La Nature
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- N° 3151
- Ier Janvier 1948
- LA NATURE
- Fig-. 1. — Vue des Charbonnages de Hongay, près de la mine de Campha, sur les bords de la baie d’Along.
- (Photo Agence des Colonies).
- LA GÉOLOGIE DE L’INDOCHINE
- Dès IStlS était constitué un Service géologique de l’Indochine.
- De nombreux spécialistes se sont appliqués à dégager la structure du pays, à poursuivre des études qui ont fait l’objet de multiples publications : MM. Mansuy, Monod, Mlle Colani, MM. Jacob, Dussault, Blondel, Bourret, Fromaget, etc.
- De tous ces travaux, on peut conclure que des phases successives de plissement ont modelé la structure de l’Indochine. Un plissement d’origine hercynienne est dirigé du Nord-Est vers le Sud-Ouest. Une autre phase se place à la fin de l’époque tria-sique, ses mouvements se dirigent en ligne générale vers le Pacifique traçant une série de plissements en arc parallèles à la côte de cet océan. Au tertiaire, des mouvements ont provoqué des plissements parallèles ; dans l’un d’eux coule le Fleuve Rouge et la direction de sa vallée en donne l’orientation générale. Ce dernier phénomène tectonique est lié à un mouvement himalayen attardé.
- L’opinion de certains géologues résume l’histoire de ce pays par une suite de disjonctions et de rojonctions aboutissant à la for-
- mation de guirlandes insulaires analogues à ce que l’Insulinde présente de nos jours et qui auraient servi de hase à la formation de l’Indochine actuelle. Il semble qu’aux temps primaires, pendant le Silurien et le Dévonien la mer recouvrait la plus grande partie de l’Indochine.
- A la fin du Dévonien a commencé le plissement relié au grand mouvement hercynien qui a provoqué la surrection de la Chaîne annamite.
- Toutes les observations s’accordent pour permettre de penser qu’au début du Trias, la mer s’était complètement retirée, n’occupant plus que quelques sillons dans la région Nord.
- Des millions d’années ont passé depuis, mais il semble bien que les phénomènes tectoniques qui se sont ensuite succédés ont eu des conséquences de moins en moins importantes pour le modelé du pays.
- De l’ancienneté de cette ossature de vieux terrains, il résulte par érosion d’importantes formations continentales et lagunaires
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- pauvres en fossiles, difficiles à dater et une certaine abondance des roches d’épanchement. Ces dépôts ont relié les îles émergées et ont formé l’Indochine. Celle-ci aurait été consolidée à l’époque triasique.
- La nature géologique du sol, compte tenu du climat, conditionne les possibilités de production agricole et minière du pays. Il n’est pas sans intérêt d’en exposer la diversité.
- Le massif cristallophyllien est constitué par une épaisseur considérable de gneiss, micaschistes, accompagnant le granit. Il appa-
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- raît dans le Nord de la frontière chinoise jusqu’au Sud de Tourane.
- Le Dévonien se rencontre dans le géosynclinal de la chaîne annamitique, dans le Haut-Tonkin. On a attribué à ce même horizon d’autres régions difficiles à dater par suite de l’absence de fossiles : entre Vientiane et la vallée du Mékong, aux environs de Haïphong et en quelques points du Sud de la colonie.
- L’anthracolithique (Carbonifère et Permien) est abondant dans l’Indochine du Nord. Il forme les îles fameuses de la Baie d’Along avec leurs étranges rochers de calcaires noirs. On le trouve dans la chaîne annamitique dans les massifs de Cammon, dans le Haut-Laos, dans la vallée du Mékong, au Cambodge. Il se présente sous forme de roches schisteuses, gréso-schisteuses, gréseuses, calcaires avec rognons de phtanites.
- Le Trias suit avec netteté en une longue bande le bord oriental du grand synclinal de la Chaîne annamitique. Une autre bande s’allonge au Tonkin de la Basse Rivière Noire au Koang-Si, une autre traverse en direction du Nord-Ouest au Sud-Est le Haut-Laos.
- Les terrains sédimentaires qui ont suivi 60nt surtout de formations lagunaires et continentales d’une allure assez uniforme dans tout le pays. On y note des grès, particulièrement étendus qui recouvrent une grande partie de la région Sud de Saïgon au Nord de Vientiane, On rencontre également des schistes, des argiles, des schistes argilo-gréseux.
- Les terrains quaternaires sous forme d’alluvions récentes forment les deltas du Tonkin, du Nord Annam et de la Cochinchine (Mékong). Ces plaines coupées d’arroyas produisent la presque totalité du riz indochinois.
- A ces mêmes terrains appartiennent les éluvions comprenant des latérites et des terres rouges. Les premières sont appelées Bien-Hoa, du nom d’une iocalité proche de Saigon. Les secondes proviennent de l’altération sur place de roches basiques et tout spécialement des basaltes. Les caractères physiques de ces sols ainsi que leur composition chimique riche en potasse et phosphate en font des régions de choix pour la culture du caféier, du théier et les plantations de l’IIevea, l’arbre à caoutchouc.
- Les basaltes dont l’altération a produit ces régions maintenant fertiles sont d’origine relativement récente. Il est à peu près certain qu’aucune de leurs coulées n’est antérieure au quaternaire. On en trouve d’inaltérées au Sud de Tourane en plateaux d’épanchement couvrant de larges surfaces, également dans le Nord de l’Indochine, et de manière épisodique, dans la Chaîne annamitique. Tout dernièrement, en 1923, en mer, au large de cette formation montagneuse, une éruption a élevé un cône de scories que les vagues ont désagrégé rapidement.
- L'industrie minière en Indochine.
- Le sous-sol de l’Indochine renferme de nombreux minéraux utiles. L’avenir de l’industrie minérale y apparaît très prometteur.
- Le charbon ligure en tête. Il en a été produit 2 300 000 t, et exporté plus de 1 700 000 t en 1938, dont plus de 200 000 à destination de la métropole. Bien des foyers français ont consommé les anthracites de Hongay, en particulier.
- Trois régions sont productrices de houille : un bassin de 250 km sur 40 km s’étend de Port-Wallut au Dong-Trieu, au Nord du Tonkin. C’est le plus productif. Il englobe la concession de Hongay, près de la baie d’Along. Cette région doit son aspect pittoresque et sa réputation légendaire à une multitude de petites îles dispersées, dont les rochers de calcaire noir étrangement découpés, donnent au paysage un aspect caractéristique.
- On exploite dans ce bassin des anthracites tenant de 5 à 10 pour 100 de matières volatiles. Les couches les plus importantes affleurent au voisinage de la mer. Elles sont exploitées encore à ciel ouvert, elles ont une puissance considérable, atteignant 150 m d’épaisseur avec 60 à 70 m de houille. On trouve également en profondeur, mais en faible tonnage, des charbons gras à 20 pour 100 environ de matières volatiles.
- Une deuxième région houillère est située au Sud-Ouest du Fleuve Rouge, elle fournit des charbons gras et n’a encore été que peu explorée.
- Enfin le petit bassin de Nang-Son au Sud de Tourane est irrégulièrement exploité pour anthracite.
- Signalons enfin deux exploitations de lignites dont la production est consommée sur place par des industries locales.
- Le pétrole n’est marqué, en Indochine, que par des indices médiocres et l’avis des spécialistes est défavorable en ce qui concerne les possibilités de formation dans l’ensemble du pays.
- L’étain se rencontre en deux régions : celle du Pia Ouac dans le Haut Tonkin où il est associé au wolfram (tungstène) et celle du Nam Pha Tène au Laos.
- L’Extrême-Orient présente une massive concentration de mine- ' rais d’étain suivant une bande à peu près continue le long de la péninsule malaise depuis la Birmanie jusqu’à Banka et Billiton.
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- Les gîtes d’étain d’Indochine et du Yunnam sont situés dans cette même zone, sans toutefois appartenir à cette même bande, et l’on peut penser qu’ils ont été formés par les émanations minéralisa-trices des mêmes magmas en profondeur (i).
- Le Pia-ouac est une montagne isolée qui se dresse à 1 931 m au milieu de sédiments plus anciens. C’est un pointement granu-litique dont la formation a été estimée contemporaine des granités de Malaisie.
- Les exploitations y ont repris la suite d’anciens travaux chinois. Elles traitent surtout des élûvions, attaquant rarement les filons, dont elles retirent de la cassitérite, du wolfram et en certains points du fer titané.
- Au Laos, on exploite dans la vallée du Nam-Pha-Tène, affluent du Mékong, des élûvions ferrugineuses, une limonite contenant de la cassitérite. Celle-ci est séparée par lavage du minerai broyé sur sluices et sur des batteries de tables à secousses.
- Les concentres de cassitérite sont traités en Indochine même, en particulier à la fonderie de Cao-Bang, qui fournit du métal à 99,8 pour 100 de pureté.
- En 1938, la colonie aurait fourni 5 000 t d’étain et 500 t environ de wolfram à 65 pour 100 de tungstène.
- Ces productions semblent susceptibles d’extensions importantes et sont du plus haut intérêt pour la fourniture en matières premières des industries de la métropole.
- Le cuivre a été rencontré en divers points, mais sans tonnage réel, une seule petite exploitation a été tentée.
- Le zinc provient exclusivement du Tonkin, sa production est importante. Il a été exporté plus de 4 500 t de ce métal en 1938.
- Presque toute la production est sortie des mines de Cho-Dien à 70 km au Nord-Est de Tuyen-Quang. Ces gisements se trouvent dans le complexe de la Rivière Claire dans des calcaires cristallins reposant sur des schistes lustrés et qui ont subi des bouleversements tectoniques importants. Le zinc se trouve sous forme de calamine : mélange de carbonate et de silicate et provient sans doute de l’altération des sulfures : la blende, par les agents atmo-
- 1. Voir La Nature, n° 3 077, 15 janvier 1942. L. Perruche. L’Etain.
- sphériques. On a trouvé, en profondeur, quelques traces de ce minéral originaire.
- Los autres exploitations sont de moindre importance.
- Les concentrés des laveries sont traités à la fonderie de Quang-Yeu mise en route en 1924 qui peut raffiner 12 t de métal par jour à 98,5 pour 100 de pureté.
- Le plomb et l’argent ont été l’objet d’une exploitation réduite aux mines de Tu-lé, entre Hanoï et Laokay, sur un filon de galène argentifère qui a fourni quelques dizaines de tonnes de plomb et quelques dizaines de kilogrammes d’argent.
- Ces métaux n’ont eu jusqu’ici qu’une importance mineure en Indochine.
- Les prospections effectuées jusqu’à ce jour n’ont relevé le plomb que très rarement.
- Le chrome a été exploité à petite échelle dans un petit massif dans le Nui-Na-Son à une vingtaine de kilomètres au Sud de Thanh-hoa où l’on trouve des serpentines carbonifères.
- Le manganèse aurait fait l’objet d’une exportation de l’ordre de 500 t de minerai en 1938.
- Le /er est très répandu en Indochine. Les géologues ont signalé une t( ligne de fer » au Tonkin. C’est une bande d’une vingtaine de kilomètres dans la région de Thai-nguyen. La mine Yvonne, près de Lang-hit exploite de belles masses de magnétite et d’hématite.
- D’autres minerais analogues ont été relevés au Cambodge au gîte de Phnom-Deck.
- En dehors de ces gisements principaux, de nombreux points minéralisés en fer ont été signalés.
- En 1938, il a été exporté 90 000 t de minerais environ.
- L’a7itimoine est exploité sous forme de stibine au Tonkin. Il en a été exporté près de 500 t en 1938.
- Le mercure est connu sous forme de cinabre au Nord-Est de Hagiang, mais ne semble pas avoir fait l’objet d’exploitation.
- L’or se rencontre en alluvions en bien des points, mais jusqu’ici il n’a pas été rencontré en concentrations notables et les tentatives d’exploitation grevées de taxes élevées ont eu bien peu de succès. L’orpaillage indigène s’est toujours poursuivi.
- Les phosphates sous forme de phosphorites sont exploités pour la consommation locale avec une production de l’ordre de quelques dizaines de milliers de tonnes chaque année . 37 000 t en 1938.
- Les pierres précieuses et semi-précieuses sont recherchées dans des gîtes alluvionnaires. Des colporteurs birmans ont découvert en 1880 celui de Pailin au Cambodge sur lequel ont travaillé jusqu’à 10 000 indigènes à la recherche de saphirs que l’on trouvait mélangés à quelques rubis, du zircon, du spinelle. Ces alluvions proviennent de l’altération de roches volcaniques.
- D’autres gîtes plus ou moins intéressants se trouvent épars sur le territoire de la colonie. Citons le gisement de rubis de Bo-Kéou au Cambodge et ceux de saphir du Haut-Laos.
- Comme on peut le voir par cet exposé rapide, le sous-sol de l’Indochine a déjà livré une grande variété de produits miniers et l’exploration n’en est encore qu’à ses débuts. On peut espérer que convenablement encouragée et soutenue, l’industrie minérale pourra prendre une grande extension.
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- Fig- 3. — Exploitation de la houille en surface. Mine de Dong Trieu.
- (Photos Association nationale pour l’Indochine française).
- La siluation présente,
- La Chronique des Mines Coloniales, dans son numéro dn Id août-15 septembre 1947, donne une idée d’ensemble de la situation présente de l’industrie minière en Indochine.
- Voici comment elle l'expose :
- La production industrielle de l’Indocliine a été très réduite en 194(1 du fait surtout des destructions opérées par les Yiet-Minh qui détruisent systématiquement usines, ouvrages d’art, routes :
- Sel C1) .............. 14 735 t contre 3G 862 t en 1939
- Charbon ............ 261 700 t » 2 335 000 t »
- Ciment ............... 32 520 t » 266 000 t »
- Les installations charbonnières de Hongay ont été gravement sabotées entre le 20 décembre et le 5 janvier. Le peu de matériel qui reste utilisable est extrêmement fatigué ; la main-d’œuvre est rare, et pour des salaires très élevés, fournit un rendement déplorable. Les réparations nécessaires ont été entreprises. En mars, la production est remontée à 18 000 t.
- La région de Dong Trieu a été progressivement dégagée et les charbonnages de Dong Trieu et de Maokhé attendent l’autorisation de reprendre pied sur leurs installations pour entreprendre les premiers travaux de reconstruction.
- Il en est de même de la fonderie de zinc de Quang-Yen,
- 1. Cocliinchine seulement.
- Au Laos les mines d’étain de Nam-Patène ont peu souffert matériellement ; elles ont pu remettre en place leurs cadres et quelques éléments indigènes restés fidèles. La sécurité est cependant troublée par lés fréquents passages de bandes armées venant du Siam. L’exploitation ne pourra reprendre aussi longtemps qu’il sera impossible de recruter et de faire venir de la main-d’œuvre dont le réservoir principal est le Tonkin.
- Dans le Moyen-Laos, près de la frontière d’Annam, un petit gisement de minerai de plomb aurait été mis en exploitation.
- Les mines du Moyen et Haut-Tonkin sont dans une situation encore plus défavorisée. Elles doivent attendre les progrès de la sécurité pour envisager l’exécution des premiers travaux de reconstruction. Ce sont les mines de charbon et de fer de la région de Thai-Ngugen, les mines de zinc de Chodien, les mines d’étain et de wolfram du Pia-Ouac et les gisements de phosphate, en particulier, celui de Laolcay.
- Un élément qui risque d’entraver la reprise de l’activité minière est le prix de revient de la main-d’œuvre dont la part dans l’exploitation minière est prépondérante. Les salaires atteignent en effet, actuellement, entre 20 et 25 fois, en piastres à 17 fr, les taux de 1939 alors calculés en piastres à 10 fr. Ces taux de majoration sont incomparablement supérieurs à la hausse des minerais et des métaux ; s’ils devaient se maintenir, ils rendraient inexploitables les mines indochinoises.
- Lucien Perruche,
- Docteur de l’Université de Paris.
- Effets de Ici lumière de la Lune
- A propos d’un article paru dans le n° 3143 du 1er septembre 1947, p. 286, M. Louis Bourlier, un de nos lecteurs, nous écrit :
- « Les effets de la lumière de la Lune sont bien connus des paysans qui ont soin de couvrir les pommes de terre fraîchement arrachées et laissées sur le sol pour séchage, afin de les protéger
- contre le clair de lune qui a pour effet de verdir les tubercules exposés aux rayons lunaires.
- Dans certains cas, au contraire, pour obtenir le verdissage des pommes de terre destinées à la semence, on les laisse longtemps sur le sol, exposées à la lumière, surtout aux rayons de nuit ».
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- Nouvelle machine à écrire les 90000 caractères chinois
- Les Chinois n'ont guère changé leur façon d’écrire depuis qu’un de leurs compatriotes nommé Isaï-Loun réussit à fabriquer du papier de chiffrons en l’an 153 après Jésus-Christ. Ils tracent aujourd’hui comme jadis, et fort laborieusement. à l’aide d’un pinceau, les 43 ooo caractères représentatifs de leur langue idéologique, formée de monosyllabes invariables. La place des mots et certains procédés de stylistique indiquent leur rôle dans la phrase.
- Mais en réalité, dans le système d’écriture chinoise, les signes sont encore plus nombreux car ils représentent rarement l’objet qu’ils désignent. On doit leur adjoindre une sorte d'accent phonétique pour préciser leur signification, de sorte que les caractères chinois atteignent un fantastique total ! Dans les dictionnaires modernes, on les répartit entre 2i4 clefs. Chacune de celles-ci se compose d’un certain nombre de traits formant groupe et disposés sur l’un des côtés du caractère correspondant.
- On voit donc combien le problème de la dactylographie chinoise était ardu. Cependant, après une trentaine d’années de recherches et d’efforts, le Dr Lin Yutang est parvenu à le résoudre. Sa Mingkwai Typeivriter, c’est-à-dire « sa machine à écrire sûre et rapide », — ainsi a-t-il baptisé son originale invention (fig. i) — ressemble à un petit modèle de la « Royal Standard ». Elle mesure extérieurement 22,5 cm de hauteur, 35 cm de largeur et 45 cm de profondeur; elle comprend 7 ooo caractères et grâce à ses combinaisons mécaniques, on peut frapper théoriquement avec elle 90 000 symboles idéologiques. Il suffit de presser trois touches pour imprimer un mot sur le papier, en colonnes verticales comme le font les écrivains chinois avec leur pinceau. Un opérateur exercé travaille avec elle à la vitesse d’environ'5o mots par minute.
- Le Dr Lin Yutang, savant philologue, considère sa machine
- Fig. 1.— Machine « Mingkwai » à écrire les 90 000 caractères chinois.
- comme un appareil surtout propre à localiser les signes caractéristiques de l’écriture chinoise. Pour appliquer ce principe, le clavier de la Mingkwai (fig. 2) comporte trois rangées de 12 boutons (soit 36 touches) représentant les différents sommets des caractères et deux rangées (28 touches) correspondant à l’autre extrémité de chacun de ceux-ci. En pressant une touche
- haute.et une touche basse, on imprime le groupe-clef que l’on veut. Pour compléter l’impression des signes phonétiques additionnels, le dactylographe s’adresse à un œil magique situé au centre de la machine et qui fonctionne comme ceux des postes de radio. Donc après avoir imprimé le symbole d’un groupe-clef, il n’a plus qu’à y ajouter les « arabesques » de ses bords qui déterminent le sens exact du mot désiré. Pour cela, il lui suffit de presser une des 8 touches chiffrées du pupitre devant lequel il est assis. Ce procédé mécanique de sélection visuel élimine tous les travaux de mémoire et d’analyse étymologique qu’exigent les dictionnaires sinologiques. Si bien que n’importe quelle personne connaissant l’écriture chinoise peut se servir de la « Mingkwai » pour dactylographier les textes de cette langue si compliquée. Avec elle, on peut réaliser en une heure la môme besogne qui demandait une longue journée à un habile copiste ! Aussi, Lin Yutang pense que son invention « fera faire à l’aiguille du progrès asiatique un bond de quinze à vingt ans et révolutionnera toute la vie administrative ainsi que commerciale de la Chine ». Puisse donc la mise au point et la construction prochaine en série de l’ingénieux appareil réaliser la prophétie, peut-être un peu risquée, de son savant inventeur ! En tous cas, la « Mingkwai Typewriter » l’emporte sur la machine électro-automatique « Tienhwa » qu’avait, proposée, voilà deux ans environ, Chung Chin Ivao et qui ne pouvait reproduire que 54 ooo caractères chinois. En outre, il fallait laisser des blancs, dans les feuilles dactylographiées au moyen de cette dernière, puis compléter les textes à la main.
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- Fig. 2. — Le clavier avec trois rangées (36 touches) représentant les sommets des caractères et deux rangées (28 touches) correspondant aux bases de ceux-ci. Les 8 touches chiffrées du bas ajoutent les accents phonétiques qui déterminent le sens de chaque mot.
- Jacques Boyer.
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- A propos des fosses septiques
- Voulez-vous permettre à un. vieux routier des fosses septiques d’ajouter quelques mots au très intéressant article que leur a consacré M. Dapsence dans La Nature (n° 3140 du 1S juillet 1941) ?
- D’après ce qu’a écrit M. Dapsence, on doit tenir notre vieux camarade d’école, Camille Berthier, mort depuis longtemps, pour l’inventeur de la fosse septique. Nous nous en doutions mais sans en être sûr. Yoici les faits.
- Vers 187S, alors qu’il n’était question dans le public ni d’aérobies ou d’anaérobies, ni de tout-à-l’égout, moins encore de fosses septiques, il avait construit pour lui et sa famille (7 personnes) une maison d’habitation isolée dans la campagne. La fosse d’aisances était donc fixe et conforme aux règlements d’alors. Comme M. Mouras, il avait eu l’idée d’y faire déboucher, sur le côté, en haut, une large conduite en poterie. Elle était à environ 30 cm au-dessus du débouché du tuyau de chute commun à trois cabinets (siège avec soupape Roger-Mothes).
- En 1898, ma famille et moi (7 personnes) nous vînmes habiter la même maison avec les siens. Un an plus tard, nous nous aperçûmes que la fosse s’était emplie jusqu’au tampon : il fallut la vider. On ne l’avait jamais fait auparavant. Mes enfants avaient jeté des fleurs fanées dans nos cabinets : elles avaient obstrué l’orifice de la conduite d’évacuation de l’effluent C1). Au cours de la vidange nous fîmes d’autres constatations utiles. Après la vidange tout rentra dans l’ordre : ni avant, ni pendant, ni après la vidange nous ne perçûmes aucune odeur, et cependant l’effluent passait en cave dans un caniveau découvert.
- Trois ans avant cette aventure, M. Berthier avait construit en Sologne un grand rendez-vous de chasse luxueux, un vrai palais. Il y avait appliqué son système de fosse « auto-vidangeuse ». Nous y allâmes voir : elle fonctionnait à merveille.
- Ceux de nos ouvriers qui avaient procédé à la vidange étaient des maçons intelligents ; comme nous-même ils avaient été surpris d’apprendre qu’on peut ne vider une fosse fixe qu’après 25 ans de service ; ils répandirent le bruit de notre aventure dans le pays ; il nous fallut appliquer le système Berthier dans plusieurs maisons bourgeoises de la localité.
- Entre temps, on avait vu toute une floraison de fosses septiques. Rentré à Paris, nous ne pouvions manquer de nous y intéresser. Nous fîmes une enquête, nous vîmes des fosses septiques de tous les modèles, brevetés ou non, fixes ou mobiles, neuves ou en service. Les unes fonctionnaient assez bien, les autres plutôt mal ; aucune ne donnait complète satisfaction : presque toutes étaient compliquées, d’une surveillance ou d’un entretien difficile ; en général, elles étaient hautes et étroites. Ayant eu l’occasion de parler de tout cela au cours d’une réunion de camarades de promotion, nous leur expliquâmes ce que nous croyions être le mécanisme de la « minéralisation » des matières fécales. Plusieurs de mes camarades construisirent pour eux-mêmes ou pour d’autres des fosses septiques du système Berthier. Aucun ne s’en est jamais plaint.
- Autre aventure, et très instructive aussi. En 1903, on nous demanda de réparer une vieille fosse fixe. Elle avait été construite en 1879, très mal, et elle était devenue trop petite : elle avait été prévue pour trois personnes alors que la maison attenante en hébergeait quelquefois jusqu’à douze. Nous en profitâmes pour adjoindre à la fosse une conduite pour évacuer l’effluent. La topographie s’y prêtait admirablement. Malheureusement, ce travail fut exécuté en notre absence et le maçon qui en avait été chargé avait eu la malencontreuse idée de sceller une grille devant la conduite de l’effluent. A la longue, cette grille s’engorgeait et il fallait la dégorger en manœuvrant une perche engagée par l’orifice du tampon. Opération malpropre sans doute, mais beaucoup moins que la vidange et surtout moins fréquente : on ne dégorgeait que tous les trois ou quatre ans alors qu’auparavant on vidangeait deux ou trois fois par an. Au cours de deux dégorgements nous pûmes faire des essais, des analyses, des mesures et de nouvelles constatations utiles.
- 1. Les organes lignifiés des plantes se liquéfient aussi mais plus lentement que les matières fécales ; les fleurs étaient tombées devant l’orifice de la conduite et y étaient restées, en partie altérées cependant.
- Il est impossible de savoir ce qu’il est advenu de cette fosse manquée car la maison fut occupée par les Allemands de 1940 à 1944, mais nous avons ouï dire récemment qu’ils la vidèrent plusieurs fois : personne dans le village ne savait ou n’avait voulu leur dire ce qu’il fallait faire pour éviter la vidange.
- Depuis 1903, nous avons appliqué ou fait appliquer le système Berthier à des fosses neuves en y apportant, le cas échéant, des modifications ou des perfectionnements de détail, tenant compte notamment de la topographie et des ressources locales en matériaux de construction immédiatement disponibles. L’avant-dernière en date de ces applications remonte à 1932 ; elle mérite d’être signalée car, pour la première fois, nous abordions le climat méditerranéen et les autres conditions étaient aussi défavorables que possible.
- En quelques heures, un maçon de valeur moyenne construisit la fosse, sous nos yeux. Cette fosse est d’une très grande simplicité : siège sans siphon ni garde hydraulique ; pas d’évent pour la ventilation ; pas de garde hydraulique non plus pour la conduite de l’effluent, et cela à dessein afin de faciliter l’entrée des mouches et du moustique stercoraire (*). Cette fosse est très large et peu profonde ; elle est fermée sur toute, sa surface par trois grandes dalles, à ras le sol, non jointoyées. Elle n’a jamais cessé de bien fonctionner.
- On ne peut qu’être d’accord avec M. Abdon sur les faits essentiels qu’il a observés et que nous-même avons constatés. Il faut en tenir compte sous peine d’échec complet. Cependant, sauf cas exceptionnels, il nous semble superflu, inutilement compliqué et très onéreux de séparer l’urine des fèces, de cloisonner la fosse principale (liquéfacteur, minéralisateur, le digester des Anglais) et de multiplier les canalisations.
- Pour obtenir de bons résultats, la fosse doit être très large ; le chapeau (la crème de M. Mouras et de l’abbé Moigno), siège de la fermentation aérobie, doit être très bien ventilé par le haut quel que soit le moyen employé (évent, tampon à fermeture non hermétique, conduite de l’effluent). Outre les matières fécales et l’urine, on ne doit y verser que de l’eau ordinaire, et sans exagération si la fosse n’est pas grande ; pas d’eaux grasses ou de vaisselle, pas d’eaux de toilette, savonneuses, de baignoire, de blanchissage ou contenant du carbonate de sodium, pas de pétrole et surtout d’antiseptiques. Il est souvent possible d’utiliser la valeur fertilisante de l’effluent ; elle est loin d’être négligeable.
- En définitive, si une fosse septique ne présente pas de vice rédhibitoire, il semble bien que la façon de s’en servir importe beaucoup plus que son mode de construction. Plus il est simple mieux cela vaut. Toutes ces conditions peuvent être facilement satisfaites avec la fosse Berthier. Actuellement, n’importe quel maçon de campagne peut la construire à très bon compte malgré la pénurie de main-d’œuvre et de matériaux. Il convient cependant de faire toutes réserves s’il s’agit d’adapter le système Be.r-thier, si simple qu’il soit, à une fosse fixe déjà construite. Quel que soit le cas, le critérium du bon fonctionnement est l’absence d’odeur, de mouches et de moustiques (2)dans toute l’installation.
- E. Lemaibe,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- 1. Il venait d’être découvert dans les égouts par le professeur Roubaud, et le Dr J. Legendre avait signalé sa présence dans Les tout-à-l’cgout et les fosses, fixes et ordinaires, ou septiques, du nord de la France.
- Le moustique stercoraire est une variété du cousin vulgaire, domestique (Culex pipiens) qui s’est adaptée à la vie dans les matières fécales. Il est particulièrement agressif. Voir à son sujet :
- J. Legendre. La défense contre les moustiques des fosses d’aisances. La Nature, 1er mai 1937 ; — E. Lemaire. La lutte contre les moustiques. Le moustique des fosses d’aisances et les pappataci. Bulletin de la Société ' d’Encouragement pour l’Industrie nationale, juillet-août 1937, pp. 373-389.
- 2. L’absence du moustique stercoraire dans une fosse septique qui fonctionne bien s’explique : il ne peut être en contact qu’avec le chapeau ou l’effluent, dans lesquels il n’y a pas de matières fécales ; il lui faut une température à peu près constante ; c’est un « citadin » ; or, on n’emploie guère les fosses septiques qu’à la campagne.
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- Le déterminisme de la motilité des spermatozoïdes
- Les biologistes à qui il a été donné de parcourir une longue carrière ne peuvent manquer d’être frappés de l’ampleur des transformations subies par leur science, au cours de leur propre existence, dans les cinquante dernières années et par son orientation de plus en plus expérimentale. Certes, la physiologie existait déjà ; elle était brillante et dotée de méthodes sûres ; mais elle n’atteignait et elle ne peut atteindre encore que des problèmes bien définis et bien délimités, en marge desquels l’observateur de la Nature, c’est-à-dire le biologiste, ne peut se refuser à en aborder baucoup d’autres, sans ignorer d’ailleurs que les résultats auxquels il parviendra seront plus ou moins sûrs. Il part de données de simple observation ; il les agence, raisonne, conjecture et conclut. Ainsi, il y a cinquante ans, de vastes questions restaient entièrement dans lé domaine de l’observation et de la conjecture. Or, si aujourd’hui, ce champ reste encore extrêmement vaste, par contre, nombre de problèmes ont été incorporés à l’expérimentation proprement dite, et à ses méthodes rigoureuses. La biologie contemporaine devient de plus en plus expérimentale et certaines découvertes ont ouvert des perspectives magnifiques. Cela est particulièrement vrai de celle des hormones, dont le domaine va sans cesse s’élargissant, en même temps que leur intervention se précise.
- Ces réflexions me sont suggérées par des travaux tout récents (1946-1947), dont j’ai eu connaissance, il y a quelques jours, à Cambridge, au Molteno Institute, où me les exposait leur auteur, le Dr T. Mann f1). Il s’agit des conditions de l’activité des spermatozoïdes dans le sperme. Quiconque a regardé au microscope, du sperme d’animaux les plus variés, a été frappé de l’intense motilité des spermatozoïdes. Aujourd’hui, où, pour les Mammifères domestiques, se développe la pratique de l’insémination artificielle, la conservation plus ou moins longue du sperme avec ses qualités est un problème pratique important. La physiologie des spermatozoïdes est donc à l’ordre du jour.
- On s’est demandé quelle était, pour le spermatozoïde, la source de l’énergie qui pouvait assurer et entretenir sa grande mobilité. On a découvert ainsi que c’était un sucre bien défini, le fructose. Ce sucre existe, dans le sperme jusqu’à la dose de 1 mmg pour 100 chez le taureau et il est effectivement métabolisé par les spermatozoïdes. Or, au lieu d’origine de ces spermatozoïdes, dans le testicule et même dans l’épididyme, on ne trouve pas de fructose. Ce sont les glandes accessoires du tractus génital, surtout les vésicules séminales et aussi la prostate, qui le fournissent. Voilà déjà une précision sur le rôle de ces organes.
- 1. Cf. Mann (T.). Biochem. Journ., t. 40, 1946, xxix et 481 ; Nature, t. 1S7, 1946, 79 ; Mann (T.) and Paissons (U.). Nature, t. 160, 1947, 294 ; Davies (D. V.) and Mann (T.). Proc. Anat. Soc., t. 25, iv, 1947 ; Nature, t. 160, 1947, 295.
- Mais voici où interviennent les hormones. La production de fructose est sous la dépendance directe de la testostérone, l’hormone produite par le testicule. C’est ce que Mann et ses collaborateurs viennent d’établir avec précision chez le lapin (x). Ils recueillent le sperme, à intervalles réguliers, par une technique précise et y dosent le fructose. Un certain nombre de lapins sont castrés, les autres servant de témoins. Chez les castrats, dans les deux semaines qui suivent la castration, on voit la teneur en fructose tomber rapidement au voisinage de 0. Donc, dans les conditions naturelles, la production de ce sucre est sous la dépendance du testicule. Si l’on insère sous la peau du castrat une pastille de testostérone, on voit le fructose réapparaître et augmenter rapidement, jusqu’à atteindre, en deux à trois semaines, le taux normal (ainsi qu’en témoigne un graphique significatif). Dès qu’on enlève la testostérone, la chute du fructose se répète. Donc sa production dans les vésicules séminales est commandée par la testostérone du testicule. En étudiant ces phénomènes aux divers âges de la vie du lapin, Mann et Davies ont trouvé que le fructose apparaît dans les glandes annexes préalablement à la spermatogenèse (à l’âge de 4 mois). Quand apparaissent les spermatozoïdes (6e mois), la sécrétion de ces glandes est déjà riche en fructose. Pareille constatation a été faite également pour le jeune taureau. Le fructose est donc produit provisionnellement et cela montre en même temps que la production de la testostérone dans le testicule devance aussi la spermatogenèse.
- On ne peut manquer d’être impressionné par l’élégance et la précision de ces recherches et, d’autre part, de constater, une fois de plus, l’extrême et harmonieuse coordination du fonctionnement des diverses parties de l’organisme. Pour en revenir à ma réflexion initiale, autrefois l’anatomie enregistrait plus ou moins minutieusement la disposition et la différenciation des organes. On était souvent réduit à des conjectures sur le rôle de ceux où il n’apparaissait pas à l’évidence comme ici pour les vésicules séminales et c’est ainsi que, par le progrès, de véritables révolutions se sont produites dans nos connaisances. L’hypophyse était ainsi jadis considérée simplement comme un organe rudimentaire, un vestige du passé. Nous savons aujourd’hui que, par des sécrétions hormonales, elle est peut-être l’organe le plus puissant et le plus important de notre corps. Les hormones donnent peut-être, mieux que toute autre chose, la mesure des énormes progrès récents de la Biologie.
- Mauiuce Caullery, de l’Académie des Sciences.
- 1. Le lapin n’a pas de vésicules séminales bien individualisées ; elles se confondent en un ensemble glandulaire avec la prostate.
- Application du cérium en métallurgie.
- La Nature du 1er et du la septembre 1947 (n03 3143, p. 289 et 3144, p. 304) a signalé que le cérium, sous-produit déjà surabondant, le sera plus encore quand le thorium, auquel il est associé dans presque tous ses minerais, servira à produire de l’énergie nucléaire utilisable industriellement en remplacement de l’uranium, et qu’il convenait, par conséquent, de rechercher au cérium de nouvelles applications. En voici une, et plus noble que la fabrication des pierres à briquets ou d’une fine poudre à polir : la préparation d’un alliage de magnésium se moulant bien et qui, une fois forgé, résiste bien au fluage jusqu’à 300°.
- Cet alliage a été obtenu récemment en Angleterre par MM. Murphy et Payne en fondant ensemble du magnésium pur, un magnésium à 0,65 pour 100 de zirconium et le Mischmetall des Allemands, sous-produit avec lequel on fabrique les pierres à briquets et qui renferme 55 pour 100 de cérium. Le nouvel alliage léger renferme 3 pour 100 de cérium et 0,6 pour 100 de zirconium. La présence de ce dernier élément est indispensable.
- E. L.
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- VERS UN RAJEUNISSEMENT
- Une exposition au Musée
- Si l’on fait exception pour les Musées d’Histoirc naturelle que possèdent quelques grandes villes privilégiées, beaucoup de Musées de province semblent tombés en léthargie et n’attirent qu’un nombre restreint de visiteurs. Cette désaffection, regrettable, car certains de ces petits musées renferment des pièces intéressantes, tient à plusieurs causes qu’il est utile d’analyser rapidement pour essayer d’y porter remède.
- Les collections sont généralement encombrées. Les conservateurs désireux de montrer tous les objets que possède leur Musée sont amenés, faute de place, à user d’une présentation touffue, serrée, où l’excès des pièces exposées empêche de distinguer le rare du vulgaire, l’intéressant du banal, le beau du médiocre. Ainsi, les vitrines d’ornithologie, où les oiseaux sont alignés aile contre aile, finissent par fatiguer l’attention même des spécialistes. De même les vitrines encombrées de fossiles et de roches sont pour le public d’un faible attrait. Sans doute, le spécialiste qui vient au musée pour y étudier un objet précis doit pouvoir y trouver ce qu’il cherche; il faut donc que soient mises à sa disposition des collections aussi complètes que possible.
- Une première réforme consiste à réaliser à l’usage exclusif des spécialistes, des collections d’étude pour lesquelles seules importent la richesse de l’ensemble et la clarté de l’étiquetage. Ces collections peuvent sans inconvénient être disposées d’une
- manière très dense, en tiroirs notamment quand c’est possible.
- Par contre, les collections destinées au grand public doivent être expurgées afin que soient mises en valeur un petit nombre de pièces choisies avec discernement et présentées avec goût.
- C’est ce même souci qui a conduit les conservateurs des Musées tk’S Beaux-Arts à constituer des réserves et à n’accrocher aux cimaises qu’un nombre de toiles restreint.
- La première tâche, délicate d’ailleurs, consiste donc à faire une sélection sévère. Il faut éliminer tout ce
- qui ne présente pas un intérêt certain, soit scientifique, soit esthétique. Cet élagage permettra une aération sérieuse et une meilleure mise en valeur de ce qui a été jugé digne d’être conservé.
- Une seconde raison du manque d’attrait fréquent des collections de sciences naturelles tient à la pérennité des présentations. Les vitrines unes fois garnies demeurent inchangées pendant des années. Les personnes qui d’aventure ont-consenti à faire une première visite ne sont alors nullement tentées de venir une seconde fois.
- Le remède est simple : Au lieu d’une présentation définitive, cristallisée, il faut réunir en expositions temporaires, des pièces de choix groupées autour d’un nom ou d’un thème. L’essentiel est de centrer l’intérêt sur un sujet pré-
- Figr. 1.
- - Les animaux étranges tête du Toucan.
- Fig. 3 à 8. — Quelques groupements de l’exposition de 1947.
- 3. Reconstitution d’un fond marin à Madrépores. — 4. Meules et limes. — 5. Poignards et épieux.
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- DES MUSÉES DE PROVINCE
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- des Sciences naturelles d'Orléans
- cis, assez spectaculaire, afin de maintenir en éveil l’attention du public. On peut, par exemple, concevoir des expositions sur les thèmes suivants : l’oiseau, la mer, l’instinct, les
- arts et métiers chez les animaux, les animaux de La Fontaine, les auxiliaires, les ennemis des cultures, le camouflage des animaux, les formes et les couleurs dans la nature, les coquillages, les papillons, mathématiques et sciences naturelles..., etc.
- Enfin pour plaire au public, les expositions doivent être parlantes et gaies; elles ne doivent nécessiter du visiteur qu’un effort minimum. Les grands musées parisiens : Musée de l’Homme, Palais de la Découverte, etc., ont indiqué d’une façon fort heureuse la voie qu’il nous faut suivre.
- Les oiseaux, par exemple, doivent être accompagnés dans les vitrines d’exposition, de leurs nids, de leurs œufs ainsi que de bonnes photos les replaçant dans leur milieu naturel. On y joindra les applications de la plume à la mod1, . des cartes permettant de suivre les migrations. Des textes nombreux, mais courts et très lisibles, réaliseront une présentation parlante. Des réponses doivent être données aux questions prévues du visiteur. Enfin, quelques idées générales doivent se dégager de l’exposition : problèmes de l’adaptation, du vol, de l’instinct, phénomènes de convergence, etc...
- 6. Pinces et cisailles. — 7. Cuirasses et barbelés. — 8. La faune cynégétique locale.
- Il faut que le visiteur, quel que soit son degré de culture d d’information, puisse trouver intérêt et profit à une exposition. L’organisateur a donc un double écueil à éviter : être trop savant ou ne pas l’être assez.
- Telles sont les idées qui nous ont guidés, M. Avezard et moi, dans notre essai de rénovation du musée qui nous a été confié. Notre conception est. des plus orthodoxes, puisqu’aussi bien elle est la doctrine officielle du Service national de Muséologie, que dirige avec compétence et autorité le Professeur P. Rode, qui se propose de coordonnr les efforts dispersés et de réaliser au cours des années à venir un rajeunissement des musées scientifiques français.
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- Le Musée d’Orléans qui fort heureusement n’a pas trop souffert de la guerre est particulièrement encombré et ne dispose que de locaux exigus et vétustes et d’un mobilier archaïque. En attendant la reconstruction d’un établissement nouveau, inscrite dans le plan d’urbanisme de la ville, nous nous sommes efforcés d’améliorer la présentation de nos collections et de l’edonner la vie à notre musée assoupi, sans aménagements coûteux.
- La constitution de réserves a libéré de la place nous per-
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- Fig. 9. — Deux éléments du diorama de la Sologne.,
- mettant, faute de mieux, d’organiser de petites expositions temporaires qui sont en même temps des expériences de muséologie.
- Outre des expositions purement scolaires destinées à illustrer les leçons de zoologie et de géologie et auxquelles sont conviés tous les élèves de la ville, nous organisons chaque année une ou deux expositions plus spectaculaires destinées au grand public et ouvertes de juin à novembre.
- En 1946, le thème en était les animaux étranges.
- Ce fut un prétexte pour présenter, dans un ordre que nous n’avons pas voulu scientifique, les sections suivantes :
- i° Les « couleurs et jeux de lumière » : analyse et décomposition de la lumière, les plus brillants plumages, les plus beaux papillons et lés coquilles les plus somptueuses de nos collections.
- 20 Les « réussites de la nature » : adaptations au milieu aquatique (poissons, insectes, cétacés, oiseaux rameurs); adaptations au milieu aérien (parachutistes, animaux volants). Une petite section : « Les prétendues adaptations » (organes rudimentaires et encombrants) permit l’étude critique de la notion d’adaptation.
- 3° Les « fantaisies de la nature » : animaux excentriques (fig. 1, 2) et monstres disparus.
- 4° Les « erreurs de la nature » ou « monstruosités ».
- En 1947, deux expositions ont été organisées. Dans l’une, « L’écorce terrestre et ses trésors », le visiteur fait un rapide survol de toute la science géologique : mouvements de la terre, cristaux, métaux et minerais, roches, fossiles, applications à la géologie locale et à l’industrie.
- La figure 3 est une reconstitution d’un fond marin à madrépores.
- Dans la seconde, « Les armes et les outils des animaux », un parallèle est établi entre les armes et outils de l’homme et les dispositifs analogues dont sont dotés naturellement les animaux.
- Ainsi sont étudiés :
- Les meules et limes (fig. 4), les poignards et épieux (fig. 5), les socs et pelles, les ancres et harpons, les ventouses, les pinces et cisailles (fig. G), les seringues et flèches empoisonnées, les cuirasses et barbelés (fig. 7).
- Cette exposition se complétait par une étude anatomique et artistique de la main humaine, et par une présentaion des outils préhistoriques et des armes des peuplades de Nouvelle-Calédonie.
- Le résultat que nous avons obtenu est encourageant : Le public qui boudait le Musée y vient désormais volontiers. Chaque exposition attire une dizaine de milliers de visiteurs.
- En 1947, le Musée a en outre participé à une exposition sur le thème : « La chasse », organisée avec le concours des deux musées historiques et des Beaux-Arts. Les figures 8 et 9 montrent deux façons de présenter la faune cynégétique locale ; sur panneaux, avec souci d’aération et en diorama (paysage de Sologne).
- Nous serions heureux de recevoir les suggestions des lecteurs de La Nature et plus particulièrement de nos collègues conservateurs des musées de province afin d’améliorer nos réalisations et de contribuer dans la limite de nos moyens à une rénovation des bons vieux « Cabinets d’histoire naturelle » d’an tan.
- Les photos ont été gracieusement offertes par M. Désir, 7nembre des Naturalistes Orléanais.
- P. Sougy,
- Professeur agrégé, Directeur du Musée des Sciences naturelles d’Orléans.
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- Le pavillon de l'Institut scientifique
- de Madagascar
- à l’exposition du progrès franco-malgache.
- Le 4 octobre 1947 s’est ouvert dans la plaine de Mahamasixna, à Tananarive une exposition destinée à montrer les progrès réalisés, à Madagascar, au cours de cinquante années de travail en commun des Français et des Malgaches.
- La présence, à cette exposition, d’un pavillon consacré à la Recherche scientifique, et où l’Académie Malgache, l’Institut de Recherche scientifique et la Société des Amis du Parc Zoologique et botanique de Tananarive présentaient ensemble leurs programmes et leurs réalisations, met bien en évidence le caractère moderne de l’entreprise. L’idée même d’un pavillon de la Recherche scientifique indique bien que, plus qu’une rétrospective, on a voulu, par un acte de foi en l’avenir, montrer ce que l’on entendait réaliser.
- L’Institut de Recherche scientifique de Madagascar qui, pour la première fois, prend ainsi part à une manifestation publique, est presque un nouveau-né ; il ne date que de décembre 1946, mais sa fondation avait été préparée par plusieurs missions antérieures, à Madagascar, de son directeur, le professeur J. Mil-lot, du Muséum ; d’autre part, deux jeunes pédologues de l’Office de la Recherche scientifique coloniale avaient commencé, depuis un an déjà, un travail de prospection qui figurait au programme de l’Institut. Ainsi, lorsque l’Institut fut créé, il était en mesure de passer presque immédiatement au travail. Les panneaux présentés à l’Exposition du progrès franco-malgache, exécutés par le personnel de l’Institut, sous la direction du docteur Doucet et de MM. Cachan et Guillet, exposent le programme des recherches à poursuivre. Ce programme, soigneusement établi, embrasse les quatre domaines de la science de la terre, de l’homme, de la biologie animale et de la biologie végétale.
- Science de la terre.
- Il est urgent, si l’on veut améliorer la production agricole de Madagascar, de connaître non seulement les caractères des divers sols malgaches, mais encore leurs transformations naturelles. Ce n’est qu’ainsi que, sans forcer la nature, on sera en mesure de respecter les vocations propres des sols et, par suite, d’en obtenir le plus haut rendement, par le moindre effort. Il est vain, ou tout au moins coûteux, de chercher à établir un jardin maraîcher sur un sol à vocation forestière ; il est absurde d’établir une terre de pacage sur un sol de cultures maraîchères. Ainsi, n’est-ce que par la connaissance réelle de la dynamique du sol (pédologie) que l’on parviendra à tirer le meilleur parti possible d’une terre donnée. De plus, nulle part, peut-être, autant qu’à Madagascar, ne pourrait-on appliquer la célèbre phrase de J. P. Harrois : « Afrique, terre qui meurt ». L’usage, l’abus constant des feux de brousse, transforme peu à peu tout le pays en une véritable brique. La succession, dans cette dégradation, a été admirablement suivie par Perrier de la Bâthie et par le professeur Humbert, du Muséum. Ils ont jeté un cri d’alarme et nous souhaitons qu’on l’entende. Mais, même si la pratique des feux de brousse venait à prendre fin, de très vastes espaces ne portent plus aujourd’hui qu’une végétation si rare que l’érosion y creuse d’années en années des vallées plus profondes. Il est urgent, pour conserver un relief normal, pour éviter d’épouvantables inondations et un assèchement continu, de reboiser ou tout au moins de replanter ces vastes étendues de latérite dénu-
- dées. Là aussi le rôle du pédologue est primordial ; il est seul en mesure de nous aprendre comment reconquérir ces déserts. Les Américains l’ont fait, pourquoi ne le ferions-nous pas aussi ?
- Science de l'homme.
- Le plus grand problème posé par Madagascar est le problème de la main-d’œuvre. Une population très peu abondante ne saurait permettre un développement économique suffisant. Mais pour « faire de l’homme », condition de prospérité pour tous les habitants, il faut connaître les caractères physiologiques et psychiques des tribus si variées qui peuplent I’île, établir leur fiche médicale en quelque sorte; après seulement, en portant remède aux déficiences physiologiques : parasites, déséquilibre alimentaire, en tenant compte des déficiences psychiques : coutumes archaïques, superstitions, on pourra utilement agir. C’est donc sous son double aspect médical et social que l’ethnographe devra travailler à Madagascar. Par une connaissance précise des conditions de vie et du milieu, une saine politique d’immigration pourra aussi être édifiée.
- Biologie animale.
- Parasites des cultures, ennemis des constructions humaines (les Termites de Nosy-Bé viennent de dévorer, dans un coffre-fort de la Banque de Madagascar des liasses de billets de banque et une grande partie des archives), parasites de l’homme ou du bétail, les insectes de Madagascar méritent une étude détaillée par les soins d’un personnel spécialisé. La dîme qu’ils prélèvent s’alourdit avec le perfectionnement des cultures et leur développement. L’urgence de la lutte ne fait donc qu croître.
- La mer offre, par contre, d’importantes ressources à l’économie locale. La pêche pourrait, par la préparation de certaines espèces, en poisson sec ou fumé, apporter aux populations de l’intérieur un appoint alimentaire appréciable. L’huile de requin, l’huile de baleines dont un troupeau fréquente les eaux de I’île, seraient à l’heure actuelle bien précieuses dans l’économie mondiale. L’écaille, la nacre, le trépang, ont été à diverses reprises l’objet de tentatives d’exploitation'. Une exploitation rationnelle, conduite sur des bases scientifiques déterminées par un océanographe, pourrait seule être certaine du succès.
- Enfin, n’oublions pas l’urgence d’une protection très stricte de la nature malgache, si durement menacée, et qui, unique au monde, devrait être protégée avec un soin exceptionnel, comme un capital irremplaçable. Cette protection doit s’accompagner dun inventaire détaillé des ressources naturelles, poursuivi dans ^s diverses réserves organisées dans I’île.
- Biologie végétale.
- En dehors même de leur caarctère de haut endémisme, qui justifie toutes les mesures de protection prises à leur égard, les plantes malgaches ont de remarquables propriétés médica-
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- les et industrielles. L’Institut poursuit, dans cet ordre d’idées, en liaison étroite avec le Service de la Lèpre (docteur Grimes), le Service de Santé et la Société des Amis du Parc botanique et zoologique de Tananarive, l’extraction, à partir d’Hydro-cotyle asiatica, de l’asiaticoside ; ce corps, dont les propriétés antilépreuses étaient affirmées par les habitants de l’île Maurice, paraît avoir une efficacité réelle dans le traitement de cette terrible maladie.
- En dehors de ces activités strictement scientifiques, l’Institut do Recherche scientifique, épaulé par la Société des Amis du Parc a entrepris une vigoureuse action culturelle. Développant le parc zoologique (dont la population animale a plus que décuplé en trois mois), formant à Tananarive une vaste jardin botanique consacré aux plantes de la forêt humide de la côte Est et des déserts du Sud, organisant la publication d’un périodique d’initiation à la faune et à la flore locales, mettant en construction un vivarium moderne, l’Institut veut créer un vaste mouvement en faveur de l’étude de l’histoire naturelle malgache, si remarquable.
- Ainsi la France, au moment même où elle a dû réprimer des troubles sanglants fomentés par quelques politiciens ambitieux et dénués de scrupules, appuyés sur des tribus fanatisées par leurs sorciers, n’hésite pas à développer en terre malgache ses oeuvres culturelles. Elle poursuit ainsi une bien vieille tradition, car le premier administrateur français à Madagascar, le Sieur de Fla-court, Chef des établissements de Fort-Dauphin, fut aussi le premier naturaliste à étudier la nature malgache. Son livre de 1658 Histoire cfc la Grande Isle de Madagascar contient une description détaillée et souvent très précise des productions naturelles du pays. Et plus tard, lorsque les colonnes françaises apportèrent, après 1897, l’ordre et la paix à travers le pays, des hommes comme Bastard, Alluaud ou Je docteur Decorse, militaires ou civils suivant l’armée, poursuivirent sous l’égide du Muséum national d’IIistoire naturelle de Paris, l’inventaire des richesses qu’offrent le sol, la plante et l’animal dans la Grande Ile.
- Cet apport do la France dans l’œuvre de civilisation qu’elle poursuit à Madagascar comme dans toute l’Union Française ne doit pas être passé sous silence.
- R. Paulian, Directeur-adjoint
- de l’Institut de Recherche scientifique de Tananarive.
- Ce qu'on peut tirer d'un grain de pollen.
- On sait que les fleurs contiennent deux organes de sexes différents : .les étamines bourrées de grains dfe pollen, l’ovaire contenant les ovules. La fécondation qui aboutit à la formation de la graine ou du fruit consiste en une fixation d’un grain de pollen sur le pistil surmontant l’ovaire, puis en une série de divisions de la cellule pollinique dont les cellules-filles cheminent jusqu’à ce qu’elles rencontrent une cellule ovulaire avec laquelle une d’elles fusionne pour donner l’œuf.
- Les grains de pollen ont des formes et des tailles très variées, souvent caractéristiques de chaque espèce et les botanistes les ont observés, décrits, figurés et classés depuis les premiers travaux de Grew en 1682, aux premiers temps de l’emploi du microscope.
- Dans Nature du 19 avril dernier, le Dr T. E. Wallis vient de signaler tout ce qu’on sait maintenant tirer de ces constatations, sous le titre pittoresque de « Tourbe, rhume des foins et pharmacognosie ».
- On trouve dans les charbons des grains de pollen fossiles, dans les tourbes des grains fossiles ou sub-fossiles et l’analyse pollinique permet de reconnaître les plantes qui ont constitué les dépôts de combustibles et d’évoquer l’état de la végétation aux époques de leur formation. En France, deux spécialistes de ces
- recherches, M. et Mme Dubois, ont ainsi pu reconstituer la composition des forêts de l’époque flandrienne, vers la fin du quaternaire.
- Dès 1873, un médecin anglais, C. Blackley, reconnut que la fièvre des foins, le rhume estival, est causé par le contact avec les muqueuses (nez, bouche, gorge, yeux) des grains de pollen de diverses espèces flottant dans l’air, particulièrement ceux des graminées et notamment du seigle. A partir de 1916. on reprit ces études pour aboutir récemment à la notion que deux sortes de pollens sont particulièrement irritantes : ceux des herbes des prés et ceux de certains arbres, tous agissant d’une manière analogue. On en vint à préparer des extraits qui peuvent servir de vaccin et immuniser contre la fièvre des foins.
- Enfin, les formes caractéristiques des grains des divers pollens, aujourd’hui bien connues, permettent de distinguer de nombreuses fleurs médicinales et de contrôler leur nature et leur pureté, même après qu’elles ont été séchées et préparées pour la pharmacie.
- Échangeurs de chaleur à galets
- Les échangeurs de chaleur à galets réfractaires ont été utilisés pendant la guerre, dans des usines américaines et ils ont trouvé des applications dans des techniques fort diverses. Ils permettent de porter à une température de l’ordre de 1 000° à 1 500° C. de l’air, de la vapeur ou un gaz quelconque dans un appareil à marche continue, sans nécessiter les inversions des courants gazeux habituels dans les appareils classiques. Dans les échangeurs à galets, les éléments chauffants se déplacent ; ce sont des galets en céramique réfractaire à base de silicates alumineux ; leur diamètre est de 8 à 12 cm.
- Ces galets sont introduits dans la chambre supérieure I (fig. 1) ; ils sont chauffés par une chambre de combustion extérieure C, ou par des gaz chauds dont on récupère les calories. Ils descendent ensuite dans la chambre inférieure J, dans laquelle circulent, entrant en Y et sortant en T les gaz ou la vapeur à réchauffer, auxquels ils abandonnent les calories qu’ils ont accumulées dans la chambre supérieure.
- Un élévateur à godets E reprend à la base de la chambre inférieure les galets refroidis et les renvoie au sommet de la chambre supérieure où le cycle recommence.
- Sa durée est de 30 à 50 mn.
- Le procédé a été développé par la Babcoclc-Wilcox Cy de New-York. Il a été utilisé pour préchauffer l'air et élever, ainsi les températures de combustion. Son application à des combustibles liquides de haute valeur calorifique a permis d’obtenir des températures voisines de celles des fours à arc électrique. On l’a utilisé en céramique pour les cuissons délicates qu’on peut ainsi réaliser en atmosphère chaude directe sans emploi de moufles. Il permet la fabrication des laines minérales de haute valeur, par soufflage de produits fondus à température élevée, pauvres en alcalis et de ce fait très résistants aux réactifs chimiques. On peut aussi obtenir de la vapeur surchauffée à haute température. Le préchauffage d’hydrogène ou de gaz de gazogène facilite la réduction des oxydes métalliques. Il est efficace pour résoudre la plupart des problèmes de récupération de chaleurs perdues.
- Les prix de premier établissement sont peu élevés.
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- LA SYNTHÈSE DE LA VITAMINE A
- La vitamine A est une vitamine qui se rencontre exclusivement dans le règne animal : le lait, le beurre, le jaune d’œuf, le foie et l’huile de foie de morue en contiennent. On s’accorde à penser que les animaux élaborent la vitamine A à partir d’une matière colorante, le carotène, présent dans presque toutes les plantes vertes et les fruits jaunâtres. G'est pourquoi on nomme ce carotène « pro-vitamine ». La transformation en vitamine se fait probablement dans le foie. En cas de manque de vitamine A certains phénomènes carentiels apparaissent. En premier lieu l’œil perd sa capacité de s’adapter à voir dans l’obscurité (héméralopie) ; si la carence persiste, la cornée est atteinte à la longue et devient opaque. Les cellules épithéliales d’autres organes s’altèrent, provoquant une susceptibilité accrue envers certaines infections. Chez les jeunes, le manque de vitamine A provoque de graves troubles de la croissance. Les enfants, les femmes enceintes et les femmes allaitantes ont un plus grand besoin de vitamine A que l’adulte.
- On sait que lors de la précédente guerre mondiale, le Danemark exportant tout son beurre, il ne restait aux Danois comme aliments gras que de la margarine ; des troubles graves dus au déficit en vitamine A apparurent chez beaucoup d’enfants. C’est pourquoi, actuellement, on mélange souvent de la vitamine À à la margarine. On y ajoute en petites quantités des solutions concentrées de vitamine A préparées à partir d’huiles de foie de poisson. Naturellement, il faut que ces solutions soient insipides et inodores et il n’est pas simple de les préparer à partir d’huiles de foie de poisson.
- On sait que, dans une étude sur les causes du béri-béri aux Indes Néerlandaises, les Hollandais Eijkman et Grijns énoncèrent pour la première fois l'idée que certaines maladies pourraient être occasionnées par la carence d’une substance active en très petite quantité et présente dans l’alimentation normale. Des années plus tard, Funk nomma vitamines ces substances alors
- Fig. 1. — Les DT° Arens et van Dorp dans leur laboratoire.
- encore mystérieuses. C’est en 1913 qu McCollum et Davis donnèrent le nom de vitamine A à la substance inconnue que contient l’huile de foie de morue, indispensable pour la croissance normale des jeunes animaux. Peu à peu, on découvrit que bien d’autres substances analogues étaient également indispensables et tandis qu’on nommait vitamine B la substance qui provenait du béribéri, on distingua la vitamine C qui protège contre le scorbut, la vitamine D, qui guérit le rachitisme, la vitamine E soi-disant d’anti-stérilité et la vitamine K qui joue un rôle dans la coagulation sanguine. Le complexe vitaminique B fut scindé plus tard en Bi (anti-béri-béri), B,, B3, B4, B5, B5, et plusieurs autres substances qui reçurent des noms chimiques. La vitamine A fut la première dont on connut la structure chimique, en 1931, grâce à Karrer et ses collaborateurs ; on découvrit ensuite la structure chimique de toutes les vitamines et, de plus, on réussit à les isoler à l’état très pur et à en faire ia synthèse. Seule la vitamine A restait un produit naturel qu’on ne savait fabriquer.
- Aujourd’hui, les préparations de vitamine B, et des autres facteurs du soi-disant complexe B et des vitamines C, D, E et K se fabriquent presque exclusivement par voie chimique. Ceci nous rend indépendants des substances végétales ou des organes d’animaux où ces vitamines sont présentes. Dans le cas de la vitamine A, nous restions forcés d’utiliser comme matière première les huiles de foies de poisson.
- La rareté des huiles dans le monde entier n’est hélas que trop connue. Les huiles de foies de poisson ne peuvent satisfaire qu’à un tiers du besoin mondial de préparations de vitamine A. Il est donc compréhensible que l’industrie pharmaceutique se soit efforcée de synthétiser la vitamine A.
- En 1943, dans les laboratoires de la N. Y. Organon, à Oss, les chimistes J. F. Arens et D. A. van Dorp s’attaquèrent à ce problème difficile.
- La vitamine A possède une molécule compliquée, composée d’un noyau et d’une chaîne latérale. Le noyau est une substance stable facile à préparer. La chaîne latérale est une partie extrêmement fragile de la molécule. Quand on construit la molécule morceau par morceau, on voit se désintégrer la partie déjà terminée chaque fois qu’on ajoute un élément nouveau. En synthétisant d’abord séparément des éléments de la molécule et en les conjuguant ensuite suivant des méthodes qui dans ce domaine de la chimie n’avaient jamais encore été appliquées et doivent être considérées comme originales, les docteurs Arens et Yan Dorp arrivèrent à obtenir en 1944 un' produit qui ne présentait plus qu’une très minime différence avec la vitamine A. Il s’agissait de l’acide-vitamine A, tandis que la vitamine A est un alcool.
- Cette matière a sur la croissance de jeunes rats la même action que la vitamine A, quoique dans l’organisme elle ne se Dans-forme pas en vitamine A.
- Le but final était d’obtenir la véritable vitamine A qu’il est chimiquement impossible de préparer en partant de l’acide-vitamine A. Se basant sur F expérience acquise, on remit sur le chantier la synthèse de la vitamine A et après avoir surmonté d'innombrables difficultés, Arens et Yan Dorp réussirent à préparer le 8 mai 1947 une substance à partir de laquelle la vitamine A pouvait être obtenue. Un mois plus tard, la synthèse de la vitamine elle-même était réalisée.
- Us obtinrent une substance contenant de 30 à 35 pour 100 de vitamine A.
- Pour ceux que ces détails intéressent, ajoutons que pour la synthèse de la vitamine A le point de départ fut la béta-ionone à laquelle il fallait ajouter une chaîne latérale. Le premier pas fut de lui rattacher un ester y-brome de l’acide crotonique. Puis, en utilisant la synthèse de Gilmann, on y ajouta un groupe
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- methyligue. A partir de ce stade on prépara l’acide-vitamine A par la synthèse de Reformatski. En 1947 on réussit à préparer au lieu de l’acide-vitamine A l’aldéhyde. La transformation de l’aldéhyde en vitamine A était déjà connue par des expériences sur la vitamine A, isolée à l’état cristallin d’huiles de foies de poisson. Le contrôle par des méthodes physiques et chimiques démontra que la substance obtenue répondait à toutes les exigences et l’expérience sur les animaux fit apparaître une activité absolument identique à celle de la vitamine A. Il était donc certain que cette substance obtenue totalement par voie chimique était identique à la vitamine A, telle qu’on la rencontre dans les huiles de foies de poissons.
- Embrassant du regard le domaine étendu des vitamines, remarquons que ce sont les Hollandais Eijkman et Grijns qui par leur
- étude classique du héri-béri jetèrent les bases de l’idée des maladies de carence sur laquelle se construisit plus tard toute la science des vitamines. Jansen et Donath réussirent en 1926 à isoler pour la première fois la vitamine B, sous forme cristalline ; les autres découvertes chimiques les plus importantes ont été faites à l’étranger, surtout en Amérique.
- A nouveau, des chercheurs hollandais ont réussi dans les laboratoires de la N. Y. Organon à Oss, à réaliser la synthèse de la dernière vitamine dont la préparation chimique avait jusqu’à présent été impossible.
- Il reste à passer du procédé de laboratoire au procédé de fabrication. La parole est maintenant aux techniciens-chimistes, les chimistes de laboratoires ayant posé la base indispensable à ce travail.
- La mécanisation de l'industrie du charbon
- *
- aux Etats-Unis
- L’industrie minière, dans tes charbonnages américains bénéficie d’un degré élevé de mécanisation, qui a permis, en 1944, une production de 561 500 000 t (métriques) contre une production de 398 000 000 t (métriques) en 1936, malgré une diminution sensible du nombre des mineurs. Les chiffres de la main-d’œuvre sont tombés de 477 000 t en 1936 à un peu plus de 300 000 au milieu des années 1940, en raison des progrès rapides des techniques mécaniques.
- Une partie du matériel le plus productif utilisé dans les mines des États-Unis ne servirait à rien à l’étranger, selon les ingénieurs des mines américains eux-mêmes, tandis que d’autres appareils, comme les transporteurs à chaînes, auraient une grande utilité. Au cours de ces deux dernières années, plus de 250 transporteurs ont été expédiés outre-mer.
- Le développement de la mécanisation dans les mines de charbon américaines a été spectaculaire. Le chargement à la machine est passé brusquement de 26 pour 100 en 1938 à 56 pour 100 en 1946. Les méthodes d’extraction ont été mécanisées à 91 pour 100 en 1946.
- En résultat, la production souterraine est passée de 2,7 à 3,6 t métriques par homme et par jour, et jusqu’à 13,5 t dans les mines particulièrement mécanisées. On a vu des mineurs travaillant à ciel ouvert qui arrivaient à extraire de 22,5 à 27 t de charbon par homme et par jour. Cependant, la production quotidienne totale, pour toi s les types d’exploitations minières, est évaluée à environ 5,4 t par homme et par jour.
- Les mines modernes mécanisées, aux États-Unis, utilisent plus
- de 100 catégories d’équipement, d’outils et d’accessoires. Les statistiques montrent que, par 910 000 t de production annuelle, les directeurs des mines américains ont dépensé 3 500 000 dollars d’aide mécanique. Au total, l’industrie du charbon, aux États-Unis, est évaluée à 3 500 000 000 de dollars.
- Le nombre total des mines de charbon aux États-Unis dépasse 6 900 sur lesquelles 5 743 sont des mines souterraines. Sur la production totale de houille bitumineuse et de lignite de mines souterraines, qui s’est élevée en 1944 à environ 470 540 000 t, environ 22 680 000 t seulement ont été extraites à la main. Approximativement 21 335 500 t ont été extraites par dynamitage, tandis que plus de 425 890 000 t, soit plus de 90 pour 100 de la production totale souterraine, ont été extraites à la machine. Les mines à ciel ouvert ont représenté environ 91 500 000 t dans la production totale de 1944. En 1946, dans les opérations mécaniques, on a utilisé 13 415 perforatrices contre 11 000 dix ans avant. La production moyenne de chaque machine s’est élevée par an à 23 400 t métriques.
- En 1946, 16 806 machines à charger étaient en service. Sur le tonnage total de houille bitumineuse extrait l’année dernière, 33 pour 100 ont été chargés à la main sous terre, 46 pour 100 chargés mécaniquement sous terre et 21 pour 100 extraits à ciel ouvert. Le chargement à la main a diminué de 3 pour 100 par rapport à 1945 et on s’attend à ce qu’il représente moins de 25 pour 100 de la quantité de houille bitumineuse extraite des mines américaines, dès que l’on pourra se procurer un plus grand nombre de machines à charger.
- Le premier navire
- Dix nations doivent coopérer à fournir 26 navires météorologiques dont 13 à la fois seront postés dans l’Atlantique pour y recueillir des renseignements météorologiques en des points déterminés et pour faire des observations dans les hautes couches de l’atmosphère. Les navires donneront des indications pour la navigation des avions et coopéreront, en cas de besoin, aux opérations de sauvetage.
- Us sont, pour la facilité de repérage, peints en jaune vif. Ils sont pourvus chacun de deux chaloupes automobiles de sauvetage.
- Les navires passeront 27 jours en mer et 15 jours ou port. A intervalles réguliers les 13 navires en observation diffuseront les renseignements météorologiques, principalement fournis par des ballons radio-sondes. Ces renseignements seront rassemblés et mis à la disposition des compagnies aériennes.
- La Grande-Bretagne, pour sa part, fournit quatre de ces navires.
- météorologique.
- L’un sera stationné en un point situé à environ 250 miles au Sud de l’Islande, un autre à quelque 300 miles à l’Ouest de l’Irlande, pendant que les deux autres seront au port ou en route pour la relève.
- Le premier de ces quatre navires a été baptisé par M. Noël Baker, le Secrétaire d’État à l’Air, le 31 juillet dernier dans >e port de Londres, Ce bâtiment, le « Weather Observer » est l’ex-corvette « Marguerite », de la classe « Flower ». Il est à son poste depuis le mois d’août dernier. Son équipage est de cinquante hommes dont sept météorologistes et treize spécialistes de la radio et du radar.
- La France est chargée d’une station au large du Portugal. Les frégates qui assureront le service ont été achetées aux États-Unis et sont récemment arrivées à Brest où l’on procède à leur équipement.
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- CURIOSITÉ GÉOMÉTRIQUE
- Cercle, hexagone inscrit et triangle.
- A. Dans nn cercle de centre 0 et de rayon r (fig. 1) menons l’hexagone inscrit (Pour plus de simplicité nous ne menons que la moitié du cercle).
- Du milieu A du côté FE de l’hexagone et par les points C et B, milieu des rayons du diamètre opposé, traçons le triangle ABC, appelons-le 1.
- Passant par B et C, menons du même centre 0, un nouveau cercle, inscrivons-lui un hexagone. Du milieu J du côté LH de
- Fig. 1.
- cet hexagone, traçons comme ci-dessus un triangle JMN, appelons-le 2.
- Et ainsi de suite menons les triangles 3, 4, o, etc-., etc.
- Les instruments sont trop grossiers pour permettre d’aller facilement beaucoup plus loin.
- Maintenant calculons le périmètre et la surface de chacun des cercles et triangles obtenus. Les résultats forment le tableau ci-dessous :
- Cercles Triangles
- Périmètre Surface Périmètre Surface
- 1 . 2r.r itr2 3r W3 4
- 2 7C/'2 3 r W3
- • T.r 4 2 16
- 9 izr itr2 3 p r2\fz
- 0 ..... . 2 16 4 64
- 4 ~r t:/*2 3p r2\ï
- 4 ë 'k 8 256
- r.r TZV2 3r r2v3
- 0 ' S 256 16 1 024
- etc * . • . . .... ... - ....
- Somme à la limite . . 4 r.r 2TO.2 6?’ W 3
- 1° Nous constatons que chaque suite de périmètres est une pro-
- gression géométrique décroissante.
- 2° Il en est de même pour les suites de surfaces.
- 3° Il en est de même des hauteurs successives des triangles ;
- 4° A la limite la somme des périmètres des cercles formant 2, 3, 4, 5, etc. égale celui du cercle initial.
- 5° Il en est do même des surfaces.
- B. Passons à la figure 2, ou pour ne pas recommencer les calculs nous portons le triangle 1, ABC, ayant exactement les mêmes dimensions, donc les mêmes propriétés.
- Seuls les petits triangles à suivre seront disposés différemment.
- Il y aura 2 triangles 2, CLO et OHB.
- Il y aura 4 triangles 3, CRN, NSO, OTM, MDB.
- Il y aura 8 triangles 4.
- Il y aura IC triangles o, etc. etc.
- Le tableau précédent nous donne les périmètres et surfaces de chacun des triangles 2, 3, 4, o, etc. Cherchons maintenant les périmètres et sufaces des ensembles :
- 2 fois 2 soit la figure CLOHBC ;
- 4 fois 3 soit la figure CRNSOTMUBC ;
- 8 fois 4 ;
- 16 fois 5, etc., etc.
- Nous obtenons le tableau ci-dessous.
- Nombre Nombre
- de de
- Périmètre triangles Total Surface triangles Total
- i ... . 3 r 1 = W3 r2\j3
- X : 3r 4 X i = 4
- 3 r 2 = : 3r W 3 2 — r2^
- 2 ... . 2 X 16 X 8
- 3 ... . 3 r 4 = : 3 r P2V,3 r2\Js
- 4 X 64 X 4 = 16
- 3/’ : 3 r rV 3 8 = Wà
- 4 . . . . ir X 8 = 256 X 32
- 3r 16 = : 3r r2\jz 16 = ICC IL
- S . . . . 16 X 1024 X 64
- etc. . . . Terme à la .... .... .... .... .... ....
- limite . + CO 3r CO 0
- A
- Fig. 2.
- 1° Le périmètre de chacun des ensembles 2, 3, 4, 5, etc. est toujours égal au périmètre du triangle initial 1.
- 2° La surface de chacun de ces ensembles va en diminuant tendant vers 0.
- Nous en concluons, chose semblant dérouter le bon sens, mais réelle cependant, qu'à la limite une figure ayant un périmètre déterminé a une surface nulle. Ceci est assez amusant et étonne peut-être un peu les gens non accoutumés à considérer l’infini.
- Léon de Joannis.
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- Pierre L'Enfant, Urbaniste de Washington.
- La plupart d’entre nous ignorent que c’est un officier français, le commandant du Génie Pierre L’Enfant, qui avait pris part à la guerre de l’Indépendance aux côtés de George Washington, à qui le grand homme d’Etat confia le soin de tracer le plan de la future capitale fédérale.
- Washington avait fixé lui-même l’emplacement de la ville, au bord du Potomac. S’inspirant de ce qui avait été esquissé à Versailles, L’Enfant traça de larges avenues régulières, bordées d’arbres et rayonnant à partir de vastes ronds-points agrémentés de parcs et de parterres fleuris. Cette disposition est celle qui devait être adoptée plus tard à Paris pour le rond-point de l’Etoile. A Washington, comme à Paris, on s’en trouve encore bien. L’Enfant peut donc être considéré comme le premier des urbanistes.
- Par reconnaissance envers Washington, les Américains donnèrent son nom à la capitale ; mais ils n’oublièrent pas celui qui découvrit l’Amérique et ils appelèrent District de Colombie (D. C.) le petit territoire où est située la capitale (D. C. doit être porté
- sur les adresses car il existe neuf autres villes des États-Unis qui portent aussi le nom de Washington, sans compter un Etat).
- Ce district couvre maintenant 18 000 ha ; il n’est rattaché à aucun des 48 États. Sa population, qui était de 663 091 habitants en 1940 (109 199 en 1870), a presque doublé pendant la dernière guerre, car on y a créé de nouveaux services administratifs et, bien qu’on ait dû réquisitionner plusieurs grands immeubles pour les loger, il a fallu en construire d’autres. Tel est le « Pentagone » du Ministère de la Guerre, qui couvre 130 ha et abrite 30 000 fonctionnaires. De plus, quelques-uns des anciens services ont été transférés ailleurs ; ainsi ceux des « Affaires indiennes » l’ont été à Chicago.
- Les citoyens américains qui habitent le district de Colombie ne peuvent être électeurs que dans les États où ils ont élu résidence ; c’est dire que, pratiquement, ils ne votent jamais.
- E. L.
- COURS ET CONFÉRENCES A PARIS
- LUNDI 5 JANVIER. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. André Diard. : « Les stages en usine et la formation de l’ingénieur ».
- MARDI 6 JANVIER. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. B.. Vayssière : « Les insectes ennemis du bois : piqûres et vermoulures ».
- MERCRDEDI 7 JANVIER. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Parsy : « Où en est l’analyse tannique ? ». — Institut français du
- caoutchouc (42, rue Scheffer) : 18 h. 30. M. Ph. Lapado-IIargues : « Principes de base relatifs aux méthodes d’élaboration manuelle et mécanique des mélanges ».
- JEUDI 8 JANVIER. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : M. Pierre Laurent : « Les laboratoires étrangers pour la recherche sur les corps gras ».
- VENDREDI 9 JANVIER. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Domi-
- nique) : 18 h. M. M. Dumas : « La précision de réalisation des jeux d’ajustement ».
- SAMEDI 10 JANVIER 1948. Institut océanographique (105, rue Saint-Jacques), Grand amphithéâtre : 21 h. M. Edouard Bour-diïlle : « Les animaux marins à fourrure ». — Institut français du caoutchouc (Sorbonne, amph. Milne-Edwards) : 17 h. M. A. Jarrijon : « Analyses et essais du caoutchouc ».
- LUNDI 12 JANVIER. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Jean Daric : « L’ingénieur en face des problèmes humains du travail industriel ». — Institut français du caoutchouc (Institut agronomique, 16, rue Claude Bernard) : 17 h. M. Ferrand : « Effets des défrichements sur les sols tropicaux ».
- MARDI 13 JANVIER. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Misserand : « Vue d’ensemble sur l’état actuel du problème du chauffage des locaux industriels ».
- MERCREDI 14 JANVIER. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. M. Marcel Rivière : « Etude sur la rationalisation de la production et la physiologie professionnelle dans l’industrie des cuirs et peaux ». — Institut français du caoutchouc (42, rue Scheffer) : 18 h. 30. M. R. IIu-blin : « Tendances actuelles dans la construc-lion du matériel ».
- VENDREDI 1S JANVIER. Centre de perfectionnement technique (28, rue Saint-Dominique) : 18 h. : « La précision dans les industries du bois ». — Institut français du caoutchouc (Institut agronomique, 16, rue Claude Bernard) : 17 h. M. Ferrand : « Effets des défrichements sur les sols tropicaux » (suite').
- SAMEDI 17 JANVIER. Institut océanographique (195, rue Saint-Jacques) : 21 h. M. Maurice-Marie Janot : « Quelques produits d’origine marine utilisés en thérapeutique ». — Institut français du caoutchouc (Sorbonne, amph. Milne-Ldwards) : 17 h. M118 M. Boucher : « Ëbonite ; Régénéré ; Dérivés du caoutchouc ».
- NOS LECTEURS NOUS ÉCRIVENT :
- A propos des coulées de basalte
- (n° 3146, 15 octobre 1947)
- M. A. Rudel, professeur au lycée de Tulle, nous écrit :
- « Le basalte est bien une roche volcanique sombre, mais on connaît certaines variétés où les cristaux de feldspath blancs tranchent sur le fond noir de la pâte et des microlithes ; c’est le basalte demi-deuil.
- « Au moment des éruptions, le basalte était très fluide, aussi ses coulées sont parmi les plus longues des roches volcaniques. Celle du Tartaret, dans le Massif des Monts Dores, a une longueur de 22 km.
- « Comme l’indique M. Déribéré, ces coulées sont souvent pris-mées et assez régulièrement, d’où le nom d’orgue donné en Auvergne à ces colonnades de pierre.
- « La coulée de Bort-les-Orgues est en phonolithe et non en micaschiste, le micaschiste n’est pas une roche volcanique, mais une roche métamorphique.
- « La coulée de Bort est exceptionnelle, les phonolith.es donnant des dômes comme le Gerbier des Joncs et les roches Tuilière et Sanadovia, près du Mont Dore. Cette prismation serait due, d’après le géologue Longchambon, aux courants de convection qui s’établissaient au moment du refroidissement entre les parties supérieures déjà refroidies et la base restée plus chaude. Les coulées de cette roche se sont épanchées dans les vallées et les parties basses, où elles ont joué un rôle protecteur, si bien que main-
- tenant l’érosion ayant enlevé les parties non protégées, l’ancienne vallée est devenue un plateau. Un des plus connus et qui a joué un rôle certain dans l’histoire de notre pays est celui de Gergovie. Les anciennes cheminées basaltiques se sont transformées en pié-destals pour châteaux-forts.
- « Én ce qui concerne l’emploi du basalte pour la construction, ce n’est pas un très bon matériau ; il est très lourd, se casse et se taille très mal ; il est surtout utilisé pour l’empierrement des routes et les nombreuses carrières ouvertes dans lès coulées servent presque exclusivement pour cet usage. Il ne faut pas le confondre avec l’andésite, grise et plus acide, connue sous le nom de pierre de Vol vie ; c’est celle-ci qui sert à la confection de vases pour l’industrie des acides et qui entre dans la construction de nombreuses maisons et monuments de Clermont-Ferrand et de Riom. Ajoutons que le basalte sert de gîte à de nombreux minéraux du groupe des zéolites, en particulier au Mésotype dont les beaux cristaux du Puy de Marmant, dans le Puy-de-Dôme, font la joie des collectionneurs. Il y aurait encore beaucoup à dire sur cette roche et sur l’hydrologie particulière aux contrées basaltiques.
- « Votre collaborateur aurait pu citer quelques-unes des plus célèbres pour leurs prismes parmi les coulées d’Auvergne — en particulier celle d’Espaly, près du Puy-en-Velay — qui est parmi les plus spectaculaires ».
- A. Rudel.
- Le gérant : G. Masson. — masson et cie, éditeurs, paris. — dépôt légal : ier trimestre 1948, n° 689. — Imprimé en France.
- BARNÉOUD FRÈRES ET Gie, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 792. — 1-1948.
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- N° 3152
- 15 Janvier 1948
- LA NATUR
- î
- es
- PYGMÉES
- C
- amefoun
- ♦ ♦
- Sud du Cameroun, au-dessous du 5e parallèle, fait Flie de la grande forêt équatoriale. C’est une région encore mal connue, de pénétration difficile, plus ou moins insalubre et peu peuplée. Quelques tribus bantou y vivent, dont les pauvres villages, disséminés le long de rares pistes et entourés de quelques plantations, sont les seules traces visibles d’occupation humaine. Encore celle-ci semble-t-elle récente. Les Noirs disent qu’il n’y a que ioo ou 200 ans qu’ils ont pénétré dans la forêt et en ont commencé le défrichement. Celle-ci, avant eux, n’était cependant pas inhabitée.
- Au Cameroun, en effet, comme au Gabon, au Congo français et dans le Congo belge, la forêt équatoriale abrite une race spéciale, très différente des Noirs, et à laquelle sa petite taille a valu le nom de Pygmées. Race de chasseurs nomades, complètement ignorants de l’agriculture, ne connaissant pas les animaux domestiques, les Pygmées se sont toujours efforcés de rester à l’écart des autres hommes. On ne les rencontre que dans la forêt; leur vie y est si étroitement adaptée qu’on a l’impression qu’ils y ont toujours vécu et les Noirs eux-mêmes reconnaissent les Pygmées comme les premiers « maîtres du sol ». Leur existence avait été signalée par les anciens Égyptiens, mais pendant des siècles, en Europe, on a traité de fables les récits qui en faisaient mention; il n’y a même pas cent ans qu’on s’est aperçu que ces récits disaient vrai. Encore, au Cameroun, a-t-on été très long à reconnaître la présence des Pygmées. On en avait signalé quelques-uns sur la côte; on ne pensait pas qu’il y en eût d’autres. Il en existe cependant dans presque toute l’étendue de la forêt. Le stock le plus important vit dans la partie Est de celle-ci. Au nombre de 7 à 8 000, disséminés en tout petits groupes, ils se nomment eux-mêmes Bakà. Plus à l’Est, ils se continuent avec les Pygmées du Moyen-Congo, connus depuis plus longtemps, et auxquels on donne généralement, le nom de Ba-Binga, ce qui veut dire les « Hommes de la lance ». Mais alors que beaucoup de ces derniers ont transformé leur mode de vie primitif sous l’influence des Noirs, les Bakà du Cameroun ont gardé presque intactes leurs anciennes mœurs. De toutes les races humaines, ils sont certainement parmi les moins évoluées.
- Fig. 1. — Campement dans la forêt.
- De loin, les huttes ont l’air d’amas de feuilles sèches.
- Il n’est pas facile d’entrer en contact avec les Bakà. A la fois farouches et timides, ils ont pendant longtemps fui tout contact avec les Noirs. Aujourd’hui encore, ils restent à l’écart de ceux-ci, avec lesquels ils refusent de se mélanger. A plus forte raison, évitent-ils les Européens. Vivant dans les régions les plus sauvages de la forêt, loin de toute route, à distance même des pistes indigènes, leurs campements sont difficiles d’accès. Y arrive-t-on, on se trouve le plus souvent devant des huttes vides, les Bakà effrayés se sont enfuis. Il faut beaucoup de diplomatie pour les atteindre. Le don de sel et éventuellement d’étoffe, deux des rares luxes de la civilisation européenne qui ont de la valeur à leurs yeux, peut cependant décider les hommes à revenir et à se laisser examiner et interroger. Il est beaucoup plus difficile de vaincre la timidité des femmes.
- Les Hommes*
- Physiquement, les Bakà se différencient bien des Noirs. Sans être aussi petits que les Pygmées du Congo belge, ils ont une taille qui oscille entre i,45 m et i,55 m pour les hommes; certains sujets n’ont que i,35 m. Chez les femmes, la taille peut s’abaisser jusqu’à i,3o m.
- Cette faible stature n’est pas leur seul trait distinctif. Toute une série d’autres caractères permet de les reconnaître. Leur peau est moins foncée que celle des indigènes. Elle tire sur le jaune, surtout chez les femmes. Les poils du corps sont généralement abondants : bras, jambes, bas-ventre peuvent être recouverts de touffes crépues. La tête est arrondie, avec un front bombé, des pommettes toujours saillantes, le bas du visage, au contraire, rétréci. Les cheveux sont parfois rasés sur le pourtour de la tête, se réduisant à une calotte qui ne recouvre qu’une partie du crâne; dans quelques cas, la région rasée monte très haut de chaque côté, les cheveux ne forment plus qu’un cimier.
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- 18 .............—~— ......... ——
- Une disposition très spéciale est l’extraordinaire largeur du nez et de la bouche. Profondément déprimé à sa racine, le nez est souvent plus large que haut; limité latéralement par deux sillons obliques, il apparaît, chez les Pygmées typiques, comme un large triangle planté sur le visage. Quant à la bouche, plus large que dans une quelconque des autres races, elle n’a pas les
- Fig. 2. — Détails de la fabrication d’un pagne d’écorce.
- a) Sur la partie de la branche qui doit être utilisée, la couche superficielle de l’écoree est enlevée sur une longueur de 60 cm. En haut, l’écorce est dégagée du cœur par une section circulaire ; une fente longitudinale est faite avec un silex ; b) Des coups de marteau frappés à droite et à gauche de la fente commencent à détacher la partie supérieure de l’écorce ; c) La fente longitudinale est poussée de plus en plus bas ; le martellement continuant, l’écorce continue à se détacher ; d) L’écorce s’est soulevée sur toute la partie nettoyée ; une section circulaire, en bas, permet de l’enlever. La lame ainsi obtenue sera placée sur une pierre plate et frappée pendant plusieurs heures avec le marteau jusqu’à ce qu’elle soit devenue aussi souple qu’une pièce d’étoffe.
- lèvres éversées des Noirs, mais des lèvres minces, guère plus épaisses que chez nous; leur couleur tire sur le rouge au lieu du violet. Quand on regarde de profil celle du haut, on constate que de son bord libre à la base du nez, elle décrit une courbe convexe, alors qu’elle est concave normalement chez l’homme.
- Vêtements et parures.
- Certains auteurs ont écrit que les Pygmées vivaient nus. C’est une erreur. Même chez les peuples les plus primitifs, la nudité est toujours exceptionnelle. Mais l’habillement des Bakà est réduit à bien peu : un pagne fait d’une bande d’écorce assouplie, que l’on passe entre les jambes et qu’on fixe, en avant et en arrière, en la glissant sous une ficelle qui sert de ceinture.
- Ce pagne d’écorce est général chez les habitants de la forêt. Fabriqué suivant une technique spéciale (fig. 2), il se porte jusqu’à ce qu’il tombe en lambeaux. Alors on s’en fait un autre; la garde-robe, dans ces conditions, n’est pas bien embarrassante. Le rêve de tout Bakà est maintenant de remplacer ce pagne par un pagne de coton, à l’imitation des Noirs, voire, luxe vestimentaire inouï, par un pantalon. Bien peu arrivent à réaliser ce désir.
- S’ils ne sont vêtus que de leur pagne, les hommes, lorsqu’ils se déplacent, emportent trois objets qui leur sont indispensables : leur lance, qu’ils tiennent de la main droite, leur hache qu’ils accrochent à leur épaule gauche, enfin, suspendue derrière leur dos par un cordonnet, une sacoche en peau de gorille ou de chimpanzé qui contient leur briquet à faire le feu. Cet ensemble ne se rencontre pas chez les autres Pygmées; il est caractéristique des Bakà.
- Quant à. la parure, elle n’a guère l'occasion de se manifester autrement que par quelques tatouages. Les femmes cependant se percent souvent la lèvre supérieure et, dans le trou ainsi créé, placent une tige colorée, tantôt verte, tantôt rouge, au gré des caprices du moment : décoration qui a L’avantage d’être peu coûteuse.
- L’habitation et le campement-
- C’est un dur labeur d’arriver à un campement pygmée. L’étroite piste qui y mène est généralement dissimulée. Elle commence derrière une plantation ou près d’une clairière, à distance des grandes pistes des Noirs, de sorte que ceux qui circulent sur celles-ci n’en soupçonnent pas l’existence. C’est une sente tortueuse, à peine tracée sur le sol encombré de la forêt. En raison de l’habitude qu’ont les Pygmées de marcher les pieds dirigés en avant et en posant ceux-ci l’un devant l’autre, elle a juste la largeur du pied. Elle est parsemée de branches mortes, de troncs d’arbres tombés; des lianes y pendent jusqu’à un mètre du sol. La suivre est pour l’Européen une pénible gymnastique. Les Pygmées s’y meuvent cependant à une allure déconcertante et y circulent, de leur souple pas de course, aussi à l’aise que sur une grande route.
- Après une ou deux heures de marche, plus quelquefois, on tombe brusquement sur le campement. Dans un coin de forêt à peine débroussaillé, à l’abri des grands arbres qui déploient leurs branches à 5o m de haut, ce sont quelques huttes, 8 à 10 d’habitude, en forme de coupoles arrondies, disposées irrégulièrement autour d’un espace central, l’espace de la danse.
- Ces huttes des Bakà sont très caractéristiques. Elles ont un type primitif, général autrefois chez tous les Pygmées de la forêt équatoriale, mais que beaucoup maintenant abandonnent pour des cases rectangulaires à la manière des Noirs. Haute de i,5o m à 2 m, large de 2 m, la hutte est l’œuvre des femmes. Sa construction n’exige pas plus de deux heures : des branches d’arbres sont plantées en terre par leurs deux bouts, formant une série d’arceaux que des lianes unissent en un treillis solide. Le tout est tapissé extérieurement de feuilles qui obturent les interstices et empêchent la pluie de pénétrer. Un orifice de 70 cm de haut sert de porte; on le ferme la nuit avec quelques branches, de peur des. panthères.
- L’ameublement des huttes est aussi sommaire que possible. Un léger creux dans le sol, garni de feuilles de fougère, représente le lit; un rondin à un bout sera l’oreiller. Au centre de la hutte, quelques bûches brûlent en permanence au-dessous d’une claie où se boucane la viande. Rien de plus : ni table, ni chaise, ni ustensile quelconque. Les Ba-Binga de la Sangha, sous l’influence des Noirs, commencent à utiliser la poterie. Quelques-uns se sont fait des sièges rudimentaires. Tous ces pauvres perfectionnements, les vrais Bakà les ignorent encore.
- La famille et la société.
- Figr. 3. — Marteau
- d’ivoire à travailler l’écorce.
- Il est fait d’une défense d’éléphant dont la partie agissante a été incisée en quadrillés. Maintenant que l'ivoire est devenu plus rare, les Pygmées font souvent leurs marteaux avec un os d’éléphant ou simplement du bois.
- Chaque hutte abrite un ménage. Les Pygmées, en principe, sont monogames..
- On a voulu interpréter ce fait comme une
- preuve de supériorité morale. Il n’en est rien. Si le Bakà n’a qu’une femme, c’est que, vivant essentiellement de la chasse, il lui est déjà bien assez difficile de trouver chaque jour le gibier nécessaire à son unique ménage. La polygamie est un luxe de riches. Elle a sa raison d’être chez les Noirs agriculteurs, où chaque femme représente un nouveau travailleur pour les champs. Elle ne se conçoit pas chez un peuple chasseur.
- Le mariage est assez tardif : 20 ans pour les jeunes filles,
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- 24 à 25 ans pour les jeunes gens. Primitivement, semble-t-il, le fiancé ne donnait pas de dot aux parents de sa femme; les jeunes époux s’installaient un certain temps dans le campement de ceux-ci et le gendre chassait pour ses beaux-parents. Petit à petit, et à l’imitation des Noirs, l’usage s’est établi de verser une indemnité. Mais la nature de celle-ci évolue : au début, le prétendant devait tuer un éléphant. Comme un tel gibier devient moins fréquent, on se contente généralement de deux sangliers. Plus civilisés et commençant à connaître la valeur de la monnaie, les Bakà de l’Est préfèrent parfois quelque argent : 5o francs en moyenne. Mais, dans certains cas, la dot est constituée par un objet particulièrement rare et précieux comme une bouteille vide !
- Les Pygmées ont beaucoup d’enfants. Malgré la grande mortalité de ceux-ci, les familles de 5 à 6 enfants ne sont pas rares. Tant qu’ils sont jeunes, ces enfants vivent dans la hutte de leurs parents. Vers io ans, ils se construisent des huttes spéciales : une pour les garçons, une pour les filles. Bâties sur le type des autres, elles sont seulement plus petites, ne dépassant pas i m de haut. Inutile de dire que l’ameublement n’y est pas plus perfectionné : quelques feuilles sur le sol pour servir de lit, et c’est tout.
- Il y a peu de temps encore, les Bakà n’enterraient pas leurs morts, mais ils les fuyaient, car ils en ont peur. Dès qu’un homme était décédé, on abattait sa hutte sur le cadavre. On avait soin, durant cette opération, de rester derrière la hutte et de ne pas passer devant la porte, de crainte d’être saisi par le mort. Tous les habitants du campement abandonnaient ensuite celui-ci, partant en évitant de se retourner, et allant construire un autre camp, parfois dans la même région, parfois beaucoup plus loin.
- Actuellement, et à l’imitation des indigènes, les Bakà enterrent généralement leurs morts : ils les enterrent dans leur hutte, dans un trou profond où le cadavre est mis debout. Il est rare qu’ils pratiquent eux-mêmes ces ensevelissements; ils en chargent des Noirs, qu’ils récompensent par de la viande. Les armes du mort sont laissées dans la hutte qui, suivant l’ancienne coutume, est abattue et le campement est toujours abandonné.
- La famille est l’unité sociale essentielle des Pygmées. L’ensemble des familles habitant un même camp, obéit à un des hommes que l’on considère comme le chef, mais son autorité est très restreinte. Chacun, s’il le veut, peut partir et aller s’ins-
- taller dans un autre. D’autres fois, c’est tout le campement qui se dissout, chaque famille va de son côté. Plus souvent, le campement entier se déplace. Pour une raison quelconque, la mort d’un des leurs, une discussion avec les indigènes voisins, sans raison apparente parfois, tous les Pygmées quittent le camp et vont ailleurs s’en contruire une autre. Comme ils ne possèdent rien, comme il suffit de deux heures pour édifier une hutte, un tel déménagement n’est pas chose complexe.
- Qu’importe d’ailleurs aux Bakà d’être ici ou là ? La notion de lieu n’a pas plus de valeur pour eux que celle de temps. Du moment qu’ils sont dans la forêt, ils sont chez eux et cela leur suffit.
- La vie journalière.
- La vie de tous les jours chez les Bakà est simple. Comme dans beaucoup de sociétés primitives, elle a à sa base une stricte division du travail. A l’homme incombent la chasse, le travail du bois, celui de l’écorce; c’est encore lui qui a la prérogative de faire le feu. La femme s’occupe des soins ménagers; elle construit la hutte, elle va à la recherche des tubercules ou des fruits; elle seule pratique la pêche.
- Le matin, dans la forêt, il fait froid, un froid relatif qui ne descend jamais au-dessous de i6° à i8°, mais est d’autant plus pénible pour les Pygmées qu’à ce moment une brume s’élève du sol dans l’air saturé d’humidité. Frileusement, tous se recroquevillent autour de leurs foyers.
- Ce n’est que vers io h, quand le soleil a échauffé l’atmosphère, que l’activité commence. Les hommes partent à la chasse. Les femmes ne vont pas tarder à sortir aussi. Accompagnées des enfants, elles vont en groupe, creusant le sol à l’aide d’un bâton à pointe fendue pour trouver les tubercules qui, avec la viande de chasse, formeront l’essentiel des repas. Elles récoltent aussi des fruits comestibles, — mais il y en a peu en forêt, — des champignons ou de petits animaux : serpents, chenilles. Les enfants les aident dans cette besogne; dans la poursuite incessante de la nourriture que représente la vie des Pygmées, on n’est jamais trop de monde.
- Parfois les femmes se livrent à la pêche : arrêtant par un barrage le cours d’un petit ruisseau, elles récoltent, dans les flaques restées dans la partie mise à sec, les poissons qui s’y sont réfugiés. Elles les font cuire aussitôt, utilisant pour allumer leurs bûches un tison qu’elles ont apporté avec elles, car
- Fig. 4-5. — Deux stades de fabrication d’une hutte.
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- seuls les hommes ont des briquets et peuvent produire le feu. Le poisson, une fois prêt, est- consommé sur place. Jamais on ne le rapporte au campement.
- Une nourriture très appréciée des Pygmées est le miel. Mais les ruches sont souvent très haut dans le tronc de grands arbres. Le Pygmée sait les découvrir, soit qu’il remarque aux pieds des arbres des débris de cire, soit qu’il suive un curieux oiseau, le coucou indicateur, qui, très friand de larves d’abeilles, va au devant des hommes, puis saute de branche en branche en poussant un eri spécial, jusqu’à ce qu’il arrive à l’arbre qui recèle une ruche.
- L’habileté du Pygmée à grimper est extraordinaire. Se ceinturant au tronc à l’aide d’une liane et s’aidant de sa hache avec laquelle il taille de temps en temps des encoches, il arrive en quelques minutes en face de la ruche. Une poignée de feuilles sèches à laquelle on met le feu enfume les abeilles. Le miel recueilli est conservé dans un seau d’écorce dont les fentes ont été colmatées avec de la résine.
- Le soir, toute la famille se retrouve au campement. Si la
- chasse a été heureuse, on se réjouit, car le repas sera copieux. Sinon, on se contente des tubercules récoltés par les femmes. Ce sont elles qui font la cuisine, cuisine bien rudimentaire puisque les Bakà n’ont ni poterie, ni ustensile. La viande est directement gi’illée sur le feu. Souvent elle est tout juste cuite. Parfois elle est en partie corrompue : les Pygmées, comme les Noirs, sont indifférents à ce détail. Quant aux racines ou aux tubercules, ils sont cuits dans la cendre chaude ou encore enveloppés de feuilles et enterrés pendant deux ou trois heures juste au-dessous de l’emplacement où on fait le feu. Une fois servi, chacun tourne le dos aux autres et mange sa part. Les ongles jouent un grand rôle dans ces repas où couteaux et fourchettes sont inconnus. Les déchets de nourriture sont simplement jetés en dehors de la hutte. Aussi les mouches fourmillent-elles dans les campements.
- (à suivre.)
- II. Y. Vallois,
- Directeur de l’Institut de Paléontologie humaine.
- LES CONDUITES FORCÉES DU
- BARRAGE DE GÉNISSIAT
- On sait que le barrage de Génissiat que la Compagnie nationale du Rhône achève, et qui sera le plus important d’Europe, comporte une usine qui lui est directement accolée et qu’alimentent des conduites noyées dans la maçonnerie du barrage.
- Chacun des six groupes turbo-alternateurs de 65 ooo kW que comprend cette usine (fig. i) possède sa conduite distincte; toutes les six sont établies de la même façon : leur longueur est de 5i m; elles sont certainement parmi les plus importantes qui aient été construites jusqu’ici; leur poids total atteint, en effet, 2 ooo tonnes.
- Leur diamètre intérieur est de 5,75 m. Elles sont formées de viroles de 3 m de longueur soudées à l’arc, l’épaisseur des tôles allant de i5 à b mm. Ces épaisseurs ont été déduites de calculs
- ayant trait aux pressions à supporter et aux efforts provenant des changements de direction de l’eau; à la base des conduites, la pression maximum peut être de 86 m.
- Chaque virole a été renforcée par quatre couronnes en treillis, de 7,80 m de diamètre extérieur, fixées par soudure (fig. 2). Le poids
- de chaque virole munie de ses éléments de renforcement varie de i5 à 3o tonnes.
- Les tronçons des viroles sont assemblés au moyen de couvre-joints boulonnés. Les joints longitudinaux des conduites sont rivés avec recouvrement, un cordon de soudure étant établi pour assurer l’étanchéité.
- Les six conduites sont liées à la masse du barrage de façon à intéresser la maçonnerie à la résistance aux efforts permanents, intermittents ou exceptionnels.
- Sous peu, l’une de ces conduites sera mise en service puisqu’on espère que le premier groupe turboalternateur tournera avant la fin de l’année, amenant une productivité annuelle de 55o millions de kilowatts-heure. y q
- Les conduites forcées de Génissiat ont été construites par les Établissements Bouchayer et Vialet, de Grenoble.
- 1 zaoo
- Fig. 2. — Coupe à travers une conduite.
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- Fig:. 3. — La construction des conduites 2 et 3.
- Climat et fertilité
- On sait que notre confrère anglais Nature publie dans chacun de ses numéros une lubrique intitulée « Letters to the Edi-tors » qui groupe, en fait, des communications d’un grand intérêt scientifique. Le hasard a rapproché deux notes qui posent une fois de plus la vieille question de l’influence du milieu sur le développement de l’être vivant, à propos des veaux et des moutons.
- MM. Richard Phillips et J. L. Davies de l’University College of Wales, à Aberystwyth, ont remarqué que les ventes de veaux au Ministère du Ravitaillement, dans les centres de rassemblement de l’Ouest du Pays de Galles, contrôlées depuis 1943, diminuent chaque année durant l’automne, à mesure qu’on s’éloigne de la pointe Ouest, au climat marin, pour aller vers l’Est et le Nord. La température de l’hiver y est très douce, comme dans notre Bretagne et la moyenne do janvier dépasse + 7° à la côte et + 5°o dans la région où les veaax sont les plus nombreux de septembre à décembre, par rapport aux autres mois. Bien entendu, les ramassages de lait montrent les mêmes différences et la production laitière de décembre, comparée à celle de septembre, baisse à peine à l’Ouest et se réduit do près de moitié à l’Est. On ne peut attribuer ces écarts à dos variations des pratiques d’élevage et force est de chercher leur explication dans les conditions climatiques D’ailleurs on a déjà soutenu en Grande-Bretagne que la fertilité et la durée de la période d’accouplement varient au cours de l’année selon la température et l’ensoleillement.
- M. N. T. M. Yeates, de l’École d’Agriculturc de Cambridge, a observé des moutons. Ceux-ci s’accouplent en Angleterre pendant l’automne et l’hiver ; transportés dans l’hémisphère Sud, ils changent de date et s’adaptent aux saisons inversées. On a expliqué cette activité saisonnière par la durée des joursi la lumière excitant la sécrétion du lobe antérieur de l’hypophyse qui stimule le déclanchement de l’activité sexuelle. M. Yeates a expérimenté sur un troupeau très fertile ; les accouplements commencent en septembre, 10 à 14 semaines après les plus longs jours et continuent pour les femelles non fécondées jusqu’à la fin de mars, 10 à 14 semaines après les jours les plus courts. Les mêmes moutons, soumis d’octobre à janvier à un éclairement électrique croissant cessent de s’accoupler deux mois plus tôt, mais toujours 10 à 14 semaines après le minimum d’irradiation lumineuse. D’autres ont été conservés à l’obscurité ou éclairés artificiellement en d’autres saisons. Tous ont été sensibles à la durée du jour, tous ont modifié ou même inversé leur saison de reproduction quand on trouble le rythme naturel.
- Voilà deux exemples intéressants de l’influence de facteurs du milieu extérieur sur l’activité sexuelle d’animaux domestiques. Ils viennent prendre place dans les longues discussions des biologistes sur la réalité et les causes de l’adaptation. Et aussi, ils peuvent avoir d’heureuses conséquences pour les problèmes plus pratiques du ravitaillement.
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- LE POUDRAGE ÉLECTRIQUE DES VÉGÉTAUX
- Pour lutter contre les insectes nuisibles ou contre les maladies que contractent souvent les végétaux, il y a lieu d’employer des poudres diverses, talc, ou kieselguhr supportant une matière active, D.D.T., soufre, sels de cuivre, etc... et le problème qui se pose est de répartir ces produits aussi uniformément que possible sur les feuilles, les fruits ou sur les insectes, sans en envoyer une trop grande partie à terre. Il faut, en outre, que les poudres adhèrent suffisamment pour résister au vent ou, simplement, à la pesanteur.
- Lorsqu’un courant gazeux, chargé de poussières électriquement neutres, heurte un objet, les plus gros grains peuvent, à cause de leur inertie, aller frapper l’objet, tandis que les poussières les plus fines suivent les filets de gaz et ne se déposent pas. C’est ce qu’ont observé les physiciens qui se sont préoccupés de mesurer le diamètre des gouttes de brouillard en s’efforçant de les déposer sur une plaque huilée, ou sur un réseau de fils fins. Les gouttes les plus fines, échappent à l’observation, car elles contournent les obstacles qu’on leur présente.
- La nécessité de créer une force d’attraction entre les corpuscules et la feuille vient donc tout naturellement à l’esprit et l’on est conduit à utiliser des poudres chargées d’électricité, qui sont attirées par les végétaux, que l’on peut considérer dans ce cas, comme des conducteurs placés au potentiel du sol.
- Les mêmes considérations ont permis d’améliorer d’une manière importante le rendement de la peinture au pistolet en chargeant les gouttelettes de peinture au moment de la pulvérisation.
- . Deux charges électriques de signes contraires s’attirent en raison inverse du carré de leur distance. C’est la loi de Laplace, qui, jointe au phénomène de polarisation par influence, est bien connue des écoliers qui frottent leur stylo sur leur manche
- pour capter ensuite de petits bouts de papier.
- Lorsqu’une charge électrique A arrive au voisinage de la surface d’un corps conducteur neutre, les charges libres de ce dernier se déplacent sur sa surface et créent un champ qui semble provenir d’une charge B fictive (fig. i), de signe contraire, symétrique de la première par rapport à la surface du conducteur.
- C'est ce qu’on appelle l’image électrique de la charge A. Tout se passe comme si la charge A était attirée par son image B selon la loi de Laplace.
- Par suite, une particule chargée, arrivant près d’une feuille, est attirée vers elle d’autant plus qu’elle en est plus voisine. Lorsqu’il y a contact, la force subsiste un certain temps, car la particule, qui est isolante, ne se décharge pas immédiatement. 11 y a donc une bonne adhérence électrique, que les spécialistes estiment être d’environ ioo fois le poids de la particule. Cette adhérence électrique provisoire permet aux autres forces de
- jouer pour créer ensuite une adhérence mécanique durable.
- De plus, puisque deux charges de même nom se repoussent, les amas de grains se brisent dès l’électrisation et la poudre se trouve réduite à l’état de grains individuels.
- Pour la même raison, la présence sur la feuille de grains restés partiellement chargés, oblige les nouveaux grains à se fixer sur les régions encore libres, même s’ils doivent, pour cela, se loger sous la feuille. Il en résulte une très bonne uniformité de répartition sur les deux faces des feuilles, alors que le poudrage ordinaire n’atteint habituellement qu’une face, pour la recouvrir d’ailleurs irrégulièrement.
- L’action attractive de la feuille ne se fait sentir qu’aux très petites distances, et la poudre risque d’être entraînée par le vent avant d’arriver au voisinage immédiat de la plante. Il ne suffit pas de charger la poudre. Il faut encore la placer dans un champ électrique qui ait pour effet d’exercer sur chaque grain, grâce, précisément, à la charge de celui-ci * une force assez importante pour le précipiter sur les végétaux à traiter.
- Ces deux problèmes : électrisation de la poudre et création d’un champ électrique convenable, ont été résolus de la manière suivante :
- Un courant d’air, créé par un ventilateur, entraîne les particules et les fait passer, au sortir de la tuyère, au voisinage d’un jeu de pointes ou, éventuellement, d’un fil fin tendu, porté à une tension de l’ordre de 5o ooo à ioo ooo Y par rapport au sol. Le champ électrique intense qui règne au voisinage de ces pointes est suffisant pour ioniser partiellement l’air. En d’autres termes, des électrons périphériques sont arrachés aux molécules d’oxygène et d’azote, qui se trouvent de ce fait, chargées positivement. Si le potentiel des pointes est négatif, les ions positifs formés sont attirés par elles et, à leur contact, récupèrent les électrons qu’ils avaient perdus. Par contre, les ions négatifs sont repoussés par les pointes, et vont électriser les grains de poudre qui passent au voisinage.
- Quant au champ électrique, il se trouve créé par le nuage de poudre lui-même. Ce nuage, en effet, contient une multitude de charges négatives et joue donc le rôle de l’armature négative d’un condensateur dont l’armature positive serait la plante. Il en résulte, entre ces deux armatures, un champ assez important. Il reviendrait au même de dire que ce sont ces charges négatives qui poussent devant elles les grains de poudre se trouvant à la base du nuage, de manière à les précipiter sur les végétaux (fig. 2).
- On pourrait croire qu’il est difficile d’obtenir en rase campagne une haute tension suffisante. En fait, les anciennes machines électrostatiques sont trop lourdes et possèdent un rendement beaucoup trop faible. MM. Néel et Felici ont repris ce vieux problème et l’analyse qu’ils en ont faite les a conduits à ima-
- Conducteur
- Fig. 1. — L’image électrique de la charge A.
- Nuage
- négatif
- 'v’wW-/ 77'/'/'/'/y?7 .
- Fig. 2. — Le poudrage électrique.
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- giner de nouveaux dispositifs dont le rendement atteint 80 pour ioo.
- Un petit modèle pesant 2 kg et consommant 5 W peut se manœuvrer à la main sans la moindre fatigue. Il est utilisé sur une poudreuse portative se fixant sur le dos. Un levier permet d’actionner à la fois le générateur de tension et le ventilateur (fig. 3).
- D’autres modèles plus puissants peuvent donner, par exemple. 200 W sous x xo 000 V, mais ils se montent alors sur une machine agricole et sont entraînés par un moteur ou par les roues de la machine.
- Le poudrage des végétaux n’a évidemment pas encore atteint sa mise au point définitive, mais le procédé fonctionne et donne des résultats satisfaisants.
- Il convient de rendi'e hommage ici à la ténacité de MM. Hampe et Truffaut qui, après une dizaine d’années d’efforts, sont parvenus à doter l’agriculture d’une technique nouvelle et nécessaire dont nous bénéficierons tous.
- M. Pauthenier, spécialiste des hautes tensions, directeur de laboratoire au Centre national de la Recherche Scientifique, et M. Dubois, son adjoint, ont également participé à ces recherches et les résultats atteints prouvent une fois de plus qu’une collaboration bien comprise entre savants et ingénieurs est toujours extrêmement féconde.
- B. Persoz.
- L'ANNÉE MÉTÉOROLOGIQUE 1947
- L’année météorologique 1947 (décembre ig46 à novembre 1947 inclus) a été, comme les précédentes, une année très chaude et très sèche. Pour la température, elle vient immédiatement après l’année 1946, qui présentait la moyenne la plus élevée atteinte depuis 26 ans.
- En 1947j cette moyenne est, à l’observatoire de la Guette, à l’Isle-sur-Serein (Yonne), de i2°93 alors que l’an dernier, elle atteignait i3°70, toutes deux très supérieures à la normale 9°7.
- Au cours de 1947, le mercure est monté 46 fois au-dessus de 3o° centigrades, ce qui est un record qui n’a pas été atteint depuis 5o ans, même l’an dernier. Le maximum absolu de l’année : 4o°8 (dépassé en certaines régions de la France métropolitaine de près de 20) le 27 juillet, et approché le 2 août (4o°2), n’a jamais été observé sous nos latitudes depuis 74 ans (1873).
- Du 22 juillet au 4 août, soit i4 jours de suite, on a enregistré des températures maxima oscillant entre 34° et 4o°8. Une nouvelle période de chaleurs torrides s’est montrée du 13 au 20 août (8 jours) avec 3i° à 38°. Enfin une troisième série de jours très chauds a eu lieu du ix au 20 septembre (10 jours) avec des températures de 3o° à 34°, chose rare aussi tardivement.
- L’hiver fut moyen. Température : 2°94 légèrement plus élevée que la normale (2°07). Minimum absolu : — 170 le 29 janvier. On compta 10 jours au cours desquels le thermomètre descendit à — io°, ce qui, dans la région, est normal.
- La dernière gelée printanière eut lieu le 11 avril avec — 20, et la première gelée automnale le 29 octobre, avec — o°8.
- Il y eut beaucoup plus de vent que d’ordinaire au cours de l’année 1947. Chaque saison a fourni un kilométrage de vent au moins double de la moyenne normale. Le printemps surtout, a fourni 24 365 km de vent passés contre la normale qui n’est
- que de 7 825 km. Pour l’ensemble des saisons, on a enregistré 71 o85 km au lieu de la normale 3i 270.
- Il y a lieu de remarquer que, contrairement à ce qui a été observé depuis 3o ans à l’Observatoire pour la région, le secteur Est (comprenant aussi Nord-Est et Sud-Est) a fourni un total extrêmement élevé de jours de vent au cours de cette année. Alors qu’habituellement, on n’enregistre qu’environ 1/8 du total annuel pour le secteur Est contre 5 à 6/8 pour le secteur Ouest (comprenant aussi Sud-Ouest et Nord-Ouest), on a compté, en 1947 : x63 jours de vent secteur Est et 171 jours de vent secteur Ouest, 12 jours de vent du Sud et 18 jours de vent du Nord. Il serait intéressant de rechercher la cause de cette curieuse inversion du régime habituel des vents qui s’est manifestée au cours de cette année anormale. On compta 46 journées orageuses (normale : 35). Pas de chutes de grêle. Pas d’orages violents ou dangereux dans la région même : 3 ou 4 chutes inoffensives de foudre.
- L’année 1947 aura été trop sèche pour se montrer favorable aux récoltes en céréales et en légumes. Il y a eu un assez grand nombre de fruits, mais ils se sont assez mal .conservés, pourrissant rapidement.
- Les vendanges furent très belles, en qualité surtout, et ont fourni un vin très riche en alcool. Abondance moyenne.
- La sécheresse fut très grande, comme au cours des années 1945 et 1946. On observa, en ig45 : 5x6 mm de pluie. En ig46. 708 mm et en 1947, 683 mm, alors que la moyenne normale dans nos contrées, est de 780 mm. La continuation du régime sec, qui a duré trois années successives, a contribué à vider puits, sources, rivières et étangs, créant une gêne considérable dans les campagnes dont le sol, perméable, ne retient pas l’eau de surface.
- Bidault de l’Isle.
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- 24 LES SOUFRES FRANÇAIS
- La question du soufre en France est née de la guerre Depuis longtemps déjà, on ne s’en sert plus pour la production de l’acide sulfurique qui est maintenant demandée aux pyrites, mais d’autres applications, notamment en agriculture, exigent de 8 ooo à io ooo t par an. Avant 1939, on les recevait d’Italie et d’Amérique.
- Quand s’ouvrirent les hostilités, les soufres exotiques n’arrivant plus, les stocks furent rapidement épuisés; force fut donc de nous rabattre sur nos propres ressources que jusque-là on avait à peu près complètement délaissées.
- Depuis longtemps, quatre régions étaient connues pour renfermer du soufre natif : Marseille, Manosque, Apt et Narbonne; toutes étaient couvertes par des concessions minières et dans toutes, des travaux avaient déjà été exécutés; mais on estimait que les minerais étaient à trop faible teneur et qu’ils n’étaient pas suffisamment abondants. C’est à peine si en Vaucluse, on en produisait quelques milliers de tonnes annuelles, absorbées par la viticulture et encore fallait-il, le plus souvent, enrichir les minerais français par un apport de soufre pur étranger. Nous verrons plus loin que cette pratique a permis de se rendre compte de certaines propriétés particulières des roches françaises et d’apporter de nouvelles conceptions en ce qui touche les soufres agricoles.
- Tous nos gisements sont du même âge géologique; ils sont constitués par des marnes gypseuses miocènes, qui, en certains points, ont eu leur sulfate de chaux transformé en soufre, sous l’action de matières organiques bitumineuses.
- Il en est résulté de véritables couches dans lesquelles le soufre apparaît en nodules ou en bancs stratifiés, avec des épaisseurs dépassant parfois 1 m et des teneurs allant de 10 à 3o pour 100. Un mot sur chaque gisement permettra de se rendre compte de leur importance respective.
- A Marseille, c’est la présence d’une source sulfureuse qui a
- Fig. 1. — Le forage dans une galerie souterraine (mines d’Apt).
- Fig. 2. — L’estacade à minerai (mines d’Apt),
- fait découvrir le soufre; la formation est encore très mal connue, car, malgré les deux concessions minières qui la couvrent sur 680 ha (concession des Accates et concession de Camoins), jamais des travaux importants n’y ont été exécutés. On a la certitude de deux couches de o,4o m à 0,60 m de puissance, avec une teneur de i5 pour 100 de soufre, mais rien ne prouve que le gîte se borne là.
- A Apt, où l’exploitation artisanale du soufre remonte à plus d’un siècle, on a affaire à quatre couches de o,5o m à 1,20 m d’ouverture et à teneur allant de 12 à 20 pour 100, disséminées dans les marnes. D’importants travaux miniers existent avec une usine de préparation parfaitement installée, qui comprend un poste transformateur de 200 kVA (avec moteur Diesel de secours de 110 ch) alimentant toute une série de concasseurs et de broyeurs à boulets ; ces derniers sont du type ventilé et permettent d’obtenir des poudres passant au tamis de 200 mailles. La capacité de l’usine est de 60 t par jour. Une évaluation officielle récente a conclu à une réserve de minerai de l’ordre de 25o ooo t, pour les 355 ha concédés (concession des Tapets et concession de Saignon), mais la formation solfifère s’étend peut-être sur une surface beaucoup plus vaste.
- Dans le vaste bassin à lignite de Manosque, on ne connaît les couches de soufre que dans la montagne de Biabaux où trois concessions minières ont été instituées (Bourne, Saint-Martin-de-Renacas, La Croupatassière) mais tout permet de supposer qu’elles existent également ailleurs. Diverses tentatives d’exploitation ont été faites jadis sans succès, car elles ne s’adressaient qu’à des minerais trop superficiels; par contre, des travaux récents ont démontré qu’un véritable faisceau gypso-sulfifère se poursuivait régulièrement sur une grande étendue; il comprend sept couches de soufre de o,3o m à 1,20 m de puissance et teneur
- Fig. 3. — Séchage du minerai à la sortie de la mine (mines d’Apt).
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- de io à 20 pour ioo et même 3o pour ioo, pour le septième banc. On est en train d’en organiser l’exploitation qui peut deyenir très importante, car les évaluations faites sur la zone concédée sont de l’ordre de 3 millions de tonnes de minerai.
- C’est dans le Narbonnais que le plus gros effort a été tenté. Bien que le soufre fût connu depuis longtemps dans l’ancienne carrière à plâtre de Malvézy, à 4 km au Nord-Ouest de Narbonne, il fallut un sondage pour pétrole, exécuté il y a une douzaine d’annces, pour se rendre compte de la valeur réelle de la formation. Les marnes voisines de la surface sont criblées de veinules de soufre permettant une exploitation à ciel ouvert d’un minerai à teneur de xo pour ioo et un puits poursuivant le gîte à 120 m de profondeur, y rencontre des minerais à 20 pour ieo.
- Malgré les difficultés inhérentes à la guerre et à l’occupation, l’extraction a été organisée sur pied industriel dès 19/13 et, aujourd’hui, le visiteur reste surpris devant l’ampleur des installations. La carrière est dotée de pelles électriques pouvant extraire d’un seul coup jusqu’à 1 200 kg de minerai; l’usine de broyage a une capacité de 1 5oo t par jour; elle est complétée par un atelier de flottation de 5o t à l’heure qui enrichit le minerai. Une partie de celui-ci est ensuite fondue dans des appareils spéciaux, où tout est prévu pour empêcher l’inflammation. Ensuite, par des mélanges judicieux pratiqués automatiquement, on arrive au soufre marchand à teneur de 3o pour 100. De telles installations qui ont exigé de très importants capitaux, n’ont été faites qu’api’ès s’être rendu compte des réserves sur lesquelles on pouvait compter; elles sont, d’ores et déjà, de l’ordre de 10 millions de tonnes de minerai.
- Comme on vient de le voir, nos ressources connues en soufre sont loin d’être négligeables et en supposant qu’on leur demande seulement de combler la moitié des besoins de notre agriculture, on en a pour 20 ans devant soi, sans compter les découvertes qu’on ne manquera pas de faire pendant ce temps.
- Fig. 4. — Concassage par vibro-crible (mines de Malvézy).
- À Apt, tout comme à Malvézy, on s’en est tenu au soufre agricole et ce sera certainement la même politique qui sera suivie à Manosque, quand ce gîte entrera en exploitation, C’est ce qui explique les teneurs respectives de 48 et 3o pour 100 qui ont été adoptées. Ces chiffres, d’ailleurs, ne sont pas dus au hasard, ils découlent, au contraire, de toute une technique qui a vu le jour à Apt.
- Lorsqu’on enrichissait les minerais vauelusîens avec des soufres jaunes, on avait fait diverses constatations. D’abord, on avait observé que le soufre pur se chargeant d’électricité au broyage, ne pouvait se réduire au delà d’une certaine finesse, qui, pratiquement, était le tamis à maille 100, tandis que les minerais d’Apt arrivaient facilement aux tamis à maille 200 et maille 3oo. On avait remarqué également qu’en ajoutant du soufre pur à ces minerais, cette même finesse pouvait être obtenue; de là. à voir une influence de la gangue, c’était la logique même.
- On est d’ailleurs fixé aujourd’hui et on sait que cette gangue, qui enrobe les minerais d’Apt, de Malvézy et de Manosque, n’est pas une terre quelconque, comme certains le prétendent encore, mais bien une substance qui possède des qualités sélectives vis-à-vis du soufre aussi bien que des hydrocarbures. On s’en est rendu compte pratiquement par l’expérience tentée pendant la guerre des soufres chargés : on obtenait ceux-ci en mélangeant des soufres jaunes à des matières finement broyées telles que la chaux ou le talc; on croyait obtenir des produits analogues à ceux des mines d’Apt. L’échec fut complet.
- D’autre part, il ne faut pas oublier que cette gangue, par sa nature bitumineuse, assure une adhérence aux poudres qu’on n’a jamais obtenue avec des soufi'es jaunes.
- Comme celle question du soufre est d’ordre national — elle a fait l’objet d’un débat à l’Assemblée Consultative provisoire le i5 mars ig45 — on ne s’est pas contenté des dires des producteurs et de l’opinion des viticulteurs, on a procédé à une série d’expériences dans diverses stations d’essais. Il y a été reconnu que le « soufre du minerai » — nom donné aux minerais français — possède des qualités de finesse, de mouillabililé et d’adhérence, qui en font un produit viticole de premier ordre; quant, à son efficacité, on a reconnu également que les mêmes résultats étaient obtenus avec 120 kg de soufre du minerai à 3o pour 100 ou 100 kg de soufre du minerai à 48 pour 100 ou 100 kg de soufre pur. Tout paradoxale que semble être celte conclusion, elle est cependant expliquée par ce que nous avons dit plus haut.
- Y. C.
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- L’ANTARCTIQUE
- Programme pour une expédition
- Les régions glacées arctique et antarctique font beaucoup parler d’elles et les expéditions s’y succèdent pour ainsi dire sans arrêt.
- Nous laisserons de côté l’hémisphère boréal pour ne nous occuper que de la zone polaire australe.
- L’antarctique est à l’ordre du jour et l’on peut estimer à une vingtaine le nombre des nations qui ont ou préparent des expéditions dans le Sud.
- On a prétendu qu’il s’agit d’une course pour s’emparer de certains gisements de terres rares qui présenteraient un intérêt de premier ordre, mais ce sont des fantômes dont la découverte reste problématique. J’estime plutôt que les nations qui s’intéressent à l’antarctique, en dehors de l’exploration proprement dite, de l’attrait des découvertes géographiques ou scientifiques dans une région inconnue ou à peine visitée, poursuivent le but de s’approprier une partie de ce vaste continent glacé, ne serait-ce que pour y créer quelque poste permanent d’observation, quelque base aéronautique pouvant être, un jour ou l’autre, exploitée comme terrain de secours, comme relais, comme base de départ pour de futures expéditions à l’intérieur du continent.
- Les revendications actuelles.
- C’est l’Empire britannique qui semble s’être approprié la part de beaucoup la plus importante de cet énorme continent, dont le diamètre dépasse 4 5oo km; trois importantes tranches ont été prélevées, administrées respectivement par les gouvernements des îles Falkland, de la Nouvelle-Zélande, de l’Australie.
- a) Le secteur des îles Falkland (Falkland Islands Dependen-cies) s’étend du 20° au 78° de longitude W. : il a été défini par les lettres patentes des 21 juillet 1908 et 28 mars 1917 : il comprend notamment toute la région de la Terre de Graham et à l’est de celle-ci, la plus grande partie de la mer de Weddell dont les limites vers le Sud paraissent dépasser, avec la Terre de Coats, le 770 de latitude Sud.
- b) Le secteur de la Nouvelle-Zélande, connu sous le nom de « Fioss Dependency », est compris entre le i5o° W. et environ le i58° E. Définie par un ordre du Conseil du 3o juillet 1923, il comprend la grande barrière de Ross et les terres en bordure (Terre Victoria).
- c) Enfin, le secteur de l’Australie, connu sous le ncm de « Australian Antarctic Territory », créé par ordre du Conseil du 7 février xg33, s’étend du i58° au 43° E., comprenant notamment les Terres Victoria et de Wilkes.
- Dans l’antarctide sud australienne, une enclave d’environ io° (du i32° au i42° E.) appartient à la France. Elle correspond à la Terre Adélie découverte par Dumont d’Urville en i84o. Elle a été annexée par décret du ier avril 1924.
- Au Sud de l’Atlantique et de l’Afrique, la Terre de la Reine Maud, placée sous la souveraineté de la Norvège (décret du i4 janvier 1939), s’étendrait du 20° au 43° E.
- En outre, dans l’antarctide sud-américaine, le Gouvernement chilien, par décret du 6 novembre 1940, se reconnaissait des droits sur le secteur compris entre les 53° et 90° W. sans y avoir fait, à ma connaissance, la moindre expédition. Comme on peut le constater, ce secteur chevauche, dans la proportion des deux tiers, sur la tranche anglaise des Falkland.
- De son côté, et probablement dans l’intention de ménager ses droits, dès 1939, le Gouvernement argentin exerçait une active surveillance des Orcades aux Shetlands du Sud (Terre de Graham comprise), du 25° au 68° W., zone enclavée dans
- les dépendances anglaises dites des Falklands, et chevauchant aussi vers l’Ouest sur le secteur revendiqué par le Chili. Ces trois nations : Angleterre, Argentine, Chili, semblent oublier à leur tour que la France a largement contribué avec les expéditions de Charcot en 1903-1906 (Français) et 1908-1910 (Pour-quoi-Pas ?) à la découverte de ces terres australes et notamment de la côte ouest de la Terre de Graham, entre le 65° et le 70° (Terre Charcot) de latitude Sud.
- Enfin, d’après le docteur Bryan Roberts (1), depuis la première expédition antarctique de l’Amiral Byrd (1928-1930), les Etats-Unis n’ont pas encore revendiqué de territoires dans les régions explorées par eux. Cependant, le 7 décembre 1946, le Secrétaire d’Etat. Dean Acheson faisait savoir que son gouvernement n’avait reconnu aucune des revendications des autres nations dans l’antarctique et se réservait tous les droits qu’il pouvait avoir dans ces régions. Les États-Unis se contenteront-ils de l’antarctide Sud-Pacifique, du 90° au i5o° W., qui ne paraît pas, jusqu’ici, avoir de propriétaire ? Problème dont la solution nous dépasse.
- La dernière et formidable expédition de l’Amiral Byrd (ig46-1947) semble indiquer que la question du partage des terres glacées australes est loin d’être résolue. Il est probable que dans un avenir plus ou moins proche, elle sera mise à l’ordre du jour d’une conférence internationale groupant les nations participant ou ayant participé à l’exploration et à la connaissance de ce vaste continent.
- Ressources*
- Les recherches effectuées jusqu’ici ne paraissent pas avoir donné, du point de vue pratique, des résultats d’une grande importance.
- Le continent austral est impropre à la vie. Sur les terres presque uniformément recouvertes d’une carapace de glace, la flore est à peu près nulle (quelques mousses, lichens, algues, deux petites phanérogames). La faune terrestre n’existe pour ainsi dire pas : on ne trouve que des invertébrés minuscules en nombre très réduit. Par contre, dans les océans, la flore marine est assez abondante et le plankton, surtout pendant les mois d’été, se trouve en quantité à la surface de la mer. Cette circonstance explique que les mers antarctiques soient peuplées d’une quantité d’invertébrés marins, de poissons, de mammifères représentés par les baleines et les phoques et par des oiseaux, la plupart, manchots mis à part, grands voiliers, vivant des produits de leur pêche.
- Le principal revenu est l’exploitation de la baleine. La chasse à la baleine se poursuit chaque année durant les quatre mois correspondant à l’été austral, c’est-à-dire du début de décembre à fin mars, période durant laquelle la banquise se relâche suffisamment au large de certaines côtes pour permettre aux navires chasseurs, d’approcher. Durant cette période, la température se relève au voisinage de o°. La chasse est réglementée à la suite de décisions prises au cours d’une conférence internationale tenue à Washington en 1946.
- Les résultats des saisons de chasse sont très variables d’une année à l’autre : ils sont fonction, en dehors de l’importance numérique des cétacés, de l’armement plus ou moins moderne des navires et, plus encore, des conditions atmosphériques.
- Les navires baleiniers paraissent augmenter d’année en année : quinze compagnies ont pris part à la campagne ig46-ig47 : sept norvégiennes, trois dépendant de l’Empire britannique,
- 1. The exploration of antarctica. Nature, vol. 159, 22 mars 1947, p. 388.
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- une de l’Afrique du Sud, une des Pays-Bas, une de l’U.R.S.S., deux du Japon. U.R.S.S. et Japon faisaient campagne dans le Sud pour la première fois.
- La participation en nette progression des différentes nations à la campagne de chasse dans l’Antarctique (d’autres pays comme l’Argentine, le Chili s’y intéressent à leur tour et une compagnie chilienne existait déjà avant la guerre de 1914) est un indice certain de l’importance que les nations attachent à ces régions inhospitalières.
- En dehors des cétacés, il n’y a pas d’animaux d’une exploitation fructueuse. Les phoques, relativement peu nombreux, seraient rapidement décimés et en quelques années les pauvres manchots se trouveraient anéantis.
- Au point de vue du sous-sol, la proportion des terres reconnues est infime; tout l’intérieur est recouvert d’une immense carapace de glace dont l’altitude est voisine de 3 000 m; >rers le Nord, sur le pourtour, des nunataks et d’imposantes chaînes de montagnes, dont les sommets dépassent 3 000 et 4 000 m, sont entourés d’énormes glaciers. Une très faible partie des affleurements rocheux a pu être atteinte et étudiée au cours des différentes expéditions; les résultats obtenus sont encore minimes.
- Le 17 décembre 1909, Shakleton, au cours de son raid vers le Pôle, trouva, sur les pentes du mont Buckley, en bordure du Glacier Beardmore, par environ 85° S. et iG5° W., à une altitude supérieure à 2 000 m, six lits de charbon mélangés à du grès, chacun d’eux ayant une épaisseur de 2 m à 2,5o m, le mont Buckley étant un des derniers affleurements rocheux ou nunataks, avant l’inlandsis. D’autres affleurements ont été constatés en bordure sud de la Terre Victoria, dans les montagnes de la Terre de la Reine Maud ainsi que sur la Terre du roi George V. Ces découvertes sont sans doute l’indice d’abondants gisements qui peuvent se trouver fort éloignés à l’intérieur des terres, probablement en des points inaccessibles du continent, recouverts par l’inlandsis.
- Il a été trouvé un peu d’or et d’argent dans le secteur australien, de la galène et des pyrites à la Terre Mary Byrd, quelques pyrites de fer et de cuivre dans l’antarctide sud-américaine. Aucun minerai, aucune roche présentant de l’intérêt n’ont été découverts en quantité suffisante pour laisser prévoir une exploitation quelconque. Jusqu’ici, pas la moindre découverte de terres rares, de minerais radioactifs, de gisements de pétrole.
- Les explorations.
- La guerre n’a pas arrêté l’exploration de l’antarctique. En 1939-1941, l’Amiral Byrd poursuivit les belles découvertes, dans l’antarctide sud-américaine, de l’Anglais John Rymill (i935-1937), qui avait lui-même complété les découvertes de Charcot durant l’expédition du Pourquoi-Pas? Byrd constata que le grand fjord séparant la Terre Alexandre de la Terre de Graham, auquel Rymill avait donné le nom de détroit du Roi George V, est bien un détroit et il fixa les limites définitives de la Terre Alexandre vers le Sud et vers l’Ouest, tandis qu’il confirmait l’état insulaire de la Terre Charcot.
- L’Angleterre, elle aussi, continue à déployer une grande activité dans le secteur dépendant des îles Falkland et, en 1943, le a Colonial Office » mit au point un programme de recherches et de surveillance pour l’ensemble du secteur.
- Dès 1944, deux navires furent rattachés à la zone dépendant des Falkland : en février, une première base fixe fut installée à l’île Déception, tandis qu’une seconde base était créée à Port Lockroy (admirable mouillage au Sud de l’île Wieneke, découvert par Charcot lors de l’expédition du Français en 1904 et devenu depuis 19x0 station de baleiniers}.
- Au cours de l’été 1944-1945, trois navires assurèrent la surveillance et le ravitaillement des bases, tandis qu’un troisième poste fut créé à Hope Bay dans la péninsule de la Trinité, à l’est des îles Shetlands, en bordure du détroit de Bransfield.
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- La même année, une quatrième station fut installée à Sande-fjord Bay, sur l’île Coronation, aux Oi'cades du Sud.
- L’été 1945-1946 vit la flottille augmenter d’une unité, tandis qu’une cinquième base était installée au cap Geddes, sur l’île
- Limite des < secteurs
- Anglais (Falkland. Ne,!elélande . Australie.1
- ___ Argentin
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- Régions de l’Antarctique en partie explorées
- Fig. 1. — Continent Antarctique.
- Laurie (Orcades du Sud) et une sixième par environ 68° S. à 1 î'e Debenham, en bordure du fjord Amiral Nény, dans la baie Marguerite, découverte en 1909 par Charcot durant la campagne du Pourquoi-Pas?.
- Ces six bases forment un réseau de postes météorologiques reliés par radio aux Falkland : leurs observations permettent d’entreprendre une étude systématique du passage des dépressions dans une des régions les plus troublées de l’antarctique.
- En dehors de l’Angleterre, nous nous contenterons de rappeler la formidable expédition américaine de l’été 1946-1947» sous les ordres du contre-amiral Byrd, sur tout le pourtour du continent antarctique. Cette expédition, on s’en souvient, était divisée en trois groupes : celui du centre avec six navires dont un sous-marin, les groupes de l’est et de l’ouest ayant chacun trois navires dont un porte-avions.
- Sauf dans la mer de Weddell et jusqu’à l’ouest de la Terre de Graham, c’est-à-dire de la longitude o° Greenwich jusqu’au 70° W., des reconnaissances aériennes se sont poursuivies sur tout le pourtour du continent antarctique, probablement dans le but de délimiter ses côtes. De multiples vols ont eu lieu, en partant de la « Petite Amérique » (base de l’expédition) sur la Grande Barrière de Ross et les terres environnantes. Le pôle Sud a été de nouveau survolé et dépassé de plus de 100 km.
- La découverte la plus sensationnelle de l’expédition, à peu de distance de la côte de la Reine Mary, a été celle d’une véri-
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- table « oasis », sans végétation, sans vie apparente : vaste région estimée à près de 800 km2, totalement dépourvue de glace et de neige : entre les montagnes, de nombreux lacs bleus ou verts dont la vive couleur semble due aux innombrables algues vivant dans leurs eaux. Aucune explication de ce phénomène ne paraît, jusqu’à présent, avoir été trouvée.
- Une seconde expédition américaine, sous les ordres du Commandant Finn Ronne, avec l’appui de la Société de Géographie et d’organismes privés a établi sa base sur l’île Debenham (déjà signalée) dans la baie Marguerite où un groupe hiverne actuellement, à proximité de la station anglaise créée au cours de l’été 1945-1946.
- L’Argentine, de son côté, vient de remplacer le poste provisoire créé depuis de nombreuses années par. elle à la baie Sco-tia sur l’île Laurie, par un observatoire météorologique permanent. En outre, elle a installé une seconde station dans la baie Marguerite où se trouvent actuellement Anglais et Américains.
- A son tour, le Chili vient d’envoyer une mission à l’Ouest de la Terre de Graham, dans le secteur qu’il estime devoir lui être rattaché.
- Et, pour ces deux dernières nations, tandis qu’un officier de marine chilien prend part à l’expédition argentine, deux officiers de la marine argentine font partie de l’état-mâjor de l’expédition chilienne.
- En Australie, Sir Douglas Mawson se prépare à repartir vers l’antarctide australienne dans le but de rechercher une base pour l’installation permanente d’une station de recherches.
- La Nouvelle-Zélande compte coopérer avec le Canada, l’Afrique du Sud, l’Australie, la Rhodésie et les Falkland, à un plan international de recherches dans l’antarctique. Le programme des travaux à exécuter serait actuellement à l’étude. En Afrique du Sud, il vient d’être créé, sur l’initiative de la Société géologique sud-africaine de Johannesburg, un comité chargé de l’élaboration d’un programme de recherches dans l’antarctide sud-africaine. Il serait notamment question de l’établissement d’une base à la Terre de Coats. En attendant la réalisation de ce projet, de jeunes savants doivent accomplir des stages dans une des stations en fonctionnement dans le secteur des Falkland.
- Enfin, au point de vue international, un projet d’expédition anglo-suédo-norvégien est actuellement à l’étude. Il s’agirait d’une expédition dans le secteur à l’Ouest de la Terre de la Reine Maud, au Sud de l’Atlantique, région qui avait été survolée et photographiée par les Allemands en 1938-1939 et nommée par eux New-Schwabenland. L’expédition projetée ne partirait pas avant 1948 ou 1949.
- Par cette rapide énumération des expéditions en cours ou en
- préparation, il est facile de se rendre compte de l’importance attribuée, dans le monde entier, aux recherches relatives au continent antarctique.
- La Grande-Bretagne et ses Dominions préparent une unifica tion des efforts au Pôle Sud. Le « Scott Polar Research Insti-tute » et la Société royale de Géographie se sont entendus pour créer un comité de recherches antarctiques. Nous avons vu qu’un comité semblable venait d’être créé en Afrique du Sud. En somme, l’Angleterre se propose de créer une sorte d’institut Polaire. Le but est d’assurer l’éducation, l’instruction pratique des jeunes savants qui veulent se spécialiser dans les questions polaires et de les entraîner dans l’un des postes du réseau dépendant des Falkland.
- Tel est, très résumé, l’état actuel du point de vue mondial des expéditions et des projets relatifs au continent antarctique.
- Nous n’avons pas encore parlé de la France. A-t-elle l’intention de prendre part à la croisade antarctique ? Je crois pouvoir répondre par l’affirmative. La France se doit, avec l’Angleterre, les États-Unis, toutes les autres nations qui ont arraché ses secrets à ce vaste continent, de poursuivre l’œuvre de Dumont d’Urville et de Charcot et de reprendre une place de choix dans les expéditions scientifiques. Le gouvernement a reconnu l’importance d’une telle expédition, et le Conseil des Ministres du 28 février 1947 en a admis le principe.
- Le but sera l’exploration de la Terre d’Adélie, découverte il y a plus de cent ans par Dumont d’Urville, terre française, annexée par décret du ier avril 1924, qui n’a plus revu le pavillon français depuis sa découverte et qui vient d’être survolée en pointe par un avion de l’expédition Byrd jusqu’au 74° S.
- La Terre Adélie, dont la côte se trouve approximativement à la latitude du Cercle polaire s’étend environ du i32° au i42° E. sur une distance proche de 3oo km.
- L’expédition devra, avant tout, chercher une base fixe d’hivernage; en effet, la Terre Adélie est l’un des points les plus venteux du monde, les glaces y sont abondantes et les anses quelque peu fermées aux glaces de dérive y paraissent difficiles à trouver.
- En dehors de la station d’hivernage qui, il faut l’espérer, deviendra une base permanente venant s’ajouter au réseau des postes déjà créés ou en voie de création, — des raids aériens et à terre permettront d’étendre les recherches vers le Sud dans ce secteur, qui va en s’amincissant jusqu’au pôle, sur 2 5oo km.
- L. Gain,
- (à suivre.) Directeur adjoint de l’O.N.M. en retraite,
- Membre de l’Expédition antarctique française du « Pourquoi-Pas ? ».
- Métaux et céramiques réfractaires
- Les recherches sur les « supermétaux » et les céramiques réfractaires se poursuivent activement. De l'aboutissement de ces travaux dépendent le développement des turbines à gaz, des moteurs à réaction et l’utilisation pratique de l’énergie atomique. Ce sont les alliages spéciaux mis au point ces années dernières qui ont permis la construction des premières turbines à gaz. Ils peuvent supporter une température atteignant 830°. Les lois de la thermodynamique indiquent que les rendements des moteurs thermiques sont d’autant plus élevés que les écarts de température sont plus grands ; c’est pourquoi les ingénieurs et constructeurs réclament des matériaux susceptibles de travailler à des températures de plus en plus élevées.
- Les alliages réfractaires sont à base de chrome, de cobalt, de nickel et de fer additionnés de tungstène, de molybdène, de niobium, de tantale ou de titane. Les plus satisfaisants contiennent peu de fer, mais de 40 à 70 pour 100 de cobalt allié à des pro-
- portions variables des métaux cités plus haut. D’autres contiennent surtout du chrome (60 pour 100) allié à 13 ou 20 pour 100 de molybdène, le reste en fer et divers. Ces alliages, même les meilleurs, ne satisfont pas à toutes les exigences, notamment en ce qui concerne l’utilisation de l’énergie atomique ; cela a orienté les recherches vers des composés tout à fait différents, tels que des produits céramiques à base d’oxydes métalliques de béryllium, magnésium, aluminium, zirconium, etc., avec ou sans addition de silice. Ces céramiques réfractaires ont été étudiées en Allemagne et aux Etats-Unis. Leur stabilité à des températures de l’ordre de 1 000° et même supérieures est grande, elle est alliée à une bonne résistance mécanique, à des faibles coefficients de dilatation, et à un poids spécifique réduit. Elles sont obtenues par frittage des composants et leur préparation est difficile. Leur association avec les parties métalliques des turbines pose également des problèmes délicats.
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- LES TOCOPHÉROLS
- En 1935, on avait extrait et isolé de la vitamine de reproduction E, trois isomères parfaitement définis, les tocophé-rols a, P et y, qui en sont les principes actifs, et on avait réussi la préparation synthétique des deux derniers. Celle du locophérol a, et aussi de quelques-uns de ses esters, fut réalisée aux États-Unis en 1937 par l’Allemand Erhard Fernholz. Depuis, aux États-Unis, on a beaucoup étudié ces trois corps.
- Leur extraction et leur synthèse sont assez faciles et la matière première ne manque pas, car les trois tocophérols sont abondants, surtout dans l’huile du germe des céréales, les salades vertes, les graines oléagineuses, la banane, les agrumes, dans ..es graisses animales, le foie et les reins.
- Les tocophérols sont des composés organiques ternaires, apparentés aux glucides et à fonction alcoolique comme l’indique leur désinence ol; par suite, leurs esters sont assez nombreux, et ils participent de leurs propriétés. Tous trois sont liposolu-bles. Leur nom (detoxos naissance, et ®î1o'u, je porte) leur vient de ce que leur absence ou leur insuffisance dans la ration alimentaire provoque l’avitaminose E, cause de stérilité. Elle se traduit chez le mâle par l’absence de spermatogenèse, chez la femelle, par la non-conception, la résorption du fœtus, l’avortement à mi-gestation ou la mise bas de petits mort-nés. Si ces accidents se renouvellent trois ou quatre fois, la femelle est irrémédiablement stérile, meme si, ensuite, on lui administre des aliments riches en vitamine E.
- De là dérive une première application des tocophérols : ils confèrent aux bêtes sauvages la possibilité de se reproduire en captivité. Mais on vient de découvrir une autre application plus importante du point de vue pratique : ajoutés à petites doses aux matières grasses, ils retardent ou empêchent leur rancissement et leur appauvrissement en vitamine A.
- La reproduction des bêtes sauvages en captivité.
- Il y a une dizaine d’années encore, la reproduction en captivité de certaines bêtes sauvages était considérée comme presque impossible, sans qu’on sût d’ailleurs exactement pour quelles raisons. Leur stérilité avait bien été combattue, quelquefois avec succès, mais empiriquement, par exemple, chez la girafe et l’hippopotame, qui, autrefois, ne s’étaient jamais reproduits dans les zoos, et aussi chez l’éléphant d’Asie, qui, comme on sait, est une bête sauvage apprivoisée, mais non domestiquée, et tenue en liberté, surveillée.
- Les tocophérols d’origine animale ayant toujours figuré plus ou moins dans la ration des carnivores, leur stérilité n’était pas absolue dans les ménageries, les zoos et les fermes d’animaux à fourrure, notamment pour le lion et le renard. Mais il n’en était pas de même des herbivores. Depuis on y a pourvu.
- Le problème était d’importance en ce qui concerne l’éléphant qui est en voie d’extinction. Voici pourquoi. On utilise surtout sa grande intelligence, sa force herculéenne et la possibilité qu’on a de l’employer là où, comme dans la forêt vierge, aucune autre bête ne passerait et où aucun moyen de transport mécanique ne peut être établi, faute de pouvoir entretenir les pistes en bon état en raison de la rapidité avec laquelle elles sont envahies par la végétation luxuriante des tropiques. L’éléphant
- n’a d’ailleurs rien à craindre n’importe où, ni de quoi, ni de qui que ce soit, sauf de l’homme. Mais l’utilisation de l’éléphant apprivoisé est assez onéreuse (Voir La Nature, n° 3i49).
- En effet, adulte, il ne travaille que trois ou quatre heures par jour, et encore n’est-ce qu’à la fraîche, de grand matin. En revanche, c’est un grand mangeur, qui broute pendant 18 à 20 heures, même en travaillant s’il le peut; l’éléphanteau ne peut servir qu’à iG ou 18 ans; l’adulte doit être mis à la retraite au plus tard à 65 ans, parce que, au delà, il est cacochyme et paresseux; l’apprivoisement dure plusieurs années et, dans l’année qui suit leur capture, 35 à 4o pour xoo des éléphants meurent de la nostalgie des grands espaces libres. Sauf exception, l’éléphant au travail doit être accompagné d’un cornac et autant que possible, toujours le même; or, il devient de plus en plus difficile de recruter des cornacs. Il faut conduire la bête à la baignade presque tous les jours et ne pas la laisser s’y attarder. Enfin, on ne trouve plus à capturer une troupe d’éléphants sauvages qu’en allant la chercher bien loin, profondément dans la forêt vierge, ce qui n’est pas sans danger.
- Quoique l’éléphanteau tette pendant cinq ou six ans, il est avantageux qu’il naisse en captivité, car sa mère est son meilleur dresseur et le moins coûteux. Ces naissances sont maintenant plus fréquentes qu’autrefois ; on enregistre même assez souvent des jumeaux dans les parcs d’éléphants apprivoisés, et cela grâce à une alimentation rationnelle, plus riche en vitamine E. D’instinct, l’animal sait bien reconnaître et choisir parmi les plantes sauvages celles qui en contiennent; mais, autour des chantiers de travail où, entravé, on le laisse errer assez loin, il a tôt fait de faire disparaître celles qui lui conviennent. D’une façon ou d’une autre, il faut ajouter des aliments riches en tocophérols à la ration qui lui est distribuée C’est ce que l’on fait depuis peu.
- Au Congo, dans leur ferme d’élevage de Buta, les Belges, en procédant ainsi, auraient réussi, dit-on, non pas à apprivoiser mais à domestiquer vraiment l’éléphant d’Afrique, plus sauvage, plus vigoureux mais aussi beaucoup moins intelligent que celui d’Asie. Or, on l’a tellement pourchassé et on en a tant tué pendant deux siècles pour leurs seules défenses que son extinction était plus proche que celle de l’éléphant d’Asie.
- Conservation des matières grasses périssables et de leur vitamine A.
- On sait que les huiles végétales se conservent mieux que les matières grasses, huiles ou graisses, d’origine animale, et notamment le beurre; c’est à cause de leur plus grande altérabilité que celles-ci sont d’une assimilation plus facile; et c’est pourquoi aussi le beurre se conserve moins bien mais se digère mieux que l’oléomargarine.
- L’altération des matières grasses est un phénomène très général et qu’on retrouve dans les produits pétroliers (huiles de graissage ou pour transformateurs) et les caoutchoucs. Son mécanisme est le même quoique d’une intensité différente : c’est une oxydation progressive par l’air. On sait maintenant qu’il s’agit d’une autocatalyse : il se forme, d’abord très lentement et seulement au bout de quelques jours, des peroxydes organiques qui sont des catalyseurs d’oxydation; en s’accumu-
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- lant peu à peu dans la matière grasse, ils accélèrent de plus en plus sa vitesse d’oxydation ; elle se traduit par le rancissement quand elle est d’origine organique.
- En 1937, on a reconnu que si les huiles végétales se conservent mieux, c’est parce qu’elles renferment naturellement des tocophérols; il y en a aussi dans les matières grasses animales mais beaucoup moins. Dans les deux cas, l’altération ne commence que lorsque ces tocophérols ont disparu et ils ne disparaissent que lorsqu’ils ont été détruits par la vitamine de croissance A que renferment naturellement aussi, et plus ou moins, toutes les matières grasses n’ayant subi aucun traitement. La vitamine A, très facilement oxydable, est détruite en même temps.
- La source principale, et la plus abondante de vitamine A, est l’huile de foie de poisson. C’est de beaucoup la plus altérable des matières grasses animales. C’était autrefois la morue qui fournissait la vitamine A. Aujourd’hui, on s’adresse aussi aux grands requins, au flétan et à bien d’autres espèces. La conservation de ces huiles peut être assurée par l’addition de tocophérols.
- Comme le montre M. L. O. Boxton, de la National Oil Pro-
- ducts C°, de Harrison (New Jersey), qui a opéré sur les huiles de foie de requin et de flétan, les plus altérables de toutes, c’est le tocophérol y qui est le plus actif, et cela surtout au dernier stade de l’oxydation; le tocophérol (3 l’est un peu moins. L’isomère a est presque sans action.
- Ajoutés à la dose de 0,10 pour 100, les deux tocophérols actifs augmentent considérablement la stabilité de la vitamine A; la lécithine végétale (celle du soya par exemple), ajoutée à raison de 1 pour 100 l’exalte. Seule, elle est sans action. Aucune différence n’a été observée entre les tocophérols naturels ou synthétiques. Leur action est donc spécifique. On arrive ainsi à conserver dans les huiles étudiées jusqu’à 75 pour 100 de leur vitamine A après un mois d’exposition à l’air à la température de 35°.
- Le procédé paraît être d’une application générale et facile pour conserver toutes les matières grasses d’origine animale. Son mécanisme confirme une fois de plus l’interaction qu’on a constatée in vivo entre les différentes vitamines.
- Nicolas Flamel.
- NOS LECTEURS NOUS ' ÉCRIVENT :
- Une curieuse observation de nuages.
- Dans son numéro 3145 du 1er octobre 1947, La Nature a publié un article sur la pluie artificielle, illustré d’un cliché montrant l’effet d’un lâcher de neige carbonique sur une mer de nuages. Les gros cumulus étalés en tapis donnaient naissance au point touché par la neige carbonique à un véritable champignon d’explosion s’élevant à plusieurs milliers de mètres d’altitude.
- Cette vue m’a rappelé une observation presque identique, où la neige carbonique n’est pas en cause.
- C’était au Mans au début de l’été 1941, pendant l’occupation allemande. La Luftwaffe avait occupé l’ancien aérodrome du Mans au Circuit de la Sarthe et entretenait plusieurs groupes de Messer-schmidt 109, avions de chasse bimoteurs monofuselage, pas très rapides, mais excessivement maniables.
- De son côté, la R.A.F. anglaise venait très fréquemment avec des avions isolés, à très haute altitude, lâcher des bombes isolées sur le terrain, évidemment par principe, car les dégâts étaient nuis, comme les habitants du Mans le vérifiaient, en circulant en permanence sur la lisière du terrain bordée d’usines.
- Mais les pilotes allemands étaient en état d’alerte permanente ; et plusieurs fois, j’ai assisté d’assez près à des envolées en groupes des Messerschmidt en plein jour : les avions tournaient au-dessus du terrain ou s’écartaient en hâte et tous les Français comparaient le spectacle à celui des guêpes jaillissant de leur nid souterrain quand on a donné un coup de pied près de l’entrée. Une demi-heure après, les avions rentraient discrètement et tout se calmait. Bien entendu l’avion anglais avait disparu.
- C’est ce scénario qui s’est produit le jour de l’observation que je signale.
- Il faisait un temps magnifique, un dimanche autant que je me souviens, et vers 13 h, le ciel très dégagé ne contenait que quelques gros cumulus à base vers 300 m au plus et sommet probablement vers 1 000 m, nuages d’ailleurs très écartés les uns des autres. Vers 13 h, toute la ville entendit le vacarme des avions s’envolant
- en hâte, et je pus voir que la cause de l’alerte semblait être dans un des gros cumulus qui, à ce moment, survolait très lentement le terrain d’aviation. On pouvait voir les Messerschmidt tournoyer comme affolés autour du nuage, piquer dedans à toute vitesse, en ressortir en chandelle ou de travers, et recommencer leur manœuvre, spectacle véritablement très joli, mais qui devait être terriblement dangereux pour les pilotes.
- S’agissait-il d’un exercice ordonné par le commandement du camp ou d’une alerte ? Je ne l’ai jamais su, mais il était curieux d’observer les airs terrifiés des soldats et officiers allemands caser-nés en ville, qui suivaient le spectacle des fenêtres des maisons.
- Je pus alors observer que le nuage qui, à son arrivée, semblait avoir sa base vers 300 m et culminer vers 1 000 m se mit à bourgeonner et quand il s’écarta de l’aérodrome pour s’éloigner de la ville, il avait pris la forme d’une pyramide très haute à contours parfaitement nets et brillamment éclairés par le soleil ; sa pointe très aiguë devait se trouver probablement vers 3 000 m, d’après sa hauteur visible sur l’horizon et sa place probable sur le terrain.
- Mon point d’observation était à 4 km du terrain d’aviation *»t le nuage était à environ 5 km quand j’observai son sommet.
- Sur le moment, je ne m’étais pas expliqué le phénomène ; mais l’article de La Nature semblé donner la solution.
- Il est probable que le passage répété des avions dans le cumulus a déclenché une action semblable à celle de la neige carbonique. Je n’ai jamais su si il y avait eu de la pluie sous le nuage, car sa base m’était cachée par une des crêtes entourant la ville au moment où il s’éloignait.
- Le phénomène m’avait frappé puisque six ans après, je m’en souviens bien. Il est vrai que j’en suis encore à me demander pour quelle raison les Messerschmidt se sont livrés à ce manège, qui nous a toujours semblé anormal.
- H. Bucquet.
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- LA PRESSE SCIENTIFIQUE
- sous la Révolution française
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- Le départ n’est pas sans difficulté entre les publications scientifiques, instruments de travail des savants, la presse technique qui se préoccupe des applications des sciences à l’industrie, au commerce et à l’agriculture, la presse scientifique visant à la diffusion des sciences dans le grand public cultivé. Réserve étant faite sur la valeur absolue de toute classification d’ailleurs plus ou moins complète en la matière, nous pouvons dire qu’en 1789, le Journal des Savants (1), de i665, les Observations sur la physique, sur Vhistoire naturelle et sur les arts de 1762, le Journal de Médecine de 1754, la Gazette de santé de 1778, la Bibliothèque physico-économique de 1782, continuèrent à paraître et que les publications suivantes se créèrent au cours de la période révolutionnaire qui se termina en 1799 : les Annales de Chimie, en 1789; le Journal de Chirurgie, le Journal des sciences utiles, la Médecine éclairée par les sciences physiques, le Journal du Point central des Arts et Métiers, en 1791; le Journal d’histoire naturelle, le Journal des Sciences, Arts et Métiers, le Magasin encyclopédique, en 1792; le Journal du Lycée des Arts, en 1798; la Décade philosophique, en 1794; le Journal des Mines, le Journal d’agriculture et d’économie rurale, -le Bulletin de Littérature, des Sciences et des Arts, le Journal Polytechnique, le Journal des Artistes, le Journal des Inventions et des Découvertes, en 1795; le Journal de santé et d’histoire naturelle en 1796; la Décade Égyptienne, en 1797. Leurs respectives durées furent très inégales comme furent très différentes leur importance et leur présentation.
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- L’immense curiosité intellectuelle, principalement dans le domaine des sciences pures et des sciences « usageables » qui caractérisa de façon si singulière les années de notre histoire avant la Révolution engendra tout naturellement lorsqu’elle éclata une véritable effervescence des besoins d’information, de communication, de discussion que satisfirent précisément les journaux et les revues dont nous venons de donner la liste. Certes, en ces heures dures, la science maniérée qui s’était coulée dans les formes décadentes de l’Ancien Régime ne se manifesta plus ouvertement. Il en subsista toujours, mais très dilué, l’attrait des images pittoresques de l’observation première qui s’exerça en toute indépendance des événements politiques. Mais c’est vers les sciences appliquées que l’attention du public se polarisa, car il reconnaissait en elles le jaillissement originel de la puissance d’une nation victorieuse de ses ennemis de l’intérieur et de l’extérieur.
- Dans son numéro de novembre 1793, les Observations sur la physique, sur l’histoire naturelle et sur les arts publient un avis aux ouvriers sur la fabrication de l’acier qui est un article de vulgarisation de la sidérurgie écrit par Vandermonde, Monge et Berthollet pour l’instruction des citoyens, mais aussi pour apprendre « à l’Europe que la France trouve dans son sein tout ce qui est nécessaire à son courage ». La même année, la Bibliothèque physico-économique, orienta toute une partie de sa rédaction vers l’agriculture, car « nombre de citoyens ont (( acquis des terres dans le dessein de les cultiver ». La rédaction du Magasin encyclopédique fait savoir en 1795 qu’on insérera dans le journal les mémoires les plus intéressants sur toutes les parties des arts et des sciences en choisissant « surtout ceux
- 1. La création du premier journal scientifique, par Jacques Boyer. La Nature, 1" août 1947.
- qui seront propres à en accélérer les progrès. On y publiera les découvertes ingénieuses, les inventions utiles dans tous les genres. On y rendra compte des expériences nouvelles ». Les citoyens Barthélemy, Daubenton, Fourcroy, Ilaüy, Lacépède, Lagrange, Suard, Volney, s’intéressèrent à cette entreprise.
- Le 10 floréal, An II de la République une et indivisible, une « Société de Républicains » proclamant « que les lumières et la morale sont aussi nécessaires au maintien de la République, que fut le courage pour la conquérir » entreprit la publication de La Décade philosophique, littéraire et politique. Dans ses premiers numéros qui parurent pendant le premier semestre de l’année 1794, on trouva un article sur les nitrières et la fabrication du salpêtre, des vues générales sur l’histoire naturelle, des observations sur les abeilles, un exposé des nouvelles découvertes astronomiques de Lalande, des études sur le sommeil des plantes, sur l’origine et la formation du charbon de terre, sur les avantages de la culture des arbres étrangers. Et la Terreur sévissait! Pendant toute la période révolutionnaire, on y put lire des articles de Faujas de Saint-Fond, de Guyton de Morveau, de Fontaine, Lacépède, Darcet, Herschell, Thourn, etc.
- L’Agence des mines de la République fit paraître en septembre 1794 le Journal des Mines. « La liberté prête de nouvelles forces comme de nouvelles vertus aux peuples qui combattent pour elle. Le besoin de vaincre a retrempé le caractère des Français, leur découvre chaque jour des ressources inconnues. Si nous profitons mieux des dons de la nature; si nous comptons davantage sur notre sol et notre industrie, c’est à l’état de guerre que nous le devons. Ainsi des privations passagères nous assurent des avantages solides et durables », dit Charles Coquebert dans une déclaration liminaire approuvée par le Comité de Salut public. Le Journal des Mines était destiné à recueillir tous les renseignements relatifs à l’art des mines, mais, pour être en accord avec les vues des représentants du peuple, il s’efforça d’échauffer les coeurs « pour qu’une fermentation générale utile à cet art succède à son long engourdissement et fasse aimer l’état de mineur ». A la même époque, Borrely commença la publication du Journal d’Agriculture et d’Économie rurale et l’année suivante parut le premier numéro du Journal Polytechnique créé pour justifier l’emploi des moyens que la République fournit pour l’instruction des élèves de l’École centrale des Travaux publics, aussi pour « répandre des connaissances très utiles relatives aux arts et aux sciences » et provoquer « l’extension de leur domaine par des découvertes nouvelles ou des applications heureuses ». A côté des signatures de Lamblardie, Prony, Ballard, Barmel, Fourcroy, Chaptal, Guyton, Vauquelin, on y trouve celles de Monge et Berthollet qui voisinèrent avec les signatures de Fourier, Malus, Conté, Desgenettes, Dolomieu, Geoffroy Saint-Hilaire dans la Décade Égyptienne publiée en 1798 au Caire par Tallien sous les ordres de Bonaparte pour faire connaître l’Égypte à la France et à l’Europe et montrer « tout ce qui, dans ce pays, est du domaine des sciences, des arts, du commerce sous ses rapports généraux et particuliers, de la législation civile et criminelle, des institutions morales ou religieuses ». La presse scientifique française avait passé les mers.
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- Les droits de l’inventeur et du découvreur furent formulés avec une impressionnante netteté dès 1791 dans le Journal du Point central des Arts et des Métiers dont le premier numéro portait en exergue : « Le travail seul constitue une nation, lui
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- seul rend un. individu indépendant et libre ». La propriété de la pensée, y est-il écrit, « est aussi sacrée que celle de l’existence et les droits du génie, plus imprescriptibles même que les droits de l’homme, sont encore plus inviolables ». Le génie est hautement respectable, à la vérité n’est-ii pas le père des arts et des sciences ? C’est à lui seul que sont dues l’instruction et l’industrie, sources de toutes les prospérités. Dans ce journal, ainsi que dans le Journal des Sciences, Arts et Métiers, de 1792 furent défendues les idées qui nous sont familières des droits de l’inventeur, du brevet, d’encouragement et de récompense, d’organisation des recherches pour promouvoir découvertes et inventions, de diffusion des activités des travailleurs scientifiques et techniques. Un des principaux animateurs de ce mouvement, Charles Desaudiay, secrétaire général du Lycée des Arts, crée au mois d’août 1792, fit paraître courant 1793, le Journal du Lycée des Arts, puis, en 1795, le Journal des Artistes où il fut écrit : « Avouons de bonne foi que l’homme habile en théorie et qu’on appelait savant et l’homme savant en pratique qu’on appelait artiste, ont également besoin l’un de l’autre; et qu'aujourd’hui, ils ne doivent plus songer qu’à se réunir et à s’éclairer fraternellement ». D’ailleurs, ajoutait-on, les véritables génies sont les premiers à rechercher, à consulter, à considérer, à apprécier les ressources heureuses d’une pratique éclairée. Lavoisier, Darcet, Borda, Berthollet, Yicq d’Azir, Lamarck, Lalande, etc., se sont empressés de s’associer au Lycée des Arts avec les artistes qui s’y sont réunis uniquement avec
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- le but de contribuer au bien général et au progrès de l’art. Encore en 1795 et toujours autour du Lycée des Arts se créa le Journal des Inventions et des Découvertes. Dans un numéro de septembre, on trouve le texte d’un discours prononcé en 1793, à l’ouverture du Lycée des Arts par Fourcroy « sur l’état actuel des sciences et des arts dans la République française » et qui était en quelque sorte un hymne à « l’uion fraternelle des sciences et des arts ». Un numéro du mois d’octobre suivant contient un rapport élogieux de Lakanal à la Convention sur le Lycée des Arts, un des « phénomènes de la Révolution française », où sont remerciés pour le concours qu’ils lui ont apporté : Fourcroy, Daubenton, Lavoisier, Bertholet, Darcet, Lalande, Parmentier. Dans un autre numéro du même mois, le citoyen Dela-grange publia une étude « sur les progrès de la chimie et sur ce qu’elle doit aux travaux de Lavoisier ».
- Ce bref exposé de l’activité de la presse de divulgation des sciences pures et appliquées sous la Révolution française met en évidence un aspect bien intéressant de cette période étonnante de notre histoire dont l’illustre Biot, la jugeant sans aménité sous le Consulat, écrivit tout de même : « Que l’on parcoure les annales des peuples, que l’on rassemble, s’il le faut, plusieurs pays et plusieurs âges, on ne trouvera pas une nation, pas une époque où l’on ait tant fait pour l’esprit humain ».
- Albert Rang.
- LE CIEL EN FÉVRIER 1948
- SOLEIL : du 1er au 29, sa déclinaison passe de — 17°20' à — 7°53' ; la durée du jour croît de 9h21m à 10h35m. Diamètre apparent le ler = 32'30",92, le 29 = 32'20",06. —- LUNE : Phases : D. Q. le 2 à 0b31m ; N. L. le 10 à 3h2” ; P. Q. le 18 à D55“; P. L. le 24 à 17h16m ; apogée le 9 à 6h, périgée le 24 à O11. Principales conjonctions : avec Jupiter le 3 à 6h, à 3°16' N. ; avec Vénus le 13 à 12h, à 3°22' N. ; avec Uranus le 19 à 20h, à 2°44' N. ; avec Saturne le 23 à 13h, à 3°58' S. ; avec Mars le 24 à 2h, à 0°34' S. ; avec Neptune le 27 à 5h, à 1°24' S. Principales occultations (H. p. Paris) : le 10 de 0 Bélier (5m,8) immers, à 22h24in,l ; le 18 de u Taureau (4m,4) immers, à 18h53m,2 ; de 72 Taureau (5m,4) immers, à 19hllm,9 ; de 284 B Taureau (6m,0) immers, à 23h57m,9 ; le 19 de 879 BD+250 (Gra,3) immers, à 23h33m,0 ; le 20 de 125 Taureau (5m,0) immers, à 0h53m,5 ; le 24 de Mars ; le 26 de y Vierge (2m,9). — PLANÈTES : Mercure, plus grande élongation du soir le 4, à 1S°16' E ; Vénus, astre du soir, coucher le 6 à 20h16m, diam. app. 14",0 ; Mars, dans le Lion, en opposition avec le Soleil le 17, diam. app. 13",8, lever le 6 à 17h56m, le 18 à 16h42m ; Jupiter dans Ophiuchus, visible le matin, lever le 6 à 4h6m, le 18 à 3b2Sm, diam. pol. app. le 18, 32",4 ; Saturne dans le Lion, en opposition avec le Soleil le 9, diam. pol. app. : globe 18",2, anneau gr. axe 45",7, petit axe 11", 1 ; Uranus, dans le Taureau, passage
- au méridien le 1er à 20h34m, diam. app. 3",8 ; Neptune, dans la Vierge, passage au méridien le 1er à 3h59m, diam. app. 2",4. — ÉTOILES VARIABLES : Minima observables d'Algol (2m,2-3m,5) : le 1«- à 18h51m, le 13 à 6ho™, le 16 à 2b54m, le 18 à 23M2™ le 21 à 20h31m, le 24 à 17h21m ; Minima de [3 Lyre (3m,4-4m,3) le l(j à 2», le 22 à 24i. — ÉTOILE POLAIRE : Passage inf. au méridien de Paris : le 10 à 4h20m36s, le 20 à 3h41m5s.
- Phénomènes remarquables. — La Lumière cendrée de la Lune à observer le soir du 13 au 15 ; la Lumière zodiacale, le soir après le crépuscule, à l’Ouest, du 7 au 15 et les 28 et 29 ; la Lueur anti-solaire vers minuit, dans le Cancer, du 7 au 13 ; l’occultation de y Vierge (2“,9) le 26, imm. à 22h58m,0, émers. à 23h36m,3 ; l’occultation de Mars le 24, âge de la Lune 143,0, H. p. Paris : imm. à 2h4m,2, émers. à 2h51m,5 ; H. p. Strasbourg : imm. à 2H2m,i, émers. à 2h51Ia,8 ; H. p. Lyon : imm. à 2M0m,3, émers. à 2h58m,8 ; H. p. Toulouse : imm. à 2h7m,9, émers. à 3h2m,8.
- (Heures données en Temps Universel ; tenir compte des modifications introduites par l’heure en usage).
- G. Fournier.
- L'agriculture américaine
- La situation agricole mondiale est aggravée du fait de la pénurie d’engrais chimiques. Il est très probable que d’importantes demandes seront faites aux exportateurs américains. Il leur sera difficile de satisfaire rapidement ces besoins, car ils ne peuvent augmenter leur capacité de production assez rapidement pour y répondre.
- La consommation d’engrais chimiques a augmenté de 144 pour 100 aux États-Unis même, par rapport aux chiffres moyens de la période 1935-1939. Dans certains États, l’augmentation a atteint 800 pour 100.
- L’amélioration des techniques agricoles explique en grande partie cette importante demande, en particulier le développement de la production de fruits et de légumes, l’accroissement des terres cultivées dans les régions de l’Ouest et une augmentation phénoménale de la consommation d’engrais dans les États producteurs de maïs.
- Le maïs hybride, par exemple, se plante maintenant en rangées plus rapprochées pour augmenter le rendement des surfaces plantées. De ce fait, le sol s’épuise plus rapidement en éléments
- et les engrais chimiques.
- nutritifs. Il faut compenser cette perte par des apports massifs d’engrais chimiques. C’est une des raisons pour lesquelles la consommation de l’Iowa en ces produits est passée d’environ 8 100 t par an, avant la guerre, à 173 000 t l’année dernière.
- Les États-Unis ont utilisé, dans l’ensemble, près de 13 500 000 t d’engrais commerciaux l’année dernière 1946, ce qui constitue une augmentation de 13 pour 100 par rapport à 1945.
- La question des matières premières pour l’approvisionnement des trois engrais chimiques principaux, azote, phosphate et potasse, ne se pose pas : l’azote provient de l’atmosphère, les gisements d’apatite, phosphate naturel sont considérables, les réserves de potasse sont limitées mais couvrent toute la durée du prochain siècle.
- Le problème est, pour ces trois éléments essentiels, de mettre de nouvelles usines en exploitation. En ce qui concerne l’azote, le gouvernement fédéral vient de remettre à l’industrie privée plusieurs usines auparavant réquisitionnées pour la production de guerre en explosifs. De ce fait, les perspectives sont favorables.
- Le gérant ; G. Masson. — masson et cie, éditeurs, paris. — dépôt légal : ier trimestre 1948, n° 689. — Imprimé en France. BARNÉOÜD FRÈRES ET Cie, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 8o3. — 1-1948.
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- N° 3153
- Ier Février 1948
- LA NATURE
- L’ÉLECTRIFICATION
- Ch emins de fer Français
- d’Or-
- ES-4 res
- fu Midi, et 'particulière-m e n t ce dernier, avaient électrifié, depuis longtemps déjà, un certain nombre de leurs lignes. Par ailleurs, le réseau de l’État avait une partie de sa banlieue électrifiée ainsi que sa grande artère Paris-Le Mans (an km.) Enfin, le P. - L. - M. électrifiait, d’abord par rail de contact (fig. 6), puis par caténaire, entre Chambéry et Modane (99 km) et, par la suite, la section de Culoz à Chambéry (06 km). Seuls, les anciens réseaux du Nord et de l’Est ne comptent, encore aujourd’hui, aucune voie électrifiée.
- D’autre part, rappelons que les lignes de Saint - Gervais - Cha-monix-V allorcine (35 km) et de Ville-franche - Vernet - les-Bains - Font - Romeu-Bourg - Madame - La-Tour-de-Carol (95 km) furent électrifiées à l’époque même de leur construction.
- Quant à la ligne de Sceaux, elle fut partiellement cédée à la Compagnie du Métropolitain et électrifiée sur tout son parcours.
- L’électrification des lignes à grand trafic de notre réseau national s’impose pour plusieurs raisons toutes impérieuses : économie des combustibles d’importation; possibilité d’utiliser au maximum nos ressources naturelles en houille blanche; diminution appréciable des frais de traction; souplesse d’exploi-
- Fig-. 1.
- tation nettement supérieure ; horaires plus aisément observés et combien d’autres motifs militent tous en faveur de l’équipement électrique de nos voies ferrées.
- Les Alpes de Savoie et du Dauphiné, le Massif central, les Pyrénées, disposent d’importantes ressources hydrauliques qu’il suffit d’aménager tandis que nos mines de charbon ne pourvoient pas, à beaucoup près, à nos besoins. L’importation de houille et d’autres combustibles est nécessaire, malgré nos difficultés de paiement et de transport.
- En 1938, la France a importé 20 millions de t de charbon et 8 156 000 t d’hydrocarbures. Les forces hydroélectriques du territoire avaient fourni 10 milliards de kW/h; on en prévoit le double en ig5o. Il faut donc prévoir, parallèlement à la construction des grands barrages, une politique d’électrification.
- Pour l’exploitation des lignes électrifiées, on évite, autant que cela se peut, d’avoir recours aux usines thermiques. La S.N.G.F. consomme environ 80 pour 100 d’énergie hydraulique contre seulement 20 pour 100 d’énergie thermique. La proportion est donc déjà très élevée. L’énergie électrique d’origine thermique est encore plus économique que l’emploi direct du charbon par les machines à vapeur. Ainsi, en 1938, la S.N.C.F. économisait plus
- Le réseau des chemins de fer français, électrifié, en voie ou en projet d’électrification.
- En cartouche : la banlieue parisienne.
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- d’un million de tonnes de charbon sur ses seules lignes électrifiées. Une fois le programme d’électrification achevé, l’économie atteindra près de trois millions dé tonnes. Dans le domaine technique, il ne faut pas oublier que l’électrification apporte au chemin de fer la puissance et la régularité et permet une exploitation beaucoup plus souple. Au surplus, celle-ci a l’avantage de donner entière satisfaction aux usagers. Par surcroît, sa propreté fut toujours très appréciée par les voyageurs.
- Certaines voies ferrées seulement ne peuvent être électrifiées pour des raisons stratégiques. On sait en effet qu’au cas d’un conflit armé, les lignes électrifiées sont toujours plus rapidement rendues inutilisables, la destruction des caténaires et des centrales ou des sous-stations s’avérant relativement facile avec les méthodes modernes de guerre.
- Enfin, sur le plan du financement des travaux à effectuer pour l’équiquement, l’électrification d’une voie ferrée exige des capitaux très importants. Toutefois, les capitaux engagés sont rentables grâce aux économies d’exploitation, dès que le trafic atteint un certain minimum et cet argument reste valable même dans une économie nationalisée.
- Autrefois, on appliquait surtout la traction électrique sur les lignes de montagne présentant un profil difficile.
- Aujourd’hui, on opère par larges secteurs pour faciliter la rotation du matériel; on électrifie à la fois une grande artère et ses principaux embranchements. Nous citerons comme exemples récents : Paris-Lyon; Mâcon-Genève; Lyon-Ambérieu. On se borne ainsi à électrifier les lignes à grand trafic.
- Le réseau de la S.N.C.F. comptait, en ig38, 3 367 km de lignes électrifiées, ce qui représentait, en voie simple, 5 961 km pour un réseau atteignant globalement 4i 900 km environ. Pendant la guerre, malgré les difficultés de toute nature résultant de l’occupation, la S.N.C.F. a réalisé et mis en service, en 1943, entre Brive et Montauban, la traction électrique sur i63 km, ce qui termine l’électrification de l’artère Paris-Cahors-Toulouse qui se prolonge sur Sète.
- Les installations électriques de la S.N.C.F. représentent à ce jour une puissance totale de 600 000 kW. En période normale, le trafic annuel dépassait 25 milliards de tonnes kilométriques.
- Au début de 1947, la S.N.C.F. a électrifié la « Ceinture sud » de Paris, comprenant les sections de lignes de Versailles-Chantiers à Savigny-sur-Orge (27 km), de Massy-Palaiseau à Orly (i3 km) et de Juvisy à Yalenton (11 km).
- D’un autre côté, dans la région « Méditerranée », les travaux d’électrification du tronçon Sète-Montpellier-Nîmes (77 km) sont à l’heure actuelle en voie d’achèvement. Cette seule réalisation permettra une économie de l’ordre de 53 000 t de charbon par an, ce qui atteste le trafic important de cette section de ligne.
- Quant au programme d’avenir, il prévoit l’électrification — en première urgence — de la plus grande artère ferroviaire du pays : Paris-Marseille (par Lyon-Avignon),-ligne dont le trafic est le pluê élevé de toute l’Europe. D’importants travaux ont déjà été exécutés entre Paris et Dijon. Cette électrification s’effectuerait en deux étapes : Paris-Lyon (512 km) et Lyon-Marseille (35i km). Sur le tronçon Paris-Dijon, ainsi que sur le parcours Dijon-Lyon (197 km), des études très approfondies et une mise au point des travaux à entreprendre sont prêts. Le service des études a déterminé, d’après les statistiques commerciales, le tonnage à écouler et il a envisagé une révision complète de la signalisation.
- Rappelons que sur « Paris-Lyon », ligne à grande densité de trafic, la consommation de charbon se chiffrait, au minimum, par 1 100 t au kilomètre par an, ce qui s’explique par l’intensité du trafic voyageurs et marchandises et par le profil difficile au seuil de la Bourgogne. Ajoutons que l’été, en temps normal, on ne comptait pas moins de 125 à 155 trains rapides ou express entre Paris et Dijon (3x5 km) ou vice versa. De son côté, le trafic des primeurs comportait jusqu’à 3o trains par
- jour. Ce trafic, dont une partie était détournée par le Bourbonnais, empruntera uniquement, dans l’avenir, la nouvelle ligne électrifiée. Sur la ligne de Bourgogne, le trafic des marchandises est également très important. Sur l’artère Paris-Lyon, avec la traction électrique, on pourra lancer des trains de ç5o l pouvant être portés à 85o t. Ces trains pourront atteindre alors une vitesse maxima de i4o km à l’heure. Sur cette même ligne, circuleront des trains de messageries de 700 t à la vitesse horaire de io5 km et des trains lourds de marchandises de 1 3oo t environ. Au point de vue équipement ainsi qu’en matière d’exploitation, d’importantes modifications techniques sont prévues : on étendra notamment le block automatique à toute l’artère Paris-Lyon. Par ailleurs, on prévoit, sur le parcours de Saint-Florentin-Vergigny à Dijon (Q, soit sur i4i km environ, la banalisation du sens des voies, ce qui permettra aisément, à la faveur d’une double signalisation à commande centralisée, de porter au maximum le trafic sur la partie de la ligne Paris-Dijon qui devra être maintenue à deux voies seulement alors que le projet primitif d’électrification prévoyait l’établissement de quatre voies jusqu’à Dijon. Cette réalisation ne pourrait s’effectuer qu’au prix de travaux considérables et de dépenses trop élevées et cela, tant en raison du profil de la ligne que de la présence de nombreux ouvrages d’art parmi lesquels nous citerons, en premier lieu, le souterrain de Blaisy-Bas, d’une longueur de 4 100 m. Une fois électrifiée, la ligne Paris-Lyon recevra trois types de locomotives électriques. Pour les trains de voyageurs, on adoptera, à l’exclusion des parcours de banlieue qui seront desservis par des rames automotrices réversibles, le type classique 2-D-2 (fig. 2) en service sur les régions Ouest et Sud-Ouest, qui répondra aux besoins du trafic entre Paris et Dijon. Ces machines, d’un poids de 88 t et d’une puissance dépassant 4 000 ch, sont à quatre essieux encadrés par deux boggies porteurs. La transmission du mouvement entre les moteurs et les roues est assurée, non par des bielles, mais par des engrenages. La vitesse horaire peut atteindre, malgré la remorque d’un tonnage élevé, i4o kilomètres.
- Pour les trains de marchandises, on utilisera le type « B.B. » (fig. 3), d’un poids de 70 à 75 t et d’une puissance allant jusqu’à 2 4oo ch (dernier modèle construit). Les machines B.B., qui comptent deux boggies moteurs, peuvent assurer un service identique aux locomotives à vapeur du type i4i-P., de 3 4oo ch.
- Pour les manœuvres dans les gares de triage, un type spécial est prévu. Ce sont des machines comportant deux boggies moteurs de trois essieux chacun. Un nouveau type de locomotive électrique a été mis en service en juillet dernier sur la région Sud-Ouest. Cette machine « C.C. » (fig. 5), d’un poids de 120 t, peut remorquer sur rampe de 10 pour xoo et à la vitesse horaire de 48 km, des trains lourds de marchandises de 1 200 t. D’une puissance atteignant 4 o5o ch, la locomotive C.C. est conditionnée pour assurer des vitesses allant jusqu’à io5 km à l’heure (en palier). Pour la grande banlieue Melun-Fontainebleau-Moret et Héricy-Montereau, on mettrait vraisemblablement en service des trains automoteurs (fig. 4) pouvant atteindre la vitesse horaire de i3o km. Les automotrices, d’un poids approximatif de 65 t et montées sur trois boggies, auraient une puissance effective de 1 200 ch. Un modèle analogue est en service sur la ligne Paris-Le Mans. Incontestablement, les locomotives électriques 2-D-2, B.B. et C.C. pourront aisément franchir les longues rampes qui s’échelonnent progressivement entre Saint-Florentin-Vergigny et Dijon.
- Pour le trajet de Paris à Lyon-Perrache — soit 5i2 km — les gains de temps seront appréciables et atteindront x h 20 mn. D’importantes améliorations sont donc prévues au service des trains. Un rapide de jour dont la mise en marche est projetée
- 1. Il est toutefois possible que quatre voies soient établies entre Les Lau-mes-Alësia et Blaisy-Bas (32 km).
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- Fig. 2 à 5. — Quelques locomotives électriques récentes :
- 2. « 2-D-2 », équipant un train rapide de la région du Sud-Ouest, — 3. « B.B. », pour trains de marchandises (Région du Sud-Ouest). — 4. Train automoteur réversible de la ligne Paris-Le Mans. — 5. « C.C. », mise en service en juillet 1947 dans la région du Sud-Ouest : 120 t ; 4 050 ch ;
- 105 km/h. Peut remorquer 1 200 t à 48 km/h.
- (Photos S.N.C.F.).
- par le service central de mouvement, effectuera le parcours Paris-Lyon en 4 h 34. Cette performance remarquable permettra d’envisager des relations encore plus rapides entre le Nord de la France, Paris et le littoral de la Méditerranée. L’énergie électrique utilisée sur Paris-Lyon proviendra de certaines centrales hydro-électriques de la S.N.C.F. et, en majeure partie, des installations gigantesques édifiées à Génissiat, à 7 km en aval de Bellegarde, aux confins mêmes des départements de l’Ain et de la Haute-Savoie, par la Compagnie nationale du Rhône.
- D’ici peu de temps, Génissiat pourra aisément produire, en année moyenne, 1 55o millions de kW/h. L’économie de charbon qui en résultera atteindra 55o 000 t par an. D’autres barrages sur le Rhône sont également prévus : à Seyssel, avec trois groupes de i5 000 kva (production annuelle de 175 millions de kW/h); à Sault-Brenaz, sur le Haut-Rhône, à i3 km d’Am-bérieu, avec un équipement identique mais devant assurer une production de 2x0 millions de kW/h par an. Sans avoir l’importance de Génissiat, ces barrages fourniront cependant un apport appréciable. Par la suite, on aménagerait aussi le Rhône central en créant deux autres barrages entre le confluent de l’Isère et celui de l’Ardèche. Ces deux usines installées à Baix
- et à Montélimar totaliseraient 56o 000 kva et produiraient ensemble 2 goo millions de kW/h.
- A l’époque de la mise en service de la ligne électrifiée Paris-Lyon — vraisemblablement vers ig5o —, on aura des données techniques plus précises tant en ce qui concerne l’électrification de cette ligne que l’apport d’énergie nécessaire à son alimentation. L’énergie provenant alors du barrage de Génissiat transiterait, en premier lieu, sur le réseau général à 220 000 V et parviendrait ensuite à deux lignes de transport à 60 000 Y construites uniquement pour la traction et suivant, sur l’ensemble de son parcours, le tracé de la ligne Paris-Lyon.
- Le courant continu à 1 5oo V qui sera indispensable à l’alimentation des lignes de contact — comme sur la plupart des autres grandes artères électrifiées — serait produit par 5a sous-stations spécialement équipées de redresseurs à vapeur de mercure de 4 000 kW.
- L’électrification entre Lyon et Marseille portera sur les deux rives du Rhône (lignes de Valence-Avignon et du Teil-Nîmes). Sur la rive gauche, l’électrification s’étendra aux deux sections affluentes : Avignon-Cavaillon-Miramas (66 km) et Miramas-Port-de-Bouc-l’Estaque (6° km).
- L’électrification de Lyon à Nîmes par la rive droite du Rhône
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- (ligne du Teil : 283 km) et celle de Nîmes à Tarascon (28 km) assureraient ainsi par vqies ferrées électrifiées, la jonction des trois régions : Sud-Est, Méditétranéé et Sud-Ouest.
- Par étapes success^es, la S.N.C.F. électrifiera la ligne de Mâcon à Bourg (87 km), Ambérieu et Culoz (120 km) où, d’une part, elle se raccordera à la ligne de Chambéry et Modane déjà électrifiée et, d’autre part, se prolongera jusqu’à Bellegarde et Genève (66 km de Culoz).
- Afin de profiter au maximum de l’électrification, les trains rapides et express du groupe de lignes de la Savoie n’emprunteraient plus, à l'avenir, la ligne Dijon-Louhans-Bourg dont le profil est difficile.
- En cette même région, il est prévu d’électrifier la ligne Lvon-Ambérieu (52 km).
- La S.N.C.F. entend également équiper la ligne de Bordeaux à Montauban (206 km) afin de faciliter les relations rapides entre Bordeaux et Marseille (682 km) par Toulouse, Béziers, Sète et Tarascon.
- Par la suite, on électrifierait aussi le littoral méditerranéen, entre Marseille et Nice (226 km) puis Vintimille (256 km) où la ligne S.N.C.F. se raccorde au réseau italien. Parallèlement à l’électrification de la ligne de Paris à Lyon, la banlieue Sud-Est de Paris sera équipée dans son ensemble. La ligne de Corbeil aura son terminus à la gare d’Orsay, les trains devant emprunter les voies de la région Sud-Ouest à partir de Juvisy.
- C’est alors que par trains directs, Corbeil (3i km de Paris-Austerlitz) sera à 3o mn de cette gare et Melun (45 km), à 5i mn de Paris-Lyon. Après les résultats particulièrement satisfaisants obtenus sur la ligne de Sceaux — cédée au Métropolitain sauf pour la section de Massy-Palaiseau à Saint-Rémy-les-Chevreuse (i5 km) —, la Compagnie du Métropolitain de Paris doit électrifier, dans les mêmes conditions, la ligne de Vin-cennes (Paris-Reuilly à Sucy-Bonneuil et Boissy-Saint-Léger : 20 km). La section Paris-Bastille à Reuilly (2 km) serait totalement abandonnée au profit de la Ville de Paris.
- Au Sud de Paris, la Grande Ceinture mettra en relation
- directe les lignes des régions Ouest, Sud-Ouest et Sud-Est, qui se trouveront toutes électrifiées.
- A l’Ouest de Paris, on électrifierait le tronçon d’Argenteuil à Conflans-Sainte-Honorine (i5 km) en conservant la tension de 660 V de la ligne Paris-Argenteuil. En deuxième étape, on envisage également l’électrification de la banlieue Nord dont le trafic est particulièrement chargé. C’est d’ailleurs le plus important après celui de Paris-Saint-Lazare.
- Le profil, assez difficile sur les lignes de la banlieue Nord, justifie pleinement l’électrification de celles-ci pour lesquelles la traction à vapeur ne permet plus d’assurer une desserte rapide et souple. On électrifierait successivement les lignes de Paris à Ermont-Eaubonne (i4 km) et Pontoise (3o km) ; de Paris à Valmondois par Méry (28 km) ; de Pontoise à Valmondois (i3 km).
- Viendraient ensuite celles de Saint-Denis à Orry-la-Ville-Coye (29 km) et de Paris à Aulnay-sous-Bois (i5 km) et à Mitry-Claye (28 km).
- En résumé, le programme d’électrification de la S.N.C.F. comporte, en première étape, l’électrification de 2 000 km environ de lignes à trafic intense, ce qui permettra d’économiser 1 4oo 000 t de charbon, soit, annuellement quelque 700 t par kilomètre.
- Actuellement, les usines hydro-électriques de la S.N.C.F. — avec une production annuelle de l’ordre de 740 millions de kW/h — fournissent déjà une part notable de la consommation globale des lignes électrifiées.
- Pour réaliser le programme précité, 660 locomotives électriques seront nécessaires, mais l’emploi de ces machines évitera l’utilisation de 1 900 locomotives à vapeur. Une fois « Paris-Lyon » achevé, près de 4o pour 100 du trafic français (voyageurs et marchandises) sera ainsi remorqué électriquement. Pour un avenir plus lointain, on prévoit l’électrification en courant alternatif monophasé de lignes d’un trafic plus faible.
- Au début du siècle, on construisait et électrifiait à Laide d’un rail de contact les lignes P.-L.-M., de Saint-Gervais-Chamonix-Vallorcine, en Savoie (600 V) et Midi, de Ville-franche-Vernet-les-Bains-Font-Romeu-B o u r g-Ma-dame, en Cerdagne (800 V). En' Suisse, en 1906, la iigne internationale du Simplon était alimentée par courant alternatif triphasé et, en 1910, la ligne du Loëtschberg fut équipée à courant monophasé. En France, les lignes importantes sont équipées à courant continu, à 1 5oo V. Du courant alternatif fourni par les usines centrales et transporté à haute tension (i5o 000 ou 220 000 V) est « redressé « dans les sous-stations sous forme de courant continu. A l’heure actuelle, dans notre pays, 3 4oo km de lignes électrifiées sont alimentées avec ce courant.
- Par ailleurs, dans les milieux techniques, il est également fait allusion à toute une série de grands projets. Actuellement, nous n’en retiendrons que deux : celui de l’électrification de la grande artère de l’Ouest : Paris-Rouen (i4o km)-Le Havre (228 km) et la reprise d’un projet de .1935 de l’ancienne Compagnie du Midi qui consistait à relier par une voie ferrée Saint-Flour, sur la ligne de Neussargues à Béziers, à Espalion, centre de tourisme de la vallée du Lot, et à Rodez.
- Signalons aussi en ce qui concerne l'électrification de la ligne de Lyon à Marseille, et cela, d’après une information récente, que la ligne électrifiée serait appelée à se raccorder au futur réseau métropolitain de la ville de Marseille qui comprendrait notamment trois lignes interurbaines.
- Figr. 6. — Un train électrique de la Région Sud-Est (ligne Chambéry-Modane) utilisant le rail de contact.
- Cette ligne, qui est équipée par caténaire, a conservé également le « troisième » rail.
- (Cliché S.N.C.F.-Sud-Est).
- j
- André Gallet.
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- LE BALLON SPHÉRIQUE EXISTE TOUJOURS
- Pour beaucoup, le ballon sphérique est une épopée curieuse et déjà reléguée fort loin dans l’histoire de l’aviation. Sans doute, de temps à autre, prête-t-on une attention distraite et momentanée à la relation des vieilles odyssées, celles des Montgolfler et Pilatre de Rozier, des savants Charles, Gay-Lussac et Biot, des Blanchard, Green..., d’Andrée et de son expédition polaire tragique, de Tissandier, l’ancien rédacteur en chef de La Nature, qui en donna ici maintes relations.
- Le sphérique, pourtant, a toujours ses fervents, groupés en une association : « Les aéronautes ». Ils accomplissent régulièrement des ascensions et celles-ci ne sont pas seulement un
- parcourant plus de 4oo km terminés entre Gand et la frontière hollandaise.
- Les performances de Jacquet, certes honorables puisque le nombre de treize ascensions en une année a rarement été atteint, même à l’époque héroïque qui précéda 1914, ont été sanctionnées, le 3o juillet dernier, par un exploit inattendu et involontaire qui s’inscrit cependant aujourd’hui sur la table des performances aéronautiques. Parti de Hellendoorn, département d’Overgsel, à bord d’un Goo m3 gonflé seulement de 35o m3 d’hydrogène, Jacquet, accompagné de J. Bœsman et d’un sac et quart de lest s’éleva à 16 h 20 après avoir dû jeter trois
- Fig. X. — A Meudon, en juillet 1947, un sphérique prêt au départ. — 2. Le même vient de partir. — 3. Le
- prend le départ à son tour.
- ballon Zodiac de Dollfus
- (Photos J. Sudot).
- simple passe-temps sportif, mais aussi une source d’enseignements. La technique des ballons-sondes, si largement utilisée en météorologie, y trouve en particulier des moyens de contrôle.
- Ainsi, en 1947, les aéronautes français ont accompli plus de trente départs. Leur doyen, Georges Ravaine, âgé maintenant de 77 ans, est monté à Saint-Ouen, à Vernon, à Lisieux enfin avec un passager, dans un petit zodiac de 220 m3. Georges Cormier, âgé de 73 ans, est monté à La Haye, au Mans, à Cœuilly, à Auxerre. Charles Dollfus s’est élevé à La Haye, au Mans, où il s’est classé deuxième dans le Prix Alfred Leblanc, au meeting de Bron, à Meudon, à Bully-Crenay où il a gagné la Coupe Charles-Crombez. Mmo Weber est montée plusieurs fois, notamment à Courbevoie où elle donna le baptême du ballon libre à son mai’i qui l’accompagnait. M. et Mme Richard ont fait plusieurs ascensions aux environs de Paris et à Nancy.
- Des jeunes aussi se sont révélés, notamment Robert Cœz, Audoin Dollfus, digne élève de son père qui est monté au Mans, à Meudon, aux Mureaux, à Bully-Grenay, Pierre Jacquet qui a réalisé onze ascensions en Hollande et deux en France, gagnant 5 La Haye et remportant le Prix Alfred-Leblanc au Mans en
- quarts de sac pour se libérer d’un obstacle. La montée se fit avec une vitesse de 2 à 3,5o m/sec. jusqu’à 4 5oo m, cette altitude étant atteinte à 17 h. Prolongeant son ascension, Jacquet atteignit 5 5oo ma 17 h o5 et 5.960 m à 17 h 28. Un froid très vif accabla alors les aéronautes. La descente commença à 17 h 47 et s’accéléra, malgré les délestages, à 3 et 4 m/sec. A 3 5oo m et à 17 h 5o, sans lest, il fallut traverser des nuages. La descente s’était toutefois ralentie et l’atterrissage se fit sans difficulté à Saerbeck, en Allemagne, zone britannique. Cette ascension constitue le record d’altitude en ballon libre pour les Pays-Bas.
- Intéressantes certes, les ascensions en ballon libre, en dehors des explorations exceptionnelles de la haute atmosphère par des aéronefs très spéciaux (Piccart et Cosyns, Stevens et les Russes), peuvent, outre leur attrait sportif, être d’une incontestable utilité, mais il faudra pour cela obtenir des aéronautes actuels une discipline qu’ils n’ünt pas toujours et, surtout, les munir d’instruments météorologiques qui leur permettront de rapporter de leurs voyages plus de renseignements.
- M. D.
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- La viande, l'hui'le et le lait de baleine
- Plusieurs journaux quotidiens ont annoncé que, l’été dernier, pour la première fois, les Anglais ont mangé du filet de baleine. A vrai dire, ce n’est pas une nouveauté, même en Grande-Bretagne ; et il y a longtemps que l’homme mange la chair des baleines, mais cette fois, leur viande avait été conservée par le froid, à bord des baleiniers-usines, alors qu'autrefois elle était mise en boîtes. C’était d’ailleurs assez exceptionnel.
- Du xie au xive siècle, les baleines étaient nombreuses dans le golfe de Gascogne, et, pendant plus de trois cents ans, on en mangea, même pendant le Carême — parce que considérée comme poisson — sur toute la côte basque. Elle était consommée fraîche, séchée, fumée ou salée. Il semble bien que, de tout temps, les Esquimaux, les Japonais, les Islandais et les Norvégiens en mangeaient sous ces différentes formes. Il y a une vingtaine d’années, la Société française d’Acclimatation en fit servir au déjeuner « exotique » qu’elle organisait tous les ans pour ses membres au buffet de la gare de Lyon. La saveur et l’aspect de la chair, très maigre, de la baleine ressemblent assez à ceux du bœuf, sans rien qui rappelle le poisson.
- Mais il n’en est pas de même pour l’huile de baleine. Le lard duquel on l’extrait à bord des baleiniers-usines, a déjà, même à l’état frais, une odeur et une saveur qui le rendent difficilement consommable tel quel ; les Norvégiens, les Islandais et les Japonais sont à peu près les seuls qui s’en accommodent parce .que, faute de viande de boucherie dans leur pays, ils sont restés nettement ichthyophages. Or, ce lard s’altère très vite et, qu’il soit frais ou déjà rance, le traitement qu’il a subi fournit une huile qui est impropre à la consommation. Cependant, on peut la con-créter et la désodoriser parfaitement en recourant à l’hydrogénation catalytique. Même avec les véritables huiles de poissons, plus désagréables encore au goût que l’huile des Cétacés, on obtient ainsi une graisse concrète, comparable au meilleur suif de bœuf et qui se prête très bien à la préparation d’une margarine. L’expérience a montré que les traces infinitésimales du nickel réduit employé comme catalyseur qu’elle renferme ne peuvent nuire à la santé.
- Rappelons que le durcissement des huiles de poissons par hydrogénation catalytique a été la première des applications industrielles qui aient été faites des méthodes indiquées par Sabatier et Senderens, et que la graisse ainsi obtenue ne servit tout d’abord qu’en stéarinerie et en savonnerie.
- On sait que la dernière campagne baleinière dans l’Océan Antarctique ? été très active et que les armateurs britanniques y ont envoyé un grand baleinier-usine, le Balaena, d’un type nouveau, construit à Belfast en 1946, jaugeant 21 000 t, et qui est à la fois une usine, avec chambres froides et laboratoires de recherches. D’après le Dr Case, leur objet principal était triple : 1° chercher à utiliser complètement la quantité énorme de protides propres à l’alimentation de l’homme que représente la AÛande maigre des baleines, fraîche ou conservée de différentes façons, utilisation plus avantageuse que la fabrication de la farine de viande pour le bétail, les chiens et les poules pondeuses, et que celle du guano ; 2° rechercher comment varie la valeur des différents morceaux de viande avec l’espèce de baleine — elles sont nombreuses —, le temps écoulé entre son harponnage et sa mort, l’effet de l’insufflation du corps (cas des baleinoptères) pour le faire flotter après sa mort, le dépeçage et les différents procédés de conservation ; 3° étudier la physiologie, encore mal connue, des différentes espèces de baleines en vue de faciliter leur chasse sans provoquer la disparition de celles qui seraient devenues rares.
- Le problème de l’utilisation des matières grasses ne se posait pas : comme on l’a vu, il est parfaitement résolu depuis 30 ans.
- Les baleines adultes pèsent plusieurs tonnes, celles de certaines espèces plusieurs dizaines de tonnes ! Le problème est donc d’importance, surtout pour la Grande-Bretagne qui, à son tour, souffre de la pénurie d’aliments ; en 1938, la quantité de viande qu’elle importait représentait le double de la quantité de filets de baleine en boîtes que consommaient alors ensemble la Grande-Bretagne et la Norvège, soit 500 000 t !
- En raison du succès de la viande de baleine auprès des Britan-
- niques, le ministre de l’Alimentation, M. John Strachy, a cru devoir attirer l’attention des nouveaux consommateurs et des pouvoirs publics sur ce que, au cours de la campagne de 1946-1947 dans les mers australes, 600 000 t de viande de baleine ont été jetées à la mer par les baleiniers-usines, et cela, faute de chambres frigorifiques pour conserver cette viande. Seuls quelques-uns des baleiniers-usines en possédaient, ceux des Britanniques, des Norvégiens et des Japonais. Les Japonais disposaient en effet de deux des baleiniers-usines qu’ils avaient construits et perfectionnés, avant 1939 ; les Alliés leur avaient, en outre, cédé un très grand baleinier-usine, plus perfectionné encore, que les Allemands avaient construit à la même époque. Ce gaspillage de produits alimentaires qui, partout, font défaut est intolérable. Voici comment on pourra y remédier en partie sinon l’éviter complètement.
- Deux navires au moins de l’Amirauté britannique accompagnent maintenant le Balaena (il a été construit et équipé et il fonctionne aux frais d’un syndicat d’armateurs : The United Whalers) ; pourvus de chambres froides, ils doivent transporter la viande et l’huile de baleine en faisant à tour de rôle la navette entre les lieux de chasse des mers australes et les ports de Grande-Bretagne pourvus de grands entrepôts frigorifiques. Cette fois-ci, le Balaena a embarqué non seulement des radars et des hydravions (bi-plans), mais aussi des appareils du type Sonar et des hélicoptères destinés à déceler puis à signaler aux baleiniers-chasseurs la présence d’une baleine.
- Des améliorations ont été apportées aussi aux aménagements et installations du bateau. Pour faire fonctionner tous les nouveaux services ainsi créés, le Balaena a embarqué 110 personnes de plus (475 au lieu de 365) ; ce sont presque tous des techniciens très spécialisés ou des savants : aviateurs, sans-filistes, électriciens, mécaniciens, météorologistes, naturalistes, physiciens, chimistes, ingénieurs.
- D’après ce qui précède, on voit quelle importance les Britanniques attachent à l’utilisation complète et rationnelle des quantités énormes de lipides et de protides alimentaires que peut fournir le peuple des baleines ; importance dont le grand public anglo-américain commence seulement à se rendre compte. Voici un petit fait qui en fournit la preuve.
- Ce public s’est fort ému de ce que les baleiniers japonais, disait-on, avaient envoyé dans leur pays toute l’huile qu’ils avaient préparée dans les mers australes. Le général Mac Arthur a cru devoir faire savoir dans une conférence de presse que si les Japonais avaient bien produit 12 006 t d’huile de baleine, ils n’en avaient gardé que 5 000 et que les 7 000 autres avaient été envoyées en Europe occidentale et, en majeure partie, dans la zone de l’Allemagne occupée par les troupes américaines.
- C’était habile, équitable et humain car, actuellement, ce sont les Japonais et les Allemands qui souffrent le plus de la pénurie de matières grasses.
- Les Japonais viennent d’être autorisés à nouveau à chasser la baeline dans les mers australes pendant la campagne de 1947-1948. Ce sera la seconde fois depuis la capitulation du Japon. Ils l’avaient pratiquée de tout temps dans les mers boréales et y étaient passés maîtres ; 45 navires britanniques y prendront part aussi, car les Anglais ont fort apprécié le bifteck de baleine. Par un accord entre les Alliés, on a fixé à 16 000 le nombre des baleines qui pourront être tuées. Elles ne sont donc pas sur le point de disparaître comme on l’a cru longtemps : elles avaient simplement émigré vers des mers plus tranquilles que les nôtres.
- C’est au cours de la campagne de 1946-1947 que M. Begg eut la possibilité d’analyser un lait frais de baleine. Il s’agissait d'une Balænoptera physalus, tuée par mégarde, car des règlements internationaux interdisent la chasse d’une baleine qui allaite son petit. Ce lait renfermait par litre 70 mg d’acide ascorbique gauche (vitamine C) ; plus que le lait de vache (10 à 40 mg : 1) et autant que le lait de femme (40 à 80 mg : 1). Mais le lait frais de baleine restera une denrée plus rare que la viande.
- E. Lemaire.
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- L’ANTARCTIQUE11
- Programme pour une expédition
- Quels peuvent être, dans leurs grandes lignes, les travaux à exécuter sur cette terre Adélie, presque en totalité inexplorée, où la glaciation a tous les droits, ne laissant durant le court été, que quelques têtes de roches à nu ?
- Passons en revue les différents chapitres de physique générale, d’hydrographie, de sciences naturelles qui attendent de précieux renseignements d'une telle expédition.
- Électricité atmosphérique. — L’étude de l’électricité atmosphérique dans les régions polaires se heurte à de grandes difficultés expérimentales, qui font que les résultats obtenus sont loin d’être définitifs et certains.
- Comme l’écrit le professeur Dauvil-lier (1 2), « l’origine de l’ionisation sur les régions du globe recouvertes de neige et de glace, c’est-à-dire où la radioactivité du sol et de l’atmosphère sont négligeables, pose un problème étroitement lié à l’étude du rayonnement cosmique qui demeure alors le seul agent ionisant connu. Il est, en outre, également important de connaître le champ électrique terrestre, conséquence du mystérieux courant vertical, dans les régions polaires, où le champ magnétique est intense et où'l’ioni-sation des couches élevées de l’atmosphère est particulièrement forte, par suite de la fréquence et de l’intensité des aurores. » L’étude de la cause de l’ionisation de l’air, du maintien du courant vertical et le mécanisme de la foudre (qui est très rare) présentent infiniment d’intérêt.
- S’il est possible, il paraît utile de faire l’enregistrement du champ électrique en deux stations, l’une au niveau de la mer, l’autre à quelques centaines de mètres d’altitude.
- Ce champ électrique ne paraît pas dépendre de l’activité auro-rale; il semble être influencé par le vent-, la neige, la pluie et non par la température, l’humidité et la pression.
- Dans l’antarctique, au cours de l’expédition du Français, le commandant Rey, confrontant les diverses mesures effectuées dans l’hémisphère austral, arriva à cette conclusion que le champ électrique était minimum en juin, comme dans notre hémisphère, qu’il était indépendant des saisons, qu’il était lié à la position de la terre sur l’écliptique et était donc attribuable à une cause cosmique.
- 1, Voir La Nature, n° 3152, p. 26.
- 2. Année Polaire Internationale 1932-1933. Participation française. Tome II. Électricité atmosphérique. Gauthier-Villars, 1938.
- Ce résultat fut contrôlé par le commandant Rouch à l’île Petermann en 1909. La variation annuelle était très accentuée (1 à 3) et synchrone de l’hémisphère nord. La conductibilité, mesurée avec un appareil de Gerdien était élevée, si bien que le courant vertical atteignait une grandeur exceptionnelle.
- Courants telluriques. — Comme l’a constaté le professeur Rothé au Scoresby Sund lors de l’année polaire 1932-1933, pour l’étude des courants telluriques, les régions froides présentent un grand intérêt; les courants parasites n’existent pas,
- mais la résistance du sol perpétuellement gelé devient considérable et l’établissement de lignes temporaires est rendue précaire par l’abondance des précipitations et des tempêtes — très violentes — notamment dans la région de la Terre Adélie. Néanmoins, c’est dans ces régions que le phénomène est le plus net et le plus facile à mesurer.
- D’après les observations faites au Scoresby, il semble que la courbe tellu-r i q u e apparaît comme la dérivée de la courbe magnétique; le courant tellurique serait d’autant plus intense que la variation du champ magnétique serait plus brusque; les variations de courant seraient donc induites par les variations du champ.
- Actinométrie. — Le programme des travaux semble devoir comporter : des enregistrements de la variation diurne, de la radiation solaire et des mesures directes effectuées dans la totalité du spectre ou dans des régions déterminées de celui-ci.
- Radio=électricité. — Le physicien chargé des questions de radio-électricité devra s’inspirer du programme prévu pour la station française de l’année polaire 1902-1933 et notamment du rapport présenté par M. Maurain au Bureau des Longitudes.
- Le programme doit comporter :
- a) des mesures de hauteur de la couche de Kennelly-Heavi-side, les mesures étant effectuées par la méthode de l’écho, à l’aide d’un émetteur local de 5oo W antenne et d’une longueur d’onde comprise entre 3o et 4o m;
- b) des mesures du champ de postes éloignés. Ces mesures sont, effectuées, soit sur des émissions spéciales, soit sur des émissions régulières de caractère scientifique (bulletins météorologiques, par exemple);
- c) l’enregistrement des atmosphériques.
- Fig. 1. — Côte ouest de la terre de Graham. Chenal de Lemaire en été.
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- Une série d’observations des plus importantes ont déjà été faites au Groenland par les commandants Habert et Douguet.
- Comme l’écrivent ces auteurs, « le point d’observation le plus intéressant serait le Pôle lui-même. La variation diurne de l’effet de l’ultra-violet solaire y est supprimée. Comme il faudrait installer un observatoire puissamment outillé et permanent, seul le Pôle Sud se prêterait à cette entreprise ». Entreprise très hardie, car le plateau polaire antarctique est, à près de 3 ooo m d’altitude, fréquemment balayé par des blizzards terribles, avec des froids qui, en plein été, peuvent dépasser — 3o°. L’expédition exigerait des crédits d’une telle importance qu’elle aurait sans doute besoin, pour prendre forme, d’être internationale. Et il est probable que, pour la mener à bien, tout le matériel (installations, cabanes, appareils, vivres, carburant, et aussi personnel) devrait être amené sur place par avion. Rien ne dit qu’une telle expédition ne deviendra pas une réalité !
- Il serait aussi nécessaire de choisir quelques arcs de grands cercles passant sur la calotte polaire australe et d’étudier systématiquement la propagation le long de ces arcs. Comme l’ont écrit les commandants Habert et Douguet, « de telles expériences de propagation, jointes à des mesures continues des altitudes des couches ionisées, à l’observation du champ magnétique ter-
- point à Copenhague et utilisés à Godhavor, à la station magnétique danoise du Groenland.
- La station à prévoir au point d’hivernage doit assurer : un enregistrement continu en valeur relative des trois éléments D, H et Z du champ, au déroulement normal du papier a i5 mm à l’heure; un enregistrement donnant avec une précision de quelques secondes, le début des perturbations, d’où la nécessité d’un déroulement, de 180 mm à l’heure; un enregistrement des éléments avec des appareils moins sensibles; la détermination en valeur absolue de D, H et I.
- Au Scoresby, l’abri utilisé par le professeur J. T. Rothé était constitué par une cabane octogonale en panneaux de bois rectangulaires formés d’une double paroi de io cm d’épaisseur de plaques de bois contreplaqué et garnie à l’intérieur d’ouate ou de liège. Des panneaux triangulaires formaient le toit de ce pavillon recouvert en totalité d’une toile imperméable; l’ensemble était serré par des câbles de cuivre et sérieusement hau-banné. Un trou d’homme dans la bâche permettait l’accès à la porte du pavillon, divisé en deux parties par un couloir conduisant aux variomètres ou aux enregistreurs. Le sol du pavillon était cimenté et les appareils reposaient, par l’intermédiaire de plaques de marbre, sur de solides bancs de bois. Pendant l’hivernage, la neige recouvrant le pavillon, consti-~ : ’ tuait un isolant thermique et réduisait forte-
- ment les écarts de température.
- Aurores polaires. — M. le professeur Dauvillier a assuré l’observation et l’étude des aurores au Groenland du 4 septembre 1982 au 23 avril 1933 et a publié en 1936 un remarquable mémoire t1) auquel on se reportera.
- Le Pôle magnétique austral, situé par environ 70°25 S. et i54° E à l’intérieur de la Terre Victoria, se trouve à moins de 100 km de la Terre Adélie, et le pôle géomagnétique, au Sud de la Terre de Wilkes par 78° S. et no0 E. C’est donc un lieu de choix pour l’observation des aurores polaires ; elle pourra se faire durant toute la nuit polaire, du milieu de mars à la fin de septembre.
- Comme l’écrit M. Dauvillier, le phénomène de l’aurore polaire « intéresse toute la Terre,
- 1. Année Polaire Internationale. Participation française. Tome I, pp. 57 à 376. Gautliier-Yillars, éditeurs.
- Fig. 2 et 3. — En haut : Terre de Graham (le cap des trois Pérez). A droite : Phoques sur la banquise, dans la baie Marguerite.
- restre, des courants telluriques et, si possible, des aurores polaires, ainsi qu’à l’enregistrement des atmosphériques, fourniraient des données essentielles utilisables non seulement en radio-électricité, mais en géophysique et peut-être aussi en météorologie ».
- Magnétisme terrestre. — Si un réseau international participe aux observations magnétiques, il doit uniformiser ses observations pour en faciliter la comparaison. En 1982-1933, M. D. La Cour, président de la Commission Internationale de l’année polaire, avait recommandé l’emploi des appareils mis au
- 1. Loc. cit., pp. 156 et suiv
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- mais avec une probabilité variable, et ce point capital semble avoir échappé à la plupart des théoriciens de l’aurore. En tout lieu du globe, l’aurore générale permanente, à laquelle on doit une partie de la luminosité du ciel nocturne, peut se transformer en une aurore localisée, brillante et mobile.... C’est ce caractère mondial de l’aurore, joint à ses relations avec la physique solaire et nombre de phénomènes géophysiques, tels que le magnétisme terrestre, les courants telluriques, qui en fait un des phénomènes les plus importants de la physique cosmique ». L’aurore constitue aussi un des rares moyens d’étude de la haute atmosphère.
- L’appareil Stôrmer permet de prendre des photographies d’aurores polaires tandis que le champ des appareils photographiques ordinaires est trop réduit et ne donne que des fragments d’arcs ou de draperies.
- L’utilisation d’un appareil à très grand champ serait souhaitable, mais il manque en général de luminosité. L’utilisation du cinéma avec des pellicules ultrarapides donnerait peut-être quelques résultats. Un enregistrement photo-électrique continu de l’intensité de la lumière aurorale présenterait aussi de l’intérêt.
- Ozone atmosphérique. — L’ozone atmosphérique a été étudié au cours de l’année polaire par le professeur Dauvillier. Des dosages quotidiens de l’ozone au sol devront être exécutés à la base d’hivernage.
- Les méthodes spectrographiques permettent d’estimer la quantité totale d’ozone contenue dans l’atmosphère ou, en utilisant une source ultraviolette artificielle disposée à quelques kilomètres de distance, l’ozone au sol. La première méthode paraît difficile à appliquer à la Terre Adélie, région à coups de vent violents et temps bouché durant la plus grande partie de l’année. La seconde exige une station auxiliaire à 4 ou 5 km de la station principale et en vue de celle-ci, station munie d’un spectrographe.
- Rayons cosmiques. — D’après le professeur Dauvillier qui a entrepris des recherches sur les rayons cosmiques pendant l’année polaire, il est très important, pour leur mesure correcte, d’utiliser simultanément
- plusieurs appareils de types différents. Afin de pouvoir comparer les mesures à celles déjà effectuées en Europe, ce physicien avait utilisé l’appareil absolu de Wulf-Kolhôrster, et deux variomètres, l’un intégrateur permettant la mesure de l'intensité moyenne pendant 12 h, l’autre enregistreur à marche continue. Ces appareils sont décrits dans l’étude du professeur Dauvillier parue dans le tome Ier des résultats de la participation française à l’Année polaire internationale (p. et suiv.).
- Météorologie. — Lorsque fut décidée l’année polaire internationale 1982-1933, l’attention avait été appelée sur l’importance des observations dans les régions polaires et circumpolaires australes. Ce continent glacé, ceinturé de Arastes océans, pourrait présenter une circulation atmosphérique plus simple que l’hémisphère boréal où les continents disloquent si profondément la ceinture des hautes pressions subtropicales et, par suite, le front polaire.
- En outre, la variation annuelle de température étant beaucoup plus faible dans l’Antarctique que dans l’Arctique, la variation saisonnière du champ stable de pression et corrélativement, du front polaire, doit être plus faible et plus lente.
- Une étude synoptique de l’hémisphère austral devrait non
- Fig. 4 et 5. — En haut : Soleil de minuit par temps calme. A gauche : Iceberg dans la brume.
- seulement nous révéler la distribution encore si mal connue des courants de perturbation propres à cet hémisphère, mais aussi augmenter nos connaissances du mécanisme de la circulation générale, avec son système de perturbations, dans l’un et l’autre hémisphère.
- Malheureusement, des difficultés de toutes sortes ne permirent pas, en 1932-1903, de donner aux observations dans l’Antarctique l’ampleur désirable et la question reste à peu près entière.
- L’heure parait venue de profiter du réseau de postes météorologiques permanents récemment créés et des nombreux navires des expéditions en cours ou prévues pour organiser dans l’hémisphère austral une année interna-
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- lionale. Celle-ci pourrait être 19/19-1950; j’estime, en effet, que 24 mois de préparation sont nécessaires pour mener à bien une pareille tâche.
- La France devrait participer à cette œuvre internationale en formant, au cours de ces deux années, l’équipe des jeunes savants qui feront partie de l’état-major de l’expédition antarctique à la Terre Adélie.
- Les stations fixes pourraient être renforcées durant la campagne de chasse 1949-1950, par les observations des baleiniers qui font, campagne aux abords du continent antarctique et dans les mers circumpolaires, ce qui permettrait d’accroître, durant quelques mois, le champ du réseau d’observation.
- En outre, des stations installées dans les îles circumpolaires (Orcades du Sud, Géorgie du Sud, Sandwich, Tristan da Cunha, Bouvet, Prince Édouard, Crozet, Saint-Paul, Kerguelen, Mac Donald, Macquarie,
- Campbell, C h a -tham) relieraient le réseau antarctique proprement dit aux réseaux continentaux américains, africains et australiens.
- L’avion devrait être utilisé non seulement pour des observations en altitude, mais peut-être encore pour la mise en place et le ravitaillement d’un ou plusieurs postes fixes à l’intérieur du continent glacé, notamment au voisinage du pôle.
- Qu’on prévoie une seule station météorologique au niveau de la mer ou aussi une autre de montagne à 4oo ou 5oo m d’altitude, il faudra les équiper de tous les instruments utilisés dans nos stations françaises, y compris le matériel destiné aux sondages aérologiques et aux radiosondages dont l’importance est considérable.
- Je ne doute pas que la « Météorologie nationale » ne trouve dans son personnel des volontaires parmi lesquels on désignera une petite équipe de physiciens et de techniciens avisés qui seront à même d’accomplir en Terre Adélie un remarquable travail d’observation et de recherches.
- Hydrographie. Géographie. — Je suppose que le navire polaire de l’expédition sera armé et équipé par la Marine nationale. Les officiers qui auront l’honneur de porter le pavillon français dans les eaux de la Terre Adélie, consulteront avec profit, pour l’ensemble de la partie maritime, le Contre-Amiral M. Bougrain, ancien commandant en second de l’expédition du Pourquoi-Pas?, qui a une grande expérience des glaces, acquise au cours de deux années de navigation dans les banquises australes.
- Marées. — A propos de l’importance de l’étude des marées, le professeur G. Darwin, dans l’Antarctic Manual, s exprimait
- ainsi en 1912 : .
- « La région antarctique est la seule sur terre où les conditions
- théoriques dans lesquelles peuvent, s’étudier les oscillations des marées se trouvent réalisées approximativement dans le sens où une solution dynamique complète a été atteinte, parce qu’il n’y a que là que l’on trouve un océan ininterrompu tout autour de la planète. Il est vrai que l’existence des océans Pacifique et Atlantique doit introduire des conditions qui diffèrent largement de celles que réclame la théorie; mais malgré tout, il paraît clairement important d’obtenir des observations dans un océan qui se conforme, quoique grossièrement, aux desiderata théoriques, surtout quand nous savons que des observations en cette région font presque entièrement défaut a.
- Or, les observations exécutées notamment en 1909 durant 225 journées consécutives à l’île Petermann par 6b°ior S. et C7°34/ W. montrent que cette région de la côte ouest de la Terre de Graham subit, au contraire, un régime de marées très complexe et très troublé. On en trouvera les éléments dans le remarquable m é -moire de l’Amiral, alors enseigne de vaisseau de ire classe B. E. Godfroy (x).
- Océanographie physique. —
- L’océanographe de l’expédition, probablement un autre officier de marine, consultera utilement le Capitaine de vaisseau J. Rouch, directeur du Musée océanographique de Monaco, qui avait la charge des études océanographiques à bord du Pourquoi-Pas ?. Le mémoire publié par celui-ci dans les documents scientifiques de l’expédition (1913) pourra servir de guide. Conservation des échantillons, dragages, chalutages, prises de température de l’eau de mer en surface et à diverses profondeurs, prises d’échantillons d’eau, détermination de la chloruration et de la densité de l’eau, tels paraissent être les principaux travaux à exécuter.
- Géologie. — Il serait intéressant de savoir si à la Terre Adélie les roches forment une province pétrographique locale ou si elles ont une analogie avec les roches éruptives de la Terre Victoria qui, elles-mêmes, sont voisines de celles de la Tasmanie. Existe-t-il des vestiges volcaniques dans le secteur français ? Dans l’affirmative, il importe de déterminer leur mode de gisement et de voir si, dans les roches volcaniques et dans les tufs ne se trouvent pas des fragments de roches étrangères permettant de fixer leur âge. Cette question présente un grand intérêt car, sauf dans l’île Ross, en bordure de la grande barrière de glace, où l’Erebus est encore en action, on n’a que de très vagues indications sur l’âge des roches volcaniques antarctiques.
- Comme nous l’avons déjà indiqué, les découvertes de minerais sont rares dans l’Antarctique : il sera donc nécessaire de
- 1. Deuxième expédition antarctique française (1908-1910). Sciences physiques. Étude sur les marées, par R. E. Godfroy. Masson, Paris, 1912.
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- fouiller à fond la région à ce point de vue. La recherche de formations sédimentaires présente aussi un très grand intérêt pour fixer l’histoire géologique encore mal connue du continent.
- Tout doit être tenté, soit par avion, soit par traîneau, pour approcher tous affleurements présentant une série de strates régulièrement superposées.
- Il va de soi que les découvertes de fossiles, plantes et animaux sont aussi désirables. Il suffît de rappeler les belles découvertes de Nordenskjôld au Nord de l’île Seymour où des couches marines ont livré des coquilles, des os de manchots et de Zeuglodon, tandis que d’autres dépôts fournissaient des fougères, une feuille d’Araucaria, des feuilles de hêtre. Dans la partie méridionale de la même île, à Snow Hill, des terrains secondaires ont donné d’importantes séries d’ammonites, ainsi que d’autres fossiles. En recueillant les restes de plantes terrestres, les explorateurs suédois ont prouvé l’existence passée d’une terre ferme antarctique, au climat assez doux pour que la végétation y soit possible.
- Dans un autre ordre d’idées, signalons un moyen indirect qui permet au géologue, en s’adressant à l’océanographe, d’obtenir certains échantillons de roches. Il suffit de recueillir les cailloux ramenés du fond par la drague. Certains peuvent avoir été transportés de contrées plus ou moins lointaines par des icebergs ou des icebloks, mais d’autres peuvent aussi révéler la composition des terres au voisinage.
- Notons enfin que le géologue doit s’intéresser au mode de décomposition superficielle de toutes les roches qu’il est appelé à rencontrer. Il pourra recueillir auprès du docteur Gourdon, qui a vécu trois années dans l’antarctide sud-américaine, des renseignements pratiques de première importance concernant toutes les branches de la géologie (géographie physique, minéralogie, pétrographie, glaciologie).
- Zoologie. — Les deux expéditions antarctiques françaises ont déjà rassemblé une documentation considérable sur la faune de l’antarctique terrestre et marine.
- Le futur zoologiste de l’expédition devra se familiariser avec les meilleurs moyens de récolte, de tri des spécimens, leur conservation, et aussi avec l’observation des animaux vivants dans leur milieu. Il aura à explorer le sol, les plages, les eaux littorales, les fonds, à organiser des pêches à pied, des dragages, des pêches de plancton au filet fin, et aussi des pêches verticales à travers des trous pratiqués dans la glace.
- 11 notera toutes les conditions de ses observations et de ses captures. 11 lui faudra savoir préparer les peaux des gros animaux, recueillir leurs embryons et leurs parasites, élever les couvées d’oiseaux et les larves d’insectes. Des stages préparatoires au Muséum national ou dans les laboratoires maritimes lui seront profitables.
- Toute documentation sur le Manchot empereur (Aptenodyles Forsteri) présente un grand intérêt, les expéditions du Français et du Pourquoi-Pas? n’ayant pas rencontré cette remarquable et rare espèce dans l’antarctide sud-américaine. S’il s’en trouve à la Terre Adélie, il sera bon de préparer, avec tout le soin désirable, des collections de peaux d’adultes et de jeunes pour le Muséum d’Histoire Naturelle qui n’en possède pas, ainsi que des séries d’embryons conservés dans l’alcool, et d’étudier les mœurs de cet oiseau.
- On fera de même si le Mégalestris de Mac-Cormick (Megales-tris Maccormicki) niche à la Terre Adélie et si l’on rencontre le phoque de Ross (Ommatophoca Rossi) dont le Muséum ne possède qu’un exemplaire.
- Enfin, une abondante collection de documents photographiques et cinématographiques renseignerait sur les conditions d’existence des vertébrés et invertébrés (rookeries de manchots, nids, vues de rochers au ras de l’eau, montrant l’influence de
- la marée, du rabotage des glaces, photographies d’animaux et de plantes en place, etc.).
- Botanique. — Le botaniste recueillera tout ce qu’il trouvera en exemplaires aussi nombreux que possible : algues marines, algues d’eau douce, diatomées, neiges colorées, mousses, lichens.
- Naturellement, des photographies documentaires doivent être prises à distance réduite pour donner une idée exacte de la végétation.
- Nous pouvons ajouter à cette longue énumération de travaux les recherches microbiologiques portant sur la flore microbienne du sol, des eaux, sur les germes en suspension dans l’air, ainsi que sur les microbes et parasites rencontrés chez les divers animaux.
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- Nous avons essayé, en nous inspirant de ce qui a déjà été réalisé, d’ébaucher un projet d’études pour une future expédition antarctique.
- Nous n’avons pas la prétention d'avoir préparé un programme complet, définitif de l’ensemble des travaux à exécuter dans les différentes branches de la science, — mais simplement de présenter une sorte de guide dont les jeunes, s’ils écoutent les conseils des aînés, pourraient s’inspirer.
- Nous souhaitons vivement, le départ d’une expédition antarctique française vers cette Terre Adélie, terre française, qui doit être explorée, fouillée à tous les points de vue. Mais il est nécessaire que le départ de la mission n’ait lieu qu’après une préparation minutieuse dans tous les domaines, — et j’estime que près de deux ans sont indispensables pour mener à bien une telle préparation.
- L’expédition ne me paraît donc pas devoir quitter la France avant septembre-octobre 1949.
- Pour sa réalisation, il faudra disposer de crédits très importants, mais avant tout, il paraît indispensable que le programme des recherches et travaux à exécuter soit étudié, discuté et préparé par diverses commissions scientifiques composées, pour chaque partie, des savants les plus qualifiés. Une fois ces programmes arrêtés, ils devraient être proposés à une « Commission scientifique générale » chargée en dernier ressort de leur coordination.
- Pour le choix des membres de l’expédition qui seront responsables de l’exécution de ces différents programmes, il paraît logique que les mêmes commissions étudient les candidatures qui se manifesteront et proposent les jeunes savants qui paraîtront les plus qualifiés. Les candidatures devraient, à mon avis, être soumises finalement pour approbation à la Commission scientifique générale.
- Quant à l’expédition elle-même, à son commandement, j’estime que l’honneur de la mener à bien doit revenir à notre Marine Nationale.
- La Marine, j’en suis persuadé, n’aura que l’embarras du choix pour désigner parmi les volontaires les officiers nécessaires et les affecter à cette expédition.
- Ces officiers et les civils désignés par la Commission scientifique générale formeraient l’état-major de l’expédition. Notre Marine Nationale paraît tout indiquée pour prendre en Terre Adélie la succession de Dumont d’Urville et hisser nos couleurs sur cette terre française.
- L. Gain,
- Directeur adjoint de l’O. N. M. en retraite, Membre de l’Expédition antarctique française du Pourquoi-Pas ?
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- CHEZ LES PYGMÉES DU CAMEROUN'*
- La chasse.
- L’occupation essentielle de l’homme est la chasse. Les Bakà en distinguent deux sortes : la petite chasse, celle de tous les jours, et la grande chasse, celle à l’éléphant, qui ne se fait qu’une fois par an. Pour l’une et l’autre, ils n’ont qu’une arme, la lance. Ceci distingue les Bakà du Cameroun, et avec eux leurs frères, les Ba-Binga de l’Oubangui, de tous les autres Pygmées : au Gabon comme au Congo belge, ceux-ci utilisent un. petit arc dont la fo”me spéciale a été notée par tous les ethnologues, et qui est connu sous le nom d’arc pygmée. Les Noirs de la foret camerounaise utilisent des arbalètes. Les Pygmées du Cameroun méprisent ces armes de jet. Ils n’emploient pas non plus les pièges ou les filets dont se servent, à côté d’eux, les indigènes : ils estiment un tel procédé déshonorant. Un vrai Bakà, disent-ils, doit attaquer directement le gibier et, pour cela, il n’y a qu’une seule arme, la lance.
- Haute de 2 m à 2,5o m, cette lance, faite d’un bois particulièrement dur, porte une longue et large lame de fer, solidement fixée, et dont le tranchant est soigneusement; effilé chaque jour. Un poison végétal, généralement du strophantus, substance qui paralyse le cœur, imprègne cette lame. Les Bakà ne se séparent
- 1. Voir La Nature, n° 3152, du 15 janvier 1948, p. 17.
- Fig. 7. — Famille pygmée.
- Remarquer la coupe des cheveux des deux femmes et de l’enfant de droite. Les deux jeunes femmes ont une tige incrustée dans la lèvre supérieure ; les nombreux objets au cou de celle de droite sont des amulettes. Aucun des adultes n’ose regarder l’objectif. Le chien appartient à un Noir venu
- en visite.
- jamais de leur lance. Dès qu’ils ont xo à 12 ans, les jeunes garçons en ont déjà une, plus courte, qu’ils emploient pour le petit gibier. Vers i5 ans, ils sont devenus hommes et participent à la chasse. Celle-ci se fait en groupe. Deux bêtes sont le gibier favori : le cochon sauvage et l’antilope. Sachant reconnaître leurs pistes dans la forêt, suivant leurs traces vers les ruisseaux où ils vont s’abrenver, les Bakà les débusquent puis, avec une agilité stupéfiante, les rejoignent à la course et les frappent.
- Ils ont aussi d’autres gibiers : le fourmilier, qu’ils apprécient particulièrement, le porc-épic, le rat, le gros lézard dit iguane, bref tout ce qui, parmi les bêtes de la forêt, est susceptible d’être chassé et d’être mangé. Le cas échéant, le Bakà n’hésite pas à s’attaquer à une des plus redoutables, devant laquelle les Noirs, pris de panique, s’enfuient : le gorille. Plus d’un homme porte les profondes morsures qu’il a reçues au cours d’un tel combat. Sur l’un, la main avait été totalement arrachée; le Pygmée avait cependant tué son adversaire et survécu à sa blessure.
- La chasse à l’éléphant est le grand sport des Bakà. Peut-être en a-t-il été de même chez les autres Pygmées de la forêt, mais la plupart de ceux-ci ne la pratiquent plus qu’exceptiorinellement. Sur la frontière Est du Cameroun, les Bakà, plus influencés par les Noirs, s’y livrent déjà beaucoup moins. Ceux du Centre, qui ont gardé leurs mœurs primitives, continuent à s’y adonner sans réserve. Quand, dans certains campements, on pose la question : qui de vous a tué un éléphant ? les hommes se regardent avec étonnement, puis répondent : mais tous, nous avons tué plusieurs éléphants. Ce disant, ils ne se vantent pas.
- La chasse à l’éléphant se fait à la saison sèche, de décembre à février. Il faut d’abord joindre une des régions où les pachydermes sont restés suffisamment nombreux. Elles sont souvent à plus de 100 km du campement, dans les parties les plus profondes de la forêt, loin des pistes et des villages indigènes. La plupart des hommes, quelques femmes et les garçons déjà âgés prennent part à l’expédition.
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- Ne restent au campement que les vieillards avec les jeunes enfants et leurs mères. La caravane va lentement. Les hommes chassent en route pour se nourrir. Les femmes, chaque soir, construisent quelques abris. Qu’importe d’ailleurs si on ne va pas vite ? L’essentiel n’est-il pas d’avoir chaque jour sa nourriture ? S’il n’y a rien, on jeûne, mais il est rare, qu’à défaut de gibier, les femmes ne déterrent pas au moins quelques tubercules.
- Un jour, enfin, les chasseurs rencontrent une large piste, sorte d’allée où, sur plus de a m de hauteur, toutes les branches ont été abattues et brisées : c’est celle du troupeau d’éléphants. Tout change dès lors. Il faut aller vite. Laissant les femmes et enfants, qui suivront à petite allure, les hommes partent devant, essayant de rejoindre le troupeau et de repérer un animal isolé.
- C’est le meilleur chasseur qui l’attaque. Il se recouvre de bouse, se frotte avec le suc d’un certain arbre qui doit lui donner une force magique, puis, en se dissimulant, s’approche de l’animal. Montant dans les arbres, les autres hommes le regardent de loin. Il s’agit pour lui d’arriver inaperçu derrière le pachyderme. Se glissant de broussailles en broussailles, évitant le moindre bruit, il arrive enfin à quelques mètres. La lance solidement tenue des deux mains, d’un seul bond, il se jette sous le ventre de l’animal et, de toute sa force, y enfonce la lance. Il la retire aussitôt et, avec non moins de rapidité, s’aplatit derrière un buisson. C’est pour lui le moment critique : si l’éléphant, se retourne et le voit, rien ne pourra le sauver. Mais habituellement celui-ci, hurlant de douleur, s’enfuit droit devant lui en levant la trompe.
- Le poison ne tarde pas à faire son effet. Après quelques heures, deux ou trois jours au maximum, la bête s’affaisse et meurt. Les chasseurs, qui la suivaient de loin, accourent. Les femmes et les jeunes garçons arrivent ensuite. Si l’on n’est pas trop distant du campement, on prévient ceux qui y sont restés, on invite les Pygmées des campements amis, et jusqu’aux Noirs avec lesquels on est en bons termes. Autour du cadavre de
- Fig. 9. — Deux Bakà prêts à partir à la chasse.
- La hache est accrochée à l’épaule gauche ; derrière la nuque, la sacoche qui contient le briquet. L’attitude gênée des deux hommes est caractéristique.
- l’énorme bête, les réjouissances commencent. Pendant des jours, et tant qu’il reste de la viande, festins et danses se succèdent. Le ventre plein, leurs femmes chargées de viande fumée, les Pygmées retournent alors à leurs campements. La grande chasse de l’année est finie. Jusqu’à l’an suivant, ses péripéties seront le principal sujet de conversation.
- Le commerce ;
- relations avec les Noirs.
- Jaloux de leur indépendance, les Pygmées ont toujours eu très peu de relations avec les autres hommes. Ils en avaient peur d’ailleurs et les fuyaient. Maintenant encore, leur attitude trahit cette crainte. Le Pygmée penche la tète, son regard se détourne de celui qui le fixe. Il ressemble à une bête traquée qui cherche par où s’enfuir.
- Entre Pygmées et indigènes se sont cependant établis des échanges, mais ceux-ci ont longtemps comporté la forme du « troc muet ». Venant la nuit dans un village, Le Pygmée déposait un quartier de viande devant la case d’un habitant. La nuit suivante, celui-ci mettait à la place la denrée, sel ou bananes, qu’il jugeait correspondre au cadeau reçu. Si le Pygmée trouvait l’échange convenable, il emportait la marchandise; s’il jugeait l’offre insuffisante, il n’y touchait pas et le villageois, la nuit d’après, ajoutait quelque chose.
- , Ce stade du troc muet est maintenant presque partout dépassé au Cameroun, quoique, dans certaines régions, les Pygmées n’osent encore venir dans les villages que la nuit. Généralement, les relations sont plus étroites. Les Pygmées ont besoin de fer pour leurs lances et leurs haches ; ils apprécient les bananes; ils veulent du sel et ont pris l’habitude du tabac. Tout cela, ils ne peuvent l’obtenir que par les Noirs. Ceux-ci, d’autre part, chasseurs bien inférieurs aux Pygmées, sont heureux de recevoir d’eux de la viande ou du miel. Tout un commerce s’effectue ainsi, au bénéfice des deux parties.
- Mais ce commerce ne se fait pas avec n’importe qui. Dans chaque campement, les Pygmées sont en rapport avec un des Noirs du village voisin qui est leur intermédiaire attitré. Ce n’est qu’avec lui que se font les échanges. Il va chez eux et leur fait des commandes. Il les lui apportent dans sa case. On dit parfois, et les villageois propagent volontiers cette croyance qui les flatte, que ce Noir est le maître des Pygmées. Il n’en est rien. Bien qu’ayant peur des Noirs, les Pygmées les méprisent. Quand ils s’estiment lésés, ils n’hésitent pas à cesser toute relation avec le village ou encore, solution qu’ils préfèrent parce qu’elle évite toute discussion, à abandonner leurs campements pour aller s’installer ailleurs.
- Vie mentale*
- Constamment occupés à la recherche de leur nourriture, les Pygmées n’ont guère le temps d’utiliser leur activité mentale à des buts spéculatifs. Aucun sens artistique chez eux. Huttes et
- Fig. 10. — Femme Bakà avec son enfant fixé à sa hanche par une écharpe en peau d’antilope.
- Les femmes grimpent aux arbres avec Leurs enfants ainsi tenus.
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- Fig. 11. — Famille Bakà.
- L’homme a mis un pagne d’étoffe et s’est suspendu aux bras, aux jambes et au cou les tiges de rafla que les Pygmées mettent pour danser. La femme a le pagne d’écorce habituel.
- campements sont disposés sans le moindre souci d’esthétique, voire même de symétrie. La parure, si importante chez beaucoup de Primitifs, ne joue pour eux qu’un rôle très secondaire. Presque rien ne semble les intéresser en dehors de la chasse, et leur langue elle-même, extrêmement riche pour tout ce qui concerne la forêt, — ils ont jusqu’à cinq mots distincts poui désigner les antilopes, quatre mots pour désigner les fourmis,
- __ n’a pas de termes pour beaucoup de notions courantes chez
- nous, mais qui leur sont indifférentes.
- C’est ainsi que les seuls nombres qu’ils connaissent sont ceux de i à 5. A.u delà, ils emploient un mot qui signifie « beaucoup ». A quoi servirait, en effet, de spécifier qu’en tel endroit, il y a six ou huit antilopes ? Toutes les précisions mathématiques dont nous parsemons notre langage leur sont complètement inutiles.
- Une conséquence curieuse, par exemple, est qu’un Pygmée est absolument incapable de dire combien il a d’enfants. Il les connaît, cela lui suffit; l’idée de traduire leur existence par un chiffre ne lui est jamais venue à l’esprit. Quand on l’interroge à ce sujet, il les place derrière lui et c’est à l’Européen de faire le calcul ! Si les enfants ne sont pas là, leur père en donne les noms et peut en faire le compte, encore n’est-il pas rare que quelques minutes après, l’homme revienne en déclarant : « J’ai oublié celui-ci, ou celui-là ».
- Ce matérialisme n’empêche pas les
- Pygmées d’avoir une religion, plus exactement des croyances religieuses car, contrairement aux Noirs, il n’y a chez eux ni sorciers, ni cérémonies quelconques. Il semble qu’ils croient vaguement à un Etre suprême, auquel ils font des offrandes pour qu’il favorise leur chasse. Il est très difficile de se documenter sur ce sujet sur lequel les Bakà sont extrêmement réticents.
- Il est cependant une activité qui joue un très grand rôle dans leur vie : c’est la danse. Tous les campements, à leur centre, ont un emplacement aplani où l’on peut s’y livrer. Elle a lieu le soir, quand la chasse a été particulièrement fructueuse, ou lorsque les Noirs du village voisin ont donné aux Pygmées beaucoup de bananes.
- La danse pygmée n’a rien de commun avec celle des Noirs. Pratiquée uniquement par les hommes, c’est une sorte de piétinement rapide où les danseurs avancent, le corps penché en avant, les bras demi-tendus, décrivant des figures ou mimant des scènes de chasse. Un homme, à cheval sur un petit tambour, donne le rythme en frappant celui-ci à intervalles rapides : un coup fort, trois coups brefs (fig. 12). De telles danses durent parfois des nuits entières. Elles représentent pour les Bakà tout ce que nous mettons dans nos multiples distractions. C’est le seul acte par lequel ils s’évadent vraiment de l’heure présente.
- L’avenir des Bakà-
- Touchées par des civilisations qu’elles ne peuvent comprendre, heurtées par le contact avec des groupes économiquement plus forts, beaucoup de races primitives se sont récemment éteintes ou sont en voie d’extinction. En sera-t-il de même des Pygmées de la forêt africaine ? Nombre d’ethnologues se sont rangés à cet avis et pensent que l’influence de la civilisation des Noirs, le métissage avec ceux-ci, amèneront une rapide disparition de ce petit peuple de libres chasseurs. L’étude des Pygmées sur place ne confirme pas cette opinion.
- Attachés à leur rude existence qu’ils préfèrent à toute autre, les Bakà s’obstinent à la garder intacte. Dans certaines régions du Cameroun, des administrateurs bien intentionnés leur ont donné des habitations stables et ont tenté de leur faire entretenir des plantations. Au bout de quelques mois, ils ont tout
- Fig. 12. — Danse au campement.
- Un homme frappe du tambour ; les femmes et les enfants, accroupis devant leurs huttes, accompagnent de leurs cris le danseur.
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- abandonné. On a pris des jeunes enfants et les a conduits à l’école. Ils sont retournés à la forêt. Nomade et chasseur, le Pygmée veut rester tel. S’il s’intéresse à certains éléments de la civilisation des Noirs, comme la lame de fer ou les bananes, il ne cherche à les avoir que par échange et se refuse à les produire lui-même. Les métissages avec les indigènes sont d’autre part exceptionnels. Ainsi la race reste à peu près pure. Et comme les femmes ont beaucoup d’enfants, le nombre des Bakà ne diminue pas.
- Tant que la grande forêt camerounaise subsistera, tant que la maladie du sommeil et le paludisme la protégeront contre
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- une exploitation européenne trop intense, les Bakà continueront à la parcourir en tous sens, menant une existence particulièrement intéressante pour l’anthropologiste, puisque c’était celle, sans doute, qu’avaient les premiers hommes. Si rien 11e vient brusquer sa façon de vivre, cette petite race de la forêt pourra persister longtemps, en marge des deux civilisations qu’elle côtoie mais veut ignorer, celle des Noirs et celle des Blancs.
- H. Y. Vallois.
- Directeur de l’Institut de Paléontologie humaine.
- NOS LECTEURS NOUS ÉCRIVENT :
- Le D. D. T. est-il dangereux ?
- (n° 3M4, 15 Septembre 1947).
- M. E. Truan nous écrit :
- M. Jean Lhoste a fait paraître sous ce titre dans La Nature un article sur la toxicité du D.D.T. Il me paraît nécessaire de revenir sur certaines affirmations énoncées par M. Lhoste, en rappelant quelques constatations de fait.
- 1° Le D.D.T. est aujourd’hui l’une des substances dont on a étudié le plus à fond l’aspect toxicologique. Ceci est en particulier le fait des auteurs anglo-saxons qui ont publié de nombreux travaux pendant la guerre et qui continuent à le faire. Ces travaux furent possibles grâce aux moyens financiers illimités mis à la disposition des chercheurs de ces pays. La diffusion du D.D.T. n’a certainement pas été faite à la légère.
- 2° Il est intéressant de constater que la plupart des travaux publiés aux États-Unis tendent à démontrer la toxicité du D.D.T., alors que les Américains n’ont pas tenu compte de ces conclusions au cours de la guerre ni même plus tard, mais qu’ils utilisent le D.D.T. à grande échelle.
- 3° Lorsque l’insecticide est appliqué correctement, selon les prescriptions des fabricants, il ne présente aucun danger pour l’homme et pour les animaux domestiques ; aucun cas d’empoisonnement n’est connu provenant de l’emploi du D.D.T. dans la pratique. Les quelques cas d’empoisonnement cités par la littérature ne signifient rien et induisent en erreur, car il s'agit, soit de tentatives de suicide, soit d’une application erronée de l’insecticide. Lorsqu’un homme boit volontairement ou accidentellement une solution de D.D.T. dans un solvant organique (pétrole par exemple), il n’est pas étonnant que sa vie soit en danger : ceci serait aussi le cas s’il buvait du pétrole sans D.D.T. Il est injuste de mettre en cause le D.D.T. dans des cas pareils. N’y a-t-il pas dans chaque ménage de nombreuses substances, pour le moins aussi toxiques, le plus souvent incomparablement plus toxiques que les produits à base de D.D.T. ? Remarquons, en outre, que d’autres insecticides dont il est beaucoup question aujourd’hui sont très mal connus quant à leurs propriétés toxicologiques. Malgré cela, leur emploi est autorisé en France, même en mélange avec les denrées alimentaires. L’emploi du D.D.T. a été limité, sur la base des renseignements donnés par la littérature américaine, pour la seule raison que cette substance est mieux connue et que l’on a beaucoup écrit sur sâ toxicologie. Un homme peut, sans risques, avaler des doses considérables de produits à base de D.D.T. en poudre ou en suspension aqueuse. Aucun fabricant n’a jamais recommandé pourtant le D.D.T. comme régime alimentaire. Le contact constant avec l’insecticide pur (ouvriers en fabrique) n’a jamais causé d’accident. Combien moins dangereux encore est son emploi sporadique à faible concentration. On ne peut pas prétendre que les arsëniates, par exemple, soient aussi inoffensifs et malgré cela, personne ne s’insurge plus contre leur emploi comme insecticide. Aux concentrations utilisées dans la pratique, le D.D.T. est le moins toxique de tous les insecticides connus.
- 4° Le terme de « toxique » est trop souvent utilisé à la légère lorsqu’on parle du D.D.T. En effet, toute substance chimique peut être toxique. C’est là uniquement une affaire de quantité absorbée et résorbée. En ce qui concerne le D.D.T., il est possible d’obtenir une action insecticide avec des quantités si faibles que seuls les
- insectes en soient atteints, mais non pas l’homme ou les animaux domestiques. Si un homme absorbait une forte dose de sel de cuisine (oOO g), il serait aussi certainement intoxiqué que s’il ingurgitait une substance dite toxique. Ainsi, 300 g de NaCl déterminent une intoxication, alors que 1 500 g d’une poudre à 10 pour 100 de D.D.T. n’en produisent aucune. Il ne viendra cependant à l’idée de personne de prétendre que le sel de cuisine est un produit toxique. Notre vie quotidienne fournit de nombreux exemples qui montrent que nous sommes en contact constant avec des substances les plus diverses dont la toxicité est nettement plus grande que celle du D.D.T.
- 5° Il y a une contradiction flagrante entre les données des auteurs américains et l’expérience acquise dans la pratique. Si nous examinons la littérature citée par M. Lhoste, nous constatons que les expériences faites par ces auteurs portèrent sur des quantités de D.D.T. d’un ordre de grandeur bien supérieur aux quantités utilisées dans la pratique. Cela est vrai aussi bien pour les expériences portant sur une application par ingestion, par contact sur l’épiderme, ou par injection. En tout état de cause, on ne peut pas tirer de travaux de laboratoire des conclusions valables pour la pratique. Sept années d’expériences dans l’application d’insecticides à base de D.D.T. ont démontré sans aucune erreur possible que lorsqu’on s’en tient aux règles élémentaires de la lutte anti-parasitaire, le D.D.T. est véritablement sans danger.
- 6° M. Lhoste écrit : « Les insectes nuisibles et utiles sont très sensibles au D.D.T. si bien que des traitements sur des fleurs détruiront tous les insectes qui viennent y butiner. Les abeilles sont les victimes les plus remarquables, mais tous les insectes auxiliaires de la fécondation des fleurs seront également exterminés ». Les points suivants sont définitivement acquis :
- a) L’action insecticide du D.D.T. varie énormément d’un insecte à l’autre. Il existe des insectes très sensibles et d’autres très résistants au D.D.T., avec tous les intermédiaires entre ces deux extrêmes ;
- b) Il se trouve que l’abeille est parmi les insectes que seule une dose très forte de D.D.T. peut tuer. Les travaux de Eckert, Wies-mann, Holst, Bovey, Butovitsch, Chaffard, 'Filmer et Smith, Kaufmann, Kulasch, Scullen, Thiem, ont prouvé surabondamment qu’on peut tuer les abeilles au laboratoire en utilisant des doses de 20 à 40 fois supérieures aux doses utilisées dans la pratique, mais que, par contre, l’emploi du D.D.T. dans les cultures n’offre aucun danger pour l’abeille si cet insecticide est employé correctement. La documentation traitant de ce sujet est considérable
- 7° Je note encore un passage dans lequel l’auteur expose les faits qui ont permis de connaître l’extraordinaire stabilité du D.D.T. Il termine par ces mots : « ... Ces observations se passent de commentaire ». Cette phrase prête, semble-t-il, à confusion. La stabilité est l’une des grandes qualités du D.D.T. Grâce à elle, sa durée d’action est justement appréciée. Cette durée d’action n’augmente aucunement son danger, ainsi qu’on pourrait le penser à la lecture du passage cité.
- li. Thuan, Entomologiste.
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- FRANCO
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- La vie de François Viète, c’est l’existence d’un savant et d’un mondain au xvie siècle. Ce mathématicien hors pair fut aussi un diplomate de haute classe.
- Issu d’une famille de commerçants du Poitou, il fut placé chez les Cordeliers de sa ville natale, à Fontenay-le-Comte. Il y avait alors ce par tout le royaume, suivant le mot de Montaigne, foison d’écoles et de collèges » où des maîtres savaient vite découvrir et pousser les talents. Le jeune Viète excellait surtout en latin et il se passionnait pour les sciences exactes. Néanmoins, il étudia le droit et se fît recevoir avocat.
- Sur ces entrefaites, Marie Stuart et Ëléonore d’Aquitaine eurent recours à ses bons offices pour régler des affaires litigieuses et délicates. Il s’acquitta à merveille de cette mission.
- Précepteur de Catherine de Parthenay, fille de Soubise, chef huguenot, il fit faire à son élève de très rapides progrès.
- L'instruction de sa fille achevée, Soubise garda François Viète comme secrétaire pour la rédaction de ses Mémoires, écrits documentaires intéressants. Il entra en relations avec les familles de Rohan, de Coligny, de Loudunois.
- Après avoir acheté une charge de notaire, il fut nommé Conseiller au Parlement de Rennes.
- Attaché durant quelque temps à la suite du roi Henri III, il fut bientôt remarqué par Henri IV, qui sut apprécier ses dons exceptionnels.
- Comme un jour, le roi Henri citait avec complaisance les personnages du royaume, illustres dans les lettres, les arts et les sciences, l’ambassadeur de Hollande, présent à cette audience, lui dit : « Mais Sire ! la France n’a pas un seul mathématicien ! ».
- Piqué au vif, le souverain répondit :
- « Mais vous ne connaissez pas François Viète », et il envoya quérir ce dernier. Après un court entretien, l’ambassadeur parut convaincu, mais il ne se tint pas pour battu.
- Peu de temps après, le célèbre mathématicien hollandais, Adrien Romanus proposa à Viète la résolution d’une équation du 45e degré. Dès qu’il eut pris connaissance de l’énoncé, Viète s’écria : « Ut legi, ut solvi ». Et il retourna à son confrère des Pays-Ras, non pas une seule solution, mais 28 réponses.
- Henri IV répétait : « Il y a longtemps qu’il'me fait science, et j’en ai tout contentement ».
- Car il avait donné des marques d’un esprit subtil et d’une sagacité pénétrante, profitables à notre diplomatie. Pendant la guerre d’Espagne, tous nos agents s’étaient efforcés •— mais en vain — de trouver le chiffre des correspondances secrètes venues de la Cour de Madrid et ce chiffre changeait souvent.
- Henri IV confia ce dur travail à Viète. Il besogna ferme jour et nuit, durant deux semaines, et remit, en clair, tous les textes demandés. Il avait déchiffré ces dépêches comme il lisait des formules algébriques. Sa réputation de savant mathématicien l’accompagnait. Il passait quelquefois pour sorcier, et fut cité
- IS VIÈTE
- devant la cour du Sacré Collège, comme « nécromant et sorcier ». Inutile d’ajouter que le roi fit classer l’affaire.
- François Viète fut sans conteste, et de loin, le plus fort mathématicien de son siècle. Passionné pour ses travaux, il l’était à ce point, nous a dit de Thou « qu’il restait trois jours de suite sans quitter son travail, ni même sa table où on lui apportait de quoi réparer ses forces ». L’algèbre était son plat de résistance, comme la géométrie lui servait de dessert.
- En arithmétique, il a donné des règles pour l’extraction des racines.
- On lui doit la transformation complète apportée à l’algèbre qui était, avant lui, purement arithmétique. Il s’en servit dans l’expression des relations entre des grandeurs susceptibles de varier d’une manière continue. Il a donné des procédés de résolution des équations par approximations successives, pour rendre les équations rationnelles, les transformer. Il a montré les relations entre coefficients et racines.
- C’est, surtout en algèbre qu’il laisse un nom. Plus que Descartes, et avant lui, Viète a été l’homme de l’algèbre. Un des premiers créateurs de cette science, il y a introduit l’usage des lettres, réforme capitale pour représenter les valeurs numériques : cette notation ouvrait à l’algèbre un champ immense.
- Plus encore, il a « imrenté » au sens étymologique du terme, d’appliquer l’algèbre à la géométrie et à l’analyse.
- En géométrie, Viète établit les formules des cordes de tous les arcs multiples d’un autre; il a étudié les conchoïdes et les moyennes proportionnelles. Il a toujours considéré le cercle comme la limite vers laquelle tend un polygone dont le nombre de côtés croît indéfiniment.
- On lui doit encore des recherches sur les nombres incommensurables. Fait à noter, il n’admettait, pas la possibilité de racines négatives.
- Viète fut plus renommé de son temps qu’apprécié de la postérité. Tallemant des Réaux disait : « Jamais homme ne fut plus né aux mathématiques ». Et Huyghens : « Que pensez-vous de Viète, de Descartes, de Galilée ? C’est à eux que je dois la plupart de ce que j’ai appris ». Dans le journal de 1 ’Estoile, on relevait ces lignes : « ...Homme de grand esprit et jugement, un des plus doctes mathématiciens ».
- Et, pour conclure, voici l’opinion du grand géomètre Fou-rier, il y a cent cinquante ans : « Viète résolvait les questions de géométrie par l’analyse algébrique et déduisait des solutions des questions géométriques. Ces recherches le conduisirent à la théorie des sections angulaires, et il formula les expressions géométriques exprimant la valeur des cordes ».
- Ce savant a peu écrit. Ses œuvres ont été réunies par Gallut et le Père Mersenne et publiées sous le titre : Opéra Mathematica.
- Que ceci soit pour nous une leçon, et sachons ce que nous devons aux travaux de François Viète.
- Amédée Fayol.
- François Viète ( 1540-1603), diplomate et mathématicien.
- ERRATUM. — Une erreur s’est produite dans l’illustration de l’article de M. Jacques Boyer sur le marteau-pilon, paru dans le n° 3150 du 15 décembre dernier.
- La figure 7, reproduite sur la couverture, ne représente pas un marteau-pilon moderne, mais bien une presse à forger.
- Les marteaux-pilons ont connu pendant près d’un siècle la vogue en grosse métallurgie et ont abouti aux masses de 100 t dont il exista en France au moins deux exemplaires, celui du
- Creusot représenté sur la figure 6 et celui des Aciéries de la Marine, à Saint-Chamond, mais ils ont été peu à peu supplantés par les presses hydrauliques à forger, beaucoup plus puissantes, plus maniables, d’un fonctionnement progressif et réglable, qui ne provoquent pas de vibrations du sol. C'est une de celles-ci, d’une force de 1 000 t, que l’on voit sur la figure 7. Il n’a pas été construit de marteaux-pilons de plus d’une centaine de tonnes et ce sont maintenant des outils périmés.
- Le gérant : G. Masson. — masson et cie, éditeurs, paris. — dépôt légal ; ier trimestre 1948, n° 689. — Imprimé en France.
- BARNÉOUD FRÈRES ET Cie, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 8ll. — 2-1948.
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- N° 3154
- 15 Février 1948
- LA NATURE
- Fig-, 1. — La route stratégique de l’Alaska. Un bel alignement droit de 50 km de long sur 15 m de large.
- (Photo U.S.l.S.).
- L’ALASKA
- On a vu pour quelle raison les Américains et les Canadiens ont construit, en lui donnant le nom d’« Alcan » (*), une route stratégique entre Dawson Creek (Canada) et Fair-banks (Alaska). Depuis le 3 avril 19/16, elle porte le nom officiel de Highway of Alaska (Autostrade de l’Alaska). On verra plus loin comment cette route a été construite. La partie continentale de l’Alaska, décrite ci-après, est très différente des îles Aléoutiennes bien qu’elles lui soient rattachées administrativement.
- Le milieu géographique.
- Le territoire d’Alaska est trois fois grand comme la France et couvre un peu moins que le cinquième de la superficie des 48 États de l’Union. Il est traversé par le Cercle polaire. Il s’étend en pente douce vers l’océan Arctique et la mer de Bering, mais, au centre et au Sud, il est traversé par plusieurs chaînes montagneuses qui prolongent les montagnes
- 1. Voir, à ce sujet, et pour tout ce qui concerne les îles Aléoutiennes, les n" 3140 (15 juillet 1947) et 3141 (1er août 1947) de La Nature.
- ALGAN est une abréviation formée par la juxtaposition de AL (Alaska) et CAA (Canada).
- Rocheuses. Son point culminant, le mont Mac Kinley, s’élève à 6 100 m; il est au milieu d’un massif montagneux couvert d’immenses glaciers et au centre d’un parc national de 8 000 km3 créé, le premier en Alaska, en 1917 (*), pour y conserver plusieurs espèces de mammifères sauvages propres au Grand Nord américain et qui étaient en voie d’extinction; c’étaient : plusieurs espèces de bouquetins et d’isards; le bison, ou bufjalo des Américains; le bœuf musqué (Ovibos moschatus), originaire de l’Alaska; le caribou, ou renne américain (Rangifer Caribou), non domesticable, mais d’une chasse facile et qui s’était réfugié dans les barren grounds; le wapiti (Cervus Cana-densis), le plus grand des Cervidés, et l’orignal, le plus grand des élans (Alce Alces gigas ou palmatus), dont le mâle pèse 65o kg et dont la ramure a-deux mètres de largeur !
- La côte du Pacifique jouit d’un climat assez doux, car elle
- 1. Depuis 1917, quatre autres parcs nationaux ont été créés. Le plus curieux est la « Vallée des Dix Mille Fumées », dans la presqu’île d’Alaska, dont le climat, les conditions géographiques et la population rappellent ceux des îles Aléoutiennes. 11 y a dans cette vallée une centaine de petits volcans et de nombreuses fumerolles qui, la nuit, éclairent le ciel d’éclairs et de lueurs dont l’effet inattendu et unique au monde surprend les touristes.
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- est protégée par la chaîne élevée, toute proche, du mont Saint-Ëlie et de son prolongement vers le Sud. En outre, elle est réchauffée par le courant de l’Alaska. Elle est bordée d’une myriade d’îles et d'îlots, séparés entre eux ou de la terre ferme par des chenaux profonds, comme le Puget Sound, qui présentent des fjords et d’excellents ports naturels, comme Juneau, la capitale. La partie méridionale de cette bande côtière mesure 5o km de largeur et 56o km de longueur; elle a été comparée à notre Côte d’Azur. A cause de sa forme étroite, les Américains l’ont surnommée le Panhandle (la queue de la poêle) ; ici, le thermomètre descend rarement au-dessous de — io° et ne dépasse guère 4- x5°.
- Sauf sur la côte du Pacifique, le climat de l’Alaska est extrêmement rigoureux et la vie du Blanc y est assez difficile. En hiver, c’est l’interminable nuit polaire; le mercure gèle dans les thermomètres (—4o°) ; en été, pendant quelques jours, il monte quelquefois à + 45°, et ce sont des nuages d’une poussière impalpable et des nuées de moustiques, comme en Laponie et dans toutes les régions circumpolaires. Ils se propagent par les femelles qui sucent le sang d’innombrables petits rongeurs.
- Pour construire la route de l’Alaska dans cette région si inhospitalière il a fallu traverser des forêts vierges (La Fédération s’en est réservé la gestion sur 85 ooo km2), des champs de neiges éternelles, des tourbières immenses et le terrible muskeg, marécage boueux, insondable, où l’homme s’enlize en quelques minutes; il a fallu franchir des chaînes de montagnes jusqu’à i 4oo m d’altitude, contourner des glaciers, franchir des gorges étroites et profondes, des fleuves larges comme des bras de mer et des torrents impétueux sur plus de 200 ponts. Maintes fois, tout travail fut suspendu par le blizzard, la terrible tempête de neige poudreuse, insinuante, qui balaye choses et gens comme fétus de paille.
- La marée est forte sur la côte du Pacifique; son amplitude aux équinoxes dépasse i3 m. Dans le Panhandle, elle ne dépasse
- pas 7 m ; comme la brume y est assez fréquente, les phares et les feux de côte y sont nombreux et éclairent jour et nuit.
- L’Alaska est traversé par le Yukon qui est navigable jusqu’à Dawson, au confluent du Klondike ; un affluent, la Tanana, est navigable jusqu’à Fairbanks; des bateaux remontent aussi jusqu’à Whitehorse, en territoire canadien, à mi-distance des deux terminus de l’Alcan, et qui est devenu un centre important et un grand port fluvial. A partir de 189C, c’est par le Yukon que s’acheminaient les chercheurs d’or cossus se rendant à Dawson, au centre des placers. Les impécunieux débarquaient à Skagway avant la fonte des neiges et se rendaient à pied aux champs aurifères du Klondike par une piste enneigée de 4oo km de longueur passant par le Chilkoot, col étroit à goo m d’altitude. Dawson compta alors plus de 6 000 habitants. C’est aujourd’hui une ville morte; Fairbanks, qui en comptait i5 000, n’en avait plus que quelques centaines avant que l’Alcan y passât. En Alaska, le temps de la bâtée est révolu et les orpailleurs ne peuvent plus s’enrichir en un jour en découvrant par hasard quelque grosse pépite. Cette époque a été immortalisée en 1925 dans « La Ruée vers l’Or », le film de Char-lie Chaplin, aujourd’hui classique.
