans la turbine à gaz aura liquidé toute concurrence et relégué dans le passé tous les autres moteurs thermiques.
- L. P.
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Poudre insecticide.
- MM\ les Drs Grégoire et Patay, professeur et chef de travaux à l’Ecole de Médecine et de Pharmacie de Rennes, viennent de publier dans le Bulletin de la Société scientifique de Bretagne les résultats auxquels ont abouti leurs recherches sur la destruction des ectoparasites de l’homme et des animaux : poux et puces notamment. Après de très nombreux essais ils ont porté leur choix sur des poudres fines, agissant surtout en se fixant sur les insectes et les déshydratant. Ils ont préféré un polysili-cate d’aluminium obtenu par double décomposition entre un polysilicate de soude et du sulfate de soude dans des conditions de pH bien déterminées. Pour renforcer l’action de cette poudre, ils ajoutent de la naphtaline, du xylol et du paradichlorobenzène, à des doses non toxiques et aboutissent à la formule suivante :
- Polysilicate d’aluminium.................. 60 g
- Xylol .................................... 30 cm2
- Naphtaline ......................... 5 g
- Paradichlorobenzène ....................... 5 g
- La poudre ainsi obtenue, ininflammable, non toxique, a une action rapide sur les parasites, soit qu’on s’en serve pour saupoudrer le corps et les vêtements, soit qu’on la place sur les parquets où les puces et les punaises se réfugient.
- Le gérant : G. Masson. — masson et g16, éditeurs, paris. — dépôt légal : 3e trimestre ig47, n° 494. — Imprimé en France.
- BARNÉOUD FRÈRES ET Cle, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 728. — 9-1947.
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- N° 3144
- 15 Septembre 1947
- LA
- LES
- L
- e voyageur qui passe en auto sur la route nationale n° 7, cette grande voie qui mène de Paris à Antibes, ne se doute guère qu’il laisse sur sa droite, après le lieu dit « La Belle Épine », une curiosité peu connue du département de la Seine.
- Il s’agit des sources de Rungis qui furent les premières naïades de Lutèce et qui depuis plus de i5oo ans continuent à déverser leur onde pure et limpide vers la Grande Ville.
- Entre la Seine et la Bièvre s’étend un large plateau de terres cultivées d’une altitude de 85 m
- environ ; la lèpre des lotissements l’a très peu entamé car ceux-ci sont de faible importance vu le manque de communications faciles et le paysage conserve encore son allure agricole malgré le voisinage de l’aérodrome d’Orly d’où s’envolent les avions vrombissants.
- Dominant d’une cinquantaine de mètres la vallée du fleuve parisien, il s’incline très doucement de l’Est à l’Ouest et supporte quelques villages de faible population dont voici les noms : Chevilly où se connectent les lignes de haute tension venant de province, Rungis, Wissous, Fresnes, Morangis, Chilly-Ma/arin et Massy; seul Rungis nous intéresse au point de vue hydrologique.
- La pensée qui vient immédiatement à l’esprit est la suivante : Comment des souices peuvent-elles exister dans une région aussi plate ? Cela semble inconcevable au touriste pressé qui file à toute vitesse vers Fontainebleau ou Lyon. Qu’il descende de voiture et se dirige vers Rungis; il s’aperçoit alors d’une faible déclivité et constate que le terrain qu’il foule est formé d’une couche superficielle d’humus à laquelle succèdent meu-
- EAUX
- DE RUNGIS
- lière grossière et caillasse surmontant les marnes vertes imperméables et que celles-ci au Nord du village affleurent le sol. Il comprend alors que les eaux fluviales qui tombent sur le plateau filtrent au travers des roches poreuses et rencontrant un palier étanche, suivent son pendage jusqu’au point où elles peuvent revoir le jour.
- Les Romains de la Décadence aimaient leurs aises. Constance Chlore appréciait la douceur du climat lutécien. Il fit construire vers la fin du me siècle un palais dont les vestiges subsistent Boulevard Saint-Michel. Cet'.e demeure impériale nécessitait un important approvisionnement d’eau tant pour son service que pour les thermes fort en usage à cette époque et une adduction devenait obligatoire. Des recherches furent faites aux alentours de la cité naissante et les ingénieurs observèrent que les sources du plateau de Rungis pouvaient grâce à leur abondance et leur hauteur être amenées sans grandes difficultés jusqu’aux bords de la Seine. Les travaux furent entrepris et la main-d’œuvre étant de prix infime ils
- Fig. 1. — Une source à Rungis. — 2. Lavoir à Rungis. — 3. Anciennes fontaines à Rungis.
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- ne prirent pas grand temps. C’est par une rigole à ciel ouvert que l’onde de Rungis fut conduite à Lutèce en passant sur un aqueduc dont les ruines sont encore visibles à Arcueil pour franchir le thalweg de la Bièvre. Il faut noter qu’en ce temps les environs de Paris étaient boisés et que l’eau ne perdait guère de sa fraîcheur en coulant sous des ombrages.
- Les années passèrent; les Barbares, puis les Normands survinrent et dévastèrent les ouvrages de la civilisation romaine. L’incurie du Moyen-Age régna, rien ne fut réparé et la canalisation ne larda pas à se combler et à disparaître. Il faut arriver au xvne siècle pour la voir ressusciter.
- La Renaissance bat son plein. Marie de Médicis embellit les jardins du Luxembourg et fait édifier par Salomon de Brosse la- fontaine qui porte son nom. Il faut l’alimenter et pour cela on songe à la dérivation romaine. Un bourgeois de Paris, Joseph Aubry offre le 6 juillet 1612 d’entreprendre la réfection de la conduite mais sa proposition n’est pas admise et l’adjudication est accordée le 27 octobre de la même année à Jehan Coing qui meurt presque aussitôt et c’est un des frères Gobelin, de la famille des célèbres teinturiers, qui reprend l’entreprise.
- Il avait été alloué pour ce travail 46o 000 livres et 5 à 600 ouvriers y trouvèrent emploi. Le i3 juillet i6i3, le jeune roi Louis XIII visite les chantiers avec une nombreuse suite et le 17, après un repas magnifique, il pose la première pierre du Grand Regard. Une médaille fut frappée à cette occasion; elle représente sur l’avers l’effigie du souverain (il avait onze ans) et sur le revers sa mère, régente du royaume. Les travaux durèrent dix ans et ce n’est qu’en 1623 que les eaux parvinrent au faubourg Saint-Jacques, à la grande liesse de la population. La construction du bel aqueduc d’Arcueil qui se superpose au romain avait exigé ce long délai. C’est de cette époque que datent le beau Carré des Eaux à Rungis encore parfaitement visible et les regards qu’enjolivent d’élégants motifs d’archi-
- tecture. L’eau qui coule de nos jours à la fontaine Médicis provient toujours des mêmes sources qui continuent leur action bienfaisante.
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- Ayant terminé la partie historique de cet article, examinons maintenant les lieux où nous nous trouvons.
- Le Carré des Eaux est situé au Nord du village de Rungis. C’est une excavation rectangulaire dont les dimensions sont d’environ 117 m sur i56. Anciennement elle était remplie d’eau comme le marquent les cartes d’Ëtat-Major mais actuellement elle est asséchée et sert de terrain de jeux à la jeunesse sportive. Entourée d’un remblai de 2 m, elle abrite dans son sous-sol les captations des sources des Maillets et de la Pirouette et autres points d’eau.
- Au sud-ouest se dresse, proche de la maison d’habitation du garde, l’élégant et important regard dont nous avons parlé, tandis qu’au nord-ouest s’élève un petit monument de moindre intérêt. Le trop plein des eaux s’écoule vers le Sud et remplit le bassin d’un lavoir couvert, recueille ensuite le débit d’autres fontaines qui jaillissent dans le village et s’enfuit en un vallon assez accentué qui est celui du Rungis. Un peu avant d’arriver à la ligne ferrée de rocade de Massy à Orly, le ruisseau qui s’est grossi d’infiltrations dues à la présence des marnes dont une exploitation subsiste sur sa rive gauche, tourne franchement vers l’Ouest pour se diriger vers la Bièvre. Il traverse un petit bois humide, reçoit à gauche le tribut des fontaines de Wissous qui renferme dans son église quelques traces de peintures murales du xvie siècle, baigne le parc du château de Mont Jean, rafraîchit quelques prairies avant d’atteindre l’ancien parc du château de la Tourvoie. Ce château entièrement démoli pendant la Révolution, dépendait du domaine de Berny; il n’en reste plus que les vestiges d’une nymphée au point où le ruisseau l’aborde. Remplissant deux
- Fig. 4. Regard Louis XIII près du Carré des Eaux. — 5. Le château de Mont-Jean. — 6. La nymphée de la Tourvoie.
- de la Tourvoie, avec ta nymphée au fond.
- 7. Le canal
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- pièces d’eau qui se coupent c. angle droit et qu’envahissent les plantes lacustres, il s’échappe en gazouillant pour joindre le boulevard Pasteur sous lequel il passe et se perd dans J a Bièvre morte en aval de la rue Louis Bar-thou h Fresnes.
- Les eaux captées suivent une antre destinée. Quittant Rungis, elles vont vers l’Ouest par une canalisation souterraine que signaient divers regards et des bornes multiples. Elles circulent au flanc droit des coteaux de l’Hay pour descendre vers l’aqueduc d’Arcueil qui leur permet de franchir la coupure de la Bièvre. Il est curieux d’observer en cet endroit la présence de travaux de trois époques différentes et de voir se surmontant : l’aqueduc romain enclos dans une propriété à gauche de la rivière, celui de Salomon de Brosse et le dernier en date, celui de la Vanne, notre contemporain. De là par une pente bien calculée, les eaux arrivent au Luxembourg en traversant le territoire de Montrouge avant d’épancher leurs pleurs sur le triste sort d’Acis et de Galathée.
- Toutes ies eaux du Rungis n’ont pas celle faveur artistique el d’aucunes sont asservies à des fins plus prosaïques. Partant du regard Nord du Carré des Eaux, elles s’enferment dans une conduite qui, braquée vers le Nord, leur fait parcourir
- 2 km pour les adjoindre au gros aqueduc de la Vanne, fille de l’Yonne qui se déverse dans le Réservoir de Montsou-ris, car elles sont, excellentes à boire malgré de faibles traces de sulfate et de carbonate de chaux qui déterminent dans les tuyaux de légères incrustations. Leur titre hydrotimétrique varie de iü à 21° et dans ces conditions on comprend l’empressement des Romains à les capter pour leur usage. Onde pure et niveau élevé sont deux conditions rêvées par les fontainiers et il faut croire que ceux du début de notre ère n’étaient pas maladroits puisque leurs travaux servent encore de nos jours.
- Cxi. Broyer.
- La fabrication continue du savon.
- La vieille et traditionnelle industrie de la fabrication du savon vient de faire un bond et de rejoindre les techniques chimiques les plus modernes.
- Le lent procédé discontinu classique qui demandait de deux à quatre semaines pour livrer un produit convenable est maintenant concurrencé par une méthode continue de fabrication qui délivre son produit fini en quelques heures.
- L’usine de Procter et Gamble à Ivorydale, dans l’Ohio, utilise ce nouveau procédé. Il e.st basé sur l’hydrolyse des matières grasses par catalyse sous pression et à température élevée de l’ordre de 275°.
- L’hydrolyse est réalisée en marche continue par contre-courant dans une colonne alimentée d’une part par les corps gras préchauffés et additionnés du catalyseur à base d’oxyde de zinc, et d’autre part avec de l’eau surchauffée sous pression (35 atm environ).
- Les corps gras sont des éthers de la glycérine, ils sont le produit de sa combinaison avec une série très variée d’acides gras. Par hydrolyse, les deux constituants se trouvent séparés, mais la réaction est réversible ; si les produits restent en présence, ils tendent à se recombiner. Pour l’éviter et pour parvenir à une réaction complète, la glycérine est éliminée par contre-courant au fur et à mesure de sa libération et l’on parvient ainsi à hydrolyser la totalité des corps gras mis en œuvre. Finalement, on obtient des acides gras, et de la glycérine étendue d’eau.
- Les acides gras sont distillés dans le vide, ce qui les porte à un très haut degré de pureté. Il suffit de les faire réagir sur des alcalis : soude ou potasse, seuls ou en mélange, pour obtenir le savon, directement au degré d’humidité désiré, en général 20 pour 100.
- La glycérine étendue d’eau est concentrée dans des évapo-rateurs à multiple effet. On obtient ainsi le produit technique qui peut être purifié par distillation dans le vide.
- Le procédé est d’une très grande souplesse ; s’il exige des réglages assez précis de températures et de débits, ceux-ci peuvent être réalisés presque .automatiquement. Comme tous les procédés à marche continue, il conduit à des réductions de main-d’œuvre et à l’abaissement des prix de revient. Il fournit des savons clairs, de la plus haute qualité, immédiatement utilisables après un cycle d’opérations qui ne dure que quelques heures alors que les procédés classiques exigent plusieurs semaines.
- Par suite de ces avantages, les usines de savon par procédé continu se multiplient aux États-Unis. Cette industrie traditionnelle est brutalement rénovée sans transition et portée au plus haut niveau de la technique moderne par le progrès constant des sciences chimiques.
- L. P.
- Le freinage des avions au sol.
- Les possibilités de voyages aériens par tous les temps se trouvent renforcées par la mise au point d’un frein d’avion fonctionnant par une hélice réversible que l’on emploie déjà sur le nouveau quadrimoteur Douglas DC-6. Ce système de freinage auxiliaire obtenu grâce à l’hélice réversible Curtiss Wright, équipe également le Lockheed « Constellation » et permet d’arrêter un appareil lourd sans avoir recours au frein sur roues, ce qui est un avantage inappréciable sur les pistes d’atterrissage humides ou gelées.
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- UNE MACHINE A COUDRE ÉLECTRONIQUE
- L’apparition, dans une industrie établie, de matériaux nouveaux entraîne presque toujours le besoin de techniques améliorées pour utiliser au mieux leurs caractéristiques. Cette loi générale s’applique aux matières plastiques dont les progrès, on le sait, ont été remarquables au cours de ces dernières années, par suite du manque de certaines matières premières naturelles, notamment de caoutchouc.
- Les principales ont surtout été jusqu’à présent les résines de vinyle et de vinylidène, les différents éthers et esters de cellulose, les résines de styrène, de polyéthylène, etc...
- Beaucoup d’applications de ces produits nouveaux reposent sur les propriétés d’imperméabilité à l’humidité et aux gaz qu’ils possèdent. Il importait donc de les coudre ou mieux de les coller pour rendre leurs assemblages imperméables.
- Trois méthodes ont été utilisées pour assembler des feuilles de matières plastiques ; d’abord la couture, très rapide, qui a l’inconvénient d’affaiblir le produit par suite de sa perforation par l’aiguille de la machine à coudre et qui en outre exige l’application d’une colle avant et après la couture, si l’on désire que l’objet reste imperméable.
- Des assemblages sans couture ont été également réalisés par l’intermédiaire d’un solvant, les feuilles plastiques imprégnées étant ensuite placées sous presse. Des collages ont enfin été réalisés dans le cas des matières thermoplastiques par l’emploi de plaques ou de rouleaux chauffants. Ces deux dernières méthodes sont d’ailleurs fréquemment combinées, afin de réaliser un collage imperméable ; mais dans un cas comme dans l’autre, le résultat obtenu n’est pas parfait, car souvent l’action du solvant a pour conséquence d’affaiblir le produit et le pressage à chaud a pour conséquence de fréquentes déformations. L’amélioration apportée à ces techniques par l’emploi de rouleaux chauffants de façon à réaliser un collage continu n’a pas apporté à la solution du problème d’amélioration sensible.
- Il n’est donc pas étonnant que l’on ait fait appel aux méthodes de chauffage par haute fréquence dont on connaît les importantes applications, non seulement dans le domaine des traitements thermiques d’objets métalliques, mais également dans celui du chauffage des matières non conductrices.
- On voit tout de suite que l’on peut augmenter W, c’est-à-dire réchauffement en agissant sur E et /, puisque les autres facteurs dépendent des caractéristiques de la machine et des qualités de la matière. Mais on ne peut agir sur E ans risquer d’atteindre des tensions pour lesquelles il y a ruptuie de la matière placée entre les électrodes et jaillissement d’un arc. C’est donc en augmentant la fréquence qu’on pourra élever la vitesse d’échauffement du produit.
- Sans vouloir entrer dans le détail de cette théorie, nous rappellerons en outre que dans le chauffage par haute fréquence, l’élévation de température se produit d’une façon uniforme dans toute la masse de l’objet placé entre les électrodes et qu’elle est égale et souvent même plus importante au centre de l’objet.
- Si, au contraire, deux feuilles plastiques sont chauffées par conduction (fig. 1), pour obtenir une élévation de température suffisante des surfaces à coller, il faut échauffer exagérément la partie placée au contact des plateaux. Il en résulte que sous l’influence de la pression, la partie externe se ramollit, se déforme, est même
- Fig. 1.
- Fig. 1 et 2. — 1. Collage de deux feuilles plastiques par plateaux chauffants. — 2. Collage de deux feuilles plastiques par haute
- fréquence.
- Le chauffage par Haute fréquence.
- Si l’on introduit un objet isolant entre deux armatures formant condensateur, reliées à une source de courant alternatif à très haute fréquence, la matière isolante se trouve être le siège d’un échauffement dû à des phénomènes que l’on sait aujourd’hui expliquer. Les molécules qui constituent la matière isolante, lorsqu’elles ont un caractère polaire, tendent en effet à se placer parallèlement et dans le sens des lignes de force du champ électrique créé par les armatures. Toutefois, comme le champ varie de sens un grand nombre de fois par seconde, les molécules, à chaque inversion, tendent à tourner de 180° et on admet que ce sont les frottements qui résultent de ces rotations multiples qui sont la cause de l'échauffement constaté.
- La formule qui donne l’énergie transformée en chaleur dans le diélectrique d’un condensateur est la suivante :
- W = 2iÆ2/.c.tg S
- dans laquelle :
- W est l’énergie dissipée en watts dans la matière ;
- E la tension efficace entre les électrodes ;
- / la fréquence ;
- c la capacité du condensateur ; tg § le facteur de perte du diélectrique.
- chassée d’entre les plateaux et il y a là une cause d’affaiblissement du joint en même temps que la matière devient gommeuse et tend à coller aux plateaux chauffants, ce qui nécessite un nettoyage fréquent de ceux-ci.-
- Avec le chauffage par haute fréquence (fig. 2) c’est au centre de la masse à chauffer, c’est-à-dire à la surface de contact des deux couches de matières à coller, que le chauffage est maximum. Il en résulte qu’en appliquant une légère pression par l’intermédiaire des armatures, les surfaces en regard, très ramollies, se collent facilement, alors que les surfaces au contact des armatures, moins chaudes, ne se déforment que d’une façon insignifiante. Ce principe a été adopté pour le collage par haute fréquence des feuilles plastiques et il est devenu possible de rendre le procédé continu grâce à l’emploi d’électrodes constituées par des rouleaux et de la machine à coudre électronique que nous allons maintenant décrire.
- La machine à coudre électronique.
- La machine à coudre électronique se présente sous l’aspect extérieur d’une machine à coudre normale (fig. 3). Le châssis de l’appareil placé sur une table de travail supporte les deux rouleaux-électrodes qui constituent les deux armatures d’un condensateur. L’appareil producteur de courant à haute fréquence, oscil-
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- Fig. 3. — Machine à coudre électronique.
- lateur à tubes analogues à ceux que l’on emploie dans les radiocommunications, est logé sous la table de travail, dans un coffret parfaitement isolé. Le rouleau inférieur est isolé du châssis et est lié à l’appareil producteur de courant à haute fréquence, tandis que le rouleau supérieur qui par l’intermédiaire d’un ressort appuie sur le rouleau inférieur afin d’exercer la pression nécessaire à la soudure, est relié à la terre par l’intermédiaire du châssis de la machine. La rotation des deux rouleaux est assurée grâce à un petit moteur muni d’un réducteur. On peut régler à volonté la vitesse de rotation du moteur, afin de faire varier la vitesse de passage des feuilles à souder entre des limites assez étendues. Le rouleau inférieur est complètement enfermé dans la table de travail de la machine, de telle sorte que l’opérateur ne risque à aucun moment de recevoir un choc électrique. L’oscillateur est relié aux électrodes par une ligne de transmission dont la longueur correspond au quart de la longueur d’onde utilisée pour le circuit oscillant.
- Les premiers essais effectués avec cette machine reposaient sur l’emploi d’une fréquence de 15 mégacycles ; cette fréquence a ensuite été portée à 45 et finalement, c’est une fréquence comprise entre 50 et 70 mégacycles qui a été adoptée sur les derniers modèles. L’appareil est en outre largement calculé de façon à permettre le collage de feuilles d’épaisseur variable à une vitesse raisonnable.
- Calcul de la puissance.
- Supposons que nous ayons à souder des feuilles de résines vinyliques dont le point de ramollissement est compris entre 90° et 150° C, la chaleur spécifique d’environ 0,4 calories par gramme et la densité de 1,5. En négligeant les pertes de calories par conduction dans les électrodes, on voit que la puissance nécessaire pour élever la température de 1 cm3 de résine de vinyle de 20° à 150° en une seconde est de P = J.p.c 4T, expression dans laquelle J est l’équivalent mécanique de la chaleur, p la densité du produit, c sa chaleur spécifique et AT l’élévation de température désirée.
- Si l’on veut dans ces conditions souder deux feuilles de résine de vinyle ayant chacune une épaisseur de 1/100 de mm sur une largeur de 3 mm environ et à une vitesse de 1,50 m à la minute, il est facile de calculer l’énergie que doit fournir l’appareil pour répondre à ce problème.
- Nous avons négligé dans cet exposé les pertes de chaleur dues
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- au contact qui existe entre les feuilles à souder et les électrodes froides. Nous n’entrerons pas dans les calculs assez complexes qui permettent de tenir compte de ce facteur, mais nous reproduirons simplement (fig. 4) un certain nombre de courbes qui montrent la puissance nécessaire pour le collage des feuilles de vinylite d’épaisseurs différentes, suivant la vitesse de passage des feuilles dans la machine. On voit d’après ces courbes que pour chaque vitesse de passage des feuilles dans la machine, il existe une épaisseur optimum pour laquelle la puissance nécessaire est minimum.
- Il ne faut d’ailleurs pas croire que les pertes de chaleur par les électrodes d’amenée de courant soient négligeables. Le calcul montre en effet que la présence de ces électrodes conductrices et les pertes qui en résultent multiplient à peu près par 2 l’énergie nécessaire pour élever à la température de soudure deux feuilles de matière plastique à coller. Mais la présence de ces électrodes froides est par ailleurs très avantageuse. En effet, elles aident à maintenir la surface externe des feuilles à une température relativement basse, par rapport à celle des surfaces en présence qui doivent être collées ; il en résulte que les déformations de la matière sont considérablement réduites et que la surface des électrodes reste toujours propre, n’étant pas polluée par la matière ramollie.
- Réglage-
- Avant de mettre en service une machine à coudre électronique analogue à celle que nous venons de décrire, il importe de procéder à quelques réglages préliminaires, mais une fois ces réglages terminés, le fonctionnement de la machine devient aussi simple que celui d’une machine à coudre ordinaire.
- Les machines à coudre électroniques comportent donc les dispositifs de réglage suivants :
- Réglage de la fréquence. — La fréquence exacte est obtenue lorsqu’une lampe au néon placée sur le devant du coffret atteint son éclat maximum ;
- — Réglage du débit qui dépend de la nature, de l’épaisseur et de la largeur des joints à exécuter, du nombre de feuilles à coller ;
- — Réglage de la pression de l’électrode supérieure que l’on ajuste au moyen d’une vis micrométrique ;
- — Réglage enfin de la vitesse de passage des feuilles entre les électrodes.
- L’arrivée de courant aux électrodes est commandée par une pédale et l’installation comporte un interrupteur général qui coupe la liaison entre l’oscillateur et le réseau. L’appareil fonctionne sous courant alternatif 110 V, 50 ou 60 périodes, il consomme à pleine marche 13 ampères.
- Parmi les produits qui se prêtent particulièrement bien au collage par haute fréquence, nous citerons les feuilles de résines de vinyle (Vinylite et Koroseal), les feuilles de chlorure de viny-lidène (Saran), les feuilles de chlorhydrate de caoutchouc (Plio-film). Le collage des feuilles de Pliofilm et de résines vinyliques ne présente aucun ennui. Avec les feuilles de Koroseal constituées de chlorure de vinyle plastifié, on se heurte parfois à des difficultés dues à un trop grand refroidissement de la matière par les électrodes métalliques. Il faut alors élever la tension entre les électrodes, mais des risques de jaillissement d’arc peuvent se produire. On parvient à surmonter ces difficultés en interposant entre les deux feuilles de Koroseal à coller un ruban de Vinylite. Ces difficultés dans le collage des feuilles minces pouvaient d’ailleurs être prévues par l’examen des courbes de la figure 4 qui montrent que la concentration du champ électrique doit augmenter considérablement lorsque l’on veut coller des feuilles très minces.
- Par contre, avec d’autres produits tels que le polyéthylène et le polystyrène, les résultats obtenus n’ont pas été excellents. On
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- sait en effet que ces substances sont d’excellents isolants pour haute fréquence et que leurs pertes diélectriques sont extrêmement faibles. L’acétate de cellulose se colle difficilement, à cause de son humidité et il faut réduire sensiblement la vitesse de passage des feuilles dans l’appareil. Enfin, avec les feuilles de cellophane, on n’obtient de bons résultats qu’à condition d’enduire les surfaces à coller d’un produit de scellement.
- Nous avons reproduit dans le tableau ci-dessous les caractéristiques essentielles des feuilles de matière plastique susceptibles d’être collées par la machine à coudre électronique.
- Pratiquement, la machine peut réaliser des collages de 1,5 à
- deux feuilles plastiques, réalisée avec une électrode supérieure comportant deux roues jumelles.
- Applications du collage par haute fréquence.
- L’application principale de la machine à coudre électronique est la confection des manteaux de pluie et autres vêtements imperméables. Nous avons déjà dit que l’emploi d’une machine à coudre ordinaire rend nécessaire l’imperméabilisation des coutures. Avec le collage par haute fréquence, ce traitement accessoire devient inutile et la solidité de l’ensemble est augmentée.
- Caractéristiques bes feuilles de matières plastiques
- Nom du produit. Pliofilm Vinylite Koroseal Saran
- Constitution chimique . Chlorhydrate de caoutchouc Résine vinylique Chlorure de vinyle plastifié Chlorure de vinylidène
- Epaisseur 0,025-0,045 mm 0,1 mm 0,015-0,040 mm bonne, augmente 0,04-0,12 mm
- Rigidité diélectrique . . excellente excellente avec l’épaisseur
- Vitesse de collage . . . 1,50 m/mn 1,50 m/mn 1,50 m/mn 1,20 m/mn
- Conductibililé thermique . 3 x 10—* 3,9/4.10—4 3,9/4.10—1 2,2 x 10—4
- Chaleur spécifique . 0,30-0,43 0,30-0,50 0,32-0,51 0,32
- Densité 1,64 1,2-1,6 1,2-1,6 1,60-1,75
- Point de ramollissement . 80-110» C 90-150» C 90-110» C 110-140» C
- 6 mm de largeur suivant les dimensions de l’électrode supérieure. L’épaisseur maximum de feuilles qu’elle peut chauffer est de 1 mm, c’est-à-dire qu’elle peut coller soit 2 feuilles de 0,50 mm, soit 10 feuilles de 0,10 mm et c’est en agissant sur le réglage du circuit dont la longueur d’onde dépend de la capacité du condensateur constitué par les électrodes et la matière, qu’on assure le bon fonctionnement de la machine.
- Dispositions accessoires.
- Il est possible d’adjoindre à cette machine certains dispositifs accessoires inspirés de ceux que l’on trouve sur les machines à coudre habituelles, de façon à réaliser des travaux spéciaux tels que couturé double, travaux de bordure, ourlet, etc...
- Nous avons reproduit sur la figure 5 quelques exemples d’assemblages réalisés avec la machine. La figure A montre comment il est possible de renforcer le collage de deux feuilles plastiques par un ruban replié sur le joint. Cette méthode d’assemblage convient particulièrement bien à la fabrication de sacs où de récipients destinés à contenir des gaz ou des liquides:
- La figure B indique comment il est possible de protéger les bords d’une feuille plastique et d’éviter son déchirement en l’encadrant d’un ruban de tissu enduit replié autour de la feuille. La présence du tissu n’empêche en rien le passage du champ électrique, il remplit simplement le rôle d’isolant, de telle sorte que les deux surfaces intérieures de contact se ramollissent en assurant un bon collage. Par l’emploi de rubans gommés de couleur, il est possible d’obtenir un effet décoratif agréable.
- La figure C représente un ourlet réalisé avec la machine à coudre électronique. De même qu’avec la machine à coudre ordinaire, il est possible d’obtenir des ourlets doubles ou triples avec des machines à 2 ou 3 aiguilles ; de même avec la machine électronique, on peut obtenir un ourlet double avec une électrode supérieure constituée de deux petites roues parallèles. Toutefois, alors qu’avec un tissu, l’opérateur lui-même peut facilement plier le tissu à la main avant son passage sous les aiguilles, avec les matières plastiques qui glissent plus facilement, il faut faire passer la feuille dans un dispositif qui plie la matière sur une assez grande longueur avant son passage entre les électrodes.
- Enfin, en D nous avons reproduit une couture double réunissant
- On sait par ailleurs l’importance toujours accrue de l’emploi des feuilles de matière plastique dans l’emballage. On a cité à plusieurs reprises dans la presse spécialisée les applications de ces feuilles pour l’emballage de matières alimentaires, de munitions, d’objets de toutes sortes, expédiés des États-Unis sur les champs de bataille des tropiques, afin de protéger les produits emballés contre l’action de l’humidité, des inseetes, des moisissures, etc... Il est donc tout naturel que l’on ait fait appel aux machines à coudre électroniques pour la confection des sacs, des sachets, des récipients en matière plastique et pour la fermeture de ces sacs après remplissage. Certains emballages, par exemple celui de la viande dans un sac en Pliofilm à l’intérieur duquel on a fait le vide (procédé Cry-O-Vac), de façon que la matière imperméable s’applique sur la viande sous l’influence de la pression atmosphérique, ont été rendus d’une application plus facile par l’emploi de la machine à coller qui seule a permis de
- Fig. 4. — Variation de l’énergie requise pour le chauffage en fonction de la vitesse de soudure et de l’épaisseur des feuilles.
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- réaliser d’une façon économique des emballages complètement étanches.
- Certaines matières plastiques qui, comme les feuilles de vinyle, sont imperméables aux gaz et résistent aux rayons ultra-violets sont aujourd’hui utilisées pour la fabrication des ballons, surtout des ballons météorologiques. Même application dans la construction des radeaux pneumatiques qui ont joué un si grand rôle dans cette guerre pour le sauvetage des aviateurs et des marins.
- L’industrie des tissus et feuilles imperméabilisés fait appel au collage par haute fréquence qui réalise des assemblagés de ces tissus dans des conditions exceptionnelles de rapidité et de qualité.
- G. Génin,
- Ingénieur E. P. C. I.
- Fig. 5. — Exemples de travaux de collage par haute fréquence.
- La culture des plantes médicinales.
- G’est au cours de la guerre 1914-1918 que la production des plantes réclamées non seulement par la médecine populaire mais-aussi par la phytothérapie et les industries pharmaceutiques d’éxtractiou, s’est imposée aux Pouvoirs publics, car la pénurie d’ün certain nombre d’elles s’est fait assez cruellement sentir, la France étant tributaire du marché étranger.
- Aussi dès 1918, le ministre de la Santé M. Justin Godard puis en 1919 le ministre du Commerce Clémentel avaient-ils créé, le premier un Comité interministériel et le second, en accord avec les industries intéressées, un Office national des Matières premières végétales pour la Droguerie, la Pharmacie, l’Herboristerie, la Distillerie et la Parfumerie, dans le but d’organiser et encourager cette production.
- Quelques années plus tard, le résultat de l’activité de ces organismes, s’est fait sentir et la France voyait sa balance commerciale jusqu’alors nettement déficitaire, accuser une plus-value qui la rendait exportatrice.
- Mais l'Etranger et notamment les Etats du Centre de l’Europe intensifièrent leur production et comme leur prix de revient — grâce à une main-d’œuvre bien meilleur marché et à un soutien officiel effectif — était sensiblement inférieur au nôtre, ils eurent bientôt fait de regagner le temps perdu. Les efforts, auxquels seule l’initiative privée avait apporté tout son appui moral et financier, ont été abandonnés, aussi la situation s’est-elle trouvée sensiblement comparable à celle de 1918 au cours des terribles années que nous venons de vivre.
- Il semble que cette fois le Ministère de l’Agriculture s’est enfin ému et il vient d’être créé depuis la libération un autre organisme sous forme d’un Comité interprofessionnel des cultivateurs et producteurs de Plantes médicinales au sein du Comité général d’Action agricole ; son action a suscité des efforts nouveaux dont on ne connaît pas encore les résultats.
- Pourtant nombreux sont ceux quç cette culture spéciale intéresse particulièrement par suite du mirage de bénéfices faciles à réaliser, ce qui malheureusement n’est pas exact car pour être rémunératrice, elle nécessite des conditions multiples, des soins délicats, la possibilité d’une main-d’œuvre saisonnière, des séchoirs organisés, etc...
- Toutes ces questions viennent d’être exposées dans un ouvrage très documenté du Professeur Em. Perrot C1) qui fait remarquer entre autre choses que cette production de plantes médicinales ou aromatiques serait singulièrement simplifiée si le marché était plus régulier et mieux connus les besoins de la consommation ; or, aucune statistique ne peut être établie régulière-
- 1. Em. Perrot, La culture des plantes médicinales (Description, culture, préparation, usages), 1 vol. 382 p.. Presses universitaires de France, Paris, 1947.
- ment, car ceux-ci restent fonction, pour la plupart des espèces, de l’état de la santé publique. De plus, de même que pour toutes les productions du sol, les rendements sont fonction des conditions extérieures que personne ne saurait prévoir : pluies persistantes, sécheresse excessive, gelées d’hiver ou de printemps etc...
- Enfin comme le marché est limité, aucune prévision des besoins ne saurait être établie avec certitude d’où variations parfois très importantes et décourageantes d’une année à l’autre, aussi cét auteur met-il en garde le cultivateur non initié contre toutes les difficultés qu’il est appelé à rencontrer.
- En somme, il faut conclure que la culture des plantes médicinales peut et doit retenir désormais l’attention partout où elle pe'ut prendre place dans une exploitation en l’introduisant dans un cycle de rotation raisonnée, là où existe la main-d’œuvre nécessaire à la cueillette et quand l’organisation rationnelle du séchage est possible ; dans ces conditions le rendement est rémunérateur.
- La France est un marché intéressant, loin d’être saturé et c’est une œuvre nationale qui doit être encouragée et protégée au besoin, notamment dans les petites et moyennes exploitations familiales.
- ERRATUM
- A propos de la Rhytine
- |n° 3140, 15 juillet 1947, p. 226).
- M. le Professeur Théodore Monod, directeur de l’Institut français d’Afrique noire, nous écrit :
- « Tout d’abord, la Rhytine ne s’est jamais appelée la Stellaire, mais on a coutume de la désigner sous le nom de « Rhytine de Steller ». Ensuite, il semble bien n’avoir jamais existé qu’une seule espèce de Sirénien dans la mer de Rehring. L’erreur provient d’une synonymie de termes. En effet, le nom de genre actuellement admis pour des raisons d’antériorité est Hydrodamalis Retzius (1794). Mais on s’est également servi du mot : Rhytina Illiger (1S11).
- « Le terme spécifique gigas Zimmermann employé par certains auteurs doit céder le pas à celui plus ancien de Stelleri Retzius.
- « En résumé Rhytina gigas, Hydrodamalis gigas, Rhytina Stelleri ne sont que des synonymes d’Hydrodamalis Stelleri et correspondent à un seul et même animal, à moins que de nouvelles acquisitions zoologiques n’aient, depuis, établi le contraire ; ce que nous ne pensons pas. »
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- Film à. grain fin
- Filtre analyseur
- Tube du microscope.
- ocu/aire et porte-
- ocu/aire. enlevés
- Objectif
- Préparation
- Fig. 1. — Le dispositif de microphotographie en lumière polarisée.
- Photographie de la musculature des insectes en lumière polarisée
- La biréfringence des fibres musculaires est bien connue. Mais les ouvrages récents de microscopie que j’ai pu consulter ne donnent pas d’exemples d’application de cette propriété, et la présente publication ne sera peut-être pas inutile.
- Les insectes, simplement déshydratés à l’alcool et passés au xylol, sont montés au baume. Leur examen entre niçois croisés fait nettement ressortir la musculature.
- Les photographies sont faites sans oculaire. L’image objective se forme sur le film d’un appareil de petit format, placé à la distance normale (16 cm) de l’objectif du microscope.
- L’agrandissement du négatif remplace le grandissement que donnerait l’oculaire, avec l’avantage important d’une profondeur de champ beaucoup plus étendue. La figure i schématise le dispositif employé.
- Les sujets photographiés et les grossissements sont indiqués dans les légendes. Un détail semble digne d’être signalé : le long filet F qui, dans la patte postérieure de l’abeille, prolonge, à travers la jambe et le tarse, l’un des deux gros muscles de la cuisse. Enfin, les trois dernières photographies, d’un même objet, montrent l’intérêt du procédé : la mécanique des membres est évidente sur l’image obtenue en lumière polarisée.
- R. Bouyer.
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- Fig. 8 à 10. — Quelques résultats obtenus. — 8. Tête de fourmi ( x S0 ). — 9. Pattes de fourmi ( x 80). — 10. Patte postérieure de l’abeille ( x 10).
- Les aliments concentrés pour le bétail
- A la conférence du ravitaillement de Londres, M. Hoover avait exposé la situation mondiale, celle de l’Europe en particulier. Elle n’était pas brillante. M. Hoover est un ingénieur, il ne se paie pas de mots. On a le regret de constater que cette situation ne s’est guère améliorée depuis la fin des hostilités.
- Après son discours, la conférence avait adopté une résolution au sujet des mesures à prendre pour éviter le gaspillage des céréales : élévation du taux du blutage à 85 pour ioo pour le blé, à 90 pour 100 pour le seigle, incorporation de 5 pour 100 au moins de céréales secondaires pour la fabrication du pain.
- De plus, la conférence proposait une campagne internationale contre le gaspillage des vivres, recommandant d’intensifier la lutte contre les rongeurs et les parasites et spécialement la réduction de la consommation de grains par les animaux et leur rationnement.
- Cette dernière suggestion méritait une attention toute particulière. Malheureusement, c’est tout le contraire qui a été fait en France. Cependant quand des animaux consomment des aliments directement assimilables par l’homme, celui-ci ne retrouve finalement, dans la chair produite qu’une faible partie, parfois le dixième ou même le quinzième, de la valeur énergétique alimentaire fournie au bétail.
- M. René Dumont, de l’Institut National Agronomique, a déjà dénoncé vigoureusement ce gaspillage (1), déplorant en particulier les conditions d’élevage des veaux de boucherie limousins, « longuement nourris au lait entier de plusieurs vaches (la mère « et les tantes); l’engraissement étant parfait avec plusieurs « douzaines d’œufs frais. Non seulement, cette viande de veaux « ne dispense que le dixième des calories du lait et des œufs,
- 1. René Dumont. Le malthusianisme agricole. Revue Internationale, avril 1946, et, du môme auteur : Le - problème agricole français. Les Editions nouvelles, Paris, 1946.
- « mais les sels minéraux et les vitamines sont perdus presque a totalement. L’annoblissement est ici remplacé par une double « régression, la qualité de l’aliment étant aussi réduite que sa « quantité. C’est la France qui gaspillait, dans l’alimentation « animale la plus forte proportion de sa production laitière : le « quart du lait entier, la quasi totalité du lait écrémé, ce « dernier ayant une valeur alimentaire bien supérieure à sa « réputation ».
- On ne peut que regretter que l’alimentation du bétail adulte ait également, ces derniers mois, fait l’objet d’un gaspillage intensif de produits qui auraient dû entrer normalement dans l’alimentation des hommes.
- Il est certain que ce gaspillage est dû à une réglementation incohérente qu’il est injuste de qualifier de dirigisme, les deux conduites étant à l’opposé l’une de l’autre.
- Mais il est également bien certain que les pratiques actuelles de l’alimentation du cheptel français portent la marque de l’état arriéré de notre agriculture.
- Ces pratiques ont pour base la préparation de la nourriture à partir des produits naturels de la ferme : avoine, blé, orge, maïs, lait, etc., ce qui conduit à une utilisation finale détestable de la valeur alimentaire énergétique de ces produits.
- Dans les pays d’agriculture avancée comme la Belgique, la Hollande, le Danemark et surtout les Etats-Unis, les éleveurs nourrissent leur bétail par des méthodes encore trop peu répandues en France, sauf chez les agriculteurs instruits et avisés.
- Les aliments sont achetés et livrés en sacs. Ils sont broyés, tout préparés et divisés en catégories de composition diverses adaptées spécialement à des animaux déterminés : vaches laitières, bœufs de travail ou d’engrais, chevaux, truies, porcs à l’engrais, ovins, volailles, etc.
- Des recherches scientifiques ont permis l’étude minutieuse, pour chaque catégorie d’animaux, de mélanges concentrés dont
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- la valeur alimentaire a été établie expérimentalement avec précision.
- Ces mélanges sont préparés .à partir de produits très divers : céréales secondaires : orge, rebuts de minoterie, riz, rebuts de maïs; tourteaux de palmiste, de coprah, d’arachide, de soja, etc. ; germes de blé, radicelles d’orge, gluten de maïs, caroubes, manioc, poudre de luzerne, farine de poisson, farine de lin, son, mélasses, sels minéraux, etc., etc.
- Aux États-Unis, de nombreuses usines coopératives fournissent ces produits dans leur voisinage. Chaque sac porte une étiquette de référence indiquant la composition de l’aliment et toutes les indications utiles sur les proportions de protéines, de matières grasses, de l’équivalent en amidon, les vitamines, les produits minéraux : phosphate, chaux, etc. Des services officiels Arérifîent régulièrement l’exactitude des teneurs énoncées.
- Les résultats pratiques sont remarquables. Ils ont entraîné l’emploi généralisé des aliments concentrés préparés en usine. Ces produits, livrés en poudre ou sous forme de farine réagglomérée en cubes de.petites dimensions, sont bien adaptés à leur but, la production de chair animale, mais ils ont d’autres avantages. Ils réduisent au minimum le travail de l’éleveur, ils sont de transport facile, commodes à stocker et à défendre contre les rongeurs, les parasites et l’humidité. Leur composition peut être maintenue régulière et facile à contrôler, pour assurer à l’animal les proportions exactes de corps digestibles qui font la
- Fig-. X. — Dans une ferme de l’Iowa, les auges qui reçoivent les rations pour l’élevage d’un troupeau d’une centaine de bouvillons sont rationnellement placées à proximité des silos où sont stockés et préparés les aliments. Les manipulations et manutentions sont réduites au minimum.
- valeur de la ration. L’éleveur peut finalement établir le bilan exact de ses opérations et calculer ses prix de revient.
- La reconstitution du cheptel français est une urgente nécessité. En dehors de la production de viande, elle conditionne la production du lait, le meilleur des aliments pour l’homme, et d’une importance primordiale à l’heure actuelle, car l’approvisionnement en matières grasses est menacé d’une carence prolongée.
- L’emploi des aliments concentrés pour le bétail est la seule méthode à envisager pour le retour à un approvisionnement normal et rapide car s’il existe aussi, pour la France, un problème fourrager, celui-ci demandera plus de temps pour être résolu.
- • Nos prairies, nos pâturages, nos herbages sont fort négligés. Des vallées entières ont vu laisser à l’abandon leurs systèmes d’irrigation. Faute d’entretien, ils sont maintenant hors d’usage et les prés sont envahis par les roseaux ou les mauvaises herbes. Leur remise en état ne peut être rapide.
- La technique de l’herbe séchée (x) peut donner une amélioration relative, mais une telle technique ne se répandra que lentement dans notre pays où la paysannerie, à part quelques exceptions encore trop rares, reste attachée à des méthodes routinières dont il est bien difficile de la faire sortir.
- Le paysan qui se contente des produits naturels de sa ferme, au hasard de la production saisonnière, ne peut parvenir au rendement d’une alimentation équilibrée, rationnelle et constante.
- Certaines associations conduisent à des résultats harmonieux qui ne peuvent être réalisés par un exploitant isolé. Par exemple, le mélange de graines ou de tourteaux de coton, de soja et d’arachide fournit une source concentrée de protéines et de vitamine : riboflavine et acide nicotinique. L’association de ces trois farines se complétant mutuellement fournit un excellent produit d’alimentation du bétail et même des hommes.
- Ces préparations ne peuvent être réalisées qu’avec un appareillage mécanique de broyage et de mélange associé à des laboratoires d’analyse et de contrôle. C’est un travail d’usine.
- Les acheteurs d’aliments concentrés pour le bétail sont protégés par une série de textes légaux. Les produits sont égle-mentés et livrés en sacs étiquetés et plombés. Des maisons françaises sont parfaitement équipées en matériel et en ingénieurs spécialistes pour livrer des produits offrant toutes garanties.
- Cette industrie des produits destinés à l’alimentation animale a déjà une certaine importance en France. En 1938, elle a fabriqué et livré quelque dix millions de tonnes. Mais dans ce chiffre déjà important, sont comptés un tonnage de produits simples fort élevé. Il faut tendre à leur substituer des formules de rations équilibrées, scientifiquement établies, qui conduiront à un rendement plus élevé et au prix de revient le plus bas.
- L’industrie des produits destinés à l’alimentation animale a un rôle important à jouer pour développer cette forme d’alimentation rationnelle qui peut accélérer la reconstitution du cheptel français.
- La situation actuelle impose la mise en application la plus déterminée et la plus générale des acquisitions de la science pour laisser à l’alimentation des hommes le maximum de produits disponibles (2).
- Lucien Perruche.
- Docteur de l’Université de Paris.
- 1. Voir L. PKnnvcnE. Les aliments déshydratés, La Nature, n° 3137 du 1er juin 1947.
- 2. Dans un prochain article nous exposerons quelques-unes des dernières conquêtes de la technique dans le domaine des aliments artificiels. Elles peuvent apporter des éléments nouveaux à l’alimentation animale et même humaine.
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- LA PORCELAINE ANCIENNE DE SAINT-CLOUD
- Céramique rare.
- Au début de cette année 1677, où Louis XIV commençait la quatrième campagne de Flandre, les cérémonies fastueuses qui entourèrent au château de Saint-Cloud le baptême de deux enfants princiers venaient à peine de finir que, dans le quartier du « Nord du bourg », sur l’emplacement approximatif de la rue Audé (x) presque en bordure de la Seine, un jour de mars, s’éleva d’une haute cheminée dominant une étrange bâtisse, un champignon de fumée beige dont les franges rejoignaient mollement les brumes matinales du fleuve.
- C’était la « fabrique » du sieur Chicaneau qui cuisait sa première fournée de porcelaines.
- Pierre Chicaneau, en dépit de son nom scénique (ô plaideurs de Racine!), était un brave homme, un véritable artiste doublé d’un chimiste qui se consacra à sa maison de toute son âme, ne quittant sa « tournette » de modeleur que pour son banc de peintre, se relevant la nuit pour surveiller ses fours, attendant avec anxiété le résultat d’essais des couleurs vitrifiables sur les « tessons » à la minute même où le « témoin » allait fondre dans le moufle.
- La science céramique consistait à cette époque en secrets âpre-ment gardés. C’est, en effet, une question très subtile et complexe que celle de la sympathie entre les pâtes cérames, leurs émaux et leurs couleurs.... L’intimité des rapports est constamment troublée par des éléments inattendus qui relèvent de la physico-chimie.
- Ce bon maître étudiait tout cela, avec la hantise du grand Bernard Palissy dont une poterie vernissée, vieille déjà d’un siècle, s’offrait à sa main experte et caressante. L’excellent Chicaneau se tua à la peine et mourut en 1678, un an après qu’il eut fondé sa « manufacture », comme il se plaisait innocemment à la qualifier devant ses intimes.
- Car, au commencement du xvm6 siècle, la glorieuse manufacture de Sèvres, qui débuta en 1738 et devint si justement célèbre, n’existait point, celle de Yincennes pas encore, et la marque de Saint-Cloud, seule, était fort renommée.
- Mme veuve Chicaneau, née Barbe Coudray, avait si peu de goût pour la solitude qu’elle se hâta d’épouser en justes noces un habitué du ménage, d’ailleurs habile à prendre en main la femme et le commerce. Il faut dire que Henri Trou (c’était son nom) se connaissait parfaitement en céramique d’une part, et, d’autre part, montrait un sens développé des affaires, appuyé par la haute protection de Monsieur, frère du Roi.
- De cette union naquirent beaucoup d’enfants : des petits Trou qui grandirent et se vouèrent tous à la porcelaine.
- Mais, au début de l’exploitation, les charges familiales pesaient lourd et les difficultés pécuniaires nuisaient à la prospérité de l’entreprise. Pour cuire les pièces, il fallait beaucoup de bois, et du meilleur; on le payait dix-sept sols la corde « tout cordé » : heureux temps! C’élait trop cher quand même (3). Le moufle-tier réclamait bruyamment sa paie de trente pistoles, due pour trois mois, plus le bois de chauffe. La température des fours étant irrégulière, la « casse » s’avérait effroyable. On fit des dettes, quoiqu’on vendit cher : plusieurs écus la moindre tasse; où fit faillite, une fois, deux fois, mais toujours un Trou plus résolu succédait au Trou fraternel défaillant.
- Aussitôt on désintéressait les créanciers les plus criards. Des sommes énormes, qui nous paraîtraient aujourd’hui infimes et
- 1. On incline pour l’actuel n° 14 du quai Carnot ; la « route dë Saint-Cloud » du temps. '. ~
- 2 II fallait environ 200 sols pour faire une pistole, monnaie d’or -qui’ représentait à peu près 10 francs stables de 1914
- ridicules, étaient engagées, visant d’ailleurs de louables buts : perfectionnement des techniques de fabrication, amélioration de l’emploi des produits, recherches de nouveaux procédés. Rappelons que l’achat d’un moyen aussi merveilleux que celui d’appliquer l’or sur la porcelaine, fut payé en 1748 par la manufacture de Sèvres 9 000 livres à un bénédictin de Saint-Nicolas : le frère Hippolyte (1).
- A travers bien des vicissitudes, dont la moindre ne fut pas son incendie de 1787, la manufacture de Saint-Cloud réussissait néanmoins à sortir des productions assez belles, quoique inégales : sorte de pâte tendre, moins poreuse que le « biscuit » privée de revêtement, recouverte d’émail translucide, comparable à ce que les amateurs et collectionneurs appellent maintenant « Vieux Paris », qui, lui, est cependant de pâte dure.
- Ces pièces étaient presque toujours dépourvues d’orn'ement. On les livrait toutes blanches, d’un joli blanc d’ivoire pâle qui provenait des qualités du mélange minéral, parvenu en grand mystère d’on ne sait où, voire de l’étranger (le kaolin de Saint-Yrieix, qui fit la gloire de Limoges, ne fut découvert qu’en 1776). La spécialité de la maison était le genre « personnages » dont, actuellement, a l’extrême rareté détermine la valeur », a dit le Docteur Fernand Wallon, tel le couple de sujets dits « les Vignerons » que possède le musée local. Ces statuettes
- 1. Sous Louis XIV, la livre tournois valait 20 sols tournois, remplaçant la livre parisis, égale à 25 sols tournois en Ile-de-France.
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- Fig. 2.
- Vase en porcelaine blanche de Saint-Cloud hauteur : 0,285 m.
- s’apparentaient au gentil petit peuple envahissant des figurines de Saxe, mais n’en avaient point la grâce, l’élégance fragile.
- Il y eut aussi des vases à feuille d’acanthe en relief, des couverts, des manches de couteaux et de curieuses fourchettes modestement liserées de bleu faïence. Cette teinte fut longtemps la seule à orner les objets fabriqués à la manufacture, objets usuels dont la matière diminuait en qualité au gré des fluctuations commerciales; maints défauts l’altéraient pendant les situations critiques, puis la pureté réapparaissait : variations qui déconcertent nos modernes experts. Or, il vint un moment où, pour suppléer à la moindre netteté de la porcelaine, on se mit à enluminer des plats, des aiguières, des tête-à-tête et des services de table, des pots à pharmacopée et des canons à onguents, de rarissimes tabatières vers 1750 (trésors de connaisseurs et d’antiquaires), d’abord sobrement, puis avec des bleus et des ocres, auxquels on ajouta bientôt des verts et des couleurs plus vives : des carmins, des rouges brunâtres qui devenaient-pourpres à la cuisson, et qui dévoraient les jaunes du voisinage : antagonisme des peintures sur et sous émail, excité par la cuisson toujours périlleuse.
- En réalité, ces jeux chromatiques formés de rinceaux et lambrequins souvent cernés de noir, se trouvent plutôt sur les faïences. En effet, si l’on connaît à peu près la vraie porcelaine de Saint-Cloud, on ignore généralement que, de la même maison, sortaient aussi d’excellentes faïences, à émail stannifère, d’un blanc-gris, net'es de boursouflures, de cloques, de « bouillons », communs aux vulgaires terres cuites vernissées (1). Ces faïences avaient si
- 1. Un mémoire présenté à l’Axadémie des Sciences, le 13 novembre 1765, attribue à la terre de Garches la qualité des faïences de Saint-Cloud.
- bonne tenue qu’elles parvenaient sans peine au château de Versailles. Sait-on que le roi commandait de la vaisselle à la manufacture Cbicaneau qui, par privilège auguste (*), conservait et le nom du fondateur et sa marque de fabrique : la lettre C. En ce cas, l’insigne privé du monarque était inscrit en bleu sous couverte : le soleil de Louis XIV ; mais, dans les diverses marques de la maison, c’est le T accompagné parfois de la fleur de lys gravée dans la pâte, qui domine sur les meilleures faïences. Les lettres SCT sont bien aussi répandues sur de très belles pièces, mais il arrive que certaines d’entre elles sont complètement privées de toute marque, ou bien ne portent qu’un chiffre, un cercle, des points, une croix ou étoile.
- En 1717, quand Pierre-le-Grand séjourna à Saint-Cloud, le Régent préleva sur ses occupations extérieures, conquêtes militaires et féminines, le temps nécessaire pour le recevoir dignement et lui offrit des présents luxueux. De ces cadeaux, le czar préféra les douces porcelaines blanc et bleu et les originales faïences de Saint-Cloud, dont les premières constituaient une surprise. Auparavant, lors d’une visite grandiose en 170g, l’Électeur de Bavière s’était déjà extasié sur une faïence multicolore : une nouveauté.
- A l’atelier Vivinis, rue Boileau à Auteuil (que je fréquentais en 1912 comme peintre sur porcelaine), figurait un magnifique plat ovale en faïence authentique de Saint-Cloud, d’une richesse décorative exceptionnelle et qui valait une fortune.
- Dans une communication à l’Académie des Sciences (parue aux Mémoires de l’année 1729-1730), Ferchaut de Réaumur, ingénieur, physicien, entomologiste et génial créateur de la biologie expérimentale, homme universel en somme, confiait à la docte Assemblée : « Cette porcelaine n’est pas du premier rang; elle ne doit pas être mise en parallèle avec l’ancienne porcelaine, mais il en vient tous les jours de la Chine et qui ne la vaut pas, et celle de Saint-Cloud est certainement plus blanche ».
- 1. Lettres patentes du 16 mai 1702 aux héritiers Ciiicaneau.
- Fig. 3. — Plat octogonal en faïence ancienne de Saint-Cloud. Décor bleu, vert, brun-rouge ; longueur : 0,48 m.
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- Martin Lister, savant anglais, avait déjà dit la même chose en établissant le parallèle.
- Évidemment, les méthodes picturales chinoises, le cloisonné, la gravure et le relief, la « sous-couverte » servaient de modèles. Pourtant, inimitables, elles décourageaient nos spécialistes clo-doaldiens qui retournaient alors aux pièces blanches, d’un grain très fin, délicatement nuancé d’ambre, si chaudement éclairé, si particulier qu’un historien, partageant son éclectisme entre Sèvres et Saint-Cloud, a pu formuler récemment ce jugement : « Si ces porcelaines étaient inférieures aux productions d’Extrême-Orient, elles étaient cependant les plus belles d’Europe ». Leur trop faible nombre en faisait d’aimables messagères de goût nées sur les bords de la Seine, de précieuses ambassadrices de France.
- Il faut dire que, sous ce terme trop général de porcelaine, on confondait et on confond encore indistinctement la pâte tendre de Saint-Cloud et ses typiques et rares faïences. Cette regrettable erreur est facilitée d’ailleurs par les arrêts et reprises de fabrication, les inégalités du travail. Il n’est pas jusqu’à
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- la proximité de Sèvres qui ne contribue quelque peu à entretenir cette confusion. Circonstance atténuante : les deux localités ne formaient à l’époque qu’un seul domaine. Mais la lutte pacifique entre les deux manufactures était inégale, dès 1740, les efforts de Saint-Cloud n’étant plus soutenus par personne, alors que les ateliers de Sèvres étaient déjà subventionnés par l’État....
- Hélas ! la cheminée du pauvre Chicaneau ne se couronnait plus de son panache mouvant qu’à de longs intervalles. Pourtant, les moufles ne se refroidirent complètement qu’en septembre 1766 à la suite d’embarras financiers et d’un procès ruineux.
- Ainsi, pendant 89 ans, grâce à sa porcelaine immaculée et ses resplendissantes faïences, Saint-Cloud brilla dans le monde d’un éclat sans pareil, autrement que par le faste de la cour, les grands événements historiques, et rivalisa à la fin avec Sèvres qui lui enleva pour toujours son titre envié dans les beaux Arts du feu.
- Robert Hardouin, Docteur de F Université de Paris.
- D. D. T. est-il
- dangereux ?
- En pulvérisations aqueuses, en solution huileuse, en poudre sèche, en brouillard artificiel, le D. D. T., insecticide puissant est répandu dans nos champs, sur nos denrées alimentaires, dans nos maisons. L’avion, le tracteur, la machinerie la plus moderne nous mettent en contact de plus en plus répété avec ce produit. Est-il vraiment inoffensif pour l’homme, pour les animaux, pour les plantes, lui, qui pour des doses infinitésimales, selon les travaux de Lauger, Martin et Muller tue si bien les insectes P Ce sont ces différents points que nous voudrions éclaircir et préciser en nous référant à quelques-unes des nombreuses publications qui ont été écrites sur le D. D. T.
- Stabilité du D. D. T. — Fleck a mis en évidence la grande stabilité du D. D. T. par le dispositif suivant. Sur une plaque de 50 cm2 chauffée à 45" C. on place 63,36 mg de D. D. T. pulvérisé passant au tamis de 325. L’évaporation est favorisée par le passage d’un courant d’air débitant 10 litres à l’heure. La perte de poids enregistrée au bout de 37 jours était de 4,22 mg. Le produit restant avait le même point de fusion qu’au début de l’expérience et possédait le même pouvoir insecticide. Bushland, Mc Alister, Jones et Culpepper ont montré également qu’une poudre contenant 10 pour 100 de D. D. T. ne perdait que la moitié de son efficacité après une exposition à l’air de dix mois à 60° C. Ces observations se passent de commentaire.
- Mode d’action du D. D. T. — C’est Emmel qui le premier a montré chez les insectes que le D. D. T. était un poison des nerfs. En touchant la patte antérieure droite d’une mouche avec ce poison, la crispation qui s’ensuit s’étend à toutes les pattes. Cette crispation est parfois si forte qu’elle entraîne l’autotomie de la patte chez des insectes qui, d’ordinaire, ne sont pas pourvus de cette faculté.
- Kearns et Metcalf, ayant remarqué que l’ésérine potentialisait l’action du D. D. T., supposèrent que ce corps agissait ainsi que l’ésérine. Celle-ci détermine des intoxications nerveuses en provoquant l’accumulation d’acétylcholine par inhibition de la cholinestérase. Vincent et Truhaut mettent en doute cette façon de voir « car le D. D. T. ne possède pas d’action inhibitrice vis-à-vis de la cholinestérase du sérum de cheval, in vitro ». Il est évident toutefois, et ces auteurs sont les premiers à le dire, que
- la cholinestérase du sérum est probablement différente de celle des nerfs et rien ne prouve que la cholinestérase des nerfs de Vertébrés soit rigoureusement la même que celle des Invertébrés. Arvy, Gabo et Lhoste ont montré que le D. D. T. avait une influence sur les éléments sanguins du doryphore.
- Quel que soit le mode physiologique d’action du D. D. T. il n’en reste pas moins que c’est surtout un toxique du système nerveux et que, Insectes et Vertébrés, y sont plus ou moins sensibles. Il y a donc évidemment un même processus d’intoxication chez ces deux groupes d’animaux. Mais procédons par ordre et commençons par l’étude des effets du D. D. T. sur les unicellulaires.
- Action sur les bactéries du sol. — Il ne semble pas que le D. D. T. ait une action quelconque sur Àzotobacter. En effet Wilson et Choudhri puis Drouineau, Gouny et Lahaye n’ont pas observé de perturbations dans la nitrification à la suite d’incorporation dans le sol, de quantités importantes de D. D. T. allant jusqu’à 500 g de produit pur à l’ha. Mais par contre Appleman et Seans signalent que le D. D. T. a une action toxique sur Rhizobium leguminosarum, agent des nodosités des légumineuses. Il est à noter que, d’après List et Merle G. Payne, le dérivé bromé du D. D. T., le 1 trichloro 2-2 bis (p-bromophényl) éthane, insecticide connu sous le nom de Colorado 9 n’aurait pas d’action sur cette bactérie.
- Action sur les plantes supérieures. — Les plantes supérieures semblent assez résistantes au D. D. T. et le chèvrefeuille est pour le moment la seule plante signalée par Driggers comme réagissant rapidement à ce produit. Après pulvérisation d’une dose insecticide, les feuilles virent au brun rouge pour ne recouvrer leur couleur verte que 2 à 3 semaines plus tard. Les semences sont également très résistantes et Farrar et Wright n’ont pas observé de perte du pouvoir germinatif pour des céréales traitées avec des poudres à 20 pour 100 de D. D. T.
- Action sur les insectes. — Les insectes nuisibles et utiles sont très sensib’es au D. D. T., si bien que des traitements 6ur les fleurs détruiront tous les insectes qui y viennent butiner. Les abeilles sont les victimes les plus remarquées mais tous les insectes auxiliaires de la fécondation des fleurs seront également
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- exterminés. De véritables désastres ont ainsi été provoqués pendant la guerre par les Américains dans certaines contrées tropicales. En Angleterre on assiste à une pullulation intense de l’araignée rouge qui serait due à la destruction par le D. D. T. de ses prédateurs, elle-même y étant peu sensible. On doit s’attendre à une recrudescence du puceron lanigère ; son parasite, Aphelinus mali, si laborieusement introduit en France par Marchai, ne pouvant échapper à la puissance insecticide du D. D. T. Certaines cochenilles également, dont on détruit de la même manière les prédateurs, menacent de pulluler.
- Action sur les Vertébrés à sang froid. — C’est Ginsburg qui attira l’attention sur les conséquences que pouvait présenter le D. D. T., après traitement des marécages et des eaux dormantes contre les moustiques. Les Batraciens ' et surtout les Poissons sont partiellement détruits. Cet auteur chercha si, parmi les isomères du D. D. T., il ne s’en trouvait pas un dont la toxicité serait plus spécifique des moustiques. Ses comparaisons portèrent surtout entres les :
- (1) 1 trichloro 2-2 bis (p-chlorophényl) éthane et
- (2) 1 trichloro 2-0 chlorophényl p-chlorophényl éthane,
- mais, si l’isomère (2j est moins toxique pour le poisson rouge (Carassius auratus) que l’isomère (1), il l’est également pour les larves de moustiques expérimentés (Aedes ægypti). Il y a parallélisme dans l’action toxique.
- Action sur les Vertébrés à sang chaud. — Après Herbert Calvery, P. A. Neal et Robert Kehoe, Fred C. Bishopp donne la liste suivante des doses léthales pour toute une série d’animaux, les doses toxiques élant exprimées en mg par kg d’animal :
- Souris 150 à 250 mg/kg
- Hüt 150 à 250 ))
- Cochon d’Inde 300 à 500 ))
- Lapin 300 à 500 ))
- Chat 100 à 300 )).
- Chien 150 à 300 ï)
- Poule . .* 1 300 mg/kg au moins
- Singe 200 » ))
- Bœuf 300 ï) 1)
- Cheval 300 )) ))
- Chèvre — Mouton 1 000 » ))
- L’intoxication présente chez ces animaux les mêmes phénomènes que chez les Invertébrés ; elle est accompagnée des mêmes tremblements nerveux désordonnés-, épileptiformes. Le D. D. T. est décelé dans les graisses des animaux intoxiqués ainsi que l’ont observé Woodard et Geoffrey. Passant dans les graisses on ne sera pas étonné que le D. D. T. passe dans le lait des femelles allaitant. Ce sont Telford et Guthrie qui mirent ce. fait en évidence en procédant de la façon suivante : Ils donnèrent à un
- rat femelle du lait contenant 0,1 pour 100 de D. D. T. Au bout de 0 jours la mère manifestait une intolérance très nette, visible par les temblements nerveux qui la secouaient. Au 15e jour, les jeunes à leur tour, étaient malades. Neal a montré que le D. D. T. à 0,1 pour 100 en aérosol pouvait déterminer chez les lapins, après une exposition quotidienne de 48 minutes pendant 1 mois, des inflammations de la conjonctive, de la trachée, des infections de la peau. Cet auteur juge que les aérosols à 3 pour 100 de D. D. T. sont dangereux pour l’homme. Donc la toxicité du D. D. T. n'est pas un mythe et l’homme y est certainement sensible.
- Action sur l’homme. — Peu d’expériences précises ont été faites sur l’homme. On ne connaît guère que celles réalisées par Yin-Chang Chin et Chi Ilsueh T’Ant qui ont montré que les préparations de D. D. T. à base de vaseline ou d’huile d'olive péné-iraient assez rapidement dans la peau et provoquaient une désensibilisa lion local3 très nette.
- Mais si on ne connaît pas la dose toxique pour l’être humain, on connaît des cas d’empoisonnements. Le premier cas signalé, est, je crois, celui d’un laboureur irlandais qui dut confondre' du lait avec une préparation de D. D. T. concentrée, préparée pour tuer les mouches, la but, en mourut, ainsi que l’a rapporté Chemical Age.
- Conclusions. — Je n’ai pas la prétention d’avoir rappelé toute la bibliographie de cette question. Je crois tout de même devoir attirer l’attention du lecteur sur les répercussions diverses des traitements non contrôlés avec des produits à base de D. D. T. L’ensemble des différents faits rapportés ci-dessus a conduit les services publics à prendre des mesures susceptibles de prévenir les accidents que pourrait causer ce produit. Le Public Health Service américain a limité les traitements du D. D. T., dirigés en particulier contre les moustiques et contre les insectes parasites des plantes fourragères.
- Le gouvernement français a pris un arrêté, paru au Journal officiel du 25 février 1947 interdisant de traiter les fleurs visitées par les abeilles, les fruits à partir de quinze jours avant leur récolte et de désinsectiser avec ce produit, les graines entreposées destinées à la consommation de l’homme et des animaux. D’autre part les préparations commerciales à base de D. D. T. doivent être vendues sous « bande verte » comme tout produit dangereux, et porter la mention « toxique pour les abeilles ». Il ne faut pas, comme le disent les Américains, que le D. D. T. devienne un « Double Delirium Tremens ».
- Le D. D. T. est un insecticide remarquable mais encore faut-il le bien connaître pour l’utiliser en toute quiétude.
- Jean Liioste.
- L'alcool dans l'industrie chimique.
- L’alcool réservé autrefois presque exclusivement à la consommation de bouche et aux petits appareils de chauffage, est devenu progressivement une très importante matière première de l’industrie chimique.
- Sa consommation industrielle s’est développée d’abord comme solvant, notamment associé à l’éther, pour les poudres sans fumée et les premiers types de soies artificielles : les rayonnes au collodion, puis, immédiatement après la guerre de 1914-18, dans les laques et vernis cellulosiques.
- L’alcool devient ensuite matière première de l’industrie chimique. Par déshydrogénation, on le transforme en acétaldéhyde, intermédiaire de la préparation de l’acide acétique aux emplois multiples ; de l’anhydride acétique consommé par la fabrication de l’acétate de cellulose ; pour les rayonnes à l’acétate et matière plastique ; de l’alcool butylique qui seul ou estérifié entre comme
- solvant dans les laques et vernis ; enfin du butadiène, base des caoutchoucs artificiels du type Buna. Deux tonnes d’alcool absolu produisent environ une tonne de caoutchouc de butadiène.
- Ce -sont les progrès des méthodes de la catalyse qui ont permis le développement de l’emploi de l’alcool dans la synthèse chimique.
- Ce n’est que dans ces vingt dernières années que la catalyse s’est développée par de nouvelles méthodes de recherches étayées sur des conceptions théoriques qui se sont peu à peu précisées.
- Ces actions catalytiques sont très complexes et conduisent à des phénomènes très différents suivant la nature et la structure des catalyseurs et leurs conditions d’utilisation. C’est ainsi qu'en plus des produits énumérés ci-dessus, l’alcool peut conduire à l’obtention d’acétone ou d’acétate d’éthyle.
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- HENRI FAYOL J84I-I925)
- Ingénieur, Géologue, Administrateur.
- Je vous ai demandé un ingénieur, et vous m’avez envoyé un enfant. — Ne vous inquiétez pas, l’enfant fera son chemin ».
- Telle fut la correspondance, résumée ici en termes laconiques, qui s’échangeait, dans l’été de 1860, entre le directeur des mines de Commentry et le directeur de l’École des mines de Saint-Étienne.
- Henri Fayol, sorti second de sa promotion, avait à peine 19 ans quand il débuta aux houillères de Commentry. Son apparence toute juvénile frappait son directeur. Mais « l’enfant fit son chemin » et à 25 ans, il était nommé ingénieur en chef de l’exploitation.
- Il était né en 1841, à Constantinople, où son père, sous-offlcier d’artillerie, avait été envoyé en mission dans une fonderie de canons. De retour en France, il regagna son pays, La Voulte-sur-Rhône : il était chef d’atelier aux Hauts Fourneaux du Pouzin.
- Le jeune garçon, fut élevé chez les Frères, qui remarquèrent sa vive intelligence et le dirigèrent vers l’École des mines de Saint-Étienne ; il s’y prépara au Lycée impérial de Lyon.
- Chez Henri Fayol apparurent successivement : l’ingénieur des mines, le géologue, le créateur de la doctrine administrative.
- Comme ingénieur, il présente ce fait, assez rare sans doute, d’avoir passé toute sa carrière industrielle dans une seule et même société, dont, durant soixante-cinq ans, il gravit tous les échelons : divisionnaire, directeur des mines de Commentry, Fourchambault, Imphy,
- Decazeville, Brassac, Joudreville, et administrateur de la dite société.
- Dès les premières années de ses fonctions , comme ingénieur du fond, il dut étudier les problèmes de soutènement, de boisage, de guidage, et, brusquement, se posa devant lui le grave problème des feux de mines. Avant de chercher à les combattre, il en rechercha l’origine ; déjà ses remarquables travaux sur l’altération et la combustion spontanée de la houille. Après des études expérimentales très poussées, il établit que la cause principale de Réchauffement, soit dans la mine, soit à l’air libre, ou dans les soutes des navires, est toujours l’oxydation du charbon. « oxydation favorisée par les forces mécaniques en jeu, la présence des pyrites, les éboulements, les crevasses ».
- Son mémoire fut discuté, critiqué, ses expériences refaites. L’Amirauté anglaise adopta ses conclusions.
- Pour les incendies souterrains, Fayol préconisa une technique restée classique. Lors de la grande catastrophe’ de Courrières en 1906, il fut appelé et proposa un programme qui fut adopté. Et quand, de nos jours, paraît une étude nouvelle sur les feux des mines, elle ne manque pas de se référer au travail de Fayol de 1878.
- Les mouvements de terrains, provoqués par l’exploitation des houillères, retinrent son attention, et il les expliqua par la méthode expérimentale, qui lui était chère.
- A Commentry, une grande partie de l’exploitation se pratiquait à ciel ouvert, dans de vastes tranchées qui faisaient de ce bassin un admirable champ d’observations pour l’étude des phénomènes
- sédimentaires et éruptifs les plus variés. Elles lui donnèrent l’idée de recherches géologiques sur l’origine et la formation de la houille.
- L’ingénieur devenait ainsi géologue.
- Vers 1886, parut une vaste monographie du bassin houiller de Commentry. « Peu à peu, Henri Fayol acquit la conviction que la théorie des tourbières était fausse et que le terrain houiller de Commentry s’était formé dans un lac, comme se forment actuellement certains deltas lacustres ». Cette œuvre magistrale exposait la théorie de la formation de la houille, celle des deltas,
- lacustres ou marins, qu’avec peut-être quelques variantes, on considère comme vraisemblable dans la majorité des cas.
- Les travaux de Fayol et les patientes investigations paléontologiques de Commentry ont jeté une vive lumière sur l’histoire passionnante de l’époque carbonifère.
- L’illustre géologue de Lapparent, donna à cette théorie des deltas l’appui de sa grande autorité.
- L’ouvrage considérable d’Henri Fayol se compléta par les études de lithologie, de flore fossile, de faune fossile dues aux savants de Launay, Stanislas Meunier, Renault, Zeiller, Brongniart, Sauvage.
- Les collections paléontologiques ont été offertes au Muséum, et le professeur Boule a écrit : « En donnant ces fossiles à notre Muséum national, M. Fayol s’est montré un de ses plus généreux bienfaiteurs. Il a ainsi servi également bien et la science et la patrie ».
- La longue pratique acquise au cours d’une carrière riche d’enseignements a conduit Henri Fayol à résumer les principes de son expérience des affaires dans un ouvrage de 1916 • Administration industrielle et générale ».
- Sa doctrine — appelée maintenant « fayolisme » — donne les règles et méthodes qui doivent guider les chefs d’entreprises dans l’administration de leurs établissements.
- L’organisation préconisée par Henri Fayol repose, non sur la division des fonctions, mais sur la division des services.
- La base de cette organisation est l’unité de commandement et l’unité de direction.
- Les opérations auxquelles donnent lieu les entreprises se répartissent en cinq groupes : techniques, commerciales, financières, de sécurité, de comptabilité.
- Ces opérations doivent être préparées, organisées, dirigées, coordonnées et contrôlées, en un mot administrées.
- Fayol a eu le grand mérite de montrer la nécessité et la possibilité d’un enseignement administratif, comme il y a un enseignement technique. Qu’une entreprise soit petite ou grande, famFiale ou nationale, elle doit se plier aux mêmes règles administratives, non appliquées parce que non enseignées, et non enseignées parce qu’ignorées. « Le besoin de notions administratives est général, conclut H. Fayol ».
- Tout le monde connaît bien les cinq premières fonctions essentielles, mais combien peu sont au courant de la sixième 1 Elle est pourtant d’importance capitale, puisqu’elle intervient sans cesse et partout. Elle est chargée de fixer le programme d’action,
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- d’assurer recrutement et formation du personnel, de coordonner, d’harmoniser et de contrôler les actes et les efforts.
- Cette fonction administrative, Henri Fayol. la définit ainsi : « Administrer, c’est prévoir, organiser, commander, coordonner, contrôler ». L’administration n’est donc pas le privilège exclusif du chef, malgré qu’elle tienne une grande place dans son rôle, mais elle se répartit, comme toutes les autres fonctions essentielles, entre la tête et les membres du corps social.
- Telle fut, en raccourci, l’œuvre d’Henri Fayol.
- « L’un des premiers, a dit M. Pierre Chevenard, il a conçu le vrai rôle de la science dans l’industrie, car, directeur de mines, paléontologiste et géologue, avant d’être le fondateur de la doctrine administrative, il avait conduit, scientifiquement, l’exploitation de ses houillères. Henri Fayol représente le type accompli du savant industriel ».
- Amédée Fayol.
- L'été le plus chaud à
- L’intensité et la prolongation des « vagues » successives de chaleur au cours de l’été de 1947, ont eu pour effet d’apporter en France un tel excédent thermique, que la moyenne de la température de l’été, surpasse de un degré celle de l’été de 1911, qui détenait jusqu’alors, à Paris, le record de chaleur depuis la fondation de l’observatoire du parc Saint-Maur en 1874.
- Il faut remonter jusqu’en 1775 pour trouver à Paris une moyenne de température aussi élevée pour l’ensemble des mois de juin, juillet et août. Cet ancêtre succédait à une série ininterrompue de 7 étés et hivers plus chauds que la normale.
- Paris depuis 172 ans
- Mais le record pour la France est toujours détenu par l’Ëcole Normale de Bourg (Ain) qui enregistra 44°8 à l’ombre, au cours d’un été très chaud, le 18 juillet 1921.
- En 1947, des températures coloniales de 40° furent observées dans le Poitou, l’Albigeois et certaines localités de Provence.
- Pour faire le point, reprenons les observations faites à Paris en 1947. Nous disposons en effet pour la capitale des observations les plus anciennes et homogènes, ce qui permet d’établir le tableau comparatif ci-après :
- Température moyenne mensuelle Maxima absolus Hauteur de pluie de la
- Juin Juillet Août Elé Juin Juillet Août saison d’été
- Température moyenne normale à Saint-Maur . Eté 1775 — 1859 . . . 1911 — 1947 Degrés 16,66 21,40 18,20 16,57 18,83 Degrés 18,32 21,50 22,60 21,06 21,42 Degrés 17,86 20,90 20.40 21.41 22,02 Degrés 17,61 21,30 20,40 19,68 20,75 Degrés 32,8 30.4 28.5 36.5 Degrés 31,3 34,5 35.7 39.8 Degrés 29,7 33 36,5 36 en mm 190,6 129.4 117.4 165
- L’été 1947, par contre, fait suite à un hiver très froid. Il ne faut pas pour cela ranger notre climat dans les climats excessifs. Ceci ne pourrait se faire que si de longues séries d’observations faisaient apparaître une amplitude de la variation annuelle de la température supérieure à 20°, ce qui est encore loin de la vérité.
- Si l’on trouve dans le passé de rares, étés aussi chauds que celui de 1947, sous l’angle de la température moyenne, l’on n’y a jamais lu sur un thermomètre un maximum de 40°4 comme cela fut possible à Montsouris le 28 juillet 1947.
- Les températures extrêmes les plus approchantes, lues, à Paris ou dans la région parisienne depuis le début du xvme siècle, sont dans leur ordre chronologique :
- 39°0 le 20 juin 1755 (1) (observatoire Paris) ;
- 37°5 le 18 juillet 1777 (observatoire Paris) ;
- 38°4 le 19 juillet 1881 (Parc Saint-Maur) ;
- 38°6 le 20 juillet 1900 (Montsouris) ;
- 39°8 le 27 juillet 1900 (Chateaudun : M. Roger) ;
- 38°6 le 17 juillet 1904 (Chateaudun : M. Roger) ;
- 38°4 le 28 juillet 1921 (Parc-Saint-Maur).
- Nos régions méridionales, sauf les côtes très tempérées basques et provençales, fournissent plus facilement, quoique rarement, des poussées de chaleurs sahariennes.
- Nous relevons en moins d’un demi-siècle :
- 43° à Montpellier le 20 juillet 1904 ;
- 40° à Nîmes le 18 juillet 1900 ;
- 44° à Toulouse-Saint-Simon le 8 août 1923.
- 1. Ce maximum est sans doute unique, par la précocité de la date à laquelle il fut observé.
- Tandis qu'à Paris l’été 1947 n’offre pas un caractère sec, les provinces de l’Ouest subissent la sécheresse. Angers, par exemple, n’observe qu’une seule averse durant le mois d’août. Dans la région méditerranéenne, les caractères climatiques ont été renversés pendant le même mois : faiblesse relative des maxima thermométriques et excédent pluviométrique. Toulon, entre autres stations, tire sa forte moyenne mensuelle de température d’août 1947 (24°) de la douceur de ses nuits : 20°2 contre 15°7 à Paris.
- Le 15 août, on notait des températures équivalentes sur 7es plages de la Manche et celles de la Méditerranée (25° environ).
- Le 10 août, les plages anglaises de la Manche observaient des températures maxima de 32° ; celles du Nord et du Pas-de-Calais 34° à 35° ; Toulon se cantonnait à 26°, Nice à 27°.
- Mais il est certain que la grande stabilité du climat des côtes méditerranéennes ne tardera pas à jouer en faveur de ces régions. Les températures modérées actuelles s’y maintiendront assez longtemps, tandis que d’autres régions assisteront à la chute du thermomètre.
- Il faut rechercher les causes d’un été aussi chaud dans la fermeté et le maintien sur l’Europe d’un anticyclone générateur tantôt d’air tropical très chaud et humide, tantôt d’air continental moins chaud, mais très sec.
- Il arriva certains jours, principalement dans la dernière décade de juillet, que la position et l’orientation des isobares tracées par ce grand centre d’action permettaient à de grandes masses d’air tropical de s’acheminer sur nos régions et de hausser le thermomètre à des cotes inusitées.
- Jean Bourgeois.
- Le gérant : G. Masson. — masson et cle, éditeurs, paris. — dépôt légal : 36 trimestre 1947, n° 4g4. — Imprimé en France. BARNÉOUD FRÈRES ET Cie, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 736. — 9-1947-
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- Ier Octobre 1947
- LA NATURE
- PLUIE et NEIGE
- sur commande
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- se résolvent pas nécessairement en pluie, qu’en Europe occidentale on observe assez sou- vent en été des cumulus d’un aspect particulier, que les météorologistes appellent des « cumulus de beau temps ». Nos, paysans savent très bien les reconnaître.
- Pour qu’un cumulus se résolve en pluie, il faut qu’il renferme à la fois non seulement de fines gouttelettes d’eau, mais aussi de petits cristaux de glace; et si ceux-ci en sont absents quand le nuage est très haut, c’est parce que l’eau des gouttelettes est surfondue, quelquefois jusqu’à — i3°. Ce fait a été signalé pour la première fois par le Français Bergeron en 1933. Depuis, il a été vérifié; de plus, des expériences entreprises d’abord au laboratoire en 1946 puis par temps de brouillard, à Shenectady (E.-U.) par M. Vincent Y. Schæffer de la General Electric Cy (1), ont montré que si l’on dépose des petits cristaux de glace dans l’atmosphère d’un brouillard, on provoque toujours une chute de pluie ou de neige, et qu’on obtient le même résultat avec de la neige carbonique.
- L’Australie est un pays sec où, en été, la pluie ne tombe guère que dans le Sud-Est bien que le ciel y soit assez souvent nuageux. Se fondant sur les faits précités, MM. Kraus et Squi-res, de la Royal Australian Air Force, firent un essai au moyen de neige carbonique le 5 février 1947, donc en été, dans un rayon de 160 km au Nord-Ouest de Sydney.
- Ce jour-là, un vent faible soufflait du Nord-Est et sur la région orientale de la Nouvelle-Galles du Sud; le ciel était aux quatre cinquièmes couvert de cumulus, mais la zone côtière et l’Océan Pacifique étaient sans nuage. La partie basse des cumulus était à environ 3 3oo m d’altitude, leur partie haute à 7 000 m; la température de zéro régnait à 5 4oo m. Dans ces conditions, il n’y a jamais de pluie.
- A partir de i3 h 45, 45 kg (100 livres anglaises) de neige carbonique granulée furent lâchés par un avion sur un cumulus, puis 68 kg sur un autre, à 3o km du premier, puis encore 68 kg sur ce même nuage ; 21 minutes après l’avant-dernier
- (1) Voir La Nature, n* 3129 du 1" février 1947.
- Fig. 1.— L’ingénieur Vincent Y. Schaeffer, de la General Electric Cy, crée la première neige artificielle.
- La baguette, préalablement refroidie dans l’air liquide, dépose dans le nuage de petits germes de glace qui se développent aux dépens des gouttelettes d’eau formant le nuage.
- (Photo General Electric Cy).
- largage une pluie abondante se mit à tomber sur plus de 6o km2; elle dura tout l’après-midi.
- Les évolutions de l’avion et la formation de la pluie dans les nuages mêmes étaient suivies au moyen de radars : les premières gouttes de pluies formées dans le nuage sont révélées par un crépitement. On reconnut ainsi que l’avion était à plus de 7 ooo m au moment des trois largages et que le premier cumulus s’était résolu en pluie 18 minutes après le largage de !a neige carbonique, et le second io minutes après l’avant-dernier largage. Aucune autre pluie ne fut observée dans un rayon de 160 km autour de l’avion.
- Après ces deux essais, six autres furent exécutés : la pluie tomba quatre fois; elle ne tomba pas les deux autres fois, sans doute parce que, pour les six essais, on avait choisi, à dessein, des conditions météorologiques défavorables : cumulus bas, donc relativement chauds, ou très peu développés en hauteur. Cependant, les radars révélèrent que la pluie s’était formée dans ces nuages. On suppose que" les gouttes de pluie se sont vaporisées avant d’atteindre le sol.
- Toutes les fois qu’il y eut pluie, dès qu’elle commençait dans
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- Fig. 2. — Le nuage d’où est sortie la première neige artificielle.
- Cet alto-stratus de 6 km de long se trouvait en état de surfusion, état dans lequel l’humidité reste liquide bien que sa température soit inférieure à la température de
- congélation.
- (Photo General Electric Cy).
- le nuage et avant qu’elle n’atteignît le sol, on observa un panache qui s’éleva très haut au-dessus des points de largage. On l’attribue à la chaleur dégagée par la solidification d’une fraction de l’eau des gouttelettes surfondues, cette chaleur devant provoquer localement une élévation de la température du nuage et peut-être une vaporisation partielle de l’eau, suivie, peu de temps après, de la condensation de cette vapeur quand elle atteint les hautes couches de l’atmosphère. En effet, quand le panache s’élève, il rencontre des couches de plus en plus froides.
- Ces points et plusieurs autres devront être éclaircis. Quoi qu’il en soit, on a la certitude que presque toujours on peut provoquer la pluie en lâchant d’un avion volant très haut, de la neige carbonique sur des cumulus présageant le beau temps.
- Les applications pratiques.
- L’ingénieur chilien, M. José Echevarria, qui étudie spécialement pour son pays cette intéressante découverte, nous donne les précisions suivantes sur les applications pratiques qu’on en peut envisager.
- Après avoir résumé les expériences que nous exposons plus haut, il écrit :
- « En février et mars dernier, je me suis rendu aux Etats-Unis en tant que membre d’une commission de l’Université du Chili afin d’étudier la possibilité d’augmenter la fonte des neiges de la Cordil-lière des Andes.
- Entré en contact avec la General Electric Cy par l’intermédiaire de l’Université de Colombie, j’ai pu ainsi me mettre en rapport avec M. Vincent Y. Schæffer, l’auteur des expériences, aux Etats-Unis; celui-ci m’a communiqué les photographies dont je suis heureux de faire profiter les lecteurs de La Nature.
- Les applications qui découlent des expériences de M. Vincent Y. Schæffer peuvent être nombreuses. En voici quelques-unes :
- i° Intensifier le débit d’eau des rivières par un plus grand dégel. L’agriculture en sera la grande bénéficiaire puisque l’on pourra augmenter et améliorer ainsi les zones d’irrigation artificielle ainsi que les installations hydro-électriques ;
- 2° Éviter la chute de la neige dans les grandes villes et sur les voies de communication importantes, en faisant précipiter l’eau des nuages avant qu’ils n’atteignent les régions urbaines;
- 3° Empêcher l’accumulation de la neige sur les ailes des avions, cause principale de nombreux accidents d’aviation au cours de l’hiver dernier, dans l’hémisphère nord;
- 4° Éviter les chutes de grêle qui occasionnent de si graves dégâts dans les campagnes comme dans les villes ;
- 5° Développer, enfin, les stations de sports d’hiver en faisant tomber la neige sur des lieux spécialement choisis.
- Les applications de celte découverte seraient particulièrement utiles au Chili, où, dans la région centrale, plus de 9 mois s’écoulent, certaines années, sans qu’on observe aucune chute de pluie. La fonte des neiges de la Cordillière des Andes se révèle alors insuffisante pour irriguer efficacement le sol.
- Il est donc d’un intérêt vital pour mon pays de provoquer la chute de neige artificielle en abondance, pendant l’hiver, sur des régions proches de celles où la neige tombe naturellement. On pourrait ainsi accroître le dégel pendant le reste de l’année et augmenter, de ce fait, le débit d’eau des rivières.
- Aux Etats-Unis, pour les réalisations pratiques de cette découverte, le gouvernement et l’armée apporteront toute l’aide nécessaire à la General Electric Cy et à son importante équipe de savants au nombre desquels figure l’éminent physicien Vincent Y. Schæffer. J’ai le ferme espoir que cette découverte permettra bientôt au Chili de remédier efficacement à l’insuffisance d’eau et d’augmenter ainsi le nombre de ses terres cultivables.
- Fig. 3. — La première neige artificielle commence à tomber.
- Par avion le nuage en surfusion a été ensemencé de neige carbonique. Quelques minutes plus tard un rideau de neige commence à tomber.
- (Photo General Electric Cy).
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- LA GAZÉIFICATION SOUTERRAINE
- DES HOUILLES
- Le principe de la gazéification souterraine des houilles est basé sur la combustion incomplète du charbon dans la couche en place, dans le sous-sol meme. Le gisement est ainsi exploité sous la forme d’un immense gazogène (x).
- Les premières réalisations de cette technique ont été faites en U.R.S.S. Un trust d’Ëtat, le Podzengaz, y fut chargé en 1933 des études préliminaires, puis des réalisations industrielles.
- Un comple rendu technique des premiers résultats a été publié en 1936 sous la signature d’un ingénieur russe,
- M. N. J. Sazonoff, dans le recueil « Transformation chimique des combustibles » publié par le N.K.T.P. de l’U.R.S.S. à Moscou.
- Les expériences pratiques de gazéification souterraine des houilles ont débuté fin ig33 à la station de Kroutov-skaia, dans le bassin de Moscou, et à la station de Chakhty, dans le bassin du Donetz.
- Dans ce dernier bassin, l’expérimentation était faite sur une couche de 4o à 45 cm d’épaisseur d’tmthracite (4,45 p. 100 de cendres,
- 2,5 p. xoo de matières volatiles, 94,3 p. 100 de coke).
- Après plusieurs insuccès, les essais aboutirent, en janvier 1933 à la production d’un gaz combustible dont le pouvoir calorifique variait de 1 000 à 1 600 calories au mètre cube.
- En 1934, des expériences ont été poursuivies à la station de Lissitchanksk sur des charbons secs à longues flammes et à forte teneur en matières volatiles (36,4 pour 100) du Dombas. La couche Bobrovsk de 70 cm de puissance a été gazéifiée avec soufflage d’oxygène et a fourni un gaz combustible d’un pouvoir calorifique de 2 270 calories au mètre cube. Des expériences faites avec soufflage à la vapeur par périodes successives de
- 1. Voir J. Cotte. L’usine à gaz dans la mine. La Nature, n° 3090, 15 juin 1945.
- 20 mn ont donné des gaz dont le pouvoir calorifique variait de 2 000 à 2 5oo calories au mètre cube.
- D’autres essais ont été poursuivis dans le deuxième semestre de ig34 dans le bassin du Kouznetsk sur un charbon à 44,6 pour 100 de matières volatiles. Après quelques difficultés de mise en marche, les gaz obtenus ont donné des pouvoirs calorifiques s’étageant de 2 i5o jusqu’à un maximum de 5 o5o calories au mètre cube.
- En fin avril 1935, à Gorlova, dans le bassin du Donetz, oni effectua dans une station expérimentale des essais avec soufflage d’oxygène sous pression.
- La couche « Derezovka a soumise aux expériences, avait une puissance d’un mètre, avec fort pendage, elle était très cendreuse : 29,2 pour 100 et pauvre en matières volatiles.
- Après quelques difficultés de mise à feu, l’exploitation a été poursuivie avec soufflage d’air suroxygéné et sous une pression poussée jusqu’à 3 atmosphères et demie. On a pu ainsi obtenir une production régulière de gaz d’une valeur calorifique de l’ordre de 1 35o calories.
- Cette station a fourni en 18 mois, 8 4oo 000 m3.
- Peu de renseignements ont été ensuite publiés sur les travaux poursuivis en U.R.S.S. sur la gazéification souterraine. Pendant la guerre, les installations ont durement souffert de l’occupation, mais on peut penser que les résultats obtenus par les ingénieurs russes ont été des plus encourageants. En effet, le dernier plan quinquennal de l’U.R.S.S. prévoit pour 1950 une production journalière de l’ordre de 2 800 000 m3 de gaz.
- D’après les techniciens russes, le prix de revient du gaz, à valeur calorifique égale, est inférieur de 3o pour 100 environ à celui obtenu par les méthodes classiques de distillation. Les frais de premier établissement seraient réduits de 4o à 5o pour 100.
- L’intérêt de cette méthode est de permettre l’exploitation aux moindres frais des charbons médiocres, cendreux, des lignites secs, des houillères épuisées, dont l’extraction serait trop onéreuse, et cela avec une main-d’œuvre des plus réduites.
- Cette même technique a été utilisée pour tirer parti de gisements pétrolifères épuisés, notamment à Khodijenski, dans la région de Maïkop.
- La gazéification souterraine ne doit pas, logiquement, s’appliquer aux charbons gras, peu cendreux, et d’exploitation facile, qui fournissent à l’industrie chimique une matière première précieuse : le goudron. Elle doit être considérée comme une méthode complémentaire pour l’exploitation des gisements difficiles.
- Le but de la gazéification souterraine est d’obtenir du gaz qui peut être utilisé pour le chauffage, l’éclairage ou l’alimentation énergétique de centrales électriques. Un débouché plus important encore est l’utilisation chimique de ces gaz.
- Le gaz normal de gazogène conduit à toute la série des corps chimiques déjà régulièrement obtenus par la grande industrie de synthèse : alcool méthylique, formaldéhyde, alcool ordinaire et homologues supérieurs, acide acétique, etc....
- Le gaz réglé par soufflage alternatif d’air et de vapeur d’eau en un mélange d’azote, d’hydrogène et d’oxyde de carbone, puis catalysé avec de l’eau en phase vapeur, donne du gaz carbonique, élève la teneur en hydrogène et conduit, par les méthodes classiques de purification, à un mélange d’azote et d’hydrogène. Ce mélange, par les techniques usuelles dérivées du procédé Haber, aboutit à la synthèse de l’ammoniac puis,
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- o •
- Fig. 1. — La gazéification souterraine.
- A et Al : Canalisations pour l’alimentation en air, vapeur d’eau, oxygène. — B et Bl : Canalisations d’évacuation des gaz. — C : Panneau de charbon à gazéifier. — M : Muraillement en sacs d’argile pour limiter la combustion.
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- par oxydation catalytique, à l’acide nitrique, c’est-à-dire aux sels ammoniacaux et aux nitrates pour les engrais et à l’acide nitrique pour l’industrie chimique et les explosifs.
- La gazéification par soufflage alterné par l’oxygène et la vapeur d’eau conduit au mélange oxyde de carbone et hydrogène. La catalyse par le procédé Fischer-f'ropch aboutit à la synthèse des hydrocarbures des pétroles.
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- Il n’est pas surprenant que la gazéification souterraine des houilles ait soulevé un peu partout dans le monde un intérêt considérable.
- Des essais sont en projet en Angleterre. Le fonds de recherches scientifiques belge, avec le concours de sociétés privées va entreprendre des essais aux charbonnages de Bois-la-Dame.
- Aux États-Unis, des essais sont en cours depuis le 21 janvier dernier. Ils sont conduits par des ingénieurs du Bureau of Mines et ceux de l’Alabama Power Cy, à Gorgas sur les charbonnages de cette compagnie. Celle-ci exploite une centrale électrique de 200 000 kW et étudie l’installation d’une seconde centrale de 240 000 kW. On comprend l’intérêt majeur que comporte pour elle l’étude de la gazéification souterraine.
- Les essais actuels sont poursuivis sur une couche de 90 cm d’épaisseur, qui n’est qu’à une dizaine de mètres de profondeur-au-dessous du niveau du sol.
- Ces conditions sont peu favorables, la faible épaisseur des morts terrains n’assure pas l’étanchéité, elle est peu adaptée aux essais sous pression, mais elle a été volontairement choisie pour les premières études car il sera facile, une fois l’opération terminée, de déblayer le terrain superficiel et de contrôler sur la couche découverte, le comportement et le rendement de l’opération.
- Un panneau de charbon a été découpé dans la couche par des galeries parallèles, l’une, de 42 m de long, l’autre de 5o m, reliées par une galerie transversale de 12 m. Les parois des galeries opposées au panneau sont protégées par des murs d’argile pour éviter la propagation de la combustion. Les galeries sont murées de béton, ces muraillements portent chacun un regard qui a permis de suivre à vue les premières phases de la
- mise à feu et deux canalisations d’entrée et de sortie de gaz qui permettent de changer le sens du courant.
- On peut pratiquer le soufflage par l’entrée A et recueillir les gaz en Bx ou par l’entrée A15 et les dégager en B.
- D’autre part, une série de tubes verticaux permettent des prélèvements de gaz en divers points.
- La mise à feu a été faite par des bombes incendiaires introduites par ces tubes dans la galerie ED.
- Les essais à la station de Gorgas ont permis l’obtention de trois types de gaz :
- i° Le gaz de gazogène par simple adduction d’air, d’un pouvoir calorifique de 5oo calories au mètre cube, débité à raison d’une quarantaine de mètres cubes à la minute;
- 20 Le gaz à l’eau par introduction simultanée d’air et de vapeur d’eau, d’un pouvoir calorifique approchant 2 000 calories au mètre cube, débité à raison de 6 225 1 par minute;
- 3° Le gaz obtenu par soufflage à l’oxygène et la vapeur d’eau, d’un pouvoir calorifique de 1 3oo calories environ par mètre cube, débité à raison de 28 m3 par minute.
- Il n’y a plus maintenant qu’à attendre la mise à nu de la couche soumise à ces expériences de gazéification. Il sera possible alors d’apprécier dans quelle proportion le charbon aura effectivement subi la gazéification et d’estimer le rendement de l’opération.
- Pour la France, il semble que la gazéification souterraine des houilles présente un intérêt tout particulier. On a parlé d’essais qui seront entrepris aux charbonnages de Djerada au Maroc, mais aucun projet n’a été annoncé pour la Métropole.
- Nous ne manquons cependant pas de petits gisements de houille et de lignite inexploitables par les méthodes normales.
- La carte géologique montre plus de 70 bassins charbonniers. Une vingtaine seulement sont régulièrement exploités. Les autres sont les moins riches, les plus cendreux, les plus tourmentés. Leur exploitation, qui n’est pas rentable dans les conditions économiques actuelles peut le devenir, par la méthode nouvelle de la gazéification souterraine.
- L’expérience vaut la peine d’être tentée pour remédier, peut-être dans de larges proportions, au manque de combustible qui pèse actuellement si lourdement sur toute l’économie française et conditionne sa rénovation.
- Lucien Perruche,
- Docteur de l’Université de Paris.
- La loi de Do.de remonte à l'antiquité.
- Les météorologistes connaissent la loi dite « de Dode », d'après laquelle les vents se succèdent assez régulièrement dans le sens des aiguilles d’une montre. Du Nord, par exemple, le vent passerait au Nord-Est et à l’Est, d’où, au bout de quelques jours généralement, il tournerait souffler du Midi, et, plus tard, de l’Ouest, d’où, finalement, il gagnerait le Nord à nouveau.
- C’est, si je ne me trompe, le météorologiste Bergeret qui, il y a une cinquantaine d’années, donna à ce phénomène le nom de « Loi de Dode ». Louis Dode, décédé en 1943, était un botaniste dendrologue de grande valeur, qui, dans sa vaste propriété de l’Ailier, avait réuni et réussi à naturaliser une multitude de végétaux exotiques. Et c’est fort incidemment, m’a-t-il dit lui-même, qu’il avait mentionné le fait de la rotation des vents, bien connu des gens de la campagne qui s’occupent de la prévision du temps. Il ne prétendait nullement l’avoir ni observée, ni même formulée le premier, il s’en défendait, au contraire, et s’était contenté de relater ce fait d’observation ancienne.
- Fort ancienne même, puisque la dite loi se trouve déjà consignée dans Pline : « Les vents, dit-il, se succèdent de proche en pro-
- che, en tournant de gauche à droite comme le soleil » : Omnes venti vicibus suis spirant... cum proximi cadentibus surgunt, a lævo latere in dextrum ut sol ambiunt (Hist. nat., L. II, xlvii, 48, 128).
- Il est superflu d’ajouter que cette notion n’est ni de l’invention de Pline, ni due à ses observations personnelles. Ce vulgarisateur de la science grecque, cet infatigable compilateur, l’avait trouvée, comme toute la matière de son Livre II, dans les auteurs grecs qu’il énumère lui-même (L. I, 30-40), et dont la plupart sont perdus pour nous. Cependant, dans le peu qui nous en reste, on trouve le phénomène en question plus ou moins nettement énoncé dans Aristote (Problèmes, 26, 31) et dans Théophraste (De Ventis, IX, 52). On voit par là que la loi dite « de Dode » n’est que l’expression d’un phénomène assez courant dans nos régions de l’hémisphère nord et connu presque de toute antiquité.
- P. Fournier,
- Directeur du Monde des Plantes.
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- LE NITRATE D'AMMONIUM
- explosif et engrais
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- La catastrophe de Brest, survenant après celle de Texas City, attire à nouveau l’attention sur le nitrate d’ammonium utilisé comme engrais, mais entrant également dans la composition d’un certain nombre d’explosifs. Aussi est-on en droit de se demander si le nitrate d’ammonium n’est pas un produit dangereux à manipuler, transporter et stocker, et la presse ne nous a-t-elle pas appris que la population de certains ports durement éprouvés par la guerre, s’était justement émue de
- C’est Favier qui, en 1884, inventa les explosifs au nitrate d’ammonium. Avec des corps combustibles et principalement avec des dérivés nitrés, le nitrate d’ammonium forme des mélanges dont la température d’explosion est basse, ce qui permet de les employer dans les mines grisouleuses comme explosifs de sécurité (explosifs Favier, explosifs N). En temps de guerre, le nitrate d’ammonium et le trinitrotoluène entrent dans la confection d’explosifs très brisants utilisés notamment pour le chargement des mines terrestres.
- Son emploi comme engrais a été préconisé par Schlœsing, mais il présente l’inconvénient d’être fortement déliquescent. Il absorbe facilement l’humidité de l’air en se liquéfiant plus ou moins superficiellement, puis, se solidifiant a nouveau en atmosphère plus sèche, il forme des blocs compacts et très durs qui doivent être pulvérisés avant d’être répandus dans les champs. Cette difficulté a été tournée en incorporant au nitrate d’ammonium des produits amendants ou fertilisants qui suppriment son hygroscopicité. En France, il est fréquemment mélangé à du carbonate de calcium (ammonitrate) alors qu’en Allemagne, il était vendu sous forme de sel double avec du chlorure de potassium (Mischsaltz) ou du sulfate d’ammonium (sulfonitrate d’ammonium). On peut aussi l’employer avec du nitrate de calcium. Le nitrate d’ammonium présente l’avantage de fournir à la fois de l’azote ammoniacal et de l’azote nitrique; il est particulièrement recherché en horticulture.
- La décomposition du nitrate d’ammonium par la chaleur est connue depuis fort longtemps et a été étudiée par Berthelot. Elle s’effectue avec dégagement d’oxydes d’azote dont la nature et les proportions varient avec la température. Chauffé entre 200° et 25o°, le nitrate d’ammonium donne presqu'exclusivement du protoxyde d’azote N20 dont c’est la méthode de préparation. Cette décomposition est exothermique, c’est-à-dire qu’elle s’effectue avec dégagement de chaleur, et elle a tendance à s’accélérer d’elle-même. Néanmoins, en prenant quelques précautions, elle ne présente aucun danger. Au-dessus de 3oo°, on observe la formation d’oxyde azotique NO et de peroxyde d’azote N02, puis, à plus haute température, d’azote Vers 5oo°, la décomposition du nitrate d’ammonium en azote et vapeur d’eau est complète et elle prend un régime explosif,
- Figr. I. — La catastrophe de Texas-City.
- La fabrique de produits chimiques Monsanton après l’incendie provoqué par l’explosion.
- (P/i. N. Y. T.).
- l’arrivée de nouveaux bateaux chargés de nitrate d’ammonium et avait demandé leur déroutement ou au moins leur déchargement en dehors de la ville et des installations portuaires.
- Le nitrate d’ammonium est obtenu industriellement en saturant de l’acide nitrique par du gaz ammoniac. C’est un corps cristallisé blanc, très soluble dans l’eau, dont la température de fusion est voisine de 170°. Ses deux principaux emplois, qui en font un produit intéressant à la fois les industries de paix et de guerre, sont la fabrication des explosifs et des engrais.
- Fig. 2. — La catastrophe de Brest.
- L’explosion du Liberty-ship « L’Océan » chargé de nitrate d’ammonium.
- (Ph. N. Y. T.).
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- qu’il est aisé de constater en projetant des fragments de sel sur une plaque de fer portée au rouge. Le caractère explosif est nettement accru par la présence de matières combustibles, par exemple de substances organiques, ou d’éléments s’oxydant facilement comme le carbone, le soufre, l’aluminium. Les mélanges de nitrate d’ammonium et d’aluminium détonent violemment sous l’effet d’un détonateur et constituent les explosifs connus sous le nom d’Ammonals.
- Le nitrate d’ammonium est insensible au clioc, mais, même à l’état pur, il détone sous l’influence d’un amorçage suffisamment puissant (fulminate de mercure, acide picrique, etc.), particulièrement lorsqu’il est enfermé dans une enveloppe résistante, et, sans doute, lorsqu’il est en masses compactes d’assez grand volume. Cette dernière conclusion peut être déduite d’expériences faites avant la guerre sur des masses de nitrate d’ammonium enfouies sous terre et aussi de deux catastrophes survenues en 1921. La première se produisit en Ilaute-Silésie pendant le déchargement de wagons, alors que pour briser la croûte dure du nitrate d’ammonium, on avait fait appel à des pétards de dynamite. L’explosion fit une trentaine de victimes et provoqua la formation d’un entonnoir de 20 m de diamètre et de 6 m de profondeur. La seconde eut lieu à l’usine d’Oppau de la Badische Anilin und Soda Fabi'ht le 21 septembre 1921 et semble avoir eu les mêmes causes. Le nitrate d’ammonium était stocké en silos à l’état de sel double avec le sulfate d’ammonium et, il était également habituel de briser à la dynamite les couches superficielles pour faciliter le pelletage. Il fut impossible de déterminer exactement les causes de l’explosion; le stock de sulfonitrate d’ammonium détona-t-il directement sous l’effet de l’amorçage dû aux pétards de dynamite, ou bien sa décomposition fut-elle provoquée par l’explosion d’un stock de nitrate pur soumis à la même pratique? La déflagration de k 000 t de sulfonitrate d’ammonium fit un entonnoir de i5o m de diamètre, détruisit une partie de l’usine et du village voisin en causant 600 victimes.
- Le manque d’information certaine ne permet pas non plus de préciser les conditions des explosions de Texas-City et de Brest. Pour la première, on avait invoqué la présence d’explosifs à bord du bateau et même envisagé l’hypothèse d’un atten-
- Figr. 3. — La catastrophe d’Oppau, en 1921.
- de diamètre produit par l’explosion de 4 000 t de sulfonitrate d’ammonium
- (Ph. France-Illustration).
- tat à la bombe qui auraient amorcé la détonation de l’ensemble du chargement, mais il semble bien qu’à Brest, l’accident ait débuté par un incendie. Or nous avons indiqué que le nitrate d’ammonium peut très bien se décomposer explosivement sous l’influence d’une forte élévation de température surtout s’il contient des impuretés organiques. L’absence d’accidents depuis 1921 suggère de rechercher les causes des récentes explosions dans la qualité actuelle du nitrate d’ammonium. Il est possible, sinon probable, que le nitrate d’ammonium qui formait le chargement des deux bateaux provenait de la récupération d’explosifs nitratés destinés aux opérations militaires. Sa purification insuffisante peut avoir laissé des quantités faibles de dérivés, nitrés ou autres, mais suffisantes pour faciliter l’explosion du nitrate d’ammonium au cours d’un incendie. Il ne s’agit que d’une hypothèse, non étayée sur aucun argument précis, mais elle mérite d’être retenue, car rien ne doit être négligé pour éviter le retour d’aussi épouvantables catastrophes.
- G. C.
- L'huile d'Isano.
- La pénurie actuelle d’huile de lin et d’huile de bois de Chine conduit l’industrie des peintures et vernis à rechercher de nouvelles huiles siccatives et attire à nouveau l’attention sur une huile encore peu connue en provenance de l’Afrique tropicale. Il s’agit de l’huile d’Isano extraite des graines de VOugohea Iüai-neana, de la famille des Olacacées.
- Ses propriétés la rapprochent de l’huile de bois de Chine et elle offre la particularité remarquable d’être formée de glycérides contenant le radical de l’acide isanique, à la fois éthylénique et acé-tylénique. C’est un très rare exemple d’un corps naturel renfermant des liaisons acétyléniques.
- Pour son utilisation à la préparation des vernis, l’huile d’Isano nécessite une cuisson vers 120°-150°. Cette opération doit être effectuée avec précaution car, par suite de sa nature acétylénique,
- elle a tendance, quand on la chauffe brusquement, à se décomposer spontanément par une violente réaction exothermique. Néanmoins sa cuisson peut être réalisée et elle donne un produit qui sèche assez rapidement en formant des revêtements d’un beau brillant, d’une bonne solidité et d’une imperméabilité satisfaisante. Elle a été employée en quantité assez importante durant la guerre au Congo, à défaut d’autre huile siccative.
- Il semble qu’une des meilleures manières de l’utiliser actuellement consiste à la mélanger avec de l’huile de lin, ce qui réduit considérablement les dangers de sa cuisson. Tandis que les Américains se tournent vers les huiles d’Oïticica du Brésil et du Mexique pour remplacer les huiles de bois de Chine et vers l’huile de Perilla comme substitut de l’huile de lin, l’huile d’Isano, en provenance de l’Empire français, peut être pour nous d’un certain intérêt.
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- Les migrations des poissons
- Les causes déterminant les migrations qu’effectuent certaines espèces de poissons à des époques déterminées de leur vie sont restées à peu près inconnues jusqu’à ces dernières années.
- Les premiers biologistes et zoologues qui se sont préoccupés de la question ont pensé que les poissons migrateurs recherchaient certaines conditions bien définies de salinité, d’oxygénation, de température, d’acidité, etc., qui devaient régner dans les eaux vers lesquelles ils étaient attirés. On a donc commencé par étudier l’influence de ces facteurs externes.
- Mais s’il est vrai que ceux-ci jouent un rôle important — ce qu’atteste par exemple la localisation précise des aires de migration — il n’en faut point pour autant négliger les facteurs internes, d’ordre physiologique, qui permettent aux espèces migratrices de quitter leur habitat à un certain stade du développement organique : si les poissons migrateurs ne différaient physiologiquement des autres, pourquoi ces derniers resteraient-ils insensibles à l’action des facteurs externes qui déclenchent les migrations ?
- C’est cet argument décisif qui a orienté les recherches récentes d’un savant français, M. Fontaine, professeur au Muséum, vers l’étude de la physiologie particulière des poissons migrateurs.
- Les migrations et l'activité hormonale.
- Les espèces migratrices ne présentent guère de différences zoologiques avec les espèces voisines sédentaires. On peut en inférer que les unes et les autres diffèrent moins par la nature de leurs activités physiologiques que par l’intensité d’une ou plusieurs de ces activités.
- C’est tout naturellement dans les sécrétions hormonales, dont dépend tout l’équilibre de l’organisme, que l’on est amené à rechercher ces différences d’intensité. Ne serait-il pas, en effet, parfaitement vraisemblable qu’un hyperfonctionnement glandulaire mît à certaines époques les poissons migrateurs dans un état de sensibilité particulière aux influences externes du milieu ambiant, qui déclencheraient alors le processus de la migration ?
- Comme argument en faveur de cette hypothèse, on peut tout d’ahord invoquer les différences de taille entre poissons migrateurs et poissons sédentaires appartenant à des espèces voisines. Les seconds sont toujours de taille nettement inférieure, et il semble légitime d’admettre que leur petitesse relative est due à une activité hormonale réduite.
- Le meilleur exemple de cette concordance est donné par le groupe des Lamproies, où l’on voit la Lamproie marine (Petro-myzon marinus), qui effectue de très amples migrations, atteindre 1 m de long, cependant que la Lamproie fluviatile, dont les migrations sont plus réduites, n’atteint que 25 à 50 cm, et que Lampetra Planeri, qui vit exclusivement en eau douce, ne dépasse pas 12 à 15 cm.
- D’autres phénomènes constatés chez les Saumons mettent également en lumière les relations qui existent entre l’activité hormonale et les migrations. Le jeune saumon ou tocan vit en eau douce jusqu’à un certain âge, variable entre 1 et 4 ans, où il prend un aspect argenté et émigre vers la mer en descendant son fleuve natal. On le nomme alors smolt. Pourquoi le passage du stade tocan au stade smolt s'effectue-t-il à des âges très différents d’un individu à un autre ? On le comprend aisément en examinant les courbes de croissance du tocan (flg. 1).
- Ces courbes montrent que ce n’est pas lorsqu’ils ont atteint une taille déterminée que les tocans deviennent smolts, puisque certains tocans de deux ans, plus grands que des smolts d’un an, doivent encore attendre une année entière ou même deux avant de devenir smolts. Par contre, l’âge de passage au stade
- smolt est visiblement en relation avec la pente de la courbe à l’origine, c’est-à-dire avec la vitesse de croissance : plus celle-ci est grande, plus le passage au stade migrateur s’effectue tôt ; plus elle est petite, plus il s’effectue tard.
- Or on sait que c’est l’activité hormonale qui règle la vitesse de croissance. L’âge auquel s’effectue la migration, âge dont on vient de voir qu’il varie de façon concomitante avec cette vitesse, est donc selon toute vraisemblance également déterminé par le degré d’activité glandulaire de chaque espèce.
- Les migrations et l'évolution des espèces.
- L’hyperactivité endocrinienne probable des espèces migratrices les affecte-t-elle de façon permanente au cours des âges ou ne caractérise-t-elle qu’un certain stade de leur évolution ? Il est vraisemblable que le caractère migrateur apparaît graduellement, car dans plusieurs familles on trouve côte à côte des espèces sédentaires et d’autres qui sont migratrices à des degrés divers.
- C’est ainsi par exemple qu’on trouve parmi les Salmonidés des
- 12 3 4
- Années de vie en rivière
- Fig. 1. — Courbes de croissance du jeune saumon ou « tocan »
- (d’après Menzies).
- Les courbes A, B, C et D se rapportent aux tocans qui passent au stade migrateur ou smolt au bout de 1, 2, 3 et 4 ans. On voit que les individus qui croissent le plus rapidement deviennent smolts au bout d’un an (courbe A), cependant que les autres doivent attendre d’autant plus longtemps que leur croissance est plus lente.
- espèces sédentaires comme la Truite de ruisseau (Salmo fario), des espèces à faibles migrations comme la Truite de mer (Salmo trutta) et des espèces typiquement migratrices comme le Saumon (Salmo salar). Les dernières seraient à la fois les plus développées du point de vue hormonal et les plus évoluées chronologiquement.
- Mais est-ce à dire que le stade migrateur, qui marque l’apogée évolutive de certaines espèces, constitue également l’ultime étape de leur évolution ? Le développement endocrinien qui a amené cette apogée ne s’arrête-t-il que lorsqu’il a abouti à la production d’espèces monstrueuses qui, de même que celles qui ont existé à certaines époques géologiques, s’éteignent parce qu’elles sont inadaptées aux conditions externes de vie ? Ou au contraire ce développement est-il réversible et assiste-t-on à un lent vieillissement des espèces migratrices ?
- Nos connaissances sur les migrations des poissons, leurs causes et leurs origines, restent encore très incomplètes. Les travaux de M. Fontaine ont toutefois établi que le caractère migrateur est en relation directe avec une hyperactivité hormonale des espèces qui le possèdent. Un vaste champ se trouve ainsi ouvert à la collaboration paradoxale, mais féconde, de la paléontologie et de l’endocrinologie.
- J. Héribert
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- Le
- " chromage dur " dans l'industrie
- Le chromage évoque pour le sens commun les brillantes surfaces que ne ternissent pas les intempéries. Ce dépôt de chrome, obtenu par voie électrolytique sur un métal nickelé, assure la protection contre les agents atmosphériques. Ce chromage est décoratif et son épaisseur est de l’ordre de quelques microns. La recherche d’utilisations des propriétés du chrome au point de vue mécanique a fait naître une technique nouvelle de chromage se différenciant essentiellement de la précédente par l’épaisseur de la couche qui atteint le centième, voire même le dixième de millimètre.
- Cette technique est connue sous le nom de « chromage à épaisseur » ou de « chromage dur ». La première dénomination explicite le passage du micron au dixième de millimètre de l’épaisseur, la seconde résume les possibilités industrielles de revêtement.
- L’originalité du procédé consiste à permettre l’usage au point de vue mécanique des propriétés du chrome mis sous la forme d’une couche électrolytique déposée directement sur le métal de base qui est en général l’acier. L’opération s’effectue par élec-trolyse d’une solution d’anhydride chromique additionnée d’acide
- sulfuriqüe avec anodes en plomb, la cathode étant la pièce à recouvrir.
- La propriété fondamentale du chrome est sa grande dureté (de l’ordre de 70 Rockwell C) qui lui confère une grande résistance à l’usure le prédestinant aux emplois mécaniques. Le chromage dur est ainsi générateur d’économies en prolongeant la durée des pièces soumises au frottement. Les durées d’utilisation des pièces traitées sont multipliées par cinq ou même dix. Une excellente résistance à la corrosion et aux hautes températures s’ajoute à ces qualités.
- Les principales applications concernent les vérificateurs, les calibres, les matrices et les filières. Le rechargement des portées d’arbres de toute nature sauve de nombreuses pièces ou améliore leur comportement. Des applications plus particulières concernent le chromage des outils de coupe, des moules de matières plastiques ou de verrerie, des cylindres et segments de moteurs, etc...
- Le chromage dur intéresse toutes les industries et il connaît à l’étranger un développement nettement plus important qu’en France. Le caractère essentiellement économique de ce nouveau procédé plaide pour que le handicap des années de guerre soit rapidement comblé par nous.
- L'ILE DE MAN
- L’ancien royaume des Manx de Mona Vannin, plus populairement désigné sous le nom l’île de Man, est une grande île fort pittoresque sise en pleine mer d’Irlande, entre l’Irlande, l’Ecosse, l’Angleterre et le Pays de Galles qui lui font un entourage protecteur. Soumise au régime océanique, cette île jouit malgré sa latitude d’un climat très doux.
- Elle présente bien des caractères . singuliers, à commencer par les contrastes d’un extrême modernisme et de traditions médiévales conservées fidèlement comme savent le faire les Britanniques.
- Du vi0 au ixe siècle, l’île de Man avait été sous la domination de dynasties Scandinaves dont la délivra Alexandre III d’Ecosse. Rattachée au comté de Derby de i4o6 à 1735, l’île fut finalement reprise par le gouvernement britannique en 1829, mais elle conserve encore sa vieille législature, ses coutumes et son Parlement.
- Elle est sous l’autorité administrative d’un lieutenant gouverneur qui représente la Couronne.
- Le point culminant de l’île est, au voisinage de son centre, le mont Snaefell qui s’élève à 1 610 m au-dessus du niveau de la mer. Par temps clair on voit de là les côtes d’Angleterre à près de 100 km, celles d’Ecosse, du Pays de Galles et d’Irlande. D’innombrables vallées en descendent tout autour de l’île, créant de verdoyants et beaux paysages.
- L’île de Man a une population d’environ 5o 000 habitants, surtout groupés dans les villes de Douglas, capitale et de Caslletown, chef-lieu.
- Douglas est située à l’Est dans une large baie; elle offre au touriste la surprise d’un tramway tiré par un cheval ; pour le voyage aux environs on goûte le charme d’un train miniature
- qui parcourt en une heure environ les 3 a km de la longueur de sa ligne ; malgré sa petitesse, ledit train n’est du reste pas démuni de confort. Douglas est une ville qui possède des immeubles fort modernes : théâtres, hôtels.
- Par de petites routes montant vers le Nord, vers la côte Ouest on peut faire le tour de l’île, partout très pittoresque.
- Près de Port Sainte-Mary et au Sud, sur la baie de Carrickey, le village de Cre-gneish s’est transformé en une station balnéaire avec de charmants et vieux cottages ; près de ces rivages abondent les oiseaux de mer. Plus à l’Ouest, l’Université de Liverpool a installé à Port Erin une station biologique qui se consacre surtout à l’étude des algues.
- Une autre ville pittoresque de l’île est Peel, à l’Ouest, sur la rivière Neb, paradis pour les amateurs de pêche. On y voit un château construit sur un îlot; il fut jadis une prison d’Etat où Richard II d’Angleterre fut enfermé.
- Les côtes de l’Est sont élevées, formées de rochers fissurés
- A ifl iOKm
- SSE
- ANGLETERRE
- Douglas
- D R L A N D E
- -MER
- L’île de Man, dans la Mer d’Irlande.
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- séparés par des plages de sable. A Manghold, on voit dans l’église qui date du xe siècle, des monuments celtiques et Scandinaves. A quelques kilomètres de là Laxey montre une immense roue de i5 m de haut montée par les ingénieurs Manx pour pomper l’eau de mines métalliques. L’île de Man, en effet, renferme des richesses minérales et on y extrait du cuivre, du zinc et du plomb argentifère.
- L’autre grande ville de l’île de Man est Castletown, à l’embouchure de la rivière Silverburn. Là les dominateurs Normands
- avaient établi leur château qui fut assiégé et pris en i3i3 par Robert Bruce.
- De Castletown on peut terminer le tour de l’île en remontant à Douglas qui est chaque année, en septembre, le siège d’une attraction sportive très cotée en Grande-Bretagne, le « Tourist Trophy motor-cycling races », sorte de cross-country motocycliste impressionnant qui attire maintenant de nombreux compétiteurs venus de toute l’Europe et des milliers de spectateurs. »» t-.
- Fig. 2. — Un original moyen de transport à Douglas : le « horse-iram ». — 3. Peel, sur la côte occidentale, à l’embouchure de la rivière Neb canalisée. — 4. Un aspect typique des vallées de l’île de Man : Sulby Glen. — 5. Le petit port Sainte-Mary et ses bateaux de pêche. — 6. Un paysage côtier caractéristique : Nairbyl. — 7. Une maison couverte en chaume à Nairbyl.
- (Photos Christopher Mariowe).
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- Où en
- est la
- en
- France ?
- Il nous a paru intéressant de faire le point sur cette question, dernière née des applications de la science dans nos foyers et qui passionne les esprits.
- La Nature a suivi les progrès de la télévision depuis la transmission de points sélectionnés par une roue ajourée jusqu’à l’utilisation du tube cathodique sur le fond duquel le pinceau électronique, balayant le dépôt luminescent en l/25e de seconde, fait apparaître l’image transmise par la caméra électronique.
- Déjà avant la guerre, des constructeurs avaient réussi à présenter des récepteurs de télévision utilisables à domicile, mais ces appareils étaient délicats et ne présentaient pas une qualité réellement commerciale.
- Le procédé était trouvé, mais une mise au point longue et minutieuse restait à faire. Cette mise au point fut particulièrement étudiée aux États-Unis, mais les chercheurs français s’y intéressèrent également et, notamment dans le domaine de l’émission, réalisèrent des progrès tels que notre émetteur actuel de la Tour Eiffel est un des meilleurs du monde.
- On pourrait alors se demander la raison pour laquelle les récepteurs de télévision n’ont pas encore été largement offerts au public par les constructeurs. C’est à cette question que nous voulons apporter une réponse.
- La télévision exige une rapidité de vibration inconnue en radio normale. En effet les sons musicaux passent avec des fréquences maxima de l’ordre de 20 000 périodes et les émetteurs de radio se contentent de 6 000 périodes pour satisfaire nos oreilles, alors que les signaux de télévision exigent des fréquences de l’ordre de 4 millions de périodes. Il n’est possible de satisfaire à ces conditions que sur des ondes beaucoup plus courtes que les ondes désignées pour la radio. C'est ainsi que la Tour Eiffel à adopté pour ses images la longueur d’onde de 7,14 m, soit 42 mégacycles pour le son et 6,52 m = 46 mégacycles pour l’image, ce qui permet d’explorer les images actuelles en 455 lignes.
- Les caméras de prises de vues modernes ont atteint à une sensibilité très supérieure à celle de la caméra cinématographique. Alors que, primitivement, il fallait utiliser des projecteurs aveuglants, les prises de vues actuelles se font sous un éclairage normal. Les nouveaux montages permettent une beaucoup plus
- grande finesse de l’image par l’amélioration très poussée de la définition dans le sens vertical.
- Des tubes nouveaux ont été créés. L’amplification est particulièrement poussée avec l’emploi des nouvelles lampes à émission secondaire, telle que EE50.
- Les pièces détachées servant à la construction des récepteurs ont été particulièrement soignées. Il existe maintenant des montages spéciaux pour la télévision.
- Une amélioration de la réception ne pourrait ressortir que d’une exploration plus poussée de l’image, de l’ordre de 1 000 lignes. On se heurte alors à de très grosses difficultés techniques par suite de la nécessité d’émettre sur des longueurs d’onde encore beaucoup plus courtes et d’utiliser des émetteurs et des récepteurs excessivement délicats.
- La reproduction sur 455 lignes étant très satisfaisante, il a été décidé de s’en tenir là et c’est sur cette base que les émissions de la Tour Eiffel seront faites pendant au moins 10 années.
- La décision en a été prise quelques jours avant la Foire de Paris 1947. Les constructeurs peuvent maintenant travailler avec sécurité
- Il n’existe actuellement qu’un émetteur à la Tour Eiffel dont les émissions peuvent être reçues jusqu’à environ 100 km, les ondes très courtes n’étant normalement reçues qu’à portée visuelle. La région parisienne est donc seule à pouvoir en bénéficier aujourd’hui. Mais il est prévu un programme d’installation d’émetteurs de relais dans les grandes Ailles et l’échange de programmes entre les grands émetteurs français et étrangers, soit par relais hertziens, soit par fil.
- Jusqu’à ce jour les émissions de télévision étaient uniquement expérimentales. La date du 1er octobre 1947 a été fixée pour le début des émissions régulières destinées au public et qui présenteront un intérêt réel. Les services de la télévision française ont des projets très complets dans lesquels se trouve un choix d’émissions variées : présentation de films, reportages sur le vif, transmissions de pièces de théâtre, etc...
- C’est une nouvelle découverte de la science qui entre dans le domaine courant.
- P. Servel,
- Ingénieur en télévision.
- Un insecticide puissant : la cébadille.
- La cébadille, ou cévadille (x) (Schœnocaulon officinale) est une Liliacée vivace, de la tribu des Vératrées, à rhizome tubéreux, originaire du Mexique. Les Peaux-Rouges s’en servent depuis des siècles pour éloigner les insectes de leurs habitations. Cette remarqué a été le point de départ de recherches, faites par le Dr T. C. Allen, de la Station expérimentale agricole du Wisconsin, qui ont abouti à la préparation d’un produit, qu’il a appelé thanite, et qui peut remplacer, en poudrages et en pulvérisations, les pyrèthres et les roténones pour combattre certains parasites des plantes cultivées.
- 1. De cebadilla, ou cevadilla (diminutif de l’espagnol cebada, orge). On sait que, même des Espagnols cultivés confondent souvent le v et le b, aussi bien dans la prononciation que dans l’écriture ; d’où la double orthographe, qu’on retrouve en français. Les Américains du Nord ont levé la difficulté en appelant la plante sabadilla.
- C’est dans la graine de cébadille qu’on a trouvé, en 1818, le premier alcaloïde, la vératrine. Pelletier et Caventou, qui, deux ans plus tard, devaient découvrir la quinine, y déterminèrent la présence d’un autre corps à caractère d’alcaloïde. On a reconnu depuis que la vératrine officinale, de formule brute C32H490gN, renferme quatre alcaloïdes distincts, parfaitement définis chimiquement et qu’on retrouve d’ailleurs dans les racines d’ellébore blanc. La vératrine est inodore, d’une saveur âcre. Ses quatre alcaloïdes sont, à des degrés divers, sternutatoires, émétiques, purgatifs et narcotiques ; ce sont tous des poisons violents et des insecticides puissants. Le Dr Allen n’a retenu que les deux constituants les plus insecticides pour la préparation de sa thanite ; ils sont aussi insectifuges.
- R. L.
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- LES BAUXITES
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- DÉFERRIFIÉES
- La bauxite est aujourd’hui une des matières premières les plus courantes de l’industrie moderne mais peu de personnes savent qu’à côté du véritable minerai d’aluminium, roche semi-dure d’une couleur brun rougeâtre, il existe d’autres substances minérales d’une apparence très différente des premières qui sont, elles aussi, des bauxites et qui ont des emplois variés.
- Ce sont ces minerais dont la couleur peut aller du gris ardoise au rose pâle ou au blanc très pur qui feront l’objet- de cette courte étude. Leur disparition quasi totale du marché français est une cause de vif mécontentement de la part des industriels qui les employaient et ceci donne un caractère d’actualité à la question, Nous voulons montrer que cette disparition est due à des causes naturelles et non à un phénomène temporaire comme ceux que l’on enregistre en période d’économie troublée.
- Ces minerais spéciaux que nous engloberons sous la désignation de bauxites déferri-fiées ne sont jamais trouvés seuls. Ils sont associés aux bauxites rouges ou roses et le tonnage restant encore en place ne représente qu’une faible proportion de l’ensemble des gisements français, disons i à 2 pour 100 pour être optimistes. Leur mode d’occurrence et le processus de déferrification ont suscité bien des controverses. Pourquoi trouve-t-on subitement au sein d’une masse de bauxite rouge des boules ou des coulées de minerai blanc ou rosé ? Pourquoi découvre-t-on dans ceriains gisements des couches régulières ou disloquées de bauxites blanches intercalées avec les rouges ? Pourquoi remarque-t-on dans de nombreuses carrières du Yar et de l’Hérault, des placages très minces d’un blanc immaculé qui paraissent jalonner les plans de clivage de certaines bauxites rouges feuilletées ? Autant de questions qui ont excité la curiosité des géologues mais, avant d’examiner plus à fond la question, rappelons ce qu’est la bauxite.
- Sans aller jusqu’à dire qu’elles forment une série minéralogique aux contours bien précis, on donne ce nom à certaines roches qui se caractérisent par la présence d’hydrates d’alumine et de combinaisons alumino-siliceuses plus ou moins souillées de fer et de titane. Diverses hypothèses ont été émises quant à leur formation et nous croyons qu’en fait il y a eu plusieurs modes de décomposition qui ont donné naissance à des bauxites. Nous nous limiterons aux minerais méditerranéens de la classe « terra rossa » (ainsi nommés par opposition aux bauxites latéritiques des régions tropicales). Il s’agit dans notre cas d’une formation d’origine continentale qui est la conséquence de la décalcification de certaines argiles. Ceci ne veut nullement dire que toutes les argiles de décalcification ont évolué vers la bauxite. Il a fallu réunir un certain nombre de conditions qui, d’après Cyril S. Fox, seraient :
- Une surface topographique à faible pente (plateau par exemple) sur laquelle l’effet de l’érosion n’est pas appréciable.
- Des roches de composition appropriées suffisamment poreuses ou effritées et, enfin, la possibilité pour les eaux d’infiltration de demeurer en contact permanent avec la roche.
- Tel est le mode de formation que l’on observe pour les latérites tropicales et il n’y a pas de raison de supposer qu’il ea a été autrement pendant la période crétacée où le pourtour sep-
- tentrional de la Méditerranée jouissait d’un climat tropical.
- La substance dominante reste toujours l’alumine hydratée qui est en général de la gibbsite ou hydrargylli'te (A1203, 3H20) mais on rencontre aussi, et surtout dans les roches les moins chargées en eau de constitution, du diapore et, selon certains auteurs, de la Bœhmite, c’est-à-dire de l’alumine monohydra-tée A1203, H20. Les combinaisons silico-alumineuses sont des halloysites et des kaolinites (2ll20 — A1203 2Si02). Le fer si abondant dans les bauxites rouges communes est de l’hématite rouge ou oligiste (Fe203) ou de la gœthite (Fe203, H20), mais au voisinage de certaines roches, on trouve des parties souillées de limonite. Souvent les oxydes de fer et l’alumine se combinent intimement pour former un véritable gel hydraté alumino-ferri-que. Enfin, le dernier constituant notable est le titane (Ti02).
- Ceci étant dit, l’extrême diversité de proportions des diverses roches énumérées ci-dessus a donné naissance à une grande variété de bauxites et, dans les gisements français, on trouve des zones dans lesquelles la minéralisation est si hétérogène qu’elle rend toute exploitation impossible. C’est aussi à cette complexité des roches qu’il faut attribuer l’exploitation défectueuse des premières années de la bauxite. Les anciens mineurs, nous voulons parler de ceux qui travaillaient vers 1880-1900, suivaient pas à pas les zones déferrifiées en partant des affleurements et abandonnaient les parties plus riches en fer. Plus lard, les mêmes errements ont prévalu pour l’extraction de la bauxite rouge à cette exception près qu’on suivait la partie de la couche la moins chargée en silice, ce que l’on décelait soit à l’analyse, soit empiriquement par la friabilité ou le faciès de la roche. Ce sont ces méthodes qui ont gâté la plupart des petits gisements de l’Hérault et des Bouches-du-Rhône.
- Dans le Var, la bauxite déferrifiée est en général plus régulièrement formée. Elle se présente au sein même des couches ou amas de rouge et n’est guère exploitée seule. Le seul ennui est que parfois l’on rencontre des zones de transition dans
- Fig. 1. — Le front d’attaque dans une carrière du Var montrant une coulée de bauxite blanche parmi les bauxites rouges.
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- Fis- 2. L’attaque d’une carrière dans l’Hérault, montrant la superposition des bauxites blanches et rouges.
- lesquelles les deux genres de minerais s’interpénétrent, de sorte qu’il faut renoncer à trier les roches déferrifîées et les faire partir avec la bauxite à alumine — ce dont les usagers de ce dernier type ne se plaignent pas.
- En ce qui concerne le processus de déferrification, plusieurs hypothèses ont été émises, mais nous nous rattachons à celle de M. de Lapparent.
- Le gisement de Péreille (Ariège), cité par ce grand géologue et que l’auteur de ces lignes connaît particulièrement, a Été mis en évidence pour démontrer ce mode d’élimination du fer. Le toit du gisement est formé d’argiles ligniteuses et de ligni-tes et l’on admet que les produits humiques de la décomposition végétale s’insinuant dans la masse sous-jacente ont permis la solubilisation plus ou moins complète du fer. On remarquera, cependant, que dans bien des cas l’action de ces substances humiques a été tempérée soit par les difficultés de pénétration dans la masse, soit par l’effet même de réactions
- antérieures qui mettaient le fer à l’abri des atteintes. Il en résulte que dans les zones déferrifîées, les parties basses restent plus chargées en oxyde ferrique que les parties hautes et que certaines parties préservées gardent leur prédominance ferreuse. Il faut attribuer à des bouleversements ultérieurs de la masse le fait de l’inclusion des bauxites déferrifîées au sein des minerais rouges.
- Quel que soit son mode de formation, il faut considérer que la bauxite blanche est devenue aujourd’hui une curiosité géologique et qu’en règle générale, ce type de roche se fait de plus en plus rare au fur et à mesure qu’on avance en profondeur. Il y a peu de chances pour qu’on découvre d’autres gisements.
- De 1870 à la veille de la guerre, il a été extrait des gisements français plus d’un million et demi de tonnes de bauxites blanches ou rosées. Peu de gens savent que l’on exploitait ces minerais vingt ans avant que l’on ne songe à utiliser la bauxite pour la fabrication de l’aluminium. Aujourd’hui nos gisements de bauxites déferrifîées sont réduits à très peu de chose. Déjà, la plupart des industries qui les employaient, comme les usines de produits chimiques (sulfate et sels d’alumine), y ont renoncé. Les fabriques d’abrasifs utilisent des bauxites moyennement ferrugineuses ou même des minerais d’aluminium. Les fabriques de peinture trouveront facilement d’autres pigments. Il n’y a que l’industrie des réfractaires qui doive vraiment souffrir de l’abandon de cette matière si commode qui alliait les qualités d’infusibilité à celles de résistance à l’écrasement, à l’abrasion, à l’attaque par les clinkers, et qui était bon marché.
- Une exploitation judicieuse de ce qui nous reste encore et l’adoption de procédés moins rudimentaires que ceux en usage pour le triage et l’enrichissement des bauxites blanches devrait permettre aux fabricants de briques et de revêtements réfractaires qui les utilisent de travailler encore quelques années jusqu’à ce qu’on ait mis au point un produit de remplacement.
- A. F. Pellat.
- La prospection des cavernes en Bulgarie.
- La prospection des cavernes en Bulgarie est effectuée par la Société spéléologique bulgare. Celle-ci a été fondée en 1929, et depuis, elle a pü visiter et explorer 150 cavernes, dont 50 d’une manière rationnelle. Des plans détaillés ont été établis et un abondant matériel paléontologique, géologique et archéologique a été récolté.
- La Société a recueilli également de nombreux spécimens de la flore et de la faune spéléologiques, ainsi qu’un grand nombre de croyances et de légendes se rapportant aux grottes. Ces matériaux sont déterminés scientifiquement par les divers instituts de sciences naturelles près de l’Académie des sciences bulgare.
- La Société spéléologique bulgare a électrifié la caverne de Drianovo (dite : Handeuk) et lui a donné le nom de « Batcho-Kiro ». Elle a construit également une route spéciale à ses frais, jusqu’à la grotte « Le Trou noir », qui se trouve près de la gare
- de Lakatnik. Actuellement, la grotte est d’un accès facile et la Société étudie son électrification.
- Pour les préserver de la destruction, la Société a fait mettre des portes à quelques-unes des plus belles cavernes, en confiant les clefs à des gens de confiance.
- La Société édite une revue : Bulletin de la Société spéléologique bulgare, dont deux numéros ont déjà paru, le troisième est en préparation.
- La Société spéléologique bulgare prépare une grande exposition où seront réunis tous les matériaux archéologiques, géologiques et paléontologiques, ainsi que le matériel de la flore et de la faune spéléologiques. En même temps seront exposés les instruments dont on se sert pour la prospection des cavernes ainsi que les résultats scientifiques obtenus.
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- LA RÉFORME DU CALENDRIER
- La réforme du calendrier et la stabilisation de la fête de Pâques, sont deux questions connexes actuellement à l’ordre du jour : on envisage la possibilité d’une solution pour 1950. Que reproche-t-on à notre calendrier et quels moyens propose-t-on pour y remédier ?
- Notre calendrier.
- 1° Son excellente précision. — Notre excellent calendrier entrera dans sa 366e année le 15 octobre 1947. C’est, en effet, le vendredi 15 octobre 1582 qu’il commença à se substituer au remarquable calendrier institué par Jules César et appelé Julien en souvenir de ce grand chef de peuples. L’honneur d’avoir infusé une amélioration décisive, par ses conséquences, à l’œuvre de Jules César, revient au pape Grégoire XIII, c’est pourquoi notre calendrier est dit Grégorien.
- Tel qu’il est, le calendrier grégorien a été et reste une œuvre magistrale, et il peut être considéré aujourd’hui comme d’un usage à peu près universel. Pendant plus de trois siècles, il a fidèlement rempli son office et maintenu en parfait accord l’année civile des peuples avec l’année astronomique. Le degré de précision qui lui a été communiqué par la réforme grégorienne est tel qu’il lui permettrait pendant plusieurs dizaines de siècles encore de continuer à remplir le même office.
- 2° Ses graves défauts. — Mais la précision n’est pas la seule qualité qu’on demande à un calendrier. Et parce qûe, en sa création, le calendrier grégorien respecta beaucoup le passé, il a hérité quelques défauts du calendrier julien, celui-ci les tenant lui-même, en partie, de l’ancien calendrier romain. Les voici.
- On reproche à notre calendrier d’avoir des mois de longueur trop irrégulière : le nombre de jours du mois varie de 28 à 31 et le nombre de jours ouvrables oscille entre 24 et 27, la variation relative atteignant 12 pour 100, en sorte que les statistiques mensuelles ne sont pas comparables entre elles, non plus que les statistiques trimestrielles, parce que les trimestres sont d’inégale longueur.
- Un second reproche grave concerne les dates des mois, qui n’ont pas une concordance simple avec les jours correspondants de la semaine. Le 1er janvier, par exemple, ne tombe pas toujours un dimanche : tous les jours de la semaine défilent successivement devant le 1er janvier, et la présence d’une année bissextile tous les quatre ans vient compliquer encore l’ordre dans lequel se présente la correspondance des sept jours de la semaine avec le 1er janvier.
- La conséquence de ces irrégularités est que pour savoir le jour de la semaine qui correspond à une date donnée, il faut se livrer à des calculs laborieux où l’on se trompe souvent, posséder le calendrier de l’année en question ou un calendrier perpétuel. De plus, les semaines n’étant pas fixées sur l’année solaire, leur décalage en position détruit le parallélisme, au cours des années, des statistiques hebdomadaires concernant la maladie et la mortalité dans la population, la température ou la quantité de pluie en météorologie, etc...
- Et surtout, la fête de Pâques est trop variable puisqu’elle peut osciller du 22 mars au 25 avril, entraînant avec elle la variabilité des principales fêtes dites mobiles telles que l’Ascension, la Pentecôte, la Fête-Dieu, ou même de toute une période, comme le Carême, etc...
- Cette fluctuation irrégulière est gênante : elle apporte de la perturbation dans les affaires et un manque de ressemblance entre les diverses années. Dans les milieux de l’enseignement, où les vacances pascales constituent une importante coupure, on souffre de voir, certaines années, entre le jour de l’an et Pâques,
- un intervalle démesuré, alors que ce qu’on appelle le troisième trimestre se trouve tellement raccourci qu’on doit presque le considérer comme sacrifié.
- On peut encore mentionner les noms païens des six premiers mois qui rappellent des souvenirs sans intérêt aujourd’hui et les noms des quatre derniers mois qui présentent une anomalie choquante, puisque septembre, le septième, est réellement le neuvième ; octobre, le huitième, est réellement le dixième ; novembre, le neuvième, est réellement le onzième et décembre, le dixième, est réellement le douzième. Cet usage irrationnel dure depuis plus de vingt-cinq siècles, car il nous vient de l’époque où l’année romaine ne comptait que dix mois.
- Quant aux noms planétaires des jours de la semaine, on les trouve dans presque toutes les langues européennes, preuve qu’ils s’implantèrent aisément dans les habitudes populaires.
- L’Église n’élèverait sans doute pas d’objection si l’on proposait de changer les noms des mois. Elle-même n’accepta pas les noms planétaires des jours de la semaine et leur substitua les noms de dies Dominica, dimanche, et feria prima, secunda, tertia, quarta, quinta, sexta et sabbato, en même temps qu’elle transféra le jour de l’ancien sabbat au dimanche, à cause, de la Résurrection du Sauveur arrivée en ce jour.
- Enfin, l’année commence arbitrairement le 1er janvier. Les plus éminents astronomes et liturgistes s’accordent à dire que la vraie date du commencement de l’année est pour nous celle du solstice d’hiver, le 22 décembre, parce que les jours commencent à augmenter. L’idéal serait alors de mettre, si possible, le nouvel an en coïncidence avec la Noël et l’un et l’autre avec le solstice d’hiver. L’année civile et l’année religieuse commenceraient en même temps, comme sous Charlemagne où cet usage fut si populaire.
- Les constatations que nous venons de faire ne sont ni d’hier ni d’aujourd’hui : les astronomes et les législateurs ont remarqué depuis longtemps les inconvénients de cet état de choses et c’est pourquoi ils ont proposé des projets de réforme plus ou moins heureux.
- Préparation d'une réforme du calendrier.
- 1° Toute réforme envisagerait la stabilisation de la fête de Pâques. — Les projets de réforme du calendrier tiennent généralement compte du point de vue religieux. Le christianisme, la religion catholique sont des faits qui s’imposent, avec lesquels il faut compter. Les grandes fêtes de Noël, de Pâques, de l’Ascension, de la Pentecôte, de l’Assomption, de la Toussaint sont inscrites dans tous les calendriers. Or, parmi ces fêtes, les unes tombent à une date fixe, comme Noël, l’Assomption, la Toussaint ; d’autres à une date variable, comme Pâques et les fêtes mobiles qui en dépendent, telles que l’Ascension, la Pentecôte, la Fête-Dieu, etc...
- La variabilité de cetle date de Pâques, qui peut aller du 22 mars au 25 avril, est fort gênante ; aussi a-t-elle fait s’élever, à diverses reprises, des voix nombreuses et autorisées en faveur de la stabilisation de cette fête. Voilà pourquoi toute réforme du calendrier envisagerait la fixation de la fête de Pâques à une date invariable. Une réforme qui ne comprendrait pas la stabilisation de Pâques ne vaudrait pas la peine d’être entreprise. Or, nul ne conteste que, sur la question de Pâques, l’Église soit la première intéressée et qu’elle ait son mot à dire.
- 2° La position de VÉglise à ce sujet. — En 1922, la Société des Nations considérant, avec raison, que les problèmes de la réforme du calendrier et de la stabilisation de Pâques étaient avant tout d’ordre religieux, pria le Pape de déléguer un représentant à Genève afin d’étudier de près la possibilité d’un chan-
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- gement. En conséquence, le P. Gianfranceschi, S. J., président de l’Académie pontificale des Sciences, prit part aux travaux d’une Commission créée dans ce but par la S. D. N.
- La conclusion fut qu’au point de vue dogmatique, la stabilisation de la fête de Pâques ne se heurte à aucune difficulté insurmontable, mais que, bien entendu, nulle décision définitive ne serait prise sans l’assentiment formel du Saint-Siège et des autres autorités chrétiennes.
- Consulté ultérieurement, le Saint-Siège cependant a déclaré qu’ « il ne voyait aucune raison suffisante de modifier ce qui fut l’usage constant de l’Eglise, transmis par une tradition que les Conciles ont sanctionnée depuis les temps les plus éloignés ». En conséquence, le Saint-Siège conclut que « s’il était démontré que le bien général demande quelque changement de cette tradition, il ne pourrait envisager cette réforme sans avoir auparavant obtenu le vote favorable d’un Concile œcuménique ».
- Mais, pour qu’un Concile puisse être saisi de la question, il faut qu’elle soit mûre, c’est-à-dire qu’une entente internationale ait été préalablement réalisée. C’est à quoi s’est employée la S. D. N.
- 3® Activité de la S. D. N. — En 1926, le Comité spécial d’étude de la S. D. N. publia à Genève son Rapport sur la réforme du ca’endrier, après avoiir examiné les 185 projets qui lui furent soumis.
- Il écarta d’abord a priori les projets fantaisistes qui modifiaient la règle grégorienne de bissextilité, et les projets qui bouleversaient le calendrier actuel.
- Le Comité ne jugea pas à propos d’appuyer la modification tendant à porter le début de l’année au solstice d’hiver, bien qu’on lise dans son Rapport qu’il en résulterait un avantage indéniable.
- Les projets non écartés forment deux groupes conduisant à deux modes différents de réformes. Le premier mode envisage de rendre le calendrier immuable par l’introduction d’un ou deux jours blancs, avec 12 mois répartis en 4 trimestres égaux de 91 jours, tandis que le second utilise 13 mois égaux de 28 jours, avec également un ou deux jours blancs.
- Quant à la fête de Pâques, le Rapport proposait de la stabiliser au dimanche après le deuxième samedi d’avril.
- En 1927, la S. D. N. sollicita de tous les États un rapport sur la réforme du calendrier et la stabilisation de la fête de Pâques. La p!upart des Gouvernements, en ce qui concerne Pâques, ont répondu affirmativement, quelques-uns s’en sont remis à !a décision des autorités religieuses.
- La S. D. N. enquêta enfin, sur la seule question de Pâques, auprès des principales associations internationales : universités, enseignement à tous les degrés, statistique, comptabilité, chemins de fer, agriculture, union postale, bureau international du travail, sports, tourisme, etc... Toutes ou presque toutes répondirent favorablement.
- Le compte rendu de la Conférence de 1931 constatait que « la stabilisation des fêtes mobiles était demandée pour le bien général ». Employés à dessein pour entrer dans les vues du Saint-Siège, ces derniers mots tendaient à montrer qu’était remplie la condition indiquée par le Souverain Pontife pour modifier l’usage existant.
- 4° Le projet du calendrier fixe. — Conçu par Auguste Comte en 1849, mis au point au début du xxe siècle par P. Delaporte, ce calendrier a été repris en Amérique par Cotsworth-Eastman sous le nom de Calendrier fixe. L’année comprend 13 mois de 28 jours chacun, exactement 4 semaines. Tous les mois sont identiques. On intercalerait le nouveau mois entre juin et juillet et on l’appellerait Sol (le soleil). Le 29 décembre serait le jour de l’an et ne ferait partie d’aucune semaine.
- Ce calendrier serait d’une excessive simplicité, qui dispenserait même d’en avoir un. Mais il prête le flanc à de sérieuses criti-
- ques. Le changement trop radical qu’il introduit contrarierait violemment nos coutumes et nous obligerait à abandonner les semestres et les trimestres, ces sous-multiples de l’année dont l’utilité pratique est incontestable, à sacrifier trop d’anniversaires, tous les mois actuels étant altérés dans ce projet, à calculer les salaires, les rentes et les intérêts mensuels avec la fraction 1/13 de la quotité annuelle, à supporter l’ennuyeuse monotonie que cette excessive uniformité ne manquerait pas d’engendrer.
- Aussi, ces graves défauts ont-ils déterminé un certain nombre d’Etats à opposer leur veto ou leur hostilité de principe à ce calendrier ; tels sont : le Japon, la Grande-Bretagne, la Suisse, la Grèce, ITtalie, la Belgique, la Hollande. Comme le nouveau calendrier doit être accepté par toutes les Nations, puisque le grégorien a conquis ce caractère, le calendrier fixe ne peut plus prétendre à devenir universel.
- o° Le calendrier universel proposé. — C’est le calendrier proposé, recommandé et propagé par la « World Calendar Association », fondée en 1930 à New-York, par Miss Elisabeth Achelis, et dont l’organe de propagande est le Journal of Calendar Reform.
- Le calendrier universel proposé ne porte pas de date d’année : il est bon pour chaque année. Les trimestres sont d’égale longueur. Chaque trimestre commence par un dimanche, finit par un samedi et contient 13 semaines ou 91 jours.
- Les quantièmes des mois coïncident toujours avec les mêmes jours de la semaine.
- Chaque mois a 26 jours de travail plus les dimanches.
- Chaque année commence par un dimanche. Le dernier jour de l’an, férié et non daté, est le lendemain du samedi 30 décembre : c’est un samedi supplémentaire.
- Le jour bissextil, tous les 4 ans, férié et non daté, est le lendemain du samedi 30 juin : c’est encore un samedi supplémentaire.
- On peut reprocher au calendrier universel proposé d’appeler samedis supplémentaires les deux jours neutres, car le mot samedi éveille l’idée de travail, tandis que l’intention officieuse du Saint-Siège est qu’ils soient des jours de repos, comme le demandent d’ailleurs beaucoup de réformateurs.
- Ce projet de calendrier universel a reçu l’adhésion formelle des Etats suivants, dans l’ordre chronologique : Suisse, Grèce, Grande-Bretagne, Autriche, Japon, Inde, Allemagne, Italie, France, Belgique, Hollande, Chine, Canada.
- En juin 1935, une mission, venue d’Angleterre à Rome, a remis au Souverain Pontife au nom des grandes Associations favorables au projet à 12 mois, un mémoire pour demander les modifications ci-dessus au calendrier grégorien. Le Saint-Siège s’est montré p’utôt favorable, mais il demanda que l’unité se fasse sur ces projets, ou du moins qu’il y ait une majorité imposante dans ce sens (D’après le Journal of Calendar Reform, n° d’octobre de l’année 1935).
- Le calendrier universel idéal.
- 1° Définition. — On pourrait appeler calendrier universel idéal le calendrier qui ramènerait chaque année le Yendredi-Saint et le dimanche de Pâques aux dates anniversaires de la Mort et de la Résurrection de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ou aux dates les plus rapprochées, et qui aurait en outre toutes les qualités du calendrier universel proposé.
- 2° Dates de la Mort et de la Résurrection de N. S. J.-C. —
- L’état actuel de nos connaissances historiques et chronologiques sur la Yie de N. S. J.-C. permet, sans témérité, de placer sa Mort au vendredi 7 avril de l’an 30 de notre ère et sa Résurrection au dimanche 9 avril de la même année.
- Le plus grand nombre de chronologistes ou professeurs d’Écri-ture Sainte se sont ralliés à ces dates ces dernières années. Citons, par exemple, les RR. PP. Lagrange, Lavergne, de Grandmaison,
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- Lebreton, Durand, Renié, etc..., et MM. Fouard, Fillion, Cristiani, Lepin, Tricot, Lévesque, etc...
- L’Ami du Clergé, La Croix, La Documentation catholique, La Vie catholique ont donné à diverses reprises des articles indiquant la date du 7 avril 30 de notre ère comme celle qui est la plus probable de la Mort du Sauveur.
- 3° Recherche du calendrier universel idéal sur la base du calendrier de Van 30. — Le calendrier de l’an 30 de notre ère a mis en correspondance le 1er janvier avec un dimanche. En conséquence, nous rechercherons le calendrier universel idéal en faisant correspondre le 1er janvier avec un dimanche, pour assurer la meilleure stabilisation possible de la tête de Pâques.
- Nous donnerons à chaque trimestre 91 jours en attribuant aux mois qui les composent 31, 30 et 30 jours. Nous obtiendrons ainsi,
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- puisque ce sont des dimanches, et que, de plus, le premier revient chaque année et le second tous les 4 ans, comme leur nom l’indique clairement.
- Les avantages de cette stabilisation sont évidents : elle ne change rien à nos habitudes, elle n’introduit pas de jour hors semaine sans nom ou avec un nom qui n’est aucun des 7 jours hebdomadaires, elle permet de dater du 31 décembre et du 31 juin les deux jours supplémentaires — ce qui ne saurait déplaire aux chronologistes —, elle rend aisée la comparaison des années du calendrier universel idéal avec les années passées grégoriennes ou juliennes, enfin les appellations de dimanche annuel et de dimanche quadriennal sont bien adéquates.
- Le calendrier universel idéal amène ainsi la grande famille humaine à se reposer le dimanche dans le monde entier et l’invite à rendre à Dieu, le 31 décembre, dimanche annuel, des actions de
- Calendrier universel idéal
- D L m M J V S D L m M J V S D L m M J V S
- 1 2 3 4 5 6 7 # . . 1 2 3 4 . 1 2
- 8 9 10 11 12 13 14 5 6 7 8 9 10 11 3 4 5 6 7 8 9
- 15 16 17 18 19 20 21 12 13 14 15 16 17 18 10 11 12 13 14 15 16
- 22 23 24 25 26 27 28 19 20 21 22 23 24 25 17 18 19 20 21 22 23
- 29 *30 31 • . 26 27 28 29 30 . • 24 25 26 27 28 29 30
- \K\
- I (Janvier) IV (Avril) Y1I (Juillet) X (Octobre) II (Février) V (Mai) VIII (Août) XI (Novembre) 111 (Mars) VI (Juin) IX (Septembre) XII (Décembre)
- du moins en ce qui concerne les 364 premiers jours de l’année ou les 52 semaines de 7 jours, la disposition du calendrier universel proposé.
- Il reste à réaliser d’une façon irréprochable la stabilisation des semaines.
- 4° Stabilisation des semaines. — Outre les 52 semaines de 7 jours, l’année civile commune comprend un jour supplémentaire. Le calendrier universel idéal place ce jour, le 365e de l’année, au 31 décembre ; et comme le 30 est un samedi, pour ne rien changer à l’usage actuel, le 31 décembre devient le dimanche annuel. La 52e semaine, à titre spécial, a 8 jours au lieu de 7, elle commence le dimanche 24 décembre et se termine avec le dimanche annuel 31 décembre, qui est le dernier jour de l’année. Ainsi, les chronologistes pourront sans difficulté dater un événement du 31 décembre.
- Le 3GGe jour des années bissextiles, notre 29 février actuel, prend place, dans le calendrier universel idéal, au 31 juin ; et comme le 30 est un samedi, pour ne rien changer à l’usage actuel, le 31 devient le dimanche quadriennal. La 26e semaine, à titre spécial, a S jours au lieu de 7, elle commence le dimanche 24 juin et se termine avec le dimanche quadriennal, 31 juin, qui est le dernier jour du premier semestre, jour de repos et de culte, comme le dimanche annuel. Les expressions de dimanche annuel et dimanche quadriennal nécessitées, théoriquement du moins, par l’emploi de deux semaines stabilisatrices de 8 jours, ont l’avantage d’indiquer que ces jours sont consacrés au repos et au culte
- grâces pour tous les bienfaits reçus de sa main au cours de l’année.