- Richesses du sous-sol, faune et flore.
- Les alluvions et éluvions aurifères (placers) de l’Alaska qui étaient abordables sont aujourd’hui pratiquement épuisées. Ce sont des sociétés qui exploitent les filons aurifères en place. Elles disposent à cet effet d’engins puissants comme les moni-tors, pompes foulantes fournissant un jet d’eau sous forte pression qui désagrège la roche. Deux mines d’or sont encore ainsi exploitées et c’est pour les atteindre, ainsi que quelques mines de charbon, qu’on a construit des yoies ferrées de pénétration à partir de plusieurs bons ports sur la mer de Bering et sur le Pacifique.
- Après l’or, c’est le charbon gras ou l’anthracite qui est la principale richesse minérale. Quelques couches, dont quelques-unes, brûlant à l’air, fournissent même un peu de combustible aux Esquimaux de la côte arctique. On exploite aussi des minerais de cuivre et de platine, des lignites et le pétrole. On a reconnu de nombreux gîtes importants d’autres métaux, de houille et de pétrole, mais pratiquement ils ne sont pas encore exploitables, faute de moyens de communication.
- Les sols que l’on rencontre du Nord au Sud et de l’Ouest à l’Est sont d’abord la toundra, sans grands arbres mais avec des bouquets d’arbrisseaux, des touffes de plantes buissonnantes pérennes et, pendant l’été, d’herbacées. Presque partout, le sol est couvert d’un épais tapis de lichen dont se nourrit le renne, mais non pas exclusivement comme on le croit, car il lui préfère l’herbe et les jeunes pousses des arbrisseaux. Puis viennent les barren grounds, qui, contrairement à leur nom, ne sont pas absolument stériles car les boqueteaux n’y sont pas rares et par places l’herbe atteint 5o cm de hauteur. Enfin appa-
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- raît la forêt vierge, dense, souvent impénétrable où l’on rencontre les plus beaux arbres qui soient; tel est le Sitka spruce (Picea Sitchensis), le plus grand des épicéas; il atteint 60 m de hauteur et 4 m de diamètre; son bois est fin et homogène; il s’exporte dans le monde entier car il est imputrescible et fournit d’excellents pieux de fondations dans les sols imprégnés d’eau douce ou salée. Les plus beaux spécimens croissent dans le Panhandle, D’autres épicéas ont beaucoup servi dans la construction aéronautique pendant la guerre, notamment celle des fameux Mosquitos anglais de De Havilland.
- L’Alaska est le paradis des chasseurs. Le gibier de poil et de plume, de la plus grosse bête à la plus petite, y pullule. Ce sont : le grizzly; son cousin, le grand ours brun, qui est pêcheur; l’ours blanc; le caribou; l’orignal; le grand cerf canadien; des ovins; des caprins; plus de 17 espèces d’animaux à fourrure, parmi lesquels les renards bleu et argenté, la marte, la loutre, le castor, le rat musqué, sans compter les mammifères marins chassés dans la mer de Bering. Les animaux terrestres sont de plus en plus pris vivants, au piège plutôt que tués, car ils servant surtout à alimenter les fermes d’animaux à fourrure, élevage aujourd’hui très prospère. Après les bois, l’or, les conserves de poissons et de crustacés, ce sont les fourrures qui fournissent le plus fort appoint à l’exportation. Leur vente a un peu diminué pendant la guerre. En 1945, cependant on a vendu plus de 290 000 peaux en poil et « sauvagines » valant 2 millions de dollars. Ce sont, par ordre d’importance, celles du castor, du rat musqué ou ondatra (Fiber Zibethicus, cousiiï de notre ragondin) et de la loutre de rivière.
- Faute de pouvoir se nourrir de la chair des mammifères marins, par suite de leur chasse inconsidérée par les Blancs et les Japonais, les Esquimaux qui habitent les côtes de la mer de Bering risquaient de mourir de faim. Le caribou n’étant pas domesticable et d’ailleurs se faisant, rare, en 1891-1892, le Gouvernement fédéral importa 1 200 rennes semi-apprivoisés de la Sibérie; leur garde fut d’abord confiée exclusivement aux indigènes. On sait que le renne, qui est à demi-domestiqué, répond à tous leurs besoins. Il prospéra si bien qu’on put en recéder au Canada et qu’on put en confier l’élevage à des colons. En 1943, sur i4o 000 rennes recensés, 3o 000 appartenaient à l’État qui les avait confiés à des colons. Actuellement, leur chair peut être consommée par tous et est même exportée sous forme de conserves fort appréciées.
- Les oiseaux de terre et de mer, pour la plupart migrateurs, sont innombrables. Quelques-uns nichent en Alaska pendant
- Fig. 4. — U « Alcan » près d’un col à 1 400 nt d’altitude.
- (Photo U.S.l.S.).
- l’été. L’eider est assez commun. Les espèces de poissons d’eau douce (truite) ou salée (saumon et flétan surtout) sont nombreuses aussi. De grandes pêcheries et fabriques de conserves ont été créées par les Américains. Ce sont des industries prospères.
- En X935, aidés matériellement par le Gouvernement fédéral, des petits fermiers de la haute vallée du Mississipi, appauvris par la dessiccation et l’érosion de leurs terres, vinrent s’installer avec leur famille dans l’arrière-pays d’Anchorage. Ils y cultivent le blé, l’orge,.l’avoine, le seigle, la pomme de terre, presque tous nos légumes y compris les pois, les fraises, les framboises et les groseilles. Ils élèvent des boeufs, des porcs, des moutons, des poules, des canards et des dindons; l’élevage
- du mouton paraît appelé à un grand avenir. Quoique à égalité dé surface occupée, la culture coûte plus et rapporte moins que l’élevage des bêtes à fourrure, ces fermiers trouvent à la culture l’avantage qu’elle leur permet de vivre à peu près comme auparavant et de mener une vie large. Cependant, la plupart ont adjoint à la culture et à l’élevage du bétail et de la volaille, celui des animaux à fourrure. D’anciens G. I. les ont imités. Dans la vallée de la Tanana, près de Fair-banks, il y a aussi une importante colonie agricole de Blancs.
- Le Gouvernement fédéral cherche à attirer les colons et les touristes en Alaska. Il n’y a réussi que partiellement pour les colons. Il a créé quatre stations de recherches agronomiques. En tout cas, quoique les richesses
- Fig. 3. — La grande autostràde de l’Alaska, entre Fairbanks (Alaska) et DaWson Creek (Canada).
- ===== Autostràde
- Chemins de fer
- ‘
- Echelle
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- du sol et du sous-sol soient nombreuses et apparaissent inépuisables, toutes les exploitations de richesses naturelles sont étroitement réglementées afin d’éviter le gaspillage et de réserver l’avenir.
- C’est ainsi que le Gouvernement fédéral a établi un plan quinquennal de mise en exploitation rationnelle des forêts, c’est-à-dire n’entraînant pas de déboisement, la forêt se renouvelant naturellement d’elle-même. L’exécution de ce plan est commencée. Elle exigera la création de routes, layons et pare-feux, d’une fabrique de pâte à papier, d’une centrale hydroélectrique et d’une agglomération de 2 000 habitants.
- Oh estime que, dès ig5o, les forêts de l’Alaska ainsi exploitées fournii’ont pendant un nombre d’années pratiquement illimité, non seulement des quantités importantes de bois de charpente et de menuiserie, mais encore le quart du papier-journal actuellement consommé aux États-Unis et qui, jusqu’à présent, leur a été fourni en presque totalité par le Canada.
- D’autre part, on a terminé le 3o septembre 1947 le lotissement de 1 200 000 ha de bonnes terres échelonnées le long de l’Alcan', et, le 17 octobre les lots ont été mis à la disposition de colons éventuels, un droit de priorité étant accordé pour leur choix aux anciens combattants de la seconde guerre mondiale. Ils pourront commencer à s’y installer le 17 avril 1948.
- Des mesures du même genre ont été prises en vue d’installations destinées aux touristes : garages, dépôts d’essence, hôtels, restaurants, terrains de sports, emplacements pour le camping. Dans les deux cas, les futurs occupants devront partir de zéro et auront tout à créer, comme ce fut le cas pour la conquête du Far West, avec cette différence cependant que les routes leur offriront de grandes commodités pour les transports, qu’ils savent d’avance où ils iront et que les indigènes ne leur seront pas hostiles.
- Population.
- L’Alaska est vide d’hommes. Le dernier recensement (1939) y a compté : 39 170 Blancs, x5 576 Esquimaux, ix 283 Indiens, 263 Japonais dont i49 nés en Alaska (x) et 633 individus d’origines diverses parmi lesquels une majorité de Norvégiens, de Suédois et de Finnois (2). On n’y compte que 23 agglomérations administrées, avec 62 écoles primaires mixtes pour les indigènes; 44 sont rurales; la durée des études y est de huit ans; il y a quelques écoles secondaires ouvertes à tous (durée des études : 4 ans) et une université à Fairbanks. En général, les enfants indigènes ne vont pas au delà de l’enseignement primaire.
- La capitale est Juneau, autrefois Harrisburg, dans le Pan-handle (i5 729 habitants). En 1906, il a remplacé Sitka, autrefois Novo-Arkangelsk (x 987 habitants), quand, à quelques kilomètres dans l’arrière-pays, fut découvert un immense gisement de quartz aurifère qui est actuellement exploité par l’Alaska Juneau Gold Mine C°. Juneau est un très bon port
- 1. Les Américains leur ont conservé le nom japonais de nîséi (seconde génération). Parfaitement assimilés et devenus bons citoyens américains, là plupart ont servi d’interprètes pendant la guerre du Pacifique contre •le Japon.
- 2. On .évalue la population actuelle à 90 000 habitants ; les nouveaux venus sont presque exclusivement des Américains et des Canadiens,
- en eau tranquille sur le chenal Gastineau, à l’embouchure de la Gold Creek, dans un site pittoresque (1).
- Les autochtones forment quatre groupes distincts, tous descendants cependant des mêmes grands ancêtres venus de l’Asie, déjà surpeuplée, par le détroit de Bering et qui se répandirent dans les deux Amériques. Ce détroit n’a que 90 km de largeur et il est pris par les glaces en hiver. Les Esquimaux le franchissent fréquemment en été dans leur bidarka, d’autant plus facilement qu’il présente au milieu un gîte d’étape : les îles Diomède (l’une à l’U.R.S.S., l’autre aux États-Unis). Les animaux du début du Pléistocène l’ont franchi dans les deux sens, car on en a trouvé les fossiles tant en Sibérie que dans les morts terrains des exploitations aurifères de l’Alaska. Cependant, on n’y a pas encore trouvé de restes fossiles d’hommes qui confirmeraient leur passage d’Ouest en Est. Par contre, les ancêtres du wapiti et de l’orignal sont sûrement venus d’Asie, car on en retrouve les fossiles en Sibérie.
- Les Esquimaux forment deux groupes habitant en bordure, l’un de l’océan Arctique, l’autre de la mer de Bering, et là où règne la toundra. Leurs dialectes sont esquimaux, mais ils ne se comprennent pas. Ils sont apparentés aussi aux quelques Esquimaux de la presqu’île d’Alaska, venus assez récemment des îles Aléoutiennes et, par suite, ils sont moins métissés que les Aléoutcs. L’iglou est inconnu en Alaska. Les Esquimaux vivent par petits groupes et habitent des cabanes semi-enterrée.s comme le barabara des Aléoutes. Ce sont des demi-nomades qui vivent plus de la mer que de la terre, car ils ne la cultivent pas.
- Les autres groupes ethniques autochtones sont ceux d’indiens : les Athapascans, dans l’intérieur, et deux tribus, les Tlingits et les Mandas, qui habitent le Panhandle. Les premiers sont des demi-nomades et mènent à peu près la même vie que les Peaux-Rouges de la Prairie, des montagnes Rocheuses et du Canada central. Ils sont chasseurs, trappeurs,
- 1. Juneau, Harris et Gastineau étaient trois Canadiens français, prospecteurs de leur métier, qui, avant 1896, avaient découvert le gisement. C’est un des plus vastes du monde, mais aussi un de ceux dont le minerai est le plus pauvre. Il ne put être exploité industriellement qu’après 1896, grâce à l’emploi de la cyanuration pour extraire l’or du minerai. Un grand gisement aurifère analogue, découvert par . Gastineau, est aussi en exploitation. Les autres gisements filoniens qui étaient alors exploitables industriellement sont aujourd’hui épuisés.
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- pécheurs; ils savent tanner les peaux, fabriquer des mocassins et tisser des paniers en écorce de bouleau ornés de piquants de porc-épic. Ils troquent leurs produits contre des outils et des ustensiles de ménage de fabrication occidentale. Ils se nourrissent de gibier, de poisson et, en été, de baies sauvages.
- Pendant longtemps, les Esquimaux et les Athapascans ont été les seuls à élever le renne importé — sa chasse est toujours interdite aux Blancs —, et à chasser la grosse bête et les animaux à fourrure. Maintenant que la survivance des uns et des autres est assurée, le droit de chasse a été étendu aux Blancs à quelques restrictions près.
- Les Indiens du Panhandle ont été les premiers à entrer en contact avec les Blancs, car les neuf dixièmes de ceux-ci habitent la région depuis longtemps. Ces Indiens sont aujourd’hui complètement assimilés; ils sont de petite taille, trapus, brachycéphales, bruns et de type nettement mongol. Autrefois, ils n’étaient que chasseurs, pêcheurs et forestiers. Us creusaient leurs canoës dans le tronc des gros arbres. Ce sont encore d’excellents bûcherons et de hardis marins, sachant conduire les bateaux à moteur; ils étaient devenus aussi trappeurs; puis, peu à peu, ils ont travaillé avec les Blancs dans les grandes pêcheries et les fabriques de conserves, les fermes d’animaux à
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- fourrure, dans les mines, les ateliers de mécanique, les chantiers de constructions navales. Partout ils donnent satisfaction, car ils sont honnêtes, habiles, intelligents et consciencieux.
- Ils étaient divisés en clans, ayant chacun son totem. Les premiers missionnaires, orthodoxes, crurent que les mâts totémiques étaient des idoles et en détruisirent un grand nombre; mais il en reste quelques-uns et de fort beaux. Ce sont des modèles dont s’inspirent les bons tailleurs de bois, convertis ou non au christianisme, pour en sculpter de petites répliques qui plaisent beaucoup aux touristes. Ils taillaient aussi et peignaient la façade de leurs demeures; ils le font encore, creusent des bols dans le bois, fabriquent de petits objets en os ou en corne, tissent des couvertures avec le poil d’une espèce d’isard et les fibres de plusieurs plantes textiles sauvages. Quelques-uns cultivent leur petit domaine ou élèvent des bêtes à fourrure; d’autres sont leurs propres armateurs. Les deux dernières générations ne parlent plus guère que l’anglais. Tout comme les Aléoutes, ils feront d’excellents citoyens quand l’Alaska sera devenu un État de la Fédération.
- (à suivre.) E. Lemaibe,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- LA SIGNALISATION NOCTURNE DES ROUTES
- par cataphotes à réflexion totale
- Il y a une vingtaine d’années que, sur les routes d’Europe, pour la signalisation nocturne, on a commencé à employer des cataphotes (de xarà, contre, et ywrô;, lumière). Ils réfléchissent sur la voiture la lumière émise par ses phares. Ce résultat est obtenu, par exemple, au moyen, soit de petits miroirs sphériques convexes, soit de petits miroirs plans formant le dièdre de cannelures, généralement parallèles. Ces miroirs réfléchissent bien la lumière qu’ils l'eçoivent, mais c’est dans toutes les directions et, par suite, ils ne réfléchissent vers la voiture qu’une fraction de celle qu’ils en reçoivent; en outre, cette fraction varie beaucoup avec la distance de la voiture au cataphote.
- Aux États-Unis, la Durex Abrasives Corp. a mis au point un type de cataphote qui réfléchit vers la voiture toute la lumière
- qu’il en a reçue et cela quelle que soit la distance entre le cataphote et la voiture. Le chauffeur voit donc le signal de plus loin et beaucoup mieux éclairé. Ces deux avantages ont été obtenus de la façon suivante.
- Sur la borne ou la plaque indicatrice ou sur le signe conventionnel qui représente l’obstacle à éviter, on dispose des petites billes de verre B, transparentes et incolores, qui sont maintenues à leur écartement par une matière plastique P, transparente et incolore aussi, et qui sont enchâssées dans une couche réfléchissante A, qui, elle, peut être colorée. Le tout est porté par une mince feuille métallique opaque M.
- Un rayon lumineux incident IC, émis par le phare, se réfracte en C, subit la réflexion totale en D en se colorant le cas échéant, subit une seconde réfraction en E et sort suivant ER dans une direction parallèle au rayon incident IC.
- Lorsque l’angle d’incidence i sur le cataphote est égal à zéro
- (voiture à l’infini, pratiquement à une centaine de mètres), l’éclairement du cataphote est 5o fois ce qu’il serait si toute la lumière reçue des phares y avait été diffusée; il l’est encore 5 fois quand t est égal à 45°, c’est-à-dire quand la voiture est irès proche du cataphote; cependant, c’est encore très largement suffisant car, à ce moment, le chauffeur l’a déjà vu de bien plus loin et beaucoup mieux éclairé.
- En général, on emploie de la lumière à peu près blanche; mais, dans certains cas, il peut être avantageux d’employer de la lumière jaune, car elle exalte les contrastes, ou de la lumière rouge, car elle conserve au chauffeur l’acuité visuelle qu’il a acquise dans l’obscurité. Ces couleurs peuvent être adoptées sur le cataphote même pour différentes plages du dessin indicateur du danger. On peut aussi l’v faire apparaître en clair sur fond obscur ou inversement. C’est souvent sous cette forme que les cataphotes ont été employés aux États-Unis dans de grandes usines de guerre où la circulation était intense pendant la nuit sur de nombreuses voies intérieures; on a ainsi évité de les éclairer. Dès 1939, on a décidé que les nouveaux cataphotes seraient adoptés sur les grandes routes des 48 États de la Fédération, notamment celles qui feront partie du réseau routier dont l’amélioration est en cours suivant un programme quinquennal étudié depuis longtemps et approuvé en 1944. Les armées américaines de terre, de mer et de l’air ont aussi fait un large emploi des nouveaux cataphotes pendant la guerre du Pacifique.
- La Suisse est le premier État d’Europe qui ait décidé leur emploi sur les routes. La même décision vient d’etre prise aux Pays-Bas à la suite d’essais concluants entrepris en avril 1947 sur l’aérodrome d’Ijpenburg, sous les auspices du Koninklijke Ncderlandsche Automobile Club. Dans ce pays, le nouveau mode d’éclairage (éclairage écossais des Américains) a reçu le nom d’éclairage économique. C’est évidemment le moins cher qu’on puisse imaginer. Cependant si l’entretien des cataphotes américains est insignifiant, leur prix d’achat est assez élevé.
- R. L.
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- La végétation révélatrice des richesses du sous-sol
- Depuis longtemps on savait que les truffes se développent à peu près seulement au voisinage des radicelles de certains arbres ou arbustes, dans un sol argilo-calcaire, dénudé et rocailleux à sa partie superficielle (fig. i). La présence des chênes pubescents ou blancs (Quercus pubescens) et des chênes verts ou yeuses (Quercus llex) caractérise, en effet, les régions truffières de Provence et du Languedoc, du Quercy, du Périgord et du Poitou. Aux alentours des taillis buissonneux formés par ces essences ligneuses, « caveurs » et « rabassiers » aidés par des animaux à l’odorat subtil, découvrent sous terre les « diamants de la cuisine ». Dans certains départements du Midi de la France, on récolte encore parfois de belles truffes noires sous les pieds des noisetiers, des hêtres et des châtaigniers. Jadis le marquis des Isnards a noté également que le Pin d’Alep favorisait la production truffière dans sa propriété de Vaucluse, située sur les bords de la Sorgue à 32 km d’Avignon.
- Aujourd’hui, le Dr Kalervo Rankama, directeur du Service géologique de Finlande, va plus loin en relatant les résultats pratiques de ses perspicaces herborisations faites au cours d’une mission à travers les États-Unis. D’après ses recherches et celles de plusieurs autres techniciens, il arrive à la conclusion suivante : l’observation de certaines plantes poussées sur un terrain, dévoile aux géophysiciens les richesses minérales qu’elles recouvrent ou tout au moins fournit de remarquables indications pour mener à bien leur enquête. Naturellement des analyses des substances terreuses ou végétales doivent compléter les prospections botaniques. Diverses plantes s’adaptent à l’ambiance géologique du site où elles vivent et dans leurs tissus s’infiltrent des quantités plus ou moins importantes du minerai
- métallique environnant. Il s’ensuit que leur observation peut Souvent guider les travaux de prospection proprement dite du sous-sol. Ainsi, VAmorpha canescens, arbuste de la famille des Légumineuses, se rencontre dans le Missouri, à proximité des gîtes de galène (sulfure de plomb), tandis que, selon H. Lundberg, les tiges aériennes de l'Equisetum. arvense se dressent sur les champs d’or de Californie; ses cendres donnent par tonne jusqu’à 127 g de métal précieux. Sur des échantillons d’une autre espèce de Prêle, VEquisetum palustre, récoltés en Europe sur les bords d’un ruisseau roulant des paillettes d’or, des chimistes ont constaté parfois une concentration aurifère de 600. En Australie, une autre Caryophyllacée, la Polycarpæa spirostylis permet de localiser les dépôts de cuivre. De son côté, Th. Vogt a pu, grâce à la Viscaria alpina et à une Melandrium, qui habite les prairies boréales, découvrir dans les environs de Roros en Norvège, de riches gisements du même métal. Les Caryophyllacées prospèrent seules dans de tels terrains, le cuivre paraît empoisonner le reste de la végétation locale.
- On conçoit ainsi combien la méthode géobotanique peut donner d’intéressantes indications aux prospecteurs. C’est en installant leurs appareils aux endroits signalés par une végétation caractéristique, que des ingénieurs français géophysiciens ont reconnu sans peine un gisement de zinc dans les hauts plateaux algériens du Djebel Ouk (fig. 2).
- Lorsque les parcelles recueillies n’ont qu’une teneur trop faible en constituants utilisables pour qu’on puisse les déceler, il faut commencer par les concentrer au moyen d’un enrichissement préalable. Or, le savant norvégien, V. M. Goldschmidt
- Fig. 1. — Des chênes pubescents et des chênes verts sur un sol rocailleux indiquent ta présence de truffes.
- Truffière de Coustallet (Vaucluse).
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- Fig. 2. — Sur les hauts plateaux algériens, une végétation désertique révèle le gisement de zinc du Djebel Ouk que des géophysiciens prospectent.
- a montré que la nature se charge souvent de l’opération. Il a constaté que de nombreux éléments remontent du sous-sol vers les couches superficielles pendant la pousse et la décomposition des végétaux. Selon le résumé de son mémoire, inséré dans Mining and Metallurgy, l’eau qui circule dans le sous-sol dissout certains composés inorganiques ; les racines des plantes absorbent les solutions résultantes, qui déposent leurs éléments minéraux surtout dans les feuilles où l’évaporation 'est la plus intense pendant leur période de croissance active. Ensuite, l’eau de pluie enlève aux feuilles jaunies et fanées leurs constituants secondaires les plus solubles (alcalis, humâtes de fer et de manganèse, carbonates et sulfates alcalins, etc...), puis les entraîne vers les profondeurs du sol, laissant en surface une couche d’humus enrichie en composés moins solubles ou complètement insolubles.
- En vertu de ces évaporations et de ces filtrages successifs, les plantes concentrent dans les couches supérieures des terrains, des substances provenant de la profondeur.
- Pour utiliser ces phénomènes biochimiques en vue de la prospection de gisements, on prélève des échantillons, à intervalles réguliers, dans la région considérée, et on les incinère. On analyse ensuite, par des procédés microchimiques et spcc-tographiques, les parties d’humus et de végétaux recueillis. Finalement, on reporte sur des cartes les teneurs trouvées afin de déterminer les zones les plus riches.
- La méthode botanico-chimique de Goldschmidt fut employée pour la première fois en 1937 par S. Palmquist et N. Brundin en Suède; peu avant la deuxième guerre mondiale, elle a facilité la localisation de plusieurs mines de chrome en Grèce : récemment on l’a utilisée pour repérer des gisements d’étain et de tungstène en Grande-Bretagne, dans le Devonshire, le comté de Cornouailles et le Pays de Galles.
- Dans maintes régions, l’examen de la flore et l’analyse des plantes s’imposent donc comme préface à la détection géophysique des minerais du sous-sol.
- Jacques Boyer.
- LE SPATH D'ISLANDE
- La première guerre mondiale 1914-1918 avait fait appel principalement à la chimie pour le développement des explosifs et des gaz de combat.
- Dans la seconde guerre mondiale, ce sont les physiciens qui ont joué le rôle primordial.
- L’approvisionnement des laboratoires de physique en matériel a posé de nombreux problèmes.
- Par exemple, les appareils d’optique utilisant la lumière polarisée exigent des cristaux naturels de calcite ou spath d’Islande. Ils sont constitués par du carbonate de calcium cristallisé. Dans ces cristaux, sont taillés des prismes de Nicol qui servent à équiper la plupart des appareils utilisant la lumière polarisée : microscopes minéralogiques, polarimètres, etc....
- Les prismes de Nicol exigent des cristaux de calcite limpides et exempts de défauts optiques.
- Pendant de nombreuses années, les laboratoires du monde entier ont été fournis de ces cristaux par un petit gisement situé à Eskifjodhr en Islande qui justifie le nom de spath d’Islande.
- Ce gîte était constitué par une géode incluse dans une roche d’épanchement : la dolérite. Les dimensions de cette géode étaient relativement réduites : une douzaine de mètres de profondeur sur cinq mètres de largeur et trois mètres de hauteur.
- Elle était remplie de calcite transparente bien cristallisée.
- Certains de ces cristaux étaient de très grande taille. Le British Muséum en détient un de 65 cm de long. De très beaux échantillons sont également exposés à la galerie de minéralogie du Muséum de Paris.
- La calcite cristallisée est très répandue dans la nature, mais les cristaux utilisables en optique sont très rares. On l’a reproduite artificiellement, mais en cristaux microscopiques. On doit à James Hall une expérience célèbre : en chauffant de la craie dans un tube de fer à haute température, il a transformé celle-ci en marbre.
- Il créait ainsi la géogénie expérimentale, mais n’obtenait qu’un produit d’intérêt scientifique et historique.
- L’épuisement progressif des gîtes de spath d’Islande pose le problème de l’approvisionnement pour les appareils de polarisation.
- Des recherches effectuées pendant la guerre ont conduit à la découverte de gisements dans le Nord de l’État de Mexico dans lesquels la calcite est associée à de l’opale. Il n’est guère plus de un pour cent des cristaux qui soit utilisable en optique.
- Il est remarquable que ces gîtes se trouvent dans des formations géologiques très proches de celles d’Islande : dans des terrains éruptifs d’âge tertiaire qui ont ce caractère’ commun de présenter de nombreux geysers ou sources d’eàux chaudes.
- Ces constatations précisent les régions géologiques dans lesquelles il serait intéressant de poursuivre des prospections.
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- " LA LUMIÈRE VÉGÉTALE
- Pak l’étrange lumière froide qu’ils émettent, les êtres vivants photogènes ont de tout temps excité la sagacité des naturalistes et attiré le regard étonné de l’humble passant. Dans cet article, il n’est certes pas question d’énumérer les multiples auteurs qui ont observé et analysé ce phénomène. Signalons cependant que dès l’antiquité, Aristote, Démocrite, Pline le Naturaliste observèrent le fait et la première contribution d’allure scientifique est due à Pline qui relate la luminosité des Pholades, Lamellibranches perforants, désignés alors sous le vocable évocateur d'ungues (ongles) et dactyli (doigt).
- Chacun sait, je pense, que les marins et les habitants du littoral observent parfois le splendide spectacle d’une mer lumineuse due surtout aux Noctiluques; que les Lucioles, Coléoptères photogènes, sillonnent de leurs étoiles filantes, les chaudes nuits des régions méditerranéennes; que l’humble Lampyre — le ver luisant — enfin allume son falot tremblottant par les douces nuits estivales du mois d’août.
- Mais si la luminosité chez les animaux est un phénomène d’observation courante, il n’en est pas de même chez les plantes où le phénomène est autrement plus rare, représenté seulement chez les Algues, les Champignons et quelques végétaux supérieurs, sans affecter semble-t-il les Cryptogames vasculaires.
- Les Algues lumineuses.
- Si la luminosité n’a pas encore été observée chez les belles Algues qui peuplent nos denses herbiers littoraux, le phénomène est bien connu chez les représentants microscopiques de cet ensemble de végétaux inférieurs, et singulièrement chez les Bactériacées.
- Depuis fort longtemps en effet, l’on a vu les poissons de mer présenter, après leur mort, une belle luminosité vert émeraude. Des recherches effectuées par Pflüger vers 1875 puis par
- Ludwig, Nuesch, Lassar et bien d’autres encore, il résulte que la luminosité provient de Bactéries pullulant dans la chair morte. Il s’agit de Bacterium lucens Nuesch désigné autrefois sous les noms de Micrococcus phospho-reus, Micrococcus Pflügeri, et plus généralement aujourd’hui sous le vocable de Photobacte-rium.
- Ces Bactéries, isolées et transportées sur des morceaux de AÛande, déterminent une luminosité blanchâtre, parfois verdâtre, en traînées irrégulières mobiles, s’étendant de proche en proche. A cet égard Nuesch relate le fait, rapporté par Gadcau de Kerville, que toute la viande d’une boucherie fut une fois infestée par ces Bactéries lumineuses, de même d’ailleurs qu’un Homard conservé à la glacière par Ilus-son et Bancel.
- De nombreuses espèces de Bactéries photogènes ont été reconnues dans le milieu marin, en particulier par B. Fischer et Raphaël Dubois. C’est à ce dernier auteur qu’on doit par exemple l’explication de la luminosité des Pholades citée par Pline le Naturaliste. Il s’agit en l’espèce de Bacterium Pholas Dubois, qui vit habituellement dans les parois du siphon de
- ces Mollusques côtiers. Mais c’est à Alfred Giard que revient le mérite d’avoir synthétisé les multiples observations concernant les Bactéries photogènes du milieu océanique. En particulier c’est lui qui précisa le fait qu’elles pullulent sur la chair morte — mais non encore putréfiée — de nombreux Mollusques, Crustacés, Echinodermes, Poissons (Gades et Pleuronectes surtout), mais aussi qu’elles sont responsables de la luminosité des végétaux imprégnés d’eau de mer, comme les casiers à poissons, les piquels des jetées, les estacades des ports, etc....
- A côté des Bactéries lumineuses marines, il existe des Bactéries photogènes terrestres qui sont à l’origine de la luminescence des tas de feuilles pourrissantes des sous-bois humides, de certains fruits très mûrs tombés de l'arbre, des cadavres humains parfois, des vieux troncs de Hêtre ou de Chêne, etc....
- Ces phénomènes furent observés par les naturalistes de Bary, Naudin, L. R. Tulasne, Eudes des Longchamps et d’autres encore.
- Les Champignons lumineux.
- Jusqu’à présent les Champignons reconnus pour être lumineux par eux-mêmes, et sans l’influence incidente de Bactéries photogènes, appartiennent uniquement aux Champignons supérieurs de la famille des Hyménomycètes. L’appareil végétatif (les rhizomorphes des anciens auteurs) de l’Armillaire couleur de miel (Armillariella mellea Karsten) (fig. 1) et du Pleurote de l’Olivier (Clitocybe Olearia R. Maire) (fig. 2) est. le plus souvent observé.
- Les anciens mycologues avaient créé pour les rhizomorphes un genre spécial : le genre Rhizomorpha; mais aujourd’hui l’on sait qu’il s’agit de l’appareil végétatif d’Hyménomycètes appartenant à de nombreux genres différents et appelé mycélium.
- C’est L. R. Tulasne qui a observé le premier la luminescence de l’Armillaire couleur de miel dont la lueur est blanche, continue, sans scintillement, surtout à la température de 22° centigrades. De même il étudia la luminescence du Pleurote de l’Olivier qui a lieu aussi bien le jour que la nuit et se manifeste ici à la face inférieure lamellée du chapeau, appelée hyménium. La lumière n’est émise que lorsque l’hyménium est jeune et s’arrête à la fin du cycle vital du Champignon. D’ailleurs, d’après Tulasne, toute la substance du Champignon peut présenter le phénomène, sauf cependant la face supérieure du chapeau.
- Nombreux sont les auteurs modernes ayant confirmé les observations de Tulasne, que le grand Fabre lui-même avait à son tour vérifiées. Gouteland en ig36 pense qu’il s’agit d’une phosphorescence véritable, dans le sens étymologique du mot, car l’analyse du champignon montre la présence d’hyposul-liles qui seraient responsables de la luminosité. S. Buchet, l’année suivante, confirme les observations de Fabre et constate que les vapeurs d’éther exaltent le phénomène. Pour ce der-
- Fig. 1. — Armiltaire couleur de miel, champignon comestible qui croît en touffes sur les vieux troncs, les racines mortes, les vieilles souches, provoquant le « pourridié ».
- Fig. 2. — Clitocybe de l’Olivier, champignon vénéneux qui croît en touffes à la base des Oliviers, Chênes, etc... en été, automne et hiver. Commun dans le Midi, rare et irrégulier ailleurs.
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- Fig. 3. — L’arbre à laque : Phytolacca decandra L. essence américaine dont les feuilles présentent parfois une belle luminosité.
- (Cliché A. G. Parrot).
- nier auteur, la phosphorescence serait due à un pigment soluble dans l’eau et l’alcool dilué, mais insoluble dans l’éther. La même année, Josserand, mycologue de renom, infirme les conclusions de S. Buchet, concernant les vapeurs d’éther. Par contre, l’affusion d’éther liquide sur l’hyménium amène des marbrures lumineuses, de même d’ailleurs que la pression du doigt qui excite pendant quelques secondes le phénomène lumineux.
- D’autres Agaricacées sont luminescentes. Gadeau de Kerville signalait autrefois : Agaricus illuminans Müll et Berk ; A. lam-pas Berk ; A. phosphoreus Berk; A. candescens Müll et. Berk, tous champignons du continent australien; A. Gardneri Berk du Brésil et de l’Auslarlie; A. Prometheus Berk et G. N. de la province de Hong-Kong; A. noclilucens Lév. de Manille, etc....
- A côté des Agaricacées, citons encore : Trametes pini Fr.; Fouies robustus KarsIen (Po'yporus ignarius Fr.); Lenzites belu-lina Fr. pour les Polyporacées lumineuses. Enfin signalons que récemment Josserand (1936) observait chez une Tricholomée, le Melanoleuca excisa Fr., une luminosité en rapport avec une Bactérie terrestre inconnue.
- Les végétaux supérieurs lumineux.
- Si les Algues et les Champignons présentent, de nombreuses espèces possédant normalement la faculté photogénique, par contre chez les plantes supérieures on a observé des faits d'émission de lumière qui demandent une étude sérieuse.
- En effet la luminescence chez les plantes supérieures n’est vraiment signalée que chez quelques Phanérogames. Cependant une vieille observation, qui serait à vérifier, mentionne le phénomène lumineux chez le protonema d’une petite Mousse : le Schistostega osmundacea Dicks.
- -------—....= "' ' ..-57
- . Balfour rappelle que certaines Graminées indiennes ont des rhizomes lumineux pendant la saison des pluies. Spats relate le fait que les feuilles de l’Arbre à laque : Phytolacca decandra L., essence américaine souvent plantée pour l’ornementation des jardins (fig. 3), sont quelquefois lumineuses. De même certaines Euphorbes comme Euphorbia phosphorea L. ont un latex lumineux à une température voisine de 3o°. Enfin on raconte que la fille du grand Linné observa en 1762 des étincelles lumineuses s’échappant des fleurs de la vulgaire Capucine : Tropœolum majus L.
- Les mêmes phénomènes, qui s’éloignent semble-1-il de la vraie luminescence, ont été vus sur le Lis bulbifère, la Tubéreuse des Jardins, le Pavot de Tournefort, l’Onagre à gros fruits, certaines Verveines, le Grand Soleil des jardins, les Œillets d’Inde, la Matricaire sans odeur, les Soucis, etc....
- Dans tous ces cas il s’agit de lueurs rapides qui s’observent pendant les nuits d’orage et dans une atmosphère humide. D’ailleurs il est curieux que cette luminosité semble résider surtout dans les fleurs où domine le jaune, bien que cependant elle s’observe parfois chez les fleurs blanches (Matricaire inodore), rouges (Pavot) et écarlates (Verveines). Enfin remarquons que le phénomène est bien différent de celui qui caractérise les Bactéries et les Champignons photogènes. Il semble bien qu’il s’agisse plutôt de phénomènes électriques qui sont en étroite relation avec le type de temps — nuits orageuses — qui préside toujours à l’émission lumineuse. Ceci n’est qu’une hypothèse, mais à ma connaissance, la lumière émise par les végétaux supérieurs n’a pas encore fait l’objet de recherches analytiques sérieuses.
- L’intensité de la lumière végétale.
- Quoi qu’il en soit, le phénomène lumineux chez les plantes a tenté les chercheurs. Photographes et cinéastes scientifiques ont aussi cherché à évaluer indirectement l’intensité de la lumière émise.
- Lors de l’Exposition internationale de 1987, on pouvait admirer au Palais de la Découverte un film excellent du professeur Obaton relatif à la libération d’énergie lumineuse par les Bactéries marines photogènes. Le film, qui fut une remarquable réussite, montrait d’abord le développement de ces organismes sur les Poissons. Ceux-ci, arrosés d’eau salée, étaient
- Fig. 4. — Cultures pures de Photobacterium photographiées à l’obscurité.
- (d’après le cliché du Professeur Obaton).
- De gauche à droite : jeune culture entièrement lumineuse, puis cultures âgées à zone centrale progressivement sombre.
- maintenus au frigidaire à la température de io°. Deux jours après ils étaient lumineux. Cette bande de film, tournée à l’obscurité, montre que la lumière émise est très suffisante pour impressionner la couche sensible des émulsions photographiques rapides.
- Le film était ensuite consacré à la culture des Bactéries photogènes (Photobacterium) sur milieu de culture solide. Les colonies de cultures pures ainsi obtenues croissent rapidement, et si la surface circulaire de la colonie est au début ent'èrement lumineuse, bien vite une zone de faible intensité apparaît au
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- centre de la colonie. Finalement la luminescence réside dans une couronne périphérique ; c’est ce qu’indique la figure 4 tirée des belles photographies du professeur Obaton.
- Ceux qui eurent le privilège de visiter le Palais de la Découverte à cette époque furent certainement frappés par le plafonnier fait d’une cinquantaine de boîtes de cultures pures de Pholobacierium qui s’avançait au-dessus des têtes dans l’obscurité du stand, projetant sa douce lumière verte tirée de l’énergie végétale.
- Mais il y a mieux. Pour montrer l’influence de l’oxvgène de l’air sur la vie des cultures aérobies, celles-ci sont installées dans des tubes de verre imitant des lettres. On présente alors les lettres « LUMIÈRE VÉGÉTALE » privées d’air et obscures. Puis de l’air insufflé dans les appareils provoque aussitôt la luminosité. Alors apparaît la belle lumière verdâtre de la « lumière végétale » qu’on peut aisément photographier à l’obscurité. La figure '5, tirée de la photographie du professeur Obaton montre un fragment de cette annonce lumineuse faite de lumière vivante.
- Mais M. Obaton a voulu mesurer l’intensité de la lumière émise. Il s’est pour cela adressé au Clitocybe de l’Olivier dont la phosphorescence a été rappelée au début de cet article. Les lamelles du champignon sont lumineuses, mais assez faiblement puisqu’il faut une dizaine de minutes d’adaptation à l’obscurité pour percevoir leur luminosité, alors que celle émise par Photobacterium apparaît au bout d’une minute.
- Pour mesurer l’intensité du phénomène on s’adresse à la méthode photographique. Une colonie de Photobaclerium demande à l’obscurité un temps de pose de xo rnn, sur émulsion Lapide, avec diaphragme ouvert à 3,5. Dans les mêmes conditions le Clitocybe demande xo h. A l’aide d’un cliclié-
- Fig. 5. — Fragment de l’affiche lumineuse « Lumière végétale » (d’après le cliché de M. Obaton), obtenue par culture de Photobacterium dans des tubes de verre aérés.
- témoin tiré à partir d’une source lumineuse de lumière jaune-vert présentant la valeur d’une bougie-décimale, le professeur Obaton obtint alors des comparaisons intéressantes. Le temps de pose pour le Clitocybe étant de 36.ooo s; il fut de 2 s pour le cliché-témoin. Le rapport des temps est donc 1/18.000. Mais on sait qxxe la lumière agissant très longtemps sur une plaque sensible ne peut être comparée à celle, plus intense qui impressionne très vite la même émulsion. Il faut donc corriger
- le rapport des temps de pose. On obtient alors, par des calculs qu’il est inutile de préciser ici, la brillance exprimée en bougies centimètre carré. Pour la source lumineuse témoin, la brillance est de 3,i8.io-5; pour le Clitocybe elle n’est que de 0,8.io~8 et dans le cas précis de l’ensemble des lamelles présentant une surface de 125 cm2 on obtient une inten-
- sité lumineuse de 1.10~6 lux, valeur rappelant celle d’une étoile de première grandeur ou encore celle d’une bougie située -à 1 km.
- Mais M. Obaton a tenu à préciser l’intensité lumineuse de chaque lamelle du champignon. Tous les observateurs du phénomène avaient remarqué que la luminosité n’affecte que certaines parties privilégiées de la surface hymé-niale. Grâce à une méthode particulièrement ingénieuse qui consiste à impressionner une plaque photographique par une lamelle du champignon posée sur elle pendant 10 heures, M. Obaton est arrivé aux conclusions suivantes.
- « La luminosité est due à certains éléments spécialisés de l’hyménium et non pas à des Bactéries. Il y aurait lieu de les rechercher dans les régions où
- Coupe longitudinale dans le chapeau du Cly-
- tocybe de l’Olivier montrant les zones (l/S ; 2/3) à intensité lumineuse maxima, situées dans une lamelle de l’hyménium
- nous avons releve les deux maxima, (d après les rechei-ira 1 1 1 , ches du Professeur
- c est-a-dire au i/5e de la longueur de Obaton).
- lamelle en partant du bord libre et vers la fin du deuxième tiers (Jig. 6). Les
- mesures ne peuvent indiquer s’il s’agit de cellules plus lumineuses ou existant en plus grand nombre. Il ne doit pas être possible d’observer directement l’éclat d’un élément lumineux, car il tombe certainement en dessous du minimum perceptible pour l’œil qui est de l’ordre de io-10 bougie-centimètre carré ».
- Ainsi et pour conclure, les végétaux, tout comme les animaux, examinés même très superficiellement, présentent des manifestations énergétiques. Cette énexgie vitale, étroitement liée à l’activité du cytoplasme cellulaire, peut être libérée sous plusieurs formes : énergie mécanique, énergie thermique, énergie électrique, énergie lumineuse enfin. Si les trois premières formes de l’énergie végétale sont générales et bien connues de tous, il n’en est pas de même de l’énergie lumineuse beaucoup plus rarement émise et dont l’intensité, très faible, ne fut décelée et mesurée que depuis quelques années seulement.
- Aimé-Georges Parrot, Professeur de sciences naturelles.
- Les taches
- Dans l’amoncellement de données que représentent les World Weather Records de 1931 à 1940 (Smithsonian miscellaneous Collections, vol. 105), aucun facteur ne montre de variations comparables à celles du nombre des taches solaires.
- Celles-ci ont été régulièrement comptées par M. W. Brunner, de l’Observatoire fédéral suisse de Zurich.
- La moyenne mensuelle dépasse 145 taches en juillet 1937, tandis qu’elle ne fut que 0,2 en août 1933. Les moyennes mensuelles des années considérées sont peu variables, avec un minimum de 47,4 en mars et un maximum de 61,0 en août. Par contre, les moyennes mensuelles par années présentent des écarts considérables comme le montre le tableau suivant :
- du soleil.
- 1931 .................................. 21,2
- 1932 ................................. 11,1
- 1933 ............................... 5,7
- 1934 ................................ 8,7
- 1935 ................................ 36,1
- 1936................................... 79,7
- 1937 ............................... 114,4
- 1938 ............................... 109,6
- 1939 ................................ 88,8
- 1940 ................................. 67,8
- On ne manquera pas de chercher des corrélations entre ces phénomènes de la surface du soleil et bien des variations observées à la surface du globe.
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- La lutte contre le froid
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- L’hiver quoique doux, ramène l’attention sur les moyens de lutter contre le froid. On peut les envisager de deux façons : d’une manière positive, en .«produisant de la chaleur par divers moyens, dont le principal est l’emploi de combustibles ; d’une manière négative en se préservant le mieux possible du froid environnant et en conservant sa chaleur animale. Cette méthode n’est pas toujours le plus efficace, car elle est la plus économique et le plus à notre portée. Nous utiliserons ici les observations et les expériences faites par le major Paul Siple de l’armée américaine, lors de l’expédition dans l’Antarctique en 1939-1941 f1). Comme nous ne subissons pas les rudes conditions atmosphériques du Cercle polaire et de la Petite Amérique, nous adapterons cette étude aux exigences moindres de notre climat.
- 7T
- # *
- Le corps humain peut être considéré comme une machine thermique, mais dans laquelle la chaleur n’est qu’un sous-produit de l’oxydation des graisses, protéines et hydrates de carbone des muscles, du métabolisme. Cette production dépend de l’âge, du sexe, des émotions, de l’activité, de la santé, de la digestion, etc. et de la puissance de réaction particulière de l’individu. On peut dire, d’une façon générale, que le minimum de chaleur produite par un adulte du sexe masculin est d’environ 40 grandes calories par heure et par mètre carré de surface, à l’état de repos, et après une nuit de sommeil et de jeûne. Quand le corps est assis, la production s’élève à 50 cal. (équivalente à la chaleur fournie par une ampoule électrique de 100 W). Cette production de chaleur s’élève rapidement avec le développement de l’activité musculaire : en position debout : 75 cal., en marche : 100 à 200 cal., travail de force : 250 cal. pouvant atteindre en de brèves pointes jusque 500 cal. Comme !e rendement de la machine humaine ne.dépasse pas de 20 à 25 pour 100, il en résulte que le travail produit s’accompagne d’une déperdition considérable de chaleur. De la chaleur peut même être produite par des mouvements involontaires comme la tension des muscles ou le simple tremblement. Si, par suite de l’immobilité dans un milieu froid, la déperdition de chaleur est supérieure à sa production intérieure, il y aura automatiquement un grelottement, tendant à créer une activité, donc à produire une certaine quantité de chaleur ; si le froid extérieur augmente et que la machine humaine ne parvient pas à produire un travail, et par conséquent à dégager une chaleur suffisante, la température du corps s’abaisse elle aussi, l’activité cardiaque s’affaiblit au point d.e devenir insensible et quand la température atteint 16° C., seule une faible respiration atteste encore la présence d’une vie ralentie.
- Le corps humain constitue en lui-même un accumulateur de chaleur, ce qui lui permet de lutter jusqu’à un certain point contre les variations de la température extérieure : ses réserves sont proportionnelles à son poids. Quand la température s’abaisse, il utilise ses réserves naturelles ; lorsque celles-ci tendent à s’épuiser, la peau étant elle-même refroidie, la différence de température avec le dehors diminue et une sorte d’équilibre s’établit, en attendant, chaque degré de froid fait perdre au corps 15 cal. de ses réserves. On peut en effet évaluer à 50 cal. la perte de chaleur pour un abaissement de température extérieure de 3°. L’habitude do la vie au grand air et des basses températures, notamment chez les indigènes des pays froids, accoutumant le corps à une peau froide, réduit beaucoup le besoin individuel de chaleur. D’autre part, à température égale de la peau, on sentira d’autant plus le froid qu’on sera plus immobile, et d’autant moins que l’abaissement est plus progressif et l’activité du métabolisme plus considérable, ce qui explique pourquoi un ouvrier
- 1. Proceedings of the American Philosophical Society, vol. 89, n° 1, 1945.
- qui travaille, même modérément, dans un atelier sans feu, sent bien moins le froid que l’oisif qui le regarde.
- Il faut, du reste, bien peu de chose pour réchauffer la peau. On s’en aperçoit quand on entre, venant de la rue froide dans un appartement non chauffé, mais légèrement moins froid. Ce réchauffement de la peau n’est pas le même pour tous les individus et il n’est pas proportionnel à l’élévation de température. Les sensations de froid et de chaud ne sont constantes ni chez le même individu ni chez des individus différents : elles dépendent d’une acclimatation qui peut se modifier. Chose curieuse, on sent — relativement — plus vite une légère augmentation de température qu’une plus vive. Ainsi, le mécanisme de la sensation ressemble bien moins à un mesurage qu’à un avertissement dans la conscience claire. Dès lors, c’est à celle-ci de s’organiser pour lutter contre le froid. Le grelottement s’installe d’abord automatiquement, comme une réaction réflexe pour la défense provisoire de l’organisme. Il s’établit généralement quand la température de la peau s’abaisse au-dessous de 30°. Si la perte de chaleur du corps dépasse sa production, c’est la mort qui arrive, à plus ou moins bref délai suivant que les réserves des tissus sont plus ou moins abondantes pour freiner ou mettre en échec les déperditions.
- Le corps lui-même tend à garder une température égale, qui varie selon les personnes et les moments du jour. On considère que 36°9 est le chiffre optimum pour l’intérieur du corps. Le chiffre maximum de température de la peau, auquel l’échange devient pratiquement nul pour une personne au repos, et avant que ne commence la transpiration (qui jouera un rôle refroidis-seur) est de 34°5 ; la température de l’air est alors de 30°6.
- Il est à remarquer que le corps humain fonctionne mieux à froid qu'à chaud. On travaille mieux l’hiver que l’été et dans les climats froids ou tempérés que dans la zone tropicale. Un léger excès de travail abat dans les fortes chaleurs, et la fatigue est le signal d’alarme de l’organisme surchauffé. La chaleur produite chez le travailleur des climats modérés est peu harassante parce que l’excès de chaleur du corps en travail se dissipe au dehors. Le fait se trouve illustré par le peuplement massif des régions fraîches et la faible densité démographique des pays chauds. De même, les types d'hommes des pays froids sont plus robustes et plus énergiques que ceux des zones tropicales ou torrides.
- L’homme, animal nu, semble fait pour les régions chaudes, il le serait obligatoirement si son intelligence ne venait au secours de son instinct pour le protéger contre le froid par le port de vêtements ; si bien qu’il peut vivre fort bien dans les régions polaires en se couvrant convenablement.
- Néanmoins, il est encore protégé contre le froid et le chaud par d’autres moyens naturels et automatiques qui règlent sa température intérieure. L’un des moyens de dissiper la chaleur en excès est l’augmentation des mouvements de la respiration, l’accroissement de volume de la respiration et la diminution de la viscosité du sang à la périphérie du corps. Inversement, la conservation de la chaleur résulte de la vasoconstriction des tissus dermiques (qui peut amener des engelures par excès de vasoconstriction capillaire), réduction du volume et de la fluidité du sang ; des parties du corps ne sont plus irriguées ou le sont mal, les apports du sang venu des centres se font rares, les tissus, surtout ceux des extrémités deviennent exsangues et se refroidissent. Chacun connaît ce phénomène des doigts et des orteils durs, blancs, glacés et presque insensibles. Le rapport entre la circulation accélérée du sang lors de la transpiration et sa stase tombe, selon Burton, de 80 à 1. Le sang, en cas de péril, c’est-à-dire de froid intense se réfugie dans les centres et déserte les extrémités. C’est pourquoi, en cas de grands froids, les extrémités des membres doivent être l’objet de soins attentifs.
- Pour un corps nu et au repos, la température la plus agréable pour la peau se situe entre 31° et 33°. Il s'ensuit que, idéalement,
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- le meilleur Alternent serait celui qui tendrait à maintenir, dans un milieu donné, et pour un travail déterminé, cette même température. Nous avons vu cependant- que le corps peut s’habituer à une température plus basse.
- Afin de lutter contre la chaleur excessive, la transpiration, qui accroît l’évaporation et donc le refroidissement de la peau, joue un rôle considérable. Mais dans les climats froids où la peau est couverte de vêtements épais, cette transpiration peut avoir un effet néfaste, car les vêtements deArenus humides peuvent provoquer ultérieurement de graves refroidissements. C’est pourquoi, dans la confection des effets d’hiver, il faut se préoccuper, non seulement de se protéger contre le froid extérieur, mais d’évacuer l’humidité qu’un matelassage excessif empêcherait d’éliminer. En dehors même de la transpiration A'isible, il existe une transpiration imperceptible, mais constante qui cause la perte de 10 cal par mètre carré de peau et par heure.
- La respiration constitue une autre perte de chaleur qui s’accroît, comme la transpiration avec l'activité musculaire et qui, par les grands froids-, devient très considérable. Si la perte de chaleur par la respiration est de 54 cal. par jour sous les Tropiques, elle sera d’environ 270 cal. dans les régions polaires, où la différence de température entre le corps et l’air serait de 85°. Quand la température est très basse, cette perte de chaleur peut atteindre 16 cal. par heure dans les conditions normales de respiration.
- Un autre élément de refroidissement du corps est, évidemment, l’importance de la surface cutanée exposée au froid. Il faut entendre cela au sens strict ; si deux mains sont placées l’une sur l’autre, il n’y a plus que deux surfaces exposées- au lieu de quatre, de même, un corps- couché est moins exposé que debout.
- La facilité et la rapidité de la circulation samuine, fonction du jeu musculaire exercent une action qui n’est pas négligeable. Un homme debout a une meilleure circulation dans les pieds qu’un homme assis. La graisse incluse dans les tissus de la peau pourrait constituer contre la déperdition de chaleur un écran utile si elle était assez considérable à l’extrémité des membres, mais on n'en trouve guère à ces endroits exposés. Une peau humide se refroidit davantage qu’une peau sèche.
- Quand le corps est brusquement exposé au froid, le sang n’arrive plus à la périphérie par suite d’une constriction des petits vaisseaux, et par conséquent la pression artérielle augmente considérablement, le sang tend à dilater les A'aisseaux et leurs poches, si bien que la circulation se trouve ralentie. C’est sans doute à l’ensemble de ces phénomènes que les personnes souffrant d’une angine de poitrine doivent leur crise et quelquefois leur mort.
- La question de résistance au froid est surtout une question de circulation périphérique, et s’acclimater consiste précisément à l'adapter aux conditions externes. Une personne non habituée exposée à une température basse possède une vaso-constriction périphérique irrégulière, bien que le sang continue d’y circuler dans une certaine mesure. Le corps ainsi se refroidit plus vite et devient plus sensible au froid. Les extrémités dilapident une plus grande quantité de chaleur. Chose curieuse : les personnes acclimatées au froid en supportent mieux la sensation, peuvent se couvrir plus légèrement et se mouvoir avec plus de facilité, mais quand la production métabolique de chaleur vient accidentellement à diminuer, elles souffriront davantage aux mains et aux pieds ; elles pourront même avoir peine à se réchauffer dans leur sac de couchage, parce qu’elles ont une moindre réserve de chaleur et une circulation moins rapide vers les extrémités. L’homme non acclimaté, exposé à de dures conditions périra cependant plus vite, car la quantité de chaleur qu’il émet et qui, au début, réchauffe ses extrémités, étant plus considérable, épuise plus A-ite par le fait même ses réserves thermiques.
- Le corps peut s’habituer au froid plus ou moins rapidement suivant les besoins.
- Suivant Lockhart, l’exposition continue à un climat froid pro-
- duit un abaissement de température anale de deux degrés ou plus, et le métabolisme basal s’affaisse de 10 à 15 pour 100, mais si ce régime est viable, il n’est pas normal et l’homme s’efforce de rétablir l’équilibre normal antérieur en se protégeant de son mieux contre les conditions climatériques défavorables, soit en s’abritant soit par des modifications vestimentaires.
- Il faut souligner un phénomène psychologique assez curieux : l’approche de l’hiver rend l’homme plus craintif vis-à-vis du froid, quoique la température ne s’abais-se pas sensiblement ; et au printemps, les premières élévations de température paraissent plus agréables que le thermomètre ne semble l’autoriser. Ainsi, une température de 8° au mois d'octobre, dès les premiers froids semble piquante, tandis qu’à la suite de fortes gelées elle paraît douce. De même, les gens habitués à des températures de — 40°, se trouvent fort bien à 0°, et les Esquimaux trouvent que 15° constitue une température tropicale.
- Le refroidissement par l’atmosphère.
- Nous avons vu que lorsque la température de la peau s’élève au-dessus du point optimum (vers- 33°) il se produit une transpiration dont l’effet est d’amener un refroidissement correspondant soit par la peau, soit par la respiration pulmonaire. Dans l’état de repos, 24 pour 100 de la chaleur en excès s’élimine par ce moyen. Dans les climats froids, il faut éviter le plus possible la transpiration cutanée, car l’humidité s’accumule dans les vêtements et persiste longtemps après que le corps a repris sa température normale, de plus l’étoffe peut geler à son tour et constituer une source de refroidissement, en même temps- qu’elle apporte une gêne dans les mouvements.
- Il existe d’autres sources- de refroidissement comme la radiation, la convection, la conduction.
- Le vent contribue au refroidissement si bien qu’on a été amené pour des raisons de commodité et de précision à adopter la grande calorie par mètre carré et par heure comme unité de mesure. Le point de départ est celui que nous avons indiqué comme étant le point d’équilibre de température corporelle au point neutre : 33°.
- Ainsi le minimum de déperdition de chaleur pour la partie du corps exposée : visage et mains, par temps calme est évalué de 7 à 10 cal. ; il s’élève à 23 quand la vitesse du vent est de 2 m 25 par seconde et à 30 cal. si la vitesse du vent est de 7 m par seconde.
- La perte de chaleur par radiation du corps humain au repos est égale à environ 35 pour 100 ou entre 3 et 4 cal. suivant la vitesse du vent.
- Quand la température s’abaisse brusquement, la déperdition de chaleur augmente aussi plus vite : elle dépend de l’état de mouvement ou de repos du sujet. Quand le refroidissement excède i 200 cal., la partie du corps exposée gèle, quand il atteint 2 000 cal., cette congélation s’opère en une minute. Quand la température descend à — 50° ou — 60°, si un exercice violent ou une marche rapide augmente l’amplitude des mouvements respiratoires, il peut se produire une hémorragie des bronches. La densité de l’air, son degré d’humidité et l'altitude doivent aussi être pris en considération.
- Nous avons montré précédemment la quantité de chaleur produite par l’activité physique, la part de cette chaleur qui se dissipe dans l’atmosphère par la surface du corps dépourvue de protection, venons-en au degré d’isolement que procure le vêtement.
- ISOLATION THERMIQUE. — Le genre de textile choisi po ir la confection des habits doit être capable de transmettre au dehors une certaine partie de la chaleur corporelle pour qu’il s’établisse un équilibre. Il est clair qu’un tissu fin transmettra plus vite la chaleur qu’un tissu épais. Un tissu serré plus facilement qu’un tissu ouaté ou tricoté, qui emmagasine de l’air dans
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- des cellules plus ou moins isolées l’une de l’autre. Des fibres végétales comme le lin ou le coton ne transmettront pas la chaleur de la même façon que la laine, le duvet de l’eider isole mieux que l’air lui-même : il est regardé comme le matériau le plus « chaud » pour les régions froides. Le coton est trois fois plus perméable que la laine et le lin trois fois plus que le coton.
- PERMÉABILITÉ A L'AIR. — Le coefficient d’isolation n’est pas le seul à considérer. Une étoffe ouatée ou tricotée de telle manière qu’elle est à la fois légère et thermiquement isolante peut être, en certains cas, moins chaude qu’elle ne devrait parce qu’elle laisse passer l’air quand il est animé d’une certaine vitesse. Ainsi, un « chaud » sweater peut constituer une pauvre protection contre une assez forte bise d’hiver. Au contraire, un tissu de coton très serré arrêtera le vent glacial beaucoup mieux qu’un vêtement de laine, mais il isolera beaucoup moins bien contre la déperdition de chaleur corporelle par temps calme. Quand souffle la bise, il convient donc de mettre par dessus le vêtement de laine une blouse légère fine et d’un tissu serré, fermée aux manches et aux chevilles.
- IMPERMÉABILITÉ A L’EAU. — Au point de vue de l’étanchéité à l'humidité, un tissu caoutchouté serait une protection idéale si le corps, même en dehors des périodes d’exercice physique, ne transpirait pas faiblement. Cette humidité ne peut demeurer confinée entre la peau et le vêtement : elle doit être obligatoirement éliminée, parce que, non seulement elle deviendrait rapidement gênante, mais elle ne tarderait pas à refroidir le corps.
- ACCUMULATION DE CHALEUR. — Le corps est un accumulateur de chaleur, le vêtement joue le même rôle. Ce facteur varie avec le poids et la densité du drap, et cela est plus important dans le cas du sac de couchage où il y a si peu de chaleur à disperser au dehors. Il faut en effet un certain nombre d’heures pour qu’un sac de ce genre soit assez rempli de chaleur pour pouvoir en transmettre un peu dans l’atmosphère. Plus un vêtement est épais, plus grande sera la différence de température entre le corps et l’air extérieur, plus aussi il pourra accumuler de chaleur. Cela est plus particulièrement important dans le choix des chaussures, car les extrémités inférieures, dont les réserves ne sont pas considérables, les perdent aussi très facilement. Les chaussures d’hiver doivent être très grandes pour accroître la marge d’isolement thermique. De même les sacs de couchage doivent être volumineux car la température intérieure y croît lentement et ne se disperse au dehors que plus lentement encore. Cette déperdition ne doit pas dépasser 60 cal. à l’heure sur toute sa surface. Généralement, elle sera bien moindre et par les nuits moins froides une légère ventilation sera nécessaire.
- La perte de chaleur est plus grande sous le corps qù’au-dessus, parce que l’isolant se trouve aminci par le poids. Un bon matelas doit non seulement rendre un lit plus doux et plus conforta-table mais l’isoler parfaitement.
- EFFETS DE L’USURE ET DU POIDS. — Les vêtements lourds ne sont pas les meilleurs : non seulement ils constituent un supplément de poids à porter, mais leur efficacité se trouve réduite du fait qu’ils amènent une perte de chaleur. Toute dépense d’énergie et toute transpiration constituent en effet une déperdition thermique.
- L’usure des tissus et leur amincissement progressif diminuent leur pouvoir isolant : de même s’ils sont sales, imprégnés de boue, de graisse ou de sels minéraux par suite de la transpiration, ils deviennent plus conducteurs de la chaleur vers l’extérieur. Un vêtement de laine souillé sera imperméable au vent, mais cette solution est boiteuse et nous avons dit plus haut que la meilleure protection, en cas d’air en mouvement, est celle du vêtement de laine recouvert d’une blouse fine, légère et d’un tissu serré.
- CONSERVATION DE LA CHALEUR ANIMALE. — Étant donné ce qui a été dit antérieurement, quelles sont les caractéristiques des vêtements dont il faut faire choix pour affronter les basses températures ?
- Quand le corps est vêtu, il s’adapte à la température comme s’il avait une seconde peau. Le vêtement peut être un avantage, s’il fait froid, ou un inconvénient, s’il fait chaud. Dans les climats froids, son rôle est de réduire la perte de chaleur par la peau, soit par radiation, soit par transpiration, soit par l’action de l’air en mouvement. Le corps possède par lui-même une grande faculté d’adaptation, dont il faut tenir compte, sans trop lui demander, et le vêtement doit, en conséquence s’adapter à ses besoins d’une manière judicieuse et raisonnée.
- Refroidissement par radiation et conduction.
- Quand l’air est calme, une partie de la chaleur corporelle se diffuse au dehors par radiation et par conduction. C’est le duvet qui isole le plus parfaitement, mais la laine est généralement préférée, sauf pour les sacs de couchage, parce qu’elle est à la fois plus économique et plus facile à trouver.
- Le coefficient d’isolation est proportionnel à l’épaisseur et à la texture cellulaire, non à la densité ou au poids. Un vêtement léger et de tissu lâche, poreux, cellulaire, sera un excellent isolant, peu fatigant à porter et très chaud, mais si le vent souffle, la laine poreuse laissera filtrer l’air froid, et il faudra la couvrir d’un autre tissu mince et léger, mais très serré et imperméable au vent. Il est vrai que la laine peu serrée présente des inconvénients : elle est fragile, assez rétrécissable, et déformable ; il faudra chercher un compromis, mais le facteur principal à sauvegarder c’est la légèreté, pour procurer à la fois l’aise dans les mouvements et la chaleur. Un vêtement de dessus assurera la durabilié de la laine et arrêtera le vent. Il vaut mieux superposer plusieurs vêtements de laine légers qu’en porter un plus gros, non seulement parce que la protection sera meilleure, mais parce qu’on pourra en ajouter, ou en ôter, suivant le besoin, et ainsi graduer la protection.
- PROTECTION CONTRE LE VENT. — Si le vent souffle, la déperdition do chaleur va s’accroître rapidement et nécessiter le port d’une blouse de coton d’un tissu très serré, qui ne servirait à rien en air calme, mais qui coupera le vent. U doit être mince, souple, léger, mais non imperméable à l’eau ; il n’y a aucune utilité de le doubler ou de le tripler.
- PROTECTION CONTRE L’ÉVAPORATION.— Il est difficile d’empêcher la perte d’eau due à la respiration. Un vêtement à larges mailles destiné à filtrer l’air froid ne ferait qu’accumuler autour de la bouche et du nez de l’humidité et des glaçons.
- La transpiration invisible et constante fait perdre, comme nous l’avons vu, 10 pour 100 de la chaleur du corps, ce qui, pendant plusieurs heures n’est pas nuisible ; mais si les vêtements continuent de s’humidifier, le taux de refroidissement augmente, car l’eau est bon conducteur de la chaleur, la surface peut aussi geler, et cela accroît encore la perte de chaleur. Il convient donc de porter des vêtements — de dessous surtout — bien secs, les sécher tous les soirs et les changer souvent. Tout le monde a remarqué qu’un gilet de laine propre qu’on met paraît plus chaud que celui qu’on vient de quitter. Il convient aussi d’éviter de transpirer par un exercice violent non nécessaire.
- CHOIX DU VÊTEMENT. — Il est clair que, suivant le genre d’occupation qu’on exerce, le genre de costume sera choisi. L’homme assis ou debout, qui se donne peu de mouvement, devra être beaucoup plus couvert que celui qui marche ou qui travaille modérément, celui qui fait des efforts violents devra être moins couvert encore. Il est toujours facile d’ajouter ce qui manque ou de retrancher ce qui est de trop.
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- LES MAINS. — 1. On doit éviter de laisser longtemps les mains exposées au froid, ce qui ralentit la circulation,' toujours lente à se rétablir.
- 2. Éviter de toucher des objets en métal ou bons conducteurs de la chaleur avec les mains découvertes, si ces objets sont à une température très basse ; la peau peut être brûlée sous la morsure du froid comme par un fer chaud.
- 3. Utiliser des gants de laine au voisinage de la peau, mais recouverts à l’extérieur d’une matière imperméable au vent comme cuir, peau, étoffe serrée.
- 4. Même si les doigts doivent rester à découvert par le port de mitaines, couvrir les poignets et le dessus des mains pour conserver le plus de chaleur vitale possible. Les poignets ne doivent jamais être serrés pour laisser bien libre la circulation sanguine.
- 5. Éviter tout ce qui comprime et restreint la circulation du sang, non seulement aux mains mais aux bras.
- 6. S’il fait très froid, il vaudra mieux se servir de gants dont les doigts ne sont pas séparés (moufles).
- 7. Garder les mains aussi sèches que possible.
- 8. Quand’, au cours d’un travail, le corps se réchauffe trop, on peut commencer par ôter ses gants, ce qui refroidit sensiblement tout le corps.
- 9. Quand les doigts sont engourdis par le froid, le meilleur moyen de rétablir la circulation normale est de les placer auprès d’une partie chaude du corps, comme les aisselles, entre les cuisses ou auprès du ventre.
- Ne jamais chauffer les doigts gelés au-dessus d’un foyer, ou en les frottant avec de la neige, ou en frictionnant trop vigoureusement, mais les prendre en main, les presser doucement et les abandonner alternativement, comme on malaxe le pis d’une vache qu’on trait, afin d’accélérer la circulation.
- LES PIEDS. — Les pieds sont, en hiver, « nos chers souffrants », comme disaient les Précieuses, et ils peinent d’autant
- plus que la circulation dans les capillaires est plus défectueuse et le corps plus immobile.
- 1. Il faut avoir des chaussures et des pieds secs.
- , 2. Eviter à tout prix les chaussures serrées qui ralentissent la circulation sanguine, favorisent le refroidissement et l’engelure.
- 3. Éviter aussi toute constriction de la cheville, de la jambe ou de la cuisse qui gênent la circulation.vers le pied. Plus il fait froid, plus le pied doit être à l’aise dans le soulier, et dans tous les sens. L’espace vide sera occupé par des semelles et par une ou des chaussettes supplémentaires de laine épaisse.
- 4. Comme le pied transpire, il convient d’évacuer l’humidité en séchant, le soir et la nuit, chaussettes et semelles.
- o. Quand les pieds sont gelés ou très froids, il ne faut les dégeler qu’en les plaçant sur une partie du corps tiède ou dans les mains chaudes en pressant et relâchant les orteils jusqu’à ce que la circulation soit rétablie.
- LA TÊTE. — La tête, surtout la figure, est capable de supporter des différences de température plus considérables que le reste du corps. Les oreilles, cependant, qui sont minces, et très exposées doivent être protégées, ainsi que le dos du nez, les tempes et le front.
- Sous=vêtements.
- Enfin, et ceci est primordial, le corps doit être couvert d’un sous-vêtement bien ajusté, en laine tricotée, d’utne densité moyenne, peu conducteur de là chaleur, donc de texture cellulaire, mais perméable à l’humidité exhalée par la peau, afin que le corps reste aussi sec que possible.
- Il doit être translucide à une forte lumière plutôt que transparent, léger, mais assez ferme pour ne pas perdre par la compression toute épaisseur et tout pouvoir isolant ; assez doux pour ne pas irriter la peau, suffisamment propre pour conserver toutes ses qualités isolantes.
- Georges Coolen.
- A propos des
- « Enclaves »
- A la suite de notre article « Petits États et enclaves » C1) nous avons reçu des lettres d’aimables correspondants qui sont venues compléter, notre documentation.
- D’autre part, nous avons poussé nos recherches dans cette voie, ce qui nous permet de donner de nouveaux détails pouvant intéresser les lecteurs curieux de ces anomalies géographiques.
- Mentionnons, d’abord, une enclave interdépartementale que nous a signalée M. Defrance : il s’agit de la petite commune d’Othe (Meurthe-et-Moselle) qui se trouve dans le département de la Meuse, au Sud-Est de Montmédy.
- Ce village, d’une centaine d’habitants, est au pied d’une butte dite « la Ramonette », monticule tirant son appellation de l’abondance des genêts à balais (ramons, en patois lorrain).
- Voici maintenant une autre enclave internationale. C’est la petite ville de Campione, italienne, située en Suisse, canton du Tessin. Campione, au nord du lac de Lugano, ne présente pas une très grande importance, mais la localité est assez connue, parce qu’elle possède un casino qui attire un certain nombre de touristes.
- On nous a signalé, et toujours en Suisse, qu’il y aurait eu dans le Valais, à la fin du siècle dernier, un petit territoire, ni état indépendant, ni enclave, mais qui offrait cette singularité : il comprenait quelques huttes alpestres, occupées, à la belle sai-
- 1. La Nature, n* 3149, 1" décembre 1947, p. 374.
- sont, par des estivants, et ce territoire n’aurait relevé que des seuls propriétaires ? Nous n’avons pu avoir aucun renseignement sur co fait.
- Précisons, enfin, que Baarle-Nassau est hollandais, et Baerle-Duc (en néerlandais Baerle-Hertog) est belge O).
- Ces deux localités ne sont pas rigoureusement distinctes, mais soudées, si l’on peut dire. Particularité curieuse : ces deux communes sont composées de différentes parcelles étrangement enchevêtrées.
- C’est ainsi que la place communale est hollandaise, sauf un cabaret qui est belge. A très courte distance, s’élèvent église et mairie belges. Le bourgmestre de Baerle-Hertog ne peut se déplacer de sa ville à la maison commune sans fouler le sol hollandais.
- Quelles sont donc les raisons de ce bizarre damier territorial ? Il y a de cela, plusieurs siècles, les deux Baerle formaient une seule et même commune. Puis, la séparation s’effectua à la fin du xve siècle, .et, depuis, la division s’est toujours maintenue. Car Baarle-Nassau a constamment suivi le sort des provinces néerlandaises, comme Baerle-Hertog celui des provinces belges.
- Ajoutons, enfin, que la population de ces curieuses agglomérations atteint environ 4 à 5 000 habitants.
- 1. Renseignement donné par M. J. Nève de Mévergnies.
- A. F.
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- LA RÉVOLUTION TEXTILE1'1
- Depuis le début de la guerre, la fabrication des textiles artificiels et synthétiques n’a fait qu’augmenter. Leurs matières premières sont fort diverses : bois, déchets cellulosiques, arachides, algues, lait, déchets animaux, plastiques, verre, etc.... Leur production annuelle dépasse deux cent mille tonnes.
- En tête viennent les rayonnes viscose, puis les rayonnes à l’acétate : suivent le nylon et ses variétés ; les fibres en matières protéiques : lanital, aralac, azlon ; les fibres vinyliques telles que le vinyon et ses variétés, les fibres de verre, etc..,.
- Les rayonnes peuvent être obtenues maintenant en fibres de très grandes finesses, égales et même inférieures à celles des cotons d’Égypte. Leur résistance à la traction a été améliorée ; les rayonnes de haute ténacité entrent dans la fabrication des toiles pour pneumatiques, des courroies transporteuses, etc....
- De nouvelles fibres en matières protéiques ont fait leur apparition ; en plus de la caséine du lait, elles utilisent des protéines de soja et d’arachide.
- On a débité le nylon en fibres fines et courtes qui peuvent êt"e travaillées comme la laine naturelle et fournir des tissus de la même structure mais de plus haute résistance mécanique, inattaquables aux insectes et aux microorganismes.
- Les résines de vinyle ont également progressé. Malgré leur résistance aux réactifs chimiques et leur incombustibilité, les chloracé-tates de vinyle se sont trouvés limités dans leurs applications du fait de leurs propriétés thermoplastiques qui ne leur permettent pas de résister à la chaleur et à certains solvants. Actuellement, de nouveaux dérivés vinyliques supportent sans dommage une ébullition prolongée. Ce sont les copolymères de chlorure d’acétate de polyvinyle et d’autres plastiques, tels que le vinyon N, copolymère de chlorure de vinyle et de nitrile acrylique ; il peut être dissous dans l’acétone et filé.
- D’autres produits vinyliques font leur apparition; ils sont dérivés du chlorure de vinylidène, tel le saran, résistant aux produits chimiques, aux insectes et aux microorganismes, incombustible et présentant une meilleure résistance à la chaleur. Ils ne perdent que 80 pour 100 de leur résistance mécanique à 100° et ne se ramollissent sensiblement qu’aux environs de 130°.
- L’impréghation des fibres de verre par des matières plastiques appropriées permet la fabrication de tissus de protection pour l’industrie et pour divers usages techniques ; l’imprégnation superficielle par des silicones permet d’obtenir des matières isolantes diélectriques résistant à des températures de 280° C.
- Le nylon et ses homologues sont certainement les textiles synthétiques qui ont les plus larges applications ; en dehors des tissus et de la bonneterie, on en fait des brosses, des pinceaux, des courroies, des feutres, des toiles filtrantes, des joints, des filets de pêche, des câbles, des feuilles, des toiles de pneumatiques, etc....
- Les résines de vinyle et de vinylidène se développent dans leur fabrication en feuilles pour vêtements imperméables, chaussures moulées, draps d’hôpitaux, et de multiples utilisations industrielles, spécialement dans l’industrie chimique. Elles permettent la fabrication de tissus lavables, insensibles à l’eau et aux corps gras, faciles à nettoyer par simple lavage et qui ont trouvé des débouchés multiples, notamment pour le garnissage des intérieurs d’automobile qui peuvent ainsi être conservés dans un état de propreté indéfini.
- Le Térylène est une nouvelle fibre obtenue par condensation et polymérisation de l’acide téréphtalique sur le gylcol. Ses propriétés seraient analogues à celles de la série du nylon.
- 1. Voir La Nature, n" 3110, 15 avril 1946, p. 124 : La révolution textile, par !.. Perruche.
- Les travaux d’Asbury ont conduit au développement des fibres de protéines obtenues à partir de produits non alimentaires tels que les plumes d’oiseaux, les poils, les cheveux. La protéine d’arachide est une matière première excellente qui fournit des fibres analogues à la laine, telles l’Ardil.
- Le développement des fibres artificielles et synthétiques s’est poursuivi avec une grande ampleur dans des pays comme les États Unis qui sont largement producteurs de fibres naturelles. On peut en conclure que le succès des fibres artificielles est dû à leurs qualités intrinsèques qui les font choisir pour des fabrications déterminées dans lesquelles leurs propriétés et caractères particuliers sont avantageux.
- Cette concurrence aux fibres naturelles a conduit les producteurs de ces dernières à faire des efforts d’amélioration technique, à rechercher des débouchés nouveaux et à réduire les prix de revient.
- Les champs de coton ont été exploités par les procédés les plus modernes de mécanisation et des résultats remarquables ont été obtenus : récolte mécanisée de 800 kg de coton à l’heure, contre 7 à 8 kg à la main, emploi d’un seul homme au lieu de 18, ce qui réduit le prix de la récolte des quatre cinquièmes.
- Des laboratoires spécialisés étudient les méthodes d’amélioration chimique, principalement par l’emploi des hauts polymères. En Angleterre, la Wool Industries Research Association poursuit, dans son laboratoire de Torridon, des recherches sur le perfectionnement des techniques de la laine.
- Dans le domaine de l’utilisation des fibres, il faut noter l’extension rapide des procédés qui permettent de passer directement aux tissus sans filature ni tissage.
- Les fibres sont étendues en nappes. Elles sont pulvérisées avec des émulsions de matières plastiques, puis passent entre des cylindres chauffés â une température déterminée par la nature chimique de la matière plastique employée, pour la polymériser et lier les fibres en une sorte de feutre.
- On peut également associer entre elles les fibres des textiles artificiels ou synthétiques doués de propriétés thermoplastiques. Les tissus ainsi obtenus sont très résistants. Il est facile de régler l’épaisseur, la rigidité et l’aspéct extérieur des produits ainsi fabriqués. On peut superposer des nappes de fibres diversement colorées et obtenir des teintes différentes pour l’endroit et l’envers. On trouve déjà dans le commerce des fibres colorées spécialement destinées à ces fabrications.
- Ces techniques sont déjà entrées dans la pratique ; on fabrique des tissus ni filés, ni tissés, d’ameublement, d’ornement, des tentures, etc..., également des produits pour usages industriels, pour vêtements de protection, des toiles à filtrer, des courroies transporteuses, des tuyaux pour liquides, etc....
- Cette méthode nouvelle n’en est qu’à ses débuts, elle semble être de grand avenir. Elle est, du point de vue industriel, nettement révolutionnaire.
- La multiplicité des fibres nouvelles a mis les acheteurs dans le plus grand embarras. En quelques années, la nature des fibres entrant dans la composition des tissus a singulièrement proliféré.
- Aux États-Unis, un gros effort d’éducation du public a été fait par les vendeurs eux-mêmes. Des laboratoires spécialisés délivrent des certificats de garantie. Des dispositions légales réglementent la vente et imposent des déclarations de composition en nature et en pourcentage de fibres. De telles conditions de sécurité ont eu pour résultat une amélioration constante des produits offerts à la vente.
- L. P.
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- SAMUEL MORSE (1791-1872)
- Peintre et Inventeur
- Peintre au début de sa carrière, inventeur acharné à ses découvertes ensuite, tel se présente Morse, dont la longue existence se déroula sur les deux continents, au milieu d’événements qui secouaient et rénovaient le monde.
- Il naquit dans le Massachusetts, d’un père, pasteur puritain que Washington honorait de son amitié. Aîné de onze enfants, Samuel fut, au collège de Yale, un élève remarqué pour ses goûts en peinture, en gravure. Et d’autre part, son esprit se tournait vers les sciences.
- D’abord commis de librairie à 400 dollars par an, il résolut de gagner l’Europe afin d’y compléter sa formation artistique. Débarqué à Liverpool, après une longue traversée, il envoie aussitôt ce message à sa mère : « Combien je voudrais vous transmettre de mes nouvelles en un instant ! »
- Et, au dos de l’enveloppe, le futur inventeur ajoute ces mots : « Le télégraphe est, pour moi, une véritable obsession ».
- Il se met au travail, bien accueilli par Macaulay et par Lord Elgin qui venait de rapporter d’Athènes la célèbre frise du Parthénon. La Royal Academy ouvre un concours de peinture : Morse y est classé dixième sur 200.
- De retour aux Etats-Unis, où sa réputation naissante l’avait devancé, il devient, en quelque manière, le peintre officiel de l’Etat : il est chargé de faire le portrait d’Adams, celui de Monroë et celui de La Fayette, alors en Amérique.
- Un second voyage en Europe lui révèle la France, et Paris qui le séduit. Il y retrouve La Fayette, et se rendant en Italie, il voit en Avignon fonctionner les appareils Chappe qui le laissent rêveur.
- La Yille Eternelle l’éblouit : ses tableaux sont des merveilles, ses monuments incomparables, les paysages italiens une splendeur.
- Cependant, le savant commence à percer sous le peintre. Les travaux d’Ampère et d’Arago retiennent son attention. Sur le « Sully » qui le ramène aux États-Unis, il s’entretient avec d’autres passagers des découvertes des physiciens français, et il dit au capitaine Bell : « Si la présence de l’électricité peut être constatée dans une partie quelconque du circuit, je ne vois pas pourquoi la pensée ne serait pas transmise immédiatement par l’électricité ».
- Propos en l’air, pensent les auditeurs, et personne ne songe à ramasser l’idée. Mais, dans sa cabine, Morse médite profondément. Sur une feuille de son calepin (un fac-similé en a été conservé), il trace un schéma du montage entrevu : un électroaimant, avec une armature mobile autour d’un axe et une extrémité fixée à un ressort. Au passage du courant, l’armature est attirée ; munie d’un stylet elle laissera des traces sur une bande de papier, tant que passera le courant. Le rouleau enregistrera donc une série de points et traits.
- Plein de son sujet, Morse dit à Pell : « Capitaine, si, plus tard, vous entendez parler du télégraphe comme une merveille du monde, souvenez-vous que sa découverte fut réalisée, à bord du « Sully », le 13 octobre 1832 ».
- Restait le plus difficile : la réalisation pratique. On ne l’écoutait guère, il connaissait l’indifférence, l’ignorance, voire la raillerie, et il fallait trouver des capitaux. Puisque la jeune Amérique ne
- Samuel Morse.
- le comprenait pas, fallait-il donc compter sur l’audience du vieux monde P II se décida à y retourner pour y entreprendre une longue tournée.
- Bien reçu à Londres grâce à l’obligeance de Lord Elgin, il vit, néanmoins, sa demande de brevet rejetée. A Paris, accueil plus favorable, nuancé de sympathie. A l’Académie des Sciences où l’introduit son ami Arago, il expose son invention. On l’écqute avec attention, mais là encore le brevet est ajourné.
- Autre déception : ses pourparlers avec le chemin de fer Paris-Saint-Germain n’aboutissent pas. Par contre, il obtient une petite satisfaction, d’un autre ordre. En relations avec Daguerre, il fait connaître la photographie aux Etats-Unis, et sa famille conserve pieusement, un daguerréotype de l’inventeur, le premier exécuté au nouveau monde.
- Enfin, l’heure de Morse va sonner 1 En mars 1843, le Sénat vote un crédit de 30 000 dollars pour établir une ligne Baltimore-Washington. Le télégraphe faisait son entrée aux États-Unis.
- La Cour suprême assiste aux expériences qui sont « un triomphe sublime ». Un petit fait banal galvanise les foules : une famille apprend, par des rumeurs, qu’un des siens aurait péri de mort violente à Washington. Elle supplie le Capitole de demander des informations'. En moins de 10 minutes on apprend que la nouvelle est fausse. La rapidité du message, son heureux contenu enthousiasment la foule qui saisit l’importance d’une invention dotnt tous 6enont les bénéficiaires.
- Une fois encore Morse vient en France et revoit Arago. Paris l’enchante toujours : « J’aime la France, lit-on sur son journal. Eh vérité il n’y a que les Français qui sachent recevoir. Chez eux, j’ai l’impression d’être chez moi ; ailleurs je me sens un étranger ».
- Peu à peu l’Europe se décidait à adopter le télégraphe : Bavière, Turquie, Prusse, Russie même. Au cours de ce voyage triomphal, Morse connut l’ivresse de la gloire ; les foules l’acclamaient, les savants le fêtaient, les souverains le comblaient. Napoléon III lui conféra la Légion d’Honneur. Le Congrès international de Paris lui vota un crédit de 400 000 fr pour développer son système de transmission.
- Rentré aux Etats-Unis, au moment de la guerre de Sécession, il proposa, mais en vain, sa médiation. Son prestige ne cessait de grandir. On le pressentit pour la présidence, il refusa.
- Morse voulut revoir Paris et s’y installer pour plusieurs mois. C’était durant l’exposition de 1867 ; il avait loué un appartement 9, avenue du Roi de Rome (avenue Kléber actuelle). Plusieurs fois il fut invité à la Cour impériale.
- En mai 1868 il quitta Paris et envoya ces lignes à Michel Chevalier : « Mon cher Ami, je vous dis adieu. Je quitte pour toujours Paris qui est admirable ; je demeure plus impressionné que jamais de la grandeur de la France ».
- A New-York, on célébra magnifiquement ses 80 ans, Puis il assista à l’inauguration de la statue de Franklin. Bientôt ses forces déclinèrent et il attendit la mort avec une admirable résignation. Ses funérailles furent grandioses. L’univers entier salua ce mort illustre, le monde officiel comme les particuliers : l’hommage fut unanime.
- Amédée Fayol.
- Le gérant : G. Masson. — masson et cie, éditeurs, paris. — dépôt légal : ier trimestre i948, n° 689. -— Imprimé en France. BARNÉOUD FRÈRES ET Cle, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 689. — 2-1948.
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- N° 3155
- I- Mars 1948
- LA NATURE
- L’UNIVERS
- a-t-il jailli d’un
- ATOME
- GÉANT?
- Qui sait ? Peut-être l’astronomie contemporaine eût-elle pris un cours très différent si ce boxeur avait consenti à se mesurer avec le champion du monde poids lourd Jack Johnson ? Champion du monde : c’était, un titre très enviable, mais aussi un gros morceau à enlever, et le jeune homme, qui était étudiant à ses moments perdus, préféra abandonner ses ambitions pugilistiques et se retourner vers l’étude du droit.. Il ne fut d’ailleurs pas plus un Cujas qu’un Cerdan, et la gloire d’Edwin-Powell Hubble s’apparente plutôt, aujourd’hui, à celle de Galilée, à moins que l’on ne fasse de lui le Christophe Colomb du monde des nébuleuses.
- Fig. 1. — L'amas de nébuleuses de la Couronne boréale.
- Chaque objet figurant sur cette photographie est une nébuleuse (généralement elliptique).
- Comment Hubble explora le monde des nébuleuses.
- Il en commença l’exploration en 1919, quand il revint du front français où il venait de faire la guerre. L Observatoire du mont Wilson, où Haie venait de l’appeler, avait mis en service son grand télescope de 2,54 m, et l’horizon astronomique s’était prodigieusement agrandi.
- A vrai dire, le monde des nébuleuses avait grand besoin d être examiné à fond. On désignait, sous le nom de nébuleuses, tous les objets célestes à contours vagues, et l’on commençait à se rendre compte que cette appellation était un peu trop élastique puisqu’elle recouvrait aussi bien des nuages de gaz cosmiques comme la nébuleuse d’Orion, que des amas de milliards d’étoiles tels que la nébuleuse d’Andromède.
- C’était l’époque où s’élaboraient les premières idées modernes sur la constitution de l’univers; la notion de Galaxie, cette
- immense cité stellaire dont le Soleil n’est qu’un modeste habitant, prenait forme peu à peu, et Hubble ne tarda pas à montrer que les nébuleuses gazeuses appartenaient à cette cité, tandis que les nébuleuses composées d’étoiles étaient d’autres cités analogues à la nôtre et immensément éloignées.
- C’est, en grande partie, grâce à Hubble et à son puissant télescope que nous connaissons maintenant l’univers des nébuleuses dans un rayon de quelque 5oo millions d’années-lumière. Si nous pouvions regarder cet univers de loin, du point de vue d’un super-Sirius, nous le verrions parsemé de petites taches claires * à raison de 36 environ par 10 millions d’années-lumière-cubes, un peu, sans doute, comme les représente la figure 1. Chacune de ces taches serait une nébuleuse, et je pense que vous n’auriez pas la témérité de demander quelle est la nôtre : elle ne se distinguerait ni par son éclat ni par ses dimensions.
- Examinées avec un plus fort grossissement, ces nébuleuses se montreraient d’aspect assez peu varié; le quart d’entre elles se
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- révéleraient comme des objets elliptiques ou circulaires, et la grande majorité apparaîtraient, sous là forme classique (fig. de la couverture).
- Il s’agit là, vous l’avez deviné, de ces nébuleuses spirales, de ces cités d’étoiles semblables à notre Galaxie et dont la plus proche, celle d’Andromède, est encore à 85o ooo années-lumière. La photographie 2 reproduit un coin de cette nébuleuse.
- Avec un peu d’imagination, nous pommons supposer qu’elle représente un morceau de la Galaxie. Le Soleil est alors une quelconque petite étoile du nuage blanchâtre, probablement plus près du bord que du centre.
- Il est très possible de calculer la distance d’une nébuleuse quand on a la chance d’y découvrir une étoile variable, une céphêide, dont l’éclat varie comme celui d’un phare à éclipse, ou même une de ces supernovae dont il a été question ici même il y a quelques années Q).
- Dans les deux cas, l’éclat absolu (en bougies, si vous voulez), est. connu approximativement; il suffit alors de mesurer l’éclal apparent et d’appliquer la loi de la photométrie pour obtenir la distance.
- 1. Pierre Rousseau-Les supernovæ, soleils éphémères et géants. La Nature, 15 décembre 1941
- Cela est même possible quand la nébuleuse est trop éloignée pour qu’aucune de ses étoiles soit individuellement perceptible; en gros, toutes les spirales ont un éclat du même ordre de grandeur; si l’une d’elles paraît 16 fois plus faible, par exemple, que telle autre située à 10 millions d’années-lumière, c’est qu’elle est. 4 fois plus éloignée, donc à 4o millions d’années-lumière.
- C’est en procédant ainsi que Hubble parvint à explorer l’océan des nébuleuses.
- Naturellement, à part les plus proches, ces univers-îles ne sont pas très photogéniques, comme vous pouvez vous en rendre compte sur la figure 1 : il y a là 4oo nébuleuses, en majorité elliptiques, entassées sur un espace de la grandeur de la pleine lune, et nous n’en saurions pas plus sur chacune d’elles s’il ne nous était possible de consulter sa fiche signalétique.
- La difficile récolte des spectres nébulaires.
- C’est aussi à l’Observatoire du mont Wilson et sous la direction de Hubble que fut obtenue la fiche signalétique d’un grand nombre de nébuleuses.
- Fig. 2. — La moitié nord de la nébuleuse d’Andromède.
- Ce qui apparaît comme une nuée blanchâtre est en réalité une poussière d’étoiles.
- La fiche signalétique, c’est-à-dire le spectre. Vous en voyez un spécimen figure 3. C’est celui de la petite nébuleuse elliptique Messier 32, satellite de la grande nébuleuse d’Andromède, située à 680 000 années-lumière. Les raies noires en haut et en bas de la photographie sont celles d’un spectre de comparaison, celui du fer; sous la rangée supérieure de ces raies noires, le spectre à raies claires est celui du Soleil (Q ; en dessous encore, celui de la nébuleuse. Quoi qu’il soit assez flou, vous voyez qu’il ressemble beaucoup à celui du Soleil. Cela n’est pas surprenant puisqu’une nébuleuse est composée d’étoiles, et que le type d’étoiles le plus courant est le type solaire.
- Naturellement, il est plus commode de photographier une nébuleuse quand elle est à 680 000 années-lumière que lorsqu’elle est reculée à 126 millions d’années-lumière, comme celles de la figure 1. Il s’agit, dans ce dernier cas, de garder pendant des heures, et même pendant des nuits, un tout petit objet céleste, pas plus gros qu’un point, sur la fente d’un spectrographe. Il faut alors rester immobile, l’œil à l’oculaire, prêt à parer aux légères irrégularités du mécanisme d’entraînement du télescope.
- Le recordman en ce genre de sport se trouve aussi au mont Wilson. C’est Milton L. Humason, qui, après avoir quitté l’école à quatorze ans, s’en était allé faire de l’alpinisme à Pasadena. On lui fit conduire les mules qui montaient le ravitaillement à l’Observatoire et, ayant un jour proposé aux astronomes de les aider, il finit par se joindre à eux et par se spécialiser dans la photographie des nébuleuses.
- Or, Hubble et Humason s’avisèrent un jour de contrôler un phénomène curieux qu’avait signalé leur collègue de l’Observatoire Lowell, Y. M. Sli-pher. Celui-ci avait photographié les spectres de plusieurs nébuleuses spirales, et il avait remarqué que les raies étaient souvent décalées du côté du rouge. Quand il s’agit d’une étoile, ce phénomène n’a rien d’étrange ni de rare : interprété comme
- 1. Cette photographie est la reproduction d’un cliché négatif.
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- Fig. 3. — Le spectre d’une nébuleuse extra-galactique.
- Le spectre est la bande sombre qui surmonte immédiatement la rangée inférieure de raies noires.
- un effet Doppler-Fizeau, il signifie seulement que l’étoile, est animée d’un mouvement propre qui l’éloigne de nous.
- D’ailleurs, s’il y a des étoiles qui s’éloignent, il y en a aussi qui s’approchent. En gros, il y a autant d’éloignements que de rapprochements. Mais dans le cas des nébuleuses, Slipher nota qu’il n’y avait que des mouvements d’éloignement.. Ce fait intrigua fortement llubble, qui pria Humason de monter à l’oculaire et de procéder à une bonne récolte de spectres.
- La récession des Spirales.
- J’ai dit tout à l’heure que celle récolte n’était pas besogne facile. Celle de llubble, qui consistait à déchiffrer les spectres recueillis, ne l’était pas davantage. Le télescope de 2,54 m fournissait de petits spectres mesurant seulement 2,5 mm de longueur sur i mm de hauteur. C’est sur ces images quasi-microscopiques qu’il fallait identifier les raies, les confronter avec celles du spectre de comparaison et en déduire s’il y avait ou non décalage. La figure 4 donne un exemple de spectre, considérablement agrandi, obtenu par Humason sur une petite nébuleuse de l’amas de nébuleuses du Bouvier située à quelque 2/10 millions d’années-lumière. Encadré par les raies noires du spectre de comparaison, ce spectre se montre comme une très grossière tache noire allongée. Il y a, vers le milieu de la tache, deux vagues interruptions : ce sont les raies II et K du calcium. Jugez de l’habileté que dut déployer llubble pour évaluer leur décalage, et l’attribuer à une vitesse d’éloignement de 39 000 km/s !
- Quand il eut réuni un assez grand nombre de ces spectres, le grand astronome put énoncer un résultat vraiment extraordinaire : à part les plus proches, toutes les nébuleuses s’éloignaient, et leur vitesse était proportionnelle à la distance. Ainsi, une spirale située à 1 million d’années-lumière s’enfuyait à raison de 160 km/s; une autre spirale située à 2 millions d’années-lumière filait à 320 lun/s; à 10 millions d’années-lumière, la vitesse était décuple, et, à 100 millions, centuple. La photographie 5 montre quelques-uns des spectres qui aboutirent à ce résultat. Elle représente, de haut en bas, ceux de nébuleuses de plus en plus lointaines, elles-mêmes photographiées directement à droite. La flèche indique, au-dessus de chacun d’eux, les raies dont le décalage peut être repéré par rapport à celles du spectre de comparaison qui les encadrent et au spectre solaire. A mesure que l’on descend, le décalage augmente. En fait, la nébuleuse la plus éloignée dont le spectre soit utilisable est à près, de 3oo millions d’années-lumière, et sa vitesse est voisine de 48 000 km/s. Le graphique figure G illustre cette relation linéaire distance-vitesse, toutes les nébuleuses extra-galactiques se plaçant aux abords de la ligne droite.
- Évidemment, cette fuite générale loin de notre Galaxie est surprenante au plus haut point. Elle le serait, il est \iai, encore bien plus si nous n’avions la certitude que toutes les nébuleuses se fuient entre elles avec une égalé répulsion. Le phénomène peut se matérialiser facilement : amusons-nous à dessiner des nébuleuses sur un ballon d’enfant et gonflons-le;
- au fur et à mesure qu’il grossit, les nébuleuses s’écartent les' unes des autres. L’image peut se transposer dans le domaine astronomique, a la condition de supposer que les nébuleuses' ne sont pas seulement collées sur la surface extérieure du bal-Ion, mais qu’elles sont aussi disséminées à l’intérieur. !
- Àvouons-le : celte récession des spirales n’en est pas moins ; difficilement concevable, et Eddington se déclarait presque indi- ‘ gné que quelqu’un pût y croire, sauf lui. De fait, alors que la vitesse des étoiles ne dépasse jamais quelques centaines de kilomètres/seconde, il est réellement stupéfiant de voir des cités d’étoiles tout entières foncer à des rapidités cent fois plus grandes.
- — Au fond, me direz-vous, est-on bien sûr de cette récession ? En admettant que le décalage des raies vers le rouge soit un fait indiscutable, doit-il être nécessairement interprété comme un effet Doppler-Fizeau ?
- Il y a là, en effet, une échappatoire dans laquelle se jetèrent beaucoup d’astronomes. Certains, comme Zwicky, pensèrent qu’il pouvait s’agir d’un phénomène du même genre que l’effet Compton, c’est-à-dire d’une collision de pholons contre des éieclrons, ce qui augmenterait la longueur d’onde des premiers; d’autres supposèrent que, venant de si loin, la lumière des nébuleuses avait pu perdre de l’énergie en tamponnant de nombreuses particules interstellaires, ce qui aboutirait au même résultat.
- —• Évidemment, répondirent leurs collègues, tout cela est possible, mais purement hypothétique. Au lieu d’expliquer le décalage par un phénomène inconnu, mieux vaut encore invoquer un phénomène connu. C’est-à-dire que, dans l’état actuel de la science, l’effet Doppler est le seul qui soit acceptable.
- L’univers en expansion.
- Cela ne rend pas moins étonnant de voir toutes les nébuleuses s’éloigner avec une touchante unanimité en suivant la même loi. Mais cela aussi peut s’expliquer. Et c’est là que s’in-
- Fig. 4. — Le spectre d’une nébuleuse spirale extrêmement éloignée.
- Le spectre est la tache noire allongée, entre les deux rangées de raies noires.
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- Fig. 5. — Spectres de nébuleuses extra-galactiques montrant le décalage des raies vers le rouge.
- 'Iroduit la fameuse théorie de l’univers en expansion, proposée en 1927 par l’abbé Lemaître.
- Pour la comprendre, l’image du ballon sur lequel on a dessiné des nébuleuses et que l’on gonfle est très utile, en admettant toujours qu’il y ait à l’intérieur des nébuleuses qui suivent le mouvement. Vous me direz que cela n’explique rien, car le ballon est un support matériel dont la dilatation provoque l’écartement des objets collés sur lui, alors que les nébuleuses spirales ne sont fixées à aucun support matériel. Mais il suffit de supposer que ce support n’est pas matériel et qu’il n’est autre que l’espace. Si nous nous représentons l’espace astronomique comme une immense sphère, nous devons imaginer les différents corps célestes comme accrochés à cette sphère. Que celle-ci se dilate, et les objets qui en sont solidaires prendront des mouvements d’éloignement.
- Bien entendu, cette conception d’un univers fini, fermé et en dilatation ne se raccorde en rien avec les indications de notre pauvre petit bon sens quotidien. Mais nous devons nous dire qu’il s’agit là de domaines à des échelles aussi différentes que possible. Le monde terrestre où nous vivons n’a rien de commun avec l’univers astronomique, et il serait, à coup sûr, aussi absurde de vouloir comprendre celui-ci à l’aide de notre mentalité réaliste journalière que de prétendre appliquer la loi de la relativité au taxi qui nous emporte.
- Il nous faut donc accorder pleins pouvoirs à l’imagination mathématique et voir, avec les yeux de la raison pure, se dila-
- ter cet univers sphérique dans lequel sont enrobées les galaxies. Une bulle de gaz, si vous voulez, une bulle dont les nébuleuses seraient les molécules. Actuellement, le rayon de la bulle serait de 5 milliards d’années-lumière. C’est relativement peu : il n’est pas du tout impossible que l’on construise, dans quelques dizaines d’années, un télescope capable de plonger jusque-là (songez que celui du mont Palomar, avec son miroir de 5 m, atteindra, pense-t-on, un milliard d’années-lumière). Evidemment, d’ici là, l’univers se sera encore dilaté et sa frontière sera un peu plus reculée, mais nous avons encore du temps devant nous puisque le rayon ne double que tous les 1,2 milliards d’années.
- Il est curieux de constater que, dix ans avant l’abbé Lemaître, Einstein avait donné une formule de la gravitation dans laquelle était enclose l’explication mathématique de l’expansion. Mais Einstein lui-même ne s’en doutait pas, et c’est le savant belge qui eut le mérite de la révélation. D’après la théorie de la relativité généralisée, en effet, il y a deux forces qui gouvernent le mouvement des astres : l’attraction newtonienne, inversement proportionnelle au carré de la distance, et une certaine répulsion, proportionnelle à cette même distance. Quand deux astres sont très rapprochés, c’est la première qui l’emporte, et les deux corps célestes obéissent à la loi newtonienne classique; quand ils sont très éloignés (à quelques millions d’années-lumière, par exemple), c’est la seconde qui règne seule, et les deux astres se repoussent mutuellement. Il peut se faire aussi que les deux forces s’équilibrent exactement : c’est ce qui se passe dans les amas de nébuleuses comme celui de la figure 1.
- Le Bikini de l’univers.
- Naturellement, quand nous voyons l’univers se dilater progressivement, nous n’avons pas de mal à prédire qu’il va devenir de plus en plus grand. Mais il est non moins facile de deviner qu’il a dû être, en remontant dans le passé, de plus en plus petit. Tâchons alors de nous représenter un supergéant, pour qui nos millénaires ne seraient que des secondes et aux yeux duquel une nébuleuse ne serait pas plus grosse qu’une molécule. Pour ce géant, l’expansion de l’univers ressemblerait beaucoup à l’expansion d’une bouffée de gaz, ou encore à l’explosion d’un obus, projetant ra-dialement des nébuleuses en guise d’éclats. L’abbé Lemaître s’est mis « dans la peau » de ce géant et il a compris, lui aussi, que notre univers résultait de l’explosion, non pas d’un obus, mais d’un atome. Ainsi l’expansion de la bulle d’univers ne serait-elle autre qu’un colossal Bikini.
- Le hardi mathématicien belge imagine, à l’origine du temps, une sorte d’atome unique et gigantesque, concentrant en lui toute la matière actuellement dispersée dans l’univers. Cet atome était radioactif, donc instable. Il éclata, et ses fragments se séparèrent les uns des autres avec une rapidité qui fut bien-
- 28000 .
- 20000 . g
- 16000 . «
- 12000
- 4000 _
- Millions d'années lumière
- Fig. 6. — La relation distance-vitesse.
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- tôt freinée par la gravitation newtoniennè. Ainsi se formèrent des nuées gazeuses qui purent donner lieu, çà et là, à des condensations, points de départ des futurs systèmes stellaires. Après une courte période d’équilibre entre la gravitation et la répulsion cosmique, celle-ci reprit le dessus, et l’ensemble recommença à se dilater sur un rythme accéléré. En même temps, l’émiettement se poursuivit, chaque fragment continuant à se briser en morceaux plus petits. Aujourd’hui, écrit l’inventeur de ce Bikini universel, « l’évolution du monde peut être comparée à un feu d’artifice qui vient de se terminer. Quelques mèches rouges, cendres et fumées. Debout sur une escarbille mieux refroidie, nous voyons s’éteindre doucement les soleils, et cherchons à reconstituer l’éclat disparu de la formation des mondes. »
- De ce feu d’artifice, il reste encore quelques fusées qui n’ont pas eu le temps de s’éteindre et qui errent dans notre univers sphérique depuis le commencement des choses. Ce sont les rayons cosmiques, derniers témoins de la création du monde,
- ----—..... .....................- gg , -
- fossiles vivants en quelque sorte, qui ne sont autres que les rayonnements radioactifs jaillis de la désintégration de l’atome primitif.
- Est-il besoin d’ajouter que cette théorie grandiose n’est encore qu’une admirable hypothèse ? Mais nous vivons une époque passionnante, où l’extraordinaire d’hier est courant aujourd’hui. Il est extrêmement possible qu’une confirmation expérimentale vienne appuyer demain les vues de l’abbé Lemaître. Au reste, si quelqu’un prétendait que ces vues relèvent davantage « de l’imagination du poète que de l’austère discipline des sciences exactes », c’est le savant lui-même qui lui répondrait : « Je crois que ce serait un grand malheur pour un astronome de manquer d’imagination ». Mais ne savons-nous pas, depuis longtemps, que les mathématiciens, pétris-seurs d’univers, sont les premiers des poètes ?
- Pierre Rousseau.
- Les détergents artificiels substituts des savons
- La carence mondiale des corps gras a pour conséquence une très importante réduction de la production des savons. Cette situation se prolongera inévitablement pendant plusieurs années. On comprend l’intérêt qui s’attache à la fabrication de détergents de synthèse susceptibles de suppléer aux savons.
- Cette production est en augmentation constante aux États-Unis ; do 15 000 t en 1941, elle est passée à 200 000 t en 1940.
- Les savons sont des sels alcalins des acides gras : oléique, stéarique, palmitique, etc. Ils ont l’inconvénient de précipiter les sels calcaires et magnésiums des eaux. On estime que 10 pour 100 du savon consommé est perdu par réaction avec le calcaire de l'eau.
- Pour augmenter le tonnage des savons livrés au commerce, on les a additionnés de résinâtes de sodium ou savon de résine, jusqu’à 30 pour 100. Ces produits sont de bons détergents mais ils poissent désagréablement sur la peau quand la proportion incorporée est élevée. On a pratiqué également l’addition de silicate de soude, de phosphate de soude, et aussi, pour les emplois spéciaux, des corps inertes dont l’action est mécanique : la farine de bois, les diatomites.
- Dans les pays producteurs de pétrole, on prépare des détergents en saturant par des alcalis les acides naphténiques obtenus dans le raffinage du pétrole brut. Ces produits sont de qualité secondaire. On a préparé également des acides sulfoniques des dérivés alcoylés de carbures aromatiques, de la naphtaline, notamment. Ce sont plutôt des mouillants que des détergents. Les dérivés sul-fonés des produits de combinaison de l’acide maléique avec des alcools sont de meilleures qualités. Les dérivés sulfochlorés des carbures aliphatiques à longue chaîne permettent la préparation d’excellents savons. On peut dans cette série obtenir des produits mouillants, moussants, émulsionnants, détergents. Les dérivés sulfonés des alcools gras à longue chaîne auraient aussi une importante consommation.
- Les produits qui paraissent les plus intéressants et les plus appréciés du public sont les savons à cations actifs dits « quaternaires ». Alors que dans les savons classiques, c’est l’acide gras, fanion, qui est actif, comme dans la plupart des corps cités plus haut ; dans les quaternaires, c’est la base, le cation qui est actif. Leur nom provient de ce qu’ils sont des sels d’ammonium quaternaire substitué. Leur formule générale est celle-ci :
- /R
- Ac -
- Ces corps ne sont pas nouveaux. Dès 1896, Kraft découvrait le chlorure do cétylamine et Reichier, en 1912, le cétylsulfonate de triéthylcétyl-ammonium. Les premiers de ces savons inversés apparurent sur le marché commercial vers 1925, ils étaient surtout destinés à l’industrie textile et à la teinture.
- Les quaternaires ont pris aux États-Unis une extension considérable depuis 1943. Il en est fabriqué des milliers de tonnes chaque année. Ils sont très demandés car ils ont l’avantage de joindre à leurs propriétés détergentes, un pouvoir antiseptique intense. Cependant, on a signalé que certains de ces corps peuvent agir sur les cellules reproductrices, à la manière des rayons X et provoquer des mutations.
- Les dérivés quaternaires livrés au commerce sont relativement chers : un dollar la livre anglaise.
- Les services américains d’information ont diffusé récemment des renseignements très laudatifs sur ces corps nouveaux. En tant qu’antiseptiques, ils sont si puissants qu’une solution de 1/50 000 est encore plus efficace que certains des antiseptiques communs. Par exemple, contre le bacille de la fièvre typhoïde, l’un des quaternaires, EMCOL 888 est 600 fois plus efficace qu’un antiseptique communément employé, le phénol. Un grand nombre de quaternaires sont sans odeur, sans couleur, non irritants et non toxiques. Ils ne contiennent ni phénol, ni iode, ni mercure, ni chlore libre. Les solutions sont stables, non volatiles, et ne sont pas affectées par l’ébullition. Grâce à cesser tus peu communes, on peut s’en servir pour désinfecter les ustensiles de cuisine, les machines de laiteries, les mains des ouvriers et la nourriture elle-même.
- Leur efficacité ne diminue pas pendant l’emploi, et ils ne sont pas affectés par les impuretés de l’eau. Ils ont été utilisés avec succès pour la désinfection des blessures et des, plaies, dans les pansements humides, les lavements, et le traitement des lésions de la peau causées par les champignons.
- De plus les quaternaires peuvent être utilisés dans l’industrie textile. Ils augmentent la résistance à l’eau des couleurs des étoffes teintes et peuvent rendre plus souples les fils. En les décomposant à haute température, on donne à l’étoffe des qualités durables d’imperméabilité.
- C’est l’action antiseptique des quaternaires qui a décidé de leur succès. Quelques gouttes de solution dans l’eau de lavage débarrassent la vaisselle des microbes ; les instruments de chirurgie peuvent être stérilisés sans étuve. Les services d’hygiène se servent des quaternaires pour la lutte contre les streptocoques, les staphylocoques, la diphtérie, et les infections d’origine bac-térienno du bétail.
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- LES PILES AU MAGNÉSIUM
- Nous avons en l’occasion (La Nature, n° 3i4o, i5 juillet 1947) de décrire les perfectionnements apportés en ces dernières années à la fabrication des piles sèches.
- Au cours d’une guerre aussi mécanisée et mobile, les sources portatives et autonomes d’énergie électrique : accumulateurs et piles, ont fait l’objet de nombreux travaux. Certains défauts inhérents à ces sources, qui en temps de paix, en auraient écarté l’emploi, constituaient en temps de guerre un facteur secondaire; c’est ainsi que la question prix fut écartée lorsque des caractéristiques comme la légèreté, la capacité massique et volumique élevées, les excellentes performances aux basses températures justifiaient, d’un point de vue militaire, certains sacrifices financiers. De même, des difficultés particulières d’emploi ou de mise en service, susceptibles de limiter certaines applications civiles, ne présentaient pas les mêmes inconvénients, puisque les services techniques de l’armée sont aujourd’hui abondamment pourvus de spécialistes compétents.
- Le magnésium dans la fabrication des piles.
- Il n'est donc pas étonnant qu’on ait repris dans la fabrication des piles électriques, une idée déjà fort ancienne, l’emploi comme anode, en remplacement du zinc, du magnésium. (Rappelons qu’il est généralement admis qu’on donne dans une pile le nom d’anode à l’électrode soluble, bien que cette électrode corresponde au pôle négatif de la pile). Le magnésium, substance de laboratoire il y a encore quelques années, est devenu aujourd’hui un métal bon marché, qui, du fait du ralentissement de la construction aéronautique, se trouve disponible en énormes quantités. Les producteurs s’occupent donc activement de rechercher des débouchés nouveaux pour ce métal et le remplacement du zinc par le magnésium, pour la protection cathodique des conduites métalliques enterrées, constitue un exemple déjà très important d’un débouché nou-
- 1.8 1 6 1.4 1.2 1 0 ; 0.8 0.6 0.4 0.2 0
- -, , , . t 40 % CrOa fAectrolyte j ^ % p04H3 Décharge à 0,33 Amp/dm2 Élément N° 2 Élément Nn 1
- 28.4 Amp. heure
- 28,3 s 1 Amp heure
- \ r
- U '\
- jy 35,8 Amp. heure
- 30,8 ' Amp.heure
- 20 60 100
- Fig. 1.
- 150 200 250 300
- Temps en heures
- Courbe de décharge des éléments n
- 350 400 450
- 2 et 1.
- veau pour ce métal. L’emploi du magnésium dans la fabrication des piles en constitue un autre.
- Si l’on compare les caractéristiques électrochimiques clés deux métaux, on constate que le magnésium est considérablement supérieur au zinc.
- Potentiel Équivalent électroehimique
- d’électrode en Ali. par kg.
- Magnésium .... 2,4 V. 2 200
- Zinc . 0,76 » 815
- 1 héoriquement tout au moins et à poids égal, le magnésium peut fournir 2,7 fois plus de courant sous une tension 3 fois plus élevée que le zinc. Dès i885, le magnésium avait été envi-sagé, en particulier par Heim, comme d’un emploi possible dans la constitution des piles, mais à cette époque, ce métal, tout comme l’aluminium, était une curiosité de laboratoire et son prix élevé en interdisait l’emploi industriel. Il n’en est plus de même aujourd’hui et nous allons décrire quelques réalisations récentes de piles au magnésium qui sont la conclusion pratique des nombreux travaux poursuivis depuis 1926.
- Pile au magnésium/ charbon/acide chromique.
- Les premiers éléments au magné-
- sium réalisés reposaient sur l’emploi du couple magnésium/charbon, avec acide chromique ou bichromate comme dépolarisant. La difficulté principale résulte )lle ce qu’il est difficile d’obtenir avec le magnésium une décharge continue à un potentiel relativement constant, sans qu’il se produise une passivation du métal au cours de la décharge ou une corrosion chimique de l’anode pendant les périodes de repos. L’acide chromique constitue bien un excellent dissolvant des produits résultant de l’attaque du magnésium pendant la décharge et il est sans action en circuit ouvert, mais la tension était faible et il n’était pas possible d’obtenir des courants de décharge élevés.
- D’importants progrès ont été réalisés récemment par l’emploi d’électrolytes complexes renfermant, à côté de l’acide chromique, d’autres constituants tels que l’acide phosplrorique et l’acide sulfurique et en utilisant d’autre part, non pas du magnésium pur, mais certains alliages de magnésium dont les qualités de résistance à la corrosion en circuit ouvert peuvent en outre être améliorées lorsqu’on fait subir à ces alliages un traitement thermique, par exemple un chauffage à température relativement élevée, de l’ordre de Goo°, suivi d’une trempe dans l’eau à 8o°.
- Voici, d’après les essais effectués récemment aux Élals-L’nis, la composition des alliages de l’électrolyte qui ont donné les meilleurs résultats.
- Fig. 2. — Schéma de la forme la plus simple de la pile Gordon.
- Une partie du manchon en carbone a été enlevée pour montrer la construction interne.
- No de Composition de l’alliage Composition de l’éleclrolytc
- l’élément -
- Mg Al Zn Mn CrO3 PO qp SO'IP
- 1 92,3 » / 0 6,5 0/,, 1 °/o 0,2 o/„ 40 °/o 23 °/«
- 2 98,5 » 1,5 » 40 » 23 ))
- 3 92,3 » 6,5 » 1 » 0,2 » 40 )) 20 »
- 4 92,3 )) 6,5 » 1 » 0,2 » 40 )) 15 » 0,01 0/0
- 5 92,3 )) 6,5 » 1 » 0,2 » 45 )) 20 )) 0,01 »
- Avec ces différents constituants, on a réalisé des éléments qui comportent une anode en magnésium mesurant 5,i x 8,9 x o,63 cm, des anodes en graphite mesurant 10 cm de côté, et qui contiennent 5oo cnr3 d’électrolyte. Ces éléments ont été
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- déchargés à des intensités correspondant à des densités de courant anodiques variant de 0,1 à o,6 A par décimètre carré, sans d’ailleurs que cette variation de régime ait une influence sensible sur la tension. Leurs caractéristiques apparaissent dans le tableau suivant :
- N° de l’élément Tension initiale en circuit fermé Capacité en ampères-heure Rendement
- 1 1,31 V 28,4 84 %
- 2 1,58/1,71 V 28,3 68 »
- J 1,11 y 25,8 60 »
- 4 1,18/1,24 Y 25,3/29,3 80/83 »
- 5 1,07/1,22 V 26,0 82 »
- L’élément n° 2 présente la tension la plus élevée; celte tension n’est pas obtenue aux dépens de la capacité mais au prix seulement d’une légère diminution du rendement. Les courbes
- de décharge des éléments au magnésium sont très intéressantes; comme le montre la ligure 1, ces courbes comportent jusqu'à 1 V pour l’élément n° 1 et jusqu’à i,5 V pour l’élément n° 2, une partie très aplatie. Ces piles au magnésium ne sont encore que dans la première phase de leur réalisation technique, mais, aussi bien en ce qui concerne leurs caractéristiques électriques que la faible corrosion chimique du magnésium en circuit ouvert, elles présentent, un grand intérêt. A volume égal, une pile de ce genre présente une énergie massique en watts-heures pratiquement égale à celle de la pile classique comporlanl une anode de zinc, une cathode en cuivre, de l’oxvde de cuivre comme dépolarisant et de la soude caustique en solution comme électrolyte. Elle a l’avantage en outre de pouvoir être réalisée avec des matières premières qu’il est aujourd’hui très facile de se procurer en France et le chemin reste ouvert à d’importantes améliorations.
- Pile au magnésium/charbon/solution saline.
- Quelques années avant la guerre, différents brevets avaient été déposés par un inventeur du nom de Gordon. Depuis, cette pile a fait l’objet de nombreuses recherches, principalement en Angleterre, puis ensuite au Canada et aux États-Unis. Les avis sont encore partagés sur l’intérêt industriel qu’elle présente, mais il semblerait qu’elle ait déjà trouvé quelques applications, soit pour la fabrication de piles de poche, soit pour celle de piles destinées à l’alimentation des postes récepteurs de T. S. F. Dans un domaine plus industriel, on a envisagé d’utiliser ces éléments comme une source entièrement indépendante d’énergie électrique et des piles ont été construites pour l'équipement des réfrigérants domestiques situés dans des localités non reliées aux réseaux, ainsi que pour la fourniture de courant destiné à assurer la propulsion de petites embarcations, en particulier de bateaux de pêche. Cette pile, en effet, fonctionne par simple remplissage au moyen d’une solution saline, en particulier d’eau de mer et il suffit d’immerger les électrodes dans la mer pour obtenir une production de courant et de les retirer de l’eau pour que le fonctionnement s’arrête et que les électrodes soient mises à l’abri de toute corrosion chimique.
- Les Américains ont môme vu dans l’emploi de ces piles la solution du problème, si important pour les pays pauvres en combustibles liquides, de la traction électrique au moyen d’éléments légers. On a dit que le bas prix du magnésium actuel allait rendre ce mode de production de courant possible et des solutions simples de montage de ces éléments ont été envisagées, permettant de procéder au changement des électrodes après usure, aussi facilement et aussi rapidement que l’automobiliste procède au remplissage de son réservoir. Il semble que de telles prévisions soient encore prématurées, mais suivant l’opinion d’un spécialiste, si les batteries au magnésium ne seront pas encore demain d’un emploi général, peut-être le seront-elles après demain.
- La pile Gordon est constituée essentiellement d’anodes en magnésium, de cathodes en carbone, l’électrolyte étant une solution saline et la dépolarisation étant assurée par l’oxygène de l’air. Tout le problème revient donc à réaliser des éléments dans lesquels l’accès de l’air permette à la pile de débiter des courants d’une intensité correspondant à celles qu’exigent les applications industrielles.
- Si l’on immerge un couple constitué d’une baguette de charbon et cl’une baguette de magnésium dans une solution saline, il est très difficile d’obtenir un débit intéressant. Pour obtenir de meilleurs résultats, il faut envelopper la baguette de magnésium d’une substance fibreuse très légèrement humectée par l’électrolyte, de telle sorte que l’air parvienne largement dans les interstices.
- Dans sa forme la plus simple (lig. 2), la pile Gordon comporte une baguette de magnésium entourée de plusieurs spires d’un feutre cellulosique très lâche, le tout introduit dans un tube de carbone. Le tissu dépasse au-dessous de la baguette de magnésium et plonge dans la solution saline, de telle sorte que celle-ci, par capillarité, monte dans le tissu qu’elle humecte. Pratiquement, pour avoir une plus grande surface active, on introduit généralement dans le tube de carbone trois baguettes de magnésium montées en parallèle et chacune enveloppée d’un tissu.
- Le métal utilisé pour la confection des anodes n’est pas du magnésium pur, il renferme généralement 1 pour 100 de manganèse pour le rendre plus dur et 5 à G pour 100 d’aluminium pour le rendre plus ductile. D’autres métaux en très faibles proportions sont également ajoutés pour rendre l’attaque du métal plus régulière et éviter des actions corrosives locales non productrices de courant.
- Pour la confection de piles destinées aux lampes de poche, on utilise une construction un peu différente (fig. 3.) Le sel destiné à augmenter la conductibilité d e l’électrolyte est comprimé sous forme d’une tablette que l’on place à la partie inférieure du feutre. Il suffit d’introduire périodiquement dans une petite capsule moulée en forme de réservoir et placée au bas de chaque élément une certaine quantité d’eau qui se charge en sel et monte par capillarité entre les électrodes. Lorsque la pile est sèche, elle est complètement inerte et ne subit aucune corrosion; lorsqu’au contraire, on procède à une addition d’eau, elle fonctionne.
- La force électromotrice en circuit ouvert de cette pile est d’environ 1,6 V. En circuit fermé, sa tension varie en fonction
- Chapeau formant mesure pour Iklimentatron en eau
- Fig. 3. — Coupe d’une pile Gordon pour lampe de poche, à 3 éléments, montrant comment se fait l’alimentation en eau.
- 1.2 1.0 0,8 | 0,6 0.4 0,2 0
- \
- 10 20
- 30 40 50 60
- Durée en heures
- 70 80
- Fig. 4.
- Courbe de décharge à 100 mA d’une pile Gordon.
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-
-
-
- de son débit et elle peut, dans certains cas, s’abaisser jusqu’à 0,7 V. La figure 4 représente une courbe de décharge sur ioo mA d’une petite pile au magnésium. On constate que pendant presque toute la durée de la décharge, la tension reste pratiquement constante. C’est en service continu que cette pile donne les meilleurs résultats, elle ne se polarise pas et n’a pas besoin de périodes de récupération comme la pile sèche ordinaire. Lorsqu’on vient de la réactiver par l’eau, la tension d’abord faible s’élève jusqu’à ce que le feutre soit complètement imprégné de liquide. La tension s’élève pendant 3o à 4o s et ce petit retard est dans la plupart des applications sans importance.
- A côté des piles pour lampes de poche ou pour appareils
- pour sourds, les piles industrielles du type Gordon se font de trois types. La plus petite mesure 12,5 cm de longueur et 5 cm de diamètre; elle est constituée d’un manchon de carbone, comportant intérieurement 3 baguettes de magnésium de 11 cm de longueur et de 10 mm de diamètre. Cette pile peut fournir pendant 4oo h consécutives, un courant de 100 mA sous 1 V. Le second type mesure 12,5 cm de longueur et un peu plus de 6 cm de diamètre. Il renferme 5 baguettes de magnésium et au même régime peut fournir Goo h de débit. Le troisième type enfin mesure 12,5 cm sur 7,5 cm de diamètre et comporte 8 baguettes de magnésium, sa décharge toujours au même régime dure 1 000 h. Les poids relatifs de ces éléments sont de 2 25 g pour le premier, 3oo g pour le second et 420 g pour le troisième. Rien n’empêche d’ailleurs de faire des éléments d’un autre type, puisque la capacité dépend essentiellement de la surface de magnésium exposée à l’action de l’électrolyte et que par conséquent une pile de ce genre peut être calculée avec autant de précision que l’est une batterie d’accumulateurs au plomb.
- Les études se poursuivent en vue d’améliorer les caractéristiques de cet élément. C’est ainsi qu’on s’efforce de réduire sa résistance interne et de faciliter l’accès de l’oxygène de l’air, afin d’obtenir des courants de décharge plus intenses. On cherche également à supprimer l’inconvénient qui résulte d’une mise lente en tension, après chaque arrêt de la pile; il semble que cet inconvénient tienne essentiellement à la présence d’impuretés dans le carbone et l’on s’efforce de réaliser des électrodes exemptes de cendres.
- Fig. 5. — Batterie de tension et batterie de chauffage combinées pour l’équipement d’un ballon-sonde.
- Pile au magnésium/chlorure d'argent/eau.
- Au début de la guerre, le besoin se fit très vivement sentir de piles qui, sous un très faible encombrement et un poids aussi réduit que possible, aient une capacité massique très élevée. Les piles sèches couramment employées, ainsi que les accumulateurs ne répondaient pas au problème. C’est alors que l’on envisagea de réaliser industriellement des piles comportant comme électrodes du magnésium et de l’argent, comme dépolarisant du chlorure d’argent et comme électrolyte de l’eau ou une solution saline. L’emploi du chlorure d’argent comme dépolarisant n’est pas une chose nouvelle et ce produit avait été déjà employé dans la fabrication d’éléments semblables aux éléments Leclanché et renfermant du zinc comme anode. Mais
- ces éléments avaient une faible tension, de l’ordre de 1 V, et ne pouvaient fournir des décharges rapides. L’emploi du magnésium a permis de surmonter ces difficultés.
- Les piles au chlorure d’argent/magnésium sont de deux constructions différentes, suivant qu’il s’agit de piles à faible tension appelées à fournir des courants très élevés, ou au contraire de piles de haute tension se déchargeant à faible régime. L’électrode positive est constituée par une feuille d’argent de 25 à 75 microns d’épaisseur sur laquelle on forme, par un procédé électrochimique breveté, un dépôt de chlorure d’argent. L’électrode négative est constituée d’une feuille de magnésium pur, de même épaisseur. Dans les batteries de faible tension, on interpose entre ces deux feuilles une couche de papier absorbant sec et on enroule l’empilage ainsi réalisé. Si la fabrication s’est faite dans des conditions convenables et en particulier dans des ateliers où la température est réglée à 270 avec une humidité relative de moins de 20 pour 100, on obtient des éléments qui, une fois enveloppés dans un emballage étanche, peuvent se conserver indéfiniment. Au moment de l’emploi, il suffit de remplir les éléments d’eau ou mieux encore de solution saline pour activer la pile. Lorsque l’on veut réaliser des batteries à deux ou à trois éléments, on entoure le premier élément d’une pellicule plastique, puis concentriquement, on enroule un deuxième empilage d’électrode et on obtient ainsi une construction concentrique qui, d’encombrement réduit, permet d’emmagasiner une plus grande énergie électrique.
- Pour les batteries de tension, on préfère adopter la construction à électrodes plates. Les électrodes ont des surfaces qui, suivant les types, varient de 3,78 à 16,8 cm* 2; dans ces électrodes la couche de chlorure d’argent n’est formée que sur une face de la feuille d’argent. Entre deux électrodes de signe opposé, on intercale une feuille de papier absorbant et, entre deux éléments consécutifs, une plaque isolante. La figure 5 représente une pile de chauffage et une pile de tension au magnésium destinées à l’équipement des radio-sondes et la figure 6, les courbes de décharge de ces deux éléments.
- Au moment de l’emploi, ces éléments sont retires de leur boîtier étanche, on sature le papier d’eau ou de préférence d’une solution saline, afin d’clever la conductibilité de l’élec-
- 100
- 75
- 50
- 25
- &
- i B,
- h— —+—+ — Tension batte —+— Ve A
- j Batterie de réserve type 2 MC b0~ 60B3 Batterie A
- Décharge : 14,? ohms Intensité du courant 230milliampères Batterie B Décharge 4 500 ohms Intensité du courant 20milliampères Activation : 45secondes dans.Ieau du robinet I I________________________J_____L--------
- 50‘
- sion batterie B
- v\
- . k
- 4,0
- 1,0
- c
- .O
- 40
- Js
- 1 heure 100 2 heures
- Durée en minutes rnitrhe de décharge de batteries de ballon-sonde.
- trolyte. La batterie atteint sa tension en i ou 2 mn lorsqu’elle est remplie d’eau et en moins de temps lorsqu’elle est remplie d’une solution saline comme l’eau de mer.
- Les caractéristiques essentielles de ce type de batterie sont : i° poids léger et faibles dimensions,
- 20 conservation à l’état sec pratiquement indéfini, quelles que soient les conditions de température et d’humidité,
- 3° remplissage par l’eau de mer ou l’eau naturelle, ce qüi évite d’avoir recours à des électrolytes spéciaux,
- 4° tension élevée d'environ i,5 Y, capacité se maintenant-à
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-
-
-
- 73
- une valeur appréciable, même lorsque la température s’abaisse à — 4o°,
- 5° variation de tension au cours de la décharge extrêmement faible, ainsi que le montre la figure 7 qui permet de comparer une pile au chlorure d’argent, une pile sèche ordinaire et une batterie à l’acide perchlorique déchargées d’une façon continue sur une résistance de 10 ohms.
- Un des fabricants américains de ce type de piles a livré pendant la guerre plus de 25 modèles différents aux services techniques de l’Armée et de la Marine. L’une des principales utilisations a été l’équipement des ballons-sondes qui empor-
- û—û Pile sèche
- mi nui
- )s en
- Fig. 7. — Comparaison d’une pile sèche ordinaire, d’une pile à l’acide perchlorique et d’une pile au magnésium, déchargées sur 10 ohms.
- lent à de très hautes altitudes un minuscule poste émetteur. Le tableau ci-dessous permet la comparaison des différentes piles utilisées.
- Type de batterie Ah par kg W H par kg Ah par dm3 W H par dm3
- Batterie au plomb .... 12,5 22,2 28,5 54
- Batterie au nickel .... 21 25 56 67
- Bile sèche 3,5 4,4 7,3 9,1
- Batterie à l’acide perchlorique. 17 29 54 10,5
- Pile au chlorure d’argent . . 28 43 35 52
- Les piles au chlorure d’argent ont une autre supériorité; elles sont insensibles aux variations de température; une telle pile, ayant une surface d’electrode de i5o cm2, déchargée sur une résistance extérieure de io ohms, a le même débit à + 20° qu’à — 4o° (fig. 8) ; la tension au cours de la décharge est réduite très légèrement aux basses températures, par contre la durée de la décharge reste pratiquement inchangée. Dans les mêmes conditions, une batterie à l’acide perchlorique a une durée de décharge réduite au quart. De même, si on augmente le régime de décharge, la tension est légèrement réduite, mais la capacité débitée reste pratiquement inchangée. C’est ainsi par exemple que le fait d’augmenter le régime de décharge dans le rapport de i à ioo fait passer la tension de décharge de i,6o V à i,34 V, la capacité n’étant réduite que de io pour ioo.
- Une autre application des piles au chlorure d’argent pendant les hostilités a été la fabrication d’éléments destinés à signaler la présence d’aviateurs tombés à la mer. Ces piles, étant activées par simple remplissage à l’eau de mer, étaient mises automatiquement en marche au moment même de l’accident, sans que le pilote ait à intervenir.
- Les éléments que nous venons de décrire sont des piles, c’est-à-dire des éléments non rechargeables; un grand progrès serait réalisé si l’on parvenait à construire des accumulateurs, c’est-à-dire des éléments réversibles comportant comme électrodes, tout au moins comme électrodes négatives, du magnésium. Des recherches sont entreprises dans cette voie; si elles sont couronnées de succès, elles apporteront une solution au problème des accumulateurs légers qui a déjà fait l’objet de tant de travaux.
- Georges Génin.
- £2
- 0
- r- i
- ? K
- +• 2 >—0-4 0°C 3°C
- Temp ; en m fautes
- 20 40 60
- Fig-. 8. — Influence de la température sur le débit d’une pile au chlorure d’argent.
- Nouvelle éruption
- Depuis un an, le mont Helcla, au centre de l’Islande, est en éruption. Il y avait 102 ans qu’il était en repos.
- Le Dr G. W. Tyrrel, de l’Université de Glasgow, vient de publier dans Nature les nouvelles qu’il a rassemblées de ce phénomène, dues aux observations d’un grand nombre de géologues de l’Université de Reykjavik et de quelques voyageurs danois, suédois et anglais.
- L éruption débuta brutalement le 29 mars 1947 à 6 h 50 du matin, sans aucun phénomène prémonitoire. Un tremblement de terre l’accompagna qui se fit sentir jusqu’à Reykjavik, alors que la population de fermes situées à 9 km du cratère ne fut même pas réveillée. Aussitôt après, dans le ciel clair on vit s’élever une énorme colonne qui se dressa jusqu’à 20 km de haut. Le vent du nord entraîna vers le sud les poussières qui couvrirent le sol et obscurcirent l’air. Une colonne de fumée noire, haute de 10 km s’étendit jusqu’à la mer et la couvrit assez loin.
- Dès 10 h, un aéroplane amena les premiers observateurs qui se trouvèrent en présence de noirs nuages de cendres jaillissant d’un grand nombre de cratères tout le long du volcan. La lave sortait par toutes les ouvertures et s’écoulait sur le plateau au nord et à l’est. Des ruisseaux de boue noire coulaient, provenant de la fonte des glaces et des neiges par les cendres et l’un d’eux atteignit une rivière qui coule au nord à 8 km. Le D1' Einarsson prit
- du volcan Hekla.
- la température de la lave : 950°, la trouva très visqueuse et s’aventura dans le cratère, vêtu d’amiante. De fortes explosions se succédaient dans les cratères supérieurs.
- Quelques jours après, l’activité du volcan se calma, surtout au nord ; la lave ne sortit plus des crêtes mais continua de couler, et coule encore, à partir des cratères les plus bas, au sud-ouest. Les explosions y continuèrent, lançant de gros blocs jusqu’à 500 et 600 m de haut. On vit de nombreux éclairs lumineux et il fallut évacuer quelques fermes voisines. Le 19 mai, la terre trembla dans le district d’Olfus en même temps que les sources chaudes augmentaient de débit et se transformaient en geysers. A la fin de juin, les explosions ne se firent plus entendre. Le 17 juillet, la lave coulait toujours, mais les émissions de cendres avaient cessé. En novembre, la lave était devenue très riche en gaz et plus fluide qu’auparavant.
- Grâce aux visites continues des savants islandais, le phénomène a pu être suivi heure par heure, des photographies ont été prises dès le début et un film a été tourné qui montre le nouveau cratère du sommet, large de 300 à 400 m et haut de 100, les fissures du sud-ouest, l’écoulement des laves. Rarement, une aussi forte éruption a été observée avec tant de précision. Il reste à attendre les résultats de l’analyse des laves et des cendres.
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-
- 74
- Le gaz naturel
- Le gaz naturel issu des sondages de St-Marcet (Haute-Garonne), amené à Toulouse par un pipe-line d’environ 120 km, vient de trouver récemment sa première application industrielle, faisant ressortir l’utilité et les services que des traitements appropriés peuvent en laisser espérer pour l’avenir.
- Nous nous bornerons à décrire ici la fourniture du gaz d’éclairage et de chauffage obtenu par oxydation ménagée du méthane par l’air en présence d’un catalyseur, procédé conçu et mis au point par l’usine à gaz de Toulouse, avec ses seuls moyens, afin de remplacer dans son exploitation la houille par le gaz naturel.
- Nous n’insisterons pas sur les multiples traitements que l’industrie peut faire subir à ce gaz presque exclusivement composé de méthane, élément susceptible d’ètre à l’origine de nombreuses préparations et synthèses (hydrogène, alcools et dérivés, dérivés halogènes, caoutchouc synthétique, matières plastiques carbon-black, etc...).
- Le gaz de St-Marcet arrive à Toulouse après avoir subi un dégazolinage à l’usine de Peyrouzet et ses caractéristiques sont les suivantes :
- cl — 0,620; p. calorifique sup. : 9 Coo.
- Méthane (CIIJ : g3 pour 100.
- Ëthane (C2HG) et propane (C3IIg) : 3 pour 100.
- Azote (N3) : 4 pour 100.
- Ce gaz est exempt de composés sulfurés, ce qui en fait un élément intéressant pour les traitements catalytiques.
- Rappelons pour justifier la nécessité d’un traitement du gaz naturel en vue de le substituer au gaz de houille quelques points particuliers concernant la combustion.
- La combustion totale du méthane a lieu suivant la formule :
- cïi4 + 2 o2 = co2 + 2 ri2o.
- Lorsqu’elle a lieu en présence d’air, elle peut s’écrire :
- CII4 + 2 O, + 2(3,8 N2) = C02 + 2 H20 + 7,6 N2.
- On voit qu’il faut environ 10 volumes d’air pour assurer la combustion d’un volume de méthane.
- Or, l’hydrogène, élément constitutif du gaz de houille, 4o pour 100 environ, demande pour sa combustion :
- 2 112 + 02 + 3,8 N3 = 2 H20 + 3,8 N2.
- seulement 2,4 volumes d’air.
- L’oxyde de carbone, 10 pour 100 environ, demande :
- 2 CO + 02 + 3,8 N2,
- soit lui aussi 2,4 volumes d’air.
- En fait un gaz de houille normal demande environ 5 volumes d’air pour assurer sa combustion, compte tenu des 4o pour 100 de méthane qu’il renferme.
- On arrive donc à la constatation que le méthane seul ne saurait être utilisé directement dans des appareils ordinaires calculés et établis pour fonctionner avec la moitié de l’air qui serait nécessaire.
- La modification des appareils utilisés dans une ville de 3oo.ooo habitants pose un problème plus que délicat, d’autant plus que certains types d’appareils, becs Bray, utilisés dans les chauffe-bains et les chauffe-eau ne se prêtent à aucune transformation.
- Par ailleurs ne se posent pas seulement les conditions de volumes pour assurer la combustion ; une question plus délicate existe; c’est celle de la vitesse de combustion due exclusivement à la nature du gaz.
- de Saint-Marcet
- Le méthane possède une vitesse de combustion voisine de 60 cm par seconde alors que l’hydrogène dépasse largement 2 mètres/seconde et le gaz de houille avoisine le mètre-seconde, d’où nouvel inconvénient pour utiliser le gaz méthane dans des appareils courants qui, outre les conditions volumétriques précédentes, sont prévus aux pressions utilisées pour des vitesses de combustion doubles de celle du méthane.
- Le problème de l’utilisation du méthane comportait donc sa transformation en éléments réunissant des conditions normales d’usage du gaz de houille ou s’en rapprochant autant que possible.
- Disons que ce problème posé à une époque troublée ne per-
- Gaz crack és
- Catalyseur^
- condenseur
- Détendeur gaz et sécurité
- Sortie
- d'eau
- Scrubber
- Réglage
- du
- mélange
- Sécurité Mélangeur
- Fig. 1. — Schéma de l’installation de l’Usine 0 gaz de Toulouse.
- mettait pas de rechercher toute la documentation et que sa solution devint brutalement impérieuse par suite de la crise charbonnière; en plus, il se compliquait d’une façon absolument extraordinaire par les difficultés d’approvisionnement en matériel de tout genre.
- Les Pouvoirs publics ayant décidé de mettre fin aux attributions de houille le ier janvier ig47, l’usine à gaz de Toulouse se trouva devant le dilemne d’assurer, dans un délai de sept mois, la distribution de gaz à la ville de Toulouse avec le seul gaz méthane comme matière première.
- Sous la conduite du directeur, M. Maurel, les techniciens de l’usine formèrent une équipe au sein de laquelle furent discutés au jour le jour, point par point, détail par détail, les problèmes qui se posaient et les réalisations furent faites par des ouvriers hautement conscients non seulement de leur travail, mais aussi du devoir qui leur incombait (x).
- De la littérature chimique et industrielle, on avait dégagé que le méthane pouvait se traiter de plusieurs façons :
- i° Reforming par dissociation pyrogénée, soit seul, soit en présence de vapeur d’eau (procédé Kuhlman) :
- CH4 = G + 2 II2 — 18,9 cal.
- 20 Reforming dans des gazogènes de gaz à l’eau.
- 3° Reforming en présence de vapeur d’eau et de catalyseur (procédés Ilercules-Powder et Kellog) :
- CII4 + ILO = CO + 3 IL — 5o,7 cal.
- 1. La mise en route du procédé de reforming catalytique a valu à ses auteurs de tout rang une lettre de félicitations de M. Schneider, inspecteur général des Mines, contresignée du Ministre de la Production Industrielle
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-
-
-
- Fig. 2. — Usine à Gaz de Toulouse. Tableau de contrôle.
- 4° Rcforming par catalyse en présence d’air (procédé Iler-cules-Powder).
- 5° Refonning par le procédé Surface-Combustion (Société Stein et Roubaix) basés tous deux sur la réaction :
- Cil,j + 4 03 = CO + a H2 + 7,G cal.
- Enfin, nous apprîmes que l’O. N. I. À. étudiait un procédé de catalyse en présence d’air.
- Le procédé à l’air avait retenu définitivement notre attention par suite de sa simplicité apparente, de sa possible réalisation, et surtout parce qu’il possédait son autonomie thermique; la réaction énoncée plus haut dégage une certaine quantité de chaleur que des essais de laboratoire ont démontré être presque suffisante pour assurer la stabilité et la continuité de la réaction.
- En examinant les procédés énoncés précédemment on aboutissait aux conclusions suivantes :
- Le procédé Kuhlman était abandonné par ses auteurs et la Société Kuhlmann se tournait vers le cracking en présence de catalyseurs et de vapeur d’eau.
- Le Rcforming, dans des gazogènes de gaz à l’eau consommait
- 75 —
- outre l’énergie électrique 20 kg de coke pour 100 m3 de gaz produit; or, si la houille était rare, le coke l’était davantage et seuls des esprits non prévenus pouvaient envisager un tel procédé; de plus, le gaz nécessitait une épuration chimique.
- Aucun renseignement ne fut obtenu sur le procédé Kellog.
- Le procédé Ilercules-Powder à la vapeur, si licence en a été achetée par la société La Grande Paroisse, n’a pas été réalisé en France et son appareillage comporte des tubes catalyseurs de 9 m de long en acier inoxydable 20/26 à raison d’un tube par 80 m3/heure de gaz traité.
- Le procédé Ilercules-PoAvder à l’air n’avait à son actif que des essais de laboratoire non publiés et la conclusion d’un rapport de l’Association technique du gaz en France était que « son application industrielle sex-ait donc assez aventurée, qu’elle comporterait des tâtonnements, des lenteurs et des risques sur lesquels il n'est pas besoin d’insister ».
- Le procédé surface-combustion, outre qu’il ne fonctionnait pas en France, exigeait pour sa réalisalion un appareillage complexe et faisait appel à des chambres de combustion en carborundum.
- L’O. N. I. A. acceptait de nous fournir sans garanties le catalyseur dont elle disposait et qui nous était nécessaire, faute alors pour l’usine de Toulouse de se procurer le nickel nécessaire pour réaliser un des catalyseurs mis au point dans son laboratoire.
- L’usine à gaz de Toulouse après une période d’essais, dont on prévoit qu’ils ne furent pas sans peine ni soucis, passa à la réalisation industrielle du procédé de telle façon que le 17 novembre iq46 fut mise en route une première unité d’un groupe de cinq destinées à assurer la totalité de la production de l’usine, le cinquième élément fut mis en roule fin décembre réalisant définitivement la substitution du gaz naturel traité au gaz de houille défaillant.
- Le procédé utilisé à l’usine de Toulouse est le Rcforming catalytique du méthane par l’air, c’est plus exactement l’oxydation ménagée du méthane par l’air en présence de catalyseur.
- Suivant la réaction déjà énoncée :
- CH4 + 4 Oa = CO + 2 IL + 7,0 cal.
- En réalité, il n’est pas certain que la réaction soit aussi simple et des traces d’alcool ou d’aldéhyde qui peuvent se rencontrer en certaines circonstances amènent à penser que le processus d’oxydation est complexe et on peut facilement imaginer les réactions suivantes :
- II
- II—G-
- I
- II
- II
- II
- I
- II—-G—II
- I
- OH
- II
- II—G-OH
- I
- OH
- OH
- II-G-OH
- I
- OH
- 02
- OH
- OH-i-OII
- I
- OH
- G + 2 II2
- y
- GO + 2 Ha
- Y
- HaO
- CO + IL
- Y
- GOa + Ha HaO
- GOa + 2 HaO
- + 1 02
- + 1 O:
- + i Oa
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-
-
-
- -...-...... 76 ....... =-.............-=
- lues dans le sens horizontal elles sont les stades successifs d’oxydation proprement dite et dans le sens vertical les dégradations thermiques de ces stades successifs.
- Du reste la synthèse du méthânol à partir du mélange CO + 2 Hg et celle du méthanal par passage de 3 volumes de CH4 et x volume d’air humide sur l’argent à 200° constituent des éléments probants de cette façon de voir et on peut envisager la possibilité d’arrêter l’oxydation aux termes intermédiaires si on peut la réaliser à basse température (voire à froid). Nous poursuivons du reste personnellement des essais dans cette voie.
- Quoi qu’il en soit, dans les conditions où l’on opère, on obtient la réaction qui fournit le mélange CO + 2 IL, ; la réaction n’est évidemment pas totale, mais le pourcentage de méthane oxydé est de l’ordre de 8o à 85 pour ioo.
- Le schéma (fig. i) fera facilement comprendre la disposition générale des installations industrielles dont la simplicité à la fois voulue et nécessitée n’est pas la moindre des qualités et la régularité de fonctionnement étonne les personnes non averties.
- Le gaz de St-Marcet est fourni à l’installation par l’intermédiaire d’un régulateur détendeur muni d’un dispositif de sécurité réalisé simplement en reliant la membrane du détendeur dans sa partie supérieure à la pression d’air de l’installation; dans le cas où la pression d’air s’arrête le détendeur se ferme et arrête le gaz.
- L’air est fourni par un groupe moto-ventilateur centrifuge
- Fig. 3. — Usine à gaz de Toulouse.
- Au prcmiei- plan, les scrubbers, dans le fond et en haut, les éléments catalytiques.
- sans autres précautions qu’un filtrage et une aspiration situés hors du local de catalyse.
- Le mélange des gaz est assuré dans un mélangeur cylindrique en tôle, réglable suivant les débits qu’il doit absorber.
- La constance du rapport air-méthane est assurée par un appareil Askania modifié sur place; l’impulsion de cet appareil est déterminée par des prises de pressions situées de part et d’autre de diaphragmes calibrés placés sur les conduites d’air et de gaz et alimentant d’autre part un indicateur totalisateur de débit; une sécurité placée de la même façon mais avec un circuit différent coupe le courant sur les ventilateurs en cas de mélange incorrect; enfin des appareils sonores et lumineux, des manomètres et des débitmètres instantanés permettent à tout instant le contrôle du mélange; des tampon’s d’explosions sont prévus pour le cas où un accident se produirait.
- Le mélange ainsi obtenu est dirigé dans des éléments de conversion catalytique au nombre de cinq, branchés en parallèle; chaque élément est constitué d’une cuve en tôle intérieurement calorifugée et bâtie dont la cavité intérieure est cylin-dro-biconique; le cône inférieur reçoit un lit de réfractaires granulés destiné à assurer le triple rôle de soutenir le catalyseur, d'homogénéiser le gaz, enfin de s’opposer aux inflammations en retour s’il y avait lieu.
- Le catalyseur placé dans l’élément étant porté aux environs de 5oo°, le contact du gaz y amorce la réaction et elle se continue avec régularité à une température comprise entre 6oo° et 700°, des dispositifs thermoélectriques permettant de vérifier la constance des températures de réaction.
- Le gaz passe alors dans un scrubber à double rampe d’arrosage et de là est dirigé dans un condenseur à tubes où il abandonne l’eau qu’il a pu entraîner.
- Sa composition est la suivante :
- C02 ........ 2,0 pour ioo
- 02 .............. o,o »
- CO .............. 16,0 »
- II2 ............. 32,0 »
- CH4 ............. 2,0 »
- N, .............. 48,o »
- Le gaz est alors additionné d’une certaine quantité de gaz naturel non traité et fournit un gaz de qualité convenable exigeant peu d’air de combustion, ayant une vitesse d’inflammation raisonnable et donnant satisfaction aux usagers.
- Sa composition est alors la suivante :
- p. calorifique : i 6G5 cal/m3
- C02 ............ i,o pour ioo \
- 02 ................. 0,2 » I
- GO ............. n,o » I
- ................ 22,2 » > p. calorifique : 4 200 cal.
- CH4 ................ 32,0 » l
- G»Hï» + s ........... Go » ]
- N2 ................. 32,6 » j
- Comme il ne contient aucun produit ayant une odeur particulière, on y ajoute une certaine quantité de mercaptans destinée à signaler sa présence en cas de fuites.
- On voit donc que pour la première réalisation industrielle transformant le gaz de St-Marcet, c’est une réussite complète et on doit souhaiter que les transformations qui pourront être faites dans l’avenir aient le même destin.
- M. M. VÉLUT,
- Ingénieur chimiste I.C.T., Ingénieur électrochimiste I.C.T.
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-
-
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- L’ALASKA
- Comment on a construit 1* « Alcan ».
- Dès 1919, le Gouvernement fédéral envisageait la construction d’une grande route traversant l’Alaska, de Nome à Juneau, et, en 1929, après avoir établi une carte hypso-métrique de tout le territoire au moyen de photos aériennes, il avait étudié le projet de la future route et arrêté son tracé sur une piste entretenue et piquetée, ce qui facilita et hâta la construction de l’Alcan. Les autorités militaires, consultées plusieurs fois sur la valeur stratégique de la route projetée, en avaient toujours déconseillé la construction, et cela, jusqu’à la veille de Pearl Harbor. Une fois la construction décidée, la tâche fut partagée entre l’Aviation canadienne et le Génie américain, aidés de plusieurs milliers de travailleurs civils, en tout .16 000 hommes.
- On divisa le tracé en de nombreuses sections qui furent attaquées en même temps dans les deux sens, soit à partir des terminus des voies ferrées de pénétration, soit à partir d’aérodromes créés de toutes pièces sur le tracé et aménagés par l’Aviation canadienne qui y transportait continuement hommes, matériel et ravitaillement. Celte dernière tâche était particulièrement délicate : des accidents et des pannes étaient à craindre entre deux aérodromes. On eut le bon esprit de confier l’organisation des secours à un Français, Paul-Émile Victor, un vieux scout bien connu de ceux qui ont lu son Boréal et sa Banquise; il était alors au Groenland et il s’engagea dans l’armée américaine dès la déclaration de guerre au Japon. On savait que, le premier, il avait traversé dans les deux sens l’islandis groenlandais. Il put toujours intervenir à temps pour éviter mort d’homme ou perte complète de matériel.
- Pour construire la route, les sapeurs américains employèrent exactement les mêmes procédés et le même matériel, perfectionné et puissant, qui leur sont habituels, avec celte diffé-
- 1. Voir La Nature, n” 3154 du 15 février 1948, p. 49
- rence que, pressés par le temps, ils utilisèrent un nombre considérable de ces tracteurs et de ces bulldozers (*) que nous connaissons bien depuis le débarquement des Alliés en Normandie.
- La puissance des bulldozers varie de 4o à 200 ch; les plus lourds pèsent plus de 20 t; équipés d’organes différents, ils servent à toutes lins. Us sont d’une docilité et d’une souplesse remarquables ; et leurs constructeurs prétendent qu’après une demi-heure d’initiation, un enfant peut les conduire. Toutefois, ils doivent agir lentement, doucement, sans secousse, et il ne faut pas les malmener.
- Dans la forêt vierge par exemple, un premier bulldozer abattait les arbres par poussée au pied en les déracinant; un autre le suivait qui les écartait ou les débitait à la scie; les arbres très gros étaient sciés au pied; un bulldozer arrachait la souche et les grosses pierres, et poussait les unes et l’autre sur le côté; d’autres venaient ensuite qui labouraient, hersaient, dressaient, nivelaient le sol ainsi mis à découvert. Puis des camions-remorques les suivaient qui y répandaient et vibraient le béton ; le sol pouvait aussi recevoir de même façon une chape de gravier ou de macadam. Finalement, on faisait passer un dernier bulldozer fonctionnant comme rouleau compresseur. Le défrichement a atteint quelquefois 12 km par jour.
- De cette manière les routes américaines sont construites si solidement qu’elles n’ont besoin ni d’être cintrées, ni bordées d’accotements, de caniveaux ou de fossés; donc aucun drainage.
- De plus, comme malgré l’emploi systématique d’engins puissants pour économiser la main-d'œuvre, cette construction reste assez dispendieuse, généralement les routes américaines n’ont de largeur que pour deux voies. Exceptionnellement sur l’Alcan on l’a souvent portée à 12 et même i5 m quand on trouvait à proximité les matériaux nécessaires.
- Bien entendu, on travaillait à la lumière de phares puissants la nuit, comme le jour, les équipes se succédant sans interruption. Souvent pendant, les heures de repos, pour enrichir l’ordinaire un peu monotone des conserves, les ouvriers, sans aller bien loin, partaient pour la chasse ou la pêche et en revenaient .avec un saumon, des truites énormes, ou avec un coq de bruyère.
- Notons un travail connexe, gigantesque aussi. Les produits de consommation les plus importants, savoir le carburant, l’huile Diesel, le mazout et les huiles de graissage ont été fournis dès octobre ig43 et sont encore fournis par la raffinerie de Fort-Norman située au confluent du Mackenzie et de la émissaire du Grand Lac de l’Ours. A cet effet, 011 a agrandi cette raffinerie car elle traile le « brut » d’un gisement pétrolifère situé à 5o km en aval et qui est pratiquement inépuisable. Des bulldozers ont. creusé la tranchée des pipe-lines sur 2 Goo km, les y ont posés et ont comblé la tranchée. De même, on a construit sur leur parcours ou aux abords de l’Alcan des réservoirs et des stations de pom-
- 1. Le bulldozer, dans les Etats-Unis du Sud, est l’agent électoral qui, par intimidation ou menace, fait voter, plus particulièrement les ISoirs, selon .011 désir.
- Fig. 1. — Construction des réservoirs du pipe-line « Canol >1 dans la forêt vierge.
- (Photo Canadian National Film Board)
- rivière de l’Ours,
- :<4» . J&.
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- Fig. 2. — En hiver, le grand froid oblige à chauffer le moteur des avions des services aériens réguliers.
- Un moteur à essence refoule de l'air chaud sous la bâche qui entoure le moteur et le radiateur.
- (Photo U.S.I.S.).
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- page. Tout cela quelquefois dans le désert. Les sections de pipe-lines construites en territoire canadien ont reçu le nom de Canol (Can, de Canada et ol, de oil pétrole) (fig. x).
- Malgré le grand froid et les intempéries, le climat est sain tout le long de l’Alcan et la santé de tous fut excellente.
- Quand la nouvelle se l'épandit en Europe qu’on allait ouvrir une route en Alaska, Signal, le grand organe de propagande allemande, écrivit en juin ig42 : « L’Alaska été surnommé la glacière du Monde; c’est un pays impraticable. La construction de cette route demandera au moins dix ans a.
- Quatre mois plus tard les convois militaires circulaient sur l’Alcan à raison d’un toutes les 5 mn à la vitesse de 4o km/h.
- L’ordx'e de « reconvertir » l’Alcan en route de paix fut donné 48 h après la capitulation du Japon. Le a avril ig46,.au cours d’une cérémonie officielle, à Whitehorse, l’armée américaine a remis la section de la route située en territoire canadien avec ses aéi’odromes, tout leur matériel et leurs installations au Gouvernement canadien. Cette cérémonie a donc consacré la « l’econvei’sion » de l’Alcan. Il porte aujourd’hui le nom officiel de Grand'Route de l’Alaska.
- Situation actuelle*
- Développement des transports par avions.
- Depuis, d’un commun accord, les deux gouvernements ont décidé d’apporter chacun sur son territoire des améliorations aux voies routières, ferrées, fluviales et aériennes qui desser-vent l’Alcan.
- C’est, ainsi qu'en semaine, un service régulier par avion relie dans les deux sens Nome à Fairbanks; le service aérien entre les deux terminus de la route, Fairbanks et Dawson Creek, est quotidien dans les deux sens (1). De même, de nouvelles routes ti’ansversalcs aboutissent déjà à l’Alcan ; plusieurs doublent les voies ferrées qui étaient embouteillées. Enfin, la grande route sei'a prolongée jusqu’à Nome, en même temps que seront comblées en Amérique latine les lacunes de la grande autoslradc rêvée par les Américains depuis longtemps et qui traversera tout le Nouveau Monde du Nord au Sud, de Nome à Magallanes (autrefois Punla Arcnas) sur le détroit de Magellan, en territoire chilien.
- Les petites entrepx’ises de transports routiers ne sont pas les moins px’isées en Alaska; au contraire. On cite le cas d’un ancien trappeur, d’origine irlandaise, comme le modèle des débrouillards; ceux qui utilisent ses deux autocars en font le plus grand éloge. Avec un seul aide, il assure la conduite et les réparations de ses voitures; il est à la fois garagiste, bûcheron, débardeur, maître d’hôtel, etc.; il loge, nourrit et chauffe ses clients; quelquefois, il les soigne car il est bon infirmier. Il utilise les baraquements autrefois occupés par le Génie américain et l’Aviation canadienne. En quittant le gîte d’étape, c’est tout juste s’il ferme les portes derrière lui : il n’y a pas de cambrioleurs, encore moins de gangsters en Alaska, car il leur faudrait des avions pour réussir leurs mauvais coups.
- 1. Depuis la 15 mars 1947, la ligne aérienne est balisée par radars.
- Sur la section canadienne, actuellement, l’entretien de la route et ses améliorations sont assurés par 700 sapeurs de l’A.rmée canadienne tous volontaires.
- Cependant, sauf pour les marchandises pondéreuses et non périssables, les transports routiers seront bientôt détrônés par les transports aériens, car, disent les vieux Alaskans, nulle région au monde ne se prête mieux que leur immense territoire, vide d’hommes, à l’emploi de l’avion : terrain accidenté, éloignement des centres habités, longues journées pendant l’été polaire, aurores boréales la nuit en hiver, routes et voies ferrées souvent impraticables, terrains d’atterrissage nombreux et faciles, atterrissage par radioguidage si le temps est bouché, prévision du mauvais temps toujours assez tôt grâce aux avertissements météorologiques, etc....
- Depuis 1945, deux régions sont le siège d’une activité aérienne dont l’intensité augmente tous les jours; ce sont celles de Malanuska au Sud-Ouest et de Ketchikan, à la pointe Sud du « Panhandle ». Ce sont deux grands centres de colonisation, très prospères, le premier, créé il y a une vingtaine d’années, le second depuis 1 Dans ces deux régions, il existe non seulement des services aériens réguliers, mais aussi des piper-cabs, conduits par des bush-pilots. Ceux-ci sont tous d’anciens G. I. qui traitent le plus souvent à forfait, prennent et déposent n’importe où et n’importe qui, à n’importe quel jour et quelle heure, quelquefois au passage par un chemin détourné, et sur un signe qui leur est fait par un Indien ou un médecin appelé d’urgence. Ils emportent aussi et déposent le courrier, des petits colis, des médicaments, des épiceries, des vêtements, etc....
- Les piper-cubs sont presque exclusivement ces petits Mos-quitos conçus par l’Anglais de Havilland, tout en bois; ils proviennent des « surplus ». Si l’on prévoit un trop mauvais temps, le départ est différé; mais le voyageur pressé gagne encore du temps, car s’il part quelques heures plus tard, il fait en trois ou quatre heures le voyage qui lui eût pris trois ou quatre jours s’il avait choisi le train ou l’autocar, et encore à condition que le mauvais temps ne survienne pas en route. Il n’en coûte au voyageur que quelques dollars de plus.
- Après la guerre contre l’Espagne (1898) et la première guerre mondiale, le Gouvernement fédéral avait fait l’impossible pour attirer en Alaska, non seulement les touristes, mais aussi, comme colons, les « vétérans », c’est-à-dire les anciens combattants; mais chaque fois, il avait échoué. Cette fois, la réussite est complète : on estime que, depuis la capitulation du Japon, le nombre des Blancs a doublé en Alaska. Une vingtaine de vétérans qui avaient combattu dans les îles Aloutiennes s’y sont même installés; et, cependant, ces îles sont
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- Fig. 3. — La vérandah, en été, du premier grand « hôtel » de Whitehorse.
- Quoique très confortable, ce n’est encore qu’une grande « cabine à rondins ».
- {Photo Canadian National Film Board)
- plutôt inhospitalières (1). Mais l’aviation « a changé tout cela », sans compter la manière de vivre des vieux Alaskans. Sur ces différents points, on lira avec intérêt -un livre récent, plein de faits, de commentaires, de vie et d’humour (2) dans lequel l’auteur rend compte de ce qu’il a vu et entendu au cours d’une randonnée d’un an dans l’Alaska; c’est un tableau précis de l’état actuel de ce territoire appelé à devenir très prochainement le 49e État de l’Union.
- Nous ne citerons qu’un des petits faits nouveaux signalés dans
- 1. Voir, à ce sujet, La Nature, noa 3140 et 3141, du 15 juillet et du 1er août 1947.
- 2. Alaska, land of to morrow, par E. A.. IIbrron, 232 pages, 16 planches et une carte hors texte ; 1947. — Whitt-lesey Ilouse, Mc Graw-IIill Book G°, éditeur, New York et Londres.
- On peut consulter cet ouvrage au Centre de documentation américain, 20, rue Duphot, Paris (8e).
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- ce livre, car il est significatif. Au lieu de se rendre par mer en Californie pour y passer l’hiver, les riches industriels s’y rendent par avion. Leurs fils et leurs filles ne sont plus étudiants à Berkeley (San Francisco), mais bien dans les plus réputées des vieilles universités de la Nouvelle-Angleterre, et ils viennent passer leurs vacances de Noël et de Pâques, soit en Californie, soit en Alaska.
- Dès maintenant, le touriste, l’alpiniste, quiconque veut se livrer aux plaisirs de la chasse ou de la pêche peut aborder l’Alcan en plusieurs points par terre, par mer, par avion, à son gré. L’Alaska est. splendide; il regorge de curiosités et de beautés naturelles incomparables; on y jouit des plus beaux spectacles que l’homme puisse contempler. Pas d’importuns; seuls des compagnons de voyage choisis ou... quelque Indien ou Esquimau sympathique embauché comme guide.
- Aujourd’hui sur les routes on trouve des garages et des magasins où rien ne manque de ce que homme ou femme, si raffinés que soient leurs goûts, peut désirer.
- Pour ceux qui veulent faire du camping on a aménagé des points hauts d’où la vue est admirable. Aux premières auberges, qui étaient de grandes « cabines à rondins » comme disent les Canadiens, d’ailleurs spacieuses et très confortables, ont succédé des hôtels pourvus de tout le confort moderne. Whitehorse comptait déjà 5o ooo habitants en octobre 1945; on y trouvait hôpitaux, bibliothèques, terrains de sport, clubs, théâtres et cinémas.
- Fairbanks, la ville principale de l’Alaska, a vu sa population triplée; elle possède maintenant une université où le quart des étudiants viennent de New York et du Nouveau-Mexique, et une École supérieure des Mines. Le vieux Fairbanks a été doté, comme les nouveaux quartiers, du chauffage urbain par la vapeur.
- Ainsi, celle des routes stratégiques que les Alliés ont construites sur des milliers et des milliers de kilomètres dans toutes les parties du monde pendant la dernière guerre, celle dont l’avenir commercial paraissait le plus douteux, s’est révélée comme un « catalyseur » incomparable d’énergie et de colonisation.
- Eugène Lemaibe,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- La corrosion des
- La corrosion occasionne de gros dégâts aux canalisations souterraines, en particulier par l’action des courants électriques vagabonds, cause de corrosion électrolytique. On lutte contre ces phénomènes par une méthode do protection cathodique, utilisant une source extérieure de courant électrique continue, reliée d’une part à la canalisation à protéger, qui joue le rôle de cathode, et, d’autre part, à un corps métallique quelconque en contact avec le sol et qui joue le rôle d’anode. Il n’est pas toujours facile d'as-
- souterraines.
- surer l'efficacité de cette méthode de protection, car les courants vagabonds présentent d’un jour à l’autre des variations importantes de leurs caractéristiques électriques.
- On préconise actuellement un moyen de protection plus sur qui consiste à établir les joints des éléments de la canalisation en matières plastiques isolantes qui coupent ainsi les courants vagabonds susceptibles de suivre les canalisations à protéger.
- canalisations
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- LE LABORATOIRE AU SERVICE DE L'ARCHÉOLOGIE
- Dans les années qui ont immédiatement précédé la guerre, deux savants de Nancy, MM. Édouard Salin et Albert France-Lanord, tous deux ingénieurs et industriels, attirés par l’archéologie, ont imaginé des procédés curieux qu’ils ont perfectionnés pendant l’occupation et qui ont révolutionné dans une large mesure les études archéologiques.
- Ils ont soumis les objets recueillis dans les cimetières du Haut Moyen-Age de l’Est de la France qu’ils avaient fouillés, avec une rigueur minutieuse, à des traitements de laboratoires multiples et originaux, qui leur ont permis de remettre leurs trouvailles dans un état voisin du neuf, de les consolider et de leur éviter de nouvelles altérations. Ils les ont ensuite analysés avec des méthodes si neuves, si précises et si élégantes, qu’ils les ont obligés à livrer les secrets de leur structure, de leur fabrication, et môme les influences artistiques subies par les artisans mérovingiens. Ainsi, devant les deux chercheurs, se sont ouvertes de singulières perspectives sur les échanges des peuples anciens et sur leurs migrations, et l’on a pu dire que le laboratoire était devenu l’instrument principal de la recherche archéologique.
- Le mobilier funéraire trouvé dans les tombes barbares des cimetières de l’Est se compose essentiellement d’objets de fer, de bronze, souvent damasquinés; d’objets d’argent et d’or aussi; de poteries, de verres, de colliers de pierres plus ou moins rares, ou de pâtes de verre. Les objets de fer sont de beaucoup les plus abondants.
- Or, si le fer pur ou presque pur résiste, comme le prouve l’exemple des piliers de Delhi et de Dhar, vieux de deux millénaires, qui sont dus à des métallurgistes hindous dont l’habileté n’a jamais été égalée, les objets fabriqués avec ce métal
- subissent ordinairement une altération qui peut aller jusqu’à la disparition complète, ainsi qu’en témoigne cette épée du temps des Yikings, placée dans une terre marécageuse, dont on a retrouvé sur la côte du Jutland le moulage fait de sable calcaire et de coquillages plus ou moins agglomérés par des composés ferriques. Aussi, les objets de fer provenant de fouilles archéologiques, sont-ils à l’ordinaire profondément corrodés, boursouflés, empâtés, défigurés et difficiles à conserver, car le travail d’oxydation continue dans les vitrines où ils sont exposés.
- Pour leur restituer leur forme primitive, il faut les décaper aussi complètement que possible afin de faire disparaître les concrétions, les magmas d’oxydes, jusqu’à rendre appâtent le métal lui-même, s’il s’agit d’un objet bien conservé, ou jusqu’à une couche d’oxyde dur et compact, si l’oxydation a été plus forte.
- Ce décapage peut être fait par voie sèche ou par voie humide, ou par une combinaison des deux procédés. Dans le premier cas, on utilise une meule d’émeri ou de carborundum, dure et cohérente pour éviter l’usure, et à grain très fin pour limiter les rayures. On peut aussi procéder par jet de sable très fin, avec l’appareil à soufflerie dont se servent les graveurs sur verre; ou bien décaper au flexible de bijoutier, muni d’une meule d’émeri, de carborundum ou de corindon; ou encore utiliser l’appareil Elindus, de fabrication américaine, tournant à 20.000 tours-minute.
- Si l’on procède par voie humide, on emploie le couple et l’électrolyse qui se produit, quand on met en court-circuit, dans une solution de soude ou de potasse caustique, une lame de fer et une lame de zinc. Le dégagement d’hydrogène dis-
- Fig. 1. — Une boucle de ceinture du Musée Carnavalet.
- a) telle qu’elle fut trouvée ; b) radiographiée avant décapage.
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- Fig. 2. — La même boucle : c) après décapage et traitement.
- loque les couches poreuses d’oxydes et de composés divers attaqués par la soude ou par la potasse, qui disparaissent très vite. Des questions de dosage de la concentration du bain et de température se posent naturellement. L’avantage de ce procédé consiste dans l’élimination des composés chlorés susceptibles de provoquer des oxydations ultérieures, tout au moins en surface. Il est balancé par l’inconvénient de faire pénétrer dans le fer des quantités d’eau qui peuvent échapper, à un séchage même prolongé. Il se recommande pour les fers archéologiques légèrement et partiellement oxydés.
- Quant aux objets de bronze, trouvés dans les terres lorraines, ils sont tout recouverts de concrétions terreuses, et au-dessous d’elles, d’une couche relativement épaisse de carbonates de cuivre verts (malachite) et plus rarement bleus (azurite), dont il est indispensable d’empêcher qu’elle continue ses ravages. Ici, le cheminement de la corrosion est plus compliqué que pour le fer. Ses agents sont les chlorures et les carbonates qui se forment en présence de l’oxygène et de l’humidité. Il faut donc araser toutes les cloques et toutes les traces d’effritement qui renferment des germes de corrosions ultérieures, gratter les couches d’oxydes, laver longuement à l’eau chaude, pour éliminer les chlorures et atteindre la partie stable qui sert de couche isolante et assure la protection du métal.
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- Quelles qu’en soient les méthodes, ces opérations de décapage doivent être suivies d’une consolidation clés objets devenus plus fragiles qu’au sortir de la fouille. Il faut boucher les trous pour augmenter leur solidité et leur rendre leur forme. Pour les fers, on utilise le ciment de fonderie, qui se présente sous forme de poudre à base de limaille de fer que l’on délaye à froid, qui sèche en 24 heures et, prenant une teinte légèrement différente de celle du fer, permet de distinguer les réparations. On emploie aussi la paraffine, la gomme laque, et préférablement des solutions de résines naturelles, ou synthétiques comme le Plexiglass. Ces imprégnations ont lieu à la pression atmosphérique ou sous pression.
- Les mesures de conservation peuvent alors intervenir. Elles exigent que les métaux archéologiques soient soustraits à l’action des agents de l’oxydation : le chlore et l’humidité, et comporte l’emploi d’une couche isolante simple, dans certains cas, ou dans d’autres, l’immersion de l’objet dans un milieu neutre gazeux ou solide, de nature à assurer une conservation définitive. Lorsqu’il s’agit d’objets massifs ou de peu de valeur, la couche isolante peut être constituée par un corps gras, paraffine ou huile de lin. Ces deux procédés, connus depuis longtemps, ont l’inconvénient d’altérer un peu l’aspect des objets, et les vei’nis à base de résine synthétique offrent plus de garanties contre l’oxydation. Mais lorsqu’il s’agit d’un objet précieux, la solution la meilleure consiste à le plonger définitivement dans un milieu neutre : une caissette de verre ou de Plexiglass remplie d’azote. Il y a mieux. La vue d’insectes con-
- servés intacts depuis des dizaines de millénaires, dans l’ambre de la Baltique, a donné à MM. Éd. Salin et Al. France-Lanord, l’idée de noyer les objets provenant de leurs fouilles, dans un milieu solide analogue, le Plexiglass, qui est une résine synthétique, liquide à l’état de monomère, et solide une fois polymérisée. Ce procédé de conservation, mis au point de 1941 à 1943, qui convient aux objets décapés avec soin et préalablement imprégnés cl’un vernis insoluble, donne des résultats excellents. La transparence du milieu permet d’examiner les objets aussi aisément qu’à l’œil nu et de les photographier.
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- Mais c’est essentiellement dans les méthodes d’analyse des objets archéologiques que réside l’apport original de M. Salin.
- Ces analyses sont de trois sortes :
- Analyse pétrographique (étude des lames minces), pratiquée avant lui dans ce genre de recherches;
- Analyse optique à l’aide du spectrograplie;
- Et analyse microchimique, ces deux-ci surtout appliquées à l’étude des verres qui n’exigent qu’une quantité infinitésimale de matière.
- Pour l’analyse au sp.eclrographe, on pulvérise quelques milligrammes de la matière à étudier, qu’on met dans le creuset
- Fig. 3. — Quelques vitrines d’objets restaurés et étudiés par M. Édouard Salin.
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- Fig. 4. — Pointe d’épée damassée à chevrons, munie de tranchants rapportés. Sépulture alémanique de Villey-Saint-Étienne (Meurthe-et-Moselle). Premier quart du VP siècle.
- aux électrodes de graphite. Quand l’arc électrique se forme, les vapeurs se dégagent devant la fente du spectrographe. Le spectre est photographié.
- L’épreuve offre une série de raies caractéristiques des corps à analyser, qui sont comparées avec le spectre du fer pur.
- Les résultats sont très rigoureux pour l’analyse qualitative qui donne les différents composants, et seulement approximative pour l’analyse quantitative basée sur l’intensité plus ou moins grande des raies.
- L’analyse microchimique exige encore moins de matière. S’il s’agit de verre, on en dissout un fragment infime dans une goutte d’acide fluorhydrique. Cette goutte est soumise à des réactifs qui donnent des précipités cristallins, dont l’examen au microscope permet de déceler la composition. S’il s’agit de métaux, c’est l’eau régale ou l’acide azotique qui remplaceront l’acide fluorhydrique.
- Ces méthodes d’analyse, appliquées à des verres romains du ive siècle, de provenance messine, et à des verres trouvés dans des cimetières lorrains du temps des grandes invasions (vne siècle), ont donné des résultats surprenants. Elles ont démontré, en effet, que les verres romains étaient à base de calcium et de potassium, tandis que les verres barbares sont à base de soude. Or, les verres potassiques ont été faits avec la cendre des arbres et des végétaux du pays, tandis que les verres sodi-ques semblent avoir été préparés avec du nairon méditerranéen, soit qu’ils aient été importés d’Égypte ou de Syrie, par la voie du Danube, soit qu’ils aient été fabriqués par des ver-riens syriens installés en Europe centrale et sur le Rhin (à Cologne, par exemple où l’on sait par les textes qu’il en existait).
- La forme de ces vases, d’ailleurs, qui rappellent ceux d’Égvpte et du Lurislan, confirme ces probabilités d’origine.
- Les grains de .colliers ou de bracelets en pâtes tendres multicolores trouvés dans les cimetières lorrains, ont la meme composition que ceux du temps de Ramsès II, recueillis dans les tombeaux d’Égypte. Ils sont donc aussi, comme l’a remarqué le professeur Albert Grenier, des produits d’importation d’une industrie très ancienne, éminemment conservatrice, et qui a continué jusque dans le Haut Moyen Age des procédés inventés par le Haut Empire Égyptien, cinq ou six mille ans auparavant. D’où cette conclusion dont il est superflu de souligner l’importance : l’art romain était méditerranéen, l’art mérovingien intercontinental.
- Les analyses, dont nous venons de donner un aperçu, ont permis à M. Salin, de révéler aussi les techniques fort habiles des orfèvres auxquels sont dues les pièces précieuses retrouvées dans les tombes des cimetières barbares de l’Est : nielle, emploi de la dorure au mercure, de l’étamure, de la damasquinure et de la soudure des bijoux cloisonnés de fer, qui n’ont rien de commun avec les bijoux de métaux précieux ou de bronze des Romains. L’âme des pièces est en fer, mais la décoration est d’argent, ou d’un alliage de laiton, de zinc et de cuivre dénommé aurichalque.
- En tout dernier lieu, elles l’ont amené, après une étude des épées longues des Grandes Invasions, à établir la supériorité technique des forgerons barbares sur les Romains. Cas-siodore, dans un texte de 5a5, avait décrit avec minutie des épées longues envoyées au roi des Yarnes ou Varins, <c épées précieuses par le travail du feu, capables de fendre même les armures, aux tranchants effilés, paraissant fondus au feu de forge, leurs parties médianes creusées d’élégants canaux ».
- L’examen de ces armes, faite par un métallurgiste compétent comme lui, a prouvé la véracité de Cassiodore. Les épées longues, conçues pour frapper de taille, étaient en effet constituées d’une âme d’acier corroyé, c’est-à-dire de lamelles soudées à haute température, et de deux tranchants rapportés. Elles offrent un curieux aspect de chevrons, disposés en sens inverse sur l’une et l’autre face, qui possèdent les propriétés du contreplaqué. Avec leur âme robuste et souple d’acier doux et leurs tranchants d’acier dur, elles fendaient sans se briser tout ce qu’elles rencontraient et surclassaient l’armement offensif similaire des Romains. Une cause nouvelle, technique mais réelle de ceux-ci, était de la sorte démontrée.
- Dès lors, n’est-ce pas trop peu dire, que de parler du laboratoire au service de l’archéologie, puisqu’il s’agit de vastes perspectives historiques ?
- Robert Laulan.
- Fig. 5. Garniture de ceinture du VIP siècle, décapée et enrobée dans du Plexiglass.
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- L'EXPANSION CONTINUE DU SYSTÈME MÉTRIQUE1’
- Les unités électriques, ampère, ohm..., et les unités photométriques, bougie, lumen..., sont d’un usage universel ; pour l’électricité comme pour la lumière, le monde entier ne connaît plus d’autres unités et s’en félicite. Mais tous ceux qui les emploient, dans les cinq parties du monde, savent-ils bien que ce sont là des unités du Système Métrique, que le mètre ou le centimètre carré font partie intégrante des textes sur lesquels leurs définitions se trouvent strictement unifiées dans toute la Terre depuis le 1er janvier ?
- C’est que les mesures des grandeurs électriques et photométriques sont relativement récentes ; la création d’unités destinées à les exprimer date, pour les unités élfec-lriques, de la Conférence de Londres de 190S, et, pour les unités de lumière, des réunions du Bureau international de 1930. A ces époques, personne, et moins que tous autres peut-être, les savants anglo-saxons qui les ont créées : Maxwell, Faraday, lord Kelvin, pour 1908, et Burgess pour 1930, n’aurait eu l’idée de proposer des unités qui n’eussent pas été rattachées au SysLème Métrique (2).
- Malheureusement, il n’en va pas tout à fait de même pour les longueurs et pour les masses, grandeurs où la nécessité de mesures s’est imposée dès l’enfance de l’humanité. Voilà la raison pour laquelle il subsiste encore, dans les pays anglo-saxons, des unités autres que celles du Système Métrique. Ce n’est pas que celui-ci y soit prohibé ; tant au Royaume-Uni qu’aux U.S.A., les unités métriques sont d’un emploi légal au même litre que les unités anglo-saxonnes ; mais, contre des habitudes fortement ancrées, il ne suffit pas que des pratiques meilleures soient autorisées par la loi pour qu’elles puissent emporter la faveur unanime. Dans tous les pays, le passage des unités régionales anciennes aux unités métriques a exigé des Gouvernements une volonté et une ténacité qui ne se démentent pas : même en France, avec les Gouvernements forts, issus de la Révolution, le Système Métrique, décrété obligatoire dès 1793, n’a été pratiquement et communément appliqué qu’à partir de 1837, avec la loi définitive promulguée cette année-là.
- Aussi, pour parcourir les progrès enregistrés par le Système Métrique, n’allons-nous maintenant regarder que les dates de l’application exclusive exigée par la loi ou les règlements.
- Le xixe siècle est celui des grandes conquêtes du Système Métrique. Dès 1820, son emploi obligatoire était promulgué en Belgique, au Luxembourg et aux Pays-Bas. En 1848-1849, y venaient le Chili et Cuba. En 1834, c’était la Colombie ; en 18G0-1862, l’Espagne, les Philippines, Porto-Rico, l’Italie et le Brésil. En 1867, l’Association Géodésique de Berlin faisait ressortir l’intérêt des sciences en général à l’adoption du Système Métrique clans toute l’Europe. En 1870-1872, l’obligation était proclamée successivement au Pérou, au Portugal, en Bolivie, à l’Équateur et en Allemagne. Et c’était l’époque des études et des grandes réunions scientifiques préludant à la signature de la Convention du Mètre. De 1876 à 1878 : se rallient à l’obligation légale : l’Autriche, la Hongrie (la Tchécoslovaquie;, la Suisse, les Iles Maurice, Seychelles, etc. De 18S2 à 1884 : la Norvège, la Serbie (Yougoslavie), la Roumanie. En 1887 et 1889 : la République Argentine et la Suède. De 1891 à 1896 : la Bulgarie, la Finlande, l’Uruguay, le Mexique. 1912 : Costa-Rica, le Danemark, le Guatémala, le Honduras, l’Islande, le Nicaragua, le Salvador, le Venezuela, 1914 : Malle. 1919-1920 : la Pologne, la Lithuanie. 1923 à 1926 : la Grèce, le Siam, le Maroc, la Perse, l’U.R.S.S., la Lettonie. 1926 : l’Afghanistan. 1930-1931 : la Turquie et le Japon. 1939 : l’Égypte. 1942 et tout récemment : la République Dominicaine, le Paraguay (3)
- 1. D'après la Revue française de l’élite, n° 3, décembre 1947, p. 12.
- 2. De là résulte d’ailleurs qu’aucun ingénieur-radio ne penserait jamais exprimer ses longueurs d’onde en inch, ni en yard.
- 3. Pour ce qui concerne la Chine, qui ne figure pas dans cette énumération, une loi avait été publiée le 16 février 1929 par le « Gouvernement National », d'après laquelle : « ce Gouvernement avait adopté le Système
- Et maintenant, où toutes les nations du monde entier, à l’exception des pays anglo-saxons et dominions, ont adopté le Système Métrique obligatoire, son expansion, qui ne peut plus afficher de nouveaux noms de grands pays, est sans doute moins spectaculaire ; elle n’en continue pas moins, et se traduit, comme nous allons le voir, par une infiltration progressive dans tel ou tel domaine de l’activité des pays encore dissidents.
- Si la division binaire est peut-être un instinct de la petite pratique quotidienne (ce qui amène parfois à parler de huitième et même de seizième de kilogramme !), il n’est pas moins certain que la division décimale s’impose par sa commodité dès qu’il faut effectuer le moindre calcul. C’est ainsi qu’en Angleterre même, certaines grandes sociétés (Lyon’s en 1938) ont pris le parti d’abandonner shillings et pences et de présenter leurs comptes en fractions décimales de la livre sterling ; on voit aussi, dans beaucoup de devantures de Londres, des prix affichés en shillings bien au delà de 20 ; de même, tous les géomètres ignorent Finch et emploient les divisions décimales du foot.
- Dès 1933, l’athlétisme américain adoptait le Système Métrique pour l’évaluation de ses performances.
- Un projet de loi, proposé par le National Bureau of Standards de Washington en 1938, fixait, comme unités primaires de longueur et de masse, le Mètre et le Kilogramme, les unités américaines s’en déduisant par Finch à 23,4 mm et la « pound avoirdu-poids » à 0,433 392 427 7 kg. Mais aucune suite n’a pu encore être donnée à ce projet.
- Depuis longtemps, toutes les publications scientifiques américaines, presque sans exception, expriment leurs résultats en unités métriques : centimètres, microns, angstrôms.
- En 1941, l’U.S.A. Coast and Geodetic Survey annonçait qu’en raison de ses plus grandes commodités, il adoptait le Système Métrique pour ses « horizontal control surveys ».
- Entre 1943 et 1946, à la suite d’un article paru dans Science and Appliance, intitulé : « Une période favorable pour un changement », une controverse fort intéressante s’est poursuivie dans la revue américaine Civil Engineering. A la lecture des articles adverses qui tentent de justifier le maintien des unités britanniques, on est frappé de la faiblesse des arguments mis en avant, et qui, par leur multiplicité, masquent les deux grandes, et, il faut pourtant bien le reconnaître, fort respectables raisons de ce maintien : les habitudes dès longtemps acquises des populations et l’industrialisation extraordinairement développée des U.S.A., presque tout entière tributaire du système de mesures anglo-saxon.
- Lorsque, depuis des siècles, l’usage des mêmes unités s’est transmis de père en fils et de maître à élève, il est bien impossible d’opérer le changement d’un seul trait de plume ; les esprits les plus évolués ne peuvent faire table rase des unités dont ils sentent la grandeur, parce que jusque-là ils les ont toujours employées et qu’ils continuent à penser dans ces unités. Avant l’accoutumance populaire, c’est toute une génération qui doit passer. Et, quant aux machines produisant sur des cotes exprimées en inch, il ne suffit pas de dire que l’équivalent connu en millimètres permettrait sur-le-champ de donner la valeur métrique de leur production. Tôt ou tard, il faudra vraisemblablement les transformer >sur cotes rondes en millimètres. A cet égard, l’équivalent industriel exact de 1 inch = 25,4 mm, adopté à Washington comme à Londres en 1935, favorisera la transformation par l’emploi d’engrenages au rapport exact 127/125 dents, ou au rapport approché 64/63 ; c’est tout ce que l’on peut dire.
- « Métrique international comme système légal des Poids et Mesures de la « République Chinoise, et avait établi un autre système, dit usuel et tem-« poraire, qui s’appelait « Système secondaire ». Depuis cette époque, nous n’avons plus eu aucun renseignement précis.
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- Plus récemment, il semble que ce soit principalement en Angleterre que se manifeste un mouvement favorable.
- D’après l’Agence Reuter, en septembre 1945, la Conférence de l’Association britannique des Chambres de Commerce, a adopté, à une forte majorité, une motion réclamant l’adoption du Système Métrique et du Système décimal monétaire.
- La Royal Society Empire Scientiüc Conférence, tenue à Londres en 1946, a émis, au sujet des unités de mesure, les vœux fort importants :
- 1° Que les unités de longueur et de masse soient définies en fonction des unités métriques, savoir : le yard et l’inch à 0,914 4 et 0,025 4 m, et la « pound avoirdupoids » à 0,450 592 37 kg ;
- 2° Que le Système Métrique soit adopté dans tous les domaines de la science, cette adoption étant tout particulièrement souhaitable en aéronautique et en pharmaceutique ;
- 3° Que, dans tous les livres où les grandeurs scientifiques seraient exprimées en unités autres que le Système Métrique, les équivalents métriques soient indiqués ;
- 4° Que les Dominions et l’Inde adhèrent à la Convention du Mètre.
- Les géographes savent bien que, dans la dernière guerre, toutes les cartes établies à l’intention des armées alliées, à quelque rapport que ce fût, ont utilisé le Système Métrique avec une échelle graphique en mètres, quelquefois seulement doublée d’une échelle en yards, Sur les cartes aéronautiques, publiées soit par l’A.M.S. (Army Map Sendce) de Washington, soit surtout par le G.S.G.S. (Geographical Section General Staff) de Londres, on peut dire, sans entrer dans le détail, que les régions cotées en unités britanniques seules sont l’exception.
- Entre mars et août 1946, la grande revue londonienne Aeronau-tics, dans trois articles intitulés : « We go Metric », « Metric- Reactions » et « The Metric System », annonçait à ses lecteurs qu’elle adoptait définitivement le Système Métrique pour sa publication.
- De ces quelques faits caractéristiques, il semble ressortir que, indépendamment des sciences, où l’intérêt de son emploi ne se discute pas, le Système Métrique a tendance à gagner d’abord les domaines où la sécurité l’impose. En pharmacopée, avec l’interpénétration actuelle des nationalités, l’hétérogénéité des systèmes de poids constitue un danger (x) qui s’attache particulièrement aux séries non décimalisées. Et, qui ne voit aussitôt, en aéronautique, le danger de la présence, sur les avions, d’altimètres gradués dans des unités différentes de celles des cartes, ou seulement inhabituelles au pilote ? C’est la raison pour laquelle, cette année même, la question de l’uniformisation était inscrite au programme de l’O.A.C.I. (Organisation pour l’Aéronautique Civile Internationale) ; d’après la recommandation de l’I.A.T.A. (International Air Transport Association), la Commission n° 2 de l’O.A.C.I. vient de la résoudre en recommandant au Conseil le Mètre pour les hauteurs verticales et dimensions des aérodromes, le mille marin (longueur d’une minute d’arc terrestre, 1 852 m) pour les grandes distances, le Kilogramme et la Tonne métrique pour les poids.
- Les contacts internationaux n’ont jamais été aussi serrés qu’au-jourd’hui ; jamais la dualité des unités et des instruments de mesure à travers le monde n’a été aussi préoccupante. Les réunions internationales sont actuellement fort nombreuses. A chacune d’elles revient cette question de l’uniformisation des unités de mesure ; et régulièrement, les délégués des nations anglo-saxonnes, qui savent que leur opinion publique n’est pas encore mûre malgré l’intérêt commercial évident, s’efforcent d’écarter la discussion de fond.
- Que n’écoutent-ils les exhortations des pays qui se sont trouvés dans le même embarras et qui se félicitent d’en avoir triomphé, comme le délégué du Yenezuela l’exposait à une récente séance du Conseil économique et social de l’O.N.U., à la suite d’une proposition norvégienne, tendant à l’adoption universelle du Système Métrique.
- 1. Par exemple, confusion inquiétante du gramme et du grain = 64,8 mg.
- « Nous insistons une fois de plus, dit M. d’Ascoli à la séance u du 21 juillet 1947, sur les avantages évidents que présente l’adop « tion du Système Métrique, qui facilite non seulement l’économie <( mondiale, mais également l’économie nationale, et nous aime-« rions, à ce propos, citer l’exemple de notre pays. Le Yenezuela « a, en effet, changé un système traditionnel emprunté de l’Espa-« gne, pour le Système Métrique. Nous connaissons toutes les dif-tf ficultés que présente une adaptation semblable par notre propre « expérience, mais nous savons aussi que les avantages sont supé-« rieurs à ces difficultés, non seulement pour le commerce exté-« rieur, mais aussi pour le commerce intérieur.
- « Bien entendu, l’aspect intérieur du problème relève entière-« ment de la souveraineté de chaque pays. Néanmoins, nous aime-« rions leur citer notre exemple pour leur montrer les avantages « du changement.
- « Le Yenezuela avait décidé, dès 1870, de changer son système. « Mais, par respect pour les coutumes du pays et devant une cer « laine résistance qui se manifestait, ce changement était resté « lettre morte jusqu’en 1915, date à laquelle le passage du système « traditionnel au Système Métrique a été rendu obligatoire.
- « Depuis cette époque, nous n’avons eu qu’à nous féliciter d’avoir « adopté le Système Métrique ; car nous avons eu alors un sys-« tème plus logique, plus parfait, plus maniable, qui a apporté
- beaucoup de simplicité et de clarté dans notre commerce exté-« rieur aussi bien que dans nos relations intérieures.
- « Nous comprenons que les difficultés d’application soient plus « grandes dans des pays à économie plus développée, comme c’est « le cas du Royaume-Uni ou des États-Unis. Mais, là encore, nous « croyons que les avantages seront nettement supérieurs aux dif-« ficultés à surmonter ».
- Je ne saurais donner à cet article une meilleure conclusion.
- Albert Pérard,
- Membre de l’Institut de France, Directeur du Bureau international des Poids et Mesures.
- Le trafic des voies navigables.
- Le Bulletin de la Statistique générale de la France donne l’état do la navigation intérieure en 1945 et 1946 comparé à celui de 1938, dernière année d’avant-guerre.
- Les tonnages exprimés en milliers de tonnes des marchandises embarquées sur les voies navigables françaises ou entrées en France par voie d’eau douce ont été :
- 1938 1945 1946
- Nord, Pas-de-Calais, Somme.... 9.987 4.732 5.798
- Belgique à Paris 4.450 1.711 2.245
- Seine . 12.200 5.347 7..850
- Paris-Strasbourg et Est S. 627 1.019 3.710
- Rhin 4.203 12 1.616
- Centre 2.596 1.222 1.531
- Midi 2.323 933 1.500
- Ouest 628 215 673
- Totaux . 45.017 15.193 24.944
- Les destructions opérées durant l’occupation allemande et au moment de la libération avaient réduit le trafic des deux tiers. Celui-ci a repris à mesure que les réparations étaient effectuées, mais il est encore faible, un peu plus de la moitié du trafic de 1938. Et les premières données relatives à cette année ne montrent pas de progression : Le premier trimestre de 1947 n’a vu embarquer que 4.606 t, contre 4.989 pendant la période correspondante de 1946.
- Comme la navigation intérieure assure le transport des matières pondéreuses : houille, minerais, ciments, carburants, céréales, son activité est un bon indice de la production industrielle et exprime assez bien la situation économique actuelle.
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- Les récentes expéditions
- océanographiques Scandinaves
- Fig. 1. — Le « Brategg », bâtiment métallique norvégien.
- Dans tous les pays Scandinaves, s’organisent, depuis la lin de la guerre, de vastes expéditions qui s’élancent sur les océans, loin de la mère patrie.
- Au cours de l’année 1947, deux importantes expéditions océanographiques ont pris la mer : l’une, norvégienne, à destination de l’Océan Antarctique; l’autre, suédoise, qui vient d’atteindre le Pacifique.
- Si, en Suède, pays riche et prospère, les fonds, pour organiser le voyage, n’ont pas été difficiles à trouver, la Norvège excite notre admiration et pourrait nous servir d’exemple. Ayant été occupée la première et libérée la dernière, elle s’est mise au travail dès la libération et les océanographes ont trouvé rapidement les crédits nécessaires pour reprendre les recherches de laboratoire et armer des bâtiments destinés à des' expéditions océanographiques lointaines, continuant ainsi l’œuvre de science à laquelle ils avaient déjà apporté une si grande contribution.
- Avant la guerre, le laboratoire d’océanographie du Geofysisk Institut de Bergen disposait d’un petit bâtiment en bois : 1’ « Armauer Hansen » de 26 m de long et de 58 t de jauge totale, mû par un moteur auxiliaire de 60 ch. Ce voilier, don d’un riche mécène, a rendu à l’océanographie des services considérables. Sous la direction du professeur Helland-Hansen, il a prouvé qu’un très petit navire peut faire une grande œuvre en affrontant le grand large. De 1913 à 1939, il effectua de nombreuses croisières dans l’Antiantique Nord jusqu’au Groenland. Sa dernière expédition importante, en 1938-1939, fut
- consacrée à l’étude dynamique du Gulf Stream et du courant Nord-Atlantique ; tous les résultats de ces recherches n’ont pas encore été publiés, mais on sait déjà qu’ils apportent une immense contribution à la connaissance de la dynamique de l’Atlantique septentrional.
- Malgré sa petite taille, 1’ « Armauer Hansen » permet d’embarquer 5 à 6 océanographes qui peuvent travailler dans un petit laboratoire de 3 sur 4 m. Le bâtiment est pourvu d’un Lreuil permettant des sondages jusqu’à 5 000 m de profondeur, il possède un sondeur à ultra-sons de marque anglaise.
- Afin d’aborder les longues croisières dans les mers australes, le professeur H. Mosby, Directeur du Geofysik Institut, a fait armer un bâtiment plus important pour effectuer une nouvelle expédition dans l’Antarctique. Ainsi, les Norvégiens, spécialistes des questions polaires et pionniers de l’Antarctique, renouant leur ancienne tradition, vont faire flotter leur drapeau dans les mers qui gardent encore le souvenir du « Maud », du « Gjôa » et du « Norvegia ».
- Le bâtiment métallique « Brategg » a quitté le port baleinier de Sandefjord le 21 octobre 1947 et, aux dernières nouvelles, au début du mois de décembre, il avait atteint Punta Arenas, ville chilienne sur le détroit de Magellan. L’expédition compte passer quatre mois dans le Sud du Pacifique et effectuer un parcours en zig-zag pour faire le maximum de mesures océanographiques en coupant le plus souvent possible l’emplacement présumé de la convergence antarctique dans cette portion de l’Océan Antarctique telle qu’elle a été fixée à la suite des récen-
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- tes recherches des bâtiments du « Discovery Committee ».
- On a cru pendant longtemps que les eaux de l’Océan Antarctique que n’entrave aucune barrière continentale, avaient une répartition des masses d’eau et. une. circulation simples, qui fourniraient le type de circulation océanique; pourtant, après de. nombreuses recherches, principalement celles du « Disco-
- convergence
- sub-tropicale
- eau superfic
- eau supe
- profonde
- fond
- Fig. 2. — Schéma des courants et masses d’eau de VAntarctique,
- d’après Syerdrup, Johnson et Fleming.
- very Committee » et des bâtiments norvégiens, on dut se rendre à l’évidence que, dans l'Antarctique, la complexité des phénomènes est très grande, peut-être même plus grande que dans les autres océans mieux connus.
- Si on s’éloigne du continent antarctique, on constate que la température de surface augmente progressivement et lentement jusqu’à une certaine limite où l’on note une brusque variation de quelques degrés sur une faible distance : c’est ce qu’on appelle la convergence antarctique; lorsqu’on continue à monter vers le Nord, les températures augmentent à nouveau progressivement jusqu’à une nouvelle région où on constate une brusque variation; c’est la convergence subtropicale (fig. 2).
- Le tracé de ces deux convergences est in- Fig. 3- —
- fluencé par le modelé du littoral antarctique et par la topographie sous-marine. Ces convergences ne suivent pas le tracé des parallèles car des accidents tels que les mers de Weddell et de Ross ont une grosse influence perturbatrice. Elles ont été déterminées par points à la suite des recherches des bâtiments océanographiques et la théorie en a été faite par N. A. Mackintosh, après la croisière du « Discovery » en 1937.
- En profondeur, dans la zone antarctique comprise entre le continent et la convergence antarctique, on distingue quatre masses océaniques : a) les eaux superficielles de basse température et de faible salinité où se fait sentir l’influence de la fonte des glaces; b) les eaux de transition ou eaux circumpolaires, dont la température atteint jusqu’à 20 et la salinité jusqu’à 34,5 pour 1 000; c) les eaux profondes dont la température varie entre o° et 20 ; d) les eaux du fond dont la température est au-dessous de o°.
- Dans la zone sub-antarctique, comprise entre les deux convergences, on rencontre, de la surface au fond, quatre masses d’eaux :
- a) des eaux superficielles d’origine tropicale à forte salinité dont la température varie entre 8° et n°; b) des eaux intermédiaires, d’origine polaire, à basse température (20 à 4°) et de salinité plus faible (33,80 pour 1 000); c) des eaux profondes que certains auteurs divisent en deux catégories : eaux profondes supérieures et eaux profondes inférieures, ces dernières ayant les mêmes caractéristiques que les eaux antarctiques circumpolaires ; d) des eaux du fond semblables à celles de la zone antarctique.
- Toutes ces masses d’eau ont, les unes par rapport aux autres, des effets divers et souvent compliqués qui provoquent des courants.
- 11 existe une circulation générale autour du continent d’Ouest à l’Est; ces courants sont déflectés par les accidents de la configuration du littoral continental et influencés par la topographie sous-marine. A cette circulation, s’en superpose une autre, transversale, qui est la moins bien connue et qui se trouve être en rapport avec la position des convergences.
- Le long du littoral du continent antarctique, les eaux superficielles descendent jusqu’au fond pour former les eaux du fond, mais la plus grande partie des eaux superficielles, dont les caractéristiques de température et de salinité varient d’une saison à l’autre avec la fonte des glaces, remontent vers le nord sous l’effet des vents dominants. Pour contrebalancer celte circulation superficielle, les eaux profondes se dirigent vers le Sud et, non loin du continent, remontent vers la surface sans toutefois, semble-t-il, pouvoir l’atteindre; une partie de ces eaux de remontée redescendent contre le continent pour contribuer à la formation des eaux du fond. À l’endroit de la convergence antarctique, les eaux superficielles froides et de faible salinité (2°2 et 33,80 pour 1 000) s’enfoncent en profondeur suivant un trajet oblique, resserrées entre les couches superficielles d’origine tropicale et les eaux profondes qui viennent du Nord. Elles forment ainsi les eaux intermédiaires antarctiques qui remontent vers le Nord en forme de langue froide comprise entre deux couches d’eau plus chaude. Quand les eaux intermédiaires atteignent les régions tropicales, elles se réchauffent progressivement et tendent à disparaître.
- C’est pour déterminer avec plus de précision la position de
- Le « Dana III », bâtiment danois, à KongenhaVen (îles Féroé).
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- la convergence antarctique, pour confirmer l’existence de cette langue d’eau froide que l’expédition norvégienne va croiser dans les parages présumés où on pourra l’observer.
- plus perfectionnés et les plus récents dont quelques-uns ont été mis au point au cours de la dernière guerre, tel un nouveau mesureur de courant simple et robuste dérivé de celui d’Ekman.
- Les océanographes de l’expédition, physiciens et biologistes, se proposent de faire, à chaque station, toute la série habituelle d’opérations : prises de température à diverses profondeurs à l’aide de thermomètres à renversement, prises d’échantillons d’eau à l’aide des bouteilles Nansen, mesures de la transparence, récolte du plankton. Le bâtiment est pourvu des appareils les
- Si les conditions météorologiques le permettent, les membres de l’expédition tenteront d’aborder à l’île Pierre-Ier, possession norvégienne, où, jusqu’ici, personne n’avait atterri.
- La Suède, qui dispose de moyens importants, a organisé l’an dernier, une grande expédition qui quitta Goteborg le 4 juillet 1947. Sous l’énergique impulsion du professeur H. Petters-
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- son, le bâtiment « Albatross » de i 4oo t put être armé. C’est un voilier quatre mâts de 71,7 m de long et de n,4 m de large, pourvu d’un puissant moteur auxiliaire (fig. 4). Les aménagements intérieurs sont très luxueux. Il possède 16 cabines pour le personnel scientifique, six laboratoires, une chambre noire pour la photographie, deux salles pour entreposer les échantillons, deux grandes cales et une chambre frigorifique.
- Un grand treuil est disposé à l’arrière, permettant la manœuvre aisée du grand carottier sous-marin, mis au point, par le docteur B. Kullenberg, au laboratoire de Gôteborg.
- Le professeur H. Pettersson, qui est le chef de l’expédition, se propose de faire le tour du monde en suivant sensiblement l’Équateur. A l’aide du carottier sous-marin, il doit principalement faire des sondages et sortir du fond des Océans des carottes de plus de i5 m. de long.
- Nous venons d’avoir les premières nouvelles de l’expédition de 1’ « Albatross » par une courte note parue dans le n° 4.069 de Nature.
- Il traversa l’Atlantique et la mer des Caraïbes entre Madère et le canal de Panama. Le bâtiment est équipé d’un sondeur à ultra-sons de marque anglaise qui permet des sondages jusqu’à une profondeur maximum de 7 5oo m. L’expédition eut la surprise, sur le fond de l’Océan Atlantique, de ne rencontrer que rarement de grandes surfaces planes, les pentes furent souvent si abruptes que le sondeur n’arrivait pas à les suivre, ce qui tend à indiquer qu’il existe des parois quasi verticales, véritables failles sous-marines; dans d’autres régions, le fond était mollement ondulé, couvert de collines ou de « hum-mocks ».
- En traversant la chaîne médiane atlantique, l’expédition releva d’importantes erreurs figurées sur les cartes hydrographiques de l’Amirauté anglaise. Ainsi cette carte indique une profondeur de 1 720 m par de latitude N. et 45°io/ de lon-
- gitude W. là où en réalité elle est de 1 44o m. Il semble que toute la question de la topographie du fond de l’Océan Atlantique doive être reprise.
- L’expédition fit également des mesures de l’épaisseur des sédiments en faisant exploser des charges de dynamite à 5oo, 2 5oo et 4 5oo m sous la surface de l’Océan. Les échos sur le fond et sur le sol sous-jacent furent enregistrés par des microphones suspendus à l’extérieur du bâtiment.
- Le Docteur B. Kullenberg prit des carottes de 10 à i5 m de long par des profondeurs de 4 000 à 5 600 m. Si l’on considère que, dans l’Atlantique, l’épaisseur des sédiments sous-marins s’accroît en moyenne de 8 mm par siècle, une carotte de i5 m représente la sédimentation de deux millions d’années, c’est-à-dire depuis la fin de l’ère tertiaire.
- L’appareil a été expérimenté en Méditerranée, au cours de l’été 1946, à bord du « Skagerak ». Le modèle initial a été modifié. A l’origine, il devait utiliser, pour faire pénétrer le sédiment à l’intérieur du tube, la différence de pression entre la pression atmosphérique et celle régnant au fond de la mer, mais le sédiment pénétrait trop rapidement et perdait sa stratification, aussi le dernier modèle n'utilise que la différence de pression entre le haut et le bas du carottier qui a près de 20 m de long (1).
- En moyenne, l’expédition compte faire un sondage par jour et comme le travail doit durer un an environ, c’est plus de 000 carottes qui devront être examinées et analysées. Le Professeur II. Pettersson pense regagner la Suède dans le courant de l’automne ig48 et se consacrer alors à l’étude de la radioactivité des sédiments en vue de déterminer leur âge, car on sait à l’heure actuelle qu’une masse de radium met un nombre d’années bien défini pour disparaître par radioactivité. L’expédition effectue également des mesures de température
- 1. iVoir La Nature du 1er avril 1947.
- et des prises d’échantillons d’eau à diverses profondeurs. Ges derniers serviront à mesurer leurs teneurs en radium et en uranium, ce qui permettra d’établir une relation avec la radioactivité de la partie supérieure des sédiments sous-marins.
- Pour ses recherches océanographiques, l’Hydrografisk Labora-torium danois utilise le « Dana III » (fig. 3) qui est un bâtiment métallique construit en 1938, mû par un moteur Diesel de 700 ch. Il remplace le « Dana II » coulé, avant guerre, au cours d’une collision en mer. Le « Dana III » est un navire de 55 m de long, déplaçant 5oo t, avec un tirant d’eau de 4 m. Il possède 6 cabines à une couchette où, avec une couchette supplémentaire, on peut loger deux personnes. Les locaux à usage scientifique consistent en deux grands laboratoires (physique et biologie), une chambre des microscopes et un cabinet photographique. A bâbord, se trouvent deux treuils électriques de fabrication danoise tandis que le troisième, et le plus important, situé sous la passerelle, permet de descendre les instruments à 10 000 m de profondeur. Le bâtiment est également pourvu d’un sondeur à ultra-sons allemand et d’un thermographe donnant la température de l’eau superficielle pendant la marche. Pour sa croisière de l’été 1948, il sera pourvu d’un radar et d’un asdic. Il doit aller dans les eaux d’Islande et des îles Féroë.
- Si, du point de vue de la science, le départ de ces expéditions et l’activité des laboratoires Scandinaves permettent de nous réjouir en espérant de nouvelles découvertes dans le domaine océanographique, elles nous font amèrement regretter que la France, pays maritime par excellence, ne dispose pas de semblables moyens de travail : un bâtiment bien outillé capable de faire de longues croisières et un état-major scientifique entraîné pour les préparer et les exécuter.
- V. Romanovsky.
- La clitocybine.
- Il y a trois ans, le professeur Hollande, de l’Université de Montpellier, annonçait avoir trouvé dans un champignon Clito-cybe gigantea, var. candida, un puissant principe antibiotique agissant sur diverses espèces de bactéries et notamment sur des cultures de bacille de la tuberculose. C’en fut assez pour que tout le monde s’y intéresse et La Nature publia dans son n° 3101 du la décembre 1943 les résultats alors annoncés. Depuis, des recherches ont été poursuivies de divers côtés sur ce nouveau produit qu’est la clitocybine. MM. Rivière, Thély et Gautron viennent de présenter à l’Académie des Sciences les résultats de leurs travaux.
- Le mycélium du champignon et le carpophore contiennent peu du principe actif qui est localisé dans les cellules et diffuse mal dans le milieu de culture ; il est extrêmement fragile dans l’eau. On le trouve en abondance dans la fraction globulinique et dans la fraction hétérosidique soluble dans l’éther des extraits du champignon. La clitocybine ainsi préparée à l’état concentré empêche, à des dilutions de 1/300 000 à 1/800 000 le développement in vitro de tous les germes que l’on a essayés : aérobies et anaérobies, Gram positifs et négatifs, acido-résistants ; elle agit aussi sur divers infusoires et sur le virus aphteux, mais moins fort sur divers champignons inférieurs.
- En injections sous-cutanées, chez le cobaye, le rat, la souris, elle a bien aussi une activité bactériostatique qui dure de 4 à 6 heures, mais les injections répétées 2 ou 3 fois par jour provoquent la mort des animaux avec convulsions et hématurie ; la toxicité va de\ pair avec l’effet bactériostatique, quels que soient les traitements et les purifications qu’on ait fait subir au produit. Si bien que les espoirs donnés par les premières expériences in vitro ont été détruits par les essais in vivo.
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- La physiologie
- IT, y a longtemps que philosophes et physiologistes discutent de la vie et de la mort, les opposant, les faisant naître l’une de l’autre, les associant à une existence antérieure ou future, etc. Des biologistes ont soutenu que dans l’être le germen est immortel parce qu’il se perpétue en se reproduisant, tandis que le soma est transitoire et ne peut transmettre l’hérédité.
- D’autres ont distingué des êtres vivants multicellulaires destinés à mourir après avoir procréé et des protozoaires immortels du fait qu’ils passent tout entiers dans leur descendance.
- Ce sont là de beaux sujets de méditation, mais que les faits n’appuient pas sans réserves. Il y a les plantes qu’on bouture, qu’on marcotte, les animaux qui bourgeonnent, sans intervention d’éléments sexuels. Et si l’on cite volontiers cette cellule de paramécie dont on suivit pendant cinq ans les divisions successives qui auraient pu — si elles avaient toutes survécu — faire un volume 10 000 fois plus grand que la Terre, on néglige de considérer ce que sont devenues la plupart de ces cellules et il est difficile de croire que cette multiplication ait pu se poursuivre ad infinitum.
- Car le fait brutal, que ne contredit aucune observation, c’est que toute matière vivante doit fatalement mourir, tôt ou tard, et les protozoaires n’y échappent pas puisqu’ils perdent leur individualité en se divisant en leurs descendants.
- Chaque être a une longévité particulière, très brève ou très longue selon les groupes et les espèces : une heure, un jour, un an, un siècle. C’est ce que Ray Lankester appelait la longévité spécifique. On peut la définir la probabilité de durée de vie d’un être normal à sa naissance. Elle varie selon les races, les ancêtres et aussi avec le milieu, le mode de vie, les accidents. Elle diffère beaucoup d’un individu à un autre, mais on peut en avoir une idée précise par les méthodes statistiques et la définir par une moyenne pour chaque espèce, à un moment et dans un milieu donnés.
- Lankester en distinguait la longévité potentielle, plus grande, qui est la probabilité de vie dans un milieu idéal, particulièrement favorable à la vie. On en approche peu à peu pour l’espèce humaine, avec les progrès de la médecine, de la chirurgie, de l’hygiène, et aussi ceux du ravitaillement, du confort, etc. Ou toat au moins on recule de plus en plus la probabilité de l’âge de la mort pour chaque individu, sans bien savoir les conséquences d’une telle recherche, d’un tel effort pour l’avenir de l’espèce et de la race. Car on pourrait discuter à perte de vue sur les avantages et les inconvénients d’une sélection plus sévère opérée par le climat, l’effort physique, les maladies, etc.
- Bien avant de mourir de vieillesse, l’organisme cesse de croître, puis de se reproduire et il s’affaiblit peu à peu, jusqu’à ce qu’un accident, une maladie, l’atteignant aux points les plus usés, les plus sensibles, détruise la coordination vitale et provoque la mort. Cette dernière période de déchéance, de sénescence est pénible; elle entraîne un ralentissement progressif de l’activité, de l’utilité, et même, pour finir, de la sensibilité, de l’intelligence. Elle est pour la communauté un souci et une charge.
- On s'était peu occupé jusqu’ici de cette décrépitude croissante, si ce n’est pour la secourir. On avait rêvé d’élixir de Jouvence, avec ou sans Méphistophélès, mais sans plus. Et ce n’est que depuis peu qu’on a songé à observer l’homme sénescent, à analyser ses fonctions, à savoir en quoi il diffère de l’adulte. On en est aujourd’hui à songer à prolonger la durée de la AÛe active, à retarder sinon la mort, du moins l’usure, à choisir les conditions de milieu, le mode de vie, le régime, les soins, qui feront quelque peu reculer les misères de la vieillesse. De toutes parts des travaux se poursuivent, des réunions scientifiques se préparent pour préciser la physiologie de l’homme âgé. Cette fois, ce ne sont plus des discussions philosophiques qui vont s’engager, ce sont des faits qu’on va connaître, sans conséquences pour le devenir de l’espèce, ce qui simplifie les problèmes, mais fort utiles pour l’individu comme pour la société.
- Justement, M. C. P. Stewart, lecteur à l’Université d’Edinbourg,
- de la vieillesse
- vient d’aborder dans le British Medical Journal l’aspect biochimique de la question.
- Le changement le mieux connu, parce que le plus souvent mesuré, est celui du métabolisme basal. On appelle de ce nom la dépense minimum de l’organisme, quand il reste au repos, à une température optima. De très nombreusés déterminations, il ressort que ce métabolisme reste sensiblement constant depuis la fin de la croissance jusque vers la fin de la quarantième année, puis qu’il diminue d’environ une calorie par mètre carré et par heure à chaque nouvelle dizaine d’années. On peut évidemment se demander si cette diminution est seulement un effet de l’âge ou si des hommes de plus en plus vieux ne présentent pas des phénomènes pathologiques plus fréquents, bien qu’indiscernables par les examens cliniques les plus poussés. Certains hommes ne présentent aucune variation entre 40 et 60 ans ; il en est même qui engraissent et se portent mieux en vieillissant ; mais la plupart ont un métabolisme basal plus faible à 60 ans qu’à 40, bien que se maintenant en santé. Le métabolisme basal pourrait être une expression de la vitalité, diminuant sensiblement vers la fin de la vie.
- On pourrait en rapprocher la diminution de l’acidité gastrique, allant jusqu’à l’achlorhydric, due sans doute à la réduction des activités cellulaires, qu’on observe seulement chez 4 pour 100 des adultes jeunes et 30 pour 100 des personnes de plus de 60 ans.
- De même, l’assimilation du glucose se trouve changée. Une ingestion de 50 g de glucose est suivie d’une augmentation de la ten?ur en sucre du sang, brève et intense chez les jeunes, plus élevée et plus lente chez les A'ieux, comme si l’absorption, puis la transformation en glycogène était moins active chez ces derniers.
- En outre, le plasma du sang devient moins riche en protéines et la vitesse de sédimentation des globules est accrue.
- D’autres faits semblent plus pathologiques, par exemple, l’euri-cliissement du plasma en azote non protidique et en urée dont l’élimination diminue, indiquant un ralentissement de la fonction rénale.
- Si les besoins de nourriture spéciale pour la croissance commencent à être bien connus, il n’en est pas de même pour la vieillesse. Notamment, la question des vitamines a été à peine abordée.
- Chez le rat, on a reconnu qu’une alimentation bien équilibrée mais insuffisante pour assurer une croissance rapide provoque une plus grande longévité et recule les effets de la vieillesse. En est-il de même pour l’homme ? Un excès de sucre et de graisses est-il une cause de diabète ? L’artériosclérose provient-elle d’une trop grande abondance de cholestérol due aux matières grasses ? Les recherches manquent encore pour fixer au mieux le régime des adultes et des vieux.
- En plus des effets de la nourriture et de l’excrétion, il faudra aussi explorer les systèmes d’enzymes qui règlent les échanges.
- Déjà, on a constaté que la sénescence s’accompagne de changements lents de la structure et de la perméabilité des cellules. Les globules rouges qui ont encore leur teneur en hémoglobine et leur capacité de transporteurs d’oxygène normales, sont plus sensibles aux solutions salines hypotoniques, comme s’ils avaient eux-mêmes vieilli, ne se renouvelant plus au même rythme qu’aupara-vant. Les polynucléaires multilobés augmentent de nombre. Dans les feuilles de certaines plantes vieillissantes, l’excitation électrique provoque la concentration du calcium à la surface des cellules et il en est probablement de même chez les animaux, ce qui altérerait la perméabilité et favoriserait l’accumulation des métabolites toxiques.
- Comme on le voit, les problèmes biochimiques ne manquent pas qui ont besoin d’être poursuivis dans différents domaines. Comme le dit M. Stewart, le but n’est pas d’ajouter des années à la durée de vie, mais de la vie aux années d’âge. Une physiologie spéciale de la A’ieillesse est en train de naître dont on attend avec impatience les progrès.
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- LES USINES AUTOMATIQUES"’
- Les hommes ont toujours cherché à réduire leur travail musculaire et à s'en décharger sur des dispositifs mécaniques.
- Il y a quelque dix-huit cents ans, Héron d’Alexandrie, mathématicien et mécanicien s’y intéressait déjà. On lui attribue l’colipyle et la Fontaine de Héron. L’un de ses quatre traités de mécanique est consacré aux automates.
- Au Moyen-Age, on trouve les horloges avec leurs défilés de bonshommes et leurs jacquemarts sonneurs.
- Plus tard, on rencontre les automates célèbres du xvme siècle. En 1738, Jacques de Yaucanson présente à l’Académie des Sciences son « Joueur de flûte », bientôt suivi de beaucoup d’autres. Très peu de temps après, l’automatisme passe de la simple curiosité à. l’industrie par l’imrention du métier de
- Jacquard et par les dispositifs imaginés par Watt dans sa machine à vapeur.
- L’invention de la machine à vapeur est le point de départ du machinisme universel et de la révolution industrielle qui en est la conséquence. Il semble qu’elle soit près de son aboutissement par la réalisation de l’automatisme total.
- Le développement des techniques mécaniques actionnées par des énergies extra-humaines a enlevé des épaules des hommes le fardeau du travail musculaire.
- Un rapport américain récent (2) indique que ce travail ne représente plus guère que 3 pour 100 de l’énergie totale consommée aux Etats-Unis, et que ce pourcentage tombera à 2 pour 100 vers 1960.
- Les machines ont pris l’effort énergétique à leur charge, il n’y a plus qu’à les surveiller. Et voici que de nouvelles techniques sont en train de supprimer les surveillants.
- En face de chacun des gestes que fait l’homme pour la production, il existe un dispositif qui le fait mieux, plus vite, sans arrêt et sans fatigue. L’œil électrique, la cellule photoélectrique et scs accessoires ont autrement de possibilités que la vue humaine. Ils la dépassent en tous sens. Par delà la lumière visible, ils perçoivent l’ultra-violet et l’infra-rouge. Des cellules à infra-rouge sont sensibles à un millionnième de degré. Elles peuvent détecter la chaleur d’un corps humain à /ioo mètres. Les radars se jouent de la brume et de l’obscurité, les rayons X des corps les plus opaques. Notre oreille est incapable de percevoir les ultra-sons qu’émettent et reçoivent les dispositifs électroniques utilisés pour la détection des submersibles, des épaves, des icebergs et pour les sondages sous-marins. Les analyseurs de mélanges gazeux permettent la détermination précise et instantanée de gaz indiscernables à l’odorat humain. Une infinie variété de pyromèlres, de thermomètres permet la détermination et le contrôle des températures, du zéro absolu nu plus haut degré de chaleur. Cela, aucun des sens humains ne peut le faire, pas plus qu’ils ne peuvent atteindre le degré
- 1. Voir La Nature, n° 3141, 1er août 1947 : Usines modernes sans hommes ni toits,, par L. Perruche.
- 2. J. II. Dewhurst and associâtes. Americ'a’s Needs and Resources. New-York. The Twentieth Fund, 1947.
- de précision, dans les mesures, des micromètres électroniques.
- L’efficacité de l’outil manié à main d’homme ne dépasse pas son dixième de cheval de puissance; l’outil mécanique articulé peut utiliser toutes les puissances et exécuter des mouvements interdits à l’homme. La puissance des électroporteurs est sans commune mesure avec la force musculaire de l’homme. Dans le domaine du travail mental, les machines comptables à cartes perforées ont des possibilités illimitées.
- Les stupéfiantes machines à calculer électroniques effectuent à toute allure les plus longues opérations arithmétiques. Elles ont été portées à un tel degré d’intelligence mécanique qu’elles peuvent résoudre les problèmes complexes de l’analyse mathématique, du calcul différentiel et intégral.
- Tous ces erzatz. d’hommes sont précis et infatigables.
- Les plus anciens sont les engins mécaniques qui utilisent les mouvements cinématiques des organes réalisés dans la construction mécanique : bielles, engrenages, crémaillères, cames, pinces, ressorts, cliquets, déclics, excentriques, contrepoids, secteurs dentés, servomoteurs, etc.... Ils sont connus depuis des années. Ils trouvent actuellement un développement remarquable dans la construction des machines-outils, des convoyeurs automatiques, des appareils de conditionnement, etc.... Us n’ont à l’époque actuelle aucun caractère d’originalité.
- Il en est de même des télécommandes électriques qui ont trouvé depuis des années des applications innombrables : ascenseurs, appareils de levage, stations de pompage, signaux de circulation, aiguillages de voies ferrées, électro-aimants, embrayages électro-magnétiques, vannes automatiques, etc. etc... pour ne citer que les plus banales.
- Les transmissions par fluide : air comprimé, eau ou huile ne sont pas nouvelles.
- Tous ces éléments constituent les éléments séparés nécessaires à la réalisation des usines automatiques.
- Une nouvelle technique permet maintenant de les associer en un tout harmonieux qui esL déjà parvenu à des réalisations qui touchent à la perfection : l’électronique.
- C’est l’électronique qui permet la coordination et l’asservissement total de ces méthodes disparates de travail mécanique.
- Ses outils essentiels sont minuscules : tubes et lampes électroniques, cellules photo-électriques, quartz piézo-éîec.lriques. oscillographes cathodiques, etc....
- Avec ces armes dérisoires, l’électronique est en passe de transformer la vie moderne.
- Les pliotrons engendrent la chaleur pour le traitement thermique des aciers, le préchauffage des plastiques, le collage des contre-plaqués, la cuisson des aliments suivie de leur distribution automatique.
- Les klystrons des radars délectent les avions, les épaves, les navires, les montagnes, la lune même. Ils reçoivent et transmettent les signaux.
- L’oscillographe cathodique domine la télévision et toutes les mesures électroniques.
- Les cellules photo-électriques comptent, signalent, ouvrent les portes, transmettent les messages, les copient et parlent au cinéma.
- Les thyratrons obéissent à leurs ordres, commandent automatiquement les moteurs, les fours électriques, etc....
- Les cerveaux des robots modernes sont réalisés par l’association de tous ces éléments. Leur domaine est illimité, ils trouvent des applications dans toutes les industries sans exception. Leurs possibilités sont insoupçonnées, qu’il s’agisse de mesures, de contrôles, de fabrications ou même de recherches.
- Cette notion de puissance illimitée commence à entrer dans
- Fig. 1.— Ruban perforé circulant en marche continue.
- 11 commande les opérations par éclairage et extinction alternées et réglées en fonction du temps d’une cellule photoélectrique.
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- Fig. 2. — Train de laminoir à chaud avec réglage automatique des vitesses des cylindres en fonction de l’épaisseur des tôles débitées.
- la pensée générale. Un article sur les « usines sans ouvriers » paru il y a quelques mois dans la grande revue américaine Fortune, sous la signature de deux jeunes physiciens canadiens, Eric Leavcr et J. J. Brown, a fait sensation. Il a été reproduit un peu par tord dans le monde.
- La base des commandes et contrôles automatiques est l’appareil de mesure. Celui-ci résume généralement ses observations par le déplacement d’une aiguille sur un cadran gradué.
- La position spatiale de celte aiguille est déterminée par une fonction / de x, la quantité à mesurer.
- Celle quantité peut être une vitesse de débit, liquide, gazeux ou numérique. L’intégration automatique en fonction du temps donne la quantité totale.
- A une limite déterminée de la valeur de ces fonctions ou de leurs intégrales, une opération quelconque de réglage ou de commande peut être déclenchée automatiquement.
- Tous les appareils de mesure, de contrôle et de commande sont réunis en une pièce centrale, un poste général surveillé par un ou plusieurs opérateurs.
- Une application nouvelle d’une méthode déjà ancienne permet des commandes automatiques d’ensemble et d'une grande simplicité : les rubans perforés, tels qu’ils sont utilisés depuis des années dans les pianos mécaniques et certains métiers textiles. Maintenant ils utilisent une méthode de commande électronique. Ils circulent entre une source lumineuse et une cellule photo-électrique. Les alternatives calculées d’éclairement et d’obscurité déclenchent avec une complète régularité la marche ou l’arrêt d’une série d’opérations qui peuvent être extrêmement complexes.
- Ce problème de commande automatique n’a pu être réellement résolu que lorsque l’on est parvenu aux techniques parfaites d’amplification que permet l’électronique.
- Ces commandes ont sur toutes les autres une supériorité incontestée : elles sont instantanées, elles sont sans inertie. Elles déclenchent les servo-motcurs avec plus de précision et de rapidité que les gestes humains soumis aux réflexes du cerveau. Ceux-ci ont à suivre toute une chaîne de transmissions avant d’aboutir au mouvement musculaire. Us ne sont eux-mêmes déclenchés qu’au delà d’un certain seuil de perception lumineuse ou auditive.
- L’électronique moderne permet d’établir un nombre infini de ces dispositifs associant la mesure, le contrôle et la commande d’une opération ou d’une série d’opérations déterminées.
- Il ne peut même pas être question de les énumérer. On ne peut que montrer par des exemples simples leurs principes de fonctionnement.
- L’une des conditions fondamentales de la bonne marche automatique est le réglage dans des limites étroites de la tension et
- de l’intensité du courant.; également le rapport entre la puissance réglée et la puissance consommée par l’appareillage mis en oeuvre. On y parvient par des amplidynes électriques de contrôle qui règlent à 1/20.000 près ces rapports pour les faibles puissances de l’ordre de 2 à 3 kW.
- L’une des opérations automatiques élémentaires est la commande des moteurs électriques par thyratrons. Ces tubes à gaz permettent d’activer des moteurs à vitesse variable fonctionnant sur alternatif, des moteurs réversibles à courant continu alimentés en alternatif. Dans ce dernier cas, le moteur peut fonctionner dans les deux sens; il peut même jouer le rôle de dynamo générarice, si la vitesse de rotation est assez élevée. Le nombre de combinaisons est considérable.
- L’électronique permet également de nombreuses possibilités de réalisation de relais, avec triodes, thyratrons, cellules photo-électriques, tubes au néon, etc.... Cet appareillage est de faible encombrement et de grande commodité.
- Les applications isolées des commandes électroniques sont excessivement nombreuses. Elles se généralisent de plus en plus, en soudure électrique par exemple, également pour la commande des machines-outils modernes. Elle permet une gamme de vitesses très étendue. Les grandes tours excavatrices dites drag-lines sont à commande électronique.
- Toutes ces applications varices utilisent des montages qui sont connus et éprouvés. Ils sont classiques, on les trouve décrits dans tous les ouvrages spéciaux. Nous n’avons à envisager ici que leur association en circuits automatiques.
- Certaines opérations peuvent demander leur déclenchement avec un retard déterminé. On y parvient par l’emploi de relais temporises, à tubes au néon, également par une curieuse technique de mémoire électronique : une figure peut être stockée par l’appareil au moyen d’un bombardement électronique effectué sur une plaque diélectrique, un peu plus tard l’émission secondaire peut être reprise. L’ensemble est compliqué mais il est un exemple typique de ce que l’on peut attendre de l’électronique.
- L’appareillage qui permet d’utiliser les propriétés merveilleuses des électrons n’est à notre disposition que depuis quel-
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- ques années. Il s’est multiplié à une vitesse stupéfiante. Ce développement ne peut manquer dé s’accélérer. Toutes lés applications de ces dispositifs conduisent à rendre automatiques des opérations exécutées par la main-d’œuvre humaine.
- Ce sont dans les usines à marche continue que ces techniques nouvelles trouvent les applications les plus faciles. C’est pourquoi, on voit dans toutes les industries faire des efforts dans ce sens. Nombreuses sont celles qui y sont déjà parvenues : distillation des pétroles et autres produits liquides, savonneries, caoutchouc de synthèse, phénol pour plastiques, laveries de
- minerais, fabriques de rayonne, papeteries, moulages de plastiqués, etc....
- On voit, pour la même raison, les ingénieurs rechercher sans relâche l’amélioration et la simplification des chaînes de montage dans les ateliers de mécanique.
- C’est l’électronique qui, par des jauges dimensionnelles à rayons X, commande la marche des laminoirs continus à tôles minces à grand débit. Cet appareil synchronise automatiquement dans les rapports voulus les vitesses des cylindres pour la production d’une bande d’épaisseur constante et précise, à
- la sortie du laminoir.
- Une manifestation spectaculaire d'automatisme est récente : le vol transatlantique de l’avion G 54, en septembre dernier. L’électronique participe largement aux réactions de son cerveau automatique qui réunit toutes les fonctions du pilote, du navigateur, du mécanicien et du radio-opérateur.
- Les mûmes dispositifs qui, jusqu’à maintenant utilisés séparément, ont été associés pour cette manifestation éclatante d’automaticité, peuvent être transposés dans l’industrie.
- Nous n’avons pas à apprécier quelles seront les conséquences économiques et sociales de l’extension des usines automatiques.
- L’électronique apporte aux hommes une arme puissante contre les servitudes matérielles. Nous saurons bientôt s’ils sont capables d’utiliser les progrès de la science pour leur propre libération.
- Lucien Perruche, Docteur de l’Université de Paris.
- Fig. 3. — Laminoir à froid à marche réversible, pour tôles minces pour boîtes de conserves.
- On voit à gauche le pupitre de commande.
- LA PONCE, NOUVELLE INDUSTRIE FRANÇAISE
- Jusqu’à la guerre, toute la ponce consommée en France par les industries du polissage — soit 8 à 10 000 t par an — nous venait des îles Lipari, qui d’ailleurs approvisionnaient le monde entier. La suppression des arrivages italiens en fit rechercher dans notre propre sol.
- Tout de suite, la région de Rochefort-Montagne, dans le Puy-de-Dôme, s’en avéra bien pourvue et, malgré les difficultés du moment, l’exploitation fut entreprise. Aujourd’hui, cette industrie est en pleine activité et sa production doit suffire à satisfaire tous les besoins français, en attendant qu’elle aborde à son tour l’exportation.
- La ponce, on le sait, est une roche volcanique tout à fait spéciale par sa texture ; celle-ci, complètement spongieuse, lui donne une légèreté surprenante, à tel point qu’un morceau de ponce flotte sur l’eau. D’autre part, la composition essentiellement siliceuse en fait un abrasif de qualité : on s’en sert pour le bois, les métaux, les pierres d’ornement, les cuirs, le celluloïd, etc., etc. ; pour certaines de ces matières, elle est même irremplaçable On voit de suite l’importance que cette nouvelle industrie prend drus notre économie nationale.
- Une visite à l’exploitation de Rochefort-Montagne est des plus instructives. On voit d’abord la carrière avec son front de taille d’une vingtaine de mètres de hauteur, preuve d’un gisement énorme et pratiquement inépuisable, dans laquelle la ponce apparaît en une masse blanche d’une homogénéité remarquable. La
- roche, abattue par les moyens ordinaires, passe de suite dans un four sécheur pour la débarrasser des 25 à 30 pour 100 d’eau qu’elle renferme toujours, même par les temps les plus secs et les plus chauds. C’est ensuite toute une série d’appareils concasseurs, broyeurs et séparateurs à air minutieusement réglés pour obtenir toutes les finesses de poudres et de grains exigées par les consommateurs.
- Nul doute que des usages nouveaux apparaissent, la ponce étant un matériau très bon isolant de la chaleur et du son ; sa nature feldspathique peut lui ouvrir également d’énormes débouchés en céramique.
- Nous donnons, ci-après, la composition chimique élémentaire moyenne de la ponce d’Auvergne :
- Silice 71,90 pour 100
- Alumine 15,30 ))
- Chaux 0,40 ))
- Magnésie 0,35 ))
- Oxyde de fer 1,30 ))
- Oxyde de manganèse 0,15 ))
- Acide tilanique 0,10 ))
- Potasse 4,35 ))
- Soude 3,65 ))
- Perle au feu 2,50 »
- V. C.
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- RATEAU (1863-1930)
- et les Turbo-Machines.
- Il y a près d’un demi-siècle, un de ses amis nous disait un jour : « Rateau, mais c’est un inventeur jusqu’au bout des ongles ! » Expression familière, sans doute, mais qui renfermait tant de promesses. Les recherches de cet éminent ingénieur ne sont-elles pas à l’origine de l’extraordinaire puissance des moteurs d’aviation qui sont à la veille de traverser l’Atlantique en moins de trois heures P
- Charcntais de Royan, où il naquit en octobre 1863, Auguste Camille Edmond Rateau, Ingénieur au Corps des Mines, Professeur aux deux Écoles des Mines, membre de l’Académie des Sciences en 1918, grande médaille d’honneur au Cinquantenaire de la Société de l’Industrie minérale, prix Poncelet en 1911 pour l’ensemble de ses travaux, docteur honoris causa de plusieurs universités étrangères, président de la Société française de navigation aérienne, Rateau quitta le Corps les Mines en 1908 pour se consacrer entièrement à l’industrie.
- Rateau, c’est l’homme des turbo machines, comme Fourneyron avait été l’inventeur des turbines.
- A 24 ans, il avait publié un travail remarqué sur les rondelles de Belleville.
- En 1900, il donna une théorie du profil des tuyères qui assurait la détente complète de la vapeur.
- Cette étude marquait une orientation : recherches sur les fluides mécaniques (air, eau, vapeur), et sur les machines dans lesquelles agissent ces fluides (ventilateurs, pompes centrifuges, turbines, délices propulsives...). Rateau a fait avancer d’un grand pas — d’un pas de géant — la théorie générale des turbo-machi-nes, qui, avant lui, était plongée dans un état voisin du sommeil, en l’attente d’un maître qui viendrait la tirer de sa léthargie.
- Ingénieur des mines, il s’attacha à perfectionner les machines qui servent à l’exploitation des houillères. Précurseur en aviation, il en aborda les problèmes avec un rare bonheur.
- On lui doit des turbo-compresseurs et des ventilateurs hélio-centrifuges pour envoyer et renouveler l’air des galeries d’extraction. Ces appareils sont communément employés aujourd’hui, en France, comme à l’étranger, pour leur rendement nettement supérieur à celui des anciens ventilateurs.
- Le nom du savant ingénieur ne peut se détacher des turbines à vapeur. Leur supériorité sur les roues hydrauliques est, en quelque sorte, comparable à celle des roulements à. billes sur les roulements ordinaires.
- En ces dernières décades, ces turbines ont été appliquées aux gaz et aux vapeurs : une turbine à vapeur est constituée par une ou plusieurs roues fixées sur le même axe, dans lesquelles l’énergie développée par l’eau est, ici, remplacée par celle de la vapeur agissant, soit par pression, soit par vitesse. (Il est curieux d’observer que cette idée remonte à James Watt qui en a posé le principe vers 1782. Puis vint Tournaire qui en proposa une solution, et Parsons qui en fit une réalisation).
- Les turbo-moteurs furent la préoccupation constante de Rateau, dès l’École Polytechnique, ainsi qu’il l’a exposé lui-même :
- « L’étude des turbines à vapeur a été, pendant longtemps, l’ob-
- jet principal de mes travaux. Dès l’école, mes pensées étaient dirigées de ce côté, car je pressentais, nettement, les grands avantages qu’elles offriraient sur les machines à piston, alors les seules utilisées... J’étais à même, il y a quelque vingt ans, presque aussi bien que maintenant, de calculer numériquement les turbines à vapeur avec une bonne approximation, largement suffisante pour les besoins de la pratique... Ayant, d’autre part, conçu les turbines multicellulaires d’action à roues simples, comme devant offrir le plus d’avantages, je me suis attaché à en montrer les mérites et à en poursuivre les applications avec l’aide de constructeurs réputés... Maintenant, la turbine multicellulaire d’action n’est plus discutée : au contraire, elle se répand de plus en plus. On a fini par en reconnaître la supériorité, tant au point de vue de la sécurité, qu’au point de vue du bon rendement. »
- En 1898-1900, Rateau publia un ouvrage capital et magistral : Traité des turbocompresseurs
- Les premières applications de ces machines furent faites à la Compagnie de Bruay, et, en même temps, sur un contre-torpilleur où il s’agissait de récupérer les vapeurs d’échappement.
- A la suite de ces essais, la Marine française qui utilisait — surtout au début — les turbines à réaction sur un torpilleur et sur des cuirassés, adopta la turbine Rateau, et les bateaux construits après 1918 en furent pourvus.
- Entre temps, Rateau a calculé l’équivalent mécanique de la chaleur : il a donné le chiffre moyen de 426,9 kg par calorie, le chiffre classique étant de 426. On lui doit encore des recherches expérimentales sur l’écoulement de la vapeur d’eau par les orifices, un frein dynamométrique, un appareil pour mesurer le degré d’humidité de la vapeur, des études sur le frein de bouche des canons.
- Aux temps héroïques de l’aviation, quand les Farman et les Blériot étonnaient le monde par leurs exploits, Rateau, lui, loin du regard des foules et ignoré d’elles, dès 1906, donnait des formules pour calculer les efforts de sustentation, de résistance à l’avancement des ailes, les forces de poussée et le déplacement du centre de poussée.
- Durant la guerre de 1914, les problèmes de l’aviation retinrent hautement son attention. Il eut l’idée d’adapter une turbine sur l’échappement des gaz brûlés du moteur, cette turbine qui tournait à 30 000 t/m, commandait un ventilateur centrifuge comprimant l’air fourni au moteur, de sorte que celui-ci ne changeait pas de régime et continuait à fournir le même travail en altitude que lorsqu’il se trouvait dans les régions basses de l’atmosphère. L’avion pouvait, alors, s’élever et gagner des vitesses inconnues auparavant.
- Les études et découvertes de Rateau — enlevé trop tôt à la science — ont acquis et conservé une importance capitale. Il est l’un des hommes qui ont le plus contribué, depuis un siècle, au progrès de l’outillage mécanique de la grande industrie et au développement inoui de l’aviation.
- Auguste Rateau, ingénieur français.
- Amëdée Fayol.
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- LES MODÈLES RÉDUITS —
- - ET LA TÉLÉCOMMANDE
- En télégraphie, l’organe final est l’inscripteur Morse ou le casque de l’opérateur; en téléphonie, c’est encore ce casque ou bien un haut-parleur et en télévision c’est un oscillographe cathodique. La télécommande est l’art de réaliser à distance des mouvements, des efforts mécaniques; l’appareil terminal est le plus souvent un moteur électrique. Un ascenseur est un exemple de ses applications : l’usager appuie sur un bouton et la cabine va jusqu’à l’étage correspondant.
- La télécommande fut associée aux débuts de la radioélectricité puisque, pour ses premières démonstrations, Branly faisait démarrer un ventilateur, tirer un pistolet, etc.... Mais cette te radiocommandc » devait subir une éclipse d’un demi-siècle ét, seule, la dernière guerre l’a remise à l’ordre du jour. Depuis les V2, les bombes dirigées ou auto-chercheuses, jusqu’aux tourelles « télépointées » des bombardiers et aux radars suiveurs, sans parler de tout l’outillage industriel automatique, ce ne furent que « servo-mécanismes » plus ou moins complexes, sur lesquels se sont penchés d’innombrables chercheurs armés de puissants moyens mathématiques, industriels et financiers.
- Heureusement, il existe des applications de la télécommande moins belliqueuses, favorables même au bien-être de l’humanité. Des travaux pénibles peuvent être confiés à des mécanismes, des appareils entièrement automatiques amèneront bientôt à bon port nos avions malgré les pires conditions atmosphériques, des outils travaillent seuls mieux que le meilleur ouvrier spécialisé, etc.... Dans une raffinerie de pétrole, un contacteur étanche « n’en grille pas une » en cachette et. les risques d’incendie sont moindres.
- Avec un relais, un disjoncteur, aucune demande d’augmentation de salaire. Aussi pouvons-nous prévoir que si nous entrons dans l’ère atomique — qui pourrait accidentellement devenir l’ère finale — nous abordons aussi l’époque du servomécanisme.
- Pour résoudre les problèmes de la guerre, de puissants moyens furent mis en œuvre et livres et dollars s’engloutirent par millions dans ces recherches. Mais il est remarquable que, parfois, c’est à l’ingéniosité de simples amateurs qu’il fut très officiellement fait, appel. Et des équipes d’amateurs américains — amateurs sélectionnés, certes, mais amateurs
- Fig. 1. — Récepteur monolampe de radiocommande.
- Fig. 2
- Au fond, à gaucho,
- tout de même — imaginèrent et mirent au point des techniques nouvelles. Elles créèrent notamment les caméras électroniques du nez de certaines bombes qui se dirigèrent peut-être « à vue de nez » mais n’en atteignirent pas moins les cuirassés japonais (Miliiary Télévision Caméras and the Amateur, par D. Mid-delton, W 2 OEN « QST », mars 19/16, p. 4i). Amateurs encore pour la liaison Terre-Lune (A « DX » Record : To the Moon and Back, par IL Kauffman, W 2 OQU « QST », mai iq46, p. 65). Auparavant, durant l’autre guerre, « l’équipe à Ferrie » ne comprenait-elle pas nombre d’amateurs, et la radio française ne lui doit-elle pas beaucoup ?
- C’est que l’amateur est habitué à sc débrouiller « avec les moyens du bord ». Il est donc forcément ingénieux et c’est à grand renfort d’astuces qu’il surmonte ses difficultés. La télécommande est justement le domaine idéal pour les chercheurs malins. Art nouveau, les problèmes à résoudre y sont encore innombrables et, souvent, des solutions d’amateur peuvent lutter avec les coûteuses trouvailles des bureaux d’études. Il était donc opportun d’attirer l’attention des jeunes techniciens sur ce sujet. C’est clans ce but que la Société Minhvalt a organisé, sous le patronage du Réseau des Émetteurs Français, de l’Aéro-Club de France et du Modèle Yacht Club de Paris, deux concours de modèles réduits télécommandés qui se dérouleront les g et 26 mai 19/18. Le premier réunira des bateaux sur la pièce d’eau du Parc de Sceaux et le second fera évoluer des avions sur un terrain de la région parisienne non encore désigné (1). Ce dernier rappellera la « Coupe de La Nature » créée voici une dizaine d’années par cette revue pour encourager les chercheurs s’intéressant au modèle réduit d’avion. Mais il s’agissait alors, à des fins météorologiques sans doute, de faire voler seulement un appareil portant une charge utile.
- Le poids et l’encombrement sont de féroces ennemis, sur-
- 1. Pour le règlement de ces concours, s’adresser à la Compagnie des Tubes Électroniques, 82, rue Manin, Paris (19e). La date limite des inscriptions est fixée au 1er avril prochain.
- — Planeur de G. Bougueret, envergure : 3 m.
- l’émetteur 1 W sur onde de 5 m (60 M. C.) ; l’auteur procédant aux derniers réglages avant l’envol.
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- tout dans les appareils pour avions. Il faut prévoir un récepteur de radio, et ses batteries d’alimentation sont forcément lourdes. Récemment, un amateur américain a bien décrit (Simplifiée! Radio Control, par W. A. Rhodes. Model Airplane
- Fig. 3.
- Récepteur de radiocommande à lampes du type « miniature », pesant environ 300 g, avec son relais sensible.
- News, juillet xg47, P- 21) un appareil formé d’un simple détecteur à cristal (1 N 34) et d’un relais très sensible. L’antenne accordée recueillait les ondes voisines de 2 m émises par un' émetteur de 100 W débitant dans une antenne multiple, orientable, mais il semble bien qu’une telle conception n’est guère pratique. En effet, il faut sans cesse orienter le faisceau émis vers l’avion et une antenne dirigée, pour ces ondes de 2 m, est assez encombrante.
- Aussi les récepteurs à lampes restent les plus employés. D’autant plus que Raytheon a spécialement créé un type de lampe-relais (RKG2 en modèle normal d’avant-guerre, RK61 en modèle « miniature ») se contentant d’un volt et demi pour le filament et de 45 V pour la plaque. Le récepteur très simple devenu réalisable (fig. 1) donne un courant plaque cl’un milliampère environ en l’absence de signal. Une onde pure, sur 60 M. G. de préférence, fait tomber ce courant à o,i5 ou 0,20 mA, Rien de plus simple, à partir de ces variations qui ouvrent ou ferment un relais sensible, que d’agir sur un faible moteur électrique, ou bien un électro-aimant, et d’entraîner le gouvernail d’un avion ou d’un bateau.
- Il est alors possible, avec moins d’un demi-kilogramme de matériel emporté, de diriger un avion de 2 ou 3 m d’envergure (fig. 2), un bateau d’un mètre de longueur, ou mêmé moins. Malheureusement la lampe RKGi est peu sensible, la portée n’excède pas 200 ou 3oo m autour d’un émetteur de plusieurs watts. Et surtout, elle est pratiquement introuvable en France.
- Avec un peu de recherche, il demeure possible de remédier à ces inconvénients, au prix seulement d’un léger sacrifice sur le poids. Les figures 3 et 4 donnent les schémas de deux
- récepteurs sensibles et réalisables avec du matériel courant. Correctement montés ils ne pèsent respectivement qu’environ a5o et 3oo g, le premier malgré ses 5 lampes et le second quoique équipé de lampes du type « secteur ». Pour ce dernier, 4 éléments de pile pour lampe de poche — soit un peu plus de 100 g — suffisent pour chauffer les filaments lors d’un vol de plusieurs minutes.
- Ils comprennent l’un et l’autre un étage détecteur à super-réaction fonctionnant, sur 60 M. C. Les signaux reçus d’un émetteur modulé à 200 ou 3oo p. p. s. y sont transformés en courant musical très faible qu’amplifient, et filtrent les étages suivants. Dans les deux cas, ces étages sont à résistances et à capacités pour éviter l’emploi de transformateurs B. F. lourds (ou bien, s’ils sont légers, fort coûteux (10 à i5 dollars aux U. S. A. !).
- Dans le récepteur à lampes miniatures, les deux dernières : 1 S 5 et 1 S 4 fournissent ainsi, à partir d’un signal môme faible, une douzaine de volts aux bornes du condensateur G1. La meme tension apparaît, aux bornes de Cl dans l’autre montage, après l’amplification basse-fréquence par les deux pentodes des ECFi. Quant aux divers condensateurs Cf, ils servent à éliminer les courants de haute ou de moyenne fréquence qui prennent naissance dans l’étage à super-réaction. Ils ont. également un rôle antiparasite.
- Il ne reste plus alors qu’à redresser par un oxymétal
- Avec le relais sensible, le poids n’atteint pas 400
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- (type W4) ces tensions musicales, à filtrer sommairement les tensions continues obtenues, et à les appliquer sur la grille de la triode finale (ou les 2 grilles des 2 triodes en parallèle de la 3 A 5). Cette dernière lampe est normalement polarisée jusqu’au « cut-off « et chaque signal, en annulant cette polarisa-
- plots conducteurs encastrés et sur lesquels Frottent les 2 balais
- balai s
- ndex solidaire de la tt e de I' êl ect r o
- él ect r o- ai mant
- contact
- pour
- le retour à la position de repo des balais
- 2*étoiles à 6 dents de 30°et dont les dents sont alternativement arretées et relâchées par l'index crochet duSmoteur caoutchouc
- Fig. 5. — Sélecteur à échappement, pour 6 circuits, ne pesant que 35 g (longueur totale : 60 mm).
- Un signal abaisse la palette, l’index libère la dent a et l’ensemble du rotor, entraîné par le moteur-caoutchouc, tourne dans le sens de la flèche jusqu’à ce que la dent b heurte l’index. Quand le signal cesse, la palette se relève, l’index libère b et le rotor tourne jusqu’à ce que c heurte l’index. Chaque signal fait donc tourner le rotor de 60°. Les balais solidaires du rotor frottent sur des contacts répartis de 60° en 60° autour de l’axe et correspondant aux différents circuits à sélectionner. Après chaque manœuvre un contact spécial permet de laisser revenir le rotor à une position de repos.
- tiori, laisse monter le courant de sortie du récepteur à près de 2 mA. Un relais sensible, réglé pour cette intensité, se ferme alors.
- Mais s’il faut agir sur plusieurs commandes, l’ingéniosité des constructeurs est mise à une rude épreuve car l’appareillage doit rester léger.
- Pour manoeuvrer le seul gouvernail, pour ne l’envoyer qu’à droite, à gauche, ou au milieu, des montages simples suffisaient : électro-aimants, échappement, petit moteur électrique démultiplié.... Tout autre est le problème dès qu’on désire exécuter, et exécuter vite, sans risque d’erreur, d’autres manœuvres : marche avant ou arrière, vitesse, montée ou descente.... Des sélecteurs deviennent nécessaires (fig. 5), des cames, des butées, des circuits de coordination, de synchronisme.... Il faut alors un esprit inventif doublé d’une grande habileté manuelle. Mais aussi, quelle joie de voir évoluer ces fins bateaux, de pouvoir les diriger avec précision, en avant, en arrière, à vitesse réduite, « en avant toute », avec parfois des sirènes qui hurlent ou des canons qui tonnent au commandement.
- Si les sélecteurs les plus simples dérivent du « pas à pas » du téléphone automatique ou des résonateurs à lames vibrantes, des chercheurs passionnés ont eu parfois recours à la technique des impulsions. Et l’on a même vu de véritables asservissements, la barre du gouvernail suivant fidèlement les mouvements de l’organe de commande situé à l’émetteur, qu’ils fussent rapides ou lents, larges ou insignifiants.
- Or, la « règle du jeu » est de faire tenir tous ces mécanismes délicats, les piles, les accus, etc... dans un espace aussi réduit que possible, ou plutôt, de rechercher des procédés conciliant l’économie des moyens et la multiplicité ou la finesse des manœuvres. C’est alors que se révèle le véritable amateur.
- Reste encore à transmettre les ordres. L’émetteur propre-
- ment dit est toujours fort simple. Quelques watts suffisent en général, souvent moins, et la figure 6 donne le schéma d’un émetteur fonctionnant avec une pile de ioo Y ne débitant que 3 ou 4 mA. Sa portée n’en est pas moins supérieure au kilomètre avec les récepteurs que nous avons examinés. Astuce d’amateur : les retours des circuits II. F. traversent (dans le bon sens) les enroulements d’un transformateur B. F. de réception.
- Ainsi, sans complication, sans étage modulateur, sans consommation supplémentaire de courant, l’onde émise est parfaitement modulée à fréquence musicale. Quelquefois, pourtant, des amateurs utilisent des émetteurs pilotés par quartz, ou puissants, mais les qualités essentielles d’un émetteur de radiocom-mande restent la robustesse, la simplicité des réglages et, surtout, l’économie de courant.
- La télécommande des modèles réduits devient en effet un sport athlétique sans agrément quand il faut traîner de lourdes batteries d’accumulateurs en terrain accidenté.
- Enfin, non seulement chacun peut s’appliquer à résoudre toutes ces difficultés du récepteur, de ses alimentations, des relais, des sélecteurs, etc... ce qui n’est déjà pas si mal, mais encoi’e à chercher d’autres modes de transmission des commandes. Si la radio est le premier à se présenter à l’esprit, les ondes sonores ou lumineuses ne sont pas à négliger. Des amateurs ont déjà fait obéir au sifflet planeurs et bateaux; d’autres préfèrent les ultrasons, et les concours en préparation favoriseront les concurrents qui présenteraient de ces solutions originales.
- Ainsi donc, la télécommande fait appel à des connaissances fort diverses, à des talents nombreux et variés. Quand elle s’applique au modèle réduit, c’est en définitive une course à l’économie puisqu’il faut faire quelque chose avec... rien ou si peu. L’économie est une vertu de l’amateur; l’amateur est donc qualifié pour se passionner pour ces recherches et les marquer de son empreinte.
- Partant du domaine de l’armement, la télécommande prend possession de l’industrie et nous sommes à l’aurore de l’époque des servo-mécanismes comme voici un quart de siècle se levaient les ondes courtes aux yeux éblouis des amateurs. Nul doute que la télécommande ne bouleverse rapidement les conditions de la vie industrielle et sociale, qu’elle ne pénètre même dans nos foyers. Nous pouvons prévoir que les amateurs de notre pays, réputés pour leur esprit créateur, prendront une part active à ce merveilleux développement.
- Nous leur souhaitons d’être nombreux à participer aux épreuves du mois de mai prochain qui marqueront le réveil de l’activité radioélectrique des amateurs, après tant d’années passées dans le silence, les brouillages ou les transmissions clandestines.
- C. Pépin.
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- papier
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- transformateur BF de réception
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- Figr. 6. — Émetteur de radiocom-mande fonctionnant sur 60 M. C. (5 m), puissance ll4 de watt.
- Le gérant : G. Masson. — masson et ciB, éditeurs, paris. — dépôt légal : ier trimestre 1948, n° 689. — Imprimé en France. BARNÉOUD FRÈRES ET Cie, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 835. — 3-ig48.
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- N° 3156
- Ier Avril 1948
- Lorsque, quittant Bergen, vous vous dirigez vers le Nord, se dresse après une semaine de navigation, une île aux contours déchiquetés, aux falaises abruptes, l’île de Mage-rôy. Placée à la sortie du Porsangerfjord, séparée du continent par un bras de mer de i.5oo m, elle est plus connue du grand public sous le nom d’île du « Cap Nord ». La seule voie d’accès en est la voie maritime. Halte classique sur la route des grandes croisières touristiques, le privilège généralement reconnu à ce plateau du Cap Nord d’être à l’extrême pointe de l’Europe ne répond pas à la réalité géographique. D’une part, simple promontoire insulaire, pourquoi limiter à cette latitude arbitraire les frontières de la vieille Europe ? D’autres îles prolongent géologiquement notre continent : l’île aux Ours et l’archipel du Spitzberg. En vient-on pourtant à négliger cette situation insulaire, sa position est encore inférieure à celle du Cap Knivskjelodden, situé à 5 km plus à l’ouest. Et con-linentalement parlant, c’est le Cap Nordkyn qui justifierait cette primauté.
- Quoiqu’à une latitude (710) qui correspondrait sur l’hémisphère sud de notre globe à la Terre Adélie ou aux rivages de la mer de Ross, le Cap Nord, grâce à la proximité du Gulf Stream est efficacement protégé des glaces et n’est pas la contrée désolée qu’on imaginerait facilement.
- Comme toutes les côtes de la Norvège septentrionale, sa côte est creusée de nombreux fjords qui attestent la puissance des anciens glaciers et le glissement de son sol dans l’Océan. Un vaste plateau occupe son centre et culmine à 3g5 m. Séparé
- Fig. 1. — Le Cap Nord.
- GLACIAL
- OCEAN
- A R CTI QUE
- Fig. 2. — Le village d’Honnigsvag, dans l’île du Cap Nord.
- Seules deux ou trois maisons subsistent d’avant-guerre.
- de cette pénéplaine archéenne par un étranglement de la côte, le plateau du Cap Nord proprement dit atteint 307 m et plonge brutalement dans l’Océan glacial. Mais ce serait mal se représenter cette région que de voir là un sol sans accidents. D’incessants vallonnements la parcourent où brillent des lacs et des marécages innombrables. Leur multiplicité qui n’atteint certes pas l’ampleur des tourbières et marais de Laponie s’explique, dans les deux cas, moins par la nature du terrain que par l’état de congélation permanente où se trouve le sol à quelques mètres de profondeur. En effet, même au cœur de l’été, la température y est relativement basse et rappelle plutôt celle de nos automnes de France. Le temps y est inconstant et ses changements trop rapides engendrent des contrastes inattendus qui sont une caractéristique essentielle des paysages qui s’étendent au delà du cercle polaire.
- La présence du Gulf Stream amène d’autre part la condensation fréquente de la vapeur d’eau au contact de l’air froid et provoque des brumes épaisses qui sont un danger pour la navigation et les quelques voyageurs qui s’enfoncent dans ces solitudes. On assiste alors au processus même de la formation de ces masses nuageuses. Prenant naissance au niveau de l’océan, elles s’étirent en longues écharpes, gagnent peu à peu les hauteurs, aspirées par les courants atmosphériques dans les couloirs des fjords et se stabilisent en nappes horizontales à quelques centaines de mètres. Nous avons personnellement connu cet enveloppement insidieux. Victime d’orages magnétiques qui rendaient illusoire l’utilisation de la boussole, nous avons erré durant de longues heures avant de retrouver, par un heureux hasard, le chemin du retour.
- Sur la roche battue par les vents glacés descendus directement des régions polaires, il ne saurait être question de
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- Fig. 3. Une sécherie de morues à HonnigsVag. Les morues ouvertes sont pendues à de longues perches entrecroisées.
- découvrir une végétation supérieure. Ni arbre, ni arbrisseau, mais, dans les vallons humides, un lacis parfois dense de phanérogames rabougris, sur un fond de lichens. Sur les plateaux rocailleux, l’herbe est rare. D’Honnigsvag (petit port situé au sud de l’ile) à la pointe du cap Nord, on peut, parmi d’autres spécimens, reconnaître la flore suivante où l’on notera l’existence d’espèces communes à notre flore française : Oxy-ria digina, Polygonum Raji, Erinphorum des marais, Alchi-milla vulgaris, Cirsium heterophyllurn, Campanula arcticci, Pyrola media aux longues tiges florales, Rhodiola rosea, belle crassulacée de la même lignée que nos joubarbes, Géranium silvaticum, Comannn palustre, Cornus succica, cornouiller nain aussi abondant que VEmpelrum nigrum, Geum rivale, Orch’.s maculala, Vicia Cracca, Dryas octopelala et la minuscule Saxijraga slellaris; enfin des saules nains, des Lycopodes (L. Selago), des mousses nombreuses, des Fougères (Aspidium lonchitis). Quant aux lichens, ils envahissent toutes les roches et leur donnent en partie leur coloration (1).
- Paysage de toundra qu’animent des bandes d’oiseaux et quelques troupeaux de rennes en liberté, dont la nourriture fondamentale est constituée des lichens qui portent leur nom.
- Malgré les conditions de vie défavorables, puisqu’une longue nuit de plusieurs mois recouvre en hiver ces terres froides et
- 1. Nous avons pu rapporter au Muséum d’IIistoire naturelle un certain nombre de graines de plantes arctiques ou lapones dont la culture sera tentée au Jardin alpin, au printemps prochain.
- Fig. 4. — En été, les Eriophorum en fleurs au bord d'un marécage.
- qu’en février il demeure impossible de lire à la lumière de ce qu’on appelle encore le jour, un peuplement humain clairsemé et pauvre s’y manifeste. Quelques villages ou hameaux sont nés sur ce sol. Le plus important est Ilonnigsvag et compte un millier d’habitants. Son port, heureusement protégé des vents du Nord par une crête de montagnes violettes ou d’un bleu profond suivant les heures du jour, est l’escale la plus septentrionale où relâchent régulièrement les navires des compagnies norvégiennes qui assurent le service entre Oslo, Bergen, Tromso et Kirkenes, à la frontière russe. Il compte en permanence une flottille de barques à moteur qui vont pêcher dans les eaux des fjords voisins. La pêche est évidemment la grande ressource du pays et les morues décapitées sèchent à tous les vents, suspendues à de longues perches entrecroisées. Le poisson frais forme la base de l’alimentation. Préparé sous forme de gâteaux de poisson frits (fiskkaker), il constitue un
- Fig. 5. — L’Océan Glacial vu de la grève d’Honnigsvag.
- En arrière plan, à gauche, la côte de Norvège.
- excellent aliment, fort apprécié dans toute la Norvège. Mais les paisibles habitants connaissent aussi le pain, un pain blanc alléchant, la viande, les pommes de terre, les conserves. Les légumes y sont rares. La seule boisson est le lait. La carence en vitamines est combattue par quelques fruits, citrons verdâtres, etc....
- D’une honnêteté scrupuleuse, les habitants d’Honnigsvag mènent une existence en tous points semblables à la nôtre et sont vêtus comme le plus européen d’entre nous. Et comme tels, ils connaissent la maladie. Si invraisemblable que cela puisse paraître, on trouve, là-haut, médecin et pharmacien. La thérapeutique utilise les propriétés des plantes, mais aussi les antibiotiques les plus récents comme les sulfamides et ce n’est pas sans surprise que l’on y découvre même des spécialités françaises.
- Sur le coteau, couvert de myrtilles, qui domine la bourgade, l’église protestante jette une note claire. Dans la rue principale, au tracé et au sol plus ou moins chaotiques, on trouve plusieurs magasins (alimentation, confection, bazar, bureau de tabac), un bureau de poste, un kiosque à journaux dont les enfants s’arrachent les illustrés (on lit beau-
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- coup dans l’extrême Nord) et, raffinement suprême, sur une cloison de bois vermoulu l’affiche du dernier film, car cette localité perdue au bout de l’Europe connaît le cinéma, l’électricité et possède une petite slation émettrice de T. S. F.
- L’élevage du bétail y est pratiquement inexistant, mais on recueille avec grand soin les herbages qui sont mis à sécher perpendiculairement au sol, sur des fils métalliques.
- En été, les jours sont longs, très longs et la blanche clarté boréale, qui jette sur tous les paysages arctiques une note si particulière, s’attarde jusqu’à permettre la lecture à minuit.
- Enfin toute circulation à l’intérieur de l’ile doit s’effectuer à pied, une quinzaine de kilomètres de chemins empierrés constituant tout son réseau routier pour un diamètre d’une quarantaine de kilomètres.
- Ilélas l’inclémence des temps ne répond pas toujours aux désirs de paix des peuples. La guerre a poussé jusque-là ses
- ravages. Le village renaît à peine de ses cendres et n’est plus aujourd’hui qu’une bourgade de planches ou de tôle, aux pauvres baraques sans étage qui remplacent, pour quelque temps encore, les coquettes demeures de jadis, si richement colorées. Des explosions fréquentes témoignent de l’œuvre incessante poursuivie. Sur toutes les côtes du Finmark (1), l’indomptable courage norvégien s’attache à l’œuvre de la reconstruction dans une activité si tranquille et si bien comprise qu’elle passerait presque inaperçue. Mais, plus encore peut-être que cette volonté, ce qui laisse rêveur le Français qui, d’occasion, s’aventure en ces régions, c’est un sens inné de l’hospitalité qui s’augmente à notre endroit de toute l’admiration qu’on porte à la France et au rayonnement de son génie et de sa pensée.
- Pierre Gauroy.
- 1. Province de l'Extrême-Nord de la Norvège.
- Les emplois de Toxyde de carbone
- dans la synthèse chimique
- L’oxyde de carbone est un gaz industriel que l’on obtient facilement, en même temps que l’hydrogène, par action de la vapeur d’eau sur du coke incandescent entre 1 000° et 1 400° •
- ILO + C -> CO + IL — 28 800 cal.