- 5° La stabilisation de la fête de Pâques et des fêtes mobiles qu’elle tient sous sa dépendance. — Le vendredi 7 avril et le dimanche 9 avril de l’an 30 de notre ère furent les 97® et 99e jours de l’année. Dans le calendrier universel idéal, les 97e et 99e jours de l’année seraient les vendredi 6 avril et dimanche 8 avril. Ces dates se présenteraient comme les meilleures pour commémorer la Mort et la Résurrection du Sauveur : il serait donc indiqué de stabiliser la fête de Pâques au dimanche 8 avril du calendrier universel idéal.
- La stabilisation de la fête de Pâques entraînerait celle des fêtes mobiles qu’elle tient sous sa dépendance, en conservant le plus possible l’ordre actuellement établi. Ainsi, la Septuagésime, ou 9e dimanche avant Pâques serait le 5 février, et il y aurait 4 dimanches après l’Épiphanie. Les Rameaux tomberaient le 1er avril, l’Ascension le 16 mai, la Pentecôte le 26 mai, la Trinité le 3 juin, la Fête-Dieu le 7 juin, le 1er dimanche de l’Avent le 3 décembre. Il y aurait 26 dimanches après la Pentecôte.
- Quant à la fête de Noël, elle resterait fixée au 25 décembre, à moins qu’il ne fût possible de la transférer au dimanche annuel, qui deviendrait le dimanche de Noël. Le Te Deum d’actions de grâces pour les bienfaits reçus au cours de l’année qui finit monterait aussi vers Dieu pour le don ineffable de son divin Fils à la terre pour l’année qui va s’ouvrir. Le temps de l’Avent, qui prépare à cette grande fête, serait toujours de quatre semaines complètes, allant du 3 décembre au 30 décembre inclusivement.
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- 6° On pourrait aisément faire commencer Vannée au solstice d’hiver. — Un dernier perfectionnement à donner au calendrier universel idéal, et qui lui mériterait encore davantage son titre, serait de ramener notre 1er janvier au solstice d’hiver.
- M. l’abbé Chauve-Bertrand, spécialiste éminent des questions du calendrier, vice-président du Comité international du Calendrier universel, auteur de « La question de Pâques et du Calendrier » — « vrai manuel sur la matière », dit le Cardinal Mercier — a suggéré, dans La Croix du 19 décembre 1946, un moyen pratique de ramener le début de l’année au solstice d’hiver :
- « Ce moyen, écrit-il, consisterait à faire glisser progressivement le 1er janvier au solstice d’hiver par la simple omission des jours bissextils pendant 40 ans. La disposition du projet restant inchangée, il suffirait d’ajouter en note :
- Il n’y aura pas de 366e jour 10 fois de suite.
- Puisqu’il s’agit de faire une réforme aussi parfaite que possible, ne doit-on pas s’efforcer de la réaliser telle que dans 80 ou 200 ans personne ne puisse raisonnablement soutenir qu’il eût mieux valu, pendant qu’on y était, faire ie travail en entier ? »
- Ce moyen, moins brutal que la suppression de 10 jours à l’année grégorienne en laquelle entrerait en usage le nouveau calendrier, ne risquerait pas de créer des troubles parmi les populations orientales qui ont déjà consenti récemment une amputation de 13 jours à leur année, lors de leur adoption du calendrier grégorien. C’est la perspective de ces troubles possibles qui a fait rejeter par la S. D. N., en 1926, le report du 1er janvier au 22 décembre par la suppression de 10 jours à l’année grégorienne.
- Supposons, pour fixer les idées, que le calendrier universel idéal entre en usage le dimanche grégorien 1er janvier I960, et qu’on réduise à 365 jours les 10 premières années bissextiles. Le 1er janvier 1953 du calendrier universel idéal correspondrait au 31 décembre de l’année grégorienne bissextile 1952, le 1er janvier 1957 correspondrait au 30 décembre de l’année grégorienne bissextile 1956 et ainsi de suite, si bien que le 1er janvier 1989 du calendrier universel idéal coïnciderait avec le 22 décembre grégorien actuel, jour du solstice d’hiver. A partir de ce moment, les trimestres seraient en coïncidence aussi parfaite que possible avec les saisons astronomiques. Au premier trimestre de l’année correspondrait l’hiver, au 2e le printemps, au 3e l’été et au 4e l’automne.
- Le début de l’année cesserait d’être arbitraire et occuperait sa
- vraie place, la statistique et la météorologie y trouveraient des avantages ainsi que l’affirmait M. Bigourdan, le calendrier y gagnerait' en simplicité et en vérité. Ces nouveaux avantages, notre calendrier les acquerrait sans à-coup et imperceptiblement, car la suppression de 10 jours bissextiles ne viendrait rien trou bler : chaque suppression d’un jour passerait inaperçue.
- 7° Conclusion. — Le calendrier universel idéal, tout en répondant aux desiderata exprimés, dérangerait aussi peu que possible les habitudes anciennes, puisque le dimanche annuel et le dimanche quadriennal succéderaient à un samedi comme actuellement et seraient simplement suivis d’un second dimanche. Sept mois conservent la même longueur et les cinq autres sont très légèrement modifiés : février gagne deux jours et avril un jour, tandis que mars, mai et août en perdent un. On voit que le changement est minime.
- Ce calendrier est simple et pratique. Il a les qualités du calendrier universel proposé : tous les mois contiennent 26 jours ouvrables et les trimestres sont rigoureusement identiques entre eux, abstraction faite du dimanche annuel et du dimanche quadriennal.
- Et aux qualités du calendrier universel proposé, le calendrier universel idéal ajoute celles que lui valent le dimanche annuel et le dimanche quadriennal, ainsi que la stabilisation de la fête de Pâques et des fêtes mobiles aux dates optima. Et si la fête de Noël pouvait être transférée du lundi 25 décembre au dimanche annuel 31 décembre, le commencement de l’année civile et le début de l’année religieuse se donneraient la main
- L’autorité religieuse accepterait probablement le calendrier universel idéal, si d’ailleurs les conditions posées par elle étaient remplies : réalisation de l’entente sur ce projet, ou à défaut d’unanimité, qu’une majorité très imposante soit en sa faveur.
- La mise en usage de ce calendrier exige donc au préalable la conquête de l’opinion. Or, celle-ci s’obtient par l’information. Cet article n’a pas d’autre ambition.
- Les mois du trimestre commencent par dimanche, mercredi et vendredi. Cette remarque permet le calcul mental simple et rapide du jour de la semaine qui correspond à une date donnée.
- Frère Namase-Marie (J.-M. Oudin) des Ecoles chrétiennes,
- Docteur ès sciences.
- L'Union I n te r n a fi o n a I e des Sciences Biologiques.
- L’Assemblée générale de l’Union Internationale des Sciences Biologiques s’est tenue à Copenhague, le 28 juillet dernier, en présence des représentants de l’UNESCO et du Conseil International des Unions Scientifiques, et des Délégués des Sections et des différents pays.
- Le nouveau Bureau fut ainsi constitué : Président : Dr Sirks (Pays-Bas) ; Vice-Président : Prof. Munro Fox (Grande-Bretagne) ; Secrétaire général : Prof. P. Vays-sière (France) ; Secrétaire : Prof. Stuart-Mudd (États-Unis) ; Trésorier : Prof. Cho-dat (Suisse).
- Tout d’abord, le Dr Needham, représentant de F UNESCO, en accord avec e Dr Establier, représentant l’I. C. S. U., souligna que le grand organisme international attache une importance toute spéciale aux travaux et recherches poursuivies par les Unions et qu’il aidera financièrement à leur réalisation, étant bien entendu que la vie de ces mêmes Unions doit être assurée par leurs propres moyens.
- La création de nouvelles Sections est envisagée; cytologie'expérimentale, embryologie, entomologie, génétique, microbiologie, zoologie, et aussi celle de commissions mixtes telles que : radiobiologie, calamités naturelles, océanographie, ces dernières devant comprendre des membres d’autres Unions. Le Comité exécutif, qui se réunira le 2 octobre prochain, devra assurer la suite de ces projets.
- Après avoir signalé les manifestations qui ont eu lieu (congrès internationaux de cytologie expérimentale à Stockholm et de microbiologie à Copenhague), ou qui auront lieu (symposia sur les éléments rares dans les végétaux et sur l’organisation de la lutte biologique) en 1947, sous les auspices de l’Union internationale des Sciences biologiques (U. I. S. L.) on établit le programme d’activité pour 1948 et 1949 :
- Congrès international de génétique à Stockholm, d’entomologie à Stockholm, de zoologie à Paris, de sériciculture à Alès
- (France), de physiologie et de pathologie de la reproduction des animaux, à Milan.
- Symposia sur les bases de la nomenclature et de la systématique botaniques à Utrecht, sur la terminologie de la génétique et de la cytologie à Stockholm, sur l’interaction entre l’œuf et le sperme à Milan, sur la chimie embryologique à Berne, sur le développement et la régénération des nerfs probablement aux Etats-Unis.
- Enfin, l’Assemblée s’est associée unanimement au vœu émis par les congrès de cytologie expérimentale et de microbiologie en vue d’empêcher par tous les moyens la guerre biologique.
- La prochaine Assemblée générale se tiendra en 1950, probablement à Stockholm.
- L’Union internationale des Sciences biologiques invite tous les pays non encore adhérents à se joindre à elle. Pour tous renseignements, s’adresser au Secrétariat général, 57, rue Cuvier, Paris (5e) (France).
- Le gérant : G. Masson. — masson et cie, éditeurs, paris. — dépôt légal : 4e trimestre 1947, n° 494. — Imprimé en France. BARNÉOUD FRÈRES ET Cie, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 743. — 10-1947-
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- N° 3146
- 15 Octobre 1947
- LA NATURE
- LE 34 SALON .
- = DE L’AUTOMOBILE
- La France n’a pas voulu, malgré les circonstances économiques défavorables qui empêchent encore les acquéreurs éventuels de prendre livraison de la voiture de leur choix, faillir à la tradition d’organiser chaque année, sauf bien entendu durant les années de guerre, un salon de l’automobile et le salon ig47 se déroule au Grand-Palais, du z3 octobre au 5 novembre. Contre toute attente, nous enregistrons l’apparition de quelques voitures nouvelles.
- L’année dernière, lors du premier salon d’après-guerre, nous avions vu naître un nombre relativement élevé de nouveaux types : 3 ch Mathis, 4 ch Renault à moteur à l’arrière, 4 ch Panhard « Dyna », 5 ch Bernardet, 26 ch Talbot-Lago. Mais nous assistions à une reprise après huit années d’interruption et les constructeurs avaient voulu fournir un gros effort avec l’étude de voitures très économiques, par conséquent de très petite puissance. Depuis, la situation économique ne s’est pas améliorée et les voitures nouvelles présentées il y a un an ne se voient guère sur les routes; certaines marques n’ont même pu encore en commencer la fabrication.
- Certes, parmi les modèles nouveaux présentés cette année, Peugeot ne manque pas de nous informer que sa voiture 2o3 est un prototype qu’il ne pourra fabriquer en série avant la fin d^*sg$Let Grégoire s’est borné lui aussi à réaliser un proto-«me litres de cylindrée dont les heureuses solutions *"*''* loute adoptées par d’autres constructeurs; néan-
- moins nous enregistrons avec une réelle satisfaction cet effort des industriels français de l’automobile, refusant de se laisser distancer dans le domaine technique malgré les difficultés qu’ils éprouvent à assurer une fabrication qui puisse se répartir normalement sur le marché.
- Les modèles nouveaux.
- La société Simca présente la Simca-six, qui est une voiture de petite cylindrée comme la Simca-cinq; ce modèle nouveau, de 3 ch de puissance fiscale développe 16 ch au frein. Le moteur est à quatre cylindres, de 570 cm3 de cylindrée totale, avec soupapes en tête commandées par culbuteurs ; la boîte comporte quatre vitesses; la suspension est du type à « flexibilité variable », formule récemment mise au point et qui deviendra sans doute courante dans la construction automobile, la flexibilité des ressorts de suspension variant avec l’importance de la charge. Un ressort transversal à l’avant et deux ressorts entiers semi-elliptiques à l’arrière, avec quatre amortisseurs hydrauliques constituent l’ensemble de la suspension. Les roues avant sont indépendantes; les freins sur les quatre roues sont à commande hydraulique.
- La carrosserie est du type monocoque tout acier, avec une seule forme d’aménagement : le coupé deux places décapotable.
- Figf. 1. — Le cabriolet six cylindres Talbot-Lago-Record.
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- Fig. 2. — Maquette de la nouvelle 11 ch Grégoire.
- Cinq maquettes de formes différentes ont été passées dans une soufflerie du type Eiffel pour étudier la résistance à l’avancement. C’est finalement la forme ci-dessus (ex — 0,20) qui a été adoptée.
- Peugeot a réalisé le prototype d’un nouveau modèle, la 203,' mais ce prototype, pourtant définitivement adopté ne sera pas exposé au Grand-Palais, la fabrication en série de la voiture ne pouvant être mise en route avant un long délai. Il reste néanmoins intéressant de connaître, par simple curiosité, les caractéristiques de ce nouveau modèle :
- Le moteur, de 7 ch de puissance fiscale et de 45 ch au frein, est à quatre cylindres de 1 290 cm3 de cylindrée totale. Chaque cylindre dispose d’une chemise humide; la distribution est réalisée par soupapes en tète commandées par culbuteurs.
- Le châssis est noyé dans la carrosserie qui est du type monocoque, équipée en berline quatre places, quatre portes à toit ouvrant; une largeur intérieure de 1,22 m est prévue pour les places avant et de i,23 m pour les places arrière.
- Fig. 3. — Le moteur de la nouvelle Grégoire du type « double Rat-Tvoin ».
- Les quatre cylindres horizontaux sont disposés deux par deux en vis-à-vis.
- La boîte de vitesses est à quatre combinaisons dont la première, la deuxième et la troisième sont synchronisées ; la commande du changement de vitesse s’effectue à l’aide d’une manette disposée sous le volant.
- La suspension comporte des ressorts transversaux à lames à l’avant et des ressorts hélicoïdaux avec barre stabilisatrice transversale à l’arrière; les roues avant sont indépendantes; quatre amortisseurs hydrauliques complètent la suspension.
- Une vitesse maximum de ii5 km/heure en palier et en charge est annoncée par le constructeur. La consommation d’essence, avec quatre personnes à bord, n’atteindrait pas 8 1.
- L’ingénieur Grégoire présente cette année une nouvelle voilure prototype de deux litres de cylindrée. C’est un modèle à traction avant dont le moteur est du type à « double flat-twin », c’est-à-dire dont les quatre cylindres sont disposés deux par deux vis-à-vis l’un de l’autre. La distribution s’effectue par soupapes en tête commandées par culbuteurs. La boîte de vitesses est à quatre combinaisons, manœuvrées depuis le volant, avec quatrième vitesse surmultipliée. La suspension est à flexibilité variable à l’avant comme à l’arrière et les quatre roues sont indépendantes. La carrosserie, englobant le châssis, est réalisée en alliages légers (alpax) et pèse moins de cent kilos; de forme aérodynamique choisie après passage de diverses maquettes en soufflerie, elle est. aménagée pour recevoir cinq personnes, dont
- Fig. 4. — La nouvelle « Simca-six ».
- trois à l’avant, ce qui est une formule peu courante, les carrosseries à cinq places comportant plus généralement deux places à l’avant et trois à l’arrière; mais l’évolution du profilage rendra sans doute classique l’installation à l’avant de trois passagers.
- La nouvelle Grégoire doit atteindre la vitesse maximum de i4o km/heure, avec une consommation d’essence de 9 1 aux cent à la moyenne horaire de 80 km.
- Les voitures d’avant-guerre et du dernier salon.
- Peut-être aurons-nous la surprise de trouver au Grand-Palais quelques autres voitures nouvelles, cet article rédigé avant l’ouverture du salon, ne mentionnant que les modèles dont les constructeurs ont bien voulu nous révéler la naissance. Pourtant les conditions économiques semblent trop défavorables pour laisser prévoir la création de nouveautés, et nous n'aurons pour consolation que de regarder, brillantes de leur astiquage sous les lumières de la coupole, les voitures d’avant-guerre ou' celles du salon 1946 que nous n’avons pu voir qu’occasionnellement sur les routes,' l’acquisition d’une automobile restant réservée à un très petit nombre'de'privilégiés. ...........
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- Nous retrouvons au salon les petits modèles de l’année dernière : Rovin i ch. 1/2, Panhard-Dyna 3 ch à traction avant, Renault 4 ch à moteur à l’arrière, Bernardet 5 ch à traction avant, ainsi que des voitures qui ont déjà fait leurs preuves avant 1939 : Peugeot 202, Renault « Juvaquatre », Simca-huit, Salaison S4-6i et S4E, Citroën air légère » et « i5 six » à traction avant..., etc. Sont, bien entendu, également présentes nos voitures de luxe qui participent encore si largement à maintenir la renommée de la construction automobile française : Hotciikiss, Delahaye six cylindres types 175 et 178, Delage six cylindres type 180, Talbot-Lago..., etc. Et nous ne voudrions pas terminer cette énumération des modèles de nos grandes marques sans rappeler le souvenir d’Ettore Bugatti, récemment décédé, qui a œuvré avec tant de foi et de courage pour le prestige national dans les courses automobiles d’avant-guerre.
- Aspect technique
- de la construction automobile moderne.
- L’aspect technique d’une voiture varie totalement, on le conçoit, suivant les possibilités pour lesquelles elle a été établie, c’est-à-dire suivant la puissance de son moteur. Il est évident
- Fig. S. — La Peugeot « 203 ».
- Cette voiture, dont un prototype a été réalisé, n’est pas présentée au Salon et ne sortira en série qu’en fin de l’année 1948.
- Fig. 6. — En créant l’année dernière un modèle 4 ch, Renault a adopté la disposition, peu généralisée, du moteur à l’arrière.
- Moteur et mécanisme complet forment un même bloc.
- il lui faut présenter une forte résistance à l’usure, susceptible de répartir l’amortissement de son prix d’achat sur un plus grand nombre de kilomètres; et elle se doit d’offrir également un minimum de confort qui ne rende pas fatigant son emploi journalier. L’industrie française a fait un gros effort pour concilier avec la nécessité d’utiliser une très petite cylindrée des qualités qui semblaient, avant la guerre, devoir rester l’apanage de voitures plus puissantes. Les modèles nés avec le salon 1946 ont évidemment circulé en trop petit nombre pour autoriser une opinion absolue; mais ils révèlent incontestablement que la technique automobile française conserve un rang enviable, et sans doute envié, dans l’ensemble de la technique mondiale.
- Le moteur. — La « traction avant » a été adoptée par la majorité des constructeurs français qui ont entrepris, dès la fin de la guerre, l’étude de modèles nouveaux de 5 ch et moins (4 ch Mathis, 3 ch Panhard-Dyna, 5 ch Bernardet). Renault a, par contre, innové avec sa 4 ch et disposé le moteur à l’arrière du châssis ; cette formule qui a fait ses preuves depuis de nombreuses années sur la voiture de luxe tchécoslovaque Tatra, se développera peut-être en France dans le proche avenir.
- qu’un modèle de 5 ch, réalisé pour mettre au premier rang de ses avantages l’économie du prix de revient kilométrique, admettra des solutions techniques totalement différentes de celles adoptées pour la réalisation d’une voiture de luxe, devant offrir un bon excédent de puissance.
- Fortement appauvrie par sept années de guerre et d’occupation, la France a dû s’orienter, lors de la reprise de notre industrie automobile, vers la fabrication de modèles dont la consommation d’essence soit la plus faible possible. Mais la sobriété d’une automobile n’est pas la seule qualité qui la rende économique;
- Fig. 7. — Coupe de l’essieu arrière de la 4 ch Renault à moteur à l’arrière.
- On remarque les détails de montage du ressort à hélice, de l’amortisseur hydraulique et de. la roue indépendante. Au-dessous, à droite : coupa et profil du frein à commande hydraulique,
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- Fig. 8. — Le moteur de la Talbot type « Lago ».
- Six. cylindres, deux arbres à cames, soupapes commandées par culbuteurs, chambre de combustion hémisphérique. La puissance effective à 4 200 tours est de 170 ch, avec une compression dans le rapport de 7 à 1.
- Il eut semblé difficile, avant la guerre, d’imposer des moteurs à deux cylindres, et il aura fallu la situation d’extrême pauvreté que nous connaissons après sept années de conflit pour faire admettre à l’automobiliste qu’une voiture à deux cylindres peut présenter quelques solides qualités, alliées à une économie inégalée de consommation. Les moteurs à deux cylindres horizontaux opposés permettent un très bon équilibrage, et connaissant tous les avantages de cette disposition, Grégoire a adopté un moteur à quatre cylindres horizontaux opposés (moteur dit. « flat-four ») sur son nouveau modèle du salon 1947. Cette solution du moteur « flat-four » a déjà été appliquée l’année dernière sur la voiture Georges Irat.
- Désireux d’obtenir le meilleur rendement des moteurs de très petite cylindrée, de nombreux constructeurs ont adopté le système d’alimentation par soupapes en tête commandées par culbuteurs, et cette année, les trois voitures nouvelles Simca-Six, 2o3 Peugeot et Grégoire viennent affermir la supériorité de cette solution, qui facilite de toute évidence le remplissage des cylindres. On ne manque pas également de remarquer que les moteurs de la 2o3 et de la Grégoire disposent de chemises dites « humides » permettant d’assurer une meilleure répartition du refroidissement.
- L’embrayage. — Sur les voitures de toutes cylindrées, depuis nos petites 3 ch jusqu’aux puissantes voitures américaines, le type d’embrayage presque universellement adopté est l’embrayage à disque unique fonctionnant à sec. Cependant, quelques voitures étrangères de grand luxe comportent un embrayage hydraulique, le plus souvent accouplé à une boîte de vitesses automatique.
- Dans cet ordre d’idées, nous ne voudrions pas passer ici sous silence une réalisation française présentée depuis l’année dernière : l’embrayage semi-automatique « électric-drive » S. de Lavaud, qui supprime complètement la pédale de débrayage. Ce système, schématiquement représenté par un disque métallique se déplaçant entre les deux mâchoires d’un électro-aimant, est un acheminement vers l’adoption sur les voitures de luxe d’un dispositif d’embrayage absolument automatique, qui simplifiera nettement les manoeuvres de conduite.
- Boîte de vitesses. — Même sur les modèles de faible puissance, la boîte à quatre vitesses, dont deux au moins sont
- rendues silencieuses, est très couramment utilisée. Nombre de voilures disposent du montage « synchromech » — engrenages toujours en prise — pour toutes les combinaisons de vitesses. Certaines marques, entre autres la Dyna-Panhard 3 ch et la nouvelle Grégoire ont leur quatrième vitesse surmultipliée, ce qui permet d’obtenir en palier un gain de vitsese appréciable sans fatiguer le moteur; dans ce cas, c’est la troisième vitesse qui constitue la prise directe.
- Pluseiurs voitures françaises : Salmson type S4, Delahaye types 175 et 178, Delage type 180 et Delaunay-Belleville sont équipées avec une boîte Cotai dont le principe est basé sur la combinaison de trains d’engrenages planétaires cycloïdaux avec des accouplements électromagnétiques; l’emploi de ce dispositif peut dispenser le conducteur de débrayer et lui permet de change rde vitesse par simple action d’une manette installée près du volant. Tablot reste fidèle à la boîte présélective Wilson, de commande tout aussi simple et présentant des avantages à peu près identiques à ceux de la boîte précédente, mais dont le fonctionnement reste purement mécanique.
- La simplification de la manœuvre dans le changement de vitesse tend à éliminer de plus en plus le levier coudé disposé de façon si incommode entre les deux places avant. Déjà, Citroën avait installé un levier moins encombrant prenant appui sur le tableau de bord et depuis longtemps les Américains ont fait choix des systèmes de télécommande sur la colonne de direction. La 2o3 Peugeot et la Grégoire ont adopté la commande des voitures par un petit levier monté sous le volant et cette disposition se retrouvera sans doute sur les nouveaux modèles à venir.
- Les voitures américaines Oldsmobile et Cadillac disposent d’un changement de vitesses absolument automatique, à fonctionnement hydraulique avec huile spéciale : l’Hydra-Matic, dispositif qui supprime à la fois pédale de débrayage et levier des vitesses pour ne laisser subsister qu’une manette chargée de sélectionner la marche avant de la marche arrière. Le problème de l’automaticité du changement de vitesse est ainsi excellemment résolu aux États-Unis, ce qui ne veut pas dire qu’il n’ait pas été également résolu en France. La boîte François Conte réalise en effet de manière entièrement mécanique et complètement automatique le débrayage et le changement de vitesse par les actions antagonistes du couple moteur et du couple résistant, à l’aide d’un mécanisme évidemment complexe, mais d’une extrême précision.
- La suspension. — La suspension classique par ressorts à lames longitudinaux ou transversaux se fait de plus en plus
- Fig. 9. — Le système de suspension avant de la nouvelle « Grégoire » de deux litres de cylindrée.
- Les roues sont indépendantes ; la suspension est à flexibilité variable, grâce à la position judicieusement calculée des ressorts spirales.
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- concurrencer par les montages de ressorts hélicoïdaux, adoptés sur la plupart des voitures de petite cylindrée : Mathis 3 ch, Renault 4 ch, Bernardet 5 ch, etc.... Pour sa 2o3, Peugeot a choisi des ressorts transversaux à Pavant et hélicoïdaux avec barre stabilisatrice à l’arrière. Les barres de torsion permettent également de bénéficier d’un excellent confort.
- Les amortisseurs du type hydraulique se rencontrent sur presque tous les châssis. Les suspensions sont à peu près toujours complétées par le montage de roues indépendantes, soit à l’avant seulement (cas de Simca-Six et 2o3 Peugeot), soit pour les deux essieux (nouvelle Grégoire). Enfin la dernière nouveauté de la suspension est constituée par le système dit « à flexibilité variable », créé par l’ingénieur Grégoire, qui, grâce à l’inclinaison particulière de ressorts spirales, réalise, comme son nom l’indique, une suspension de flexibilité variant proportionnellement avec la charge de la voiture.
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- Les freins sur les quatre roues des voitures modernes sont tous, ou à peu près, à commande hydraulique.
- Enfin, il est bien acquis maintenant que la carrosserie en alliages légers, faisant corps avec le châssis, constitue la solution à laquelle se rallient la majorité des constructeurs de modèles nouveaux. Extrêmement rigide, la carrosserie-coque permet d’obtenir, à résistance égale, un allégement très sensible comparativement à l’emploi d’un châssis indépendant. Le problème du dessin aérodynamique est également très heureusement résolu depuis que certains constructeurs prennent la décision de reproduire les lignes de la maquette qui a donné les meilleurs résultats après passage dans une souiflerie; l’aviation apporte ici une précieuse collaboration à la recherche du meilleur profilage des formes.
- Fernand de Laborderie.
- Le 2e Congrès dclectrothermie de La Haye
- Du 2 au 5 septembre s’est tenu à La Haye un très important congrès d’électrothermie qui groupait des techniciens hollandais, belges, anglais, suédois, danois, norvégiens, suisses, tchèques. La France était représentée par MM. Descarsin et Déribéré. Une trentaine de communications importantes furent présentées et discutées dans les langues officielles du Congrès, qui étaient le français et l’anglais, chaque auditeur possédant le texte imprimé en main et chaque intervention faite en l’une de ces langues étant immédiatement traduite dans l’autre langue. Parmi les plus notables de ces communications citons :
- E. A. Engler (Suisse) : Application de la chaleur électrique dans l’industrie entre les années 1939-1946.
- IL C. J. H. Gelissen (Pays-Bas) : Développement de la chaleur électrique dans l’industrie en Hollande.
- E. Stiefel (Suisse) : L’utilisation de la chaleur électrique dans les ménages suisses pendant les années 1939-1946.
- W. S. Gifford (Grande-Bretagne) : Développement dans les usages industriels de la chaleur électrique.
- Z. V. Ryska (Tchécoslovaquie) : Méthodes d’essais du matériel utilisé dans le chauffage électrique.
- G. Geitlinger (Suisse) : Matière à grande résistivité pour températures élevées.
- M. Déribéré (France) : Le séchage par rayonnement infra-rouge.
- T. Ellefsen (Suède) : Fours à électrodes rotatives pour procédés électrothermiques.
- R. Baffrey (Belgique) : Perspectives du chauffage par induction.
- J. Boulange (Belgique) : Chauffage diélectrique.
- M. Descarsin (France) : Recherches et mises au point poursuivies en France dans le domaine de la haute fréquence..., etc...
- Notons encore d’intéressantes communications sur divers progrès réalisés en Belgique, en Norvège, en Suisse, sur l’emploi de l’électricité en horticulture, dans la fabrication des fromages...
- Fig-. 1.
- Le
- célèbre Kurhauss sur la plage de Scheveninge où s'est tenu le 2‘ Congrès de F électrothermie et de l’électrochimie de La Haye.
- Une nouvelle pile atomique à neutrons rapides.
- Le Dr Norris Bradbury, directeur du Laboratoire de Los Alamos, qui fonctionne sous l’égide de l’Université de Californie pour le compte de la Commission de l’Energie atomique des U. S. A., vient d’annoncer que l’on a mis en marche, avec plein succès, un nouveau type d’appareil à réaction en chaîne, pour la production d’énergie.
- La nouvelle pile atomique qui porte le nom de « réacteur rapid.e » fournit une source de neutrons rapides plus intense que celles dont les savants disposaient jusqu’ici.
- « On espère », a déclaré le Dr Bradbury, « qu’une source de ce
- « genre permettra d’étudier plus en détail les réactions à base « de neutrons rapides, et que la mise en marche de la nouvelle « pile constituera ainsi un nouveau pas en avant vers la décou-« verte du meilleur type possible de réacteur en chaînes, pour la « production d’une énergie pleine d’utilité ».
- D’après le communiqué, la pile utiliserait le plutonium. Elle n’utiliserait pas de substances modératrices. Son rythme de marche pourrait être maintenu constant. Un épais mur de béton et d’acier sert de paroi protectrice retenant les radiations. Un ta-beau placé dans une pièce adjacente renferme les appareils de mesure pour les expériences poursuivies.
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- LES ALIMENTS ARTIFICIELS
- La situation du ravitaillement est plus mauvaise qu’en 1946, en particulier en ce qui concerne les céréales et les matières grasses. Les stocks sont évanouis et la production nettement insuffisante.
- On ne peut remédier aux causes profondes de cette insuffisance que par la mise en œuvre des moyens techniques les plus perfectionnés seuls capables de relever la production, et cela dans une économie rationnellement établie. Les expédients politiques et juridiques sont impuissants à redresser cette situation. On peut même regretter que la structure juridique actuelle de la propriété freine le développement des meilleures techniques de mécanisation agricole, cela contre l’intérêt général.
- Il est opportun de passer en revue les derniers progrès techniques survenus dans le domaine des produits alimentaires artificiels. Ces problèmes ne se sont posés que très récemment et déjà on peut signaler d’importantes nouveautés.
- Dans sa marche triomphante, la chimie a apporté à l'homme mille moyens pour satisfaire ses besoins matériels.
- Après avoir développé la connaissance du sol, de sa fertilisation, elle a défendu ses produits végétaux par les insecticides et les fongicides, ses produits animaux par les médicaments chimiques, par les hormones, par les vitamines. Elle a pratiqué l’analyse des aliments, contribué à la connaissance des exigences de la nutrition. Elle vient de créer la chimiurgie pour l’utilisation des produits cultivés et, enfin elle opère la synthèse d’aliments inconnus dans le passé.
- La chimie a démontre, et l’expérience l’a confirmé, qu’une ration alimentaire équilibrée doit contenir :
- i° des hydrates de carbone assimilables;
- 20 des matières gi'asses, les lipides;
- 3° des éléments azotés, les protéines;
- 4° des sels minéraux;
- 5° des vitamines.
- Dans ces cinq domaines, la Chimie est en mesure de fournir des produits artificiels comestibles. Tous ne sont pas appropriés directement à l’alimentation humaine. Il en est qui n’y par-viennent que par une voie détournée : l’alimentation du bétail. Il est intéressant de suivre les nouveaux sentiers ouverts par la science vers le progrès matériel au service de l’homme.
- Hydrates de Carbone.
- Pendant les hostilités, l’Allemagne a mis en application industrielle la saccharification du bois par le procédé Bergius, à la Suddeulschcn Holzversuclierung Werke à Regensburg.
- Le bois réduit en copeaux est déposé dans une série de sept diffuseurs parcourus par une solution d’acide chlorhydrique étendu au tiers sauf le dernier diffuseur dont le contenu est épuisé par de l’acide à concentration plus élevée qui repasse ensuite par la série des diffuseurs, pour être finalement soutiré à la fin de l’opération qui dure environ 55 heures.
- La solution chlorhydrique est distillée, l’acide récupéré, et l’on obtient finalement une solution d’hydrates de carbone contenant encore environ 3 pour 100 d’acide chlorhydrique. Après chauffage à i3o°, elle est neutralisée par de la chaux ou de l’ammoniaque, le rendement, en sucres de l’opération est de l’ordre de 60 pour ioo. Ce sont en majorité du dextrose, environ 70 pour 100; le reste des xyloscs, arabinose, mannose, galactose, etc....
- Ces solutions étaient surtout utilisées pour la préparation de levures alimentaires, après dilution appropriée et addition de divers sels favorables au développement des ferments : phosphate d’ammoniaque, sulfate de potassium et de magnésium. Le résidu d’extraction était mis en briquettes ou employé
- comme engrais ou carbonisé pour l’obtention de charbon actif.
- D’autres procédés ont été également utilisés pour passer du bois aux sucres tels le procédé Scholler, également en Allemagne, le procédé Madison aux États-Unis, et bien d’aulies.
- Ils ont surtout pour but. de procurer des matières premières fermentescibles pour l’obtention de levures alimentaires et d’alcools industriels.
- Les glucoses alimentaires sont généralement obtenus par hydrolyse d’amidon par des procédés connus depuis de longues années.
- Les résidus de distillation des jus fermentés pour l’obtention des alcools de grains vont maintenant fournir des produits intéressants pour l’alimentation du bétail.
- La partie liquide de ces résidus de distillation était autrefois jetée. Ce liquide clair, évaporé laisse un résidu de haute valeur alimentaire qui représente un pourcentage variable, mais souvent élevé, du poids du grain initial.
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- Les matières protéiques artificielles.
- Un bœuf de 5oo kg à l’engrais gagne environ un kilogramme de poids par jour sur lequel on compte moins de 5oo g de matières protéiques.
- 5oo kg de levure placés dans des conditions favorables peuvent fournir dans le même temps Goo kg de matières protéiques.
- Cette production faite en usine n’est pas à la merci des intempéries, elle est régulière, elle peut, être multipliée largement. Elle est beaucoup plus indépendante des fantaisies de la loi de l’offre et de la demande et des excès de spéculation.
- On peut regretter que, dans les circonstances actuelles, les pouvoirs publics aient porté si peu d’attention à cette industrie qui peut contrebalancer pour une part importante la carence et les exigences excessives de l’élevage français.
- Il existe différents types de levures :
- Les levures de panification sont constituées par des saccharo-myces, ferments unieellulaires qui se cultivent industriellement dans des jus sucrés. On utilise notamment les mélasses de sucreries. Le rendement en levure est de l’ordre de 55 à 65 pour xoo du poids du sucre contenu dans les jus mis en fermentation.
- En dehors de leur utilisation en boulangerie, ces levures constituent des aliments de haute valeur.
- Quand elles sont destinées à l’alimentation, on leur fait subir des opérations préalables : les jus de fermentation sont centrifugés, ce qui.sépare la levure sous forme de crème, puis on lui fait subir un traitement spécial qui provoque une dégradation protéolytique, fait éclater les cellules et facilite ainsi l’action ultérieure des sues digestifs.
- La crème ainsi traitée est séchée très rapidement, en couche mince sur des tambours rotatifs portés à haute température qui délivrent presque instantanément la leAOire en flocons secs.
- La valeur alimentaire de ces levures a été étudiée dans tous les grands pays du monde. Elle ne peut plus être mise en discussion.
- L’analyse des produits commei'ciaux révèle les compositions moyennes suivantes :
- Eau ........................... o à S p. 100
- Matières protéiques............ 40 à 33 »
- Graisses ...................... là 3 »
- Hydrates de carbone............ 23 à 35 »
- Sels minéraux.................. 7 à 10 »
- O11 voit que ce sont les protides qui dominent. Ils sont bien assimilés. L’une des protéines présentes joue un rôle très impor-
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- tant dans l’organisme, c’est le glutathion. Il ’ intervient dans les phénomènes d’oxydo-réduction qui déterminent la chimie biologique de la vie. Il améliore la résistance de l’organisme aux infections. On note également la présente du tryptophane, un acide aminé qui facilite l’assimilation des aliments.
- On trouve dans les graisses de la levure des lécithines, de la cholestérine et de l’ergostérine (qui sert à la préparation de la vitamine D, antirachitique).
- Les matières minérales contiennent des phosphates et chlorures de potassium et de sodium.
- Enfin, les flocons de levures conservent une partie importante des vitamines. Des spécialistes y ont déterminé 2 mg de thiaminc (vitamine Bx), 5 mg de riboflavine (vitamine B2),
- 4o à 5o mg d’acide nicotinique (vitamine PP), 4 à 8 mg de pyridoxine (vitamine B0).
- Il n’est pas douteux que les levures alimentaires peuvent jouer un rôle important par les temps de carence en protéines que nous traversons.
- Actuellement ces produits sont fabriqués en France par diverses firmes qui présentent toutes les garanties techniques. La marque Springaline est bien connue dans la région parisienne.
- Les flocons de levure sont présentés surtout comme un condiment de haute valeur alimentaire à employer comme le fromage râpé dans les potages, les légumes, les pâtes, le riz, les sauces, les farces, etc.... On l’utilise également pour la fabrication des bouillons concentrés et en biscuiterie.
- O11 peut en tirer bien autre chose.
- O21 se souvient des formules de pâtés maigres à base de levure fraîche qui ont circulé pendant l’occupation, pour ne citer qu’un exemple.
- La production industrielle n’est limitée que par les attributions de matières premières aux usines spécialisées.
- Les levures sèches sont livrées à la consommation de détail actuellement, à moins de 200 fr le kilogramme contenant environ 45 pour 100 de matières protéiques. Il n’y a aucune comparaison de prix à établir avec celui de ces mêmes matières protéiques dans les viandes fraîches qui contiennent au moins 70 à 80 pour xoo d’eau, ce qui laisse pour un prix incomparablement plus élevé un pourcentage infiniment plus faible de protéines.
- Il n’est pas question de remplacer l’alimentation carnée par des levures, mais il est intéressant de noter qu’une ration mensuelle de 3oo g de celles-ci fournit sensiblement autant de protéines que 700 g de viande nette.
- D’autres levures que les saecharomyees ont été utilisées pour l'alimentation, en particulier diverses souches de Torula.
- Celles-ci se développent remarquablement sur les sucres de bois. Cent kilogrammes de bois sec permettent d’obtenir finalement, une trentaine de kilogrammes de levures sèches. Leur valeur alimentaire est du même ordre que celle des saccharo-myces, la teneur en vitamine est un peu plus faible, leur goût moins agréable.
- L’Allemagne avait équipé des installations capables de produire 10 000 t par an de levure sèche. Cette industrie s’est développée dans le monde entier.
- Les souches de Torula se développent parfaitement sur les jus à base de mélasses et donnent des rendements de 20 à 5o pour 100 plus élevés que les saecharomyees. La production en a été largement développée à la Jamaïque sur les résidus de canne à sucre et les levures obtenues ont fourni aux cantines des exploitations de ce pays un important appoint. On les a utilisées également en Malaisie. En plus des emplois usuels comme condiments alimentaires, on les a incorporées au pain. La saveur de celui-ci ne serait pas modifiée, si la proportion de levure est inférieure à 5 pour 100 du poids de farine initial. On a prétendu que cette addition avait pour effet de compenser l’élimination de certains produits utiles, entraînés par le blutage fin, nécessaire à l’obtention de farines blanches.
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- Les levures interviennent maintenant dans l’alimentation du bétail. C’est ainsi que la culture de Torula sur les lessives bisulfitiques résiduaires de la fabrication de la pâte de bois permet d’obtenir des levures qui conviennent bien à l’alimentation des animaux, en particulier des moutons et des porcs.
- Le développement de l’industrie des levures présente, surtout dans les circonstances actuelles, un caractère évident d’intérêt général.
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- Les matières grasses synthétiques.
- En 1935, le chimiste allemand Imhausen met au point un procédé technique pour la synthèse totale de corps gras.
- Les Deutschen Fettsâurevverke (Usines allemandes d’acides gras), mettent en marche en 1937, à Witten dans la Ruhr, le procédé sur un plan industriel. La capacité de production du début est de 20 000 t annuelles.
- La matière première utilisée est la paraffine produite dans la fabrication des carburants de synthèse à partir des lignites par le procédé Fischer-Tropsch.
- Ces résidus paraffiniques abondants ont permis à l’usine de Witten de doubler rapidement sa production et de la porter en 1939 à 60 000 t annuelles. Les acides gras obtenus sont identiques aux acides gras naturels et convenaient à la savonnerie. Des marques allemandes de savon portaient la mention : ce Corps gras déi'ivés du charbon ».
- Le principe de la méthode consiste à soumettre les paraffines à une oxydation catalytique ménagée en présence de permanganate de potassium.
- On obtient ainsi des acides gras (en C1]k à C14) mélangés à toute une série de produits secondaires : des di-acides, des acides cétoniques, des alcools, des aldéhydes, etc....
- En pratique, on ne pousse pas l’oxydation au delà du tiers du poids de la matière première mise en réaction.
- On procède alors à l’extraction, puis à la purification des acides gras.
- Ces acides gras peuvent être utilisés directement à la fabrication des savons par simple neutralisation alcaline; ils peuvent être sulfonés et fournir des détergents.
- Soumis à une pui’ification supplémentaire, ces acides gras peuvent être estérifiés par de la glycérine et fournir des corps gras de synthèse, analogues aux corps gras naturels alimentaires et assimilables comme eux par les organismes vivants animaux, l’homme y compris.
- Cette estérification est faite dans des conditions particulières et en présence de catalyseurs. La glycérine est également préparée, artificiellement, par fermentation, par réduction des hexoses ou par hydrolyse du propylène tricliloré, le propylène provenant lunmême des gaz de cracking, des pétroles naturels ou synthétiques.
- L’industrie allemande, sous la contrainte des nécessités de la guerre est ainsi parvenue à la synthèse organique totale des corps gras alimentaires en partant de leurs éléments primordiaux.
- Ce « beurre de synthèse » a été produit par milliers de tonnes pendant les hostilités.
- Il était destiné aux hôpitaux, pour certains régimes, ceux des diabétiques notamment, par suite de l’absence de dérivés cétoniques. Le reste était livré à l’armée allemande.
- Ce beurre synthétique, malgré l’addition de AÛtamines, ne peut concurrencer le beurre naturel, surtout du point de vue gustatif, mais il témoigne avec éclat de la puissance de la synthèse chimique moderne.
- Lucien Perruche,
- Docteur de l’Université de Paris.
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- La fabrication mécanique
- La Régie française des tabacs se modernise autant que les difficultés de l’heure le permettent, et les ingénieurs, qui dirigent, avec une compétence technique éprouvée, nos manufactures nationales, s’efforcent d’en renouveler l’ancien matériel. Depuis longtemps, on a mis en service dans ces ateliers d’originales machines confectionnant à bon compte des millions de cigarettes par jour et maintenant les mêmes établissements cherchent à rendre aux cigares leur ancienne place sur le marché, en les produisant à moins cher. Vu les conditions économiques actuelles, cela n’est possible qu’en s’adressant à une mécanisation perfectionnée et à une normalisation des types.
- Comme nos lecteurs le savent sans doute, l’habitude de fumer dés petits roulèaux de feuilles de tabac fut importée d’Amérique par les marins espagnols, qui l’introduisirent en Europe à l’époque de la découverte du Nouveau-Monde. En France, le cigare ne devint « le complément indispensable de toute vie oisive et élégante », selon les acerbes paroles de George Sand, que vers le milieu du xix0 siècle. Depuis cette époque, sa vogue a singulièrement grandi ! Mais qu’il soit fabriqué à la main ou à la machine, tout cigare comprend maintenant trois parties : d’abord
- la tripe, assemblage de morceaux de feuilles écotées formant un noyau central allongé suivant son axe, puis une première enveloppe dite sous-cape, qui entoure cet intérieur et enfin une lanière de tabac fin appelée cape ou robe, disposée en spirale autour de la poupée, constituée par les deux premiers éléments.
- On ne fabrique plus à la main dans les établissements de la Régie française que les cigares de luxe baptisés Campeones, Diplomates et Lutetias. Les deux catégories de cigares ordinaires (Voltigeurs et Picaduros) se réalisent au moyen de machines. Les cigares de luxe se confectionnent uniquement à Paris. Les Volti-gers sortent de la Manufacture parisienne de tabacs, et des autres fabriques de province qui en ont produit 68 000 kg environ pendant le premier semestre 1946. Les Picaduros sont obtenus mécaniquement à la Manufacture de Bordeaux, qui en a livré 14 202 kg durant le premier semestre 1946. Notons qu’un kilogramme correspond à 250 cigares environ. Les données comparatives suivantes permettent de se rendre compte de l’économie réalisée par la substitution des instruments à la main-d’œuvre féminine • deux ouvrières servant une machine traitent 1,300 kg de tabac par heure, soit 475 cigares, tandis qu’à la main, la production horaire d’une cigarière habile ne dépassait pas 40 « voltigeurs » 1 Enfin l’État n’importe plus de cigares étrangers depuis 1939.
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- Les feuilles de tabac devant entrer dans la composition des Voltigeurs et des Picaduros parviennent aux manufactures empilées dans des caisses. Ces paquets ou « manoques » ont subi un séchage sous les hangars des planteurs et pour les travailler il faut les assouplir, soit en les mouillant par immersion, soit par pulvérisation au moyen d’une machine spéciale. Dans le mouilleur mécanique construit sur les indications de feu l’ingénieur Belot, les ouvriers étalent les manoques sur une courroie sans fin formée de lanières de cuir. Ce transporteur les fait passer sous trois jets d’eau (un au-dessus et deux en dessous). Le liquide sous pression tourbillonne dans un petit cylindre d’où il s’échappe pulvérisé par la force centrifuge ; des vannes permettent d’en régler le débit, de façon à obtenir le taux d’humidité voulue.
- Fig. 1. — Un coin d’atelier des machines à écoter. — 2. Machine a battre le tabac. — 3. La confectionneuse « F or mat or ».
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- des cigares en France
- Après leur « mouillade », les feuilles cheminent jusqu’à l’autre extrémité de l’appareil et se déversent dans une caisse où un homme les range au fur et à mesure de leur chute. Quelques heures plus tard, les feuilles de tabac arrivent aux machines à écoter (fig. 1). L’ouvrière assise devant l'une d’elles empile, sur une tablette à sa gauche, un paquet de feuilles et prend celles-ci une à une pour les « écoter. Elle introduit chaque feuille par sa pointe entre deux toiles où les deux branches coupantes d’une pince la saisissent. Quand la femme embraye le mécanisme d’éco-tage, la dite pince se referme entraînant la côte qui, détachée, tombe dans un panier. Au fur et à mesure, les feuilles écotées continuent leur progression et vont s’enrouler sur un cylindre. Lorsque la conductrice juge suffisante l’épaisseur du « gâteau feuillu », elle soulève l’axe supportant la toile et recueille la masse écotée au tour suivant du cylindre.
- Dans des ateliers voisins, des ouvrières examinent les feuilles, les trient, les classent par qualité et les mettent par paquets numérotés. Elles rejettent celles qui ne peuvent servir de robes et qu’on emploiera ultérieurement pour sous-capes ou poupées de cigares ordinaires, qui passent alors dans la machine à battre (fig. 2). Le tabac « battu » se compose de fragments de petites dimensions (1 à 2 cm de côté) et de forme irrégulière. On l’obtient, par déchiquetage des feuilles entre deux disques armés de pointes. Dans l’intérieur de la grande caisse en bois où tournent ces derniers, se trouve un jeu de cribles, qui tamisent les débris de tabac par grosseur. Un courant d’air entraîne ensuite les feuilles déchiquetées vers la partie supérieure de l’appareil pendant que les côtes retombent par leur propre poids. Enfin, de hauts manchons en toile installés à un bout de la pièce filtrent l’air chargé de poussières.
- Une fois les éléments des cigares ordinaires ainsi préparés et rassemblés, interviennent les confectionneuses « Formater » constituées, en somme, par la juxtaposition de deux machines servant à réaliser mécaniquement, l’une la poupée, l’autre la cape. Dans la première (fig. 3), une ouvrière alimente de tabac « battu » la goulotte d’une rouleuse-transporteuse dont un organisme distributeur dépose, au fur et à mesure de sa marche, les doses voulues dans les moules d’intérieurs. Un système de tuyauteries pneumatiques aspire les brins de tabac provenant de la table de roulage et un ventilateur entraîne les poussières. La seconde « Fée mécani-
- Fig. 4. — Machine à caper. — 5. Mise en presse des cigares. — 6. Machine à baguer les cigares.
- que » associée, la machine à caper (fig. 4) qui, pour des raisons pratiques, n’a aucune liaison mécanique avec sa voisine, comprend un appareil de découpage, un « berceau » de capage et des organes de transport appropriés. Le Formater (type Mes) sert, dans plusieurs des manufactures nationales, à fabriquer les Ninas et les Senoritas, sorte de cigarettes dont l’enveloppe extérieure se compose d’une feuille de tabac au lieu de papier. Après capage, le « cigarillo » se trouve pris par deux couteaux en forme de V qui le transportent, affranchissent les bouts et le déposent en un point où un conduit d’aspiration le reprend afin de l’amener sur le tapis de transport tout en le débarrassant, chemin faisant, des brins de tabac superflus.
- De son côté, le Formator (type Mit) permet à deux ouvrières travaillant 8 heures par jour de confectioner de 20 000 à 25 000 Voltigeurs par semaine : l’une dispose la sous-cape et passe ensuite la poupée achevée à la machine à caper pendant que sa compagne met en place la feuille de cape et recueille le cigare terminé. Le reste du travail s’accomplit mécaniquement et chaque appareil comporte un moteur de commande pour opérer à volonté le réglage individuel de sa vitesse.
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- Au fur et à mesure de leur achèvement par les confcctioneuses mécaniques, les Voltigeurs sont empilés dans des « bateaux » ou moules qu’on emporte dans un atelier où ils vont subir, durant quelques heures, des compressions successives destinées à régulariser leurs formes. La presse Woerner (fig. S) employée pour ces opérations, comporte des fers en T qui donnent la pression latérale et des rayonnages de fer également en T capables d’exercer des pesées verticales. On dispose les cigares dans des moules ayant un fond, deux parois verticales pouvant coulisser sur celui-ci et un couvercle mobile. On les place ensuite sur les étages de la presse, dont les engrenages mécaniques permettent d’orienter les différentes parties ainsi que leur course et leurs positions respectives.
- Après leur passage sous la presse, d’où ils sortent avec un aspect extérieur lisse et engageant pour le fumeur, les Voltigeurs
- n’ont plus qu’à laisser la machine-à baguer (fig. 6) procéder à leur ultime toilette. Un tapis d’alimentation les amène pour cela sous un réservoir reposant sur une table et où se trouvent empilées des bagues de papier qu’un conduit pneumatique extrait selon les besoins. Un mécanisme dépose la bague à plat et préalablement encollée à l’endroit voulu de sa face intérieure, sur le cigare, qu’un autre dispositif maintient un instant pendant que des pinces replient la dite bague autour de lui. Une glissière fortement chauffée par des résistances électriques sèche ensuite la colle en un clin d’œil. Finalement, les Voltigeurs cheminent sur le tapis d’évacuation où deux ou trois ouvrières s’en emparent pour les mettre par 5 dans des ctuis, en vue de leur vente ultérieure.
- Jacques Boyer.
- L'électricité en horticulture aux Pays-Bas
- Depuis un certain nombre d’années, l’électricité a été mise au service de l’horticulture pour le chauffage et l’éclairage. De gros efforts de recherches avaient été faits en ce domaine, avant guerre, aux États-Unis. Quelques réalisations françaises avaient suivi et des expositions nous avaient montré des cultures en cave sous lampes reproduisant la lumière solaire. D’intéressants résultats avaient aussi été obtenus par le chauffage du sol (couches) au moyen d’éléments enterrés, soit pour hâter la croissance des plantes, soit pour éAÛter le gel.
- Au récent Congrès international de l’Électrothermie qui vient de se tenir à La Haye, lê Dr E. W. V. Van den Muigzenberg, directeur de l’Institut d’Iiorticulture de Wageningen et le Dr G. W. Van der Helm, d’Amsterdam, ont présenté les réalisations faites en Hollande.
- On connaît l’importance de cette véritable industrie nationale qu’est l’horticulture aux Pays-Bas, Par ailleurs, ce pays travaille aujourd’hui avec un admirable courage pour sortir des difficultés où la grande tourmente l’a plongé et les applications de l’électricité s’y développent dans le plan de réorganisation et de redressement du pays.
- Dès 11)30, sur des indications venues sont seulement des États-Unis, mais surtout de Norvège et de Suède, des entreprises électriques de distribution d’électricité avaient poursuivi des essais aux stations de Naaldwijk, de Wageningen, de Sappermeeer, de Leeuvarden, et aussi par la suite aux alentours d’Amsterdam. Les résultats variés furent, dans l’ensemble, fort satisfaisants. Il devint possible, en particulier, de maintenir à des températures constantes l’air des serres chaudes et les couches de forçage et d’étudier le comportement de toutes sortes de plantes dans ces conditions. On chercha ensuite à y ajouter des éclairements artificiels, les tubes au néon s’avérant très efficaces pour stimuler . les processus d’assimilation, tandis que les lampes à incandescence suffisent pour prolonger l’éclairement diurne. D'autres combinaisons furent aussi inventoriées, notamment celle de la chaleur avec divers engrais, la fertilisation de l’air au moyen du gaz carbonique, l’application d’agents activant la croissance, le rafraîchissement de jeunes plantes pour en obtenir plus tôt et davantage de fruits, etc. Toute la physiologie végétale s’en trouve rénovée.
- Dès maintenant, le forçage par chauffage des couches et des serres est utilisé industriellement en Hollande dans la culture de la chicorée. Cette culture ne demande que de faibles quantités de chaleur, mais une température uniforme lui est très favorable et donne des plantes mieux développées. Lorsque la température est ''maintenue à son niveau optimum, la pousse est bien plus rapide et i le maraîcher peut obtenir jusqu’à quatre et même cinq récoltes par hiver sur une même couche. Aux environs d’Amsterdam, il est consommé dans ce but près de 400 000 kW/h, lesquels sont surtout pris d’ailleurs sur le courant de nuit ; la puissance installée est d’environ 1 200 kW.
- Les maraîchers qui disposent du chauffage électrique pour le
- forçage de la chicorée se servent fréquemment de leur installation, au printemps et en automne, pour cultiver d’autres plantes. Comme le prix de l’installation est amorti par les résultats obtenus dans la culture de la chicorée, les autres cultures n’ont à supporter que les frais de dépense de courant. Le procédé s’est montré économiquement intéressant pour les cultures d’épinards, d’endives, de salades, de melons, de concombres dans les couches de forçage, de tomates et de haricots verts dans ’es serres chaudes.
- Le chauffage électrique du sol et de l’air des serres est possible aussi dans la culture de jeunes plants non repiqués : Un incubateur électrique sert de germoir aux semences et les jeunes plants sont ensuite élevés à température convenable. On obtient ainsi sur un espace restreint des concombres, des melons, des cornichons, des plantes à fleurs, etc. On a essayé de se servir du sol comme résistance, dans certains cas où l’on veut, par exemple, désinfecter un terrain épuisé, mais l’emploi de fils non isolés, à basse tension, ne s’est pas montré recommandable. On a utilisé plus couramment des éléments de résistance tubulaires. Depuis l’apparition des lampes à rayonnement infra-rouge, on a pensé aussi à utiliser cette nouvelle source qui s’est d’ores et déjà avérée intéressante pour le chauffage local de parties de serres chaudes, pour empêcher la gelée nocturne et pour le pré-séchage des petites semences. Divers essais se poursuivent également en France, mais l’expérience néerlandaise est plus riche d’enseignements et valait d’être citée.
- M. D.
- Les Parcs nationaux en Grande-Bretagne.
- En août 1945, le Ministère du Planisme et urbain en Grande-Bretagne a constitué une commission chargée de guider EAdmi-nistration des Parcs nationaux en tout ce qui a trait à "la préservation de la faune nationale. Elle était présidée par le professeur Julian Huxley auquel succéda plus tard le professeur Tansloy.
- En conclusion de ses travaux, la commission a publié un rapport dans lequel elle constate qu’il est difficile de conserver intactes toutes les terres sur lesquelles vivent une faune et une flore sauvages. Elle propose de diviser ces régions et d’organiser ou do maintenir la conservation dans leur état naturel de 73 réserves couvrant une superficie totale de 39.000 hectares.
- Le rapport fait ressortir les avantages que tirerait le pays d’une œuvre de cette nature. Elle mettrait à sa disposition d’immenses ressources naturelles, dans les domaines de l’agriculture, de l’afforestation, du ravitaillement en gibier et poisson, de l’assainissement des eaux par de nouveaux drainages, de travaux géologiques et autres.
- Les endroits choisis à cette fin se dispersent dans toutes ]es régions du pays et ont été désignés pour assurer la conservation de centres naturels de grand intérêt tant au point de leurs ressources qu’à celui de leur beauté.
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- LES
- HUILES SICCATIVES
- et la siccativité
- L’industrie des peintures et vernis dispose, depuis une vingtaine d’années, d’un nombre considérable de matières premières pour constituer ses liants, mais les peintures grasses, dont l’origine remonte au Moyen Age, conservent toujours la faveur des utilisateurs, notamment pour les travaux d’extérieur. Dans ces peintures, l’élément lilmogène du liant, c’est-à-dire la substance formant au cours du séchage un enduit solide, imperméable et résistant, est une huile siccative, le plus couramment l’huile de lin. C’est seulement depuis quelques années que des travaux scientifiques, dus en particulier à Fahrion, Treibs, Bradley, Blom ont permis de comprendre le mécanisme du séchage des huiles siccatives et, par suite, d’orienter les recherches vers l’utilisalion ou la création de produits nouveaux susceptibles de remplacer l’huile de lin, matière première d’importation pour un grand nombre de pays.
- D’une manière générale, les huiles grasses A'égétales sont constituées par des mélanges de triglycérides, autrement dit de triesters résultant de la combinaison d’un trialcool, la glycérine CFD — CH — CH,, et d’acides gras à longues chaînes carbo-
- r i i .
- OH OH OH
- nées, les uns saturés tels que l’acide palmitique ou l’acide stéarique, les autres à liaisons éthyléniques comme l’acide oléique, l’acide linoléique, l’acide linolénique, l’acide éléostéa-rique, etc.
- suite, la molécule d’un triglycéride peut être comparée, en première approximation, à une étoile à trois branches allongées.
- Les huiles non siccatives, l’huile d’olive ou l’huile de palme par exemple, renferment des triglycérides contenant principalement des radicaux d’acides saturés et d’acide oléique. Par contre, les huiles siccatives, comme l’huile de lin, l’huile de Bois de Chine, l’huile de Perilla, sont formées de glycérides à radicaux linoléiques, linoléniques ou éléostéariques possédant deux ou trois doubles liaisons éthyléniques. C’est à la présence de ces radicaux que sont dues les propriétés siccatives d’une huile.
- Composition moyenne des acides estérifiant la glycérine
- DANS DIFFÉRENTES HUILES
- II. de Bois
- II. d’olive H. de lin de Chine
- Acides saturés ........ 14 pour 100 9 pour 100 4 pour 100
- Acide oléique ............ 78 » 13 » 4 »
- Acide linoléique .......... 8 » 18 » 2 »
- Acide linolénique .... — » ' 00 » — »
- Acide éléostéariqüe .. — » — » 90 »
- A vrai dire, la délimitation entre les huiles non siccatives et les huiles siccatives n’est pas précise. La transition est faite par le groupe des huiles semi-siccatives, telles que l’huile de colza,
- Acide palmitique Acide stéarique. Acide oléique . Acide linoléique Acide linolénique Acide éléostéariqüe
- CH3-(CH2)14-COOH
- CH* —(CHs),6 — COOH
- CH3 — (CH2'r - CH = CH - (CH2)7 — COOH
- CH3 — (CH2)4 - CH -CH- CH2 — CÏI = CH — (CH2)7 - COOH
- CH3 — CH2 - CH = CH — CH2 — CH = CH - CH» — CH = CH - (CH2)7 - COOH
- CHS - (CH2)3 - CH = CH - CH = CH — CH = CH - (CH2)7 - COOH
- Il s’agit, d’ailleurs, le plus souvent, de triglycérides mixtes, dans lesquels les trois radicaux acides sont différents et que l’on peut schématiser par la formule :
- CH2 - O — CO - R
- GH — O — CO - R'
- I
- CH» — O — CO - R"
- en représentant par R, R' et les chaînes carbonées des acides gras. La structure spatiale des glycérides a pu être précisée en tenant compte des dimensions des atomes de carbone et d’oxygène et de la valeur des angles que forment les liaisons unissant ces atomes. Les trois radicaux acides gras, dont la longueur est environ sept fois plus grande que celle du noyau glycériquc, se disposent symétriquement dans l’espace. Par
- Fig. 1.
- l’huile de moutarde, l’huile de coton qui sèchent mal et donnent des films restant poisseux. Les huiles de soja, d’œillette, de chèneids, de tournesol, de carthame sont considérées comme des huiles siccatives, toutefois elles sèchent plus lentement que l’huile de lin et sont employées, le plus souvent, en mélange avec celle-ci ou pour des usages spéciaux. L’huile d’œillette, par exemple, est utilisée dans la préparation des couleurs fines pour artistes peintres.
- Le séchage d’une huile siccative s’accompagne de deux phénomènes tangibles qui ont pu être mesurés : une absorption d’oxygène de l’air et un dégagement de produits volatils.
- L’absorption d’oxygène peut être suivie expérimentalement en exposant à l’air, à la lumière indirecte du jour, des plaques de verre recouvertes d’une mince couche d’huile et en les pesant à intervalles de temps réguliers. Une méthode plus précise consiste à effectuer une mesure volumétrique de l’oxygène absorbé par de l’huile déposée sur du coton de verre ou des bandes de papier filtre pour accroître sa surface, en prenant soin d’éliminer les produits volatils formés. La quantité d’oxygène fixé est d’abord assez forte, puis elle diminue progressivement; elle dépend, ainsi que la vitesse d’absorption, de la nature des radicaux du triglycéride. Les couches minces de triglycérides riches en radicaux d’acide oléique (acide monoéthy-lénique) absorbent assez peu d’oxygène et ne sèchent pas. Les triglycérides à chaînes linoléiques (diéthyléniques) fixent une quantité bien supérieure d’oxygène et les triglycérides à radicaux linoléniques (triéthyléniques) une quantité encore plus grande. Leur séchage donne des films solides et élastiques.
- Au cours du temps, l’absorption d’oxygène passe par un maximum pour les triglycérides linoléiques et linoléniques. La décroissance de l’absorption d’oxygène est en relation avec la
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- formation de plus en plus importante d’eau et de produits de décomposition qui se dégagent du film. Ces produits sont principalement constitués de gaz carbonique, d'une petite quantité d’oxyde de carbone, d’acide formique et de formol. On a pu constater aussi la formation d’aldéhydes et d’acides non volatils.
- De nombreuses recherches ont permis d’établir que l’absorption d’oxygène est due à une fixation de ce gaz sur certaines liaisons éthyléniques, donnant naissance à des peroxydes qui ont pu être caractérisés au début du séchage des huiles siccatives.
- .......CH — CH....... ±-2 )-...... CH-CH.........
- 0-0
- Ce sont ces peroxydes, les uns relativement stables et les autres labiles, qui jouent le rôle fondamental dans le séchage du film. Leur formation peut être accélérée en ajoutant à l’huile des catalyseurs d’oxydation, dont les plus actifs sont les sels de plomb, de cobalt ou de manganèse que les praticiens ajoutent, sous le nom de siccatifs, à leurs peintures. L’essence de térébenthine employée comme diluant dans les peintures grasses a également une influence catalytique en formant à l’air un peroxyde instable qui cède son oxygène à l’huile siccative.
- Les phases ultérieures dq séchage, qui suivent la formation des peroxydes, n’ont été élucidées que depuis peu de temps, à la lumière des doctrines de la chimie macromoléculaire dont l’application a déjà marqué de manière significative l’évolu-
- s’étendent dans les trois directions de l’espace, ont des propriétés mécaniques particulièrement intéressantes qui sont à la base de leurs applications élastiques, plastiques ou textiles. C’est ainsi que les corps formés de molécules géantes tridimensionnelles, comme les Bakélites, manifestent une grande dureté, une forte insolubilité et une infusibilité marquée.
- Le durcissement d’un film d’huile siccative est la conséquence de l’union des molécules de glycérides polyëthyléniques peroxy-dés donnant naissance à des molécules géantes qui, peu à peu, envahissent toute la couche d’huile en iui faisant perdre sa fluidité et sa solubilité. Le séchage d’une huile siccative est donc le résultat d’une réaction de polymérisation due à la présence des radicaux polyëthyléniques. Cette possibilité de polymérisation n’est pas particulière, d’ailleurs, aux glycérides, elle se produit de même avec d’autres esters de l’acide linoléique, de l’acide linolénique ou de l’acide éléostéarique, mais seuls les esters correspondants de la glycérine (ou de polyalcools renfermant au moins trois fonctions alcooliques) donnent des produits solides ayant des qualités d’imperméabilité, de résistance, d’insolubilité qui permettent leur, utilisation comme enduits protecteurs.
- Examinons, en effet, le comportement à l’air des différents types d’esters d’un acide polyéthylénique, comme l’acide linolénique. S’il s’agit de l’ester d’un monoalcool, de l’alcool méthy-lique CHsOH par exemple, on constate que ce corps, le linolé-lénate de méthyle, laissé au contact de l’air, en couche mince, absorbe une quantité importante d’oxygène en formant des peroxydes tels que :
- CH* — CH, - CH - CH — CH2 — CH = CH - CH2 - CH = CH — (CH,)7 - COOCH3
- tion des industries des matières plastiques, des textiles et des caoutchoucs artificiels.
- L’étude de ces dernières substances a révélé l’existence de molécules géantes engendrées par l’union de plusieurs centaines, voire de plusieurs milliers de petites molécules. Ces macromolécules, dont certaines ont. la forme de très longues chaînes, d’autres de nappes quasi-illimitées, tandis que d’autres encore
- mais que le film reste fluide. Cela se conçoit, car l’union des peroxydes ne peut provoquer que l’enchaînement de deux molécules d’esters. On a seulement affaire à une réaction de dimérisation laissant dans la couche d’huile des molécules dont la masse moléculaire n’a fait que doubler. Ces nouvelles molécules sont trop petites pour donner de la cohésion au film d’huile oxydée.
- CH2 - CH 1= CH — CII2 — CH = CH - (CH,)7 — COOCH3
- CH, - CH2
- CH,OOG-(CH,)7 — CH = CH - CH, — CH = CH
- — (HO)C — CH-
- °\ >°
- CH2 - CH — C tOH) — CH, — CIL
- Dimérisation du linolénate de méthyle.'
- Polymérisation en longues chaînes du dilinolénate de glycol.
- Polymérisation tridimensionnelle du trilinolénate de glycérine.
- Fig. 2. — Représentations schématiques de la polymérisation par oxydation des esters linolêniques.
- Si l’on considère maintenant le diester linolénique d’un dialcool, du glycol CHa — CH2 par exemple, les deux radicaux
- I I
- OH OH
- polyëthyléniques portés par les fonctions alcooliques pourront se peroxyder, puis s’unir à d’autres radicaux polyëthyléniques peroxydés appartenant à des molécules voisines. Le nombre de molécules de diesters enchaînées pourra être considérable, mais les macromolécules formées auront une structure linéaire (fîg. 2). Cette structure macromoléculaire n’est pas encore capable de donner au film une grande cohérence. Effectivement une couche mince de dilinolenate de glycol absorbe fortement 1 oxygène et devient de plus en plus visqueuse. Elle reste cependant poisseuse et ne peut être utilisée comme enduit protecteur.
- Il en est tout autrement avec le triester de la glycérine; les trois chaînes polyëthyléniques du gylcéride linolénique, disposées comme les trois branches d’une étoile, pourront s’unir à trois autres molécules de glycérides et ainsi de suite. Cette polymérisation est schématisée sur la ligure 2. En realite, comme les trois radicaux linolêniques ne sont pas dans le même plan, l’union des molécules de glycérides ne s’effectuera pas dans un plan, mais dans les trois directions de l’espace en engendrant une macromolécule tridimensionnelle. Au terme de
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- son évolution, un film sec de trilinolénate de glycérine peut être considéré comme une molécule géante unique. Ce film possède une cohérence remarquable. Il est devenu dur et insoluble et peut être utilisé comme produit de revêtement convenant à l’industrie des peintures et vernis.
- chaînes linoléiques et linoléniques ; ---- chaînes saturées et oléiques.
- Fig. 3. — Schéma du réseau macromoléculaire tridimensionnel obtenu par séchage d’une huile siccative.
- Les faits précédents, établis avec des glycérides simples, sont transposables aux mélanges de glycérides mixtes constituant les huiles siccatives, mais seuls leurs radicaux polyéthyléniques participeront au phénomène de polymérisation. Les chaînes saturées et oléiques demeureront libres, et au lieu d’obtenir un réseau macromoléculaire régulier et très serré, on aura affaire à un réseau beaucoup plus irrégulier, schématisé par la figure 3.
- Une huile donnera un réseau macromoléculaire d’autant plus lâche et, par suite, un film d’autant moins dur que la propor-
- .....-...........—-......... - 333 —...........
- tion de radicaux saturés et oléiques que renferment ses glycérides sera plus grande. La faible quantité de ces radicaux contenus dans l’huile de lin n’est pas un inconvénient très gênant, elle contribue même à donner une certaine souplesse au film sec, bien que pour certains emplois il convienne de corriger le manque de dureté par l’addition de résines naturelles ou synthétiques. Toutefois, il peut y avoir avantage à supprimer dans les huiles siccatives les radicaux saturés ou oléiques qui ne participent pas aux réactions de polymérisation. A ce point de vue, le fractionnement des glycérides d’une huile est une opération difficile, qui ne peut d’ailleurs donner de résultats très satisfaisants par suite de la répartition désordonnée des radicaux saturés, monoéthyléniques et biéthyléniques entre les divers glycérides mixtes. Une solution plus convenable, mais également très délicate, vers laquelle s’orientent déjà les recherches, consisterait à déshydrogéner les chaînes saturées et oléiques pour faire apparaître de nouvelles liaisons éthyléniques ; elle paraît encore lointaine.
- Par contre, il a été possible de créer industriellement de nouvelles huiles siccatives, à partir d’huiles non siccatives de constitution particulière. C’est ainsi que l’huile de ricin, formée de glycérides monoéthyléniques, mais oxhydrylés, peut être soumise à un traitement déshydratant qui fait apparaître une seconde liaison éthylénique et la rend siccative. L’huile de ricin déshydratée est devenue un excellent substitut de l’huile de lin. L’industrie des peintures et vernis fonde de grands espoirs sur le développement de la culture du Ricin pour pallier la pénurie d’huiles siccatives et réduire nos importations d’huile de lin. De même, la déshydratation de l’huile de pépins de raisins améliore nettement ses propriétés siccatives. Des essais industriels ont été tentés, dans cette voie, en France et en Italie et méritent de retenir l’attention.
- . G. Champetibb,
- Chargé de cours à la Sorbonne.
- L'Ignifugation
- Un incendie récent dans un cinéma de la région parisienne s’est transformé en catastrophe. L’attention se trouve ainsi attirée par un dur rappel sur la très grave question de l’ignifugation.
- C’est une très ancienne préoccupation des hommes : Dès l’année 1638 on trouve décrits des procédés pour mettre à l’abri du feu des substances combustibles.
- Les conditions de la vie moderne ont donné plus d’intérêt encore à cette question, aussi bien pour les lieux publics : théâtres, cinémas, salles de réunion, écoles, navires, grands magasins, véhicules de transport que pour les habitations privées.
- En dehors des combustibles liquides, ce sont surtout les matières textiles naturelles ou artificielles : draperies, tentures, tapis, vêtements, qui sont les principaux agents de la propagation des incendies. Le coton, le lin, la soie artificielle, les-fibres végétales, en général, présentent un bien plus grand danger que la laine, la soie naturelle, ou certaines fibres synthétiques nouvelles telles que celles dérivées des résines vinyliques qui sont pratiquement incombustibles.
- C’est sur ces premiers produits que se sont surtout portées les recherches. Le but poursuivi n’est pas de les rendre incombustibles au sens strict du mot, ce qui est impossible par suite de leur composition chimique, mais de les rendre incapables de propager le feu par la formation d’une flamme.
- Le moyen le plus classique d’ignifugation consiste à imprégner le corps à ignifuger de solutions salines.
- Pour la préparation de ces solutions on utilise seuls ou en mé-
- langes appropriés : l’alun, l’acide borique et ses sels, les silicates alcalins, les tungstates, les phosphates, les iodures, les stannates, pour ne citer que les principaux.
- La scène de l’Opéra aurait été ignifugée par une solution concentrée de tungstate de sodium additionnée de 3 pour 100 de phosphate de sodium, ce dernier produit destiné à éviter la cristallisation des sels.
- Le nombre de formules de produits ignifuges est. très élevé. Ces mélanges cherchent à provoquer sur les fibres soumises à une température élevée une vitrification qui empêche la propagation de la flamme. Une hypothèse récente du Dr Ramsbotton admet également une action catalytique qui modifie le point de décomposition exothermique de la cellulose. On sait que celle-ci est le constituant principal des fibres végétales.
- La cellulose soumise à une température de 273° à 300° se décompose par réaction exothermique, c’est-à-dire que l’action se poursuit sans apport de chaleur extérieure. Ce phénomène est responsable de la facilité de propagation du feu dans les matières cellulosiques.
- Le bois ne peut être protégé que par injection dans la masse des solutions ignifuges. La simple application en surface de peintures à l’amiante et aux silicates alcalins est d’une efficacité discutable.
- La généralisation de l’emploi des bois imprégnés aux résines phénoplastes apporte un élément intéressant de défense contre l’incendie par suite de leur peu d’inflammabilité. L. P.
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- CURIOSITÉS MINÉRALES
- Les coulées de basalte
- Les roches fondues par les éruptions volcaniques offrent aux curieux de la nature de fort singulières découvertes. Selon leur nature et leur composition, elles forment toute une classe de roches telles que rhyolites, trachytes, phonolites, andésites, basaltes... qui se caractérisent par une pâte fondue dans laquelle se trouvent le plus souvent des cristaux plus ou moins bien définis tels que l’augite, l’olivine, du mica, du feldspath... Chaque roche volcanique récente est l’équivalent d’une roche éruptive ancienne. Les rhyolites sont comparables au granit, les basaltes aux gabbros et aux dolé-rites, c’est-à-dire à des roches à felds-paths calco-sodiques et à pyroxène.
- Le basalte est une roche qui comporte de nombreuses variétés. Il doit son nom à une racine éthiopienne, basal = fer, parce qu’il est souvent sombre comme les minerais de fer.
- C’est une roche à pâte noirâtre, très tenace, dure et rayant le verre, de cassure conchoïdale et de densité 3.
- Cette roche est caractérisée par sa facilité à se diviser en prismes à 3, 4,
- 5, 6, 7, S et 9 pans. Cette forme très particulière, géométrique le plus souvent, résulte du retrait qui a accompagné son refroidissement. Les prismes sont souvent très réguliers et de grandes dimensions, ce qui a permis la formation de curieuses constructions naturelles : orgues, chaussées,... que l’on a signalé en Irlande (Chaussée des Géants), en Écosse (Ile de Staff a), aux Hébrides, en Auvergne, dans le Cantal, la Haute-Loire, l’Ardèche, dans le Tyrol, en Prusse Rhénane, en Saxe, en Bohême, en Islande, dans l’île Bourbon, à l’île de Ténériffe, dans la baie de Trezza (écueil), aux îles Cyclopes, etc.
- Fig-. 1. — La grotte de Fingal.
- (iService d’information britannique).
- En raison de ces curieuses formes jointes de surcroît à l’intérêt du basalte comme pierre de construction et même de confection de bacs et récipients pour l’industrie chimique, cette roche a retenu l'attention de fort longue date. Pline déjà la comparait à une substance métallique ayant la couleur et la dureté du fer. d’où son nom.
- Les orgues d’Auvergne et du Vivarais offrent d’assez beaux exemples de coulées de basaltes encore que certaines, comme les orgues de Bort, soient composées de micaschistes. Plus spectaculaires encore sont les colonnades de la côte d’Antrim, au nord de l’Irlande, la célèbre Chaussée des Géants et, plus encore, la fameuse grotte de Fingal dans l’île de Staffa.
- L’île de Staffa est une des petites îles de la côte occidentale de l’Écosse. A 8 km environ à l’Ouest de celle de Mull, elle n’excède pas deux milles de circonférence avec une forme irrégulière et a1 longée et des rives escarpées terminées par de superbes colonnes basaltiques. L’île n’est accessible que par une petite baie au .Sud. L’entrée a plus de 10 m de large sur 17 m de hauteur entre des murs de colonnes parfaitement régulières, surmontées d’un cintre formé de demi-courbes inégales constituant un fronton naturel. La grotte est profonde de 42 m. Les prismes basaltiques sont séparés par des surfaces concaves-convexes et ont souvent près de 1 m de diamètre, ils ont de 3 à 6 côtés et parfois même 7 ou 8. Le toit de la grotte est un plateau couvert d’un maigre gazon. Faujas de Saint-Fond a dit avec beaucoup de justesse que « ce superbe monument d’un grand incendie souterrain qui se perd dans la nuit des temps, a un caractère d’ordre et de régularité si étonnant qu’il est difficile à l’observateur le plus froid et le moins sensible aux phénomènes qui tiennent aux révolutions du globe de n’être pas étrangement surpris à l’aspect de cette espèce de palais naturel qui semble tenir du prodige ».
- Fig. 2. — Écueil de basalte de la baie de Trezza, d’après une vieille gravure.
- (A. Boscowitz. Les volcans).
- M. Déiubéré.
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- La tortue luth
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- L’annonce par les journaux de la capture d’une tortue luth de grande taille dans la baie de Concarneau, en août dernier, nous est une occasion de parler de cette espèce. Aucune tortue de mer ne vit constamment près de nos côtes, et c’est seulement de temps à autre qu’on en signale isolées, éparses, entraînées sans doute par les courants et les dérives
- Fig. 1. — La Tortue luth du 21 août 1947, sur le sable à Beg Meil.