- C’est le principe de la préparation du « gaz à l’eau » qui fut primitivement utilisé comme combustible à pouvoir calorifique médiocre (2 500 à 2 600 cal).
- D’après l’équation chimique ci-dessus, 1 kg de charbon devrait donner 3,75 m3 de gaz à l’eau, mais comme la réaction absorbe de la chaleur, le charbon s’éteindrait vite par l’action de la vapeur d’eau : aussi est-il nécessaire de ranimer la combustion du coke en arrêtant périodiquement l’action de la vapeur d’eau et en injectant de l’air.
- La fabrication, qui s’effectue dans des gazogènes, comporte donc deux phases : une phase de vent ou de soufflage où l'on injecte de l’air sur du coke incandescent de manière à le porter à la température de t 400° et une phase de production où l’on injecte de la vapeur d’eau. Ces deux phases sont d’une durée sensiblement égale de trois minutes. On peut accoupler des générateurs de manière que ces passages alternatifs donnent du gaz à l’eau d’une manière continue.
- On obtient ainsi par kilogramme de charbon 2 à 2,4 m3 de gaz ayant approximativement la composition suivante :
- H ........... 40 à 53 pour 100 C02 ...... 0,5 à 1,5 pour 100
- CO........ 35 à 43 » Air ...... 3 à 5 »
- CIL .......... 2 à 6 »
- La liquéfaction et 1a. distillation fractionnée, suivant par exemple le procédé G. Claude, permet de séparer, s’il est nécessaire, l’oxyde de carbone, facilement liquéfiable, de l’hydrogène, ce dernier pouvant être utilisé dans l’industrie de l’hydrogénation (synthèse de l’ammoniac, etc...).
- L’oxyde de carbone peut aussi être obtenu par action de l’oxygène (ou de l’air) sur du coke au rouge pour provoquer une combustion incomplète :
- C + i 02 -> CO + 29 400 cal.
- ou encore en réduisant par du coke au rouge le gaz carbonique résultant de la combustion complète du carbone :
- C + C02 -> 2CO — 38 800 cal.
- Ces deux réactions (la première exothermique, la deuxième endo-thormique) s’effectuent simultanément en divers endroits du gazogène dans l’opération précédemment décrite.
- L’oxyde de carbone peut aussi être obtenu à partir du méthane, soit par combustion incomplète :
- 2CH., + 03 -* 2CO + 4IL 4- 17 400 cal. soit encore par action de la vapeur d’eau à 1 100°-1 300° :
- CIL + ILO ^CO + 3IL — 50 700 cal.
- Cette transformation s’effectue principalement sur le méthane provenant des gaz de distillation de la houille, ou encore mieux sur le méthane contenu dans les gaz naturels des régions pétrolifères (U.S.A., U.R.S.S.,,, en France dans la région pyrénéenne).
- Enfin la dernière source industrielle de l’oxyde de carbone provient de la récupération du gaz qui s’échappe des fours électriques utilisés pour la fabrication du carbure de calcium :
- CaO + 3C -*C2Ca + CO.
- *
- * *
- La facilité avec laquelle on obtient d’une manière économique l’oxyde de carbone, sa réactivité, en font, un des principaux gaz industriels de grande importance pour 1a. synthèse chimique.
- Par combinaison avec le chlore, on obtient le phosgène (COCL), composé particulièrement réactif ayant de nombreux emplois dans les industries des matières colorantes et des produits pharmaceutiques.
- Les propriétés toxiques et suffocantes du phosgène l’ont fait utiliser pendant la guerre' 1914-1918 comme gaz de combat (la dose mortelle étant de 45 mgr par litre d’air).
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- Fig. 1. — Colonnes rectificatrices pour l’obtention du méthanol.
- (Photo Gadiot).
- Enfin le phosgène, ou mieux le mélange d’oxyde de carbone et de chlore, est utilisé actuellement pour préparer à partir de la bauxite le chlorure d’aluminium (procédé Wurster), car il apporte à la fois l’agent réducteur et l’agent chlorurant nécessaires. Il est à peine besoin de souligner l’importance qu’a prise le chlorure d’aluminium dans l’industrie organique moderne (craking, raffinage, synthèses de lubréfiants, synthèse du styrolène..., etc..., réactions du type Friedel et Crafts..!).
- L’oxyde de carbone sous une légère pression (15 Atm.) se combine à la soude pour donner du formiate de sodium ;
- CO + NaOH -> H — C02Na.
- Une réaction du même type est la production de formamide par action de l’oxyde de carbone sur l’ammoniac gazeux. La formamide ainsi obtenue peut être déshydratée catalytiquement sur phosphate d’aluminium Arers 400° en acide cyanhydrique :
- Cet aldéhyde, abondamment utilisé dans l’industie des matières colorantes, est généralement obtenu à partir du to’uène. Pendant la dernière guerre, les Allemands, voulant réserver leur production de toluène à la fabrication d’explosifs (trinitrotoluène), ont monté industriellement cette fabrication, bien qu’elle fût d’un prix de revient plus élevé.
- De nombreux brevets ont été pris pour l’action de l’oxyde de carbone sur les alcools à température élevée (200°-500°) sous pression (200 Atm.) en présence de catalyseurs.
- Avec le méthanol, deux réactions sont possibles : l’une fournil du formiate de méthyle, l’autre de l’acide acétique :
- CH3-O-H + CO
- H —
- C
- /°
- - CII3
- CH3
- G\
- O
- OII
- Ce serait la deuxième qui serait la plus intéressante au point de vue pratique : mais il semble que, par suite de problèmes de corrosion non résolus, il n’y ait pas eu de réalisation industrielle.
- Une des dernières réactions, découverte avec l’oxyde de carbone par des chimistes allemands, est la réaction « oxo » : l’oxyde de carbone en mélange équimoléculaire avec l’hydrogène (proportions du gaz à l’eau) réagit avec les composés éthyléniques pour donner un aldéhyde suivant l’équation générale :
- R — CH = CH — R + CO +H2 -> R — CHa — CH — R
- CHO
- Cette réaction s’effectue généralement en présence de sel de cobalt comme catalyseur à 150°-200° sous 200-300 Atm. Tout se passe comme s’il y avait addition sur la liaison éthylénique du radical formyle (H3CO), suivant d’ailleurs un mécanisme qui n’est pas entièrement élucidé.
- Les aldéhydes ainsi obtenues peuvent être facilement oxydées en acides ou réduites en alcools.
- Suivant la structure du composé éthylénique utilisé, on obtient des composés pouvant être utilisés techniquement : en particulier en partant de composés oléfmiques provenant de la synthèse Fischer-Tropsch (voir plus loin) ayant une teneur en atomes de carbone suffisante (de Cl4 à C18), on peut obtenir soit des acides gras dont les sels alcalins constituent de véritables savons, soit des alcools gras qui, par combinaison avec l’oxyde d’éthylène, donnent des produits détersifs appréciés du type Emulfort.
- Des études sont en cours pour industrialiser cette réaction (en particulier en France).
- Cette réaction « oxo » a été étendue : on peut faire réagir sur un composé éthylénique l’oxyde de carbone en présence d’eau, d’alcool ou d’ammoniac, ce qui permet d’obtenir respectivement des acides, des esters ou des amides.:
- + NII3 CO ---------->-
- H-C
- ''NIL
- — HaO
- -----»- H — C N
- L’acide cyanhydrique sert à préparer les cyanures, le nitrile acrylique (nécessaire pour la fabrication du Buna N), des produits intermédiaires pour la synthèse de l’indigo..., etc....
- L’oxyde de carbone en présence de chlorure d’aluminium se combine au benzène pour donner la benzaldéhyde :
- + CO
- (Aida)
- ----
- TJ _ — CH2 — CH — CO2II
- HaO /
- ROH
- — CH = CH \- CO
- \NH3
- ch2-ch-
- COâR
- - CH2 — CH - CONH2
- En particulier, avec l’acétylène, en présence d’alcools, l’oxyde de carbone donne des esters acryliques :
- CH ~ CH + CO + ROH -> CH2 = CH — C02R
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- qui se polymérisent facilement en macromolécules pour donner des résines utilisées pour la fabrication de matières plastiques, de peintures et vernis, de cuirs artificiels (acronals).
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- * #
- Les produits les plus importants au point de vue industriel sont ceux qui sont obtenus par hydrogénation de l’oxyde de carbone.
- Le mélange d’oxyde de carbone et d’hydrogène (tel qu’il est obtenu dans les gazogènes de fabrication du gaz à l’eau) est d’abord purifié chimiquement en vue d’éliminer les composés sulfurés nuisibles aux opérations catalytiques d’hydrogénation ; il est ensuite enrichi en hydrogène provenant d’une source quelconque (hydrogène de la distillation de la houille, hydrogène de la conversion du méthane par la vapeur d’eau ou même conversion de l’oxyde de carbone...) : on obtient ainsi ce qu’on nomme le « gaz de synthèse », car, suivant les conditions de température et de pression, suivant la nature du catalyseur, on obtient des produits de grande importance technique.
- Dès 1902, Sabatier et Senderens ont pu obtenir la transformation intégrale de l’oxyde de carbone en méthane par hydrogénation catalytique en présence de nickel (ou de cobalt) à la pression atmosphérique vers 250°-300°.
- Cette réaction ne présente guère d’intérêt pratique, puisqu’on possède des sources abondantes de méthane dans les gaz naturels, dans les gaz de distillation de la houille. Elle a été toutefois utilisée dans le but d’éliminer l’oxyde de carbone du gaz d’éclairage et de supprimer ainsi la toxicité dangereuse de celui-ci (méthanisation du gaz d’éclairage).
- En modifiant convenablement les conditions opératoires, ainsi que la nature du catalyseur, on peut orienter l’hydrogénation catalytique de l’oxyde de carbone vers la production prépondérante soit de méthanol, soit d’isobutanol, soit de synthol, soit enfin d’hydrocarbures paraffiniques.
- Tour la synthèse du méthanol, le gaz à l’eau est enrichi de 50 pour 100 de son volume d’hydrogène de façon à avoir la composition nécessaire à la réaction :
- CO + 2H, f CHaOH + 27 200 cal.
- Le mélange gazeux purifié (élimination des composés sulfurés et du gaz carbonique) est envoyé dans un tube contenant le catalyseur à base d’oxyde de zinc et d’oxyde de chrome sous une près sion de l’ordre de 350 à 600 Atm. à une température de l’ordre de 370° à 470° qui est entretenue par le dégagement de chaleur de la réaction.
- Il faut éviter une élévation de température qui favoriserait l’hydrogénation en méthane et occasionnerait des accidents (augmentation anormale de la pression). Le méthanol ainsi obtenu contient 2 à 3 pour 100 de méthyle et 7 à 8 pour 100 d’alcools supérieurs que l’on sépare aisément par rectification.
- Le méthanol, qui fut primitivement obtenu par la distillation du bois, est maintenant fabriqué en tonnage important dans les principaux pays industriels par hydrogénation de l’oxyde de carbone : les capacités de production annuelle sont : pour l’Allemagne, de 1 000 000 de tonnes, pour les États-Unis, de 500 000 tonnes et pour la France de 25 000 tonnes.
- Le méthanol, en effet, peut être utilisé comme combustible calorifique (pouvoir calorifique : 3 960 cal. au litre) et comme combustible énergétique dans les moteurs à combustion (automobiles). Son pouvoir indétonant très élevé et sa haute chaleur de vaporisation (246 cal. au gramme — la plus haute chaleur de vaporisation des liquides usuels après celle de l’eau) le font employer par injection comme indétonant dans les moteurs fonctionnant à l’essence (surtout moteurs d’aviation).
- Des recherches récentes sur l’auto-propulsion (fusées du type VJ le font classer parmi les combustibles les plus intéressants pour la constitution des « propergols » qui sont des corps ou des ensembles de corps dont la décomposition ou la réaction est génératrice d’auto-propulsion.
- On peut citer les mélanges suivants : méthanol et oxygène liquide (utilisé dans le VJ, méthanol et nitrate de méthyle, métha-nol-hydrate d’hydrazine et perhydrol en présence de cuprocyanure de potassium.
- Le méthanol constitue aussi la matière première pour la fabrication du formaldéhyde, produit industriel de grande importance pour l’obtention de matières plastiques (phénoplastes, aminoplas-tcs...).
- Le méthanol est encore utilisé comme solvant dans la fabrication des vernis et des laques : il dissout certaines nitrocelluloses, certaines gommes, certaines résines....
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- On a remarqué que dans la synthèse du méthanol, il se fait toujours de petites quantités d’alcools supérieurs dont l’isobutanol. On peut en augmenter la proportion jusqu’à 20 pour 100 en prolongeant la durée de contact du « gaz de synthèse » sur le cata
- Fig. 2. — Appareil d’étude pour réaction « Oxo » : transformation de l’isobutylène en alcool isoamylique (rendement 50 g/h).
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- lyseur et en incorporant à celui-ci des sels alcalins ou alcalino-lerreux. Pour l’obtention de l’isobutanol, l’industrie allemande n’a pas hésité à monter d’énormes fours de catalyse pesant plus de 100 tonnes.
- C’est qu’en effet l’isobutanol par déshydratation donne l'iso-butylène :
- CIL. CtT:i\
- '/CH — CH2OII >C = CH2
- ce/ ce/
- hydrocarbure éthylénique capable de se polymériser sous l’action de divers catalyseurs. Par catalyse en phase liquide (acide sulfurique) ou en phase vapeur (acide phosphorique), l’isobutylène donne un dimère, le diisobutylène qui peut être hydrogéné en tri-méthyl-pentanc ou isooctane :
- CH3x
- 2 )C = CE2
- ce/
- cils ch3
- I I
- CII3 — C — C1I — C — CHs
- I
- cil
- cris
- CH,
- I
- c - cil
- I
- CIL
- CH3 I ,
- CH - CIP
- hydrocarbure anlidétonant d'indice d’octane 100 par définition.
- Par catalyse en phase liquide (isobutylène dissous dans .l’éthylène liquide) en présence de fluorure de bore, on obtient des hauts polymères de structure filiforme et de poids moléculaire plus ou moins élevés :
- Cll3
- CIL
- CIL
- CIL
- — C — CH2 - C - CIL - C - CIL - C — CH, —
- CIL
- l
- CIL
- CIL
- CIL
- qui se présentent sous forme de masses élastiques rappelant le caoutchouc, ayant une stabilité remarquable vis-à-vis de la chaleur, des acides et des alcalis concentrés, un pouvoir isolant élevé et conservant leur élasticité jusqu’à — 40°.
- Ces produits sont utilisés principalement pour la fabrication d’isolants électriques ainsi que pour le revêtement de certains appareils devant résister aux acides et aux bases dans l'industrie chimique. En Allemagne, ces produits dénommés « Oppanols » dérivent de l’oxyde de carbone par l’intermédiaire de l’isobula-nol ; aux États-Unis, ils sont nommés « Vislanex » et proviennent d’ailleurs de l’isobutylène des gaz de craking.
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- En faisant passer le « gaz de synthèse » sous 150 Alm à 400°-450° sur des copeaux de fer additionnés de carbonate de potassium ou de rubidium, Fischer obtint, il y a environ 25 ans, un mélange d’alcools, d’aldéhydes et d’acides de la série grasse. Le mélange de liquides à points d’ébullition élevés fut utilisé comme carburant pour les moteurs d’automobile sous le nom de « Syn-thol » ou encore comme solvant industriel.
- Ce mélange chauffé en autoclave se déshydrate et se décarboxyle en donnant un mélange d’hydrocarbures dénommés « Synthine ».
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- "fr
- Enfin, une des réalisations industrielles les plus importantes (après la synthèse du mélhanol) est l’hydrogénation de l’oxyde de carbone en hydrocarbures paraffiniques suivant le célèbre procédé
- de Fiscber-Tropsch (1926). L’oxyde de carbone est hydrogéné à la pression ordinaire vers 190°-200° en présence d’un catalyseur à base de cobalt et de thorium.
- Les réactions qui prennent naissance sont nombreuses et complexes, mais finalement l’oxygène de l’oxyde de carbone se trouve éliminé sous forme d’eau et d’anhydride carbonique, si bien que le processus global peut être schématisé par l’ensemble des réactions :
- n CO + (2n + 1 ) IL - CL Hs«+Î + n H*0
- « CO + 2nIL -> CaHj* + n ILO
- 2nCO + (» + l) IL -* C»H!«+H-nCOs
- 2n CO + «IL -* CB Hsb + n CO,
- La température doit être bien réglée pour éviter la formation d’une grande proportion de méthane : comme certaines de ces réactions sont exothermiques, il faut refroidir les tubes à catalyse, ce qu’on réalise facilement en employant des chambres à catalyse tubulaires refroidies par un courant d’huile.
- A partir de 6 kg de coke (gazéifié en gaz à l’eau), on obtient 1 kg d’hydrocarbure se répartissant ainsi :
- 8 pour 100 de produits gazeux (propane, propylène, butanes...) ,
- 00 pour 100 d'essence distillant entre 30° et 200° ;
- 22 pour 100 de gas-oil distillant entre 200° et 350° ;
- 10 pour 100 de paraffines solides.
- Si l’on augmente légèrement la pression (entre 5-20 Alm.), on accroît considérablement la proportion de paraffines (jusqu’à 25 pour 100 et même au delà).
- Ainsi on est parvenu à obtenir par synthèse des hydrocarbures paraffiniques contenant de 20 à 70 atomes de carbone dont les points de fusion vont de 35° à plus de 100°, produits n’existant pas dans les paraffines naturelles extraites par déparaffinages des fractions du pétrole, puisque, pour celles-ci, les points de fusion ne dépassent guère 55°.
- La synthèse de Fischcr-Tropsch avait été primitivement conçue comme procédé de fabrication d’un « pétrole synthétique » dénommé « Kogasine ».
- Elle devient à l’heure actuelle pour l’industrie chimique organique une source importante d’hydrocarbures paraffiniques en vue de transformations chimiques : c’est à partir de ces paraffines que l’industrie allemande est parvenue à mettre au point la préparation des acides gras de synthèse (par oxydation de l’oxygène en présence de permanganate) qui ont été utilisés pour la fabrication de savons synthétiques et aussi de graisses alimentaires synthétiques (beurre du charbon).
- Les fractions de l’essence synthétique préparées suivant le procédé Fischer-Tropsch utilisées pour la carburatoin des moteurs tendent à devenir accessoires vis-à-vis de la production de matières premières pour l’industrie de synthèse : elles ont d’ailleurs un indice d’octane inférieur à celles obtenues par hydrogénation de la houille suivant le procédé Bergius. Il convient d’ailleurs do signaler à ce sujet qu’en 1944, l’industrie allemande, particulièrement intéressée à la production d’essenece synthétique, en préparait 4 640 000 t. par le procédé Bergius contre 1 350 000 t. par le procédé Fischer-Tropscli.
- 7T
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- Ce rapide exposé montre comment, à partir de la houille, on peut obtenir l’oxyde de carbone, matière première importante de l’industrie chimique organique moderne par suite des nombreuses synthèses qu’il permet de réaliser pour l’obtention de produits, dont quelques-uns atteignent des tonnages importants.
- A. Willem art,
- Chef de Travaux à l’Institut de Chimie de Paris.
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- SOLAIRE
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- L'ÉNERGIE
- Les expériences sur la concentration du rayonnement solaire pour l’obtention de hautes températures étaient abandonnées depuis plus d’un siècle.
- Elles viennent d’être reprises aux États-Unis et en France et ont donné des résultats fort intéressants.
- Une installation a été montée à Meudon. Elle comporte un miroir parabolique de deux mètres de diamètre qui permet de concentrer par temps favorable, une énergie de l’ordre de 2,5 kW sur une surface de o,6 cm2.
- MM. Félix Trombe, Marc Foex et Mlle Charlotte Henry La
- Fig. 1. — Le miroir parabolique de 2 m de diamètre, installé à Meudon.
- Blanchetais ont pu avec cet' appareillage obtenir des températures de l’ordre de 3 200 à 3 33o° C. Ils ont pu volatiliser du graphite, fondre de l’alumine, de l’oxyde de chrome, de la chaux, de la glucine, de la magnésie, de la zircone et même de la thorine.
- Une communication récente de ces auteurs à l’Académie des Sciences (ier décembre 194?) annonce qu’ils sont parvenus à la synthèse du bioxyde d’azote et par suite à celle de l’acide nitrique par union directe de l’azote et de l’oxygène de l’air. La teneur en oxydes d’azote des gaz qu’ils ont traités est comparable à celle que l’on obtient par les procédés à l’arc électrique. Ils spécifient que le rendement énergétique de l’opération, encore faible dans ces premiers essais, semble pouvoir être considérablement amélioré.
- Les applications qui ont été faites depuis longtemps pour transformer l’énergie solaire en énergie mécanique ou thermique, se sont toujours heurtées à un obstacle capital : le faible rendement du cycle thermique d’une machine à vapeur, même à haute pression. La concentration du rayonnement
- Fig. 2. — Houppes de graphite distillé.
- Fig. 3. — Thorine fondue au four solaire.
- solaire, en un point par l’emploi d’un miroir, permet par contre d’obtenir de très hautes températures. L’augmentation des dimensions du miroir récepteur fournit une source beaucoup plus chaude ou étendue sur une surface notable, et donne un moyen de traiter ou de préparer, en l’absence de tout combustible, des corps divers, métaux, oxydes très réfractaires, dont certains sont susceptibles d’une utilisation pratique.
- L. P.
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- LE FORAGE THERMIQUE DES ROCHES ET DU BETOH
- Principe du forage thermique.
- Le procédé dit d’oxycoupage des métaux est appliqué couramment depuis une vingtaine d’années ; il a reçu de nombreuses applications et dans les cas les plus difficiles, car il est d’un emploi très commode ; il fournit des coupures franches et à arêtes vives et il est très économique.
- Le. principe fondamental du forage thermique est le même que celui de l’oxycoupage, savoir : utilisation de la chaleur considérable que dégage la combustion vive d’un métal, ici le fer, mais il s’applique non pas au découpage des métaux, mais à celui des roches et des maçonneries, notamment celle du béton, armé ou non.
- Il utilise aussi une autre propriété du fer, celle que possède son oxyde fondu, produit de sa combustion vive, de se combiner à la roche ou à la maçonnerie pour former avec elle une scorie bien plus fusible que l’oxyde de fer et qui est éliminée facilement du matériau à mesure qu’elle se forme.
- Les applications du forage thermique sont beaucoup plus nombreuses et variées que celles de l’oxycoupage. De plus, le procédé est d’une très grande souplesse, ce qui a permis, et permettra sans aucun doute, de résoudre des problèmes t echniques qui étaient considérés jusqu’à présent comme absolument impossibles ou qui eussent été trop onéreux si on avait eu recours à tout autre procédé.
- Si on dirige la flamme d’un chalumeau oxyacé-tylénique à l’intérieur d’un tube d’acier doux jusqu’à ce que l’extrémité du tube par où sort la flamme soit portée au rouge, et si, alors, on coupe l’arrivée de l’acétylène, le fer brûle à cette extrémité et la surface intérieure du tube se recouvre d’une couche d’oxyde do fer Fe304 (oxyde des battitures et des croûtes de laminage). Cette combustion vive du fer dans l’oxygène cesse bientôt car, si la quantité de chaleur dégagée par cette combustion est très grande, dans ces conditions il ne se brûle qu’une petite quantité de fer, et la chaleur se dissipe assez vite par rayonnement et conductibilité.
- Il en est tout autrement si le tube est rempli de fils de fer : ils brûlent aussi, et, si la vitesse et la pression du courant d’oxygène sont suffisantes, il se forme à la sortie du tube un jet de fines gouttelettes incandescentes d’oxyde de fer fondu.
- Si maintenant on appuie l’extrémité chaude du tube contre une roche silicatée, les gouttelettes, violemment projetées, pénètrent dans les pores ou les fissures de la roche et forment avec ses
- silicates alcalino-terreux un polysilicate très fusible et plus ou moins fluide. C’est un véritable laitier. Le tube d’acier pénètre alors dans la roche à mesure que son extrémité et les fils de fer brûlent et il y fore un trou (fig. 1) si on appuie le tube contre la roche, à mesure qu’il se raccourcit. En même temps que le tube diminue de longueur, le polysilicate fondu est refoulé dans l’espace annulaire compris entre le trou foré et le tube.
- Tel est le principe du forage thermique. Il est le même que celui du débouchage du trou de coulée des fours métallurgiques
- qu’on a fermé avec un tampon d’argile sur lequel on appuie une barre dont l’extrémité a été chauffée au rouge. L’application du procédé au forage a été mise au point par la Société L’Air Liquide, non pas tant pour forer les roches et les pierres natu relies que pour forer des trous dans les maçonneries de béton'ou de brique. En effet, ces matériaux s’y prêtent très bien car ils renferment les éléments nécessaires à la formation d’un polysilicate fusible.
- Outillage employé.
- On voit immédiatement les avantages que présente ce procédé sur le forage mécanique s’il s’agit de trous de mines, notamment pour les travaux au rocher, en tunnel ou en galerie. En effet, les perforatrices pneumatiques — ce sont les plus employées — sont des machines lourdes et encombrantes qui doivent être amenées sur le front d’attaque puis en être éloignées pour le tirage des mines ; leur fonctionnement exige une double canalisation, une, d’air comprimé, moteur, et une autre d’eau, celle-ci pour abattre les poussières et ainsi prévenir la silicose chez les ouvriers, ce qui, d'ailleurs, ne les dispense pas toujours de porter un masque respiratoire. Enfin, il faut réaffûter fréquemment les fleurets ou les remplacer en cours de travail s’ils se sont brisés ; d’où une perte de temps.
- Si on recourt au forage thermique, le matériel à déplacer se réduit au chalumeau, à un porte-tube léger, à des bouteilles d’oxygène comprimé et à un manodétendeur, le tout peu encombrant et très maniable. Cependant, l’expérience a enseigné que trois bouteilles d’oxygène sont nécessaires car la détente rapide d’une grande quantité d’oxygène, indispensable pour assurer un débit suffisant, s’accompagne d’un dégagement de froid intense qui peut provoquer. le givrage du détendeur et des robinets, d’où un arrêt du fonctionnement. Pour l’éviter, on dispose les trois bouteilles côte à côte sur un support et on puise dans; chacune d’elles à tour de rôle (fig. 3).
- Fig. 1. — Forage thermique d’une colonne de béton en vue de sa démolition
- par explosif.
- On voit couler le laitier qui est un polysilicate.
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- Pour forer un trou profond, ce qui consomme plusieurs tubes, on les visse bout à bout l’un sur l’autre quand celui qui est en avant arrive à la fin de sa longueur.
- Tout d’abord, pour prémunir l’ouvrier qui dirige le tube en combustion contre les brûlures par les gouttelettes de laitier qui giclent entre le tube et le béton, on lui fit revêtir une combinaison en tissu d’amiante. Depuis, on a reconnu qu’il était plus simple de placer un écran mince en tôle d’acier ondulée à 50 cm du forage (fig. 4), et il suffit que l’ouvrier porte des gants d’amiante. La combinaison n’est nécessaire que s’il s’agit de trous borgnes très profonds et qui ne peuvent être forés de bas en haut car alors il faut donner à l’oxygène une plus forte pression pour que le laitier soit refoulé hors du trou.
- Le forage thermique est beaucoup plus rapide et coûte moins cher que le forage mécanique. La dureté du matériau à forer importe peu. Dans le béton, on peut compter sur une vitesse de perforation de 15 cm par minute. On emploie des tubes à gaz du commerce de 12/17 mm, 15/21 mm ou de 21/27 mm, exceptionnellement de 26/33 mm, d’une longueur comprise entre 0,90 et 3 m. Les fils de fer qu’on y bourre, de préférence en hélice allongée en laissant un vide dans l’axe du tube pour faciliter le passage de l’oxygène, ont un diamètre de 2 à 4 mm. Leur diamètre doit être choisi de façon qu’ils brûlent à la même vitesse que le tube.
- Pour forer un trou de 1,00 m de profondeur et de 50 mm de diamètre, ce qui dure 11 min, on consomme 7 m de tubes et 7 500 1 d’oxygène. La pression de l’oxygène à l’entrée du tube doit être d’au moins 5 kg/cm2, mais doit pouvoir être doublée dans le cas des trous borgnes profonds. Seule la moitié de l’oxygène consommé sert au forage proprement dit, l’autre moitié, grâce à sa plus grande pression, ne sert qu’à évacuer le laitier.
- L’emploi du porte-tube assure le parallélisme quand on doit forer des trous parallèles, par exemple pour découper des blocs comme à Bréntford. Enfin, on peut forer sous l’eau : un aide allume le premier tube, le passe à un scaphandrier, puis, lé cas échéant, lui en passe d’autres à visser sur le précédent. On peut aussi allumer sous l’eau en disposant.un détonateur à la tête du tube : on le frappe contre le matériau à forer. Le forage thermique sous l’eau a été employé avec succès pour démo-
- Figr. 2 à 4. — Destruction d’un abri allemand.
- 2. On voit le tube de forage et la coulée de laitier encore incandescent. — 3. Au premier plan, la batterie des trois cylindres d’oxygène. — 4. Attaque en séton de la partie de l’abri on encorbellement (l’ouvrier est protégé par une tôle ondulée).
- (Photos de la Société L’Air liquide).
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- lir des ouvrages de la base navale de Kiel en Allemagne, pour briser une dalle en béton de 240 m2 de la nouvelle écluse du port dé Dunkerque, pour réparer le canal Albert et les écluses d’Oolen sur ce canal, en Belgique.
- Roches justiciables du procédé.
- Il va de soi que des roches qui, comme la craie, le marbre et certaines roches calcaires, ne renferment pas de silicates ou de silice, ne se prêtent pas au forage thermique et que, au contraire, celles qui en renferment ainsi qu’un petit excès de silice sont celles qui s’y prêtent le mieux. C’est très fréquemment le cas. Les roches formées uniquement de silice ne s’y prêtent pas du tout car la silice est très réfractaire. Cependant, on peut réussir à percer les roches sans silice aucune en introduisant dans le tube un sable siliceux lin : il est projeté en même temps que les gouttelettes d'oxyde de fer.
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- Le béton se prête admirablement an forage thermique malgré les agrégats gros et durs qu’il renferme et sur lesquels le fleuret des perforatrices s’émousse ou se brise. Les armatures, dans le cas du béton armé, ne gênent pas non plus : elles brûlent comme dans l’oxycoupage ; elles contribuent même à la formation d’un laitier plus fusible.
- Application au béton et à Vexploitation des mines et des carrières.
- Récemment à Brentford (Angleterre), on a entrepris le forage des poutraisons d’un radier et d’un grand plancher en place dans lesquels, pour les renforcer, on voulait loger des poutres en béton à armure précontrainte. Leur accès était extrêmement difficile èt on manquait du recul nécessaire pour pouvoir utiliser une perforatrice pneumatique ; or il fallait percer de part en part dans un cas 1,80 m de béton armé, et dans l’autre 3 m. Le forage thermique a parfaitement résolu le problème.
- Il est probable que par ce procédé on pourra démolir facilement et à peu de frais certains ouvrages en béton armé du mur
- de l’Atlantique construit par les Allemands. On l’a déjà fait avec succès en Belgique, au Havre et à Saint-Nazaire pour les abris dont le toit et les murs avaient plus d’un mètre d’épaisseur.
- Depuis 1946,, le procédé est en usage dans plusieurs carrières pour forer des trous de mines : carrières de marbre à Dieuport et de grès à Martinrive en Belgique, de grès associé à des schistes en Grande-Bretagne. On s’en est aussi servi en vue de renforcer, au moyen d'injections de ciment, les piles du viaduc de Shepton-Mallet en Angleterre, et celles du viaduc de Rémory en Belgique.
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- Les exemples d’application que nous avons cités font ressortir la grande souplesse du nouveau procédé. II n’est pas douteux qu’un contre-maître ou un bon ouvrier, ingénieux et initié — cette initiation ne demande que quelques heures — s’il est appelé à résoudre un problème du genre de ceux qui ont été résolus, trouvera facilement le moyen d’adapter le procédé dans les cas les plus nouveaux et les plus difficiles.
- R. L.
- EN MARGE DE LA GUERRE DES ONDES
- Au cours des dernières campagnes les belligérants mirent en service une multitude d’engins basés sur la radio-électricité.
- Nous connaissons tous à l’heure actuelle ces réalisations vulgarisées par la presse, la photo et le cinéma, telles que le radar, les bombes radio-guidées et télécommandées, les fusées de « proximité », etc.... Citons également la guerre morale par la voie des ondes : la propagande et son antidote : le brouillage.
- Toutes ces innovations nous habituèrent peu à peu au terme nouveau de « Guerre des ondes ».
- Mais il est un point particulier de cette guerre spéciale que le public ignore encore à présent.
- Les habitants des grandes villes de France se souviennent des heures bénies de la libération, alors que l’occupant fuyait en laissant tout son matériel sur le terrain. Plusieurs jours après, quand la vie reprenait son cours normal dans la cité, des explosions énormes détruisaient les bâtiments publics et replongeaient les villes dans la terreur. L’ennemi avait laissé derrière lui des édifices minés avec dispositifs à retardement tels l’allumeur mécanique allemand J. Feder 5o4, semblable à un réveil, ou le « crayon piège » anglais ou américain à acide.
- Les Russes firent mieux, si l’on peut dire, et ceci contre les Allemands qui poursuivaient leur ruée vers l’Est.
- Ils mirent en service un allumeur radio à distance : l’appareil F.io.
- L'appareil F. 10.
- Cet allumeur était utilisé pour détruire les ouvrages d’art, les bâtiments occupés par l’ennemi et les installations capitales abandonnées au cours de la retraite.
- C’est un poste récepteur particulier de forme cubique, pesant 35 kg. Son antenne a 3o m. de longueur.
- Il est branché électriquement sur une ou plusieurs charges explosives. Un type particulier, du modèle Bis, peut mettre en œuvre 36 charges à la fois. Les différents puits de mines sont placés à une cinquantaine de mètres du récepteur de com-
- mande, ou beaucoup plus loin si l’on adjoint un appareil complémentaire d’ébranlement BEREDO (fig. 2).
- Tout l’ensemble est enterré jusqu’à 3 m de profondeur, le récepteur étant emballé dans un sac de caoutchouc et soigneusement camouflé.
- Les charges peuvent être mises sous terre ou même noyées dans des murs de fondations.
- L’antenne est cachée aussi bien sous terre, ou dans le ciment, que sous l’eau, à des profondeurs variant entre 5 cm et 1,20 m.
- Généralement le dispositif de commande comporte un système contre l’enlèvement, sorte de piège explosif fonetion-
- SALMA
- BEREDO
- Fig. 2.
- Fig. 1.
- Fig. 1 à 3. — Schéma général de l’ensemble émetteur-récepteur F. 10,
- avec ses différents types de montage.
- nant au soulèvement de l’appareil e.t un allumeur à retardement mécanique prévu pour détruire le récepteur afin qu’il ne tombe pas entre les mains de l’ennemi en cas de non fonctionnement.
- L’appareil récepteur F. 10 comporte un étage amplificateur de réception des signaux et un appareil A d’interprétation réglé pour fermer le circuit de tension de mise de feu à un signal de commande déterminé (fig. 1).
- Le récepteur F.10 est alimenté par des piles fournissant les tensions de chauffage (minima 12 V) et dé plaqué (minima g5
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- Ces piles sont économisées grâce à un mouvement d’horlogerie qui ne permet la réception que pendant io à i5 s. toutes les 5 mn. Ce réglage est variable et dans le cas cité le chauffage intermittent étend la durée de fonctionnement à 4o jours.
- Station d'émission.
- La station émettrice comporte un appareil émetteur normal utilisé par les troupes russes, du type Waggon, Raf ou Rus, ayant des portées variant entre 5oo et 5o kilomètres. Cet appareil est réglé avec précision sur la longueur d’onde du récepteur F.io à l’aide d’un stabilisateur de fréquence Woswol. Un amplificateur Salma, amplifiant les signaux émis par l’appareil U, se charge de les acheminer sur l’émetteur par diffusion.
- Lorsqu’on désire provoquer l’explosion dans la ville ennemie, la station d’émission envoie une série d’impulsions de mise de feu sur différentes longueurs d’ondes, sous forme de fréquence musicale, pendant un temps plus ou moins long.
- Les signaux s’effectuent à 4 s. d’intervalle. Si, par exemple, le récepteur est réglé en chauffage intermittent avec interruption de 5 mn, l’émission de « puis » devra durer io mn.
- L’antenne du récepteur F.io reçoit les signaux de commande de feu, les amplifie et l’appareil A les interprète. Lorsque les signaux correspondent exactement au chiffre de réglage de l’appareil « A », trois pulsations sont enregistrées. La troisième provoque le déclenchement de l’allumeur F.io, la tension est mise aux détonateurs et les charges explosent.
- Lutte des Allemands contre l'allumeur F. 10.
- La Wermacht subit de grosses pertes et surtout une atteinte morale considérable à la suite des destructions systématiques provoquées par ce nouvel engin, jusqu’au jour où le mystère fut éclairci par la capture de 3 types de récepteurs intacts.
- La lutte fut engagée. Tout d’abord les Allemands utilisèrent des appareils d’écoute, le récepteur F.io produisant un bruit d’horlogerie perceptible à l’oreille jusqu’à 3o cm à travers un mur.
- Ce détecteur de bruits, construit par Elektro Akustik était capable de déceler le simple tic-tac jusqu’à 6 m. dans du ciment. Mais ce travail s’avérait très long et surtout très dangereux pour les équipes, le poste émetteur russe pouvant produire ses signaux d’une minute à l’autre. L’engin détecté, il fallait aussitôt trouver son antenne afin de la couper le plus près possible du récepteur, débrancher les charges, arrêter le mécanisme d’horlogerie de l’allumeur de destruction retardée, et se méfier de pièges éventuels à traction ou à soulèvement. Inutile de dire que tout ce processus exigeait du spécialiste une force de caractère peu commune.
- De plus, il fallait agir vite, c’est-à-dire pendant l’investissement même de la ville par les troupes de choc.
- Le problème fut résolu d’autre manière :
- i° Par provocation de la mise de feu, avant que les troupes amies ne puissent en subir les effets. Il fallait pour cela connaître déjà la fréquence de réception. Ce résultat pouvait s’obtenir par émission d’une fréquence musicale à variation périodique de champ étendu. Malheureusement, si le personnel était sauvé, les installations capturées étaient sacrifiées.
- 2° Par annulation de la mise de feu à l’aide du brouillage.
- Les Allemands saturaient la réception du F.io en émettant une onde porteuse non modulée de fréquence voisine de celle de l’émetteur ennemi, contrariant ainsi le commandement de mise de feu.
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- Selon les Allemands, il aurait été nécessaire, pour neutraliser entièrement un secteur de 6 km de rayon, de mettre en service 18 émetteurs de brouillage de ioo W fonctionnant pendant 2 mois.
- Cette mise en œuvre était trop considérable pour être réalisée.
- Organisation d'un centre brouilleur.
- La solution adoptée fut la suivante : 20 récepteurs étaient groupés dans un local et dotés chacun d’une gamme d’onde particulière de 25 Kc environ. Bien entendu l’attention était plus particulière sur les gammes des appareils ennemis déjà capturés.
- Ce service d’écoute permanente s’efforçait de capter le signal de mise de feu ennemi. Dès réception de celui-ci, la longueur d’onde correspondante en était indiquée au centre de brouillage. Ce dernier, composé de 4 émetteurs de 100 W, dont 2 en marche permanente, et d’un émetteur de i,5 kW, déclenchait aussitôt le brouillage sur cette même longueur d’onde. Cette opération durait jusqu’au moment où le poste russe cessait les émissions.
- Les Russes émirent alors avec une telle force qu’il fallut utiliser l’émetteur de brouillage de i,5 kW, et pour les ondes au-dessus de 600 Kc, deux émetteurs de xoo W montés en parallèle.
- Cette lutte sournoise nécessitant 2 officiers, xo sous-officiers et 5o hommes de troupe est un exemple de plus de la guerre nouvelle et terrible où celui qui l’emporte n’est pas le plus fort, mais le plus patient, le plus acharné et le plus « technique ».
- Pierson.
- Électricité statique.
- Un été exceptionnellement chaud, responsable d’une atmosphère anormalement sèche, a fait apparaître en quantité les phénomènes d’électrisation.
- Toute une série d’appareils industriels deviennent ainsi, en certaines de leurs parties, de véritables machines à produire de l’électricité statique.
- Les courroies en caoutchouc ou en balata se mettent en charge et on peut en tirer des étincelles. Les wagonnets montés sur roues en caoutchouc qui circulent dans les magasins peuvent aussi prendre une charge électrique.
- L’association de matériaux de nature différente et en marche continue, par exemple le dépôt d’un film de vernis sur un tissu, pour la fabrication de toiles cirées, est générateur d’électricité statique.
- La circulation de certains liquides dans des canalisations ou dans des réservoirs peut aussi engendrer des différences de potentiel, même' le simple fait de plonger une étoffe dans un solvant, de la retirer, puis de la plonger alternativement dans le liquide pour la rincer, développe de l’électricité.
- Le séchage de matériaux en bandes, dans la fabrication, du papier, par exemple, est générateur de production d’électricité statique ; dans les régions très sèches, on dispose sur la feuille qui se déroule, un peigne métallique dont les pointes dirigées vers le haut font écouler à la manière des paratonnerres les charges électriques.
- Le transport de fibres ou de poussières par des ventilateurs dans des canalisations, charge électriquement fibres ou particules.
- Ces charges électriques génératrices d’étincelles sont parfois à la base de graves sinistres, dans les usines travaillant le coton, dans des minoteries, teintureries, etc.
- Des appareillages spéciaux ont été établis pour détecter les différences de potentiel qui peuvent se produire, notamment sous les climats très secs, et prendre les dispositions nécessaires, d’ailleurs fort simples, poixr les neutraliser.
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- = Les recherches de phytopathologie à Madagascar -
- En 1928, le gouverneur général Olivier créait à Madagascar un laboratoire de phytopathologie (fig. 1) chargé de l’inspection des cultures et de l’étude des maladies des plantes. Le nouvel organisme était installé dans les bâtiments de l’Institut Pasteur qui groupait alors tous les services de recherche scientifique.
- L’étude des maladies des plantes était à ce moment une science nouvelle pour la Colonie. Le spécialiste à qui fut confiée la direction du laboratoire, M. Bouriquet, sut rassembler une documentation considérable, constituer un herbier pathologique important, et bientôt les colons commençaient une lutte efficace contre les cryptogames qui attaquent leurs plantations. On sait combien nombreuses sont les épiphyties qui sévissent sur les plantes de grande culture et quelle lutte sévère doit être menée contre elles si l’on veut améliorer la qualité de la production ou même plus simplement maintenir celle-ci. Aussi nous a-t-il semblé intéressant de faire connaître, en les extrayant d’un important ouvrage récemment publié par M. Bouriquet (1), quelques-unes des plus graves maladies qui attaquent les plantes introduites dans l’île.
- C’est un total d’environ 220 maladies qui a déjà été décelé sur les diverses espèces cultivées à Madagascar : plantes indus-
- 1. G. Bouriquet. Les maladies des plantes cultivées à Madagascar, 1 vol.,
- 48 planches. Paris, Lechevalier, 1946.
- Figr. 1. — Une des salles du laboratoire de phytopathologie de Tananarive.
- Irielles, arbres fruitiers, plantes potagères ou ornementales. Dans cet ensemble impressionnant, le Caféier arrive en tête avec 24 ennemis. Viennent ensuite, ex æquo si l’on peut dire, le Manioc et le Vanillier (i3), la Canne à sucre et la Vigne (n), l’Arachide (7), etc. A la vérité, tous les végétaux cultivés sont victimes de parasites plus ou moins nuisibles, et ceux-ci ont déjà été reconnus sur 55 espèces.
- De toutes les maladies qui attaquent le Caféier, la Rouille ou Hemileia vastatrix (fig. 2 et 3) est de beaucoup la plus grave, surtout si l’on songe à l’importance de cette culture. Alors que les exportations n’étaient que de 1 200 t en 1920, elles dépassaient 33 000 t en 1938, dernière année normale avant-guerre. C’est vers 1872 que le parasite aurait été introduit dans l’île. Les taches orangées produites sur les feuilles par les spores du champignon brunissent peu à peu; puis les feuilles tombent, les fruits se forment mal, demeurent chétifs ou se flétrissent; souvent l’arbuste meurt. C’est en avril-mai que la maladie atteint son maximum sur la côte orientale. Aucune des variétés introduites à Madagascar n’est absolument réfractaire, mais certaines, telles que le Kouilou, le Robusta ou le Con-gensis marquent une meilleure résistance; aussi a-t-on tendance à les adopter de plus en plus en remplacement de l’ancien Coffea arabica, primitivement cultivé.
- h1 Hemileia n’est heureusement pas un fléau invincible et les sulfatages ont prouvé leur efficacité. En 1938, les pulvérisations cupriques ont porté sur i5o 000 pieds environ.
- La Maladie des yeux bruns ou Cercospora coffei-cola se caractérise par des taches brunes sur les deux faces du limbe de la feuille. Sans être aussi grave que la précédente, elle gêne le développement de l’arbuste; elle se traite comme la Rouille. L’An-thracnose ou Colletotrichum cofjeanum, a été observée en 1936 par M. Bouriquet sur des plants de l’Itasy; la forme conidienne attaque les feuilles sur lesquelles elle s’étale en grandes taches. Les Fuma-gincs aussi comptent parmi les maladies fréquentes; elles recouvrent les feuilles d’une poussière noire ayant l’aspect de la suie, et coïncident presque toujours avec des attaques de cochenilles. Signalons enfin divers Pourridiés et une maladie vermiculaire due à VHeterodera Marioni qui sévit sur la côte Est mais sans compromettre réellement l’avenir de la plante.
- La culture du Vanillier a pris un développement
- Figr. 2 et 3. — La rouille du caféier : Hemileia vastatrix.
- A gauche, une feuille atteinte ; à droite, le mycélium, les suçoirs et les spores du champignon à travers la feuille.
- (<Clichés Bouriquet).
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- Fig. 4 à 7. — Quelques maladies des plantes de Madagascar.
- (Clichés Botjmquet).
- 4. Leptosphaeria sacchari, maladie des taches rondes de la canne à sucre. — S. Mosaïque du manioc. — S. Erysiphe cichoracearum, oïdium du tabac. — 7. Sclerotium Rotfsii,
- pourridié de l’arachide. j
- considérable; en 1929, les exportations de gousses dépassaient 1 000 t, chiffre supérieur à la ccnsomma-tion mondiale; depuis cette date, la production a diminué, tout- en conservant sur les marchés une place prépondérante. Cette précieuse orchidée se reproduit par bouturage, mais les recherches poursuivies à Tananarive par M. Bouriquet, lui ont déjà permis d’obtenir des plants par germination des graines, en procédant par la méthode asymbiotique (x)
- If règne encore une certaine incertitude sur les maladies de cette plante qui est souvent cultivée, il faut le dire, avec quelque empirisme. L’Anthracnose apparaît sur les feuilles, les tiges et quelquefois les fruits; elle se caractérise par des taches d’abord, jaunâtres puis brunâtres et ses dégâts peuvent être importants; plusieurs organismes peuvent ,1a provoquer, dont le plus fréquent est apparenté au Glomerella vanillæ reconnu à Ceylan. Il semble que ce champi-, gnon soit un parasite de faiblesse ou de blessure; aussi le traitement consiste-t-il surtout en mesures d’hygiène et de prophylaxie, accompagnées de destruction radicale des organes atteints.
- Le Nectria vanillæ se porte sur les tiges qui brunissent et se rident; cette maladie est très répandue; on ne peut lutter contre elle qu’en supprimant les tiges à partir de la portion touchée. Le Mildiou ou Phylophtora jatrophæ se localise, au contraire, sur les fruits avant leur maturité; il porte le nom de Pourriture noire à l’île de La Réunion; les parties lésées prennent une couleur brun chocolat et se couvrent souvent d’une légère efflorescence blanche; cette affection est grave, les gousses malades perdent leur turgescence et se détachent facilement de la griffe. Il est possible qu’elle soit propagée par les Pignons d’Inde qui servent de support aux lianes, et les bouillies cupriques peuvent être utilisées contre elle. Une Fusariose a été observée dès 1929 dans la région de Mananjary, sur les racines; elle est produite par le Fusariam batatatis var. vanillæ ; elle se marque par une pourriture qui débute dans le sol, puis gagne la partie aérienne des racines adventives; elle est favorisée par l’humidité et sans doute aussi par l’acidité du sol. On la combat par la désinfection locale de la terre au moyen de solutions très diluées de formol, et par des apports de chaux qui diminuent l’acidité du sol.
- La Canne à sucre occupe des territoires étendus dans les régions de Tamatave et du Sambirano, ainsi que dans l’île de Nosy Bé. Si l’on considère que, dans le monde entier, il n’a pas été trouvé moins de 179 espèces de champignons parasites ou saprophytes, on doit estimer que Madagascar, avec 11 espèces nuisibles seulement, est assez privilégié.
- La Mosaïque, qui se signale par des taches, claires et allongées sur les feuilles et qui entraîne une réduction de la taille de la planté avec altération des tissus, n’a encore envahi que les îles Comores qui dépendent de Madagascar et l’île de La Réunion; mais il est probable, malgré les mesures administratives de protection, qu’elle y fera tôt ou tard son apparition. On sait qu’on ne peut lutter contre elle que par la destruction des plants atteints et par l’introduction de variétés plus résistantes, que l’on s’efforce actuellement de propager dans la Grande Ile.
- La Maladie des taches rondes, par contre, est fréquente. Due
- 1. G. BorniQuiîT et P. Boiteau. Germination asymbiotique des graines de vanillier. Bull. Acad, malg., nouvelle série, t. 20, Tananarive, 1937. Ces recherches ont établi la fertilité des graines ; il reste à mettre au point là technique de multiplication.
- au Leptosphæria sacchari (fig. 4), elle est marquée sur les feuilles par de petites taches décolorées bien visibles par transparence; ses dégâts ne sont que de médiocre ampleur. Le Charbon (Ustilago scitaminea) arrête dans son développement la tige qui reste grêle; à l’extrémité de la canne atteinte apparaît un long entrenœud recourbé et couvert de spores noires; il attaque de préférence le Saccharum sponlaneum et diminue fortement sa teneur en sucre. Il a été observé pour la première fois à Nosy Bé en 1935. Un Pourridié enfin se rencontre dans les cultures, créant des sortes de zones dans lesquelles le développement de la Canne est arrêté; on ne peut guère lutter contre lui qu’en diminuant l’excès d’eau du sol par le drainage et l’enrichissement de la terre à l’aide d’engrais.
- Le Manioc est atteint, assez souvent par une Mosaïque (fig. 5) qui fait naître des plages vert foncé et jaunâtres sur les feuilles dont les lobes se crispent. Cette affection qui peut détruire totalement certaines plantations, a des causes mal définies, mais son
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- caractère infectieux est évident, et il est normal de songer à un insecte vecteur, sans doute un Aleurode. On ne peut guère l’écarter que par la multiplication de variétés résistantes. Le Feu du Manioc est provoqué par une Bactérie que M. Bouriquet a décrite sous le nom de Bacterium Robici; de nombreuses macules apparaissent sur les feuilles qui se dessèchent. Le Manioc est aussi l’objet, des atteintes du Cercospora cassavæ qui perfore les lobes des feuilles, et d’un Pourridié dû au Phæolus manihotis; ce dernier peut provoquer de grosses pertes dans les plantations envahies.
- D’introduction très ancienne, le Tabac n’est atteint que par des maladies qui n’en compromettent pas la culture, du moins jusqu’à ce jour. L’Oïdium, provoqué par VErysiphe cichoracea-rum (fig. 6), assez fréquent, se reconnaît facilement aux taches blanches et pulvérulentes de la face supérieure des feuilles; le même parasite se rencontre d’ailleurs sur diverses autres familles : Borraginées, Composées, etc. Il est favorisé par l’excès d’humidité; des pulvérisations de soufre permettent de le faire disparaître. L’Alternaria tabacina produit des taches marron sur
- o_______<s_____sof.
- Fig. 8. — Uromyces appendiculatus, rouille du haricot.
- 1, feuille attaquée (grandeur naturelle) ; 2, urêdospores (x 15) ; 3, téleutospores ; 4, urêdospores.
- (Cliché Bouriquet).
- le limbe des feuilles; sa présence les déprécie au point de vue commercial. Une Mosaïque, reconnaissable à la juxtaposition sur les feuilles de plages de verts différents, semble causée par un virus filtrant; elle réduit le limbe dont la combustibilité detuent défectueuse. Une seconde forme de virus filtrant, connue à Java sous le nom de Krœpœk, existe aussi à Madagascar; elle occasionne encore une diminution de la feuille et parfois même la stérilité de la fleur. On ne peut les combattre que par l’élimination des plants atteints.
- La vigne, qui existait à Madagascar dès avant le xvne siècle,
- et dont la culture est développée sur les Hauts Plateaux, connaît comme en Europe le Mildiou, l’Oïdium et l’Anthracnose. Diverses autres cryptogames l’attaquent encore, le Pestalozzia uvicola, déjà reconnu en Europe et au Brésil et qui marque de taches fauves les feuilles et les grains ; le Cyphella punctifor-mîs reconnu dans l’Itasy en xg34, etc. Elle est aussi sujette à des affections non parasitaires, la Chlorose qui se manifeste par un jaunissement des feuilles, le Rougeot ou Maladie bronzée
- Fig. 9. — Alternaria solani, maladie des taches brunes de la pomme de terre.
- 1, feuille attaquée ; 2, conidie ; 3, conidie germant.
- qui, au contraire, leur donne une teinte pourpre due à l’antho-cyanine et contre laquelle les sels de potasse sont efficaces; enfin la Subérose qui fait apparaître des cicatrices sur les grains.
- Dans les régions du lac Alaotra et de l’Itasy, l’Arachide trouve de bonnes conditions de développement, mais cette Légumi-neuse, surtout consommée sur place, est encore peu exportée. La principale affection qui l’attaque est la Rosette; elle rabougrit la plante en déformant les feuilles qui montrent des parties tantôt vert sombre tantôt jaunâtres. Les exemplaires malades sont souvent groupés en taches arrondies et la récolte est nulle si l’attaque a été précoce.
- Cette grave maladie, qui résulte sans doute d’un virus filtrant, est d’ailleurs très répandue dans le monde; il est possible qu’elle soit en rapport avec la présence d’un puceron. Comme moyens de défense, on ne peut guère que préconiser l’emploi de variétés résistantes et la destruction complète des pieds après la récolte.
- La Maladie des taches brunes est causée par le Cercospora personata qui constelle les folioles de petites macules arrondies mais n’est pas très dangereuse; on peut la combattre par des pulvérisations cupriques. Un Pourridié de la base de la plante est produit par le Sclerotium Rolfsii (fig. 7); en période humide, le mal peut atteindre les fruits et diminuer la production d’une façon notable. On connaît aussi l’existence d’une Pourriture bactérienne qui flétrit brutalement la touffe entière.
- Les plantes qui viennent d’être énumérées représentent celles possédant le plus grand nombre d’ennemis cryptogamiques, mais ces parasites s’en prennent, comme nous l’avons dit, à bien d’autres espèces cultivées.
- Le Giroflier est victime d’une Anthracnose spéciale due au Mycosphærella caryophillata découvert par G. Bouriquet et R. Heim et qui ponctue les feuilles de taches l’osâtres ou rous-sâtres; d’une Fumagine contre laquelle on emploie des émulsions de savon-pétrole ou des bouillies sulfocalciques ; enfin d’une singulière maladie à caractère apoplectique qui tue l’arbre en quelques semaines mais ne sévit heureusement que d’une façon sporadique.
- Le Cacaoyer de la côte orientale peut être atteint du Chancre des rameaux (Calonectria rigidiuscula) qui peut entraîner la mort
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- des branches. Le Thyridaria tarda marbre de taches foncées les cabosses qui prennent un aspect chagriné; les pertes qu’il entraîne peuvent être importantes et on ne connaît pas de variétés réellement résistantes.
- Le Riz, qui constitue avec le Manioc la base de l’alimentation malgache, ne possède que des champignons parasites assez peu dangereux.
- On signalera cependant une sorte de Charbon provoqué par VUsülaginoidea virens qui attaque les glumes, un Fusarium sp. qui dessèche les tiges, et enfin une Acariose entraînant une malformation des paniculcs.
- Parmi les plantes potagères, le Haricot ordinaire (Phaseo-lus vulgaris) peut être victime d’une Rouille (Uromyces appen-diculatus) (fig. 8), d’une Anthracnose, d’un Pourridié, etc. La Pomme de terre connaît la Maladie des taches brunes due à VAlternaria solani (fig. 9), la Flétrissure provoquée par une Bactérie, la Gale poudreuse, la Pourriture blanche, etc.
- En 1941, enfin, le Directeur du Laboratoire de phytopatho-logie constatait, pour la première fois sur cette Solanée, des cas de Mosaïque qui paraissaient résulter d’une introduction massive de tubercules faite en mai 1940 sans précautions suffisantes.
- —- :... : ' : — 111 =... =
- Tout ce qui précède ne représente que quelques-unes des affections parasitaires contre lesquelles ont à lutter les planteurs de Madagascar.
- Maladies d’autant plus variées que les végétaux inférieurs trouvent dans l’atmosphère à degré hygrométrique élevé un milieu idéal à leur pullulation, et qu’une partie des espèces sur lesquelles ils se portent (vigne, pêcher, légumes, etc.) est originaire des pays tempérés et peut se trouver, de ce fait, en état de moindre résistance.
- Tous les micromycètes qui intéressent le plus l’agriculture commencent maintenant à être bien connus et l’on voit combien est devenu considérable le rôle du Laboratoire.
- L’importance de l’aide qu’il apporte aux colons n’a pas besoin d’être soulignée; quant aux Malgaches, il contribue à faire leur instruction agricole en leur apprenant la nécessité de surveiller leurs plantations et de combattre les parasites de tous ordres, suivant des procédés méthodiques, au lieu de se contenter, comme autrefois, des faciles solutions de paresse ou d’indifférence.
- Raymond Decary,
- de l’Académie des Sciences coloniales.
- Le crocodile, reptile sanguinaire
- Dans son livre Les bêtes sauvages de la Zambésie f1), auquel nous empruntons la matière de cet article, le grand chasseur anglais R. C. F. Maugham qualifie le crocodile de « tache hideuse de la création ». Évidemment, l’épithète n’est guère flatteuse, mais il faut bien reconnaître que ce reptile est on ne peut plus antipathique.
- Son aspect est repoussant. Nul besoin de le décrire ! Indiquons seulement que le crocodile peut atteindre jusqu’à G m de long et plus de 2 m de circonférence. Sa tête, deux fois plus longue que large, « en forme de cercueil », écrit R. C. F. Maugham, est constituée principalement par deux énormes mâchoires garnies de G8 dents ; les dents de la mâchoire supérieure s’emboîtent entre les dents de la mâchoire inférieure, de telle sorte que le reptile ne peut s’en servir pour mastiquer, mais seulement pour happer sa proie et la déchirer en morceaux.
- Les dents sont remarquables à deux points de vue : d’abord, la mâchoire inférieure en compte deux qui peuvent atteindre 7 cm et demi. D’autre part, et surtout, toutes se renouvellent à mesure qu’elles s’usent, jusqu’à un âge très avancé de l’animal.
- D’un coup de ses puissantes mâchoires, le crocodile coupe en deux les plus gros poissons, dont on voit les restes flotter sur les rivières qu’il habite. Malheureusement, il ne se contente pas de poisson pour sa nourriture, mais est aussi friand de chair humaine. Et ses victimes ne se comptent plus parmi les indigènes, qui, confiants dans la vertu magique d’une amulette, s’aventurent dans l’eau jusqu’au genou pour y faire leurs ablutions ou emplir leurs cruches. Le crocodile qui a vu l’homme de loin s’approche en plongée, puis, à quelques mètres, se jette sur lui et l’entraîne dans la mort.
- 11 est même imprudent, surtout à la tombée de la nuit et au lever du jour, de se tenir sur la rive, à moins de 2,o0 m de l’eau. Car, d’un coup de queue violent, le crocodile a vite fait de renverser le promeneur dans l’eau et de l’avoir à sa merci.
- R. C. F. Maugham raconte dans son livre le passage à gué d’une rivière infestée de crocodiles qui ne fut pas exempte d’émotions.
- Il était accompagné d’une quarantaine d’indigènes et porté sur les épaules de deux solides gaillards. En pénétrant dans l’eau, il
- vit les têtes menaçantes des affreux reptiles à peu de distance, en amont et en aval. Il tira plusieurs coups de fusil dans leur direction et ordonna à ses nègres de crier tous ensemble. Ce vacarme eut l’effet escompté, les crocodiles disparurent.
- Hélas ! Au milieu de la rivière, il s’aperçut que les ennemis étaient revenus et approchaient. Aussitôt il tira de nouveaux coups de feu. Mais il n’avait pas prévenu ses porteurs qui, surpris, le laissèrent choir dans l’eau et tombèrent sur lui.
- Les trois hommes ne furent pas longs à se remettre debout et se hâtèrent vers la rive opposée, qu’ils abordèrent avec la satisfaction qu’on imagine, ayant échappé de justesse aux terrifiants 'reptiles.
- Notre chasseur se vengea de la frayeur que. ceux-ci lui avaient causée en tuant un de leurs congénères à quelque temps de là.
- Il était arrivé à proximité d’une rivière, quand il aperçut soudain, à faible distance, quatre sauriens étendus sur le sable, leur énorme gueule grande ouverte. Il visa tranquillement le plus gros. Atteint en arrière de l’œil, le crocodile ferma brusquement ses mâchoires et ne bougea plus, tandis que ses compagnons s’empressaient de disparaître dans l’eau.
- On ouvrit le ventre du reptile. Celui-ci contenait des restes de poissons, un bracelet de cuivre en piteux état et quelques kilogrammes de cailloux de différentes tailles.
- Le bracelet de cuivre prouvait de manière péremptoire que le crocodile avait au moins un crime sur la conscience : sans doute, une femme indigène happée tandis qu’elle puisait de l’eau.
- Quant aux cailloux, on en trouve toujours dans les estomacs du crocodile, et les indigènes expliquent leur présence en prétendant qu’ils permettent à l’animal de se maintenir immobile sous l’eau.
- Le reptile a une longévité considérable, supérieure à celle de la plupart des animaux terrestres. D’autre part, sa femelle pond chaque année plus de cinquante œufs. Ceux-ci, de la grosseur des œufs de cane, sont déposés dans le sable, à 80 cm de profondeur environ, et le soleil se charge de les faire éclore.
- Vivant très vieux, se reproduisant rapidement, les crocodiles seraient beaucoup plus nombreux qu’ils ne le sont, sans leur voracité qui les conduit à se nourrir des petits à peine nés. Il est bien regrettable qu’il en survive !
- 1. Traduit de l’anglais par J. C. Vinède, Payot, éditeur.
- André Comtel.
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- EXISTE-T-IL UNE RACE JAUNE OU MONGOLE?
- En 1925, j’écrivais dans L’Illustration un article intitulé « Race blanche et race jaune dans l’Histoire », qui intéressa toute une élite en Europe et en Amérique. Un grand journal anglo-saxon traduisit cet article. Je viens aujourd’hui compléter cette étude ; mais, pour la rendre plus compréhensible, je me trouve obligé de rappeler en quelques mots le sujet traité en 1925.
- « On nous a toujours enseigné qu’il existe une race bien chinoise du type mongol, petite de taille, jaune de peau, glabre, à l’œil bridé, créatrice d’une civilisation spéciale, née, élaborée dans la vallée du fleuve Jaune, pour se répandre ensuite sur tout le vaste territoire ».
- Eh bien, après vingt ans d’observation en Chine même, je suis arrivé à cette conclusion qu’il n’y a pas de race chinoise au vrai sens du mot, qu’il est impossible d’assembler un faisceau de caractères somatiques, biologiques isolant nettement des autres races un type humain uniformément jaune. C’est au contraire un mélange, une mixture de races sans autre unité que certaines traditions ; aussi, jamais la Chine, à aucune époque, n’a-t-elle constitué une nation au vrai sens politique du mot et formée d’une masse raciale homogène.
- Je repartis en mission en 1927, et j’ai parcouru cette fois la Malaisie britannique, le Siam, l’Indochine et le Japon, Corée comprise, traversant aussi une .partie de la Mandchourie. C’était une étude nécessaire qui confirme mes vues spéciales sur cette Asie, sur cette masse humaine de 800 millions d’âmes, dont l’évolution réagira de plus en plus sur l’avenir de la race blanche. Connaissant mieux ces peuples, leur véritable origine raciale ou culturelle et, par suite, leur potentiel d’action et d’évolution, il nous sera
- plus facile d’interpréter la situation mondiale et les crises, présentes d’une humanité en gestation d'un âge nouveau.
- Comme je m’y attendais, durant cette exploration, j’ai observé de nouveaux faits, reconnu de nouvelles preuves de la vérité de ma thèse sur les races humaines et l’origine des civilisations.
- La large synthèse que j’ai opérée, synthèse issue d’une masse d’observations, de comparaisons sur place, a heurté et heurtera sans doute bien des opinions et même certains dogmes scientifiques, mais rien ne saurait prévaloir contre les faits, les réalités, surtout quand ces faits expliquent le pourquoi de l’existence de certains caractères somatiques chez une même race ou qualifiée telle, caractères dont l’opposition frappante restait jusqu’ici une énigme, par exemple chez le Dravidien de l’Inde ou l’Aïnu. du Japon.
- D’après Deniker, qui représente l’orthodoxie classique, la race dravidienne est à la fois platyrrhinienne (nez écrasé) et leptor-rhinienne (nez fin, saillant). Or, si pareille opposition de caractères est réelle, elle établit une barrière infranchissable entre ces deux types. Quand même, Deniker a fait du platyrrhinien une sous-race du leptorrhinien, ce qui est une erreur profonde, car on n’est pas à la fois blanc et noir.
- L’explication de ces contrastes est simple : ils proviennent d’un métissage de races blanche et noire, qui se perpétue depuis des siècles, des millénaires. J’ai, en effet, découvert, depuis des années, l’existence chez les Asiatiques de deux prototypes humains. : l’un à peau blanche et l’autre à peau noire, celui-ci très éloigné en outre du premier par certaines caractéristiques du crâne et de la face. Entre ces deux races si différenciées, l’une supérieure, conqué-
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- Fig. 4. — Un Cambodgien négrito-métissé : chevelure ondulée et non crépue. Taille : 1,45 m. — 5. Femmes négritos de la péninsule malaise. Bosse frontale unique en coquille ; tronc (buste) très long. — 6. Femme du Yunnan (Chine occidentale). Type négroïde ;
- prognathisme double très marqué.
- . rante, l’autre inférieure et généralement asservie à la première, un mélange, sinon une fusion, s’est accompli sur d’immenses territoires comme dans l’Inde et la Chine ; par exemple dans l’Inde, en dépit de toutes les barrières constituées par les castes, barrières dressées par l’Aryen, le Brahmane, si fier de sa race, de sa couleur de peau qu’il ne manquait jamais de l’opposer à celle de 1’ « Anasa » (sans nez), de l’être vil au « nez écrasé » et à l’épiderme noir comme la nuit, c’est-à-dire l’autochtone, le Dravidien d’aujourd’hui qu’il avait asservi.
- Le seul énoncé de l’existence en Asie de ces deux prototypes noir et blanc va permettre à nos lecteurs de suivre, sans peine, tout le développement de notre étude. J’entre donc dans le vif du sujet.
- Race jaune ou mongole.
- La couleur de la-peau. — Tout d’abord, si vous ouvrez nos livres classiques de géographie ou d’histoire, et même d'anthropologie, vous y lisez que les immenses territoires que j’ai parcourus, en une série d’années, sont peuplés par une race jaune, encore appelée mongole, divisée en deux grandes branches : celle du Nord, des pays froids ou tempérés figurée par le Chinois, le Thibétain, le Mandchou, le Japonais, etc. ; celle du Sud représentée par le Birman, le Siamois, l’Annamite et le Malais, près duquel vivent encore quelques groupes de négritos ne représentant qu'une minorité.
- Or, pour l’observateur qui a vu se mouvoir dans son champ visuel des millions de ces Mongols, il apparaît étrange qu’on puisse déclarer- que la couleur de la peau est uniformément jaune. C’est confesser qu’on n’a jamais vu de groupes quelque peu nombreux d’Asiatiques orientaux. Leur peau est polychrome, au contraire, incontestablement, et la variation de nuances se révèle grande puisqu’elle oscille entre la teinte blanche de notre race et celle brun très foncé, chocolat ou presque noire de certains éléments
- crépus que j’ai déjà signalés dans le Far West chinois et au Thi-bet oriental. Entre ces nuances extrêmes, vous pouvez observer toutes les nuances intermédiaires suivant le dosage de tel ou tel sang.
- Donc, en ce qui concerne la peau du Mongol, on ne saurait considérer la couleur jaune comme un caractère fixe, invariable, rigoureusement distinctif : ce qu’on appelle un caractère racial.
- La chevelure. — La couleur et la structure des cheveux nous sont aussi données comme des caractères spécifiques chez les Chinois, l’Annamite, le Siamois, etc. Ils sont déclarés gros, ces cheveux, droits et raides comme crin et d’un noir foncé ou bleuté. Ce type dë cheveu existe certainement, est même très fréquent et va de pair avec des traits grossiers, négroïdes et une peau, foncée. Mais il n’est pas le seul : j’ai observé souvent le cheveu fin, souple, se prêtant h l’établissement d’une raie. Quant à la couleur, elle peut être châtain, châtain foncé, et contraste singulièrement avec le cheveu-crin si noir et surtout avec le cheveu frisé et même laineux que j’ai observé dans toute la grande presqu’île indochinoise. Quant à la chevelure fine et souple, elle appartient naturellement au type supérieur à traits fins, à ce type chinois, par exemple, de race blanche que j’ai signalé dans une grande partie de la Chine. En outre, vous observerez que l’œil de ce Chinois blanc est droit, non oblique, tandis que sa bouche est fine et ses lèvres rosces comme les nôtres, alors que chez le type négroïde de Chine ou d’Indochine, les lèvres sont grosses, éversées et de couleur bleu sombre comme chez le Noir africain.
- La barbe. — Les auteurs classiques donnent au Mongol le qualificatif de « glabre », ou imberbe ; c’est une erreur : j’ai déjà signalé le Chinois barbu, très barbu du Nord et de l’Ouest. Ce type, je l’ai aussi rencontré un peu partout au Japon, surtout dans le Nord, en Corée, et même en Malaisie, ou encore en Annam parmi les Mois.
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- Taille. — La taille aussi diversifie nettement la race dite « jaune » et prouve qu’elle est composite. Chez le type supérieur, caucasien comme nous, la stature est généralement élevée, très élevée même (jusqu’à 1,80 m) dans le Nord de la Chine en particulier, ou en Corée, tandis que chez le négroïde, prétendu de même race, la taille est presque toujours petite : 1,50 m à 1,55 m. Exemple : la majorité des Annamites, des Malais, des Siamois, un pourcentage important de Chinois du Sud et même de l’Ouest.
- Face et front. — L’examen de la face, de son contour, nous frappe par sa régularité, sa forme ovalaire ou elliptique chez le type supérieur chinois, japonais ou malais : par son irrégularité, sa forme pentagonale ou plutôt losangique chez le type inférieur, pendant que le front de celui-ci, fort peu développé comparativement au nôtre, se rétrécit de bas en haut dans son diamètre transversal, se terminant souvent en voûte ogivale au lieu du plein cintre du front européen. Cette forme crânienne du Primitif dérive du faible volume du cerveau frontal. L’étroitesse du front, alliée à un fort diamètre bizygomatique (c’est-à-dire allant d’une pommette à l’autre), crée une dysharmonie frappante de la face. Rien donc ici du fameux gabarit ou « canon » grec qui nous montre toujours un type humain où le diamètre transversal de la face se garde bien de dépasser celui du crâne frontal.
- Ce qui caractérise encore le front de la majorité des Jaunes, c’est une bosse centrale unique (et non double et peu sensible comme chez l’Européen), saillante et arrondie en forme de coquille ou. de verre de montre : j ’ai qualifié ce front de a front-coquille ». On sait qu’il est l’attribut constant du Noir d’Afrique : il représente donc un caractère dit « négroïde ». Je l’avais distingué en Chine bien avant de le reconnaître en Malaisie et en Indochine.
- Je dirai encore un mol du prognathisme, de cette projection des mâchoires en avant du plan frontal, caractérisant les races biologiquement inférieures qui se rapprochent ainsi du singe anthropoïde. En Malaisie, en Indochine, en Chine, au Japon, j’ai couramment observé des maxillaires et mandibules formant, de profil, un véritable museau débordant largement le plan frontal. Remarque importante : cette saillie de notre mâchoire inférieure appelée « menton » n’existe pas ou est à peine modelée chez les races inférieures d’Afrique ou d’Asie. Cette partie de la face, .d’apparence insignifiante constitue donc un caractère différentiel des races humaines des plus importants, même parmi les Jaunes ou Mongols. Il en est de même, chez ces derniers, du contour de la bouche, des lèvres dont l’épaisseur est si variable chez eux, depuis celles lippues, retroussées du Nègre, jusqu’à celles minces, fines de l’Européen.
- Nez. — Je ne saurais passer sous silence la forme du nez si diverse parmi les Jaunes et, de ce fait, confirmant une fois de plus notre thèse que ces peuples manquent de toute homogénéité raciale. On ignore généralement que le nez, auquel nous ne prêtons guère d’attention dans la vie ordinaire, est pour l’anthropologiste, un précieux moyen de détermination de la race, suivant qu’il est saillant ou affaissé sur le plan de la face, suivant que son arête est mince, étroite (leptorrhynien) ou élargie (platyrrhi-nien), suivant encore que les narines sont rétrécies ou dilatées, béantes. On peut même affirmer d’un mot que le nez c’est l’homme ou, mieux, c’est la race : il caractérise, différencie l’homme blanc du Nègre et de la majorité des Jaunes ou Mongols.
- L’œil. — Tout le monde connaît l’œil oblique, bridé, étroit et long dit « mongol », et cette forme d’ouverture palpébrale est considérée comme un caractère hautement différentiel de la race jaune, même par les anthropologues. Or, si ces biologistes avaient parcouru l’Extrême-Orient, observé quelque peu, ils se seraient vite aperçu que cette forme d’œil n’est en rien un caractère fixe, en rien une « constante ». Il varie jusque dans une même famille, sans parler des divers groupes et classes sociales, suivant l’influence relative du générateur ancestral, blanc ou noir. L’œil grand, bien ouvert, à fente palpébrale horizontale comme le nôtre, se rencontre donc en Chine, en Indochine, au Japon, en Corée, etc. Il existe même de vastes régions, comme dans le Nord ou l’Ouest
- de la Chine, où l’œil « européen » est la règle. Les Annamites Cambodgiens, Siamois, Malais et Mois sont loin aussi d’avoir tous l’œil mongol.
- Envisageons maintenant le globe oculaire lui-même : ici encore l’uniformité n’est en rien la règle. Prenons l’iris, cette membrane dont les nuances, les chatoiements à la lumière ont inspiré tant de poètes. Eh bien ! la couleur de l’iris chez le Mongol, chez celui du Nord surtout, est très variable : elle va du bleu clair ou ardoisé de l’Européen au marron foncé du Nègre, en passant par la nuance châtain (je dis marron, car il n’y a pas d’œil vraiment noir).
- En dehors de l’iris, il y a lieu de considérer la sclérotique, cette membrane qu’on appelle dans nos pays le « blanc » de l’œil. Il faut savoir que sa couleur est spécifique de la race, que si elle est blanche chez l’Européen, elle est toujours jaune sale ou mouchetée brune, en épaisses macules chez le Nègre africain, avec parfois des stries ou pinceaux rouge vif (œil sanglant). J’ai fréquemment observé cette sclérotique pigmentée, si caractéristique, chez les Jaunes d’Asie, surtout dans le Sud, tandis que celle impigmen-tée ou blanche se voit couramment dans le Nord. Une fois de plus, ces Jaunes se révèlent à nous comme très différents les uns des autres.
- Quant à l’écart ou distance entre les deux yeux : cet écart est maximum, simien, chez les Primitifs, chez les races noires ; minimum chez l’Européen. Vous trouvez ces deux aspects chez les Jaunes. *
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- Après cette courte analyse des principaux caractères des races humaines, je vais préciser ces données en passant en revue les divers peuples de l’Asie orientale qualifiés de Jaunes, à l’exception du Négrito de Malaisie.
- Je commencerai par la Péninsule malaise où existe une vraie Babel de races : Chinois, Malais, Hindous, Javanais, Dayaks, Philippins, Japonais et même Arabes, Persans et Européens. On y trouve tous les éléments nécessaires à une étude comparée des diverses races. Mais je visais surtout l’arborigène : Semang, Sakai ou Jakun, trois groupes différents, dont la parenté est indéniable.
- Le Semang. — Le Semang représente ici le type négrito, soit le Nègre de très petite taille, généralement crépu. Je dis « généralement », car cet homme de la jungle ou « Orang-Outan » n’a pu se maintenir pur, a subi l’empreinte génitale de conquérants qui l’ont refoulé dans la forêt vierge. Ses cheveux se sont donc parfois déroulés par métissage, et sa peau s’est quelque peu éclaircie.
- Mais ce qui est plus important et semble ignoré, c’est F obliquité de l’œil chez le négrito avec bride. Or, elle est si fréquente, cette obliquité, qu’elle doit être considérée comme un caractère spécifique de cette petite race noire, laquelle l’a transmis à la race dite jaune ou mongole. Cette constatation nous éloigne complètement du fameux dogme de l’inexistence de l’œil oblique et bridé en dehors des peuples chinois, annamite ou japonais. Cette forme d’œil se trouve même chez de nombreuses tribus de Noirs africains, ainsi que chez notre Négrito d’Asie.
- Le Malais. — Après le Négrito, décrivons le Malais : on a fait de ce peuple une race rentrant dans la grande famille mongole. C’est, au contraire, un « complexe » ethnique, une mixture d’éléments divers, depuis le type rare, plus ou moins clair de peau, barbu et de taille élevée, qui rappelle, par la finesse des traits, l’Arabe ou l’Hindou aryen du Nord qui l’ont métissé, jusqu’à l’être de très petite taille,de gabarit efféminé et si près du Négrito, par les traits, qu’on a peine à l’en séparer. Il y a aussi l’intermédiaire jaune ou brun foncé avec cheveu lisse ou ondulé.
- Le Siamois, le Khmer, le Laotien. — Si je les groupe, c’est que les pays occupés par eux forment non seulement une unité géographique, mais encore une unité ethnique.
- L’Annamite. — Par sa très petite taille et son corps fluet, féminin, l’Annamite se relie incontestablement au type négrito ; un pourcentage considérable de ce peuple ne peut renier cette
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- parenté. Mais il y a eu des métisseurs de race supérieure : non seulement les Tiams venus de l’Inde, mais surtout des envahisseurs chinois, dont des hommes à « grande barbe et grand nez », comme disent les annalistes du Céleste Empire. Il en est résulté la population annamite actuelle, jaune ou brune, à traits souvent négroïdes, mais quelquefois relativement fins et à peau presque blanche.
- Le Japonais. — On enseigne que le Japon est habité par une race unique, homogène. Tout au plus a-t-on reconnu deux types : l’un dit « fin » et l’autre dit « grossier ». En réalité, le peuple japonais se différencie nettement en deux races : celle blanche, plus ou moins pure, venue du continent, et l’autre, qualifiée malaise, souvent négroïde. Durant ma dernière mission, où j’ai visité la plus grande partie du Japon, j’ai reconnu sans peine, un peu partout, mais surtout dans le Nord de l’archipel, deux éléments incontestablement de race blanche. En effet, en dehors de l’Aïnu, qui est bien de notre -ace, j’ai trouvé sur les deux côtes est et ouest, ainsi que dans l’intérieur montagneux, un type de taille élevée, blanc de peau, barbu, aux traits fins, réguliers, orthogna-the ; et il n’est pas rare d’y observer des paysans à l’œil châtain et même gris bleuté.
- A Niigata (côte ouest) se révèle un type sémite bien marqué, plus ou moins pur. Les femmes de cette région sont d’ailleurs réputées dans tout le Japon pour leur beauté et c’est parmi elles que se recrutent la plupart des geishas, ces danseuses et chanteuses qui font la joie des amateurs de poésie et de musique.
- Le type japonais caucasien a, naturellement, toujours dominé la masse de race inférieure et, l’ayant fortement disciplinée, il l’a préparée à devenir le sûr instrument de l’évolution récente du Japon. Cette évolution qui a causé tant d’étonnement s’explique facilement : une nombreuse population admirablement dressée et complètement soumise à une élite raciale, celle-ci capable d’imiter et de reproduire toutes les réalisations de notre culture matérielle mécanique.
- Le Coréen. — Dès que vous pénétrez en Corée, deux types humains très différents attirent tout de suite votre attention : 1 un de haute taille, aux larges épaules, avec moustache et barbe, teint clair et même rosé aux pommettes, leptorrbinien et l’œil horizontal avec iris châtain ou brun clair. Ce Coréen est incontestablement de notre race. C’est le « Tong Hou » des historiens chinois dont l’écriture était le sanscrit. L’autre type, très petit de taille, se révèle plus ou moins négroïde. Sa parenté indochinoise n’est pas niable.
- Conclusion.
- En résumé, le prototype; noir dont il a été question, le Négrito, couvrait une grande partie de l’Asie avant l’arrivée de F « Homme
- blanc », de F « Orang Puteb », comme dit le Malais, cet homme qui a tant bouleversé l’évolution raciale et psychique du négrito, de ça type primitif qu’il est facile d’identifier sur cette immense étendue de l’Asie qui va du golfe d’Oman, de la côte du Malabar au Pacifique sud et nord, et, même jusqu’à l’Océan Arctique, Eskimau, Samoyède et Tchoude devant être rattachés à ce prototype par leur petite taille et leurs traits plus ou moins négroïdes. Mais comment expliquer la présence de ces groupes hyperboréens P Par leur refoulement au Nord, vers la zone glaciale, alors que les conquérants de race blanche, venus de l’Iran, du Turkestan ou de la Sibérie méridionale aux temps préhistoriques et historiques, et si supérieurs à l’indigène en intelligence, en organisation comme en vigueur physique, effectuèrent leur grande trouée d’Ouest en
- Est, à travers la Chine, les hauts plateaux et plaines de la vallée du fleuve Jaune, rejetant l’autochtone au Sud vers l’Indochine, au Nord au delà de la Mongolie et de la Mandchourie, vers les régions arctiques. Des tribus turques, en particulier, occupaient à l’état nomadique les plateaux et plaines de Mongolie et de Mandchourie et souvent même pénétrèrent en Chine en conquérantes.
- Ces hordes aryennes conquérantes, certainement apparentées aux Scytes et aux Issé-dons dont parle Hérodote, atteignirent, au cours des siècles, par vagues successives, les bords mêmes du Pacifique. Toute la Chine du Nord, la Corée aussi, comme la Mongolie et la Mandchourie, furent envahies par elles à une époque des plus reculées. Le Japon, on le sait, ne fut pas épargné. Puis un jour, aux premiers siècles de l’ère chrétienne, ces hordes turco-iraniennes entreprirent, en sens inverse, une nouvelle chevauchée elles se ruèrent vers l’Ouest, vers les anciennes terres aryennes, attirées ardemment qu’elles étaient par la réputation de richesse fabuleuse de l’empire « Ta Tsin » ou romain. Ce qu’il en résulta P Mais la ruée d’Attila en Champagne et la prise d’assaut, au xve siècle, de Byzance par le Turc ottoman 1
- A côté des invasions ou migrations très anciennes d’Ouest en Est, il y eut aussi la conquête économique de l’Asie orientale par voie maritime surtout, une colonisation véritable par les marins et marchands de la Méditerranée orientale, du golfe Persique ou de la mer Rouge.
- Après avoir établi, bien avant l’ère chrétienne, des bases d’opérations, des comptoirs dans l’Inde, sur les côtes du Malabar et du Coromandel, ces pionniers du commerce international abordèrent un jour Sumatra, Java et, remontant le Pacifique, pénétrèrent en Indochine et même en Chine, y créant des centres d’échanges à Canton, Hangtcheou, et surtout à Zaintoun, le port si actif mentionné par Marco Polo où les grands navires étaient étrangers, venaient de l’Inde et du Golfe Persique.
- Et comme le guerrier a souvent suivi le marin et le marchand, Java, Sumatra et toute l’Indochine devinrent de véritables colo-
- Fig. 7. — Indigène du Far-West chinois, du type caucasien, à peau blanche et forte moustache.
- A puuche, sa femme, de taille élevée est du type dit « mongol » : en réalité négroïde.
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- nies de l’Inde aryenne très florissantes au 1er siècle A. D.
- Il y a eu aussi ces conquêtes mongoles qui ont fait trembler l’Europe comme l’Asie et qu’on attribue à des Jaunes, mais j’ai expliqué en 1925 que ces guerriers fameux étaient, dans la majorité, des Blancs traînant derrière eux des bordes de Jaunes ou de Négroïdes comme varlets, servants d’armes.
- L’histoire mentionne aussi certains hauts faits du Malais en Indochine et dans l’Insulinde. Ces prouesses sont faciles à interpréter.
- Le Malais, ainsi que je l’ai expliqué, est originellement de souche négritique. S’il s’est élevé sur l’échelle humaine, physiquement et psychiquement, il le doit à ses métisseurs de race blanche et aux. mulâtres de celle-ci que les Aryens de l’Inde, en particulier, utilisèrent largement pours leurs conquêtes coloniales, surtout en pays tropical, parce que plus résistants au climat que l’homme blanc. ,
- Il y a tout lieu de croire que les Malais conquérants dont parle l’histoire étaient ces métis indiens qui jouèrent un rôle important dans le Sud-asiatique et même aux Philippines aussi longtemps que leurs chefs aryens les encadrèrent, dirigeant leurs pensées, leurs actes, comme aujourd’hui l’Européen par devers l’indigène,.
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- En conclusion, ce qu’il faut retenir de cette rapide analyse, c’est que le qualificatif de Jaune qu’on a donné à une énorme masse humaine ne se vérifie pas dans les faits somatiques.
- Il y a chez ces Jaunes toutes les variations de la forme du nez, de la couleuer de la peau, de la nuance et de la structure du cheveu, de l’épaisseur des lèvres, de la forme de l’œil et de la teinte de l’iris. Donc le monde Mongol : « Tsa tchong » (mixture) (*), o sangs mêlés », rien de plus. La race faune : un mythe !
- Quant à la culture de cette présendue race, elle rappelle trop les vieilles civilisations aryennes et sémites pour qu’elle soit autre chose qu’un emprunt. C’est pourquoi, lorsque nous envisageons l’avenir, le progrès, n’oublions pas que le pionnier, le colonisateur, et en même temps l’éducateur, a toujours été, quelle que soit l’époque, l’homme de race blanche, aux temps anciens comme en ces derniers siècles. Il a toujours eu un rôle dominant dans l’évolution, un rôle nécessaire d’initiateur et de tuteur. Et c’est moins que jamais pour lui, pour nous, l’heure d’abdiquer et de se lancer dans des grandes expériences poliitqües et sociales qui paralyseraient notre grande œuvre d’humanisation, de civilisation dans le Monde.
- Dr A. Legendre.
- 1. Expression chinoise très courante ; insulte constante.
- Herbicides
- Au jardin comme aux champs, les plantes spontanées, les mauvaises herbes, disputent la place aux cultures. Que leurs graines aient été introduites avec les semences,- transportées par le vent ou les oiseaux, remontées vers la surface par les labours, elles croissent avec tant de rapidité, se reproduisent si abondamment qu’elles finissent par gêner le développement des plantes qu’on cultive, diminuer leur rendement et même transformer peu à peu les champs en jachères.
- Depuis longtemps, on lutte contre elles par le tri des semences, le hersage et l’ai'rachage, et par l’emploi d’herbicides tels que l’acide sulfurique, le crud ammoniaque, le sulfate ferreux, le chlorure calcique, etc.
- Les recherches récentes sur de nombreux composés organiques et sur les phytollormones fournissent de nouvelles possibilités.
- MM. Ch. Chabrolin et B. Thellot viennent de publier dans les Comptes rendus de VAcadémie d’Agriculture les résultats des essais qu’ils ont entrepris dans cette voie.
- Ils ont appliqué en serre et en pleins champs toute une série de phénols et de crésols nitrés, chlorés et chloronitrés d’une part, diverses phytohormones d’autre part, le plus souvent, à l’état de sels d’ammonium, et ils ont constaté les effets suivants :
- Le dinitrocrésolate d’ammoniaque est le composé le plus efficace. A la dose de 3 kg par hectare, en bouillie à 3 pour i ooo, il tue les jeunes plantules de crucifères. Dans des conditions de milieu moins favorables, quaïid les plantules d’espèces résistantes : ravenelle, bleuet, sont déjà plus développées, il faut atteindre la dose de 5 kg par hectare.
- Le mélange de dinitrocrésolate de sodium et de sulfate d’ammonium, préparé au moment de l’emploi est aussi efficace. Les autres dérivés chlorés ou nitrés doivent être employés à plus fortes doses.
- Tous sont des poisons des cellules végétales et agissent plus vite par temps beau et sec; ils détruisent seulement les feuilles et les parties aériennes, mais sont sans action sur les parties souterraines des plantes vivaces. Les céréales ne souffrent pas
- nouveaux
- du traitement et seules leurs feuilles âgées jaunissent et se dessèchent parfois. L’avoine est la plus sensible; les blés d’automne sont très résistants.
- Pour des raisons de fabrication, l’industrie chimique française fournit surtout du dinitrophénate d’ammonium qui à des doses de 5 à io kg à l’hectare détruit sélectivement un' grand nombre de mauvaises herbes : sanve, ravenelle, capselle, rapistre, coquelicot, bleuet, matricaire, vesce, renoncule, fumeterre, nielle, mourons, ortie, renouée, persicaire, chénopode, grat-teron, etc.
- Bien que moins actif que le dinitrocrésolate, il est aussi un désherbant sélectif polyvalent capable de nettoyer les champs, notamment ceux de céréales.
- Les phytohormones sont encore plus efficaces et notamment le 2-4-dichlorophénoxvacétate de sodium est herbicide à la dose de o,5 à x kg par hectare. Le 2-4-D., comme on l’appelle par abréviation, n’agit pas comme poison chimique, mais biologique; il provoque pendant la croissance des proliférations cellulaires anormales qui aboutissent à la mort des mauvaises herbes.
- Quand la végétation est arrêtée en hiver, ou ralentie en été, il n’a plus d’effet rapide et sûr. Il détruit les sauves, les ravenelles, les coquelicots, les vesces, les bleuets, les renoncules, les chénopodes; il agit sur les parties aériennes du chardon, des orties, du liseron, des prêles, des ronces, de l’aristoloche sans atteindre les bourgeons souterrains ; il ne détruit pas la matricaire, la véronique, l’ortie royale, le mouron des oiseaux, la renouée des oiseaux, la petite oseille. Les céréales ayant déjà plus de trois feuilles ne sont pas troublées. Le traitement doit être assez tardif, quand la végétation est avancée.
- Le 2-4-D. est le produit de choix pour la destruction du chardon, mais il est moins polyvalent que le dinitrophénate d’ammonium et il emploie lui aussi de l’orthocrésol qui est rare.
- Les traitements sont appliqués en bouillies, au pulvérisateur à main ou sur roue. Il faut éviter d’atteindre les vignes et les légumineuses qui sont très sensibles. Les poudrages ne sont pas encore mis au point.
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- Fig. 1. — Maquette du laboratoire de Nutley (U.S.À.).
- Entièrement en acier et aluminium, ce laboratoire spécialement conçu pour l’étude des , ondes ultra-courtes, est pourvu d’une tour de 300 pieds.
- Pour la poursuite de leurs recherches sur les ondes ultra-courtes, les Fédéral Télécommunications Laboratories de New-York étaient à l’étroit dans les bâtiments actuels, encore que ceux-ci fussent de date très récente.
- Ce qu’est le programme de ces recherches, nos lecteurs en ont eu une anticipation, par les articles que nous avons consacrés à la sécurité future de la navigation aérienne (1).
- Mais au cours de la guerre, des travaux d’une importance capitale pour le succès des opérations ont été menés à bien dans des conditions assez incommodes, poursuivis qu’ils étaient dans un bâtiment de 35 étages à New-York et les expériences reprises en pleine campagne à Nutley. Sur ce champ d’expérience on a vu s’ériger successivement une tour en bois de 6o m de haut (fig. 3). puis un embryon de laboratoire qui s’est développé jusqu’à être aujourd’hui ce qu’on le voit sur la figure 2. Les bâtiments actuellement en achèvement vont en faire l’un des plus vastes des établissements de ce genre. Les Américains ont vu grand, c’est dans leur tempérament; mais surtout ils ont eu en vue de créer un établissement de recherches non seulement original du point de vue de l’architecture; mais encore, et surtout, spécialement adapté à la nature des recherches qui doivent s’y poursuivre.
- Le laboratoire primitif, berceau du « Huflc DufiE ».
- — Avant d’aborder la rapide description des nouveaux labo-1. Voir La Nature des I" mai, 15 mai et 1" juin 1947.
- ratoires et de préciser les principes directeurs de leur construction, le lecteur nous permettra de solliciter de lui un instant d’attention pour la plus étonnante réalisation qui, au cours de la guerre, ait vu le jour dans l’installation primitive.
- Il s’agit du Huff-Duff, un mot qui n’aura plus de mystère quand nous aurons dit qu’il assemble simplement les 4 lettres H. F. D. F., articulées en parler américain, qui sont les initiales de High Frequency Detecting and Finding et qu’il faut traduire par : a Chercheur de direction à haute fréquence ».
- Les Allemands n’ignoraient ni le radar, ni a fortiori, les dispositifs à ultra-sons de Chilowski et Langevin créés pendant et après la première guerre mondiale. Ils avaient toutes raisons de tenir ces procédés de détection sous-marine comme la perfection dans le genre. Comme la mise en action de ces chercheurs requiert un certain temps et que leur portée est relativement faible, les Allemands avaient pensé se mettre à l’abri de leurs investigations en éjectant, par un procédé de leur invention, des messages condensés en un temps si court qu’ils devaient échapper à toute détection.
- L’invention du Huff-Duff déjoua leurs calculs au cours de la bataille de l’Atlantique. Us n’eurent jamais à son sujet la moindre révélation technique; mais furent bien obligés de se rendre à l’évidence.
- Aussi bref — moins de i5 s — qu’était le jet de leurs messages-éclair, ceux-ci étaient détectés, et donc leurs projets éventés et leurs sous-marins coulés.
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- C’est qu’utilisant les ondes hertziennes ultra-courtes, le Iluff-Duff, avec un réflexe instantané se saisissait de tout message radio-électrique, si brève fût son émission, sur un rayon de quelque 6 ooo km I
- Chaque fois qu’un commandant de sous-marin allemand « rendait compte » au Grand État-Major de la Kriegsmarine, dans 26 stations côtières le « Huff-Duff » dressait son doigt électronique dans la direction de l’émetteur, dont la position exacte était fixée avec précision en 2 mn par un « évaluateur » dont la dextérité permettait de résoudre, dans ce court laps de temps, des calculs qui n’auraient pas demandé moins de 25 h de travail à un mathématicien habile.
- Aussitôt le point exact repéré, radars et dispositifs d’ultrasons étaient alertés pour achever la détection chacun à son échelon et guider les agents d’exécution aériens jusqu’au pirate en surface ou en plongée.
- La marine américaine avait tenu jusqu’ici cette invention rigoureusement secrète. Elle a depuis peu dévoilé son existence sans — et cela se conçoit — donner, pour autant, la moindre information sur sa technique. Seul a transpiré le nom de l’inventeur qui, à la demande du National Defense Research Com-mittee a, au moment de l’entrée en guerre des U. S. Ai. et en un temps record, mis au point ce dispositif génial, lequel devait être fatal à la marine allemande. C’est un ingénieur français : M. Busignies, aujourd’hui directeur des Fédéral Tele-comihunications Laboratories de New-York.
- Les nouveaux bâtiments. — La tour en bois primitive qui subsiste encore va faire place à une tour originale dans sa conception architecturale et d’une certaine hardiesse dans l’exécution.
- Sur des fondations implantées avec un soin particulier s’érige une charpente en acier calculée pour associer une grande simplicité à un maximum de robustesse. Les murs sont, à l’exclusion de tous autres matériaux, formés de panneaux ajustés de 6,5o m de long sur 2,60 m de large en aluminium repoussé et courbé suivant la configuration de la tour.
- Étant donnée la destination de cette tour, tout l’espace utile est localisé au voisinage du sommet, lequel sera à 90 m du sol. Aussi bien est-ce au 20e et au 21e étages qu’est prévu l’équipement de 2 laboratoires avec chemin de ronde où se fera notamment l'essai des systèmes d’antennes pour ondes courtes, spécialement en ce qui concerne les domaines des câbles hertziens transcontinentaux tels que ceux qui transporteront incessamment les programmes des chaînes de télévision.
- Comme la science n’est pas ennemie, en Amérique, d’un certain confort, le 19e étage sera réservé à un restaurant entouré d’une terrasse-promenade où, entre deux expériences, les chercheurs goûteront quelques instants de détente.
- Acier et aluminium sont les matériaux exclusifs du bâtiment principal.
- Le choix de l’aluminium a été dicté en partie par le souci d’employer un matériau léger imprimant par suite une faible charge aux structures ; en partie aussi par considération pour sa propreté et la facilité de son entretien ; étant reconnu que sous l’action du vent, une sorte d’auto-récurage s’institue sur sa surface par le frottement des poussières.
- Mais la raison majeure de son emploi pour les cloisons tant intérieures qu’extérieures tient aux conditions électriques par là réalisées. On y reconnaît une cage de Faraday à l’intérieur de laquelle chaque travailleur est à l’abri de l’influence de tout champ électro-magnétique, qu’il vienne de l’extérieur ou qu’il soit créé dans une pièce voisine par les recherches poursuivies dans celle-ci.
- Ainsi réalise-t-on au mieux l’isolation électromagnétique requise pour le genre des travaux dans lesquels le laboratoire est spécialisé.
- Tous ces bâtiments sont édifiés suivant le système « module », c’est-à-dire composés d’éléments semblables d’une dimension spatiale arrêtée au chiffre qui a paru le mieux convenir aux divers services répartis entre travaux de bureaux, travaux élémentaires de laboratoires et travaux d’exécution des premières phases des grands projets.
- Les éléments cellulaires sont juxtaposés et susceptibles d’être
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- ultérieurement multipliés suivant les besoins d’un développement à prévoir, sans avoir rien à modifier à la conception générale de l’ensemble, ni à l’équipement général.
- Le module d’espace a été fixé à 1,80 m. La dimension de 1’ « unité » de pièce fixée à 2 modules, soit 3,60 m et la dimension des baies arrêtée à 3 modules, soit 5,4o m.
- Le système module préside également à l’installation du chauffage, de l’éclairage et du dispositif de protection contre l’incendie qui, à lui seul, appellerait de longs développements Ainsi est-on assuré de pouvoir combiner les éléments unitaires, sans qu’il soit nécessaire de faire intervenir une modification quelconque à l’un ou à l’autre des 3 services fondamentaux.
- Inspirés d’une technique préconisée par Architectural Record, les panneaux muraux ont été étudiés spécialement pour cette construction en vue de lui assurer l’isolation la plus parfaite. Ils comprennent entre une plaque d’acier cellulaire et un revêtement d’aluminium une couche de fibre de verre et une couche de papier.
- Les parquets ont été étudiés avec le souci de rendre les distributions d’électricité, de gaz, d’eau, d’azote, d’hydrogène, de vapeur et de vide facilement accessibles et disponibles en quelque endroit du bâtiment que ce soit, chaque élément de parquet est formé de plaques de 60 cm de large sur 6,60 m de long. Chaque plaque comprend deux feuilles d’acier cannelé aux cannelures en opposition, de manière à ménager entre elles un espace cellulaire allant de bout en bout de l’édifice et dans lequel sont logés câblages et canalisations. Ces plaques d’acier arrivent sur l’entreprise prêtes à être posées sur la charpente d’acier de structure. Elles sont simplement mises en place sur le bord supérieur de la charpente, ensuite fixées à celle-ci par soudure et soudées entre elles.
- Les lignes de distribution principales sont au centre du bâtiment, les lignes de connexion branchées en travers du parquet peuvent courir verticalement à partir de n’importe quel emplacement, de telle manière qu’on puisse toujours créer une nouvelle canalisation sans modifications coûteuses ni dégradations
- aux cloisons, simplement en enfermant les conduites verticales dans une enveloppe de transit.
- Trois objectifs ont été assignés aux architectes, entrepreneurs et constructeurs par le directeur des services techniques des laboratoires, Mr. Whiteker : réaliser la construction la plus moderne qui soit; obtenir un immeuble ne nécessitant pas d’entretien; disposer d’une extrême souplesse permettant de s’adapter à chaque instant aux changements que peut imposer l’évolution des travaux de laboratoire.
- Tout laisse prévoir qu’à sa mise en service qui est incessante, le laboratoire de Nutley réalisera un type de construction scientifique unique en son genre et dont la maquette (fig. 1) donne l’aspect à la fois simple
- et grandiose. Fig. 3. — La tour en bois qui a servi
- pendant la guerre et jusqu’ici aux importantes réalisations mises au point à
- Georges Kimpflin. Nutley.
- La lutte contre la mer en Hollande
- Pendant la guerre, une superficie considérable du territoire hollandais a été inondée : 69 000 ha ont été recouverts par la mer et 172 000 par les inondations d’eaux douces.
- La reprise de ces territoires a été réalisée à une vitesse surprenante qui fait le plus grand honneur aux techniciens hollandais.
- Après l’assèchement, la remise en état du sol imbibé d’eau douce ne présentait pas de difficultés particulières. Il n’en était pas de même pour les parties imbibées d’eau salée.
- Le problème n’était pas nouveau pour les Hollandais, car, dans le passé, des marées et tempêtes violentes brisèrent les digues des polders, recouvrant d’eau salée des régions durement conquises sur la mer.
- L’expérience acquise leur permit la remise en culture rapide des terres labourables. Il fallut d’abord restaurer et remettre en état le système de drainage.
- Pour le reste, il fallait s’en remettre à la nature, seule l’eau pluviale pouvait éliminer le sel. La conclusion la plus importante qui a pu être tirée du dessalement des terres, fut qu’après un seul hiver, le sol est, en général, suffisamment dessalé pour permettre la culture de certains végétaux peu sensibles au sel, tels que l’orge, les betteraves et le trèfle.
- On a pu déterminer, au Service des renseignements agricoles de l’État néerlandais, les chiffres limites, c’est-à-dire le nombre de grammes de sel tolérés par litre d’humidité du sol, pour divers végétaux.
- L’ordre de grandeur de ces limites s’est présenté de la manière suivante :
- Pommes de terre ....................... 2
- Betteraves ............................ 8
- Prairies temporaires ............ 10 à 12
- Prairies permanentes .................. 5
- Orge d’été............................. 9
- Avoine ................................ 8
- Froment d’été ......................... 8
- Luzerne.......................... 6 à 7
- Trèfle rouge........................... 5
- Pois ................................. 2
- Fèves et féverolles.................... 1
- Oignons............................... 3
- Lin ................................. 3
- D’autre part, l’action de l’eau salée sur l’argile avait modifié sa structure par le phénomène classique des échanges d’ions : le sodium du sel avait chassé le calcium de l’argile naturelle. Celle-ci devenait dure en séchant, formant une croûte gênante pour la croissance des plantes.
- Le sulfate de calcium naturel, le gypse, permet de lutter contre ce phénomène. Epandu sur les terres, il transforme l’argile à sodium, graduellement, en argile à calcium qui a une structure coagulée, granuleuse, favorable au développement des végétaux. Des dizaines de milliers de tonnes de gypse naturel ou sous-produit ont été ainsi utilisées pour la remise en valeur des terres labourables inondées.
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- LES DIATOMÉES
- dans l’art décoratif
- Figr. 1 à 4.
- De gauche à droite : Panneaux de bois sculptés reproduisant des Diatomées remarquables : Actinoptychus Macræi ; Craspedoporus corolla ; Aulacodiscus Kelleri ; Aulacodiscus dispersas.
- A la frontière du règne végétal et du règne animal, se trouvent de nombreuses espèces d’êtres unicellulaires, ayant à la fois des caractères des plantes et des animaux. Ils se reproduisent par division et par accouplement; ils absorbent l’oxygène de l’air, excrètent des déchets, se meuvent, sont sensibles à la lumière, à la chaleur. Telles sont les diatomées que l’on a classées parmi les algues, mais ce sont des algues qui se déplacent, sans qu’on ait pu observer d’ailleurs par quel mécanisme, qui se reproduisent de la même façon que les infusoires, lesquels sont des animaux; dont certaines contiennent de la chlorophylle qui est l’apanage des plantes. Les diatomées sont de très petites dimensions : quelques centièmes de millimètre ! Celles dont nous reproduisons les images ici ont un diamètre d’environ 3o centièmes de millimètre, ce qui nécessite l’emploi d’un microscope lorsqu’on veut les observer.
- On peut avoir une idée générale d’une récolte de ces algues minuscules en employant un grossissement de ioo, mais pour commencer à Voir le détail de leur carapace, il faut arriver aux environs de 5oo. Si l’on veut admirer les plus fins de leurs dessins, il est nécessaire d’employer des objectifs à immersion et d’atteindre des grossissements de l’ordre de i 5oo à 2 000 diamètres.
- De nombreux auteurs se sont intéressés à l’étude des diatomées et en ont identifié des dizaines de milliers d’espèces.
- Les diatomées sont constituées par une masse de protoplasma enfermée dans une sorte de boîte appelée frustule. Cette boîte et son couvercle sont composés de silice et sont ornés, dans la plupart des cas de figurés géométriques, de dessins et de formes d’un merveilleux effet décoratif qui suscitent par leur extraordi-
- naire structure l’admiration de ceux qui les observent pour la première fois.
- Les frustules ne sont qu’une sorte de squelette pour ces algues microscopiques; la silice dont elles sont constituées est à peu près inaltérable et relativement résistante si bien qu’après la mort des diatomées, elles s’accumulent sur place en des masses considérables, formant des couches géologiques au fond de la mer, ou de véritables collines de fossiles que l’on exploite en carrières sous le nom de Kicselguhr. On en tire de quoi fabriquer des briques calorifuges qui servent à l’isolement de tuyaux pour la vapeur, l’eau chaude, etc....
- On trouve les diatomées partout où il y a de l’eau et de la lumière; il n’est pas de station aquatique ou humide, si petite soit-elle (empreinte du sabot d’un cheval en forêt, interstice entre deux pavés d’un ruisseau) qui n’en renferme des milliers. Au printemps, elles pullulent dans les couches superficielles des mers et constituent une bonne partie du plancton, base de la nourriture des poissons et autres animaux marins.
- La reproduction typographique des diatomées ne donne qu’une bien faible idée de la finesse de leur décoration. Cependant, deux micrographes (1) ont réuni une collection de 220 des plus belles espèces connues et les ont photographiées, puis agrandies. Devant la finesse et la beauté des motifs ainsi obtenus, nous avons songé à les utiliser pour orner une pièce qui devait servir à la fois de chambre à coucher, de cabinet de tra^ vail et de laboratoire pour un amateur de microbiologie.
- Nous nous sommes adressés à Paul Croix-Marie, sculpteur sur
- 1. Laporte et Lefébure. Diatomées rares et curieuses, 2 volumes.
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- bois de talent et lui avons soumis les documents afin qu’il s’inspirât d’un certain nombre de diatomées que nous avions choisies, pour sculpter en plein chêne des motifs tirés de ces infiniment petits. Huit diatomées, disposées sur un panneau de bois servent d’entourage au lit, deux autres surmontent le bureau.
- La figure i représente Actinoptychus Macræi et provient d’un sondage du « S. S. Challenger », lors d’une expédition faite vers 1875. Espèce rare.
- La figure 2 montre Craspedoporus co-rolla, espèce rarissime, trouvée à Sendaï (Japon).
- La figure 3 est la reproduction d’AuZa-codiscus Kelleri, espèce très rare.
- La figure 4 est la sculpture d’Aulacodis-cus dispersus, dont un seul exemplaire est connu (Collection Le Tourneur, Muséum de Paris).
- Les figures 5 et 6 sont les photographies d'Eniogonia pulcherima et d’Eniogonia formosa, espèces très rares, trouvées, la première dans les Barbades et la'seconde à Haïti. Elles servent de fond au bureau.
- En dessous de chaque sculpture se trouve le nom latin de la diatomée.
- Enfin, la figure 7 (*) représente le lit entouré de ses huit diatomées, dont les quatre reproduites plus haut. Ce sont, respectivement, en commençant par la gauche : la première, la deuxième, la troisième et la septième.
- Le grossissement de ces diatomées sculptées sur bois est environ 2 000 diamètres.
- Elles donnent une idée de ce que l’art décoratif peut tirer comme motifs ornementaux de ces protistes minuscules.
- Louis Rediek.
- 1. Toutes les photographies sont de Roger Jovhdaix.
- La cire de c
- succédané de la
- La cire de carnauba (!), la palm wax des Américains, est le produit de cueillette, par les indigènes, tiré de deux palmiers qui croissent spontanément dans la zone équatoriale de l’Amérique du Sud (1 2). Rappelons qu’elle sert à préparer : des produits d’entretien (crèmes pour chaussures, encaustique pour meubles, brillant incomparable pour les cuirs), des peintures et des vernis. Mélangée à deux fois son poids de suif de bœuf, la cire de carnauba sert à fabriquer des cierges, des bougies et des rats de cave qui ne « coulent » pas. Elle entre aussi dans la fabrication des disques de phonographes.
- On croyait qu’elle était irremplaçable, et les États-Unis, qui en étaient devenus les plus grands consommateurs, éprouvent maintenant des difficultés à s’en procurer. Avant 1939, ils en importaient pour 8 millions de dollars par an.
- Des recherches entreprises récemment par MM. T. Balch et B. Brocq, du Ministère de l’Agriculture des États-Unis, ont montré que la cire de carnauba peut être remplacée dans toutes ses applications par une cire extraite des résidus des sucreries qui traitent la canne à sucre. Voici, d’après Chemical Industries d’août 1947, comment on la prépare.
- Le jus sucré extrait de la canne, soit par écrasement, soit par diffusion, est soumis à la clarification, ce qui fournit un précipité qui est passé au filtre-presse ; on obtient ainsi un tourteau qui,
- 1. Nom tupi. Le tupi est un dialecte apparenté au guarani, langue des Amérindiens, qui est encore en usage dans presque toute l’Amérique du Sud équatoriale.
- 2. C’est le produit d’exsudation des jeunes feuilles du Copernicia cerifera, propre au Brésil, et du stipe du Ceroxylon Andicolum, qui croit jusqu’à 3 000 m d’altitude dans les Andes. Jusqu’à présent on n’a pas réussi à les cultiver.
- anne a sacre
- cire de carnauba
- auparavant était employé comme engrais. Les tourteaux renferment 10 pour 100 de cire, le reste étant formé d’autres corps organiques parmi lesquels des matières grasses. On les soumet à l’extraction par un solvant (pétrole, naphta, benzène ou toluène) qui dissout presque toute la cire et une fraction des matières grasses. La cire brute ainsi obtenue renferme 70 pour 100 de cire et 30 pour 100 de matières grasses ; elle est traitée par l’acétone qui n’en dissout que les matières grasses. Celles-ci servent à préparer des corps d’une valeur marchande, notamment des alcools supérieurs, de la glycérine, des acides gras et leurs esters.
- Le point de fusion de la cire purifiée, séparée des matières grasses, est 80° ; celui de la cire de carnauba est 84° ; cette cire a une odeur forte mais on peut facilement la désodoriser ; en même temps sa couleur, qui est d’un brun foncé, passe au jaune clair ; comme la cire de carnauba, elle est miscible en toutes proportions aux cires, graisses ou huiles animales, végétales et minérales ; elle n’en diffère que parce qu’elle retient un peu moins bien les huiles employées comme véhicule des pigments qui entrent dans la préparation des peintures. Sa densité est du même ordre de grandeur, 0,993 à 0,998, selon son degré de pureté.
- Le Ministère de l’Agriculture a entrepris la construction d’une usine pilote où ce traitement sera appliqué ; 1 000 t de canne fournissent 8,7o t de tourteaux à 70 pour 100 de cire brute. On estime que les seules sucreries de la Louisiane pourraient fournir 3 750 t de cire valant 4 millions de dollars. Une immense raffinerie de sucre, en Californie, qui traite tout le sucre brut importé des îles Hawaï pourrait en fournir davantage.
- E. Lemaire,
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
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- 122 PROTÉGEONS MIEUX L'AFRIQUE NOIRE FRANÇAISE CONTRE
- la Maladie du Sommeil
- Lorsqu’on m’a prié, l’autre jour, de parler à la Radio, j’avais beaucoup à dire sur ce vaste problème d’épidémiologie : Lutte-t-on efficacement, aujourd’hui, contre la maladie du sommeil en Afrique Noire Française ? Ce fléau, tueur de Noirs, et de quelques Blancs, est-il en nette régression? stabilisé? ou en progj’ession?
- Mais une dizaine de minutes d’interview, c’est bien peu en l’occurrence, et je suis heureux de pouvoir mieux préciser mon opinion à la tribune de La Nature.
- Aux questions que très aimablement me posait Pierre Icliac, je répondais, crois-je, avec un grand souci d’objectivité, mais on a dû être surpris du doux entêtement que je mettais à toujours conclure ainsi : Rétablir la peine de prison (supprimée par l’annidation du Code de l’indigénat) pour les Noirs qui refusent. de se soumettre aux visites sanitaires de dépistage des maladies épidémiques, de la trypanosomiase notamment, et aux injections stérilisantes de virus divers, c’est là seulement que se trouve la solution du problème.
- Ce disant, il ne fait aucun cloute pour moi que maints auditeurs, d’outre-mer particulièrement, ont. dû, dans leur for, me traiter de « colonialiste », voire d’esclavagiste.... C’est cependant tout le contraire qu’ils auraient dû penser. On s’en convaincra plus loin.
- Mais quel est-il exactement, ce problème ?
- De 1989 à 19/12, non sans de grandes difficultés issues des états de guerre puis d’armistice, j’ai pu remplir de manière
- Fig. 1. — Femme trypanosomée grabataire, cachectique.
- Elle s’est soustraite à toutes visites médicales. Soutenue par un infirmier, elle est enfin soignée. Trop tard !...
- Fig. 2.— Mort prochaine d’un adolescent, qui ne s’est jamais présenté à l’équipe de prospection de la maladie du sommeil.
- Altitude typique de méningo-encéplialite à celle phase ullime de la trypanosomiase.
- satisfaisante la mission que m’avait confiée Georges Mandcl, celle d’aller en Afrique Occidentale Française et au Togo éteindre des foyers de maladie du sommeil qui, un peu partout, se rallumaient.
- Si je suis arrivé à ce résultat essentiel qui fut de réduire à 0,74 pour 100 l’index global de contamination nouvelle par trypanosomiase (après la création de 76 secteurs de prophylaxie, dont 3i d’action intensive; après une quadruple élévation de 1 200 000 en 1938 à 1 4oo 000 en 1941, du nombre annuel des visites de dépistage; après la création ou la réfection de nombreux centres de traitement, d’hvpnoscries ou de postes-filtres, etc...), si je suis arrivé à ce résultat essentiel, c’est que je fus, pendant cette campagne triennale, entouré de l’admirable dévouement de médecins européens, de médecins africains, d’agents sanitaires et du cadre solide, — qu’à cet effet je pus faire créer, — d’environ 800 infirmiers indigènes spécialisés.
- Ayant ainsi organisé et fait fonctionner ce service prophylactique et. thérapeutique de la maladie du sommeil dans la Fédération africaine occidentale, je rentrai en France.
- Pendant quatre ans, tournant « rond » comme on dit même en langage tropical, ce « Service général autonome de la maladie du sommeil en Afrique Occidentale et au Togo » maintint toute son efficience, ou à peu près. Il fut et est encore dirigé par le médecin colonel Le Rouzic, bien à sa place puis-
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- qu’il avait antérieurement la charge d’éduquer médecins, agents sanitaires et infirmiers à l’École de la trypanosomiase de Ouagadougou (Haute-Volta), sous l’autorité de la néo-clicfferie de la
- Fig. 3. — Malade en « deuxième période » (nerveuseJ de la trypanosomiase.
- S'est présenté tardivement au médecin prospecteur. Sera peut-être sauvé. (A son cou, le fichage métallique appliqué en 1939-1940 aux « sommeilleux » de l’A.O.F. et du Togo.)
- maladie du sommeil que j’avais créée à Bobo-Dioulasso, en Haule-Volta aussi, au terminus Nord du chemin de fer de la Basse Côte d’ivoire (Abidjan). Histoire de faire du neuf toutefois, — mais sans changer un iota aux éléments de base de ce service, — la direction du Service de Santé des colonies démarqua cette laborieuse organisation sous l’étiquette de Service mobile d’hygiène et de prophylaxie. Petite chose épisodique, sans grande distinction....
- Puis vint 1946, plus précisément la loi du 7 mai 1946.
- Au nom des totales libertés que leur conférait leur naissante citoyenneté française, un peu partout les Noirs refusèrent peu à peu de se rendre aux convocations des visites sanitaires, et meme à celles des traitements : finis les rassemblements des collectivités, autrefois presque complets, pour le dépistage des maladies endémo-épidémiques, de la maladie du sommeil en particulier; négligées les séances de vaccination; oublié le chemin du dispensaire cl de la maternité !
- Quelques exemples de ces coupables dérobades suffiront : à Banfora (Hautc-Volta), le pourcentage des présences aux visites de dépistage passe de 98 pour 100 en 1941 à 27 pour 100 en 1947; à Man (Basse Côte d’ivoire), les 70 pour 100 de 1945 tombent à 5o pour 100 en 1946; en Guinée, 64 pour iooj au
- Soudan (Bamako), 4o pour 100 en 1947 au lieu de 74 pour 100 en 1946; au Togo, 02 pour 100 à Sokodé, etc.... Et, dans sa récente enquête en Ilaute-Volta, Pierre Voisin (Le Figaro, février-mars 1948) cite cet effarant écart : à Sindou, visités en 1944, 96 pour 100; en ig47, 1 (un) pour 100. Ces précisions décevantes lui ont été données sans doute par le docteur Schmourlo, médecin-chef du secteur de prophylaxie de Banfora, qui servit sous mes ordres et que je tiens pour une manière d’apôtre. P. Voisin a noté ses tristes réflexions : « ... Nous aimons ce pays, ces pauvres paysans abandonnés. Des gens comme moi lui ont consacré leur vie. Et nous savons bien, nous, que si nous laissons ce pays à lui-même au nom d’une légalité européenne, nous le rendons à l’esclavage.... Pays féodal, paysan féodal, qui réagit devant la liberté comme le moujik de 1917 : « Je suis libre ? Je peux donc voler, piller, tuer, qui m’en empêchera ? ».
- En Afrique Équatoriale Française, on a mis fin assez vite a une aussi décevante incidence de cette loi qui n’aurait dû, — je l’exprime ainsi parce que je crois bien connaître l’Afrique Noire, mieux peut-être que certains législateurs du texte précité, — accorder la citoyenneté qu'aux élites noires, et par paliers, non brusquement et globalement à des masses analphabètes. Celles-ci ne sont-elles pas incapables (et en cela irresponsables) de concevoir que leur refus de se laisser trier médicalement, et stériliser lorsqu’elles sont contaminées, est un attentat à la vie même cle la communauté?
- Fig. 4. — Garçon et fillette que leurs fugues habituelles, devant l’équipe mobile de prospection de la maladie du sommeil, ont fait trop tard diagnostiquer.
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- On y a mis fin en rétablissant les sanctions antérieurement supprimées, surtout la peine de prison autrefois prévue par le Code de l’indigénat. Un arrêté du 6 février 1947 a rendu « obligatoires les visites médicales en vue du dépistage des maladies endémo-épidémiques et des vaccinations ». Il a prévu aussi l’isolement de certains contagieux. Enfin, et surtout, il a fixé que les infractions à cet arrêté seront punies cl’un emprisonnement de x à i5 jours et d’une amende de i5 à 1 200 francs, ou de l’une de ces deux peines seulement.
- Voilà pour l’Afrique Équatoriale Française : parfait.
- Et pour l’Afrique Occidentale Française, dont six colonies sur sept (la Mauritanie en est exempte) sont contaminées de trypanosomiases animales et humaine? Eh bien, l’A. O. F. a subi, on le sait, une évolution politique plus rapide que celle de l’A. E. F., prénommée Cendrillon. Aussi ses assemblées locales ont-elles donné au prédécesseur de M. Paul Béchard, qui le transmit sans le modifier au ministre de la France d’outre-mer, l’auis que la peine de prison n’était pas indiquée, était excessive pour sanctionner ces délits spéciaux, sources cependant d’une grave perturbation sanitaire puis démographique; bref, que l’amende y suffirait bien....
- Non, ce n’est pas mon avis. Elle sera impuissante à corriger cette situation défaillante. Légère (i5 fr. !), cette amende sera payée très facilement et la fugue-devant-le-médecin se reproduira; forte (1 200 fr.), elle ne sera pas versée par le délinquant, insaisissable dans un double sens le plus souvent.
- C’est pour cela qu’à la Radio, l’autre jour, j’ai réclamé l’application en A. O. F. de l’arrêté que l’A. E. F. a mis en vigueur avec déjà d’excellents résultats. J’avais d’ailleurs, l’année dernière, dans deux articles de presse (1) insisté sur le danger réel d’une telle longanimité. Je proposais alors :
- « ...Les index de présence aux rassemblements pour le dépistage de la maladie du sommeil ne pourraient-ils donc être encore satisfaisants, comme en 1940-1942, par contrainte mesurée, acceptable, conciliable avec la citoyenneté noire (tolère-t-on dans la métropole que le citoyen français se dérobe devant la vaccination variolique, par exemple ?) et, en définitive, pour la sauvegarde essentielle de cette citoyenneté? »
- Qu’on jette les yeux sur les photographies qui accompagnent
- 1. Le Monde Colonial Illustré (Franco Outre-Mer), avril et octobre 1947.
- cet article. Je viens de les recevoir d’A.O.F., d’un secteur de prophylaxie où la maladie du sommeil est, çà et là, en progression et le nombre des visites de dépistage, hélas, en diminution (x).
- Je les trouve éloquentes, ces illustrations, pour le point de vue que je soutiens, puisqu’elles représentent des « sommeil-leux » parvenus à la période méningo-encéphalitique de la trypanosomiase, et cela pour la seule raison qu’ils ont été diagnostiqués trop tard, ayant fui devant le médecin prospecteur.
- De ce fait, ces malades ont : i° rendu leur mort certaine, alors que la maladie du sommeil est une affection grave, certes, mais facilement curable lorsqu’elle est dépistée et traitée méthodiquement dès le début de son évolution; 20 dispersé autour d’eux par l’intermédiaire des tsétsés (exceptionnellement, des moustiques dans les cases), le virus de l’hypnosie africaine, ou trypanosome, à d’autres Noirs de l’A. O. F.
- Cela dit, avais-je donc tort, ai-je encore tort de réclamer cette peine de prison, seule mesure efficace contre ces colporteurs de virus ?
- En demandant le rétablissement de cette sanction, je crois rester dans le cadre de l’activité qui m’a permis, je le répète avec le très dévoué concours d’un personnel féru de l’esprit d’équipe, de barrer la route en trois ans (1939-1942) au virus de la maladie du sommeil qui sévissait intensément dans l’Afrique Occidentale et dans le Togo; d’assurer par là une solide protection anti-sommeilleuse aux autochtones de la plus belle Fédération de notre Afrique Noire.
- En bref, lorsque je réclame qu’on emprisonne à nouveau ces délinquants Noirs très particuliers que sont les fuyards-devant-le-médecin, essaimeurs de trypanosomiase en A. O. F., j’ai la conviction de n’être ni « colonialiste », ni tortionnaire, j’ai la conviction profonde d’être humain.
- Médecin général inspecteur Muraz (CR), Ancien chef des Services de la Maladie du sommeil en Afrique Équatoriale et Occidentale Françaises.
- 1. Photographies du médecin commandant M. Prévôt, médecin-chef des secteurs de prophylaxie du Soudan (Ilypnoserie de Sikasso, Soudan, décembre 1947-janvier 1948).
- Les progrès des
- On découvre chaque jour aux États-Unis de nouvelles utilisations de l’hélicoptère. Depuis septembre, les hélicoptères distribuent le courrier dans les bureaux de poste de la zone métropolitaine de Los Ànfelès, en Californie. Le service municipal des eaux et de l’électricité de Bonneville, dans l’État d’Oregon, s’est assuré des hélicoptères pour prendre des photos à basse altitude et inspecter ainsi les lignes électriques et leurs isolateurs, sur des kilomètres. Les hélicoptères prennent à leur bord des reporters et des photographes pour faire du reportage aérien. L’appareil, planant à vitesse presque nulle, recherche les avions en détresse, dépiste les incendies de forêts, etc.
- Les innovations de structure vont de pair avec les multiples applications. L’une des dernières est un hélicoptère à deux places, établi par la Bell Aircraft Corporation, à Buffalo et homologué par l’administration de l’aéronautique civile des États-Unis. Il est entré dans le domaine de la production en série pour des usages commerciaux et agricoles. Ce nouveau type peut être équipé pour le saupoudrage et la pulvérisation des récoltes, le courrier aérien, le ramassage et la livraison des marchandises. Il peut être terrestre ou amphibie, naviguer de jour ou de nuit. Un rotor à deux aube-s élève l’appareil de 990 kg jusqu’à une altitude de 3 450 m, lui donne une vitesse propulsive maximum de 147,2 km à l’heure et une vitesse de croisière de 131,2 km. La charge utile est de 323 kg. Le moteur a une puissance de 178 chevaux. Un autre nouveau venu doué de caractéristiques analogues est un modèle
- aux États-Unis.
- Sikorsky, dont les aubes du rotor sont entièrement métalliques.
- On a procédé récemment aux essais de deux autres modèles plus révolutionnaires
- Lo premier est un hélicoptère familial à bon marché. Il a élê étudié par trois inventeurs de Baltimore. Il a des rotors de 7,4 m, mus par un moteur de 125 chevaux ; ses caractéristiques comprennent la suppression du rotor de queue et l’utilisation de tringles, au lieu de câbles pour le fonctionnement des commandes de vol ; le moteur peut être débrayé du rotor, dont les aubes devenues libres permettent alors une descente lente et guidée. L’appareil pèse moins de 300 kg, et consomme 26,5 1 de carburant à l'heure.
- L’autre nouvel hélicoptère est la « bicyclette volante », qui est tout simplement un trépied de tuyaux de métal, muni d'un moteur, d’aubes et d’un gouvernail, et qui pèse-seulement 139,5 kg. Ni l’armée de l’air des États-Unis, qui l’a essayé à une vitesse de 80 km à l’heure avec une charge de 136 kg, ni la société productrice, la McDonnel Aircraft Corp., de St-Louis, n’ont encore trouvé un nom approprié pour cet étrange véhicule. Premier hélicoptère propulsé par des fusées placées à la pointe des aubes du rotor, il ouvre la voie aux hélicoptères propulsés par réaction. Piloter la bicyclette aérienne est, paraît-il, aussi simple que conduire une voiture, caractéristique que s'efforcent d’obtenir les autres ingénieurs, afin d’assurer une vaste popularité à l’hélicoptère.
- hélicoptères
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- L'hiver de
- Moins exceptionnel en douceur que ne le fut son devancier en froidure, l’hiver 1947-1948 mérite cependant une courte
- étude.
- Du 24 décembre 194? au 12 février 1948, le temps fut constamment doux et humide dans la majeure partie de la France.
- Les régions méditerranéennes restèrent toutefois à l’écart de l’excessive pluviosité qui s’abattit sur le territoire et, en décembre, la Provence enregistra des températures au-dessous de la normale. Conséquence d’un ciel dégagé, avec refroidissements nocturnes mal compensés par la faible insolation des jours les plus courts de l’hiver.
- — En janvier, l’excédent thermique fut au contraire général en toutes régions, mais moins accentué dans les régions méditerranéennes que dans les autres.
- — Enfin en février, la température s’écarta peu de la normale sur l’ensemble de la France.
- Parmi les exceptions locales, notons le déficit thermique de la région lyonnaise et l’écart inverse observé sur la Côte d’Azur, où la température moyenne de février dépassa la normale d’environ i° (Toulon, i°2 notamment).
- Cette persistance du temps doux incita la grande majorité du public à opposer cet hiver au précédent et même à le considérer comme exceptionnel. La brusque survenance, dès le 17 février, d’un type de temps radicalement différent de celui qui s’était si régulièrement maintenu eut pour effet d’abaisser singulièrement la température moyenne de l’hiver 1947-1948 et de ramener cette saison au rang d’un hiver simplement doux.
- J’ai dressé le tableau ci-après permettant de comparer entre eux les hivers les plus doux observés à Paris depuis 100 ans.
- 1947-1948
- celui de son devancier, dans la catégorie des hivers froids (x).
- La vague de froid de la deuxième quinzaine de février ig48 a suffi pour abaisser la température moyenne de l’hiver d’environ un degré. Sans elle, l’hiver 1947-1948 aurait bénéficié d’une moyenne comparable à celle de l’hiver 1911-1912, qui occupe le quatrième rang des hivers les plus doux des cent dernières années.
- La pluviosité abondante, aussi bien que la température élevée jusqu’à mi-février dans presque toute la France, furent commandées par une situation barométrique comportant jusqu’au i3 février de basses pressions sur l’Europe septentrionale et l’Océan glacial, tandis qu’une vaste zone anticyclonique couvrait les Açores, l’Espagne, le Maroc et parfois toute la Méditerranée occidentale. La vague de froid de février 1948 coïncida avec un décalage vers le N.-E. de l’anticyclone des Açores qui couvrit, à partir du 17, l’ensemble de la Scandinavie. Le flux d’air très septentrional qui s’abattit sur une grande partie de l’Europe eut pour résultat un abaissement de li température moyenne de i5° en quelques jours à Paris et de io° sur la Côte d’Azur. Fort heureusement, de nouvelles perturbations atlantiques battirent en brèche par le Sud la forteresse anticyclonique et finirent par la rejeter sur l’Islande le 22, cependant que de hautes pressions s’installaient sur l’Europe Centrale le 27, génératrices de courants moins nordiques et moins froids, dès la fin de février.
- Signalons en terminant que le maximum absolu de la température, enregistré à Paris au cours de l’hiver relativement doux de 1947-1948, n’est que i4°i, tandis que celui de l’hiver précédent, très froid en moyenne, avait été de i5°o, ce qui prouverait, s’il était encore nécessaire de le faire, que des tem-
- Température moyenne Minimum absolu Nombre de jours de gelée Rang
- Décembre Janvier Février Hiver Décembre Janvier Février Décembre Janvier Février de l’hiver
- Moyenne normale . 1868-1869 3,42 8,70 2,92 3,30 3,85 7,90 3,39 6,63 0,2 — 9,0 1,0 0 13 5 1er
- 1876-1877 7,05 6,22 6,51 6,59 — 0,9 — 5,1 — 3,0 4 8 4 2°
- 1883-1881 4,15 5,55 5,44 5,05 — 6,9 - 1,0 — 2,1 6 5 8 14e
- 1898-1899 4,99 5,95 5,66 5,53 — 7,7 — 4,0 — 9.1 9 6 12 8“
- 1911-1912 6,79 4,48 6,94 6,07 - 1,1 — 5,0 — 10,0 1 9 5 4°
- 1912-1913 5,55 5,79 4,10 5,15 — 2,8 - 2,0 — 5,5 10 3 17 13»
- 1915-1916 7,69 6,96 4,32 6,32 — 2,7 — 0,8 — 4,4 5 2 10 3=
- 1919-1920 6,04 5,20 6,18 5,80 — 3,8 — 2,9 — 2,6 4 13 10 5°
- 1922-1923 4,77 4,38 6,29 5,15 — 4,4 — 4,4 — 1,8 8 11 3 13“
- 1925-1926 3,78 4,04 8,58 5,47 — 11,1 — 7,6 "h U 14 12 0 10»
- 1929-1930 6,90 6,60 3,00 5,50 — 5,6 - 0,1 4,5 5 1 16 9»
- 1934-1935 8,24 3,27 5,54 5,68 — 0,0 - 6,1 — 7,9 1 14 8 6"
- 1936-1937 3,96 5,71 7,28 5,65 — 3,1 - 3,4 — 0,1 18 6 1 7»
- 1942-1943 5,00 5,57 4,96 5,18 - 3,7 - 4,5 — 2,3 11 9 10 12e
- 1947-1948 5,05 6,76 4,26 5,36 — 3,6 — 2,8 ~ 8,8 9 3 U U»
- De l’examen des chiffres qui précèdent, il ressort que l’hiver 1947-1948 n’occupe qu’un rang très peu honorable, le 11e, dans le palmarès des i5 hivers les plus doux observés depuis 100 ans. Un rang hélas beaucoup moins remarquable que
- pératures isolées, même excessives, ne caractérisent nullement une saison.
- Jean Bourgeois.
- 1. La Nature, 15 mars 1947.
- Un nouvel
- Nature nous apprend qu’un nouvel astéroïde a été découvert en août dernier par M. C. A. Wirtanen, à l’observatoire Lick qui l’a décrit dans Slcy and Telescope.
- Au moment qu’il fut découvert, sa magnitude était de 13 .et son diamètre ne devait pas dépasser quelques kilomètres.
- astéroïde.
- Son orbite, presque circulaire, est très voisine de celle de Mars qu’elle approche d’environ dix millions de kilomètres ; sa distance la plus proche de la Terre est d’environ neuf cent millions de kilomètres. Sa période est de 2,3 ans ; c’est la plus courte connue après celle d’Eros.
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- L’initiative privée dans l’Astronomie française
- Il est de notoriété, et pareille constatation est fort regrettable, que la part faite en France à l’Astronomie dans l’enseignement officiel est des plus restreinte et loin, par conséquent, d’être en rapport avec l’importance de cette science et le rôle qu’on pourrait en attendre dans la culture générale. Complètement absente des programmes d’enseignement du premier
- Fig. 1. — Observatoire de la Société astronomique de France :
- Vune des coupoles.
- (Photo J. Dragesco).
- degré, elle ne figure dans ceux des lycées et collèges que par quelques notions livresques de cosmographie dans les classes de préparation à la seconde partie du baccalauréat. De cette astrophysique qui, au cours du dernier demi-siècle, a bouleversé nos vues sur un univers démesurément agrandi, presque rien, sauf par certaines voies détournées, à un niveau d’études déjà fort élevé. De l'étude du ciel sur le ciel, rien nulle part!...
- On ne peut nier cependant que la curiosité pour les phénomènes célestes est fort répandue, dans un large public^1). Par la beauté de ses spectacles, par le cliai’me des légendes qu’évoque la voûte étoilée, aussi bien que par le prestige de l’exactitude de ses prédictions et l’immensité des questions qu’elle suscite, l’astronomie joint les attraits de la poésie et de l’art à ceux de la science. Comme au temps d’Auguste Comte, et davantage encore, elle demeure la Science des sciences, la seule qui soit susceptible de situer l’Humanité à sa place véritable dans l’espace comme dans le temps, et, par cela même, d’ouvrir la pensée à une saine philosophie. Exerçant « les plus hauts dons de l’homme : esthétique, imagination, raison, aspirations spirituelles, elle est un instrument de culture incomparable (2) ».
- Heureusement, à la carence de l’enseignement officiel, remède a été porté dans une large mesure en notre pays par l’action de groupements privés, qui se sont constitués tant à Paris qu’en diverses villes de province. En igi4 eut lieu à l’Observatoire de
- 1. Le présent article a précisément été inspiré par les fréquentes demandes de renseignements formulées à ce sujet à La Nature par ses lecteurs.
- 2. Paul Couderc. Les étapes de l’Astronomie. Collection « Que sais-je ? ». Presses universitaires de France.
- Paris un congrès de Sociétés astronomiques auquel prirent part sept sociétés françaises. D’autres se sont constituées depuis et à leur tête se place la Société astronomique de France, de beaucoup le plus important de ces groupements. Fondée en 1887 par Camille Flammarion, l’illustre auteur de l'Astronomie populaire, elle réunit actuellement plus de quatre mille adhérents, tant à l’étranger qu’en France. Dans ses rangs se coudoient, animés par un même idéal, les plus modestes amateurs et les personnalités les plus marquantes parmi les professionnels de la. science officielle. C’est, un ardent foyer d’enseignement mutuel, de recherches coordonnées où le savoir de tous est mis à la portée de chacun.
- La Société possède son observatoire propre, érigé au sommet des tours de l’Hôtel des Sociétés savantes, au cœur de la capitale, où le public lui-même est convié gratuitement, deux fois par semaine, à des séances dirigées et commentées d’observations célestes (x). Chacun peut y contempler, dans d’excellents instruments, les spectacles les plus suggestifs et les plus émouvants : relief lunaire, aspects planétaires, système saturnien, étoiles doubles et multiples, amas stellaires, nébuleuses lointaines... A l’occasion des phénomènes les plus spectaculaires, comme les éclipses de Lune et de Soleil, des séances publiques spéciales sont organisées.
- Chaque année y est professé un cours populaire d’astrono-
- Fig. 2. — Observatoire de la Société astronomique de France : l’équatorial Cooke (objectif de 0,153 m).
- (Photo J. Dragesco).
- mie, également ouvert au public, et une série de conférences d’un niveau un peu plus élevé y sont données, sur les sujets les plus actuels, par les plus avertis des spécialistes. La construction des appareils d’observation, ainsi que la taille des miroirs de télescopes, y sont enseignées. Une ample bibliothèque, un
- 1. Pour tous renseignements, s’adresser à la permanence de la Société, à l’Hôtel des Sociétés savantes, 28, rue Serpente, à Paris.
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- Fig". 3. — Observatoire de la Société astronomique de France : l’équatorial Mailhat (objectif de 0,190 m).
- (Photo J. Dracesco).
- service ûc prêts de lunettes et une cinémathèque complètent celte organisation.
- Sous le titre L'Astronomie est publié le Bulletin mensuel de la Société, richement documenté et illustré, qui tient ses lecteurs au courant de tous les progrès de la science astronomique
- et des sciences connexes. Des séances mensuelles, où les savants les plus éminents prennent la parole, réunissent chaque fois des centaines d’auditeurs.
- La Société astronomique de France s’honore d’avoir suscité nombre de magnifiques vocations, et de demeurer, de façon toujours plus affn'mée, une pépinière d’astronomes professionnels. A ce litre elle ne pouvait rester ignorée des pouvoirs publics : une importante délégation de ses membres la représente au Comité national d’Astronojnie. Tout récemment encore, elle a collaboré officiellement avec l’Observatoire de Paris aux solennités organisées à l’occasion du centenaire de la découverte de la planète Neptune.
- Enfin la Société astronomique de France est un centre autour duquel s’agrègent les initiatives privées, qui y prennent leurs directives. Nombre de ses membres se sont ainsi édifié leur observatoire personnel. Certains de ces observatoires sont à leur tour des foyers de recherches, où s’élaborent d’importants travaux qui font honneur à la science française. Une mention particulière doit être faite de l’Observatoire Flammarion, de Juvisy, que le fondateur a illustré et dont le rayonnement est si magnifiquement entretenu par sa veuve, Mme Gabrielle Camille Flammarion, observatoire qui, du reste, par la volonté bienveillante de sa directrice, demeure hospitalier à tous les chercheurs.
- La Société astronomique de France a essaimé, et à son exemple, le plus souvent sous son patronage, des sociétés locales se sont constituées en diverses villes de province : telle possède son Cercle scientifique Flammarion, comme Nice, telle autre son Groupe astronomique, comme Strasbourg, telle autre encore son Observatoire populaire, comme Rouen... Les plus importants de ces groupements sont, sans contredit, la Société d’Astronomie populaire de Toulouse et l'Association astronomique du Nord, sise à Lille. Toutes deux possèdent leur petit observatoire et publient un intéressant Bulletin, celui de Toulouse étant particulièrement documenté. Toutes deux, dans leur œuvre, bénéficient du bienveillant appui des observatoires officiels de leur ville.
- G. Fournier.
- LES LIVRES NOUVEAUX
- Équipement électrique des avions modernes.
- Encyclopédie de l’électricité et de la T.S.F. à bord des avions modernes. Tome II, par H. Lanoy. 1 vol. in-8", 282 rç., 239 fig., 1 hors texte. Desforges, Paris, 1947.
- Les avions font une application croissante de l’électricité pour des servo-moteurs divers, appareils de bord, jauges, régulateurs, appareils de dégivrage et de radioguidage, radars, etc. La puissance électrique installée à bord des gros avions actuels atteint 120 k\V et serait capable d’éclairer une petite ville. L’auteur décrit le matériel assurant l’énergie nécessaire aux besoins du bord, puis les divers appareils et accessoires d’utili9ation : génératrices d’aviation, convertisseurs et alternateurs, groupes ôlectrogènes auxiliaires, batteries d’accumulateurs, démarreurs spéciaux, antiparasitage des circuits d’allumage ; un recueil de schémas d’installations électriques sur avions termine l’ouvrage.
- Genèse, nature et évolution des planètes, par A. Dauvili.ier. 1 vol. in-80, 350 p., 55 iig. et pl. Actualités Scientifiques et Industrielles, llermann, Paris, 1947.
- L’origine du Système solaire et de la Terre, en particulier, pose un. problème qui a, de tous temps, préoccupé les hommes. Il en est de même de l’origine de la vie. Dans ce très intéressant ouvrage, l’auteur expose et discute les. différentes hypothèses cosmogoniques dont il ne considère aucune satisfaisante et suggère une théorie nouvelle basée sur l’ensemble des idées
- déjà acccumulées par les travaux antérieurs. Il discute également le volcanisme et l’orogenèse, l’évolution chimique des planètes denses et la géogénie de la Terre et de la Lune. 11 aborde ensuite les théories proposées pour expliquer l’origine de la vie et les soumet à une critique objective. Il développe son point de vue : évolution chimique des matières minérales, organisation lente et progressive vcers l’infinie complexité des phénomènes de la chimie biologique. Il souligne l’importance et le rôle possible des ultra-virus et l’essor définitif que l’apparition de la chlorophylle a pu donner à la vie organisée. 11 présente ainsi une passionnante introduction à une nouvelle biologie cosmique
- Phénomènes radioactifs et introduction à la physique nucléaire, par G. Güeben. 1 vol. in-8°, 263 p., 107 fig., 1 hors texte. Desoer, Liège ; Dunod, Paris, 1947.
- La physique nucléaire est à l’ordre du jour, mais si l’on trouve maintenant quelques ouvrages traitant de ses applications les plus spectaculaires, il existe peu de traités relatifs à ces questions. Cet ouvrage qui est la rédaction étendue de cours professés à l’Université de Liège comble une lacune. On y trouvera des chapitres relatifs aux méthodes d’observation de la radioactivité, aux divers rayonnements a, 3 et Y, aux rayons secondaires, à la chimie des radioéléments, à l’isotopie, aux désintégrations artificielles, à la désintégration de l’uranium et du thorium par les neutrons, aux tissions nucléaires, au rayonnement cosmique. Le livre se ter-
- mine par l’étude des constituants et de la structure nucléaire.
- La viscosité des mélanges de « fluides normaux », par Michel et Lucien Rcecieiis. Société des Huiles do Cavel et Rocgiers S. A., Coupure 197, Gand, 1947.
- Etude sur la viscosité des mélanges binaires de liquides ayant conduit à une équation très simple reliant la viscosité à la concentration pour des mélanges idéaux. Abaque permettant le calcul de la viscosité des mélanges binaires idéaux.
- Animaux de vénerie et chasse aux chiens courants, par .1. Obertuur. 1 vol. in-4°, 162 p. Illustrations de l’auteur. Collection « Le monde merveilleux des bêtes ». Durel, Paris, 1947.
- Dans ce second volume sur les animaux de vénerie et de chasse aux chiens courants, le sanglier tient la première place. Le Dr Oberthur en suit le développement et le comportement en fonction de son instinct migrateur. Il passe en revue ensuite la chasse du lièvre, du renard, du blaireau, de la loutre et termine par des souvenirs de poursuite du grand louvart, dans le Poitou.
- L’auteur, peintre de la nature vivante, termine cet ouvrage, le cinquième de la collection, en souhaitant que nos forêts françaises résonnent encore et toujours de l’écho des trompes et de la voix des chiens.
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- LE CIEL EN MAI 1948
- SOLEIL : du 1er au 31, sa déclinaison croît de 4- 15°8' à + 21°57' ; la durée du jour à Paris passe de 14h32™ à 15h49™. Diamètre apparent : le 1er — 31'47”,28, le 31 = 31'35”,60. Eclipse annulaire les 8-9, invisible en Europe (Asie, Océan Indien, Insu-linde, Pacifique Nord). — LUNE : Phases : D. Q. le 1er à 4h48™ ; N. L. le 9 à 2h30m ; P. Q. le 16 à O^S™ ; P. L. le 23 à OW™ ; D. Q. le 30 à 22*43™ ; apogée le 2 à l11 ut le 29 à 20h, périgée le 15 à 16h. Principales conjonctions : avec Mercure le 10 à 2h38™, à 0°4' S. ; avec Uranus le 11 à 17h55™, à 3°16' ; avec Vénus le 12 à 9h33™, à 0°8' S. ; avec Saturne le 15 à 4°15' ; avec Mars le 16 à 5h15™, à 3°41' S. ; avec Neptune le 19 à 5h6™, à 1°30' S. ; avec Jupiter le 24 à 22h57™, à 4°3' N. Aucune occultation importante. — PLANETES : Mercure, astre du soir, à la fin du mois, plus gr. élong. du soir le 29 à 23°5' du Soleil ; en conjonction avec Uranus le 24 à lh, à 2°6' N. ; Vénus, éclatante étoile du soir, à la fin du mois près de s Gémeaux, diam. app. le 12 = 33”,4, le 24 = 40”,4 ; Mars, visible le soir dans le Lion, à 1° au N. de Régulas le 15, se couche le 12 à 1M3™, le 24 à lAi™, diam. app. le 24 = 7”,2 ; Jupiter, dans le Scorpion, visible pr. toute la nuit, lever le 12 à 22h10™, le 24 à 21h18™, diam. pol. app. le 24 - 42”,3 ; Saturne, visible le soir dans le Lion, se couche le 24 à 0h29™, diam. pol. app. le 15 :
- globe 16”,1, anneau gr. axe 40”,5, petit axe 10”,9 ; Uranus, se couche le 30 à 21hl™ (position 5h39™ et + 23°31'), diam. app. 3”,4 ; Neptune, observable le soir, dans la Vierge, se couche le 30 à lh53™ (position 12h41m et — 2°39'), diam. app. 2”,4. — ETOILES PILANTES : Aquarides du 1er au 6, rad. vers r, Verseau, rapides, traînées. — ETOILES VARIABLES : Minima observables d'Algol (2™,2-3™,5) : le 1er à lh32™, le 3 à 22h22™, le 21 à 3h14™, le 24 à 0h4™, le 26 à 20h54m ; Minima de P Lyre (3™,4-4™,3) : le 11 à 9h, le 24 à 7h ; Maxima : de R Verseau (5™,8-10™,8) le 5, de T Céphée (5™,2-10™,8) le 13, de R Cancer (5™,3-6™,8) le 20. — ETOILE POLAIRE : Passage inférieur au méridien de Paris : le 10 à 22h22™148, le 20 à 21h43™ls, le 30 à 21h3™518.
- Phénomènes remarquables — L’ombre portée par Vénus (plus grand éclat le 18) ; la Lumière zodiacale le soir, après le crépuscule, à W-N.W., du 7 au 11 ; la Lumière cendrée de la Lune, du 11 au 13.
- (Heures données en Temps Universel ; tenir compte des modifications introduites par l’heure en usage).
- G. Fournier.
- CESSIONS DE BREVETS
- M. FORREST (William, James) et Société dite PINCHIN JOHNSON AND COMPANY LIMITED, titulaires du brevet français n° 826.972, du 20 septembre 1937, pour :
- PERFECTIONNEMENTS A LA FILTRATION OU TRAITEMENT ANALOGUE DES FLUIDES ;
- seraient désireux de vendre ce brevet ou d’en concéder des licences d’exploitation.
- MM. FORREST (William, James), BROWN (Charles, Hall) et Société dite PINCHIN JOHNSON AND COMPANY LIMITED, titulaires des brevets français n° 862.239, du 12 décembre 1939, pour :
- PROCÉDÉ DE FILTRAGE DE FLUIDES ET APPAREILS POUR UTILISER CE PROCÉDÉ ;
- n° 862.353, du 14 décembre 1939 et addition n° 51.768, du 24 juillet 1941, pour : PROCÉDÉ DE FILTRAGE DE FLUIDES ET APPAREILS POUR APPLIQUER CE PROCÉDÉ ;
- seraient désireux de vendre ces brevets ou d’en concéder des licences d’exploitation.
- Société dite AGA BALTIC A. B., titulaire des brevets français n° 879.643, du 24 mai 1940, pour :
- SYSTÈMES DE COMMANDE A DISTANCE; et n° 901.913, du 11 février 1944, pour : DISPOSITIF POUR ASSURER LA DESCENTE DES DISQUES DANS UN CHANGEUR AUTOMATIQUE DE DISQUES POUR PHONOGRAPHES ;
- serait désireuse de vendre ces brevets ou d’en concéder des licences d’exploitation.
- Société dite SVENSKA AKIEBOLAGET GAS-ACCUMULATOR, titulaire des brevets français
- n° 838.547, du 30 mai 1938, pour ; APPAREIL POUR PRODUIRE L’ANESTHÉSIE ;
- et n° 863.149, du 30 janvier 1940, pour :
- PROCÉDÉ DE FABRICATION DE RÉSERVOIRS POUR GAZ SOUS PRESSION, REMPLIS DE MASSES POREUSES ;
- serait désireuse de vendre ces brevets ou d’en concéder des licences d’exploitation.
- Société AGA BALTIC AKIEBOLAGET, titulaire du brevet français n° 903.407, du 17 avril 1944, pour :
- ENSEMBLE AVEC PORTE-LENTILLE PIVOTANT POUR
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- Société dite AGA BALTIC AKIEBOLAGET, titulaire du brevet français n° 882.979, du 9 juin 1942, pour :
- DISPOSITIF POUR CHANGEURS AUTOMATIQUES
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- Société dite AGA BALTIC AKIEBOLAGET, titulaire du brevet français n° 883.440, du 22 juin 1942, pour :
- DISPOSITIF RADIO-GONIOMÉTRIQUE, DE PRÉFÉRENCE A ONDES COURTES OU ULTRA-COURTES ;
- serait désireuse de vendre ce brevet ou d’en concéder des licences d’exploitation.
- Société dite AGA BALTIC AKIEBOLAGET, titulaire du brevet français n“ 883.402, du 19 juin 1942, pour ;
- INSTRUMENT DE MANŒUVRE INDICATEUR DE ROUTE,
- PAR EXEMPLE INSTRUMENT DE PILOTAGE DE ROUTE, BASÉ SUR LE PRINCIPE DE L’INDUCTION ;
- serait désireuse de vendre ce brevet ou d’en concéder des licences d’exploitation.
- Société dite AGA BALTIC AKIEBOLAGET, titulaire du brevet français n“ 904.625, du 26 mai 1944, pour ;
- DISPOSITIF DE PROTECTION CONTRE L'INCENDIE DANS LES APPAREILS DE PROJECTION CINÉMATOGRAPHIQUES ;
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- N° 3157
- lor Mai 1948
- LA NATURE
- Figr. 1. — L’oculaire du grand spectrographe de 75 pieds, à l’Observatoire américain du mont Wilson.
- LE COMBUSTIBLE DU SOLEIL
- Quel est l’astre le plus utile, le Soleil ou la Lune P se demande le grave philosophe tolstoïen Kuzma Prout-kov; question à laquelle il répond après mûre réflexion : c’est la Lune la plus utile puisqu’elle nous donne sa lumière pendant la nuit, quand il fait noir, tandis que le Soleil hrille seulement dans la journée, alors qu’il y a de la lumière partout... ».
- Reconnaissons que si la puissance cérébrale de Kuzma Proutkov était de l’ordre de grandeur de celle de certains philosophes antiques pieusement et universellement admirés, elle ne valait tout de même pas celle du moindre de nos contemporains : est-il cancre de la plus minable école villageoise pour ignorer que c’est l’astre du jour qui nous dispense à la fois la lumière, la chaleur et les coups de soleil P
- Où le Soleil puise-t-il sa chaleur ?
- A cette constatation toute qualitative, la science ajoute quelques précisions numériques. Elle nous apprend, par exemple, que chaque centimètre carré de la surface terrestre reçoit, en une seconde, une quantité d’énergie solaire, calorifique et lumineuse, de i 35o ooo ergs, ou, si vous préférez, de %k 720 000 calories par kilomètre carré — soit, en un an, l’équivalent de 97 44o tonnes de charbon. Ce n’est, là, bien entendu, qu’une très minime portion du rayonnement total que prodigue le Soleil : n’oublions pas que chaque centimètre carré de la surface de cet astre émet, par seconde, une énergie de 6,2 x io1-0 ergs — la même puissance qu’une auto de 9 cv — et rappelons-nous qu’entre deux battements consécutifs de l’aiguille des secondes
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- Fig. 2. — Le Soleil contient de l’hydrogène.
- Voici le Soleil photographié à l’Observatoire de Meudon, au spectro-héliographe, le 19 octobre 1945, dans la raie Ha de l’hydrogène. Tous les nuages que l’on voit sont donc des nuages d’hydrogène.
- ([Photo d’Azambüja).
- de notre montre, le Soleil tout entier débite autant de chaleur qu’en dégageraient i i34 ooo milliards de tonnes de houille....
- A vrai dire, ce sont ià des chiffres tellement extraordinaires qu’ils ne parlent plus à l’esprit, et nous ne nous émouvons guère davantage quand l’astronome nous avertit qu’en admettant que le Soleil existe depuis deux milliards d’années, il a dû dépenser déjà 2,4 x io50 ergs, ce qui fait quelque 2 867 000 calories par gramme de sa masse. Mais cela ne nous empêche pas de nous demander pourquoi, avec cette folle consommation, il n’est pas éteint déjà. Il faut donc, ajoutons-nous, qu’il y ait, à l’intérieur, un foyer qui entretienne son rayonnement ?
- C’est un problème que se posa l’Anglais J; Homer Lane, il y a déjà longtemps, en 1869. Il se demanda quelle devait être la température au centre du Soleil pour que celle de la surface fût la température observée, 6 ooo0, et pour que la dilatation conservât à l’astre son volume et sa densité de i,4i. Plonger un thermomètre au cœur de cette fournaise paraît une performance tout à fait chimérique. En fait, le calcul est assez simple si l’on a soin de choisir une hypothèse de départ. Lane supposa que le Soleil était fait d’hydrogène pur; il lui appliqua la loi classique de Gay-Lussac, et put en déduire que la température centrale était de 12 millions de degrés.
- A. l’époque, ce calcul parut étrangement audacieux, pour deux raisons principales. La première était qu’imaginer le Soleil fait d’hydrogène pur, c’était s’opposer directement aux certitudes de l’analyse spectrale. Nous savons maintenant que si nous voulions fabriquer un Soleil artificiel de même masse et de même éclat que celui qui nous éclaire, nous devrions y introduire une proportion, en poids, de 33 pour 100 d’hydrogène, c’est-à-dire lui fournir 20 atomes d’hydrogène contre l’atome d’un autre élément. C’est donc une teneur de 33 pour 100 qui devrait remplacer les 100 pour 100 de Lane.
- La deuxième raison fut que ce dernier s’était servi des lois des gaz parfaits, et qu’il semblait exorbitant d’assimiler à un gaz ordinaire une matière que sa densité moyenne de i,4i rap-
- procherait plutôt du chloroforme ou de l’anthracite. Il paraissait évident, de plus, qu’à l’intérieur du Soleil, la matière devait être dans un tel état de tassement et de compression que, malgré les 12 millions de degrés de la température, elle devait plutôt ressembler à un liquide ou à un solide qu’à un gaz. Ne calcule-t-on pas que, dans ces régions, la densité moyenne doit être multipliée par 5o, ce qui donne une valeur cinq fois supérieure à celle du mercure ? N’est-ce pas alors une gageure que d’appliquer à une substance aussi condensée la même loi que celle qui gouverne la pression de l’air dans une pompe à bicyclette ?
- Eddington décrit l’intérieur du Soleil.
- C’est Eddington qui, en 1924, fit remarquer que cela était parfaitement possible. — Rappelez-vous, déclara-t-il, que la matière est composée d’atomes, dont chacun est formé d’un noyau central entouré d’électrons satellites. Toutes ces particules sont très petites, mais l’ensemble de chaque atome occupe néanmoins un volume relativement considérable — de même que le système solaire, jusqu’à la distance de Pluton, occupe un cercle de près de 12 milliards de kilomètres de diamètre, bien que ses membres soient beaucoup plus minuscules. Un atome d’argent, par exemple, compte 47 électrons, et il est évident que l’on ne peut tasser des atomes de vapeur d’argent que jusqu’à ce que les orbites de leurs électrons les plus extérieurs se touchent. Si l’on voulait les serrer davantage, le seul moyen consisterait à enlever ces électrons : chaque atome prendrait alors un volume bien plus petit. Mais il n’est pas très facile d’enlever un électron à un atome; cela ne peut se faire généralement. qu’en élevant la température ou en l’électrisant. Pour en retirer deux, il faut chauffer encore plus ; pour les arracher tous, il faudrait chauffer à des millions de degrés, ce que nos laboratoires ne savent pas faire. Mais c’est une température de cet ordre qui est atteinte dans le cœur du Soleil. Il est donc à prévoir que tous les atomes y sont ionisés, c’est-à-dire qu’ils ont perdu beaucoup de leurs électrons et qu’ils sont parfois réduits à leurs noyaux tout nus. Comme ces derniers occupent tout l’espace qui était primitivement dévolu à l’atome entier, vous voyez
- P I ^
- 4 ?
- L’ionisation des atomes.
- Le dessin de gauche représente les atomes d’un gaz à la température ordinaire. Celui de droite les représente à une température de millions de degrés : les architectures électroniques ont été brisées, et toutes les particules filent au hasard.
- qu’ils présentent encore des possibilités de tassement, qu’ils peuvent être, à leur tour, comprimés jusqu’à se toucher, et que l’on peut, , par conséquent, les comparer à des particules gazeuses ordinaires justiciables des lois de Mariotte et de Gay-Lussac (fig. 3).
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- Ainsi avons-nous le droit, selon l’illustre savant anglais, de regarder le Soleil comme une sphère de gaz dont la température augmente en allant de la surface vers le centre. Un gaz très particulier, il est vrai, puisque les atomes en sont plus qu’à moitié déshabillés — comme le fer, qui a perdu 22 électrons sur 2C — ou même totalement nus, comme le carbone. De ce fait, la population est, à l’intérieur, tellement dense qu’il y a plus de io24 atomes par centimètre cube, sans compter les électrons libérés, qui fendent la foule à bride abattue. Ceux qui restent cramponnés à leur noyau sont si fortement secoués qu’ils crachent de fabuleuses doses d’énergie, tellement intense qu’elle n’est plus de la lumière ni de la chaleur, mais du rayonnement X. Celui-ci essaie de se frayer un chemin vers l’extérieur et, bousculé par la cohue, perd peu à peu son énergie; s’abaissant graduellement, elle le fait retomber au rang de rayonnement ultra-violet, puis de radiation visible, et c’est cette dernière qui s’échappe finalement au dehors, nous apportant un témoignage de la folle agitation qui sévit au dedans.
- Comment Eddington calcula la température interne du Soleil.
- Naturellement, ce tableau était tout, à fait inconnu à l’époque de Lane. Aussi, Eddington put-il légitimement se demander si la conclusion de ce dernier — la température interne de
- 12 millions de degrés — était réellement valable. — Mon prédécesseur, réfléchit-il, a tablé sur un globe d’hydrogène pur ; or, je sais qu’il n’y figure que pour le tiers. Il me faut donc tenir compte des 77 pour 100 d’autres éléments,
- ou, plus exacte-
- 1 2 3 4 5 6 7 8 'ment, de leur
- Fig. 4.— Abondance relative des principaux poids atomique.
- éléments dans l’univers (d’après Gamow). Malheureusement,
- cela est impossible puisque je n’ai aucun moyen de connaître la composition chimique de l’intérieur du Soleil.
- Il existait pourtant une astuce qu’Eddington, se basant sur les données de l’époque, mit habilement à profit, grâce à l’ionisation intense qui sépare électrons et noyaux. L’atome de lithium, par exemple (poids atomique 7) étant désormais divisé en 1 noyau et 3 électrons, le poids atomique moyen de chacune de ces particules est de 7/4 (c’est-à-dire 1,75; pour l’oxygène (8 électrons), le poids atomique moyen est 16/9, soit 1,78; pour le calcium, 1,91, etc. En somme, tant qu’il s’agit d’un autre élément que l’hydrogène, nous pouvons supposer un poids atomique moyen de 2. Nous pouvons alors appliquer les lois classiques, et c’est ainsi qu’Eddington put conclure à une température centrale de 20 millions de degrés et à un dégagement d’énergie moyen de Go ergs par seconde et par gramme « de soleil ».
- Reste à savoir maintenant quelle est la source de cette prodigieuse chaleur. Écartons tout de suite les anciennes hypothèses de la combustion et de la contraction : si l’astre était fait de charbon, il n’aurait pas mis plus de 5 000 à 6 000 ans pour se consumer, et, sa contraction, génératrice de chaleur comme l’est la compression de l’air dans la pompe à bicyclette, n’aurait pas pu entretenir son rayonnement au delà de 5o millions d’années. Écartons même l’hypothèse de la radio-
- .1
- t
- .g
- HO
- c.
- Cj
- Q.
- O
- £
- j/]0^ydr°gène
- J/100 hélium J/1000 \
- .1/10000 \ .1/100.000 \ J/1.000.000 \ J/10.000.000 \
- .1/100.000.000 V .1/1.000.000.000
- oxygéné
- carbone •—
- f” azote
- 1
- 1
- 1
- t
- 1
- /
- ;
- /
- 1
- lithium
- bore
- béryllium Nombre atomique
- .......... * 1 Il :..... 131 —............-
- activité, si fort en faveur au début de ce siècle. Dieu sait pourtant si elle est tentante ! Consistant en une désagrégation de noyaux projetant, corpuscules et radiations, n'offre-belle pas un foyer énergétique d’une extravagante longévité, puisque le radium, par exemple, vit 2 3oo ans? Mais encore faudrait-il que le Soleil renfermât uranium ou radium ! Or, le peu qu’il en possède est radicalement insuffisant pour rendre compte des torrents d’énergie qu’il irradie avec une inépuisable générosité. Souvenons-nous plutôt que ses constituants les plus abondants sont d’abord l’hydrogène, puis l’hélium, suivis de l’oxygène, de l’azote, du carbone, et qu’il y a gros à parier que c’est dans ces éléments-là qu’il nous faut chercher le combustible solaire
- flïg- 4).
- Les transmutations, clé de l’énigme solaire.
- Celle recherche n’est pas très difficile si l’on suit la piste qu’ouvrit, en 1919, le grand Rutherford en inaugurant la série des transmutations artificielles. Vous connaissez ces transmutations; vous savez qu’en bombardant un élément léger, comme le lithium, avec des protons (noyaux d’hydrogène), on obtient deux noyaux d’hélium. Le point important est qu’un peu de masse se perd au cours de l’opération. En effet, un noyau de lithium pèse 7,oi65, et un proton 1,0076; les deux noyaux d’hélium devraient donc totaliser, en vertu de la loi de la conservation de la matière : 7,0165+1,0076 = 8,0241; mais ils n’en totalisent que 8,oo55. Il y a donc un déficit de 8,0241 — 8,oo55 = 0,00186. Ne vous tracassez pas pour en découvrir l’origine : cette fraction de masse s’est tout simplement convertie en énergie, dont le montant est exprimé par l’équation d’Einstein : E = me2. En remplaçant, dans cette formule, m par la masse disparue 0,00186 et c par la vitesse de la lumière, vous trouverez que l’énergie E de tous les protons contenus dans un atome-gramme d’hydrogène s’élève à 16,74 x io17 ergs, ce qui fait près de 4oo milliards de calories. Cette fois, nous voici à l’aise : il y a, dans les transmutations de ce genre, largement de quoi expliquer la prodigalité solaire !
- Ces transmutations, ces bombardements à coups de protons, de corpuscules a ou de neutrons, on y procède journellement dans les laboratoires atomiques, à l’aide des cyclotrons et de bien d’autres machines. Mais il n’y a pas de cyclotron dans le Soleil, et nous nous demandons de quelle façon les projectiles peuvent bien être propulsés pour avoir la force d’y démolir et d’y transmuer des noyaux. La réponse à cette question fut apportée en 1929 par deux jeunes physiciens, l’Anglais Robert Atkinson et l’Allemand Fritz II o u t e r m a n s. Us firent observer que, puisque la chaleur n’était qu’un phénomène statistique résultant, du mouvement des particules, et qu’inversement, ce mouvement était d’autant plus intense que la température
- était plus haute, il était probable qu’au cœur du Soleil, les 20 millions de degrés devaient correspondre à une agitation d’une violence inimaginable; ils ajoutèrent que, comme l’avait prouvé Eddington, les molécules y étaient disloquées, les atomes
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- eux-mêmes dépouillés de leur entourage électronique et que les noyaux restaient tout nus; et ils. conclurent que ce tumulte forcené devait faire se précipiter toutes ces particules les unes contre les autres avec autant de fougue que dans un cyclotron, et qu’ainsi, par ces réactions thermonucléaires, les transmutations pouvaient se réaliser. Puisqu’il y a, dans le Soleil, 33 pour xoo d’hydrogène, ce ne sont certes pas les protons-projectiles qui manquent !
- Le cycle de Bethe.
- Mais ce n’était pas tout que de connaître les projectiles : il fallait ensuite découvrir les cibles. Ëtait-ce en bombardant des noyaux d’hélium, de lithium, de béryllium, de bore, de carbone, d’azote, d’oxygène, que les protons fournissaient l’énergie atomique calorigène ?
- — C’est bien simple, se dirent les astrophysiciens Gamow et Tcller : calculons l’énergie dégagée par chacune de ces réactions, et cherchons laquelle s’accorde le mieux avec l’énergie solaire connue, ces 60 ergs que libère par seconde chaque gramme de sa région interne.
- Est-ce la réaction proton-lithium ? Celle-ci fournit, non pas Oo ergs, mais 5 millions de milliards ! Elle transformerait le Soleil en bombe atomique ! Est-ce, au contraire, la réaction proton-oxygène ? Il n’est plus question, alors, de milliards d’ergs, ni même de Go, mais de 7/100000 d’erg : l’astre du jour s’éteindrait de consomption et nous laisserait mourir de froid.
- La solution exacte fut trouvée en 1938 par un physicien allemand réfugié aux Etats-Unis, nommé Ilans Bethe, professeur à l’Université Cornell. Il revenait d’une conférence de physique théorique qui s’était tenue à Washington lorsqu’il fut visité par l’inspiration. Ses compagnons de voyage le virent avec étonnement saisir un papier et y crayonner vertigineusement chiffres et équations, si bien qu’avant même que le Soleil fût couché, Bethe avait résolu le problème de son quasi éternel rayonnement. Aujourd’hui, la solution, le cycle de Bethe, a pris officiellement place dans l’astrophysique, et sa situation est d’autant mieux assurée que toutes les étapes en ont été confirmées expérimentalement au laboratoire.
- Voici en quoi consiste ce cycle (fîg. 5) :
- Bethe imagine que l’un des protons qui foncent à toute vitesse dans l’intérieur du Soleil tamponne un noyau de carbone, lequel y est relativement abondant (voyez le graphique 4); il le transmue en noyau d’azote (de poids atomique i3), isotope de l’azote courant, tout en libérant de l’énergie sous forme de rayons y. Le noyau d’azote i3 est très instable; il se désintègre, perd une charge positive sous les espèces d’un positon, et retombe à l’état d’un isotope du carbone, de poids atomique i3. A ce moment, un autre proton fait irruption, bombarde ce carbone i3 et le transforme en azote ordinaire en dégageant encore du rayonnement y. Entrée en ligne d’un troisième proton, qui convertit à son tour ce noyau d’azote i4 en noyau d’oxygène. Mais celui-ci, de poids atomique i5, est instable lui aussi, et il se change rapidement en un noyau d’azote 15 après émission d’un positon. Intervient, enfin un quatrième proton, qui fend le noyau d’azote i5 en deux morceaux : l’un' forme un noyau d’hélium, qui s’enfuit; l’autre forme un noyau de carbone 12 tout prêt à amorcer un nouveau cycle et à absorber un cinquième proton.
- La conclusion la plus claire de l’histoire est que, d’un bout à l’autre de ce cycle, de l’énergie se dégage, laquelle, calculée par Bethe, se monte au total à 100 ergs — donc en bon accord avec la valeur observée de 60 ergs. Une conséquence en est aussi que, puisque le carbone 12 se trouve régénéré, il sert, ainsi que le noyau d’azote, de catalyseur et u'intervient pas dans le résultat. Ainsi, carbone et azote solaires n’augmentent ni ne diminuent par cette opération. Le compte se solde seule-
- ment par la transformation d’hydrogène en hélium, celui-ci étant le résidu de l’opération, ou, si vous voulez, la cendre de cet incendie atomique.
- Chaque seconde, le Soleil voit ainsi 570 millions de tonnes de son hydrogène se transmuer en 566 millions de tonnes d’hélium. Où passent les 4 millions de tonnes qui manquent ? Eh bien ! Ce sont justement ces 4 millions de tonnes qui, converties en énergie par le truchement des rayons y, constituent le combustible du Soleil. C’est cette masse qui, exprimée en ergs au moyen de la formule : E = me2, puis en calories, se révèle équivalente aux 1 i34 000 milliards de tonnes de houille dont il était question plus haut.
- L’avenir du Soleil.
- Le cycle de Bethe emploie à peu près 5 millions d’années pour s’accomplir, c’est-à-dire qu’au bout de ces 5o 000 siècles, le noyau de carbone 12 sort de la série de ses réincarnations, aussi neuf et aussi frais qu’il l’était- à l’arrivée.
- Sa passivité a simplement permis au Soleil de déverser dans l’espace quelque 63o milliards de tonnes d’énergie et de s’enrichir en hélium aux dépens de son hydrogène.
- La question qui nous vient à l’esprit est alors naturellement là suivante : — Combien de temps cela durera-t-il ?
- N’arrivera-t-il pas un moment où, le Soleil ayant dévoré tout son hydrogène et l’ayant réduit en hélium inerte, il n’aura plus rien à « brûler » et devra s’éteindre ?
- En réalité, l’aventure est un peu plus compliquée, et c’est au physicien russo-américain George Gamow que nous devons d’en avoir débrouillé les péripéties. Il nous apprend que l’hélium est moins transparent que l’hydrogène et que, par suite, à mesure que la quantité de ce gaz augmentera, le Soleil deviendra plus opaque. Il ne deviendra pas plus froid pour cela : au contraire, à l’abri de cette couverture protectrice, la chaleur s’accumulera, le cycle de Bethe s’accélérera, l’énergie dégagée s’élèvera. Dans une dizaine de milliards d’années, le rayonnement solaire sera ainsi centuplé, en même temps que le volume de l’astre, après s’être légèrement accru, commencera de décroître. Et c’est seulement après avoir passé par un apogée de splendeur qu’il se décidera à décliner et à se rabougrir.
- Sans doute n’y aura-t-il plus grand monde sur Terre pour assister à cet ultime épisode ! Une radiation solaire plus que centuplée aura depuis longtemps rôti tous les êtres vivants, vaporisé les mers et transformé nos continents en déserts grillés. Quant aux hommes, peut-être enfouis dans des caves climatisées forées à mille mètres sous terre, leur sort ne sera guère plus enviable — à supposer qu’ils existent encore, et qu’ils n’aient pas été volatilisés, quelques milliards d’années auparavant, par un assortiment complet de bombes atomiques lancées, bien entendu, au nom du Droit et de la Civilisation.
- Fig. 6.
- — L’avenir du Soleil
- (d’après Gamow).
- Pierre Rousseau.
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- L/abaissement du pouvoir réflecteur des surfaces optiques
- Chaque fois qu’un faisceau lumineux rencontre une surface de verre poli, une partie de la lumière (o pour 100 environ) est réfléchie, le reste, 95 pour 100, traverse le verre. Lorsque celui-ci est utilisé par « transmission » c’est-à-dire pour laisser passer la lumière à travers lui (c’est presque toujours le cas pour les verres non argentés) on est toujours gêné par la lumière réfléchie. Tel est, dans la vie courante, le cas des devantures de magasins dans lesquelles la vision est altérée par la réflexion des objets extérieurs dans la glace. On a pu, cependant, par une forme et une orientation spéciales des glaces de certaines vitrines, éliminer cette réflexion de T'extérieur ; si la glace est parfaitement propre on n’en soupçonne pas l’existence.
- Le rendement des instruments d’optique. — En ce qui concerne les instruments d’optique, le problème prend une grande importance dès que le nombre des surfaces de verre devient élevé. Dans un objectif comportant plusieurs lentilles, chaque surface de séparation air-verre réfléchit 5 pour 100 de la lumière qu’elle reçoit. On conçoit ainsi que la perte totale puisse dans des appareils assez complexes atteindre un pourcentage très important ; dans certains périscopes elle peut s’élever à 75 pour 100.
- A côté de cette diminution considérable de la luminosité des appareils, la lumière réfléchie elle-même peut devenir gênante soit en produisant un voile général, soit en formant des images parasites.
- On a donc été amené à « abaisser le pouvoir réflecteur des surfaces ». Depuis peu un procédé a été mis au point, qui est basé sur un phénomène d’intèrféreneès produit dans une couche mince qu’on forme à la surface du verre.
- Les Interférences. — On sait que les lames très minces telles que bulles de savon, couche d’huile sur l’eau ou couche d’air comprise entre deux lames de verre presqu’au contact, présentent souvent un aspect irisé. Il est facile de comprendre à quoi sont dues ces couleurs si l’on se rappelle la théorie ondulatoire de la lumière. Soit un faisceau lumineux arrivant sur une telle lame (fig. 1) : une partie A de ce faisceau se réfléchit sur la première face 1, une autre partie B après avoir pénétré dans la lame, se réfléchit sur la deuxième face 2 et ressort de la lame après l’avoir retraversée. Considérons ces deux faisceaux réfléchis C à leur sortie. Comme l’un d’eux a suivi une route plus longue que l’autre, leurs phases peuvent ne pas être en concordance ; suivant l’épaissèur de la couche et son indice de réfraction, les deux rayons émergents seront soit en concordance, soit en opposition, soit en décalage quelconque de phase l’un par rapport à l’autre.
- S’ils sont en opposition de phase leurs vibrations s’annuleront et l’œil ne percevra pas de lumière.
- Comme la lumière du soleil est composée d’une infinité de radiations qui ont des longueurs d'onde différentes, suivant l’épaisseur de la couche, certaines de ces radiations seront annulées et non pas les autres. C’est ce qui donne des teintes diverses variant d'un point à un autre et qui produit l’irisation.
- Revenons au problème de la ré-
- flexion à la surface des glaces de vitrines ou de verres d'optique. Si la lumière utilisée était monochromatique (d’une seule couleur) on pourrait, en déposant sur ces Aœrres une couche d’épaisseur et d’indice de réfraction convenablement choisis, produire exactement opposition de phase entre la lumière réfléchie sur la première face de la couche et celle réfléchie sur la deuxième ; ainsi le pouvoir réflecteur serait complètement annulé. Le calcul montre que pour obtenir l’extinction la plus complète des rayons réfléchis, il faut que l’indice de réfraction de la couche soit égal à
- sjn (n étant l’indice du verre) et que son épaisseur soit égale au quart de la longueur d’onde, c’est-à-dire de l’ordre de dix-millième de millimètre. Dans la pratique, la lumière utilisée n’est pas d’une seule couleur. Comme on ne peut en annuler qu’une seule à la fois, pour résoudre au mieux le problème, on cherchera à supprimer par interférence les radiations les plus actives du spectre visible, c’est-à-dire le vert-jaune.
- La solution idéale, qui résoudrait le problème pour toutes les radiations, serait la réalisation d’une couche dont l’indice varierait d’une façon continue de l’indice du verre jusqu’à celui de l’air. Dans ce cas il n’y aurait même pas de surface de réflexion. Malheureusement on ne connaît pas de procédé pour réaliser de telles couches à indice variant d’une façon continue.
- On a donc dû se contenter de réaliser des couches d’un indice uniforme, intermédiaire entre celui de l’air et celui du verre. Comme l’indice des verres varie de 1,5 à 1,7, celui de la couche, calculé comme il est dit plus haut, devrait se situer entre 1,23 et 1,31. Pratiquement il n’existe pas de corps solide transparent ayant un indice si faible. Les différentes méthodes qui ont été réalisées tendent à obtenir par divers procédés, des indices voisins de ces valeurs. Ces procédés sont les suivants :
- Attaque chimique — Certains verres anciens présentent des altérations dues à une attaque de leur surface. Cette altération, quoiqu'accidentelle donne un résultat semblable à celui recherché par les opticiens : ces verres sont irisés en surface mais souvent la transmission de la lumière à travers eux en est améliorée.
- Une attaque chimique analogue peut être réalisée par un réactif approprié qui transforme une mince couche superficielle du verre. Cette couche, par suite de la dissolution d’une partie des oxydes constituant le verre, possède un indice plus faible que celui-ci. On règle l’attaque de façon que l’épaisseur de la couche réalisée soit d’un quart de la longueur d’onde utilisée. Les solvants employés peuvent être très variés ; ce sont principalement des acides ou des sels. Les couches ainsi' obtenues sont remarquablement résistantes et dures, mais leurs indices sont loin d’être suffisamment bas ; la méthode n’est utilisable que dans le cas de verre très denses (flints) dont l’indice est élevé.
- Couche organique à longue chaîne. — M. Langmuir et Miss Blodgett ont très élégamment résolu le problème de la recherche d’un indice suffisamment bas. Malheureusement, contrairement au cas précédent, les couches obtenues sont d’une fragilité extrême, de sorte que ce procédé n’a pu être utilisé dans la pratique. Il consiste à déposer un certain nombre de couches monomoléculaires de savon et de son acide gras jusqu’à obtention de l'épaisseur désirée. L’indice de cette couche est alors trop élevé : en l’attaquant par un solvant approprié, on élimine les molécules d’acide. 11 reste une couche contenant des vides à la place de ces molécules. Cette couche squelettifiée (ske-letonized) possède un indice beaucoup plus faible ; il peut atlein-dre 1,21.
- Eoaporation dans le vide — Lorsqu'on chauffe dans un vide très poussé, une substance quelconque, ses molécules sont libérées par évaporation et se déposent sur les objets placés au voisinage. Or l’indire des couches déposées ainsi est beaucoup moins élevé que celui de la même substance à l’état massif. On peut ainsi recouvrir le verre de fluorures métalliques à indice faible. Mais malheureusement on peut dire que les couches résistantes ont des indices plus élevés que les couches fragiles. On constate aussi que la qualité du vide influe beaucoup sur la solidité de la couche et sur son indice.
- Le traitement des surfaces à l’Institut d’Optique. — Actuellement l'Institut d’Optique de Paris possède une installation de « traitement des surfaces » sous la direction de M. Arnulf. Les
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- locaux ont été aménagés de façon à y maintenir la propreté la plus grande ; en effet la moindre trace de graisse altère le dépôt sur les surfaces ; un nettoyage très complet est nécessaire préalablement et les pièces sont .repolies peu de jours avant leur traitement.
- Deux méthodes sont employées à l’Institut d’Optique :
- La première est celle qui vient d’être décrite d'évaporation dans le vide : sous des cloches assez grandes pour contenir plusieurs pièces d’optique, notamment de grands prismes, on réalise des dépôts de fluorures. Le fluorure de magnésium, s’il n’abaisse pas beaucoup le pouvoir réflecteur (son indice est environ 1,39) est très solide et peut donc être utilisé sur les surfaces extérieures des objectifs. La cryolithe (Na3AlF6) est employée également. EUe donne de très bons résultats, bien que moins résistante, car son indice est de 1,34.
- On reconnaît le moment où le dépôt atteint l’épaisseur désirée, d’après sa couleur. En effet, une couche qui annulera le pouvoir
- réflecteur pour les radiations voisines du jaune ne réfléchira plus que des radiations éloignées du jaune dans le spectre, c’est-à-dire principalement le rouge et le violet ; on verra donc la surface réfléchir une teinte pourpre, mélange de rouge et de violet, la « teinte sensible » des physiciens.
- Enfin une autre méthode employée à l’Institut d’Optique, celle de la « tournette », consiste à déposer par centrifugation une couche de silice sur le verre : du silicate de potasse est versé sur la surface que l’on fait tourner ; par réaction de l’acide carbonique de l’air la soude est libérée. Il reste de la silice pure qui forme sur le verre une couche très adhérente dont on règle l’épaisseur par un dosage convenable de la concentration du silicate et de la vitesse de rotation. C’est ainsi que l’on traite les surfaces extérieures des objectifs pour lesquelles le traitement aux fluorures par évaporation n’est pas assez résistant.
- Élise Devaux.
- L'activation des semences de pommes de terre
- aux basses températures.
- Au mois d’octobre dernier, émue des difficultés auxquelles notre pays doit faire face, l’Académie des Sciences constitua une commission dite des Recherches agronomiques, composée de son président d’alors, le botaniste Louis Blaringhem, de ses deux secrétaires perpétuels, MM. A. Lacroix et Louis de Broglie ; des membres de la section d’Ëconomie rurale, MM. Le-clainche, Lapicque, Fosse, Schribaux, Javillier, Demolon ; de ceux de la section de Botanique, MM. Dangeard, Chevalier, Souèges, Magrou, Heim ; et d’autres savants tels MM. Hyacinthe Vincent, G. Bertrand, Caullery, Maurain, Ch. Jacob, Fage, PvOubaud, Binet et Ramon.
- Cette commission s’est aussitôt occupée de la question urgente des ensemencements, et a jugé opportun de prier l’Académie d’adresser aux pouvoirs publics le vœu suivant :
- (( En présence des problèmes posés actuellement par notre ravitaillement, l’Académie des Sciences tient à rappeler qu’au cours de la Révolution, dans des circonstances analogues, un certain nombre de ses membres : Rougier-Labergerie, Chabert, Huzard, Creuzé-Latouche, Parmentier, adeptes de ce qu’on appelait alors « l’Agriculture nouvelle », ont indiqué la voie à suivre avec une parfaite clairvoyance. Depuis cette époque, elle a toujours compté dans son sein des savants dont les travaux ont grandement servi l’agriculture.
- La destruction de nos blés d’hiver par la gelée n’étant pas exceptionnelle, elle estime qu’entre autres mesures propres à y remédier, l’Administration de l’Agriculture eut dû mettre à profit notre outillage frigorifique pour appliquer la méthode de printanisation et suppléer ainsi à l’insuffisance des variétés de printemps disponibles.
- Elle juge nécessaire de relever la production, non seulement du blé, mais des céréales secondaires, et d’intensifier cette année la culture des pommes de terre par les mêmes méthodes... ».
- Ce vœu, véritable motion de censure en même temps que cri d’alarme, n’a trouvé aucun écho dans la presse, et il n’a été, croyons-nous, l’objet d’aucun accusé de réception de la part des destinataires. Cependant, les questions qu’il traite intéressent au premier chef l’alimentation des Français, la santé et même l’ordre publics. Elles ont un tel caractère d’urgence qu’elles ont fait tout naturellement l’objet des préoccupations d’autres compagnies savantes, comme l’Académie d’Agriculture.
- C’est ainsi qu’à la fin du mois de novembre, le Docteur Maurice Piettre a entretenu ses confrères de cette compagnie des expériences tentées en France dans le domaine privé pour 1 ’activatiGn
- des semences de pommes de terre aux basses températures, par des méthodes comparables à celle de la printanisation des blés.
- Au printemps 1944, le Docteur Piettre avait planté quelques pommes de terre de la variété, dite Esterlingen, conservées pendant trois mois à la température moyenne de 3° C. La récolte, fin septembre, avait donné des résultats fort encourageants, soit une augmentation de 23 pour 100 par comparaison avec le même nombre de pieds provenant de tubercules non réfrigérés.
- Ces expériences ont été reprises et élargies au printemps de 1947 avec le concours dévoué de M. Beaumont, mécanicien chef de l’Entrepôt frigorifique des Halles centrales, mis aimablement à la disposition de l’expérimentateur par le directeur, M. Meunier. Le traitement rappelle la technique de vernalisation ou de printanisation des céréales, due au savant russe Lyssenko.
- La préparation des tubercules fut faite rigoureusement, mais leur mise en culture ne put réunir les conditions les plus favorables. M. Piettre, résolu à se passer des concours officiels pour aller vite, demanda à M. Beaumont de recourir à son modeste jardin de Bourg-la-Reine au sol médiocre, mal préparé et peu favorablement exposé.
- Faute de plants sélectionnés, il utilisa des pommes de terre de consommation, variété Esterlingen, conservées depuis novembre en chambre froide, entre 1° et 5° C. Deux lots furent constitués, l’un laissé au froid jusqu’au moment de la plantation, servant de témoin ; l’autre soumis aux opérations suivantes : germination en sable maintenu humide, à une température allant de 12° à 16° pendant quinze jours (15 février au 2 mars), puis, après la formation de germes d’une longueur de 2 à 4 millimètres, retour en chambre froide, dans laquelle le séjour a été de 55 jours, à une température de + 2°, avec une humidité relative de 95 pour 100.
- La plantation des deux lots fut faite le même jour (27 avril). La sortie de la moitié des plantules des tubercules germés eut lieu le 13 mai, le reste les jours suivants ; celle des tubercules témoins à partir du 18 mai seulement. On put constater que le développement des tubercules germés préalablement se faisait plus rapidement et avec plus de vigueur, les tiges étant un peu plus grosses, les feuilles légèrement plus larges et d’un vert plus foncé, la hauteur de 0,80 m et de 0,70 m seulement pour les témoins.
- Au moment de l’arrachage, le 17 septembre, les résultats globaux étaient les suivants : pour les plants témoins : 261 unités avec un total de 6 595 g ; pour les plants pennés et réfrigérés : 4M unités et 13 800 g ; ce qui donne par pied, dans le premier cas : 549 g avec 90 g pour la plus grosse pomme de terre, et 766
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- dans le second, avec 130 g pour la plus grosse unité. Le gain est donc de 217 g pour les tubercules avivés par le froid, soit 39,5 pour 100.
- Cette expérience suggestive semble de nature à attirer l’attention des agriculteurs et plus spécialement des producteurs de plants sélectionnés ; et elle amène le docteur Piettre aux conclusions suivantes :
- Théoriquement, si l’on imaginait d’appliquer l’activation à la culture de la pomme de terre française, dont la production annuelle s’élevait vers 1938 à 160 millions de quintaux, on pourrait obtenir une récolte totale de 200 millions de quintaux. Ce serait l’abondance pour la consommation humaine et la pléthore pour la consommation animale.
- Pratiquement, donc, l’activation par le froid pourrait être envisagée actuellement dans deux directions principales . d’abord pour la double production annuelle dans les régions à climat farovable, comme la Bretagne, la Provence, l’Afrique du Nord , secondement, la production de plants sélectionnés en Hollande, en Belgique, en France, en Afrique du Nord.
- De l’avis de l’expérimentateur, les deux avantages de la technique joueraient à plein : vitesse plus grande d’évolution, permettant de gagner une à deux semaines, et augmentation considérable du rendement en poids et en nombre de tubercules de semence.
- C’est ici qu’apparaît regrettable l’insuffisance de l’équipement frigorifique de l’agriculture française. Pour y pallier, le frigorifique d’abattoir a un rôle important à jouer, en attendant les réalisa-
- . ..........-......135 —
- tions du plan Monnet, retardées par l’impécuniosité de nos finances.
- Quoi qu’il en soit, l’agriculteur français, producteur de pommes de terre devrait d’abord se soucier de la sélection des plants comme l’éleveur se préoccupe de la sélection des reproducteurs. Il lui faudrait abandonner la déplorable habitude de prendre des tubercules quelconques dans la masse des pommes de terre conservées en vrac jusqu’en avril pour la consommation familiale, car celles-ci peuvent provenir de plants dégénérés, ou avoir été contaminées pendant leur longue conservation sans précaution.
- Au moment de la récolte, les plants choisis devraient être arrachés avant complète maturité pour éviter que les plants plus ou moins atteints de maladies cryptogamiques aient répandu spores et bactéries sur le sol.
- Enfin, la conservation devrait être l’objet de soins particuliers. Les pommes de terre de semence exigent d’être réparties sur des claies en bois à claire-voie, ou mieux, sur des claies métalliques qui facilitent l’aération, évitent le développement des champignons, et favorisent le refroidissement plus rapide et plus homogène, dans un local frais, à l’abri de la gelée et bien aéré.
- On voit qu’il y a dans les progrès à accomplir chez nous pour le bon rendement de la culture de la pomme de terre, une gradation dont les premières étapes ne sont qu’une simple lutte contre l’ignorance et la routine, et dont le terme est l’application de la méthode usitée à l’étranger, et notamment en Hollande, celle de l’activation des semences par le froid.
- Robert Lauean.
- Une
- nouve
- e
- grue de
- 450
- tonnes
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- L'importance sans cesse croissante des objets et des masses à manutentionner, surtout sur.les chantiers de constructions navales et dans les ports, nécessite des engins de levage de plus en plus colossaux. Aussi, au cours des vingt-cinq dernières années, des constructeurs spécialisés ont réalisé, çà et là dans le monde, de remarquables grues géantes. Citons, au hasard de la plume, quelques-unes d’entre elles : la grue Titan de; 254 t de Puget Sound (États-Unis), celles de 3oo t des ports de Bordeaux (France) et de Valence (Espagne), la grue flottante de 4oo t du port de Bari (Italie) et la belle grue roulante de 48o t de Gavres, près de Lorient, démantelée pendant l’occupation allemande. Depuis peu, on vient de mettre en service dans les « Naval Shipyard » de Ilunter’s Point, à San Francisco (Californie), une très puissante grue destinée à soulever 45o tonnes.
- Ce remarquable appareil, construit par la a Steel’s American Bridge. Company », sur les plans du Capitaine W. T. Eckburg, a coûté, avec ses annexes, plus de io millions de dollars et a nécessité l’emploi de 8 4oo t d’acier. Les fondations bétonnées de son ossature reposent sur des piles métalliques enfoncées à 3o m de profondeur et celles de sa jetée de circulation sont reliées entre elles par des poutres également en béton armé. Son môle a été édifié au moyen d’une série de dalles verticales disposées sur une longueur de 5io m et une largeur
- de 120 m; pour le réaliser, on a dû amener 2 5oo ooo m3 de pierres et de sable afin de remplir le coffrage.
- La grue de Hunter’s Point se compose de deux grues jumelées l’une à côté de l’autre à 53 m du sol, sur des rails parallèles entre eux, longs de no m et espacés de 42 m. Sous cette r plateforme, assise sur un môle spécial et surplombant de 5o m le niveau de l’eau, les cuirassés, les porte-avions et autres gros navires peuvent venir s’amarrer facilement. Chacune des grues comprend un trolley mobile auquel se trouvent suspendus un crochet principal et un crochet moins fort. Dans les trolleys, des moteurs à courant continu actionnent les tambours d’enroulement, qui reçoivent le courant, sur des rails parallèles fixés aux grues, tandis que celles-ci le prennent sur trois rails isolés régnant sur toute la longueur de la plateforme. Chaque crochet principal est relié aux tambours par 24 câbles d’acier et peut soulever 25o t ; chacun des crochets secondaires porte 5o t. Pour les essais, qui ont eu lieu en décembre 1947,'on avait coulé d’énormes blocs de béton, qu’on disposa côte à côte sur une large plateforme afin de soumettre les gros crochets, à des charges de 63o t, soit environ 125 pour 100 dé leurs puissance de portage.
- La nouvelle grue facilitera la pose ou le changement des canons de iG pouces des gros cuirassés de la flotte américaine du Pacifique. Ces pièces pèsent chacune 80 t; elles ne seront
- Fig. 2. — Les deux cabines de
- commande et de contrôle au-dessous des ponts-roulants sur la galerie supérieure.
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- qu’une plume pour ce géant du levage ! Le cas échéant, on pourra soit manoeuvrer en même temps plusieurs canons, soit soulever une tourelle de 4oo t. Lorsqu’on manutentionnera des masses considérables, des barres d’attelages, analogues à celles qu’on emploie dans les compagnies de chemins de fer pour déplacer de lourds wagons, relieront entre elles les deux grues.
- Chaque crochet principal s’abaisse jusqu’au sol et on y attache une poutre d’acier de 4o t. Alors les câbles du plus gros de ces crochets soulèvent 45o t. avec une facile aisance et une parfaite sécurité. Lesdits crochets peuvent s’abaisser jusqu’à 7 m au-dessous du niveau liquide et remonter de pesantes masses jusqu’à la hauteur de 48 m au-dessus des flots. On a prévu les effets possibles de la houle, quand l’objet se trouve à bord d’un bateau; les freins des tambours r-:e débloquent automatiquement toutes les fois qu’une surcharge de i5o pour ioo vient à se produire. La vitesse de manutention oscille entre 3 à 9 m par minute, suivant l’importance des objets soulevés.
- Dans les deux cabines de contrôle, arrimées sur la plateforme supérieure, se tiennent des ouvriers qui assurent la marche de l’engin, grâce à des commandes électriques et communiquent, en outre, au moyen de postes de radio avec leurs collègues travaillant, près des crochets. L’électricité arrive à l’appareil sous la tension de 11 5oo V qu’un transformateur, placé dans une des tours centrales, abaisse à 48o Y. Quatre moteurs à courant alternatif se trouvent installés sur chacune des grues jumelées tandis que du courant continu, redressé par des commutatrices, alimente les tambours d’enroulement des trolleys. Des feux verts, installés sur le treillis métallique transversal et branchés sur une batterie à interrupteurs de mercure, restent allumés tant que la poutre demeure horizontale; ils indiquent alors aux mécaniciens conducteurs qu’ils travaillent en concordance, mais s’ils passent au rouge, ils leur montrent un fléchissement anormal de l’ossature dont ils doivent rétablir l’horizontalité par des manoeuvres appropriées. Enfin, à la base des quatre piliers soutenant l’ensemble de l’ins-
- Fig-. 3.
- Essais effectués en décembre de 630 tonnes.
- 1947 avec une charge
- lallation mécanique, on voit encore quatre vérins hydrauliques
- destinés à parfaire la stabilité d’une des plus puissantes grues
- du monde. T r»
- Jacques Boyer.
- L'air de
- Les professeurs Nicholas Polunin, S. M. Pady et C. D. Kelly, de l’Université McGill de Montréal, viennent de publier dans Nature, les observations qu’ils ont faites sur les particules organisées qu’on rencontre dans l’air des régions arctiques.
- Déjà, pendant l’été de 1933', le colonel Charles A. Lindbergh avait profité de ses vols au-dessus du Groenland pour exposer à l’air, en dehors de l’avion, des plaques huilées, pendant un vol à G00 m d’altitude, et Fred C. Meier avait reconnu sur ces plaques des spores de champignons. Malheureusement, Meier se tua dans un accident d’aviation, avant d’avoir publié les résultats détaillés de ses études.
- La même année, le professeur Polunin, avait exposé des boîtes de Pétri, remplies d’un milieu nutritif, en hiver dans la Laponie du Nord, puis en été au Spitzberg, sur des sommets montagneux et il avait obtenu de nombreuses colonies de champignons et de bactéries, mais dans des conditions si difficiles qu’il n’en avait rien publié.
- L’été dernier, ayant eu l’occasion de survoler les terres du
- l'Arctique.
- Nord à bord d’u navion de la Royal Canadian Air Force, d’abord près du cap Bathurst, puis entre l’île de Somerset, près du pôle magnétique jusqu’à Edmonton, dans le Saskatchewan, en passant par l’île Victoria et le grand lac de l’Esclave, il en a profité pour exposer au vent, en dehors du fuselage, des boîtes dè Pétri et des lames de verre vaselinées, à une altitude' de 1 500 m et une vitesse de 200 km/h. En prenant toutes les précautions d’asepsie, il put rapporter 51 boîtes et 52 lames utilisables. Ses collaborateurs ont dénombré les micro-organismes fixés dès son retour et en ont entrepris des cultures.
- Au-dessus de l’île Somerset, par 72° N. une plaque a récolté 102 colonies de champignons et 89 de bactéries ; au-dessus du canal de McClintock, une autre a recueilli 7 colonies de champignons et 95 de bactéries.
- Sans attendre la fin des recherches de laboratoire et la détermination des espèces, on peut donc dire que l’air de l’Arctique est très loin d’être stérile et qu’il présente même une abondance de vie insoupçonnée jusqu’ici. C’èst un nouveau chapitre' d’aérobiologie qui s’ouvre.
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- La Caspienne en voie dasséchement
- Sous l’angle de la paléo-géographie, le phénomène n’est pas nouveau : il est en marche depuis des millénaires, puisque la Caspienne actuelle, avec ses 420 000 km2 de superficie, n’est que le résidu de l’immense nappe qui communiquait jadis avec la mer d’Azov et la mer Noire, à l’ouest, avec la mer d’Aral, à l’est, et, selon toutes probabilités, avec l’océan Glacial Arctique, au nord, par des dépressions qu’occupent actuellement des fleuves. Mais le fait dûment constaté que son niveau a baissé d’un peu plus de 2 m au cours de ces dix dernières années pose un grave problème à l’attention des savants et des économistes de l’U. R. S. S.
- Les résultats de cette rapide baisse commencent à se matérialiser.
- Les poissons abandonnent des bancs où les pêcheries florissaient ; l’industrie du caviar, qu 'avait centrabsée Astrakhan, est menacée dans son existence, les endroits où les esturgeons déposaient leurs œufs étant désormais à sec. Des quais et des débarcadères sont maintenant hors de service.
- Malgré des dragages poursuivis sans arrêt, le canal Volga-Caspienne, utilisé pour le transport du pétrole, devient impassable même pour des navires à faible tirant d’eau. Sur certains points, les rivages ont subi des modifications considérables.
- A quelles causés faut-il attribuer l’accélération de l’assèchement ?
- C’est pour éclaircir cet obscur problème que l’Académie des Sciences de Russie vient de former une commission spéciale à la tête de laquelle se trouve le Commissaire à la Navigation marchande. En attendant le résultat de l’enquête nous exposerons la théorie généralement admise. Si elle est exacte, dans ce cas comme dans tant d’autres, l’homme ne peut s’en prendre qu’à sa courte vue.
- Les méfaits du déboisement.
- Il y a une quinzaine d’années, on admettait que l’active évaporation que subissait là Caspienne était largement compensée par
- les apports de la Volga ; mais c’est un fait bien établi que le débit de ce puissant fleuve a diminué d’une façon très sensible. On fait observer qu’une grande zone forestière s’étendait alors
- à l’est de son cours, se prolongeant jusqu’à la rive de la Caspienne. La forêt dressait un obstacle devant le vent sec et chaud, connu sous le nom de sukho-veï, qui l’abordait après s’être chargé de l’humidité produite par l’évaporation de la grande nappe ; il lui abandonnait la plus grosse partie de cette humidité ; et c’était autant d’eau que le bassin de la Volga conservait pour la restituer à la mer.
- Une politique économique dont nous n’avons pas à discuter amena la destruction presque complète de la forêt pour en réserver l’emplacement à la culture des céréales, avec ce résultat que, désormais, le vent transporte plus loin vers l’ouest l’humidité dont il vient d’appauvrir la Caspienne.
- D’après ceux des savants qui se sont occupés déjà de la question, le' volume d’eau déversé par la Volga dans la Caspienne aurait diminué, depuis la destruction de la forêt, de 50 millions de mètres cubes par an ; pendant ces mêmes douze mois, la mer perd, du fait de l’évaporation, 410 millions de mètres cubes. Les pluies lui apportent 70 millions de ' mètres cubes d’eau ; il lui faudrait donc en recevoir 340 millions par la Volga, l’Oural et les petites rivières pour que l’équilibre fût rétabli.
- Plusieurs remèdes ont été proposés contre la menace d’assèchement. Le plus simple consisterait à réduire artifi- * ciellement la surface de la Caspienne en barrant des baies et des bras. Appliquée au Kara-Bo-gazgol, l’immense lagune qui écbancre la rive orientale, l’opération grossirait la Caspienne de 10 000 millions de mètres cubes. Mais de telles solutions seraient insuffisantes.
- Un deuxième plan paraît avoir reçu un meilleur accueil. Il s’agirait d’augmenter le débit de la Volga en le grossissant des eaux de deux fleuves du nord, l’Onéga et le Sukhona, ce qui entraînerait la création d’un grand réservoir au nord de Rybinsk,
- 30°
- 40°
- 50°
- 60°
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- sur la Volga. Ce projet aurait aussi pour résultat d’augmenter le rendement de l’usine hydro-électrique de Rybinsk.
- Une troisième solution avait reçu, quelques années avant la deuxième guerre mondiale, un commencement d’exécution : c’était le creusement du Canal Manych qui devait, par la mer d’Azov, relier la Caspienne à la mer Noire ; les travaux furent abandonnés. La nouvelle artère était destinée au. développement de la navigation ; mais le niveau de la Caspienne étant à 26 m en dessous de celui de la mer Noire, la première y aurait gagné un afflux de grande importance.
- Le long de la Volga et de ses principaux affluents, le Kama et l’Oka, on construirait 14 barrages majeurs qui actionneraient autant de stations hydro-électriques. Bloquées dans leurs cours,
- L'œuvre gigantesque.
- Nombreux sont les savants et les ingénieurs russes qui remettent sur le tapis ce que l’on appela « le Projet de la plus grande Volga », étude qui fut écartée en 1939, quand la Russie concentra toutes ses ressources sur la préparation d’une guerre qu’elle sentait inévitable.
- Ce, projet a pour buts essentiels :
- 1° d’utiliser au maximum l’énergie du fleuve pour la production de l’électri- . .....
- cité ; 2° d’éliminer de vastes aires arides en irriguant des centaines de milliers d’hectares dans le bassin de la Volga, accroissant les ressources agricoles du pays dans des proportions considérables ; 3° de développer radicalement la navigation en créant une voie d’eau qui relierait Batoum et Bakou à Arkhan-gel. Du même coup, le projet augmenterait le volume d’eau transporté par la Volga à la Caspienne et suffirait probablement à résoudre le problème qui nous occupe ici.
- Fig. 2. — Quai d’Astrakan
- Fig. 3. — La gare d’Astrakan.
- Fig. 4. — Indigènes de la région de la Caspienne.
- les rivières hausseraient leur niveau et formeraient une chaîne de lacs profonds, étagés comme les marches d’un gigantesque escalier.
- La partie septentrionale du bassin de la Volga subirait des changements remarquables. Des barrages seraient construits sur le lit supérieur du Kama à Solikamsk, à Mo-lotov (Perm), à Vot-kinsk, à Sokol et à Yegorsk. On en édifierait d’autres sur la Vycbegda et sur la Pecbora, fleuves qui se jettent dans l’océan Glacial. On créerait ainsi trois grands lacs entre les localités, de Pecbora et de Solikamsk.
- Ainsi, les rivières de différents bassins séparés par la ligne de partage des eaux se rejoindraient là dans un immense réservoir.
- Des eaux qui coulent actuellement vers le nord seraient arrêtées dans leur course et détournées vers le sud, dans la direction de la Caspienne, par l’intermédiaire du Kama et de la Volga.
- Ce vaste ouvrage serait complété par le creusement d’un canal qui, partant de la région de Stalingrad, relierait la Volga et le Don.
- Le dernier mot reste à la commission de l’Académie des Sciences de l’U.R.S.S. qui décidera du meilleur moyen de conjurer l’assèchement de la Caspienne et par là changera le régime des pluies d’une immense région et améliorera les transports fluviaux à travers le pays, de la Mer d’Azov à l’Océan Glacial.
- Victor Forbin.
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- Les résines allyliques, polymères thermodurcissables.
- Le domaine des matières plastiques s’enrichit presque chaque jour de nouveaux produits ; il serait fastidieux de tous les énumérer, mais cependant, certains d’entre eux, par leurs propriétés intéressantes méritent de retenir l’attention. C’est le cas pour le groupe très récent des résines allyliques, quelquefois appelées allymères ou résines divinyliques, qui dérivent de l’alcool allylique CH2 = CH — CII20H, matière première fort coûteuse il y a encore quelques années, mais dont le prix de revient vient d’être notablement abaissé aux États-Unis en partant du propylène CH2 = CH — CII3, hydrocarbure extrait des gaz de craquage du pétrole.
- En se plaçant d’un point de vue très général, il existe deux procédés de préparation des matière? plastiques : la polymérisation et la polycondensation.
- C’est par polymérisation que se forment les dérivés polyvinyliques, tels que le chlorure de polyvinyle. Les molécules monomères CH2 = CH — Cl se soudent les unes aux autres sous l’influence de la chaleur, des radiations lumineuses ou de divers catalyseurs, grâce à l’ouverture de leur double liaison éthylé-nique donnant des molécules actives du type — CH3 — CH —.
- I
- Cl
- On obtient finalement des macromolécules linéaires répondant à la constitution :
- ... — CH2 — CII — CH,— CH — CH- — CH — CH2 — CH — ...
- I I I I
- Cl Cl Cl Cl
- Les caoutchoucs artificiels, tels que le Buna, s’obtiennent par un mécanisme analogue à partir de composés renfermant deux liaisons éthyléniques Ainsi, avec le butadiène CH2 = CH — CII = CH2, il se forme comme précédemment des macromolécules linéaires du type :
- ... _ CH2 — CH = CH — CHa — CH3 — CH
- = CH — CH2 — CHa — CH = CH — CH2 — ....
- Les hauts polymères constitués de telles macromolécules linéaires sont soit des matières thermoplastiques, c’est-à-dire facilement. déformables à chaud et redevenant dures par refroidissement, soit des élastomères, substances analogues au caoutchouc par leurs caractères de haute élasticité. Ces propriétés sont dues, dans le premier cas, aux possibilités de glissement des macromolécules les unes sur les autres ; dans le second cas, aux possibilités de repliement désordonné des macromolécules sur elles-mêmes. Elles sont l’apanage des macromolécules linéaires et, jusqu’à présent, les réactions de polymérisation n’ont guère permis de préparer que de telles macromolécules.
- Les réactions de polycondensation consistent en l’union de petites molécules identiques ou différentes, non plus par simple addition comme précédemment, mais par élimination d’un corps volatil qui, le plus souvent, est de l’eau.
- Le IN'ylon, produit de polycondensation de l’acide adipique IIOOC — (CH2)., — COOH et de l’hexaméthylène diamine H2N — (CH2)„ — 1SII3, se forme par une telle réaction avec élimination d’eau.
- Le Nylon, résultant de la réaction d’un diacide sur une diamine, c’est-à-dire de deux corps ayant chacun deux fonctions réactives, est formé de macromolécules linéaires ; c’est une substance ther-moplastiqué comme les produits de polymérisation polyviny-liques.
- Il est toutefois possible de réaliser des réactions de polycondensation avec des substances ayant plus de deux fonctions réactives, par exemple en faisant réagir l’acide orthophtalique
- CH
- Hc/^.C- -co2h
- - - CO,H
- (ou son anhydride) qui a deux fonctions acides sur la glycérine IIOHjC — CH — CH20II qui est trois fois alcool.
- I
- OH
- Au lieu de donner des enchaînements linéaires, la réaction peut alors engendrer des macromolécules s’étendant dans les trois directions de l’espace et que l’on peut représenter schématiquement dans le plan de la feuille de papier par la formule de la page suivante (résines glyptals).
- Au fur et à mesure que la réaction de polycondensation tridimensionnelle se poursuit par chauffage, la substance devient de plus en plus dure, insoluble et infusible. Ces résines à macromolécules tridimensionnelles sont dites thermodurcissables. Moulées alors qu’elles sont incomplètement condensées, le chauffage achève de les durcir. Jusqu’à présent, elles ne pouvaient être obtenues que par le mécanisme de la polycondensation.
- Pour la première fois, les résines allyliques ont permis de préparer des matières thermodurcissables résultant d’une simple polymérisation. Il s’agit d’un progrès technique important, car la formation du réseau macromoléculaire tridimensionnel et le durcissement de la résine s’effectuent sans dégagement d’eau ou d’autre matière volatile, c’est-à-dire sans formation de bulles toujours difficilement éliminables. On obtient ainsi des matériaux durs, très transparents, parfaitement limpides qui se rapprochent le plus du verre et trouvent déjà, de ce fait, d’importantes applications pour la fabrication des glaces planes ou galbées et des verres de sécurité. Leur indice de réfraction (1,50) est très voisin de celui du verre (1,52), tandis que leur densité, de l’ordre de 1,3, est bien inférieure à celle du verre (2,5), ce qui fait leur intérêt dans la construction aéronautique.
- HC
- CH
- HC
- CH
- C — CO - O - CH2 - CH = CIL C — CO - O - CH2 — CH = CIL
- La formule précédente montre que les allymères américains du type CR.39 sont obtenus par une polymérisation du phtalate diaUy-lique, lui-même préparé en estérifîant l’anhydride orthophtalique par l’alcool allylique.
- HO OC-(CH,), —GO
- OH H HN —(CH,)a —NH H HO OC —(CII,), — CO OH H
- HN —(CH,),-NHH
- 4
- OC - (CH,), - CO - NH - (CH,)a - NH - OC - (CH,), - CO - Ntl - (CH2)0 - NH)— ..,
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-
- 141
- -CH2
- /\
- - CIL
- 0
- /V 1 - CO
- - CO 1
- 0
- — cii-ch,-1 -O-CO i CO -1 -0 - CH, - -CH- CH, — 0 * CO I CO - 1 o-ch2 - CH - CHa -1
- 0 1 i 1 X 1 ! X /N. 1 0 1
- -CO \ =/ \— =/ jfN -CO
- -CO 1 -CO 1
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- 1 te' O 1 -O 1 i o i - n o co- 1 -0 - -ch2- - CH - i CH, - 0 — CO i CO — 1 , 0 - CH* — CH - CIL -
- 1 1 X \ 0 1 i 1 X
- \ =/ / 1 -CO \ -/
- N/' ï
- CO
- -CH*
- /X
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- CIL - O - CO CO - O - CHs — CH - CH* - O - CO CO - O - CH2 — CH - CHs Il III
- /~X ^ °
- — CO
- -CO
- I
- O
- I
- La polymérisation s’effeclue indépendamment sur chacun des deux groupements éthyléniques — CH = CH2 en donnant deux chaînes paraffiniques qui se trouvent réunies par des ponts phtaliques engendrant ainsi la macromolécule tridimensionnelle. Les résines allyliques participent donc des résines polyvinyliques par leurs chaînes paraffiniques et des résines glyptals par leurs ponts phtaliques.
- O
- I
- - CO
- - CO
- CH*
- CH* - CH - CH* - CEI - CH2 - Cil - CIL - ...
- /\ ' \J
- CH*
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- CH*
- en, - CH - CH, - CEI - CH» — CEI - CIL
- Ctf2
- O
- I
- - CO
- - CO
- I
- O
- La polymérisation du phtalate d’allyle est réalisée par simple chauffage en présence d’un catalyseur comme le peroxyde de benzoyle employé couramment pour la polymérisation des résines vinyliques. Le produit final a une excellente résistance aux agents chimiques et aux solvants. Il résiste bien aux chocs et à l’abrasion. Ces produits ne s’altèrent pas par vieillissement bien qu’ils jaunissent très légèrement. Un inconvénient de ces résines est cependant leur fort retrait au moulage qui nécessite l’emploi de moules spéciaux.
- Les résines allyliques trouvent également d’importants débouchés pour la confection de plastiques stratifiés. Leur préparation consiste à imprégner par du phtalate diallylique monomère des tissus, du papier, des plaques minces de bois, du feutre, etc... et à en agglomérer plusieurs épaisseurs en provoquant la polymérisation sans qu’il soit nécessaire d’opérer sous forte pression, comme dans la fabrication des autres stratifiés, par suite de l’absence de dégagement de produits volatils. Ces nouveaux matériaux stratifiés paraissent devoir trouver de nombreuses applications pour la confection de panneaux, de tubes, de tuyaux et d’objets divers.
- NOS LECTEURS NOUS ÉCRIVENT :
- A propos des Cataphotes
- (n° 3154, 15 février 1948, p. 53).
- M. André Garbarini, d’une part, la Société anonyme française Cataphotes et Soléclair, d’autre part, nous font observer que le terme Cataphote est une marque de fabrique internationale déposée par M. Garbarini en 1923, et non un terme générique s’appliquant à tous les réflecteurs routiers de signalisation.
- Le Cataphote ne réfléchit pas la lumière dans toutes les directions, mais uniquement dans la direction de la source. C’est un véritable autocollimateur fonctionnant avec des champs très grands et des divergences très petites, dont les verreries sont d’ailleurs moulées avec précision.
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- SABOTAGES
- Le mot « sabotage », largement utilisé au cours de la dernière guerre par toutes les nations belligérantes, provient, dit-on, du mot « sabot ». Des ouvriers français l’utilisèrent pour la première fois il y a presque un siècle, détruisant à coups de leurs sabots les machines nouvelles qui les menaçaient de chômage. Ce terme est demeuré, devenant tristement célèbre au cours de ces dernières années. Le sabotage qualifie toute atteinte volontaire au potentiel de production d’un pays en guerre.
- Le saboteur est un agent étranger connaissant parfaitement le pays dans lequel il doit agir. On le recrute également dans ce pays même. Les agissements de la 5e colonne et, plus tard, des Forces Françaises de l’Intérieur, sont encore des exemples proches qui démontrent que le sabotage est un facteur important de la guerre.
- L’agent saboteur est d’autant plus dangereux qu’il est plus instruit. Il existait en Allemagne des écoles spéciales qui formaient de véritables experts en la matière.
- II serait bien entendu fastidieux d’énumérer l’infinité des moyens de sabotage et toutes les ruses éventées par les services secrets, mais on peut diviser les méthodes en trois parties assez distinctes.
- 1. Le sabotage brutal.
- Cette forme de sabotage est la plus répandue. Elle consiste à détruire le matériel, les installations, les voies ferrées, bref, tout ce qui présente un intérêt vital pour le pays, par destruction mécanique pure et simple, par l’incendie ou par les explosifs.
- L’incendie est un moyen ancien qui reste très répandu, car il détruit à la fois les matières visées et les installations.
- L’allumage en est direct, mais le plus souvent retardé car le saboteur cherche toujours à agir par surprise, puis à se mettre à couvert.
- L’emploi des explosifs est également fréquent. Les substances détonantes sont mises en œuvre de la même façon que les matières incendiaires, mais avec adjonclion d’un détonateur généralement constitué par du fulminate de mercure.
- Le saboteur utilise pour cela des dispo-sitifs mécaniques, chimiques ou électriques qui provoquent au bout d’un temps déterminé, l’action d’un rugueux ou d’un percuteur sur une amorce.
- C’est le cas de l’allumeur mécanique allemand J. Feder 5o4, sorte de réveil qui peut fonctionner pendant 21 jours, même sous l’eau. Il fut utilisé entre autres à Belfort par les Allemands en retraite.
- Lés systèmes chimiques à acide, nommés couramment « crayons pièges » sont également très connus. Une ampoule étant écrasée, un acide se répand, ronge lentement un fil
- d’aciér maintenant un percuteur armé qui se détend sur une amorce au bout du temps voulu. Ce système est imprécis car l’action de l’acide varie en fonction de la température ambiante.
- Cette méthode était utilisée dans des plaquettes incendiaires en matière plastique, de nationalité inconnue, contenant deux cartouches de « thermite ».
- Un moyen très simple, mais qui nécessite une absence complète de surveillance de l’installation à détruire, réside en l’utilisation de la mèche lente. Cette méthode, chère au terroriste Rava-chol, ne fut utilisée qu’en des circonstances particulières, car la fumée de la mèche est très visible et surtout parce qu’elle ne permet que des retards très courts, le mètre de mèche brûlant en 90 s environ.
- Le gros inconvénient de l’utilisation d’engins réglementaires par le saboteur est évident : ces engins sont trop vite reconnus et leur transport en pays étranger présente des risques certains.
- C’est pourquoi l’agent a su trouver d’autres moyens qui, s’ils sont improvisés, n’en sont pas moins efficaces comme le prouvent les exemples suivants.
- On a trouvé fréquemment des fers à souder électriques abandonnés à proximité de matières inflammables. Autre système improvisé, la bougie allumée, suspendue à un plafond par une ficelle, fut signalé plusieurs fois. Cette bougie brûlée sur une certaine longueur met le feu à la ficelle qui se rompt et elle tombe sur les stocks inflammables qui se trouvent dessous. Mais le moyen le plus simple est certainement celui qui utilise la combustion spontanée provoquée par l’oxydation lente des huiles siccatives. Un chiffon innocent, gras d’huile de lin et roulé fortement, est aussi dangereux dans un garage que la plus perfectionnée des machines infernales.
- La connaissance élémentaire de la chimie a conduit le saboteur vers le « sabotage scientifique ».
- Ainsi on a pu trouver fréquemment des engins explosifs ou incendiaires basés sur une réaction chimique violente et soigneusement camouflés en objets d’usage courant, d’aspect parfaitement innocent, tels qu’un stylographe, une lampe de poche, une valise, un morceau de savon ou de charbon et même un simple morceau de bois.
- Ces objets sont abandonnés, par exemple, dans un vêtement accroché à proximité des substances inflammables à détruire.
- Le type classique est celui du crayon incendiaire, sorte de porte-mine creux, divisé en deux compartiments. Dans la première partie se trouve un mélange de chlorate de potasse et de sucre et dans l’autre, de l’acide sulfurique contenu dans une ampoule que le saboteur écrase au moment de la mise en œuvre. L’acide se répand, ronge lentement la paroi du deuxième compartiment et attaque le chlorate de potasse. Ce dernier mélange produit une flamme intense.
- Le principe est le même en utilisant d’une part du permanganate de potasse et d’autre part de. la glycérine.
- Les « cartes de visite », qui incendièrent tant de nos récoltes, étaient basées sur l’effet suivant : du carton spongieux était imprégné d’une solution de phosphore blanc et de bisulfure de carbone, puis abandonné. Chacun sait que le phosphore blanc
- Bouton de remontage Anneau de déclenchement
- Fenêtre de lecture
- Levier de déclenchement
- Percuteur et son ressort
- Blocde sécurité et vis d'armement Amorce.
- Fig. 1. — Alllumeur à mouvement d’horlogerie J. Feder 504 (coupe).
- >ule dacide
- Fit de rupture
- Percuteur et son ressort
- Bande de sécurité'
- 'Amorce
- 2. — Crayon piège à acide (coupe).
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- s’allume spontanément au contact de l’oxygène de l’air et qu’il se dissout dans le bisulfite de carbone, liquide très volatil. Le bisulfite s’épavorait donc lentement et laissait au contact de l’air, de fins cristaux de phosphore. Ce dernier s’enflammait brusquement. L’innocente « carte de visite » n’avait que l’aspect
- d’un vulgaire morceau de carton mouillé et sentant le moisi.
- Le principe de la bombe anarchiste russe à renversement fut également employé. Son fonctionnement est simple, utilisant le sodium, le carbure de calcium et l’eau.
- Un tube renferme une capsule en gélatine contenant du
- sodium et du carbure
- Fulminate deme^e de calcium. Si l’on jette cette capsule dans l’eau, la gélatine se dissout lentement; au bout d’un quart d’heure environ, l’eau pénètre dans la capsule, réagit avec le carbure de calcium qui dégage de l’acétylène et avec le sodium qui s’allume violemment, e n fl a m-mant avec lui l’acétylène. Ce système incendiaire peut être transformé en allumeur détonant à renversement en plaçant la capsule de gélatine dans un tube contenant un peu d’eau à sa partie inférieure et un détonateur au fulminate de mercure à sa partie supérieure. La bombe équipée ainsi fonctionne quand on la retourne ou quand on la plonge dans l’eau en croyant la détruire.
- 'Sodium -Matière inerte
- -Explosif
- Eau
- Fig. 3.
- - Coupe d’une bombe renversement.
- Un agent allemand fut trouvé porteur d’un morceau de charbon explosif destiné au sabotage des locomotives. Ce dernier contenait un explosif puissant enrobé de poussière de charbon collée, amorcé par un détonateur englobé dans la masse. Abandonné dans un tas ou lancé sur un tender, ce morceau de charbon devait passer totalement inaperçu.
- Nous avons eu personnellement l’occasion de trouver à Mulhouse en ig45, en relevant des pièges allemands, un engin de ce genre dissimulé dans une grosse pelote de ficelle. L’extrémité apparente de la ficelle était branchée sur un allumeur qui provoquait l’explosion à la traction.
- On peut également citer parmi les engins d’apparence inoffensive les « machines infernales » qui détonent instantanément par suite d’un incident naturel, tel que le fait de déplacer, de retourner, d’ouvrir ou de couper la ficelle d’un paquet. Ce genre de bombe est généralement envoyé par la poste, comme le fut celle lettre bourrée de fulminate de mercure qui blessa sérieusement le secrétaire de M. de Rothschild, il y a une cinquantaine d’années.
- Mais le saboteur a souvent recours à des moyens qui s’avèrent dangereux pour lui. Il n’est, pas rare en effet de voir l’agent ennemi victime de son propre engin, comme le fut le terroriste Pamvels.
- Le saboteur poursuit son œuvre malfaisante en secret et à peu de risques lorsqu’il verse du sucre dans l’essence d’un moteur, ou de la limaille dans des roulements, lorsqu’il démonte les boulons d’un rail ou qu’il coupe un fil téléphonique. Il peut également provoquer l’auto-destruction du matériel.
- 2. Le sabotage psychologique.
- La dernière guerre nous a donné un autre exemple plus puissant du sabotage : le sabotage psychologique.
- L’agent ennemi agit alors systématiquement contre le moral de la population. Tous les moyens lui sont bons : il répand des
- " .... 1 = 143 —........-... .
- rumeurs malveillantes, ranime des dissensions entre les partis, les classes et les races.
- Il est d’autant plus dangereux qu’il trouve des complices involontaires parmi les gens honnêtes mais bavards. Il se sert très souvent de tracts, de journaux et de faux ordres écrits.
- Nous nous souvenons trop bien de son travail actif au début de la guerre pour ne pas considéi’er l’œuvre de ce saboteur particulier comme capitale dans la défaite d’un pays.
- 3. Le sabotage bactériologique.
- Il a été signalé que cette forme odieuse de la guerre secrète était prévue et fut même réalisée en partie.
- Ici le saboteur transporte et utilise des virus et des poisons variés.
- Les cultures microbiennes, transportées sous un faible vmlume, peuvent contaminer l’eau d’une ville ou d’un bateau; au cours de la dernière guerre, ce cas fut enregistré à bord d’un navire marchand américain.
- Les plans découverts précisent que les Allemands étaient sur le point de réaliser une vaste attaque sur les produits alimentaires destinés aux combattants.
- C’est également le travail du saboteur de propager parmi le cheptel ennemi des épidémies telles que la morve ou la fièvre aphteuse, ou encore de répandre dans ses cultures des insectes à développement rapide comme le doryphore.
- De toutes façons, qu’il agisse brutalement ou insidieusement., le saboteur ne néglige aucun effort pour troubler la vie d’un pays en guerre.
- Il est avéré que le sabotage, sous quelque forme qu’il se manifeste, a acquis aujourd’hui l’importance d’une arme de premier ordre.
- Lieutenant Piekson.
- Les sulfures de polychlorocyclane contre les parasites externes des animaux domestiques.
- Plusieurs communications récentes à l’Académie d’Agricullure ont attiré l’attention sur les sulfures de polychlorocyclane -en abrégé S. P. C.) qui sont les dérivés soufrés de l’hexachlorocyclo-liexane (H. C. H.). On en connaît plusieurs variétés, un disulfure et quatre monosulfures obtenus par des procédés variés. Tous dégagent une odeur très désagréable, nauséabonde, où l’odeur de moisi du H. C. II. se mêle à celle de l’hydrogène sulfuré. Dès 1944, Bouchet en avait employé contre l’anthonome du pommier ; depuis 194o, Laurans s’en est servi contre la puce du chien, Bonnemaison contre le puceron lanigère, Bruneteau et Feytaud contre le criquet migrateur, puis Laurans à l’Ecole d’agriculture de Grignon contre les poux des poules et des poulaillers et Guilhon, à l’École vétérinaire d’Alfort contre le mallophage du chien (Trichodectes canis), l’acarien du lapin (Psoroptes cuniculi), l’ixode du chien (Dermacentor reticulatus). Mêlé à du talc à la dose de o pour 100, le S. P. C. a débarrassé les poules de leurs parasites d’une manière durable, par simple poudrage et friction. Employé en émulsion aqueuse à la dose de 1 pour 1 000, il a tué insectes et acariens parasites du lapin et du chien, surtout quand on opère à la température de 30° à 3o°. On dispose donc d’un nouvel insecticide très efficace, plus acaricide que le D. D. T., aussi peu toxique que l’H. C. H. pour les hôtes, précieux pour lutter contre les parasites externes des animaux domestiques.
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- Les progrès de la Paléontologie humaine
- en Afrique orientale
- Figr. 1. — La surface du sol à Olorgesaillie -(au moment de la découverte), parsemée de bifaces et de hachereaux acheuléens, résultat du lessivage des anciens sols intercalés dans les ccuches lacustres, là où elles affleurent aujourd'hui en surface.
- (Photo Leakey).
- Patrie de Tournai et.de Marcel de Serres, de Bouclier de Per-tlies et de Gaudry, la France a été l’initiatrice des recherches qui ont fait la preuve de l’existence de l’Homme fossile (1827-1859). Les fouilles de Yibraye, de Lartet, et d’une pléiade de chercheurs firent de notre pays, pendant plus de 50 ans (1859-1914), le lieu d’élection des études qui s’ensuivirent. La découverte de l’Homme de la Chapelle-aux-Sainls (1908), l’exploitation scientifique des puissants remplissages des grottes de Grimaldi, en Italie (1895-1902), du Castillo, en Espagne (1910-1914), conduite par les savants qui se groupèrent à l’Institut de Paléontologie humaine, marquèrent l’apogée de la période « française » de la Recherche préhistorique (x).
- Après la première guerre mondiale, l’intérêt allait se déplacer rapidement, bien que des fouilles importantes aient encore été menées avec succès dans les loess du bassin du Danube (malheureusement incomplètement publiées) et de la plaine russe (1 2), ainsi
- 1. Pour plus de détails sur toutes les questions de la Recherche préhistorique, on pourra se reporter à l’article que le signataire de ces lignes a publié dans la Reuue scientifique (1941, n° 10, p. 483-518, 25 iig.) : « L’organisation des recherches et des études préhistoriques en France ».
- 2. Voir L’Anthropologie, t. 51, 1947, p. 288-293. — Une analyse du
- mémoire publié sur le Parpallo paraîtra dans le même périodique en 1948.
- que dans la grotte espagnole du Parpallo (Valence) (x) ; bien qu’une remarquable découverte, celle de faciès périglaciaires du Magdalénien et du Mésolithique, ait encore ajouté à la complexité du Paléolithique supérieur et de l’Ëpipaléolithique européens (2). L’ère des grandes expéditions d’outre-mer commençait. L’Institut de Paléontologie humaine eut les siennes montées à l’échelle modeste des dotations scientifiques françaises (3) ; l’Ecole anglaise s’est illustrée par celles qu’elle a exécutées dans les grottes palestiniennes du Mont Carmel (4), ainsi que dans l’oasis libyen de Kharga (3), avec des moyens beaucoup plus puissants.
- 1. D’importantes observations, avec de brillants résultats, ont également été faites par A. C. Blanc à l’occasion des grands travaux publics entrepris par les Italiens, avant la deuxième guerre mondiale, dans la basse plaine littorale de la Versilia (Toscane) et les marais pontins (Latium) (Ibid.., t. 48, p. 93-97).
- 2. Un compte rendu de ces fouilles, menées par l’excellente équipe réunie à Kiel nar G. Schwantes, a paru aussi dans L’Anthropologie, t. 51,
- p. 281-286.
- 3. L’une portait sur les éléphants nains des îles méditerranéennes et la question des isthmes pléistocènes (voir L’Anthr., t. 39, 1929, p. 476-481) ; de la seconde, les lecteurs de La Nature connaissent un des résultats (n“s 3112, 15 mai 1946, et 3113, 1er juin 1946).
- 4. L’Anthr., t. 48, p. 568-576.
- 5. Ibid., t. 51, 1947, p. 488-494.
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- L’Afrique orientale et l’Afrique du Sud sont à l’ordre du jour. Nous ne parlerons aujourd’hui que de la première de ces grandes régions. Au moment même où une expédition américaine, dirigée par A. L. Camp, se préparait à de nouvelles recherches dans les brèches osseuses sud-africaines auxquelles nous devons déjà la prestigieuse série des Australopithèques, les préhistoriens africains se réunissaient à Nairobi, capitale du Kénia (x), où les attiraient à la fois les découvertes sensationnelles d’Anthropoïdes fossiles d’un puissant intérêt, d’un gisement acheuléen d’une exceptionnelle richesse, et de l’association paradoxale de la poterie avec des industries de type capsien (2).
- Les Anthropoïdes fossiles de Rusinga.
- Age du crâne d'Eyassi.
- Tandis que les Australopithèques des brèches sud-africaines, Anthropoïdes de la taille des Chimpanzés — mais dont la denture associe des particularités rappelant les Dryopithèques mio-pliocè-nes européens à des traits qui les rapprochent incontestablement de l’Homme —, furent apparemment, en Afrique du Sud, les contemporains des Paléolithiques, les Primates découverts au Kénia, bien que situés au niveau stratigraphique et évolutif de ces mêmes Dryopithèques, montrent aussi, curieusement, certains caractères par lesquels ils font prévoir l’Humanité.
- L’attention des savants fut attirée pour la première fois sur les Primates fossiles du Kénia par la découverte d’une portion de maxillaire supérieur simien dans une petite collection de fossiles du Miocène inférieur, expédiée au British Muséum, par le Directeur du Service géologique de l’Ouganda, M. E. J. Wayland. D’autres furent recueillis en 1931, dans le même gisement de Koru, par A. T. Hopwood, qui décrivit et nomma trois nouveaux genres d’Anthropoïdes : Limnopithecus, Xenopithecus et Proconsul (3). Par sa dentition de lait, le premier lui apparut comme plus spécialisé que le Gibbon (Hylobates) dont il ne peut donc être considéré comme l’ancêtre. Les fragments du deuxième genre étaient insuffisants pour permettre des comparaisons utiles. Les dents supérieures du troisième étaient nettement plus primitives que celles d’aucun membre fossile connu du groupe Chimpanzé-Gorille : Dryopithccus rhenünus, et peut-être D. punjabicus, d’une part ; Dryopithecus Fontani de la molasse de Saint-Gaudens, d’autre part. Il se place vraisemblablement parmi les ancêtres du Chimpanzé.
- Au cours de ses expéditions archéologiques de 1932 et 1935, L. S. B. Leakey découvrit de meilleurs spécimens des mêmes genres dans une île du grand lac Victoria, située sur sa côte Nord-Est, à l’entrée du golfe de Kavirondo, ainsi que dans trois autres gisements moins importants de la même région : Karungu, Son-ghor, île de Kibobo. Ils ont été étudiés par D. G. Maclnnes (4). De nombreux autres Mammifères fossiles, Périssodactyles, Artiodactyles, Carnivores, Rongeurs, etc., leur étaient associés, notamment un Mastodonte et Dinothérium. D’une manière générale, bien que les relations stratigraphiques des quatre gisements cités soient imprécises et les corrélations paléontologiques avec l’Eurasie encore incertaines, ils sont considérés comme plus ou moins équivalents de ceux du Miocène moyen (Burdigalien) de France (Sansan), ainsi que des sites paléontologiquement comparables d’Égypte (Moghara) et du Baloutchistan (Bugti beds). C’est leur terminus a quo. Mais dans ce continent voué aux persistances paléontologiques (5) et
- 1. L'Anthr., p. 251-262, 2 flg.
- 2. Sur ces industries, voir La Nature, n° 3112, p. 149.
- 3. A. T. Hopwood. Miocene Primates from Kenya. Linnean Society’s Journal Zoology, t. 38, 1933, p. 437-464, pl. 6.
- 4. G. G. MacTnnes. Notes on the East african miocene Primates. Journal of the East Africa and Uganda Natural History Society, t. 17, 1943, p. 141-181, 2 flg., pl. 23-28.
- 5. L’une des plus frappantes est celle du Dinothérium, miocène en Europe,
- et qui, en Abyssinie méridionale, au Kénia et au Tanganika, ligure encore dans plusieurs gisements pléistocènes.
- .........: ....— = 145 -
- archéologiques les plus longues — nous en aurons d’autres exemples, — leur terminus ad quem ne nous est guère fourni que par l’absence, dans cette faune, de l’Éléphant, du Cheval et du Bœuf, caractéristiques du Pléistocène. La marge est large qui s’offre ainsi à nous.
- Dans la nouvelle collection ainsi recueillie, Limnopithecus figure sous forme de différents grands fragments mandibulaires rapportés à deux espèces (L. legetet Hopwood et L. Evansi sp. nov.), la seconde apparemment moins primitive, plus proche du Gibbon, que la première. Mais ses principales affinités sont avec Proplio-pithecus, de l’Oligocène inférieur d’Égypte (Fayoum), et Pliopithe-eus du Miocène de Sansan, entre lesquels il est intermédiaire par la taille. Maclnnes croit pouvoir conclure que Limnopithecus, Pliopithecus, Prohylobates (de Moghara) représentent vraisemblablement des stades contemporains divergents, issus du Propliopi-thecus de l’Oligocène égyptien.
- Xenopithecus n’est encore une fois représenté que parcimonieusement. W. E. Le Gros Clark C1) croit cependant qu’il peut être considéré comme comblant l’hiatus existant entre les Hylobatidés et les Anthropoïdes. Mais le plus intéressant des trois est Proconsul dont on possède dès lors de plus nombreux documents : un palais écrasé, avec partie de la région faciale (2) d’un adulte ; la mandibule d’un jeune animal ; une autre, presque complète, d’un adulte probablement mâle (ftg. 2), et différents fragments osseux et dents isolées.
- D’une comparaison étendue avec le Gorille et le Chimpanzé, il résulte, aux yeux de Maclnnes, que le genre Proconsul, bien que d’un type assez généralisé, présente certains caractères de haute spécialisation : courte symphyse mandibulaire, sans cette projection transversale postérieure que les auteurs anglo-saxons appellent « simian shelf », lame simienne (3) ; forme des molaires inférieures dont la largeur maximum est au droit du talonide ; raccourcissement de la série des molaires et prémolaires, en rapport avec la brièveté de la face. De plus, le menton est moins fuyant que chez les Anthropoïdes actuels et notamment que chez le Chimpanzé, les rangées des molaires sont divergentes et non convergentes vers l’arrière. Par ces caractères, Proconsul est plus étroitement apparenté à l’Homme qu’au Chimpanzé (4) . il n’app .rtient donc pas à la lignée ancestrale de celui-ci, comme le croyait Hopwood, et se tient dans une position plus proche du tronc principal dont l’Homme dérive (5).
- Tous ces Anthropoïdes sont caractérisés par le peu d’importance du simian shelf : il est indistinct chez Xenopithecus et moins développé chez Limnopithecus que chez la plupart des Anthropomorphes. Maclnnes en tire confirmation de sa thèse : pour que les Anthropoïdes africains actuels fussent les descendants de ceux du Miocène du Kénia, il faudrait que ce caractère soit chez eux récemment acquis, ce qui impliquerait, sur ce point, réversibilité de l’évolution.
- Ajoutons qu’à la suite du Congrès de Nairobi, une nouvelle expédition britannique a éé organisée, dotée par la Société royale d’une somme de 1 509 livres sterling (environ 1 300 000 fr.), à laquelle l’Agha Khan a ajouté 250 livres (6). Conduite par L. S. B. Leakey, elle a séjourné du 10 juillet au 30 novembre 1947, dans l’île de Rusinga. Une étude géologique du gisement a été faite par
- 1. Man., t. 47, 1947, n° 106, p. 101.
- 2. Celle-ci est suffisamment bien conservée pour qu’on puisse en conclure à une remarquable brièveté de la face.
- 3. Qui n’existe pas chez l’Homme, à moins qu’on ne considère comme humaine la mandibule de Piltdown où elle est autant, sinon plus, développée que chez le Chimpanzé.
- 4 Un astragale et un calcanéum qui, par leur taille, peuvent être attribués à Proconsul, paraissent aussi tant soit peu plus « humanoïdes » que ceux du Chimpanzé.
- 5. Cependant, il n’y a point d’affinités marquées avec les Australopithèques. Les canines sont énormes.
- 6. IV. E. Le Gros Clark. The British-Kenya miocene expédition, 1947. Nature, t. 160, p. 891-892.
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- R. Shackleton, de 1 Impérial College of Science, et 1 300 fossiles ont été emportés en Angleterre pour être étudiés à Oxford. Ils comprennent les mêmes Anthropoïdes, notamment le palais et la mandibule d’un jeune Proconsul, différents os longs du même animal, de même taille mais moins robustes que ceux du Chimpanzé. Le fémur ressemble à celui d’Eppelsheim, l’humérus à celui du Dryopithecus Fontani de Lartet (1S56). Il y a aussi la portion sympbysaire d’une mandibule d’un Singe plus grand que Proconsul.
- Parmi les Mammifères associés, on note un Hyracoïde géant, probablement Pliohyrax ; un Rhi-nocérotidé (cf. Acerotherium) ; un autre Périsso-dactyle, Chalicotherium, aux membres antérieurs préhensiîs ; un Artiodactyle, Anthracotherium ; de nombreux Suidés, Carnivores, Rongeurs et Insectivores. On a recueilli aussi des Poissons, des Myriapodes, des Mollusques et des plantes.
- Par le rapport anthropologique que L. H. Wells a fait à la Société archéologique d’Afrique du Sud (Section du Witwatersrand) (x), nous apprenons aussi que le crâne d’Eyassi, trouvé sur la rive orientale du lac du même nom [également connu sous le nom de Njarasa), à quelque 1b km au Sud du gisement célèbre d’Oldoway (Tanganika), semble être associé à des pierres taillées du Moyen âge de la Pierre d’Afrique australe, lequel, dans l’Union sud-africaine, est considéré comme contemporain du Paléolithique supérieur d’Eurasie. Nous savions déjà que la faune qui l’accompagne, à la vérité surtout récoltée en surface, est moderne par le plus grand nombre de ses éléments (notamment l’Éléphant d’Afrique) (2) et que l’Hipparion n’y figure qu’à l’état remanié. Il est possible que le crâne d’Eyassi, d’abord attribué à un Préhominien voisin du Pithécanthrope, soit à rapprocher de l’Homme de Rhodésie (3) dont il semble que le crâne était, lui aussi, associé à des pierres taillées du Moyen âge de la Pierre d’Afrique australe.
- La « Great Rift valley » et Olorgesaillie.
- Un des phénomènes géologiques les plus grandioses du Kénia, de l’Afrique et du monde, est celui qu’on désigne par l’expression
- 1. The South african archœological Bulletin, t. 2, 1947, p. 80.
- 2. Celui-ci n’est représenté que par des fragments de lamelles et talons de molaires : W. O. DiETnicn. Zur Stratigraphie der Afrikanthropusfauna. Zentralblatt fiir Minéralogie..., 1939, Abt. B, p. 1-9, 1 iig.
- 3. M. Boule. Les Hommes fossiles. Eléments de Paléontologie humaine. Troisième édition, par II. Vallois. Paris, Masson, 1946, p. 466.
- Fig. 2. — Mandibule de Proconsul africanus Hopwood trouvée à Rusinga (Kénia), vue en dessus et de profil (d’après un moulage). 41 /100 de la grandeur naturelle.
- 3. — Les gorges d’Oldoway (Tanganika septentrional).
- On aperçoit dans le lointain les Giant Cauldron Mountains (d’après L’Anthropologie).
- de « Great Rift valley », zone étroite d’affaissement tectonique Q) qui s’étend depuis la Palestine jusqu’au Pangoué au Sud du Zambèze), sur plus de 6 000 km à vol d’oiseau, intéressant la vallée du Jourdain et la mer Rouge, se divisant, au Sud de l’Abyssinie, en deux branches occidentale et orientale. La première, aux confins de l'Ouganda et du Congo belge, est jalonnée par le chapelet des grands lacs Albert, Édouard, Tanganika, etc., bordé à l’Est par la chaîne volcanique du Rouzenvori, dont les sommets ne dépassent pas 2 600 m. La seconde traverse les montagnes du Kénia et du Tanganika, qui s’élèvent jusqu’à 4 000 et b 000 m, limitée par des abrupts atteignant près de bOO m de hauteur, encombrée de volcans, jalonnée par le lac Rodolphe et ceux des monts du Kénia (Baringo, Nakuru, Naïvacha, Magadi, Natron, Eyassi, etc.;. Les deux branches se réunissent au Nord du lac Nyassa, sur l’emplacement du lac Roukoua.
- C’est un énorme fossé, dont la largeur est d’environ 30 à bO km. Sa profondeur est au maximum sur l’emplacement des lacs, en sorte que la dénivellation entre les sommets de la chaîne bor-dière et le fond du lac Tanganika, par exemple, atteint plus de 3 000 m (2). Au lac Naïvacha (1 960 m),dont les sédiments jouent un rôle important dans la Préhistoire du Kénia, la dénivellation est près de 2 000 m (3).
- L’Homme préhistorique a été le témoin de toute une partie de ces grands effondrements et de la surrection des volcans dont le Kilimandjaro (6 000 m) est le plus connu (4). Quelques-uns sont
- 1. Comprise entre deux failles parallèles.
- 2. II. B. S. Cooke. The Great Rift valley and early Man. Communication au Congrès de Nairobi, 1947 (d’après un résumé publié dans The South african archœological Journal, t. 2, 1947, p. 49-51).
- 3. L’escarpement de faille de Kinangop, au Nord de Naïvacha, semble avoir subi une dénivellation de 300 à 450 m (A. L. Du Toit. Palæolitliic environments in Kenya and the Union. A contrast. Ibid., p. 28-40).
- 4. Des glaciers se sont développés sur ces grands cônes volcaniques portés au-dessus de la limite des neiges persistantes, tant sur le mont Elgon (4 310 m) et le Sattima qui n’en portent plus aujourd’hui que sur le Kenia (5 195 m) et le Rouzenvori (5 125 m) qui en ont encore. Sur les pentes méridionales et orientales du Kenia notamment, E. Nilsson a observé des moraines et autres traces glaciaires à 3 175 m (Ancient changes of climate in British East Afrika and Abyssinia. Geografiska Annaler, t. 22,
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- Fig. 4. — Mandibule de Notochœrus Dietrichei Hopwood (à droite), trouvée à Olorgesaillie, comparée à celle d’un Rhinocéros (à gauche). Env. 1/8 de la grandeur naturelle.
- encore actifs dans la Rift valley occidentale, notamment aux alentours du lac Kivou. Un immense lac, peut-être subdivisé en plusieurs bassins, s’étendait alors presque à toute la Rift valley orientale. Les géologues lui ont donné le nom de lac Kamasia. Ses dépôts, en partie formés de produits volcaniques, sont interrompus par d’anciens sols où vivait l’Homme paléolithique. L’un de ces sites archéologiques les plus célèbres est celui que l’érosion a mis au jour dans les gorges d’Oldoway (fig. 3),
- de la Pierre d’Afrique australe (*) et d’autres, typologiquement apparentées au Capsien, où apparaît rapidement de la poterie (2). Les fluctuations de ces lacs, qui se chiffrent par dizaines de mètres, sont généralement considérées par les auteurs africains comme témoignant de variations notables de la pluviosité (3). Une chronologie climatique ambitieuse a été édifiée, dont les chiffres élevés ont été discutés (4) et sont certainement discutables si l’on s’en réfère à l’apparition prématurée de la poterie dont il vient d’être question.
- * *
- C’est dans les sédiments kamasiens que fut découvert pendant la seconde guerre mondiale, par L. S. B. Leakey et Mrs. M. Leakey, un gisement acheuléen d’une profusion archéologique et paléon-tologique hors de pair, celui d’Olorgesaillie, situé à 65 km à l’Ouest-Sud-Ouest de Nairobi, une trentaine de kilomètres au Nord • du lac Magadi.
- 1. « Levalloisien », « Aurignacien », « Moustérien », « Stillbayen ». Si l’on en juge par ce que nous savons en Union sud-africaine, il s’agit de différents faciès de tradition moustérienne (ou levalloisienne), parmi lesquels le Stillbayen est le mieux défini.
- 2. Quelques tessons, dont l’un décoré d’impressions comparables à celles qui se voient sur les vases du Néolithique (maughrébin) de tradition capsienne (cf. La Nature, n° 3112, 15 mai 1946, p. 149), dans 1’ « Aurignacien supérieur » des grottes de Gamble et de Naïvacha. Céramique décorée abondante, avec gobelets et grandes jarres à fond conique (comme dans le Néolithique maughrébin), dans l’Elmenteitien de la même grotte.
- 3. A. L. Du Toit (loc. cit., p. 32) est d’avis que de nombreux autres facteurs, jeu des compartiments faillés, formation de barrages volcaniques et leur sectionnement par l’érosion, ont dû contribuer à ces fluctuations de niveau. C’est ainsi que pendant les 25 dernières années, bien que la pluviosité n’ait pas varié, le niveau des trois lacs en question a notablement diminué, notamment celui du lac Nakourou, par l’action de pertes souterraines, dont les eaux réapparaissent en aval de la Rift valley.
- 4. Dans « Climate and early Man in Kenya » (Man, t. 48, 1948, ri° 14, p. 13-16), F. E. Zeuner a fait remarquer que le fond de la Rift valley est aujourd’hui le siège d’un micro-climat sec tandis que les hautes régions qui le bordent sont bien arrosées. L’air humide qui y pénètre devient plus sec en se concentrant et ce n’est que rarement que son réchauffement diurne engendre des orages locaux. Le climat d’une Rift valley dont l’effondrement ne faisait que débuter, au Kamasien, ou n’était pas achevé, au Gamblien, devait être plus humide et, par conséquent, plus favorable au développement des grands lacs dont les puissants dépôts nous étonnent aujourd’hui.
- 180 km au Sud-Ouest du lac Natron. Une série de niveaux paléolithiques y sont superposés sur près de 100 m de hauteur, appartenant principalement au Chelléen et à U Acheuléen. Dans les couches les plus profondes, où apparaissent les premières traces de l’Homme, sous la forme de galets aménagés en grossiers coups-de-poing à retouche unilatérale, la faune C1) est encore du type mio-pliocène, avec Chalicotherium, Hipparion, Dinothérium, Mastodon, Pelorovis, un énorme Ovidé, allié aux formes indiennes, et divers Giraffîdés archaïques. Quelques-uns persistent jusqu’à l’Acheuléen !
- Par la suite, ces dépôts furent soumis aux mouvements qui achevaient de donner à la Rift valley son aspect actuel, et faillés. Des lacs moins étendus se formèrent, notamment celui de Gamble (qui réunissait plus ou moins directement les lacs Naïvacha, Elmenteita et Nakourou), dont les sédiments contiennent les industries du Moyen âge
- 1940, p. 1-79, pl. I). La corrélation de ces glaciations avec celles d’Europe est encore problématique : il faut reconnaître que les névés qui les nourrissaient étaient étroitement localisés et que la pluviosité pouvait, au même moment, ne pas être élevée sur la steppe avoisinante.
- 1. La faune d’Oldoway comprend encore un Phacochère de la taille d’un Rhinocéros, Notochœrus Dietrichei (flg. 4), qui existe aussi à Olorgesaillie.
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- Le gisement d’Olorgesaillie fait partie d’une aire de sédiments lacustres d’environ 25 km1 2, dont l’épaisseur atteint et dépasse 50 m. La faune est caractéristique du Paléolithique moyen d’Afrique orientale (x) : Elephas antiquus, un Giraffidé archaïque, Siva-therium olduvensis ; Hippopotamus gorgops, Notochœrus Dietrichei (Pig. 3), déjà cité, un Cercopithèque, Simopithecus Leakii, etc.
- Les couches lacustres d’une épaisseur de 45 m, sont interrompues par une série d’anciens sols, au nombre de 17, qui ont tous livré des pierres taillées, formant parfois de riches aires d’occupation où la concentration des bifaces, hachereaux et bolas, ainsi que des débris de cuisine, est extraordinaire (fig. 1). Parfois on distingue encore les plages au bord desquelles vivait l’Homme paléolithique et où ses outils (2), roulés par les eaux du lac, sont mélangés aux galets. Tous les os d’animaux, y compris les crânes, sont brisés pour en extraire la moelle ou la cervelle. En plusieurs endroits, des éclats composant une industrie comparable au Tayacien (3), se voient sur d’anciens sols qui ont livré, par ailleurs, des bifaces (fig. 5). Le site le plus riche (n° 10) qui s’étend sur 800 m x 500 m, a été entouré de clôtures. Dans une coupe, protégée des intempéries par un toit à double pente, 10 des 17 sols reconnus sont visibles.
- Les couches kamasiennes d’Olorgesaillie ont été, par la suite, fortement faillées et déplacées. Elles ont été partiellement recouvertes par des laves plus récentes et ce n’est qu’après une importante période d’érosion que se sont déposés les sédiments qui renferment de 1’ « Aurignacien » du Kénia, eux-mêmes activement attaqués par l’érosion actuelle.
- Hyrax Hill.
- Hyrax Hill, située à l’Est du lac Nakourou (125 km à vol d’oiseau au Nord-Ouest de Nairobi), est une colline qu’entourent des établissements néolithiques et de l’âge du Fer, récemment fouillés et publiés par Mary D. Leakey (4). Dans une plage lacustre de 102 m d’altitude relative (niveau I), quelques obsidiennes roulées, rapportées à 1’ « Aurignacien supérieur », c’est-à-dire, nous l’avons vu, à une industrie de type capsien, ont été recueillies. Au-dessus, à une profondeur moyenne de 1 m, s’étend un sol brun limoneux (II) dont l’épaisseur est d’environ 0 m 50, recouvert lui-même de terres de ruissellement de semblable puissance (III) que surmontent les dépôts cendreux de l’âge du Fer, immédiatement sous le sol actuel.
- L’outillage du niveau brun (II). tout en obsidienne, consiste en segments de cercle, microburins, burins divers, grattoirs, perçoirs rares, pointes à troncature oblique, lamelles à dos, lames écaillées et lames à base tronquée, nucléus divers. Bref, il ne se distingue de 1’ « Aurignacien supérieur » du Kénia que par des t( différences mineures, principalement dans le nombre relatif des types plutôt que dans les types eux-mêmes, tous communs aux deux industries, sauf les lames écaillées » qui existent, du reste, dans l’Elmenteitien, réplique orientale (pour ce qui est de l’outillage lithique) du Capsien supérieur. C’est donc avec surprise que l’on apprend que l’industrie d’Hyrax Hill, s’accompagne
- 1. Il ne faut pas confondre Paléolithique moyen et Moyen âge de la Pierre (Middle Stone âge). J’ai déjà dit que ce dernier était considéré comme contemporain du Paléolithique supérieur d’Eurasie.
- 2. En lave, principalement sous forme d’obsidienne. — II. B. S. Cooke (foc. cit., p. 51) rapporte que dans la gorge de Njorowa (émissaire abandonné du lac Naïvacha), l’Homme préhistorique a pratiqué des mines dans les coulées de laves, suivant en tunnel, sur une profondeur de 30 m, un filon d’obsidienne particulièrement fine.
- 3. Le Tayacien est, on le sait, une industrie à éclats atypiques, se trouvant en principe sous le Moustérien, dans le remplissage des grottes et abris de l’hémisphère septentrional. C’est dans un niveau tayacien qu’on a trouvé récemment le crâne humain de Fontéchevade (Charente), apparemment non-néanderthaloïde (cf. L’Anthropologie, t. 51, p. 373-374).
- 4. M. D. Leakey. Report on the excavation at Hyrax Hill, Nakuru, Kenya
- Colony, 1937-1938. Transactions of the Royal Society of South Africa, t. 30, 1945, pp. 271-409, pl. ix-xxm, 3 plans.
- d’une poterie incisée ou estampée (*), qui permet de la rapporter au Goumbien I (2).
- Dix-neuf sépultures, creusées dans la couche archéologiqué et la plage sous-jacente, étaient associées à ce niveau, chacune recouverte d’une dalle surmontée d’une sorte de galgal, lui-même entouré, semble-t-il, d’un cercle discontinu de pierres levées. Les squelettes, en position accroupie, étaient souvent accompagnés d’une écuelle en pierre de type goumbien, comme on en use encore au Soudan (Kareima) pour la cuisson des aliments.
- Des six crânes mesurables, deux sont mésaticéphales (indices 77,08 à 79,29) et pentagonoïdes, appartenant à des individus de petite taille et quatre très dolichocéphales (68,18 à 72,29), les uns et les autres de types déjà représentés dans l’Elmenteitien et, pour les premiers, dans le Goumbien d’autres sépultures de Nakourou et de Willey’s kopje.
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- Quand on porte en l’esprit l’extraordinaire parallélisme des civilisations d’Afrique orientale avec celles d’Afrique du Nord, (t Aurignacien supérieur » et Capsien, Elmenteitien et Capsien supérieur, Wiltonien et Néolithique de tradition capsienne, parallélisme que rompt seule l’apparition inattendue de la poterie dès 1’ « Aurignacien supérieur » du Kénia et son épanouissement, sous des formes abondantes et variées, dans l’Elmenteitien, on ne peut que conclure à la date tardive des trois industries de type capsien d’Afrique orientale. C’est la poterie qui est ici le fossile directeur : si sa présence, non seulement dans l’Elmenteitien, ce qui ne peut être mis en doute, mais aussi dans l’ « Aurignacien supérieur », est confirmée, comme semblent déjà le garantir les fouilles récentes de Naïvacha, (3), on ne saurait guère assigner à celui-ci une date antérieure à celle du Néolithique de tradition capsienne et du Néolithique égyptien, c’est-à-dire à la fin du sixième millénaire avant notre ère (4).
- Croire qu’il en est autrement et que la propagation de la civilisation a suivi, non pas la route du Nord au Sud, mais celle du Sud au Nord, c’est une assomption que rien ne permet, pour le moment, d’envisager. Elle repose sur cette hypothèse, apparemment absurde quand on connaît la suite de l’Histoire : que la marche de la civilisation aurait été plus rapide — notamment, sous la forme d’introductions néolithiques (5) — dans les steppes et les montagnes d’Afrique orientale que dans la vallée du Nil, nœud des échanges, intercontinentaux avant le développement de la navigation (®).
- ' Il va de soi que le retard qui frappe le Capsien supérieur d’Afrique orientale (Elmenteitien) — et peut-être le Capsien aberrant
- 1. Le décor en est comparable à celui de la poterie du Néolithique de tradition capsienne d’Afrique du Nord française, sauf en ce qui concerne quelques beaux gobelets à fond conique, ornés de bandes marginales gravées d’un dessin plus élaboré.
- 2. Industrie néolithique qui comprend des perles de pierres importées, de faïence et de verre, une poterie cordée.
- 3-, Il s’agit de deux gisements archéologiques considérables, exploités avant leur destruction par une rectification de la ligne de chemin de fer de Nairobi à Nakourou. Formés de limons lacustres, ils reposent sur la plage de 60 m remontant au Gamblien, en contre-bas de son bord externe. L’industrie, composée de lamelles à dos rabattu, segments de cercle, microburins, grattoirs, burins, compresseurs, sinew frayers (instruments, je suppose, à effiler les tendons), etc., est attribuée à la fin de 1’ « Auri-gnac’en supérieur ». Huit fragments de poterie y étaient inclus, ainsi qu’un morceau de palette à fard en quartzite dont un exemplaire était déjà connu de la môme industrie à Gamhle’s cave.
- 4. On ne peut pas ne pas tenir compte du fait que les porteurs de la plupart des civilisations d’origine capsienne d’Afrique orientale appartiennent, par leurs caractères ostéologiques, au groupe des Hamites orientaux, comme aussi les Badariens et les Prédynastiques égyptiens.
- 5ï,Celles-ci ne sauraient être venues du Sud où le Néolithique est pour ainsi itiire inconnu (sauf bien entendu sous la forme du Wiltonien, c’est-à-dire' d’une industrie de tradition mésolithique proche du Néolithique très spécial du Maghreb).
- 6. R. Vatjfrey. La colonisation préhistorique de l’Afrique. L’Anthropologie, t. 45, 1935, p. 710-711.
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- décrit sous le nom d’ « Aurignacien supérieur » — a également affecté le Stillbayen intercalé entre les deux dans la grotte de Gamble. Et si, dans F « Aurignacien supérieur » figure vraiment de la poterie, on comprend mieux l’origine des « influences solutréennes » qui se font jour dans le Stillbayen. Elles ne sont peut-être que néolithiques (Q.
- On est même tenté de croire que ce retard s’étend à toutes les autres industries de tradition moustérienne du Moyen âge de la Pierre du Kénia, où des formes du Paléolithique supérieur semblent associées, ainsi que dans les faciès méridionaux du Middle Stone Age. Ces conclusions ne sont-elles pas déjà celles que suggèrent les observations de A. T. Hopwood, dans un appendice à un livre de Leakey (2), quand il dit que la faune gamblienne (3) indique des dépôts beaucoup plus récents que ceux de Kaiso et d’Oldoway, pléistocènes supérieurs, ou même postérieurs (4).
- 1. A Fish Iloek, en Afrique du Sud, le Stillbayen a livré un crâne humain de type « proto-boschiman ».
- 2. L. S. B. Leakey. The Stone âge cultures of Kenya colony. In-8°, 283 p., 47 fig\, 31 pi. et 2 cartes. Cambridge University Press, 1931.
- 3. Le Gamblien, deuxième période pluvieuse du Pléistocène du Kénia, d’après Leakey, comprend les étages archéologiques du Moyen âge de la Pierre du Kénia, de 1’ « Aurignacien supérieur » et de l’Elmenteitien.
- 4. C’est-à-dire holocènes.
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- Les fouilles de flyrax Hill viennent d’apporter de nouveaux arguments à la thèse soutenue ici. Non seulement, elles nous montrent à nouveau combien sont liés entre eux, ostéologiquement, les hommes des civilisations goumbienne (néolithique) et elmen-teitienne (de type capsien supérieur), mais aussi et surtout elles mettent l’accent, pour la première fois, sur l’extraordinaire identité des industries goumbienne et « aurignacienne supérieure » dont l’une confine à l’époque actuelle et l’autre appartient théoriquement au Pléistocène supérieur. Un pareil fait, que nous ne faisions jusqu’alors que soupçonner, nous met plus à l’aise pour accueillir comme authentique la découverte de poterie au sein des couches « aurignaciennes supérieures » de la grotte de Gamble, déjà vérifiée, en 1942, par les fouilles de Naïvacha. Il devient permis de supposer que les découvertes futures viendront confirmer que toutes les civilisations capsiennes d’Afrique orientale, ainsi que le Toumbien interstratifié dont il n’a pu être question ici, ne datent que du Postglaciaire, et plus précisément du Néolithique.
- R. Vaufrey, Professeur à l’Institut de Paléontologie humaine.
- La Caléidique
- C’est une idée qui date de quelque trente années, et à laquelle je reviens encore certaines nuits, lorsque, comme remède — efficace d’ailleurs — contre l’insomnie, mon imagination projette sous mes paupières fermées des colorations éclatantes, animées et changeantes.
- Elle m’est apparue pour la première fois devant l’incomparable beauté du phénomène, bien connu des physiciens, des interférences lumineuses et, en particulier, des anneaux produits par transmission dans la lame semi-argentée d’un inter-féromètre Fabry-Perot, éclairée en lumière du mercure, raies violette, verte, jaunes. Le mouvement lent ou rapide des anneaux émergeant du centre, s’amplifiant et se perdant peu à peu dans la périphérie, tantôt par coloration pure (monochromatique), tantôt par superposition double ou triple des trois couleurs, me ravissait. Un filtre absorbant à volonté l’une ou l’autre des trois variait encore le phénomène; et il n’était pas un visiteur de notre laboratoire, si desséché que fût son sens artistique par la pratique des sciences exactes, qui ne l’admirât.
- Qu’est-ce alors que la Caléidique ? C’est tout simplement l’art, à étudier (et peut-être à exploiter), qui devrait faire l’enchantement des yeux, comme la musique fait déjà l’enchantement des oreilles.
- Les effets dont dispose la Caléidique sont nombreux et variés : avant tout, l’éclat des couleurs, vif ou atténué, puis leurs contours, tantôt contrastés, tantôt fondus, leur forme, leur mouvement, lent ou rapide, par régions ou dans l’ensemble, leur succession, qui, aussi, peut être brusque ou progressive.
- Les moyens d’exécution, sur lesquels je ne puis m’étendre ici, sont :
- d’abord, le mode de production des teintes, qui, d’après l’expérience relatée plus haut, devra faire un large appel aux lumières monochromatiques, si séduisantes pour l’œil, et naturellement les projecteurs avec filtres absorbants ;
- l’écran, qui ne devra pas se contenter de présenter une plage blanche, parfaitement diffusante mais d’une brillance insuffisante, qui se composera de miroirs constitués, soit par d^ très petites calottes sphériques argentées juxtaposées, soit par des cristaux de forme calculée.
- A-t-on déjà pratiqué la Caléidique ? Certes oui. Tous les artistes de la vue en font, comme M. Jourdain faisait de la prose;
- et l’Animateur du Monde tout le premier, quand il nous présente un beau coucher de soleil, une aurore boréale, ou seulement un parterre de fleurs sous la caresse du vent; les peintres, et particulièrement les plus modernes, qui cherchent seulement les harmonies de couleur et de forme. Mais ce n’est là que le rudiment, l’embryon de la Caléidique, comme un seul accord plaqué d’orgue, si prenant soit-il, n’est qu’une bien pauvre musique.
- Par contre, deux réalisations déjà anciennes peuvent donner une idée un peu plus approchée de ce que je veux entendre par la Caléidique. Ce sont : d’abord ce vieux jouet de mon enfance qu’on appelait le caléidoscope, dont les fragments de verres colorés, avec les miroirs à 45°, composaient, il est vrai de façon discontinue et uniquement due au hasard, des figures symétriques et colorées; ensuite, la Loïe Fuller, dont le succès considérable il y a 5o ans, n’eut pas de lendemain, vraisemblablement par l’absence d’une artiste qualifiée pour recueillir sa succession.
- Avec les moyens autrement puissants, autrement nuancés, que la Science d’aujourd’hui peut mettre au service de l’Art, que donnera cette Caléidique P Vraisemblablement ce que les artistes caléidiciens seront capables de lui faire exprimer. Pour ma part, j’ai foi dans son avenir.