- d’eaux des régions tropicales de l’ouest de l’Atlantique vers les rivages européens.
- On en connaît seulement quatre espèces :
- la Tortue à écaille, Chelonia (’Eretmochelys) imbricata, à quatre paires de plaques costales, vue une seule fois en rade de Marseille par Mourgue ;
- la Thalassochelys (Colpochelys) Kempi, de petite taille, à quatre paires de plaques inframarginales, vue en 1938 par Dera-niyagala à l’ouest de l’Irlande;
- la Caret (Carettci careita), à trois paires de plaques inframar-ginalcs, que les pêcheurs prennent de temps à autre en surface au large de nos côtes;
- enfin, la Luth (Dermochelys coriacca), la plus grosse de toutes, sans plaques cornées, recouverte d’une peau épaisse, coriace, présentant 7 carènes longitudinales dorsales et 5 ventrales, dont les captures singulières attirent l’attention.
- Une Luh fut observée dès i558 par Rondelet à Frontignan. Delafont en vit une le 4 août 1729 à l’embouchure de la Loire, Descroizilles une autre à Dieppe le a5 octobre 1762, Fougeroux de Bondaroy une au Pornic le 10 juillet 1766. Plus près de nous, on en signala à La Rochelle (Beltrémieux, 1871), à l’île de Groix (Taslé, 1871), à Audierne (Bureau, 1893), à Concarneau (Vaillant, 1896), dans la Gironde (Pellegrin, 1904), à Saint-Gilles-sur-Vic (Baudoin, I9i3), à Bayonne (Angel, 1922), aüx Glénans (Legendre, 1925), au Port-Blanc (Hamon, 1926), à Armen, aux Glénans (Bouxin et Legendre, 1980). à Saint-Jean -de-Luz (Brascassat, 1980), à Étel (Desbrosses, 1982), sans parler de cinq observées en Tunisie par Hell en 1980 et 1933. Cela fait en tout une vingtaine, à laquelle il faut ajouter la dernière prise cet été, le 21 août, entre Beg Meil et l’Ile-aux-Moutons, encore une fois dans la baie de Concarneau (Bouxin et Legendre, 1947)-
- Quelques-unes ont échoué sur la côte, mais la plupart se sont prises en nageant dans des orins de casiers à homards où elles se sont entortillées. C’est le cas des trois individus que j’ai vus.
- Ce sont toutes des bêtes énormes, de i,5o m à 2,5o m de long, pesant de 3oo à 5oo kg. La tête, grosse, présente deux
- grands yeux d’où coule une glaire abondante dès qu’elles sont à sec; le bec corné, puissant, porte deux pointes à la partie inférieure. L’animal ouvre sa gueule pour inspirer et montre alors les deux arcs coupants de ses mâchoires. La carapace, noire sur le dos, tachée de blanc sur la face inférieure, n’a pas de plaques cornées comme les autres espèces ; elle est formée de petites plaques osseuses, polygonales, recouvertes d’une peau dure qui a fait donner le nom de « Tortue cuir » à la Luth, On y remarque sept crêtes ou côtes longitudinales, une médiane, quatre dorsales et deux latérales. La queue est courte. Les quatre membres sont de larges et épaisses palettes, les antérieures, beaucoup plus longues et fortes que les postérieures, atteignent quand elles sont étendues, une envergure de plus de 2 m.
- La nage, très puissante, est assurée surtout par les membres antérieurs, les postérieurs servant plutôt de gouvernails et de stabilisateurs. Celte année, comme lors des rencontres précédentes, nous avons vu la Tortue entraîner la barque qui la traînait, tirée par deux rameurs, quand elle prenait une direction inverse et nageait activement.
- A certains moments, cette Tortue fait entendre une sorte de grognement, un bruit rauque.
- La tête, les membres sont reliés à la carapace par une peau épaisse recouvrant une musculature très développée, mais ils ne peuvent rentrer sous celle-ci.
- Les pêcheurs qui prirent la Luth de cet été la cordèrent et la remorquèrent à terre; pendant quatre jours, ils l’exhibèrent sur les plages du voisinage, la remettant à l’eau chaque soir, après quoi elle mourut et put- être autopsiée au laboratoire maritime du Collège de France, à Concarneau. On y retrouva les particularités anatomiques déjà observées précédemment : la colonne vertébrale non soudée à la carapace, caractère spécial à celte espèce, l’œsophage tapissé de longues et nombreuses papilles cornées empêchant la régurgitation comme chez toutes les Tortues et même un calcul fétide, volumineux, à la jonction des deux intestins.
- Le tube digestif contenait de nombreux Amphipodes pélagiques; on a d’autres fois trouvé des algues, indiquant une nourriture variée.
- La Luth pond à terre, sur les plages de sable, où elle creuse un trou pour y enfouir ses œufs. On connaît des régions de ponte aux Antilles et au Brésil et depuis peu dans l’Océan Indien et en Océanie. Deraniyagala a assisté à Ceylan à la naissance et vu quelques individus de petites tailles. Par contre, toutes celles qui approchent de nos côtes sont des adultes d’environ 2 m de long et probablement âgés. On en a pris en
- Fig. 2. — La même, sur le dos.
- (Photo Keystone).
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- toutes saisons, même en décembre et en février, mais elles sont moins rares en période chaude, surtout en mai et en août. Préfèrent-elles certaines régions, puisque quatre déjà sont entrées dans la baie de Concarneau ? On en a signalé bien plus au nord, dans la baie d’Helgoland, sur la côte d’Oldenbourg (Greve, ig3o) et même près du Japon dans le détroit de Tatarie (Eme-lianov, ig36). Dans nos parages, elles sont plus fréquentes certaines années, puisqu’on en a vu 6 en ig3o, 3 en ig33, 2 en xg25. Suivent-elles d’ouest en est les grands courants marins et profitent-elles de leur extension ou de certaines conditions météorologiques ? Enfin, que viennent-elles faire dans nos eaux ? Les deux femelles que nous avons eues à notre disposition en ig25 et cet été avaient des ovules très petits et n’étaient pas prêtes à pondre. Deux femelles, vues par Heldt en Tunisie au mois de mai, avaient des ovules bien plus gros et celle du Pornic, de juillet 1765, vue par Fougeroux de Bonderoy, avait des œufs gros comme des oranges. Viendraient-elles donc dépo-
- ser leurs œufs sur certaines plages désertes de nos régions, ou bien s’agirait-il seulement d’animaux « égarés » ?
- Pour finir, disons que la Tortue de cette année avait une escorte de Poissons, les mêmes que ceux observés en ig3o. Les uns, nageant à son voisinage, étaient des Pilotes (Nauerates ductor) qu’on trouve également dans le sillage des Squales et même des bateaux. Les autres étaient des Rémoras (Echeneis rémora) qui portent sur la tête une vaste ventouse elliptique formée d’un disque et de lames musculaires leur servant à se fixer sous le ventre d’autres êtres marins qui les véhiculent.
- R. Legendre.
- Sur les Tortues luths de Concarneau, voir :
- Léon Vaillant. C. R. Ac. Sc., 123, 1896, p. 654.
- R. Legendre. C. R. Ac. Sc., 181, 1925, p. 3S0.
- H. Bouxin et R. Legendre. Bull. Soc. zool., 55, 1930, p. 521.
- H. Bouxin et R. Legendre. C. R. Ac. Sc., 225, 1947,
- LE CIEL EN NOVEMBRE 1947
- SOLEIL : du 1er au 30 sa déclinaison passe de — 14°15' à — 21°33' ; la durée du jour à Paris décroît de 9h52m à 8h34®. Diamètre apparent le 1er = 32'17",16, le 30 = 32'29”,48. — LUNE: Phases : D. Q. le 5 à 171*3® ; N. L. le 12 à 201*1® ; P. Q. le 20 à 21h44® ; P. L. le 28 à SMS® ; périgée le 8 à 14h et le 30 à 18h ; apogée le 18 à 23h. Principales conjonctions : le 6 avec Mars à 3h, à 3°44' et avec Saturne à 7h, à 3°34' S. ; le 29 avec Uranus à 17h, à 2°37' S. Principales occultations CH. p. Paris) : le 1er de 0 Taureau (4®,4) immers, à 4h24®,9, émers. à 5M7®,9 ; de 103 Taureau (5®,5), ém. à 19h49™,0 ; le 2 de 118 Taureau / (5®,9) ém. à 5h28®,2 ; le 7 de 46 Lion (5®,7) ém. à 4b26®,6 ; le 21 de * Verseau (4®,2) imm à 18h10®,5 ; le 23 de 54 B Baleine (6®,3) imm. à 201*51®,3 ; le 26 de c Bélier (5®,5) imm. à 20h31®,2 ; le 29 de 139 Taureau (4®,9) ém. à 23h31®,6 ; le 30 de 39 Gémeaux (6®,1) ém. à 21h7®,7 et de 40 Gémeaux (6®,3) ém. à 21h8®,l. Éclipse annulaire de Soleil le 12, invisible en Europe. — PLANÈTES: Mercure, plus gr. élong. du matin le 22 ; Vénus devient astre du soir, mais d’obs. diff. ; Mars dans le Lion, bien visible, contrastant avec Saturne par sa color. rougeâtre, lever le 9 à 22**52™, le 21 à 22h34®, diam. app. le 9 : 7",0 ; Jupiter dans le Scorpion, devient inobservable ; Saturne bien visible le matin dans le Lion, lever le 9 à 23hl®, le 21 à 22h16®, diam. app. le 13 : globe
- 16",3, anneau gr. axe 41",04, petit axe 9",24 ; Uranus dans les Gémeaux obs. toute la nuit (position le 1er = 5h42® et + 23°31') diam. app. 3",8 ; Neptune observable le matin dans la Vierge, lever le 21 à 2h30® (position le 27 = 12H8® et — 3°30') diam. app. 2",4. Conjonction le 11 à 18h de Mars avec Saturne, à 0°55' N. — ÉTOILES VARIABLES : Minima observables d'Algol : le 1er à 221*10®, le 4 à 181*59®, le 21 à 231*53®, le 24 à 20M2®, le 27 à 17h31® ; Minimum de p Lyre le 11 à 17h. — ÉTOILE POLAIRE : Passage sup. au méridien de Paris : le 7 à 22h33®38s, le 17 à 21h54®16s, le 27 à 21M4“52*>.
- Phénomènes remarquables. — L'occultation de x Verseau le 21, à observer à la jumelle, imm. à Lyon à 18h5®,4, à Toulouse à 17KD9m,0, à Strasbourg à 18h12®,4 ; la Lueur anti-solaire, à obs. du 13 au 17 vers minuit dans le Bélier ; les Étoiles filantes Léonides du 13 au 18, rad. vers Ç Lion, et Andromédides du 17 au 23, rad. vers y Andromède.
- G. Fournier.
- (Heures données en Temps universel; tenir compte des modifications introduites par l’heure en usage).
- COURS ET CONFERENCES A PARIS
- JEUDI 16 OCTOBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Ch. Crtjssard : « L’esprit scientifique dans la recherche industrielle ».
- VENDREDI 17 OCTOBRE. Conservatoire national des Arts et Métiers (292, rue Saint-Martin, amph. Z) : 18 h. M. J. Loeb : « Les servo-mécanismes comportant liaison radioélectrique ».
- LUNDI 20 OCTOBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Letort : « Production et détection des radicaux libres ». — Conservatoire national des Arts et Métiers (282, rue Saint-Martin, amph. Z) : 18 h. M. J. Duclaux : « Les macro-molécules ».
- MARDI 21 OCTOBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Dratz : « La photographie sous-marine ». — Conservatoire national des Arts et Métiers (292, rue Saint-Martin, amph. Z) : 18 h. M. F.-H. Raymond : « Les servo-mécanismes dans les techniques des appareils de mesure ; les machines mathématiques ».
- MERCREDI 22 OCTOBRE. Société astronomique de France (Institut océanographique, 195, rue Saint-Jacques) : 20 h. 45. M. B. Lyot : « Les récents progrès de l’astronomie » ; Mm" G. Camille Flammarion : « La Société astronomique de France » ; M. Édouard Belin :
- .. L’évolution de la photographie et ses applications d’avenir ». — Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Baranov : « Gravimétrie et magnétisme ». — Conservatoire national des Arts et Métiers (292, rue Saint-Martin, amph. Z) : 1S h. M. Lafuma : « Applications de la chimie colloïdale dans l’industrie des silicates ».
- JEUDI 23 OCTOBRE. Centre de perfec-fectionnement technique (28, rue Saint-Domi-que) : 18 h. M. Le Thierry d’Ennequin : « La liaison laboratoire-usine ».
- VENDREDI 24 OCTOBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Moronne : « La fermentation alcoolique en distillerie ». — Conservatoire national des Arts et Métiers (292, rue Saint-Martin, amph. Z) : 18 h. M. G. Lehmann : « Théorie, précision et stabilité des servo-mécanismes ».
- SAMEDI i3 OCTOBRE. Palais de la Découverte (avenue F. D. Roosevelt) : 15 h. M. Caitllery : « Les problèmes du mécanisme de l’évolution ».
- LUNDI 27 OCTOBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Amiel : « Utilisation du spec-trographe de masse pour l’étude des radicaux libres ». — Conservatoire national des Arts et Métiers (292, rue Saint-Martin, amph. Z) :
- 18 h. M. le Piof. Justin-Besançon : « Le sang chez les choqués ».
- MARDI 28 OCTOBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. l’ingénieur militaire principal Fayolle : « La photographie instantanée et la cinématographie ultra-rapide ».
- MERCREDI 29 OCTOBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Maillet : « Méthodes électriques ».
- JEUDI 30 OCTOBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. P. Trunel : « Les méthodes de travail dans les laboratoires de recherches industrielles ».
- VENDREDI 31 OCTOBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Evrard : « Les laits fermentés ».
- MARDI 4 NOVEMBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Déribéré : « Application des phénomènes de luminescence dans les procédés de reproduction photomécaniques et photochimiques ».
- MERCREDI S NOVEMBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Geneslay : « Méthode sismique et divers ».
- Le gérant : G. Masson. — masson et c1®, éditeurs, paris. — dépôt légal : 3e trimestre 1947, n° 4g4. — Imprimé en France.
- BARNÉOUD FRÈRES ET C1®, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 760. — IO-ig47.
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- N° 3147
- lor Novembre 1947
- LA NATURE
- et ses problèmes internationaux
- L’Exposition de l’Eau organisée à Liège en 1939 (1), consacra l’inauguration du canal Albert qui, sur une centaine de kilomètres, permet aux péniches de 2 000 t d’aller du bassin industriel de Liège au port d’Anvers. Ce fut l’occasion de manifestations internationales et de congrès où furent examinés les grands problèmes que doit résoudre la Meuse au profit de la France, de la Belgique et de la Hollande dans trois domaines essentiels : navigation, force motrice, eau potable. La situation a évolué depuis avec une rapidité telle que l’un des trois pays, la Belgique, pousse actuellement un cri d’alarme parce qu’elle arrive à la limite de ses réserves en eau douce. D’autre part, le problème du charbon traverse dans les trois pays une crise grave, de sorte que l’équipement des forces hydro-électri-
- 1. Voir La Nature, 15 août 1939.
- ques s’impose de plus en plus. Ces deux problèmes, de même que celui de la navigation, sont commandés par des nécessités de régularisation des débits, ce qui exige la création de grands réservoirs dans le bassin supérieur du fleuve, c’est-à-dire en France.
- Pour ce qui est de l’eau potable, le problème intéresse moins la France que la Belgique et la Hollande, mak les trois pays doivent, envisager la régularisation, parce qu’au seul point de vue des forces hydrauliques, elle sera déjà payante.
- Eau potable
- Selon les estimations des spécialistes, la Belgique a atteint pratiquement la limite de ses ressources en eau douce. La partie sud-est du pays a eu recours pour ses distributions à des eaux
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- PAYS-i BAS :
- MAESTRI'CHT
- LIEGE,-/ VERVIÉRS
- NAM U R
- 0DINANT
- LUXEMBOURG
- O 10 20 30 40 50 Km.
- 200>? VERDUN
- Florenville
- 10 Km.
- Fig. 2. — Le bassin de la Meuse, de Verdun à Maestricht.
- En carton, le projet de barrage sur la Semoy.
- de surface amenées par gravité tandis que la partie nord-ouest se contentait en général de sondages avec pompage des eaux souterraines. Actuellement, le Service des Mines interdit toute nouvelle initiative de ce genre sans un contrôle sévère car; vers les côtes, à force de pomper l’eau douce du courant artésien descendant de l’Escaut, de la Sambre et de la Meuse, on vide le sous-sol pour aspirer l’eau de mer.
- La ville de Bruxelles et les communes limitrophes avaient, dès iç)o5, collecté les eaux du Boc, petit affluent de la Meuse, près de Dinant, c’est-à-dire à une centaine de kilomètres, mais le manque de réservoirs importants a rendu cet apport insuffisant aux époques d’étiage et le développement considérable de la capitale a nécessité le recours au pompage dans la nappe aquifère du Brabant.
- Le problème des réservoirs n’avait cependant pas échappé aux Belges qui terminaient en 1878 sur la Gileppe, petit affluent de la Vesdre, un barrage qui accumulait treize millions de mètres cubes. Cette eau particulièrement douce, agressive même, se
- révéla précieuse pour les industries de la laine et du papier et fit la fortune de la ville de Verviers dont la population passa rapidement de vingt à soixante mille habitants pour atteindre actuellement un chiffre supérieur à cent mille.
- Mais les réserves devenant très insuffisantes, un nouvel ouvrage fut étudié dans la vallée supérieure de la Vesdre, près d’Eupen, dans un territoire récupéré en 1918. Ce barrage qui n’est pas terminé et dont l’implantation a rencontré de sérieuses difficultés dans le domaine géologique, aura 65 m de haut et retiendra 25 millions de mètres cubes d’eau.
- La dépense est estimée à un milliard de francs belges (trois milliards de francs français), ce qui donne un prix élevé pour le mètre cube d’eau emmagasinée. A titre de comparaison, on pourrait citer un ouvrage à l’étude actuellement dans les Pyrénées, qui coûtera le même prix pour une retenue de cent millions de mètres cubes, donc quatre fois plus importante.
- Heureusement pour les collectivités belges, c’est l’État qui prend en charge toutes les dépenses de barrages, ce qui fait qu’encore à l’heure actuelle, le prix du mètre cube d’eau chez un certain nombre d’usagers, ne dépasse pas soixante centimes en moyenne. C’est un exemple qui mériterait d’être suivi par d’autres nations.
- Mais il ne suffit pas de constituer de grands réservoirs, il faut les remplir chaque année et à ce sujet, de nouvelles inquiétudes se font jour. Les grands plateaux des Fagnes qui dominent les Ardennes belges jusqu’à la cote 700 environ (barraque Michel) étaient jusqu’ici de merveilleux collecteurs d’eau.
- Le sol y est constitué par de la tourbe recouverte d’une épaisse couche de mousse appelée « sphaigne » qui a la propriété de collecter non seulement les eaux de pluie, mais également les brouillards qui régnent à l’état « endémique » sur ces plateaux désolés.
- Chaque mètre carré de sphaigne ne pèse à l’état sec que deux kilogrammes tandis que gorgées d’eau, ces mousses pèsent
- f/° rtf/
- Fig. 3. — Les débits mensuels de la Meuse à Liège.
- cinquante-quatre kilogrammes pour la même unité de surface. Sous ces sphaignes, il y a une couche de six à sept mètres de tourbe qui peut retenir de l’eau dans les mêmes proportions, ce qui représente au total plus d’une centaine de litres par mètre carré (mille mètres cubes à l’hectare).
- On se demande même s’il ne serait pas possible de développer artificiellement cette technique partout où se présentent des
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- Fig. S. — La vallée de la Semoy à Tournavaux.
- Disposition géographique favorable à la réalisation des grands réservoirs.
- (Cliché Deloche, Monthermé).
- landes de peu de valeur, impropres à la culture. Mais les habitants jusqu’ici déshérités de la région des Fagnes sont en train de tuer « la poule aux œufs d’or ». Ils se sont imaginés de drainer les tourbières pour procéder au reboisement en plantant non pas des feuillus mais des épicéas qui poussent plus vite et assureront un meilleur rendement.
- Et les tragiques conséquences ne se sont pas fait attendre ; non seulement les ruisseaux autrefois réguliers deviennent des torrents passant des crues violentes à une sécheresse absolue, mais le débit total annuel est tombé de moitié et les réservoirs ne se remplissent plus, tandis que de nombreuses sources, autrefois abondantes, sont complètement taries.
- 11 reste heureusement d’autres réservoirs à établir dans les Ardennes belges sur des affluents de la Meuse qui ont encore des régimes relativement stables : l’Ourthe, l’Amblève, la Lesse, et surtout la Semoy.
- On peut établir sur cette dernière, dans la région d’Orval-Florenville, entre les cotes 270 et 320, un lac de trente kilomètres de longueur qui aura une capacité de cent millions de mètres cubes environ, correspondant à l’alimentation annuelle d’un million d’habitants à raison de deux cent soixante-dix litres d’eau potable par personne et par jour.
- D’autres réservoirs sont encore réalisables sur la Semoy qui a, vers Florenville, un bassin versant de huit cents kilomètres carrés et débite annuellement environ cinq cents millions de mètres cubes d’eau. Ces réservoirs pourront rendre également de grands services aux installations hydro-électriques tant en
- Fig. 4. — Les Quatre Fils Aymon, à Monthermé.
- (Cliché Deloche, Monthermé).
- Belgique qu’en France où la Semoy vient se jeter dans la Meuse à Monthermé, c’est-à-dire à quarante mètres plus haut que le retour des eaux en territoire belge.
- La régularisation de la Semoy intéresse donc les trois pays et tout le bassin français de la Meuse doit être également étudié dans ce sens à bref délai, afin d’y situer les principaux barrages qui devront faire l’objet d’une participation générale (1).
- Ne quittons pas le domaine de l’eau potable sans parler d’un autre moyen de constituer des réserves. Il s’agit des barrages souterrains dont les frais de réalisation sont en général infiniment plus faibles que ceux des organes de surface. Les énormes retenues souterraines viennent non plus noyer des terrains agricoles, mais, au contraire, améliorer le rendement des cultures dans les pays souffrant de la sécheresse. On sait que dans les sols perméables, l’eau circule abondamment et peut être facilement accumulée. Les nappes phréatiques constituent des rivières souvent plus abondantes que celles de la surface et sont soumises aux mêmes lois d’irrégularité (crues et étia-ges) ce qui fait perdre aux pompages la moitié et souvent les trois quarts des débits qui pourraient être normalement utilisés. La technique des écrans imperméables qui sont établis dans le sens transversal des vallées, sortirait du cadre de cette étude générale mais on comprendra sans peine les avantages économiques de projets dans lesquels la résistance mécanique est constituée par le sol lui-même alors qu’il n’y a plus qu’à réaliser une bonne étanchéité selon les systèmes connus, tels les palplanches en métal ou en béton armé, les injections de ciment, la solidification des sables par réaction chimique (gel colloïdal), etc. Des réalisations de ce genre ont fait
- 1. Voir La Nature du 15 mars 1946 : Régularisation hydraulique de la France.
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- leurs preuves depuis de nombreuses années aux États-Unis, en U.R.S.S., en Allemagne, aux Indes, et sont à l’étude pour le moment en France. Partout les espoirs ont été dépassés et la technique bien au point, nous évitera des tâtonnements et des dépenses inutiles. Enfin en cas de conflit, les réservoirs souterrains sont invulnérables.
- La Belgique, en particulier, trouvera dans ces réalisations, un sérieux remède à ses difficultés actuelles, sans aller, comme certains l’ont proposé, puiser au titre des réparations, dans les réservoirs de l’Eifel qui alimentent le bassin industriel de la Ruhr. Non seulement ce projet présenterait à cause de la longueur des tunnels, des difficultés techniques considérables pour ne pas dire insurmontables, mais ce serait pour l’avenir la porte ouverte à de nouveaux conflits tandis que toute garantie de fourniture régulière serait précaire.
- Forces motrices
- Le profil en long de la Meuse est très accentué en France; il l’est moins en Belgique et fort peu en Hollande. Pour des distances comparables, la différence de niveau entre Verdun et la frontière, par exemple, est de cent mètres, tandis que sur tout le territoire belge, la chute totale n’est, que d’une cinquantaine de mètres (44 m. 72 exactement), différence de niveau répartie sur vingt-trois écluses ayant donc chacune environ deux mètres de chute.
- Les barrages étant établis pour la navigation tant en France qu’en Belgique, il ne reste à construire que les usines hydroélectriques. On améliorera du reste beaucoup la navigation et le rendement des centrales en groupant deux ou trois écluses en une seule comme on l’a réalisé dans la traversée de Liège pour alimenter le Canal Albert. Le terrain s’y prête, les berges étant en général assez élevées.
- Fig. 6.
- Le débit moyen de la Meuse à Liège est de trois cents mètres cubes à la seconde. Pendant les mois de juin à septembre, il tombe à cent mètres cubes par seconde. On voit, d’après le graphique des débits mensuels, qu’il faudrait plus d’un milliard de mètres cubes de réserve pour porter le débit à deux cents mètres cubes par seconde pendant les mois de pénurie et près de trois milliards de mètres cubes pour obtenir une régularisation absolue à trois cents mètres cubes par seconde. Sans aucune régularisation, la Meuse pourrait déjà produire annuellement six cents millions de kilowatts-heure en Belgique et environ le double en France. Les cent mille mètres cubes d’eau qui seraient retenus dans le principal réservoir de la Semoy, ajouteraient pour la première usine située sur cet affluent, cinquante millions de kilowatts-heure, autant en France dans les usines projetées sur la Meuse entre Monthermé et la frontière et autant encore dans les centrales belges du fleuve, soit au total cent cinquante millions de kilowatts-heure annuels, à moins que tout ou partie de la réserve de Florenville soit attribuée à la distribution d’eau potable.
- Quoi qu’il en soit et si l’on compte encore sur la production de petites centrales à créer sur les affluents, c’est d’un programme annuel de deux milliards de kilowatts-heure qu’il s’agit. On voit, ce que cela représente au point de vue de l’économie en combustibles. Et ce chiffre serait largement dépassé si l’on établissait d’importants réservoirs dans les hautes vallées de Meuse.
- C’est donc dans ce sens que devront tendre les efforts puisque ces régularisations apporteront également un remède au problème de l’eau potable et à l’amélioration de la navigation dans les trois pays intéressés.
- P. B A.SI A.UX- D EF RANGE.
- (1Cliché Deloche, Monthermé').
- Les Dames de Meuse, près de Monthermé.
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- SUR LA PYRAMIDE DE CHÉOPS
- :o
- Les éléments géométriques des Pyramides d’Égypte ont donné naissance, depuis un siècle, à une foule de spéculations et à la rédaction de nombreux ouvrages destinés à montrer qu’elles sont l’image d’idées mystiques ou de connaissances mathématiques étendues. On a décelé, dans leur orientation, leurs formes extérieures, leurs aménagements intérieurs, la traduction de lois astronomiques et de propriétés géométriques.
- En se bornant à l’examen de la forme extérieure, on est conduit à formuler quelques observations simples. La plupart de ces Pyramides sont régulières et à base carrée horizontale. Leurs dimensions dépendent de la longueur 2b du côté du carré de base et de la hauteur h : leur forme dépend du seul rapport b/h. Si donc on veut graver dans l’édifice un nombre dont la vertu mystique ou l’importance scientifique paraît mériter de braver les siècles, le rapport b/h sera fixé et la forme extérieure entièrement déterminée.
- Dès lors, si l’on découvre, dans les rapports des dimensions du monument, d’autres nombres importants, il en faudra conclure que la relation qui les définit est une conséquence de la relation initiale imposée, mais non qu’une intention nouvelle est venue s’ajouter à la première. Il faudra aussi se borner aux nombres dont la valeur mesurée sur l’édifice comporte une erreur relative de l’ordre des erreurs relatives des mesures expérimentales.
- *
- * *
- Dans la grande Pyramide de Cliéops, du groupe de Guizeh, la plus ancienne relation connue remonte à Hérodote qui en fit la description au ve siècle avant notre ère, 2 503 ans après sa construction. D’après son récit, les prêtres égyptiens lui auraient assuré que l’aire de chaque triangle latéral est équivalente au carré ayant pour côté la hauteur de la Pyramide, ce qui donne la relation h2 = ab, en désignant par a la hauteur, issue du sommet dans une face latérale, appelée aussi apothème.
- On a découvert ensuite que le rapport a/b est égal au nombre d’or qui a joué un rôle important dans l’École de Pythagore et qui, par les corporations d’architectes et de maçons, s’est transmis à travers le Moyen Age jusqu’aux temps modernes, dans l’architecture et divers arts plastiques. Ce nombre, qui s’introduit dans la construction des pentagones et décagones réguliers, a pour valeur :
- l + s/5
- 2
- 1,618...
- se ramènent : le périmètre de la base est égal à la longueur d’une circonférence ayant pour rayon la hauteur. Cela conduit à vérifier l’égalité :
- Or, 1/tfï = —1 = 0,618 et (tt/4)2 = 0,617. L’erreur relative est
- inférieure à 0,002.
- *
- * *
- On a cru déceler d’autres éléments géométriques comme l’heptagone régulier. Inscrivons cet heptagone dans le cercle circonscrit au triangle de section de la Pyramide par un plan passant par le sommet et les milieux de deux côtés opposés du carré de base. En prenant le sommet de la Pyramide comme un des sommets du polygone, les autres sommets du triangle sont aussi des sommets de l’heptagone. La proposition revient à vérifier que le nombre $ est égal à cosec2(2it/7) : le calcul donne pour ce nombre la valeur 1,636 au lieu de 1,618 ; l’erreur relative dépasse à peine 0,01 : elle est supérieure aux erreurs relatives des mesures.
- D’ailleurs, si l’on admet des erreurs relatives de l’ordre du centième, on peut trouver dans la Pyramide d’autres constantes numériques célèbres, comme par exemple le nombre e, base des logarithmes népériens. Calculons la pente d’une arête sur l’apothème d’une face latérale adjacente et la pente de cette arête sur le sol : la première est b fa - 1/CI> et la seconde h/b\ 2 - 10/11, en prenant pour la valeur approchée 1,4. La somme, des inverses de ces pentes est égale à e. On a, en effet :
- 1,618 + 1,1 = 2,718 = e,
- avec trois décimales exactes. Si l’on prend pour \ 2 la valeur 1,4142, on trouve 9/10 pour la pente sur le sol. L’erreur relative serait de 0,01.
- Dirons-nous aussi, comme on l’a fait pour les nombres <I> et it, que les Égyptiens de la IV0 dynastie connaissaient le nombre e et ont voulu l’incorporer à la Pyramide P
- *
- * *
- Cette valeur du rapport a/b est une conséquence immédiate de la relation d’Hérodote. Elle est vérifiée avec une erreur relative comparable à celle des mesures. Le revêtement en granit du monument a presque entièrement disparu et la pointe en est tronquée. Mais, des mesures nombreuses et conduites avec soin ont permis d’évaluer à 220 coudées royales la longueur du demi-côté de base et à 280 coudées royales la hauteur, avec une erreur relative ne dépassant pas quelques millièmes. La longueur de la coudée royale a été fixée à 0,524 m par excès. On obtient ainsi pour a/b la valeur 44/11, ce qui donne pour 'fia valeur 1,620 avec une erreur relative dépassant à peine 0,001.
- * *
- On a également trouvé le nombre tt dans les proportions de la Pyramide et énoncé diverses lois dont la suivante à laquelle elles
- 1 Communication à l’Académie des Sciences, séance du 23 juin 1947.
- Que pouvons-nous conclure des remarques précédentes ? Qu’une seule au plus des intentions précédentes a peut-être été traduite dans les proportions de l’édifice ; sans doute la plus simple, celle que représente la relation d’Hérodote.
- Je me rallie, pour ma part, à la sage conclusion de M. Jean-Philippe Lauer, directeur des fouilles de Saqqarah. Il pense que des considérations d’ordre technique ont guidé les constructeurs dans le choix des dimensions. Il était essentiel pour eux de vérifier aisément sur le chantier la pente des revêtements et surtout, celle des arêtes qui commande le tracé du dessin des pierres d’angle dont l’établissement précède celui des parements latéraux. Pour la Pyramide de Chéops, ils ont choisi les pentes de 9/10 pour les arêtes et, par suite, de 14/11 pour les faces. Seule une nécessité technique aurait ainsi fixé la forme de la Pyramide, et cette forme a entraîné la présence de nombres voisins de constantes remarquables.
- Paul Mortel,
- de l’Académie des Sciences.
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-
- LE THON ET SA PÊCHE
- <4 NATURE a déjà décrit (*) la pêche du thon blanc ou germon, devenue dans les années d’avant-guerre la grande activité des ports bretons de l’Atlantique de juin à octobre et la principale source de ravitaillement des usines de conserves de cette région, surtout depuis que la pêche de la sardine a été réduite.
- Aux conserves de thon à l’huile se sont ajoutés celles au naturel, du poisson cuit dans un bouillon aromatisé, sans huile, qui ont connu un grand succès.
- Aux bateaux à voiles gréés en dundees se sont peu à peu substitués des bateaux à moteur de plus grandes tailles, qui sont équipés pour pratiquer le chalutage pendant le reste de l’année.
- La guerre et l’occupation ont beaucoup troublé cette pêche : les bateaux ont vieilli ; beaucoup n’ont pu être armés, certains ont été réquisitionnés par l’ennemi, d’autres ont fait un rude service de liaison avec l’Angleterre. Depuis la libération, les constructions neuves ont été ralenties, les réparations ont été laborieuses faute de matières premières, des thonniers ont servi de petits navires de charge pour remédier à la pénurie du tonnage de notre marine marchande. Et pour comble de malheur la pêche est depuis deux ans infructueuse : l’an dernier, l’été ne fut qu’une suite de mauvais temps ; cette année, le calme fut à peu près constant alors qu’il faut du vent pour faire route et pour pêcher aux lignes traînantes. Les apports sont si réduits, à la fin de cette campagne, que les conserves de thon seront rares, que les ressources manqueront pour réparer ou remplacer les bateaux usés, que les armateurs et les équipages sont découragés par la misère qui les attend l’hiver prochain et se fait déjà sentir.
- *
- * *
- La Marine nationale, malgré sa pauvreté actuelle en crédits et en unités à la mer, a apporté son concours aux recherches intéressant les pêches. Un petit escorteur, le « Grenadier », équipé d’un asdic, a prospecté le Golfe de Gascogne. Grâce aux ultrasons, il a appris à dépister les bancs de poissons qui interceptent les ondes ultra-sonores entre la surface et le fond ; bien plus, d’après les enregistrements obtenus, il sait maintenant reconnaître les diverses espèces : sardines, maquereaux, harengs, germons dont les mouvements et les rassemblements diffèrent. Il a rencontré et même parfois suivi de nombreux bancs de thons, prouvant que ce poisson n’a pas abandonné son aire habituelle de dispersion, mais malheureusement les bandes se tiennent le plus souvent en profondeur, vers 40 ou 50 m, et montent peu en surface, où d’ailleurs le plancton a été rare tout cet été. Les lignes des thoniers, traînant en surface, pêchent fort peü, alors que des engins descendus plus bas feraient sans doute plus de captures.
- La pauvreté des eaux superficielles est-elle due à leur échauffe-ment par cet été exceptionnel ? A-t-il modifié la stratification et la circulation des couches.supérieures d’eaux aux abords du plateau continental ? S’agit-il d’une fluctuation comme on en a tant observé dans toutes les pêches sans réussir à les expliquer ?
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- La pêche aux lignes flottantes étant déficitaire à un point tel que beaucoup de marins parlent de renoncer, on vient également d’essayer d’autres modes de pêche. Les Japonais prennent la même espèce que notre germon, les Californiens une espèce voisine au moyen de longs filets, à une seule ou à trois nappes, qu’ils posent entre deux eaux puis relèvent ou qu’ils traînent et coulissent en poche. L’Office des Pêches maritimes a participé à des
- 1. R. Legendre. Le thon blanc ou germon et sa pêche. La Nature, n° 2960, 1er septembre 1935, p. 209.
- essais de ce genre et à d autres de pêche aux palancres (cordes d’où pendent des séries d’hameçons), entrepris à bord d’un thonier à moteur, la « Berceuse ». Au cours de deux longues sorties, quelques germons ont maillé, mais bien trop peu pour couvrir les frais d’armement et d’avitaillement, et l’on ne peut encore prévoir si l’on trouvera ainsi quelque amélioration au rendement de la pêche.
- Souhaitons que l’été prochain, des conditions climatiques plus normales redonnent aux thoniers leur activité d’avant-guerre et que leurs apports contribuent à nouveau au ravitaillement général qui en a grand besoin.
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- Certains journaux ont fait grand bruit des pêches sportives pratiquées par un Américain, M. Michael Lerner, à Trebeurden, en baie de Lannion. Celui-ci est venu en France cet été avec tout l’attirail des amateurs de gros poissons de son pays : canne à moulinet, ligne robuste terminée par b mètres de corde à piano et gros hameçon appâté au vif (sardine ou maquereau) ; le pêcheur est à bord d’un bateau rapide qui le transporte là où le gros poisson est signalé ; il mouille sa ligne et si le poisson mord, il ferre énergiquement, laisse filer sa ligne, la ramène, recommence, fatigue le poisson jusqu’à ce que celui-ci finisse par se laisser amener le long du bord où on le harponne et le hisse, après une demi-heure ou plus de manœuvres et d’efforts. Ce genre de pêche est très goûté des Anglo-Saxons ; des amateurs le pratiquent en Floride, en Californie, en Australie ; des clubs spéciaux enregistrent les plus belles prises.
- En fait de gros poissons, on rencontre près de nos côtes quelques espèces seulement :
- Les pèlerins (Cetorhinus maximus), squales inoffensifs atteignant jusqu’à 10 et 12 mètres ; des barques les prennent au harpon, de mars à mai, entre la pointe de Trévignon et l’île de Penfret (archipel des Glénans) et on en expédie à Paris, chaque printemps, depuis la guerre, coupés en grosses tranches ; ils se débattent assez mollement et leur pêche fournit peu d’aventures.
- Les peaux bleues (Prionace glauca), autres requins, sont plus agiles, mais de petites tailles (1 à 3 m) ; on en trouve dans les poches des chaluts ; d’autres se prennent dans les filets à sardines ; ils n’ont pas eu jusqu’ici les honneurs du sport.
- Les espadons ou poissons-épées, au bec aigu et pointu, sont au moins de deux sortes. En Méditerranée, on pêche professionnellement le Xiphias gladius ; dans l’Atlantique, les thoniers rapportent rarement le Tetrapturus lessonæ. Ce sont des poissons dépassant 2 m, à la nage puissante, dignes des sportifs qui les pourchassent en d’autres mers lointaines.
- Enfin, il y a toute la famille des thons, depuis le germon, la sarde, la pélamyde qui ne pèsent que quelques kilogrammes jusqu’au thon rouge qui atteint 2 m et pèse de 200 à 300 kg. Tous nagent rapidement, sont énergiques et opposent une vive défense. Le thon rouge (Thunnus thymus) abonde en Méditerranée où on le capture dans des barrages de filets fixes (thonaires) au moment de sa migration. Un petit nombre d’individus apparaissent chaque année dans le Nord, jusqu’en Ecosse et on en voit parfois sur les quais de Boulogne, apportés par des chalutiers.
- C’est aux poissons de cette espèce que M. Lerner s’est attaqué ; en trois semaines, il en a pris trois, de 150 à 200 kg chacun. Bel exploit certes et qui prouve beaucoup de maîtrise, mais qui n'ajoute rien à notre ravitaillement, ni, quoi qu’on ait dit, à la protection des bancs de sardines.
- Peut-être seulement créera-t-il en France une curiosité pour ce genre de pêche ou lancera-t-il le petit port de Trebeurden comme centre sportif. Et encore faudra-t-il que les thons rouges continuent de fréquenter les eaux du voisinage !
- R. Legendre.
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- LE TÉLESCOPE ÉLECTRONIQUE
- L’idée et les premiers travaux qui furent à l’origine du télescope électronique ont été effectués en France et sont dus à M. Lallemand, actuellement astronome à l’Observatoire de Paris, qui commença à étudier la question à l’Observatoire de Strasbourg vers 1934. .
- A l’étranger, de nombreux chercheurs se lancèrent sur cette voie dès avant la guerre. Citons : Schaffernicht et Heimann en Allemagne, Zworykin aux U.S.A. et les Laboratoires Philips en Hollande.
- Le principe du télescope électronique est le suivant : au lieu d’utiliser pour la photographie ou l’observation directe l’énergie lumineuse (photons), on emploie ces photons pour libérer des électrons dont on peut augmenter le nombre et l’énergie et qui servent ensuite à impressionner une plaque photographique ou à former une image lumineuse sur un écran fluorescent.
- Le télescope électronique.
- On pourrait utiliser le dispositif bien connu en télévision sous le nom d’Iconoscope, mais celui-ci n’est pas sensible aux faibles éclairements, aussi la technique du télescope électronique s’est-elle orientée dans une autre voie. Le principe du procédé actuellement utilisé est schématisé sur la figure 1.
- En C, une couche photosensible semi-transparente à la lumière, éclairée vers la gauche, émet des électrons à droite; les électrons émis par un point de la couche dans toutes les directions sont concentrés en un point de l’écran fluorescent par
- une lentille électronique pouvant être simplement composée de deux plaques percées de trous, portées à des potentiels différents. Les lignes équipotentiei-les sont schématisées en traits fins. L’écran s’illumine d’autant plus qu’il
- reçoit plus d’électrons, le nombre d’électrons reçus étant lui-même proportionnel en flux lumineux reçu par le point correspondant.
- Nous donnons la reproduction d’une image obtenue par ce précédé, image qui est la photographie de l’écran fluorescent E (fig. 2).
- Un tel dispositif se présenterait sous la forme schématisée par la figure 3, la lentille étant simplement une lentille à deux tubes. Pour rendre possible en pratique la mise au point, Zworykin utilise plusieurs lentilles tubulaires dont on fait varier le potentiel au moyen d’un dispositif potentiométrique (fig. 4), dispositif qui permet d’obtenir la meilleure image. Un autre inconvénient grave vient d’aberrations considérables en distorsion et en courbure de champs qui posent des problèmes difficiles à résoudre.
- On peut également réaliser des lentilles électroniques avec champs magnétiques. La plus simple est constituée par un long solénoïde. Dans le champ magnétique ainsi créé, les électrons partis du même point de la couche photosensible vont se retrouver au même point de l’écran fluorescent (fig. 5).
- La mise au point s’effectue sans difficulté avec les lentilles magnétiques et, pour de grands champs, les images sont meilleures qu’avec des lentilles électrostatiques. Mais l’alimentation en courant et en tension des lentilles magnétiques pose des problèmes qui diminuent leur intérêt pratique. Farnsworth est par-
- venu à accélérer les électrons sans les focaliser au moyen d’un champ électrique uniforme obtenu en reliant la cathode à l’anode par une mince pellicule de grande résistance, le long de laquelle la variation de potentiel est linéaire. A ce champ électrique homogène, on superpose un champ magnétique homogène dont les lignes de force sont parallèles à l’axe du tube (fig. 6).
- Jusqu’ici, les montages étudiés utilisaient uniquement des cathodes semi-transparentes qui, éclairées sur une face, émettent des électrons sur l’autre face.
- Ces photocathodes ne donnent guère plus de 10 p A/lumen, tandis que les photocathodes épaisses arrivent jusqu’à 5o à 60 {jl. A/lumen. Philips a réalisé un dispositif (fig. 7) permettant 1 ’ em p 1 o i d’une photocathode épaisse associée d’ailleurs à un écran fluorescent également épais. Des aimants cylindriques NNSS produisent un champ magnétique intense dont les lignes de force sont courbes. Il y a plusieurs focalisations successives précédant la dernière sur l’écran fluorescent, ce qui facilite beaucoup la mise au point. Le potentiel d’accélération est de 3 000 V environ.
- Fis. 2.
- Reproduction d’une image électronique.
- Recherche de la sensibilité.
- On recherche toujours pour le télescope électronique une sensibilité très poussée, ce qui implique une optique électronique bien étudiée, réduisant au minimum les pertes de photo-
- électrons; une photo-cathode très sensible et une tension d’accé-lération maximum afin que les photoélectrons soient doués d’une grande énergie qu’ils restituent sur l’écran ou
- la plaque photogra- Flgr‘ 3*
- phique et des émissions parasites très
- faibles. Le champ demandé est souvent assez grand, de l’ordre de 20 degrés. Toutes ces conditions à réaliser sont souvent contradictoires.
- On peut augmenter la sensibilité du télescope électronique de deux façons :
- La première consiste à accélérer les électrons au moyen d’une grande différence de potentiel, leur énergie étant ainsi considérablement augmentée, ils produisent sur l’écran une lumière beaucoup plus vive. Mais en approchant de 3 0000 Y., des émissions parasites d’électrons commencent à se manifester. Le champ électrique arrache des électrons à la couche photosensible et l’écran fluorescent devient lumineux en l’absence
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- de tout éclairement. Ce premier procédé ne peut donc donner que des résultats limités, mais il en existe un autre qui consiste à utiliser des surfaces multiplicatric.es d’électrons.
- Ces surfaces appelées aussi surfaces à émissions secondaires sont telles que, frappées par un électron dont la vitesse est suffisante, elles peuvent émettre jusqu’à xo électrons.
- Au lieu de former l’image électronique sur l’écran fluorescent, on la forme sur une surface à émission secondaire dont chaque point émet un nombre beaucoup plus grand d’électrons qui
- sont concentrés à leur tour sur un v, v2 V3 V4 V5 écran fluorescent.
- On peut même utiliser plusieurs surfaces multiplicalrices intermédiaires ; en pratique, des difficultés proviennent du fait que les électrons réémis sont animés de vitesses différentes, ce qui correspond en optique à des longueurs d’ondes différentes; or, il n’existe pas de lentilles électroniques achromatiques.
- On démontre facilement que les taches d’aberration chromatique atteignent aisément des dimensions gênantes et qu’en utilisant plusieurs multiplicateurs, l’image résultante sera mauvaise. Mais il existe une ressource qui consiste à utiliser à la place des lentilles électroniques des miroirs à électrons avec lesquels on obtient des images extrêmement bonnes.
- Dans le dispositif simple schématisé par la figure 8, les électrons émis par la photocathode C forment une image électronique T sous l’influence de la lentille L2 au potentiel ; si l’on ajoute une autre électrode admettant le même axe que les deux premières et portée au potentiel V2 négatif par rapport à la cathode, les électrons ne peuvent franchir l’équipotentielle zéi’o; c’est l’équipotentielle sur laquelle se fait la réflexion (c’cst-à-dirc sur laquelle la vitesse des électrons incidents s’annule avant de s’inverser).
- Choisissant convenablement la tension de l’électrode négative, on modifie le fonctionnement du miroir qui peut être convexe ou concave.
- En associant, le miroir avec une lentille électrostatique dont l’aberration est de signe contraire, on peut obtenir l’achromatisme pour des élec-trons animés de deux vitesses différentes, ce qui réalise ainsi l’achromatisme pour deux longueurs d’ondes comme en optique.
- La remarque suivante va nous faire comprendre qu’il est encore possible d’augmenter la sensibilité de l’appareil. En effet, la lumière émise par un point de l’écran fluorescent quand il est frappé par un faisceau d’électrons, se propage dans toutes les directions et seul est utilisé le mince pinceau pénétrant dans la pupille de l’œil.
- Il faudrait un récepteur qui utilise l’énergie totale des électrons sans la disperser sous une forme ou sous une autre. Un tel récepteur est constitué par la plaque photographique qui peut, d’autre part, accumuler l’énergie.
- Déjà, la plaque photographique avait permis par des poses de plus d’une demi-heure, de déceler des étoiles invisibles par tout autre moyen.
- Il y a le plus grand intérêt en astronomie, à réaliser des récepteurs de lumière de très grande sensibilité, en particulier pour l’étude des spectres d’étoiles très éloignées. Les Américains n’ont pas hésité à entreprendre la construction d’un télescope géant de 5 m de diamètre qui sera installé au Mont Palomar et qui ne donnera que quatre fois plus de lumière que le grand télescope du Mont Wilson.
- Comme il y a peu d’espoir d’améliorer beaucoup la sensibilité de la plaque photographique, on envisage de l’associer au télescope électronique selon un montage réalisé d’après le principe suivant :
- L’image à étudier est formée sur une photocathode qui donne des électrons en échange des photons qu’elle reçoit; ces électrons, accélérés par un champ électrique, vont frapper la plaque photographique. Montrons rapidement le gain d’énergie : un photon vers l\ 36o  possède une énergie de deux électrons-volts environ ; en substituant à ce photon un électron accéléré par 5o ooo V, l’énergie sera multipliée par 25 ooo, mais les couches photoélectriques ordinaires ont un rendement faible : il faut ioo photons en moyenne pour libérer un électron. Le coefficient d’amplification de l’énergie sera encore de 25o (fig. 9): mais, en réalité, la plaque photographique ne permet pas d’utiliser entièrement ce gain d’énergie et l’on a pu établir que l’emploi du télescope électronique multiplierait la sensibilité par 100, ce qui est déjà considérable. L’utilisation du multiplicateur d’électrons permettrait de dépasser encore ce résultat.
- Actuellement des plaques photographiques très sensibles aux électrons sont à l’étude; leur emploi présentera un autre avantage très important. La plaque photographique n’est pas impressionnée par un éclairement trop faible, quelle que soit la durée de pose : on dit qu’elle possède un seuil pour les faibles éclairements. Par contre, la plaque photographique ne possède pas de seuils pour les électrons rapides, semblable en cela aux couches photoélectriques. On peut donc espérer enregistrer des éclairements aussi faibles que l’on veut. Il est même possible d’envisager la réalisation d’un récepteur de lumière pouvant enregistrer individuellement chaque photon, n’y en eut-il qu’un seul; ce serait donc un véritable compteur de photons.
- M. Lallemand avait pu réaliser avant la guerre à l’Observatoire de Strasbourg, le dispositif expérimental suivant : un appareil en verre dans lequel on fait le vide, à gauche, la photocathode sur laquelle on forme l’image lumineuse au moyen d’un objectif, à droite, un dispositif permettant de faire apparaître un écran fluorescent pour mettre au point l’image électronique (des films photographiques peuvent être substitués à l’écran), à l’extrême-droite un piège à air liquide contenant de la silice colloïdale. Ce dispositif fut détruit en 1909 et n’a pas encore été reconstitué, mais les résultats atteints étaient très encourageants.
- Enfin, des expériences ont déjà permis de conclui'e que le télescope électronique permet des poses beaucoup plus courtes qu’avec une plaque photographique extrêmement rapide.
- Avant d’aborder en détail l’étude des applications du télescope électronique, il importe d’insister sur une pi’opriété fondamentale de cet appareil : le télescope électronique peut percevoir des radiations invisibles à l’œil humain et donner des images lumineuses des objets qui les émettent. La rétine n’est plus impressionnée par les longueurs d’ondes supérieures à 0,8 jj., tandis que les courbes photosensibles peuvent encore
- Q-Q-P O 0-0-Q Q O onnnnoooono
- ü u u o u u O” U O "U O O Ü‘ O ü G O
- Fig. 6.
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-
- recevoir utilement des radiations infrarouges allant jusqu’à x,2 [jl, i,3 [jl, exceptionnellement i,5 [jl.
- On voit tout de suite les applications de cette propriété. En Astronomie, le télescope élecronique sensible à l’infrarouge rendra possible l’observation des soleils refroidis qui n’envoient plus d’énergie visible.
- Dans le domaine de l’observation terrestre, le télescope électronique permet l’observation directe de corps à température suffisante pour émettre de l’infrarouge dont les longueurs d’ondes sont inférieures à la limite signalée ci-dessus. Mais pour observer la plupart des corps, objets, etc... qui n’ont pas une température suffisante, il est nécessaire de les « éclairer » avec des rayons infrarouges parfaitement invisibles à l’œil nu, et de capter avec un télescope électronique les radiations réfléchies.
- Nous en arrivons ainsi directement aux applications militaires et nous allons exposer les principales réalisations qui ont été faites au cours de la guerre.
- Il est regrettable de signaler qu’aux approches de la guerre de 193g, on avait en France essayé d’intéresser les milieux militaires en leur montrant, les avantages considérables que posséderait le belligérant qui saurait utiliser le télescope électronique; mais on s’était heurté à une incompréhension totale. Pourtant, presque dès le début de la guerre, il fallut bien admettre que les sous-marins allemands étaient équipés de télescopes électroniques et de projecteurs d’infrarouges.
- Les savants allemands poussèrent très loin, au cours de la guerre, l’étude des dispositifs permettant l’observation malgré la nuit, et la plupart de leurs dispositifs (voir schéma 10) comprenaient un tube appelé « Bildwandler » qui comprenait une
- courbe photo-sensible émettant des électrons sous l’influence des rayons infrarouges, un système de lentille électronique et un écran fluorescent sur lequel se formait l’image électronique.
- II existait trois types principaux d’appareils :
- I. Nachjahrgerat : pour les tanks, permettait de voir très nettement dans un rayon de 100 m et de distinguer certains objets jusqu’à 200 m.
- II. Zielgerat : équipement pour fusil.
- III. Muecka : dispositif expérimental pour l’aviation (Voir le fonctionnement du « Bildwandlerrohr », fig. n).
- Le dispositif comprend une photocathode constituée par un composé de césium qui émet des électrons sous l’influence des rayons infrarouges perçus ; la photocalhode est protégée par un filtre à infrarouges. Les électrons émis sont concentrés par la lentille électronique placée au centre du tube et attirés par l’anode constituée par l’écran fluorescent chargé positivement.
- Le projecteur d’infrarouge était constitué par une lampe de xoo ou 200 W munie d’un dispositif à infrarouges.
- Les réalisations anglo-saxonnes.
- L’armée américaine avait à sa disposition dans les dernières années de la guerre, un dispositif d’équipement pour fusil appelé « Sniperscope » qui fut utilisé avec le plus grand succès notamment à Okinawa où il permet de stopper complètement les infiltrations par des patrouilles spéciales lancées la nuit par les Japonais. 3o pour 100 des pertes de ceux-ci sur cette partie du front sont attribuées au « Sniperscope ». L’appareil comprend :
- un projecteur à infrarouges constitué par une lampe de 3o W alimentée sous 6 V qui émet à travers un filtre à infrarouges arrêtant toutes les radiations visibles.
- Le rayonnement renvoyé par le but traverse un système de deux lentilles optiques qui forment une image sur la « mosaïque » d’éléments photosensibles d’un tube appelé « Orthicon » (dont nous avons signalé l’existence et qui est un iconoscope perfectionné analogue à ceux utilisés en télévision avec la différence qu’il est sensible aux longueurs d’onde comprises entre 80 000 e t 120 000 Â. Une photocathode spéciale joue le rôle de mul-tiplicur d’électrons et un système de lentilles électrostatiques forme l’image électronique sur un écran fluorescent qui la transforme en image visible examinée par l’utilisateur à travers une lentille grossissante.
- L’alimentation est assurée par une batterie de piles logée dans un sac à dos faisant partie de l’équipement. La tension de 4 5no V nécessaire pour l’alimentation de certaines électrodes du tube cathodique est obtenue par un transformateur alimenté par un vibrator. La durée des piles est de G h en service continu.
- Le sniperscope permet de voir distinctement en pleine nuit jusqu’à 5o à 60 m environ.
- D’autres modèles ont également été construits et mis à la disposition de l’armée américaine pour équiper les tanks, les chasseurs et bombardiers de nuit et les services de D. C. A. On
- Pompe
- 42.000 V:
- Fig. 10.
- aurait m.'me mis au point un modèle employant un tube contenant du radium dont la sensibilité aux infrarouges serait si grande qu’elle permettrait de déceler un char d’assaut camouflé, par la chaleur de son moteur plusieurs heures après l’arrêt de celui-ci.
- Grâce à la longueur d'ondes plus courte employée, ce dernier
- 100 Photons
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- d'Argent
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- 210 9 Photons/cm?
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- Y, Densite 0.1 2W6rains/cm2
- 2I0Ô EIectrons/cmz
- '7777YYYy\yyy
- rains/cm2 1 Photon = 2 ev
- 1 Electron accéléré =50.000ev Fig. 9.
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-
- 346 —-.................
- Photocathode sensible
- aux infra-
- rouges
- Filtre à infra “J
- rouges
- gentille électronique finoc/e écran fluorescent I ^ \\ J^rOcularre
- -6000
- pourra avec un appareil optique de o,5 m de diamètre, dépasser les performances d’un (( monstre » de 5 m lequel accouplé lui-même à un télescope électronique permettrait des résultats encore plus appréciables évidemment).
- L’intérêt de l’utilisation du télescope électronique ne réside pas seulement dans l’amplification de l’énergie.
- En effet, étant particulièrement sensible à l’infrarouge, le télescope électronique permettra de voir des soleils refroidis n’émettant plus de radiations visibles.
- De plus, la finesse de l’image
- Fig-, il. — Schéma du Bildwandler allemand. formée par un appareil opti-
- que dépend principalement de deux facteurs :
- l\pe d’appareil permettrait également de voir à travers le brouil- i° le pouvoir séparateur du système optique; lard le plus épais. 2° les conditions atmosphériques.
- Les modèles courants n’accroîtraient la visibilité dans le brouillard que de 3o pour ioo par rapport à la lumière blanche.
- Des versions commerciales seront bientôt mises à la disposition de la police à un prix n’excédant pas 4oo $.
- Avenir du télescope électronique.
- En Astronomie, tout d’abord, le télescope électronique permettra de décupler les moyens d’investigations actuels avec les télescopes optiques; pour augmenter l’énergie lumineuse captée, qui est proportionnelle à la surface de l’objectif, on est amené à construire des télescopes d’un diamètre de plus en plus grand.
- Soit deux télescopes ayant respectivement pour diamètre. : o,5 m et 5 m; l’énergie reçue par le second est seulement ioo fois plus grande que celle reçue par le premier.
- L’emploi du télescope électronique couplé sur un télescope optique et amplifiant l’énergie reçue par ce dernier permettra d’obtenir des résultats équivalents à ceux obtenus directement par un appareil optique beaucoup plus puissant que celui utilisé. Ainsi., dans l’exemple précédent, un télescope électronique donnant facilement une amplification énergétique de ioo, on
- Fig. 12. Transformateur d’images à rayons infrarouges.
- Télescope électronique « couplé » sur un microscope infrarouge.
- L’atmosphère présente une agitation très fluctuante. En pratique, il faut utiliser les périodes de calme pour faire des photos instantanées. Le télescope électronique permet de diminuer le temps de pose et d’obtenir des images plus nettes.
- Dans l’observation des infiniment petits, le télescope électronique accouplé à un microscope optique permet « l’éclairement » des objets examinés par des rayons infrarouges, lesquels ayant une plus grande longueur d’onde que la lumière visible présentent des phénomènes de diffraction un peu plus accentués mais présentent, par contre, différents avantages, notamment l’utilisation de nouveaux colorants.
- Fig. 13. — Télescope électronique allemand utilisé sur les sous-marins.
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- Restent, enfin toutes les applications du temps de paix des appareils étudiés en vue des fins militaires (équipement de la police, etc...).
- Le télescope électronique permet-il la vision à travers le brouillard ?
- La question est importante, car si elle était résolue, la conduite des navires, trains rapides, avions, etc..., s’en trouverait considérablement facilitée.
- Malheureusement, les radiations infrarouges actuellement utilisées ne peuvent percer le brouillard épais. Seule la brume légère, dite brume de beau temps, se laisse assez aisément traverser.
- Mais d’immenses progrès restent à accomplir. Les recherches sur le télescope électronique effectuées principalement jusqu’ici
- en vue des applications militaires vont pouvoir s’orienter maintenant vers des applications plus paisibles.
- De multiples perfectionnements pratiques restent à apporter. En France, au Laboratoire de l’Observatoire dirigé par M. Lallemand, des recherches ont pour but l’amélioration de la qualité de la réception et de gros progrès ont déjà été obtenus dans cette voie. Le télescope électronique a un bel avenir devant lui. Souhaitons que cette invention créée en grande partie par l’effort des savants français, ne devienne pas, comme tant d’autres, un monopole de l’étranger dans le domaine de l’application pratique et industrielle.
- Yves Sartobio, Ingénieur E. T. P.
- Réservoirs
- Il était de coutume jusqu’alors pour des raisons de facilité de construction, de concevoir les réservoirs à gaz ou à liquide en forme de cuvettes quadrangulaires ou de cylindres dont les usines à gaz et les châteaux-d’eau offrent des exemples classiques et bien connus. Ces formes, cependant, ne sont pas rationnelles et les méthodes modernes de construction, grâce aux progrès dans la coupe des tôles, la soudure et le rivetage permettant de se libérer de certaines contraintes ; le problème se pose sur un plan plus logique qui est précisément la recherche de la forme la plus adéquate.
- Or il est facile de concevoir l’avantage de la sphère à cet égard.
- La sphère est la forme naturelle qui contient le plus grand volume dans le moindre encombrement et il n’est pas nécessaire de posséder de fortes notions de géométrie pour le concevoir.
- Pour contenir un mètre cube d’un liquide quelconque, il faudra en effet : un cube de 1 m de côté ;
- ou un cylindre de 1 m de diamètre à la base et de 1,2732 m de haut ;
- ou encore une sphère de 1,16 m de diamètre (fig. 1).
- ,<? .-’C
- Fig. 1. — Comparaison des dimensions respectives d’un cube, d’un cylindre droit et d’une sphère de 1 m3 de capacité.
- La sphère est par ailleurs l’élément le plus résistant aux pressions internes ou externes, celles-ci étant évidemment mieux réparties.
- La pression verticale d’un liquide inclus dans les trois types de récipients indiqués sera en effet répartie sur :
- 1 m2 dans le cas du cube ;
- 0,7854 m2 sur la base du cylindre ;
- 1,57 m2 (1/2 calotte inférieure) pour la sphère.
- La pression par centimètre carré est donc 1,5 à 2 fois moins élevée pour la sphère, ce qui facilite nettement la construction et permet une économie de métal. Cette économie ressort encore nettement des surfaces de tôles à utiliser qui sont :
- sphériques
- 6 m2 dans le cas du cube (ou d’un réservoir quadrangulaire) ; 5,66 m2 dans le cas du cylindre droit avec couvercle ;
- 4,88 m2 dans le cas du cylindre droit sans couvercle ;
- 3,15 m2 seulement dans le cas de la sphère.
- En raison de ces avantages, on voit aujourd’hui se répandre, outre-Atlantique surtout, des réservoirs sphériques d’une archi-
- Fig. 2. — Réservoirs sphériques à la Shell Oil de Montréal.
- (Canada Inf. National Film Board).
- teciure moderne et logique qui surprend un peu dès d’abord, mais qui deviendront la forme classique des réservoirs les plus variés.
- , M. Déribéré.
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- Le Congrès de TA. F. A. S. 1947
- Le Congrès annuel de l’Association française pour l’avancement des sciences (A.F.A.S.) a tenu cette année sa 66e session à Biarritz, du 18 au 23 septembre, sous la présidence du professeur L. Fage, membre de l’Institut.
- La séance inaugurale fut marquée par les discours de réception du maire de Biarritz et du Préfet des Basses-Pyrénées, les allocutions des délégués étrangers, et par une conférence de M. Fage sur l’océanographie.
- La part de Biarritz fut importante dans la naissance de cette science grâce au marquis de Folin ; le « Talisman » et le « Travailleur » commencèrent leurs recherches dans le golfe de Gasco-que. Aujourd’hui un remarquable Musée de la Mer montre mieux encore l’intérêt régional des problèmes océanographiques.
- M. Fage rappela les problèmes généraux de l’océanographie, soit classiques, soit nouveaux comme l’idée de se servir d’engrais pour multiplier le plancton, nourriture de la faune sous-marine.
- L’après-midi du même jour M. Kimpflin présenta une conférence générale sur a les richesses minières de la région pyrénéenne ». Si le problème des pyrites est d’ordre international et semble fort mal engagé, puisque les pyrites espagnoles que nous refusons sans pouvoir nous en passer nous viennent toujours, mais par le Portugal et la Grande-Bretagne, majorées en conséquence, celui des potasses, des calcaires et, surtout, du pétrole, sont de grande importance locale et générale. Les potasses landaises ont déjà été étudiées dans La Nature par l’auteur. Les calcaires sont intéressants par leur grain qui convient bien à la sculpture et à la construction (Colonne trajane en marbre de Campan) ; c’est aussi ce calcaire qui donne des chaux pour les industries du carbure de calcium et de la cyanamide calcique (Lannemezan). Quant au pétrole, sa prospection se dessine de plus en plus sous un jour favorable.
- INous ne saurions donner ici un aperçu des travaux très nombreux du Congrès où furent présentées, réparties en 26 sections, plus de 200 communications.
- Parmi les conférences d'intérêt général, nous citerons seulement les plus importantes.
- M. L. Migaux donna une vue d’ensemble sur « la géophysique de l’Aquitaine ». La méthode électrique de prospection avait d’abord été adoptée pour l’étude des terrains pétrolifères du Crétacé inférieur. On utilisa ensuite la méthode tellurique qui fit ses premières preuves à Gensac et qui, malgré le danger des courants vagabonds dus aux voies ferrées donne plus de finesse d’analyse que la précédente. Les méthodes gravimétrique et sismique s’ajoutant aux méthodes électrique et tellurique ont permis en sept ans d’efforts d’établir la cartographie détaillée des Pyrénées qui est maintenant à peu près complète.
- M. Marinesco donna une idée générale des ultra-sons et précisa leur rôle de plus en plus important dans maints domaines physiques (émulsions) et chimiques (dynamique chimique, réactions photochimiques, etc.).
- M. Déribéré parla de la transposition dans les œuvres de paix des remarquables progrès réalisés durant la guerre dans le domaine des rayons infra-rouges : vision dans l’obscurité par la photographie infra-rouge et par les télescopes électroniques (sni-perscope, snooperscope... des Américains, Bildvvandler, Zielgerat..., des Allemands, télescopes de Z.vorykin et de Lallemand, etc.) ; multiplication des dispositifs de séchage et cuisson par lampes à rayonnement...
- Le Pr Dupouy présenta son microscope électronique et les fort beaux résultats obtenus avec cet appareil en ce qui concerne l’ultra-stnicture des diatomées, des métaux. Le pouvoir de séparation atteint 30 À et l’on pense le diviser encore par deux. D’ores et déjà, un virus de tomates a pu être cristallisé. Les cristaux, bien caractérisés et stables, conservés plusieurs mois, puis dissous et placés sur une feuille de tomate donnent à nouveau la maladie due au virus. La limite entre le monde organique vivant et le monde cristallin est-elle ainsi devenue expérimentalement abordable ?
- M. Budlccr décrivit l’histoire et la technique de l’industrie baleinière, retraçant l’évolution de cette pêche depuis les anciens armements de Bayonne jusqu’aux mesures internationales prises pour
- la sauvegarde des espèces menacées, notamment de la baleine franche dont la chasse est totalement proscrite.
- En séance de clôture enfin le Pr Dufraisse retraça la vie et l’œuvre de Charles Moureu, le grand chimiste né à Bayonne.
- Parmi les travaux des sections, citons encore les curieux essais de régénération des lombrics poursuivis par M. Avel, les études sur la Tordeuse orientale du pêcher de Mlle Scala et un film de M. Chaboussou sur la lutte contre les insectes de la prune d’Ente.
- En section de botanique furent présentés de nombreux travaux sur des problèmes régionaux tels que l’acclimatation en Gironde de plantes américaines (MM. G. Malvesin et Fabre), de l’eucalyptus (M. de Coincy).
- Dans la section de chimie, les résineux, autre grand problème local, furent étudiés par MM. G. Brus et P. Legendre.
- Diverses excursions donnèrent aux congressistes l’occasion d’études locales tant sur le plan botanique (Guéthary, La Rhune) que géologique et ethnologique (abri sous roche d’Olho, grotte d’Istu-ritz, coupe géologique de Sainte-Barbe, falaise de Biarritz-Bidart...).
- Le Musée de la Mer montra ses riches collections d’étude où figurent la plupart des espèces locales et des spécimens rares de la fosse abyssale, du Gouf de Cap Breton. Les visiteurs furent guidés par son Directeur, M. Paul Arné.
- L’excursion générale conduisit les congressistes près de Saint-Martin d’Ilinx, devant un forage d’études de la Société nationale des pétroles d’Aquitaine. Deux puits avaient précédemment atteint la profondeur de 761 m et avaient été arrêtés devant des venues d’eau et de sable. Le troisième puits, actuellement en forage, est déjà descendu à 448 m. Ces forages se font par le procédé rotary avec prises d’échantillons et sont destinés à l’étude géologique profonde de la fosse de Saubrigues.
- Un peu plus loin, à Saint-Lon, fut visitée une mine de lignites. Il s’agit de lignites très évolués, noirs, donnant C 000 calories, extraits à une soixantaine de mètres de profondeur dans un terrain difficile par suite de l’irrégularité des failles inclinées de 10 à 40°, où le lignite existe en bancs atteignant jusqu’à 2 m. On tire de cette mine curieusement située de 20 à 2o 000 t de produits marchands par an.
- Par Dax, aux eaux chaudes et aux bains de boue bien connus, on aborda la forêt landaise. Les congressistes gagnèrent Hosségor où ils trouvèrent de nouveaux et importants sujets de curiosité dans le parc sylvestre et le Musée Forestier.
- Les services forestiers s’efforcent, dans ce centre en pleine évolution, d’établir les meilleures techniques pour prolonger et assurer les efforts des Brémontier qui surent transformer un désert mouvant de sables et de marécages en une région riche et belle.
- Les études entreprises portent sur la production de gemmes, notamment par l’effet des hormones, et le bouturage des diverses espècs de pin. A côté du pin maritime sont examinés d’autres espèces et aussi des arbres feuillus. Il n’est pas douteux que c'est à la monoculture du pin maritime que l’on doit l’ampleur catastrophique des incendies de forêts. On y remédiera en créant dans les masses de conifères des lignes de feuillus, notamment de chêne-liège pouvant servir de coupe-feux.
- Comme le Musée de la Mer de Biarritz, le Musée forestier d’Hos-ségar est une œuvre régionale fort intéressante pour toute l’économie du pays.
- Ainsi ce 66e Congrès de l’A.F.A.S. a-t-il retrouvé, après le Congrès de la Victoire, à Paris, l’an dernier, le rôle que désiraient lui donner ses organisateurs et ses animateurs : décentraliser la science, faire connaître successivement l’apport de chaque région, mettre en contact les amateurs si précieux avec les professionnels, créer l’émulation et la collaboration dans toutes les branches de la science. Un tel programme explique le succès de tous les congrès annuels de l’A.F.A.S., tenus dans bien des villes de France et de pays de langue française depuis plus de 70 ans. Celui de Biarritz a été un nouvel et bel exemple de la vitalité de l’esprit scientifique dans notre pays, en même temps qu’il a permis une mise au point des ressources d’une de nos régions les plus intéressantes et actuellement, par ses richesses minières, les plus en vedette.
- M. D.
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- L'invasion ...................._z
- - —- du gui
- Au cours de notre séjour — entre 1939 et 1946 — dans la région auboise située entre Troyes et Romilly (vallée de la Seine), nous avons eu l’occasion de constater la croissance exceptionnelle de Viscum album, le gui bien connu de tout le monde, végétal certes très décoratif, mais funeste pour les arbres qui lui accordent un asile trop généreux. Cette plante parasite, qui s’attaque spécialement à certaines essences (peupliers, pommiers, tilleuls, orxnes, etc...) tend à devenir un fléau dans certaines contrées s’il n’y est pas apporté un prompt remède. Dans la région qui nous occupe, de très nombreux arbres d’essences forestières et fruitières, sont littéralement envahis par le gui. En parcourant en hiver — lorsque les arbres sont dépouillés de leur feuillage — les territoires des communes s’échelonnant de Troyes à Romilly, sur les deux rives de la Seine (Saint-Lyé, Payns, Savières, Saint-Mesmin, Rilly, Vallant, Méry, etc...) on est frappé de constater l’abondance du gui, notamment sur les peupliers. Les jeunes arbres des plantations sont attaqués à leur tour et les touffes de gui qui y élisent domicile deviennent énormes, atteignant parfois 1 m de diamètre (fig. 1, 2 et 3).
- *
- * *
- Cet état de choses est évidemment fort préjudiciable aux intérêts particuliers et généraux. D’une part on constate que des vergers, jadis florissants, dépérissent peu à peu et sont voués à brève échéance à une destruction complète. Certaines plantations de pommiers sont presque anéanties, les arbres agonisant sous une épaisse toison de gui, ne portant naturellement plus aucun fruit. On remarque d’autre part que la qualité du bois de construction et de chauffage des essences forestières se ressent de ce parasitage intense. Le gui, s’implantant en nombreux individus sur un arbre, contrarie l’action de la sève, provoque des excroissances et nuit considérablement à la longue à l’aubier.
- Il faut le couper au ras de l’écorce et même entamer celle-ci pour atteindre une partie des suçoirs, après quoi on panse la blessure avec un peu de mastic à greffer.
- Il existait autrefois une loi relative à la destruction du gui. Elle est tombée peu à peu en désuétude et n’est plus respectée,
- Fig. 1. — Un rideau de peupliers envahis par le gui.
- au même titre que celles de la destruction du houblon sauvage ou de l'échenillage obligatoire. Il semble que des arrêtés préfectoraux devraient à nouveau, dans les régions infestées, obliger les propriétaires de plantations à procéder à l’ablation des touffes de gui, dont les oiseaux (x) en picorant les baies, se font d’arbre en arbre, en essuyant leur bec, les inconscients propagateurs.
- Si l’on ne se tient qu’au seul point de vue alimentaire, il n’est guère admissible, en notre temps de disette aiguë, que des quantités de vergers, naguère producteurs de beaux et bons fruits, puissent être ainsi voués à l’anéantissement, par incurie ou négligence, du fait de l’extension non réprimée d’un parasite végétal particulièrement exubérant et tenace.
- R. Biiossaiîd.
- 1. La grive royale est accusée d’être le plus actif transporteur.
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- L'ALGÈBRE ORNEMENTALE
- Ce qu'on peut tirer de deux plans simples
- Dans un système d’axes 0zxy, Oy vertical, zOx plan de terre, étant donnés deux plans : partant de l’axe des z plan y - x, partant de l’axe des x plan y = z ;
- D’un point à terre P élevant une perpendiculaire (fig. 1) cette perpendiculaire coupe le premier plan en Q, le deuxième plan en R. Le produit des segments PQ, PR donne, sur la même perpendiculaire, un segment PS dont nous ne conservons que le point extrême S. *
- D’un deuxième point à terre P' élevant aussi une perpendiculaire nous aboutissons à un deuxième point S'.
- Un troisième point à terre P” nous donnera un troisième point en l’air S”. Ainsi de suite, aussi nombreusement que possible.
- Réunissant d’un fil chaque point S aux points S', S" qui l’avoisinent immédiatement, tous ces petits bouts de fil (de préférence tous ces points S) formeront une nappe (fig. 2) qu’on appelle le « paraboloïde hyperbolique » (abréviativement p-h) et qui a équation y = zx.
- Ce p-h a son centre de gravité à l’origine des coordonnées, avec axes des x et des z rasant les ailes par leur milieu, deux ailes sous terre, deux ailes au-dessus, l’axe des y demeurant vertical comme aux plans qui précèdent.
- Toujours à partir de terre, élevant ou abaissant une perpendiculaire qui rencontre le p-h en, S pour prendre, sur cette perpendiculaire, non le segment PS, mais le carré de ce segment PV, dont nous ne conservons que le point extrême V, nous verrons de point en point les deux ailes montantes du p-h devenir plus hautes, les deux ailes descendantes se changer en montantes (évidemment, puisque leurs — y sont devenus des + y2) et devenir, elles, égales et identiques aux deux qui les comprennent. Leur nouvelle nappe, lieu des points Y (fig. 3) pourrait, à titre mnémonique, se surnommer le « p-h deux » comme ayant équation y = (zx)2.
- Cette nappe se renversant, donc s’écrivant y = — z2x2 et, ainsi renversée (fig. 4) s’élevant de terre à un niveau choisi, par exemple b4, ce qui se formule y - b4 — z2x2, une de ses ordonnées donnera racine carrée si elle est prise dans les y positifs, au-dessus de terre, n’en donnera pas si elle est prise au-dessous. En sorte que la fonction y = ± \jb± — z2x2 ne nous laissera comme réelle qu’une « croix » ou mieux (fig. fi) un carrefour de tunnels
- elliptiques.
- Cette croix a son centre à l’origine des coordonnées, axes des x et des z dans les axes mêmes des branches (branches qui, sans changer de hauteur, vont à l’infini et deviennent minces à mesure qu’elles s’éloignent du centre). Dans ce même système d’axes amenant un paraboloïde de révolution sommet en haut (fig. 6) qui s’exprime y = — (z2 + x2) pour couper d’une même perpen-
- diculaire la croix et
- Schéma A.
- le paraboloïde et prendre, sur cette perpendiculaire toujours et à partir de terre, la somme algébrique des segments qui vont à la croix et au paraboloïde, on verra se former (fig. 7) un genre de « comète », ou peut-être une méduse, qui s’exprime, bien entendu, y = — (z2 + x2) dt v/b* — z2x2.
- Cette comète a l’origine des coordonnées au cœur de son noyau, sans oublier qu’une section méridienne de ce noyau, prise entre deux branches, a forme comme en schéma A.
- . Élevant cette comète d’une quantité a2 au-dessus de terre pour amener à l’air libre (dans les y positifs) ses quatre bran-
- ches et un peu des porches qu’elles comprennent puis prenant la racine carrée de chacun de ses y, tout ce qui est négatif (ici les queues des branches) disparait sous le radical, et ce radical :
- y = ± S'a1 - (s2 + a-2)± v 6' - z2x*
- ne laissera subsister qu’un « deux tores croisés », appelons-le le bi-tore (fig. 8) qu’on pourrait prendre de loin pour un fruit.
- Ce bi-tore est coupé en deux par le plan de terre. On peut le faire monter d’une quantité h, c’est-à-dire écrire :
- y — h ± \Ja2 — (£2 -f x2) ± y à* — z2xs,
- jusqu’à voir ce plan lui venir presque au ras de sa cuvette inférieure (schéma B) ou carrément dans le cœur de son noyau du bas (schéma C).
- Dans le cas du schéma B, une racine carrée de ses ordonnées :
- y — ± \//i ± a2 — (s2 + æ2) ± y6' — s'ixi
- donnera la sculpture 9, dans le cas du schéma C elle donnera la sculpture 10. Ces deux sculptures (deux surfaces) quoique topologiquement distinctes, ont même origine, même historique,
- Schéma B.
- Schéma C.
- même équation et ne diffèrent que par le paramètre h que portent leurs formules, littéralement identiques.
- Précisons à ce propos que, l’allure d’ensemble d’une surface ayant été entrevue par d’après l’analytique, cette surface ne devient réalisable que sur détermination numérique des paramètres possibles avec leur unité de mesure. Le choix de ces paramètres est un travail qui fait appel, dans le chercheur, à toutes ses ressources intellectuelles, artisanales et psychiques, le portant à se recueillir, le plus souvent, devant ce fond de religion : la poésie des mathématiques.
- Or, qui peut nier la poésie, ou tout au- moins l’harmonie, qui se dégage des formes, strictement algébriques, qu’on vient de parcourir P
- Maurice El-Milick.
- N. D. L. R. — Les modèles ici représentés ont fait partie d’un groupe « Surfaces algébriques nouvelles » au Salon d'Automne, Concours Lépine 1947, qui a obtenu, pour sa conception scientifique et sa réalisation matérielle, les distinctions de « Grande Médaille d’Or, Hors concours, Médaille ministérielle ».
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- Fig. 1 à 10.
- Ces formes, de même que la cyclide unilatère .(voir La Nature du 15 juillet 1947) sont nouvelles en géométrie. D’une extrême précision, en métal et en plâtre armé, 15 x 15 x 30 cm de moyenne, elles sont réparties entre le Palais de la Découverte, l’Institut Henri Poincaré, le Musée Pédagogique et quelques universités d’Europe. Le centimètre pour unité, elles ont équations et paramètres comme suit.
- Fig. 1 : y = z, y = x;
- Fig. 2 : y = m-zx, m—^~;
- Fig. 3 : y - l^x*, l = i;
- Fig. 4 : symétrique de fig. 3 ;
- Fig. 5 : y = ± m- \!bi—zixi, m = b — )ll.
- m
- Fig. 6 : ÿ = — nî(zi -h x3). n =r ~ .
- Fig. 7 : y = — n-(zî -J- xs) ± mi \jb* — zîxî, m, n et b comme en ligures 5 et 6.
- Fig 8 : y = x Va2 — (z- +• æ-) ± 1* \Jbl — zixi, a2 = 26, à2 = 2, /2 := 5.
- Fig. 9 : y — ± k h ± ^Ja2 — (s2 + x2) ± f2 \/b* — z*x*, k — % h\= 15, a2, 52, f2 comme en fig. 8.
- Fig. 10 : même équation et mêmes paramètres que fig. 9, sauf h2 = 32 au lieu de hz = 15.
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- L'été de 1947
- Plusieurs météorologistes, armés de statistiques fort étudiées, ont comparé, à juste titre, l’été 1947, avec les étés les plus chauds qui aient été observés depuis de longues années. C’est ainsi qu’ici même, les lecteurs ont pu lire (x) un remarquable compte rendu concernant l’extrême chaleur de ces derniers mois.
- Mais, en outre, l’été 1947 se caractérise, par comparaison avec les années précédentes, par4 une sécheresse persistante. Si l’on prend les hauteurs d’eau tombées au cours d’un été moyen, on trouve dans nos régions 200 mm environ (normale exacte 201 mm). Or, la pluie précipitée au cours des 3 mois de l’été 1947 ne fut que de 133 mm. Ce chiffre pourrait être même normalement réduit à 100 mm seulement si on en extrait deux précipitations massives de 23 mm chacune, tombées au cours de rapides et violents orages, tout à fait locaux, qui n’ont apporté aucune précipitation à quelques kilomètres de l’Observatoire.
- On peut donc dire que la somme des précipitations au cours de l’été 1947 n’a atteint que la moitié environ des précipitations moyennes normales au cours de l’été. Par comparaison, le tableau suivant montrera que, depuis 30 années, tous les étés ont été plus pluvieux que celui de 1947 (exception faite pour 1928, 1937 et 1943) :
- 1918. . 192 mm 1926., . 234 mm 1934.. 164 mm 1942.. 156 mm
- 1919. . 224 )) 1927.. . 278 » 1935.. 231 » 1943.. 169 »
- 1920. . io6 )) 1928.. . 143 » 1936.. 289 » 1944.. 219 »
- 1921. . 160 )) 1929.. 189 >1 1937.. 142 )) 1945.. 69 ))
- 1922. . 190 )) 1930.. . 260 » 1938.. 241 » 1946.. 177 )>
- 1923. . 158 )) 1931.. . 274 » 1939.. 303 » 1947.. 153 »
- 1924. . 210 )) 1932., . 189 » 1940.. 167 »
- 1925. . 164 )) 1933., . 190 » 1941.. 307 »
- Le pri ntemps ayant été lui-même très sec en 1947 (35 mm de
- moins que la normale), il en résulte que la siccité du sol s’ajoutant aux chaleurs torrides qui sévirent au cours de l’été aura
- 1. L’été le plus chaud à Paris depuis 172 ans, par Jean Bourgeois. La Nature, n° 3144, 15 septembre 1947, p. 304.
- causé des dégâts considérables à la culture. Légumes détruits, céréales et arbustes roussis, puits et sources taris, rivières mises à sec, prairies desséchées, tout cela aura contribué à alourdir la tâche de l’homme des champs et à causer, par surcroît, une très lourde gêne pour le ravitaillement normal des populations.
- L’été 1947 aura donc été l’un des étés les plus secs en même temps que les plus chauds qui auront été observés en France depuis bien longtemps.
- Ajoutons que cette sécheresse persiste encore actuellement. Le pluviomètre n’a mesuré que 18 mm d’eau au cours du mois de septembre, minimum qui n’a encore jamais été atteint depuis plus de 30 années.
- Si l’on compare, pendant ces 30 dernières années, les précipitations qui ont été observées par périodes de 6 années, nous trouvons .
- 191S à 1923........ moyenne annuelle 187 mm
- 1924 à 1929.................. » 199 »
- 1830 à 1933.................. » 217 »
- 1936 à 1941.................. » 241 »
- 1942 à 1947.................. » 137 »
- Le groupe de ces G dernières années accuse donc une diminution de 30 mm sur le groupe le moins pluvieux (1918-1923) de ce cycle trentenaire.
- Il est difficile, en l’état actuel de nos connaissances, d’invoquer une raison quelconque pour expliquer cette pluviosité réduite. Constatons seulement qu’elle marche de pair avec la hausse de température moyenne observée pendant le même laps de temps. Si l’été 1947 s’est montré un été torride, il aura été en même temps un été des plus secs qui aient été observés depuis longtemps.
- Bidault de l’Isle,
- Directeur de l’Observatoire de la Guette, Membre correspondant du Bureau des Longitudes.
- COURS ET CONFÉRENCES A PARIS
- LUNDI 3 NOVEMBRE. Centre de Perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Rosen : « Production photochimique de radicaux libres ».
- MARDI 4 NOVEMBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Déribéré : « Application des phénomènes de luminescence dans les procédés de reproduction photomécaniques et photochimiques ».
- MERCREDI 5 NOVEMBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Geneslay : « Méthode sismique et divers ».
- JEUDI 6 NOVEMBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Renaudié : « Les laboratoires français et étrangers de recherches chimiques gazières ».
- VENDREDI 7 NOVEMBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Pien : « Production biolo-
- gique des substances concourant à la formation de l’arome du beurre ».
- SAMEDI 8 NOVEMBRE. Institut océanographique (195, rue Saint-Jacques) : 21 h. M. Louis Face : « Calamités sur le monde marin ».
- LUNDI 10 NOVEMBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Goldinfer : « Énergies de liaison ».
- MERCREDI 12 NOVEMBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Martin : « Géophysique à l’intérieur des sondages ». — Institut français du caoutchouc (42, rue Scheffer) : 18 h. 30. M. de Beaupré : « L’histoire du caoutchouc ».
- JEUDI 13 NOVEMBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Gouffe : « Les laboratoires français de recherches physiques gazières ».
- VENDREDI 14 NOVEMBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. J. Keilling : « Les levures à vin ».
- SAMEDI 15 NOVEMBRE. Palais de la Découverte (avenue F. D. Roosevelt) : 15 h. M. Gautiieret : « Existe-t-il un cancer des plantes ? ». — Institut océanographique
- (195, rue Saint-Jacques) : 21 h. M. Albert Kam-merer : « La découverte du monde et les étapes de la cartographie orientale. Les Portulans ». — Institut français du caoutchouc (Sorbonne, amph. Milne-Edwards) : 17 h. M“" Bouciier : « Sources et récolte du caoutchouc, propriétés du latex ».
- LUNDI 17 NOVEMBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Prettoe : « Les radicaux libres et les mécanismes de réaction ».
- MARDI 18 NOVEMBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Yassy : « La sensibilité spectrale des émulsions photographiques ».
- Le gérant : G. Masson. — masson et cie, éditeurs, paris. — dépôt légal : 4e trimestre 1947, k° 4g4. — Imprimé en France.
- BARNÉOUD FRÈRES ET Cle, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 707. — II-1947.
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- N° 3148
- 15 Novembre 1947
- LA NATURE
- LE GOUFFRE DE
- Àkbas, petit bourg situé dans une vallée reculée du Com-minges en Haute-Garonne, se trouve non loin du confluent de plusieurs ruisseaux issus de massifs calcaires qui se développent à l’est, à l’ouest et au nord.
- Vers l’est, se profile majestueusement le rocher de Pèneblan-que (x 096 m), falaise verticale qui domine directement la grotte explorée naguère par Martel, Jeannel et de nombreux spéléologues. Plus haut encore, dans la môme direction, apparaît un immense chaos, lapiaz tourmenté, arrêté par des falaises au nord, développé au sud et à l’est vers la chaîne calcaire principale qui relie Saint-Girons à la vallée du Ger. Les pics de
- LA HENNEMORTE
- cette longue chaîne, Cournudère, Tucol, Touech et enfin Palou-mère (1 Cio m) sont à peine plus élevés que les cols qui les séparent.
- Dans celte longue suite de crêtes, étroitement liées les unes aux autres, le Massif d’Arbas se présente comme un embranchement latéral orienté est-ouest. Sa limite supérieure peut être représentée par ce vaste chaos rocheux de Coumonère où s’ouvre, à 1 33o m, parmi bien d’autres orifices et cirques calcaires, le gouffre de la Ilennemorte.
- Connu de Casteret, qui y fut conduit en ig3o par un ancien guide de Martel, Loubet, ce gouffre n’avait jamais été, avant
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- ig4o, l’objet d’une exploration. Moi-même, entre ig3o et 1939, prospectant et explorant l’ensemble du massif de Paloumère et la rivière souterraine de la Coumonère, située plus au nord, j’entends parler, sans connaître leur position, des gouffres de' cette zone (1).
- En ig4o, Josette Ségouffin et Marcel Loubens explorent avec un matériel précaire la première verticale du gouffre de la Hen-nemorte. Enthousiasmés, ils préviennent Casteret, qui, dès lors, prend la direction des expéditions.
- Entre ig4o et 1943, huit tentatives sont effectuées; la septième, au prix d’efforts inouïs, conduit Casteret à la cote •— 35o (fîg. 2). Etouffé, à moitié assommé par une grande cascade de 100 m, celui-ci, tenu étroitement, à bout de corde par ses équipiers, peut entrevoir latéralement un orifice qui conduit encore
- plus bas. Il remonte ensuite, toutes lampes éteintes, dans cette immense chute dont le poids l’écrase.
- La huitième expédition est, pour cette courageuse équipe, un désastre. Un équipier, Maurel, à — 235, tombe dans un puits de 6 m et se casse le bras ; on le porte et le remonte, attaché à la base du puits supérieur qui fait 5o m de hauteur. Dès le démarrage, la corde, trop mince étant données les grandes tractions nécessaires, casse et le blessé retombe, heureusement d’une faible hauteur. La corde est doublée et l’ascension recommence lorsqu’un rocher, parti du relai supérieur, frôle Maurel et, 25 m ; Fig. 2. — Le gouffre de la plus bas, blesse grièvement
- ; Hennemorte. Loubens. Rude calvaire
- | Plan général (coupe verticale). p0ur les blessés et les hom-
- (D’après Casteret et Trombe). ^ qu<J ce
- retour vers l’orifice du gouffre, puis vers la vallée d’Arbas. Casteret et Delteil sont les artisans de cette lutte pour arracher à la Hennemorte des vies .humaines déjà compromises (2).
- En 1945, le chef de l’expédition de 1943 envisage la nécessité d’avoir recours à une équipe organisée ayant l’habitude de la montagne ou des explorations souterraines. Il se tourne vers le Club Alpin Français et, particulièrement, vers la filiale de ce club, le Spéléo-Club de Paris.
- Casteret demande seulement, pour les futures explorations, une place dans l’équipe de pointe; membre d’honneur de notre groupe, il aura, naturellement, la première.
- Le Spéléo-Club de Paris se met au travail; en août 1945, une première reconnaissance est stoppée à — 25o par l’abondance inusitée des cascades; de là est née, d’ailleurs, cette définition de « Niagara souterrain » que l’on donne au fort ruisseau qui coule, parfois avec des débits de l’ordre de 1 m3/seconde, dans la Hennemorte; en hiver, une deuxième expédition aborde, sous la neige, l’orifice du gouffre (fig. 3). Elle a pour objectif un lever de plan et une observation minutieuse des différenls paliers, en vue de leur aménagement ultérieur. Les cascades
- 1. E. Trombe. Gouffres et cavernes du Haut-Comminges. Travaux scientifiques du Club Alpin Français (1943).
- 2. N. Casteret. .Revue du Commiriges, t. 58, année 1945.
- sont très faibles, résultat qui s’explique parfaitement et qui était prévu, car le manteau de neige qui couvre le lapiaz empêche toute pénétration de l’air et de l’eau dans l’épaisseur du calcaire. Malgré les protestations de mes équipiers, Deudon et Susse, je stoppe l’expédition à 25o m, le but n’étant pas, ce jour-là, d’attaquer la grande cascade. Baylac, Dresco, les frères Maille, Mondain participent aussi à cette exploration éclair qui a duré 3o h dans le gouffre, y compris l’équipement et le désé-quipement des puits et un essai de coloration. Cette coloration, malgré la quantité importante de fluorescéine employée, 25 kg, ne donne pas de résultats.
- Durant tout l’hiver, le Spéléo-Club poursuit des démarches pour obtenir différents concours, — appuis de la Direction des Sports, du Club Alpin Français, de la Fédération Française de la Montagne, de la Commission de Spéléologie du C.N.R.S., et enfin de l’armée. La 5e région, dirigée par le Général Bergeron, et les Directions du Génie et des Transmissions apporteront la contribution inappréciable d’un groupe de volontaires et de toute l’organisation des liaisons en surface avec prolongement dans le gouffre. Elle nous fournit des combinaisons, des bottes de caoutchouc, des lampes et, chose précieuse, des rations K américaines, très reconstituantes. L’éclairage de l’entrée et des premiers puits est assuré par des petits groupes électrogènes; des postes portatifs de radio, émetteurs-récepteurs, d’un poids approximatif de 3 kg (fig. 4), sont mis à notre disposition.
- Les transports militaires par Jeep et camions, puis par mulets assurent l’acheminement d’un matériel considérable.
- Fig. 3. — L’entrée du gouffre en hiver.
- Vue prise pendant une manœuvre (décembre 1946).
- (Photo Trombe).
- ----Alt 1300 m.
- Glacière.
- Fbulte
- . FL its Josette SégoufTin —=•85
- * TIO Chatière -130 AC—Etroiture
- Rutsseau U
- de 45 m
- Salle du camp
- souterrain
- --255
- Treuil-
- Puits et cascade
- de 100m.
- Lac et refais
- Lac -380—'
- Toboggan
- IY^Fbnt naturel "400 fl Cascade de 40 m
- Puits de
- La Boue
- Siphon-446
- Rivière
- serpentine
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- 355
- C’est avec de tels concours que nous attaquons, en août 1947, le gouffre de la Hennemorte.
- A 9 h du matin, le 20 août, heure et date prévues depuis des mois, je rencontre, avec quelques-uns de mes camarades du Spéléo-Club, le détachement militaire, qui, lui, est. arrivé le 17 août. La collaboration de l’armée et les différents concours qu’a obtenus le Spéléo-Club ont donné à notre expédition un caractère officiel qui attira, non seulement des çurieux, mais aussi de nombreux journalistes. Il en résultera, dans toute la France, une avalanche de rapports, parfois fantaisistes, sur
- la façon dont se déroule l’expédition et sur les résultats qu’elle a permis d’obtenir.
- Le 20 août, depuis Labaderque, à 800 m d’altitude, que l’on rejoint en jeep, nous accompagnons le convoi'militaire qui transportera, en quelques jours, l’important matériel du Spéléo-Club : 700 m d’échelles, 700 m de cordages, des treuils, d’innombrables agrès spéciaux. Des explosifs à charges creuses doivent nous permettre une descente, coûte que coûte, bien au delà de la grandi; cascade qui a arrêté Casteret. Notre plan est le suivant : entre la surface et — 25o, tenter de poser des agrès en dehors des points de chute des cascades, aménager la première descente jusqu’à — 85, de façon à éviter le plus possible les chutes de pierres. Un treuil doit être placé en surface et permettre l’assurance jusqu’à — 85. A — 25o, étant donnée la longueur de l’expédition, un camp-relais, dont nous parlerons par la suite, sera installé. Pourvu de tentes de toile et de matériel de couchage, ce camp doit permettre un véritable repos de l’équipe d’exploration en profondeur. A côté de ce camp-relais, à l’orifice du puits de 100 m (fig. 2 et fig. 5), parcouru par une grande cascade, doit être disposé un treuil (fig. 1) et, sur la lèvre du gouffre, une chèvre en tubes métalliques (fig. 6) déportant en avant le câble du treuil; celui-ci supporte une benne spéciale, pourvue d’un « chapeau chinois » de tôle épaisse, destinée à protéger l’explorateur du choc de la cascade.
- Cet ensemble de dispositions doit permettre d’amener à — 25o un important matériel relativement sec.
- Seize hommes (*) accompagnent ce matériel. Assurés à — 180 et — i3o par des camarades (1 2) qui remonteront ensuite en surface, ces seize hommes séjourneront à — 25o ou plus bas jusqu’à ce que le gouffre soit terminé. Ils enverront, par le moyen de la benne et du treuil, une équipe de pointe et tout le matériel nécessaire à — 35o, à la base du grand puits. C’est, en somme, à partir de — 35o que les hommes de pointe commenceront réellement à fournir leur effort. Une double ligne téléphonique et des liaisons radio permettent d’être constamment en contact avec la surface. La ligne militaire donne la communication avec le camp de surface, avec Arbas, et même, par une connection sur le réseau urbain, avec les abonnés de la
- 1. MM. P. Baylac, Abbé Cathala, N. Casteret, Dr Clamagirand, P. Clément, J. Deudon, E. Dresco, J. Ertaud, R. Gâché, M. Ichac, J. Jonquièrcs, M. Loubens, J. P. Maille, F. Maille, Lt du Puy-Montbrun, F. Trombe.
- 2. MM. R. Casteret, J. Delteil, C™ de la Ilitte, It Laguille, J. Nègre, JP d. L. de Salies, Adj. Vigoroux et une équipe de surface sous la direction de A. Chavigner.
- Fig 4. — Le lieutenant, chef du détachement militaire, tenant à la main un appareil portatif de radio (émetteur-récepteur) .
- (Photo Maille).
- France entière. Certains de nos camarades recevront ainsi, à
- — 25o, des appels téléphoniques de Paris. Vers les zones plus profondes, les liaisons étaient assurées par un câble téléphonique sur touret à contacts rotatifs et par les postes émetteurs-récepteurs de radio. Le bilan de notre expédition d’août 1947 a comporté deux descentes d’aménagement (23 et 25 août) qui ont permis de réaliser la première partie du programme prévu. Bien nous en a pris, d’ailleurs, d’avoir multiplié les sécurités, car le gouffre se défend et ne manque pas de provoquer des incidents. C’est ainsi que notre camarade Susse, descendant dans le premier puits (— 85) reçoit, par l’échelle métallique, une forte décharge électrique due, semble-t-il, à la chute simultanée de la foudre à proximité de l’orifice du gouffre. Susse, surpris, lâche ses agrès et se retrouve pendu à l’extrémité de sa corde d’assurance. Notre matériel est solide et ce qui aurait pu être une catastrophe se termine en incident.
- Dans ce même premier puits, un rocher de plus de 200 kg se détache au voisinage de la surface et descend. Il éclate à
- — 85, à 6 m de la paroi près de laquelle je me trouvais réfugié. Je n’en éprouve aucun dommage, mais les échelles sont cassées en deux endroits et doivent être remplacées avant ma remontée.
- D’autres rochers tomberont, cassant encore une fois les échelles, mais la réputation bien méritée du gouffre de la Hennemorte nous a rendus méfiants et personne n’est blessé. Notre état d’esprit, à ce moment, nous conduit à multiplier partout les sécurités. Ce ne sera pas en vain, car, en définitive, le gouffre aura été vaincu, notre programme entièrement réalisé, et les soixante descentes de notre expédition d’août 1947 se passeront sans aucun accident.
- Le 28 août, à i4 h, commence la grande descente. D’abord celle des équipes de relais, puis celle des seize hommes devant séjourner à — 25o. Il faudra près de 24 h pour que tout le monde soit rassemblé au camp-relais.
- Il faudra, après un repos sous les tentes de toile (figure de la couverture), encore 24 h pour aménager le dispositif de descente de la grande verticale de xoo m. Le dessin d’après nature de Marcel Ichac (fig. 7) donne bien l’ambiance de ce camp-relais.
- Le 3o août, à 21 h, je fais la première descente dans la benne.
- C’est une descente d’essai, indispensable pour la mise au point défini- Coupe verticale Nord-Sud : 1” en traits
- i.Vo dn matériel Tp rlnis pleins, de la faille supérieure C— 180-
- tne du materiel. Je do s (1 250) et de la plateforme du camp-
- a lie Indre 355 puis al- relais ; 2° en pointillé, du grand puits
- 1er reconnaître l’orifice de 100 m et du puits inférieur.
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- Fig. 7. — Le camp relais à 2S0 m.
- A droite, les tentes servant au camping souterrain ; en avant, la chute de la cascade principale qui reçoit sur la gauche l’affluent suivi par les explorateurs. Au premier plan, montage de la benne et de son chapeau chinois. A gauche, montage du treuil de la chèvre et installation des lignes téléphoniques descendant dans le puits de 100 m. Au fond, orifice de ce puits.
- (Dessin original de Marcel ICHAC).
- du puits suivant et les conditions d’installation des agrès à ce niveau. Tout se passe bien à la descente, mais la remontée est dure et comporte, sous cette infernale cascade de ioo m, de nombreux arrêts, car la benne, suspendue à un câble neuf, a tourné lentement dans le vide, enroulant la corde d’assurance qui la soutenait latéralement autour du câble du treuil. A la remontée, un bouchon de corde se forme dans une étroiture et freine considérablement les tractions transmises depuis le haut. De plus, la corde d’assurance, au lieu de soutenir la benne en cas de rupture du câble, fait parfois une boucle de plusieurs mètres.
- Cet inconvénient sera évité, par la suite, car chaque explorateur est muni d’une barre métallique lui permettant d’arrêter la rotation de la benne.
- Le 3i août, à ii h, Casteret, suivi de cinq hommes, commence l’attaque. Elle est très rapide; à
- — 355, le puits de 25 m que j’avais reconnu est descendu ; il se prolonge par une galerie triangulaire en forme de toboggan, conduisant à un autre puits de 4o m, arrosé, et latéralement à un réseau sec. Casteret, par une tyrolienne, parvient à atteindre ce réseau. Il demande à ce moment tout le matériel disponible. Trois cents mètres d’échelles et de cordes sont envoyés à — 355. Les puits secs sont passés, le réseau vivant parcouru par le torrent est retrouvé; la galerie inclinée où il coule s’oriente au nord-est, puis au sud-est, et, enfin, à l’est. Malheureusement, c’est la fin du gouffre, car cette galerie, spacieuse d’abord, se termine en siphon impénétrable, étroit dans toutes ses dimensions. Ce fond se trouve, dans les conditions de débit des cascades pendant l’exploration à — 446. C’est une déception, malgré la gx-ande pi'ofondeur du gouffre et la conquête du record de France de descente, car il restait encore assez de matériel, descendu à
- — 355, pour parcourir 200 m de verticale de plus.
- La remontée se passe sans incidents et, le Ier septembre, tous les hommes, réunis à nouveau au camp-relais, se reposent.
- Fig. S. — Première descente au moyen de la chèvre et de la benne.
- (Photo lchac).
- Le démontage du matériel, la mise en sac des échelles, le transport demandent encore de grands efforts pour rejoindre la surface. Les puits sont déséquipés jusqu’à — i3o et tout le matériel est rassemblé à cette cote et à — 85. Il n’est pas possible de demander la remontée totale pendant cette expédition, car i3o h se sont passées depuis le début de la descente. C’est là aussi, semble-t-il, un record dû à notre méthode d’attaque avec camp-relais.
- Le 4 septembre, une dernière expédition de déséquipement est effectuée. Elle comporte aussi le transport de 200 kg de solution de fluorescéine contenue dans des jerricans de 20 1. C’est là une énorme quantité de colorant, car la solution est à 5o pour 100. Rappelons que Casteret avait mis, naguère, dans la Garonne, 60 kg de produit solide. La quantité que nous emportons est nécessaii’e, car, à Noël 1946, les 25 kg jetés dans la rivière souterraine n’ont été retrouvés nulle part. Cette fois, nous réussissons, car la nature est notre alliée : un violent orage, déchaîné sur la sui’face du massif, s’accompagne d’une grande précipitation. Vingt-huit heures après le début de notre expérience, la Hount deras Ilechos, dans la vallée de Planque, était colorée en vert intense.
- Examinons maintenant quelques-uns des résultats piàncipaux de cette importante expédition qui a mobilisé, non seulement un matériel considérable appartenant au Spéléo-Club, mais toute une organisation militaire sans laquelle nous ix’aurions pu assurer les sécurités nécessaires.
- Sur le plan sportif, c’est- évidemment un succès, car aucune
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- descente sur le territoire français n’avait comporté le parcours d’une si grande dénivellation.
- Il est même regrettable que le gouffre se soit terminé aussi rapidement, car l’excédent de puissance de l’équipe permettait certainement d’aller plus loin.
- Dans cette expédition, ont été mises en oeuvre les techniques spéléologiques les plus modernes; les échelles métalliques, légères, dont l'invention est due à Robert de Joly, se trouvaient, en tous points, doublées par des câbles de chanvre roulant sur poulies. Certaines étroitures ont été élargies à l’aide de charges creuses Brandt, dispositif, comme l’on sait, très commode, puisque l’onde de choc produite par l’explosion est orientée vers
- \6ampingX
- Isouterraid
- Intotérs-ble (coup de chaleur)
- Irritant
- Température de l’air
- Fig. 8. — Les climats favorables à l’homme.
- A, limite supportable au repos, habillé, à l’abri du soleil ; B, limite supportable au repos, au soleil ; C, limite supportable, au soleil, pendant une
- marche.
- la surface de la roche et provoque, sans forage préalable, une percussion telle que 5o à 80 cm d’épaisseur de calcaire sont arrachés.
- Tout était prévu pour assurer, dans tous les cas, la possibilité de pose des échelles en dehors des cascades. Des burins spéciaux permettaient de forer le calcaire car, dans cette roche, le pitonnage cher aux alpinistes ne donne pas de bons résultats.
- A — a5o, les dispositifs utilisés comportaient aussi une certaine originalité : la chèvre pouvait, s’adapter à n’importe quel terrain et les réactions mécaniques qui s’exerçaient sur elle permettaient de la poser, avec un simple amarrage de principe, très près de la lèvre du gouffre.
- La benne, profilée, contenant l’explorateur et comportant à sa partie supérieure un chapeau de tôle (chapeau chinois) pouvait glisser sur n'importe quelle paroi sans que le chapeau protecteur soit accroché. Elle pouvait également passer les surplombs. Les liaisons téléphoniques, classiques celles-là, mais parfaitement installées par l’Armée, notre camarade Chavigner et les frères Maille, étaient doublées de liaisons radio; les essais radio furent très satisfaisants. Les postes portatifs émetteurs-récepteurs, type Walkic-Talkie, que nous avait prêtés l’Armée, doivent désormais constituer un des éléments de liaison de toute expédition spéléologique importante.
- La principale originalité de notre méthode d’attaque du gouffre de la Ilcnnemorte consiste dans l’emploi d’un camp-relais. Il était prévu, en effet., un habitat véritable dans les profondeurs du gouffre. Trois tentes pourvues de tapis de sol imperméables remontant le long des parois étaient installées à — a5o.
- L’habitat sous la tente est, en effet-, infiniment plus suppor-
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- tabîe que le bivouac souterrain. Dans le gouffre, l’air était à 5° C. et ioo pour ioo d’humidité. Sous la tente, par simple combustion de quelques grammes de bougies ou d’alcool, l’air pouvait être amené au-dessus de ia° et son état hygrométrique abaissé bien en-deçà de 8o pour ioo. Il est à remarquer, en effet, que la combustion d’une flamme, qui donne, en même temps, de l’eau et du gaz carbonique, produit suffisamment de calories pour diminuer considérablement l’humidité relative de l’air qu’elle échauffe sans introduire, dans cet air, une proportion de gaz carbonique qui puisse nuire à l’entretien de la vie.
- Si l’on se rapporte à la figure 8, due, dans l’ensemble, à David Brunt, on voit que le camping souterrain comporte un climat local (sous la lente) qui peut être situé dans la zone des climats favorables à l’homme. De plus, l’air souterrain, enrichi de gaz radioactifs, possède une ionisation élevée qui entraîne généralement sa grande conductibilité électrique. Cette propriété lui confère un caractère sédatif que l’on a toujours constaté à la surface du sol. Il n’était donc pas illusoire d’envisager, pour nos camarades, un habitat souterrain à la Ilcnnemorte. L’expérience a confirmé ces prévisions, puisque cinq « jours » et cinq « nuits » ont été passés sous terre. Le fait est à retenir pour les expéditions futures, lorsqu’une trop grande fatigue ou la longueur des manœuvres conduisent l’homme à un épuisement dangereux. Il est à retenir aussi, lorsque des explora-
- Fig. 9. — Les pentes Nord de la Coumenère et de la vallée de Planque.
- En haut, à droite, se trouvent le camp et, dans la partie boisée, le gouffre. A gauche, au milieu, la zone de résurgence des eaux souterraines.
- (Photo Ichac).
- leurs ne se contentent pas d’une visite rapide, mais désirent observer, mesurer, sous terre, ou encore récolter, dans différentes conditions, des représentants de cette faune cavernicole si abondante et dont l’étude conduit à de passionnantes conclusions. Nous ne parlerons pas de ces conclusions dans cet article,
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- car des études spéciales seront données, par la suite, par les entomologistes de l’expédition, Dresco et Nègre, en liaison avec les professeurs Jeannel et Fage.
- La coloration des eaux de la Hennemorte conduit à la connaissance de tout un réseau hydrologique orienté sud-nord et drainant cet immense chaos de la Coumonère que l’on croyait alimenter le Goueil-di-Her et la source de Bernatas, vers l’est, ou même, d’après les conclusions géologiques, la source du Lac Bleu, à l’ouest, dans la vallée du Ger. Le gouffre de la Hennemorte descend dans une cuvette synclinale. Ses eaux, après l’élroiture où s’arrête l’exploration, à — 446, doivent changer de direction car on les retrouve à 600 m au-dessous de l’orifice du gouffre et à 5oo m au nord, à la Hount deras Ilechos, dans la vallée de Planque (fig. 9).
- Trois observations nous conduisent à penser que de grands Arolumes d’eaux sont interposés entre l’étroiture finale et la résurgence. En premier lieu, la dilution du colorant, dont il a fallu une quantité massive pour observer, en définitive, la présence de fluorescéine à la Hount deras Ilechos. En second lieu, la différence de température entre les eaux du gouffre, 4° à — a5o, et les eaux de la résurgence, 70 ou plus. Même si l’on tient compte de l’énergie récupérée sous forme de chaleur par les eaux descendant de 35o m (de — 25o à — 600) (o°,a5 par 100 m, soit o°,87), il apparaît que celte différence de tempéra-
- ture ne peut résulter que d’un échange considérable entre la roche encaissante et la rivière souterraine. Il est même probable que les eaux descendent au-dessous du niveau de la résurgence et se réchauffent à une altitude encore inférieure. Cette hypothèse est confirmée par le fait que le pu des eaux décroît notablement entre le gouffre (7,2) et la résurgence (6,5).
- Notre expédition de 1947 a permis aussi de mettre fin à ce qu’on a appelé le « mystère de la Hennemorte ». Où allait ce torrent furieux qui parcourt, à certains moments, les grandes verticales du gouffre ? Aucune des résurgences voisines ne paraissait avoir des débits instantanés en rapport avec ceux de la rivière souterraine.
- En réalité, le fond du gouffre lui-même, constitue un régulateur de cette rivière et le niveau de l’eau remonte parfois bien au-dessus de la cote — 446. Sa hauteur au-dessus de l’étroiture peut atteindre 70 m et même, peut-être, 90 m. Plus de 20 000 m3 d’eau seraient alors accumulés au fond du gouffre.
- Ainsi, ce ne sont pas les débits instantanés, mais les débits moyens de la rivière souterraine qui correspondraient aux débits moyens de la résurgence établie par coloration : la Hount deras Hechos.
- Félix Trombe,
- Président du Spéléo-Club de Paris.
- L'ACIDE CYANHYDRIQUE
- cause possible de la poliomyélite.
- On admet généralement que la" poliomyélite (paralysie infantile, est une maladie infectieuse causée-par un virus. Bien qu’on ait isolé ce virus et qu’on ait réussi à inoculer la maladie aux singes, elle présente certains aspects qu’il est difficile de concilier avec l'hypothèse . du virus: Le caractère quasi épidémique de la poliomyélite porte, à croire que- -les aliments jouent un rôle dans sa propagation, mais jusqu’à présent on n’a pu déceler la présence de l’agent infectieux dans aucun de ceux-ci. Cependant, on observe des cas, plus nombreux de poliomyélite dans certaines localités, chez certains groupes humains et a certaines époques de l’année ; et cela, sans qu’en apparence, il y ait eu contamination d’un individu à un autre.
- Ces constatations ont suggéré au Dr R. R. Scobey l’idée qu’il s’agit très probablement d’un empoisonnement d’origine alimentaire dans lequel l’acide cyanhydrique jouerait un rôle prépondérant, soit qu'il attaque directement les cellules- nerveuses, soit qu’il prépare dans l’organisme un terrain favorable à-l’infection par le virus, celui-ci étant toujours présent.
- Voici les faits constatés par le Dr Scobey (Archivs of Pediatry, New York, 1946, 23, p. 322), tels que les relate notre confrère de
- Londres, Nature. L’acide cyanhydrique (acide prussique) se rencontre à l’état libre, ou combiné comme dans l’essence de moutarde et dans certains glucosides facilement hydrolysables, dans plusieurs légumes ou fruits qui généralement sont consommés assez abondamment à l’époque de l’année où l’on observe les cas les plus fréquents de poliomyélite. Ce sont surtout des Crucifères (moutarde, raifort, chou-fleur, choux divers) ou des Rosacées donnant des fruits à noyau ou à baies. Des essais d’ingestion de ces aliments végétaux par les animaux ont montré que ceux-ci présentent des symptômes et des caractères pathologiques qui ressemblent d’une façon frappante à ceux qu’on a observés chez l’homme dans la presque totalité des cas de poliomyélite qui ont été bien étudiés. On a constaté aussi que la teneur en acide cyanhydrique des plantes varie beaucoup avec l’époque de leur végétation et que la distribution géographique, la saison et les conditions climatiques observées pendant les épidémies de poliomyélite correspondent exactement au moment où la teneur des plantes, et en général de la flore régionale, en acide cyanhydrique est la plus élevée et aussi à l’époque où un même groupe humain consomme le plus de ces aliments riches en acide cyanhydrique.
- L'appendice cæcal.
- Au débouché de l’intestin grêle dans le gros intestin, on observe chez l’homme un petit diverticule, l’appendice vermiculaire, qui donne à beaucoup des soucis par son inflammation, l’appendicite. On a beaucoup discuté de son rôle et de sa signification. L’Anthropologie vient de revenir sur ce sujet, à propos de recherches récentes.
- L’appendice n’existe que chez l’homme et les singes anthropoïdes,- les autres singes n’en ont pas (Broca, 1S70) ou tout au moins n’ont que des invaginations transitoires liées à certains stades de la digestion (Neuville, 1922). On ne peut donc parler d’organe vestigial, atrophié par le non-usage.
- Les histologistes y ont vu des follicules clos, contenant un grand nombre de cellules sécrétantes d’adrénaline et l’on a supposé leur action sur le système nerveux sympathique, notamment sur les contractions du gros intestin. L’appendice a. donc une fonction physiologique spéciale, non indispensable au maintien de la vie, puisque tant d’hommes vivent opérés, mais cependant indiscutable.
- En comparant les diverses espèces de singes supérieurs, F. Gluclcmann a distingué deux lignées différentes : l’Orang, ie Gorille, le Chimpanzé ont un appendice très développé et de plus en plus long ; le Gibbon en a un plus court qui rappelle en plus primitif la conformation de l’Homme. Il a expliqué ces différences par l’attitude debout, bipède, qui, redressant le côlon droit gêne la progression des matières fécales, tend le cæcum et cause son hypertrophie ; l’appendice d’abord contractile s’ankylose et se fixe un peu au-dessus et une valvule y apparaît ; il devient ainsi séparé du flot des matières. Mais cette explication semble trop schématique. L’appendice manque chez d’autres mammifères qui se tiennent debout, tels le Kangourou et divers rongeurs sauteurs ; la philogénie des grands singes est encore discutée et discutable ; le régime alimentaire doit aussi avoir un rôle dans le développement de l’appendice puisque le Dr Paler a observé qu’en Amérique, celui des Blancs est plus atrophié que celui des Noirs.
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- L'EXPANSION DE LA CHIMIE DES PÉTROLES NATURELS ET SYNTHÉTIQUES
- L’application des méthodes catalytiques au pétrole a permis de tirer de cette matière première une série infinie de produits chimiques et de monter une industrie dont la puissance s’accroît sans cesse.
- En Angleterre, le procédé dit « Catarole » de Weizmann va livrer la série la plus variée d’hydrocarbures aromatiques indispensable à l’industrie des produits chimiques organiques et compenser la réduction des anciennes ressources dérivées du goudron de houille.
- Dès maintenant, le toluène fourni sur le marché et dérivé du pétrole représente i5 pour ioo de la production.
- La chimie du pétrole apportera un très important appoint à la production des solvants : acétone, cétones supérieures, alcools et éthers propyliques, butyliques, etc... pour les industries des peintures et vernis.
- Les détergents, substituts du savon, seront produits en quantités pratiquement illimitées, ainsi que les insecticides, les fongicides.
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- Dans la série des matières plastiques, les polyéthylènes, résines allyliques, chlorure de polyvinyle, résines acryliques, etc.... peuvent dériver du pétrole.
- Une usine américaine monte la fabrication de la glycérine synthétique à partir du propylène de haute pureté, dérivé du pétrole et obtient ainsi un produit répondant i toutes les exigences des consommateurs. Cette synthèse permettra de régulariser le marché d’un produit jusqu’ici lié à celui des matières grasses.
- Il faut également ajouter à cette liste déjà longue, toute une série de produits qui trouveront des débouchés importants comme antigels, comme agents mouillants émulsifiants, comme base d’apprêts pour les industries des textiles, des cuirs, etc....
- Mais l’exploitation pétrolifère, dans le monde, et en particulier aux États-Unis, a atteint un plafond difficile à maintenir en face d’une consommation croissante et cela malgré la multiplicité des forages.
- C’est pourquoi les industriels et les ingénieurs font les plus grands efforts pour le développement de nouvelles ressources et de nouvelles techniques.
- On étudie la mise en valeur des champs de lignite du Dakota et du Montana et celle des schistes bitumineux. Ceux-ci peuvent fournir quelque quatre-vingt-dix milliards de barils d’essence. Dans l’ensemble, avec les gisements de lignite, les experts américains estiment que, dans ces régions, quelque cinq cent trente milliards de barils d’essence peuvent être produits sur la base de 70 pour 100 de récupération.
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- D’autre part, le traitement des gaz naturels des puits de pétrole, peut également conduire à la synthèse de carburants liquides. Par oxydation catalytique de ces gaz. on obtient un mélange d’oxyde de carbone et d’hydrogène.
- Par hydrogénation catalytique par le procédé Fischer, maintenant classique, on obtient des hydrocarbures dont une bonne partie a des points d’ébullition dans les limites de l’essence. Les sous-produits sont des huiles lourdes de points d’ébullition élevés et des dérivés oxygénés de la série des alcools.
- Cette industrie de l’essence des gaz naturels sera réalisée sur une échelle industrielle en 19/19. Des projets considérables sont
- à l’étude. D’après J. H. Forrester, directeur de la Stanolind Oil and Gas Cy et les compagnies associées à French Lick (Indiana), les usines en construction produiront chaque jour 5 3oo barils d’essence et comme sous-produits 800 barils de mazout, x o5o barils d’hydrocarbures divers et 200 tonnes de produits chimiques variés.
- Indépendamment de ceci, l’hydrogénation des charbons par le procédé Fischer-Tropsch a des possibilités illimitées étant donné les immenses réserves du continent américain.
- Une nouvelle technique de gazéification totale du charbon a été mise au point aux États-Unis (Fluidizing Solids process).
- Du charbon pulvérisé est introduit dans un cyclone en même temps que de l’oxygène et de la vapeur d’eau. Ce gazogène à charbon pulvérisé fournit ainsi par un procédé très souple et facile à régler, un mélange d’oxyde de carbone et d’hydrogène. Ce gaz conduit à l’obtention de produits pétrolifères synthétiques, d’alcools ou de cétones, par les méthodes habituelles maintenant devenues classiques.
- Ces industries vont mettre en action d’énormes volumes de gaz naturels, de gaz de fours à coke et de gaz de gazogènes. La question du stockage de ces masses gazeuses se pose, et cela d’autant plus que les usines se trouveront, dans l’avenir, plus ou moins directement reliées à des réseaux, à des distributions urbaines de gaz destiné à la consommation industrielle et domestique. Ces réseaux s’étendent déjà sur des milliers de kilomètres aux États-Unis et en U. R. S. S.
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- Les demandes de la consommation industrielle et urbaine se poursuivent en graphiques irréguliers comportant des pointes importantes qui conduisent à l’installation de stations de stockage.
- La capacité des gazomètres normaux est limitée; pour les gaz naturels des puits de pétrole, on peut recourir au stockage du gaz liquéfié. Une telle installation a été réalisée à Cleveland (Ohio). Une autre est en projet en U. R. S. S. Les autorités soviétiques auraient passé un contrat avec une firme américaine pour la construction d’une usine de liquéfaction et de stockage pour stabiliser les pointes de la consommation de Moscou qui est alimentée par les gaz naturels de la région de Saratov. D’après un rapport de presse, la capacité journalière de liquéfaction serait de 4 millions de pieds cubes (110 000 m3 environ).
- Dans les régions pétrolifères, une autre méthode qui était appliquée depuis une trentaine d’années prend une nouvelle extension, c’est le stockage souterrain de gaz par compression dans les gisements naturels plus ou moins épuisés. On peut ainsi accumuler par des batteries de compresseurs, l’excès de gaz fourni par les pipe-lines et les canalisations pendant les heures de faible consommation. Cette technique est utilisée dans les champs des Appalaches qui alimentent les régions puissamment industrialisées de Pittsburg et de Cleveland.
- La même technique est employée depuis des années par les aciéries de Pittsburg pour stocker des gaz de fours à coke dans un ancien gisement de gaz naturel en Pennsylvanie, à Makees-port.
- Ces techniques déjà anciennes trouvent l’occasion d’appuyer maintenant les dernières réalisations de l’industrie moderne qui développe sans arrêt de nouvelles innovations dont l’incidence retentit jusque dans les moindres détails de la vie quotidienne.
- L. P,
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- Fig. 1. — L’avion vu de l’avant.
- L'AVION FRANÇAIS S.O. 30 R
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- bimoteur commercial de 2600 ch à cabine étanche pour 30 passagers.
- Dans les deux Amériques et en Angleterre, nous assistons à un développement toujours plus considérable des transports par la voie des airs; dans notre pays, le réseau d’Air-France s’étend régulièrement, en longueur comme en importance de trafic, mais nous nous trouvons malheureusement tributaires de matériels étrangers pour l’exploitation de nos lignes, et nous tirerions une plus grande satisfaction d’amour-propre national à pouvoir utiliser des avions français à la place des Junkers, Lookheed et Douglas, dont l’utilisation nous rend cependant de bien précieux services dans les temps présents.
- Nous avons le droit de nous montrer optimistes pour le proche avenir, car plusieurs appareils commerciaux purement français, prévus pour diverses utilisations, sont actuellement en voie d’achèvement ou aux essais et semblent n’avoir rien à envier aux techniques des aviations étrangères. Nous pouvons mentionner :
- le S.O. 3o R pour 3o passagers, qui vient d’effectuer ses essais statiques;
- le Nord 2 100 pour 10 passagers, dont les essais en vol sont en cours:
- les gros cargos aériens de 4o t Cormoran de la S.N.C.A. du Centre et Bréguet, dont la construction est très avancée, etc....
- Le S.O. 3o R a déjà fait beaucoup parler de lui au Salon de 1946, car il offre à ses passagers le confort le plus recherché; disposant d’une cabine parfaitement climatisée et insonorisée, il comporte 3o fauteuils spacieux avec table rabat-table pour chaque passager; la nuit, seize couchettes peuvent y être installées; à l’arrière, un bar, un vestiaire et un cabinet de toilette doivent être aménagés. Prévu par Air-France pour
- assurer les liaisons entre les grandes villes européennes : Paris-Amsterdam, Paris-Copenhague, Paris-Lisbonne, Paris-Prague, Paris-Londres, Paris-Nice, etc..., le S.O. 3o R sera un avion très rapide laissant espérer une vitesse de croisière de l’ordre de 44o km/h.
- Les essais statiques du S.O. 3o R ont eu lieu ces derniers mois à l’usine de Saint-Nazaire et ont donné toute satisfaction, puisque le fuselage de l’appareil, calculé pour résister jusqu’à une compression de 20 t, n’a cédé qu’à 24 t. Mentionnons ici que les épreuves ont procédé d’une technique entièrement nouvelle, qui laisse loin derrière la méthode ancienne consistant à recouvrir de sacs de sable et de masses de plomb la voilure et le fuselage jusqu’à ce que se produise la rupture des organes. Aujourd’hui, les pièces a essayer sont enserrées dans de grandes bandes de toile reliées à de puissants câbles et la force de compression se trouve mesurée par un système perfectionné de dynamomètres. La résistance des revêtements peut être véri-
- Fig. 2. — L’avion au sol, vu latéralement.
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- fiée à l’aide d’une série de fortes plaques de caoutchouc formant ventouses, par un dispositif ingénieux et venant remplacer la dépression de l’air. C’est ainsi que l’empennage du S.O. 3o R a été recouvert, lors des essais, de près de i5o ventouses de caoutchouc.
- Les caractéristiques du S. O. 30 R.
- Le S.O. 3o R est un appareil de construction métallique, à aile médiane du type cantilever; les deux demi-ailes latérales portent les volets de courbure à fentes et les ailerons et forment chacune réservoir d’essence.
- Le fuselage est en forme de coque à section circulaire, avec cadres lisses et revêtement en duralumin de 8/10 de mm, avec rivetage étanche par interposition de joints de caoutchouc.
- L’aménagement intérieur est le suivant :
- d’avant en arrière : le poste de pilotage pour un ou deux pilotes, un mécanicien et un radio;
- un petit vestibule où prend place l’hôtesse de l’air, trois cabines successives installées pour tenir au total 3o passagers et pouvant former cabines-couchettes pour 16 passagers;
- une travée divisée pour constituer un bar, un vestiaire et un cabinet de toilette;
- trois soutes, disposant chacune d’une porte d’accès, sont réparties sous le plancher; des soutes supplémentaires sont prévues dans la voilure et à l’arrière du fuselage.
- Le poste de pilotage est, bien entendu, à double commande côte à côte, chaque pilote disposant suivant son axe, d’un tableau complet d’instruments. Le poste de mécanicien comporte l’ensemble des instruments de contrôle et de commande des moteurs. Le poste du radio-navigant, installé sur le côté gauche de celui du pilote, permet de communiquer aisément avec ce dernier.
- La formule mono-dérive a été adoptée sur le prototype pour le montage des empennages, mais les modèles de série porteront une queue à double dérive.
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- Le train d’atterrissage est du type tricycle, à roues escamotables; les trois roues sont équipées de freins hydrauliques.
- Le groupe moto-propulseur du prototype est constitué par deux moteurs Pratt et Wtithney, mais ce sont deux moteurs Gnome et Rhône i4 R 5, développant i 3oo ch chacun à 2 4oo tours qui équiperont normalement le S.O. 3o R; au décollage, la surpuissance des moteurs lés portera chacun à i 700 ch. Les liélices sont tripales à commande électrique. La capacité totale des réservoirs d’essence est de 3 800 litres.
- Pour terminer cette rapide description du S.O. 3o R, remarquons que l’appareil comporte un dégivreur thermique, un système de pilotage automatique et deux compresseurs avec échangeurs de température, chargés de conditionner l’air dans la cabine, avec rétablissement à l’altitude de C 000 m de la pression régnant à 2 5oo m.
- Aspect général et performances.
- Développant 2 600 ch de puissance nominale au sol avec ses deux moteurs Gnome et Rhône et 3 4oo ch de surpuissance au décollage, le S.O. 3o R possède une envergure de 25,60 m, une longueur de 18,4o m, une hauteur de 5,90 m et une surface portante totale de 82 m2; son poids à vide est de l’ordre de 10 t et son poids total peut dépasser i5 t.
- Les performances escomptées sont les suivantes : vitesse maximum à 6 000 m : 570 km/h, et à 7 700 m : 545 km/h; vitesse de croisière : 44o km/h environ, avec 3o passagers; vitesse d’atterrissage : i3o km/h; plafond maximum : autour de 9 000 m.
- Le S.O. 3o R se présente comme un appareil doté de tous les perfectionnements dont peut bénéficier actuellement la technique aéronautique. Aussi doit-il contribuer à remonter le prestige de l’aviation commerciale française, qui a reconstitué et même étendu l’ensemble de ses lignes d’avant-guerre, mais qui manque de matériel de fabrication nationale.
- Fernand de Laborderie.
- Fig. 3. — Vue trois-plans du S.O. 30 R.
- -e
- O O 0
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- Une nouve
- e
- méthode de préparation du beurre
- L’extraction du beurre est une très vieille industrie. Sa technique n’a guère changé depuis des temps très anciens. Les graisses émulsionnées en gouttes microscopiques dans le lait sont d’abord concentrées sous forme de crème par décantation ou au moyen de centrifugeuses ou écrémeuses. Cette crème longuement battue donne le beurre qui se rassemble et se sépare du liquide aqueux où restent dissous la caséine, le lactose et les sels.
- La revue Industries agricoles et alimentaires, dans son numéro de janvier-mars 1947, décrit une nouvelle machine qui paraît appelée à révolutionner l’industrie beurrière.
- Cette machine permet la fabrication en marche continue, avec une amélioration sensible de rendement, dans un temps total, emballage compris, de cinq minutes environ, à partir de la crème. Les opérations discontinues actuellement en usage exigent au moins vingt heures.
- Cette machine est basée sur les observations du professeur de chimie agricole, G. Wiegner, de l’École polytechnique fédérale de Zurich. Ses recherches sur la structure colloïdale du lait lui avaient permis de démontrer que la formation du beurre est un phénomène de coagulation sur lequel le gaz anhydride carbonique exerce une action favorable.
- Sur ce principe, le docteur James Senn, de Berne, a créé et fait breveter, après dix années de recherches, une machine d’un type tout à fait nouveau. Par une agitation mécanique intense sous pression de gaz carbonique, on réalise la séparation du beurre de la crème en une minute à une minute et demie,
- La machine est commandée par un seul opérateur qui en règle la marche et dispose de toute une série d’appareils de contrôle. Un aide dépose dans les caisses d’expédition les paquets de beurre automatiquement pesés et emballés par la machine.
- L’appareillage construit en Suisse est en marche dans une importante beurrerie depuis un an et demi. D’autres machines sont en construction pour la Suisse et pour des pays d’outremer. Ces machines modernes peuvent produire 1 000 kg de beurre empaquetés en petites pièces à l’heure. Elles travaillent dans des conditions hygiéniques remarquables par suppression
- des longues manipulations, responsables des contaminations par manutentions manuelles à l’air.
- Il faut noter encore que dans la fabrication du beurre carbonique, la partie de la crème restante après l’extraction est un babeurre doux qui, mis en bouteilles, fournit une boisson agréable, rafraîchissante et nutritive; coupée de jus de fruits ou aromatisée, elle deviendra sans doute un produit recherché.
- L. Perruche.
- Fig. 1. — La nouvelle machine à beurre.
- {Ph. Industries agricoles et alimentaires).
- L'explosion
- Les périodes d’après-guerre sont intéressantes pour la géophysique, soit qu’on se débarrasse de stocks d’explosifs, soit qu’on détruise des fortifications ennemies. On se souvient en France de l’expérience organisée au camp de la Courtine après la première guerre mondiale. Cette fois-ci l’Angleterre a eu l’occasion d’étudier la transmission de fortes explosions et M. P. L. Wilmore vient de publier dans Nature les observations faites le 18 avril dernier, lorsqu’une charge de près de 4 000 t fit sauter d’un seul coup les fortifications de l’île d’Helgoland.
- Une telle détonation provoque dans les couches supérieures du sol des vagues comparables à celles des séismes ; elles ont l’avantage d’être exactement chronométrées, d’avoir un point d’origine précis, si bien qu’en organisant un réseau de récepteurs en de multiples points, on peut déterminer avec beaucoup de précision la vitesse de transmission et les anomalies dues à la nature du sol.
- Depuis 1946, les Anglais ont eu l’occasion de faire des observations de ce genre en Allemagne. En juillet 1946, on fit sauter en dix fois une charge totale de 40 t en surface près de Soltau ; le
- d'Helgoland.
- sol sableux de l’Allemagne du Nord ne transmit pas le choc à plus de 50 km. Une charge de 12 t, explosée à bord d’un sous-marin à Kiel, fut enregistrée à peu près à la même distance.
- L’explosion d’Helgoland, sur une île rocheuse, avec une charge de 4 000 t, méritait une plus vaste organisation : les observatoires sismologiques furent alertés dans un rayon de 1 000 km, des stations temporaires furent installées tout autour de la baie d’Helgoland, sur la côte allemande, et dans l’intérieur du pays, du Danemark jusqu’en Italie. Tous les postes d’écoute, sauf cinq, enregistrèrent la déflagration ; des observatoires aussi éloignés que Trieste et le Puy-de-Dôme (99S km) obtinrent des sismogrammes nets. Vers le Nord et l’Ouest, par contre, des microséismes naturels interférant, on ne reçut rien de discernable en Norvège, en Écosse et dans le Nord de l’Angleterre. La vitesse de transmission concorde avec celles déjà déterminées ; des particularités dans le passage à travers les couches terrestres ont un grand intérêt géophysique et seront analysées en détail quand tous les documents auront été rassemblés et dépouillés.
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- LA CLASSIFICATION PERIODIQUE
- et les nouveaux éléments
- Atomes et Molécules. Eléments.
- L’imposant édifice de la science chimique s’est érigé sur les notions de molécules et d’atomes dont les développements constituent la théorie atomique. La notion de molécule est intuitive et liée à la conception de la discontinuité de la matière. Elle se rattache à l’idée qu’une substance ne peut pas être divisée en fragments de plus en plus petits sans perdre à partir d’un certain moment les caractères qui lui sont propres. A chaque espèce chimique définie doit correspondre un grain limite de matière qui ne peut plus être subdivisé sans que ses propriétés se trouvent profondément altérées. Cette particule ultime, caractéristique de chaque espèce chimique définie, est la molécule.
- La notion d’atome est d’origine plus métaphysique. Les Anciens imaginaient que les innombrables substances qui nous entourent sont construites à partir d’un près petit nombre d’éléments. Pour les Philosophes grecs ces éléments étaient seulement au nombre de quatre : l’eau, l’air, la terre et le feu. Mais, dès le Moyen Age cette hypothèse dut être rejetée : peu à peu les alchimistes, puis les chimistes reconnurent l’existence de corps simples, c’est-à-dire indécomposables, dont les multiples combinaisons engendrent les centaines de milliers d’espèces chimiques.
- C’est Dalton qui doit être considéré comme le créateur de ’a théorie atomique au début du xixe siècle. En comparant les lois pondérales qui régissent la composition et la formation des combinaisons chimiques, il fut amené à supposer que tout corps simple est formé de particules identiques et indestructibles qui se conservent au cours des réactions et dont la masse est invariable. Ces particules sont les atomes. Les molécules des corps composés résultent de l’union des atomes des différents corps simples.
- Ainsi la molécule d’un corps simple ou composé est la particule ultime de ce corps pouvant exister à l’état libre. L’atome est la particule ultime d’un corps simple susceptible d’entrer en réaction.
- La molécule d’hydrogène, corps simple, est formée de deux atomes d’hydrogène, elle est dite biatomique. La molécule de soufre, au voisinage du point d’ébullition comprend huit atomes, elle est ocloatomique. Par contre, pour les métaux en vapeurs, la molécule s’identifie avec l’atonre : elle est monoatomique.
- La molécule d’eau, corps composé, est constituée de deux atomes d’hydrogène et d’un atome d’oxygène. La molécule de sucre ordinaire, le saccharose, comprend douze atomes de carbone, vingt-deux atomes d’hydrogène et onze atomes d’oxygène, etc., etc.
- Lorsque des corps simples entrent en réaction pour former des corps composés, leurs propriétés particulières s’effacent pour
- oo
- Atome d’hydrogène
- ? H
- Atome d’oxygène 2 H20
- Fig. 1. — Représentation schématique de la réaction de formation
- de l’eau.
- céder la place à de nouvelles propriétés qui sont celles des combinaisons. Ainsi, dans l’eau, composé liquide incombustible,
- on ne reconnaît plus les propriétés de l’hydrogène, corps gazeux inflammable, ni celles de l’oxygène, gaz comburant. Cependant, quelques caractères des corps simples demeurent dans leurs combinaisons : les caractères radioactifs, quand ils existent, et 'es spectres d’émission et d’absorption de rayons X. Ce sont ces rares propriétés qui ont reçu le nom de 'propriétés élémentaires : elles sont communes à un corps simple et à tous ses composés, ce qui fait dire que ce corps simple et tous ses composés renferment le même élément.
- Le corps simple oxygène (molécule diatomique), le corps simple ozone (molécule triatomique), le corps composé eau, le corps composé saccharose contiennent le même élément oxygène.
- Il est regrettable du point de vue de la terminologie que le même mot serve à désigner à la fois, l’un des corps simples iso-lables et l’élément qui est une entité. Mais la notion de molécule en permettant de schématiser les corps simples et les corps composés, et la notion d’atome en rendant possible la concrétisation des éléments, suppriment toute confusion et donnent aux chimistes les moyens d’établir leur symbolisme et de construire leurs modèles.
- Le nombre des éléments, caractérisés par des atomes différents, est inférieur à la centaine. Ils sont représentés par un symbo'e formé d’une ou de deux lettres : hydrogène II, oxygène O, fer Fe, etc.
- Constitution des atomes.
- Jusqu’à la fin du xixe siècle, les atomes paraissaient mériter leur nom qui signifie insécable, lorsque des expériences dues à Crookes sur la décharge électrique dans les gaz raréfiés laissèrent pressentir que les atomes pouvaient être brisés en des constituants plus simples. Jean Ferrin, en 1895, établit de manière indiscutable que les atomes sont formés de particules matérielles chargées les unes d’électricité positive, les autres d’électricité négative.
- Les particules négatives sont en nombre variable suivant ]es différents atomes, mais toutes identiques quels que soient les atomes envisagés : ce sont les électrons négatifs ou négatons. Leur masse est très faible (1/1 840 de celle de l’atome d’hydrogène) et leur charge individuelle est de 1,59.10—19 Coulomb. Ces électrons gravitent dans chaque atome autour d’une particule positive ou noyau positif dans lequel se trouve concentrée la quasi-totalité de la masse de l’atome. Ces noyaux diffèrent suivant les atomes. Leur charge positive est égale en valeur absolue à la somme des charges négatives des électrons planétaires, de manière que la charge totale de l’atome soit neutre.
- Si l’on adopte comme unité de charge, en valeur absolue, la charge de l’électron, celle du noyau sera exprimée par le nombre d’électrons planétaires. C’est ce qu’on appelle le numéro atomique désigné couramment par la lettre Z.
- Le numéro atomique peut être déterminé directement pour chaque élément par l’étude du spectre d’émission ou d’absorption de rayons X (Moseley). Il est caractéristique de l’élément, que celui-ci soit à l’état de corps simple ou engagé dans une combinaison.
- L’élément hydrogène a pour numéro atomique Z = 1 : son atome est formé d’un électron gravitant autour d’un noyau porteur d’une seule charge positive. Le numéro atomique de l’oxygène est Z = 8 : son atome comprend 8 électrons négatifs gravitant autour du noyau porteur de 8 charges positives. L’uranium a pour numéro atomique 92 : son noyau portant 92 charges positives est entouré de 92 électrons négatifs.
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- Le numéro atomique est quelquefois indiqué en bas et à gauche du symbole de l’élément : A sO, 92U, etc.
- Les électrons ne sont pas distribués au hasard autour du noyau,
- Fig. 2. — Représentation schématique des cortèges électroniques de l’atome d’uranium.
- (2) (2, 6) (2, 6, 10) (2, 6, 10, 14) (2, 6, 10, 3) (2, 6, 1) (2).
- ils se répartissent sur différentes orbites, qui sont appelées couches et désignées par les lettres K, L, M, N, O, P, Q, elles-mêmes subdivisées en sous-couches s, p, d, /...
- On trouvera dans le tableau ci-après la constitution des cortèges électroniques de quelques éléments.
- pour souligner leurs analogies et leurs différences. C'est l’objet des classifications basées sur des tests diversement choisis. Il est bien évident que les propriétés des combinaisons sont imposées par la nature des éléments qui les forment et que les éléments présentant des analogies doivent engendrer des corps composés ayant au moins certaines propriétés communes ou voisines.
- Aussi ne faut-il pas s’étonner que les chimistes aient cherché, dès que les éléments connus furent en nombre suffisant, à :es classer pour faire ressortir leurs caractères communs. Les essais furent nombreux, mais s’ils permirent de reconnaître certaines familles comme celle des métaux alcalins (lithium, sodium, potassium, rubidium, césium) ou des halogènes (fluor, chlore, brome, iode), ils s’avérèrent impuissants à aborder le problème de la classification des éléments dans toute sa généralité.
- Des résultats plus intéressants furent obtenus en utilisant pour base des classifications les caractéristiques des atomes eux-mêmes : volume atomique ou masse atomique. Après diverses tentatives de Chancourtois (1862) en France, de Newland (1863) en Angleterre, de Lothar Meyer (1868) en Allemagne, le chimiste russe Mendéléieff réussit, en classant par masses atomiques croissantes, les 63 éléments alors connus et en réservant par une intuition géniale des places vides pour 24 autres éléments alors hypothétiques, à faire apparaître des périodicités dans les propriétés de ces éléments. Aussi le 2e élément (lithium), le 9e (sodium), le 16e (potassium) avaient des propriétés comparables : il en était de même du 3e (glucinium), du 10e (magnésium), du 17e (calcium), etc.
- Mendéléieff traduisit ces observations en dressant un tableau à double entrée comprenant 8 colonnes dans lesquelles venaient se placer les éléments analogues, tandis que ceux d’une même ligne correspondaient à des oxydes renfermant une quantité croissante d’oxygène, (par exemple Na.Ô, MgO, A1203, Si02, P20s, S03,
- CIA).
- La classification périodique de Mendéléieff présentait bien quelques anomalies inexplicables à l’époque : l’ordre des masses atomiques croissantes n’avait pas toujours été respecté et quelques inversions avaient été nécessaires (notamment celle de l’iode et du tellure), la huitième colonne renfermait des groupes de trois
- Couches K L M N O P Q
- Sous-couches .... s s,p s,p,d s,p,d,f s,p,d,f s, p, d s
- Noms Symboles
- Hydrogène «H 1
- Oxygène ...... *0 2 2,4
- Chlore nCl 2 2,6 2,5
- Manganèse 25 Mn 2 2,6 2,6,5 2
- Brotne 35Br 2 2,6 2,6,10 2,5
- Argent «A.g •2 2,6 2,6,10 2,6,10 1
- Iode 531 2 2,6 2,6,10 2,6,10 2,5
- Baryum 5r,Ba 2 2,6 2,6,10 2,6,10 2,6 2
- Lanthane • 57 ha 2 2,6 2,6,10 2,6,10 2,6,1 2
- Cérium 5sCe 2 2,6 2,6,10 2,6,10,1 2,6,1 2
- Lutécium 7I Lu 2 2,6 2,6,10 2.6,10,14 2,6,1 2
- Celtium 7,Ce 2 2,6 2,6,10 2,6,10,14 2,6,2 2
- Plomb sjPb 2 2,6 î;«;io 2,6,10,14 2,6,10 H» 9
- Radium ssRa 2 2,6 2,6,10 2,6,10,14 2,6,10 2,6 2
- Actinium 2 2,6 2.6,10 2,6,10,14 2,6,10 2,6,1 2
- Uranium Si U 2 2,6 2,6,10 2,6,10,14 2,6,10,3 2,6,1 2
- La couche K est complète avec 2 électrons, la couche L avec 8, la couche M avec -18, la couche N axTec 32..., mais on remarquera que certaines couches extérieures peuvent commencer à se former avant que les couches sous-jacentes soient saturées.
- La classification périodique des éléments.
- L’un des buts de la chimie est d’isoler les différentes espèces chimiques, de déterminer leur composition, de rechercher leurs propriétés, puis de comparer les espèces chimiques entre elles
- éléments (par exemple fer-nickel-cobalt) mais les découvertes successives de nouveaux éléments devaient lui apporter une justification toujours meilleure, Cës nouveaux éléments venaient ^e placer parfaitement à la p'ace que leur avait assignée Mendéléieff. La découverte des gaz rares (hélium, néon, argon, krypton, xénon) fut un succès bien plus éclatant encore, en obligeant à ouvrir une colonne supplémentaire où ces gaz dépourvus de propriétés chimiques trouvèrent leurs places naturelles,
- Les recherches sur la constitution des atomes, en fixant le numéro atomique de chacun d’eux et la répartition des électrons
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- dans les différentes couches fournirent par la suite l’explication des anomalies de la classification de Mendéléieff. Les numéros atomiques des éléments forment en effet la suite continue des nombres entiers et, en rangeant les éléments dans cet ordre, on retrouve la classitication périodique de Mendéléieff, mais la substitution du numéro atomique à la masse atomique justifie les inversions qui avaient paru gênantes. Quant à l’existence de plusieurs éléments se situant sur une même ligne dans la même colonne elle se justifie par la composition des couches et sous-couches électroniques.
- La classification périodique trouve donc son origine dans la dis-
- Figr. 3. — Le chimiste russe Mendéléieff (1834-1907) auteur de la classification périodique.
- tribution des électrons dans les atomes ; on conçoit qu’elle puisse ainsi servir de base à l’établissement d’une chimie comparée des éléments et de leurs composés.
- Des formes variées, plus ou moins originales et plus ou moins compliquées, ont été données par de nombreux chercheurs à la classification périodique des éléments, pour mieux mettre en évidence des rapprochements de propriétés. Si l’une d’entre elles peut paraître préférable à certains points de vue, aucune ne peut prétendre embrasser toutes les propriétés des éléments, car la classification périodique se référant à la répartition des électrons dans les couches orbitales, ne peut souligner que les analogies entre éléments dans un certain état correspondant à la constitution électronique envisagée. C’est ainsi qu’elle rapproche e chlore du manganèse, ce qui est justifié par les oxydes C1207 et Mn„Or et les sels tels que C104K et MnO*K qu’ils forment, mais elle ne met pas en évidence les analogies du manganèse et du magnésium dans leurs oxydes MnO et MgO. De même le cuivre vient se ranger avec les matériaux alcalins, ce qui est convenable si l’on envisage les sels cuivreux, mais ne tient pas compte des sels cuivriques pourtant les plus nombreux et les plus stables.
- Ces griefs et beaucoup d’autres ont été depuis longtemps formulés à l’égard de la classification périodique. Ils ne méritent pas de retenir l’attention outre mesure car si la classification périodique n’est pas une panacée universelle, elle a rendu par sa simplicité même, d’inappréciables services aux chimistes, notamment en permettant de prévoir certaines propriétés des éléments encore inconnus et en guidant leur recherche et leur séparation.
- Nous donnons ci-après l’une des formes les plus courantes et
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- les plus simples de la classification périodique. Les éléments sont répartis verticalement en groupes et horizontalement en périodes. Chaque période, dans laquelle le numéro atomique, c’est-à-dire le nombre total d’électrons planétaires croît d’une unité d’un élément au suivant, commence par un métal alcalin et se termine par un gaz rare. On remarquera que si les trois premières périodes s’étendent chacune sur une seule ligne, les trois suivantes ont été repliées sur deux lignes en formant des sous-périodes qui correspondent verticalement à des sous-groupes.
- Dans chaque sous-groupe vertical la composition électronique de l’orbite externe est la même. Ainsi, dans le groupe I, l’hydrogène, le lithium, le sodium, le potassium, le rubidium et le césium ont tous un seul électron sur la couche périphérique ; il en est de même du cuivre, de l’argent et de l’or, mais alors que les premiers ont S électrons sur l’avant-dernière couche, les seconds en ont 18, ce qui justifie l’existence des deux sous-groupes caractérisés d’ailleurs par des ensembles de propriétés présentant quelques différences. Des observations analogues pourraient être faites pour les autres sous-groupes.
- Le groupe III comprend dans la fie période un ensemble de 15 éléments, qui portent le nom d'éléments des terres rares ou lanthanides, car le premier d’entre eux est le lanthane (Z = 57), et que l’on a été conduit à placer en bloc dans une même case du tableau. Tous ces éléments ont, en effet, 2 électrons sur leur couche externe P, 9 électrons sur leur avant-dernière couche O, et c’est seulement la couche M qui s’enrichit d’un électron en passant de l’un au suivant. Ces 15 éléments ayant leurs deux couches extérieures identiques ont des propriétés chimiques extrêmement voisines, qui rendent des plus difficiles les séparations de leurs sels semblables.
- Georges Urbain, qui a consacré près de vingt ans à leur étude, qui a réussi à les caractériser et qui a découvert l’un d’eux, le lutécium, a eu recours pour les séparer à des centaines de milliers de cristallisations fractionnées. Il est parfaitement justifié de les placer tous au même endroit de la classification périodique.
- A la suite de recherches récentes et de la découverte des nouveaux éléments issus des travaux sur l’énergie atomique, il semble bien qu’il faille réunir en un bloc analogue, les derniers éléments de la classification périodique à partir de l’actinium (Z = 89) et les situer dans le groupe III de la troisième période au-dessous de la case des lanthanides. Ce sont les actinides : leur couche externe Q aurait deux électrons, leur avant-dernière couche P neuf électrons comme les deux dernières couches des lanthanides, et ce serait la couche précédente 0 qui s’accroîtrait d’un électron de l’un des éléments au suivant.
- Les isotopes et la classification périodique.
- Pendant longtemps les chimistes ont cru que la masse atomique d’un élément était indépendante de son origine naturelle. Il a fallu attendre le début de ce siècle, et les travaux sur la radioactivité, pour reconnaître une première exception : le plomb a une masse atomique légèrement, mais nettement, différente suivant qu’il a été extrait de minerais radioactifs ou non. Plus récemment, on a reconnu que l’hydrogène présente une masse atomique différente s’il provient d’eau de source, d’eau extraite des grandes profondeurs marines, d’eau du début d’une pluie, etc., et suivant la manière dont il est extrait.
- Dès la découverte des variations de masse atomique du plomb on fut amené à supposer qu’un élément pouvait ne pas être formé d’atomes identiques. Cette hypothèse fut vérifiée par J. J. Thomson et par Aston en soumettant à l’action d’un champ magnétique et d’un champ électrique un jet d’atomes ionisés positivement par arrachement d’électrons et provenant d’un élément gazeux, le néon. Cette méthode qui s’est considérablement développée sous le nom de spectrographie de masse permet de trier les atomes en fonction de leur masse. Elle révéla tout
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- d’abord que le néon, dont la masse atomique est 20,1S3, est formé d’un mélange de deux espèces d’atomes dont les masses respectives sont 20 et 22. Il en est de même pour plus des deux tiers des éléments. L’hydrogène ordinaire est un mélange d’hydrogène léger dont les atomes ont pour masse sensiblement 1 et d’hydrogène lourd, encore appelé deutérium, dont la masse des atomes est très voisine de 2 ; le potassium est formé de trois espèces d’atomes ; le plomb de 8 ; l’étain de 10 ; par contre, le sodium a tous ses atomes identiques.
- Généralement les proportions des différentes sortes d’atomes restent les mêmes pour un élément au cours de ses réactions chimiques ; cependant lorsque leurs différences de masse sont importantes, comme c’est le cas pour les deux hydrogènes, un début de fractionnement peut se produire à la faveur de traitements physiques ou chimiques, ce qui explique les différences de masses atomiques observées. Il en est de même pour le plomb qui, provenant de désintégrations radioactives différentes, peut ne pas contenir les mêmes proportions des divers atomes.
- Les différents atomes d’un même élément ne se distinguent que par leur masse, par contre, leur structure électronique est la même, ce qui explique que leurs propriétés chimiques soient identiques. Autrement dit, ces atomes, de même numéro atomique, viennent se situer à la même place dans la classification périodique, d’où le nom d’isotopes que leur a donné Soddy. Ainsi le symbole d’un élément, H par exemple, représente diverses espèces d’atomes. Lorsqu’il est nécessaire de les distinguer, on fait figurer en haut et à gauche du symbole leur masse atomique (ou plus précisément le nombre de masses qui est un nombre entier extrêmement voisin). Les deux hydrogènes seront représentés par iH et 2H et d’une façon plus complète en faisant également figurer le numéro atomique par jll et pH.
- En dehors des isotopes stables qui forment la plupart des éléments naturels, les transformations radioactives naturelles ou provoquées, et les transmutations artificielles ont révélé l’existence d’isotopes instables qui se désintègrent spontanément et viennent occuper, ainsi que leurs produits de dégradation, les places que leur assigne, dans la classification périodique, leur constitution électronique. Ces isotopes instables manifestent durant leur vie les mêmes propriétés chimiques que leurs isotopes stables ou instables de même numéro atomique. La chimie biologique a récemment tiré parti de certains d’entre eux comme éléments traceurs qui suivent les isotopes stables au cours de leur métabolisme et peuvent être dépistés par leur radioactivité.
- Les différences de masse des isotopes d’un même élément se
- rapportent à une différence de constitution de leur - noyau atomique. Des recherches, qui datent seulement de quinze ans, et qui eurent pour origine les travaux d’Irène Curie et F. Joliot ont fait apparaître la c o m-plexité des noyaux atomiques, construits à l’aide de deux particules primordiales : les neutrons, particules neutres de masse sensiblement égale à l’unité et les positons ou électrons positifs, particules de masse égale à celle des électrons négatifs, mais chargées positivement.
- Ce sont les neutrons qui donnent au noyau et par suite à l’atome la presque totalité de sa masse ; ce sont les positons, en nombre égal aux négatons planétaires, qui donnent au noyau sa charge positive. Les isotopes d’un élément ont des noyaux atomiques formés d’un nombre différent de neutrons associés au
- même nombre de positons. Ils ont donc des masses différentes, mais la même charge du noyau et par suite le même nombre de négatons planétaires.
- Finalement les constituants ultimes de la matière se réduisent seulement à trois : le neutron, le positon et le négaton.
- Les nouveaux éléments.
- Il y a moins de dix ans, la classification périodique des éléments s’arrêtait à l’uranium, de numéro atomique 92, et elle comprenait encore quelques cases vides où figuraient seulement les numéros atomiques des éléments encore inconnus : l’élément 43 qui devait être analogue au manganèse, le 61 qui est un élément des terres rares, le 85 du groupe des halogènes et le 87, métal alcalin. Il s’agit d’éléments extrêmement rares à l’état naturel ou instables et si la découverte de certains d’entre eux avait été annoncée (43 : masurium et 61 : illinium) les preuves fournies n’avaient pas été suffisantes pour entraîner la conviction de tous les chimistes.
- En 1939, Mlle Perey, de l’Institut du Radium de Paris, annonça la découverte de l’élément 87 parmi les produits de dégradation radioactive de l’actinium. Il s’agit, en fait, d’un isotope naturel particulier de l’élément 87 de masse 223 auquel elle donna le nom d’actinium K. Comme l’a fait remarquer F. A. Paneth, ce nom peut convenir à un isotope particulier pour rappeler sa filiation avec l’actinium, mais non à l’élément lui-même comportant vraisemblablement plusieurs isotopes. Mlle Perey, sollicitée de donner un nom à l’élément 87, a choisi celui de Francium avec le symbole Fr. L’actinium K est donc l’isotope 2fyFr.
- En ce qui concerne les autres éléments, ce sont les recherches sur les transmutations provoquées et notamment celles en rapport avec l’énergie atomique qui ont permis de les identifier et même de les préparer en quantité appréciable, ce qui élimine toute discussion possible sur leur réalité. A ce point de vue la pile à uranium s’est montrée un magnifique générateur de nouveaux éléments. L'isotope de l’uranium bombardé par des neutrons peut capter ceux-ci en donnant un isotope 2™U qui est radioactif et se désintègre avec émission de négatons en formant un nouvel élément situé au delà de l’uranium et de numéro atomique 93. Il a reçu le nom de neptunium et le symbole Np. Il s’agit plus précisément de l’isotope 2:$Np (Mac Millan et Abelson, 1940). Un autre isotope ^jNp a été obtenu en quantité de l’ordre du déci-gramme par A. C. Wahl et G. T. Seaborg. En 1940, G. T. Seaborg, Mac Millan, A. C. Wahl et J. W. Kennedy avaient obtenu, en bombardant 2,^U par des deutons (noyaux d’hydrogène lourd) un isotope du neptunium 2^Np qui, se désintégrant avec émission de négatons, fournit un autre nouvel élément de numéro atomique 94, le plutonium (Pu). L’isotope 29^Pu ainsi préparé a une vie assez brève et ne peut être isolé en quantités importantes. Il n’en est pas de même de l’isotope :j}®Pu (J. W. Kennedy, G. T. Seaborg, E. Segré et A. C. Wahl, 1941), provenant de la désintégration de IfAP avec émission de négatons, qui a pu être obtenu en quantités appréciables par bombardement neutronique à l’aide du cyclotron et qui se forme abondamment dans la pile à uranium. C’est cet isotope qui a servi à charger l’une des bombes atomiques utilisées durant la guerre.