- Au surplus, pourquoi n’essaierait-on pas de conjuguer le vieil art de la musique avec cet art moderne de la Caléidique P Quelle jouissance profonde ne doit-on pas espérer de cette impression double saisissant simultanément nos deux sens, à la condition qu’il se puisse trouver, parmi les humains, des artistes de génie capables de se laisser emporter à la fois par la double inspiration, celle d’Euterpe et celle de notre dixième muse nouveau-née.
- Quant au public, je suppose qu’il faudra faire, à faibles doses, son initiation progressive. D’abord surpris et réticent, je le vois ensuite charmé, et finalement enthousiasmé.
- Il restera à trouver le procédé d’enregistrement, je veux dire de notation sur papier, de cet Art. Ce sera un problème délicat, mais nullement insoluble. Nos savants opticiens, trichromistes ou panchromsites, se sont mis d’avance à un ouvrage très semblable.
- Albert Pérahd.
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- Fosses septiques à séparation
- Dans un article intitulé « A propos des fosses septiques », paru dans La Nature (n° 3151, 1er janvier 1948) M. Lemaire rappelle que l’invention de la fosse septique serait due à M. Camille Berthier, contemporain de Louis Mouras.
- Mais qu’entend-on par fosse septique ?
- Le mot « septique » se rapportant à la putréfaction des matières organiques, toutes les fosses contenant des matières excrémentielles seraient donc des fosses septiques, même les fosses d’aisances ordinaires non emplies d’eau préalablement à leur mise en service.
- De nos jours, la qualification de « fosse septique » est attribuée tout particulièrement à l’organisme récepteur, décanteur et liqué-ïacteur des matières fécales par voie microbienne, lequel ne constitue qu’une partie d’un système d’assainissement comportant, en outre, un dispositif épurateur obligatoire d’où les effluents minéralisés sont évacués sans danger de contamination des eaux naturelles (lorsque le fonctionnement est satisfaisant).
- Cet exposé nous fait comprendre l’insuffisance de précision dans la dénomination de ces appareils liquéfacteurs que nous proposons d’appeler tout simplement « fosse septique liquéfiante », le terme « septique » étant conservé pour rappeler qu’il s'agit d’une transformation des matières par fermentation et par putréfaction.
- L’appellation de « fosse septique épuratrice » que l’on emploie dans les textes réglementant ces appareils donne lieu à une fâcheuse confusion, car la solubilisation des matières fécales ne va pas de pair, dans une même fosse, avec l’épuration des liquides ammonisés. Certains techniciens, ayant observé la présence de nitrites dans de grandes fosses septiques abondamment approvisionnées en eau fraîche, ont pensé que les liquides souillés de la fosse subissaient un commencement d’épuration analogue à « l’auto-épuration » constatée dans certains cours d’eau. En réalité les urines arrivant dans cette masse liquide ammonisée, alors qu’elles sont encore fraîches, voient les nitrates d’origine alimentaire dont elles sont porteuses, subir une rétrogradation et se transformer en nitrites ; il en est de même pour les nitrates dont certaines eaux provenant des appareils de chasse sont chargées. Loin de constituer une épuration, cette transformation est la conséquence bien explicable d’une contamination, d’une rétrogradation septique.
- Ceci dit, et pour mieux marquer la place que tiennent les fosses septiques dans la gamme des modes de vidange, nous allons passer rapidement en revue l’évolution de la question des fosses d’aisances.
- A la campagne la dissémination des dépôts stercocaires était, et est malheureusement trop souvent encore, la règle.
- Dès que les humains vivent en collectivité et que les emplacements libres viennent à manquer, on creuse des trous en terre : les urines sont évacuées dans le sol absorbant et les fèces non diluées s’amoncellent jusqu’au moment où la cavité étant pleine, on recouvre les dépôts de terre, et l’on creuse une autre fosse contiguë à moins que l’on ne cure la fosse pour utiliser 6on contenu comme engrais.
- Dans les villes ce mode d’opérer détermina une telle pollution du sol avoisinant et des eaux alimentaires, qu’il fallut réglementer les fosses d’aisances ; on prescrivit alors leur construction en maçonnerie étanche. Mais cette étanchéité détermina l’amoncellement des urines, 10 fois plus volumineuses que les matières fécales ; la fréquence des vidanges devint telle et entraîna des dépenses si élevées que la salubrité s’en ressentit ; l’eau devint l’ennemie des fosses étanches. Le confort se développant, les propriétaires crevèrent le fond ou les parois des fosses pour y envoyer les eaux de toilette et faire écouler les urines. Certains jugèrent plus logique de doter leur fosse d’aisances d’un trop
- plein disposé sous le plafond de la dalle de couverture : les urines surnageant les fèces s’écoulaient au fur et à mesure des apports nouveaux et la fosse mettait ainsi très longtemps à s’emplir. Cet artifice insalubre permit le lavage des cabinets et l’envoi des eaux ménagères dans la fosse.
- Nous arrivons ici à la fosse Berthier décrite par M. Lemaire, qui reconnaît que cette fosse mit 25 ans à s’emplir de matières fécales solides avant que ne s’imposât la nécessité de sa vidange.
- Ce fait prouve que cette fosse n’était pas une fosse septique liquéfiante, car chaque personne déposant quotidiennement 0,120 1 de matières solides, cela donne en 25 ans ou 9 125 jours un' volume de 1,095 m3 par personne, réduit à 1 m3 environ par suite du tassement et du dégagement des gaz de la fermentation. Or la capacité des fosses fixes est généralement de 1 m3 par personne ; cela prouve qu’il ne se produisait guère de liquéfaction et que le fonctionnement était en tous points comparable à celui des fosses fixes avec trop plein. La fosse Berthier constitue une fosse à vidange différée, mais non une fosse septique.
- Mouras était certainement au courant des fosses à trop plein puisque les fosses de ses maisons étaient ainsi construites, mais il jugea que la fréquence des vidanges était encore trop onéreuse et il chercha à les éviter complètement. Pour cela, il imagina d’envoyer dans ses fosses le maximum de liquides : eaux pluviales, eaux ménagères, eaux de buanderies : il envisageait un brassage énergique de toute la masse pour remettre les matières déposées en suspension, les diluer par agitation et les évacuer avec les liquides ; de la sorte, la fosse mettrait plus longtemps à s’emplir.
- Il fit plonger son tuyau de chute assez profondément dans le liquide emplissant initialement la fosse lors de sa mise en service ; il fit de même pour le tuyau d’évacuation. De la sorte, tout contact avec l’atmosphère fut supprimé, ainsi que la ponte et l’envol des mouches et moustiques stercoraires ; il n’y eut plus d’odeur et il comptait sur la concentration de l’ammoniaque pour dissoudre les matières grasses : tous ces agencements diffèrent de la fosse Berthier.
- Mais une sécheresse anormale survint ; Mouras inquiet, eut l’idée de contrôler ce qui se passait dans ses fosses abandonnées par les eaux météoriques et sa surprise fut grande de constater que les matières fécales continuaient à se liquéfier malgré l’absence de tourbillons d’eaû. Il fit part de cette observation à son ami, l’Abbé Moigno, chroniqueur scientifique du Cosmos, lequel répéta les faits au laboratoire dans un aquarium de verre ; ses expériences confirmèrent l’action bactérienne supposée tout d’abord. On était alors à l’époque des révélations de Pasteur sur les actions microbiennes, ce qui explique cette supposition.
- C’est donc encore une fois au hasard, joint au don d’observation, que l’on doit la naissance de la fosse septique qui tut tout d’abord une fosse dilueuse et non liquéfiante.
- Le brevet de Mouras, n° 144.904 fut pris tardivement, le 22 septembre 1881, vingt ans après la mise en service de son système dans les maisons dont il était propriétaire, et c’est 16 ans plus tard que l’ingénieur anglais Donald Cameron prit un brevet U. S. P. 634.423 du 15 mars 1897 pour une fosse qu’il dénomma « Septie Tank », d’où la traduction française de « fosse septique » à laquelle il faut rattacher l’origine de cette dénomination imparfaite.
- Une autre distinction s’impose entre la fosse septique et la fosse Berthier : la première ne conserve les matières excrémentielles que pendant une dizaine de jours dans l’habitat, quand il s’agit de fosse familiale, alors que la fosse Berthier conserve les matières fécales 25 ans dans la maison I Avec la fosse septique, la vidange est automatique, alors qu’elle doit s’effectuer à la bêche et au seau dans la fosse Berthier.
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- Quant aux sièges séparateurs, leur nécessité s’impose non seulement dans le cas des fosses septiques liquéfiantes dont ils réduisent la capacité des deux tiers, d’où économie considérable, mais encore ils permettent d’obtenir les neuf dixièmes des avantages du « tout à l’égout », quand ce système ne peut être appliqué, ce résultat étant obtenu du fait de l’éloignement immédiat des urines (voir La Nature, n° 3140, 13 juillet 1947) ; le prix des sièges séparateurs n'est pas plus élevé que celui des sièges du commerce de mêmes dimensions. Le cloisonnement des fosses est facultatif et nous les supprimons la plupart du temps ; leur aménagement constitue des cas d’espèce.
- Mais les sièges séparateurs ne sont pas seulement applicables aux fosses septiques, ainsi qu’on va le voir.
- Lorsque l’eau est rare, dans certaines campagnes par exemple, la salubrité peut être aussi bien sauvegardée en utilisant le mode de vidange par te voie sèche ». Le procédé préférable est celui dit « à la terre » très répandu en Angleterre, en Allemagne et aux États-Unis ; ce système fut délaissé par suite de la difficulté d’absorption des urines par la terre sèche : il en fallait 5 kg par personne et par 24 h ; maintenant qu’il est possible de séparer les urines des matières fécales, sans aucun contact, par l'emploi de sièges séparateurs, un seul kilogramme de terre suffit ; les urines sont envoyées dans un dispositif d’irrigation souterrain aboutissant au pied des arbres de la propriété ou bien recueillies dans une citerne parfaitement étanche ne laissant fuir ni les liquides ni les gaz, en attendant leur emploi saisonnier en arrosages, après coupage avec 50 fois leur volume d’eau (ce qui correspond à une miction par arrosoir).
- Quant aux matières fécales, il n’est plus besoin de fosse étanche pour les recevoir puisqu’il n’y a plus de liquides à contenir : une aire étanche suffit, mais il est préférable de les recueillir dans un récipient au fond duquel on étale 5 cm de terre sèche (une petite lessiveuse fait parfaitement l’affaire) ; on recouvre les déjections d’une pelletée de terre sitôt leur dépôt afin de les isoler de l’air et du contact des mouches ; la terre est un parfait désodorisant et elle a la faculté d’humiûer très rapidement les selles qu’elle enrobe.
- Lorsque le récipient est plein il suffit de le dépoter à l’abri de la pluie et d’enrober le tas d’un peu de terre sèche pour isoler complètement les matières de l’air ambiant. C’est tout.
- Six semaines après, on peut recouper le tas à la bêche, il ne reste plus qu’un terreau ne contenant que quelques moisissures blanches, inodore et pouvant servir encore 4 fois à l’enrobage dans les cabinets, ce qui donne un engrais renforcé de grande valeur. Cet engrais est très recherché par les cultivateurs en raison de la facilité de son transport. On évite ainsi les manipulations répugnantes des tinettes insalubres qui débordent, sentent mauvais et attifent des essaims de mouches qui vont ensuite polluer les aliments. Aucune manipulation n’est nécessaire pour la préparation de cet engrais naturel.
- Désormais les cabinets de campagne, grâce au siège séparateur, pourront être propres, inodores et sans insectes ailés. On pourra réaliser tout à la fois une bonne affaire et la salubrité la plus complète.
- Ce n’est pas tout : le siège séparateur permet la désinfection absolue des fosses chimiques en traitant séparément les matières, suivant leur nature, par des désinfectants appropriés. Son emploi permet le « tout à l’égout privé ».
- Lorsqu’il s’agit de fosses « à eau fraîche », il assure une conservation des matières à l’état naturel sans fermentation et avec une très faible consommation d’eau d’entretien.
- Enfin dans le cas d’épidémies graves, telles que le choléra par exemple, alors qu’il y a à craindre la transmission de cette épidémie par les excréments, il n’est que l’incinération pour présenter toute garantie de destruction des germes cholériques. Or ce mode de traitement des matières excrémentielles sans odeur et sans fumée, présentait de grandes difficultés en raison de la présence des urines et nécessitait une grande dépense de combus-
- ' ' ~— 151 "~r
- tible. Désormais les excreta solides étant séparés des urines dès leur émission du corps, la durée du traitement est considérablement réduite et celui-ci devient moins onéreux.
- Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur les conséquences qu’entraîne la séparation des matières solides d’avec les matières liquides, mais nous en avons fait connaître l’essentiel ; cet intérêt n’avait pas échappé à nos anciens, puisqu’en 1837, la Société d'Encouragement pour l’Industrie nationale appelait encore la solution de cet important problème en ouvrant un concours ; un prix de 3 000 francs était alors offert à celui qui parviendrait à séparer les matières solides d’avec les liquides, tout en les désinfectant d’une manière assez complète pour permettre le déversement des liquides urineux sur la voie publique et dans les égouts. Ce n’est qu’en 1937, cent ans après, qu’il nous fut donné d’apporter une solution pratique à ce problème, appelé, croyons-nous, à jouer un rôle important dans la salubrité.
- A. Abdon,
- Ingénieur sanitaire.
- Les difficultés économiques de l'Irlande.
- Au moment où nous souffrons des conséquences de la guerre et d’un ravitaillement difficile, il pourrait sembler qu’un pays qui — comme l’Irlande — est resté neutre et a une économie à prédominance agricole, ne doit se trouver en présence de nulle difficulté. Ce serait une grosse erreur de croire qu’il en est ainsi.
- Le gros problème pour l’Irlande est l’émigration. Chaque année, environ 25 000 jeunes gens quittent l’Irlande. Aucun gouvernement ne peut contempler avec satisfaction la perte annuelle d’un aussi grand nombre d’éléments actifs. L’émigration n’est pas un phénomène nouveau. Depuis fort longtemps, l’Irlande •— pays pauvre — exportait ainsi son surplus de population vers la Grande-Bretagne ou l’Amérique. De 6 000 000 d’habitants, l’Irlande est tombée à 3 000 000 en un siècle.
- La partie sud de l’Irlande — Eire — a environ 390 000 fermes. De ce nombre, 300 000 peuvent faire vivre une famille. Si le fermier a plus d’un enfant, il faut bien que les autres aillent vivre ailleurs.
- Avant la guerre, le gouvernement de Dublin avait fait un gros effort pour industrialiser le pays, favoriser la construction d’usines dans les campagnes, de façon à fournir du travail à ceux qui ne pouvaient s’employer dans les fermes. La guerre a porté un coup sérieux à ces projets. L’Irlande, en effet, doit importer charbon et matières premières pour ses industries. Mais le charbon anglais s’est fait rare en ces dernières années, le pétrole est cher et se paye en dollars. Ce sont là des difficultés que nous connaissons trop en France pour ne pas les comprendre.
- L’Irlande n’a que deux sources d’énergie : la tourbe et ses rivières. Si l’on s’en tient à la consommation actuelle, l’Irlande a de la tourbe pour deux siècles, mais c’est un combustible bien inférieur au charbon. Les rivières peuvent produire de l’électricité, mais comme source d’énergie, elles ne sauraient suffire et on prévoit des centrales électriques brûlant de la tourbe.
- La majorité, pour ne pas dire l’unanimité des Irlandais du Sud, voudrait voir se réaliser l’union de l’Eire avec l’Irlande du Nord. L’Eire est à prédominance agricole, l’Ulster au Nord, est plus industriel. Du point de vue purement économique, ce serait excellent. Mais on retrouve encore en Irlande du Nord un état d’esprit rappelant celui des guerres de religion du xvi® siècle. Le fossé entre catholiques et protestants y est profond. Avant cette guerre, le gouvernement de Londres aurait envisagé à un moment d’accepter un arrangement par lequel l’Ulster aurait été uni à l’Eire. Les Irlandais du Nord s’y sont opposés.
- Gabriel Moucbot.
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- Un rhinocéros fossile
- En juin 1946, M. Dupérier, assistant au Musée de la mer de Biarritz et actif chercheur de fossiles, découvrait sur la côte basque française un crâne de Rhinocéros fossile. L’emplacement de cette remarquable et heureuse trouvaille est situé au sud de Biarritz, à l’endroit où le petit ruisseau de Cha-biague vient se jeter à la mer. Le site est au niveau marin et est très rarement découvert, sauf à l’époque des grandes marées équinoxiales de forte amplitude. On est là sur du Lutétien caracté-
- Sab/es des dunes
- Traces de l'industrie
- humaine ^-^^^^Oiluvium
- x Marnes qr/ses
- m
- Rhinocéros
- Fig. 1.
- ° Sables et galets ci
- ^Marnes bleues
- .( Sables matins \ du JV9
- Coupe géologique de la Côte basque française au Ruisseau de Chabiague.
- ristique et très fossilifère. Au-dessus se situent des sables et graviers du quaternaire marin, surmontés à leur tour par une assise de marnes bleues fort compactes. Ces marnes sont richement dotées de fossiles végétaux comme des cônes de Pin du type Strobus, de glands, de noisettes, de noix, etc... parfaitement conservés et qui indiquent très clairement qu’une forêt, surtout caducifoliée, s’étendait à l’origine, sous un climat tempéré, jusqu’au bord de la mer. C’est à l’embouchure même du petit ruisseau que le crâne fut découvert, engainé dans une couche de marne qui
- Fig. 2. — Crâne de Rhinocéros etruscus du Quaternaire de Biarritz.
- le rendait méconnaissable. Un peu plus haut, après une alternance de galets roulés et de marnes grises, s’étalent les alluvions du diluvium, à silex taillés, formant une couche assez riche en vestiges évidents de l’industrie humaine. Au sommet de la falaise s’étalent les sables dunaires des Landes de Gascogne (fig. i).
- Il était intéressant de dégager le crâne de sa gangue de marne bleue et d’essayer la détermination. L’habile et patient M. Dupé-rier fit le premier travail et bientôt apparaissait un crâne assez bien conservé, auquel manquaient cependant la mandibule inférieure et la partie antérieure de la mandibule supérieure (cf. la photographie de la fig. 2, que M. P. Arné, Directeur du Musée de la Mer de Biarritz a bien voulu nous donner, ce dont nous le remercions très vivement).
- Qu’importe, la détermination était possible ; elle fut confiée au professeur Rode, du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris, qui identifia le crâne comme étant celui du Rhinocéros etruscus. D’ailleurs deux belles molaires parfaitement conservées permettaient de confirmer cette détermination.
- Fig. 3. — A) Os nasal de Rhinocéros sansaniensis ; B) Os nasal de Rhinocéros pachygnathus ; C) Os nasal de Rhinocéros etruscus.
- A cet égard il n’est pas inutile de retracer les grandes lignes de l'évolution du crâne des Rhinocéros. Ceux-ci apparaissent au Miocène qui est l’étage inférieur du Néogène, période terminant la grande ère tertiaire. Dès cette époque lointaine les Rhinocéros rappellent beaucoup les espèces actuelles. Certains genres, comme Rhinocéros sansaniensis, du Miocène moyen, ont les os nasaux bien développés pour supporter une corne nasale unique (fig. 3 A). Mais l’épaississement des os nasaux s’affirme dans un genre différent plus évolué, représenté par le Rhinocéros pachygnathus du Pontien de Pikerni (fig. 3 B). Enfin chez notre Rhinocéros etruscus (fig. 3 C et photographie de la fig. 2) les os nasaux possèdent une curieuse armature transverse verticale qui permet, dès le premier coup d’œil, une détermination certaine.
- L’évolution des dents, incisives et canines, est non moins curieuse. Au début, chez Rhinocéros sansaniensis par exemple (A, fig. 4) il y a deux incisives et deux canines bien développées ; mais déjà chez Rhinocéros pachygnathus (B, fig. 4), les deux canines ont disparu ; par contre les incisives ont pris un grand développement. Enfin, chez notre Rhinocéros etruscus (C, fig. 4) qui caractérise le Pliocène italien, les deux incisives ont à leur tour
- (A) (B) (C)
- Fig. 4. — Évolution des dents chez les Rhinocéros fossiles.
- disparu. Il s’agit là, sans aucun doute possible, d’une dégradation progressive de l’appareil dentaire antérieur, en relation étroite avec une évolution du régime alimentaire. Au début, les Rhinocéros étaient certainement carnivores, et vers la fin du tertiaire, et au début du quaternaire, ils deviennent herbivores.
- Quoi qu’il en soit, il était intéressant de signaler cette découverte inédite du Rhinocéros etruscus dans les dépôts quaternaires de la Côte basque française. Ce genre, connu surtout dans le Pliocène italien, existe aussi dans les dépôts du même âge de Taulhac en Haute-Loire. Quant à l’espèce Rhinocéros, dont l’aire de dispersion était immense en ces périodes reculées, elle est confinée actuellement dans les parties chaudes de l’ancien monde : Afrique du Sud et Indes occidentales. En Afrique vit encore Rhinocéros bicornis, muni de deux cornes, mais dépourvu d’incisives, accompagné en Abyssinie du Rhinocéros de Bruce, plus petit et bicorne lui aussi. Dans les Indes c’est le Rhinocéros indiens de Cuvier, à une corne ; à Java c’est le Rhinocéros javanus de Cuvier, un peu plus petit, à une corne, mais avec incisives et canines. A Sumatra enfin vit le Rhinocéros sumatrensis de Cuvier, bicorne, mais pourvu d’incisives et de canines.
- Aimé G. Parrot.
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- L'éclosion tardive des
- L’été de l’année 1947, qui fut extrêmement chaud, fut suivi d’un automne qui a également dépassé très largement la température normale. En même temps, la sécheresse persista pendant ces deux saisons qui ne réunirent que 264 mm d’eau de pluie, alors que la moyenne normale est de 400 mm environ.
- Le mois de septembre, pendant lequel habituellement les champignons commencent à fructifier, ne recueillit que 1S mm. Octobre suivit avec 28 mm, et novembre lui-même, pendant la première quinzaine, ne compta que 33 mm de pluie. Ce ne fut guère que vers le 15 de ce mois que la chute de pluies abondantes permit d’observer le développement des cryptogames, lequel n’avait commencé que très timidement dans la deuxième quinzaine du mois d’octobre, après quelques pluies locales sans grande abondance.
- champignons en 1947
- A partir du 20 novembre, l’éclosion des divers genres de champignons se succéda rapidement, sans süivre toutefois l’ordre régulier des apparitions successives des différentes catégories, que l’on observe habituellement à partir du mois de juillet dans nos régions calcaires. Un tel décalage, qui atteignit, pour certaines espèces, une amplitude de près de trois mois, n’a semble-t-il, été observé qu’il y a fort longtemps. Il serait d’ailleurs intéressant d’en pouvoir préciser la date.
- Voici, à titre documentaire, un tableau donnant les dates moyennes normales d’apparition des espèces les plus courantes dans la région de l’Isle-sur-Serein (Yonne), et en regard, l’époque correspondante de l’année 1947 à partir de laquelle les mêmes espèces ont commencé à apparaître :
- DATES NORMALES APPROXIMATIVES DATES D’APPARITION EN 1947 DÉNOMINATIONS BOTANIQUES NOMS COMMUNS
- 25 juillet |er novembre Cantharèllus cibarius (Girole, chanterelle)
- )) 25 octobre Pratella campestris (Pratelle des Jachères)
- )) )) ï) » . . arvensis (Champignon rosé)
- ler-10 août j^cr -3 novembre Lepiota-procera (Lépiote élevée, Coulmelle)
- 10-15 août 5 novembre Amanita pantherina. (Amanite panthère)
- )) » » » phalloides (Amanite phalloïde)
- 5-10 août 15 » Boletus edulis (Bolet noble = cèpe)
- 10 août » » Lepiota pudica (Toute blanche)
- )) » » » Armillaria mellea (Armillaire couleur de miel)
- )) )) » )) Boletus scaber (Bolet rude).
- 15 v 18 )) » aurantiacus (Bolet orangé) ,
- 18 » 25 )) Hypholoma fasciculare (H. en touffe)
- 15-20 )> 15 » Coprinus comatus (Coprin chevelu)
- » » )) )) » atramentarius (Coprin encrier):1
- » i> Jcr , » Marasmius oreades (Marasme faux-mousseron)
- 20 » » - » Craterellus cornucopioïdes (Craterelle Corne d’abondance, Trompette
- 25-30 „ ï) )) Cortinarius violaceus . de la. .Mort ou Girole noire) (Cortinaire violet)
- )) » » )) Geaster hygrometricq, (Géas.tre) . .
- » ' » » » Clitocybe infundibuliformis (Clitocybe entonnoir)
- ler-10 septembre . » »i Clavaria flava et œurea (Clavaire fauve et Clavaire doré (Barbe de capucin)
- » » )) » Lactarius piperatus (Lactaire poivré, Vache. blanche, Eauhu-ron) • ,
- » » )ï » T , ( perlatum Lycoperdon t • . , r ou gemmatum-cælatum (Lycoperdon perlé, Vesse-de-Loup Ciselé ou bovist.e)
- » » 1er -10 novembre Tricholoma nudurn (Tricholome nu (pied-bleu))
- : )) )) 3 novembre » sulfureum (Tricholome soufré)
- » » 5 )) . : Russula emetica V (Russule émétique)
- » » 15 )) Boletus satanas (Bolet Satan)
- » » 20 )) Gomphidius vïscidus ou glutinosus . (Gomphi.de visqueux) .
- 10-15 » » )> Collybia fusipes (Collybie en fuseau)
- » » 5 )) Hygrophorus olivaceus (Hygrophore olivacé).
- » » )) • »' » hypolhejus (Hygrophore à lames)
- )> )) )> )) Lactarius deliciosus (Lactaire délicieux, Vache rouge)
- » ’ )) » )) » torminosus (Lactaire à coliques)
- » » )) » Laccaria laccata (Clitocybe laqué)
- » )) )) )) Boletus luteus (Bolet jeune)
- » » » )) » badins (Bolet fauve)
- 15-20 » )) » » bovinus (Bolet des bouviers)
- » » )) )) » granidatus (Bolet granulé)
- » » 15 )) Pholiota squarrosa (Pholiote écailleuse)
- » » » )) Boletus luridus (Bolet blême) (Hydne sinué, pied-de-mouton)
- » )> » )) Hydnum repandum
- )) )) » )) Lactarius controversus (Lactaire taché)
- )). )) )) )) Peziza acetabidum (Pézize en coupe) (Trich. prétentieux, Bise d’automne)
- )) ï) » )) Tricholoma portentiosum
- » )) 10 » » terreum (Tricholome terreux (gris-souris))
- )> )) 15 1) Clitocybe nebularis (Clitocybe nébuleux)
- )) » 30 » Clavdrius pistillaris (Clavaire pilon)
- )ï ï) . )) Jthyphallus impudicus (Phallus puant)
- 5-15 octobre 10 » Hcloella elastica » crispa (Helvelle élastique) (Helvelle crépue)
- Cette élude, consciencieusement faite dans la région calcaire du nord de l’arrondissement d’Avallon, ne saurait être appliquée à une région qui se serait trouvée favorisée par des précipitations locales (orages ou pluies persistantes), lesquelles auraient
- pu permettre une éclosion de champignons antérieure aux dates indiquées ici. Il est observé aussi que, pour certaines espèces, un seul exemplaire a pu être recueilli.
- G. Bidault de l’Isle.
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- 154
- Fig-, 1 et 2. — Pommes de pin multiples.
- I a reproduction du pin met en jeu deux sortes ^ de fleurs : des fleurs mâles et des fleurs femelles.
- Les fleurs mâles apparaissent au printemps, sous forme de petits cônes composés d’un certain nombre d’étamines qui libèrent à maturité leur pollen jaune dont les grains emportés par le vent s’en vont féconder les fleurs femelles. Celles-ci forment aussitôt des cônes qui se développent au printemps au sommet des jeunes pousses de l’année. Ces cônes sont groupés en petit nombre ne dépassant pas trois ou quatre. Après fécondation de leurs ovules, les écailles se lignifient et les cônes femelles donnent les fruits ou pommes de pin que nous connaissons tous.
- Il existe une anomalie très curieuse dans la fructification que nous venons rapidement de décrire. Les cônes sont par groupe de trois ou quatre, avons-nous dit ; dans la fructification anormale, ils sont très nombreux : vingt, trente, quarante et parfois plus.
- Un curieux groupement de fruits chez le Pin =
- Il arrive aussi qu’un cône trop fortement comprimé par ses I voisins se développe moins et reste de taille plus petite.
- S’il est intéressant de signaler cette curiosité végétale, le problème de biologie qu’il soulève ne l’est pas moins.
- On sera tenté de rapprocher cette anomalie des galles végétales causées par des champignons ou par des invertébrés,
- nématodes, insectes, etc....
- Mais, le plus souvent, si les mycocécidies et les zoocécidies [ , montrent des multiplications
- ® anormales, il y a aussi des dé-
- formations des organes végétaux produites par une modifiai , cation du chimisme de la plante
- sous l’influence du parasite, v Cette modification se traduit
- par du gigantisme des cellules, par une multiplication plus HJ grande, il y a hypertrophie et
- IH hyperplasie cellulaire,
- jflî Or, ici, le végétal n’est pas lli déformé, les cônes sont nor-
- maux. Quel est donc le phénomène qui a bien pu multiplier les cônes femelles à partir de bourgeons qui, normalement, n’en produisent pas plus de trois ou quatre ?
- Peut-être pourrait-on invoquer une modification dans l’hérédité du végétal, une mutation, celles-ci sont toujours très rares et atteignent un seul ou tout au plus quelques individus.
- Car sans être très fréquent, ce curieux groupement se rencontre quelquefois dans les bois de conifères. Nous avons observé dans une plantation de pins, près de la gare de Corrèze à une vingtaine de kilomètres de Tulle, plusieurs arbres porteurs de cette anomalie et paraissant avoir souffert de cette fructification trop abondante.
- Or, ces pins, tous atteints d’une même anomalie dans un espace aussi rapproché, ont subi nécessairement une même modification due à une même cause.
- Personnellement, nous possédons un groupement de trente-six cônes qui a perdu d’ailleurs quelques unités et qui devait bien dépasser quarante lorsqu’il était intact, les cônes paraissent s’irradier autour d’un point ou d’une région du rameau, un peu comme les rayons d’une sphère. Ils ne sont pas tous au même stade de maturité ; les uns ont leurs écailles entrouvertes et laissent échapper leurs graines, d’autres, au contraire, possèdent des écailles plaquées les unes contre les autres.
- Et nous voici de nouveau ramenés au parasitisme : seul, un même parasite semble pouvoir expliquer ce phénomène curieux de contagion.
- Peut-être une étude histologique des jeunes rameaux renseignerait-elle sur ce parasitisme assez spécial dont l’action n’est pas sans rappeler celle des hormones végétales.
- A. Rudel.
- NOS LECTEURS ÉCRIVENT :
- La charge creuse (n° 3138 du (5 juin 1947).
- M. P. Descroix nous communique un extrait de la Géologie appliquée, d’Amédée Burat, 2e partie (3e édition, pages 46-47, Paris, 185o) qui tend à prouver que l’origine de la charge creuse est bien plus ancienne qu’il n’est généralement admis :
- « L’effet initial de la poudre est en grande partie proportionnel à la surface soumise à son action. On a réalisé une augmentation d’effet en plaçant au centre de la cartouche un crayon cylindrique en bois dur ou en fer, qui augmente la surface des cartouches faites avec un poids donné de poudre. Mais ce noyau intérieur était sujet à dérangement, et. l’on est arrivé au même résultat en substituant au noyau intérieur une poussière qui maintient les grains de poudre à une certaine distance les uns des autres. La sciure de bois est ordinairement préférée pour cet usase ; on en mélange un tiers (dans les mines de sel gemme de la Meurthe) et jusqu’à la moitié (mines de Tarnowitz, en Silésie). On a constaté,
- non seulement pour ces mines, mais dans celles de Suède d’Allemagne, que, pour un effet utile déterminé, on pouvait ainsi arriver à une économie variable d’un tiers à un quart de la poudre employée. Des expériences faites par l’artillerie à Belfort ont également prouvé que l’on pouvait mélanger avec avantage jusqu’à moitié de sciure de bois dans des pétards de 4 cm de diamètre, placés à 1 m de profondeur. Le mélange du tiers est plus usité dans les mines.
- « En Suède, on s’est servi de petits cônes en bois, évidés sur les côtés et disposés au bas de la cartouche de manière à maintenir un vide entre la poudre et le fond du trou. Ce vide augmente la force initiale, et, d’après les expériences qui ont été faites, l’économie qu’on peut ainsi réaliser s’élèverait au cinquième de la poudre employée. Il faut, pour que cette économie soit possible, que les trous aient au moins 0,40 m de profondeur ».
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- ALFRED LACROIX (1863-1948)
- Le 16 mars dernier est mort un des grands savants de notre époque, François-Antoine-Alfred Lacroix, secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences, professeur honoraire au Muséum national d’histoire naturelle.
- Il était né à Mâcon en 1863, dans une famille où depuis longtemps on se passionnait pour les sciences naturelles. Après avoir fait ses études de pharmacie, il s’orienta vers la minéralogie et la pétrographie, sciences très françaises où avaient déjà brillé Déodat de Dolomieu, Valentin Haüy, Daubrée, Fouqué, Michel-Lévy. Il épousa une des filles de Fouqué, le professeur au Collège de France qui avait beaucoup étudié les volcans et notamment observé l’éruption de Santorin en 1866. Elle l’accompagna dans toutes ses expéditions, même les plus risquées, et fut sa dévouée compagne de tous les jours jusqu’à sa mort, en 1914, dont il ne se consola pas.
- Préparateur au Collège de France en 1888, collaborateur du Service de la Carte géologique de France, docteur ès sciences en 1889, il ne tarda pas à être choisi comme professeur de minéralogie au Muséum où il enseigna plus de 40 ans, jusqu’à l’âge de la retraite et où il continua de travailler jusqu’à ses derniers jours.
- La minéralogie a un aspect physique, l’étude des formes des cristaux. Lacroix la renouvela en la traitant comme une science naturelle, étudiant la genèse des roches, leurs associations et les conditions de gisement. Cela le conduisit à voyager inlassablement dans toutes les parties du globe, à voir sur place les gîtes et les manifestations volcaniques, depuis le parc du Yellowstone jusqu’aux volcans du Pacifique, de la Montagne Pelée en feu aux mines de pierres précieuses de Madagascar. Il ne cessa de parcourir la terre, fouillant les roches en place, visitant presque tous les volcans, accourant à chaque éruption. Chaque fois, il rapportait au Muséum toutes les pierres qu’il avait recueillies, constituant ainsi la plus belle, la plus riche, la plus abondante des collections de' minéralogie. Peu à peu, sa réputation devint telle que de tous les pays, les explorateurs, les prospecteurs lui envoyèrent aussi leurs récoltes, notamment les coloniaux français désireux de connaître la valeur des terres où ils pénétraient. Entre deux voyages, Lacroix étudiait patiemment tous ces matériaux ; il les classait, les décrivait. Il en vint à rassembler en un traité tant de formes et de données nouvelles et il publia de 1893 à 1913, les cinq volumes de la Minéralogie de la France et de ses colonies auxquels il n’a cessé d’ajouter depuis un grand nombre de mémoires et de notes, tous d’un style
- admirable de clarté, dont on pourrait trouver la liste dans les deux volumes de la Bibliographie géologique de la France d’outremer publiés par Blondel en 1941. Il a ainsi transformé une science physique en science naturelle, orienté pour longtemps l’école française par ses nombreux élèves, enrichi le Muséum d’une collection incomparable.
- Lacroix fut connu du grand public par son observation de l’éruption, en 1902, de la Montagne Pelée, à la Martinique, qui détruisit totalement la ville de Saint-Pierre. Ce fut une éruption terrifiante, avec ses nuées ardentes et l’aiguille de laves qui, sortant du cratère, s’éleva jusqu’à 1 608 m. Le professeur et Mme Lacroix vécurent au milieu de ce cataclysme, photographiant de tout près les phénomènes, comme on les voit dans l’ouvrage qu’il publia en 1904 ; La Montagne Pelée et ses éruptions (1).
- Lacroix fut élu membre de l’Académie des Sciences en 1904 ; il en devint le secrétaire perpétuel en 1914. Sans interrompre son activité scientifique, il assura cette haute et lourde charge. Il avait à maintenir l’Académie dans ses traditions, ses activités, ses biens, à la représenter dans toutes ses manifestations, à présider nombre de commissions, de comités, d’œuvres. Il écrivit ainsi toute une série de notices sur des académiciens disparus dont quelques-unes ont été réunies sous le titre : Figures de savants. Il développa le secrétariat de l’Académie et enrichit ses archives d’un grand nombre de documents précieux pour l’histoire des sciences. Il se préoccupa constamment de faci’iter la documentation et, après avoir organisé la Bibliographie scientifique de la France, il fit établir l’Inventaire des périodiques des bibliothèques de Paris en quatre volumes, répertoire qui rend de grands services à tous les chercheurs.
- Grand officier de la Légion d’Honneur, membre des académies scientifiques du monde entier, docteur honoris causa d’une soixantaine d’universités étrangères, Lacroix fut certainement le plus grand minéralogiste du début de ce siècle et le savant le plus représentatif de notre pays. Il exerçait ses multiples fonctions avec une pondération, un scrupule de justice et aussi de bonté, une vue clairvoyante des hommes, des besoins du pays, de l’avenir de la science, tels qu’il était partout respecté, admiré, aimé, de ses confrères autant que des jeunes entrant dans la carrière.
- Sa mort est une grande perte pour la science, l’Académie et le pays qu’il avait si longtemps et passionnément servis.
- R. Legendre.
- Fig. 1. — Alfred Lacroix,
- Secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences.
- 1. L’éruplion de 1902, la mieux observée de toutes celles dont on avait eu témoignage, est devenue un type particulier d’activités volcaniques, le type péléen, qui explique notamment la genèse des dômes volcaniques des puys d’Auvergne. Elle lut caractérisée par divers phénomènes qu’on n’avait jamais signalés, Des nuées ardentes, noires, sortaient brusquement du cratère et descendaient vers la mer ; celle du 8 mai atteignit la ville et le port de Saint-Pierre qui turent instantanément détruits, y compris 28 000 habitants ; la dévastation couvrit 58 km2 de blocs, de bombes, de cendres, d’une façon chaotique. La colonne de vapeur s’éleva jusqu’à 10 000 m. et s’étendit en nuages jusqu’à 25 km. Lacroix eut le courage d’approcher ces nuées et de les photographier au passage. Enfin, il assista à la formation d’une aiguille sortant comme une pâte du sommet d’un dôme, montant tantôt de 60 m. par jour et tantôt s’arrêtant, chaque poussée s’accompagnant de nouvelles nuées ardentes. C’était la première fois qu’on voyait de telles injections, fréquentes dans les roches volcaniques anciennes.
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- Une nouvelle conception du point, segment de droite, du fragment de plan
- Préliminaires. — On sait qu’une équation y - x a pour graphique une droite, qu’y = x2 exprime une parabole ; on sait aussi qu’un cercle se formule par x2 + y2 — a2 — 0, d’où
- l’on tire y = ± Va2 — x2. Dans ce qui va suivre, on abrégera le
- langage en appelant cercle l’équation y zz±\J a2 — æt , comme on appellera racine le point où une courbe traverse l’axe des x.
- Le texte entier ne table que sur les mathématiques du baccalauréat ; l’expression y est surtout intuitive ; il est donc tout de suite intelligible et profitable à un bon bachelier.
- I. — Soit un cercle y=dz\a2— x2. Réduisant de moitié les
- * —f- — X2
- ordonnées de ce cercle, c’est-à-dire écrivant y zz---------------, nous
- Fig. 1 à 10.
- voyons le cercle s’aplatir en ellipse. L’ellipse sera d’autant plus plate que le diviseur du cercle est grand ; elle sera infiniment plate quand ce diviseur sera infiniment grand.
- -f- 1f _ /£.2
- Infiniment plate - y =---------------, elle n’est plus qu’un fuseau
- GO
- dont les flancs haut et bas, tendant l’un vers l’autre, ont pénétré l’axe des x pour ne faire qu’un diamètre, un segment de droite,
- projection du cercle ci-dessus. D’où, posant
- 1_
- 00
- écrire
- y — rt e \!u2 — x* revient à prendre, dans l’axe môme des x, un segment centré sur l’origine, ayant lon-gueur 2a et épaisseur 2g, sur laquelle nous comptons revenir; lequel segment, au même titre et de la même manière que l’ellipse ou le cercle ou
- toute figure algébrique, peut être décalé, surélevé, basculé, dédoublé par les voies analytiques connues ; ce que détaille l’historique ci-dessus (fig. 1 à 10).
- IL — Deux figures algébriques s’exprimant chacune par une équation yt = j(x), y2 = f (x) [par exemple f(x) mis pour x2, para-
- Fig. 11 à 13.
- bole, *(x)' mis pour dz^a2 — x2, cercle] la somme des seconds membres Y = f(x) -fi (x) [parabole plus cercle] a pour représen-
- tation une figure qui se construit, à la règle et au compas, en portant d’abscisse e n abscisse l’ordonnée de la parabole augmentée et diminuée de l’ordonnée du cercle : donc deux points sur une même verticale, que l’on réunira ensuite d’un
- trait continu, tous les points du haut entre eux, tous les points du bas de même, pour recueillir (fig. 11, 12 et 13) le calice y zz x2dz Va2 — as*»
- Si le cercle avait été plus mince (n’avait été qu’une ellipse), le calice l’aurait été aussi. Mais s’il avait été infiniment, mince, le calice, infiniment aminci, n’aurait été qu’un segment de parabole tout comme l’ellipse plus haut n’a été qu’un segment d’axe des x ; segment de parabole pris entre les abscisses — a et -fia et s’exprimant y zzx2 \ a1 — x2.
- Pour parabole J{x) nous aurions pu prendre une cubique ou une hyperbole ou autre ; pour cercle ç(£) nous aurions pu prendre centre ailleurs qu’à l’origine. En sorte que, sur une ligne choisie entre abscisses choisies, nous pourrons désormais « couper » un
- Fig. 14 et 15.
- ©
- ----/-
- segment en écrivant y—f{x)dzz\J{x—ni)[n — x). Un traducteur
- graphique de cette écriture d’algèbre ne pourra nous restituer de figure autre que, strictement et rigoureusement, le segment choisi de la courbe choisie.
- Remarquons, mais cela sans nécessité immédiate pour l’objet présent, que c’est sur une famille de courbes, non sur une seule, qu’il peut, être d’un même coup isol^? coupé, sur chaque courbe un segment (fig. 14 et lo) ; que ce segment peut être tronçonné si, au lieu de provenir d’un cercle (fig. 5), il provient (fig. 16) d’une courbe de degré pair à branches négatives et,toutes racines réelles; que l’epsilonn pris comme rayon
- iy=± c V-iæ-mXx-n)(x-pl(x-q>..\
- Fig. 16.
- d’un cercle peut signifier un point y zz dz \/s,2— x2, deux points
- yzzdz\U2—(æ: r±z «)2j quatre points yzzdzvdz\U2— fic± u)2 etc. Mais tout cela à titre de remarque fortuite.
- III. — Ce qui a été dit du cercle peut se dire de la sphère, écrasables tous deux ; laquelle sphère, d’ellipsoïde en lentille, de lentille en galette, ne nous laisse qu’un disque :
- y—dzes'a2—{z2 -f- x2) ;
- lequel disque, attaché au paraboloïde y = z2 + x2, nous devient un bol (fig. 17 à 19) ; lequel bol se dédouble en pile, ou famille ou gamme (fig. 20), moyennant paramètre ramifié p ±p’ ±p” i laquelle pile, au lieu d’être un prosaïque emboîtage de bols paraboliques, serait un jaillissement de corolles ou d’urnes pour disque épousant non un paraboloïde mais une cuvette ou cloche x2
- ayant section y zz ^ (fig. 21 et 22) ; laquelle cloche, au lieu d’être découpée en rond, serait méandrée si le disque initial, au
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- Fig. 17 à 20.
- lieu d’être circulaire comme projection de sphère, était tréflé
- i c 2 1 ,
- comme projection d’<v = ±y/ 1—-—^— -j- /2 jp-p .... Et mieux peut-être, selon l’inspiration et les aptitudes du- réalisateur. D’où cette variété de fleurs et plantes d’ornement, toutes de pure algèbre, et dont ci-après, pour l’une d’elles (fig. 25), la synthèse résumée (üg. 24 et 23).
- 1Y. — Or, revenons à l’epsilonn du haut. S’il peut être admis l’hypothèse d’un epsilonn qui serait, non l’infiniment petit en cours de décroissance, comme cela est usuellement envisagé en mathématiques, mais un infiniment petit fixe et définitif sur la limite absolument dernière de la réalité (absolument dernière voulant dire qu’un tel epsilonn, ayant dépassé toute borne inférieure d’infiniment petit concevable, formerait plan d’arrêt, solution de continuité, cassure, sans autre transition possible, entre l’état de nombre et l’état de néant) ;
- Epsilonn, non nombre puisqu’il n’existe pas de rapport de la cassure au nombre, et non néant puisque le nombre ne peut pas se comprendre sans lui, epsilonn, réalité sans dimension, multipliant tout nombre non infini u, détruirait dans u le fait de la dimension sans détruire le fait de la réalité : ce que ne fait pas zéro, ce qui ne fait pas le nombre.
- Semblable proposition ne serait pas inacceptable si on se reporte à la notion du point, de la droite et du plan géométriques, convenus comme entités réelles n’ayant plus de dimension. Elle aurait l’avantage de nous procurer, au moyen de l’algèbre et sans autre langage, mesurés, situés, orientés, un segment de droite, un fragment de plan, comme l’algèbre nous procure toute autre pièce algébrique. C’est de cet epsilonn que nous nous servons en disant que la sphère
- y — ±^a2 — (s2-)-,x'2) est devenue un cercle :
- y = ±£\,a2—(r2-|-a2)
- est devenue un trait : y — dt — xi) — z2 est devenue un point : yzzzt^z2— (r2-j-m2).
- Maurice El-Milick.
- ©
- V-
- TA/
- Fig. 21 et 22.
- de 4. y = ± p(x ± u zfc u'i ±. s Va* — [(2:)s + p = ^ u=2 u'= 1 a = 6. Fig. 27. Treillage de barres. 32 segments en 4 grilles de 8-
- y = ±p(x ± u ± u') =b V —p = î w = 2 u' = l v=2 v' = 1 a = 6. Fig. 28. Tamisage de points. 128 points en 4 rideaux de
- 32, chaque point distant de l’aitre de 2a dans les 3 directions. y = ±(2±l)a±:^eï--j[z^(2±l;a]ï+[xd;(4±2±lja]îj.
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- La
- et
- Recherche scientifique française en les Recherches scientifiques dans le
- Océanie
- Pacifique
- La Nouvelle-Calédonie, île française depuis iS53, est riche en gisements minéraux. Ceci explique que les premières recherches scientifiques qui y ont été entreprises soient liées plus ou moins directement à l’étude du sous-sol et de ses richesses. Les études les plus marquantes dans ce domaine ont pour auteurs : Garnier (1867), Glasser (1903) et Piroutet (1917). L’œuvre de Garnier est le fondement de l’économie du pays : c’est cet ingénieur des mines, en effet, qui a découvert les gisements de silicate de nickel et qui, se heurtant au scepticisme des métallurgistes de l’époque, montra comment on pouvait extraire le nickel des silicates et quels avantages on pouvait attendre de l’adjonction du nickel aux aciers. L’ouvrage de Glasser est essentiellement une mise au point très claire des indices minéraux connus et des mines travaillées au début de ce siècle; il reste, aujourd’hui encore, l’ABC du mineur en Nouvelle-Calédonie.. Enfin, l’œuvre de Piroutet est une œuvre scientifique purement désintéressée, où sont définis correctement pour la première fois l’âge des grands ensembles lithologiques et leurs agencements structuraux. Il restait à apporter des précisions sur la géologie de l’île, à dresser une carte géologique expressive (car celles de Piroutet et de ses devanciers ne sont guère que des croquis à l’échelle du 1 000 000e ou à une échelle voisine), enfin à approfondir certains problèmes de géologie économique. Cette tâche a été confiée par l’Office de la Recherche scientifique coloniale à une mission géologique, dont les travaux sont en cours depuis juin 194C.
- Si la Nouvelle-Calédonie a été l’objet de recherches géologiques assez sérieuses, par contre, les autres aspects de sa nature ont été plus ou moins négligés par la France. Seule la flore phanérogamique a été l’objet de publications importantes, dues au professeur Guillaumin, du Muséum d’Histoire naturelle de Paris. Ce botaniste, travaillant sur des échantillons recueillis par des collecteurs locaux, a donné notamment une clef analytique des Phanérogaames de Calédonie. Il faut souhaiter qu’une véritable flore, actuellement en préparation, soit bientôt présentée au public. L’ouvrage de base dans le domaine des sciences naturelles a été écrit sous la direction de deux naturalistes suisses : F. Sarasin et Roux qui, en 1911 et 1912 récoltèrent en Nouvelle-Calédonie et dans les îles Loyauté voisines un volume impressionnant de matériaux dont l’étude fut menée à bien par les deux collecteurs et de nombreux autres zoologistes et botanistes. Cette étude, véritable symposium, Nova Caledonia, comporte de nombreux volumes dont l’un des plus importants est celui d’anthropologie, signé de F. Sarasin. Est-ce à dire que la Nova-Caledonia constitue un bilan complet du monde vivant de la Nouvelle-Calédonie ? Certainement pas. Il reste beaucoup de travail, notamment pour une meilleure connaissance des faunes marines, tant des points de vue systématique que biologique, et de l’homme, surtout sous l’angle biologique et pathologique.
- C’est pour accomplir ce travail que l’Office de la Recherche scientifique coloniale a créé à Nouméa l’Institut français d’Océanie. Cet Institut a été installé dans les locaux d’un hôpital américain dont la cession a été conclue au cours des accords financiers Blum. En janvier 1948, sont arrivés à Nouméa quatre chercheurs : un phytopathologiste, un océanographe, un ethnologue et un entomologiste.
- De nombreux thèmes s’imposeront rapidement à ces chercheurs et à ceux qui, espérons-le, viendront les joindre. Il n’est pas possible ici d’en donner même un simple aperçu. Signalons seulement que les chercheurs de l’I. F. O. auront à résoudre divers problèmes appliqués, agricoles ou industriels, qui se
- posent en ce moment avec beaucoup d’acuité en raison d’une crise sérieuse de devises. Si louables et si importantes que puissent être ces recherches appliquées, elles devront toutefois éviter deux écueils. D’une part, un « dirigisme » excessif : s’il est souhaitable que les particuliers et le gouvernement local proposent, il est nécessaire que les chercheurs restent libres. L’orientation des recherches est essentiellement une question de tempérament, d’entraînement et de conscience personnelle du savant et aucun dirigisme n’y saurait suppléer. L’autre écueil serait de méconnaître les expériences antérieures et de s’attaquer scientifiquement à des problèmes dont la solution est avant tout économique. Il est plus urgexït d'assurer la vente et l’écoulement réguliers, sur le marché intérieur et sur les marchés extérieurs voisins : Australie, Nouvelle-Zélande, Chine, etc..., des produits que peuvent actuellement fournir la Nouvelle-Calédonie et les Nouvelles-Hébrides, que d’entreprendre des'recherches de pédologie pour la détermination de la vocation et l’amélioration des sols. L’efficacité de la recherche appliquée en Océanie française dépend donc en grande partie des mesures économiques que prendront le gomernement de Nouvelle-Calédonie et les gouvernements voisins.
- Dans un autre ordre d’idées, tous les efforts pour accroître le potentiel de production du pays n’aboutiront à rien si on ne préserve pas l’homme d’un fléau envahissant : la lèpre. Il faut souhaiter vivement l’installation à l’I. F. O. d’un laboratoire d’étude de la lèpre qui comporterait des chercheurs fixes et ouvrirait largement ses moyens de travail à des médecins du Corps de Santé local. Il est urgent d’établir ici un véritable centre de renseignements groupant les chercheurs de laboratoire, les médecins praticiens, les missionnaires et les religieuses, de mettre en fiche les cas de lèpre, de suivre leur évolution. Faut-il penser que celte tâche n’est pas à la portée des moyens financiers de la France actuelle ? Nous ne le croyons pas. Cette œuvre de salut public peut être entreprise avec des moyens financiers relativement réduits; elle n’est pas tant une question de nombre que de coordination des renseignements, des compétences et des bonnes volontés.
- Quoi qu’il en soit de l’avenir de l’I. F. O. et de ses extensions possibles, ce jeune Institut de recherches français s’inscrit dans un effort général de recherches dans le Pacifique, développé surtout par les Etats-Unis et dont il nous semble bon d’informer nos lecteurs. Cet effort s’est manifesté en particulier, à une date récente, par de nombreuses expéditions américaines en Micronésie : expédition micronésienne de l’Université d'Hawaï (été 1946), comportant des recherches de. botanique, zoologie, bactériologie, parasitologie; exploration économique de la Micronésie par l’U. S. Commercial Company (ig46), par des conférences mettant sur pied des projets d’ensemble : Pacific Science Conférence (Washington, juin 1946), South Pacific Conférence, et par une loi d’importance essentielle : le Fulbright Act (Public Law 584 du 79e Congrès des U. S. A., août ig46) qui, par le jeu des surplus, prévoit des crédits très importants pour l’échange d’étudiants, de chercheurs et de professeurs entre les U. S. A. et divers pays pacifiques : Australie, Nouvelle-Zélande, Indes Néerlandaises, Siam, Birmanie, Philippines, Chine, Royaume-Uni, France. L’application de ce programme aux territoires français d’Océanie prévoit l’utilisation de 5 millions de dollars, échelonnés sur une période de vingt années. Un énorme effort américain, prolongation scientifique de la guerre dans le Pacifique, effort qui, par l’Alaska, vient rejoindre et, peut-on dire, affronter l’activité scientifique soviétique en Sibérie orientale, se dessine donc et passe d’ores et déjà dans
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- la voie de la réalisation. Les U. S. A. lui ont assigné une portée et des buts sociaux et entrevoient constamment les relations, jamais assez soulignées chez nous, entre les sciences dites naturelles et les sciences sociales. La nouvelle revue Pacific Science, publiée par l’Université d’Hatvaï, écrit, dans son numéro i (janvier 1947), à propos de la Micronésie : « Information is needed at once if the United States is to carry on a policy of developing the government, éducation and economy of the Caroline, Marianas and Marshall graps » (p. 60). La South Pacific Conférence, dont il faut vivement espérer que le siège permanent se tiendra à Nouméa, se place également très nettement sous l’angle sociologique.
- Petitement représentée dans l’immense bassin pacifique, la
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- France ne peut contribuer que dans la mesure de ses petits moyens à ce grand programme de recherches. Elle peut néanmoins apporter une contribution sérieuse par la qualité de ses chercheurs. Elle devra résolument, elle aussi, abattre ce qui pourrait subsister des barrières artificielles entre les sciences naturelles et les sciences sociales, et, par l’étude de la nature, des problèmes économiques qui lui sont liés, de l’homme : indigène, européen ou métis, connaître mieux ses territoires d’Océanie et ses habitants. C’est sans doute sa meilleure chance de se maintenir dans le Pacifique. En ce sens, un Institut français d’Océanie peut jouer, d’un point de vue strictement national, un rôle de tout premier plan.
- P. RoumiER
- LE CIEL EN
- SOLEIL : du 1er au 21, sa déclinaison passe de + 22°o' à 4- 23°27', puis à + 23°10' le 30 ; la durée du jour croît de 15h50în le 1er à 16h8m le 20, puis décroît jusqu’à 16h4m le 30. Solstice d’été le 21 à 12M0ra55s. Diamètre apparent le 1er = 31'3c>",30, le 30 = 31'30",72. — LUNE : Phases : N. L. le 7 à 12kobm, P- Q. le 14 à 5h40™, P. L. le 21 à 12ho4m, D. Q. le 29 à 15h23m ; périgée le 10 à 19h ; apogée le 26 à 13h. Principales conjonctions : le 8 avec Uranus à 4h31in, à 3°20'S. et avec Mercure à 22h50m, à 4°23' S. ; avec Vénus le 9 à 4h24m, à 3°19' S. ; avec Saturne le 11 à 17MSm, à 4°10' S. ; avec Mars le 13 à 7h45m, à 3°o5' S. ; avec Neptune le 15 à ÎOMS™, à 1°26' S. ; avec Jupiter le 21 à 0h31m, à 3°4o' N. Aucune occultation remarquable. — PLANÈTES : Mercure, astre du soir, se couche le 5 à 21h26m, difficile ; Vénus : devient inobservable, en conjonction inf. avec le Soleil le 24 ; Mars, dans le Lion, se couche le 5 à 0h26m, le 29 à 23h9m, son diamètre décroît de 6",7 le 5 à 5",9 le 29 ; Jupiter, dans le Scorpion, en opposition avec le Soleil le 15, diam. pol. app. 43",2, lever le 5 à 20h24m,
- JUIN 1948
- coucher à 4Mom ; Saturne, dans le Lion, se couche le 17 à 22h56m, diam. pol. app. le 10, io",2, anneau gr. axe, 38",4, petit axe 9",7 ; Uranus inobservable ; Neptune, dans la Vierge, se couche le 29 à 23holm, diam. app. 2",4 (position 12h40m et — 2°37'). — ÉTOILES VARIABLES : Minima observables à’Algol (2m,2-3m,5) le 10 à 4ho8m, le 13 à lh46“, le 15 à 20h35m ; Minima de [3 Lyre (3«,4-4m,3) le 5 à 5»*, le 18 à 2h. — ÉTOILE POLAIRE : Passage inf. au méridien de Paris le 9 à 20h24m43s, le 19 à 19h-iotn35s, le 29 à 19h6m28s ; passage sup. le 29 à 7h8m2os.
- Phénomènes remarquables. — Observer le Crépuscule de minuit au N., du 18 au 23, pour les lieux de latitude au moins égale à celle de Paris (+ 48°50').
- (Heures données en Temps Universel ; tenir compte des modifications introduites par l’heure en usage).
- G. Fournier.
- LES LIVRES NOUVEAUX
- L’équipement hydroélectrique de la France en trois vues perspectives, par L. Babon-neau. 3 tableaux muraux. Éditions toulousaines de l’Ingénieur, Toulouse, 1948. Prix : 100 francs.
- Cet ensemble cartographique en trois tableaux résume toute la documentation sur les usines hydroélectriques des Pyrénées, des Alpes et du Massif Central : leur emplacement géographique, leur puissance, leur production annuelle, la date d’achèvement des chantiers en activité, et les installations en projet. Il constitue une synthèse graphique originale et fort utile de l’équipement hydroélectrique des trois principales régions françaises.
- Le radar. Théorie et réalisation, par E. G. Schneider. 1 vol. in-8°, 162 p., 86 fig. Édit, de la Revue d’optique, 165, rue de Sèvres, Paris, 1947.
- Parmi les applications techniques apportées par la dernière guerre, le radar a été l’une des plus importantes qui ont donné la victoire aux alliés et qui continuent dans la paix au développement du progrès en navigation. Cet ouvrage expose les principes fondamentaux du radar et sa technique électronique, la propagation des ondes et les effets atmosphériques, le problème du modulateur, celui des émetteurs, des récepteurs, des antennes. Il décrit les indications qu’il donne, les types d’équipement et se termine par un chapitre sur les balises et systèmes radar de navigation.
- Répertoire technique des applications industrielles du chrome dur, par P. MonissET. 1 vol. in-8°, 220 p., ill. Gauthier-Villars, Paris, 1948. Prix : 600 francs.
- L’industrie du chrome dur est jeune et en plein développement. Ses applications sont nombreuses. Le chromage dur électrolytique améliore la qualité des pièces mécaniques. Il per-
- met d’importantes économies de matière en prolongeant de cinq à dix fois la durée normale de certaines pièces. Il permet de récupérer, de remettre en état et de sauver du rebut des organes usagés ou surusinés. Cette étude, publiée sous l’égide du Commissariat général aux économies de matières du Ministère de la Production industrielle, servira la cause d’un procédé encore trop peu connu en France et qui sera fort utile à l’économie générale du pays.
- Nouveaux matériaux de synthèse américains, par H. R. Simonds, J. Y. Sherman, M. H. Bigelow. 1 vol. in-8”, 412 p., 45 fig. Dunod, Paris, 1948. Prix : 940 fr.
- L’ouvrage traite des dernières réalisations américaines dans le domaine des matières plastiques, des fibres artificielles, des caoutchoucs de synthèse, des adhésifs. Il précise les méthodes de moulage et d’emploi de ces produits dont certains ont joué un rôle important dans les industries de guerre, en électricité, en électronique, en chimie industrielle, etc. Les méthodes d’analyse et de détermination de ces nouveaux produits ainsi que leurs propriétés caractéristiques sont décrites. Une bibliographie très étendue complète l’ouvrage.
- A catalogue of insecticides and fungicides, par Donald E. II. Frear. Vol. I. Chemical Insecticides. 1 vol. in-4, 203 p. Chronica botanica C°, Waltham 54 (Mass.) ; Le Soudier, Paris, 1947. Prix : 6,50 dollars.
- Durant la guerre, il fallut faire le bilan des insecticides et fungicides afin de savoir ceux qui manquaient et dont on devait chercher le remplacement. Cela conduisit à établir ce catalogue de plus de 10 000 produits chimiques, déjà expérimentés, à relever leur composition, à les grouper par familles chimiques, à noter les travaux qui leur furent consacrés (publications, brevets). Cette compilation, relative aux
- insecticides dans ce premier volume et qui le sera aux fungicides dans le second, est précieuse pour tous les chercheurs dans ces domaines.
- Le lait et ses dérivés, par A. Rochaix et A. Tapernoux. 2° édition. 1 vol. in-8°, 456 p., 55 fig. Yigot, Paris, 1948.
- Le regretté professeur d’hygiène de la Faculté de Médecine de Lyon, tué par un bombardement dans son laboratoire en 1944, et son collègue de l’École nationale vétérinaire avaient écrit cet ouvrage sur la chimie, la bactériologie et l’hygiène du lait, dont voici la 2* édition. C’est un ouvrage pratique qui fournit les données et les méthodes pour le contrôle des laits, frais, desséchés, concentrés, fermentés, des crèmes, des beurres, des fromages et des caséines aux divers points de vue physiques, chimiques et bactériologiques. Il se termine par la série des documents officiels réglementant ces questions, fort importantes en tous temps et particulièrement en ces temps de pénurie.
- Soilless growth of plants, par Carleton Ellis et M. W. Swaney. 2e édition, revue et étendue, par Tom Eastwood. 1 vol. in-8°, 277 p., fig., planches en couleurs. Reinhold Publishing Corporation, 350 W. 42 Street, New-York, N. Y., 1947. Prix : relié toile, 4,75 dollars.
- La Nature a déjà parlé à plusieurs reprises des cultures sans sol ou « hydroponics » réalisées à Curaçao d’abord, puis par les forces d’occupation américaines, notamment à Iwojima et au Japon, pour fournir les ouvriers et les troupes en légumes et en fruits frais, là où il n’y a pas de sol cultivable, mais seulement un climat favorable. Les résultats obtenus montrent qu’on pourrait aussi bien les pratiquer dans des serres pour des productions de grande valeur. Tous les détails sont fournis sur les cultures dans l’eau, le sable, le gravier, les solutions nutritives né-
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- cessaires et leur contrôle, les installations à prévoir. C'est un guide pratique complet qui répond à toutes les questions, à tous les besoins, individuels ou commerciaux.
- Charles Darwin, par Jean Rostanti. 1 vol. in-16, 243 p., 4 pl. Gallimard, Paris, 1947. Prix : 220 francs.
- Avec son grand talent d'exposition, l’auteur conte Thistoire passionnante de Darwin : sa jeunesse, son voyage autour du monde, sa vie de famille et la lente cristallisation de son Origine des espèces, si lente qu’il fut rejoint dans ses idées par Wallace. Le livre, suivi de La descendance de l'homme, créa une révolution dans les esprits et provoqua des discussions passionnées, scientifiques, religieuses, sociales, dont les remous ne sont pas encore apaisés.
- L'accélération évolutive, par François Meyer. 1 vol. in-8°, 67 p., 7 fig. Librairie des sciences et des arts, 106 bis, rue de Rennes, Paris, 1947. Prix : 140 francs.
- Considérant l’évolution de la vie aussi bien que celle des civilisations humaines, l’auteur y découvre une loi d’accélération évolutive, des poussées successives qui vont toutes en se précipitant de plus en plus, et qu’on peut comparer à un mouvement oscillatoire dont la période diminue constamment. Il montre l’accord des faits exactement datés avec cette hypothèse.
- Histoire de la pêche, par A. Tiiomazi. 1 vol in-8°, 645 p., 107 fig., 16 pl. Payot, Paris, 1947. Prix : 540 francs.
- Mettant en oeuvre un nombre considérable de documents de toutes sortes, l’auteur a réussi à donner une idée des pêches dans tous les temps et tous les pays. Il part de la préhistoire, des primitifs actuels, passe en revue ce qu’on sait de l’antiquité, de l’Orient et de l’Extrême-Orient, décrit les grandes pêches du Moyen Age : hareng, morue, poissons de mer et d’eau douce, baleines, et celles des derniers siècles : pisciculture, maquereau, sardine, thons, coquillages, etc., pour aboutir aux pêches industrielles modernes ; bateaux, engins, recherches scientifiques, accords internationaux. C’est un exposé très complet, très nourri^ plein de faits précis, abondamment illustré, qui montre l’importance de cette activité, et en présente toutes les faGes.
- La lutte contre les rats dans les campagnes, par J. Gibazv. 1 broch. in-8°, 69 p., 34 fig. Institut national de la recherche agronomique. Imprimerie nationale, Paris, 1947.
- Prix : 65 francs.
- Conseils et indications pour la lutte préventive et la destruction : construction des bâtiments, poisons, cultures microbiennes, gaz, modes d’attaque, écrits par le spécialiste officiel de la question.
- Satyres illustrées de l'Afrique noire, par le Dr Gaston Muraz. 1 vol. in-8°, 464 p., 152 photos hors texte, 2 cartes. Comité de documentation et de propagande de l’Afrique noire française, 5, place du Palais-Bourbon, Paris, 1947. Prix : 750 francs.
- Médecin général inspecteur des troupes coloniales, l’auteur a longuement vécu et voyagé en Afrique noire, entre le Congo, le Tchad et le Soudan ; il y a accompli une très grande œuvre : le dépistage et le traitement de la maladie du sommeil. Il a ainsi fréquenté beaucoup d’indigènes bien primitifs et notamment ces femmes à plateaux Sarras aux énormes déformations des lèvres ; il y a aussi chassé tous les gros gibiers et a su photographier un très grand nombre de scènes, de spectacles dont^ il apporte le témoignage. De ce monde lointain, peu connu, il a su être l’observateur attentif et il en rend compte avec foi et bonne humeur, mêlant les vers à la prose, étonnant de précision, plein d’émotion et d’entrain, et donnant envie d’y aller voir. C’est une propagande bien tentante, parce que réelle et vécue.
- Moche, a peruvïan Coastal community, par
- John Gillin. 1 vol. in-4°, 166 p., 8 fig., 26 pl. Institute of social Anthropology. Publication n° 3. Smithsonian Institution, Washington, 1945.
- L’Institut d'anthropologie, sociale a entrepris toute une série d’études' sur les populations rurales, en partie indiennes, dont le degré d’assimilation et de culture va de celui des groupes indiens d’autrefois à celui des métis parlant espagnol et déjà plus ou moins intégrés dans la vie nationale. Moche, un village de la côte du Pérou est près de perdre son individualité indienne, et même ses caractères espagnols du xvi° siècle, tandis qu’autour se sont développées de grandes haciendas modernes. L’encfuêteur a su relever tous les caractères qui subsistent : la terre, la population, l’économie de base, les habitations, la nourriture, le travail, les communications, les jeux, les arts, la tradition, les formes sociales, les cérémonies, la médecine et la magie, la religion et la culture.
- Cultural and historical geography of Southwest Guatemala, par Félix Webster Mc Brybe. 1 vol. in-4°, 184 p., 25 cartes, 17 pl. Institute of social Anthropology. Publication n° 4. Smithsonian Institution, Washington, 1945.
- Très différente et bien plus variée est la région tropicale du Guatemala, entre le Pacifique et les montagnes volcaniques, où vivent des Indiens de langue maya cultivant un sol riche par des moyens primitifs, mêlés à des « Ladinos » blancs ou métis qui s’occupent des affaires politiques et economiques. Le même plan d’enquête a été suivi, moins anlhropo-lique qu’économique et culturel.
- Highland communities of central Peru. A régional survey, par TIarry Tschopik jr. 1 vol. in-4°, 56 p., 2 cartes, 16 pl. Institute of sccial Anthropology. Publication n° 5. Smithsonian Institution, AVashington, 1947.
- Sur la côte, Moche est une des rares communautés encore indiennes ; dans les hautes terres centrales du Pérou, les caractères indiens sont plus marqués, bien que l'influence européenne y ait introduit l’hacienda comme mode de propriété, des routes, des chemins de fer et même des mines (La Oroya). Il en résulte une période de, changement qui permet de mieux dégager ce qu'est la civilisation indigène par contraste avec la culture européenne.
- L'Amérique en liberté, par G. Adam. 1 vol. in-8°, 328 p. Ëd. R. Lafont, 30, rue de l’Université, Paris, 1947.
- « Recueil d’images familières » a été qualifié ce livre par l’auteur lui-même. On ne saurait mieux le dépeindre, mais ces images familières sont dessinées d’un trait sur qui, sans s’attarder aux détails souvent trompeurs, donne une silhouette précise de la vie et de l'esprit américains. Ce livre est surtout attachant par son honnêteté et par sa simplicité d’exposition. L’auteur n’a pas recherché de causes profondes, il a su voir, interroger et rapporter dans un style direct et vivant.
- Résistance des matériaux. Iro Partie. Théorie élémentaire et problèmes, par S. Tjmoshenko. 1 vol. relié, 352 p., 290 fig. Béranger, Paris, 1947.
- Exposé élémentaire d’un grand caractère de simplicité destiné à l’enseignement dans les écoles d’ingénieurs. On y trouvera les chapitres suivants : Traction et compression en deçà de la limite élastique. Analyse de la contrainte et de la déformation. Effort tranchant et moment de flexion. Contraintes dans les poutres fléchies. La formation des poutres fléchies. Problèmes statiquement indéterminés en flexion. Poutres de section variable. Poutres constituées de deux matériaux. Flexion et traction ou torsion combinées. Energie de déformation. Moments d’inertie des figures planes. Chaque chapitre est suivi d’une série de problèmes avec leur solution qui aident beaucoup a l’assimilation du texte.
- Butalastic polymers, par Frederick Mar-ciiionna. 1 vol. relié, 642 p. Reinhold Pu-blishing Corporation, 330, West, 42th Street, New-York, 1946.
- Parmi les caoutchoucs synthétiques, les plus importants sont les polymères des dérivés dié-niques dont le plus simple est le butadiône. C’est à cette classe d’élastomères que l’auteur
- a réservé, le nom de Butalastic polymères. Son livre est un véritable traité sur les caoutchoucs synthétiques qui ont reçu actuellement le plus gi’and nombre d’applications et dont les tonnages de fabrication ne cessent de croître. Une première partie est consacrée à la production des divers monomères. La seconde partie traite du mécanisme de la polymérisation de l’iso-prène, du diméthylbutadiène, du butadiène, du chloroprène. Un chapiti’e est réservé aux copolymères du butadiène, tandis que les divers interpolymères font l’objet de développements importants. Dans la troisième partie sont examinées les applications des élastomères envisagées dans le chapitre précédent, leur vulcanisation, leurs propriétés et leurs dérivés. Chaque chapitre comporte une importante bibliographie où figurent de nombreux brevets. L'ouvrage est complété par une table des catalyseurs de poyl-mérisation avec référence au texte.
- L'âge de la chimie, par Williams Haynes.
- 1 vol. 380 pages, 49 fig. Fayard, Paris, 1947.
- L’enseignement de la chimie apparaît trop souvent comme un recueil aride de formules. La genèse des découvertes est rarement exposée et bien peu de chimistes connaissent les tâtonnements, les luttes, les drames qui ont précédé la fabrication industrielle de produits chimiques ci’un usage courant dont nous ne saurions plus nous passer. Écrit par un journaliste scientifique américain bien au courant de l'évolution des idées en chimie et du développement de ses applications, ce livre se lit comme un roman. On y trouvera l’histoire de la synthèse de l’ali-zarine et de l’indigo et les tentatives d’hégémonie du trust allemand des colorants, les batailles politiques et économiques autour de la fabrication du camphre synthétique et des caoutchoucs artificiels, les pénibles recherches ayant amené à la découverte des sulfamides et des fibres artificielles et synthétiques.
- Le chemin d'Israël, par Jérôme et Jean Tiïa-
- raud. 1 vol. in-16, 246 p. Plon, Paris, 1948.
- Prix : 150 francs.
- On connaît l’art merveilleux des frères Tha-raud, et aussi leur profonde connaissance des communautés juives d’Europe orientale. Ils écrivent ici une histoire d’Israël telles qu’ils la voient : Jérusalem, suite de récits depuis les temps bibliques jusqu’à la destruction du Temple ; les drames du ghetto après la dispersion ; et une légende folklorique de Pologne et d’Ukraine ; la jument errante, qui exprime le tragique sentiment de la destinée de ce peuple errant.
- Les mathématiques de l'hérédité, par G. Malécot. 1 vol. in-8°, 65 p., 9 fig. Masson et C1Q,
- Paris, 1948. Prix : 180 francs.
- Traitement mathématique de l’hérédité mendélienne et des phénomènes biologiques apparentes : population, ségrégation, mutation, sélection, migration, auxquelles l’auteur applique le calcul des probabilités en toute rigueur, pour en déduire un certain nombre de formules et de lois, les unes classiques, les autres nouvelles, dont il suggère l’expérimentation.
- La théorie des hélices foliaires multiples,
- par Lucien Plantefol 1 vol. in-8°, 154 p.,
- 52 fig. Masson et Cle, Paris, 1948. Prix :
- 400 francs.
- Depuis Léonard de Vinci, on n’a cessé de s’intéresser aux lois de la disposition des feuilles sur les tiges et depuis plus de cent ans on répète la théorie de Schimper qui les voit s’ordonner selon une spirale unique les exposant toutes à la lumière et évitant leur recouvrement. Cependant les faits sont loin d’être aussi simples et le professeur de la Sorbonne, en observant des plantes de tous ordres, n’a pas retrouvé cet ordre. Les feuilles sont disposées sur les tiges en hélices de nombre variable selon les groupes, l’âge des plantes, la position des rameaux ; les feuilles so continuent dans la tige par les vaisseaux qui les alimentent et sont contiguës sur une même hélice ; celles d’une même hélice ont pour origine un même centre organisateur. Toute la question de la répartition des feuilles qu’on considérait comme résolue est à reprendre et à expérimenter.
- Le gérant : G, Masson. — masson et cie, éditeurs, paris. — dépôt légal : 2e trimestre 1948, n° 689. — Imprimé en France.
- BARNÉOUD FRÈRES ET Cie, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 870. — 5-1948.
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- La rivière souterraine de Padirac
- et ses énigmes
- De toutes les merveilles souterraines de la France, la plus connue du grand public est certainement le Gouffre de Padirac. Depuis cinquante ans, plus de deux millions de visiteurs ont admiré ses harmonieuses proportions ainsi que ]es beautés de la rivière souterraine qui lui fait suite. Les galeries qui, du Gouffre s’enfoncent dans l’épaisseur du Causse, ont fait l’objet de nombreuses explorations.
- Spéléologues et géologues. . ont, par des méthodes variées, essayé de trouver la sortie des eaux de Padirac : tentatives de découverte en suivant les galeries, essais de coloration, études sur le terrain en surface du Causse ; aucune de toutes ces méthodes n’avait, jusqu’en 1947, donné de résultats positifs.
- L’opinion la plus généralement admise était que la rivière de Padirac reparaissait au jour aux sources de Gintrac, à 4,500 km du Gouffre dans la direction 15° E.
- (fig. 6). Cette théorie avait pour elle l’autorité de E.-A.
- Martel, le découvreur de Padirac, qui la formula le premier et elle fut admise en général par la plupart de ceux qui étudièrent la question.
- Malgré cela, ce n’était qu’une théorie et il était décevant pour l’esprit d’être dans l’impossibilité de fixer avec certitude le point de sortie de la rivière souterraine la plus visitée et peut-être la plus étudiée de France. Depuis le mois de novembre 1947, la question est résolue : ce ne sont pas les sources de Gintrac qui constituent la résurgence de la rivière de Padirac,1 mais bien les fontaines de Saint-Georges et du Lombard, situées au pied des falaises
- du Cirque de Montvalent, à 10,9 km à vol d’oiseau du Gouffre, dans la direction 71°5 W.
- Cette découverte ne résout d’ailleurs qu’un des problèmes posés par Padirac. Il reste encore à apprendre par quels détours capricieux les galeries majestueuses, découvertes jusqu’à présent, se
- prolongent pour rejoindre le Cirque de Montvalent.
- D’autre part, si nous pouvons émettre quelques hypothèses sur l’alimentation actuelle du ruisseau amont, nous sommes dans l’ignorance presque complète sur l’origine du puissant cours d’eau qui, dans le passé des temps géologiques, a donné naissance à ce grandiose réseau souterrain.
- Nous nous proposons dans cette étude d’indiquer quelles sont les connaissances positives sur lesquelles il est possible de se baser pour émettre une opinion au sujet de ces différentes questions, de préciser les conditions dans lesquelles l’expérience de coloration a été effectuée et d’exposer les conclusions qu’il a été possible d’en tirer.
- Certitudes sur Padirac.
- Le Gouffre de Padirac s’ouvre à 345 m d’altitude, dans les calcaires bathoniens de la partie Nord du Causse de Gramat. Ce puits, à peu près circulaire, de 32 m de diamètre et de 75 m de profondeur, a été fréquenté à diverses reprises par l’homme au cours de la période historique. Il semble que ce soit seulement vers la fin du xixe siècle qu’une communication praticable, s’ouvrit entre le fond du puits
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- Fig. 2. — Le lac suspendu dans la salle du grand dôme.
- et les galeries de la rivière, sans doute à la suite d’une forte crue de celle-ci. Quoi qu’il en soit, c’est en 1889 que ce passage fut découvert par E.-A. Martel, qui, devait, par la suite, consacrer de nombreuses années à l’exploration et à l’étude de Padirac.
- De part et d’autre du fond du Gouffre, se développent — pour la plus grande partie dans les calcaires bajociens — les galeries creusées par la rivière. A 100 m en amont, l’eau apparaît à la cote 253, sous une voûte mouillante ; elle disparaît sous le cône d’éboulis du Puits pour reparaître dans la salle de la Fontaine à la cote 240, point de départ des galeries aval, aménagées pour la visite du public sur près de 800 m et reconnues sur 2 700 m.
- Les explorations. — Une série de neuf expéditions fut entreprise par E.-A. Martel et ses collaborateurs de 1889 à 1900.
- En 18S9, les explorateurs atteignaient le 32e gour à 1 400 m de la Fontaine. En 1890, ils découvraient la salle du grand dôme et parvenaient à la Grande Barrière à 1 660 m de la Fontaine.
- De nouvelles incursions eurent lieu en 1895, 1896 et 1898, mais ce ne fut qu’en avril 1898 que l’équipe Albe, Armand, Giraud, Pons et Viré réussit à franchir par le haut la Grande Barrière et à s’avancer 150 m au. delà. Au mois de décembre de la même année, Martel ajoutait 100 m au réseau connu et enfin en mai 1900 parvenait, 150 m plus loin au rétrécissement du Fuseau, qu’il considéra comme un obstacle infranchissable, mettant un .point . final à la reconnaissance des galeries de Padirac.
- Pendant de nombreuses années, et sur l’avis formel du décou-
- vreur de Padirac, aucune nouvelle tentative n’eut lieu. J’eus la bonne fortune, en 1937, de faire la connaissance de M. W. Beaiiish, l’actif président directeur général de la société du Puits de Padirac qui, bien loin de se contenter d’améliorer et rie développer les aménagements des parties auxquelles les touristes ont accès, au point de transformer totalement l’intérêt de la visite, voulait être renseigné sur les perspectives que pouvait suggérer la suite de la, rivière et me donna tojïte latitude pour reprendre les explorations interrompues depuis 37 ans.
- Une première reconnaissance avec R. de Candolle, puis une seconde avec W. Beamisii, qui, très sportivement, voulut nous accompagner, nous permirent de constater que l’obstacle du Fuseau était aisé à franchir, mais qu’il n’en était pas de même d’une grande coulée stalagmitiquo barrant la rivière à une cinquantaine de mètres au delà.
- Ces incursions ayant permis de se faire une idée de ce que devait être une expédition prolongée h Padirac, j’organisai en 1938 une exploration à laquelle je conviai R. de Joly. Elle eut lieu avec le concours du guide Gilbert Barrière les 14 et 15 septembre. La progression au delà du Fuseau fut extrêmement laborieuse et difficile sur une centaine de mètres, puis un grand bief libre permit à R. de Joly de reconnaître rapidement en bateau un nouveau parcours de 350 m environ jusqu’à un barrage du haut duquel il put voir que la rivière se prolongeait encore.
- La guerre interrompit les prospections et ce ne fut qu’en 1947 que je pus retourner à Padirac. Je ne disposais pas des moyens qui s’étaient révélés nécessaires à la suite de l’expédition de 1938, mais je ne résistai pas à la tentation de faire un nouvel essai. Au mois d’août, avec le concours de F. Trombe, président du Spéléo-Club de Paris, Conduciié, Lesur et Géraud de Lavaur, nous réussissions à dépasser de près de 200 m le point extrême atteint en 1938. Cette fois, le grand bief reconnu par de Joly était à sec, mais du haut de la vaste plateforme (baptisée salle du Chaos) où nous nous sommes arrêtés, nous avons pu voir, à une quinzaine de mètres sous nos pieds, un nouveau plan d’eau. Il faudra donc revenir à Padirac et nous verrons plus loin dans quelles conditions.
- Les connaissances acquises. — Mon intention n’est pas de développer ici les enseignements d’ordre général qu’il est possible de tirer de l’étude approfondie des parties connues du réseau de Padirac. Le but recherché est seulement d’exposer ce que nous savons avec certitude sur cette rivière souterraine, par opposition avec tout ce que nous ignorons et, dans quelle mesure, l’hypothèse peut nous permettre de jeter un pont entre ces deux domaines opposés que la rivière souterraine unit cependant et, par qui seule, au moyen de l’exploration de tout son cours, la lumière totale peut être faite.
- Aussi, après avoir rappelé brièvement l’historique des explorations effectuées jusqu’à ce jour, je crois devoir résumer l’essentiel des observations recueillies.
- Depuis la Fontaine, située à la cote 240 jusqu’au point extrême atteint en 1947, la rivière suit des galeries, alternativement hautes et basses mais toujours larges, en moyenne, de plusieurs mètres. Sur le même parcours, son altitude s’abaisse de la cote 240 à la cote 204, la pente moyenne ressortant en conséquence à .1,33 pour 100. Mais, à la différence de la plupart des cours d’eau, elle ne" s’écoule pas le long d’uû profil plus ou moins uniforme. Son régime est celui d’un canal à biefs horizontaux suc-
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- cessifs, chacun d’eux présentant par rapport au précédent une dénivellation allant de, quelques décimètres à plusieurs mètres. Ce régime très spécial se trouve compliqué par l’accumulation locale de concrétions prenant appui sur des arches, témoins de stades d’érosion anciens, et se développant jusqu’à constituer — pour des raisons sur lesquelles je n’insisterai pas ici .— des sortes d’immenses cloches, immergées par la base dans la rivière, réalisant ainsi des siphons.
- L’explorateur qui suit les couloirs de Padirac, parcourt donc une série de plans d’eau décalés en altitude et, occasionnellement, barrés par des masses stalagmitiques qu’il doit franchir par des orifices plus ou moins étroits subsistant — heureusement — près
- Salle du chaos
- Barrière de Joly
- Perte 1947
- __Goulet de la fluoresceine 1938
- __Barrière du Gour
- .__Barrière de Vire
- _Fuseau 1900-1937
- Echelh
- Fig. 3. — Les progrès des explorations de Padirac, depuis les dernières expéditions de E. A. Martel en 1900.
- des voûtes. Ce caractère général n’est en défaut que très exceptionnellement, à l’aval du 32° gour dans la galerie des Noms et cela, sans doute en raison d’une perte partielle locale de la rivière.
- Un fait important a été constaté au cours de l’exploration de 1947 : le grand bief situé SO m en aval du Goulet de la Fluorescéine, bief plein d’eau en 1938, se trouvait à peu près totalement à sec en 1947, le faible débit de quelques litres/seconde dû à la sécheresse exceptionnelle de cette année étant entièrement absorbé par une perte d’ailleurs invisible. De la salle du Chaos, il a été possible d’apercevoir un nouveau plan d’eau, mais nous ignorons actuellement s’il s’agit d’une vaste « laisse » ou d’une réapparition du courant disparu en amont.
- Telles sont, brièvement résumées, les données certaines fournies par l’exploration. Avant d’en arriver à l’expérience de coloration mentionnée au début de cet article, il est intéressant d’examiner dans quelle mesure il était possible d’émettre un pronostic sur l’issue des eaux de Padirac.
- On pouvait considérer comme à peu près assuré que la rivière
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- se dirigeait vers la vallée de la Dordogne pour aboutir quelque part entre Gintrac et Montraient, mais aucune considération d’ordre géographique ou géologique ne permettait de faire avec certitude un choix a priori entre les nombreuses soui'ces qui apparaissent tout au long de cette ceinture Nord du Causse de Gramat. Il était même admissible, surtout à l’Ouest de Floirac, que la résurgence cherchée fut dans le lit même de la Dordogne.
- Il semble que Martel et ses collaborateurs, en portant tout spécialement leur attention sur les sources de Gintrac, se soient laissés influencer par le fait que leurs premières incursions dans le-domaine souterrain de Padirac leur ont montré que, sur ses 700 premiers mètres, la rivière se dirigeait au Nord, sensiblement dans la direction de Gintrac. Pour qui connaît les sinuosités capricieuses des cours d’eau souterrains, une constatation de ce genre ne saurait être considérée comme une preuve. En plusieurs points desparties connues, la stratification présente localement un léger-pendage vers le Nod ; ceci ne peut non plus être retenu comme un argument décisif, étant donné surtout qu’il s’agit d’accidents; sporadiques, le pendage général étant orienté vers l’Ouest.
- En regard des deux indications peu probantes rappelées ci-dessus en faveur d’une sortie dans la région de Gintrac, se présentent de sérieuses objections, parmi lesquelles je citerai seulement celles qui résultent, d’une part, de la comparaison des débits de la rivière de Padirac et des sources de Gintrac, d’autre part, de l’étude des cotes d’altitude respectives des derniers biefs parcourus et des diverses sources du Cirque de Gintrac.
- Fig. 4, — Les grands piliers au haut de la salle du grand dôme.
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- —......— 164
- S’il existait de sérieuses raisons de contester la validité de la thèse de Martel, il était, par contre, impossible de donner des arguments formels en -faveur du choix d’une autre résurgence. Cependant, l’inspection des fontaines qui jaillissent au pied du Causse entre Gintrac et Montvalent faisait ressortir une constatation, qui pour ne pas être absolument concluante du point de vue purement logique, m’a personnellement convaincu pour des motifs si je puis dire d’esthétique, ainsi que j’ai eu l’occasion de l’exposer à la réunion du 22 octobre (quelques jours avant la réapparition du colorant) du Spéléo-Club de Paris. De toutes les résurgences, une seule se présente comme un phénomène géographique à l’échelle de Padirac : c’est la Fontaine de Saint-Georges. Il s’agit d’une source vauclusienne constituée par un siphon-vasque fermé par des strates de calcaire bajocien sensiblement horizontales si Fon excepte de légers gaufrages conjugués avec de petits systèmes de dia-clases presqu’orthogonaux.
- Cette vasque d’une surface de plus de 150 m2, n’a pu être sondée avec certitude.
- Nous savons seulement qu’elle est profonde et que son niveau ne varie pas, sauf en périodes de fortes crues, lorsque son débit atteint 5 et même peut-être 10 m3/sec, volumes que le trop-plein normal ne suffit pas à évacuer. En général, ce trop-plein coule toujours. Il s’est exceptionnellement tari au début de novembre 1947 à la suite de la sécheresse anormale de cette année.
- D’autre part, alors qu’aucune vallée sèche ne se dirige de Padirac vers la région de Gintrac, il est, au contraire, possible de distinguer des séries de Fronçons de thalweg, dirigés de Padirac vers Montvalent. Bien que le rapport entre les vallées sèches et les cours d’eau souterrains ait été parfois contesté, je considère que pour la région des Causses du Quercy, tout au moins, l’étude des vallées sèches donne généralement des indications que l’expérience confirme.
- Enfin, la direction moyenne du parcours connu de la rivière de Padirac et l’orientation globale du pendage des couches géologiques, si elles ne peuvent constituer un argument décisif, font cependant pencher la balance en faveur d’une sortie dans la région de Montvalent.
- Notons enfin que la dénivellation de 100 m entre la Salle du Chaos et la Fontaine de Saint-Georges donne une pente moyenne parfaitement compatible avec celle observée dans les galeries explorées.
- Voyons maintenant comment l’expérience a transformé ces hypothèses en certitudes.
- les expériences de coloration. — a plusieurs reprises, E.-A. Martel a cherché à déterminer la résurgence des eaux de Padirac en y jetant quelques centaines de grammes de fluores-
- céine. Ces expériences sont restées sans résultat. En 1938, j’ai versé, sans plus de succès, un peu au delà de la Galerie du Fuseau,
- 4 kg de fluorescéine qui m’avaient été obligeamment fournis par la Société du Puits de Padirac.
- En 1947, la Commission de Spéléologie du Centre national de la Recherche scientifique ayant bien voulu mettre à ma disposition 75 kg de fluorescéine (150 kg de solution concentrée à 50 pour 100), j’ai pu procéder, le 22 juillet, à un essai de coloration massif. Le 4 novembre, à la suite de plusieurs journées de pluie, la couleur verte caractéristique .est apparue à la source du Lombard, située dans le Cirque de Montvalent, par 112 m d’altitude. A 780 m au Nord, l’importante résurgence de Saint-Georges, située
- à la cote 107 ne débite pas et l’eau de son bassin n’est pas colorée. Dans Padirac, à la même date, le courant est sensiblement nul et la coloration du Lac des Grands G ours est encore visible.
- Dans la matinée du 11 novembre, la fluorescéine devient visible sous la surface de l’eau de la vasque de la Fontaine de Saint-Georges et à une profondeur de 4 à 5 m environ, bien que le débit de cette source soit toujours nul. Le 14 novembre, alors qu’il n’a pas plu depuis le 4, Saint-Georges coule très légèrement. La coloration s’est élevée dans la vasque jusqu’à environ 3 m de la surface. Au Lombard, l’eau est toujours verte, mais le débit a considérablement diminué.
- A la suite des pluies des 15 et 16 novembre, le débit du Lombard commence à croître sensiblement et, le 18, atteint celui du 4, soit plusieurs centaines de litres à la seconde. A Saint-Georges, la fluorescéine est parvenue à la surface le 18 vers 16 h ; à Padirac, la coloration n’est plus visible. Le 19 au soir, à la suite de nouvelles pluies, le débit dépasse
- 5 m3/sec.
- Simultanément, les petites résurgences voisines du Gourguet et de la Finou, se sont mises à couler mais sans présenter de coloration.
- Le 1er décembre, toute trace de fluorescéine a disparu.
- Pendant toute la durée de l’émission colorée, des échantillons ont été prélevés périodiquement par M. Delmas, Secrétaire de Mairie de Montvalent et remis à M. Trombe qui a bien voulu en faire mesurer les concentrations dans son laboratoire. Les résultats sur lesquels nous reviendrons plus loin sont consignés dans le graphique ci-après (fig. 7).
- Discussion des observations. — La communication entre le réseau de Padirac et les deux principales émergences du Cirque de Montvalent se trouve indiscutablement établie. Les observations faites permettent même de préciser que l’issue principale est située à Saint-Georges.
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- La Fontaine du Lombard présente cette particularité d’être alimentée par deux venues d’eau, d’origines distinctes : l’une, qui ne fut pas colorée, coule dans l’angle « Est » du bassin du Lombard, l’autre apparaît au centre et au fond de ce bassin. Le débit de cette dernière résurgence est difficile à évaluer mais il ne représente, de toutes façons, qu’une petite fraction de celui de Saint-Georges. Le Lombard réagissant beaucoup plus rapidement aux chutes de pluie que Saint-Georges, parait être l’émissaire d’un réseau plus restreint, sans doute indépendant, dans son ensemble, de celui de Padirac, mais qui en draine des pertes situées au-dessus de la cote 112, donc en amont du siphon de Saint-Georges.
- En dehors de ces deux fontaines, aucune autre source n’a été teintée et il n’a été signalé aucun point de coloration dans la Dordogne. Or, lorsque la fluorescéine a été versée dans le lac des Grands Gours, le débit était de quelques litres/seconde et depuis il a été sans cesse en diminuant jusqu’à devenir pratiquement nul peu do temps avant les pluies de novembre. Dans ces conditions, et en raison du volume et de la disposition des biefs successifs, le colorant n’a pu avancer que très lentement. C’est pour-
- Les environs du gouffre de Padirac.
- quoi lorsque les résurgences de Montvalent ont commencé à se teinter, le lac des Grands Gours était encore vert ; ceci implique que le volume total des eaux contenues dans la galerie principale de Padirac se trouvait coloré. Il est donc certain qu’en dehors de Saint-Georges et du Lombard aucune source pérenne ne peut être considérée comme étant une résurgence partielle de Padirac.
- Ces constatations n’excluent pas l’éventualité de l’existence d’autres évents fossiles. En effet, les galeries de Padirac se sont creusées progressivement au coure des siècles, ainsi qu’en témoignent en maints endroits des terrasses d’érosion anciennes. Il se peut qu’à l’époque où la rivière coulait à plusieurs dizaines de mètres au-dessus de son niveau actuel, il y ait eu des drains plus ou moins importants vers des sorties autres que Saint-Georges et le Lombard ; il s’agit là d’une simple hypothèse qu’il sera probablement impossible de confirmer ou d’infirmer formellement.
- L’analyse du graphique des concentrations (fig. 7) permet d’acquérir encore quelques certitudes sur le réseau inexploré de Padirac. Elle montre que le volume d’eau coloré est de l’ordre de 830 000 m3 et ce chiffre, nous l’avons vu, représente sensiblement le volume total d’eau contenu, à l’étiage, dans les cavités de Padirac situées en aval du Lac des Grands Gours. Comme les biefs explorés représentent environ 30 000 m», il reste en chiffres ronds 800 000 m3 pour les parties inconnues, qui se développent sur une longueur d’au moins 9,3 km, puisque telle est la distance en ligne droite de la Salle du Chaos à Saint-Georges. Il est probable que, compte tenu des méandres de la rivière, le parcours réel est de
- ——-...... ............... ..............::= 165 =:
- l’ordre de. 13 km. Pour fixer une limite certainement supérieure à la réalité, retenons le chiffre de 30 km. Ces deux extrêmes, rapportés au volume de 800 000 m3, donnent des sections moyennes d’immersion de respectivement 86 et 27 m2. Il apparaît donc d’une façon indiscutable que les dimensions des aqueducs sont sensiblement plus importantes dans la partie à explorer que dans les galeries connues, dont la section immergée est de l’ordre de 22 m2.
- La pente moyenne entre la Salle de la Fontaine et la Salle du Chaos, rapportée à un parcours en ligne droite est d’environ 2,6 pour 100. De la Salle du Chaos à Saint-Georges, la pente évaluée dans les mêmes conditions est de 1 pour 100 en chiffres ronds. Ainsi, en même temps que les sections immergées vont en croissant, le profil s’atténue. Cette constatation est tout à fait normale du point de vue géographique et concorde avec les observations qui ont pu être faites dans les parties connues.
- Il est intéressant de noter que le profil de la rivière est moins incliné que le pendage des couches géologiques, dans la même direction, ceci pour autant qu’il soit légitime de parler de pendage moyen des couches dans une région de fractures.
- Incertitudes sur Padirac. Les hypothèses.
- Eli aval dll Gouffre. — En dehors des connaissances résumées plus haut, nous ignorons tout du réseau de Padirac entre le point extrême atteint en août 1947 et ses résurgences.
- Les hypothèses que l’on pourrait être tenté de faire au sujet de la morphologie et du parcours des galeries inexplorées sont dénuées a priori de tout intérêt, faute de bases de départ.
- En amont du Gouffre. — Je rappelle que la rivière de Padirac apparaît dans la galerie du Ruisseau, à 100 m en amont du Gouffre. Une voûte mouillante a. interdit, jusqu’à présent, tout accès à son cours supérieur. Nous ne pouvons que faire des hypothèses reposant sur la base fragile de quelques considérations d’ordre géologique que suggère l’examen de la surface du Causse.
- le lombard
- ;oroes
- 22 2 5 2i 25
- Fig. 7. — Graphique des concentrations relevées aux résurgences
- de Padirac.
- Le fait dominant est l’existence, à proximité du Puits de Padirac, d’une grande faille, visible jusqu’au delà de Miers, à l’Ouest, et qui, à l’Est, va se conjuguer dans la région de Saint-Vincent, près de Saint-Céré, avec un important système de fractures. Cette faille passe à un kilomètre au Sud du Gouffre. Elle présente un rejet important qui a amené les argiles et marnes imperméables du Lias au niveau des calcaires du Bathonien. Cette faille joue très probablement de nos jours un rôle dans l’alimentation de la rivière de Padirac. En effet, cet accident tectonique se traduit géographiquement par Iq contiguïté de deux paysages totalement différents et de régimes hydrologiques absolument distincts. D’un côté, le Limargue' aux prairies abondamment arrosées et de l’autre côté, le Causse aride aux roches calcaires profondément fissurées par les poussées qui ont accompagné la formation de cette longue fracture.
- Les ruisseaux provenant du Limargue se perdent en butant sur
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- la faille, ou après un court trajet à la surface du Causse. A l’heure actuelle, on connaît 10 pertes de ce genre échelonnées sur la faille dans la région proche du Gouffre.
- Il semble normal d’admettre que ces pertes situées à proximité de la galerie amont, assurent l’alimentation actuelle de la rivière de Padirac. Mais s’il peut être légitime de voir dans les eaux du Limargue la source des débits, très faibles par rapport aux dimensions des souterrains, que nous observons de nos jours, il ne saurait être question, à mon avis, de considérer ce petit plateau basique comme l’origine de la rivière qui a creusé autrefois l’immense réseau souterrain de Padirac.
- Pourtant, c’est en direction du Limargue que s’oriente le thalweg au flanc duquel s’ouvre le Gouffre. Il coupe près de Bagou la grande faille, dont la lèvre nord forme un seuil d’une dizaine de mètres en travers de la vallée sèche. E.-A. Martel pense qu’une rivière importante avait dû couler là autrefois avant d’être progressivement captée par les fissures du sol et il y voit l’origine de la formation de Padirac.
- Il faudrait admettre, dans ce cas, que ce cours d’eau n’aurait pas pris naissance dans le Limargue mais proviendrait du massif de roches primitives qui borde !e Causse à l’Est, peut-être dans la région d’Aynac. Ceci fendrait compte de la présence à Padirac de sables quartzeux, de grès jaspés et de gneiss à mica noir. Il serait cependant prématuré de se prononcer dans ce sens, car il est possible que le rôle de la faille Miers Saint-Céré ait été plus important encore et que ce soit le long de celle-ci, en direction de Prentegarde-Saint-Yincent que se trouvent les jalons de la rivière qui, dans, le passé, a été à l’origine du réseau de Padirac.
- Projets et espoirs.
- Pour essayer de lever un nouveau coin du voile qui couvre encore le mystère des souterrains de Padirac, la Société du Puits de Padirac compte réaliser, en 1948, à l’occasion de son cinquantenaire et de l’inauguration du buste de E.-A. Martel, un programme étendu d’explorations comportant :
- 1° une tentative de passage en scaphandre du siphon amont ;
- 2° uh essai de découverte, également au moyen de scaphandre, du bief immédiatement en amont de Saint-Georges ;
- 3° une expédition destinée à découvrir les galeries au delà du point atteint en 1947. Pour cette exploration, des moyens considérables seront mis en œuvre. Les participants devront être assez nombreux pour pouvoir être répartis en équipes auxquelles des rôles bien définis seront assignés. Les expériences passées ayant surabondamment montré qu’il était impossible d’effectuer sans interruption dans l’humidité et l’argile de Padirac plus de 40 h de portages et de manœuvres, l’expédition projetée comportera l’installation d’un camp relais du genre de celui conçu et réalisé avec succès par F. Trombe à la Hcnne-Morte. La salle du Chaos à 2 700 m de l’entrée est le seul endroit qui se prête à la réalisation de ce projet; il se trouve fort heureusement'qu’elle est précisément située au point d’où l’équipe de tête devra prendre son départ le jour où un ultime assaut sera lancé contre les mystères de Padirac. Je dis ultime assaut, car aucun moyen ne sera négligé en vue du succès... mais en définitive : « si l’homme propose, Padirac dispose ».
- Guy de Layaur.
- Fig. 8. — M. W. Beamish, l’actuel président de la société du Puits de Padirac.
- La théorie des quanta et
- On sait que les théories quantiques, échafaudées dans le but de rendre compte de phénomènes optiques que la théorie classique était impuissante à interpréter, se sont montrées remarquablement adaptées à l’étude des phénomènes nucléaires, et il n’est probablement pas exagéré de dire que sans elles, la question, si importante, de l’énergie atomique, serait encore dans l’enfance et que la bombe d’Hiroshima n’aurait sans doute pas encore vu le jour.
- Ce qu’on sait moins, en général, c’est que ces mêmes théories quantiques sont en train, sinon de bouleverser, du moins de transformer profondément une science aussi éloignée, en apparence, de l’optique et de l’énergie nucléaire que la chimie. Et cela de plusieurs façons. Tout d’abord, elles nous ont apporté, après le travail fondamental d’Heitler et London, sur la molécule d’hydrogène, une interprétation satisfaisante de la liaison chimique, ce que la mécanique classique n’avait jamais pu faire ; et les travaux ultérieurs ont montré que, non seulement elles rendaient compte de tous les faits que la théorie atomique avait interprétés, mais qu’elles étaient capables d’expliquer également des faits que cette théorie n’avait pu qu’enregistrer, en particulier en ce qui concerne les liaisons multiples et les corps de la série aromatique. C’est ce qui résulte de ce corps de doctrine connu maintenant sous le nom de « théorie de la mésomérie » et que certains chimistes sont en train de développer.
- Mais elles se sont introduites en chimie par une voie tout à fait différente, et c’est sur quoi nous voudrions attirer ici l'attention. Elles ont permis, en effet, un développement extraordinaire d’un chapitre de la physique qu’on aurait pu croire presque achevé, la thermodynamique dont on sait toute l’importance en chimie. C’est
- l'entropie
- ainsi, par exemple, que l’on peut maintenant calculer complètement, sans aucune expérience chimique préalable, des équilibres, même très compliqués ; et cela avec une précision au moins égale à celle des meilleures méthodes expérimentales. Il est évidemment inutile de souligner tout l’intérêt de pareils calculs tant pour la science pure que pour l’industrie, puisqu’ils permettent de déterminer, a priori, les meilleures conditions à remplir pour réabser telle synthèse ipue l’on veut, comme celle des pétroles, par exemple.
- Comment, et pourquoi, les théories quantiques ont pu rajeunir ainsi la thermodynamique, c’est ce que nous voudrions exposer brièvement ici. L’une des notions, à la fois les plus fondamentales et les plus obscures, de la thermodynamique, c’est l’Entropie. Rappelons d’abord comment la science du siècle dernier avait introduit cette notion. Partant du « Principe de Carnot », suivant lequel une machine thermique qui emprunterait de la chaleur à une seule source sans en restituer une partie au milieu extérieur, ou à un condenseur, ne pourrait produire de travail mécanique, on commençait par démontrer le « Théorème de Carnot », à savoir que le rendement d’une machine réversible fonctionnant entre deux températures données ne dépend que de ces températures et est supérieur au rendement d’une machine irréversible fonctionnant entre les deux mêmes températures. Nous pouvons énoncer ce résultat d’une façon plus précise de la manière suivante. Soit Q la quantité de chaleur empruntée par la machine à une source dont la température absolue (température ordinaire augmentée de 273°) est T. Cette source, dite source chaude, sera par exemple le foyer d’une locomotive. Soit ensuite Q' la chaleur restituée à une autre source (milieu ambiant ou condenseur, par exemple), de température T', et dont l’existence est nécessaire
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-
-
- selon le principe de Carnot. La chaleur transformée en travail mécanique est évidemment Q — Q' ; comme le plus grand travail mécanique que l’on pourrait espérer obtenir est équivalent à Q,
- O___A'
- on est conduit à appeler rendement le rapport ^ ; le théorème de Carnçt consiste en ceci que ce rendement, pour une
- T___qv
- machine réversible, vaut —-— et qu’il est plus petit que cette
- expression pour toute machine non réversible. Four une machine réversible, on a donc :
- Q —Q' T —T'
- Q “ T ’
- ce qu’une transformation algébrique simple, permet d’écrire :
- Q_çr
- T ~~ T'
- Notons, car c’est absolument indispensable pour comprendre la suite, que cette égalité n’est vraie, en toute rigueur, que si la machine se retrouve, à la fin de la transformation, dans le même état qu’au début, ou, comme on dit couramment, si la machine a parcouru un cycle.
- Nous pouvons modifier légèrement cette égalité en introduisant une mesure algébrique des quantités de chaleur. Convenons, par exemple, que la chaleur fournie à la machine sera comptée positivement, la chaleur restituée par la machine étant alors comptée négativement. Dans ces conditions, Q est positif et Q' négatif, et on doit alors écrire :
- Q_ T ~
- Q'
- rp ou
- Q , Q'_
- T ^ T' “
- 0.
- Après avoir démontré ce résultat, la thermodynamique envisage le cas où une machine réversible recevrait (ou restituerait) des quantités de chaleur Q,, Q„ ... Qn à des sources, en nombre quelconque, ayant des températures Tj, T,, ... T«, et elle montre que, dans le cas d’un cycle, on a alors :
- Qi (h Tj + T,
- +
- + 2-“ = o.
- i il
- Les quantités de chaleur sont, dans cette égalité, comptées algébriquement, c’est-à-dire sont positives si elles sont reçues et négatives si elles sont restituées.
- Dans le cas où la machine ne serait pas réversible, cette égalité se transformerait en inégalité et on aurait
- Qi, Qj ït"1 T,
- +
- + r<o.
- 1 n
- Dans le stade suivant, on envisage le cas où la transformation, tout en restant réversible, ne constituerait plus un cycle, et on
- montre que l’expression ~ -j- ^ -J- ... 4- . qui était nulle, ne
- l’est plus nécessairement, mais ne dépend que de l’état initial et de l’état final, et non de la transformation (réversible, insistons-y) qui permet de passer de cet état initial à cet état final.
- C’est cette somme que l’on baptise alors, du nom de « variation de l’entropie « du système dans la transformation, et on la représente généralement par S, — Sn S, étant l’entropie dans Fétat initial et S2 l’entropie dans l’état final. Mais le fait que l’on parle d’entropie dans un état donné ne doit pas faire illusion, on ne sait définir que des variations d’entropie.
- Lorsque le système qui évolue subit une transformation irréversible, on introduit encore la notion d’entropie en imaginant qu'il existe au moins une transformation réversible permettant de passer du même état initial au même état final, c’est-à-dire, comme l’on dit souvent, ayant mêmes extrémités que la transformation réelle, et l’on montre alors que l’on a •
- 0; , 0* .t, + :ù
- + .
- + ^<S:
- 1 n
- -Su
- ..............- . F:.:' . . 167
- On peut déduire de là un résultat qui a eu une importance philosophique très grande. Supposons que le système qui évolue soit complètement isolé de l’extérieur; les diverses quantités Qlr Q, ... Q/2 sont alors toutes nulles et on a :
- S*-S4>0
- ou :
- S,>Si.
- ce que l’on traduit généralement en disant que l’entropie d’un système isolé croît constamment ; et l’on pn a conclu, l’imiuers étant assimilé à un système isolé, que l’entropie de l’univers tendait vers un maximum. Lorsque ce maximum sera atteint, plus aucune transformation ne sera possible, ce sera la mort de l’Univers !
- Relevons tout d’abord ce qu’un tel raisonnement a d’incorrect : du fait qu’une fonction croît constamment, il est évidemment abusif de conclure qu’elle tend vers un maximum, car nous connaissons bien des fonctions, à commencer par la fonction y = x, qui croissent indéfiniment sans tendre vers un maximum. Tout ce que l’on est en droit de conclure, c’est que si un système isolé passait par un état tel que son entropie soit maximum, il ne pourrait plus évoluer, et resterait par suite en équilibre. D’autre part, le principe de Carnot, base de tout ce qui précède, a été établi pour des systèmes à notre échelle, c’est-à-dire ni trop grands, ni trop petits. Or, comme nous allons le voir dans un instant, l’expérience s’est chargée de nous apprendre qu’il n’est pas exact pour des systèmes trop petits ; il n’y a donc aucune raison de croire qu’il soit vrai pour des systèmes trop grands, comme l’est certainement l’Univers entier ! Et nous terminerons cette digression en disant que notre malheureuse planète a certes moins à craindre du théorème de la croissance de l’entropie que de la bombe atomique !
- Si l’entropie d’un système isolé ne peut qu’augmenter, il est clair qu’un tel système ne peut repasser deux fois, dans son évolution spontanée, par le même état. Ce résultat est même l’un des énoncés les plus profonds que l’on ait pu, avec Langevin .et Perrin, donner du principe de Carnot. Or, si nous examinons, au microscope, une particule d’une suspension colloïdale, on la voit animée d’un mouvement incessant que l’on désigne sous le nom de « mouvement brownien », et il suffit de la. regarder pendant quelque temps pour la voir repasser, spontanément, à un endroit qu’elle a déjà occupé : elle s’est élevée puis abaissée sans que rien, dans le milieu extérieur, ait été modifié. Ce mouvement brownien, examiné sur une particule unique) met donc le principe de Carnot en défaut. Il n’en est plus de même si nous examinons simultanément un grand nombre de particules de la même suspension colloïdale, car, lorsque l’une de ces particules repasse par une position antérieure, il n’en est pas de même pour les autres ; et le retour à un état antérieur est d'autant moins probable que le nombre de particules observées est plus grand. C’est pourquoi Perrin avait énoncé le principe de Carnot en disant qu’il est (( hautement improbable » qu’un système isolé repasse deux fois par le même état.
- Mais si le principe de Carnot est en défaut lorsqu’il s’agit du mouvement spontané d’une particule colloïdale, a fortiori, doit-il l’être lorsqu’il s’agit du mouvement d’une molécule isolée. Et pourtant, il doit être vrai si on envisage simultanément le mouvement des milliards de milliards de molécules qui constituent un centimètre cube d’un gaz, par exemple. C’est cette remarque, ou des remarques semblables, qui avaient conduit des savants comme Boltzmann et Gibbs à développer l’ancienne théorie cinétique des gaz de Bernouilli en se servant systématiquement des méthodes du calcul des probabilités, et à montrer que, contrairement à ce que certains savants proclamaient, il n’y a pas incompatibilité entre la théorie atomique et la thermodynamique. Ce résultat était du plus haut intérêt, puisque ces deux théories s’étaiént montrées, chacune dans leur domaine, remarquablement adaptées aux faits. Mais on doit reconnaître que cette « mécanique statistique »,
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- comme on l’appelle, n’apportait pas grand chose d’autre que cette mise en ordre de nos connaissances, et qu’elle se heurtait, par ailleurs, à des difficultés que nous ne pouvons malheureusement pas exposer ici. •
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- * *
- La question en était là lorsque les théories quantiques sont venues apporter un jour nouveau, et ce n’est pas surprenant lorsque l’on pense que, par le principe d’incertitude par exemple, ce sont par essence des théories probabilistes. Et, dès l’abord, elles ont fait disparaître les difficultés dont nous signalions l’existence il y a un instant ! Et, de plus, elles ont montré qu’il ne doit pas y avoir une mécanique statistique, mais au moins deux : l’une applicable aux systèmes de particules dont le spin est demi entier, comme les électrons ou les protons, et qui obéissent au principe d’exclusion de Pauli, l’autre aux systèmes de particules à spin entier, comme les noyaux d’oxygène par exemple, et qui n’obéissent pas au principe d’exclusion. Les formules qui traduisent ces deux mécaniques sont d’ailleurs identiques lorsque la température n’est pas trop voisine du zéro absolu (— 273° C.), ce qui fait que, dans les conditions habituelles, nous n’avons pas à distinguer entre elles.
- Mais quelle que soit la nature des particules- en jeu ou la température, et c’est là que nous retrouvons notre sujet initial, ces théories ont conduit à identifier l’entropie, grandeur que la théorie classique ne définissait que pour les transformations réversibles, avec le logarithme de la probabilité, grandeur définissable dans tous les cas. Pour un gaz, constitué par un grand nombre de molécules toutes identiques entre elles et n’exerçant que des interactions très faibles, cette probabilité est mesurée par le nombre de façons dont on peut réaliser un système ayant une énergie donnée. Remarquons la différence profonde qui existe entre cette définition de l’entropie et la définition classique. Alors que la thermodynamique ne définissait en réalité que les variations de l’entropie lorsqu’on passe d’un état à un autre, la mécanique statistique définit l’entropie d’un état donné et ses variations sont conformes à ce que la thermodynamique permettait de prévoir. On peut dire, en somme, comme l’a dit un jour Louis de Broglie, que le gros intérêt de la théorie des quanta a été de fixer une origine logique pour l’entropie, de même que le gros intérêt de la théorie de la relativité avait été, grâce à l’inertie de l’énergie, de fixer une origine logique pour l’énergie.
- *
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- Quelle que soit l’importance théorique de telles considérations, leur importance pratique est considérable. Elles permettent, en effet, le calcul effectif, à température et pression données, de l'entropie d’un gaz par exemple (ou d’un solide cristallisé, le cas de liquides n’étant pas encore élucidé d’une façon pleinement satisfaisante) à partir de grandeurs caractéristiques des molécules constitutives, comme les masses des atomes constituants, leurs distances mutuelles, les angles de Aalence, les énergies de liaisons, toutes grandeurs que la spectroscopie permet en général de mesurer. Remarquons, en passant, que c’est encore grâce à l’intervention des théories quantiques, mais en optique cette fois, que de telles déterminations ont été rendues possibles. La connaissance complète de l’entropie permet alors par des calculs élémentaires, de déterminer toutes les grandeurs, énergie interne, chaleur spécifique, énergie libre, ..., que la thermodynamique avait été amenée à définir et que l’on peut d’ailleurs retrouver, avec toutes leurs propriétés, par des méthodes purement statistiques. C’est ainsi, par exemple, que l’on a pu calculer complètement la chaleur spécifique du gaz hydrogène. Résultat remarquable, les valeurs calculées, en bon accord avec les valeurs expérimentales pour les températures voisines de la température ordinaire, ne l’étaient plus pour les températures très basses. On aurait pu penser que
- la théorie avait tort. Eh bien ! pas du tout, c’est l’expérience qui avait tort ! et les recherches, tant théoriques qu’éxpérimentales, ultérieures ont montré que le désaccord provenait de ce que l’hydrogène'ordinaire est en réalité un mélange de deux gaz distincts, appelés orthohydrogène et parahydrogène, pouvant se transformer l'un dans l’autre ; les formules théoriques supposaient que l’équilibre- entre ces deux formes était réalisé ; or, il ne s’établit que très lentement sauf en présence d’un catalyseur convenable comme le charbon de bois. Cet équilibre étant réalisé à la température ordinaire ne l’est plus lorsqu’on abaisse la température pour faire les mesures de chaleur spécifique, d’où le désaccord ; mais si on attend assez longtemps, ou. si on opère en présence de charbon, le désaccord disparait. Nous avons là un exemple de l’importance pratique des considérations que nous venons d’esquisser, car cette découverte de l’ortho et du parahydrogène a été, par la suite, l’origine de techniques que nous ne pouvons malheureusement pas exposer ici. Mais cet exemple doit suffire à donner entière confiance dans les résultats des calculs.
- Or, nous avons dit qu’à partir de l’entropie, on peut calculer, par exemple, l’énergie libre, que nous représenterons par G, d’un gaz à une température et une pression données. Par ailleurs, la thermodynamique avait montré que cette énergie libre est une grandeur fondamentale dans le calcul des équilibres chimiques. Considérons par exemple l’équilibre entre l’hydrogène, l’azote et le gaz ammoniac, qui se représente par l’équation chimique :
- N2 + 31!» 2NH3.
- Si nous représentons respectivement par G„ G2 et G3 les énergies libres par molécule-gramme des gaz azote, hydrogène et ammoniac, l’équilibre sera réalisé quand on aura :
- G* -I- 3Ga — 2Ga = 0.
- Le calcul des G doit donc permettre de déterminer les conditions d’équilibre. On retrouve ainsi la célèbre loi d’action de masses de Guldberg et Waage, tout comme le faisait la thermodynamique classique, mais la constante qui s’introduit dans cette loi, au lieu de devoir être déterminée par une expérience chimique, se trouve calculée théoriquement ; on peut comparer les résultats ainsi obtenus avec les résu’tats expérimentaux ; l’accord est remarquable. C’est ainsi que, à 59S° absolus (soit 598 — 273 = 325° C.) la valeur calculée est 0,0406 et la valeur expérimentale 0,0401 ; à 723° absolus (soit 723 — 273 = 450° C.) la valeur calculée est 0,00666, les valeurs expérimentales s’échelonnant entre 0,00659 et 0,00676. La comparaison a pu être faite jusqu’à 1 225° absolus (1 225 — 273 = 952° C.) avec les valeurs calculée et mesurée de 0,000162 et 0,000168. Une telle concordance se passe de commentaires !
- On imagine sans peine l’importance que peuvent avoir de tels calculs pour la technique courante, même industrielle et nous pourrions borner là cet exposé, déjà bien long et pourtant trop bref, mais il est une application, au moins imprévue, de la thermodynamique statistique, que nous devons signaler. Le grand théoricien de la physique atomique qu’est Niels Bohr a imaginé de considérer un noyau atomique comme une minuscule gouttelette liquide dont la température serait le zéro absolu ; allant plus loin, on a pu traiter un noyau excité, susceptible, par suite, d’émettre un rayonnement y par exemple, comme une gouttelette ayant une température non nulle et cela a conduit, en utilisant les méthodes de la thermodynamique statistique, à définir une température nucléaire, une entropie nucléaire, ..., et ces considérations ont conduit déjà, et conduiront sans doute encore, à des résultats très intéressants dans le domaine de l’énergie atomique.
- G. Allard,
- Chef de travaux à l’Institut de Chimie de Paris.
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- Le poisson dans la pêche, la science et l'art
- Après trois expositions successives consacrées à Madagascar, à la faune et à la flore dans l’art appliqué et aux plantes désertiques, le Muséum national d’Histoirc naturelle vient d’en inaugurer une quatrième où sont, rendues palpables, en quelque sorte, les diverses manifestations d’ordres pratique, scientifique et artistique auxquels le poisson a donné lieu depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours.
- Faisons une rapide promenade dans cet immense domaine où, sous le signe du poisson, nous passerons successivement de la science pure à l’océanographie, à la pêche, aux applications alimentaires et pharmaceutiques, à la philatliélie, à l’aquariophilie, aux arts multiples de la verrerie, de la céramique, de la peinture, etc. ; où nous irons alternativement de l’Europe à l’Égypte, à la Grèce, à l’Extrême-Orient; où nous descendrons même, avec Beebe, dans le domaine mystérieux des profondeurs marines.
- L’exposition se tient dans la grande salle du rez-de-chaussée de la galerie de bolaniqiic qui a été compartimentée, pour la circonstance, au moyen d’épis.
- Dès le hall d’entrée, nous sommes accueillis par une vision d’art. Quatre vitrines sont consacrées au poisson dans la verrerie, la céramique et la sculpture modernes. Les plus grands maîtres actuels y ont participé. Des soieries mêlent leur velouté aux minéraux les plus rares.
- Tournons à gauche. Ici, c’est la science pure : l’histoire de I’ichthyologie et- celle de l’illustration du livre scientifique. À tout seigneur, tout honneur, une place de choix est faite à Cuvier et à Valenciennes qui furent, dans la première moitié du xixe siècle, avec leur grande Histoire naturelle des Poissons, les véritables fondateurs de I’ichthyologie moderne. Toutefois, ils eurent des précurseurs, des contemporains et des continuateurs dont il importait aussi de mettre les œuvres en évidence : Bélon, Rondelet, Lacépède, Duméril, Vaillant jouent ici les premiers rôles.
- L’illustration des ouvrages ichthyologiqucs commence avec les bois du xvie siècle pour finir à la photographie, à la micro-
- photographie, à la radiographie des publications actuelles. Le Muséum a sorti à cette occasion de précieux documents tels que croquis, ébauches, notes de couleurs ayant servi à établir les atlas des gi’ands voyages du siècle dernier.
- Revenons au hall d’entrée et engageons-nous, vers la droite, dans la grande galerie d’exposition. Se faisant vis-à-vis, viennent d’abord la pêche et la science. L’une ne va pas sans l’autre. Les progrès de la capture et de l’observation des poissons dans leur milieu naturel ont conditionné leur étude scientifique. Quatre divisions s’offrent à nous : pêche en eau douce, pêche en mer. exploration sous-marine, curiosités ichthyologiqucs.
- Fig. 2. — Poisson en argent, entièrement articulé et formant double boîte, appartenant à M. Henry de Fleurey.
- Nous ne pouvons, bien entendu, qu’attirer l’attention sur les objets les plus remarquables.
- L’Office scientifique et technique des pêches maritimes a prêté la maquette du Président-Théodore-Tissier qui, lancé en xqSS, est l’actuel navire océanographique français. A côté, deux dioramas montrent les poissons abyssaux avec leurs organes lumineux et tels que Beebe les a vus à travers les hublots de sa bathysplière. Deux vitrines sont consacrées aux poissons provenant des croisières du Travailleur, du Talisman, de la Princesse-Alice et, chose inattendue, à des poissons fossiles ayant possédé des photophores et provenant des anciennes mers profondes qui ceinturaient le globe pendant l’ère tertiaire. Une place a été faite aux engins océanographiques et aux instruments actuels de la plongée et de la chasse sous-marines.
- Illustrant la pêche proprement dite, celle qui se pratique depuis la préhistoire, on voit des harpons et des filets des cités lacustres voisinant avec les cannes à pêche les plus modernes et avec le grand chalut à plateaux-, ce monstre dévorant, que nos modernes chalutiers traînent à 200 ou 3oo m de profondeur et à plusieurs centaines de kilomètres au large. Des maquettes de bateaux de pêche, des cartes, des graphiques, des scènes maritimes peintes par Méhcut, de curieux menus de poissons, de vieux livres de pêche, des jetons de vendeurs-jurés de l’antique halle aux poissons et bien d’autres choses encore complètent ce vaste ensemble halieutique.
- Il était impossible de présenter la science des poissons sous son jour véritable de la recherche pure. Le cadre d’une exposi-
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- Fig. 3. — Espadon, en marbre cipolin, de Mw° de Bayser-Gratry.
- tion publique permettait seulement de montrer quelques aspects intéressants, pittoresques ou curieux de l’ichthyologie. Une vitrine étonnera par l’inattendue beauté de son contenu : celle des poissons fossiles, véritables merveilles de pierre qu’un habile ciseau a su dégager de la roche schisteuse qui les renfermait depuis des millions d’années. Une vitrine faisant vis-à-vis est consacrée aux monstruosités et aux maladies des poissons. Certains des monstres présentés sont des pièces uniques. Par exemple, une carpe qui a vécu sans bouche et, à côté, deux truites soudées par le ventre et qui ont atteint, cependant, une longueur de plus de trente centimètres. Éclairée par transparence, une préparation en matière plastique fait assister au développement d’une truite depuis l’œuf, véritable perle d’ambre grossie à la taille d’une orange, jusqu’à l’alevin qui s’en échappe au moment de l’éclosion.
- Les deux sections suivantes de l’exposition sont consacrées aux applications du poisson : d’une part, à la muséologie, d’autre part, à l’alimentation, à la médecine et à l’industrie.
- La muséologie est la science de l’organisation des musées. Il est intéressant, à ce propos, de montrer comment, partant des anciens herbiers de poissons des naturalistes du xvme et du début du xixe siècles (herbiers d’Adanson et de Risso), on est passé aux poissons empaillés et aux poissons dans l’alcool des musées actuels, pour en arriver finalement aux splendides moulages peints qui feront l’ornement des musées futurs.
- Comme application d’ordre pratique, il est inutile de dire que les poissons fournissent et fourniront de plus en plus des produits de toutes natures. Leur peau donne des cuirs excellents.
- Fig. 5. — Ancre, symbole d’espérance, et Ichthus, symbole du Sauveur, gravés sur une paroi des Catacombes de Rome.
- De leurs écailles, s’extrait f essence d’Orient dont on fait les fausses perles fines et les vernis à ongles. Leur vessie natatoire fournit richthyocolle. Leur chair est une ressource alimentaire de premier ordre et une source d’huiles à usages industriels. Leur foie produit des huiles hautement vitaminées et de multiples autres produits pharmaceutiques. Même les déchets s’utilisent pour l’obtention de colles fortes, d’engrais ou guanos et de farines destinées au bétail.
- Un des attraits de la présente exposition du Muséum est de conduire de choses très matérielles à des conceptions d’ordre symbolique ou mystique et, finalement, à des visions d’art pur.
- Beaucoup de poissons ont joué au cours des âges et chez les peuples les plus divers un rôle de symbole. Énumérons seulement les poissons du Zodiaque et leur dérivé, le poisson d’avril; puis les poissons A'énérés et momifiés des anciens Égyptiens, les poissons hiéroglyphiques, l’Ichthus ou poisson des premiers chrétiens, la carpe attribut de Vénus; puis encore les poissons des armoiries et des timbres. La section des poissons symboliques se rehausse de manuscrits, de statuettes, de vases, de pièces de céramique et même d’un globe céleste, datant de 1662, aimablement prêté par le Conservatoire des Arts et Métiers.
- L’aquarium est, de plus en plus, un ornement du home. Mais l’aquarium, pour s’élever au rang d’objet d’art, doit être pourvu d’un décor et planté au point de simuler la nature. A cette condition seulement, les splendides poissons dont on le meuble révèlent toute leur élégance et manifestent leurs mœurs les plus intimes. Il importait d’en fournir la preuve par l’exemple de
- Fig. 4. — Truite double élevée dans un établissement de pisciculture de 1894 à 1896 et ayant atteint (individu supérieur) une longueur de 33 centimètres.
- quelques aquariums installés par le décorateur même de ceux du Musée des colonies.
- Enfin les poissons symboliques et les poissons d’aquarium conduisent aux poissons dans l’art. Sans vouloir suivre l’ordre chronologique des objets présentés, citons un peu au hasard les pièces dominantes : en céramique, des vases et des plats s’échelonnant depuis les époques grecques et gallo-romaine jusqu’à nos jours et ornés, par une tradition ininterrompue, de poissons plus ou moins réalistes ou stylisés; en sculpture,.de très belles pièces d’art extrême-oriental taillées dans les matières les plus diverses; en peinture, un petit nombre de toiles, mais des plus grands maîtres contemporains qui, intéressés par l’exposition du Muséum, ont tenu à y apporter leur précieuse collaboration.
- La Bibliothèque du Muséum a contribué à la section de peinture en exposant un certain nombre de ses vélins dont plusieurs, dus à l’habile pinceau de Redouté, sont de pures merveilles d’art et de science tout à la fois.
- Citons encore une vitrine de poissons-bibelots : poissons d’or, d’argent, d’étain, de cuivre, de nacre, d’ivoire ayant servi de boîtes à poudre, à fard ou à parfum, d’étuis, de broches, d’amulettes, d’ex-votos. On reste confondu devant une telle ingéniosité et devant une telle persistance de l’inspiration ichthyque et halieutique au cours des âges.
- L. Bertin,
- Professeur au Muséum.
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- Fig. 6.
- Un des vélins du Muséum : le Polyptère du Nil, peint par Redouté, vers 1800, pour la Description de l’Égypte.
- Le Méson
- L’annonce de la production de « mésons » a été portée â la connaissance du public, il y a quelques semaines, par la grande presse et des conclusions plus ou moins fantaisistes en ont été tirées. Il est intéressant de préciser ce dont il s’agit.
- La Commission de l’Énergie atomique des États-Unis a annoncé que le célèbre physicien américain Ernest 0. Lawrence l’avait informée que l’on avait réussi à produire des « mésons » au moyen du puissant cyclotron de l’Université de Berkeley en Californie.
- Des physiciens britanniques de l’Université de Manchester avaient déjà annoncé avoir enregistré des trajectoires de mésons artificiels, mais il semble bien que ce n’est que grâce à l’outillage puissant de Berkeley que l’on puisse obtenir des gerbes suffisantes de ces particules pour en poursuivre l’étude en laboratoire.
- Le professeur Lawrence a attribué le mérite de ces travaux à un jeune savant brésilien, M. Lattès, qui a travaillé autrefois en Angleterre, puis à Berkeley, grâce à une bourse de la Fondation Rockefeller, ainsi qu’au Dr Eugène Gardner, physicien spécialisé dans l’étude des radiations.
- Cette découverte a été présentée comme « l’un des événements « les plus marquants de tous les temps dans le domaine de la « science nucléaire fondamentale ».
- Le problème du méson est, en effet, lié à celui de la stabilité du champ nucléaire. On sait que le noyau de l’atome est constitué par des protons et des neutrons. L’explication de la nature des forces puissantes qui assurent la stabilité du noyau ne pouvait être trouvée ni dans le champ de Coulomb, ni dans le champ électromagnétique, ni dans le champ de gravitation.
- artificiel
- En 1935, le physicien japonais Yukawa proposa pour l’explication des forces de stabilité du noyau une représentation du champ nucléaire faisant intervenir une nouvelle particule élémentaire dont la masse serait comprise entre celles de l’électron et du proton : l’électron lourd ou méson dont la masse serait environ 240 fois celle de l’électron.
- Le physicien japonais prévoyait que cet électron lourd pouvait se désintégrer par l’émission d’un électron de radioactivité p, que l’on a observé, et simultanément d’une autre particule élémentaire, le neutrino qui n’a pas été reconnue expérimentalement, mais dont l’existence est probable.
- Cette première explication théorique de Yukawa subit ensuite une évolution profonde ; la fonction scalaire représentative du champ nucléaire fit place à une fonction de forme vectorielle et les spécialistes continuèrent leurs efforts pour accorder la théorie et les faits expérimentaux. Ce but n’est pas encore atteint.
- Simultanément se poursuivait l’étude des rayons cosmiques, les physiciens se trouvaient devant d’autres difficultés. Ces messagers mystérieux nous parviennent des profondeurs de l’espace. Ce rayonnement est complexe et se modifie au cours de son parcours dans l’atmosphère. Il est formé de deux composantes, l’une de faible pouvoir pénétrant est arrêtée par une épaisseur de 10 cm de plomb, l’autre peut traverser plusieurs mètres de ce même métal. L’énergie de ce dernier rayonnement est de plusieurs dizaines de milliards d’électronvolts. Au sol et statistiquement chaque centimètre carré reçoit chaque minute un de ces rayons. Ils sont constitués par les électrons lourds ou mésons.
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- L’un des effets de ce rayonnement est de maintenir une ionisation permanente de l’atmosphère, il la rend légèrement conductrice et c’est la raison pour laquelle un électroscope se décharge régulièrement, bien que très lentement
- Pour l’étude des rayons cosmiques, qui a débuté il n’y a pas un demi-siècle, les physiciens se sont mués en sportifs : en alpinistes, ils ont gravi à leur rencontre les plus hautes montagnes ; en aéronautes, ils sont allés au-devant d’eux dans la Stratosphère ; ils ont plongé au fond des mers, des lacs les plus profonds, des fiords de Norvège. Ils sont descendus dans les mines de sel gemme de Wieliczka, dans les galeries les plus profondes des mines métalliques. La grande presse a rendu compte de quelques-unes de ces expéditions, mais a peu insisté sur le fait qu’il ne s’agissait point de vaine curiosité de savant, mais de chercher à résoudre le problème du champ nucléaire et que sa solution pouvait être d’une importance primordiale pour l’espèce humaine.
- Ce qui faisait l’attrait de l’étude des rayons cosmiques, c’est leur énorme énergie. Le physicien travaillait au delà de ses moyens matériels, il n’était pas capable de communiquer une semblable énergie à des particules. La production des mésons artificiels est à ce point de vue d’un intérêt primordial.
- Cette énergie considérable fait que les rayons cosmiques sont de puissants agents de désintégration. A chaque instant, dans l’air qui nous entoure, sur le sol qui nous porte et dans le corps lui-même de l’homme, les noyaux atomiques explosent sous leur impact, libérant une quantité d’énergie atomique bien plus élevée que celle que les physiciens ont jusqu’ici réussi à affranchir.
- En effet, la rupture du noyau d’uranium sous l’action des neutrons donne deux fragments de masse analogue et il n’est guère qu’un millième de sa masse qui soit libéré sous forme d’énergie suivant l’équation d’Einstein qui la chiffre au produit de la masse par le carré de la vitesse de la lumière. Et cela fait tout de même 25 millions de kilowatt-heures par gramme. Mais peu d’éléments de la classification de Mendeleeff sont susceptibles de désintégration par les neutrons.
- Au contraire, les projectiles des rayons cosmiques doués d’une énorme énergie, sont capables de pulvériser des noyaux atomiques stables en un très grand nombre de fragments et de parvenir à une désintégration à peu près totale avec une proportion considérable de la masse transformée en énergie.
- Ces désintégrations ont été observées à la chambre de Wilson et on a pu photographier des explosions de noyaux atomiques disséminant en étoile jusqu’à une centaine de fragments. Ces observations sont liées à une statistique de la chance. Le physicien est à la merci d’un concours heureux de circonstances, il est dépourvu d’action sur les trajectoires des rayons cosmiques qui lui viennent du fond de l’espace sidéral. Le hasard seul place dans le champ de son objectif photographique un tel phénomène.
- Une autre technique permet d'obtenir une série de ces désintégrations dans la masse même des émulsions photographiques et d’observer l’explosion d’atomes d’argent.
- Le 10 décembre dernier, M. Leprince-Ringuet et ses collaborateurs ont présenté à l’Académie des Sciences des photographies ainsi réalisées.
- Des plaques Ilford chargées au bore ont été exposées plusieurs semaines suivant la technique de Powel, Occhialini et Coll, à l’observatoire Vallot de l’Aiguille du Midi à 4 400 m d’altitude, où le rayonnement cosmique est plus intense.
- Ces plaques, après développement, sont examinées au microscope. On peut alors observer les désintégrations qui se sont produites dans l’épaisseur de la couche sensible et qui se manifestent par de petites étoiles dont les branches figurent les trajectoires des fragments projetés. Leur parcours est de quelques microns.
- L’examen systématique d’une telle plaque révèle un grand nom-
- bre d’étoiles. L’une d’elles est remarquable ; elle montre 34 branches et correspond à l’explosion d’un noyau d’argent. Le numéro atomique de ce métal est 47 ; la désintégration est à peu près complète 0).
- Le professeur Lawrence, dans sa déclaration du 9 mars, n’a donné aucune indication précise sur les moyens utilisés par MM. Lattès et Gardner pour produire des mésons, ni sur la valeur de leur énergie, mais le fait que les physiciens sont maintenant capables de produire artificiellement des mésons ouvre de nouvelles perspectives extrêmement A'astes à l’étude de l’énergie atomique et de la désintégration des éléments à noyaux stables.
- Des anticipations d’une hardiesse pour le moins excessive ont été publiées un peu partout. L’énergie des particules libérées par les mésons dans les noyaux stables ne semble pas suffisante pour amorcer des réactions en chaîne. Il n’est pas encore question de faire exploser la planète, mais personne ne sait rien de l’avenir. Lorsque Lord Rutherford, en 1919, réalisa, pour la première fois, à une échelle infime des désintégrations atomiques, personne ne pouvait imaginer que le 2 décembre 1942, vingt-trois ans plus tard seulement, la première pile à réaction en chaîne utilisant l’énergie nucléaire fonctionnerait automatiquement, que le 6 août 1945 la ville japonaise d’Iliroshima serait détruite par une bombe atomique.
- Aujourd’hui, nous savons seulement que le 9 mars dernier, il a été annoncé qu’un instrument de recherche nouveau et puissant venait de tomber aux mains des hommes. Personne encore ne peut dire ce qu’il en sortira dans dix ou vingt ans, plus tôt peut-être. Devant cet avenir lourd de promesses bonnes ou mauvaises, les imaginations peuvent librement s’exercer, un passé récent nous montre que les réalités d’aujourd’hui ont largement dépassé les rêves d’hier.
- Lucien Perruche.
- 1. Les 34 branches portent 40 charges. Vo.ir C. R. Ac. Sc., 10 décembre 1947, page 1144.
- Les champignons antibiotiques.
- Depuis la découverte de la pénicilline, on n’a cessé d’observer les champignons do tous les groupes dans l’espoir d’y trouver de nouveaux remèdes. Les techniques se sont précisées pour essayer sur les microbes les plus divers les effets « antibiotiques », arrêtant et empêchant la pullulation des bactéries.
- La Presse médicale annonce que le Dr Williams J. Robbins et ses collaborateurs du Jardin botanique de New-York et de l'université Columbia viennent de découvrir encore deux nouveaux antibiotiques parmi les Basidiomycètes, les champignons à chapeau. D’une espèce, le Pleurotus griseus, ils ont extrait une substance, la pleuroline qui arrête in vitro le développement des staphylocoques et du bacille de la tuberculose. Du Polyporns biformis, ils ont séparé la biformine et l’acide biformique qui montrent les mêmes propriétés.
- Le Dr Robbins a récemment déclaré que sur 332 espèces de champignons qu’ils ont essayées, 213 ont fourni des produits bactéricides ou antibiotiques. C’est là un nouvel arsenal thérapeutique qu’on expérimente très activement, avec l’espoir d’y trouver des remèdes efficaces, mais l’expérimentation physiologique et clinique est forcément très lente, les essais in vitro ne donnent qu’une indication préliminaire et il faut encore attendre pour être fixé sur la valeur de tous ces produits insoupçonnés jusqu’ici.
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- Explorations polaires... martiennes
- Depuis cent cinquante ans, innombrables, on le sait, ont été les tentatives effectuées pour forcer les secrets des légions polaires de notre globe. Que de moyens mis en œuvre dans ce but, que de périls affrontés, que de science et d’héroïsme déployés, dont le bilan final, à côté de maintes acquisitions, comporte cependant encore à chaque pôle un immense inconnu !
- En regard de ces pénibles conquêtes, et par un paradoxe plus inattendu que bien d’autres, à quelque soixante ou cent millions de kilomètres, les astronomes ont procédé, de leur côté, au prix seulement de nombreuses heures d’attention persévérante, et sans autres risques que celui de quelques coryza, à l’exploration des pôles de notre voisine céleste, la planète Mars. Ce sont les résultats de leurs investigations dans ce domaine que nous allons exposer sommairement.
- A l’observateur le moins avert^ armé d’un instrument d’une puissance suffisante, les calottes polaires de Mars apparaissent immédiatement et sans effort de vision. Ce sont, sur les bords du disque, deux segments d’une blancheur plus ou moins affirmée, parfois légèrement teintée de jaune, mais souvent éclatante comme celle de la neige fraîche tombée. Leur contour est délimité par une frange assombrie qui affirme l’individualité du phénomène. Diamétralement opposées, leur position aux deux pôles est en quelques heures catégoriquement reconnue, par l’effet de la rotation de la planète : elles seules restent fixes, comme l’axe d’un manège autour duquel s’effectue, en 24 h 3; mn, la ronde diurne des autres configurations de la
- Fig. 1. — Mars et ses calottes polaires aux approches de l’écjuinoxe de printemps austral.
- En haut, la calotte australe vers son minimum ; en bas, la calotte laorcale vers son maximum d’extension.
- , (Observations et dessin de l’auteur).
- surface de l’astre; mais en ces a4 h toutes leurs parties, à tour de rôle, sc présentent en face de notre observatoire terrestre. Cependant toutes deux ne sont pas toujours visibles à la fois,
- à cause d’un balancement apparent de l’axe, qui les incline tour à tour vers la Terre; mouvement qui a une autre consé-
- Fig. 2. — Mars et sa calotte polaire australe en cours de désagrégation.
- (Observation et dessin de l’auteur).
- quencc, celle de les offrir successivement, à une demi-année martienne d’intervalle, à l’influence des rayons solaires, et qui engendre les saisons. Par ce fait, quand l’une est à son maximum d’étendue, dans le plein hiver de son hémisphère, l’autre est réduite à ses dimensions les plus exiguës, en son plein été.
- C’est cette évolution, rythmée par le cours des saisons, qui a suggéré immédiatement à leurs premiers observateurs, l’idée de les assimiler aux calottes glaciaires qui entourent les pôles terrestres. Maintenant, pour l’une et pour l’autre, ce phénomène est si bien connu qu’on a pu établir, en quelque sorte, le calendrier des manifestations successives dont elles sont le siège, et qui se reproduisent régulièrement au cours d’une année de C70 jours martiens, C87 de nos jours. Telle régularité, du reste, n’est pas sans laisser de place à quelque imprévu, ainsi qu’il en est sur Terre des diverses manifestations météorologiques.
- Est-ce à dire que l’assimilation aux calottes polaires terrestres doit, être considérée comme absolue ? Il est loin d’en être ainsi. Chaque été, sur Terre, si les banquises se disloquent partiellement sur leur contour, occasionnant ainsi le phénomène de dérive, certaines régions des alentours des pôles demeurent en permanence glacées sur de très vastes étendues, tel l’inlandsis groënlandais, et celui, bien plus généralisé et bien plus puissant, du continent austral. Il n’en est pas de même sur Mars, où le retrait des aires blanches circumpolaires est beaucoup plus complet, au point que parfois leur résidu se trouve réduit, à la fin de l’été, à des dimensions insaisissables d’ici. Pareille célérité dans cette disparition sous l’influence calorifique solaire, déjà fort réduite à cette distance, permet de penser que l’épaisseur de la couche de matière blanche reste très
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- faible, de quelques centimètres seulement aArancent quelques-uns. Cette faible épaisseur semble corroborée par les circonstances du retrait, car s’il y a bien régression des bords, où la frange sombre représente le passage à l’état liquide, il y a aussi disparition par grandes nappes, ce qui paraît bien répondre à un phénomène d’évaporation, de sublimation, se justifiant d’ailleurs par la faiblesse de la pression atmosphérique sur Mars.
- Il a été beaucoup discuté sur la nature de cette matière blanche constitutive des calottes martiennes; certains ont mis en doute qu’elle pût être de l’eau solidifiée sous forme de neige ou de glace. On a émis l’hypothèse qu’elle pourrait être de la neige d’acide carbonique.... Dans l’état actuel de nos connaissances des phénomènes martiens, tout aussi bien que de par les propriétés mêmes de l’acide carbonique solidifié, cette hypothèse est insoutenable et, seule, l’eau sous ses divers états, quoique le spectroscope n’ait pu jusqu’à ce jour la déceler dans l’atmosphère de la planète, reste susceptible de provoquer les faits observés.
- C’est vers la fin de l’été que les calottes polaires de Mars atteignent leur minimum d’extension. A ce moment, l’atmosphère qui les surmonte est, en général, entièrement dégagée. Mais au cours de l’automne, elle cesse d’être transparente : de vastes voiles jaunâtres opaques' apparaissent au-dessus des régions circumpolaires. C’est à la faveur de cet écran, s’étendant jusqu’au voisinage du 4oe parallèle, que, soustraites à la vue des observateurs, s’effectuent les précipitations qui donneront naissance à une formation nouvelle. Au déclin de l’hiver, les voiles s’atténuent, se déchirent partiellement et la calotte blanche se montre reconstituée, avec un vif éclat. À ce moment, aucune frange sombre ne se manifeste, ce qui exclut l’hypothèse qui a été avancée, d’un simple effet de contraste quand ce phénomène s’institue un peu plus tard, dès que le retrait a repris. Ainsi la frange sombre apparaît sans conteste comme le résultat du passage de l’état solide à l’état liquide.
- L’existence de calottes polaires sur une planète implique comme postulat celle d’une atmosphère; et si, à la vérité, d’autres faits militent en faveur d’une atmosphère martienne, c’est
- Fig. 3. — En haut, la calotte polaire australe de Mars à une phase avancée de sa régression. En bas, la calotte polaire boréale au déclin
- de l’hiver.
- (Observations et dessins de l’auteur).
- bien celui-là qui en est le plus catégorique. Encore que les méthodes les plus modernes de l’astrophysique soient, jusqu’à présent, demeurées impuissantes à en révéler formellement la constitution, force est d’admettre qu’elle comporte une quantité de vapeur d’eau suffisante pour engendrer un cycle de phénomènes hydro-atmosphériques de même ordre que celui qui régit la météorologie terrestre. Cette conclusion est de la plus grande importance pour l’interprétation des apparences sombres ou brillantes, et aussi des changements qui se manifestent sur l’ensemble de la surface de l’astre.
- Des deux calottes, c’est l’australe qui est la plus aisée à étudier et qui, par suite, est la mieux connue. C’est que, lorsque Mars est à sa distance minimum, à l’époque de ses oppositions périhéliques, c’est son hémisphère sud qui s’incline vers la Terre; la planète n’est alors qu’à 55 ou 6o millions de kilomètres; par contre, son pôle boréal n’est bien observable qu’à une distance près de deux fois plus grande, au moment des oppositions aphéliqües, comme tel fut le cas cette année même (février-mars).
- L’étude de la calotte polaire australe a permis de préciser, dans ses grandes lignes, l’orographie de ces régions. L’irrégularité de la régression de la couche blanche suivant les divers méridiens, l’éclat particulièrement marqué de la blancheur en certaines de ses parties et la persistance de celle-ci en ces mêmes lieux, l’apparition au cours du retrait de tout un ensemble de fissures sombres témoignant, dans des positions invariables, des directions suivant lesquelles s’effectue la dislocation de la masse, l’obscurcissement précoce de vastes portions de celle-ci dans des emplacements toujours les mêmes, tels sont les indices qui permettent le tracé d’une véritable carte hypsométrique, où les fissures représentent, à n’en pas douter, des vallées, les plages sombres des dépressions, et des hauteurs les régions où la blancheur s’est attardée : toutes apparences de relief qui s’évanouissent avec la calotte polaire elle-même à la fin de l’été, les configurations topographiques devenant alors, dans ces parages, aussi inexpressives, du point de vue orographique, que sur toutes les autres parties de la planète.
- Mais à la lumière des constatations qui viennent d’être exposées, ces dernières elles-mêmes deviennent plus aisément compréhensibles. En particulier, nos propres observations nous ont permis d’établir une relation du plus grand intérêt entre les fissures polaires et les formations linéaires qui, sous le nom de canaux, ont donné lieu à tant de polémiques, et dont l’existence objective a été finalement démontrée par les photographies obtenues ces dernières années à l’Observatoire du Pic du Midi. Certains d’entre eux, en effet, parmi les plus importants, nous sont apparus comme le prolongement des fissures de la calotte australe 0), dont le cours se poursuit sous forme de chenaux plus sombres, à travers les grandes aires obscures auxquelles on a donné improprement le nom de mers, et qui ne sont vraisemblablement que de vastes marécages. Les canaux seraient donc des formations de même nature que les fissures polaires, c’est-à-dire d’immenses sillons représentant très probablement, dans ses grands traits, le système des fractures de l’écorce du globe de Mars. Il se peut que, suivant leur cours, une végétation adaptée aux conditions planétaires s’y soit développée à la faveur d’une certaine humidité, et soit à l’origine des changements d’aspects plus ou moins saisonniers qui sont une des caractéristiques de ces formations protées.
- Nous sortirons à peine de notre sujet en éaroquant, pour terminer, un phénomène d’importance capitale et de proportions gigantesques, puisqu’il intéresse la surface entière de la planète, chaque hémisphère étant affecté par lui à tour de rôle. 11 s’agit d’une sorte d’onde d’obscurcissement qui, prenant
- 1. Il est juste de dire que, à la suite de ses observations de 1901, l’astronome américain Lowell a signalé la connexion directe de plusieurs canaux avec des fentes de la calotte polaire boréale. Mais ces faits semblent être liasses inaperçus, ou n’avoir pas été appréciés sous leur importance.
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- Fig-. 4. — Mars. Relation entre une fisssure de la calotte polaire Sud et un chenal sombre.
- 25 août 1924.
- (Observation de G. Fournier).
- 29 septembre 1924.
- (Observation de M. Hudelot).
- Observatoire Jarry-Desloges, de Sctif.
- naissance aux confins mêmes de la blancheur polaire au début du printemps, progresse pendant toute cette saison et au cours de l’été à travers les « mers » et les autres formations sombres, jusqu’à l’équateur, qu’elle franchit parfois. Le phénomène est plus caractérisé et plus aisé à suivre dans l’hémisphère austral, qui comporte de plus grandes étendues sombres. Il paraît, de toute évidence, provoqué par la fusion de la matière blanche et suggérerait, par les circonstances de sa propagation à travers les accidents topographiques, un déplacement liquide. Mais cette hypothèse ainsi formulée se heurte à de sérieuses objections, et il est plus probable qu’au lieu d’un cheminement au
- sol même, s’il s’agit d’un transport par voie atmosphérique. L’hypothèse d’une végétation se développant de proche en proche, à la faveur de l’humidité ainsi précipitée sur un sol desséché, serait celle qui rendrait compte au mieux des diverses apparences et des changements observés.
- On pourra mesurer, par cet ensemble de faits, combien ont été fructueuses ces explorations sédentaires dirigées de nos observatoires terrestres vers les régions polaires de Mars, puisqu’elles ont eu pour résultat une pénétration si avancée des énigmes offertes par ce monde lointain.
- G. Fotjbnier.
- Le blaireau.
- Faudra-t-ir reviser les opinions communes sur le Blaireau (Mêles mêles) ? On le considère généralement comme un animal nuisible, attaquant les jeunes lièvres et lapins, les perdreaux, faisant de grands dégâts dans les vignes. Mais voici qu’il vient de trouver un avocat en la personne de M. Heim de Balsac, lequel a plaidé devant l’Académie d’Agriculture que le Blaireau n’est fâcheux qu’au voisinage des vignobles et des champs de maïs en grains, tandis qu'ailleurs il est indifférent ou même utile.
- Le Blaireau vit en famille dans de longs terriers qu’il creuse le plus souvent en lisière des bois ; il n’habite pas les forêts étendues, mais bien les boqueteaux, les grosses baies, les talus couverts de broussailles en bordure des champs. Il passe dans son terrier la plus grande partie du jour et n’en sort guère qu’à la nuit, en quête de nourriture. Toutefois, il creusé aux abords du terrier des cuvettes qu'il tapisse de feuilles mortes et d’herbes sèches, où il installe ses petits et passe lui-même du temps à certaines heures,du jour.
- Le Blaireau est omnivore. Certes, il mange à l’occasion du gibier, mais il supporte dans son terrier sans les attaquer les Mulots et les Campagnols roussàtres qui viennent s’y établir. Il recherche surtout les Lombrics, les Mollusques, certains Insectes.
- Il exploite les nids souterrains de Guêpes et plus encore les larves de Hannetons. M. Ileim de Balsac a compté jusqu’à 200 vers blancs dans l’estomac d’un Blaireau tué entre 21 et 22 h, c’est-à-dire aussitôt après le premier repas de sa nuitée et cela plaide singulièrement en sa faveur. Le Blaireau consomme aussi les glands et les faînes, mais touche peu aux fruits charnus, sauf les raisins et aux grains sauf les épis de maïs. Somme toute, c’est un voisin peu visible et peu ravageur.
- Divers parasites infestent le Blaireau et son terrier, dont deux au moins méritent d’être signalés. L’un est la Tique lxodes ricinus qui se transmet au Chien et par lui à plusieurs animaux domestiques. L’autre est la Puce de l’Homme, Pidex irritans, dont l’origine est encore mal connue. Les chiens, les chats l’hébergent exceptionnellement, les Porcs bien plus fréquemment ; on l’a signalée chez les Putois des steppes russes, les Chacals et les Renards du Maroc. Est-elle passée du Blaireau à l’Homme aux temps des abris sous roche et de l’âge des cavernes ? Est-elle encore transmise aujourd’hui du terrier de l’animal à la ferme P
- Il y a encore beaucoup à voir et à reviser dans nos notions sur le Blaireau, comme sur beaucoup d’autres animaux sauvages.
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- Généralités. — La Laponie est nn immense territoire qui s’étend au delà du cercle polaire, des rivages de l’Océan Glacial à la Mer Blanche. Chevauchant les frontières, elle couvre l’extrême-Nord de la Suède, de la Norvège, de la Finlande et de la Russie où elle prolonge directement les solitudes glacées de la taïga sibérienne.
- Les limites méridionales de la Laponie norvégienne sont assez imprécises et peuvent se situer approximativement aux environs du 67° de latitude Nord, légèrement au-dessus du cercle polaire. Elle s’adosse à l’Ouest, à la grande chaîne côtière Scandinave, dont les flancs abrupts sur l’océan, s’inclinent vers l’Est en une succession dégradée de plateaux monotones.
- Topographiquement, elle intéresse, d’une part, l’arrière-pays de la province de Troms (dont la capitale est Tromsô, plaque tournante de l’Arctique, grand centre d’armement et de ravitaillement pour les pêcheurs de l’Océan Glacial et tête de ligne des grandes explorations polaires), d’autre part, la presque totalité de la province septentrionale du Finmark, dont l’ultime avancée, le Cap Nord, est la pointe extrême du vieux continent.
- Le district norvégien, administrativement reconnu comme spécifiquement lapon est le district du Lappland, situé entre Tromsô et le lac Tornetrâsk, ce dernier à la hauteur de Narvik.
- La vallée du Di vidal, que nous avons récemment parcourue, est un long couloir à direction Nord-Sud, qui traverse ce district de part en part et présente les caractéristiques essentielles du paysage lapon. Un autobus relie Tromsô à Sol-vang, oasis de quelques maisons, qui marque pratiquement la fin de la route carrossable. Un chemin forestier lui succède et s’amenuise, transformé bientôt en une piste qui conduit à la clairière de Frihedsli. Là se situe le dernier groupement humain rencontré. De chaque côté, des sommets perdus dans la brume bleue culminent entre 1 000 et 1 500 m. Celte configuration d’altitude signe, la différence entre ce territoire et la région de hauts-plateaux des autres Laponies, correspondant aux nappes de charriage de la chaîne calédonienne.
- La première partie du parcours mêle ses pins épars au décor clair des bouleaux, à l’ombre desquels rampe une végétation naine. Sous le couvert de la neige, saules nains et lycopodes subsisteront durant les longues nuits du solstice. Quelques plantes émergent du tapis végétal de mousses, de cornouillers et de myrtilles : Epi-lobium angustifolivm, Arabis alpina, Equisetum arvense et la rampante Linnæa borealis s’étale sous le couvert des Empetrum nigrum et du Trientalis europœa, où pointent d’assez nombreux champignons.
- La Laponie
- Le peuplement. — Ainsi, presque au cœur de ce territoire, Frihedsli apparaît comme un séjour inexplicable d’humains : trois demeures, dont un bungalow coquet et confortable. Durant des mois, les trois familles qui l’habitent n’y connaîtront que la solitude. Nous comprenons mieux ainsi, peut-être, la chaleur de l’accueil qui nous fut fait, lorsque, premiers Français sans doute, nous passâmes en ces lieux. Nous goûtâmes là, pour la première fois, au
- fruit lapon par excellence, le fruit de la « multers ». Pour tous les voyageurs qui parcourent la toundra, les « multers », comme les myrtilles, sont une pro\ende miraculeuse, apaisante à la soif et apport non négligeable de vitamines. De leur vrai nom « ronce arctique », elles ont une morphologie qui rappelle celle de nos framboises, mais le fruit, couleur de mirabelle, a une saveur acide, légèrement aigrelette. On en tire une eau-de-vie fort appréciée. Cette plante affectionne avec prédilection les terrains spongieux, tapissant les mottes de terre soulevées par la fusion glaciaire. En cette zone de Laponie norvégienne, son abondance est toute relative et ne rappelle en rien celle qui se manifeste dans certains secteurs de Finlande.
- Pourtant la multiplicité des cuvettes marécageuses est remarquable. Les abords des torrents, la profondeur des vallées sont souvent plus ou moins inabordables, le pied s’enlisant dans une vase noirâtre, jamais nauséabonde cependant. Toute fermentation doit s’y faire à un rytlime ralenti. Dans cet air aseptique, on concevrait même difficilement une réaction inflammatoire sur une plaie. Mais cette nappe, visqueuse et adhérente au possible, représente un très réel danger d’enlisement. Moins qu’une couche organique impreméable sous-jacente, c’est la constance d’un sol gelé en profondeur, à quelques mètres, qui assure la persistance de ces nappes d’eau.
- A tort généralement, on considère la toundra comme un désert végétal. Certes, en dehors des vallées et à une altitude supérieure à 400 m, la végétation arborescente disparaît pour faire place à une flore rabougrie, représentée par des plantes naines et de très nombreux lichens qui donnent à la roche sa coloration ; mais, dans les vallées, au contraire, aux abords des torrents, la végétation est assez dense, représentée surtout par des bouleaux qui enchevêtrent leurs rameaux en un sous-bois paralysant à la marche.
- Quant à la faune, elle comprend les nombreux petits rongeurs de la toundra, quelques oiseaux, perdrix et coqs de bruyère, des loups, peut-être l’ours, enfin les troupeaux de rennes sauvages ou demi-sauvages, ces derniers reconnaissables à la marque de leur
- C E A N G LA G I A L
- —ARCTIQUE.
- TROMSO,
- FrihéçJsIi I
- LAPONIE NORVÉGIENNE DISTRICT DU LAPPLAND
- 25 50 Km.
- Frontières
- Quelques zones marécageuses
- Fig. 1. — La Laponie norvégienne.
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- Norvégienne
- maître gravée sur leurs oreilles. Malgré l’existence de parcs qui s’étendent sur 10 ou 15 km, ils vivent dans une liberté à peu près totale, pâturant, où bon leur semble, le maigre lichen qui porte leur nom. Sous la garde vigilante d’un vieux mâle, aux bois magnifiques, la harde, qui se compose de cinq ou six bêtes, erre le jour à travers les plateaux arides et les solitudes marécageuses où leur pied s’enfonce à peine malgré sa finesse, si grande est la légèreté de leur marche et grâce à la conformation de leur sabot.
- Les rennes sont la providence des Lapons, auxquels ils fournissent la tente de peau, l’aliment et le lait.... Durant l’été, fuyant la présence infernale des moustiques, les « mugs », les Lapons, à la suite de leurs troupeaux, quittent la pénéplaine suédoise humide et gagnent les hauts-plateaux norvégiens de l’Ouest et du Nord-Ouest, en direction d’IIammerfest, la ville la plus septentrionale du monde. L’automne les retrouvera dans les grands centres lapons de Karesuando et de Kaulokeino.,
- Le paysage. — De Solvang à Tornetrask, la marche appelle souvent l’usage de la boussole. Pas de chemin, pas de sentier. Parfois une piste lapone, succession de cairns, c’est-à-dire de pyramides de rocaille. Totalement inutilisable en été, elle prend tout son sens et son importance en hiver, utilisant au mieux la route idéale et rectiligne des lacs et des marécages gelés.
- Les vallées latérales sont typiquement glaciaires, comme d’ailleurs la plupart des vallées norvégiennes, en forme d’U bien caractérisé. On réalise parfaitement le jeu de l’érosion millénaire, rabotant le sol, verrouillant le couloir par l’apport de ses éléments torrentiels et donnant naissance à de nombreux lacs. De l’inland-
- sis passé, rien ne demeure et les neiges aujourd’hui sont rares sur les sommets, si l’on veut bien considérer la latitude de ces régions qui s’inscrit sur le même parallèle que la banquise groen-landaise, par exemple.
- Le Gulf-Stream, qui caresse les côtes de Norvège, a été le grand élément climatique perturbateur. Sur les côtes, le climat est maritime, dans toute l’acception du terme. Mais à l’intérieur, en ces hauts-plateaux du Dividal, et d’une façon de plus en plus nette lorsque l’on progresse vers l’Est, le climat devient rude, d’une rigueur polaire. Le ciel y est généralement bien dégagé, sec, malgré les brumes fréquentes qui couvrent l’horizon de ce voile bleuâtre si particulier aux terres boréales.
- De grands lacs, les uns grandioses, les autres dantesques, rompent la monotonie du parcours. Des deux lacs Altavan et Leinavan, le premier qui mesure une quarantaine de kilomètres jouit de la renommée d’être très poissonneux. Dans ces eaux torrentielles, suroxygénées, les truites sont nombreuses. Quant au lac Tornetrask, immense couloir de 80 km de long sur une dizaine de large au maximum, ceinturé de hautes montagnes, il ne manque pas de grandeur. Il marque la frontière de la civilisation qui vient mourir sur ses rives méridionales où court la grande ligne Stockholm-Narvik par Kiruna, gisement minier qualitativement le plus riche du monde. L’énergie motrice qui permet l’exploitation de cette ligne est fournie par l’usine suédoise hydro-électrique de Porjus, située au delà du cercle polaire.
- A 50 km en aval, se trouve l’importante station d’Abisko, au seuil du grand parc national de la Suède.
- Sur la rive septentrionale, c’est la solitude de la toundra.
- Fig. 2 à 4. — A gauche : a) Huttes lapones de terre et de rondins ; b) la toundra ; à droite : la vallée du Dividal.
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- Fig. 5 et 6. — A gauche : Paysage de sous-bois : bouleaux, prêles, champignons ; à droite : Les « multers » ou ronces arctiques.
- Les derniers kilomètres du parcours sont marqués par l’apparition de plusieurs camps lapons, situés en territoire suédois dont nous venons de franchir la frontière. Frontière sans douanier, sans poste ; simple cairn de pierres amoncelées. Des rives du Lei-navan, on soupçonne déjà, dans le lointain, les taches claires du camp de Yuoskojaure.
- Les Lapps. — Enfin, sur les bords mêmes du Tornetrask, apparaît le village de Laimoviken, groupe de deux ou trois maisons de bois et d’un assez grand nombre de huttes de terre et de rondins, où vivent paisiblement quelques familles. D’un naturel extrêmement doux, les Lapons sont généralement craintifs, renfermés, le regard perdu dans la profondeur des terres que parcouraient leurs frères nomades à l’époque des grandes migrations. Buste flottant dans une large tunique, jambes serrées dans un pantalon collant et déformées par le rachitisme hivernal, tête couverte d’une espèce de képi à large pompon rouge, petits et trapus, faciès mongoloïde, lorsqu’ils ne sont pas métissés, tels sont les hommes du Grand Nord qui savent donner au mot « hospitalité » son sens le plus profond et pratiquer admirablement sa loi.
- Leurs exigences ? Elles sont faibles. Quelques vaches, la pêche,, les produits de la civilisation qui viennent jusqu’à eux commandent leur alimentation. Mais si le village a conservé son aspect et ses coutumes ancestrales, le xxe siècle les a marqués et l’on s’étonne, à bon droit, d’avoir pu entendre grésiller dans une humble demeure de bois la sonnerie du téléphone. Si paradoxal que cela puisse paraître, on pourrait, d’une demeure lapone, en bordure du lac Tornetrask, entrer en relation téléphonique avec Paris ou Constantinople.
- Par les territoires suédois, finlandais et russe, trois routes, dont une, au moins, née partiellement de la guerre, relient la Baltique à l’Océan Glacial, mais aucune route ne traverse de part en part ce district de Laponie norvégienne. Ainsi les terres lapones s’amenuisent d’heure en heure. Les chemins, chaque année, gagnent un peu plus sur le marécage et devant la double réalité de la route et du moteur s’évanouira, quelque jour, tout ce que la toundra recélait encore de mystère et de poésie.
- Pierre Gauroï.
- ERRATUM
- Dans notre numéro 3157, de mai 1948, page 157 (Une nouvelle _ 8 x 85 ^ ^ __ 8 x 85
- conception du point, du segment de droite, du fragment de plan), t2 ‘ 92
- lire la formule des figures 24 et 25 : imprimé par erreur.
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- Statistique des causes de décès
- L’article 77 et les suivants du Code civil ont prescrit les mesures à prendre pour la déclaration et la vérification des décès. Lorsqu’une personne est morte, l’officier de l’état civil doit être prévenu par les parents, les amis ou les voisins ; il se transporte auprès du cadavre, s’assure du décès, de sa date et délivre une autorisation d’inhumer 24 h au moins après la mort.
- On s’aperçut très vite que l’officier, d’état civil, maire de la commune ou l’un de ses adjoints, n’était pas compétent pour reconnaître un décès, fixer sa date et sa cause et que dans une ville, cette charge seule suffirait à occuper tout son temps.
- Dès le 21 vendémiaire an IX, le Préfet de la Seine autorisa les maires à choisir un ou deux officiers de santé pour constater les décès et en rendre compte. En 1866, le Ministre de l’Intérieur étendit cette mesure à toute la France et la rendit obligatoire.
- Malgré cela., ce n’est guère qu’à Paris qu’on appliqua la loi, un médecin de l’état civil visitant le mort, vérifiant le décès, relevant sa cause. Partout ailleurs, même dans les grandes villes, on se contenta de certificats délivrés par les médecins traitants, ou même le permis d’inhumer continua d’être délivré sans aucun constat, d’après les seules déclarations de témoins.
- En observant un délai suffisant entre le décès et l’inhumation, en attendant avant celle-ci les premiers signes de décomposition cadavérique, on évite tout risque d’ensevelissement prématuré, de mort apparente, dont la crainte bien injustifiée tourmente tant de personnes.
- L’inhumation autorisée sans constat peut, dans certains cas, laisser ignorés des crimes, des morts violentes, des suicides.
- La déclaration de la cause du décès par le médecin traitant se heurte au secret professionnel, surtout quand il s’agit d’une maladie héréditaire et familiale.
- Et cependant, l’État a besoin d’être informé très exactement, non seulement du nombre des décès, mais de leurs causes, des inégalités dues à l’âge, au sexe, aux saisons, des poussées dues aux épidémies, etc. C’est là seulement qu’il doit chercher des directives pour orienter ses efforts de tous ordres : quelles sont les maladies les plus fréquentes, dont l’étude scientifique et clinique doit être encouragée ? quelles sont les plus meurtrières, les plus particulièrement inexorables et celles qui ne sont que de rares curiosités d’hôpital P quelles sont celles envahissantes, parfois sans remèdes encore, et celles qui régressent au point qu’elles ne seront plus bientôt qu’un souvenir P La peste, le choléra, le typhus ont autrefois décimé le monde ; leurs épidémies sont devenues si rares en Europe que beaucoup de médecins d’aujourd’hui n’en ont observé aucun cas. La syphilis, les maladies vénériennes sont si énergiquement combattues par tout un arsenal thérapeutique récent que leurs pires complications n’apparaissent plus. Par contre, la tuberculose n’a pas encore trouvé de remède spécifique, malgré tous les essais tentés dont certains sont peut-être sur le point d’aboutir. Et le cancer, ou plus exactement certaines de ses formes restent incurables tandis que d’autres sont déjà jugulées.
- L’État doit connaître la situation sanitaire du pays, les statistiques de morbidité .et de mortalité, ne serait-ce que pour utiliser au mieux le budget dont il dispose, prévoir les pourcentages des lits et des services dans les hôpitaux, savoir où son effort est nécessaire et productif, là où il n’a pour l’instant aucune efficacité.
- Lorsqu’on 1919 fut créé pour la première fois un ministère de l’hygiène, la plus grande difficulté fut de savoir où porter son activité, quelle part accorder à chaque misère des hommes, quelles batailles livrer le plus activement. Depuis, le Ministère de la Santé publique lui a succédé et a acquis par l’organisation de la Sécurité sociale une telle profusion de moyens qu’on arrive à se demander si le pays pourra continuer pareil train de vie.
- Quoi qu’il en soit, de grands progrès ont été accomplis dans le domaine que nous examinons ici. Des conférences internationales
- ont fixé une. nomenclature des causes de décès comportant 200 numéros, ce qui permet de comparer les statistiques des différents pays. Le contrôle des décès par un médecin délégué de l’officier d’état civil a été organisé dans un certain nombre de villes. Le secret médical a été sauvegardé de la manière suivante : le médecin de la direction départementale de la Santé reçoit d’une part le certificat confidentiel du médecin d’état civil indiquant la cause, du décès, et d’autre part un bulletin statistique anonyme de la mairie ; il porte le renseignement médical sur le bulletin municipal qu’il envoie à l’Institut national de la statistique et des études économiques pour être exploité par les méthodes mécanographiques et mathématiques, sans qu’apparaisse plus aucune indication individuelle indiscrète.
- Le Bulletin de la Statistique générale de la France a publié l’an dernier les premiers résultats se rapportant à l’année 1945 ; il vient de faire connaître (Supplément janvier-mars 1948) les données relatives à 1946, estimées à environ 5 pour 100 près.
- La mortalité générale en France a beaucoup diminué en 1946. Elle n’a été que de 542 000 personnes, soit 134 décès pour 10 000 habitants, alors qu’elle était de 647 000 en 1938, de 656 000 en 1945 et 738 000 en 1940, années de guerre.
- En fonction de l’âge et du sexe, les taux pour 10 000 habitants à chaque âge se répartissent ainsi :
- Hommes Femmes
- Ages 1933-38 1946 1933-38 1946
- 0-1 SOS S92 619 704
- 1-4 71 53 63 47
- 5-9 20 16 18 13
- 10-14 14 12 lo 9
- 15-19 28 20 27 16
- 20-29 47 33 40 25
- 30-39 68 43 40 32
- 40-49 111 73 62 43
- 50-59 201 145 121 88
- 60-69 406 326 266 211
- 70-79 890 741 671 555
- 80 et plus .. 2 090 1 902 1 770 1 578
- La situation a donc été favorable pour tous les âges sauf pour les nourrissons de 0 à I an. L’indice de mortalité est de 30 pour 100 plus fort pour ceux-ci, alors qu’il est de 30 pour cent plus faible pour les adultes quand on le compare à celui des années d’avant-guerre.
- Les vieillards (personnes de 60 ans et plus), de plus en plus sensibles aux conditions de milieu à mesure que leur âge augmente, ont subi un taux de mortalité très élevé en 1940, année de guerre > celui-ci a baissé régulièrement depuis, sauf en 1944, année de libération ; il a été en 1946 inférieur à ceux des années d’avant-guerre.
- Les adultes ont ou, en 1946, une mortalité particulièrement faible, mais l’écart entre les deux sexes s’est maintenu élevé entre 40 et 60 ans : une fois et demie plus d’hommes que de femmes ont décédé.
- Les enfants de moins d’un an ont subi en 1946 un taux de mortalité supérieur à celui des dernières années avant la guerre, bien qu’inférieur de 30 pour 100 à celui de 1945. Sur 56 190 décès, 10 285 ont été dus à la bronchopneumonie et à la pneumonie, avec un fort maximum en mars, S 210 ont été causés par la gastro entérite avec maximum en juillet-août.
- La répartition de tous les décès d’après leurs causes donne les résultats suivants, à environ 18 pour 100 près, puisque les rubriques « causes non déclarées ou mal définies » et « sénilité » devraient être réparties entre les diverses autres.
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- Maladies de l’appareil circulatoire .........................
- Maladies du système nerveux
- et des organes des sens......
- Cancers et autres tumeurs.... Maladies de l’appareil respiratoire (tuberculoses exceptées). Causes non déclarées ou mal
- définies ....................
- Maladies infectieuses et parasitaires ........................
- Sénilité ......................
- Maladies de l’appareil digestif.. Morts violentes ou accidentelles Maladies des appareils urinaires et génitaux ...............
- Maladies de la première année. Maladies rhumatismales, générales et avitaminoses..........
- Vices de conformation congénitaux ..........................
- Maladies du sang et des organes hématopoïetiques ..........
- Maladies de la grossesse, de l’accouchement et de l’état
- puerpéral ...................
- Maladies de la peau et du tissu
- cellulaire ..................
- Empoisonnements chroniques et intoxications (éthylisme) ... Maladies des os et organes du mouvement......................
- Totaux en milliers .........
- 1936 1946 Pourcent, du sexe masculin
- — • —
- 78,6 97,1 47,6
- 65,1 67,9 46,6
- 44,2 64,7 47,4
- 71,0 00,4 50,0
- 131,7 53,6 51,4
- 64,0 49,4 57,5
- 81,0 41,2 38,1
- 31,5 28,4 55,2
- 27,9 25,0 70,0
- 23,0 24 2 59,0
- — 17,5 57,0
- — 5,3 39,6
- — 2,5 56,0
- — 2,3 52,1
- 1,3 1,0 0
- — 0,9 57,4
- — 0,7 71,4
- — 0,3 66,6
- 642,3 541,9
- Si l’on compare les années 1930 et 1946, on voit que les causes de mortalité ont tantôt augmenté et tantôt diminué, parfois de matière très marquée. Tout d’abord les causes non déclarées ou mal définies ont passé de 131 000 à 63 000, prouvant les précisions obtenues dans la déclaration des causes de décès ; il en est également ainsi des morts par sénilité réduites de moitié. Certaines autres causes marquent une forte progression, les maladies de l’appareil circulatoire, les cancers par exemple, sans que l’on puisse dire s’il s’agit d’une augmentation réelle ou d’un progrès dans les diagnostics et plus encore peut-être dans les déclarations.
- Les maladies infectieuses n’apparaissent pas aussi meurtrières
- qu’on le croit communément, puisqu’elles ne sont cause que de 9 pour 100 des décès et s’inscrivent ainsi au sixième rang seulement. Parmi elles, la tuberculose sous toutes ses formes représente 36 140 décès, soit seulement 6,4 pour 100 de la mortalité totale, se décomposant ainsi :
- Appareil respiratoire ....................:.... 28 300
- Méninges et système nerveux..................... 3 490
- Disséminées .................................... 1 360
- Os et articulations .................................... 790
- Intestins et péritoine ............................... 700
- Appareil génito-urinaire ............................... 400
- Autres localisations ................................... 110
- 35 140
- Elle est nettement en régression sur les années précédentes.
- Les autres maladies contagieuses et parasitaires sont moins redoutables et moins fréquentes, puisqu’elles n’entrent dans la statistique de 1940 que pour les nombres de décès suivants :
- Septicémies ................................ 2 870
- Maladies diverses .......................... 2 770
- Grippe ..................................... 2 450
- Diphtérie ................................. 2 110
- Tétanos ...................................... 940
- Typhoïdes et paratyphoïdes ................... 890
- Rougeole ..................................... 660
- Coqueluche ................................... 480
- Méningite cérébro-spinale .................... 390
- Poliomyélite et polioencéphalile...... 260
- Dysenteries .................................. 150
- Brucelloscs ................................... 80
- On aimerait connaître l’importance des maladies vénériennes : syphilis, blennorragie, qui ne figurent pas sous ce litre dans la nomenclature.
- Dans l’ensemble, l’état démographique de la France apparaît très supérieur à ce qu’il était' avant-guerre. La nuptialité et la natalité se maintiennent bien plus fortes, la mortalité est relativement basse ; la population s’accroît légèrement. Il est trop tôt pour parler d’un changement d’orientation dans un domaine aussi complexe et aussi sensible à chaque conjoncture. Mais les progrès très rapides de la technique thérapeutique font espérer que la mortalité continuera d’être réduite en même temps que la morbidité. Puisse notre pays se peupler ainsi d’une masse d’habitants sains et actifs, sans avoir à faire appel à une immigration excessive !
- La lutte contre les piroplasmoses bovines en Afrique du Nord.
- L’entomologiste d’il y a 100 ou 150 ans se trouvait en face d’un énorme travail d’identification et de classification ; d’où l’absolue nécessité de constituer des collections. L’entomologiste, comme tous les naturalistes, fut d’abord, par nécessité, un collectionneur. Certains s’imaginent à tort que l’entomologie s’arrête à la systématique, à la collection et comprennent assez mal quel est son but, son utilité. Mais les insectes sont un monde immense et qui louche l’homme de diverses façons : en lui prenant sa nourriture, en lui transmettant des maladies, etc. En fait, le médecin, l’ingénieur agronome, le vétérinaire sont obligés, devant certains problèmes, de s’adresser au spécialiste qu’est « l’amateur d’insectes » pour lui demander de reconnaître l’ennemi. Je voudrais en citer ici un exemple particulièrement remaquable.
- Dans sa séance du 7 mars 1914, la Commission instituée par le Gouverneur général de l’Algérie en vue de donner son avis sur les questions diverses concernant l’élevage en Algérie, émettait le vœu que « l’Institut Pasteur soit invité à étudier plus particulièrement la piroplasmose ». La piroplasmose bovine est une des maladies infectieuses les plus redoutables qui s’attaquent aux bovins d’Afrique du Nord.
- Si l’on tient compte que les microbes des piroplasmoses bovines sont transmis par des tiques et que l’on rencontre jusqu’à cinq genres et huit espèces de tiques sur les bovins en Afrique du Nord, on comprendra aisément que le rôle de l’entomologiste, dans
- la tâche confiée à l’Institut Pasteur par la Commission de l’Elevage, ait été important. Il fallait avant tout receuillir, reconnaître et classer les tiques, étudier leur morphologie, leur biologie, leur histologie. Il est bien évident que ces données étaient à la base des travaux entrepris et que rien d’utile ne pouvait être fait concernant les piroplasmoses bovines avant une étude approfondie des arthropodes qui les transmettent. Une équipe de savants se mit à l’œuvre, comprenant entomologistes, bactériologistes, vétérinaires. Qu’il me soit permis de leur rendre hommage en citant textuellement les résultats obtenus, tels qu’ils les annoncèrent à Alger en 1945 (*) : « Nous avons pu montrer l’existence dans l’Afrique du Nord française de cinq infections du sang des bovins dues à des piroplasmes sensu lato, en déterminer les caractères différentiels, découvrir les tiques qui les transmettent, préciser leurs rapports de parenté ou de dissemblance avec d’autres piroplasmoses des deux continents et instituer des méthodes de vaccination préventive, en un mot répondre — nous le pensons du moins — aux désirs de la Commission de l’Élevage, des vétérinaires et des Colons ».
- Robert Jacques,
- Membre de la Société Entomologique de France.
- 1. Edmond Sergent, A. Donatien, L. Parrot et F. Lestoquar». Études sur les piroplasmoses bovines. Institut Pasteur d’Algérie, Alger, 1945.
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- QUELQUES NOUVEAUX ÉLÉMENTS GALVANIQUES
- Pour terminer la description des nouveaux éléments galvaniques qui ont fait leur apparition au cours de ces dernières années, pour répondre en particulier à des problèmes posés par les différents Services techniques des armées alliées, étude que nous avons commencée avec la description des piles sèches do longue conservation et capables de fonctionner aux très basses températures (la Nature, n° 3140 du 13 juillet 1947) et qui a été continuée ensuite avec l’examen des possibilités d’emploi du magnésium dans la fabrication des piles sèches {La Nature, n° 3153 du 1er mars 1948), nous examinerons dans cet article quelques éléments entièrement nouveaux par leur principe, ainsi que des modifications apportées à des piles d’un principe déjà connu, mais qui en ont modifié profondément les performances.
- mière colonne indique en ampères le courant obtenu en mettant ces piles en court-circuit ; la seconde le nombre de décharges d’une durée de 1 s obtenues en déchargeant 3 piles en série dans une résistance de 1/8 d’ohm (correspondant à l’alimentation de 3 ampoules et de l’électro-aimant qui commande l’obturateur) ; la troisième enfin le nombre de décharges de 1 s dans une résistance fixe de 1/4 d’ohm (une lampe et la commande de l’obturateur).
- On voit que c’est surtout pour de forts régimes de décharge qu’apparaît la supériorité de ces piles.
- Piles à depolarisation par l’air.
- Piles sèches à fort débit.
- Ces piles appartiennent à la catégorie des piles Leclanché, leur construction est spéciale pour leur permettre d’assurer de très forts débits et elles ont été utilisées pour la commande de l’obturateur des appareils de photographie et la prise d instantanés dans des lieux obscurs, ainsi que pour assurer l’allumage de modèles réduits de moteurs à explosion.
- Comme les piles Leclanché commerciales, dont elles ont les mêmes dimensions, elles comportent une cathode de zinc, une anode en charbon entourée d'un mélange dépolarisant, l’électrolyte étant constitué par une solution immobilisée de chlorure d’ammonium. Pour réduire au minimum la résistance intérieure de ces éléments, la couche d’électrolyte immobilisé constituée par de l’amidon imprégné de sel ammoniac, couche qui dans les piles ordinaires atteint au moins 2 cm d’épaisseur, ne représente qu’une simple pellicule do 0,8 mm d’épaisseur seulement qui est déposée par centrifugation à l’intérieur du boîtier en zinc. En outre, le mélange dépolarisant est rendu extrêmement conducteur et est obtenu en malaxant 40 parties en poids de bioxyde de manganèse, 60 parties d’un mélange de graphite et de noir d’acétylène, avec une solution de 10 parties de sel ammoniac dans 120 parties d’eau. C’est le noir d’acétylène qui communique à ce mélange une grande conductibilité. Toutefois, le bioxyde de manganèse ulilisé, produit artificiel obtenu par voie électrolytique qui a remplacé le produit naturel importé d’Afrique, a joué un rôle important dans la mise au point de ces piles à haut débit. Comme ce mélange spécial est très collant et spongieux, il n’est plus possible de fabriquer la poupée de la pile par les procédés habituels : il est donc boudiné sous forme d’un tube que l’on découpe à la longueur voulue et au centre duquel on introduit l’anode de charbon.
- Le tableau I ci-dessous donne à titre d’exemple les caractéristiques de ces nouvelles piles comparées à celles de piles plus anciennes de même dimension, utilisées par exemple pour le garnissage des lampes torches ou par les photographes. La pre-
- Les améliorations apportées à ces piles déjà bien connues avant guerre ont permis de réaliser des modèles de longue durée de conservation et d’autres présentant sous un encombrement et un poids réduits, une capacité
- Cartouche de sou de caustique
- Orifice de remplissage
- élevée. Ces éléments ont été utilisés pour l’alimentation des postes radio portatifs, les installations téléphoniques de campagne, par les chemins de fer pour l’alimentation des signaux, pour l’éclairage des installations de régulation de trafic routier; enfin pendant la guerre, on les a employées en grande quantité pour l’éclairage des postes de commandement de campagne, des hôpitaux de première ligne, des cuisines de troupe, etc....
- L’élément pour radio, livré et conservé à l’état sec jusqu’à mise en service, de 600 Ah de capacité, est contenu dans un boîtier en matière plastique de 13,5x16,8 x 27 cm. Il contient une cathode de charbon mesurant 13,5x16,8x3 cm, deux
- plaques de zinc amalgamé, le tout entouré de soude caustique hydratée, NaOH, H20 fondue. Lorsqu’il est convenablement scellé, un tel élément peut se conserver pendant des années et sa mise en service consiste simplement à déboucher l’orifice de remplissage, à enlever la capsule qui protège le haut de l’électrode de charbon, pour permettre à cette dernière de respirer e.t à remplir l’élément d’eau. Celle-ci dissout rapidement la soude et active par conséquent la cellule. Pour éviter les inconvénients qui
- Fig.
- 1. — Coupe d’une pile radio à dépolarisation par l’air.
- Tableau I
- Nombre de décharges de 1 s dans une résistance fixe de
- Type de pile Courant de court-circuit
- i/8 ohm 1/4 ohm
- Pile de photographe de grand débit .... 20 A 170 500
- Pile de lampe torche 7 A 0 380
- Piles de photographe d'un modèle ancien . . 2,5 à 14,9 A 0 à 75 495 à 550
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- résultent d’une répartition irrégulière de la soude dans toute la hauteur de l’élément et la création d’une pile de concentra-
- • tion, les électrodes de zinc sont plus épaisses à leur partie supérieure et une cartouche additionnelle de soude caustique additionnée de chaux pour réduire la vitesse de dissolution de la soude, est placée à la partie supérieure de l’élément.
- En outre, il est prévu, au fond du .bac, une briquette de chaux (additionnée de flocons de cellulose pour la rendre plus poreuse) qui, en réagissant avec les produits résultant de l’attaque de l’électrode de zinc (zincate de sodium) régénère la soude caustique et prolonge la vie utile de la pile (fig. 1).
- Une pile de ce type, pesant sèche 5,2 kg et remplie d’eau 7,2 kg, a une force électromotrice de 1,46 V et une tension moyenne au cours d’une décharge à 0,65 A de 1,14 Y.
- D’autres modèles destinés à l’éclairage et à la signalisation peuvent fournir 500 Ah sous 1,13 Y au régime de décharge continu de 2 A, ou encore fournir des décharges discontinues au régime de 3 A (lig. 2). De tels éléments sont nettement supérieurs aux éléments Lalande à l’oxyde de cuivre, par la régularité de leur tension (fig. 3), et un dispositif leur a été adjoint qui permet à l’usager de se rendre compte de l’usure prochaine de la pile. Ce dispositif est constitué par de minces feuilles de zinc dont l’iisure facilement visible indique en temps utile la mise hors service prochaine de la pile.
- Fig. 2. — Pile à dépolarisation par Pair pour la signalisation.
- 12,0
- 11,0
- 10.0
- 9.0
- 8,0
- 7.0
- ! 11.0 J 10,0
- 9.0
- 80
- 70
- 60
- 0 50 100 150 200 250 300 350 400 450 500 550
- Ampères heures
- Fig. 3. — Comparaison de la décharge à -J- 25° et à O0 d’une pile à dépolarisation par l’air et d’une pile à l’oxyde de cuivre.
- Batterie de 3 éléments à depolarisation par l’air Batterie de 16 piles Lalande
- \ -Y..
- \
- — —
- —
- Température ambiante: 25 °C ''s.
- >
- \
- Température ambiante •• 0°C *
- N, N '
- ~\
- Piles à oxyde d’argent.
- Cette pile, dont le principe s’inspire de celui des accumulateurs à l’argent dont il a été parlé à plusieurs reprises, comporte une anode en bioxyde d’argent AgO, une cathode en zinc, l’électrolyte étant constitué par une dissolution aqueuse de potasse. EUe utilise la propriété que
- Bouchon Disque de scellement
- Bac en polystyrène
- possède l’oxyde d’argent, bon conducteur, de fournir 2 faradays par atome - gramme d’argent, à une tension élevée, dans des conditions qui permettent de maintenir un voltage de la pile très constant, jusqu’à ce que la réduction de l’oxyde soit presque complète. La tension de cette pile pour un régime normal de décharge est très voisine de 1,5 V et elle peut fournir, le cas échéant, des débits très élevés, atteignant par exemple
- 31 A par décimètre carré de surface d’électrode.
- Connexion
- 'soudée
- d’argent
- Fig. 4.
- Disque de scellement
- Coupe d’une pile à l’oxyde d’argent.
- En outre, malgré la solubilité appréciable de l’oxyde d’argent dans la potasse, on est parvenu, par l’emploi de séparateurs appropriés, en particulier séparateurs en amiante séparant les électrodes, à réaliser des éléments capables de conserver la plus grande partie de leur capacité, même après un stockage de deux mois à une température de 54°.
- Pratiquement, la pile se prépare en garnissant une toile do cuivre d’une pâte de chlorure ou d’oxyde d’argent, la plaque ainsi obtenue étant alors chargée dans une solution de potasse à 5 pour 100, ou encore en comprimant un cylindre de pâte d’oxyde d’argent autour d’un fil de ce même métal. La négative est constituée par une feuille de zinc, formée généralement en forme de boîtier, et l’espace entre électrodes est rempli de fines fibres d’amiante imprégnées de solution de potasse. La figure 4 montre le schéma d’une pile d’essai logée dans un cylindre de polystyrène.
- Le tableau II ci-dessous permet de comparer les caractéristiques électriques théoriques d'une pile à l’argent et d’un accumulateur au plomb.
- Ces éléments ont principalement été utilisés pendant les hos-
- Tableau II
- Couple Produits Gr. par Faraday Ah par kg Tension en décharge Wh par kg
- Oxyde d’argent. Zinc. AgsOV Zn. KOH à 25 pour 100 62 32,7 112 130 1,5 V 195
- Plomb. Oxyde de plomb. PbO2. Pb. SO'Il2 à 35 pour 100 419.6 103.6 280 54 2,0 Y 108
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- tilités pour l’alimentation des postes émetteurs des ballons-sondes, des détecteurs de mines, des fusées à proximité et de nombreux engins spéciaux.
- Piles au mercure.
- Vers la fin des hostilités, il n’était question, parmi les spécialistes que d’une pile américaine présentant des propriétés
- Pile Ruben Pi te sèche ordinaire
- k
- \ V
- \ s Sv \ \
- Décharge continue sur 5ohms à 21° G i i 1 ' ^ ^
- __________i_________i_________|________________________________________LJ________
- 0 10 20 30 40 50 60 70 80
- Capacité en heures
- Fig. 5. — Comparaison en décharge sur 5 ohms d’une pile Ruben et d’une pile sèche ordinaire.
- exceptionnelles et qui servait principalement à l’alimentation fies postes de radio portatifs, mais également à l’alimentation des détecteurs de mines et de tous les appareils électroni-
- Fig. 6. — Quelques types de pile Ruben à cathode en rouleau.
- ques utilisés par les armées américaines. Nous savons, aujourd’hui qu'il s’agit d’une pile au mercure, appelée élément Ruben
- Scellement Couvercle Bande de zinc Absorbant
- amalgame pour electrolyte
- Isolant -
- Dépotansant
- Bottier
- Séparateur
- Fig. 7. — Coupe d’une pile Ruben à cathode en rouleau.
- Fig. 8. — Pile Ruben à cathode en poudre comprimée.
- acier comportant comme dépolarisant de l’oxyde de mercure. Un élément de ce genre se caractérise par une énergie massique très grande, puisque théoriquement il est possible d’obtenir 130 mA-h par gramme de matière active. La force élec-tromotrice d’un élément de ce genre est de 1,34 V et sa tension en décharge, fonction évidemment du régime, est comprise entre 1,24 et 1,31 V. Ce qui fait l’intérêt de cet élément, outre sa grande capacité massique et ses excellentes qualités de conservation, c’est la remarquable constance de sa tension en décharge qui fait que, si initialement sa tension est légèrement inférieure à celle d’une pile sèche, ce qui d’ailleurs réduit les risques de grillage des ampoules, cette légère infériorité est plus que compensée par la régularité de la tension pendant la décharge qui devient donc rapidement supérieure à celle d’une pile sèche ordinaire.
- La figure 5 reproduit par exemple les courbes de décharges de deux piles de lampe torche, sur résistance de 5 ohms. On voit la remarquable constance de la tension de la pile Ruben dont la durée de décharge est en outre considérable par rapport à celle de la pile sèche ordinaire, si l’on admet que la décharge utilisable s’arrête pratiquement lorsque la tension s’abaisse à 0,75 V.
- Deux constructions différentes ont été adoptées pour l’exécution de ces piles miniatures : la construction en rouleau et la construction avec cathode comprimée. Dans la première dont la figure 6 reproduit quelques exemples et la figure 7 une coupe schématique, la cathode est constituée par une feuille de zinc ondulée de 0,13 mm d’épaisseur enroulée sur elle-même, alors
- dément Com
- Electrode de
- zinc en poudre
- ------+--------
- Isolant
- Dépola -ri sont
- Boîtier
- Absorbant pour électrolyte
- Séparateur
- Fig. 9. Coupe d’une pile Ruben à cathode en poudre comprimée.
- du nom de son inventeur, constituée théoriquement d’une cathode en zinc, d’un électrolyte formé par une solution aqueuse de potasse contenant du zincate de potassium et d’une anode en
- que dans l’autre construction, la cathode est constituée par une pastille de poudre de zinc amalgamé, comprimée.
- La figure 8 donne une idée de la grandeur d’ùne pile de ce
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- type, d'une capacité de 2,3 Ah, comparée à celle d’une boîte d’allumettes et la figure 9 une coupe schématique de cet élément. L’électrolyte est une solution de- potasse contenant du zincate de potassium dont on imprègne une feuille de papier absorbant placé au contact intime de l’électrode de zinc. Le boîtier en acier constitue l’anode et renferme la charge de dépolarisant constituée d’oxyde de mercure mélangé intimement avec du graphite afin de réduire la résistivité de ce dépolarisant. Anode et cathode sont enfin séparés par une feuille de papier parchemin.
- Le Handie-Talkie américain était alimenté par une batterie do 103 Y comportant 72 éléments de 000 mA-h et constituée de 4 baguettes comportant chacune 18 cellules minuscules, baguettes que l’on réunissait en série pour obtenir la tension nécessaire à l’alimentation du poste (fig. 10). Le poste Walkie-Talkie comportait une batterie de 152 éléments divisée, en trois groupes : un groupe de 32 éléments de 1,7 Ah., montage série parallèle constituant la batterie de chauffage, et deux batteries : l’une de 70 éléments de 1,7 Ah en série, l’autre de 50 éléments de 1 Ah en série, constituant le^ batteries de tension plaque.
- On prévoit que ces piles trouveront d’importants débouchés en temps de paix : lampes portatives miniature, appareils de surdité, instruments géophysiques, appareils radio portatifs, etc....
- Piles A. S.
- Cette pile, ainsi dénommée du nom de son inventeur Alfred Schmid, a été utilisée en Allemagne vers la fin des hostilités à un moment où le manque de matières premières ne permettait pas à l’industrie allemande de fournir en quantité suffisante, en particulier aux services de la Défense passive, les appareils d’éclairage nécessaires. Elle comporte une anode en carbone de forme parallélipédique et une cathode cylindrique en zinc amalgamé, l’électrolyte étant constitué par une solution d’acide sulfurique contenant de l'acide perchlorique. Il s’agit donc d’une pile à dépolarisant liquide qui en principe devrait donner des débits considérables.
- Fig-. 10. — Handie-Talkie et sa batterie de piles.
- On sait toutefois que dans les piles de construction courante, il n’en est généralement pas ainsi, par suite des phénomènes de solvatation des molécules d’acide perchlorique. Il en résulte que ces molécules sont en mauvais contact avec le charbon, d’où réduction de l’action dépolarisante. Cette difficulté a été tournée en ayant recours à un corps intermédiaire qui
- oxyde l’hydrogène transporté à l'électrode de carbone en se réduisant et qui est, à son tour, oxydé par l’acide perchlorique.
- En autre inconvénient d’une telle pile résulte des dégagements gazeux provenant de l’action de l’électrolyte sur le zinc, qui ne permettent pas, avec une construction ordinaire, de réaliser des éléments étanches. Cette difficulté a été également surmontée en imaginant une pile à basculement, ce qui permet, en période de non utilisation de l’élément, de placer le zinc à l’abri de tout contact avec l’électrolyte. En outre, par l’adjonction à l'électrolyte d’un corps stabilisant, on évite pendant la période de fonctionnement, les phénomènes secondaires avec dégagement d’hydrogène.
- La courbe de décharge d’une pile à 1 élément analogue à celle reproduite sur la figure 11, est semblable à celle d’un accumulateur au plomb avec une tension néanmoins légèrement plus faible et égale à 1,25 Y pour un débit de 0,2 A. La pile se régénère en procédant au changement de l’électrode de zinc qui est simplement vissée sur le boîtier de la pile et par renouvellement de l’électrolyte usagé.
- Des piles de ce genre ont été également construites pendant la guerre pour servir de piles de secours, destinées par exemple à assurer le démarrage de moteurs à explosion, en cas de déficience de la batterie de bord. Les éléments étaient conservés secs et remplis d'électrolyte au moment de l’emploi.
- Piles à l’acide perchlorique.
- Pour terminer, nous dirons quelques mots d’un élément galvanique qui constitue en quelque sorte une transition entre la pile ou élément primaire non rechargeable et l’accumulateur ou élément secondaire réversible. On sait qu’un accumulateur est constitué d’une cathode en plomb spongieux, d’une anode en peroxyde de plomb, le tout plongeant dans un électrolyte constitué par une solution aqueuse d’acide sulfurique. Pendant la décharge, la matière active des deux électrodes se transforme en sulfate de plomb (substance insoluble) et si cette insolubilité est un facteur de longue durée de la batterie, car le squelette des plaques reste inchangé, par contre le colmatage des pores des matières actives, dû à la formation de ce sulfate de plomb, entraîne une diminution des performances électriques de l’élément. En effet, le bouchage des pores interdit peu à peu l’accès de l’électrolyte et, en outre, la matière active en se recouvrant peu à peu de sulfate de plomb ne peut plus intervenir dans les réactions électrochimiques, de sorte qu’un tiers à peine de cette matière est pratiquement utilisé.
- Fig. 11. — Pile A. S.
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- Fig. 12. — Dispositif de remplissage des piles à l’acide perchlorique.
- On a donc songé à remplacer l’acide sulfurique par un acide formant avec le Aplomb des composés solubles, comme par exemple l’acide percblorique. Dans ces conditions, les perchlorutes de plomb qui se forment aux deux électrodes se dissolvent dans l’électrolyte en renouvelant continuellement la surface des matières actives et on parvient ainsi à utiliser complètement ces dernières, sans diminution du rendement de l’élément.
- Un élément à l’acide perchlorique, en donnant une tension en décharge voisine de celle que l’on obtient avec l’élément à l’acide sulfurique, aura donc une. capacité massique bien supérieure, il pourra fonctionner à des températures beaucoup plus basses, mais par contre un élément de ce genre n'est, pas rechargeable et il ne doit être rempli d’électrolyte qu’au moment de l’emploi de la cellule, au moyen d’un dispositif spécial tel que celui représenté sur la figure 12.
- Cette pile a été utilisée principalement pour la confection de batteries d’alimentation des radio-sondes. Dans le but de réduire au minimum le poids de tels éléments, ceux-ci comportent des
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- grilles formées de toile de nickel sur lesquelles sont déposées par voie électrolytique une couche de plomb formant cathode ou de peroxyde de plomb formant anode. A titre d'exemple, voici le détail du poids d’une batterie de radio-sonde comportant une batterie de chauffage de deux éléments et une batterie de tension de 49 cellules :
- Bacs et couvercles (polystyrène) .............. 107 gr
- Plaques (positives et négatives) :
- Batterie de chauffage ............................ 60 »
- Batterie de tension ............................ 106 »
- Séparateurs (polystyrène) :
- Batterie de chauffage ............................. 2 »
- Batterie de tension ............................... 1 »
- Poids total de la batterie sèche ................ 2S0 »
- Poids de la batterie garnie d’électrolyte ....... 395 »
- Dans le tableau III ci-dessous, nous avons indiqué l’énergie massique de batteries de piles sèches ou d’éléments à l’acide perchlorique utilisés pour l’alimentation des radio-sondes en considérant des valeuis différentes pour les tensions de fin de décharge. Ce tableau met en évidence la supériorité considérable des piles à l’acide perchlorique, surtout lorsqu'on limite les décharges à une valeur élevéé de la tension.
- Il est à signaler que l’acide perchlorique concentré est un produit assez dangereux. Il peut exploser en effet en présence de poussières organiques. Dans la pratique, les batteries de ce genre sont garnies d’acide perchlorique à 50 pour 100 de concentration, l’acide de concentration supérieure présentant trop de danger d’emploi. Il est peu probable, pour cette raison, que de telles batteries trouvent des applications commerciales pour des usages de temps de paix, mais il est néanmoins intéressant de savoir que l'on peut considérablement améliorer le rendement d’une simple batterie au plomb par le seul changement de son électrolyte.
- Nous avons, dans ce qui précède, résumé quelques-uns des principaux progrès réalisés dans le domaine des éléments galvaniques. Il est intéressant de souligner que, malgré les très nombreuses recherches entreprises dans ce domaine qui semblait bien épuisé, l’ingéniosité humaine, jointe dans certains cas, à l’apparition de produits nouveaux, ou de techniques modernes; a permis de créer des nouveautés intéressantes dans une branche que l’on aurait pu croire fermée à tout progrès capital.
- Georges Géînin, Ingénieur E.P.C.I
- Tableau III
- Type de batterie Poids en gr Tension finale : 2,8 Vpour la bat teriede chauffage (A 80 V pour la batterie de tension (Bi Capacité en Wh Tension finale : 2 V pour la batterie de chauffage (A) 68 Y pour la batterie de tension (B) Capacité en Wh
- Batterie A Batterie B Batterie A Batterie B
- Balterie de piles sèches utilisées par le Bureau météorologique américain 345 0 0,40 1,91 4,46
- Batterie de piles sè lies utilisées par la Marine américaine 640 0 0,90 0,79 7,17
- Batterie de piles à Tacide perchlorique . . . 395 2,97 5,18 3,26 6,00
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- Le problème alimentaire en Grande-Bretagne
- C ontempler les difficultés de ses voisins peut être, une façon de se consoler de ses ennuis et si la France se débat au milieu de problèmes presque insolubles, les autres pays ne sont pas non plus exempts d’embarras.
- Pour comprendre le problème alimentaire en Grande-Bretagne il faut remonter au xixe siècle. Jusqu'alors la Grande-Bretagne — comme le reste du monde d’ailleurs — avait produit elle-même sa nourriture, à quelques choses près, le sucre, le thé, le café, les épices, et l’industrie qui s’était lentement développée depuis le xvine siècle n’occupait encore que peu de bras.
- Débarrassée de Napoléon et de la France, trouvant dans ses mines de houille la puissance du machinisme naissant, la Grande-Bretagne devint la première nation industrielle et commerciale du monde. En quelques décades, toutes les industries s’y développèrent, la production d’acier devint considérable ; les tissages se multiplièrent ; la flotte se répandit sur toutes les mers.
- Les produits industriels se vendaient bien et partout. Entrepreneurs, banquiers, commérants, envisagèrent une ère de prospérité dont on ne pouvait prévoir la fin.
- Le monde entier est avide de produits industriels. La Grande-Bretagne qui est presque le seul pays à les fabriquer peut les vendre à ses prix et faire d'immenses bénéfices. Les villes s’élargissent, les campagnes se dépeuplent. Qu’importe ! il faut des bras pour les usines et on peut aisément acheter à l’étranger le blé et la viande ; on les achète même fort bon marché. L’Amérique est encore un pays agricole et même après la guerre d’indépendance reste pour la Grande-Bretagne un marché. Pour me limiter à un petit exemple, Washington achetait ses souliers à Londres. Non seulement les colonies anglaises, mais l’Amérique du Sud, la Chine et bien d’autres échangent leur blé, leur sucre, leur thé, contre les cotonnades et autres produits industriels anglais.
- L’agriculture anglaise fit les frais de l’opération. Pourquoi continuer de produire très cher du blé qu’on peut acheter à vil prix en Europe, en Argentine, en Amérique, au Canada ? Mieux vaudrait ne pas s’obstiner à soutenir une agriculture qui ne paie plus.
- Les industriels cherchent de la main-d’œuvre bon marché. On ne peut pas offrir de bas salaires aux ouvriers quand le blé est cher et le blé sera cher tant qu’on s’obstinera à le produire eh Grande-Bretagne, dans des conditions anti-économiques. C’est alors que se développa une attaque de grand style contre les lois agraires, spécialement la « corn-law ». Une ligue contre la « corn-law » se fonda-, avec Cobden à sa tête. Pendant des années, elle remua le pays. En 1846, le Parlement céda et l’agriculture britannique fut sacrifiée.
- Désormais on achètera les produits alimentaires aux pays étrangers que leur position géographique prédispose à produire blé et grains à bas prix et on leur vendra en échange des produits industriels, non sans bénéfices substantiels.
- En théorie, l’opération est rationnelle et devrait profiter à chacune des deux parties. En fait, la situation est inégale et favorise le pays industriel. Il y a de par le monde pénurie de produits fabriqués : la loi de l’offre et de la demande joue. La Grande-Bretagne, appuyée par sa flotte de commerce et ses banques, s’enrichit. Elle investit ses capitaux partout, construit des chemins de fer en Amérique du Sud. prête de l’argent à tous les pays et devient le banquier du monde.
- L’exemple était trop tentant pour ne pas être imité. D’autres pays s’industrialisent aussi (Allemagne, France, Belgique).
- La première guerre mondiale amena des changements profonds dans cette situation. Il serait faux de dire qu’elle provoqua brusquement l’industrialisation de certains pays, surtout des neutres, mais elle accéléra l'évolution du monde, transforma les Etats-Unis en exportateurs, leur ouvrit le Pacifique par l’ouverture du canal de Panama. En effet, les pays agricoles fournisseurs de denrées alimentaires s’étaient déjà aperçus qu’ils s’appauvrissaient et s’étaient mis à construire des usines pour se libérer de l’emprise européenne et surtout britannique. La guerre de 1914-1918 leur facilita la tâche. La Grande-Bretagne ne pouvait plus leur fournir les produits industriels dont ils avaient besoin ; bien plus elle leur en demandait pour les champs de bataille.
- "En 1920, là position 'de "la Grâhdé-Brètàghè" frétait plus aussi exclusive qu’avant guerre, mais dans l’ensemble elle restait encore brillante. Le problème des marchés se posait de façon aiguë ;
- une partie de l'argent «placé à l’étranger avait été dépensé pour faire la guerre, mais1; iLSrestait encore de grandes réserves. Il était toujours possible de vendre cher des produits industriels et d’acheter bon marché les’ denrées alimentaires. L’agriculture anglaise à laquelle il avait fallu redonner un peu de vie pendant la guerre fut de nouveau sacrifiée.
- La deuxième guerre mondiale vient .de mettre brutalement fin à la situation créée en 1846 avec, l'abolition des lois sur le blé.
- Pour poursuivre pendant six ans la guerre contre Hitler, la Grande-Bretagne â'dû encourager ses-Dominions à s’industrialiser encore plus. Elle leur a envoyé des techniciens, des machines et s’est ainsi créé de nouveaux concurrents pour ses propres usines.
- De plus, le prix des produits agricoles a considérablement augmenté. Il a crû pour de nombreuses raisons : le standard de vie s’est élevé et les paysans mangent mieux, la guerre a provoqué des famines et la loi de l’offre et de la demande a joué et joue encore en sens inverse du passé.
- La Grande-Bretagne peut encore exporter ses produits industriels parce que le monde manque de tout, mais les marchés se réduisent et alors qu’autrefois elle exportait des produits de consom-maliton, elle exporte maintenant les machines pour faire ces mêmes produits. Elle vend encore des cotonnades, mais elle vend aussi les machines pour les fabriquer. L an dernier, une usine de tissage entière fut vendue à la Hongrie. Cela peut durer un certain temps, cela pourra même durer assez longtemps mais le processus qui fit la fortune de l’Angleterre ne peut plus se répéter indéfiniment.
- De plus, la Grande-Bretagne a perdu une part de ses placements à l’étrange;-. Us ont été dépensés pour faire, pour gagner la guerre. Elle n’a à peu près plus d’argent placé à l’étranger et vient même de vendre au gouvernement argentin les chemins de fer qu’elle avait créés dans ce pays. Que faire ? Le gouvernement britannique cherche la solution de divers côtés.
- D’abord, par des accords avec les Dominions et l’Irlande, il s’efforce de leur vendre ses produits industriels et de les persuader d’augmenter leurs productions agricoles.
- Puis il désirerait renforcer sa position en Europe. Entre tes deux guerres, c’était la France qui cherchait à persuader l’Angleterre que celle-ci était une puissance européenne, qu’elle devait avoir une politique européenne stable, basée sur des alliances durables. Actuellement au contraire, c’est la Grande-Bretagne qui cherche à se rapprocher de l’Europe et la France semble recevoir non sans réserves ses propositions de fédération européenne.
- Une troisième solution devant les marchés qui se ferment et les denrées agricoles qui renchérissent-, c’est de développer l’activité des colonies. La Grande-Bretagne n’y a pas manqué. Elle possède en Afrique des colonies importantes. Depuis deux ans des travaux considérables y ont été entrepris pour produire des matières grasses. De grands efforts ont été engagés ces dernières années dans les plantations d’Afrique et les projets gouvernementaux sont en bonne voie de réalisation.
- En attendant, la Grande-Bretagne doit importer près des deux tiers de sa nourriture, et si elle n’est pas autant que nous privée de devises pour l’acheter, tout au moins ne veut-elle pas indéfiniment s’appauvrir.
- La situation difficile devant laquelle se trouvent les Britanniques les a incités à reviser leur conception triomphante du xix6 siècle et à se demander si l’agriculture sacrifiée dans leur métropole ne devrait pas y être ranimée.
- Quelques-uns pensent qu’avec une meilleure organisation, on pourrait arriver à produire dans les Iles Britanniques elle-mêmes toute la nourriture nécessaire pour y maintenir en vie les quelque 47 millions d’habitants quelles comptent actuellement. D’après certains, il suffirait de dépenser deux milliards de livres sterling pour l’équipement agricole du pays, la mise en état du sol, l’achat des machines et des engrais nécessaires. La somme est énorme et tout le monde n'est pas d’accord sur le résultat qu’on en pourrait espérer.
- Comme on le voit, la Grande-Bretagne est en face de difficultés qu’elle ne pouvait imaginer il y a un siècle ; elle les résoudra sans aucun douté, mais par des Sroies qui n’apparaissent pas encore clairement.
- Dr Gabriel Mouchot.
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- HACHETTE (1800-1864)
- libraire de grande classe.
- A quoi tiennent les destinées ?
- Louis-Christophe-François Hachette naquit dans les Ardennes, à Rethel, en mai 1800. Dès son jeune âge, il marqua une tendance très nette à l’enseignement. Ce fut par le livre qu’il réalisa son programme. En 1819, il entra à l’École normale supérieure, section des lettres.
- Il est intéressant d’exposer ici la part qui revient à sa mère dans cette réussite. Son père, esprit peu pratique et qui mourut assez jeune, avait laissé les siens dans une situation précaire. Mme Hachette, femme fière, au grand cœur, refusa les secours qui s’offraient à elle. Sa décision fut vite prise : il fallait aller à Paris, pour donner à ses fils cette instruction dont ils se montraient si avides, Louis surtout.... Les enfants furent d'abord élèves dans une pension chrétienne primaire, proche Saint-Séverin. Puis il fallut songer au lycée.
- Mais comme elle était Hors d’état de payer les frais de scolarité à Louis-le-Grand, Mme Hachette accepta, courageusement, la. place de seconde lin-gère au lycée. Celte humble position — et Hachette n’oublia jamais ce beau dévouement maternel — lui permit de voir ses fils (le second, Édouard, devait . mourir à vingt ans) admis comme internes à Louis-le-Grand.
- Hachette terminait brillamment ses études à Normale, lorsque l’École fut licenciée en septembre 1822, fermeture qui l’éloigna du professorat, avec nombre de ses camarades distingués, les Georges Farcy, historien politique et parlementaire, les Gérusez, agrégé, suppléant de Villemain à la Sorbonne, les Quicherat, créateur des dictionnaires latins, auteur d’ouvrages classiques estimés, les Bascou....
- Au contact de ces érudits, de ces savants philologues, Hachette conçut le projet de fonder une librairie classique qui éditerait les ouvrages de ses amis, et de tous ceux qu’animait l’amour des belles lettres.
- Il se prépara à ses futures occupations professionnelles, et, dans ce but, il se consacra, durant plusieurs années, à l’étude du droit d’une part, à la pratique des affaires commerciales, d’autre part.
- Fortement armé pour la vie d’éditeur, il fonda, en 1826, une librairie qui prit pour devise : Sic quoque docebo. Pendant un quart de siècle, il publia un grand nombre d’ouvrages littéraires et scientifiques qui se sont largement diffusés en France et à l’étranger. Hachette dépensa une activité énorme et rendit au monde savant, au grand public, des services inappréciables.
- Il publia d’abord des œuvres des contemporains de talent.
- Il vulgarisa, ensuite, des connaissances générales, variées, au moyen de dictionnaires spéciaux, Bouillet, Vapereau, Delôze, .Joanne. !
- Puis il fit paraître des collections de guides géographiques, concernant la France et les pays étrangers.
- Et enfin, la librairie Hachette édita tous les textes français, latins et grecs, des'auteurs classiques, cuivrages revus et annotés par des professeurs éminents.
- De nouveaux dictionnaires, fruit de vingt années d’études, sont venus fortifier l’enseignement à tous les degrés. Et, constamment tenus à jour, les livres classiques Hachette ont répandu les meilleurs principes et diffusé les connaissances spéciales parmi les professeurs, les instituteurs et le public-Louis Hachette est l’auteur personnel de rapports et mémoires sur les questions d’assistance et d’organisation sociale. Il fut un de ceux qui contribuèrent le plus à la reconnaissance du droit international de la propriété littéraire.
- Membre du Comptoir d’Escompte, de la Chambre de commercé de Paris, il traita des questions sociales ; notamment il rédigea un rapport, très remarqué alors, sur l’établissement d’une maison hospitalière pour incurables et vieillards indigents (1857), où il traçait les limites du secours à accorder aux indigents et s’occupait de la création d’asiles municipaux.
- Malgré sa puissance de travail étonnante, Hachette ne pouvait suffire à tout. Aussi, dès 1850, fut-il heureusement secondé par ses deux gendres, MM. Breton et Templier, et, dès lors, à la librairie purement classique vint s’adjoindre une librairie scientifique et générale. La « Bibliothèque variée » donna des œuvres contemporaines, la « Bibliothèque des Chemins de fer » fit entrer la lecture dans les habitudes des voyages, et rendit indispensables les guides itinéraires, les Joanne et les Guides bleus, l’Almanach Hachette, etc. Ces initiatives sont à l’origine des Messageries Hachette qui répandent, à travers le territoire, ouvrages, publications et journaux édités partout.
- Puis vinrent les éditions « monumentales » telles les collections « Grands écrivains de la France » et « Géographie universelle » de Reclus. Et voici des éditions populaires à bon marché, livres français et étrangers, traduits en notre langue.
- Hachette fit paraître des ouvrages splendidement illustrés : Dante, Don Quichotte, Évangiles, Bible, dus au talent de Gustave Doré, Bida....
- Une vie si pleine devait prendre fin en juillet 4864, après une noble carrière qui a bien servi les lettres classiques, la littérature française en France et à l’étranger, et dont l’art n’a jamais été écarté, loin de là. >
- Michelet, au milieu du siècle dernier, répétait que si chacune des nations dressait une pyramide de ses connaissances héritées et accumulées, celle de la France les dépasserait toutes et monterait jusqu’au ciel. Exagération sans doute, mais indication très nette de l’influence intellectuelle française dans le monde.
- Louis Hachette fut un des bons ouvriers de cette prédominance. Il a su atteindre tous les domaines du savoir humain. Ses initiatives hardies et heureuses ont montré la large place qu’y occupe le savoir français.
- • - Amédée- Fayol.
- Fig. 1. — Louis Hachette, fondateur de la Librairie Hachette.
- Povtrait par Bida, au Plessis-Picquet (1863).
- (Pli. Hachette).
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- LE LAMANTIN DU SÉNÉGAL
- Le Lamantin d’Afrique ’(Trichechus senegalensis) appartient à cet ordre de Siréniens qui groupe av.ee lui les Lamantins américains et le Dugong de la Mer Rouge et de l’Océan Indien.
- Les naturalistes ne reconnaissent qu’une espèce de lamantin africain, mais pour les indigènes, il y aurait deux formes, l’une fréquentant l’eau douce, claire de peau, et une autre dans les eaux salées des embouchures de fleuves, de coloration beaucoup plus sombre. Toujours d’après nos informateurs locaux, les deux formes sont susceptibles d’entrer en contact : les lamantins d’eau douce pouvant gagner l’eau salée alors que ceux nés en eau salée sont incapables du contraire (?).
- En Afrique, le Lamantin a la réputation d’être rare, et ceci à tel point qu’il s’est trouvé classé parmi les animaux que la réglementation de la chasse protège de façon absolue. En fait, il est assez commun dans tous les estuaires de la côte, depuis le Sénégal jusqu’au sud du Golfe de Guinée; il se rencontre également dans la plupart des lacs et des fleuves, en nombre évidemment variable selon les conditions biologiques qui lui sont offertes et l’intensité de la chasse qui lui est faite. Les autochtones ont, de tout temps, chassé le Lamantin et persistent à le faire en dépit de règlements particulièrement difficiles à faire respecter. Ils fabriquent même pour cette chasse des harpons particuliers, employés chez eux depuis fort longtemps et, sauf aux abords de certains centres, continuent, comme par le passé, à consommer cette chair qu’ils apprécient beaucoup. Il faut bien avouer que, dans la plupart des régions où des méthodes de pêche moderne n’ont pas été introduites, le nombre des lamantins ne semble nullement diminuer. Les Européens, quant à eux, n’interviennent d’aucune façon dans la destruction de ces animaux.
- Les lamantins africains peuvent atteindre une très forte taille, 4 à 5 m de longueur, et un poids de plus de 5oo kg. Bien qu’on veuille à tout prix les identifier aux Sirènes, il faut convenir qu’ils n’ont rien de séduisant avec leur corps presque informe, la peau noirâtre et ridée, leurs membres antérieurs ridiculement petits et réduits, leur mufle blanchâtre, leurs yeux extrêmement petits et leur queue arrondie. Ils ne présentent, par ailleurs, aucune trace externe de membres postérieurs. Il paraît pourtant que les femelles qui allaitent ont des seins parfaitement développés d’où cette fameuse légende des Sirènes et l’intérêt plaisant que portent à l’espèce les coloniaux en mal de féminité.
- Au Sénégal, le Lamantin est très commun dans l’embouchure des fleuves : Casamance, Saloum, Sénégal, dans ces fleuves eux-mêmes et dans leurs affluents. Nous avons pu constituer une importante collection de crânes en ramassant ceux-ci dans les villages de pêcheurs. Des lamantins se prennent fréquemment, en pleine mer, dans les filets tendus aux requins. Ils abondent particulièrement, non seulement dans l’embouchure du Saloum précédemment cité, mais aussi dans la Taoueye, rivière qui unit le lac de Guiers au fleuve Sénégal dans lequel elle débouche à Richard-Tç>ll ; en ce dernier point, les lamantins effectuent des migrations régulières : en saison des pluies, de septembre à novembre, le lac de Guiers est en pleine eau et abondamment peuplé d’une végétation aquatique recherchée par ces animaux qui s’y trouvent alors en grand nombre. Au même moment, bien qu’encore sensible, la salinité du fleuve Sénégal est faible. Quand les pluies ont cessé et que s’avance la saison sèche, le niveau de l’eau du lac de Guiers baisse de façon très considérable, la salinité du fleuve Sénégal s’accroît; les lamantins quittent alors le Guiers, regagnent le Sénégal par le canal de la Taoueye, puis remontent en amont du fleuve où l’eau est moins salée.
- On connaît bien peu de choses sur la biologie de ces Siré-
- niens africains et, en attendant une étude approfondie, il faut se contenter de noter ce que les pêcheurs indigènes connaissent ou croient savoir. Les quelques indications ci-dessous m’ont été données par un pêcheur résidant actuellement à Richard-Toll et bien connu dans la région par son expérience professionnelle. Ces indications ne concordent d’ailleurs pas absolument avec celles données par Ménégaux (Comptes rendus des séances de VAcadémie d'Agriculture de France, 1918).
- Les Wolofs nomment le Lamantin, quels que soient son sexe et son âge; Léréo et les Toucouleurs Gabou. Cet animal est exclusivement aaualique et il est très rare qu’il sorte de l’eau et progresse sur le sol; sa conformation le rend d’ailleurs presque inapte à se mouvoir hors de l’élément liquide. Toutefois la Taoueye ayant été barrée par une digue de terre au cours des travaux entrepris à Richard-Toll, des lamantins ont essayé à plusieurs reprises de franchir cette digne de nuit, en se traînant sur le sol, afin de poursuivre leur migration. Il est aussi presque exclusivement nocturne et a la réputation d’être très méfiant. Toutefois, nous pouvons quelque peu mettre en doute cette affirmation : un lamantin en captivité depuis quelques jours et maintenu dans un bassin exigu se nourrissait aussi bien de jour que de nuit et venait sans marquer d’inquiétude prendre sa nourriture à la main. Cette nourriture est, dans la région du fleuve Sénégal essentiellement constituée par le Polygonum senegalen.se, dont il est très friand alors que dans les estuaires, d’après Ménégaux. il se nourrit de Cymodocea nodosa. Toutefois, d’après les autochtones, il serait assez polyphage; ceci semble confirmé par le fait qu’en captivité, le Lamantin mange des feuilles de plantes appartenant à de nombreux groupes botaniques : salades, choux, radis, carottes, racines de Nymphæa, etc.
- La durée de la vie du lamantin serait d’environ un siècle (?). Ceci n’est, après tout, pas improbable si l’on considère qu’un Trichechus senegalensis de deux ans mesure seulement i,25 m, qu’à 20 ans il est encore loin d’être adulte et que la peau de son dos seule est dure, alors que celle des flancs peut encore être consommée (ce qui est évidemment impossible chez un adulte). Les mâles ne seraient susceptibles de se reproduire que vers 4o ans d’âge. On rencontre parfois, paraît-il, de très vieux lamantins complètement dépourvus de dents. La durée de la gestation est de douze mois (huit mois d’après Ménégaux). La femelle ne met bas qu’un seql petit qu’elle allaite pendant plus d’un an; si, au cours de cette période, la femelle est à nouveau couverte, elle tue ou chasse son petit. Ceci est aussi contraire à ce qu’en dit Ménégaux qui affirme que les lamantins vivent en familles très unies comprenant le mâle, la femelle, un jeune semi-adulte et un jeune à la mamelle.
- La pêche du lamantin peut s’effectuer de plusieurs façons : soit au filet, ce qui est en quelque sorte accidentel et rarement, sinon jamais, de propos délibéré, soit au harpon. Là encore, la pêche se fait de manière différente suivant qu’il s’agit d’opérer en eau salée ou en eau douce. C’est ainsi qu’à l’embouchure du Saloum, dans laquelle l’eau est très salée, les pêcheurs repèrent dans le fond du fleuve les résurgences d’eau douce ou, disent-ils, le Lamantin vient boire; ils établissent à cet endroit une plateforme sur pilotis où ils s’embusquent la nuit et d’où ils harponnent l’animal lorsqu’il vient respirer à la surface. Dans la Taoueye, les pêcheurs établissent également une plateforme, mais contre la berge et en surplomb d’un haut-fond; ils attachent ensuite, flottant à la surface de l’eau, un bouquet de Polygonum senegalense qu’ils renouvellent pendant quelques jours afin d’attirer l’animal; lorsque celui-ci a pris l’habitude de venir profiter sans crainte de cette provende facile, il est harponné de nuit.
- Ce harpon est appelé Taboukoum en Wolof et en Toucouleur. Il est du modèle généralement employé pour le Crocodile, mais
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- deux fois plus gros. Il s’agit d’un harpon de plus de deux mètres de longueur et dont le manche est muni à la base d’un flotteur mobile en bois très léger. La pointe est également détachable et reliée au flotteur par une corde de quatre mètres de long. Une fois le Lamantin harponné, on le laisse partir et on le recherche le lendemain en repérant le flotteur à la surface de l’eau.
- D’après les pêcheurs, le Lamantin ne mord jamais, ce qui se conçoit fort bien en raison de la structure de sa mâchoire; mais, d’après eux, l’eau qu’il rejette en soufflant quand il est blessé est très dangereuse et occasionne, dans un délai d’un an,
- Fig-. 4. — Pointe mobile d’un harpon à lamantin employé par les Bozos, du Niger.
- (S. Lapon, del.).
- la mort de l’homme qui est touché par elle. Aussi les pêcheurs de lamantin sont-ils munis de gris-gris particuliers ou emploient une formule magique qui se transmet de père en fils, et dont les femmes ne doivent pas avoir connaissance. La préparation de l’expédition de pêche est aussi le prétexte à opérations magiques : le pêcheur prend près de lui, le soir, une calebasse dans laquelle il met de l’eau et une poudre particulière provenant de la racine d’un arbre spécial; il bat ensuite le tout, à l’aide
- Fig. 1 à 3. — Le Lamantin d’Afrique.
- 1. Lampant sur le sable. — 2. La face ventrale et la queue. —
- 3. La bouche, les yeux très petits et les membres antérieurs.
- (Clichés Labitte, Photothèque IFAN).
- de deux morceaux de bois tenus en forme de fourche; suivant la façon dont s’opère le mélange, il décide s’il doit ou non aller pêcher.
- Le Lamantin ne semble pas avoir d’ennemis, bien qu’il soit, parfois attaqué par de petits poissons qui le mordent, notamment les Silures; par contre, il serait particulièrement ami avec le Crocodile. Une autre croyance locale dit que notre Sirénien est muni d’un sac abdominal dans lequel s’amassent des cailloux qu’il avale, à raison d’un par an, ce qui permet de connaître son âge.
- La graisse du lamantin est réputée assurer, par simple frottement, la repousse des cheveux des personnes chauves. On l’emploie également contre la gourme des chevaux, en l’introduisant dans les narines de l’animal malade.
- Tous les habitants de la région de Richard-Toll, Wolofs, Toucouleurs, Maures, comme d’ailleurs les Sérères du Saloum mangent la chair du lamantin. Seuls les Peulhs refusent de la consommer et ceci en vertu d’une croyance qui leur est particulière et se rencontre sur toute l’étendue du terrain qu’ils occupent, du Sénégal au Tchad. Cette légende dit- que l’ancêtre des lamantins est une femme peulhe. Celle-ci lavait son linge, nue au bord d’une rivière; surprise par sa belle-mère, honteuse de sa tenue et ne sachant comment se dissimuler aux regards, elle est entrée dans le fleuve, cachant son bas-ventre avec le couvercle rond servant à couvrir sa calebasse à lait. C’est ce couvercle qui est à l’origine de la queue arrondie des lamantins.
- La chair du lamantin est bonne, quoique très grasse, et rappelle le porc ou le veau. C’est pourquoi, pendant la première guerre mondiale, on avait envisagé d’élever des lamantins dans les lagunes côtières afin d’en retirer un appoint de viande. Inutile d’ajouter que ce projet séduisant n’a jamais été mis à exécution ! (x).
- H. Bessac et A. Villiers.
- 1. Un lamantin, récemment capturé vivant, vient d’ètre transporté à l’Institut français d’Afrique noire à Dakar. Il est destiné au « Zoo » de Vincennes du Muséum national d’IIistoire naturelle ofi les Parisiens pourront bientôt le voir, si toutefois il effectue le voyage sans malheur. Atteint de furonculose à son arrivée à Dakar, il a été traité par les méthodes les plus modernes ; on a badigeonné ses plaies de mercurochrome et on lui a injecté de la pénicilline.
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- LA POPULATION FRANÇAISE
- L’Lnstitut national d’études démographiques a choisi, parmi les divers moyens d’exprimer les variations de la population française, un graphique très parlant et facile à interpréter qu’on a pris l’habitude d’appeler la pyramide des âges. Yoici le dernier, établi au 1er janvier 1948, que l’Institut a bien voulu nous autqriser à reproduire.
- Ce graphique représente la population française actuellement vivante, hommes à gauche, femmes à droite, exprimée en milliers d’habitants de chaque âge, depuis les nouveau-nés jusqu’aux centenaires, ou encore selon les dates de naissance, de 1847 à 1947, C’est un document qu’on ne saurait trop étudier. Il exprime le passé de notre pays depuis un siècle, les pertes de population causées par les trois dernières guerres, les variations de notre natalité, de plus en plus déficiente avant cette guerre:ci.
- Il permet d’estimer la population jeune, active, sur laquelle reposent toutes les charges sociales, y compris la vie des vieillards, des infirmes et des malades.
- Il laisse espérer dans l’avenir une masse plus grande de population, si toutefois l’augmentation de fécondité actuelle se maintient dans les années à venir et n’est pas seulement une conséquence temporaire de la guerre.
- La Revue de l'Alliance nationale contre la dépopulation (x) a publié ce graphique en l’accompagnant des commentaires suivants que nous ne pouvons mieux faire que répéter en les reproduisant :
- 1° Jusqu’à 25 ans, le sexe masculin est plus fortement représenté que le sexe féminin ; après cet âge, c’est l’inverse, même pour les classes non réduites par une guerre, et cela dans une proportion très supérieure à celle qui résulte de la longévité normalement plus grande des femmes : il faut voir là une conséquence de Y alcoolisme, qui provoque une forte surmortalité masculine ;
- 2° L'excédent des survivantes sur les survivants est particulièrement marqué pour les générations nées entre 1877 et 1900, les hommes ayant été décimés par la première guerre mondiale. Ces
- 1. Vitalité française, 217, rue du faubourg Saint-Honoré, Paris (8').
- générations, ne l’oublions pas, ont « fourni » de 1914 à 190 près d’un million et demi de morts ; ceux-ci auraient, en temps normal, figuré, au cours des années qui viennent, ou parmi nos vieillards ou parmi les décédés, et il faut voir là l’une des causes évidentes de la diminution sensible de la mortalité française depuis 1946 : il y a moins de décès parce qu’une bonne partie de ces décès s’est déjà produite en 1914-1918; à quoi s’ajoutera de plus en plus cette autre raison que, depuis 1876, le nombre des naissances de ceux qui sont les vieillards d’aujourd’hui ou de demain est allé diminuant dans l’ensemble.
- Il est vrai que ceci peut être compensé, dans une certaine mesure, par l’augmentation de la longévité due aux progrès de l’hygiène et de la médecine ;
- 3° Venons-en aux naissances. Ici, le rythme est très net :
- a) Une petite échancrure, très petite, en 1871, marque le déficit de naissances dû à la guerre franco-allemande.
- Elle reparaît chez les survivants des deux sexes nés entre 1893 et 1895, et dont le nombre a dû être réduit par la diminution du nombre des « mariables » résultant du déficit de 1871 ;
- b) Du côté féminin (le moins affecté par la guerre 19144918), les générations nées de 1893 à 1914 dessinent une ligne non plus oblique, mais verticale, indiquant que la diminution de la mortalité aux différents âges, entre 33 et 53 ans, a tout juste compensé les effets de la diminution de la natalité.
- Du côté masculin, les générations nées entre 1902 et 1914 sont en nombre décroissant, tant par suite de la guerre de 1939-1945 que du départ de bien des immigrés jeunes ;
- 4° En ce qui concerne les moins de 33 ans, quatre faits nous frappent :
- a) Les deux énormes brèches affectant les hommes et femmes jeunes ayant de 28 à 33 ans et qui constituent les « classes creuses » nées pendant la première guerre mondiale ;
- b) L’insuffisance très nette de la compensation des naissances différées par cette guerre et le fait que, malgré tout, les générations de 28 à 15 ans sont de moins en moins nombreuses ;
- creuses
- Effectif des générations (en milliers)
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- c) Les nouvelles brèches dues à la répercussion des « classes creuses », avec leur nombre réduit de mariages, sur les naissances postérieures a 1934, et aux effets conjugués de cette répercussion, de 1939 à 1941, avec ceux de la deuxième guerre mondiale ;
- d) . Enfin, la très sensible augmentation de fécondité qu’accusent les années 1946 et 1947, succédant à. une « reprise » déjà manifeste depuis 1942.
- ; _........... 191 .._ -.:
- On voit que, pour l’avenir, l’objectif est très net : éviter cette fois que, comme après 1902 et après 1920, la diminution des naissances ne reprenne après le « boom » de l’après-guerre, de façon à constituer une sorte de « réserve de jeunes », dont les mariages et les maternités échelonnés atténueront dans la suite, en les « étalant » dans le temps, les inévitables répercussions de la brèche élargie entre 1921 et 1946.
- PRATIQUE GÉOMÉTRIQUE :
- les polygones inscrits
- P^ans un cercle, avec 6 lignes ce construction, on U peut tracer les côtés de 13 figures inscrites.
- 1° Du milieu A du rayon CR avec AB comme rayon, menons l'arc BF, nous obtenons :
- (1) BF = côté du pentagone,
- (2) FC = côté du décagone,
- (3) BG = côté de l’hexagone.
- 2° Do B comme centre, avec r = BC, traçons l’arc CC' puis la ligne GB. Du point G avec r — Gi, menons l’arc IE', nous avons :
- (4) BG = côté du carré,
- (5) C'G = côté du dodécagone,
- (6) BE' = côté du triangle.
- 3° Do G avec r = GB. menons l’arc BK', puis passant par K' la ligne BL', enfin CP' perpendiculaire au centre P' de BL' :
- (7) BL' = côté de l’étoile à S pointes,
- (S) K'L' = côté de l’octogone,
- (9) CP' = côté du polygone de 16 côtés,
- (10) CK' = côté du pentadécagone.
- 4° De E' avec r - E'B, traçons l’arc BK, par K menons BL puis CP perpendiculaire au centre P de BL :
- (11) BL = côté de l’étoile à 5 pointes,
- (12) CP = côté du polygone de 20 côtés.
- B
- décagone
- 0° Toujours avec le rayon E'B, mais de G comme centre, traçons Tare qui aboutit en K", nous obtenons enfin :
- (13) BL" = côté de l’étoile à 10 pointes.
- Tout ceci peut être d’une grande utilité pour les dessinateurs, métreurs, traceurs qui sont obligés de refaire chaque fois des calculs longs et fastidieux. Voici maintenant les valeurs de ces lignes pour un cercle où r = 1, ce qui peut leur servir de barème, car une simple multiplication leur donne la valeur demandée sur le terrain :
- Triangle = V3 = 1,7320.
- Carré * Vi = 1,4142.
- Pentagone = 1,1752.
- Hexagone = 1 = 1.
- Octogone = \/2 — y 2 = 0,7655.
- Décagone v i" —. 1 2 = 0,6130.
- Dodécagone = \/ 2 — V 3 =0.5176.
- — v/5 — \/ô (5 - V5)
- Pentadécagone 2 = 0,4153.
- P. de 16 côtés = \/ 2 — V2 -f yl = 0,3911.
- P. de 20 côtés = 0,313.
- Étoile à 5 =n/5+/ = 1,902.
- Étoile à 3 = \/ 2 —j— \ 2 = 1,847.
- Étoile à 10 = \/hA-5 = 1,618.
- L. de Joannis.
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- LE CIEL EN JUILLET 1948
- SOLEIL : du 1er au 31. sa déclinaison décroît de 4- 23°6' à f 18°14' ; la durée du jour à Paris passe de 16h3m le 1er h 15h5m le 31. Diamètre apparent le ier= 31'30",6S, le 31 = 31'33",96. — LUNE : Phases : N. L. le 6 à 21h9m, P. Q. le 13 à llh30m, P. L. le 21 à 2h31m, D. Q. le 29 à 6hllm ; périgée le 8 à 14h, apogée le 24 à 3h. Principales conjonctions : avec Vénus le 5 à 16h7m, à 8°d S. ; avec Uranus le o à 17h, à 3°26' S. ; avec Mercure le 5 à 18h27m, à 8°7' S. ; avec Mars le 11 à 15h51m, h 3°27' S. ; avec Jupiter le 18 à lhilm, à 3°33' S. Aucune occultation importante. — PLANÈTES : Mercure, visible le matin, plus gr. élongation le 16 à 21° Ouest du Soleil, se lève le 23 à 2h43m, soit 1 h | avant le Soleil ; Vénus, étoile du matin, plus gr. éclat le 31, se lève le 23 h lh58m, diam. apparent 42",6, en conjonction avec Uranus le 4 à 17h, à 4°33' S. et le 31 à 16h, à 5°27' S. ; Mars, dans la Vierge, encore un peu visible le soir, se couche le 23 à 21h57m, diam. app. 5",3 ; Jupiter, dans le Scorpion, passe au méridien le 11 à 21ho2m, coucher à 2h6m, diam. pol. app. 41",3 ; Saturne, dans le Lion, devient inobservable, se couche le 23 à 20h43în ; Uranus, dans le Taureau, observable le matin, se lève le 29 à lh4m, diam. app. 3",5 (position 5hS4m et + 23°36') ; Neptune, dans la Vierge, au Sud de y, se couche le 29 à 2ih23m,
- diam. app. 2",4 (position. 12h41m et — 2°47'). — ETOILES FILANTES : Commencemënt de l’essaim des Perséides le 8, radiant initial vers o Cassiopée ; Aquarides du 25 au 30, rad. vers S Verseau, lentes, longues. — ETOILES VARIABLES : Minima observables d3Algol (2m,2-3m,5) : le 3 à 3h29in, le 6 à lhlom, le S à 23Mm, le 26 à 3h9m, le 28 à 22m™, le 31 à 21*6™ ; Minima de p Lyre (3m,4-4m,3) : le à 0h, le 13 à 21h5m, le 26 à 19h2™ ; Maxima, de R Serpent (5m,6-13m,8) le 1er, de R.R Sagittaire (5m,S-‘13m,3) le 30. — ETOILE POLAIRE : Passage supérieur au Méridien de Paris : le 9 h 6h29jn193, le 19 à 5h50m13s, le 29 à 5hllm6s.
- Phénomènes remarquables. — Observer Vénus à son plus grand éclat du matin le 31 (Ombre portée), les étoiles filantes Perséides à partir du 27. La Terre à son aphélie le 4 : distance au Soleil, 152 millions de kilomètres.
- (Heures données en Temps Universel ; tenir compte des modifications introduites par Theure en usage).
- G. Fournier.
- LES LIVRES NOUVEAUX
- Annuaire pour Fan 1948, publié par le Bureau des Longitudes. 1 vol. in-8°, 670 p., 4 pl-T 4 cartes en couleurs. Gautlner-Villars, Paris, 1947. Prix : 550 francs.
- Cet annuaire, publié depuis 1796, est le recueil soigneusement contrôlé et édité des principaux documents scientifiques dont tout homme de science a besoin. Il rassemble en cinq chapitres les données précises concernant le calendrier, la terre (géodésie, météorologie, réfraction, magnétisme terrestre), l’astronomie (coordonnées, temps, fuseaux horaires ; soleil, lune, planètes, comètes, étoiles), les unités de mesures, les données physiques et chimiques. Un supplément fournit nombre d’éléments pour 1949. Enfin, une série de notices complète l’ouvrage, dont une de M. Borel sur le calcul des séquences en météorologie.
- Les secrets de la science américaine, par J. P. Baxter, 3e éd. 1 vol. 264 p. Editions Corréa, 166, bout. Montparnasse, Paris, 1947.
- Ce livre, qui a obtenu le p’ix Pulitzer 1946, retrace l’effort effectué pendant la guerre aux Etats-Unis pour rattraper et devancer les Allemands dans la course aux armements. Il raconte l’histoire de la création du Bureau américain de recherche et de développement scientifiques et les succès que cet organisme ne tarda pas à enregistrer dans la création d’armes nouvelles défensives et offensives. On y trouvera la genèse des inventions du radar, des engins amphibies, des fusées ; les contributions à la guerre sous-marine, les recherches sur les substituts du sang, sur la pénicilline, les insecticides et les raticides, les longues recherches sur la bombe atomique. On verra comment un esprit d’équipe bien compris, une organisation rationnelle des efforts, un enthousiasme ardent et surtout une parfaite compréhension de ce que l’armée pouvait attendre de la recherche scientifique dotée de moyens puissants, ont permis, dans le temps minimum, des résultats sensationnels et raccourci la durée de la guerre.
- Les interprétations physiques de la théorie d’Einstein, par Pierre Dive. 1 vol., 80 p., 12 fig. Dunôd, Paris, 1948.
- Ce petit ouvrage, développement de plusieurs notes présentées par l’auteur à l’Académie des Sciences, est une étude approfondie des concepts fondamentaux qui sont à l’origine des théories de la relativité. Après un premier chapitre consacré à l’espace et à la géométrie, l’auteur passe à la notion de temps, puis auV expériences sur le disque tournant en soulignant les insuffisances de la théorie einsténienne et en montrant combien il serait dangereux d’abandonner le terrain ferme d’une logique stricte.
- Annuaire astronomique et météorologique Camille Flammarion. 1 vol. in-16, 395 p., 79. Flammarion, Paris, 1948. Prix : 300 fr.
- Voici la 84e année du précieux annuaire publié pendant longtemps par Flammarion et continué par ses disciples de l’observatoire de Juvisy. On y trouve la description, l’explication de tous les phénomènes célestes observables pendant l’année, les renseignements précis pour les trouver dans le ciel : soleil, planètes, satellites, étoiles, comètes, puis les principales données de physique du globe et de météorologie et une bonne mise au point des lunettes astronomiques et de leur emploi.
- L’électron et les applications de l’électricité, par M. Boix. Nouvelle édition revue et corrigée. 1 vol. 408 p., 233 fig. Albin Michel, Paris, 1948.
- Les qualités de vulgarisateur de Fauteur sont bien connues et il a réussi à présenter un sujet difficile sans faire appel aux notions de calcul infinitésimal et en s’adressant à des lectexirs possédant un minimum de formation mathématique secondaire. Abondamment illustré, fourni d’exemples, il montre les applications bien choisies dans le domaine de l’éclairage, du chauffage, de la force motrice, des télécommunications. Le premier chapitre est consacré au champ électrique et à l’électron au repos, aux modes d’obtention de l’électron, au champ magnétique et à l’électron en mouvement uniforme, aux orbites électroniques et à l’aimantation. Le second traite des circuits métalliques fixes (sans induction) et notamment des applications thermiques et de l’incandescence. Puis sont exposés les courants dans les gaz avec les triodes, les tubes à rayons X, les- tubes luminescents, les arcs, les conducteurs électrolyli-ques, électrolyse, piles, accumulateurs, les circuits spontanément mobiles ou en mouvement contraint avec description des appareils de mercure et les applications du courant alternatif. Les courants variables dans les circuits fixes amènent à l’étude des transformateurs, des bobines des condensateurs, de la radio. Dans un avant-dernier chapitre sont, exposés les récepteurs électro-magnétiques : électros, moteurs, altcrno-moteurs et dans le dernier les génératrices : alternateurs, dynamos, transformateurs rotatifs.- Divers compléments sont donnés en appendice, notamment les grandeurs et les unités.
- Le cinéma sur formats réduits. Tome I, par MM. G. Acïier, R. BmcoN et J. Vivie. 1 vol. 494 p., 283 fig. Editions B. P. I., 79, Champs-Elysées, Paris, 1948. Prix : 570 fr.
- Le cinéma sur formats réduits tente de plus en plus les amateurs, mais il est indispensable
- que ceux-ci aient une bonne connaissance de la technique cinématogaphique s’ils désirent obtenir des prises de vues leur donnant toute satisfaction. La connaissance de ces techniques est. encore plus importante lorsqu’il s’agit de films documentaires et éducatifs, de films d’enseignement, de formation et d’orientation jpro-fessionnelle, de films techniques et industriels, de films de démonstration ou de reportage. Le lecteur trouvera dans cet ouvrage tous les renseignements nécessaires : rayonnement des sources de lumière, photométrie, sensitométrie de l’image photographique ; films et formats ; prise de vues, enregistrements sonores. Un prochain tome complétera cet ensemble.
- L’aviation civile, par L. Adès. 1 vol. broché, 64 p., hors texte. Editions Elzévir, 73 bis, quai d’Orsay, Paris, 1948. Prix : 50 francs.
- L’aviation a fait des progrès considérables pendant la dernière guerre et elle devient dans la paix un facteur essentiel des relations internationales et un des éléments prédominants de la vie moderne. L’aviation civile provoque chez le public un enthousiasme plus ou moins tempéré par des accidents trop souvent mis en vedette sans tenir compte du trafic régulier qui se poursuit et s’amplifie continuellement. Ce livre fait le point des progrès de l’aviation civile et présente les problèmes auxquels le voyageur aérien ne doit pas rester étranger. Il se termine par un exposé de la situation actuelle et des perspectives d’avenir en France.
- The great and wide sea, par R. E. Cooker. 1 vol. in-8°, 325 p., 114 fig. University of North Carolina Press, Ghapel Hill. Prix : relié toile, 5 dollars.
- Ayant beaucoup observé et péché à la mer avant d’enseigner à l’Université "de la Caroline du Nord, l’auteur a rassemblé en un volume les principales données sur l’océanographie : son histoire, notamment en Amérique ; la chimie et les mouvements de l’eau ; la vie dans les océans, de la surface au fond. De très belles photographies illustrent le texte, excellent en certaines parties, un peu sommaire en d’autres.
- L’eau, par Henri Jarlan. 1 vol. in-16, 128 p., 16 fig. Collection « Que sais-je ? ». Presses universitaires de France, Paris, 1947.
- Ce petit livre fort réussi donne une idée très claire et très complète des innombrables problèmes posés par l'eau. Il débute par le cycle de l’eau entre l’atmosphère, les pluies, les cours d’eau, les océans. Puis il signale les propriétés de l’eau : composition apparemment simple mais fort complexe dès qu’on considère toutes ses anomalies, ses polymères, l'eau lourde, l’eau
- Le gérant ; G. Masson. — masson et cie, éditeurs, paris. — dépôt légal * ier trimestre 1948, n° 689. — Imprimé en France.
- BARNÉOUD FRÈRES ET Cîe, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 886. — 6-IQ48.
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- N° 3159
- Juillet 1948
- LA NATURE
- LE "SCIENCE MUSEUM" DE
- LONDRES
- La création d’un musée technique et industriel à Londres fut proposée en premier lieu par le prince-consort Albert à la suite de la Grande Exposition de 1861. Plusieurs collections scientifiques et appareils d’instruction provenant de cette exposition furent retenus par le Department of Science and Art pour constituer le noyau du nouveau musée. Ils furent installés, ainsi que d’autres appareils scientifiques, dans un bâtiment de fer provisoire, qui fut inauguré par la reine Victoria en juin 1S57 et ensuite ouvert au public. Sept ans plus tard, on y ajouta une belle collection de modèles de bateaux, et le musée fut transposé sur l’emplacement actuel dans les bâtiments de l'Exposition de 1862. Les collections d’instruments et d’appareils scientifiques furent exposées peu après, et en 1883, on y ajouta le contenu, de
- l'ancien Patent Muséum, important au point de A'ue de l’histoire des inventions ; parmi ces modèles se trouvait la fameuse collection de James Watt. En 1900, le musée acheta la collection Maudslay, de modèles de machines marines. En ce temps, toutes les collections du musée, d’ordre artistique aussi bien que technique, constituaient ensemble le South Kensington Muséum ; mais dès 1909 les collections artistiques furent installées séparément au musée Victoria and Albert, et à partir de cette date les machines, modèles de bateaux et autres collections scientifiques formèrent le Science Muséum.
- Les vieux bâtiments construits pour l’Exposition de 1862 devaient être remplacés par des bâtisses modernes, d’une superficie totale d’environ 46 600 m2, sous-sol compris. De ces trois corps de bâti-
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- Fig-, 2. — Lé mouvement planétaire de James Watt (1788).
- ments principaux, seul celui de l’Est a été achevé ; il fut inauguré par le roi George Y en mars 1928. Le reste des anciens bâtiments était encore en usage en 1939. Bien avant le commencement des hostilités, des camions emportèrent les collections historiques au dehors de Londres, pour assurer leur préservation, contre les bombardements aériens. En septembre, le Science Muséum ferma ses portes au public, et la dispersion de ses collections continua méthodiquement. Les plus précieuses furent envoyées en province ; le reste fut entassé dans les sous-sols. Les ateliers du musée devinrent une véritable te petite usine » pour la fabrication d instruments de précision et autres appareils nécessaires à la défense nationale. Les salles d’exposition, dépouillées de leur contenu, furent divisées provisoirement en petites salles de classe, pour 1 000 recrues de la R.A.F. La principale salle de conférences fut continuellement affectée à des cours et à la présentation de films documentaires.
- Heureusement, le Science Muséum ne fut jamais atteint ni par les avions allemands au cours de la « Battle of Britain » ni par les bombes volantes. Après la fin des hostilités, nos collections, dispersées en province, revinrent à Londres ; mais les difficultés matérielles nous empêchèrent de reconstituer notre musée tel qu’il était en 1939. La partie la plus ancienne, qui datait de 1862, ne pouvait plus servir de salles d’exposition ; et sans elle, le musee était diminué du tiers de sa surface.
- L’entrée principale se trouve dans la rue Exhibition, et le musée est ouvert gratuitement au public de 10 b à 18 b de lundi à samedi, et le dimanche de 14 h 30 à 18 h. Du dallage de marbre de l’entrée principale, on a une vue d’ensemble du bâtiment de 1 Est (fig. 1). Sur la gauche, un escalier conduit aux étages supérieurs ; dans sa cage se trouve un pendule de Foucault de 24 m de hauteur, servant à démontrer le principe de la rotation de la Terre. Ici se trouve également l’entrée de la Galerie des Enfants, qui sera décrite plus loin. Sur la droite de 1 entree principale se trouve un magasin de vente, où l’on peut obtenir des publications scientifiques, des cartes postales du musée, ainsi qu’une documentation complète sur les collections. Les conférences et démonstrations publiques courantes sont annoncées au moyen de panneaux. Derrière le magasin de vente se trouve une salle réservée aux expositions spéciales, comme par exemple celle organisée par l’auteur
- en 1938 pour célébrer le centenaire de la première traversée de l’Atlantique en bateau à roues par la force soutenue de la vapeur. Ici sont également exposés les résultats des dernières recherches scientifiques, ou bien les récentes acquisitions du musée.
- De l’entrée principale, des marches de marbre conduisent à la Salle de l’Est, où sont installées plusieurs machines à balancier, géants des temps anciens, qui peuvent être montrées en mouvement. Le travail de Newcomen, qui utilisa la force de la vapeur pour la première fois en 1712, est représenté par des modèles actionnés de ses pompes à vapeur qui étaient utilisées autrefois pour le dessèchement des mines. Le mouvement de va-et-vient du piston fut, plus tard, converti en mouvement rotatif et utilisé dans des moulins et dans les ateliers ; la fameuse machine à mouvement planétaire de Watt (fig. 2), qui rendait ceci possible dès 1788, est exposée en action. Les travaux de Trevitbick et autres pionniers dans cette voie sont également représentés. L’idéal du mouvement rotatif obtenu directement par la vapeur, et anticipé dans l’éolipile de Héron, fut réalisé seulement par la découverte de la turbine. Sont exposés, par comparaison, la première turbine à vapeur de Sir Charles Parsons et le modèle des turbines modernes de 50 000 kW. Des spécimens sectionnés et des modèles des turbines de Laval, de Curtis et de Rateau montrent les principes de leur fonctionnement. Sur la gauche sont exposés des modèles de moulins à vent et les premiers moulins à eau construits en bois et en fer, aussi bien que des modèles de turbines modernes, comme celle de Francis, et les roues motrices de Pelton pour les hautes chutes d’eau. L’évolution des chaudières à vapeur, depuis les origines jusqu’aux chaudières aquatubulaires modernes de Babcock et Wilcox, est également bien représentée. Des chargeurs mécaniques et des brûleurs à charbon pulvérisé et à huile combustible sont exposés dans les vitrines murales.
- Dans la section consacrée aux locomotives, sur la droite de la Salle de l’Est, se trouve l’un des plus beaux trésors du musée, la locomotive « Rocket » (fig. 3), construite en 4829 par Stephenson. Près de ce vétéran se trouve une réplique sectionnée, susceptible d’être mise en action. La première locomotive électrique, mise en service dans le chemin de fer tubulaire souterrain de Londres en 1890, est également conservée dans le musée. Les locomotives modernes à vapeur, électriques ou à combustion interne sont représentées. Le fonctionnement des soupapes, Walschaërts et autres, est démontré par des modèles que les visiteurs peuvent manœuvrer eux-mêmes. Dans cette salle se trouve aussi une belle collection de modèles montrant le développement du matériel roulant pour les chemins de fer, depuis les plus anciens véhicules jusqu’aux voitures et wagons-lits les plus modernes, de même que les wagons pour le transport des marchandises. La collection historique de la construction des chemins de fer montre le développement de la voie. Les rails de bois, de fonte et d’acier et les traverses en pierre, en bois et en acier sont bien représentés. Le troisième rail et le fil aérien électrique montrent les développements les plus récents.
- Dans la partie consacrée à la construction des routes, on peut étudier, en les contrastant, des modèles sectionnés des vieilles routes romaines de Grande-Bretagne et des artères modernes de béton armé. Des spécimens de matériaux de construction pour routes,
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- comme la pierre et le bois, l’asphalte et le béton armé, le caoutchouc et le fer, sont exposés, aussi bien que des modèles de rouleaux pour les routes et d’autres outils. Les reproductions de roues de voitures, depuis le rouleau primitif, comprennent aussi des modèles d’anciennes roues de chariot. Les historiques voitures à chevaux des Ecuries Royales sont exposées, et de nombreux modèles montrent les différentes formes de charrettes, hansom-cabs et omnibus de Londres. Des pièces authentiques, présentées par ordre chronologique, montrent le développement de la bicyclette moderne, depuis le premier « cheval de bois » de 1818, la machine à pédale de Macmillan, et le fameux « boneshaker » de 1865, un véritable brise-os, qui précéda l’avènement des pneus de caoutchouc. On voit une bande pneumatique Dunlop datant de 1888. Des détails et parties sectionnées expliquent la construction des bicyclettes modernes.
- La section des automobiles comprend les modèles des voitures routières à vapeur de Murdock, de Trevithick et de White. On peut voir le premier taxi sans cheval, la voiture électrique de Bersey, qui fonctionna sur les routes de Londres en 1897. Parmi les premières automobiles se trouvent une Benz de 1888, des anciennes Daimler et Lanchester, et le beau modèle d’une Rolls-Royce de 1907. Les châssis de voitures récentes comprennent des Ford, Yauxhall et Humber, qui peuvent être vues en mouvement, ainsi que les Morris et la petite Austin. Les détails des automobiles modernes et leurs accessoires constituent une vaste collection, avec de nombreuses pièces sectionnées qui peuvent également être mises en mouvement. Une demi-section de voiture tout en acier démontre les toutes dernières méthodes de soudure.
- Derrière ces collections se trouve la Salle de Conférences, qui peut contenir 200 personnes. Cette salle est munie de tous les aménagements nécessaires aux démonstrations, et d’un écran pour la projection de films sonores. Des conférences publiques ont lieu quotidiennement. Près de la Salle de Conférences se trouve l’ascenseur desservant tous les autres étages. Dans un coin, on voit l’atelier de James Watt (fig. 4), tel qu’il existait en 1819, qui a été transporté du Staffordshire avec tout son contenu et reconstruit dans le musée. Une autre section est réservée à la protection contre l’incendie et aux machines pour la transmission de la force mécanique. Ici on peut voir les modèles de transmissions par courroies, cordages et chaînes et des modèles variés de roues d’engrenage et d’accouplement.
- Le département de l’aéronautique débute par quelques beaux spécimens d’oiseaux comme aviateurs naturels. On suit tout le drame des ascensions humaines depuis l’origine du ballon et du dirigeable, jusqu’aux appareils plus lourds que l’air. Des belles reproductions d’anciens ballons conduisent au premier dirigeable de Henri Giîfard et au « Graf Zeppelin ». Le développement progressif des avions est démontré par une série comprenant plus de 100 modèles à échelle réduite. En plus, il y a de nombreuses machines authentiques et historiques, dont l’ensemble constitue une collection unique. On peut voir, par exemple, le premier avion transatlantique, qui fit la traversée depuis le Canada en 1919, et une copie (l’original étant au Conservatoire national des Arts et Métiers à Paris) de l’ancienne machine de Blériot qui survola la Manche pour la première fois. Le développement des moteurs d’avion est illustré par environ 80 exemples, depuis la première machine à vapeur de Maxim ; quelques-uns sont sectionnés et montrés en mouvement, permettant ainsi d’étudier leur mécanisme interne. Parmi les planeurs sans moteur, on voit les machines expérimentales de Lilienthal et de Weiss.. Une des « bombes volantes » allemandes du bombardement aérien sur Londres en 1944, est exposée en section. La structure des avions est bien illustrée .par des détails .exposés ..dans les vitrines
- murales, où se trouve en plus une importante collection d’instruments aéronautiques.
- Au premier étage du musée, de nombreuses pièces montrent l’évolution de simples outils à main, comme la hache et le ciseau, le marteau et le foret, depuis les outils de pierre des temps préhistoriques. Les machines-outils comprennent un modèle du premier marteau-pilon à vapeur, et quelques machines historiques, comme le premier tour à fileter de Maudslay, et une des plus anciennes raboteuses métalliques. L’évolution du tour peut être suivie, depuis le primitif tour oriental actionné par une corde d’archet, jusqu’aux tours-revolvers automatiques les plus modernes.
- La section suivante est réservée aux houillères, et montre comment on creuse les puits et extrait le charbon. Des modèles coupés exposent l’étayement et la ventilation des mines. D’autres pièces comprennent les détecteurs de grisou, une collection de lampes Davy et des baveuses mécaniques. Les mines métallifères sont aussi représentées à cause de leur importance dans les colonies britanniques et dans les dominions. Des modèles de hauts-fourneaux et de fours électriques modernes expliquent le traitement du minerai, depuis la mine jusqu’à l’extraction du métal et sa préparation pour des fins industrielles. On peut voir.le vieux four à mouffle, qui est supposé avoir été utilisé par Sir Isaac Newton quand il était Maître de la Monnaie, ainsi que des spécimens d’alliages d’aciers dont se servait Faraday pour ses premières recherches. D’autres spécimens sous le microscope et des modèles atomiques démontrent la structure interne des métaux. Quelques-uns des 3 700 échantillons formant la fameuse collection Percy sont également exposés ici.
- Le département des textiles illustre la transformation en fils des matières premières, comme le coton et le lin, la laine et la soie. Des modèles, de vieux métiers à tisser à main, de modernes métiers mécaniques présentent le tissage du fil en étoffe ; toutes ces machines peuvent être vues en action. Le développement de la machine à coudre, depuis la première machine de Thimonmer, est également bien représenté.
- L’histoire de la force électrique, un des facteurs les plus importants de notre civilisation moderne, est retracée depuis l’expérience fondamentale de Faraday en 1831, que les visiteurs peuvent répé-
- Fig. 3. — La locomotive « Rocket » de Stephensan (1829).
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- .... 196 ..
- ter eux-mêmes. Un beau modèle, préparé dans les ateliers du musée, montre en section la première centrale électrique, construite par Edison en 1881 à Pearl -Street, New-York. Parmi les anciennes machines génératrices, se trouve une partie des grands alternateurs construits par Ferranti en 1889 pour la centrale Deptford à Londres. On peut voir les premiers transformateurs de Gaulard et de Hadfield, un ancien interrupteur Reyrolle ainsi que des interrupteurs modernes, et une bonne collection d’instruments électriques. La transmission comprend le premier câble de Ferranti avec isolement de papier, les détails de canalisations modernes, un beau modèle de réseau électrique aérien. Les batteries et les accumulateurs sont bien représentés par des modèles et des spécimens de plaques.
- Dans la section suivante, celle des communications électriques, on voit les téléphones de Bell et d’Edison et l’appareil avec lequel Baird fit ses premières expériences de télévision. Un modèle complètement sectionné montre une station automatique de téléphone en action. Dans les vitrines murales se trouve une collection historique d’ampoules pour la téléphonie sans fil. Le développement de la radio est retracé depuis les premiers travaux de Hertz ; on peut voir des reproductions de ses appareils, ainsi que l’apport de Marconi et de ses successeurs, et de nombreux exemples de récepteurs de radio, de microphones et de hauts-parleurs. Le récepteur de démonstration du musée comprend un haut-parleur, au pavillon de 8 m en forme exponentielle, pour bien reproduire les transmissions de radio locales.
- Les instruments agricoles montrent comment le sol est cultivé, la graine semée, la moisson coupée et battue ; des modèles tracent leur évolution depuis la primitive charrue à main jusqu’aux modernes outils mécaniques. Parmi les autres pièces intéressantes, se trouvent une baratte du xvme siècle, la première moissonneuse
- mécanique de Patrick Bell, construite en 1826, et la première écrémeuse d’Àlfa-Laval vers 1878. La production du verre suit avec des échantillons de matières brutes et des modèles de fourneaux anciens et modernes. On peut étudier la fabrication des bouteilles et la production en masse des ampoules pour les lampes électriques et radiophoniques, ainsi qu’un appareil pour l’inspection du verre sous la lumière polarisée. Des modèles de fours montrent la fabrication traditionnelle des briques. Des tours du potier, la reconstruction d’un four du xiii6 siècle, et des spécimens d’ancienne poterie se trouvent aussi dans cette salle.
- La section suivante est réservée à la reproduction des documents, depuis les anciennes plumes de roseau et d’oie, et ensuite les premières plumes d’acier introduites par Donkin en 1808. Parmi les anciennes machines à écrire se trouvent là première machine de Burt, construite en 1829, ainsi que celles de Sholes et de Glid-den, et une collection de machines modernes. Le développement de l’imprimerie comprend une collection de caractères mobiles en bois et en fonte, une ancienne presse en bois de Franklin, des presses mécaniques modernes comme la Stanhope. Des spécimens dans les vitrines murales montrent la production de similigravures et le tirage des illustrations en trois couleurs. La fabrication du papier est représentée par des modèles de machines et des spécimens de bois et d’autres matières pour la pulpe. L’une des machines représente la fabrication continue du papier par les méthodes du xixe siècle ; l’autre explique la technique moderne.
- Les collections maritimes se trouvent au second étage du musée. Parmi les modèles de bateaux à voiles, on peut voir la Santa Maria dans laquelle Christophe Colomb partit vers l’Amérique, et le beau modèle d’un galion du temps de la reine Elizabeth, vers 1600, construit dans les ateliers du musée. Le modèle du vaisseau-amiral Victory de lord Nelson est un travail superbe. Le fameux
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- Fig. 5. — Modèle du paquebot « Great Eastern » de 211 mètres de long (1858).
- Cutty Sark montre le dernier développement des voiles des « clippers » marchands, avant qu’ils fussent remplacés par la machine marine à vapeur. On voit ensuite les collections de bateaux de pêche et d’autres petits bâtiments de tous genres. Leur évolution est retracée depuis le simple tronc d’arbre flottant ou creusé en • forme de canot primitif. Les bateaux de pêche comprennent des modèles de bacs et de chalutiers des côtes de la Grande-Bretagne. Les petits bateaux des autres régions du monde sont également bien représentés, en particulier par une très belle collection de jonques chinoises. Le développement des yachts est montré au moyen de modèles, depuis leur introduction: de' Hollande en 1660. Parmi les pièces modernes se trouve un beau modèle du yacht royal Britannia. Le développement du bateau de sauvetage est également représenté.