- G. T. Seaborg, R. A. James, L. 0. Morgan et A. Ghiorso, en soumettant le plutonium au bombardement de noyaux d’hélium accélérés au cyclotron ont obtenu des isotopes d’éléments situés encore plus loin dans la classification périodique : Yamericium (Am) de numéro atomique 95 et le curium (Cm) de numéro atomique 96. Ainsi la classification périodique se prolonge maintenant de quatre éléments après l’uranium.
- Mais la pile à uranium engendre encore d’autres éléments de numéros atomiques plus faibles. L’accumulation de neutrons sur les noyaux d’uranium et des autres éléments transuraniens donne
- Hydrogène lourd (deutérium)
- Hydrogène léger
- % Neutron O Positon • Négaton
- Fig. 4. — Représentation schématique des atomes des deux isotopes de l’hydrogène y H et )//.
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- des isotopes très instables de ces éléments qui se fragmentent spontanément en libérant des éléments situés vers le milieu de la classificalion périodique. C’est le phénomène de fission, véritable explosion du noyau de l’atome, découvert par F. Joliot. Parmi les éléments libérés se trouvent ceux de numéros atomiques 43 et 61.
- L’élément 43 dont l’obtention aA7ait été signalée par C. Terrier et E. Segré dès 1937 au cours du bombardement du molybdène (Z = 42j par des neutrons ou des deutons accélérés au cyclotron, a été retrouvé par Wu et Segré dans des produits de fission de l’uranium en 1940. Les deux premiers auteurs ont proposé de lui donner le nom de Technetium (Te) du mot grec qui signifie « artificiel >: pour rappeler que c’est le premier élément nouveau préparé artificiellement.
- L’élément 61 n’a pas encore reçu de nom définitif. Il est maintenant certain qu’il se forme dans la pile à uranium un isotope radioactif à vie brève de cet élément. Il provient de la désintégration radioactive d’un isotope du néodyme et fournit un isotope
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- stable du samarium. Il faut encore attendre pour qu’il soit préparé en quantité appréciable.
- Quant à l’élément 85, il a été isolé sous la forme de l’isotope de masse ?il par D. R. Corson, K. R. Mackenzie et E. Segré en 1940 en bombardant du bismuth par des noyaux d’hélium accélérés au cyclotron. Ses caractères chimiques ont pu être étudiés ; il s’agit bien, comme il était prévu, d’un halogène analogue au chlore, au brome et à l’iode, mais il est radioactif et on ne lui connaît pas d’isotope stable. Ainsi ces auteurs ont proposé de l’appeler astatine (At) du grec qui signifie instable avec la terminaison ine qui est celle, en langue anglaise, des autres halogènes (fluorine, chlorine, bromine, iodine).
- La classification périodique des éléments est maintenant complète. Il reste encore à savoir jusqu’où elle pourra être prolongée ; ce sera l’œuvre d’un avenir qui n’est peut-être pas très lointain.
- G. Champetier,
- Chargé de cours à la Sorbonne.
- CLASSIFICATION PÉRIODIQUE DES ÉLÉMENTS
- \. Groupe PériodeX^^ I II III IV V VI VII VIII 0
- 1 iH 2IIe
- 2 3Li 4Gl 5b 6C 7n 80 «Ne
- 3 «Na laAIg «Al «Si 15^ igS 17CI i8A
- 4 »K 20Cu soCa 3oZn 21 Sc 3iGa 2üTi 3aGe «V 33AS 24C1' 34Se 25Mn 35Br j0Fe J;Co 28Ni sbKp
- 5 3îRb «Ag 38® r 4gCd soY 40In 4oZr soSn «Nb 5iSb 4iMo 5-aTe 43TC 53Ï 44 Ru 45Rh 46Pd 54Xe
- 6 55^® 7S)Au soBa 8BHg Lanthanides 57 à 71 „ct 8j Pb 73Ta 83B* nW 8iPo 75Re 85 A t 7r,Os 77Ir 78Pt 8gHQ
- 8lTl
- 7 87Fr 85Ra Actinides 89 à?
- Lanthanides 57 La 58Ce 59P1’ ojNd 5.? osSm G3GU GiGd 65Tb wiDy G7H0 Gs^r C9Tm voYb 7iLu
- Actinides 89 A c | ooTh mPa 02Ü 93Np 94F U 05A1U oeCm
- Le nombre figurant en bas et à gauche du symbole de l’élément est son numéro atomique. Les éléments dont la découverte certaine remonte à ces dix dernières années sont eu caractères gras.
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- L'origine des noirs américains
- On a calculé qu’eu deux siècles et demi, près de cent millions de Noirs ont été transportés comme esclaves en Amérique du Nord. Cela pose d’innombrables questions dont beaucoup viennent d’être envisagées dans L’Anthropologie à propos d’une étude de M. Ashley Montagu.
- C’est en 1442 qu’un Portugais ramena d’Afrique une dizaine de Noirs qu’il vendit comme esclaves à Lisbonne. On reconnut vite les avantages de cette main-d’œuvre docile et peu coûteuse et le commerce du bois d’ébène se développa. Au début du xvi° siècle, le marché d’esclaves de Lisbonne vendait chaque année de 10 000 à 20 000 Noirs.
- Entre 1495 et 1500, bien peu de temps après la découverte de l’Amérique, les premiers Noirs y arrivèrent d’Espagne ; ils étaient chrétiens et furent débarqués à Saint-Domingue. Leur nombre augmenta d’abord lentement, mais en 1513, le roi Ferdinand ordonna de les faire venir directement d’Afrique en Amérique. La traite des Noirs commençait. Elle dura jusqu’au xix0 siècle et ne cessa définitivement qu’après l’interdiction internationale de la traite, en 1860, appuyée par un contrôle aux ports africains d’embarquement et une active police de mer, après la suppression de l’esclavage prononcée au nom des principes de liberté de la Révolution française et l’affranchissement des esclaves d’Amérique réalisée difficilement, tant ceux-ci faisaient partie intégrante du système économique des régions chaudes. La littérature a beaucoup parlé des malheureux Noirs et des riches négriers, au temps de la libération et depuis.
- Bien avant l’arrivée des Portugais et des Espagnols en Afrique, la vente des esclaves y était chose courante : les rois, les chefs trafiquaient de chair humaine depuis les Egyptiens, les Carthaginois, les Arabes. L’esclave noir était chose commune à la fin de l’Empire romain. Quand les Européens découvrirent les côtes d’Afrique, ils y trouvèrent ce commerce organisé et n’eurent aucune peine à l’orienter à leur profit. Dès 1520, 4 000 esclaves
- partaient chaque année pour les Grandes Antilles ; d’autres étaient débarqués au Brésil. Ce n’est qu’en 1619 que les Anglais parvinrent à introduire des Noirs en Virginie, amorçant le peuplement coloré des États-Unis. Depuis, et jusqu’à la guerre de Sécession, le mouvement n’a fait que croître, surtout dans les Etats du Sud, où les Noirs se sont mieux acclimatés, ont fait souche, se sont croisés entre eux et aussi avec des Blancs.
- Tous les Noirs importés provenaient de l’Afrique tropicale, des côtes de l’Or, de l’Ivoire, des Esclaves, du Gabon, de la Guinée, du Bénin, en gros du Sénégal au Congo. Les Portugais prélevèrent dans leurs colonies plus au Sud, en Angola, et transportèrent même quelques Boschimans et Hottentots. Les côtes se dépeuplant ainsi, des expéditions partirent vers l’intérieur, au Haut-Congo, en Nigérie, aux confins du Sahara ; des convois partis du Rio de Oro contenaient parfois des Maures. Mais le stock des Noirs américains provient essentiellement des races de l’Afrique occidentale ; ils en ont conservé les aspects physiques, les traditions, les mentalités, modelées par leurs nouveaux genres de vie et leur conversion au christianisme.
- En Amérique, ils se sont croisés entre eux et aussi métissés, d’abord avec les Indiens, puis avec les Blancs. Ces mélanges ont été considérables : sur 1 551 sujets étudiés par Herskovits, 27 pour 100 se prévalaient de sang indien, 80 pour 100 avaient au moins un ancêtre blanc. Cela a contribué à modifier et à homogénéiser le type des Noirs d’Amérique.
- En 1790, on comptait 758 000 Noirs aux Etats-Unis ; en 1930, ils étaient 11 900 000, en 1940 12 800 000. Ils forment aujourd’hui 10 pour 100 environ de la population. La proportion des Blancs a augmenté pendant le xix0 siècle et surtout depuis que la traite des Noirs a cessé, mais l’apport de l’immigration blanche s’était presque tari avant cette guerre, et comme les Noirs sont plus prolifiques que les Blancs, on peut se demander comment évoluera dans l’avenir le contact de deux races aussi différentes.
- LE CIEL EN DÉCEMBRE 1947
- SOLEIL : du 1er au 31, sa déclinaison passe de —21°43' à — 23°9' ; la durée du jour à Paris décroît de 8h32m à 8üllm les 21 et 23, puis revient à S^lô111 le 31. Solstice d’hiver le 22. Diamètre apparent le 1er = 32'29",78, le 31 = 32'35'',12. — LUNE : Phases : D. Q. le 5 à 0h55m, N. L. le 12 à 12*53m, P. Q. le 20 à 17*43“, P. L. le 27 à 20h27m ; apogée le 16 à 18*, périgée le 28 à 23h. Principales conjonctions : le 14 avec Vénus à 20*, à 2°42' N ; le 27 avec Uranus à 2h, à 2°31' S ; le 30 avec Saturne à 21h, à 4°15' S ; le 31 avec Mars à 23h, à 2° S. Principales occultations (H. p. Paris) : le 2 de À Cancer (5m,9) émers. à 4h5Sm,9 ; le 3 de 90 II1 Cancer (6m,l) émers. à 0*7m,8 ; le 8 de m Vierge (5m,2) émers. à 6h20m ; le 26 de u Taureau (4m,4) immers, à 0h,9m. — PLANETES : Mercure et Jupiter inobservables ; Vénus, astre du soir, coucher lç 15 à 17h43m, diam. app. 11",4 ; Mars, dans le Lion, bien visible, lever le 15 à 21h43m, le 27 à 21hSm, diam. app. le 15, 9",0 ; Saturne, dans le Lion, bien observable, lever le 15 à 20h42m, diam. app. le 15 : globe 17",3, anneau gr. axe 43",5, petit axe 9",75 ; Uranus, dans les Gémeaux, observable toute la nuit (position le 1er = oll38m et + 23°30') diam.
- app. 3",8 ; Neptune, bien observable le matin, dans la Vierge, lever le 27 à 0h35m (position le 27 = 12*50“ et —3°41'), diam. app. 2",4. — ETOILES VARIABLES : Minima observables à’Algol : le 9 à 4*46“, le 12 à l*35m, le 14 à 22*24m, le 17 à 19M4m, le 20 à 16h2m, le 29 à 6h29m ; Minima de p Lyre : le 7 à 12h, le 20 à 10h ; Maxima de R Andromède (5m,6), le 2, de R Hydre (3m,5) le 8. — ÉTOILE POLAIRE : Passage supérieur au méridien de Paris : le 7 à 20h35m26a, le 17 à 19hoom58s, le 27 à 19h16m29s, le 31 à 19h0m40s.
- Phénomènes remarquables. — Du 8 au 14, Étoiles filantes Gémi-, nides, rad. vers a Gémeaux, rapides et courtes.
- G. Fournier.
- (Heures données en Temps Universel ; tenir compte des modifications introduites par l’heure en usage).
- ERRATA
- La densité du Rhénium. — Une erreur s’est glissée dans l’article sur a Les applications de quelques métaux rares nés de la guerre », paru dans le numéro 3144 du 15 septembre 1947 où le rhénium (d — 21,4) est considéré comme le plus dense des métaux. En réalité, l’osmium conserve ce titre avec une densité de 22,48.
- L?île de Man. — Dans notre numéro 314^ du 1er octobre 1947, une erreur typographique nous a fait écrire que le point culminant de l’île de Man, le mont Snaefell, s’élevait à 1 610 m d’altitude. C’est 610 m qu’il faut lire. On sait d’ailleurs que la montagne la plus élevée des îles britanniques est le Ben Newis qui n’atteint que 1 341 mètres.
- Le gérant : G. Masson.— masson et cie, éditeurs, paris.— dépôt légal : 4e trimestre 1947, n° 494.— Imprimé en France.
- BARNÉOUD FRÈRES ET Cie, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 763. — II-1947.
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- N° 3149
- Ier Décembre 1947
- Dl eux hommes nous ont appris récemment ce qu’est vraiment l’éléphant sauvage ou apprivoisé. Il s’agit ici, bien entendu, de l’éléphant d’Asie (Elephas indicus, ou E. maximus L.), car celui d’Afrique (E. africanus Blum), peu sociable et moins intelligent, n’a pas encore été bien observé (x). Cependant, au Congo, les Belges aùraient réussi depuis peu. dit-on, à cc domestiquer » l’éléphant d’Afriqbe dans leur ferme de Buta.
- Un des deux grands connaisseurs et amis des éléphants est le major A. W. Smih qui, avant de diriger les camps d’éléphants préposés à la construction de la route stratégique de Ledo (1 2), avait employé pendant trente ans 2 5oo éléphants pour exploiter le teck en Birmanie et au Siam. L’autre personnage.
- 1. Pendant longtemps on a cru que les éléphants employés à la guerre par les anciens (voir Salammbô, de Flaubert) étaient d origine africaine. Des textes découverts il y a quinze ans ont prouvé que les éléphants d’Hannibal ne pouvaient être originaires de Numidie (morphologie et psychologie de la bête; attitudes et gestes du cornac). D’ailleurs, à. l’époque historique, il y avait longtemps que le Sahara était asséché et que le Nord ,de l’Afrique avait été déboisé par la chèvre domestique, venue de l’Iran. 'Les éléphants n’y auraient pas trouvé de quoi se nourrir.
- ; Les 40 éléphants qui figurèrent à Rome au triomphe de Jules César, à son retour d’Égypte, étaient aussi originaires d’Asie.
- 2. La route de Ledo, aujourd’hui abandonnée depuis la capitulation du ; Japon, parce que désormais sans objet et d’un entretien dispendieux, relia l’Inde à Tchoung-King en vue de ravitailler Tchang-Kaï-Chek par la haute Birmanie, quand ce ravitaillement, à partir de Rangoun et de la première route de Birmanie, achevée en 1939, devint impossible après l’occupation ‘de Rangoun par les Japonais.
- Cette route, de 680 km de longueur, dont 440 km en haute montagne
- Harry Lingard, mort en 1942 du paludisme, était un vieux chasseur d’éléphants qui les capturait pour le compte d’une compagnie néerlandaise de Bornéo. Son territoire de chasse était aux confins du Siam et de la Birmanie.
- Sauf, quelques jeunes nés en captivité, ce sont toujours des éléphants sauvages, capturés et apprivoisés, mais non domestiqués, que l’homme fait travailler. On distingue ; les dockers, qui travaillent à l’arrimage des grumes dans les ports; les débardeurs de grumes, employés par les exploitants des peuplements de tecks et les porteurs (fig. x).
- Le débardeur (fig. 2), qui, adulte, peut traîner une grume de 4 t sur un terrain accidenté, mène une vie qui ne diffère guère de celle qu’il menait à l’état sauvage. L’homme pourvoit bien à la majeure partie de sa nourriture, mais il lui laisse presque toute sa liberté, ce dont la bête profite rarement pour se sauver. Il est plus beau, mieux portant et plus vigoureux que l’éléphant sauvage.
- Malgré sa force herculéenne, le débardeur n’est pas un fou de travail : c’est un aristocrate qui, certes, s’intéresse à tout ce qu’il fait, mais qui ne travaille qu’à ses heures, de grand matin et pas plus de quatre jours par semaine, car il se fatigue vite. Vacances complètes pendant la saison chaude. Il dort très peu;
- et dans la forêt vierge, ne fut achevée qu’en janvier 1945 et au prix de difficultés de toute sorte. Les éléphants y firent merveille (fig. 1 et 2) et rendirent plus de services que les travailleurs de l’Inde qui parlaient deux cents dialectes différents, ne comprenaient les ordres que par signes et désertaient quand les Japonais les serraient de trop près. Les éléphants comprenaient mieux et la canonnade les laissait impavides.
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- Fig. 2. — L’éléphant débardeur sépare les grumes de teck en les poussant du front.
- (Photo Bailey).
- pas plus d’une heure ou deux par nuit; à l’état sauvage, c’est surtout un noctambule.
- En revanche, le débardeur est un très grand mangeur. A l’état sauvage, en troupeau, les éléphants s’égaillent dans une clairière et ne cessent de brouter pendant dix-huit à vingt heures, de préférence la nuit. En convoi, le porteur, tout en suivant la piste qu’il a déblayée, s’arrête pour cueillir au passage, telle plante qui lui convient (fïg. 3). Il les connaît et.il les choisit; c’est un gourmet.
- Dans les camps de forestiers, il faut lui donner chaque jour 5oo kg de fourrage vert et 12 à x5 kg de paddy (riz non décortiqué). Il est très friand de sel et des gousses de tamarinier (Tamarindus indica), grande Légumineuse arborescente, et hélas ! aussi du riz en herbe des plantations voisines des clairières, qui sont aménagées en gîtes d’étape, distants de 4o à 00 km, et où des dortoirs, des magasins et des temples sont mis à la disposition du personnel préposé à l’exploitation forestière.
- Le porteur ne doit pas être malmené. Il ne faut pas lui demander de marcher à plus de 5 km à l’heure et de franchir plus de 4o km par jour. Il proteste quand son bât est trop chargé car sinon, et il le sait, il sera fatigué en arrivant à l’étape.
- Quelle que soit sa spécialité, l’éléphant travaille sans perdre de temps mais sans hâte et avec précision, comme un bon ouvrier sûr de soi. Il boit 200 1 d’eau par jour.
- Les mares et les ruisseaux sont nombreux dans la jungle. Tous les jours, si possible, les éléphants vont à la baignade; ils aiment l’eau, s’en aspergent tout le corps avec leur trompe, mais quoique bons nageurs, ils évitent les plongeons et la nata-
- tion. Le cornac accompagne sa bête à la baignade; il la bouchonne avec des écorces ou des noix de coco, cela afin surtout de le débarrasser des énormes sangsues tropicales (x) qui s’attachent à son abdomen.
- En dehors des heures de travail, le débardeur va où bon lui semble; on lui attache au pied une lourde et longue chaîne qui, en traînant sur le sol, y trace une piste qui permet de retrouver l’animal s’il s’absente trop longtemps. Dans une région où des ennemis de l’homme, bêtes ou gens sont à craindre, il porte une cloche qui émet un son différent pour chaque éléphant.
- Sans tomber dans l’anthropomorphisme, le major Smith trouve que l’éléphant a bien des points communs avec l’homme.
- Un jeune éléphant ne peut être mis au travail, même léger, que vers 16 ans; il n’atteint son complet développement. qu’à 26, mais 1 éléphante peut être fécondée à 18 ans. Il reste en pleine forme jusqu’à 45 ans. A 65 ans, après une vie normale et sans surmenage, il est préférable de le mettre i la retraite; au delà, il devient cacochyme et paresseux. S’il est beau et grand, doux et docile, il peut jouir de sa retraite dans une écurie princière et prendre part, magnifiquement paré, aux grandes cérémonies : funérailles (fig. 4 et ), processions, revues militaires. Son derniêr cornac (2)
- 1. Elles ont un diamMre de 50 mm et mesurent jusqu’à 20 cm de longueur.
- 2. Le mot cornac, du portugais cornaco, est l’altération du cinghalais hurawa-nayaka, chef d’écurie. Dans l’Inde, en Indochine, à Malacca et à Sumatra, on se sert du mot mahout, qui fait partie du sabir à base d’hindoustani et de siamois en usage commun dans les ports de ces régions.
- Mahout et quelques mots, comme tchang (éléphant) ou expressions que
- Fig. 3. — L’éléphant cueille au passage la plante qui lui convient.
- C’est généralement une planche riche en vitamine E. L’éléphant est un grand mangeur, mais c’est aussi un gourmet.
- (Photo Bailey).
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- doit jouir des mêmes faveurs, car leur séparation pourrait tourner au désastre pour le propriétaire.
- Contrairement à une opinion courante, l’éléphant ne vit guère plus de ans.
- Un éléphant adulte mesure jusqu’à 2,80 m à l’épaule; son poids peut atteindre 5 t. On tend de plus en plus à ne pas garder les éléphanteaux dans les cas où ils sont nés au delà de la période d’allaitement, c’est-à-dire de trois ans. On en échange trois contre un adulte dressé auprès de tribus siamoises spécialisées, comme les Karens, qui se chargent de capturer les éléphants sauvages et de les dresser. Un éléphanteau sevré valait 2Ùo dollars en 1943 et un adulte dressé 75o; rendu dans un port, il valait le double.
- La présence des défenses n’est pas nécessairement un caractère sexuel des mâles, et ceux d’entre eux qui sont les plus beaux et les plus forts n’en ont pas. En Birmanie, ces mâles portent le nom de hine. Ce hine, en entourant sa trompe en huit au-dessus puis au-dessous de chacune des défenses de son adversaire peut le terrasser ou lui briser une défense. Quand c’est un mâle, — c’est quelquefois une femelle — qui conduit le troupeau sauvage ou sert de moniteur aux éléphants apprivoisés des camps, c’est généralement un de ces individus sans défenses (fig. 5 et 6). Le moniteur prend plaisir à sa tâche d’éducateur.
- Il semble bien qu’il n’y ait pas de vieux mâles, insupportables et dangereux, menant une vie solitaire; mais il y a bien, dans les grandes profondeurs de la forêt vierge, des champs de repos où vont finir doucement mâles ou femelles ayant quitté volontairement leur troupeau — quelquefois le camp —- ou qui en ont été chassés. La sénilité n’y est pour rien.
- De temps à autre, mais rarement, dans les camps, on a affaire
- 1’élcphant comprend après quelques mois d’initiation, font partie de ce sabir ; tels sont : agenouille-toi I en avant I en arrière 1 demi-tour ! halte I lève la jambe I En fait, le cornac parle peu et, comme le bon cavalier, il commande à sa bête par des pressions du pied et des changements d’attitude.
- Chose curieuse, le mot teck (Tectona grandis, teak en anglais, du malais et du tamoul tekku) fait aussi partie du sabir des cornacs.
- Fig. 5. — Funérailles princières au Siam.
- Le blanc est la couleur du deuil en Extrême-Orient.
- {Photo Smithsonian Institution).
- à un gundah, un mauvais drôle. C’est presque toujours un malheureux qui souffre d’anciennes blessures ou de douleurs dans une défense, quelque chose de pire que notre rage de dents. La rupture, mais non l’extraction de la défense malade, par un hine, et comme on l’a vu, apporte quelquefois un soulagement : on sait que les défenses continuent de pousser toute la vie.
- Il arrive aussi qu’un mâle soit frappé du musth. mal provoqué par une sécrétion excessive de glandes endocrines situées" dans la tête. Il doit alors être attaché solidement et son cornac doit seul le nourrir, et à la main; et cela jusqu’à ce que la crise soit passée. S’il s’échappe, il peut devenir dangereux. Un des meilleurs sujets du major Smith s’était ainsi échappé. On essaya de le ramener au camp en douceur, mais vainement. On lui offrit des pilules d’opium et de hachisch mêlées à du riz en vert; mais il réussit à manger le riz sans toucher aux stupéfiants. On essaya encore de lui passer des nœuds coulants aux jambes, mais toujours sans succès; excité par toutes ces agaceries, il s’en courut anéantir un village et y tua deux hommes : il fallait en finir.
- Un des directeurs, fin tireur, suivit l’animal à la piste pendant deux semaines; il le rejoignit enfin à la nuit tombante. L’animal s’arrêta, renversa la tête en arrière, la trompe roulée en boule devant la partie creuse de son front et fonça contre l’homme à toute vitesse. L’homme avait une arme à deux coups; il la chargea de balles blindées.
- Si, en cette occurrence, on tire de trop loin un éléphant, on risque fort de le manquer car la seule partie vulnérable de son corps, le frontal, mince et spingieux en ce point et qui protège mal son cerveau, se présente comme une toute petite cible et en biais. L’homme attendit donc que la bête fut à 4o m pour tirer son premier coup : aucun effet. Après le second coup, tiré à 20 m, l’éléphant poursuivit sa course effrénée et vint s’abattre aux pieds de son agresseur.
- Trois des sens ne sont pas très aigus chez l’éléphant, mais il compense l’insuffisance de son flair, de sa vue et de son ouïe par une grande finesse du goût et du toucher par tout
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- Fig-. 6. — Pour commander l’éléphant, le cornac parle peu. Comme le bon cavalier, il dirige sa bête par des pressions du pied et des changements d’attitude.
- (Photo Bailey).
- le corps — ce qui est assez surprenant chez un pareil pachyderme — et qui atteint son maximum dans la trompe; c’est à la fois un organe olfactif, de préhension et de perception. L’animal s’en sert à la perfection : il sait dévisser un écrou, manœuvrer un robinet, tourner une clef dans sa serrure pour ouvrir une porte.
- Dans la jungle, l’éléphant n’a rien à craindre si ce n’est qu’un tigre s’attaque à un tout jeune éléphanteau Même si ce n’est pas son petit et. s’il aperçoit le tigre à temps,', il bondit sur lui, le frappe de sa trompe comme d’un terrible coup de fouet, lui brise les reins, enroule sa trompe autour du corps du tigre, l’étreint, l’étouffe, le jette inanimé sur le sol et le piétine. La scène n’a duré que quelques secondes jet le tigre n’est plus qu’une loque sanglante. Après quoi, le vainqueur, triomphant jette un court barrissement de victoire. C’est lui le roi de la jungle et non le tigre.
- On voit aussi une mère allaiter deux petits, le sien et un autre qui a perdu sa mère; un petit peut aussi avoir deux nourrices.
- La protection des jeunes est une des plus belles manifestations de cette solidarité, instinctive sans doute, mais qui fait toujours l’admiration de l’homme; elle peut d’ailleurs pousser l’animal à des actes qui sont des méfaits pour l’homme. En voici un exemple :
- Hagenbach, rapporte M. Smith, lui avait acheté un tout jeune éléphanteau; l’acquéreur l’ava'it chargé sur un wagon aménagé en cage au moyen de forts rondins et avait fait pousser le wagon sur une voie de garage pour qu’il y passât la nuit.
- La nuit venue, l’animal jette un cri d’alarme : tous les éléphants du voisinage accourent, démolissent le wagon, libèrent le prisonnier, et s’en vont ensuite anéantir la gare. Après quoi, chacun s’en retourne tranquillement.
- Aujourd’hui, les bêtes sauvages se reproduisent en captivité, car on leur donne des aliments riches en vitamines de reproduction E. Ce sont, pour les herbivores : le germe des céréales, les salades, les graines oléagineuses (cacahouètes notamment) (fig. 7), la banane et les agrumes.
- Aujourd’hui, il naît donc plus d’éléphants en captivité qu'autrefois et les jumeaux ne sont pas rares. C’est fort heureux, car, il y a quelques années, en raison des battues poussées de plus en plus loin dans les profondeurs de la foret vierge, on craignait la disparition de l’espèce animale la plus intéressante que l’homme ait jamais connue.
- Aucune manifestation physiologique, chez le mâle comme chez la femelle, ne permet de savoir si un éléphant désire un conjoint, et il semble que la conjugaison puisse avoir lieu en toute saison. On voit assez fréquemment deux éléphants ne plus se quitter et refuser de travailler si on les sépare; il s’agit là d’une camaraderie impeccable qui peut durer plusieurs mois, deux ans même, mais sans plus. Il est difficile aussi de savoir si une femelle est. sur le point de mettre bas, et cela en raison de la conformation du corps; un beau matin, dans les camps, on est tout étonné parfois de voir un nouveau-né suivre une femelle; le petit est né pendant la nuit, et quelques heures après sa naissance, il se dresse sur ses jambes et se met à gambader près de sa mère; ü pèse environ 100 kg; à ce moment sa trompe est rudimentaire et elle ne le gêne pas pour téter; elle s’allonge tant qu’il telle. Les deux mamelles sont pectorales, très près des membres antérieurs.
- Figr. 7. — Un petit tette sa mère.
- (Photo Bailey).
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- La durée de la gestation est moins longue qu’on ne le croit : 19 mois, 22 au plus quand c’est un mâle qui doit, naître. Il n’cst pas certain que l’éléphant soit polygame; on peut l’affirmer d’autant moins que les troupeaux sauvages ont souvent une femelle à leur tète. En fait., dans les camps, les femelles sont plus fines, plus avisées, en un mot plus intelligentes que les mâles tout en possédant la même puissance de travail.
- Les troupeaux sauvages comptent dix à vingt, individus de tout âge, vingt-cinq au plus. On sait qu’on les capture tous en les rabattant dans une sorte de nasse, le keddah, qui est un enclos fermé par une palissade composée d’énormes poteaux à demi-équarris, jointifs, fichés profondément en terre et étayés du dehors, de telle sorte que. les éléphants les plus vigoureux n’y ont aucune prise et ne peuvent démolir la palissade. Les éléphants débardeurs de la forêt ne servent plus à capturer ni à dresser les nouveaux prisonniers : cela dure trop longtemps, distrait les meilleurs sujets de leur travail et, en définitive, re-vjcal très cher. On laisse ce soin aux tribus spécialisées dans cette double tache.
- Il y a cependant un autre moyen d’enrichir le camp d’un nouveau prisonnier, mais d’un seul et. qui est toujours un jeune. Il exige du courage, de l’adresse et beaucoup de patience. Le chasseur se munit d’un gros cordage en rotin tressé d’une centaine de mètres de longueur et muni d’un lacet à chaque bout. Il s’approche lentement du troupeau sauvage, se tient sous le vent et attend que le jeune qu’il a choisi se soit écarté en broutant du gros de la troupe. Il attend que l’animal lève un de ses pieds de derrière pour lui lancer le nœud coulant. : l’animal, surpris, se sauve effrayé et s’affale de plus en plus à mesure que la corde qu’il traîne s’accroche dans les buissons et aux arbres ; il trébuche, tombe et se relève plusieurs fois jusqu’à ce qu’enfin, exténué, il s’arrête apres avoir couru quelquefois pendant i5 ou 20 h. On le suit à la piste, on lui enchaîne les pieds et on l’encadre de deux vieux apprivoisés, les kookies (maîtres d’école), qui le conduisent au camp.
- Pour mater les nouveaux prisonniers, on recourt bien plus à la douceur et à la persuasion qu’à la contrainte ou à la violence; l’éléphant est-très sensible aux caresses et aux attentions de l’homme. Le jeûne auquel on le soumet a d’ailleurs tôt fait d’épuiser les forces du plus récalcitrant. Avant d’intervenir directement, l’homme l’encadre de deux kookies qui le conduisent dans un box palissade comme le keddah. Avec quelques bourrades de l’épaule ou de la tête dans les flancs, très sensibles, de leur nouveau camarade, ils réussissent assez vite à le convaincre qu’il n’a rien à attendre de bon s’il résiste à cet animal chétif qu’est l’homme, mais qui sait être si malfaisant à ses heures. Pendant quelques mois, ils l’accompagnent à la promenade, au travail et à la baignade. Puis, toujours encadré, on lui fait traîner ou porter des charges de plus en plus lourdes. Toute faute est punie d’une bourrade ou d’un rappel à l’ordre par un coup de trompe de l’un des kookies.
- La mère use des mêmes bourrades avec son rejeton, quand il n’est pas sage, pour le ramener dans le droit chemin.
- Avant que l’adulte puisse travailler seul ou sous la conduite rie son cornac, il s’écoule parfois deux ou trois ans, et les plus
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- dociles ne peuvent être mis au travail moins d’un an après leur capture. Ce mode de recrutement ne va pas d’ailleurs sans déchet : pendant la première année qui suit la capture, on enregistre la mort de 35 à 4o pour 100 des nouveaux captifs; ils meurent de troubles cardiaques, et il est fort possible, dit le major Smith, que ceux-ci soient provoqués par la nostalgie des grands espaces libres.
- Le jeu préféré des éléphanteaux est d’asperger qui ou quoi que ce soit qui attire leur attention; ils jouent, volontiers avec l’homme et surtout avec les enfants. Cependant, dans les camps, il est interdit d'avoir des préférés, car, en grandissant, ils cessent d’aimer le jeu et, conscients de leur force, ils en abusent, deviennent, capricieux, brutaux et même dangereux s’ils ont été trop gâtés. L’odeur de l’Européen déplaît à l’élépliant; cependant il s’en accommode si l’homme l’a bien traité pexrdant longtemps.
- Dans la forêt tropicale, les peuplements de tecks 11e sont ni denses ni homogènes. Près d’une coupe, on aménage un couloir en pente, les éléphants y aidant, généralement dans le lit d’un petit cours d’eau, rarement à sec. Après avoir été abattus, les arbres reçoivent au fer rouge et aux deux bouts la marque de leur propriétaire. L’éléphant, débardeur traîne la grume, en se frayant un chemin jusqu’en haut du couloir ; il lâche la grume qui tombe dans une mare ou un cours d’eau aménagé en bassin-réservoir en bas du couloir ; de là on fait flotter les grumes réunies en radeau au moment des hautes eaux.
- Les éléphants apprennent vite le mécanisme du couloir. Si une grume reste accrochée quelque part et embouteille les grumes qui suivent, la bête, patiemment, dégage une grume après une autre et. la lâche en aval de l’embouteillage. Elle fait de même dans le bassin-réservoir et place les grumes parallèlement l’une à côté des; autres. Dans les deux cas, l’éléphant se-sert de sa trompe et de ses défenses, ou-bien exerce une poussée du front ou de-l’épaule. Sans défenses, ou s’il n’en a qu’une, il tient toujours la grume en équilibre avec sa trompe.
- L éléphant, arrimeur des ports monte un empilage de grumes ou les prend une à une d’un empilage et les dispose sur un truck ou un camion bien en ordre. On en a vu qui, ne pouvant les y placer très haut., ont monté deux grumes parallèlement et formant un plan incliné; ils y ripent, du front et de la trompe, les dernières grumes.
- On prétend que certains éléphants savent distinguer les marques; en tout cas, ils ne touchent pas aux grumes qui n’en portent qu’une. Les « zoophiles » en concluent que l’éléphant pourrait apprendre à lire comme les fameux chevaux d’Elber-feld, il y a trente ans (ce n’était qu’un numéro de cirque). Les « zoophobes » rétorquent qu’il n’y a là que la preuve d’une mémoire étonnante. Mais les uns et les autres sont d’accord pour reconnaître la vérité du dicton indien : « Un éléphant n’oublie jamais », ni le bien ni surtout le mal qu’on lui a fait; il a une longue vie devant lui et, tôt ou tard, ii se venge.
- Fig. 8. — De son petit œil malicieux, un éléphant du Zoo de Vincennes quémande des cacahuètes.
- (Photo E. Lemaire).
- E. Lemaire.
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- PETITS ÉTATS ET ENCLAVES
- Si l’on parle souvent des « Quatre Grands » qui essayent de reconstruire l’Europe, il est peu question des « quatre petits », des quatre plus petits États de notre continent, qui n’attirent pas l’attention sur leurs modestes personnes.
- On compte donc, en Europe « Quatre Petits » Etats, fort peu étendus, en effet, car, juxtaposés, ils se superposeraient approximativement sur le département de la Seine.
- Les quatre petits Etats.
- Yoici d’abord l’Andorre, avec ses six mille habitants, dont la grandeur est le douzième d’un de nos départements français. Charlemagne lui avait assuré l’autonomie pour l’aide que ce pays lui avait apportée dans sa lutte contre les Maures.
- Longtemps disputée entre les Comtes d’Urgel et ceux de Foix,
- Perpignan
- Font-Romeu ° o Montlouiô 0 Saiffagouse
- LL1VIA
- Fig. 1. — Llivia, en France.
- l’Andorre fut organisée en 1278 par une sentence arbitrale dite le « paréage ». En 1808, Napoléon régla ses relations avec la France.
- Les deux Co-Princes, le Président de la République française et l’Évêque d’Urgel, nomment viguiers et bayles, chargés de l’administration du pays. Les Andorrans paient, chaque année, solennellement, un tribut de 960 francs à la France et un autre de 460 pesetas à l’Espagne.
- En ce très vieux pays, de langue catalane, les mœurs sont demeurées patriarcales, et les traditions y comptent plus que le progrès. Partout s’amassent des coutumes et des souvenirs auxquels on s’accroche. Mais l’Andorre ne veut pas rester ignorée du monde, et c’est pourquoi elle fait entendre sa voix par son poste émetteur de T.S.F.
- Monaco, infiniment plus connu parce que beaucoup plus fréquenté, fut fondé par les Phéniciens qui y avaient élevé un temple au dieu Melkart (Monæcus, d’où son nom). La ville fut reprise sur les Arabes au x0 siècle, par la famille des Grimaldi qui fondèrent la dynastie qui règne encore aujourd’hui sur la Principauté.
- Au début du siècle dernier, Monaco se voyait entouré de petits territoires autonomes, Menton et Roquebrune, qui furent achetés par la France en 1861.
- Une particularité est à mentionner : on sait qu’un très grand nombre d’étrangers vivent à Monaco, et la proportion en est telle qu’environ les années 1935, on comptait seulement 6 pour 109 de Monégasques autochtones et 94 pour 100 d’étrangers.
- On sait que les jeux sont un élément important de l’activité économique de la Principauté, dont le casino est l’œuvre de notre grand architecte Charles Garnier.
- Il faut dire aussi combien le Prince Albert Ier a apporté d’encouragement et d’aide matérielle à .l’océanographie qui lui doit, en partie, son heureux développement.
- Saint-Marin, sur la côte adriatique de l’Italie, dans une situation escarpée, couvre une superficie de 61 kilomètres carrés, infé-
- rieure donc à celle de Paris. Cette république est autonome depuis le vie siècle ; elle fut fondée par un ancien tailleur de pierres, dal-mate, devenu ermite.
- Au cours de sa longue histoire, Saint-Marin ne vit son indépendance menacée que par César Borgia, puis par Alberoni, en 1739. Par contre, Bonaparte, en 1797, lui offrit un agrandissement territorial qu’elle refusa.
- Un Conseil de 60 membres gère les destinées du pays et délègue ses pouvoirs à deux capitaines régents. L’armée consiste en une milice de 38 officiers et 950 hommes.
- Et c’est maintenant le minuscule État du Vatican, dont la grandeur est celle du Champ de Mars. On se rappelle que la « Cité du Vatican » a vu le jour au traité du Latran, en 1929. Fait digne de remarque, après la guerre de 1939-1945, tous les partis politiques de la Chambre italienne, sans exception, se mirent d’accord sur la nécessité de maintenir ce petit État.
- Le souverain en est le Pape. Pie XII est le 261e successeur de Saint-Pierre, la durée moyenne du règne des Souverains Pontifes ressort ainsi à moins de 7 ans, courte durée qui s’explique aisément : les papes sont élus parmi les cardinaux, toujours gens d’âge.
- Saint-Marin et le Vatican sont souvent considérés comme des « Enclaves ». Les enclaves constituent de curieuses anomalies géographiques. A côté des enclaves indépendantes, comme les deux derniers États cités, on en trouve un certain nombre d’autres qui sont des morceaux d’une nation, d’une province parfois, formant îlot dans le territoire d’un État ou d’un district administratif différent. On se trouve donc en présence d’enclaves internationales, et d’enclaves interdépartementales en France.
- Enclaves internationales.
- Fort nombreuses étaient, autrefois, les enclaves internationales : ainsi, environ les années 1935, on en comptait encore 196 dans les divers royaumes, duchés, principautés de l’ancien Reich. Elles ont disparu aujourd’hui.
- Il doit en rester un nombre infiniment petit en Europe.
- H O L L AN D E
- BAERLE-DUC
- ? Emdhoven
- Turnhout
- Anvers B E L G
- Fig. 2. — Baerle-Duc, en Hollande.
- Une des plus connues est l’enclave espagnole de Llivia dans les Pyrénées françaises. Cette portion d’Espagne dans notre territoire a une superficie de 12 kilomètres carrés, soit une fois et demi un grand arrondissement parisien.
- Llivia est fière de son origine. De tout temps, elle a émis la prétention d’être une « Ville » et non un simple village ou une paroisse quelconque. Et c’est pourquoi, en vertu de ce titre de « ville », elle a réussi à se faire exclure de la cession des 33 villages donnés à la France par le traité des Pyrénées de 1659, villages de la Cerdagne.
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- On voit encore à Llivia l’ancien château des Comtes de Cerdagne, mais où donc est le Palais du fameux « Roi de Cerdagne » ?
- Un chemin international relie cette enclave à l’Espagne. Une curieuse redevance est due par la France, payable en têtes de bétail, pour droit de passage à travers la ligne idéale qui marque le milieu de cette route.
- Passons maintenant en Belgique. Et d’abord rappelons que le petit territoire de Moresnet (usines de la Vieille Montagne), formait enclave, ou plus exactement Etat autonome, entre 1841 et 1919, date à laquelle il fut attribué à la Belgique.
- Ce royaume possède une enclave en Hollande, au Nord de la ville belge de Turnhout. C’est Baerle-Duc ou Baerle-Nassau suivant les langues. Comme les Pays-Bas n’étaient pas belligérants durant la guerre de 1914-1918, les Allemands cherchaient sans cesse à pénétrer dans cet îlot belge noyé en Hollande.
- Avant les traités qui ont suivi la guerre de 1914-1918, une enclave turque était restée, formée par une petite île du Danube, vers les Portes de Fer, entre Orsova et Turnu-Severin. En voici l’origine : Lorsque les États balkaniques eurent recouvré leur indépendance reconnue par les traités de Berlin en 1878, cet îlot, appelé Ada-Kaleh, fut oublié et il demeura enclave turque entre Roumanie et Serbie, à grande distance de Constantinople. Aux traités de 1919-1920, cette enclave d’Ada-Kaleh fut enlevée à la Turquie. Mais il y a une douzaine d’années encore, nous ont dit des témoins oculaires, mœurs, religion, coutumes, folklore restaient foncièrement turcs.
- Enfin il existe en Finlande, à une vingtaine de kilomètres de la capitale Helsinki, et en vue d’Hanko, l’enclave russe de Porkkala, district maritime qui a été entièrement évacué par la population finnoise. Cette enclave est prise à bail, pour 99 ans, par la Russie soviétique.
- Enclaves interdépartementales.
- Et nous arrivons aux enclaves interdépartementales françaises sur notre territoire. Celles-ci ne font pas de bruit, ne créent pas de complications diplomatiques. Rien ne les distingue sur le sol. Tout ai: plus, un observateur averti les découvre-t-il sur des cartes détaillées.
- La plus importante, qui est assez connue, c’est Valréas. Tout ce canton du Vaucluse, restes du Comtat Venaissin, et comprenant
- ROUMANIE
- ADA-KALEH
- Orsova
- Turnm-' Sève ri n
- BULGARl E
- Fig. 3. — Ada-Kaleh, en Roumanie.
- outre son chef-lieu les trois communes de Grillon, Visan et Riche-renches, est totalement enclavé, enfermé dans le département de la Drôme. Il compte 7 000 habitants et fut la patrie du cardinal Maury, député à la Constituante de la Révolution française.
- Le département de l’Aisne possède une petite enclave dans le département du Nord. Il s’agit de la commune d’Escaufourt, du canton de Bohain, dans l’Aisne.
- A son tour, le Nord se voit propriétaire d’une enclave plus importante dans le département du Pas-de-Calais : elle comprend les villages de Mœuvres, Doignies, Boursies, petites communes du canton de Marcoing, dans le Nord.
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- En Côte-d’Or, voici Ménessaires, d’environ 200 âmes, formant enclave de forme triangulaire, qui est tout entière en Saône-et-Loire ; et dont un côté forme limite avec la Nièvre. Ménessaires est rattachée au canton de Liernais (Côte-d’Or).
- Il convient enfin de signaler une double enclave des Hautes-Pyrénées qui a laissé une partie de son territoire dans le département
- FINLANDE
- URSS
- IPQRKKALAKOTallfn
- Fg. 4. — Porkkala, en Finlande.
- voisin des Basses-Pyrénées. De ces deux enclaves, nettement séparées, celle du Nord comprend les communes de Villenave-près-Béarn, Escaunets et Séron, en tout 5 à 600 habitants, et rattachées au canton haut-pyrénéen de Vic-en-Bigorre ; celle du Sud, avec les villages de Luquet et de Gardères, du canton d’Ossun, dans les Hautes-Pyrénées. La population de cette enclave est d’importance sensiblement égale à celle de l’enclave-sœur.
- Au point de vue ecclésiastique, on trouve un certain nombre de paroisses relevant d’un évêché et formant parfois enclave dans un autre diocèse ; ainsi le cas se présente-t-il entre les diocèses d’Avignon et de Viviers.
- Victor Hugo disait que les Iles anglo-normandes étaient des « lambeaux de France, tombés dans la mer, et ramassés par l’Angleterre ». Les lambeaux de France, tombés d’un département dans d’autres, ont été soigneusement ramassés par ces derniers.
- Amédée Fayol.
- Le plus grand pont suspendu d'Europe.
- Le gouvernement britannique a approuvé un projet de construction d’un pont sur la Severn et la Wye, qui dépend du plan général de développement routier. Il réduira de 16 km la distance par route de Londres au Pays de Galles et de 80 km le trajet de Bristol à la même région.
- L’emplacement a été choisi après des sondages et forages dans l’estuaire pour la recherche des points d’appui rocheux. La travée principale atteindra 990 m de longueur.
- Le pont de la Severn sera le plus grand pont suspendu d’Europe, et le troisième du monde. Les deux autres qui le dépassent par la longueur de leur travée centrale sont le Golden Gâte qui en a une de 1 260 m et le George Washington avec 1 050 m.
- En outre de sa travée centrale de 990 m, le pont sur la Severn aura deux travées latérales de 300 m chacune, environ. La hauteur verticale du tablier pour ménager le passage des navires sera de 33 m au-dessus du niveau des plus hautes marées.
- Les ancrages de béton qui auront à résister à la traction des câbles principaux auront environ 75 m de long et 39 m de large. Les jetées de ciment auront 60 m de long et 18 m de large. Elles porteront les tours d’acier soutenant les câbles principaux et dont les sommets s’élèveront à 144 m au-dessus du niveau des plus hautes marées.
- Les travaux dureront plusieurs années et la dépense prévue est de l’ordre de neuf millions de livres sterling.
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- Traitement et par les
- prévention des insectes dans
- altérations les bois
- provoquées
- ouvrés
- Les Coléoptères Xylophages ravageurs appartenant au groupe des Anobiidés ou Yrillettes et plus particulièrement aux genres : Anobium, Ptilinus, déterminent, dans de nombreuses essences de bois utilisées en sculpture et en ébénisterie d’art, des altérations dont l’intensité et l’étendue varient avec la naure du bois, son âge, l’espèce ravageuse et l’importance de l’infestation.
- Ces altérations sont caractérisées par des galeries, des géodes, des zones poreuses pulvérulentes, correspondant à l’action des pièces broyeuses, des sécrétions et des excrétions des Coléoptères ravageurs dans le tissu ligneux. Les lésions sont généralement profondes et les symptômes de l’altération se traduisent par la présence, à la surface de l’objet, atteint : i° d’orifices de galeries qui peuvent varier d’une dimension punctiforme à un diamètre de 1 à 5 mm suivant les espèces ravageuses ; 2° de dépôts de
- poussières ou de nombreuses vermoulures (déjections et sciures) très fines à aspect de poudre de lycopode, dans les parties déclives ou sur les pièces infestées; 3° de zones poreuses, ramollies ou en voie d’effritement à la surface de l’objet; 4° parfois par l’audition, pendant la nuit, des appels que se lancent les insectes, appels qui consistent en bruits de craquements secs provoqués par le choc de leur tête contre le bois.
- L’évolution des altérations, lorsque la population d’insectes est suffisante, est progressive et conduit à la dissociation, à l’effritement et à la ruine de la pièce infestée; les ravages précités atteignent communément les objets de musées et les meubles rares, et les pertes qu’ils ont fait — ou font subir — aux trésors de la sculpture sur bois des collections publiques et privées sont considérables et définitives. Aussi conçoit-on tout l’intérêt que présente le traitement des pièces atteintes par les ravageurs ainsi que leur protection contre une réinfestation éventuelle.
- Parmi les méthodes classiques d’éradication ou de destruction des Coléoptères ravagèurs des produits cellulosiques, il convient d’en mentionner deux, qui, appliqués dans des conditions particulières ou à des matériaux spéciaux, donnent des résultats satisfaisants.
- La mise en contact des objets atteints, avec une atmosphère de gaz toxiques (chloropicrine, sulfure de carbone), pendant un temps prolongé (8 à io jours par exemple) dans des récipients étanches, a donné d’excellents résultats à A. de Saint-Rat, pour l’éradication des ravageurs des livres et du papier ou pour la désinsectisation des objets de bois à grande surface relative, pour un faible volume. Cependant, ce traitement n’est pas applicable aux sculptures sur bois et aux meubles, car les gaz toxiques ne peuvent circuler dans les trajets étroits et étirés des galeries tracées dans le bas, et n’atteignent pas, toujours, les géodes centrales et les aires poreuses des lésions, où se trouvent les Arthropodes.
- L’étuvage dans des fours ou dans des enceintes dont la température est élevée (70° ou 8o° par exemple), présente un danger d’altération et de fissurage des objets d’art et un risque de destruction de leur patine, de leur laquage ou de leur peinture. L’étuvage nécessite, en outre, des aménagements spéciaux et un
- réglage rigoureux de la température dans les espaces réservés au traitement.
- Signalons, en outre, que les techniques précitées ne sont pas préventives.
- Nous recommandons une méthode de traitement des objets d’art ou des meubles en bois sculpté et ouvré atteints par les Coléoptères Xylophages, inspirée des travaux de E. Roubaud, qui ne requiert qu’un matériel simple, est relativement peu onéreuse et est d’une facilité d’application qui permet de l’utiliser dans les musées et, dans des conditions pour ainsi dire domestiques, pour les collections et les meubles privés. Cette méthode permet, en outre, de prévenir, dans une limite de temps qui peut être fixée entre 5 et 10 ans, les récidives d’infestation.
- Le traitement consiste à injecter des hydrocarbures dans les trajets pratiqués par les coléoptères ravageurs; ces hydrocarbures sont des insecticides liquides, volatils, fixateurs, non aqueux, et doivent être injectés jusqu’à imprégnation suffisante de la pièce à traiter. Des produits figurés insecticides, comme le Roténone et le DDT, peuA^ent être dissous dans les hydrocarbures et être ainsi déposés dans les parties profondes des pièces altérées où ils exercent leur action préventive auxiliaire.
- Les hydrocarbures insecticides utilisables sont les hydrocarbures dérivés de la distillation des pétroles ou de la houille; et dans l’ordre préférentiel, les xylènes (Xylol), le toluène, le benzène, l’éther de pétrole, l’essence d’automobile. La manipulation de ces produits qui sont inflammables, doit être faite avec précaution.
- Le matériel nécessaire aux injections comprend : x° des seringues de Lüer de 2 à 20 cm3, en verre, du modèle de celles utilisées en médecine et en chirurgie pour les injections hypodermiques et intraAreineuses ; 20 des sondes, des canules ou des aiguilles métalliques, mousses ou pointues, de diamètre correspondant à ceux des orifices des galeries, pratiquement 5/io à i5/io de millimètre.
- L’initiation d’une personne, d’un gardien ou d’un employé à la pratique de la méthode peut se faire aisément en choisissant un sujet suffisamment patient et adroit. Tous les orifices des galeries doivent être. injectés, car chaque galerie peut, être indépendante du système général et contenir des adultes, des nymphes ou des larves. Ceci constitue une difficulté lorsque la pièce est très atteinte et présente des centaines ou parfois des milliers d’orifices, mais c’est à ce prix qu’elle peut être sauvée de la ruine. La patience et la méthode lèveront donc cet inconvénient.
- Les aiguilles utilisées devront correspondre aux diamètres des orifices. Elles seront montées sur des seringues, remplies de liquide, sans bulles d’air. Pour de très petits orifices, la seringue de 2 cm3 est suffisante; les seringues de 10 cm3 et de 20 cm3 seront réservées aux orifices de plus de 1 mm. Cependant, on aura souvent la surprise avec des pièces très infestées, poreuses, de pouvoir injecter de 2 à 20 cm3 de liquide sans résurgence dans des entrées de galeries de 1 mm de diamètre.
- Les aiguilles sont introduites sur une longueur de 2 à 5 mm. dans les orifices; le liquide est poussé lentement jusqu’à ce
- Fig'. 1. — Anobium striatum, vrillette ravageuse commune de bois sculptés.
- Gross. : 8 diamètres.
- Fig. 2. — Coupe d’une pièce dé bois sculpté ravagée par . les vrillettes.
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- qu’il reflue à l’extérieur. A ce moment, l’aiguille est retirée et l’opérateur, avec un petit tampon d’étoffe, étanche le liquide refoulé pour éviter qu’il ne s’écoule sur la surface de l’objet à traiter.
- Un par un, tous les orifices sont injectés.
- Lorsqu’on traite des sculptures ou des meubles importants comme de grandes statues, des stalles d’église, des armoires sculptées, il est nécessaire de faire plusieurs séances de travail pour traiter la pièce entière; il est alors utile de figurer sur un croquis les aires traitées, et à traiter, au fur et. à mesure de l’intervention, ou encore, de tracer à la craie sur l’objet les limites de ce qui a été fait et de ce qui reste à faire. Un objet travaillé de cette manière et suivant cette méthode est sûrement désinsectisé. Lorsque la pièce à traiter présente des surfaces poreuses ou en voie d’effritement, l’intervention sera complétée par le procédé complémentaire suivant : avec une vrille fine on fera dans l’aire ramollie ou poreuse une ou plusieurs ponctions, puis, dans les trajets ainsi créés, on injectera du liquide insecticide jusqu’à ce que les surfaces ramollies ou poreuses soient saturées de liquide, ce qui sera réalisé lorsqu’une nappe humide apparaîtra à leur niveau.
- Il arrivera souvent que le liquide insecticide diffusible injecté en un point apparaisse au niveau d’une surface poreuse ou ramollie située loin de l’orifice ponctionné; cet incident est révélateur d’une aire poreuse parfois ignorée et de l’importance des connexions et des intercommunications du système de galeries dans la pièce infestée. Il permet de juger de la difficulté d’une désinsectisation et de l’efficacité de la méthode.
- En ce qui concerne la prévention des récidives d’infestation, il faut savoir que l’action protectrice des liquides insecticides que nous avons énumérés et plus particulièrement des xylènes et du toluène résulte en partie de l’action durcissante et fixatrice des tissus du bois par ces hydrocarbures. Ce durcissement et cette fixation rendent la pièce très difficilement attaquable par les coléoptères xylophages venus de l’extérieur. L’addition de produits insecticides divers, dissous dans les hydrocarbures, tend à augmenter l’action préventive par dépôt d’insecticide dans les galeries.
- Fig. 3, 4, 5. — Aspects photomicrographiques de vrilletîes ravageuses du bois sculpté. Grossissement : 18 diamètres.
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- Après le traitement, il est recortimandable d’obturer les orifices des galeries à la cire ou à l’encaustique.
- La durée de la protection d’une pièce traitée méthodiquement peut être fixée, comme nous l’avons déjà écrit, à 5 ans au moins.
- Quand on est en présence de pièces de bois sculpté sans revêtement de peinture, de laque ou de vernis et présentant des altérations de grande étendue, il peut être utilisé un procédé préparatoire de destruction par la chaleur sèche. Les surfaces atteintes peuvent être balayées lentement avec une soufflerie à air chaud dont la température doit être située entre 70° et 8o°; un tel appareil tubulaire peut être réalisé en partant d’un séchoir électrique analogue à celui qu’utilisent les coiffeurs de dames pour l’assèchement des chevelures. Ce procédé de destruction ne peut être considéré que comme auxiliaire des techniques indiquées précédemment, car l’air chaud ne pénètre pas dans toute la profondeur de la pièce et cette technique n’est efficace que lorsque les altérations sont relativement superficielles.
- Il va sans dire que si l’on était en présence de pièces particulièrement délicates, des réserves seraient à faire quant à l’application de l’air chaud.
- R. Deschiens,
- Chef de service à l’Institut Pasteur.
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- L'INDUSTRIE DE L'AGAR
- L’agar-agar, souvent appelé, improprement, « gélose », est un produit bien connu dans les laboratoires de bactériologie et de microbiologie où il est utilisé pour la préparation des milieux de culture. C’est une substance extraite de certaines
- Fig. 1. — Le Kanten japonais, en barres et en fibres.
- (D’après Hugh M. Smith, Bulletin of the Bureau oj Fisheries, 1905).
- algues et vendue sous la forme de lanières de 10 à 20 cm, translucides, incolores, très légères, dont l’aspect rappelle celui de la ficelle de cellophane. Ses remarquables propriétés gélifiantes — des solutions aqueuses se prennent en gelée quand elles en contiennent de 1 à 2 pour 100 —, les avantages qu’elle présente sur les gélatines animales du fait que les gels qu’cn en obtient se liquéfient à phis haute température l’ont fait préférer à celles-ci pour de multiples usages.
- L’agar était préparé autrefois en diverses régions de l’Extrême-Orient : Japon, Chine,
- Malaisie, Ceylan, mais le Japon, éliminant toute'=j concurrence par la-modicité des prix, avait "peu à peu acquis un monopole de fait et était devenu lé fournisseur des pays occidentaux où ce produit était utilisé non seu-' lement pour la préparation de milieux de culture mais dans des industries alimentaires, pharmaceutiques, textiles... En 1936, ses exportations s’élevaient à près de deux millions ;de kg ; la guerre les a interrompues, et les pays utilisateurs se sont efforcés d’y suppléer! en utilisant les ressources locales.
- Fig. 2. — Une usine américaine d’agar.
- A droite, les bics de lessivage ; à gauche, les cuiseurs sous . pression.
- (Photo American Agar arid Chemical Cy).
- L'agar-agar, produit oriental.
- Agar-Agar est le mot malais qui désignait certaines algues rouges comestibles du genre Euchema et, par extension, la substance sèche qui en était extraite, introduite sur les marchés européens au début du xixe siècle. Lorsque les Japonais ont été en mesure d’exporter un produit similaire, mais fabriqué à partir d’autres algues, le « kanten », le terme malais a prévalu, à tel point que les Japonais l’ont adopté à leur tour, dans un but commercial.
- Il convient de préciser qu’il ne sera question ici que du véritable agar-agar que l’on ne peut obtenir qu’avec quelques espèces d’algues rouges et dont C. K. Tseng a proposé une définition précise : « C’est une substance sèche, amorphe, gélatineuse, constituant un ester sulfurique d’une galactane linéaire, insoluble dans l’eau froide, soluble dans l’eau chaude, dont une solution neutre à 1 pour 100 donne, après refroidissement, un gel qui se solidifie à 35°-50° et se liquéfie à 90°-100° ».
- C’est ainsi que l’agar se différencie de la carrageenine extraite d’autres algues rouges, abondantes sur nos côtes, le Chondrus crispus et le Gigartina mamillosa, dont le mélange n’est autre que le Lichen Carraghen des pharmaciens. Le carraghen est très inférieur à l’agar puisqu’il en faut 3 pour 100 pour obtenir un gel ferme qui se liquéfie à une température beaucoup plus basse, 27° à 30°.
- La découverte du procédé de purification et de déshydratation du « kanten » ou agar-agar est due au hasard. Les Japonais obtenaient depuis longtemps, par ébullition d’algues du genre Geli-dium, des gelées utilisées à des fins alimentaires, lorsque, vers 1750, un aubergiste nommé Tarozaemon Minoya remarqua un matin que des gelées qu’il avait étalées devant sa porte, congelées pendant une nuit froide, puis fondues et desséchées au soleil, étaient devenues des lamelles translucides. Le procédé de fabrication de l’agar, utilisant successivement la congélation des gelées, leur fusion (les eaux d’exsudation entraînant les impuretés), puis leur dessiccation, était découvert. C’est celui qui est encore utilisé dans la plupart des manufactures japonaises.
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- Fig. 3. — L’atelier de congélation.
- .4 droite, les cuves qu’on remplit de gelée déjà purifiée ; à gauche, les blocs d’agar congelés.
- L'industrie de l'agar au Japon.
- Les algues utilisées au Japon appartiennent au genre Gelidium. L’espèce la plus estimée est Gelidium amansii Lamouroux ; le terme japonais qui la désigne est « tengusa », abréviation de « kantengusa » ou « herbe à kanten ».
- Elles sont récoltées à l’aide de crochets ou de filets, ou cueillies par des plongeurs, de mai à octobre. Elles subissent une première dessiccation, sur le rivage, où le soleil les blanchit.
- Transportées à l’usine, elles subissent un certain nombre d’opérations dont les principaux stades sont les suivants :
- 1° battage destiné à éliminer les corps étrangers : incrustations calcaires, coquilles, sable, puis lavage à l’eau douce ;
- 2° achèvement du blanchiment par exposition au soleil sur des claies ;
- 3° cuisson pendant plusieurs heures dans des cuves contenant plusieurs milliers de litres d’eau douce, à raison de 1 kg d’algues pour oo à 60 litres d’eau environ. Le jus gélatineux obtenu est filtré sur des toiles grossières et recueilli dans une grande cuve ;
- 4° la gelée, appelée à ce stade « tokoro-ten », est ensuite répartie dans des bacs rectangulaires mesurant 60 cm de long sur 30 de large et 10 de haut et exposée à l’air libre où elle sèche ;
- 5° lorsque la gelée présente une consistance suffisante, elle est coupée en barres de taille variable, fragmentées en plaquettes ou elle est passée dans une presse d’où le produit sort sous une forme qui rappelle celle des spaghetti ;
- 6° plaquettes ou filaments sont ensuite étalés sur des claies et transportés sur une colline ou sur une montagne où ils subissent alternativement les rayons du soleil et les gelées nocturnes ; le jour, lorsque la température s’élève, la glace fond, l’eau exsude, entraînant les matières organiques et inorganiques solubles, et la dessiccation se poursuit.
- Au bout de 2 à 4 jours la dessiccation est complète ; on peut procéder à l’emballage.
- Utilisations de l'agar-agar.
- Introduit dans les laboratoires en 1882, l’agar a bientôt acquis une importance exceptionnelle dans les techniques microbiologiques. Sa valeur comme milieu de culture tient d’abord à la consistance de son gel à la température d’incubation des micro-organismes, et à son innocuité vis-à-vis de la plupart des bactéries, c’est ce qui explique que les bactériologistes l’aient tout de suite préféré à la gélatine. Il possède une propriété remarquable ; c’est l’écart très grand entre son point de solidification — 40° environ — et son point de fusion — 9o°-100° —. De ce fait, refroidi à 42° par exemple, il reste liquide, ce qui permet de l’ensemencer à une température qui n’est pas nuisible aux micro-organismes. Une fois gélifié, il reste ferme à la température où les formes pathogènes sont généralement cultivées. D’autre part, une solution d’agar pure est neutre et à peu près incolore. Toutes ces qualités en font un milieu irremplaçable. Il convient d’ajouter que son pouvoir gélifiant est environ dix fois supérieur à celui de la gélatine.
- L’agar présente un grand pouvoir absorbant vis-à-vis de l’eau, ce qui explique son emploi comme laxatif, mélangé à de la crème ou à du sucre, ou sous forme de préparations chocolatées. Il con-
- ([Photo American Agar and Chemical Cy).
- tiendrait également certains principes purgatifs qui agiraient comme excitant des mouvements péristaltiques de l’intestin sans affecter les fonctions de l’estomac et du duodénum. Il a été utilisé pour la préparation de suppositoires à la glycérine et dans le traitement de l’obésité.
- L’agar est utilisé comme aliment par les Orientaux qui en font une consommation importante. Son pouvoir nutritif est faible, mais il constitue une nourriture complémentaire très appréciée. Les Chinois l’utilisent pour préparer un a ersatz » de nid d’hirondelles. Au Japon, on prépare le « riz à l’agar ». La gelée d’agar sucrée et parfumée est un plat froid bien connu dans les régions chaudes du Sud de la Chine. En Europe et en Amérique l’agar tend à remplacer la gélatine comme gélifiant. Dans l’industrie des confitures, l’incorporation de 1/2 à 1 pour 100 d’agar permet de diminuer la proportion de sucre. On l’a également utilisé avec succès pour la fabrication de sorbets et de crèmes glacées. En Amérique, certains fromages à tartiner, analogues à nos crèmes de gruyères, doivent leur consistance à l’incorporation d’une certaine quantité d’agar dans la pâte.
- L’Australie, second consommateur d’agar, après le Japon, en importait 700 000 kg par an, dont la moitié entrait dans la fabrication de conserves de poissons et de viande. C’est son pouvoir gélatinisant et surtout sa bonne tenue aux températures élevées nécessitées par l’autoclavage, qui l’ont fait préférer, là encore, aux gélifiants d’origine animale.
- On recommande encore son emploi dans la préservation temporaire de la viande : Celle-ci, cuite avec de l’agar, donne un jus qui se gélifie et l’enrobe ; l’agar, qui n’est pas attaqué par les bactéries putréfiantes, constitue un obstacle à la pénétration de l’oxygène et au développement des micro-organismes.
- En Orient, l’agar était autrefois utilisé dans la fabrication du papier de riz et de papiers imperméables employés pour l’emballage des porcelaines et bronzes de Chine. On l’utilisait — et on l’utilise encore — pour l’apprêt de la soie et pour conférer une plus grande imperméabilité aux papiers destinés à contenir des résines, des cires ou des graisses. En tannerie, il sert à donner
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- lustre et rigidité aux cuirs, en fin de fabrication. En parfumerie, l’agar est utilisé comme base de certaines crèmes de beauté et de crèmes à raser, et comme liant dans certains dentifrices.
- Les applications de l’agar sont parfois imprévues : L’étirage des filaments de tungstène pour lampes électriques nécessite un lubrifiant spécial qui peut être constitué par une suspension homogène de graphite pulvérulent dans une gelée d’agar. Dans l’industrie photographique, on a essayé de le substituer à la gélatine et on a constaté qu’il présentait un certain nombre d’avantages : possibilité d’obtenir une couche sensible beaucoup plus mince, solubilité dans l’eau plus faible, point de liquéfaction plus élevé, ce qui est particulièrement apprécié dans les pays chauds.
- L'industrie de l'agar en Amérique.
- Un Japonais, Chokichi Matsuoka, avait installé une manufacture d’agar à Tropico (Californie) dès 1919. Les algues utilisées étaient principalement Gelidium cartilagineum et Gloiopeltis furcata ; mais cette industrie n’avait pu lutter contre la concurrence japonaise et la production californienne n’atteignait pas 10 009 kg en 1940.
- En 1941, les importations cessant, elle dut faire face à une demande croisasnte ; son rapide développement l’amena à produire en 1943, près de 80 000 kg d’agar, dans des usines comparables aux plus importantes manufactures du Japon.
- L’algue la plus utilisée est Gelidium cartilagineum qui pousse sur la côte Sud de la Californie. On la trouve sur les roches où le courant est fort. Les deux autres espèces, plus rares et utilisées en mélange avec la première, sont G. nudifrons et G. arborescens. Ces algues croissent en eau profonde et doivent être cueillies par un scaphandrier. Gracilaria confervoides, utilisé sur la côte orientale, se rencontre dans des parages différents ; elle préfère les endroits abrités, baies ou estuaires, en eau peu profonde.
- Les moyens utilisés pour la récolte varient selon l’habitat ;
- Gracilaria est arraché à l’aide d’un rateau manœuvré d’un bateau à marée haute, et cueilli à la main à marée basse. Un homme peut en récolter une tonne en une marée, mais il faut noter que pour obtenir une tonne de produit sec, 7 tonnes de Gracilaria sont nécessaires, alors que 8 tonnes de Gelidium suffisent.
- La récolte des Gelidium exige des moyens plus importants. On utilise des petites embarcations d’une dizaine de mètres, montées par trois hommes : un mécanicien, un scaphandrier et son aide. Le scaphandrier nage de roche en roche, cueille des touffes d’algues et les entasse dans un filet qui est remonté sur le bateau à l’aide d’un hale-à-bord lorsqu’il est plein, et renvoyé, vide, au scaphandrier. Dans de bonnes conditions celui-ci peut travailler sous l’eau de 4 à 6 heures par jour et cueillir 1,5 tonne de Gelidium.
- Il existe différents arrangements entre les manufactures d’agar et les équipages qui récoltent les algues. Les algues sont souvent vendues fraîches à l’usine qui se charge du séchage, de l’emballage, du transport, et aussi de l’entretien du bateau. Une tonne de Gelidium se vend ainsi 85 dollars environ ; le gain est divisé en cinq parts dont trois vont au scaphandrier, et une à chacun des hommes. Suivant un autre système, l’équipage arme le bateau, récolte, sèche, emballe. Une tonne de, Gelidium sec atteint le prix de 350 à 400 dollars. Le produit des ventes est ainsi réparti : la moitié au scaphandrier, 1/6 à chacun des hommes. Le reste est réservé pour l’armement et l’entretien du bateau.
- La fabrication est la même qu’au Japon. Cependant le blanchiment s’effectue maintenant dans des bains d’hypochlorite, le séchage ne se fait plus à l’air libre mais dans des déshydrateurs, et la congélation est provoquée artificiellement.
- Les États-Unis, principal client du Japon, qui importaient 300 000 kg d’agar par an, ont été amenés par cette guerre à développer une nouvelle industrie qui depuis 1943 suffit à couvrir leurs besoins les plus urgents.
- J. Sylvain.
- La Distribution Internationale de l'Énergie électrique
- Les pays Scandinaves sont pauvres en charbon comme en pétrole, mais riches en ressources hydro-électriques.
- La Suède est un des pays les plus électrifiés. Elle occupe la quatrième place dans le monde, après la Norvège, le Canada et la Suisse pour la consommation spécifique annuelle par tête d’habitant, avec 1 260 kW/h ; 86 pour 100 de son trafic ferroviaire est assuré par traction électrique.
- Les centrales suédoises sont toutes des usines de basses chutes, elles sont dispersées sur tout le territoire jusqu’au delà du cercle polaire, à 50 km au Nord, où est exploitée la centrale souterraine de Porjus équipée pour 115 000 ch. Cette curieuse centrale protège son bassin de mise en charge contre le gel par une circulation d’air chaud. Elle assure l’exploitation des mines de fer de Kiruna et la traction des convois de minerai sur la ligne de Narvik.
- Sur quelque 10 000 000 de ch disponibles, la Suède en a équipé environ 1 700 000.
- La Norvège est plus riche encore en forces hydrauliques, elle reçoit des pluies plus abondantes. Ses chutes sont plus hautes, surtout sur la ligne des côtes et faciles à équiper. Elle occupe la première place dans le monde pour la consommation spécifique par tête d’habitant avec 2 820 kW/h.
- Sur un total de forces utilisables estimé être d’au moins 12 000 000 de ch, il n’en est guère équipé que 2 000 000, car le courant ne trouve en Norvège que des débouchés restreints. Quand tous ses besoins intérieurs auront été satisfaits, y compris l’électrification complète de ses chemins de fer, la Norvège disposera encore de plusieurs millions de kW/h pour le marché extérieur : pour l’exportation.
- On conçoit que les ressources considérables d’énergie électrique des pays Scandinaves aient conduit les ingénieurs à étudier des plans audacieux d’équipement. Le projet Norvège-Allemagne se proposait de transporter plus de 1 000 000 de kW de Norvège vers l’Allemagne par la Suède et le Danemark avec une dérivation traversant la France pour aboutir en Espagne.
- Le problème technique est d’assurer le transport de l’énergie à grande distance de manière sûre et permanente sans que le coût en soit prohibitif.
- Le transport de l’énergie électrique par courant alternatif est limité par la longueur de la ligne et celui par courant continu par la valeur de la puissance à transporter.
- Des progrès considérables ont été réalisés dans la technique du transport de l’énergie, en particulier en utilisant le système des mutateurs à vapeur de mercure et à cuve métallique qui permet l’emploi du courant continu à haute tension.
- Bien des problèmes restent à résoudre mais les résultats pratiques déjà acquis sont des plus prometteurs. C’est ainsi qu’un projet de transport de courant électrique des pays Scandinaves vers la Grande-Bretagne entre dans le domaine des choses possibles. Les progrès techniques et l’apparition de nouveaux matériaux isolants peuvent permettre la traversée des 35 km du Pas-de-Calais. Une compagnie anglaise alimente déjà l’île de Wight avec un câble à 33 000 Y traversant le Soient.
- On peut maintenant envisager un réseau électrique couvrant l’Europe, de la Scandinavie au Nord jusqu’à Lisbonne et s’étendant jusqu’en Grèce au Sud, desservant l’Angleterre à l’Ouest et rejoignant les rives du Don à l’Est.
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- Mesure pratique à de la qualité
- Par les temps de pénurie que nous vivons, il est de la plus haute importance de ne gaspiller aucune denrée, de connaître exactement son état de fraîcheur et ses possibilités d’emploi. Aussi les coquetiers, producteurs et revendeurs d’œufs à tous les échelons accueilleront-ils avec intérêt l’invention d’un nouvel appareil électronique qui, en une mesure ultra-rapide, permet d’estimer instantanément la qualité d’un œuf. Nous en empruntons la description à M. S. R. Winters, dans Radio Craft de septembre 1947.
- C’est au cours de ses recherches sur la fécondité des œufs, entreprises depuis 1938 à la station agricole expérimentale de la Cornell University, à Ithaca (New-York) que le professeur A.L. Ro-manoff a mis au point sa méthode, infiniment plus rigoureuse que le « mirage » à la bougie. L’indication qualitative de l’appareil déterminant, une fois pour toutes, le degré de fraîcheur de l’œuf, permet d’éviter les mirages successifs et de gagner ainsi du temps et de l’argent. On estime aux États-Unis que, sur 54 billions d’œufs produits en 1943, 50 billions ont été mis sur le marché et que chacun a été miré plusieurs fois de suite par les producteurs, ramasseurs, emballeurs, distributeurs, courtiers, revendeurs aux divers stades. En plus, les œufs conservés en frigorifique sont mirés à l’entrée et à la sortie.
- Principe de la mesure électronique.
- L’œuf est introduit dans une bobine de quelques spires, alimentée par un courant de haute fréquence. Plus l’œuf est frais, plus grande est sa conductibilité électrique, plus il absorbe de puissance à la bobine. Un appareil de mesure indique la puissance absorbée par l’œuf. Son cadran peut être gradué, non en microampères, mais simplement en qualité, l’aiguille donnant tout simplement l’une des quatre indications suivantes : « très frais », « bon », « moyen » ou « douteux ».
- Oscillateur à haute fréquence.
- Le dispositif consiste essentiellement en un oscillateur symétrique à deux triodes, donnant une puissance de 5 W sur la fréquence de 14 MHz (fig. 1). Le circuit oscillant est couplé à la bobine dans laquelle on place l’œuf. Le galvanomètre de mesure est monté dans le circuit de cette bobine. A noter que les œufs frais infécondes ont une constante diélectrique plus faible que les œufs fécondés, indépendamment d’une conductivité plus élevée. Ce qui permet de trier les œufs destinés à la ponte et d’éviter le gâchage.
- Indicateurs à lampe et à détecteur.
- Dans certains types d’appareils, le galvanomètre indicateur est remplacé par une petite lampe, qui s’illumine plus ou moins suivant la puissance absorbée par l’œuf en essai. Mieux que par l’œil, la variation de brillance est appréciée par une cellule photoélectrique branchée sur l’appareil de mesure.
- On peut aussi utiliser un détecteur à cristal relié au galvanomètre.
- Indicateurs à relais.
- Si l’on désire s’en tenir à une appréciation qualitative, on peut employer un système à quatre relais, qui commandent respectivement des voyants AA (très frais), A (frais), B (moyen), C (douteux). A son passage dans la bobine, chaque œuf allume la lampe correspondant au voyant qui indique son degré de fraîcheur.
- haute fréquence des œufs
- Appréciation du poids.
- S’il s’agit de connaître non seulement la fraîcheur de l’œuf, mais encore sa A'aleur marchande, il faut naturellement faire état de son poids. En conséquence, la bobine à haute fréquence est montée sur une sorte de pezon, dont l’indication est lue en même temps que celle de la fraîcheur.
- On peut faire en sorte que l’appareil de mesure intègre ces deux indications de qualité et de poids pour les fondre en une indication globale qui est celle de la valeur de l’œuf. En ce cas, l’œuf modifie par son poids la tension d’un ressort à boudin, ce mouvement commandant le curseur d’une résistance électrique, ce qui fait Avarier le courant dans l’appareil de mesure. Un amortisseur à liquide arrête immédiatement les oscillations de l’équipage.
- Résultats obtenus.
- Le mirage électronique donne tout près de 100 pour 100 de précision contre 75 pour 100 pour le mirage à la bougie. L’amélioration paraît donc considérable. Le procédé est d’un excellent rendement pour sélectionner les œufs en vue du séchage ou de la conservation en frigorifique, Il ne faut pas oublier que certains œufs commencent à se détériorer avant même que d’être pondus et que, même « pondus du jour » ils ne peuvent jamais être garantis frais.
- Œufs de conservation.
- L’appareil est particulièrement précieux pour les œufs à conserver. Un œuf à ne pas conserver a une conductibilité plus faible, même s’il est rigoureusement frais, qu’un œuf de bonne garde. Les œufs ne convenant pas pour la conserve peuvent ainsi être triés. On évite de cette façon des frais de conservation inutiles et on limite le pourcentage de déchets.
- Perfectionnements à venir.
- Cependant, la méthode présente encore quelques lacunes. Si elle donne la valeur globale de l’œuf considéré comme un tout, elle ne permet pas de déceler des défauts locaux tels que traces de sang, fêlures de la coquille, adhérence du jaune et autres, si, par ailleurs, l’œuf doit être considéré comme bon.
- Mais la méthode est précieuse qui, par la sélection de l’œuf, permet de sélectionner les pondeuses. La qualité de l’œuf étant héréditaire, la production avicole s’en trouvera très améliorée. Précisons que la Cornell Research Foundation a reçu en don le brevet de cette invention qui n’est pas encore commercialisée.
- M. A.
- Schéma du trieur d’œufs électronique.
- à Bs, bobines de choc ; R, vers le
- Fig. 1.
- régulateur de tension.
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- L’Étoile “ Merveilleuse ” de la Baleine
- Le maximum d’éclat de Mira Ceti (omicron de la Constellation de la Baleine), attendu au cours de ce dernier mois d’octobre, et qui constitue toujours un événement dans les milieux astronomiques, ramène sur le plan de l’actualité la question des Étoiles variables, dont l’étude, depuis un quart de siècle, a conduit à des résultats si féconds. L’Astrophysique doit, en effet, à celle-ci des vues entièrement nouvelles sur les dimensions et la structure de l’Univers. Ne semble-t-il pas que le qualificatif de « Merveilleuse », que ses premiers observateurs ont donné à cette étoile, là première variable découverte, soit une sorte d’anticipation prémonitoire quant aux conséquences futures du nouveau sujet d’investigations qu’elle ouvrait aux astronomes ? C’est cependant, il faut le reconnaître, surtout parce que la découverte de sa variabilité intervenait en un temps où le dogme de l’incorruptibilité des cieux demeurait encore article de foi, et que ce phénomène paraissait ainsi, aux yeux des contemporains, emprunter au surnaturel.
- C’est, en 1596 que Fabricius attira l’attention sur cette étoile, mais c’est au Hollandais Holwarda, en 1638, qu’on doit la découverte de sa périodicité, qui fut précisée par les observations d’Hévélius entre 1648 et 1662. Depuis cette époque, le nombre des
- aut .Sepft. Oct Nov. Déc. i/anv.
- Variation d'éclat de Mira Ceti en 1918-1919.
- (D’après J. Vetter).
- étoiles dont l’éclat est instable n’a cessé de croître, depuis surtout que furent appliquées à leur recherche la photographie et ses méthodes annexes. En 1939, plus de 8.000 étaient cataloguées et l’on ne cesse d’en enregistrer de nouvelles. N’a-t-on pas avancé, avec quelque vraisemblance, que notre Soleil lui-même, de par la périodicité undécennale de son activité et de ses taches, doit être rangé dans cette catégorie ?
- Cependant, quelque répandu qu’il apparaisse désormais, le phénomène de changement périodique d’éclat de toutes ces étoiles est loin de se présenter avec les mêmes caractères, et l’on fut nécessairement amené à les grouper en différentes classes. Et c’est d’abord le groupe de celles qui, à l’exemple d'Algol (fi de la constellation de Persée), pour variables qu’elles soient, se montrent remarquablement disciplinées dans leurs variations. Algol, dont les propriétés furent découvertes par un berger vers le milieu du xvme siècle, offre en une période rigoureusement toujours égale, de 2,87 jours, une variation d’éclat comprise entre sa magnitude normale 2,2 et celle de 3,5, la durée de l’affaiblissement de. sa lumière n’étant que de 9 heures, durée exactement partagée en deux parties égales, l’une pour la chute, l’autre pour la remontée. Pareille régularité a fait aussi donner aux étoiles de ce type, le nom de variables géométriques, et a permis, du phénomène, une interprétation relativement simple que confirme, d’autre part, l’étude spectroscopique. Il s’agit d’un système double : une étoile principale brillante, avec un satellite obscur se mouvant à peu de choses près dans un plan passant par l’œil de l’observateur
- suivant une orbite plus étroite que celle de Mercure, et occultant partiellement, à chacune de ses révolutions, l’astre central.
- L’étoile p de la Constellation de la Lyre est le type d’un groupe qui, par la régularité mathématique de son régime, se rapproche d'Algol, avec toutefois une variabilité presque continue, présentant deux maxima. Elle aussi est constituée par un système
- Phase 0.8 0,9 OJJ 0,1 0,2 0,3 0.4 0,5 0,6 0,7
- Fig. 2.
- Courbe de lumière d’une Céphéide d’Amas.
- (S, autel, période (b,45).
- (D’après Sciiilt).
- binaire, le satellite se mouvant encore dans un plan contenant le rayon visuel ; mais les composantes sont, cette fois, toutes deux lumineuses, quoique inégalement, fortement ellipsoïdales et très rapprochées. La période est de 12,9 jours et l’amplitude de sa variation s’étend entre les magnitudes 3,4 et 4,3.
- Un autre groupe de variables, dont le type est 5 Céphée, a pris en astrophysique une importance considérable, en raison des résultats déduits de l’étude des astres qu’il réunit. Parmi les Céphéides, il n’est plus question de régularité quasi-mathématique, à l’instar d’une oscillation pendulaire : l’augmentation d’éclat en est très
- Heures0h ÎÔ 20 30 40 50 B0~ 70h
- Variation d’éclat d’Algol.
- rapide ; la décroissance s’effectue plus lentement et témoigne d’anomalies particulières à chaque étoile. Les seules observations photométriques sont ici impuissantes pour suggérer une interprétation du phénomène. En effet, celui-ci s’accompagne d’une variation de couleur, l’étoile étant plus rouge à son minimum que lors de son maximum. L’examen spectroscopique établit qu’il s’agit là, non plus d’une éclipse, mais de modifications internes du corps ; la thèse la plus généralement admise est celle par laquelle l’astre serait soumis à des pulsations rapides entraînant, par compressions et dilatations successives, des variations de température, et par suite d’éclat.
- Un fait extrêmement remarquable, sur le détail duquel nous
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- ne pouvons nous étendre ici, c’est qu’une relation a pu être établie entre la durée de la période, l’éclat et la distance de l’étoile fLoi de Miss Leavcitt). D’où il résulte que la connaissance des deux premiers de ces éléments permet d’obtenir le troisième.
- Fig. 4. — Système d’Algol.
- Ainsi a-t-on pu déterminer les distances de nombreuses Cépheides, inaccessibles par les méthodes géométriques ordinaires. Ces investigations ont été poussées jusqu’aux amas globulaires, situés sur
- les confins de la Voie Lactée. Par cette méthode inattendue a-t-on pu se faire une idée assez précise des îi-mensions de notre galaxie. Les distances desdits amas sont de l’ordre de 100 000 années-lumière.
- Revenons à Mira Ceti : cette étoile appartient à la classe des variables à longue période, qui est la plus peuplée et dont elle est le type. Toutes manifestent un régime irrégulier, tant dans l’amplitude de leurs variations que dans la durée de la période, avec des changements d’éclat considérables. C’est ainsi que la période de Mira oscille entre 320 et 370 jours, et que son maximum peut s’établir entre les magnitudes 1,5 et 4, sans aucune loi perceptible. Ses minima varient, eux aussi, entre les magnitudes 8 et 9,5. Par ce fait, et en raison des nombreuses fluctuations qui
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- accompagnent le phénomène, il n’est vraiment certain que tel maximum (ou tel minimum) observé est bien le maximum (ou le minimum) absolu que lorsque celui-ci est révolu depuis un temps notable.
- En 1936, le maximum s’est établi à la magnitude 2,25, avec un retard d’un mois sur les prévisions ; l’étoile avait atteint la magnitude 2,0 en 1906. En 1937, elle ne s’élève qu’à la magnitude 4,5. En 1945, on a relevé deux maxima très voisins : l’un de 2,7 le 19 janvier, l’autre de 2,5 le 7 février. Le maximum actuel était attendu vers le 11 octobre, et certains symptômes, fournis par l’observation spectroscopique, laissaient prévoir un maximum particulièrement remarquable. Pour le moment, il ne semble pas que rien de définitif soit acquis à ce sujet : le 21 octobre, l’étoile n’atteignait pas encore franchement la 3e magnitude....
- Une autre caractéristique de Mira Ceti et des étoiles de sa classe, c’est que toutes sont rouges et que, ainsi qu’il en est pour les Céphéides, cette coloration s’accentue vers le minimum d’éclat. D’autre part leurs spectres, où se remarquent de nombreuses raies brillantes, varient de façon continue au cours de la période. On y relève en particulier les raies de l’hydrogène, mais aussi celles de l’oxyde de titane, indice de températures relativement basses (3 500 à 2 000°). Toutes ces circonstances, avec d’autres, ont fait l’objet de nombreuses tentatives d’interprétation, et donné lieu à diverses théories. Il faut avouer que, jusqu’à présent, aucune ne rend compte de façon satisfaisante de l’ensemble des phénomènes, et que, si Mira Ceti a cessé de justifier son titre de Merveilleuse, elle demeure, sous de nombreux rapports, la Mystérieuse.
- G. Fournier.
- 0J Z 4 6 8 10 12
- Variation d’éclat de (i Lyre.
- Système de (} Lyre.
- DU BEURRE A LA MARGARINE
- Du temps que le beurre abondait sur les tables françaises, sans parler du lait et des huiles, on comprend que l’on se soit peu préoccupé de la ration minima de matières grasses indispensables à l’organisme et que le Service des fraudes du Ministère de l’Agriculture ait eu souci avant tout d’empêcher les confusions qu’on aurait pu chercher à créer entre le beurre laitier, produit naturel, et les matières grasses, animales et végétales, incolores et insipides, qui forment la margarine.
- Aussi, une réglementation très stricte interdisait-elle de jaunir la margarine au moyen de matières colorantes, de la parfumer pour lui donner l’odeur et le goût du beurre. Bien plus, on prescrivait de lui ajouter 2 pour 1 000 d’amidon, pour la distinguer facilement, simplement par bleuissement avec l’iode. En outre, la dénomination, la présentation, l’emballage des margarines ne devaient être causes d’aucune confusion avec les beurres.
- Cette réglementation qui débuta par la loi sur la répression des fraudes du 1er août 1905 et fut peu à peu complétée par de nombreux textes successifs : lois, décrets, arrêtés, circulaires, répondait à un double but. D’une part, elle appuyait la politique de protection des intérêts agricoles, inaugurée par les tarifs douaniers de 1892 de la loi Méline. D’autre part, elle répondait aux soucis croissants, exprimés maintes fois par le Conseil supérieur d’Hygiène publique et l’Académie de Médecine, de défendre la
- santé publique contre les dangers que peut présenter l’addition aux matières alimentaires communes, d’un usage quotidien, de produits chimiques de synthèse dont les effets physiologiques sont mal connus et dont l’élimination insuffisante ou la décomposition peut accumuler dans l’organisme des composés toxiques ou indésirables.
- Cependant, depuis près d’un demi-siècle, le nombre des corps organiques de synthèse s’est singulièrement multiplié ; beaucoup ont été l’objet d’une expérimentation biologique approfondie et prolongée et quelques-uns ont été reconnus inoffensifs. C’est ainsi que divers colorants ont été autorisés ou tolérés dans les sucreries, les liqueurs, les pâtes de fruits, les croûtes de fromages, les enveloppes de charcuterie, etc. La France est cependant restée beaucoup plus stricte que la plupart des pays étrangers en ce qui concerne ces additions, et notamment elle avait interdit jusqu’ici toute introduction d’antiseptiques dans les beurres, de colorants dans les margarines.
- D’autre part, le monde entier souffre d’une pénurie de matières grasses et l'on sait combien leur carence est devenue grande dans la ration des Français.
- Aussi, un décret du 11 août dernier, paru au Journal Officiel du 14, a-t-il concédé une importante dérogation à la législation concernant la margarine en supprimant, à titre exceptionnel et
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- provisoire, l’interdiction d’ajouter à celle-ci des matières colorantes et des essences parfumées. Cette autorisation précaire ne fait d’ailleurs que suivre celles accordées dans presque tous les pays, y compris ceux beurriers, comme le Danemark et la Hollande.
- La production annuelle moyenne de beurre pour les années 1936 à 1938 était estimée de l’ordre de 225 000 t. Pour l’année 1946, elle n’aurait été que d’environ 150 000 t, dont on estime que la moitié fut absorbée par les parts réservataires des producteurs •et par le marché parallèle. La production de 1947, par suite des mauvaises conditions climatériques, est certainement en plus large baisse encore.
- Les huiles végétales sont tout aussi déficitaires et' le fret manque pour leur transport. Force est donc de consommer les autres matières grasses dont on dispose et en première ligne la margarine de table, qui peut en partie suppléer à la carence de la production beurrière française.
- L’aromatisation des margarines est obtenue par de très petites quantités de diacétyle. Ce corps est celui qui se forme naturellement dans la maturation de la crème et son emploi apparaît donc tout à fait inoffensif.
- Leur coloration peut être obtenue par le jaune AB (benzène-azo-bétanaphtylamine) ou le jaune OB (toluène-azo-bétanaphtyline) .qui sont universellement reconnus comme dépourvus de toxicité ; ils sont utilisés en Angleterre depuis le début de ce siècle et aux 'États-Unis depuis août 1922. Ils sont incorporés à dose infime : 320 g environ pour 10 t, soit pour un wagon complet.
- Les margarines de table, ainsi jaunies et aromatisées, qui sont
- préparées sous Je contrôle permanent du Service des fraudes, dans des usines fort bien outillées, avec des corps gras purifiés, ont l’avantage d’être bactériologiquement beaucoup plus propres que les beurres. Un gramme de margarine ne contient guère que 50 à 200 germes. Malgré les soins apportés aux traitements dans les établissements modernes bien équipés et bien conduits, on dénombre dans le beurre quelque 400 000 germes par gramme. Une « Étude technique sur la beurrerie française », publiée en août 1943 par MM. G. Guittoneau et R. Chevalier, comporte notamment cette statistique :
- 3,93 pour 100 des beurres examinés contiennent moins de 500 000 germes.
- 13,97 pour 100 en contiennent de 500 000 à 1 000 000.
- 81,22 » » 1 000 000 à 10 000 000.
- 0,87 » » plus de 10 000 000.
- A défaut de beurre, devenu si rare qu’il n’apparaît plus guère dans les répartitions du ravitaillement, on peut donc espérer recevoir maintenant une margarine tout aussi nutritive, ayant la couleur et le goût de celui-ci, qui nous fera prendre patience et nous donnera les calories et les corps gras dont nous avons tant besoin.
- La majeure partie de ces germes, au moins les trois quarts, sont des ferments lactiques ou autres, dont la présence est absolument normale. Malheureusement, on y identifie également d’autres microorganismes indésirables.
- COURS ET CONFÉRENCES A PARIS
- JEUDI 4 DÉCEMBRE. Cours de perfectionnement technique (28, rue Saint-Domini-•que) : 18 h. M. J. Le Bras : « Les laboratoires de recherches sur le caoutchouc en France et à l’étranger ».
- VENDREDI 5 DÉCEMBRE. Centre de .perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. L. Le Blan : « La mesure précise des pressions ».
- SAMEDI 6 DÉCEMBRE. Palais de la Dé--couverte (avenue F. D. Roosevelt) : 15 h.
- M. Sergescu : « Le développement de l’idée de l’infini mathématique au xm” siècle ». — Institut océanographique (195, rue Saint-Jacques) : 21 h. M. Petit : « Aux confins de la mer et des étangs : la Camargue ». — Institut français du caoutchouc (Sorbonne, amph. Milne-Edwards) : 17 h. M. J. Le Bras : « La vulcanisation ».
- LUNDI S DÉCEMBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Golditnger : Radicaux libres .en solution ».
- MARDI 9 DÉCEMBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Domini-.que) : 18 h. M. Rol : « Les défauts du bois ».
- MERCREDI 10 DÉCEMBRE. Centre de -perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Ziegler : « Les peaux • de poissons ».
- JEUDI 11 DÉCEMBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Domi-
- nique) : 18 h. M. Waot. : « Les laboratoires de recherches dans le domaine des matières colorantes ».
- VENDREDI 12 DÉCEMBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. J. Châtelet : « La précision dans la mesure des densités ».
- SAMEDI 13 DÉCEMBRE. Palais de la Découverte (av. F. D. Roosevelt) : 15 h. Prof. Levaditi : « La streptomycine et ses applications thérapeutiques » (projections). — Institut océanographique (195, rue Saint-Jacques), Grand amphithéâtre : 21 h. M. P. Tchernia : « La détection des bancs de poissons par ultrasons ». — Institut français du caoutchouc (Sorbonne, amph. Milne-Edwàrds) 17 h. M““ Boucher : « Les ingrédients et leur emploi ».
- DIMANCHE 14 DÉCEMBRE. Société astronomique de France (Institut océanographique, 195, rue Saint-Jacques) : 15 h.
- M. H. Moureu, Directeur scientifique du centre d’études des projectiles autopropulsés du Ministère des Armées : « Une première étape vers l’astronautique : les armes secrètes allemandes » (projections, cinéma).
- LUNDI 15 DÉCEMBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Rosen : « Les radicaux libres et l’astrophysique ».
- MARDI 16 DÉCEMBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Domi-
- nique) : 18 h. M. Lutz : « Les altérations du bois par les champignons ».
- MERCREDI 17 DÉCEMBRE. Institut français du caoutchouc (42, rue Scheffer) : 18 h. 30. M. Thiollet : « Les produits auxiliaires pigments et charges ». — Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. J. Boisseau : « Amélioration de la matière première : cuirs et peaux bruts ».
- JEUDI 18 DÉCEMBRE. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. R. L’IIermite : « Les recherches sur les matériaux et les constructions en France et à l’étranger ».
- VENDREDI 19 DÉCEMBRE. Centre de perfectionnement technique (28, roe Saint-Dominique) : 18 h. M. Cuny : « Métrologie des surfaces planes ».
- SAMEDI 20 DÉCEMBRE. Palais de la Découverte (av. F. D. Roosevelt) : 15 h. M. Kastler : « Les vibrations des molécules, révélées par leur spectre Raman et infra-rouge (projection). — Institut océanographique (195, rue Saint-Jacques), Grand amphithéâtre : 21 h. M. le Comt Rouen : « L’océanographie pendant la guerre et la bataille navale du Cid ». — Institut français du caoutchouc (Sorbonne, amph. Milne-Edwards) : 17 h. M. A. Jarrijon : « Appareillage de traitement ».
- NOS LECTEURS NOUS ÉCRIVENT :
- Les polysilica
- (n° 3143, l<’r
- La société Actigel, d’Orléans, nous écrit :
- « Nous vous signalons que le polysilicate d’aluminium appartient à une classe de produits : les polysïlicates métalliques colloïdaux, résultant des travaux effectués par J. Beaufils sur les gels de silice et les gels complexes. J. Beaufils a pu obtenir des poly-:silicates d’aluminium, de cuivre, de zinc, etc... et tous ces produits ainsi que leur mode de fabrication ont fait l’objet de brevets.
- tes métalliques
- septembre 1947).
- « Une inexactitude s’est glissée dans l’article en question : le polysilicate d’aluminium colloïdal, connu commercialement sous le nom d’Alulite ou Alulévilite, est obtenu par double décomposition, non pas avec du sulfate de soude, mais avec du sulfate d’aluminium comme on pouvait bien le penser.
- « Nous utilisons depuis une dizaine d’années ces produits pour la destruction des parasites des céréales (charançons) ainsi que des ecto-parasites (épouillage en série dès 1938) ».
- Le gérant : G. Masson.— masson et cle, éditeurs, paris.— dépôt légal : 4° trimestre 1947, «° 494. — Imprimé en France.
- BARNÉOUD FRÈRES ET CIe, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 778. — 12-1947-
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- N° 3150
- 15 Décembre 1947
- LA NATURE
- Les merveilles de la cristallisation
- La cristallisation des substances chimiques, qui présente à l’observateur des aspects si variés, ne s’effectue réellement que sous des formes géométriques peu nombreuses. C’est l’assemblage de ces cristaux qui, selon la densité de la dissolution, la rapidité de l’évaporation ou d'autres causes, donne des préparations si diverses et si curieuses. Certains corps, comme le chlorure de 6odium, l’iode, cristallisent en présentant toujours des formes relativement simples, mais la plupart des autres corps offrent des aspects bien plus compliqués. En se réunissant, les cristaux prennent parfois des formes d’une beauté remarquable, étoiles compliquées, rosaces, fleurs de givre, plumes multicolores, panaches, etc., etc....
- Les substances chimiques cristallisables peuvent se dissoudre dans des liquides appropriés pour chacune d’elles. Certaines, comme le chlorure de baryum, l’hyposulfite de soude, le borate de soude, se dissolvent dans l’eau ; d’autres comme l’éphédrine, l’acide succinique, le bromure de camphre, dans l’alcool ; d’autres encore, comme la coumarine, le naphtalène, la résorcine, dans l’éther. Beaucoup de substances peuvent se dissoudre à la fois, à des degrés différents, dans ces trois liquides, et donnent lieu à des cristallisations d’aspects variés. Il y a d’autres dissolvants, mais nous ne nous occuperons, au cours de cette étude, que de ceux que nous venons de citer, très suffisants d’ailleurs pour les belles observations que nous voulons entreprendre.
- L’éther permet d’obtenir des cristallisations ultra-rapides, dues à la volatilisation instantanée de ce liquide. L’alcool s’évapore plus lentement, mais fournit aussi des cristallisations rapides. L’eau, utilisée chaude de préférence, donne des cristallisations lentes. On peut aussi chauffer les dissolutions faites dans l’eau et l’alcool, afin d’activer l’évaporation, et les cristallisations ainsi obtenues prendront un aspect assez différent de celles données par une lente évaporation du liquide. Il y a enfin des substances qui ne cristallisent que dans un air froid, comme le thymol, donnant ainsi des cristaux tout à fait remarquables, dont nous parlerons
- plus loin. Par ailleurs, divers corps se dissolvent mais restent à l’état sirupeux, sans cristalliser ni à chaud ni à froid. Il y a là matière à une foule d’observations intéressantes sur la dissolution de tous les sels chimiques que l’on pourra se procurer.
- Les cristallisations vues au microscope.
- Les cristallisations seront produites sur des lames de verre, du type qu’on emploie en micrographie. Pour les observer, il est utile de se servir d’un bon microscope, muni de faibles grossissements. Trois objectifs x 4, x 10 et x 30 et deux oculaires x 4 et x 10 suffiront amplement. On examinera d’abord les préparations avec un très faible grossissement, qui donnera une vue d’ensemble. Avec des grossissements plus forts, on appréciera ’ les détails de la structure des cristaux.
- Les observations microscopiques de cristaux ne présentant aucune difficulté particulière, nous n’insisterons pas sur la façon d’opérer. Nous dirons seulement que les cristallisations vues en lumière ordinaire, ayant une transparence plus ou moins marquée, on sera parfois obligé, pour les observer convenablement, de diaphragmer et de faire arriver la lumière en oblique. Dans certains cas, on les observera sur fond noir, mais la plupart de ces sujets seront peu visibles dans les conditions ordinaires et exigeront la lumière polarisée. Les préparations de cristaux seront temporaires. Certaines sont d’ailleurs fugaces et il conviendra de les étudier aussitôt faites. Il y en a qui peuvent se conserver longtemps et qui pourront être rendues définitives, selon la méthode micrographique habituelle.
- Nous conseillons à tous ceux qui le peuvent de photographier les plus belles cristallisations qu’il leur sera donné d’observer. Sauf dans certains cas, le dessin n’est guère possible, à cause de la complexité de tels sujets. Seule la photographie saura rendre
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- Fig. 4. — Salicylate de lithine. — S. Superbe cristal de thymol. — 6. Cristaux imbriqués de thymol. — 7. Cristal à facettes de nitrate de pilocarpine. — 8. Anhydride phtalique. — 9. Cardénal. — 10. Chlorate de potassium. — 11. Asparagine. — 12. Pyrocaté-chine — 13. Salicylate de naphtol. — 14. Pyramidon. — 15. Cristaux étoilés d’amidol (en lumière polarisée).
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- fidèlement les formes si extraordinaires, et aussi si on le désire, les couleurs splendides des cristallisations C1).
- A l’observation en lumière naturelle, il faut ajouter celle en lumière polarisée.
- Le profane qui voit pour la première fois les effets de la polarisation chromatique ne peut en croire ses yeux et ne se lasse pas d’un tel spectacle, tellement les teintes qu’il admire et qui varient à l’infini lui semblent surnaturelles. Les cristaux apparaissent vivement éclairés sur fond noir. En tournant l’analyseur, les couleurs complémentaires viennent peu à peu dans des fondus merveilleux. Lorsque les niçois sont parallèles, Je fond n’est plus obscur, mais les cristaux polarisants sont encore parés de teintes brillantes. Dès que l’on revient à l’extinction totale, c’est naturellement le maximum de splendeur. Que dire aussi de la possibilité d’observer, l’œil fixé à l’oculaire, la production de ces magnifiques préparations. 11 est aisé d’y assister, avec certaines substances qui cristallisent lentement (salicylate de lithine, vanilline, antipyrine). C’est un enchantement continuel, dont on ne peut être blasé, de contempler ces plumets, ces panaches, ces fusées multicolores, qui jaillissent de toutes parts et envahissent le champ du microscope, là où il n’y avait rien auparavant.
- Il est possible de les rendre encore plus splendides dans leurs effets chromatiques en utilisant ce qu’on appelle des lames compensatrices : gypse à teinte sensible, mica quart d’onde ou plus simplement feuillets de papier cellophane, universellement connu et répandu. Les accessoires se placent sur la platine du microscope et les préparations sont posées tout simplement dessus. Pour plus de commodité et pour éviter leur détérioration, les lamelles de gypse ou de mica sont placées entre deux lames de verre, bordées de papier adhésif pour les maintenir accolées. La cellophane sera utilisée telle quelle. Les couleurs obtenues en plaçant les cristallisations sur ces « teintes sensibles » et en faisant pivoter celles-ci sur elles-mêmes, sont d’une richesse de tons inouïe. La teinte de fond varie lorsqu’on tourne l’analyseur. Elle varie aussi lorsqu’on fait subir une rotation à la « teinte sensible ». Si l’on replie en deux ou en quatre la feuille de cellophane, on obtient des teintes de fond très variables, rendant possibles toutes sortes de combinaisons chromatiques. Ces teintes de fond donnent lieu à une gamme de tons d’une richesse inimaginable et à une combinaison de couleurs complémentaires variant avec la taille des cristaux et la réfraction des rayons lumineux dans leur structure. Les teintes de fond à dominantes violette, pourpre ou vert foncé présentent, avec certaines cristallisations, des effets artistiques dont rien ne peut donner une idée et que seule la photographie en couleurs peut rendre assez fidèlement. Il est possible d’observer à l’écran des projections microscopiques de cristallisations en lumière polarisée, mais nous ne pouvons nous étendre dans le présent article sur cette intéressante réalisation.
- Quelques très belles cristallisations.
- 1° En lumière ordinaire :
- jBromure d’ammonium (fig. 1) (eau-alcool). — Belles productions ramifiées sur lesquelles se branchent de curieux rameaux secondaires en forme de massue (Gr. 40).
- Lactate de manganèse (fig. 2) (eau). — Très jolies arabesques plumeuses, de teinte brune, ressortant admirablement sur fond clair (Gr. 40).
- Acide adipique (fig. 3) falcool). — Panaches et plumets de finesse extrême (Gr. 40).
- Bromure de camphre (éther-alcool). — Cristallisations très fines mais fugaces. On voit une multitude de feuilles de fougères, isolées et de plus en plus petites à mesure que l’on s’approche du oenLre de la préparation.
- 1. Voir La Nature du 1" juillet 1935, n° 2956, p. 33 : Photomicrographie pseudo-stéréoscopique où nous parlons, d’une manière générale, de reproductions photographiques accessibles à l’amateur, d’objets microscopiques.
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- Acide picrique (alcool-éther). — Très intéressante.
- Pyrocatéchine (eau-alcool-éther). — Cristallisations élégantes.
- 2° En lumière polarisée :
- Salicylate de lithine (fig. 4) (alcool). — Très jolies rosaces se formant lentement, qu’on peut suivre aisément au microscope pendant leur épanouissement. Cristaux très finement rayonnants, donnant un ensemble merveilleux (Gr. 40).
- Thymol (fig. 5 et 6) (alcool-éther). — Cristallisation admirable à voir se produire. Pour l’obtenir, dissoudre et faire cristalliser à l’air froid et humide (amorcer à l’air froid et suivre ensuite à l’air plus chaud). Cristallise lentement. Malheureusement elle est fugace et disparfît peu à peu entièrement. Cristaux étagés et imbriques. Remarquable à observer avec une teinte sensible (gypse ou cellophane) (Gr. 40).
- Nitrate de pilocarpine (fig. 7) (eau-un peu à l’alcool). — Les petites taches de dissolution dans l’alcool sont splendides. Très spéciaux, avec des facettes, les cristaux sont massifs, certains ressemblent à des cônes parés, avec la teinte sensible, de fines couleurs rayonnantes (Gr. 40).
- Anhydride phtalique (fig. S) (alcool). — Splendide production. On voit des fleurs, des plumes d’oiseaux extrêmement délicates (Gr. 40).
- Gardénal (fig. 9) (eau-alcool-éther mais peu soluble). — Remarquable par ses fines rosaces multicolores réparties çà et là et sur le pourtour (Gr. 40).
- Chlorate de potassium (fig. 10) (eau). — Gros cristaux de forme typique, parés avec la teinte sensible, de couleurs vives et délicates (Gr. 120).
- Asparagine (fig. 11) (eau). — Aspects variés. Panaches laiteux très jolis ou cristaux isolés en losanges vivement colorés (Gr. 120).
- Pyrocatéchine (fig. 12) (eau-alcool-éther). — Formes diverses. Effets de neige avec arborescences. Formes ailées. Bouquets de feux d’artifice où rivalisent de splendeur toutes les couleurs de l’arc-en-ciel (Gr. 40).
- Salicylate de naphtol (fig. 13) (alcool-éther). — Remarquable par sa richesse de formes et de teintes. Certains cristaux ont l’aspect de panaches et éventails finement striés (Gr. 120).
- Pyramidon (fig. 14) (eau-alcool). — Cristallisations artistiques d’un genre très particulier. Mosaïques de toute beauté (Gr. 16).
- Amidol (fig. 15) (eau). — Beaux cristaux de forme étoilée (Gr. 120).
- Vanilline (alcool-éther). — Très facile à observer dans sa formation. Rosaces juxtaposées et diaprées. Mouchetures d’une grande finesse.
- Dionine (alcool), saccharose (alcool), thiosinamine (alcool), glucose (eau).
- Saccharine (eau-alcool), acétanilide (éther-alcool). — Toutes très jolies.
- Scurojorme (alcool-éther). — Poussière étoilée très polarisante et tapis bariolé remarquable.
- Hyposul/ile de soude (eau). — Donne des cristaux de couleurs violentes, magnifiques à observer dans leur formation.
- Leucine (eau). — A voir à fort grossissement. Rosaces minuscules, en croix, toutes finement colorées.
- Naphtalène (éther). — Tapis de rêve, splendide, coloré de façon inouïe.
- Nitrate d’argent (eau-alcool), molybdate d’ammonium (eau-alcool). — Donnent des mosaïques opalescentes et des draperies et franges admirables.
- Il n’existe pas en France, à notre connaissance, d’ouvrage sur les cristallisations obtenues avec les substances chimiques. C’est là une lacune regrettable, qu’il serait intéressant de combler car ce sujet est l’un des plus intéressants de la science micrographique.
- R. Brossard,
- Membre de la Société française de Microscopie.
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- LES AGENTS CHIMIQUES DE CROISSANCE
- VÉGÉTALE ’
- L’agriculture donne des masses énormes de produits, le plus modeste progrès retentit sur le niveau général de vie des populations, il peut se traduire par d’importantes plus-values. Une augmentation de rendement, même faible, du blé, de la betterave, des fourrages, se chiffre immédiatement par milliards de francs, et contribue à diminuer la sous-nutrition dont souffre actuellement une grande partie du monde.
- C’est pourquoi il faut porter le plus grand intérêt aux recher-
- Fig. 1. — Devant le Ministère de l’Agriculture des États-Unis, les pelouses sont traitées pour la destruction des mauvaises herbes par une solution d’acide 2-4-dichlorophénoxyacétique.
- ches poursuivies un peu partout dans le monde sur toute une série de corps chimiques capables d’agir sur la croissance des plantes. On a réuni ceux-ci sous des titres divers : hormones végétales ou phytohormones, substances de croissance, etc....
- Peu après 1880, l’existence de substances favorisant le développement des racines avait été signalée dans les plantes. Beaucoup plus tard, vers 1910, cette notion de produits agissant, à petites doses, sur la croissance se précisa par de's expériences sur le phototropisme, orientation des plantes vers ’a lumière. On observa que le développement des cellules est stimulé par des substances agissant à l’état de traces, qui se forment dans les bourgeons ter-minaux d’où elles se propagent dans 1 semble des tissus de la plante. Elles ont été isolées vers 1928 par Kôel.
- Chimiquement, ces substances sont des auxines. On a isolé l’auxine A ou acide auxentriolique qui comporte trois fonctions alcool et une fonction acide, et l’auxine B ou acide auxœnolique qui comporte une fonction alcool, une fonction cétone et une fonction acide. Enfin, on a isolé une hétéro-auxine : l’acide béta-indolylacétique, dérivée d’un acide aminé bien connu, le tryptophane. On
- 1. Voir : La Nature, n" 3106, 15 février 1946 hormones pour les plantes, par L. Perruche.
- a reconnu à cette hétéro-auxine la propriété de stimuler par son addition l’action des auxines vraies.
- Les auxines peuvent être obtenues synthétiquement mais avec des difficultés considérables. Les hétéro-auxines sont de préparation infiniment plus aisée.
- Les recherches poursuivies dans cette voie ont conduit à l’obtention de toute une série de corps chimiques de synthèse, dont certains n’ont rien de commun avec les auxines, qui ont une action très nette sur le comportement de la végétation.
- Leur étude est à peine commencée, elle est cependant déjà pleine de promesses et il n’est pas excessif de prétendre qu’elle peut bouleverser toutes les branches de l’agriculture.
- Des résultats très précis et du plus haut intérêt sont déjà acquis, les perspectives d’application sont illimitées; le champ des recherches futures apparaît indéfini. L’action de ces agents chimiques est variable suivant les doses appliquées, l’époque des traitements, les espèces végétales. Ces actions spécifiques obligent à poursuivre les recherches avec un certain empirisme. Elles règlent la germination, la croissance de la planLe, le phototropisme, le géotropisme, le développement des racines, le déclanchement de la floraison, de la fructification, la formation des cals cicatriciels, la chute des fruits mûrs, etc....
- Par application de ces corps synthétiques, on a pu observer les réactions suivantes :
- Régularisation du déiadoppement des bourgeons des feuilles et des fruits;
- Développement du système radiculaire;
- Fécondation parthénogénétique (sans pollen);
- Régularisation de la chute des feuilles, du mûrissement des fruits;
- Résistance à la sécheresse, à la gelée;
- Destruction sélective de plantes (herbicides) ;
- Conservation des fruits par inhibition des propriétés germinatives ;
- Fig. 2 et 3. — A la « Plant Industry Station » de Beltsville (Maryland, U.S.A.) un expérimentateur pulvérise les fleurs d’un plant de tomate avec une solution de substances de croissance.
- En médaillon : Peu de jours après le traitement, les fruits sont bien formés (à droite) alors qu’ils le sont à peine sur les plants témoins traités (à gauche).
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- Action sur l’accumulation des substances de réserve (comme l’amidon); etc....
- Les produits actuellement étudiés appartiennent aux séries chimiques suivantes :
- i° Les dérivés du naphtalène, par exemple l’acide alpha-naphtylacétique et ses dérivés et homologues supérieurs, l’acide bétanaphtoxyacétique et ses dérivés et homologues supérieurs;
- 2° Les dérivés de l’indol : acide béta-indolylacétique et ses homologues supérieurs, l’acide béta-indoxyacétique et ses dérivés ;
- 3° Les acides phénoxyacétiques et leurs homologues supe rieurs ainsi que leurs dérivés (en particulier les dérivés halogènes) ;
- 4° Des substances diverses non encore réunies en groupes, par exemple, les dérivés de substitution de l’acide benzoïque et divers autres corps.
- Toutes les applications possibles n’ont pas encore été très approfondies. Elles sont marquées, comme nous l’avons indiqué plus haut, par une action hautement spécifique. Il est impossible de réunir en groupes homogènes les nombreuses observations déjà accumulées par des chercheurs dont la liste s’allonge constamment. Il est impossible d’esquisser dès maintenant une théorie générale valable.
- C’est pourquoi on ne peut guère présenter les résultats acquis qu’en ordre dispersé en se bornant à indiquer pour chaque corps chimique étudié les phénomènes observés.
- L’un des plus connus et qui, précisément marque des caractères très nets de diversité d’action et de spécificité est l’acide 2-4-dichlorophé-noxyacétique :
- Le 2-4-D peut avoir un champ d’application fort étendu, en dehors de la culture des céréales, pour la destruction des mauvaises herbes des pelouses, des terrains de golf, des voies de chemin de fer, etc.... Il peut améliorer les pâturages négligés, en particulier, en France dans beaucoup de vallées dont les systèmes d’irrigation ont été laissés à l’abandon.
- Le traitement est infiniment moins onéreux que le travail à la main. On emploie généralement un millier de litres à l’hectare d’une solution à un pour mille (les concentrations limites que tolèrent les graminées seraient de l’ordre de deux à quatre pour mille).
- Le 2-4-D n’a pas qu’une action négative et destructrice; il est dans ses possibilités d’action maints rôles positifs, et toutes ne sont pas encore explorées. En concentration appropriée, il stimule la croissance des plantes et développe leurs racines. Il provoque la formation parthénogénétique de fruits sans pépins ni noyaux, il facilite la reprise des boutures, régularise la chute des feuilles et la maturation des fruits.
- Les substances synthétiques de croissance s’utilisent en solution aqueuse pulvérisée sur les plantes, en poudrages, en pulvérisation de solutions huileuses et aussi par trempage des semences dans leurs solutions.
- L’Institut d’Agriculture tropicale de Porto-Rico a entrepris en 1944 une série d’expériences en vue d’étudier l’action de ces
- 0-C1I2-iCl
- \/
- Cl
- COOH
- que nous appellerons par abréviation le 2-4-D.
- C’est vers 1940 qu’on a observé que ce corps a une action herbicide spécifique. Il détruit un grand nombre de plantes nuisibles sans porter atteinte aux graminées. On saisit l’intérêt d’une telle action pour la culture des céréales. Il détruit une multitude de plantes nuisibles, en particulier celles à larges feuilles. Il élimine les sanves, moutardes, pissenlits, chardons, chicorées, renoncules, etc..., mais, en raison de son inefficacité sur les graminées, il ne détruit pas le chiendent. On trouve là un exemple typique d’action spécifique. Le-. m-hiD de trèfles--doivent être faits un temps suffi'ml apiè- le traitement, faute de quoi les graines de 1'*\« 111 |>a-.
- Fig. 4 et S. — En haut : Étude de l’action des substances de croissance sur la reprise des boutures. À.vant le n 11:1 -11 m . Ii base de la bouture a été imprégnée d’une poudre irurl- e uib n.ml la substance étudiée où elle a été traitée par une Milulion de r.-lle substance à une dilution appropriée. — En bas : La colchicine agit très différemment mais conduit également à des résultats fort prometteurs. A gauche .’ la feuille d’un pluil il*' I dur hybride traité à la colchicine; à droite : le nn'iin- lolui.linon traité.
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- substances sur la floraison et la fructification de l’ananas. On a ainsi provoqué la transformation des bourgeons végétatifs en bourgeons floraux avec production hâtive de fruits, dès la première année, très élevée dès la deuxième année, et régulièrement répartie au cours de l’année.
- L’acide alpha-naphtylacétique s’est révélé avoir la même action que le 2-4-D. Les doses employées sont faibles : un quart de milligramme d’acida alpha-naphtylacétique suffit pour provoquer la floraison d’un plant. Le traitement de noooo pieds n’a consommé que-3o g de produit.
- L’acide 2-méthyl-4-chlorophénoxyacétique serait un peu plus actif que le 2-4-D dont il dérive.
- La fructification sans pollinisation a permis l’obtention de fruits sans pépins, tout en chair : tomates, aubergines, concombres, pastèques, oranges, citrons, pamplemousses, etc.... Cette technique est intéressante pour les plantes dont la pollinisation, naturellement difficile, doit être provoquée, comme pour le vanillier, le dattier, etc....
- Le retardement de la végétation par les substances de croissance est également fort intéressante. Elle permet de reculer la floraison des arbres fruitiers jusqu’après les périodes de gelées possibles.
- Une action analogue permet de régulariser la maturation des fruits et d’éviter leur chute prématurée, en ralentissant la formation de la couche de parenchyme qui se développe entre la tige et le pédoncule du fruit et provoque le détachement de celui-ci. On peut ainsi récolter tous les fruits en une seule fois, en réduisant travail et pertes. Dans les plantations de caféiers dont le mûrissement des graines est normalement fort irrégulier, la main-d’œuvre a pu ainsi être considérablement réduite.
- La même inhibition peut atteindre les facultés germinatives; elle favorise la conservation des pommes de terre, des topinambours et supprime les opérations de dégermage pendant ic stockage.
- L’action activante sur le développement des racines permet, par contre, de hâter la reprise des boutures.
- La délimitation entre les actions positives et négatives des substances de croissance est réglée par l’action spécifique du produit synthétique utilisé, par l’époque d’application, et surtout par le dosage. D’une manière générale, les faibles doses sont activantes, elles provoquent la floraison, la croissance, le développement des racines. A doses élevées, l’action est hypertrophiée et provoque la désintégration des tissus par le développement pathologique des processus normaux.
- Il n’existe pas de théorie générale de l’action de ces produits, mais on commence à accumuler les séries d’observations précises.
- On a remarqué que.l’acide indolylacétique accélère la désintégration des grains d’amidon dans les plantules de maïs, dans la pomme de terre.
- En ce qui concerne la circulation dans les plantes de ces substances de croissance, on a observé que de l’acide 2-iodo-3-nitrobenzoïque placé sur une feuille normale d’orge se déplace vers les jeunes feuilles en croissance active; sur une tige de haricot, elle s’accumule dans le bourgeon terminal.
- Tous ces produits sont dépourvus de toxicité et ils n’altèrent en rien la valeur gustative et alimentaire des plantes traitées. Un grand nombre sont, déjà en vente sous des dénominations commerciales diverses.
- Les faits déjà acquis laissent entrevoir une véritable révolution en agriculture.
- On y peut ajouter l’action de la colchicine qui promet également beaucoup en agissant sur le nombre de chromosomes des cellules qu’elle peut doubler en rendant féconds des hybrides autrefois stériles et en provoquant des mutations.
- Lucien Perruche,
- Docteur de TUniversilé de Paris.
- Célébration du dixième anniversaire de la mort
- d'Ernest RUTHERFORD
- Répondant à une manifestation à Londres en l’honneur du célèbre physicien français Paul Langevin récemment disparu, une cérémonie a eu lieu le 7 novembre dernier à la Sorbonne sous les auspices de l’Association française des Travailleurs scientifiques et sous la présidence de M. Georges Bidault, ministre des Affaires Étrangères, à l’occasion du dixième anniversaire de la mort du savant Ernest Rutherford qui fut l’un des pionniers de l’atomistique moderne.
- Lord Rutherford fut le créateur de l’école britannique qui s’attaqua, après la découverte de Henri Becquerel, à l’étude des phénomènes de radioactivité, parallèlement à l’école française de Pierre et Marie Curie, et à l’étude de la constitution de l’atome. Indépendamment de Jean Perrin, il assimila l’atome à un minuscule système planétaire constitué par un noyau positif autour duquel gravitent des électrons négatifs.
- Il étaya son hypothèse par des expériences sur la diffusion par la matière des particules a, noyaux d’hélium dont il avait confirmé la nature en 1909. Ces expériences, reprises par Chadvvick, furent capitales pour l’établissement de la constitution de l’atome et ouvrirent la voie aux développements ultérieurs de Bohr et Sommerfeld sur les modèles atoui ques.
- L’un des titres de gloire de Lord Rutherford est la réalisation de la première transmutation provoquée d’un élément stable en 1919. En bombardant des atomes d’azote par des particules a émises par le radium C', il obtint de l’hydrogène et de l’oxygène. Cette magnifique expérience a ouvert le chapitre de la chimie nucléaire et, par les belles découvertes de Frédéric Joliot et d’Irène Curie, devait amener à la synthèse des radioéléments artificiels, à la fission de l’uranium et à l’exploitation de l’énergie atomique. Le laboratoire de Cambridge, dirigé par Ernest Rutherford, a été l’un de ceux qui ont le plus contribué au développement de la Science de l’atome ; il fut fréquenté par des savants qui comptent parmi les plus réputés.
- À la cérémonie de la Sorbonne, patronnée par le Président de la République et l’Académie des Sciences, des maîtres de la physique moderne tinrent à honorer la mémoire de l’illustre physicien ; tour à tour prirent la parole : Maurice de Broglie, Oliphant, Urey, F. Joliot tandis qu’était lu un message de Niels Bohr. Le lendemain, au Collège de France, l’œuvre de Rutherford fit l’objet de conférences relatives à son influence sur la physique et la chimie modernes et à ses conséquences dans les développements futurs, scientifiques et sociaux.
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- LA RADIO ET LA GUERRE
- Parmi les nouveautés de cette guerre, il en est peu d’aussi sensationnelles que celles apparues dans le domaine des radiocommunications. On peut dire que toutes les décisions, tous les ordres, des chefs d’Ëtats aux états-majors et de ceux-ci aux exécutants, étaient acheminés par radio ; de même les transmissions entre navires, entre avions, entre chars, entre batteries, d’un élément à l’autre, et de chaque échelon à ses voisins et à ses bases ; de même encore toutes les informations politiques économiques, militaires recueillies dans le monde entier. A cela, il faudrait encore ajouter les émissions de goniométrie, de guidage des navigations maritimes et aériennes et des projectiles, les systèmes de navigation sans visibilité, au radar, par oboc, loran, shoran, gee, et les innombrables postes émetteurs portatifs destinés aux renseignements. Jamais la gamme des ondes n’avait été aussi encombrée, ni aussi anarchique puisque les conventions internationales réglementant l’utilisation des diverses longueurs d’ondes n’étaient plus respectées.
- Une guerre radioélectrique s’ajouta donc à toutes les autres formes de luttes et elle fut certainement une des plus importantes par ses résultats et des plus astucieuses par ses constantes et extraordinaires recherches.
- Pour chaque belligérant, c’est un problème vital d’assurer ses propres communications, d’en augmenter constamment la portée, la sûreté, la précision, d’échapper à l’écoute ennemie, aux brouillages et aux interceptions, et aussi, par contre, de saisir toutes les ondes ennemies, de les enregistrer, les déchiffrer, en comprendre le sens et le texte.
- Chacun des deux groupes s’y ingénia avec des fortunes changeantes, diverses, jusqu’au moment où la supériorité technique des Anglo-Saxons fut comme le prélude à la victoire de leurs armes.
- Certaines inventions, certains appareils ont été décrits depuis l’écrasement de l’Allemagne, par exemple les méthodes de guidage des navires, des avions, des fusées. Beaucoup d’autres restent secrets et ne seront sans doute pas dévoilés d’ici longtemps. Aussi ne saurons-nous rien en dire et ne pourrons-nous que laisser notre imagination errer à sa fantaisie à leur piopos.
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- Mais quelques révélations déjà faites peuvent, tout au moins, faire comprendre l’importance de l’œuvre accomplie. Justement, M. l’ingénieur en chef Pierre David vient de donner dans La Revue maritime divers exemples de « la guerre des ondes ». Nous ne pouvons résister au plaisir d’en citer quelques-uns, en engageant nos lecteurs à se reporter au texte original.
- On transmettait naturellement sur toutes les fréquences, toutes les longueurs d’onde. Les messages étaient, bien entendu, chiffrés selon des codes convenus, souvent très complexes, variables, ou même mécaniquement cryptographiés. Mais les ondes sont toujours indiscrètes ; même si elles ne révèlent pas facilement leur texte, elles suffisent, dès qu’elles sont. captées, pour prévenir qu’on émet d’un certain point qui reste à surveiller. On ajoutait au secret des modulations de fréquence et d’impulsion. On s’appliquait à orienter les ondes dans une direction privilégiée et à régler la puissance d’émission en fonction de la portée. En outre, on chercha à passer des messages à très grande vitesse ou à les glisser dans d’autres textes insignifiants. Mais l’écoute ne se bornait pas à être audible; des appareils exploraient tout l’espace aérien, passant par toutes les fréquences, enregistrant toutes les ondes qu’on pouvait ensuite essayer de déchiffrer à loisir.
- Les ondes longues, non dirigées, sont celles dont l’écoute est la plus aisée. Les Anglais avaient choisi celles de 120 m pour leurs convois dans l’Atlantique. Les ondes décamétriques seraient préférables si leur propagation était moins capricieuse, car elle dépend beaucoup de l’ionisation des hautes couches de l’atmosphère et varie selon les éruptions solaires, les orages magnétiques, les aurores boréales, si bien que leur portée varie, qu’elles traversent des zones de silence et qu’on n’est pas sûr de leur réception si l’on n’est pas renseigné sur l’état de l’ionosphère. Les ondes métriques n’ont pas de longue portée et les ondes ultra-courtes, centimétriques, les plus discrètes parce qu’en pinceau très étroit, ne dépassent pas de beaucoup la limite de visibilité optique, nécessitant des chaînes de relais rapprochés.
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- Les Allemands ont prétendu qu’en prospectant la couche iono-sphérique anormale, ils entendaient les émissions sur ondes métriques des voitures de police de Londres et étaient ainsi informés des effets de leurs bombardements. De même, ils disent avoir été régulièrement prévenus des raids anglais en entendant les essais et le réglage des appareils d’identification avant le départ.
- Par contre, les Anglais ont maintes fois brouillé les communications allemandes, déroutant ainsi les chasseurs ennemis ou même leur transmettant de faux ordres qui créaient la confusion. Au moment du débarquement en Normandie, 29 avions munis de brouilleurs survolèrent Boulogne, tandis que d’autres brouillaient toute la zone d’attaque, créant une grande inceititude du point d’attaque.
- Les réseaux goniométriques d’écoute se sont tellement multipliés et perfectionnés que les sous-marins allemands ne pouvaient plus se faire entendre. On cite le cas de l’U-66, qui ayant émis un signal de 15 s au voisinage des îles du Cap Vert fut repéré par 26 stations des deux bords de l’Atlantique et coulé peu après.
- Les Allemands qui guidaient leurs avions vers l’Angleterre par ondes ultra-courtes eurent d’autres surprises désagréables. L’écoute apprenait ainsi le but de l’attaque et y groupait à temps la chasse ou bien brouillait le faisceau et en émettait un autre qui conduisait les attaquants au-dessus des champs.
- Le radar provoqua bien d’autres exploits. Ce fut lui qui sauva l’Angleterre en 1940, en signalant l’arrivée des bombardiers ennemis à temps pour que la chasse décolle juste à point pour les abattre, sans épuiser ses forces très limitées. Peu après, les Allemands firent de même, ce qui amena les Britanniques à débarquer à Bruneval pour capturer un de leurs émetteurs. Les Allemands brouillèrent complètement les radars anglais pendant que le Schamhost, le Gneisenau et le Prinz Eugen franchissaient le Pas-de-Calais. Peu après, en choisissant une onde bien plus courte, les Alliés commencèrent une chasse efficace aux sous-marins dont ils coulèrent plus de cent en trois mois, mettant fin à la guerre sous-marine. C’est alors qu’apparurent dans le ciel les rubans d’aluminium lancés d’avions, fausses cibles que les radars allemands confondaient avec les bombardiers réels et qui troublaient la défense ; on en lâcha jusqu’à 20 milliards en un mois. Enfin, au moment du débarquement, deux émetteurs anglais très puissants brouillèrent totalement l’écoute et les radiotransmissions ennemies, rendant impossible toute riposte aérienne.
- M. Pierre Daidd voit là le triomphe de la technique et de la puissance, ce qui sera encore la grande supériorité dans toute guerre future.
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- LE MARTEAU-PILON
- Ses origines et ses perfectionnements successifs
- D’ordinaire, on attribue à James Nasmyth l’invention du marteau-pilon. Mais en réalité, cet habile mécanicien écossais, apporta, voilà plus de cent ans, d’utiles perfectionnements à des appareils similaires, que plusieurs de ses prédécesseurs avaient déjà réalisés. Le principe du fonctionnement de cette machine, si intimement liée aux progrès de la métallurgie, semble avoir ‘ été trouvé par l’Anglais William Deverel qui, dès 1806, proposa d’appliquer directement la vapeur à un marteau faisant corps avec la tige d’un piston engagé dans un cylindre.
- Soulevé par l’action de la vapeur, le piston entraîne le marteau dans son ascension puis retombe avec lui lorsque la vapeur s’échappe.
- En 1S3G, notre compatriote François Cavé prit un brevet pour l’application d’un cylindre a vapeur à un marteau-emporte-pièce.
- François Bourdon.
- Par la suite, François Bourdon innova. Cet ingénieux mécanicien, né à Seurre (Côte- Fig. 1.
- d’Or) en 1797, n’usa guère ses culottes sur les bancs de l’école, qu’il quitta très jeune pour se livrer à des recherches industrielles (fig. 1). Après avoir proposé certaines modifications au système des bateaux à vapeur naviguant sur la Saône, il partit pour les États-Unis afin de s’initier à la technique américaine alors fort en avance sur celle des usines similaires d’Europe. De retour en France, Bourdon entra comme contremaître aux usines Schneider du Creusot et il y construisit en i838, un marteau-pilon avec chaudière en miniature (fig. 2). Ce modèle servit à ses premiers essais, qui lui permirent de mettre au point un marteau à vapeur vraiment
- Fig. 2 et 3. — En bas : Marteau-pilon en miniature avec chaudière ayant servi aux essais de François Bourdon alors contremaître aux usines Schneider du Creusot (1838). — A droite : Premier marteau-pilon à Vapeur construit par François Bourdon et breveté en 1842.
- — François Bourdon. (1797-1865).
- industriel : son poids atteignait 3 000 kg et sa hauteur de chute 2 m. Le 19 avril 1842, MM. Schneider firent breveter ce remarquable outil, mis en service dans leurs ateliers (fig. 3). Puis, quelques mois plus tard, James Nasmyth qui, lors d’une visite au Creusot, avait eu l’occasion de voir fonctionner le petit engin réalisé par François Bourdon, se faisait ? également délivrer un brevet en Angleterre. A la vérité, le marteau-pilon vertical du technicien britannique présentait des dispositions générales et essentielles qui devaient généraliser son emploi. Un ouvrier pouvait, en particulier, régler à volonté la marche et la hauteur de chute du nouvel instrument. Depuis cette époque, Potel d’Amiens (iS46U Huan de Brest, Jourjon et Clair, de Saint-Étienne (1847), Farcot de Saint-Denis, les Usines de Fourchambault (1912), Glaenzer et Perreau (1923) et bien d’autres techniciens apportèrent divers perfectionnements de détail à cette machine aujourd’hui plus que centenaire. Si bien qu’il n’est pas rare maintenant de rencontrer dans les aciéries d’Europe et d’Amérique des marteaux-pilons d’une puissance de 5 000 t ou même plus.
- James Nasmyth.
- Mais donnons quelques détails biographiques intéressants sur James Nasmyth. Né à Edimbourg le 19 août 1808, il était le onzième enfant d’un peintre portraitiste et paysagiste de talent
- qui, lui-même, occupait ses % ' * 7 _ - heures de loisir à des travaux
- mécaniques (fig. 4). Dans le modeste atelier familial, le jeune James s’initia de bonne heure à son futur métier. Dès l’âge de 18 ans, il construisit, avec des moyens de fortune, des modèles de machines ou des appareils de mesure, voire même une « automobile à vapeur » qui, montée par 8 personnes, put circuler dans les environs sur une route longue de 8 km.
- . Ces essais mécaniques l’ayant mis en relief, il entra comme ingénieur dans les célèbres usines Maudslay de Londres, où il resta jusqu’en i83i. S’établissant alors pour son compte, il s’installa d’abord dans sa ville natale puis, peu après, à Manchester, afin d’y fabriquer des machines-outils. C’est là qu’il réalisa son fameux marteau-pilon (fig. 5) dont voici l’odyssée, d’après la version qu’en donne J. G. Wall. Sa conception ne fut pas, d’ailleurs, exécutée immédiate-
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- ment et « deux ingénieurs français » (que cet auteur ne nomme pas) visitèrent sa firme durant son absence. Au cours de leur visite, un employé négligent aurait montré à nos compatriotes le livre de dessin de Nasmyth.
- Deux ans plus tard, au cours d’un voyage en France, ce dernier ayant remarqué, dans un atelier, de lourdes bielles de locomotives très bien profilées, demanda comment on avait pu
- les forger avec une telle précision. Son cicérone lui répondit, paraît-il • « avec votre propre marteau-pilon ». L’usinier de Manchester alerté rentra précipitamment en Angleterre, se hâta de faire breveter son invention et de construire des types de marteaux dont le plus grand tombant sur l’enclume d’une hauteur de 5 pieds (i,5a m) « faisait, aux dires de son enthousiaste biographe, tressauter les tasses de thé à un demi-kilomètre de là ».
- Un autre jour, au cours d’essais officiels, Nasmyth plaça une flûte de champagne sur l’enclume d’un de ses marteaux et y posa un œuf dont l’instrument brisa la coquille sans endommager le verre. L’habile technicien mit ensuite sur l’enclume un bloc de fer de 3o t chauffé à blanc et son marteau-pilon de 2 t 1/2 l’ayant frappé, les assistants effrayés se dispersèrent bien vite de crainte que les escarbilles incandescentes ne les brûlent. En tous cas, ces démonstrations spectaculaires et les commentaires dithyrambiques des journaux de l’époque amenèrent un afflux de commandes de ces remarquables marteaux-pilons à la firme anglaise.
- Ces succès initiaux n’empêchèrent pas, du reste, James Nas-
- Fig. 4. — James Nasmyth. (1808-1890).
- Fig. 5. — Marteau-pilon construit par J. Nasmyth (1843).
- mylh de continuer à travailler et à inventer pendant de longues années encore. Il apporta d’heureux perfectionnements à son modèle primitif de marteau-pilon, puis il construisit aussi de nouvelles machines, entre autres une sonnette à vapeur des-
- Fig. 6 et 7. — A gauche : Marteau-pilon de 100 t installé dans les usines Schneider du Creusot en 1876. — A droite : Forgeage d’une pièce d’acier au marteau-pilon de 1 000 t dans une grande usine métallurgique d’aujourd’hui.
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- linée à enfoncer les pieux en bois, un laminoir, un ventilateur pour l’aération des usines, une cuiller de sûreté pour fondeur, un type de machines à vapeur pour les navires à hélices, etc....
- En 1857, Nasmyth, possesseur d’une grosse fortune, que lui avaient valu ses ingénieuses trouvailles mécaniques, se retira des affaires. Il s’installa alors dans une charmante villa à Penshurst (Comté de Kent). Là, il besogna encore mais cette fois son activité intellectuelle s’orienta dans une voie différente. Se passionnant pour l’astronomie, il utilisa des télescopes très puissants, réalisés d’après ses plans, pour observer le ciel. Ces instruments lui permirent, en particulier, de poursuivre pendant sa longue vieillesse, d’intéressantes recherches sur la structure du Soleil et d’obtenir, le premier, de superbes photographies de la Lune ainsi que des principaux astres. Enfin, le savant « mécanicien-astronome » s’éteignit, le 7 mai 1890, après une vie remplie jusqu’au dernier jour par un incessant et fécond labeur.
- De son côté, François Bourdon, tenté par la politique, s’était présenté aux suffrages des électeurs de Saône-et-Loire, qui l’envoyèrent siéger à la constituante où il joua un rôle plutôt terne.
- Après les événements de décembre i85i, il rentra dans la vie privée, quitta le Creusot pour aller prendre à Marseille la direction technique de la Société des Forges et Chantiers de la Méditerranée, devenue fort importante par la suite. Frappé d’apoplexie au mois d’avril 1860, et son bras droit restant paralysé, il apprit à écrire puis à dessiner de la main gauche afin de pouvoir continuer à tracer des plans mécaniques jusqu’à sa mort survenue à Paris, le 19 avril 1865.
- Concluons donc avec G. Boutmy que « deux ingénieurs de grand mérite, étrangers l’un à l’autre, ont eu au même instant, chacun dans son pays et dans l’entraînement d’un même courant industriel, une idée identique : l’un, Nasmyth, en fait un simple croquis et s’en tient d’abord là; l’autre, Bourdon, en trace un projet qu’il exécute ». On ne saurait, sans doute, dire lequel des deux a le plus emprunté à l’autre, mais, en tous cas, leurs marteaux-pilons à vapeur successivement perfectionnés (fig. 6) depuis un siècle, ont rendu d’énormes services aux métallurgistes.
- Jacques Boyer.
- NOS LECTEURS NOUS ECRIVENT :
- Trisection de l'angle (n° 3139 du Ier juillet 1947).
- M. L. de Joannis, de Paris, écrit :
- Dans le n° 3139, il était déjà parlé de la trisection de l’angle. Cette fois, ce n’est pas un procédé graphique, mais un petit appareil de dessin que je viens soumettre à votre sagacité.
- Traçons (tlg. 1) du point 0 un demi-cercle de rayon r quelconque, au-dessus de la droite AB et portons le demi-hexagone inscrit.
- Nous avons en 0 un angle de ISO0 qui est automatiquement
- Fig. 3.
- Fig. 2.
- trisectionné par les rayons OC et OD aboutissant aux sommets de l’hexagone.
- Voilà donc le problème résolu dans un cas limite. Mais si nous arrivons à déformer notre figure, tout en laissant leurs propriétés aux lignes qu’elle comporte, nous obtiendrons un résultat intéressant.
- Considérons les deux parallélogrammes ACDO et BDGO, ayant tous leurs côtés égaux. Construisons ces côtés en matière rigide et articulons-les aux points AOBC et D. Ces deux derniers pouvant, en outre, respectivement coulisser sur les rayons du cercle OC et OD prolongés.
- Nous avons donc deux parallélogrammes liés entre eux et articulés, OACN et OMDB. Il est possible de réaliser une petite machine en fil de fer (fig. 2) dont l’utilisation se déduit de sa simple inspection. L’axe en 0 étant percé, permet de situer très exactement au centre, le sommet de l’angle que l’on veut tri-sec lionner.
- Ëtudions-là un peu.
- Si nous la déformons, par exemple, de façon à la superposer à un angle de 133° (fig. 3), nos parallélogrammes sont des carrés. Les axes OC et OD égalent r\2, ce qui est le côté du carré inscrit. Ils divisent bien l’angle AOB en trois parties égales.
- Resserrons encore les branches de l’appareil sur un angle de 90° (fig. 4). Nos parallélogrammes ont le petit axe égal à r et le grand à r\ 3, ce qui est le côté du triangle inscrit. OC et OD divisent toujours l’angle en trois parties égales.
- Et ainsi de suite, quel que soit l’angle envisagé. Lorsque l’on fait coïncider ses côtés avec les branches AO et BO, il sera divisé en trois parties égales par MO et NO, qui vous serviront à mener un trait de crayon.
- Il vous est facile de réaliser avec des morceaux d’équerre et des punaises un appareil moins rudimentaire (fig. o) qui sera aussi précis que n’importe quel accessoire de dessin utilisé dans un bureau normal.
- L. de Joannis.
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- La longévité des Vertébrés
- L’Année biologique, revue de la Fédération française des sociétés de sciences naturelles, qui signale les principaux travaux de biologie du monde entier et en donne l’analyse, vient de reprendre une tradition de son fondateur Yves Delage : elle donne au début de chacun de ses fascicules une mise au point d’une question générale. C’est ainsi que M. F. Bourlière y a récemment traité de la longévité des Vertébrés.
- Le sujet est difficile et les renseignements précis sont très épars. En l’absence d’élat civil, les estimations sont incertaines ; les dires des chasseurs quant aux animaux sauvages .sont souvent exagérés ; l’observation des animaux captifs dans les parcs zoologiques ne commence qu’au moment de leur capture ; les animaux domestiques ou captifs vivent plus vieux que livrés à eux-mêmes dans la nature.
- Pour quelques espèces, on commence à avoir des informations
- Clisses d'âges en snnées
- Fig. 1.
- plus sûres. Certains poissons ont leur âge nettement inscrit sur les écailles et les otolithes par des stries de croissance saisonnière. On a marqué ou bagué un très grand nombre d’animaux sauvages, surtout des oiseaux ; leur capture révèle non seulement leurs migrations, mais leur durée de vie. On a fait des élevages d’animaux, gardés au laboratoire pour des études de génétique ; le rat, la souris ont beaucoup servi. Enfin, les animaux enfermés dans les parcs zoologiques s’y reproduisent parfois, d’autant mieux qu’on sait aménager ceux-ci dans les conditions optima.
- Parmi les études les plus poussées, on peut citer celle du rouge-gorge poursuivie en Angleterre au moyen de baguages très nombreux. En captivité, le rouge-gorge vit au plus 11 ans ; en liberté dans la nature, la mortalité est bien plus grande : beaucoup meurent dans les premiers temps après la naissance, de ceux qui survivent trois mois on ne trouve plus que 28 pour 100 l’année suivante, 14 pour 100 après 2 ans, 2 pour 100 après 5 ans.
- Poissons. — Beaucoup de poissons pondent un nombre énorme cl’œufs, mais la destruction de ceux-ci est considérable et ceux qui éclosent donnent des larves particulièrement fragiles à certains stades du développement. La croissance n’est pas régulière comme celle des animaux supérieurs, si bien que les mesures de longueurs et de poids renseignent mal sur l’âge. Pour certains, les premières années de vie sont inscrites nettement sur les stries des écailles et des otolithes ; pour d’autres, on a constaté qu’ils croissent moins vite et vivent plus longtemps à mesure qu’on les observe dans des régions plus froides. Les élevages en aquariums
- ont permis de connaître les longévités maxima de diverses espèces, surtout d’eau douce. En voici quelques-unes :
- Silure plus de 60
- Anguille 55
- Carpe .47
- Sterlet plus de 46
- Poisson rouge 30
- 'Plie 25
- Hareng 18-19
- Truite
- Saumon 13
- Sardine 8
- Hippocampe 4
- Batraciens. — A part la légende des crapauds vivant enfermés dans des pierres, les données sont peu nombreuses :
- Salamandre géante du Japon.............. 5b ans
- Crapaud ................................ 36 »
- Salamandre.............................. 24 »
- Rainette ............................... 16 »
- Grenouille .............................. 6 »
- Reptiles. — La tortue Testudo sumeiri bat le record puisqu’un individu de Port Louis a certainement vécu 152 ans et peut-être même près de 250. La tortue éléphantine vit jusqu’à plus de 100 ans ainsi que la tortue grecque et plusieurs autres espèces. On a gardé des alligators pendant plus de 56 ans. La caret peut A-ivre 33 ans, le crocodile plus de 24, le boa 23, le python 22, le lézard 10, la couleuvre 9, la vipère céraste 7.
- Oiseaux. — Bien que généralement actifs et ayant une température corporelle élevée, les oiseaux montrent en captivité une grande longéA'ité, dont voici quelques exemples :
- Grand duc........................... 68 ans
- Cacatoès à huppe jaune..... plus de 56 ans
- Vautour ............................ 52 ans
- Pélican ............................ 51 »
- Aigle .............................. 45 »
- Goéland ................... 41 ans et plus
- Ara ................................ 38 ans
- Colombe ................... 30 ans et plus
- Autruche .................. 27 ans et plus
- On remarquera que les plus grands ne sont pas ceux qui vivent les plus vieux, ni les plus actifs ceux qui « brûlent » le plus oûte. D’ailleurs, en captivité, les Passereaux durent une vingtaine d’années tandis que les petits Rongeurs qui ont sensiblement même taille et même poids n’atteignent guère que 2 à 5 ans d’âge.
- Mammifères. — Les renseignements sont nombreux comme pour les oiseaux, mais il ne s’en dégage pas de règles précises. Les gros vivent souvent plus A'ieux que les petits, mais les familles de Carnivores qui comptent des espèces de tailles très différentes ont des longéA-ités moyennes très comparables. On a attribué la sénilité à l’usure de la dentition : chute, carie, troubleraient la nutrition, mais les lapins AÛeillissent aussi dont les incisives ne cessent de croître, et les baleines dont les fanons ne mastiquent pas. Met-chnikoff a attribué grande importance à la longueur du côlon liée au régime herbivore ou carnivore, mais les Rongeurs vivent plus vieux que les Insectivores avec un intestin plus long et plus large. L’hibernation, le peu d’activité ne prolongent pas spécialement la vie et il faut bien avouer que nous ne savons encore rien de bien clair sur les causes possibles de longé\rité.
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- On a pu dresser la table suivante des longévités très usuelles
- exceptionnelles de diverses familles en captivité :
- Loir i évité
- usuelle maximum
- ans ans
- Ëléphantidés 23 75
- Équidés 25 50
- Rhinocérotidés 22 47
- Hippopotamidés 14-18 41
- Cétacés 24 37
- Ursidés 16 34
- Tapiridés 15 30
- Phocidés 10 • 30
- Cercopithécidés 7 30
- Girafidés 14 28
- Lémuridés 10 26
- Félidés H 25
- Camélidés 13-16 25
- Hyénidés 12 25
- Bovidés 5-12 25
- Mustélidés 14 24
- Otariidcs 13 23
- Cervidés 8-12 23
- Chiroptères 9 20
- Suidés 10 20
- Castoridés 8-10 19
- Viverridés 13 18
- Canidés 10 17
- Bradypodidés 8-12 15
- Sciuridés 9 15
- Léporidés 0 13
- Muridés 2 6
- L’homme. — Les données sont plus nombreuses et plus précises quand existent des services d’état civil qui permettent des études statistiques sur lesquelles on a pu baser des lois démographiques et des prévisions d’assurances.
- La longévité maxima des hommes actuels de race blanche est d’une centaine d’années. On cite fréquemment des centenaires et la statistique de la France a enregistré en 1936 la mort de 128 personnes âgées de plus de 100 ans sur une population de plus de 41 millions d’habitants, soit 3 millionièmes. On parle parfois de vieillards encore plus âgés, mais le plus souvent, il s’agit de cas incertains ou truqués, les dates de naissance n’étant pas exactement connues ou étant volontairement falsifiées ; cependant, on rappelle Thomas Parr mort à 154 ans, Drakenberg à 146, Bayles h 130.
- La longévité moyenne n’a cessé d’augmenter dans les pays civilisés, par suite de l’amélioration des conditions de vie de la masse du peuple : nourriture, habitat, prophylaxie, thérapeutique, hygiène générale et surtout infantile. M. Bourlière en donne un exemple frappant en rapprochant les espérances de vie aux divers âges dans la ville de Breslau, au xvn® siècle, dans celle de Car-lisle, en Angleterre, au xvme et aux États-Unis en 1910. Au xvue siècle, un enfant de Breslau à sa naissance avait en moyenne 18 ans de moins à vivre qu’un enfant américain de 1910. Par contre, en vieillissant, les chances de survie s’égalisent et deviennent même moins favorables actuellement. Partout, les femmes vivent plus longtemps que les hommes et augmentent en proportion parmi les vieillards.
- L’intérêt de telles études, étendues à tous les Vertébrés, n’est pas douteux puisqu’elles touchent à un des points les plus sensibles de notre curiosité. Si elles ne dégagent pas de lois bien nettes en ce qui concerne l’influence de la taille, du poids, de l’activité musculaire, de la vitesse de croissance, du régime alimentaire, etc., sur la longévité, tout au moins, permettent-elles de corriger ce qu’ont de trop a priori bien des hypothèses qu’on avait proposées sur ce sujet.
- carbone 13C et uC
- Les Isotopes du
- Les isotopes du carbone sont du plus haut intérêt pour les recherches biologiques.
- Un organisme vivant qui se nourrit d’hydrates de carbone assimilables (sucres, amidon) en excrète finalement les éléments sous forme de gaz carbonique et de vapeur d’eau ; les matières protéiques aboutissent aux mêmes décompositions auxquelles s’ajoute l’urée où l’azote se retrouve.
- On est mal renseigné sur la suite des réactions chimiques intermédiaires conduisant à ces dégradations des molécules.
- Les biologistes disposent maintenant de deux isotopes du carbone pour suivre avec plus de facilités la circulation de cet élément dans l’organisme et le reconnaître aux divers stades de ses combinaisons.
- Le Carbone 13 est un isotope stable du Carbone 12 qu’on peut déceler et doser par la spectrographie' de masse. On le sépare par distillation et diffusion des pétroles naturels qui en contiennent. On a annoncé récemment qu’une nouvelle technique permettra de le séparer à une concentration sept fois plus grande que par les méthodes jusqu’ici utilisées.
- Le Carbone 14 est un isotope radioactif qu’on prépare à partir du nitrate de calcium. Celui-ci, placé dans une pile atomique et soumis au bombardement des neutrons, voit son azote se transmuter en Carbone 14, radioactif.
- La période du Carbone 14 est de cinq mille années. Par émission d’un électron du noyau, il redevient lentement azote. Sa stabilité de longue durée en fera un instrument précieux pour les recherches biologiques, d’autant plus que sa radioactivité le rend aisé à dépister dans les organismes.
- De petites quantités de Carbone 14 préparées à l’usine atomique d’Oak Bidge ont déjà été livrées aux biologistes. Le Carbone 13 peut être obtenu dès maintenant en plus grande abondance.
- Des préparations à base de Carbone 13 et de Carbone 14 sont introduites dans des composés synthétiques qu’on fait ingérer par des animaux ou qu’on leur injecte, et on suit la trace des isotopes dans l’organisme.
- On n’emploie encore que des corps de constitution chimiqae relativement simple, puisqu’on ne sait produire ni protéines ni hydrates de carbone de synthèse.
- Les corps expérimentés jusqu’ici ont été obtenus par synthèse chimique directe, par intervention de ferments et par l’intermédiaire de plantes. Dans ce dernier cas, les isotopes sont souvent à une dilution excessive.
- La poursuite de ces recherches est du plus haut intérêt pour la physiologie normale, aussi bien que pour l’étude des désordres pathologiques.
- La préparation des isotopes est actuellement un monopole de fait dos États-Unis, mais il a été annoncé en septembre dernier que des isotopes radioactifs seront mis à la disposition de laboratoires étrangers. La distribution en sera assurée par la Commission de l’énergie atomique des États-Unis. On produit actuellement une vingtaine de ces isotopes qui pourront être livrés en quantité limitée à des prix raisonnables. En contre-partie, les bénéficiaires de ces attributions devront adresser tous les six mois à la Commission de l’énergie atomique des rapports dont ils autoriseront la publication. Ils s’engageront à n’utiliser les isotopes radioactifs que pour le but annoncé dans leur demande, et accepteront le contrôle éventuel de cet emploi.
- La première vente a été effectuée le 6 septembre dernier au laboratoire des rayons X et du radium de Melbourne en Australie. Elle porte sur 20 millicuries de phosphore 32, pour le traitement de cas urgents de maladies du sang.
- Des demandes ont été présentées également par le Canada et la Grande-Bretagne.
- Vingt-quatre autres pays ont demandé des renseignements. Les porte-parole de la Commission américaine de l’énergie atomique ont déclaré que « lorsque ces demandes de renseignements auront « été traduites en requêtes précises, les hauts fonctionnaires de la « Branche des isotopes, à Oak-Ridge (Tennessee), commenceront à « prendre des dispositions pour les envois ».
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- Une importante découverte en Paléontologie humaine
- Dans une communication présentée le 27 octobre à l’Académie des Sciences, MUe G. Henri-Martin annonçait la trouvaille, dans le gisement préhistorique de Fontéche-vade, en Charente, de restes humains antérieurs à l’époque moustérienne. La portée de cette découverte est très grande, puisque ces restes dépassent en ancienneté tous ceux qui étaient jusque-là connus pour la France et que, de plus, ils appartiennent à une période, le Paléolithique inférieur, pour laquelle on ne possédait encore que de très rares vestiges. Bien que l’étude de ces précieux documents n’ait pas encore été faite, les lecteurs de La Nature seront certainement intéressés d’avoir quelques premières précisions sur le nouvel Homme fossile.
- La station de Fontéchevade est située dans une petite vallée, à une quarantaine de kilomètres au Nord-Est d’Angoulême. Des recherches antérieures avaient montré qu’elle a été habitée par l’Homme durant l’âge de la Pierre taillée : on y trouve, en effet, en allant de la surface vers la profondeur, les industries magdalénienne et aurignacienne (Paléolithique supérieur), puis moustérienne (Paléolithique moyen). Ces industries sont associées à une faune froide; ceci les situe, comme de règle en notre pays, à la dernière époque glaciaire, l’époque wurmienne.
- En faisant des sondages au-dessous du Moustérien, Mlle Henri-Martin a trouvé, i,5o m plus bas, un nouvel horizon contenant un outillage très fruste, avec des éclats de différentes grosseurs et des pointes mal taillées, le tout correspondant à l’industrie que l’Abbé Breuil nomme Tayacien. C’est du Paléolithique inférieur. La faune qui s’y rencontre est totalement différente de celle des niveaux supérieurs : il y a là du cerf, du chevreuil, du sanglier, de gros Bovidés, un rhinocéros, le Rhinocéros Mercki, que l’on sait caractéristique des périodes chaudes, une tortue très semblable à la « tortue grecque » qui vit de nos jours
- dans le midi méditerranéen, etc. L’ensemble de cette faune montre que l’on est à l’époque qui a précédé la dernière glaciation : l’interglaciaire Riss-Wurm. Elle nous reporte extrêmement loin de l’âge actuel.
- C’est dans ce niveau tayacien, qu’au cours de cet été, MUe Henri-Martin a trouvé des restes humains. Incontestablement en place, ils sont représentés par une calotte crânienne, en assez bon état, et un morceau du frontal d’un autre individu. Ces pièces, qui n’ont pas encore subi les préparations (dégagement de la gangue terreuse, consolidation, réajustement des fragments détachés) permettant de les manipuler, n’ont donc pu être étudiées, mais leur simple examen montre déjà que, quoique de dimensions sans doute inférieures à celles de l’Homme actuel, la voûte du crâne a la même forme que chez celui-ci; en particulier la région sus-orbitaire n’est pas soulevée en un bourrelet.
- Ces premières constatations semblent peu de choses. Elles ont cependant un très grand intérêt. Il convient, pour s’en rendre compte, de rappeler certaines données concernant les Hommes fossiles de l’Europe occidentale.
- Au Paléolithique supérieur, les nombreux squelettes déjà découverts appartiennent incontestablement à la même espèce que l’Homme récent; ce sont, comme lui, des Homo sapiens. Certes, il y a quelques différences : par exemple, les os sont généralement plus massifs, les arcades sourcilières plus saillantes, les orbites plus basses. Ces différences peuvent justifier la création de races spéciaels; elles ne vont pas plus loin.
- Au Paléolithique moyen, on se trouve brusquement en présence d’un Homme dont les caractères sont tellement différents de ceux de 1 Homo sapiens, qu’on est maintenant d’accord pour y voir, non plus une autre race, mais une autre espèce; c’est l’Homme de Néanderthal, l'Homo Neanderthalensis des paléontologistes. On en possède déjà un certain nombre, dont le mieux connu est l’Homme de La Chapelle-aux-Saints, trouvé en Corrèze en 1910, et magistralement étudié par M. Boule dans une monographie qui a fait époque. Parmi les dispositions qui caractérisent cet Homme de Néanderthal, une des plus typiques concerne la région sus-orbitaire : toutes les parties qui surmontent les deux orbites et la racine du nez forment un puissant bourrelet qui fait saillie en avant. Le front, au-dessus, est fuyant, oblique en arrière. La voûte du crâne est surbaissée. L’intérêt de ces caractères, c’est qu’on les retrouve, beaucoup plus marqués, chez les Préhominiens de la base du Quaternaire, Sinanthropes et Pithécanthropes. Ils atteignent un degré encore plus fort chez les Singes anthropoïdes, où le bourrelet devient une véritable visière. L’Homme du Paléolithique moyen se présente ainsi comme un intermédiaire entre les Préhominiens et les Anthropoïdes d’une part, les Hommes actuels de l’autre, et ceci ne saurait étonner.