- Les modèles de bateaux marchands à vapeur montrent l’histoire et le développement du commerce maritime. Le premier vapeur canadien transatlantique Royal William, construit à Québec en 1831, est représenté. On voit ensuite les modèles du petit Sinus et du Great Western de 1837, les premiers bateaux à roues qui traversèrent l’Atlantique en avril 1838, mus par la force soutenue de la vapeur. Parmi les modèles les plus intéressants se trouvent le Great Britain de 1813, premier vapeur transatlantique à hélice ; le monstrueux Great Eastern de 1868, mû simultanément par deux énormes roues et par une hélice (tig. 5), auquel Hugo consacra un poème enthousiaste ; et le paquebot historique de Cunard, l’ancien Mauretania qui détint le « Ruban Bleu » de l’Atlantique de 1907 à 1929.
- Ailleurs se trouvent les modèles de transatlantiques modernes, le bel Empress of Britain, détruit par les Allemands en octobre 1940 et la Normandie, à l’échelle de 1 : 100, don de la Compagnie Générale Transatlantique. Les détails intérieurs du Queen Mary figurent sur un dessin de coupe appendu au mur. Les bateaux Diesel comprennent le Selandia et le petit bateau citerne à huile Vulcanus de 1910, ainsi qu’un beau modèle du paquebot moderne Carnarvon Castle.
- D’autres modèles tracent l’histoire du développement naval, depuis les premiers navires de guerre en bois avec roues à aubes ou des hélices auxiliaires, jusqu’aux modernes bateaux de guerre blindés. Ici on voit le Monarch ainsi que d’autres modèles de croiseurs, de torpilleurs et de sous-marins.
- Le département des machines marines à vapeur contient deux
- pièces de valeur historique ; l’une est la machine de Patrick Miller, construite pour son premier essai de bateau à vapeur en 1788, essai auquel assista le poète écossais Robert Burns ; l’autre est la machine du Cornet de 1812, le premier bateau à vapeur mis en service commercial en Europe. Le développement subséquent de la propulsion marine à vapeur est démontré par une série de modèles en action ; quelques-uns sont sectionnés pour montrer leur construction interne.
- Cette collection est peut-être la plus belle du genre qui existe. A côté de la machine à vapeur construite pour le cuirassé Nor-thumberland en 1868, figure le beau modèle d’un moteur Diesel moderne. L’une des pièces les plus intéressantes est la réplique, construite dans les ateliers du musée, du modèle expérimental avec lequel Sir Charles Parsons fit en 1894 ses premiers essais pour le Turbinia, le premier bateau à turbine. Un autre beau modèle représente les turbines de 180 000 ch du transatlantique Queen Elizabeth.
- La transition depuis les roues à aubes jusqu’aux hélices est illustrée par des modèles dans les vitrines murales. Parmi les barres de gouvernail à main et à vapeur se trouvent celles de Harfield et Brown ; ces modèles sont munis de contrôles afin que le visiteur puisse les faire fonctionner lui-même. L’évolution des chaudières marines à vapeur est illustrée par des modèles, depuis les premières à carneau jusqu’aux chaudières modernes écossaises avec surchauffeurs, les chaudières aquatubulaires de Yarrow et les installations à huile combustible.
- La salle suivante est consacrée aux mesures de longueur, de masse et de volume. Sont exposés ici, les instruments et mesures étalons qui ont été utilisés depuis environ cinq mille ans, depuis les origines jusqu’aux balances modernes de précision et aux instruments d’optique qui mesurent jusqu’à la millionième partie du centimètre.
- La section consacrée à la mesure du temps contient d’anciennes clepsydres et des cadrans solaires, ainsi qu’une importante collection de pendules et de chronomètres modernes. Les formes variées d’échappement sont reproduites par des modèles. Un pendule libre de Shortt, monté sur le mur, contrôle les principaux cadrans du musée.
- La collection de pompes, commençant par la vis d’Archimède, comprend les plus. anciennes formes à main ou à force animale, les pompes modernes et les compresseurs pour la transmission de
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- la puissance. On voit ensuite les ventilateurs et les pompes à vide, notamment celles pour aspirer l’air des ampoules électriques et radiophoniques. Parmi les pièces historiques se trouvent la presse de Bramah, une pompe à piston construite par Braithwaite en 1847 et la première turbo-pompe de 1887. La section suivante étudie l’approvisionnement en eau des municipalités, et contient une belle reproduction du réservoir de Staines, sur la Tamise, qui alimente la ville de Londres. On peut étudier la filtration, la chloruration et l’adoucissement des eaux destinées à l’alimentation publique. Les compteurs à eau domestiques et le développement -des robinets de maison sont bien représentés.
- La construction en bois de charpente, en acier et en béton est 'illustrée au moyen de modèles, qui comprennent celui de la "fameuse charpente du comble du Westminster Hall, construite en bois de chêne pour le roi Richard II.
- Dans la section des mathématiques, au troisième étage, on peut étudier les aides mécaniques pour les calculs depuis la primitive abaque. Parmi les machines modernes se trouve une Hollerith pour le calcul des statistiques. Les autres branches de la science pure comprennent les phénomènes acoustiques et les instruments pour la reproduction des sons. On peut voir la nacelle sphérique en aluminium, dans laquelle Piccard fit son ascension dans la stratosphère en 1932, atteignant plus de 16 km d’altitude.
- Dans les vitrines murales du département de l’optique se trouve la fameuse collection de microscopes. Ici on peut voir plusieurs instruments historiques du xvii0 siècle construits par Marshall et Cam-pani, et du xvrne siècle par Culpeper et Martin. La section des télescopes terrestres comprend les anciens instruments de Cock et de Fraunliofer. Les plaques sensibles constituent une autre collection historique, qui remonte aux premières impressions de Niepce, faites en 1827. Le travail de Fox Talbot pour la photographie sur papier est bien représenté, ainsi que son premier appareil de poche. On peut étudier les anciens dessins animés, prédécesseurs du cinéma, par lesquels on produisait une illusion de mouvement, aussi bien que des films et projecteurs pour la cinématographie moderne. La section astronomique contient des reproductions d’anciens télescopes construits par Galilée, des instruments historiques de Sir William Ilerschel, et des modèles d’observatoires.
- La section de la chimie pure commence par l’histoire des anciens alchimistes, et les travaux des premiers laboratoires scientifiques. On peut voir une belle collection des éléments selon leur classification périodique, ainsi que les dessins faits par Dalton en 1803 pour démontrer sa théorie atomique. La préparation de l’ozone, l’importance des vitamines et les propriétés des substances radioactives sont bien représentées.
- La chimie industrielle comprend la préparation industrielle des produits chimiques. Dans cette collection de modèles, d’appareils et de spécimens, on peut étudier la distillation du goudron de houille, la production commerciale des acides et des alcalis minéraux et la préparation des explosifs.
- Une des innovations les plus populaires du musée est sans doute la Galerie des Enfants dans le sous-sol, où conduit un petit escalier à partir de la salle d’entrée principale. Ici quelques-unes des bases de la science technique sont traitées d’une manière plus simplifiée.
- En entrant, on voit une belle démonstration de l’arc-en-ciel. Tout près, une petite collection montre les différentes méthodes de mesure du temps, par les anciennes montres à eau, les cadrans solaires, les chandelles graduées, et les pendules modernes. Le développement des transports terrestres, maritimes et aériens, depuis les temps' préhistoriques est illustré dans une belle série de onze dioramas. Dans une autre série, on peut voir ensuite le développement de l’éclairage domestique ; pendant que deux cuisines, l’une moderne et l’autre centenaire, présentent un contraste amusant.
- Les ' principes élémentaires de la mécanique sont démontrés par des manœuvres simples, le palan et le treuil, que les enfants peuvent faire fonctionner eux-mêmes. Les diverses applications des
- cellules photo-électriques sont bien représentées. Une série de dioramas en mouvement est consacrée au développement des communications, depuis le fanal primitif jusqu’à la moderne station automatique de téléphone. Un petit cinéma projette des films documentaires instructifs.
- Dans les sous-sols du musée se trouvent également les collections démontrant la production du feu par les premiers emplois primitifs de la friction, le briquet et l’amadou, et les allumettes modernes.
- Ensuite viennent les collections montrant le développement de la lumière artificielle. Elles comprennent les torches de résine, les chandelles de suif, et les formes anciennes et modernes de la lampe à huile. On peut étudier ensuite l’éclairage au gaz, d’abord au moyen de l’ancien bec à papillon et, plus tard, par les manchons incandescents, ainsi que les anciennes lampes à arc électrique. Parmi les pièces historiques se trouvent la première lampe électrique à filament de charbon incandescent, réalisée par Joseph Swan en 1878, et celle d’Edison construite au cours de l’année suivante. Une autre petite collection démontre la fabrication des ampoules et des filaments pour les lampes électriques modernes.
- Les ateliers du musée, qui ne sont pas ouverts au public, se trouvent dans les sous-sols et comprennent des ateliers pour le travail en bois et en métal. Ici un personnel de 32 artisans habiles construisent et réparent des modèles et d’autres pièces. Le personnel scientifique du musée et de la bibliothèque, sous l’administration du Directeur, le Docteur Herman Shaw, comprend 22 conservateurs et adjoints. Le personnel technique, fonctionnaires, gardiens et ouvriers, s’élève au chiffre total de 230. La statistique montre qu’environ 1 200 000 visiteurs par année viennent presser les boutons et tourner les manivelles, entendre les conférences et assister aux démonstrations, afin d’apprendre les bases de la science technique. Les tendances pratiques et matérielles de la vie moderne font du Science Muséum un des musées nationaux les plus populaires de la Grande-Bretagne.
- La bibliothèque du « Science Muséum ». — La Science Muséum Library constitue une bibliothèque nationale centrale de livres traitant de la science pure et technique. Son histoire remonte à 1S43, lorsque Sir Henry de la Bêche fit don de sa précieuse collection de livres scientifiques. Pour servir les besoins de la School of Mines, lorsque cette école fut eréée en 1851, la collection de la Bêche, enrichie par des dons et des achats, devint une importante bibliothèque de sciences naturelles. Trois ans plus tard, une exposition spéciale d’appareils et de livres académiques eut lieu à Londres ; et la majeure partie de cette littérature passa ensuite au Department of Science and Art, sous la direction duquel fut institué en 1857 le South Kensington Muséum. Les livres furent placés dans une partie du bâtiment de fer, et une petite salle de lecture fut ouverte au public. Les relations étroites entre les diverses branches de la science rendaient une coordination nationale de la littérature de plus en plus nécessaire ; et depuis 1883, les collections entassées à South Kensington se développaient en une bibliothèque centrale de la Science, qui devint plus tard la Science Muséum Library 9).
- En septembre 1939, la bibliothèque ne ferma pas ses portes. Sous les bombardements, elle continua à fonctionner pour la recherche scientifique. Les lecteurs continuèrent à venir aussi nombreux, et on n’observa aucune diminution dans le nombre des volumes mis en circulation dans la Salle de Lecture. On devait cependant redoubler de précautions contre les bombardements aériens. En tout, quelque 100 000 volumes furent transportés hors de Londres. Le reste des livres, au-dessus de la Salle de Lecture,
- 1. Une description plus compréhensive et plus détaillée de la Science Muséum Library se trouve dans le premier chapitre du livre : II. Philip Spratt, Libraries for scientific research in Europe and America, 227 pages avec frontispice. Grafton and G0, Londres, 1936. "Voir aussi, en français, la revue Archives et Bibliothèques (Paris), 1935, n* 4, pp. 250-251.
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- fut descendu dans les sous-sols du musée, par mesure de précaution contre les bombes incendiaires.
- Le but de la bibliothèque est d’aider tous ceux qui s’occupent d’études et de recherches scientifiques et de rendre facilement accessible la documentation de toute la littérature. Dans ce but, elle s’efforce de réunir une collection aussi complète que possible sur les mathématiques, les sciences naturelles et leurs applications. Elle acquiert les ouvrages imprimés en Grande-Bretagne et les livres scientifiques étrangers les plus importants, et en outre, une collection exceptionnellement étendue des périodiques scientifiques du monde.
- En tout, la bibliothèque contient environ 330 000 volumes, et ce nombre augmente au taux de 10 000 volumes par an. Elle compte environ 15 000 périodiques, dont quelque 10 000 sont courants. Le personnel de la bibliothèque comprend un conservateur, trois adjoints, cinq aides de bibliothèque et vingt-cinq fonctionnaires.
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- sur les tables de lecture. Les fauteuils donnent des places à 90 lecteurs assis. Une porte à droite mène à la salle des catalogues, indépendante de la grande salle. Les lecteurs peuvent ainsi travailler dans le calme. Deux petits escaliers de service conduisent au magasin principal, au-dessus de la salle. Un ascenseur électrique sert à faire monter et descendre les livres.
- Les lecteurs n’ont pas accès au magasin, mais afin de les aider à trouver facilement toute la littérature dont ils ont besoin, on tient à jour, sous forme de fichiers, des catalogues de toutes les publications existant dans la bibliothèque, d’après les noms d’auteurs et d’après les matières. Le catalogue par matières est classé très exactement selon les méthodes de la classification décimale. II contient les références de chaque livre acquis, aussi bien que celles des bulletins, des rapports et thèses et des articles. Ces références sont publiées chaque semaine dans la très détaillée « liste des acquisitions » de la bibliothèque. Le nombre des livres com-
- Le département des acquisitions comprend, en plus, un chef de bureau et vingt-deux fonctionnaires.
- La bibliothèque est ouverte gratuitement au public tous les jours, sauf les dimanches et les fêtes légales, de 10 h à 17 h 50. Pour obtenir des cartes d’entrée, on doit écrire au Directeur du Science Muséum ou demander une autorisation personnelle à l’entrée de la bibliothèque, rue Impérial Institute. La grande salle de lecture (fig. 6) se trouve au premier étage.
- En entrant, chaque lecteur inscrit son nom sur le registre. La bibliothèque est visitée par une moyenne annuelle de 27 000 lecteurs. Juste en face de l’entrée, sur le comptoir du surveillant, sont rangés les dictionnaires et autres ouvrages de référence, sous les hautes fenêtres donnant sur la rue. Les trois murs intérieurs de la salle sont tapissés de livres, les balcons supérieurs contenant 35 000 volumes, la partie la plus ancienne de la collection de périodiques reliés. Dans les casiers du bas, les fascicules récents de 500 périodiques courants sont mis à la disposition des lecteurs. Les nouvelles acquisitions de la bibliothèque sont exposées sur le comptoir, pendant un mois, avant leur mise en place dans le magasin.
- La salle a une superficie de 280 m2. Elle est bien éclairée par lumière indirecte, avec en plus des lampes individuelles placées
- muniqués dans la salle de lecture est d’environ 22 000 par an. Le service annuel comprend en plus 45 000 livres empruntés en dehnrs de la bibliothèque. Des photocopies d’articles ou d’illustrations sont fournies sur demande.
- Outre les catalogues de la bibliothèque, on réunit dans un seul fichier, comme clef de la documentation, toutes les références d’articles scientifiques et techniques parus dans les périodiques. Ces références sont rangées selon la classification décimale, en catégories très réduites, afin que les chercheurs puissent trouver facilement toute la littérature dont ils ont besoin. Ce vaste répertoire comprend environ deux millions et demi de fiches, et il augmente au taux d’environ 100 000 références par an.
- La bibliothèque possède de plus une collection très étendue de revues de documentation et de dépouillement, et de bibliographies scientifiques et techniques, contenant environ quarante millions de références. Le fonctionnement de ces grands répertoires est assuré par un personnel de spécialistes, qui compilent des bibliographies et listes de références sur demande, afin de contribuer aux recherches scientifiques.
- H. Philip Sphatt,
- Deputy Keeper of the Science Muséum.
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- L'orientation lointaine
- Le court exposé que j’ai présenté dans un récent numéro de La Sature (n° 3143, du 1er septembre J947) au sujet de la situation actuelle de la colombophilie, m’a permis de constater, à en juger par l’abondance du courrier que j’ai reçu, l’intérêt que présente le problème de l’orientation auprès d'un public aux connaissances scientifiques étendues ; mais son ignorance à peu près totale de la pratique colombophile, le rend malhabile à discuter les hypothèses émises. Par contre, la colombophilie est surtout pratiquée par un public qui ne s’intéresse pas aux problèmes scientifiques, si bien que techniciens et théoriciens vivent dans des mondes différents et se complètent d’autant moins que la dernière guerre et l’occupation ennemie du territoire ont porté un coup mortel aux grands colombiers dirigés par des éleveurs pourvus d’un certain bagage scientifique, les seuls qui avaient quelque aulorilé pour discuter, en connaissance de cause, la valeur des théories nouvelles. 11 est regrettable que les pouvoirs publics n’aient pas, par des subventions raisonnables, tenté de venir en aide aux Sociétés colombophiles ; on imagine difficilement les frais qu’occasionne un élevage très moyen de vingt-cinq couples, avec les frais d’entraînement et l’achat des grains de choix nécessaires ; beaucoup d’amateurs ont dû renoncer à faire courir, à reconstituer une race, refaire un sang, abâtardi pendant quatre lourdes années.
- La France était, avant la guerre de 1914, le premier pays colombophile du monde, la Belgique exceptée ; elle avait en technicité, comme en travaux de laboratoire, une avance considérable. La presse scientifique mondiale se faisait l’écho de nos controverses, de nos théories, alors toutes nouvelles, de nos réunions où savants et simples éleveurs échangeaient leurs idées ; en 1900, lors d’un Congrès international, réuni à Genève, pour l’étude de la psychophysiologie animale, de l’orientation lointaine en particulier, mon père, délégué de la France, n’eut pas grand’peine à démontrer les erreurs fondamentales des hypothèses, mises alors en premier plan par nombre d’éminents savants étrangers, en se basant sur la seule pratique du pigeon-voyageur ; n’importe quel amateur de Tourcoing n’eût pas éprouvé plus de difficultés que lui à faire talfle rase des vieilles hypothèses basées sur la vue et la mémoire ; son mérite est d’avoir envisagé, chez certains animaux, un cinquième sens permettant de capter les lignes magnétiques terrestres, de s’orienter selon des lignes de force, avec une précision mathématique par beau temps, car tout éleveur avait dès longtemps noté qu’en temps d’orage, de menace d’orage, d’orage même lointain, l’orientation du pigeon-voyageur était sujette à des défaillances graves : tel pigeon qui, quelques jours auparavant, par temps clair et net, avait accompli en quelques heures le parcours Bordeaux-Paris, était incapable de s’orienter, lâché à moins de dix kilomètres de son colombier, dans des lieux qu’il avait cent fois survolé, par ciel nettement orageux : en temps normal, quelques minutes auraient suffi à effectuer ce court trajet.
- Cette hypothèse de l’utilisation des ondes magnétiques, non seulement pour les pigeons, mais aussi pour les insectes, abeilles, fourmis, et pour les oiseaux migrateurs, basée sur la seule observation des faits, eut un retentissement profond ; mais la recherche scientifique, encore à ses balbutiements chez nous, laissa passer l’occasion, par des travaux appropriés, d’en contrôler l’exactitude ; d’autres pays, dont l’Allemagne, l’Angleterre, l’Espagne même, ouvrirent leurs laboratoires aux chercheurs, et peu à peu la France perdit l’avance acquise en ce domaine, si bien qu’au-jourd’hui c’est d’Amérique que nous vient la lumière, d’un pays qui, jusqu’à ces dernières années, paraissait bien en retard sut l’Europe, à ce sujet du moins.
- Mais quand les Etats-Unis mettent la main à une besogne, ils ne ménagent point les moyens, matériels et financiers, de la mener à bien : 1 ’Army Signal Corps, d’une part, et Y Université de Pennsylvanie, d’autre part, ces dernières années, ont eu à leur disposition, et à profusion, ce qui nous avait manqué. Les détails
- de celte organisation géante sont donnés par le Journal of applied Physics du mois de décembre dernier ; nous nous contenterons de résumer brièvement les travaux effectués et de commenter les résultats obtenus.
- Disons tout de suite que les conclusions acquises n’ont pu que confirmer les hypothèses jadis émises par nous voici près d’un demi-siècle, à savoir que, seul, le magnétisme terrestre peut expliquer le problème de l’orientation lointaine. La preuve en est faite : le pigeon-voyageur est extrêmement sensible au champ magnétique ; on a conçu pour cette démonstration a posteriori un système de minuscules aimants adaptés ingénieusement à l’extrémité des grandes rémiges, qui n’occasionne à l’oiseau qu’une gêne légère ; un second système, égal en poids et en quantité, mais non aimanté, est de même façon installé sur les ailes ; un lot de pigeons porteurs de l’un et de l’autre système est lâché à intervalles égaux, du même endroit ; aucun des pigeons porteurs d’aimants ne revient au colombier ; tous les autres le regagnent aisément. Il n’est pas possible de démontrer plus clairement l’influence magnéLique ; quant à la théorie, nos amis Américains semblent s’être inspirés des travaux du mathématicien français Gaspard de Coriolis sur le mouvement relatif : la rotation de la Terre sur elle-même engendre une force qui agit sur les objets en mouvement, insensible à l’homme, à cause de la lenteur de son déplacement, mais perceptible pour certains oiseaux, ayant pour effet de les faire dévier, à droite ou à gauche, selon l’hémisphère traversé ; l’oiseau tirerait de la sensation de cette force, la connaissance instinctive de la latitude où il se trouve, il ferait le point, inconsciemment, comme un bon pilote usera de ses instruments. Ici, la pratique du pigeon-voyageur ne peut ni confirmer, ni infirmer cette théorie, toute séduisante qu’elle est ; mais elle suppose établies deux conditions essentielles, sur lesquelles nous faisons les plus expresses réserves : la première est que le pigeon, ayant besoin pour s’orienter, d’après la force de Coriolis, de mesurer sa propre vitesse, de prendre des points de repère au-dessous des objets qu’il découvre au cours de son vol, ne peut voyager ni dans le brouillard, ni dans la nuit ; la seconde est qu’il ne peut retrouver son colombier, si ce dernier, en son absence, a changé d’emplacement. Nous savons, en effet, que si le pigeon-voyageur n’est pas un oiseau nocturne, il suspend son vol de retour à la tombée de la nuit, il est capable, à la suite d’entraînements méthodiques, de se diriger dans l’obscurité, à courtes distances ; nous avons ici même relaté les expériences concluantes faites par nos colombophiles militaires avant l’armistice ; nous avons également mis en relief leurs essais encourageants de déplacements des colombiers mobiles, en l’absence de leurs occupants, pour répondre aux nécessités stratégiques ; la théorie américaine se trouve donc là en défaut ; du moins, tenons pour certain qu’elle n’explique qu’une partie du problème.
- Voici un fait précis que je ne cite que parce qu’il a eu pour témoins deux éminents colombophiles et parce que sa relation détaillée a paru jadis dans la Revue scientifique ; s’il date de plus de cinquante ans, il n’en a pas moins conservé son actualité, car aucune explication plausible, magnétisme ou autre, n’a pu être donnée : un éleveur domicilié dans une grande ville où plusieurs centaines de pigeons sillonnent le ciel à toute heure du jour, cède à un confrère une paire de pigeonneaux au sevrage, c’est-à-dire âgés seulement de trois à quatre semaines et n’ayant jamais vu l’extérieur du colombier. Ce confrère les enferme dans son pigeonnier de campagne, sis à une vingtaine de kilomètres de la ville. Dès qu’ils curent l’aile suffisamment forte, on ouvrit la trappe et les deux jeunets, rejoignant les anciens, se mêlèrent à leurs ébats aériens et quelques semaines plus tard les accompagnèrent dans les lâchers à courte distance ; ils revenaient parfaitement au logis, après des parcours de 1, puis de 5, puis de 15 km, sans la moindre hésitation, en droite ligne ; or, un matin, lâchés aux abords immédiats de la ville, ils parurent manifester une certaine inquié-
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- tilde, s’orientant avec peine, pour filer dans une direction tout opposée ; l’amateur rural s’en vint alors conter ses craintes à l’amateur citadin. Quelle ne fût pas leur stupéfaction en visitant le colombier, visite de rigueur entre confrères, d’y trouver les deux pigeonneaux, blottis auprès du nid maternel et inoccupé à ce moment ! Il va sans dire qu’ils y demeurèrent, échangés pour un autre couple ; ils devaient être l’un et l’autre des champions remarquables.
- Qu’est-ce à dire ? Quelle explication donner P La ville comptait une centaine de colombiers, à peu près sur le même modèle, avec une trappe sur le toit et des pigeons partout. Toutes les forces de Coriolis, toutes les hypothèses plus ou moins basées sur le champ magnétique terrestre suffisent-elles à résoudre le problème ? Faut-il le mettre sur le fait du hasard, qui a toujours bon dos ? 11 a eu les honneurs de l’ancien Temps ; aucune solution, même vague, ne fut trouvée ; mieux : des correspondants belges affirmèrent avoir constaté parfois des faits semblables. Il faut en conclure, ou bien que les pigeons, même au cri du nid, sont susceptibles, sans avoir jamais quitté le gîte nourricier, d’enregistrer mécaniquement et avec une exactitude mathématique, la latitude de ce point, ou bien qu’ils possèdent encore un nouveau sens capable d’être affecté par des ondes ultra-courtes, des vibrations, émanant de la matière elle-même, c’est-à-dire, ici, par le colombier d’origine ; cette dernière hypothèse a joui d’une certaine faveur à la découverte des rayons infra-rouges et ultra-violets, et plus récemment à la vulgarisation des ondes hertziennes, Mous pourrions citer de nombreuses observations faites par des éleveurs sérieux, beaucoup plus intéressantes encore, mais comme elles n’ont eu d’autres témoins que l’éleveur lui-même, nous préférons les taire, par souci de bonne méthode expérimentale, par scrupule devant l’absence du double contrôle des faits.
- Selon les Américains, l’orientation ne serait possible que lorsque le pigeon en mouvement, a déjà tracé dans le ciel un de ces larges cercles, un au moins, que nous avons tous remarqués lors d’un lâcher quelconque ; or tout colombophile sait qu’avec des sujets d’élite, par temps clair, les pigeons se sont déjà orientés dans les paniers, c’est-à-dire au sol. Quelques années avant la guerre, une société d’Anvers, une des meilleures du monde, effectuait à Périgueux son dernier concours de la saison ; les pigeons devaient être lâchés à b h du matin, si le temps le permettait ; dans cette petite ville très colombophile, une centaine d’amateurs se trouvaient réunis sur le lieu de l’envol, pour admirer, dans leurs cageots à claire-voie, les fameux champions, et la rapidité de leur orientation. Or, après qu’ils eurent avalé quelques grains, bu
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- une lampée d’eau, les deux cents pigeons contenus dans dix cageots, sentant l’heure venue, cessèrent tout roucoulement, toute bataille, tout mouvement ; la tête penchée, ils semblaient curieusement examiner le ciel, l’horizon, le corps agité de frémissements d’ailes ; devant eux, le Nord n’était dissimulé par aucun obstacle : c’était la campagne nue, bordée à un kilomètre par une colline élevée ; le signal du départ donné, les paniers s’ouvrirent tout grands ; c’était l’heure attendue, par tant d’amateurs tôt levés, pour admirer la rapidité de l’essor commun, les cercles tracés par les deux cents oiseaux, de plus en plus larges, jusqu’à ce qu’ils disparaissent derrière les collines — déjà si loin ! La réalité fut toute autre : en bloc serré, aile contre aile, les Anvcrsois, sans marquer la moindre hésitation, piquèrent tout de suite vers le Mord, où grâce aux jumelles, on put les voir, élevant graduellement leur vol pour franchir la colline. Aucune évolution au-dessus de la ville ; la ligne droite ! Le public, particulièrement compétent, qui assista à ce démarrage instantané, qui avait observé les frémissements des oiseaux, leur soudain silence après le léger repas donné, n’eut aucun doute : l’orientation avait eu lieu dans les cages mêmes qui les tenaient captifs, c’est-à-dire au sol, dans l’immobilité absolue, sans points de repère leur permettant de calculer la vitesse de leur vol, alors que les hardis messagers allaient accomplir un trajet d’un millier de kilomètres : le soir même, cent cinquante d’entre eux avaient regagné le colombier. Là aussi, la force de Coriolis se révèle bien insuffisante, pour ne pas dire plus, dans l’explication de cette orientation vraiment instantanée !
- Pour conclure, si nous applaudissons aux ingénieux moyens employés par les Américains pour démontrer une fois pour toutes, l’influence du magnétisme terrestre sur l’orientation lointaine, si nous estimons que leurs théories sont séduisantes et marquent un progrès indéniable dans la solution du problème, nous ne pouvons pas ne pas admettre qu’une partie de ce problème est toujours dans l’ombre ; nous pensons qu’il y a autre chose qu’un enregistrement mécanique de points géographiques aériens. Les hypothèses émises nous paraissent plus propres à expliquer les migrations annuelles des oiseaux, dans des routes éternelles, servilement sui-vies, depuis celles des hirondelles jusqu’à celles des petits hôtes ailés de nos vergers, par courtes étapes, de haie en haie, qu’à donner de l’orientation du pigeon-voyageur une explication lumineuse, telle que nulle sérieuse objection, basée sur l’expérience seule, ne puisse être soulevée.
- Jean Tiiauziès,
- Ancien chef de Colombier militaire.
- Dépôt international de préparations microscopiques de cytologie.
- En 1939, l’Union internationale des Sciences biologiques avait prié le professeur P. Martens, directeur de l’Institut J. B. Car-noy à Louvain, Belgique, de reprendre le projet d’un dépôt international de préparations microscopiques de cytologie végétale et animale. Ce projet avait été confié antérieurement par l’Union à feu le professeur V. Grégoire, mais l’état de santé de celui-ci ne lui avait pas permis d’en entreprendre la réalisation pratique. D’autre part, les circonstances internationales et l’état de guerre ont amené l’Union à retarder jusqu’à aujourd’hui l’annonce de la création de cet organisme.
- Il s’agit de réunir, dans un centre aisément accessible, le laboratoire de cytologie de l’Institut Carnoy, à Louvain (Belgique), des préparations provenant de multiples centres de recherches et ayant servi de base à un travail publié. Tout chercheur, intéressé à un problème déterminé, pourrait ainsi étudier sur place et confronter avec la sienne la documentation microscopique originale d’autres auteurs, relative à ce même problème. Il est à peine nécessaire de souligner l’intérêt considérable que peut acquérir un dépôt de ce genre, combien il est propre notamment à favoriser l’accord des chercheurs sur des questions difficiles et à restreindre les vaines polémiques et contestations qui encombrent la littérature scientifique.
- Mais ce rôle ne peut être rempli qu’avec la compréhension et la collaboration du plus grand nombre possible de cytologistes. L’U.I.S.B, invite donc ceux-ci à adresser et à confier, dès mainte-tant, au dépôt, quelques-unes des préparations ayant servi de base à leurs recherches précédemment publiées et à renouveler des envois analogues dans l’avenir. Il est souhaitable que les endroits considérés par les auteurs comme particulièrement démonstratifs, ou utilisés pour l’illustration publiée, soient repérés sur les préparations d’une façon ou d’une autre et dans la mesure du possible. Il est souhaitable également qu’un exemplaire du mémoire publié soit joint à l’envoi. Ces préparations restent la propriété des déposants qui peuvent à toute époque en obtenir la restitution.
- Tout biologiste connu par ses publications et tout autre, muni d’une recommandation autorisée, pourra consulter et étüdier à loisir toutes les préparations confiées au Dépôt, celui-ci mettant à la disposition des consultants, le local, l’instrumentation et l’optique nécessaires. Sauf autorisation écrite du déposant, l’examen ne pourra avoir lieu en dehors de ce local.
- Le Secrétaire Général de l’U.I.S.B., L'Administrateur du Dépôt, Prof. P. Yayssière (Paris). Prof. P. Martens (Louvain).
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- UN NOUVEL ANIMAL DE LABORATOIRE :
- la grenouille sud-africaine “ Xenopus lævis ”
- La Nature a déjà présenté (n° 3io5, io février 1946) la grenouille Xenopus lævis que le professeur Brumpt venait d’élever en France et dont on pensait que Vacclimatation mériterait d’être tentée à titre de prédateur des larves de moustiques dans les étangs et pièces d’eau. Depuis, les Xenopus et leurs larves ont trouvé bien d’autres usages; on en élève un peu partout et on s’en sert comme d’un matériel biologique fort commode pour diverses recherches de science pure aussi bien que pour certains diagnostics délicats.
- Voici quelques-unes de ces utilisations nouvelles.
- Les animaux qui servent le plus souvent aux expériences de laboratoire sont le cobaye, le lapin, la souris, le rat et le chien. Pour certaines études, on s’adresse aussi à l’escargot, aux poissons, aux grenouilles de nos régions.
- Depuis peu, on utilise la grenouille sud-africaine, Xenopus lævis, qu’on peut élever facilement. Les Xenopus sont des Anoures à la peau lisse et glissante, mais qui possèdent quelques particularités faisant plutôt penser aux salamandres; par exemple, ils ne possèdent pas de langue comme nos grenouilles autochtones ; ils ont des griffes assez dures aux pattes arrière.
- La grenouille sud-africaine vit constamment dans l’eau. De temps en temps elle monte à la surface pour remplir ses poumons d’air et elle plonge aussitôt après.
- La couleur et les dessins de sa peau se modifient suivant la nature du fond; elle présente un mimétisme marqué. Elle se nourrit de toutes sortes de petits animaux.' Elle aime se cacher sous des pierres ou en des endroits sombres et elle est de nature assez peureuse.
- Toutefois, quand, au laboratoire on jette dans l’eau un petit morceau de foie cru, on les voit sortir de leur repaire. La façon dont elles capturent leur proie et la portent à la bouche en s’aidant de leurs pattes antérieures est amusante à voir.
- La reproduction spontanée s’arrête en captivité, mais quand on injecte à la femelle (qui est toujours deux fois plus grande que le mâle) une hormone gonadotrope, elle recommence à mûrir ses œufs; mise alors en présence d’un mâle, elle s’accouple et ses œufs sont fécondés. On obtient ce résultat à toute époque de l’année.
- Il arrive que pendant l’accouplement un certain nombre d’œufs tombent au fond ou qu’ils restent collés à des plantes vivant dans l’aquarium. Déjà 48 heures après, les œufs fécondés se sont transformés en larves nageantes : ces larves ont une grosse tête et une queue très longue; elles se tiennent la tête en bas, tandis que leur queue ondule.
- Les larves sont très transparentes; à un faible agrandissement microscopique on voit très bien les pulsations du cœur et la circulation du sang. Elles aspirent l’eau par la bouche et les narines et la rejettent après avoir filtré les particules alimentaires. Les larves se développent rapidement : deux à trois semaines après l’éclosion, les pattes antérieures apparaissent, après quatre à cinq semaines les postérieures.
- Environ six semaines après la fécondation, la métamorphose commence; en quelques jours, sans se nourrir, la larve devient têtard et descend sur le fond.
- La tête d’abord énorme, deux fois et demie plus grosse que le corps, croît, bien moins vite que celui-ci et ne fait plus guère que la moitié du corps. La- pigmentation augmente, l’animal est de moins en moins transparent. Les barbillons et la queue s’atrophient rapidement; les ouïes se rétrécissent et bientôt l’animal monte à la surface pour respirer l’air en nature dans ses poumons.
- La grenouille sud-africaine a déjà trouvé plusieurs emplois. Elle est précieuse pour les recherches suivantes :
- i° Le dosage de certaines hormones. — Certains animaux ont la particularité d’adapter la couleur et les dessins de leur peau au milieu qui les environne : le caméléon en est un exemple frappant. Quand on pose des Xenopus sur un fond sombre, leur couleur fonce, sur un fond clair, elle s’éclaircit.
- Ces changements de ton ou de couleur sont dus à l’étalement ou à la contraction de cellules pigmentées de la peau. En expansion complète, elles couvrent presque la totalité de la peau, laquelle prend un ton foncé; en contraction, au contraire, la peau pâlit. Ces mélanophores ou cellules à pigment sont indirectement commandés par les cellules formant l’épithélium pigmenté de
- I ’œil ; une grenouille aveugle ne réagit plus.
- Le stimulant parti des yeux agit sur l’hypophyse ou glande pituitaire; la partie centrale de cette glande sécrète une hormone qui étale les mélanophores ; une autre partie de cette glande fournit une hormone à action contraire, contractant les mélanophores.
- En se basant sur ces faits, on a appris à se servir de la grenouille sud-africaine pour déterminer et contrôler la concentration de préparations pharmaceutiques à base d’hormones.
- 20 Le diagnostic de la grossesse. — Pendant la grossesse, la femme excrète dans son urine une dose assez forte d’une certaine hormone qui a la particularité de provoquer l’ovulation chez la grenouille sud-africaine.
- On a ainsi un moyen de diagnostic, qu’on appelle le test dTIogben et qui commence à être pratiqué dans plusieurs pays.
- II présente plusieurs avantages sur d’autres méthodes déjà préconisées :
- le résultat est connu dans les 24 heures;
- on n’a pas besoin de tuer les animaux en expérience et un mois après, les mêmes grenouilles peuvent resservir; enfin, si l’on opère avec soin, les résultats sont nets et très sûrs.
- 3° L’estimation des produits thyroïdiens. — La
- vitesse de croissance des larves et celle de la métamorphose dépendent pour une grande part de l’activité de la glande thyroïde.
- Des produits chimiques ou biologiques qui activent ou ralentissent les fonctions de la glande thyroïde agissent de même sur la croissance et la métamorphose de Xenopus. La grenouille sud-africaine peut donc servir de test d’activité pour des extraits de glandes thyroïdes ou d’autres substances de croissance.
- Fig. 1. — Deux Xenopus accouplés peu avant la ponte (réduit au quart de La grandeur naturelle).
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- Fig-. 2 à 4. — Le jeune têtard, très transparent, avec ses barbillons (grossi 1,5 fois). — Le têtard plus âgé, plus opaque, commence à avoir ses quatre membres (grossi 1,5 fois. — Les barbillons disparaissent ; les griffes paraissent aux doigts des pattes postérieures (grossi 2 fois).
- 4° Greffes et transplantations. — Un animal qui peut donner des œufs en tout temps, à volonté et dont les larves sont longtemps transparentes est un matériel de choix pour toutes les études de greffes, de transplantations, de cultures des tissus. Le Xenopus fournit des ovules assez gros qui, fécondés, se divisent et s’organisent rapidement, aussi commencent-ils à servir largement pour toutes les expériences de mécanique du développement.
- On a déjà fragmenté l’œuf ou les embryons au moyen des
- petits instruments de micromanipulation; on a transplanté ces morceaux en divers points d’autres œufs ou d’autres larves et à divers moments du développement; on a constaté que des cellules indifférenciées à la vue possèdent déjà un potentiel particulier.
- Ainsi : des cellules germinales de la région de l’œil, transplantées sur un autre individu en un endroit quelconque y forment souvent un œil surnuméraire.
- L’élevage de grenouilles sud-africaines se fait sans difficultés.
- Elles atteignent leur maturité en 6 à 8 mois; elles sont assez rustiques et résistantes et elles peuvent atteindre un âge respectable.
- Les sujets qui m’ont inspiré ces lignes et dont la descendance figure sur les photographies jointes ont déjà 7 ans de vie au laboratoire de l’Institut T.N.O., à La Haye, Hollande.
- Dr J. J. Duyvené de Wit. Traduit par A. Schaper.
- Fig. S et 6.
- La queue se résorbe
- (grossi 2 fois).
- L’adulte est presque formé
- (grossi 2 fois).
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- Les méthodes actuelles
- Pendant de nombreuses années, la chimie analytique a eu pour but unique de rechercher et de doser les éléments dans les substances naturelles ou industrielles.
- Le nombre d’éléments mis en cause était limité, les traces d’impuretés n’étaient ni recherchées ni dosées. On ne disposait d’ailleurs pas en général de réactifs suffisamment purs pour permettre la recherche des impuretés.
- Les moyens étaient limités et, aussi bien en analyse qualitative qu’en analyse quantitative, la méthode généralement utilisée était la suivante : par des réactions de précipitation successives, les éléments étaient classés en divers groupes ; on reprenait ensuite chaque précipité et à l’intérieur de chaque groupe des séparations successives par précipitation permettaient finalement d’isoler chaque élément constituant la substance étudiée. On s’efforçait ensuite de mettre l’élément sous forme d’un composé qui puisse être pesé afin d’obtenir un résultat quantitatif. C’est la gravimétrie Ensuite on a gagné du temps en titrant le composé ainsi isolé. C’est la volumétrie.
- La plupart des analyses se ramenaient donc au même schéma général. L’ensemble des méthodes pouvait être codifié en un seul ouvrage. C’était le cas en France pour la traduction du livre de Treadwell. Chaque chimiste connaissait donc à peu près toutes les méthodes d’analyse et il pouvait s’improviser analyste chaque fois que cela était nécessaire.
- La formation de l’ingénieur-chimiste comportait en général en analyse un enseignement théorique et un enseignement pratique qui est resté sensiblement le même jusque vers 1920 et ceci à peu près dans tous les pays. L’enseignement théorique était d’ailleurs à peu près purement descriptif : c’était à peu de choses près un catalogue de propriétés et de recettes.
- Puis la chimie analytique s’est transformée sous l’influence de causes variées dont les principales ont été la nécessité de résoudre de nouveaux problèmes posés par l’industrie, nécessité d’avoir des méthodes plus rapides pour contrôler en cours de fabrication, parfois nécessité d’une grande précision ou d’une grande sensibilité. Les modifications se sont d’abord effectuées lentement, puis à un rythme accéléré et même en ce qui concerne ces dix dernières années, à une allure exponentielle.
- Deux sortes de moyens que l’on peut dire nouveaux sont aujourd’hui à la disposition de l’analyste : la théorie et l’instrumentation.
- L’importance des notions théoriques.
- Je passerai rapidement sur-le premier point dont il. serait difficile en quelques pages de montrer clairement toute l’importance, importance en général encore insuffisamment reconnue.
- de la chimie analytique
- On peut dire cependant que le nombre de réactions chimiques dont dispose aujourd’hui l’analyste pour atteindre le but qu’il se propose est pratiquement illimité. En effet, chaque élément (plus exactement chaque ion minéral) donne avec un grand nombre de composés organiques des combinaisons maintenant utilisables. Quelques-unes particulièrement intéressantes ont valu aux composés organiques correspondants la dénomination de « réactifs organiques des ions minéraux ». Ces combinaisons sont souvent solubles dans d’autres solvants que l’eau et les propriétés sont alors très différentes de ce qu’elles sont dans l’eau, augmentant ainsi le nombre de possibilités.
- L’utilisation de nos connaissances des propriétés électrochimiques des ions permet d’agir consciemment sur différents facteurs afin de provoquer ou d’empêcher certaines réactions. Ces facteurs qui sont chiffrables sont : le pH correspondant à l’état d’acidité de la solution, le potentiel d’oxydo-réduction qui indique la force des oxydants et des réducteurs, des concentrations caractéristiques qui commandent la formation de complexes ou la précipita' lion. Par exemple, par la formation de complexes, on fait disparaître plus ou moins certains ions de la solution ; si l’on agit ensuite sur le pH, on peut détruire les complexes et faire réapparaître les ions considérés. C’est par suite d’opérations de ce genre qui combinent l’influence réciproque des divers facteurs : pH, potentiel d’oxydo-réduction, formation de complexes, précipitation, solvants variés, que l'on peut aujourd’hui conclure sans aucune séparation à la présence d’un ion donné ou même parfois le doser.
- Lorsqu’on connaît les constantes nécessaires, le problème peut être résolu sur le papier ; on contrôle ensuite le résultat expérimentalement. C’est ainsi qu’on a pu aborder des problèmes difficiles : séparation et dosage de traces de gallium dans les bauxites, séparation et dosage de traces de rhénium dans les molybdé-nites.
- Les méthodes nouvelles d’analyse et l’instrumentation.
- Le second moyen dont dispose l’analyste aujourd’hui, ce sont les méthodes nouvelles d’analyse. Les progrès de la physique, en particulier en électronique, ont mis à la disposition de l’analyste des appareils simples qui permettent l’utilisation de méthodes qui autrefois étaient réservées aux spécialistes. Au cours de ces dix dernières années, et principalement en Amérique, des progrès considérables ont été réalisés dans ce domaine de l’instrumentation en analyse.
- L’analyste qui ne disposait, il y a quelques dizaines d’années, que de la gravimétrie et de la volumétrie a maintenant à sa dis-
- Fig. 1. — Spectres d’arc : 1 (visible), II (ultra-violet) d’un minerai de cuivre intercalé pour repérage entre un spectre de fer pur (en haut)
- et un spectre de cuivre pur (en bas).
- On distingue, en outre, les bandes du carbone des électrodes sur les spectres UV du minerai de cuivre.
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- Fig. 2. — Polarogramme.
- position des moyens variés grâce à des appareils parfois fort compliqués, mais d’un maniement très simple.
- Les méthodes spectrophotométriques.
- La méthode qui semble dans l’avenir immédiat devenir la plus importante est la spectrophotométrie par absorption. Le principe en est le suivant. Pour doser un ion donné, on fait réagir sur lui un réactif qui donne une coloration et on détermine l’absorption par la solution de lumière d’une longueur d’onde donnée. Le résultat est lié directement à la concentration de l’élément considéré dans la solution. Des appareils modernes effectuent les comparaisons optiques au moyen de cellules photo-électriques et par une simple manoeuvre qui demande environ une minute, on lit sur un cadran un nombre qui est proportionnel à la concentration recherchée.
- La sensibilité de la méthode est très grande dans certains cas ; c’est ainsi qu’on peut doser, par exemple, sans difficulté un dix-millionième de cadmium.
- La précision de la spectrophotométrie atteint dans certains cas celle des méthodes classiques et par conséquent, étant données sa rapidité et sa sélectivité, elle remplacera peu à peu ces méthodes dans une grande mesure.
- Les spectrophotomètres modernes sont équipés pour doser les éléments par détermination de troubles dans les solutions (néphé-lomètres et turbidimètres). Ils permettent souvent d’opérer par détermination de la fluorescence. Cette dernière méthode permet le dosage de nombreux composés organiques : alcaloïdes, protéines, vitamines, etc.... Elle présente parfois une grande sensibilité en analyse minérale : le glucinium peut encore être dosé à la teneur de K)-9 g. par centimètre oube ; le gallium peut encore être dosé à la teneur de 10-5 pour 100.
- La spectrophotométrie par absorption dans V-ultra-violet permet d’opérer de façon analogue, en général de 220 à 380 mp de longueur d’onde. On peut aborder ainsi le dosage de corps organiques comme certaines vitamines.
- La spectrophotométrie par absorption dans Vinfra-rouge est une méthode donc l’importance fut soulignée à ses débuts en France (J. Lecomte) et dont les développements présents sont considérables. Des substances organiques variées peuvent être identifiées et dosées dans des mélanges. Des appareils automatiques permettent d’enregistrer en 10 mn la courbe complète d’absorption des mélanges entre les longueurs d’onde de 2 à 16 p mettant ainsi en évidence les différents constituants du mélange et donnant leur absorption à 1 pour 100 près.
- La spectrographie quantitative est dans l’industrie une méthode très importante. La lumière émise à haute température dans l’étincelle ou l’arc après passage à travers un prisme ou un réseau présente des raies caractéristiques de chaque élément et dont l’in-
- tensité permet de déterminer la teneur de l’élément considéré dans la substance analysée.
- En général, le spectre est photographié et l’intensité des raies examinée sur le cliché obtenu. L’identification des raies nécessite une certaine habitude, car elles peuvent être très nombreuses. Ainsi avec les spectrographes industriels usuels, le fer donne à lui seul environ 14 000 raies. Avec les éléments légers, par contre (alliages d’aluminium), le nombre des raies est peu important.
- La sensibilité de la méthode est très grande ; certains éléments peuvent encore être dosés à la teneur de 0,0001 pour 100.
- La rapidité de la méthode est un grand avantage ; avec les spectrographes courants, on peut effectuer par 8 h, 160 analyses d’alliages légers, ce qui correspond au travail de 30 à 40 chimistes.
- Les Américains ont mis au point des appareils entièrement automatiques dont le « quantometer ». Des cellules photo-électriques sont convenablement disposées et réglées le long du spectre et grâce à des multiplicateurs d’électrons, un courant utilisable est obtenu qui, finalement, permet d’obtenir sur un voyant le résultat final ; par exemple : « Manganèse 0,015 pour 100 ». Le résultat de l’analyse de 12 éléments dans un acier est obtenu en 45 secondes.
- La spectrophotométrie de la flamme permet par des méthodes voisines de doser très rapidement dans des solutions, principalement les alcalins, ennuyeux à séparer et à doser par les méthodes chimiques. Les appareils automatiques donnent directement la teneur cherchée par déviation d’une aiguille sur un cadran.
- Les méthodes électriques.
- Ce sont les moins récentes.
- On connaît le succès remporté par Vélectroanalyse il y a déjà quelques dizaines d’années. L’électroanalyse rapide permet des dosages en très peu de temps ; par contrôle des potentiels, on réalise rapidement l’analyse complète de certains alliages. Des appareils français permettent l’utilisation de cette méthode.
- Dans les méthodes modernes, l’utilisation d’électrodes variées qui permettent de suivre les concentrations de certains ions, a mis entre les mains de l’analyste un grand nombre de procédés très utiles. Ce sont les méthodes potentiométriques.
- Ainsi les pH mètres à électrode de verre permettent de suivre le pH des solutions, aujourd’hui pratiquement dans tous les milieux. Des appareils automatiques (U.S.A.) permettent de lire directement le pH sur un cadran ; avec de nombreux appareils, un simple manipulateur peut effectuer ces déterminations.
- Le potentiel d’oxydo-réduction peut être mesuré de la même façon, souvent avec les mêmes appareils, sans difficulté dans de nombreux cas.
- L’ensemble des méthodes utilisant des électrodes aux combinaisons très variées permet de rendre automatiques la plupart des dosages volumétriques. De nombreux appareils souvent très simples existent. La fin du dopage peut être observée, par exemple, au moyen d’un œil magique.
- La conduclimétrie dont le principe est la mesure de la conductivité des solutions, permet aussi des dosages volumétriques dans
- Fig. 3. — Spectre d’absorption infra-rouge du néoprène G. N.
- d’après II. L. Dinsnohe et don C Smith (Anal. Chem., 1948).
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- des solvants variés. Des appareils très simples sont aujourd’hui à la disposition du chimiste.
- La polarographie est une méthode qui utilise la mesure de l’intensité du courant d’électrolyse. Ses indications sont directement proportionnelles aux concentrations recherchées. Des appareils automatiques existent qui donnent, soit par photographie, soit directement par inscription, la courbe finale qui permet d’obtenir les concentrations. L’efficacité de cette méthode a été prolongée par l’utilisation de méthodes volumétriques qui ne nécessitent qu’un dispositif très simple. Ses applications s’étendent à l’analyse organique.
- Méthodes variées.
- De très nombreuses autres méthodes qui utilisent des propriétés physiques variées sont utilisées.
- Ainsi les propriétés magnétiques permettent de déterminer la teneur en carbone de certains aciers. L’échantillon est placé dans l’appareil (« Carbometer »). Le résultat en pour 100 de carbone est lu directement et aussitôt sur un cadran.
- On utilise encore les rayons X, le spectre Raman, pour lesquels des appareils automatiques existent.
- Des appareils automatiques permettent l’analyse des gaz par conductibilité calorifique. Ils peuvent être très sensibles ; ainsi on peut étudier la respiration des insectes, des plantes.
- Les indicateurs radioactifs permettent des dosages très fins en chimie biologique.
- La balance thermique permet l’analyse de solides.
- Des méthodes nouvelles de séparation par chromatographie, par échangeur d’ions rendent de grands services dans le dosage des traces ou en chimie organique.
- Le triomphe de la technique américaine consiste, avec le « quan-tometer » et le spectromètre de masse, dans l’analyse rapide et continue de mélanges de composés organiques. Le principe en est le suivant : la vapeur du mélange sous faible pression est soumise à l’action d’électrons. Les molécules sont brisées en ions dont la charge et la masse servent de caractéristiques pour les identifier et les doser. Ces ions sont soumis à l’action combinée d’un champ électrique et d’un champ magnétique et ils se trouvent ainsi dirigés et recueillis en un point déterminé, caractéristique de chacun d’entre eux. De là un courant qu’il suffit de lire sur un cadran.
- Il se trouve que chaque ion correspondant à une molécule donnée a une position qui dépend des divers isotopes du carbone, de l’hydrogène et de l’oxygène qui le constituent et le nombre de combinaisons possibles peut être considérable. Les résultats obtenus doivent donc être rassemblés et le résultat final de l’analyse est obtenu grâce à des machines à calculer.
- Qn arrive ainsi dans l’industrie du pétrole à doser sans grande main-d’œuvre, par exemple 9 carbures dont plusieurs isomères en 4 h, au lieu de 240 h par les méthodes chimiques. Les opérations importantes du cracking peuvent ainsi être suivies constamment.
- Cette longue énumération très incomplète et obligatoirement superficielle.montre la grande variété des moyens utilisés aujourd’hui dans l’analyse industrielle.
- Les techniques microchimiques.
- Ajoutons que des techniques semi-micro et microchimiques ont été aussi développées et ont pris une importance assez grande. On arrive sous le microscope à faire des analyses sur quelques millièmes de milligramme de matière au moyen d’une technique appropriée qui nécessite un véritable apprentissage.
- La microanalyse organique dont la pratique est devenue indispensable dans les cas fréquents où l’on dispose de peu de matière, et qui resté très utile même quand on a abondance d’échantillons, a pris une très grande importance.
- Le rôle de l’ingénieur analyste.
- Remarquons que l’analyste, qui a à sa disposition cette variété de moyens tant théoriques que pratiques, ainsi qu’une documentation volumineuse tant en ouvrages spécialisés qu’en mémoires, a un champ d’action considérablement élargi.
- Il peut non seulement aborder les problèmes de dosage d’éléments, mais encore il a maintenant des moyens qui lui permettent d’aborder l’analyse des structures, ce qui est en général du ressort de la recherche pure, et ce qui est plus particulièrement important, il a des moyens d’aborder l’analyse des phénomènes chimiques eux-mêmes, ce qui intéresse la recherche industrielle. Ce sont, en effet, ces mêmes moyens et ces mêmes méthodes qui permettent de suivre les réactions chimiques.
- La chimie analytique ainsi rénovée correspond à l’idée que s’en faisait Georges Urbain, il y a 15 ans, lorsqu’il écrivait : « Élargissant son domaine, il serait souhaitable qu’elle ne se limitât pas à la reconnaissance et au dosage des corps, mais qu’elle englobât toutes les méthodes qui, en chimie, servent à l’analyse des phénomènes et permettent d’exprimer les résultats obtenus par des nombres ».
- Par ailleurs, les méthodes d’automatisation dans les dosages qui sont réalisées par les appareils modernes utilisant des électrodes, des cellules photoélectriques, etc..., sont les mêmes qui vont permettre d’analyser d’une façon continue et de rendre automatiques les opérations chimiques industrielles.
- Étant donné le développement rapide de la chimie analytique, on manque aujourd’hui d’hommes qui aient la formation voulue pour remplir le rôle important qui revient à l’analyste moderne.
- Je voudrais insister sur l’intérêt que présente la profession d’analyste ainsi conçue alors que dans le passé, ce fut une spécialisation décriée et délaissée par les jeunes. L’ingénieur analyste moderne travaille plus avec son cerveau qu’avec ses mains ; la solution des problèmes qui lui sont proposés nécessite parfois la mise en œuvre de toutes ses qualités intellectuelles. Le travail matériel revient la plupart du temps à l’aide-chimiste ; le dosage industriel en série est du ressort du manipulateur.
- Étant donné l’intérêt que présente aujourd’hui la chimie analytique, j’ai bon espoir que nous trouverons les hommes qui nous manquent parmi nos jeunes ingénieurs-chimistes.
- G. Ciiarlot,
- Professeur à l’École de Physique et de Chimie industrielles de Paris.
- Le nettoyage mécanique du métro de New-York.
- Un tourbillon géant créé artificiellement soufflera bientôt, la nuit, dans le réseau souterrain du chemin de fer métropolitain de' New-York.
- Des ventilateurs spéciaux et des aspirateurs de poussières sont montés sur un fourgon qui parcourra le réseau souterrain afin de nettoyer les tunnels.
- Tous les ans, les patins des freins des trains produisent et soulèvent quelque 700 t de poussières de fer. Il faut, en outre, chaque année, débarrasser les voies de quelque 1 300 t de journaux et objets divers jetés sur les voies, tâche lourde à exécuter à la main.
- L’aspirateur géant, avant-coureur d’une machine à trois wagons qui doit être construite ensuite, permettra de savoir si l’on peut assurer mécaniquement tout le nettoyage.
- Le nouvel engin doit décoller du sol et des parois la poussière et les détritus que l’aspirateur ramassera et conduira dans des réservoirs.
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- Les mains
- Nos lecteurs ne nous reprocheront sans doute pas de leur présenter les photographies ci-jointes qui arrivent d’Amérique, avec un commentaire un peu trop sommaire pour satisfaire toutes les curiosités. Ce sont des « mains mécaniques », réalisées par la General Electric C° pour les laboratoires dépendant de la Commission de l’énergie atomique.
- Le problème à résoudre était d’exécuter de nombreux mouvements, souvent complexes et délicats, tels que d’ouvrir une boîte, de dévisser la capsule d’une bouteille et de verser le contenu de celle-ci, de tenir, de serrer un appareil, de visser un écrou, etc., à une certaine distance, puisque les opérateurs des usines atomiques doivent se protéger des radiations et" se tenir prudemment enfermés derrière un mur de protection épais de plus de deux mètres.
- Un ingénieur de la G. E. C°, John Payne, après avoir visité les usines atomiques de Hanford, eut l’idée de chercher la solution dans les membres artificiels de prothèse des amputés et après avoir longuement observé l’usage que ceux-ci arrivent à faire de leurs crochets, il aboutit aux formes que l’on voit ici, qui permettent toutes les manœuvres manuelles.
- mécaniques
- Ces « mains mécaniques » sont commandées par une série de manettes traversant le mur de protection et reproduisent les mouvements des mains de l’opérateur; elles peuvent même faire mieux puisque rien ne les empêche de tourner plusieurs fois sur elles-mêmes, par exemple pour visser ou dévisser, sans avoir à s’y reprendre.
- Mieux encore, on dispose de plusieurs « mains » de forces différentes on l’on peut commander au « bras » de poser la main trop délicate pour en prendre une plus puissante. On peut ainsi serrer aussi fort qu’un étau ou ouvrir la coquille d’un œuf à la coque.
- On peut encore imaginer dans un bref avenir ces « mains » télécommandées par des moyens électroniques et réalisant l’action à distance, l’homme invisible.
- Pour le moment, voici quelques exemples parmi bien d’autres de ce qu’on en obtient : étaler un jeu de cartes, déboucher une bouteille et en verser le contenu, ouvrir une boîte de conserves, écrire le nom de l’inventeur, etc. On imagine les services qu’on en peut attendre dans tous les milieux dangereux pour l’homme.
- Fig. 1 à 4. — Quelques possibilités des « mains mécaniques ».
- X. Etaler un jeu de cartes et retourner celles-ci. — 2. Ouvrir une bouteille et verser son contenu dans un verre. — 3. Ouvrir une boîte hermétiquement
- scellée. — 4. Ecrire.
- (International News Photos).
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- Les Gogants
- qucs Rousseau : c’est un sapin blanc (Abies pcclinata) qui se ramifie à 2 ni du sol en une douzaine de branches s’élevant en cimes; le tronc à i,5o m de la base mesure 7 m de circonférence et son âge doit atteindre environ 35o ans.
- Mentionnons encore pour mémoire, puisque nous en avons les photographies, dans la vallée des Ponts, à la Petite Joux, un vétéran dont les 22 cimes formaient couronne. Hélas on dut l’abattre car, vaincu par les ans et endommagé par la neige, il menaçait ruine (fig. 3).
- Ceux de la Ronde-Noire vivent dans les pâturages de l’Abbaye, vers Couvet. Leur hauteur dépasse 20 à 27 m et l’un d’eux est un candélabre à trois branches. L’altitude qui leur convient varie de 1 000 à x 3oo m.
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- La Suisse n’a pas le privilège de ces raretés dcndrologiques. Les pentes Nord du Ventoux en possèdent quelques-unes dans les parages de la corniche de Serre-Gros et M. de Champeville, l’un des hommes qui connaissent le mieux cette montagne, peut écrire : « ... Depuis le col de la Frache, aux hêtres ont succédé les sapins, de très vieux sapins de l’antique forêt dont
- Fig. 2. — Le sapin blanc de Poëta-Raisse sur Métiers (canton de Vaud).
- Fig. 1. — Sapin candélabre, près d’Orvin (Suisse).
- Le Guide « Bleu » de Monmarclié, « Bourgogne et Franche-Comté » désigne sous ce nom des sapins en forme de chandeliers à plusieurs branches que l’on rencontre autour de Saint-Cergues (Suisse) mais ce nom usité dans la Suisse Yau-doise et Romande est étendu aux sapins ou épicéas, voire même à d’autres essences, dont la grosseur, l’âge, le port majestueux ou la bizarrerie des formes attirent l’attention.
- Beaucoup d’entre eux sont d’ailleurs classés ou appartiennent aux communes qui veillent à leur conservation et ce fait les préserve de la hache meurtrière du bûcheron, pour l’agrément des touristes curieux des aspects divers de la Nature.
- L’étymologie du nom reste ignorée mais en Suisse alémanique on donne à ces arbres les vocables suivants : Schirmlannen (sapin de l’abri) ou Wettertannen (sapin protégeant des intempéries). A vi’ai dire ces appellations sont parfaitement exactes, car ces Abiétinées vivant généralement isolés au milieu des prés-bois qui sont la parure de cette région jurassienne, sont par leur ramure grandiose une sauvegarde pour les bergers et leurs troupeaux contre le mauvais temps.
- Les plus typiques ont un tronc puissant qui, à quelque distance du sol, quitte la verticale pour s’incliner vers l’horizontale en donnant naissance à des rejets qui s’élancent à nouveau vers l’azur; ce qui justifie leur nom de candélabres.
- Les plus beaux (fig. 1) se dressent aux alentours de Lignières, petit village situé à 800 m d’altitude sur un plateau couvert d’alluvions glaciaires au pied du Chasserai (1 Geo m).
- Un spécimen magnifique (fig. 2) peut s’admirer dans un pâturage en haut de la gorge de la Poëta-Raisse sur Môtiers où séjourna au xvm® siècle le philosophe botaniste Jean-Jac-
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- de Suisse
- beaucoup de l’espèce « candélabres » parce que leurs troncs énormes se ramifient en plusieurs tronçons qui semblent porter chacun un sapin complet... ».
- Si dans un article précédent nous avons dépeint la misère rachitique des « Hêtres tortillards » de Yerzy (Marne), cette fois nous pouvons chanter la vigueur de ces ancêtres dont la longévité n’a pas ébranlé la robustesse. C’est un plaisir pour les yeux d’apercevoir ces géants polymorphes se dresser solitaires au milieu des clairières et des prairies en témoins impavides des siècles révolus. Dans la plupart des cas leur fin est glorieuse car seule la foudre est adversaire à leur taille et peut triompher de leur vitalité généreuse.
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- Comme nous l’avons dit, d’autres arbres arboient le titre de « Gogants »; ce sont ceux qui se distinguent par leur puissance, leur âge ou leur beauté et c’est le cas du Hêtre à tronc très ramifié que nous présentons et, qui subsiste aux environs de S'aint-Cergues (fig. 4); on lep trouve dans les mêmes régions mais ils n’ont pas les particularités des candélabres et nos forêts en conservent un certain nombre sur lesquels veille la mansuétude des Eaux et Forêts ; nous les laisserons de côté pour ne pas allonger ce texte. Il me faut pourtant citer un
- Fig. 3. — Sapin de la Petite J aux, dans la vallée des Ponts, abattu en 1938.
- Fig. 4. — Hêtre à tronc très ramifié, aux environs de Saint-Cergues
- ( Suisse).
- chêne admirable, inconnu de la plupart des Parisiens. C’est le chêne des Six Frères (fig. 5 et 6) qui érige, à l’entrée de la forêt de l’Ouye (près Dourdan, S.-et-O.), son fût énorme se divisant à 1,70 m du sol en six parties, grosses chacune comme un chêne de cent ans. Il mesure 6 m de circonférence à la bifurcation et sa vigueur extrême, malgré ses 3oo ans, lance dans les airs une gerbe de rrerdure. Son accès est assez difficile. On peut l’atteindre par la route en allant de Dourdan à la ferme de Trouvilliers ; suivre la clôture de la ferme à l’Ouest jusqu’à la lisière du bois, suivre celle-ci pendant 3oo m et s’engager dans une sente forestière qui 20 m plus loin conduit au carrefour « Marcelle » (écriteau sur le chêne). On le rejoint aussi à pied, en prenant à Dourdan la route de Corbreuse, qu’on quitte sur la. gauche à la sortie du bois pour s’engager dans un chemin bien tracé; on le suit jusqu’à une dénivellation ; à ce point, le chemin cesse et. une très vague piste continue vers le Sud-Est; on arrive à la sente forestière du carrefour Marcelle mieux tracée et en la suivant à droite on arrive au Six Frères.
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- Une question reste en suspens : quelle est la cause de la difformité des « Gogants candélabres » ? Les avis sont partagés et ne donnent pas une solution franche.
- Selon d’éminents forestiers, il s’agirait de rejets après une coupe ancienne d’exploitation de taillis sous futaie, mais cette explication valable pour des sujets dont le tronc se divise au ras du sol ne peut convenir pour ceux dont les divergences partent de i,5o m à 2 m de la base. D’autres spécialistes estiment que la dent du bétail serait la cause du phénomène, cela est possible tout en étant hasardé; cependant nous avons tous vu sur nos avenues et nos boulevards l’élagage brutal de nos platanes qui après ce traitement barbare et combien peu esthétique offrent les années suivantes de multiples ramures. La comparaison est tentante et peut s’appliquer à notre cas. Le traumatisme détermine en certains points une prolifération des cellules où la vitalité se maintient et même s’accentue. On peut
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- donc admettre cette théorie qui semble plausible et s’en satisfaire en attendant mieux.
- Pour terminer, j’adresse tous mes remerciements à M. le professeur Favar-ger, de l’Université de Neuchâtel, ainsi qu’à Mlle Lvdia Garnier, de la même ville, dont les photographies et les notes m’ont permis de rédiger cet article.
- Ch. Bboyeh.
- Figr. 5 et 6. — Le chêne des Six Frères, dans la forêt de l’Ouye, près de Dourdan.
- La flotte
- marchande
- française
- Une loi du 28 février 194S vient de fixer le statut de la marine marchande française ; la nationalisation qu’on avait pu craindre n’a pas été prononcée ; la réquisition appliquée depuis 1939 a été levée. Les navires de commerce retrouvent leur liberté d’exploitation, sous le contrôle du Ministère de la Marine marchande, ce qui est une sage mesure, puisqu’il s’agit d’une acti-vité économique importante pour toute la communauté française, s’exerçant non seulement en France, mais également dans les ports étrangers où la protection de l’État devient sans efficacité.
- La situation de notre flotte de commerce n’est pas brillante. Depuis bien longtemps, celle-ci est loin de suffire au trafic de la France avec son empire et les pays étrangers, nous obligeant à sortir des devises en temps normal et à manquer de fret en temps de difficultés de trafic comme c’est le cas dans le monde entier depuis 1939.
- Elle ne représente que 4,2 ou 4,3 pour 100 du tonnage mondial, depuis le début de ce siècle et n’a pas progressé. Elle est composée d’une trop grande proportion de navires âgés dont certains devraient déjà avoir été mis à la fer aille 11 pour 100 ont plus de 30 ans, 21 de 25 à 30 ans, 11 de 20 à 25 ans, 15 de 10 à 15 ans ; le quart seulement a moins de 5 ans d’âge. Enfin, elle a énormément souffert de la guerre, ayant été utilisée par tous les belligérants, les Alliés comme les ennemis, attaquée par les uns et les autres, si bien que plus de CO pour 100 des navires à flot ont été perdus.
- Les statistiques dressées par le Ministère de la Marine marchande fournissent les renseignements suivants :
- En service au Dr septembre 1939 Perdus jusqu’en mai 1945 En service au 1er décembre 1947 En recons- truction (sabor- dés) En cons- truc- tion France En cons- truc- tion Étran- ger
- Nombre.
- Navires à passa-
- gers et mixtes . 146 89 54 9 10 9
- Pétroliers . . . 7-2 35 52 8 14 4
- Cargos .... 452 279 367 28 76 59
- Totaux . . . 6*0 403 473 45 100 72
- Tonnage (jauge b rute en mill ers de tonnes).
- Navires à passa-
- gers et mixtes. 1 165 674 459 110 96 63
- Pétroliers . . . 323 207 273 54 131 44
- Cargos .... 1 244 819 1 243 68 316 217
- Totaux . . . 2 733 1 701 1 976 233 543 324
- A ce tableau, on pourrait ajouter 520 000 tonneaux de Liberty ships achetés aux États-Unis par unités de 7 000 tonneaux, et 112 000 tonneaux de pétroliers T2 qui seront livrés prochainement. Les Liberty ships sont des navires construits pendant la guerre ; ils ont moins de 5 ans de date, mais ne rajeuniront guère notre flotte en raison de leurs défauts qui obligeront à les remplacer assez rapidement.
- Malgré toutes les critiques techniques qu’on peut leur adresser, ils rendent actuellement grand service et sont les seuls cargos disponibles qu’on ait trouvé à acquérir.
- Somme toute, la France a sensiblement retrouvé le tonnage marchand qu’elle possédait avant la guerre ; elle va dépasser son tonnage de pétroliers de 1939 dès qu’elle aura reçu les T„ américains. Il reste en grand déficit les navires à passagers, mais là aussi l’effort s’organise et seule la ligne de New-York reste mal desservie par le seul de Grasse que vont bientôt renforcer la Liberté et l’Ile-de-Frartce.
- On peut donc espérer, d’ici un an ou deux au plus, disposer de transports maritimes égaux pour les marchandises à ceux d’avant-guerre et assurer ainsi tout au moins le minimum de nos besoins les plus impérieux de céréales, de matières grasses, de charbon, de combustibles liquides, etc.
- Pendant ce temps, les autres flottes du monde se reconstituent également, les frets disponibles augmentent partout de tonnage et diminuent de tarifs. Le monde sortira bientôt de la crise aiguë de transports qu’il vient de traverser, comme à la fin de chaque guerre.
- A propos des ballons sphériques.
- " La Nature ", n° 3153, Ier février 1948, p. 37.
- Mme Paulette Weber nous fait remarquer qu’au concours de ballons libres du Mans, en 1947, elle a accompli un parcours plus long que celui de M. Charles Dollfus, classé deuxième. Malheureusement, son barographe s’était bloqué au cours de l’ascension et la Commission sportive de l’Aéro-Club de France l’a déclassée de ce fait, appliquant avec rigueur le règlement qui régit ces performances. D’ailleurs, Mme Weber est une aéronaute éprouvée qui a cinq fois réussi à surclasser M. Dollfus dans des concours de distance.
- On ne peut , qu’admirer le cran et l’habileté de tous les aéronau-tes qui maintiennent la tradition du ballon libre, vieil1 e de près de deux siècles, à laquelle le fondateur de La Nature, Gaston Tissandier, contribua en son temps.
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- Les
- de radio
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- nouvelles
- ampes
- Fig. 1. — La série des lampes miniatures européennes, montrant leurs dimensions par rapport à une boîte d’allumettes
- ( Miniwatt).
- A gauche, le support de la lampe. — De gauche à droite : UCH41, UY41, UL41, UAF41 et UF41.
- Présentation des séries miniatures européennes.
- Cette fois, le sort en est jeté : nous allons voir en France une nouvelle fabrication de lampes miniatures, ou plutôt, nous les avons vues déjà, puisque les premiers échantillons figuraient à l’Exposition de la Pièce Détachée.
- Pourquoi des miniatures P II serait facile de répondre : « Parce que cela se fait déjà depuis des années en Grande-Bretagne et aux États-Unis et qu’il s’agit là d’une des multiples conséquences de 3a guerre que nous ne saurions éluder ».
- Mais il y a des raisons plus profondes, à la fois techniques, économiques et commerciales qui s’enchevêtrent. L’industrie française des lampes devait se transformer : question de vie ou de mort, a fort justement souligné M. Jean Peyron, président de la section syndicale des tubes électroniques. L’avènement des ondes très courtes et des postes « portables » impose la lampe miniature, qui doit être fabriquée en très grande série et à prix réduit. C’est pourquoi l’industrie française repart sur des bases solides pour produire ces nouvelles séries strictement normalisées et rationalisées.
- Le marché français est relativement faible. Raison de plus pour réduire le nombre des types de lampes, concentrer la fabrication pour amortir un outillage neuf sur une production massive au standard international, avec des performances de classe internationale.
- Trois des plus importants fabricants français de tubes : Miniwatt, Dario et Mazda, se sont mis d’accord pour produire les mêmes séries européennes de tubes miniatures sous la dénomination « Rimlock-Medium », ce qui permettra l’interchangeabilité des lubes des différentes marques et la diminution des stocks nécessaires.
- Evolution de la technique des tubes.
- Douze ans ont passé depuis la conception des tubes des séries actuellement employées, douze ans pendant lesquels il s’est passé de graves événements. La guerre, en supprimant l’évolution de la lampe d’amateur, a donné un prodigieux développement au tube professionnel, d’où est sortie l’actuelle miniature.
- Pendant ces douze années, la technique de fabrication a considérablement évolué. On utilisait alors le culot à pied pincé, imposant l’emploi de longs fils de connexion entre électrodes et broches, d’où introduction de capacités et self-inductances parasites, sans compter les perturbations provenant des nombreux contacts soudés du culot.
- Les États-Unis pensèrent y remédier par la technique tout métal, dans laquelle l’ampoule est métallique. Elle est traversée par les connexions qui passent dans des perles de verre les isolant du métal. Le culot disparaît pour céder la place à une pastille isolante. Cette disposition réduit beaucoup les capacités internes.
- La sortie de grille est pratiquée sur coiffe dans les tubes américains à électrodes verticales et par le culot dans les tubes allemands à électrodes horizontales. Mais la réduction de capacité est gênée par l’enveloppe métallique.
- La technique métal-verre lui succéda, dans laquelle l’ampoule de verre est introduite dans une enveloppe extérieure métallique, formant écran et blindage, disposition qui augmente la robustesse mais diminue le pouvoir de rayonnement calorifique de la lampe.
- Puis la technique tout verre apparut en 1938 en Hollande et aux États-Unis, pour répondre aux besoins des ondes métriques : télévision et radar. Elle consiste à fabriquer la lampe en deux parties : une ampoule de verre et une embase en verre pressé sur laquelle on soude l’ampoule. L’embase est un disque de verre épais, qui tient lieu, à lui seul, de pied et de culot. La longueur totale des connexions se trouve ainsi réduite à moins de 20 mm. Les broches sont ne simples fils de 13/10 de millimètre en métal très dur (bronze au glucinium), insérés sous pression dans le disque dont ils ne dépassent que de 3 à 4 mm. C’est en somme la technique des lubes EFoO et EE50, fabriqués avant-guerre. Le blindage externe est remplacé maintenant par un blindage intérieur à l’ampoule, qui sépare entièrement les circuits de grille et d’anode et pourrait se prolonger par une clé de verrouillage.
- Technique miniature.
- La technique « fout verre » ayant acquis droit de cité s’imposa donc tout naturellement, lorsque la guerre nécessita la miniaturisation des matériels radioélectriques, en particulier pour les postes d’aviation, d’infanterie et de chars. Successivement prirent naissance des tubes miniatures à chauffage direct pour batteries (Série 1,4 V), puis des tubes à chauffage direct et indirect sous tensions normales (6,3 et 12,6 V).
- La miniaturisation imposa de sérieuses difficultés. Le rappro chement des broches sur une couronne de faible diamètre provo ' quait un accroissement des capacités, des fuites et des pertes diélectriques. Les procédés habituels de fabrication entraînaient un échauffement inadmissible de la cathode. Le nouveau procédé de scellement permit de s’en affranchir. L’élévation de température de 400° à 500° C. résultant de la soudure normale du verre serait de nature à oxyder les électrodes et à « empoisonner » la cathode,.
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- Figr. 2. — Les divers éléments d’une penthode HF, UF41 :
- l’embase et les supports d’électrodes, les électrodes montées, l’ampoule, la lampe terminée sans et avec sa bague métallique de fixation.
- suivant l’expression consacrée. Pour y obvier, on dépose sur le rebord de l’embase un anneau d’émail à bas point de fusion, grâce auquel on forme à basse température le joint entre l’ampoule et l'embase. La « scelleuse », qui enfonce l’embase sur le tube, n’exige pour la fusion de l’émail qu’une température de 400° C., considérablement plus faible que celle de fusion du vœrre, si bien que, pendant l’opération, la température de la cathode ne dépasse pas 230° à 250° C. Il s’en suit une grande régularité de fabrication et le respect strict des cotes mécaniques.
- Nouvelles séries pour radiodiffusion.
- Les tubes des séries miniatures européennes ont un diamètre maximum de 22 mm à la bague et une hauteur qui ne dépasse pas 34 mm, sauf pour le tube BF qui a 70 mm de hauteur. L’em-hase en verre pressé porte 8 broches régulièrement espacées sur une circonférence de 11 mm de diamètre, broches qui sont espacées de 4 mm et dépassent de 3 à 4 mm de l’embase.
- Lé guidage des tubes, eu l’absence de guide central comme dans les tubes normaux, est assuré par une bague métallique entourant le tube et munie d’un ergot, à 6 mm du bord inférieur, qui s’engage dans la fente de la collerette du support, où une lame de ressort le maintient en place pour bloquer le tube. D’où le nom de « Rimlock », qui signifie, en hollandais, verrouillage par anneau.
- Les nouveaux tubes miniatures présentent un certain nombre d’avantages, qui peuvent être ainsi résumés :
- a) Réduction des dimensions et du poids ;
- b) Construction tout verre favorisant le fonctionnement aux fréquences élevées ;
- c) Sécurité de fonctionnement due à l’accroissement de rigidité des électrodes ;
- d) Précision de fabrication et respect des cotes ;
- e) Réduction de la consommation d’énergie ;
- f) Bons contacts assurés par des broches en métal dur ;
- g) Logement automatique des tubes dans les supports, évitant les fausses manœuvres de connexions ;
- h) Verrouillage du tube sur le support, permettant le transport sans dommage des appareils munis de leurs tubes ;
- i) Possibilité de réaliser des tubes multiples et complexes grâce aux huit broches ;
- j) Blindage interne, avec écran entre circuits de grille et d’anode.
- Pour les besoins de la radiodiffusion, il est prévu deux séries
- de tubes miniatures. La première, qui sera mise sur le marché fin 1948, comprend cinq tubes « tous courants ». La seconde, qui ne verra le jour qu’en 1949, est réservée aux postes pour courant alternatif. Ces tubes portent les dénominations indiquées dans le tableau ci-dessous).
- La triode-hexode, changeuse- de fréquence, possède une grille de triode oscillatrice intérieurement reliée à la grille modulatrice de l’élément hexode.
- La penthode à pente variable peut être utilisée en amplificatrice HF, MF ou BF. Sa pente est au moins de 1 900 pA : V, sa résistance intérieure de 800 000 ohms à 10 Mil.
- La diode-penthode comporte une diode pour détection et commande automatique de sensibilité, et une penthode HF à pente variable pouvant servir d'amplificatrice HF, MF ou BF, avec pente de 1 630 à 1 900 pA : V.
- La penthode de puissance à grande pente de 8,3 mA : Y a une dissipation anodique de 9 W et fonctionne aussi bien en courant
- Figr. 3. — Penthode à pente variable miniature UF41 montée dans son support :
- à droite, le support en vue axiale (Rimlock-Medium).
- Type de tube Série « tous courants » Série alternatif
- Rimlock Medium Rimlock Medium
- Triode-Hexode UCH 41 CF141 ECH41 CF61
- Penthode pente variable UF41 H Kl 21 EF41 HF61
- Diode-penthode à pente variable UAF41 DI21 EAF41 D61
- Penthode finale UC41 BF451 EL41 BF61
- Valve 110/220 V UY41 V311 AZ41 V61
- Valve 110 V UY42 V312
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- continu qu’en alternatif, pour des tensions de 100 à 105 V. L’anode et l’écran étant alimentés sous 100 Y, le courant anodique est de 32 mA et la résistance intérieure de 18 000 ohms. Mais la résistance de charge optimum n’étant que de 3 000 ohms, il n’y a généralement pas à se préoccuper du transformateur de sortie.
- La valve monoplaque UY41 pour réseau à 220 Y peut aussi fonctionner sous 110 Y et débite 90 mA, ce qui suffit pour un récepteur normal à 4 tubes miniatures qui consomme S0 mA, et même pour un récepteur à 5 tubes avec préamplification HF. Sur 110 Y, la consommation d’un récepteur à 4 tubes miniatures est réduite à 50 mA, ce qui permet de compléter le montage par un étage de sortie symétrique qui porte à S0 mA la consommation totale. Sur réseau à 220 V, la valve UY41 doit être protégée par une résistance de 160 ohms.
- La valve monoplaque UY42 fonctionnant sous 110 V donne une tension plus élevée que la TJY41 et un débit égal de 90 mA.
- Les penthodes (penthode IIF, penthode finale et diode penthode) possèdent plusieurs sorties de cathode.
- Tous ces tubes sont alimentés sous 12,6 V avec 0,1 A.
- Nouvelles séries professionnelles
- Un certain nombre de tubes miniatures ont été prévus. Ce sont, dans la série européenne :
- EB40, double-diode changeuse de fréquence pour ondes très courtes, alimentée sous 5 Y et fonctionnant jusqu’à 750 MHz (à =40 cm).
- EC41, triode oscillatrice pour ondes très courtes, avec tension anodique de 200 V, fonctionnant jusqu’à 1 200 MHz ià = 25 cm).
- ECC40, double triode à cathodes séparées, avec tension anodique
- UCH4I UF41 UAF41
- UL41 UY41, UY42
- Fig. 4. — Brochage des lampes miniatures européennes.
- de 250 Y, utilisable en basse fréquence et pour les étages d’entrée des multivibrateurs.
- EF42, penthode à grande pente avec tension anodique de 250 V, tension d’écran égale, pour amplification à large bande en ondes courtes.
- Tous ces tubes sont chauffés sous 6,3 Y.
- Pans la série américaine qui sera prochainement lancée (S.F.R.), on trouve :
- Équivalence
- Penthode HF (PM05) ........................... 6AK5
- Penthode HF (PM07) ........................... 6F12
- Tétrode finale à faisceaux (BPM04)...... 6AQ5
- Double triode UHF (D2M9)...................... 6AL5
- Heptode changeuse de fréquence (HM04)... 6BE6
- Penthode HF (PM04) ........................... 6BA6
- Stabüisateur de tension (SM 150-30)............ OA2
- Triode UHF (TM12) ............................. 6J4
- Double triode UHF (T2M05) ..................... 6J6
- Valve monoplaque (VM1)........................ 1654
- Yalve biplaque (V2M70) ........................ 6X4
- Thyratron tétrode (TXM100) ................... 2D21
- Tous ces tubes sont également chauffés sous 6,3 Y, à l’exception de la valve YM 1 sous 1,4 Y.
- Brochage et supports.
- Le disque de verre pressé formant embase du tube porte 8 broches régulièrement espacées sur un cercle de 11 mm de diamètre. La distance entre deux broches consécutives est de 4 mm. Toutes les broches ne sont pas utilisées sur tous les tubes. Les connexions des différentes broches avec les électrodes sont indiquées sur les diagrammes schématiques de la figure 4. Dans toutes les lampes, l’ergot apparaît entre les deux broches de filament (/, /). Les anodes sont désignées par a, les cathodes par k, les grilles par g„,
- 03, 04. Dans les pentho-des HF à pente variable, il est recommandé Je n’utiliser que la broche voisine de f comme sortie de cathode. La même recommandation est faite pour la diode penthode à pente variable pour l’utilisation en ondes courtes. D’ailleurs, ce tube étant composé d’une penthode HF à pente variable et d’une simple diode, cette dernière peut servir à la détection du signal ou à la commande automatique de volume de son, tandis que la penthode peut servir à l’amplification HF, MF ou BF.
- La question du support est particulièrement délicate en raison des dimensions exiguës de la couronne et du rapprochement des broches. Les tubes miniatures ne peuvent, en effet, donner les mêmes performances que les tubes normaux qu’à la condition d’être montés sur des supports d’excellente qualité, qui n’affectent ni l’isolement, ni la rigidité diélectrique, ni la capacité. Il n’est pas douteux que de tels supports sont plus difficiles à réaliser que les supports classiques, surtout dans les conditions actuelles d’approvisionnement en bakélite et papiers bakélisés. Mais il s’agit là de difficultés passagères que l’amélioration des matières premières permettra de résoudre.
- D’autre part, les contacts ne sauraient être réalisés en laiton, mais en bronze de bonne qualité grattant les üls de broche en ferro-chrome.
- Le support comprend non seulement une embase, comme les supports classiques, mais une bague avec une rainure dans laquelle s’engage l’ergot du tube, lequel est maintenu en place par un ressort en V. La figure 5 indique en coupe et en plan les éléments essentiels du support.
- Applications à l'équipement des récepteurs.
- La série tous courants permet l’équipement de récepteurs miniatures dont les performances sont comparables à celles des séries normales. C’est ainsi, par exemple, qu’on peut réaliser les types suivants :
- Récepteur à trois tubes (2 + 1) D + BF -f Y.
- .» quatre tubes (3 + 1) HF + D + BF + Y.
- » quatre tubes (3 + 1) Chang. + MF + D + Y.
- à cinq tubes (4 + 1) Chang. + MF + D + BF + V.
- Support de lampe miniature européenne :
- 13, bague ; R, ressort ; E, embase principale ; I, embase intermédiaire ; S, embase supérieure ; L, paillette de contact ; C, contact central.
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- == 214 .................. .............—........ =
- On peut aussi utiliser la diode-penthode pour le fonctionnement d’un régulateur automatique de sensibilité à action différée.
- La sensibilité de ces postes est telle que, sans contre-réaction, on peut obtenir une puissance de 1 W avec 50 mV ; et que, avec contre-réaction, la distorsion peut tomber à 3,8 pour 100 pour cette même puissance de 1 W, avec dosage du relèvement de l’amplification aux deux extrémités par l’emploi d’une chaîne capacités-résistances. D’une manière générale, les petits postes miniatures donnent une bonne qualité avec une grande sensibilité.
- En dehors des récepteurs de radiodiffusion, les tubes miniatures trouvent leurs applications à la télévision, à la télécommande, aux hyperfréquences, au radioguidage, aux compteurs et calculateurs électroniques ainsi qu’aux servomécanismes industriels.
- Séries miniatures américaines.
- On nous annonce aussi prochainement l’apparition en France de lampes miniatures de technique américaine (Tungsram, Fotos). Au Salon de la Radiodiffusion, nous verrons sans doute les premiers échantillons de cette série qui comprendra, pour commencer, cinq tubes : changeuse de fréquence ; penthode HF, MF ; double diode triode ; tétrode finale et valve monoplaque.
- Dans les séries Fotos, on trouverait aussi les tubes miniatures professionnels, en tout :
- 6AK5 6BA6 1654
- 6AK6 6BE6 9001
- 6AL5 CJi 9003
- 6 AT 6 6J6 35W4
- 6AU6 6X4 50B5
- Comme dans la série européenne, on trouverait un jeu « tous courants » et un jeu et alternatif ».
- Tubes cathodiques et de télévision.
- La forme des tubes cathodiques s’est sensiblement modifiée. Ils sont généralement à concentration et déviation magnétiques, quelques-uns à fond plat. On remarque des tubes de mesure à encombrement réduit, tel le tube OE70/55 mesurant 175 mm de longueur, 70 mm de diamètre, pour alimentation anodique entre 1 000 et 2 000 V (S. F. R.).
- Signalons une série de tubes à déviation électrostatique : type normal de 70 mm de diamètre ; type à post-accélération pour l’étude des phénomènes transitoires ; type normal de 110 mm et type à post-accélération et de même avec écran de 180 mm (Compagnie des Compteurs et S. F. R.).
- Parmi les tubes de télévision, citons encore un iconoscope, des cellules photoélectriques et des couples thermoélectriques à haute fréquence et de type normal.
- Tubes d'émission.
- L’essor des applications électroniques a suscité la fabrication industrielle de tubes oscillateurs de puissance. Rappelons la série et tout verre » homothétique de 6 W à 15 kW de Mazda, les triodes d’émission à haute fréquence de 600 et 1 300 W (S. F. R.), une triode spéciale à refroidissement par air forcé ayant un petit volume (D = 19,5 cm), une tension anodique réduite (5 000 V) et une grande puissance (10 lcW) (S. F. R.), ainsi qu’une série de redresseurs à vapeur de mercure avec ou sans commande de grille (thyratron).
- En résumé, il semble qu’un effort particulièrement important ait été fait cette année par les fabricants de lampes, surtout dans le domaine de la réception de radiodiffusion où la miniaturisation a fait son apparition. Il ne nous reste plus qu’à souhaiter que les nouvelles séries miniatures soient introduites dès que possible sur le marché, afin que les auditeurs soient appelés à, bénéficier des progrès qu’elles concrétisent, Michel Adam,
- Ingénieur E. S. E.
- Amélioration des races d’abeilles.
- Depuis longtemps, les éleveurs d’animaux de boucherie ont réussi, par des méthodes empiriques mais fondées sur l’observation, et en recourant à la sélection et à des croisements, à obtenir des races améliorées dans un sens voulu.
- Des résultats de ce genre ont été obtenus aussi en apiculture mais très rarement et presque toujours par hasard. Cependant, l’amélioration des races d’abeilles est fort désirable, car ce sont les seules bêtes élevées par l’homme qui n’exigent aucun soin, tous les travaux de la ruche étant assurés par les ouvrières chez qui la division du travail est poussée extrêmement loin. Il existe d’ailleurs des races d’abeilles qui sont plus productives, meilleures butineuses, moins pillardes et moins agressives que nos races indigènes, et qui résistent mieux aussi aux maladies contagieuses (loques) du couvain.
- La sélection est très difficile en apiculture car l’homme ne peut choisir, ni même connaître le faux-bourdon qui fécondera ou qui a fécondé la reine lors du vol nuptial. Ce vol a lieu, en outre, à une date qu’on ne peut prévoir exactement, loin du regard et en dehors de toute intervention humaine.
- Cependant, Perret-Maisonneuve qui, dans son rucher de Saint-Cloud, s’était spécialisé dans l’élevage des reines, notamment de la race d’abeilles dites italiennes, plus douces et plus productives que nos races indigènes, avait réussi quelques croisements ou amélioré une lignée en stimulant, par divers moyens employés au printemps, la sortie, au même moment et avant la saison normale, de deux essaims de choix. Un faux-bourdon d’un des essaims pouvait féconder la reine de l’autre essaim, d’où un croisement ; ou bien, faux-bourdon et reine provenaient d’un même essaim
- d’abeilles déjà améliorées, et alors on obtenait une descendance dont les caractères élaient mieux fixés.
- Les entomologistes américains de l’école créée par L. 0. Howard ont orienté leurs recherches vers la sélection des abeilles dans une voie nouvelle, l’insémination artificielle qui, chez les bovins et les ovins, a déjà donné des résultats remarquables. C’est le choix du faux-bourdon qui est le plus difficile ; mais il n’est pas impossible ; et les premières recherches, entreprises dès 1926, ont abouti en 1932 à une méthode d’insémination sûre, assez facile et qui est déjà d’un usage courant chez certains apiculteurs des Etats-Unis. Au cours d’une mission dans ce pays en 1946, M. Rousseau a appris et pratiqué cette méthode et il l’a décrite dans une communication à l’Académie d’Agriculture de France le 14 janvier 1948.
- Cette méthode permet de choisir les deux géniteurs et de contrôler et suivre tous leurs rejetons : reine, ouvrières et faux-bourdons, au cours de plusieurs générations. Elle est d’une application assez délicate, car c’est une opération qui relève un peu de l’art chirurgical, mais elle n’exige que : 1° un tout petit matériel que chacun peut construire avec du bois et des tubes de verre ; 2° une bonne loupe binoculaire avec dispositif d’éclairage qu’on trouve dans le commerce ; 3° l’emploi d’un anesthésique qui est le gaz carbonique pour la reine, l’éther ou le chloroforme pour le faux-bourdon.
- Par la vulgarisation de cette méthode en France, on pourrait s'assurer assez vite des lignées d’abeilles sélectionnées et n’élever que des sujets de choix. Aux Etats-Unis, on a ainsi obtenu jusqu’à 150 kg de miel par ruche et par an. De plus, les abeilles sélectionnées sont pratiquement immunisées contre la loque américaine. En France, il faudra les immuniser contre la loque européenne.
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- APHTEUSE
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- LA FIÈVRE
- Depuis longtemps, cette maladie sévit sur les cheptels européens et ses dégâts ne se chiffrent plus. Elle n’apparaît pas régulièrement tous les ans, mais se réveille à des intervalles irréguliers. Ainsi, en Hollande, vers 1SS1, tous les quatre ans, une grosse partie du cheptel bovin devenait aphteuse. Puis, après une période relativement tranquille, en 1911, plus de 70 000 étables furent atteintes. En 1913-1914, on ne nota que 54 cas, en 1917, 15 seulement, mais en 1920, 53 280 étables furent contagionnées. En 1924, ce chiffre se montait à 88 930 exploitations, en 1926, deux ans après, à 62 756, en 1933 à 36 561. En 1936, on ne nota que 40 cas. L’épizootie de 1937, venant de l’Afrique du Nord, contamina une grande partie du continent ; elle infesta en Hollande près de 40 000 exploitations. C’est donc une maladie redoutable dont la virulence inconstante et le nomadisme accéléré réclament un service sanitaire toujours en éveil.
- On ignore encore les causes de ces réveils soudains ; on suppose que le virus est sensible à des facteurs qui influencent son pouvoir contagieux et sa virulence et qu'une résistance affaiblie du bétail joue aussi son rôle. Un bovin ayant déjà été atteint de cette maladie y est pendant quelque temps moins sensible. Néanmoins, le problème reste mal défini : ainsi, en 1943, tout le Nord de la Hollande a été atteint tandis que le Sud restait indemne.
- Entre 1897 et 1900, les savants allemands Loffler et Frôsch découvrirent le virus de la fièvre aphteuse. C’est, comme tous les virus, un agent si petit (10 mu) qu’il n’apparaît pas au microscope et qu’il passe à travers les filtres de porcelaine les plus fins. Il ne peut être cultivé in vitro et on ne le conserve vivant et actif qu’en en injectant des animaux sensibles. Les antiseptiques qui agissent sur les bactéries restent sans effet.
- Longtemps, on ne put faire des expériences à grande échelle, les bovins à sacrifier coûtant trop cher. Ce fut donc un grand progrès quand, en 1920, les savants allemands Waldmann et Pape découvrirent que le cobaye est un animal sensible qui peut servir pour ce genre de travaux.
- En 1922, les savants français Vallée et Carré constatèrent que la fièvre aphteuse n’est pas causée par un seul virus ; il en est de plusieurs types très différents, bien qu’ils donnent le même aspect de la maladie. La fièvre aphteuse se manifeste surtout chez les bovins, ovins et porcins. Elle peut se produire pendant toute l’année, mais c’est en automne qu’on constate le plus grand nombre de cas. Pendant l’hiver, on note une diminution et, au printemps, une recrudescence. Néanmoins, en 1942, la recrudescence commença en décembre et le maximum eut lieu en janvier.
- La matière contagieuse se trouve surtout dans les vésicules qui ont donné son nom à la maladie. Pendant la période de fièvre, laquelle est de courte durée, on en trouve aussi dans le sang. La salive en contient et peut être dangereuse neuf heures après la contagion, bien avant que les vésicules soient apparues ; quand celles-ci crèvent, la salive devient très contagieuse. Dans les cas bénins, l’animal guérit assez vite et à partir du dixième ou onzième jour, souvent même à partir du cinquième ou sixième jour, la salive ne contient plus de virus. Le lait, l’urine et les excréments peuvent aussi contenir du virus avant que les vésicules dans la bouche soient visibles.
- Cette présence bizarre du virus dans la salive, l’urine et les excréments avant qu’on constate d’autres signes de la maladie, sont cause que la lutte contre cette infection est très difficile. On ne distingue pas les bêtes malades et déjà elles sont un danger pour leur entourage. Quand on constate la maladie, le mal est déjà propagé.
- Un autre fait bizarre est le nomadisme de la maladie : tantôt elle apparaît soudainement en des endroits éloignés ; tantôt, au contraire, elle évolue comme une vague d’assaut, contaminant tout le bétail.
- La fièvre aphteuse est une vraie maladie éruptive. Les différents
- organes peuvent bien contenir le virus au début, mais celui-ci disparaît rapidement. Dans la période où le sang contient encore le virus, les organes et les muscles n’en renferment déjà plus. La matière infectante dans le lait et dans les vésicules est peu résistante et vite morte. Mais les petits fragments de peau, le foin, la paille, les bâches en jute, etc., sur lesquels elle a séché restent virulents pendant plusieurs mois. C’est là une des causes de contagion à grande distance. Des expériences ont déterminé que le virus persiste vivant pendant quatre semaines sur les poils séchés d’une vache. Dans le foin, il se maintient pendant quinze semaines et dans du son jusqu’à vingt semaines. A l’Institut Pasteur, on a constaté que le virus de la fièvre aphteuse peut se maintenir en vie pendant 52 mois, soit plus de quatre ans, dans un sérum agglutinant de sang séché.
- Le virus ne résiste pas aux températures élevées. Du lait infecté devient sain à 80° et dans un fumier bien décomposé, le virus est vite détruit. Il résiste aux gelées pendant deux ou trois jours.
- Les désinfectants ordinaires n’ont pas d’action sur le virus. Il est, au contraire, très sensible à des composés contenant de l’anhydride sulfureux. L’hypochlorite de soude ou de potasse à 4 ou 2 pour 100 agit aussi, et mieux, additionné de 5 pour 100 de chaux. La chaux seule est inefficace. Des acides faibles tuent le virus assez vite. La viande d’animaux aphteux peut être consommée sans danger après 24 h, quand l’acide lactique s’y est formé ; la viande congelée est dangereuse plus longtemps.
- Le lait aigre, le petit lait, sont inoffensifs, mais si on empêche l’acidification du lait, le virus y persiste 30 jours et plus.
- Le saumurage de la viande n’exerce aucune influence sur le virus : dans une viande saumurée, il peut vivre jusqu’à 49 jours.
- La contagiosité très élevée du virus a été démontrée par les expériences de Waldmann. Un cinquième de millionième de centimètre cube du liquide d’une vésicule suffit pour transmettre la maladie ; une goutte peut donc infecter 250 000 bovins. Ceci explique l’extrême contagiosité de la fièvre aphteuse.
- L’infection. — L’infection passe directement d’animal à animal. Elle peut être aussi indirecte, transmise par de multiples agents vecteurs. Ceux-ci ne se comptent pas : les oiseaux, les chevaux, les outils, les voitures, les récipients de laiterie, toute personne venant d’un endroit où la maladie sévit déjà. Il suffit de transporter un peu de fumier souillé fixé aux souliers, un poil sur les vêtements ou qu’un cheval conserve un peu de fumier infecté sous ses sabots pour contaminer à distance.
- Des bovins guéris conservent le virus pendant des mois dans les vésicules desséchées de leurs pieds. Quand on leur taille les onglons ou quand ceux-ci s’usent, le virus est essaimé. L’urine des animaux guéris peut aussi contenir le virus pendant des mois. Waldman a démontré que 2 pour 100 des bovins guéris restent porteurs du virus par la suite. Une contagion ultérieure peut donc se produire si l’on introduit dans le troupeau des bêtes saines ; le danger peut durer 29 mois ; il est le plus grand après 4 à 6 mois. Waldmann a également démontré que chez les porteurs du virus, celui-ci circule de temps en temps dans le sang.
- Une autre cause s’est révélée aux États-Unis. En 1908, on y importait du Japon le vaccin contre la variole (maladie humaine) pour certaines expériences ; on en vaccinait des veaux. Bien que ce vaccin, vieux de plusieurs mois, ait été obtenu de bêtes saines en apparence, les veaux américains furent atteints de la fièvre aphteuse ; le vaccin japonais contenait encore le virus un an après sa préparation. On observa en Norvège, en 1930, un cas analogue.
- Les animaux les plus sensibles sont les bovins, ovins et porcins. On a signalé quelques cas chez des chiens et des chats. Les chevaux sont insensibles, quoi qu’on ait constaté parfois une inflammation des muqueuses de la bouche qui fait penser à la fièvre
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- aphteuse. L’homme peut également être atteint de cette maladie et l’on en a signalé d’assez nombreux cas.
- Les bêtes qui ont été infectées sont immunisées pendant un an, souvent plus, .mais cela n’est pas absolument constant. Comme les Français Vallée et Carré avaient reconnu plusieurs types de virus (celui observé dans l’Oise avait d’autres qualités et particularités que celui des Ardennes), ils distinguaient deux types, O et A. Plus tard, on en a découvert d’autres. Si les types de virus sont différents, les symptômes de la maladie sont les mêmes. Une vache ayant été infectée par le virus A peut, étant guérie, rester un an insensible du virus A, mais peut quinze jours après, devenir malade du type O et inversement. Ceci explique pourquoi certaines bêtes peuvent être malades plusieurs fois dans la même année. Ainsi on a vu en Hollande une étable qui, le 11 juillet 1942, avait été atteinte par le virus type A et qui, au 27 novembre de cette même année, redevint malade, cette fois-ci par le type 0.
- Il y a encore d’autres incertitudes. Le virus de la fièvre semble subir des mutations dans le temps. Par exemple, au cours d’une épizootie générale et virulente, on observe au début un seul type, puis plusieurs, et quand l’épidémie finit, on ne retrouve que le type original du début.
- Les animaux sont assez vite immuns après la maladie, parfois déjà au cinquième jour après la fin de la fièvre. L’immuniié se transmet par le sang de la mère au veau qu’elle porte. Le lait ne transmet pas l’immunité.
- L’infection proA-oque tout de suite des vésicules sur les muqueuses de la bouche et dans l’estomac, aux endroits où le virus a pu pénétrer dans une petite plaie. Le virus se multiplie rapidement dans ces vésicules, passe dans le sang et fait naître à d’autres endroits des ampoules dites secondaires dans la bouche, la panse, aux pieds et au pis. Le virus quitte ensuite le sang et la fièvre disparaît. Les ampoules aux pieds sont invisibles tant qu’elles se trouvent sous les onglons ; elles les soulèvent, créant ainsi de nouveaux foyers de virus quand elles font éruption au bord supérieur.
- Le virus peut aussi causer des inflammations graves des différents muscles. Quand le cœur est atteint, la myocardite entraîne souvent une issue fatale, surtout chez les jeunes. D’autres bactéries peuvent pénétrer aux endroits atteints. Le bacille de la paratyphoïde peut ainsi apparaître en passant par les parois intestinales. En cas d’abattage d’une bête aphteuse, il est prudent de tenir compte de cette possibilité.
- Il arrive que les bêtes souffrent beaucoup par les ampoules aux pieds. Elles restent couchées, souvent sur le même côté. A force de rester longtemps couchées, des plaies superficielles se forment à l’endroit du corps qui touche le sol ; des nouvelles inflammations en résultent.
- Le virus se transmet au fœtus par le sang de la mère ; il arrive qu’on voit naître des veaux infectés. Le virus prépare un terrain favorable pour d’autres affections secondaires telles que des inflammations des articulations, de la moelle, des tendons, des abcès des pis, etc. .
- Les symptômes. — La fièvre aphteuse dure peu et s’accompagne de fièvre. Après infection artificielle par des petites plaies à la langue, les premières vésicules apparaissent après 24 h, parfois 4S à 60. En cas d’infection naturelle, on ne voit les vésicules qu'après 2 à 7 jours. Ces ampoules primaires restent très souvent inaperçues et on ne les constate que lorsque la fièvre s’établit, surtout chez les animaux jeunes. La fièvre monte très vite, en deux jours, à 40°-41° C. pour baisser aussi rapidement. A ce moment, d’autres ampoules secondaires se forment. L’appétit diminue, la rumination se ralentit et comme signes typiques, on voit les bêtes baver et claquer de la langue. Les excréments sont très secs par le fonctionnement ralenti des voies intestinales. Les bêtes maigrissent rapidement.
- En leur ouvrant la bouche, on remarque des vésicules en dedans
- des lèvres, sur les gencives, surtout à la mâchoire supérieure, sur la langue et ses bords, à l’intérieur des joues. Leur grosseur varie de celle d’une noix à celle d’un œuf. Elles crèvent après un n trois jours, laissant sur les muqueuses des plaies rouges qui se recouvrent un à deux jours après d’un nouvel épithélium. Les bêtes se remettent alors à manger.
- Parfois les animaux manifestent des douleurs musculaires : leurs mouvements sont raidis, ils ont le dos courbé, les poils raides et en se mouvant, ils poussent des beuglements plaintifs.
- Les pieds sont souvent atteints en même temps que la bouche. L’animal boîte et se couche. Des vésicules apparaissent entre les onglons, laissant, après crevaison, un endroit à vif, souvent couvert de croûtes sales.
- Ces plaies peuvent guérir en une à deux semaines, mais il arrive que le mal se propage entre la peau et les onglons : ceux-ci se détachent alors et tombent. Des ampoules peuvent aussi se former à la naissance des cornes, au muffle et aux divers orifices.
- Quand l’affection atteint le pis, les té tins présentent des ampoules qui s’ouvrent dès qu’on veut traire. Le lait prend alors l’aspect du colostrum, jaune et muqueux. Ce lait a un goût rance et amer, caille facilement et contient des traces de sang. Il ne peut servir à faire du beurre ou du fromage. Parfois le lait est très clair, chargé de flocons. La lactation peut diminuer de 20 à 75 pour 100 ; après guérison, elle reprend mais n’atteint plus le débit normal.
- Ce ne sont là que les suites directes de la maladie, mais ses conséquences vont plus loin. Certaines vésicules se transforment en abcès traînants qui, surtout aux pieds, s’étendent aux tendons et aux articulations ; les bêtes se déchaussent. Des bactéries engendrent des infections secondaires du pis dont un ou plusieurs quartiers peuvent se détacher. La myocardite guette les animaux jeunes et aussi des vaches prêtes à vêler, des taureaux en trop-bonne condition ; elle peut les rendre poussifs.
- Les bêtes plus âgées qui se réinfectent sont moins malades que les bêtes jeunes ; de là quand la maladie ne s’est pas manifestée depuis plusieurs années, un plus grand nombre de cas graves.
- (à suivre). A. Schaper.
- La météorologie télévisée.
- L’Office météorologique des Etats-Unis (U. S. Weather Bureau) vient de créer un nouveau service, transmettant les renseignements météorologiques par télévision. Tous les soirs, pendant dix minutes, un spécialiste de l’Office météorologique, présente sur l’écran de télévision, la situation de l’atmosphère et son évolution par une série de cartes analogues à celles que l’on montrait aux équipages des avions avant l’envol, pendant la guerre. Ces cartes météorologiques des Etats-Unis et les conditions ayant des chances d’affecter le temps sont expliquées dans un langage simple, à la portée des profanes.
- Les émissions de météo télévisées sont transmises de Washington (D. C.) où l’on dispose des informations les plus récentes et les plus complètes sur les conditions atmosphériques du pays. Après le rapport météorologique national, on télévise des rapports régionaux, et, à la fin de l’émission, des rapports locaux (valables pour la région de Washington), qui sont commentés par les météorologues spécialement affectés à cette région. L’Office météorologique des Etats-Unis espère que ces émissions télévisées seront bientôt retransmises dans tout le pays, donnant partout un « coup d’œil général » sur les probabilités du temps.
- En France, on n’eii est encore qu’à une émission de télévision météorologique par semaine, qu’on trouve dans le Téléjournal. Mais les postes récepteurs sont encore trop peu nombreux pour qu’on puisse considérer cette transmission de cartes du temps autrement que comme un essai.
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- UN AUXILIAIRE MÉCANIQUE :
- e derrick agraire « Tripode »
- Dans tous les programmes économiques tracés depuis la libération, il est question d’augmenter la production agricole, tout en réduisant la main-d’œuvre paysanne, par une motorisation et une mécanisation des travaux de ta ferme et des champs. On étudie, on réalise, on multiplie les
- iGo°; tous ses mouvements sont commandés par un seul levier et une pédale de frein, rendant les manœuvres fort simples. Elle est terminée par une poulie où passe un câble venant du treuil accouplé au moteur. A ce câble, on peut suspendre une benne simple ou preneuse ou à griffes, ou encore un crochet pour la manipulation des sacs, des troncs d’arbres, des souches, etc. Les bennes peuvent servir pour le charbon, le sable, la terre, le fumier, les betteraves, les pulpes, etc. La force de levage est d’une tonne.
- Le treuil porte une poupée auxiliaire qui permet de tirer un rateau pour rassembler le foin, la litière des étables, le fumier, etc.
- Comme on le voit, c’est un appareil à tout faire et partout, dont la place est dans toutes les exploitations d’une certaine importance. Avec lui, on peut ramasser les betteraves en tas pour les mettre en wagons, en camions,
- Fig. 1. -— Le derrick « Tripode », flèche télescopée, tracteur. — 2. Le même, muni d’une benne preneuse, déchargeant du fumier. — 3. Le même, chargeant aux champs des sacs sur une remorque.
- tracteurs et les machines pour actionner les charrues, les distributeurs d’engrais et de semences, les faneuses, les moissonneuses, les arradieuses de betteraves, etc. Chaque année, au printemps, au Salon de la Machine agricole, les constructeurs présentent leurs modèles et leurs nouveautés. Cette année, on y a remarqué une espèce de machine à tout faire, le derrick « Tripode », présenté par les établissements Benoto, destiné à accomplir les travaux de force les plus divers, à remplacer la main-d’œuvre et à hâter les opérations dans les innombrables services d’une exploitation agricole.
- Réalisé en 1943, longuement essayé et mis au point, le derrick « Tripode » a trouvé maintenant sa forme définitive et toutes ses utilisations. C’est un appareil automoteur léger, ne pesant que 3 900 kg, pouvant circuler sur tous terrains grâce à ses chenilles qui répartissent son poids sur une large surface et n’imposent au sol qu’une pression de 3oo g au centimètre carré. Il se déplace suivant la nature du sol à une vitesse de o,5 à 3 km à l’heure en marche avant et 2 km en marche arrière. Les organes mécaniques sont groupés dans un carter qui les met à l’abri de la boue et des poussières et simplifie le graissage. Sa plate-forme est assez stable pour qu’il opère sans contrepoids ni vérins. Il est actionné par un seul moteur de i5/25 ch, à essence, ou Diesel, ou électrique qui assure ses déplacements et ses manœuvres. Le moteur commande un tambour de treuil type « Marine » qui sert au levage et à la traction.
- On peut s’en servir comme tracteur et lui atteler une remorque ou l’utiliser au point fixe. Sur la plate-forme se trouve une charpente tripode qui lui a donné son nom, sur laquelle est amarrée une flèche télescopique peu encombrante pendant les transports (fig. 1), extensible pendant les travaux de chargement (fig. 2 et 3). Cette flèche a un déplacement latéral de
- en tombereaux, puis décharger ceux-ci; on peut aussi charger et décharger les pulpes, les boues, les charbons, les engrais, le fumier, les sacs, creuser et entretenir les rigoles d’irrigation et de drainage, curer les fossés, ramasser les sacs, etc. C’est un auxiliaire de force, à la fois tracteur, engin de levage, ramas-seur, répondant à de multiples besoins que ne satisfont pas les autres instruments agricoles spécialisés; c’est un grand économiseur de temps et de main-d’œuvre.
- Ses emplois ne sont d’ailleurs pas exclusivement agricoles; on le voit aussi bien dans des entreprises de travaux publics, des concessions coloniales, etc.
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- AU CONSERVATOIRE NATIONAL DES ARTS ET MÉTIERS
- Le service de contrôle des thermomètres médicaux
- Les thermomètres médicaux portent une graduation en degrés et en dixièmes de degrés, allant de 35° à 4a° avec un repère à 37° marqué en chiffres de couleur rouge. Ces divisions correspondent aux températures extrêmes du corps humain, ainsi qu’à la température normale d’une personne en bonne santé et elles doivent comporter une exactitude rigoureuse. Si, en effet, les indications de ces instruments sont défectueuses, elles trompent les malades, risquent de fausser les diagnostics et empêchent les praticiens de prescrire les soins ou les remèdes utiles.
- Avant la guerre de 1914, les verriers de Thuringe nous inondaient de thermomètres médicaux dont ils avaient, pour ainsi dire, monopolisé la fabrication en Europe. L’importation allemande ayant brusquement cessé dès le début des hostilités, nous dûmes en acheter en Suisse et aux États-Unis et bientôt on en manqua. Heureusement, des spécialistes français se mirent à l’œuvre. En particulier, l’ingénieur chimiste Léon Appert, ancien président du Comité central des verreries de France (mort en igaô), parvint à fabriquer un verre peu dilatable et peu déformable susceptible de remplacer celui que les industriels d’Iéna produisaient auparavant à très bon compte. Diverses usines purent alors se monter en France et, depuis cette époque, les thermomètres médicaux français ne le cèdent en rien à ceux de l’étranger.
- D’autre part, la loi du i4 août 1918, complétée par le règlement du 3 mars 1919, rend obligatoire le contrôle — jadis facultatif — de ces instruments de précision avant leur vente au public. Cette vériiication s’effectue au Laboi'atoire d’essais du Conservatoire national des Arts et Métiers où de récents perfectionnements apportés aux régulateurs de température permettent les mesures à o°oi près.
- On commence par se rendre compte de la qualité du verre en laissant le thermomètre se « reposer » au moins pendant un mois après sa fabrication. Au bout de ce temps, l’enveloppe du réservoir a acquis sa stabilité et les variations de son volume, qui dépendent du genre de verre employé, se trouvent réduites au minimum.
- Les thermomètres présentés au contrôle portent gravés le nom de leur constructeur et son adresse. Une ligne colorée dans la
- Fig. 1. — L’atelier de contrôle manuel des thermomètres.
- masse indique l’origine du verre; elle est de teinte jaune clair pour les verres français, bleue pour les thermomètres d’origine anglaise, violette pour les verres d’Iéna qu’on ne trouve plus guère sur le marché.
- Après leur stage obligatoire, les thermomètres médicaux subissent les opérations de contrôle.
- On commence par s’assurer de leurs formes régulières, puis on les numérote, on les enregistre et des femmes vérifient si chaque instrument porte bien le filet coloré indicateur de sa nationalité, sa graduation en degrés allant de 35° à 42°, les -traits rectilignes noirs des dixièmes de degrés, le repère rouge à 37°, enfin les nom et adresse du constructeur. Une fois ces constatations faites, le thermomètre reçoit un numéro d’ordre et la vérificatrice l’introduit dans une boîte divisée en 100 petites cellules dont chacune peut recevoir un instrument. On compare ensuite leurs indications avec celles données par un thermomètre étalon.
- Cette comparaison s’effectue soit d’une façon manuelle, soit automatiquement au moyen d’une remarquable installation agencée récemment par le personnel du Laboratoire. Dans le premier cas, des opératrices spécialisées assises devant des tables (tig. 1) reçoivent les boîtes garnies des thermomètres étiquetés ; elles plongent ceux-ci un à un dans des cuves pleines d’eau, portées exactement aux températures de 36°, 38° et 4o°.
- Les femmes règlent la- chaleur des bains au moyen de becs Bunsen et dans chaque thermostat, une petite hélice actionnée
- Fig. 2. — La machine de contrôle automatique.
- Au mur, les enregistreurs de température des bains.
- électriquement brasse la masse liquide pour homogéniser la température. Après deux minutes environ, l’opératrice compare la température du thermomètre à celle du thermomètre étalon plongé dans le même liquide et note sur un registre ses constatations. Chaque groupe de deux personnes arrive à faire 3oo. vérifications. complètes par jour, ce qui nécessite 1 200. lectures thermométriques.
- Depuis peu, les mesures de contrôle des thermomètres médicaux s’effectuent également d’une façon mécanique avec un bien plus grand débit, grâce à une nouvelle machine circulaire (fig. 2). Une manutentionnaire monte les thermomètres à contrôler sur la circonférence d’un tambour métallique, qu’un moteur électrique fait tourner autour d’un axe. Les instru-
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- ments engainés chacun dans une monture de bronze plongent successivement et à intervalles réguliers dans des étuves maintenues à 36°, 38° et 4o° et défilent devant deux ou trois vérificatrices qui observent à leur passage les températures marquées. Une deuxième manutentionnaire classe ensuite les thermomètres contrôlés par ses compagnes.
- Un moteur synchrone de qbo W assure le mouvement très lent de l’ensemble, car les opératrices doivent lire les degrés au cours de la rotation des 180 thermomètres, qui défilent devant chacune d’elles en un tour, à l’allure de 7 à 10 mm par seconde. Quatre à cinq thermomètres plongent à la fois dans chaque étuve large de 2b cm. Trois arbres concentriques assurent le régime de marche. L’un, fixe, se trouve monté sur le socle du moteur, le second à came commande les plongées et les remon-
- Fig. 3. — Le nettoyage avant impression.
- tées des thermomètres, le troisième imprime le mouvement de la couronne des supports thermométriques par l’intermédiaire d’un embrayage à friction.
- Les étuves sont chauffées électriquement et maintenues aux températures voulues grâce à des résistances isolées entre elles par des lames de mica contenues dans un fourreau de o,5 mm •d’épaisseur. L’appareillage de contrôle électrique se trouve encastré dans le mur avoisinant et trois regards vitrés permettent, à tout instant, l’observation des courbes d’enregistrement de la marche des opérations. Le chauffage des bains comporte une chauffe forte capable d’amener rapidement l’eau à 36°, 38° et 4o° et une chauffe faible permettant de compenser les per-
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- Fig. 4. — La gravure des marques de garantie.
- tes d’énergie calorifique. Cette dernière est réglable à + o°oi.
- Les thermomètres contrôlés et x'econnus « bons « reçoivent alors une marque de garantie. On les nettoie dans une pièce voisine, en les plongeant un à un dans des bains successifs d’eau acidulée, alcalinisée au carbonate de sodium et pure (fig. 3) ; ils sont ensuite parfaitement essuyés et portés à l’atelier d’impression. Là, on grave sur le cylindre de verre de chacun d’eux, en caractères indélébiles, les indications abrégées qu’ils doivent porter : R. F. (République Française), C. À. M. (Conservatoire des Arts et Métiers), 1948 (millésimé de l’année), marque du fabricant (fig. 4). Cette gravure s’effectue au moyen d’une petite machine Dubuit. On établit d’abord sur un coussin auxiliaire de caoutchouc l’inscription désirée de façon à obtenir une sorte de décalcomanie qu’on adapte sur la platine de l’appareil. Puis, grâce à un levier actionné par une pédale et qui marque un temps d’arrêt au cours de son mouvement, la conductrice retire et place alternativement ses thermomètres, pour qu’ils reçoivent leurs empreintes. L’encrage des rouleaux à l’encre grasse spéciale et. l’impression sur le verre se fait automatiquement. Une fois l’inscription effectuée, on saupoudre les instruments de fluorure d’aluminium puis on les chauffe à la flamme pour que les signes imprimés ressortent mieux. Après quoi, on frotte la partie dépolie avec un lingot d’alliage métallique mou, ce qui rend l’inscription encore plus visible. Une seule employée grave ainsi par jour plusieurs centaines de thermomètres. Enfin, l’établissement des bulletins individuels de contrôle achève le cycle des méticuleuses vérifications de ces instruments médicaux.
- Jacques Rover.
- Découverte d’une essence forestière d'un genre que l'on croyait éteint.
- C k 1943, on a découvert dans la province de Setchouen (Chine) *“ quelques pieds d’un Conifère à feuilles caduques du genre Metasequoia dont on ne connaissait que quatre espèces fossiles et qu’on avait tout d’abord rattachées au genre Séquoia dont il n’existe plus que deux espèces vivantes. On sait que le séquoia aurait disparu par la faute de l’homme si les Américains ne l’avaient conservé dans plusieurs réserves de la Californie.
- Le Metasequoia a.été retrouvé dans la province de Houpéi, où il forme de petits peuplements sporadiques qui sont aussi en voie de disparition. C’est un très bel arbre qui peut atteindre une hauteur de 33 m et un diamètre, au pied, de 2,23 m.
- Grâce au concours de botanistes chinois, l’Arnold Arboretum de l’Université Harvard (États-Unis) a pu organiser, en 1947, une expédition qui a rapporté des graines ; elles ont bien levé en Grande-Bretagne et aux États-Unis dans plusieurs jardins botaniques : la survivance de l’espèce est donc assurée. Le professeur
- E. D. Merrill a rendu compte de la découverte et de ces essais d’acclimatation, couronnés de succès, dans Arnoldia (8, mars 1948, p. 1).
- On peut voir en France, à Générargues (Gard), dans le domaine de Prafrance, une double rangée de séquoias limitant une grande allée.' Ils ont été plantés en 18G0, dans un terrain d’alluvions bien irrigué et, grâce à la douceur du climat, il^ ont végété assez vite car ils atteignent actuellement environ 40 m de hauteur.
- Le cas du Metasequoia doit être rapproché de celui du Ginkgo biloba (du japonais ginkgo, même sens), qui ne doit sa survivance que parce qu’il a été conservé comme arbre sacré dans les temples bouddhiques de la Chine et du Japon. Il est cultivé aux États-Unis et on peut en voir au Muséum d'Histoire naturelle de Paris.
- E. L.
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- L/Institut polaire norvégien
- Fig. 1.
- L’entrée du port de Longyearcity, en été.
- En Norvège, toutes les recherches concernant les questions polaires sont confiées à un organisme officiel qui, jusqu’au ier mars 19/18, portait le nom de Norges Svalbard of Ishavs Undersôkelscr ; mais, depuis le 1e1' mars, il a pris celui de Norsk Polarinstitutt. Le Professeur IL U. Svcrdrup le dirige.
- En 1920, le traité de Paris reconnut la souveraineté de la Norvège sur l’archipel du Spitzberg qui prit, à cette occasion, le nom Scandinave de Svalbard (terre aux côtes froides). En plus du Spitzberg, la Norvège possède, dans les mers polaires, Pile Jan Mayen et l’île aux Ours, cette dernière à mi-chemin entre le cap Nord et le Spitzberg.
- . Pour dresser les cartes des nouvelles terres encore peu connues, pour prospecter les mers arctiques, la Norvège créa un organisme groupant toutes les activités dans tous les domaines de la science.
- Depuis 1925, un immense travail de cartographie a été accompli. Tous les étés, un petit avion survole le Spitzberg et prend des photographies aériennes. Au cours de l’hiver, des spécialistes, appartenant à l’Institut polaire, dressent des cartes par le procédé de la photogrammélrie. Actuellement presque tout l’archipel a été relevé mais toutes les cartes n’ont pas encore été dessinées car, comme partout ailleurs, l’Institut, manque de crédits pour mener rapidement à bien cet immense travail. A l’échelle de 1 : 5o 000, des cartes provisoires, en deux couleurs, doivent bientôt couvrir les 62 000 km2 de l’archipel du Spitzberg. En plus de ces cartes à grande échelle, l’Institut en prépare une autre série à 1 : 100 000, en cinq couleurs, qui doivent également couvrir tout l’archipel. La première de ces
- cartes a été éditée à la fin de l’année dernière; elle concerne la partie la plus méridionale du Spitzberg. Sur cette belle carte en courbes de niveaux, sont figurés les glaciers, les moraines, l’emplacement des huttes des chasseurs, les points trigonomé-.triques, les isobathes de o,5 à 20 m et les points de sondages en mer. Ces cartes pliantes sont vendues 3 couronnes.
- L’Institut édite également une carte à petite échelle du Spitzberg (1 : 2 000 000), une autre, en deux feuilles, à 1 : 760 000 et quelques cartes des régions les plus connues à 1 : xoo 000. Elle met également en vente des cartes de l’île aux Ours aux échelles de x : 10 000 (en six feuilles), 1 : 4o 000 et. 1 : ino 000.
- Jusqu’en 19/10, le Norges Svalbard og Ishavs Undersôkelser fut dirigé par le Dr Adolf Iloel. Celui-ci était géologue; aussi les recherches géologiques dans l’archipel furent très poussées. Elles aboutirent, à une connaissance parfaite du Spitzberg, tant du point de vue straligraphique que tectonique et paléontolo-gique. Ces recherches aboutirent également à la découverte, puis à la mise en valeur, de très importants gisements houillers. En 1938, 800 000 t. de houille furent exportées. Cette année-là, les industries charbonnières employaient plus de 2 5oo travailleurs.. La houille du Spitzberg, d’origine tertiaire ou secondaire, est. de bonne qualité. Actuellement on évalue les réserves probables du Spitzberg à huit milliards de tonnes.
- L’archipel reçut également la visite de botanistes qui établirent le catalogue des espèces du Svalbard. Il n’y vit ni arbres ni arbustes, mais les espèces de la toundra sont assez nombreuses (près de 125), ayant des ressemblances avec celles des hautes montagnes des régions tempérées.
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- Une chasse désordonnée, pratiquée par les touristes de passage et des visiteurs de toute nationalité, menaçait de destruction certains animaux, tels que les rennes et les bœufs musqués, aussi leur chasse fut-elle interdite. Pour les autres animaux et pour certains oiseaux migrateurs, la chasse fut sévèrement réglementée. Après une dizaine d’années d’application •de ce régime, on put se rendre compte de son efficacité : les troupeaux de rennes et de bœufs musqués furent reconstitués, les renards redevinrent nombreux et constituent, à l’heure actuelle, grâce à leurs fourrures, une des principales richesses du Spitzberg.
- Le Norges Svalbard og Ishavs Undersokelser installa, dans l’archipel, des postes de T.S.F. Le plus important est situé au cap Linné, à l’entrée de l’Isfjord. 11 permet de communiquer directement avec la Norvège. Onze hommes demeurent là, été comme hiver, ravitaillés par des bâtiments venant du continent. Au cours de la guerre, cette importante station fut détruite mais elle a été reconstruite en 1946 et remise en service au cours de la même année. L’Institut installa de puissants phares à l’entrée des fjords les plus fréquentés.
- Le Norges Svalbard og Ishavs Undersokelser édite deux séries de publications : les Skrijier et les Meddelelser. Les premières sont en général en anglais ou en allemand tandis que les secondes sont en norvégien avec un résumé en anglais ou en
- Fig. 2. — Vue aérienne de Longyearcity, la cité charbonnière . du Spitzberg.
- (Photo Norges Svalbard og Ishavs Undersokelser).
- allemand. Les Skrijier paraissent depuis 1929, tandis que le premier numéro des Meddelelser porte la date de 1926. Jusqu’à la fin de 1947, l’Institut avait édité go numéros des Skrifter et 70 numéros des Meddelelser. Chaque numéro de ces deux publications est consacré à un sujet particulier; ce sont ainsi des publications de circonstance n’ayant pas de périodicité régulière. Les Skrijier et les Meddelelser acceptent des manuscrits des auteurs de toutes nationalités ayant effectué des travaux dans les régions polaires; on y relève les noms de savants suédois, anglais et allemands. Les publications de l’Institut contiennent également des études sur l’Antarctique, le Groenland, l’île Jan Mayen et la Terre François-Joseph où les Norvégiens,
- Fig. 3. — Le Spitzberg en hiver.
- (Photo Norges Svalbard og Ishavs Undersokelser).
- avant son annexion par les Russes, avaient effectué d’importants travaux scientifiques.
- Entre avril ig45 et mars 1948, le Norges Svalbard og Ishavs Undersokelser fut dirigé par le géologue Anders K. Orvin qui lui donna une impulsion nouvelle. Le Ier mars 1948, le professeur IL U. Sverdrup en a pris la direction, après un long séjour aux États-Unis où il avait assumé la direction de la Scripps Institution of Oceanography de La Jolla (Californie). Il rentre dans son pays natal et nul doute que, sur son initiative, les recherches océanographiques dans les mers polaires vont prendre un grand développement.
- V. Romanovsky.
- A propos
- Les rats nous coûtent des milliards tous les ans et depuis quelques années, les savants s’en occupent beaucoup.
- Un des problèmes à résoudre quand il s’agit de la destruction de ces rongeurs est celui de l’efficacité respective des diverses méthodes employées. Le Bureau de la Population animale d’Oxford a mis au point un procédé assez simple. Il consiste à mettre en un endroit donné une quantité mesurée d’un aliment, en général du blé. La quantité mangée par les rats augmente pendant quelques jours, puis atteint un niveau où elle se maintient. On a alors un index de la population ratière. On essaie une méthode de destruction dont on veut connaître l’efficacité, puis on recommence à offrir aux rats du blé. On voit dans quelle proportion les rats ont été décimés.
- Ce procédé n’est pas sans critiques, mais au moins il permet de se rendre compte de l’action de chaque méthode employée dans la >atte antiratière. Le plus efficace est toujours le poison, mais encore faut-il l’appliquer intelligemment.
- Les rats sont très méfiants, mais ils ne sont pas intelligents, contrairement à ce que beaucoup imaginent. Ils se méfient de toute
- des rats.
- nourriture d’aspect insolite ou nouveau, c’est tout. Le fait qu’ils évitent un piège leur fait une réputation d’intelligence injustifiée. Ils évitent tout ce qu’ils ignorent, bon ou mauvais. Ils se méfieront du poison, et s’ils y touchent, ce sera, si l’on peut dire, du bout des lèvres. Le rat qui aura été malade, mais n’en sera pas mort, sera encore bien plus méfiant et plus difficile à empoisonner.
- Le remède à cela est de les habituer à une certaine nourriture qui leur est donnée au même endroit pendant plusieurs jours. Après cinq ou six nuits, on ajoute le poison. Si quelques rats ont échappé, il faut recommencer en leur offrant un autre plat en un autre endroit.
- C’est après plusieurs années d’essais répétés que l’on est arrivé à ces conclusions pratiques. D’ailleurs, il ne faudrait pas s’imaginer que, même avec des procédés perfectionnés, il soit aisé de se débarrasser des rats : ils trouvent trop aisément de la nourriture un peu partout pour que le problème soit simple.
- Gabriel Mouchot.
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- Quadrature du cercle à
- 9
- iooo près.
- La quadrature du cercle est un problème qui, dans l’ancien temps, a soulevé des polémiques acharnées. Il est actuellement résolu, le côté du carré cherché étant un nombre incommensurable.
- Il s’agit, en effet, de trouver le côté a d’un carré, tel que sa surface a2 soit la même que la surface d’un cercle tzV2.
- Or, pour un cercle dont r = i, nous avons :
- a2 — 7z
- a — \/ tc ou 1,772.
- Voici un moyen graphique et excessivement simple pour trouver ce côté à 0,009 près. L’épaisseur du trait de crayon avec lequel nous traçons une des figures ci-contre donne des erreurs plus importantes. Il ne manque pas de mathématiciens ayant obtenu ce résultat avec une approximation plus grande, mais leurs procédés sont plus compliqués.
- Donc, dans un cercle quelconque (fîg. 1), menons AL, côté du pentagone régulier inscrit. Puis divisons en deux parties égales l’arc LFB supplémentaire et du point F, son milieu, joi-
- A C B
- Fig. 1.
- gnons AF, corde de l’angle de 126° qui est précisément le côté du carré demandé à 0,009 près.
- En effet, nous savons calculer les cordes, en parlant d’une autre connue AL, qui est ici le côté du pentagone inscrit valant
- \5
- donc :
- en résolvant : mais :
- AF = 1,781 = 1 >772
- différence 0,009 C.Q.F.D.
- Voici maintenant un procédé pour mener facilement et sans calcul le côté du pentagone régulier inscrit.
- Du milieu O du rayon CP (fîg. 2) avec OA comme rayon, tra-
- çons l’arc AG dont la corde est le côté du pentagone régulier inscrit, ce qui se démontre facilement.
- Avec A comme centre menons l’arc GL. La ligne AL se retrouve comme figure x et nous n’avons plus qu’à terminer notre dessin dans les mêmes conditions.
- En l’espèce la corde :
- AF = v2 -f- AL L. de Joannis.
- Les circuits électriques imprimés.
- On sait que les circuits électriques imprimés sont entrés dans la pratique courante de la fabrication semi-automatique en grande série des appareils récepteurs de radio en Grande-Bretagne et aux États-Unis. L’usine anglaise de Welton, dans le Surrey, peut ainsi débiter plus d’un million de postes par an. Cette technique déborde maintenant ce cadre restreint, elle commence à s’étendre à une grande diversité d’appareils électriques :-matériel de mesure et de contrôle, appareils médicaux, détecteurs électroniques, appareillage à rayons X, amplificateurs pour faibles courants, etc.
- La substitution des circuits imprimés aux câblages ordinaires
- permet de réduire les dimensions et l’encombrement de ces appareils. On peut même établir ces impressions sur la surface extérieure des ampoules de lampes électroniques ou ordinaires.
- Il existe dès maintenant six méthodes techniques pour la réalisation des circuits imprimés : 1° impression directe ; 2° pulvérisation au pistolet ; 3° estampage ; 4° dépôt chimique ; o° empoussié-rage-par poudres métalliques ; 6° distillation dans le vide et condensation. Les circuits ainsi établis peuvent ensuite être protégés contre la corrosion et isolés électriquement par des couches de vernis à base de résines diélectriques appropriées.
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- PIERRE TERMIER (1859-1930)
- géologue, philosophe, écrivain
- Tous ceux qui ont eu la bonne fortune de connaître ou d’approcher Pierre Termier conservent de ce savant le souvenir le plus exquis. Et cet éminent géologue se doublait d’un philosophe qui maniait la plume en maître de la langue.
- Originaire de Lyon, il montra, dès l’enfance, un goût très marqué pour les études scientifiques. Sorti major de l’École Polytechnique, il entra au Corps des Mines. Ingénieur ordinaire du service, Termier fut nommé professeur de minéralogie, géologie et physique à l’École des Mines de Saint-Étienne.
- Une véritable passion pour la science de la terre le saisit tout entier. Il a laissé, dans cette branche du savoir humain, un nom qui le place au rang des géologues qui font le plus d’honneur à la science française. Pierre Termier est de la lignée des Fouqué, des Michel-Lévy, des Marcel Bertrand, des de Lapparent....
- « La Géologie, disait-il, conduit sur les bords illimités de la durée. Elle élargit notre notion du temps, comme l’astronomie nos notions d’espace et de mouvement ».
- En 1886, il fut attaché au Service de la Carte de France, et plus tard, il en devint le directeur. Il était un maître à l’âge où tant d’hommes sont encore des disciples.
- A différentes reprises, vice président de la Société géologique de France, il en fut- élu Président. Il fut aussi Inspecteur général des Mines.
- Ses remarquables travaux attirèrent bientôt l’attention de l’Académie des Sciences qui lui décerna plusieurs hautes récompenses et l’admit dans son sein, section de minéralogie, alors qu’il atteignait 5o ans. Voyons, d’abord, l’œuvre de Termier en géologie : elle se développa en surface comme en profondeur. La minéralogie lui doit la découverte et la description de la (( leverriérite » (orthosilicate d’aluminium), minéral feuilleté très abondant, qu’il rangea dans la famille des micas. Puis, il fît connaître une nouvelle espèce de « zoizite ».
- Pierre Termier a étudié de très nombreuses roches du Massif Central et des Alpes, et il a indiqué la naissance de divers minéraux dans les assises sédimentaires atteintes par le métamorphisme, modification profonde dans la texture des roches par cristallisation secondaire des roches, accompagnée d’une disparition graduelle de leur stratification.
- Mais chez Termier, le géologue passe le minéralogiste. Il a donné des travaux de premier ordre sur la cc tectonique », étude des relations mutuelles qui existent entre deux sols, que l’on suppose avoir été séparés l’un de l’autre par un phénomène géologique (faille, par exemple). Le grand savant autrichien Suess, et Marcel Bertrand, avaient renouvelé les principes de la tectonique, qui déterminé et dessine les grands traits du relief continental. Par ses travaux, Pierre Termier a donné des précisions très remarquables sur les caractères des pays de nappes.
- Étudiant en particulier, et par des recherches très poussées, le Massif Central et les Alpes, il a fait la synthèse géologique
- des Alpes qui l’a amené à cette conclusion : dans toute l’immense chaîne des Alpes, on ne trouve qu’un seul et même plan de structure. Ainsi le massif autrichien ne diffère point du massif français, malgré l’opinion jadis généralement adoptée.
- Puis, Termier a étendu sa théorie et il a soutenu, victorieusement, et établi que, non seulement les Alpes orientales renferment des nappes, mais qu’elles montrent, sur 4oo km, la zone des racines de ces nappes.
- Dans cette œuvre capitale, le savant a émis des théories très personnelles sur les nappes de charriage et de recouvrement.
- Elles trouvèrent un défenseur, très convaincu, en la personne de Michel-Lévy.
- Celte théorie des grandes nappes, esquissée par Marcel Bertrand et propagée par les savants suisses, Lugeon et Ar-gand, a été adoptée et enseignée dans les instituts miniers allemands et autrichiens ; Steinmann et Suesss s’y sont franchement ralliés.
- Au cours de ses tournées et explorations géologiques en France et à l’étranger, notamment en Amérique du Nord, Pierre Termier avait beaucoup réfléchi, puissamment pensé.
- « La méditation, écrivait-il, la méditation sur le temps, familière au géologue, le prédispose à devenir un philosophe. Elle est salutaire, aussi, aux autres hommes; et le temps, que la plupart d’entre eux considèrent comme un ' ennemi, comme le seul ennemi, devrait être regardé par eux tous, comme un ami très sûr et très doux, comme le fidèle messager de l’espérance ».
- Et voici donc que le géologue a engendré le philosophe, et le philosophe a fait naître l’écrivain, le poète.
- Pierre Termier a publié plusieurs ouvrages, dont : A la gloire de la Terre, La joie de connaître, La vocation du savant, Les grandes énigmes de la Terre.
- Il s’y révèle un écrivain de race, un esprit supérieurement cultivé. Ces ouvrages sont des livres qui devraient se trouver dans chaque bibliothèque, des livres où l’on peut lire que :
- « La Géologie est la sœur du temps. Elle est la science de choix pour le poète, celle qui ne demande le sacrifice d’aucune rêverie, celle qui demande, tout au contraire, que l’on élargisse le rêve, et que l’on cherche à le poursuivre jusqu’en deçà du commencement des siècles, jusqu’au delà des dernières catastrophes ». Des livres, enfin, où Pierre Termier écrivait :
- « J’ai essayé de dire la beauté de la science, de toutes les sciences, et de faire comprendre à mes lecteurs ce qu’est la vocation du savant. Us garderont, peut-être, de cette vision rapide, une plus grande estime pour cet amoureux perpétuel qu’est le savant véritable, le savant désintéressé. Le savant a, ici bas, une fonction tout à fait sublime. Comme le prêtre, le poète, l’artiste, il parle au nom de l’infini ».
- Amédée Fayol.
- Fig'. 1. — Pierre Termier, géologue, philosophe, écrivain.
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- LE CIEL EN
- SOLEIL : du 1er au 31, sa déclinaison décroît de + 17°59' à 4- 8°35' ; la durée du jour à Paris passe de 15h3m le 1er à 13h27m le 31. Diamètre apparent le 1er = 31'35",80, le 31 = 31'44",82. — LUNE : Phases : N. L. le 5 à 4*13“ P. Q. le 11 à 19*40“ P. L. le 19 à 19*32“, D. Q. le 27 à 18*46“ ; périgée le 5 à 20*, apogée le 20 à 9h. Principales conjonctions : avec Uranus le 2 à 5*2Sm à 3°38' S. et avec Vénus à 6*39“, à 9°3' S. ; avec Mercure le 4 à 13*9m, à 3°48' S. ; avec Saturne le o à 20*4om, à 3°52/ S. ; avec Neptune le 9 à 0444m, -à 0°56' S. et avec Mars à 4*46m, à 2°19/ S. ; avec Jupiter le 14 à 4h24m, à 3°3o' N. ; avec Uranus le 29 à 16*31“, à 3°53' S. ; avec Mercure le 31 à 3*15“, à 7°58/ S. Aucune occultation importante. — PLANÈTES : Mercure inobservable, en conjonction sup. avec le Soleil le 11 ; Vénus, astre du matin, éclatante, se lève le 16 à lh14m ; diam. app. 28",8 ; Mars, dans Vierge, disparaît dans le crépuscule, se couche le 4 à 21*22m, le 28 à 20*16m, passe à 2° N de Y Épi le 22, diam. app. 5" le 16 ; Jupiter, dans le Scorpion, se couche le 16 à 23*32m, diam. pol. app. 38",8 ; Saturne, dans le Lion, inobservable ; Uranus,
- AOUT 1948
- dans le Taureau, observable le matin, lever le 17 à 0h3m et 23*59m, diam. app. 3",5 (position le 28, 6*0“ et + 23°37') ; Neptune dans la Vierge, inobservable. — ETOILES FILANTES : Perseides, pendant tout le mois jusqu’au 25 ; dernier radiant dans la Girafe (rapides, traînées jaunâtres). — ÉTOILES VARIABLES : Minima observables A’Algol (2“,2-3“,8-), le 15 à 3*43m, le 18 à 1*28“, le 20 à 22*16“, le 23 à 20* ; Minima de (3 Lyre (3m,4-4m,3), le 8 à 16*, le 21 à 44* — ÉTOILE POLAIRE : Passage sup. au méridien de Paris : le 8 à 4*32m0s, le 18 à 3*52m53s, le 28 îx 3*13m44s.
- Phénomènes remarquables. — La Lumière cendrée de la Lune le matin, le 3. Rencontre de la partie la plus dense de l’essaim des Perseides le 12, radiant vers r( Persée
- (Heures données en Temps Universel ; tenir compte des modifications introduites par l’heure en usage).
- G. Fournier.
- LES LIVRES NOUVEAUX
- Introduction à l'Entomologie (Nouvel Atlas d’Entomologie, n° 1, fasc. IIÏ), par R. Jean-nel. 1 vol. in-8°, 101 p., xiv planches dont un dépliant en couleurs. Boubée, 3, place Saint-André-des-Arts, Paris. Prix : 210 francs. Vue d’ensemble sur les insectes fossiles, leur classification et leur évolution, suivie d’un exposé des idées récentes sur la répartition ancienne et actuelle des faunes d’insectes, en rapport avec l’évolution géologique des continents.
- Introduction à l'Entomologie (iVouvel Atlas d’Entomologie, n° 1, l’asc. H, par R. Jean-nel. 1 vol. in-8°, 104 p., 10 planches dont plusieurs en couleurs. Boubée, 3, place Saint-André-des-Arts, Paris. Prix : 210 francs. L’auteur parvient à condenser en un nombre restreint do pages très illustrées et de lecture facile l’essentiel de ce que tout amateur d’insectes doit connaître sur les fonctions des insectes, leur comportement et leur vie sociale. Destinée à un public étendu, cette « introduction » ajoute à 'intérêt du Nouvel Atlas d*Entomologie.
- Almanach des sciences 1948, présenté par Louis de Broglie. 1 vol. in-8°, 256 p., hors textes. Editions de Flore et Gazette des lettres, Paris, 1948. Prix : 300 francs.
- Ce petit ouvrage offre sous un volume très condensé un aspect de l’évolution des sciences au cours de ces dernières années en quelques articles signés de personnalités scientifiques particulièrement qualifiées : membres de l’Institut et professeurs de Facultés. En quelques pages sont également traitées les grandes questions actuelles, notamment la possibilité des voyages planétaires, l’énergie atomique, la télévision. On trouvera aussi une biographie des grands savants disparus et une importante documentation sur les Académies, les sociétés savantes, les prix, les établissements d'enseignement et de recherches, les prix Nobel 1947, les éditeurs scientifiques. Ce livre sera précieux à tout « honnête homme » désireux de faire le point en ce qui concerne le mouvement scientifique ot d’avoir sous la main des renseignements à jour sur l’organisation scientiiique de notre pays.
- Smithsonian elliptic functions Tables, préparées par G. W. et R. M. Spenceley. 1 vol. relié 366 p. Smithsonian Institution, Washington, 1947.
- Tables très complètes des fonctions elliptiques.
- Des astres morts aux mondes en feu, par P. Gauroy. 1 vol. 128 p., figures, dessins et hors textes. Yuibert, 63, bout. Saint-Germain, Paris, 1947. Prix : 120 francs.
- Sans sacrifier la vérité scientifique, l’auteur s’est donné pour tâche d'initier un large public aux questions les plus attachantes de l’astronomie. En quelques évocations saisissantes, il entraîne le lecteur dans les profondeurs du ciel et lui fait entrevoir des perspectives mysté-
- rieuses et grandioses : visions astronautiques de demain, genèse des cirques lunaires, multiplicité des systèmes planétaires, pluralité vraisemblable des mondes habités, novae et supernovæ, rythme de l’Univers. D’une lecture facile et d'un attrait certain, ce livre ne manquera pas de retenir l’intérêt de tous les profanes qui désirent avoir une vue d’ensemble sur les plus récents problèmes de la science du ciel.
- L'humanité devant la navigation interplanétaire, par A. Ducrocq. 1 vol., 220 p., hors textes. Collection Science et Humanité, Calmann-Lévy, Paris, 1947. 275 francs.
- Le problème de la navigation interplanétaire passionne actuellement tous les esprits curieux et certains en voient déjà la réalisation plus ou moins proche, du moins en ce qui concerne le voyage dans la Lune. Dans cet ouvrage, l'auteur examine les possibilités de la navigation interplanétaire et s’efforce de décrire ce que l'avenir nous réserve dans cette voie. On y trouvera des aperçus sur les fusées, sur leur mode de propulsion, sur leur aménagement, ainsi que sur les spectacles réservés aux futurs voyageurs. Anticipation sans doute, mais combien attrayante.
- Tercera ley. Theoria electrogravitica de la matiera, par H. Mauricio Brial. 1 vol. broché, 204 p., 64 fig. Editorial Stella, Buenos-Ayres, 1944.
- L’auteur propose une nouvelle loi à adjoindre à la loi de Newton sur la gravitation et à celle de Coulomb sur l’électricité. Il en déduit des conséquences du point de vue chimique.
- Appareils nouveaux de navigation maritime,
- par C. Cornet. 1 vol. in-8°, 66 p., 35 fig. Gauthier-Villars, Paris, 1948.
- Professeur d’hydrographie, auteur d’un cours de cosmographie et de navigation, l’auteur l’a complété en réunissant dans cet opuscule les nouveautés en matière d’appareils dont il donne les principes et les formes actuelles : compas gyroscopiques, lochs, sondeurs, sextants, radio-goniometres, radar, systèmes de navigation CEE, Loran, Decca.
- La pratique du radar, par Jean Camus. 1 vol. 64 p., 11 fig. et hors texte. Editions Elzévir, Paris, 1947. Prix : 50 francs.
- L’essentiel de ce qu’il- faut savoir pour comprendre la mise en œuvre du radar et comment il est passé des utilisations militaires pour lesquelles il a été créé à la pratique civile ou il rend déjà d’inappréciables services dans la marine et l’aviation.
- Leçons de télévision moderne, par P. A. Bottrsault. 1 vol. in-8°, 86 p., 78 fig.
- E. Chiron, Paris, 1948, Prix : 183 francs.
- Exposé fort clair des principes de la télévision et de ses principaux problèmes, destiné à initier les radioélectriciens aux schémas des émetteurs et récepteurs de télévision. Il leur permettra d’expérimenter personnellement une
- technique malheureusement encore trop peu répandue en France, malgré l’apport fort honorable des techniciens français dans cette branche de l’électronique.
- The électron microscope, par V. E. Cosslett. 1 vol. relié, 128 p., 39 fig. et hors texte. Collection : Sigma introductions to Science. Sigma book Ltd, 7, John Street, Londres, 1947.
- La Collection Sigma s’adresse à des lecteurs ayant une bonne formation scientifique secondaire, en évitant tout développement mathématique. Ce livre donne une vue d’ensemble sur cet appareil, récent, sur son emploi et sur les résultats qu’il peut fournir. On y trouvera les descriptions du microscope électronique magnétique et du microscope électronique électrostatique, leur utilisation et leurs possibilités futures. Quelques belles photographies hors texte illustrent les domaines de recherches abordables par la microscopie électronique.
- La machine locomotive, par E. Sauvage et A. Chapelon, 10e édition. 1 vol., 667 p., 521 fig., relié. Béranger, Paris, 1947. Prix : 950 francs.
- Manuel pratique donnant les principes et la description des organes et du fonctionnement de la locomotive. Cette nouvelle édition a été refondue et s’est enrichie des données les plus récemment acquises dans cette branche de la technique. Elle sera bien accueillie tant par le personnel des chemins de fer, ses lecteurs habituels, que par tous ceux qui s'intéressent à la locomotion à vapeur.
- Formulaire pratique du bâtiment, par
- R. Champly. 1 vol. in-16, 264 p., 86 fig., tab. Girardot et Gle, Paris, 1948. Prix : 330 francs. Documents pratiques sur la résistance des matériaux, ies charges de sécurité, etc. Le béton armé y tient une place importante. On y trouve également décrits de nouveaux procédés de construction. Cet ouvrage se recommande aux architectes, ingénieurs, dessinateurs, métreurs, constructeurs et entrepreneurs.
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- par G. Brouillart. 1 vol. broché, 64 pages.
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- On trouvera dans ces trois volumes les principes du travail, la pratique, les tours de main et quelques applications de la soudure, des modèles d’objets utiles provenant de vieilles chambres à air et de vieilles enveloppes, des recettes de badigeons a l’eau, de peintures grasses cl cellulosiques, d’encaustiques et vernis et même de décors en peinture tels que le pochoir, les marbrés, les imitations de bois et la peinture en relief.
- Le gérant : G. Masson. — masson et cîe, éditeurs, paris. — dépôt légal : 3e trimestre 1948, n° 689. — Imprimé en France.
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- N° 3160
- Août 1948
- LA NATURE
- La Vallée d’Aoste
- La Vallée d’Aoste, érigée en 192G en province, est politiquement rattachée au Piémont italien avec lequel elle ne communique que par un défilé étroit que domine la forteresse de Bard rendue célèbre par le passage de Bonaparte en 1800. Au-delà de ce passage, on atteint le village de Donnaz puis, peu après celui de Pont-Saint-Martin (345 m), l’une des dernières localités valdôtaines située sur le torrent du Lys, au débouché de la vallée de Gressoney. On pénètre ensuite dans le Piémont proprement dit et la route se poursuit vers Ivrée, petite ville située à 17 km au Nord de la limite politique du Val d’Aoste et à 55 km de Turin.
- Aujourd’hui, la Vallée d’Aoste, qui revendique toujours son indépendance et souhaiterait son rattachement à la France, jouit peut-être d’une autonomie relative bien qu’elle reste une province italienne mais de langue française. Géographiquement, la Vallée d’Aoste est une région formée par la vallée de la Doire Baltée et par celles de ses affluents. Elle est entourée des plus hauts sommets de l’Europe : Mont-Blanc (4 807 m), vers l’Ouest; Grand Combin (4 3i7 m), au Nord; Cervin (ou
- Matterhorn, 4 478 m) et Mont Rose (4 633 m), au Nord-Est; puis, au Sud, le Massif du Grand-Paradis (4 061 m).
- Le Val d’Aoste, pays qui se situe entre notre Savoie, le Valais suisse et le Piémont du Sud-Est, couvre une superficie globale de 3 a3o km2. Il a une longueur de 100 km environ avec un bassin de plus de 65 km de.large. Le pays d’Aoste communique avec la France par le col du Petit-Saint-Bernard, qui s’élève à 2 188 m d’altitude, entre le pic de Lancebranlette (2 928 m) et le Mont Valaisan (2 870 m.). Actuellement, le col même est en territoire français, et cela, depuis la récente rectification de frontière consécutive au traité de paix avec l’Italie signé à Paris le 10 février 1947. Précédemment, la frontière était à la cote 2136, à proximité du célèbre hospice (en partie détruit pendant la dernière guerre) que Saint-Bernard de Menthon y fonda au xe siècle. Une route carrossable relie directement Aoste, Pré-Saint-Didier (Courmayeur) et La Thuile-du-Ruitor (1 447 m) à Séez et Bourg-Saint-Maurice. Mais, cette voie internationale comporte de nombreux lacets, notamment sur le versant français, et, par surcroît, elle est impraticable pendant de longs
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- mois, le col étant obstrué par les hautes neiges. On peut également communiquer — l’été seulement — entre le Val d’Aoste et la Savoie par deux bons chemins muletiers, l’un, franchissant le col du Mont (2 638 m) ; l’autre, passant par celui de la Seigne (2 5i2 m). Ces deux passages permettent respectivement d’accéder, le premier, depuis Valgrisanche et la vallée de l’Allée Blanche, à Sainte-Foy-Tarentaise ; le second, au hameau des Mottets (1 860 m), aux villages des Glaciers et des Chapieux et à Bourg-Saint-Maurice. Avec la Suisse, la Vallée d’Aoste communique par un chemin muletier serpentant à travers le Val Ferret et gagnant le Haut-Valais au hameau de la Fouly et, principalement, par le col du Grand-Saint-Bernard, ce célèbre passage des Alpes qui s’élève à 2 467 m d’altitude et qui fut franchi en mai 1800 par près de a5o 000 hommes, dont 4o 000 étaient placés sous le commandement de Bonaparte, Premier Consul. A proximité du col, Saint-Bernard de Menthon y fonda, vers l’an 982, l’hospice universellement connu qui tient à la fois de lieu de refuge, d'auberge et même d’hôtellerie pour tous ceux qui atteignent le col. Malheureusement, ces passages sont aussi impraticables pendant l’hiver, le premier pendant près de neuf mois par an, le second, pendant au moins sept mois.
- Précisons ici que le Val d’Aoste, comprend 70 communes et se compose de i3 vallées latérales aboutissant à la vallée principale.
- 8a population totale se chiffre à 102 000 habitants environ. Notons au passage que 00 000 Valdôtains sont à l’étranger, dont au moins 20 000 en France.
- Ce que l’on peut affirmer, c’est que la Vallée d’Aoste est un pays particulièrement riche.
- Terre de Savoie de 1025 à 1860, le Val d’Aoste possède de très bons pâturages et sa flore alpine recèle une grande variété d’essences.
- Avant cette dernière guerre, le cheptel valdôtain dépassait 100000 bovins; il est aujourd'hui sensiblement réduit de moitié. C’est alors qu’avant 1989, la vallée produisait annuellement environ 4oo 000 kg de fromage appelé « fontine » et 5o 000 kg de beurre. Pour nourrir son cheptel, la Vallée d’Aoste importait plus de 10 000 q de tourteaux par an, et aussi, une quantité assez élevée d’avoine. Toutefois, la production fourragère de la vallée est suffisante pour les vaches laitières. On importe seulement pour les bêtes de trait (chevaux et mulets).
- Pour les besoins de l’agriculture, on devait importer quelque 7 000 quintaux d’engrais (phosphates et potasse). En compensation, le pays valdôtain exportait un chiffre minimum de 10 oco q de produits azotés.
- Autrefois abondante et de qualité, la production de la vigne est aujourd'hui relativement faible. Elle a effectivement beaucoup souffert pendant la guerre par suite du défaut total de soufre et de sulfate de cuivre. Aussi, à l’heure actuelle, avec le développement industriel de la A'allée, les Valdôtains sont dans l’obligation d’importer mensuellement près de 24 000 hl de vin. La production fruitière est d’une très bonne qualité. Elle comprend surtout des pommes et des poires.
- Plus de 00 000 q sont exportés chaque année, et cela principalement en Grande-Bretagne. Par ailleurs, i5 000 q de châ-
- taignes —- soit la moitié de la production — sont également exportés.
- En ce qui concerne les pommes de terre, la récolte s’élève, en moyenne, à 90 000 q. L’importation nécessaire pour satisfaire les plantations est de 3 000 q. Quant aux céréales, clics sont d’une production plus faible : 6 000 q de blé et une quantité à peu près égale de maïs; le seigle atteint approximativement 25 000 q. Le Val d’Aoste doit importer du maïs et une quantité de blé s’élevant environ à i3o 000 q par an.
- Ici, les forêts couvrent près de la moitié du territoire de la Vallée. Les essences les plus communes sont le pin, le sapin, le mélèze, le châtaignier, le noyer. L’exploitation forestière a été intensifiée un peu partout et son outillage a été modernisé. Dans le domaine minéralogique, le sous-sol de la vallée recèle également d’appréciables richesses. En effet, on y trouve à la
- fois du fer, du cuivre, de l’argent et même de l’or. Un minerai de fer particulièrement riche — la magnétite — est extrait de la montagne au-dessus de Cogne, vers le Sud du Val cl’Aoste, où des installations perfectionnées en facilitent l’exploitation et le transport. Le minerai est d’abord descendu à Cogne même par un premier téléférique, transporté ensuite par voie ferrée électrifiée en un souterrain long de 7 km à travers la montagne du Drink puis acheminé, par un second téléfcrique, aux aciéries d’Aoste. Le gisement, évalué à plus de 40 millions de tonnes, ne produit pas moins d’un million de tonnes par an. Les usines métallurgiques d’Aoste couvrent une superficie dépassant un million de mètres carrés. Ces usines produisent surtout des fontes et aciers spéciaux. Il est à noter que les hauts-fourneaux d’Aoste peuvent aisément produire quotidiennement de 35o à 4oo t. Ceux-ci emploient jusqu’à 8 000 ouvriers.
- Aux alentours de La Thuile, des mines d’anthracite, dont le gisement serait d’une richesse atteignant environ 5o millions de tonnes, arrivent à un chiffre de production de l’ordre de 1 000 t par jour. Un transporteur par câble assure le transport du combustible jusqu’à Morgex d’où il est acheminé vers Aoste par voie ferrée.
- Au Nord du pays, les mines de cuivre d’Ollomont — dont le rendement a été plus particulièrement poussé pendant la guerre — restent également exploitées. Vers l’Est, à Champdepraz, le sous-sol recèle des gisements de calcopyrite et de magnétite.
- D’autre part, le territoire valdôtain possède plusieurs carrià-res de marbre à Ruinaz, Sarre, Saint-Martin-de-Corléans, Ver-rayes, etc.
- Ajoutons qu’en dehors des aciéries et des mines, la Vallée d’Aoste a d’autres industries. C’est ainsi qu’à Châtillon, à l’entrée de la vallée de Valtournanche, se trouvent des usines de lissage, des filatures, des teintureries et une fabrique de soie artificielle. A Verrès, au seuil de la vallée arrosée par le torrent de l’Êvançon et par ses affluents, s’élèvent des usines de produits chimiques et d’aluminium. Enfin, à Aoste même, une tannerie (cuir chromé) et des brasseries sont installées. Mais ici, ce sont les importantes aciéries et les trois centrales hydroélectriques, dont une est en construction, qui font d’Aoste
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- Fig. 2.
- La Vallée d’Aoste.
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- un des plus grands centres industriels des régions alpines.
- Toutefois, sur le plan économique, il faut reconnaître que la houille blanche est la principale richesse de la Vallée d’Aoste. Et cette richesse s’accroît chaque année. Actuellement, 3o « centrales » hydro-électriques fonctionnent normalement ; 6 autres sont en voie d’achèvement; une vingtaine sont en projet de construction.
- La plus grande partie de ces usines se trouve répartie dans la vallée de la Doire Baltée entre Ivrée, Pont-Saint-Martin, Aoste, Arvier et Pré-Saint-Didier ainsi que dans les régions voisines ou les vallées affluentes de Gressoney-La Trinité, de Valtour-nanclie, de Cogne (centre important) et de La Thuile.
- La puissance nominale globale des centrales en activité atteint près de 3oo ooo ch produisant environ i 274 4oo 000 kW. Pour les centrales dont on achève la construction, on prévoit une production d’ensemble de 53o millions de kilowatts pour une puissance totale de i45 709 ch.
- Dans ce domaine, de grands et intéressants projets sont également à l’élude, notamment dans les bassins du Grand-Paradis et du Mont-Blanc. Dans ccs imposants massifs, de nombreux cours d’eau torrentueux permettent l’utilisation au maximum de la houille blanche. Pour la production de l’énergie hydroélectrique, les ressources du Val d’Aoste sont considérables; ses possibilités sont encore plus grandes. Incontestablement, dans un avenir prochain, ce pays, particulièrement privilégié, sera l’un des mieux équipés du monde. Line fois le programme d’équipement hydro-électrique de la vallée acheA’é, la production annuelle pourrait atteindre le chiffre de 4 milliards de kiloAA'atts, ce qui serait remarquable si l’on veut considérer l’étendue relativement faible de ce pays.
- Fig. 3. — Le col du Petit Saint-Bernard (2 188 m) et l’hospice, avant guerre. Au second plan : les montagnes de la Tarentaise.
- (Collection du Syndicat italien de tourisme d’Aoste).
- Cependant, la Vallée d’Aoste possède encore une richesse inépuisable aussi appréciable peut-être que celle de la houille blanche : le tourisme. Ce pays, qui est de toute beauté, semble véritablement être le cc berceau » du tourisme en montagne. Sans nul doute, la Vallée d’Aoste est la plus belle, la plus pittoresque, la plus surprenante des A'allées des Alpes.
- Avec ses pâturages, ses torrents, ses cascades, ses forêts splendides, ses sites merveilleux, ses hautes montagnes aux neiges
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- éternelles, ses glaciers étincelants, ses curieux paysages alpins, sa magnifique flore alpestre, ses poétiques scènes pastorales, et aussi, ses vestiges de l’époque romaine, ses châteaux féodaux, ses « souvenirs » historiques, le Val d’Aoste, insuffisamment connu, constitue l’une des plus belles contrées du globe. On ne rencontre guère de sites d’une telle grandeur qu’en Suisse, en Norvège, au Canada, en Afghanistan ou en Chine.
- Au surplus, le climat de la Vallée d’Aoste est à la fois sain et vivifiant. Le pays a l’aArantage d’être protégé des vents du
- Fig. 4. -— La route du Petit Saint-Bernard, en hiver.
- (Cliché du journal Vallée d’Aoste).
- Nord par l’immense et formidable barrière des Alpes. C’est ainsi que la température — en hiver — n’est jamais d’une rigueur excessh’e. A Aoste même, pour citer un exemple, le thermomètre ne descend généralement pas au-dessous de — i3°.
- Au pays d’Aoste, on peut dire que chaque localité, ville ou village, est un centre de tourisme. De nombreuses stations climatiques deAÛennent, pendant la longue période d’enneigement, des centres de ski et de sports d’hiver. Il y a aussi quelques stations thermales aux eaux réputées; une ville d’art : Aoste et une station d’altitude renommée : Courmayeur (1 228 m), le « Chamonix Araldôtain », qui est prolongé par le hameau haut-alpin d’EntrêAres (1 3oo m), à l’entrée du Val Ferret.
- Notons que la station thermale de Ceresole Réale s’élève à t Gio m d’altitude. Pays montagneux, la Vallée d’Aoste ne possède qu’une seule voie ferrée suivant approximativement le cours torrentueux de la Doire Baltée. Celte ligne de chemin de fer part de Pré-Saint-Didier à l’altitude de 990 m, à 28 km du col du Petit-Saint-Bernard, dessert Morgex, La Salle, Arvier, Viileneuve-d’Aoste, Aoste (ait. 583 m.), siège administratif de la vallée, centre industriel et ville de 25 000 habitants environ, à 32 km de Pré-Saint-Didier. Aoste* qui est surnommée la « Rome des Alpes », offre un site splendide. De cette ville romaine curieusement ceinturée d’une enceinte, le chemin de fer descend la A’allée vers Châtillon, Bard, Verrès et Ivrée pour franchir l’étroite frontière piémontaise et se diriger sur Turin, à 12a km d’Aoste.
- Parmi les autres voies de communication du Val d’Aoste, signalons que les principales routes qui remontent les vallées affluentes à la Aroie ferrée sont dessendes par des services d’autobus. En outre, des services automobiles de tourisme et de relations internationales fonctionnent, pendant l’été, au départ d’Aoste et de Courmayeur, la grande station climatique et thermale. Ccs services franchissent les cols du Grand ou du Petit-Saint-Bernard et se dirigent soit vers Bourg-Saint-Pierre, Orsiè-
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- Fig. 5. — Le massif du Mont Blanc, vu de Courmayeur.
- ('Cliché du journal Vallée d’Aoste).
- rcs et Martigny, dans le Valais suisse, soit vers notre Savoie : Séez, Bourg-Saint-Maurice, Brides-les-Bains, en Tarentaise, ou Cdvamonix, dans la vallée de l’Arve. Malheureusement ici, ces voies sont impraticables en hiver, les deux cols étant obstrués par les neiges. Au Nord-Est, sur les pentes mêmes du Cervin, le Val d’Aoste possède également un funiculaire et un téléfé-rique qui sont surtout fréquentes l’hiver par les skieurs. Enfin, un important projet, qui a d’ailleurs reçu un commencement d’exécution sur le versant valdôtain, a pour but de relier directement Ghamonix à Courmayeur par un double souterrain (x) percé sous le massif même du Mont-Blanc. Ce tunnel routier, d’une longueur de 12 km et demi, comprendrait deux galeries communiquant entre elles vers leur centre au point culminant de ces ouvrages vers la cote x 38o. Chacune de ces galeries aurait une largeur de 6 m et searit équipée d’une voie ferrée normale électrifiée. Deux rampes d’accès au souterrain sont prévues au départ du hameau des Barats, sur le versant Chamonix et, de celui d’Entrêves, sur le versant opposé.
- SON HISTOIRF. - En l’an 1158 avant Jésus-Christ, une première ville, appelée alors Cordèle, fut fondée dans le Val d’Aoste. Cette cité fut créée par une colonie de Salasses dont les premiers éléments étaient surtout composés par une tribu d’origine celtique venue de la Gaulé sous la conduite d’un certain Cordelus. A la fois intelligents, industrieux et courageux, les Salasses ne tardèrent pas à découvrir et à exploiter méthodiquement les multiples richesses du pays et, principalement, les mines d’or, d’argent, de cuivre et de fer. Les minerais étaient soigneusement lavés en utilisant l’eau des torrents. Les Salasses entreprirent à l’époque un véritable commerce avec les peuples voisins. Celui-ci s’avéra particulièrement florissant. Pendant plus de dix siècles — jusqu’à l’invasion romaine, — les Salasses vécurent paisiblement. Seul, le passage d’Annibal qui franchit, avec son troupeau d’éléphants, la passe du Petit-Saint-Bernard, vint quelque peu troubler — 2x0 ans avant Jésus-Christ — l’existence relativement calme des Salasses qui, bien que guerriers en armes, n’aspiraient surtout qu’à une vie tranquille et industrieuse. Les Bomains tentèrent d’occuper le pays i43 ans avant Jésus-Christ. Mais leur armée, commandée par le Consul Appius, fut littéralement décimée. Elle perdit 10 000 hommes. Un peu plus tard, Appius revint avec une armée beaucoup plus forte et, cette fois, les Salasses durent céder le terrain. Cette défaite leur fit perdre
- à la fois leurs mines et leurs terres les plus fécondes. Bien entendu, le vainqueur s’assura les passages des Alpes Graies et Pennines vers la Gaule transalpine.
- Cependant, bien que vaincus, les Salasses s’organisèrent au mieux et opposèrent une assez vive résistance contre l’occupant; celle-ci obligea d’ailleurs les Bomains à fonder — pour assurer avec plus de sécurité leur conquête — une place forte à fvrée qui commandait ainsi une partie de la Vallée.
- Entre les années 34 et 20 avant Jésus-Christ, les Salasses se révoltèrent. C’est alors que l’empereur Auguste envoya plusieurs armées dans la vallée. Ces armées qui cmprunlèi'ent, simultanément, les différents passages, semèrent la terreur, anéantissant les villages, massacrant une partie de la population rurale et réduisant à l’esclavage un bon nombre de montagnards. La Vallée d’Aoste fut ainsi colonisée et rattachée à l’Empire x’omain qui lit bâtir la ville d’Aoste et d’assez nom-breux édifices que l’on peut encore voir de nos jours.
- A l’époque de la décadence de Rome, vers l’an 200, des peuplades descendues du Nord s’cmparèi'ent des lambeaux du territoire de l’Empire déchu et, par ce fait, de la plus grande partie de la Vallée. Le temps passa.
- Les Bourguignons — appelés aussi Bui’gondes — venus d’entre l’Oder et la Vislule, s’établirent d’abord dans la Gaule, entre le Rhône et la Saône, fondèrent le premier royaume de Bourgogne et passèrent en Vallée d’Aoste vex’s la fin du ve siècle.
- Par la suite, pendant plusieurs siècles, on ne signala pas de troubles importants.
- Au début du xie siècle, les évêques devinrent gouverneurs civils de la Vallée et portèrent le titre de comtes d’Aoste. Le premier laïque qui exerça sa juridiction sur le pays fut le comte Humbert de Savoie. C’était en 1025. Le Val d’Aoste fut ainsi rattaché à la dynastie de Savoie.
- En 1191, sous le règne de Thomas Ier, une Charte, dite des franchises valdôtaines, fut signée après des négociations avec l’évêque d’Aoste Valbert. Durant de très longues années, la population de la Vallée vécut à la fois libre et tranquille. Au début du xvie siècle, Calvin, mettant à profit l’état de faiblesse du duc Charles III qui, dans des guerres malheureuses, venait de perdre Genève, le Pays de Vaud, le Bas-Valais et une partie de la Savoie et du Piémont, cherchait à s’emparer du pays d’Aoste. Mais, le Conseil de la Vallée mobilisa aussitôt tous les hommes valides et le 28 février 1536, Calvin n’eut que le temps
- Fig-. 6. — Caravane de skieurs dans le Val Ferret valdôtain. En arrière-plan, le massif des Grandes-Jorasses (4 208 m).
- (Cliché du journal Vallée d’Aoste).
- 1. Voir La Nature, n° 3120.
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- de s’échapper vers le Valais avec scs partisans, par le col Durand, au-dessus de Valpelline.
- L’année suivante, le 4 avril 1537, alors que les Français poursuivaient la conquête du Piémont, le Conseil du Val d’Aoste signait avec la France un traité de neutralité.
- En i548, une. milice forte de 4 000 hommes, fut créée pour assurer éventuellement la défense de la Vallée. Divisée en douze compagnies, celles-ci furent réparties entre la Basse Vallée (Verrès), la Haute Vallée (Morgex) et la Vallée Centrale (Aoste). Vingt-quatre ans après, en 1672, le Conseil décréta et Fit imprimer les lois de la Vallée. En 1670, un vice-secrétaire fut. élu. Le Conseil administrait avec sagesse et humanité. Néanmoins, il devait disparaître en 1848.
- Pendant ce temps, les cols des Alpes, très fréquentés, étaient, devenus comme celui du Petit-Saint-Bernard, de véritables « traits d’union » entre les populations des deux versants : savoyard et valdôtain. Les paysans du Val d’Aoste se rendaient avec leurs mulets aux foires de Chambéry pour y écouler leurs marchandises.
- Jusqu’en 18G0, l’histoire de la Vallée d’Aoste se confondit avec celle de la Savoie qui avait été érigée en Duché. C’est à cette époque que celui-ci fut rattaché à la France tandis que le Val d’Aoste, moins heureux, fut incorporé, contre son gré, au royaume d’Italie. En 1708, le président d’Alcry avait rappelé l'Edit de Charles-le-Bon qui prétendait que le Piémont ne dépassait point la localité de Pont-Saint-Martin. Deux siècles plus tard, un historien, le Comte de Sonnaz, affirmait que le pays d’Aoste était le dernier lambeau savoyard du royaume d’Italie. Depuis 1860, ia Vallée d’Aoste souhaite chaque jour, son rattachement à notre patrie. En mai 1940, lorsque les troupes françaises pénétrèrent en Vallée d’Aoste, ce fut un enthousiasme indescriptible de la part des populations rurales. Le pays entier réserva à nos soldats l’accueil le plus chaleureux. Le 18 mai, la population, réunie à Aoste pour célébrer la mémoire de leur compatriote, Emile C.hanoux, glorieux héros et martyr, réclamèrent un plébiscite en déclarant dans un élan unanime : « Nous voulons être Français ! ». Certains Valdôtains avaient parcouru plus de 5o km à pied pour venir se joindre à la manifestation populaire. La population entière, qui s’estime française par sa race, par sa langue, ses mœurs, ses traditions, avait, une fois de plus espéré qu’une « consiiltation » par voie de referendum lui permettrait de se prononcer au même titre que le firent, en 1860, ses voisins et amis de toujours, les Savoyards. Il est évident que les résultats de ce plébiscite ne pouvaient laisser aucun
- Fig. 7. — Le versant valdôtain des Alpes.
- (Photo Chemins de fer italiens de l'État).
- Fig. 8. — Cogne ( 1 534 m), centre industriel. Au fond, le glacier du Grand-Paradis (4 061 m).
- (Collection du Syndicat italien de tourisme d’Aoste).
- doute. C’est d’ailleurs pourquoi celui-ci n’eut pas lieu malgré le désir fervent spontanément exprimé par la presque totalité des Valdôtains.
- Bien que, du côté Savoie notamment, la Vallée d’Aoste soit isolée pendant l’hiver par les hautes neiges, ce pays n’en conserve pas moins, par ses origines comme par ses coutumes, des attaches purement, françaises. Et, ne l’oublions pas, les Valdôtains aiment la France avec une profonde sincérité. Mais ceux-ci, depuis 1860, n’ont pu obtenir qu’une certaine « autonomie », toute relative d’ailleurs, et, la politique actuellement pratiquée, tant en Europe qu’outrc-Allantique, ne laisse aux Valdôtains qu’un faible espoir, et cela, tant en leur libération effective que sur la question, si délicate, du rattachement éventuel de leur pays à la France. Il faut reconnaître que la situation diplomatique internationale actuelle ne serait, nullement favorable à l’hypothèse d’un rattachement. Certes, lé problème-valdôtain reste entier. Cependant, il importe de noter que depuis-son origine et jusqu’en l’an io?.5, le Val d’Aoste partagea le-sort- de la Savoie. C’est ainsi que lorsque le premier royaume de-Bourgogne fut absorbé par celui des Francs, la Vallée d’Aoste passa sous la domination des rois Mérovingiens et Carolingiens puis, elle fit retour, lors de la chute de la monarchie carolingienne, au second royaume de Bourgogne. Tout, ceci comme la Savoie. Par la suite, la Vallée d’Aoste se soumit volontairement et sans hésitation, à l’autorité des Comtes de Savoie. Elle resta ainsi « rattachée » et unie à la Savoie jusqu’en 1860, date à laquelle les deux provinces furent injustement séparées. Souhaitons, avec le plus impartial esprit d’équité, que ce pays puisse un jour reprendre une place qu’il n’a jamais voulu quitter. Par ailleurs, n’est-il point regrettable que le Val d’Aoste qui est à la fois accueillant, riche et touristique, soit encore insuffisamment connu et apprécié. Ce serait là la première et la plus légitime prétention cpie pourrait avoir la « Vallée d’Aoste ». Enfin, nous voulons espérer à nouveau que dans un certain avenir et en des temps meilleurs, une Europe plus compréhensive et plus favorable aux Valdôtains, permettra à ce joli pays de faire flotter sur ses édifices, d’autres « couleurs... ». Ce serait là, pensons-nous, une sorte de récompense bien méritée pour ce peuple laborieux.
- André Gallet,
- Ancien élève E. E. I. P.
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- La distribution
- des feuill es sur les tiges
- Les feuilles ne sont, pas dispersées au hasard sur les tiges. Leur distribution se fait suivant des lois, qui peuvent être différentes d’une espèce à une autre, mais sont constantes dans chaque espèce.
- Le Lilas (fig. i, A) a des feuilles opposées, deux feuilles s’insérant au même niveau de la tige en des points opposés ; de plus ces feuilles sont décussées, mot qui exprime l’idée que deux paires de feuilles qui se suivent, sont croisées comme les deux barres d’un X, à 90°. Le Poirier a des feuilles isolées chacune à un niveau de la tige (fig. 1, B), mais suivant une loi très nette : une feuille choisie arbitrairement comme feuille 1 a juste au-dessus d’elle la sixième, puis la onzième que l’on rencontre en allant vers le sommet de la tige : les feuilles sont ainsi disposées (fig. 2) sur cinq génératrices de la tige; pour passer de la feuille 1 à la feuille 2, il faut sauter l’une des génératrices et pour aller de feuille en feuille, de la feuille 1 à la feuille G, il faut décrire deux pas d’une hélice tournant autour de la tige. Cette disposition est dite- quinconciale. L’observation montre encore quelques autres dispositions qui sont des variantes, de la dernière surtout : les feuilles alternes sont aussi solitaires au niveau où elles s’insèrent, mais la troisième naît au-dessus de la première.
- La science doit dépasser la simple observation, et. révéler les lois en expliquant la réalité. Le génial botaniste allemand K. Scliimper a, en 1829, fondé le chapitre de la science qui traite de la disposition des feuilles et qu’il a appelé : phyllo-taxie. Selon lui, les feuilles naissent toujours sur une spirale unique, la spirale génératrice, apparaissant tour à tour au voisinage du sommet de la tige. Entre une feuille et la suivante, le long de la spirale génératrice, la divergence est constante : on l’exprimera par l’angle dièdre fourni par les plans de symétrie des deux feuilles et ayant pour sommet l’axe de la tige. Dans le cas du quinconce, l’angle est 2/0. Ayant deux feuilles l’une au-dessus de l’autre, on connaît indirectement, la divergence. Si l’on sait le nombre de pas de la spirale génératrice pour passer de l'une à l’autre et le nombre de feuilles interposées : 2 tours de tige, 5 intervalles dans la disposition quinconciale : divergence : 2/5. 1 tour de tige, 2 intervalles dans la disposition alterne : divergence : 1/2. Fait remarquable, la
- Fig. 1. — A. Feuilles opposées et décussées du Lilas. — B. Feuilles isolées du Poirier.
- série des divergences les plus fréquentes est la suite des fractions 1/2, i/3, 2/5, 3/8, 5/i3, 8/21... où chaque terme du numérateur ou du dénominateur étant la somme des deux termes qui le précèdent, appartient à la suite arithmétique de Fibonacci,
- construite sur o et 1, c’est-à-dire 0,1, 1, 2, 3, 5, 8... On remarquera encore, si l’on a déjà rencontré ces notions mathématiques, que ces fractions sont les réduites successives d’une même fraction continue : 1
- 2 + 1 1 +1
- 1 +...
- On pense sans peine qu’on a tiré de ces faits un argument essentiel en faveur de la théorie qui les invoque : certes l’esprit humain paraît avoir retrouvé là l’ordre qui existe dans la nature, et il est logique, dans le cas où cette loi simple ne s’applique pas directement, de rechercher par quelles modifications on peut l'adapter au réel : la disposition vcrticillée elle-même peut être expliquée par une extension de la spirale génératrice; elle l’est ainsi encore aujourd’hui dans la science la plus classique.
- Pourtant le mot spirale génératrice, s’il traduit un ordre de succession, n’explique rien. Pourquoi, au point végétatif qui termine la tige et où apparaissent tour à tour les ébauches des feuilles, l’ordre est-il celui que nous avons vu ?
- Les seules causes qui doivent entrer en jeu sont des causes mécaniques comme dans toute la nature organique et inorganique. Pour Ilofmeister par exemple, le point où apparaît une feuille nouvelle est éloigné des feuilles précédentes, comme le veut l’idée de divergence,
- parce qu’il est, grâce à cet éloignement, le point où les membranes cellulaires sont le plus extensibles, et cèdent à la pression que réalise la croissance. Les explications apportées par d’autres savants sont d’un type analogue : toutes veulent expliquer mécaniquement la distribution foliaire fondée sur la spirale génératrice et la divergence.
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- Fig. 2. — Feuilles du Poirier disposées suFcinq génératrices.
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- J’ai été amené à constater que la théorie classique reposait sur une fausse interprétation de la réalité. Les feuilles ne s’attachent pas à la tige en un point géométrique; l’étude de leurs insertions et des rapports qu’elles ont entre elles, joue un rôle très important dans la compréhension de la tige feuil-lée, et la feuille se prolonge sur la tige au delà de l’insertion par un segment foliaire souvent très apparent. Les conclusions auxquelles je suis amené par l’étude de ces faits matériels sont la négation des deux notions de spirale génératrice et de divergence.
- Sur une tige de Lis blanc par exemple, s’il est totalement impossible de tracer une spirale génératrice avec la moindre i-égularité exigible, je trouve qu’il existe trois séries de feuilles, pratiquement indépendantes l’une de l’autre et présentant chacune une loi de construction absolument parfaite. Les feuilles, nées l’une après l’autre, se suivent sur cette hélice foliaire, non comme se suivaient les feuilles sur la spirale génératrice unique, loin les unes des autres, mais tout au contact l’une de l’autre :* les segments foliaires de deux feuilles successives sont exactement côte à côte, sans aucune distance entre eux : la contiguïté
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- des feuilles au moment où elles paraissent, la contiguïté de leurs segments foliaires une fois qu’elles sont éloignées les unes des autres par la croissance, voilà la vérité qui s’oppose à l’erreur que constituait la notion de divergence.
- Quelles preuves d’une telle interprétation ? D’abord la pos-
- Fig. 3. — ,-l gauche, insertion foliaire et haut du segment foliaire d’une feuille de Châtaignier. A droite, insertions et segments foliaires de trois feuilles du Lis blanc se suivant sur une hélice foliaire.
- sibilité d'un tracé régulier de ces trois hélices foliaires dans ce cas où la spirale génératrice est impossible. Puis d’autres faits symptomatiques : par exemple sur les trois hélices foliaires
- Fig. 4. — Tige d’un Lis blanc fendue suivant une génératrice et étalée sur un plan.
- Les quatre dessins se suivent vers le haut, En 1, région de base ; 59, 59, 58, Les trois dernières feuilles avant l’inflorescence. Les traits transversaux sont les insertions foliaires ; les traits verticaux montrent les trois hélices.
- d’une tige donnée, suivie depuis le bulbe qui la porte à la grappe florale qui la termine, on trouve 5g, 59 et 58 feuilles, le même nombre à une unité près. Ce fait montre bien que les trois centres générateurs des feuilles présents à la tête des trois hélices foliaires, travaillent en harmonie parfaite. Mais de plus,
- un tout jeune Lis blanc n’a sur sa première tige aérienne annuelle qu’une seule hélice foliaire, plusieurs années après, deux, puis trois, sans pouvoir dépasser ce nombre qui caractérise pour lui l’àge adulte.
- Si les- faits sont aussi simples, s’il y a sur chaque tige un nombre caractéristique d’hélices foliaires aisément reconnaissable, comment se fait-il que, depuis i3o ans bientôt, celte vérité n’a pas été reconnue ? Parce que les rapports entre les feuilles successives ou entre leurs segments foliaires ne sont pas toujours rapports de juxtaposition; les segments foliaires peuvent le long d’une même hélice réaliser un chevauchement partiel, et parfois une superposition totale (fig. 51.
- Il fallait avoir compris le cas de juxtaposition pour que les autres soient compréhensibles. Par exemple chez le Poirier, dont la disposition foliaire en quinconce a fourni à la science classique le type de la disposition avec spirale génératrice « évidente » et divergence, je montre que le tracé de deux hélices foliaires, mais avec chevauchement des segments, est. possible (fig. 6), puis je prouve qu’il exprime la réalité; contre l’interprétation : spirale génératrice unique, j’apporte par l’étude de cas faiblement anormaux, des preuves indiscutables. Presque toutes les Dicotylédones m’apparaissent ainsi comme comportant deux hélices foliaires dont un cotylédon constitue la première feuille. Quelques exceptions pourtant, par exemple la Pomme de terre où, aussi bien sur les tiges fouillées que sur les tubercules (fig. 7), on retrouve sans peine trois hélices foliaires qui sont peut-être, comme pour d’autres Dicotylédones cultivées, la conséquence d’une mutation culturale.
- C’est sans doute dans l’effacement d’une opposition entre disposition veriicillée, où deux ou plusieurs feuilles sont insérées au même niveau, et disposition spiralée avec ses feuilles apparemment éparses, que réside le succès le plus frappant de la théorie nouvelle. Il fallait torturer la spirale génératrice pour la faire passer par les feuilles successives d’une tige de Lilas. Pour moi, cette tige a deux hélices foliaires qui, travaillant synchroniquement, donnent chacune une des deux feuilles opposées. De même chez le Laurier-Rose, il y a trois hélices foliaires à fonctionnement synchrone, puisque chaque verticille a trois feuilles. Et l’on comprend sans peine que les hélices foliaires puissent reprendre leur indépendance et que d’abord synchrones à la base d’une tige de Tournesol où les premières feuilles sont opposées comme les cotylédons, elles ne le soient plus bientôt, ce qui sème sur la tige verticillée des feuilles semblant éparses, liées entre elles, en réalité par deux hélices foliaires, tantôt dextres et tantôt sénestres, admirablement aisées à tracer.
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- Ces vues changent assez profondément notre interprétation du monde des plantes supérieures. Voici un tronc ou stipe de Palmier. Nos yeux y voient des feuilles régulièrement disposées suivant des lignes obliques qui montent toutes en hélice vers
- Fig. 5. — Schéma des positions relatives des segments foliaires le long d’une même hélice.
- A gauche, juxtaposition ; au milieu, chevauchement ; à droite, superposition.
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- le sommet. Sur la partie dénudée du tronc, les bases gonflées des feuilles anciennes, tombées depuis longtemps s’alignent avec plus de netteté encore, puisqu’elles constituent comme une préparation des insertions foliaires. La science classique disait : ces hélices sont des apparences sans aucune valeur réelle. Ne
- suffit-il pas de se rendre compte que nous n’avons aucune raison de choisir entre les hélices, qui. au nombre de trois, s’enroulent vers la droite et celles qui, au nombre de cinq, s’enroulent vers la gauche. Nous pourrions aussi construire, beaucoup moins apparentes, vers la droite huit hélices plus redressées, vers la gauche, treize ou des nombres moindres : deux hélices tournant vers la gauche ne sont déjà plus discernables pour notre œil; une seule tournant vers la droite demande que nous la repérions point par point.; elle unira toutes les feuilles, dans l’ordre où elles sont apparues au point végétatif. La réalité c’est, à cause même de son unité, à cause du développement successif des feuilles au point végétatif, celte spirale génératrice. Pour moi aussi une seule interprétation est vraie; l’esprit ne la choisit pas; elle est imposée par le réel. La méthode directe pour la reconnaître, serait d’enlever au point végétatif, sur un flanc de celui-ci, une petite masse de la matière végétale dont la croissance crée les feuilles nouvelles. Si le point végétatif voulait bien poursuivre sa croissance, une ligne de feuilles manquerait à partir du moment de l’opération. S’il persistait quatre lignes de feuilles parallèles à la cicatrice, ce serait dire que sur ce Palmier, il y a cinq hélices foliaires.
- Impossible à faire avec les Palmiers, une telle expérience a déjà été réalisée sur des Dicotylédones qui se sont trouvées réduites à une hélice foliaire. Des preuves indirectes montrent que chez les Palmiers, ce sont des lignes multiples de feuilles, lignes bien visibles pour nos yeux, qui constituent la réalité phyllo-taxique.
- De même les Cactées nous deviennent compréhensibles et perdent un peu de ce caractère extravagant qui les isolait parmi les plantes supérieures. Une Cactée est une Dicotylédone. Sa graine, en germant, révèle scs deux cotylédons (i), souvent dressés comme deux oreilles au sommet d’une plantule globuleuse. Au cotylédon C fait suite chez un Cierge qui croît (2) une côte le long de laquelle s’échelonne une série de boutons garnis d’épines dont chacun est le sommet d’un segment foliaire fusionné à celui qui le précédait, si bien que toute la côte constitue l’ensemble d’une hélice foliaire. Mais à part certaines formes, dont les Phyllocactus souvent cultives (3) fournissent un excellent, exemple, la plante comporte plus de deux hélices foliaires : entre les cotylédons (2) un tout petit peu plus haut qu’eux, une ou deux côtes supplémentaires apparaissent (C.S.) c’est qu’au point, végétatif, des centres générateurs de feuilles nouveaux ont pris naissance; la tige va se construire avec cinq côtes, si le point végétatif comprend alors cinq centres générateurs; et chez les Cierges, les hélices foliaires vont se redresser en côtes longitudinalés. Tandis que, parmi les formes globuleuses, les Echinocactus et Echinocereus (4) ont de même des côtes saillantes longitudinales régulièrement chargées de bouquets d’épines, avec les masses foliacées tantôt fusionnées, tantôt presque individualisées, les Mamillaires (5) ont de très nombreuses hélices foliaires où les feuilles, qui sont les mantilles coniques, sont pratiquement indépendantes les unes des autres. Ainsi une Cactée n’est, pas plus anormale
- Fig-. 6. — Schéma correspondant à la figure 2, avec tracé de deux hélices foliaires : A, A„ A, et B, B, Bs.
- Les hélices sont dextres alors que l’unique spirale génératrice était senestre.
- qu’un tubercule de Pomme de terre sur qui les feuilles sont fusionnées à la tige, mais combien elle est plus facile à comprendre, avec ses hélices foliaires multiples si souvent très apparentes. Et parce qu’il n’y a pas de feuilles pour cacher les variations qui sc produisent au point végétatif, on voit sans
- Fig. 7. — Un tubercule de Pomme de terre, de la variété Dick Muizen, vu par-dessus à gauche et par-dessous à droite.
- On voit à gauche l’apex vers lequel convergent trois hélices foliaires dextres comprenant chacune quatre feuilles.
- difficulté comment naissent, et moins souvent disparaissent, des hélices foliaires : sur un tronc cylindrique de Cierge géant (6) on voit parfois une côte qui montait droit, se diviser en deux côtes, par une sorte d’Y; au-dessus les deux côtes nouvelles courent parallèlement l’une à l’autre : le centre générateur de feuilles qui, jusqu’au-dessous de l’Y, avait fourni une seule côte, s’est divisé en deux, devenus indépendants l’un de l’autre. Parfois aussi (7) deux côtes qui montaient parallèlement, s’écartent à un niveau donné; une nouvelle côte prend naissance, sans lien avec aucune des deux voisines : au point végétatif, lorsque la plante atteignait seulement à cette taille, un centre générateur nouveau a pris naissance, s’est intercalé, augmentant d’une unité le nombre des hélices foliaires dont, se constitue la tige. Enfin parfois, brusquement, une côte prend fin : un Cierge à six côtes n’en comporte plus que cinq et chez certains Phyllocaclas (3) un rameau latéral commence souvent sa croissance avec cinq côtes; trois cessent leur développement simultanément; il ne reste plus que deux hélices
- Fig. 8. — Un tronc de Palmier dattier. Bases foliaires au milieu
- des fibres.
- (Photo Ofai.ac, Alger).
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- foliaires occupant chacune l’un des bords ondulés de la lame aplatie et élargie que constitue la tige feuillée.
- Non seulement les plantes à fleurs, et même les plus curieuses d’entre elles, s’expliquent suivant ces principes, mais aussi les Conifères et les autres Gymnospermes, et la masse des plantes sans fleurs parmi lesquelles Fougères, Prêles, Lycopodes. Des temps primaires où les ancêtres des Lycopodes étaient de grands arbres, Lépidodendrons et Sigillaires, à notre époque, cet ordre a vu se restreindre son développement et, de centaines d’hélices foliaires que comportait parfois le point végétatif, il ne reste aujourd'hui que quelques-unes... Ainsi va, en ce domaine, le sens de l’évolution. # '
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- Théorie fondée sur de nombreux faits susceptible de vérifications expérimentales, l’interprétation nouvelle est riche d’avenir. Elle obligera à reviser la plupart de nos connaissances relatives aux feuilles et aux tiges qui les portent,... et même aux fleurs en qui s’achève la croissance des plantes qui nous sont, le plus familières.
- Lucien Plantefol.
- Professeur à la Sorbonne.
- 1. Lucien Plantefol. La théorie des hélices foliaires multiples. 1 vol. in-8“, 154 p., 52 lig. Masson et C'% Paris, 1948.
- L/utilisation du méthane dans l'industrie chimique organique
- Le méthane qui, pendant longtemps, n’a été considéré que comme un combustible tend à devenir une des matières premières les plus importantes de la grande industrie chimique organique.
- C'est le plus simple des hydrocarbures paraffiniques saturés : sa formule est CIL.
- Le méthane est un gaz qui se liquéfie à — 164° sous 1 atmosphère : la température de liquéfaction pouvant s’élever à — 11° sous 180 atmosphères.
- Sources de méthane.
- On dispose de plusieurs sources de méthane dont les principales sont : les gaz naturels, les gaz de distillation de la houille et les gaz de craking des pétroles.
- On désigne sous le nom de « gaz naturels » des gaz combustibles qui se dégagent en quantités considérables sur certains points du globe au voisinage des régions pétrolifères (États-Unis, U. R. S. S., Roumanie, Pologne...). Ils proviennent de poches gazeuses qui, généralement, surmontent les gisements de pétrole brut : leur détection est souvent un indice favorable de présence de pétrole. En général, ces gaz sont riches en méthane, puisqu’ils peuvent en contenir de 80 à 95 pour 100, le reste étant principalement constitué d’hydrocarbures homologues.
- En 1938, la production des gaz naturels se répartissait ainsi dans le monde :
- États-Unis ............... 60 milliards de m3
- U. R. S. S................ 2 » «
- Roumanie.................. 1 » »
- Pologne................... 0,5 » »
- En France, en 1946, dans la région pyrénéenne pleine de promesse de Saint-Marcet, la production fut de 60 millions de mètres cubes.
- La carbonisation ou distillation de la houille en vase clos produit toujours à côté du coke, du goudron et des eaux ammoniacales, un mélange de gaz combustibles dont la composition, après débenzolage, est généralement voisine de :
- Hydrogène................. 50 pour 100
- Méthane .................. 25 à 30 pour 100
- Oxyde de carbone ......... 6 pour 100
- Gaz carbonique............ 3 pour 100
- Éthylène .................. 1 à 2 pour 100
- Air ...................... 6 pour 100
- Par liquéfactions et distillations fractionnées suivant les procédés mis au point par Linde et Claude, on peut séparer les principaux constituants, dont le méthane qui ainsi, généralement, devient un sous-produit de l’extraction industrielle de l’hydrogène. Une tonne de houille, fournissant de 300 à 350 m3 de gaz, est donc capable de donner de 75 à 100 m3 de méthane.
- Les gaz provenant des différents craking que l’on fait subir aux fractions lourdes du pétrole pour l’obtention de l’essence, constituent la troisième source importante de méthane. De tels gaz sont généralement riches en hydrocarbures gazeux saturés et non saturés. Aroici, à titre d’exemple, la composition d’un gaz de craking :
- Méthane 23,3 pour 100
- Éthane 11,6 ï)
- Propane 7,3 ))
- Butanes 3,8 ))
- Éthylène 19,4 ))
- Propylène 15,7 ))
- Butylènes »
- Hydrogène 13,1 ))
- Gaz carbonique 1 ))
- Oxyde de carbone 1,3 ))
- Ici encore, les procédés de liquéfaction et de distillation fractionnées de Linde et Claude permettent de séparer aisément les divers constituants dont le méthane.
- En plus de ces sources industrielles de méthane, il convient de signaler d’autres sources naturelles. Tout d’abord, le dangereux grisou des mines de charbon est principalement constitué de ce gaz. Ensuite, les bulles gazeuses qui viennent de temps à autre à la surface des eaux marécageuses, sont du méthane, d’où le nom de « gaz des marais » qui lui fut primitivement donné (ATolta, 1776). Sa présence résulte de la décomposition microbienne anaérobie des débris cellulosiques des plantes : la réaction qui lui donne naissance est globalement :
- (C,HI00,)i. + nHsO -* 3fiC02 + 3nCH4.
- D’intéressantes tentatives ont été faites pour industrialiser cette réaction à partir des boues d’égouts et des fumiers de ferme en vue de la production de gaz pour le chauffage et la force motrice.
- Enfin, on rencontre aussi le méthane dans les gaz volcaniques (quelques pour cent).
- La préparation de méthane par hydrogénation catalytique en présence de nickel soit de l’oxyde de carbone, soit du gaz carbonique :
- CO + 3H2 —>- CH,+ H20 C02 + 4H2 —>• CH4 + 21I20
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- (Procédé Sabatier-Scnderens) ne présente pas d’iptérêt technique, puisque le méthane peut être obtenu à des conditions plus économiques à partir des trois premières soui'ces décrites.
- Utilisations du méthane.
- La combustion complète du méthane fournit du gaz carbonique et de la vapeur d’eau suivant la réaction :
- CH4 + 20, C02 + 2H20 + 212 cal.
- Il y a un dégagement de chaleur de 9 430 cal. par mètre cube, ce qui est utilisé pour le chauffage industriel ou domestique.
- Par oxydation ménagée (en présence d’une quantité insuffisante d’oxygène), on peut avoir, suivant les conditions opératoires, l’une des trois possibilités ci-dessous :
- 2CH4 + 02 -> 2C0 + 4IL (1)
- CH* 4- 02 -> C + 2H,0 (2)
- CIL, + 0, -> CILO + 1L0 (3)
- Suivant la'réaction (1) qui est effectuée dans des brûleurs spéciaux vers 900° en présence de certains catalyseurs (nickel et tliorine), on obtient un mélange d’oxyde de carbone et d’hydrogène qui est utilisé comme « gaz de synthèse » dans toutes les réactions où l’on a besoin d’oxyde de carbone (synthèse du inétha-nol, synthèse de l’isobutanol, synthèse d’hydrocarbures paraffiniques suivant Fischer-Tropsch, réaction « oxo »..., etc...) (x).
- Suivant la réaction (2), on obtient un dépôt pulvérulent de carbone, dénommé noir de carbone ou carbon-black, utilisé dans la fabrication des encres, des peintures,... mais dont le plus grand débouché se trouve dans l’industrie du caoutchouc comme charge renforçante dans les pneumatiques : certains de ces noirs actifs ou noirs renforçants préparés suivant des procédés secrets, additionnés dans une proportion voisine de 50 pour 100, communiquent au caoutchouc une résistance accrue ù l’abrasion à tel point que l’on peut dire que et ce n’est pas la route qui use les pneumatiques, mais les pneumatiques qui usent la route ». Le grand essor des transports automobiles provient, en grande partie, de Lutilisation de ces charges renforçantes : sans elles, le même pneumatique, qui peut faire 30 000 km, serait hors d’usage au bout de 5 000 km.
- Suivant la réaction (3), l’oxydation se fait eh présence de catalyseurs appropriés (cuivre, argent, molybdène, vanadium, oxydes d’azote...) et aboutit à la formation d’aldéhyde formique. La température à laquelle on opère est de l’ordre de 500°-700° et la durée de chauffage très courte (de l’ordre de 1/10 de seconde) pour éviter une oxydation plus avancée. La transformation n’est pas intégrale, on n’obtient que quelques pour mille de formaldéhyde, mais elle peut être légèrement augmentée par recyclage des gaz. On tente d’industrialiser cette réaction pour obtenir économiquement l’aldéhyde formique, utilisé en tonnages importants principalement dans l’industrie des matières plastiques (phénoplastes, aminoplastes...).
- On peut encore oxyder le méthane par l’action de la vapeur d’eau à haute température (1 100°-1 300°) suivant l’une ou l’autre des deux réactions :
- CH4 + H20 CO + 3Hj — 50,7 cal.
- CH* + 2H20 5Î C02 + 4H2 — 40,5 cal.
- 1. Voir La Nature, n° 3156, 1er avril 1948, p. 99.
- La première réaction est utilisée industriellement en conjonction avec la réaction d’oxydation incomplète pour obtenir un « gaz de synthèse » plus riche en hydrogène, ce qui est une condition souvent nécessaire pour son utilisation en vue des synthèses déjà mentionnées.
- La deuxième réaction constitue après la séparation du gaz carbonique (par absorption par la soude ou par liquéfaction), un mode d’obtention économique d’hydrogène pour toutes les industries d’hydrogénation (synthèse de l’ammoniac, durcissement des graisses...). A noter que, dans ce dernier cas, on obtient une quantité d’hydrogène double que celle qui est contenue dans le méthane. Ces opérations sont souvent désignées sous le nom de « conversion du méthane ».
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- K- #
- Par action de la chaleur, la molécule de méthane, quoique très stable, peut être scindée soit en ses éléments, soit en fragments capables de se resouder. Par chauffage suffisamment prolongé, vers 1 200°-l 400°, sur des masses de contact, le méthane se dissocie en carbone et en hydrogène :
- CH* ^ C + 2IL — 18,8 cal.
- ce qui constitue un procédé industriel de fabrication de noir de carbone et d’hydrogène (procédé thermatomic). Dans le mécanisme intermédiaire, on admet, d’après Egloff, la formation de radicaux libres .
- CH* -> >CIL + IL > CIL + CH* -> CIL — CHa CH3 — CH3 -A- CH, = CIL + IL CH2 = CH2 h- CH = CH + IL CH EE CH 2C + IL
- Au total.......... 2CH* -> 2C + 411,
- Effectivement, dans des conditions appropriées (en particulier temps de chauffage très court), on peut industriellement isoler de l’acétylène. Il importe de soustraire très vite le produit de la réaction à l’action de la chaleur, pour éviter des polymérisations et des carbonisations qui diminueraient considérablement les rendements. Dans la pratique, on fait passer le méthane sur une masse en métal à haut point de fusion chauffé par induction à 2 800° ; le temps de contact est réglé par la vitesse du débit gazeux de façon à être de l’ordre de 1/500 à 1/1 000 de seconde. Les produits résultants sont complexes : en plus d’acétylène (quelques pour cent), il se forme de l’éthylène, des hydrocarbures plus lourds et même du carbone.
- Un deuxième procédé pour transformer le méthane en acétylène consiste à utiliser l’influence de l’arc électrique. Dans ces conditions, le méthane fournit principalement un mélange d’acétylène et d’hydrogène en même temps qu’une certaine proportion d’éthylène. On peut obtenir de 10 à 15 pour 100 d’acétylène, rendement qui peut être considérablement amélioré (jusqu’à 60 pour 100) par ddution du méthane (1 volume) dans l’hydrogène (2 volumes). La durée de contact dans l’arc électrique doit être de l’ordre de 1/100 de seconde pour éviter des réactions secondaires nuisibles (polymérisation en particulier). Étant donné l’importance de l’acétylène (oxydécoupage des métaux, soudure autogène, synthèses chimiques diverses...), ce procédé peut être appelé à concurrencer le procédé de fabrication de l’acétylène à partir du carbure de calcium.
- Enfin, on peut encore transformer en partie le méthane en acétylène par combustion incomplète. Ori sait, en effet, que la com-
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- bastion incomplète de tons les hydrocarbures fournit de petites quantités d’acétylène. Il est facile au laboratoire de déceler cette formation par les réactifs appropriés dans les gaz s’échappant d’un bec Bunsen qui « brûle en dedans ». Durant ces dernières années, l’industrie allemande a utilisé ce procédé pour transformer le méthane contenu dans les gaz des fours à coke partiellement en acétylène. Pour cela, le gaz venant directement des coke-ries est conduit avec une quantité insuffisante d’oxygène dans un tube de carborundum chauffé vers 1 000° : le méthane se transforme alors en un mélange d’oxyde de carbone et d’hydrogène contenant presque 10 pour 100 d’acétylène. L’acétylène ainsi formé est transformé par addition d’eau en acétone :
- Dans l’autre, on réalise une combustion partielle d’un mélange de méthane et d’ammoniac vers 1 000° en présence de toile de platine :
- 2CH* + 2NH3 + 302 -> 2HCN + 6H20.
- Il y a là une source industrielle possible d’acide cyanhydrique qui est utilisé pour l’obtention des cyanures ainsi que dans quelques synthèses (indigo, nitrile acrylique et esters acryliques, tril-
- lon...).
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- 2CII = CH + 3HsO CH3 — CO — CH, + C02 + Hs
- tandis que le mélange restant d’oxyde de carbone et d’hydrogène était employé comme « gaz de synthèse ». En 1943, l’usine de Ludwigshafen a-préparé 300 t d’acétone par ce procédé dans une station d’essai. A la suite de cette expérience favorable, il avait été prévu une installation industrielle de b 000 t par an à Oppau et de 12 000 t par an à Ileydebrcclc (Haute-Silésie).
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- Par action du chlore sur le méthane, on obtient quatre dérivés chlorés résultant de la substitution des atomes d’hydrogène par des atomes de chlore. Industriellement, par l’action d’un volume de chlore sur quatre volumes de méthane à 440° sur coton de verre imbibé de chlorure ferrique, il résulte un mélange tel que le suivant :
- 45 pour 100 CII3C1 35 » CHoCL
- 15 » CHC13
- 5 » CCD
- chlorure de méthyle chlorure de méthylène chloroforme
- tétrachlorure de carbone
- L’industrie américaine avait semblé s’intéresser à l’obtention de ces dérivés chlorés il y a une vingtaine d’années ; mais les réalisations techniques furent surtout poussées par l’industrie allemande en vue d’obtenir le chloroforme et le tétrachlorure de carbone, solvants industriels ininflammables, ainsi que le chlorure Je méthylène, excellent solvant pour l’acétate de cellulose. Le chlorure de méthyle, gaz facilement liquéfiable, peut touver un emploi comme agent frigorifique. Il ne semble pas que sa transformation par hydrolyse en alcool méthylique puisse constituer une méthode pouvant rivaliser avec la synthèse habituelle du méthanol par hydrogénation de l’oxyde de carbone.
- L’inconvénient majeur de ces chlorurations par substitution provient de ce que la moitié du chlore mis en oeuvre est éliminée .sous forme d’acide chlorhydrique :
- CH, + Cl2 -* CH3C1 + HCl.
- Les perfectionnements techniques envisagés dans certains bre--vets consiste à opérer en présence d’oxygène (ou d’air) et d’an • catalyseur d’oxydation : dans ce cas, l’oxydation de l’acide chlorhydrique régénère le chlore (principe du procédé Deacon), lecruel peut réagir en totalité pour halogéner le méthane.
- *
- * *
- Enfin, deux procédés permettent de transformer le méthane en acide cyanhydrique. Dans l’un, on utilise l’arc électrique en présence d’azote (Moscicki) :
- Ainsi donc, le méthane, qui n’a été primitivement utilisé que comme combustible calorifique, devient actuellement une source de produits importants tels que l’hydrogène, lé noir de carbone, le mélange d’oxyde de carbone et d’hydrogène, l’acétylène, l’acide cyanhydrique, le formaldéhyde, sans oublier les dérivés chlorés (chlorure de méthyle, chlorure de méthylène, chloroforme, tétrachlorure de carbone). Bien que ces produits soient en général obtenus industriellement par d’autres procédés, il n’en est pas moins vrai que l’utilisation du méthane réalise souvent des conditions économiques favorables surtout pour les pays qui, comme Tes Etats-Unis, sont particulièrement riches en gaz naturels. Il est, en effet, facile de calculer qu’il faudrait distiller seize fois la production annuelle de houille de la France pour obtenir le méthane équivalent aux 00 milliards de mètres cubes qui s’échappent annuellement du sol américain.
- La transformation du méthane en acétylène peut prendre dans l’avenir une importance de plus en plus considérable à cause des multiples transformations de l’acétylène et ainsi concurrencer le procédé classique au carbure de calcium. Dans les discussions sur l’aspect économique, certains n’hésitent pas à prendre position. Suivant le « craking du méthane à l’arc électrique », il faudrait par mètre cube d’acétylène dépenser une énergie de 7 à 9 kW et l’on récupérerait 3 m3 d’hydrogène ; à partir du carbure de calcium, la dépense d’énergie serait de 10 à 13 kW et l’on ne récupérerait que 1 m3 d’oxyde de carbone. Ces chiffres ne semblent toutefois pas tenir compte de l’énergie nécessaire pour con centrer l’acétylène obtenu à l’état dilué suivant la première méthode, de sorte qu’économiquement les deux procédés seraient équivalents.
- La transformation du méthane en « gaz de synthèse » (mélange d’oxyde de carbone et d’hydrogène) par combustion incomplète par la vapeur d’eau doit aussi prendre une importance sans cesse accrue du fait des possibilités de synthèse de ce mélange particulier. Par cet intermédiaire, il est possible d’obtenir l’alcool méthylique, alors qu’un procédé direct d’oxydation du méthane en méthanol (analogue à celui réalisé par Raschig dans la transformation du benzène en phénol) ne semble pas thermodynamiquement réalisable.
- Le « gaz de synthèse » peut encore être converti, suivant le procédé de Fischer-Tropsch, en un mélange d’hydrocarbures paraffiniques et oléfiniques. L’industrie américaine se préoccupe de cette transformation en utilisant non pas le procédé catalytique originel, mais un procédé moderne où le catalyseur agit sous forme de suspension nuageuse, dérivé d’ailleurs de la technique du « Fluid Catalyst » employé depuis plusieurs années dans certains craking. On x'éalise de la sorte le paradoxe de voir le méthane, le plus simple des hydrocarbures, puisqu’il ne contient qu’un unique atome de carbone, se transformer en la série des hydrocarbures homologues à teneur plus élevée en atomes de carbone.
- 2CHt + N, 2HCN + 3H2.
- A. !WILLEMART,
- Chef de travaux à l'école nationale supérieure de Chimie de Paris.
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- LE MICROSCOPE ÉLECTRONIQUE R.
- C. A.
- Plusieurs articles (1) ont déjà fait connaître à nos lecteurs le principe du microscope électronique et quel progrès immense cet appareil a permis de réaliser dans l’observation de l’infîniment petit.
- On sait que ce microscope a, ces dernières années, reculé à ce point les limites du visible que les grosses molécules organiques et les minuscules entités biologiques que sont les virus nous sont maintenant perceptibles.
- Un tel résultat a été atteint en substituant au flux lumineux un flux d’électrons que les champs électrostatiques et électromagnétiques dévient, comme les lentilles de verre la lumière et dont l’onde associée (X, = 5.io~10 cm dans le cas d’électrons accélérés par un potentiel de 5o kV) est ioo ooo fois plus courte que l’onde lumineuse. Le pouvoir de résolution d’un rayonnement est proportionnel à sa longueur d’onde; celui des électrons est. ioo fois supérieur à celui de la lumière, compte tenu de l’aberration de sphéricité qui limite les possibilités des lentilles électrostatiques et électromagnétiques. Alors que le grossissement utile du microscope optique parvenu à son point de perfection (pouvoir séparateur : 0,2 micron) est de 1 000, celui du microscope électronique (pouvoir séparateur : quelques millièmes de micron) est de xoo 000.
- Le microscope de la Radio Corporation of America est électromagnétique ; les lentilles sont des bobines de révolution parcourues par un courant, enfermées dans un blindage métallique de grande perméabilité magnétique, pourvues de pièces polaires de formes spécialement étudiées, l’ensemble créant un champ à symétrie axiale, intense et concentré qui dirige les électrons vers l’axe suivant une trajectoire spirale. Ces lentilles ont une distance focale de quelques millimètres'.
- La rencontre par l’électron en mouvement d’un obstacle autre que l’objet à examiner, provoque une dispersion et une perte de vitesse nuisibles. C’est pourquoi les microscopes électroniques fonctionnent sous vide. Le microscope électronique R. C. A. travaille à une pression de io~4 mm de mercure réalisée en 90 secondes dans un volume de 6 1 et maintenue par deux pompes à grand débit en série, une pompe primaire mécanique et une pompe à diffusion à xrapeur d’huile; à cette
- Fig. 1. — Le microscope électronique de la Radio Corporation of America. Modèle universel.
- 1, Canon à électrons ; 2, Condensateur magnétique ; 3, Chambre à échantillon : objet ; 4, Chambre de diffraction ; 5, Indicateur de vide ; 6, Chambre d’observation : image grossie ; 7, Chambre photographique ; 8, Mise au point et grossissement ; 9, Pompe à diffusion à huile.
- 1. A.. Boutaric. Le microscope à électrons. La Nature, n° 2953, 15 mai 1935, p. 450 ; F. Lot. Le microscope électronique. Ibid., n° 3127, 1” janvier 1947, p. 9
- pression, le libre parcours moyen des électrons est de 5 m et la probabilité de chocs contre des molécules d’air est extrêmement réduite, le trajet des électrons dans la colonne de
- l’appareil n’excédant pas 90 cm.
- La colonne comprend de son sommet à sa base les éléments suivants : un canon à électrons, filament de tungstène chauffé à 2 8oo° C, porté à — 5o kV et entouré d’un cylindre de Wehnelt au même potentiel, une anode, mise à la terre, le champ ainsi créé animant les électrons émis d’une vitesse de i44 3oo km/s, un condensateur électromagnétique, une chambre à échantillon, un objectif et un projecteur électromagnétiques, une chambre d’observation. Les images sont visibles dans l’obscurité sur des écrans fluorescents placés l’un après l’objectif et l’autre au fond de la chambre d’observation. Sous l’écran final qui joue le rôle d’obturateur, on peut faire glisser une plaque photographique que les électrons impres-
- Fig. 2. — Caractéristiques des jauges à vide, en échelle logarithmique.
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- V 2
- Am péri te
- V-3 (thermocouple>
- 991
- Aimant
- T. 2 V.4
- Schéma de principe des jauges à vide.
- Fig. 3.
- sionnent directement et qui permet la prise de cinq clicliés successifs. La mise au point s’obtient en réglant le courant dans l’objectif et le grossissement varie en fonction du courant dans le projecteur.
- La colonne, la pompe secondaire et tous les circuits électriques alimentant les lentilles, le filament et la haute tension sont rassemblés dans une cabine unique de 1,90 m de haut, 0,60 m de large et 1 m de profondeur (fig. 1). La pompe primaire et un stabilisateur de tension sont logés en dehors. Le stabilisateur fournit du ii5 V alternatif constant à 1 pour 100 près à partir duquel l’appareil élabore tous les courants et tensions qui lui sont nécessaires. Sous le projecteur, une faible lentille transforme le microscope, lorsqu’elle est mise en circuit, en diffracteur électronique de grande précision permettant de définir la forme et les dimensions des mailles cristallines ou, à l’aide de tables publiées, d’établir l’identité des espèces chimiques composant l’échantillon.
- Des précautions sont prises pour qu’aucune vibration n’atteigne l’appareil. Supposons qu’une vibration d’une amplitude aussi faible que 2 dix-millièmes de mm soit transmise à l’objet en examen, le déplacement correspondant de l’image, au grossissement courant de xo 000, sera de 2 mm, d’où un flou certain.
- Le microscope repose sur patins de caoutchouc, les connections sont flexibles, les liaisons sont x'éalisées par l’intermédiaire de joints élastiques. Les pressions à la sortie de la pompe primaire et dans la colonne (fig. 2) sont mesurées respectivement par une jauge thermocouple et une jauge à décharge (fig. 3). La jonction du thermocouple est chauffée par un courant constant. A mesure que le vide s’améliore, le nombre de molécules d’air
- Type
- 2A3 ou45
- Fig. 4. — Schéma de principe d'un régulateur de tension électronique.
- heurtant le thermocouple dans l’unité de temps diminue et la chaleur emportée par ces molécules décroît. La températui'e du thermocouple s’élève donc, ainsi que le courant thermoélectrique engendré, mesuré par un galvanomètre.
- La jauge à décharge est une diode à cathode froide qui, au lieu d’être scellée, est en communication avec la colonne du
- : : • •• ' - 237 ;
- microscope. Une tension lui est appliquée. A la pression atmosphérique, aucun courant ne traverse la lampe : quand la pression est inférieure à 200 microns, une décharge apparaît; les électrons, allant de la cathode à l’anode, heurtent les molécules de gaz restant et les ionisent. Le courant d’ionisation d’autant plus faible que les ions sont moins nombreux, c’est-à-dire que le vide est meilleur, est lu sur un milliampèremètre. La diode est placée entre les pôles d’un aimant permanent qui crée, à l’intérieur de la lampe, un champ magnétique interférant avec le champ électrostatique établi entre les deux électrodes. Ce système soumet les électrons à un mouvement hélicoïdal qui allonge leur trajectoire entre la cathode et l’anode et, par suite, augmente suffisamment leur chance de heurter des molécules gazeuses pour qu’il y ait une ionisation et une indication de pression à des pressions inférieures à io~4 mm.
- Les distances focales des lentilles sont fonction du potentiel accélérateur des électrons et du courant dans les lentilles. Pour que l’image soit nette, il faut que ce potentiel et ce courant soient très stables. La stabilisation (tableau I) a été satisfaite par
- Position du contrôle de grandissement
- 10 J-I—_J__1__i i 1 1 1 I I
- I 2.3 4 6 6 7 8 9 10 - J
- Fig. 5. — Grandissement en fonction des pièces polaires et du courant dans le projecteur.
- ------- porte-objet standard. ----- porte-objet stéréo.
- A, Pas de pièce polaire dans l’objectif. Moitié supérieure de la pièce polaire du projecteur. Bague sur le porte-objet stéréo ; B. Pas de pièce polaire dans l'objectif. Bague courte dans la pièce polaire du projecteur. Bague sur le porle-objet stéréo ; C. Moitié supérieure de la pièce polaire du projecteur ; D. Bague longue dans la pièce polaire du projecteur ; E, Bague courte dans la pièce polaire du projecteur.
- des méthodes purement électroniques en courant haute fréquence (fig. 4).
- Il serait possible de poser cinq minutes sans que l’abei'ration chromatique nuise à la netteté de l’image.
- Tableau 1. — Stabilisation des tension et courants du microscope R. A. G.
- Grandeur à stabiliser Précision nécessaire (°/o près) Précision réalisée (% près)
- Haute tension (50 kV) . . 0,011 0,006
- Gourant condenseur . . . 0,1 0,002
- Courant objeetif .... 0,0055 0,002
- Gourant projecteur . . . 0,013 0,002
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- Fig. 6 à 8. — Quelques objets photographiés au microscope électronique après ombrage à l’or.
- A gauche, un bacille de Friedlander. /lu milieu, grains de noir de carbone. A droite, parcelles de kaolin. Le trait blanc, long d’un jj., permet de juger
- du grossissement obtenu, environ 30 000.
- Les orifices des pièces polaires et diaphragmes des lentilles doivent être maintenus rigoureusement propres, toute poussière étant susceptible de se charger et d’engendrer des champs perturbateurs.
- Le microscope R. C. À. a un pouvoir séparateur de 3o ang-stroms. Les plaques photographiques à grain fin Kodak ont un pouvoir de résolution de 1/70 mm. Le grossissement utile électromagnétique est donc de 5 000. L’œil ne percevant que le 1/10 mm le grossissement optique utile est de 7.
- Le microscope R. C. A., en fonction de l’importance de ses pièces polaires, possède toute une gamme de grossissements depuis Go jusqu’à 22 000 (fig. 5) assurant la liaison avec le microscope optique. On vérifie le grossissement en mesurant l’image d’objets de taille bien déterminée tels que des diatomées calibrées ou des répliques de réseau de diffraction.
- Préparation des échantillons.
- Certains microscopes utilisent comme porte-objet un diaphragme métallique percé d’un trou de quelques dizaines de microns. Un des avantages du R. C. A. est d’employer de petits tamis en acier inoxydable, dont les trous ont 60 microns de côté. Le porte-objet est mobile et une vingtaine de trous peuvent être successivement amenés dans le champ de vision. La surface totale observable est donc vingt fois plus étendue que dans le cas du disque à trou unique.
- Certaines substances (telles les fumées d’oxydes métalliques : magnésium, zinc, aluminium) s’accrochent directement aux fils du tamis, mais la plupart des objets sont déposés sur un film mince en nitrocellulose ou matière plastique, transparent aux électrons. Une goutte d’une solution suffisamment diluée de collodion ou résine synthétique étalée à la surface de l’eau, ou sur une lame de verre donne, après évaporation du solvant, une membrane solide si fine que les couleurs d’interférence des lames minces qui apparaissent au cours de l’évaporation du solvant n’y sont plus même visibles. L’épaisseur de ces membranes est d’environ 100 Â. Elles sont soumises dans le micro-
- scope à une déshydratation poussée et à des effets électriques et calorifiques que les fils conducteurs du tamis porte-objet minimisent en dissipant charges et chaleur. Elles sont fragiles et résistent plus ou moins bien suivant leur élasticité. Des membranes en aluminium ou béryllium, obtenues par vaporisation sous vide sont plus solides.
- Une goutte de l’objet en suspension ou solution est déposée sur la membrane. Le milieu de suspension ne doit pas laisser de résidu après dessiccation, car il ne faut pas oublier que les objets sont soumis, dans le vide de l’appareil, à une dessiccation totale.
- Les électrons sont diffractés par l’échantillon en fonction de sa nature, de son épaisseur et de sa densité. Si l’épaisseur et la densité sont trop importantes, les électrons sont arrêtés et leur énergie cinétique perdue apparaît sous formé de chaleur qui détruit l'échantillon. Pratiquement des électrons de 5o kV ne peuvent franchir une épaisseur de solide supérieure à un micron. Pour l’examen d’objets de grandes dimensions, opaques aux électrons, les microtomes ordinaires donnent des coupes de 5 microns, beaucoup trop épaisses; des microlomes rotatifs américains, encore peu répandus, taillent à grande vitesse des parcelles en forme de coins dont le bord le plus mince convient à l’observation directe; c’est ainsi qu’ont été vus les chromosomes des noyaux cellulaires.
- Un examen par réflexion des surfaces n’est pas possible, les électrons réfléchis ayant des vitesses hétérogènes.
- La méthode des répliques a résolu la difficulté. Elle consiste à obtenir un moulage de la surface assez mince pour être transparent aux électrons. Elle ne renseigne que sur l’aspect superficiel et s’applique particulièrement au cas des métaux et surfaces de machines en service, mais a été étendue à celui des dents, vernis, émaux, cristaux, macromolécules, colonies microbiennes sur agar, etc...
- Le procédé du <c shadow casting » consiste à projeter obliquement sur l’échantillon une vapeur d’un métal lourd tel que l’or ou le chrome, qui donnent des films minces, continus et sans-structure. Les aspérités sont-recouvertes, tandis que derrière
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- clics s’allonge une ombre due à une non-métallisation. Cette méthode ingénieuse donne du contraste et du relief aux images (fig. 6 à 8), permet de percevoir plus nettement des objets légers trop peu dispersifs ou minuscules, tels les flagelles des bacilles et les macromolécules organiques. On peut encore déduire de la longueur des ombres la hauteur des particules qui les projettent, particules dont la taille peut ère en deçà du pouvoir de résolution du microscope; des corpuscules de 5 à io  ont été ainsi décelés.
- Grâce à une possibilité de déplacement angulaire de l’objet, le microscope R. C. A. donne des stéréo-microphotographies renseignant utilement sur la troisième dimension des échantillons et facilitant l'interprétation.
- Applications.
- Les applications sont infinies, depuis la morphologie des virus filtrants et bactériophages jusqu’à la structure des métaux, en passant par l’anatomie des insectes, la texture des ailes d’oiseaux, l’élude des poudres fines (carbon-black, pigments), col-
- loïdes, polymères synthétiques et fibres textiles. L’art de la microscopie électronique est récent et il est permis d’imaginer que des besoins nouveaux feront naître des techniques nouvelles s’ajoutant à celles que nous avons exposées.
- C’est dans le domaine de la biologie, la science la plus utile à l’homme, que le microscope a rendu jusqu’alors les plus éminents services, mais les diverses industries tireront le plus grand profit de son emploi, tant pour le contrôle des matières premières et de la fabrication que pour les travaux de recherche pure. C’est pourquoi le mérite de certains constructeurs, tels la R. C. A., a été de concevoir et réaliser un appareil pour laboratoires industriels, c’est-à-dire relativement peu encombrant, d’un emploi commode et multiple (stéréoscopie, diffraction électronique) et donnant néanmoins des images d’une haute qualité. Le microscope électronique ouvre des horizons nouveaux à la science et à l’industrie et il est à souhaiter dans l’intérêt de celles-ci que son usage s’intensifie.
- Pabouty,
- Ingénieur E. P. C.
- 1/ « occupational therapy »
- P n général, les premiers exercices de mécano thérapie auxquels *“ on soumet celui qui a été diminué dans ses capacités physiques par un traumatisme ont l’inconvénient de ne pas faire contracter les muscles qui sont restés inactifs pendant l’immobilisation qu’exige presque toujours le traitement du traumatisme.
- Dans plusieurs établissements hospitaliers d’Angleterre et des Etats-Unis, on a remplacé depuis peu la mécanothérapie par 1’ « occupational therapy » (ou ergothérapie) qui consiste à faire exécuter tout de suite à l’ouvrier un travail dans lequel les muscles qui ont été immobilisés fonctionnent normalement. La difficulté a été de trouver quels travaux on peut exécuter ainsi. Ils sont peu nombreux, comme l’a montré M. L. Roche dans une communication qu’il a faite récemment à Lyon (Archives des Maladies professionnelle s, n° 4, de 1947). Cependant, on a pu trouver une vingtaine de travaux qui donnent satisfaction dans la majorité des cas.
- Ces travaux doivent être faciles, à la portée de tous, et ne pas exiger d’apprentissage ; ils doivent faire jouer non seulement toutes les articulations intéressées et qui ont été immobilisées, mais encore sinon tous, du moins presque tous les muscles qui l’ont été aussi ; le travail ne doit pas être trop monotone ni fastidieux ; il doit exiger assez d’attention pour que l’ouvrier s’y intéresse sans se surmener intellectuellement ; enfin, si possible, ce travail doit être productif.
- La fabrication du filet de pêche, à la main, au moyen d’une navette spéciale que l’ouvrier doit garnir lui-même est un des travaux les plus simples qui satisfont à toutes ces conditions, notamment dans le cas d’une fracture du bras ou d’une luxation de l’épaule ou du poignet.
- On recourt aussi au rempaillage ou au cannage des sièges, à des travaux de vannerie, de tapisserie, quelquefois au battage des tapis, au découpage d’une mince plaque de bois avec la scie à
- contourner, au sciage des bûches de bois, à un tissage simple sur métier, aux divers travaux ménagers, qui sont excellents parce que très variés et peu fatigants. Un amputé de la jambe est habitué à exécuter sur certaines machines-outils, mais assis, les travaux qu’auparavant il exécutait debout. Après quoi, ou en même temps, on peut recourir au jardinage et même à certains jeux sportifs comme celui du ballon collectif ; et, aussitôt que possible, à la natation.
- On a pu ainsi, sinon rendre gauchers, du moins ambidextres, des individus qui étaient droitiers.
- L’avantage de cette méthode est de conduire très rapidement à une réadaptation de l’ouvrier à son ancien métier, ce qui, de beaucoup, est préférable, ou à un autre métier, quelquefois même plus rémunérateur que l’ancien. L’inconvénient de la méthode est d’être extrêmement coûteuse : achat, entretien de nombreux outils ou métiers ; achat de matières premières ; difficulté de placer le produit fabriqué et de trouver des ateliers ou des terrains qui conviennent ; personnel médical et hospitalier nombreux.
- Dans un centre anglais de réadaptation d’ouvriers mineurs hospitalisés api'ès fracture d’un membre, 35 ont repris leur travail à la mine, au jour ou au fond ; 6 seulement ont dû changer de travail.
- Le placement est plus aléatoire que le reclassement. Au centre de réadaptation créé, organisé et géré par les chantiers navals Kaiser (États-Unis), sur 1 180 réadaptés, 420 seulement sont retournés à leur chantier ; les autres, parmi lesquels plus de la moitié auraient pu y retourner, ne l’ont pas fait parce que, ou le travail nouveau qu’on leur proposait ne leur plaisait pas, ou parce que, selon eux, il n’était pas assez bien payé. Cependant, on considère ces résultats comme satisfaisants.
- E. Lemaire.
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- L/aq u a ri u m,
- ornement et enseignement du logis
- Fig. X. — Décor de schistes composé et exécuté par R. Landois, pour l’aquarium du Trocadéro, en 1937.
- (Cliché Le Charles).
- Disposé sur une table, sur une cheminée ou, mieux encore, encastré dans une cloison et apparaissant en hublot, l’aquarium constitue, nous allons le montrer, la réalisation artistique et... philosophique la plus parfaite qui se puisse concevoir.
- Quelles conditions doit-il remplir pour arriver à cet état idéal de perfection ?
- La première de toutes est qu’il constitue un milieu aussi peu artificiel que possible et capable, à la fois, de réjouir le regard de l’artiste et de convenir excellemment à la vie des poissons. Son décor sera fait de roches et- plus particulièrement de schistes dont on imitera la disposition naturelle. Fi, par contre, des cristaux de quartz qui font prétentieux, des gros coquillages que rien ne justifie et, à plus forte raison, des roeailles en ciment que l’on trouve dans le commerce.
- Les photographies ci-jointes montrent comment, il est possible de réaliser, avec un peu de goût, des décors à la fois grandioses et charmants. Ne se croirait-on pas, en présence de certains d’entre eux, dans un de ces « paysages du silence » vulgarisés par la cinématographie sous-marine! A l’aquarium du Musée des Colonies, existent, de semblables merveilles et l’exposition du Poisson dans la pêche, dans la science et dans Varl, actuellement ouverte au Muséum d’histoire naturelle (Jardin des Plantes), propose à son tour des réalisations et. des maquettes de R. Landois qui fut déjà, en 1937, le décorateur des aquariums de Vincennes et du Trocadéro.
- Au fond de l’aquarium, il y aura une couche de terre argileuse surmontée par une couche de sable. Il importe, en effet, que l’aquarium soit planté, s’il doit, vivre sur lui-même, en lieu clos, par un savant équilibre des vies animale et végétale. D’armée en année, y croîtront et s’y multiplieront ces belles frondaisons aquatiques qui ont pour noms sagittaires, vallisné-ries, myriophylles, cératophylles, ludwigies, cryptocorynes. Ces dernières, en particulier, avec leurs dessous carminés ou d’un beau vert veiné de rose, constitueront un des plus beaux ornements de l’aquarium tropical.
- La nécessité d’une végétation entraîne celle d’un bon éclairage naturel ou artificiel susceptible d’assurer la fonction chlorophyllienne des feuilles. On sait que rien ne pousse dans l’obscurité. Au fond d’une pièce, un aquarium prospère .moins bien qu’auprès d’une fenêtre.
- Si l’aquarium est destiné à des espèces de poissons originaires
- des tropiques, — et nous songeons ici aux scalaires, aux gou-ramis, aux colises, aux combattants et autres joyaux du monde aquatique, — il faut évidemment que l’eau soit portée et maintenue aux alentours de 25° par le chauffage général de l’appartement et par des résistances électriques complémentaires.
- Pour nourrir les poissons, on aura recours principalement à des proies vivantes, au rang desquelles les plus faciles à se procurer chez les marchands d’articles de pêche sont les vulgaires vers de vase. Seulement à défaut de ces proies, on utilisera des poudres nutritives. Mais dites-vous bien qu’il est préférable que les poissons fassent abstinence pendant plusieurs jours plutôt que de manger ces aliments plus ou moins artificiels.
- Sans doute, si l’on n’écoulait que leur appétit, il faudrait chaque jour leur donner copieuse ration. Mais soyons raisonnables en leur lieu et place. Un poisson n’est pas du tout dans les mêmes conditions de dépense énergétique qu’un oiseau ou qu’un mammifère. Sa température est exactement celle de l’eau dans laquelle il se trouve et. ses mouvements s’accomplissent dans un milieu dense qui le soustrait, en quelque sorte, à l’action de la pesanteur. Faites la différence avec un oiseau qui, non seulement, doit maintenir sa température au-dessus de 4o°
- Fig. 2. — Décor de schistes composé et exécuté par R. Landois, pour l’aquarium du Trocadéro, en 1937.
- (Cliché Le Charles).
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- par les plus grands froids, mais encore, — s’il n’a pas les ailes assez grandes pour planer, — doit soutenir un vol battu qui peut durer des heures et des heures.
- Nourris normalement, sans excès, les poissons d’aquarium se reproduisent avec une facilité et une fréquence qui souvent étonnent le profane. Les ung sont ovipares comme les cyprins, les scalaires et les combattants. Les autres sont vivipares comme les xiplios, les platy et les mollies. Les combattants font un nid de bulles d’air formant radeau et pondent leurs œufs à la face inférieure.
- C’est précisément le critère de la reproduction qui permet de juger une réussite en aquariophilie. Un bon aquarium est toujours celui dans lequel les poissons pondent, après avoir nidifié si besoin est, et dans lequel ceux d’entre eux qui sont vivipares mènent à terme leur progéniture.
- Reste la question du nettoyage. Seulement pour la beauté et la propreté de l’aquarium, on aura recours à une petite pompe électrique avec filtre. Mais ce n’cst nullement indispensable, et ceci nous amène, précisément, au côté philosophique de l’aquarium à quoi nous faisions allusion au début de cet article.
- Bernardin de Saint-Pierre s’extasiait sur les harmonies de la nature. Quelles eussent été ses exclamations admiratives en présence d’un aquarium tel que celui que nous vous proposons comme ornement de votre logis. Son contemporain Lavoisier lui en eût fait comprendre le merveilleux équilibre chimique et vital.
- Réfléchissons, en effet, aux multiples incidences qu’ont les unes sur les autres les vies animale et; végétale d’un aquarium digne de ce nom.
- 241
- Fig. 3. — Décor de schistes composé et exécuté par R. Landois, pour M. le DT Mauric, en 1936.
- Plus avantagées que nous, les plantes vertes vivent en quelque sorte « de l’air du temps ». Il leur suffît d’être exposées au soleil pour utiliser l’azote du sol et le gaz carbonique de l’atmosphère. Ce sont des indépendantes, des pures, qui n’ont pas besoin de compromission, d’exploitation, de carnage pour subvenir à leurs besoins. Combien nous pouvons les envier ! Or, les plantes d’aquarium ne font pas exception à la règle commune. Elles aussi, dûment éclairées, sont des autotrophes, c’est-à-dire, au sens étymologique du mot, des êtres qui vivent par eux-mêmes.
- Il ne leur faut, avons-nous dit, que de l’azote puisé par leurs racines et du gaz carbonique absorbé par leurs feuilles. Si
- Fig. 4. — Beau groupe de scalaires et de sagittaires.
- (Cliché Unger, appartenant à la librairie Larousse).
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- l’aquarium devait rester dépourvu d’animaux, nous serions obligés, au bout d’un certain temps, d’introduire l’un et l’autre de ces aliments sous formes d’engrais et d'eau gazeuse. Grâce aux poissons, nous n’aurons même plus à nous en soucier puisque leurs excréments seront une source d’azote et leur respiration une source de gaz carbonique.
- Les vies animale et végétale se complètent au point de vue des échanges gazeux. La nuit, il est vrai, tous les êtres vivants absorbent de l’oxygène et. rejettent du gaz carbonique. Mais, dans le jour, accomplissant la fonction inverse, les plantes vertes absorbent le gaz carbonique et dégagent l’oxygène. Comme celte fonction diurne est. extrêmement intense, l’eau de l’aquarium se trouve en définitive épurée et régénérée.
- Examinons le point particulier des déchets alimentaires. Tout n'est, point mangé, tant s’en faut. Les poissons gaspillent la nourriture. Les poudres qu’on leur donne se répandent dans l’eau puis tombent sur le sol où elles s’enfoncent et deviennent des engrais pour les plantes. S’il s’agit de vers de vase, ceux qui échappent à leur voracité s’enterrent, dans le sable et se métamorphosent en petites mouches que l’on voit exisuile voltiger entre la surface de l’eau et la plaque de verre qui
- Fig. 5. — Vairons et myriophylles.
- (Cliché Lubinski, appartenant à la librairie Larousse).
- Fig. G. — Gardon, sagittaires et nénuphar.
- (Cliché Lvbinski, appartenant à la librairie Larousse).
- recouvre l’aquarium. La plupart, de ces mouches se font gober tôt ou tard par les poissons nageant en surface.
- Un aquarium est un souci pour beaucoup de personnes qui partent en vacances. Que vont devenir leurs poissons pendant les quelques semaines au cours desquelles elles ne pourront s’en occuper ? Que ces personnes se tranquillisent. Si l’aquarium est. bien planté et bien ensoleillé, il vivra par lui-même. C’est un monde en miniature, un véritable microcosme. Les jeunes mis au monde par les femelles vivipares, ainsi que les algues développées sur les vitres, auront entretenu le garde-manger. Il y aura eu peut-être quelques poissons morts, — les moins résistants, — dont les cadavres auront, servi à nourrir les autres. Ce peu de nourriture aura suffi. Nous ne saurions trop répéter que les poissons d’aquarium, malgré qu’ils soient gloutons, n’ont pas d’extrêmes besoins alimentaires.
- Concluons sur cette note optimiste. Un aquarium bien conçu est un tableau vivant et captivant, peu difficile à entretenir, qui orne le logis et instruit à la fois. De longues heures se passent dans sa contemplation : heures bénies où l’on oublie tout ce qui n’est pas vie harmonieuse, équilibre, pondération.
- Léon Ber-tin,
- Professeur au Muséum d'Histoire naturelle.
- La Corse vue
- En 1925, Ilelbronncr joignait le réseau géodésique français à celui de la Corse au moyen de signaux lumineux établis sur le Monte Cinto, le Monte Rotondo et le Monte Stello, observés depuis la côte de France au Mont Agel, au Mont Chauve et aux alentours de Toulon. La position géographique de la Corse fut ainsi précisée à moins d’un mètre près (La Nature, n° 2703 , 23 janvier 1926, p. 49).
- D’autre part, on voit parfois à l’horizon vers le Sud, de divers points de la Côte d’Azur, la Corse flottant sur la mer, au moment du lever ou du coucher du soleil, surtout en hiver et au printemps. Est-ce l’île elle-même qui apparaît ou un effet de mirage qui la surélève dans certaines conditions atmosphériques ?
- M. Huguenin, étudiant en pharmacie, actuellement à Val-lauris, nous envoie un cliché pris par lui le 1er janvier dernier, peu avant le lever du soleil, ou l’on voit nettement l’île de Beauté à l’horizon marin-. Les phares n’étaient pas encore éteints et l’on aperçoit à gauche du cliché celui du cap d’Antibes se réflétant dans les eaux du Golfe Juan,
- de la Côte d’Azur.
- Fig. 1. — La Corse vue de Vallauris au lever du jour.
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- L'EMPLOI DES CHAMPS ÉLECTROSTATIQUES
- dans l'application des peintures
- Lorsqu’on parcourt les premières pages d’un manuel élémentaire d’électricité, on trouve décrite, parmi les expériences destinées à révéler au profane l’existence de l’électricité statique, celle bien connue qui consiste à attirer de petits morceaux de papier et de tissu avec une baguette de verre ou d’ébo-nife que l’on a, au préalable, électrisée par frottement avec un chiffon de laine ou de soie. L’explication qu’on donne de ce phénomène est que le frottement de la tige isolante a chargé
- Alimentation en 220 Volts
- Interrupteur
- Interrupteur d'alimentation üu transformât
- dalimentation - du Filament
- de contrôle
- JA» ftBJUUtft/
- BRnnnrmwB trais-
- Vers la terre et la chaîne transporteuse
- J *--- Cuve t __J remplie d'huile
- 'Conducteur basse tension relié a la plaque négative
- Tube ' redresseur
- Fig. 1.
- celle-ci d’électricité statique; comme des charges de signe contraire s’attirent, alors qu’elles se repoussent, lorsqu’elles sont de même signe, cette baguette acquiert en conséquence la propriété d’attirer ou de repousser des petites particules de matière également chargées d’électricité, suivant le signe de cette dernière.
- C’est, cette expérience bien connue qui est à la base d’une nouvelle méthode d’application des peintures et qui, depuis plusieurs mois, est utilisée sur une grande échelle pour améliorer les techniques actuellement employées soit dans la peinture au trempé, soit dans la peinture au pistolet.
- L'égouttage électrostatique.
- Une méthode courante d’application des peintures ou des vernis consiste à immerger les objets à peindre dans une cuve contenant un vernis et ensuite à laisser égoutter ces objets, avant de les sécher, dans une étuve. Cette technique présente de nombreux avantages, surtout lorsque l’importance du nombre des objets à peindre justifie la création et l’emploi de dispositifs automatiques permettant d’assurer le transport de ces objets dans les différentes sections de l’atelier de peinture. On peut, par ce procédé, recouvrir d’une couche de vernis des objets de forme très complexe, qu’il serait autrement difficile
- de peindre régulièrement et on peut ainsi réaliser de sérieuses économies de main-d’œuvre.
- Néanmoins, cette technique est limitée dans scs applications, car lorsqu’on retire l’objet du bain de trempage, une partie de la pellicule de vernis encore liquide s’écoule et vient se rassembler sous forme de gouttelettes à la partie inférieure. Certaines de ces gouttelettes se détachent de l’objet, mais il en reste néanmoins suffisamment pour que l’objet ait un aspect irrégulier et. présente par endroits des surépaisseurs de vernis qui nécessitent une durée plus longue de séchage, d’où réduction de la cadence de production.
- On peut réduh’e cet inconvénient et faire presque totalement disparaître ces gouttelettes par un procédé d’égouttage électrostatique qui consiste, après l’égouttage normal, à soumettre l’objet peint à l’action d’un champ électrique destiné à attirer l’excès de matière. Dans ce but, les objets sont reliés au pôle d’une machine productrice de courant haute tension, en même temps qu’ils se déplacent au-dessus d’une grille reliée à l’autre pôle de la machine. Sous l’influence de la différence de potentiel qui existe entre l’objet à égoutter et la grille, de l’ordre de 8o à ioo ooo Y, les gouttelettes de vernis se trouvent attirées par cette dernière et l’objet ne présente plus alors les surépaîs-seurs dont nous avons parlé précédemment.
- L’appareil producteur de courant, qui alimente l’installation est simplement, relié à un réseau alternatif 220 V par une ligne capable de laisser passer 10 A, car la consommation moyenne d’une installation de ce genre correspond sensiblement à celle d’une grosse lampe de 1 000 W. Il comporte essentiellement un transformateur haute tension et. un redresseur, ainsi que les appareils courants de protection de ce genre d’appareil (fig. 1).
- Le courant moyen qui circule du fait de l’ionisation de l’atmosphère entre l’objet, à égoutter et la grille est d’environ o,4 mA. Parmi les dispositifs de sécurité que comporte l’installation, ,11 en est un qui permet de réduire automatiquement la tension qui s’exerce aux bornes de l’appareil lorsque le courant tend à dépasser celle valeur. En cas de court-circuit accidentel, dû par exemple à une fausse manœuvre d’un ouvrier, le courant peut dans ccs conditions atteindre au maximum la valeur de 7 mA, c’est-à-dire qu’il ne présente aucun danger.
- La grille, servant d’électrode est généralement constituée par du métal déployé, maintenu en position au moyen d’isolateurs. On prévoit, en général entre la grille et, les points les plus bas des objets à égoutter une distance minima d’environ 20 cm qui peut être portée sans inconvénient jusqu’à 3o à 35 cm. Les points cl’égouttagc doivent être en px-incipe maintenus à une distance sensiblement, constante au-dessus de la grille d’égouttage et les objets peints, suivant leurs dimensions, sont donc suspendus à la chaîne transporteuse par des tirants de longueur convenable pour que cette condition soit remplie.
- Par contre, il faut qu’à aucun moment, les objets n’approchent de la grille de moins de 20 cm pour éviter le jaillissement d'étincelles. A l’entrée du dispositif, on place donc une barre de securité située à 20 cm au-dessus de la grille et qui coupe automatiquement le courant, au cas où un objet viendrait à la toucher (fig. 2).
- Généralement, le réglage de l’installation est fait une fois pour toutes, car l’expérience a montré que, quelles que soient, la forme et les dimensions des objets à égoutter et la nature du vernis déposé sur l’objet, l’égouttage s’effectue convenablement. C’est donc uniquement en opérant sur la vitesse de déplacement de l’objet que l’on modifie le temps pendant lequel
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- les objets sont soumis à l’action du champ électrostatique qui, lui, est toujours constant.
- Les objets à égoutter sont reliés électriquement à la chaîne transporteuse et celle-ci est connectée au pôle positif de l’appareil producteur de courant haute tension, relié également à la terre. Lorsqu’il s’agit de pièces mauvaises conductrices, ou même isolantes, il est donc nécessaire que les points d’égout-
- Fig. 2.
- lage ne soient pas trop éloignés du point de fixation des objets à leur support, pour permettre l’établissement du champ électrique. C’est l’expérience qui montre, suivant les propriétés et caractéristiques des objets à traiter, quelles sont les dimensions et les modes d’attache à adopter.
- Les pièces à la sortie du bain de trempage subissent un égouttage normal, puis l’égouttage électrostatique (fig. 3). Les gouttes de peinture et de vernis qui sont attirées par la grille reliée au pôle négatif de l’appareil, se déposent sur celle-ci. En général, la quantité de vernis ainsi recueillie est très faible et elle est donc insuffisante pour isoler cette dernière. Si toutefois l’accumulation de la couche de vernis égoutté risquait d’amener des troubles de fonctionnement, en réduisant l’intensité du champ, b faudrait procéder à un changement de grille qui doit pour cela être d’un démontage rapide. Toute l’installation est généralement placée dans une hotte ventilée, la ventilation permettant l’élimination des vapeurs de solvant et en même temps activant le séchage de la couche de vernis qui, s’il n’était pas suffisamment sec à la sortie de l’installation, risquerait de s’écouler à nouveau en formant des surépaisseurs sur les objets vernis.
- Signalons enfin que ce procédé est applicable à l’égouttage de tous les types de peintures et de vernis qui, par ailleurs, se prêtent au procédé d’application au trempé. Ce n’est que dans le cas de produits particulièrement visqueux ou de peintures en suspension dans un milieu aqueux que l’on peut rencontrer quelques difficultés. Il est également nécessaire que les points où s’effectue l’égouttage présentent une courbure suffisamment prononcée pour que le détachement des gouttes soit facile. Les résultats les meilleurs sont obtenus lorsque le rayon de courbure est inférieur à 5 ou 6 mm. Bien entendu, on prendra soin que ces points d’égouttage ne se trouvent pas dans les angles rentrants qui pourraient, être à l’abri des forces d’attraction
- électrostatiques, par suite de la présence de certaines parties de l’objet formant écran.
- Ce nouveau procédé d’égouttage a déjà reçu d’importantes applications, par exemple pour le traitement d’objets exécutés en grillage métallique, de phares d’automobile, de petites pièces utilisées dans la construction mécanique, dans l’ameublement, dans la décoration intérieure, etc... Il ne permet pas à vrai dire
- de réaliser des économies de peinture, il autorise, par contre, l’emploi du procédé de peinture au trempé qui dans beaucoup de cas n’aurait pu être adopté par suite des difficultés résultant de l’égouttage.
- Peinture au pistolet.
- ce procédé d’égouttage accéléré par l’influence d’un champ électrostatique, se rattache très étroitement le procédé d’application des peintures dans lequel la peinture, s’échappant d’un pistolet, est dirigée le long des lignes de force d’un champ électrostatique vers l’objet que l’on désire recouvrir de peinture.
- La mise en oeuvre de ce procédé a permis de réaliser des progrès considérables, on peut même dire dans certains cas extraordinaires, tant par l’économie des matières premières qu’il réalise que par la réduction des dépenses de main-d’œuvre.
- Une installation de peinture au pistolet de ce genre comporte comme l’installation précédente, un appareil producteur de haute tension avec transformateur et redresseur dont l’ensemble permet de transformer le courant du réseau en courant redressé sous ioo ooo V. Les dispositifs habituels de contrôle sont prévus et le champ électrostatique est créé entre les objets à peindre, suspendus à une chaîne transporteuse qui est elle-même reliée à la borne positive de l’appareil producteur de courant et un châssis rigide portant un fin treillage en fil de cuivre disposé au minimum à une distance d’environ 3o cm de l’objet et relié à la borne négative.
- Les pistolets destinés à assurer la pulvérisation de la peinture doivent faire l’objet d’un réglage particulier portant sur l’ouverture des buses et la pression de l’air comprimé, ce réglage dépendant d’ailleurs de la vitesse de déplacement des objets à peindre et de l’épaisseur de la couche de peinture que l’on désire déposer sur ces objets.
- Il faut en règle générale opérer avec de faibles press’ons d’air, afin que la trajectoire parcourue par les gouttelettes de peinture dépende à la fois de l’action de l’air comprimé et des forces électrostatiques. Si le courant d’air était trop violent, les gouttelettes de peinture risqueraient d’être entraînées hors de la zone soumise à l’action du champ, d’où augmentation des perles. En général, on adopte une pression d’air d’environ i,3 kg par centimètre carré.
- Les pistolets sont généralement disposés de façon que leur axe forme un angle aigu avec le sens de déplacement de la chaîne et de telle sorte qu’ils se présentent face à l’objet pénétrant. dans la zone de peinture.
- Dans le cas d’objets de grandes dimensions ou présentant des formes tourmentées, la répartition du champ électrostatique pourrait ne pas être suffisamment régulière pour assurer un
- Grille d'égouttage
- \ Chaîne Support isolant \ transporteuse
- vers la cuisson
- Grillage protecteur
- Coffret haute-tension
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- dépôt uniforme de peinture. Dans ce cas, on communique aux pistolets un léger mouvement d'oscillation autour d’un axe vertical, de façon à assurer une distribution plus uniforme du brouillard de peinture, ou encore les objets sont animés d’un mouvement de rotation de façon qu’ils présentent au pistolet successivement toutes les faces à peindre. Quant aux hottes à l’intérieur desquelles s’effectue la peinture, elles sont du type
- Fig. 3.
- courant et permettent d’assurer une ventilation convenable, sans exagération, pour que, sous l’influence du coux'ant d’air de ventilation, les particules de peinture ne soient pas entraînées hors des objets.
- Pas plus que le procédé d’égouttage électrostatique, le procédé de peinture au pistolet à contrôle électrostatique n’est limité au traitement d’objets en matériaux magnétiques, autrement dit d’objets en métaux ferreux. On peut peindre de la même façon des pièces en cuivre, en laiton, en aluminium et même des objets en matériaux non conducteurs, comme par exemple la Bakélite, le caoutchouc, la porcelaine et le bois. Dans certains cas toutefois, il faut prendre des précautions particulières, afin que la surface à peindre, lorsqu’elle est isolante, puisse néanmoins jouer le rôle d’électrode.
- Par ailleurs, tout enduit protecteur, peinture ou vernis, à condition qu’il puisse être pulvérisé d’une façon convenable avec une faible pression d’air, peut être déposé par ce procédé
- et on a employé avec succès des matériaux aussi divers' que les vernis synthétiques, les vernis cellulosiques, les peintures à base de caoutchouc chloré ou les peintures grasses. Il suffit d’équilibrer avec soin la composition des vernis, en particulier au point de vue teneur en diluant et en solvant pour que, lorsque la gouttelette de peinture arrive sur la surface de l’objet, elle soit encore suffisamment fluide pour adhérer à cette dernière, sans toutefois renfermer un trop fort excès de solvant.
- Les économies que l’on peut réaliser par l’adoption de ce procédé sont considérables, tout, en dépendant néanmoins d’un certain nombre de facteurs et en particulier du fonctionnement plus ou moins satisfaisant des installations existantes. Lorsqu’il s’agit de peindre des surface planes, ce procédé voit évident-mcnct son intérêt très réduit. Par contre, lorsqu’on a à peindre de petits objets aux formes compliquées, des grillages ou des pièces perforées, on réduit considérablement, par l’emploi de cette technique les pertes de peinlui’e et dans de nombreux cas, les économies ainsi réalisées ont pu atteindre 4o à 60 pour ioo de la peinture consommée par les procédés anciens. Les économies de main-d’œuvre peuvent être également très importantes et on cite fréquemment le cas d’un atelier de peinture de chauffe-eaux dans lequel, pour assurer le vernissage de la production journalière, on consommait 4 1 de peinture pour la production d’une douzaine d’appareils, alors qu’aujourd’hui la même production est assurée avec moitié moins de peinture, le personnel, jadis constitué par une équipe de trois peintres, comprenant aujourd’hui un simple surveillant de l’installation.
- Citons pour terminer que les deux procédés que nous venons de décrire s’intercalent sans aucune difficulté dans des chaînes de travail existantes, à condition d’en régler le débit en fonction de la cadence de production des autres postes de l’usine.
- G. Génin,
- Ingénieur E. P. C. ï.
- Les applications industrielles de l'aviation.
- L’aviation qui est née il n’y a guère qu’une quarantaine d’années a apporté de profondes modifications dans la vie courante en y introduisant des possibilités de transport réalisées à une rapidité qui transforme complètement la notion des distances.
- Dans des domaines tout différents, l’aviation apporte également des moyens techniques nouveaux caractérisés comme pour les transports par leur rapidité et leur efficacité.
- L’avion est utilisé pour la détection des incendies de forêts dans les régions boisées pendant la saison sèche. Le fait d’attaquer le feu dès son début permet de réduire considérablement son extension. Les avions sont équipés de bombes extinctrices qui permettent une intervention rapide. Ils peuvent également parachuter des équipes de secours et les amener à pied d’œuvre avec une rapidité inégalable.
- L’avion ou l’hélicoptère permet également une surveillance facile et rapide des lignes électriques à haute tension dont le tracé passe par des régions difficiles : c’est ainsi que le contrôle régulier d’une ligne de deux cents kilomètres environ, entre San Diégo et San Juan Capistrano est effectué en deux heures au lieu de huit jours à dos de mule.
- Des avions volant à haute altitude ont pu surveiller et repérer les routes de migration des oiseaux sauvages.
- Les services de protection des espèces animales du Grand Nord : élans, ours, caribous, disposent là d’un moyen facile de surveil-
- lance et de dénombrement. Ils peuvent également intervenir le long des côtes pour assurer l’observation des règlements de police de la pêche. Ils peuvent surveiller, repérer et photographier les lieux de ponte des saumons en rivière et les protéger contre un dépeuplement excessif.
- L’avion est également utilisé pour épandre des graines de plantes sélectionnées sur des territoires considérables menacés par l’érosion. Des surfaces importantes de prairies dans les réserves indiennes des États-Unis sont ainsi en voie de régénération.
- En plus de l’établissement déjà classique des cartes topographiques par photographie aérienne, l’avion permet le lever à grande échelle de régions minières, de tracés de pipe-lines, de routes, de chemins de fer, de lignes électi’iques, avec une extrême rapidité et un personnel réduit alors que les mêmes travaux auraient immobilisé sur le terrain, pendant des semaines ou des mois des équipes nombreuses de topographes.
- Rappelons enfin, que depuis quelque temps déjà les avions ou les hélicoptères sont utilisés sur les côtes pour détecter les bancs de poissons et les signaler aux bateaux de pêche et à l’inté-l’ieur pour le transport et la distribution du courrier à l’échelle régionale. Ils permettent également l’épandage rapide des insecticides pour la défense des vergers et des cultures contre les parasites. Ils ont été utilisés pour les semis et la distribution des engrais sur de vastes surfaces cultivées.
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- L'ÉNERGIE
- ÉLECTRIQUE EN SUÈDE
- En 1913, la Suède disposait seulement de 1,5 millions de kilowatts-heure. En 1946, la production totale d’énergie électrique s'est élevée à 14 200 millions de kilowatts-heure, ce qui représente 2 100 k\V/h par habitant. Ce chiffre équivaut approximativement à la consommation par habitant aux Etats-Unis et en Suisse, mais reste inférieure à celle de la Norvège et du Canada. L’augmentation de la consommation d’électricité a été relativement rapide et régulière, de l’ordre de 0,5 pour 100 par an. Les habitants des villes et des agglomérations de quelque importance ont à peu près tous accès à l’électricité. Dans les campagnes,
- 83 pour 100 des habitations sont actuellement électrifiées et ce chiffre augmente d’année en année. Dans un avenir proche, toutes les habitations rurales seront pourvues de courant électrique, à la seule exception des écarts.
- En régime normal, l’énergie hydraulique couvre 97 à 98 pour 109 des besoins. Les deux ou trois pour cent qui manquent sont comblés par de l’énergie thermique, produite principalement par les chaudières à contre-pression des entreprises industrielles et par les installations de condensation des entreprises d’énergie électrique.
- L’île de Gotland, qui manque totalement de ressources hydrauliques, est entièrement alimentée d’énergie thermique.
- La distribution de l’énergie est assurée par l’État, les municipalités et un certain nombre d’entreprises privées opérant dans des districts différents.
- L’État contrôle 40 pour 1O0 de la production totale d’énergie et distribue l’électricité au moyen d’un vaste réseau, d’une part, directement aux chemins de fer et aux entreprises industrielles importantes ; d’autre part, aux compagnies d’électricité municipales et aux sociétés de distribution, qui se chargent de la répartition régionale.
- Administration de l’énergie élec= trique de l’État. — En 1946, les centrales de l’Administration de l’énergie électrique de l’Etat totalisant environ 4 800 millions de kilowats-heure. La puissance installée de l’État s’élève à 1 000 000 de kilowatts dont 900 000 kW proviennent de 20 grandes centrales hydrauliques et de quelques petites, plus 100 000 kW d’une centrale thermique à Yasteras. L’Administration est le principal fournisseur d’une contrée qui s’étend à l’Ouest et à l’Est des grands lacs de la Suède centrale, Le Yanern, le Yattern, le Hjlmaren et le Malaren, ainsi que de la région au Nord du fleuve Indalsâven en Suède septentrionale.
- L’Administration de l’énergie électrique de l’Etat est organisée comme une entreprise commerciale indépendante, avec un organe central, la Direction de l’énergie électrique de l’État, siégeant à Stockholm, un certain nombre de corps administratifs régionaux subordonnés (administration de Trollhâttan, Stockholm, Motalan, Vasteras, Sundsvall, Umëa et Lulea) et deux organes chargés respectivement de l’équipement hydraulique et de la construction des
- réseaux. Les corps administratifs régionaux sont chargés de l’exploitation, de l’entretien et des travaux de construction courante, des installations de distribution dans leurs districts et assurent en outre la vente d’énergie et les relations avec les usagers. L’Administration de Trollhâttan exerce également la gérance locale du canal entre le lac Vanern et la ville de Gôteborg. L’Administration de l’énergie électrique de l’État emploie en
- tout — ouvriers compris — environ 6 500 personnes, dont S00 à Stockholm.
- Les entreprises municipales. —
- La Compagnie d’Ëlectricité de Stockholm est la plus importante des entreprises municipales produisant elles-mêmes leur énergie. Elle dispose de trois grandes usines hydrauliques totalisant 175 000 kW et d’une centrale thermique d’environ 100 000 kW. En plus, elle est actionnaire de la Kran-gede AB. En 1946, le rendement total de la Compagnie s’élevait à 890 millions de kilowatts-heure, entièrement utilisés pour les besoins de la capitale.
- Au premier rang des productrices municipales d’énergie se trouve également la ville de Skellettea, avec ses trois grandes usines sur le fleuve Skelleftealv, réalisant ensemble 50 000 kW. Cette entreprise alimente non seulement la ville et une vaste région aux alentours. Les villes de Boras, Linkoping, Norrkoping, Umac et Ostersund produisent également de l’énergie électrique sur une grande échelle.
- Les entreprises privées. — Les principales entreprises privées sont : la Sydsvenska Kraft AB, avec plus de 23 usines hydrauliques importantes totalisant 115 000 kW. La majorité de ces usines sont aménagées sur le fleuve Lagan. D’autre part, cette société est actionnaire de la Krangede AB et participe également à deux des plus récentes installations de l'État, ce qui lui assure un supplément appréciable d’énergie provenant du Nord de la Suède. Quand la centrale de 165 000 kW de Hjalta, actuellement en chantier, sera terminée, la Sydsvenska qui en possédera 85 pour 100, augmentera encore sa puissance. Elle dispose, en outre, d’une centrale thermique de 70 000 kW à Malmo.
- La Krangede AB appartient, d’une part, à quelques grosses entreprises industrielles de la région minière en Suède centrale, notamment les aciéries de Ilofors, Fagersta, Sandviken et la scierie de Korsnâs, et, d’autre part, aux entreprises d’énergie électriques suivantes : la Compagnie d’Ëlectricité de Stockholm, la Sydsvenska Kraft AB et la Bergsïagens Gemensamma Kraftforvaltning., Elle alimente principalement ses actionnaires. La Krangede AB possède deux centrales hydrauliques sur le fleuve Indalsalven, de respectivement 210 000 et 60 000 kW, ainsi qu’un réseau de transport alimentant les actionnaires. Actuellement, une troisième cen-tale est en chantier sur le même fleuve Indalsalven. En 1946, la
- ‘Lulea—
- ikelleftea,
- iL/fAN D
- lundsvalf
- Westera:
- ^STOCKHOLM.
- Motala
- M E R-
- Norrkôping.
- GOTLAND.
- Halmsta<
- 'BALTIQU E—
- Malmo
- Fig. 1. — Les principales usines hydroélectriques de Suède.
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- puissance totale de cette société s’élevait à 2 100 millions de kilowatts-heure, soit 18 pour 100 de la production globale d’énergie électrique du pays.
- La Hammarforsens Kraft AB couvre la demanade d’énergie d’un grand nombre des usines de cellulose situées sur le littoral de la province de Norr-land ainsi que de la ville de Sundsvall. Sa principale source d’énergie est une centrale de 80 000 kW sur le fleuve Indalsâven. En 1046, son rendement total s’élevait à 720 millions de kilowatts-heure.
- La Stora Kopparbergs Bergslags AB est l’entreprise dominante de la province de Dalécarlie. Cette société possède plusieurs centrales hydrauliques importantes sur la partie supérieure du fleuve Dalâlven et dispose de plus de 98 000 kW de puissance hydro-électrique à action directe. En 1046, son rendement en énergie électrique totalisait 725 millions de kilowatts-heure. Cette énergie fut en majeure partie absorbée par les aciéries, les usines de pâte de bois et de papier, les scieries, appartenant à la société, ainsi que par l’industrie électro-chimique. La Uddeholms AB fournit de l’énergie à la majeure partie de la province de Yarmland. Elle possède plusieurs centrales hydrauliques, totalisant 115 000 kW/h, dont la plupart sont aménagées sur la rivière Klaralven. Uddeholms AB dispose, en outre, de 12 000 kW en puissance thermique. En 1946, le rendement de cette société s’élevait à 625 millions de kilowatts-heure, principalement absorbés par les usines sidérurgiques et de cellulose qui lui appartiennent ainsi que par l’industrie électro-chimique.
- Les réserves hydrauliques de la province de Norrland. —
- Les forces hydrauliques actuellement exploitées correspondent à une production moyenne de 13 500 millions de kilowatts-heure par an. Ceci signifie qu’un tiers seulement de la totalité des forces utilisables des cours d’eau suédois — estimée à environ 40 000 millions de kilowatts-heure — a été mis à profit. Le rapport entre la puissance aménagée et les ressources totales varie fortement dans les différentes parties du pays. Au Sud, où la population est dense, les ressources d’énergie sont presque complètement utilisées. Il existe encore, à l’extrême Sud de la Suède, quelques chutes qui n’ont pas été aménagées, mais elles ne sont pas très importantes et leur installation serait relativement coûteuse. Les ressources vraiment intéressantes qui restent à exploiter se trouvent
- Fig. 2. — Le cours inférieur de Vlndalsalven.