- Pendant longtemps, on a ignoré comment était le crâne des Hommes du Paléolithique inférieur. Divers restes fossiles avaient bien été signalés à plusieurs reprises : Homme de Denise, dans le Massif Central, Homme de l’Olmo, en Italie, entre autres ; mais les conditions dans lesquelles ils avaient été mis à jour étaient si défectueuses du point de vue stratigraphique, qu’à juste titre, on préférait ne pas en tenir compte. La seule pièce d’une antiquité certaine était une mâchoire infé-
- Fig. 1. — Schéma des rapports entre l’évolution morphologique des Hommes fossiles et leur ancienneté géologique.
- A.., N., B., J., races fondamentales actuelles de l'Homo sapiens : Australiens, Noirs, Blancs, Jaunes. — C.M., races du Paléolithique supérieur européen ; tout laisse penser qu’elles sont à l’origine des Blancs. — N., Hommes de Néanderthal européens ; leurs très grandes différences d’avec les premiers Hommes du Paléolithique supérieur du même continent font généralement admettre qu’ils n’en sont pas les ancêtres. Un groupe intermédiaire, N.P., trouvé en Palestine, a cependant récemment établi une transition. — IL, Homme d’Heidelberg, sans doute ancêtre des Néanderthaliens. On a longtemps admis, théoriquement, que les Hommes fossiles du Paléolithique inférieur européen se situeraient à la même place morphologique que celui-ci, en 1. La découverte des Hommes de Piltdown et de Svvanscombe a fait supposer que ceux-ci étaient déjà des Homo sapiens et devaient être placés en 2. Si on admet que la mâchoire de Piltdown appartient bien au crâne, leur place est en réalité beaucoup plus à gauche, par exemple en 3. — Pr., Préhominiens de la base du Quaternaire : Pithécanthropes de Java et Sinanthropes de Pékin
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- rieure trouvée près d’Heidelberg en 1907, et dont les caractères étaient suffisamment primitifs pour qu’on puisse les considérer comme intermédiaires entre ceux de l’Homme de Néanderthal et ceux des Singes anthropoïdes.- On pouvait donc supposer, avec quelque apparence de raison, que le jour où des crânes du Paléolithique inférieur seraient découverts, on y observerait des dispositions intermédiaires parallèles. Ils auraient, par conséquent, un front fuyant et une visière sus-orbitaire prononcée.
- C’est donc avec un profond étonnement qu’en 1912 on apprenait qu’un crâne humain fossile très détérioré, qui venait d’être trouvé dans un gisement paléolithique inférieur de l’Angleterre, à Piltdown, avait une voûte crânienne à peu près identique à la nôtre. Non seulement le frontal était vertical, mais il n’y avait aucune trace de saillie sus-orbitaire et les arcades sourcilières n’étaient pas plus fortes que chez nous. Loin d’être plus simien que lui, ce précurseur de l’Homme de Néanderthal était beaucoup plus « humain » i Un tel fait était vraiment paradoxal.
- Quelques paléontologistes ont voulu se tirer de cette difficulté en déclarant que les ossements de PilldoAvn étaient beaucoup moins vieux qu’on ne l’avait cru d’abord. Ils étaient, en effet, contenus dans un ancien dépôt d’inondation, ce qui laisse subsister sur leur âge diverses incertitudes. Mais en 1935, un autre gisement paléolithique inférieur d’Angleterre, celui de Swanscombe, livrait à son tour un crâne. Bien que très incomplet, lui aussi s’avérait presque identique à ceux des Hommes modernes. Seulement la nouvelle pièce était encore contenue dans un dépôt fluvial.
- On comprend maintenant tout l’intérêt de la découverte de MUe Henri-Martin. Elle ne tient pas seulement au fait que c’est la première fois qu’on rencontre dans notre pays un Homme fossile daté du Paléolithique inférieur, — c’est donc, pour le moment, le plus vieux Français connu, — elle tient à ce qu’il s’agit là d’un sujet bien en place, trouvé dans des conditions stratigraphiques qui ne prêtent à aucune discussion, contrairement à celles de Piltdown et de Swanscombe. Si cet Homme de Fontéchevade a vraiment un front droit, sans bourrelet sus-orbitaire, nous avons enfin la preuve indiscutable qu’antérieurement à l’espèce de Néanderthal a vécu, en Europe occidentale, un Homme d’un type tout à fait différent, beaucoup moins primitif dans la forme de sa voûte crâ-
- nienne.et qui, par suite, ne peut en avoir été l’ancêtre. C’est une constatation d’une extrême importance.
- Faut-il aller plus loin et dire, comme on l’a suggéré à propos du sujet de PiltdoAvn, que cet Homme du Paléolithique inférieur était un Homo sapiens ? Cette conclusion est, à mon avis abusive : de la forme d’une tête, il ne faut pas conclure à tout l’individu. A côté des morceaux de crâne de l’Homme de Piltdown, il y avait une mâchoire inférieure, qui semble bien appartenir au même sujet, et dont les caractères sont en partie simiens. Si ces très vieux représentants de l’humanité étaient déjà très évolués par certaines dispositions, rien ne prouve qu’ils n’étaient pas restés très primitifs par d’autres, leurs différences d’avec les Hommes de Néanderthal tenant seulement à ce que l’évolution n’aurait pas porté sur les mêmes parties. Deux phylums au moins auraient ainsi existé avant la dernière période glaciaire : l’un, représenté peut-être par la mâchoire d’Heidelberg, qui devait donner les Hommes de Néanderthal du Paléolithique moyen; l’autre, représenté par les Hommes de Piltdown et Swanscombe, — voire par celui de Fontéchevade, si l’étude nous confirme ce que laisse présumer l’examen superficiel, — qui est peut-être la souche de l’ffomo sapiens, à moins que celui-ci ne vienne d’un troisième rameau, non encore découvert, et ayant vécu en dehors de l’Europe.
- Tout ceci nous montre que l’évolution humaine est beaucoup plus compliquée qu’on ne l’avait cru d’abord. L’idée d’une ligne évolutive continue, aboutissant directement aux Hommes actuels à travers ceux de Néanderthal, ne peut certainement plus être soutenue. Il y a eu plusieurs lignées divergentes, dont les unes se sont éteintes plus ou moins rapidement, les autres ont continué à évoluer. Nous sommes l’aboutissant d’une extraordinaire épopée, qui a vu naître et disparaître bien des formes dont nous ne connaissons encore que quelques représentants, au hasard de rares découvertes. Sur l’histoire de notre espèce, l’avenir nous réserve certainement plus d’une surprise. C’est la multiplication de fouilles soigneusement menées, dans des conditions scientifiques rigoureuses, comme celles de Mlle Henri-Martin, qui, peu à peu, nous apportera la lumière.
- II. V. Vallois,
- Directeur de l’Institut de Paléontologie humaine.
- L'aluminium
- L’extraction de l’alumine de l’argile a été très étudiée. On estime aux États-Unis que 70 pour 100 des ressources locales de bauxite ont déjà été consommées. C’est pourquoi les recherches ont été orientées vers d’autres sources d’alumine.
- Deux méthodes ont été particulièrement étudiées, elles présentent surtout un intérêt technique, car elles sont plus onéreuses que le traitement de la bauxite.
- La première méthode est basée sur un traitement acide. Le kaolin ou l’argile, préalablement calciné à 700° est attaqué par de l’acide chlorhydrique dilué à 20 pour 100. Il a été démontré expérimentalement que la calcination facilite l’attaque : l’alumine se dissout, laissant un résidu insoluble de silice.
- La solution diluée de chlorure d’aluminium obtenue est concentrée par évaporation. On y fait alors passer un courant d’acide chlorhydrique gazeux. Du chlorure d’aluminium hydraté cristallise ; les impuretés : sels de fer, calcium, magnésium, etc., restent en solution.
- Les cristaux de chlorure d’aluminium sont séparés, lavés rapidement pour éliminer les impuretés des eaux-mères, puis décom-
- de l'argile.
- posés par la chaleur ; du gaz chlorhydrique distille qui est récupéré, l’alumine resté. Elle est à 99,8 pour 100 de pureté et ne contient que des traces d’oxyde de fer, de chlore et de silice.
- Les dépenses importantes dans ce procédé sont celles afférentes au combustible et aux pertes d’acide chlorhydrique.
- La deuxième méthode paraît moins intéressante. Elle consiste à former à partir de l’argile de l’aluminate de sodium qui est soluble dans Teau et dont on précipite ensuite l’alumine.
- On peut traiter l’argile par de la soude bouillante, ce qui donne directement l’aluminate. On peut calciner l’argile avec du carbonate de calcium, obtenir ainsi de l’aluminate de calcium qui par double décomposition avec du carbonate de sodium fournit l'alu-minate de sodium.
- L’alumine est précipitée ensuite, par l’anhydride carbonique, par exemple, ce qui régénère le carbonate de sodium.
- La difficulté principale dans ces procédés est d’obtenir une bonne élimination de la silice. Ils ont d’ailleurs été étudiés depuis de longues années et n’ont pas le même caractère d’originalité que la méthode par traitement acide.
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- A propos de Boussingauit
- A la suite de notre article sur Boussingauit (*), nous avons eu connaissance d’une lettre du savant, écrite à un camarade de promotion de l’École des Mines de Saint-Étienne. Cette lettre est datée de Lobsann, petite mine de lignite située en Alsace, du canton de Soultz-sous-Forêts, où se trouve aujourd’hui une exploitation d’asphalte. Écrite le 29 décembre 1820, par Boussingauit, jeune ingénieur débutant de 18 ans, elle est adressée à Jules Benoit, alors ingénieur aux mines du Sardon, dans la Loire. On y trouve d’intéressants détails sur cette mine de lignite :
- Fig. 2.
- Fac-similé d’une partie de la lettre de J.-B. Boussingauit.
- « ... Les mines de Lobsann sont, à quinze minutes de
- l’entrée du village de ce nom, écrit-il, de sorte que tu vois que je suis très isolé...
- « ... Les travaux de mines sont bien plus étendus que
- je ne me le figurais, je vais te dormer une
- idée de ma mine,
- a On exploite
- ici un combustible, qu’on appelle, Fig. 1.
- dans le pays, Jean-Baptiste Boussingauit.
- houille ; mais ce
- n’est, qu’un lignite. Ce lignite se trouve en couches dans le calcaire coqidllier, leur épaisseur est très faible : on est très content, quand elles ont une puissance de un pied. On prend des galeries de 6 pieds de haut et de 3 pieds de largeur. Alors on a, ordinairement, dans cet espace, trois couches de lignite, celle du toit est de très bonne qualité, celle du milieu médiocre, et celle du sol tout à fait vitrio-lique. Dans ce lignite, une chose singulière, c’est que le soufre y est à l’état de soufre combiné au bitume, c'est-à-dire que, dans l’analyse de ce lignite, le soufre que l'on obtient ne correspond pas au fer pour former la pyrite.
- « L’extraction du lignite se fait à l’aide de petits puits de 80 à 100 pieds, les eaux s’écoulent par une galerie très bien boisée, et d’une longueur considérable.
- « On trouve une variété de lignite extrêmement recherchée des minéralogistes ; c’est une variété fibreuse. Quant au gisement du sable bitumineux, je ne le connais pas encore assez pour t’en parler.
- u J’ai une sonde de 100 pieds à ma disposition, au beau temps, je vais sonder en plusieurs points... »
- Le jeune ingénieur exprime aussi son embarras de n’entendre parler qu’allemand autour de lui alors qu’il ne connaît pas un mot de cette langue. Il termine en demandant à son camarade de lui adresser une suite complète du terrain houiller de Saint-Étienne.
- A. F.
- I. La Nature, n° 3139 du 1er juillet 1947.
- pour les recherches scientifiques.
- Une nouvelle pile atomique
- Le laboratoire national de Brookhaven, dans l’État de New-York, a commencé la construction d’une pile atomique d’une valeur de dix millions de dollars destinée aux recherches sur les utilisations pacifiques de l’énergie atomique, spécialement dans les domaines de la physique, de la chimie, de la biologie et de la médecine. *
- Ces laboratoires seront dirigés par une association d’Universités de l’Est des États-Unis et un grand nombre de spécialistes pourront bénéficier de ces nouvelles installations.
- La densité des neutrons de la pile de Brookhaven sera plusieurs fois supérieure à celle de la pile d’Oak Ridge qui n’a cessé, depuis un an, de fournir les isotopes radioactifs utilisés pour les recherches biologiques, médicales et autres.
- M. Sumner Pike, membre de la Commission de l’énergie atomique des États-Unis, a souligné l’importance de ce nouveau laboratoire et déclaré qu’il en sera créé un grand nombre d’autres. « Nous espérons, a-t-il dit, que grâce à ces laboratoires, il sera « possible de recueillir et de diffuser des renseignements qui se « révéleront utiles dans la science et dans l’industrie. Mais, et « c’est encore plus important, nous espérons aussi pouvoir aider « les universités à former des gens qui seront capables par la « suite de faire progresser l’utilisation de ces nouveaux instruit ments, afin qu’une fois dissipé l’effroi provoqué tout d’abord par « ces découvertes, la place qu’elles prendront en définitive dans tt le corps des connaissances humaines utiles puisse sembler aussi « naturelle et aussi facile à comprendre que la radio de notre « salon ».
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- LE CIEL EN JANVIER 1948
- SOLEIL : du 1er au 31, sa déclinaison passe de — 23°4' à —17°36/ ; la durée du jour à Paris croît de 8M6m à 9h18m. Diamètre apparent le 1er = 32°3o",i2, le 31 = 32°31",36. — LUNE : Phases : D. Q. le 3 à llh13m ; N. L. le il à 7*44“ ; P. Q. le 19 à llh32m ; P. L. le 26 à 7*llm ; apogée le 13 à 6h ; périgée le 26 à 11*. Principales conjonctions : avec Vénus le 14 à 4* à 3°35' N. ; avec Saturne le 27 à 5* à 4°2' S. ; avec Mars le 28 à 6* à 0°39' S. ; avec Neptune le 30 h 19* à 1°37' S. Principales occultations (H. de Paris) : le 3 de y Vierge (2m,9) immers., 5*40m,l, émers. à 6*54m,7 ; le 16 de 376 B Verseau (6,3 imm. à 17*35,8 ; le 17 de 14 Baleine (5m,9) imm. à 19*50m,7 ; le 22 de 315 B Taureau (6m,3) imm. à 22*53m,0 ; le 23 de 139 Taureau (4m,9) imm. à 20*59m,7 ; le 28 de Mars, imm. à 6*14m,4, émers. à 6*33m,8, âge de la Lune 16J’9. .— PLANÈTES : Mercure inobservable ; Vénus astre du «oir, coucher le 1er à lSh30m, le 25 à 19*40m, diam. app. le 13 : 12'',6 ; Mars dans le Lion, lever le 1er à 20*50m, le 25 à 19*4“, diam. app. le 13 : 11",6 ; Jupiter dans le Scorpion, réapparaît le matin, lever le 1er à 5*54m, le 25 à 4*13m, diam. pol. app. le 13 : 30",1 ; Saturne dans le Lion, lever le 1er à 19*31m, le 25 à 17h48m, diam. app. le 13 : globe 18",0, anneau gr. axe 45",2, petit axe 10"6 ;
- Uranus dans le Taureau, passage au mérid. le 1er à 22*40™, le 31 à 20*38™ (position le 1er = 5*31™ et + 23°26') diam. app. 3",7 ; Neptune dans la Vierge, lever le 1er à 0*15™, le 31 à 22*14™ (position le 1er = 12*50™ et — 3°45') diam. app. 2",4. — ÉTOILES PILANTES : Bootides les 2-3, rad. vers (3 Bouvier, rapides, longues. — ÉTOILES VARIABLES : Minima observables d’Algol : le 1« à 5*42™, le 4 à 2*32™, le 6 à 23*23™, le 9 à 20*13“, le 12 à 17*2™, le 24 à 4*22™, le 27 à 1*12™, le 29 à 22him ; Minima de [3 Lyre le 15 à 6h, le 28 à 4*. — ÉTOILE POLAIRE : Passage sup. au méridien de Paris : le 1er à 18*56™43s, le 11 à 18*17™133, le 21 à 17*37“40s.
- Phénomènes remarquables. — La Lumière cendrée de la Lune les 15 et 16. L’occultation de y Vierge le 3. L’occultation de Mars le 28 (à Lyon : immers. 6*19™,2, émers. 6*39™;7 ; à Toulouse : imm. 6*16™,0, émers. 6h47ra,6) ; celle de Mars le 28.
- (Heures données en Temps Universel ; tenir compte des modifications introduites par l’heure en usage).
- G. Fournier.
- Les prix Nobel de Physique et de Chimie
- Le prix Nobel de physique vient d’être attribué à sir Edward Appleton.
- Le nom de Sir Edward Appleton est lié à l’étude de la partie de la très haute atmosphère qui a été dénommée ionosphère. L’étude de la propagation des ondes courtes en radio-électricité avait conduit le physicien anglais Heaviside et le physicien américain Ken-nelly à l’hypothèse d’une couche réfléchissant ces ondes dans la haute atmosphère et qui fut dénommée la couche d’Heaviside. Sir Edward Appleton était alors jeune professeur de physique au King’s College de Londres. Il s’attacha à la vérification de l’hypothèse d’Heaviside-Kennelly. Une étude approfondie et des mesures précises poursuivies avec A. F. Barnett lui permirent la mise au point d’une théorie complète de ces couches réfléchissantes de l’ionosphère. Il précisa d’abord que la couche Heaviside-Kennelly se situait à 80 km environ d’altitude pendant le jour et s’élevait jusque vers 120 km la nuit. Il démontra que d’autres couches réflé-
- chissantes lui étaient superposées à des altitudes comprises entre 250 et 400 km.
- Le prix Nobel de Chimie a été accordé à Sir Robert Robertson.
- Sir Robert Robertson a commencé sa carrière comme professeur de chimie organique à l’université de Sydney en 1912, puis il enseigna aux universités de Liverpool, Manchester, Londres et Oxford. Ses travaux ont porté sur de difficiles problèmes de structure de corps organiques ; sur les alcaloïdes : atropine, morphine, strychnine ; sur les hormones, dont il a réalisé, en collaboration avec son compatriote, le biochimiste, E. C. Dodds, des synthèses d’hormones sexuelles p!us actives que les produits naturels extraits des glandes animales. Après la découverte de la pénicilline par Fleming, en 1940, il étudia à Oxford, en équipe avec d’autres savants, la structure de ces nouveaux produits et réalisa des travaux remarquables sur la synthèse de ces antibiotiques. Il est président de la Royal Society.
- LES LIVRES NOUVEAUX
- Les chauves-souris de France, par Paul Rode. 1 vol. in-8°, 70 p., 38 flg. Atlas des Vertébrés. Boubée, Paris, 1947. Prix : 90 francs.
- Passionnantes à étudier, mais difficiles à déterminer, les espèces sont ici décrites avec tant de précision et des figures si précises que leur reconnaissance devient sûre. On apprend aussi comment les capturer, les préparer pour la collection, et aussi les baguer vivantes. Enfin, leurs principaux caractères biologiques sont indiqués, notamment leur vol dans l’obscurité où les ultra-sons interviennent.
- Des premières fusées au V2, par Alexandre Ananoff. 1 broch., 64 p., 19 fig. et hors texte. Editions Elzévir, 73 bis, quai d’Orsay, Paris, 1947.
- Après une définition de la fusée et un bref exposé de son mode de propulsion et de l’avantage des armes réactives, l’auteur donne une histoire chronologique de la fusée jusqu’aux utilisés par les Allemands et aux expériences récentes américaines.
- Généra Filicum. The généra of Ferns, par Edwin Bingham Copeland. 1 vol. in-48, 247 p., 10 pl. Ghronica Botanica G0, Waltham (Mass., U.S.A.) ; Le Soudier, Paris, 1947. Prix : relié toile, 6 dollars.
- Linné avait décrit 14 genres de Fougères ; on en connaît aujourd’hui plus de 300, qu’on trouve dans toutes les régions chaudes et humides du globe. Le grand spécialiste de cette classe, qui fut longtemps professeur de botanique aux Philippines, a mis en oeuvre tous les
- documents publiés et les échantillons recueillis pour réviser leur classification générale par ordres, familles et genres, d’une manière aussi naturelle et phylétique que possible. Il donne ici la description de tous les genres qu’il a retenus, leurs caractères, leur histoire, leurs affinités et leur distribution. C’est une mise en place fondamentale.
- Méthodes statistiques en médecine et en biologie, par E. Morice, M"8 M. Tisserand et J. Reboul. 1 vol. in-8°, 181 p., flg. Masson et C18, Paris, 1947. Prix : 480 francs.
- Les méthodes statistiques ont reçu de nombreuses applications en médecine et en biologie ; elles peuvent fournir de multiples et utiles indications, à condition de mettre en œuvre correctement des données expérimentales précises. G’est là qu’est la difficulté. Les médecins seuls peuvent recenser les cas, les catégories ; les mathématiciens savent y appliquer les règles des fonctions, des dérivées, des intégrales, mais connaissent mal les conditions des relevés numériques. M. Morice, qui est professeur à l’Institut de statistique, a écrit ce livre pour joindre les deux disciplines. M118 Tisserand y a ajouté un historique de la biométrie et des exemples empruntés à la pratique de l’Institut national d’hygiène. M. Reboul y rappelle les notions mathématiques nécessaires. Le tout forme un exposé coordonné, excellent, de la méthode « numérique ».
- Les conquérants ailés, par Marcel Roland. 1 vol. in-16, 284 p., 2 hors texte. Mercure dé France, Paris, 1947. Prix : 90 francs.
- Dans cette grande fresque des bois, des champs, des jardins, dont voici le 88 volume, l’auteur présente les bêtes qui nous entourent et qu’il a observées en naturaliste attentif; en bon écrivain, il sait les faire vivre et en philosophe les situer par rapport au monde et à l’homme. Cette fois, il s’attache à deux ravageurs, à deux conquérants, le doryphore et la sauterelle migratrice. La vie dp premier en Amérique, sa traversée de l’Atlantique, son invasion de l’Europe forment une épopée que suit l’observation minutieuse des mœurs, des amours, de la multiplication. Le criquet est un digne pendant, avec ses nuages migrateurs, dévastateurs, couleur d’apocalypse. Deux aspects de la vie triomphante des insectes.
- D’Arsonval et la biophysique, par le Dr \V.
- Kopaczewski. 1 vol. in-8°, 63 p., 2 pl. Rabat.
- 1947. Prix : 450 francs.
- Parmi «les bâtisseurs de la science moderne», l’auteur a déjà présenté Lavoisier et Claude Bernard dans une série de conférences faites à l’Institut des hautes études marocaines. Il aborde maintenant le père de la biophysique, d’Arsonval, qu’il a personnellement connu. Il rappelle sa vie très simple, l’état des connaissances quand il commença ses travaux, son œuvre considérable, très personnelle, riche de tant d’applications, son caractère enjoué, malicieux. Il silhouette ses élèves et ses continuateurs, indique les progrès et les perspectives de la science dans le riche domaine qu’il a ouvert. G’est une biographie émue, sensible, en même temps qu’un tableau des progrès de ces derniers temps.
- Le gérant : G. Masson. — masson et g1®, éditeurs, paris. — dépôt légal : 4® trimestre 1947, n° 4q4- — Imprimé en France.
- BARNÉOUD FRÈRES ET C1®, IMPRIMEURS (3lû566), LAVAL, N° 786. — 12-1947-
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- LA NATURE
- SOIXANTE-QUINZIÈME ANNÉE — 1947
- EX ALPHABÉTIQUE
- Abeilles à la guerre, 128.
- — sulfamides, 217.
- Abyssinie, centre touristique, C 25.
- Acide cyanhydrique, 358.
- Aérolithcs meurtriers, 8.
- Aéronautique, 17e salon, 1.
- A. F. A. S. : Congrès, 318.
- Agar : industrie, 378.
- Agave : action du suc sur ïe virus rabique, 278.
- Agriculture américaine : industrialisation, 48.
- — : augmentation de la productivité aux États-Unis, C 305.
- Aiguilles économiques pour phonographe, 223.
- Alcool dans l’industrie chimique, 302. Aléoutienncs : Iles, 225, 245.
- Algèbre ornementale, 350.
- Aliments artificiels, 320.
- — concentrés pour le bétail, 297.
- — déshydratés, 184.
- Altérations dans les bois ouvrés provoquées par les insectes, 370.
- Altitudes (hautes) : exploration par fusées, 74.
- Aluminium extrait de l’argile, 34, 398. Amérique : origine des Noirs, 308. Approximation cristalline, 279.
- Amazone : Canal jusqu’à l’Orénoque, 287. Amazonie : exploration, 242.
- Amérique : industrialisation de l'agriculture, 48.
- — pré-colombienne, chefs-d’œuvre, 271. : industrie du papier, C 73.
- Ammonium : nitrate, 309.
- Analyse spectrale : ondes centimétriques, 158.
- Ancres en bois, 24.
- Angle : trisection, 224, 394.
- Antarctique : nouvelle expédition Bvrd, 64.
- — partage du continent, 150 Anthropoïdes : sensitivité gustative, 21. Archéologie : découverte en Suisse, 54.
- — en Asie centrale, 20.
- Arctique canadien : mystérieux plantigrade, 118.
- Argile : minerai d’aluminium, 34.
- Armées américaines : état sanitaire, C 105. Arséniates : conservation des bois, 8. Asdic et poissons, 79.
- Asie centrale : archéologie, 20.
- Atome : avenir de l’énergie, 238. Automobile : 34e salon, 321.
- Autorail léger nouveau, 186.
- Autruche : contenu stomacal, 23.
- Aven d’Orgnac, 210.
- Aveyron : carrières de charbon, 217. Aviation : sécurité, 151, 170, 190.
- — et coqueluche, 136.
- Avion français S. 0. 30 R, 360.
- •— léger utilitaire, C 145.
- Avions : dégivrage, C 145.
- — : freinage au sol, 291.
- B
- Bactéries : photosynthèse, 203.
- Backeland, 115.
- Balance hydrostatique, 72.
- Baptême à dis lance, C 337.
- Basalte : coulées, 334.
- Bauxites déferrifiées, 315.
- Bétail : aliments concentrés, 297.
- Béton armé, 44.
- Beurre : nouvelle préparation, 362.
- — et margarine, 383.
- Bibliothèque mondiale, C 19. Bombardement par neutrons, 195.
- Bombe atomique et tornades, C 89.
- Bois : conservation par les arséniates, 8.
- — ouvrés : traitement contre les altérations provoquées par les insectes, 376.
- Boulangeries industrielles, 263. Boussingault, 215, 399.
- Bridgman, G 25.
- Brûleur à charbon pulvérisé, C 145. Bulgarie : prospection des cavernes, 316. Byrd : expédition antarctique, 61.
- C
- Calendrier : réforme, 317.
- Calculateur prodige, 31.
- Canada : pechblende, 41.
- Canal de l’Orénoque à l’Amazone, 287. Canardièrc : viaduc, 32.
- Cannibalisme en Suède préhistorique, C 1. Canon sans recul, 267.
- Carnot, 15.
- Caoutchouc et matières plastiques, C 322.
- — : renforcement par la lignine, C 322.
- — : sols d’étables, 235.
- Carbone : isotopes 13 et 14, 396.
- Carbure des métaux durs : industrie mi-'
- nière, ISO.
- Carrières de charbon de l’Aveyron, 217. Cavernes : prospections en Bulgarie, 316. Cébadille, 314.
- Centrale électrique atomique, C 73. Centrales électriques mobiles, C 129. Centre polaire Charcot, 228.
- Cervelles d’oiseaux, C 194.
- Chalumeau : forage, C. 73.
- Charbon : carrières de l’Aveyron, 217.
- — pulvérisé : nouveau brûleur, C 145. Charcot : centre polaire, 228.
- Charge creuse, 200.
- Charmeurs de serpents, 247.
- Chauffage par ondes dirigées, 191. Chemins de fer français : nouvelle locomotive, 219.
- Cliéops : pyramide, 341.
- Cheval : fin, C. 57.
- Chowing gum, 253.
- Chimie des pétroles naturels et synthétiques : expansion, 359.
- — des Rockets, 123.
- Cbimiosynthèse, 218.
- Chimiothérapie, 119.
- Chinois : fleur symbolique, C 57. Chromage dur dans l’industrie, 312.
- — électrolytique poreux, C 241. Chromophototropisme : applications, 92 Chypre : fouilles dans l’îlc, C 161.
- Ciel : en février : 40, mars 72, avril : C 128, mai : 143, juin : 176, juillet : C 208, août : C 240, septembre : C 272, octobre : C 304, novembre 336, décembre : 368, janvier 1948.
- Cigares : fabrication mécanique, 328. Cimetière de navires, 12.
- Cires solubles, 34.
- Civilisation : climat et confort, 254. Classification périodique, 363.
- Climat, confort et civilisation, 254.
- Coke métallurgique : remplacement, C 73.
- — utilisation chimique du gaz de four, 153.
- Collecteur de poussières, C 177 Colonies : Office de la Recherche scientifique, 99.
- Comètes nouvelles, C 274.
- Conférences à Paris : C 40, C 56, C 128, C 160, C 192, C. 208, C 320, 352, C 368, C 384.
- Congrès de l’A. F. A. S., 348.
- — d’électrothermie : La Haye, 325.
- — scientifiques internationaux, 103. Coqueluche et aviation, 136.
- Nota. — Les numéros de pages précédés de la lettre C renvoient aux pages de couverture en regard de ces numéros.
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- Coquille des œufs de poule : couleur, C 89. Conservation des bois par arséniates, 8. Coulées de basalte, 334.
- Coupe électrolytique des métaux, C 145. Cours à Paris : C 40, C 56,'C 72,' C 128, C 160, C 192, C 208, C 320, 352, C 368, C 384.
- Crabe chinois : propagation en France, 255.
- Création de la vie et Pasteur, 25. Cristallisation : merveilles, 385.
- Croissance végétale : agents chimiques, 388.
- Cultivateurs à lance-flamme, 142.
- Culture des plantes médicinales, 295. Curiosité géométrique, 206.
- Cyanhydrique : acide, 358.
- Cyclide unilatère, 232.
- D
- Décapage des métaux : hydrure de sodium, 55.
- Decca, 71.
- Déchets agricoles au nylon, C 225.
- D. D. T. contre les termites, C 258.
- — est-il dangereux ? 301.
- Dégivrage des avions, C 145.
- Dupuy de Lôme, 101.
- E
- Faux résiduaires : utilisation, C 41.
- — de Rungis, 290.
- Ëbbon : gravures préhistoriques, 258. Écrous en nylon, 195.
- Éclairage électrique, C 209.
- Égypte : importante découverte, 70. Électricité à la ferme, C 145.
- — : applications nouvelles des lampes, 165.
- — : centrales mobiles, C 129.
- — : éclairage, C 209.
- — en horticulture aux Pays-Bas, 830.
- — : distribution internationale de l’énergie, 380.
- — : unité nouvelle, 31.
- Électrification en Suisse, C 41.
- Électronique : machine à calculer, Cl.
- — : machine à coudre, 292.
- — : microscope, 9.
- — : récente application, 26.
- — : télescope, 343.
- Électrothermie : Congrès de La Haye, 325. Éléments nouveaux, 363.
- Éléphant, cet inconnu, 369.
- Enclaves, 374.
- Énergie atomique : avenir, 238.
- — électrique : distribution internationale, 380.
- — naturelle volcanique, C 337.
- Engrais azotés solubles, C 337.
- Épitaxie, 279.
- Esclave mécanique, 272.
- Espoir contre la poliomyélite, 199. Estomac d’autruche : contenu, 23.
- Essence synthétique aux États-Unis, C 105. Étables : sols en caoutchouc, 235.
- États (petits) et enclaves, 374.
- États-Unis : augmentation de la productivité agricole, C 305.
- — : essence synthétique, C 105.
- — : état sanitaire des armées, C 105.
- Été 1946 : déficit pluviométrique, 22.
- — de 1947, 352.
- — le plus chaud à Paris, 304.
- Étoile « Merveilleuse » de la Baleine, 3S2. Expansion de la chimie des pétroles naturels et synthétiques, 359.
- Expédition Byrd dans l’Autarctique, 64. Expériences américaines de White-Sand, 197.
- Exploration des hautes altitudes par fusées, 74.
- F
- Fabrication lampe T. S. F. d’émission, 133.
- — mécanique dos cigares en France, 32S. Fuyol (Henri), 303.
- Félins : puissance musculaire, 66..
- Feuilles minérales, 193.
- Fièvre Q, 128.
- Films techniques, C- 322.
- Fleur symbolique des Chinois, C 57.
- Foire de Paris, 174.
- Forages au chalumeau, G “3.
- Fosses septiques, 236.
- Fouilles dans File de Chypre, C 161.
- — préhistoriques : prospection électrique, C 337.
- Four à coke : utilisation chimique du gaz, 153.
- France : population, 102.
- Freinage des avions au sol, 291.
- Frein de bouche, 267.
- Fruils : chute, 277.
- Fusées : exploration des hautes altitudes. 74.
- G
- Galois (Évarislc), 173.
- Gammexane, 70.
- Gaz de four à coke : utilisation chimique, 153.
- (iaz : turbine, 58.
- Gazéification souterraine au Maroc, C 25
- ----des houilles, 300.
- Glaces llollanles et radar, 224.
- Gouffre de la. Ilennemorte, 353 Goût : sensibilité chez l’homme et les anthropoïdes, 21.
- Graines : triage électronique, 26.
- Graphite dans l’appareillage de l’industrie chimique, C 209.
- Gravures préhistoriques d’Ebbon, 258. Grêlons, 240.
- — monstrueux, 43.
- — : observations, 144.
- Grenouille : acclimatation, C 224.
- Guerre à la tsé-tsé, 23.
- — : état sanitaire des armées américaines, C 105.
- Gui : invasion, 349.
- Guinée française : rivière du sud, 264. Guir et Saoura, 90.
- H
- Hawaï : îles, 129.
- Helgoland : destruction des fortifications, 172.
- — : explosion, 362.
- Henneinortc : gouffre, 353.
- Hiver 1946-1947, 104.
- Homme à estomac d’autruche, C 177.
- — : sensitivité gustative, 21.
- Hollande : moulins, C 1.
- Hopkins, 244.
- Horticulture : application de l’électricité aux Pays-Bas, 330.
- Houilles : gazéification souterraine, 307 Huile d’Isano, 310.
- Huiles : purification, C 73,
- — siccatives, 331.
- I
- Ignifugation, 333.
- Ile de Man, 312.
- tics -Uéouticnncs, 225, 245.
- — Hawaï, 129.
- — qui fondent, C 1.
- Imprimerie : son matériel, ses progrès, 93, 162.
- Indochine : Instituts Pasteur, 77. Industrialisation : agriculture américaine, 48.
- Industrie chimique : emploi de l’alcool, 302.
- — : chromage dur, 312.
- — : utilisation de l’oxygène, 164.
- Infra-rouge, 262.
- Infusoire empoisonneur de truites, 159. Insectes : photographie de la musculature, 296.
- Insliliil de chimie : cinquantenaire, 51.
- — Pasteur d’Indochine, 77.
- Insecticide puissant : uébadille, 314. Ionisation en thérapeutique oculaire, 16. tsano : huile, 310.
- Isotopes du carbone, 396.
- Ivoire, 222.
- J
- Journal scientifique : création, 243.
- K
- Kusu, vigne japonaise, 50.
- L
- La Haye : 2e Congrès d’électrothermie, 325.
- Lampe de T. S. F. d’émission : fabrication, 133.
- — parlante, 174.
- Lampes électriques : applications nouvelles, 165.
- Landes : potasse, 274.
- Langevin : nécrologie, C 25.
- Langoustes et l’avion, C 337.
- Latex synthétiques, 106.
- Lilionthal (David E.), C 57.
- Lignine : renforcement du caoutchouc, C 322. •
- Lithium, 238.
- Livres nouveaux : C 24, G 40, C 56, C 72, C 88, C 104, C 128, C 144, C 160, C 176, C 192, C 208, G 224, C 240, C 256, C 272, C 320, C 336, C 368.
- Locomotive nouvelle des chemins de fer français, 219.
- — au mazout, 79.
- Loi de Dodc, 308.
- Longévité des vertébrés, 395.
- Lumière polarisée : photographie de musculature d’insectes, 296.
- — qui ne s’éteint pas, 143.
- — : unité nouvelle, 31.
- lame : effets de la lumière, 286.
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- M
- Machine à calculer électronique, (H.
- — à coudre électronique, 292 Mangouste et serpents, 132.
- Man : lie, 312,
- Marines marchandes (lu monde, C 1.
- Maroc : gazéification souterraine, C 25. Marteau-pilon, 392.
- Masses d’inclusion : utilisation des plastiques, 56.
- Matières plastiques : développement de l’industrie, C 209.
- -----fluorées, 80.
- Mazout : locomotives, 79.
- Mégachile, 181.
- Mer : ramasseurs de fonds sous-marins, 117.
- •— : utilisation du nylon, C 322.
- Médecine : Prix i\Tobel, C 39.
- Métallurgie dans le vide, C 289.
- Métaux : coupe électrolytique, C 145.
- — : décapage à l’hydrure de sodium, 55.
- — rares : applications nées de la guerre,
- C 288, C 304.
- Météorologie en France : organisation, 145. Métlianol : synthèse industrielle, 178. Meuse : problèmes internationaux, 33S. Mica artificiel, 208.
- — synthétique, 208.
- Microradiographie, 82.
- Microscope électronique, 9, 60.
- Migration des poissons, 311.
- Minéralogie : record, 7.
- Monge, 87.
- Moteur mécanique : évolution, 288.
- Moulins de Hollande, G 1.
- Musée de l’homme : chefs-d’œuvre de l’Amérique pré-colombienne, 271.
- Muscles : puissance des grands lélins, 60. Mystère du Yaudou, 27.
- N
- Navigation moderne : procédé DECCA, 71.
- — : progrès, 110.
- Navires : cimetières, 12.
- Neige : chute sur commande, C 41, 305. Neutrons : bombardement, 195.
- Niagara : effondrement progressif des chutes, 204.
- Nitrate d’ammonium, 309.
- Nitruration des outils, 167.
- Noirs américains : origine, 368. Numération : origines, 137.
- Nylon à la mer, C 322.
- — : écrous, 195.
- — : déchets agricoles, C 225.
- O
- Oceanic hall, 96.
- OEil : ionisation en Ihérupeulique oculaire, 10.
- OKufs : mesure à haute fréquence de la qualité, 381.
- — de poule : couleur do la coquille, C 89. Office de la Recherche scientifique coloniale, 99.
- Oiseaux : cervelle, C 194.
- Ondes dirigées : chauffage, 191.
- Ophidiens venimeux rendus non agressifs, 247.
- Orénoque : canal jusqu’à l’Amazone, 287.
- Orgnac : aven, 210.
- Orgues de Strasbourg, 17. Outils : nitruration, 167. Oxygène dans l’industrie, 164.
- P
- Pacifique : pêche au thon, 21. Paléontologie humaine : progrès récents, 38.
- — : importante découverte, 397.
- Papier ; industrie en Amérique pré-colombienne, C 73.
- Papiers minéraux, 195.
- Paris : été le plus chaud, 304.
- Partage du continent antarctique, 150. Passagers aériens, 195.
- Pasteur et la création de la vie, 25. Pasteur : Instituts d’Indochine, 77. Pays-Bas : électricité en horticulture, 330. Pechblende du Canada, 41.
- Pêche au thon du Pacifique, 21.
- Pénicilline au « Zoo », C 1.
- — synthétique, 266.
- Pétrole : recherche, 110.
- Pétroles naturels et synthétiques, 359. Pharmacodynamie, 119.
- Phonographe : aiguilles économiques 223. Phoques : pierres dans l’eslomac, 270. Photographie : épreuve positive en une minute, 250.
- — : reproduction, C 353.
- Photosynthèse bactérienne, 203.
- P h y to thérapie, 1l9.
- Pigeons voyageurs, 285.
- Pile atomique nouvelle, 325, 399.
- Piles sèches, 229.
- Planclc (Max), C 322.
- Plantes médicinales : culture, 295.
- — rendant non agressifs les ophidiens venimeux, 247.
- Plantigrade mystérieux de l’Arctique canadien, 118.
- Plastiques comme masses d’inclusion, 56. Plastique : nouvelle matière, 208.
- Plâtre : nouvelles utilisations, 248.
- Pluie de boue du 2 mai 1947, 251.
- — : déficit pendant l’été 1946, 22.
- — sur commande, 305.
- Poids et mesures : comité international, 31.
- Poissons et l’asdie, 79.
- — : sens, 234.
- — : migrations, 311.
- Poliomyélite, 199.
- Polysilicates métalliques, 384.
- Pompes à chaleur, 35.
- ---dans le monde, 95.
- Pont suspendu : le plus grand d’Europe, 375.
- Population de la France, 102.
- Porcelaine ancienne de Saint-Cloud, 299. Potasse des Landes, 274.
- Pou de San José, 136.
- Poussières : collecteur,. C 177.
- Préhistoire nord-africaine, C il Prix Nobel de Médecine, C 369.
- ---de Physique et Chimie, 409.
- Progrès en navigation, 110.
- Prospection des cavernes eu Bulgarie, 316
- — électrique des fouilles préhistoriques, C 337.
- Protection du sol, 168.
- Provence : roseau, 40.
- Pyramide de Chéops, 311.
- — - -----------— 403 ~---------------~
- R
- Radar : antériorité française, 160.
- — et glaces flottantes, 224.
- Radio et la guerre, 391.
- Ramasseurs de fonds sous-marins, 117. Recettes et procédés utiles, 24, C 40, 127,
- 288.
- Recherche scientifique coloniale, 99. Récréations mathématiques, 192.
- Reforme du calendrier, 317.
- Réfrigération éclair, 122.
- Régions déshéritées : mise en valeur,
- C 241.
- Réservoirs sphériques, 347.
- Rhénium, 30.
- Rliodésie : équipement des vallées, C 89. Rhytine, 295.
- Rivières du Sud de la Guinée française, 264.
- Rockets : chimie, 123.
- Roseau de Provence, 40.
- Rudaux (Lucien) : nécrologie, C 129.
- Rungis : les eaux, 290.
- Rutherford : 10e anniversaire de sa mort, 390.
- S
- Saint-Cloud : porcelaine, 299.
- Saint-Laurent : développement, 228.
- Salon de l'aéronautique, I.
- — de l’automobile, 321.
- San José : pou, 136.
- Santé : état des armées américaines pendant la guerre, C 105.
- Saoura, 90.
- Savants allemands aux ElaLs-Unis, C 41. Savon : fabrication continue, 291.
- Schistes bitumineux d’Esthonie, C 337. Sciences biologiques : Union internationale, 320.
- Scorpion : sérum, 190.
- Séchage par chaleur solaire, 205.
- Sécurité aérienne, 151, 170, 190.
- Sens chez les poissons, 234.
- Sensitivité gustative chez l’homme et les anthropoïdes, 21.
- Serpents et mangousle, 132.
- Sérum anliscorpionique, 190.
- Siccativité : huiles, 331.
- Sidérurgie : progrès, 254.
- Sièges séparateurs, 236.
- Singes botanistes, 169.
- Sol : protection, 168.
- Soleil : séchage par la chaleur, 205. Sodium : décapage des métaux à l’hy-drure, 55.
- Soudure autogène : perfectionnement de la technique, C 161.
- Sou : mort, 149, 256.
- Spectre : analyse par ondes centimétriques, 158.
- Slaphylins, 53.
- Strasbourg : grandes orgues, 17. Stratosphère : exploration, C 57.
- Suc d’agave : action sur le virus rabique, 278.
- Sucre vivant, 76.
- Suède préhistorique : cannibalisme, C 1. Sulfamides pour abeilles, 217.
- Suisse : découverte archéologique, 54.
- — : électrification, C 41.
- — : recherches des savants sur les vitamines, 282.
- Synthèse industriel le du méthanol, 178.
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- T
- Techniques industrielles cl reproduction photographique, C 353.
- Télescope électronique, 343.
- Télévision en France, 314.
- Temps : changement, C 322.
- Temps quaternaires : durée, 98.
- Termites, 239.
- Terre : âge, C 73.
- Textiles artificiels nouveaux, 47. Thérapeutique oculaire : ionisation, 16. Thermopompes, 35.
- Thon : pêche, 342.
- — du Pacifique : pêche, 21,
- Tornades, 80, 122, 183.
- — : bombe atomique, C 89.
- Tortue Luth, 335.
- Tournesol, C 209.
- Tristan da Cunha : île, 97.
- Turbine à gaz : possibilités nouvelles, 58.
- Tx'iscction de l’angle, 224.
- Truites : empoisonnement par un infusoire, 159.
- Tsé-isé : guerre, 23.
- Tyrothricine, 220.
- U
- Union internationale des sciences biologiques, 320.
- Unités nouvelles : lumière et électricité, 31.
- Usines modernes, sans hommes ni toits, 242.
- Uranium, 41, 254.
- Usine flottante, C 89.
- V
- Vallées : équipement en Rliodésie, C 89.
- Vases grecs, 111.
- Vaudou : mystère, 27.
- Vent mystérieux, 52.
- Verrerie : progrès récents, 67, 125, 187. Vertébrés : longévité, 395.
- Viaduc de la Canardière : destructions et reconstructions, 32.
- Vigne japonaise : Kusu, 50.
- Vésicanls et vitamines, 143.
- Vitamines contre vésicants, 143.
- — : recherches dos savants suisses, 282. V2 : utilisation, C 25.
- w
- White-Sands : expériences américaines, 197.
- Z
- Zoo : pénicilline, C 1.
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- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- Adam (Michel). — Comme-nI. on fabrique une lampe de T. S. F. d’émission, 133. — La mort du sou, 149. — Mille et une applications nouvelles des lampes électriques, 165.
- Alun (Marcelle). — Les Instituts Pasteur d’Indochine, 77.
- Ananoff (Alexandre). — Expériences américaines de White-Sands, 197.
- André (Marc). — Propagation du crabe chinois dans le nord de la France, 255.
- Barrai (J.). — Utilisation chimique du gaz de four à coke, 153. Basïaux-Defrance (P.). — La Meuse et ses problèmes internationaux, 337.
- Bidault de l'Isle (G.). — La pluie de bouc du vendredi 2 mai 1947, 251. — L’élé de 1947, 352.
- Bourgeois (Jean). — Le déficit pluviométrîquc de l’été 1946, 22.
- — L’été le plus chaud à Paris depuis 172 ans, 304.
- Bouyer (R.). — Photographie de la musculature dos insectes en lumière polarisée, 296.
- Boyer (Jacques). — L’organisation de la météorologie en France, 145. — La synthèse industrielle du méthanol, 177. — Le sérum « anfiscorpioniquc » est découvert à l’Institut Pasteur d’Alger, 196. — La création du premier journal scientifique, 243.
- — La fabrication mécanique des cigares en France, 330. — Le marteau-pilon, 392.
- Brossard (René). — Aiguilles économiques pour phonographe, 223.
- — La pêche à la fourmi, 175. — L’invasion du gui, 349. — Les merveilles de la cris Utilisation, 385.
- Broyer (Ch.). — Les eaux de Rungis, 289.
- Cantonnet (François). — L’ionisation en thérapeutique oculaire, 16. Cerisaie (J. de la). — L’effondrement progressif des bords du Niagara, 204.
- Ciiampetier (G.). — Le cinquantenaire de l’Institut de Chimie, 51.
- — Les huiles siccatives et la siccativité, 331. -— La classification périodique, 363.
- Chappée (J.). — Adieux au petit sou, 256.
- Chevalier (Auguste). •— Plantes employées par les « charmeurs de serpents » de la. Haute Côte d’ivoire pour rendre non agressifs les ophidiens venimeux, 247.
- Costier (J.). •— La mort du sou, 256.
- Bapsence (Paul). — Sièges séparateurs et fosses septiques, 236. Reloua (Georges). — Épitaxie et approximation cristalline, 279. Dekeyser (P. L.). •— Un contenu stomacal d’autruche, 23.
- Deleau (Paul). — Le Guir et la Saoura, 90.
- Béribéré (M.). — La pechblende du Canada et l’uranium, 42. — La machine à calculer électronique prévoit les richesses pétrolières, 01. — L’exploration des hautes altitudes par les fusées, 74.
- — Le chromophototropisme a-t-il des applications ? 92. — La lampe parlante, 174. — Feuilles minérales, 194. — Les coulées de basalte, 334. — Réservoirs sphériques, 347.
- Besciiiens. — Traitement et prévention des altérations provoquées par les insectes dans les bois ouvrés, 376.
- Biîvaux (Pierre). — Possibilités nouvelles de la turbine à gaz, 57. Bollfus (R. Pli.). — Un infusoire empoisonneur de truites, 159.
- E. L. — Bécapagc des métaux au moyen de l’hydrure de sodium, 55. •— Mica artificiel et mica synthétique, 208.
- El-Milick (Maurice). — Une cyclide unilatèrc à la portée de tous, 232. — Ce qu’on peut tirer de deux plans simples, 350.
- Fayol (Amédée.) — Le grand Carnot, 15. •— Bupuy de Lôme, 101.
- — J.-R. Boussingnult, 215, 390. — Henri Fayol, 303. — Petits Etats et enclaves, 374.
- Forbin (Victor). — Un record en minéralogie, 7. — Un cimetière de navires, 12. — Les mystères du Vaudou, 27. — Le « sucre vivani », 70. — Les tornades, 80. — Fa question de l’ivoire, 222.
- Fournier (G.). — Bulle-lin astronomique, C 304, 1947, 336, 400,. — L'étoile « Merveilleuse » de la Baleine, 382.
- Fournier (P.). — La loi de Bode remonte à l’antiquité, 308.
- Francis-Boeuf (C.) et Roma.noysky (V.). — Les « rivières du Sud » de la Guinée française, 204.
- G. C. — Le nitrate d’ammonium explosif et engrais, 309.
- Géntn (G.). — Latex synthétiques et disparition d’élastomères, 105.
- — Nouvelles piles sèches, 229. — Une machine à coudre électronique, 292.
- Gilardi (Pierre). -— Le plâtre, 248.
- Glory (André). — Les grandes orgues de la Cathédrale de Strasbourg, 17. — Les gravures préhistoriques de la grotte d’Ebbon à Vallon (Ardèche), 257, 283.
- Gottiniaux (Henry). — La photosynthèse bactérienne, 203. — La chimiosynthèse, 218.
- Goulounes (B. NV. et N.). —• Séchage par la chaleur solaire, 205.
- Harcourt (Raoul n’). — Les chefs-d’œuvre de l’Amérique pré-colombienne au Musée de l’Homme, 271.
- Haudoutn' (Robc-rt). — La mégachile, abeille solitaire, 181. — La porcelaine ancienne de Saint-Cloud, 299.
- Héribert (J.), — Les migrations de poissons, 311.
- Joannis (L. de). — La trisection de l’angle, 394.
- Joly (R. de). — Hypothèse sur la formation de l’Aven d’Orgnac, 209.
- Kimpflin (Georges). — Les destructions et les reconstructions du viaduc, de la Canardière, 32. •— Le problème de la sécurité aérienne, loi, 170, 190. — Sir Frederick Cowland Hopkins, 244. — La potasse des Landes, 272.
- Labohderie (Fernand de). — Les enseignements du xvn® Salon de l’Aéronautique, 1. — L’imprimerie, 93, 161. — Le 34° Salon de l’Automobile, 321. — L’avion français SO 30 H, 360.
- L. B. — Le ciel en avril 1947, C 128. — Le ciel en mai 1947, 143.
- — Le ciel en juin 1947, 176. — Le ciel en juillet 1947, C 208. — Le ciel en août 1947, C 240. — Le c-iel en septembre 1947, C 272.
- Legendre (R.). -— Bes pierres dans l’estomac des phoques, 270. — La tortue Luth, 335. — Le thon et sa pêche, 342.
- Lemaire (E.). — Conservation des bois par les arséniates, S. — Les progrès récents de la verrerie, 67, 125, 187. — Les îles Aloutiennes, 225, 245. — La chewing-gum, 253 — L’éléphant, cet inconnu, 369.
- Leprètre (Robert). — La navigation moderne par le procédé BFCCA, 71.
- Liioste (Jean). — Le B. B. T. est-il dangereux ? 301.
- Lot (Fernand). — Le microscope électronique, 9.
- L. P. — Le rhénium, 30. — Matières plastiques fluorées, 86. — L’oxygène dans l’industrie, 163. — L’esclave mécanique, 272. — L'évolution du moteur mécanique, 288. — La fabrication continue du savon, 291. — L’ignifugation, 333. — L’expansion de la chimie des pétroles naturels et synthétiques, 359.
- Luele (Raymond). — Applications de quelques métaux rares, nées de la guerre, C 288, 304.
- Luper (Jean). — La protection du sol, 108. — Boulangeries industrielles, 263.
- M. A. — Une récente application de l’électronique, 20. — Mesure pratique à liante fréquence do la qualité des œufs, 381.
- Matthjs (A. R.). — L. H. Baekolancl, 115.
- M. B. — Le chauffage par ondes dirigées, 191. — L’île de Man, 312.
- — L’électricité en horticulture aux Pays-Ras, 330. — Le Congrès de l’A. F- A. S., 348.
- M. J. A. — L’analyse spectrale par ondes centimétriques, 158.
- Monter (Paul). — Sur la pyramide de Chéops, 341.
- Morant (Henry de). — Les vases grecs, 111.
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-
- Namase-Marie (Frère') (J.-M. Oudin). — La réforme du calendrier, 317.
- Noudman (Marcel). — Le béton armé, 14.
- Parrot (Aimé). — A pro])os de-grêlons, 240.
- Pasteur Vallery-Radot. — Pasteur pensait-il que la création de la vie était impossible ? 25.
- Paulian (R.) et Cohic (F.). — Les slnphylins, commensaux des manans, 53.
- Perlât (A. F.). — Les bauxites déferrifiées, 315.
- Perrot (Em.). — Phytothérapie, chimiothérapie, pharmacodynamie, MO.
- Perruche (Lucien). — Les pompes à chaleur ou thermopompes, 35. — L’industrialisation de l’agriculture américaine, 48. •— Les pompes à chaleur dans le monde, 05. — La chimie des rockets, 123. — Les aliments déshydratés, 184. — Le lithium, 238. — Usines modernes sans hommes ni toits, 242. — Les aliments concentrés pour le bétail, 297. — La gazéification souterraine des houilles, 307. — Les aliments artificiels, 320. — Les agents chimiques de croissance végétale, 388.
- Pierson (Sous-Lieutenant P.). — La charge creuse, 200. — Ru frein de bouche au canon sans recul, 267.
- Piveteau (Jean). — Progrès récents de la paléontologie humaine, 38.
- Remlinger (P.) et Bailly (.T.). — Action du suc d’agave sur le virus rabique, 278.
- Romakovsicy (V.). — La nouvelle expédition de l’Amiral Byrd, 64. — La durée des temps quaternaires, 08. — Les ramasseurs de fonds sous-marins, 116. — Le Centre polaire J.-B. Charcot, 228.
- Rudaux (L.). — Le ciel en février 1947, 40. — Le ciel en mars, 72.
- Sartorio (Yves). — Le télescope électronique, 343.
- Sautorio (Y.) et Estival (J.). — La tyrothricinc, 220.
- Servel (P.). — Où en est la télévision en France ? 314.
- Sylvain (J.). •— L’industrie de l’agar, 378.
- Taton (René). — Le bicentenaire de la naissance de Gaspard Monge, 87. — Les origines de notre numération, 137. •— La vie tragique du mathématicien Evariste Gallois, 173
- Tahdy (J.-R.). — Le mariage du triangle et du carré, 206.
- Tciieltsoff (A.). •— Trisection de l’angle, 224.
- Tuauziès (J.). — Les sens chez les poissons, 234. — Les jugeons voyageurs, 285.
- Trombe (Félix). — Le gouffre de la Hennemorte, 354.
- Trillat (J. J.). — La microradiographie, 82.
- Y. F. — L’archéologie en Asie centrale, 20. — Aux aguets d’une tornade, 122. — Radar et glaces flottantes, 224.
- Vallois (II.). — Une importante découverte en paléontologie humaine, 397.
- Villiers (André). — Les termites, 230.
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- TABLE DES MATIÈRES
- I. — MATHÉMATIQUES ET ASTRONOMIE
- Encore un calculateur prodige......................... . 31
- Les origines de notre numération (René Taton)................137
- Le mariage du triangle et du carré (J.-B. Tabdy).............206
- Trisection de l’angle (A. Tcheltsoff).............' . . . . 224
- Une cyclide unilatère à la portée de tous (Maurice Ee-Milick). 232
- Nouvelles comètes............................................C 273
- La Réforme du calendrier (Frère Namase-Marje [J.-M. Oudin]). 317
- Sur la pyramide de Chéops (Paul Montel)......................341
- Le télescope électronique (Yves Sartorio) . ..............343
- Ce qu’on peut tirer de deux plans simples (Maurice El-
- Mieick) . . ...........................................330
- L’étoile (( Merveilleuse » de la Baleine (G. Fournier) .... 382
- Trisection de l’angle (L. de Joannis)........................304
- Bulletin astronomique : 40. 72, C 128, C 143, 17(1, C 208.
- C 240, C 272, C 304, C 33(1, C 368, C 394
- II. — SCIENCES APPLIQUÉES 1. Physique.
- Le microscope électronique (Fernand Lot)...................... 9
- Utilisation des « V2 »........................................G 25
- De nouvelles unités de lumière et d’électricité............... 31
- A propos du microscope électronique.................. . . 60
- Balance hydrostatique de fortune (Maurice Miet)............... 72
- La microradiographie (J.-J. Trillat).......................... 32
- L’analyse spectrale par ondes centimétriques (M. J. A.). . . 158
- Une antériorité française sur le Radar........................160
- Le bombardement par neutrons..................................195
- Expériences américaines de Whitc-Sands (Alexandre Ananoff). 197 Séchage par la chaleur solaire (D. W. et N. Gourounes). . . 205
- l/avenir de l’énergie atomique................................238
- De l'infra-rouge à la lumière visible.........................262
- Les merveilles de la cristallisation (R. Buossard)............ 385
- Nouvelle pile atomique........................................399
- 2. Chimie.
- Conservation des bois par les arséniates (E. Lemaire). . . 8
- Les cires solubles.............................................. 34
- Encore de nouveaux textiles artificiels...................... 47
- Décapage des métaux au moyen de l’hydrure de sodium
- (E. L.)....................................................... 35
- Les plastiques comme masses d’inclusion...................... 56
- Matières plastiques fluorées (L. P.)............................ 86
- Latex synthétiques et dispersions d’élastomères (G. Génin). 105
- L’essence synthétique aux États-Unis.........................C 105
- La chimie des rockets (Lucien Perruche)..........................123
- Les plastiques comme masse d’inclusion...........................124
- La coupe électrolytique des métaux...........................C 145
- Mica artificiel et mica synthétique (E. L.)..................208
- Nouvelle matière plastique.......................................208
- Épitaxie et approximation cristalline (G. Deïciia)...............279
- Applications de quelques métaux rares nées de la guerre
- (Raymond Lulle)....................................C 288, C 304
- La fabrication continue du savon (L. P.).....................291
- L’alcool dans l’industrie chimique...............................302
- Le nitrate d’ammonium, explosif et engrais (G. C.). . . . 309
- L’huile d’Isano................................................. 310
- Le « chromage dur » dans l’industrie.............................312
- Caoutchouc, et malières plastiques............................C 321
- Les huiles siccatives et la siccativité (G. Champetier). . . 331
- Le nylon à la mer..............................................C 321
- Le renforcement, du caoutchouc par la lignite..................C 321
- Une nouvelle pile atomique à neutrons rapides. .... 325
- L’ignifugation (L. P.)............................................333
- Engrais azotes solubles........................................C 337
- L’expansion chimique des pétroles naturels et synthétiques
- (L. P.)........................................................359
- La classification périodique et les nouveaux éléments,
- (G. Champetier)................................................363
- Les potysilicates métalliques.....................................384
- Los isotopes du carbone...........................................396
- III. - SCIENCES NATURELLES 1. Géologie. — Paléontologie.
- Un record en minéralogie (Victor Forbin)....................... 7
- Le rhénium (L. P.)....................‘.................... 3G
- L’argile, minerai d’aluminium........................... 34, 398
- Progrès récents de la paléontologie humaine (Jean Piveteau). 40
- La pechblende du Canada et l’uranium (M. Déribéré). . . 41
- La machine à calculer électronique prévoit les richesses
- pétrolifères (M. Déribéré).................................. 61
- La recherche du pétrole.......................................110
- Les ramasseurs de fonds sous-marins (V. Romanovsky) . . 117
- Feuilles minérales (M. Déribéré)..............................193
- Papiers minéraux..............................................195
- L’effondrement progressif des bords du Niagara (J. de la
- Cerisaie)...................................................204
- Hypothèse sur la formation de l’Aven d’Orgnac (Ardèche)
- (R. de Joly)............................................... 209
- Les carrières de charbon de l’Aveyron.........................216
- Prospection de minerais............................... ... . 232
- Le lithium (L. Perruche)................................ ... 238
- Le prix de l’uranium..........................................254
- La potasse des Landes (Georges Kimpflin) . ...........273
- Les bauxites déferrifiées (A. F. Pellat)......................315
- La prospection des cavernes en Bulgarie.......................316
- Les coulées de basalte (M. Déribéré) . . ... . . . . . 334
- L’énergie naturelle volcanique.............................C 337
- Prospection électrique des fouilles préhistoriques .... C 337
- Le gouffre de la Hennemortc (Félix Trombe)....................353
- Les schistes bitumineux d’Esthonie ........................C 337
- 2. Physique du globe. — Météorologie.
- Les aérolithes meurtriers...................................... 8
- Le déficit pluviométrique de l’été 1946 (Jean Bourgeois) . . 2-2
- Chute de neige sur commande ...............................C 41
- Grêlons monstrueux............................. .... 43
- Un vent mystérieux............................................ 52
- L’exploration de la stratosphère...........................C 57
- L’exploration des hautes altitudes par les fusées (M. Déribéré) ........................................................ 73
- Les tornades (Victor Forbin) .............................. . 80
- La durée des temps quaternaires............................... 99
- L’hiver de 1946-1947 (Jean Bourgeois).........................104
- Observations de grêlons.......................................144
- L’organisation de la météorologie en France (Jacques Boyer). 145
- Les tornades..................................................183
- Radar et glaces flottantes (V. F.). . ........................224
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- 408
- A propos de grêlons (Aimé Paratot)............................
- La pluie de boue du vendredi 2 mai 1947 (G. Bidault de
- l’Isle).......................................... ... 251
- Le climat, le confort et la civilisation . . . : . . . . 254
- Effets de la lumière de la Lune..............................280
- L’été le plus chaud à Paris depuis 172 ans (Jean Bourgeois). 304
- Pluie et neige sur commande..................................305
- La loi de Dode remonte à l’antiquité (P. Fournier). . . . 30S
- Pour changer le temps........................................C 321
- L’été de 1947 (Bidault de l’Isle)............... .... 352
- 3. Zoologie. — Biologie. — Physiologie.
- La pêche au thon du Pacifique................................ 21
- Guerre à la t-sé-lsé........................................... 23
- Les slaphvlins, commensaux des manans (R. Paulian et
- F. Corne).................................................... 53
- La fin du cheval.............................................C 37
- La puissance musculaire des grands félins.................... 06
- Le gammexane contre les parasites dos animaux................ 70
- Le « sucre vivant » (Victor Forbjn).......................... 76
- L’asdic et les poissons......................................... 79
- Le chromophototropisme a-t-il des applications ? (AL Ihîrire ré) '........................................................ 92
- I.’océanic hall................................................ 96
- Les abeilles à la guerre....................... ... 128
- La mangouste tue-t-elle les serpents ?...........................132
- Le pou de San José (Daniel Claude)...........................136
- Un infusoire empoisonneur de truites (R.-Ph. Dolt.fus). . . 139
- Singes botanistes . ,.........................................169
- La pêche à la fourmi (René Brossard).........................173
- La mégacliile, abeille solitaire coupeuse de feuilles (Robert
- Hardouin)......................................................181
- La pêche , de la baleine.....................................180
- Cervelles d’oiseaux...........................................C 193
- Sulfamides pour les abeilles.................................... 216
- La question de l’ivoire (Victor Forais)..........................222
- Acclimatation d’une grenouille................................C 224
- Les: sens chez les poissons (Jean Thauzjès)..................234
- Les termites (André Yilliers)....................................239
- Propagation du crabe chinois dans le Nord do la France
- (Marc André).............. .......................... 233, 278
- Le D. D. T. contre les termites..............................C 27
- Des pierres dans l’estomac des phoques (R. Legendre!. . . 270 Les pigeons voyageurs (Jean Thauziès! .... ... 283
- A propos de la Rhylinc...........................................293
- Les migrations des poissons (J. Héribert)....................311
- Les parcs nationaux en Grande-Bretagne..........................330
- La tortue Luth (R. Legendre).....................................333
- Les langoustes et l’avion.....................................C 337
- Le thon et sa pêche (R. Legendre)......................- . . 342
- L’éléphant, cet inconnu (E. Lemaire).............................369
- Traitement et prévention des altérations provoquées par les
- insectes dans les bois ouvrés (R. Desciiiens)..................377
- La longévilé des vertébrés.......................................393
- 4. Botanique. — Agriculture.
- Le roseau de Provence............................................ 40
- L industrialisation de l’agriculture américaine (Lucien Perruche)........................................................... 48
- Lc.Kusu, ou vigne japonaise (Raymond Lulle)................... 30
- Les cultivateurs à lance-flamme...................................142
- La protection du sol (Jean Lu per)............................168
- Contre les champignons destructeurs des bois .....................186
- Le tournesol..................................................C 209
- Des déchets agricoles au nylon................................C 223
- Plantes employées par les charmeurs de serpents de la Haute-Côte d’ivoire pour rendre non agressifs les ophidiens venimeux (Auguste Chevalier).........................................247
- La chute des fruits.............................................. 277
- La culture des plantes médicinales................................293
- Augmentation de la productivité agricole aux États-Unis. . C 303
- Un insecticide puissant : la Ccbadille (R. L.)..............314
- L’invasion du gui (R. Brossard).............................349
- Les agents chimiques de croissance végétale (L. Perruche) . 388
- IV. — GÉOGRAPHIE. ETHNOGRAPHIE. ARCHÉOLOGIE
- Le cannibalisme en Suède préhistorique......................C 1
- Des îles qui fondent........................ ...............Cl
- Les moulins de Hollande..................... ...............G 1
- Un cimetière de navires (Victor Forisin) . . ........... 12
- L’archéologie en Asie Centrale (V. F.) . . . ........... 20
- L’Abyssinie cenlre touristique................... ... C 23
- Préhistoire nord-américaine.................... .... C 41
- Les mystères du Vaudou (Victor Forbin)...................... 27
- La fleur symbolique des Chinois.............................C 37
- ha nouvelle expédition de l’Amiral Ryrd dans l’Antarctiquc
- (V. Ro.manovsky)............................................. 64
- Importante découverte en Égypte............................. 70
- Le Guir et la Saoura, cours d’eau du Sahara Oranais (Faul
- Diîleau)..................................................... 90
- L’ile Tristan da Cunlia..................................... 97
- La population de la France..................................102
- Les vases grecs (Henry de Morant)...............................111
- Les îles Hawaï, 49e État des États-Unis d’Amérique ?... 129
- Le partage du continent antarctique............................130
- Fouilles dans l’île de Chypre...............................C 161
- Les îles Aléoutiennes (Eugène Lemaire)................ 223, 243
- Le centre polaire J.-R. Charcot (V. Romanoysky)................228
- L’exploration de l’Amazonie.................................. 242
- Les gravures préhistoriques de la grotte d’Ebbon à Vallon
- (Ardèche) (André Glory)............................. 238, 283
- Les k rivières du Sud » de la Guinée française (C. Francis-
- Boeuf et V. Romanoysky)........................ ... 264
- Les chefs-d’œuvre de l’Amérique précolombienne au Musée
- de l’Homme (Raoul d’Harcourt).................................271
- L’île de Man (M. D.)...........................................312
- L’origine des Noirs américains.................................368
- Petits États et enclaves (À. Faïol) . . 374
- Une importante decouverte en paléontologie humaine (H. Val-lois) ..........................................................397
- V. — HYGIÈNE. — MÉDECINE
- La pénicilline au « Zoo »..................................C 1
- L’ionisation en thérapeutique oculaire (François Canton.net). 16
- La sensitivité gustative chez l’homme et les anthropoïdes. . 21
- •Un contenu stomacal d’autruche (P.-L. Deketser).............. 23
- Pasteur pensait-il que la création de la Aie était impossible ?
- (Pasteur Vallery-Radot)..................................... 23
- Les Instituts Pasteur d’Indochine (Marcelle Allin) .... 77
- L’état sanitaire des armées américaines pendant la guerre. C 103 Phytothérapie, chimiothérapie, pharmacodynamie (Em. Perrot) . .......................................................119
- Extraits de café...............................................127
- La lièvre Q............................................... . 128
- Coqueluche et aviation en altitude . . 136
- Vitamines contre vésicants.............................. ... 143
- Un homme à estomac d’autruche.................... . . . C 177
- Les aliments déshydratés (L. Perruche).........................184
- Le « sérum antiscorpionique » est découvert à l’Institut Pas-
- leur d’Alger (Jacques Boyer).................................196
- Un espoir contre la poliomyélite..............................199
- La photosynthèse bactérienne (Henry Gottjniaux)...............203
- Conservation des œufs................. ....... C 208
- La chimiosynthèse (Henry Gottiniaux)..........................218
- La tyrothricine (Y. Sartorio et G. Estival).................. 220
- Des sols d’étables on caoutchouc..................... . . 235
- Sièges séparateurs et fosses septiques (Paul Dapsenck). . . 236
- La chewing-gum (L. Lemaire)...................................253
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- Action, du suc d’agave sur le virus rabique (P. Bemlinger et
- J. Bailly)....................................................278
- La part des savants suisses dans les recherches sur les vitamines (L.-M. Sandoz)..........................................282
- Los aliments concentrés pour le bétail (L Perruche) . . . 21*7
- Le L). D. T. cst-il dangereux ? (Jean Liioste)..................301
- Les aliments artificiels (L. Perruche)..........................320
- L’acide cyanhydrique, cause possible de la poliomyélite. . 338
- L’appendice caecal..............................................308
- Lue nouvelle méthode de préparation du beurre U-*- Perru-
- liïe)......................................... .... G 302
- Les prix Nobel de Médecine...................................C 301)
- L’industrie de l’agar...........................................378
- Mesure pratique à haute fréquence do la qualité des eeul's
- (M. A.).......................................................381
- Du beurre à la margarine........................................383
- VI. - SCIENCES APPLIQUÉES
- 3. Électricité.
- Le triage électronique des graines (M. A.)....................... 20
- L’élcclritication en Suisse......................................G 41
- Centrales électriques mobiles........................... G 121)
- Gomment on fabrique une lampe de L. S. P. d’émission (.Michel Adam)............................................. . . 133
- La lumière qui ne s’éteint pas...................................143
- L'électricité à la ferme.........................................C 143
- Mit le et une applicat ions nouvelles des lampes électriques
- (Michel Adam).....................................................103
- La- « lampe parlante » (Ai. Dérxbéué)............................174
- Le chauffage par ondes dirigées (M. D.)..........................191
- L’éclairage .électrique..........................................C 209
- Nouvelles piles sèches (G. GiLnj.n).............................. 229
- Où en est la télévision en France ? (P. Skuvel)..................314
- L’électricité en horticulture aux Pays-Bas (M. 1).)..............320
- La distribution internationale do l’énergie électrique . . . 380 La. radio et la guerre...............................................391
- 1. Mécanique- — Industrie. — Outillage.
- 4. Travaux publics. Art de l’ingénieur.
- Les grandes orgues de la cathédrale de Strasbourg (André
- Glory).....................................................
- La gazéification souterraine au Maroc.........................
- Les pompes à chaleur ou thermopompes (Lucien Peur loue) L’utilisation des eaux résiduaires. . . . ................
- Possibilités nouvelles do la turbine à gaz (Pierre Devaux)
- Gazéifica lion sou termine...............................
- Les pompes à chaleur dans le monde (Lucien Perruche)
- La réfrigération éclair..................................
- Un nouveau brûleur à charbon pulvérisé • • . . .
- Utilisation chimique du gaz de four à coke (J. Badiiai.).
- L’imprimerie (F. de Labordeiue)........................
- La technique de la soudure autogène se perfectionne .
- L’oxygène dans l’industrie (L. P.).......................
- La nitruration des outils............................. .
- 93
- La synthèse industrielle du mélhanol (Jacques Boyer) . . .
- Collecteurs de poussières.....................................
- Les carbures des métaux dans l’industrie minière . . . .
- Les progrès récents de la verrerie (E. Lemaire). . 07, 123,
- Des écrous en nylon...........................................
- Le développement de l’industrie des matières plastiques . .
- Le graphite dans l’appareillage de l’industrie chimique . .
- Usine moderne................................................
- Aiguilles économiques pour phonographe (René Brgssahd). .
- Le chromage électrolytique poreux.............................
- Usines modernes sans hommes ni toits (L. Perruche). . .
- Le plâtre et ses nouvelles utilisations (Pierre Git.ardi). . .
- Progrès en sidérurgie.........................................
- 17
- C 23 33 C 41 37 78 93 122 C 143 133 101 C 161 164 167 177 C 177 180 187 193 C 209 C 209 214 223 C 241 241 248
- Boulangeries industrielles (Jean Luper)..........................263
- L’esclave mécanique, mesure du progrès lectinique (L. P.) . 272
- L’évolution du moteur mécanique (L. P.)..........................288
- La métallurgie dans le vide............................. . . C 303
- Une machine à coudre électronique (G. Uékik) • .... 292
- La porcelaine ancienne de Saint-Cloud (R. IIardouun) . . . 299 La gazéification souterraine des bouilles (L. Perruche). . . 307 La fabrication mécanique des cigares en France (J. Boyer) . 328
- Le marteau-pilon.................................................392
- Pour consolider les sols en ciment..........................
- Les destructions et les reconstructions du viaduc de la Ganar-
- dière (Georges Kxmi’flix)...............................
- Le béton armé (Marcel Nordmax)..............................
- Le développement du Saint-Laurent...........................
- La mise en valeur des régions déshéritées...................
- Lu canal de l’Orénoque à l’Amazone..........................
- Les eaux de Rungis (Ch. Broyer) .... ...........
- Baptême à distance..........................................
- La Meuse et ses problèmes internalionaux (P. Basxaux-
- Dex-raxce)................................................
- Réservoirs sphériques (M. D/ruréré).........................
- Le plus grand pont’ suspendu d’Europe.......................
- 32 44 228 G 241 287 290 G 337
- 337
- 347
- 373
- 5. Transports.
- J.es locomotives au mazout.................................. 79
- Nouvel autorail léger.......................................186
- La nouvelle locomotive des chemins de 1er français .... 21.9
- Le 34° Salon de l’automobile (F. de Laborderie).............321
- 6. Aviation et aéronautique.
- Les enseignements du xvnc Salon rie l'aéronautique (F. de
- Laborderie)...................................................... 1
- L’avion léger ulililairc.......................................C 143
- Le dégivrage des avions................................ G 143
- Le problème de la sécurité aérienne (Georges Kunriaus). loi,
- 170, 190
- Passagers aériens.................................................193
- Le freinage des avions au sol....................................291
- L’avion français S. 0. 30 R (F. de Laborderie)...................360
- 7. Guerre et marine.
- 2. Photographie.
- Appareil photographique donnant une épreuve photographique en une minute.........................................230
- Photographie de la museuJaturc des insectes en lumière polarisée (R. Bouyer).........................................296
- Les films techniques.....................................G 321
- Reproduction photographique et techniques industrielles . . C 333
- Les marines marchandes du monde..............................G i
- A propos d’ancres en hois....................................... 24
- La navigation moderne par le procédé Uecca (Robert Leprè-
- tre).......................................................... 71
- Un progrès en navigation........................................110
- Destruction des fortifications d’Uelguland......................172
- La charge creuse (Sous-Lieutenant P. Piersox) ...... 200
- Du frein de bouche au canon sans recul (Sous-Lieutenant
- Paul Pierson)................................................2-67
- L’explosion d’Helgoland....................................... 362
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- VII. — HISTOIRE DES SCIENCES
- Le grand Carnot (Amédée Fayol)............... ............... 15
- La mort du professeur Langevin .... ...........C 25
- Le professeur P. W. Bridgman .... ...........C 25
- Des savants allemands aux États-Unis ... CM
- Le cinquantenaire de l’Institut de chimie de i aris (G. Cjiam-
- petier)........................................................ 51
- David Lilientlial......................... ..................C 57
- Le bicentenaire de Gaspard Monge (René Tato.n)............... 87
- L’Office de la Recherche scientifique coloniale ''V. Roma.novsxy). 1)9
- Dupuy de Lôme (A. Fayol) ...................................... 101
- Congrès scientifiques internationaux .......................103
- Baekeland L. H. (A. R. Mattiiis)................ ... 115
- .Rudcr. x (Lucien) : Nécrologie . . ........................C 129
- La vie tragique du mathématicien Évarislc Gallois (R. Taton). 173
- La Foire de Paris................................................174
- Boussingault (Amédée Fayol).............................215, 399
- Congrès de l’Association française pour l’avancement des
- sciences.......................................................215
- Salon de la Recherche scientifique à Liège.....................240
- La création du premier journal scientifique (Jacques Boyer). 243
- Sir Frederick Cowland Hopkins (Georges Kimpflin) .... 244
- Henri Fayol (A. Fayol)......................................303
- L’union internationale des sciences biologiques.............320
- La mort du physicien Max Planck.............................C 321
- Le IIe Congrès d’électrothermie de La Haye..................325
- Le Congrès de F A. F. A. S. 1947 (M. D.)....................348
- Rutherford : 10e anniversaire de sa mort....................390
- Prix Nobel de physique et chimie............................400
- VIII. - RENSEIGNEMENTS PRATIQUES
- 1. Bibliographie.
- Livres nouveaux. C 24, G 40, C 50, C 72, C 88, C 101, C 128,
- C 144, C 1.00, C 178, C 192, C 20S, C 224, C 240, C 250, C 272.
- C 394, C 320, C 330, C 308, 401
- 2. Varia.
- La mort du sou (Michel Adam)................................149
- Lu mort du soa.............. ...............................250
- Le gérant : G. Masson.— masson et cle, éditeurs, paris.— dépôt légal : 4e trimestre 19,47, n° 4q4. — imprimé en frange.
- BARNÉOUD FRÈRES ET Cic, IMPRIMEURS (3io5G0), LAVAL, N° 78G. — J
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