- 3. — Les lacs de Suorva, dans le bassin supérieur de la Lulealv.
- au Nord du pays, où la population est rare. C’est de lù qu’il faudrait tirer l’énergie nécessaire pour répondre axix demandes accrues. Déjà environ 4 000 millions de kilowatts-heure sont transportés annuellement de la province de Norrland vers le centre et le Sud de la Suède. Les distances de transmission sont parmi les plus longues du monde entier.
- La régularisation des débits. — Au Sud et au centre de la Suède, les cours d’eau ont des débits relativement égaux en hiver et en été. Les fleuves du Nord, par contre, présentent, en raison de l’accumulation des neiges, des variations de débit très marquées, une grande pénurie d’eau en hiver et une grande abondance en été. Ainsi dans le fleuve Lagan (au Sud), le rapport entre le débit d’été et le débit d’hiver est d’environ 0,6 alors que le chiffre correspondant pour le fleuve Lulealv (au Nord) est de 3,5. Cette différence ressort également lorsqu’on compare les périodes de vives eaux et les périodes de mortes eaux normales non régularisées : le rapport est de 10 dans la Lagan et de 35 dans le Lulealv. Un des facteurs essentiels pour réaliser une utilisation économique de l’énergie hydraulique est de régulariser les débits. Fort heureusement, les cours d’eau suédois sont en général riches en lacs qui se prêtent admirablement à la régularisation. Les réservoirs sont souvent situés loin des centrales, dans la région de la source du fleuve. Tout au Nord du pays, où les rivages des lacs sont peu habités, les cotes de régularisation sont élevées. Dans les lacs de Suorva, où le fleuve Lulealv prend sa source, la variation du niveau de l’eau est portée à 18 m. Ceci a été réalisé malgré la nécessité d’assurer le flottage des bois qui exige, pendant une grande partie de l’été, un débit minimum suffisant.
- Les usines hydro-électriques. — Si, en général, les chutes suédoises ont peu de hauteur — elles ont souvent moins de 50 m — leurs débits, par contre, sont appréciables. Le roc constitue la plupart du temps, une excellente fondation pour les constructions
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- Figr. 4. — Le barrage de Traryd, sur la rivière Lagan.
- de barrages et d’usines. Ce fondement rocheux de très bonne qualité permet également la construction entièrement souterraine des usines, avec des tunnels pour les conduites d’amenée et de décharge. Cette méthode de construction, pratiquée depuis plus de trente ans, est appliquée partout où les conditions sont favorables, surtout depuis que les procédés d’excavation ont été perfectionnés. En raison des faibles hauteurs de chute, les turbines
- Fig-. 5. — Le barrage de Midskog, en construction sur VJndalsalven.
- Francis ou Kaplan sont utilisées presque exciusivement. Les turbines Kaplan — au développement desquelles la Suède a largement contribué et qui, dernièrement, ont été utilisées pour des chutes de 35 m — tentent toutefois à dominer. Les turbines, génératrices et autres pièces de l’appareillage des centrales sont en majorité fabriquées en Suède. Parmi les usines hydrauliques suédoises, les suivantes méritent l’attention : Trollhâttan sur le Gotaâlv, qui est la plus grande et la plus ancienne des installations de l’Etat. Sa chute de 30 m est utilisée dans deux usines. La première, terminée dans son premier stade en 1910 renferme 13 groupes de machines horizontales. L’autre, mise en service en 1942, loge deux groupes verticaux. La production totale des deux usines est de 220 000 kW au maximum. La nouvelle usine est entièrement construite sous le roc. L’eau est évacuée directement dans le fleuve en aval des usines.
- Midskog sur l’Indalsalven appartient à l’État et fut construite rapidement pendant la guerre entre 1941 et 1944. La chute est de 30 m. L’usine comporte deux groupes verticaux totalisant 93 000 kW. L’eau a été captée au moyen d’un grand barrage. Un canal de décharge assez court rejette l’eau dans le fleuve même. Le niveau du fleuve a été abaissé par des dragages importants.
- Plusieurs nouvelles centrales sont en cours de construction. L’État a entrepris d’aménager les centrales de Namforsen, 43 000 kW, de Forsmo, 70 000 kW, sur le fleuve Angermanâlven et de Hôlleforsen, 120 000 kW, sur le Indalsalven. La centrale de Namforsen a été mise en service pendant l’été de 1947. Les deux autres seront prêtes en 1948 et en 1950.
- En outre, l’État a commencé les travaux d’aménagement de Harsprânget sur le fleuve Luleâlv à environ 7 km en aval de Por-jus. Cette chute, qui représente la plus importante source de forces hydrauliques du pays, sera utilisée dans une usine conçue pour une hauteur de chute de 103 m. Équipée avec trois groupes de machines de 88 000 kW chacun, sa puissance maximum sera de 200 000 kW et sa capacité de production totalisera 1 750 millions de kilowatts-heure par an. On estime pouvoir mettre en service le premier groupe de machines en 1950.
- Le réseau de transmission. — Le réseau primaire, très développé, consiste principalement en lignes à 220, 132, 77 et 75 kW. Ces lignes forment un système continu entre Porjus, au Nord, et Malmô, au Sud, sur une distance à vol d’oiseau de 1 300 km. Porjus est également relié à des centrales norvégiennes à Narvik et dans le Sud, des câbles sous-marins traversant le Oresund relient le système aux centrales danoises du Sjaelland. Ce réseau étendu constitue un élément essentiel pour la réalisation de la marche en parallèle des grandes entreprises d’énergie électrique.
- Sur les cinq lignes à 220 kV qui existent actuellement, trois sont construites par l’État, tandis que les deux autres appartiennent à des entreprises municipales et privées. A l’avenir, toutefois, toutes les nouvelles lignes à 220 kV ou plus devront être construites par l’État, en conformité d’un décret de 1946.
- Les réseaux à 132, 77 et 55 kV assurent la distribution de l’énergie à l’intérieur des divers districts. Au Nord de la province de Norrland ainsi qu’à l’Ouest et au Sud de la Suède, on a adopté des lignes à 132 kV. A l’Est et au centre du pays, on trouve principalement des lignes à 77 kV, tandis que les lignes à 55 kV prédominent dans la région au sud du fleuve Indalsalven. Sur les trois tensions mentionnées, deux seulement sont en général utili-lées simultanément dans un même district. L’.emploi de ces différentes tensions découle du développement historique.
- Aujourd’hui, la fréquence de 50 périodes a été adoptée comme standard et les réseaux à 25 périodes sont en train d’être transformés.
- Les systèmes à basse tension normalement utilisés en Suède sont de 220/127,
- 3x220 ou 380/220 Y.
- 'Les installations nouvelles sont généralement prévues pour 380/220 Y. Nombre d’installations a n-ciennes, réalisées pour des tensions inférieures, sont actuellement modernisées et portées à 380/220 V.
- La consommation
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- d’énergie est répartie parmi les divers usagers comme suit :
- Pourcent, de la consommation totale
- Grandes industries.............................. 70
- Chemins de fer.................................. 10
- Villes et communautés........................... 13
- Electrification rurale.......................... 5
- Les usines électro-chimiques, les aciéries et l’industrie de la cellulose sont les plus importants usagers, représentant ensemble environ 73 pour 100 de la consommation industrielle. Exception faite de l’industrie de la cellulose, la consommation industrielle a fortement augmenté au cours des années de guerre, principalement en raison de l’emploi toujours plus fréquent de fours électriques dans l’industrie sidérurgique.
- La consommation des chemins de fer a également augmenté rapidement en raison des électrifications nouvelles réalisées sur une grande échelle. Environ 32 pour 100 du réseau ferroviaire est actuellement électrifié, et comme ce sont les parcours à grands trafics qui ont été électrifiés, 70 pour 100 de la circulation est assurée par des trains électriques. Les voies sont alimentées en courant alternatif monophasé de IG 000 V, à 16 2/3 périodes ; produit dans des postes convertisseurs, alimentés à leur tour par le réseau à 30 périodes.
- D’ici peu, l’électrification rurale sera complète. — Sur les
- 1 000 000 d’habitations rurales, 830 000 étaient électrifiées en 1944, soit 83 pour 100, mais le degré d’électrification varie dans les diverses parties du pays.
- Sur les 150 000 habitations qui restent à électrifier, 50 000 environ sont situées de telle manière que leur électrification ne pourrait être justifiée économiquement. Il ne reste donc que 100 000 habitations à électrifier. Au cours des dernières années — malgré les difficultés d’obtenir le matériel électrique — environ 25 000 habitations ont été électrifiées chaque année et cette cadence ne semble pas être affectée par le fait que les combustibles liquides ont reparu après la fin de la guerre, sur le marché.
- Le concours économique appréciable accordé depuis 1941 par le Gouvernement a largement favorisé l’électrification extensive. Jusqu’à présent, 46 millions de couronnes ont été allouées à cet effet.
- La consommation rurale d’énergie électrique s’élève actuellement à environ 500 kW/h par foyer et par an. Les fermes électrifiées consomment normalement une moyenne par an de 50 à 100 kW/h par hectare de terre cultivée. Les exploitations agri-
- Fig. 7. — Une station de transformation de 200 kV sous la neige, dans le Norrland.
- Fig. 9. — Un village électrifié sous le cercle arctique.
- coles les plus avancées du point de vue de l’électrification consomment toutefois beaucoup plus, le chiffre s’élevant parfois jusqu’à plusieurs centaines de kilowatts-heures par hectare et par an.
- Ingvar Larsson.
- Fig. 8. — L’éclairage de Stockholm la nuit.
- Les moteurs à réaction et l'automobile.
- Les services d’information britanniques annoncent que trois jeunes Anglais ont conçu et mis au point le premier moteur à réaction à gaz pour automobile. Il a fait sensation à la Foire des industries britanniques en mai dernier. Ce moteur, qui est un prototype, développe 160 ch au frein, ne pèse que 113 kg, mesure 1,50 m de long sur 17,8 cm de la'rge et, bien qu’il brûle normalement du mazout, peut être alimenté par tout carburant à flamme constante.
- Ses principaux avantages sont les suivants : sa grande puissance par rapport à son poids, une absence complète de vibrations, sa durée, le fait qu’il se refroidit lui-même. Il ne comporte ni radiatcu'r, ni pompe, ni thermostat. En outre, il n’a ni embrayage ni changement de vitesse.
- Les inventeurs de ce moteur à réaction : MM. R. H. Barr, G. While et II. Leach estiment qu’il faudra encore deux années de recherches avant qu’il puisse être monté sur un véhicule routier.
- Ca prototype, de l’avis de nombreux techniciens, est en avance de dix ans su'r les recherches actuelles et résout un problème qui semblait insurmontable : la réduction d’un moteur à réaction et do sa puissance afin de pouvoir le contrôler sur route.
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- Antibiose
- entre levures
- et teignes
- Dans l’Europe si tristement appauvrie, le Portugal demeure un pays heureux et riche. Un séjour de courte durée dans cet oasis de paix et de prospérité — qui eut l’heur d’échapper en grande partie aux redoutables incidences de la dernière conflagration universelle — suffit au voyageur pour s’en assurer. On éprouve déjà cette impression rien qu’en feuilletant les publications scientifiques portugaises, dont le luxe de présentation et l’étendue font songer, avec un regret aiguisé d’une pointe d'envie, aux meilleures réalisations françaises de l’avant-guerre... celle d’avant 1914 ! Tels nous apparaissent, en particulier, les copieux recueils annuels du Boletim da Sociedade Broteriana, édité par l’Institut botanique de l’Université de Coïmbre, sous la direction du Dr À. Fernandes. Nous avons reçu ceux des années 1914, 194b et 1940. Le deuxième, à lui seul, comporte plus de huit cents pages, sans compter les planches hors texte. La crise du papier ne parait pas aiguë au pays lusitanien !
- Dans le Boletim de 1946, le dernier paru, nous avons trouvé une communication intéressante de MM. Manuel Ferreira et Lima Carneiro présentée à la commémoration du second centenaire de la naissance de l’éminent botaniste portugais Brotero.
- Le mémoire de MM. Ferreira et Lima Carneiro touche à un sujet qui ne cesse de susciter des recherches scientifiques, médicales et industrielles de plus en plus nombreuses depuis la découverte de la pénicilline par Fleming : les phénomènes d’antibiose, la préparation et les applications thérapeutiques des produits antibiotiques.
- Les auteurs ont été frappés par la grande activité biologique des levures qui se manifeste en particulier, par l’élaboration des vitamines Bi et B2. On employait déjà la levure de bière comme médicament contre la furonculose et le biologiste français Fern-bach attribuait à ce champignon une action antibiotique contre
- Fig. 1. — Deux bottes de Pétri ensemencées avec la teigne Trichophyton crateriforme.
- A gauche : la teigne seule a envahi toute la boite ; à droite : son développement a été limité par celui du Saccharomyces X ensemencé au bas
- de la figure.
- le staphylocoque doré. C'est dans cet ordre d’idées que l’un des deux expérimentateurs (Manuel Ferreira) conçut l’idée de cultiver des levures aux fins de provoquer des phénomènes d’antibiose. Il s’associa avec A. Lima Carneiro, spécialiste de l’étude des mycoses humaines, qui disposait de cultures pures de teignes : Trichophyton crateriforme Sab. et Trichophyton violaceum
- Bod. Ces parasites sont d’organisation plus élevée que celle des Bactéries ; ils paraissent appartenir à la famille de Champignons des Gymnoascées. Ce sont ces Dermatophytes qui furent livrés à l’action présumée antibiotique des levures.
- Les Saccharomycetaccæ employés comme antagonistes furent : Saccharomyces granulatus Yuil., une levure mêlée de bactéries et non encore classée, dénommée provisoirement Saccharomyces X et la levure de bière bien connue dont le nom scientifique est Saccharomyces cerevisiec Han et, enfin, une dernière espèce remarquable au point de vue de la systématique. Il s’agit d’une variété nouvelle de Rhodoto-ruki glutinis var. lusitanien (Mar-eilla, Feduchy et Marques Gomcs), levure sauvage, de couleur vermeille, riche en caroténoïdes, que les auteurs réussirent à isoler et à cultiver ; elle fut étudiée et classée à l’Institut Ramon y Cajal, de Madrid, par les trois spécialistes dont les noms sont cités entre parenthèses.
- Les expériences furent faites à la température ambiante. Le milieu de culture était celui dit de Sabouraud (gélose maltosée ou glucosée) tout particulièrement favorable à la culture des teignes, qui porte le nom du savant français spécialiste de l’étude des Dermatophytes et de leur action pathologique.
- L’antibiose exercée par Rhodoto-rula glutinis var. lusitanien, bien que considérable, est nettement dépassée par celle que produit Saccharomyces cerevisiæ Han. Saccharomyces granulatus Yuil. n’a pas d’action. Avec le Saccharomyces X cultivé sur le même milieu ou sur d'autres, où la gélose était associée soit à du moût de bière, soit à de la pomme de terre, les résultats furent remarquables, comme le montrent les figures que nous reproduisons ici.
- Toutes les cultures ont été faites en milieux solides, où l’antibiose est lente et moins énergique qu’en milieux liquides. Dans les filtrats de ces derniers, on pourrait espérer purifier, puis isoler des substances encore plus actives. Qui sait si, par la suite, il ne serait même pas possible de déterminer leur, constitution chimique et enfin — finis coronat opus — de réaliser leur synthèse ? Ce serait une nouvelle victoire dans la lutte contre les trichopliyties, naguère si lentes et si pénibles à soigner par une épilation méthodique, devenues curables grâce aux rayons X qu’appliqua le Dr Sabouraud, et qu’on guérira bientôt plus vite encore par des levures sélectionnées ou par leurs extraits plus puissants encore.
- A. VÉCHOT, Docteur ès sciences.
- Fig. 2. — Deux tubes à essais ensemencés de la même teigne.
- A droite : on a piqué au-dessous du Saccharomyces X qui a empêché le développement de la teigne.
- A propos des nouveaux éléments galvaniques
- (n° 3158, juin 1948, p. 181).
- La société anonyme La Cellophane nous fait observer que le terme « Cellophane » est une marque de fabrique internationale
- déposée et non un terme générique s’appliquant indistinctement à toutes les pellicules de cellulose régénérée. Nous prions donc nos lecteurs de bien vouloir lire, à la figure 1 de l’article « Quelques nouveaux éléments galvaniques », l’indication : Diagramme de « Cellophane ».
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- La lutte contre la fièvre aphteuse
- Fig. 1. — L’Institut sérologique de Rotterdam où se prépare le vaccin anti-aphteux destiné à la Hollande.
- Contre une maladie épidémique aussi ruineuse, aussi dangereuse que la fièvre aphteuse, on n’est plus complètement démuni. On a fixé et prescrit des mesures collectives, des réglementations, telles que l’interdiction de transporter des bêtes malades. Chaque fermier, chaque éleveur peut prendre certaines précautions utiles. Enfin, on a cherché un sérum, puis un vaccin préventifs efficaces. Les recherches continuent, profitant de tout ce qu’on a appris ces temps derniers sur les autres virus.
- Le traitement de la fièvre aphteuse déclarée est affaire du vétérinaire. C’est lui seul qui reconnaît le mal, prescrit les soins et indique les mesures prophylactiques à prendre.
- Le fermier doit en tous temps diminuer ses risques et il le peut en fournissant aux bêtes une étable saine, une litière propre, une nourriture appropriée. Les aliments doivent être faciles à mâcher ou en pâte liquide, l’eau propre. Les bêtes doivent avoir beaucoup de repos.
- Les infections des pieds peuvent être enrayées en les badigeonnant de teinture d’iode. On peut, après avoir nettoyé et désinfecté les pieds, les envelopper dans des pochons de toile. Les infections des pis et des trayons sont également traitées par un désinfectant ; après trayage, on lave les trayons avec une solution faible d’hypochlorite.
- Traitement et immunisation par le sérum. — Quand on se fut rendu compte que l’animal guéri est réfractaire pendant quelque temps, du fait que son sang a formé des anticorps, on ne tarda pas à trouver une méthode d’immunisation préventive par le sérum d’animaux convalescents. Huit à neuf jours après la guérison, on prélève du plasma ou du sérum riche en anticorps qu’on injecte à d’autres bêtes qu'on veut immuniser temporairement. Seulement il y eut des mécomptes : son efficacité ne durait
- 1. Voir La Nature, n" 3150, 1018, p. 215.
- que 14 jours et ensuite les sujets traités étaient aussi sensibles que par le passé ; il y avait aussi la question des divers types de virus qui ne s’immunisent pas réciproquement.
- Le sérum s’avéra quand même une aide précieuse pour protéger temporairement des veaux et des porcelets et pour prévenir leur mort foudroyante. Pour les bêtes de concours, exposées aux contacts, cette méthode a ses avantages : elle les immunise temporairement pour la durée du concours.
- Néanmoins, l’hémoprévention a des côtés faibles : le sang des bêtes n’ayant été modifié que faiblement, on ne peut recueillir du sérum en séries. De plus, au huitième ou neuvième jour, le sang ne contient pas toujours beaucoup d’anticorps ; les sujets diffèrent individuellement. Au mieux, on peut mélanger le sang des animaux ayant été le plus malades. Chaque bovin peut donner cinq litres de sang. Mais, dans la pratique, on rencontre beaucoup d’obstacles à cette opération : beaucoup de fermiers refusent de laisser tirer du sang de leurs bêtes à peine guéries : il faut pour la saignée un outillage, un spécialiste et de l’expérience. On risque aussi de transfuser avec le sang d’autres microbes, tel que le bacille de Bang, de l’avortement épizootique, et parfois la tuberculose, quoiqu’on ne trouve guère plus que 30 'à 50 bacilles de Koch par litre de sang.
- Pour infecter un bovin de la tuberculose par une injection sous-cutanée, il faudrait introduire 40 millions de bacilles : le danger n’est donc pas grand. Puis, il y a plusieurs types de fièvre aphteuse ; nous avons déjà parlé des types A et O. Il faudrait donc reconnaître par quel type la bête guérie fut atteinte et contre quel type on veut immuniser. Pour être plus sûr, on a proposé un sérum bivalent préparé à partir de sangs provenant de bêtes ayant souffert des types A et O. On préparait ce sérum dans des instituts spéciaux, bien conditionnés et organisés. On y tenait les bovins dans des étables répondant à toutes les exigences. On pou-vait ainsi obtenir un sérum plus concentré. Seulement, la période d’immunité ne dépassant pas 14 jours, il restait à découvrir autre
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- Fig. 2. — L’Institut de recherches vétérinaires à Amsterdam où se poursuivent les recherches sur le virus anti-aphteux.
- chose, un vaccin. Des savants de plusieurs pays se mirent à l’étude et nous allons rappeler les résultats de leurs travaux.
- Le vaccin anti=aphteux. — Le sérum ne possède qu’une activité passive : le corps de l’individu malade reste le champ de bataille où le sort se décide. Le sérum n’a donc pas de valeur tant que la maladie dure et n’agit qu’à un moment donné de la conva-
- Fig. 3. — L’étable à bovins soumis aux expériences.
- Fig. 4. — Le laboratoire d’extraction des virus.
- lescence. Par la vaccination, on rend le corps malade artificiellement à un faible degré. Ensuite, le sujet est immun pour une-période assez longue. Le problème est de doser le vaccin afin qu’il immunise bien sans rendre le sujet trop malade.
- Pendant des années, on chercha une bonne méthode pour préparer un vaccin anti-aphteux actif dans des instituts spéciaux dont un des premiers fut celui d’Alfortville, créé en 1901. L’Allemagne eut le sien dans l’île de Riems dans la mer Baltique, le Danemark à l’île de Lindholm, la Suisse à Bâle, la Hollande à Rotterdam et à Amsterdam. Les savants français Vallée, Carré et Ringard résolurent le problème en obtenant un vaccin dilué avec du formol. En 1926, Vallée annonça qu’il pouvait immuniser les bêtes. Les essais restèrent assez limités jusqu’en 1931, quand le Danois Sven Schmidt trouva un vaccin contre la diphtérie à. base d’alumine. La matière infectante est liée à l’alumine de telle façon qu’après l’injection, elle se décompose lentement par quantités infimes. Le but était enfin atteint. L’animal réagit en formant des anticorps chaque fois qu’une quantité infime du virus est libérée. En 1934, Schmidt essaya avec succès le vaccin anti-aphteux sur des cobayes. En 1936-1937, les essais sur des bovins furent concluants et en 1938 on commença le traitement préventif à grande échelle.
- Entre temps, les Allemands n’avaient pas perdu non plus leur temps et avaient mis au point une méthode combinant les idées de Vallée et celles de Schmidt. On perfectionna la technique en conservant le virus à une température déterminée pendant un certain temps.
- Au XIIe Congrès vétérinaire de Zurich, en 1938, le rapport de Waldmann et Kôbe eut un retentissement mondial.
- Les essais se poursuivirent dans divers pays : en Prusse orientale, le pourcentage des bovins atteints par la fièvre aphteuse ne fut, en 1938, que 2 pour 100 des bêtes vaccinées ; chez les bovins non vaccinés, il fut de 30 à 60 pour 100. De février 1938 à avril 1942, on vaccina en Allemagne 4 601 880 bovins. Leur immunité dura en moyenne six moi-s ; parfois huit mois. Chez 814 sujets, donc 0,17 pour 100, la maladie se manifesta à nouveau avant six mois après leur vaccination. Il faut dire que 60 pour 100 de ces 814 cas provenaient d’un type de virus différent de celui qui avait servi à la préparation du vaccin.
- On prépare maintenant un vaccin bivalent contre les deux types A et O de Vallée et Carré sans tenir compte des autres types beaucoup plus rares qui obligeraient à des préparations trop complexes.
- La pratique a montré qu’un vaccin bivalent suffit pour la plupart des cas, à condition qu’on ne vaccine pas de sujets souffrant d’une autre fièvre quelconque.
- Au Danemark, pendant la période de février 1938 à avril 1942, on a vacciné 1 765 547 bovins, soit environ 50 pour 100 du cheptel bovin. L’île de Lindholm possède des abattoirs qui fournissent le virus et un institut à Copenhague prépare le vaccin (capacité hebdomadaire pour 64 000 sujets).
- En Yougoslavie, on prépare le vaccin à l’Institut de Zagreb. Les premiers essais sur 20 000 sujets ont été excellents.
- L’Italie se distingue par une méthode différente de préparation du vaccin. Les Allemands et les Danois se servent de formol pour diminuer la virulence du virus ; le professeur italien Yia-ncllo emploie l’anisol qui permet de simplifier la préparation et l’expédition. Ses résultats sur 500 000 bovins furent aussi excellents. Il existe, en Italie, trois instituts qui préparent le vaccin : deux de ceux-ci, à Brescia et à Turin, opèrent suivant la méthode allemande ; à Milan, on suit la méthode de Vianello.
- La Suisse possède depuis 1942, à Bâle, un institut très bien outillé où l’on peut préparer le vaccin pour 1 200 000 sujets par an.
- La Hollande dispose de deux instituts, un à Rotterdam, un à Amsterdam. Celui d’Amsterdam, outillé à merveille, est surtout spécialisé dans les recherches et les essais ; celui de Rotterdam, bâti tout près des abattoirs, est équipé pour la préparation du
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- vaccin à grande échelle et possède la même capacité de production que celui de Bâle.
- La préparation du virus demande beaucoup de soins et un travail minutieux. On peut cultiver des bactéries sur des supports inertes : le virus, au contraire, demande un tissu vivant. Le fait que le virus de la fièvre aphteuse ne se localise pas dans le sang et ne se multiplie que dans certains organes, exige un nombre élevé de bovins, d’autant plus qu’on veut un vaccin bivalent.
- Il faut donc entretenir deux troupeaux de bêtes dans deux séries de locaux séparés, n’ayant aucun contact. Des bêtes parfaitement saines sont introduites dans les étables à virus ou, après une observation de vingt-quatre heures, on leur fait avec un virus virulent des piqûres dans la couche sous-muqueuse de la langue. Vingt-quatre heures après, quand les aphtes primaires apparaissent sur toute la langue, on conduit les bêtes à la halle d’abattage. Têtes, pattes et abats sont détruits, les langues vont dans une chambre froide où on prélève le contenu et les tissus des aphtes. On obtient ainsi 50 à 80 g de tissu virulent par langue (et 12 1 par bête). Le virus est conservé à une température au-dessous de 0° C pour garder sa virulence.
- Le moment venu, on retire des chambres froides le virus pour la préparation du vaccin. Parfois on connaît des déceptions : il arrive qu’une bête est immune et le sacrifice a été inutile (1 pour 100 des bovins est réfractaire).
- Quand une certaine quantité de vaccin a été obtenue (on en prépare de 60 1 à 500 1 à la fois), on la soumet au contrôle. Pour chaque lot, on s’assure qu’il ne contient pas de bactéries, qu’il n’est pas trop virulent et qu’il donne cependant une immunité suffisante. Pour être fixé sur ce dernier point, on se sert de bovins provenant d’une étable n’ayant pas été atteinte par la fièvre aphteuse depuis quelques années, donc fournissant des sujets sensibles. Pour cet essai, on se sert de huit bêtes. On en infecte tout de suite trois pour voir si les animaux sont vraiment sensibles. On tient les cinq autres en quarantaine pendant trois semaines, puis on en vaccine quatre. Deux semaines plus tard, on infecte aussi le huitième pour voir s’il est également sensible. Si donc quatre des huit animaux deviennent malades après l’infection, on peut admettre que les quatre autres qui ont été vaccinés ont été sensibles aussi. Ceux-ci sont mis en contact avec le huitième animal infecté, donc malade. Afin de produire une contamination intensive, on leur frotte le museau avec la salive de la vache malade, on leur donne des aliments infectés et les bêtes en lactation sont traitées également avec des mains infectées. C’est donc une contamination naturelle très intense à laquelle on soumet les sujets. Si les quatre bêtes restent en bonne santé, on conclut à un vaccin efficace qui peut être distribué.
- La vaccination est faite au fanon. Après quelques jours, il se produit un abcès pouvant atteindre la grosseur de la tête d’un enfant sans causer de douleurs. Un taureau peut faire ses saillies dans cet état sans aucun inconvénient ; la lactation ne diminue pas, les chaleurs viennent normalement. Par la suite, l’abcès diminue, il se réduit à une petite tubérosité qui disparaît après quelque temps.
- Il est à remarquer que la viande mortifiée pendant 48 h d’une bête aphteuse, n’a plus ou très peu un pouvoir infectant. Le virus ne résiste pas à l’acide lactique qui se développe à température normale. Le virus ne résiste pas à la chaleur ; il faut l’expédier et le conserver dans de la glace ou dans un frigidaire.
- A Amsterdam, on a réussi à cultiver le virus dans des fœtus prélevés sur des vaches abattues. C’est sans doute le début d’une nouvelle phase : la culture du virus. On doit donc s’attendre encore à des perfectionnements prochains. Quand cette culture sera définitivement réussie, la lutte efficace contre la fièvre aphteuse sera un fait accompli. Une autre amélioration serait un vaccin « concentré » dont il suffirait de quelques gouttes au lieu des 50 g qu’exige la technique actuelle ; cela permettrait d'opérer plus vite et sur beaucoup plus de sujets. Ayons confiance, la science des virus est encore à ses débuts.
- Un institut français de la fièvre aphteuse s’organise à Lyon pour préparer un vaccin selon la technique de Schmidt-Valdmann. Les essais doivent commencer en juillet prochain.
- A. Schaper.
- Fig. 7. — Le laboratoire de microscopie.
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- FANTAISIE ARITHMÉTIQUE
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- quatre
- cèdres
- Le chêne, un jour, dit au roseau....
- Paraphrasons le fabuliste, mais sous cette forme chiffrée qu’il exécrait entre toutes, encore qu’elle ornât maint esprit de son siècle....
- Voici :
- Avant d’avoir atteint son millénaire, le Cèdre entreprit trois de ses puînés :
- A l’un d’eux, il dit :
- — J’ai quatre fois l’âge que vous aviez quand j’avais l’âge que vous avez et, quand vous aurez l’âge que j’ai, nos deux âges, alors totalisés feront X années.
- Au second, a quelque temps de là :
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- 2 fois..
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- Fig. 1.
- — J’ai trois fois l’âge que vous aviez quand j’avais l’âge que vous avez et, quand vous aurez l’âge que j’ai, nous totaliserons le même nombre de X années.
- Un peu plus tard enfin et s’adressant au troisième :
- — J’ai deux fois l’âge que vous aviez quand j’avais l’âge que vous avez et, quand vous aurez l’âge que j’ai, nous totaliserons encore le même nombre de X années.
- Quel âge avait le sylvestre doyen au temps de ses trois discours et quel âge avait alors chacun des juniors ?
- En corollaire, quel est ce nombre commun de X années tota-bsées ?
- En bref, sept nombres à trouver pour un problème dont l’énoncé n’en comporte apparemment aucun.
- Précisons que tous les nombres doivent être entiers.
- Mathématiquement, le jeu eût pu s’étendre. On s’en est gardé, et par discrétion, et aussi parce qu’il sied de ne point prendre licence avec la longévité — déjà honnête — d’un arbre qui reste le juste orgueil du Liban et en domine les dissidences.
- L’autre jour, après déjeuner, notre ami Bellanger crut devoir coller les innocents convives en leur posant ce petit problème, vieux d’un siècle, et sur lequel quelques-uns de ses condisciples avaient séché en « troisième ».
- A dit à B : « J’ai deux fois l’âge que vous aviez quand j’avais l’âge que vous avez et, quand vous aurez l’âge que j’ai, nous aurons ensemble... ».
- L’amphitryon ayant trop bien fait les choses, chacun resta coi, si ce n’est un œdipe qui avait aux lèvres l’élémentaire solution — celui-là même qui s’est autorisé, céans, aux développements qu’on vient de lire.
- Un scrupule intellectuel nous imposait ce parallèle dont la parenthèse a voulu, de surcroît, laisser quelque répit au lecteur pour sa personnelle recherche.
- Ceci dit, voici les réponses au problème des quatre cèdres :
- J’ai 4 fois ..... : le doyen avait 504 ans, le junior 315.
- J’ai 3 fois ..... : » » 513 » » 342
- J’ai 2 fois ..... : » » 532 » » 399
- Dans les trois cas, la dernière hypothèse totalise 1 197 ans.
- Remarquer que le problème se pouvait résoudre trois fois dans la vie du doyen — hormis la hache du bûcheron.
- Il est élégant de résoudre par voie arithmétique.
- Xous en laisserons le soin au lecteur ; il y sera guidé par la représentation graphique que voici et dont les lignes horizontales résument les trois discours de A.
- Il sera aisé d’établir que B', « Uâge que vous aviez.. .» est tou-jours égal à 2 ; et le pointillé parallèle aux naissances souligne cette constance.
- Il est aussi élémentaire d’établir que, en fonction de F, le nombre de Fois qui est la variable de chaque discours, on a :
- B= F + 1 (en progression arithmétique 1)
- A= 2F ( » » 2)
- D’où la différence d’âges : A — B = F— 1.
- X = 5F — 1 (en progression arithmétique 5)
- Les pointillés obliques soulignent l'évidence de ces progressions.
- Dès lors et pour les trois discours (J’ai 2, 3 et 4 fois...).
- B A X
- ,F + 1 (-F) (5F — 1)
- Pour F = 2 . . . 3 4 .9
- » F = 3 ... 4 6 1 i ou bien 2, 3 et 7
- » F = 4 5 8 19
- Si F est impair, (F -f 1), (2F) et (5F — 1) sont pairs, ce qui a permis de diviser par 2 les chiffres de la deuxième ligne.
- Le total X ne peut être commun aux trois discours que s’il est le produit des trois nombres premiers entre eux :
- 9 x 7 x 19 =X = 1 1V7.
- A la faveur de cette unification de X, le tableau devient :
- B A X
- J’ai 2 fois 3 (7 x 19) = 399 4 (7 x 19) = 532 9 (7 X 19) = 1 197
- J’ai 3 fois ..... 4 (9 x 19) = 342 3 (9 X 19) = 513 7 (9 X 19) = 1 197
- J’ai 4 fois 5 (9 x 7) = 315 8 (9 x 7) = 504 19 (9 X 7) = 1 197
- Si l’on n’avait limité à 1 000 ans l’âge de Famé des cèdres, deux autres solutions eussent existé en multipliant chaque ligne par 2 ou 3.
- Mais on ne saurait multiplier par 4 sans enfreindre la longévité d'un cèdre, admise à 2 000 ans.
- Constant Hubert.
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- Le deuxième centenaire de Berthollet
- (1748-1822)
- Le grand public, disait Émile Picard, soucieux de manifestations littéraires, artistiques, sportives, est resté longtemps indifférent aux choses de la science ».
- Les savants les plus illustres sont souvent ignorés.
- C’est pourquoi, il semble nécessaire de rappeler la carrière de ces créateurs de la science, dont les découvertes ont amené le développement de l’industrie, favorisé les progrès du bien-être et contribué à l’amélioration de l’état social.
- Berthollet est l’un de ces hommes. Il est né en 1748, et ce second centenaire de sa naissance fournit une occasion opportune de dire ce que fut l’existence de cet illustre chimiste, presque l’égal d’un Lavoisier.
- 11 était originaire de Talloires, charmante station du Lac d’Annecy, alors au Piémont. D’une noble famille, mais sans fortune, Claude-Louis Berthollet fit, d’abord, sa médecine à Turin.
- Paris exerça sur le jeune homme sa séduction ordinaire. Il y vint donc ; mais il fallait vivre. Il se présenta à Tronchin, le célèbre médecin de Voltaire, de plusieurs souverains européens et du duc d’Orléans. Ce praticien s’intéressa à lui et lui ouvrit le laboratoire de chimie du Palais Royal (entretenu par les d’Orléans, au grand scandale de la Cour !). Berthollet avait trouvé sa voie.
- Sans doute, il était, officiellement du moins, un des assistants de Tronchin auprès des d’Orléans, mais cette charge lui laissait de larges loisirs, qu’il consacrait à la chimie, sa passion.
- Au début de sa carrière, Berthollet resta longtemps fidèle au phlogistique — que Lavoisier ne cessait de combattre — ce fluide imaginé par les anciens chimistes pour expliquer la combustion.
- Il fut, néanmoins, élu à l’Académie des Sciences en 1780, en remplacement de Bucquet, son premier maître, et il eut Fourcroy pour concurrent.
- En 1784, il succéda à Macquer à la Direction des Teintures. Il apporta des perfectionnements de la plus haute importance aux procédés alors en usage dans cette branche de l’industrie. Ce sont scs travaux sur le chlore qui ont établi sa réputation universelle.
- Le Suédois, Scheele, avait découvert que le chlore décolorait les substances végétales. Berthollet partit de cette observation pour appliquer cette propriété au blanchiment des toiles.
- Auparavant, on faisait subir de nombreuses lessives aux toiles, et, après chacune de ces opérations, on les étendait dans un pré, afin de les soumettre à la triple influence de l’air, du soleil et de la rosée. Aux lenteurs de l’ancienne méthode, Berthollet substitua un procédé beaucoup plus rapide. En même temps, il rendait à la culture de vastes surfaces qui servaient à l’épandage.
- On ne sera point surpris d’apprendre qu’il dut lutter, d’abord, contre la routine et les préjugés. Mais, bientôt, la supériorité de sa découverte s’imposa et la prévention qui, souvent, s'attache aux idées nouvelles tomba vite devant l’évidence.
- On disait « le blanchiment berthollien » et le personnel des manufactures appelait « bcrtholleurs » les ouvriers qui traitaient les toiles au chlore. Le célèbre industriel Descroizilles n’hésita pas à employer, dans ses usines, la découverte de Berthollet.
- En 17S3, il fit abjuration solennelle de ses erreurs, en lisant à l’Académie un mémoire : « Sur l’acide muriatique oxygéné » (l’acide chlorhydrique). Il porta, de la sorte, le dernier coup à la théorie du Phlogistique et devint, dès lors, un fervent adepte des principes de Lavoisier.
- Cependant, Berthollet ne cessait de poursuivre l’étude du chlore, de l’acide muriatique* (disait-on alors pour désigner l’acide chlorhydrique), des oxyrumiates de potasse, dont la déflagration puissante fit songer à leur utilisation pour les armes de guerre. Un essai malheureux, réalisé à Essonne, coûta la vie à cinq personnes.
- On était alors sous la Révolution. Le Comité de Salut public créa une commission, présidée par Berthollet, avec Fourcroy et Hassenfrantz, pour étudier les problèmes de chimie, de physique et de mécanique intéressant la défense nationale.
- Avec Monge, son intime ami, il fonda l’Ecole Polytechnique. Il
- y professa la chimie minérale, Fourcroy la chimie générale et Chaptal la. chimie végétale.
- Et voici qu’en 179G, le Directoire l’envoya en Italie, avec Monge, Thouin, Moitte, afin de rapporter des chefs-d'œuvres de maîtres italiens.
- Parmi tant d’hommes éminents que le Directoire et le Consulat ont révélés à la France, Berthollet demeure l’un des plus grands. Car c’est en Italie que commencèrent ces étroites relations entre Bonaparte, Berthollet et Monge. C’est à ces deux savants — et à eux seuls — que le premier Consul confia le secret de l’expédition d’Ëgyp-te, et il les chargea de préparer et de former la mission scientifique qu’il emmènerait en Orient.
- L’Égypte, l’Orient allaient devenir, soit comme pensée, soit comme image, pour les intelligences comme pour les imaginations, une sorte de préoccupation, de hantise. On avait besoin, alors, de s'évader des soucis des années sombres pour nourrir la curiosité scientifique et historique de cette immense époque qui allait s’ouvrir.
- Berthollet choisit ses collaborateurs : outre Monge, la mission comprenait Androssy, Lepère, Conté, Fourier, des artistes, des peintres, des ingénieurs.... Cette expédition d’Égypte, populaire, créa et développa le goût de l’orientalisme et elel allait ouvrir la porte aux Champollion, aux Mariette, aux Maspéro....
- Malgré ses hautes fonctions, Berthollet, chimiste avant tout, étudia la formation du carbonate de soude aux Grands Lacs et ses observations l’amenèrent à étudier la fabrication de la poudre et du chlorate de potasse. La première usine d’hypochlorites, à Javel, est son couvre.
- De retour en France, Berthollet poursuivit ses travaux. On lui doit de savantes investigations sur l’ammoniaque, l’acide prussi-que, l’acide sulfhydrique. Trouvaille intéressante à signaler : l’emploi du charbon pour purifier l’eau (ce qui permit, plus tard, la création de divers systèmes de filtres).
- Enfin, et c'est là un fait de haute importance, il énonça les lois, dites « Lois de Berthollet » qui régissent les réactions de la chimie minérale.
- En 1804, les honneurs lui vinrent, les satisfactions d’amour-propre, et les joies du chef d’école : hautes distinctions dans la Légion d’IIonneur, présidences de commissions, amitié de Napoléon qui l’appelait « son chimiste ».
- Avec Laplace, il fonda la célèbre « Société d’Arcueil ». Dans sa maison, Berthollet réunissait « Une société formée dans le but d’accroître les forces individuelles, par une réunion basée sur une estime réciproque et des rapports de goûts et d’études, mais en évitant les inconvénients d’une assemblée trop nombreuse ».
- Parmi les fidèles de ce cénacle, on comptait Laplace, Biot, Thénard, de Humboldt, Candolle, Gay-Lussac, Malus, Chaptal, Dulong, Poisson, ... et beaucoup de jeunes savants. Comme Tronchin l’avait
- Fig. 1. — Berthollet.
- (Photo Bogeb-Yiollet).
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- accueilli et encouragé à ses débuts, ainsi fit-il avec les jeunes qui se présentaient à lui.
- Berthollet était une noble figure ; son désintéressement ne connaissait point de bornes. D’une découverte qui aurait pu lui rapporter des millions, il ne tira aucun profit. Sa seule satisfaction, c’était de voir employer son procédé par les industriels de France et de l’étranger.
- Quand il passait dans des villes où le blanchiment Berthollet se trouvait utilisé, il arrivait que des députations venaient le saluer, pour lui exprimer la reconnaissance des populations. Ces manifestations le comblaient de joie, et elles lui suffisaient. Parfois, aux compliments qu’on lui adressait, on joignait... des ballots de toiles traitées suivant sa méthode.
- Droiture et loyauté formaient le fond de sa nature. Quelques jours avant Thermidor, Berthollet fut chargé d’analyser des eaux-de-vie de certains fournisseurs qu’on soupçonnait de vouloir empoisonner l’armée. Après de patients examens, il conclut à leur parfaite qualité. « Ferais-tu bien sur toi l’essai de cette eau-de-vie, lui demanda le Président du tribunal révolutionnaire ? Aussitôt Berthollet en avahi un grand verre, en disant : « Je n’en ai jamais tant bu. — Tu es bien hardi, répliqua le président. — Moins que je ne l’étais en rédigeant mon rapport »
- Mais il faut mentionner que Berthollet montra de l’ingratitude à l’égard de l’Empereur qui l’avait comblé de bienfaits : il vota la déchéance.
- Bientôt, d’ailleurs, il en éprouva du remords, et, au retour de File d’Elbe, il reparut aux Tuileries, sur les instances de Monge.
- Il avait prié ce dernier de dire à Napoléon qu’il se tuerait s’il n’obtenait pas un sourire de l’Empereur, qui le lui accorda généreusement.
- En raison de sa haute personnalité scientifique, la Restauration le nomma Pair de France.
- Sur la fin de sa vie, de cruelles épreuves le frappèrent. Il perdit son fils qui se ruina dans de malheureuses spéculations industrielles et mit fin à ses jours. Il laissait son père dans une situation précaire. A cette nouvelle, Napoléon lui fit remettre cent mille écus.
- La mort de scs très chers amis Monge et Guyton de Morveau l’affecta profondément. Sa santé, pourtant, se maintenait assez satisfaisante ; mais un anthrax, qu’il cachait aux siens, provoqua une « fièvre adynamique » et il mourut à Arcueil en 1822, dans sa maison qui devait devenir, plus tard, la résidence des Dominicains d’Arcueil.
- Son éloge funèbre fut prononcé par Gay-Lussac et Thénard. « Berthollet, a dit le baron Jomard, montra toujours une philosophie douce, inaltérable, qui semble être l’apanage de l’école de Socrate. Sur son visage étaient peintes la bonté de l’âme, la conscience du bien déjà fait, et de celui qu’on médite. C’était le Savant et le Sage ».
- Berthollet renouait la tradition des anciens philosophes pour qui la Science et la Sagesse n’étaient que les deux aspects d’une seule et même réalité.
- Amédée Fayol.
- LE CIEL EN SEPTEMBRE 1948
- SOLEIL : du 1er au 30, sa déclinaison décroît de + S°13' à — 2°53' ; la durée du jour passe de 13h24m le à HMl®» le 30 ; équinoxe d'automne le 23 à 3h21m43s ; diamètre apparent le lor = 31'43",26, le 30 = 30'32",10. — LUNE : Phases : N. L. le 3 à Hii21m, P. Q. le 10 à 7*5“, P. L. le 19 à 9*43“, D. Q. le 26 à 5h7m ; périgée le 3 à 6h, diamètre apparent 33'28" ; apogée le 16 à llh, diamètre apparent 29'26". Principales conjonctions : avec Saturne le 2 à 13h4m, à 3°46' ; avec Mercure le 4 à 18h9m, à 3°22' S. ; avec Neptune le 5 à lih50m, à 0°42' S. ; avec Mars le 6 à 2lh3im, à 0°44' S. ; avec Jupiter le 10 à 12h34m, à 3°47' N. ; avec Uranus le 26 à OMI"1, à 4°6' S. ; avec Vénus le 29 à 13h4m, à o°46' S. ; avec Saturne le 30 à 4h3bm, à 3°41' S. Principales occultations : de 29 Bélier (6m,l) le 22, émersion à 3M7m,l ; de 47 Gémeaux (bm,6) le 27, émersion à lh41m,5. — PLANÈTES : Mercure, astre du soir, plus grande élongation le 23 à 26° Est ; ,en conjonction avec Neptune le 12 à 14h, à 2°33' S. ; Vénus, brillante étoile du matin, plus grande élongation W le 3 à 4h, à 43°36', se lève le 9 à lh17m, diam. app. 22",4 ; en conjonction avec a Vierge le 20 à 16h, à 0°H' N. ; Mars, dans la Balance, inobser-
- vable ; Jupiter, visible le soir dans le Scorpion, se couche le 9 à 22h ; diam. pol. app. 36",1 ; Saturne, dans le Lion, inobservable ; Uranus, dans les Gémeaux, se lève le 27 à 2it22m, diam. app. 3",6 (position 6h2m et + 23°38') ; Neptune, dans la Vierge, inobservable. — ETOILES VARIABLES : Minima observables d’Algol (2m,2-3m,3) : le 4 à 5h23m, le 7 à 3h7m, le 9 à 23h36m, le 12 à 20h43m, le 13 à 18h3m, le 27 à IMS™, le 30 à 2h6m. Minima de p Lyre : le 3 à 12h, le 16 à 9h, le 29 à 7h ; Maxima de S Hercule (3m,9-13m,l), de y Cygne (4m,2-14m) le 7. — ETOILE POLAIRE : Passage supérieur au méridien de Paris : le 7 à 2h34m33s, le 17 à lh35“2is, le 27 à lh16m13A
- Phénomènes remarquables. — La Lumière zodiacale le matin avant l’aube, du 8 au 11. La Lumière cendrée de la Lune les 28 et 29. Le rapprochement de Vénus avec l’Epi de la Vierge (à observer les 20 et 21 au matin).
- (Heures données en Temps Universel ; tenir compte des modifications introduites par l’heure en usage).
- G. Fourrier.
- LES LIVRES NOUVEAUX
- Cours de topographie, par M. Delualu. 1 vol. relié in-4°, 562 p., 344 fig., 4 pl. Béranger, Paris, 1947. Prix : 2 400 francs.
- Cet ouvrage reproduit l’ensemble des cours professés par l’auteur aux diverses sections d’ingénieurs de l’Université de Liège. C’est un exposé très complet des méthodes les plus modernes de topographie. Il décrit les instruments les plus perfectionnés qui sont maintenant à la disposition des topographes et qui répondent aux exigences des applications les plus variées. Ces applications sont traitées dans l’ouvrage aussi bien pour les levers de surface que pour les opérations de topographie minière.
- Cet excellent ouvrage rendra les plus signalés services aussi bien aux spécialistes opérant sur le terrain qu’aux ingénieurs et dessinateurs des bureaux d’étude.
- Modem Magnetism, par L. F. Bâtes, 2“ édition. 1 vol. 440 p., 114 fig. Cambridge Uni-versity Press, 1948.
- Les théories du magnétisme ont subi au cours de ces vingt dernières années une importante évolution que les étudiants ont quelque peine à suivre car le point de vue expérimental est trop souvent négligé. Dans cet ouvrage l’auteur s’est au contraire astreint à décrire les expériences, en déduire les lois fondamentales et à exposer les plus importantes applications industrielles. L’assimilation des notions théoriques s’en trouve beaucoup facilitée, aussi ce livre rendra de grands services aux étudiants. On y trouvera, entre autres, d’importants chapitres relatifs aux propriétés magnétiques des cristaux, aux spires nucléaires et aux moments magnétiques, à la magnétostriction et l’exposé
- des récents travaux sur les substances ferromagnétiques et faiblement magnétiques, ainsi que sur la démagnétisation adiabatique et ses applications.
- Applications industrielles du chauffage haute fréquence, par F. W. Curtiss. 1 vol. in-8°, 314 p., 264 fig. Dunod, Paris, 1948. Prix : 780 francs.
- Cette nouvelle méthode qu’aucun technicien ne doit ignorer est exposée en n’ayant recours qu’au minimum de notions théoriques nécessaires. Il présente avec clarté les principes et les applications du chauffage à haute fréquence. C’est un ouvrage pratique contenant de nombreux détails sur la réalisation et l’emploi de l’appareillage nécessaire à la solution de nombreux problèmes qui se posent aux spécialistes des
- Le gérant : G. Masson. — masson et cie, éditeurs, paris. — dépôt légal : 3e trimestre 1948, n° 689. — Imprimé en France. BARNÉOÜD FRÈRES ET Cie, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 917. — 8-1948.
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- Septembre 1948
- LA NATURE
- Fig. 1. — Le miroir de 5 m en cours de polissage.
- Le polissage fut effectué par 21 techniciens sous les ordres de Brown et la direction générale de John Anderson. Tout le monde devait changer de vêtements en entrant dans l’atelier, le moindre dépôt de poussière pouvant retarder le travail de plusieurs mois.
- {Photo I.N.P.).
- Le télescope géant,
- conquérant des espaces célestes.
- e 3 juin 1948 restera une date mémorable dans l’histoire de l’astronomie.
- Ce jour-là, huit cents hommes de science américains firent l’ascension du mont Palomar, se réunirent dans la grande coupole de l’Observatoire et, après l’inauguration officielle du gigantesque télescope de 5 m, furent autorisés à jeter un coup d’œil dans l’oculaire et à admirer la planète Saturne, qui brillait dans le ciel comme un dollar d’argent.
- Galilée entreprend la conquête du ciel.
- 009 ans auparavant, exactement, Galilée avait, pour la première fois, dirigé vers le ciel la lunette qu’il venait d’inventer. C’élail un simple tube de plomb, long de i,5o m, muni d’un objectif d’une quarantaine de millimètres et grossissant une trentaine de fois; en somme, par rapport au géant du mont
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- Schéma du télescope du mont Palomar.
- Fig. 2.
- Le télescope est suspendu entre les deux branches A et B d’une fourche-berceau. Celle-ci s’appuie, du côté du Nord, sur un fer à cheval C ; du côté du Sud sur un pivot F. Le fer à cheval peut tourner sur les chemins de roulement D et E, et le télescope est mobile autour des tourillons G. Le miroir principal est en M, et l’observation au foyer primaire se fait de la cabine H.
- minait l’image avec une loupe. Inutile de souligner quelle acrobatie représentait, dans ces conditions, la moindre séance d’observation !
- L'ère des lunettes géantes.
- Ces lunettes étaient de vrais monstres, et, comme tous les monstres, elles étaient lourdement handicapées par leur disproportion. Quand les astronomes, à la fin du xvn6 siècle, se furent rendu compte qu’ils ne pourraient pas en augmenter indéfiniment le grossissement et que la route était sans issue de ce côté, il se dirent : puisque c’est pour remédier à l’aberration chromatique que nous nous condamnons à construire des lunettes qui n’en finissent plus, pourquoi ne pas essayer de fabriquer des objectifs qui n’auraient pas cette aberration, des objectifs achromatiques ?
- C’est justement le problème que résolut pratiquement, en 1758, un opticien londonien d’origine française appelé Dollond, en accolant deux lentilles faites de verres différents, l’une de flint, l’autre de crown. Et il ne resta plus qu’à attendre que le verrier suisse Guinand eût trouvé le moyen, en 1784, de produire ces verres avec toute la perfection requise, pour que le développement des lunettes reprît avec une vitalité nouvelle.
- Devenus achromatiques, les objectifs s’accommodèrent de focales beaucoup plus courtes, et l’on put les fixer sur des tubes, eux-mêmes adaptés aux montures équatoriales que l’on venait d’inventer. En 1824, un objectif de 24 cm et de 4,3o m de foyer
- Palomar, une trottinette à côté d’un Constellation, une sarbacane devant un canon de marine.
- Mais la nature, en ce temps-là, était toute neuve; tout était à découvrir; les prospecteurs n’avaient qu’à tendre les mains pour ramener des brassées de trouvailles. L’humble instrument de Galilée, en même temps qu’il ouvrait la première étape de la conquête astronomique du ciel, recula formidablement les bornes de l’univers alors connu.
- Devant l’œil ébloui du savant surgirent des étoiles jusqu’alors invisibles, la Voie lactée devint une poussière d’astres, de vagues nébuleuses se résolurent en amas pressés.
- L’année suivante, en 1610, Képler imagina de remplacer l’oculaire concave par une lentille convexe à court foyer.
- Le champ était ainsi notablement étendu, en même temps que le grossissement pouvait être augmenté en employant des objectifs de plus grand diamètre. Malheureusement, ces grands objectifs avaient un terrible défaut : ils n’avaient pas le même indice de réfraction pour toutes les couleurs du spectre, si bien qu’ils décomposaient la lumière blanche et que les images paraissaient frangées des teintes de l’arc-en-ciel. On ne pouvait remédier à cette aberration chromatique, comme l’enseigna Iluygens, qu’en allongeant la distance focale.
- Aussi se mit-on à fabriquer des lunettes dont les objectifs, de 76 à 23o mm de diamètre, étaient pourvus de foyers démesurés, 3o, 45 et même 70 m ! Bien entendu, il était tout à fait impossible d’utiliser des tubes de cette taille; aussi se bornait-on à disposer la lentille au sommet d’une tour ou d’un mât, et l’astronome, resté au sol, cherchait et exa-
- Fig. 3. — Le grand télescope vu du côté du Nord.
- A droite, on voit l’une des branches du berceau et l’un des côtés du fer à cheval.
- (Photo l.N.P.).
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- (un « colosse optique », estimait-on à l’époque !) sortit des ateliers de Fraunhofer pour l’Observatoire de Dorpat; en i835, le Français Cauchoix en livra un de 32 cm à l’Observatoire de Cambridge. Puis on se répéta avec admiration l’ouverture de plus en plus grande des objectifs que les opticiens fabriquaient avec une audace croissante : 5o cm pour l’Observatoire de Strasbourg, 66 à Washington, 68 à Vienne, 76 à Poulkovo, 85 à Meu-don, 91 à Lick... En 1892, ces géants atteignirent leur apogée avec l’objectif de l’Observatoire Yerkes, mesurant 1,02 m de diamètre et 19 m de distance focale.
- La lunette était devenue la reine de l’astronomie instrumentale, mais une reine dont le pouvoir était bien précaire ! En effet, les astronomes cherchaient naturellement à obtenir toujours plus de luminosité, et ils réclamaient des objectifs de plus en plus grands. Mais à la fin du xix° siècle, il parut évident que la limite était atteinte. Les fabricants de verre d’optique se déclarèrent incapables de fondre des disques sans défaut dépassant un mètre, et il fallut bien s’apercevoir, une fois encore, que la voie était bouchée.
- Le directeur de l’Observatoire Yerkes était, à cette époque, George-E. Haie, un enthousiaste qui voyait toujours plus grand et que sa lunette de 1,02 m ne contenait pas. — Pour obtenir plus de lumière, réfléchit-il, il faut des objectifs de plus grand diamètre. Mais la tâche de l’opticien devient impossible puisqu’il doit polir quatre surfaces de lentilles. Elle serait, au contraire, bien plus aisée et permettrait d’obtenir des objectifs beaucoup plus larges s’il n’y avait à travailler qu’une seule surface. Conclusion : abandonnons les lunettes et allons du côté des télescopes, dont, seule, la surface du miroir sollicite nos soins.
- Fig. 4.
- On voit, sur cette photographie, le bloc de ciment qui, pendant la construction du tube, a servi de contrepoids en attendant la pose du miroir.
- (Photo I.N.P.).
- L'avènement des grands télescopes.
- A l’époque où Haie commençait à prêcher la croisade pour les grands télescopes, ceux-ci, s’ils n’étaient pas totalement inutilisés, étaient loin d’atteindre la vogue des lunettes. Newton s’était pourtant aperçu de l’avantage qu’ils offraient sur celles-ci, puisqu’ils supprimaient l’aberration chromatique, et il en avait construit un en 1672, dont le miroir métallique, à concavité sphérique, mesurait 25 mm d’ouverture et i5 cm de foyer. Mais l’instrument présentait un défaut qui déformait les images, l'aberration sphérique, que l’on n’eût pu éliminer qu’en donnant à la concavité la forme d’un paraboloïde. C est seulement en 1722 que Hadley y parvint, ce qui n’empêcha pas les télescopes de continuer à piétiner. Il restait, en effet, terriblement difficile de fabriquer et de tailler des miroirs métalliques, dont le poli était, d’ailleurs, d’une extrême fragilité. Aussi admira-t-on de loin, sans avoir envie de les imiter, sir William Herschel et lord Rosse, qui braquèrent sur le ciel des télescopes géants dont les miroirs atteignaient 1,20 m de diamètre et 12 m de foyer pour le premier (1789), et i,83 m avec 17 m de foyer pour le second (i845).
- La marche en avant ne put reprendre qu’après i856, lorsque Foucault et Steinheil eurent imaginé indépendamment de se servir de miroirs de verre, dont la concavité parabolique était recouverte d’une mince couche réfléchissante d’argent. Alors les observatoires se peuplèrent de télescopes de 4o, de 5o, de xoo, de 120 cm d’ouverture. Les astronomes remarquèrent que ces
- instruments, par la grande luminosité qu’ils tiraient de leur diamètre, étaient bien plus propres que les lunettes à recueillir l’image d’as'.res faibles, et, puisqu’ils n’obligeaient point la lumière à traverser du verre, qu’ils donnaient des spectres bien plus fidèles. Aussi les télescopes s’imposèrent-ils dans toutes les recherches d’astronomie physique. Et c’est sur ces entrefaites que Haie entra en scène.
- Le premier résultat de sa croisade fut un télescope de 60 cm taillé par Ritchey, qui fut installé en igoo à Yerkes. Le succès en fut tel qu’un miroir de i,5o m fut mis aussitôt en chantier, puis monté en 1908 à l’Observatoire du mont Wilson, que Haie venait de fonder et pour lequel il avait abandonné Yerkes. Et ce fut enfin, en 1917, l’inauguration du fameux télescope de 2,5o m, qui plonge dans l’espace jusqu'à 5oo millions d’années-lumière et collecte autant de lumière que 200.000 yeux humains. Vous connaissez les moissons de découver'es que rapportèrent ces instruments géants, mesure interférentielle du diamètre des étoiles, spectrographie stellaire, dimensions de la Galaxie, structure et fuite des nébuleuses spirales....
- Comment, devant ces résultats extraordinaires, les astronomes n’eussent-ils pas rêvé aux performances d’engins plus gigantesques encore ? Tandis que partout champignonnaient les télescopes rivaux — deux de 1,80 m au Canada, un de 2,10 m au Texas, un de 1,95 m en Afrique du Sud, en attendant celui de 3 m en construction pour l’Observatoire Lick — un délire scien’.ifique s’empara du personnel du mont Wilson. Des projets de super-géants s’échafaudèrent, et Pease dressa les
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- plans d’un monstre de 7,60 .m de diamètre. Encore une fois, Haie prit la tête de l’offensive et se fixa comme objectif la réalisation d’un colosse de 5 mètres.
- Le géant du Mont Palomar.
- D’innombrables articles ont raconté comment le grand astronome é'.ait parvenu à intéresser à son projet les autorités officielles, puis la Fondation Rockefeller, et aucun lecteur n’ignoi'e assurément les péripéties de la fonte du miroir, effectuée dans une verrerie de New-York avec 65 tonnes de pyrex, la baignade imprévue du disque dans une inondation au cours de laquelle on le crut perdu, puis son transport à Pasadena (Californie), où il devait être taillé, voyage de 5 000 kilomètres pour lequel les ingénieurs eurent toutes les peines du monde à trouver des tunnels assez hauts et des ponts assez solides !
- Le premier problème qui s’était posé à Haie avail été le choix du site. Le mont Wilson P Quand, en igo4, l’observatoire fondé par Carnegie y avait été ins!allé, Los Angeles était une petite ville tranquille; mais, depuis ce temps-là, la petite ville tranquille était devenue un énorme centre indus'riel. Un étrange brouillard blanchâtre s’en élevait en permanence; le ciel nocturne avait tourné du noir au gris, et Ilumason avait même reconnu, sur ses derniers spectrogrammes, les raies de la lumière émise par les enseignes lumineuses !
- C’est pourquoi l’emplacement du nouvel observatoire fut fixé au mont Palomar, plateau de 1 800 m d’altitude à 72 km au nord de San-Diego, bien loin de Hollywood, avec lequel les astronomes du mont Wilson étaient plutôt en froid depuis qu’un des leurs y avait été engagé comme conseiller pour 200 dollars par mois alors qu’un astrologue en recevait 1 5oo ! C’est donc là que l’on commença de bâtir la grande coupole, pendant que toute une équipe recrutée par llale s’occupait de l’instrument lui-même. Ce furent le capitaine Clyde MacDowell qui commanda les opérations, l’architecte et astronome amateur Russell Porter qui traça les plans de la monture, e! l’ancien commissionnaire, ancien ouvrier agricole et ancien conducteur de camion Marcus II. Brown qui tailla le miroir, sous la supervision de John Anderson. N’oublions pas qu’il fallait obtenir une surface concave se rapprochant d’un paraboloïde à 1/10 de longueur d’onde près (fig. 1) !
- Le 17 novembre 19/17, le polissage étant terminé, le miroir, assuré pour 600 000 dollars, fut emballé et chargé sur un tracteur à 16 roues qui le conduisit au mont Palomar. Il y fut aussitôt placé dans une chambre à vide où on le recouvrit, non pas d’une couche d’argent, suivant le procédé Foucault, mais d’un film d’aluminium vaporisé, plus solide et plus propice à la réflexion des ondes lumineuses utiles. Il fut enfin hissé à son poste définitif, remplaçant le disque de ciment qui avait servi de contrepoids pendant la construction du tube.
- Souhaitez-vous vous représenter l’appareil géant ? Suivons donc la route qui, par de hardis lacets, s’élève de la plaine poussiéreuse de San-Diego jusqu’au sommet de Palomar, couronné de forêts, hanté par les daims et les écureuils. La vaste coupole domine le paysage du haut de ses 45 mètres, la hauteur de la colonne Vendôme. Montons l’escalier de granit qui accède à l’entrée principale. Traversons le vestibule et gravissons ces cinquante marches : nous voici dans 1’ « enclos des visiteurs » : à travers une muraille transparente, nous voyons le télescope géant.
- La coupole tournante pèse 1 000 tonnes et mesure 45 mètres de diamètre — la largeur de l’Arc de l’Étoile. Le tube, fait de poutrelles d’acier, est suspendu entre les deux branches A et B d’une énorme fourche parallèle à l’axe du monde et ouverte vers le Nord (fig. 2). De ce côté, elle s’appuie sur un fer à cheval géant C, qui peut glisser sur les chemins de roulement D et E; du côté du Sud, elle repose sur un pivot F. Ainsi, étant mobile autour de ses tourillons G et sa monture pouvant pivo-
- ter sur elle-même, le télescope peut-il être braqué vers n’importe quel point du ciel. Précisons, pour fixer les idées, que le tube, long de 17 m et mesurant 6,60 m de diamètre, pèse une centaine de tonnes, que chacune des branches de la fourche atteint 4,5o m de diamètre et que le fer à cheval, large de i4 ni, s'élève au poids de 175 tonnes....
- Soit au total, pour la partie mobile (télescope et monture), quelque 5oo tonnes.... Cependant, telle est la douceur des roulements que lorsqu’un travailleur, à l’heure du lunch, dépose une bouteille sus une des branches de la fourche, le télescope commence à tourner....
- Le mii'oir de 5 mètres est, bien entendu, jùaeé en M (fig. 2 et 4). Ouvert à f/3,3, il a son foyer à 16,5o m.
- C'est le loyer primaire, en F sur la ligure. Installé dans une petite cage en forme de cartouche suspendue à l'intérieur du tube (fig. G, et en II sur la figure 2), l’observateur peut prendre à ce foyer des photographies de grande luminosité. Pressant un déclic, il peut aussi faire intercepter le faisceau lumineux par un miroir convexe M', qui le réfléchit vers le foyer Cassegrain ¥' à travers un trou pratiqué dans le grand miroir. Ce foyer Cassegrain correspond à une ouverture de f/16 et à une distance focale de 80 m. Enfin, l’interposition du miroir plan M", envoyant le faisceau vers le foyer coudé F", permet de porter la distance focale à i5o m en réduisant l’ouverture à f/3o.
- Quel peut être le grossissement maximum d’un pareil engin ? Près d’un million, répond la revue américaine Sky and Télescope. Plus exactement, le diamètre du miroir principal étant le double de celui du miroir du mont Wilson, les astronomes peuvent espérer y recueillir 4 fois plus de lumière (soit autant qu’un million d’yeux humains), donc photographier des astres 4 fois plus faibles ou 2 fois plus éloignés, c’est-à-dire plonger 2 fois plus loin dans l’espace et atteindre une portée d’un milliard d’années-lumière....
- Les problèmes en attente.
- Voici une question qui ne manquera pas de surprendre le lecteur et qui risque même de le scandaliser le grand télescope apportera-t-il les découvertes sensationnelles qu’en attend le public ?
- — Quoi! s’exclamera-t-on. Comment un instrument de 5 m, qui a coûté 6 millions de dollars, pourrait-il ne pas fournir de révélations retentissantes P
- Eh bien ! Remarquons d’abord qu’il ne servira ni pour l’étude de la Lune ni pour celle des planètes en général. Là règle a été posée, en effet, de ne l’utiliser pour aucun travail qui pourrait être effectué par un instrument plus pe'.it. Seul, Russell Porter, architecte de l’observatoire, a pu obtenir de Ilubble la promesse d’y passer une heure à l’observa!ion de la Lune ! Ainsi le domaine d’exploration du 5 m sera-t-il distinct de celui du 2,5o m. Le mont Palomar et le mont Wilson auront chacun leur champ propre à moissonner, et les deux établissements, le premier dépendant de l’Institut de Technologie de
- Fig. 5. — Les différents foyers du grand télescope.
- Les rayons lumineux provenant de l’astre (en pointillé) se réfléchissent sur le grand miroir M et convergent au foyer 'primaire F. L’interposition du miroir convexe M' les fait converger au foyer Cassegrain F', et l’interposition du miroir plan M” les fait converger au foyer coudé M".
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- Californie et le second, de l’Institut Carnegie de Washington, pourront fusionner sans inconvénient.
- Les problèmes auxquels doit s’attaquer le 5 m son! donc ceux qui réclament la mise en oeuvre de ses caracléristiq1 es particulières : sa finesse de résolution des fins détails, la grande dispersion des spectres permise par ses longs foyers et sa profondeur de pénétration dans l’espace. Ainsi, le problème-type découlant de son pouvoir de résolution sera-t-il celui des canaux de Mars.
- Que ceux-ci ne soient photographiables qu’avec de forts grossissement, cela n’est pas pour nous étonner puisque, même avec le télescope de 2,5o m, l’image de Mars n’a que 5 mm au foyer Cassegrain !
- Encore cette photographie n’est-elle possible qu’avec un filtre orange ou rouge, qui réduit la luminosité et oblige à prolonger la pose jusqu’à une seconde. C’est bien peu! dira-t-on peut-être. Mais non, car, pendant ce temps, le puissant grossisse-m e n t amplifie les moindres troubles de l’atmosphère, 1 e s-quels,en faisant trembloter l’image, lui enlèvent sa netteté et en font disparaître les fins détails tels que les canaux.
- C’est là, justement, qu’apparaît la supériorité du 5 m : en permettant la prise de très rapides instantanés sur un film de cinéma à déroulement automatique, il permettra de choisir les meilleurs, ceux qui ont réussi à se glisser entre deux troubles atmosphériques, et révélera peut-être la nature des canaux.
- La deuxième caractéristique de l’instrument, sa dispersion considérable, donne le moyen d’aborder un autre problème-type : celui de la constitution chimique des astres. Vieux problème, certes, mais qui aboutit aujourd’hui à des développements inattendus sur la source de l’énergie stellaire, l’origine des éléments chimiques et l’évolution des étoiles.
- Or, pour connaître et doser les corps qui produisent la lumière de ces astres, il faut effectuer, de cette lumière, l’analyse spectrale la plus précise possible. Chaque variété d’atomes, en effe!, donne naissance à une radiation déterminée, et l’on identifie d’autant mieux l’atome émetteur que sa radiation, sa raie spectrale, est plus net’e et mieux séparée des autres. Autrement dit, il faut que le spectre soit étalé sur la plus grande longueur possible. Évidemment, plus l’as're est lumineux, plus son spectre peut être étalé. Celui du Soleil peut l’être sur i5 m et celui des plus brillantes étoiles sur 90 cm; mais le
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- specire des astres les plus faibles, des nébuleuses spirales les plus éloignées, par exemple, ne dépasse guère 2,5 mm. Là encore, précisément, la grande luminosité du 5 m autorisera à augmenter l’étalement, fournira des spectres 4 fois plus longs et, avec cette dispersion accrue, eon'.ribuera à préciser notre connaissance de la constitution et de l’état physique des étoiles.
- Connaîtrons-nous la structure de l'Univers ?
- Quan! au troisième ar^antage du grand télescope, sa puissance de pénétration, c’est à ce troisième problème-type, la
- structure de l’univers, qu’il pourra être appliqué.
- C’est le télescope de a,5o m qui permit pour la première fois, vers 1920, de déborder notre Galaxie et de partir en exploration dans l’univers des nébuleuses. Les astronomes firent ainsi connaissance avec un fragment d’univers d’environ 5oo millions d’années-lumière de rayon, contenant quelque 100 millions de nébuleuses. Fragment bien petit, assurément, et qui ne pouvait guère être regardé que comme un échantillon, mais qui suffit néanmoins à révéler deux traits essentiels : d’abord son homogénéité, la distribution des spirales paraissant à peu près uniforme, bien qu’elles soient tantôt isolées, tantôt groupées en amas ; ensuite le décalage des spectres nébulaires vers le rouge, décalage qui, interprété comme un effet Doppler-Fizeau, fut attribué à une expansion de l’ensemble de l’univers. Mais il s’agissait là de résultats qui étaient « à la limite » pour le miroir de 2,5o m, et dont la probabilité n’était peut-être pas plus élevée que celle qui consisterait à examiner un coin de Touraine et à en déduire que la France entière est à l’image de ce paysage.
- Le miroir de 5 m, plongeant à une profondeur double, va augmenter naturellement la probabilité pour que ce'.te région observable soit un échantillon valable. Il va permettre de déterminer exactement la loi de distribution des nébuleuses et de décider si, oui ou non, la dérive des spectres vers le rouge traduit une expansion de l’espace.
- En effet, si les spirales s’enfuient réellement, leur éclat doit diminuer : une lumière qui s’éloigne est plus faible qu’une lumière s'ationnaire d’égale intensité parce que l'éparpillement de ses photons croît avec le carré de la distance. La réduction de l’éclat apparent est effectivement égale au quotient de la
- Figr. S. — Un observateur se dispose à pénétrer dans la cabine d’observation.
- {Photo I.N.P.).
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- vitesse de récession par la vitesse de la lumière. Pour une nébuleuse qui s’éloigne a une vitesse de 3 ooo km/sec, la réduction n’est que de i/ioo, et elle n’est encore que de i/io pour une vitesse de 3o ooo km/sec; c’est-à-dire que, même avec le grand télescope du mont Wilson, la diminution d’éclat est à peu près impercep'ible. Mais il n’en sera pas de même avec celui du mont Palomar. A sa limite de pénétration, la réduction devra atteindre 4o ou 5o pour ioo ; elle crèvera les yeux... si elle existe; et, dans ce cas, nous fixera définitivement sur la réalité de l’expansion.
- Il n’est pas jusqu’à la courbure et à la forme de l’univers que le nouvel instrument ne rendra sensibles puisque, si l’espace céleste est incurvé dans un hyperespace à quatre dimensions, un sphéroïde de i milliard d’années-lumière de rayon ne doit pas atteindre tout à fait 8 fois le volume d’un sphéroïde de rayon moitié moindre, diminution qui doit ressortir du nombre des objets enregistrés.
- Ainsi, peut-être ne devons-nous pas attendre, du mont Palo-
- mar, de découverte véri'ablement révolutionnaire : sans doute, le mont Wilson ayant tracé les grands traits de la structure de l’univers, est-il simplement réservé à son voisin d’en fournir une deuxième approximation.
- D’ailleurs, il n’est pas absurde de croire que les télescopes ont maintenant à peu près atteint leur apogée, tout comme les lunettes, et que le sondage du ciel se poursuivra dans l’avenir grâce aux nouveaux procédés électroniques et radio-élcctriques encore aujourd’hui dans l’enfance. Qui sait ? Peut-être sommes-nous à la veille de l’apparition d’un nouveau Galilée qui nous dévoilera un nouvel univers P
- Piehre Rousseau .
- N.-B. — Certains éléments de cet article ont été empruntés à une étude de Ilubble dans les Publications oj the astronomical Society of the Pacific (août 1947).
- L'oxygène dans l'industrie
- Un phénomène caractéristique de la technique moderne est de voir des produits d’emploi réduit prendre soudain une expansion considérable et entrer dans la série des productions de gros tonnage. L’oxygène industriel en est actuellement un exemple caractéristique.
- Au xixe siècle, l’oxygène n’avait que des applications modestes, telles le chalumeau oxy-hydrogène pour la métallurgie du platine, les pierres précieuses synthétiques, l’appareillage en .quartz fondu, la lumière de Drumond et divers emplois mineurs. L’oxygène est alors produit par des réactions chimiques.
- Au début du xxe siècle, s’ouvre un plus large débouché avec le chalumeau oxy-acétylénique pour la coupe des métaux et la soudure autogène. La fourniture de l’oxygène est, dès lors, assurée par l’industrie de l’air liquide. La première réalisation de distillation fractionnée de l’air liquide sur le plan industriel est réalisée par Cari Yon Linde en 1893. Les techniques sont perfectionnées peu après par Georges Claude et par Heylandt.
- Le fractionnement de l’air liquide alimente régulièrement, d’une part les industries de fixation de l’azote : cyanamide et ammoniac, d’autre part, les consommateurs industriels d’oxygène. Il fournit également les gaz rares de l’atmosphère pour les nouvelles méthodes d’éclairage électrique et certains emplois spéciaux.
- On note peu de progrès jusqu’à l’apparition, en 1930, de l’échangeur de température de Frankl et des turbo-compresseurs améliorant les cycles thermodynamiques.
- Au lieu des colonnes de distillation fractionnées, l’appareil de Frankl est basé sur l’élévation puis l’abaissement alternatif de température de plateaux chargés dans une tour et à travers lesquels on fait passer l’un des gaz, puis l’autre. Il a cet avantage de ne pas nécessiter l’élimination préalable de l’humidité et du gaz carbonique de l’air puisé dans l’atmosphère.
- Les prix de revient actuels ont été notablement abaissés et l’oxygène entre maintenant, comme matière première essentielle dans des industries à très gros tonnage, par exemple, dans les techniques de gazéification totale des combustibles solides ou liquides.
- Il est également utilisé pour l’oxydation partielle de gaz naturels qui seront ensuite hydrogénés par le procédé Fischer-Tropsch pour fournir des essences, du gas-oil, des alcools bruts et de nombreux produits chimiques de synthèse.
- Deux compagnies : la Standard Oil and Gas Cy et la Carthage Hydrocal Inc, construisent des usines pour la mise en oeuvre de ces procédés. C’est ainsi qu’à Brownsville, dans le Texas, s’édifie
- une installation, probablement la plus importante du monde, pour la production d’oxygène à 93 pour 100 de pureté, à raison de 48 millions de pieds cubes, soit deux mille tonnes par jour.
- De nouvelles possibilités d’emploi illimité s’ouvrent maintenant également en métallurgie.
- L’American Institute of Mining and Metallurgical Engineers a publié en 1924 un symposium montrant les avantages du soufflage à l’oxygène ou à l’air suroxygéné qui fut alors discuté parce que l’on ne croyait pas à la production d’oxygène dans des conditions économiques. Les premiers essais faits à l’époque sur des convertisseurs à cuivre furent abandonnés pour cette raison.
- Maintenant, la production de l’oxygène à bon marché est survenue.
- La sidérurgie commence à en faire un large emploi. Les premiers essais ont été faits en Allemagne et en Belgique, ils se poursuivent également aux États-Unis, en Russie, au Canada et dans d’autres pays.
- L’emploi du soufflage à l’air suroxygéné dans les hauts-fourneaux permet de réduire la durée des opérations. L’augmentation de production pour une même installation et une même main-d’œuvre pourrait être de l’ordre de 23 pour 100 concurremment avec une réduction de la consommation de coke qui peut atteindre 7 à S pour 100.
- La fonte obtenue au haut-fourneau soufflé à l’air suroxygéné pourrait également être obtenue avec une faible teneur en carbone.
- Il a été rapporté que dans les traitements au convertisseur Bes-semer, la durée du soufflage pourrait être réduite d'un quart d’heure à une minute par l’emploi de l’oxygène à 90-93 pour 100 de pureté.
- Un autre avantage est d’obtenir des aciers ne contenant ni hydrogène occlus, ni azote combiné.
- Les recherches se poursuivent dans les grands centres sidérurgiques du monde, il est probable que l’on assistera au développement du soufflage des hauts-fourneaux à l’air suroxygéné ; il est possible que cette technique facilite l’utilisation des minerais de fer à bas titre. Parallèlement, on peut penser que l’oxygène industriel à 93 pour 100 de pureté environ sera de plus en plus largement consommé par les aciéries.
- On n’a encore publié que peu de travaux sur l’emploi de l’oxygène pour l’élaboration et le traitement des métaux non ferreux. Un important champ de recherches reste à explorer.
- L. P
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- Un
- trouvés
- tam-tam et
- dans l’estomac
- un pied humain
- de deux Requins-Tigres.
- Fig. 1 et 2. — Contenu de l’estomac d’un Requin-Tigre pêché le 16 janvier 1948 à Joal.
- A gauche : Le tam-tam de 25 cm de diamètre vu par dessus. — A droite : Débris recueillis au fond du tam-tam : vertèbres de Sélaciens, os de Téléostéens, coquilles de Mollusques, sable, etc.
- Les pêcheries de Requins des côtes du Sénégal constituent un observatoire de choix pour tout ce qui concerne l’étude de la biologie des Squales. Le contenu stomacal des captures y est toujours soigneusement examiné; il faut reconnaître qu’il ne présente, la plupart du temps, qu’un mélange plus ou moins identifiable de débris où prédominent les os de Téléostéens, des parties de Raies ou de petits squales, etc.
- La trouvaille pittoresque ou macabre est l’exception, mais elle se produit parfois.
- Lors de la Conférence de la Pêche maritime qui s’est tenue à Dakar en janvier 1948, les congressistes ont effectué sur la Petite Côte une excursion au cours de laquelle ils ont visité, entre autres, les pêcheries de Requins de Hann,
- M’Rour et Joal. Et c’est ainsi que M. Couard, directeur des pêcheries de Joal, m’a présenté un tam-tam trouvé dans l’estomac d’un Requin-Tigre [Galeocerdo arciicus (Faber)] de 202 kg, pêché le 16 janvier 1948 à hauteur de Joal. Ce tam-tam, ou tambour indigène, est en bois de Dimb [Cordyla africana (Lour)]. 11 mesure 27 cm de hauteur et 25 cm dans son plus grand diamètre. Quelques-unes des chevilles servant à fixer la peau subsistent (fig. 1). La peau elle-même a disparu, probablement digérée. Le poids du tam-tam esf de G,i5o kg. Il renfermait, au fond, un bloc compact (fig. 2) où l’on peut identifier quelques vertèbres de Requins, des parties de squelettes de Téléostéens, des coquillages, du sable, etc....
- L’estomac de l’animal en cause portait des traces très nettes d’érosions dues probablement au frottement des chevilles et des arêtes vives du tam-tam. Ces érosions, et surtout la présence du magma garnissant le fond du tambour, indiquent que celui-ci a dû séjourner assez longtemps dans l’estomac du Requin-Tigre, non sans lui apporter une gêne considérable..
- Les restes humains se trouvent moins-fréquemment dans le contenu stomacal des Requins. Dernièrement, toute la presse a parlé d’une trouvaille de cet ordre, en relation avec une affaire criminelle jugée à Londres. Ce sont des observations qui ne passent guère inaperçues, et qui jusqu’ici, à ma connaissance, n’avaient pas encore été faites sur la Côte occidentale d’Afrique depuis que des stations de pêche aux Squales y exercent une
- activité régulière. Aussi le fait suivant, signalé encore par M. Couard, est-il intéressant à rapporter :
- Le 11 mars 1948, entre Joal et Sangomar, ses pêcheurs capturaient un Requin-Tigre mâle, pesant 3oo kg, dans l’estomac duquel on découvrit un fragment de pied humain, mesurant 177 mm de longueur totale (fig. 3 et 4). La peau en est macérée de façon telle qu’il n’est pas possible de savoir s’il provient d’un Européen ou d’un Africain. Aucun accident de ce genre n’a été signalé dans la région (x) ; mais les Requins-Tigres sont de puissants nageurs, et le spécimen de Joal pouvait venir de loin. Il est possible, par ailleurs, que ce pied ait été prélevé sur un cadavre.
- M. Couard a bien voulu remettre ces deux pièces à l’Institut Français d’Afrique Noire qui les a placées dans ses collections.
- P. Budker,
- Sous-Directeur au Muséum.
- 1. MM. Dejou et d’Almeida (Communication à la Réunion médico-chirurgicale de Dakar, 22 janv. 1948, publiée dans le Bull. mêd. de l’A. O. F., t. V, fasc. 1) ont exposé un cas de morsure mortelle de Requin dans les eaux de Tiaroye (Presqu’île du Cap Vert). L’accident s’est produit le 1er décembre 1947 ; la victime portait, à la cuisse droite, une morsure qui entraîna la mort. Aucun lien n’existe entre ce fait et le Requin de Joal.
- Fig. 3 et 4. — Pied humain macéré trouvé dans l’estcmac d’un autre Requin-Tigre le 11 mars 1948 entre Joal et Sangomar.
- A gauche, vu par la face plantaire ; à droite, vu de dessus. (Clichés l. F. A. N. ; photo G. Labitte).
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- L'IMPRIMERIE
- Son matériel - Ses progrès
- L'impression en creux.
- On conçoit tout aussi bien qu’il soit possible d’imprimer à l’aide d’une surface comportant des parties creuses remplies d’encre qu’à l’aide d’éléments en relief; aussi la gravure en creux doit-elle avoir une origine très ancienne. Toutefois, la première reproduction sur papier réalisée par cette méthode date seulement, à notre connaissance, de 1452 ; elle a été obtenue par un orfèvre italien, Thomas Finiguerra, qui grava en creux sur une plaque d’argent une fort belle représentation du couronnement de la Vierge.
- La taille-douce révélait déjà la grande finesse d’exécution qu’elle serait susceptible d’offrir et certaines gravures au burin constituent des œuvres d’art au même titre que les tableaux des plus célèbres peintres ; plusieurs d’entre eux, tels Boticelli et Rembrandt ont du reste gravé eux-mêmes sur métal, et sous les règnes de Louis XIV et Louis XV aussi bien que tout le long du xixe siècle, la gravure au burin a rassemblé les artistes les plus habiles pour assurer les reproductions des chefs-d’œuvre de la peinture. Dans les procédés de l’eau-forte et de l’aquatinte, c’est un acide rongeur qui est utilisé pour la gravure du métal ; ici encore le taille-doucier révèle ses qualités artistiques par la finesse des retouches qu’il ne manque pas d’apporter à la suite du travail aveugle de l’acide. Cependant, la lenteur des tirages de la taille-douce assujettit ce procédé au cadre artisanal et il devenait fatal qu’en ce xxe siècle, mécanisé à outrance, l’impression en creux ait été accaparée par les plus récentes techniques de la photographie et de la chimie. Ici prend naissance le procédé de l’héliogravure qui permet de réaliser à de forts tirages des revues et autres publications dont l’aspect très séduisant plaît généralement à l’ensemble des lecteurs.
- La taille-douce.
- Il existe diverses méthodes pour réaliser la gravure en taille-douce; tantôt le graveur se sert, exclusivement de l’outil, soit le burin, soit la pointe sèche, pour tailler dans le métal; tantôt il graine sa plaque de cuivre à l’aide d’un « berceau », ce qui constitue le « mezzotinto » ou manière noire ; ou bien
- l. Voir La Nature des 1er juin et 1" juillet 1946, 15 mars et 15 mai 1947.
- encore il fait appel à la chimie et mord son métal avec un acide : nous obtenons les procédés de l’eau-forte, du vernis mou et de l’aquatinte.
- Consacrons quelques lignes à chacun de ces procédés.
- L’outil utilisé pour la gravure au burin est une tige d’acier dont la section peut être carrée ou en losange; le graveur pousse le burin d’arrière en avant pour tracer sur la planche de cuivre les lignes en creux qui sont connues sous le nom de « tailles » ; la surface du cuivre est ensuite recouverte d’encre fluide puis essuyée au chiffon sec. Le coup de chiffon du
- taille-doucier, opération qui semble pourtant banale, exige une grande dextérité manuelle ; l’encre ne doit pas être épongée des creux, afin que soient exactement obtenues les intensités d’impression recherchées sans production de bavures sur les côtés.
- Avec la pointe sèche, tige d’acier ayant la forme d'un crayon, la gravure sur la planche de cuivre s’effectue d’avant en arrière, c'est-à-dire en sens inverse de la gra-v ure au burin ; les parcelles de métal arrachées par la pointe forment des « barbes » sur chaque bord des lignes creuses constituant le dessin et ce sont, ces barbes qui permettent l’impression des noirs accentués. La pointe sèche permet d’obtenir des tirages très fins dont le nombre se trouve malheureusement limité par la rapide usure des barbes.
- Détail curieux : certains artistes n’utilisent même pas l’outil classique qu’est la pointe sèche pour graver leurs œuvres, mais le bistouri ou d’autres outils tranchants.
- Le procédé Mezzotinto — connu également, nous l’avons dit, sous le nom de manière noire — comporte tout d’abord un grainage complet de la planche de cuivre à l’aide d’un outil spécial se manœuvrant à la main : le berceau. La planche ainsi grainée doit, si elle est encrée, pouvoir s’imprimer en noir sur le papier. L’art du graveur consiste alors à reproduire le dessin en faisant, disparaître aux endroits voulus l’impression en noir au profit des demi-teintes et des blancs; cette opération de grande finesse s’effectue à l’aide du grattoir et du brunissoir, avec quelquefois l’aide du burin pour donner plus de vivacité à l’aspect, de l’image.
- Pour la gravure à Veau-forte, la planche de cuivre, d’abord décapée, est recouverte d’un vernis à la cire que l’opérateur étend à l’aide d’un tampon sur la planche préalablement chauffée. Le dessin est alors décalqué ou bien gravé directement à la sanguine sur le vernis et repris ensuite à la pointe qui met le
- Fia. 1. — Le graveur taille-doucier au travail sur sa plaque de cuivre. On voit sur sa table l'ensemble de ses outils.
- (Collection G. RiGAtro).
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- cuivre à nu à remplacement des traits de la sanguine. Il reste à plonger la planche de cuivre dans une cuvette contenant de l’acide nitrique ou du perchlorure de fer en solution; l’acide attaque les parties mises à nu du cuivre tandis que les autres
- Fig. 2. — Un jeu de poupées pour la réalisation d’épreuves en plusieurs couleurs (Collection G. Ric.u;]>).
- le baquet, qui est une grande cuve remplie d’eau servant, à tremper le papier, la taille-douce nécessitant une impression sur papier mouillé;
- la presse à percussion, destinée à assurer l’essorage du papier sortant du baquet;
- la presse à bras, qui a peu évolué depuis les origines de la taille-douce, sinon qu’elle est construite en métal alors qu’au-Irefois elle était réalisée en bois. Elle comporte une table-support en acier circulant entre deux cylindres également en acier; le mouvement du mécanisme est obtenu par action sur les bras qui sont disposés sur le côté de la presse.
- Les papiers généralement employés sont des papiers de chiffons de très bonne qualité ou des papiers de luxe : chine, japon, parchemin, vélin..., etc... 11 est à noter que l’impression est introduite au moment où les grains retombent; morsures locales soigneusement graduées, à l’acide, occasionnant les creux plus ou moins profonds qui permettront la reproduction du sujet; mais le cuivre ne pouvant être mordu qu’entre les grains de résine, protecteurs de la planche à imprimer, la surface du dessin se trouvera recouverte d'une multitude de petites alvéoles qui permettront l’impression des demi-teintes.
- L’application de plusieurs couleurs sur une même planche en taille-douce peut s’effectuer également sur étoffe : soie, velours, salin, crêpe de chine et meme sur cuir, sur plâtre et sur feuilles d’or mince.
- Notons également que l’impression en taille-douce n’est pas seulement réservée pour l’exécution des travaux artistiques tels que les illustrations des livres de luxe, les estampes et les images religieuses; elle peut également, englober l’exécution de travaux soignés, dits travaux de ville : cartes de visite, faire-part de mariages, baptêmes..., etc., ainsi que les cartes commer-
- parties de la planche sont protégées par le vernis. Il y a évidemment lieu d’effectuer ensuite de délicates retouches pour obtenir une. image présentant toute la finesse désirable. Ces diverses opérations s’appellent, en terme de métier, les « états successifs ». La gravure au vernis mou procède à peu près des mômes opérations que la gravure à l’eau-forte; seule diffère la composition du vernis.
- L'aquatinte, méthode d’impression découverte aux enviions de i8G5, possède cette particularité de reproduire les teintes au lieu des traits; elle dérive du procédé à l’eau forte et se caractérise par l’application sur la planche de cuivre d’une légère couche de résine en poudre. Les opérations sont les suivantes :
- décapage soigné de la planche de cuivre, sur laquelle est reproduite l’illustration à imprimer par les procédés de l’eau-forte ou du vernis mou;
- saupoudrage de la surface du cuivre préalablement chauffé avec de la poudre de résine tenue eu suspension par battage dans une caisse dite « boîte à résine » ; la planche de cuivre s’effectue à l’aide de petits tampons appelés les poupées, et c’est pourquoi l’aquatinte se trouve quelquefois désignée sous le nom de gravure à la poupée. Les combinaisons de couleurs possibles, qui peuvent employer jusqu’à une cinquantaine de tons, permettent d’obtenir des images d’un coloris très riche.
- Le matériel d'impression en taille-douce.
- Pour tous les procédés de taille-douce, le matériel d’impression comprend :
- Fig. 3. — Le taille-doucier posant la plaque de cuivre sur la presse à bras pour le tirage (Collection G. Rigaud).
- ciales, en-tête de lettres ou étiquettes, en une ou plusieurs couleurs, auxquelles on aura voulu donner une présentation originale. La taille-douce constitue, nous l’avons vu, l’application artisanale de l’impression en creux; l’héliogravure, qui définit l’application industrielle du « creux », fera l’objet de notre prochain article.
- (A suivre). Fernand de Laborderie.
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- Le pruneau d'Agen peut revivre
- Jl existait naguère en France une industrie prospère et fort enviée, celle du pruneau d'Agen. Séchée, la prune du prunier
- d’Ente (qui doit sans doute son nom au terme enter, greffer), possédait un marché étendu. Elle était cultivée dans le Lot, la Dordogne, le Tarn-et-Garonne, le Tarn, la Corrèze, la Gironde ; sa terre d’élection était le Lot-et-Garonne.
- .Des G millions d’arbres qu’on comptait en Lot-et-Garonne en 1894, il n'en restait que 830.000 eu 1938 et moins encore en 1944. Les causes de cette « agonie » sont de deux sortes : la concurrence américaine et l’attaque de divers insectes parasites.
- En ce qui concerne la concurrence américaine on doit remarquer qu’il s’agit avant tout d’une question d’organisation. Lorsque le prunier d’Ente fut introduit à la fin du siècle dernier en Californie il trouva là d’excellentes conditions de développement ; pourtant c'est seulement par une rationalisation de la culture, de la récolte, du traitement (séchage) et du conditionnement, que les Américains obtinrent des pruniers qu’ils étaient venus chercher chez nous, leur énorme production actuelle de fruits séchés. Jl serait temps de prendre modèle sur eux, de sélectionner les iplants et leurs fruits, d’analyser les sols et de les corriger par des engrais appropriés, de traiter soigneusement et raisonnablement les arbres et leurs produits.
- Dans les fermes agenaises, il n’est plus guère que quelques ancêtres qui acceptent de passer les nuits « au pied de leurs pruneaux » pour en surveiller la cuisson. On utilise en beaucoup d’endroits de vieux fours à pain qui s’écroulent les uns après les autres et les étuves plus modernes sont souvent encore mal étudiées, trop chaudes ou 'de mauvais rendement. L’industrie du pruneau d’Agen, très artisanale en France, y est trop rudimentaire.
- La culture du prunier en Àgenais est très ancienne et se perd dans la nuit des temps. La légende seule en fixe les origines. Selon les uns, la prune aurait été importée en France, à l’époque des Croisades : des Templiers, rentrant de Palestine, en auraient
- rapporté des pruniers et auraient fait leurs premières plantations au Temple, sur la rive gauche du Lot, près de Caslelmoron où ils avaient fondé un monastère et où les marchands bordelais remontant la Garonne venaient acheter les prunes. Selon d’autres c’est Chailemagne qui se serait arrêté à Casseneuil, son ancien palais de CassinogUum, en revenant d’Espagne et y aurait fait planter les pruniers rapportés de cette expédition. Une troisième version reporte plus loin encore l’introduction en France du prunier d'Ente et la fait remonter à Jules César qui, arrêté sur le plateau de Gergovie, aurait laissé là des approvisionnements importants comprenant des prunes. De l’Auvergne ce fruit aurait gagné l’Agenais vers le xive siècle.
- Jadis le prunier d’Ente qui se plaît dans des terrains un peu forts mais à sous-sol perméable, et à l’abri du vent, était greffé sur franc, d’où son nom ; aujourd’hui il est greffé sur une variété plus vigoureuse et assez récente, le myrobolam. Un prunier adulte donne annuellement 15 à 25 kg de fruits frais, soit b à 8 kg de pruneaux secs. La récolte doit être faite avec soin dès la chute naturelle des fruits qu’on lave, trie, puis qu’on place sur claies pour le séchage ; ce’ui-ci ne se fait plus au soleil, mais à l’étuve, en trois chauffes à 35°, 55° et 75°. Entre chaque chauffe, les prunes sont sorties à l’air et celles qui coulent sont éliminées.
- Le pruneau d’Agen connaît d’autres difficultés que celles de la concurrence économique. M. G. Siloret, directeur des services agricoles du Sud-Ouest a bien défini l’une d’elles en écrivant : « Les pruniers étaient cultivés en souatles ou en lignes espacées au milieu des cultures, ce qui d’une part, empêchait de faire les traitements devenus de plus en plus nécessaires, et d’autre part, entravait le passage des moissonneuses. C’est pourquoi l’on ne verra plus, dans quelques années, les derniers spécimens de ces arbres qui tendent encore désespérément vers le ciel leurs bras mutilés, chancreux, couverts de mousses et de lichens..., les cultures en vergers qui les auront remplacés permettront, je pense, de résoudre cette partie du problème.
- Un autre malheur, et non le moindre, est l’attaque des pruniers par des insectes parasites. Depuis quelques années, M. Couturier, directeur de la Station de Zoologie agricole du Sud Ouest, a organisé un laboratoire de recherches où MM. Chaboussou et Lavaur ont étudié les parasites dangereux et déterminé les modes de lutte les plus efficaces. Un film documentaire et une notice sur « les traitements du prunier d’Ente » ont donné à ces travaux la publicité nécessaire auprès des intéressés.
- Les pruniers de l’Agenais sont menacés par des champignons et des insectes. Parmi les maladies cryptogamiques, le Monilia, la cloque des fleurs et des fruits, la rouille des feuilles sont redoutables.
- Le Monilia ou Rot Brun groupe deux maladies distinctes dues à deux champignons différents. Le Monilia des fleurs, dû à Sclerotinia laxa, se développe surtout à la suite d’une baisse de température ou d’une période pluvieuse et se manifeste souvent ^rs des gelées printanières. Le Monilia des fruits, dû à S. fructigena, envahit les prunes à tous les stades du développement mais est favorisé par les périodes, pluvieuses. On lutte contre le Monilia par des traitements cupriques,
- Fig. 1 à 3. — 1. Couple cFHoplocampa flava. A gauche : la femelle ; à droite : le mâle. — 2. Prune d'ente ouverte, montrant la larve en train de dévorer l’amande. — 3. Ponte d’Hoplocampa flava sur une fleur de prunier d’ente. L’œuf se montre en partie à l’extérieur :
- on peut alors le détruire.
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- mais il faut aussi détruire les rhynchites qu dispersent la maladie, laquelle est contagieuse.
- La cloque, nommée encore maladie des pochettes ou corni-clionnc, par suite de la déformation qu’elle occasionne aux fruits, est causée par l'Exoascus pruni. Elle apparaît sur les jeunes fruits et on lutte contre elle par la bouillie bordelaise appliquée à la période du débourrement ou à celle du bouton blanc.
- La rouille est due au Puccinia pruni spinosæ qui attaque surtout les feuilles ; on voit sur leur face inférieure de petites pustules orangées, puis brunes ; les feuilles tombent prématurément en entraînant un déséquilibre physiologique de l’arbre.
- L’attaque des insectes a été plus terrible encore.
- L’hoplocampe, ou ver cordonnier des prunicullcurs agenais, est sans doute le plus grand de leurs ennemis. Il peut, à lui seul, anéantir, certaines années, la quasi totalité d’une récolte. Les insectes parfaits sont de petites mouches mordorées à 4 ailes, de 4 à 5 mm de longueur ; ce sont des hyménoptères, du sous-groupe des Tenthrèdcs. Les femelles possèdent une tarière qui leur sert à loger leurs œufs dans les fruits. Des divers Iloplocampes nuisibles au prunier, seul II. flava Linné (fig. 4) se rencontre en Agenais.
- Les adultes apparaissent clans la deuxième quinzaine de mars, et abondent jusqu’au début d'avril. Ils se nourrissent de nectar et de pollen et s’accouplent, puis les femelles déposent leurs œufs dans le calice de la lleur du prunier. Les dégâts sont considérables lorsque la pleine floraison coïncide avec le gros des sorties des insectes par suite des conditions météorologiques. La formation de la larve dure de 10 à 12 jours, si la température est assez élevée. A l’éclosion, la jeune larve pénètre dans le fruit pour en dévorer l’amande (fig. 2). Les prunes attaquées tombent et sont perdues. Au terme de leur croissance les larves pénètrent en terre et forment des cocons ovoïdes où elles demeurent en dia-pause jusqu’au printemps suivant pour donner naissance aux adultes qui sortiront de terre, après la nymphose de février, au mois de mars.
- Nicotine, arséniate de plomb, bouillies sulfocalciques furent utilisées pour lutter contre l’hoplocampe. Chaboussou et La vau r ont montré que le mode de lutte le plus efficace consiste à appliquer des produits insecticides au moment favorable.
- L’œuf augmentant de volume au cours de son développement fait bailler la fente de ponte et se 'montre en partie à l’extérieur au moment de la chute des pétales ; c’est le moment qu’il faut choisir (fig. 3).
- Fig-. 4 à 6. — 4. Couple de Rhynchites Bacchus ; à gauche : Ir femelle ; à droite : le mâle. — 5. Une prune d’ente attaquée par R. Bacchus. On remarquera à la suite de la ponte, l’attaque du pédoncule qui cause souvent la chute du fruit et la piqûre sur le fruit. — 6. Femelle de R. Bacchus attaquant une prune d’ente (Les photos des figures 1 à 6 oont
- extraites du film de M. Chaboussou sur la défense du prunier d’ente).
- Les produits les meilleurs ont été : le derris associé aux alcools terpéniques sulfonés, le quassia-amara, le sulfure de polychloro-cyclane et l’hexachlorocyclohexane.
- Les rhynchites sont, après l’hoplocampe, de grands ennemis du prunier d’Ente. Le principal est Rhynchites Bacchus Linné ou Charançon des fruits (fig. 4). C’est un insecte d’une belle couleur violacée, de 4 à 6 mm de longueur, au rostre puissant, plus long chez la femelle.
- Les adultes hibernent sous divers abris, notamment sous l’écorce du prunier ou enfoncés dans du bois mort. Ils sortent en mars et se portent sur les pruniers et les poiriers où ils causent des dommages de deux sortes. Les rhynchites 6’attaquent d’abord aux bourgeons, jeunes pousses, fleurs, puis aux fruits (fig. 5) où leur piqûre nutriciale provoque des trous donnant accès à des galeries qui peuvent pénétrer jusqu’à l’amande. Les accouplements se font en avril et la ponte a lieu à son tour sur la prune d’Ente comme aussi sur les cerises, les pommes, les brugnons.... Les fruits ont leur pédoncule partiellement sectionné par la femelle au cours de la ponte (fig. 6). L’insecte transporte le Monilia d’un fruit à l’autre et l’inocule par ses piqûres ; il en résulte une pourriture précoce. Jusqu’ici on était désarmé contre cet insecte piqueur ; le D. D. T. a apporté un appoint sérieux à la lutte ; son efficacité persiste 3 semaines et deux pulvérisations au début de mai et vers le 20 mai préservent les fruits.
- Dotés de moyens de lutte plus efficaces contre les maladies et insectes nuisibles, les pruniculteui's agenais peuvent désormais réagir. S’ils savent organiser leurs cultures et leurs procédés de traitement et de conditionnement, l’industrie du pruneau d’Agen revivra ses très beaux jours d’autrefois pour le plus grand profit de la région de la Garonne et de notre pays tout entier.
- Fig. 7. — Traitement d’hiver, au motopulvérisateur, d’un verser en contre-espalier.
- {Photo Chaboussou).
- A. Esme.
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- L'évolution d'une opération
- LÀ MULTIPLICATION
- Nos procédés de calcul écrit sont stabilisés en des formes qui, par suite de l’automatisme créé par leur enseignement intensif dans les écoles primaires, nous paraissent, sinon les seules possibles, du moins les seules pratiques. Pourtant, l’exemple de la multiplication montre que certains des très nombreux procédés utilisés au cours des âges pour réaliser cette opération auraient pu, après quelques perfectionnements, être codifiés en des règles aussi commodes que celles que nous utilisons.
- La théorie de la multiplication.
- Pour bien comprendre les principes de ces divers procédés, il est nécessaire de revenir rapidement sur la définition et les propriétés de la multiplica'ion. Les Grecs de l’Antiquité, considérant les procédés opératoires comme une technique mineure, la logistique, évoluaient Part du calcul de l'arithmétique. Cette logistique, objet d’un enseignement oral particulier, ne semble pas avoir élé consignée dans des traités spéciaux; du moins, aucun d’entre eux n’est-il parvenu jusqu’à nous. Au contraire, dès le Moyen-Age, de nombreux traités xdatifs à celte partie pratique de l’arithmétique y apparurent, Ces manuels, qui servaient de complément à l’enseignement oral, présentent, pour la plupart, une classification des différentes opérations suivie d’un exposé des méthodes opératoires pratiquées à cette époque. La multiplication y apparaît avec les définitions suivantes, que nous transposons en langage moderne :
- a) Multiplier a par b, c’est ajouter b nombres égaux à a.
- b) Multiplier a par b, c’est trouver un nombre c qui contient o autant de fois que b contient l’unité.
- c) Multiplier a par b, c’est trouver un nombre c, dont le rapport à a est égal au rapport de b à l’unité.
- Les propriétés essentielles de la multiplication : possibilité d’in'ervertir (commutativité) ou de grouper (associa'ivité) les facteurs d’un produit, possibilité d’obtenir le produit d’un nombre par une somme en additionnant les produits partiels relatifs à chaque terme de la somme (distributivité), ont été devinées très tôt, puisque les différents procédés opératoires les utilisent tacitement; mais leur exposé explicite ne date guère que du xixe siècle.
- Le fait que les premiers essais de présentation pédagogique de la technique opératoire datent du Moyen-Age, période où les manuels scientifiques étaient écrits en latin, explique l’origine de la plupart des termes utilisés. C’est ainsi que le mot « multi-
- plicande » provient de la contraction de l’expi’ession latine « numerus multiplicandus », faite dans certains livres d’arithmétique imprimés en latin, puis passée en traduction.
- Procédés de calcul concret.
- Bien avant son étude théorique et avant même la vulgarisation du calcul écrit, la multiplication était d’un emploi courant dans tous les calculs commerciaux. Chez la plupart des peuples de l’Antiquité, on relève l’emploi très ancien des procédés de calcul digital ainsi que l’utilisation courante d’abaques souvent très voisins des bouliers qu’emploient aujourd’hui
- encore les commerçants d’Extrême-Orient.
- Les procédés ingénieux qui permettaient de figurer à l’aide des doigts des deux mains tous les nombres entiers inférieurs à io ooo se complétaient par une série de règles, d’emploi assez délicat, permettant d’effectuer sur de petits nombres les quatre opérations fondamentales de l’arithmétique. Quelques traces des procédés di-gi'aux utilisés pour les multiplications persistent çà et là. C’est ainsi que les paysans de certains villages de l’Est européen ramènent, par des opérations digi'ales, toutes les multiplications de nombres d’un chiffre à des produits de nombres inférieurs à 5 (multiplication complémentaire) .
- L’emploi d'abaques ou de bouliers, très commode tant qu’il s’agit d’additions ou de sous'ractions, se complique dès qu’on arrive aux multiplications. Les règles relatives à cette opération se cristallisèrent, semble-t-il, après de longs essais, en des formes voisines de celles qu’employèrent les calculateurs à jetons d’Europe occidentale depuis le Moyen Age jusqu’au xvme siècle. Les règles de ce calcul, popularisées tout d’abord par la tradition orale, sont mentionnées dans la plupart des traités d’arithmétique pratique antérieurs au xixe siècle (fig. i). L’édition de 1781 de L'arithmétique en sa perfection, mise en pratique selon l'usage des Financiers, ... Banquiers et Marchands, de F. Le Gendre, contient encore un grand chapitre relatif à ce calcul avec jetons. « Cette méthode de calcul est plus pratiquée, dit-il, par les femmes que par les hommes; cependant plusieurs personnes qui sont employées dans les finances et. dans toutes les juridictions s'en servent avec beaucoup de succès ». Pourtant, à cette époque, le calcul avec je’ons n’est plus qu’une survivance. Handicapé par les manipulations compliquées qu’il entraîne, il fut supplanté peu à peu par les nouvelles techniques nées de la diffusion progressive du calcul écrit.
- Fig:. 1. — Calculateur avec jetons, d’après le Rechenbiechlin de Kœbel (Augsbourg, 1514).
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- En effet, concurremment avec les méthodes concrètes utilisées par les commerçants et les financiers, d’autres procédés, basés sur l’emploi de la numération écrite, furent, aux diverses époques, mis au point pour permettre les calculs savants des astronomes et des géomètres. Leurs principes varient en s’adaptant aux divers modes de numération écrite en usage et aux progrès de la technique arithmétique. C’est de cette évolution que nous allons maintenant essayer de dégager les lignes directrices.
- Les débuts du calcul écrit.
- Les préoccupations astrologiques et utilitaires des Sumériens et des Babyloniens, habitants successifs de la Mésopotamie pendant les millénaires qui précédèrent le début de l’ère chrétienne, amenèrent la création d’une astronomie et d’une algèbre très évoluées malgré leur support plus technique qu’abstrait. Les longs calculs rendus nécessaires par le développement de ces deux sciences étaient résolus assez facilement grâce à la commodité du système de numération sexagésimal. La découverte de nombreuses tables de produits, tracées en caractères cunéiformes sur des tablettes de terre cuite, montre que la pratique de la multiplication se bornait fréquemment chez eux à la consultation de ces tables calculées une fois pour toutes.
- Chez les Égyptiens, la technique semble toute autre. Leur science, telle qu’elle apparaît sous le Moyen Empire, s’oriente vers les problèmes d’arithmétique pratique plutôt que vers les calculs plus savants d’algèbre ou d’astronomie. Leur numération, de principe hiéroglyphique, permet d’effectuer aisément les additions. Aussi, les multiplications sont-elles ramenées à une série d’additions par un procédé où la multiplication par 2 (duplication), addition de 2 nombres égaux, joue un rôle essentiel. Une série de duplications faite à partir d’un nombre donné permet de le multiplier par une puissance quelconque de 2. Or, tout nombre peut être mis sous la forme d’une somme de puissances de 2 (Ex. : i3 = 8 + 4 + 1 = 23 + 22+1). Pour multiplier 27 par 10, on calcule par duplications successives les produits de 27 par les puissances de 2 jusqu’à 23, puis on additionne les produits partiels qui interviennent :
- 27x1 = 27; 27x2 = 27 + 27 = 54; 27 x 4 = 54 + 54=io8;
- 27 x 8 = 108 + 108 = 2x6 ;
- 27X i3 = 27 x (1 + 4 + 8) = 27+ 108 + 2i6 = 35i.
- 11 semble que les Grecs de l’Antiquité, malgré les complications créées par leur numération littérale, utilisèrent des méthodes analogues aux nôtres, en s’aidant de tables de produits assez étendues.
- Les Romains, à l’esprit orienté vers les techniques utilitaires, se contentèrent du calcul digital et du calcul sur abaque. L’emploi fréquent de la duplication l’endait la "pratique de la multiplication assez abordable, du moins sur de petits nombres.
- Le calcul algorithmique.
- En Eui'ope occidentale, l’influence des Romains propagea leurs méthodes de calcul concret associées à l’emploi de la numération romaine. Celle-ci était un simple mode de figuration des résultats, inemployable à la réalisation des calculs. Aussi, ne faut-il pas s’étonner que Gerbert, introduisant dans le monde chrétien, à la fin du x® siècle, les chiffres hindous amenés en Espagne par les conquérants arabes, se borne à les utiliser sous le nom d’apiees sur les jetons d’un abaque. Pour écrire scs résultats, il garde la notation romaine; mais, pour le calcul, ses jetons numérotés lui permettent d’alléger la présentation de l’abaque, puisqu’un jeton numéroté 9, par exemple, remplace 9 jetons ordinaires. Mais, l’attexxtion de l’opérateur doit être très soutenue car, au cours d’une multiplication, on est amené
- à faire de nombreux changements de jetons, chaque résultat par'iel devant être, à chaque instant, remplacé par le résultat suivant.
- A partir du xne siècle, une connaissance plus complète de la science hindoue, transmise par l’intermédiaire des Arabes, permit de donner une forme nouvelle à la technique opératoire. En effet, sur l’abaque de Gerbert, les jetons marqués d’apiees ne servant qu’à transcrire les résultats intermédiaires, on put, à l’exemple des Hindous, remplacer l’abaque par une tablette recouverte de sable sur laquelle l’opérateur traçait, à l’aide d’un stylet, les chiffres correspondant aux divers résultats partiels, effaçant chaque chiffre dès qu’il devenait inutile pour la suite des calculs. Cette méthode était néanmoins assez délicate, aussi la persistance de l’emploi de l’abaque romain, ou de sa variante, la table à jetons du Moyen Age, dans la technique commerciale ou financière courante, s’explique-t-elle aisément.
- Evolution vers les procédés modernes.
- Grâce à la diffusion de traités textes arabes et à la vulgarisation bon marché de l’écriture, de
- d’arithmétique inspirés de du papier, premier support
- nouveaux procédés opératoires, 5
- pour la plupart d'origine hin- 4
- doue, firent leur apparition au 3 1 2
- xve siècle et furent popularisés 8
- par les premiers traités d’arith- 1 0
- métique imprimés. 4
- L’Italien Luca Pacioli, dans 5
- sa Suma de Arilhmetica, pu- 1 2
- bliée à Venise en i4g4, décrit 1 5
- 8 méthodes de multiplication 1 6 8 4 8
- qui montrent une nette évolu- Fig. 2.
- ^Multiplk
- 'icateur:5 4
- "Multiplicande-.312 (2X4 = 8 unités) (2X50= 10 diz.) (10X4 = 4 diz.) (10x50 = 5 cent.) (300X4=12 cent.} (300X50= 15 mille)
- tion vers notre procédé moderne.
- Multiplication par abaque.
- i° Méthode de l’abaque. — La méthode la plus simple, décrite par Pacioli, dérive directement de l’emploi de l’abaque de Gerbert; elle revient à écrire tous les produits partiels correspondant à chaque chiffre du multiplicande multiplié par chaque chiffre du multiplicateur, puis à les addidtionner.
- Soit à multiplier 3i2 par 54; l’opération est décomposée ainsi :
- 3i2 x 54 = (3oo+ 10 + 2) x (5o + 4) = 4 x 2 + 4 x io + 4 x 3oo +
- 5o x 2 +5o x 10 + 5o x 3oo = 8 + 4o + ... = 16 848.
- On notera sur la 'figure 2 la disposition curieuse du multiplicateur et les colonnes, directement inspirées de celles de l’abaque, qui permettent de ne pas écrire les zéros terminant les produits partiels.
- 2° Méthode par gélosia (de la jalousie, du grillage ou du carré). — Cette méthode, originaire de l’Inde, fut employée par les Arabes et les calculateurs européens de la Renaissance.
- L’opérateur commence par ti'acer un l’ectangle divisé en petits carrés par des colonnes (corres-perndant aux chiffres du multiplicande) et par des lignes (correspondant aux chiffres du multiplicateur). Des lignes parallèles divisent chaque carré par la diagonale. On inscrit dans chacun le produit des deux chiffres qui lui cori’espondent (colonne et
- ligne), les dizaines du produit étant inscrites dans le demi-carré supérieur, les unités dans le demi-carré inférieur. Puis on obtient
- Multiplicande 3 1 2
- x U/ /
- f,s}i % % 4 s.
- S f %
- Fig. 3. — Multiplication par gelosia.
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- les chiffres successifs du produit en additionnant les chiffres inscrits sur la grille entre deux obliques successives et tenant comp'e des reports (fig. 3). En appliquant cette méthode à plusieurs exemples, on acquerra très vite un automatisme permettant de réaliser l’opération assez rapidement. Par rapport à no’re méthode moderne, ce procédé a l’avantage de dissocier deux opérations que le calculateur doit faire aujourd’hui de façon presque simultanée : les produits de nombres d’un chiffre et les reports et évite certaines erreurs dues au relâchement de l’attention. Aussi, malgré la longueur relative de ses opérations préliminaires, ce procédé par gélosia méri'e-t-il plus que l’intérêt de curiosité que suscite sen pittoresque.
- 3° Procédé de la croix. — Ce procédé consiste à grouper les produits partiels du même ordre décimal. Les deux nombres sont écrits l’un en dessous de l’autre, les unités de même ordre étant en regard, l’un des nombres étant s’il y a lieu, complété à sa gauche par des zéros pour avoir le même nombre de chiffres que l’autre. On joint chaque chiffre du premier nombre à chaque chiffre du second. Les lignes qui se coupent à mi-distance des deux nombres correspondent à des produits partiels du
- Fig. 4. — Multiplication en croix :
- 2 ] 2 v‘ croix—y 2 x 4 —y chiffre des unités =8. 2" croix
- —»-lx4 + 5x2 = 14-> chiffre des dizaines = 4 et 1- de rcPort- 3” croix —>1x5+3x4+0x2+1 de O 0 T report = 18 -y chiffre des centaines = 8 + 1 de report.
- 4° croix —> 3x5 + 1 x 0 +1 de report = 16 —y chiffre des mille = 6 + 1 de report. 56 croix ->3x0 + 1 de report = 1 —y chiffre des dizaines de mille = 1. Résultat = 16 848.
- même ordre décimal. Il suffît donc, pour avoir les chiffres successifs du produit, de calculer les produits relatifs à chaque croix, en tenant compte du report provenant de la croix immé-dia'ement à sa droite (fîg. 4). Cette méthode est de présentation simple mais nécessite un effort mental trop grand dès que les nombres ont plus de deux chiffres. Pour des nombres de deux chiffres, la croix unique apparaît, dans certaines arithmétiques du xvi° siècle, sous la forme d’un X, ce qui, semble-t-il, a suggéré à l’Anglais Wright, l’utilisation du signe x pour symboliser la multiplication.
- 4° Procédés modernes. — Certaines méthodes, décrites par Luca Pacioli, annoncent nettement notre procédé de multiplication moderne en réalisant, comme lui, la condensation des produits partiels relatifs à un même chiffre du multiplicateur. Elles en diffèrent par des détails de présentation : quadrillage, vestige de l’ancien abaque (méthode de l’échiquier) ou présentation différente des nombres à multiplier ou des produits par-
- 3 1 2 54 Multiplicande Multiplicateur 3 1 2 5 4 3 1 2 5 4
- 1 3 4 8| partiel :^X3IZ=m8 1 5 6 0 0 12 4 8 12 4 8 15 6 0
- 1 5 3 0 Cartier- 50x312-1560 diz.
- 161 34 ô Résultat 1 6 8 4 8 1 6 8 4 8
- © © ©
- Fig. 5. — a) Multiplication par la méthode de l’échiquier ;
- b) Méthode du château ; c) Disposition moderne.
- Les Tables.
- Toutes les méthodes de calcul écrit, sauf la duplication, supposent que le calculateur pose directement les produits des nombres d’un chiffre, soit qu’il les connaisse par coeur, soit qu’il les tire d’une table. Les Babyloniens, les Grecs, certains calculateurs italiens de la Renaissance utilisèrent des tables de produits assez étendus. Au xixe siècle, Crelle puis Bremiker, établirent de vastes tables permettant de poser directement tous les produits partiels des multiplications les plus courantes. Mais leur intérêt es! relatif, car l’utilisation d’une table est d’autant plus longue que la table est plus étendue. La table de multiplication carrée donnant les produits des nombres d’un
- PF
- MM.
- 6 iji> 14. .
- BM*5tzo|ZT[g
- |6liz[i8fe4î<j;6?7
- P |i4|Zi|z8M4Z|49|8
- l9|i8|27l;6|4llî4l^Fd3Tr______________
- annulait Qoxvuc kir allé vecbnung gemein
- lîeTlS l4~
- 14 jAk'l'oT/JfB
- 4
- 16 19 Mnli8zi|z4fz7l ]3 j i z|i c|z4|z8bIIîw
- 5 Ni 5+^5140451
- aî8bl7o!r6l4zlj|,a?4l
- 4F ijzq^4Z|4 915616 si
- Fig. 6. — Table de multiplication triangulaire et carrée, d’après l’arithmétique de Widman (Leipzig, 1489).
- chiffre est improprement appelée table de Pyihagore car elle semble dater de l’introduction du calcul algorithmique (vers le xiie siècle). A partir de la fin du Moyen Age, les auteurs de livres d’arithmétique recommandèrent vivement à leurs lecteurs de l’apprendre par coeur : « Item plus est nécessaire de savoir tout de cœur la multiplication d’une chacune des io figures par soi-même et aussi par chacune des autres », écrivait, en i484, le Français Ciiuquet. Par suite de la symétrie des tables carrées par rapport à leurs diagonales principales, chaque produit, en dehors des carrés, sc trouve transcrit deux fois; aussi, pour éviter cette répétition, certaines des premières tables de multiplication adop'èrent-elles la forme triangulaire (fig. 6).
- tiels (méthode du château, etc...). Nous ne nous étendrons pas sur elles, renvoyant aux schémas de la figure 5 qui montrent l’évolution progressive vers la forme moderne.
- Cette étude montre que la meilleure méthode est celle qui, par une systématisation rigoureuse, permet d’arriver à un automatisme, soulageant l’effort mental de l’opérateur et évite ainsi des erreurs dues à la fatigue. Notre méthode moderne n’est ni meilleure ni plus mauvaise que d’autres variantes que l’on pourrait imaginer, mais elle permet dans une mesure assez large cet automatisme, c’est là sa qualité fondamentale.
- Les auxiliaires du calcul.
- Avant de terminer celte esquisse de l’histoire de la multiplication, nous devons citer les réglettes de multiplication inventées par Néper en 1617 (fig. 7). Elles permettent un mode- opératoire concret aussi rapide, pour les petites opérations, que le calcul écrit. Néanmoins, elles n’eurent guère qu’un succès passager et les instruments actuels qui en dérivent sont d’un emploi très restreint. Il est vrai que Néper avait fait, en iGi4,
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- une autre invention, d’une portée incomparable : celle des logarithmes. Sans entrer dans le détail de leur principe, il suffit, pour juger de leur intérêt, de noter qu’ils permettent, à l’aide de nombres que l’on puise dans une table, de ramener toute
- Réglette3 Réglettel Réglette Z
- ZeProd.partiel ( 312x5)
- 15 (5+0)6 (5t1)0-»-1560
- Fig. 7. — Multiplication à l’aide des réglettes de Néper.
- multiplication à une addition et de simplifier de même façon les divisions, calculs de puissances et extractions de racines. En 1628, Oughtred inventa la règle à calcul qui permet, grâce à des échelles logarithmiques représentées- sur les côtés d’une règle fixe et d’une coulisse, de faire concrètement et rapidement les mêmes opérations. Le papier à échelle logarithmique que l’on trouve couramment dans le commerce est adapté à des usages analogues. La faiblesse de ces outils logarithmiques tient à leur précision qui est limitée par celle de la table ou de la règle et par les erreurs introduites par la manipulation de la règle. Néanmoins, cette précision est suffisante pour les applications les plus courantes et l’on comprend que, par leur commodité, les tables de logarithmes et les règles à calcul soient devenues des outils d’emploi courant pour les ingénieurs et les bureaux techniques.
- Cependant, partout où une grande précision est nécessaire : travaux comptables, calculs mathématiques, ces instruments sont aujourd’hui remplacés par des machines à calculer.
- Le calcul mécanique.
- Ces machines merveilleuses, triomphe de la mécanique moderne, réalisent automatiquement et à très grande vitesse, toutes les opérations arithmétiques. Sans détailler leurs principes, qui mériteraient à eux seuls une longue étude, nous pouvons noter que la plupart des machines courantes (fig. 8) réalisent les multiplications en matérialisant le multiplicande par une série de mécanismes, puis en mécanisant sa multiplication par les chiffres successifs du muliplicateur. Telles sont les machines dérivées de la première multiplicatrice, inventée vers 1670 par Leibniz (multiplicande matérialisé à l’aide de roues à dents de
- longueur inégale), ou d’autres qui utilisent une représentation différente du multiplicande : roues à nombre de dents variable, etc... D’autres machines utilisent au contraire une table de multiplication matérialisée par une plaque portant des tiges de longueur diverses (dans chaque case, analogue à celle d’une table de Pvthagore, se trouvent deux tiges, l’une pour les dizaines, l’autre pour les. unités du produit en question). Enfin, notons encore le principe très' curieux de certaines des récentes machines à calculer universelles conçues aux Etats-Unis qui, ne sachant faire que des intégrations, y ramènent toute opération; c’est ainsi qu’elles calculent le produit ab comme intégrale de la constante a entre les limites 0 et b.
- Cette revue rapide des principes servant de base à la multiplication, conçue suivant le cas, comme une opération écrite, concrète ou mécanique, montre leur extrême diversité. Si nos procédés de calcul arithmétique écrit semblent définitivement stabilisés, il est probable que les méthodes opératoires du calcul mécanique subiront encore des variations considérables et, qu’avec le développement de la technique, elles supplanteront de plus en plus le calcul écrit. Ce dernier reprendra peut-être
- Fig. 8. — Machine à calculer de type récent (Mercédès Super-automatique).
- Cette machine permet d’effectuer automatiquement les quatre opérations fondamentales de l'arithmétique : l’opération se borne h inscrire sur le clavier (qui comporte une colonne par ordre d'unités) les données : nombres en présence et signe opératoire. La machine effectue mécaniquement le calcul grâce à un moteur électrique et le résultat se lit sur le viseur situé en haut de la machine.
- alors le rôle mineur qui fut le sien alors que les procédés digitaux, l’emploi des abaques et des tables à calcul remplaçaient le plus souvent le « calcul à la plume ».
- René Taton.
- Les derniers perfectionnements du radar.
- Un dispositif ingénieux qui avertit le pilote d’un avion de la présence de formations, de cumulo-nimbus, nuages parfois dangereux, figure parmi les appareils exposés pour la première fois à l’Exposition du Centre gouvernemental de Recherches en Télécommunications, à Créât Malvern. en Angleterre. Ce dispositif, basé sur le radar, ne tient aucun compte des nuages inoffensifs, tels que les nuages de pluie, mais décèle la présence de cumulo-nimbus dans un rayon de do km.
- Cn autre appareil exposé à Great Malvern mesure la grosseur des gouttes de pluie dans un rayon de 160 km. Il a été reconnu que plus les gouttes sont grosses, plus les remous de l’air 6ont violents.
- La « Sonde-Radar », également exposée, a rendu possible de gros progrès dans le domaine des prévisions météorologiques aux grandes altitudes. C’est une station météorologique en miniature comprenant les instruments de mesures de précision, un transmetteur et récepteur de radio ainsi que les piles nécessaires à son fonctionnement. Le tout ne pèse que 20 kg. Munie d’un parachute et attachée à un ballon, la sonde est lâchée et transmet au cours de son ascension des renseignements précis sur la pression atmosphérique, la température de l’air, sa teneur en humidité et la vitesse du vent aux diverses altitudes. Quand le ballon est monté à 25 000 m environ, il éclate, le parachute fonctionne et l’appareil redescend vers la terre.
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- LES GRAVURES RUPESTRES
- et les enceintes préhistoriques de là forêt de Fontainebleau
- Fig. 1. — Site classique d’une région à cavernes ornées et enceintes protohistoriques.
- Tout le monde connaît les splendides peintures et gravures des cavernes de la France méridionale. Les œuvres magnifiques de Lascaux, près de Montignac (Dordogne) découvertes il y a quelques années, celles de Font-de-Gaume (Dordogne), Niaux (Ariège), etc... ne sont plus à commenter. Mais, sauf quelques courts articles de revues spécialisées, rien ne fit connaître au public qu’il existait aussi un magnifique ensemble de cavernes ornées dans la forêt de Fontainebleau. Soixante d’entre elles ont déjà pu être étudiées.
- Une élude d’ensemble, qui fera l’objet d’un ouvrage abondamment illustré, est entreprise sous la direction de J. Baudet, assistant de l’Abbé Breuil dont l’œuvre en matière de préhistoire est universellement connue.
- Fig-. 2. — Caverne ornée, après fouille méthodique.
- La foret de Fontainebleau s’étend sur des sédiments tertiaires découpés et ravinés à l’infini auprès des cours d’eau affluents de la Seine. Les versants de ces ravins et des vallées sont tapissés de blocs de grès provenant de l’étage stampien. Ce sont des blocs de fragmentation des énormes lentilles silicifiées existant au même niveau. Un grand nombre de ceux-ci sont percés de part en part ou simplement excavés par des phénomènes éoliens et pluviaux. Les parois de ces cavités sont souvent tapissées de gravures multiformes superposées dont la lecture n’est pas toujours aisée. Il faut des journées de patientes observations pour arriver à en discerner les détails.
- L’exploration méthodique et suivie d’une longue bande s'étendant des environs de Nemours à la région d’Étampes permit de repérer plusieurs stades différents dans l’exécution de ces figures.
- Le premier, le plus ancien, est constitué par des figurations d'animaux schématisées finement tracées, comprenant des cervidés e' des bovidés représentés dans des attitudes diverses. Il correspondrait à l’époque mésolithique située entre l’âge de la pierre taillée ou Paléolithique des époques froides du Renne et l’âge de la pierre polie ou Néolithique.
- On trouve ensuite, se superposant aux précéden’es figures, un deuxième ensemble de gravures comprenant de multiples schématisations humaines plus ou moins nettes parmi lesquelles se remarquent des figures voisines des idoles dolméniques. L’idole des dolmens est une forme en arc brisé avec un trait médian et deux cupules ou cercles inscrits dans la surface délimitée.
- Toute une série de figures et signes variés, dont l’interprétation conduit à des hypothèses diverses, vient recouvrir les gravures précédentes : rouelles, bipennes proches du type égéen, schématisations de chario's, figures étoilées et géométriques.
- Les trois époques de figures se superposent en général dans toutes les cavernes. Les endroits sont rares où ont été rencontrées des figures isolées.
- L’étude de la technique d’exécution donne des détails inléres-
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- sants : le stade animalier le plus ancien a été tracé avec des instruments durs qui doivent être en silex. Les gravures postérieures furent exécutées par frottement longitudinal avec des fragments de grès choisis comme étant plus résistants que la roche des parois.
- Des figures similaires à celles que nous venons de déoriie pour les s'ades 2 et 3 avaient déjà été étudiées en d'autres contrées de la France, en Espagne. en Suisse, en Angleterre et dans le Grand-Duché de Luxembourg, mais aucune connexion archéologique précise n’avait permis d’en situer la position chronologique exacte.
- L’intérêt des études entreprises en forêt, de Fontainebleau réside dans le fait que chaque caverne ornée est en rapport direct avec un système d’enceintes en pierres sèches qui forment un ensemble immense.
- Ces murailles forment entre elles des plans compliqués où notre logique actuelle ne trouve pas d’explication plausible. Ces enceintes simples ou accolées, étagées sur les versants, sont parfois en 1 apport avec d’anciennes mares asséchées du plateau. Elles sont construites avec des matériaux superposés ou bien à l’aide de deux rangées parallèles de pierres levées juxtaposées dont l’intervalle est rempli de bloquai!^.
- Fig. 3 à 5. — En haut : Paroi de caverne avec figures des 2° et 3e époques. — Au centre : Style animalier de la première phase. — En bas : Paroi avec superposition des trois époques.
- A l’intérieur des enceintes, 011 trouve des restes d’habitations en pierres rectangulaires ou circulaires accolées aux gros rochers et des sortes de casemates creusées sous les blocs où se rencontrent des vestiges datant de l’époque mésolithique jusqu’au gallo-romain tardif en passant par le néolithique, l’âge du bronze et celui du fer.
- Les couches néolithiques, du bronze et du fer marquent des stades d’habitats tandis que le gallo-romain ne représente que l’époque troublée des invasions où les indigènes cherchaient refuge. Ce dernier niveau archéologique ne se retrouve d'ailleurs que sous des abris et dans les liabita-’ions en casemates. Les cabanes, dont le contour en pierres sèches subsiste seul, n’ont fourni que des éléments de l'âge du bronze et du fer.
- Toutes ces découvertes, situées au Sud et au Sud-Ouest de la forêt, laissent entrevoir un ensemble inédit de peuplements pré- et protohistorique. Il convient d’y ajouter des stations préhistoriques beaucoup plus anciennes, qui ont fourni des blocs de grès transportables gravés à l’image d'animaux.
- Les curieux et les touristes à qui s'adresse tout particulièrement cet arlic.'e devront, dans la mesure du possible, signaler dans leur entourage l'intérêt de ces gravures afin d’éviter les altérations, hélas trop nombreuses, des œuvres préhis'oriques par de= graffiti modernes dont il n’y a pas lieu de parier ici.
- .1. Baudet.
- Fig. 6 et 7. — A gauche : Construction à parements latéraux des murs d’enceinte. — A droite : Technique à appareil superposé des murailles.
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- L'acétylène d chimique
- ans l'industrie organique
- L’acétïlè:ne est un gaz qui est à la base d’une extraordinaire gamme de produits industriels de grande valeur : sa formule est HC =CIÎ ou CJL.
- Sources d’acétylène. — Il y a deux modes d’obtention de l’acétylène — soit par action de l’eau sur le carbure de calcium — soit par le craking dans l’arc électrique d’hydrocarbures aliphatiques gazeux (principalement du méthane).
- Le mode le plus ancien de préparation de l’acétylène nécessite la fabrication de carbure de calcium qui s’obtient, ainsi que l’a indiqué Moissan en 1892, en chauffant vers 2 000° au four électrique un mélange de chaux et de coke :
- CaO + 3C -> C2Ca + CO.
- Pour obtenir une tonne de carbure, il faut 590 kg de coke, 900 kg de chaux (en théorie 562 et 875) et la dépense électrique est voisine de 3 500 kW/h. Depuis une quarantaine d’années, les fours électriques pour la fabrication de carbure ont augmenté en nombre, en capacité et même en puissance. Il convient de signaler toutefois qu’une partie du carbure produit sert à préparer un engrais de valeur, la cyanamide. Le reste est transformé en acétylène par l'action de l’eau :
- C2Ca + 211*0 CJL + Ca(OH), + 26,3 Cal.
- Cette réaction est accompagnée d’une grande augmentation de volume puisque un kilogramme de carbure fournit en moyenne 300 1 de gaz (en théorie 348 1). De nombreux générateurs sont utilisés industriellement : ils peuvent être du type à chute d’eau, du type à chute de carbure, du type à contact périodique. Le but généralement poursuivi est de dissiper la chaleur dégagée d’une manière efficace.
- Une méthode plus moderne de préparation de l’acétylène consiste en un craking d’hydrocarbures aliphatiques à bas poids moléculaires. C’est généralement le méthane que l’on transforme ainsi par l’action de l’étincelle électrique. Bien entendu, ce procédé s’applique particulièrement dans les pays possédant des gaz naturels comme les États-Unis, l’U. R. S. S., ... la France. En Allemagne, à Hüls, on a utilisé soit du gaz naturel, soit du gaz provenant de l’hydrogénation du charbon (essence synthétique suivant le procédé Bergius).
- 11 est remarquable que la consohimation électrique pour l’obtention de 1O0 kg d’acétylène pur soit à peu près de 1 200 kW/h suivant que l’on emploie l”une ou l’aufre de ces méthodes.
- Il y a là une source d’éthylène industriel en vue de ses multiples transformations que certains pays ne négligent pas : en Allemagne, sur une production de SS 299 t pour l’année 1943, 26 025 t étaient obtenues par ce procédé.
- 2° Par addition de chlore à l’acétylène, on obtient suivant les proportions le dichloréthylène, CIICl = CHC1 (ébullition à 54°) ou le tétrachloréthane, CHC1* — CHC1* (ébullition à 146°).
- A partir de ce dernier composé, en alternant l’élimination d’acide chlorhydrique et l’addition de chlore, on obtient la série des dérivés chlorés :
- Trichloréthylène ...... CIICl = CCI. (ébullition à 87°)
- Pentachloréthane ...... CHC12 — CC13 ( » 160°)
- Tétrachloréthylène .... CCI* = CC12 ( » 119°)
- Hexachloréthane ....... CCI* — CCI* (solide, fusion à 187°)
- Ces produits, principalement le trichloréthylène et le tétrachloréthane, ont acquis une certaine importance industrielle comme solvants ininflammables pour l’extraction des matières grasses, le dégraissage des métaux, le nettoyage chimique, etc....
- Le trichloréthylène est transformé, en parties, en acide mono-clDoracétique (utilisé dans certaines synthèses comme celle de l’indigo).
- Pendant la dernière guerre, l’hexachloréthane, mélangé avec de la poudre d’aluminium, donnait naissance après inflammation à un brouillard artificiel composé de carbone et de chlorure d’aluminium finement divisé.
- En 1943, l’industrie allemande consommait plus de 50 000 t de chlore pour la fabrication des dérivés chlorés issus de l’acétylène (chlorure de vinyle excepté).
- 3° L’addition d’une molécule d’eau sur la triple liaison de l’acétylène conduit à l’alcool vinylique, composé instable se réarrangeant immédiatement en acétaldéhyde :
- HC = Cil -j- 1I20 -> IIaC = C
- II
- ou
- II,c-
- II
- O
- Trois procédés industriels permettent cette transformation :
- — En présence de sels mercuriques, l’acétylène est hydraté par passage dans une solution sulfurique à 25-35 pour 100 : en opérant à une température voisine de 60°, l’acétaldéhyde aussitôt formée est entraînée, puis condensée et l’acétylène en excès est recyclé. 1 t d’acétaldhéyde nécessite 2 à 2,2 t de carbure.
- — En présence de sulfate mcrcurique, l’acétylène est absorbé par l’acide acétique en donnant un mélange d’acétate de vinyTe et de diacétate d’éthÿlidène :
- .Utilisations de l’acétylène. — Il convient de signaler qu’une irhportante partie de l’acétylène est utilisée à d’autres fins que la synthèse de produits chimiques. C’est ainsi qu’en France sur les 150 000 t de carbure de calcium réparties officiellement pour la campagne l'r avril 1947-31 mars 1948, 67 000 t furent utilisées pour la soudure autogène, l’oxydécoupage des métaux et l’éclai-!rage. L’industrie chimique n’a guère disposé que de 52 200 t (y compris les textiles artificiels). En Allemagne, pour l’année 1943, sur une production de carbure de 1 500 000 t, la moitié (soit .780 000 t) ét'àit réservée à la chimie de l’acétylène, dont le contingent était encoré accru par la production de l’usine de Hüls suivant le procédé de craking à l’arc électrique.
- 1° Par addition d’hydrogène à l’acétylène, en présence de catalyseurs sélectifs (palladium sur gel de silice) vers 250°-350°, on obtient de l’éthylène :
- CH,- COsII + UC = CU -> Cils — G'
- N) - CU = CEIï O
- CII3 - C -<x
- 2CH3 - cosii + ne = en -> )>cn - cru
- CH, - C - CK
- ^0
- Ce dernier composé, par l’aclion de la chaleur à 250° en présence de chlorure de zinc, se scinde en anhydride acétique et acétaldéhyde :
- /»
- CII3 - C - Ck
- ^>CII
- CIJ3 - CO CÜ3 -* >0 + CH
- CH,"- CQ/
- CHO
- CII3 — C — O'
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- Dans cette réaction, qui est industrialisée, par exemple aux Usines Rhône-Poulenc, l’acétaldéhyde devient un sous-produit de l’obtention le l’acétate de vinyle (voir plus loin) et de l’anhydride acétique (utilisé en particulier pour acétyler la cellulose).
- — En présence de potasse, vers ISO0, sous une légère pression (S à 10 kg), l’acétylène se combine à l'alcool méthylique pour donner un éther-oxyde de méthyle et de vinyle :
- HC = CH + CIROH -> H,C = CH — O — CH3
- L’hydrolyse de cet éther par l’acide sulfurique donne l’alcool vinylique se réarrangeant en alcétaldéhyde :
- 4-11*0
- IRC = Cil — 0 — CIR ------>-
- IÏ2C = &
- Al
- CH, - C
- V
- Cette méthode, quoique plus onéreuse que l’hydratation directe en présence de sels de mercure, a été utilisée pendant la dernière guerre en Allemagne en vue d’économiser le mercure.
- Comme produit commercial, l’acétaldéhyde n’a pas d’applications ; mais son bas prix de revient en fait un composé intermédiaire abondamment utilisé dans l’industrie pour la préparation de substances en C2 ou C, dont les principales sont mentionnées dans le tableau ci-dessous :
- ACÉTALDÉHYDE CH,. CHO
- CH CH OH .CH CHO
- ALD0L
- ACÉTATE
- D'ETHYLE
- ANHYDRIDE ET ACIDE MALÉIQUE CQ,H.CH:CH.CO,H
- ACI DE ACÉTIQUE
- ALCOOL
- BUTYLIQUE
- ALCOOL ÉTHYLIQUE CH,- CH, OH
- ALDEHYDE BUTYLIQUE CH,.CH,.CH,.CHO
- Fig. 1.
- Usés dans l’industrie des poudres à mouler, pour l’isolement électrique, pour la confection de toiles filtrantes ou même de tissus (Rlrofil), pour la fabrication de parapluies, d’imperméables, de nappes..., etc.
- Le chlorure de polyvinyle peut être « surchloré » par action directe du chlore en solution dans le tétrachloréthane, ce qui augmente considérablement sa résistance aux agents chimiques (application dans l’appareillage chimique industriel où il peut parfois remplacer le plomb).
- L’acétate de vinyle est obtenu par fixation de l’acétylène sur l’acide acétique :
- CIR - COiII + HC = CH -* CH3 — C^°
- X0 — CH — CIR
- C’est un liquide (ébullition : 76°) qui, lui aussi, se polymérise en une macromolécule filiforme de formule :
- ... _ CH,-CH-CHÏ-CH-CH.,-CH-CH.-CH--CH. — .................
- I l A d
- I I I I
- CO CO CO CO
- I l I I
- CIR CIR CIR CH3
- Les acétates de polyvinyle, de poids moléculaires variables de 4 000 à 2b 000, sont des résines très utilisées pour la fabrication de vernis cellulosiques, d’apprêt pour tissus, de colles et adhésifs, de simili-cuirs..., etc.... On peut remplacer l’acide acétique par d’autres acides (acide chloracétique, acide formique...).
- Par hydrolyse des esters polyvinyliques, on obtient l’alcool poly-vinylique :
- .... CH, —CH —CH, —CH —CH, —CH —CH, —CH —CH, ....
- OH OH OH OH
- qui est une poudre blanche fibreuse soluble dans l’eau. Ses principaux emplois sont ceux d’agents épaississants et émulsifiants, utilisés dans l’industrie des textiles, du papier, des colles et adhésifs.
- L’alcool polyvinylique, par combinaison avec des aldéhydes (formaldéhyde, acétaldéhyde, butyraldéhyde) donne des acétals dont la structure correspond vraisemblablement à la réunion de plusieurs chaînes filiformes en une macromolécule tridimensionnelle :
- Il est à peine besoin de souligner l’importance de quelques-uns de ces produits : alcool éthylique, alcool butylique, acétate d'éthyle, acétone, acide acétique. De plus, l’aldol, ainsi que nous le verrons, joue un rôle important pour la préparation du buta-diène en vue de la fabrication du caoutchouc synthétique.
- 4° Depuis une vingtaine d’années, la polymérisation facile de nombreux composés vinyliques a accru considérablement l’activité des industries des matières plastiques, des peintures et vernis et des colles. C’est l’acétylène qui est à la source de ces produits.
- Le chlorure de vinyle est obtenu par l’action de l’acide chlorhydrique gazeux sur l’acétylène en présence de chlorure mercuri-que sur charbon actif :
- HC = CH + HCl -> IRC = CIIC1 + 45 Cal.
- CH3
- O O
- I I
- CH — CH, — CH — CII, — CH — CH2 — CH
- O
- I
- CHR
- I
- O
- — CH, — CH — CH3 — CII — CIR — CII — CH;
- O
- CHR
- I
- O
- I
- — CII — ....
- C’est un gaz (ébullition à — 18°) qui est capable de se polymé-riser en émulsion dans l’eau sous l’action de catalyseurs (persul-fates, peroxydes...) en une macromolécule filiforme de formule :
- .... CH, —CH —CH, —CH —CH, —CH —CH, —CH —CH, ....
- Cl Cl Cl Cl
- Ce polymère, chlorure de polyvinyle, après coagulation et séparation, se présente sous forme de poudre blanche qui, sous l’influence de plastifiants (tricrésylphosphate) et de la chaleur (160°) peut être amenée à l’état de fils, de tubes ou de films insensibles aux agents chimiques usuels. Ces produits sont abondamment uti-
- Ces acétals polyvinyliques servent à préparer des pellicules transparentes pour l’emballage (genre Cellophane), des poudres à mouler pour objets divers (peignes, petits objets...) et principalement des vernis à cause de leur compatibilité avec les résines naturelles, les huiles siccatives et même la nitrocellulose.
- On a proposé de préparer le nitrile acrylique par action de l’acide cyanhydrique sur l’acétylène :
- HC = CII + HCN -> H2C = CH - CN
- Ce composé copolymérisé avec le butadiène donne une variété de caoutchouc synthétique dénommé Buna N, Perbunan ou G. R. N
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- Par hydrolyse, le nitrile acrylique donne l’acide correspondant qui se polymérise pour former des produits très solubles dans l’eau :
- .... _ CH2 — CH — CH, — CH — CII2 — CH — CH2 — ....
- I ' I I
- co2h co2h co2h
- assez peu utilisés sauf sous forme de certains sels comme agents épaississants. Par contre, les polyacrylates, obtenus par polymérisation des esters acryliques, sont capables de donner des pellicules transparentes assez souples servant à préparer des crins artificiels ou des enduits pour tissus.
- On peut obtenir des éther-vinyliques par réaction de l’acétylène sur les alcools en présence de potasse à 150° sous 5 à 15 Atm. :
- 1IC = CH + BOH -* ILC = CH — O — R
- Ces éther-vinyliques peuvent se polymériser, comme tous les dérivés vinyliques : le poly-éther-isobutylique donne des produits intéressants pour la fabrication de certaines colles qui ne sèchent pas et qui conservent une certaine élasticité (utilisée en particulier dans l’industrie automobile).
- Beaucoup d’autres produits ont été « vinylés » .par l’action de l’acétylène, tels que le carbazol, la pyrrolidone, le butylphénol....
- ou du liège (linoléum, ciments anti-acides, isolants électriques, absorbant piour dynamite...).
- La polymérisation de l’acétylène en produits linéaires a été réalisée aux États-Unis par l’abbé Nieuwland sous l’action du chlorure cuivreux : il s’agit d’une « vinylation » aboutissant soit au dérivé monovinylé (M. V. A.), soit au dérivé divinylé (D. V. A.) :
- ÏLC = CIÏ — C — CII H2C = CH — C = C — CH = CH2
- Monovinylacétylène Divinylacétylène
- composés particulièrement intéressants par leur forte non-saturation.
- L’hydrogénation partielle du monovinylacétylène en présence de catalyseurs sélectifs,
- I-LC = CIÏ — C = CIÏ + ÏL -> ÏLC = CIÏ — CH = CIL
- pourrait constituer un mode de préparation du butadiène pour la fabrication du caoutchouc synthétique.
- L’addition d’acide chlorhydrique au monovinyl-acétylène donne le chloroprène,
- Cl
- ÏLC = CH — C = CII + HCl -> ILC = CÏI — C = CH2
- I
- CÏI = CHo Vinyl-carbazol
- ch2 — ch2 I I ch2 CO
- CIÏ = ch2
- Vinyl-pyr rolidone
- CH 3 ch3|
- ctl3-c:\/\
- Vinyl-butyl-phénol.
- composé ne différant de l’isoprène que par la substitution d’un atome de chlore au groupe méthyle de celui-ci. Le chloroprène se polymérise 700 fois plus vite que l’isoprène pour donner un caoutchouc synthétique commercialement connu aux États-Unis sous le nom de « néoprène » et en U. R. S. S. sous le nom de « sovprène » (CarothersL Son prix de revient élevé en limite toutefois les usages dans les cas où le caoutchouc naturel ne convient pas.
- L’hydratation du monovinylacétylène conduit à une cétone vinvlée,
- La polymérisation du vinyl-carbazol donne une résine thermo-plastique utilisée aux États-Unis pour fabriquer d’excellents isolants électriques.
- Le poly-vinyi-pyrrolidone sert à l’obtention d’apprêt et de colles (Collidon), ainsi que, résultat inattendu, des suspensions colloïdales pouvant remplacer le sang après des hémorragies (Periston).
- La Corésine, obtenue par action de l’acétylène sur le para-tertio-butyl-phénol, est un produit indispensable pour le travail du caoutchouc synthétique, qui donne aux mélanges le pouvoir collant désiré et facilite le boudinage.
- 5° Certaines polymérisations de l’acétylène peuvent conduire à des produits particulièrement intéressants dont quelques-uns ont déjà acquis une certaine importance industrielle.
- La polymérisation directe en benzène sous la seule action de la chaleur a été observée dès 1866 par Berthelot :
- CÏI
- Hc/\dH
- 3HC E= CH
- 11C\^CH
- CH
- Étant donné l’intérêt industriel de cet hydrocarbure, généralement obtenu à raison de 5 à 6 kg par tonne de houille distillée, cette trimérisation paraît fort séduisante : elle n’a pu être réalisée avec un rendement satisfaisant qu’en 1942 par Pascal et Coupard en utilisant comme catalyseur le carbure d’aluminium. Simultanément, en Allemagne, un même résultat était atteint avec d’autres catalyseurs complexes à base de métaux carbonyles et de t.riphénylphos-phine. Mais tous ces essais sont restés du domaine du laboratoire.
- Un autre produit de condensation pyrogénée de l’acétylène en présence de cuivre est le « cuprène », découvert en 1899 par Sabatier et Senderens. C’est un composé non encore défini se présentant sous forme d’une masse spongieuse qui, à cause de sa légèreté, fut autrefois employé comme substitut de la farine de bois
- ILC = CH — C E= CH + ILO -> ILC = CII — CO — CH3
- qui se polymérise rapidement dans des conditions particulières en produits thcrmoplastiques utilisés pour la fabrication d’isolants électriques ou de « verre organique ».
- Le divinylacétylène, à cause de son caractère fortement non saturé, se polymérise très aisément par autoxydation : il est, de ce fait, utilisé en peintures comme succédané des huiles siccatives.
- Bien entendu, la « vinylation » peut se continuer : on a, en effet, obtenu un tétramère de l’acétylène de formule :
- ÏI2C = CIÏ — C ~ C — CII = CIÏ — CII = CIÏ2
- composé s’autoxydant d’une manière explosive, ce qui, au début, a occasionné lors de la fabrication industrielle du M. Y. A. et du D. Y. A. des accidents dont l’un fut particulièrement redoutable (destruction totale de l’usine). On remédie à cet inconvénient en opérant à l’abri de l’air, en présence d’anti-oxygène comme stabilisant et en effectuant les commandes à distance.
- Enfin, ces dernières années, les chimistes allemands, sous la conduite de Reppe, ont polymérise l’acétylène en cyclooctatétraène, en cyclodécapentaèr.e et en azulène,
- /^X
- K=) \/\^
- Cyclooctatétraène Cyclodccapentaène
- hydrocarbures pouvant, dans l’avenir, présenter un grand intérêt.
- 6° L’acétylène est une des matières premières pour la fabrication du caoutchouc artificiel dont le prodigieux développement est venu de circonstances économiques particulières (autarchie pour l’Allemagne, impossibilité d’importation du caoutchouc de plantations pour les États-Unis).
- Azulène
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- Le butadiène, indispensable à la fabrication des divers Buna, a été obtenu en Allemagne à partir de l’acétylène suivant deux procédés schématisés ci-dessous :
- ne = CH ACÉTYLÈNE
- \
- \
- CHz0H.C:. C.CHjOH BUTINÉDIOL
- BUTANÉDIOl. I .4.
- CH2:CH. CH : CH. BUTADIÈNE
- BUTANÉDIOL.1.3.
- Fis. 2.
- Suivant le premier procédé, utilisé à Schkopau et IIüls, l’acétylène est d’abord transformé en acétaldéhyde ; deux molécules de cet aldéhyde sont aldolisées ; l’aldol obtenu est hydrogéné en butane diol 1.3, lequel est déshydraté catalytiquement en butadiène. Au total, dans ce procédé (dénommé procédé 1-3), le rendement en butadiène par rapport à l’acétylène est de l’ordre de G2 pour 100.
- Suivant le deuxième procédé, qui fut monté en 1942 par Reppe à Ludwigshafcn, l’acétylène est condensé avec le formaldéhyde en butine diol : ce produit hydrogéné en butane diol-i-4, lequel est déshydraté catalytiquement en butadiène. Dans ce procédé (dénommé procédé 1.4), le rendement en butadiène est de l’ordre de 72 à 73 pour 109 par rapport à l’acétylène de départ.
- Dans les deux procédés, le point le plus délicat est le dernier
- stade, c’est-à-dire la déshydratation des butane-diols (1-3 ou 1-4) : elle s’effectue sous pression normale à une température de 280°-290° en présence d’un catalyseur (coke imprégné de phosphate de sodium). Malheureusement la durée d’efficacité de ce catalyseur, qui s’encrasse par formation de résines, n’est que de trois à quatre semaines.
- Le procédé de Reppe (procédé 1-4) aurait dû être plus économique que l’ancien procédé 1-3. En effet, il est un exemple d’une fabrication compensée où l’on utilise par molécule de butadiène une seule molécule d’acétylène (produit relativement cher) et deux molécules de formaldéhyde (produit relativement bon marché), tandis que le procédé 1-3 exige deux molécules d’acétylène. De plus, les rendements par rapport à l’acétylène sont meilleurs (72 à 73 pour 100 contre 62 pour 100). Malgré ces avantages apparents, le prix de revient du butadiène suivant le procédé Reppe est supérieur à celui de l’ancien procédé. Le procédé 1-4 n’en a pas moins été monté à l’échelle industrielle et l’usine de Ludwigshafen avait une capacité de production annuelle en Buna de 30 000 t. C’est qu’en effet, les produits intermédiaires ont une grande valeur par suite des multiples synthèses auxquelles ils donnent lieu : la série des transformations peut être dirigée soit vers la production de butadiène, soit vers la production d’autres produits (tétrahydrofuran utilisé comme solvant, acide adipique et hexa-méthylèncdiamine utilisé pour fabriquer du Nylon, butyrolac-tone..., etc...). Il n’est pas douteux que la chimie de l’acétylène, qui s’est considérablement développée ces dernières années sous l’influence de Reppe, est riche de promesses de toutes sortes pour 1 avenir.
- Bien des transformations de l’acétylène ont dû être négligées dans cet exposé. On a souvent l’habitude de schématiser les différents produits obtenus à partir de ce gaz sous la forme d’un arbre généalogique : 1’ « arbre de l’acétylène » aurait pour sève l’acétylène et pour branches maîtresses, l’acétaldéhyde, le butine-diol et les dérivés vinyliques. Le chimiste organicien est véritablement stupéfait de constater la vivacité et les multiples ramifications d’un tel arbre : suivant la pittoresque et originale expression de M. Piganiol, il se trouverait comme un jardinier ne sachant quelle branche couper. Mais est-il nécessaire de tailler un tel arbre ?
- A. WlLLEMART,
- Chef de Travaux à l’École Nationale Supérieure de Chimie de Paris.
- ch3 cho acétaldéhyde
- L'oxyde de titane.
- La consommation industrielle de l’oxyde de titane est en constante progression. Il est de plus en phis demandé par les fabriques de peinture et remplace progressivement les pigments blancs dérivés du plomb ou du zinc, le lithopone, le sulfate de baryum, etc. Il possède une réelle supériorité sur ces produits aussi bien du point de vue technique qu’au point de vue économique. Il est d’un blanc pur et a un grand pouvoir couvrant ; il permet d’économiser des métaux tels que le plomb et le zinc dont la production mondiale est insuffisante et dont les cours sont élevés.
- Il constitue le pigment dominant dans les peintures émaillées blanches pour appareils ménagers : fourneaux, frigidaires, machines à laver, etc. On peut l’associer à une certaine proportion d’oxyde de zinc qui lui donne un brillant du type de l’émail porcelaine.
- L’oxyde de titane est de plus en plus en faveur comme charge dans les papiers dont il améliore l’opacité et la blancheur, ce qui permet l’impression sur des papiers plus minces et plus légers.
- Il intervient aussi comme charge dans lès plastiques, notamment dans le caoutchouc. Il permet d’augmenter le degré de blancheur des savons de toilette : c’est un excellent agent pour le délustrage des rayonnes, auxquelles il confère le degré de matité recherché.
- La France possède dans ses colonies des ressources non négligeables en minerais de titane.
- Les deux minerais essentiels sont l’ilménite ou fer titané et le
- rulile qui est de l’oxyde de titane naturel cristallisé. Ce dernier minéral est caractérisé par son indice de réfraction, l’un des plus élevés de tous les minéraux connus. Son indice moyen est d’environ 2,75. C’est d’ailleurs à la valeur de cet indice que l’oxyde de titane doit son pouvoir couvrant et opacifiant.
- On trouve de l’ilménite en filon en Algérie, dans la Moyenne Medjerda et dans les sables des plages des environs immédiats de Bône. C’est surtout en Afrique occidentale française que l’on exploite les sables lourds rejetés sur certaines plages du Sénégal par les fortes houles. L’exploitation est localisée entre Rufisque et la Gambie. Ces sables à ilménite proviennent de la désagrégation des basaltes de la presqu’île du Cap Vert- et de l’île de Gorée. La production varie de 1 300 à 7 000 t annuellement. On a signalé également de puissantes accumulations de sables titanifères à Sierra Leone. La désagrégation des basaltes de la côte sud de l’île de la Réunion a fourni également des sables titanifères qui ont été prospectés autrefois. A Madagascar, des gisements importants d’ilménite ont été reconnus à Yangoa dans le Betsiriry. On a également exploité du rutile, à l’ouest d’Ambatofinandrahama pour les besoins de la guerre (chlorure de titane comme fumigène). Au Cameroun, on exploite également du rutile de très belle qualité depuis 1935. La production varie de 1 000 à 3 000 t annuelles. Le rutile a été également prospecté en Nouvelle-Calédonie.
- L’oxyde de titane est donc assuré d’un bel avenir.
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- LA TRACTION ÉLECTRIQUE DES CHEMINS DE FER
- par le " monophasé 50 périodes " est-elle possible ?
- La prochaine électrification de l’artère Paris-Lyon remet au premier plan de l’actualité ferroviaire le problème du courant de traction. Ji n'est pas exagéré de dire que la France, « cristallisée », si l’on peut dire, sur la formule du courant continu i 500 V distribué par caténaire, est aujourd’hui en train de réviser largement ses positions (*).
- Rentabilité des électrifications.
- A mesure qu’on s’engage dans l’électrification, on est condait à considérer des ensembles de lignes reliées les unes aux autres ; autrement dit, il est impossible d’électrifier les artères principales seules. Ceci est évident, notamment, en ce qui concerne le rempla-
- 1. On consultera plus particulièrement deux études techniques de M. Armand, Directeur général adjoint à la S.N.C.F. et de M. Marcel Prot, Ingénieur en Chef des Transports aux Travaux Publics, Revue générale des Chemins de fer, février 1948.
- Fig. 1. — Comparaison des installations fixes nécessitées par trois modes d’électrification d’une artère de 300 km.
- a) Élcctrification en courant continu à 1 500 V, système français : le chemin de fer doit construire une ligne électrique triphasée 60 000 V, 50 périodes, le long des voies, 15 sous-stations réparties le long du parcours pour transformer le courant alternatif en courant continu 1 500 V, une caténaire lourde (2 000 A). — b) Électrification en courant alternatif ordinaire (monophasé) 15 000 Y, système Suède, Suisse, Allemagne : le chemin de fer doit construire une ligne à 110 000 Y spéciale 16 2/3 périodes, trois usines, cinq postes et une caténaire légère. — c) Électrification en monophasé 20 000 V, 50 périodes : le chemin de fer doit construire des postes de transformation aux points de rencontre de la voie avec les lignes du réseau national (ici, cinq points) et une caténaire légère. C’est de beaucoup la solution la plus économique (schémas simplifiés d’après une étude de M. Armand sur l’électrification de Clermont-Ferrand-Nîmes).
- Réseau Natiorial <3 usines_________
- 150.000 volts
- Ligne é/ectr^1e SNCF 15sous- |n I
- stations" pal
- T
- 50 -v
- 60.000 volts 50 *v
- Continu 1500 volts (c
- TTmfrrmTrrrnTrrrntTr.
- (France)
- 150.000 volts 50 -u
- Réseau National___
- 3 usines______
- Ligne èlectrj“e_
- 110.000 volts
- 15.000 volts 16 '% -ci
- Monophasé
- (Suisse.Suède .Allemagne)
- 5 usines
- 20.000
- Caténaire légère-----
- Monophasé 20.000 volts 50-v
- (Monophasé 50-y)
- cernent des locomotives : électrifier uniquement les lignes à gros trafic, ce serait rendre disponibles d’excellentes locomotives à vapeur, difficilement utilisables ailleurs, sans qu’il soit néanmoins possible d’éviter les dépenses de modernisation du parc des machines secondaires. Il ne saurait être question, en outre, de réformer prématurément les nouvelles locomotives à vapeur acquises par la S. N. C. F. depuis 1944, telles que les 141-P et les 141-R, dont les délais d’amortissement portent sur une quarantaine d’années.
- Toutefois, un programme d’équipement comprenant une proportion élevée de lignes secondaires se heurte à un « seuil de rentabilité )>, du fait que les investissements nécessaires ne sont pas justifiés par le trafic. Pratiquement — et c’est là une conclusion qui surprendra — le Conseil supérieur des Chemins de fer a reconnu, bien avant la guerre, qu’il n’y avait pas d’intérêt économique à équiper, en plus de Paris-Lyon, quelques centaines de kilomètres de lignes, toutes importantes.
- Le problème se pose donc ainsi, sur le plan technique : existe-t-il des systèmes d’électrification dont les installations fixes seraient beaucoup moins coûteuses que celles du 1 500 Y P Peut-on utiliser deux systèmes électriques différents sur un même réseau de chemin de fer ?
- Il faut avouer que la plus aimable variété caractérise les courants électriques de traction utilisés dans le monde. D’après une statistique empruntée à M. Barjot, l’Allemagne emploie le courant alternatif monophasé 15 000 V 16 2/3 périodes ; la Belgique le continu 3 000 et 1 500 Y ; l’Espagne, la France, la Hollande, le Japon du continu 1 500 V ; la Grande-Bretagne du continu 600 et 650 Y ; l’Italie du continu 3 000 Y et de l’alternatif triphasé 3 700 V 16 2/3 périodes ; la Norvège et la Suisse du monophasé 15 000 Y 16 2/3 périodes ; la Suède le même courant à 16 000 V ; la Russie du continu 1 500 et 3 000 V ; l’Argentine du continu 800 V ; le Chili, l’Algérie et le Maroc du continu 3 000 V ; les États-Unis du continu 650 et 3 000 V et du monophasé 11 000 V 25 périodes ; l’Afrique du Sud emploie du continu 1 500 et 3 000 V. Toutes les distributions se font par fils aériens de contact excepté en Grande-Bretagne et en Argentine où le troisième rail est employé ; les lignes italiennes triphasées utilisent deux fils aériens de contact.
- On notera la large diffusion du courant alternatif à 16 périodes 2/3, chiffre fractionnaire qui représente le tiers de fréquence standard des grands réseaux nationaux à 50 périodes. Son emploi est fort intéressant, le courant étant transformé sur la locomotive elle-même, ce qui permet de réduire considérablement les intensités dans la caténaire aérienne ; en outre,1 les sous-stations peuvent être espacées d’une cinquantaine de kilomètres.
- Par contre, le courant 16 périodes 2/3 présente l’inconvénient majeur d’être spécial à la traction et d’imposer par suite des lignes et des installations uniquement ferroviaires. La solution la plus séduisante, celle qui occupe actuellement les techniciens de la S. N. C. F. serait l’alimentation directe des locomotives par du courant monophasé industriel, à 50 périodes et à haute tension, eh provenance du réseau national. Sous l’énergique impulsion de M. Armand, actuellement Directeur général adjoint de la S. N. C. F., des études furent entreprises dès après la Libération, avec le concours de nombreux spécialistes français ; des expériences furent faites en Allemagne sur une ligne équipée précédemment à haute tension par les Allemands dans la vallée du Hôllental, en Forêt Noire. Des résultats définitifs peuvent être aujourd’hui considérés comme acquis.
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- Caténaire 15- 000 v.
- Fig. 2. — Trois systèmes de locomotives électriques fonctionnant en courant monophasé SO périodes (tension 15 000 à 20 000 V).
- a) Locomotive à. « moteurs directs » alimentés par un transformateur à prises multiples, permettant la régulation de la puissance. — b) Locomotive à groupe convertisseur. — c) Locomotive équipée d’un « mutateur » à vapeur de mercure jouant le rôle de redresseur.
- Le problème des moteurs (').
- L’application de la traction électrique par courant monophasé à 50 périodes soulève des difficultés techniques d’un grand intérêt.
- La première difficulté consiste à prélever sur le réseau national, qui est triphasé, des puissances ^monophasées considérables sans déséquilibrer les phases de ce réseau. Dans ce cas, il ce produit des inégalités de tension, de charge, des déphasages, qui perturbent l’éclairage, abrègent-la vie des lampes et provoquent dans les machines tournantes des champs parasites produisant des effets de freinage et des perles.
- On s’attachera donc à réduire l’importance des déséquilibres en divisant la ligne de contact (caténaire) en sections indépendantes alimentées par des phases différentes. Il sera par ailleurs généralement suffisant de choisir judicieusement les points d'alimentation haute tension ; l’essentiel est de se raccorder, par des chemins de moindre impédance (moindre résistance inductive), aux machines aptes à l’absorption des courants parasites, c’est-à-dire aux compensateurs synchrones, aux alternateurs munis d’amortisseurs, etc... Ordinairement, il suffira, à cet effet, de se relier à des centres importants ou à des artères à très haute tension.
- Rien n’empêche au surplus d’équiper les sous-stations de dispositifs équilibreurs, notamment de prévoir, au lieu de transformateurs ordinaires, des transformateurs Scott à double enroulement secondaire.
- I. Voir l’étude de M. Armand dans le même numéro de la R. G. des Chemins de fer.
- Une objection se présente, concernant le courant alternatif de traction à 50 périodes ; ce sont les graves perturbations d’induction qui sont à craindre pour les lignes de télécommunications installées actuellement le long des voies. Cette question trouve naturellement sa solution, les P. T. T. ayant précisément un programme d’ensemble pour le remplacement de ces lignes aériennes par des câbles posés le long des routes.
- Passons aux problèmes de moteurs.
- Le moteur monophasé universellement employé pour la traction est le moteur à collecteur. Il s’agit, bien entendu, de moteurs du type « moteurs à courant continu », excités en série, non de moteurs à répulsion ou du type Latour, dont les caractéristiques ne conviendraient nullement aux nécessités de la traction. De prime abord, les choses paraissent fort simples : le courant alternatif s’inversant simultanément dans l’inducteur et dans l’induit, le sens du couple moteur demeure inchangé. Il faut toutefois
- Fig. 3 à 5. — Trois sous-stations de transformation édifiées à des dates différentes.
- En haut : Sous-station de Saint-Chéron, sur la ligne Brétigny-Dourdan, mise en service en 1926. — A gauche : Sous-station de Gazeran, sur la ligne Paris-Le Mans, mise en service en 1937. — A droite : Sous-station Gourdon, de la ligne Brive-Montau-ban, mise en service en 1913. — On remarquera la réduction de volume des postes extérieurs à II.T. et des bâtiments abritant les groupes convertisseurs « triphasc-continu ». Les sous-stations de la ligne Nîmcs-Sùte mises en service en 1917 reproduisent à très peu près celles de la ligne Brive-Montauban. L’utilisation directe du courant industriel sur la ligne de contact supprimera ces dernières.
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- remarquer que ceci n’est vrai que pour un moteur série, car la self des enroulements introduit des déphasages différents dans l’inducteur et dans l’induit quand on a affaire à un moteur dérivation. C’est une des raisons pour lesquelles ce type de moteur n’est pas employé avec le courant alternatif.
- En continu comme en alternatif, la caractéristique couple-vitesse du moteur série est tombante, c’est-à-dire que le couple diminue quand la vitesse augmente et inversement. Elle est donc auto-régulatrice pour la traction, la vitesse s’adaptant automatiquement à la charge. Avec ses gros enroulements, le moteur est robuste et supporte bien la surcharge,
- Comparé au moteur à courant continu, le moteur monophasé à collecteur présente des différences remarquables. Tout d’abord, la tension admissible entre deux lames consécutives du collecteur est plus faible avec l’alternatif, à cause, en particulier, des maxima sinusoïdaux de la tension, supérieurs de près de la moitié à la tension efficace nominale. A égalité de diamètre, la puissance monophasée est donc moindre.
- La self, en alternatif, entraîne une diminution de la puissance spécifique, que l’on peut toutefois corriger en compensant suffisamment le moteur. Ceci pour l’induit. L’inducteur ne peut être retouché que par une diminution de l’importance des pôles, c’est-à-dire des flux. Dans un moteur monophasé, les flux sont faibles et l’importance relative de l’induit par rapport à l’inducteur est plus1 grande qu’en courant continu.
- Commutation et conduite.
- Mais la difficulté capitale, dans les moteurs monophasés à collecteur, est celle de la commutation. On sait que ce terme désigne le passage, sous un balai, de deux lames consécutives, la sec lion d’enroulement de l’induit correspondante se trouvant forcément mise en court-circuit par l’épaisseur du balai. Le problème est d’éviter des arcs destructeurs.
- En courant continu, le problème est simple. L’inversion du sens du courant, imposée à la section commutée, induit dans cette section une force électromotrice dynamique, dont les effets destructeurs son 1 proportionnels à la vitesse et au courant principal. On y remédie par l’artifice classique de pôles auxiliaires de commutation, produisant une force éleclromotrice qui annule la précédente.
- Avec le courant alternatif, le même phénomène existe, mais ii est pulsatoire. 11 s’y en ajoute un autre, dû au flux alternatif principal inducteur, qui induit dans la section en commutation une force électromotrice n° 2, analogue à celle qui prend naissance dans le secondaire d’un transformateur. Elle est proportionnelle à la fréquence et, d’autre part, à l’intensité du flux, c’est-à-dire au courant, les circuits magnétiques d’un moteur monophasé étant loin de la saturation.
- La « tension entre lames » sera la résultante de ces deux forces électromotrices qui sont en quadrature (« décalage » de 90°), toutes deux dépendant du courant, mais une seule dépendant de la vitesse. La résultante sera donc décalée sur le courant d’un angle variable avec la vitesse ; on pourra la détruire à l’aide de pôles auxiliaires, mais à condition de décaler également le flux de ces pôles de la valeur voulue par rapport au courant. Ceci s’obtient très simplement en montant en parallèle, sur les enroulements de ces pôles, une résistance convenable. Toutefois, pour que la commutation fût parfaite à toutes les vitesses, on devrait faire correspondre à chaque vitesse une valeur différente de la résistance, au moyen d’un régulateur, ce qui est pratiquement irréalisable. On se contente d’un réglage moyen, convenant au régime de marche le plus usité.
- Il est clair que plus le conducteur s’écarte de ce régime, plus la tension augmente entre lames et moins la commutation est bonne. Lors des démarrages, on devra s’efforcer d’obtenir de fortes accélérations pour atteindre rapidement la zone des vitesses correspondant à une bonne commutation. En somme, avec le monophasé,
- Figr. 6. — Disjoncteur 60 OOO V, à faible volume d’huile. Ligne Sète-Nimes, groupe traction.
- la zone de marche autorisée en régime permanent n’est pas seulement délimitée par la caractéristique d’échauffement des moteurs, c’est-à-dire par leur contrainte thermique, comme c’est le cas en courant continu, mais aussi par la tension de commutation, qui ne doit pas dépasser une certaine valeur (contrainte de commutation).
- Actuellement, ces problèmes peuvent être considérés comme parfaitement résolus pour la fréquence 16 2/3 périodes par seconde. Que se passera-t-il si l’on alimente le moteur avec du courant à 50 périodes ? Les phénomènes de commutation demeurent de même nature, mais la force électro-motrice parasite n° 2 se trouve triplée et il faut la ramener à sa valeur limite admissible en réduisant en proportion !e flux polaire.
- Ceci conduit à une tension d’induit trois fois moindre, donc, pour obtenir la même puissance, à un courant trois fois plus élevé, ce qui augmente en proportion le collecteur. Pour conserver le même couple, il faut tripler le nombre des pôles et, bien entendu, celui des lignes de balais.
- On arrive finalement à un moteur beaucoup plus lourd et d’une construction plus délicate, mais dont la mise au point se présente aujourd’hui de façon très favorable.
- Au regard de ces inconvénients, le moteur monophasé présente des avantages qui lui sont propres. En continu, le moteur doit être établi pour la tension maxima de la ligne, alors que sa tension moyenne de fonctionnement est notablement inférieure ; il y a là une mauvaise utilisation constructive. Pour le démarrage, comme on ne peut régler la tension, on doit obligatoirement opérer à l aide de résistances, sur lesquelles on ne peut rester qu’un temps limité ; il est également nécessaire d’agir sur l’excitation pour disposer, avec chaque couplage des moteurs, de gammes de vitesses
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- suffisantes. Les possibilités fie ce mode de réglage ne sont pas très étendues. Quant à l’équipement électrique nécessité par le réglage de ces résistances et de l'excitation, il présente une complication extrême, caractéristique de l’équipement en courant continu.
- Avec le moteur monophasé série, on réalise très simplement un réglage progressif de vitesses, par variation continue de la tension d’alimentation, au moyen de prises ménagées sur le transformateur ; le conducteur peut rester indéfiniment sur chaque prise. Le moteur peut être établi pour donner sa pleine puissance même aux grandes vitesses, et il est toujours possible de l’utiliser jusqu’à sa limite.
- Les nouvelles locomotives monophasées.
- *
- Deux catégories de locomotives monophasées existent : les locomotives où le courant est directement utilisé dans des moteurs de traction à collecteur, et celles dans lesquelles le courant monophasé est d’abord transformé par un groupe convertisseur.
- Une locomotive de la catégorie « moteurs directs » est en service sur la ligne du Hollental, en pays de Bade ; deux locomotives de la même catégorie viennent d’être étudiées pour la S. N. C. F. ; l’une possède un moteur par essieu, l’autre un moteur double par essieu, ce qui assouplit le problème. Toutes deux développent environ 550 ch par essieu C1).
- 1. Les ingénieurs allemands ont essayé, voici quelques années, un type curieux de moteur sans collecteur (moteur asynchrone) à double induit. L’induit auxiliaire, logé dans l’entre-fer, est une simple cage d’ccureuil entièrement libre, montée sur billes. On commence par lancer la cage à une vitesse \oisine du synchronisme ; elle continue alors à tourner, étouffant à peu près complètement l’un des deux champs tournants de sens inverses dont l’ensemble constitue le champ monophasé de l’inducteur, l.e moteur possède ainsi les caracléristiqucs d’un moteur asynchrone polyphasé ; il peut notamment démarrer en charge.
- Fig. 7. — Redresseur à vapeur de mercure actuellement en service à la sous-station de Nîmes, pour l’alimentation des caténaires en continu J 500 V.
- Dans la seconde catégorie de locomotives, comportant une conversion du courant, des précédents existent également. Le système de Kando, appliqué sur une ligne hongroise, comporte un groupe convertisseur tournant fournissant du courant triphasé aux moteurs de traction, qui sont du type à champ tournant.
- Une locomotive Krupp à groupe convertisseur, basée sur un principe analogue, est en service sur le Hollental.
- Deux autres locomotives du Hollental possèdent des redresseurs à vapeur de mercure, permettant l'alimentation en courant quasi continu des moteurs de traction
- La S. N. C. F. a fait étudier une locomotive à groupe tournant convertisseur monophasé-continu. Le courant monophasé à 50 périodes, dont la tension est d’abord abaissée dans un transformateur, alimente un moteur asynchrone qui entraîne des génératrices à courant continu.
- Les moteurs de traction fonctionnent ainsi en continu sous tension variable, ce qui autorise un excellent réglage par simple contrôle de l’excitation des génératrices, suivant le classique principe Ward-Léonard.
- Pour l’instant, la S. N. C. F. s’en tient à l’étude de ces trois types de locomotives (moteurs directs et groupe tournant), mais l’évolution technique rapide que subit actuellement le mutateur à vapeur de mercure pourrait révéler également des formules intéressantes dans les locomotives à redresseurs.
- * *
- En conclusion, on peut considérer dès aujourd’hui comme possible d’entreprendre des électrifications ferroviaires en courant industriel 50 périodes, avec les avantages suivants :
- 1° suppression de toutes lignes haute tension spéciales au chemin de fer, l’électrification perdant ainsi son caractère de te grands travaux » ;
- 2° alimentation de la caténaire par de simples transformateurs espacés de 50 à 100 km ;
- 3° caténaire légère alimentée sous tension élevée, de l’ordre de 25 000 V.
- On peut prévoir que le coût des installations fixes sera moins de la moitié des dépenses en 1 500 Y, les locomotives étant, par ailleurs d’un prix sensiblement équivalent.
- Un détail technique mérite d’être signalé en terminant : c’est la nécessité, tout au moins pour un certain nombre de locomotives monophasées, de circuler dans les « gares-frontières » limitrophes des zones électrifiées en 1 500 V continu. Pour des raisons de simplicité, ces gares seront « mono-courant » ; certaines locomotives monophasées devront donc pourvoir fonctionner, au moins à vitesse réduite, sous caténaire à 1 500 V.
- Ce problème a été étudié pour les trois locomotives prototypes de la S. N. C. F. La locomotive à groupe convertisseur fournit une solution parfaite ; les locomotives à moteurs monophasés directs seront équipées d’un groupe auxiliaire, continu-continu ou eontinu-monophasé, de puissance réduite.
- Pierre Devaux,
- Ancien Élève de l’École Polytechnique
- ERRATUM
- A propos de la maladie du sommeil
- (" La Nature ", lor avril 1948, p. 122).
- Dans l’article du Médecin Général Muraz, il convient de lire dans la deuxième colonne : « après une quadruple élévation de 1 200 000 en 1938 à d dOO 000 en 1941 des visites de dépistage » et non 1 400.000. Nos lecteurs auront d’ailleurs déjà rectifié cette erreur d’impression.
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- Aurons-nous bientôt la télévision des couleurs ?
- La télévision des couleurs est-elle à la veille d’être réalisée ? Une communication de M. René Barthélemy, de l’Académie des Sciences, avait donné lieu à des informations prématurées. C’est à l’infatigable promoteur de notre télévision française que nous avons demandé de préciser où en sont les recherches qui tendent au perfectionnement des systèmes d’émission de la « télé » colorée. Car le problème est complexe; de nombreuses difficultés restent à résoudre dans le domaine de l’émission; davantage encore dans celui de la réception.
- On sait que les procédés de transmission des images colorées, jusqu’à pi'ésent expérimentés, se réduisent à deux systèmes : le plus ancien consiste dans la projection successive sur la mosaïque de l’analyseur des composantes trichromes de la scène à transmettre et dans la reconstitution synchrone des couleurs à la réception, en utilisant un tube cathodique et des filtres tournants; procédé d’une simplicité certaine, mais qui nécessite des dispositifs mécaniques, une fréquence élevée et qui ne supprime pas les franges colorées ni le « papillotement ».
- Le second système, déjà utilisé pour le film, consiste dans l’analyse par un point lumineux, présentant un large spectre, d’un film en couleurs et dans la division du flux lumineux, issu du film transparent, en trois composantes obtenues par des filtres et des prismes. Ces composantes sont reçues sur des cellules photo - électriques, amplifiées séparément, mais simultanément. Chaque cellule alimente une voie de transmission conduisant à un tube cathodique qui présente la fluorescence de couleur correspondante. Il ne reste qu’à projeter simultanément sur un même écran les trois images fournies par les tubes cathodiques; la superposition exacte de ces images se fait par réglages électriques et optiques. Ce procédé a l’avantage de supprimer les franges colorées et le papillotement.
- Mais où en est la prise de vue directe, la seule intéressante ?
- Des expériences basées sur la même méthode viennent d’être tentées avec trois tubes d’analyse fournissant chacun une trame de couleur. Mais il est extrêmement difficile de réaliser la coïncidence nécessaire de ces trois trames. Ce qui m’a amené à envisager une solution plus pratique par l’intervention des accumulateurs d’images en conservant pourtant le système de la projection successive des images filtrées, sur l’analyseur unique. C’est ce procédé qui a fait, l’objet de ma dernière communication à l’Académie.
- J’insiste pourtant sur le fait que ae perfectionnement ne permet pas encore de prévoir une exploitation régulière. Est-on sur la voie d’un progrès qui, en simplifiant le problème, pourra
- être définitif ? Nous ne ferions rien si nous n’étions optimistes !
- L'accumulateur d'images Barthélemy.
- On sait qu’un accumulateur d’images, dont de nombreux pro-je’s ont été proposés, peut être constitué, en principe, par un tube cathodique dont le faisceau trace les balayages ordinaires sur une surface isolante, doublée à l’arrière d’une couche conductrice. On dépose à l’aide du faisceau convenablement modulé, des charges électriques aux .différents points
- de la plaque isolante.
- Les charges se conservent, et lorsqu’on analyse la surface avec le même faisceau, mais non modulé, on provoque dans le circuit de sortie, relié à la couche conductrice, des impulsions reproduisant la modulation primitive. Il est possible d’obtenir plusieurs répétitions de cette modulation, si l’on ne décharge que partiellement les particules isolées.
- Dès lors, l’application d’un tel organe à la suite d’une caméra fournissant les analyses successives de trames colorées est à peu près évidente. En effet, ladite caméra, sur laquelle on projette par des filtres tournants ou un sélecteur statique de couleurs à rotation de plan de polarisation (cellule de Keer), les images bleue, verte et rouge, fournit chaque i/5o de seconde une analyse à 700 ou 800 lignes d’une des trames colorées. Cette modulation (image verte par exemple) est envoyée sur la voie qui correspond au tube récepteur convenable, mais en même temps, elle charge un accumulateur d’image. Celui-ci fournira à son tour, deux fois pendant les 2/5o de seconde suivante, la même modulation, par le jeu approprié d’un commutateur électronique, au tube à fluorescence verte. Ce tube proje té donc dans les conditions normales, c’est-à-dire 5o fois par seconde la composante verte de l’image. On répète la même opération, mais décalée d’un i/5o de seconde, avec, le rouge, puis le bleu, en utilisant deux autres accumulateurs d’images connectés aux époques convenables. Le résultat est analogue à celui obtenu par le procédé précédemment cité, utilisant un film coloré à l’émission.
- Il y a lieu de noter qu’on n’a pas à se préoccuper de l’identité géométrique des images dans les accumulateurs, car c’est le même .faisceau qui crée le stockage et effectue ensuite l’analyse.
- La cadence de répétition de l’image totale, 16 2/3 par seconde, paraît suffisante pour la continuité des mouvements, puisque trois projections de composantes, pendant cette période, sont superposées dans le récepteur.
- Georges Paulet.
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- Le centenaire des oiseaux-chanteurs
- mécaniques de Biaise Bontems
- V
- ous aimez les bêtes et plus particulière* rement les oiseaux, pour leur chant et leur plumage... Vous les aimez si vous êtes quelque peu poète, en souvenir des vacances et des bois où vous avez su apprécier leur compagnie. Et depuis lors vous vous êtes promis d’avoir des oiseaux chez vous. Mais un cas de conscience s’est alors posé : épris de liberté (pour vous et pour les autres, en toute justice) vous ne pouviez imaginer de les voir « encagés ». Votre esprit de justice et votre sensibilité l’ont alors emporté sur le sentiment égoïste — fort commun —, de ceux qui aiment les bêtes pour le plaisir qu’elles leur apportent, et non pour elles-mêmes, et qui, partant du
- Fig. 1. — Lucien Bontems, petit-fils de l’inventeur, examine un oiseau minuscule pour petit coffret.
- (Photo Lucien VicuiEn).
- principe suivant : « Du moment qu’il sont bien nourris et bien soignés... » échangent la liberté contre un peu de pitance... C’est un peu l’histoire de la résidence surveillée...
- Finalement vous vous êtes consolé en vous rappelant que le chant de l’oiseau en cage n’atteint pas la pureté et la beauté de celui qu’il fait entendre dans son élément et son décor : le bois. Car le chant et la liberté ont leurs exigences et leurs règles : ils n’aiment pas les barreaux.
- Mais savez-vous qu’il existe des oiseaux chanteurs mécaniques P Ils ont élu domicile en plein centre de Paris, dans une rue très passante et très commerçante où règne aussi l’activité fébrile des sorties de journaux. C’est là, dans le calme d’un atelier, que des ouvriers spécialisés s’isolent et montent pièces, mécanismes, cages et oiseaux qui orneront les appartements et les égaieront... Dans une vaste pièce où vous pénétrez, vous êtes entouré de cages dorées renfermant des oiseaux aux plumages éclatants qui vous accueillent par les chants authentiques du chardonneret, de la fauvette, du pinson, du merle, du canari et du rossignol.
- Et vous découvrez ainsi une des curiosités peu connues de notre artisanat français, que l’on doit à Biaise Bontems qui, la nuit, allait écouter les chants d’oiseaux dans les forêts de ses Vosges natales et qui sut à force de patience, d’ingéniosité et de talent, reproduire leur chant dans toute leur vérité par le simple jeu de la mécanique. Et on vous livre le chant à domicile...
- Ces oiseaux chanteurs ont d’ailleurs une histoire.
- Il faut remonter jusqu’avant Jésus-Christ pour trouver les premières réalisations connues d’oiseaux chanteurs. Philon de Byzance, puis Héron d’Alexandrie, construisirent des appareils avec oiseaux artificiels donnant un ou plusieurs sons de hauteurs différentes. Le son était obtenu en utilisant l’eau (pour créer soit une pression d’air, soit une pression de vapeur).
- Au xvme siècle apparurent les premiers oiseaux chantants rappelant, l’oiseau naturel. C’est à cette époque que le Français Vaucanson suscita la vogue des automates. Les Allemands, en Forêt Noire, fabriquaient aux environs de 1760 des cages à oiseaux, avec flûtes, serinette, musique d’époque, mais ne reproduisant pas le chant de l’oiseau.
- S’inspirant des serinettes qui étaient constituées par plusieurs jeux de tuyaux alimentés par une soufflerie et qui servaient alors à l’éducation des serins, de célèbres automatistes suisses, les Jacquet Droze, construisirent un grand nombre de pièces à oiseaux chantants. Ils s’attachèrent surtout à réaliser des pièces de petites dimensions constituant de véritables objets d’art (tabatières, montres, pendules, pistolets). Mais leurs oiseaux ne tournaient pas la tête et leurs chants n’étaient que des motifs musicaux de fantaisie.
- Ce n’est qu’en i848 que Biaise Bontems introduisit en France la fabrication de ces petites merveilles d’automates. Esprit inventif et observateur (l’étude des oiseaux le conduisit même dès 1860 à imaginer un dispositif ingénieux pour la navigation aérienne), il sut réaliser par ses propres moyens d’excellents mécanismes. Appliquant la technique la plus évoluée, il perfectionna la conception et la fabrication des organes essentiels : soufflet, sifflet et cames. Il fut le premier à obtenir avec une fidélité rigoureuse les plus beaux chants d’oiseaux. Son fils Charles lui succéda, puis son petit-fils Lucien. Les Bontems représentent trois générations d’artisans doublés de mécaniciens-horlogers...
- A les voir, toutes ces inventions paraissent simples. Mais pénétrons un peu dans le domaine de la technique.
- Examinons d’abord le fonctionnement. Il faut réaliser les deux fonctions principales qui caractérisent un oiseau chantant : le chant et les mouvements, à partir d’une source d’énergie constituée le plus généralement par un mouvement d’horlogerie ou « roulant » de la manière suivante. Pour le chant, une pompe alimente, à travers des soupapes calibrées, un réservoir dans lequel l’air est maintenu constamment sous une certaine pression ; à un moment donné, par le jeu d’une soupape commandée au moyen de cames solidaires de l’axe du roulant, cet air est envoyé dans un soufflet dont le volume peut varier par simple déplacement d’un piston coulissant à l’intérieur de son corps; ce déplacement est lui aussi commandé par des cames solidaires de l’axe du roulant. L’air admis dans le sifflet trouve donc un volume sans cesse modifié et produit un son variable. Aussi succinctement énoncé dans son principe, le dispositif ne semble pas a priori tellement compliqué. Mais que l’on songe un peu à la faible quantité d’énergie dont on dispose, à la pression d’air qu’il est nécessaire d’atteindre, au tracé du profil des cames d’air et du son qu’il faut réaliser, à la précision du coulissement du piston sur toute la longueur de sa course, aux vitesses et accélérations auxquelles ce piston et les autres pièces en mouvement sont soumis, à la simultanéité et la rapidité du fonctionnement de ces mêmes organes en mouvement, alors la difficulté apparaît considérable... En fait, il est relativement facile avec un tel mécanisme d’obtenir des airs musicaux, mais il devient beaucoup plus délicat de lui faire rendre un chant d’oiseau parce que celui-ci est une succession de trilles, de glissés, de roulades. C’est là qu’intervient l’habileté personnelle du constructeur qui doit allier à de solides connaissances acoustiques un sens profond de la mécanique. Après des dizaines d’années de mises au point, les chants de rossignol, canari, merle, pinson, chardonneret, fauvette ont été obtenus avec une fidélité saisissante.
- Calée sur le même axe que les cames de chant et d’air, une
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- autre came agit sur une tringlerie qui hausse ses mouvements jusque dans le corps de l’oiseau. Là, ces mouvements sont repris et transformés au moyen de leviers, pignons et ressorts de manière à imprimer à la tête, au bec, à la queue, voire même aux ailes, leur mouvement naturel en synchronisme par-
- 2 à S. 2. Montage des soufflets. — 3. Montage d’un oiseau. -—•
- 4. On habille l’oiseau de plumes d’oiseaux des îles. — 5. L’oiseau perché au-dessus du mécanisme.
- (Photos Lucien A'iGiiiïn).
- fait avec le chant. Certaines pièces comportent plusieurs oiseaux (iJ existe des volières de ia et i3 oiseaux) qui sont animés successivement et donnent l’un après l’autre des chants différents toujours en accord avec les mouvements. Cela ne présente pas de difficultés bien particulières, mais demande, étant donné les dimensions imposées par la taille de l’oiseau, pas mal d’astuce, de précision, de soins... et de goût.
- 11 est intéressant de souligner un détail ingénieux et dont l’clfct complète l'illusion d’une façon remarquable : Vintermittence. De meme que l’oiseau naturel ne chante pas continuellement. l’oiseau automate espace aussi ses couplets de silences « calculés ». En lin de couplet tout le mécanisme s'arrête, le réservoir d air ayant fait « son plein ». L’air contenu dans le réservoir s’échappe alors par une soupape spéciale (dont le débit a été préalablement réglé à une valeur donnée), provoquant le « dégonflement » du réservoir dans un certain temps (fonction du débit de la soupape et qui peut facilement s’établir pour quelques secondes ou plusieurs dizaines de secondes). Lin index solidaire du réservoir se déplace au fur et à mesure du dégonflement et vient finalement appuyer sur un levier qui déclenche la remise en route du « roulant ». L’oiseau chantant attaque alors un nouveau couplet et ce cycle continue jusqu’à
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- épuisement de l'énergie emmagasinée dans le roulant, c'est-à-dire pour ies mécanismes normaux pendant quarante-cinq minu'es environ.
- Il a fallu une cinquantaine d'années à Lucien Bonlems, le peli'.-fils de l'inventeur, pour mettre au point l’outillage qui lui permet ajourd’hui de fabriquer en plus grand nombre des oiseaux chanteurs.
- Agé de 7/i ans, portant des mous'a-clies de la plus pure tradition française, esprit très éclectique, homme très affable et très simple, Luciçn Bonlems continue à travailler dans l’atelier de sa propriété de Fontainebleau, toujours à . la recherche d’une simplification à •apporter au mécanisme ou réparant quelque pièce rare que des collectionneurs lui font parvenir du monde entier.
- « J’ai voulu contrôler par moi-même, quand j’étais plus jeune, le chant que faisaient entendre les oiseaux créés par mon grand'père et je me suis rendu à mon tour dans les bois... pour me rendre finalement à l'évidence : il n’y avait rien à changer, rien à améliorer.
- « Mon grand’père a créé des pièces rares pour des personnalités célèbres.
- Pour le Kaiser, un pistolet : quand on •appuie sur la détente, un oiseau sort et se met à chanter... 11 a aussi fabriqué pour le Tsarévitch une pendule surmontée d’un œuf de grosseur normale qui «'ouvrait toutes les heures et les demi-heures, pour Laisser paraître l’oiseau chanteur. La pièce é"ait en or massif, sertie de diamants et de pierreries.
- « Moi-même, j’ai fabriqué pour (( Monsieur le King » une cage à oiseau chanteur que je suis allé livrer un jour
- à l’hôtel Edouard VII. Le duc de Windsor — alors roi — vint m’ouvrir lui-même et s’entretint avec moi en toute simplicité. Et je vis dans l’appartement, M1!e Simpson, dont on parlait tant alors...
- « Nos oiseaux sont universellement connus des collectionneurs et des artistes. Ils ont déjà eu l’avantage de passer dans un film. C était dans « Entente Cordiale ». A un moment donné, dans le film, la Reine Victoria est entourée de ses petils-
- Fig. 10. Un oiseau chanteur de la Forêt-Noire, vers 1750.
- (.Photo Lucien Yigtjier).
- Fig. 6 à 9. — 5. Les 8. Mécanisme intérieur
- cages d’oiseaux chanteurs. — 7. Coffret ancien du XIX* siècle. — d’une tabatière. — 9. Case à oiseau-pendule créée par Biaise Bontems et qui appartient à un antiquaire parisien.
- (Photos Lucien Viguier).
- enfants. On distingue, parmi les jouets une cage à oiseau. C’est un « oiseau Bonlems ».
- « Nos oiseaux sont aussi passés à la radio. Vous vous souvenez de l’indicatif de la radio de Turin. L’oiseau qui chante vient de chez nous. »
- Pendant qu'il nous livre ces quelques anecdotes, Lucien Bontems s’est emparé d’une large boîte en bois d’ébène qu’il ouvre pour nous montrer sa collection personnelle d’oiseaux, appelés communément « oiseaux des îles ».
- u Nous recevons du Mexique et du Brésil des oiseaux naturalisés dont le plumage sert à nos oiseaux automates... Cependant quand nous ÜArrons des oiseaux en Angleterre ou aux États-Unis nous sommes obliges d’utiliser les plumes de poules car on n’autorise dans ces pays (à cause des ligues protectrices des animaux) que les plumes d’oiseaux domestiques que l’on ;teint ensuite. Une fois néanmoins nous avions envoyé en Angleterre des oiseaux dont les plumes avaient été empruntées à des oiseaux des îles, les faisant passer pour des plumes de poules teintes. Mais la douane se méfia et envoya les oiseaux au « British Muséum » aux fins d’analyse. Et les cages nous furent retournées.
- « La nature ne donne aux oiseaux que le beau plumage ou le beau chant, jamais les deux. Nous, nous leur avons donné beau plumage et beau chant. Et mon grand-père a réussi en mécanique ce qu’il est impossible de créer avec des notes de musique : fixer le chant des oiseaux. »
- MÊÊÈÊ
- Jacques Kohlmann.
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- L'éléphant
- motif de la sculpture romane.
- MMarc Thibout, inspecteur principal des musées de province, vient de signaler, dans le Bulletin monumental • de la Société française d’archéologie, toute une série de représentations de l’éléphant par la sculpture romane française.
- L’éléphant avait été, certes, connu de l’antiquité et il avait même été reproduit sur des tissus et des ivoires, dont certains avaient pénétré en France. M. Thibout cite parmi lès modèles connus qui auraient pu inspirer les artistes, un pion en ivoire de l’échiquier dit de Charlemagne, provenant du trésor de Saint-Denis, actuellement conservé à la Bibliothèque Nationale, une étoffe persane du xe siècle appartenant à l’église de Saint-Josse (Pas-de-Calais), une étoffe byzantine provenant du tombeau de Charlemagne, à Aix-la-Chapelle, un fragment d’étoffe persane du Xe siècle du trésor de l’église de Siegburg, près de Cologne, deux autres conservés au musée de Berlin, et aussi quelques manuscrits de la Bibliothèque Nationale tels que l’Évangile de Lo Traire, la Bible de Charles le Chauve, le Commentaire de Beatus sur l’Apocalypse.
- M. Thibout a relevé sur une vingtaine de monuments français des xie et xne siècles des figurations en pierre de l’éléphant, plus ou moins exactes, mais toutes très reconnaissables. Or, on n’avait pas vu d’éléphants en France pendant cette époque. Le dernier dont l’histoire fasse mention est celui que le Khalife de Bagdad Aroun al Rachid avait envoyé à Charlemagne en 797 et qui, débarqué en Italie, traversa les Alpes et vécut en Allemagne. Le suivant est celui que saint Louis offrit en 1255 à son beau-frère Henri III d’Angleterre, le premier introduit en Grande-Bretagne. Entre ces deux dates, aucune trace ne reste qu’un animal de cette espèce fut importé en Occident.
- Les sculptures des xie et xne siècles représentent l’éléphant soit seul, soit associé à d’autres animaux plus ou moins réels, qui semblent inspirés par les bestiaires, petits recueils d’histoire naturelle agrémentés de sentences morales qui eurent tant de succès au Moyen Age. A Souvigny (Allier), il figure parmi les
- Fig-, 1. — Éléphants de Doussay (Vienne).
- merveilles de l’Inde. Le plus souvent, l’éléphant apparaît dans des chapiteaux seul accompagné de feuillages et de personnages, ou par paires affrontées. Tantôt il est nu et tantôt harnaché, revêtu d’une couverture, d’un caparaçon, d’une tour solidement tenue, ou même d’une tour et d’une courtine crénelée, comme à la Trinité de Caen.
- Les figurations sont parfois inexactes : les oreilles manquent ou pointent comme celles d’un cheval ou d’un chien; la queue touche terre, ou est touffue comme celle d’un mouton, ou se termine en panache comme celle d’un lion; les pieds ont un sabot, ou des doigts, ou des griffes; les défenses sont petites et droites; la trompe devient une lippe ou une langue ou même un bec. Tout indique des oeuvres d’imagination guidées par des textes ou des figures, et non l’observation directe. Cependant, à Doussay (Vienne), les animaux sont plus réalistes et ont bien plus de naturel.
- Fig. 2 et 3. — A gauche : Chapiteau à éléphants affrontés de l’église de Perrecy-les-Forges (Saône-et-Loire). — A droite : Éléphants
- caparaçonnés d’Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime).
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- M. Thibout a découvert ou observé le motif de l’éléphant dans des-sculptures romanes à Andlau (Bas-Rhin), Aulnay-de-Saintonge (Charente-Maritime), Beaulieu (Corrèze), Caen (Calvados), Champniers (Charente), l’hôpital Saint-Brice de Chartres (Eure-et-Loir), Doussay (Vienne), Foussais (Vendée), La Charité-sur-Loire (Nièvre), L’Ile Barbe (Rhône), Lusignan (Vienne), Perrecy-les-Forges (Saône-et-Loire), l’église Notre-Dame-la-Grande et celle de Montierneuf, à Poitiers (Vienne), Saint-Benoîl-sur-Loire (Loiret), Saint-Cydroine (Yonne), Sainte-
- Engrace (Basses-Pyrénées), Saint-Restitut (Drôme), la cathédrale de Sens (Yonne), Souvigny (Allier), Surgères (Charente-Maritime), Vézelay Yonne), Vorly (Cher). Il existe donc un peu partout, mais avec prédominance dans l’Ouest, en Poitou, en Vendée, en Saintonge, peut-être parce que les sculpteurs de ces régions ont aimé représenter des animaux. Il disparaît à l’époque gothique et ne reparaîtra que plus tard sous une forme différente. L’éléphant des sculpteurs romans est avant tout inspiré de l’Orient.
- curiosité géométrique ; La Lemniscate
- La Lemniscate est une courbe qui est le lieu des points tels que le produit de leurs distances à deux points fixes appelés foyers est constant.
- Ce qu’il y a de curieux dans cette courbe, c’est que sa forme varie suivant ses dimensions et le rapport qui existe entre P, le produit constant des distances focales, et F, espace qui sépare les deux foyers.
- i° Considérons la figure i, où P < ~ > nous voyons deux sortes de petits œufs dont l’extrémité est assez pointue.
- Fig. 1. - P <7
- Nous y constatons, comme il se doit, que les distances focales :
- TA x TB = P mais aussi : TA + TB = F
- Le point T appartient donc également à une ellipse de mêmes foyers A et B, mais réduite à son cas limite minimum, la ligne AB.
- F2
- 2° Dans la ligure 2, P = , notre courbe prend la forme
- d’un 8. Le point T est commun et au centre de AB, d’où :
- TA = TB = — mais : TA x TB = P
- 2
- on a donc : TA = TB = P.
- 3° La courbe devient une sorte de calebasse dans la figure 3 où P > — . Le point T n’est plus sur la droite AB, mais tou-
- TA = TB =
- Notre calebasse possède au centre une partie concave qui dimL nue à mesure que le rapport de P à F augmente.
- Fig. 3. - P > T .
- 4° Cela jusqu’à ce que P = ~ (üg. 4), à partir de cette valeur la courbe est partout concave comme un ovale et tend vers le cercle.
- TO = - et TA = TB = Æ 2
- T
- Fig. 4.
- On pourrait multiplier les remarques : ainsi pour P = F2 : TA = TB = F
- pour P = 2F2 : SA = 2F
- et : SB = F.
- Si la chose vous intéresse, il vous est facile avec votre règle à calcul en main et un double décimètre, de tracer de semblables courbes. Il suffit de faire défiler en face de la valeur de P choisie, tous les facteurs susceptibles de le produire et de les porter sur une feuille de papier.
- jours :
- L. DE JOANNIS.
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- LE CIEL EN OCTOBRE 1948
- SOLEIL : du 1er au 3i, sa déclinaison décroît de — 3°15' à — 14°10' ; la durée du jour passe de le 1er à 9h54m le 31.
- Diamètre apparent le 1er = 3-2'0",70, le 31 = 32'J.6",94. — LUNE : Phases : N. L. le 2 à 19h42m ; P. Q. le 9 à 22h10m ; P. L. le 18 à 2h23m, D. Q. le 25 à 13h41m ; périgée le 1er à 16h (diam. app. 33'4") et le 29 à 20h (diam. app. 32'46") ; apogée le 13 à 211» (diam. app. 29'30"). Eclipse de Lune par la pénombre le 1S : entrée dans la pénombre à 0h14m, début de la phase totale dans la pénombre à 2M0m, milieu de l’éclipse à 2h36m, fin de la totalité dans la pénombre à 3h2m, sortie (le la pénombre à 4h57m. Principales conjonctions : avec Mercure le 4 à ÎO1^111, à 3°51' S. ; avec Mars le 5 à 18h13m, à 0°5S' N. ; avec Jupiter le 8 à 2hSm, à 4°5' N. ; avec Uranus le 23 à 6h9m, à 4o10' -S. ; avec Saturne le 27 à 17h21m! à 3°33' S. ; avec Vénus le 29 à 7h2m,, à 2°10' S. Principales occultations : de<|<3 Verseau (a™,2) le 14, immers, à 21h53Jn,4 ; de 32 Taureau (5m,3) le 21, émers. à 0h22m,3 ; de w Cancer (5m,9) le 25, émers. à 3h46m,6. — PLANÈTES. : Mercure, inobservable à l’œil nu, en conjonction infre avec le Soleil le 20 ; Vénus, éclatante étoile du matin, se lève le 3 à lh54m, diam. app. 1S",1, en conjonction avec Rêgulus le 5 à 21h, à 0°27' N., et avec Saturne le 8 à 20h, à 1°8' S. ; Mars, dans la Balance, puis le Sagittaire, inobservable ; Jupiter, dans le Scorpion, se couche le
- 15 à 19h56m, diam. pol. apparent 32",7 ; Saturne, visible le matin dans le Lion, se lève le 15 à lh39, diam. pol. apparent 15",1, anneau gr. axe 38",0, petit axe 5",7 ; Uranus dans les Gémeaux, se lève Je 27 à 19h23m (position 6h2m et + 23°38'), diam. app. 3",7 ; Neptune inobservable. — ÉTOILES EILANTES : Orionides, du
- 16 au 22, radiant vers v Orion. — ÉTOILES VARIABLES : Minima observables d’Algol (2m,2-3m,5) : le 2 à 22h25m, le 5 à 19h13m, le 17 à 5h40m, le 20 à 3M7m, le 23 à 0*6“, le 2o à 20m™, le 28 à 17^43™ ; Minima de $ Lyre : le 12 à 7b, le 25 à 4h ; Maximum de R Cassiopée (4“\8-13m,6) le 29. — ÉTOILE POLAIRE : Passage supérieur au méridien de Paris : le 7 à 0h36m59s, le 16 à 0hlm393 et à 23h57m43s, le 27 à 23h14œ30s.
- Phénomènes remarquables. — La Lumière zodiacale le matin, à l’E., avant l’aube du 1er au 9 ; les étoiles filantes Orionides ; l’éclipse de Lune par la pénombre le 18 (le phénomène sera plus sensible par la photographie ou à l’aide d’un verre légèrement fumé).
- (Heures données en Temps Universel ; tenir compte des modifications introduites par l’heure en usage).
- G. Fournier.
- LES LIVRES NOUVEAUX
- Science et poésie, par Pius Servien. 1 vol. in-16, 249 p. Bibliothèque de philosophie
- scientifique. Flammarion, Paris, 1947. Prix : 220 francs.
- Grand poète français, commenté par Paul Valéry des son premier ouvrage, mathématicien, membre de l’Académie des Sciences de Roumanie, l’auteur a cherché dans l’esthétique une synthèse qu’il a exposée en quatre leçons faites au Collège de France et qu’il développe ici. La poésie est la maîtrise du langage ; le langage lyrique est rythme, goût, amour ; les nombres, les intensités, les timbres, les mouvements sont règles, les unes scientifiques, les autres de convention et pouvant être dépassées, bar de nombreux exemples, l’auteur cherche à définir la poésie, à renouveler le vers.
- Visages de la mathématique, par Pierre Défrisé. 1 vol. 126 p. Office de publicité, 36, rue Neuve, Bruxelles, 1947.
- Cet essai de semi-vulgarisation de quelques aspects fondamentaux de la pensée mathématique est accessible à tout lecteur ayant une bonne formation secondaire. L’auteur examine d’abord la méthode axiomatique en liaison avec la création des géométries non-euclidiennes et la conception nouvelle de la géométrie et de ses rapports avec le réel. Il passe ensuite aux notions essentielles d’invariance, d’équivalence et de groupe de transformations. Il esquisse enfin diverses extensions et généralisations des concepts de nombre et d’espace.
- Cours de mécanique rationnelle, par Jean Chasy. Tome I. Dynamique du point matériel, 1 vol. 482 p., 190 fig. Tome II. Dynamique des systèmes matériels, 1 vol. 511 p., 173 fig. Gauthier-Villars, Paris, 1947 et 1948. Ce cours correspond essentiellement au programme du certificat de mécanique rationnelle de la Faculté des Sciences de Paris, diminué de la cinématique. Il en est à sa troisième édition. L’auteur, professeur à la Faculté, en expose les differents chapitres avec une maîtrise qui dispense de tout commentaire. Il donne dans le premier livre les questions posées aux sessions du certificat au cours de ces dernières dix-neuf années. Dans le second livre se trouvent quelques problèmes d’applications simples, notamment dans la théorie des percussions.
- Outline of stellar Astronomy, par Peter Doig. 1 vol. in-8” cart., 168 p., 8 fig., 10 pl. Hutchinson, London, 1947. Prix : 10 s. 6 d. Cet ouvrage donne un résumé précis de l’état actuel de l’astronomie stellaire. La constitution, les dimensions, les mouvements et la distribution spatiale des étoiles et des nébuleuses sont exposés en de courts chapitres ne comportant que le minimum de développements mathématiques. Ceux-ci sont reportés en appendices.
- Technique élémentaire du radar, par A. de Saint-Romain. 1 vol. in-8°, 230 p., 137 fig. Dunod, Paris, 1948. Prix : 730 francs.
- Cet ouvrage traite de la technique du radar en s’élevant au-dessus de la simple vulgarisation mais sans faire appel toutefois à des notions mathématiques trop élevées. Il s’adresse aussi bien aux radîotechniciens qu’aux ingénieurs de toutes spécialités et môme au grand public. 11 permet de s’assimiler les techniques du radar et des hyperfréquences dont l’avenir en électronique est considérable.
- Vibration and Sound, par Philip M. Morse. 1 vol. relié, 468 p., 91 fig. Mc Gravv Ilill Pu-blishing C° Ltd, Aldwych House, Londres, 1948.
- Ouvrage très complet sur quelques chapitres fondamentaux de l’acoustique, donnant un exposé très moderne de la théorie des vibrations et du son à l'usage des étudiants de physique et des ingénieurs des communications. Il est complété par une bibliographie, un glossaire de symboles et des tables de fonctions, avec un index alphabétique des sujets traités.
- Manuel pratique d’enregistrement et de sonorisation, par R. Asciien et M. Crouzard. 1 vol. 128 p. Technique et Vulgarisation, 5, rue Sophie Germain, Taris, 1948.
- On trouvera dans cet ouvrage, après quelques généralités, les facteurs de qualité d’une transmission, la description des microphones, les caractéristiques de l’enregistrement sur cire, film photosensible, ruban d’acier, la reproduction des dispues et des films sonores, les matériels d’amplification basse fréquence, l’équipement des studios, la sonorisation, l’acoustique des salles, les haut-parleurs.
- Le rayonnement infra-rouge. Tome I. Applications biologiques, physiques et techniques, par Jean Lecomte. 1 vol. 392 p., 184 fig. Gauthier-Villars, Paris, 1948.
- Le rayonnement infra-rouge présente des utilisations qui touchent aux domaines les plus divers, depuis la détermination de la constitution des corps jusqu’au séchage de diverses matières en passant par la biologie et la médecine. L’auteur les a réunies dans un volume fortement documenté, d’une haute tenue scientifique et fort bien illustré. On y trouvera notamment les applications thermiques de l’infra-rouge, les utilisations médicales, la photographie infrarouge, l’étude des récepteurs sélectifs et non-sélectifs, les sources d’infra-rouge, les applications à la pyrométrie optique et à l’astrophysique.
- Au seuil de l’ère atomique, par A. Boltaiuc. 1 vol. in-16, 210 p., 26 fig. Bibliothèque de philosophie scientifique. Flammarion, Paris, 1947. Prix : 200 francs.
- Avec la clarté et la précision qu’on lui connaît, le professeur de la Faculté des Sciences de Dijon a entrepris d’expliquer cette nouvelle chimie nucléaire qui, en si peu d’années, a abouti aux bombes atomiques, objet de terreur mondiale, et aux espoirs d’une nouvelle source d’énergie considérable par la transmutation de la matière. Très simplement, sans appareil mathématique ou physique, il fait comprendre la suite des découvertes qui ont conduit à la conception actuelle des atomes, depuis l’observation de la radioactivité par Becquerel jusqu’à la conception des électrons, des positons, des protons, des neutrons, des noyaux atomiques, des photons, des constituants des atomes jusqu’alors insécables. La guerre a précipité les recherches, provoqué la réalisation hâtive des réactions en chaîne, à partir de l’uranium et du plutonium ; des laboratoires et des usines secrètes d’Amérique sont sorties les bombes prodigieuses dont l’auteur explique le principe, la fabrication, les effets. On rêve maintenant de réactions plus lentes, disciplinées, fournissant à profusion la force motrice. En conclusion, il nous donne à choisir : l’àge d’or ou la fin du monde, que la science offre indifféremment, entre lesquels notre sagesse devra choisir.
- Atomistique et chimie générale, par René Renault. 2° édition, 426 p., 61 fig. Dunod, Paris, 1948.
- La deuxième édition de cet ouvrage expose de manière tout à fait moderne les chapitres fondamentaux de la chimie. Dans la partie réservée à l’atomistique le lecteur trouvera quelques notions fondamentales sur la relativité, l’inertie de l’énergie, la théorie cinétique des gaz, les quanta, la mécanique ondulatoire, l’émission de rayonnement. Il passe ensuite à la structure des atomes et à la radioactivité. La deuxième partie traite des lois de la chimie, les ions, la structure cristalline, la classification des éléments, les relations entre les propriétés des corps et leur structure, les données spectrales, les rayons X. Cet ouvrage forme un ensemble complet utile aux étudiants mais aussi à tous ceux qui veulent se tenir au courant du développement de la science chimique.
- Chromatographie et mésomérie, par P. Meunier et A. Vinet. 1 vol. in-8°, 128 p. Masson et C°, Paris, 1948.
- La notion de mésomérie, relative à la superposition d’étals dans une môme molécule, semble devoir apporter à la chimie organique et plus particulièrement à la chimie biologique une contribution particulièrement féconde. Les
- Le gérant : G. Masson. — masson et c1®, éditeurs, paris. — dépôt légal : 3® trimestre 1948, n° 689. — Imprimé en France.
- BARNÉOUD FRÈRES ET Cie, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° qSo. — g-IÇ>4S.
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- Octobre 1948
- N° 3162
- LA NATURE
- Fig. 1. — La première photographie du volcan Paricutin en éruption, prise de Parangaricutiro,
- le 20 février 1943, à 17 heures.
- La naissance cTun volcan
- On trouve à la surface du globe quelques milliers de volcans, groupés le long de lignes de fractures, mais la plupart sont depuis longtemps éteints et froids. On en connaît de très anciens, fossiles, dont certains ont été tellement usés par l’érosion qu’il n’en reste que les cheminées par où montaient les laves, tandis que d’auti’es, mieux conservés, ont gardé leurs formes caractéristiques. On n’en compte guère que 5oo qui aient eu des éruptions dans les temps historiques et beaucoup moins qui manifestent encore aujourd’hui une certaine activité. Presque tous sont fort vieux, très antérieurs à l’apparition de l’homme et l’on n’a que bien rarement assisté à la naissance de nouveaux appareils éruptifs. Seuls, dans l’île de Ténériffe, un fermier et son fils ont vu la terre s’entr’ouvrir brusquement à une centaine de mètres d’eux et ont ainsi été les témoins bien involontaires d’un si grandiose phénomène.
- Aussi, avons-nous lu avec beaucoup d’intérêt dans le dernier Annual Report of the Smilhsonian Institution, publié à Washington en 1947, le récit précis et détaillé de la naissance d’un nouveau volcan, survenue le 20 février 1943, à Parfcutin, au sud-ouest du Mexique.
- Seuls, des indigènes assistèrent à sa naissance, mais bientôt M. Jenaro R. Gonzalez, de l’Institut de géologie de Mexico et M. William F. Foshag, curateur de minéralogie et de pétrolo-
- gie au National Muséum des États-Unis, informés, vinrent recueillir les premiers témoignages et observèrent ensuite eux-mêmes les événements pendant trois ans.
- La région de Paricutin,
- Parfcutin est un village de paysans, dépendant de la municipalité de Parangaricutiro, dans l’État de Michoacan, au sud-ouest du Mexique, près de l’Océan Pacifique, à la limite du plateau mexicain et des « Terres chaudes ». C’est une région fertile et riche : les vallées sont cultivées en maïs, tandis que les collines et les cônes volcaniques sont couverts de bois de pins; d’anciennes coulées de laves ont barré les cours d’eau et formé en amont des lacs pittoresques. La population est formée d’indiens Tarascan, plus ou moins métissés, qui ont gardé leurs mœurs, leur langue et sont très religieux. Les champs sont propriété individuelle et les bois propriété communale. Les paysans vivent au village et vont chaque jour aux champs ou aux bois, avec leurs bœufs et leurs outils.
- Aucun phénomène volcanique ne s’était manifesté depuis longtemps dans la région. Seul, dans les temps historiques, le Jorullo est apparu en 1759, d’une manière très comparable à celle du Parfcutin.
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- Fig. 3. — Les coulées de laves sur le flanc du cratère et les cendres couvrant le paysage.
- CPhoto Smithsonian Institution).
- La vallée de Rancho Tepacua, à 2 km au sud-est de Pan'cutin, et à 3 km au Sud de Parangaricutiro, est une des plus riches; elle est bordée au Nord par une série de collines et au Sud par les premiers contreforts du mont Tancitaro qui atteint 3 845 m. Un des champs les plus fertiles appartient à Dionisio Pulido qui allait y assister à de bien étranges événements. Il savait que depuis longtemps, il existait dans son champ un petit trou; chaque année, on y jetait des ordures et des détritus sans jamais l’emplir; on y entendait parfois des bruits souterrains et on y sentait une douce chaleur.
- La catastrophe.
- Le 5 février 1943, la terre commença à trembler; les jours suivants, les séismes augmentèrent de nombre et de violence; des bruits souterrains furent entendus, de plus en plus intenses. La population commença à s’alarmer.
- Le 20 février, le temps était clair. Pulido quitta le village avec ses bœufs et sa charrue pour préparer les semailles; il emmena sa femme et son fils pour garder les moutons. L’après-midi, ils entendirent un grand bruit souterrain semblable au tonnerre, bien que le ciel soit bleu et l’air calme. A 16 heures, Pulido s’aperçut qu’une fissure venait de s’ouvrir du Nord-Ouest au Sud-Est, passant par le trou qui existait depuis longtemps, profonde d’un demi-mètre, longue de 25 mètres.
- Fig. 2. — Trois jours après, le 23 février, le cône atteint 160 mètres.
- (Photo Smithsonian Institution).
- Peu après, il entendit un nouveau grondement, vit les arbres trembler et la terre du trou se gonfler et s’élever de 2 m. De la crevasse sortait comme une fumée une cendregrise très fine, accompagnée d’un sifflement fort, et continu.- L-’air sentait le soufre. Effrayé, il chercha les siens et les bœufs qu’il ne vit plus; il courut vers la source voisine qu’il trouva tarie; il monta alors à cheval et galopa jusqu’au village où il retrouva sa famille, ses amis, ses bestiaux. Sa femme, qui était à 100 m de lui, avait vu les mêmes phénomènes, et les pins proches du trou s’enflammer. Le curé de Parangaricutiro envoya quelques hommes en exploration ils revinrent-, ayant approché le trou d’où sortaient des cendres, des étincelles, des pierres lancées à 5 m de haut, pendant qu’un grand bruit incessant et une odeur désagréable emplissaient l’air.
- Le lendemain matin, le volcan atteignait 10 m de haut et lançait des pierres brûlantes avec une grande violence. Les populations évacuèrent les communes voisines. A midi, le cône mesurait de 3o à 5o m. Peu après, la lave commença de couler, visqueuse, à la vitesse de 5 m à l’heure. Le 26 février, le cône dépassa 160 m; d’énormes quantités de laves en sortaient avec un bruit continu d’explosions qu’on entendit jusqu’à 35o km. Peu à peu, la coulée de lave atteignit les deux villages voisins qu’elle envahit et détruisit; les cendres couvrirent le sol sur plusieurs milles, ruinant les cultures et détruisant. les forêts.
- En mars 1946 seulement, le flot de lave s’arrêta, les cendres seules continuant d’être émises en une colonne de plus de 6 km au-dessus du volcan. La plus grande hauteur atteinte par le cône en ig46 fut de 45o m. Le volcan Parfcutin a cessé de croître en hauteur, mais ses dégâts n’ont pas cessé de s’étendre. Tout le voisinage est devenu un désert.
- L'état actuel.
- Cette année, M. Frederick H. Pough, curateur du département de géologie physique et de minéralogie à l’American
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- Muséum of Natural History, a visité le volcan, à la tête d’une expédition, après l’avoir déjà vu à trois reprises différentes et il vient de donner dans Natural History le récit de ses constatations, cinq ans après la naissance du volcan. L’éruption semble toucher à sa fin et le Paricutin est mourant. Le champ de Puido est maintenant enfoui sous une couche de lave de 90 m d’épaisseur. Le cône secondaire qui était apparu sur le flanc du cône principal a disparu. Le cône s’est fissuré selon son axe et un flot de lave s’écoule encore de la base de la fissure. Un autre flot de lave noire sort plus haut et s’écoule lentement; des bombes y tombent, sorties du sommet. Le 20 février dernier, on vit encore pendant quelques instants sortir de la fente une coulée de lave rouge, en ignition, qui cessa brusquement. Le cratère auquel l’expédition parvint péniblement est profond de Co m et large de 3oo m ; il en sort des jets de vapeur et des cendres et périodiquement des blocs en feu qui retombent dans le cratère ou autour, sur les flancs. L’air du cratère a toujours une forte odeur sulfureuse, mais la période la plus active paraît terminée. Le Parfcutin ne grandit plus; depuis deux ans sa hauteur reste stationnaire; il est beaucoup moins explosif, les laves contiennent moins de gaz; les coulées sont moins nombreuses et fréquentes; les dégâts ne s’étendent plus. Il est trop tôt encore pour prévoir la fin de cette éruption de cinq années, qui peut avoir des réveils, mais M. Pough considère le jeune volcan comme déjà sénile; il a perdu la vigueur de ses premières années et s’éteint graduellement.
- Le Paricutin aura fourni une des plus complètes observations de l’activité volcanique, de sa brusque explosion à sa languissante fin.
- Fig. 5 et 6. — Le 7 juillet 1944, la coulée de laves entoure Véglise de Parangaricutiro. — Épaisseur de la couche de cendres.
- Les arbres brûlés. (Photo Smithsonian Institution).
- Fig. 4. — L’intérieur du cratère, le 23 janvier 194S.
- (Photo Smithsonian Institution).
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- LA CHROMATOGRAPHIE
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- En 1906, le botaniste russe Tswett réussit à séparer les uns des autres les principes colorants des feuilles vertes par un procédé d’adsorption particulier qu’il baptisa « chromatographie ». Il publia les résultats de ses recherches dans sa langue maternelle, d’abord, puis, plus tard en allemand, dans une revue de botanique. C’est probablement pourquoi le procédé de Tswett a été ignoré pendant presque trente ans, sauf par quelques rares chercheurs. La chromatographie ne s’est développée que depuis les travaux de Kuhn et de ses collaborateurs sur les caroténoïdes, publiés depuis 1930. C’est aujourd'hui un procédé de séparation très employé. Et il sera probablement bientôt aussi impossible d’énumérer ses applications que d’énumérer les applications de la cristallisation fractionnée ou celles de la distillation.
- En 1900 donc, Tswett constate, après avoir versé un extrait de feuilles vertes dans l’éther de pétrole au sommet d’un tube de verre vertical rempli de carbonate de calcium pulvérisé, l’apparition dans la colonne de six anneaux colorés en jaune ou en ver b, très rapprochés les uns des autres : c’est ce qu’il appelle un « chromatogramme » (fig. 1). En versant ensuite au sommet de la colonne du solvant pur, il voit les anneaux colorés descendre lentement ; des zones blanches apparaissent entre eux pour les séparer (fig. 2). C’est le développement du « chromato-grammo ». Une substance jaune, non adsorbée, passe dans le solvant de développement : c’est du carotène. Et les diverses bandes colorées contiennent les divers pigments verts et jaunes des feuilles qui sont adsorbés par le carbonate de calcium. On savait déjà que des substances comme le noir animal avaient la capacité d’adsorber par exemple les matières colorantes présentes comme impuretés dans une substance. Mais dans la colonne chromatographique, il y a quelque chose de plus : il y a adsorption sélective, c’est-à-dire que les substances différentes* sont adsorbée? avec des énergies différentes par le même adsor. bant et qu’une substance adsorbée peut être chassée de l’adsor-bant par une substance plus fortement adsorbée. C’est ainsi qu’on explique la formation d’un chromatogramme. La solution du mélange se déplace de haut en bas dans la colonne d’adsor-bant. Les substances fortement adsorbées restent en haut de la colonne, les substances moins fortement adsorbées sont progressivement chassées vers le bas de la colonne, et finalement les composants d’un mélange se répartissent tout le long de la colonne, d’autant plus bas qu’ils sont moins foidement adsorbés.
- La colonne du chromatogramme développé peut être sortie du tube, c’est 1’ « extrusion ». On se trouve en présence d’une colonne de poudre comprimée dans laquelle on distingue des zones colorées qu’on peut séparer les unes des autres en les coupant avec un canif. On peut ensuite extraire chacune des substances retenue dans chacune des zones par des solvants appropriés qu’on appelle « éluants » pour les distinguer du solvant employé initialement pour dissoudre le mélange,
- Tswett a obtenu dans ses expériences ou prévu dans ses écrits beaucoup de ce qui constitue aujourd’hui la technique de la « chromatographie », et il a créé ce nom en s’amusant à établir un parallèle entre la séparation des longueurs d’ondes lumineuses dans le spectre ou spectrographie et la séparation des constituants d’un mélange de colorants.
- Il a prévu que cette technique de séparation pourrait s’appliquer aussi à des mélanges de constituants incolores ou peu colorés. Et en effet, il a été possible, grâce à certains artifices,
- de réaliser, si on peut dire, des chromatographies de substances incolores.
- Technique de la chromatographie.
- La chromatographie a reçu aujourd’hui des applications nombreuses dans des domaines variés ; elle est longtemps restée purement empirique ; aujourd’hui la théorie de la séparation chromatographique s’échafaude peu à peu. Les solvants, l’adsorbant et les éluants qui conviennent à chaque cas particulier sont choisis expérimentalement, en tenant compte de quelques règles générales.
- Adsorbant. — L’adsorbant doit être capable de retenir au passage les constituants d’une solution. Mais il doit ensuite ne pas les retenir trop énergiquement pour permettre aux substances adsorbées de passer facilement en solution dans l’éiuant.
- Il faut éviter de choisir une substance qui entre en réaction chimique irréversible avec les produits à adsorber ou qui les transforme par catalyse.
- L’alumine est l’adsorbant le. plus couramment employé. Merck prépare une alumine spécialement activée pour la chromatographie par le procédé Brockmann. On emploie beaucoup également le gel de silice, le carbonate de calcium pulvérisé et le charbon actif.
- Pour les ehromatographies en solution aqueuse, on utilise également les silicates (floridine).
- Solvants. — Les solvants les plus employés sont l’éther de pétrole et l’eau. On utilise aussi le benzène et le sulfure de carbone.
- Choix et remplissage du tube. — On dispose l’adsorbant dans un tube vertical de verre ou de quartz, étiré à la partie inférieure, ou cylindrique et réuni à un entonnoir (fig. 3). L’extrémité inférieure du tube est bouchée par de la laine de verre ou par une plaque perforée. Si l’on opère à l’air, on pose des rondelles de papier sur la partie supérieure du filtre ; pour opérer à l’abri de l’air on fait un montage spécial (fig. 4).
- On peut laisser le solvant se déplacer par gravité, mais pour aller plus vite on applique généralement soit un léger vide à la partie inférieure (fig. 3), soit une légère pression à la partie supérieure en opérant avec précaution pour éviter une déformation des zones (fig. 6).
- Les tubes employés ont de S mm à 3 cm de diamètre et de 10 à 30 cm de long, au laboratoire ; pour des travaux industriels, ils peuvent atteindre 12 cm de diamètre et 50 cm de long.
- Le remplissage du tube est délicat. Il faut éviter la formation de vides et de canaux. L’adsorbant doit être réparti très uniformément dans le tube pour réaliser une filtration correcte. On peut soit remplir le tube à sec en ajoutant l’adsorbant par petites portions et en le tassant avec un agitateur de verre, soit mélanger l’adsorbant au solvant et le tasser par succion à la trompe. La colonne d’adsorbant doit toujours rester mouillée de solvant.
- Chromatographie des substances incolores.
- Quand il s’agit d’adsorbants incolores et de mélanges de colo rants, il est facile de distinguer les zones et de les découper, même si elles ne sont pas parfaitement régulières. Mais la question se complique quand il s’agit d’adsorbants colorés et de substances incolores.
- On peut opérer par tâtonnement en coupant la colonne en zones fines et en analysant les substances adsorbées dans chaque
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- Fig. 1 et 2.— 1. Chromatogramme avant développement. — 2. Chromatogramme développé.
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- Fig. 3. — • Montage d’une colonne chromatographique avec succion
- à la trompe.
- zone. Mais celte méthode est très longue et demande de nombreux essais préliminaires. Il est préférable de tourner la difficulté en essayant par exemple de faire apparaître des colorations différentes sur les différentes zones.
- Si les substances sont fluorescentes à la lumière ultraviolette, on opère dans des tubes de quartz et on éclaire la colonne en lumière ultra-violette. Les zones apparaissent alors en teintes différentes. C’est « 1’ultrachromatiogramme » de Karre.r et de Winterstein, employé par exemple pour séparer la quinine et la cinchonine ou l’ergostérol et le cholestérol.
- On peut aussi faire apparaître des colorations différentes sur chaque zone à l'aide d’un indicateur judicieusement choisi. Suivant les cas, cet indicateur est mélangé à la solution à adsor-her, ou bien appliqué avec un pinceau sur une génératrice de la colonne après développement et extrusion. On peut par exemple localiser par la méthode du pinceau la vitamine A dans une colonne en employant comme colorant une solution de trichlo-rure d’antimoine dans le chloroforme, qui se colore en bleu vif au contact de la vitamine A.
- Dans certains cas, on peut transformer les matières incolores en colorants. Par exemple Strain transforme un mélange de céto-nes (|3-ionone et camphre) en dinitrophénylhydrazones.
- Chromatogramme liquide. — De toutes les méthodes proposées pour la chromatographie des substances incolores,, la méthode du chromatogramme liquide est la plus générale et la plus prometteuse. Elle supprime les opérations délicates dp l'extrusion oc la colonne et du découpage des bandes. Conçue pour les substances incolores, elle s’applique parfaitement aussi aux colorants. Elle consiste en principe à verser en haut de la colonne du chromatogramme des éluants convenablemens choisis, pour permettre de recueillir successivement en bas de la colonne les constituants du mélange analysé sous forme de solution.
- Elle se prête également bien à l’analyse et aux préparations. Cette méthode se développe beaucoup actuellement. Elle a été étudiée en détail à l’Université d’Upsala, en Suède, par des chercheurs tels que Tiselius et Claesson. La grosse difficulté est de suivre la composition des solutions qui arrivent en bas de la colonne. Tiselius a mis au point à cette intention une méthode de mesure continue de l’indice de réfraction.
- Le chromatogramme liquide permet d’analyser des séries de produits homologues, ce qui était très difficilement réalisable et souvent impossible par les procédés analytiques classiques.
- On peut distinguer trois modes d'utilisation du chromatogramme liquide : l’analyse frontale, l’analyse par élution et le développement par "déplacement (fig. 6;.
- L'analyse frontale consiste à verser en haut de la colonne le solvant pur, puis la solution à analyser. On recueille d’abord une solution du constituant le moins udsorbé, puis un mélange de ce constituant avec le suivant, puis avec les deux suivants et ainsi de suite. A l’aide des équations des isothermes d’adsorp-tion, on peut calculer la composition qualitative et quantitative du mélange, mais on ne peut pas séparer les constituants à l’état pur. C’est la seule méthode qui ait permis à Claesson d’analyser de façon satisfaisante une série d’acides gras homologues, ou de produits contenant de longues chaînes carbonées.
- L’analyse par élution est l’application directe de la méthode classique de Tswett. Elle permet de séparer les substances pures, mais il est difficile d’éluer les substances les plus fortement adsorbées. C'est ce qui a conduit à la méthode du développement par déplacement qui consiste à dissoudre dans l’éluant une substance beaucoup plus fortement adsorbée que tous les constituants du mélange. C’est le « développeur ».
- Cette méthode permet d’opérer sur des séries homologues,
- .— / Solvant
- Solvant
- Adsorbant
- Joint de caoutchouc
- Laine de verre
- 'Verre fritté
- Fig. 4 et 5. — .4 gauche :
- Montage permettant d’opérer à l’abri de l’air. — En dessous : Zones déformées par une succion trop forte.
- alors que l’analyse par élution échoue, car il est par exemple impossible de trouver un solvant qui élue l’acide palmitique et laisse l’acide stéarique.
- Possibilités de la chromatographie.
- La chromatographie offre de nouvelles possibilités au chercheur. Les procédés classiques de distillation et de cristallisation fractionnées ne réussissent pas toujours à séparer les substances d’un mélange sans les altérer. Ils échouent si les substances sont de compositions chimiques trop voisines, si elles sont présentes en quantité infime dans le mélange, si elles sont sensibles à la chaleur. C’est là que s’ouvre le domaine de la chromatographie. C’est une techniqiie délicate, qui s’applique à des cas délicats. Elle a déjà à son actif de brillants résultats,
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- dans le domaine des caroténoïdeg par exemple. Il est certain qu’elle permettra encore de résoudre des problèmes difficiles dans les domaines de plus en plus complexes qu’aborde la chimie moderne.
- Elle ne doit évidemment pas être employée sans discernement. Si les constituants d’un mélange soumis à la chromatographie ne sont pas exposes à la chaleur comme dans une distillation, ils sont par contre très exposés à l’oxydation si on n’a pas soin d’opérer sous gaz inerte. De même l’adsorbant se trouve dans les meilleures conditions pour catalyser une transformation des substances adsorbées ou pour réagir chimiquement avec elles. Il faut donc le choisir soigneusement en fonction des substances à adsorber.
- La chromatographie est une excellente technique analytique. Elle permet également de séparer à l’état pur les constituants d’un mélange.
- Analyse.— La chromatographie peut servir de test de pureté. Si le produit à étudier est chimiquement pur, on n’observe aucune zone de séparation dans la colonne, quels que soient l’adsorbant et le solvant employés. Mais la moindre trace d’impuretés ou de plastifiants qui ne serait probablement pas décelée par une analyse chimique n’échappe pas à l’analyse chromato-graphique. Il apparaît immédiatement dans la colonne des anneaux révélateurs.
- Le chromatogramme mélangé permet l’Mentification d’une substance dans les mêmes conditions que le point de fusion mélangé. On mélange dans des proportions connues la substance étudiée et la substance type et on fait passer la solution du mélange dans divers solvants sur divers adsorbants. Si les deux substances sont identiques, il ne se produit jamais de séparation, sinon il apparaît des zones dans le chromatogramme.
- Enfin la chromatographie permet de séparer et de doser tous les constituants d’un mélange, même ceux qui ne sont présents qu’à l’état de traces.
- Une des plus belles applications analytiques de la chromatographie est l’étude des séries homologues de corps comme les acides gras ou leurs esters, par la variante de chromatogramme liquide appelée analyse frontale. Il est également possible de
- Fig. G. — 1. Principe de l’analyse frontale. — 2. Principe de l’analyse par élution. — 3. Principe du développement par
- déplacement.
- séparer les isomères. C’est ainsi que des Américains ont pu isoler du mélange des hexachlorocyclohexanes isomères l’isomère gamma qui est le plus fortement insecticide.
- Préparations. — Une des caractéristiques de la chromatographie est de permettre d’isoler une substance qui se trouve à l’état très dilué dans un mélange. Dans deux cas en particulier elle rend les plus grands services : pour isoler une substance naturelle intéressante dans un mélange qui n’en renferme crue de faibles quantités, ou pour séparer d’une substance à purifier de petites quantités d’impuretés difficiles à éliminer.
- On réussit à isoler de l’urée un colorant : la xanthosté-
- rine qui s’y trouve à la très faible concentration de 1 dans 1 000 000. On réussit à purifier l’anthra-cène en éliminant par exemple 350 mg do carbazol sur 6 g d’anthracène. On a pu encore purifier parfaitement la pénicilline, ce qui n’était pas un problème commode.
- Préparations industrielles. — La
- méthode chromato- Fis- 7"
- graphique telle qu’elle est pratiquée
- actuellement est une méthode délicate, lente et coûteuse. On n’opère en général que sur des quantités très faibles, de l’ordre du décigramme. Il serait cependant désirable de pouvoir rendre industriel un procédé de séparation qui est, dans certains cas, le seul possible. On l’utilise déjà pour purifier des produits coûteux, tels que la pénicilline ou pour préparer des vitamines. Mais il y a encore beaucoup à faire dans le sens des applications industrielles. La méthode du chromatogramme liquide semble avoir un certain avenir industriel.
- L’Anglais Hopf a proposé récemment un procédé qui serait plus rentable que la colonne chromatographique. Il opère dans un appareil centrifuge qu’il appelle chromatofuge.
- - Chromato grammes de carotênoïdes.
- Principales applications de la chromatographie.
- Colorants naturels. Carotênoïdes. — Comme nous l’avons vu, la chromatographie est née des recherches de Tswett sur la chlorophylle et les autres pigments des feuilles et son essor date des recherches de Kuhn et Lederer sur les carotênoïdes. Elle a permis d’arriver à une connaissance parfaite de cette importante classe de produits qu’il est difficile d’étudier par les méthodes classiques.
- Les carotênoïdes possèdent 40 atomes de carbone. Les plantes et les animaux en renferment de très nombreuses variétés. La chromatographie permet do les déceler, de les analyser, de les isoler même s’ils ne sont présents qu’à l’état de traces (fig. 7). Avant son utilisation par Kuhn et Lederer, Willstaetter et ses élèves n’avaient pu isoler que 5 carotênoïdes. Aujourd’hui il faut des pages entières pour énumérer les carotênoïdes qu’on a réussi à séparer par la méthode chromatographique.
- Seule la chromatographie a permis de séparer facilement les carotènes a et P et d’obtenir le carotène a à l’état pur. Il a été possible de séparer les produits de dégradation du ^-carotène, et par suite de connaître sa constitution.
- Les carotênoïdes contenus dans le foie, le sérum, le placenta, le lait, la graisse de l’homme et des animaux sont analysés par la chromatographie. Etant données les relations étroites entre lcs carotênoïdes et la vitamine A, le métabolisme des carotênoïdes dans l’organisme présente un gros intérêt. On sait que les carotènes a, p, y Gt la cryptoxanthine peuvent se transformer en vitamine A. Au contraire, le lycopène et la plupart des phyto-xanthènes ne le peuvent pas. D’où l’importance de l’identification par chromatographie des carotênoïdes contenus dans les aliments.
- La chromatographie permet d’étudier de façon approfondie les colorants naturels tels que les colorants de la bile : bilirubine et biîivcrdine, les llavines, les ptérines, les anthocyanines.
- Elle rend également de grands services clans le domaine des
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- colorants artificiels, EUe permet de séparer les mélanges de colorants, d’étudier leur constitution chimique, de vérifier la pureté des préparations commerciales, de les purifier.
- Substances incolores. — Nous avons vu que la méthode chromatographique s’appliquait également aux substances incolores. Elle a permis d’isoler les vitamines et les hormones, d’analyser ou de purifier des produits organiques naturels complexes comme les huiles, les sucres, les terpènes, des hauts polymères comme l’acétylcellulose, de séparer les constituants de séries homologues 'de carbures aromatiques polycycliques à noyaux condensés tels que l’anthracènc, ou ceux des acides gras et de leurs esters.
- Vitamines, stérols, hormones. — La chromatographie a permis d’analyser et d’isoler à l’état de pureté les différentes vitamines. Ainsi Karrer isole la vitamine A de l’huile de foie, Brockmann la vitamine D3, antirachitique, de l’huile de foie de thon ou de flétan.
- La séparation des hormones, opération longue et fastidieuse, se trouve grandement facilitée par l’emploi de la chromatographie. On peut ainsi isoler l’équilénine et la folliculine de l’urine de jument et les séparer.
- Poisons. Alcaloïdes. — Il devient possible d’atteindre les toxines de certains poisons non-alcaloïdiques comme les produits de décomposition de la calotropine, poison de flèche africain, ou la toxine du venin du serpent à lunettes.
- Les alcaloïdes sont eux aussi justiciables de la chromatographie, qui permet de séparer la cinchonine de la quinine ou de purifier les alcaloïdes de l’ergot de seigle.
- Essais des produits commerciaux. — Nous avons vu que la chromatographie est un procédé analytique capable de déceler môme les traces d’impuretés. Elle permet d’essayer les tanins, les huiles, les graisses, le beurre, le vin, les produits pharmaceutiques et les préparations galéniques et de faire apparaître les moindres falsifications, comme par exemple les colorants artificiels dans une graisse ou un beurre.
- Chromatographie minérale. — Enfin la chromatographie peut aussi être utilisée en analyse minérale. Elle permet de séparer les unions et les cations les plus voisins.
- Ainsi pour séparer l’arsenic de l’antimoine, on additionne d’acide tartrique la solution contenant le mélange des chlorures, et on la dilue avec de l’eau. La colonne chromatographique est constituée d’alumine imprégnée d’acide chlorhydrique dilué.
- On verse la solution à analyser en haut de la colonne et développe à l’acide chlorhydrique dilué. Pour faire apparaître les deux couches on fait couler dans la colonne de l’eau chargée d’hydrogène’ sulfuré. On observe alors une couche jaune de sulfure d’arsenic ’et une couche orangée de sulfure d’antimoine.
- F. Appelé,
- * " .. •>;f‘" Ingénieur E. P. ’C. I.
- La
- Paemi les méthodes les plus utilisées de prospection géophysiques, il faut signaler le développement de la prospection magnétique pratiquée d’un avion.
- Cette méthode est basée sur les variations des éléments du champ magnétique provoquées par la présence de masses de minerais ou d’huiles minérales. Elle n’est pas nouvelle : dès le xvne siècle, on utilisait en Suède leur action sur une aiguille aimantée pour la recherche des minerais de fer.
- Avec de bonnes boussoles, on avait déterminé les limites des grands gisements de minerais de fer de Suède, de Laponie et du Nord des États-Unis, en particulier dans la région des Grands Lacs.
- Le perfectionnement des appareils de mesure magnétique : les magnétomètres, a permis d’étendre le champ d’application de la prospection magnétique. Ce procédé qui s’est révélé le plus simple et le plus économique a été adopté par un grand nombre d’organisations s’intéressant aux recherches géologiques. Il révèle et situe les anomalies dont l’étude est ensuite poursuivie par d’autres méthodes de prospection géophysique et par la prospection sur le terrain. Les mesures des variations du champ magnétique sont effectuées en gamma. Un gamma égale 1 gauss x 10~6.
- Les magnétomètres ont été perfectionnés à un tel point, pendant la guerre, qu’ils étaient utilisés pour la détection des sous-marins allemands en plongée.
- La mise au point de ces méthodes a conduit à l’établissement d’un magnétomètre automatiquement stabilisé dont les essais furent réalisés en 1941. Au laboratoire de Mineola à Long Island, spécialement équipé pour ces recherches, on poursuivit l’établissement du « Magnetic Airborne Detector ».
- Cet appareil permet 1a, détection de sous-marins immergés survolés par des avions ou des dirigeables situés à des altitudes de l’ordre d’une centaine de mètres. Dès 1942, cette méthode fut régulièrement appliquée à la recherche des sous-marins allemands.
- Ces magnétomètres perfectionnés peuvent être utilisés pour la prospection en avion. Ils donnent un tracé continu, .sur une bande
- aerienne
- de papier, des variations d’intensité du champ magnétique du terrain survolé. Une série de ces profils reportée sur la carte de la région étudiée permet de tracer des courbes d’intensité égale de champ magnétique comme on porte des courbes de niveau d’altitude égale sur les cartes topographiques ordinaires.
- Cette technique permet de relever la carte magnétique du territoire exploré à raison de 2 500 à 25 000 km2 par mois.
- L’avion circule à l’altitude usuelle pour les levers cartographiques : 100 à 500 m. Le magnétomètre est suspendu par un câble à une trentaine de mètres au-dessous de l’avion.
- Le relevé de la route parcourue par l’avion sur la carte de la région survolée peut être fait par prises de photographies aériennes successives. On peut parvenir à une localisation plus précise en appliquant une méthôde de navigation aérienne utilisée pendant la guerre et basée sur l’emploi du dispositif électronique baptisé shoran, abréviation de « Short Range Navigational Aid ».
- C’est une méthode de relèvement par radio dont l’intérêt est considérable en topographie aérienne : l’opérateur radio de l’avion transmet en ondes courtes deux signaux à deux stations au sol qui renvoient ces signaux. La mesure des deux échos fournit la distance de l’opérateur aux deux stations et par suite, automatiquement sa position. Cette méthode de prospection a permis de relever les cartes magnétiques de plusieurs millions de kilomètres carrés, au Vénézuéla, en Alaska, dans les régions polaires et sur de grandes superficies du territoire américain. Elle permet une première exploration rapide de régions d’accès difficiles. Elle fournit immédiatement des renseignements précis sur les grandes masses de minerais magnétiques tels que la magnétite ou l’ilménite. Pour les autres formations, elle ne fait que signaler les points singuliers qui méritent, par les méthodes classiques de prospection au sol, géophysiques ou autres, d’être délimités et elle le fait avec une rapidité qu’aucune autre méthode ne peut atteindre actuellement.
- L. P.
- prospection
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- Le Cinquantenaire
- du Métropolitain
- Les premiers travaux pour la construction du Métropolitain commencèrent le 19 septembre 1898. Et le 19 juillet 1900 — dernière année du siècle finissant — la première ligne Maillot-Vincenncs fut ouverte au public.
- Ce fut un événement sensationnel, qui retint l’attention des millions de visiteurs de l’Exposition universelle.
- Essais antérieurs de transports en commun.
- On lit dans une chronique du temps :
- « Le nouveau mode de transport rapide a suscité un enthousiasme indescriptible. Dès les premiers jours, la population envahit les quais des stations et les rames des voitures, démentant ainsi ceux qui avaient prétendu que, jamais, les Parisiens ne consentiraient à voyager comme des taupes ».
- Une même faveur avait accueilli, voici près de deux siècles et demi, les fameux « carrosses à cinq sols ». Le 21 mars 1662,
- Mme Périer, sœur de Pascal, écrivait au grand Arnauld : «... Jusqu’à la tombée de la. nuit, il y alla même plusieurs femmes, mais la foule en est si grande qu’on est souvent obligé de s’en aller à pied. Cela m’est arrivé. J’attendais à ta porte Saint-Merry, rue de la Verrerie, ayant grande envie de m’en retourner en carrosse, car la route est longue de là chez mon frère. Mais j’eus le déplaisir d’en voir passer cinq, sans pouvoir y prendre place... Et, pendant ce temps, j'entendais les bénédictions qu’on donnait aux auteurs d’un établissement si utile au public... ».
- Cet enthousiasme des contemporains pour Pascal et le marquis de Roannez, n’est-il pas juste de le témoigner, aussi, aux créateurs du • Métropolitain, « cet autre établissement si utile au public », mais durable celui-là, et dont il n’est pas besoin de souligner l’importance.
- Le Métropolitain et la Presse de 1898.
- Les quotidiens d’il y a cinquante ans consacrèrent de longs articles à ces premiers travaux. On lit dans un numéro du Petit Journal do septembre 1898 :
- « On a bien raison de dire qu'il ne faut désespérer de lien. On nous avait proposé un Métropolitain suspendu, à l’instar de celui de New-York, où les Américains risquent, à tout instant de recevoir un train sur la tête.
- « Propos en l’air, pas sérieux, dirent les Parisiens.
- « Puis, vinrent les trains souterrains et alors les mêmes sceptiques do s’écrier :
- « Cette fois, c'est une affaire enterrée !
- « Et cependant, c’est un projet souterrain qui vient d’être adopté. Les travaux sont commencés et les entrepreneurs comptent bien les avoir terminés pour le 1er janvier de la grande . année du Centenaire.
- « ... Tout le travail se fera mystérieusement ; et c’est à peine si, de place en place, en voyant des ouvriers s’enfoncer dans un puits béant dans les entrailles de la terre, le passant soupçonnera
- que, sous ses puis, s’opère le gigantesque ouvrage de termite, qui doit créer une voie de communication, rapide et sûre, dans le sous-sol de Paris ».
- Projets primitifs.
- Il a paru qu’il pouvait être de quelque intérêt de rappeler rapidement quels projets antérieurs ont précédé le plan définitif do 1897.
- Remontons à près d’un siècle en arrière.
- En 1855, les ingénieurs Flachat et Brame avaient projeté un chemin de fer dit « ligne des Halles », pour relier le centre de Paris à sa périphérie, par des voies ferrées qui auraient approvisionné les Halles. (On se souvient lu chemin de fer d’Arpajon qui fonctionnait naguère encore).
- D’autres propositions suivirent, qui restèrent, d’ailleurs sans lendemain, en 1871 et en 1872. Des études furent reprises en 1875 et en 1877, ces dernières marquant un réel progrès et un acheminement vers un vrai chemin de fer Métropolitain, comme on commençait à dire, par analogie avec le Métropolitain de Londres 0). Le tracé définitif de 1897 a tenu compte, dans une certaine mesure, de ce projet de 1877.
- En 1S81, voici un plan pour deux lignes qui auraient, suivi le tracé des grands boulevards et des boulevards extérieurs.
- Quelques années plus tard, Eiffel établit un projet qui fut repoussé.
- Mais la création du futur réseau n’allait pas sans difficultés, des négociations laborieuses se poursuivaient entre la Ville et l’État, Enfin, l’accord finit par aboutir, et, un projet, présenté par André Berthelot, fut approuvé le 9 juillet 1897. Une loi du 30 mars 1898 déclarait « d’utilité publique l’établissement d’un chemin de fer Métropolitain à traction électrique ».
- La construction de l’infrastructure incombait à la Ville de Paris. Bienvenue, alors âgé de 46 ans, fut chargé de la direction des travaux de construction. Il y fut un maître, et il y consacra sa vie entière.
- Fulgence Bienvenue, « Père du Métro ».
- Il naquit dans les Côtes-du-Nord le 27 juin 1852. Entré à l’École Polytechnique en 1870 il en sortit, dans le corps des Ponts et Chaussées et débuta dans l’Orne. Puis il fut affecté aux chemins de fer de l’État. Un grave accident entraîna l’amputation de son bras gauche.
- En 1886, il fut appelé au service de la Ville de Paris et en
- 1. Mais, dira-t-on, d'où vient donc ce mot « métropolitain » ? Au sens étymologique, une métropole (grec métèr, mère, et polis, ville) se dit d’un Etat par rapport à ses colonies, d’une ville importante relativement à ses dépendances, à ses suffragants.
- Et l’adjectif « métropolitain » veut dire : qui a le caractère d’une métropole, qui appartient à une métropole. De là, l’expression moderne : chemin de fer métropolitain, train qui circule dans une ville, on dessert les différents quartiers et lui appartient.
- Fig'. 1. — Fulgence Bienvenue (1852-1936), père du Métropolitain.
- (iService photographique du Métropolitain).
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- 1891, Bienvenüe était nommé Ingénieur en chef des travaux d’adduction des eaux de l’Avre et du Loing. On lui doit la création du funiculaire de Belleville, aujourd’hui disparu.
- Au cours de l’année 1896, il fut chargé d’étudier et de présenter l’avant-projet d’un réseau de chemin de fer souterrain qui devait devenir le Métropolitain.
- Ce brillant ingénieur eut à vaincre de nombreuses et sévères difficultés, au cours de sa carrière de constructeur du réseau. Ainsi, lorsque, place Saint-Michel, on creusa le gouffre profond qui renfei me la gare, la nature des terrains marécageux rendait le travail presque impossible. Il eut l’idée — toute nouvelle alors — de « congeler le terrain », au moyen de puisards remplis d’ammoniaque liquide. Dès lors, les ouvriers purent reprendre le travail en terrain solide et résistant. Durant ces gigantesques travaux, on n’eut aucune catastrophe à déplorer. C’est que, en toutes circonstances, Bienvenüe avait le souci de la sécurité de son personnel, et ceci n’est pas son moindre titre de gloire.
- En 1929, il reçut, solennellement, la grande Médaille d’or de la Ville de Paris. En décembre 1932, le Conseil Municipal, à son tour, lui fil une réception magnifique.
- Et le Maréchal Foch, son parent, lui remit les insignes de Grand’Croix de la Légion d'Honneur.
- Bienvenüe mourut le 3 août 1936.
- Une station du Métropolitain porte son nom ainsi qu’une place.
- Construction du réseau.
- Paris marquait un certain retard sur les Métropolitains d’autres grandes capitales New-York eut son « Elevated » en 1860, Londres son « Metropolitan Railway » en 1863 et Berlin son « Stadtbahn » en 1875. A Paris, on sut profiter de l’expérience des ré seaux étrangers plus anciens, et de nos jours son Métropolitain réalise un trafic supérieur aux autres chemins similaires (x).
- Si 'l’on considère l’intensité du trafic par kilomètre de ligne à double voie par le nombre de voyageurs transportés, on arrive aux chiffres suivants pour l’année 1929 :
- Métropolitain de Paris : 7 millions 200 000 voyageurs. ; New-York : 6 millions ; Berlin : 4 millions 600 000 ; Londres : 3 millions 100 000.
- Ceci posé, les lignes parisiennes suivent, en général, le tracé des voies do surface, et sont établies- aussi près que possible des chaussées. Les rampes ne dépassent pas 40 mm et le rayon des courbes est de 75 m au maximum.
- Pour construire les tunnels, on a eu recours à la méthode des galeries boisées. On creuse des galeries d’avancement avec puits pour évacuation des déblais. Les terres sont contenues par des coffrages en bois ; la voûte en maçonnerie est construite ensuite.
- Après enlèvement de tous îes déblais, les piédroits sont élevés jusqu’à hauteur de la voûte et on coule ensuite le radier en béton qui ferme le tunnel.
- Pour les traversées sous-fluviales, on emploie la méthode du « bouclier », cylindre métallique de S m de diamètre, terminé, d’un côté, par un avant-bec, à l’abri duquel on fait le terrassement, et, à l’arrière du bouclier, des vérins horizontaux, prenant appui sur le renfle ment en fonte, font avancer l’engin par courses successives de 75 cm, chacune d’elles permettant la pose d’un nouvel anneau métallique. Tout ce travail se fait, bien en tendu, à l’air comprimé.
- Des travaux considérâmes durent être entrepris, en certains points ; ainsi à l’Opéra pour assurer le croisement de trois lignes superposées. Il en fut de même à la République. Les voies sont à l’écartement normal des chemins de fer, soit 1,44 m. Les rails pèsent 52 kg au mètre. Le ballast est introduit par des puits, et le matériel : rails, traverses... est acheminé la nuit par des wagons ad hoc.
- (Remarquons, en passant, que les 93 centièmes du réseau sont en souterrain).
- Le profil normal du souterrain à deux voies affecte la forme elliptique de 7,10 m d’ouverture et de 2,07 de montée. Les stations primitives comportaient des quais de 75 m de long et de 4,10 m de largeur, 0,65 m au-dessus des rails. Les nouvelles stations présentent des quais de 106 m permettant le stationnement de 6 à 7 voitures.
- Équipement électrique.
- 1. D’autres Métropolitains ont été construits depuis, dans d’autres grandes cités : Madrid, Barcelone, Moscou, Athènes...
- Fig. 2, 3 et 4. — Les travaux effectués peur créer la station de la place Saint-Michel.
- (Service photographique du Métropolitain).
- La consommation journalière dépasse un million de kWh. Aux heures de pointe,
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- Fig. 5. — La place de l’Opéra, au cours des travaux.
- (Service photographique du Métropolitain).
- la puissance absorbée atteint 100 000 kW. Deux centrales, reliées au réseau, lui apportent le courant nécessaire à haute tension.
- Traction et éclairage emploient du 'courant continu à 600 Y (sauf la ligne de Sceaux qui marche à 1 500 Y).
- Les 32 sous-stations du Métropolitain transforment le triphasé do J0 000 Y en continu à 000 ou 1 500 V, nécessaire à la marche du service.
- On compte 80 escaliers mécaniques et 34 ascenseurs pour s ta-tions profondes. Il n’est pas besoin d’insister sur le perfectionnement d’une signalisation qui permet de faire circuler les trains à 1 mn 30 s d’intervalle.
- La durée moyenne du stationnement dans les gares, varie de 10 à 20 ou 25 s (aux correspondances). Très souvent, ainsi que chacun peut le constater, la durée de l’arrêt s’abaisse à 6 ou 8 secondes.
- Développements et progrès réalisés depuis 1900.
- Dès la première année, le Métro offrait un mode de transport à grand rendement — 3 000 places à l’heure — et les voitures souterraines parcouraient la distance Maillot-Vincennes en 25 mn, alors que les tramways mettaient 1 h 1/2.
- En juillet 1900 le réseau n’avait qu’une seule ligne de 10 km, avec 18 stations.
- Aujourd’hui, en 1948, le réseau s’étend sur 188,200 km desservis par 362 stations. Il comprend :
- a) réseau urbain soit 14 lignes, 148,700 km, 320 stations ;
- b) réseau banlieue, soit des prolongements d’un total de 17,700 1cm avec 25 stations ;
- c) - la ligne de Sceaux, 20 km et 19 stations.
- Ajoutons que la ligne la plus longue est celle de Sèvres-Montreuil, qui mesure 19,500 km ; la plus courte est Saint-Lazare-Porte de Saint-Ouen, de 3,800 km.
- Dès 1900, le trafic atteignit 17 millions de voyageurs en 6 mois, pour seulement 13 km de lignes ouvertes. Devant le succès croissant, on décida une extension considérable. Et, en 1905, une nouvelle compagnie, le Nord-Sud, obtint une concession, ainsi qu’on l’exposera plus loin.
- A la veille de la guerre de 1914, les lignes 2, 4, 5, 6, 13 étaient achevées, et la ligne 3 partiellement ouverte. Malgré les difficultés que l’on sait, les travaux furent poussés activement durant les hostilités de la première guerre mondiale. En 1925 les lignes 9 et 10 furent inaugurées ; à partir de 1928 les lignes 9 et 10 allaient à Richelieu-Drouot.
- En 1930 fut réalisée la fusion du Métro et du Nord-Sud. Et à
- cette époque commença une période de construction très active ; on créa 21 km de voies nouvelles avec des stations de 105 m.
- Durant l’année 1934, le Métro sortit de l’enceinte de Pai'is par 7 prolongements. La ligne de Sceaux fut incorporée en 1938, dotée de très belles et confortables voitures.
- Tout à l’origine, le Métro était muni de motrices de S m de long, à deux moteurs de 125 ch. Actuellement, les rames comportent, en général, 5 voitures de 14,20 m de long, dont dpux motrices à 4 moteurs de 175 ch.
- La vitesse moyenne, suivant les lignes, va de 21 à 25 km par heure. Le matériel comprend 1 310 motrices et 1 383 remorques.
- Durant la guerre de 1939-1945, le Métro dut fournir un effort considérable, exceptionnel. Le trafic se trouvait considérablement accru du fait qu’il n’y avait plus d’autobus, pas de taxis, et que le personnel était notablement réduit (prisonniers, déportés, etc.).
- A la libération, l’extension se poursuivit et 1945 vit s’ouvrir un nouveau tronçon Porte dTvry-Mairie d’Ivry.
- Le Nord-Sud et Berlier.
- Ingénieur et chimiste, Berlier (octobre 1843-septembre 1911> déjà connu dans la région stéphanoise et lyonnaise, pour d'importantes et heureuses créations, vint s’établir à Paris c’est lui qui imagina les tubes pneumatiques pour les1 « petits bleus »
- On lui doit la construction du siphon collecteur de Clichy en 1893-1894, et-, peu après, le grand siphon collecteur de la Concorde en 1895, travaux pour lesquels Berlier employa l’air comprimé, afin d’éviter les irruptions d’eau.
- En 1894, il avait proposé un projet de tramway souterrain électrique qui eut traversé tout Paris du Bois de Yincennes au Bois de Boulogne (ce qui devait devenir, en somme, la ligne Maillot-Vincennes). Puis, en 1899, il proposa, suivant son système, un tramway souterrain de Montmartre à Montparnasse, plan qui donna naissance au Nord-Sud. Par contrat de janvier 1904, Berlier, avec son associé Janicot, obtint la concession du dit Nord-Sud.
- Exploitation et trafic du Métropolitain.
- Les qualités recherchées, avant tout, dans ce genre d’entreprises, sont : simplicité, sécurité, régularité, fréquence élevée, avantages par quoi le Métropolitain parisien prouve sa supériorité sur les autres Métropolitains existants. Ainsi, tous les trains circulent toujours de terminus à terminus, sans transbordements qui entraînent attentes, fatigues, erreurs, pertes de temps.
- Contrairement à une opinion souvent émise, le tarif unique,
- Fig. 6. — Construction du viaduc, boulevard de la Chapelle.
- (Service photographique du Métropolitain).
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- établi depuis janvier 1947 a simplifié et accru la bonne marche de l’exploitation.
- Voici, maintenant, quelques chiffres statistiques assez frappants. Le nombre de millions de voyageurs transportés chaque année n’a cessé de croître :
- 1901
- 1910
- 1920
- 1930
- 1945
- 1946
- 1947
- 56 millions 318 —
- 688 —
- 865 —
- 1 000 —
- 1 646 —
- 1 479 —
- La diminution de 1947 sur 1946 provient du rétablissement du service des autobus.
- La ligne la plus chargée demeure toujours Vincenncs-Neuilly avec 184 millions de voyageurs, soit, à elle seule, environ 10 pour 100 du total des voyageurs, tandis que sa longueur est seulement 7 pour 100 de tout le réseau.
- Viennent ensuite : Clignancourt-Orléans 180 millions, puis la ligne 12 avec 160, et la ligne 9 avec 155 millions.
- Saint-Lazare est la station la plus fréquentée du réseau ; le nombre de voyageurs entrés dans cette gare a été de plus de 51 millions en 1946. La gare du Nord suit, avec près de 40 millions, la gare de l’Est avec près de 30 et la République vient ensuite, recevant plus de 27 millions de voyageurs.
- Remarque curieuse : parmi les stations à grande profondeur, seule, la station La-marck - Caulainco urt permet, grâce à son ascenseur., de n 'avoir pas à monter une seule marche, depuis le quai jusqu’à la rue La-marck.
- Fig. 7 et 8. — En dessous : le premier train du Métro (juillet 1900) ; à droite : une voiture d’un modèle récent.
- (Service photographique du Métropolitain).
- Extensions en cours, prévues, ou à l'étude.
- Le prolongement de la Porte de Saint-Ouen au Carrefour Pleyel est en voie de construction, et on projette des prolongements du Carrefour Pleyel à Saint-Denis, et de la Porte de Clichy au Pont de Clichy.
- Après la suppression des passages à niveau de la S. N. C. F., sur la ligne de Vincennes, cette ligne sera exploitée par le Métropolitain, dans les mêmes conditions que la ligne de Sceaux.
- Pour améliorer notablement l'exploitation du réseau, il faudrait mettre en service des rames de six voitures, mais la très grande majorité des quais ne peut en admettre que cinq. On doit donc se contenter d’accroître la fréquence des trains, et de gagner quelques secondes aux arrêts dans les gares.
- Les nouvelles — et futures — voitures comporteront un plus grand nombre de portes que les anciennes, plus larges et d’ouverture, comme de fermeture, plus rapides. Puis, par des moyens techniques, on réduira, encore, les temps de freinage et de démarrage.
- La Compagnie enfin, ne néglige pas le confort du public :
- Depuis
- la Libération.
- Des efforts constants ont dû être poursuivis pour remettre 'le réseau en ordre de mar- , che normale. Des travaux considérables ont
- été entrepris et menés à bien. Au commencement de 1944, l’ennemi avait réquisitionné la ligne souterraine la plus profonde, Pyré-nées-les Lilas, pour y établir des usines et des abris ; les rails avaient été enlevés et le ballast remplacé par du béton.
- D’autre part, des bombardements avaient endommagé, sérieusement, des installations aux terminus de la ligne de Sceaux.
- Des économies, fort appréciables, ont été réalisées sur la consommation du courant é^ctrique, par des méthodes rationnelles de détermination du trafic et du calcul des horaires. Cette consommation est passée de 330 millions de kWh en 4938 à 356 en 1946, augmentant seulement de 8 pour 100, tandis que le trafic a doublé.
- En ce qui concerne le nombre des stations en service, on rappellera que, à la libération, on comptait 145 stations ouvertes ; on en trouvait, en 1948, 324, dont 14 rouvertes au printemps de 1947. Grâce à la création de la classe unique qui donne une meilleure et plus rapide répartition des voyageurs dans les voitures et diminue la durée des stationnements, on a compensé les prolongations des temps de parcours dues à la mise en service de ces nouvelles stations.
- On compte encore 19 gares fermées, qui sont proches, ou parfois très Avoisines, d’autres accès ouverts au public, et qui avaient un trafic très réduit. Toute ouverture nouvelle accroît la consommation du courant, allonge le temps du parcours, exige plus de matériel et de courant.
- aération et diminution du bruit par substitution des engrenages épicycloïdaux aux engrenages droits ; profil des sièges, éclairage luminescent... sont étudiés.
- Le personne! du Métropolitain.
- Le Métropolitain (G. M. P.), exactement le « Chemin de fer Métropolitain de Paris » a absorbé, comme l’on sait, la S.T.C.R.P. (Société des Transports en Commun de la Région Parisienne). Ce grand service compte actuellement, en tout, 33 000 agents, contre 43 000 environ employés avant la guerre pour l’ensemble des transports parisiens.
- Le personnel n’est pas soumis aux assurances sociales, mais il jouit d’une organisation qui lui confère les mêmes avantages.
- A l’expiration de leur temps de service, les agents de la Compagnie sont titulaires d’une pension de retraite, analogue à celle des fonctionnaires de l'Etat, à quelques différences près.
- Un certain nombre d’œuvres intéressantes ont été réalisées. Ainsi, le groupement « Les Enfants du Métro » a pour but la protection de l’enfance. Il existe quatre colonies de vacances, pouvant recevoir 1 500 enfants.
- D’autre part, des maisons de repos permettent d’accueillir simultanément un nombre assez important de pensionnaires.
- L’union sportive métropolitaine (U. S. M.), forte de 5 000 membres, possède, à la Croix de Berny et à Paris, stades et terrains des mieux aménagés.
- Plusieurs groupements veillent aux distractions et au développement culturel et artistique : théâtre, musique, peinture, cinéma, causeries, conférences...
- Il convient enfin, et surtout, de mentionner l’École d’apprentissage du Métropolitain, située, avenue Mozart, dans le XVIe arrondissement, installée dans les locaux d’un ancien garage de 'la S. T. C. R. P. Cette école a pour objet « de former des ouvr-iers professionnels, qualifiés, possédant une bonne culture générale et technique, susceptibles ultérieurement, de prendre part aux concours ouverts à tous les agents de l’entreprise, pour remplir des emplois dans la maîtrise et les cadres ».
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- « La Compagnie du Métropolitain ».
- Faire l’historique des diverses conventions qui ont, successive' ment, régi le chemin de fer Métropolitain, reviendrait à montrer l’évolution des rapports administratifs entre le concédant et le concessionnaire.
- A l’origine, en 1898, ce fut le régime de la concession simple. Puis, vinrent les conventions de 1921 et celles de 1929, par suite de la fusion du Métropolitain et du Nord-Sud. De nouveaux: arrangements furent, alors, conclus, entre la Compagnie, la Ville et le Département. Avant la guerre de 1939-1945, la Compagnie du Chemin dç Fer Métropolitain était une société concessionnaire do l’exploitation du réseau ferré.
- Au 1er janvier 1941, fut réalisée la réunion des exploitations du réseau ferré et du réseau routier de la Société des transports en commun de la région parisienne, confiés l’un et l’autre à la Compagnie du chemin de fer Métropolitain.
- En janvier 1945, la Compagnie du chemin de fer Métropolitain fut dessaisie de l’exploitation, alors confiée à un Administrateur provisoire, désigné par le Ministre des Travaux publics.
- Enfin, la loi du 21 mars 1948 institua une Régie autonome des Transports parisiens (R. A. T. P.) chargée d’assurer les transports en commun à Paris, dans les départements de la Seine, de Seine-et-Oise, de Seine-et-Marne, et une partie de l’Oise.
- Amédée Fayoj-.
- Laminoirs
- modernes
- Des progrès spectaculaires ont été réalisés ces années dernières dans la technique des laminoirs à froid de tôles minces pour l’industrie des conserves.
- Ces tôles minces sont maintenant débitées à une vitesse impressionnante.
- L’installation la plus moderne est celle de l’usine d’Aliquippa, en Pennsylvanie, de la Jones and Laughlin Steel Corp., qui vient d’être mise en marche. Son train de laminoir qui pèse 4 ooo t, est porté par un massif de béton ancré sur la roche à i5 m au-dessous du niveau du sol. Il est entraîné par des moteurs à courant continu totalisant i4 ooo kW.
- L’alimentation du train est fournie par des bobines de tôles laminées à chaud à 2,5 mm d’épaisseur. La tôle mince réduite à 0,2 mm environ d’épaisseur sur 90 cm de largeur est débitée à la vitesse de 112,5 km à l’heure. Elle est enroulée en bobines coupées automatiquement à la longueur puis entraînées par un convoyeur. La marche est continue : une bobine d’alimentation est automatiquement reliée à la suivante par soudure électrique.
- La régularité d’épaisseur de la tôle débitée est assurée par des jauges différentielles à rayons X : deux faisceaux identiques traversent, l’un une feuille étalon, l’autre, la tôle en fabrication; des cellules détectrices comparent et maintiennent une valeur identique d’absorption des faisceaux et règlent automatiquement l’écartement des cylindres des laminoirs.
- Le progrès des laminoirs à froid est démontré par l’augmentation des vitesses de débit depuis quinze ans seulement.
- 1933 ........ 228 m par minute i3,o km par heure
- 1936 ........ 420 m » 25,2 km »
- iq4o ......... 63o m par minute 37,8 km par heure
- 1947 ........ x 875 m » 112,5 km »
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- PÉRIODICITÉ DES ÉCLIPSES,
- l'éclipse du 18 Octobre 1948
- Différentes catégories d’éclipses. — Étant donnés les mouvements relatifs du Soleil, de la Terre et de la Lune, il ne peut se produire que deux catégories d’éclipses : les éclipses de Soleil et les éclipses de Lune.
- Les premières, qui se produisent à la Nouvelle Lune (conjonction géocentrique Soleil-Lune) ont pour conséquence de montrer le disque noir de la Lune se projeter devant celui du Soleil, pour certains points de la surface terrestre, et de façon
- d’ombre terrestre, l’éclipse est totale; si elle ne s’y plonge que partiellement, l’éclipse est partielle; enfin si elle ne rencontre que le cône de pénombre : il y a éclipse de Lune par la pénombre, ces dernières ne sont généralement pas mentionnées dans les almanachs et les calendriers; en fait si pratiquement, seules les fortes éclipses par la pénombre sont facilement visibles à l’œil nu, les autres l’étant photographiquement, théoriquement, ce sont des éclipses partielles de Soleil pour certaines
- Fig. 1. — Conjonction et opposition non écliptique du Soleil et de la Lune.
- différente suivant les points d’observations. Si au moment de la conjonc’.ion, l’axe du cône d’ombre lunaire vient à rencontrer la surface du globe, l’éclipse de Soleil sera totale ou annulaire, totale si le diamètre apparent du Soleil est inférieur à celui de la Lune, annulaire dans le cas contraire; de telles éclipses ne sont totales ou annulaires que pour des régions très limitées, elles sont visibles comme éclipses partielles pour d’autres régions, d’ailleurs assez restreintes; dans des cas très rares, une même éclipse peut être totale pour certaines régions, annulaire pour d’autres (17 avril 1912, 9 mai ig48); enfin si au moment de la conjonction devant produire une éclipse, l’axe du cône d’ombre lunaire ne rencontre pas la Terre, l’éclipse de Soleil n’est que partielle pour l’ensemble du Globe. Les éclipses de Lune se produisent à la Pleine Lune (opposition géocentrique Soleil-Lune). Trois cas sont à distinguer, s’il doit y avoir éclipse : si la Lune pénètre entièrement dans le cône
- régions de la Lune et à ce titre, elles doivent donc prendre place parmi les autres éclipses, nous en tiendrons compte dans ce qui va suivre.
- Conditions de production des éclipses. — Si le plan de l’orbite lunaire coïncidait avec celui de l’écliptique, il y aurait alternativement éclipse de Soleil et éclipse de Lune à chaque Nouvelle et Pleine Lune, c’est-à-dire tous les i5 jours. Mais le plan de l’orbite lunaire fait avec le plan de l’écliptique un angle i de b°gf (en moyenne) ; il en résulte que, le plus souvent, le cône d’ombre lunaire évite la Terre, au moment de la conjonction; de même que la Lune évite le cône d’ombre terrestre, au moment de l’opposition.
- Soient S, T et L les centres du Soleil, de la Terre et de la Lune (fig. 1) ; au moment de la Nouvelle Lune l’angle LTS n’est généralement pas nul et bien qu’il soit toujours assez
- Éclipses de Soleil
- £0 — 1»30' 1 — 0°59' 1 0‘ 1 ) + 0°o9' 1 + 1°30 1 r
- pas d’éclipse éclipse partielle éclipse totale ou annulaire éclipse partielle pas d’éclipse
- Ào — 16°ol' 1 • — 10»34' 1 0° 1 + 10°o4' 1 + 16°51 1 t
- pas d’éclipse éclipse partielle éclipse totale ou annulaire éclipse partielle pas d’éclipse
- Éclipses de Lune :
- po — 1030' 1 - O-SÉ 1 — 0°26' 0° 1 1 + 0°26' 1 + 0ü57' 1 + 1°30' 1
- pas d’éclipse pénombre éclipse \ artielle éclipse totale éclipse partielle pénombre pas d’éclipse
- X. — 16°oi' 1 — 10°42' 1 — 4°53' 0» 1 1 + 4oo3' 1 + 10°42' + 16°o4' 1 1
- pas d’éclipse pénombre éclipse partielle éclipse totale éclipse partielle pénombre pas d’éclipse
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- petit, ses limites extrêmes étant. : —5°g/ et +5°g/, il n’y aura pas d’éclipse; mêmes remarques en ce qui concerne l’angle LTO, relatif à la Pleine Lune; ces deux angles sont appelés respectivement latitudes (écliptiques) de la Lune à la conjonction
- Fig. 2. — L’orbite lunaire paraît couper l’écliptique suivant la ligne des nœuds NN'.
- éclipse totale ou annulaire de Soleil encadrée à i5 jours d’intervalle par deux éclipses de Lune par la pénombre ou une éclipse totale de Lune encadrée dans les mêmes conditions par deux éclipses de Soleil, en général partielles.
- Il en résulte que dans une année, il y a toujours au moins 4 éclipses (2 de Soleil et 2 de Lune) et il y en a au plus 7 (5 de Soleil, 2 de Lune; ou 4 de Soleil, 3 de Lune; ou 5 de Lune, 2 de Soleil; ou 4 de Lime, 3 de Soleil).
- Le Cycle Saros. — On appelle révolution synodique de la Lune, l’intervalle moyen de temps qui s’écoule entre deux Nouvelles Lunes consécutives, elle vaut 2g,53o588i jours.
- On appelle révolution draconitique de la Lune, l’intervalle moyen de temps qui s’écoule entre deux passages consécutifs de la Lune au nœud ascendant, elle vaut 27,2122178 jours.
- Il est évident que, si au bout d’un certain temps le Soleil, la Lune et les nœuds reviennent dans une même position relative, les éclipses se reproduiront dans le même ordre.
- et à l’opposition, nous les désignerons par la lettre (compté positivement dans l’hémisphère contenant le pôle boréal écliptique) .
- Pour un observateur situé sur la Terre en T (fig. 2), l’écliptique (E) et l’orbite lunaire (F) paraissent se couper sur la sphère céleste en deux points opposés : N et W appelés nœuds ascendant et descendant de l’orbite lunaire, N correspondant au passage de la Lune dans l’hémisphère boréal écliptique. Au moment des Nouvelles et Pleines Lunes, l’angle (30 sera d’autant plus petit que le Soleil et la Lune se trouveront dans une direction plus voisine de celle des nœuds : il ne pourra donc y avoir éclipse qu’au voisinage de ces derniers.
- Considérons sur la sphère céleste (fig. 3) l’intersection N de (E) et de (F) et soit L0 la position' d’une Nouvelle ou Pleine Lune, se projetant ortho-
- gonalement sur l’écliptique en l0 ; Z0L0 n’est autre que l’angle (30 défini plus haut et /0N = X0 est la longitude écliptique de L0 par rapport à N. Ce sont ces deux grandeurs qui conditionnent la production et le caractère des éclipses. Si on adopte les valeurs moyennes des demi-diamètres apparents et des parallaxes du Soleil et de la Lune, on peut établir le tableau I (voir page précédente) qui résume ces conditions (avec i — 5°g0 (remarquons que j30 et X0 sont liés par la relation : sin X0 = cot i tg j30).
- Les conditions moyennes exigées pour (3„ et étant très sensiblement les mêmes pour les éclipses de Soleil et de Lune, les premières auront la même fréquence que les secondes.
- h h A0
- loi! =28’,25 10 N = Ao b N = Ai
- Fig. 3. — Intersection de l’orbite lunaire et de l’écliptique sur la sphère céleste.
- Périodes d’éclipses. — Le soleil se déplace dans le sens direct par rapport aux nœuds, et met environ 173 jours pour aller d’un nœud à l’autre. Les périodes d’éclipses seront donc séparées par des intervalles moyens de 173 jours, soit un peu moins de 6 mois; on peut facilement le vérifier en consultant deux ou trois calendriers d’années consécutives. Une période comprend au moins deux éclipses : une de Soleil et une de Lune, séparées par un intervalle de i5 jours, dans un ordre quelconque. Elle peut en comprendre au plus trois : soit une
- Or :
- 242 révolutions draconitiques valent : 6585,3567076 jours, 223 révolutions synodiques valent : 6585,32ii463 jours,
- ou 18 ans, 11 jours, 8 heures environ.
- différence : o,o3556i3 jour.
- c’est le cycle Saros connu depuis la plus haute antiquité. Un cycle de trois saros ou 54 ans et 34 jours ramène sensiblement la visibilité d’une éclipse dans les mêmes régions. En réalité au bout d’un Saros, la Lune n’a pas repris une même position par rapport au nœud qui produit l’éclipse, elle n’y revient qu’au bout de o,o3556i3 jour en moyenne, ce qui correspond à un accroissement de longitude de 28^,25 environ. Revenons à la figure 3 et appelons L0 la position d’une Nouvelle ou Pleine Lune, occupant un rang déterminé dans un certain Saros que nous numéroterons arbitrairement o; Ll sera la Nouvelle ou Pleine Lune se produisant au bout de 18 ans et 11 jours, elle occupera donc le même rîing que L0, mais dans le Saros suivant numéroté 1; de même pour L2, L3, ... L« dans le Saros n.
- D’après ce que nous venons de dire : est à 28^,25 à l’Ouest de l0 et d’une façon générale on aura : \n — /,i + \=28f2§, puisque À0 — %i — 28'25. On en conclut qu’à chaque Saros, une éclipse déterminée rétrograde légèrement vers l’Ouest, par rapport au nœud qui produit l’éclipse. Si une éclipse se produit à l’Est d’un nœud, elle se rapprochera peu à peu de ce dernier, et augmentera d’intensité d’un cycle au suivant; quant au bout d’un certain nombre de Saros, elle atteindra le nœud, elle passera par un maximum; puis, se trouvant ensuite à l’Ouest du nœud, elle diminuera d’intensité, puis disparaîtra à un certain Saros. Il suffit donc de connaître la position d’une Nouvelle ou Pleine Lune écliptique par rapport au nœud, pour savoir si l’éclipse est croissante ou décroissante d’un cycle au suivant. En réalité, si on ne possède pas d’éphémérides détaillées de la Lune on ne peut connaître la position de la Nouvelle ou Pleine Lune écliptique par rapport au nœud. Une théorie
- Limite de l’\éclipse partielle
- totale ou annulaire
- Limite de l'éclipse
- totale ou annulaire
- Limite de lëclipse
- Limite de V
- Fig. 4. — Évolution d’une éclipse de Soleil.
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- assez simple permet d’énoncer cependant les deux lois suivantes :
- a) Dans une période de deux éclipses (séparées par un intervalle de i5 jours environ) la première est toujours décroissante, la seconde croissante. Si la période a trois éclipses : la première est décroissante, la deuxième est au voisinage d’un maximum, la troisième est croissante. Appliquons cette règle aux deux périodes de deux éclipses chacune, de l’année ig3o :
- Le io avril : éclipse partielle de Lune (gr. 0,112); le 28 avril : éclipse annulaire totale de Soleil.
- Le 7 octobre : éclipse partielle de Lune (gr. 0,(029) ; les 21 et 22 octobre : éclipse totale de Soleil.
- Les deux éclipses de Lune sont donc décroissantes et comme leur grandeur est déjà très faible, on peut émettre des doutes sur leur retour pour ig48 .en temps qu’éclipse partielle. Les deux éclipses de Soleil sont croissantes et seront visibles de plus en plus dans les régions équatoriales. En 1948, nous avons :
- Le 28 avril : éclipse partielle de Lune (gr. 0,029); le 9 mai : éclipse annulaire totale de Soleil.
- Le 18 octobre : éclipse de Lune par la pénombre (gr. i,o36); le icr novembre : éclipse totale de Soleil.
- La première éclipse de Lune est, celte année, extrêmement faible ; quant à la seconde, elle s’est transformée en une éclipse par la pénombre. Les deux éclipses de Soleil approchent de leur maximum, elles continuent à s’étendre vers les régions équatoriales. La règle est donc bien vérifiée.
- b) Si le maximum ou le milieu d’une éclipse se produit avant la Nouvelle ou la Pleine Lune correspondante, l’éclipse est croissante; elle est décroissante dans le cas contraire; si les heures coïncident elle est à son maximum. Ainsi pour 1948 :
- éclipse se reproduit donc pendant 71 cycles de Saros; elle est totale ou annulaire pendant 47 Saros.
- Évolution d’une éclipse de lune. — Considérons (fig. 5) la Pleine Lune L0, on voit qu’elle ne produit pas d’éclipse; mais au Saros suivant il y a une petite éclipse par la pénombre, l’éclipse se produit au bord S de la Lune et va augmenter continuellement d’intensité; à partir du Saros i4
- Fig. 6. — L’éclipse du 18 octobre 1948, visible en France.
- (I,14) elle devient partielle, puis totale à partir du cycle 26 (en L2(i); au 36e cycle, c’est une belle éclipse totale, qui atteint son maximum; puis c’est la décroissance et l’éclipse atteint à présent le bord N; elle redevient partielle en L47 ; puis c’est de nouveau une éclipse par la pénombre à partir de L5g (c’est le stade de l’éclipse du 18 octobre ig48) et l’éclipse disparaît au 72e cycle. L’éclipse s’est donc reproduite pendant
- Éclipse du 23 avril ....
- » 8-9 mai ....
- » 18 octobre ..
- » 1er novembre
- milieu à 13h39m maximum à 2h25m milieu à 2h33m,3 maximum à 5ho9m
- P. L. à 13h28m, donc éclipse décroissante
- N. L. à 2h30m » » croissante
- P. L. à 2h23m » » décroissante
- N. L. à 6h 2m » » croissante
- Dans les cycles suivants : les zones de visibilité des deux éclipses de Soleil se déplaceront vers les régions équatoriales, tandis que les deux éclipses de Lune sont condamnées à disparaître.
- Évolution d’une éclipse de soleil. — Considérons la Nouvelle Lune L0, telle qu’elle a été définie plus haut, on voit (fig. 4) qu’elle ne produit pas d’éclipse, puisqu’elle est en dehors de la limite de l’éclipse partielle ; mais au cycle
- suivant on voit qu’en Lj, il y aura une très faible éclipse partielle, visible seulement dans les régions arctiques; puis l’éclipse augmentera d’intensité en s’étendant peu à peu vers les régions tempérées, boréales; puis à partir de L12 (12e Saros) l’éclipse est annulaire ou totale et devient visible pour des régions équatoriales; elle atteint son maximum en L36; puis devient visible pour les régions australes; à partir de L60, jusqu’à L71, l’éclipse n’est plus que partielle, pour les régions antarctiques et disparaît au 72e Saros (L72). En moyenne, une
- 71 cycles de Saros; elle n’a été totale que pendant 21 cycles.
- Un raisonnement analogue s’appliquerait au nœud descendant Nr, il suffirait d’intervertir, pour les éclipses de Soleil, les zones boréales et australes de visibilité sur la Terre et pour les éclipses de Lune les bords N et S de la Lune.
- Précision du Saros. — Si le Saros est satisfaisant pour prédire les éclipses d’un cycle au suivant, on voit que sa précision est nettement insuffisante, si on veut les prédire plusieurs cycles à l’avance, puisque des éclipses naissent et que d’autres disparaissent.
- En moyenne un Saros comprend 84 éclipses : 4a de Soleil, dont io totales, i4 annulaires, i annulaire totale, i4 partielles et 42 de Lune dont i4 totales, i3 partielles, i5 par la pénombre.
- L’éclipse du 18 octobre 1948. — Voici les éléments de celte belle et forte éclipse totale de Lune par la pénombre, qui sera très bien visibm à l’œil nu. Nous avons vu qu’elle était le retoui de l’éclipse partielle de Lune du 7 octobre ig3o.
- Entrée de la Lune dans la pénombre à ohr2m. Pleine Lune à 2h23m. Milieu de l’éclipse à aMS™,.".. Sortie de la Lune de la pénombre à 4h55m. Grandeur i,o36 (le diamètre de la Lune étant x). On voit (fig. 6) qu’au moment du milieu de l’éclipse, la Lune sera presque tangente au disque d’ombre pure. L’éclipse se produit au nœud ascendant et l’effet dégradé de la pénombre se mon'rera nettement. d’abord au N-E, puis au N et enfin au N-W du disque lunaire.
- L. Tartois,
- Conférencier au Palais de la Découverte.
- "''''-J;0 Limite c/e le pênombee
- Limite de -H°30’ l’ombpe
- Limite de + 0o57’ 1 e’cl/pse totale
- + 0°2S’ N
- if)— ; ~ Limite de 1 éclipsé foiïdfe''''—dj-4-6 ®
- Limite de ~r°2A L4lT^JF) , ] ombre
- Limite de le ~ü:57 L59^ pénombre
- Fig. 5. — Évolution d’une éclipse de Lune.
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- As a*:ti«3
- 3
- Les voitures
- 5 e Salon de
- Fig. 1.
- Le cabriolet décapotable Talbot « Lago record ».
- Le XXXVe Salon de l’Automobile qui, depuis 1898 date du Ier Salon, représente un demi-siècle de progrès mécanique, se déroule au Grand Palais du 7 au 17 octobre. La participation des constructeurs est très fournie mais les modèles présentés restent les mêmes que ceux de l’année dernière. Bien rares sont en effet les nouveautés et la curiosité légitime des visiteurs ne sera pas satisfaite,
- Empressons-nous toutefois de dire que, constituant cette année l’exception qui confirme la règle, la marque justement appréciée Hotchkiss présente deux châssis nouveaux, l’un équipé d’un moteur i3 ch à quatre cylindres et l’autre d’un moteur 20 ch à six cylindres.
- La fabrication en série de la Peugeot type 2o3 débute mais on ne peut considérer celte voiture comme un modèle nouveau puisque, si elle fut absente du salon 1947, la presse spécialisée et les concessionnaires de la marque purent l’essayer dès cette époque.
- itinéraires; mais tenu compte des possibilités de leur faible cylindrée, ils restent précieux pour de nombreuses formes d’utilisation.
- Les voitures de moins de 5 ch ont généralisé les formules de la traction avant qui supprime l’arbre de transmission traversant longitudinalement toute la voiture et de la carrosserie-coque en alliages légers, remarquable par sa grande rigidité en regard d’un gain de poids extrêmement appréciable puisque l’auvent complet de la 4 ch Grégoire par exemple n’atteint pas 25 kg. Quant au moteur à deux cylindres que les constructeurs n’auraient pu faire accepter avant la guerre aux usagers, il faut lui reconnaître dans la forme des deux cylindres disposés en vis-à-vis, un excellent équilibrage.
- Renault a véritablement innové avec la création, l’année dernière, d’un modèle 4 ch à moteur installé à l’arrière. C’est le seul constructeur français, si l’on excepte toutefois le motocar Rovin à deux cylindres, à avoir choisi cette disposition. A l’étranger, la formule du moteur à l’arrière est également peu courante et uniquement adoptée sur des voitures de luxe : la Trata tchécoslovaque à huit cylindres en V refroidis, par l’air et l’Isotta-Fraschini italienne, également à huit cylindres en V refroidis par eau.
- Les opinions restent encore divisées sur les valeurs respectives du moteur à l’arrière et de la transmission classique. Avec la première formule, l’arbre longitudinal de transmission se
- La construction française.
- Figf. 2. — Vue d’ensemble du châssis Hotchkiss 20 ch, nouveauté du 35* Salon.
- C’est en considérant l’ensemble des modèles exposés au Grand Palais qu’il est possible de mesurer l’effort accompli par les constructeurs pour présenter aux usagers le type de voiture susceptible de contenir le mieux à leurs besoins.
- Très étendue est en effet la gamme de fabrication des voitures françaises qui s’échelonne depuis le véhicule économique de 3 ch de puissance fiscale jusqu’au modèle de luxe 2G ch.
- Les véhicules de moins de 5 ch ne sont pas de simples voiturettes dépourvues de confort mais des voitures en réduction qui ajoutent à leur qualité dominante d’économie d’entretien celle de convenir particulièrement à la circulation encombrée des grandes villes. Il ne faut pas demander à ces petits modèles dont certains ne disposent que d’un moteur à deux cylindres opposés — formule flat-tvvin — de dispenser le conducteur et les passagers de toute fatigue sur les longs
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- françaises au
- 1 Automobile
- trouve supprimé comme dans le cas de la traction avant, la répartition des charges est plus équitablement assurée quand il n’y a pas de passagers à l’arrière et le volume intérieur de la carrosserie peut être plus aisément augmenté; mais l’adhérence au sol des roues avant, reste un peu moins bonne, le refroidissement du moteur un peu plus complexe Fig. 4.
- à assurer et certains organes de commande (ceux de l’avance à l’allumage et de l’accélérateur) sont sensiblement plus allongés.
- L’examen des caractéristiques essentielles des voitures françaises de 6 ch ou moins partant sur huit modèles indique les tendances constructives de ce genre de véhicule qui peut être
- (Jri des modèles étrangers : la voiture italienne Caproni « Cemsa » à traction avant.
- sant une 4e vitesse surmullipliée. La suspension par ressorts à boudins s’est beaucoup généralisée sur ces modèles légers.
- équipé :
- soit d’un moteur à deux cylindres opposés, soit d’un moteur à quatre cylindres en ligne, soit d’un moteur à quatre cylindres opposés, dit cc flat-four » (3 ch Dolo, 5 ch Bernardet).
- La commande la plus généralement employée est celle des soupapes en tète, ceci dans le but d’obtenir le rendement maximum d’une faible cylindrée, surtout avec une carrosserie quatre places (4 ch Panhard-Dyna, 4 ch Renault).
- Les petites voitures françaises sont le rdus souvent dotées de boîtes de vitesses à quatre combinaisons, Dyna-Panhard utili-
- Les voitures de moyenne puissance, entre G et ii ch fiscaux, restent celles d’avant-guerre avec bien entendu certaines améliorations de détail. Nous retrouvons la classique 202 Peugeot, aux côtés de laquelle vient s’aligner maintenant la jeune 200, les Citroën 11 légère et 11 normale qui ont popularisé la traction avant et la Salmson S. 4-Gi. Pour être de conception ancienne, ces voitures n’en ont pas moins fait la réputation de notre pays en matière de construction automobile et donnent
- encore bien des satisfactions à leurs acquéreurs... quand ils ont la chance de pouvoir se les faire livrer rapidement.
- N’omettons pas de rappeler que l’année dernière, l’ingénieur Grégoire avait présenté un prototype de 11 ch à traction avant dont les caractéristiques révélaient parfaitement l’orientation technique de la voiture moderne de moyenne puissance.
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- Dans la classe des voitures de forte puissance ce sont les châssis i3 et 20 ch Hotchkiss qui vont retenir l’attention.
- Le nouveau modèle IIot-chkiss 13 ch, comporte un moteur à quatre cylindres de 8G mm d’alésage et 99,5 mm de course donnant une cylindrée de 2,323 1. Le modèle 20 ch est doté d’un moteur six cylindres de 8G x 100 donnant une cylindrée de 3,485 1.
- Fig. 3. — L’ensemble mécanique de la Peugeot type 203.
- On remarque entre autres le montage des ressorts à boudins de la suspension arrière.
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- Les caractérisliques communes de ces deux voitures sont : une boite de vitesses silencieuse à quatre combinaisons avec engrenages hélicoïdaux toujours en prise, une suspension avant à roues indépendantes avec ressorts à boudins, une direction à vis et écrou, des freins à commande hydraulique. Six dessins différents de carrosseries, dont un cabriolet décapotable 4 places et une conduite intérieure 7 places sont prévus pour équiper les nouveaux châssis Hotchkiss.
- Au stand Delahaye, nous retrouvons les modèles 170, 178 et 180 à moteur six cylindres de 4,5oo 1 de cylindrée avec chemises amovibles et soupapes en tête commandées par culbuteurs, un embrayage à deux disques, une boîte électromagnétique Cotai à quatre vitesses et une suspension avant par roues
- Fig. 5. — Une vue du carter de la boite de vitesse et de la transmission du modèle Panhard-Dyna à traction avant.
- Fig. 6. -- La coupe d’un cylindre du moteur Panhard diesel type « Zuvic » de S,S t de charge utile.
- On remarque la disposition de la soupape culbutée.
- indépendantes, licence Dubonnet, consistant en un groupe des organes de suspension et de freinage des roues tournant tout entier autour d’un pivot sous la commande de la direction. Un modèle dénommé type 17g S. est équipé de trois carburateurs.
- La maison Talbot présente de son côté ses modèles « Lago record » de 26 ch de puissance fiscale à double arbre à cames, culasse hémisphérique, monté avec deux carburateurs et « Lago grand sport », d’une plus grande puissance effective que le modèle précédent, équipé de trois carburateurs et susceptible d’atteindre 200 km à l’heure avec une carrosserie profilée deux places.
- Les autres marques françaises, bien connues avant la guerre
- Fig. 7. — Vue détaillée du châssis de la magnifique voiture américaine Pontiac.
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- Figr. S. — L’outillage d’une grande usine de construction automobile : un ensemble de machines « transfert » à l’usine de la Régie Renault.
- pour leurs luxueuses réalisations (Panhard,
- Delaunay-Belleville et même Hispano-Suiza) ont orienté aujourd’hui leur activité vers d’autres fabrications : petits modèles, véhicules industriels; mais les quelques maisons qui ont eu la chance de pouvoir poursuivre la construction de modèles de luxe en destinant, par la force des choses, la majeure partie de leur production à l’étranger, ont conservé aux yeux du monde la réputation qu’elles avaient acquise précédemment dans les domaines de la qualité technique et de l’esthétique. C’est aux stands des carrossiers français qu’aiment sans doute s’attarder le plus, chaque année, les visi-teui’s et surtout les visiteuses, car un modèle Delahaye, Delage ou Talbot habillé « sur mesure « présente une harmonie de lignes appréciée, hors de nos frontières, au même titre que la ligne de nos modèles de haute couture.
- Les véhicules utilitaires.
- Il y aurait plus encore à dire sur l’évolution du véhicule utilitaire que sur celle de la voiture de tourisme. Les constructeurs français ont en effet fourni un effort méritoire pour reconstituer notre parc de camions avec des modèles particulièrement adaptés aux multiples tâches de notre reconstruction; ét si nous n’avons pas obtenu, en quantités de véhicules livrés les résultats que nous avions espérés, la qualité mécanique de notre production reste très satisfaisante.
- La gamme des véhicules utilitaires s’échelonne depuis la petite camionnette, dite « fourgonnette » de 25o kg de charge utile jusqu'au poids lourd susceptible de transporter 18 t en passant par les camions de 5, 7 ou 10 t. Le même type de châssis peut quelquefois servir à la double fin d’équiper un modèle de tourisme et une camionnette; mais dès que le déplacement de la charge doit atteindre plusieurs tonnes, il devient nécessaire de réaliser des véhicules qui posent pour leur établissement des problèmes particulièrement complexes à résoudre. Cette complexité tient à ce que deux conditions diamétralement opposées doivent être satisfaites : d’une part une résistance des organes en accord avec la charge à transporter et d’autre part un allégement des pièces, qui par l’économie de consommation qu’il permet d’obtenir, puisse déterminer un tarif d’exploitation rentable.
- L’évolution du véhicule industriel a, dans les grandes lignes, porté sur les points suivants :
- i° L’allégement de l'ensemble, grâce à l’emploi généralisé de pièces en alliages légers qui peuvent être fournies sous la forme d’éléments pré-fabriques aux constructeurs privés d’un outillage spécial de découpage des pièces. Les spécialistes sont ainsi parvenus à alléger jusqu’à i5 p. 100 de son poids un camion de 10 t et ceci a pour résultat non seulement une économie sur la consommation de carburant mais aussi une prolongation de la durée des pneumatiques.
- Sur les cars et autobus un appréciable allégement de la carrosserie est obtenu par la généralisation d’emploi de la caisse-poutre qui, supprimant le châssis séparé (à la façon dont la carrosserie-coque absorbe le châssis sur les voitures de tourisme) assure en même temps une meilleure rigidité de la carcasse.
- 20 Une solution devenue courante aujourd’hui est réalisée entre autres sur les camionnettes Citroën de 85o et 1 000 kg de charge utile, la Licorne x l, le nouveau camion Peugeot 1 4oo kg, Renault x, 2 et 7 t, Ford 5 t, Somua 8 t, etc... Elle consiste à monter la cabine du conducteur au-dessus du moteur, ce qui a pour avantage de donner une plus grande sui’face à la plateforme d’où un plus graxxd nombre de places disponibles sur les cars et autobus. Ainsi disposée, la cabine du conducteur prend le xiom de cabine avancée.
- 3° C’est presque toujours un moteur du type à explosion fonctionnant à l’essence qui équipe les camions de moins de 5 t de charge utile; mais sur les modèles de plus de 5 t, c’est, à deux ou trois exceptions près, le moteur à combustion interne, genre Diesel, utilisant du gas-oil, qui a été adopté.
- 4° Sur les camions de fort tonnage est quelquefois monté un embrayage du type bi-disques tandis que le changement de vitesse peut comporter 5 combinaisons, en plus de la marche arrière. Les ressorts, formés de nombreuses lames peuvent en outre être renforcés par d’autres ressorts, dits compensateurs. Enfin, la question du freinage, premier élément de sécurité pour l’arrêt progressif de pareilles masses, a posé, on le conçoit une série d’études aux solutions particulièrement difficiles. Fi'eins d’arrêt avec servo-commande à dépression ou à air comprimé ont été combinés avec un freinage dit de ralentissement qui peut être constitué (système Westral de Westinghouse) par deux plateaux tournants entraînés par l’arbre de transmission et qui sont susceptibles de serrer sur commande un troisième plateau fixe disposé entre eux. Le refroidissement du système est assuré par un circuit d’eau venant du radiateur et y retournant. Parmi les véhicules utilitaires ou de transport en commun nouvellement réalisés, nous pouvons citer >:
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- la camionnette Peugeot de 1 kOO kg de charge utile à cabine avancée, équipée d’un moteur à essence quatre cylindres de 7/4o ch et d’une boîte de vitesses à quatre combinaisons dont la 4e est surmultipliée;
- et le car Floirat, qui, susceptible de transporter jusqu’à 53 passagers installés face à la route est le plus grand car réalisé jusqu’ici en France. Ce véhicule comporte un moteur à huile lourde de 6 cylindres à culbuteurs atteignant 8 35o cm3 de cylindrée et dispose d’un pont arrière à deux essieux.
- La modernisation de l'outillage de fabrication.
- Nous ne pouvons ici aborder ce chapitre très étendu dans lequel il y aurait d’autant plus à écrire que les constructeurs s’évertuent à moderniser un outillage périmé, dont l’âge moyen dépassant 20 ans à la fin de la guerre, constituait un handicap très important pour nos possibilités de production.
- Mais nous ne voudrions pas omettre de mentionner les nouvelles machines, dites « machines transfert », qui, comme leur nom l’indique, transfèrent automatiquement d’un poste de travail à l’autre les pièces qu’elles ont pour fonction d’usiner. L’automatisme de transmission des pièces s’opère à l’aide de relais électro-magnétiques. Chaque machine, dont 29 sont en marche aux usines Renault pour la fabrication de la 4 ch, peut indifféremment recevoir n’importe quel outil, simple ou multiple, de perçage, fraisage, alésage, taraudage, etc. Certaines d’entre elles peuvent comporter plus de 20 postes d’usinages avec un total de 100 outils et il suffît de deux ouvriers spécialistes pour en assurer le fonctionnement.
- L’adoption des machines « transfert » constitue un progrès très remarquable dans le domaine de l’automatisme mis en œuvre pour la fabrication en grande série des voitures automobiles.
- Fernand de Laborderie.
- Les isotopes radioactifs
- Un nouvel et puissant instrument d’investigation vient d’être mis à la disposition des chercheurs qui consacrent leur activité aux sciences biologiques par l’emploi des isotopes. Avec l’asservissement prochain de l’énergie nucléaire à des fins industrielles, la chimie atomique fournit une nouvelle technique qui va permettre d’acquérir très rapidement une masse de connaissances précises des phénomènes biologiques. La libération de l’énergie atomique n’est pas le point d’aboutissement du développement extraordinaire de la physique et de la chimie modernes ; elle ouvre dans les voies les plus diverses un nouveau chapitre des connaissances humaines.
- L’emploi des isotopes en biologie a déjà pris une extrême importance et fait l’objet d’un très grand nombre de publications.
- On sait que les propriétés chimiques d’un élément ou corps simple sont exclusivement conditionnées par le nombre des électrons qui circulent autour de son noyau, par son enveloppe électronique. Par contre, les propriétés atomiques dépendent du noyau. La découverte des isotopes a mis en évidence ce fait que des éléments identiques, quant à leurs propriétés chimiques générales, peuvent différer par leurs masses, par suite de la composition des noyaux. Ceux-ci renferment, pour un élément donné, un nombre constant de protons, mais peuvent comporter des nombres différents de neutrons.
- Les isotopes peuvent être stables ; dans ce cas ils ne peuvent être mis en évidence que par des méthodes physiques compliquées, notamment par le spectromètre de masse. Les isotopes instables ou radioisotopes sont beaucoup plus intéressants car ils peuvent être dosés par les méthodes classiques de l’étude de la radioactivité, rapidement et avec la plus grande précision.
- Les isotopes stables sont normalement présents dans le monde physique ; c’est le cas du deutérium ou hydrogène lourd présent normalement dans l’eau sous forme d’eau lourde mais en très faible proportion, et dans les corps organiques celui de l’azote 13, du carbone 13, etc...
- La découverte par F. Joliot en 1934, de la radioactivité artificielle est à l’origine des méthodes qui ont permis la préparation d’un très grand nombre de radioéléments artificiels.
- Ces radioéléments ont été préparés à l’origine au moyen d’un appareillage compliqué : cyclotrons, bétatrons, qui ne fournissait que de très petites quantités de ces produits.
- La réalisation pour des fins militaires des réacteurs nucléaires des piles atomiques a fourni ensuite un moyen facile d’obtenir des quantités appréciables de ces nouveaux radioéléments. Leur diffusion dans les laboratoires de recherche du monde entier va
- en biologie
- permettre une avance considérable de nos connaissances en biologie.
- Ils sont dès à présent obtenus et peuvent être délivrés, dans des conditions particulières, par la Commission de l’Énergie atomique (Isotope Branch) à Oak Ridge, Tennessee, U. S. À. C1).
- On connaît actuellement plus de 100 atomes différents constitués d’isotopes stables ou radioactifs correspondant aux 93 éléments de la classification périodique de Mendéléef.
- La moitié environ de ces isotopes sont stables et existent normalement en proportions définies dans le monde minéral et vivant.
- Les autres, préparés artificiellement, sont radioactifs. Leur vie est plus ou moins longue suivant leur degré de stabilité : ils se désintègrent suivant une fonction exponentielle en émettant des radiations qui permettent de caractériser leur présence qualitativement et quantitativement.
- La détection de ces radiations et le dosage des éléments qui les émettent se font par les méthodes usuelles de l’étude de la radioactivité : émulsions photographiques, chambres d’ionisation, électromèlres, et surtout compteurs de Geiger dont la sensibilité est extrême.
- On conçoit que l’introduction dans des organismes vivants de ces radioéléments dont on peut suivre ensuite, littéralement à la trace, le cheminement doit conduire à l’acquisition de connaissances précises toutes nouvelles.
- Par l’alimentation, les êtres vivants absorbent des hydrates de carbone, des protéines, des corps gras, etc. Ceux-ci se mélangent avec les mêmes substances déjà présentes dans l’organisme sans qu’on puisse les différencier chimiquement. Les radioéléments vont maintenant permettre leur discrimination.
- Par exemple, les organismes vivants absorbent des produits contenant du phosphore ; il était normalement impossible de savoir quel chemin suivaient les atomes de phosphore absorbés ; mais si ces atomes sont « marqués » de radioactivité, il devient facile de suivre leur marche et de connaître les réactions biochimiques dans lesquelles ils interviennent : fixation, substitution, élimination.
- Les principaux radioéléments artificiels actuellement préparés aux États-Unis grâce aux piles graphite-uranium et qui intéres-
- 1. En accord avec la Commission de l’Energie atomique, un laboratoire spécialisé des Etats-Unis sera en mesure, dans quelques mois, de fournir aux chercheurs des corps organiques « marqués » en Carbone 14 : alcool méthylique, iodure de méthyle, alcool éthylique, iodure d’éthyle, acide acétique et chlorure d'acétyle, ester acétique, etc. La période de vie du Carbone 14 est très longue : plus de 5 000 années.
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- sent le plus les recherches de biologie, peuvent être divisés en deux classes : ceux à faible émission radioactive : hydrogène 3, carbone 14, soufre 35, calcium 45, fer 59, cobalt 60, et ceux fortement radioactifs : carbone 11, phosphore 32, sodium 24, potassium 42, chlore 36, brome 82, iode 131, cuivre 64.
- La plupart de ces isotopes radioactifs sont obtenus simplement par introduction des éléments normaux dans les piles atomiques pendant un temps déterminé.
- Des études très nombreuses ont déjà été publiées sur les résultats obtenus par l’emploi du radiophosphore 32. Le phosphore occupe en effet une place particulière dans les systèmes biologiques : il intervient dans la structure minérale du squelette, il entre dans la composition de molécules qui jouent un rôle important dans le métabolisme général, par exemple dans le mécanisme de conversion du glucose en glycogène.
- Le radiophosphore 32 a une période de vie assez longue, 14,3 jours, ce qui permet des études prolongées. On a pu suivre sa distribution dans les tissus et observer que son assimilation principale est faite par les os, puis par les muscles, le foie, les viscères et enfin par le sang, le cœur, le cerveau
- Un grand nombre d’auteurs ont étudié l’assimilation du phosphore et apporté une contribution importante à nos connaissances sur la formation des os, sur la circulation et la localisation des phospholipides.
- Le radioiode 131 a permis de mettre en évidence l’absorption rapide de l’iode ingéré par la glande thyroïde et de faire d’intéressantes observations sur les malades atteints de goitre. L’introduction du radiobrome 82 dans un colorant azoïque : le dibromo-trypan bleu a montré que cet élément se concentre dans les lésions.
- Le radiofer 59 permet d’étudier le métabolisme de cet élément dont la carence joue un rôle important dans l’anémie ; son étude combinée avec celle du radioazote et du radiophosphore permet d’étudier la formation de l’hémoglobine des globules rouges du sang.
- Le radiosodium 24 et le radiopotassium 42 permettent de suivre la distribution par le sang de divers éléments, d’étudier certains états pathologiques et de mesurer la perméabilité cellulaire.
- Enfin l’emploi des radiocarbones 11 et 14 est plein de promesses, le carbone étant l’élément fondamental de la vie organique.
- Il est facile d’obtenir du carbone radioactif sons la forme minérale de carbonate de baryum. Par la simple action de l’acide sulfurique on dégage du gaz carbonique à carbone radioactif.
- La culture des plantes dans une atmosphère enrichie en gaz radiocarbonique permet de suivre la distribution du carbone assimilé, sa répartition entre les hydrates de carbone, les ligni-nes, etc. On a pu préparer du virus de la mosaïque du tabac radioactif à partir de plants de tabac préalablement inoculés avec du virus, cultivés ensuite dans une solution nutritive contenant du phosphore radioactif. Toute une série de méthodes ont été mises au point pour incorporer du carbone radioactif dans des molécules organiques. Elles sont basées sur les techniques classiques de la synthèse organique. En voici quelques .exemples simples :
- L’hydrogénation du gaz radiocarbonique à 260° sous 460 atmosphères en présence d’un catalyseur fournit de l’alcool méthylique, celui-ci traité par l’iode et le phosphore rouge conduit à l’iodure de méthyle. La méthode féconde de synthèse par les organo-magnésiens de Grignard permet à partir de l’iodure de méthyle, la préparation d’un nombre considérable de corps organiques contenant du radiocarbone.
- La méthode de condensation des dérivés halogénés et des carbures de Friedel et Crafts permet également la synthèse d’un grand nombre de corps organiques. La réduction du carbonate de baryum par le magnésium conduit au carbure ; celui-ci décomposé par l’eau fournit de l’acétylène, base importante de synthèse organique.
- A partir des dérivés halogénés, on prépare facilement des nitri-les, cyanures organiques, qui conduisent aux amides, aux aci-
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- des, etc... et, de là, à des corps plus complexes ; c’est ainsi que l’on a pu réaliser la synthèse d’acides aminés radioactifs : alanine, glycine, etc... On a pu démontrer les phénomènes d’oxydation du groupe méthylique de la méthionine.
- On a aussi étudié le métabolisme des corps gras.
- On peut entreprendre l’étude de l’action de substances actives à faibles doses : vitamines, hormones, enzymes. On a préparé des radio vitamines solubles dans les corps gras dont le cheminement peut être suivi. On a réalisé la synthèse de la 3-radiotestostérone.
- Enfin, une pénicilline radioactive a été obtenue en introduisant des dérivés du soufre 35 dans des cultures de pénicillum. Elle a été utilisée pour en étudier l’absorption par les microorganismes. Tous ces travaux se poursuivent activement.
- Les exemples cités ne représentent qu’une énumération fort incomplète de ces travaux qui sont déjà accumulés en une abondante documentation bibliographique. Ils ne donnent qu’une faible idée des ressources que les isotopes mettent à la disposition des laboratoires de recherches biologiques, médicales et pharmaceutiques.
- Ces techniques sont réellement révolutionnaires. Elles doivent conduire à une compréhension objective de l’action des substances chimiques dans l’organisme.
- Quand nous saurons quel est l’élément de structure qui donne sa puissance à la pénicilline, quand nous pourrons suivre le chemin secret de l’insuline, quand nous saurons comment le virus de la poliomyélite attaque les nerfs des victimes de la paralysie infantile, quand nous connaîtrons les causes profondes de la division nucléaire anormale qui conduit aux cellules cancéreuses, quand tous ces mystères seront éclaircis, les progrès de la médecine seront spectaculaires.
- Sans entrer dans le rêve, on peut penser que les spécialistes de la recherche biologique pourront inscrire sur le papier la formule spatiale de corps organiques dont ils auront prévu les propriétés physiologiques ou thérapeutiques ; formules qu’il» remettront aux chimistes organiciens. Ceux-ci auront à en réaliser la synthèse. Les produits retourneront alors aux biologistes qui en feront l’essai.
- Toutes ces données sont établies progressivement ; quand elles seront assez nombreuses — ce qui ne tardera pas — l’art médical perdra de son empirisme et la médecine prendra de plus en plus la forme d’une science exacte.
- Lucien Perruche,
- Docteur de l’Université de Paris.
- L'homme de Pékin,
- Les services d’information du gouvernement chinois ont fourni récemment quelques précisions sur la perte, que l’on peut encore espérer n’être pas définitive, des précieux fossiles du Sinanthrope.
- L’ « homme de Pékin », découvert en 1931 à Choukoutien par le géologue Dr Pei Weng-chung, et évacué de Pékin après Pearl Harbor, n’a pas encore été retrouvé.
- Il comportait la boîte crânienne, 12 os maxillaires, de nombreuses dents et d’autres os qui étaient conservés, jusqu’à 1941, dans la section d’anatomie de la Faculté de Médecine de Pékin. Peu avant la guerre du Pacifique, le Dr Wong Wen-Hao, alors chef de l’Institut des recherches' géologiques, donna son accord au transfert des fossiles en Amérique. Ils furent envoyés à Chinwang-tao aux bons soins de la Marine américaine. La confusion qui régnait à ce moment dans la ville les fit perdre de vue.
- Plusieurs suppositions quant à la disparition des fossiles ont été faites. On dit que les fossiles seraient toujours entreposés à Chinwang-tao, ou qu’ils auraient été embarqués sur une navire américain qui a coulé dans le Pacifique, ou qu’ils seraient peut-être actuellement la propriété d’un Japonais.
- Le Dr Pei Weng-chung a déclaré qu’il était prêt à recommencer ses fouilles. Récemment, il a dirigé des recherches entreprises dans le voisinage de Choukoutien près de Pékin. Il prétend que cette région est encore riche et offre de grandes possibilités de trouvailles en fossiles et pièces archéologiques.
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- SÉLECTION DES TAUREAUX
- au microscope électronique
- Un troupeau qui se reproduit au hasard, sans que l’éleveur intervienne, ne tarde pas à s’abâtardir, à perdre les qualités qui font sa valeur : formes, puissance, productivité. Aussi l’homme intervient-il dans la reproduction des animaux domestiques : il choisit les meilleures femelles et écarte les moins capables de donner ce qu’il désire, la viande ou le lait par exemple dans le cas des bovins ; il choisit aussi les meilleurs mâles, ceux qui sont de bonne race et ont déjà fait preuve de leurs qualités par une belle et nombreuse descendance. Il peut même aller plus loin. Pour s’assurer de la pureté de la race, on a établi des livres généalogiques, véritables registres d’état civil, où l’ascendance de chaque bête est exactement notée. Pour éviter les croisements de hasard, on en vient depuis peu à pratiquer l’insémination artificielle qui permet de féconder un grand nombre de femelles avec la semence d’un seul mâle choisi comme le plus parfait.
- C’est justement cette nouvelle pratique qui a conduit à examiner de très près les éléments reproducteurs.
- Les qualités d’un taureau dépendent avant tout de sa race, de son ascendance qu’on doit connaître avec précision. Mais un individu donné peut présenter certains écarts, il peut être un reproducteur médiocre ou défaillant il peut avoir une santé instable, et. l’on ne s’en apercevra parfois que dans sa descendance, c’est-à-dire plusieurs années après.
- On a donc songé à observer aussi les spermatozoïdes, à déterminer leurs aspects normaux. Déjà, le microscope ordinaire montre chez tous les animaux l’extrême complexité de cette toute petite cellule, mais son grossissement maximum de 2 ooo fois est insuffisant pour tout voir dans un objet aussi petit, long de moins de 0,1 mm, où la tête nucléée ne dépasse pas 8 p. On sait que le microscope électronique permet de bien plus forts grossissements, jusqu’à 5o ooo fois.
- MM. Bretschneider et van Iterson, de l’Institut zoologique de l’École vétérinaire d’Utrecht, ont. voulu l’utiliser et se sont associés pour cela avec M. Fr. Al-ting, chef de l’Institut de microscopie électronique de Delft, en même temps qu’ils abordaient divers autres problèmes tels que les conditions du mouvement des spermatozoïdes : facteurs du milieu, dépenses énergétiques, coordination des mouvements, et aussi la production d’une dia-stase, l’hyaluromidase qui dissout les cellules de la paroi de l’ovule pour permettre la pénétration dans celui-ci.
- Grâce à leurs observations, bien des faits nouveaux ont été acquis qu’il reste à interpréter et appliquer dans la pratique. Et grâce à M. Bretschneider, nous pouvons reproduire ici les remarquables photographies électroniques qui illustrent les données que viennent de faire connaître lui et ses collaborateurs.
- Tous les spermatozoïdes se composent d’une tête nucléée, souvent couverte d’un capuchon, et d’un ou plusieurs filaments
- dont les mouvements assurent le déplacement, de l’ensemble. Entre la tête et la queue se trouvent divers organites très complexes et très difficiles à définir aux plus forts grossissements du microscope optique.
- Celui du taureau ressemble un peu à un têtard de grenouille : la tête oblongue et aplatie mesure 8 p de long et 3 de large; elle est reliée par un col à la queue, longue d’environ 5o p dont l’épaisseur diminue progressivement (fig. i).
- La tête est protégée en avant par un capuchon hémisphérique, sa partie postérieure a également une enveloppe, la tunica capiiis (fig. 2). C’est une cellule presque entièrement occupée par 6on noyau dans lequel sont les chromosomes. Ils n’apparaissent pas au microscope électronique, mais on pense les y révéler par des imprégnations à l’argent. Vers l’arrière, la tête se termine par une membrane, le col, où se trouve logé le centrosome d’où part une fibre axiale qu’entourent deux fibres latérales articulées au col. Ces trois fibres sont entourées d’une spirale de 25 tours, épaisse de 200 mp, bourrée de grains riches en lipides. La queue se divise à son extrémité postérieure en 9 fibres secondaires larges seulement de 3o mp (fig. 5). Parfois, chacune d’elles se subdivise en 5 autres fibrilles larges seulement de quelques dizaines d’angstrôms.
- Le noyau est entouré d’une mince couche de cytoplasma dont la surface présente un réseau strié qu’on aperçoit sur la figure 2 ; les fils de ce réseau mesurent 25 à 4o mp; ils sont disposés selon un ordre régulier, se croisant d’abord sous un angle de 90°, puis de 1200, et ils se continuent jusqu’au bout de la queue.
- Les mouvements de torsion du filament caudal sont dus à la fibre axiale, peut-être commandée par quelque centre au voisinage du centrosome ; les deux fibres latérales sont rigides et élastiques et. semblent ramener la queue en position rectiligne. Elles semblent formées d’un treillis de granulations, les unes grosses relativement, les autres plus fines.
- Les photographies que nous reproduisons ont été prises au microscope électronique après traitement par la chloramine, puis par l’acide osmique, qui dégagent les structures les plus fines, puis par ombrage à l’or comme on le pratique maintenant d’une façon courante. Bien entendu, elles montrent les aspects desséchés, puisque les préparations sont placées dans un vide très poussé.
- Il reste maintenant à examiner un grand nombre de spermatozoïdes de bêtes différentes pour essayer d’y trouver les caractères en relation avec la fécondité et si possible la race des géniteurs. Mais les premiers résultats des recherches orientées vers le contrôle électronique de la sélection nous ont semblé assez curieuses pour mériter d’être signalées. * Schaper
- Fig. 1. — Le spermatozoïde du Taureau.
- A, structures internes ; B, système flbrillaire périphérique ; C, stiucture périodique d’une fibre primaire ; 1, capuchon apical ; 2, chromosomes ; 3, tunica capitis de la moitié caudale de la tête ; 4, col ; 5, centrosome ; 6, ligature articulaire ; 7, fibre axiale ;
- 8, fibre spirale ; 9, fibres secondaires ;
- 10, 11, fibres superficielles de la tête, membrane céphalique ; 12, 13, fibres do la queue.
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- Fig. 2 à 5, — Le même, vu au microscope électronique-
- En haut : à gauche, la tête, grossie 15 000 fois ; à droite, la région du col, grossie 40 000 fois. — En bas : à gauche, le col avec le centrosome et la queue, grossie 36 000 fois ; à droite, l'extrémité de la queue avec scs 9 fibres terminales, grossie 42 000 fois.
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- A
- Les
- fusées de D. C. contre le temps
- Le problème posé à l’artilleur de D.C.A, est d’essayer d’atteindre par son projectile l’avion ennemi. C’est en somme la rencontre de deux mobiles. Pour obtenir ce résultat, il est nécessaire que deux conditions soient remplies :
- i° Que la trajectoire de l’obus coupe la route de l’avion. a0 Que l’obus éclate à l’instant précis où il croise l’avion. Ceci se déroulant dans l’espace, il faut que l’artilleur détermine trois éléments principaux : un angle en direction appelé « gisement », un angle en hauteur ou « site » et un élément distance, soit : distance vraie canon-avion (Do) ou distance horizontale (Ao) qui est la projection à l’horizontale de la précédente, ou altitude (Ho) ainsi que l’indique la figure i. Ces données sont déterminées, par visée directe sur l’avion, à l’aide d’un télémètre et d’une sorte de « machine à calculer » nommée « appareil de préparation de tir » par les Français ou Kommando-Gerat chez les Allemands. En cas de tir de nuit, sans visibilité, l’avion est détecté par des appareils supplémentaires : ancien système d’écoute et, actuellement, par le radar de batterie.
- Où le problème se complique, c’est lorsque l’on considère que I’a.vion est un but mobile. Si l’on tire avec les éléments déterminés par visée à la position « actuelle », on constatera que les
- Nord
- Lambert
- Fig. 1. — Détermination de la position d’un avion.
- coups éclateront systématiquement à l’arrière de l’avion sur sa route. On calcule donc des éléments nouveaux ou « futurs » par extrapolation, reprenant la méthode du chasseur qui vise en avant du gibier en fuite d’une quantité proportionnelle à sa distance et sa vitesse.
- Bien entendu, d’autres facteurs viennent compliquer la tâche de l’artilleur, mais leur exposition n’entre pas dans Je cadre du présent article simplifié à dessein.
- Dans cette sorte de « rendez-vous » projectile-avion, deux facteurs entre autres sont d’une importance primordiale : leurs vitesses respectives. C’est-à-dire que la distance parcourue par l’avion-but de sa position A (au moment du départ du coup), jusqu’au point Ai (position de rencontre projectile-avion) sera proportionnelle à la vitesse de l’avion et inversement proportionnelle à la vitesse du projectile dans le temps T. Cette distance AAi est bien-entendu fonction de la distance que devra couvrir la trajectoire du projectile pendant sa durée de trajet.
- Au cours de cette guerre on a constaté une énorme augmentation de la vitesse des avions et l’apparition des projectiles autopropulsés à liquides à vitesses supersoniques, alors que la vitesse des projectiles classiques n’a pu progresser dans les mêmes proportions. En 1939, le bombardier allemand Heinkel-m avait une vitesse de croisière de 3i5 km/h. En ig43, le bimoteur anglais Mosquito-IV atteignait C60 km/h. Et de nos jours, il
- semble normal de dire qu’un V2 se déplace à 5 4ookm à l’heure.
- De ce fait, l’artilleur est forcé de tirer toujours plus loin en avant de l’avion « actuel » A, ce qui ne facilite pas sa tâche. Il essaye donc d’y remédier par les procédés suivants :
- Diminution de la durée de trajet du projectile, par amélioration de sa vitesse.
- Diminution et même annulation du « temps mort de manœuvreï;», cause notable des corrections de tir, donc source d’imprécision.
- La diminution €e la durée de trajet s’obtient en augmentant au maximum la vitesse du projectile par le perfectionnement des qualités de la bouche à feu et de la munition.
- L’ordre des vitesses initiales des canons anti-aériens actuels est de 800 m à la seconde : 825 m pour le 90 mm américain, et 820 m pour le 88 mm allemand (1). La Flak allemande mit trop tard en service les projectiles auto-propulsés par charge de cordite du type Taifun qui atteignaient 1 060 m à la seconde.
- Mais les techniciens ont cherché un progrès beaucoup plus marqué en réduisant de plus en plus le temps mort de manœuvre. Cet élément est le temps compris entre le réglage de la munition et le départ du coup. Pour plus de facilité, exposons ce qui se passe autour d’un canon anti-aérien à ce moment. Un appareil reçoit par télétransmission l’élément- « durée de trajet » calculé par le poste de commandement électro-mécanique de la batterie. Un projectile complet est introduit dans l’appareil où sa fusée est réglée pour éclater au bout d’un certain temps. On retire le projectile pour l’introduire cette fois
- Dispositif radio - électrique
- Relais
- Sécurité de transport
- Détonateur
- Générateur chauffage+2v H.TensionîlOv Polari s.-10 v
- dëclanchem.
- Oscillateur H. Fréquence lampe 8 A
- Amplificateur
- Lampes
- Fig. 3. — Bloc-diagramme de la fusée de proximité T80-E6.
- dans le canon. La culasse se ferme automatiquement et le coup part. La totalité de ces opérations s’effectue en 3 à 5 s selon la vivacité de l’équipe de pièce.
- Avant 1989, les canons de D.C.A. étaient dotés d’un appareil
- 1. Signalons également le 90 mm français, modèle 39.
- Concuteur Jubé fusant
- Trou percé 'par fa lame
- Barillet
- Amorce
- Chambre à poudre
- '.ÛJL-Jl/LA-------
- Fig. 2. — Fusée à barillet.
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- Fig. 4. — Radio-fusée de proximité montée sur un projectile-fusée à grande vitesse pour avion, sur des bombes de 228 et 120 kg et sur obus pour mortier de tranchée de 81 mm.
- régleur de fusées nommé dé-bouchoir. Ceci parce que les munitions de l’époque étaient équipées de fusées dites « à barillet », comportant un dispositif fusant, sorte de tube de plomb contenant de la poudre noire. Ce tube est lové sur un barillet et sa rapidité de combustion est connue (r m en 8o s environ). Pour son réglage la fusée est introduite dans une boîte à ogive du dé-bouchoir. Le servant appuie sur un levier qui commande une lame. Celle-ci perce la fusée, coupe le tube et le barillet et établit ainsi une correspondance entre l’àme de poudre noire et une amorce à concuteur qui s’enflammera au départ du coup (lig. 2). La longueur du tube pulvérin coupée, proportionnelle à la durée de trajet, est fonction des positions respectives de la fusée et de la lame.
- Avec ce système le temps mort de manœuvre commençait au moment de l’action de la lame coupante, le réglage de la fusée ne pouvant plus s’effectuer par la suite sous peine de casser la lame ou d’arracher le barillet.
- On a donc été conduit à trouver une solution réduisant ce temps mort en améliorant de plus la précision du réglage des fusées. Après avoir essayé les fusées pyrotechniques dites à plateaux ne nécessitant pas de débouchage, on a adopté les fusées mécaniques plus compliquées, plus onéreuses, mais dix fois plus précises. Ces engins sont réglés cette fois par un nouvel appareil : le régloir que l’on trouve sur les canons modernes de 90 mm américain et 88 mm Flak allemand. Le régloir reçoit l’ogive du projectile, inscrit à l’aide de tenons mobiles un certain angle correspondant à la durée de trajet sur deux plateaux de la fusée et peut continuer son réglage tant que l’obus se trouve introduit. Ceci permet de réduire notablement le temps mort- de manoeuvre puisqu’il ne commence qu’à partir du moment où la fusée est dégagée des tenons. Dans ce cas
- les fusées mécaniques sont composées essentiellement d’un mouvement d’horlogerie dont l’énergie motrice est fournie au départ du coup par la force centrifuge ou par un ressort. A l’expiration de la durée de trajet, un percuteur est libéré et- frappe une amorce.
- Une nouvelle idée aurait pu apporter une amélioration considérable : la mise au point du régloir de bouche. Les chercheurs ont pensé que si le réglage de la fusée avant le départ du coup provoquait un temps mort de 5 s (ce qui donnait une correction de 1 000 m sur la route de l’avion faisant 720 km/h), un réglage après le départ du coup annulerait entièrement l’établissement de cette correction, éliminant ainsi une source d’erreurs. Des projets furent déposés. Le régloir de bouche est électrique et comporte une bobine manchon recevant un courant variable selon les éléments de durée de trajet reçus. Cette bobine induit, par translation, une autre bobine située dans le projectile au passage de celui-ci. Il est facile d’imaginer par la suite une charge puis une décharge de condensateurs sur un détonateur électrique qui fait éclater l’obus. Ceci est un exemple entre d’autres projets.
- Mais une véritable révolution vint améliorer considérablement le processus du tir anti-aérien et surpasser les imaginations les plus hardies. Nous voulons citer la mise en service de la fusée Pozit (x), véritable chef-d’œuvre radio-électrique
- réalisé par les Américains. En utilisant cette fusée électromagnétique, non seulement le temps mort de manœuvre est annulé, mais encore les calculs d’évent (ou lempage) sont supprimés. En fait, le tir à fusées de proximité ne nécessite que l’extrapolation en gisement et en site et équivaut à un tir percutant sur un avion dont le volume est augmenté en proportion de la sensibilité de la fusée.
- Celle-ci comprend un circuit oscillant qui émet une onde entretenue pure à très courte longueur. Cette onde arrivant sur un obstacle est diffusée par lui, puis reçue en partie par le circuit oscillant émetteur-récepteur. La superposition des ondes émises et des « échos » produit une série d’interférences. Des battements à basse fréquence en résultent, sont
- 1. Michel Adam. La fusée radio-électrique à temps variable. La Nature, 1" février 194G.
- Fig. 6. — Essais finaux des fusées Pozit.
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- amplifiés et provoquent la décharge d’un condensateur sur le détonateur électrique qui provoque l’explosion.
- Les fusées optiques qui émettent une lumière polarisée dont l’écho agit sur une cellule photo-électrique ne sont pas encore dans le domaine de la grande fabrication, car elles sont de précision insuffisante. De leur côté, les Allemands avaient commencé l’utilisation de fusées acoustiques de D.C.A. dont le micro-
- phone était réglé sur la fréquence d’un bruit de moteur d’avion.
- Le technicien a donc réussi à vaincre le temps. Mais son' ambition n’est pas encore satisfaite puisqu’il oriente ses recherches vers l’amélioration de la précision comprenant actuellement le téléguidage et bientôt l’autoguidage des projectiles antiaériens non classiques à autopropulsion.
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- Paul PlERSON.
- Une révolution dans les moeurs des abeilles
- On sait depuis les travaux de Réaumur et du naturaliste aveugle François Huber, de Genève, aidé dans ses recherches par un domestique intelligent et dévoué, qu’une colonie d’abeilles ne comporte qu’uNE seule reine. Si celle-ci A-ient à disparaître ou à être enlevée, les abeilles-ouvrières aménagent des cellules royales où elles prennent en nourrice un certain nombre de jeunes larves, primitivement destinées à donner des ouvrières, et les amènent à la condition royale par une nourriture et des soins appropriés. La première reine éclose détruit les autres cellules royales, tue ses soeurs comme des rivales, et après le vol nuptial devient le chef de la colonie.
- Celte rivalité mortelle des reines a pour complément une phobie également mortelle des abeilles ouvrières pour la pluralité des reines. Si une reine est introduite dans une colonie, même par force, la souveraine étrangère est immédiatement « emballée », comme on dit en terme de métier. Les ouvrières l’enveloppent de leur masse innombrable, et forment une sorte de prison vivante où la captive ne peut plus se mouvoir, et- où elle meurt de faim ou d’étouffement, parfois au bout de; vingt-quatre heures. Mais si, par hasard, la reine légitime survient-pendant « l’emballage », la prison mouvante s’ouvre aussitôt potir permettre le combat singulier des deux reines aux aiguillons recourbés, et les ouvrières assistent impartiales au duel mortel. Dans les deux cas, te résultat est le même : une reine uniques régnera sur la colonie.
- Telle est la loi de la ruche. Il paraît donc impossible, a priori, de faire cohabiter plusieurs reines dans une même colonie.,. On peut, à vrai dire, éviter les combats des reines entre elles en les enfermant dans des cages grillagées appelées nourriceries, mais on ne peut, dans de telles conditions, les conserver vivantes plus de quelques jours. q?
- Pour tourner la loi de la ruche, pour obtenir îè, ihaintien en vie de plusieurs reines dans une même colonie, le Dr Maurice Malhis, de l’Institut Pasteur de Tunis, a spéculé sur le sentiment do détresse qui s’empare des ouvrières quand elles perdent avec leur reine, leur mère, tout espoir de voir assuré l'avenir de ta ruche.
- Cette détresse, Maurice Maeterlinck l’a dépeinte avec maîtrise dans sa Vie des abeilles : « Si on enlève la reine à la ruche, et que les abeilles ne puissent espérer la remplacer, soit qu’elle n’ait pas laissé de descendance prédestinée, soit qu’il n’y ait pas de larves d’ouvrières âgées de moins de trois jours (car toute larve d’ouvrière qui a moins de trois jours peut, grâce à une nourriture particulière, être transformée en nymphe royale...), le travail cesse à peu près partout. On abandonne les petits, une partie de la population erre, çà et là, en quête de sa mère, une autre sort à sa recherche, les guirlandes d’ouvrières occupées à bâtir les rayons se rompent et se désagrègent, les butineuses ne visitent plus les fleurs, les gardes dè l’entrée désertent leur poste êt les pillardes étrangères, tous les parasites du miel, perpétuellement à l’affût d’une aubaine, entrent et sortent librement, sans que personne songe à défendre le trésor âprement amassé. Peu à peu la cité s’appauvrit et se dépeuple, et ses habitantes, découragées, ne tardent pas à mourir de tristesse et de misère, bien’ que toutes les fleurs de l’été éclatent devant elles. »
- Le Dr Maurice Mathis a imaginé de provoquer, dans une colonie d’abeilles, une sorte de double choc psychologique, de nature à faire accepter à ces insectes une situation dont elles ont horreur : la pluralité des reines.
- Tentant l’expérience avec l’abeille commune de Tunisie, YApis mellifica, variété punica, race tunisienne qui a une grande propension à l’essaimage, il a privé de leur reine une colonie de 10 000 abeilles ouvrières logées dans une ruche à feuillets de Huber modifiée par lui.
- Dès qu’elles se sont aperçues de la disparition de leur reine, les ouvrières sont tombées dans l’état de détresse dépeint plus haut. Puis elles se sont calmées en construisant des cellules royales pour amener à la condition royale des larves d’ouvrières. Le Dr Mathis a aussitôt détruit ces cellules sans exception. D’où nouvelle détresse, dont il a profité pour introduire dans la colonie des reines qui ont toutes été acceptées. Mais il faut, pour éviter un choix de la part des abeilles, que les reines introduites préalablement encagées soient sœurs, c’est-à-dire issues d’un même élevage royal, et se trouvent au même stade, de maturité sexuelle.
- Au bout de quelques jours, après avoir donné à chaque reine une ration supplémentaire de miel liquide, l’une d’elles peut être libérée pour le vol nuptial, puis quand elle revient fécondée, elle est capturée à l’entrée de la ruche et remise en cagette grillagée. L’on opère de la même façon pour chacune des sœurs. La dernière, maintenue libre au sein de la colonie, en devient la reine et fonctionne comme reproductrice.
- La préparation des reines-sœurs exige quelques soins spéciaux. Pour éviter que la première reine éclose ne détruise ses sœurs au berceau, ou dans un combat singulier, comme il a été dit plus haut, il faut prélever lés reines dans leurs cellules un peu avant leur naissance, quand elles sont encore à l’état nymphal. Les cellules royales sont donc, précise le Dr Mathis, ouvertes aux ciseaux fins, les nymphes extraites une à une et introduites dans un petit tube de verre fermé d’un côté par un bouchon et, de l’autre, percé d’une petite ouverture par laquelle la jeune reine pourra passer sa, langue pour être nourrie par les ouvrières spécialisées dans cette fonction. Ces tubes de verre sont placés dans une position verticale à l’intérieur de la ruche, à l’imitation des cellules royales naturelles, l’insecte ayant la tête dirigée vers le bas.
- À un certain stade de leur développement, les futures reines passent dans un tube grillagé fermé aux extrémités par des bouchons. Après quelques jours, pendant lesquels les ouvrières nourrissent les jeunes reines indistinctement et les nettoient en les léchant à travers le grillage, ces reines sont placées dans de petites cages cubiques de trois centimètres de côté, dont une face est fermée par une petite lame de verre, et l’autre par un grillage.
- Dans cet espace plus grand que le simple tube, les reines peuvent déplier leurs ailes et prendre un développement plus grand.
- Ces cages sont alors placées dans la colonie préparée par le « choc psychologique » dont il a été parlé ci-dessus, dit double orphelinage. Le vol nuptial suivra au bout de quelques jours.
- Grâce à son ingénieux procédé, le Dr Maurice Mathis est arrivé à conserver en A-ie, dans une même colonie, jusqu’à vingt-trois reines, fait sans précédent, qui révolutionne les notions acquises depuis un siècle et demi sur les mœurs des abeilles. Ce chiffre n’est d’ailleurs nullement limitatif.
- La mort de l’illustre Louis Lumière, inventeur du cinématographe, et la levée de la séance de l’Académie des Sciences en signe de deuil, n’ont pas permis à M. E. Roubaud de présenter verbalement la note du Dr Mathis, qui a été déposée sur le bureau de l’assemblée. Mais dans l’antichambre de la salle des séances, l’heureux expérimentateur se revanchait en montrant ses vingt-trois reines, dans la ruche à feuillets de Huber, qu’il avait amenée tout spécialement de Tunis.
- Outre son grand intérêt expérimental, cette fabrication en série de nombreuses reines peut avoir un intérêt pratique. Elle permettra sans doute le remérage des colonies orphelines vouées à une mort certaine, et celui de la multiplication des colonies nouvelles par essaimage artificiel. Le Dr Mathis nous le dira sous peu.
- Robert Laulan.
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- Le tricentenaire de
- L'EXPÉRIENCE DU PUY-DE-DOME
- Il y aura bientôt trois cents ans que Biaise Pascal réalisa l’expérience célèbre, connue sous le nom d’expérience du Puy-de-Dôme, qui eut en son temps un grand retentissement et constitua l'une des étapes les plus importantes de la physique expérimentale.
- Pour C'a bien comprendre l’intérêt, il est nécessaire de se reporter par la pensée en l’état où se trouvaient les sciences au début du xvii6 sièc’e. On enseignait alors dans les Écoles, sur la foi d’Aristote, que le vide est impossible dans la nature. La nature, proclamait-on, a horreur du vide et a recours à différents moyens pour empêcher le vide de se produire lorsqu’on tente de le réaliser. Ainsi, si l’on prend un tube de verre fermé à l’une de ses extrémités et ouvert à l’autre, et qu’après l’avoir rempli d'eau on le retourne sur une cuve contenant le même liquide, on constate que le tube reste plein d’eau. Si en effet ''eau s’écoulait, elle laisserait au-dessus d’elle un espace vide, ce qui, d’après Aristote, est impossible. On interprétait dp la même manière l’ascension de l’eau dans un tuyau sous l’action d’une pompe aspirante. Lorsque le piston de la pompe se soulève, comme le vide ne saurait exister dans la nature, l’eau du puits s’élève dans le tuyau pour combler le vide que la montée du piston tendrait à produire au-dessous de lui. L’explication était simple et fut longtemps admise.
- Cependant les fontainiers de Florence avaient remarqué, au début du xviie siècle, qu’une pompe aspirante ne pouvait élever l’eau d’un puits au-dessus d’une certaine hauteur, voisine de 18 brasses (environ 10,33 m). L’illustre Galilée, qui est considéré à. juste titre comme le véritable fondateur de la méthode expérimentale en physique, ne parvint pas, dans lp domaine qui nous intéresse, à se débarrasser des idées courantes.
- Étant donné, pensait-il, qu’une corde, une masse dp bois, une verge de fer, attachées par leur extrémité supérieure, peuvent s'allonger tellement sous l’action de leur propre poids qu’elles finissent par se rompre lorsqu’elles sont suffisamment longues, il ne lui paraissait pas surprenant qu’une colonne d’eau se comporte à plus forte raison d’une manière analogue. D’après Galilée, le cylindre d’eau tiré vers le haut, par la partie inférieure du piston, finit par se rompre sous l’action de son propre poids quand sa longueur atteint unp valeur de 18 brasses. Pour lui, l’ascension de l’eau s’expliquait par une sorte de phénomène de cohésion ou d’adhérence entre le piston et l'eau.
- L’interprétation correcte du phénomène fut fournie par un disciple de Galilée, Evangellista Torricelli (1608-1047). Se basant sur le fait que l’eau ne pouvait se maintenir soulevée dans un tube fermé vertical qu’à une hauteur de 18 brasses au-dessus de son niveau dans un réservoir, il pensa que la hauteur soulevée
- Fig. 1. — Expérience de Torricelli.
- La hauteur de la colonne de mercure qui reste soulevée est indépendante du diamètre et de l’inclinaison du tube.
- serait bien moindre avec un liquide plus lourd que l’eau, comme le vif-argent (ou mercure).
- En 1643 il confia à l’un de ses amis, Viviani, le soin de réaliser l’expérience qui est universellement connue aujourd’hui sous le nom d’expérience de Torricelli. Un tube de verre d’environ un mètre de longueur, fermé à l’une de ses extrémités et ouvert
- à l’autre, étant rempli de vif-argent puis retourné sur une cuvette contenant le même liquide et dressée verticalement, Viviani constata que le niveau du mercure dans le tube se fixe à une hauteur d’environ 76 centimètres au-dessus de celui de la cuvette (6g. 1).
- Torricelli répéta d’ailleurs lui-même l’expérience et surtout en fournit une interprétation correcte. Il comprit que la pression
- A
- Fig. 2. — Interprétation de l’expérience de Torricelli.
- Dans le tube, la pression qui s’exerce en mn est due au poids de la colonne soulevée ; en dehors du tube, en irin, l’air extérieur agit seul. La pression de l’air extérieur est donc égale à celle de la colonne de mercure soulevée dans le tube.
- atmosphérique était la cause qui soutenait le mercure dans le tube et qu’au-dessus du niveau de ce mercure, l’espace limité par le tube devait être absolument vide (fig. 2). Ainsi avait-il, selon sa propre expression, produit du vide sans fatigue et sans avoir à vaincre aucune résistance de la nature.
- L’expérience de Torricelli fut connue en France, peu après sa réalisation, grâce au Père Mersenne. Au xvii8 siècle il n’existait pas de publications scientifiques permettant aux savants de se tenir au courant des découvertes faites dans les autres pays. Cependant les savants n’étaient pas complètement isolés les uns des autres. Ils correspondaient beaucoup entre eux et échangeaient leurs idées sur les questions qui les intéressaient. Le Père Marin Mersenne (I08S-I608) qui, après avoir été le condisciple de Descartes au Collège de La Flèche, avait pris la robe des Minimes, joua un rôle très important d’intermédiaire entre tous les savants d’Europe.
- En 1644 il fut informé par une lettre venue d’Italie de l’expérience sur le vif-argent réalisée par Torricelli. Ayant eu l’occasion de faire un voyage en Italie; il en profita pour voir Torricelli à Florence et pour se faire montrer la fameuse expérience. Dès son retour à Paris il s’empressa de la signaler à tous les savants français et étrangers avec qui il était en relation. Il essaya même de la répéter, mais comme il n’était pas très habile expérimentateur et que le verre dont on disposait alors était de mauvaise qualité, il ne la réussit, pas, tout au moins au début, le tube de verre rempli de mercure se brisant lorsqu’il essayait de le retourner.
- Cependant la nouvelle do l’expérience s’était répandue partout en France auprès des personnes susceptibles de s’y intéresser et elle suscitait de nombreuses discussions. Un certain Petit, Intendant des fortifications et amateur passionné de science, rendit visite à Étienne Pascal qui occupait une charge dans les Finances. La conversation porta tout naturellement sur le vide et, comme Rouen possédait une excellente verrerie, on résolut de tenter l’expérience de Torricelli. Elle réussit parfaitement et Biaise Pascal alors âgé de 21 ans, présent aux essais, en fut vivement frappé. Il résolut de reproduire à son tour l’expérience mais en la variant, afin d’en mieux dégager toutes les conséquences. Il remplit des tubes de verre de 46 pieds de longueur (12 m) avec de l’eau ou du vin rouge et, après les avoir renversés sur les liquides correspondants, il vit le niveau de ces liquides se maintenir à une hauteur d’environ 32 pieds, que les tubes fussent dressés verticalement ou qu’ils fussent plus ou moins inclinés. Pascal ignorait alors l’explication proposée par Torri-
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- oelli. Aussi dans le petit traité qu’il publia en 1647 sous le titre Expérience.s nouvelles touchant le vuide, attribue-t-il encore les phénomènes qu’il décrit à l’horreur du vide. Mais, ayant eu connaissance, au cours de la même année, de l’interprétation de Torricelli qu’il trouva très belle, il s’y rallia aussitôt.
- Néanmoins tout le monde n’était pas encore convaincu que l’espace barométrique était vide au-dessus du mercure. Beaucoup pensaient qu’il était rempli de quelque matière sur la nature de laquelle les avis divergeaient, eh un adversaire de Pascal, le Père Jésuite Noël, écrivit même un opuscule sous le titre au moins curieux Le plein du vide. Pour convaincre les récalcitrants, Mersennc proposait d’y introduire une mouche, ou mieux un frelon ou une guêpe plus robustes, afin de voir si l’insecte vivrait ou volerait, ou encore un chat miaulant pour savoir si on l’entendrait, ou même un homme muni d’un marteau lui permettant de briser sa prison en cas de danger. Aidé de Roberval il tenta quelques-unes de ces expériences mais sans obtenir de résultats probants : une souris fut asphyxiée, une mouche en état de mort apparente se ranima à l’air libre, un petit oiseau résista plus longtemps. Ces résultats étaient assez contradictoires. De plus Roberval, ayant eu l’idée d’introduire dans le haut du tube de Torricelli une vessie bien fermée, avait vu, à sa grande surprise, la vessie se gonfler subitement.
- Pascal entreprit alors de nouvelles expériences en vue de lever tous les doutes. Ayant disposé le tube de Torricel’i de manière que l’aciion de Pair sur la cuvette de mercure pût être complètement éliminée, il vit alors le mercure du tube baisser jusqu’à atteindre le même niveau que dans la cuvette ; c’est ce qu’il appelait l’expérience du vuide dans le vuide. Elle établissait de manière définitive que la dénivellation du mercure dans l’expérience de Toricelli était attribuable à l’effet de la pression atmosphérique qui s’exerçait sur le mercure de la cuvette. La doctrine de l’horreur du vide était définitivement réfutée.
- En réfléchissant sur son expérience, Pascal se dit que si la colonne de mercure dans le tube de Torricelli est soutenue par la pression de l’air, la hauteur du mercure devrait être moindre sur les montagnes où la pression de l’air est nécessairement plus faible. N’ayant aucun moyen de vérifier cette conclusion à Paris, il écrrnt le 15 novembre 1047 à son beau-frère Périer, Conseiller à la Cour des Aides de Clermont', pour le prier de s’assurer si, au sommet du Puy-de-Dôme, la hauteur du mercure dans le tube de Torricelli ne serait pas moindre qu’à Clermont. Muni d’instructions fort précises, Périer se mit en mesure d’exécuter l’expérience dès que les circonstances le lui permettraient. Ayant rectifié 16 livres de mercure, il en remplit deux tubes de verre de 4 pieds de long, fermés à l’une de leurs extrémités et les retourna en les plongeant chacun par leur extrémité ouverte dans un vase contenant du mercure. Après avoir muni les deux tubes d’une bande de papier portant une échelle graduée, il vérifia qu’ils indiquaient la même hauteur de mercure lorsqu’on les disposait à côté l’un de l’autre. Le 19 septembre 1648 il confia un de ses tubes au Père Chastin qui devait rester à Clermont, avec mission de l’observer durant toute la journée : la hauteur du mercure était de 26 pouces et 3,5 lignes. Muni de l’autre tube, il gravissait le Puy-de-Dôme avec quelques amis et, arrivé au sommet, situé à 500 toises (environ 1 000 m) au-dessus de la ville, il constatait à son grand étonnement que la hauteur du mercure n’était plus que de 23 pouces et 2 lignes, soit 3 pouces et 1,5 lignes (environ S cm) de moins qu’à Clermont. En redescendant il observa qu’en un hameau situé à 150 toises au-dessus delà ville, le niveau du mercure dans 'le tube s’était relevé et était devenu égal à 25 pouces, tandis qu’à Clermont il avait repris la même hauteur qu’au départ ; durant la journée le Père Chastin n’avait observé aucune variation dans le niveau du mercure du tube installé dans le jardin du couvent des Minimes.
- Dès le lendemain Périer refit l’expérience au sommet de la plus haute tour de la cathédrale de Clermont, élevée de 27 toises environ au-dessus du jardin, des Minimes. La hauteur du mercure était seulement de 26 pouces 1 ligne. Pascal lui-même eut,
- Un peu plus tard, la curiosité de répéter l’expérience à Paris et constata une légère dénivellation entre le bas et le sommet de la Tour Saint-Jacques de la Boucherie.
- L’expérience du Puy-de-Dôme fut décrite par Pascal dans une brochure de 20 pages in-quarto qu’il publia en novembre 1648 sous le titre Récit de la grande expérience de l'équilibre des liqueurs projetée par le sieur Pascal, et faite par le sieur Périer, en une des plus hautes montagnes d’Auvergne, appelée vulgairement le Puy-de-Dôme. Cette expérience confirmait de manière définitive l’existence de la pression atmosphérique et établissait que le tube de Torricelli qui allait bientôt recevoir le nom de baromètre permettait d’en suivre les variations. Pascal indiquait également que l’instrument devait permettre d’évaluer la différence d’altitude entre deux stations. Pour cela il fallait établir une formule reliant la pression atmosphérique à l’altitude ; la formule indiquée par Laplace à la fin du xvine siècle et encore utilisée aujourd’hui a résolu le problème. Les altimètres, couramment, utilisés dans la navigation aérienne, sont de simples baromètres gradués de manière à indiquer, non la pression atmosphérique, mais l’altitude.
- Pascal reconnut'que la hauteur du baromètre variait avec l’état de l’atmosphère et il indiqua même quelques-unes des prévisions qu’on pourrait tirer de l’observation de la colonne de mercure « pour connaître l’état présent du temps, et le temps qui doit suivre immédiatement, mais non pas pour connaître celui qu’il fera dans trois semaines ». Ces remarques conservent encore toute leur valeur. Sentant d’ailleurs l’intérêt que présenteraient des observations barométriques faites simultanément en divers points du globe, il fit procéder à des observations régulières par Périer à Clermont, par Chanut, ambassadeur à Stockholm, pour comparer le résultat à ceux qu’il relevait lui-même à Paris. Dans ce domaine, Palcal fut encore un précurseur.
- L’expérience de Pascal avait une autre conséquence importante. Sans doute, à la suite des considérations développées par le médecin périgourdin Jean Rey, Descartes et le Père Mersenne admettaient-ils que l'air est pesant. Descartes avait même tenté d’en fixer le poids spécifique, mais l’expérience qu’il avait réalisée était extrêmement grossière et avait donné un résultat tout à fait inexact puisqu’elle indiquait que l’air était seulement 145 fois moins dense que l'eau.
- L’expérience du Puy-de-Dôme permit de fixer avec précision le poids spécifique de l’air. Elle indiquait que le mercure s’abaisse d’une ligne (2,25 mm) quand on s’élève de 13 toises (25 m) ; le rapport de ces longueurs étant, d’environ 11 000, il en résulte que l’air est 11 000 fois moins dense que le mercure, c’est-à-dire 800 fois moins dense que l'eau, ce qui est très approximativement le résultat admis aujourd’hui à la suite des expériences très précises de Régnault.
- Si l’expérience du Puy-de-Dôme ne fut pas exécutée par Pascal lui-même, elle fut préparée par lui jusqu’en ses moindres détails. Mais qui en a eu l’idée le premier ? Le Père Mersenne avait exposé le projet de l’expérience dans la préface qu’il plaça en tête du tome III de scs Nouvelles observations physico-mathématiques dont l’impression fut achevée le 1er octobre 1647 ; cette préface semble avoir été écrite entre le 8 septembre et le 1er octobre de la même année, Il n’est pas douteux que le Père Mersenne ait été le premier à publier le projet de l'expérience, ce qui lui confère un privilège d’antériorité incontestable. Descartes, toujours très pointilleux sur les questions de priorité, revendique l’honneur d’avoir suggéré l’expérience : « J’avais averti M. Pascal, écrit-il à Mersenne, le 13 décembre 1647, d’expérimenter si le vif-argent montait aussi haut- lorsqu’on est au-dessus de la montagne que lorsqu’on est tout au bas, je ne sçay s’il l’aura fait ». Ultérieurement, après que l’expérience eut été réalisée, il se plaignit à plusieurs reprises dans des lettres adressées à l’un de ses correspondants (Carcavi), que Pascal, à qui il avait suggéré l’expérience, n’eut pas daigné lui en communiquer le résultat. Descartes faisait allusion à une conversation qu’il avait eue avec Pascal au cours de l’été 1647 et dont Jacqueline Pascal
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- nous a conservé le souvenir dans un récit bien connu. Il semble bien que l’idée d'exécuter sur une montagne l’expérience du vif-argent fut alcxrs envisagée. Quant à savoir quel est celui des deux interlocuteurs qui l’émit le premier, c’est une question à laquelle il est impossible de répondre.
- D’ailleurs, comme l’écrit Pierre Dulrem : « L’idée de l’expérience qui devait se nommer un jour expérience du Puy-de-Dôme était un corollaire si naturel de l’hypothèse de Torricelli, que nul homme intelligent, semble-t-il, ne pouvait prêter quelque attention à cette supposition sans en tirer de suite cette conséquence » et il ajoute fort justement : « Pour concevoir ce projet, Biaise Pascal n’avait pas eu besoin assurément, de bander tous les ressorts de son prodigieux génie ».
- Nous ne prendrons pas parti dans les discussions auxquelles se f'ont livrés les historiens de la science pour départager les mérites respectifs de Descartes, du Père Mersenne et de Pascal, relativement à la conception première de l’expérience du Puy-de-Dôme C1). Un fait est incontestable, Pascal a fait exécuter l’expérience et en a fourni une interprétation correcte. Pratiquant en cela la véritable méthode expérimentale, il se borne à enregistrer fidèlement le résultat des observations et il affirme que l’espace limité par le tube de Torricelli est, au-dessus du vif-argent, absolument vide. Même si Descartes a conçu le premier l’expérience, l'interprétation qu’il en fournit ne peut plus être admise aujourd’hui. C'est qu’en effet l’auteur du Discours de la Méthode n’admettait pas l’existence du vide et expliquait tous les phénomènes par des mouvements cycUques. Pour lui, l’espace laissé libre par la descente du mercure dans le tube de Torricelli devait être comblé par cette matière subtile qui joue un rôle si important . dans sa théorie du monde, pénétrant à l’intérieur du tube à travers les pores du verre.
- Sans doute le vide est-il bien difficile à concevoir et, depuis Descartes, la. matière subtile a été très souvent invoquée sous des noms divers :par les physiciens. C’est à elle que se rattache la conception d’un éther imaginé par les théoriciens de l’optique , pour expliquer la, propagation de la lumière à travers le vide et tous les milieux transparents. Un grand physicien, Lamé, écrivait vers 1860 : « L’existence du fluide élhéré est incontestablement démontrée par la propagation de la lumière dans les espaces planétaires, par l’explication si simple, si complète, des phénomènes de la diffraction dans la théorie des ondes ». Cependant, lorsqu’on a voulu préciser les propriétés qu’il convenait d’attribuer à cet éther, on a abouti à des contradictions et les théories actuelles de la lumière n’y font plus aucune allusion. On peut même dire que peu à peu s’est imposée la conviction que le vide intervient à peu près partout dans l’univers physique. Le volume occupé par les astres n’est qu’une fraction infime de l’espace à travers lequel ils se meuvent ; tout le reste est absolument vide.
- Dans la matière elle-même le vide joue un rôle essentiel. On admet que tout atome doit être regardé comme un système complexe formé d’un centre ou noyau électrisé positivement, entouré d’un certain nombre de corpuscules d’électricité négative ou électrons. Le volume do l’atome est immense, comparé à celui de son noyau et de ses électrons. Si on le supposait agrandi jusqu’à atteindre les dimensions d’une vaste cathédrale, le noyau deviendrait comparable à une bille d’enfant située au centre de la nef et les électrons à quelques mouches voletant autour de la bille ; tout le reste est absolument vide.
- La matière est donc extrêmement lacunaire. Si on pouvait l’examiner avec un grossissement suffisant, elle apparaîtrait comme formée d’éléments l'igides, de dimensions extrêmement réduites, les noyaux et les électrons, que séparent d’immenses espaces vides. Quelques comparaisons permettent de comprendre l’impor-
- 1. Voir notamment Gaston Miliiaud. Descartes Savant, 1 vol. Félix Alcan, Paris, 1921, p. 204 ; Pierre Dcjiiem. Le Père Marin Mersenne et la pesanteur de l’air. Rev. yen. des sc., t. 17, 1906, p. 809 ; Félix Mathieu. Pascal et l’expérience du Puy-de-Dôme. Rev. de Paris, 15.4. et 1.5.1906 ; Pierre Humbert. L’œuvre scientifique de Biaise Pascal, 1 vol. Albin Michel, Paris.
- tance de ce vide dans toute matière. Dans 10 mètres cubes de cuivre, le volume occupé par les noyaux et les électrons ne dépasse guère J millimètre cube, tout le reste est aussi vide que les espaces interstellaires. Si dans le corps d’un homme, on parvenait à éliminer tout espace dépourvu de matière et à rassembler jusqu’à les mettre en contact les noyaux et les électrons des atomes, l’ensemble, dans lequel se concentrerait tout le poids du corps humain, aurait un volume comparable à celui d’un de ces grains do poussière qui dansent dans un rayon de soleil.
- Il ne s’agit pas là de simples vues théoriques. Aux températures très élevées qui régnent dans certaines étoiles, il semb'e bien que les atomes puissent se désagréger entièrement. La matière est alors formée par un mélange de noyaux et d’étec-trons et ces particules sont presque en contact. La matière acquiert alors une densité extrêmement élevée. C’est ainsi qu'on explique la masse anormalement grande de certaines petites étoiles et notamment du compagnon de Sirius qui, bien que son diamètre atteigne à peine trois fois celui de la Terre, possède une masse voisine des trois quarts de celle du Soleil ; la densité atteint une valeur énorme, voisine de 50 000, en sorte qu’un centimètre cube de matière pèse environ 50 kilogrammes. Une tonne de cette matière, dite dégénérée et presque sans espaces vides, entrerait aisément, dans une poche de gilet.
- Ainsi, contrairement à ce que pensaient les continuateurs d’Aristote, la nature a si peu horreur du vide que nous sommes amenés à penser aujourd’hui que le vide joue un rôle essentiel dans la constitution du monde matériel et Pascal compte parmi ceux qui ont grandement contribué aux progrès de la science dans ce domaine comme dans tant d’autres. La grande expérience du Puy-de-Dôme a joué en physique un rôle considérable et, bien qu’on ait parfois contesté à Pascal le mérite de l’avoir conçue, on ne saurait lui refuser celui de l’avoir fait exécuter et de l’avoir admirablement interprétée.
- M. A. Boütaric,
- Professeur à la Faculté des Sciences de Dijon.
- La reproduction photographique métal-diazoïque.
- Un nouveau procédé de reproduction photographique, métal-diazoïque, vient d’être présenté par MM. Alink, Dippel et Kenning dans la Revue technique Philips C1). Il a été élaboré au cours de ces dernières années aux laboratoires Philips à Eindhoven. Il est fondé sur la découverte suivante : l’exposition à la lumière, d’une solution d’un dérivé diazoïque et d’un sel métallique, du nitrate mercureux, par exemple, provoque la séparation du métal à l’état atomique. L’image latente de mercure ainsi obtenue peut être convertie en une image d’argent et ensuite renforcée par développement physique. Le système photosensible est obtenu sous forme de film ou de feuille en imprégnant le support, bande de cellulose régénérée transparente de 40 p-d’épaisseur par exemple, d’une solution homogène des substances citées plus haut. Le système métal-diazoïque possède un pouvoir résolvant extrêmement élevé, supérieur à 1 000 lignes au millimètre. Il permet de travailler avec un « gamma » ou coefficient de contraste de six à huit fois plus élevé que par les procédés courants, mais il donne aussi des contrastes, des gammas plus faibles en modifiant certains facteurs.
- La sensibilité est, dans la cellulose régénérée plusieurs fois, et dans le papier, plusieurs dizaines de fois celle des papiers sensibles employés en phototypie. Le procédé destiné, à l’origine, à la confection de copies sans distorsion des films sonores Philips-Miller, se prête également bien à la copie de films parlants.
- Les bandes de cellulose régénérée sont imprégnées sur les machines à co.pier elles-mêmes. Les excellentes propriétés photographiques des films ainsi obtenus et le coût minime des produits employés ouvrent au nouveau moyen de reproduction de larges perspectives dans les domaines les plus divers. Outre la bande sonore et le film parlant, la documentation micro- et macrophotographique est considérée comme une possibilité d’application importante.
- 1. Tome 9, n° 10, 1947-1948, p. 289.
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- La découverte par les Espagnols
- du platine au xvme siècle
- recherche plus précise n’est venue compléter celles de Boussin-gault C1). On sait cependant que les alluvions des Rios Condoto, Irro, Opogodo, Tamano, Sipi, Cajon contiennent en quantité considérable des pépites de platine allié à d’autres métaux à côté de grains d’or (2).
- Plus au Sud, dans la province d’Esméraldas, en Équateur, les alluvions des Rios Sapayioto, Uimbi et Cachabi ont donné des pépites où l’or, l’argent et le platine sont mélangés (3).
- Mais il est bien certain que, comme le fait remarquer judicieusement Boussingault, ce métal a certainement été vu dès le xvi® siècle par les premiers orpailleurs espagnols. Seulement, ils ne savaient pas tirer parti de cet « oro blanco » qui se concentrait avec leur or véritable au fond de leur bâtée. Aussi le rejetaient-ils ou bien l'employaient-ils pour remplacer le plomb de chasse, et aussi pour un usage semblant paradoxal aujourd’hui, pour fabriquer de la fausse monnaie par son mélange avec l’or. Les Espagnols le considéraient, on le voit, comme sans grande valeur. En 1771, ordre fut publié de remettre sans rémunération aux caisses du roi tout le platine extrait. Dix ans plus tard, on offrait de le payer pour le compte de Sa Majesté à raison de deux pesos la livre, et à la fin de 1788, on avait recueilli, dit-on, 152 arrobes et 20 livres de métal. L’arrobe pesait une douzaine de kilogrammes (4).
- La couleur du platine, étant semblable à celle de l’argent; lui avait valu son nom : « petit argent » (plata d’ou pla-tina) (5).
- En 1785, Le Blond, médecin de l’Université de Lima, écrit : « C’est aux deux cours des monnaies de Sainte-Foy et de Popayân que se porte tout l’or du Choco pour y être monnayé : là se fait un second triage de la platine qui pourrait être resté avec For ; les officiers royaux la gardent et quand il y en a une certaine quantité, ils vont avec des témoins la jeter dans la rivière de Bogota, qui passe à deux lieues de Sainte-Foy, et dans celle de Caouca à une lieue de Popayan » (6).
- D’ailleurs, ce métal, découvert dans la première moitié du xvine siècle, devait être l’objet de maintes discussions sur ses pro-
- Fig. 1. — Antonio de Ulloa, premier auteur ayant cité le platine.
- En 1748, don Antonio de Ulloa, dans un ouvrage paru à Madrid (x), citait la présence du platine découvert en 1735. C’était la première fois que, dans la littérature, il était fait mention de ce métal. Il y a donc exactement deux cents ans, cette année, que l’Europe fut mise au courant de cette découverte. Disons qu’Ulloa avait été envoyé en mission en Amérique du Sud par le roi Philippe Y, pour recevoir la mission des académiciens français Bouguer et La Condamine, mission qui était en liaison de but avec celle de Maupertuis et Clairaut en Laponie, qui fit quelque bruit parmi les beaux esprits de l’époque et nous valut même une ode de Voltaire « pour Messieurs de l’Académie des Sciences qui ont été sous l’Équateur et au cercle polaire pour mesurer des degrés de latitude ».
- Le lieu de découverte se trouve dans le Choco, région de la Colombie occidentale, arrosée par deux fleuves coûtant en sens inverses, l’Altrato vers le Nord, où il se jette dans le golfe de Darien, et le San-Juan, se dirigeant au Sud vers le Pacifique en longeant la Cordillère côtière et la plus occidentale des grandes Cordillères. Qu’on nous permette de rappeler le texte d’Ul-loa qui présente en lui-même une importante prise de date : « Dans le baillage de Choco, outre les mines (d’or) qui se traitent au lavoir, il s’en trouve quelques-unes où le minerai est enveloppé d’autres matières métalliques et de sucs bitumineux, dont on ne peut le séparer qu’au moyen du mercure. La platine est un autre obstacle qui oblige quelquefois d’abandonner les mines : on donne ce nom à une pierre si dure que, ne pouvant la briser sur une enclume d’acier, ni la réduire par calcination, on ne peut tirer le minerai qu’elle renferme qu’avec un travail et des frais extraordinaires.
- Entre toutes ces mines, il y en a plusieurs où l’or est mêlé d’un tombac aussi fin que celui de l’Orient avec la propriété singulière de ne jamais engendrer de vert de gris et de résister aux acides ».
- Si, reprenant la répartition géographique des gisements platini-fères, nous consultions la littérature s’y rapportant, nous verrions qu’en contradiction avec Restrepo (2), qui doutait de la présence du platine en Antioquia, Boussingault a montré que le platine ne se rencontre que dans les alluvions de la vallée du San-Juan et des affluents voisins de sa source à l’ouest du Cerro-de-Irro et qu’il y est constamment associé à l’or. Il doit donc provenir des mêmes gisements originels. Néanmoins, il ne l’a vu qu’une fois en place à Santa Rosa de Osos (lat. 6°37'43" N.), englobé avec de l’or (3). Depuis cette époque lointaine, depuis un siècle, aucune
- 1. Juan (Jorge) et Ulloa (Antonio de). Relacion historica del viaje a la America méridional hecho de orden de S. Maj. para medir algunos grados de meridiano terrestre y venir por ellos en conocimiento delà verdadera figura y magnitud de la tierra, con otras varias observaciones astronomicas y phi-sicas. Madrid, 1748.
- 2. Restrepo. Semanario del Nuevo Reyno de Granada, t. 2, 1809, p. 58.
- 3. Boussingault. Sur le gisement du platine (lettre à M. Humboldt). Ann.
- Ch. phys., t. 32, 1826, p. 209 ; — Sur un gisement de platine signalé dans
- un filon de la province d'Antioquia. Observations inédites sur les alluvions aurifères et platinifères du Clioco. C. R. Ac. Sc., t. 42, 1856, p. 917 ; — Kaksten (Hermann). Géologie de l’ancienne Colombie bolivarienne (Véné-zuéla, Nou\elle Grenade et Ecuador). Berlin, 1886, p. 31.
- 1. Lacroix (Alfred). Notice historique sur Jean-Baptiste Boussingault. Séance publique annuelle Ac. Sc., 13 décembre 1926.
- 2. Duparc (Louis) et Tikonowitcii (Marguerite N.). Le platine et les gites platinifères de l'Oural et du monde. Genève, 1920, p. 482.
- 3. Wolf (Th.). Geografia y geologica del’ Ecuador. Leipzig, 1892, g, 328.
- 4. Restrepo (Vicente). Étude sur les mines d’or et d’argent dé la Colombie. Bruxelles, 1891.
- 5. Macquer et Baume. Mémoire sur un nouveau métal connu sous le nom d’or blanc et de platine. Mêm. Ac. Sc., 1758, p. 121.
- 6. Le Blond. Sur les gisements d'or et de platine. Ac. Sc., juin 1785.
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- priétés. Watson 0), rappelant l’opinion de Ulloa que ce nouveau métal pourrait être la pierre de l’Inga ou gallinace, le traducteur français Claude Morin (2) y oppose un démenti. Nous savons maintenant que cette pierre de l’Inga est de la pyrite de fer, employée par les précolombiens pour la fabrication des miroirs (3, 4).
- Controverses sur les méthodes d’affinage, essais d’alliages avec d’autres métaux (5), composition du platine (or dénaturé par l’arsenic et du fer réduit en sablon magnétique par l’excessive violence du feu (6), méthode pour la fabrication artificielle du platine, puisque, selon Buffon, il est certainement plus possible de faire de la platine artificielle que de convertir le platine en or, on voit par là ce que l’annonce de la découverte en Amérique d’un
- 1. Watson (Wm.). Sevcral papers concerning a new semi-metal called platina. Philosophical Transactions, London, vol. 46, 1751, p. 591.
- 2. Le platine, l'or blanc ou le huitième métal — sans nom d'auteur (Claude Morin). Paris, 1758, p. 12.
- 3. Clément (André). L’emploi des minéraux ferreux dans l’Amérique précolombienne. Revista del Museo National Lima, 1938, p. 132.
- 4. Molina (K. Ignatz). Versnch einer Naturgeschichte von Chile. Leipzig, 1789, p. 69.
- 5. Lewis (William). Experimental examination of a white substance, said to lie found in tlie gold mines of the Spanish West Indies... Philosophical Transactions, Londres, vol. 48, 1755, pp. 638-689.
- 6. Buffon. Minéraux. Concrétions de la platine.
- métal nouveau pour les Européens, avait pu dérouter les chercheurs du moment. Un des précurseurs, Watson, affirmait que les Espagnols avaient trouvé le secret de le fondre, puisqu’ils en faisaient des gardes d’épées, des boucles, des tabatières, etc.
- Les voyageurs considéraient-ils au xvme siècle que les Espagnols étaient les inventeurs du nouveau métal. Non, puisque dans le Gouvernement de Maranon, les habitants assuraient que, dans le canton des mines d’or, ils tiraient souvent d’un lieu nommé Picari, une autre sorte de métal plus dur que l’or, mais blanc, dont ils avaient fait anciennement des haches, des couteaux et que ceux-ci, s’émoussant facilement, ils avaient cessé d’en faire (x). Buffon, lui, supposait qu’étant donné que les indigènes avaient avant les Espagnols fait des instruments tranchants, ceux-ci employant des grandes masses de métal, savaient l’art de le fondre, sans doute avec l’addition de quelque autre métal.
- Cette question fort intéressante de l’emploi du platine par les Précolombiens sort du cadre de la présente étude. C’est un sujet sur lequel les recherches archéologiques de ces dernières années ont donné quelques éclaircissements.
- A. Clément.
- 1. Histoire générale des Yoïages, Paris, vol. 14, 1739 et sq., p. 20.
- LE CIEL EN NOVEMBRE 1948
- SOLEIL : du 1er au 30, sa déclinaison décroît de — 14°29' à — 21°4i' ; la durée du jour passe de 9h50m le 1er à Sh33m le 30 ; diamètre apparent le 1er - 3217",44, le 30 = 32'29",62. Éclipse totale de Soleil le 1er, invisible en Europe (Afrique centrale, Madagascar, Australie). — LUNE : Phases : N. L. le 1er à 6h2m, P. Q. le 28 à 16*46“, P. L. le 16 à lS*3im, D. Q. le 23 à 21*22“, N. L. le 30 à 18h44m ; apogée le 10 à 15h, diamètre apparent 29'32" ; périgée le 26 à lh, diamètre apparent 32'22". Principales conjonctions : avec Mars le 3 à 16*54, à 2°26' N. ; avec Jupiter le 4 à 19h54m, à 4°19' N. ; avec Uranus le 19, à 10h48m, à 4°5' S. ; avec Saturne le 24 à 2h26m, à 3°1S' S. ; avec Neptune le 26 à 2ih4Sm, à 0°19' S. ; avec Vénus le 28 à 6Mm, à l°o2' N. ; avec Mercure le 30 à 6h31m, à 2°29' N. Principales occultations : de 3o Capricorne (6m,0) le 8, immersion à 17holm,9 ; de 112 Cocher (om,7) le 19, émersion à lh15m. — PLANÈTES : Mercure, astre du matin, plus gr. élongation le 4, à 19° Ouest ; Vénus, étoile du matin, se lève le 8 à 3M9m, diamètre app. 14",3, en conjonction avec Neptune le 12 à 21h, à 0°1S' N. ; Mars, dans le Capricorne, inobservable ; Jupiter, dans le Sagittaire, se couche le 8 à 18h40m ; Saturne, visible le matin, dans le Lion, se lève le 8 à 0h16m, diamètre polaire
- app. 16",6, anneau gr. axe 39",0, petit axe 5",3 ; Uranus, observable toute la nuit, dans les Gémeaux, passe au méridien le 26 à l*29m, diamètre app. 3",8 (position le 26 : 5ho8m et + 23°39') ; Neptune, observable le matin, dans la Vierge, se lève le 26 à 2*42m, diamètre app. 2",4 (position le 26 : 12ho6m et — 4°17'). — ETOILES FILANTES : Léonides du 13 au 18, radiant vers Lion (rapides, traînées) ; Andromédides du 17 au 23, radiant vers Y Andromède (lentes, traînées). — ETOILES VARIABLES : Minima observables d'Algol (2m,2-3m,o), le 9 à 4hS9m, le 12 à l*47m, le 14 à 22h36m, le 17 à 19h26m. Minima de p Lyre (3m,4-4m,3) : le S à 4h, le 21 à 0h. — ETOILE POLAIRE : passage supérieur au méridien de Paris : le 6 à 22h35m10s, le 16 à 21*5om48s, le 26 à 2i*-16“24s.
- Phénomènes remarquables. — Observer les étoiles filantes Léonides du 13 au 18 et Andromédides du 17 au 23 ; la Lueur antisolaire vers minuit, dans le Bélier.
- (Heures données en Temps Universel ; tenir compte des modifications introduites par l’heure en usage).
- G. Fournier.
- «
- La tourbe dans l'industrie.
- L’élévation constante du niveau de l’industrie conduit de plus en plus vers l’utilisation de toutes les ressources naturelles en combustibles.
- En U. R. S. S., dans la région de Moscou, la tourbe entre pour 23 pour 100 du total du combustible alimentant les centrales électriques.
- Près de Leningrad, la centrale de Dubrovskaya est alimentée à la tourbe. On estime que la Russie détient la moitié des ressources mondiales en tourbe.
- Aux États-Unis, on envisage l’utilisation de ce même combustible pour les installations d’enrichissement des minerais de fer du Minnesota.
- Cette région dispose de peu de charbon et de rares chutes d'eau, mais d’importantes réserves de tourbe.
- En Europe Centrale, à Krasalu, dans la vallée du Vardar et â Bachlorz, dans celle du Pripet, ont été installés des fours à chaux alimentés au gaz de tourbe fourni par un tyne spécial de gazogène mis au point par un ingénieur belge, M. Migeon.
- Documentation atomique.
- La Commission de l’Énergie atomique des États-Unis et l’université de Columbia ont décidé de publier toute une série de rapports sur les recherches relatives à l’énergie atomique effectuées pendant la guerre et qui se sont depuis poursuivies sans relâche. En dehors des questions directement liées aux études atomiques, on y trouvera des renseignements sur dès problèmes annexes d’intérêt général, par exemple les études poursuivies pour l’utilisation industrielle du fluor. L’agressivité de cet élément était en effet une source de graves difficultés en ce qui concerne le choix des matériaux pour la construction de l’appareillage. Seront également traitées les techniques de recherches dès fuites dans les installations utilisant des gaz. On y trouvera aussi une large documentation médicale, clinique et histologique sur les effets biologiques dès radiations, d’après les recherches poursuivies à l’université de Chicago, des études pharmacologiques et toxicologiques sur l’uranium et les dérivés fluorés. Seules les questions faisant encore l’objet de secrets militaires ne seront pas exposées. L’ensemble de ces publications comportera une série d’environ soixante volumes qui seront édités par la McGrawHill Co de New-York.
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- LES LIVRES NOUVEAUX
- Géométrie descriptive à quatre dimensions.
- Ier livre : Figures du premier degré. Chapitres I, II et III : Définitions, positions, intersections, par J. Maurin. Gauthier-Villars, Paris, 1948.
- Tentative de réduction des problèmes de mécaniques à de simples problèmes d'byper-géométrie et de résolution graphique directe en dotant la géométrie descriptive des dimensions supplémentaires qui lui manquaient jusque-là.
- Formulaire de construction mécanique, par
- R. Fontaine. 1 agenda relié, 346 p. Béranger, Paris et Liège, 1947.
- Formulaire d’un format commode, très complet, rassemblant les données de mathématiques, de mécanique, de poids et de mesures, de physique, de résistance des matériaux, dimensions et poids des métaux du commerce, données d’usinage, soudure, brasure, rechargements, découpage oxyacêtylénique et à l’arc, for-geage et traitements thermiques, éléments d’assemblage, organes mécaniques divers. Nombreux tableaux et ligures.
- Le guide des étoiles, par ’e Capitaine de Frégate Pierre Sizaike. 1 vol. in-8°, 50 p., 7 fig., 1 pl. Les Grandes Éditions françaises, 35, rue de la Boétie, Paris, 1948. Prix : 160 francs.
- Petit guide à l’usage- des marins, des aviateurs, des astronomes amateurs pour se reconnaître dans le ciel étoilé. L’auteur y trace 8 jalons aux formes caractéristiques et y rac-• corde les autres étoiles principales. Il y ajoute les planètes dont 4 peuvent servir pour la navigation, ainsi que 50 étoiles très brillantes et 89 constellations. Une planche représente les deux hémisphères célestes et la zone équatoriale de 50° N. à 50° S.
- Matière, électricité, radiation, par Marcel Boll. 1 yoL, 129 p. Delagrave, Paris, 1948. La « Bibliothèque des chercheurs et des curieux » s’enrichit de ce petit ouvrage qui expose de manière parfaitement claire tout en restant succincte ce que l’honnête homme doit savoir dès éléments de la physique et de la chimie corpusculaires : grains de matière et d’électricité, constituants des noyaux atomiques, rayonnements lumineux, photons, ions, bases de la mécanique ondulatoire. Un index donne les noms des principaux savants dont les œuvres ont marqué les étapes décisives de la science dans ce domaine.
- Max Planck et la philosophie religieuse, par l’Abbé M. Daisomont, 2e édition. 1 broch. in-8°, 12 pM 1 pl. Éditions de Tempel, Bruges, 1948.
- Prix Nobel de physique, Max Planck est mort l'an dernier après avoir doté le monde d'une des plus fécondes théories, celle des quanta. En 1937, il avait, dans une conférence sur la religion et les sciences de la nature, affirmé l’existence de Dieu, la nécessité d’une religion organisée en communauté visible, l’erreur et le danger des « Sans-Dieu ». L'auteur la réclame, la commente et la discute.
- Énergie atomique et univers, par .7. Thibaut).
- 1 vol. broché, 320 p., 81 fig., 16 planches hors texte. Dunod, Paris, 1946.
- Écrit par un spécialiste réputé ce livre, qui porte en sous-titre « Du microscope électronique à la bombe atomique », donne une parfaite vue d'ensemble des notions récemment acquises sur la constitution de l’Univers, depuis la structure des noyaux atomiques jusqu’aux étoiles géantes et aux nébuleuses. La première partie est consacrée à un exposé allant de la chimie physique à la biologie, au microscope électronique et aux applications des rayons X dans le domaine des atomes et des molécules. La seconde partie traite des noyaux atomiques, de la fission des noyaux, de la bombe atomique et se termine par un chapitre sur la physique nucléaire, l’annihilation matérielle et l’évolution des étoiles.
- Propriétés des corps et constitution chimique, par René Dubrisay. 1 vol. 152 p., 29 fie:. Presses universitaires de France, Paris, 1948. La chimie générale peut être présentée de multiples façons, l'auteur a adopté Une forme
- originale et attrayante en se basant sur la constitution chimique et en y rattachant logiquement les propriétés des corps. Partant de la notion d’atome et de molécule il examine la structure des combinaisons organiques, des complexes minéraux, la classification périodique, les théories de valence. Il passe ensuite aux relations entre la constitution et la structure, les propriétés organoleptiques et pharmacodynamiques, puis aux données spectrales.
- Principles of Microwave circuits, par C. G. Montgomery, R. H. Dicke et E. M. Purcell. 1 vol. 15 x 22,5, 486 p. 111. relié. Mc. Graw Ilill, New-York et Londres, 1948. Prix : 33 sh.
- La radio-électricité a fait ces dernières années d’énormes progrès vers la production et l’utilisation d’ondes électro-magnétiques de plus en plus courtes. Ges ondes ultra-courtes, par suite de leur pouvoir de pénétration et de leur faculté de former des faisceaux orientables bien délimités ont trouvé des applications spectaculaires dont la plus connue est le radar.
- Le présent volume étudie avec le secours des mathématiques supérieures, l’aspect théorique des circuits d’ondes ultra-courtes. C’est le 8e volume d’une série d'ouvrages publiés par le Radiation Laboratory de l’Institut de Technologie de Massachusetts pour mettre les connaissances acquises récemment dans ce domaine à la portée de tous les chercheurs et de tous ceux qui s’intéressent à la radio-électricité.
- Microwave Transmission Circuits, par G. L.
- Ragan. 1 vol. 15 x 22,5, 726 p., 650 fig., relié. Mc Graw Hi!l, New-York et Londres, 1948. Prix : 47 sh.
- Cet ouvrage, qui appartient à la même série que le précédent et porte le n° 9, étudie les circuits de transmission des ondes ultra-courtes et leurs caractéristiques spécifiques, notamment par lignes co-axiales. Les principes théoriques sont rappelés mais l’ouvrage est surtout pratique et rendra les plus signalés services en apportant des informations précises dans ce domaine encore peu connu des ondes ultra-courtes.
- Mission au delà du crépuscule, par J. Bryan et Ph. Reed, adapté de l’américain par Robert de Maroixes. 1 vol. broché, 260 p. Le Sillage, 20, Villa Dupont, Paris, 1947.
- Récit extrêmement émouvant de la véritable épopée aérienne d’un groupe de bombardement américain contre la flotte japonaise. Départ au crépuscule pour l’attaque à la limite extrême de portée des avions. Retour dramatique de l’escadrille à court d’essence, cherchant ses porte-avions dans la nuit. Sauvetage des aviateurs tombés à la mer. Autant de phases angoissantes décrites avec une sobriété et un accent de vérité qui tiennent le lecteur en haleine.
- The Engineer in Society, par John Mills.
- 1 vol. 196 p. Van Nostrand C°, New-York et Macmillan C°, Londres. Prix relié : 2,5 dollars on 12 sh.
- L’auteur, qui se réfère à une longue expérience d’ingénieur à la Bell Téléphoné Cy, expose une série de tests pour l’étude de 11 qualificalion et des aptitudes des ingénieurs pour leur orientation technique et leur rendement le plus efficace.
- Puis il affirme courageusement qu’il n’est pas accordé aux hommes de science et ingénieurs, dans la société actuelle, la place qui leur est due ; que leur potentiel social est largement perdu. Ils doivent s’organiser pour le rétablissement auquel ils ont droit et qui est, d’ailleurs, impérieusement nécessaire à l’évolution de la société dont l’organisation est elle-même justiciable des disciplines de la méthode scientifique.
- Ce livre hardi doit être lu par tous les hommes de science, ingénieurs et techniciens.
- Sequence in layered Rocks, par R. R. Shrock.
- 1 vol. 15 x 22,5, 507 p., 397 fig., relié. Mc Graw Hill, New-York et Londres, 1948. Prix : 41 sh. 6 d.
- Ce manuel est destiné à l’étude sur le terrain des structures géologiques et à la détermlna-
- Le gérant : G. Masson. — masson et cie, éditeurs, paris. — dépôt légal 4e trimestre
- BARNÉOUD FRÈRES ET Cie, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° q4o. -
- tion par des méthodes nouvelles, de l’ordre des dépôts des couches sédimentaires et d’arrivée des formations des roches ignées ; particulièrement dans les régions tourmentées où les terrains sont fortement inclinés et parfois renversés.
- Une remarquable et abondante illustration complète le texte : 500 dessins et plus de 150 photographies. La bibliographie comporte plus de 700 références classées.
- Cet ouvrage original sera particulièrement utile aux prospecteurs de mines métalliques, de pétrole et à tous ceux qui s’intéressent aux sciences géologiques. *
- Le familier de la nature, par Gilbert Assoie au. 1 vol. in-80, 303 p. Les Presses d’Ile-de-France, 18 bis, avenue Lamotte-Picquet, Paris.
- Ouvrage de présentation originale et très vivante, essentiellement destiné aux jeunes. Conçu dans l’esprit des ouvrages de scoutisme, il se propose d’éveiller le sens de l’observation de la nature par des questions, des explications scientifiques et des renseignements de toute nature appuyés de dessins à la plume fort spirituels. Ce séduisant petit volume retiendra aussi l’attention des aînés qu’il aidera dans leur tache educative.
- Atlas des Aptérygotes et Orthoptéroïdes de France (Nouvel Atlas d’Entomologie, n° 2), par L. Ghopard. 1 vol. in-8°, 107 p. ; 12 planches en couleurs. Boubée, 3, place Saint-André-des-Arts, Paris. Prix : 210 francs.
- Précédé d’un chapitre sur les Aptérygotes (Thysanoures, Collemboles, Protoures), cet ouvrage sur les Orthoptéroïdes est un atlas, destiné aux amateurs, à qui il permet une détermination rapide et facile des principales espèces. Le texte vient en complément pour confirmer la détermination et préciser la distribution géographique et les moeurs des espèces.
- Coléoptères hydrocanthares, par le Dr Félix Guignot. 1 vol. in-8°, 287 p., 128 fig. Faune de France, t. 48, Lechevaiier, Paris, 1947 Prix : 1 200 francs.
- Les Hydrocanthares comprennent les deux sous-ordres des Dytiscoïdés et des Gyrinoïdés, dont on rencontre en France plus de 200 espèces. Ce sont des insectes coléoptères aquatiques dont certains sont bien connus de tous, par exemple les gros Dytiques des étangs et des mares, les Gyrins qu’on voit courir à la surface de l’eau. Eux et leurs larves sont de farouches carnassiers. Le spécialiste de ce groupe donne ici le moyen de les reconnaître, à tous leurs stades : adultes, larves, nymphes, après avoir traité, dans l’esprit de la Faune de France, de leur anatomie et de leur biologie.
- Les genres de chasses, par André Chaïgneau.
- 1 vol. in-8°, 257 p., 72 fig. Bibliothèque scientifique, Payot, Paris, 1948. Prix : 480 fr.
- L’auteur continue de faire profiter ses lecteurs de son expérience. Après « Les habitudes du gibier », et les « Animaux nuisibles », voici la description de tous les genres de chasse, depuis celle du chasseur solitaire avec son chien, jusqu’à la somptueuse chasse à courre, en passant par la battue, l’affût, les chasses aux appeaux, aux appelants, au grand-duc, au furet, au miroir, aux filets, aux lacets, sous terre, à la glu, aux lévriers, etc. L’auteur conseille pour les armes, les préparatifs, les accessoires, les règles à observer, les techniques à suivre devant chaque gibier : un traité et un manuel.
- «
- Biologie et médecine devant la science exacte, par André Dognon. 1 vo1. in-16, 242 p., 17 fig. Bibliothèque de philosophie scientifique. Flammarion, Paris, 1948. Prix : 240 francs.
- Professeur de physique à la Faculté de Médecine, l’auteur cherche les rapports des sciences exactes et des sciences de la vie et de l’homme. Celles-ci s’appuient bien sur celles-là dans nombre de problèmes, par exemple ceux de l’hérédité ou de l’action des radiations, mais la physique est devenue probabiliste plus que causale et n’aborde guère l’extrême hétérogénéité du monde vivant. Dans beaucoup de cas, le déterminisme n’est pas rigoureux, qu’il s’agisse des
- 1948, n° 689. — Imprimé en France. - 10-1948.
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- Novembre 1948
- N° 3163
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- LA NATURE
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- Fig. 1 et 2. — A gauche, un Flamant rose sur le Vaccarès (Cliché George). — A droite, un nid de Héron pourpré dans le marais
- (Cliché Naudot).
- La réserve zoologique et botanique de
- Camargue
- Au cœur de la Camargue, îlot alluvionnaire déposé par le Rhône sur les rivages de la Méditerranée, s’étend un vaste territoire de dix mille hectares où la vie s’épanouit sans contrainte, soumise aux seules lois qui la régissent depuis la naissance du monde, où les espèces apparaissent comme le veut le simple jeu des apports naturels, disparaissant par la simple concurrence vitale qui les oppose, se maintenant le plus souvent en des associations où se trouve réalisé l’équilibre biologique initial.
- Ces étendues à peu près vides d’humains, sont le domaine de la Société nationale d’Acclimatation qui y a installé deux postes dont le principal est celui du Badon, où nombre de savants, répondant à l’invitation du directeur de la Réserve, visitent celle-ci et peuvent trouver des chambres et un régime alimentaire fort acceptable.
- Une réglementation très stricte et parfaitement justifiée, appuyée par la présence de quelques gardes à cheval, interdit en ces lieux toute plantation, toute récolte, toute chasse, tout apport ou soustraction de nature à faire varier les conditions écologiques naturelles.
- Les territoires de la Réserve comprennent de vastes étangs salés dont le plus important est le Vaccarès, ainsi nommé à cause des taureaux et des vaches sauvages qui paissent sur ses bords (1), des marais d’eau douce, des dunes littorales et des zones basses stériles.
- Si la flore qui s’y épanouit ne présente qualitativement rien de remarquable, la faune aviaire de passage, au contraire, paraît particulièrement riche.
- La flore.
- La plupart des plantes sont adaptées au terrain salé, exception faite de quelques espèces vivant en bordure des canaux d’irrigation grâce auxquels elles peuvent pénétrer dans la zone de salure. Quelques plantes ambivalentes, comme Phragmites communis et Scirpus maritimus s’accommodent d’ailleurs des deux terrains. Luttant contre l’évaporation, intense dans cet air sec, par une diminution de la transpiration et possédant
- 1. Racino : vaca ; bas-latin : vacaresium.
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- la propriété d’extraire du terrain salé l’eau dont elles ont besoin, ces plantes halophiles sont particulièrement représentées par des Salsolacées qui forment des associations à Salicornia macrostachya et Sphenopus Gouani, Salicornia fruticosa ou Salicornia radicans. L’abondance des Salicornes ou « enganes » donne au paysage son aspect moutonnant de buttes arrondies rappelant étrangement la morphologie végétale de certaines zones marécageuses de la toundra. C’est la « Sansouire » à la pauvre végétation qui laisse apparaître en se desséchant les taches blanches givrées des efflorescences salines.
- Ainsi se présentent les rives du Vaccarès et les surfaces humides qui s’étendent jusqu’à la mer. Peut-on parler là d’une végétation arborescente pratiquement inexistante, puisque le tamaris lui-même en est absent? Cependant, le « Bois des Rièges », serti dans une succession de sept îlots à très faible élévation s’enorgueillit de posséder des genévriers de Phénicie de plusieurs mètres de hauteur, au feuillage sombre piqueté de baies rousses, associés à des arbustes et à des lianes, au milieu d’une brousse de Romarins, de Lentisques, d’Asphodèles et de Chèvrefeuilles....
- La faune.
- Aux yeux du public averti, mais non spécialisé, la Réserve conserverait-elle pourtant sa mystérieuse attirance si elle n’était surtout la terre d’élection des oiseaux et de toute line vie animale qui s’agite en paix dans ses halliers ?
- Avant ou après le grand exode saisonnier qui la jette sur la terre camarguaise, la faune aviaire trouve là l’étape reposante qui s’impose et qui, depuis des millénaires, s’inscrit sur la route des longues migrations.
- Cette faune est, d’ailleurs, peu variée et le nombre d’espèces sédentaires y est très faible : une demi-douzaine au plus.
- D’Afrique, d’Asie méridionale, des rives de la Mer Rouge et de l’Océan Indien, des milliers d’oiseaux accourent avec le printemps vers la Camargue. Leur nombre est bientôt si considérable — à l’image de ce que l’on observe sur certains îlots de l’Océan glacial — et la « Sansouire » et les sables insulaires sont couverts de tant d’œufs qu’à grand'peine on peut faire un pas sans risquer d’en écraser. Il y a là, certes, une mine d’observations biologiques du plus haut intérêt qu’il appartient aux gardes d’effectuer comme il leur appartiendra également d’assurer le baguage des jeunes.
- Fig. 3. — La Camargue.
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- (Cliché Naudot).
- De ce monde tourbillonnant, les sujets les plus représentatifs sont, parmi les Rapaces, le Busard des marais ou des roseaux dont mars voit apparaître la nichée dans les joncs, au milieu des hérons pourprés avec qui s’établit une paix tacite, et que l’automne verra partir. Parmi les nocturnes, les colonies de Hibou brachyote, au vol d’aigle, peuplent les marais.
- Aux Gallinacées appartiennent la Perdrix rouge, sédentaire partout, hôte des ce enganes » et des lieux humides, les Tourterelles dans les buissons, les Pies dont l’infernal caquetage signe l’incroyable peuplement, le Geai bleu et le Merle noir, les Fauvettes et les Rossignols.... Nids de Canards et d’oiseaux de marais sont dépeuplés par les Goélands cendrés au cri rauque. Et la Mouette rieuse, sur les étangs salés, laissera au soleil le soin de couver ses œufs qu’elle dépose simplement sur le sable....
- Mais c’est aux Échassiers que revient sans doute la royauté de l’île, grâce au légendaii’e Flamant, rose, le Phœnicoplère des Romains, « celui qui, tout en ayant les plus longues échasses, a aussi les pieds palmés, un cou dont la souplesse fait honte aux cygnes, un bec construit pour fouiller la vase à la manière d’un soc de charrue... » (1).
- Il fut un temps où le désir de posséder l’un de ces magnifiques oiseaux entraîna une inquiétante hécatombe. L’interdiction de sa chasse porte aujourd’hui ses fruits et permet d’assister à des envols de plusieurs centaines d’individus. Les Flamants roses sont trop connus pour que nous nous attardions à les décrire. Il n’est pas sans intérêt cependant de savoir que leur couleur de flamme est due à une légère couche d’huile qui recouvre leurs plumes. Absorbant peu les radiations rouges, cette surface la réfléchit donc vers notre œil.
- Marais, roseaux, <( enganes » sont désertés par les Flamants pour les étangs salés qu’ils animent à l’aube, avec parfois de l’eau jusqu’au ventre, pointant de leur gros bec vers les profondeurs limoneuses ou récoltant entre leur grosse langue et des lamelles cornées, les innombrables animalcules de surface.
- Maçonné avec de la vase, leur nid conique est placé à une hauteur suffisante pour que la femelle puisse presque couver dans la station debout, mais les magnifiques adultes n’ont pas lieu de s’enorgueillir de leur progéniture, gros poussins bruns au bec démesuré.
- 1. T. Burnand et J. Obertiiür. Toute la Camargue.
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- S’il n’est guère, en Europe, qu’un ou deux points où l’on puisse les rencontrer (Bouches du Danube...),, ils sont abondants, au contraire, dans les lagunes salées et les grands lacs du centre africain.
- Très nombreuses sont, les Avocettes au vol papillonnant et au cri âpre, les Hérons, l’Échasse. Les Cigognes passent, mais n’y stationnent q,ue fort peu. Citons, enfin, pour en finir avec le peuple des oiseaux, les Bécassines, Bécasses, Vanneau huppé, Pluvier doré et parfois les Phalaropes, oiseaux polaires, que l’hibernation entraîne loin vers le Sud.
- Si le Castor ne se rencontre pas dans la Réserve proprement dite, il n’en fréquente pas moins les rives du Rhône. Jadis même, il fut si abondant en ces régions que les Chartreux de l’Abbaye de Villeneuve s’étaient fait une spécialité du saucisson fabriqué avec leur chair. De nombreux ouvrages (1) révèlent sa biologie : on le sait grand destructeur de peupliers, de saules et d’aulnes, moins d’ailleurs pour édifier sa demeure que pour manger feuilles et écorce. Manifestant un esprit d’équipe remarquable, ils demeurent capables en deux nuits d’abattre un peuplier d’un mètre vingt-cinq de circonférence.
- La Réserve héberge, par contre, des Putois, Belettes, Blaireaux et de très nombreux Renards friands de Grenouilles,
- 1. Coudier-Go.ni. Castors du Rhône (Albin Michel, édit.).
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- Lapins, Canetons et Reptiles dont les Camarguais eux-mêmes se régalent.
- Si les Vipères y sont rares, les Couleuvres sont assez nombreuses : Couleuvres à collier, Couleuvres vipérines, Couleuvres lisses, Couleuvres de Montpellier, Couleuvre d’Esculape qui se glisse dans les branches de Tamaris. Telle un boa, elle fascine, dit-on, les oiseaux et les rongeurs, les entoure de son corps enroulé et leur fracture la colonne vertébrale. Mais la primauté revient très certainement à la Couleuvre quatre raies dont on a vu des spécimens de 2,87 m, au corps gros comme le bras, géante sans doute, mais fort peureuse heureusement.
- Les Lézards sont représentés par le Gecko des murailles et le Lézard ocellé, ce dernier pouvant dépasser 60 cm de longueur.
- Peut-on passer sous silence les Moustiques, Taons, Œstres, Mouches dont la présence est infernale aussi bien pour l’homme que pour les animaux P Quelques scorpions et scolopendres, quelques belles araignées animent encore ce décor vierge dont Bousiers, Carabes et Nccrophores assurent la voirie.
- Quant aux Poissons, le Vaccarès en est riche à ce point qu’il fournit annuellement des tonnes d’Anguilles. Pêchées du début d’octobre aux premiers froids (il arrive que les étangs salés soient pris par les glaces), elles sont expédiées vivantes en Belgique et en Hollande, où elles seront fumées.
- Fig. 5 à 8. — A gauche, en haut : Bordure du bois de Rièges (dune fixée). A gauche, éléments de la juniperaie : Juniperus phœnicea, Rhamnus alatermus. tu premier plan, lisière de Juncus acutus et un pied de Statice limonium en fleurs. A droite, buisson de Lentisques. A l’arrière-plan, steppe à Salicornes (Cliché George). — En bas : La Camargue, steppe salée, pays des solitudes, sur les territoires de la Réserve nationale (Cliché Gauroy). — A droite, en haut : La steppe à Salicornes. Association à Salicornia fruticosa, avec au premier plan, des touffes plus basses de Salicornia macrostachya. Quelques Tamaris à Varrière-plan (Cliché Gauroy). En bas : Pied jeune et isolé de Salicornia macrostachya, dans la « Sansouire » (terrain salé nu), près du bois de Rièges (Cliché George).
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- Telle est la Réserve dans ses manifestations vitales, mais cette vie s’inscrit dans un cadre, dans un décor bien particulier dont une étude, si brève soit-elle, ne peut totalement faire abstraction. Nous ne saurions mieux rendre cette atmosphère qu’en empruntant notre conclusion à M. Talion, son directeur et son animateur (x) : « Nous voulons marquer, écrit-il, le charme sauvage de ses grands horizons, qui ont leurs fanatiques. L’attrait qu’ils exercent tient beaucoup à l’atmosphère de mystère et de légende qui les entoure, spécialement en ce qui concerne le fameux bois des Rièges, « le bois » comme disent les vieux gardiens, qui reste inabordable, gardé par les hautes eaux pendant plus de la moitié de l’année. La « Sansouire » est le pays des mirages par excellence, qui font, par exemple, se dresser devant vous une haute falaise blanche, alors qu’en réalité, il
- 1. G. Tallon. La réserve zoologi-que et botanique de la Camargue.
- Fig. 9 et 10. — Un castor femelle et son petit âgé de 2 ans (Cliché Cordier-Goni) . — Travail de castor. Saule rongé à la base dont la chute ne tardera pas (Cliché IN'audot) .
- n’existe qu’une petite motte de sable. Les couchers de soleil de la lin de l’été sur le Vacca-rès ou les Étangs inférieurs, alors très concentrés, sont admirables et souvent on a la chance de voir s’élever d’immenses vols de Flamants, qui, dans un virage sur l’aile, font étinceler leurs couleurs de feu.
- Cette nature primitive à perte de vue, animée de jolis oiseaux, ces rivages incertains où la terre, la mer, les étangs n’ont pas encore délimité leur domaine réciproque, ces immenses champs de dunes désertes, tout cela nous reporte aux premiers âges du monde. Ne doit-on pas en empêcher la destruction définitive ? »
- Par une réussite, à peu près unique en Europe, la réalité a répondu à cet espoir. En vérité, la Société nationale d’Acclimatation a doublement mérité de la Science et des Amis de la Nature.
- Pierre Gauroy.
- Nous tenons à remercier tout spécialement M. George, d’Arles, pour les très beaux clichés qu’il a bien voulu nous communiquer.
- Les centres producteurs d'aluminium
- Jusqu’à présent, le seul minerai qui a été industriellement employé à la fabrication de l’aluminium est la bauxite et tout porte à croire qu’il en sera de même pendant longtemps encore. On a bien imaginé toutes sortes de procédés pour retirer ce métal des argiles dont les Allemands se sont servis pendant la guerre de 1914-1918, mais les prix de revient sont nettement prohibitifs.
- Or, les bauxites sont relativement rares ; en dehors du bassin méditerranéen et de quelques gisements épars en Russie et aux États-Unis, il n’y a guère que les régions tropicales qui en renferment.
- Déjà, depuis 1927, on exploite activement les bauxites des Guya-nes anglaise et hollandaise, qui alimentent en grande partie la métallurgie américaine de l’aluminium ; puis, vers 193», on a mis en œuvre les bauxites de l’île néerlandaise de Bintang, au large de Singapour et, en 1939, 350 000 t en partaient vers le Japon et sur l’Europe.
- De très nombreux espaces dans les zones tropicales sont d’ailleurs couverts de roches dénommées latérites, qu’on peut considérer issues de la transformation des roches sous-jacentes sous l’influence de la chaleur et de l’humidité avec départ de la chaux, de la magnésie et des alcalis, appauvrissement en silice et transformation graduelle en hydrate d’alumine et hydrate de fer. La bauxite serait en quelque sorte le terme extrême de la latéritisation. Rien donc de surprenant à rencontrer d’excellentes bauxites dans les immenses champs de latérites de l’Afrique Centrale, du Brésil, de l’Australie et même de Madagascar.
- En ce qui concerne l’empire français, d’importantes découvertes ont été faites, il y a une quinzaine d’années, dans le Soudan et notamment dans la haute vallée du Niger où sur des centaines
- vont-ils se déplacer en Afrique ?
- de kilomètres affleurent des bauxites, avec des teneurs de 70-75 pour 100 d’alumine et 1 à 3 pour 100 de silice, teneurs exceptionnelles même dans les gîtes français. On a d’ailleurs quelque peu utilisé sur place ces bauxites pour la fabrication d’un ciment spécial qui a servi à la construction du grand barrage de San-sanding.
- Évidemment, les distances ne permettent pas d’amener ces minerais en Europe, malgré leur haute qualité ; mais, devant l’épuisement progressif des gisements du Var et de l’Hérault et aussi de ceux de Hongrie qui alimentent les usines européennes d’aluminium, on se demande si ces usines n’auront pas intérêt, dans un délai relativement court, à se transporter sur ïes gisements africains. On peut objecter le manque de charbon dans les régions soudanaises pour transformer la bauxite en aluminium, mais les cours d’eau du pays pourraient produire l’énergie électrique compensatrice. Donc l’éventualité d’une production d’aluminium dans notre Afrique Occidentale est fortement à envisager. Déià, en 1938, on avait commencé aux Indes anglaises la construction' d’une usine aux environs de Bombay pour utiliser les bauxites locales, ce qui semble être le commencement de l’exode de la métallurgie de cet important métal.
- V. C.
- N. B. — La guerre avait fait tripler la production mondiale d’aluminium en la portant à 1 750 000 t par an, correspondant à 7 millions de tonnes de bauxite. Aujourd’hui, ces chiffres sont en régression sérieuse, mais la plupart des usines productrices demeurent prêtes à fonctionner aux premiers besoins.
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- PROBLÈMES DE VITESSE
- La. sécurité du matériel de chemin de fer aux grandes vitesses présente deux aspects. Ii s’agit tout d’abord de ne pas dérailler : c’est le problème de la tenue de voie; il faut également pouvoir s’arrêter à temps lorsque cette voie n’est pas libre : c’est le problème du freinage.
- Tous deux se présentent sous des formes assez nouvelles depuis que les vitesses atteignent des chiffres très élevés, largement supérieurs à l’ancienne limite réglementaire des chemins de fer français, soit 120 km à l’heure. En Angleterre et en Allemagne, le cap des 200 km à l’heure a été dépassé; en Amérique, le long du parcours du Iliawatha (Chicago-Saint-Paul), on peut voir des panneaux : « Ralentir à i4o » (85 mpH.). En France, la vitesse des grands trains de ville à ville sera prochainement portée à i4o; un peu plus tard, elle sera élevée à 160, peut-être 180. Si l’on songe que certains des efforts supportés par le matériel (comme la force centrifuge) sont proportionnels au carré de la vitesse, on conçoit que le chemin de fer se situe désormais dans un monde nouveau.
- Stabilité sur rails.
- Le comportement d’un véhicule ferroviaire en inarche a été étudié à la base par Marié, qui a spécialement calculé les six oscillations permanentes du matériel : roulis, galop (cc tangage »
- Fig. 1. — Les six mouvements d’oscillation d’un véhicule sur rails.
- Le véhicule a été représenté en plan, élévation latérale et en bout. Les six mouvements d’oscillation sont : le lacet, flèches LL' ; le galop (tangage) GG' ; le roulis HR' ; le « recul », ou oscillations longitudinales parallèles (mouvement mettant le train « en accordéon ») Lg pl ; les oscillations parallèles Vp ; les oscillations transversales parallèles Tp.
- des navires), lacet (serpentement d’un^rail à l’autre), recul (le train fait l’accordéon), oscillations verticales parallèles, oscillations transversales parallèles. Les travaux de Nordling et Descubes sur les raccordements paraboliques des courbes, ceux de M. Robert Lévi sur le « dérapage sur rails », de M. Lanos sur l’équilibre des locomotives en courbe, de M. Chan sur l’équilibrage des pièces en mouvement alternatif générateur de mouvements de lacet, ceux de M. Mauzin, qui a appliqué le quartz piézo-électrique à la mesure directe des efforts; bien d’autres encore, ont permis de préciser ces notions essentielles.
- Actuellement, on s’attache particulièrement à combattre le lacet, désagréable pour les voyageurs à partir de 120 et dangereux aux vitesses très élevées, surtout s’il s’accompagne de mouvements déchargeant partiellement la roue (a), ce qui risque
- 1. Cas du roulis, du galop intense, du « hammer-blow » des locomotives à vapeur.
- Fig. 2. — Aspect des signaux de block lumineux modernes (Westinghouse, tronçon Paris-Villeneuve).
- I/implantalion actuelle des signaux et en particulier l’espacement entre un signal avancé et le signal absolu qu’il annonce, ont été établis pour des vitesses modérées, inférieures à 120 km à l’heure. De là des problèmes de freinage qui se posent pour les vitesses, actuellement envisagées, de 160 km à l’heure.
- de faire monter le mentonnet sur le rail; aussi l’on est conduit à solidariser les bogies des voilures et automotrices, dans certaines conditions, ou encore à les équiper de dispositifs spéciaux anti-lacet, comportant un amortissement. La tendance est aujourd’hui à contrôler explicitement les amortissements (amortisseurs hydrauliques) au lieu de les abandonner aux hasards des frottements et des rouilles.
- Les bogies de locomotives peuvent pivoter, en luttant contre un couple (effort rotatif) de rappel fourni par des ressorts ou par des rampes de soulèvement; ils peuvent aussi se déporter en bloc vers la droite et la gauche, mais se trouvent rappelés vers la position médiane par des ressorts, des plans inclinés ou des biellcttes, dont la « bande au repos » varie de 2 à 8 t suivant les machines. Il est à remarquer que le bogie est notablement moins stable en marche arrière. L’essieu porteur arrière des locomotives, quand il existe, est traité sous la forme bis-sel, comportant un pivotement complexe auto-stable.
- L’exemple des anciennes Mikado et surtout des i4i P et i4i R, largement employées depuis la Libération, montre que le bogie avant peut être remplacé par un dispositif analogue, pour des vitesses ne dépassant pas 120 km à l’heure, tout au moins. Les recherches en cours sur la stabilité des locomotives électriques prouve que l’on peut supprimer complètement ces différents types d’essieux directeurs, moyennant un assouplissement convenable du montage du premier essieu moteur. Cependant la formule exactement inverse cc tout sur bogies » semble prévaloir pour le matériel futur à très grandes
- Fig. 3. — Disposition équilibrée classique des timoneries de freins.
- La traction de la tige du piston à air comprimé se transmet aux biel-lettes AA/, raccordées par le palon-nier B, et de là aux bielles CG' de suspension des sabots SS'. Les sabots sont articulés, les biellettes encaissent l’effort d’entraînement des sabots par la roue.
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- vitesses (rames remorquées ou trains automoteurs) actuellement étudié par la S.N.C.F.
- En tout état de cause, les conditions suivantes paraissent indispensables aux très grandes vitesses : prépondérance du poids de la caisse sur le poids total des bogies; roulis de la caisse libre (faiblement amorti), mais de longue période d’oscillations (i à 2 s) ; amortissement dosé et dissymétrique des diverses oscillations : roulis, pivotement des bogies, débattements verticaux; limitation des efforts des roues sur la voie.
- On tend notamment à multiplier les amortisseurs hydrauliques sur les organes de suspension et les organes de liaison élastique de rappel entre les bogies et la caisse; les blocs de caoutchouc (silentblocs) ont fait leur apparition dans la technique ferroviaire ; on les trouve en plusieurs points dans la suite des organes reliant les essieux à la caisse.
- Par ailleurs, le profd légèrement conique de la partie de la roue qui porte sur le rail (c’est cette conicité, dans les théories classiques, qui s’oppose au déraillement, le mentonnet n’intervenant que dans les cas extrêmes) ferait place à un profd complètement cylindrique, se maintenant très longtemps grâce à l’emploi d’aciers extra-durs.
- Fig. 4. — Principe du freinage par volant d’inertiç.
- Le volant Y est monté fou sur l’essieu, auquel il est relié par un dispositif élastique de torsion. Si le ralentissement de l’essieu dépasse une certaine valeur, le volant « avance » par rapport à l’essieu et provoque une diminution de l’effort du mécanisme de freinage, grâce à une liaison non représentée sur la ligure.
- En ce qui concerne le confort des voyageurs, ' il faut bien remarquer que ces différents artifices ne suppriment pas la force centrifuge. Gomme le devers est limité par la nécessité de laisser passer les trains lents, un excès considérable de force centrifuge subsistera nécessairement, très supérieur au i/io de g considéré généralement comme la limite de tolérance. On est ainsi conduit à étudier des suspensions pendulaires, où la caisse, montée sur un système de biellettes parallélogrammatique, s’incline dans les virages comme une motocyclette; le plancher demeure par suite continuellement perpendiculaire à la pesanteur apparente, résultante de la force centrifuge et de la pesanteur réelle.
- Le freinage aux très grandes vitesses.
- Le freinage des trains est actuellement assuré par le frein à air comprimé, grâce à une pompe à vapeur placée sur la locomotive et qui refoule, à 5 kg de pression, dans la conduite générale, raccordée de voiture en voiture; cet air vient remplir les réservoirs individuels des voitures, du tender et de la locomotive, jaugeant de 3o à iio 1.
- Sous chaque voiture est installée une triple valve distributrice, commandée par un piston. Au repos, la triple valve permet l'alimentation directe du réservoir; quand le mécanicien manoeuvre son levier de frein, il vide partiellement la conduite, provoquant le coulissement des triples valves : celles-ci envoient l’air dans les cylindres de frein, qui serrent les sabots sur les roues. Quand le mécanicien desserre, le fonctionnement est inverse. Le chef de train dispose d’un robinet de freinage; le freinage se produit aussi en cas de fonctionnement du « signal d’alarme », ou en cas de rupture d’attelage, coupant les conduites d’accouplement.
- Le freinage actuel s’effectue donc par les roues; il est par suite essentiellement tributaire du « coefficient de frottement » du bandage sur le rail. Ce coefficient varie de 0,08 (rail gras
- ou rendu humide par la rosée ou le brouillard) à o,3 pour un rail bien sec ou lavé par une grande pluie.
- Ce faible coefficient de frottement limite l’intensité du freinage; en outre, il est indispensable de ne pas bloquer complètement la roue, sans quoi elle glisse sur le rail avec un coefficient de frottement notablement inférieur et le bandage s’use en formant un méplat. C’est ce qu’on appelle l'enrayage. Le freinage optimum est donc celui qui, à chaque instant, « bloque presque la roue sans la bloquer tout à fait ».
- Des essais en ligne effectués à ce sujet par l’O.C.E.M. avant la guerre, avec des sabots en fonte ordinaire et des sabots en matière amiantée genre Férodo, ont donné les résultats sui-Arants :
- — Avec sabots en fonte : lors d’un freinage d’arrêt exécuté avec un effort constant aux sabots, le coefficient de frottement des sabots sur les roues conserve une valeur sensiblement constante (mais dont la valeur est en sens inverse de la vitesse initiale), jusqu’au moment où la vitesse du véhicule tombe vers 5o km à l’heure; le coefficient croît ensuite fortement jusqu’à l’arrêt.
- — Avec des sabots en matière amiantée : dans les mêmes conditions, le coefficient de frottement des sabots sur les roues conserve une valeur à peu près constante pendant toute la durée du freinage; et cette valeur est indépendante de la vitesse initiale.
- On A’oit immédiatement qu’il est particulièrement facile d’obtenir le freinage optimum avec des sabots en matière amiantée, puisque les mécanismes de freins actuels fournissent précisément un effort constant. Pratiquement, on a pu obtenir, en palier, l’arrêt des trains sur 55o m à 120 km à l’heure et sur 75o m à i4o km à l’heure.
- Avec les sabots en fonte, deux solutions se présentent : ou bien réaliser, aux sabots, un effort variable obéissant précisément à la loi complexe de la variation du coefficient de frotte-
- Régulsteur
- centrifuge
- é I atmosphère
- Cylindre
- Piston I percé u-
- Figr. 5. — Freinage commandé par un « piston percé » différentiel.
- Un tiroir commandé par un régulateur centrifuge entraîné par l’essieu envoie de l’air à une pression proportionnelle au carré de la vitesse de celui-ci sous un piston percé d’un petit orifice ; l’espace du cylindre situé au-dessus du piston communique avec l’atmosphère par un second orifice O. Le piston commande une soupape S permettant à l’air du cylindre de frein normal de fuir plus ou moins dans l’atmosphère. Quand le ralentissement de l’essieu est convenable, piston et soupape demeurent en équilibre ; si un ralentissement trop prononcé, ou un commencement d’enrayage se produisent, l’écoulement de l’air par le trou du piston l'emporte sur l’arrivée d’air venant du dispositif centrifuge et le piston s’abaisse, ouvrant la soupape S, qui diminue le freinage.
- ment : c’est le principe des freins « aulovariables ». Ou bien exercer pendant tout le freinage un effort trop élevé, c’est-à-dire qui produirait à coup sûr l’enrayage, mais limiter en fait cet effort par un appareil automatique appelé « anti-enrayeur », entrant, en jeu dès qu’une amorce de blocage des roues se produit.
- Ces deux types d’appareils ont été très étudiés, surtout les anti-enrayeurs, parmi lesquels on peut distinguer trois systèmes différents : i° le système à volant libre; ce Arolant, monté fou
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- sur l’essieu, tend à continuer à tourner, donc à « dépasser » l’essieu, auquel il est relié élastiquement par un ressort taré; si ce ressort s’écrase trop, par suite d’un commencement d’enrayage, ralentissant trop brutalement l’essieu, l’appareil intervient pour modérer l’effort du frein; 20 le cylindre à faite d'air; dans ce cylindre, un dispositif à force centrifuge envoie pro-
- Fig. 6. — Auto-freinage par masselottes centrifuges.
- Les masselottes MM', entraînées dans le mouvement circulaire de l’essieu E, tendent à s’écarter sous l’action de la force centrifuge ; elles glissent contre la paroi inclinée des pièces K et IC', repoussant vers la droite cette dernière, qui est mobile le long de l’axe. L’effort se transmet par le fléau RR', jusqu’à la tige T du frein, où il s’ajoute à l’effort du piston à air comprimé classique.
- gressivement de l’air sous une pression proportionnelle au carré de la vitesse de l’essieu; comme l’air passe librement par un petit trou de fuite percé dans le piston, la pression est égale sur les deux faces et le piston ne bouge pas; s’il y a un commencement de blocage, la variation brusque de pression produit un déplacement du piston qui modère l’action du frein; 3° le frein à masses tournantes; ces masses tournantes, entraînées par l’essieu, exercent une force centrifuge qui est transmise
- aux sabots; c’est donc l’essieu qui se freine indirectement lui-même; tout enrayage est donc impossible; mais comme l’effort de freinage tendrait vers zéro aux basses vitesses, un freinage supplémentaire constant (« freinage de base ») doit être appliqué.
- Freinage « sans roues ».
- Les freins autovariables et les anti-enrayeurs permettent d’arrêter un train lancé à i4o km à l’heure sur une distance de 800 m, chiffre entièrement comparable à ceux que l’on obtient avec des sabots en matière amiantée. Les expériences faites en Amérique montrent qu’il sera possible, aux vitesses de 160 km à l’heure et un peu au delà, d’arrêter les trains sur 1 100 m. Jusque-là, il n’y a donc pas lieu d’envisager un changement d’implantation des signaux.
- Vers 180 km à l’heure, il deviendra nécessaire de faire appel à des « freinages sans roues », c’est-à-dire à des systèmes de freinage indépendants du coefficient de frottement de la roue avec le rail.
- Un appareil classique existe déjà; c’est le frein électromagnétique sur rails, qui est constitué par un électro allongé, dont la double semelle (nord et sud) vient coller énergiquement sur le rail. L’articulation des patins supprime les rebondissements sur le rail, qui donneraient lieu à des forces électromotrices gênantes.
- La Région Nord a mis en essais un autorail à hélices, les hélices permettant d’obtenir un freinage très énergique en « contre-rotation ». Des « décélérations » plus considérables encore pourront sans doute être obtenues dans l’avenir à l’aide de tuyères à réaction.
- Pierre Devaux,
- Ancien élève de l’École Polytechnique.
- Curieux groupement de fruits chez le Pin
- " La Nature ", n° 3157, mai 1948, p. 154.
- Dans un précédent numéro de La Nature, M. A. Rudel a relaté, avec deux belles photographies à l’appui, un curieux groupement de pommes de Pin. Cette anomalie qui intéresse la position relative des cônes femelles et leur nombre considérablement accru, est bien connue et depuis fort longtemps. Dès 1829, Jaeger observait dans le royaume de Wurtemberg des branches de Pin sylvestre qui portaient des cônes groupés en nombre considérable. L’une des branches supportait en effet un verticille de 52 cônes ; une autre en portait 72 parmi lesquels un grand nombre étaient plus ou moins avortés.
- Avant cet auteur de langue allemande, le français Duhamel avait déjà cité des branches du même arbre portant 24 et 32 cônes disposés autour du rameau à la manière de faisceaux de feuilles. Ainsi dans tous les cas décrits, il s’agit toujours du Pin sylvestre ; c’est pourquoi il serait bon que M. Rudel précise l’espèce des Pins qui lui ont offert la monstruosité décrite.
- Dans un autre ordre d’idées, il est intéressant de rechercher les causes possibles de ce genre d’anomalies. Il est assez curieux que dans tous les cas actuellement eonnus, l’appareil végétatif ne subisse aucune déformation ; c’est pourquoi l’on peut, à mon sens, mettre en doute l’influence de piqûres d’insectes ou d’attaques cryptogamiques ayant amené seulement dans les inflorescences femelles, des réactions rappelant un peu les mycocécidies ou les zoocécidies.
- Quant aux mutations, il ne faut pas en abuser. Elles expliquent beaucoup de choses mais en laissant dans l’ombre l’origine des causes d’anomalies. D’ailleurs, il faudrait à cet égard effectuer des semis de graines appartenant aux cônes monstrueux afin de rechercher si les caractères nouveaux sont héréditaires, et si les plantules n’offriraient pas, à leur tour, de curieuses anomalies affectant l’appareil végétatif. Enfin, il serait très souhaitable d’étudier l’ordonnancement, la forme et le nombre des chromosomes des cellules appartenant aux cônes monstrueux.,
- Dans le cas particulier relaté par M. Rudel, de nombreux Pins,
- situés dans la même station, présentent la même anomalie. Pour l’auteur, ce fait milite en faveur d’un parasitisme déformant. Pour nous, il semble au contraire qu’il faille admettre une cause écologique. Il n’est pas impossible, en effet, qu’on ait affaire à un microclimat local qui influe sur toute la végétation de la station. On peut admettre par exemple la présence d’un sol particulièrement riche — ou particulièrement pauvre — en éléments nutritifs ayant fait dévier l’évolution habituelle des organes femelles.
- Il semble, en effet, que ce genre d’anomalies soit lié à des causes nutritives amenant la transformation de bourgeons foliaires en bourgeons floraux qui peuvent alors fructifier. On sait que dans les bourgeons ordinaires se situent des hormones de croissance bien différentes de celles qui contribuent au développement des bourgeons floraux. On peut donc supposer que pour une cause liée à la nature physico-chimique du substratum, il y ait localisation des hormones florales dans une série de bourgeons foliaires qui se mettent alors à évoluer en cônes femelles qui deviendront des fruits.
- Pour confirmer cette hypothèse, il faudrait étudier la nature du sous-sol en question, la végétation fongique, herbacée, arbus-tive et arborescente de la station litigieuse et établir des comparaisons avec les stations voisines où l’anomalie ne se présente pas. Il serait intéressant aussi, quoique beaucoup plus délicat, d’étudier la composition chimique des jeunes cônes femelles agrégés en verticilles et d’effectuer une comparaison qualitative et quantitative avec celle des cônes femelles habituels du même arbre.
- De toute façon et pour conclure, M. Rudel a soulevé de nouveau une très intéressante question d’évolution qui pose une fois de plus le problème de l’action du milieu et de l’hérédité ; elle mériterait de longues recherches anatomiques, biologiques et physicochimiques.
- Aimé G. Pahrot,
- de la Société botanique de France
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- L'éthylène d chimique
- ans l'industrie organique
- L’éthylène, le plus simple des hydrocarbures oléfiniques, est un gaz qui constitue actuellement un produit de départ important pour toute une série de produits industriels.
- Sources d’éthylène. — L’industrie dispose de plusieurs procédés pour l’obtention de l’éthylène, â savoir :
- — la récupération de l’éthylène contenu dans les gaz de distillation de la houille ou de craking des pétroles ;
- — la déshydrogénation thermique de l’éthane ;
- — l’hydrogénation de l’acétylène ;
- — la déshydratation de l’alcool éthylique.
- On trouve environ 2 pour 100 d’éthylène dans les gaz de carbonisation de la houille (gaz dit d’éclairage, ou gaz de cokerie) : par liquéfactions et distillations fractionnées suivant les procédés Linde-Claude, on peut obtenir une fraction riche en éthylène (de l’ordre de 30 pour 100) qui, suivant les nécessités, sera concentrée et épurée. Cette extraction, qui n’est appliquée, d’une manière économique, qu’au gaz de certaines cokeries, ne se pratique généralement pas sur le gaz dit d’éclairage, de sorte qü’on brûle quotidiennement une certaine quantité d’éthylène qui serait capable de couvrir la totalité des besoins de l’industrie chimique.
- Les pays effectuant le craking du pétrole disposent d’un gaz beaucoup plus riche en éthylène (de l’ordre de 20 pour 100) : l’extraction se pratique suivant les mêmes procédés que ceux indiqués, et il est techniquement facile d’obtenir un gaz titrant de 95 à 99 pour 100 d’éthylène.
- En chauffant l’éthane au-dessus de 500°, il se forme de l’éthylène par déshydrogénation :
- CH3 — CH3-> CH2 = CH2 + H2 + 32,S cal.
- L’éthane, qui est soumis à cette transformation, peut provenir soit des gaz de craking, soit des gaz obtenus lors de l’hydrogénation de la houille (fabrication d’essence synthétique suivant le procédé Bergius) : il est d’ailleurs souvent constitué d’un mélange éthane-éthylène qui sera par ce procédé considérablement enrichi en éthylène. Une transformation semblable, quoique plus complexe, peut ainsi être obtenue sots l’influence de l’arc électrique.
- L’acétylène peut être hydrogéné cataly-tiquement en éthane en passant par l’in-
- (généralement de l’alumine) en phase vapeur à 400°. Les rendements peuvent atteindre 90 à 95 pour 100.
- Bien entendu, au point de vue économique, ces procédés ne sont pas de même valeur : c’est l’éthylène des gaz de craking qui est « le meilleur marché ». Si l’on prend le prix de revient de celui-ci comme base, on aurait approximativement les chiffres suivants :
- Ethylène des gaz de craking ......... 1 (Prix de base).
- Éthylène des gaz de cokeries .......... 1,3 \
- Ethylène du craking de l’éthane .... 1,7 J
- Éthylène de l’arc électrique sur / ^ri:s; approximati s,
- l’éthane ......................... 2,1 \ variables! ,Sulvant
- Éthylène d’hydrogénation de l’acéty- [ ^es con(^ons ^co'
- lène ............................. 2,5 \ nomi^es-
- Ethylène de déshydratation de l’alcool. 4 J
- Malgré ces sensibles différences de prix de revient (allant du simple au quadruple), un pays à forte industrie chimique, comme l’Allemagne, n’hésitait pas, tant le besoin était grand, à préparer l’éthylène par tous ces procédés. Sur une production totale voisine de 90 000 t par an en 1943 :
- 15 pour 100 provenaient des gaz de cokeries,
- 15 pour 100 provenaient du craking de l’éthane,
- 10 pour 100 provenaient de l’arc électrique sur l’éthane,
- 27 pour 100 provenaient de l’hydrogénation de l’acétylène,
- 33 pour 100 provenaient de la déshydratation de l’alcool.
- Suivant l’utilisation: envisagée, l’éthylène obtenu pourra être utilisé, soit sous forme de gaz brut plus ou moins dilué, soit parfois sous forme de gaz à l’état pur, ce qui exige l’élimination de corps étrangers et une concentration.
- Utilisations de l’éthylène :
- De nombreux composés chimiques peuvent s’additionner sur la double liaison de l’éthylène, ce qui donne naissance à divers composés présentant souvent de multiples applications.
- 1° Le chlore s’additionne à l’éthylène pour donner le dichloro-1-2-éthane ou chlorure d’éthylène :
- CH2 = CH2 + Cl2 -> CILC1 — CH2C1.
- termédiairo de l’éthylène
- Fig-, 1. — Épuration du gaz des fours à coke avant séparation des constituants.
- HG == CH
- + H2
- — 35 cal + H,
- > HsC = Cfls
- 32 cal. 5
- > H3C - CH3
- Avec des catalyseurs sélectifs (palladium sur gel do silice), vers 250°-350°, on favorise la formation d’étliylène au détriment de la production d’éthane.
- L’alcool éthylique (provenant des industries de fermentation) peut être déshydraté en éthylène :
- ch2 — ch2oh ch2 = ch2
- -f H20 + 16 cal.
- Cette transformation s’effectue à température élevée avec des déshydratants énergiques tels que l’acide sulfurique ou l’acide phosphorique, ou mieux en présence d’un catalyseur de déshydratation
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- C’est un liquide huileux découvert par quatre Hollandais d’où le nom primitif de « liqueur des Hollandais ».
- Son aspect huileux a fait donner à, l’éthylène le nom de gaz oléfiant (oléum = huile ; facere = faire), duquel dérive le nom d’olé-fines donné à l’ensemble des hydrocarbures éthyléniques. Industriellement, la chloruration se fait en présence de charbon actif.
- Le dichloréthane est employé comme solvant pour les huiles çt les graisses (solvant ininflammable).
- On peut hydrolyser par l’eau en autoclave le dichloréthane en glycol,
- CH,Cl — CII2C1 + 2 11,0
- -> CILOII — CH,OH + 2 HCl,
- mais cette réaction n’est pas très importante, puisqu’on peut obtenir le glycol par d’autres procédés plus économiques.
- Le dichloréthane peut être condensé avec des polysulfures alcalins :
- n CH,Cl — CH,C1 + n Na,S* ->
- Fig. 3. — Appareil Claude pour séparer les constituants du gaz de four à coke.
- .. — CH, — CH* — S — S — CH, — CII, — S— 8 — CH, — CH, — ..
- Il I! Il II
- SS SS
- On obtient des macromolécules filiformes qui constituent des masses plastiques, dites thioplastes, pouvant subir une sorte de vulcanisation et être substituées, dans certaines applications seulement, au caoutchouc naturel. Ces produits, dénommés thiokol aux États-Unis, thiogomme en France ou perduren en Allemagne, possèdent quelquefois des odeurs désagréables difficiles à masquer, ce qui en limite les emplois.
- Le dichloréthane peut se condenser sur le benzène en présence de chlorure d’aluminium suivant la réaction de « Friçdel et Crafts » :
- n CH,C1 — CH,C1 + n C0H6 -*
- .... — CH, — CH, — C0H4 — CII, — CH, — C6II4 — CH, — CH, — ....
- sage synthétiques de haute qualité. Les termes plus élevés forment des masses élastiques thermoplastiques (A. X. F.) pouvant être utilisées telles quelles, ou encore additionnées au caoutchouc naturel, au néoprène, aux thioplastes (action plastifiante).
- Le dichloréthane peut subir une nouvelle chloruration, qui, suivie d’une élimination d’acide chlorhydrique, aboutit à la formation du chlorure de vinylidène :
- CH,Cl — CH,Cl + Cl, -» CH,C1 — CHC1, + HCl CH,C1 — CHC1, -> CH, = CCI, + HCl
- Ce produit, bouillant vers 32°, est susceptible, en tant que dérivé vinylique, de se polymériser sous l’action du peroxyde de benzoyle, en une résine, dénommée « Saran » aux États-Unis, capable d’être étirée en fils très résistants chimiquement et mécaniquement.
- On obtient des polybenzyles à longue chaîne dont les termes 2° Le brome s’additionne à l’éthylène pour donner le dibromo-inférieurs (tétra ou pentacycliques) constituent des huiles de grais- 1-2-éthane ou bromure d’éthylène :
- CH, = CH, + Br, -> CH,Br — CII,Br.
- Le bromure d’éthylène est mélangé au plomb-tétraéthylo dans la composition dite « éthyl-fluid » employée depuis 1927 comme antidétonant dans l’essence pour moteurs. L’emploi de ce mélange permet un taux de compression plus élevé dans les moteurs et par conséquent augmente la puissance.
- Lë rôle du bromure d’éthylène dans ce mélange consiste à transformer le plomb (ou l’oxyde de plomb), formé par décomposition du plomb-tétraëthyle dans le cylindre du moteur au moment de la combustion, en bromure de plomb volatil qui peut alors s’éliminer dans l’échappement des gaz.
- 3° L’éthylène peut aussi additionner une molécule d’acide hypochloreux pour donner la chlorhydrine du glycol :
- CH, = CII, + CIOH —> CH,Cl — CH,OH.
- Industriellement, on fait réagir à la température ordinaire de l’éthylène et du chlore
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- au sein, de l’eau ; le chlore au contact de l’eau donne l’acide hypochloreux :
- CIa + H.O^CIOH + HCl qui s’additionne à l’éthylène.
- On peut aussi introduire simultanément de l’éthylène et du gaz carbonique dans une suspension d’hypochlorite de calcium : l’acide hypochloreux libéré par l’action du gaz carbonique réagit avec l’éthylène.
- La chlorhydrine du glycol est un produit intermédiaire de première importance pour les synthèses les plus diverses. Par saponification ménagée avec de l’eau en présence de bases faibles (carbonate ou bicarbonate de sodium) on obtient le glycol :
- CH2C1 — CH2OH + H,0 ->CH20H — CH2OII + HCl.
- Par contre, sous l’action de bases fortes (chaux), on obtient l’oxyde d’éthylène :
- sulfurique concentré à 98-99 pour 100 sans intervention de catalyseurs. Le mélange est ensuite hydrolysé dans une colonne à plateau plombée : le sulfate acide d’éthyle arrive par le haut et rencontre la vapeur d’eau injectée par le bas, tandis que l’alcool éthylique distille au fur et à mesure de sa formation. L’éthylène fourni par la distillation d’une tonne de houille donne de 13 à 19 kg d’alcool éthylique. Une telle fabrication fut montée én France aux Mines de Béthune.
- Récemment, aux États-Unis, on a pu réaliser l’hydratation directe de l’éthylène en alcool éthylique à 209° sous 20 kg ou à 300° sous 100 kg en présence de certains catalyseurs (sels d’aluminium).
- 5° L’éthylène peut aussi additionner un mélange équimoTécu-laire d’oxyde de carbone et d’hydrogène pour donner, suivant le principe de la réaction « oxo », l’aldéhyde propionique :
- CII2 = ch2 + CO + h2 ->ch3 — ch2 — c-f .
- 2 CH2C1 — CH2OH + Ca(0H)2
- CH2
- \
- - ch2
- + CaCl2 + H20.
- A vrai dire ces deux réactions ont perdu de leur importance technique, puisqu’on peut obtenir l’oxyde d’éthylène plus économiquement par addition directe d’oxygène à l’éthylène et, que de celui-là, on passe facilement au glycol.
- Par action des cyanures alcalins sur la chlorhydrine du glycol, on obtient l’éthylène-cyanhydrine, qui se déshydrate en nitrile acrylique :
- !
- KG N — HsO
- CH20H — CH2C1 —CH20H — CH2 — CN --------^ CH2 = CH — CN.
- Cette réaction s’effectue sous pression de ISO atmosphères vers 150° en présence de catalyseurs à base de sels de cobalt activé par des oxydes de thorium. L’aldéhyde ainsi obtenu peut être hydrogéné en alcool propylique ou oxydé en acide propionique.
- L’addition d’oxyde de carbone et d’eau suivant ün processus analogue constitue un procédé industriel pour l’obtention d’anhydride propionique :
- * CH3 — CHa — COv
- 2 CH2 = CH2 + 2 CO + H20 -> >0
- CH3 — CHa — COX
- Le nitrile acrylique est abondamment utilisé en copolymérisation avec le butadiène pour la fabrication de caoutchouc artificiel peu soluble dans les solvants (Buna N ou Perbunan, G. R. N.) : il est aussi à la base de la fabrication de divers esters acryliques capables de se polymériser en divers produits utilisés dans l’industrie des colles, des vernis, des textiles, du cuir artificiel ou du « verre organique ».
- La chlorhydrine du glycol sert à de nombreuses synthèses (indigo, novocaïne, etc...). C’est en plus, malgré ses effets physiologiques dangereux, ün excellent solvant pour l’acétate de cellulose, les résines naturelles et les résines synthétiques. Ses vapeurs accélèrent la germination des semences, des pommes de terre, des réplants.
- 4° L’éthylène est capable d’additionner une molécule d’eau pour se transformer en alcool éthylique. Cette hydratation se fait par l’intermédiaire de l’acide sulfurique qui se combine à l’éthylène pour donner le sulfate acide d’éthyle, lequel est hydrolysé par l’eau en alcool éthylique :
- CH2 = CH2 + S04H2
- -> ch3 — ch2 — O — SOaH
- ch3 — ch2 — O — S03H + H20
- -> ch3 — CH20H + SOÆ
- L’ensemble de ces réactions est dû à Berthelot.
- Industriellement, on ne peut utiliser les gaz des fours à coke qui ne contiennent qu’environ 2 pour 100 d’éthylène. La teneur en éthylène doit être amenée à 35-40 pour 100 par liquéfaction et distillation fractionnée. Dans ces conditions, sous une légère pression de 10 à 12 atmosphères, l’éthylène s’absorbe très facilement dans un mélange de sulfate acide d’éthyle et d’acide
- qui pourrait être utilisé pour la fabrication de propionate de cellulose par exemple.
- 6° L’éthylène peut s’additionner au benzène en présence de chlorure d’aluminium pour donner l’éthyl-benzène :
- C0H3 + CH2 = CH2 —> C0H5 — CH2 — CH3 + 38 cal.
- L’éthyl-benzène peut être déshydrogéné catalytiquement vers 600° sur un mélange d’oxyde de zinc, d’alumine et de chaux :
- C6H5 — CH2 — CH3 CcH5 — CH = CH2 + H2 — 21 cal.
- Le styrolène ainsi obtenu est la base de résines synthétiques de valeur (Polystyrol) ainsi que le copolymère indispensable à la fabrication des caoutchoucs synthétiques (Buna S, G. R. S.).
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- Fig. 5. — Colonne de rectification de l’alcool éthylique.
- (Photos des Houillères du bassin du Nord et du Pas-de-Calais ; groupe de Béthune).
- En modifiant les conditions opératoires, l’alcoylation du benzène peut se poursuivre. Le diéthylbenzène ainsi obtenu a été utilisé en Allemagne comme essence pour moteur sous le nom de « Kybol ».
- 6° L’éthylène se laisse polymériser par saturation de sa double liaison : la réaction théorique serait :
- n CH, = CH2 -* ... — CH2 — CH2
- — [CHa — CH2] — ch2 — ch2 — ...
- n — 2
- Il n’est pourtant pas exclu d’avoir des chaînes ramifiées suivant le processus :
- CHa = CH2 + CH2 + CIL =CH2 II
- CH2 «
- -> ... ch2 — ch2 — ch — ch2 — ch2 — ....
- I
- ch2
- Suivant les conditions opératoires, on peut obtenir toute une gamme de produits tels que des liquides lubrifiants, des solides analogues à la cire, ou encore des paraffines thermoplastiques.
- En utilisant des catalyseurs tels que le chlorure d’aluminium ou le fluorure de bore, les produits de polymérisation de bas poids moléculaires sont semblables aux huiles de graissage. De tels
- ": -..331 ==
- produits ont été utilisés en Allemagne comme lubrifiants pour moteur d’aviation.
- Par polymérisation sous 200-250 atmosphères à 120° en dissolution dans le mé-thanol par l’action du peroxyde de benzoyle, il se forme un produit de poids moléculaire moyen de 2 000 à 3 000 d’un point de fusion voisin de 100°. Ce produit mis en vente sous le nom de « Lupolènç N » par l’I. G. Farben-industrie a servi de succédané de la cire de Carnauba pour la fabrication de crèmes pour chaussures et d’encaustiques.
- Enfin la polymérisation peut s’effectuer sous de très fortes pressions (1 500 kg) à des températures de 180°-200° en présence de faibles quantités d’oxygène comme catalyseurs (de l’ordre de 0,01 à 0,04 pour 100). On obtient des produits solides (de poids moléculaire variant entre 6 000 et 30 000 suivant la teneur en catalyseur), d’aspect caoutchoutique et de point de fusion 100°-125°. Ces produits vendus sous le nom de « Polythènes » en Angleterre ou de u Lupo-lène II » en Allemagne ont pris une grande importance à cause de leurs excellentes propriétés diélectriques (isolation de câbles sous-marins, radiogoniométrie, télévision). 7° L’éthylène peut additionner un atome d’oxygène pour donner ainsi directement l’oxyde d’éthylène :
- CH2 = CH2 + J 02 -> CH2 — CH2.
- C’est en 1931-1932 que furent publiés pour la première fois en France des brevets décrivant l’obtention directe d’oxyde d’éthylène par action de l’oxygène ou de l’air en présence de catalyseur : le mérite en revient à la Société française de Catalyse Généralisée avec le brevet fondamental 729.952 du 27 mars 1931. Industrie^e-ment, on fait passer un mélange d’air et d’éthylène (contenant au maximum 3 pour 100 d’éthylène, c’est-à-dire une proportion inférieure à la limite d’inflammabilité) sur des masses catalytiques (pierres ponces recouvertes d’argent) vers 240°. Dans ces conditions, il est possible d’obtenir un rendement de l’ordre de 50 à 55 pour 100 par rapport à l’éthylène employé.
- L’oxyde d’éthylène est un liquide très volatil, bouillant à + 12°5. Par suite de la tension occasionnée par le cycle à trois chaînons (tension analogue à celle du cyclopropane), ce corps est très réactif et constitue l’une des voies les plus fructueuses de la chimie de l’éthylène. Il fera l’objet d’un prochain exposé.
- A. WlLLEMART,
- Chef de Travaux
- à l’École Nationale Supérieure de Chimie de Paris.
- Nouveau dirigeable américain.
- Le Ministère de la Marine des États-Unis, vient de passer commande du plus grand dirigeable non-rigide construit jusqu’ici.
- Ce nouvel appareil, d’une taille presque double de celle des appareils utilisés pendant la guerre pour la chasse aux sous-marins, sera capable d’effectuer des reconnaissances lointaines au-dessus de l’Océan.
- Ses dimensions seront les suivantes : enveloppe 97,2 m de long, 21,3 m de large, 27,6 m de haut aux deux points, les plus éloignés.
- L’enveloppe sera faite de rayonne spéciale imprégnée d’un caoutchouc synthétique particulier qui doit donner la meilleure force de résistance pour 'le poids le plus minime. Le dirigeable possédera une capacité en hélium de 23 200 m3.
- La cabine située sous l’appareil, et qui comportera un étage supérieur, longue de 26,1 m, logera l’équipage, le poste de commande, et deux moteurs de 800 ch que l’on pourra entretenir et réparer en vol.
- Les hélices de 2,4 m, à pas variable, et réversibles, qui seront reliées aux moteurs par l’intermédiaire d’une série d’arbres de transmission, seront montées sur des nacelles suspendues à la cabine. La transmission sera faite de telle sorte qu’un seul moteur pourra, actionner une hélice, ou les deux. Une des caractéristiques révolutionnaires de cet appareil sera la présence d’un train d’atterrissage tricycle, et escamotable.
- L’équipage normal de l’appareil sera de 14 personnes, officiers et hommes d’équipage, un équipage de secours étant logé à l’étage inférieur.
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- Les cultures sans sol
- HYDROPONICS
- ou
- Fig-. 1 et 2. — A gauche : Vue générale des jardins hydroponiques de Curaçao. — A droite : Cultures hydroponiques de l’armée américaine
- à luio Jima.
- Ces cultures ne sont pas nouvelles. Depuis des années, on élève des jacinthes pour l’ornement des intérieurs sans autre substratum que de l’eau ; dans les laboratoires de botanique cette même méthode est appliquée à des espèces végétales fort variées, mais ce n’est qu’en ces dernières années que ces méthodes ont été appliquées à une large production, obtenue uniquement dans des solutions aqueuses.
- Les Anglo-Saxons les ont dénommées « hydroponics » qui signifie littéralement : water-working = travail dans l’eau, désignation utilisée pour la première fois par le Dr W. F. Gericke. C’est lui qui travaillant en Californie appliqua en 1937, pour la première fois ces méthodes à la production en masse.
- Il cultiva ainsi des tomates dans des cuvettes peu profondes contenant une solution chimique nutritive. Un grillage métallique •soutenait les plantes, une couche de tourbe ou de fibres de bois préservait les racines de la lumière. Des résistances électriques maintenaient la solution de sels minéraux à une température supérieure à celle de l’air ambiant. Le Dr Gericke déclara obtenir ainsi des résultats extraordinaires et en publia des documents photographiques.
- La dernière guerre devait mettre cette technique en valeur et cela à une échelle inattendue.
- Dans les îles du Pacifique, malgré l’emploi d’aliments vitaminés, les déficiences furent observées dans l’armée américaine après quelques mois de séjour et attribuées à l’absence d’aliments frais. C’est alors que la méthode de culture « hydroponique » fut appliquée avec succès.
- Une installation considérable fut réalisée à l’île Ascension : plusieurs milliers de mètres carrés de bacs de ciment furent établis, garnis de gravier de roches volcaniques en provenance de l’île ; une solution nutritive fut mise en circulation. Quatre mois plus tard, on récoltait.
- La même méthode fut employée dans des conditions climatiques diamétralement opposées : à Goose Bay, dans le Labrador par le Gouvernement Canadien pour ravitailler ses soldats stationnés dans le Grand Nord.
- Des installations du même ordre ont été réalisées à l’île de
- Wake, à Iwoshima, à Arkinson field en Guinée Britannique, à Nankin en Chine, à Cbofu et Otso au Japon. Il en existe également à Kendall en 'Floride et dans nombre de stations d’agriculture expérimentale officielles et privées des États-Unis.
- Une compagnie pétrolifère, la Shell, a monté des installations importantes pour le ravitaillement du personnel de ses raffineries à Curaçao. Les services officiels anglais étudient l’application de ces mêmes méthodes aux régions désertiques d’Irak et du Golfe Persique.
- Les installations les plus importantes actuellement en exploitation sont probablement celles réalisées au Japon par les Américains. L’une couvre environ dix-sept hectares, l’autre huit.
- Le Quartermaster Corps de l’armée américaine a publié un rapport impressionnant sur les opérations de ces « jardins hydroponiques » : la production en Guinée britannique, Chine, Iwoshima et au Japon est estimée devoir atteindre pour cette saison :
- 2 000 000 de livrés de tomates,
- 310 000 )) laitues,
- 200 000 » radis,
- 440 000 )) concombres,
- 170 000 )) oignons,
- 60 000 )) poivre, etc....
- Les installations comprennent essentiellement des bacs en bois ou en ciment peu profonds imperméabilisés par de l’asphalte appliquée à chaud ou par badigeonnage avec des émulsions.
- Ces bacs sont garnis de graviers calibrés dans lesquels circuleront les solutions nutritives. Les graviers sont préférables au sable, la circulation des liquides y est mieux assurée et ils sont plus faciles à stériliser.
- Le point le plus important est l’établissement de la formule de la solution nutritive. Les éléments principaux sont, du coté des cations, l’ammoniaque, le potassium, le calcium et le magnésium, du côté des unions, l’acide nitrique, l’acide phosphorique et l’acide sulfurique.
- Lés formules sont calculées pour parvenir à un équilibre entre ces différents éléments qui corresponde aux besoins de la plante
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- mise en culture. Les principaux sels utilisés sont : le nitrate de potassium, le nitrate de calcium, le sulfate de potassium, le sulfate de calcium, le sulfate de magnésium, le phosphate monocalcique, le phosphate d’ammonium, le sulfate d’ammonium.
- A ces éléments principaux, il convient d’ajouter ceux qui interviennent à petite dose et dont la présence est obligatoire : fer, bore, manganèse, zinc, cuivre. Ils sont incorporés dans les solutions nutritives à partir de sulfate, tartrate ou citrate ferreux, d’acide borique ou de borax, de sulfate de manganèse, de sulfate de zinc, de sulfate de cuivre. Il faut noter qu’un certain nombre d’entre eux se trouvent présents à l’état d’impuretés dans les constituants principaux.
- Les exigences des plantes étant différentes suivant leur nature, on peut dire qu’il existe pour chacune d'elles une formule de solution nutritive qui donnera le rendement maximum. Il ne saurait être question d’entrer ici dans le détail de ces formules. Voici un type de solution correspondant à une moyenne :
- Nitrate de potassium ............. 1 gr par litre
- Acétate de calcium ............... 0,9 gr »
- Sulfate de magnésium ............. 0,4 gr »
- Phosphate bibasique d’ammonium .... 0,25 gr »
- L’introduction des microéléments serait faite à raison de 2,5 gr de sulfate ferreux, 1 gr de sulfate de manganèse, 1,5 gr d’acide borique, 0,1 gr de sulfate de zinc, 0,1 gr de sulfate de cuivre pour 1 000 litres de la solution ci-dessus.
- D’autre part, les solutions nutritives doivent être amenées à un pH déterminé. Les plantes peuvent vivre et supporter des écarts assez larges : de 4 à 8, mais il semble que les meilleurs résultats sont obtenus en maintenant le pli entre 5 et 6,5 c’est-à-dire
- en réaction faiblement acide. Le liquide nutritif peut être ajusté entre ces limites de pH par addition de solutions d’acide phos-phorique ou de carbonate de potassium.
- D’autre part, l’oxygène est nécessaire aux racines et les solutions doivent être aérées par barbotage d’air.
- Dans les régions tempérées, il n’y a pas lieu de se préoccuper de la température des solutions mais dans les climats extrêmes, il y a intérêt à les maintenir un peu au-dessoüs de la température ambiante dans les pays chauds et un peu au-dessus dans les régions froides.
- Les cultures sans sols sont soumises à la règle générale de l’attaque par les ennemis des plantes cultivées. On les protège par les moyens classiques, mais elles présentent cet avantage non négligeable qu’il est facile de stériliser complètement une installation en y faisant circuler une solution antiseptique. On a préconisé pour cet usage les solutions d’hypochlorites, de formol, de chlorophénates de sodium.
- Les cultures sans sol n’étaient, en 1938, que des nouveautés techniques. Leur utilisation pendant la guerre les a placées sur un large plan industriel. Elles sont devenues aujourd’hui une méthode efficace de culture d’aliments frais utilisables dans les régions infertiles et sous tous les climats. C’est une nouvelle technique agricole hautement spécialisée dont la valeur économique est fonction des conditions locales d’utilisation. C’est ainsi que le prix d? revient des produits obtenus dans le Pacifique n’était que la moitié du coût de leur transport -en bateau frigorifique sur un millier de miles.
- Il est bien certain que les hydroponics ne peuvent concurrencer la culture maraîchère dans les pays bien mécanisés où celle-ci est pratiquée sur de larges surfaces conduisant à de bas prix de revient.
- Fig. 3. — Un coin des jardins hydroponiques de l’armée américaine à l’tle Ascension.
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- Il n’en est certainement pas de même dans les pays où la culture légumière en est restée au stade artisanal sur parcelles divisées et réduites. Les prix de revient y sont prohibitifs.
- Il faut aussi noter que les cultures sans sol présentent au point de vue économique l’avantage d’une énorme réduction de main-d’œuvre. Il n’est question ni de bêchage, ni de sarclage, ni d’arrosage à main. Presque toutes les opérations sont exécutées automatiquement, des pompes assurent la circulation des solutions, des compresseurs leur aération. Les rendements sont plus réguliers et semblent généralement améliorés.
- Un grand nombre de plantes sont justiciables de la
- culture sans sol. Voici n’est pas 'limitative : une liste des principales. Elle
- Aubergines, Haricots divers,
- Courges, Laitues,
- Concombres, Navets,
- Cresson, Oignons,
- Choux, Poivre,
- Céleri, Radis,
- Épinards, Tomates, etc....
- Fig. 4. — Cultures hydroponiques de laitues (Atkinson Field Hydroponics Garden, Guyane anglaise).
- Sur un tout autre plan, la culture sans sols apporte aux amateurs d’horticulture un nouveau passe-temps plein d’intérêt et de promesses.
- De nombreuses plantes d’agrément peuvent être obtenues par cette méthode. Elle a déjà été appliquée à de nombreuses espèces florales, parmi lesquelles on peut citer :
- Asters,
- Bégonias,
- Chrysanthèmes,
- Géraniums,
- Giroflées,
- Gardénias,
- Lis,
- Marguerites,
- Mufliers,
- Œillets,
- Pensées,
- Pieds d’alouette, Pois de senteur, Rosiers,
- Soucis, etc....
- On peut conclure que de l’expérience acquise pendant la guerre, il résulte que la culture sans sols a pris une place définitive dans
- la technique agricole moderne. Elle permet des récoltes dans des régions et sous des climats adverses, elle peut fournir des primeurs partout et il n’est pas douteux qu’elle prendra de l’extension en de nombreux points du globe (i).
- Lucien Perruche,
- Docteur de l’Université de Paris.
- 1. Soilless grovuth of plants, par Carleton Elus et M. W. Swaney. Un vol. in-8°, 277 p. ill., 1947.
- Cet ouvrage fournit les informations les plus complètes pour la construction, l’aménagement et l’exploitation des installations de culture sans sol. Il est édité par la Reinhold Publishing Corp. à New-York qui nous a aimablement autorisé à reproduire les photographies qui illustrent le présent article.
- A propos du Val d'Aoste.
- « La Nature », n° 3160, Août 1948, p. 225.
- Calvin, le réformateur français, né à Noyon en 1509, et mort à Genève en 1564, publia à Bâle, en mars 1536, la première édition française, traduite par lui-même, de l’Institution Chrétienne. L’édition latine définitive fut publiée en 1559. Calvin consacra sa vie entière à cette œuvre magistrale, véritable « monument » de théologie. Certains prétendirent que Calvin vint à s’intéresser à d’éventuelles conquêtes vers la Savoie et le Yal d’Aoste, dont il aurait notamment cherché à s’emparer en février 1536, comme l’affirme un document italien. Cette assertion est inexacte puisque, précisément à la date précitée, Calvin se rendit en Italie, à Ferrare, où il rencontra la duchesse Renée, fille de Louis XII et d’Anne de Bretagne, qui lui donna asile un certain temps.
- En réalité, en 1536, ce furent d’abord les Bernois qui, à l’époque, venaient de s’emparer du Pays de Yaud, puis, du Chablais et du Faucigny en combattant les hommes du duc de Savoie, qui cherchèrent à poursuivre leur conquête vers la Yallée d’Aoste. Et, ce furent aussi les Français qui, dans la troisième guerre de François Ier contre Charles-Quint, dont le duc de Savoie était
- l’allié, s’emparèrent de territoires appartenant au duc, et notamment, de la Bresse, du Bugey, de la Savoie et d’une grande partie du Piémont. Tous ces pays restèrent à la France jusqu’à la signature, en avril 1559, du traité de Cateau-Cambrésis. C’était sous le règne d’Henri II, second fils de François Ier. Toutefois, pour consolider cette paix et. ne pas perdre totalement tout privilège « moral » sur les terres qu’il dut ainsi abandonner, Henri II maria sa fille, Élisabeth, au roi d’Espagne Philippe II, signataire du traité et veuf pour la seconde fois, tandis que sa sœur, Marguerite de France, épousait Philibert-Emmanuel, le duc de Savoie.
- La « politique » d’ensemble suivie par le roi Henri II lors de. la signature du traité de Cateau-Cambrésis, fut sévèrement critiquée à la fois par François de Guise et Gaspard de Coligny. Vers la même époque^ les Suisses abandonnèrent au duc de Savoie les territoires conquis par eux au Sud du Léman sous la seule condition de reconnaissance par le duc, du caractère essentiellement suisse du Pays de Yaud.
- i A. Gallet.
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- Du nouveau sur
- Nous avons signalé l’an dernier les essais pratiqués avec succès par la Marine Nationale pour déceler les bancs de thons blancs ou Germons au moyen de l’asdic (n° 3147, 1er novembre 1947, p. 342). On espère ainsi pouvoir renseigner les thonniers sur les lieux de rassemblement des poissons, les guider par T, S. F. et rendre leur pêche plus fructueuse et moins aléatoire.
- On sait que le Germon se trouve au large du Golfe de Gascogne l’été seulement, de juin à octobre. Les bateaux n’arment qu’en cette saison et désarment à l’automne ou se livrent alors à la pêche au chalut. Les poissons se rencontrent au début dans le Sud, vers le Gap Finisterre, à 'la pointe de l’Espagne ; ils remontent peu à peu vers le Nord et en fin de campagne, les thonniers vont les chercher jusqu’au Sud de l’Irlande et du Pays de Galles. Peu après l’équinoxe de septembre, ils disparaissent et l’on ne sait rien de leur vie pendant l’hiver. On a bien proposé diverses hypothèses sur leurs migrations, mais aucune n’éclaircit le mystère. Par exemple, ayant constaté qu’ils arrivent dans nos régions en même temps que les eaux chaudes qui s’étendent peu à peu vers le Nord, qu’ils disparaissent quand ces eaux se refroidissent, on a supposé qu’ils se rassemblent alors vers le Sud où ils passent l’hiver dans la région de Madère, puis qu’y ayant pondu au printemps, ils se dispersent à nouveau vers le Nord, en quête de nourriture. Seulement, on n’a jamais pris dans l’Atlantique de poissons de grandes tailles, aux œufs mûrs, prêts à pondre et l’on ne connaît pas non plus les larves, les alevins, les jeunes de cette espèce. Tous, les germons que les pêcheurs apportent à terre par millions pendant l’été sont à peu près de même taille, généralement de 53 à 85 cm de long. Leur âge est difficile à fixer, leurs écailles ne présentant pas de stries de croissance bien nettés. On estime qu’ils doivent avoir de 4 à 6 ans.
- Tous sont immatures, les femelles n’ayant que de tout petits ovules.
- Il y a donc un mystère du germon, comme il y en a de bien d’autres poissons dont le développement n’est pas encore connu.
- On sait la surprise que causa la découverte par Johannes Schmidt des mœurs de l’anguille qui vit dans les eaux douces européennes et va pondre au beau milieu de l’Atlantique, dans la mer des Sargasses, au Nord-Est des Antilles, d’où les larves reviennent, transparentes et rubanées (les leptocépbales) vers les côtes et les embouchures des rivières d’Europe qu’elles mettent trois ans à atteindre pour s’y transformer en civelles qui, rondes et noires, remontent les cours d’eau et circulent jusqu’aux étangs qu’elles repeuplent.
- Le germon n’aurait-il pas une vie presque aussi extraordinaire ?
- Depuis longtemps, les Japonais pêchent au large de leurs îles un thon qui semble bien être de la même espèce, Germo alalunga, que celui du Golfe de Gascogne. Ces poissons sont pêchés jusqu’à plus de 100 milles de terre, de mai à juillet. Leurs tailles s’échelonnent de 67 à 90 cm avec un maximum vers 84 cm et deux autres moins marqués vers 77 et 71 cm, comme s’il s’agissait do deux ou trois classes ayant 4, 5 et 6 ans d’âge.
- Depuis 1910, on pêche aussi le même germon en Californie du Nord et les apports furent abondants jusqu’en 1925 ; ils diminuèrent beaucoup ensuite et n’ont repris qu’en 1937. Les poissons sont aussi de deux classes groupées de 68 à 72 cm et de 80 à 85.
- En 1936, un bateau ayant pris environ une tonne de germons au large des côtes de l’Orégon, plus au Nord, la pêche s’organisa dans cette région où les apports dépassèrent 4.000 t dès 1940. Là encore, les poissons tous immatures se répartissent en deux groupes principaux, sensiblement des mêmes tailles.
- le Germon ?
- De ces faits rassemblés par Yernon E. Brock C1), il se dégage que les populations de germons des côtes japonaises et américaines du Pacifique ont sinon une commune origine, tout au moins des compositions et des conditions de vie très analogues. Et j’ajoute qu’elles sont également comparables à celles du Golfe de Gascogne, dans l’Atlantique : saison de pêche, état sexuel, répartition des tailles.
- A cela viennent s’ajouter, quelques autres observations éparses faites au milieu du Pacifique Nord.
- Aux îles Hawaï existent des pêcheries de germons américaines et japonaises. La pêche débute en mai et se poursuit jusqu’en décembre. Les poissons sont beaucoup plus grands et se répartissent entre 99 et 117 cm. Certains ont des œufs en période de maturation et il est même possible que quelques-uns pondent.
- En 1937, un navire japonais, le « Fuji Maru », captura à l’ouest do Midway, par 28 à 34° N et 170 à 173° E, entre janvier et mai, plus de 509 germons de tailles très variables, allant de 23 à 99 cm ; les plus nombreux se groupaient autour dp 60 cm et de
- 70 à 80 cm, mais la présence de très petits individus et de très grands semblait indiquer un rassemblement de classes plus nombreuses que dans toutes les autres régions de pêche.
- En juin 1937, le yacht « Nomad », au cours d’une traversée des Hawaï à Coos Bay, dans l’Orégon, rencontra entre 30 et 40° N, 150 et 154° W, des bancs de germons.
- Enfin, en juillet 1938, le yacht « Njord », faisant route dans les mêmes parages, prit des germons jusqu’à 40° N et 150° W, à environ 550 milles au large des côtes américaines.
- Il semble donc que Faire géographique du germon du Pacifique s’étend sans discontinuité de l’ouest de Midway à la côte occidentale des États-Unis, dans les eaux tempérées (15 à 20°), tout près des eaux tropicales qui remontent jusqu’aux Hawaï. Il reste à savoir s’il vit a'ussi plus à l’ouest jusqu’aux accores du Japon. Dans les eaux tempérées, on trouve seulement en été deux ou trois classes de poissons immatures ; dans les eaux tropicales des Hawaï, la saison de pêche est beaucoup plus longue et même elle semble plus favorable en hiver quand les eaux superficielles sont moins chaudes (20° à Midway, 23° aux Hawaï) ; on y rencontre alors des adultes de grande taille et sexuellement mûrs, si bien qu’on se demande si les germons du Pacifique n’ont pas leurs lieux de ponte au beau milieu du Pacifique et n’y poursuivent pas tout leur développement, se contentant d’approcher des côtes pendant l’été, durant leurs quatrième et cinquième années d’existence, au moment où les pêcheurs japonais et américains les rencontrent et les exploitent. Et par analogie, on peut se demander aussi si les germons de l’Atlantique qu’on prend au large du Golfe de Gascogne pendant l’été n’ont pas leur origine quelque part entre les Açores et les Canaries, les Bermudes et les Antilles, où il conviendrait d’aller les découvrir en hiver ou au printemps, plutôt qu’à l’Est, dans les eaux de Madère. Déjà, divers naturalistes ont signalé la présence du germon au large des côtes américaines et dans la Mer des Antilles. Les expéditions du Dr Jobs Schmidt ont recueilli d’avril à septembre au sud du 30° N et à l’ouest du 40° W, jusqu’aux Antilles et au Brésil, quelques larves de 5 à 13 mm, qu’Ehrenbaum a attribuées avec doute au germon.
- Voilà un beau sujet d’études et de découvertes pour les prochaines expéditions océanographiques, ^ Legendre
- 1. Yernon E. Brock. Contribution to the biology of the Albacore (Germo alalunga) of the Oregon coast and other parts of tbe north Pacific. Stanford Ichthyological Bulletin, II, 1948, pp. 199-248.
- PAC I
- F I Q U E
- Midway
- 'Fuji-Maru
- o Hawk'i
- Fig. 1. — Les lieux où furent reconnus des germons dans l’Océan Pacifique.
- A gauche, rectangle noir : lieux de pêche des Japonais. — Plus à droite : lieux de pêche du « Fuji Maru ». — A droite : itinéraires du « Nomad » et du « Njord » où des germons furent pêchés. — Les points noirs sur la côte des États-Unis sont les ports de l’Orégon et de la Californie armant pour la pêche du germon.
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- LES
- NOUVELLES SALLES ÉGYPTIENNES ET ORIENTALES DU LOUVRE
- La rénovation de notre grand musce national se poursuit méthodiquement, en dépit des difficultés de toutes sortes qui assaillent les réalisateurs. La question financière et la rareté des matériaux ne sont pas les moindres. Cependant les résultats sont excellents et si le public apprécie surtout la chance de n’être plus privé des chefs-d’œuvre ou des objets rares ou curieux, absents du musée depuis une dizaine d’années, les spécialistes y joignent une admiration raisonnée pour les tours de force exécutés par leurs collègues.
- On peut dire, et c’est l’avis des conservateurs étrangers récemment venus à Paris, que la réussite est totale et fait honneur à la France. C’est pourquoi nous voudrions présenter, en donnant quelques indications techniques, les deux départements qui se montrent les plus rénovés et apparaissent à l’avant-garde de la muséologie.
- Les salles égyptiennes du rez-de-chaussée parfaitement présentées par M. Boreux, n’ont subi que de minimes changements dus à des enrichissements nouveaux. Le plus marquant concerne le fameux « scribe accroupi » qui trône seul maintenant au centre d’une salle, deux autres statuettes étant discrètement placées dans les embrasures des fenêtres. Pour que l’attention du visiteur ne soit pas distraite du scribe par d’autres sculptures, les quatre vitrines qui occupent le fond et les côtés de la salle sont garnies uniquement, grâce à la donation Curtis, de vases en pierre des époques thinite et. memphite, les pierres foncées dans les vitrines de côté et les albâtres dans celles du
- fond. Partout on a cherché des décrochements et des groupements harmonieux équilibrant les masses. La plupart de ces vases ont un fort joli galbe et tous sont en parfait état.
- La grande galerie s’est vu adjoindre les peintures murales dont les couleurs vives sont les mêmes que celles du grand bas-relief de Séthi 1er. Mais dans l’ensemble les salles du bas sont occupées par les oeuvres monumentales, lesquelles sont aussi les plus pesantes.
- On accède à l’étage par un escalier décoré de statues. A l’entrée des salles, une carte de couleurs vives rappelle la géographie de l’Égypte comme à l’entrée des salles du bas. Mais à la différence des antiquités orientales, il n’y a ici aucune photo et toutes les étiquettes, sur rhodoïd, sont peintes en lettres vertes. Chaque conservateur manifeste sa personnalité par de tels détails.
- Ici la transformation a été complète, l’ordre chronologique venant se substituer à l’ordre par catégories d’objets suivi avant guerre. M. Yandier a eu des difficultés considérables pour réussir la rénovation et. il les a surmontées autant que possible il était. N’oublions pas qu’il ne pouvait modifier l’aspect architectural des salles et ne pouvait se procurer des vitrines modernes.
- La première salle, consacrée à la plus vieille Égypte, contient d’admirables silex blonds d’une finesse de taille extrême, des vases en pierre et une vitrine isolant les plus beaux objets. Parmi ceux-ci, le fameux couteau de Djebel el Arak, à manche
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- d’ivoire, paraît comme flottant dans le vide grâce à la trouvaille de présentation qui utilise une plaque de plexiglas permettant d’admirer des deux côtés la finesse des reliefs.
- Dans la salle suivante, qui renferme les objets contemporains des Pyramides, les vases d’albâtre et de poterie se détachent sur un fond de bois et les pièces maîtresses sont isolées. Ainsi un très beau groupe, mari et femme, est mieux en valeur qu’il ne l’a jamais été, et la tête royale de grès rouge prend toute son importance au milieu de la salle.
- Les statues et statuettes occupent les grandes vitrines ainsi que quelques vases et petits objets. Un problème ardu se posait pour le conservateur, qu’il dut encore résoudre par la suite, celui d’utiliser des vitrines vétustes, très hautes, lesquelles demandent des objets légers, de grand format et d’intérêt secondaire pour garnir la partie supérieure. Une de ces grandes vitrines contient l’ensemble du mobilier funéraire trouvé dans la tombe inviolée de Nakhti à Siout.
- De petits vases sont placés sur un massif ingénieusement évidé qui permet de rapprocher un assez grand nombre d’objets en leur assurant un isolement suffisant.
- Dans la salle du Moyen et Nouvel Empire, on retrouve de tels massifs mettant en valeur les terres émaillées et verres de couleurs vives. Les objets d’un magnifique bleu éclatant ont été répartis en divers points de la salle pour y mettre une note de couleur.
- Les grandes vitrines murales renferment des statuettes et des objets de la vie quotidienne. Quant aux papyrus enluminés du Livre des Morts, on peut les admirer commodément étalés sur des pupitres sous des vitrines en dos d’âne.
- Le principe de dégager un passage au centre de la salle et
- Fis1- 2. — Vitrine des bronzes et tissus coptes dans le cadre du Palais.
- (Cliché Musées nationaux).
- Fig. 3. — Vitrine des objets d’El Amarna.
- (Cliché Musées nationaux).
- de mettre en valeur les pièces principales a conduit à présenter celles-ci dans des vitrines spéciales. Quatre des plus admirables statuettes en bois, disposées entre les bras d’une croix autour du socle de celle de la dame Toui forment un ensemble parfait.
- La vitrine des bijoux (fig. x) donne une impression de richesse extrême par l’abondance d’objets en or, cornaline, faïence bleue, pâte de verre. Ici le massif est à deux étages tant il a fallu placer d’objets, tous d’un travail exquis. Ils sont dominés par la charmante tête en pâte de verre d’époque amarnienne.
- L’ordre chronologique, suivi jusqu’aloi’s, est rompu et nous passons à l’époque des Ramsès, les objets amarniens se trouvant ensuite.
- Les quatre beaux vases canopes bleus au nom de Ramsès II occupent une place d’honneur sur la cheminée. Des statuettes funéraires, stèles et esquisses peintes occupent les vitrines verticales, tandis que les scarabées et les spécimens d’écriture sont en parfaite lumière à plat dans les embrasures de fenêtres. Dans le bas d’une vitrine à contre-jour, une rampe électrique éclaire de beaux fragments de meubles et des miroirs qui sont placés sur une plaque de verre au sommet de laquelle ils sont suspendus par une agrafe et deux minces fils de nylon quasi invisibles, solution ingénieuse pour présenter ces objets qu’on ne pouvait guère mettre à plat et qui ne tiennent pas debout tout seuls. Deux autres très beaux miroirs en bronze, dont le manche est une statuette de jeune fille, sont placés tenus par deux petits clous sur le fond d’étoffe beige d’un massif d’une autre vitrine qui contient les plus belles verreries polychromes. C’est d’ailleurs une marque du bon goût de la présentation des petits objets que l’extrême discrétion des socles et supports divers qui ne détournent jamais l’attention de la pièce qu’ils supportent.
- La salle dite des colonnes fait surtout impression, au premier abord, par les quatre sarcophages de forme massive dressés dans les angles des groupes de colonnes. Tous regardent vers la pièce centrale et attirent l’attention vers ce grand chef-d’œuvre qu’est le buste d’Akhenaton.
- . C’est seulement après qu’on pense à examiner les vitrines et à remarquer les précieux objets d’El Amarna dans leurs alvéoles (fig. a) et la merveilleuse collection de cuillers à fard maintenant beaucoup mieux mise en valeur à hauteur des yeux et
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- près de la fenêtre. Les cuillers du type « à la nageuse » supportées par une plaque de plexigas où des cubes de cristal peuvent, grâce à des glaces, être examinées sous les angles les plus favorables. Les autres cuillers et objets de toilette sont présentés harmonieusement, comme les palettes de scribes et les armes disposées en éventail.
- Les salles suivantes contiennent des objets de moindre rareté parce que plus récents. On a dû élaguer sérieusement parmi l’abondance des oeuvres secondaires d’un intérêt purement archéologique. On remarque, groupés ensemble, les ouchebtis en faïence, les statuettes de chats en bronze, les nombreuses figurines de divinités et les amulettes placées près des fenêtres à cause de leurs petites dimensions. Il y a un peu trop de sarcophages à mon gré.
- La dernière salle est dévolue logiquement aux époques ptolé-maïque et copte. Une vitrine renferme les bijoux et l’argenterie.
- Les objets coptes, qui ne pouvaient trouver place dans les salles du bas occupées par des éléments d’architecture et sculpture, remplissent une grande demi-salle. Pour la première fois, on peut voir à quel point le Louvre est riche en beaux objets de l’Égypte chrétienne : bronzes liturgiques, poteries, verres, ivoires, bois sculptés, étoffes. La présentation des étoffes est particulièrement originale et réussie. Elles sont disposées sur un morceau de tulle entre deux plaques de verre qui sont ensuite placées sur des grandes plaques de contreplaqué légèrement inclinées ou même verticales dans la vitrine contre le mur opposé aux fenêtres. Ainsi elles sont bien éclairées et leurs couleurs ne risquent: pas de pâlir par une exposition au jour trop cru (fïg. 3).
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- Passons maintenant au département des antiquités orientales. Ici, les objets, moins nombreux que dans les salles égyptiennes, proviennent non plus d’un seul pays, mais de plusieurs, lesquels au surplus ont été habités par des populations différentes à travers les âges. M. Parrot a donc adopté un ordre géographique dans lequel s’insère d’ailleurs un ordre historique.
- On débute par des cryptes utilisées, après électrification, pour les antiquités de Palestine et d’Arabie. Puis on parcourt le rez-de-chaussée où des cartes localisent les civilisations, éclairées par de sobres notices, et où de grandes photos montrent les fouilles, sites et monuments.
- Les deux premières salles sont consacrées aux Sumériens avec les produits des fouilles de Tello. Les embrasures des fenêtres sont évidées pour former vitrine, tandis que le centre des salles forme passage. Les bas-reliefs comme la stèle de Naram-Sin
- Fig. 4. — M. Parrot devant une des fresques de Mari.
- (Cliché Atlas-Photo).
- sont toujours exposés à jour frisant et les objets spécialement rares comme le vase d’argent d’Entemena sont dans un splendide isolement. Les statues de Goudéa en diorite ressortent sur un ton beige clair de la pierre des murs et, placées avec décrochement évitent la monotonie. Ce décrochement est d’ailleurs de règle pour toutes les vitrines de petits objets. Dans les embrasures des fenêtres, on peut suivre les plus anciens systèmes d’écriture pictographique et cunéiforme.
- La salle de Mari, meublée toute entière avec le produit des fouilles de M. Parrot, renferme un impressionnant lion de bronze gardant la porte et un dépôt de fondation avec clou ingénieusement disposé. Isolé, trône l’intendant Ebih-il, à la physionomie si vivante. Aux murs sont: deux fresques (IIe millénaire av. J.-C.) qui sont les plus anciennes peintures du Louvre (fig. 4). Une mosaïque de coquille est présentée sur un fond de bois noir qui la fait ressortir et les parties moulées en plâtre mat ne peuvent se confondre avec la coquille luisante. L’effet est: très réussi.
- Au fond de la salle de Babylone se dresse la masse imposante du fameux code de Hammo*urabi, qu’on apercevait depuis la première salle. Elle est encadrée par deux belles têtes de lion en terre cuite acquises récemment. Une série de bornes à reliefs et inscriptions placées en demi-cercle épousent la forme de la rotonde près de la fenêtre.
- Et: nous arrivons aux salles de Suse et de l’Iran. Quatre grandes vitrines sont pleines de la magnifique céramique archaïque de Suse à décor noir d’une stylisation hardie sur poterie très fine. On voit un peu plus loin les poteries à décor rouge de Sialk imitant des vases en bronze à long versoir. Quelques bas-reliefs animent les murs. Mais l’attention est: attirée avant tout par la vitrine centrale qui réunit, pour des raisons de sécurité, l’ensemble des bijoux d’or de toutes .les époques, placés sur une soie crème argenté. Les étiquettes en rhodoïd ont leurs inscriptions en lettres dorées par souci d’harmonie avec les objets. L’arrangement est parfait et la richesse n’entraîne pas la confusion. Le soir, à l’électricité, l’effet est féérique.
- Dans les salles suivantes, des pièces bien connues sont isolées mieux qu'autrefois et une vitrine renferme avec le Arase dit « à la cachette » tous les objets qui se trouvaient à l’intérieur.
- Viennent ensuite les reliefs en briques émaillées achéméni-des et le gigantesque chapiteau aux taureaux adossés qui impressionne par sa masse dans une salle volontairement peu remplie (fig- 5).
- Puis deux vitrines pupitres montrent l’évolution chronologique des cylindres-cachets posés sur bois peint en joli vert pâle avec leurs empreintes en plâtre à côté. Une petite salle est consacrée aux bronzes du Louristan et une autre aux antiquités sassanides et: musulmanes.
- De grandes jarres rythment la descente vers les cryptes, gardées par un lion, dans lesquelles sont ingénieusement répartis les sarcophages de Phénicie et les bustes des marchands de Pal-myre. Puis nous remontons pour trouver une fresque de Doura, des verres syriens, des poteries de Chypre, et surtout les objets phéniciens provenant des fouilles de Ras-Shamra, port et marché international.
- Parmi les plus précieux objets de ce site sont les tablettes avec inscriptions retraçant la mythologie phénicienne, au xiv® siècle av. J.-C. Les bijoux sont présentés sur des plaques de bois foncé et un vase en forme de gros poisson semblé flotter dans l’espace, posé sur deux plaques de plexiglas croisées à angle droit.
- La salle suivante est consacrée à Chypre. L’impressionnant vase monolithe d’Amathonte occupe le centre de la salle depuis son entrée au Louvre en 1866. En raison de sa masse pesante, on ne pouvait songer à le changer de place. Du moins, on l’a mis en valeur et: comme allégé en l’entourant de douze têtes d’hommes et de femmes, de types et d’expressions variés, posées sur des socles assez hauts et avec un décrochement à hauteur
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- Fig-. 5 et 6. — A gauche, La salle du grand vase d’Amathonte et des sculptures chypriotes. — A droite, La salle du grand chapiteau du
- palais achêménide de Suse.
- de poitrine. Ainsi la monotonie de la vasque est-elle rompue et l’on évite l’écueil de placer les douze têtes à la file (fig. 6).
- Dans les salles suivantes, on voit les grands bas-reliefs assyriens dont la place n’a pas changé. On a ajouté quelques entrées récentes et une reconstitution, dessinée en vue aérienne, du palais et des bâtiments officiels de Khorsabad, permettant de se faire une idée du gigantesque ensemble d’où proviennent les bas-reliefs. Les fameux taureaux ailés continuent à monter la garde aux quatre coins de la salle.
- La crypte conduisant aux salles égyptiennes a été utilisée pour exposer les petits bas-reliefs du palais d’Assourbanipal à Ninive qui doivent être vus de près et sont éclairés à l’électricité. Pour terminer, deux taureaux gardent l’entrée du département des antiquités orientales, comme ils gardaient autrefois l’entrée du temple d’Arslan-Tash.
- Dans les deux départements que nous venons de visiter, les
- (Cliché Atlas-Photo).
- conservateurs ont été constamment gênés par l’obligation d’utiliser un palais, qui apporte un surcroît de prestige aux collections, mais dont la destination était si différente de celle qui leur est échue, et qu’ils ne pouvaient pas ou à peine modifier. La présentation ingénieuse et artistique qui a été réalisée ne doit pas faire oublier que toute la place disponible est utilisée. Si la partie du palais occupée par le Ministère des Finances n’est pas dévolue, au moins en partie, au musée, tout accroissement futur est interdit. Il y a là une question grave. La plupart des objets égyptiens et orientaux proviennent de fouilles ou d’achats faits par des savants français depuis plus d’un siècle. On aperçoit ainsi, matérialisé en quelque sorte, l’effort de notre pays et sa contribution à la connaissance d’un passé qui est le bien de tous les civilisés.
- Henry de Morant.
- Le projet de transformation du Canal de Panama.
- Le canal de Panama n’a cessé de préoccuper les Etats-Unis, surtout pendant la dernière guerre. 11 est en .effet devenu la grande voie de passage entre l’Atlantique et le Pacifique, la plus directe et la plus sûre, le passage du Nord-Ouest étant interdit par les glaces, celui pai* le Sud obligeant à un très long déroutement et à une traversée par une mer très dure au détroit de Magellan ou au Cap Horn.
- Le canal actuel est devenu trop étroit et trop peu profond ; le débit en est faible à cause des écluses ; il est toujours menacé d’éboulements dans ses parties resserrées et on pourrait en provoquer par bombardements.
- Aussi, les Américains songent-ils depuis longtemps soit à le doubler par un second canal, soit à l’approfondir en un plan d’eau reliant les deux océans sans écluses.
- L’étude du projet de conversion du canal à écluses actuel en un canal au niveau de la mer, a été activement poussée par les ingénieurs des États-Unis depuis la fin des hostilités. De nombreuses recherches ont été effectuées dans le but de préciser les conditions que devrait remplir ce nouveau canal pour assurer le maximum de sécurité et d’efficacité pour le transit des bateaux actuels et futurs, tout en augmentant également la sécurité militaire de cet ouvragé.
- Les principales études exécutées jusqu’ici ont porté, sur : la prévision du mouvement des navires jusqu’à l’an 2 000 et les répercussions de ce trafic sur la capacité des canaux actuel et projeté ; l’examen du problème du contrôle des crues des divers affluents du canal ; l’étude de l’influence des courants produits par les marées dans un canal au niveau de la mer, sur la tenue des bateaux, le niveau de l’eau et l’amplitude des marées différant aux deux extrémités ; la recherche des dimensions de la section, de l’alignement et de la forme des courbes du nouveau canal ; l’examen géologique du site en vu.e de préciser les conditions d’exécution des travaux d’excavation et de construction de talus stables ; la recherche des méthodes -de construction les plus efficaces et les plus économiques.
- L’étude des caractéristiques de la navigation dans les canaux actuel et projeté a conduit à proposer, pour ce dernier une section minima de 188 m de large (mesurée à nne profondeur de 12 m) et de 18 m de profondeur, alors que les dimensions minima du canal actuel sont seulement de 91 m et 13 m.
- La réalisation de ces importants travaux, qui n’entraînerait qu’une perturbation de courte durée dans le trafic du canal actuel, pourrait être effectuée en 10 ans et coûterait 2 483 millions de dollars.
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- Après la
- 35e Salon de
- L’ouverture du Salon de l’Automobile réserve quelquefois des surprises venues de constructeurs qui ont pu cacher jusqu’au dernier instant le secret d’un modèle nouveau. La plus grande surprise de cette année est à coup sûr la présentation de la 2 ch Citroën qui, après avoir fait parler d’elle avant la guerre sans avoir jamais voulu apparaître, se révèle enfin aux yeux du public; mais le capot de cette énigmatique petite voiture est resté désespérément clos pour la raison, dit-on, que le moteur n’est pas encore adapté au châssis. A l’exception donc de la forme de carrosserie qui, assez spacieuse, englobe 4 places avec accès par 4 portes et dispose d’un toit découvrable, nous n’en connaissons que ce que le constructeur a bien voulu en dire. C’est un modèle à traction, avant, comme il se doit chez Citroën, doté d’un moteur à deux cylindres à quatre temps de 375 cm3 de cylindrée refroidi par l’air, d’une boîte à quatre vitesses dont une surmultipliée, d’une direction à crémaillère et d’un freinage hydraulique sur les quatre roues. Les accumulateurs sont supprimés et remplacés
- visite du
- l’Automobile (1)
- Fig-, 2. — La nouvelle Ford française, type « Vedette », comporte une suspension avant par roues indépendantes et ressorts hélicoïdaux, Ford ayant pour la première fois, avec ce modèle, abandonné le montage direct des roues sur l’essieu.
- Fig. 1. — Une vue de la nouvelle 2 ch Citroën, à moteur de 2 cylindres, quatre temps, refroidi par l’air et carrosserie quatre places, quatre portes, à toit découvrable.
- par un dispositif de démarrage à commande mécanique se manœuvrant de la place du conducteur. La voituçe ne pèse que 35o kg avec une coque en tôle légère; elle transportera, annonce son réalisateur, quatre personnes et 5o kg de bagages à 60 km/h, avec une moyenne horaire de 5o km/h sur routes faciles et 4o km en pays accidenté, pour une consommation d’essence qui ne doit pas dépasser 5 1. Ici s’arrêtent les renseignements donnés et notre curiosité se trouve peu satisfaite.
- L’avenir nous fixera sur la valeur d’une formule qui prétend faire transporter quatre personnes, serait-ce à vitesse réduite, avec un moteur n’atteignant même pas 4oo cm3 de cylindrée.
- Un’ autre secret bien gardé jusqu’au salon a été celui du nouveau modèle 16 ch Mathis aux formes franchement innova-
- 1. Voir La Nature, n° 3162, octobre 1948, p. 304.
- trices : six places, une boîte à six combinaisons, dont trois vitesses de route et trois vitesses de ville, avec changement par relais mécanique ; enfin une carrosserie dont les montants ont été supprimés autour des glaces, ce qui réalise une visibilité exceptionnelle dans toutes les directions. L’aspect très particulier de cette voiture ne plaira peut-être pas à tout le monde.
- La nouvelle Mathis 16 ch est équipée d’un moteur à six cylindres opposés avec soupapes latérales, de 2 84o cm3 de cylindrée et d’une suspension à quatre roues indépendantes, avec ressorts à boudin à l’intérieur desquels sont fixés les amortisseurs. Le poids de la voiture est de 980 kg seulement, soit moins de 4oo kg par litre de cylindrée.
- La marque Panhard a équipé son châssis Dyna 3 ch d’une carrosserie spéciale, la a Dynavia », extrêmement profilée, avec un pare-brise très haut et très incliné et une pointe arrière particulièrement. allongée. Ainsi carrossée, la Dyna réalise une vitesse maximum de i3o km à l’heure, ce qui constitue un gain de 3o km comparativement au modèle normal.
- Une voiture nouvelle très remarquée au salon a été la Ford française, type « Vedette », 12 ch à moteur huit cylindres en V calés à 90° de 2 i58 cm3 de cylindrée. La grande innovation de Ford, cette année, a été d’abandonner la formule de l’essieu avant rigide pour réaliser une suspension
- Fig. 3. — Les carrosseries des voitures américaines sont remarquables par l’harmonie de leurs proportions et leurs dimensions intérieures qui assurent aux passagers un extrême confort. — Ci-dessous la voiture Buick.
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- avant par roues indépendantes et ressorts hélicoïdaux. On sait que jusqu’ici Ford, contrairement à presque tous les autres constructeurs, était resté fidèle au système du ressort à lames transversal et au montage direct des roues sur l’essieu.
- Chaque salon révèle toujours quelques prototypes nouveaux présentés par des chercheurs qui mettent tous leurs espoirs en leur réalisation plus ou moins originale. Cette année, nous remarquons :
- la . 6 ch Lambert à moteur quatre cylindres avec, culbuteurs et allumage par magnéto, dont la particularité est d’être dotée d’une carrosserie aux ailes démesurément envoloppantes ;
- la Roussey à traction avant, moteur à deux temps deux cylindres de 700 cm3 de cylindrée avec compresseur-pompe, quatre vitesses et quatre roues indépendantes ;
- et enfin la Brandt, que son constructeur n’a pas hésité à dénommer « la Reine ig5o » à traction avant, dont le moteur est à huit cylindres opposés deux à deux avec alimentation par injection. La puissance fiscale de ce moteur n’est cependant que de 5 ch.
- On ne saurait dédaigner en bloc toutes les formules révolutionnaires de chercheurs impénitents qui ont souvent apporte à la technique automobile des améliorations dont malheureusement ils n’ont pas toujours bénéficié eux-mêmes.
- Les voitures américaines.
- C’est évidemment le luxe des carrosseries et la recherche d’un extrême confort qui frappent dès le premier coup d’œil porté sur les voitures américaines. Il serait long d’énumérer le détail des commodités offertes pour éliminer les fatigues des longs voyages : sièges très larges et profonds avec gros accoudoirs, éclairage indirect du tableau de bord qui est équipé de nombreux instruments, y compris la montre électrique et l’allume-cigare, installation d’un poste de T. S. F. et de chaufferettes électriques pour l’hiver, et meme sur certains modèles, condi-
- tionnement d’air filtré. Et si nous avons ainsi commencé cette petite étude sur les voitures américaines par l’énumération de détails pouvant sembler secondaires, c’est qu’outre-Atlantique, le premier souci des constructeurs, motivé du reste par l’exigence des usagers, est d’apporter une continuelle amélioration au confort réalisé sur les voitures de leur fabrication.
- Il est vrai que les soucis des constructeurs américains sont, somme toute, moindres que ceux des constructeurs européens. Sur le vieux continent, l’essence est plus chère qu’aux États-Unis et depuis la guerre plus rare. De ce côté de l’Atlantique, les ingénieurs sont donc assujettis à réaliser des voitures très économiques d’entretien; avec des moteurs de petite cylindrée, il s’agit d’obtenir un rendement qui permette à un véhicule de réaliser de bonnes moyennes en offrant une consommation de carburant des plus réduites. En France, nous poussons le souci de l’économie jusqu’à fabriquer des modèles à deux cylindres ; nos moteurs disposent de culasses en aluminium qui répartissent mieux la chaleur et de soupapes à culbuteurs d’un mécanisme plus complexe que celui des soupapes latérales, mais qui permettent un meilleur remplissage des cylindres, avantage précieux pour les petites cylindrées. Les boîtes de vitesses des voitures européennes sont le plus généralement à quatre combinaisons de vitesses, toujours dans le but d’utiliser les petits moteurs dans les conditions les plus favorables. Enfin, nous sommes à la recherche de formules nouvelles, celles de la traction avant qui a fait ses preuves ou même du moteur à l’arrière qui a tendance à se développer. Les ingénieurs
- pj„ 5 — La marque anglaise Armstrong-Siddeley présente un faux cabriolet deux portes, aux lignes particulièrement harmonieuses. Le châssis est équipé d’un moteur à six cylindres
- de deux litres de cylindrée.
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- américains n’ont pas à s’imposer des recherches de cet ordre dans le but de les mettre en application.
- En effet, aux Etats-Unis, à une ou deux exceptions près, les voitures de faible cylindrée n’existent pas, la capacité moyenne des moteurs étant de l’ordre de 3 1 6oo et ne descendant pas au-dessous de 2 1 5oo; les moteurs à quatre cylindres et à plus forte raison à deux cylindres ne sont pas employés; les voitures courantes sont à six cylindres et les voitures de luxe à huit. L’Américain privilégié qui recherche le haut luxe se procurera la Lincoln à douze cylindres en Y.
- Dans un but de simplicité de construction, la distribution par soupapes latérales est, sur les modèles américains, plus courante que celle à soupapes en tête. Les boîtes de vitesses sont le plus généralement à trois combinaisons au lieu de quatre comme en Europe. Pourtant, quelques voitures sont équipées de changements de vitesse absolument automatiques (Hy-dramatic, Vacamatic) qui viennent supprimer le débrayage et la manœuvre des vitesses.
- Fig. 7. — La petite voiture tchécoslovaque Aêrominor, possède la particularité d’être montée avec un moteur à deux temps, ce qui supprime les soupapes et l’arbre à cames. La quatrième vitesse de cette voiture est surmultipliée.
- Il faut savoir qu’aux Etats-Unis, une grosse partie de la production est assurée par trois sociétés industrielles extrêmement
- La carrosserie-coque absorbant le châssis n’a été adoptée, aux Etats-Unis, sur aucune voiture, si ce n’est sur la Nash; le châssis classique détient là-bas une complète suprématie.
- Enfin, il n’existe pas une seule voiture américaine à traction avant ou à moteur disposé à l’arrière. La transmission classique, avec moteur à l’avant et roues arrière motrices se trouve ainsi totalement généralisée.
- Devons-nous déduire de la généralisation aux États-Unis des voitures de forte cylindrée que l’Américain se soucie peu de toute question d’économie. Ce serait mal connaître les conditions de fonctionnement de l’industrie américaine que d’admettre semblable opinion. Il ne faut pas oublier que les U.S.A. représentent, en nombre d’habitants, quatre fois la France, et que les séries mises en fabrication sont, de ce fait, nettement plus importantes, avec l’aide d’un outillage beaucoup plus récent que celui de nos usines. Si l’on ajoute que la collaboration de plusieurs marques entre elles permet de réaliser un nombre considérable de pièces standard pour l’ensemble des maisons groupées, on ne s’étonnera plus qu’en Amérique le prix de revient d’une voiture à six cylindres n’atteigne même pas celui d’une voiture européenne n’en comportant que quatre.
- puissantes :
- le groupe Ford, qui comprend les voitures de même nom et les modèles Lincoln;
- le groupe « General Motors », réunissant Chevrolet, Pontiac, Oldsmobile, Buick et Cadillac;
- le groupe « Chrysler Corporation », comportant Plymouth, de Soto, Dodge et Chrysler.
- Il ne reste donc, outre-Atlantique, que peu de constructeurs indépendants, parmi lesquels Nash, Hudson, Kaiser-Frazer et Packard. La collaboration étroite entre les principaux constructeurs a incontestablement beaucoup contribué à l’essor remarquable de la locomotion automobile aux États-Unis.
- Les voitures anglaises.
- L’effort accompli depuis la fin de la guerre par la Grande-Bretagne pour remonter sa production automobile est très méritoire. Il existe, outre-Manche, plus de a5 marques réalisant pour la plupart des modèles qui bénéficient à l’étranger d’une solide réputation.
- Les Anglais, très touchés par les bombardements et le dur
- conflit qu’ils ont mené sont, comme les Français, à la recherche de solutions économiques pour la réalisation de leurs voitures, mais à un degré moindre que nous. Chez nous, les modèles de faible puissance atteignent un litre de cylindrée et comportent des moteurs à quatre cylindres. Les modèles les plus courants s’échelonnent entre i et 2 I.
- La distribution par soupapes en tête est, en Angleterre, comme en France, assez généralisée. Les boîtes à quatre combinaisons de vitesses sont couramment adoptées, ceci d’autant plus que les voitures de sport restent très en faveur outre-Manche, et l’on conçoit que les conducteurs de cette ca-
- Fig. 6. — L’Italie réalise quelques types de très belles voitures de luxe. Nous voyons ici le cabriolet Isotta-Fraschini à moteur disposé à l’arrière du châssis. — ' Ci-contre : le moteur huit cylindres en V de trois litres de cylindrée équipant la voiture Isotta-Fraschini type « Monterosa ».
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- De plus forte cylindrée que l’Alfa-Roméo, l’Isot-ta-Fraschini a adopté la formule du moteur disposé à l’arrière. Ce moteur est du type à huit cylindres en Y avec soupapes en tête ; la boîte de vitesse offre, véritable particularité dans la construction des voitures de tourisme, cinq combinaisons de marche avant. Et il est bien inutile d’ajouter que les diverses carrosseries pouvant équiper cette voiture, au choix du client, sont traitées avec un luxe irréprochable.
- Les voitures tchécoslovaques.
- Fig. 8. — La voiture tchécoslovaque Tatraplan possède un moteur quatre cylindres disposé à l’arrière et refroidi par air. Cette forme de refroidissement déjà peu courante pour les petits moteurs à deux cylindres devient tout à fait exceptionnelle sur les moteurs d’automobiles de puissance moyenne ou de forte
- puissance.
- tégorie de véhicules exigent de pouvoir utiliser dans les meilleures conditions le régime de leur moteur. Plusieurs marques anglaises ont choisi la boîte présélective Wilson, connue en France sur les voitures Talbot.
- Les dispositifs de suspension ont suivi une évolution très semblable en Angleterre et en France; les ressorts à lames du type « semi-elliptique » sont encore assez couramment utilisés pour l’essieu avant et surtout pour l’essieu arrière. Mais les ressorts à boudin et même les barres de torsion ne restent pas d’un emploi exceptionnel. La suspension par roues indépendantes est de règle à l’avant, tandis que les modèles Invicta et Jowet-Javelin ont réalisé l’indépendance des quatre roues.
- Signalons enfin que le freinage mixte, à commande, hydraulique à l’avant et commande mécanique à l’arrière (système Qirling), est d’un emploi courant sur les voitures anglaises. Les carrosseries se sont beaucoup modernisées dans l’après-guerre; leur dessin, peut-être plus angulaire que celui des voitures françaises et américaines reste au goût de la clientèle anglaise, et n’est pas sans plaire à bon nombre de Français.
- Les voitures italiennes.
- La construction automobile italienne bénéficie à travers le monde d’une notoriété parfaitement justifiée. Dans la catégorie des modèles de faible cylindrée, la Fiat type 5oo de 670 cm3 possède des caractéristiques dont certaines sont proches de celles de notre « Simca-cinq », tandis que dans le domaine des voitures de moyenne puissance, la Fiat de 1 100 cm3 est assez apparentée à la Simca-huit.
- La voiture à traction avant « Cemsa-Caproni » est assez originale et très séduisante. Elle comporte un moteur à quatre cylindres horizontaux opposés de x 100 cm3 avec soupapes en tête et une carrosserie monocoque tout acier; sa vitesse atteint en palier 120 km/h. Les autres voitures italiennes de moyenne puissance sont assez classiques, tout en utilisant, bien entendu, les plus récents progrès de la technique. Toutes sont équipées d’un moteur à soupapes en tête et d’une boîte à quatre vitesses.
- Il n’existe en Italie que deux marques réalisant des modèles de plus de deux litres de cylindrée : ce sont l’Alfa-Roméo et l’Isotta-Fraschini, dont la réputation n’est plus à faire.
- L’Alfa-Roméo, type « Freecia d’Oro » n’est pas une voiture de très forte cylindrée, puisque son moteur atteint à peine 2,5oo 1, mais celui-ci, à six cylindres en ligne, constitue une très belle réalisation mécanique, avec, entre autres deux arbres à cames en tête. Quant à l’harmonie des lignes de la carrosserie, elle dénote le goût inné des Italiens pour les choses de l’art.
- Quatre types seulement de voitures de tourisme constituent l’ensemble de la production automobile tchécoslovaque; à défaut d’être étendue, la gamme de fabrication reste toutefois assez complète, puisque la voiture économique est représentée par la petite Aérominor, les cylindrées moyennes par Skoda 1101 et Tatra et le modèle de luxe par Tatra 87.
- La caractéristique dominante de l’industrie automobile tchécoslovaque est de s’être écartée franchement des formules classiques de construction. Chacun des modèles réalisés possède une particularité peu courante quand elle ne devient pas absolument exceptionnelle.
- C’est ainsi que l’Aérominor à traction avant, de 6i5 cm3 de cylindrée, est montée avec un moteur à deux cylindres en ligne du cycle à deux temps et dispose d’un châssis de conception très personnelle, constitué par une poutre centrale se terminant en fourche pour assurer le soutien du moteur. Si nous ajoutons que l’Aérominor a une quatrième combinaison de vitesse .surmultipliée et une suspension par quatre roues indépendantes, nous constatons bien que cette petite voiture sort en de nombreux points des sentiers battus de la technique.
- La Skoda 1101 à moteur quatre cylindres quatre temps serait assez classique si elle n’était montée avec un type de châssis-poutre à fourche presque semblable à celui de l’Aérominor. C’est en somme la moins originale des voitures tchécoslovaques.
- Car les deux modèles Tatra : Tatraplan à quatre cylindres en double flat-twin et Tatra 87 à huit cylindres en V présentent, dans les catégories de cylindrées auxquelles ils appartiennent, une des solutions les plus curieuses qui soient : le refroidissement par air du moteur. L’usager pouvait parfaitement admettre que ce mode de refroidissement reste suffisamment efficace pour des voitures de 2 ou 3 ch, telle que la nouvelle petite Citroën ou la Dyna-Panhard ; mais il a peine à croire que des moteurs à quatre ou même huit cylindres de deux et trois litres de cylindrée puissent être convenablement refroidis par l’air, le courant de celui-ci fut-il mécaniquement activé. Pourtant, les résultats enregistrés depuis plusieurs années par le modèle Tatra 87 sont, paraît-il, probants.
- Solution moins originale que la précédente, mais néanmoins assez peu courante, les deux modèles Tatra ont leur moteur ins^ tallé à l’arrière.
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- En conclusion, le salon xg48 nous a apporté, avec un peu plus de facilités pour acquérir le modèle désiré, ceci grâce à la semi-liberté de vente laissée aux constructeurs par les pouvoirs publics, quelques réalisations nouvelles, qui sont la preuve, en des temps difficiles, de l’effort soutenu de l’industrie automobile.
- Fernand de Laborderie.
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- LA ROUTE DES GRANDS LACS
- Fig. 1. — Sur la rivière Sainte-Claire, entre Sarnia, Ontario et Fort-Huron, Michigan, un navire passe sous le pont international.
- En été, la cadence de ces passages est d’un toutes les sept minutes. La photographie est prise du sommet du pont qui relie la rive canadienne
- à la rive des Etats-Unis.
- Entre les États-Unis et le Canada, le fleuve Saint-Laurent, émissaire des Grands Lacs qu’il traverse, formant des rapides célèbres et des chutes dont celle du Niagara ne demande plus à être précisée, trace son parcours sur 3 ooo km. Une grande partie est navigable, celle qui traverse la série des 5 Grands Lacs : Supérieur, Michigan, Huron, Érié, Ontario. C’est entre le lac Érié et le lac Ontario que se situent les chutes du Niagara. Le fleuve se termine après Québec en un bras de mer, estuaire large et profond qui donne accès à l’Atlantique.
- Bien que le Canada, avec ses 66000 km de voies ferrées, soit le pays le mieux doté au point de vue ferroviaire, la route des Grands Lacs a été depuis longtemps ouverte à un trafic de navigation considérable, déjà très actif avant guerre et qui se trouve encore amplifié aujourd’hui.
- Des canaux et d’importants travaux d’écluses assurent les passages à des bâtiments dont le tirant d’eau peut atteindre 4 m.
- De l’Océan, on gagne d’abord le lac Ontario qui est le plus petit des cinq, mais sur les bords duquel se placent les deux villes de Rochester et de Toronto, celle-ci formant un port important et une populeuse cité de 200 000 habitants sur la rive canadienne, cependant que Rochester, capitale de la photographié, sur les rives des États-Unis, à côté des chutes du Genesee, étend ses industries textiles et métallurgiques et sa population de 296 000 âmes. Joignons-y Hamilton (Ontario) sur la rive canadienne, à l’extrémité du lac, avec ses
- 100 000 habitants et ses puissants hauts-fourneaux et aciéries.
- De l’Ontario, par les chutes du Niagara — et par le canal Welland pour les bateaux — on gagne le lac Erié, qui totalise 25 000 km carrés. Le canal Welland est l’un des chaînons les plus importants et les plus remarquables de la chaîne de lacs, rivières et canaux qui forme la route des Grands Lacs. Ce fut une grande réussite technique. Il demanda 17 ans de travail et l’investissement de i3o millions de dollars. Il comporte 8 écluses dont une, celle de Humberstone, mesure 46o m et est la plus longue au monde. Un canal : le canal d’Erié, réunit le lac Erié à celui d’IIudson. Sur le lac Erié sont : Cleveland, sur la rive américaine, capitale de l’industrie des lampes électriques (800 000 habitants) et centre d’une importante université, de forges, de charbonnages et de transport et raffinage de pétrole; Erié, débouché des pétroles de Pennsylvanie; Sandusky, cité métallurgique importante.
- Le monument Perry domine la sortie du lac en remontant vers le lac Huron dont le nom rappelle les vieilles histoires de Peaüx-Rouges qui dominèrent longtemps ces régions.
- Toledo au bout du lac Erié et Dearborn et Detroit, la cité de Ford, sur le bras qui joint ce lac au lac Huron, sont les grands centres de l’industrie automobile. Leur activité ne se borne d’ailleurs pas là; ils sont connus aussi pour leurs fonderies et leurs usines de produits pharmaceutiques.
- Le lac Huron couvre 4o 000 km carrés. Sa forme est très
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- irrégulière et la baie Géorgienne du côté canadien, celle de Bay-City du côté américain offrent de nombreux abris aux bâtiments. Le lac Michigan qui redescend en s’allongeant vers le Sud s’ouvre sur le lac Huron. Dans les terres de l’État de Michigan comprises entre ces deux lacs prospèrent les primeurs et les fruits. Sur les bords du lac Michigan se trouve Milwaukee, Chicago et Michigan. Mihvaukee, à l’embouchure de la rivière du même nom, abrite 5oo ooo habitants et de nombreuses mino teries. Michigan City, 19 5oo habitants, possède un commerce très actif.
- Chicago enfin, à l’embouchure de la rivière du même nom, avec sa population de 2.i85.ooo habitants est le centre d’un immense commerce et rassemble tous les produits de l’Ouest américain : blés, bestiaux, viandes salées, huile..,. C’est la capitale des usines de conserves de viande.
- Citons aussi Escanaba et Green Bay, ports métallurgiques abrités au fond d’une baie profonde de la rive Ouest et en face, sur la rive Est : Holland qui rappelle les vieilles colonies néerlandaises de cette région.
- Le lac Supérieur communique avec le lac Iiuron par la rivière Sainte-Marie. Il a 58o km de long; il atteint jusqu’à 24o km de large et 3oo m de profondeur.
- Les ports de Sault-Sainte-Marie, Fort William, Port-Arthur, sur la côte canadienne, Duluth, Marquette, Superior City, sur la rive américaine, y ont une très grande activité.
- Sault-Sainte-Marie est en réalité situé sur la rivière Sainte-Marie, à la sortie du lac Supérieur qui se jette dans le lac Huron par des rapides. Il y a sous le même nom deux villes jumelles, l’une canadienne, de 21 000 habitants et l’autre appartenant aux États-Unis de 12 000 habitants. Jadis la tribu indienne des Saulteux, appartenant à la famille des Algonquins, régnait sur cette région. Le Père Jacques Marquette, missionnaire jésuite, vint les visiter en 1660 et son nom, demeuré célèbre dans le pays, a été donné à un comté et à une ville qui en est la capitale et qui groupe sur la rive sud i3 000 habitants.
- ..Wirrnipeg
- C A N A D
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- ETATS - U IM 1 S
- Sac Ontario Tfoch ester
- Détroit
- Chicago
- Toledo Cleveland
- Q 100 200 300 km.
- Fig. 2. — La route des Grands Lacs.
- Face à face, de part et d’autre d’une baie située au sud-ouest du lac, Duluth et Superior City sont des ports où se fait un important trafic de minerais, céréales.... Duluth (100 000 habitants) fait avec le Canada un gros échange de bois, blé, etc. Superior-Citv, beaucoup plus restreint (17 000 habitants) a cependant aussi un port très actif. Port-Arthur, avec ses i5 000 habitants appartient au Dominion Canadien et marque le terminus de ces 3 000 km de voies navigables pour gros bâtiments.
- Plus à l’Ouest il est toutefois possible de remonter en barques toute une série de lacs moins importants, aux formes capricieuses : le lac Saganaka, le lac La Croix, le lac Rain, le lac du Bois, qui bordent des régions où l’on exploite activement le bois, des minerais de fer, des céréales.
- Cette route des Grands Lacs, admirablement mise à profit, dessert, on le voit, des centres variés mais d’une importance technique et économique considérable. Chaque mois d’été, elle assure le voyage de cargos qui transportent vers les ports côtiers des milliers de tonnes de blé, de charbon, de pétrole, de bois et de minerais, assurant une grande activité à tout un immense territoire industriel et agricole.
- M. DÉlUBERK.
- Fig. 3 et 4. — A gauche, Le Canal Welland, entre le lac Ontario et le lac Erié, permet de passer l’obstacle des chutes du Niagara, hautes de SO m, par huit écluses dont celle de Humberstone mesure 460 m de long. On voit ici cette écluse au moment où on lève le pont de chemin de fer qui franchit le canal pour permettre le passage d’un navire. — A droite, Déchargement d’une cargaison de charbon sur les quais d’une aciérie de Sault-Sainte-Marie, en Ontario (Photographies du Centre d’informations canadien).
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- Le gaz de fumier
- Le gaz de fumier est un gaz riche en méthane, produit par la fermentation, en vase elos, de fumiers de ferme ou d’autres déchets végétaux (paille, fanes de légumes, marcs de raisin, etc.). Sa récupération est récente, à partir des fumiers, des boues d’égout, des gadoues urbaines (installations des environs de Paris).
- La première cuve de récupération du gaz de fumier fut installée aux Indes, en 1900, dans la léproserie de Bombay. En 1930, on en essaya à Urbana (Illinois), puis vinrent les installations de Munich, Stuttgart, Zurich, Paris, Strasbourg. Plus récemment, MM. Ducellier et Isman, ont appliqué un appareil à remontage automatique, déjà connu en vinification, à d’autres fermentations. En 1940, en Algérie, on a construit une série de cuves dont on a analysé le fonctionnement. On tend aujourd’hui à choisir une cuve à fonctionnement continu, dont le prototype est la cuve de la coopérative agricole de Saint-Christo-en-Jarez.
- Mécanisme de la fermentation. — Le fumier de ferme est constitué par les litières souillées d’excréments solides et liquides. Dans la fermentation ammoniacale ou aérobie, les ferments transforment l’urée en carbonate d’ammonium avec perte notable d’ammoniac volatil et les substances hydrocarbonées sont le siège de diverses fermentations : acidifiante, oxydante, métha-nisante.
- La fermentation méthanique est due à la décomposition de la cellulose par un Micrococcus ; elle provoque un dégagement de 300 cal par mètre cube de gaz dégagé. Le pouvoir calorifique du gaz atteint 3 900 cal.
- La fermentation comprend 3 phases : dans un premier temps, il se forme surtout des corps réducteurs et du gaz carbonique, puis S jours à un mois après le chargement de la cuve, selon la température et différents autres facteurs dont nous parlerons plus loin, du méthane se dégage.
- Sa production journalière croît, atteint un maximum, puis décroît et remonte vers un second maximum inférieur au premier. Le premier maximum correspond à la décomposition de la cellulose tendre (hémi-cellulose) et le second à la décomposition do la cellulose dure (cellulose véritable). Un cycle de fermentation dure trois mois. La production de gaz se prolonge au delà, mais le débit plus faible devient peu intéressant pour l’usager.
- Il est bon de faire subir aux fumiers et aux déchets cellulosiques, une préfermentation, avant l’encuvage. Celte préfermentation est aérobic et dure huit jours environ. On expose les fumiers ou les déchets à l’air en les arrosant et les recoupant, pour brûler une partie des sucres et des amidons susceptibles de donner naissance à des fermentations parasites. En effet, la fermentation méthanique, anaérobie, ne peut s’établir que si l’on a préalablement contrarié le développement d’une autre fermentation anaérobie butyrique, qui ne manque jamais de s'installer quand on met en contact de la paille avec du purin ; celle-ci, qui se bloque très rapidement, s’oppose au développement du Micrococcus, abondant dans le fumier noir.
- Le facteur le plus important est la température. Il ne faut pas dépasser 33 à 40°, et à 73° le ferment est tué. En Algérie où le procédé a été d’abord expérimenté, la température favorable s’est établie tout de suite ; mais, en France, il est nécessaire de calori-fuger les cuves pendant l’hiver.
- La réaction du milieu a une influence sur la marche de la fermentation ; le pH optimum est 7,5 ; il faut donc ajouter un acide quand l’alcalinité est trop grande, c’est le cas du fumier mélangé de purin, ou ajouter de la chaux ou du phosphate d’ammonium quand l’acidité est trop forte, c’est le cas des marcs de raisin et des ordures ménagères ; cet ajustement est important, car un pli supérieur à 7, favorise les fermentations putrides avec dégagement d’hydrogène sulfuré .et d’hydrogène. MM. Ducel-iier et Isman proposent d'ajouter des acides minéraux.
- L’ensemencement a aussi son importance. Il faut disposer d’une colonie bactérienne très dense et l’on tend à employer des ferments spécifiques sélectionnés. La masse est brassée, pour homogénéiser la température, répartir les microbes et les mettre au contact des matières à transformer.
- La pression joue également un rôle ; en pratique, sa valeur
- moyenne est de 60 mm dans les bonnes installations. Une pression trop faible diminue le rendement des appareils utilisateurs (becs, réchauds, tanks).
- En moyenne, la production totale, au cours d’un cycle complet, est do 50 à 60 m3 de gaz brut par tonne de fumier. Une tonne
- Fig-. 1. — Schéma de la cuve Ducellier et Isman, type « ménagère ».
- C, cuve de fermentation ; G, cloche gazométrique ; J, joint hydraulique ; P, citerne à purin ; R, vidange du purin ; R’, vanne d’arrêt de la distribution ; Y, porte de vidange ; r, vidange du joint hydraulique ; r', robinet d’épreuve du gaz ; s, siphon ; t, tuyau de départ du gaz.
- do fumier contient 150 à 250 kg de matières fermentescibles, le rendement est donc de 30 à 50 p. 100.
- Composition du gaz. — Elle dépend des matières traitées, de leur humidité, des fermentations parasites, de la phase de production, des défauts de l’installation. Les rentrées d’air, par exemple, favorisent les fermentations aérobies et introduisent de l’azote. Voici les résultats d’analyses faites au mois de mars 1947 :
- Fumier de Cheval Porc Mouton Vache
- C02 41,5 °/o 30,0 °/„ 38 °/o 36,5 %
- O* 1,5 °/o 0,5 % 1,5 °/o 1,0 %
- H 2,0 % 4,0 % 2,0 % 0,5 %
- CH, 52 o/„ 58,0 % 55,0 »/„ 57,5 o/o
- Inertes . . . . . 3 °/o 1,5 °/o 3,5 % 4,5 %
- Les fumiers sortant des cuves n’ont pas perdu leur valeur fertilisante, ont sensiblement la composition du fumier de ferme très décomposé. Ce fumier peut donc être épandu, mais doit être enfoui aussitôt que possible pour conserver toute sa valeur.
- Le gaz de fumier est un peu plus léger que l’air ; son odeur n’est pas gênante, mais elle suffit pour déceler les fuites. Comme il est formé de méthane et de gaz carbonique, ses propriétés physiques sont celles de ces deux constituants. Le méthane, plus léger que l'air, se liquéfie à température assez basse ; le gaz carbonique est plus lourd que l’air et facilement liquéfiable, ce qui permet de les séparer si l’on veut emmagasiner le gaz comprimé en bouteilles. Ajoutons que le gaz de fumier n’est pas toxique comme le gaz de ville, car il ne contient pas d’oxyde de carbone. Son pouvoir calorifique oscille entre 5 500 et 6 500 cal par mètre cube.
- Procédés de production. — La première qualité d’une cuve destinée à contenir le fumier qui, par fermentation, donnera le gaz de fumier, est une étanchéité absolue. On l’obtient dans les cuves de maçonnerie en pierre, en brique ou en béton, à l’aide
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- d’un enduit de ciment. La cuve peut être carrée, rectangulaire ou circulaire. Elle est coiffée d’une cloche en tôle d’acier, fixe ou mobile, sous laquelle vient s’accumuler le gaz produit, avant de partir soit vers un gazomètre séparé, soit directement vers- les appareils d’utilisation. Entre la cuve et la cloche, on a disposé un joint hydraulique.
- Une autre condition indispensable est de se placer dans des conditions de température les plus favorables à la fermentation.
- Le Micrococcus ne tra-p vaille qu’entre + 10° et
- + 40°. La température la plus favorable se situe vers 35° C. Il en résulte que, suivant les conditions climatiques, on pourra laisser les cuves à l’air, les enterrer, les calorifuger, ou encore les entourer de fumier. Pendant l’hiver, un système d e réchauffage pourra être prévu. Si la cuve est enterrée, une margelle de 70 à 80 cm émerge du sol, ce qui est une bonne protection contre le froid.
- Il existe, en France, plusieurs types de cuves. Le système Ducellier-Is-man est le plus répandu. Les ingénieurs de l’Institut agricole de Maison-Carrée, à Alger, ont appliqué leur système aux types ci-après :
- a) Type algérien. — Cette cuve fut construite en Algérie, sous le nom de cuve « ménagère », avec cloche gazométri-que, sans calorifugeage, ni brassage (fig. 1). En même temps que cette cuve ménagère, ces ingénieurs ont réalisé, à Boufarik, une installation industrielle destinée à la production du gaz obtenu par fermentation des marcs de raisin. Le brassage automatique des marcs est assuré par un système semblable à celui employé en vinification, pour le remontage automatique du moût de raisin. Le brassage est obtenu par l’expansion du gaz, réglée par des valves hydrauliques. Les cuves de ce type ont été essayées à la distillerie coopérative d’Olonzac (Hérault) (fig. 2).
- Fig. 2. — La cuve Ducellier et Isman, type « ménagère ».
- G, cloche gazométrique ; G, cuves ; PP', portes ctanches ; G, fumier. — Le gaz refoule par T le liquide, dans le réservoir supérieur. Le liquide baisse dans la branche intérieure de la soupape hydraulique S. — Lorsque le niveau atteint le sommet de l’angle, le gaz gagne la cloche G ; la pression tombe en C, le liquide remonté en R s’écoule par L. — O est l’origine de retour de l’eau dans S ; t, tuyau de départ de gaz; V, porte de vidange.
- b) Cuve Salubra. — Avec ce type de cuve, on a essayé d’atteindre, même en hiver, la température interne de 30 à 33° C. à laquelle la fermentation méthanique est la meilleure. La cuve est entourée d’une paroi de fumier frais de 0,90 m d’épaisseur et une couche de fumier peut recouvrir la cuve ; aucun brassage n’est nécessaire. C’est l’installation des deux cuves jumelées de M*1® Cros, au Mas-de-Paran (Gard) (fig. 3). Ce dispositif nécessite une grande quantité de fumier pour le calorifugeage et ne peut être envisagée que dans les grosses exploitations. De plus, si le fait d’enterrer à moitié la cuve constitue une protection contre le froid, au printemps, la masse de terre en contact avec la partie inférieure de la cuve abaisse la température interne. L’absence de brassage, en période froide, arrête la production du gaz et favorise la formation en surface d’une croûte imperméable ; si l’on brise cette croûte avec une fourche et qu’on brasse, tout redevient normal. Par la suite, les cuves Salubra ont eu des doubles parois, entre lesquelles on a placé un calorifuge constitué par du liège, de la laine de verre et de la laine minérale. Pendant la saison froide, 'la partie supérieure de la cuve est recouverte d’une couche de fumier. Un foyer de réchauffage, qui fonctionne soit au bois, soit en utilisant une partie du gaz produit, permet, par une circulation d’eau chaude, de relever la température interne .et de la maintenir
- à 23° C. Ce foyer de réchauffage peut être utilisé aussi pour faire cuire la nourriture du bétail. Pour le brassage du milieu, la Société Salubra a mis au point un couvercle à circulation automatique de purin. Dans ces conditions, le fumier, la paille et les décbets végétaux sont tassés dans la cuve jusqu’à l’encorbellement. L’immersion de la matière jusqu’à un niveau déterminé est faite avec de l’eau ensemencée avec des ferments ou avec un « pied de cuve ». Le dispositif de circulation automatique est placé ensuite sur la cuve ; le même constructeur a mis au point uno cuve transportable de 3 m3 ayant les mêmes caractéristiques que la cuve fixe, intéressante pour les petites exploitations.
- c) Cuve Bétur. — Réalisée à Perpignan, elle est constituée par deux cuves cylindriques de S m3 chacune, complètement enterrées, sans brassage, mais avec un réchauffeur placé entre les deux cuves et constitué par du fumier frais. Il est évident que la nécessité de recharger régulièrement de fumier frais constitue, pour l’agriculteur, une opération longue et délicate.
- d) Système Baudot-Hardoll et Ofla. — La Coopérative agricole de production de gaz de fumier de Saint-Christo-en-Jarez traite le fumier suivant le procédé appliqué aux boues d’égouts, qui consiste à les détruire par putréfaction en récupérant les gaz qui se dégagent au cours de l’opération. La putréfaction est dirigée par un système de chauffage et de malaxage. Après sa fermentation, le fumier extrait des cuves est séché et rendu aux agriculteurs sous forme de terreau. Le prix de revient de I m3 de gaz a été abaissé, en 1942, à moins de 3 fr dans une installation à fonctionnement continu réalisée dans les meilleures conditions.
- e) Cuve Somagaz. — La Société Somagaz a étudié une cuve de 2 m3 de capacité. C’est une cuve classique, où le brassage de la masse est assuré par l’utilisation de la chaleur dégagée par la réaction de décomposition de la cellulose (thermo-siphon).
- Des modifications récentes, apportées suivant les directives de MM. Ducellier et Isman, prévoient la suppression des dispositifs de brassage et le couronnement de la partie supérieure des cuves par un dispositif en béton armé destiné à constituer, pour chaque compartiment, un joint hydraulique, entre ce compartiment et une cloche mobile. Quant au réservoir à gaz, situé à proximité des cuves, sa capacité est augmentée et, pour l’établissement d’un meilleur équilibre de la cloche gazométrique, la mise en place de galets de roulement est modifiée.
- Utilisation du gaz de fumier. — Le gaz de fumier est surtout intéressant dans les écarts privés de gaz et d’électricité. Il peut servir pour l’éclairage, l’alimentation des réchauds et des fours de cuisine, des couveuses artificielles, des serres, etc. Des moteurs peuvent aussi être alimentés à l’aide de ce gaz pour assurer le sciage du bois, le broyage des grains, le foulage et le pompage de la vendange, le pressurage des marcs, l’arrosage du jardin en période de sécheresse. Son rendement thermique est de 23 pour 100.
- La transformation de l’énergie thermique en énergie électrique est envisagée, car la production d’un kilowatt-heure absorbe 0,800 cm3 de gaz. Un frigidaire électrique de 1G0 W consomme par jour 3 m3 do gaz.
- Si l’on comprime le gaz à 200 kg, on peut le mettre en bouteilles et l’utiliser sur des camionnettes ou des tracteurs. Il y a une difficulté à comprimer le gaz à 30 atm car le gaz carbonique commence à se liquéfier ; on le chasse entre deux étages de compression. Les compresseurs sont de modèles variés et les bouteilles sont construites en acier spécial pour résister à la pression. Le gaz ainsi obtenu est plus riche en méthane que le gaz primitif et a un plus grand pouvoir calorifique.
- Il est difficile, à l’heure actuelle, d’indiquer des prix de revient ayant quelque chance d’exactitude. Supposons qu’un agriculteur ait deux têtes de gros bétail, un cheval et un bœuf, ou deux vaches ; une tête de bétail produit, en moyenne 10 t de fumier par an, si les litières sont abondantes. A 40 m3 de gaz par tonne de fumier, la capacité de production serait de 800 m3, soit 2 m3 par jour pour la cuisine et l’éclairage. La cuve peut aussi recevoir des déchets cellulosiques (marcs de raisin, dans les régions viticoles) : 1 ha de vigne produisant 70 hl de vin, fournit normalement assez de gaz pour remplacer 300 1 d’essence ; 13 t de feuilles, développées sur 1 ha de betteraves, donnent l’équivalent de 400 1. Les installations collectives réalisent des prix de revient plus faibles que celles particulières.
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- Aujourd’hui, le procédé de Ducellier et Isman met donc à la disposition des exploitations agricoles,, môme les plus éloignées de tout centre, de grandes commodités, un confort réel, en procurant, plus facilement que le butane, et à un moindre prix, le chauffage pour la cuisson des aliments des hommes et des animaux et la force motrice fixe. C’est un complément du gaz des forêts.
- Exemple d’application pratique. — Nous ne saurions mieux faire, en terminant cette étude, que de donner quelques détails sur l’installation de gaz dg fumier de M. Renaudot, agriculteur à Levroux (Indre).
- L’installation comprend quatre cuves contiguës en ciment. La
- Fig. 3. — Une installation faite à Nîmes (Gard).
- durée de la vidange et du remplissage représente 30 h d’ouvriers. La production journalière est dg 15 m3. Les cuves restent en sommeil pendant l’hiver, ce qui supprime tout calorifugeage. Pendant la belle saison, M. Renaudot utilise le gaz de fumier comme force motrice ; un poste de compression installé à côté du gazomètre de 35 m3, permet d’emmagasiner le gaz dans des
- bouteilles qui seront placées sur le tracteur. Ce dernier consomme 7 à 8 m3 à l’heure et fonctionne 8 h sans rechargement. Le gazomètre alimente également, par canalisation directe, le fourneau de cuisine de la ferme. La cuisine consomme S à 6 m3 par jour pour la nourriture de lo personnes. La production du mètre cube de gaz représente, comme frais, une somme de 2 fr lo mètre cube. L’amortissement de l’installation (qui a coûté 590 000 fr) ss ferait en dix ans, soit 50 000 fr par an. Si l’on table sur une production annuelle de 10 000 m3 par an au minimum, l’amortissement se répartirait à raison de 5 fr par mètre cube. Le mètre cube coûterait donc : 2 + 5 = 7 fr. En arrondissant à 10 fr, pour tenir compte des imprévus, on obtient un carburant fournissant 6 500 cal au mètre cube pour une somme de 10 fr, alors que l’essence fournit 7 500 cal (au litre) pour une somme de 20 îr. Les 1 000 cal de gaz de fumier coûtent donc 1,50 fr alors que les 1 000 cal d'essence coûtent 2,60 fr. Les frais d’installation représentent, il est vrai, un capital important. Mais il faut remarquer que celte installation est un prototype qui a coûté plus cher que la construction en séries de cuves encore mieux étudiées, après les progrès de la technique, qui assureront, un rendement en gaz très nettement supérieur. Nous avons vu que M. Renaudot a renoncé à calorifuger etwà chauffer ses cuves pendant l’hiver. Il est possible qu’une exploitation intensive, avec réchauffement donne une augmentation do production, abaissant finalement le prix de revient du mètre cube. On pourrait envisager un équipement collectif pour chaque commune. De plus, les ordures ménagères pourraient subir la fermentation méthanique. Dans ces conditions, les frais d'amortissement seraient très fortement abaissés.
- Le gaz de fumier est donc un carburant rural qui n’est pas à négliger.
- I. Carré,
- Licenciée ès sciences physiques.
- Note. — Les détails concernant l’installation de M. Renaudot, agriculteur à Levroux (Indre), nous ont été fournis par M. Tony Ballu, professeur à l’Institut agronomique.
- La lutte contre
- Il est extrêmement difficile de débarrasser complètement une région un peu étendue de tous ses moustiques ; mais, par des mesures et une organisation appropriées, on peut limiter assez leur nombre pour empêcher que les maladies contagieuses qu’ils transmettent ne prennent le caractère d’une épidémie. C’est ce qui a été obtenu récemment au Brésil par les docteurs L. Soper et Bruce Wilson, et dans la haute Égypte par le docteur Madwah et le docteur J. A. Kerr de la Fondation Rockefeller. Dans les deux cas, on a procédé à peu près de la même façon qu’indique le docteur J. R. Busvine dans Nature du 7 février 1948.
- Au Brésil, des entomologistes avertis parcourent la région à protéger, y détectent puis reportent sur une carte les foyers épidémiques déjà connus. La tâche de détruire les larves de moustiques en temps voulu dans un de ces foyers est confiée à une équipe recrutée localement et dont le chef responsable est un médecin, un biologiste ou un ingénieur. Au préalable, on a fourni à l’équipe tous les appareils et ingrédients nécessaires. Les équipes et le foyer sont inspectés régulièrement par une sorte d’état-major qui s’assure de la bonne exécution des mesures prescrites, et qui, en outre, recherche et situe, par ouï-dire ou autrement, les foyers épidémiques nouveaux. Il y fait alors appliquer les mesures précitées par une nouvelle équipe formée à cet effet. Ces frais de déplacement représentent la plus forte dépense (80 pour 100) dans la lutte contre la lièvre jaune.
- En Égypte, à la suite des deux grandes épidémies de malaria africaine, en 1942 et en 1943 (200 000 cas dont 10 pour 100 mortels) on se rendit compte qu’elles avaient exercé leurs ravages le long du Nil sur une bande de 850 km de longueur et sur des largeurs de 1 à 30 km. Cette bande fut divisée en sections contiguës couvrant de 0,2 à 9,2 km2 et comptant chacune une équipe de 300 à 1 000 fellahs chargés de la destruction des larves sous la direction d'un groupe de 30 à 50 hommes compéleBts. Dans chaque section, on appliqua alors simultanément les mesures prévues à l’époque la plus favorable (d’août à octobre 1944). On employa d’abord le
- les moustiques.
- pétrole en pulvérisations pour détruire les larves, mais son action se révéla trop lente et l’on recourut à des poudrages au vert de Paris, ou de Schweinfürt (acétoarsénite de cuivre). Les résultats de ces traitements furent contrôlés par une véritable armée de « larva'l scouts » et de dépisteurs adultes. On n’a pas découvert un seql moustique dans la haute Égypte depuis février 1945.
- Dans l’île de Chypre, bien qu’on n’y eût pas constaté de paludisme, on voulut, par mesure de précaution, débarrasser File des trois principales espèces de moustiques qu’on y rencontre. Le docteur Mehmed Azis, qui entreprit cette tâche, divisa l’île en trois secteurs dans lesquels on devait détruire les larves, à tour de rôle chaque année dans un des secteurs. Ici on recourut au D. D. T. en pulvérisations ou en poudrages à raison de deux traitements par mois ou d’un par semaine. Le premier secteur ayant été débarrassé de ses moustiques en moins d'un an, on procédera de même dans les deux autres.
- En Sardaigne, la malaria est endémique mais n’y a jamais eu le caractère épidémique, bien que 10 pour 100 de la population soient frappés chaque année. De même qu’en Sicile et dans d’autres régions de l’Italie péninsulaire, ce sont l’UNRRA, la Fondation Rockefeller et un état-major d’Américains, d’Anglais et d’Italiens qui ont organisé la lutte. Après reconnaissance en 1946 des foyers d’infestation, on a commencé à détruire les larves en Sardaigne dès 1947. Tout de suite, on employa des pulvérisations d’une solution à b pour 100 de D. D. T. En ouvrier traite 10 km3 au cours des six jours de la semaine ; puis il recommence sur un autre territoire de même étendue, et cela pendant toute la durée du printemps. On compte n’avoir plus à renouveler cette opération en 1949.
- La principale difficulté rencontrée dans toutes ces campagnes contre les moustiques est d’obtenir un concours intelligent de la population ; les indigènes chargés des traitements doivent èire étroitement surveillés, surtout s’ils opèrent dans des régions d’un accès difficile.
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- L'activité brillante d'un grand médecin
- ORFILA
- La vie de certains savants présente une telle succession d’cpi-sodes, d’aventures, de faits curieux, que plusieurs moments de leur existence formeraient les chapitres d’un roman, ainsi de Bernier, d’Arago, d’Orfila.
- Matteo Orfila, qui devait être compositeur, médecin, chimiste, expert, philanthrope, l’idole des salons, naquit à Mahon, capitale de Minorque, ce joyau des Baléares.
- Écolier, remarquablement doué, il fut élevé par des maîtres espagnols, français, anglais, allemands ; ils lui enseignèrent les humanités, la musique et le chant qui le passionnaient, les mathématiques, plusieurs langues, la cosmographie, et toutes les connaissances qui l’intéressaient (x).
- A treize ans, il exécuta une messe en musique, avec une te1 le maestria, qu’elle fit dire aux Minorquins qu’ils avaient trouvé leur Mozart.
- Son père, riche armateur, l’embarqua à 15 ans sur un brick marchand. Au retour d’Égypte, une tempête effroyable assaillit le bateau. Les marins, anéantis, implorèrent la Vierge, et le vent tomba aussitôt. Orfila eut un mal de mer terrible, et pour ^soulager les souffrances qui frappent les humains, il décida, sur l’heure, de devenir médecin.
- Mais les aventures n’étaient pas finies. En vue de la Sicile, un pirate algérien aborda le brick, le pilla, et fit prisonnier tout l’équipage. Mais, fait quasi miraculeux, le chef des pirates reconnut le jeune homme pour l avoir vu chez son père à Mahon ; et le corsaire fit preuve d’une générosité magnifique ; il libéra le brick et lui laissa son équipage et ses marchandises.
- A point nommé, un Allemand, récemment débarqué à Mahon, donna à. Orfila toutes leçons scientifiques pour parfaire son instruction et le préparer aux études médicales, qu’il commença à Valence.
- Mais que l’enseignement était indigeste, les cours surannés ! On y faisait appel à la mémoire surtout, très peu au raisonnement, à l’expérimentation. Le laborieux étudiant s’acharna au traATail, seul, et s’assimila, dans le texte français, les travaux de Lavoisier, de Vauquelin, de Fourcroy.
- A un concours ouvert par l’Université de Valence, Orfila remporta un éclatant succès.
- Scs maîtres l’envoyèrent poursuivre ses études à Barcelone. Devant sa valeur exceptionnelle, la junte catalane le dirigea sur Paris, aux frais communs de la municipalité et de sa famille.
- Après des incidents pittoresques du voyage, il arriva à Paris qui l’émerveilla. t< Je ne pourrai jamais, écrivait-il, dire l’impression enchanteresse que ces spectacles nouveaux produisirent sur moi. »
- Orfila partagea, à Paris, le logement d’un peintre catalan, pensionnaire, également, de la junte de Barcelone. Il se présenta à Vauquelin, à Cuvier, à Fourcroy, à Laugier, à Lamarck. Avec de tels maîtres on pressent quelle sera sa formation ; mais c’est surtout la chimie qui l’intéressait au plus haut point.
- Un incident allait interrompre le cours de cette studieuse existence : On guerroyait en Espagne, et après Baylen, l’Empire fit incarcérer les Espagnols. Orfila manda sa situation à Vauqueün qui vint, en personne le faire libérer aussitôt. Il lui en eut une reconnaissance infinie.
- Il passa brillamment sa thèse. Mais pour vivre, il ouvrit des cours, très survis, de chimie, botanique, médecine légale, qui lui rapportèrent dix mille francs par an, appointements fort copieux pour cette époque.
- Orfila publia divers travaux qui le firent remarquer du monde médical et des savants. Les questions de médecine légale et de toxicologie l’absorbaient. Il jeta un jour ce cri : « La toxicologie n’existe pas ! »
- C’est donc à la créer qu’il va s’employer. Il va trouver Crochard, éditeur de la Faculté, et, avec une belle assurance, il se fait avancer cinq mille francs pour un livre qui n’existe que
- 1. La Vie et l’Œuvre d’Orfila, par Amédée Fayol (Albin Michel).
- dans son imagination, mais dont il expose le sujet au libraire, séduit par la nôu\reauté de la question et amusé par l’audace du jeune praticien.
- Le Livre de la Toxicologie parut en deux volumes qui passionnèrent l’opinion pendant les quelque trente années où son auteur allait être appelé comme expert dans des affaires retentissantes.
- Correspondant de l’Académie dp Médecine à 28 ans, il reçut Lavis de la Faculté de Barcelone d’aller occuper la chaire créée pour lui. il refusa. Il venait de se faire naturaliser français, et il avait épousé la fille d’un sculpteur membre de l’Institut. C’était une artiste consommée dans l’art musical, et Orfila était doué d’une voix magnifique (en 1811, le Théâtre Italien lui avait offert un cachet annuel de 25 000 fr).
- Sa vie brillante allait commencer ; il était le mondain-né : stature, gestes, physionomie imposante, élocution facile, il réunissait tous les avantages qui font s’ouvrir les portes des salons. Vaniteux, sans doute, mais il recherchait toujours les interventions puissantes des hommes haut placés pour servir et ses desseins personnels et ses besoins professionnels.
- Il possédait une activité déconcertante, une ubiquité étonnante, et cette puissance de travail reposait sur la précision rigoureuse d’un programme de ses journées, tracé six mois à LaA-ance.
- Parmi ses nombreux ouvrages, il faut citer les Éléments de Chimie qui présentent, encore aujourd’hui, un curieux intérêt rétrospectif. Les Leçons de Médecine légale sont l’œuvre capitale du savant professeur, travail de synthèse remarquable, qui ouvrait la voie expérimentale à l’étude d’une branche trop longtemps abandonnée à l’empirisme. Ses Leçons lui valurent la chaire de Médecine légale et ses cours obtinrent un succès, d’enthousiasme qui confinait à l’engouement.
- Il fut nommé Doyen de la Faculté de Médecine et expert dans les affaires criminelles. Son nom est demeuré inséparable de certains procès célèbres. Tout le monde connaît l’affaire Lafarge, les assises de Tulle, l’intervention de Raspail, les avocats Bac et Lachaud. Point d’histoire important : Orfila n’a jamais dit que Lafarge avait été empoisonné par sa femme, il s’est borné à dire qu’il avait trouvé de l’arsenic dans le corps du défunt.
- Il se faisait un tel bruit autour du nom d’Orfila que sa renommée ne cessait de grandir. Pour bien saisir cette curieuse personnalité, il faudrait exposer, par le menu, une foule de faits, de détails caractéristiques, imprévus souvent, pittoresques parfois.
- Orfila a eu l’idée de l’ordre des médecins, il voulait supprimer les officiers de santé, réalisations longtemps attendues. On devrait aussi raconter nombre de plaisantes anecdotes : examens d’étranges candidats, réceptions à la Cour, relations avec les étudiants, voyages aux Baléares, incidents au cours des expertises....
- Chez Orfila, l’activité professionnelle ne se séparait pas de la vie mondaine. Son salon était le rendez-vous de personnages les plus marquants : Richelieu, Metternich, Wellington, là princesse de Vaudémont, Nesselrode, Laplace, Delessert, Champollion, Bugeaud, Alex. Dumas, Rossini, la Ristori.... L’Hôtel Orfila, de Passy, était un haut lieu de Paris.
- Mais le chemin de la gloire est garni d’envieux, encombré d’adversaires. Médecins, professeurs se levèrent contre cet homme, envers qui le destin se montrait trop généreux. On attaqua sa gestion comme Doyen. Il fallut que Trousseau prit sa défense à l’Assemblée Nationale.
- Orfila — et ce fut sans doute la senle amertume de son existence — fut destitué de sa charge de Doyen de la Faculté de Médecine de 'Paris. Mais il conserva sa chaire de Chimie, et fut élu Président de l’Académie de Médecine.
- La Compagnie des chemins de fer du Nord l’appela à siéger dans son sein. En mars 1853, en sortant d’une séance du con-
- Fig. 1. — Matteo Orfila (1787-18S3).
- (Photo P. Auradon).
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- seil d’administration, de cette société, il contracta une pneumonie qui l’emporta au bout de six jours.
- Pour lui, c’était une belle mort •: il partait dans la plénitude de ses facultés, après' avoir savouré, à longs traits, les satisfactions les plus hautes réservées à un savant.
- Trop heureux, trop comblé par les dieux, Orfila a joui, en son temps, d’une renommée étonnante, qui nous paraît surfaite aujourd’hui. J1 fut un expert fameux dans une science qu’il avait, pour ainsi dire, créée, et qui resta longtemps d’actualité dans ces années où l’arsenic précéda le revolver, mais sa gloire passa un peu avec le poison à la mode.
- Ce Doyen énergique, administrateur consciencieux, voulait rehausser la profession médicale. Philanthrope éclairé. Orfila créa, de ses deniers, une association pour les praticiens malheureux, qui donnait à ses adhérents une pension pouvant atteindre 3 203 francs par an.
- Après la révolution de 1848, son prestige diminua. Il faut le recul de l’histoire pour juger un personnage, mais on doit
- tenir compte du milieu, du moment où se déroula sa brillante carrière.
- Voici l’appréciation d’un contemporain .et ami; le Dr Ménière : « Il n’est pas de nom plus populaire, pas d’hommes que la science moderne ait placés plus haut dans l’estime publique, pas de savants qui aient marqué leur passage d’une empreinte plus vigoureuse, et qui laisseront une renommée plus brillante et plus légitime. Comme inventeur, comme professeur, comme administrateur, Orfila a pu avoir des émules, des égaux ; il n’a pas été surpassé. »
- Quant à Littré, il a porté ce jugement :
- « Par ses recherches spéciales et ses ouvrages, Orfila a donné une forte et féconde impulsion à ces études de toxicologie qui occupèrent, à l’envi, médecins et chimistes. Après de longs et minutieux travaux d’investigations, d’examens et d’essais, il a laissé la toxicologie plus assurée en sa marche qu’il ne l’avait trouvée. »
- A-\IK dé g Fayol.
- L'été de 1948
- Dans l’appréciation populaire des saisons, la valeur intrinsèque des principaux facteurs climatologiques, de même que leur cotation par rapport à la normale du climat local, s’effacent devant la comparaison relative de deux saisons se succédant. C'est notre état physiologique, sensible avant tout aux transitions, qui commande ce jugement, parfois très éloigné de la réalité. Ainsi, n’appréciant pas comme le climatologiste, le public est généralement très surpris de la valeur des moyennes météorologiques portées à sa connaissance.
- L’hiver dernier, simplement doux, parut à d’aucuns exceptionnel en raison de ce que l’hiver précédent avait été très froid.
- La Nature a publié le 1er avril 1948 une courte note sur les caractéristiques de cette saison.
- Aujourd’hui, beaucoup seront non moins étonnés d’apprendre que dans une vaste portion du territoire de la France et notamment à Paris, la température moyenne de l’été météorologique 1948 s’écartu très peu de la normale. Si cette saison fut tant décriée, cela tient à sa dissemblance avec l’été 1947, exceptionnellement chaud dans le Nord-Est et le Centre de la France. Il y eut en outre la froidure des vingt premières journées de juillet 1948, marquant l’été d’un souvenir inoublié. Compensée cependant par les chaleurs de la fin du mois de juillet, cette véritable « vague de froid », n’est pas accusée par les moyennes thermométriques. En réalité l’été 1948 fut en maintes régions plus défavorisé par une carence de rayons solaires et par de fréquentes précipitations que par un déficit thermométrique. Par contre la Côte d’Azur eut beaucoup plus à souffrir du déficit thermométrique que de l'absence de rayons solaires.
- Lés estivants, venus chercher le soleil et les flots bleus sur le littoral méditerranéen, ne soupçonnèrent certainement pas, en pré-
- sence de cette luminosité, inhabituelle pour eux, que l’été 1948 se classait parmi les plus froids que la Côte d’Azur ait connu.
- Le tableau qui suit fait apparaître par comparaison avec les moyennes normales les caractères de l’été 1948 tant ù Paris, qu’à Toulon.
- Au sujet de la vague de froid de juillet 194S, il est bon de ne pas ignorer que celle-ci fut acheminée en France par un grand courant de Nord-Ouest, originaire d’Islande.
- Ce flux d’air, commandé par la position très septentrionale de l’anticyclone des Açores et par un centre dépressionnaire stabilisé sur la Mer du Nord et la Scandinavie, était contrebalancé par un courant tiède, régnant dans la partie orientale de la dite dépression Scandinave, si bien qu’on releva les températures inat-
- tendues que voici à C h du matin :
- Paris Toulon Helsinki
- Le 4 juillet .. 14° 15° 20°
- Le 5 » 12° 18° 19°
- Le 8 » 12° 16° 19°
- Le 11 » 13° 14° 20°
- Le 13 » 12° 15° 17°
- Le 9 » 12° 18° 22° nord de la Ballique
- Ceci trouble pas mal la croyance en la décroissance de la
- température tandis que croît la latitude et démontre, que dans l'état actuel de nos connaissances les grands flux d’air sont les principales causes des bizarreries saisonnières.
- Jean Bourgeois.
- ! Moyennes normales .
- Eté 1948 ...........
- Eté 1947 ...........
- Toulon C Moyennes normales . .
- (bord < Eté 1948 .............
- de mer) ( Eté 1947 ............
- Maxima absolus 1 Paris .... de la tempéra- < Toulon (bord de ture en 1948 ( mer). . . .
- Température moyenne Hauteur de pluie en millimètres Nombre de jours pluvieux Insolation (en heures)
- Juin Juille Août Eté Juin Juillet Août Eté Juin Juillet Août Eté Juin Juillet Août Eté
- 16° 66 18» 32 17» 86 17° 61 54,5 60,1 56,5 171,1 12 13 12 37 226,0 243,0 222,0 691,0
- 16» 54 18»06 17» 73 17»44 59,3 45,1 102,0 206,4 16 13 23 52 184,1 197,3 163,7 545,1
- 18° 83 2i»42 21«93 20»73 66,7 47,4 51,5 165,6 12 8 8 28 269,5 286,6 302,8 858,9
- 20° 40 22» 50 22» 70 21°87 30,0 9,0 18,0 57,0 3 2 2 7 363,0 385,0 331,0 1079,0
- 19° 70 20» 89 21° 65 20»74 16,4 2,0 44,8 63,2 5 2 5 12 330,6 364,8 328,6 1024,0
- 21° 56 24» 04 23° 96 23» 19 0,0 1,0 31,7 32,7 0 1 6 7 345,5 371,0 299,4 1015,9
- 30° 4 35°0 30» 8 35° 0 y> » » » » » )) B )) )) » »
- 27» 6 31» 2 29° 8 31»2 » » » » B » )) » » )) )) )) ’
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- LES LIVRES NOUVEAUX
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- Précis de physique générale. — I. Introduction à la physique et à la mécanique, par A. Mercier. 1 vol., 190 p. — II. La chaleur, par P. et A. Mercier. 1 vol., 100 p.
- Leçons et problèmes sur l’équilibre statistique et l’évolution de la matière, par
- A. Mercier. 1 vol., 186 p. Dunod, Paris, 1948.
- Cette série d’ouvrages appartient à la collection de physique dirigée par le professeur de TUniversité de Berne. Le Précis ne contient ni le détail des notions élémentaires correspondant k renseignement du lycée, ni les détails d’un cours de licence de l’Université. Il est destiné à l’exposé des principes de la physique, illustré par des exemples caractéristiques et des applications importantes, afin que le lecteur ait une vue d’ensemble des choses de la physique en même temps que le sentiment de leur utilité. Le tome I est consacré au problème de la matière, au mouvement, à la masse en mouvement, aux notions de force, travail et énei’gie, à la relativité, à l’élasticité, aux fluides ; le tome II aux grandeurs d’état, à l’état thermique et à ses transformations, à la thermodynamique, à l’état gazeux, à l'état liquide, à l’état solide et aux basses températures. Le troisième ouvrage traite de la théorie cinétique des gaz et de la mécanique statistique.
- Uranium 235 et plutonium 289, par P. Comparât, P. EcocnARD, J. Lafoucrière et J. Thi-baud. 1 vol. broché, 110 p. Gauthier-Villars, Paris, 1948.
- Ce recueil de publications de l’Institut de physique atomique de rUniversité de Lyon traite de quelques-uns des aspects les plus récents de la physique atomique : la constitution générale de la matière, la matérialisation de l’énergie, la balistique atomique et les projectiles transmutants, le noyau atomique et les neutrons, l’utilisation énergétique de l’uranium avec quelques appendices sur l’effort technique de 1940 à 1946, la séparation de l’isotope 235 à l’état pur, la préparation du plutonium, la bombe nucléaire et l’aspect économique de l’énergie nucléaire considéré comme source de puissance.
- Cours de physique, par J. Lemoine et J. Guyot. 1 vol., 90 p., 48 üg, Vuibert, Paris, 1948.
- Ce livre forme le 6fi tome d'un cours de physique destiné aux élèves de mathématiques supérieures, de mathématiques spéciales et aux candidats aux grandes écoles. Il comprend des compléments d’électricité, consacrés aux courants alternatifs, pour les candidats aux Ecoles Navales et de l’Air. Après les propriétés générales du courant alternatif, on y trouvera l’exposé de la loi d’Ohm en courant alternatif (emplois de la méthode graphique et de la notation symbolique), l'étude des circuits en parallèle et des circuits complexes et l’application des méthodes de calcul du courant alternatif à l’étude de quelques réseaux. Des énoncés de problèmes complètent le livre.
- Transmission de la chaleur. Tomel. Le rayonnement thermique, par G. B.ibaui> et Ed. Brun. 1 vol., 166 p., 64 fig. Sennac, Paris, 1948. Get ouvrage est le premier tome d’un ouvrage en trois Allumes dont les suivants seront consacrés à la conduction et à la convection thermique, écrit par des maîtres dont l’autorité est incontestée. On y traite les grandeurs et relations fondamentales, les propriétés optiques des corps, les lois de Virchoff et les lois du rayonnement des corps noirs, les mesures de rayonnement, le rayonnement des corps incandescents, le rayonnement réciproque de deux corps, le rayonnement des gaz transparents et des flammes éclairantes, la transmission de la chaleur par rayonnement à travers une masse gazeuse et émettrice, l’étude thermique d’un four à flamme.
- Electricity, par M. M. Das. 1 vol. relié, 483 p. Thomas Murby, Londres, 1947.
- Ce livre est destiné aux étudiants d’un niveau correspondant aux premières années de nos écoles d’ingénieurs. Il est rédige suivant un plan logique, d’une manière très claire et objective sans développements mathématiques inutiles, en appuyant continuellement la théorie sur l’expérience et en gardant un point de vue pratique. On trouvera dans cet ouvrage de nombreuses indications sur les expériences à réaliser et à la lin de chaque chapitre des questions d’examens et des énoncés de problèmes.
- De l’électron au photon, par J. Pommet. 1 vol. 92 p., 35 fig. Éditions toulousaines de l’ingénieur, 1948. En vente chez Gauthier-Villars, Paris.
- Étude comparative des lois de l’électricité et de la lumière se terminant par un exposé des relations entre la masse et l’énergie. On y trouvera, à propos du microscope électronique, un tableau comparatif de l’optique lumineuse et de l’optique électronique.
- Cosmographie, par A.. Dan.ton. 1 vol. in-8°, 317 p., 173 fig., 32 pl. Haticr, Paris, 1948.
- Le directeur de l’Observatoire de Paris, professeur à la Sorbonne, a écrit, selon les nouveaux programmes, ce cours de cosmographie à l’usage des classes de mathématiques, qui est un ouvrage de hase que les élèves apprécieront. S’appuyant constamment sur l’observation, il donne à l’enseignement un accent de vie et de vérité et développe surtout les chapitres fondamentaux ou utiles, sans dépasser le niveau mathématique de l’enseignement secondaire. Avec précision et élégance, il traite successivement du mouvement diurne et de sa mesure, de la terre, du mouvement apparent du soleil qui conduit à l’équation du temps, du système solaire, de la lune et des éclipses, de la constitution du soleil, des étoiles, de la galaxie. Cette vue du monde, fort claire et bien à jour, est facilitée par de nombreux dessins et une série de photographies astronomiques bien choisies.
- Savoir le temps qu’il fera, par Jean Carel. 68 p., dessins, photos. Éditions sociales françaises, 7, rue Jadin, Paris (17e). Prix : 74 fr.
- Petite plaquette d’initiation aux observations météorologiques : construction des appareils et de l’abri, constatations au baromètre, thermomètre, hygromètre, examen du ciel et des nuages, prévisions personnelles, collaboration à l’E. G. M. C’est un excellent exercice et une saine distraction.
- A la recherche des mines d’or de Sibérie,
- 1928-1937, par John D. Littlepage. 1 vol. in-8°, 255 p.} 1 carte. Payot, Paris, 1948. Prix : 330 francs.
- Ingénieur américain aux mines d’or d’Alaska, l’auteur fut engagé en Russie et devint ingénieur en chef adjoint du trust de l’or soviétique. Cela lui valut de vivre en Sibérie, sur les contre-forts de l’Oural et de voyager jusqu’au Kazak-stan. Il assista ainsi à la ruée de l’or, à la soviétisation des nomades de ces régions et visita aussi d’autres mines. Sans aucun souci de politique, il apporte son témoignage vivant, sincère, sur l’effort des bolchevistes pendant ces dix années pour transformer et animer la Sibérie, sur les immenses richesses du sol et la pénurie des cadres. C’est un document de première main, riche d’observations, et ils sont si rares.
- L’eau à la ferme et dans la maison de campagne, par Maurice Puteaux. 1 vol. in-8°, 96 p., 35 fig. La Maison rustique, Paris, 1948. Prix : 120 francs.
- L’eau est necessaire ; il la faut saine, sous pression, sans mélange avec les eaux pluviales, usagées ; il la faut partout, à la cuisine, la salle de bains, aux cabinets, à la laiterie, à l’étable et à l’écurie. Ce petit livre est le guide pratique de l’usager, pour l’installation et l’entretien ; il lui indique ce qu’il faut faire et comment, les services officiels qu’il peut consulter.
- La physiologie végétale, par Raoul Combes. 1 vol. in-16, 128 p., 2 fig. Collection « Que sais-je ? ». Presses universitaires, 1948.
- Le professeur de la Sorbonne suit la matière qui pénètre dans les racines : eau, gaz, substances diverses, puis circule à travers les parenchymes, les vaisseaux et va se transformer dans les feuilles, par la photosynthèse, en glucose, puis en protides et en lipides ; la sève élaborée circule à son tour, respire, construit les nouveaux tissus, élimine les produits de désintégration. Toutes ces transformations empruntent l’énergie à la radiation solaire et aux réactions chimiques, manifestent les autres formes d’énergie : mécanique, électrique, thermique. C’est un fonctionnement physiologique qu’on commence à peine à analyser et à concevoir correctement, et aussi à relier aux autres formes de vie.
- Les champignons. Tableaux d’un monde étrange, par Roger Heim. 1 vol. in-4°, 144 p., 230 fig., 6 pl. en couleurs. Éditions Alpina, Paris, 1948. Prix : 2.000 francs.
- Les livres sur les champignons ne manquent pas, les uns élémentaires pour les mycophages, les autres savants pour les mycologues, mais ils n’explorent généralement pas tout ce monde étrange et sont loin d’en révéler tout l’intérêt. Le professeur du Muséum y introduit les profanes en maître de ce domaine et il en montre tous les aspects. On y découvre, en plus des champignons qui tuent et de ceux qui sont un régal, bien d’autres formes étonnantes, les ravageurs des plantes, des polypores et des mérules qui détruisent les bois aux moisissures des fruits et des légumes, ceux qui vivent avec des insectes, qu’ils leur servent de pâture ou qu’ils les exterminent, ceux qui sont devenus depuis peu les plus grands guérisseurs par la pénicilline et la streptomycine, etc. Des tableaux de déterminations terminent l’ouvrage. Celui-ci présente encore d’autres nouveautés : au lieu de dessins, 230 photographies admirables de vie et de vérité, prises par M. Vincent et l’auteur dans la nature, permettent de reconnaître les diverses espèces ; quelques compositions d’Yvonne Jean-ÏIaffen donnent une idée de la richesse des coloris des champignons dans les sous-bois. Et surtout, l’auteur se montre un biologiste de grande classe, riche d’idées générales, servi par un style imagé, clair, précis, qui font de son œuvre un livre remarquable, passionnant et somptueux.
- Biology of pathogenic Fungî, par Walter J. Nickerson. 1 vol. in-8°, 236 p., fig. Chro-nica botanica Gy, Wallham (Mass.) ; Le Sou-dicr, Paris, 1947. Prix ; relie toile, 5 dollars.
- Longtemps à peine connus, difficilement classés, les champignons inférieurs se sont récemment révélés d’une importance extrême. Certains guérissent comme les Pénicillium, les Strepto-myces ; d’autres, au contraire, sont pathogènes, tels les teignes, les actinomycètes et tant d’autres. Leur étude a progressé pendant cette guerre et un récent symposium a fait le point des connaissances acquises. Ce livre en est résulté, œuvre des spécialistes de la question. On a distingué les diverses espèces, relevé leur distribution géographique et celle des maladies qu’ils provoquent, surtout étudié leur métabolisme souvent très spécial et expérimenté l’action des sulfamides et des agents antibiotiques. On y trouve tout ce qui vient d’être acquis et des orientations pour les recherches prochaines.
- Botanik der Gegenwart und Vorzeit, par
- Karl F. W. Jessen (1864). 1 vol. in-16, 495 p. Collection « Pallas ». Chronica botanica, Waltham, Mass. ; Le Soudier, Paris, 1948. Prix : 6 dollars.
- La collection Pallas se propose de publier des réimpressions d’ouvrages scientifiques classiques actuellement introuvables ou difficiles à consulter. Elle commence par le livre de Jessen, publié à Leipzig en 1864, fort peu connu, qu’on peut considérer comme la meilleure histoire de la botanique, bien supérieure à celle de Sachs, parue en 1875 qu’on trouve communément citée. Le volume est reproduit par offset, ne imrietur, et sera pour beaucoup une révélation. On y trouve l’analyse et le commentaire de tout ce qu’on a écrit des plantes, depuis les temps les plus anciens jusqu’au milieu du xix® siècle.
- La vie des Tardigrades, par Raoul-Michel May. 1 vol. in-8°, 133 p., 41 pl. Collection « Histoires naturelles ». Gallimard, Paris, 1948. Prix : 460 francs.
- Les Tardigrades sont de très petits animaux qu’on trouve sur les mousses, les lichens, par temps humide. Lorsque le milieu se dessèche, ils se ratatinent et supportent ainsi très longtemps, plusieurs années même, l’anhydrobiose, la chaleur, le froid, la privation d’oxygène, sans mourir. Cette résistance extraordinaire suivie d’une rapide reviviscence quand le milieu redevient favorable a attiré l’attention et provoqué maintes expériences que l’auteur rappelle pour montrer l’intérêt de ces animalcules pour le biologiste.
- Petit atlas des poissons. Fascicule III. Poissons des eaux douces. Espèces françaises, par F. Angel. 1 vol. in-8°, 137 p., 51 fig., 16 pl. en noir et en couleurs. Boubée et GIe, Paris, 1948.
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- Nouvelle édition très augmentée de ce petit ouvrage. On y trouve l’étude des eaux douces (température, aération, etc.), la biologie des poissons qui y vivent, les méthodes de. pisciculture, spécialement pour la cirpe et la truite, la description des espèces, leurs modes de vie et leur figuration en une série de planches en couleurs, très exactes, peintes par l’auteur.
- Traité complet de pêche à la truite, par Joe Combrets. 1 vol. in-8°, 220 p., 208 fig. Payot, Paris, 1948. Prix : 480 francs.
- Ce livre traite des diverses méthodes de pèche à la truite, sportives et autres : pêche au ver, aux larves aquatiques, au vairon, au lancer, à la mouche naturelle et artificielle. Écrit par un enthousiaste, il sera certainement bien accueilli par tous ceux qui s’intéressent à la pèche à la truite. On regrettera avec lui que la France qui possède un domaine piscicole admirable attache si peu d’importance à la protection de ces richesses naturelles que sont les salmonidés.
- British sea Birds, par C. A. Gibson-IIill. 1 vol. in-4°, 144 p., dessins, photographies hors texte de l’auteur. 'Witherby, 5, Warwick Court, London W. C. 1, 1947. Prix : 18 sh.
- 24 espèces d’oiseaux de mer nichent régulièrement dans les Iles britanniques ; quelques autres y passent durant leurs migrations ou occasionnellement. L’auteur les a toutes observées et photographiées, sauf les Pétrels qu’on ne voit pas à terre de jour. Il donne de chacune la description, les mœurs, la distribution géographique, montre la nidification et l’aspect des jeunes, dessine la silhouette en vol. présente dans d’admirables photographies la vie sur le littoral de ces oiseaux de grande allure : cormorans, goélands, mouettes, sternes, guille-mots, puffins, fous de bassan, macareux, etc.
- La vie des animaux sauvages du Kénia, par ie Dr Emile Gromier. 1 vol. 16 x 21, 214 p.,
- 1 carte, 16 pl. Durel, Paris, 1948. Prix : 450 francs.
- La vie des animaux sauvages de la région des Grands Lacs, par le Dr Émile Gromier.
- 1 vol. 16 x 21, 191 p., 1 carte, 16 pl. Durel, Paris, 1948. Prix : 450 francs.
- L’auteur a parcouru les régions les plus riches de l’Afrique en faune sauvage, grâce aux réserves constituées par les Belges et les Anglais. Il a chassé et observé les bêtes sauvages, de l’éléphant aux plus petits mammifères et offre au lecteur des récits vivants et passionnants de ses expéditions. Ses livres sont illustrés de ses propres photographies. La grande médaille de la Société d’Acclimatation de France qui vient d’être attribuée au Dr Gromier consacre les services rendus à l’étude de la faune africaine. Ses ouvrages s’adressent à tous les amateurs de chasse, de nature et d’émotions vécues, auxquels ils apportent un témoignage vivant des choses de la nature de ces régions de l’Est africain.
- Homme de la brousse, par le Major P. J. Pre-torius. 1 vol. in-8°, 202 p. Payot, Paris, 1948. Prix : 300 francs.
- Un homme étonnant, que le Maréchal Smuts présente avec éloges parce qu’il fut en Afrique orientale, pendant la guerre de 1914, chef du service des renseignements anglais, raconte dans ce livre quelques-unes de ses aventures, du Kénya au Cap. Elles commencent par la des truction du croiseur allemand « Kcinigsberg » réfugié dans l’embouchure de la Rufidji, découvert, repéré, canonné grâce à la prospection aventureuse de Pretorius, aidé d’indigènes amis ; elles finissent par la prise d’un film de chasse aux éléphants, aux lions et au léopard, qui fut une série de défis à la mort. Entre temps, on le voit harceler les troupes allemandes d’Afrique, fréquenter les pygmées et les indigènes dont il parle la langue, chasser éléphants, rhinocéros, lions, buffles, tous les animaux de la forêt et du veldt dont il décrit les mœurs et les ruses, dans des paysages inconnus ou à peine entrevus.
- Chasse à la baleine, par René Garm. 1 vol. in-16, 179 p., 51 fig. Attinger, 4, rue Le Goff, Paris, 1948. Prix : 450 francs.
- L’importance croissante des entreprises baleinières de l’Antarctique a fait oublier d’autres terrains de pèche des cétacés, par exemple la côte occidentale de Norvège, au large de
- Trondhjem. L’auteur a vécu dans le port de Hestres, dans l’île d’Hitra, il a embarqué sur un baleinier, il a participé à la chasse, il a photographié l’approche du gibier, son souffle, son harponnage, son amarrage le long du
- bateau ; il a vécu avec les marins norvégiens et il conte cette rude vie, ces aventures, de manière si vivante qu’il fait participer le lecteur à l’action.
- Le parasitisme, par Jean G. Baer. 1 vol.
- in-8°, 235 p., 138 fig., 5 pl. Rouge et Gl% Lausanne ; Masson et G10, Paris, 1946. Prix : 420 francs.
- C’est un grand problème biologique que le parasitisme et les relations étroites, souvent spécifiques, qu’il montre entre l’hôte et son
- parasite. Le professeur de l’Université de Neuchâtel passe en revue les cas qu’on connaît dans tous les groupes : Protozoaires, Arthropodes, Mollusques, Vers, et particulièrement les Acanthocôphales, Nématodes, Trématodes et Ces-todes, ces derniers les plus adaptés de tous. Il examine la spécificité parasitaire qui parfois est si stricte qu’elle éclaire la phylogénie, les actions réciproques tendant vers un équilibre entre les deux êtres associés, les hypothèses sur l’origine et l’évolution de ce mode très particulier de vie.
- Manuel de paléontologie animale, par Léon Moret, 2" édition. 1 vol. in-8°, 745 p., 274 fig., 12 tableaux. Masson et C'“, Paris, 1948. Prix : 2 000 francs.
- Voici revue, augmentée, mise à jour, la 2e édition du manuel rapidement devenu classique du professeur de l’Université de Grenoble. C’est
- avant tout le guide de l’étudiant, mais c’est aussi un livre d’initiation précise pour le curieux des êtres passés, le géologue, l’évolutionniste, le biologiste. Il débute par un exposé des fossiles et de la fossilisation en général et des résultats que la paléontologie apporte aux problèmes de systématique, de stratigraphie, d’évolution. Les divers groupes animaux sont ensuite passés en revue, depuis les Protozoaires jusqu’à l’Homme, en tenant compte, notamment pour ce dernier, des découvertes les plus récentes. De très nombreuses illustrations, toutes dessinées par l’auteur, complètent le texte et font connaître la multitude des formes anciennes déjà rencontrées qu’elles aident à reconnaître.
- Les facteurs chimiques de cancérisation, par René Truhaut. 1 vol. broché, 174 p., hors texte. Société d’édition d’enseignement supérieur, 99, boul. Saint-Michel, Paris, 1948.
- Lé problème du cancer, son origine, son traitement demeure toujours incertain. Néanmoins dans ces dernières années les physico-chimistes ont pu étudier des substances cancérigènes et aborder le mécanisme de leur action qui paraît être lié à leur structure électronique. Ce livre fait le point de ces recherches. Il est pourvu d’une abondante bibliographie bien à jour.
- Introduction à la caractérologie, par W. Bo-
- ven. 1 vol. in-16, 148 p., 23 fig. hors texte. Collection Sciences et médecine. Rouge et G‘“, Lausanne ; Masson et G18, Paris, 1946.
- La caractérologie est naturellement la science du caractère. Elle est née des efforts des psychologues et des psychiâtres pour trouver des indices certains de la personnalité, de la constitution, du tempérament et réussir le classement des divers types humains. Le professeur de Lausanne présente trois des récents essais dans ce sens : la typologie de Kretschmer qui considère surtout les formes corporelles : lepto-somes, pyenoïdes, athlétoïdes ; la typologie des frères Jaensch qui distingue des intégrés et des désintégrés au souvenir et à l’évocation d<-s images visuelles ; enfin, le psychodiagnostic de Rorscliach qui fait actuellement beaucoup de bruit et pénètre dans les milieux pédagogiques, basé sur l’interprétation que chacun donne à des taches plus ou moins informes. L’auteur y ajoute un chapitre sur l’hérédité du caractère basée sur l’observation des jumeaux.
- Heredity, par A. Franklin Shull. 4' édition.
- 1 vol. in-8°, 311 p., 153 fig. Mc Graw-Hill, London, 1948. Prix : relié toile, 22 shillings. Le cours du professeur de zoolog’e de l’Université de Michigan est devenu un ouvrage classique de la question de l’hérédité, précisée par la génétique jusqu’aux expressions mathématiques et aussi, depuis peu, jusqu’à l’expérimentation biochimique sur les gènes. Dans cette nouvelle édition, on retrouve les données classiques depuis Mendel et aussi les dernières acquisitions sur le facteur sanguin Rh et sur les problèmes de population, de races, d’immigration qui forment un vaste domaine de la génétique appliquée.
- LE CIEL EN DÉCEMBRE 1948
- SOLEIL : du 1er au 21, sa déclinaison décroît de —21°50' à
- — 23°27', puis croît jusqu’à — 23°»' le 31 ; la durée du jour passe de 8h31m le 1er à 8hiim le 22 et à 8M6m le 31. Solstice d’hiver le 21 à 22h33m2os. Diamètre apparent le 1er = 32'29",94, le 31
- - 32'35",06. — LUNE : Phases : D. Q. le 8 à 13h57“, P. L. le 16 à 9Mlm, P. Q. le 23 à 5M2m, N. L. le 30 à 9h44m ; apogée le 8 à llh (diam. app. 29'34") ; périgée le 20 à 17h (diam. app. 32'24"). Principales conjonctions : avec Jupiter le 2 à loh47m, à 4°29' N., et avec Mars à 17hSm, à 3°28' N. ; avec Uranus le 16 à Î6ho0m, à 3°38' S. ; avec Saturne le 21 à Sholm, à 2°57' S.; avec Neptune le 24, à 4Mlm, à 0°2' S. ; avec Vénus le 28 à 6h20m, à 4°18' N. ; avec Jupiter le 30 à lih41m, à 4°39' N. ; avec Mercure le 31, à 6h3Sm, à 2°46' N., et avec Mars à 18h42m, à 3°58' N. Principales occultations : de 29 Bélier (6m,l) le 13, immers, à lh16m,9 ; de 28 Cancer (6m,l) le 19, émers. à 2ho9m,9. — PLANETES : Mercure, inobservable, en conjonction sup. avec le Soleil le 12 ; Vénus, étoile du matin, se lève le 14 à 4ho8m, en conjonction avec (3 Scorpion le 2.2 à 6h, à 0°23' S. ; Mars, dans le Capricorne, et Jupiter, dans le Sagittaire, inobservables ; Saturne, dans le Lion, visible une grande partie de la nuit, se lève à 2ih67m le 14,
- diam. pol. apparent 16",7, anneau gr. axe 41",9, petit axe 5",4 ; Uranus, dans le Taureau, en opposition avec le Soleil le 20, diam. apparent 3",8 (position le 26 : 5h53m et + 23°39') ; Neptune, visible le matin, dans la Vierge, se lève le 26 à Oh48m (position . 12*S8f et— 4°30'), diam. app. 2",4. — ÉTOILES EILANTES : Gréminides du 9 au 12, radiant vers a Gémeaux. — ÉTOILES VARIABLES : Minima observables d’Algol (2m,2-3m,5) : le 2 à 3H301», le 7 à 22*1®, le 10 à 17*37“ le 22 à 6M4“, le 26 à 3*0“ le 27 à 22ho2m, le 30 à 19h41m ; Minima de P Lyre (3m,4-4m,3) : le 2 à 21^, le 15 à 19*, le 28 à 16* — ÉTOILE POLAIRE : Passage supérieur au méridien de Paris : le 6 à 20h36m38s, le 16 à 19h57m30s, le 26 à 19M8mls.
- Phénomènes remarquables. — Observer à la jumelle, le 22 à l’aube, la conjonction de Vénus et de (3 Scorpion (magnitude 2,9, double). Rechercher à la jumelle et à l’œil nu, vers le 20, Uranus en opposition, dans le Taureau (magnitude 6,8).
- (Heures données en Temps universel ; tenir compte des modifications introduites par l’heure en usage).
- G. Fournier.
- Le gérant : G. Masson. — masson et cie, éditeurs, paris. — dépôt légal : 4e trimestre iq48, n° 689. — Imprimé en France;
- BARNÉOUD FRÈRES ET Cle, IMPRIMEURS (3lo566), LAVAL, N° 964. — II-ig48.
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- N° 3164
- Décembre 1948
- LA NATURE
- Fig. 1. — Le Pavillon de Breteuil (Trianon de Saint-Cloud) a la fin du XV11° siècle.
- Le système métrique
- et le Bureau internation
- De tout temps, la nécessité de posséder des mesures et des poids s’est imposée aux peuples pour effectuer les transactions commerciales et en assurer la loyauté. Un tel objectif ne pouvait toutefois être pleinement atteint que par l’établissement d’un système de poids et mesures où les unités effraient des garanties parfaites d’uniformité et d’invariabilité. Aussi nous représentons-nous avec peine, à notre époque de commerce international intense, les difficultés qui existaient avant la création et l’adoption quasi-universelle du système métrique, dont le développement fut à l’origine de la fondation du Bureau international des Poids et Mesures.
- Situation avant le système métrique.— L’histoire des poids et mesures, a-t-on écrit, est pour une grande part l’histoire de la civilisation. Malgré l’intérêt d’un tel sujet, il ne peut
- al des Poids et Mesures.
- être question; dans le cadre de cet article, d’en retracer les diverses étapes. Un fait domine toutefois : jusqu’à la fin du xviii6 siècle, les unités de longueur et de poids variaient, non seulement d’une nation à l’autre, mais également, dans chaque pays, d’une région à l’autre. L’uniformité était illusoire : c’est ainsi, qu’en France, une même mesure de longueur variait plusieurs fois entre Paris et Bordeaux, que l’unité de superficie était fonction de la nature du terrain ou de l’objet à mesurer, et que le poids de la livre valait io, 12, i4, 16 ou 18 onces selon les localités. La multitude des noms employés, pour des unités mal déterminées, ajoutait encore à la confusion.
- Les inconvénients d’une telle situation n’échappèrent pas à quelques souverains, qui prirent d’énergiques mesures pour y remédier : César cherche à imposer en Gaule les lois romaines relatives aux poids et mesures, assure la conservation des éta-
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- Ions dans certains lieux sacrés, et punit sévèrement les fabricants de fausses mesures ; Charlemagne crée des. étalons uniformes gardés au Palais Royal, décrète l’emploi de mesures identiques dans toute l’étendue de son empire et nomme des fonctionnaires chargés de veiller à la sécurité des transactions.
- D’aussi' sages mesures d’unification et de contrôle ne survécurent malheureusement pas à leurs promoteurs, et les rivalités seigneuriales se manifestèrent à nouveau. Chaque seigneur introduisit dans son fief des poids et mesures conformes à ses usages et à ses intérêts, frappés, le plus souvent-, de « droits d’étalonnage ». A diverses reprises, sous Philippe le Bel, Louis XI, François Ier, Louis XIV, de nouvelles tentatives d’unification se dessinèrent; toutes échouèrent plus ou moins rapidement, malgré les bonnes intentions des États-Généraux qui réclamaient « un Roi, une Loi, un Poids, une Mesure ».
- A la veille de l’établissement du système métrique, l’anarchie qui régnait était telle qu’un étranger constatait que « l’infinie confusion des mesures dépasse tout ce qu’on peut imaginer » et que Talleyrand s’indignait d’une « variété dont la seule étude épouvante ».
- La création du système métrique. — Il fallut attendre le grand souffle de la Révolution française, désireuse de voir disparaître les vestiges de la féodalité, et l’influence des savants français qui réalisèrent la portée internationale d’un tel progrès, pour que le problème fût repris à sa base et qu’une réforme complète fût accomplie.
- C’est à Talleyrand, évêque d’Autun, que l’on doit le premier projet d’unification des poids et mesures, déposé en 1790 à l’Assemblée Constituante. Après un examen des diverses propositions relatives à la nouvelle unité (toute unité de mesure déjà usitée dans un pays étant exclue), on décida de fixer le choix sur un étalon dont la grandeur fut empruntée à des phénomènes naturels; parmi ceux-ci on retint : la longueur du pendule battant la seconde, le quart du cercle de l’équateur terrestre, le quart du méridien terrestre. C’est ce dernier qui fut finalement adopté, et le décret du ier août 1793 déclara que « le nouveau système des poids et mesures, fondé sur la mesure du méridien de la Terre, et la division décimale, servira uniformément dans toute la République ».
- Les astronomes français Delambre et Méchain furent chargés de mesurer, en fonction de la toise, la méridienne de France entre Dunkerque et Barcelone (1792-1798) et la dix-millionième partie du quart du méridien terrestre devint l’unité fondamentale de longueur et reçut le nom de mètre.
- Simultanément, on décida de déduire la nouvelle unité de poids de l’unité de volume, elle-même déduite de l’unité de longueur. Ce travail, confié à Lavoisier et Ilaüy, fut entièrement repris par Lefèvre-Gineau, assisté par la suite de Fabroni, qui déterminèrent le poids d’un volume connu d’eau en pesant successivement dans l’eau et dans l’air un cylindre creux en laiton de dimension soigneusement déterminée. De ces opérations on évalua, par rapport au poids moyen de la pile de 5o marcs dite « de Charlemagne », le poids du décimètre cube d’eau distillée prise à son maximum de densité et pesée dans le vide, valeur qui fut adoptée comme poids de la nouvelle unité : le kilogramme.
- Sans attendre les résultats définitifs de ces mesures, la loi du 18 Germinal an III (7 avril 1795), instituant le système métrique décimal en France, fixa la nomenclature des nouvelles unités de longueur (mètre), de superficie (are), de capacité (litre) et de poids (gramme) cette dernière (remplacée ultérieurement par le kilogramme) correspondant au poids absolu d’un volume d’eau pure égal au cube de la centième partie du mètre, et à la température de la glace fondante (plus tard à 4°C.).
- Des étalons matériels des unités de longueur et de poids (masse), conbus sous les noms de Mètre et Kilogramme des Archives, furent établis en platine aggloméré, sous la forme d’une barre à section rectangulaire pour le mètre (étalon à bouts) et d’un cylindre poli de diamètre égal à la hauteur pour le kilogramme. Ces prototypes furent présentés au Corps législatif le 4 Messidor an VII (22 juin 1799) et la loi du 19 Frimaire an VIII (10 décembre 1799) leur assigna une valeur légale; il apparut en effet difficile de maintenir les définitions primitives : toute nouvelle mesure de l’arc du méridien entraînerait un changement de l’unité de longueur.
- Nous n’insisterons pas sur les avantages du système métrique qui sont suffisamment connus; rappelons seulement en quelques mots ses principales caractéristiques : il est, tout d’abord, entièrement décimal comme le système de numération; les mesures de surface et de volume sont obtenues en effectuant le carré et
- 2. — Le Pavillon de Breteuil actuel, siège du Bureau international des poids et mesures.
- A gauche : les laboratoires ; à droite : bureaux, bibliothèque et habitations.
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- Fig. 3. — Le kilogramme des Archives et son écrin.
- le cube des mesures de longueur; les poids sont en relation avec les mesures de volume; les noms des multiples et sous-mulliples, à l’exception de quelques-uns, sont obtenus par une simple adjonction de préfixes : kilo (k) = i ooo, hecto (h) = ioo, déca (da) = io, déci (d) — 0,1, centi (c) = 0,01, milli (m) = 0,001. •
- En France, l’introduction du système métrique connut des débuts lents et difficiles, non seulement à cause de la période troublée de cette époque, mais aussi de la nécessité de vaincre les habitudes acquises. De plus, un décret du Gouvernement impérial en 1812, autorisant la construction de poids et mesures, fractions ou multiples des nouvelles unités, mais désignés sous les anciennes dénominations, apporta de nouveau la confusion.
- Celle-ci ne disparut définitivement qu’à la promulgation de la loi du 4 juillet 1837 qui interdisait, à partir du Ier janvier i84o, tous les poids et mesures autres que ceux du système métrique décimal (1).
- Extension du système métrique, et création du Bureau international des Poids et Mesures. -- Peu à
- peu connu et apprécié des nations étrangères, le système métri-que, cette magnifique réalisation française que ses promoteurs avaient destinée « A tous les temps, à tous les peuples », fit de rapides progrès dans le monde : quelques provinces italiennes l’adoptent dès le commencement du xix® siècle; en 1816 il est déclaré obligatoire dans les Pays-Bas (le Bénélux actuel); l’Espagne l’accepte en 1849. Après 1860 les adhésions se multiplient. En Angleterre, un bill du 29 juillet 1864 autorise l’emploi des poids et mesures métriques concurremment avec le système britannique; le 28 juillet 186G, les Etats-Unis d’Amérique prennent une décision analogue (2).
- Devant cette rapide expansion, et à la suite de vœux exprimés par diverses sociétés savantes étrangères, l’idée de la création d’un organisme international des poids et mesures fut envisagée. En 1870 et en 1872, le Gouvernement Français prit l’initiative de convoquer une Commission internationale du Mètre, à laquelle répondirent vingt-quatre pays, et qui émit le vœu de la création d’un Bureau international des Poids et Mesures. Ce n’est que quelques années plus tard que l’établissement de ce Bureau fut officiellement sanctionné par une Conférence diplomatique internationale, tenue à Paris, qui aboutit à la
- 1. La loi française actuelle sur les unités de mesures est celle du 14 janvier 1948 (décret n' 48-389 du 28 février 1948), modifiant la loi du 2 avril 1919.
- 2. Actuellement, seuls les États-Unis, la Grande-Bretagne et ses Dominions figurent parmi les grandes nations où le système métrique n’est pas entièrement obligatoire. Il est toutefois presque exclusivement employé dans le domaine scientifique, et de nombreux techniciens américains réclament son adoption obligatoire (cf. Microtechnic, 1947, 1, 288 ; La Nature, 1948, n° 3155, 83).
- signature, par les représentants de 18 Etats, de la Convention du Mètre (20 mai 1875).
- La mission initiale essentielle de cette Institution permanente, entretenue à frais communs par les États signataires de la Convention du Mètre et dont le siège fut fixé en France, berceau du système métrique, était de construire et de conserver les étalons définitifs du mètre et du kilogramme, de leur comparer les étalons nationaux fournis aux différents Etats, et d’assurer la propagation du système métrique dans le monde.
- Quelques notes historiques sur le Pavillon de Breteuil. — Le choix de l’emplacement où serait établi ce Bureau international se porta finalement sur le domaine du Pa,villon de Breteuil, lieu paisible et soustrait aux trépidations, mis gracieusement à la disposition du Comité international des Poids et Mesures par le Gouvernement français, et constituant ainsi une petite enclave internationale en territoire français.
- Situé à l’orée du Parc de Saint-Cloud, au-dessus de la Manufacture nationale de porcelaine de Sèvres, le Pavillon de Breteuil date du milieu du xvue siècle, époque à laquelle Louis XIV fit cadeau de ce domaine à son frère le duc Philippe d’Orléans. Ce dernier fit effectuer d’importants travaux d’embellissement, des parterres furent dessinés par Le Nôtre — le grand artiste à qui l’on doit, entre autres, les magnifiques jardins du château de Versailles —, et cette propriété devint le Trianon de Saint-Cloud, dépendance du château de ce nom détruit pondant la guerre de 1870.
- En 1743, la propriété fut achetée par le marquis de Breteuil, d’où son nom actuel. Sous Napoléon Ier, elle prit le nom de Pavillon d’Italie; les Impératrices Joséphine et Marie-Louise, Caroline Murat, la Reine Ilortense et ses enfants, dont le futur Napoléon III, y séjournèrent de 1808 à 1812. En i8i5, les Prussiens du général Blücher occupent le Pavillon, qui est alors dévasté.
- Délaissée pendant la Restauration, la demeure est reprise en i848 par Napoléon III, qui y loge sa cousine la princesse
- Fig. 4. — Extrémité d’un mètre-prototype en platine iridié, identique au mètre international.
- On distingue la plage polie spéculairement, ou mouche, sur laquelle est tracé un groupe de trois traits dont celui du milieu définit, avec son homologue de l’autre extrémité, la longueur du prototype. Deux traits longitudinaux — non visibles sur la figure par suite de la direction de l’éclairage — recoupent ces trois traits.
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- Mathilde. Puis, c’est, de nouveau la guerre franco-allemande de 1870, et durant le siège de Paris, le Pavillon de Breteuil est sérieusement endommagé par l’artillerie française qui, installée au Point-du-Jour (Porte de Saint-Cloud), cherchait à neutraliser une batterie allemande située dans les environs immédiats du Pavillon.
- C’est dans un état délabré que le bâtiment est remis au Comité international en 1875. Ce dernier fit exécuter les réparations nécessaires, et un nouveau bâtiment, destiné à abriter les appareils scientifiques, fut construit et achevé en 1878. Plus récemment (iqSo), à la suite de l’extension des attributions du Bureau international, de nouveaux laboratoires furent érigés grâce à une subvention de la Rockefeller Founclalion,
- Durant la seconde guerre mondiale, les bombardements sur la région parisienne épargnèrent dans l’ensemble le Pavillon de Breteuil; seules les attaques aériennes dirigées sur les usines Renault, principalement celle du 3 mars 1942, occasionnèrent quelques dégâts aux bâtiments, sans toutefois endommager les instruments scientifiques.
- Les prototypes internationaux du Mètre et du Kilogramme. — Passant à l’exécution du programme de travail fixé, la Commission internationale du Mètre et le Bureau international établirent, sous la direction d’un Comité international, les nouveaux mètres et kilogrammes destinés à servir, d’une part de prototypes internationaux, d’autre part de prototypes nationaux pour être distribués aux différents Étals.
- Ces étalons furent construits en un alliage de 90 pour 100 de platine et 10 pour xoo d’iridium, mis au point par H. Sainte-Claire Deville, possédant une inaltérabilité absolue, une grande dureté, un coefficient d’élasticité élevé et une aptitude à recevoir un beau poli (1).
- Alors que la longueur du Mètre des Archives était définie par la distance de ses faces terminales (étalon à bouts), la Commission se prononça, pour les nouveaux Mètres, en faveur de l'étalon ô. traits dont la longueur est définie par l’intervalle séparant deux traits tracés. A la suite des études de H. Tresca, on choisit la forme bien connue à section transversale en X avec talons; cette section permet d’effectuer le tracé des traits sur le plan des fibres neutres, mis à nu sur toute la longueur de la règle, et de rendre ainsi la longueur de l’étalon indépendante des effets de la pesanteur, quel que soit le mode de support. Ce profil présente, en outre, l’avantage de posséder un moment d’inertie élevé (lequel mesure la résistance de la règle aux déformations), pour une faible quantité de matière; cet avantage est appréciable si l’on .tient compte de la valeur des métaux précieux qui enlrent-xlans la fabrication d’un Mètre dont le poids est en moyenne de 3 3,pb g.
- Pour les Kilogrammes, on' conserva la forme adoptée pour le Kilogramme des Archives : cylindre parfaitement poli, de diamètre (39 mm) égal à la hauteur, avec arêtes très légèrement arrondies.
- Une fois les Mètres établis, on procéda, en 1888, à une importante intercomparaison de toutes les règles, auxquelles on avait adjoint un prototype provisoire comparé directement au Mètre des Archives. Un travail similaire fut exécuté pour les Kilogrammes.
- Ces comparaisons achevées, les prototypes internationaux du Mètre et du Kilogramme furent choisis parmi les étalons dont la valeur s’approchait le mieux de celle du Mètre et du Kilogramme des Archives. Ces prototypes et leurs « témoins »,
- 1. Un exemple de la stabilité de cet alliage est fourni par les prototypes serbes qui, en 1915, sous la menace de l’invasion autrichienne, effectuèrent à dos de mulet le voyage de Belgrade à' Gorfou ; par rapport aux valeurs de 1889, les variations de longueur et de masse observées à la suite d’une vérification exécutée en 1920, furent respectivement de 0,0002 mm et 0,00001 g environ.
- Fig. 5. — Le dépôt des prototypes métriques.
- Le kilogramme international, sous sa triple cloche en verre, encadré de ses quatre témoins ; dans les étuis métalliques, le mètre international et ses
- témoins.
- propriété commune des Étals adhérents à la Convention du Mètre, sont déposés dans un des caveaux du Pavillon de Breteuil, à 8 m sous terre, où la température varie entre 8 et i5°C. Trois clés, dont sont dépositaires trois personnalités différentes (le Président du Comité international, le Directeur des Archives de France, et le Directeur du Bureau), sont nécessaires pour accéder à ce caveau ; le Directeur du Bureau ne peut pénétrer dans le dépôt des prototypes métriques qu’en vertu d’une résolution du Comité International, et en présence d’au moins un de ses membres.
- Au cours de la Première Conférence générale des Poids et Mesures (septembre 1889),. on procéda par tirage au sort à la répartition des prototypes nationaux entre les différents États qui en avaient fait la demande. Les copies n° 8 pour le mètre et n° 35 pour le kilogramme échurent à la France; celles-ci, primitivement conservées aux Archives nationales, sont maintenant déposées au Conservatoire national des Arts et Métiers, à Paris, et représentent les étalons légaux français. C’est également à cette date que furent sanctionnées les nouvelles définitions du mètre et du kilogramme, à savoir : le mètre (ou le kilogramme) est la longueur à o°C. (ou la masse) du prototype international en platine iridié déposé au Pavillon de Breteuil à Sèvres (*-).
- Régime du Bureau international des Poids et Mesures. — Du point de vue organisation, l’autorité suprême dont dépend le Bureau international émane de la Conférence générale des Poids et Mesures, formée des délégués de toutes les nations adhérentes à la Convention du Mètre (2). Cette Conférence, dont la présidence est attribuée au président en exercice
- 1. Le mètre international, comme le mètre des Archives sur lequel il a été copié, est d’environ 0,2 mm inférieur à la dix-millionième partie du quart du méridien terrestre, définition première du mètre. De même pour le kilogramme international, qui excède d’environ 0,027 g la masse du décimètre cube d’eau pure prise à son maximum de densité, définition première du kilogramme.
- 2. Ces 33 États sont actuellement les suivants : Allemagne, Australie, Argentine, Autriche, Belgique, Bulgarie, Canada, Chili, Danemark, Dire, Espagne, États-Unis d’Amérique, Finlande, France et Algérie, Grande-Bretagne, Hongrie, Italie, Japon, Mexique, Norvège, Pays-Bas, Pérou, Pologne, Portugal, Boumanie, Siam, Suède, Suisse, Tchécoslovaquie, Turquie, U.R.S.S., Uruguay, Yougoslavie.
- Il est à noter que cette liste ne mentionne pas tous les pays qui ont adopté le système métrique, mais seulement ceux — métriques ou non -— adhérents de la Convention du mètre.
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- de l’Académie des Sciences de Paris, sé réunit tous les six ans, et la neuvième s’est tenue à Sèvres en octobre 1948. Les décisions d’ordre scientifique et administratif de la Conférence générale sont exécutées par un Comité international permanent, composé actuellement de 18 membres au maximum appartenant tous à des pays différents, qui se réunit tous les deux ans. Le Président actuel de ce Comité est un Anglais (M. J. E. Sears), et le Secrétaire un Belge (M. M. Dehalu) ; le membre français est M. L. de Broglie.
- Le Bureau international, composé d’un personnel scientifique, administratif et technique (*) est placé sous la haute surveillance du Comité international ; la direction du Bureau est assurée par un Directeur (actuellement un Français, M. A. Pérard) nommé au scrutin secret par ce Comité. Le Président et le Secrétaire du Comité et le Directeur du Bureau doivent appartenir à des pays différents.
- L’entretien du Bureau est assuré par les contributions payées par chaque Etat adhérent de la Convention du Mètre. La dotation annuelle récemment portée à 175 000 francs-or est répartie d’après la population de chaque pays, avec un minimum de o,5 pour 100 et un maximum de i5 pour 100 de la dotation totale (1 2).
- Activités du Bureau international des Poids et Mesures. — Les Laboratoires du Bureau international abritent des instruments mélrologiques de haute précision destinés aux comparaisons des prototypes du mètre et du kilogramme, et à l’exécution des études et recherches relevant de ses attributions. C’est dans ces laboratoires que le grand physicien américain A. A. Michelson effectua en' 1892, en collaboration avec J. R. Benoît, alors Directeur du Bureau, la première détermina-
- II ne peut être question de passer en revue tous les travaux exécutés au Bureau depuis sa fondation; citons au hasard, en dehors des vérifications périodiques des Mètres et des Kilogrammes nationaux et des déterminations métrologiques demandées par les Etats et les particuliers, les principaux d’entre eux : études sur la thermométrie, la barométrie, l’hygrométrie, la dilatation des solides et des liquides, la densité de l’eau, des gaz et des solides, les propriétés des alliages, les étalons à bouts plans et sphériques, les règles et fils géodésiques, les méthodes d’étalonnage des échelles divisées et des séries de poids; la détermination des valeurs des longueurs d’ondes lumineuses, de l’accélération de la pesanteur, du volume du kilogramme d’eau, etc..., travaux qui ont fait l’objet de mémoires et notes publiés dans les 20 volumes de ses Travaux et Mémoires et dans les Procès-Verbaux des séances du Comité International.
- En 1927, à la suite d’une proposition du National Bureau oj Standards de Washington, les attributions du Bureau international se sont étendues au domaine des unités électriques et photométriques. Des copies des étalons nationaux de force électromotrice (volt), de résistance (ohm), d’intensité lumineuse (can-dela) et de flux lumineux (lumen) de divers pays sont déposées au Pavillon de Breteuil qui est chargé d’effectuer les intercomparaisons de ces unités, et d’en déduire une unité internationale moyenne que tous les pays s’engagent à accepter au même titre que le Mètre et le Kilogramme internationaux.
- Ces dernières années, les Comités consultatifs d’Ëlectricité de Photométrie et de Thermométrie, composés de spécialistes dans ces domaines, ont été institués auprès du Comité international; ces Comités, qui tiennent séances au Bureau international, sont chargés de coordonner toutes les études sur ces questions et de proposer, sous forme de recommandations soumises à l’approbation du Comité international, les modifications à apporter aux définitions et valeurs des unités existantes. Les travaux de ces Comités ont abouti à l’unification de l’échelle internationale de température, et des unités électriques et de lumière dont les nouvelles définitions et valeurs sont entrées en vigueur dans le monde entier à partir du ier janvier 19/18.
- L’œuvre accomplie par le Bureau international, créé il y a bientôt trois quarts de siècle, a largement dépassé les attributions que lui avaient assignées ses fondateurs. Après avoir survécu aux bouleversements des deux guerres mondiales, qui n’ont pas été sans créer quelques difficultés passagères
- inversée dans un proche avenir. Les recherches récentes sur la production de sources de lumière à un seul isotope, parfaitement monochromatiques, conduiront sans doute à définir le mètre en fonction d’une longueur d’onde lumineuse ; le prototype en platine iridié prendrait alors le rôle de « témoin ».
- Fig. 7. — Le laboratoire de photométrie du Bureau international.
- Fig.. 6. — Une des salles des laboratoires du Bureau international : installation pour la comparaison des étalons de résistance électrique.
- tion de la valeur du mètre en longueurs d’ondes lumineuses (raies rouge, verte et violette du spectre du cadmium); la longueur d’onde de l’une d’entre elles — la raie rouge — constitue encore à l’heure actuelle le témoin naturel de l’unité métrique (3).
- 1. D’après le règlement en vigueur, le personnel du Bureau comprend au maximum : un directeur, un sous-directeur, deux adjoints, quatre assistants, un archiviste-comptable, cinq calculateurs et secrétaires, deux mécaniciens, trois garçons de laboratoire et gardiens. Ce personnel peut appartenir à toute nationalité. Le directeur est membre ex officio du Comité International.
- 2. L’U.R.S.S. et les U.S.A. sont au maximum ; le Danemark, l’Eire, la Finlande, la Norvège et l’Uruguay au minimum.
- 3. Remarquons à ce sujet que cette situation pourrait être
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- à son existence, cette institution internationale poursuit, dans un esprit scientifique désintéressé et en étroite liaison avec les principaux laboratoires métrologiques nationaux, sa mission d’unification' mondiale des mesures.
- Reprenant pour sa part la devise du système métrique, le Bureau international des Poids et Mesures contribue ainsi, dans le temps et au bénéfice de tous les peuples, au progrès de la science métrologique.
- H. Moreau,
- Assistant au Bureau international des Poids et Mesures.
- Les lecteurs intéressés par ces deux sujets consulteront avec fruit :
- \V. de Fon vielle. — La mesure du mètre ; Dangers et aventures des savants qui l’ont déterminé (Hachette, Paris, 1886).
- G. Bigourdan. — Le système métrique des poids et mesures (Gauthier-Villars, Paris, 1901).
- G. Tallent. — Histoire du système métrique (II. Le Soudier, Paris, 1910).
- Le système métrique décimal (volume publié par le Ministère du Commerce et de l’Industrie de France. Gauthier-Villars, Paris, 1930).
- A. Favre. — Les origines du système métrique (Presses universitaires de France, Paris, 1931).
- Cn. Ed. Guillaume. — La création du Bureau international des poids et mesures et son œuvre (Gauthier-Villars, Paris, 1927).
- A. Pérard. — L’unification des mesures dans le monde et l’institution internationale du mètre (Journées internationales de chronométrie et de métrologie (1937) ; éditions de la Revue d’Optique, Paris, 1939, p. 16).
- La bataille
- Le millepertuis (Hypericum) est une plante herbacée à petites feuilles assez épaisses, coriaces, persistantes, aux fleurs terminales nombreuses, qu’on trouve sur les talus arides, les landes sèches où elle fleurit de juin à août. Il en existe plusieurs Gspèces dont quelques-unes sont cultivées dans les jardins pour leurs fleurs. Son nom lui vient de ce qu’en regardant les feuilles par transparence, on les voit tachetées d’un très grand nombre de points clairs, ronds, comme si elles étaient piquetées de.multiples trous d’épingle. Bien entendu, cette particularité, observée depuis longtemps, a conduit à penser que la plante pourrait avoir des propriétés thérapeutiques et notamment éclaircir la vue. Les Anglais l’appelaient herbe de la Saint-Jean et chasse-diable et croyaient qu’elle protège du tonnerre et guérit de la mélancolie.
- Le millepertuis ne répond pas du tout à ces suppositions bénéfiques. C’est tout simplement une mauvaise herbe envahissante par ses graines et par drageons.
- En 1870, lors d’une des ruées vers l’or, elle fut introduite en Australie par une Allemande arrivée à Victoria et elle envahit d’abord un champ de courses. De là, elle se répandit si bien qu’en 1899 elle apparaissait déjà nombreuse en Nouvelle-Galles du Sud, puis elle gagna tout le Sud et l’Ouest, passant même le détroit de Banks pour s’installer en Tasmanie. En 1920, son aire géographique australienne s’étendait sur 300 000 ha. Et elle n’y était pas inoffensive. Non seulement elle y étouffait les autres plantes et diminuait les récoltes, mais elle se montrait toxique pour les bestiaux. Elle ne guérissait pas les yeux, mais elle rendait la peau photosensible, la dépigmentait et causait des paralysies. Les chevaux qui en mangeaient devenaient boiteux, les moutons perdaient leur laine.
- On essaya de la faucher et de la brûler, mais les graines mûres, légères, étaient emportées par le vent et germaient autour des tas de cendres. On employa les produits chimiques toxiques, mais ils sont trop coûteux. Le salage des terres donna quelques résultats, mais les surfaces à traiter étaient trop étendues.
- Il ne restait donc d’espoir qu’en une lutte biologique, la décou-verto d’un ennemi du millepertuis qui détruirait les plantes tout seul, sans qu’on s’en occupe. Seulement, les Australiens ont appris par expérience les difficultés et les incertitudes de ces .batailles organisées entre espèces différentes et ils savent qu’el'es se terminent parfois par un nouveau malheur, le remplacement d’une « peste » par une autre encore pire, Aussi se montrèrent-ils prudents.
- En 1917, on avait reconnu en Angleterre plusieurs insectes dont les larves attaquent le millepertuis. En 1926, un rapport re^ta clés essais favorables. Deux entomologistes australiens, Garthside et Wilson, furent envoyés suivre les expériences à Farnham Royal, dans le Buckinghamshire, en Grande-Bretagne. Il s’agissait de choisir un ennemi spécifique qui ne risquerait pas de s’attaquer à d’autres plantes utiles et aussi de s’assurer qu’on pourrait le faire passer de l’hémisphère Nord dans l’hémisphère Sud, malgré l’alternance des saisons. Ils choisirent un petit coléoptère, Chrysomela hyperici, long de 6 mm, de couleur
- u millepertuis
- bronzée, qui semblait ne toucher que le millepertuis et dédaigner toutes les autres plantes. On en recueillit autant qu’on put, on les expédia en Australie, on les éleva avec soin et en 1929 on commença d’en répandre en liberté. Pendant quelques années, ces efforts semblèrent vains ; les Chrysomèles ne se multipliaient guère.
- Entre temps, on avait découvert dans le Sud de la France un autre Chrysomélide, G. gemellata, également ennemi du millepertuis qu’il empêche de fleurir. On pensa que cet insecte s’acclimaterait mieux en Australie, puisqu’il vit dans un climat plus doux et en 1935, Wilson entra en contact avec la Station ento-mologique d'Hyères et vint installer une station d’élevage au Lavandou ; il y travailla jusqu’à l’invasion allemande de 1940. En autre insecte, Agrilus hyperici fut reconnu, de couleur brun doré, long de 7 mm, dont les larves se logent dans les racines du millepertuis et font dépérir la plante. Des lots des deux insectes vivants furent expédiés de France en Australie en 1939 et s’acclimatèrent parfaitement.
- Les C. hyperici anglais dont on craignait un échec s’étaient également adaptés et commençaient à se reproduire, à se multiplier. Ils furent efficaces, notamment à Bright, dans l’État de Victoria, au lieu même où le millepertuis avait été introduit 70 ans plus tôt.
- Bientôt, on put recueillir de nombreux insectes des trois espèces et en infester de nouvelles régions. Il en vit aujourd’hui dans toutes les parties de l’Australie que le millepertuis avait envahies et l’on espère un succès total. Ils s’adaptent mieqx aux terres basses qu’aux collines, mais on compte qu’ils s’installeront sur les hauteurs quand les plaines auront perdu leur mauvaise herbe.
- Déjà, l’Australie exporte les insectes auxiliaires qu’elle a reçus.
- Aux États-Unis, une autre ruée de l’or avait amené le millepertuis en Californie, sur les bords de la rivière Klamath, d’où il se répandit dans les États de Washington, Idaho et Orégon. On le combattait par des traitements au sel ou au chlorate. If. Smith, professeur d’entomologie, demanda des insectes en Australie. Les premiers sont arrivés à San Francisco en décembre 1944.
- En Nouvelle-Zélande, D. Miller, du Cawthorn Institute, demanda aussi les trois espèces salvatrices. Il en reçut par la voie des airs en août 1944, après cinq voyages en avion, de la ferme expérimentale à Canberra, capitale de l’Australie où siège le Conseil des recherches scientifiques et industrielles, de Canberra à Sydney, puis en bateau de Sydney à Auckland à travers le détroit de Tasmanie, et enfin en avion d’Auckland à Wellington, puis à la station expérimentale de Nouvelle-Zélande où les insectes vivants arrivèrent quatre jours après. On les lâcha aussitôt sur les millepertuis et déjà d’heureux résultats en ont été obtenus, notamment dans la vallée d’Avvatea.
- Telle est la bataille du millepertuis, non encore terminée, mais la victoire semble maintenant certaine.
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- Une énigme biologique :
- LA DYSSYMÉTRIE DES PLEURONECTES
- Dans son grand ouvrage, Le Règne Animal, Cuvier désigne sous le nom de Pleuronectes tout un ensemble de Téléostéens, autrement dit de Poissons osseux, qui constituent, dans la classification actuellement en vigueur, l’ordre des Heterosomata. Encore que certains d’entre eux — tel, le flet — remontent périodiquement le cours des fleuves, parfois jusqu’à plusieurs centaines de kilomètres de l’embouchure, ce sont tous des poissons de mer.
- Parmi ceux qui vivent sur nos côtes tant atlantiques que méditerranéennes, il en est qui sont bien connus de tout le monde. Qu’il me suffise de citer le turbot (Psetta maxima), la barbue (Scophthalmus rhombus), la cardine ou mère des soles (Lepidorhombus luhiffiagonis), le targeur (Zeugopterus punctatm), la plie ou carrelet (Pleuronectes platessa), la limande (Limanda limanda), le flet (Platichthys flesus), la limande-sole (Microstomus kilt), le séteau court (Microchi-rus variegatus), le séteau long ou langue d’avocat (Dicolo-goglossa cuneatd), la sole vulgaire (Solea solea), la sole brusque (Solea senegalensis) Q), la sole pôle, pelouse ou camarde (Pegusa lascaris) (2).
- Si, à ces espèces de vente courante sur les marchés, j’ajoute celles qui, à cause surtout de leur petite taille, n’ont pas de
- Fig. 1. — Psettodes erumei. Espèce indo-pacifique. Individu dextre
- (d’après Norman).
- valeur marchande, la faune de la France n’est riche que d’à peine une trentaine d’espèces sédentaires, espèces auxquelles s’ajoutent, de temps à autre, celles qui, tel le flétan (Iiippoglossus hippoglossus), s’aventurent accidentellement dans nos eaux. Ces 28 ou 3o espèces ne représentent qu’à peine les 5 centièmes de la totalité de celles qui sont actuellement connues, et dont le nombre s’élève à près de 600.
- Pour la plupart, les Pleuronectes peuplent la zone tropicale; il en est cependant qui ne vivent que dans les eaux froides et même glacées de l’hémisphère nord; d’autres (les Rhombosoléidés) demeurent confines dans la zone tempérée de l’hémisphère austral.
- A part le flétan, qui peut atteindre près de 3 m de longueur, et quelques espèces exotiques dont la taille approche du mètre, la plupart des Pleuronectes ne dépassent pas 20 à 3o cm ou môme 10 à i5 cm de longueur totale.
- 1. N’existe que dans l'Atlantique, au sud do l’estuaire de la Gironde ; commune dans le bassin d’Arcachon.
- 2. Suivant les localités, la môme espèce peut porter des noms différents et le môme nom vulgaire peut désigner des espèces différentes.
- Fig. 2. — Bothus podas. Méditerranée.
- Remarquer l’énorme écartement des yeux, caractéristique du sexe mâle, chez cette espèce (d’après Norman).
- A cause de son' extrême diversification dont les figures 1 à 5 montrent quelques exemples, auxquels s’ajoutent ceux qui ont été publiés dans un article précédent (x), l’ordre des Heie-rosomata s’est vu partager en plusieurs familles dont on compte de 5 à 12, selon les auteurs.
- Depuis 1758, année de la publication de 10e édition du Systema Naturæ de Linné (ouvrage où le célèbre naturaliste suédois fonda la nomenclature binominale du règne animal et du règne végétal), les opinions ont fréquemment varié sur la place qu’il convient d’attribuer aux Pleuronectes dans la classification des Téléostéens. La plupart des auteurs se trouvèrent d’accord pour rapprocher ce groupe des Gadidés, groupe qui contient la morue, le colin ou merlu et le merlan; mais, en ig3o, un éminent ichthyo-logue anglais, C. Tate Regan, montra qu’en réalité les Heterosomata sont étroitement apparentés aux Percifor-mes et, tout particulièrement aux Perciformes marins de la famiile des Serranidés (bar, mérou). De même que les Perciformes, certains Pleuronectes — les Psellocles
- 1. La Nature, 1938, n° 3099, pp. 363-365, fig. 2, 8 et 9.
- Fig. 3. — Samaris cacatuæ. Australie (d’après Norman).
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- (fig. i) et une petite espèce méditerranéenne, Citharus lingua-iula — sont acanthoptérygiens, c’est-à-dire que certaines de leurs nageoires (la dorsale, l’anale et les ventrales) comportent une ou plusieurs épines, les autres rayons étant articulés. A ces exceptions près, tous les Heterosomata sont anacanthiniens, leurs nageoires ne se composant que de rayons articulés.
- En dépit de leur intense diversification, tant externe qu’anatomique, tous les Pleuronectes ont ceci de commun entre eux que les deux yeux sont placés sur le même côté de la tête. Il s’ensuit que le Pleuronecte vit couché sur son côté aAreugle (côté nadiral) et que le côté oculé (côté zénithal) devient le « dessus » biologique de l’animal. Cette dyssymétrie fait des Pleuronectes une exception des plus remarquables dans l’embranchement des Vertébrés. Or le déterminisme de cette dyssymétrie et de ses modalités pose un problème des plus complexes, problème nullement résolu et dont je vais essayer de montrer les difficultés, en même temps que le puissant intérêt scientifique.
- A l’intérieur de l’œuf (fig. 6) et lorsqu’il vient au monde (fig. 7 et 8), le Pleuronecte, à quelque famille qu’il appartienne, est bilatéralement symétrique et, du moins sous ce rapport, ne se distingue en rien des autres Téléostéens. Tant qu’il demeure à cet état — en général une dizaine de jours au plus, rarement un mois ou davantage — le jeune
- métamorphose, c’est qu’elle est liée à un certain degré de développement de la thyroïde; quant à la sinistralité et à la dextra-lité, leur déterminisme est encore un mystère.
- Chez certaines espèces, tels les Pseüodes, l’orientation de la dyssymétrie est indéterminée : on trouve autant d’individus dextres que d’individus sénestres. D’ordinaire, cette orientation est typique des familles. Par exemple, les Scophthalmidés (turbot, barbue, cardine, targeur) sont sénestres; les Pleuronecti-dés (plie, limande, flet, flétan, etc.) et les Soléidés (soles, séteaux) sont dextres. Toutefois, dans presque toutes les familles, il se rencontre des spécimens inversés, c’est-à-dire tournés en sens contraire de celui qui est typique du groupe. Ces inversions se font plus ou moins fréquentes, selon les espèces : la cardine, normalement sénestre, est parfois dextre; le flet, normalement dextre, est souvent sénestre; il arrive aussi que certaines soles (la sole ordinaire, le séteau long), normalement dextres, soient sénestres.
- Du fait de la dyssymétrie, c’est la partie antérieure du crâne
- Fig. 6. — Œufs fécondés, contenant un embryon prêt à éclore.
- A, œuf de barbue, caractérisé par la présence d’un volumineux globule d’huile (placé contre le côté droit de l’embryon) ; B, œuf de plie, caractérisé par l’absence de globules d’huile ; C, œuf de sole, caractérisé par la présence d’un grand nombre de petits globules d’huile (d’après Mc Intosii, Ehrenbaum et Cunningham).
- Fig. 5. — Cynoglossus arel. Océan Indien (d’après Norman).
- Pleuronecte se tient à la surface de l’eau et conserve une attitude normale, le ventre en bas et le dos en l’air. L’animal étant parvenu à un certain degré de croissance, l’un des yeux (le droit ou le gauche) se déplace latéralement, contourne la partie supérieure et antérieure de la tête, puis s’installe définitivement sur le côté opposé, plus ou moins près de l’œil fixe, œil demeuré en place. Cette migration oculaire est provoquée par l’hypertrophie de certains os (principalement le pleurethmoïde et le sphénotique) ; ces os s’insinuent dans l’espace qui sépare l’œil migrateur de la bouche, entrent en contact réciproque et forment une cloison spéciale, que l’on nomme le septum pseudomésal.
- A une époque plus ou moins précoce selon les espèces, le jeune Pleuronecte encore symétrique abandonne soudain ou progressivement la surface de la mer (*), pour ne plus vivre qu’en contact à peu près permanent avec le fond. En d’autres termes, de pélagique qu’il était à l’état symétrique, le Pleuro-necte métamorphosé devient définitivement benthique.
- Tout ce que l’on sait actuellement du déterminisme de cette
- 1. Clark (J. B.). Journal of the marine biological Association o/ the United Kingdom, 1914, 10, pp. 365-372.
- qui devient le siège des modifications les plus intenses : cette partie exécute une rotation à droite ou à gauche, qui, par rapport au crâne cérébral (boîte crânienne), peut atteindre un quart de cercle; certains os disparaissent fréquemment du côté aveugle; au contraire, les mâchoires de ce même côté s’hyper-trophient et se spécialisent, notamment chez les soles, où, seules, elles portent des dents et servent à la préhension des aliments; la forme des nageoires paires et celle des écailles diffèrent plus ou moins profondément, d’un côté à l’autre de l’individu; enfin, seule, d’ordinaire, la face zénithale est colorée, la face nadirale étant blanche ou même incolore.
- En revanche, la dyssymétrie n’affecte jamais la splanchnolo-gie. Constamment, l’intestin s’enroule contre le côté droit de l’estomac et le foie se développe contre le côté gauche de ce viscère. Les cas très rares de silus inversus de l’appareil digestif et de ses annexes se classent dans la catégorie des phénomènes
- Fig. 7. — Larve de turbot (d’après Molt).
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- Fig'. 8 et 9. — A gauche : Larve de Bothus podas (d’après Kyle). — A droite : Larve de sole (Pegusa lascaris) (d’après Clarck).
- tératologiques et ri’ont aucun rapport, si ce n’est de concordance fortuite, avec l’inversion de la dyssymétrie.
- Dans divers groupes, il existe une vessie natatoire transitoire, qui disparaît à la métamorphose. On a pensé que la localisation plus ou moins latérale de cet organe pourrait être la cause déterminante de l’orientation de la dyssymétrie et il ne semble pas absurde d’admettre une relation de cause à effet entre son déplacement vers la droite ou vers la gauche et les cas d’inversion individuelle. Non seulement pareille explication s’accorde mal avec le fait que, rares ou fréquents selon les espèces, les cas d’inversion individuelle se rencontrent aussi bien dans des groupes en possession d’une vessie natatoire transitoire que dans des groupes où cet organe n’existe pas, mais encore elle se heurte à de graves objections, entre autres celles-ci :
- J’ai observé, chez certaines soles, la manifestation d’un phénomène tératologique, consistant en la présence, du côté zénithal, de mâchoires en tous points semblables à celles du côté nadiral. L’individu ainsi conformé est incapable de fermer la bouche des deux côtés à la fois. A part diverses autres anomalies d’importance secondaire, mais corrélatives de cette monstruosité, l’orientation de la dyssymétrie étant restée normale, il devient dès lors difficile de discerner l’influence dont la situation de la vessie natatoire juvénile serait la source.
- Les modalités du chiasma opticum (croisement des nerfs optiques) compliquent singulièrement le problème. Dans un travail mémorable, publié en 1903, un savant américain, G. H. Parker, tablant sur plus de 1 600 observations, a montré ce qui suit. Dans une espèce symétrique quelconque (carpe, morue ou autre), le nerf de l’œil droit est dorsal par rapport au nerf de l’œil gauche chez environ la moitié des individus examinés, le nerf de l’œil gauche étant dorsal chez tous les autres individus. Tout chiasma opticum où la disposition respective des nerfs optiques témoigne de pareille indifférence est qualifié de dimorphique. Parker et divers auteurs à sa suite ont constaté, dans l’ensemble des Heterosomata la coexistence de deux natures différentes du chiasma opticum : un chiasma dimorphique et un chiasma monomorphique. Chez les Psettodes et chez tous les Soléiformes — que ceux-ci soient typiquement dextres (soles diverses) ou typiquement sénestres (Cynoglossidés, famille exotique, (fig. 5) — le chiasma opticum est dimorphique : tantôt le nerf de l’œil migrateur est dorsal par rapport au nerf de l’œil fixe, tantôt c’est le nerf de l’œil fixe qui est dorsal et cela, sans égard à l’orientation typique ou individuelle de la dyssymétrie.
- Chez tous les autres Pleuronectes (turbot, barbue, cardine, flétan, plie, flet, etc.), le chiasma est monomorphique : le nerf de l’œil typiquement migrateur est toujours dorsal par rapport au nerf de l’œil typiquement fixe et conserve cette situation chez les individus inversés. Dans ce dernier cas, l’œil typiquement migrateur devenant l’œil fixe et réciproquement, il se produit un second croisement à proximité des globes oculaires (fig. 9).
- De toute évidence, l’orientation typique et l’orientation individuelle de la dyssymétrie sont respectivement soumises à des
- déterminismes différents. Dans le cas du dimorphisme chiasmatique, qu’elle soit typique ou individuelle, l’orientation de la dyssymétrie générale reste sans influence sur l’orientation propre du chiasma, celui-ci étant formé longtemps avant le début de la migration oculaire et les nerfs se croisant dans un sens ou dans un autre, en toute indépendance de la dyssymétrie générale. Au contraire, dans le cas du monomorphisme chiasmatique, l’orientation typique de la dyssymétrie générale est déjà déterminée chez l’embryon, puisque le sens du croisement des nerfs optiques est toujours en accord avec elle; en revanche, l’orientation individuelle s’avère soumise à quelque cause différente, puisque, chez les spécimens inversés, le sens du croisement des nerfs, au niveau du chiasma, ne s’en trouve nullement modifié.
- En quoi consistent ces différents déterminismes ? La réponse à cette question, on ne peut vraisemblablement l’attendre que de l’expérimentation et celle-ci nous l’aurait peut-être déjà donnée, n’était l’extrême difficulté de l’élevage ab ovo des Pleuronectes. Cet élevage a été tenté pour la première fois par Eugène Biétrix, à qui nous devons de savoir que les nageoires pectorales des Soléiformes adultes sont des régénérats. Or, seul jusqu’ici, cet habile expérimentateur, décédé prématurément, a réussi à faire franchir à la sole ordinaire le stade critique de la métamorphose (1).
- Paul Chabanaud,
- Docteur ès sciences. Directeur honoraire de laboratoire à l’École' des Hautes Études. Maître de recherches C.N.R.S.
- 1. Fabre-Domergue et Biétrix. Développement de la sole, Paris, 1905. Travail du Laboratoire maritime de Concarneau.
- Fig-. 10. — Chiasma opticum, en vue dorsale, après ablation des lobes olfactifs.
- A, chiasma dimorphique d’une espèce symétrique (morue) ; en 1, le nerf de l’œil droit est dorsal ; en 2, le nerf de l’œil gauche est dorsal ;
- B, chiasma monomorphique d’un Pleuronecte typiquement sénestré ; en 3, individu sénestre (normal) ; en 4, individu dextre (inversé) ;
- C, chiasma monomorphique d’un Pleuronecte dextre ; en 5, individu dextre (normal) : en 6, individu sénestre (inversé) (d’après Parker).
- ABC
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- Curieux
- LA
- phénomènes de corrosion à GROTTE DE MATHAREL
- Des phénomènes naturels fort divers entrent en jeu dans le creusement des grottes et des abîmes. Il est cependant possible de les classer en deux séries distinctes : ceux d’ordre physique que l’on groupe sous le nom d’érosion et ceux d’ordre chimique : la corrosion.
- Les premiers sont bien connus, car leurs effets, très visibles et assez rapides, peuvent être comparés aux ravinements- extérieurs, amplifiés seulement par les pressions hydrostatiques, souvent énormes, des galeries en charge.
- Les seconds ayant une action beaucoup moins apparente, et presque toujours combinée avec l’érosion, passent plus inaperçus. Ils n’en sont pas moins très importants par leur continuité comme nous avons pu l’observer à la grotte de Ma-itharel.
- La grotte de Matharel s’ouvre en bordure du Larzac dans la partie occidentale des Grands Causses, non loin du village de Roquefort, célèbre par son industrie fromagère.
- Le causse du Larzac est entièrement jurassique. Ses pentes, dans la région qui nous intéresse, débutent en bas par un talus raviné formé de marnes feuilletées d’un gris ibleuté (Doinérien, Toarcien,
- Aalénien) et sont coupées, vers le haut, par une couronne rocheuse calcaire (Aalénien,
- Bajociem). Dans la partie inférieure de la falaise, au-dessus du glacis marneux, s’ouvre la caverne.
- C’est une galerie d’environ 4oo m de longueur, dont la largeur dépasse souvent 3o m.
- Le début du couloir fut jadis aménagé pour servir de cave à fromage, la suite est encombrée par un indescriptible éboulis rocheux dont certains éléments mesurent plus de ioo m3. Circuler dans ce chaos est difficile et fait toujours exagérer, aux visiteurs, la distance parcourue.
- Entre les blocs géants et les parois, on peut se glisser dans •diverses petites galeries latérales. Vers le fond du grand couloir, l’une d’entre elles, en contrebas de quelques mètres, se trouve •creusée dans un calcaire très marneux. Un filet d’eau y cascade, vite absorbé par une fissure.
- Le sol de ce couloir est encombré de grandes masses d’argile qui, en certains endroits, tapissent même les parois. A première vue, on prendrait ces boues pour des sédiments déposés par quelque ancienne crue du filet d’eau : il n’en est rien.
- En examinant attentivement les dépôts argileux qui plaquent les murs, il est facile de constater qu’ils sont truffés de milliers •de fossiles.
- Les rhynehonelles, huîtres, pectens, etc., ne se présentent •pas ici, comme à l’ordinaire, enrobés et remplis de minéraux solides : les coquilles libres, nettoyées de toute trace calcaire tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, aussi nettes que celles que les mers actuelles rejettent sur nos plages, flottent dans une argile assez fluide.
- Il est possible, en prenant quelques précautions, de les recueillir avec leurs tests dans un parfait état de conservation. Les rhynehonelles ont souvent leurs valves légèrement entr'ouvertes, liées encore par la charnière; en les écartant, on trouve, admirablement intacts, les deux petits crochets, si délicats, qui servirent de support à l’appareil respiratoire; la valve dorsale présente son foramen perforé comme à l’emporte-pièce, sans la moindre ébréchure !
- L’épaisseur des tests n’est, en moyenne, que de un à deux dixièmes de millimètre; dans certains fossiles minuscules, elle doit être encore plus réduite.
- L’extrême fragilité des coquilles libérées montre bien qu’elles
- n’ont pas été déplacées par les eaux; ce n’est donc pas dans les phénomènes d’érosion qu’il faut chercher le processus de leur dégagement. Il s’explique, au contraire, très bien par la corrosion, c’est-à-dire la décomposition chimique très lente de la roche. Certaines rhynehonelles entr’ouvertes sont parfaitement nettoyées; au contraire, celles qui ont leurs valves rigoureusement jointes, où l’eau ne peut agir que très lentement par le foramen, renferment encore un peu de calcaire. Seule une action chimique peut expliquer tant de précision.
- L’hypothèse est corroborée encore par l’existence de coquilles prises en partie dans le calcaire compact que l’on retrouve en enlevant, par arrosage, les boues argileuses.
- Le processus du dégagement est basé sur le principe bien connu de la dissolution, ou plus exactement de la décomposition du calcaire par l’eau chargée d’anhydride carbonique.
- L’eau de pluie dissout dans l’atmosphère et dans le sol du gaz carbonique. Elle arrive, ainsi acidulée, par les diaclases et joints jusqu’aux parois qui nous intéressent et les recouvre d’une pellicule liquide et continue à écoulement très lent. Le carbonate de chaux de la roche est transformé en bicarbonate soluble qui est entraîné et, sur place, reste le silicate d’alumine insoluble.
- Processus simple en théorie mais qui nécessite, pour donner le résultat observé à Matharel, un concours exceptionnel de circonstances. Il y faut :
- i° Un calcaire suffisamment marneux pour que l’argile résiduaire puisse former support aux fossiles dégagés; il ne doit pas l’être trop, sinon la réaction serait impossible. La roche de l’Aàlénien supérieur, grise et d’aspect terne, forme presque, en ce point, une transition entre la marne et le calcaire;
- 2° Ensuite, une eau d’infiltration chargée suffisamment de gaz carbonique. L’eau de pluie n’en dissout pas assez en parcourant l’atmosphère, mais elle s’enrichit davantage en traversant les couches végétales du sol, particulièrement par l’oxydation de substances charbonneuses sous l’influence des pyrites,
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- Fig. 2 et 3. — Rhynchonelles. A gauche, dégagées partiellement de la paroi calcaire. A droite, complètement dégagées ; en haut, valve dorsale avec crochets-supports de l’appareil brachial ;
- en bas, valves entr’ouvertes.
- deux matières abondantes dans ces terrains ;
- 3° L’arrivée d’eau doit être lente et s’effectuer par capillarité pour ne pas balayer les argiles résiduaires;
- 4° H est essentiel que la température de la grotte soit constante pour éviter les renouvellements de l’air qui feraient perdre à l’eau son gaz carbonique. Un thermomètre à maxima et minima placé au fond de la grande galerie et relevé au bout de dix ans ihi spéléologie est une belle école de patience !) indiqua un maximum de 8° et un minimum de 7° ; dans le recoin qui nous intéresse, la température doit être encore plus constante;
- 5° Enfin, il est indispensable que les composants du fossile ne se dissolvent pas totalement dans l’eau chargée d’anhydride carbonique; ici, par épigénie, les sels de chaux ont été remplacés par de la silice inattaquable.
- De cette conjoncture, oeuvre unique de la corrosion, résultent les beaux et nombreux fossiles de Matharel.
- A la longue, le placage argileux, devenant trop épais, tombe à terre et ainsi, centimètre par centimètre, la corrosion poursuit son œuvre continue de creusement; des expériences, qui seront très longues, sont en cours pour étudier sa rapidité.
- En de nombreux autres points de la grotte, les phénomènes de corrosion ne sont pas moins marqués, mais liés alors plus ou moins à ceux de l’érosion.
- Des parois entières de la galerie centrale présentent des milliers de cannelures irrégulièrement écartées et plus ou moins profondes, mais toujours strictement verticales; elles forment d’étranges tapisseries. Nous expliquons leur formation par les glissements des filets d’eau aux mêmes endroits.
- Le calcaire est là moins marneux et plus compact que dans
- le cas précédent, mais, en raison de l’association étroite des phénomènes physiques et chimiques, son attaque est très marquée.
- Lorsque les suintements ont été abondants et localisés, de véritables puits, toujours étrangement et régulièrement cannelés, échancrent profondément la paroi.
- Ils peuvent se produire encore au centre de la voûte du grand couloir. L’eau érode alors la roche ou les éboulis, sur plusieurs côtés laissant en réserve des aiguilles calcaires qui atteignent parfois plusieurs mètres de hauteur.
- L’un de ces puits ne mesure pas moins de dix mètres de diamètre sur une quinzaine de hauteur; c’est un spectacle tout à fait curieux que de regarder, du fond de cet aven, les lignes fuyantes et fascinantes des cannelures se terminer en étrange dentelle d’aiguilles I
- Un énorme bloc de calcaire s’est trouvé sou3 un étroit grou-
- Fig. 4 à 7. — A gauche : Cannelures sur bloc éboulé. — Au centre, en haut : Bloc cannelé, basculé de 90° avec amorces de nouvelles rainures perpendiculaires aux premières (le mètre plié = 20 cm). — En bas : Bloc stalagmitique avec rainures profondes d’érosion-corrosion. — A droite : Les aiguilles terminant le « grand puits » (hauteur : 3 à 4 mètres)
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- peinent de filets d’eau; ce n’est plus alors qu’un trou, toujours régulièrement cannelé, creusé dans sa masse qui a conservé, par ailleurs, ses lignes géométriques. Un autre, de moindres dimensions, déjà strié, a basculé de 90° et les suintements érodent maintenant de nouvelles rainures perpendiculaires aux premières.
- Aux endroits où les écoulements sont irréguliers et les éclaboussures fortes, les blocs calcaires perforés et déchiquetés dans tous les sens présentent l’aspect d’une gigantesque éponge.
- En un point seulement de la grotte se rencontrent des concrétions importantes, masse cristalline de trois à quatre mètres de hauteur. Elles durent se former en un temps où les eaux
- d’infiltration furent plus chargées de sels de chaux, l’évaporation plus intense ou l’humidité plus grande.... Mais présentement, les conditions changées, la goutte d’eau détruit sa première création en ravinant profondément le groupe stalagmitique.
- Nulle part dans nos nombreuses explorations spéléologiques, nous n’avons trouvé, comme dans cette grotte, l’infiniment lente mais si puissante action de l’eau, chargée de gaz carbonique, sur le calcaire. Pour le spéléologue, le géologue, le paléontologue, etc., Matharel se révèle comme l’un des plus intéressants laboratoires du monde souterrain des Causses.
- Louis Balsan.
- Les isotopes
- L’extraordinaire évolution de la physique atomique a conduit, il y a peu d’années, à la découverte de l’isotopie. Les spectro-graphes de masses ont montré expérimentalement que dans un élément chimique considéré comme pur, tous les atomes ne sont pas identiques. Les isotopes sont des atomes dont les noyaux renferment le même nombre de protons, mais des nombres différents de neutrons. Tous ces atomes ont le même numéro atomique et occupent la même case dans la classification de Mendéléef. Ils possèdent le même nombre d’électrons. Ils ont donc les mêmes propriétés chimiques, celles-ci étant conditionnées par la couche électronique. Seules les propriétés physiques liées au noyau présentent quelques différences ; notamment certains isotopes peuvent être radioactifs alors que d’autres sont stables.
- La découverte de la radioactivité artificielle par F. Joliot, suivie de multiples travaux de physique nucléaire et finalement de la mise au point des piles atomiques ont fourni la possibilité de produire un nombre considérable d’isotopes radioactifs, correspondant à presque tous les éléments de la classification périodique.
- Grâce au rayonnement émis par ces isotopes, qu’il est facile de déceler par les compteurs de Geiger ou par des techniques photographiques, ils peuvent être littéralement suivis à la trace dans toutes les réactions auxquelles on les fait participer ; ils sont des indicateurs précieux de la marche suivie par les corps simples ordinaires comme le carbone, le soufre, le phosphore, l’arsenic, etc.... auxquels on les a mélangés.
- En dehors de l’emploi de ces méthodes dans les recherches biologiques qui ont été déjà vulgarisées, il existe une foule d’applications aux recherches industrielles. Elles permettent d’étudier une infinité de mécanismes chimiques, métallurgiques et autres et l’on fonde sur elles de très grands espoirs. C’est ainsi que le carbone 14 est utilisé pour l’étude des mécanismes d’hydrogénation industrielle. Il permet même des études d’ordre très général en chimie organique pour l’observation des migrations moléculaires, des isomérisations, etc.... Les radioisotopes permettent aussi l’analyse des molécules organiques complexes telles que les acides aminés, les protéines.
- Le carbone 14, le phosphore 32, le soufre 35, sont utilisés en sidérurgie pour l’étude de la répartition de ces éléments dans les fontes et aciers et leur élimination dans les scories.
- Le chlore 36 permet l’étude des phénomènes de corrosion des aciers inoxydables, de la marche des chlorurations organiques, etc... Dans l’industrie du papier, il permet la détermination des conditions de traitement optima pour parvenir à son élimination complète par le lavage des pâtes. Le radiosodium permet une étude analogue dans la cuisson des matières premières de papeteries.
- Le soufre 35, dans du sulfure de carbone ensuite transformé en xanthate et utilisé dans la fabrication de rayonne viscose, permet de suivre avec précision les phénomènes de désulfuration de la cellulose et de déterminer‘des conditions précises de fabrication. Le fer 55, le cuivre 64, le nickel 59 permettent de suivre le dépla-
- et l'industrie
- cernent et la répartition des ions métalliques dans les bains d’élec-trolyse.
- Divers radioisotopes métalliques fournissent d’intéressantes précisions sur l’usure, le transfert et l’élimination de particules métalliques dans les frottements avec ou sans lubrifiants et l’étude de ces derniers.
- Le tungstène 185 est intéressant pour l’examen des modifications en fonction de la température des alliages métalliques réfractaires tels que ceux utilisés dans les turbines à gaz.
- Le cobalt 60, le fer 55, 59, etc... ont été utilisés pour l’examen de la répartition des métaux dans les soudures, pour l’étude des aimants permanents et de leurs propriétés magnétiques, pour l’étude de la diffusion des gaz dans les alliages métalliques.
- Le calcium 45, le césium 134, le potassium 42 sont des plus intéressants pour les essais d’échangeurs d’ions, les recherches sur les méthodes de purification des eaux, la récupération des métaux en solutions très diluées, la purification des jus sucrés, le contrôle de la pollution des eaux, etc....
- Les radioisotopes fournissent un moyen d’investigation d’un intérêt exceptionnel pour l’étude de la flottation. Cette technique appliquée maintenant à la séparation de la presque totalité des minerais de cuivre, de plomb, de zinc, etc., extraits dans le monde entier, utilise des phénomènes d’action de surface et la formation de films monomoléculaires de réactifs sur les minéraux. L’emploi de réactifs contenant des éléments radioactifs, en particulier de carbone 14 dans les xanthates, permet de suivre avec précision leur comportement, leur stabilité et leur adsorption. Ces essais poursuivis en particulier par le professeur Gaudin ont déjà fait l’objet de publications fort intéressantes.
- Cette liste d’emplois disparates montre quel vaste champ de possibilités les indicateurs radioactifs ouvrent aux recherches et aux perfectionnements des techniques industrielles. Il est impossible de prévoir jusqu’où s’étendront les applications de ces méthodes toutes nouvelles.
- Les radioisotopes ont fourni à l’analyse chimique un précieux concours. C’est ainsi que l’or radioactif a permis de démontrer que la séparation de l’or, du platine et des métaux de la mine du platine n’est pas aussi parfaite que l’on pensait par les méthodes usuelles.
- Les compteurs de Geiger permettent des analyses très rapides par comptage des impulsions et signalent la présence d’impuretés indécelables par l’analyse ordinaire et même par le spectroscope. C’est ainsi que Seaborg a reconnu la présence du gallium dans un échantillon de fer et que Hevesy a analysé des terres rares. La méthode ici utilisée est inverse : elle consiste à irradier les échantillons par des neutrons, par exemple, puis à étudier la radioactivité induite résultante.
- On peut être assuré que si la physique nucléaire a apporté aux hommes des moyens de destructions formidables, elle leur offre aussi de puissants outils de recherches pour des applications pacifiques ; il leur appartient de faire le choix. T p
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- La flotte des chemins de fer français
- Fig. 1. — Les récents navires de la S. N. C. F. Cargos de la ligne Dieppe-Newhaven (Nantes et Rennes).
- Sait-o.\t que la S. N. C. F. possède une flotte assez importante, en plus de toutes ses constructions, installations et exploitations à terre P L’Année ferroviaire, 1948, qui présente le bilan complet de l’activité des chemins de fer français, ne Ta pas oubliée et indique . ses caractéristiques.
- Elle existait avant la guerre, mais fut alors en grande partie coulée ; 26 bâtiments disparurent ou durent être condamnés, qu’il faut remplacer. Depuis la libération, 4 paquebots et 21 cargos ont été mis
- Fig. 3.
- en service ou en construction ou commandés.
- La flotte de la S. N. C. F. comprend des paquebots à voyageurs et des cargos charbonniers auxquels s’ajouteront bientôt des pétroliers.
- Les paquebots assurent les traversées de la Manche entre Dieppe et Newhaven et entre Calais, et Douvres.
- La ligne Dieppe-Newhaven est exploitée conjointement avec les chemins de fer britanniques au moyen de deux paquebots :
- « Londres » et « Arromanches » commandés en 1939, lancés pendant la guerre et entrés en service après la libération. Ce sont des navires de 94 m de long, d’un déplacement de 2 000 t, calant en charge 3,15 m, atteignant une vitesse de 25 nœuds.
- Ils peuvent transporter chacun 1 450 passagers et ont été particulièrement étudiés au point de vue de la sécurité (9 cloisons étanches, cloisons coupe-feu, signalisation, etc.). Leurs dimensions sont limitées par les possibilités d’accès aux ports, notamment à Dieppe.
- Sur la même ligne circulent trois cargos, un ancien de 66 m, « Bordeaux » et deux tout récents de 72 m, « Nantes » et « Rennes » qui assurent le transport des automobiles, des containers et des marchandises diverses.
- La ligne Calais-Douvres disposait de deux paquebots français qui ont été coulés pendant la guerre. Un nouveau est en construction, le « Côte d’Azur », qui aura 103 m, déplacera 2 700 t et fera 23 nœuds. Un autre est prevu, plus petit, qui assurera le même service et servira d’unité de remplacement sur la ligne Dieppe-NewhaAœn.
- La S. N. C. F. est un grand consommateur de charbon et le devient de plus en plus de mazout. Pour assurer en partie ses besoins, elle possède une importante flotte de charge exploitée en gérance par deux armements. Sa flotte charbonnière comprend trois « P.-L.-M. » de 105 m de long, antérieurs à cette guerre ; le « Perrigny », datant de 1946, de 80 m ; « Bruay » et « Alès », de 98 m, entrés en service depuis peu ; « Yénissieux » et « Carouta », de 126 m, lancés cette année, et
- cinq autres cargos de 106 m en achèvement.
- Aux charbonniers s’ajoutent d’autres navires de chargé : trois anciens de 110 m, « Agen », « Tours » et (c Vendôme » ; « Aquitaine », « Maine » et « Morbihan », de 130 m, entrés en service en 1947, et trois autres encore en construction.
- En outre, deux « Li-
- berty-Ships » lui sont confiés en gérance .technique.
- L’an prochain, quand tous les navires auront été mis en service, la flotte de la S. N. C. F. comptera 34 unités dont 27 toutes neuves pour assurer ses besoins de combustibles et de matières pondéreuses et les liaisons de ses voyageurs avec les ports de Grande-Bretagne.
- Paquebots de la ligne Dieppe-Newhaven (Londres et Arromanches).
- (d’après L’Année ferroviaire, 1948).
- Un nouveau canal transocéanique.
- Le département d'Etat des Etats-Unis a annoncé le 4 août dernier que la Colombie et les Etats-Unis allaient étudier les possibilités de construction d’un second canal transocéanique à travers le nord-ouest de la Colombie. L’enquête préliminaire, conduite par des ingénieurs de Colombie et des Etats-Unis, rassemblera les données, spécialement sur le coût des travaux d’art, qui permettront la comparaison entre ce projet de. canal et les autres tracés possibles. L’étude du terrain sera entreprise par deux groupes, dont l’un partira d’Humboldt sur la côte du Pacifique, l’autre pénétrera dans la vallée de l’Atrato par la côte des Caraïbes, suivant le cours du canal projeté.
- A propos du Télescope géant
- (La Nature, n° 3 161, Septembre 1948)
- La Société Anonyme des Etablissements Parra-Mantois et Cie nous informe que les verres de l’objectif de l’Observatoire Yerkes ont été construits et coudés par elle.
- La fabrication de ces verres, mesurant 1,02 m de diamètre et 19 m de distance focale, fut, à l’époque, un véritable tour de force.
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- La fusée optique à influence
- Nous avons déclaré dans un précédent article Q) que la technique de guerre avait fait de sérieux progrès dans le domaine des fusées ne nécessitant pas de réglage préalable, fusées dites « de proximité », radio-électriques, acoustiques, à infra-rouge, magnétiques ou optiques.
- Dans ce domaine, les Américains dépassèrent largement les Allemands au point de vue des réalisations. Des deux côtés, les recherches furent orientées en particulier vers la formule radioélectrique et aboutirent à une réussite : la fusée électrostatique pour projectiles de 88 mm Flak allemand Modèle 4i et la gamme des Proximity Fuzes américaines T74.E6, T80.E6, etc., pour tirs terrestres ou antiaériens.
- La fusée acoustique fut expérimentée par les Allemands mais non utilisée. Elle était basée sur un microphone à amplificateur et fonctionnait au son d’un moteur d’avion. La réception par cellule à l’acétate de plomb des rayons infra-rouges émanant des radiations calorifiques des moteurs d’avions donna naissance à la fusée à infra-rouge qui n’est pas encore mise au point aujourd’hui.
- Quant à la fusée anti-aérienne magnétique, elle fut abandonnée car elle ne présentait aucun intérêt pratique immédiat.
- Les Allemands retinrent un' autre modèle de fusée à influence la fusée photo-électrique. Elle émettait des rayons lumineux et détectait ensuite les « échos » réfléchis par l’avion but. Les rayons réfléchis étaient recueillis par une cellule photo-électrique placée dans l’ogive de la fusée, derrière une lentille de verre. A ce moment celle-ci émettait un signal vers un amplificateur qui mettait en œuvre le détonateur. L’émission de lumière s’effectuait à l’aide d’une lampe et sous forme de « tops » lumineux distribués spasmodiquement par un système de six lentilles montées sur une bague tournante. La rotation
- Fig. 1. — Cellule photo-électrique et lentille séparées.
- était due à un moteur électrique tournant à 20 000 tours-minute. (Ce système était d’ailleurs semblable dans les fusées à infra-rouge allemandes) où les lentilles émettaient 2 000 tops à la seconde.
- Pour la sécurité sur la première partie de la trajectoire un dispositif retardateur ne donnait le voltage nécessaire à la lampe qu’au bout de quelques secondes de durée du trajet.
- Cette fusée, trop volumineuse pour être utilisée sur un projectile courant de D. C. A, ne fut prévue que pour le Wasser-fall G2 allemand, engin auto-propulsé à liquide, radio-guidé du sol et fabriqué à Peenemunde.
- 1. Les fusées de D.C.A.. contre le temps. La Nature, n° 3162, octobre 1948
- On en réalisa 4o prototypes seulement.
- Les Américains poursuivirent l’étude de cette fusée en cherchant à diminuer son volume.
- A l’apparition des canons sans recul (2), véritable artillerie portative du fantassin, les techniciens américains recherchèrent le moyen d’utiliser ces nouveaux engins non seulement pour des tirs terrestres mais encore pour la défense rapprochée de l’infanterie et des chars contre le péril aérien, pour compléter le tir des batteries légères de D. C. A. d’accompagnement.
- La solution du tir percutant fut repoussée pour manque de précision, surtout avec un avion bombardant en piqué ou mitraillant au ras du sol.
- La fusée idéale qui devait équiper les nouveaux projectiles était donc la fusée détonateur de proximité radio-électrique ou optique qui ne nécessitait pas la résolution ardue d’un problème de tir anti-aérien et qui permettait une intervention rapide avec le maximum de chances de réussite.
- C’est ainsi que les Américains sont dotés à l’heure actuelle d’un canon sans recul pesant une cinquantaine de kgs qui tire un obus de n4 mm.
- La fusée de cet obus est basée sur une modification de la lumière reçue sur la trajectoire, modification causée par l’apparition de l’objectif dans le champ de l’engin.
- Les parties essentielles de la fusée optique à influence sont au nombre de six : une lentille, une cellule photo-électrique, un amplificateur, une pile, une sécurité et un relais explosif.
- La lentille toroïdale en lucite, à la pointe de la fusée, entoure la cellule photo-électrique sur la base de laquelle elle est vissée. Elle est noircie partiellement à l’intérieur. En dessous se trouve l’amplificateur avec ses prises, emboîté dans un bloc de bois perforé, et noyé dans la cire au montage.
- Branchée sur l’amplificateur, la pile d’alimentation est enfermée dans la queue cylindrique de la fusée et le dispositif sélecteur de sécurité lui fait suite. Le relais détonant est vissé à la partie terminale de la fusée.
- Un mécanisme d’auto-destruction est prévu pour détruire le projectile qui a manqué son but, afin qu’il n’explose pas à l’arrivée au sol au milieu des troupes amies. Il entre en œuvre à la partie descendante de la trajectoire.
- Fonctionnement
- Au départ du coup la pile commence son service, par rupture d’une ampoule d’électrolyte sous la force d’inertie. L’interrup-
- 2. Du frein de bouche au canon sans recul. La Nature, n° 3142, 15 août 1947.
- Fig. 2. — Amplificateur introduit sous la cellule photo-électrique.
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- teur de sécurité qui peut être basé, comme dans les fusées radio-électriques, sur l’infiltration progressive par force centrifuge d’une gouttelette de mercure à travers un diaphragme fibreux entre deux plots, ne permet la liaison de la pile avec l’amplificateur qu’au bout de quelques secondes. Ceci écarte le danger d’un éclatement prématuré causé par le décor ambiant au départ du coup.
- La lumière latérale est recueillie pendant la course du projectile par la lentille toroïdale. Celle-ci la dirige par réfraction totale sur la cathode de la cellule photo-électrique. L’énergie lumineuse constante est transformée en énergie électrique qui est envoyée à l’amplificateur.
- L’étage d’amplification a un débit nul tant que l’énergie électrique est constante. A l’interposition de l’objectif dans le champ de la lentille un brusque changement d’intensité lumineuse provoque la modification' de l’énergie électrique. La tension créée par l’amplificateur actionne une lampe thyratron à
- Fig. 3. — Amplificateur et son bloc de protection.
- atmosphère. Un condensateur de déclanchement se décharge alors à travers un détonateur électrique introduit dans le circuit et provoque l’explosion.
- Fabrication.
- Comme pour les fusées radioélectriques, la fabrication et le montage des fusées optiques posaient des problèmes sérieux de résistance du matériel tout en cherchant un volume minimum.
- Il fallait que chaque élément de la fusée puisse supporter l’accélération axiale au départ du coup donnant naissance à une force d’inertie énorme, puis la force centrifuge développée par la rotation du projectile.
- En effet : un obus sortant du tube est soumis à une rotation autour de son axe qui engendre une force centrifuge voisine de 3 ooo g. La force d’inertie résultant du choc au départ du coup est de l’ordre de 16 ooo g dans un canon anti-aérien ayant une vitesse initiale de 820 m à la seconde.
- Les organes furent donc rassemblés le plus possible de façon à faire voisiner au maximum leur centre de gravité avec l’axe du projectile. Des boîtiers ajourés reçurent chaque pièce et l’espace vide fut comblé par de la cire molle afin de réduire l’effet des chocs et d’assurer l’étanchéité.
- Puis chaque engin fut soumis à une centrifugeuse de premier essai pour en vérifier la résistance à une accélération de 20 ooo fois l’action de la pesanteur. Ajoutons que la Western Electric Company assura la fabrication des fusées alors que les laboratoires de Bell Téléphone étaient chargés des tests de vérification.
- Les fusées passaient ensuite au Service des Transmissions de l’armée qui puisait quelques sujets dans les différents lots afin d’en effectuer les essais finaux sur le terrain.
- Pierson.
- Fig. 4. — Fusée optique complète, telle qu’elle est employée.
- Documentation sur l'histoire de l'incubation artificielle des œufs..
- M Walter Laudauer, professeur à l’University of Connecti-• eut, Storrs, Connecticut (E.-U.) a retracé récemment l’historique de l’incubation des volailles. Certains scientifiques français, des constructeurs-mécaniciens et des aviculteurs français ont joué un rôle de première importance dans la découverte et la mise en application de méthodes pratiques d’incubation. Cependant, il y a certains détails concernant les inventions françaises dans ce domaine qu’il n’a pas encore été possible de connaître. Voilà pourquoi M. Landauer fait appel aux lecteurs de La Nature et leur demande de lui communiquer toute source où il pourrait puiser des renseignements se rapportant aux faits suivants :
- 1° Entre les années 1825 et 1830, M. Bastelaire installa de grands incubateurs à la cristallerie de Bercy, et les fit chauffer par le système du thermosiphon. Bastelaire, ou un autre, a-t-il décrit ces incubateurs quelque part ? Si oui, où ?
- 2° Le Prince de Conti inventa deux régulateurs mécaniques pour tenir la température constante pendant l’incubation, et il en publia probablement la description. Où trouver cette description ?
- 3° Charles Devillers (de Viller), auteur de Journées physiques-et membre de l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de-Lyon, a fait, dit-on, des expériences prolongées concernant les-incubateurs. Devillers a-t-il publié quelque chose sur ce sujet S' Où ?
- 4° M. Dubois a fait fonctionner de grands incubateurs, probablement entre les années 1780 et 1816. Dubois a-t-il publié un compte-rendu de ses travaux ? Où ?
- 5° M. de Romas, membre de l’Académie des Sciences de Bordeaux, mort en 1776, inventa deux méthodes pour tenir la température constante dans les incubateurs. De Romas, ou un autre, a-t-il décrit ces méthodes ? Où ?
- 6° Un renvoi dans le Journal des Connaissances usuelles et pratiques de l’année 1835 (vol. 21, p. 141) rapporte que M. de Saussure a décrit une méthode d’incubation. Où de Saussure a-t-il publié cette description ?
- 7° M. Tricoche a inventé un thermostat métallique pour tenir 7a température constante dans les incubateurs, Où peut-on trouver la description de ce thermostat ?
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- L’évolution des étoiles
- Prologue : le diagramme de Russell.
- Pendant les premières semaines de mars i9i3, raconte le physicien russo-américain Gamow, le temps se gâta et, à Princeton, se montra des plus défavorables à l’observation astronomique. Il pleuvait la plupart du temps, et le ciel couvert empêchait absolument toute observation. Mais cela ne dérangea pas beaucoup le professeur II. N. Russell, directeur de l’observatoire, qui fut même enchanté que cette oisiveté forcée lui donnât le loisir de mettre en ordre ses précédentes observations et de vérifier certaines idées qui le tracassaient depuis quelques mois ».
- Le professeur Russell, qui est âgé aujourd’hui de 71 ans, n’en avait alors que 36, et il était hanté par ]es conceptions de l’évolution des étoiles que son collègue danois Ilertzprung avait mises en vogue quelques années auparavant. Quand il se fut rendu compte que le mauvais temps le confinerait un bon
- (3 Centaure
- Antarès
- (3 Cocher
- Capella'
- JS
- Naines
- blanches
- OBAFGKMRNS
- Classe spectrale
- Fig. 1. — Diagramme de Russell.
- La bande oblique en pointillé représente la série principale des étoiles. En haut, la branche des géantes, et, plus haut encore, celle des super-géantes.
- moment dans son cabinet, il s’assit à son bureau, prit une grande feuille de papier millimétré, y traça deux axes de coordonnées, porta sur celui des abscisses les classes spectrales des étoiles, sur celui des ordonnées leur éclat absolu, et entreprit dé placer sur ce diagramme 3oo étoiles dont il connaissait à la fois l’éclat absolu et le type spectral.
- Peut-être, ici, quelques explications ne sont-elles pas superflues.
- Supposons toutes les étoiles rangées à la même distance de nous. Alors, celles qui possèdent le plus grand éclat intrinsèque sont aussi les plus brillantes. Sirius nous paraît 26 fois plus brillant que le Soleil, Vega 5ô fois, Rigel 18 000 fois, tandis qu’Aldébaran l’est 1 000 fois moins. Nous pouvons donc dire que les éclats absolus de Sirius, Vegà, Rigel et Aldébaran sont respectivement de 26, 5o, 18000 et 0,001.
- Quant à la classe spectrale, les lecteurs de La Nature n’ignorent naturellement point en quoi elle consiste. Ils savent que les étoiles sont réparties, suivant l’aspect de leur spectre, en dix classes, étiquetées O, B, A, F, G, K, M, R, N, S, à température de moins en moins élevée à mesure que l’on descend de O à S et dont la couleur tire sur le bleu pour les plus chaudes et sur le rouge pour les moins chaudes. Les étudiants de
- l’Observatoire Harvard (États-Unis) où cette classification a vu le jour, ont inventé un moyen très élégant de se souvenir de ces lettres : c’est la formule : Oh Be A Fine Girl, Kiss Me Bight Now (1)... Pour la classe S, les interprétations diffèrent : Harvard tient pour Sweeiheart, et Yerkes pour Smack. Espérons que ce point capital sera élucidé bientôt.
- La figure 1 montre comment, avec la classe spectrale et l’éclat absolu, Russell construisit son diagramme. Elle explique aussi l’étonnement de l’astronome américain quand il s’aperçut que les points figuratifs des étoiles, au lieu de se disséminer au hasard sur toute la feuille, se rassemblaient surtout en une bande oblique. Cette bande part du coin inférieur droit, c’est-à-dire des étoiles rouges à basse température et à faible éclat, et aboutit au coin supérieur gauche, emplacement des étoiles bleues, très chaudes et très brillantes. Le Soleil lui-même se trouve à peu près au milieu.
- Plusieurs étoiles, cependant, forment bande à part, comme Capella et Arcturus. Elles tirent sur le jaune et se révèlent donc d’assez basse température, mais, comme elles manifestent pourtant un grand éclat, il faut bien admettre qu’elles sont beaucoup plus grosses que les étoiles de la série principale. — Elles appartiennent, déclara Russell, à une branche de géantes. Un autre petit groupe, en bas et à gauche, fait aussi exception : c’est le groupe fameux des naines blanches, très petites mais extrêmement brillantes, dont nous parleron’s ici quelque jour.
- La vie d'une étoile.
- Les trente-cinq années qui se sont écoulées depuis la découverte de Russell n’ont fait qu’en souligner l’intérêt. Elles ont confirmé l’importance de la série principale — la bande oblique — qui, de la classe B à la classe des naines M, groupe à elle seule 99 pour 100 des étoiles. Elles ont aussi permis l’adjonction d’une branche supplémentaire de super-géantes (comme Antarès), mais le perfectionnement le plus intéressant a été apporté en 1924 par le grand Eddington quand il a énoncé sa relation masse-luminosité. Cette relation peut s’exprimer ainsi : l’éclat absolu d’une étoile est à peu près proportionnel au cube de sa masse. Elle peut aussi se transcrire graphiquement, comme sur la figure 2.
- Cette relation est très instructive, car elle donne le moyen d’évaluer la masse de toutes les étoiles qui figurent sur le diagramme de Russell. En effet, puisque cette masse est d’autant plus forte que l’éclat absolu est plus grand, nous en déduisons que les étoiles situées dans la partie supérieure de la série prin-
- Capella
- Sirius
- Soleil
- Krueger 60
- .3 0.0001
- 0,25 0,4 0,63 1 16 25 4 6,3 10 16 25
- Masse par rapport à celle du soleil
- Fig. 2. — La relation masse-luminosité d’Eddington.
- Ce graphique montre que l’éclat absolu des étoiles augmente à peu près proportionnellement au cube de leur masse.
- 1. Oh, sois une gentille fille, donne-moi tout de suite un baiser.
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- Figr. 3. — Sir Norman Lockyer ( 1836-1920).
- cipale doivent être très massives; au contraire, celles qui sont reléguées dans la partie inférieure ne peuvent être que très légères. Par exemple, ,1’étoile Krueger 60 ne mesure que x/io de la masse solaire, tandis que Sirius atteint 2,4 fois celle-ci.
- Que la masse diminue lorsqu’on parcourt le diagramme depuis les géantes de la classe M (comme (à Pégase) jusqu’aux naines de la même classe (telles que Krueger Go), cela nous conduit à penser que ce diagramme pourrait bien être la représentation d’une véritable évolution dans le temps. En effet, si les étoiles sont plus légères au bas de la série principale que dans le haut, ne serait-ce pas parce qu’elles ont perdu de la masse en cours de route ? Et, puisque l’énergie qu’elles émettent est pesante (x), cette perte de masse ne proviendrait-elle pas de leur rayonnement ?
- Il est donc très logique que l’on ait eu, depuis longtemps, l’idée que le diagramme de Ilertzprung-Russell était un vrai film de la vie d’une étoile. Le premier, le célèbre astronome anglais Lockyer (fig. 3) traça le schéma grandiose de cette existence, commençant comme géante rouge M et se contractant, s’échauffant, augmentant d’éclat, passant par les étapes K, G, F, puis, ayant atteint son maximum de splendeur, se mettant à descendre la série principale en repassant, diminuant toujours de volume et de luminosité, par les mêmes étapes A, F, G, K, pour retomber finalement à l’état minable de naine rouge M (fig. 4)-
- Un univers trop jeune.
- Naturellement, pour alimenter le prodigieux débit énergétique de l’astre au cours de cette longue carrière, il paraît inutile de chercher une autre source que l’énergie atomique. Puisque c’est celle-ci qui entretient le rayonnement du Soleil (1 2) et puisque
- 1. Le combustible du Soleil, par Pierre Rousseau. La Nature, 1er mai 1948, p. 129.
- 2. Voir la note précédente.
- Fig. 4. — Schéma théorique de l’évolution des étoiles.
- le Soleil est une étoile, il semble évident, a priori, que c’est le cycle de Bethe qui doive approvisionner toutes les étoiles en énergie. Or, c’est ici que les choses ne vont plus, et que les travaux récents ont apporté de sérieuses retouches aux vues primitives de Lockyer-Iiertzprung-Russell.
- En effet, le cycle de Bethe, rappelons-le, se résume en la transmutation progressive de l’hydrogène en hélium. D’après une étude du même Russell en 1942, le Soleil contiendrait actuellement 5i pour 100 d’hydrogène et seulement 42 pour 100 d’hélium. Il n’est donc pas encore, conclut le savant, au milieu
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- Fig. 6.
- t/ne bonne partie du système solaire tiendrait à l’i à l’intérieur de l’étoile £ Cocher.
- de son évolution. Quand il approchera du « bout de son rouleau x>, qu il ri aura plus, par exemple, que ii pour roo d hydiogene, son éclat sera i3 fois plus grand qu'aujourd'hui et son spectre voisin' du type A.
- Vous seriez peut-être curieux de voir, dans le ciel, une étoile de ce genre, qui représenterait ce que sera le Soleil dans n milliards d’années, mais voici justement le hic! Il n’y a pas d’étoile qui, ayant la masse du Soleil, soit à la fois du type A et d’éclat i3 fois plus élevé. La seule déduction à en tirer est qu’aucune étoile ressemblant au Soleil n’a encore eu le temps de « brûler » à peu près toute sa provision d’hydrogcne, donc que l’univers est né depuis trop peu de temps pour qu’une telle étoile ait sensiblement vieilli...
- Au fond, cela ne doit pas nous surprendre; l’intensité du rayonnement solaire n’ayant pas varié depuis la formation de la croûte terrestre (il y a trois milliards d’années, d’après le géologue anglais Holmes), nous imaginons combien il en faudrait de dizaines de milliards pour que l’astre puisse parcourir le chemin allarit des géantes M aux naines M !
- — Mais alors, demanderez-vous, si les étoiles n’ont presque pas évolué depuis le commencement du monde, si elles sont restées ancrées presque au même point du diagramme de Russell, qu ont-elles donc fait depuis leur naissance ? Comment ont-elles vécu ? Où ont-elles puisé leur énergie ?
- Peut-être la meilleure réponse à ces questions consiste-t-elle à faire défiler devant vous les images successives d’une vie stellaire — telle, du moins, que la rapporterit les hypothèses modernes. Chacun sait que les hypothèses scientifiques sont un peu comme les promesses des politiciens et les roses de Malherbe : elles ne durent que l’espace d’un matin. Ne vous chagrinez donc pas si celles d’aujourd’hui ne sont plus tout à fait celles d’il y a dix ans : au fond, il n’y a personne de moins conformiste qu’un savant.
- Comment naissent les étoiles.
- La photographie 5 montre deux choses : une sorte de nuage blanchâtre et, au-dessous, un nuage noir. Le premier est, vous l’avez deviné, un semis d’étoiles, trop éloignées pour être distinguées individuellement. Le second est, non pas un endroit vide d’étoiles, mais un véritable nuage. Un nuage de quoi? Eh bien ! De minuscules poussières, ne mesurant pas plus de i/io.ooo de mm et à une température de quelques degrés seulement au-dessus du zéro absolu. Hâtons-nous de dire que ces
- nuages noirs ne sont nullement une nouveauté, puisque La Nature en a parlé il y a déjà dix ans (x).
- Ce qui est réellement neuf, c’est que, d’après les astronomes américains Whipple et Spitzer, c’est dans les nuases de ce genre que naîtraient les étoiles. Ces deux astrophysiciens nous montrent, en effet, un grain de cette poussière cosmique attirant les atomes du voisinage, les agglutinant et formant ainsi un corpuscule de plus en plus gros; puis les particules proches s’y joignant à leur tour, poussées par la pression de radiation des étoiles voisines; si bien qu’un beau jour le corpuscule devient un globule énorme, pesant beaucoup moins que le Soleil mais distendu jusqu’à des millions de milliards de kilomètres de diamètre. L’astronome Bart L. Bok a compté récemment a3 de ces globules sombres se détachant sur un fond de nébuleuses brillantes.
- A ce stade, un globule n’a pas le droit de s’appeler une étoile. Mais, peu à peu, la gravitation fait son œuvre, rapproche les matériaux si écartés, les comprime et, de cette compression, fait surgir un léger échauffement. Alors le nouvel astre commence à rayonner, devient perceptible et peut être enregistré par les astronomes sur les actes d’état civil du ciel. C’est le cas, par exemple, de la super-géante e Cocher, dont le diamètre dépasse 2 ooo fois celui du Soleil. Mise à la place de notre astre du jour, elle engloberait tout le système solaire presque jusqu’à l’orbite de Saturne; nous ne rious en apercevrions peut-être même pas, la densité moyenne de cette étoile n’étant guère que le millionième de celle de l’air. Le plus étonnant, c’est que si nous pouvions déposer un thermomètre sur la surface, il marquerait pourtant i 700° — température déjà élevée mais
- 1. Le système solaire vogue-t-il dans une nébuleuse obscure ? par Pierre Rousseau, La Nature du 1er juin 1938.
- Fig. 7. — Spectres typiques d’étoiles géantes, allant des plus chaudes (en haut) aux moins chaudes (en bas).
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- qui ne laisse rayonner presque que de l’infra-rouge (de fait, c’est surtout au thermocouple que les astronomes ont pu étudier e Cocher) — et qu’à l’intérieur, la température avoisinerait tout de même 4oo ooo degrés! (fig. 6).
- Où les étoiles puisent-elles leur énergie?
- D’où cette chaleur peut-elle provenir? De la contraction, comme cela vient d’être dit. Pourtant, au fur et à mesure que l’étoile se comprime et s’échauffe, les particules qui la constituent s’agitent davantage et s’entrechoquent plus violemment. Dépouillés de leur électron par la chaleur, les atomes d’hydrogène, les plus nombreux, sont réduits chacun à leur noyau. Ils sont transformés en projectiles qui s’en vont bombarder les autres atomes. Un moment arrive où les plus vulnérables de ces derniers, ceux de deutérium, se laissent atteindre en plein cœur. Alors s’accomplit la première série de transmutations nucléaires : les noyaux de deutérium éclatent, et ce corps se transforme en hélium en dégageant une grande quantité d’énergie atomique.
- Du coup, la température monte à 2 millions de degrés. La contraction est stoppée et l’astre se dilate. Mais, tout le deuté-
- 10.000 L
- Soleii 8*. actuel
- 0.0001
- Classe spectrale
- Fi g. 8. — Les sources énergétiques stellaires.
- Ce schéma montre les diverses réactions nucléaires où les étoiles peuvent puiser leur énergie, selon leur masse et leur luminosité. En trait épais, l’évoldtion du Soleil.
- 1000 ivEL
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- Krueger6bv '
- 0 B A F G KMRNS
- Classe spectrale • Etat actuel de l'étoile O Etat de /étoile vers la fin de son évolution
- Fig. 9. — L’évolution de trois étoiles-témoins dans la série principale.
- Le graphique montre, pour une dizaine de milliards d’années, les variations spectrale et lumineuse de Krueger 60, du Soleil et de Sirius (d’après Gamow).
- tableau ci-dessous) va de 2 000 à 6 5oo°. De sorte que lorsqu’elle parvient à la classe G ou F, là où la branche des géantes se raccorde au tronc de la série principale, elle a perdu tous ses éléments légers — sauf, évidemment, l’hydrogène et l’hélium. Cette histoire pourrait d’ailleurs paraître fortement romancée si nous n’avions sous les yeux l’exemple du Soleil, qui, lui, est déjà entré dans la classe G. L’analyse spectrale n’y révèle ni deutérium ni béryllium ni bore, et il n’y a que dans son atmosphère que l’on détecte des traces de lithium. Toutes ces substances, il les a gaspillées au temps de sa jeünesse, et il ne vit plus, maintenant, qu’en mangeant son fonds d’hydrogène.
- Il n’est pas très utile de vous décrire ce qui se passe une fois que l’étoile est engagée dans la série principale, puisque le récit en a déjà été fait ici même dans le cas particulier du Soleil. Vous savez donc que, dans cette partie de sa carrière, l’astre est alimenté en énergie par la série continue de trans-
- rium ayant été consommé, ce ne serait là qu’une flambée si ces 2 millions de degrés n'étaient précisément le seuil auquel peut s’amorcer une nouvelle réaction nucléaire : celle des mêmes noyaux d’hydrogène sur les noyaux de lithium. Alors jaillit un autre jet d’énergie atomique, résultant de la transmutation du lithium en hélium, et la température s’élève, cette fois, à 3 millions et demi de degrés. Le lithium disparaît lui aussi, mais c’est au tour du béryllium et du plus lourd isotope du bore d’entrer en ligne. L’énergie atomique surgie de ces deux réactions successives porte la température à 7 millions de degrés. Et, quand une autre réaction encore, celle de l’hydrogène avec le plus léger isotope du bore, aura poussé l’intérieur stellaire jusqu’aux abords de 10 millions de degrés, il ne restera plus qu’à demander à la contraction un appoint de 5 millions de degrés pour que l’étoile quitte la branche des géantes et soit aiguillée sur la série principale du diagramme russellien.
- En somme, dans la première partie de son existence, quand elle est encore à l’état, de géante légère et relativement froide, l’étoile « brûle » tout ce qu’elle a « sous la main », en commençant par les éléments les plus « combustibles », comme le deutérium. Ainsi franchit-elle les étages M, K et G du rameau des géantes (fig. 7), dont la température superficielle (voir le
- La température superficielle des étoiles.
- Température Classe spectrale Étoiles-types
- plus de 20 000° O 1 Orion
- la 000 à 20 000° B Rigel
- 10 000 à 13 000° A Vega, Sirius, Allaïr
- 0 500 à 10 000» F Proryon
- 4 500 à 6 500» G Soleil, Capeila
- 3 500 à 4 500“ K Arcturus, Aldébaran
- 2 000 à 3 500“ M Bélelgeuse, Anfarès
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- mutatioris que l’on appelle le cycle de Bethe. Il y a toutefois une très grande différence entre cette série de transmutations et les précédentes. Alors que celles-ci aboutissent à la disparition radicale du deutérium, du lithium, du béryllium et du bore, le cycle de Bethe, au contraire, s’entretient par la régénération perpétuelle du carbone et de l’azote. Ces deux corps agissent, non comme combustibles, mais comme catalyseurs, si bien que la réaction ne s’arrête que lorsqu’il n’y a plus d’hydrogène, quand tout a été transformé en hélium.
- Voilà pourquoi la majeure partie de la vie d’une étoile se passe dans la série principale, et pourquoi l’étape « géante » n’est qu’une fugitive flambée de jeunesse. Il ne faudra pas moins d’une dizaine de milliards d’années au Soleil pour épuiser tout son hydrogène. Et nous savons que lorsqu’il touchera le fond de sa réserve, il passera par une ultime phase de prodigalité; il dépensera sans compter, brillera dans un éphémère apogée et se hâtera alors vers sa fin.
- Le schéma de la figure 8 montre les diverses sources énergétiques auxquelles peuvent puiser les étoiles au cours de leur vie. En principe, elles devraient traverser successivement la zone des réactions H-D, puis celles des réactions II-Li, H-Be, etc. mais, en fait, peut-être, selon leur masse, leur est-il possible de sauter des étapes ? Les plus massives, qui sont aussi, en vertu de la relation masse-luminosité, les plus éclatantes, consument leur provision de combustible beaucoup plus vite que les étoiles légères. Ainsi s’explique que, malgré la jeunesse relative de l’univers, on puisse voir côte à côte des astres au plus haut degré de leur puissance et d’autres déjà rougis et ratatinés. Dans dix milliards d’années, s’il y a encore des astronomes sur Terre pour tracer des diagrammes de Russell, ils devront placer le Soleil plus haut et plus à gauche que nous ne le plaçons actuellement; Krueger 60 et Sirius aussi auront grimpé le long de la série principale. Mais ce dernier, qui dévore son hydrogène i5 fois plus vite que le Soleil, aura aussi une vie i5 fois plus brève. Après une phase d’éclat sans égal, il tombera rapidement dans le coin des naines (fig. 9).
- La création des éléments.
- En somme, si l’on se place au point de vue — j’allais dire de Sirius ! — l’univers contemporain manifeste une très grande stabilité. Les étoiles ne glissent presque pas sur les rails du diagramme de Russell, et leur composition chimique, à part la transformation régulière de l’hydrogène en hélium, demeure constante. Nous sommes assurément enchantés de voir se fabriquer sous nos regards cet hélium, mais nous ne voyons pas du tout se fabriquer de carbone, de fer, d’or ou d’uranium.
- De prime abord, cela ne nous étonne pas trop, car si le noyau de deutérium, par exemple, se laisse volontiers attaquer dès 4oo ooo° pour se convertir en hélium, les noyaux susceptibles de donner naissance aux corps plus lourds sont beaucoup plus coriaces; , en fait, ils restent insensibles même aux réactions thermonucléaires qui, à 20 ou 3o millions de degrés, ravagent le cœur des étoiles les plus chaudes. Nous sommes bien obligés de penser que, dès leur formation, les étoiles possédaient les éléments que nous leur connaissons, et dans la même proportion. Elles ne les fabriquent, donc pas comme elles fabriquent l’hélium, et nous devons imaginer une phase pré-stellaire pendant laquelle ces éléments furent constitués.
- Sur cette période, qui précéda la période « globulaire » de la vie des étoiles, les astronomes rie peuvent encore proposer que des hypothèses. La seule certitude est que, pour produire les corps les plus lourds de la table de Mendéléief, le milieu où ils s’élaborerit devait être à une pression et à une température formidables. Les astronomes Henrich et Chandrasekhar ont calculé les circonstances de cette élaboration, mais peut-être est-il un peu prématuré de s’attarder à des considérations encore si éloignées de toute possibilité de vérification.
- Contentons-nous de remarquer que cette hypothèse d’un « chaos primitif » à pression et à température démesurées cadre assez bien avec la théorie de l’atome primitif de l’abbé Lemaître (4). D’après cette théorie, il y eut une époque où toute la matière de l’univers, jusqu’à celle des galaxies les plus lointaines, se trouvait ramassée en un bloc compact, où, les atomes n’existant pas encore, la substance qui devait constituer plus tard leurs noyaux était continue et sans vide. A ce moment, tout l’univers, jusqu’à 5oo millions d’années-lumière, tenait dans une sphère dont le rayon était seulement dix fois plus grand que l’orbite lunaire, où la densité atteignait io14 g par centimètre cube — 100 millions de tonnes enfermées dans un dé à coudre. C’est l’expansion de cette matière nucléaire qui, en pulvérisant le bloc en particules, aurait créé la foule des atomes.
- Mais nous nous aventurons ici sur un terrain où l’homme de science cède la plume au romancier, et c’est le cas de dire avec Fontenelle : « En fait de découvertes nouvelles, il ne faut pas trop se presser de raisonner, quoi qu’on en ait toujours assez d’envie, et les vrais philosophes sont comme les éléphants qui, en marchant, ne posent jamais le second pied à terre que le premier ne soit bien' affermi... »
- Pierre Rousseau.
- 1. L’univers a-t-il jailli d’un atome géant P par Pierre Rousseau. La Nature, 1er mars 1948, p. 65.
- Les prix Nobel de 1948.
- L’Académie royale des Sciences de Suède vient de décerner les prix Nobel de cette année.
- Le prix de physiologie et de médecine a été attribué au D1' Paul Müller pour ses travaux sur l’utilisation du D. D. T. comme insecticide. Le Dr Muller dirige avec les Drs P. Laüger et H. Martin les laboratoires de recherches de la Société J. R. Geigy, à Bâle. Depuis 20 ans, il y est engagé dans la lutte chimique contre les insectes ; il y a découvert les propriétés d’insecticide de contact du D. D. T., notamment contre les poux vecteurs du typhus et les moustiques vecteurs du paludisme. Au moment où, pendant la dernière guerre, la lutte contre les insectes pathogènes prenait une grande extension et où les produits efficaces tels que le pyrèthre commençaient à manquer, le D. D. T. a permis d’engager la lutte dans le monde entier, on sait avec quels heureux résultats. 11 est également précieux pour la défense des cultures et son étude a orienté vers la découverte d’autres insecticides de synthèse.
- Le prix Nobel de physique est allé au Pr P. M. S. Blackett, de l’Université de Manchester, actuellement âgé de 51 ans. Engagé volontaire dans la Marine royale britannique pendant la première
- guerre mondiale, il reprit en 1919 sa carrière scientifique comme assistant de Rutherford. Il est connu pour ses travaux sur l'électron positif et sur les rayons cosmiques. Il est également spécialiste du radar et fut à ce titre un des premiers scientifiques utilisés dès 1940 dans les services de guerre britanniques qui devaient progressivement créer les groupes de recherches opérationnelles ; leur rôle a été décisif dans la conduite scientifique de la guerre. Le Pr P. M. S. Blackett est également le président et l’animateur de l'Association des travailleurs scientifiques de Grande-Bretagne.
- Le prix Nobel de chimie a été décerné au savant physico-chimiste suédois Arne Tiselius, de l’Université d’Upsal. Il n’est âgé que de 46 ans, et son œuvre scientifique porte.sur les problèmes les plus difficiles de la chimie biologique, notamment ceux des protéines. Son apport dans ce domaine est des plus marquants : l’application fort habile des méthodes d’électrophorèse et des techniques d’adsorption lui a permis de séparer les diverses protéines dont le mélange constitue la caséine du lait, le plasma du sang, les toxines et les antitoxines microbiennes. Des voies nouvelles s’ouvrent ainsi à la chimie biologique.
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- Le problème = de l'habitation
- C’est le-plus grave problème qui se pose actuellement pour rendre moins difficile la vie en France et en plusieurs autres pays d’ailleurs : on pourrait même dire dans tout l’univers.
- Le problème de l’alimentation qui passe momentanément au premier plan sera déjà ramené, d’ici deux ou trois ans, à ses proportions normales d’avant-guerre que subsistera toujours, et pour longtemps, l’angoissante question du logement.
- Dans les nombreux articles de presse et dans les conversations générales dont elle est l’objet, est surtout évoqué le cercle vicieux dans lequel nous nous débattons actuellement pour remédier à la pénurie sans cesse croissante d’appartements ou de maisons susceptibles d’abriter tous ceux dont le foyer a été détruit par la guerre ou rendu inutilisable par la vétusté, ainsi que tous les jeunes ménages qui attendent impatiemment une installation.
- Il faudrait se consacrer activement à la construction. Mais elle est maintenant à un prix exorbitant et n’est pas rentable, si l’on n’impose pas un prix de location prohibitif.
- En fait, c’est peut-être le point de départ de ce cercle vicieux, c’est-à-dire le prix excessif de la construction, sur lequel il conviendrait de s’arrêter pour l’examiner d’un peu plus près et se demander s’il n’est pas possible, dans certaines conditions, de le réduire notablement.
- C’est ce que nous allons essayer de faire objectivement. Nous commencerons par distinguer deux genres distincts de constructions, qu’on a généralement le tort de confondre en traitant de ce problème de l’habitation :
- Immeubles urbains à plusieurs étages et cités diverses.
- Maisons individuelles rurales ou suburbaines.
- Les problèmes à résoudre pour ces deux catégories d'habitations sont différents. Le cas des immeubles urbains semble le plus difficile, en raison des exigences à satisfaire, mais il ne représente, en dépit des apparences et des plaintes plus vives qu’il fait émettre, que le problème mineur.
- Fig. 2. — Maison individuelle d’habitation construite en 1939, avec ossature en béton armé et remplissage en briques creuses.
- Son prix de revient serait actuellement trop élevé
- Fig. 1. — Effets de la guerre — ou de la vétusté — sur les maisons.
- Les toitures cèdent toujours les premières et révèlent leurs faiblesses.
- La maison individuelle est celle qui est sans doute la plus attendue, soit en raison des besoins actuels à combler, soit en raison de la décentralisation administrative, industrielle ou commerciale, qui finira par s’imposer pour le décongestionnement des villes.
- Ce problème de la maison individuelle est heureusement, si on se penche attentivement sur lui, susceptible de comporter, pour ceux qui voudront bien se donner la peine de les rechercher, des économies assez notables sur les prix de construction dont on parle couramment aujourd’hui.
- On a pris, à cet égard, l’habitude regrettable de citer un prix de revient généralisé à tant la pièce. Cette forme d’évaluation se prête à un grossissement excessif et continu. Ce prix est passé, depuis le début de la dernière guerre, d’abord de 25 ooo à 5o ooo francs, avec une légère pause à ce taux. Mais ensuite, depuis quatre ans surtout, à ioo ooo, 200 ooo, 3oo ooo avec une rapidité déconcertante, pour aborder maintenant le voisinage des 4oo ooo.
- Et l’habitude est si bien prise de se prêter à cette enflure qu’on ne prend même plus la peine de distinguer ni les dimensions de la pièce, ni le genre d’habitation auquel s’applique cette folle évaluation. On justifie ainsi, en quelque sorte à l’avance, les prix exorbitants auxquels on s’accoutume.
- Essayons de raisonner un peu ce problème de la construction en le décomposant et en nous demandant : « De quoi s’agit-il ?»
- Toute habitation comprend, en première exécution, ce qu’on a coutume d’appeler « le gros œuvre », c’est-à-dire l’essentiel, constitué principalement par les fondations, les murs et cloisons, la charpente, la toiture et sa couverture. Cet ensemble assure
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- Fig. 3. — Le mur pignon de cette habitation classique dans le Nord de la France montre un briquetage trop ouvrageux.
- la mise hors d’eau et représentait, il y a encore une vingtaine d’années, un peu plus de la moitié de la valeur d’une construction.
- L’aménagement intérieur et le finissage extérieur, qui complètent le gros œuvre, ont pris leur revanche sur ce dernier, qu’ils tendent maintenant à dominer en prix de revient, du fait des exigences de confort ou d’esthétique et de l’intervention de corps de métiers multiples. C’est dans cet ordre d’idées, très variable d’une habitation à. une autre, que réside la principale inconnue du problème du prix de revient.
- De toutes façons, ce prix de revient appliqué au gros œuvre ou à l’aménagement se compose de deux facteurs principaux : matériaux et main-d’œuvre. On peut dire, pour fixer approximativement les idées, qu’en général les matériaux entrent pour les deux tiers environ dans le prix de revient et la main-d’œuvre pour un tiers.
- L’augmentation considérable des prix porte sur les deux facteurs mais est, en définitive, surtout influencée par le prix de la main-d’œuvre qui agit lui-même sur le prix des matériaux, en plus d’une certaine rareté de ces derniers et de leur insuffisance pour les besoins à satisfaire.
- Ces matériaux peuvent être classés en deux catégories : les matériaux traditionnels et les matériaux nouveaux nés des techniques récentes de construction.
- Les matériaux traditionnels sont les seuls pour lesquels peuvent se comparer les prix actuels et les prix antérieurs à la guerre. En les énumérant ci-dessous, il n’est pas sans intérêt de se faire une idée approximative de leur proportion relative en poids dans le tonnage total nécessaire à la construction d’une habitation. Nous prendrons, comme exemple, une construction ne datant pas de plus d’une dizaine d’années, et faisant intervenir, pour une maison individuelle, des fondations en bon terrain, un soubassement en béton banché, un squelette porteur
- en béton armé et des remplissages en briques creuses, enfin une charpente bois classique.
- Matériau employé Pourcentage en poids
- Sable et gravier 55 pour 100
- Ciments eï chaux 10 —
- Plâtre 5 —
- Eau de gâchage 8 —
- Briques creuses Bois de charpente et menuise- 8 —
- rie 7 —
- Tuiles céramique Fers d’armatures et ferrures 4 —
- diverses 1 —
- On voit qu’à eux seuls le sable, le gravier et, l’eau entrent pour près des deux tiers dans le tonnage total à mettre en œuvre pour une telle construction. Ceci montre d’abord l’importance relative des facilités ou des difficultés d’approvisionnement en eau et de voisinage des carrières de sable et gravier. Si des transports, devenus extrêmement coûteux, doivent entrer en ligne de compte, ils vont grever aussitôt sensiblement les prix de la construction.
- D’une manière générale d’ailleurs la question poids à transporter et à manipuler tend à intervenir de telle sorte, surtout dans certaines régions accidentées, que l’allégement de la construction est certainement la voie dans laquelle on peut le mieux espérer aboutir à une diminution du prix de revient. En effet, l’allégement ne simplifie pas seulement les transports; il se répercute également, d’une partie à l’autre, sur l’ensemble de la construction, permettant du sommet à la base une réduction notable des matériaux à mettre en œuvre, des dimensions du squelette porteur et de celles des fondations.
- On se heurte malheureusement encore dans le public à des préjugés bien ancrés sur la solidité d’une maison attribuée exclusivement à une construction massive et lourde. La maison « pierre de taille » a gardé son prestige dans les annonces elles-mêmes. Elle a incontestablement son intérêt que peut accroître le voisinage d’une bonne carrière. Mais l’erreur consiste à croire que la masse et le poids sont les éléments indispensables d’une bonne construction.
- Les exigences actuelles de l’habitation ne permettent pas, sauf exception justifiée, de s’attarder à en faire un monument
- Fig. 4. — Le bois n’est pas seulement un matériau de construction
- provisoire.
- Il peut très bien convenir pour le définitif en l’associant convenablement aux autres matériaux. Voici un bel exemple d’habitations autour de l’usine norvégienne de Tyssedal.
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- Fig. S. Le premier problème dont la solution devrait s'imposer pour toute habitation nouvelle, c’est celui de l'étanchéité assurée des toitures, même en cas d'avarie à la couverture.
- Voici une disposition simple de sous-couverture en aluminium précédant la pose des tuiles ou ardoises et qui a fait en France ses preuves d’efficacité.
- pour des siècles. Un âge moyen compris entre soixante et cent ans la rend déjà vétuste et mal adaptée à la vie moderne. Ce qu’il faut en réalité pour répondre à un bon usage, sans incidents ni difficulté d’entretien, c’est une maison résistante à l’égard des intempéries, tempêtes exceptionnelles comprises. Cela n’a rien à voir avec la masse et le poids. C’est avant tout une question de liaison solide entre tous les éléments avec une résistance aussi bien assurée aux efforts de traction qu’aux efforts de compression. L’aviation s’est chargée de montrer qu’une telle résistance est parfaitement compatible avec la recherche de la plus grande légèreté. Ceci ne veut pas dire qu’il convienne de construire une maison comme un avion. Un certain poids minimum est nécessaire à la stabilité d’une construction fixe. Mais ce qu’on peut faire avantageusement et sans nuire en rien ni à la stabilité ni à la résistance aux vents les plus violents, c’est de placer surtout ce poids là où il convient, c’est-à-dire aux fondations et à la base de la construction et d’alléger le plus possible son élévation à la seule condition de l’ancrer solidement à cette base.
- Si l’on ramène ainsi, comme c’est parfaitement réalisable avec des techniques nouvelles qui ont fait leurs preuves, de 3o
- Fig. 6. — De ce qui serait un grenier insuffisamment protégé contre les intempéries, on peut faire une pièce habitable et confortable, si sa toiture comporte une sous-couverture, à la fois étanche et isolante, en aluminium,
- ou 4o t à i5 t le tonnage de matériaux à mettre en œuvre pour une pièce, on diminuera déjà de plusieurs milliers de francs le prix de revient de cette pièce, même s’il faut pour cela faire intervenir un faible poids relatif de matériaux plus coûteux. Prenons un exemple au sommet avec la toiture et la couver-
- ture. Si on adopte, au lieu d’une couverture en tuiles céramique pesant 4o kg au mètre carré, une couverture en aluminium ne chargeant plus le mètre carré que de 2 ou 3 kg, on peut simplifier beaucoup non seulement la mise à pied d’œuvre, mais également la charpente de la toiture correspondante, surtout si on fait encore intervenir, dans cette charpente, le métal léger en association avec le bois pour son renforcement et ses assemblages. Malgré le prix actuel élevé du métal léger, la pratique a montré que cette intervention qui facilite beaucoup l’emploi des charpentes nouvelles lamellaires tendant à se substituer très logiquement aux charpentes massives, permettait de réaliser sur celles-ci, encore trop en faveur, une économie de plus de la moitié, dans certains cas même de près des deux tiers, sur le prix de revient de la charpente.
- C’est un fait d’ailleurs qu’il faut bien concevoir qu’une adjonction judicieuse, même coûteuse, peut aboutir finalement à une économie appréciable si son intervention est utilement adaptée.
- Ainsi le doublage d’une couverture, quelle que soit celle-ci et surtout si son étanchéité et son isolement thermique sont insuffisamment assures, comme c’est le cas d’une couverture ordinaire en tuiles, ce doublage par une sou s-couverture, qui peut avantageusement être établie en tôle mince d’aluminium, présente des avantages si marqués d’étanchéité absolue et d’isolement thermique qu’il peut permettre facilement de transformer un grenier en pièce habitable et doter ainsi une habitation d’une pièce supplémentaire ou même de plusieurs si les
- Fig. 7 et 8. — L’association, très simple d’ailleurs, du bois et de l’aluminium, permet de simplifier, d’alléger et de renforcer les charpentes avec une économie notable.
- Voici une charpente légère et économique résistant parfaitement à la neige dans les Alpes françaises.
- dimensions de ce grenier le comportent. Le prix de revient d’une telle sous-couverture n’étant que d’environ 4oo francs par mètre carré, cela ne représente qu’une dépense de l’ordre de grandeur de 6 ooo francs par pièce, soit d’à peine 2 pour 100 du prix d’une construction. Et si cela peut permettre, par exemple, de répartir ce prix d’ensemble sur cinq pièces au lieu de quatre, chacune de ces pièces aura son prix de revient abaissé de 20 pour ïoo.
- L’isolement thermique qui vient d’être évoqué doit jouer d’ailleurs, parallèlement à l’allégement et non pas seulement pour la toiture, mais pour l’ensemble de l’habitation, un rôle essentiel au point de vue économique comme au point de vue technique. C’est en effet l’isolement thermique, susceptible d’être obtenu maintenant en faible épaisseur par divers matériaux et divers procédés, qui permet de réduire considérablement l’épaisseur murale, tout en assurant une protection très supérieure contre le froid et la chaleur. Contrairement à l’opi-
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- Fig. 9, 10, 11. — La légèreté et la solidité de cette toiture à charpente bois-aluminium et à couverture aluminium ont permis cette
- curieuse expérience de son déplacement dfune habitation sur une autre.
- nion trop répandue, ce n’est pas l’épaisseur des murs qui doit caractériser la valeur de protection d’une maison. Certes, les murs épais des vieilles habitations protègent de la chaleur extérieure de l’été parce que celle-ci est discontinue, s’interrompant pendant la nuit. Mais le froid continu de l’hiver s’accumule dans les murs épais et rend les vieilles maisons d’autant plus glaciales que la chaleur intérieure se perd dans la masse de ces. murs.
- Ce qu’il faut, en réalité, c’est un écran isolant entre l’intérieur et l’extérieur. Nous verrons une autre fois comment on peut le réaliser avec efficacité en se contentant d’une faible épaisseur. Or la réduction de l’épaisseur murale présenté une importance économiquè dont on ne se fait pas une idée suffisante sans la chiffrer. ^
- L’économie ne résulte pas seulement de la diminution notable du tonnage de matériaux à mettre en œuvre. Elle se trouve surtout dans le gain appréciable de surface utile pour une même surface bâtie et couverte ou, si l’on veut, dans une réductiomde cette dernière pour une même surface habitable. Si on réduit, par exemple, seulement de io centimètres l’épaisseur des murs de l’habitation et si le perimetre de ces murs est d’une quarantaine de mètres, ce qui correspond à une petite maison individuelle de quatre ou cinq pièces dont le prix de revient se chiffre maintenant entre i 200 000 et 1 5ooooo francs, on récupérera près de 4 ni2 de surface habitable ou, pour une même surface utile, on économisera quatre fois le prix d’environ
- Fig. 12. — Le problème de Vhabitation peut être résolu techniquement et économiquement par une judicieuse association des matériaux traditionnels et de matériaux nouveaux.
- Voici la construction d’une habitation française définitive, 0C1 se trouvent
- combinés ciment, plâtre et bois avec l’aluminium et la fibre de verre.
- 20 000 francs auquel on évalue présentement le mètre carré couvert. L’économie, à ce seul point de vue, sera de 80 000 francs sans compter celle résultant de l’allégement réalisé qui pourra facilement doubler le chiffre.
- L’allégement de la construction et son isolement thermique représentent donc déjà deux moyens de réduire d’une manière appréciable son prix de revient.
- Il en est d’autres qui correspondent à l’intervention dans le bâtiment de matériaux nouveaux et de techniques nouvelles. Les services à en attendre seront d’autant plus intéressants qu’ils s’inspireront précisément des deux qualités dont nous venons de montrer l’importance. A cet égard l’aluminium dont nous disposons en France aura certainement un rôle important à jouer et qui mériterait déjà une étude spéciale. La fibre de verre d’une part, la fibre de bois comprimée d’autre part, commencent déjà à être très appréciées autant pour leur légèreté que pour leurs qualités isolantes.
- La simplicité d’application est enfin une question très importante pour réduire les frais de main-d’œuvre. C’est le but visé par la préfabrication pour réduire le temps de travail sur le chantier, ce qui est d’autant plus souhaitable que cela permet d’être plus indépendant des retards causés par les intempéries. Mais il ne faut pas oublier que la préfabrication suppose non seulement des séries standardisées suffisantes, mais toute une organisation de travail en usine. L’économie de main-d’œuvre sur le chantier ne doit pas être payée par une préparation préalable trop coûteuse ou des opérations trop onéreuses de manipulations, de transport et de mise en place. Ce sont donc moins de grands montages spectaculaires et filmés que des préfabrications pratiques comme celles de blocs-croisées prêts à être installés, auxquels il faut songer pour réduire le prix de la construction du gros œuVre. Il en est de même pour les aménagements intérieurs où la menuiserie préfabriquée doit logiquement rendre, dans l’avenir, de précieux services.
- Sur le chantier ce ne sont pas seulement les temps de main-d’œuvre qu’il faut chercher à réduire en un temps où une journée d’ouvrier du bâtiment coûte un millier de francs. C’est aussi la spécialisation dont il faut chercher à se libérer le plus possible sauf pour des travaux spéciaux. Les procédés de construction qui permettent, surtout à la campagne, de recourir à un même manœuvre pour les diverses opérations à exécuter sont plus que jamais à conseiller. Il n’est même pas interdit aux Français jeunes et vigoureux de songer à résoudre à moitié prix, en mettant eux-mêmes la main à la pâte, le problème de leur habitation.
- J. Bally, Ingénieur E. C. P.
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- Une
- découverte
- électronique
- Transistor.
- capitale :
- Les gens d’un certain âge se souviennent des ardentes compétitions entre le gaz et l’électricité pour l’éclairage. Le bec de gaz « papillon », progrès sensible sur la lampe à huile, disparut devant la lampe électrique à arc et la lampe à incandescence. Mais bientôt le gaz prit une « éclatante » revanche avec le manchon Auer. L’électricité ne voulut pas être en reste et imagina la lampe demi-Avatt. C’est alors que le gaz lança le « bec renversé ». Mais bientôt l’électricité lit mieux : elle vient de nous proposer le tube luminescent.
- Il semble qu’une lutte analogue nous est offerte par les détecteurs et relais dans le domaine des radiocommunications. Une compétition constante existe en fait depuis quarante ans entre les semi-conducteurs et les tubes électroniques.
- Le premier détecteur d’ondes — le tube à limaille de Branly — était un semi-conducteur présentant des propriétés conductrices au passage des trains d’ondes, ce qui l’avait fait nommer radioconducteur. Par la suite, on utilisa comme détecteurs d’ondes des cristaux extrêmement variés, dont la galène est l’exemple le plus mémorable. Il s’agissait, en fait, de substances ayant une conductivité unilatérale.
- Dès 1916, les tubes électroniques, sous les espèces de la triode, commençaient à supplanter les cristaux, sur lesquels ils présentaient l’avantage de permettre l’amplification, l’oscillation, la modulation, le redressement avec des puissances appréciables.
- Peu après l’avènement des « postes-secteur », les tubes électroniques subirent un premier échec : la valve thermionique ne devenait plus indispensable, dès lors que le redressement pouvait être assuré par les « redresseurs secs ». Il s’agissait d’une reAranche des semi-conducteurs, sous les espèces de contacts cuivre-oxyde de cuivre ou fer-sélénium. Cependant, la victoire n’était pas complète. Les valves thermioniques ont la vie dure et il semble bien que, sous le rapport tant de la qualité que de la longévité, elles concurrencent encore efficacement les redresseurs secs.
- Les tubes électroniques ne perdaient pas de terrain, développant leurs applications vers les ondes courtes et très courtes : lampes glands, lampes phares, tubes miniatures et subminiatures, lampes à grille positive, tubes à modulation de vitesse, magnétrons, tubes à onde progressive et autres.
- Mais le radar, la technique des impulsions, la télévision, la téléphonie multiplex, posant le problème de l’utilisation des (( hyperfréquences » ou ondes centimétriques, ont poussé la lampe électronique dans ses derniers retranchements. La dimension même des tubes, le temps de transit des électrons et les capacités entre les électrodes imposent des frontières à l’efficacité des tubes.
- de cette propriété. En 1923, un savant russe, O. V. Lossev, avait utilisé à cette fin le cristal de zincite. Grâce à une polarisation convenable et à un montage approprié, il était parvenu à réaliser son cristadyne, oscillateur employant deux contacts métalliques sur la zincite. Malgré l’ingéniosité du principe, les résultats furent minces et le cristadyne tomba dans l’oubli. Cependant, les études sur les semi-conducteurs se poursuivaient et, pour les hyperfréquences, la diode au germanium devenait d’un usage courant. Ces mêmes études permettaient la réalisation de cellules photoélectriques, accusant l’influence de la lumière, et de thermistors, traduisant en variations de résistance l’influence de la chaleur.
- La place nous manque pour développer ici la théorie la plus récente des semi-conducteurs. Qu’il nous suffise de rappeler qu’ils doi\rent leurs propriétés à la présence d’électrons libres, assez rares, disponibles entre les atomes de ces corps du fait d’impuretés, par exemple de traces de phosphore (5 électrons de valence) dans le silicium (4 électrons) ; ou encore à la présence de « trous d’électrons » provenant de l’insuffisance d’électrons de valence, par exemple de traces de bore (3 électrons) dans le silicium (4 électrons).
- La triode au germanium.
- La réalisation d’une diode perfectionnée à cristal de germanium laissait donc prévoir l’avènement d’une triode de ce même cristal, étant donné ce que nous savons des contacts rectifiants et des essais faits antérieurement avec la zincite.
- Ce pas A'ient d’être franchi aux laboratoires de la Bell Téléphoné. Sous l’impulsion de trois savants américains, les Drs William Shockley, John Bardeen et W. H. Brattain, le transistor a été mis au point et une première communication faite à son sujet en juillet 1948.
- Le transistor dérive tout naturellement de la diode au germanium, mais au lieu d’un seul chercheur de tungstène appuyant sur le cristal, il en comporte deux. La distance entre les points de contact de ces deux pointes très fines est de l’ordre de o,5 mm seulement.
- Le transistor se présente sous la forme d’un petit cylindre de métal mesurant i5 mm de longueur sur 4>5 mm de diamètre, à peine gros comme la broche d’une petite fiche de prise de courant. Donc beaucoup plus petit que le plus exigu des tubes à vide, même des lampes subminiatures.
- Ce tube comporte essentiellement (fig. 1), à l’une de ses
- Nouveaux semi-conducteurs. -
- Ce que voyant, les chercheurs se sont à nouveau tournés \rers les cristaux. Pour le radar, notamment, on a fait appel à des détecteurs à cristal perfectionnés, utilisant d’abord le silicium (autrefois le carborundum), puis le germanium.
- Or, comme le proclamait le Dr Greenleaf W. Pickard au début de ce siècle, il est possible de produire des oscillations avec un détecteur à cristal : « Tout contact qui n’obéit pas à la loi d’Ohm peut être utilisé pour produire des oscillations. Un redresseur à cristal peut donc amplifier, à condition de remplacer le contact simple par un dispositif plus complexe ».
- Il y a longtemps, d’ailleurs, qu’on avait essayé de tirer parti
- Fig. 1. — Aspect en coupe du transistor.
- b
- A, B, contacts en fils de tungstène sur -1 pastille . do germanium K, montée sur a une masse métallique M ; S, support ;
- E, enveloppe métallique ; a, b, connexions isolées des contacts.
- extrémités, un bloc de métal mis à la masse de l'enveloppe métallique et sur lequel repose le cristal de germanium, de l’autre, un bouchon par lequel pénètrent deux fils de tungstène isolés, dont les pointes appuient sur le cristal.
- Le terme de transistor, contraction pour « transfer resistor », signifie donc « résistance de transfert ».
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- Schéma de montage.
- Le schéma de principe expliquant le fonctionnement du transistor est très simple (fig. 2). On distingue deux circuits de retour extérieur des pointes de tungstène vers la masse. Le circuit d'entrée, compris entre la masse et la pointe positive,
- Fig. 2. — Schéma de principe du transistor.
- S, signal ; A, B, contacts de tungstène sur le germanium IC ; M, masse ; U, résistance d’utilisation.
- comprend une pile de polarisation de 1 V environ, en série avec le signal d’entrée à amplifier. Le circuit de sortie, disposé entre la masse et la pointe de tungstène négative, comprend une pile de polarisation négative (— 45 à — 5o V environ) en série avec une résistance de charge.
- On aperçoit tout de suite une différence essentielle avec les triodes électroniques. L’électrode d’entrée, qui joue le rôle de grille, est justement celle qui est polarisée positivement, alors que l’électrode de sortie, qui joue le rôle d’anode, est celle qui est polarisée négativement. Donc, caractéristiques inversées. L’électrode de commande se comporte, en fait, plutôt comme une cathode émettrice, l’autre fonctionnant comme collecteur de courant. Le montage est analogue à celui d’une lampe dont la grille (représentée par le cristal de germanium) serait mise à la masse, ce qu’on appelle amplificateur inversé ou amplificateur avec grille à la masse.
- Le sens de la polarisation des électrodes n’est, pas la seule différence. Il y a aussi les impédances. En effet, le circuit d’entrée a une résistance faible, contrairement au circuit de grille, et le circuit de sortie a une résistance élevée, contrairement au circuit anodique. Cependant, c’est dans ce circuit à résistance élevée qu’on recueille la puissance amplifiée.
- Avantages de la triode à cristal.
- La question n’est plus de savoir maintenant si l’on peut réaliser une triode à cristal, mais bien si l’on peut l’utiliser et dans quelles conditions.
- Et d’abord, quels avantages peut-on faire ressortir en faveur du transistor par rapport aux lampes ? En premier lieu, la
- Fig. 3. — Montage du transistor en oscillateur.
- E, circuit d’entrée ; S, circuit de sortie ; U, utilisation.
- pour les postes d’encombrement très réduit : appareils portatifs, récepteurs de poche, postes d’amplification pour les sourds et autres. Il conviendra pour le matériel professionnel d’avion, pour les calculateurs électroniques, qui consomment à ce jour des dizaines de milliers de lampes (18 000 lampes pour le calculateur ENIAC). Il n’est pas interdit de penser qu’on pourrait l’utiliser à la réalisation de téléviseurs portatifs, grands tout juste comme une caméra « folding ».
- Les montages à transistor se prêtent à une remarquable compacité à la fois parce que la triode à cristal est très petite et parce que la dissipation calorifique est négligeable, ce qui n’est pas le cas pour les appareils à tubes électroniques,
- Fig. 4. — Montage d'un bloc transistor dans un bottier à quatre broches.
- Caractéristiques d'utilisation.
- Sans doute, le transistor consomme peu, mais sa puissance débitée est bien faible. Que faire avec 25 mW ? Monter plusieurs tubes en parallèle, ou bien utiliser le montage symétrique « push-pull », qui permet d’atteindre 5o mW. Il ne paraît pas qu’au mieux, on puisse extraire de ces montages plus de quelques Avatts.
- La limitation de puissance n’est pas la seule. Il y a aussi limitation de fréquence. Le temps de transit entre les deux électrodes n’est pas négligeable malgré leur rapprochement. On estime que la fréquence de fonctionnement est limitée supérieurement à 10 MHz, c’est-à-dire aux longueurs d’onde supérieures à 3o m, aux ondes courtes et plus longues, à l’exclusion des hyperfréquences. '
- Le transistor pourrait donc convenir, contrairement à ce qu’on aurait pu prévoir, pour l’amplification à basse fréquence musicale et même pour la vidéofréquence de la télévision. En somme, l’exclusion ne porterait, pour le moment, que sur les oncles métriques, décimétriques et centimétriques.
- Enfin, circonstance plus grave, le bruit de fond du transistor serait supérieur à celui des lampes, ce qui n’est pas un progrès.
- Applications.
- La triode à cristal trouverait donc son application aux amplificateurs téléphoniques et à basse fréquence ainsi que pour la modulation de la télévision (vidéofréquence). Son utilisation serait particulièrement commode dans les postes téléphoniques à batterie centrale. Elle serait facile à introduire même dans un combiné microtéléphonique.
- Et, bien entendu, la triode à cristal, peut fonctionner en oscillatrice, donc se prêter au changement de fréquence.
- suppression de la cathode chaude et, par conséquent, du courant et du circuit de chauffage. Plus de filament fragile, plus de consommation de courant importante. Les batteries d’alimentation se réduisent à une pile de 1 V pour l’entrée, et à une pile de 5o V pour la sortie. Ces piles débitent environ 100 mW. La puissance de sortie recueillie ne dépasse pas 26 mW. Le rendement est de l’ordre de 25 pour 100.
- Le montage du transistor en oscillateur est indiqué sur la figure 3.
- Dimensions lilliputiennes.
- La triode à cristal est nettement plus petite qu’une triode électronique, non seulement classique, mais miniature ou subminiature (fig. 4)- Il s’ensuit que le transistor sera tout indiqué
- Superhétérodyne sans lampes.
- Rien ne s’oppose, en principe, à la réalisation d’un supcr-hétérodvne sans lampe, tout au moins pour les gammes des petites et grandes ondes. Il comprendrait : amplificateur IIF à large bande, étage IIF accordé; oscillatrice-mélangeuse, trois étages d’amplification à moyenne fréquence, un second détecteur et quatre étages d’amplification BF, avec montage symétrique du dernier étage. Comme mélangeuse et détectrice : des diodes au germanium; comme valves, des redresseurs au sélénium donnant les tensions continues d’alimentation. Enfin, onze transistors fonctionnant comme amplificatrices IIF, MF, BF, oscillatrice et modulatrice.
- Un tel appareil a été réalisé. Il permet de recevoir les ondes
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- locales en « petit haut-parleur ». L’absence de filaments et de cathodes rend le fonctionnement instantané. La combinaison de tubes à cristal et de circuits imprimés permet de fabriquer des récepteurs lilliputiens.
- Ce qu'en pensent les Américains.
- Il semble bien que les gens réfléchis ne s’emballent pas au sujet des possibilités offertes par les tubes à cristal. Pour le moment, disent certains, il faut s’en tenir à la détection et à la modulation. L’oscillation et l’amplification ne viendront que d’ici quelques années. On ne peut donc pas envisager le remplacement total à brève échéance des tubes à vide, mais le transistor trouvera sa place comme les diodes au germanium et au silicium. Le facteur réalisation économique doit aussi entrer en ligne de compte. L’industrie des tubes électroniques a trente ans d’expérience et la fabrication des tubes à cristal aura fort à faire avant de pouvoir s’aligner avec elle.
- De nombreuses limitations d’emploi s’imposent aux nouveaux tubes. Leur faible impédance d’entrée exige un transformateur ou un couplage cathodique. Le transformateur réduit la largeur de bande. Le transistor introduit un niveau de bruit élevé. Par contre, on escompte la faible consommation et le gain élevé. D’où l’intérêt pour l’amplification téléphonique et celle des stations centrales de télévision (antennes communes desservant les appartements d’un immeuble). L’aide aux sourds est aussi appelée à en bénéficier.
- En résumé, nécessité d’utiliser des transformateurs de couplage dans les montages en cascade, puisque l’impédance d’entrée n’est guère que le dixième de celle de sortie; mais aussi d’adjoindre en général un tube à vide de puissance pour actionner le haut-parleur.
- Un point intéressant est l’absence de déphasage entre les circuits d’entrée et de sortie, tandis que les tubes à vide donnent un déphasage de i8o°. Ce résultat est intéressant en télévision,
- parce que le déphasage peut se traduire par une inversion de l’image, qui passe du positif au négatif.
- Enfin, le redressement par cristal est intéressant pour les tensions inverses élevées (quelques centaines de volts) avec faible courant, tandis que dans l’autre sens, on recueille sous faible tension un courant élevé dans une résistance faible. Le germanium, substance photoélectrique et thermoélectrique, se prête à la préparation de cellules photoconductives, photo voltaïques et d’éléments de déclenchement.
- Possibilités de fabrication.
- Certains constructeurs ont cherché à savoir quel pourrait être le prix de revient des triodes à cristal pour supputer l’intérêt de leur utilisation. Tout ce qu’on peut d*re de ces tubes, qui viennent à peine de sortir du laboratoire, c’est qu’en raison de leur simplicité, de leur robustesse, de leur faible puissance, leur longévité pourrait atteindre quelques milliers d’heures. La fabrication d’une triode à cristal est plus facile que celle d’une lampe. En ce moment, la diode au germanium (iN34) revient à environ o,5 dollar pour l’équipement, 1,2 dollars pour le remplacement, donc un peu plus cher que la diode à vide correspondante (6116). Toutefois ces prix ne signifient rien au regard des prix de grande série pratiqués pour les lampes. Les diodes et triodes à cristal, si leurs applications se répandent, seront aussi fabriquées en grandes quantités et leurs prix baisseront.
- En guise de conclusion, et sans pouvoir affirmer que les tubes à cristal sont une invention révolutionnaire appelée à se substituer, à bref délai, aux tubes à vide, on peut dire qu’étant donnés les progrès réalisés dans la technique des semi-conducteurs, ces éléments à cristal sont de nature à se développer et à conquérir une place honorable parmi les réalisations de l’électronique moderne.
- Michel Adam,
- Ingénieur E. S. E.
- Savez-vous compter ?
- La question ci-dessus n’est pas posée en manière de plaisanterie. Quoique les règles de la numération forment le sujet des premiers exercices intellectuels qu’on propose à l’enfant, combien de grandes personnes ignorent ce qu’est un irillion ou un quintillion, et combien sauraient énoncer correctement un nombre tel que celui-ci :
- 12005246igo449 ?
- Les problèmes de la vie quotidienne nous ont dispensé jusqu’à maintenant d’avoir recours à d’aussi grands nombres, mais en sera-t-il toujours ainsi ? On peut en douter. Le budget de la France dépasse déjà mille milliards et celui des ménages les plus modestes s’enfle progressivement au point d’avoir dépassé de loin le total des revenus dont jouissaient nos familles les plus cossues d’avant la guerre de 1914. Souhaitons néanmoins que cette marée montante (ou plutôt cette chute) trouve bientôt son point mort; que nous ne voyions pas notre bifteck atteindre quelques centaines de mille francs et les automobiles affichées à quelques billions de francs. Alors les Français n’auront pas besoin de savoir énoncer un nombre de quinze chiffres.
- Cependant, cette question de la numération reste intéressante, car, en même temps que certains de nos lecteurs vont apprendre à compter, ils vont savoir que la France est invitée à changer son système de numération.
- Anciennement, la règle utilisée en France était la suivante :
- on séparait les chiffres, formant un nombre, en tranches de six à partir de la droite. Le nombre qui occupe la deuxième tranche exprime un nombre de millions. Le nombre qui occupe la troisième tranche est un nombre de billions et ainsi de suite en utilisant les vocables successifs :
- million quadrillion septillion
- billion quintillion octillion
- trillion sextillion nonillion.
- Pour ceux qui comprennent le langage algébrique, nous dirons que le nombre qui se trouve dans la Te tranche exprime un nombre (T-i) illions. D’après cette règle, le nombre précédent que nous récrirons ainsi :
- 12 oo5246 190449,
- t. ’
- s’énonce : 12 billions 5246 millions 190449.
- II en fut ainsi jusqu’au milieu du xvne siècle. A cette époque, l’usage se répandit au lieu de procéder par tranches de six chiffres, de séparer ceux-ci par groupes de trois tout en conservant les mêmes vocables pour désigner les tranches successi-vcs. La loi de formation du nom de nombre est alors condensée dans l’expression suivante : (f-2) illion, où t est le nombre de tranches complètes ou incomplètes. Le nombre qui occupe la quatrième tranche est celui des billions; la cinquième tranche, des trillions, etc. Le même nombre que ci-dessus s’écrit alors ;
- 12 oo5 246 190 449
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- et s’énonce : 12 trillions 5 billions 246 millions igo mille 449-
- Tel est l’usage français depuis trois siècles. Certes celui-ci n’a pas été sanctionné par une loi, car il s’agit là d’une simple question de vocabulaire, aussi n’en trouverons-nous la consécration que dans les dictionnaires. La France est dans ce domaine richement pourvue. Le plus illustre d’entre eux : le dictionnaire de l’Académie Française, le plus érudit : celui de Littré, comme les très remarquables encyclopédies que nous possédons, tous établissent, pour la France, l’usage de la séparation en tranches de trois chiffres.
- Cet usage est aussi celui de l’Espagne, de l’Italie, des États-Unis d’Amérique, etc. Mais il n’est pas universel. Plusieurs pays, dont certains que l’on sait très attachés aux traditions les plus reculées, ont conservé la séparation en tranches de six chiffres : l’Angleterre, l’Allemagne, le Danemark, etc. En raison probablement de cette répartition géographique, la règle ancienne est dite : règle germanique, et la nouvelle : règle latine.
- Ouvrons une parenthèse pour parler du milliard. C’est un terme bâtard qui n’a pas droit de cité dans l’une ou l’autre des règles. Il est utilisé dans tous les pays pour désigner mille millions et se trouve, par conséquent dans la règle latine, être synonyme de billion.
- Mais revenons à nos règles latine et germanique. Le fait qu’elles soient utilisées simultanément est fâcheux. Les possibilités de malentendus dans les idées sont déjà assez fréquentes sans qu’on y ajoute la confusion qui résulte de ce que les termes qui expriment ces idées ont des sens différents. En anglais, un quadrillion est un nombre qui est un milliard de fois plus grand que celui qui est désigné par le même vocable en français.
- Le Bureau des Longitudes s’est justement ému de ce fait et il lui a paru opportun, pour tenter une unification sur le plan mondial, de profiter de la récente réunion, au- Pavillon de Breteuil, à Sèvres, de la Neuvième Conférence générale des Poids et Mesures. Celle-ci, où étaient représentés 28 pays, et en particulier la France par une brillante délégation, a recommandé l’adoption de la règle germanique pour l’usage européen. Cette dernière restriction, assez inattendue de la part d’une Assemblée qui s’adresse traditionnellement « A tous les temps. A tous les peuples », a été dictée par cette considération qu’ii a paru impossible aux États-Unis d’Amérique d’abandonner leur système actuel basé sur la règle latine.
- Ainsi donc, l’unification se ferait d’abord sur le plan européen. Celle-ci impliquerait de la part de la France, la renonciation à son usage moderne pour revenir à la règle moyenâgeuse. Le fait, sans grande importance en soi, vaut tout de même qu’on s’y arrête si l’on veut prévenir quelques confusions en la matière. Il serait désirable pour cela que, sans tarder, nos grands Corps saA'ants, Académies, Sociétés, prissent position à cet égard. Nous saurons d’ailleurs bientôt ce que l’Académie Française en pense, car elle approche, à pas lents, dans la révision de son Dictionnaire, du mot billion. Dans un an peut-être nous saurons si la vénérable conservatrice de l’usage français entend que ce vocable désigne désormais mille millions ou un million de millions. Peut-être nous dira-t-elle aussi, dans le cas où elle accepterait la règle germanique, si les termes dont la signification changerait doivent s’accompagner d’un qualificatif : parlerons-nous dorénavant de trillions européens ?
- Il n’est pas possible de donner des arguments scientifiques en faveur de l’une ou de l’autre des règles en présence. L’évolution historique de l’usage incline seule à penser que la règle latine répond sans doute à une conception plus simple ou plus intuitive. La présence du milliard dans la langue des pays qui utilisent la règle germanique semble bien montrer que la division en tranches de trois chiffres est tout de même d’un usage plus pratique puisqu’il vient s’insérer, comme une cheville, entre le million et le billion précisément pour prolonger jusqu’à ce dernier nombre la règle de division par tranches de trois que respecte la suite : mille, million, milliard, billion.
- Le Comité international des Poids et Mesures, présidé par le distingué métrologiste J.-E. Sears (Angleterre), tout en proposant la règle germanique pour les pays européens, a néanmoins recommandé que, dans l’écriture des grands nombres, les chiffres fussent séparés par un petit intervalle par groupes de trois (sans signes de ponctuation autre que celui qui sépare la partie entière de la partie décimale).
- D’autre part, on peut noter que les préfixes universellement adoptés ou en voie d’adoption pour la formation des multiples et sous-multiples des unités sont formés selon la règle de la séparation par trois. Tels sont : kilo, méga, giga, tera et milli, micro, nano, pico.
- On doit reconnaître à l’actif de la règle qui nous est proposée aujourd’hui, qu’elle permet la numération dans un domaine beaucoup plus étendu de l’échelle des nombres. C’est ainsi que, sans dépasser le nonillion, on pourrait, en l’appliquant, énoncer le nombre d’atomes dont est faite notre planète. Mais la règle latine permettrait déjà d’énoncer le nombre de grains de blé que la terre a produit depuis la création du Monde jusqu’à nos jours, ou le nombre de milligrammes d’eau que la Seine a déversé dans l’océan depuis l’époque incertaine où les petits coquillages des pierres de Paris vivaient et pullulaient sur ses rives. On conviendra, sans doute, qu’à ce point de vue, la règle latine nous suffit amplement.
- Combien plus il nous serait utile, sans sortir de la France, d’unifier dans ses provinces la manière de compter seulement jusqu’à cent. Ne pourrions-nous bannir de notre langage ces vestiges d’une archaïque numération à base vingt que sont les termes : quatre-vingt, quatre vingt dix, quinze-vingt, et nommer les dizaines soixante, septante, huitante, nonante ? Peut-être que certains de nos lecteurs épris de normalisation, de clarté et de concision, apprécieront ce que disait déjà notre grand Littré à propos du mot huitante : « Il a vieilli et c’est dommage; car il entrait dans la série : cinquante, soixante, et il disait en un mot ce qu’on dit en deux ».
- Ch. Volet.
- Récents records de vitesse en avion.
- Dans le n° 3123 de La Nature (1er novembre 1946), M. Poisson-Quinton a présenté les divers problèmes posés par les grandes vitesses en aéronautique. A ce moment, l’avion à réaction « Glostcr-Meleor » venait d’atteindre 97b, puis 991 km/h. Depuis, les efforts se sont poursuivis dans cette voie. L’an dernier, le lieutenant-colonel Marion E. Cari, sur un appareil ultrasonique « Douglas D. 558 Skystreak » avait approché, aux Etats-Unis, de 1 050 km/h. Cet été, de nouveaux progrès ont été enregistrés. Le 15 septembre dernier, le major Richard-L. Johnson, des forces aériennes américaines, pilotant un chasseur à réaction North American X. F. 86 a atteint 1 080 km/h. Quelques jours auparavant, le 6 septembre, le pilote anglais John Derry, à bord d’un « De Havilland 108 » à turbo-réacteur Goblin, avait atteint 1 080 km/h dans une descente en piqué amorcée à l’altitude de 12 000 m ; il avait donc atteint une vitesse supersonique, avec un nombre de Mach supérieur à 1. A sa descente d’avion, le pilote déclara n’avoir ressenti aucune défaillance, ni même aucun malaise particulier et seules les commandes s’étaient montrées plus inertes et plus pénibles à manœuvrer.
- On parle aussi, à mots couverts, dans la presse anglaise et américaine, d’une prouesse plus sensationnelle : un avion-fusée « Ramjet » à stato-réacteur Marquardt de la marine américaine aurait atteint 2 260 km/h, soit près de deux fois la vitesse du son, avec un pilote à bord. Mais on n’en sait rien d’autre qu’une déclaration laconique donnant seulement la vitesse formidable réalisée.
- Il semble donc qu'après avoir approché de plus en plus de la limite qui sépare les vitesses subsoniques des vitesses suprasoni-ques, on ait enfin franchi celle-ci, sans dommages pour les pilotes qu’on redoutait de soumettre à de pareilles accélérations.
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- Les plantes à caoutchouc
- On sait comment l’occupation par les Japonais de l’Indochine, de la Malaisie, des Indes néerlandaises coupa le monde entier de tout approvisionnement en caoutchouc naturel, cependant indispensable pour la guerre, et comment on essaya de tous côtés d’y remédier en développant les fabrications de caoutchoucs artificiels de synthèse d’une part, en exploitant d’autres plantes à latex que les hévéas d’autre part.
- Les caoutchoucs artificiels ont l’avantage d’être obtenus très rapidement par synthèse; il en est de plusieurs sortes de propriétés différentes, plus variées que celles des caoutchoucs naturels; par contre, leur fabrication est coûteuse et il semble bien que si leur production continue en temps de paix pour certains besoins spéciaux, elle sera cependant limitée par le libre accès aux caoutchoucs naturels récoltés en diverses régions du globe.
- Avant la guerre, tout le caoutchouc naturel était fourni par la culture de l’arbre à latex Hevea brasiliensis dont les plantations s’étendaient de plus en plus dans tout l’Extrême-Orient tropical. Cette source tarie, on s’adressa aux hévéas sauvages et à d’autres plantes à latex tropicales dont on entreprit la cueillette, tandis que les Russes s’orientaient vers la culture d’espèces herbacées voisines du pissenlit, poussant en Asie Centrale.
- Maintenant que l’Asie du Sud-Est est à peu près totalement libérée et qu’on y retrouve les plantations d’hévéas abandonnées depuis ig4o, mal entretenues mais non détruites, le moment est venu de faire le point de tous les essais, de tous les efforts de la période de guerre et de préjuger de leur avenir.
- C’est ce que vient d’entreprendre M. C. R. Metcalfe, des jardins botaniques royaux de Kew, dans une étude que publie la revue anglaise Research (juillet 19/18).
- L’hévéa. — L’hévéa est un arbre qui pousse spontanément au Brésil, dans les forêts tropicales. Vers la fin du siècle dernier, on l’introduisit à Ceylan et en Malaisie où l’on en fit des plantation's qui prospérèrent. Bientôt sa culture s’étendit très largement en Indochine et aux Indes néerlandaises. Il ne peut être exploité qu’après 7 années de croissance et donne alors pendant plusieurs années des quantités croissantes de latex. Ce latex est un suc laiteux qui se forme dans des canaux très abondants dans l’écorce; on l’en extrait en faisant des « saignées » qui peuvent devenir journalières; des blessures faites à l’écorce s’écoule un jus qu’on recueille dans des godets de verre ou de porcelaine placés au pied de l’arbre. Le latex fluide est maintenu liquide en y ajoutant un peu d’ammoniaque ou de carbonate de soude. On rassemble tous les contenus des godets, on laisse décanter pour séparer les grosses impuretés, puis on coagule par un acide faible, généralement l’acide acétique. Une masse élastique se sépare qui, laminée, se présente sous forme de feuilles ou de crêpes. On stabilise ses propriétés élastiques en la vulcanisant par incorporation de soufre et l’on y ajoute souvent des charges inertes.
- Le latex est une émulsion dans l’eau de très petits globules, de o,5 à 3 mm ; on y trouve de 60 à 70 pour 100 d’eau, 5 pour 100 d’albuminoïdes, 1,5 pour 100 de sucre et 3o à 35 pour 100 de globules dont on extrait environ moitié de caoutchouc très élastique, composé pour une bonne part d’un hydrocarbure, l’isoprène (G3IIs)n, souillé de très peu de résine.
- Chaque arbre donne de i,5 à 6 kg de caoutchouc par an. Un hectare de plantation contient de 3oo à 4oo arbres. Dans les meilleures conditions de sol et de climat, des plants sélectionnés et en pleine production fournissent jusqu’à 2 240 kg par hectare.
- La culture de l’hévéa s’était tellement développée et son rendement en caoutchouc était tel qu’on avait abandonné la culture des autres plantes à latex : celles d’Amérique du Sud telles que le Castilloa (Castilloa elastica) et le Ceara (Manihot
- glaziovi), et celles d’Afrique : Funtunia elasiica, Ficus elasiica, Landolphia, Càrpodinus..
- Beaucoup d’autres plantes contiennent aussi du caoutchouc, soit dans des canaux laticifères, soit dans des cellules isolées, mais les unes donnent des latex différents du caoutchouc para : chicle, gutta-percha, balata, etc., les autres des quantités infimes difficiles à rassembler.
- Les Anglais contrôlant le marché du caoutchouc par leurs plantations de Ceylan, de Malaisie, seuls les Américains des États-Unis s’étaient intéressés aux autres plantes productrices et avaient prévu les difficultés qui résulteraient d’un isolement des terres tropicales d’Extrême-Orient; ils avaient notamment recensé les plantes des régions tempérées de l’hémisphère occidental pouvant fournir une gomme élastique, mais ils n’avaient guère été plus loin que la reconnaissance botanique et quelques essais de laboratoire. Brusquement, la matière première manqua, notamment pour les pneumatiques, malgré les stocks accumulés, et chacun des alliés dut s’ingénier à trouver des « ersatz ». Les caoutchoucs artificiels de synthèse : buna, sov-prène, durène, néoprène, lliiocol, etc., devinrent les principales ressources, bien que coûteux et produits en tonnages limités. On s’adressa aussi à toutes les plantes à latex, abandonnées ou méconnues, dont on entreprit l’exploitation et la culture. Les Anglais intensifièrent l’extraction des Hévéas de Ceylan et de petites plantations récemment organisées au Cameroun; ils s’adressèrent aussi aux Funiunia elastica de l’Afrique tropicale et aux Ficus elastica d’Assam.
- Landolphia et Càrpodinus. — Les Landolphia sont des arbustes grimpants d’Afrique tropicale dont on peut inciser et couper les tiges; il en sort un latex de bonne qualité qui coagule rapidement. Des Landolphia heudelosii âgés de 8 à 10 ans donnent jusqu’à 200 g par an. Landolphia thollonii a des liges souterraines longues de G à 9 m dont l’écorce fournit jusqu’à 16 pour 100 de caoutchouc; on le trouve au sud du Congo et au nord de l’Angola. Càrpodinus lanceolata, des mêmes régions, a dans ses racines un latex également exploitable. Les Anglais ont utilisé ces diverses plantes.
- Cryptostegia. — C. grandijlora est un arbuste grimpant qu’on trouve dans les terres arides de toutes les régions tropicales et subtropicales. La plante peut être coupée chaque année et elle repousse à partir des racines laissées en place. Pendant la guerre, on l’a cultivée aux Indes, en Australie et à Haïti. Les extrémités des tiges sont coupées chaque jour et le latex qui exsude est recueilli, ou bien les feuilles détachées sont rouies. Les quantités produites sont infimes. La quantité du caoutchouc obtenu est un peu inférieure à celle des Hévéas.
- Guayule. — Le guayule (Parthenium argentalum) est un arbuste d’un mètre de haut, qu’on trouve surtout au Mexique, entre 600 et 2 100 m d’altitude, dans les terres sèches, et aussi au Texas voisin. Les plantes sont coupées quand elles ont 4 à 5 ans, séchées, écorcées et broyées. Le caoutchouc qu’on en obtient (iS à 20 pour 100 du poids sec) est spongieux, riche en résines et s’oxyde facilement. On a essayé sa culture en' Californie, en Russie, en Australie, mais les graines germent mal, la plante est sensible au froid et l’on n’en a guère obtenu en 18 à 21 mois que i5o à 200 kg de caoutchouc à l’hectare.
- Fig. 1. — Production annuelle comparée de caoutchouc, en kg, par hectare, d’hévéa H, de guayule G, et de kok-saghyz K.
- 'A Y,Z/l 'cz3
- H G K
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- Kok=sag-hyz. — Les Eusses qui n’avaient pas accès aux régions tropicales ont cherché des plantes à caoutchouc indigènes dont ils ont retenu trois espèces, toutes de la famille des Composées. La première fut une scorsonère, Scorzonera tau-saghyz, herbe à racine pivotante qui vit à l’état sauvage dans la région de Tashkent, en Asie centrale. Sa culture s’avérant difficile, ils orientèrent leurs essais vers un pissenlit, Taraxacum kok-saghyz, très voisin de celui de ros régions (T. officinale), qu’on trouve dans les montagnes du Kazakstan, près de la frontière chinoise. Enfin ils étudièrent aussi le krim-saghyz, T. me-galorrhizon, de Crimée. Des graines de ces trois plantes furent envoyées en Angleterre et aux États-Unis et distribuées ensuite dans le monde entier. En Angleterre, le tau-saghyz germa mal; le krim-saghyz s’adapta mieux, mais son caoutchouc fut difficile à extraire; seul le kok-saghyz fut finalement retenu. Cependant, sa germination était lente, sauf si les graines étaient d’abord maintenues pendant une quinzaine de jours en atmosphère humide, juste au-dessus du point de congélation; sa croissance lente obligeait d’arracher toutes les herbes plus hâtives qui risquaient de l’étouffer; la plante réclamait pour fleurir un sol riche additionné de chaux. Sa culture exigeait donc beaucoup de main-d’œuvre et relevait plus de l’horticulture que de l’agriculture. Seules les racines sont riches en latex ; les tiges sont inexploitables. Les plantes âgées sont moins riches en caoutchouc que les jeunes, le nombre des canaux laticifères diminuant quand la racine croît, par formation de tissu parenchymateux. La teneur en caoutchouc est très variable ; elle est bien plus faible que chez l’IIévéa, qu’on compare les productions à l’hectare (fig. i), ou les pourcentages dans un même poids sec (fig. 2). Le caoutchouc obtenu est mêlé de résines; ses qualités élastiques sont comparables à celles du caoutchouc d’Hévéa, mais il s’altère beaucoup plus vite par l’oxydation.
- Autres plantes à coutchouc. — On a encore essayé bien d’autres plantes, surtout aux États-Unis. Le Chrysothamnus nauseosus ne contient que 2,5 pour 100 de caoutchouc; plusieurs Asclepias sont trop riches en résines et ne donnent qu’un caoutchouc de médiocre qualité; des Solidago ont bien 7 pour 100 de caoutchouc, mais trop peu élastique; beaucoup d’autres
- plantes donnent moins de 1 pour 100 de caoutchouc. Le pissenlit vulgaire n’en contient que o,3 pour 100, le salsifis et la scorsonère 0,2 et 0,1 pour 100, les euphorbes sont trop riches en résines et une laitue, Lactuca virosa, bat le record avec 23 pour 100 de résine et seulement o,4 de caoutchouc.
- Conclusion. — De tous ces efforts, il se dégage la conclusion que l’Hévéa reste la plante de choix comme source de caoutchouc, qu’on considère le rendement à l’hectare, le coût de la culture ou la qualité du produit. Comme bien souvent en matière d’ersatz, aucun ne peut prétendre à se substituer à l’arbre lentement choisi dans les circonstances normales, ni même à. le concurrencer. Peut-être, le kok-saghyz qui pousse en six mois et peut être cultivé dans un système de rotation des cultures sera-t-il l’objet de nouveaux essais en vue de l’améliorer par sélection. Il est douteux qu’il puisse se maintenir sur le marché.
- Il ne reste, en plus de la gomme Para de VHevea brasiliensis que quelques caoutchoucs artificiels qu’on continuera de produire, soit en raison de certaines de leurs qualités spéciales, soit en prévision d’un' nouveau conflit mondial pouvant bloquer l’Extrême-Orient. Mais il est vraisemblable qu’on cherchera avant tout à cultiver l’IIévéa dans d'autres régions tropicales, comme on commençait à le faire avant la dernière guerre, en Afrique et en Amérique du sud.
- LE CIEL EN JANVIER 1949
- SOLEIL : du 1er au 31, sa déclinaison croît de — 23°3' à — 17°3i' ; la durée du jour passe de uh17in le 1er à 9h21m le 31 ; diamètre apparent le 1er = 32'35",0f>, le 31 = 32'31",08 ; périgée le 3. — LUNE : Phases : P. Q. le 7 à ilb51®, p. l. le 14 à 2lh59m, D. Q. le 21 à 14h7m ; ;N. L. le 29 à 2h42m ; apogée le 5 à Sh, diam. apparent 29'31" ; périgée le 17 à 3h, diam. apparent 32'54". Principales conjonctions : avec Uranus le 13 à lh, à 3°o8' S. ; avec Saturne le 17 à 15h, à 2°4S' S. ; avec Neptune
- le 20 à lih à 0°1S' N. ; avec Jupiter le 27 à Gh, à 4°30' N. et
- avec Vénus à 8h, à 4°48' N. ; avec Mercure le 27 à 21h, à 3°37' N. ; avec Mars le 29, à 22b, à 3°50' N. Principales occultations : de p Bélier (5m,G) le 9, immersion à 22h33m,S ; de 133 B Taureau (5m,9) le 10, immersion à 22h55m,5 ; de 32 Taureau (5“,8) le 11, immersion à 2h20m,6 ; de 112 B. Cocher (5m,7) le 12, immersion à 17h34m,3. — PLANÈTES : Mercure, plus gr. élongation du soir le 18, à 18°45' E., en conjonction avec Mars le 7, à
- 0°48' S. ; Vénus, étoile du matin, se lève le 1er 2 heures avant
- le Soleil, diam. apparent 11",4, en conjonction avec Jupiter le 2G à Sh, à 0°1' S. ; Mars, dans le Capricorne, inobservable ; Jupiter, dans le Sagittaire, réapparaît dans l’aube, se lève le 25 lb avant le Soleil, diam. pol. apparent 30"0 ; Saturne, dans le Lion, se lève le 13 à 19h55m, diam. pol. apparent 17",0, anneau : gr. axe 44", petit axe 5",9 ; Uranus, dans le Taureau, au N.-E. de Ç, observable toute la nuit, diam. app. 3",8 (position le 15 : 5h49m et + 23°38') ; Neptune, observable le matin dans la Vierge, au N.E. de 0, se lève le 31 à 22h22m, diam. app. 2",4 (position le 15 : 12h5Sm et — 4°31'). — ÉTOILES PILANTES : Bootides le 3, radiant vers P Bouvier (rapides, longues). — ÉTOILES VARIABLES : Minima observables d’Algol (2m,2-3m,5) : le 2 à 16h12m, le 17 à 0u18m, le 19 à 21hGm, le 22 à 17h54ra ; Minima de P Lyre (3m,4-4m,3) : le 10 à 14h, le 23 à 12h ; Maxima : de E Andromède (5ln,6-14m,7) le 15, de E Lion (5m,0-10m,5) le 23. de R Hydre (3m,5-10m,l) le 29. — ÉTOILE POLAIRE : Passage supérieur au méridien de Paris : le 1er à lSh54m19s, le 11 à 18h44m4Ss, le 21 à 17h35m16s.
- Phénomène remarquable. — La conjonction de Vénus et de Jupiter, le 26 : beau et rare phénomène à observer dans, l’aurore et qui pourra être suivi quelque temps ensuite à la jumelle.
- (Heures données en Temps Universel ; tenir compte des modifications introduites par l’heure en usage). p Fourmer
- Les curiosités du téléphone automatique.
- A Paris, un numéro d’appel du téléphone automatique est un indicatif composé normalement de sept éléments, trois lettres suivies de quatre chiffres. Les trois lettres sont censées représenter l’indicatif du bureau central et les quatre chiffres suivants l’indicatif personnel de l’abonné à ce bureau.
- Co « distinguo », le cadran du téléphone automatique ne le connaît pas. En effet, si à un trou donné du cadran correspond bien un chiffre, en revanche il y correspond aussi trois lettres : par exemple le chiffre 3 représente aussi les lettres D, E, F ; le chiffre 7, les lettres P, R, S, etc....
- Si bien que rien n’empêche un abonné donné de composer pour lui, ses amis ou ses clients, tel indicatif fantaisiste, à condition qu’il corresponde à la même succession de lettres et de chiffres sur le cadran. Certains de ces indicatifs sont conventionnels, comme celui do S. V. P.
- Un appel amusant est celui d'un constructeur d’appareils de T. S. F., Fanfare-Radio, qui, ayant le numéro DAN(ton) 32-73, invite ses clients à former sur le cadran le mot « FANFARE ». II est facile de vérifier que la succession de ces lettres correspond exactement à la formation de l’indicatif officiel.
- On dit qu’un marchand de jouets, répondant au numéro COMfbat) 34-38, avait invité les enfants, à l’approche des étrennes, h appeler le Père Noël en formant sur le cadran le mot « BON-DIEU », qui donne évidemment le même résultat. .
- Ces exemples peuvent assurément être multipliés, avec un peu d’imagination, ce qui permet, lorsqu’on téléphone, de penser à autre chose qu’au triplement du prix d.e l’abonnement !
- Fig. 2.— Pourcentage du poids sec en caoutchouc et en résine dans les plantes suivantes :
- 1, Hevea brasiliensis ; 2, Landol-phia thollonii ; 3, kok-saghyz ; 1, krim-saghyz ; 5, salsifis ; 6, scorsonère ; 7, Lactuca virosa ; 8, Eu-phorbia urilfenii (d’après Met-calfe).
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- LES LIVRES NOUVEAUX
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- Cours de géométrie projective, par L. Koll-nos. 1 vol. 16 x 25, 111 p., 35 fig. Ëd. du Griffon, Neuchâtel, et Dunod, Paris, 1946.
- La géométrie projective est à l’origine de l’idée de transformations des figures, de celle de groupe, de la théorie des formes algébriques, de celle des invariants ; elle conduit aussi aux géométries non euclidiennes. Ce cours professé à l’École polytechnique fédérale de Zurich insiste en particulier sur deux aspects de la géométrie moderne : l’introduction des imaginaires et la notion de groupe.
- Perspective, par P. Rossier. 1 vol. 16 x 25, 157 p., 85 fig. Éd. du Griffon, Neuchâtel, et Dunod, Paris, 1946.
- Professé à l’École d’Architecture de l’Université de Genève, ce cours est destiné à des étudiants pourvus d’une préparation mathématique suffisante. Chaque chapitre est suivi d’énoncés d’exercices pratiques.
- La géométrie et le problème de l’espace, par F. Gonseth. 3 vol. 16 x 25, 1-69 p., 11-90 p.,
- 111-90 p. Ëd. du Griffon, Neuchâtel, 1947, et Dunod, Paris.
- L’auleur cherche à dégager de l’histoire et de l’évolution des sciences une méthode adéquate à l’expérience actuelle et une philosophie de la géométrie et du problème de l’espace. Dans le premier volume : « La doctrine préalable », il montre que l’édification de la géométrie implique l’adoption d’une doctrine préalable dos vérités élémentaires.
- Le deuxième : « Les trois aspects de la géométrie » les envisage : intuitif, expérimental, théorique. Enfin, le troisième : « L’édification axioma tique » expose les caractères de la méthode axiomatique au cas spécifique de la géométrie. L’ensemble représente un essai synthétique remarquable de dialectique scientifique.
- La mécanique sans les poids, par F. Leroy. 1 vol. 13 x 21, 87 p. Vuibert, Paris, 1948. Prix : 200 francs.
- Dans cet essai, l’auteur expose une nouvelle conception de l’inertie rendant les forces indépendantes du système de référence. L’ouvrage se termine par une esquisse d’une nouvelle mécanique et une critique de la gravitation universelle ; l’auteur propose un énoncé complet et précis de cette loi fondamentale.
- Les actions à distance, par R. d’Aubry de Puymorin. 1 vol. 15 x 24, 78 p. Gauthier-Villars, Paris, 1948. Prix : 300 francs.
- La conception mécanique ou vectorielle des champs de force correspondant à l’hypothèse des masses ponctuelles doit être remplacée, dans certains cas, par la notion de densité d’énergie qui permet une description plus complète. On utilise pour cela une énergétique simple conduisant à quelques relations importantes par leur généralité. Cette synthèse conduirait à des explications satisfaisantes des faits de la relativité ; enfin l’auteur propose des aperçus originaux susceptibles d’applications et de développements importants.
- Astronomie. Les astres, l’univers, par Lucien Rudaux et Géravd de Vaucouueurs. 1 vol. in-4°, 486 p., 866 fig., 12 planches en couleurs. Larousse, Paris, 1948.
- Notre regretté collaborateur Rudaux avait consacré les dernières années de sa vie à préparer cet ouvrage magistral, simple et clair par son texte, somptueux par ses illustrations. Lorsqu’il mourut, il en avait écrit une bonne partie et composé nombre de figures avec la précision et le goût qu’on lui connaît. Son œuvre a été achevée et mise à jour des derniers progrès par un des astronomes de l’Institut d’Astrophysique qui y a introduit les nouvelles recherches et les résultats qu’on en a obtenus jusqu’à l’an dernier ; il y a ajouté nombre de photographies récentes des grands observatoires français et étrangers. L’ensemble forme le plus complet et le plus heureux ouvrage d’astronomie, indispensable pour comprendre la mécanique et la physique de l’univers. Il débute par le spectacle du ciel, ce qu’on y voit ; les grandes lois qui le régissent, les mouvements vus de la Terre et la mesure du temps. Puis c’est l’empire du Soleil, le système planétaire, les aspects de notre Terre, de la Lune, des planètes, des comètes, des météores et des météorites, et aussi du Soleil, astre central. Vient ensuite le domaine des étoiles, autres Soleils, leurs positions, leur nature, la Galaxie, les nébuleuses, ce qui conduit à considérer le passé et l’avenir de l’univers. Une dernière partie décrit les
- moyens et méthodes de l’astronomie, les lunettes, télescopes, observatoires jusqu’aux plus grands et aux plus récents, les nouveaux instruments de mesures y compris ceux d’analyse spectrale qui ont tant révélé sur l’énergie atomique. C’est dire tout l’intérêt qu’on prendra à la lecture de ce livre, d’autant plus qu’il fait comprendre tout ce qu’on sait actuellement du ciel, sans efforts, sans calculs, rien que par des images très nombreuses, fort bien choisies, et un texte facile à lire comme un roman.
- Le temps de pose et les posemètres, par Robert Andreani. 1 vol. 118 p., 29 fig. de Francia, Paris, 1948. Prix : 210 francs.
- Après avoir rappelé les différents facteurs influençant le temps de pose, les tolérances des émulsions, les intervalles de luminosité d’un même sujet, la lumière ambiante (directe ou diffusée), l’auteur compare différentes photos et donne de nombreux conseils précis pour obtenir de bons résultats. 11 donne la description des différents types de posemètres, et particulièrement des posemètres à cellules photo-électriques. L’ouvrage se termine par des tables de temps de pose (en particulier pour lumière artificielle) et un tableau de corrections suivant les latitudes.
- Applications numériques et problèmes (Cours pratique d’électricité industrielle). Tome I. Courant continu, par G. Kallot et G. Kesil-lot. 1 vol. broché, 466 p., 341 fig. Librairie des Sciences et des Arts, Paris, 1948.
- Cet ouvrage est caractérisé par le grand nombre d’applications numériques et de problèmes qu’il contient. Il sera de ce fait très apprécié des élèves qui trop souvent ont des difficultés à faire usage de leurs connaissances théoriques dans les applications pratiques. Après un exposé des notions de mécanique indispensables à l’étude de l’électricité, les auteurs étudient les lois fondamentales relatives au courant électrique, les piles et les accumulateurs, le magnétisme et l’électromagnétisme, l’induction électromagnétique, les appareils de mesure et enfin les dynamos et moteurs à courant continu.
- Le vol à voile, par Raymond Sirretta. 1 vol. in-8°, 213 p., 83 fig., 4 pi. Coll. Sports et Tourisme. Flammarion, Paris, 1948. Prix : 290 francs.
- L’auteur, un des vieux pratiquants français du vol à voile, est bien connu par les succès qu’il s’est taillé dans les concours internationaux. Son livre expose la technique moderne du vol à voile sous tous ses aspects. Il constitue un excellent guide.
- Parmi les précurseurs du ciel, par Ferdinand Colin. 1 vol. in-16, 274 p., 32 photos. Peyronnet, 33, rue Vivienne, Paris, 1948. Prix : 270 francs.
- Les débuts de l’aviation ont déjà leur histoire, mais les témoignages directs des premiers aviateurs sont rares, beaucoup étant morts jeunes et la plupart ayant préféré à la plume le manche à balai. Aussi cos souvenirs sont-ils précieux qui évoquent les premiers hommes volants et les font revivre. L’auteur fut le premier mécanicien de Blériot, il prépara avec lui la traversée de la Manche, il devint directeur des écoles d’aviation de Bue, Ëtampes et Pau et forma avant 1914 les premiers fervents du nouveau sport. On retrouve dans son livre la silhouette des pilotes, des techniciens de ces jours héroïques et on s’émerveille de leur audace alors qu’ils avaient si peu de moyens.
- Les équipements de planeurs et d’avions, par P. A. CnoMBARD. 1 vol. 188 p., 74 fig. Dunod, Paris, 1948.
- Cet ouvrage est consacré aux instruments de pilotage et de navigation et aux équipements pour la protection et le sauvetage des aviateurs, à bord des avions légers et des planeurs. Dépouillé de développements mathématiques, d’un style simple et clair, il est rédigé par un spécialiste, pour l’initiation des élèves pilotes.
- La guerre de l’intelligence, par Donald Stores. 1 vol. in-16, 398 p. Robert Laffont, 30, rue de l’Université, Paris, 1948. Prix : 370 francs.
- Peu à peu, à mesure que la guerre s’éloigne, les récits, les témoignages s’accumulent dans tous les pays. Voici un reportage anglais, en 18 chapitres, qui conte d’une manière très vivante, un peu trop discrète quant aux faits, un certain nombre des exploits scientifiques et techniques grâce auxquels l’Angleterre,
- un long moment seule en guerre et très-menacée, est arrivée à dominer l’Allemagne, On y trouve des noms, des figures admirables : Mitchell, qui créa les « Spitfire », Sir Henry Royce, auteur du moteur « Merlin », Iluskinson et les grosses bombes, llaigh dépistant le secret des mines magnétiques, Kos celui des mines terrestres, Lewis et le canon de 25 livres, l’équipe qui mit au point le radiorepérage, et tant d’exploits extraordinaires des aviateurs, des marins, des officiers de renseignements.
- Culture potagère par l’image, par André Pont. 1 vol. in-16, 145 p., flg. La Maison rustique, Paris, 1948. Prix : 120 francs.
- Tous ceux qui ont un jardin potager trouveront ici un guide précieux pour préparer le sol, l’amender et l’engraisser, y semer ou planter les légumes et les plantes condimen-taires, choisir les semences, connaître le temps-des semis et des récoltes, les quantités à semer et les rendements à obtenir. De très nombreux dessins montrent ce qu’il faut faire, sans longs commentaires.
- Le chauffage électrique du sol eu horticulture. 1 vol. in-8°, 94 p., 54 fig., A. P. E. L.r 53, rue de Naples, Paris, 1948. Prix : 120 fr. Le chauffage électrique est devenu courant en horticulture et permet une production accrue-et accélérée. Celle brochure décrit les matériels et leur installation, calcule leur coût et leur rendement, conseille dans les cas spéciaux des serres, des jardins d’hiver, des couches mixtes, etc. Il sera le vade-mecum des horticulteurs et des électriciens.
- Canards sauvages et autres palmipèdes, par J. Oberthur et C. Aubert. Collection « Le Monde merveilleux des bêtes ». 1 vol. 22x28. 205 p. ill. Durel, Paris, 1948. Prix : 690 fr! Ce volume est le premier d’un ouvrage destiné' aux amateurs et chasseurs de sauvagine. Il traite-de tous les canards, du col vert aux eiders et aux aïx, des liarles, des cazarkas, des cygnes, des oies, du flament rose, etc. Une excellente-illustration permet de reconnaître chaque oiseau sous ses différents aspects saisonniers et assure-au chasseur un diagnostic précis de son gibier..
- Chasse et gibier de montagne, par Ed. De-mole. 1 vol. 22 x 28, 228 p., 46 dessins,.
- 8 hors texte de X. de Poket. Durel, Paris, 1948. Prix : 1.800 francs.
- Ce livre d’un enthousiaste de la montagne-rapporte ses observations sur la faune alpestre-notées au cours d’innombrables journées de-chasse et d’affût. Il offre aux amateurs des choses1 de la nature, une documentation du plus grand'-intérêt appuyée par une excellente illustration-, de Xavier de Poret.
- Déterminisme et libre arbitre. Entretiens présidés par F. Gonsetii. 1 vol. 13 x 19, 190 p-. Éditions du Griffon, Neuchâtel, 1944, et Dunod, Paris.
- L’ouvrage présente des entretiens fictifs sur le déterminisme et le libre arbitre qui ont été-recréés en se basant sur des discussions de la Société zurichoise d’étudiants, les Romands. Présentés par M. F. Gonseth, professeur à l’École Polytechnique fédérale de Zurich, ils ont été recueillis par M. II. S. Gagnebin qui les a rédigés sous forme dialoguée. On y trouve les opinions développées par des hommes de disciplines très diverses : le philosophe, le mathématicien, le sociologue, le médecin, le psy-chiâtre, l’ingénieur, le sceptique. C’est un intéressant exemple d’un genre de réflexion collective.
- L’homme et sa destinée, par Pierre Lecomte du Noüy. 1 vol. in-8°, 222 p. La Colombe, 5, rue Rousselet, Paris, 1948. Prix : 350 fr. Élève et collaborateur de Carrel, l’auteur a passé les dernières années de sa vie à méditer lui aussi sur l’homme. Il l’a fait en se basant sur ses connaissances et ses travaux scientifiques. II montre que notre science est relative et ne va pas au fond des choses. L’homme et l’univers ne peuvent être des effets du hasard et ne peuvent être totalement connus par la probabilité des lois physiques, encore moins par une conception matérialiste. Il en vient à voir l’évolution non comme une adaptation, une sélection, des mutations, une tendance vers un accord parfait avec le milieu, mais comme une orientation, sur le plan spirituel et moral, un effort pour se rapprocher de Dieu. La vie échappe à la matière et se dirige vers un dessein supérieur. Cette profession de foi est un effort pour atteindre et dépasser les limites de la biologie.
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- LA NATURE
- SOIXANTE-SEIZIÈME ANNÉE — 1948
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- A
- Abaissement du pouvoir réflecteur des surfaces optiques, 133.
- Abeilles : amélioration des races, 214.
- — : mœurs, 314.
- Acétylène dans l'industrie, 274.
- Acier au bore, C 97.
- Activation des semences de pommes de terre, 134.
- Afrique du Nord : piroplasmoses bovines, 180.
- Afrique Orientale : progrès de la paléontologie humaine, 144.
- Agên : pruneau, 200.
- Agriculture : derrick, 217.
- —• : engrais chimiques, 32.
- Alaska, 49, 77.
- Alimentation en Grande-Bretagne, 180. Aluminium : centres producteurs, 324. Ancienneté de Carthage, C 1.
- Animaux domestiques : parasites externes, 143.
- Année météorologique 1947, 23. Antarctique : programme pour une expédition, 26, 39.
- Antibiose (levures et teignes), 250. Antibiotique : clitocybine, 88.
- Aoste, vallée, 22Î3, 334.
- Applications du cérium en métallurgie, 7.
- — industrielles de l’aviation, 24b. Aquarium : ornement et enseignement,
- 240.
- Archéologie : laboratoire, 80.
- Arctique : air, 137.
- Arithmétique : fantaisie, 254. Assèchement de la Caspienne, 138. Astéroïde nouveau, 12b.
- Astronomie française : initiative privée. 126.
- Atomes : documentation, 319.
- — géant : T Univers, 6b.
- Automatiques (usines), 90.
- Automobile : moteurs à réaction, 249.
- — 3b° Salon, 304, 340.
- Aviation : applications industrielles, 24b.
- — : prospection géophysique, 29b. Aviation : record de vitesse, 380.
- — : utilisations pratiques, C 3b3.
- B
- Baleine : viande, huile, lait, 38.
- Ballon sphérique, 37, 210.
- Barrage de Génissiat, 20.
- Basalte : coulées, 16.
- Berthollet, 2bb.
- Béton : centrales, C 161.
- — : forage thermique, 104.
- Bibliothèque américaine de Paris, C 6b. Biologie (isotopes en), 308.
- Blaireau, 17b.
- Bore dans les aciers, C 97.
- Botanique : réserve de la Camargue, 321.
- C
- Calcul : savez-vous compter P 380. Caléidique, 149.
- Calendrier sur un doigt, C 64.
- Camargue : réserve zoologique et botanique, 321.
- Cameroun : Pygmées, 17, 44.
- Canal de Panama : transformation, 339.
- — transocéanique, 36b.
- Canalisations souterraines : corrosion,
- 79.
- Canne à sucre : cire, 12J.
- Caoutchouc : plantes, 381.
- Cap Nord (Ile), 97.
- Carbone : oxyde, 99.
- Carnauba : succédané, 121.
- Carthage : ancienneté, C 1.
- Caspienne : assèchement, 138.
- Cataphotes : signalisation des roules, 53, 141.
- Cèdres : fantaisie arithmétique, 254. Centrales Èi béton, C 161.
- — hydroélectrique en Uruguay, C 289. Centres producteurs d’aluminium, 324. Céramiques et métaux réfractaires, 28. Cercle : hexagone inscrit- et triangle, 15.
- — quadrature, 222.
- Cérium : application en métallurgie, 7. Chaleur : échangeurs à galets, 12. Champignons antibiotiques, 172.
- — éclosion tardive, 153.
- Champs électrostatiques, 243.
- Charbon, mécanisation de l’industrie aux E.-U., 14.
- Charge creuse, 154.
- Chemins de fer : électrification, 33.
- — traction électrique, 278.
- — : flotte, 365.
- — vitesse, 325.
- Chiffrage : dictaphones, C 289.
- Chimie analytique : méthodes actuelles, 204.
- Chimie : produits purs, C 17.
- — : prix Nobel, 372.
- Chinois : machine à écrire, 5. Chromatographie, 292.
- Ciel en Février 1948, 32.
- ----Mars 1948, C 64.
- ----Avril 1948, C 96.
- ----Mai 1948, 128.
- ---- Juin 1948, 159.
- ----Juillet 1948, 192.
- ----Août 1948, 224.
- — — Septembre 1948, 256.
- — — Octobre 1948, 288.
- ----Novembre 1948, 319.
- — — Décembre 1948, 352.
- — — Janvier 1949, 382.
- Circuits électriques imprimés, 222.
- Cire de canne à sucre, 121.
- Climat et fertilité, 21.
- Clitocybine, 88.
- Cobalt : thérapeutique, C 289. Combustible du Soleil, 129.
- Conception nouvelle du point, 156. Conduites forcées de Génissiat, 20. Conférences' et Cours à Paris, 16, C 32, C 48, C 64.
- Conservation du sol, C 129.
- Contrôle des thermomètres médicaux, 218. Corrosion : canalisations souterraines, 79.
- — : grotte de Matharel, 362.
- Corse vue de la Côte d’Azur, 242.
- Coulées de basalte, 16.
- Cours et Conférences à Paris, 16, C 32, C 48, C 64.
- Crocodile : férocité, 111.
- Cultures sans sol : lïydroponics, 332. Curiosité géométrique, 15, 287.
- — du téléphone, 382.
- Cytologie : préparations microscopiques, 201.
- Nota. — Les numéros de pages précédés de la lettre C renvoient aux pages de couverture en regard de ces numéros.
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- D
- D. C. A. : fusées, 312.
- D. D. T. : est-il dangereux ?, 47.
- Décès : statistique des causes, 179. Découverte électronique : le transistor, 377.
- —. d’une essence forestière, 219.
- — du platine, 31S.
- Dératisation aux E.-U., C 321.
- Derrick agraire, 217.
- Détergents artificiels, 69.
- Déterminisme de la motilité des spermatozoïdes, 7.
- Diamant énorme, C 129.
- Diatomées dans l’art décoratif, 120. Dictaphones : chiffrage, C 289.
- Difficultés économiques de l’Irlande, loi. Dirigeable nouveau, 331.
- Dyssymétrie des pleuronecles, 359. Distribution des feuilles sur lige, 230. Documentation atomique, 319.
- Droite : nouvelle conception, 150.
- E
- Echangeurs à galets, 12.
- Échelles de pli : unification, C 289.
- Écho de la lune, C 161.
- Éclipses : périodicité, 301.
- Éclosion de champignons, 133.
- École de moteurs à réaction, C 321. Électricité statique, 107.
- Électrification : chemins de fer, 33. Électronique : le transistor, 377.
- Éléments nouveaux galvaniques, 181, 230. Éléphant en sculpture, 280.
- Enclaves géographiques, 02.
- Énergie électrique : Suède, 240.
- — solaire, 103.
- Enfant (Pierre 1) : urbaniste de Washington, 16.
- Engrais chimiques en U. S. A., 32. Eusilage chimique des fourrages, G 48. Entropie : théorie, 100.
- Éruption : Hekla, 73.
- — : Paricutin, 289.
- Essence forestière : découverte, 219. États-Unis : mécanisation de l’industrie du charbon, 14.
- Été 1948, 350.
- Éthylène dans l’industrie, 328.
- Étoiles : évolution, 368.
- Évolution : multiplication, 268. Expansion : système métrique, 83. Expédition antarctique, 26, 39.
- — océanographiques Scandinaves, 85. Expérience du Puy-de-Dôme, 315. Explorations martiennes, 173.
- F
- Fantaisie arithmétique, 254.
- Fer (minerai) : réduction directe, C 1. —, standard de vie, C 193.
- Fertilité et climat, 21.
- Feuilles : distribution sur tige, 230. Fièvre aphteuse, 215, 251.
- Flotte marchande française, 210.
- — des chemins de fer, 305. Fontainebleau : gravures rupestres, 272. Forage thermique : rochers et béton, 104. Fosses septiques, 0, 150.
- Fossile : rhinocéros, 152.
- Fourrages : ensilage chimique, C 48. Franco : population, 190.
- Froid : lutte du, 50.
- Fumier : gaz, 340.
- Fusées : D. C. A., 312.
- — : optique, 360.
- G
- Galvaniques : éléments nouveaux, 181, 250.
- Gaz de fumier, 346.
- — naturel de Saint-Marcet, 74. Génissiat : conduites forcées, 20.
- Géologie de l’Indochine, 1.
- Géométrie : curiosité, 15, 287.
- Germon : du nouveau P, 335.
- Globe : les plus anciennes roches, G 65. Goganls de Suisse, 208.
- Grain de pollen, 12.
- Grande-Bretagne : alimentation, 186. Grands Lacs : route, 344.
- Gravures rupestres : Fontainebleau, 272. Grenouille : laboratoire, 202.
- Grotte de Matharel : corrosion, 362. Groupement : fruits du pin, 134, 327. Grue do 450 tonnes, 135.
- Guerre des ondes, 106.
- H
- Habitation : problème, 373.
- Hachette, 187.
- Hekla : éruption, 73.
- Hélicoptères : progrès, 124.
- Herbicides nouveaux, 116.
- Hexagone inscrit, 15.
- Historiens des sciences, G 97.
- Hiver 1947-1948, 125.
- Hollande : lutte contre la mer, 119. Homme de Pékin, 309.
- Huile de haleine, 38.
- Hvdroponics, 332.
- I
- Ho du Gap Nord, 97.
- Imprimerie : matériel, progrès, 204. incubation artificielle : œufs, 367. Indochine : géologie, 1.
- Industrie : les isotopes, 364.
- Inhibiteur de rouille, G 289.
- Institut polaire norvégien, 220.
- — scientifique de Madagascar, 11. Irlande : difficultés économiques, 151. Islande : spath, 55.
- Isotopes en biologie, 308.
- — et industrie, 364.
- L
- Laboratoire de Nutley, 117.
- — au service de l’archéologie, 80. Lacroix, Alfred, 155.
- Lacs (Grands) : route, 344.
- Lait de baleine, 38.
- Lamantin du Sénégal, 188.
- Laminoirs modernes, 300.
- Lampes radio, 211.
- Laponie norvégienne, 177.
- Lemniscate, 287.
- Levures : antibiose, 250.
- Livres nouveaux, G 16. C 32, G 48, G 64, 127, 159, 192, 224, 256, 288. 320. 351, 383.
- Londres : Science Muséum, 193.
- Louvre : Salles nouvelles, 336.
- Lumière (Louis) : nécrologie, C 225. Lumière de la lune : effets, 4.
- — végétale, 56.
- Lune : écho, C 161.
- — : lumière, 4.
- Lutte contre la fièvre aphteuse, 251.
- —• — le froid, 59.
- -----la mer en Hollande, 119.
- — — les moustiques, 348.
- — — les piroplasmoses bovines, 180.
- M
- Machine à écrire en chinois, 5. Madagascar : Institut scientifique, il.
- — : recherches phytopathologiques, 108. Magnésium : piles, 70.
- Mains mécaniques, 207.
- Maladie du sommeil, 122, 281.
- Mars : explorations polaires, 173. Matériau plastique, C 257.
- .Matharel : corrosion, 302.
- Mathématique : récréation, G 64. Mécanisation : industrie du charbon aux E.-U., 14.
- Mécano thérapie : nouvelle mélhode, 239. Médecine : prix Nobel, 372.
- Mer : luLLo conlre, 119.
- Méson artificiel, 171.
- Métal-diazoïque : reproduction photographique, 317.
- Métallurgie : application du cérium, 7. Métaux et céramiques réfractaires, 28. Météorologie : année 1947, 23.
- — : premier navire, 14.
- — : télévisée, 216.
- Méthane : utilisation, 233.
- Méthodes de chimie analytique, 201. Métrique : système, 83, 353.
- .Métro de New-York : nettoyage, 206.
- — : cinquantenaire, 296.
- Microscope électronique, 236.
- Millepertuis, 358.
- Minerais de fer : réduction directe, G G Modèles réduits et télécommande, 94. Morse (Samuel), 64.
- Moteurs à réaction, 249.
- ----------- : école, G 321.
- Motilité des spermatozoïdes, 7.
- Moustiques : lutte, 348.
- Multiplication : évolution, 268.
- Musée d’Orléans : sciences naturelles, 9. Musée du Louvre : salles nouvelles, 336. Mutations chimiques, C 33.
- N
- Naissance d’un volcan, 289.
- Navire météorologique, 14.
- Nécrologie : Louis Lumière, C 225. New-York : nettoyage du métro, 206. Norvège : institut polaire, 220..
- Nouveau canal transocéanique, 365. Nuages : observation, ‘ 30.
- Nutley : laboratoire aux E.-U., 117.
- O
- « Oecupational tlierapy », 239.
- Océan : un nouveau canal, 365.
- Océanie : recherche scientifique, 158. Océanographie : expéditions en Scandinavie, 85.
- OEuf's : incubation artificielle, 367. Oiseaux chanteurs, 283.
- — les plus gros, G 17.
- Ondes : guerre des, 106.
- Optique : fusée, 366.
- — : pouvoir réflecteur des surfaces, 133. Orfila, 349.
- Orientation lointaine, 200.
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-
-
-
- 387
- Orléans, exposition au musée, 8.
- Oxyde de carbone dans la synthèse chimique, 09.
- — de titane, 277.
- Oxygène dans l’industrie, 262.
- P
- Pacifique : nouvelles recherches, 188. Padirac : rivière souterraine, 161. Paléontologie humaine en Afrique Orientale, 144.
- Palomar : télescope géant, 257.
- Panama : transformation du canal, 339. Panneaux « Sandwich », C 289.
- Parasites animaux, 143.
- Paricutin : éruption, 289.
- Peintures : champs électrostatiques, 243. Pékin : homme de, 309.
- Périodicité des éclipses, 301.
- Photographie : procédé métaldiazoïque, 317.
- pH : unification des échelles, C 289. Physiologie de la vieillesse, S0.
- Physique : prix Nobel, 372. Phytopathologie : recherches à Madagascar, 108.
- Pierre L’Enfant, urbaniste de Washington, 16.
- Piles : éléments galvaniques, 181, 250.
- — : au magnésium, 70.
- Pin : groupement des fruits, 154, 327. Piroplasmoses bovines, 180.
- Plan : nouvelle conception, 156.
- Plantes à caoutchouc, 381.
- Plastique : nouveau matériau, C 257. Platine : découverte, 318.
- Pleuronectes : dyssyniétrie, 359.
- Point : nouvelle conception, 156.
- Poisson : pêche, science et art, 169. Polaires : explorations des régions, 173. Pollen : grain, 12.
- Polygones inscrits, 191.
- Polymères : résines allyliques, 140. Pommes de terre : activation des semences, 134.
- Ponce : industrie, 92.
- Population française, 190.
- Poudrage électrique des végétaux, 22. Pratique géométrique : polygones inscrits, 191.
- Préparations de cytologie, 201.
- Presse scientifique, 31.
- Prix Nobel de 1948, 372.
- Problème de l’habitation, 373.
- Prospection aérienne, 295.
- Pruneau d’Agen, 266.
- Puy-de-Dôme : expérience, 315.
- Pygmées du Cameroun, 17, 44.
- Q
- Quadrature du cercle, 222.
- Quanta : théorie, 166.
- R
- Races : amélioration des abeilles, 214.
- — jaune : existe-t-elle P, 112.
- Radar : derniers perfectionnements, 271. Radio : lampes, 211,
- Radio-téléphonie au service des travaux publics, C 257.
- Rateau et turbo-machines, 93.
- Rats, 221.
- — : extermination, C 321.
- Recherches : phytopathologie à Madagascar, 108.
- — scientifique : Océanie et Pacifique, 158. Records de vitesse en aviation, 380. Récréation mathématique, C 64.
- Réduction des minerais de fer, C 1. Réflecteurs routiers : Cataphotes, 141. Réflexion : surface optique, 133.
- Réfraction : métaux et céramique, 28. Reproduction : bêtes sauvages en captivité, 29.
- — photographique mélal-diazoïque, 317. Requins-tigres : voracité, 263.
- Réserve zoologique et botanique de Camargue, 321.
- Résines allyliques, 140.
- Révolution : mœurs des abeilles, 31 i.
- —• : textile, 03.
- Rhinocéros fossile, 152.
- Rivière souterraine : Padirac, 161.
- Roches : forage thermique, 101.
- — les plus anciennes, C 65.
- Rouille : inhibiteur, C 289.
- Rouleau compresseur géant, C 289.
- Routes : signalisation nocturne, 53.
- S
- Sabotages, 142.
- Saint-Marcel : gaz naturel, 74.
- Salles nouvelles du Louvre, 336.
- Salon automobile, 304, 340.
- Savez-vous compter ?, 380.
- Savons : détergents artificiels, 69. Scandinavie : expéditions océanographiques, 85.
- Sciences : historiens, C 97.
- — : Muséum de Londres, 193.
- — naturelles au Musée d’Orléans, 9. Sculpture : éléphant, 286.
- Sélection des taureaux, 310.
- Sénégal : lamantin, 18S.
- Septiques (fosses), C, 150.
- Signalisation : routes, 53.
- — : téléphone, C 353.
- Sol : conservation, C 129.
- — (cultures sans) ou Ilydroponics, 332. Soleil : combustible, 129.
- — : énergie, 103.
- — : taches, 58.
- Sommeil : maladie du, 122, 281.
- Soufres français, 24.
- Sous-sol : végétation révélatrice, 54. Spath d'Islande, 55.
- Spermatozoïdes : motilité, 7.
- Statistique : causes de décès, 179.
- Suède : énergie électrique, 246.
- Suisse : gogants, 208.
- Sulfures : polychlorocyclane, 143. Synthèse : vitamine A, 13.
- Système métrique, 353.
- ------: expansion, 83.
- T
- Taches du soleil, 58.
- Tam-tam dans un requin-tigre, 263. Taureaux : sélection, 310.
- Teignes : antibiose, 250.
- Télécommande : modèles réduits, 94. Téléphone : curiosités, 382.
- — : signalisation lumineuse, C 353. Télescope géant, 257, 365.
- Télévision : couleurs, 282.
- — météorologie, 216.
- Tellure : nouvel élément d’addition, C 193.
- Temps (fusées contre le), 312.
- 'fermier (Pierre), 223.
- Textile : révolution, 63.
- Thermomètres médicaux : contrôle, 218. 'figes : distribution des feuilles, 230. Titane : oxyde, 277.
- Tocophérols, 29.
- Tortue luth en France, C 33.
- Tourbe dans l’industrie, 319.
- Traction électrique : chemins de fer, 278, Traflc : voies navigables, 84. Transformation du canal de Panama : projet, 339.
- Transistor : découverte électronique, 377. Travaux publics et radio-téléphonie, C 257.
- Triang’e, cercle et hexagone inscrits, 15. Turbo-machines : Rateau, 93.
- U
- li. N. E. 8. C. O. : produits chimiques purs, C 17.
- Unification des échelles de pH, C 289. Univers jailli d’un atome géant P, 65. Urbaniste de Washington, Pierre L’Eu tant, 16.
- Uruguay : centrale hydroélectrique, C 290 Usines automatiques, 90.
- Utilisation du méthane, 233.
- — de l’aviation, C 353.
- y
- Vallée d’Aoste, 225, 334.
- Végétation révélatrice, 54.
- Végétaux : lumière, 50.
- — : poudrage électrique, 22.
- Viande, huile et lait de baleine, 38. Vieillesse : physiologie, 89.
- Viète (François), 48.
- Vitamine A : synthèse, 13.
- Vitesse : problèmes, 325.
- — : aviation, 380.
- Voies navigables : trafic, 84.
- Volcan : naissance, 289.
- — : nouvelle éruption de l’Hekla, 73.
- w
- Washington : L’Enfant, urbaniste, 16.
- X
- Xenopus læüis : grenouille, 202.
- Z
- Zoologie : réserve de Camargue, 321.
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- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- A. (M.). — Les curiosités du téléphone automatique, 382.
- Abdon (A.). — Fosses septiques à séparation, 150.
- Adam (Michel). — Les nouvelles lampes de radio, 211. — lue découverte électronique capitale, le transistor, 377.
- Allard (G.). — La théorie des quanta et l’entropie, 160.
- Appell (F.). — La chromatographie, 292.
- Bally (J.). — Le problème de l’habitation, 373.
- Balsan (Louis). — Curieux phénomènes de corrosion à la grotte de Matharel, 362.
- Baudet (J.). — Les gravures rupestres et les enceintes préhistoriques de la forêt de Fontainebleau, 272.
- Bertik (L.). — Le poisson dans la pêche, la science et l’art, 109. — L’aquarium, ornement et enseignement du logis, 240.
- Bessac (H.) et Villiers (A.). — Le lamantin du Sénégal, 188.
- Bidault de l’Isle (G.). — L’année météorologique 1947, 23. — L’éclosion tardive des champignons en 1947, 153.
- Bourgeois (Jean). — L’hiver de 1947-1948, 123. — L’été de 1948, 350.
- Boutaric (M. A.). — Le tricentenaire de l’expérience du Puy-de-Dôme, 315.
- Boyer (Jacques). — Nouvelle machine à écrire les 90 000 caractères chinois, 5. — La végétation révélatrice des richesses du sous-sol, 54. — Une nouvelle grue de 450 tonnes, 135. — Au Conservatoire national des Arts et Métiers, le service de contrôle des thermomètres médicaux, 218.
- [‘royer (Charles). — Les Gogants de Suisse, 208.
- Bucqüet (H.). — Une curieuse observation de nuages, 30.
- Budicer (P.). — Un tam-tam et un pied humain trouvés dans l’estomac de deux requins-tigres, 203.
- G. (V.). — Les conduites forcées du barrage de Génissiat, 20. — Les soufres français, 24. — La ponce, nouvelle industrie française, 92. — Les centres producteurs d’aluminium vont-ils se déplacer vers l’Afrique ?, 324.
- Carré (V.). — Le gaz de fumier, 346.
- Caullery (Maurice). — Le déterminisme de la motilité des spermatozoïdes, 7.
- Chabanaud (Paul). — La dyssymétrie des pleuronectes, 359.
- Cuarlot (G.). — Les méthodes actuelles de la chimie analytique, 204.
- Clément (A.). — La découverte du platine par les Espagnols au xviii0 siècle, 318.
- Comtel (André). — Le crocodile, reptile sanguinaire, 111.
- Coolen (Georges). — La lutte contre le froid, 59.
- D. (M.). — Le ballon sphérique existe toujours, 37.
- Decary (Raymond). — Les recherches de phytopathologie à Madagascar, 108.
- Denizot (J.). — Le calendrier sur un doigt, C 64.
- Déribéré (M.). — La route des grands lacs, 344.
- Devaux (Élise). — L’abaissement du pouvoir réflecteur des surfaces optiques, 133.
- Devaux (Pierre). — La traction électrique des chemins de fer par le « monophasé 50 périodes » est-elle possible ?, 278. — Problèmes de vitesse, 325.
- Duyvené de Wit (traduit par A. Schaper). — Un nouvel animal de laboratoire, la grenouille sud-africaine Xenopus lævis, 202.
- El-Milick (Maurice). — Une nouvelle conception du point, du segment de droite, du fragment de plan, 156.
- Esme (A.). — Le pruneau d'Agen peut revivre, 260.
- F. (A.). — A propos des « Enclaves », 62.
- Fayol (Amédée). — François Yiète, 48. — Samuel Morse, peintre et inventeur, 64. — Rateau et les turbo-machines, 93. — Hachette (1800-1864), libraire de grande classe, 187. — Pierre Fermier (1859-1930), géologue, philosophe, écrivain, 223. — Le deuxième centenaire de Berthollet (1748-1822), 255. — Le cinquantenaire du Métropolitain, 290. — L’activité brillante d’un grand médecin : Orfila, 349.
- Flamel (Nicolas). — Les Tocophérols, 29.
- Forbin (Victor). — La Caspienne en voie d’assèchement, 138.
- Fournier (G.). — Le ciel en février 1948, 32. — Le ciel en mars 1948, C 64. — Le ciel en avril 1948, C. 96. — Le ciel en mai 1948, 128. — Le ciel en juin 1948, 159. — Le ciel en juillet 1948, 192. — Le ciel en août 1948, 224. — Le ciel en septembre 1948, 256. —• Le ciel en octobre 1948, 288. — Le ciel en novembre 1948, 319. — Le ciel en décembre 1948, 352. — Le ciel en janvier 1949, 382. — L’initiative privée dans l’astronomie française, 120. — Explorations polaires.... martiennes, 173.
- Gain (L.). — L’Antarctique : programme pour une expédition, 26, 39.
- Gaulet (André). — L’électrification des chemins de fer français, 33. — La vallée d’Aoste, 225, 334.
- Gauroy (P.). — L’Xle du Cap Nord, 97. — La Laponie norvégienne, 176. — La réserve zoologique et botanique de Camargue, 321.
- Génin (Georges). — Les piles au magnésium, 70. — Quelques nouveaux éléments galvaniques, 181. — L’emploi des champs électrostatiques dans l’application des peintures, 243.
- Hubert (Constant). — Fantaisie arithmétique : les quatre cèdres, 254.
- Jacques (Robert). — La lutte contre les piroplasmoses bovines en Afrique du Nord, 180.
- Joannis (L. de). — Cercle, hexagone inscrit et triangle, 15. — Les polygones inscrits, 191. — Quadrature du cercle à 9/1.000 près 222. — Curiosité géométrique : la lemniscate, 287.
- Kimpflin (Georges). — Le laboratoire de Nutley aux États-Unis 117.
- Kohlmann (Jacques). — Le centenaire des oiseaux-chanteurs, mécaniques de Biaise Bontems, 283.
- L. (E.). — Application du cérium en métallurgie, 7. — Pierre L’En fant, urbaniste de Washington, 16. — Découverte d’une essence forestière d’un genre que l’on croyait éteint, 219. — La lutte contre les moustiques, 348.
- Laborderie (Fernand de). — L’imprimerie, son matériel, ses progrès, 264. — Les voitures françaises au 35° Salon dé l’Automobile, 304. — Après la visite du 35° Salon de l’Automobile, 340.
- Larsson (Ingvar). — L’énergie électrique en Suède, 246.
- Laulan (Robert). — Le laboratoire au service de l’archéologie, 80. — L’activation des semences de pommes de terre, aux basses températures, 134. — Une révolution dans les mœurs des abeilles, 314.
- Layaur (Guy de). — La rivière souterraine de Padirac et ses énigmes, 161.
- Legendre (Dr A.). — Existe-t-il une race jaune ou mongole ?, 112.
- Legendre (R.). — Alfred Lacroix (1863-1948), 155. — Du nouveau sur le Germon ?, 335.
- Lemaire (E.). — A propos des fosses septiques, 6. — La viande, l’huile et le lait de baleine, 38. — L’Alaska, 49, 77. — La cire de canne à sucre, succédané de la cire de carnauba, 121. — L’ « occupational therapy », 239.
- Martens (P.) et Vayssière (P.). — Dépôt international de prépa rations microscopiques de cytologie, 201.
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- 389
- Moka.nt (Henry de). — Les nouvelles salles égyptiennes et orientales du Louvre, 336.
- Moreau (H.). — Le système métrique, 353.
- Mouohot (Gabriel). — Les difficultés économiques de l’Irlande, J cil. — Le problème alimentaire en Grande-Bretagne,. ISO. — A propos des rats, 22t.
- Mukaz (Méd. Générai). — Protégeons mieux l’Afrique noire française contre la maladie du sommeil, 122.
- P. (L.). — La révolution textile, 63. — L’énergie solaire, 103. — L’oxygène dans l’industrie, 262. — La prospection aérienne, 295. — Les isotopes et l’industrie, 364.
- Parouty. — Le microscope électronique R. G. A., 236..
- Parrot (Aimé-Georges). — La lumière végétale, 56. — Un rhinocéros fossile, 152. — A propos d'un curieux groupement de fruits chez le pin, 327.
- Paulet (Georges). — Aurons-nous bientôt la télévision des couleurs P 282.
- Paulian (R.). —• Le pavillon de l’Institut scientifique de Madagascar à l’exposition du progrès franco-malgache, 11.
- Pépin (G.). — Les modèles réduits et la télécommande, 94.
- Pérard (Albert). — L’expansion continue du système métrique, 83. — La Caléidique, 149.
- Perruche (Lucien). — La géologie de l’Indochine, 1. — Les usines automatiques, 90. — Le méson artificiel, 171. — Les isotopes radioactifs en biologie, 308. — Les cultures sans sol ou hydro-ponics, 332.
- Persoz (B.). — Le poudrage électrique des végétaux, 22.
- Pierson (P.). — En marge de la guerre des ondes, 106. — Sabotages, 142. — Les fusées de D. C. A. contre le temps, 312. — La fuséo optique à influence, 366.
- Plantefol (Lucien). — La distribution des feuilles sur les tiges,
- 230.
- Rànc (Albert). — La presse scientifique sous la Révolution française, 31.
- Rerier (Louis). — Les diatomées dans l’art décoratif, 120.
- R. L. — La signalisation nocturne des routes par Cataphotes à réflexion totale, 53. — Le forage thermique des roches et du béton, 104.
- Romanovskï (V.). — Les récentes expéditions océanographiques Scandinaves, 85. — L lnstitut polaire norvégien, 220.
- Rousseau (Pierre). — L’univers a-t-il jailli d'un atome géant ?, 65. — Le combustible du soleil, 129. — Le télescope géant,
- conquérant des espaces célestes, 257. — L’évolution des étoiles, 368.
- Routiiier (P.). — La recherche scientifique française en Océanie cl les recherches scientifiques dans le Pacifique, 158.
- Rudel (A.). — A propos des coulées de basalte, 16. — En curieux groupement do fruits chez le pin, 154.
- Schaper (A.). — La grenouille sud-africaine Xenopus la'.vis, 202. — La lièvre aphteuse, 215. — La lutte contre la fièvre aphteuse, 251. — Sélection des taureaux au microscope électronique, 310.
- Sougy (P.). — Ene exposition des sciences naturelles au musée d’Orléans, 8.
- Spratt (II. Philip). — Le « Science Muséum » de Londres, 193.
- Tartois (L.). — Périodicité des éclipses, l’éclipse du 18 octobre 1948, 301.
- Taton (Relié). — L’évolution d’une opération : la multiplication, 268.
- Tiïauziès (Jean). — L’orientation lointaine, 200.
- Truan (R,.). — Le D. R. T. est-il dangereux ?, 47.
- Vallois (II. Y.). — Chez les Pygmées du Cameroun, 17, 44.
- Vaufrey (R.). — Les progrès de la paléontologie humaine en Afrique Orientale, 144.
- Vayssière (P.) et Martens (P.). — Dépôt international de préparations microscopiques de cytologie, 201.
- Véchot (A.). — Antibiose entre levures et teignes, 250.
- Vélut (M. M.). — Le gaz naturel de Saint-Marcet, 74.
- Yieliers (A.) et Bessac (II.). — Le lamantin du Sénégal, 188.
- Volet (Ch.). — Savez-vous compter ?, 379.
- Willemart (A.). — Les emplois de l’oxyde de carbone dans la synthèse chimique, 99. — L’utilisation du méthane dans l’industrie chimique organique, 233. — L’acétylène dans l’industrie chimique organique, 274. — L’éthvlène dans l’industrie chimique organique, 32S.
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- TABLE DES MATIÈRES
- I. — MATHÉMATIQUES ET ASTRONOMIE
- Effets de la lumière de la lune............................. 4
- Cercle, hexagone inscrit et triangle (L. de Joannis) . . 15
- Les taches du soleil..................................... 58
- Le calendrier sur un doigt (J. Denizot).....................C 64
- L’univers a-t-il jailli d’un atome géant ? (P. Rousseau) . . 67
- L’expansion continue du système métrique (A. Pérard). . 83
- L’énergie solaire (L. P.)................................103
- Un nouvel astéroïde......................................125
- Le combustible du soleil (P. Rousseau)...................120
- La Caléidique (À. Pérard)................................149
- Une nouvelle conception du point (M. El-Milick) .... 136
- Explorations polaires... martiennes (G. Fournier) .... 173
- Les polygones inscrits (L. de Joannis)...................191
- Quadrature du cercle à 9/1.000 près (L. de Joannis) . . . 222
- Les quatres cèdres (C. Hubert)...........................254
- Le télescope géant, conquérant des espaces célestes (P. Rousseau)................................................. 262, 365
- L’évolution d’une opération : la multiplication (R. TatonI. 26S Curiosité géométrique : la lemniscate (L. de Joannis) . . . 287
- Périodicité des éclipses ; l’éclipse du 18 octobre 1948 (L. Tab-
- tois).................................................301
- Le système métrique (H. Moreau)............................ . 353
- L’évolution des étoiles (P. Rousseau) ..........................368
- Savez-vous compter P (Ch. Yolet).........................379
- Le ciel, chaque mois (G. Fournier) : 32, C 64, C 96, 128, 159,
- 192, 224, 256, 288, 319, 352, 382
- IL - SCIENCES PHYSIQUES 1. Physique.
- Echangeurs dç chaleur à galets................................. 12
- Electricité statique...........................................107
- L’abaissement du pouvoir réflecteur des surfaces optiques
- (E. Devaux).................................................133
- A propos des Cataphotes........................................141
- La théorie des quanta et l’entropie (G. Allard) .... 166
- Le méson artificiel (L. Perruche)..............................17!
- Le service de contrôle des thermomètres médicaux (J. Royeii). 218 Le microscope électronique R. C. A. (Parouty) ..... 236
- 2. Chimie.
- La réduction directe des minerais de fer......................C 1
- Application du cérium en métallurgie (F>. L.)................. 7
- La synthèse de la vitamine A.................................. 13
- L’U. N. E. S. C. 0. et les produits chimiques purs . . . . C 17
- Métaux et céramiques réfractaires................................. 28
- Mutations chimiques...........................................C 33
- Les détergents artificiels, substituts des savons................ 69
- Le bore dans les aciers.......................................C 97
- Les emplois de l’oxyde de carbone (A. Willemart) . . . 99 Les résines allyliques, polymères thermodurcissables . . . 140
- Les sulfures de polychlorocyclane.................................143
- Le fer, standard de vie.......................................C 193
- Le tellure, nouvel élément d’addition................• . . . C 193
- Les méthodes actuelles de la chimie analytique (G. Charlot). 204 L’utilisation du méthane dans l’industrie chimique organique (A. Willemart) ..............................................233
- L’oxygène dans l’industrie (L. P.)...............................262
- L’acétylène dans l’industrie chimique organique (A. Wiluemart) ........................................................ 274
- L’oxyde de titane.................................. . . 277
- Unification des échelles de. pH............................C 289
- Inhibiteur de rouille......................................C 289
- La chromatographie (F. Appell)...........................292
- Documentation atomique.......................................319
- L’éthylène dans l’industrie chimique organique (A. Wiluemart) ..................................................... 328
- III. — SCIENCES NATURELLES
- 1. Géologie. — Paléontologie.
- La géologie de l’Indochine (L. Perruche)................... I
- A propos des coulées de basalte (A. Rudicl)................ 16
- Les soufres français (Y. C.)............................... 24
- Le spath d’Islande......................................... 55
- Les plus anciennes roches du globe.........................G 67
- Le gaz naturel de Saint-Marcet (M. Vélut).................. 74
- La ponce, nouvelle industrie française (Y. C.)............. 92
- Un énorme diamant .........................................C 129
- Un rhinocéros fossile (A. G. Parrot).......................iS2
- 2. Physique du globe. — Météorologie.
- Le premier navire météorologique.............................. 14
- Climat et fertilité............................................. 21
- L’année météorologique 1947 (Bidault de l’Isj.e).............. 23
- Une curieuse observation de nuages (H. Bugquf.t) .... 30
- Nouvelle éruption du volcan Ilekla............................ 73
- L’hiver de 1947-1948 (J. Bourgeois)............................ 125
- L’air de l’Arctique.............................................137
- La météorologie télévisée.......................................216
- La naissance d’un volcan........................................2S9
- L’été de 1948 (J. Bourgeois)..................................350
- Curieux phénomènes de corrosion à la grotte (te Malharel (L. Bausan)...................................................362
- 3. Zoologie — Biologie. — Physiologie.
- Le déterminisme de la motilité des spermatozoïdes (M. C.vuu-
- i.ery).................................................... 7
- Une exposition des sciences naturelles au Musée d’Orléans
- (P. Sougy)................................................ 8
- Les plus gros oiseaux . ............................ . C 17
- La tortue luth en France.....................................C 33
- La viande, l’huile et le lait de baleine (E. Lemaire) ... 38
- Le crocodile, reptile sanguinaire (A. Comtel)....................111
- Le poisson dans la pêche, la science et l’art (L. Bertin). . 169
- Le blaireau......................................................175
- Le lamantin du Sénégal (H. Ressac et A. Viuliers) .... 188
- L’orientation lointaine (J. Thauziès)..........................200
- Dépôt international de préparations microscopiques en cytologie (P. Vayssière et P. Martens)..............................201
- La grenouille sud-africaine Xeuopus Ixvh (J. Duyvenk
- de Wit).......................................................202
- Amélioration des races d’abeilles................................214
- L’aquarium, ornement et enseignement du logis (L. Bertin). 210 Un tam-tam et un pied humain trouvés dans l’estomac de
- deux requins-tigres (P. Budker)...............................263
- Les isotopes radioactifs en biologie (L. Perruche) .... 308
- Sélection des taureaux au microscope élecIronique (A. Scha-per)............................................................310
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- Une révolution dans les mœurs des abeilles (R. Laulan) . . 314
- La réserve zoologique et botanique de Camargue (P. Gauroy). 321
- Du nouveau sur le Germon ? (R. Legendre)...................333
- La dyssymétrie des pleuronectes (P. Chabanaud) ..... 333
- Les isotopes et l’industrie (L. P.)........................364
- Documentation sur l’histoire de l’incubation artificielle des œufs.........................................................367
- 4. Botanique. — Agriculture.
- Ce qu’on peut tirer d’un grain de pollen.................... 12
- L’agriculture américaine et les' engrais chimiques .... 32
- L’ensilage chimique des iourragcs...........................C 48
- La végétation révélatrice des richesses du sous-sol (J. Boyer). 34
- La lumière végétale (A. G. Parrot).......................... 56
- Les recherches de pliytopathologie à Madagascar (R. De-
- carï).......................................................108
- Herbicides nouveaux............................................116
- Les diatomées dans l’art décoratif (L. Redier) ..... 120
- La cire de canne à sucre (E. Lemaire)..........................121
- La conservation du sol......................................C 129
- L’acLivatiou. des semences de pommes de terre aux basses
- températures (R. Laulan)....................................133
- L’éclosion tardive des champignons en 1917 (G. Bidault
- de l’Isle)..................................................133
- Un curieux groupement de fruits chez le pin (A. Rudel). 134
- Les Gogants de Suisse (C. Broyer)..............................208
- Découverte d’une essence forestière d’un genre que l’on
- croyait éteint (E. L.)......................................219
- La distribution des feuilles sur les Liges (L. Plantefol) . . 230
- Le pruneau d’Agen peut revivre (A. Es.mk)......................266
- A propos d’un curieux groupement de fruils chez le pin
- (A. G. Parrot)..............................................327
- Les cultures sans sol ou hydroponics (L. Perruche) ... 332
- Le gaz de fumier (I. Carré)....................................346
- La bataille du millepertuis....................................338
- Les plantes à caoutchouc ......................................381
- IV. — GÉOGRAPHIE. — ETHNOGRAPHIE. ARCHÉOLOGIE
- L’ancienneté de Carthage....................................C 1
- Le pavillon de l'Institut scientifique de Madagascar à l’exposition du progrès franco-malgache (R. Pauliaîs) . . . Il
- Chez les Pygmées du Cameroun (II. V. Yallois) . . . 17, 44
- L’Antarctique : programme pour une expédition (L. Gain).
- 26, 39
- L’Alaska (E. Lemaire)..................................49, 77
- A propos des « Enclaves » (A. F.). ... ............. 62
- Le laboratoire au service de l’archéologie (R. Laulan) ... SU Les récentes expéditions océanographiques Scandinaves
- (V. Romanovskï)............................................. 83
- Edile du Cap Nord (P. Gauroy)................................... 97
- Existe-t-il une race jaune ou mongole ? (Dr A. Legendre) . . 112
- La Caspienne en voie d’assèchement (Y. Forbin)................138
- Le progrès de la paléontologie humaine en Afrique Orientale (R. Vauerey)..............................................144
- Les difficultés économiques de l’Irlande (G. Mouciiot). . . loi
- La Recherche scientifique française en Océanie (P. Rou-
- thier)...................................................... 138
- La rivière souterraine de Padirac et ses énigmes (G. de La-
- YAUR ).......................................................161
- La Laponie norvégienne (P. Gauroï)..............................176
- La population française.........................................190
- L'institut polaire norvégien (V. Romanovsicv)...................220
- La vallée d’Aoste (A. Gallet).................................. 223
- La Corse, vue de la Côte d’Azur.................................242
- Les gravures rupestres et les enceintes préhistoriques de la
- forêt de Fontainebleau (J. Baudet)...........................272
- L'élépluint, motif de la sculpture romane ..... . 286
- L’Iiomme de Pékin...............................................309
- Les centres producteurs d’aluminium vont-ils se déplacer vers l’Afrique P (Y. C.).......................................324
- Les nouvelles salles égyptiennes et orientales du Louvre
- (II. de Morant)...........................................336
- La route des Grands Lacs (M. Déribéré)....................344
- V. — HYGIÈNE. — MÉDECINE
- A propos des fosses septiques (E. Lemaire) ................. 6
- Les Tocophérols (N. Flamel)..................................... 29
- Le D. D. T. est-il dangereux ? (R. T ruas).................. 47
- La lutte contre le froid (G. Coolen)........................ 39
- La clitocybine.................................................. SS
- La physiologie de la vieillesse............................. 89
- La maladie du sommeil (Dr Muraz)............................122
- Fosses septiques à séparation (A. Abuon)........................130
- Les champignons antibiotiques...................................172
- Statistique des causes de décès.................................179
- La lutte contre les piroplasmoses bovines en Afrique du
- Nord (R. Jacques)............................................180
- Le problème alimentaire en Grande-Bretagne (G. Mouchot). 1.86
- La fièvre aphteuse (A. Sciiaper)................................215
- A propos des rats (G. Mouchot)..................................221
- L’occupational therapy (E. Lemaire).............................239
- Antibiose entre levures et teignes (A. Véchot)..............230
- La lutte contre la fièvre aphteuse (A. Sciiaper)............251
- Le cobalt radioactif thérapeutique..........................C 289
- La dératisation aux États-Unis..............................C 321
- La lutte contre les moustiques (E. L.)......................348
- Le prix Nobel de 1948 ......................................... 372
- VI. — SCIENCES APPLIQUÉES
- 1- Mécanique. — Industrie. — Outillage.
- Nouvelle machine à écrire les 90 000 caractères chinois
- (J. Boyer).............................................. 5
- La mécanisation de l’industrie du charbon aux États-Unis. 14
- La révolution textile (L. P.)............................ 63
- La corrosion des canalisalions souterraines................. 79
- Les usines automatiques (L. Perruche)....................... 90
- Les mains mécaniques....................................... 207
- Le derrick agraire « Tripodo ».............................21.7
- L’emploi des champs électrostatiques dans l'application
- des peintures (G. Génin).............................. . 243
- Nouveau matériau plast ique..............................C 237
- L’imprimerie, son matériel, scs progrès (F. de Labordekie). 264
- Le centenaire des oiseaux-chanteurs, mécaniques de Biaise
- Bontems (J. Koiilmann)...................................283
- Rouleau compresseur géant ... ..................C 289
- Panneaux « Sandwich »................................... . C 289
- Le chiffrage des dictaphones.............................C 2S9
- Laminoirs modernes..........................................300
- La tourbe dans l’industrie..................................319
- 2. Photographie.
- La reproduction photographique métal-diazoïque..............317
- 3. Électricité.
- Lo poudrage électrique des végétaux (B. Persoz) .... 22
- Les piles au magnésium (G. Génin).......................... 70
- Les modèles réduits et la télécommande (C. Pépin) .... 94
- Le laboratoire de Nutley aux États-Unis (G. Kimpfun) . . . 117
- L’écho de la lune .................................• ... G 161
- Quelques nouveaux éléments galvaniques (G. Génin) . . 181
- Les nouvelles lampes de radio (M. Adam)....................211
- Les circuits électriques imprimés..........................222
- L’énergie électrique en Suède (I. Larsson).................246
- A propos des nouveaux éléments galvaniques . . . . . . 250
- La radio-téléphonie au service des travaux publics ... C 357
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- Les derniers perfectionnements du radar.....................271
- Aurons-nous bientôt la télévision des couleurs ? (G. Paulet). 282 Signalisation lumineuse des' numéros d’appel téléphonique. C 353 Tue découverte électronique capitale, le transistor . . . 377
- Ecole de moteurs à réaction.....................................G 321
- Un nouveau dirigeable américain.................................331
- Utilisations pratiques de l’aviation .............................. C 353
- Récents records de vitesse en aviation..........................380
- 4. Travaux publics. — Art de l’ingénieur.
- 7. Guerre et marine.
- Un marge de la guerre des ondes (Pierson) ...... 100
- Sabotages (Pierson)........................................ |42
- La charge creuse...........................................lot
- La flotte marchande française..............................210
- La fusée optique à influence (Pieuson)....................300
- Les conduites forcées du barrage de Génissiat (V. C.) . . 20
- Le forage thermique des roches et du béton (R. L.) . . . 104
- La lutte contre la mer en Hollande.......................... 119
- Une nouvelle grue de 450 tonnes (J. Loyer)..................135
- Les centrales à béton.......................................C 101
- La première centrale hydroélectrique de l’Uruguay . . . C 289 Le projet de transformation du Canal de Panama .... 339
- Un nouveau canal transocéanique.............................365
- Le problème de l’habitation (J. Bally)......................373
- 5. Transports.
- L’éleelriücation des chemins de fer français (A. Gai.let) . . 33
- La signalisation nocturne des routes (R. L.) ..... . 53
- Le trafic des voies navigables .............................. 84
- Le nettoyage mécanique du métro de New-York .... 206
- Les moteurs à réaction et l’automobile.......................249
- La traction électrique des chemins de fer par le « monophasé 50 périodes » est-elle possible? (P. Devaux) . . 278
- Le cinquantenaire du Métropolitain (A. Fayol)................296
- Les voitures françaises an 35e Salon de l’Automobile
- (F. de Laborderie)............................................304
- Problèmes de vitesse (r. Devaux).............................325
- Après la visite du 35e Salon de l’Automobile (F. de Labor-
- deiue) ...................................................... 340
- La flotte des chemins de fer français.........................365
- VII. — HISTOIRE DES SCIENCES
- Pierre L’Enfant, urbaniste de Washington (U. L.) .... 16
- La presse scientifique sous la Révolution française (A. Rang). 31
- François Viète (A. Fayol)...................................... 48
- Samuel Morse, peintre et inventeur (A. Fayol)................ 04
- Rat eau et les turbo-mac bines (A. Fayol).................... 93
- Groupe français d'historiens des sciences....................C 97
- Alfred Lacroix (1863-1948) (R. Legendre).........................155
- Hachette, libraire de grande classe (A. Fayol)...................187
- Le « Science Muséum de Londres » (H. Philip Spratt) . . 193
- Pierre Fermier, géologue, philosophe, écrivain (A. Fayol). 223
- Nécrologie : Louis Lumière...................................C 225
- Le deuxième centenaire de Berthollet (A. Fayol)..................255
- Le tricentenaire de l’expérience du Puy-de-Dôme (M. A. Bou-
- taric).........................................................315
- La découverte du platine par les Espagnols au xvme siècle
- (A. Clément)...................................................318
- L’activité brillante d’un grand médecin : Orfila (A. Fayot,). 349
- VIII. — RENSEIGNEMENTS
- 6. Aviation et aéronautique.
- 1. Bibliographie.
- Le ballon sphérique existe toujours (M. D.) .................. 37
- Les progrès des hélicoptères aux États-Unis...................124
- A propos des ballons sphériques ..............................210
- Les applications industrielles de l'aviation..................245
- La prospection aérienne (L. P.) . . .................295
- Les fusées de D. C. A. contre te temps (P. Pierson) . . . 312
- Les livres nouveaux. C 16, C 32, C 48, 159, 192, 224, 256, 288,
- 320, 351, 383
- 2. Varia.
- La bibliothèque américaine de Paris......................C 67
- Les curiosités du téléphone automatique (M. A.) .... 382
- Le gérant : G. Masson. — masson et cie, éditeurs, paris. — dépôt légal : 4e trimestre iq4S, n° G8g. — Imprimé en France, darnéoud frères et cle, imprimeurs (3io566), laval, n° 979. — r.>.-ig4S.
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